# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 26a9b839-3639-578a-b219-a8788259e352
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2012 / 183
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2012---183_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC11.018434-120611

278 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
10 août 2012

__________________

Présidence
de               M.             
Sauterel,
vice-président

Juges             
:              M.             
Muller et M. Vallat, juge suppléant

Greffier
              :             
Mme              van Ouwenaller

 

 

*****

 

 

Art.
148 CPC; 82 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
P.________,
à Lausanne, contre le prononcé rendu le 26 janvier 2012, à la suite de l’audience
du 10 janvier 2012, par le Juge de paix du district de Lausanne, dans la cause l'opposant à R.________,
à Conthey.

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le 31 janvier 2011, à la requête de P.________, l'Office des poursuites du district de Lausanne-Ouest
a notifié à R.________ un commandement de payer dans la poursuite n° 5'632'321 portant
sur le montant de 24'116 fr. 15 plus intérêt à 5% l'an dès le 1er
décembre 2010 mentionnant comme titre de la créance ou cause de l'obligation "Décompte
final suite à la résiliation de la convention et de son avenant du 17 septembre 2008, selon
courriers du 22 octobre 2010 et du 16 novembre 2010". Le poursuivi a fait opposition totale.

 

             
Par acte du 17 mai 2011, la poursuivante, non assistée, a adressé au Juge de paix du district
de Lausanne une requête de mainlevée provisoire comportant les conclusions suivantes:

 

"1.             
Prononcer la mainlevée provisoire de l'opposition formée par le CITE, R.________, au commandement
de payer poursuite n° 5632321 notifiée les 23 décembre 2010 et 31 janvier 2011 à
concurrence de CHF 24'116.15.- avec intérêt à 5 % l'an dès le 1er décembre;

 

2.             
Dire en conséquence que cette poursuite ira sa voie;

 

3.             
Condamner le CITE, R.________, au paiement de CHF 24'116.15 avec intérêt à 5 % l'an dès
le  1er
décembre 2010;

 

4.
              Débouter le CITE
de toutes autres, plus amples ou contraires conclusions;

 

5.             
Le condamner en tous les dépens de la procédure, lesquels comprendront une équitable participation
aux honoraires du conseil."

 

             
A l'appui de sa requête, la poursuivante a produit, outre l'original du commandement de payer précité,
un ensemble de pièces, soit:

 

-
une "Convention de collaboration" signée par la poursuivante et le R.________, à
Lingolsheim (France), le 17 septembre 2008, destinée à régler la collaboration entre les
parties au sein du centre médical et de chirurgie de jour exploité par la poursuivante sur
le territoire de la commune de [...], cette convention prévoyant notamment:

 

"L'activité
au sein de P.________ peut être divisée en plusieurs axes:

 

             
- Activité d'un cabinet
médical de groupe

 

o 
Engagement

§     
P.________ met à disposition du R.________,
un bureau de consultation couplé à une salle de soins, équipée, ainsi que l'utilisation
de la salle de radiologie conventionnelle équipée et en état de fonctionner aux normes
actuelles. 

             
                           
[...]

§     
Sur le plan administratif, P.________ met à
disposition la réception, en se chargeant de la prise et la gestion des rendez vous, l'accueil des
patients, leur installation en salle d'attente, mise à disposition de revue.

§     
Les moyens de communication, téléphone,
fax, accès internet sont inclus dans le forfait proposé par P.________.

§     
P.________ mettra à disposition du R.________,
un email [...].

             
                           
[...]

§     
Médicaments et consommables fournis par P.________
seront facturés en sus.

 

[...]";

 

-
un avenant à cette convention, signé par les parties, daté du 17 septembre 2008, prévoyant
notamment:

 

"L'activité
au sein de P.________ peut être divisée en plusieurs axes:

 

             
- Activité d'un cabinet
médical de groupe

 

o
Coût et facturation

             
  
[...]

§     
Durant les 6 premiers mois, le R.________ règlera,
CHF 250.- par journée réellement utilisées sur facture mensuelle.

§     
Les 6 mois passés, le R.________ paiera un
fixe de CHF 1500.- par mois pendant 2 ans [...]

