# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 4df0e736-bc96-585e-962a-1fd0647c5d0d
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-10-28
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre administrative 28.10.2008 A/1723/2008
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_013_A-1723-2008_2008-10-28.pdf

## Full Text

R É P U B L I Q U E  E T  
 

C A N T O N  D E  G E N È V E

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

A/1723/2008-DI ATA/533/2008  

ARRÊT 

DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

du 28 octobre 2008 

 

dans la cause 

 
 
 
 
 
 
M. T______ 
représenté par Me Stéphane Grodecki, avocat  

 
 
 
 

contre 
 
 
 
 
PRISON DE CHAMP-DOLLON 
 

 

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A/1723/2008 

EN FAIT 

1.  M. T______, né le ______ 1979, est détenu à la prison de Champ-Dollon 
depuis le 7 novembre 2007, dans le cadre de la procédure pénale P/16414/2007 
ouverte pour viol, séquestration et enlèvement, contrainte et infraction à la loi 
fédérale sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931(LSEE - RS 
142.20). 

  Le 14 novembre 2007, la vice-présidente du Tribunal de première instance 
lui a désigné un avocat d'office en la personne de Me Stéphane Grodecki.  

   Entre le 21 novembre 2007 et fin avril 2008, le détenu a fait l’objet d’une 
dizaine de sanctions disciplinaires, soit de placements en cellule forte, en raison 
de son comportement tant à l’égard du personnel que de ses codétenus. 

  Dès le 9 janvier 2008, plusieurs échanges de correspondances ont eu lieu 
entre cet avocat et la direction de la prison, notamment le 28 février 2008, le 
détenu se plaignant de provocations, voire de brimades de la part des gardiens et 
la direction de l'établissement relevant que M. T______ avait de la peine à 
respecter le cadre disciplinaire. 

  Du 3 au 27 mars 2008, M. T______ a séjourné à la prison de Bois-Mermet à 
Lausanne. Il a été placé dans une cellule de sécurité durant tout ce séjour en raison 
de ses difficultés à respecter le règlement et des menaces et insultes qu’il avait 
proférées envers le personnel. 

2.  De retour à la prison de Champ-Dollon, il a été soumis au régime de 
détention ordinaire, sans activité dans les ateliers, puisqu’il existe une liste 
d’attente pour travailler dans ceux-ci. 

3.  Le 31 mars 2008, M. T______ a fait l’objet d’un rapport car une bagarre 
avait éclaté entre un autre détenu et lui. Le gardien avait noté qu’arrivé à la 
promenade, M. T______ était dans un état d’excitation avancé, qu’il parlait tout 
seul et criait des mots dans sa langue. Les deux détenus en étaient venus aux 
mains, échangeant des coups de poing, sans que le gardien ne sache pour quelle 
raison la bagarre avait éclaté. Il résulte de ce rapport que M. T______ a été 
entendu, puis placé en cellule forte pendant quatre jours pour agression sur un 
codétenu. Le 4 avril 2008, il a été placé en quartier de haute sécurité, soit privé de 
promenade collective pendant un mois, jusqu’au 3 mai 2008. Il devait se doucher 
seul, selon les besoins du service. 

4.  Le 27 avril 2008, un nouveau rapport a été établi concernant M. T______ 
dans lequel il était indiqué que l’intéressé devenait de plus en plus ingérable "de 
façon verbale envers le personnel. Aujourd’hui spécialement, il est dans un délire 

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total contre le personnel et les détenus de l’étage. Le médical est averti de son état, 
il est vu à 11h30 et 14h00 avec le médecin". Au bas de ce rapport figure une note 
manuscrite ainsi libellée : "j’ai été informé que M. T______ n’a pas été vu par le 
médecin finalement, je remercie le service médical de traiter ce dossier avec 
priorité dans la mesure du possible".  

5.  Par décision du 30 avril 2008, déclarée exécutoire nonobstant recours, le 
directeur ad interim de la Prison de Champ-Dollon a ordonné le placement en 
régime de sécurité renforcée de M. T______ pour une durée de deux mois, soit du 
4 mai au 4 juillet 2008 inclus.  

