# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** b9b8bbc7-2e21-52ff-9cf7-e72bb01f7ea8
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2011-09-02
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 02.09.2011 E-3089/2008
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-3089-2008_2011-09-02.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

Cour V
E­3089/2008

A r r ê t   d u   2   s e p t emb r e   2 0 1 1

Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège), 
Emilia Antonioni, Kurt Gysi, juges,
Céline Berberat, greffière.

Parties A._______, née le (…),
Togo,
représentée par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s 
(SAJE), en la personne de (…),
recourante, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM), 
Quellenweg 6, 3003 Berne, 
autorité inférieure. 

Objet Asile et renvoi ; 
décision de l'ODM du 10 avril 2008 / N (…) .

E­3089/2008

Page 2

Faits :

A. 
Le 12 juin 2001, A._______ a déposé une première demande d'asile en 
Suisse. Celle­ci a été  rejetée par décision du 28  février 2003 de  l'Office 
fédéral  des  réfugiés  (ODR,  actuellement  Office  fédéral  des  migrations, 
ODM)  qui  a  également  prononcé  le  renvoi  de  l'intéressée  ainsi  que 
l'exécution de cette mesure. Le recours interjeté contre ce prononcé a été 
déclaré  irrecevable  par  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière 
d'asile (CRA), le 26 mai 2003.

Par  courrier  du  25  septembre  2003,  l'autorité  cantonale  compétente  a 
signalé à l'ODM de la disparition de l'intéressée depuis le 16 août 2003.

B. 
Le 3 mars 2008, A._______ a déposé une seconde demande d'asile au 
Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe.

Entendue sommairement,  le 17 mars 2008, puis sur ses motifs d'asile le 
28 mars 2008, elle a déclaré avoir quitté le territoire suisse en juin 2004 
de façon non contrôlée par les autorités suisses, pour gagner Paris puis 
Lomé,  par  avion,  et  aurait  voyagé  en  étant  munie  d'un  laissez­passer 
obtenu grâce à l'aide d'un concitoyen. Elle serait veuve et mère de quatre 
enfants  pratiquement  tous  devenus  adultes.  Elle  aurait  été membre  de 
l'Union des forces de changement (UFC) depuis 1994 et aurait assisté à 
certaines  réunions  politiques  rassemblant  des  femmes,  mais  sans 
exercer d'activités particulières pour ledit parti depuis son retour au pays. 
Avec  deux  associées,  B._______  et  C._______,  inscrites  au  syndicat, 
elle aurait, à parts égales, exploité depuis le mois de décembre 2006 un 
atelier de couture, à Z._______, dans l'immeuble où elle habitait.

Le  (…)  janvier 2008, deux  femmes se seraient présentées à  l'atelier de 
couture  et  auraient  demandé  à  l'intéressée  de  leur  confectionner  des 
tenues  en  vue  du  défilé  du  13  janvier  suivant.  Suite  au  refus  de  la 
recourante,  motivé  par  une  surcharge  de  travail  et  l'inopportunité  d'un 
traitement  prioritaire  de  cette  commande,  les  deux  clientes  auraient 
menacé de faire fermer l'atelier si elles n'obtenaient pas satisfaction. Une 
des  clientes  aurait  même  fait  tomber  une  machine  sur  le  pied  d'une 
associée, laquelle aurait réagi en lacérant, à l'aide de ciseaux, les pagnes 
des  clientes.  Suite  à  cette  altercation,  celles­ci  se  seraient  absentées 

E­3089/2008

Page 3

environ  30 à  40 minutes  et  seraient  revenues à  l'atelier  accompagnées 
par  quatre  gendarmes,  en  uniforme  ou  treillis  kaki,  qui  auraient 
commencé à frapper l'associée précédemment  impliquée, voire les deux 
associées. La recourante serait intervenue pour tenter de faire cesser ces 
actes de violence et aurait été giflée par un policier. Elle aurait alors pris 
le fer à repasser à charbon pour se défendre et aurait brûlé le gendarme 
à sa poitrine ou,  selon une autre  version,  lancé  le  fer  sur  la poitrine du 
gendarme qui aurait été brûlé par des morceaux de charbon sortis du fer. 
Elle  se  serait  enfuie  par  la  porte  d'entrée  de  l'atelier  et  aurait 
immédiatement  pris  la  fuite  grâce  à  un  taxi­motocyclette.  Elle  se  serait 
réfugiée chez une amie et associée en affaires, prénommée D._______, 
laquelle écoulait  sur  les marchés  les habits produits par son atelier.  Il  y 
serait restée quatre  jours. D._______ se serait rendue au domicile de la 
recourante  pour  y  récupérer  des  habits.  Des  dirigeants  de  l'UFC  lui 
auraient rendu visite pour s'enquérir de sa situation. Le (…) janvier 2008, 
son  fils  cadet E._______,  l'aurait  informée que, durant  le  soir ou  la nuit 
passée, des policiers avaient  fouillé  le domicile qu'il partageait avec son 
aîné,  à  une  autre  adresse  que  le  sien,  et,  ne  l'y  ayant  pas  trouvée, 
auraient procédé à  l'arrestation de cet aîné, F._______, qui pratiquait  le 
métier  d'imprimeur.  Le  lendemain,  elle  se  serait  réfugiée  durant  deux 
semaines chez sa tante, également domiciliée à Z._______. Elle y aurait 
reçu à deux reprises des dirigeants de l'UFC, ainsi que des représentants 
de la Ligue togolaise pour les Droits de l'Homme (LTDH), qui, après avoir 
mené  leur  propre  enquête,  l'auraient  informée  que  les  brûlures  dont 
souffrait  l'agent  avaient  nécessité  son  hospitalisation  et  lui  auraient 
conseillé  de  quitter  le  pays,  tout  en  lui  remettant  une  lettre  de 
recommandation datée du 25 janvier 2008. D._______ lui aurait procuré 
le produit des dernières ventes d'habits qu'elle était allée récupérer. Elle 
aurait  quitté  Z._______  pour  gagner  (…),  village  dans  lequel  elle  aurait 
séjourné  trois  jours,  puis  aurait  embarqué,  le  31 janvier  2008,  à  bord 
d'une pirogue à destination du Bénin. Elle serait  restée environ un mois 
au Bénin, où elle aurait vécu d'abord dans un camp de réfugiés à Lomé­
Agamé,  puis,  à  partir  du  7  février  2008,  à Cotonou,  où  elle  aurait  logé 
dans  des  locaux  du  Haut  Commissariat  des  Nations  Unies  pour  les 
réfugiés (HCR). Elle y aurait rencontré un passeur qui  lui aurait proposé 
de l'aider à rejoindre l'Europe pour un montant de 1'850'000 CFA. N'étant 
pas en possession de cette somme d'argent, elle aurait demandé à son 
amie D._______ de  lui apporter  le montant requis. Le 2 mars 2008, elle 
aurait  quitté  le Bénin,  par avion,  à destination de Paris,  en étant munie 
d'un  passeport  béninois  établi  par  le  passeur,  et  grâce  à  l'aide  d'une 
femme  prénommée  G._______  qui  se  serait  chargée  d'accomplir  les 

E­3089/2008

Page 4

formalités  à  l'aéroport.  Elle  aurait  remis  son  passeport  d'emprunt  à  un 
homme  qui  l'attendait  à  l'aéroport  de Charles­de­Gaulle  à Paris­Roissy. 
Elle aurait ensuite poursuivi son voyage en train jusqu'en Suisse, où elle 
serait entrée illégalement le 3 mars 2008.

