# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 13a75411-5668-539b-8a12-bbf599d3fbd8
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2016-12-07
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 07.12.2016 GE.2016.0155
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_GE-2016-0155_2016-12-07.html

## Full Text

B.________

  	
  TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 7 décembre 2016 

  
	
  Composition

  	
  M. Pascal Langone, président; M. Guillaume Vianin et
  M. Alex Dépraz, juges.

  

 

	
  Recourante

  	
   

  	
  A.________, à ********, représentée
  par Me Charles JOYE, avocat à Lausanne,  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Chambre des architectes du canton de
  Vaud, DFIRE/SIPAL, à Lausanne, 

  

   

 

	
  Objet

  	
        Sanctions
  disciplinaires   

  
	
   

  	
  Recours A.________ c/ décision de la Chambre des
  architectes du 14 septembre 2016 la radiant de la liste des architectes
  autorisés à pratiquer dans le Canton de Vaud pour une durée indéterminée

  

 

Vu les faits suivants

A.                    
Depuis 2009, A.________, domiciliée à ********, est inscrite comme architecte
niveau EPF au REG A, soit au registre suisse des professionnels de
l’ingénierie, de l’architecture et de l’environnement. Elle figure également sur
le Registre des mandataires (architectes) qualifiés dans le Canton de Vaud (n°
4123) (https://eform.vd.ch/index/pubindex/form/50)
tenu par la Centrale des autorisations en matière d'autorisations de construire
(CAMAC) du Département des infrastructures et des ressources humaines (DIRH). A
fin 2013, elle a été exclue de la liste des membres de la Société suisse des
ingénieurs et des architectes (SIA) pour infraction grave aux devoirs de la
profession prévus par le Code d'honneur de la SIA.

Elle a été associée gérante du bureau d'architecture
B.________, à ********, qui a été déclaré en faillite. En 2013, A.________ a
créé avec son mari un  nouveau bureau d'architecte, soit C.________, à ********.

B.                    
Le 23 mai 2014, le conseil des époux D.________ et E.________ a déposé
auprès de la Chambre des architectes du canton de Vaud une dénonciation à
l'encontre de A.________ en raison de l'accomplissement d'un mandat
d'architecte pour la réalisation de travaux de transformations et
d'agrandissement d'une habitation individuelle située sur la parcelle ********
du cadastre de la Commune de ********, sise au ********. Il ressort des pièces
annexées à la dénonciation les faits suivants :

a)  Les époux D.________ et E.________ ont signé avec A.________ un
contrat d'architecte les 5 mars et 2 décembre 2010 en utilisant le modèle du
règlement SIA 112. 

b)  Les travaux ont débuté au mois de juin 2011 et A.________
confirmait en juillet 2011 que l'ouvrage serait terminé à la fin du mois
d'octobre 2011, avec une marge de sécurité de deux à quatre semaines,
garantissant ainsi une date d'emménagement à fin novembre 2011.

c)  L'ouvrage n’était pas achevé à la fin du mois de novembre 2011, et
les époux D.________ et E.________ ont fait part de leurs inquiétudes à A.________,
qui a résilié avec effet immédiat le contrat d'architecte au 1er décembre 2011,
et qui a refusé la proposition de médiation présentée par les époux D.________
et E.________.

d)  L'architecte F.________, qui avait été mandaté pour reprendre la
direction des travaux, a finalement refusé le mandat mais il a établi un
rapport relatif aux défauts de l'ouvrage le 17 avril 2012, complété le 7 juin
2012. Il résulte de ce rapport que les travaux réalisés sont entachés de
nombreux défauts, touchant notamment la conception de l'ouvrage et la direction
des travaux.

e)  L'ingénieur G.________ a établi les 2 et 3 mars 2012 deux rapports
de constats concernant d’une part la charpente de la toiture du bâtiment
existant, et d’autre part, tous les travaux impliquant les prestations d'un
ingénieur civil.

f)  Le groupe technique H.________ a établi en date du 25 avril 2012 un
rapport relatif aux installations CVSE
(chauffage-ventilation-sanitaire-électricité). Ce rapport révèle également
d'importants défauts relevant de ces corps de métier. 

g)  Toutes les parties impliquées dans le projet, soit l'architecte,
les entrepreneurs concernés, leur assurance respective et les maîtres de
l'ouvrage sont rapidement entrés en négociation afin de tenter de trouver un
arrangement à l'amiable permettant de couvrir le dommage encouru. Afin d'établir
les faits et de tenter de déterminer la part de responsabilité de l'architecte
et des différents entrepreneurs impliqués, une convention d'expertise privée
préparée par l'assureur responsabilité civile a été signée en été 2012 par
toutes les parties au litige. 