  Cette décision était fondée sur l’article 50 du règlement sur le régime 
intérieur de la prison et le statut des personnes incarcérées du 30 septembre 1985 
(RRIP - F 1 50.04 ; ci-après : le règlement) et reprenait tous les antécédents 
disciplinaires de l’intéressé depuis le 21 novembre 2007 jusqu’au 27 avril 2008, 
avec la mention que les actes et l’attitude de ce détenu faisaient craindre la 
survenance de nouvelles provocations, tant à l’encontre du personnel que des 
autres détenus, M. T______ présentant une menace pour l’établissement et la 
sauvegarde de la sécurité collective. 

  La voie de recours dans les trente jours auprès du Tribunal administratif 
était indiquée. Cette décision était communiquée au détenu, au juge d’instruction 
ainsi qu’au département des institutions. Au pied figuraient deux mentions 
manuscrites : "j’ai pas reçu copie M___ T______" et une autre "Reçu ok Borel". 

6.  Le 8 mai 2008, le conseil du recourant a écrit à la direction de la prison, 
réclamant une copie du rapport du 27 avril 2008 et s’étonnant de n’avoir pas été 
interpellé avant la prise de décision du 30 avril 2008 pour faire valoir le droit 
d’être entendu de son client. 

  Depuis que ce dernier avait été soumis au régime de la sécurité renforcée, il 
lui avait fait part de certaines idées auto-agressives des plus inquiétantes. Des 
mesures de surveillance propres à éviter toute tentative de suicide étaient requises. 

  De plus, l'avocat se disait prêt, comme il l'avait fait jusqu'ici à plusieurs 
reprises, à s'entretenir avec la direction des problèmes liés à la détention de son 
client.  

7.  Par lettre du 13 mai 2008, reçue le 16 mai 2008, la direction de la prison a 
répondu audit conseil que les procédures de nature disciplinaire engagées à 
l’encontre des détenus pouvant conduire à modifier leur régime de détention 
étaient conduites dans le respect des règles procédurales. 

  M. T______ avait été entendu et avait pu s’exprimer avant la décision du 30 
avril 2008 et un tirage des diverses décisions prises lui avait été remis. 

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  Les documents internes émis par le personnel de surveillance dans le cadre 
des incidents en cause n’étaient transmis, le cas échéant, "que dans le cadre d’une 
procédure récursoire, sous une forme préservant la sécurité et la confidentialité". 

8.  Le 14 mai 2008, le conseil du détenu a précisé à la direction de la prison que 
selon ce qu'il lui avait dit, l'intéressé n'avait pas eu l'occasion de se prononcer sur 
le rapport du 27 avril 2008 avant le prononcé de la décision du 30 avril 2008.  
Ledit rapport ainsi qu'une explication sur les circonstances dans lesquelles 
M. T______ avait pu s'expliquer étaient requises. 

  Enfin, le détenu disait avoir exagéré ses idées auto-agressives de sorte que 
les mesures de surveillance pour éviter une tentative de suicide pouvaient être 
réduites. 

9.  Par acte posté le 16 mai 2008, M. T______, agissant par l’intermédiaire de 
son conseil en l’étude duquel il déclarait faire élection de domicile, a recouru 
auprès du Tribunal administratif contre cette décision en concluant préalablement 
à la restitution de l’effet suspensif.  

  Sur le fond, il dénonçait une violation des règles sur la notification, la 
décision attaquée n’ayant pas été signifiée à son conseil constitué. La direction de 
la prison n’ignorait pas que celui-ci était mandaté, même si aucune élection de 
domicile en son étude n’avait été communiquée jusqu’alors à la prison. 

  L’avocat n’avait pas eu connaissance du dossier du détenu et ce dernier 
n’avait pas été entendu avant que ne soit prise la décision du 30 avril 2008. Cette 
dernière sanction violait le droit d’être entendu de l’intéressé et sa nullité devait en 
être constatée. De plus, il n’apparaissait pas qu’un traducteur en langue polonaise 
ait été présent.  

  Le conseil du recourant avait pris connaissance de la décision du 30 avril 
2008 par le biais de la procédure pénale, cette décision ayant été communiquée au 
juge d’instruction. 

  M. T______ concluait préalablement à ce que la prison se voie ordonner de 
produire le dossier le concernant. Il sollicitait un délai pour compléter son recours, 
l’octroi d’une indemnité de procédure et demandait qu’il soit statué sans frais en 
raison de la nature du litige et des difficultés financières qu’il rencontrait. 

  Subsidiairement, la décision attaquée devait être annulée. 