C. 
A  l'appui  de  sa  première  demande  d'asile,  la  recourante  a  produit  une 
carte  d'identité  délivrée  le  (…)  2001.  Lors  du  dépôt  de  sa  seconde 
demande d'asile, elle a versé au dossier une copie de son billet d'avion 
du  4  juin  2004,  une  copie  d'une  reconnaissance  de  remboursement 
partiel  de  son  billet  d'avion,  signée  le  11  juin  2004  par  elle­même,  une 
attestation  et  une  confirmation  de  vente  du même billet  d'avion,  datées 
toutes deux du 22 janvier 2008 et émanant de l'agence de voyage et de 
tourisme  H._______.  De  plus,  elle  a  déposé  une  carte  de  membre  de 
l'UFC établie  le  (…) 2004,  une attestation de  l'UFC du 15  janvier 2008, 
ainsi qu'une recommandation de la LTDH du 25 janvier 2008, signée par 
un dénommé I._______.

D. 
Par décision du 10 avril 2008, notifiée  le même jour,  l'Office  fédéral des 
migrations  (ODM)  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  la  recourante,  après 
avoir conclu que les déclarations de celle­ci n'étaient pas vraisemblables 
au sens de l'art. 7 de la loi sur l'asile du 26 juin 1998 (LAsi, RS 142.31).

Cet office a  relevé que  le  retour de  la  recourante au Togo en  juin 2004 
n'était pas établi  ; en particulier,  les attestations de l'agence de voyages 
togolaise,  émises  trois ans après  ce  retour,  et  produites en photocopie, 
n'étaient pas susceptibles d'en prouver  la  réalité de son  retour au pays. 
En  outre,  ses  explications  quant  aux  raisons  pour  lesquelles  elle  aurait 
renoncé à  solliciter  l'aide des autorités  suisses pour  retourner  au Togo, 
suite au rejet de sa première demande d'asile, étaient divergentes et peu 
plausibles.

Dit  office  a  estimé  que  le  récit  de  la  recourante  était  dénué  de  toute 
substance.  Il a observé que ses explications relatives à sa  fuite hors de 
l'atelier  de  couture,  après  avoir  brûlé  la  poitrine  du  gendarme,  n'étaient 
pas crédibles, dans la mesure où trois autres gendarmes étaient présents 
et auraient été en mesure de  la rattraper compte tenu de son âge et de 
ses difficultés à se déplacer. De même,  il a considéré que l'ordre donné 
par la police de procéder à la fouille du domicile des fils de la recourante 

E­3089/2008

Page 5

sans procéder à celle du propre domicile de cette dernière, était contraire 
à toute logique.

Selon  l'ODM,  l'attestation  de  l'UFC  du  15  janvier  2008  et  la 
recommandation  de  la  LTDH  du  25  janvier  2008  produites  par 
l'intéressée,  étaient  des  écrits  de  complaisance  commandités  ou 
confectionnés sur la base des indications de la recourante. Le contenu de 
ces pièces ne correspondait pas aux allégations de  la  recourante, dans 
ce  sens  qu'il  mentionnait  "une  militante  active"  de  l'UFC  (alors  qu'elle 
avait  déclaré  n'avoir  pas  exercé  une  quelconque  activité  pour  ce  parti, 
dès  lors  qu'elle  s'était  bornée  à  assister  à  des  réunions  de  femmes)  et 
"les  collaboratrices"  de  l'atelier  de  couture  (alors  qu'il  s'agissait 
d'associées).  Ces  pièces  n'étaient  donc  pas  de  nature  à  lever  les 
invraisemblances contenues dans le récit de la recourante. Il en allait de 
même de la "note de confirmation" de l'UFC, datée du 15 mars 2008, qui 
ne comportait aucun en­tête et avait été déposée en copie.

Par  même  décision,  l'ODM  a  prononcé  le  renvoi  de  la  recourante  de 
Suisse et l'exécution de cette mesure.

E. 
Par acte du 9 mai 2008, l'intéressée a recouru contre la décision précitée 
auprès  du  Tribunal  administratif  fédéral.  Elle  a  conclu  à  la 
reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile  et, 
subsidiairement, à  l'octroi d'une admission provisoire. Elle a demandé à 
être mise au bénéfice de l'assistance judiciaire partielle. 

Sur  le  fond,  la  recourante  a  contesté  les  éléments  d'invraisemblance 
retenus à son encontre par l'autorité de première instance. Elle a d'abord 
expliqué que, contrairement au constat de  l'ODM, elle avait sollicité une 
aide au retour auprès des autorités suisses, laquelle lui aurait été refusée 
parce son intention était alors de se rendre dans un autre pays d'Afrique 
que  son  pays  d'origine.  Elle  a  ensuite  soutenu  qu'elle  n'avait  attiré 
l'attention que du seul agent qu'elle avait blessé, car les deux autres qui 
se trouvaient dans l'atelier étaient occupés avec les autres protagonistes 
de l'affaire ; sa fuite était ainsi crédible. Elle a également fait valoir qu'elle 
n'avait jamais affirmé, contrairement à ce que laisse supposer la décision 
attaquée, que son domicile n'avait pas été perquisitionné ; à son avis, les 
policiers avaient certainement procédé à  la  fouille de son domicile et ne 
l'y  ayant  pas  trouvée,  s'étaient  rendus  à  celui  de  ses  fils.  Elle  a,  enfin, 
allégué que son fils F._______ avait été libéré au début du mois de mars 

E­3089/2008

Page 6

et était décédé le (…) 2008 à son domicile, consécutivement aux mauvais 
traitements subis lors de sa détention. Elle a fait valoir que, contrairement 
à  l'appréciation  de  l'ODM,  selon  laquelle  la  situation  au  Togo  s'était 
sensiblement améliorée depuis 2005, date des élections présidentielles, 
elle  risquait  toujours  d'être  victime  d'une  persécution  pour  avoir 
grièvement blessé une personne des forces de l'ordre, malgré l'usage par 
elle  de  la  légitime  défense  ;  elle  s'est  appuyée  sur  plusieurs  rapports 
d'organisations  internationales  mettant  en  exergue  les  défaillances  du 
système judiciaire togolais et l'impunité des policiers et des militaires, en 
particulier  sur  un  rapport  de  l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés 
(OSAR) du 9 avril 2008, qu'elle a versé au dossier. 

La  recourante  a  produit  trois  documents  à  l'appui  de  son  recours,  soit 
l'original  de  la  note  de  confirmation  du  15  mars 2008,  à  l'en­tête  cette 
fois­ci de l'UFC, une attestation du 18 avril 2008, toutes deux signées par 
J._______, secrétaire général adjoint de  l'UFC à Z._______, et enfin un 
faire­part du décès du fils cadet de la recourante. L'enveloppe d'envoi de 
ces trois documents a également été versée au dossier

F. 
Par ordonnance du 21 mai 2008, le juge instructeur a renoncé à percevoir 
une  avance  de  frais  de  procédure  présumés.  A  la  demande  de  la 
recourante,  il  lui  a  transmis  certains  des  moyens  de  preuve  produits 
devant  l'autorité  de  première  instance  et  lui  a  imparti  un  délai  pour 
compléter la motivation de son recours.

G. 
Dans  son  courrier  du  30  mai  2008,  la  recourante  a  observé  que  les 
moyens  de  preuve  déposés  en  procédure  et  relatifs  à  son  voyage  de 
retour au Togo en juin 2004, constituaient des indices de l'authenticité de 
son récit, car il s'agissait de documents originaux, imprimés sur du papier 
à  en­tête  de  l'agence  de  voyages  H._______,  qui  existait  réellement  à 
Z._______.

H. 
Par son courrier du 26 juin 2008, la recourante a produit deux photos de 
la tombe de son fils, accompagnées de leur enveloppe d'envoi.