h) Un rapport a été rendu le 8 mai 2013 par l'expert I.________ architecte
EPFL-SIA. Ce dernier conclut à une absence totale de responsabilité des maîtres
de l'ouvrage et, en revanche, à une responsabilité lourde et prépondérante de
l'architecte; le dommage étant estimé à l’époque à près de 3 millions de
francs. 

i)   Dans l'intervalle, les époux D.________ et E.________ avaient
déposé le 15 août 2012 auprès de la Direction de la Société suisse des
ingénieurs et architectes (SIA) à Zürich une dénonciation concernant A.________.
Le Conseil d'honneur du groupe professionnel des architectes a entendu les
parties lors de son audience du 23 octobre 2013 et il a prononcé l'exclusion de
la SIA de l'architecte A.________ en raison de la violation du code d'honneur;
la motivation de la décision a été transmise aux parties le 8 novembre 2013.

C.                    
A.________ s'est déterminée sur la dénonciation le 14 août 2014 en
relevant que les problèmes rencontrés par les époux D.________ et E.________,
même s'ils étaient bien réels et regrettables, ne reflétaient pas la réalité de
la qualité de l'activité déployée par son bureau et demandait donc de rejeter
l'ensemble des conclusions prises à son encontre.

D.                    
Le conseil des époux D.________ et E.________ s'est déterminé le 12 mars
2015 sur la prise de position de l'architecte A.________ du 14 août 2014. Il
fait état des éléments suivants :

a) D.________ et E.________ ont déposé le 15 juillet 2014 une plainte
pénale à l'encontre de A.________ et son mari J.________ ainsi qu'à l'encontre
des organes et collaborateurs des entreprises intervenues sur le chantier pour
gestion déloyale, faux dans les titres et escroquerie, faux renseignements sur
des entreprises commerciales et violation des règles de l'art de construire. 

b)  A.________ exerçait son activité d’architecte dans le cadre de la
société « B.________ », dont elle était associée gérante. Le Tribunal
d'arrondissement de la Côte avait prononcé la faillite sans poursuite préalable
par jugement du 4 août 2014. Or, la société se trouvait en situation de
surendettement sans que les mesures nécessaires aient été prises. En revanche,
elle avait créé avec son mari en 2013, une nouvelle société C.________, qui
aurait repris certains actifs de la société B.________. Un complément de
plainte pénale avait été déposé pour gestion fautive. 

c) Il existerait au moins un autre cas de défaut comparable sur un
chantier dont A.________ avait la charge; ces faits feraient l'objet d'une
instruction pénale dans le Canton de Genève suite à une dénonciation du maître
de l'ouvrage, les époux K.________. 

d)  Les époux D.________
et E.________ demandent la production en mains de l'assureur de la société B.________,
soit L.________, les rapports établis par les experts M.________ et N.________ concernant
ces travaux. Ils demandent aussi que A.________ indique en détail l'ensemble
des cas dans lesquels des prétentions ont été élevées à son encontre ou à
l'encontre d'une de ses sociétés du fait de son activité d'architecte ou
d'ingénieure civile.

E.                    
Le conseil de A.________ s'est déterminé le 1er juin 2015 en demandant
la suspension de l'instruction de la cause et en précisant que sa mandante
avait dû requérir des mesures de protection du secret économique pour éviter
qu'il n'en soit fait un abus. Il relève qu'elle a dû requérir ces mesures après
avoir reçu l'appel d'une cliente l'informant que les dénonçants l'avaient
contactée pour l'inciter à engager une démarche similaire à son encontre. 

