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**Case Identifier:** 96a773b1-e0cd-5677-a9cd-b2b25414167a
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 108
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---108_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JE11.017184-122037

23 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
24 janvier 2013

__________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              MM.             
Giroud et  Colelough 

Greffier             
:              Mme             
Nantermod Bernard

 

 

*****

 

 

Art.
184 al. 3 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par J.________,
à Bex,  requérant, contre le prononcé rendu le 25 octobre 2012 par la Juge de paix du
district d'Aigle dans la cause divisant le recourant d’avec 
Y.________,
à Bex, intimée,  la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par prononcé du 25 octobre 2012, la Juge de paix du district d'Aigle a arrêté à 4'946
fr. le montant des honoraires dus à l'expert judiciaire Eric Collaud dans la cause en preuve à
futur J.________ contre  Y.________.

 

             
En droit, le premier juge a considéré que l'expert avait répondu aux questions qui lui
avaient été posées, de manière circonstanciée, en fonction des éléments
dont il disposait, qu'il avait exécuté sa mission après avoir été mis en œuvre
par les conseils des parties, puis complété son rapport ensuite des remarques du requérant
sans honoraires supplémentaires, que, s'il n'avait peut-être pas été suffisamment
précis dans certaines réponses, son travail n'était toutefois par inutilisable et devait
être rémunéré, le temps facturé (27 heures pour lui-même et deux heures
de secrétariat) ne paraissant pas excessif.

 

 

B.             
Par acte du 5 novembre 2012, J.________ a recouru
contre ce prononcé en concluant à sa réforme en ce sens que la rémunération
de l'expert est réduite à un montant non supérieur à 4'400 francs.

             

 
              Y.________ s'en est remise
à justice par lettre de son conseil du 12 décembre 2012. 

 

             
Quant à l'expert Eric Collaud, il a déclaré notamment ce qui suit par lettre du 17 décembre
2012 : "Le prononcé rendu par le Juge de paix le 25 octobre dernier justifie le bien fondé
des honoraires dus pour le rapport d'expertise que j'ai établi en date du 16 avril 2012 et dans
ce sens, je n'ai pas de remarques complémentaires à formuler".

 

 

C.             
La Chambre des recours civile retient les faits suivants :

 

1.             
Le 3 mai 2011, J.________ a saisi le Juge de paix du district d'Aigle d'une requête de preuve à
futur dirigée contre Y.________ et pris, sous suite de frais et dépens, une conclusion en désignation
d'un expert "pour vérifier les métrés réels de la halle et des garages et pour
attester des défauts que présentent les ouvrages en question".

 

             
En substance, le requérant a allégué qu'il avait fait réaliser courant 2007 et 2008,
par l'entreprise Y.________, sur sa parcelle [...], à Bex, des travaux de maçonnerie qui portaient
sur une halle artisanale et sur quelques points spécifiques de la construction de quatre garages
box, notamment leur crépissage. Des plans avaient été établis pour la halle en septembre
2006, par l'architecte [...], à Aigle, et avaient été remis à Y.________ afin d'établir
un devis pour ses travaux. Le devis du 30 novembre 2006 n'avait toutefois pas tenu compte des plans d'architecte
et les métrés ne correspondaient pas à la réalité, entraînant une surfacturation
importante (10'760 fr. pour le crépissage, selon facture du 6 août 2007, et 178'201 fr. pour
la maçonnerie, selon facture du 2 juillet 2008). Les garages présentaient par ailleurs de nombreuses
malfaçons au niveau du crépissage. Le requérant alléguait encore que l'intimée
s'était contentée de répondre que les défauts avaient été causés par
la mauvaise construction des murs des garages, qui avait été effectuée par une tierce
personne; selon un devis établi par l'entreprise [...] le 3 février 2011, la remise en état
des parois des garages des box par la pose d'un nouveau crépi coûterait la somme de 13'911
fr. 50. Le requérant estimait dès lors qu'il était impératif de faire précisément
calculer par un expert les métrés qui avaient fait l'objet des travaux sur la halle et les
garages box et de les comparer avec ce qui avait été facturé, l'expertise devant par ailleurs
permettre d'établir qu'il y avait eu malfaçon lors de la pose du crépi sur les garages
et que l'intimée en était responsable.

