# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 26b03559-88a0-54cf-85a9-026794bd42cd
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2014-12-17
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Autorité de recours en matière pénale 17.12.2014 ARMP.2014.105 (INT.2015.58)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_008_ARMP-2014-105_2014-12-17.html

## Full Text

A.                           
Par ordonnance du 5 août 2014, le Ministère public a décidé
l'ouverture d'une instruction pénale contre Y. pour les faits suivants :

« A Z.,
ainsi qu'en tout autre endroit, entre le 17 octobre 2012 et le 27 juillet 2014,
Y. s'est approprié le véhicule Renault Trafic dCi 115 que X. SA lui avait remis
dans le cadre d'un contrat de leasing tout en s'en réservant la propriété (abus
de confiance au sens de l'art. 138 ch. 1 CP). »

                        Cette
décision d'ouverture faisait suite à la plainte déposée le 28 juillet 2014 par
la société A. AG à Wilen bei Wil. Celle-ci faisait valoir que Y. avait signé le
17 octobre 2012 un contrat de leasing no […] avec la société X. SA à Urdorf;
que cette société lui avait fixé par courrier recommandé du 10 février 2014 un
délai pour restituer le véhicule; que depuis lors Y. était resté « injoignable »,
précisant toutefois que différents contacts par téléphone et e-mail avaient eu
lieu en vue de récupérer le véhicule Renault Trafic dCi 115, démarches restées
néanmoins vaines; que le 13 mai 2014, la société avait sollicité le retour du
véhicule, par lettre recommandée réceptionnée par l'intéressé au bureau de
poste du Locle; que les tentatives de rencontrer Y. avaient échoué; que la
société de leasing X. AG, pour laquelle A. AG intervenait sur la base d'une
procuration, déclarait se constituer partie civile.

B.                           
Le 5 août 2014, le procureur en charge de la direction de la
procédure a informé A. AG qu'elle n'était pas habilitée à déposer valablement
une plainte pénale ou une constitution de partie civile au nom de l'entreprise X.
SA, faute d'être directement lésée ou de revêtir la qualité d'avocat inscrit au
barreau. Le procureur laissait dès lors à cette société le soin de solliciter
de X. SA qu'elle dépose elle-même et signe valablement une plainte,
respectivement une constitution de partie plaignante.

Le même
jour toutefois, le procureur a rendu une ordonnance de mise sous séquestre d'un
véhicule, fondée sur l'article 263 let. c CPP (les objets devant être restitués
aux lésés), précisant dans la « brève motivation » que « Y.
s'est approprié sans droit le véhicule automobile susmentionné ».

Le 13
août 2014, X. SA a à son tour déposé plainte pénale contre Y., revendiquant la
qualité de plaignant et de partie civile. Elle précisait que son client lui
devait à ce jour le montant de 24'859,90 francs, selon un décompte qu'elle
joignait à cette « plainte pénale de détournement ». 

C.                           
Selon le rapport de police établi le 8 octobre 2014 par la
Police neuchâteloise, il est apparu que le véhicule litigieux, placé dans
l'intervalle sous séquestre, avait été vendu le 27 juin 2014 par Y. à B.
Celle-ci, au moment où elle souhaitait elle-même revendre le véhicule, s'était
aperçue qu'il faisait l'objet d'un signalement à RIPOL.

Entendue
le 26 septembre 2014 par la police, Y. « pensai[t], compte tenu qu'aucune
restriction ne figurait sur le permis de circulation que le véhicule était le
[s]ien », si bien qu'il s'était permis de le vendre, tout en admettant
n'avoir pas lu le contrat de leasing qu'il avait signé. Il précisait avoir
vendu le véhicule car il avait besoin d'argent pour payer des affaires importantes
au niveau administratif.

De
l'audition de B. par la Police neuchâteloise le 8 septembre 2014, il est
ressorti que celle-ci a acquis le véhicule incriminé pour le prix de 10'000
francs, payé au comptant; qu'une personne qui s'est avérée être Y., avait
auparavant répondu à une annonce qu'elle avait mise sur le site Anibis ; qu'un
contrat de vente avait été signé, dont elle a remis copie aux policiers;
qu'aucune garantie n'avait été donnée pour le véhicule; que le véhicule portait
des plaques françaises, le vendeur ayant expliqué que le permis de circulation
suisse avait été annulé, tout en en remettant l'original à l'acheteuse; que
celle-ci a dit avoir contacté le Service des automobiles du canton de Neuchâtel
pour obtenir des informations plus précises, qui n'ont rien révélé, le code 178
(véhicule en leasing) ne figurant pas sur le permis de circulation; que ce même
service avait confirmé qu'il n'y avait aucune restriction concernant ce
véhicule, après une deuxième interpellation, lorsqu'il est apparu qu'il ne
pouvait être revendu du fait de son signalement à RIPOL. B. a en outre fourni
un extrait d'une conversation par sms dont il ressort qu'elle avait demandé au
vendeur si le véhicule était sous leasing ou s'il y avait « un code dessus »,
ce à quoi Y. avait répondu par la négative. 

