# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** db6e5dff-8f63-58f4-9df9-504db3c8015b
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 572
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---572_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

AJ12.024320-131492

291 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
27 août 2013

_________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              M.             
Giroud et Mme Crittin Dayen 

Greffier             
:              Mme             
Boryszewski

 

 

*****

 

 

Art.
117, 120, 121 et 319 let. b ch. 1 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par 
I.________
Sàrl, à [...], requérante, contre
le prononcé rendu en matière d'assistance judiciaire le 27 juin 2013 par le Juge délégué
de la Chambre patrimoniale cantonale dans la cause divisant la recourante notamment d’avec P.________,
la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par prononcé du 27 juin 2013, reçu le 2 juillet 2013 par le conseil de l'intéressée,
le Juge délégué de la Chambre patrimoniale cantonale a retiré à la demanderesse
I.________ Sàrl le bénéfice de l'assistance judiciaire avec effet dès la notification
de la décision (I) et rendu la décision sans frais (II). 

 

             
En droit, le juge délégué a considéré en substance que l'exception qui justifie
qu'une personne morale soit mise au bénéfice de l'assistance judiciaire n'était pas remplie.
Selon lui, les circonstances exceptionnelles, soit que le litige concerne le seul actif de la personne
morale et que ses ayants droit – les sociétaires ou actionnaires, les organes ou les créanciers
– se trouvent également dépourvus de ressources, n'étaient dans le cas présent
pas réalisées. Il a en outre considéré que les prétentions contre le défendeur
P.________ étaient dénuées de chance de succès, de sorte que la seconde condition
de l'art. 117 CPC (Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008, RS 272; ci-après
: CPC) n'était pas non plus remplie. 

 

 

B.             
Par mémoire du 12 juillet 2013, I.________
Sàrl a recouru contre cette décision en concluant, avec suite de frais et dépens, à
son annulation et à ce que l'assistance judiciaire qui lui avait été octroyée soit
confirmée. 

 

             
I.________ Sàrl a également requis le bénéfice de l'assistance judiciaire dans le
cadre de la procédure de recours. 

 

             
Par avis du 22 juillet 2013, le vice-président de la cour de céans l'a dispensée de l'avance
de frais, la décision sur l'octroi de l'assistance judiciaire devant être prise dans l'arrêt
à intervenir. 

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du prononcé, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.             
I.________ Sàrl est une société avec siège à [...] ([...]), dont le but est
l'exploitation d'établissements publics et toutes activités liées à la restauration.

 

             
Le demandeur Y.________ est l'associé gérant avec signature individuelle de cette société.

 

             
Le 14 février 2011, Y.________ et P.________ ont signé un contrat intitulé "Contrat
de vente de fonds de commerce" pour un montant de 120'000 fr. payable en plusieurs mensualités.

 

2.             
Par mémoire du 14 mars 2012, Y.________ et
I.________ Sàrl ont ouvert action à l'encontre de P.________, devant le Tribunal civil de l'arrondissement
de Lausanne, concluant comme suit : 

             

"1.
              Le contrat de vente par
acomptes de fonds de commerce conclu en date du 14 février 2011 entre Y.________, respectivement
I.________ Sàrl, et P.________ est résolu dès le 30 novembre 2011;

2.
              P.________ est condamné
à quitter immédiatement le Restaurant              
le Pacha et à le rendre en parfait état, y compris les installations et le              
mobilier, à Y.________, respectivement I.________ Sàrl, sous              
menace des peines d’arrêt ou d’amende de l’art. 292 CP;

3.
              P.________ est condamné
à verser à Y.________,              
respectivement I.________ Sàrl, le montant de CHF 79’130.- en              
réparation du dommage qu’il leur a causé, plus intérêt à 5% dès le
30               novembre 2011;

4.
              P.________ est condamné
à verser à Y.________,              
respectivement I.________ Sàrl, une peine conventionnelle de CHF              
10’000.-, plus intérêt à 5% dès le 30 novembre 2011;

5.
              P.________ est condamné
à rembourser à Y.________,              
respectivement I.________ Sàrl, les frais d’avocat qu’ils ont engagés              
à hauteur de CHF 7’511.-, plus intérêt à 5% dès le 30 novembre 2011;

6.
              Le tout, avec suite des
frais et dépens."

 

             
Le 1er
mai 2012, I.________
Sàrl a requis le bénéfice de l'assistance judiciaire, soit l'exonération de la totalité
des avances et sûretés, des frais judicaires, ainsi que l'assistance d'un avocat d'office.

