# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** deff2036-c0b4-5ac5-a284-7fe72814fe50
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-02-24
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 24.02.2004 AC.2002.0192
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_AC-2002-0192_2004-02-24.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 24 février 2004

sur le recours interjeté par les personnes
suivantes, représentées par l'association "Collectif Gestion
rationnelle des déchets (GRD)", dont la secrétaire est Graziella
Schaller, chemin des Fleurettes 22 à 1007 Lausanne, et dont le conseil est
l'avocat Jean-Claude Perroud, à Lausanne,

1.    feu
Michel Glardon, rue du Tunnel 12, case postale, à 1000 Lausanne 17,
aujourd'hui décédé,

2.    André
Félix, les Isles, 1861 Les Diablerets,

3.    l'Association
pour la sauvegarde du Vallon du Flon, à Lausanne, (par son Président Claude
Monod, avenue de la Sallaz 76, à 1010 Lausanne), 

4.    Les
Amis de la Cité, à Lausanne, (Association représentée par Alain Faucherre,
chemin des Charmilles 1, 1004 Lausanne), 

5.    Le
Mouvement de défense de Lausanne, (par son président Eric Magnin, case
postale, 1002 Lausanne)

6.    les
personnes suivantes, désignées comme "contribuables lausannois"

-    Abbey Rose-Marie,
Ch. des Libellules 6, 1010 Lausanne,

-    Abetel Gaston, Ch. I. de Montolieu
42, 1010 Lausanne,

-    Al Amir-Mayor Nita, Ch. du Boisy 45,
1004 Lausaune,

-    Arn Pierre, Ch. des Diablerets, 1012
Lausanne,

-    Ballif André, Ch. de la Fourmi 20,
1010 Lausanne,

-    Bamert Kurt, Ch. des Diablerets 3
bis, 1012 Lausanne,

-    Barblan Christiane, Rte de Berne,
1010 Lausanne,

-    Baud Madeleine, Rte de Berne Il,
1010 Lausanne,

-    Besançon Marguerite, Rte de Berne 9,
1010 Lausanne,

-    Besançon Gustave, Boissonnet 13,
1010 Lausanne,

-    Blanchet Pierrette, Ch. des Lys 4,
1010 Lausanne,

-    Bonnet Robert, Av. Sallaz 42, 1010
Lausanne,

-    Bonvin Edith, Av. Mon-Repos 2, 1010
Lausanne,

-    Bréchet Damaris, Rte de Berne 37,
1018 Lausanne,

-    Burger Anne-Lise, Rte du Signal 15,
1010 Lausanne,

-    Burger Michel, Rte du Signal 15,
1018 Lausanne,

-    Clerc Georges-André, Ch. I. de
Montolieu 103B, 1010 Lausanne,

-    de Lassus Jacqueline, Ch. de
Verdonnet 12, 1010 Lausanne,

-    Decker Louis, Ch. I. de Montolieu
73, 1012 Lausanne,

-    Decollogny Odette, Vallonnette 18,
1010 Lausanne,

-    Dutoit Yvonne, Rte de Berne 9, 1010
Lausanne,

-    Fahrni Henri, Ch. de Riant Pré 20,
1004 Lausanne,

-    Faucherre Alain, Ch. des Charmilles
1, 1010 Lausanne,

-    Felber Jean-Pierre, Av. de Beaumont
66, 1010 Lausanne,

-    Félix André, Les Isles, 1865 Les
Diablerets,

-    Félix Nicole, Rte de Berne 25, 1012
Lausanne,

-    Forster Jean-Paul, 57, av. du
Temple, 1010 Lausanne,

-    Gander Ruth, Rte de Berne 75, 1010
Lausanne,

-    Gilliéron Marguerite, Rte de Berne
9, 1010 Lausanne,

-    Gruosso Manuela, Rte de Berne 9,
1010 Lausanne,

-    Hummler Naora, Rte d'Oron 14B, 1012
Lausanne,

-    Hupka Serge-Alain, Av. Béthusy 91,
1010 Lausanne,

-    Jaeger Michel, Riant-Pré Il, 1010
Lausanne,

-    Jaeger Odile, Riant-Pré 11, 1010
Lausanne,

-    Kratzer Jacqueline, Rte de Berne 9,
1010 Lausanne,

-    Küffer Simone, Rte de Berne 27, 1010
Lausanne,

-    Kuhnle Dorothée, 16, Valmont, 1010
Lausanne,

-    Magnin Eric, Ch. De Boissonnet 16,
1012 Lausanne,

-    Malherbe Rosette, I. de Montolieu
75, 1010 Lausanne,

-    Matthey Gilbert, Vuachère 35, 1010
Lausanne,

-    Milliet Josette, Riant-Pré 40, 1010
Lausanne,

-    Monod Claude, Av. de la Sallaz 76,
1010 Lausanne,

-    Morel Anne-Lise, Rte de Berne 1,
1010 Lausanne,

-    Müller Elisabeth, Av. Vinet Il, 1010
Lausanne,

-    Pahud Michel, Rte de Berne 83bis,
1006 Lausanne,

-    Pahud Nicoletta, Rte de Berne 83bis,
1010 Lausanne,

-    Pahud Adrienne, Rte de Berne 9, 1010
Lausanne,

-    Perret Micheline, A v. Servan 23,
1010 Lausanne,

-    Perritaz Josiane, Boissonnet 63,
1010 Lausanne,

-    Rapin André, A v. de la Sallaz 54,
1018 Lausanne,

-    Rapin Christine, A v. de la Sallaz
54, 1010 Lausanne,

-    Rapin Yolande, A v. de la Sallaz 54,
1018 Lausanne,

-    Rapin Sidney, A v. de la Sallaz 54,
1010 Lausanne,

-    Renaud Jean-Jacques, Pavement 5,
1007 Lausanne,

-    Renaud Marcienne, Pavement 5, 1010
Lausanne,

-    Schaller Graziella, Fleurettes 22,
1010 Lausanne,

-    Schneider Ernest, Rte de Berne 29,
1010 Lausanne,

-    Schneider Claudine, Rte de Berne 29,
1010 Lausanne,

-    Seydoux Yolande, Rte de Berne 13,
1004 Lausanne,

-    Somogyi-Barbier Andrée, Boissonnet
14, 1010 Lausanne,

-    Spiessl Carole, Av. Vinet Il, 1010
Lausanne,

-    Steininger Michel, 36, Ch. de
Riant-Pré, 1010 Lausanne,

-    Studer Ernest, Ch. des Abeilles 5,
1010 Lausanne,

-    Thévoz Philippe, Ch. des Abeilles 1,
1018 Lausanne,

-    Tourn Renzo, Ch. de la Chaumière 1,
1012 Lausanne,

-    Trachsel Lucie, Rouvraie 23, 1010
Lausanne,

-    Viertl Jacqueline, Victor Ruffy 94,
1010 Lausanne,

-    Vuillety Jean-Claude, Rte de Berne
Il, 1010 Lausanne,

-    Walti André, I. de Montolieu 2, 1010
Lausanne,

-    Walti Margarete, I. de Montolieu 2,
1007 Lausanne,

-    Wetter Roland, Mont d'Or Il, 1010
Lausanne,

-    Wüthrich Suzanne, Boissonnet 19,
1004 Lausanne,

-    Zbinden Julien-François, Rte de
Berne 59, 1010 Lausanne,

-    Zurbuchen Laure, Av. Jomini 10, 1005
Lausanne,

7.    les personnes suivantes, désignées comme "contribuables
vaudois"

-    Bovey Richard, 17, ch. des Brûlées,
1093 La Conversion 

-    Cavin M. Thérèse, 39 Polny, 1066
Epalinges 

-    Chevalley Isabelle, Rte du
Marchairuz, 1188 St-George 

-    Juillerat Tristan, Dent d'Oche 7,
1024 Ecublens 

-    Juillerat Pascale, Dent d'Oche 7,
1024 Ecublens

-    Mota Maria, Av. Vallombreuse, 1008
Prilly

-    Turin Jean-Paul, 1124 Gollion

ainsi que sur le recours interjeté par Eric
MAGNIN, à Lausanne,

contre

la décision rendue le 17 septembre 2002 par le
Département des Finances déclarant d'intérêt public le projet de
construction de l'usine d'incinération des déchets urbains et de la galerie
technique la reliant à l'usine de Pierre-de-Plan, et autorisant l'expropriation
par

TRIDEL SA, dont le
conseil est l'avocat Daniel Pache, à Lausanne,

des terrains et des droits propriétés de

la Commune de Lausanne, représentée par
sa Municipalité,

le dispositif de la décision attaquée
prévoyant en outre que "en vertu de l'art. 92 LEx, la prise de possession
anticipée est reconnue dans son principe et les modalités seront fixées par le
Président du tribunal".

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Pierre
Journot, président; M. Jean-Daniel Rickli et Pascal Langone, assesseurs.

Vu les faits suivants:

A.                     Le 17 septembre 2002,
le Département des Finances a rendu, au sujet de l'expropriation des terrains
et droits nécessaires à la construction de l'usine d'incinération Tridel, la
décision prévue par l'art. 23 de la loi cantonale du 25 novembre 1974 sur
l'expropriation (LE, l'abréviation LEx étant réservée à la loi fédérale du même
nom). On rappellera à cet égard, comme le Tribunal l'a fait par exemple dans la
cause AC 1996/0101 du 11 juillet 1996 concernant l'évitement de Cheseaux, que
la loi vaudoise sur l'expropriation prévoit une procédure en deux temps. La
première phase, qui relève de la compétence du Département des finances, a pour
but de vérifier que le projet pour lequel l'expropriation est demandée répond à
un intérêt public, et de définir l'emprise nécessaire, celle-ci devant être
limitée à ce qu'exige l'exécution du projet (art. 4, 5, 22 al. 3 et 23 al. 3
LE). A l'issue de cet examen, le Département des finances délivre au requerrant
(Tridel SA en l'occurrence) une autorisation d'exproprier, qui détermine les
emprises nécessaires. La seconde phase, qui n'est pas encore engagée pour ce qui
concerne l'usine Tridel, vise à fixer les indemnités allouées aux propriétaires
expropriés; elle relève de la compétence du Tribunal d'expropriation, qui n'est
pas le Tribunal administratif, mais est composé du président du tribunal
d'arrondissement du lieu où se trouve les immeubles et de deux assesseurs
nommés pas le Tribunal cantonal (art. 29 à 31 LE).

                        La décision rendue en
l'espèce le 17 septembre 2002 par le Département des Finances a la teneur
intégrale suivante:

"Statuant

sur l'intérêt public du projet
d'expropriation

-         par la Société TRIDEL S.A.
dont le siège est à Lausanne pour la construction de : 

 usine d'incinération des déchets urbains 

 galerie technique la reliant à l'usine de Pierre-de-Plan 

 interface de la Blécherette et tunnel d'approvisionnement

A.      Constate que :

I. Bref historique 

En 1993 paraissait le plan cantonal vaudois
qui, outre des principes de prévention, prévoyait une régionalisation des
objectifs à atteindre en matière de taux de recyclage et désignait un ensemble
d'installations de traitement propres à assurer l'élimination des déchets. 

En juillet 1993, le Conseil d'Etat, suite à une
étude menée conjointement par les communes, les associations de protection de
l'environnement et les services concernés, prenait la décision de lancer la
planification d'une installation de traitement par incinération d'une capacité
initiale de 140'000 t/an, le projet Tridel à Lausanne, pour assurer
l'élimination des déchets urbains de Lausanne et environs, de la région
morgienne, du Gros-de-Vaud et de la Vallée de Joux. Les autres régions du
canton étaient déjà ou furent intégrées dans les bassins d'approvisionnement de
toutes les usines situées dans les cantons voisins de Genève, Valais, Fribourg
et Neuchâtel. Cette configuration a permis d'assurer à long terme le traitement
d'un peu moins de la moitié du tonnage de déchets incinérables produit par le
canton, soit environ 120'000 t/an. Cette planification a reçu
l'assentiment de la Commission Intercantonale Romande et de la Commission
cantonale pour la gestion des déchets, 

Il.       Procédures et décisions
antérieures 

1.       Le Département des travaux
publics de l'aménagement et des transports du canton de Vaud (DTPAT;
aujourd'hui: Département des infrastructures: DINF) a adopté le 24 mai 1995 le
plan d'affectation cantonal (PAC) n° 296, destiné à la réalisation d'un centre
de recyclage et d'incinération des déchets dans la partie supérieure de la
vallée du Flon à Lausanne, avec des installations annexes sur les territoires
des Communes de Romanel-sur-Lausanne et du Mont-sur-Lausanne (projet
"Tridel").

Ce plan comprend deux sous-périmètres séparés
d'environ 2,5 km: celui du bâtiment principal (usine d'incinération et locaux
annexes, volet A) et celui d'une "installation d'approvisionnement à
distance" (interface de la Blécherette, volet B). Ces deux ouvrages,
prévus sur les terrains dont la Commune de Lausanne est propriétaire, devraient
être reliés par une galerie souterraine (ATF du 17 août 2000: 1A.17 et 39/2000,
p. 3). 