10.  Le 27 mai 2008, la direction de la prison a conclu au rejet de la demande 
d’effet suspensif. Dans l’intervalle, le risque que le recourant passe à l’acte s’était 
concrétisé car, le 25 mai 2008, M. T______ avait agressé physiquement et 
violemment un autre détenu. Le recourant ne démontrait pas en quoi son intérêt 

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privé devait primer l’intérêt public et ce dernier l’emportait sur l’intérêt du 
recourant à subir la détention selon le régime ordinaire. 

11.  Par télécopie du 28 mai 2008, le juge délégué a requis de la prison des 
renseignements complémentaires afin de savoir dans quelles circonstances la 
décision du 30 avril 2008 avait été remise au détenu d’une part, et si un interprète 
était présent à ce moment, d’autre part. 

12. a. Par télécopie du même jour, l’office pénitentiaire a répondu que selon le 
directeur-adjoint ad interim de la prison qui avait rencontré M. T______ à 
plusieurs reprises, ce dernier possédait les capacités linguistiques nécessaires pour 
tenir une conversation en langue française. Cette évaluation était confirmée par le 
chef d’unité notamment et quelques écrits du détenu.  

 b. La décision du 30 avril 2008 avait été remise au détenu dans les 
circonstances suivantes :  

  Le directeur-adjoint ad interim avait expliqué à M. T______ le contenu de la 
décision qu’il entendait lui notifier. Il avait été difficile d’entamer une discussion 
sérieuse, non pas en raison d’éventuelles carences linguistiques du détenu mais 
notamment, en raison des problématiques en lien avec les troubles 
comportementaux de celui-ci. M. T______ avait demandé ensuite à prendre 
connaissance du texte écrit avant signature. Le directeur-adjoint ad interim avait 
accédé à cette requête et indiqué qu’il restait à disposition si le détenu avait des 
interrogations particulières. A défaut, celui-ci devait remettre la décision signée au 
chef d’unité. M. T______ n’avait pas voulu signer ce document tant qu’il n’en 
avait pas reçu de copie. C’était la raison pour laquelle il était inscrit dans un 
premier temps au bas de celle-ci "j’ai pas reçu copie". Le gardien s’était alors 
rendu à la photocopieuse, avait photocopié le document que M. T______ avait  
signé ; le gardien avait inscrit la mention "reçu ok" et avait remis copie de la 
décision à M. T______.  

  Ces informations ont été transmises au conseil du recourant. 

13.  Par décision du 30 mai 2008, le président du Tribunal administratif a 
restitué l’effet suspensif au recours, considérant qu’en l’état du dossier et au vu de 
la production du seul rapport du 27 avril 2008, rien ne permettait de savoir quel 
incident s’était produit le jour en question. A ce stade-ci, l’intérêt public devait 
céder le pas devant l’intérêt privé du recourant. 

14.  Le 19 juin 2008, le directeur de la prison a conclu au rejet du recours et il a 
produit toutes les décisions disciplinaires prononcées à l’encontre de M. T______ 
depuis le 21 novembre 2007. 

  Dans l'intervalle, soit le 26 mai 2008, le directeur général ad interim de 
l'office pénitentiaire avait ordonné le placement du recourant en cellule forte pour 

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une durée de dix jours, à compter du 25 mai 2008 au motif que ce jour-ci, 
M. T______, lors du retour de la promenade de haute sécurité, avait marché 
volontairement sur le côté qu'un détenu, en charge du nettoyage de l'unité, venait 
de nettoyer alors que ledit détenu l'avait prié de passer ailleurs, ce qui avait 
conduit le recourant à insulter son codétenu en ces termes : "je suis sourd, fils de 
pute", selon le rapport établi à cette occasion et produit par l'intimée. 

 a. S’agissant des violations des règles de procédure dénoncées par le 
recourant, la direction de la prison a relevé qu’au moment du prononcé de la 
décision du 30 avril 2008, aucune élection de domicile n’avait été faite en l’étude 
du conseil constitué. Elle n’avait jamais admis une élection de domicile par 
interprétation, en l’absence d’une élection de domicile formelle. Or, celle-ci 
n'avait été faite que le 4 juin 2008 "pour toutes les affaires qui concernent l'Office 
pénitentiaire". 