 

             
- Activité médico
– chirurgicale 

 

o
[...] P.________ met à disposition le bloc
opératoire, le pavillon adjacent, le personnel soignant.

o
Les actes effectués par le R.________ définies
pour les cas Tarmed seront versés au R.________ (prestation médicale), Diolymed touchera la
partie technique [...],

o
Dans le cas où le R.________ effectue des
actes de médecine esthétique, non soumis à Tarmed, dans le bloc opératoire, P.________
met à sa disposition le bloc opératoire, une infirmière, le pavillon, les charges de fonctionnement,
d'entretien et d'utilisation pour un forfait horaire de CHF 200.-. ou un forfait de 4 heures consécutives
de CHF 750.-. Sont compris également dans ce forfait, le matériel nécessaire, blouses
stériles, masques gants stériles, compresse, et autres petits matériels, la stérilisation
du matériel si nécessaire.

 

 

Création
du cabinet- promotion – publicité

 

-             
P.________ s'engage à créer un site Internet assurant la promotion du Centre Médico Chirurgical,
et en particulier l'activité du R.________.

-             
P.________ se chargera de procéder et d'organiser la publicité par tout moyen utile presse,
radio ou autres afin de relancer l'activité médico para médical de P.________ nouvelle
version.

[...]

 

 

Durée
et Résiliation

 

-
              La présente convention
entre en vigueur au 1er
décembre 2009 pour une durée de 1 ans soit jusqu'au 31 décembre 2009.

-             
Elle est renouvelée tous les ans par tacite reconduction.

-             
Sa résiliation se fait par lettre recommandée 6 mois avant le terme.";

 

 

-
une lettre du 15 novembre 2008 du R.________ au Conseiller d'Etat valaisan Thomas Burgener, à l'époque
en charge du département de la Santé, des Affaires sociales et de l'Energie;

 

-
un courrier recommandé adressé par P.________ au R.________ le 22 octobre 2010 intitulé:
"Cessation unilatérale de votre activité à P.________ - votre résiliation du
04.09.2010 / Décompte final", courrier non distribué au R.________, introuvable à
l'adresse utilisée, écrit comportant notamment un décompte des montants réclamés
au poursuivi compte tenu de sa résiliation anticipée soit:

 

"1-             
notre décompte de prestations du 20 octobre 2010 annexé pour le troisième trimestre 2010             
CHF 3'050.30

2-             
notre facture du 20 octobre 2010 annexée concernant votre comptabilité 2010             
CHF 1'600.00

3-
              Rupture de convention
au 4 septembre 2010, soit 15 mois jusqu'à son terme du 31 décembre 2011, à CHF 1'500.00
par mois, fondé sur la convention et l'avenant du 17 septembre 2008             
              CHF
19'500.00

 

             
Soit un total de                            
CHF 24'150.30";

 

-
un courriel du 7 novembre 2010 de P.________ au R.________, faisant état de discussions au sujet
du montant à payer selon le décompte final du 22 octobre 2010;

 

-
une copie de la lettre du 22 octobre 2010, comportant la mention manuscrite d'une offre du R.________
de payer 6'000 fr. pour solde de tout compte;

 

-
un courriel du 8 novembre 2010 du R.________ faisant état d'une contreprestation concernant la fin
des rapports des parties;

 

-
une lettre recommandée du 15 novembre 2010 adressé par la poursuivante au R.________ relative
à la comptabilité 2010 de celui-ci.

 

             
b) Le
17 juin 2011, le premier juge a cité les parties à son audience du 6 septembre 2011. Le
pli adressé à l'intimé, chemin [...] Lausanne, est venu en retour non réclamé.

 

             
Par prononcé du 13 septembre 2011, consécutif à l'audience du 6 septembre 2011, tenue
par défaut du poursuivi, le Juge de paix du district de Lausanne a prononcé la mainlevée
provisoire de l'opposition.