D.                           
Le 1er octobre 2014, le Ministère public a ordonné
la levée du séquestre frappant le véhicule Renault Trafic dCi 115, n° de
châssis […]. En substance, le procureur a considéré que le dossier ne
permettait pas de retenir que l'acquéreuse B. aurait été de mauvaise foi lors
de l'acquisition du véhicule. Le prix de la transaction et l'état de celui-ci
ne pouvait en effet laisser penser qu'il n'était pas propriété du vendeur.
L'acquisition de bonne foi d'un objet s'avérant protégée civilement, le
véhicule devait être libéré du séquestre et laissé à la libre disposition de B.

E.                           
Le 13 octobre 2014, X. SA recourt contre l'ordonnance
précitée en concluant à son annulation et à ce que le séquestre sur le véhicule
litigieux soit ordonné, avec suite de frais et dépens. Rappelant que le
séquestre selon l'article 263 CPP est une mesure fondée sur la vraisemblance,
la recourante considère que le Ministère public a méconnu l'article 267 al. 4
CPP en statuant lui-même sur l'attribution du véhicule litigieux. Même s'il ne
s'est pas prononcé sur la propriété du véhicule, il en a restitué l'usage à B.
en invoquant la protection de sa prétendue bonne foi. Ce faisant, il a privé la
propriétaire de la protection provisoire qu'offrait le séquestre. Or il se
justifiait tout particulièrement de maintenir le séquestre sur le véhicule dont
la recourante s'affirme propriétaire, B. ayant déjà tenté de le vendre à un
tiers. En l'espèce, B. ne pouvait être considérée de bonne foi, au vu de la
modicité du prix de vente convenu (CHF 10'000 alors qu'une expertise Eurotax du
14.10.2014, produite par la recourante, évaluait la valeur du véhicule à CHF 19'405),
qui aurait dû éveiller de sérieux soupçons sur le droit de propriété du
vendeur. L'empressement de l'acheteuse (pas de vérification, rendez-vous donné
par téléphone sur un parking, pas de course d'essai, pas de temps de réflexion,
pas de contrat écrit) s'opposent à ce que sa bonne foi puisse être retenue.

F.                           
Le 4 novembre 2014, la présidente de l'Autorité de recours en
matière pénale a octroyé l'effet suspensif au recours déposé par X. SA le 13
octobre 2014, en précisant que les effets du séquestre perdureraient dès lors
jusqu'à droit connu sur le recours.

G.                          
Le 22 octobre 2014, B. dépose des observations et conclut
implicitement au rejet du recours. 

C O N S I D E R A N T

en droit

1.                           
Interjeté dans les formes et délai légaux, le recours est
recevable. Revendiquant l'objet séquestré, la plaignante a manifestement un intérêt
juridiquement protégé, au sens de l'article 382 CPP, à ce que la décision
querellée soit annulée. L'autorité de céans exerçant un plein pouvoir d'examen
(voir l'affirmation de ce principe dans l'arrêt du Tribunal fédéral du 15.01.2013
[1B_768/2012], confirmé dans celui du 20.02.2013
[1B_52/2013]), ce qui non seulement lui permet, mais lui impose de
connaître des faits et moyens de preuve nouveaux, dans la mesure de leur
pertinence (ARMP.2013.51).
Les pièces produites par la recourante sont donc recevables, étant relevé que
certaines d'entre elles figurent déjà au dossier de première instance. 

2.                           
Selon l'article 267 al. 1 CPP,
si le motif du séquestre disparaît, le ministère public ou le tribunal lève la
mesure et restitue les objets et valeurs patrimoniales à l'ayant-droit. Si
plusieurs personnes réclament des objets ou des valeurs patrimoniales à
libérer, le tribunal peut statuer sur leur attribution (al. 4). L'autorité
pénale peut attribuer les objets ou les valeurs patrimoniales à une personne et
fixer aux autres réclamants un délai pour intenter une action civile (al. 5).