I. 
Invité à se déterminer sur  le  recours,  l'ODM en a proposé  le  rejet, dans 
une réponse datée du 11 juillet 2008. Il a relevé que l'agence de voyages 

E­3089/2008

Page 7

H._______ à Z._______, était connue pour avoir établi des documents du 
même genre également pour d'autres demandeurs d'asile togolais, et que 
les documents concernant la recourante ne permettaient pas de lever les 
éléments  d'invraisemblance  affectant  ses  allégations  portant  sur  son 
voyage. Selon cet office,  les attestations émanant de  l'UFC, datées des 
15 mars et 18 avril 2008, n'avaient qu'une faible valeur probante, car de 
tels  écrits  étaient  régulièrement  établis  de  façon  complaisante,  sur  la 
base des seules informations données par les demandeurs : le décès du 
fils de la recourante ne pouvait donc pas être considéré comme établi. 

J. 
Dans sa réplique du 8 août 2008,  la  recourante a déclaré maintenir ses 
conclusions.  Elle  a  contesté  les  arguments  de  l'ODM  en  rappelant 
notamment que son récit avait été étayé par le document de la LTDH du 
25 janvier 2008 et par les photos de la tombe de son fils.

K. 
Par  courrier  du  5  février  2009,  la  recourante  a  fait  parvenir  au Tribunal 
deux  lettres  datées  du  12  janvier  2009  signées  par  K._______,  à 
Z._______ Celui­ci a déclaré avoir mené de "très longues investigations" 
et attesté des faits suivants :

Le  (…)  janvier  2008,  dans  l'atelier  de  la  recourante,  une  des  deux 
femmes du parti au pouvoir avait renversé une des machines qui blessa 
une  apprentie  ;  voulant  rendre  coup  par  coup,  cette  apprentie  avait 
découpé  en  petits  morceaux  les  tissus  apportés  par  les  deux  femmes. 
Lors  de  la  lutte  qui  s'était  engagée  après  le  retour  des  deux  femmes 
accompagnées  de  policiers,  la  recourante  avait  "fini  par  lancer  à  la 
poitrine  de  l'agent  qui  la  tabassait  son  fer  à  repasser  qui  se  trouvait  à 
portée de main". Grièvement brûlé au 3e degré à la poitrine, l'agent s'était 
évanoui. Il s'était échappé par la porte de secours de l'atelier. Il avait été 
admis  aux  soins  intensifs  au  (…);  il  s'y  trouvait  toujours,  au  12  janvier 
2009,  dans  un  état  critique,  ayant  du  mal  à  respirer  et  à  avaler  de  la 
nourriture. Parce que  la recourante était membre de  l'UFC,  les autorités 
avaient refusé d'y voir dans ses actes de la  légitime défense et  l'avaient 
accusée  de  "tentative  d'assassinat  d'un  agent  des  forces  de  l'ordre", 
d'être  responsable  "de petites brûlures sur  le  treillis" de  l'agent causées 
par le charbon de bois du fer à repasser, ainsi que d'avoir "osé découper 
en petits morceaux la tenue du défilé distribuée par  l'Etat chaque année 
pour le défilé du 13 janvier". Elle était recherchée non seulement par les 
forces de l'ordre, mais encore par les milices du parti gouvernemental qui 

E­3089/2008

Page 8

s'étaient  "déchaînées"  sur  les  membres  de  la  famille  de  la  recourante. 
F._______,  arrêté  par  les  forces  de  l'ordre,  avait  été  torturé  et  en  était 
mort après avoir été relaxé ; il était enterré au cimetière de (...). 

Le signataire de cette déclaration a précisé avoir décidé de ne pas faire 
de publicité sur cette affaire afin de ne pas mettre en danger les membres 
de la famille de la recourante.

L. 
Par décision incidente du 10 juin 2009, le Tribunal a requis la production 
du certificat de naissance et de décès du fils de la recourante F._______, 
ainsi  qu'une  attestation  médicale  pour  le  cas  où  ce  dernier  aurait  été 
hospitalisé  à  sa  sortie  de  prison  et  une  attestation  du  médecin  légiste 
pour le cas où son corps aurait été autopsié ; dans le cas contraire, une 
détermination de la recourante sur les raisons pour lesquelles il n'y aurait 
eu ni hospitalisation ni autopsie. Enfin,  il a été demandé à  la recourante 
de se renseigner auprès de K._______, afin qu'il spécifie précisément les 
sources médicales dont il faisait état dans sa lettre du 12 janvier 2009 et 
qu'il  donne  l'identité  complète  de  l'agent  de  police  qui  aurait  été  blessé 
par la recourante.

M. 
Le 10 juillet 2009, la recourante a produit une déclaration de naissance et 
une déclaration de décès de son fils F._______, imprimeur informaticien.

N. 
Le  30  août  2009,  la  recourante  a  versé  au  dossier  trois  certificats 
médicaux. 

Il  ressort  du  premier  rapport,  établi  le  27 mai 2008  par  le  Dr (…),  que 
l'intéressée  souffrait  de  lombalgies,  et  surtout  de  pygalgies  à  la  fesse 
gauche plus ou moins continuelles qui paraissaient provenir d'une sévère 
discarthrose,  pour  lesquelles  une  médication  lui  a  été  prescrite,  mais 
partiellement inefficace.

Le second rapport médical, établi par le Dr (…) indique que la recourante 
a  été  hospitalisée  du  3  au  16  décembre  2008  en  raison  d'une 
décompensation  psychotique. De  l'anamnèse,  il  ressort  en  particulier  le 
fait que l'intéressée a subi une agression à caractère raciste (coups reçus 
par trois jeunes hommes) en novembre 2002, lors de son premier séjour 
en Suisse,  à  la  suite  de  laquelle  elle  aurait  décidé  de  rentrer  dans  son 
pays d'origine. Le spécialiste a mis en évidence le développement chez la 

E­3089/2008

Page 9

recourante  d'une  agitation  psychomotrice  avec  désorganisation  du 
comportement  (elle  lacère  ses  draps  de  chambre)  et  des  angoisses  de 
persécution. Le diagnostic établi  fait  état d'un syndrome de stress post­
traumatique  (PTSD  ;  F 43.1)  et  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec 
symptômes  psychotiques  (F  32.3),  pour  lesquels  un  traitement 
médicamenteux a été prescrit (Amlodipine, Arthrotec, Cipralex, Risperdal, 
Temesta, Torasémide et Dafalgan) ;  la recourante présente des troubles 
psychotiques  florides  transitoires  et  fluctuants  (idées  de  concernement 
congruentes à  l'humeur) ainsi que des hallucinations acoustico­verbales 
avec une voix mauvaise (qui lui dit qu'elle est folle) et une bonne (Dieu lui 
communique qu'elle doit tout oublier). 

Un rapport médical du 24 août 2009 a été établi par  le Dr (…), médecin 
généraliste,  duquel  il  ressort  que  la  recourante  est  suivie  dans  son 
cabinet depuis le 7 juillet 2008 en raison de douleurs dorsales.

Un bref certificat daté du 4 juin 2009 a été établi par la psychologue (…) 
mentionnant  une  aggravation  de  l'état  de  santé  de  la  recourante  et  la 
prescription d'un traitement psychiatrique intégré.