 

             
c) Le
13 octobre 2011, l'intimé a formé une requête en restitution de délai et en nullité,
fondée sur les art. 33 al. 4 LP (loi sur la poursuite pour dettes et la faillite du 11 avril 1889;
RS 281.1) et 148 al. 1 CPC (code de procédure civile du 19 décembre 2008; RS 271), concluant
à la restitution du délai pour requérir la motivation de la décision de mainlevée.
L'intimé a notamment exposé avoir été domicilié en Suisse dès mai 2011,
d'abord à Sion puis à Conthey, dès le 31 juillet 2011, et avait exercé son art dans
différents cabinets médicaux donc celui sis chemin [...] Lausanne. L'intimé a produit
un ensemble de pièces, dont notamment une déclaration de résidence de la Ville de Sion
du 1er
septembre 2011 attestant qu'arrivé de France le 4 avril 2011 en résidence principale, il en
est parti le 31 juillet 2011 pour la commune de Conthey en Valais.

 

             
Par acte du même jour, le poursuivi, par l'intermédiaire de son représentant, a adressé
à la cour de céans une requête en restitution de délai et en nullité fondée
sur le même état de fait, concluant à ce que lui soit restitué le délai pour
recourir contre la décision de mainlevée et à ce que dite décision soit annulée
faute de compétence ratione loci de l'autorité l'ayant rendue.

 

             
Par décision rendue sous forme de lettre recommandée le 18 octobre 2011, le premier juge a,
sans entendre la partie adverse, constaté que le poursuivi n'avait pas été valablement
cité à comparaître à l'audience de mainlevée, et déclaré son prononcé
nul et non avenu, une nouvelle audience devant être appointée. Cette décision rappelle
également que la question du for de la poursuite ne ressortit pas de l'examen du juge de la mainlevée
mais de celui de l'autorité de surveillance; elle mentionne les voies de droit. Les parties n'ont
pas recouru.

 

             
Le 25 octobre 2011, le vice-président de la cour des poursuites et faillites a constaté que
la décision de restitution de délai prise par le juge de paix le 18 octobre 2011 rendait sans
objet l'écriture déposée le 13 octobre 2011.

 

             
d)
Le 2 décembre 2011, le premier juge a cité les parties à comparaître à son audience
du 10 janvier 2012.

 

             
Le 3 janvier 2012, la poursuivante a déposé une écriture complémentaire par laquelle
elle s'est déterminée sur la requête de restitution de délai déposée par
le poursuivi, la considérant "tardive, inadéquate et infondée". Elle a pris
plusieurs conclusions ayant pour objet cette requête et destinées à faire renaître
le prononcé annulé. Cette écriture était accompagnée de différentes pièces
dont sept nouvelles, soit notamment:

 

-
un extrait du site internet de l'intimé;

 

-
une procuration du 24 août 2008 émanant du poursuivi et mandatant l'administratrice de la poursuivante,
[...], afin qu'elle effectue les démarches nécessaires à l'obtention d'un permis de séjour;

 

-
une copie du passeport français du poursuivi;

 

-
une lettre de l'avocat Dominique Favre, de la même étude que le conseil du poursuivi, du 11
février 2011, relative au départ du R.________ du centre P.________ et dans laquelle Me Favre
expose être consulté en qualité de médiateur;

 

-
une copie de la procuration délivrée le 10 octobre 2011 à Me Dominique Favre et Me Yves
Rebord  par le poursuivi.

 

 

             
Le conseil du poursuivi a déposé un acte de procédure le 6 janvier 2012, exposant les
raisons pour lesquelles la requête de mainlevée devait être rejetée, en particulier
la non-exécution par la poursuivante des prestations auxquelles elle s'était engagée dans
la convention et l'avenant du 17 septembre 2008. Il a produit trois pièces dont:

 

-
une lettre du 4 septembre 2010 par laquelle il déclare vouloir "mettre fin à [s]es interventions
au sein [du] centre P.________" à compter de la fin du mois d'octobre 2010;

 

-
plusieurs extraits de la Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) des 29 janvier 2010, 12 février
2010 et 11 mars 2011 faisant état de la vente aux enchères publiques des locaux dans lesquels
il devait exercer son activité.