F.                    
Dans un courrier du 29 janvier 2016, le conseil de A.________ a indiqué
notamment ce qui suit: "A.________ déclare sur l'honneur avoir renoncé à
fournir des prestations d'architecture, à l'exception de l'architecture
d'intérieur, ce qu'elle a notamment déclaré lors de ses auditions dans les
affaires des époux D.________ et E.________ et K.________ (...). Au demeurant, A.________
a demandé spontanément, par courrier séparé du 29 janvier 2016 adressé à la
CAMAC, son retrait du Registre des mandataires qualifié du canton de Vaud"
figurant sous n° 4123. Le conseil a encore relevé les éléments suivants :

a)  Les époux D.________ et E.________ ont aussi engagé une procédure
civile par le dépôt d’une requête de conciliation le 7 septembre 2015, qui a
abouti à une autorisation de procéder délivrée le 13 janvier 2016 par la
Chambre patrimoniale cantonale (le montant du dommage réclamé s’élève à plus de
6’000'000 de francs). 

b)  En ce qui concerne la procédure pénale ouverte à Genève par les
époux K.________, le conseil de A.________ a produit l’avis de prochaine
clôture de l’instruction du 23 décembre 2015, informant les parties qu’une
ordonnance de classement serait prochainement rendue. 

c)  A la
connaissance de son conseil, A.________ ne faisait l’objet d’aucune autre
procédure judiciaire ou administrative, ni prétentions en lien avec le respect
de ses devoirs d’architecte.

G.                   
Les époux D.________ et E.________ sont encore intervenus le 21 mars
2016 pour demander que soient instruits tous les cas semblables où A.________
aurait, le cas échéant, violé ses obligations professionnelles. Le conseil des
époux D.________ et E.________ a en outre indiqué le 8 avril 2016, les
différentes mesures d'instruction qui allaient vraisemblablement être requises
dans la procédure civile, ainsi que dans la procédure pénale ouverte contre A.________.

H.                    
La Chambre des architectes s'est réunie et a délibéré le 31 mai 2016. Elle
a estimé que le dossier était suffisamment complet pour lui permettre de
statuer sur la dénonciation des époux D.________ et E.________. Elle a informé
les parties qu’elle n'entendait pas, en l'état, suspendre la procédure, ni
donner suite aux mesures d'instruction requises par le conseil des époux D.________
et E.________. Un délai fixé au 21 juin 2016 a été  imparti aux parties pour le
dépôt d'un mémoire final. 

I.                      
Les époux D.________ et E.________ ont produit le 21 juin 2016 le
rapport de l’expert consulté dans le cadre du projet des époux K.________ en
relevant que ce rapport parlait de « malfaçons criantes ». Ils
ont également produit la demande déposée auprès de la Chambre patrimoniale
cantonale à l’encontre de A.________ et de sept consorts, à savoir les
entreprises impliquées dans les travaux du chantier dirigé par l’architecte
dénoncée. 

J.                     
A.________ s’est également déterminée le 21 juin 2016. Elle a réitéré sa
déclaration du 29 janvier 2016 selon laquelle elle n’acceptait plus de nouveaux
mandats d’architecture, en précisant que le site internet de la société C.________
avait été mis à jour sur ce point. Elle rappelait qu'elle avait spontanément
sollicité son retrait du registre des mandataires qualifiés et que du fait
qu'elle n'entendait plus exercer la profession d'architecte, il n'y avait pas
d’intérêt public à prononcer une sanction disciplinaire à son encontre. Elle a
relevé aussi qu’elle avait fait l’objet de la sanction la plus grave prévue par
le Code d’honneur de la SIA, soit l’exclusion avec la publication de la
décision. Elle a encore ajouté que les dénonciateurs avaient requis et obtenu
le séquestre de tous ses biens et ceux de son époux J.________ de sorte qu’elle
ne disposait que du minimum pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses quatre
enfants. 

A.________ a également précisé que les faits pour
lesquels elle avait été dénoncée avaient déjà débouché sur des sanctions de
nature professionnelle ainsi que sur de nombreuses suites judiciaires dont elle
devait répondre, ce qui rendait inutile d’ajouter des sanctions disciplinaires
au titre de la prévention générale d’une profession à laquelle elle a renoncé. A.________
a encore expliqué que la plupart des comportements dénoncés étaient antérieurs
au délai de prescription de cinq ans. Tel était le cas de la violation des
devoirs de la profession lors de la rédaction et de la signature des documents
contractuels et lors de la phase d’appel d’offre et d’adjudication. Pour le
surplus, elle se tenait à disposition « pour une audition si nécessaire ».

K.                    
La Chambre des architectes s’est à nouveau réunie le 29 juin 2016. Elle
a estimé que l'audition de l'architecte A.________ ne lui paraissait pas
nécessaire et que le dossier était suffisamment complet pour lui permettre de
statuer en connaissance de cause. Elle a informé les parties qu’à défaut d’un
avis contraire dans un délai au 14 juillet 2016, elle partait de l'idée que
l'architecte dénoncée renonçait à être entendue oralement par l'autorité. En temps
utile, l’intéressée a demandé son audition par la Chambre des architectes, qui
a été fixée le 24 août 2016.