2.       La décision du 24 mai 1995 a
fait l'objet de recours que le Département de la justice de la police et des
affaires militaires (DJPAM; actuellement Département des institutions et des
relations extérieures: DIRE) a rejetés par prononcés du 14 mars 1996. 

3.       Le Tribunal administratif a
confirmé cette décision par un arrêt rendu le 30 juin 1998. 

4.       Le Tribunal fédéral, dans un
arrêt du 27 avril 1999 (cause 1A.179/1998) a renvoyé l'affaire pour une
nouvelle décision au Tribunal administratif. 

5.       Le 13 décembre 1999, le
Tribunal administratif a rendu un arrêt (AC 99/0063) confirmant les décisions
rendues le 14 mars 1996 par le DJPAM. 

6.       Le 17 août 2000, le Tribunal
fédéral a rejeté les recours de droit administratif dans les causes 1A. 17/2000
(PAC 296) et 1A. 39/2000 (défrichement) dans la mesure où ils étaient
recevables. 

7.       Le 29 octobre 1997, le
Département des travaux publics, de l'aménagement et des transports (DTPAT,
actuellement DINF) a rendu sa décision finale sur l'impact sur l'environnement
et approuvé le plan d'affectation cantonal 296. 

8.       Le 31 octobre 1997, la
Municipalité de Lausanne a accordé le permis de construire pour le "centre
Tridel", soit l'usine d'incinération avec centre de tri des déchets,
garages de véhicules de ramassage et locaux administratifs. 

9.       Le 6 novembre 1997, la
Municipalité de Romanel-sur-Lausanne a accordé le permis de construire pour
l'installation de transbordement des conteneurs de déchets et des locaux de
service à 1"'interface de la Blécherette". 

10.     Le 6 novembre 1997, la
Municipalité du Mont-sur-Lausanne a accordé le permis de construire pour les
ouvrages du tunnel d'approvisionnement entre l'interface et l'usine sur le
territoire de la Commune de Lausanne. 

11.     Le 27 mars 2000, le Tribunal
administratif a rendu un arrêt (AC 99/0064) rejetant les recours dans la mesure
où ils étaient recevables et a confirmé les décisions attaquées avec une
réserve (pt 11 de l'arrêt). Le 10 octobre 2000, le TF a rejeté un recours de
droit administratif (cause 1A. 169/2000) et un recours de droit public (1P.
287/2000) dans la mesure où ils étaient recevables. 

12.     Le 29 mai 2001, le Grand Conseil
du Canton de Vaud a accordé au Conseil d'Etat un crédit de Fr. 90'000'000.--
pour la construction d'une usine d'incinération de portée régionale au service
de l'agglomération lausannoise, de la région morgienne, du Gros-de-Vaud et de
la Vallée de Joux - Projet TRIDEL. 

13.     Le 23 septembre 2001, la
population vaudoise s'est prononcée sur cet objet. Par arrêté du 1er octobre
2001, le Conseil d'Etat a proclamé le résultat de la votation. Le projet de
construction de l'usine d'incinération a été approuvé par 58,89 % de oui (Le
district de Lausanne a également approuvé ce projet par environ 57% des voix). 

III.      Autorisation préalable 

1.       Le 13 juin 2001, le Chef du
département de la sécurité et de J'environnement a sollicité le Département des
finances (ci-après : le Département) dans le but d'obtenir, pour la société
Tridel S.A. (ci-après : l'expropriante), l'autorisation de mise à l'enquête
d'un projet d'expropriation des terrains nécessaires à la réalisation de
l'usine d'incinération des déchets urbains Tridel à Lausanne. 

2.       Le 7 août 2001, l'expropriante
a confirmé se charger des frais d'enquête et garantir les dommages et frais en
cas d'abandon de la procédure (art. 13 LEx). 

3.       Le 4 septembre 2001, le
Département a autorisé l'expropriante à mettre à l'enquête publique le projet
d'expropriation. Le Département avait pris préalablement l'avis des autorités
communales intéressées qui n'avaient formulé ni remarque, ni observation ou
opposition. 

IV.      Procédure d'expropriation 

1.       Une enquête publique a été
ouverte du 27 mars au 29 avril 2002 dans les greffes municipaux des Communes de
Romanel-sur-Lausanne, du Mont-sur-Lausanne et de Lausanne. Elle portait sur
l'expropriation des terrains et des droits nécessaires à la réalisation des
projets suivants : 

- usine d'incinération des déchets urbains 

- galerie technique la reliant à l'usine de Pierre-de-Plan 

- interface de la Blécherette et tunnel d'approvisionnement 

2.       Cette enquête publique n'a fait
l'objet d'aucune opposition ou observation selon la feuille d'enquête clôturée
le 2 mai 2002 par la Municipalité de Romanel-sur- Lausanne. 

3.       Cette enquête publique a fait
l'objet de 8 observations ou réclamations selon attestation de la Municipalité
du Mont-sur-Lausanne sur la feuille d'enquête: 

a)  Me Jean-René Mermoud, avocat,
agissant pour son compte et celui de M. Jean-François Mermoud, propriétaires de
la parcelle 108 du Mont, s'oppose pour des motifs tant financiers (la Commune
de Lausanne, endettée, n'offre pas les garanties d'exploitation) que juridiques
(projet lacunaire, inadapté et dont l'impact n'a pas été suffisamment étudié). 

b)  Galland & Cie S.A., au nom de M.
Jean-François Poudret, propriétaire de la parcelle 193 du Mont, s'oppose en
considérant que le dossier soumis à l'enquête est incomplet. 

c)  Mmes Renate Brun, propriétaire de la
parcelle 112 du Mont, et Sandrine Brun Rey, propriétaire de la parcelle 99 du
Mont, s'opposent individuellement pour des inconvénients dus au bruit engendré
lors de la construction et l'exploitation du tunnel ainsi que du risque
d'assèchement de leur terrain. 

d)  M. Pierre Pache, propriétaire de la
parcelle 128 du Mont, s'oppose par crainte de fissures murales et autres
désagréments provoqués par la construction de la galerie ou de limitation de
reconstruction future. Il désire des garanties. 

e)  Mme Edith Tealdi-Girod, propriétaire
de la parcelle 79 du Mont, s'oppose à la constitution d'une servitude sur sa
parcelle qui n'est pas touchée selon le plan d'enquête. Elle critique également
le caractère succinct du projet et en demande une modification. 

f)   Me Denis Sulliger, avocat, agissant
pour le compte de M. Arendse et consorts, propriétaires de parcelles concernées
par le tunnel d'approvisionnement, forme opposition pour imprécision du projet
mis à l'enquête, notamment l'absence de coupe. Il propose le déplacement du tracé
et, en cas de réalisation, un constat préalable de l'état des immeubles de ses
mandants. 

g)  M. et Mme Jonathan et Judith Lister
complètent, personnellement, leur opposition présentée par Me Sulliger, par
diverses observations concernant le tracé et l'indemnisation. 

h)  Le Service de l'électricité de la
Commune de Lausanne a fait une observation concernant la réalisation de
l'équipement électrique de la zone. 

4.       Cette enquête publique a fait
l'objet de 5 oppositions et 1 intervention selon la feuille d'enquête clôturée
par la Municipalité de Lausanne. Un addenda du 3 mai 2002 précise que le greffe a reçu ce jour,: avec sceau postal du 29 avril 2002: 81 oppositions au
nom du Collectif «Gestion rationnelle des déchets (GRD)»: 

a)  Le Collectif «Gestion Rationnelle
des déchets» s'oppose à la procédure d'expropriation tout en applaudissant au projet de recourir au transport
des déchets par le rail. Il conteste la localisation du
site en critiquant le coût du projet et craint des surcapacités. 

b)  M. Eric Magnin s'oppose formellement
à la
procédure d'expropriation touchant la cession des terrains communaux du Vallon
du Flon en faveur de Tridel S.A. pour le motif que la procédure d'expropriation prive le Conseil
communal de Lausanne de ses droits essentiels de décision et la population de
ses droits référendaires. La procédure d'expropriation ne se
justifie pas en l'espèce;
l'autorité communale ne s'est jamais refusée à la vente. 

c)  M. Pierre Pache, propriétaire de la parcelle 128 du Mont, s'oppose pour
les mêmes raisons que celles évoquées sous chiffre 3 d) ci-dessus. 

d)  Me Jacqueline de Quattro, avocate, agissant pour le compte de MM.
Michel Glardon, en qualité de voisin et de contribuable lausannois, André
Félix, propriétaire voisin du terrain à exproprier, l'Association pour la
Sauvegarde du Vallon du Flon et les Amis de la Cité, s'oppose principalement
pour les motifs suivants : 

-    l'expropriation n'est pas
justifiée par un intérêt public suffisant;

-    la clause du besoin doit être
établie et les projections pour 2010 sont dépassées; 

-    la procédure utilisée est un
artifice destiné à contourner les droits du pouvoir législatif de la commune de
Lausanne. 

     Elle requiert le dépôt d'un nouveau
rapport d'un organe spécialisé compétent et indépendant pour procéder à
l'inventaire des capacités et besoins en matière de traitement des déchets,
l'audition des opposants et une inspection locale. 

e)  L'Etat de Vaud, par le Service des
gérances et achats, propriétaire de la parcelle 180 du Mont, intervient en
demandant que toutes les mesures soient prises afin d'éviter tout dégât au
bâtiment. 

f)   M. et Mme René et Marie-France Bart, propriétaires de la parcelle 1563
du Mont-sur-Lausanne, s'opposent au projet étant donné que le dossier est
incomplet (absence de coupe ou profil, manque d'informations sur les
infrastructures, notamment les cheminées d'aération). Ils contestent l'utilité
publique du projet et le mode de transport des déchets. 

g)  Mme Abbey et consorts font
opposition formellement à la procédure
d'expropriation touchant la cession des terrains communaux du ValIon du Flon en
faveur de Tridel S.A. pour le motif que la procédure d'expropriation prive le Conseil
communal de Lausanne de ses droits essentiels de décision et la population de
ses droits référendaires. La procédure d'expropriation ne se justifie pas en
l'espèce; l'autorité communale ne s'est jamais refusée à la vente. 

5.       Le 10 juin 2002, Me Daniel
Pache, avocat, agissant au nom de l'expropriante, a transmis le dossier au
Département avec des mémoires prévus à l'art. 22 LEx concernant les oppositions
de M. Abbey et Consorts (usine), des époux Bart, M. Arendse et Consorts, M.
Jean-François Poudret, Mmes Brun et Rey, M. Pierre Pache, Mme Edith
Tealdi-Girod (tunnel d'approvisionnement), MM. Jean-François et Jean-René
Mermoud (usine et tunnel d'approvisionnement), à Mes De Quattro (usine) et
Sulliger (tunnel d'approvisionnement) ainsi que l'observation de la direction
des Services industriels. Enfin, il a produit un plan indiquant les parcelles
et le profil du tunnel d'approvisionnement avec l'indication des profondeurs
sous chaque parcelle des opposants de la Commune du Mont-sur-Lausanne. 

6.       Le 13 juin 2002, Me Jean-René
Mermoud a complété ses motifs d'opposition en réponse au mémoire adressé en
copie par le conseil de l'expropriante. Il estime que l'intervention de
l'expropriante a pour seul but d'éluder les règles communales en matière
budgétaire. Il est d'avis que la présence d'un municipal de la Commune de
Lausanne en qualité d'administrateur et le but de la société entraînent un
conflit d'intérêt entre concédant et concessionnaire. Enfin, il ajoute que, par
la copie du mémoire du 10 juin de l'expropriante reçue le 11 juin 2002, ce
dernier porte, pour la première fois, à la connaissance des opposants l'existence
du permis de construire entré en force ensuite de l'arrêt rendu par le TF en
date du 10 octobre 2000. Il considère que leur droit de recours contre cette
décision est intact, celle-ci n'ayant pas été notifiée personnellement aux
opposants. 

7.       Le 18 juin 2002, l'Inspectorat
du registre foncier (ci-après : l'Inspectorat), chargé de l'instruction du
dossier pour le Département, a communiqué le mémoire de l'expropriante aux
opposants, énumérés sous chiffres 3. a) à g) et 4. b) à d) et f) ci-dessus, en
leur impartissant un délai au 10 juillet 2002 pour compléter leurs motifs
d'opposition, s'ils le jugeaient nécessaire, par l'envoi à'un mémoire au
Département. Ils pouvaient également requérir une inspection locale. 