 b. Elle s’opposait également à tous propos qui pourraient donner à penser que 
M. T______ n’était pas en mesure de comprendre les faits qui lui étaient 
reprochés. Les nombreuses lettres écrites par le détenu démontraient qu’il était 
capable de s’exprimer dans un français tout à fait compréhensible comme il l’avait 
fait d’ailleurs dans un courrier du 30 mai 2008 au sujet de ses conditions de 
détention. Enfin, le fait que la décision du 30 avril 2008 ait été communiquée au 
juge d’instruction était justifié car celui-ci était également compétent pour 
interdire la détention en commun, en application de l’article 50 alinéa 1 du 
règlement. 

 c. Les règles sur la notification de la décision avaient ainsi été respectées. De 
même, la prison n’avait pas violé le droit du détenu de consulter le dossier 
consacré par l’article 44 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 
1985 (LPA - E 5 10), car selon cette dernière disposition, la consultation du 
dossier devait se faire au siège de l’autorité et celle-ci délivrait copie des pièces. 
Or, le conseil de M. T______ avait exigé l’envoi de celles-ci sans consultation 
préalable du dossier. Il était venu le 4 juin 2008 à la direction de l’office 
pénitentiaire et il avait alors reçu les pièces demandées. 

 d. La direction de la prison n’avait pas violé le droit d’être entendu du détenu. 
Le 30 avril 2008, le directeur-adjoint ad interim avait entendu l’intéressé dans sa 
cellule, certes sans que le conseil de celui-ci ne soit présent. Avant la notification 
de la décision, il avait expliqué à M. T______ le contenu de celle-ci. M. T______ 
avait alors demandé à prendre connaissance du texte écrit et le directeur avait 
indiqué qu’il restait à disposition. La copie de la décision avait été remise au 
détenu, qui l’avait signée dans un second temps seulement, comme indiqué ci-
dessus. 

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  Le détenu avait bénéficié d'un temps supplémentaire pour faire valoir ses 
arguments ou demander d'autres précisions. Il n'avait pas utilisé ce droit et avait 
accepté la notification de la décision. 

 e. Le placement d'un détenu en cellule forte visait à sanctionner une faute 
commise par celui-ci alors que le placement en régime de sécurité renforcée était 
une mesure, dont le seul but était de sauvegarder la sécurité publique et d'assurer 
l'ordre dans l'établissement, ainsi que le bon fonctionnement de ce dernier. 

  La décision sur effet suspensif faisait fi de cette distinction. 

   A partir du moment où l’autorité informait le détenu qu’elle envisageait de 
prendre une décision de placement en régime de sécurité renforcée, la finalisation 
de celle-ci devait intervenir très rapidement car le risque de violence était accru 
suite à l’annonce de la mesure envisagée. C’était la raison pour laquelle ces 
décisions étaient déclarées exécutoires nonobstant recours.  

 f. La décision attaquée n’était pas fondée sur le seul rapport du 27 avril 2008 
mais résultait d’une appréciation globale. 

  Mettre en œuvre différemment les garanties procédurales créerait des 
difficultés majeures pour la sécurité de l’établissement et serait contraire à 
l’intérêt public prépondérant. Il n’était pas envisageable d’intégrer les mandataires 
dans la gestion opérationnelle et rien ne permettait de savoir s’ils étaient 
disponibles immédiatement. Enfin, de tels changements susciteraient une grande 
perplexité au niveau du personnel de la prison.  

15.  Le recourant a demandé à répliquer, ce d’autant qu’au moment où il avait 
recouru, il n’avait pas connaissance des pièces produites par la prison. Il invoquait 
par ailleurs le récent arrêt du Tribunal fédéral consacrant le droit formel à la 
réplique (Arrêt du Tribunal fédéral 2_C 688/2007 consid. 2.2 du 11 février 2008). 

16.  Le juge délégué a autorisé un second échange d'écritures. 

  Le 16 juillet 2008, M. T______ a exposé que, bien que dans l’intervalle il 
avait été transféré à la prison des Iles à Sion, puis à celle de Brigue, il conservait 
un intérêt actuel au recours car il n’était pas exclu qu’il soit retransféré à Champ-
Dollon, de sorte qu’il avait un intérêt à savoir si la sanction prise à son égard était 
fondée. 

  Il a repris son argumentation sur l’irrégularité de la notification et la 
violation du droit d’être entendu, la décision attaquée renvoyant bien au rapport 
du 27 avril 2008 dont il n’avait pas eu connaissance. Il a persisté dans ses 
conclusions. 

