# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** c7aca00f-a3ad-5f53-b93c-ff1918c2caa8
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-01-04
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 04.01.1995 CCP.1994.6040 (INT.1995.149)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1994-6040_1995-01-04.html

## Full Text

A.      Le
dimanche 7 juin 1992, à 13 h 50, un accident de la circula-

tion
s'est produit à l'intersection de la rue du Parc et de la rue de

l'Abeille
à La Chaux-de-Fonds. M. circulait au volant de sa

voiture
sur la rue de l'Abeille en direction du nord. A l'intersection

avec la
rue du Parc, il n'a pas accordé la priorité de droite à la voiture

conduite
par L., qui roulait sur la rue du Parc en direction

ouest.
Une collision s'est produite, l'avant de l'automobile de 

L.
heurtant le flanc droit de celle de M..

 

B.     
Cinquante minutes avant l'accident, L. avait absorbé

50 mg
de méthadone ainsi qu'un comprimé de Taractan de 15 mg. Ces substan-

ces lui
avaient été remises par le Centre de prévention et de traitement

de la
toxicomanie à La Chaux-de-Fonds. L. avait également pris

de
l'héroïne un ou deux jours avant l'accident.

 

       
Arrivée sur les lieux de l'accident, la police constata que

L.
présentait un état d'égarement total, qu'il chancelait et

qu'il
cherchait à se rendre chez son beau-père, vraisemblablement pour

échapper
à tout contrôle.

 

C.      L.
a affirmé qu'il se sentait en état de conduire, les

troubles
de comportement constatés par la police venant du choc lié à

l'accident,
en particulier de voir son passager couvert de sang.

 

       
L'examen médical pour personnes suspectes d'être sous l'influen-

ce de
stupéfiants a révélé que le recourant se trouvait discrètement sous

l'influence
de stupéfiants et de médicaments psychotropes. En outre,

l'état
de conscience, l'orientation dans le temps et l'appréciation de la

situation
de l'accident du recourant ont été qualifiés par le Dr R.,

auteur
du rapport médical, comme étant normaux.

 

       
Un échantillon du sang et de l'urine de L. a été en-

voyé à
l'Institut de médecine légale de l'Université de Lausanne. L'ana-

lyse
effectuée par cet institut révèle la présence de morphine et de co-

déine
ainsi que de méthadone dans l'urine du recourant. Dans le sang, seu-

le la
morphine a été détectée.

 

D.      Le
tribunal de première instance s'est adressé au médecin can-

tonal,
afin de connaître les effets de la méthadone et du Taractan sur la

capacité
de conduire un véhicule. Dans un rapport du 21 juin 1993, le Dr

B.,
médecin cantonal, relève qu'il n'y a pas de contre-indica-

tion,
en soi, à conduire un véhicule lorsque l'on se trouve sous métha-

done,
mais ajoute qu'il s'agirait peut-être, si l'on voulait être très

rigoureux,
de s'assurer qu'un toxicomane chez lequel on initie un traite-

ment à
la méthadone ne reprenne le volant que lorsque la dose adéquate

d'entretien
a été trouvée. Le Dr B. souligne encore que les toxico-

manes
sous méthadone ont souvent la fâcheuse propension à la mélanger à

d'autres
médicaments psychotropes.

 

E.     
Dans son jugement du 23 novembre 1993, le Tribunal de police du

district
de La Chaux-de-Fonds a estimé que L. ne présentait pas

toutes
les qualités physiques et psychiques nécessaires pour prendre le

volant
le 7 juin 1992 et qu'il aurait dû s'en abstenir. Le tribunal a re-

tenu
qu'une consommation de 50 mg de méthadone, dose relativement élevée,

conjuguée
avec l'absorption d'un neuroleptique, lequel provoque un ralen-

tissement
psychomoteur, était de nature à provoquer chez le recourant un

état
incompatible avec la conduite d'un véhicule à moteur, ce d'autant

plus
qu'il avait consommé peu de temps auparavant de l'héroïne. Ces consi-

dérations
sont confirmées, selon le tribunal de première instance, par le

fait
que le gendarme présent sur les lieux de l'accident a relevé que

L. se
trouvait dans un état d'égarement total, lequel ne pouvait

être
uniquement dû au choc émotionnel consécutif à l'accident.