8.       Le 20 juin 2002, l'lnspectorat
a communiqué le mémoire de l'expropriante aux opposants, énumérés sous chiffre
4. a) et g) ci-dessus, en leur impartissant un délai au 15 juillet 2002 pour
compléter leurs motifs d'opposition et requérir une inspection locale. Il
précisait, par courrier adressé personnellement à chaque opposant de
l'opposition collective, que, par analogie à l'article 57 LATC et à défaut de
représentants communs désignés, toute correspondance ou toute décision
ultérieure serait adressée à M. Michel Glardon, p.a. Collectif "Gestion rationnelle
des déchets (GRD)", expéditeur des oppositions collectives. 

9.       Le 4 juillet 2002, Mmes Renate
Brun et Sandrine Brun Rey ont complété leurs motifs d'opposition concernant le
tunnel d'approvisionnement. 

10.     Le 5 juillet 2002, Galland &
Cie S.A. a complété ses motifs d'opposition concernant le tunnel
d'approvisionnement. 

11.     Le 8 juillet 2002, Mme Edith
Tealdi-Girod a complété ses motifs d'opposition concernant le tunnel
d'approvisionnement. 

12.     Le 9 juillet 2002, M. et Mme
Marie-France et René Bart ont complété leurs motifs d'opposition concernant le
tunnel d'approvisionnement. 

13.     Le 10 juillet 2002, Me Denis
Sulliger a complété ses motifs d'opposition concernant le tunnel
d'approvisionnement. 

14.     Le 10 juillet 2002, Me de
Quattro a requis une prolongation de délai d'un mois pour compléter ses moti0fs
d'opposition. 

15.     Le 22 juillet 2002,
l'expropriante informait le Département et sept opposants que le Conseil d'Administration de Tridel S.A. a décidé de poursuivre
l'étude de la variante de liaison ferroviaire depuis Sébeillon et d'abandonner
la variante du déchoduc depuis la Blécherette. Par conséquent, Tridel S.A.
renonce à toutes
mesures d'expropriation concernant les parcelles sises sur la Commune du
Mont-sur-Lausanne.

16.     Le 24 juillet 2002,
l'expropriante a transmis au Département les déterminations du 5 juillet 2002
de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (ci- après
OFEFP), sur l'état 2002 de la clause du besoin. E!le en adressait copie à Me de
Quattro qui les avait requises en qualité de mesure d'instruction. 

17.     Le 25 juillet 2002, Me de
Quattro informait le Département qu'elle n'était plus le conseil des opposants
Michel Glardon et consorts. 

18.     Le 31 juillet 2002, M. Michel
Glardon a demandé à l'Inspectorat une prolongation de délai dans le sens de
celle demandée sous chiffre 14 ci-dessus. Elle a été accordée verbalement au 13
août 2002. 

19.     Le 9 août 2002, l'Inspectorat a
informé Mme Abbey et consorts, p.a. Collectif "Gestion rationnelle des
déchets" (GRD), M. Eric Magnin, M. Pierre Pache, M. et Mmes René et
Marie-France Bart, Me Jean-René Mermoud, M. Michel Glardon, M. André Félix,
L'Association pour la Sauvegarde du Vallon et du Flon et les Amis de la Cité,
que le Chef du Département procéderait à une inspection locale le 21 août 2002
à 13 h.30 sur le site prévu pour la construction de l'usine. 

20.     Le 13 août 2002, M. Michel
Glardon, pour le collectif GRD, a complété ses motifs d'opposition avec le
dépôt d'un mémoire ampliatif qui répond à la fois au mémoire de l'expropriante et aux déterminations
de l'OFEFP citées sous chiffre 16. 

21.     Le 21 août 2002, le Chef du
département a procédé à une inspection locale, sur l'emplacement projeté et
ensuite dans les locaux de l'actuelle usine d'incinération, en présence de M.
Andlauer, représentant le Département de la sécurité et de l'environnement,
Service des eaux, sols et assainissement, Me Pache et MM. Richard, Nellen et
Diserens, pour l'expropriante, et des opposants: Mme Wüthrich, MM. Zbinden et
Magnin à titre personnel ainsi que Mme Schaller, MM. Mathey, Schneider et Isoz
pour l'Association du Vallon du Flon, M. Faucherre pour les Amis de la Cité et
M. Wetter pour le Mouvement de Défense de Lausanne. M. Dind de I'lnspectorat
tenait les notes de séance. 

22.     Le 12 septembre 2002, M. Michel
Glardon a adressé à l'expropriante et à l'expropriée une mise en garde contre
tout début des travaux avant la fin de la procédure d'expropriation . 

23.     Le 18 septembre 2002,
l'expropriante a demandé à être autorisée à prendre possession anticipée des
immeubles. 

B.      Considère que : 

          Autorisation préalable 

L'art. 13 de la loi du 25 novembre 1974 sur
l'expropriation (LEx) indique que "Si
le projet n'émane pas de l'Etat, d'une commune, d'une association de communes
ou d'une fraction de commune, il ne peut être mis à l'enquête sans une
autorisation préalable du Département des finances qui ne préjuge pas la
décision sur le caractère d'intérêt public de l'expropriation". 

L'art. 12 de la loi du 13 décembre 1989 sur la
gestion des déchets (LGD) permet aux communes de confier à des organismes
indépendants (corporations ou établissements publics et privés) les tâches
exigées par cette loi. 

L'expropriante est une société anonyme,
constituée en 1997, dont le siège est à Lausanne, qui a pour but le traitement
des déchets urbains, légalement admissibles, dans une installation
d'incinération au sens de la législation fédérale, provenant des zones d'apport
qui lui sont assignées par la législation vaudoise et par le plan cantonal
vaudois sur la gestion de déchets. 

L'expropriante est au bénéfice d'une décision
d'autorisation préalable délivrée par le Département le 4 septembre 2001. Elle
pouvait ainsi valablement engager la procédure d'expropriation. 

          Compétence du département des
finances 

L'art. 2 LEx s'applique "aux expropriations prévues par la législation
cantonale et aux expropriations prévues par la législation fédérale dans la
mesure où le droit cantonal est déclaré applicable. ".
L'ordonnance fédérale du 10 décembre 1990 sur le traitement des déchets (OTD:
art.46) et la loi vaudoise du 13 décembre 1989 sur la gestion des déchets (LGD)
établissent le principe de l'exécution de cette mission au canton. 

Du point de vue formel, les prescriptions de la
LEx concernant la mise à l'enquête du projet, le contenu de la publication et
les délais d'opposition et d'observations ont été respectés. L'expropriante a
ensuite transmis le dossier au Département dans le délai fixé à l'art. 21 LEx. 

Le Département a procédé à l'instruction du
dossier, en application de l'art. 22 LEx. Il a procédé à l'audition des
opposants et a procédé à une inspection locale lors de laquelle les parties ont
eu l'occasion de s'exprimer. La décision est rendue dans le délai légal de 4
mois dès sa réception, soit le 10 juin 2002, délai qui peut être d'ailleurs
prolongé de 2 mois, d'entente entre le Département et l'expropriant (art. 23
LEx). 

          Expropriante 

Le cas normal est
celui où l'Etat exproprie en son nom et pour la réalisation de l'une de ses
tâches. Souvent, cependant, il y a délégation à un tiers: communes, personnes morales de
droit public, sujets de droit privé et, dans le cas d'une tâche fédérale, il
faut ajouter la délégation aux cantons. L'opération est soumise à une condition
formelle: une base légale, concernant non seulement la délégation d'exécution
de la tâche publique, mais aussi le pouvoir d'exproprier. 

Elle est également
soumise à une
condition matérielle: l'expropriation ne peut se faire que dans le cadre de la
tâche déléguée et n'a pas à servir les intérêts privés du délégataire (cf JAAC
1954, n° 154, DFJP; ATF 98 la 43, Neth ; Germann, p. 98ss). [...] Le droit cantonal applique des règles
identiques, par exemple le droit vaudois n'exige pas d'autorisation préalable
pour les communes à qui une loi ou un décret du Grand Conseil délègue le droit
d'exproprier (Moor, Droit administratif, vol. III p. 405
et 6). 

L'expropriante, agissant en vertu de l'art. 12
LGD, peut se prévaloir de l'art. 23 LGD qui précise que les terrains nécessaires à l'aménagement d'une installation de
traitement ou de stockage des déchets peuvent être acquis par voie
d'expropriation. 

Si l'activité de l'expropriante n'est pas
contestée, un des opposants critique la participation d'un municipal lausannois
au sein de son conseil d'administration qui entraîne, selon lui, un conflit
d'intérêt entre l'expropriante et l'expropriée. Le but de la société est le
traitement des déchets urbains et 144 communes sont regroupées au sein de
Tridel SA, il paraît ainsi acceptable que les collectivités finançant
majoritairement le projet y soient représentées. De plus, l'art. 17 des statuts
du 3 juin 1997 précise qu'en application
de l'art. 762 CO,
un membre du conseil d'administration est désigné par l'Etat de Vaud et un
membre est désigné par la Commune de Lausanne. L 'administrateur désigné par la
Commune de Lausanne ne pourra être président du conseil d'administration. 

Le Département, dans la mesure où cet objet
relèverait de sa compétence, ne peut ainsi que considérer que les dispositions
statutaires de l'expropriante sont , respectées. 

Cet opposant estime également que
l'expropriante est sous-capitalisée et que la création de cette personnalité
juridique n'est qu'une simulation. Cette argumentation ne relève pas de la
procédure d'expropriation. Toutefois, il est aisé de remarquer, à la suite du
crédit de Fr. 90'000'000.- accordé par le Grand Conseil et la votation
populaire du 23 septembre 2002, la légitimité politique et financière de
l'expropriante. 

          Renonciation partielle à
l'expropriation 

En application de l'art. 96 LEx, l'expropriante
peut renoncer à l'expropriation jusqu'à sa perfection (art. 88), soit jusqu'au
jour où le conservateur informe l'exproprié du paiement de l'indemnité. 

Le 22 juillet 2002 (pt IV 15), l'expropriante
informait le Département que le
conseîl d'administration de Tridel S.A. a décidé de poursuivre l'étude de la
variante de liaison ferroviaire depuis Sébeillon et d'abandonner la variante du
déchoduc depuis la Blécherette. Par conséquent, Tridel S.A. renonce à toutes mesures d'expropriation
concernant les parcelles sises sur la Commune du Mont-sur-Lausanne. 

L'expropriante a ainsi abandonné le projet
d'expropriation de l'interface de la Blécherette et tunnel d'approvisionnement.
Les conditions légales à l'abandon (partiel) de l'expropriation sont remplies.
Les oppositions relatives à ce projet deviennent sans objet et sont abandonnées
sans plus ample instruction. Le Département en prend acte et se limite par
conséquent, dans la présente décision, à l'examen de l'intérêt public du projet
de construction de l'usine d'incinération des déchets urbains et de la galerie
technique la reliant à l'usine de Pierre-de-Plan . 

          Objet de l'expropriation 

L'expropriation a pour effet le transfert, la
suppression ou la modification d'un droit. Dans la règle, il s'agit d'un droit
de nature privée. Dans la plupart des cas, il s'agit de la propriété foncière.
L'expropriation d'un immeuble exige en même temps celle de droits d'autres
personnes que le propriétaire, qui portent sur le terrain et dont l'exercice
est inconciliable avec l'affectation nouvelle. 

          a} Définitive en propriété et
en droits réels restreints. 

L'expropriation définitive, qui constitue la
règle, prive l'exproprié de la titularité de son droit. 

Ensuite de la renonciation de l'expropriation
sur le territoire des Communes de Romanel et du Mont-sur-Lausanne, la procédure
ne concerne plus que les immeubles et les droits situés sur le territoire de la
Commune de Lausanne. Il est projeté de détacher une surface d'environ 23'000 m2
(fraction A du plan d'enquête) de la parcelle 20061, propriété de la Commune de
Lausanne. Diverses servitudes seront constituées ou modifiées dans le cadre de
la réalisation du projet. 

          b) Expropriation temporaire 

L'expropriation temporaire, prévue à l'art. 106
LEx, prive l'exproprié de son droit et porte généralement sur des droits qui
sont nécessaires à l'expropriant pendant la construction de l'ouvrage. Des
emprises provisoires d'environ 5800 m2 sur la parcelle 20061 et d'environ 1061
m2 sur la parcelle 3428 font l'objet d'une expropriation temporaire. 

          c} Les droits de voisinage 

Il y a expropriation des droits de voisinage
selon la doctrine et la jurisprudence, lorsque l'expropriante ne respecte pas
les obligations résultant des rapports de voisinage. Elle doit s'abstenir de
toute immission excessive au détriment de la propriété des voisins (art. 684
CC). D'autre part, le Tribunal
fédéral lui permet de n'indemniser les voisins que si leur dommage est à la
fois spécial, imprévisible et grave, afin que le coût soit supportable et
qu'elle ne renonce pas à son entreprise d'intérêt public (Zen-Ruffinen
Guy-Ecabert, Aménagement du territoire, construction, expropriation, p. 458). 