O. 
Dans sa lettre du 15 octobre 2009, la recourante a soutenu que son état 
de santé psychique actuel faisait obstacle à l'exécution de son renvoi au 
Togo, dès lors qu'elle n'y bénéficierait pas d'un suivi psychiatrique ni d'un 
traitement adéquat et citait à ce titre deux rapports, l'un de l'Organisation 
suisse  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du  21 novembre 2006  sur  les  soins 
psychologiques  et  psychiatriques  au  Togo  et  l'autre  du  "Mental  health 
atlas 2005". Elle a produit également un certificat du 7 octobre 2009 établi 
par la psychologue (…), visé par le Dr (…) qui confirme que la recourante 
souffrait  d'un  PTSD  (F  43.1),  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec 
symptômes psychotiques (F32.3) et d'un trouble mixte de la personnalité 
à traits paranoïaques et à traits émotionnellement labiles, de type impulsif 
(F  61.0)  ;  elle  était  suivie  depuis  le  14 novembre 2008  à  raison  d'une 
séance  hebdomadaire  ;  de  l'anamnèse,  il  ressort  que  la  recourante  a 
travaillé comme (…) et s'est cassée le bras en mars 2009 en chutant sur 
son lieu de travail ; elle ressentait une certaine animosité envers elle de la 
part  des  personnes  qu'elle  côtoyait  en  Suisse  (collègues  de  travail, 
personnel du réseau de soins, etc.)  ; une aggravation de son état a été 
observée  depuis  le  début  de  la  prise  en  charge  ;  elle  bénéficiait  d'un 
traitement  psychothérapeutique  et  psychiatrique  intégré,  à  raison  d'une 
séance hebdomadaire, accompagné d'un  traitement médicamenteux. Le 

E­3089/2008

Page 10

pronostic  sans  traitement  indiquait  un  risque  élevé  de  décompensation 
psychotique  avec  passage  à  l'acte  hétéro­agressif.  Le  pronostic  avec 
traitement  indiquait  que  la  recourante  fonctionnait  mieux  dans  le  cadre 
instauré,  qu'elle  s'appuyait  sur  les  soignants  et  se  trouvait  dans  une 
relation de confiance avec ses thérapeutes.

P. 
Par courrier du 10 octobre 2009, le Dr (…) a fait parvenir au Tribunal un 
certificat  du  8  octobre  2009  qui  confirmait,  chez  la  recourante,  les 
diagnostics  psychiatriques précédents  ainsi  que des douleurs au genou 
droit, pour  lesquelles une  intervention chirurgicale pourrait être  indiquée 
pour  diminuer  l'instabilité  du  genou.  Il  a  fourni  en  annexe  une  lettre  du 
Dr (…), chirurgien orthopédique, qui indiquait une arthrose étendue dans 
la  région  fémoro­patellaire  ainsi  qu'une  rupture  complète  du  ligament 
croisé antérieur.

Q. 
Dans  son  courrier  du  12  novembre  2009,  la  recourante  a  indiqué  avoir 
contacté  K._______  par  courrier  électronique  afin  d'obtenir  les 
renseignements requis par le Tribunal (cf. let. L) et a déposé une lettre du 
31 octobre 2009 rédigée par ce dernier, accompagnée de son enveloppe 
d'envoi, postée au Ghana. Dans cet écrit, K._______ indiquait qu'il n'était 
pas en mesure de donner  les détails  requis par  le Tribunal,  car en  tant 
que  (…),  il  était  tenu  à  une  obligation  de  confidentialité  et  ne  pouvait 
dévoiler  les  échanges  qu'il  avait  eus  avec  les  témoins  de  la  scène,  le 
"militaire" en question et le médecin traitant. Il a ajouté avoir entendu des 
paroles de vengeance de  la part des acolytes du "militaire" brûlé, venus 
lui  rendre visite à  l'hôpital  ;  ils auraient  reçu  l'ordre de  leur supérieur de 
retrouver la recourante.

R. 
Par courrier du 12 mai 2011,  la recourante a versé en cause un rapport 
médical actualisé  relatif à ses  troubles somatiques, établi  le 6 mai 2011 
par  le Dr (…), duquel  il  ressort qu'elle souffrait  toujours de douleurs  très 
importantes  et  quotidiennes  au  niveau  des membres  inférieurs  (surtout 
aux genoux) et au dos ; ses déplacements à pied étaient parfois difficiles 
et  lents ; un lit électrique a été  installé à son domicile afin d'atténuer  les 
douleurs  durant  la  nuit  ;  le  spécialiste  a  également  constaté  chez  la 
recourante un état dépressif fluctuant chronique avec, durant les phases 
d'aggravation,  une  importante  irritabilité  et  colère  contre  les  différents 
intervenants  sociaux  ou  médicaux ;  l'ensemble  de  ces  pathologies 

E­3089/2008

Page 11

limitaient  nettement  sa  capacité  d'activité  et  la  confrontaient,  durant  les 
périodes  de  crise,  à  des  difficultés  relationnelles  ;  le  diagnostic  indique 
des gonalgies gauches et droites chroniques, des lombalgies chroniques 
et une hypertension artérielle traitée ; une médication contre les douleurs 
a  été  prescrite  (Tramal,  Dafalgan  et  injections  biannuelles  de  vitamine 
D 3)  ;  le  suivi  médical  se  poursuivait  à  raison  d'une  consultation 
mensuelle  ;  le  pronostic  sans  traitement  indique  une  aggravation  des 
douleurs  et  des  symptômes psychiques  et  un  risque  d'isolement  social, 
voire  de  marginalisation  ;  le  traitement  médicamenteux  et  le  travail  en 
réseau permettaient la stabilisation des douleurs et de l'état dépressif.

Le spécialiste a transmis d'autres certificats qui étaient en sa possession, 
à  savoir  deux  certificats  des  6  et  14  septembre  2010  du  Dr (…), 
radiologue,  indiquant  que  deux  analyses  par  IRM  (imagerie  par 
résonance  magnétique)  ont  été  pratiquées,  l'une  du  genou  gauche  et 
l'autre  de  la  partie  lombaire,  et  un  certificat  du  21  décembre  2010  du 
Dr (…),  rhumatologue,  confirmant  le  diagnostic  physique  établi  par  le 
Dr (…), notamment la capacité limitée de l'intéressée à se déplacer.

S. 
Par  courrier  du  7  juin  2011,  la  recourante  a  produit  un  rapport médical 
actualisé  relatif à ses  troubles psychosomatiques, établi  le 31 mai 2011 
par  la psychologue (…), visé par (…). La spécialiste  indique que depuis 
l'établissement de son dernier rapport (7 octobre 2009), l'état de santé de 
la  recourante  est  marqué  par  une  légère  amélioration  ponctuée 
cependant par des rechutes fréquentes en lien avec le contexte de vie de 
cette  dernière  ;  l'intéressée  s'est  récemment  montrée  désorganisée  et 
réactive,  avec  des  comportements  d'opposition  (par  exemple  rejet  des 
soins ou de  la médication prescrite),  des problèmes  relationnels,  et  par 
moment,  une  grande  tristesse  ;  elle  a  le  sentiment  d'être  abandonnée, 
voire  persécutée  par  le  réseau  psycho­médico­social.  Concernant  la 
capacité de  travail,  la spécialiste précise que  la  recourante a dû cesser 
son  activité  de  couturière  en  raison  de  douleurs  importantes  aux 
membres  inférieurs  ;  le  diagnostic  indique  un  épisode  dépressif  sévère 
sans  symptômes  psychotiques  (F 32.2),  des  troubles  mixtes  de  la 
personnalité  (F 61) et une modification durable de  la personnalité après 
expérience de catastrophe (F 62),  faisant suite à un état de stress post­
traumatique (F 43.1)  ;  la médication antidépressive actuelle se compose 
de Fluctine, Risperdal et Tranxilium ; l'utilisation de génériques n'est pas 
possible  avec  ces  trois  classes  thérapeutiques  ;  l'intéressée  bénéficie 
également d'un  traitement psychiatrique et psychothérapeutique  intégré, 

E­3089/2008

Page 12

à  raison d'une séance bimensuelle ou hebdomadaire durant  les phases 
de péjoration  ;  les pronostics avec et  sans  traitement  sont  réservés  ;  la 
fragilité de l'intéressée fait craindre un risque de décompensation aiguë.