 

2.             
Par ordonnance du 17 août 2011, la Juge de paix du district d'Aigle a admis la requête de preuve
à futur déposée par J.________, désigné comme expert Eric Collaud, bureau d'architecture,
à Vevey, dit que l'avance des frais d'expertise serait effectuée par la partie requérante
et chargé l'expert de répondre aux questions suivantes :

 

"1.             
Examiner les factures des 2 juillet 2008 et 6 août 2007 établies par Y.________ et dire si
elles correspondent aux métrés de la construction.

2.             
Dire si les points no 6, 7, 9, 12 et 12a du devis et donc de la facture du 2 juillet 2008 sont surfacturés
à hauteur de 9'356.30.

3.             
Dire pour les autres postes si la facturation est d'environ fr. 10'643.70.

4.             
Dire si la facture du 6 août 2007 concernant les garages box est exagérée.

5.             
Dire s'il est exact que 135 mètres carrés ont été facturés, alors qu'il n'y
a en réalité que 115,40 mètres carrés de parois.

6.             
Dire si ces garages présentent des malfaçons au niveau du crépissage.

7.             
Déterminer le coût de réparation de ces malfaçons.

8.             
Dire si les matériaux utilisés sur toute la surface des parois du garage étaient du fixit
F 610, alors qu'il aurait fallu appliquer deux couches de fixit F 620 et une couche étanche au niveau
du sous bassement pour qu'il soit parfaitement hydrofuge.

9.             
Dire s'il est exact qu'il aurait également fallu poser une couche d'accrochage pour que le crépi
tienne.

10.             
Déterminer si le devis établi par l'entreprise [...] est exact.

11.             
Faire toute remarque jugée nécessaire ou utile".

             
 

             
Par lettre à la justice de paix du 12 septembre 2011, l'expert pressenti a accepté sa mission
et évalué ses honoraires pour ses prestations ("analyse des documents et proposition de
mandat, mise en œuvre et recherche des pièces nécessaires, analyse de l'ensemble des pièces,
visite et constat sur place avec métrés (si nécessaire), audition des parties, établissement
du rapport/réponses aux questions de l'Ordonnance") à 4'440 fr. représentant pour
lui-même environ vingt-quatre heures de travail à 160 fr. de l'heure, des travaux de secrétariat
d'environ deux heures à 90 fr. de l'heure et 100 fr. de frais annexes (reproduction et photographies).

 

             
Le 14 décembre 2011, l'expert a rencontré les parties dans son bureau. Le 16 février 2012,
il s'est rendu sur place, à Bex, où il a rencontré J.________. Le 29 février 2012,
il s'est rendu dans les bureaux de la société Y.________ et s'est entretenu avec [...].

 

             
Le délai imparti à Eric Collaud pour déposer son rapport a été dépassé
et prolongé à plusieurs reprises. Le 27 mars 2012, la juge de paix a mis l'expert en demeure
de rendre son rapport d'ici au 29 mars 2012, à défaut de quoi le prénommé s'exposait
à une révocation de son mandat sans honoraires.

 

3.             
Le 16 avril 2012, l'expert a déposé son rapport, de quatorze pages sans compter les annexes,
accompagné d'une note d'honoraires de 4'936 fr., correspondant à vingt-sept heures à 160
fr. de l'heure (4'320 fr.) pour l'expert, deux heures à 90 fr. de l'heure pour le secrétariat
et 80 fr. de frais annexes. 

 

             
Dans son rapport, sous rubrique "l'expert
sollicite les métrés pour la facturation",
Eric Collaud a mentionné que lorsqu'il s'était rendu dans les bureaux d'Y.________, [...] lui
avaient déclaré que l'entreprise n'avait pas fait de métrés, mais seulement des relevés
"brouillon" sur les plans et sur les devis de base pour faire la facturation. Ils avaient précisé
que l'entreprise avait proposé de faire les métrés avec J.________, qu'une séance
avait été fixée le 11 juin 2008, mais que ce dernier ne s'y était pas présenté.
L'expert mentionnait encore qu'il avait sollicité les bons de régie/ou les relevés journaliers
de travail, mais que l'entreprise n'avait pas fait de gestion rigoureuse des heures relatives à
ce chantier et ne pouvait pas produire plus de détails.

