# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 41f0cefd-ef74-5951-9d2b-624ddf8faf4a
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1994-04-29
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 29.04.1994 CCP.1994.6057 (INT.1996.463)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1994-6057_1994-04-29.html

## Full Text

A.      Par
jugement du 3 février 1994, M. a été condamné

par
défaut par le Tribunal correctionnel du district de La Chaux-de-Fonds

à 14
mois d'emprisonnement moins 28 jours de détention préventive pour

infractions
graves à la loi fédérale sur les stupéfiants.

 

B.     
Arrêté, M. a demandé le relief du jugement rendu

par
défaut contre lui.

 

C.      Le
4 mars 1994, le président du tribunal correctionnel a rejeté

sa
requête, constatant qu'il avait fait défaut tant à l'audience prélimi-

naire
qu'à l'audience de jugement, à laquelle il avait été régulièrement

cité,
que l'excuse qu'il invoque, soit d'avoir été incapable de se réveil-

ler à
temps et de s'être ainsi présenté avec plus d'une heure dix de re-

tard,
ne peut être prise en considération, du moment qu'il avait largement

le
temps de se présenter à l'heure fixée, l'audience étant fixée à 10 heu-

res,
que par ailleurs des démarches avaient été entreprises pour tenter de

faire
amener le prévenu à l'audience, mais ceci en vain. Le président du

tribunal
correctionnel a ainsi considéré que M. n'avait pas

été
empêché de se présenter aux débats sans faute de sa part.

 

D.      M.
conteste cette décision. Sans qu'il le dise

clairement,
il pense son excuse valable et se réfère implicitement au fait

qu'il
n'a pu se réveiller à temps pour participer à l'audience du 3 fév-

rier
1994.

 

E.     
Tant le président du tribunal correctionnel que le représentant

du
ministère public concluent au rejet du recours pour autant qu'il puisse

être
considéré comme recevable.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable. Même si elle est succincte, sa motivation apparaît

par
ailleurs suffisante.

 

2.      a)
Lorsqu'il est prononcé par un tribunal siégeant avec le con-

cours
de jurés, le jugement rendu par défaut est mis à néant si le con-

damné
en a demandé le relief dans les 10 jours où il a eu connaissance du

jugement
et s'il établit qu'il a été empêché de se présenter aux débats

sans
faute de sa part (art.221 al.3 CPP). La notion de faute au sens de

l'article
221 al.3 CPP constitue une notion juridique indéterminée que la

Cour de
cassation peut en principe revoir librement. Le requérant doit

prouver
ou tout au moins rendre vraisemblable que son absence à l'audience

de
jugement ne peut lui être imputée à faute. Selon la jurisprudence,

l'administration
de cette preuve ne doit pas être soumise à des exigences

trop
strictes (RJN 4 II 134), car le droit pour tout accusé d'être entendu

sur
tous les chefs d'accusation avant d'être condamné définitivement est

un des
droits fondamentaux de la défense, garanti par l'article 4 Cst.féd.

et
l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme (ATF 113

Ia 227,
p.230, cons.2a; Dominique Poncet, La protection de l'accusé par la

Convention
européenne des droits de l'homme, Genève, 1977, p.113-144, ain-

si que
la jurisprudence citée). La procédure de jugement par défaut a ain-

si un
caractère exceptionnel. Le législateur a voulu éviter dans toute la

mesure
du possible qu'un prévenu renvoyé devant un tribunal correctionnel

ou
devant la Cour d'assises soit jugé in absentia (BGC, vol.110, p.198).

Ce
principe découle des articles 220 et 221 CPP, qui prévoient qu'un pré-

venu ne
sera jugé par défaut que s'il n'a pas été possible de le joindre

malgré
les mesures prises à cet effet et si les débats ne peuvent être

renvoyés
(RJN 4 II 134). Le respect de ce principe dicte une interpréta-

tion
restrictive de la notion de faute de l'article 221 al.3 CPP. Il faut

dès
lors considérer que seul celui qui renonce délibérément à se présenter

à des
débats, dont il connaît le lieu et la date, ou qui d'une autre ma-

nière
démontre incontestablement qu'il n'entend pas y participer peut être

privé
du droit d'être jugé contradictoirement (RJN 1989 p.125, 1982 p.88).

 

       
b) En l'espèce, il est indéniable que le recourant a commis une

négligence
en omettant de prendre des mesures suffisantes pour se réveil-

ler
suffisamment tôt le matin du 3 février 1994. La question de savoir si

cette
négligence et l'absence qu'elle a entraînée constituent ou non une

faute
au sens de l'article 221 al.3 CPP doit être examinée à la lumière

des
principes posés par la jurisprudence précitée. Dans sa demande de re-

lief,
le recourant a expliqué qu'il avait pris la veille des somnifères

pour
s'endormir car il était terriblement angoissé par le fait qu'il al-

lait
être jugé le lendemain. Dans son recours, il allègue s'être trouvé à

cette
période-là dans une situation personnelle perturbée en raison d'im-

portantes
difficultés d'ordre psychique, physique, relationnel et finan-

cier.
Au vu du dossier, ces circonstances n'apparaissent pas invraisembla-

bles et
peuvent expliquer son absence à l'audience. Le fait qu'il se soit,

dès son
réveil, directement rendu au tribunal indique qu'il n'entendait

pas
délibérément renoncer à se présenter aux débats. Il démontre au con-

traire
qu'il entendait bien y participer.

 

       
Dans ces conditions, le juge ne pouvait sans autre admettre que

l'absence
du recourant devait être considérée comme gravement fautive,

quand
bien même le président du tribunal correctionnel a, avec raison,

fait
téléphoner, sans succès, tout d'abord au Foyer X., à La Chaux-

de-Fonds,
où résidait le prévenu à ce moment-là, puis chez son employeur.

Cet
élément ne change toutefois évidemment rien au caractère fautif ou non

du
comportement du recourant. Compte tenu de l'interprétation restrictive

de la
notion de faute s'agissant de l'absence du prévenu à son jugement,

il y a
ainsi lieu d'admettre que celui-ci n'a pas renoncé délibérément à

se
présenter aux débats et de considérer qu'il ne pouvait être privé de

son
droit d'être jugé contradictoirement.

 

3.     
Bien fondé, le recours doit être admis et la décision entreprise

cassée.
La Cour est en mesure de statuer elle-même (RJN 4 II 145). Elle

octroiera
le relief du défaut au recourant et renverra la cause au Tri-

bunal
correctionnel du district de La Chaux-de-Fonds pour nouveau juge-

ment.

 

4.      Vu
le sort de la cause, les frais resteront à la charge de

l'Etat.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Admet le pourvoi et casse la décision entreprise.

 

2.
Ordonne le relief du jugement rendu par défaut par le Tribunal correc-

   tionnel du district de La Chaux-de-Fonds le
3 février 1994 à l'encontre

   de M..

 

3.
Renvoie la cause pour nouveau jugement au Tribunal correctionnel du

   district de La Chaux-de-Fonds.

 

4.
Statue sans frais.

 

 

Neuchâtel,
le 29 avril 1994