 

 

2.             
Statuant contradictoirement à l'issue de
l'audience du 10 janvier 2012, le Juge de paix du district de Lausanne a rejeté la requête
de mainlevée (I), arrêté à 360 fr. les frais judiciaires (II) mis à la charge
de la poursuivante (III) et dit qu'en conséquence celle-ci verserait au poursuivi la somme de 1'000
fr. à titre de dépens, soit, à titre de défraiement de son mandataire professionnel
(IV). Expédié le 26 janvier 2012, le dispositif a été notifié le 30 et
la poursuivante en a requis la motivation en temps utile, le 2 février 2012. Les motifs du prononcé
ont été adressés pour notification aux parties le 9 mars 2012 et ont été notifiés
à la poursuivante le 19 mars 2012.

 

 

3.             
Par acte du 27 mars 2012, adressé à
la cour de céans le 28 mars 2012, la poursuivante a recouru contre la décision du juge de paix
en prenant les conclusions suivantes:

 

"1.-             
le recours est admis

 

2.-             
le prononcé du 10 janvier 2012, rendu par le Juge de Paix du district de Lausanne, dans la cause
[...] (poursuite no 5632321) ainsi que le prononcé du 10 janvier 2012 notifié le 9 mars
2012 mais reçu le 19 mars 2012 par la partie poursuivante, est annulé.

 

3.-
              la requête en restitution
de délai de la partie poursuivie est rejetée

 

4.-             
la requête de mainlevée d'opposition de P.________ est acceptée, et partant la poursuite
no 5632321 est valable. Elle suivra son cours ;

 

5.-             
le for de poursuite est Lausanne ;

 

6.-             
la partie poursuivante ne versera aucune somme à titre de dépens à la partie poursuivie,
à savoir, à titre de défraiement de son représentant professionnel. Par conséquent
le montant de fr. 1'000.- n'est pas dû ;

 

7.-
              les frais judiciaires
sont à la charge de la partie poursuivie ;

 

8.-             
la partie poursuivie versera à la partie poursuivante la somme de fr. 1'000.- à titre de dépens,

 

9.-
              la partie poursuivie est
condamnée à verser à la partie poursuivante une somme que le tribunal de céans déterminera
pour procédure téméraire.".

 

             
La poursuivante a produit un onglet de pièces sous bordereau dont certaines sont nouvelles.

 

             
L'intimé s'est déterminé par acte du 1er
mai 2012, concluant à ce que le recours soit déclaré infondé dans la mesure où
il serait recevable et à ce que le prononcé rendu par le juge de paix soit confirmé.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours,
écrit et motivé, est adressé à l'autorité de recours dans le délai de dix
jours à compter de la notification de la décision motivée. Le recours formé par la
poursuivante le 28 mars 2012 a été déposé en temps utile et dans les formes requises;
il est donc recevable.

 

             
Les déterminations de l'intimé, déposées le 1er
mai 2012, soit dans le délai de l'art. 322 al. 2 CPC, sont également recevables.

 

             
En revanche, les pièces nouvelles que la recourante a produites avec son acte de recours ne sont
pas recevables (art. 326 al. 1 CPC). En effet, en procédure de recours, le tribunal de deuxième
instance doit statuer sur un état de fait identique à celui examiné par le premier juge.
Cette règle, stricte, s'explique par le fait que l'instance de recours a pour mission de contrôler
la conformité au droit de la décision entreprise, mais pas de poursuivre la procédure
de première instance; à l'instar du Tribunal fédéral, l'instance de recours doit
contrôler la juste application du droit à un état de fait arrêté définitivement
(Chaix, Introduction au recours de la nouvelle procédure civile fédérale, in SJ 2009 II
257 ss, n. 17 p. 267). Le deuxième alinéa de cette disposition réserve certes les dispositions
spéciales de la loi, mais la procédure de mainlevée n'est pas visée par cette règle
(Staehelin, Basler Kommentar, n. 90 ad art. 84 LP).

 

 

II.             
a) Il ressort de la déclaration de résidence
émanant de la Ville de Sion que l'intimé est domicilié à Conthey, en Valais, depuis
le 31 juillet 2011 et non pas à Lausanne comme le mentionne la décision attaquée et qu'au
moment de la notification du commandement de payer, le 31 janvier 2011, l'intimé était officiellement
encore domicilié en France.