 

       
En conséquence, le tribunal a retenu que L. se trou-

vait
dans un état ne lui permettant pas de conduire, qu'il devait le sa-

voir,
puisqu'il avait consommé de l'héroïne, de la méthadone et du

Taractan,
et qu'en prenant le volant dans ces circonstances, il avait, par

une
faute grave, mis en danger sérieusement la sécurité des autres usagers

de la
route. L. a ainsi contrevenu aux articles 31/2, 90/2 LCR

ainsi
que 2/1 OCR et a été condamné à une peine de 14 jours d'emprisonne-

ment
assortie du sursis. Le tribunal a encore dit que cette peine était

complémentaire
à celle prononcée le 18 mars 1993 par le Tribunal correc-

tionnel
de La Chaux-de-Fonds.

 

F.      L.
se pourvoit en cassation contre ce jugement. Il

conclut
à la cassation du jugement rendu par le Tribunal de police de La

Chaux-de-Fonds
le 23 novembre 1993 et à la mise à la charge de l'Etat des

frais
de la procédure de première et seconde instance. Il fait valoir que

la
constatation des faits et l'appréciation des preuves par le premier

juge
sont arbitraires, qu'aucune preuve de l'inaptitude du recourant à

conduire
au moment des faits n'a été apportée. Se basant sur le rapport du

Dr R. et
sur l'avis du médecin cantonal, le recourant considère que

sa
condamnation est totalement injustifiée et qu'il y a eu fausse appli-

cation
de l'article 31/2 LCR.

 

       
Invoquant le fait que les 14 jours d'emprisonnement prononcés

dans le
jugement entrepris sont qualifiés de complémentaires à une peine

infligée
dans un jugement qui a été entre-temps annulé, le recourant esti-

me que
les règles de la procédure ont été violées et que le jugement en-

trepris
doit être annulé pour cette raison également.

 

G.      La
présidente suppléante du Tribunal du district de La Chaux-de-

Fonds
ne formule pas d'observations et conclut au rejet du recours. Le

procureur
général n'a pas d'observations à formuler.

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n 
d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
Le recourant s'en prend à l'appréciation du premier juge en

vertu
de laquelle il était dans un état ne lui permettant pas de conduire

un
véhicule.

 

       
b) Conformément à la loi et à une jurisprudence constante, les

constatations
de fait du premier juge lient la Cour de cassation pénale, à

moins
qu'elles ne soient manifestement erronées ou arbitraires, c'est-à-

dire
contraires à une pièce probante du dossier ou à la notoriété publi-

que, ou
encore évidemment fausses (art.251 al.2 CPP; RJN IV II 159, 5 II

112, 7
II 4). En disposant que le tribunal apprécie librement les preuves

(art.224
CPP), le législateur neuchâtelois a entendu consacrer le principe

de
l'intime conviction du juge et écarter le système des preuves légales

(RJN 3
II 97). L'arbitraire constitue ainsi la seule limite au libre pou-

voir
d'appréciation des preuves dont disposent les juridictions de pre-

mière
instance (RJN 5 II 227, 6 II 8, 7 II 4), car une constatation de

fait
manifestement erronée constitue une violation de l'article 4 de la

Constitution
fédérale.

 

       
c) En l'espèce, le premier juge, pour apprécier la situation,

disposait
du témoignage d'un gendarme, du rapport d'un médecin et de

l'avis
du médecin cantonal (avis à propos duquel il convient de mentionner

que la
Doctoresse B. ne connaissait que l'âge, la taille et le poids

de L.).
Le prévenu avait déclaré en audience avoir reçu la mé-

thadone
au Centre de prévention et de traitement de la toxicomanie (CPTT).