T. 
Les  autres  faits  déterminants  ressortant  du  dossier  seront  évoqués  si 
nécessaire dans les considérants en droit qui suivent.

Droit :

1. 

1.1.  En  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal 
administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral 
(ci­après  :  le Tribunal) connaît des recours contre  les décisions au sens 
de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure 
administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par 
l'ODM  concernant  l'asile  et  le  renvoi  –  lesquelles  n'entrent  pas  dans  le 
champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le 
TAF  conformément  à  l'art.  33  let.  d  LTAF  (à  laquelle  renvoie  l'art.  105 
LAsi). 

1.2. Le Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  du  présent  litige.  Il 
statue  de  manière  définitive  (cf.  art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du 
17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que 
ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent 
autrement.

1.4. La recourante a qualité pour recourir (cf. art 48 PA). Présenté dans la 
forme (art. 52 PA) et dans le délai prescrits par la loi (art. 108 al. 1 LAsi), 
le recours est recevable.

2. 

2.1.  En  matière  administrative,  l'autorité  dirige  la  procédure. 
Conformément au principe de la maxime inquisitoriale, elle définit les faits 
pertinents et ne  tient pour existants que ceux qui sont dûment prouvés. 
Elle  constate  donc  les  faits  d'office  et  administre  les  preuves  qui  lui 

E­3089/2008

Page 13

paraissent  nécessaires  (cf.  art.  12  PA,  applicable  par  le  renvoi  de 
l'art. 6 LAsi). Il  lui appartient d'établir elle­même les faits pertinents, dans 
la mesure où  l'exige  la correcte application de  la  loi  (cf. PIERRE MOOR  / 
ETIENNE POLTIER, Droit administratif, vol. II, 3e éd., Berne 2011, p. 293s.).

Il y a  lieu de rappeler que s'il  régit  le droit administratif,  le principe de la 
maxime inquisitoire n'est pas pour autant  illimité.  Il a son corollaire dans 
le devoir de collaboration des parties (cf. art. 8 al. 1 LAsi et art. 13 PA ; 
ATF  112  Ib  65  consid.  3,  ATF  110 V  48  consid.  4a).  Le  principe  de  la 
maxime  inquisitoire  est  ainsi  limité,  dans  la  mesure  où  l'autorité 
compétente  ne  procède  pas  spontanément  à  des  constatations  de  fait 
complémentaires  que  si  les  indices  correspondants  ressortent  des 
allégués ou des pièces du dossier (cf. ATAF 2009/57 consid. 1.2 p. 798). 
En  procédure  d'asile,  l'intéressé  a  l'obligation  de  collaborer  (cf. 
art. 8 LAsi) et  il  lui appartient de rendre vraisemblables les faits allégués 
(cf. art. 7 LAsi), dès  lors qu'ils s'agit de  faits qu'il est mieux à même de 
connaître, puisqu'ayant trait à sa situation personnelle.

2.2. 

2.2.1. Sont  des  réfugiés  les  personnes  qui,  dans  leur  Etat  d'origine  ou 
dans  le  pays  de  leur  dernière  résidence,  sont  exposées  à  de  sérieux 
préjudices ou  craignent  à  juste  titre  de  l'être  en  raison de  leur  race,  de 
leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social 
déterminé ou de  leurs opinions politiques. Sont notamment considérées 
comme de sérieux préjudices  la mise en danger de  la  vie,  de  l'intégrité 
corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une 
pression psychique  insupportable.  Il  y a  lieu de  tenir  compte des motifs 
de fuite spécifiques aux femmes (art. 3 LAsi).

La  crainte  face  à  des  persécutions  à  venir,  telle  que  comprise  à 
l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée 
dans  les  faits,  et  intègre  également  dans  sa  définition  un  élément 
subjectif.  Sera  reconnu  comme  réfugié  celui  qui  a  de  bonnes  raisons, 
c'est­à­dire  des  raisons  objectivement  reconnaissables  pour  un  tiers 
(élément  objectif),  de  craindre  (élément  subjectif)  d'avoir  à  subir  selon 
toute  vraisemblance  et  dans  un  avenir  prochain  une  persécution 
(cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en 
matière d'asile  [JICRA] 2000 n° 9 consid. 5a p. 78 et JICRA 1997 n  10 
consid. 6 p. 73 ainsi que  les  références de  jurisprudence et de doctrine 
citées). Sur le plan subjectif, il doit être tenu compte des antécédents de 

E­3089/2008

Page 14

l'intéressé, notamment de  l'existence de persécutions antérieures, et de 
son  appartenance  à  un  groupe  ethnique,  religieux,  social  ou  politique 
l'exposant plus particulièrement à de  telles mesures; en particulier, celui 
qui a déjà été victime de mesures de persécution a des raisons objectives 
d'avoir une crainte (subjective) plus prononcée que celui qui en est l'objet 
pour la première fois (cf. JICRA 1994 n° 24 p. 171ss et JICRA 1993 n° 11 
p. 67ss). Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices 
concrets  qui  peuvent  laisser  présager  l'avènement,  dans  un  avenir  peu 
éloigné et selon une haute probabilité, de mesures   déterminantes selon 
l'art.  3  LAsi.  Il  ne  suffit  pas,  dans  cette  optique,  de  se  référer  à  des 
menaces hypothétiques,  qui  pourraient  se  produire  dans un avenir  plus 
ou moins lointain (cf. JICRA 2004 no 1 consid. 6a p. 9, JICRA 1993 n° 21 
p. 134ss et  JICRA 1993 n° 11 p. 67ss  ; MINH SON NGUYEN, Droit  public 
des  étrangers,  Berne  2003,  p. 447ss  ;  MARIO  GATTIKER,  La  procédure 
d'asile et de renvoi, Berne 1999, p. 69s ; ALBERTO ACHERMANN / CHRISTINA 
HAUSAMMANN, Les notions d'asile et de réfugié en droit suisse, in : Walter 
Kälin  (éd.), Droit des  réfugiés, enseignement de 3e cycle de droit 1990, 
Fribourg  1991,  p.  44  ;  ACHERMANN  /  HAUSAMMANN,  Handbuch  des 
Asylrechts,  2e  éd.,  Berne/Stuttgart  1991,  p.  108ss  ;  WALTER  KÄLIN, 
Grundriss des Asylverfahrens, Bâle/Francfort­sur­le­Main 1990, p. 126 et 
143ss  ;  SAMUEL  WERENFELS,  Der  Begriff  des  Flüchtlings  im 
schweizerischen Asylrecht, Berne 1987, p. 287ss).

2.2.2. Quiconque  demande  l'asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du moins 
rendre  vraisemblable  qu'il  est  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est 
vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement 
probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 
des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont 
contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de 
manière  déterminante  sur  des  moyens  de  preuve  faux  ou  falsifiés 
(art. 7 LAsi).