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17.  Le 14 août 2008, la direction de la prison a dupliqué. Elle a admis l’intérêt 
actuel au recours de l’intéressé. Elle a réitéré l’intérêt de l’institution à assurer son 
bon fonctionnement en rappelant qu’en 2007, le nombre moyen journalier de 
détenus incarcérés s’était élevé à 456 avec 2’566 entrées et des détenus de 108 
nationalités différentes. Elle devait pouvoir poursuivre sa mission sur la base de 
ses constatations quotidiennes au sujet des capacités des personnes détenues à 
comprendre une situation donnée et à s’exprimer. A défaut, elle s’exposait à une 
rapide implosion opérationnelle et administrative. 

  M. T______ était revenu à la prison de Champ-Dollon le 14 août 2008. Les 
établissements dans lesquels il avait séjourné dans l’intervalle, que ce soit le Bois-
Mermet, la prison des Iles ou celle de Brigue, avaient rencontré les même 
difficultés, le recourant ayant continué à proférer des menaces contre le personnel 
et même des menaces de mort contre un surveillant et la famille de celui-ci. 

  La direction de la prison a réfuté les allégations du recourant selon 
lesquelles il n’avait pas eu connaissance du rapport du 27 avril 2008, celui-ci lui 
ayant été remis avec la décision du 30 avril 2008 puis ayant été adressé une 
deuxième fois à son conseil. 

  Elle reprenait ses explications sur la délivrance des photocopies, l’absence 
d’un traducteur, l’absence d’un mandataire lors de l’audition du recourant et 
l’obligation de rendre une décision motivée.  

  Elle joignait une missive dactylographiée en français adressée par 
M. T______ le 21 février 2008 à l’Ambassade ainsi qu’à la représentation 
permanente de la République de Pologne, respectivement à Berne et à Genève. 

  La duplique de la prison a été transmise au conseil du recourant le 15 août 
2008. 

18.  Les 20 et 25 août 2008 ont encore eu lieu des échanges de correspondance 
entre le conseil du détenu et la direction de la prison de Champ-Dollon, dont copie 
a été adressée au juge délégué, au sujet de propos contenus dans les écritures, 
propos que la prison a accepté de retirer.  

19.  Le 15 octobre 2008, le conseil du recourant a informé le juge délégué que le 
même jour, celui-ci avait été transféré à la prison "La Croisée" à Orbe. Il 
maintenait toutefois ses conclusions. 

EN DROIT 

1.  Le Tribunal administratif examine d'office sa compétence. 

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2.  En l'espèce, le recourant a saisi le tribunal de céans conformément à la voie 
de droit mentionnée dans la décision attaquée. 

  Le régime de sécurité renforcée, prévu par l'article 50 du règlement, figure 
dans le titre "règles particulières" applicables aux prévenus et constitue une 
exception au régime normal (art. 49).  

  L'article 50 est ainsi libellé : 

  "Le Procureur général, le juge d’instruction, le directeur de l'office 
pénitentiaire et le directeur de la prison sont compétents pour interdire la détention 
en commun si elle présente des inconvénients ou des risques, notamment pour ce 
qui concerne la sauvegarde de la sécurité collective. 

  La décision de placement en régime de sécurité renforcée peut être ordonnée 
pour une durée de 6 mois au maximum ; elle peut être renouvelée aux mêmes 
conditions". 

  Toutefois, l'article 60 du règlement institue une voie de recours auprès du 
Tribunal administratif dans les 30 jours contre les sanctions, prononcées par le 
directeur de la prison. Or, le placement en régime de sécurité renforcée ne figure 
pas dans la liste exhaustive des sanctions énoncées à l'article 47 alinéa 3 du 
règlement.  

  Il résulte clairement de ces dispositions que le placement en régime de 
sécurité renforcée constitue une mesure d'organisation interne (Lukas HUBER, 
Disziplinarmassnahmen im Strafvollzug, Basler Studien zur Rechtswissenschaft, 
Band 46, Basel und Frankfurt am Main, 1995, p. 22 et 23). Il s'agit d'une décision 
au sens de l'article 4 LPA, susceptible de recours auprès du tribunal de céans, 
devenu depuis le 1er janvier 2000, l'autorité supérieure ordinaire de recours en 
matière administrative (art. 56A al. 1 LOJ). 