Par fonds voisins, il
faut entendre non seulement les fonds contigus, mais aussi tous les fonds
atteints par l'immission, quand bien même ils se trouvent à
plusieurs kilomètres de la
source de l'immission. Il suffit que l'immission apparaisse comme une
conséquence de l'utilisation ou de l'exploitation de l'immeuble concerné. La
qualité de voisin comprend le propriétaire, le titulaire d'un autre droit réel,
le fermier ou locataire, donc chaque possesseur d'un fonds (Zen-Ruffinen, op. cit., p, 461). 

Cette extension, fondée sur la garantie
constitutionnelle et la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH),
s'applique aux expropriations fédérales. L'expropriation cantonale est soumise
à un régime comparable et il doit être pris en considération dans la
délimitation des personnes soumises à la procédure d'expropriation. 

          Catégories des personnes
soumises 

La qualité pour agir des opposants dans le
cadre de la procédure d'expropriation pose le problème des catégories de
personnes soumises à cette procédure: l'expropriant, les expropriés et les
intéressés. Si la première catégorie est claire, il n'en va pas toujours de
même pour les deux autres. La distinction entre droit direct et dérivé à
l'indemnité se révèle parfois délicate. 

          a) Expropriée 

La qualité d'expropriés appartient aux
personnes dont les droits sont transférés, supprimés ou restreints par
l'expropriation et qui peuvent émettre directement une prétention à une
indemnité contre l'expropriant. Il s'agit des titulaires des droits réels
expropriés, généralement le propriétaire de l'immeuble exproprié ou de
l'immeuble sur lequel on constitue une servitude nouvelle et, dans certains
cas, des titulaires des droits de voisinage expropriés. 

L'exproprié est, au sens de l'art. 8 LEx, la
personne mise en cause par l'expropriant ou qui intervient auprès de
l'expropriant ou devant le tribunal d'expropriation pour réclamer une
indemnité. 

La Commune de Lausanne, propriétaire des
parcelles objets de l'expropriation, en propriété et en droits réels
restreints, a la qualité d'expropriée. 

          b) Intéressés 

Les intéressés sont des personnes dont l'expropriation
atteint les droits mais qui, en principe, n'ont pas qualité pour exercer
directement contre l'expropriant une prétention à une indemnité. Il s'agit
principalement des créanciers hypothécaires, des titulaires de charges
foncières, des bénéficiaires d'un usufruit ou d'un droit au gain. Ils ne sont
pas parties à la procédure. En vertu de l'art. 8 LEx, ils exercent leur droit
sur l'indemnité allouée au propriétaire et remplaçant la chose expropriée. Ils
peuvent toutefois réclamer une indemnité distincte s'ils subissent un préjudice
du fait de la transformation de l'objet de leur droit. 

          c) Extension de la qualité de
partie aux tiers 

Il s'agit enfin d'examiner l'extension de la
qualité de partie aux tiers. L'art. 17 ch. 4 et 5 LEx, précisant que tout intéressé peut faire une déclaration
écrite d'opposition s'il estime que l'expropriation n'est pas justifiée par un
intérêt public suffisant et tout intéressé peut faire une observation écrite
tendant à la
modification du projet, pose un problème d'interprétation.
Il ne s'agit pas des intéressés au sens de l'art. 8 al. 2 LEx au bénéfice d'un
droit "indirect" sur l'indemnité allouée à l'expropriée. La
Commission parlementaire en charge du projet de loi sur l'expropriation a beaucoup discuté de ce terme, qu'elle a
finalement maintenu, n'en ayant pas trouvé de meilleur. Précisons simplement
qu'il doit être interprété dans un sens large. Il s'agit de quiconque peut
faire valoir un intérêt même affectif à l'encontre de l'expropriation mise à l'enquête (Bull. GC 1974,2, p.273). 

Ainsi la qualité pour agir dans le cadre de la
procédure d'expropriation doit être admise largement. S'agissant des
associations qui ont pour but la défense d'intérêts esthétiques, de sauvegarde
de quartier ou de zone de détente, le Département doute de leur qualité pour
agir, n'étant pas titulaire de droit faisant l'objet de l'expropriation, ni
propriétaire de parcelles voisines. Il en va de même des simples citoyens,
domiciliés à ou hors Lausanne qui font part de critiques générales sur
l'intérêt public du projet. Toutefois, mettant en cause l'intérêt public du
projet, elles paraissent pouvoir être mises au bénéfice de l'art. 17 LEx. 

De toute manière, cette question peut rester
indécise, plusieurs opposants, M, André Félix, propriétaire de la parcelle
7044, Rte de Berne 25, M. Julien François Zbinden, de la parcelle 7033, Rte de
Berne 59, sont des propriétaires voisins, proches du projet. Ils agissent ainsi
valablement, la LEx offrant une qualité pour agir plus étendue que celle pour recourir.
(voir ATF du 27 avril 1999, consid. 2 b, du 17 août 2000, consid. 2 c et du 10
octobre 2000, consid. 2 a). 

L'expropriation des droits de voisinage a
largement occupé la doctrine et la jurisprudence ces dernières années. Les
dispositions sur la protection de l'environnement, imposent des obligations
résultant des rapports de voisinage, même lorsque la collectivité construit ou
exploite un ouvrage d'intérêt public. 

Dans sa jurisprudence (ATF 99 la 126 et 100 la
334), le TF a précisé qu'une expropriation n'est nécessaire envers le voisin,
indirectement touché, qu'à la condition que le dommage soit grave, spécial et
imprévisible. A ce titre, le Département considère que les propriétaires
voisins agissent en qualité d'intéressés au sens de l'art. 17 LEx, contestant
l'intérêt public du projet. En effet, les nuisances liées à l'installation, en
particulier la pollution atmosphérique ou sonore, ont fait l'objet de rapports
d'impact et d'une analyse détaillée dans l'arrêt du Tribunal administratif du
13 décembre 1999, confirmé par celui du Tribunal fédéral du 17 août 2000. Lors
de l'inspection locale, les représentants de l'expropriante ont confirmé que
les immissions respecteront scrupuleusement les normes légales et seront même,
grâce à l'évolution technique, inférieures à celles actuelles. Les voisins
opposants n'ont d'ailleurs pas fait valoir de prétention, l'expropriante ayant
pris toutes les précautions propres à mettre le public et les fonds voisins à
l'abri de toute immission excessive. 

          Recours à la procédure
d'expropriation 

L'expropriation représente une des facultés de
transférer un immeuble avec la vente de gré à gré ou le remaniement
parcellaire. Les parties ignorent d'ailleurs souvent au début des démarches ou
lors de l'introduction d'autres procédures (routières, permis de construire) si
elles devront recourir ou non à l'expropriation. Pour ce motif, le renvoi de
l'art. 23 LGD à la LEx doit être compris comme une possibilité de procéder par
la voie de l'expropriation, en cas d'acquisition dans un but d'intérêt public.
Le législateur cantonal a admis implicitement que les aspects concernant la
planification (PAC 296), la construction de l'usine d'incinération et le
respect des règles sur la protection de l'environnement et l'expropriation
puissent être traités dans des procédures successives, notamment en imposant le
respect de délais stricts dans la LEx. S'adressant prioritairement aux
expropriés, la procédure d'expropriation permet toutefois aux intéressés de
saisir l'autorité à plusieurs reprises sur des questions similaires (TA: AC
92/014; 93/020; 93/023 du 3.11.93). Ainsi et dans la mesure où les opposants se
sont souvent contentés de remettre en cause, dans la procédure d'expropriation,
des décisions définitives et exécutoires, le Département se limitera à renvoyer
et citer les décisions et arrêts qui sont pertinents ou facilitent la
compréhension du dossier. 

En l'espèce, la procédure d'expropriation est
contestée et apparaît  plusieurs opposants comme une manoeuvre privant le
conseil communal et la population lausannoise de leurs droits démocratiques.
S'agissant d'un projet d'importance cantonale, il n'est pas possible de suivre
les opposants. La construction de cette usine dépasse le cadre strictement
lausannois (voir rapport OFEFP) et le Grand Conseil a accordé, par décret du 29
mai 2001, un crédit de Fr. 90'000'000.- pour la construction d'une usine d'incinération de portée régionale au
service de l'agglomération lausannoise, de la région morgienne, du Gros de Vaud
et de la Vallée de Joux - Projet Tridel. 

Une votation cantonale a eu lieu le 23
septembre 2001 sur cet objet et le peuple vaudois a approuvé le projet de
construction de l'usine d'incinération par 58,89 % de oui. Le district de
Lausanne a également approuvé ce projet par environ 57 % des voix. Par
conséquent, le législatif cantonal et la population de l'ensemble du canton ont
pu se prononcer sur la construction de cette usine. 

La Commune de Lausanne, en sa qualité de
propriétaire expropriée, ne conteste pas le principe de la cession des emprises
nécessaires à la construction de l'usine. Elle ne s'est effectivement pas
opposée à la vente mais conteste toutefois la valeur proposée pour
l'acquisition des terrains. Le prix de vente est, selon les principes généraux,
un élément essentiel du contrat, qui, a défaut d'accord entre les parties, ne
peut être conclu. 

La Commission immobilière de la ville de
Lausanne, le 19 février 1996, et la Commission cantonale immobilière, le 1er
novembre 1996, ont établi des rapports fixant la valeur du simple au double,
avec une différence de plusieurs millions de francs. Expropriante et expropriée
étant en total désaccord sur le prix de la cession, il y a par conséquent
matière à expropriation. 

Etant donné la procédure choisie, il
appartiendra au juge de fixer le montant de l'indemnité. Une fois la décision
du Département sur l'intérêt public définitive et exécutoire, le dossier sera
transmis au Tribunal d'expropriation qui statuera selon la procédure
d'estimation. 

          Intérêt public 

En application de l'art. 23 LEx, le Département
doit examiner l'intérêt public du projet. 

La condition de
l'intérêt public se dédouble: il y a d'une part l'intérêt du but poursuivi
lui-même et de l'autre l'utilité de l'ouvrage en tant que moyens affectés à sa
réalisation. Du premier point de vue, on ne trouve dans la pratique guère de
contestations. Souvent une loi spéciale consacre la tâche publique de manière
indubitable (Moor, Droit administratif, vol. III, 8.1.2.2,
p.402) 

Selon le principe de la légalité, l'art. 3 LEx
exige qu'une expropriation ne puisse être ordonnée qu'en application d'une loi
prévoyant expressément ce mode d'acquisition. En l'espèce la LGD régit la collecte, le transport et le
traitement des déchets; elle comporte les dispositions cantonales d'application
de la législation fédérale sur la protection de l'environnement en cette
matière (art premier). Cette activité est manifestement
d'intérêt public et elle n'est d'ailleurs pas contestée. 

Par contre, plusieurs opposants contestent
l'intérêt public du projet et critiquent le rapport de l'OFEFP, rendu le 7
septembre 1999, intitulé "usine
d'incinération de Lausanne dans les contextes suisses et romands - évaluation
par l'OFEFP des besoins à mi-1999". Ils estiment
qu'il n'est plus d'actualité et qu'au surplus, les hypothèses retenues à sa
base sont alarmistes et insuffisantes. 

Le Tribunal fédéral avait estimé, dans son
arrêt du 27 avril 1999, que le dossier était lacunaire s'agissant de la
justification du projet, plus précisément des perspectives à court et à moyen
terme de la quantité de déchets devant être livrée à l'installation et des
capacités de traitement disponibles dans d'autres installations du canton et
des cantons voisins. Ce complément d'instruction a été apporté notamment par le
rapport de l'OFEFP que le TF a estimé, dans son arrêt du 17 août 2000 (p.
2355), parfaitement fondé: 

Pour établir, dans l'arrêt attaqué, les faits déterminants au sujet de
la clause du besoin, le Tribunal administratif s'est largement fondé sur le
rapport de !'OFEFP du 7 septembre 1999, intitulé "Usine d'incinération de
Lausanne dans les contextes suisse et romand -Evaluation par l'OFEFP des
besoins à mi-1999". Ce rapport reflète la position actuelle des différents
cantons concernés qui ont collaboré à son élaboration. 

Dans ce rapport du 7 septembre 1999, comme du reste dans des documents
antérieurs (notamment le rapport d'impact sur l'environnement), on retient pour
le projet Tridel une capacité annuelle de traitement d'environ 130'000 t de
déchets. La nouvelle usIne n'aurait pas seulement pour fonction de remplacer
l'actuelle usine d'incinération du Vallon, située également dans la vallée du
Flon à Lausanne, dont la conception et l'équipement sont dépassés (capacité de
traitement: environ 45'000 t par an) ; elle servirait à l'élimination des
déchets en provenance d'une région plus vaste, sur le territoire du Canton de
Vaud (zone d'apport de l'usine Tridel). En vertu du droit fédéral, la zone
d'apport de chaque installation de traitement de déchets urbains doit être délimitée
préalablement par le canton compétent (cf. art. 18 OTD). 