Conformément  à  l'art.  7  al.  3  LAsi,  des  allégations  sont 
vraisemblables,  lorsque,  sur  les  points  essentiels,  elles  sont 
suffisamment  fondées  (ou  :  consistantes),  concluantes  (ou  : 
constantes  et  cohérentes)  et  plausibles  et  que  le  requérant  est 
personnellement  crédible.  Les  allégations  sont  fondées,  lorsqu'elles 
reposent  sur  des  descriptions  détaillées,  précises  et  concrètes,  la 
vraisemblance  de  propos  généraux,  voire  stéréotypés  étant 
généralement  écartée.  Elles  sont  concluantes,  lorsqu'elles  sont 
exemptes de contradictions entre elles, d'une audition à l'autre ou avec 

E­3089/2008

Page 15

les déclarations d'un tiers (par exemple, proche parent) sur les mêmes 
faits.  Elles  sont  plausibles,  lorsqu'elles  correspondent  à  des  faits 
démontrés (en particulier aux circonstances générales régnant dans le 
pays d'origine) et sont conformes à la réalité et à l'expérience générale 
de  la vie. La crédibilité du  requérant d'asile  fait défaut non seulement 
lorsque  celui­ci  s'appuie  sur  des moyens  de  preuve  faux  ou  falsifiés, 
mais  encore  s'il  dissimule  des  faits  importants,  en  donne  sciemment 
une  description  erronée,  modifie  ses  allégations  en  cours  de 
procédure ou en rajoute de façon tardive et sans raison apparente ou 
s'il  enfreint  son  obligation  de  collaborer  (cf. art. 8  LAsi).  Quand  bien 
même la vraisemblance autorise l'objection et le doute, ceux­ci doivent 
toutefois  paraître  d'un  point  de  vue objectif moins  importants  que  les 
éléments  parlant  en  faveur  de  la  probabilité  des  allégations.  Lors  de 
l'examen  de  la  vraisemblance  des  allégations  de  fait  d'un  requérant 
d'asile, il s'agit pour l'autorité de pondérer les signes d'invraisemblance 
en dégageant une impression d'ensemble et en déterminant, parmi les 
éléments  militant  en  faveur  ou  en  défaveur  de  cette  vraisemblance, 
ceux  qui  l'emportent  (cf. JICRA 2005  n° 21  consid. 6.1  p. 190 s., 
JICRA 2004 n° 1 consid. 5a p.4s, JICRA 1996 n° 28 consid. 3a p. 270, 
JICRA 1994  n° 5  consid. 3c  p. 43 s. ;  NGUYEN,  op.  cit.,  p. 507 ss; 
KÄLIN, op. cit., p. 302 ss).

3. 

En l'espèce, à l'instar de l'ODM, le Tribunal retient que les déclarations de 
la  recourante ne satisfont pas aux exigences  requises pour admettre  la 
vraisemblance des faits allégués.

3.1. En effet, ses déclarations et les documents qui les étayent ne sont ni 
plausibles  ni  concluants  sur  un  fait  essentiel,  celui  qui  a  trait  aux 
blessures  infligées  à  l'agent  de  police.  La  recourante  a,  devant  l'ODM, 
toujours indiqué avoir blessé l'agent de police à la poitrine, bien qu'elle se 
soit contredit sur  la manière dont elle  l'a blessé (apposition du fer sur  le 
treillis ou  lancer du  fer qui  serait  retombé au sol,  les brûlures ayant été 
causées non pas par le fer lui­même, mais par les morceaux de charbon); 
dans ces conditions, et dès lors qu'il atteste d'une grave blessure au cou, 
le document de la LTDH du 25 janvier 2008 (signé par une personne qui 
porte pratiquement le même patronyme que les enfants de la recourante), 
ne peut  être  considéré  comme  fiable,  cela  d'autant moins qu'il  rapporte 
les  faits  d'une  manière  imprécise  et  incomplète,  et  n'indique  pas  la 
manière dont  ils ont été recueillis,  tout en mélangeant d'un point de vue 

E­3089/2008

Page 16

grammatical  l'indicatif  avec  le  conditionnel.  Il  en  est  de  même  du 
document signé de K._______, responsable d'un média (cf. état de faits, 
let. K), dont  il ressort que de "petites brûlures sur  le treillis" causées par 
"du  charbon"  (plus  ou  moins  incandescent),  auraient  eu  des 
conséquences  si  graves  sur  l'état  de  santé  de  l'agent  que  celui­ci  en 
aurait été brûlé au 3e degré, se serait évanoui, aurait recouvré ses esprits 
pour  sortir  par  la  porte  de  secours,  aurait  été  mis  aux  soins  intensifs 
durant une  longue période et serait, près d'une année plus  tard, encore 
hospitalisé dans l'état critique décrit : cet enchaînement de conséquences 
n'est pas conforme à l'expérience générale et est d'autant moins crédible 
qu'il  ne  correspond  pas  aux  déclarations  de  la  recourante  selon 
lesquelles  l'agent  l'aurait  poursuivie  après  avoir  été  brûlé  et  n'est 
nullement  étayé  par  des  documents  médicaux.  Il  est  d'ailleurs 
notoirement  connu que  la publication dans  la presse  togolaise d'articles 
de complaisance est possible moyennant paiement (cf. SERGE HIREL, Le 
printemps  incertain  des  médias  togolais,  in :  La  Gazette  n° 126,  mars­
avril 2006, www.presse­francophone.org).

3.2.  Les  déclarations  de  la  recourante  sont  également  empreintes 
d'incohérences  en  tant  qu'elles  portent  sur  le  statut  des  personnes  qui 
travaillaient  avec  elle.  Etant  donné  qu'elle  a  précisé  elle­même,  lors  de 
l'audition  sur  les  motifs  d'asile,  les  raisons  de  leur  association  (ses 
collègues  étant  seules  à  pouvoir  être  enregistrées  au  syndicat),  le 
Tribunal estime que cette qualité d'associées est plus plausible que celle 
d'employées, voire d'apprenties. Compte tenu des responsabilités de ces 
associées  dans  la  conduite  de  l'atelier,  dans  les  heurts  avec  les  deux 
clientes,  puis  avec  les  agents  de  police,  il  est  paradoxal  qu'elles  ne 
paraissent plus, après les événements du 10 janvier 2008, avoir encouru 
des problèmes avec  les  autorités,  du moins  s'il  faut  interpréter  dans  ce 
sens  les  silences  sur  ce  point  de  la  recourante  et  des  tiers  appelés  à 
donner des renseignements.

3.3. S'agissant des circonstances de la fuite de la recourante de l'atelier 
de  couture,  c'est  à  juste  titre  que  l'ODM  relève  qu'elles  ne  sont  pas 
crédibles.  En  effet,  dans  son  recours,  la  recourante  n'a  pas  contesté 
qu'elle  avait  des  difficultés  à  se  déplacer.  Dans  ces  circonstances,  et 
compte  tenu du bruit  causé par  la  rixe qui  avait  eu  lieu dans  l'atelier,  il 
n'est pas plausible que le quatrième agent de police, placé à l'entrée de 
l'atelier pour exercer le guet, n'ait pas empêché la recourante de s'enfuir 
dans la rue ; le fait qu'elle n'ait plus parlé de cet agent lorsqu'elle a décrit 

E­3089/2008

Page 17

sa  fuite  est  symptomatique  et  constitue  également  un  élément 
d'invraisemblance. 

3.4. Enfin, ni  l'arrestation de son  fils aîné, ni  les  tortures qui  lui auraient 
été infligées, ni les causes de sa mort n'ont été établies. Les documents 
fournis  (photos  d'une  pierre  tombale  avec  des  inscriptions  qui  ne 
semblent  pas  indélébiles,  faire­part  du  décès  du  fils  imprimeur,  acte 
officiel de décès, dont l'authenticité est difficilement vérifiable, délivré sur 
la  base d'une déclaration  d'une personne ne  figurant  pas dans  le  faire­
part)  ne  sont  susceptibles,  dans  le meilleur  des  cas,  que de  prouver  le 
décès de ce fils, mais ni les causes ni les circonstances. De même, si des 
accusations ont été formellement lancées contre la recourante par le biais 
d'une enquête de police judiciaire, elle aurait dû en apporter la preuve par 
des pièces circonstanciées, précises et convaincantes,  la déclaration du 
12  janvier  2009  ne  pouvant  être  considérée  comme  telle.  Le  Tribunal 
n'est  pas  convaincu  par  les  explications  de  K._______,  respectivement 
de  la  recourante,  selon  lesquelles  il  serait  impossible  de  fournir  des 
pièces pertinentes sans mettre en danger des membres de sa famille.