L.                     
Le 19 août 2016 les époux D.________ et E.________ ont produit un projet
de contrat d’architecte établi en juin 2016 entre A.________ et les époux O.________
et P.________ en vue de la rénovation de leur villa à ********. Le contrat
prévoit une couverture d’assurance responsabilité civile pour les prestations
de l’architecte à hauteur de 5'000'000 fr. pour les dommages corporels et
matériels et à hauteur de 500'000 fr. pour les dommages à des constructions.
Les plans d’architecte annexés au projet de contrat sont établis par C.________
avec le nom de A.________ sous la rubrique architecte. 

Lors de l’audience du 24 août 2016, A.________ a
expliqué que sa famille était en proie à de graves difficultés financières en
raison des séquestres ordonnés à la demande des époux D.________ et E.________.
A.________ avait pensé renoncer à son activité d’architecte en terminant
différents mandats en cours, mais elle s’était vue contrainte de revoir sa
position pour subvenir aux besoins de sa famille, notamment pour répondre aux
réclamations financières qui lui sont faites. Elle a ainsi reconsidéré sa
décision de ne plus exercer sa profession d’architecte. Elle a précisé aussi
qu’elle envisageait une collaboration avec un ingénieur de ******** pour régler
les aspects techniques des projets. 

A la question de savoir ce qu’elle avait appris dans
sa pratique professionnelle à la suite du projet des époux D.________ et E.________,
A.________ a répondu qu’elle aurait dû assurer une meilleure gestion du projet
et surtout ne pas laisser ses clients intervenir directement sur le chantier et
ne pas autoriser toutes les modifications qu’ils souhaitaient apporter au
projet. Elle a précisé qu’elle était maintenant « beaucoup plus radicale
et conséquente avec ses clients ». Elle a ajouté aussi que la
collaboration avec un ingénieur civil lui permettrait de régler certains
problèmes techniques que pose la gestion d’un chantier. 

Il lui a été demandé ce qu’elle avait entrepris
personnellement pour parer à ses propres manquements constatés lors de la
réalisation du projet des époux D.________ et E.________, par exemple dans la
formation continue. Elle a répondu qu’elle avait voulu arrêter la profession
d’architecte, car elle se sentait terrifiée par toutes les accusations portées
contre elle. Pour les mesures prises en vue de parer aux manquements constatés,
elle a indiqué vouloir être beaucoup plus claire, carrée et organisée dans ses
relations avec les clients. Depuis le projet des époux D.________ et E.________,
elle a licencié les personnes qui avaient collaboré avec elle. Elle a précisé
que l’ingénieur avec qui elle souhaite collaborer possède un bureau à ******** et
a un architecte et un chef de chantier comme collaborateurs. Sur la question de
l’amélioration des compétences professionnelles A.________ a expliqué qu’elle
utilisait des outils pour avoir une ligne plus claire, et suivre une procédure
pour mener à bien les projets confiés. 

M.                   
Le conseil des époux D.________ et E.________ a produit le 29 août 2016
un exemplaire complet des projets de contrat d’architecte établit par A.________,
qui a pu se déterminer sur ces documents le 7 septembre 2016. 

Le Conseil de A.________ a produit le 7 septembre
2016 également sous n° 108 de son bordereau le contrat d’assurance
responsabilité civile dont la production a été requise par les dénonciateurs en
demandant que cette pièce reste confidentielle (protection du secret des
affaires). 

Le conseil de A.________ a également déposé des
observations finales: Il a relevé que A.________ n’était pas de langue
maternelle française, mais avait tenu à s’exprimer en français lors de
l’audience. Il a rappelé les procédures civile et pénale en cours et a précisé
que A.________ était particulièrement attentive aux recommandations
professionnelles que les membres de la Chambre des architectes pourraient lui
adresser, sans préjuger des responsabilités qui devront être établies. Il
demande enfin qu’il soit tenu compte des conséquences déjà très lourdes que A.________,
son couple et sa famille ont dû et doivent encore assumer en raison de la
décision rendue par le Conseil d’honneur de la SIA et des procédures en cours.
Il mentionne les perquisitions opérées par la police judiciaire à la demande
des époux D.________ et E.________ au petit matin devant ses enfants et son
mari et rappelle le séquestre de leurs biens par la justice pénale sur
réquisition des dénonciateurs également.  