 

             
Le 15 juin 2012, la requérante a complété sa demande en produisant les deux derniers avis
de taxation, un extrait de son compte commercial, le bilan et le compte de perte et profit.  

 

             
Par prononcé du 22 juin 2012, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de Lausanne
a accordé à I.________ Sàrl le bénéfice de l'assistance judiciaire avec effet
au 1er
mai 2012 dans la cause qui l'oppose à P.________. 

 

             
Le 18 septembre 2012, le défendeur a déposé une réponse concluant, sous suite de
frais et dépens, à ce que la demande introduite par Y.________ et la société I.________
Sàrl soit rejetée.

 

             
Par duplique du 7 janvier 2013, les demandeurs ont augmenté leurs conclusions de la manière
suivante : 

 

"1.             
P.________ est condamné à verser à Y.________,              
respectivement I.________ Sàrl, un montant de CHF 116'141.-, plus              
intérêt à 5% dès le 30 novembre 2011. 

 

2.
              Le tout, avec suite de
frais et dépens."

 

             
Par avis du 31 janvier 2013, le Juge délégué du Tribunal civil de l'arrondissement de
Lausanne a informé le conseil des demandeurs que la cause était transmise à la Chambre
patrimoniale cantonale au vu de la valeur litigieuse des nouvelles conclusions de ses clients. 

 

             
Le 8 mai 2013, le défendeur a déposé une duplique devant la Chambre patrimoniale cantonale
confirmant ses conclusions prises dans sa réponse le 18 septembre 2012. 

 

             
L'audience de premières plaidoiries a eu lieu le 25 juin 2013.

 

 

             
En droit
:

 

1.             
La décision dont est recours a été
rendue par un juge délégué de la Chambre patrimoniale cantonale statuant sur une requête
d'assistance judiciaire en application de l'art. 39 CDPJ (Code de droit privé judiciaire vaudoise
du 12 janvier 2010, RSV 211.02) statuant en procédure sommaire, les règles de l'art. 119
CPC étant mutatis mutandis
applicables au moins par analogie (Tappy, CPC commenté, Bâle 2011, n. 8 ad art. 120 CPC, p.
493). 

 

             
L'art. 319 let. b ch. 1 CPC ouvre la voie du recours contre les décisions et ordonnances d'instructions
de première instance pour lesquelles un recours est expressément prévu par la loi. Tel
est le cas en l'espèce (art. 121 CPC). Le recours écrit et motivé (art. 321 al. 1 CPC)
doit s'exercer dans un délai de dix jours (art. 321 al. 2 CPC). 

 

             
Motivé et déposé en temps utiles par une partie qui a un intérêt à recourir,
le recours est recevable à la forme. 

 

 

2.             
Le recours est recevable pour violation du droit
et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). S'agissant de la violation du droit,
l'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen (Spühler, Basler Kommentar, in
Schweizerische Zivilprozessordnung, Bâle 2013, n. 26 ad art. 319 CPC, p. 1811); elle revoit librement
les questions de droit soulevées par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux
de l'autorité précédente ou du recourant (Hohl, Procédure civile, Tome II, 2e
éd., Berne 2010, n. 2508, p. 452). S'agissant de la constatation manifestement inexacte des faits,
ce grief, comme pour l'art. 97 al. 1 LTF (loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005, RS 173.110),
ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion se recoupant en définitive avec l'appréciation
arbitraire des preuves (Jeandin, CPC commenté, op.
cit., n. 5 et 6 ad art. 320 CPC, p. 1276; Corboz
et alii, Commentaire de la LTF, Berne 2009, n. 19 ad art. 97, p. 941). Les constatations de fait et l'appréciation
des preuves sont arbitraires lorsqu'elles sont évidemment fausses, contredisent d'une manière
choquante le sentiment de la justice et de l'équité, reposent sur une inadvertance manifeste
ou un abus du pouvoir d'appréciation, par exemple si l'autorité s'est laissé guider par
des considérations aberrantes ou a refusé de tenir compte de faits ou de preuves manifestement
décisifs. Une constatation de fait n'est donc pas arbitraire pour la seule raison que la version
retenue par le juge ne coïncide pas avec celle du recourant; encore faut-il que l'appréciation
des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective,
qu'elle repose sur une inadvertance manifeste, ou encore qu'elle heurte de façon grossière
le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 129 I 8 c. 2.1).