  Le recours, interjeté en temps utile, l’a donc été auprès de la juridiction 
compétente (art. 63 al. l litt a LPA). 

3.  L’existence d’un intérêt actuel au sens de l’article 60 lettre b LPA s’apprécie 
non seulement au moment du dépôt du recours, mais aussi lors du prononcé de la 
décision de recours ; s’il s’éteint pendant la procédure, le recours est déclaré sans 
objet ou irrecevable (ATF 123 II 285 consid. 4 p. 286 ss ; 118 Ia 46 consid. 3c p. 
53 ; 111 Ib 58 consid. 2 et les références citées ; ATA/270/2001 du 24 avril 2001 ; 
ATA/295/1997 du 6 mai 1997 ; ATA/28/1997 du 15 janvier 1997 ; A. GRISEL, 
Traité de droit administratif, Neuchâtel, 1984, p. 900). 

  Il est toutefois renoncé à l’exigence d’un intérêt actuel lorsque cette 
condition de recevabilité fait obstacle au contrôle de la légalité d’un acte qui 
pourrait se reproduire en tout temps, dans des circonstances semblables, et qui, en 

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raison de sa brève durée ou de ses effets limités dans le temps, échapperait ainsi 
toujours à la censure de l’autorité de recours (Arrêt du Tribunal fédéral IP.70/2001 
du 7 août 2001, consid. 2 ; ATF 124 I 231 consid. 1b p. 23 et les arrêts cités ; 121 
I 279 ; 118 Ia 46 ; ATA/270/2001 du 24 avril 2001). Cela étant, l’obligation 
d’entrer en matière sur un recours, dans certaines circonstances, nonobstant 
l’absence d’un intérêt actuel, ne saurait avoir pour effet de créer une voie de 
recours non prévue par le droit cantonal (ATF 127 I 115, consid. 3c p. 118). 

  En l’espèce, M. T______ a été placé en régime de sécurité renforcée pour 
une durée de deux mois par décision exécutoire nonobstant recours du 30 avril 
2008, et ce à partir du 4 mai 2008. Pour les raisons susexposées, il sera renoncé à 
l’exigence d’un intérêt actuel et le recours sera déclaré recevable. 

4.  Le recourant invoque au nombre de ses griefs, la violation de son droit 
d’être entendu, de sorte qu’il convient, in limine litis, d’examiner la validité 
formelle de la décision dont est recours. 

 a. Tel qu’il est garanti par l’article 29 alinéa 2 de la Constitution fédérale de la 
Confédération Suisse du 18 avril 1999 (Cst. - RS 101), le droit d’être entendu 
comprend le droit pour les parties de faire valoir leur point de vue avant qu’une 
décision ne soit prise, de fournir des preuves quant aux faits de nature à influencer 
sur les décisions, d’avoir accès au dossier, de participer à l’administration des 
preuves, d’en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos (Arrêt du 
Tribunal fédéral 2B.77/2003 du 9 juillet 2003 consid. 2.1 et les arrêts cités ; 
ATA/544/2007 du 30 octobre 2007). 

 b. Le droit d’être entendu est une garantie à caractère formel dont la violation 
doit en principe entraîner l’annulation de la décision attaquée, indépendamment 
des chances du recourant sur le fond (ATF 119 Ia 136 consid. 2.b). Cette violation 
peut être réparée devant l’instance de recours si celle-ci jouit du même pouvoir 
d’examen des questions litigieuses que l’autorité intimée et si l’examen de ces 
questions ne relève pas de l’opportunité, car l’autorité de recours ne peut alors 
substituer son pouvoir d’examen à celui de l’autorité de première instance (Arrêt 
du Tribunal fédéral 2.P30/2003 du 2 juin 2003 consid. 2.4 et les arrêts cités ; 
ATA/415/2008 du 26 août 2008 ; ATA/544/2007 du 30 octobre 2007).  

5. a. Le recourant a bel et bien été auditionné le 30 avril 2008 par le directeur 
adjoint de la prison qui a tenté d'expliquer à l'intéressé - lequel se trouvant dans un 
état d'agitation important - les motifs et le contenu de la sanction qu'il entendait lui 
signifier, puis M. T______ a pris connaissance du texte de la décision.  