Pour celle de l'usine Tridel, l'arrêt attaqué renvoie la carte 3.15 du
plan cantonal de gestion des déchets (zone de l'"'installation
cantonale" correspondant à l'agglomération lausannoise, la région
morgienne, le Gros-de-Vaud, la vallée de Joux et une partie du Nord vaudois),
en précisant que l'administration cantonale n'envisageait pas de la modifier.
En se fondant sur la même configuration de la zone d'apport donnée de base de
la planification cantonale, qu'aucun élément du dossier ne permet de mettre en
doute - le rapport du 7 septembre 1999 retient qu'environ 120'000 t de déchets
vaudois devraient être incinérés chaque année à Lausanne, dès 2006. 

Ce pronostic de l'OFEFP, repris tel quel par
le Tribunal administratif dans l'arrêt attaqué, se base sur une estimation de
l'évo!ution des quantités de déchets à incinérer en Suisse romande entre 2000
et 2010. Il tient compte de l'interdiction de stockage en décharge bioactive
des déchets urbains à partir du 1er janvier 2000 (art. 53a OTD) et des
tendances, constatées grâce à des statistiques récentes, à l'augmentation tant
de la masse totale des déchets que de leur pouvoir calorifique (si le pouvoir
calorifique augmente, le tonnage maximum de déchets pouvant être incinérés dans
un four diminue). Il est aussi fait mention de la mise en place de collectes
sélectives des déchets, afin de séparer ceux qui sont valorisables (recyclage,
etc. - cf. art. 6 OTD) de ceux qul doivent être incinérés. 

Le rapport du 7 septembre 1999 - également repris sur ce point dans
l'arrêt attaqué du Tribunal administratif - mentionne en outre les capacités de
traitement dans les installations des cantons voisins du Canton de Vaud
(Fribourg, Genève, Neuchâtel, Valais et Berne). C'est en effet un élément
déterminant pour l'examen des conséquences de la mise en service d'une nouvelle
installation, vu l'obligation imposée aux cantons d'éviter les surcapacités
(art. 31 al. 1 et 31a a!. 1 LPE). Le rapport présente d'abord les solutions
prévues pour l'incinération des déchets vaudois pour les périodes 2000-2001 et
2002-2005, vu qu'en l'absence d'une nouvelle installation dans le Canton de
Vaud, ces déchets doivent être partiellement remis à des installations situées
sur le territoire d'autres cantons (Les Cheneviers à Genève; SATOM à Monthey;
SAIOD à Colombier/Neuchâtel ; future usine de Posieux dans le Canton de
Fribourg). Il contient ensuite un pronostic concernant la situation à partir de
2006, dans l'hypothèse de la réalisation du projet Tridel (et du traitement,
dans cette usine de 120'000 t de déchets) : 30'000 t de déchets vaudois
seraient encore incinérés chaque année à l'usine des Cheneviers, 52'000 t à
l'usine SATOM, 13'000 t à l'usine SAIOD et 12'000 t à l'usine de Posieux. Dans
ces conditions, les usines précitées ne disposeraient pas de surcapacités :
l'usine des Cheneviers devrait renoncer à partir de 2006 à l'emploi d'un four
(3e ligne) et verrait sa capacité annuelle passer de 343'000 t à 227'000 t ;
l'usine SATOM devrait être agrandie dès 2003, selon les décisions prises par
les organes de la société et les autorités compétentes, mais il est déjà assuré
que des déchets lui seront fournis en fonction de sa nouvelle capacité (170'000
t au lieu de 130'000 t) ; l'usine de Posieux, en service dès 2002 (88'000 t),
n'aurait pas non plus de réserve; quant à l'usine SAIOD, sa capacité actuelle
(61'000 t) serait entièrement utilisée et il n'existe aucun projet concret
d'agrandissement. 

Le rapport du 7 septembre 1999 mentionne encore les usines d'Uvrier
(VS), Gamsen (VS), Zermatt (vS), La Chaux-de-Fonds, Bienne et Berne, en
précisant qu'elles n'entrent pas en considération pour l'incinération des
déchets vaudois, à défaut de capacité de traitement inutilisée aux stades
actuel et futur. 

Les parties ont eu l'occasion de s'exprimer
très largement lors des décisions antérieures ou lors de l'audience du Tribunal
administratif sur la clause du besoin et la localisation de l'usine. Les
opposants ont fait valoir à l'époque des arguments identiques à ceux qu'ils
mettent en avant aujourd'hui pour critiquer l'intérêt public et la
proportionnalité du projet. 

          Intérêt public actuel 

Contestant l'intérêt public actuel projet, les
opposants, alors représentés par Me de Quattro, ont requis le dépôt d'un
nouveau rapport d'un organe spécialisé compétent et indépendant (OFEFP ou
autre) pour procéder à l'actualisation de l'inventaire des capacités et des
besoins en matière de traitement des déchets en Suisse romande, dans le Canton
de Vaud et plus particulièrement à Lausanne, avec pronostics effectués sur la
base de données les plus récentes.

L'expropriante a remis aux opposants qui
l'avaient demandé, les déterminations de l'OFEFP du 5 juillet 2002 sur "la
clause du besoin - état 2002 -". Ce document a été versé au dossier et ses
conclusions sont les suivantes: 

Les données actuellement disponibles, tant sur les
quantités de déchets combustibles que sur l'évolution des capacités
d'incinération, permettent de confirmer une fois de plus le besoin de l'usine
Tridel dans une perspective de coordination des capacités d'incinération en
Suisse romande. 

Même en partant d'hypothèses de planification
particulièrement restrictives, la capacité d'incinération libre au moment de la
mise en service de l'usine Tridel, en 2006, ne devrait se monter qu'à 50'000
tonnes pour l'ensemble de la Suisse romande, soit 6 % de la capacité totale.
Une capacité libre de cette ampleur permet d'assurer un bon fonctionnement des
installations et de faire face aux imprévus. 

Les données du rapport du 7 septembre 1999 de OFEFP,
contrairement à ce que prétendent les opposants au projet Tridel, sont
confirmées. L'interprétation de ces données par les recourants se fonde
malheureusement sur des déductions abusives ou sur une incompréhension des
bases de planification . 

Dans ce contexte, les
arguments du mémoire ampliatif des opposants concernant notamment la méthode de
calcul utilisée pour définir le tonnage des déchets à traiter, le défaut de
révision du plan cantonal de gestion des déchets, ont pour seul effet de
remettre en  cause des éléments déjà admis dans les procédures antérieures.
Lors de l'inspection locale, les représentants de l'expropriante et les
opposants se sont encore exprimés à ce sujet, sans apporter d'éléments
nouveaux. 

Bien que les opposants
estiment que les scénarios de l'OFEFP ont été retenus
"arbitrairement", ils ne démontrent pas que leur argumentation soit
plus pertinente. A l'expropriante avançant que la question de l'intérêt public a non
seulement été longuement examinée, mais de surcroît, elle a été définitivement
tranchée et ceci par les plus hautes instances du pays, ils estiment que rien n'est jamais définitif, même une
prise de position du Tribunal fédéral, sinon la notion de l'évolution de la
jurisprudence serait sans contenu. Ils sont d'avis que, contrairement à celui
de l'expropriante, plusieurs éléments nouveaux sont apparus depuis l'expertise
de l'OFEFP, qui sont tous, à leurs yeux, de nature à tempérer l'appréciation de
l'utilité publique de l'usine Tridel. Il s'agit: 

-    D'un rapport-préavis communal 151
accordant un crédit de 35'700'000.- pour la rénovation de l'actuelle usine du
Vallon. Décision "gelée" à la suite de l'acceptation du projet
Tridel. 

-    Mises en service d'installations
récentes ou futures pour le traitement de certains déchets (en particulier des
centrales de chauffage fonctionnant avec des bois de rebut). 

-    Accélération de la politique de
recyclage en particulier à Genève. 

-    Possibilité d'extension des
systèmes de taxe sur les déchets proportionnelle à la quantité ("taxe au
sac") 

Enfin et pour conclure, les opposants estiment
que le maintien du four 3 des Cheneviers (Genève) et la rénovation de l'usine
du Vallon seraient non seulement suffisantes, mais également plus économiques
que l'usine projetée. 

S'agissant d'hypothèses et d'arguments
techniques dont l'OFEFP ne peut ignorer l'existence ou la probabilité et qui ne
sont pas de nature à remettre en cause le projet, le Département prend acte du
rapport du 5 juillet 2002 de "l'organe
spécialisé compétent et indépendant (OFEFP ou autre)':
selon les propos du conseil des opposants. La clause du besoin a déjà fait
l'objet d'une analyse détaillée du TF dans son arrêt 17 août 2000. Le
Département fait ainsi siennes les conclusions de l'OFEFP et confirme l'intérêt
public actuel du projet. 

Le second point de
vue concernant l'intérêt public a trait à l'ouvrage lui-même dans la mesure où
ses caractéristiques concrètes délimitent son emprise et par conséquent les
droits à exproprier: Il nécessite une balance des intérêts: non seulement par
rapport aux intérêts privés du propriétaire visé, mais aussi avec des intérêts
publics divergents (Moor. op. cit., 8.1.2.2, p. 403). 

Lors de l'inspection locale, les opposants ont
dénoncé une nouvelle fois les atteintes au site ou au paysage que provoquerait
la réalisation du projet Tridel. Selon eux, la partie supérieure de la vallée
du Flon est une zone de verdure à sauvegarder, conformément aux buts généraux
de la fédérale sur l'aménagement du territoire (LAT). Ils invoquent aussi la
loi cantonale sur la protection de la nature, des monuments et des sites
(LPNMS), en se référant à la protection accordée selon cette loi à la forêt de
Sauvabelin, sur le flanc ouest de cette vallée. Ils se plaignent en outre qu'il
n'a pas été démontré que la construction de l'usine serait impossible sans
atteinte à la forêt. 

Dans son arrêt du 17 août 2000 (p. 38), le TF
s'est clairement déterminé sur cette critique en affirmant qu'en raison de la situation du
terrain et de son utilisation actuelle, il se distingue du bois de Sauvabelin.
Le Tribunal administratif a en outre considéré que l'implantation et le volume
des bâtiments de l'usine Tridel avaient été conçus de manière à en diminuer
l'impact et à ménager le paysage. Cette
appréciation n'est pas contestée. La planification cantonale tient donc compte
de façon adéquate, de l'intérêt général à la
protection des paysages et à la bonne intégration des
constructions en milieu urbain. 

Il y a lieu de s'en tenir à l'appréciation du
TF. 

Proportionnalité 

En vertu de l'art. 23 LEx, si le Département
admet l'intérêt public, il détermine les emprises en veillant à ce que
l'expropriation soit contenue dans les limites de ce qu'exige l'exécution du
projet. 

Les opposants déplorent spécialement le choix
du site en milieu urbain. 

Le TF a également eu à se prononcer sur ce
point dans son arrêt du 17 août 2000 (p. 33, 34 et 35) et il en a considéré que

Dans le cas particulier, une étude de
variantes - notamment des deux autres sites préconisés par les recourants - a
bel et bien été effectuée dans le cadre de la procédure d'élaboration du plan
d'affectation cantonal. II ressort de l'arrêt du Tribunal administratif et du
dossier que cet examen a été relativement détaillé; if est manifestement suffisant,
au regard des règles que l'on vient de rappeler. En d'autres termes, un site
alternatif n'entrerait en considération que si, sur les points litigieux, le
projet Tridel se révélait non conforme au droit fédéral. (...) 

Les recourants soutiennent que le choix du
site de Lausanne ne serait pas compatible avec l'art. 16 al. 3 let. e OTD, aux
termes duquel "les déchets seront acheminés par le rail chaque fois que
cela sera économiquement supportable et qu'il sera avéré que ce mode de
transport est plus respectueux de l'environnement que les autres". En
revanche, une desserte ferroviaire des sites d'Aclens et d'Eclépens (terrains
industriels en périphérie de l'agglomération lausannoise) serait selon eux
réalisable. 

Les recourants critiquent encore, à propos du
choix d'un site urbain, l'argument retenu par le Tribunal administratif
concernant l'utilisation de l'énergie produite par l'usine Tridel pour le
chauffage à distance des quartiers avoisinants. (. ..) 

En définitive, le choix du site de Lausanne
est compatible avec le principe de l'art. 31 b al. 2 LPE qui impose aux cantons
de veiller à une exploitation économique des installations d'élimination des
déchets. Cet objectif d'économie, dont l'importance a été réaffirmée récemment
par le législateur fédéral (l'art. 31b al. 2 LPE a été adopté le 20 juin 1997,
pour entrer en vigueur le 1er novembre 1997), figure également à l'art. 16 al.
3 let. e OTD, le raccordement au réseau ferroviaire ne devant pas être assuré à
tout prix (il faut que cette solution soit "économiquement
supportable". 