Selon
la doctrine, les alinéas 4 et 5 de l'article 267 CPP
reprennent, dans les grandes lignes, la jurisprudence développée sous l'ancien
droit par le Tribunal fédéral (voir arrêt topique 120 Ia 120)
selon laquelle, lorsqu'il existe un doute sur la propriété de l'objet saisi,
notamment lorsque plusieurs personnes en revendiquent la propriété, l'objet est
en principe restitué au possesseur bénéficiaire de la protection
constitutionnelle de l'article 26 Cst. féd. Néanmoins, celui qui prétend avoir
un droit préférable peut soumettre sa contestation au juge civil. L'autorité
pénale ne peut assurer ce rôle, mais doit différer la restitution de l'objet,
afin de permettre au tiers revendiquant de saisir le juge civil et d'obtenir,
cas échéant, la protection nécessaire au droit qu'il allègue (Lembo/Julen
Berthod, Commentaire romand du CPP, no 16 et 17 ad art. 267 CPP et les
références citées). Seul le tribunal peut faire usage de la compétence
potestative et décider de l'attribution des objets revendiqués par plusieurs
personnes, notamment dans les cas où la situation juridique est suffisamment
établie. Le Ministère public ne dispose pas de cette compétence et doit se
borner à agir conformément à l'article 267 al. 5 CPP.
Dans cette hypothèse, un délai pour intenter une action civile doit être fixé
et ce n'est qu'à l'échéance de ce délai et à condition qu'il n'ait pas été
utilisé que les valeurs patrimoniales ou objets séquestrés seront attribués à
la personne désignée (Lembo/Julen Berthod, op.cit. no 17 et 18). C'est
ainsi qu'avaient agi les autorités cantonales argoviennes dans une décision
soumise ensuite au Tribunal fédéral qui a rejeté le recours qui la frappait. Il
a en particulier précisé que, dans le cadre de l'article 267 al. 5 CPP, l'autorité devait attribuer l'objet ou
les valeurs patrimoniales à une personne mais ne le lui remettre qu'après
l'écoulement d'un délai (inutilisé) fixé aux autres revendiquants pour agir au
civil. L'attribution par le Ministère public devait intervenir selon les règles
de droit civil, en se fondant en premier lieu sur la protection du possesseur,
présumé propriétaire au sens de l'article 930 CC, sauf lorsqu'il existe des
indices clairs selon lesquels cette possession ne correspond pas au droit
matériel (arrêt du TF du 07.08.2012
[1B_270/2012], cons. 2.1. et 2.2). La décision pénale se limite à un examen
« prima facie », destiné à répartir les rôles dans la procédure
civile ultérieure (cons. 4.3).

3.                           
En l'espèce, en restituant purement et simplement le véhicule
à B. dans sa décision de levée du séquestre du 1er octobre 2014, le
procureur s'est placé dans la situation de l'alinéa 4 de l'article 267 CPP,
alors que la faculté de statuer sur l'attribution des objets en cas de
réclamation par plusieurs personnes n'appartient qu'à un tribunal. Dans cette
perspective, sa décision doit être annulée, sa compétence pouvant s'exercer exclusivement
selon l'article 267 al. 5 CPP.

Dans la
mesure où, selon cette disposition, l'autorité pénale peut attribuer les objets
à une personne et fixer aux autres réclamants un délai pour intenter une action
civile, et sachant que l'autorité de recours en matière pénale statue avec un
plein pouvoir d'examen, les parties ayant pu faire valoir devant elle tous les
griefs, y compris celui de l'opportunité (art. 393 al. 2 CPP), l'autorité de
recours peut statuer elle-même, sur la base du dossier. Comme rappelé
ci-dessus, la jurisprudence impose de privilégier le dernier possesseur, qui
bénéficie de la présomption de propriété selon l'article 930 CC, sauf lorsqu'il
existe des indices d'une absence de droit matériel du possesseur.