 

             
Dans l'arrêt paru aux ATF 136 III 373, le Tribunal fédéral a rappelé que, selon la
jurisprudence développée avant la révision de la LP, la requête de mainlevée
devait être présentée au tribunal du for de la poursuite et ce même si la poursuite
n'avait pas été diligentée au bon for, pour peu que le poursuivi ait renoncé à
porter plainte contre le commandement de payer au motif de l'incompétence ratione loci de l'office
(c. 2.1). Le Tribunal fédéral a conclu que la révision de la loi, notamment le nouvel
art. 84 al. 1 LP, n'avait rien changé à sa jurisprudence (c. 3.5).

 

             
En l'espèce, aucune plainte n'a été formée contre le commandement de payer. La mainlevée
pouvait ainsi être requise au for de la poursuite.

 

             
b)
Faute d'avoir fait l'objet d'un recours en temps utile, la décision du  juge de paix du 18 octobre
2011 d'annuler la première décision de mainlevée sans entendre la poursuivante est définitive
et exécutoire de sorte qu'il n'y a pas à examiner son bien-fondé à ce stade.

 

 

III.             
a) Le poursuivant dont la poursuite est frappée
d’opposition peut, s’il se trouve au bénéfice d’une reconnaissance de dette,
requérir la mainlevée provisoire de l’opposition, que le juge prononce si le débiteur
ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 LP).

 

             
Constitue une reconnaissance de dette l’acte
authentique ou sous seing privé d’où résulte la volonté du poursuivi de payer
au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme déterminée, ou aisément déterminable,
et échue (Panchaud/Caprez, La mainlevée d’opposition, § 1; Gilliéron, Commentaire
de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 29 ad art. 82 LP; ATF 132
III 480 c. 4.1, JT 2007 II 75; ATF 130 III 87 c. 3.1, JT 2004 II 118; ATF 122 III 125 c. 2, JT 1998 II
82). Pour qu’un écrit public, authentique ou privé ou qu’un ensemble d’écrits
vaille reconnaissance de dette, il doit en ressortir, sur la base d’un examen sommaire, que le
poursuivi a assumé une obligation de payer ou de fournir des sûretés, donc une créance
exigible, chiffrée et inconditionnelle, car si la reconnaissance de dette n’est pas pure et
simple, le poursuivant, pour obtenir la mainlevée provisoire, doit rapporter la preuve littérale
que les conditions ou réserves sont devenues sans objet (Gilliéron, op. cit., n. 40 ad art.
82 LP). Enfin, le titre produit pour valoir reconnaissance de dette et titre à la mainlevée
provisoire ne justifie la mainlevée provisoire de l’opposition que si le montant de la prétention
déduite en poursuite est chiffré de façon précise dans le titre lui-même ou
dans un écrit annexé auquel la reconnaissance se rapporte; cette indication chiffrée doit
permettre au juge de la mainlevée de statuer sans se livrer à des calculs compliqués et
peu sûrs (Gilliéron, op. cit., n. 42 ad art. 82 LP).

 

             
La procédure de mainlevée est une procédure sur pièces (Urkundenprozess), dont le
but n'est pas de constater la réalité de la créance en poursuite, mais l'existence d'un
titre exécutoire: le créancier ne peut motiver sa requête qu'en produisant le titre et
la production de cette pièce, considérée en vertu de son contenu, de son origine et de
ses caractéristiques extérieures comme un tel titre, suffit pour que la mainlevée soit
prononcée si le débiteur n'oppose pas et ne rend pas immédiatement vraisemblables des
moyens libératoires (ATF 132 III 140 c. 4.1.1, rés. in JT 2006 II 187; art. 82 al. 2 LP).

 

             
b)
En l'espèce, le seul document écrit signé du poursuivi pouvant valoir reconnaissance de
dette est la convention de collaboration et son avenant, signés le 17 septembre 2008. Cette convention
comporte plusieurs obligations, outre la mise à disposition de locaux et d'installations, comme
par exemple la mise à disposition de la réception pour la prise de rendez-vous ou la mise à
disposition d'une adresse internet; elle ne saurait donc constituer un simple contrat de bail, comme
le sous-entend l'intimé. 