 

 

3.             
a) La recourante fait valoir que les conditions
de l'art. 120 CPC ne sont pas réalisées. Elle prétend que le premier juge ne s'est pas
fondé sur une modification de l'état de fait ou sur des faits existant au moment de la première
décision et qui lui seraient restés inconnus, mais s'est limité à reconsidérer
la première décision d'octroi de l'assistance judiciaire, ce qui n'est pas admissible dans
le cadre de l'art. 120 CPC. Elle dénonce également une violation de son droit d'être entendue,
dès lors que le premier juge ne lui a pas donné l'occasion de s'exprimer avant de rendre le
prononcé de retrait de l'assistance judiciaire. 

 

             
b)
En vertu de l’art. 117 CPC, une personne a droit à l’assistance judiciaire lorsqu’elle
ne dispose pas de ressources suffisantes et que sa cause ne paraît pas dépourvue de toute chance
de succès. L’octroi de l’assistance judiciaire obéit ainsi à deux conditions
cumulatives : l’absence de ressources suffisantes et de chances de succès de la procédure.
Ces conditions coïncident avec celles découlant du droit à l’assistance judiciaire,
tel que garanti par l’art. 29 al. 3 Cst. (Constitution fédérale du 18 avril 1999, RS
101). Il convient de ne pas être trop sévère lors de l'examen des chances de succès
de la cause au sens de l'art. 117 let. b CPC. Pour accorder l'assistance judiciaire, point n'est besoin
qu'une victoire du requérant paraisse probable, ni même plus vraisemblable qu'une défaite
(Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au Code de procédure civile suisse,
FF 2006, spéc. 6912). Selon la jurisprudence, une procédure doit être tenue pour dépourvue
de chances de succès si les chances de la gagner sont sensiblement  inférieures aux risques
de la perdre et ne peuvent guère être qualifiées de sérieuses au point qu'une personne
raisonnable et disposant des ressources nécessaires ne l'entreprendrait pas (ATF 129 I 129 c. 2.3.1,
JT 2005 IV 300). Selon Tappy, cette appréciation doit se faire sur la base des éléments
pouvant être connus au moment d'examiner la requête d'assistance judiciaire (Tappy, CPC commenté,
op. cit.,
n. 31 ad art. 117 CPC, p. 474). 

 

             
Selon l'art. 120 CPC, le tribunal retire l'assistance judiciaire lorsque les conditions d'octroi ne sont
plus remplies ou qu'il s'avère qu'elles ne l'ont jamais été. Le retrait de l'assistance
judiciaire peut intervenir en tout temps; selon Tappy, elle pourrait même être retirée
si les éléments justifiant son retrait ne sont découverts qu'après la clôture
de la procédure dans laquelle elle avait été accordée (Tappy, CPC commenté,
op. cit.,
n. 10 ad art. 120 CPC, p. 493). Si le tribunal envisage le retrait, il devra dans ce cas interpeller
le bénéficiaire en lui donnant l'occasion de se déterminer (TF 4P_300/2005 c. 2.2 et 3.3
du 15 décembre 2005) oralement ou plus généralement par écrit (Tappy, CPC commenté,
op. cit.,
n. 8 ad art. 120 CPC, p. 493).