 

             
 L'expert a procédé à un contrôle des métrés des différents murs et
des crépissages des garages box et a attesté que la surface crépie facturée (135,04
m2) était justifiée.

 

4.             
Par lettre de son conseil du 30 mai 2012, J.________ a demandé à l'expert de procéder
aux compléments d'expertise suivants :

 

"- Se
rendre à nouveau sur place et constater l'intégralité des défauts (notamment en ce
qui concerne le rhabillage).

- Se procurer
l'intégralité des bons de ferraillage relatifs à la facture Y.________ et comparer cette
dernière avec les besoins réels en acier de la construction.

- Se rendre
à nouveau sur place pour calculer précisément les métrés en se référant
aux travaux qui ont concrètement été exécutés et non simplement aux plans fournis.

- Ne pas opérer
de compensation avec des prétentions de l'entreprise Y.________ qui ne sont pas prouvées et
qui sont contestées par Monsieur J.________.

- Déterminer
concrètement le coût des réparations des malfaçons sur la base d'un devis établi
par une entreprise en mesure de les réaliser et ne pas se limiter à des retouches cosmétiques
et éphémères.

- Ne pas se
livrer à des arrondis systématiques au préjudice de Monsieur J.________.

- Après
avoir procédé à ces différents compléments, répondre aux questions posées
dans l'ordonnance de mesures provisionnelles du 17 août 2011.

  

             
Par ailleurs, J.________ a contesté la note d'honoraires de l'expert, relevant que celui-ci facturait
160 fr. de l'heure, mais ne répondait pas aux questions pour lesquelles il avait été mandaté,
à savoir principalement établir les métrés des travaux qui avaient été
réalisés par l'entreprise Y.________.

 

             
Le 5 juin 2012, la juge de paix a invité l'expert à compléter son rapport en tenant compte
des remarques du conseil de J.________ ou à fournir toutes explications utiles, "sans honoraires
supplémentaires dans un premier temps".

 

             
Le 9 juillet 2012, l'expert a déposé un rapport complémentaire. Il y rappelait qu'"ensuite
des auditions, [il] avait décrit la mésentente entre les parties quant à établir
ensemble les métrés pour la facturation sans pour autant en faire subir des conséquences
à Monsieur J.________. Les métrés ont été faits sur la base des plans fournis
et en fonction du résultat des auditions. La précision de ceux-ci est suffisante." S'agissant
du point complémentaire intitulé "Se rendre à nouveau sur place pour calculer précisément
les métrés en se référant aux travaux qui ont concrètement été exécutés
et non simplement aux plans fournis", l'expert a répondu que les plans transmis par l'entreprise
correspondaient aux plans d'enquête et qu'il avait établi ses métrés sur ces bases
en prenant en considération les propos de J.________. Il ajoutait qu'il pourrait être utile
de revoir cette situation sur place en présence des parties pour établir définitivement
et d'un commun accord les murs à prendre en considération et proposait, le cas échéant,
un mandat complémentaire dont il estimait le coût à 4'644 francs.

 

             
L'expert n'a pas facturé d'honoraires pour l'établissement de ce rapport.

 

5.             
Par lettre à la justice de paix du 26 juillet 2012, le conseil de J.________ a déclaré
que le rapport complémentaire n'apportait rien de plus que la première version déposée
et a contesté le montant des honoraires requis pour répondre, sans même effectuer les
métrés sur le terrain, à des questions dont la teneur était connue depuis l'ordonnance
de mesures provisionnelles du 17 août 2011.  

 

 

 

             

 

 

             
En droit
:

 

 

1.