Comme, à l'intérieur d'une agglomération, le
nombre d'emplacements se prêtant à la construction d'une usine d'incinération
des déchets est nécessairement réduit, la proximité par rapport au réseau
ferroviaire existant ne peut pas être considérée comme un critère prépondérant.
Dans le cas particulier; le choix de renoncer à relier la partie supérieure de
la vallée du Flon aux voies de chemin de fer desservant Lausanne n'est
manifestement pas critiquable, au regard des principes que l'on vient
d'exposer. 

A la lumière de ces considérants, le
Département est d'avis que la décision de l'expropriante de poursuivre l'étude
de la variante de liaison ferroviaire depuis Sébeillon et d'abandonner la
variante du déchoduc depuis la Blécherette est un élément nouveau qui donne,
non seulement satisfaction aux propriétaires des immeubles situés sur le
territoire de la Commune du Mont-sur-Lausanne, mais également aux opposants
sensibles à la limitation des nuisances routières. 

Lors de l'inspection locale, le Département a
pu se faire une idée précise de la localisation de la future usine et des
raisons du choix de ce site à proximité d'habitation. Il considère que les
emprises projetées sont nécessaires à la construction de l'usine, au bénéfice d'un
permis de construire, et qu'elles sont contenues dans les limites de ce
qu'exige l'exécution du projet. 

De plus, il a pris connaissance des motivations
et déterminations reprises dans les divers arrêts cités ci-devants dont les
décisions sont définitives et exécutoires. Il en fait siennes leurs
conclusions. 

Vu ce qui précède, le Département conclut que
l'intérêt public du projet est manifeste et prépondérant et qu'il doit être
reconnu comme actuel et continu. Enfin, ce projet respecte le principe de proportionnalité.

          Prise de possession anticipée
:

En vertu de l'art. 92 LEx, lorsqu'il est urgent, pour sauvegarder un
intérêt public, d'exécuter un projet qui donne lieu à l'expropriation, le
Département des finances peut autoriser l'expropriant à prendre possession de
tout ou partie des immeubles avant le transfert de propriété et à exercer par
anticipation les droits que l'expropriation a pour but de lui transférer. 

La prise de
possession ne peut être autorisée qu'une fois définitive la décision du Département
des finances sur l'intérêt public (art. 23 et 24).

Le permis de construire prolongé arrivera à
échéance le 30 mars 2003. Vu la durée de la procédure en cours, il ne sera
vraisemblablement pas possible de prendre possession des immeubles avant leur transfert
en propriété. Afin de sauvegarder l'intérêt public du projet, l'expropriante
demande à être mise au bénéfice de la prise de possession anticipée de l'art.
92 LEx. 

Le Département considère qu'il est établi, qu'à
défaut d'autorisation, le projet serait exposé à de graves préjudices tels que
retard dans la mise en service de l'usine, augmentation des coûts d'exécution
et mise en oeuvre de nouvelles procédures, sans qu'ils puissent être imputés à
l'expropriante qui a constamment veillé à faire avancer le dossier. 

L'expropriante se plaît d'ailleurs à relever
que la durée de la procédure en cours est initiée par les opposants. 

Le Département autorise l'expropriante à la
prise de possession anticipée, une fois définitive la décision sur l'intérêt
public, selon les modalités de l'ordonnance du Tribunal d'expropriation. (art.
93ss LEx). 

Par ces motifs décide : 

1.  Le Département prend acte de
l'abandon par l'expropriante du projet d'expropriation de l'interface de la
Blécherette et tunnel d'approvisionnement, les oppositions à ce projet devenant
sans objet. 

2.  Le projet est reconnu d'intérêt
public et la Société Tridel est autorisée à exproprier les terrains et les
droits nécessaires à la construction de l'usine d'incinération des déchets
urbains et la galerie technique la reliant à l'usine de Pierre-de-Plan. 

     A ce titre, elle est autorisée à
détacher une surface d'environ 23'000 m2 (fraction A du plan d'enquête) de la
parcelle n° 20'061 de la Commune de Lausanne et à exproprier temporairement les
emprises d'environ 5'800 m2 sur la parcelle n° 20'061 et d'environ 1'061 m2 sur
la parcelle n° 3'428 de la Commune de Lausanne. Elle est également autorisée à
constituer ou à modifier les servitudes nécessaires à la réalisation du projet.

3.  Les oppositions sont levées dans la
mesure où elles sont recevables. 

4.  A défaut de convention, les parties
seront renvoyées, pour la fixation de l'indemnité, devant le Tribunal
d'expropriation selon la procédure d'estimation. 

5.  En vertu de l'art. 92 LEx, la prise
de possession anticipée est reconnue dans son principe et les modalités seront
fixées par le Président du tribunal. 

Le Chef du Département :

Pascal Broulis 

(...)"

B.                    Par acte du 8 octobre
2002, établi à l'entête du "Collectif Gestion rationnelle des déchets (GRD)"
et signé par Michel Glardon, les personnes énumérées sous ch. 1 à 7 en tête du
présent arrêt ont recouru contre la décision citée ci-dessus en concluant à son
annulation et "au rejet de la demande d'expropriation". En bref,
elles invoquent un changement de la situation tenant au fait que le maintien du
four 3 des Cheneviers est assuré. Elles demandent la désignation d'un expert
neutre, indépendant du milieu "incinérateur" et se réfèrent à leur
opposition du 29 avril 2002 ainsi qu'à leur mémoire du 13 août 2002. Elles
demandent l'audition du directeur des Services industriels de Genève.

C.                    Par acte du 9 octobre
2002, reçu le 11 du même mois, Eric Magnin a recouru également contre la
décision en concluant à son annulation. Il fait valoir que l'abandon par l'expropriante
du projet d'interface de la Blécherette rend caduques les décisions
précédentes. Il invoque une violation de la règle selon laquelle la vente d'un
terrain communal doit être acceptée par le conseil communal et se plaint d'un
gaspillage des deniers publics. Pour lui, la procédure d'expropriation de
Sébeillon n'étant pas engagée, le nouveau projet ne peut pas se réaliser.
Enfin, il demande que l'on renonce à la prise de possession anticipée.

                        Lors de
l'enregistrement du recours, différents délais ont été impartis, notamment :

-   au Collectif Gestion rationnelle des
déchets (GRD) pour justifier de ses pouvoirs de représentation et prouver son
existence juridique;

-   aux différents recourants pour justifier
de leur qualité pour recourir, leur attention étant attirée sur la
jurisprudence déniant la qualité pour recourir aux tiers non concernés par
l'expropriation (arrêt AC 1996/0101 du 11 juillet 1996 dont une copie leur a
été communiquée);

-   à la Municipalité de Lausanne pour se
déterminer sur l'impossibilité pour la constructrice de remplir la charge
relative à la réalisation simultanée de l'interface de la Blécherette;

-   aux municipalités du Mont-sur-Lausanne et
de Romanel-sur-Lausanne pour dire si elles entendaient participer à la
procédure;

-   à l'Office fédéral de l'environnement,
des forêts et du paysage (OFEFP) pour se déterminer sur les recours.

                        En outre, la Direction
de l'usine d'incinération des Cheneviers a été interpellée sur les moyens des
recourants relatifs à l'exploitation du "Four 3". A la demande du
Service des eaux, sols et assainissement (SESA), la même invitation à se
déterminer a été adressée au Service cantonal genevois de gestion des déchets
(lettre du 16 octobre 2002 à toutes les parties).

D.                    Les municipalités de
Romanel-sur-Lausanne et du Mont-sur-Lausanne ont indiqué qu'elles renonçaient à
participer à la procédure.

a)                     Par lettre du 21
octobre 2002, Eric Magnin s'est déterminé sur la question de la qualité pour
agir en exposant qu'au vu du passage de la décision attaquée intitulé "c)
Extension de la qualité de partie aux tiers", la qualité pour agir
avait été reconnue à certains des opposants. Il relève aussi que l'intérêt
public s'oppose aux intérêts privés des propriétaires voisins, qui devraient en
conséquence être indemnisés dans l'expropriation. Il a encore déposé
spontanément une écriture du 4 novembre 2002 dans laquelle il demande que soit
prononcée la nullité du permis de construire ou sa révocation en raison de
l'abandon de l'interface de la Blécherette.

b)                     Le Collectif Gestion
rationnelle des déchets (GRD), par lettre du 23 octobre 2002, a versé au
dossier une copie de ses statuts adoptés en assemblée du 31 juillet 2001 et la
procuration des trois associations recourantes ainsi que celle de recourants
individuels, dont le nombre a été "ramené à 47".

                        Les 47 personnes
physiques dont une procuration a été produite par GRD (elles figurent parmi les
personnes désignées dans le recours comme "contribuables lausannois")
sont Abetel Gaston, Al Amir-Mayor Nita, Arn Pierre, Ballif André, Besançon
Marguerite, Bezençon Gustave, Blanchet Pierrette, Bonnet Robert, Bréchet
Damaris, Clerc Georges-André, Decollogny Odette, Dutoit Yvonne, Faucherre
Alain, Felber Jean-Pierre, Félix André, Forster Jean-Paul, Gander Ruth,
Gilliéron Marguerite, Hupka Serge-Alain, Jaeger Michel, Jaeger Odile, Kratzer
Jacqueline, Kuhnle Dorothée, Magnin Eric, Malherbe Rosette, Matthey Gilbert,
Monod Claude, Müller Elisabeth, Pahud Michel, Pahud Nicoletta, Perret
Micheline, Perritaz Josiane, Renaud Jean-Jacques, Renaud Marcienne, Schaller
Graziella, Schneider Ernest, Schneider Claudine, Somogyi-Barbier Andrée,
Steininger Michel, Thévoz Philippe, Tourn Renzo, Walti André, Walti Margarete,
Wetter Roland, Wüthrich Suzanne, Zbinden Julien-François et Zurbuchen Laure.

                        GRD déclare en outre
que les recourants domiciliés en dehors de Lausanne renoncent à la suite de la
procédure.

                        S'agissant de
l'intérêt digne de protection de Michel Glardon et des recourants représentés,
GRD fait valoir quatre éléments (protection contre les immissions, abandon de
TRIDEL vu le maintien du Four 3 à l'usine des Cheneviers, bradage d'une
propriété communale et préjudice pour les finances communales, cantonales et
fédérales). Les recourants se réfèrent également à la légitimation que l'art. 17
ch. 4 LE confère à "tout intéressé", ce qui vise aussi les
associations selon eux. Ils invoquent le cas d'André Félix dont la propriété,
qui n'est qu'à 105 mètres de l'usine projetée, subirait une évidente perte de
valeur.

                        GRD s'est encore
déterminé spontanément par lettre du 9 novembre 2002 sur la réponse de TRIDEL
SA.

c)                     Julien-François Zbinden
(route de Berne 59), par lettre du 28 octobre 2002, ainsi qu'André Félix (route
de Berne 25), par lettre du 30 octobre 2002, sont intervenus tous deux en
invoquant la proximité de l'usine projetée et ses émanations pour demander une
indemnité correspondant à la perte de valeur de leur maison à concurrence,
respectivement, de 400'000 fr. et 500'000 francs.

d)                     Le SESA a conclu au
rejet du recours par lettre du 1er novembre 2002. Il précise notamment que le
projet d'interface de transbordement de la Blécherette a été remplacé par celui
d'un approvisionnement ferroviaire autorisé par PAC (plan d'affectation
cantonal) valant permis de construire, si bien que la simultanéité de la
réalisation des deux éléments fondamentaux du projet (système de transport et
usine) est assurée.

e)                     La Municipalité de
Lausanne s'est déterminée le 8 novembre 2002 en concluant au rejet des recours.
Elle précise qu'elle approuve pleinement le principe de l'expropriation et que
la procédure est justifiée par la nécessité d'obtenir une décision fixant
l'indemnité due à la commune. Elle conclut en outre à l'irrecevabilité des
recours, notamment sur la base de la jurisprudence AC 1996/0101.

f)                      L'OFEFP s'est
déterminé le 11 novembre 2002. Tout en rappelant qu'en principe, il renonce à
se prononcer dans les procédures cantonales afin de ne pas préjuger sur les
éventuelles observations qu'il serait amené à faire devant le Tribunal fédéral,
il rappelle qu'il a toutefois pris matériellement position le 5 juillet 2002 à
la demande du SESA. Il rappelle en bref que le troisième four des Cheneviers
sera abandonné à partir de 2006 et par conséquent sorti de la planification
romande, pouvant toutefois être utilisé comme réserve ou pour des déchets
français limitrophes.

g)                     Les Services
industriels de Genève, par lettre du 27 novembre 2002, ainsi que le Service
cantonal de gestion des déchets de ce canton, par lettre du 28 novembre 2002,
ont précisé que les Services industriels de Genève, entreprise de droit public
détenue par les collectivités publiques genevoises, a repris le 1er janvier
2001 l'exploitation de l'usine d'incinération des Cheneviers dont l'Etat est
resté propriétaire. Pour le premier, le four 3, entre la mise en service de
l'usine TRIDEL et sa mise hors service planifiée aux environs de l'année 2010,
permettra de répondre aux demandes des communes françaises et d'offrir une
capacité de réserve. Le second se réfère à la coordination intercantonale effectuée
sous l'égide de l'OFEFP et aux prises de position de ce dernier des 5 juillet
et 11 novembre 2002.

h)                     TRIDEL SA s'est
déterminée sur l'effet suspensif le 23 octobre 2002 en concluant à son rejet
et, subsidiairement, s'il devait être accordé, à ce qu'il soit assorti d'une
garantie bancaire de 50 millions de francs. Par mémoire du 19 novembre 2002,
TRIDEL SA a conclu à l'irrecevabilité, subsidiairement au rejet des deux
recours.