3.5.  Dès  lors  que,  sur  les  points  essentiels  de  ses  motifs  d'asile,  les 
déclarations  de  la  recourante manquent  de  vraisemblance,  il  est  inutile 
d'examiner  encore  les  autres  éléments  d'invraisemblance  relevés  par 
l'ODM dans la décision attaquée et contestés par la recourante. 

4. 

4.1.  En  définitive,  en  l'absence  de  moyens  de  preuve  fiables  qu'il 
appartenait à la recourante de fournir, et en l'absence d'éléments de fait 
concrets  et  sérieux  qui  auraient  nécessité  des  investigations 
complémentaires  (cf.  consid.  2.1  et  2.2.2),  cas  échéant  sur  place  (à 
supposer que cela ait été possible, vu l'absence de représentation suisse 
à  Lomé),  le  Tribunal  arrive  à  la  conclusion,  après  une  pondération  des 
éléments  de  vraisemblance  et  d'invraisemblance,  que  les  motifs  de 
protection allégués ne sont pas vraisemblables au sens de l'art. 7 LAsi.

4.2.  Par  conséquent,  la  décision  attaquée,  en  tant  qu'elle  refuse  la 
reconnaissance de la qualité de réfugiée et rejette la demande d'asile de 
la  recourante,  doit  être  confirmée  et  le  recours  doit  être  rejeté  sur  ces 
points du dispositif.

5. 

E­3089/2008

Page 18

5.1. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière 
à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille 
(art. 44 al. 1 LAsi).

5.2. En  vertu  de  l'art.  32  de  l'ordonnance  1  du  11 août  1999  sur  l'asile 
relative  à  la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  le  renvoi  ne  peut  être 
prononcé lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de séjour 
ou  d'établissement,  ou  qu'il  fait  l'objet  d'une  décision  d'extradition  ou 
d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 de la Constitution 
fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

La  recourante  n'étant  pas  titulaire  d'une  autorisation  de  séjour  ou 
d'établissement et aucune des autres hypothèses visées par l'art. 32 OA1 
et  la  jurisprudence  (cf.  JICRA  2001  n°  21  p.  168ss)  n'étant  réalisée,  le 
Tribunal est tenu de confirmer la décision de renvoi prononcée par l'ODM 
à l'encontre de la recourante. 

6. 

6.1.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite, 
raisonnablement  exigible  et  possible.  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies,  l'admission  provisoire  doit  être  prononcée  (cf. art. 44 
al. 2 LAsi).  Celle­ci  est  réglée  par  l'art.  83  de  la  loi  fédérale  sur  les 
étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, RS 142.20), entrée en vigueur 
le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l'art.  14a  de 
l'ancienne loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l’établissement 
des étrangers (LSEE).

6.2. L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son 
Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux 
engagements de  la Suisse  relevant du droit  international  (art. 83 al. 3 
LEtr).  Aucune  personne  ne  peut  être  contrainte,  de  quelque manière 
que  ce  soit,  à  se  rendre  dans  un  pays  où  sa  vie,  son  intégrité 
corporelle  ou  sa  liberté  serait  menacée  pour  l'un  des  motifs 
mentionnés  à  l'art. 3  al. 1  LAsi,  ou  encore  d'où  elle  risquerait  d'être 
astreinte à se  rendre dans un  tel pays  (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut 
être  soumis à  la  torture ni  à  des peines ou  traitements  inhumains ou 
dégradants  (art. 3  de  la  Convention  du  4  novembre  1950  de 
sauvegarde  des  droits  de  l’homme  et  des  libertés  fondamentales 
(CEDH,  RS 0.101).  Aucun  Etat  partie  n'expulsera,  ne  refoulera,  ni 

E­3089/2008

Page 19

n'extradera  une  personne  vers  un  autre  Etat  où  il  y  a  des  motifs 
sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture (art. 3 de la 
Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou 
traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants  [Conv.  torture, 
RS 0.105]).

6.3.  L'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement 
exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine 
ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas 
de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la 
Suisse  pour  son  Etat  d'origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

7. 

7.1.  Il  convient  de  relever  à  titre  préliminaire  que  les  trois  conditions 
posées  par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi 
(illicéité, inexigibilité et impossibilité) sont de nature alternative : il suffit 
que  l'une  d'elles  soit  réalisée  pour  que  le  renvoi  soit  inexécutable 
(arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  E­5316/2006  du 
24 novembre 2009  consid.  5  non  publié  dans  ATAF  2009/41,  E­
2775/2007  du  14  février  2008  consid.  6.4  non  publié  dans 
ATAF 2008/2 ;  cf.  aussi  JICRA 2006 n° 30 consid. 7.3 p. 329,  JICRA 
2006 n° 23 consid. 6.2. p. 239, JICRA 2006 n° 6 consid. 4.2. p. 54ss). 
En  l'occurrence,  c'est  sur  la  question  de  l'exigibilité  de  l'exécution  du 
renvoi que le Tribunal entend porter son attention.

7.2. Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  l'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas 
être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger 
dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en 
danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence 
généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en 
premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne 
remplissent pas  les conditions de  la qualité de  réfugié parce qu'ils ne 
sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de 
guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée,  et  ensuite  aux 
personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en 
danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins 

E­3089/2008

Page 20

dont  elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc 
dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation 
dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après 
l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son 
éloignement  de  Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34 
consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1).

7.3.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement 
médical en Suisse,  l'exécution du renvoi ne devient  inexigible, en cas 
de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la 
mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels 
garantissant  des  conditions  minimales  d'existence ;  par  soins 
essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et 
d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine 
(cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et  rationnement, Berne 2002, 
p. 81s  et  87).  L'art.  83  al.  4  LEtr  est  une  disposition  exceptionnelle 
tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, et ne saurait être 
interprété  comme une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­
même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures 
médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple 
motif que  l'infrastructure hospitalière et  le savoir­faire médical dans  le 
pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard 
élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274s.).

Ce  qui  compte  ce  sont,  d'une  part,  la  gravité  de  l'état  de  santé  et, 
d'autre part, l'accès à des soins essentiels.

Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les 
troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de 
graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités 
de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très 
rapidement au point de conduire d'une manière certaine à  la mise en 
danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et 
notablement plus grave de son intégrité physique.

De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès 
à  des  soins  essentiels,  au  sens  défini  ci­dessus,  est  assuré  dans  le 
pays  d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de 
soins  alternatifs  à  ceux  prodigués  en  Suisse,  qui  ­  tout  en 
correspondant aux standards du pays d'origine ­ sont adéquats à l'état 
de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une 

E­3089/2008

Page 21

efficacité de terrain (ou clinique) et d'une utilité (pour la qualité de vie) 
moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des 
traitements  médicamenteux  (par  exemple  constitués  de  génériques) 
d'une génération plus ancienne et moins efficaces peuvent,  selon  les 
circonstances, être considérés comme adéquats.

7.4.  Concernant  tout  d'abord  les  troubles  physiologiques  de  la 
recourante,  il  ressort  des  certificats  médicaux  qu'elle  souffre  de 
douleurs  importantes  et  quotidiennes  aux  genoux  et  au  dos  qui 
s'inscrivent  dans  le  cadre  de  troubles  dégénératifs  et  d'un 
déconditionnement musculaire ; ses déplacements à pied sont lents et 
difficiles.  Une médication  contre  la  douleur,  un  suivi  orthopédique  et 
des  soins  (physiothérapie  et  infiltration  de  stéroïdes  au  genou  droit) 
ont été prescrits ; une intervention chirurgicale au genou droit demeure 
réservée. Le pronostic vital n'est  toutefois pas en  jeu en  l'absence de 
ce traitement.