                        Si
la recourante conteste avec raison la procédure suivie par le Ministère public
et la conséquence qu'il en a tirée, à savoir la restitution immédiate –
suspendue par ordonnance du 4 novembre 2014 – du véhicule à l'acquéreur qu'il a
jugé être de bonne foi, l'analyse du procureur, sur cette dernière question,
peut être maintenue en premier examen, au sens susmentionné. Il ressort en
effet de l'audition de B. par la Police neuchâteloise que celle-ci a entrepris
un certain nombre de vérifications, en particulier en interpellant le vendeur
pour s'assurer que le véhicule n'était pas sous leasing, qui reproduit un sms
confirmant cette affirmation) et en prenant, selon ses dires, des
renseignements directement auprès du service des automobiles. Celui-ci lui
aurait indiqué que le code 178 (véhicule en leasing) ne figurait pas sur le
permis de circulation, ce que B. a pu vérifier elle-même lorsqu'elle a reçu des
mains du vendeur l'original de celui-ci. S'agissant du prix demandé pour le
véhicule, s'il paraît se trouver dans une fourchette effectivement avantageuse,
on ne peut le considérer d'emblée comme suspect au point d'exclure la bonne foi
de l'acquéreuse, d'autant que plusieurs éléments permettaient de le justifier,
en particulier un entretien peu soigneux du véhicule. Quant à l'argument selon
lequel les efforts déployés par B. pour revendre le véhicule peu après son
acquisition prouvaient qu'elle n'en avait pas l'utilité et aurait en quelque
sorte prêté main forte aux efforts de Y. pour le détourner, il n'est pas
nécessairement à lui seul convaincant. L'intéressée a en effet expliqué avoir
eu l'intention d'exporter le véhicule en Algérie pour son beau-frère, opération
qui avait échoué, raison pour laquelle elle souhaitait le revendre. Finalement,
au moment de cette revente, B., prenant conscience que le véhicule était
annoncé comme volé, s'est adressée directement au Ministère public pour faire
état de la situation et offrir sa collaboration. Dans cette perspective,
l'analyse du procureur, lorsqu'il considère B. comme acquéreuse et possesseur
de bonne foi, pouvant bénéficier de la protection civile (art. 930 et 933 CC)
ne prête, à première vue et sous l'angle de la vraisemblance, pas flanc à la
critique. L'attribution du véhicule à B. doit dès lors être confirmée, un délai
étant toutefois imparti à l'autre prétendant, soit la recourante, pour intenter
une action civile. Le véhicule ne sera restitué, cas échéant, qu'à l'issue de
ce délai. 

4.                           
Le recours étant partiellement bien fondé, il se justifie de
ne mettre à la charge de la recourante que des frais réduits, sans allocation
de dépens, les conditions de l'article 433 CPP n'étant pas réunies.

Par ces motifs,

l'Autorité de recours en matière pénale

1.    Admet
partiellement le recours et annule l'ordonnance du 1er octobre 2014.

2.    Ordonne la levée
du séquestre affectant le véhicule Renault Trafic dCi 115, no de châssis […] et
sa restitution à B., sous réserve des chiffres 3 et 4 ci-après.

3.    Impartit à la X.
SA un délai de 30 jours pour revendiquer devant le juge civil
compétent le véhicule Renault Trafic dCi 115, no de châssis […] 65 attribué à B.

4.    Dit que la
restitution du véhicule Renault Trafic dCi 115, no de […] interviendra à
l'échéance du délai de 30 jours, sous réserve d'éventuelles mesures civiles
prises dans l'intervalle.

5.    Arrête les frais
de la procédure de recours à 600 francs, supportés à raison de 300 francs par X.
SA, le solde étant laissé à la charge de l'Etat.

6.    N'alloue pas de
dépens.

7.    Notifie le
présent arrêt à X. SA, par Me C., avocat à Lausanne, à Y., par Me D., avocat à
La Chaux-de-Fonds, au Ministère public, Parquet régional de La Chaux-de-Fonds (MP.2014.3667)
et à B. à […].

Neuchâtel, le 17 décembre 2014  

Art.
267
CPP

Décision
concernant les objets et valeurs patrimoniales séquestrés

 

1 Si le motif du séquestre
disparaît, le ministère public ou le tribunal lève la mesure et restitue les
objets et valeurs patrimoniales à l'ayant droit.

2 S'il est incontesté que des
objets ou des valeurs patrimoniales ont été directement soustraits à une
personne déterminée du fait de l'infraction, l'autorité pénale les restitue à
l'ayant droit avant la clôture de la procédure.

3 La restitution à l'ayant droit
des objets et des valeurs patrimoniales séquestrés qui n'ont pas été libérés
auparavant, leur utilisation pour couvrir les frais ou leur confiscation sont
statuées dans la décision finale.

4 Si plusieurs personnes réclament
des objets ou des valeurs patrimoniales à libérer, le tribunal peut statuer sur
leur attribution.

5 L'autorité pénale peut attribuer
les objets ou les valeurs patrimoniales à une personne et fixer aux autres réclamants
un délai pour intenter une action civile.

6 Si l'ayant droit n'est pas connu
lorsque le séquestre est levé, le ministère public ou le tribunal publie la liste
des objets et valeurs patrimoniales séquestrés pour que les personnes
concernées puissent faire valoir leurs droits. Si dans les cinq ans qui suivent
la publication, personne ne fait valoir de droits sur les objets et valeurs
patrimoniales séquestrés, ceux-ci sont acquis au canton ou à la Confédération.