                        En annexe à une lettre
du 28 novembre 2002, TRIDEL SA a versé au dossier une convention du 22 novembre
2002 entre TRIDEL SA et la Commune de Lausanne par laquelle la seconde autorise
la première à prendre possession des surfaces décrites dans la décision
attaquée et à commencer les travaux, TRIDEL SA s'engageant à remettre les surfaces
en état au cas où l'expropriation serait définitivement refusée.

i)                      Le Chef du Département
des Finances a conclu au rejet du recours par lettre du 3 décembre 2002.

j)                      GRD s'est encore
déterminé spontanément par lettre du 15 décembre 2002. Eric Magnin en a fait de
même par lettre du 16 décembre 2002.

E.                    Les requêtes des
recourants tendant à la récusation du juge instructeur pour cause de
participation antérieure au litige ont été rejetées par la Cour plénière du
Tribunal administratif dans un arrêt CP 2002/0007 du 21 novembre 2002. Le
recours de droit public déposé par Eric Magnin contre cet arrêt a été déclaré
irrecevable par le Tribunal fédéral par arrêt 1P.3/2003 du 14 février 2003.

F.                     Le tribunal a informé
les parties que sauf réquisition présentée par l'une ou l'autre d'entre elles
d'ici au 16 décembre 2002 et tendant à compléter l'instruction, il statuerait à
huis clos et communiquerait son arrêt par écrit.

G.                    Par fax du 22 décembre
2002, Collectif Gestion rationnelle des déchets (GRD) a demandé d'urgence
qu'ordre soit donné à la commune et à TRIDEL SA de cesser immédiatement tous
travaux sur le site de l'usine. Par décision du juge instructeur du 28 décembre
2002, cette requête a été déclarée irrecevable pour le motif que l'autorisation de construire l'usine
Tridel fait l'objet d'un permis construire entré en force avec l'arrêt du
Tribunal fédéral du 10 octobre 2000 et qu'on ne saurait, dans le cadre d'un
recours contre la déclaration d'intérêt public relative à la procédure
d'expropriation, revenir sur une autorisation entrée en force. Frappée d'un recours, cette décision a été confirmée par la Section des
recours du Tribunal administratif (arrêt RE 2003/0001 du 20 février 2003).

H.                    Par lettre du 11 février
2003, Eric Magnin a versé au dossier, à titre d'exemple de la procédure à
suivre, copie d'un préavis 2002/11 par lequel la municipalité de Lausanne
propose au Conseil communal la vente d'une parcelle communale. Le 30 octobre
2003, il s'est plaint de ce que le Tribunal n'avait pas encore statué et il a
intervenu au sujet des capacités d'incinération, des quantités de déchets
incinérables, des modifications du projet de l'usine Tridel et du coût de sa
réalisation. Il en a fait de même par lettre du 11 novembre 2003, précédée le 8
novembre 2003 d'une copie d'une lettre du même jour à la Municipalité de
Lausanne demandant l'arrêt des travaux. Cet arrêt a également été demandé par
GRD sous la signature de sa nouvelle secrétaire, suite au décès de Michel
Glardon.

                        Par lettre du 6
novembre 2003, le SESA s'est enquis de l'aboutissement de la procédure en
raison de la nécessité pour Tridel SA de pouvoir fournir les terrains litigieux
en garantie au consortium bancaire la finançant aux côtés de la Confédération
et du canton. L'avocat Perroud est intervenu le 31 décembre 2003 pour GRD en
s'enquérant de l'aboutissement de la procédure. Le juge instructeur a informé
les parties qu'il renonçait à interpeller les héritiers de Michel Glardon sur
la poursuite de la procédure et qu'il n'y avait pas lieu de donner suite aux
nouvelles requêtes tendant à l'arrêt des travaux ni à sa récusation, déjà
jugées par la Section des recours et le Tribunal fédéral.

Considérant en droit:

1.                     Le Tribunal
administratif examine d'office la qualité pour recourir des recourants. Ceux-ci
ont d'ailleurs été expressément interpellés d'emblée à ce sujet et leur
attention a été attirée, lors de l'enregistrement de leur recours, sur le fait
qu'il n'était pas certain qu'à part le propriétaire à exproprier, des tiers non
concernés par l'expropriation puissent recourir également, le Tribunal
administratif ayant déjà jugé que tel n'est pas le cas (arrêt AC 1996/0101 du
11 juillet 1996, concernant le contournement de Cheseaux et communiqué aux
recourants).

                        Il y a lieu toutefois
de rappeler l'ensemble des règles relatives à la qualité pour recourir.

2.                     On observera
préliminairement qu'il n'y pas lieu d'examiner la qualité pour recourir du
"Collectif Gestion rationnelle des déchets (GRD)". En effet, il
résulte de l'acte de recours du 8 octobre 2002 que GRD n'intervient pas comme
recourant, mais qu'il déclare seulement représenter diverses personnes
physiques ou morales. 

                        Dans un tel cas, il
incombe au Tribunal de vérifier l'existence juridique du groupement
représentant car l'existence d'un pouvoir de représentation - et la validité
des actes accomplis pour le représenté - présupposent que le représentant
possède la personnalité juridique. Le pouvoir de représentation cesse
d'ailleurs si le représentant perd cette dernière par suite de son décès ou de sa
dissolution (art. 35 CO). Il ne peut donc pas naître au bénéfice d'un
représentant qui n'existerait pas.

                        En l'espèce, le
Tribunal administratif considère que GRD a suffisamment démontré son existence
juridique par la production de ses statuts écrits (art. 60 al. 1 et 2 CC)
adoptés en assemblée constitutive du 31 juillet 2001. En l'absence d'indices
pouvant fonder des doutes sur leur authenticité, il n'y a pas lieu d'exiger en
outre, comme le fait l'intimée Tridel SA, la production du procès-verbal de cette
assemblée.

                        Il y a donc lieu
d'examiner la recevabilité du recours en tant qu'il émane des diverses
personnes que GRD déclare représenter.

3.                     A titre préalable
toujours, on relèvera que les recourants se prévalent en vain des règles de la
loi cantonale du 25 novembre 1974 sur l'expropriation (LE, l'abréviation LEx
étant réservée à la loi fédérale du même nom) pour faire valoir qu'elle
prévoirait une "extension de la qualité de partie aux tiers" (il
s'agit là de l'expression dont le Département de finances s'est servi dans sa
décision au sujet des art. 17 al. 4 et 5 LE, qui semblent distinguer entre les
"oppositions" qui contestent l'intérêt public du projet et les
"observations" qui tendraient à la modification du projet). En effet,
la qualité pour recourir au Tribunal administratif est régie par l'art. 37 LJPA
et aucune règle spéciale (au sens de l'alinéa 2 lit. a de cette disposition)
n'étend la qualité pour recourir aux personnes qui sont habilitées à déposer
une simple "opposition" à l'enquête mais ne rempliraient pas les
conditions pour recourir énoncées à l'art. 37 al. LJPA, sur lequel on reviendra
plus loin. La situation n'est guère différente de celle qui caractérise les
enquêtes sur les demandes de permis de construire, où toute personne peut se manifester,
mais sans qu'on puisse en déduire que la qualité pour recourir devant le
Tribunal administratif serait étendue aux personnes qui formulent une
"observation", pour reprendre le terme des art. 109 al. 4 et 116
LATC. On observera au passage qu'en distinguant entre les
"observations" et les "oppositions", ces dispositions
laisse fâcheusement à penser qu'il appartiendrait à la municipalité, en
indiquant ou non la voie de recours, de se prononcer sur la question de savoir
qui peut recourir contre la décision relative au permis de construire; tel
n'est évidemment pas le cas, l'application de l'art. 37 LJPA étant de la
compétence du Tribunal administratif lorsqu'il est saisi d'un recours. Il en va
de même pour la qualité pour recourir contre une déclaration d'intérêt public
au sens de la loi cantonale sur l'expropriation.

4.                     On peut d'emblée
écarter le recours en tant qu'il émane des trois associations que sont
l'Association pour la sauvegarde du Vallon du Flon, les Amis de la Cité et le
Mouvement de défense de Lausanne.

a)                     Il suffit de se référer
pour cela aux considérants des arrêts AC 1996/0074 du 30 juin 1998 et AC
1997/0212 du 30 juin 1998, notifié aux mêmes recourants. On rappellera en bref
que le droit cantonal ne confère la qualité pour recourir qu'aux associations
d'importance cantonale (art. 90 de la loi cantonale du 10 décembre 1969 sur la
protection de la nature, des monuments et des sites, LPNMS; art. 67 de la loi
cantonale du 29 novembre 1978 sur la pêche; LPêche). Or les trois associations
recourantes dans la présente cause poursuivent un objectif localement limité:
elles ne sont pas d'importance cantonale.

                        Le recours est donc
irrecevable, faute de qualité pour recourir, en tant qu'il émane de
l'Association pour la sauvegarde du Vallon du Flon, des Amis de la Cité et du
Mouvement de défense de Lausanne

b)                     A ceci s'ajoute que
lorsque la qualité pour agir des associations doit être admise en vertu d'une
habilitation légale telle que celle de l'art. 90 LPNMS, elle se limite à la
sauvegarde des intérêts inhérents à la protection de la nature, des monuments
et des sites et ne s'étend pas à d'autres intérêts publics (voir AC 1999/0002
du 25 juin 1999 pour la LPNMS; voir en outre le texte de la l'art. 67 LPêche,
qui limite la qualité pour recourir des associations aux cas où les intérêts
généraux de la pêche "sont en cause"). Pour les motifs qui seront
examinés plus bas, il est douteux que tel soit le cas en l'espèce. Le recours
des trois associations précitées serait donc également irrecevable de leur part
pour ce motif.

5.                     Le recours doit
également être déclaré irrecevable, faute de pouvoir de représentation, en tant
qu'il émane de personnes physiques pour lesquelles GRD, qui déclarait agir en
leur nom, n'a finalement pas pu produire de procuration dans le délai imparti.
Il en va de même des personnes désignées comme "contribuables
vaudois" dont GRD, sans justifier ses pouvoirs, a déclaré dans sa lettre
du 23 octobre 2002 qu'elles renonçaient à la suite de la procédure.

                        Ainsi, les seules
personnes dont la qualité pour recourir doit encore être examinée à ce stade
sont les 47 personnes (y compris Eric Magnin, qui procède par ailleurs
indépendamment) pour lesquelles GRD a produit procuration. Elles ont été
énumérées sous lettre D b) de l'état de fait du présent arrêt.

6.                     En dehors des règles
spécifiques à la qualité pour recourir des associations, les règles qui
régissent la qualité pour recourir devant le Tribunal administratif (art. 37
LPA) sont fondées sur le critère de l'intérêt digne de protection et correspondent
à celles qu'énonce l'art. 103 OJ applicable au recours de droit administratif
devant le Tribunal fédéral.

a)                     Selon la jurisprudence
du Tribunal fédéral (voir un exemple dans l'ATF 1A.47/2002 du 16 avril 2002), a
qualité pour recourir quiconque est atteint par la décision attaquée et a un
intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée. Le recourant
doit être touché dans une mesure et avec une intensité plus grandes que la
généralité des administrés, et l'intérêt invoqué - qui n'est pas nécessairement
un intérêt juridiquement protégé, mais qui peut être un intérêt de fait - doit
se trouver, avec l'objet de la contestation, dans un rapport étroit, spécial et
digne d'être pris en considération. Il faut donc que l'admission du recours
procure au recourant un avantage, de nature économique, matérielle ou idéale.
Le recours d'un particulier formé dans l'intérêt de la loi ou d'un tiers est en
revanche irrecevable. Ces exigences ont été posées de manière à empêcher
l'"action populaire" dans le domaine de la juridiction administrative
fédérale, quand un particulier conteste une autorisation donnée à un autre
administré (ATF 121 II 39 consid. 2c/aa p. 43, 171 consid. 2b p. 174, 120 Ib 48
consid. 2a p. 51 et les arrêts cités).