1.1             
La procédure ayant été introduite
après le 1er
janvier 2011, elle est régie par les dispositions du CPC (art. 404 al. 1 CPC a contrario [Code de
procédure civile du 19 décembre 2008; RS 271]) et du TFJC (art. 99 al. 1 TFJC a contrario [tarif
des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]). Contrairement au CPC-VD (Code de procédure
civile vaudoise du 14 décembre 1996), qui prévoyait à son art. 254 CPC-VD la faculté
pour le juge de procéder ou de faire procéder à un constat, le CPC ne traite pas expressément
du constat d'urgence. Ce dernier est généralement considéré tantôt comme une
inspection urgente, tantôt comme une expertise (Circulaire du TC n° 26 du 20 janvier 2011),
et régi par les règles applicables à la preuve à futur. L'art. 158 CPC confère
au juge la faculté d'ordonner des preuves à futur; il ne traite en revanche pas de l'administration
de ces dernières qui est déterminée selon le moyen de preuve choisi. En présence
d'une preuve à futur par expertise, les art. 183 à 189 CPC trouvent application. Aux termes
de l'art. 184 al. 3 CPC, l'expert a droit à une rémunération. Selon la doctrine, celle-ci
peut être fixée selon des critères de droit cantonal (Dolge, BSK ZPO, Bâle 2010.,
n. 9 ad art. 184 CPC, p. 855; Schmid, KUKO ZPO, Bâle 2010, n. 5 ad art. 184 CPC, p. 709). A défaut,
le montant de la rémunération de l'expert est fixé conventionnellement entre le juge et
l'expert, de manière forfaitaire ou en fonction d'une salaire horaire, et, en l'absence de convention,
selon l'usage (art. 394 al. 3 CO [Code des obligations du 30 mars 1911; RS 220], Dolge, op. cit., n.
10 ad art. 184 CPC, p. 855; Schmid, op. cit., n. 4 ad art. 184 CPC, p. 709). Le travail de l'expert superflu
ou sans lien avec la mission qui lui a été assignée ne doit pas être rémunéré
(Dolge, op. cit. n. 10 ad art. 184 CPC, p. 855).

 

             
Le droit vaudois prévoit à l'art. 91 al. 1 TFJC que le juge arrête le montant des honoraires
et frais d'experts, en appliquant, le cas échéant, les tarifs officiels. L'al. 3 de cette disposition
précise que les experts mis en œuvre en qualité d'experts rattachés au tribunal des
baux (art. 6 al. 4 LJB [Loi sur la juridiction en matière de bail du 9 novembre 2010; RSV 173.655])
sont indemnisés selon le tarif applicable aux juges suppléants du Tribunal cantonal, les frais
de transport s'ajoutant à cette indemnité, ainsi que, le cas échéant, une rétribution
supplémentaire pour l'étude de la procédure ou des travaux spéciaux. Selon l'art.
1 al. 1 ROJ (Règlement sur les offices judiciaires du 24 septembre 1986; RSV 173.01.1), les indemnités
reçues par les juges suppléants sont fixées par décision du Conseil d'Etat; en application
de ce règlement, la Décision du Conseil d'Etat du 29 août 1990 prévoit que les juges
suppléants du tribunal cantonal reçoivent pour l'étude des dossiers particulièrement
complexes, exigeant des connaissances spéciales, une indemnité de 100 fr., et pour ceux d'entre
eux qui exercent une activité principale à titre indépendant et ont la charge d'un bureau,
en sus, une indemnité horaire de 40 fr. (Décision du Conseil d'Etat du 29 août 1990 fixant
les indemnités versées aux magistrats et fonctionnaires judiciaires en application du règlement
du 24 septembre 1986 sur les offices judiciaires).

 

             
Selon la jurisprudence vaudoise, rendue sous l'empire du CPC-VD, pour fixer le montant des honoraires
de l'expert en vertu de l'art. 242 al. 1 CPC-VD et envisager une éventuelle suppression ou réduction
des honoraires réclamés, le juge devait d'abord vérifier si ceux-ci avaient été
calculés correctement et correspondaient à la mission confiée à l'expert et aux opérations
qu'elle impliquait (Pdt TC 9 avril 2010/18; Pdt TC 13 mars 2007/7; Pdt TC 7 juin 2006/22). La qualité
du travail de l'expert n'entrait en considération que si le rapport était inutilisable, totalement
ou partiellement, par exemple si l'expert n'avait pas répondu aux questions qui lui avaient été
posées ou s'il ne l'avait fait que très incomplètement, ou s'il n'avait pas motivé
ses réponses, ou s'il avait présenté son rapport de manière incompréhensible,
ou encore s'il s'était borné à formuler de simples appréciations ou affirmations
(Pdt TC 13 mars 2007/7; Pdt TC 7 juin 2006/22).