Il a
déclaré qu'il s'y rendait chaque jour. Quant au Taractan (ou Truxal),

le
prévenu l'aurait également reçu au CPTT. Le rapport du Dr R., qui

a
examiné L. près de deux heures après l'accident, ne mentionne

aucun
signe d'ataxie. Il relève en outre un état de conscience et une

orientation
dans le temps et l'espace que le médecin a jugés en ordre, une

affectivité
adéquate et une appréciation de la situation de l'accident

adaptée.
Quant au contact, le médecin le décrit comme oppositionnel alors

qu'il
avait à choisir entre ce terme et "collaborant",
"compréhensif" et

"égaré".
En conclusion, le Dr R. a considéré que L. était

discrètement
sous l'influence de stupéfiants et de médicaments psychotro-

pes.
Ainsi, à l'hôpital, le recourant ne présentait plus les signes d'éga-

rement
constatés par le gendarme F. lors de son arrivée sur les

lieux
de l'accident, environ une heure trente auparavant. Le rapport du

médecin
cantonal relève que le Taractan ou Truxal consommé par le recou-

rant
était vraisemblablement donné comme traitement d'entretien à long

terme.
Pour la Doctoresse B., une dose de 15 mg est une dose relative-

ment
faible. Selon le rapport, une certaine tolérance se développe au

cours
du traitement quant à l'effet sédatif immédiat du médicament. Le

rapport
relève en outre que les effets de l'absorption de méthadone sont

forts
différents pour un toxicomane et pour un non toxicomane. La Docto-

resse
B. a consulté le Dr P., directeur du Drop In, et retransmet

dans
son rapport son avis selon lequel les patients sous méthadone se-

raient
"mieux" que ceux qui s'injectent de l'héroïne et donc nettement

moins
dangereux en voiture. Le médecin cantonal conclut en déclarant qu'il

n'y a
pas de contre-indication, en soi, à conduire un véhicule lorsque

l'on
est sous méthadone, tout en précisant que, pour être très rigoureux,

on
pourrait s'assurer que le toxicomane ne reprenne le volant que lorsque

l'on a
trouvé la dose adéquate d'entretien. La Doctoresse B. ne se

prononce
pas sur l'effet, dans le cas concret, de la prise simultanée de

50 mg
de méthadone et de 15 mg de Truxal.

 

       
Du dossier, il résulte que le recourant n'a pas commis de faute

de
circulation dont on pourrait déduire la vraisemblance de la diminution

de
l'état de conscience.

 

       
Le jugement attaqué se fonde sur le témoignage du gendarme

F. pour
en déduire que L. ne présentait pas toutes les

qualités
physiques et psychiques nécessaires pour conduire et, qu'au point

de vue
subjectif, il devait le savoir "puisqu'il avait consommé de l'hé-

roïne,
de la méthadone et du Taractan".

 

       
En retenant une incapacité de conduire, tant objectivement que

subjectivement,
le premier juge a apprécié arbitrairement tant le rapport

du Dr
R. que l'avis de la Doctoresse B.. Le jugement retient que

50 mg
de méthadone est une dose relativement élevée alors que rien, dans

le
dossier, ne confirme cet avis qui relève du domaine de la médecine et

qu'au
contraire l'avis du médecin cantonal parle de dose quarante fois

supérieure
chez certains toxicomanes. La combinaison de la méthadone et du

Truxal,
dans le cas d'espèce et en fonction des quantités consommées n'est

pas non
plus examinée. Le premier juge retient également la consommation

d'héroïne
sans dire si cette substance, consommée un ou deux jours aupara-

vant,
peut encore avoir eu une influence sur les capacités de conduire de

L. le 7
juin 1992 à 13 h 50.

 

       
Du dossier et des débats, il résulte que L. paraît

avoir
reçu tant la méthadone que le Truxal au CPTT. Le médecin responsable

du
traitement et le personnel du CPTT n'ont pas été entendus par le pre-

mier
juge et l'on ignore si le traitement en était à sa phase initiale ou

si, de
l'avis du médecin responsable, la dose adéquate d'entretien avait

été
trouvée et si ce médecin ou ses collaborateurs avaient donnés des ins-

tructions
à L. quant à une totale ou partielle abstention de

conduite
d'un véhicule automobile.

 

        A
elle seule, l'attitude du recourant, constatée par le gendarme

sur les
lieux de l'accident, ne devait pas permettre de s'écarter des con-

clusions
du Dr R.. Quant à l'avis du médecin cantonal, il nécessitait

une
administration de preuves complémentaires, dans la mesure où on doit

en
déduire que la phase du traitement joue un rôle et qu'il convient, dans

le cas
concret, de connaître l'avis du médecin responsable qui suivait le

prévenu
quant à la consommation simultanée de Truxal et de méthadone. Les

constatations
de fait du premier juge sont également arbitraires, dans la

mesure
où elles retiennent que la consommation d'héroïne, un à deux jours

auparavant,
aurait eu un effet sur le comportement du prévenu. Il est en-

fin
notoire qu'après un accident, bien des conducteurs ont une attitude

inadéquate,
voire égarée, même sans avoir consommé d'alcool ou d'autres

psychotropes.
La violence du choc ou le fait qu'il y ait des blessés peut

entraîner
de telles conséquences.

 

       
d) Le pourvoi doit dès lors être admis, le jugement cassé et

renvoyé
au Tribunal de La Chaux-de-Fonds afin qu'il procède à un complé-

ment de
preuves au sens du considérant ci-dessus.

 

4.      Vu
le sort de la cause, il n'y a pas lieu de mettre les frais de

justice
à la charge du recourant.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Admet le pourvoi et renvoie la cause au Tribunal du district de La

   Chaux-de-Fonds.

 

2.
Statue sans frais.