N.                    
Par décision du 14 septembre 2016, la Chambre des architectes a prononcé
la radiation de l'architecte A.________ de la liste des architectes autorisés à
pratiquer dans le Canton de Vaud pour une durée indéterminée pour violation
grave des devoirs professionnels d'architecte. 

O.                   
Le 17 octobre 2016, A.________ a interjeté recours auprès du Tribunal
cantonal, Cour de droit administratif et public, à l'encontre de la décision
précitée, dont elle demande l'annulation.

Le 20 octobre 2016, l'autorité a produit le dossier
complet de la cause et renoncé à déposer une réponse au recours.

 

 

Considérant en droit

1.                     
La loi cantonale du 13 décembre 1966 sur la profession d'architecte
(LPrA; RSV. 705.41) définit les droits et devoirs de l'architecte. C'est ainsi
que les architectes qui pratiquent dans le Canton de Vaud et les sociétés
exerçant une activité équivalente sont soumis à l'autorité disciplinaire de la
Chambre des architectes (art. 6). L'architecte est tenu de faire définir
clairement son mandat par son client (art. 7). L'architecte doit alors apporter
à son client le concours de tout son savoir, de toute son expérience et de son
développement dans l'étude de ses projets, dans la direction de ses travaux et
dans les avis ou conseils qu'il est appelé à lui donner. Il sert les intérêts
de son client dans la mesure où ils ne s'opposent pas à ce qu'il estime
conforme à son devoir (art. 8). L'architecte est lié par un devoir de
discrétion à l'égard de son client (art. 9). En accord avec son client,
l'architecte peut faire appel à la collaboration de spécialistes ou d'artistes.
Il définit alors préalablement et d'entente avec eux les droits, les devoirs et
les responsabilités de chacun (art. 13). 

En règle générale, l'architecte dirige et coordonne
tous les corps de métier, y compris ceux qui relèvent de l'industrialisation de
la construction (art. 14). Enfin, l'architecte exerce sa profession sous son
nom et sous sa responsabilité personnelle. Il lui est interdit de prêter son
nom (art. 15).

b) La Chambre des architectes est l'autorité
disciplinaire surveillant l'exercice de la profession d'architecte dans le
Canton de Vaud. Selon l’art. 21 al. 1 LPrA, la Chambre des architectes peut
infliger, en cas d'infraction à la loi sur la profession d'architecte ou de
violation des devoirs professionnels, des peines disciplinaires à savoir:

"(...)

a)           l'avertissement;

b)           l'amende jusqu'à cinq mille francs;

c)           la radiation provisoire de la liste des
architectes pour 5 ans au maximum;

d)           la radiation pour une durée indéterminée.

(...)"

L'art. 21 LPrA précise que les sanctions
disciplinaires peuvent être cumulées (al. 2) et que celui qui a fait l'objet de
la sanction prévue à la lettre d) ne peut présenter une demande d'inscription
dans la liste avant un délai de 5 ans (al. 3).

L'art. 24 LPrA précise que les parties sont entendues
à propos de chaque grief articulé contre l'architecte.

c) Dans la décision attaquée, la Chambre des
architectes a considéré que l'activité exercée par la recourante dans le cadre
du contrat d'architecte passé avec les époux D.________ et E.________ ne
respectait pas les devoirs professionnels de l’architecte. Elle s'est basée
pratiquement sur les mêmes éléments de fait qui avaient abouti à la
condamnation la plus grave prévue par le Code d'honneur de la société suisse
des ingénieurs et des architectes (SIA), soit l'exclusion de la SIA avec
publication dans les organes de la SIA (art. 35 let. g du Code d'honneur),
selon décision du Conseil d'honneur de la SIA des 23 octobre et 8 novembre
2013, décision qui, n'ayant pas été contestée par la recourante, est entrée en
force. Les principaux devoirs professionnels mis en cause portent sur les
points suivants :

- Conclusion du contrat: Les contrats signés
en mars et décembre 2010  indiquaient un montant de 3 millions de francs pour
la couverture responsabilité civile concernant les dommages à des constructions
alors que seule la somme de 500'000 francs était assurée par le contrat signé
avec l’Helvetia; or, cette couverture était trop restreinte pour assurer la
défense des intérêts du mandant.