                        Ces conditions sont en
principe considérées comme remplies quand le recours de droit administratif
émane du propriétaire d'un terrain directement voisin de la construction ou de
l'installation litigieuse (ATF 121 II 171 consid. 2b p. 174). Les conditions de
l'art. 103 let. a OJ peuvent aussi être remplies même en l'absence de voisinage
direct, quand une distance relativement faible sépare l'immeuble du ou des
recourants de l'installation litigieuse (cf. ATF 121 II 171 consid. 2b p. 74 et
la jurisprudence citée). La jurisprudence fédérale traite notamment de cas où
cette distance est de 25 m (ATF 123 II 74 consid. 1b non publié), de 45 m
(arrêt non publié M. du 4 octobre 1990, consid. 3b), de 70 m (arrêt non publié
C. du 12 juillet 1989 consid. 2), de 120 m (ATF 116 Ib 323consid. 2) ou de 150
m (ATF 121 II 171 consid. 2c/bb p. 175). Elle a en revanche été déniée dans des
cas où cette distance était de 800 m (ATF 111 Ib 159 consid. 1b),
respectivement de 600 m (arrêt B. du 8 avril 1997 publié in PRA 1998 5, p. 27),
de 220 m (arrêt non publié B. du 9 novembre 1998, consid. 3c), de 200 m (arrêt
du 2 novembre 1983 publié in ZBl 85/1984, p. 378) voire de 150 m (ATF 112 Ia
119 consid. 4b).

                        Le critère de la
distance n'est pas le seul déterminant car l'application de l'art. 103 let. a
OJ nécessite une appréciation de l'ensemble des circonstances pertinentes (cf.
arrêt du 8 avril 1997 reproduit in RDAF 1997 I p. 242 consid. 3a). S'il est
certain ou très vraisemblable que l'installation litigieuse serait à l'origine
d'immissions - bruit, poussières, vibrations, lumières ou autres - touchant
spécialement les voisins, même situés à quelque distance, ces derniers peuvent
avoir qualité pour recourir. Il importe peu, alors, que le nombre de personnes
touchées soit considérable (dans le cas d'un aéroport ou d'un stand de tir, par
exemple, cf. ATF 124 II 293 consid. 3a p. 303, 120 Ib 379 consid. 4c et les
arrêts cités). Il en va de même quand l'exploitation de l'installation comporte
un certain risque qui, s'il se réalisait, provoquerait des atteintes dans un
large rayon géographique, dans le cas d'une centrale nucléaire ou d'une usine
chimique, par exemple (cf. ATF 120 Ib 379 consid. 4d/e p. 388, 431 consid. 1 p.
434). Il ne s'agit toutefois pas, dans l'examen de la qualité pour recourir, de
se prononcer sur le respect des exigences de la législation fédérale sur la
protection de l'environnement en matière de bruit ou de pollution
atmosphérique, car cette question relève du fond. Il convient néanmoins
d'examiner la nature et l'intensité du bruit provoqué par l'installation
litigieuse ainsi que le niveau des nuisances existantes, car il ne suffit
manifestement pas, dans un environnement urbain en particulier, d'invoquer un
bruit supplémentaire - qui peut être assez faible et néanmoins perceptible -
pour remplir les conditions de l'art. 103 let. a OJ (ATF 1A.47/2002 du 16 avril
2002, citant une arrêt 1A.46/1998 du 9 novembre 1998 concernant une centrale à
béton, disponible sur le site internet du Tribunal administratif - www.ta.vd.ch
- car il fait suite à l'arrêt AC 1997/0144 du Tribunal de céans).

b)                     En l'espèce, la plupart
des personnes physiques recourantes pour lesquels GRD a produit procuration
tentent de légitimer leur intervention en procédure en se prévalant
exclusivement d'un intérêt qui ne leur est pas personnel mais qui paraît au
contraire se confondre avec l'intérêt public (voir l'écriture de GRD du 23
octobre 2002 où sont invoquées la protection contre les immissions, l'abandon
de TRIDEL vu le maintien du Four 3 à l'usine des Cheneviers, la bradage d'une
propriété communale et le préjudice pour les finances communales, cantonales et
fédérales).

aa)                   Comme le Tribunal
administratif a eu l'occasion de l'exposer dans un arrêt PS 2001/0122 du 22
octobre 2001, la jurisprudence distingue deux grandes catégories d'hypothèses
s'agissant de la personne du recourant, à savoir celle où le recours est formé
par le destinataire de la décision attaquée, et d'une part, celle où le recours
émane d'un tiers.

                        Le destinataire est
l'administré dont la décision modifie la situation juridique et, en tant que
tel, il est en principe touché par celle-ci et bénéficie dès lors de la qualité
pour recourir. Pour ce qui est des tiers, pour lesquels la décision a surtout
une incidence de fait, il faut distinguer encore deux types de configuration.
Dans la première, les intérêts du destinataire, respectivement ceux des tiers
divergent; ainsi, par exemple, les tiers jugent qu'un permis de construire
délivré au propriétaire d'un bien-fonds est de nature à porter atteinte à leur
situation de voisins. Dans une seconde catégorie, en revanche, les tiers
souhaitent au contraire intervenir pour appuyer la position du destinataire de
la décision; l'exemple typique est celui de l'actionnaire unique d'une société
souhaitant recourir contre une décision adressée à cette dernière. On relèvera
d'emblée ici que la jurisprudence est beaucoup plus restrictive dans le second
type de configuration et retient alors, en règle générale, qu'il appartient au
destinataire de la décision de recourir lui-même pour défendre son intérêt
personnel, les tiers n'ayant généralement pas vocation à le faire à sa place
(v. sur ce point l'arrêt PS 2001/0122 du 22 octobre 2001, et les références
citées; l'exception relatives au domaine des assurances et des prestations
sociales qu'il réserve ne trouve pas application en l'espèce). Par exemple, on
pourrait certes imaginer qu'un intérêt personnel soit reconnu à l'employeur
d'un chauffeur pour contester le retrait de permis infligé à ce dernier,
lorsque cette mesure de retrait risque d'entraver la marche de l'entreprise.
Cette solution ne s'impose cependant pas d'emblée.

bb)                   En l'espèce, les
recourants déclarent s'opposer à l'expropriation des terrains de la Commune de
Lausanne mais il ne s'agit manifestement pas pour eux de soutenir la position
de la commune à l'encontre de l'expropriation. Au contraire, la Municipalité de
Lausanne s'est déterminée en exposant qu'elle approuve pleinement le principe
de l'expropriation et en concluant elle-même à l'irrecevabilité des recours. Il
est donc exclu que les recourants soient admis à recourir dans l'intérêt de la
commune de Lausanne.

cc)                   A en juger par les moyens
que les recourants (notamment Eric Magnin) soulèvent en relation avec les
prérogatives du Conseil communal en matière d'aliénation d'immeubles, il s'agit
surtout pour eux de contester la manière dont se forme la volonté de la Commune
dans le cadre de la vente ou de l'expropriation des terrains concernés. Il
s'agirait apparemment pour eux d'obtenir que la cession des terrains litigieux
soit soumise au Conseil communal, dont certains recourants sont membres. Il est
vrai qu'à lire la lettre du Département de la sécurité et de l'environnement du
13 juin 2001 demandant au Département des Finances l'autorisation de mettre à
l'enquête le projet d'expropriation des terrains nécessaires à la réalisation
de l'usine, on constate que ce Département faisait valoir que la procédure
d'expropriation permettait de résoudre le litige relatif à la valeur des
terrains propriétés de la commune de Lausanne, mais aussi "de couper
court à toute velléité référendaire de la part de certains conseillers
communaux lausannois qui ont déjà maintes fois déclaré leur intention, dans le
but d'ouvrir la voie à un vote strictement lausannois sur la question, alors
qu'un référendum financier cantonal est prévu pour l'automne 2001".
Cependant, le Tribunal administratif ne saurait entrer en matière sur ce point
car il n'a pas à examiner la manière dont se forme les déclarations de volonté
du propriétaire exproprié s'exprimant par ses organes: il importe peu à cet
égard qu'il s'agisse d'une municipalité craignant les réactions de son conseil
communal ou du conseil d'administration d'une société anonyme redoutant celle
de ses actionnaires, tant que la volonté de cette corporation s'exprime bien à
travers l'organe exécutif habilité à la représenter. En outre, s'agissant d'une
commune, les litiges relatifs aux décisions du conseil communal relèvent de
toute manière non pas de la compétence du Tribunal administratif mais de celle
du Conseil d'Etat (art. 145 de la loi sur les communes). Quant à la question de
savoir si un recours au Conseil d'Etat est ouvert en cas de litige sur les
compétences respectives de la municipalité et du conseil communal en matière
d'aliénation immobilière, elle est délicate mais ne ressortit pas à la
compétence du Tribunal administratif (v. à ce sujet la décision du Conseil
d'Etat du 30 avril 1997 concernant l'extension du parking de la Riponne, qui
laisse la question ouverte et rejette sur le fond le recours du conseiller
communal Matthey-Doret; le Tribunal fédéral a qualifié cette décision de
relativement confuse mais il a déclaré le recours irrecevable faute pour le
recourant d'avoir invoqué devant lui le principe de la séparation des pouvoirs,
ATF 1P.342/1997 du 15 décembre 1997).

                        Finalement, force est
de considérer que le recours est interjeté dans l'intérêt public et sans que
les recourants puissent invoquer un intérêt personnel. Le fait que les
recourants soient contribuable lausannois, voire même pour certains membres du
conseil communal ou du parlement cantonal, ne suffit pas pour leur conférer
personnellement un intérêt digne de protection (au sens de l'art. 37 LJPA) leur
permettant de recourir au Tribunal administratif contre une projet de
construction sur le territoire communal, même si le terrain nécessaire est
propriété de la commune et doit être exproprié. Le Tribunal administratif a
d'ailleurs déjà jugé, de même, que la qualité de membre de la municipalité n'a pas pour
effet de conférer un intérêt direct supplémentaire permettant de contester un
projet intéressant la commune (AC 1995/0119 du 3 septembre
1997).

                        Le recours est donc
irrecevable faute d'intérêt digne de protection en tant qu'il émane de la
plupart des recourants, étant seule réservée la situation de ceux d'entre eux
qui sont mentionnés dans le considérant qui suit.

7.                     Seule reste donc à
examiner, du point de vue de la qualité pour recourir, la situation de ceux des
recourants qui sont propriétaires de maisons proches des terrains expropriés.
Il s'agit en particulier des recourants André Félix et Julien-François Zbinden,
qui sont parmi les recourants (à supposer qu'il y en ait d'autres) ceux dont la
propriété est la plus proche.

a)                     Tous les exemples
jurisprudentiels cités dans le considérant 6a ci-dessus concernent des recours
interjetés contre des décisions relatives à des projets de construction ou à
des mesures de protection de l'environnement (1A.47/2002: autorisation de
construire un stade avec centre commercial et diverses autres constructions;
ATF 121 II 39: plan des zones de protection des eaux souterraines; ATF 121 II
170: permis de construire un complexe hôtelier; ATF 120 Ib 48: décision
préalable sur un projet de construction en dehors de la zone à bâtir; ATF 123
II 74: protection contre le bruit d'une place de jeux pour enfants existante;
ATF 116 Ib 323: autorisation de défricher; ATF 111 Ib 159 construction d'une
porcherie en zone agricole; ZBl 85/1984, p. 378; construction d'une halle
souterraine à bateau avec grue roulante; ATF 112 Ia 119; autorisation de
transformer et d'agrandir une maison; ATF du 9 novembre 1998 concernant une
centrale à béton).

                        En l'espèce en
revanche, l'objet du litige n'est pas l'adoption du plan d'affectation cantonal
relatif à l'usine Tridel (qui a fait l'objet des arrêts AC 1996/0074 du 30 juin
1998 et AC 1999/0063 du 13 décembre 1999) ni le permis de construire cette
usine (traité par les arrêts AC 1997/0212 du 30 juin 1998 et AC 1999/0064 du 27
mars 2000). Tous ces arrêts, qui traitaient notamment des moyens liés à la
protection de l'environnement, ont été déférés au Tribunal fédéral et les
recourants de l'époque, qui sont en grande partie les mêmes que dans la
présente procédure, ont finalement vu leurs conclusions rejetées par le
Tribunal fédéral (arrêts 1A.17/2000 du 17 août 2000 pour le plan d'affectation
cantonal et 1A.169/2000 du 10 octobre 2000 pour le permis de construire). La
présente cause concerne exclusivement la déclaration d'intérêt public en vue de
l'expropriation par Tridel SA du terrain correspondant, propriété de la Commune
de Lausanne, ainsi que la prise de possession anticipée. Or il ressort du
dossier qu'aucun des recourants (en particulier ni André Félix ni
Julien-François Zbinden) n'est titulaire de droits qu'il serait prévu
d'exproprier d'après le contenu de l'enquête organisée du 27 mars au 29 avril
2002.

                        En réalité,
l'essentiel des moyens avancés par les recourants tendent en réalité à remettre
en cause, en revenant sur la question de la nécessité de l'usine Tridel du
point de vue de l'