  Ce dernier a donc été entendu avant la décision du 30 avril 2008. 

 b. Selon la jurisprudence, l’exercice des droits constitutionnels ou 
conventionnels de la personne détenue peut être restreint tant que cette mesure est 

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dictée par ce qui est nécessaire au but de la détention et au fonctionnement normal 
de l’établissement (ATF 124 I 203 consid. 2b p. 204 ; 123 I 221 consid. I/4c p. 
228 ; 122 II 299 consid. 3b p. 303 ; 118 Ia 64 consid. 2d p. 73). Il est ainsi 
admissible que dans des circonstances particulières, comme en l’espèce, le droit 
d’être entendu d’une personne détenue soit restreint. 

  Vu les circonstances, cette audition a précédé de peu la décision attaquée. 

  En raison de l’urgence et de la nécessité pour l’intimée d’intervenir 
rapidement afin de contenir tout débordement dans une prison notoirement 
surpeuplée, il n’est pas concevable d’exiger du personnel de la prison qu’il 
remette un rapport au détenu ou à son conseil, puis lui impartisse un délai pour se 
déterminer par écrit. 

 c. De même, l’on ne saurait reprocher à l’intimée de n’avoir pas convoqué 
pour cette audition le conseil du recourant. Certes, en raison des multiples 
échanges de correspondance avec cet avocat, l’intimée avait connaissance de la 
constitution de ce dernier. Cependant, aucune élection de domicile n’avait alors 
été faite en son étude pour une éventuelle procédure disciplinaire et l’urgence 
nécessitant la prise d’une mesure qui revêt un caractère provisionnel devait primer 
le droit du détenu d’être assisté de son conseil pour le prononcé d’une mesure 
organisationnelle. 

 d. Enfin, l'intégralité de ce dossier disciplinaire y compris les décisions 
antérieures a été produit dans la présente procédure à la requête du juge délégué et 
le recourant a pu se déterminer à son sujet par écrit, une audition verbale ne 
pouvant être exigée (art. 18 et 41 LPA). 

  Ces décisions antérieures ne sont toutefois pas litigieuses. 

6.  S’agissant de la nécessité de faire venir un interprète, force est d’admettre 
que celle-ci n’est pas établie. 

  Au vu des écrits du détenu figurant au dossier et rédigés en français, de 
l’expérience du chef d’étage, des propos tenus à l’égard d’un codétenu tels que 
relatés ci-dessus et surtout des décisions antérieures prises à l’encontre du 
recourant, il apparaît que celui-ci maîtrise suffisamment la langue de Molière pour 
saisir que son comportement n’est pas acceptable et qu’il est réprimandé pour ce 
motif. 

7.  En conséquence, le recours, mal fondé, sera rejeté. Vu l’issue du litige et la 
situation financière du recourant, il ne sera pas perçu d’émolument ni alloué 
d’indemnité (art. 87 LPA). 

 

* * * * * 

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A/1723/2008 

PAR CES MOTIFS 

LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

à la forme : 

déclare recevable le recours interjeté le 16 mai 2008 par M. T______ contre la décision 
de la direction de la prison de Champ-Dollon du 30 avril 2008 ; 

au fond : 

le rejette ; 

dit qu’il n’est pas perçu d’émolument ni alloué d’indemnité ; 

dit que, conformément aux articles 82 et suivants de la loi fédérale sur le Tribunal 
fédéral du 17 juin 2005 (LTF - RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les 
trente jours qui suivent sa notification par-devant le Tribunal fédéral, par la voie du 
recours en matière de droit public ; le mémoire de recours doit indiquer les conclusions, 
motifs et moyens de preuve et porter la signature du recourant ou de son mandataire ; il 
doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, par voie postale ou par voie 
électronique aux conditions de l’article 42 LTF. Le présent arrêt et les pièces en 
possession du recourant, invoquées comme moyens de preuve, doivent être joints à 
l’envoi ;  

communique le présent arrêt à Me Stéphane Grodecki, avocat du recourant, ainsi qu'à la 
prison de Champ-Dollon. 

Siégeants : M. Thélin, président, Mmes Hurni et Junod, M. Dumartheray, juges, 
M. Hottelier, juge suppléant. 

Au nom du Tribunal administratif : 

la greffière-juriste adj. : 
 
 

M. Tonossi 

 le vice-président : 
 
 

Ph. Thélin 
 

 

 

- 13/13 - 

A/1723/2008 

Copie conforme de cet arrêt a été communiquée aux parties. 

 

Genève, le  
 
 
 
 
 

 la greffière :