 

2.2             
L’art. 319 let. b ch. 1 CPC ouvre la voie
du recours contre les décisions et ordonnances d’instruction de première instance pour
lesquelles un recours est expressément prévu par la loi. Tel est le cas en l’espèce,
l’art. 184 al. 3 CPC prévoyant que la décision relative à la rémunération
de l’expert peut faire l’objet d’un recours. Cette décision compte parmi les « autres
décisions » visées par l’art. 319 let. b CPC (Jeandin, in CPC commenté,
n. 15 ad art. 319 CPC), lesquelles sont soumises au délai de recours applicable à la procédure
au fond (Jeandin, op. cit., n. 10 ad art. 321 CPC), soit en l’espèce 30 jours (art. 321 al.
1 CPC).

             

             
Motivé et déposé en temps utile par une personne qui y a intérêt (art. 59 al.
2 let. a CPC), le recours est recevable à la forme.

 

 

3.

3.1             
 Le recours est recevable pour violation du droit
et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).

 

S'agissant
de la violation du droit, l'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen (Spühler,
in Schweizerische Zivilprozessordnung, Bâle 2010, n. 12 ad art. 319 CPC) ; elle revoit librement
les questions de droit soulevées par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux
de l'autorité précédente ou du recourant (Hohl, Procédure civile, Tome II, 2e
éd., Berne 2010, n. 2508, p. 452).

 

S'agissant
de la constatation manifestement inexacte des faits, ce grief, comme pour l'art. 97 al. 1 LTF (Loi du
17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral, RS 173.110), ne permet que de corriger une erreur évidente,
la notion se recoupant en définitive avec l'appréciation arbitraire des preuves (Corboz et
alii, Commentaire de la LTF, Berne 2009, n. 19 ad art. 97). Les constatations de fait et l'appréciation
des preuves sont arbitraires lorsqu'elles sont évidemment fausses, contredisent d'une manière
choquante le sentiment de la justice et de l'équité, reposent sur une inadvertance manifeste
ou un abus du pouvoir d'appréciation, par exemple si l'autorité s'est laissé guider par
des considérations aberrantes ou a refusé de tenir compte de faits ou de preuves manifestement
décisifs. Une constatation de fait n'est donc pas arbitraire pour la seule raison que la version
retenue par le juge ne coïncide pas avec celle du recourant ; encore faut-il que l'appréciation
des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective,
qu'elle repose sur une inadvertance manifeste, ou encore qu'elle heurte de façon grossière
le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 129 I 8 c. 2.1).

 

3.2             
               Saisie d’un recours
fondé sur l’art. 184 al. 3 CPC, la Chambre de céans examine avec retenue la fixation
des honoraires de l’expert telle qu’effectuée par le premier juge (CREC 16 janvier 2012/11
c. 4d). La décision du premier juge doit donc être examinée sous l’angle d’un
éventuel abus du pouvoir d’appréciation (CREC 2 février 2012/48 c. 2b).

 

4.

4.1             
              Le recourant se plaint
de ce que l'expert n'aurait pas effectué lui-même des métrés, alors que cela s'imposait.

 