 

             
L'avenant va plus loin, car il prévoit que la poursuivante s'engage à créer un site internet
assurant la promotion du centre et en particulier l'activité du R.________, qu'elle mettra à
sa disposition du personnel et du matériel et qu'elle procédera à la création et
à l'organisation de la publicité relative au centre médical. 

 

             
Les parties sont donc liées par un contrat mixte ou innommé.

 

             
aa) Un contrat synallagmatique peut valoir reconnaissance de dette à condition que le créancier
établisse avoir exécuté ou offert d'exécuter sa prestation (TF 5A_367/2007 du 15
octobre 2007, c. 3.1 et les réf. doctrinales citées). Cela vaut notamment pour le contrat de
bail.

 

             
Lorsque, pour faire échec à la mainlevée déduite d'un contrat bilatéral, le
poursuivi allègue que le créancier n'a pas ou pas correctement exécuté sa propre
prestation, la mainlevée ne peut être accordée que si son affirmation est manifestement
sans fondement ou si le créancier est en mesure d'infirmer immédiatement, par des documents,
l'affirmation du débiteur (ibidem).

 

             
Dans la présente procédure, l'intimé fait valoir que la poursuivante n'a jamais tenu ses
engagements relatifs à la promotion de ses activités médicales, les locaux en cause ayant
failli être vendus aux enchères publiques dès le mois de mai 2010. Les extraits de la
FOSC produits à l'appui de cette déclaration rendent vraisemblables ces faits.

 

             
Malgré la production de l'extrait d'un site internet, la recourante n'infirme pas cette affirmation,
de sorte que l'on ne saurait retenir que l'ensemble des prestations prévues contractuellement ont
été exécutées ou offertes en vue d'exécution.

 

             
bb) A cela s'ajoute que le contrat conclu par les parties comporte une importante composante de service;
ainsi l'art. 404 CO (Code des obligations du 30 mars 2011; RS 220), de droit impératif, doit trouver
à s'appliquer (cf. sur ces points: Venturi-Zen Ruffinen, La résiliation pour justes motifs
des contrats de durée, in SJ 2008 II 1 ss, spéc. pp. 5 à 7 et spéc. note infrapaginale
34). Cette disposition prévoit que le mandat peut être révoqué ou répudié
en tout temps (al. 1), et que celle des parties qui révoque ou répudie le contrat en temps
inopportun doit toutefois indemniser l'autre du dommage qu'elle lui cause (al. 2).

 

             
Dès lors, la lettre de l'intimé du 4 septembre 2010 dénonçant le contrat a produit
ses effets à fin du mois d'octobre 2010 au plus tard et les montants réclamés pour le
troisième trimestre 2010 dans la lettre du 22 octobre 2010 ne sont pas dus, ni ceux facturés
jusqu'au terme de la convention au 31 décembre 2011. Quant au montant de 1'600 fr. correspondant
à une facture pour la comptabilité 2010, il ne fait l'objet d'aucune reconnaissance de dette.

 

             
En définitive, seul le juge du fond est compétent pour déterminer les conséquences
financières de la fin des rapports de collaboration entre les parties.

 

 

IV.             
Le recours doit par conséquent être
rejeté, dans la mesure de sa recevabilité, et le prononcé confirmé.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 570 fr., sont mis à la
charge de la recourante qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Cette dernière doit verser à l'intimé
la somme de 600 fr. à titre de dépens de deuxième instance (art. 8 TDC [Tarif des dépens
en matière civile du 23 novembre 2010; RSV 270.11.6]).

 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 570 fr. (cinq cent septante
francs), sont mis à la charge de la recourante.

 

             
IV.             
La recourante P.________ doit verser à l'intimé R.________ la somme de 600 fr. (six cents francs)
à titre de dépens de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
10 août 2012

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.

 

             
Il est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
P.________,

‑             
Me Jean-Yves Rebord, avocat (pour R.________).

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 240'116 fr. 15.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
M. le Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
La greffière :