 

             
c)
Au moment où le premier juge a statué sur l'assistance judiciaire, il avait à disposition
les éléments nécessaires pour juger de la situation financière de la recourante et
de son associé Y.________ au regard de la jurisprudence fédérale. Cette dernière
avait été du reste largement exposée dans la requête d'assistance judiciaire. 

 

             
Il en va de même s'agissant des chances de succès, puisqu'il disposait au moment où il
a statué de la demande de la recourante ainsi que des offres de preuve à l'appui des allégués.
Le premier juge indique dans sa décision de retrait "qu'au vu des moyens de preuve offerts,
à savoir le contrat de vente lui-même et un extrait du registre du commerce de la société,
la seule allégation selon laquelle le demandeur voulait conclure pour le compte de la demanderesse
apparaît insuffisante pour démontrer que celle-ci est légitimée à faire valoir
des droits en vertu de ce contrat". Or, ces moyens de preuve étaient déjà offerts
à l'appui des allégués 1 à 3 de la demande du 14 mars 2012, allégués qui
traitent précisément de la problématique susmentionnée. 

 

             
Ainsi, la décision de retrait du premier juge apparaît être en réalité une décision
de reconsidération puisqu'on ne peut dire que le tribunal n'ait pas pu connaître, au moment
où il a octroyé l'assistance judiciaire, les éléments qui auraient dû le conduire
à refuser l'assistance judiciaire. Il avait l'ensemble des éléments à disposition.
Les écritures postérieures, de même que l'audience de premières plaidoiries, n'ont
pas apporté d'éléments nouveaux sur ces questions. 

 

             
A cela s'ajoute une violation du droit d'être entendue de la recourante, le magistrat ayant retiré
l'assistance judiciaire sans lui donner l'occasion de s'exprimer sur le sujet. 

             

 

4.             
a)
Au vu de ce qui précède, le recours doit donc être admis et la décision entreprise
annulée. Il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens, la partie adverse n'ayant pas été
invitée à se déterminer. 

 

             
L'arrêt peut être rendu sans frais (art. 119 al. 6 CPC). 

 

             
b)
L'assistance judicaire est accordée à la recourante pour la présente procédure, les
conditions de l'art. 117 CPC étant satisfaites. 

 

             
Le conseil d'office de la recourante a déposé, le 22 octobre 2013, une liste des opérations
dont il ressort qu'il a consacré environ cinq heures et trente-cinq minutes à la procédure
de recours, ce qui apparaît justifié vu l'ampleur du litige. Au tarif horaire de 180 fr. (art.
2 RAJ [règlement sur l'assistance judicaire en matière civile du 7 décembre 2010, RSV
211.02.3]), l'indemnité d'honoraires doit être fixée à 1'005 francs. S'agissant des
débours, c'est une montant de 13 fr. qui sera alloué au conseil d'office de la recourante (art.
3 al. 1 RAJ). L'indemnité d'office du conseil de la recourante doit ainsi être fixée à
1'099 fr. 45, arrondi à 1'100 fr., TVA incluse ([1005 fr. + 13 fr. ] + 8 %).

 

             
Dans la mesure de l'art. 123 CPC, le bénéficiaire de l'assistance judiciaire est tenu au remboursement
de l'indemnité à son conseil d'office mis à la charge de l'Etat. 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
Le prononcé est annulé, I.________ Sàrl demeurant au bénéfice de l'assistance
judiciaire.

 

             
III.             
L'arrêt est rendu sans frais ni dépens.

 

IV.             
L'assistance judiciaire est accordée à
la recourante I.________ Sàrl pour la présente procédure de recours.

 

V.               
L'indemnité d'office de Me Jean-Michel Duc,
conseil de la recourante, est fixée à 1'100 fr. (mille cent francs), TVA et débours compris.

 

VI.             
Le bénéficiaire de l'assistance judiciaire
est, dans la mesure de l'art. 123 CPC, tenu au remboursement de l'indemnité du conseil d'office
mise à la charge de l'Etat. 

 

VII.           
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

Du
27 août 2013

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Jean-Michel Duc (pour I.________ Sàrl).

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

-          
M. le Juge délégué de la Chambre
patrimoniale cantonale.

 

             
Le greffier :