             
              La tâche de l'expert
consistait notamment à dire si les factures d'Y.________ des 6 août 2007 et 2 juillet 2008
correspondaient "aux métrés de la construction" et si 135 m2 avaient été
facturés alors qu'il n'y avait "en réalité que 115,40 mètres carrés de
parois". L'expert s'est rendu sur place le 16 février 201, où il a rencontré le recourant.
Il a effectué un "Contrôle des surfaces pour 1 garage double box", a fait figurer
dans son rapport diverses dimensions et est arrivé à la conclusion que le "Total des surfaces
crépies" était de 135,04 m2, de sorte que la surface facturée était justifiée.
Pour ce qui est des métrés relatifs à la construction de la halle, le recourant faisant
valoir que l'un des murs figurant sur les plans n'avait pas été réalisé et qu'un
autre avait une hauteur inférieure à ce qui avait été prévu, il ne paraît
pas que l'expert a effectué lui-même des métrés sur place. Il a en premier lieu interpellé
l'entreprise de construction, qui lui a déclaré qu'elle n'avait "pas fait de métrés,
mais seulement des relevés "brouillon" sur les plans et sur les devis de base pour faire
la facturation. Il a ensuite procédé à un contrôle des "Métrés des
différents murs et des crépissages" sur la base des plans qui avaient été établis
par l'architecte [...]. Dans sa requête d'expertise hors procès du 3 mai 2011, le recourant
avait pourtant allégué que le devis établi par l'entreprise de construction ne l'avait
pas été en relation avec les plans d'architecte et que les métrés facturés ne
correspondaient pas à la réalité, concluant à la désignation d'un expert notamment
"pour vérifier les métrés réels de la halle et des garages". Dans ces conditions,
l'expert ne pouvait pas affirmer ce qui suit dans son rapport complémentaire du 9 juillet 2012 :
"Les métrés ont été faits sur la base des plans fournis et en fonction du résultat
des auditions. La précision de ceux-ci est suffisante". Dès lors qu'une discordance était
alléguée entre plans et réalité, il s'imposait d'effectuer des mesures sur place.
En s'en abstenant en ce qui concerne non pas les garages mais la halle artisanale du recourant, l'expert
n'a pas accompli l'entier de son mandat. En effet, selon le chiffre III.1 du dispositif de l'ordonnance
de la juge de paix du 17 août 2011, celui-ci consistait notamment à "dire si (les factures)
correspond(aient) aux métrés de la construction", ce qui ne pouvait se comprendre en ce
sens qu'il suffisait d'opposer plans et factures. L'expert en était d'ailleurs convenu lui-même
puisqu'il avait fait figurer dans l'évaluation de ses honoraires communiquée au premier juge
le 12 septembre 2011 un poste intitulé "Visite et constat sur place avec métrés (si
nécessaire)". La réserve concernant la nécessité d'effectuer notamment des métrés
devait seulement être comprise en ce sens que, si ceux-ci ne se révélaient pas utiles,
ainsi parce que les parties seraient tombées d'accord au sujet des quantités ou du fait que
celles-ci pouvaient être déterminées sur la base de plans, les honoraires seraient réduits
en conséquence.

 

             
                           
Eu égard à l'ensemble des travaux dont l'expert était chargé, on peut évaluer
à un tiers la part afférente à un contrôle des métrés relatifs à la
halle artisanale. Dès lors que ce contrôle n'a pas été effectué, il se justifie
de réduire dans la même proportion la note d'honoraires de l'expert. 

 

             
                           
Il y a par conséquent lieu de réformer le prononcé entrepris en ce sens que le montant
des honoraires de l'expert est réduit de 4'964 fr. à 3'310 fr. (4'964 - 1'654,666 arrondi à
1'654).

 

             

5.             
Au vu de ce qui précède, le recours doit être admis et la décision entreprise réformée.

 

             
Bien que le recourant obtienne gain de cause sur le principe, il n'y a pas lieu à l'allocation de
dépens en sa faveur. En effet, si l'expert Collaud, en affirmant dans ses déterminations que
la décision entreprise était justifiée, a implicitement conclu au rejet du recours, on
ne peut pas le charger de dépens dès lors qu'il n'a pas la qualité de partie (succombante)
au sens de l'art. 106 al. 1 CPC. Quant à Y.________, le fait qu'elle s'en soit remise à justice
n'empêcherait pas en soi qu'elle supporte des dépens (Tappy, CPC annoté, n. 22 ad art.
106). Mais il faut prendre en considération le fait que la rémunération de l'expert échappait
à sa disposition; il s'agit là de circonstances particulières au sens de l'art. 107 al.
1 let. f CPC autorisant une répartition en équité (Tappy, ibid.), ce qui conduit à
ne pas allouer de dépens au recourant. 

 

             
Dès lors que les frais judiciaires ne sont imputables ni aux parties ni aux tiers, ils peuvent être
mis à la charge de l'Etat, conformément à l'art. 107 al. 2 CPC.

 

             

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
Le prononcé est réformé en ce sens que le montant des honoraires dus à l'expert Eric
Collaud est arrêté à 3'310 fr. (trois mille trois cent dix francs).

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance sont laissés à la charge de l'Etat.

 

             
IV.             
Il n'est pas alloué de dépens de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
24 janvier 2013

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Aba Neeman (pour J.________),

‑             
Me Pierres-Yves Brandt (pour Y.________),

-
              M. Eric Collaud.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est de 4'946 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district d'Aigle.

 

             
Le greffier :