S'agissant  ensuite  de  son  état  de  santé  psychique,  le  Tribunal 
constate  que  celui­ci  est  atteint  de  manière  sérieuse  et  durable.  La 
recourante a ainsi dû être hospitalisée pendant  treize  jours en  raison 
d'une  décompensation  psychotique  en  décembre  2008.  Depuis  lors, 
elle  fait  l'objet  d'un  suivi médical  ininterrompu.  Il  ressort  des derniers 
documents médicaux au dossier qu'elle souffre d'un épisode dépressif 
sévère sans symptômes psychotiques (F 32.2), de  troubles mixtes de 
la  personnalité  (F  61.0)  et  d'une  modification  durable  de  la 
personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe,  faisant  suite  à  un 
état  de  stress  post­traumatique  (F  43.1),  nécessitant  une médication 
anti­dépressive  quotidienne  (Fluctine,  Risperdal  et  Tranxilium)  ainsi 
qu'un  suivi  psychiatrique  et  psychothérapeutique  intégré  bimensuel. 
Les  troubles  psychiques  de  la  recourante  fluctuent  selon  le  contexte. 
Cependant,  la mise en place d'un suivi médical et d'une médication a 
permis  la  disparition  des  symptômes  psychotiques  diagnostiqués  en 
novembre  2008.  L'absence  de  traitement  médicamenteux  aurait 
comme  conséquence  une  déstabilisation  supplémentaire  de  son  état 
de  santé  psychique  avec  passage  à  l'acte  hétéro­agressif.  Dans  ces 
circonstances,  le  Tribunal  estime  que  la  poursuite  du  traitement 
médicamenteux  et  du  suivi  thérapeutique  menés  jusqu'ici  sont 
indispensables à la recourante.

Or,  bien  qu'il  existe  quelques  infrastructures  médicales  à  Lomé  à 
mêmes  de  prendre  en  charge  les  patients  souffrant  de  troubles 

E­3089/2008

Page 22

psychiques,  la  situation  reste  insatisfaisante  pour  ceux  dont  les 
troubles  sont  graves,  en  raison  du manque  avéré  de  spécialistes  en 
psychiatrie  dans  ce  pays  (cf.  Rapport  OSAR  du  21 novembre  2006, 
"Togo: Psychiatrische /psychologische Versorgung, Auskunft der SFH­
Länderanalyse  ;  voir  aussi  rapport  OSAR  du  16  mars  2011  point 1 
"Informations  générales  sur  le  système  de  santé  au  Togo", 
www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo,  site  consulté  le 
29  août  2011).  La  recourante  aura  donc  peu  de  chances  d'accéder 
rapidement au Togo au suivi thérapeutique imposé par ses affections. 
De plus, le coût d'un tel suivi devrait être assumé entièrement par elle 
au moyen de paiements à effectuer directement lors des consultations, 
vu  l'absence d'assurance­maladie publique effective au Togo.  Il en va 
de même du traitement médicamenteux relativement lourd et onéreux, 
indispensable  sur  le  long  terme,  et  dont  les  substances  actives  ne 
sauraient  être  remplacées  par  des  équivalents  génériques  (cf.  supra 
let. S).

Les  chances  que  la  recourante  soit  en  mesure  de  pourvoir  à  son 
entretien  de  manière  à  financer  de  tels  soins  sur  une  longue  durée, 
dans un contexte de dégradation de son état de santé physiologique, 
n'apparaissent  pas  suffisamment  établies.  En  effet,  elle  est  âgée  et 
n'est  plus  en  mesure  d'exercer  une  activité  lucrative  régulière,  y 
compris  dans  la  couture,  compte  tenu  de  ses  affections  physiques 
dégénératives,  de  ses  troubles  psychiques  et  de  ses  difficultés 
relationnelles  (cf.  supra  lettres  O,  R  et  S).  Au  vu  de  la  situation 
économique  encore  précaire  prévalant  au  Togo,  et  sur  la  base  des 
renseignements à disposition, on ne saurait  attendre des  (…) ou  (…) 
fils de la recourante qu'ils soient à même d'apporter à cette dernière le 
soutien  financier  et  logistique  nécessaire  à  une  prise  en  charge 
médicale adéquate. 

7.5.  En  conséquence,  le  Tribunal  considère  qu'au  vu  du  cumul  des 
facteurs  défavorables  relevés  ci­dessus,  l'exécution  du  renvoi  n'est 
actuellement pas raisonnablement exigible.

7.6. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu, dans le cadre du présent arrêt, 
d'examiner les conditions de la licéité et de la possibilité de l'exécution du 
renvoi.

8. 
Partant,  le  recours doit être admis en matière d'exécution du renvoi,  les 

http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo
http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo

E­3089/2008

Page 23

chiffres 4 et 5 du dispositif de la décision querellée devant être annulés. 
L'ODM est par conséquent  invité à  régler  les conditions de séjour de  la 
recourante  en  Suisse  au  titre  de  l'admission  provisoire,  conformément 
aux dispositions applicables pour les étrangers. 

9. 

9.1.  Vu  l'issue  de  la  cause,  les  frais  de  procédure  devraient  être,  en 
partie, mis à la charge de la recourante, dont les conclusions en matière 
d'asile  ont  été  rejetées  (cf.  art.  63 al.  1 PA). Celle­ci  a  toutefois  requis, 
lors du dépôt de son recours, la dispense des frais de procédure. Vu son 
indigence  et  le  fait  que  ses  conclusions  ne  pouvaient  être  considérées 
comme,  d'emblée,  vouées  à  l'échec,  sa  demande  doit  être  admise  (cf. 
art. 65 al.1 PA).

9.2. Par ailleurs, l'autorité de recours peut allouer, d'office ou sur requête, 
à  la  partie  ayant  entièrement  ou  partiellement  gain  de  cause,  une 
indemnité pour  les frais  indispensables et relativement élevés qui  lui ont 
été  occasionnés  (cf.  art.  64  al.  1  PA  et  7ss  du  règlement  du 
21 février 2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le 
Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]).

La recourante ayant eu gain de cause s'agissant de ses conclusions en 
matière  d'exécution  du  renvoi,  il  y  a  lieu  de  lui  attribuer  les  dépens 
correspondants  (cf.  art.  7  al.  2  FITAF).  Selon  l'art.  14  al.  2  FITAF,  le 
Tribunal  fixe ces dépens sur  la base du décompte produit ou, à défaut, 
sur  la  base du dossier. En  l'espèce,  les  dépens partiels  sont  arrêtés,  à 
défaut de décompte de la mandataire, ex aequo et bono, à un montant de 
Fr. 850.­. 

E­3089/2008

Page 24

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Le  recours  est  rejeté  en  tant  qu'il  porte  sur  le  refus  de  la  qualité  de 
réfugiée, de l'asile et le principe du renvoi.

2. 
Le recours est admis en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi. Partant, 
les chiffres 4 et 5 du dispositif de la décision querellée sont annulés.

3. 
L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  de  la 
recourante  conformément  aux  dispositions  régissant  l'admission 
provisoire.

4. 
La demande d'assistance judiciaire partielle est admise.

5. 
Il n'est pas perçu de frais de procédure.

6. 
L'ODM versera à la recourante un montant de Fr. 850.­ pour ses dépens.

7. 
Le présent arrêt est adressé à la mandataire de la recourante, à l'ODM et 
à l'autorité cantonale compétente.

Le président du collège : La greffière :

Jean­Pierre Monnet Céline Berberat

Expédition :