- Appels d'offres et adjudications: Les plans
d’exécution n’ont pas été réalisés avec un degré d’avancement suffisant avant
de faire les appels d’offres. Une partie importante des travaux - dont la
partie préfabriquée de l’extension qui à elle seule représentait plus d’un demi-million
de francs - n’a pas fait l’objet d’une procédure d’appel d’offres permettant la
mise en concurrence de plusieurs entreprises, et l’architecte n’a ainsi pas été
en mesure de procéder à des négociations des offres lors des adjudications.
L’architecte a en outre renoncé dans la majeure partie des travaux à la
rédaction de contrats écrits et précis, en se limitant à signer l’offre de
l’entreprise en guise de contrat. L’architecte a privé les mandants de la
possibilité de négocier les meilleures conditions possibles, et l’absence de
contrat a également privé les mandants des droits habituels conférés au maitre
de l’ouvrage. 

- Définition du projet: L'architecte a débuté
l'exécution du chantier sans avoir défini le projet de manière suffisamment
adéquate et sans avoir obtenu une approbation claire de la part du maître de
l'ouvrage. Ce manque de clarté a provoqué de nombreux changements du projet en
cours d'exécution en partie dus aux modifications de commandes des plaignants
et a nécessité la correction de nombreuses erreurs qui n'avaient pas été
décelées auparavant, faute de planification suffisante. Ce manque de clarté a
contribué largement au retard dans le chantier et aux dépassements des coûts. 

- Modification du projet : L’intéressée a
accepté de réaliser un projet d'exécution qui comprenait de profonds
changements par rapport au projet de la demande d'autorisation de construire,
notamment en modifiant le terrain naturel afin de corriger les erreurs de
niveaux du projet initial autorisé par la Municipalité de Mies. Ces
modifications ont provoqué un dépassement notable du gabarit, sans que ces
changements aient fait l'objet de demandes d'autorisations complémentaires
auprès des autorités compétentes. Ces modifications ont provoqué un dépassement
notable du gabarit autorisé. Elles pouvaient entraîner des conséquences
dommageables pour le maître de l’ouvrage, comme le refus d’un permis d’habiter
ou un ordre de rétablissement de la situation réglementaire.

- Informations lacunaires: Des informations
lacunaires et erronées ont été fournies au maître de l’ouvrage en ce qui
concerne les coûts et les délais durant la phase d'exécution du projet. 

- Résiliation du contrat en temps inopportun:
L'architecte a aussi violé les devoirs de la profession en résiliant le contrat
dans une situation particulièrement complexe et en refusant la médiation alors
que celle-ci avait été convenue dans les deux contrats signés entre les
parties. 

d) Comme cela ressort de la décision attaquée, force
est de constater que l'architecte dénoncée a violé ses devoirs professionnels
résultant des art. 7 et 8 LPrA. L’architecte n’a pas été en mesure de défendre
les intérêts de son client à la fois dans l’étude du projet, dans la direction
des travaux et dans les conseils qu’elle était amenée à donner. Les délais
d’exécution annoncés apparaissaient difficilement réalisables et sont
probablement la source de nombreux problèmes; l’ampleur des travaux prévus
nécessitait des délais allant jusqu’au double des délais annoncés et convenus.
Les rabais très importants accordés sur le montant des honoraires ne
permettaient pas de mettre à disposition toutes les forces de travail requises
par l’importance du projet et les délais à tenir. Des délais trop courts ont pu
aussi empêcher l’établissement d’un dossier de plans d’exécution et l’ouverture
d’une procédure d’appel d’offre avec des soumissions et des plans de détail
pour les postes les plus importants. L’architecte n’a pas défendu les intérêts
de ses clients même si elle a accepté des délais trop courts pour satisfaire à
leur demande (art. 8 LPrA). Elle ne disposait apparemment pas de l’expérience
et des connaissances professionnelles requises, ni du personnel qualifié pour
assurer la prise en charge du mandat qui lui a été confié ni pour organiser dans
les règles de l’art le travail de direction des travaux.

e) C'est sur la base de ces éléments de fait que Chambre
des architectes a décidé que "l'architecte A.________ est radiée de la
liste des architectes autorisés à pratiquer dans le Canton de Vaud pour une
durée indéterminée" pour violation grave des devoirs professionnels
d'architecte, en application de l'art. 21 al. 1 let. d LPrA. Elle a considéré
qu'une interdiction de pratiquer la profession d'architecte dans le canton de
Vaud au sens des art. 106 et 107 de la loi cantonale du 4 décembre 1985 sur
l’aménagement du territoire et les constructions du 4 décembre 1985 (LATC; RSV
700.11) pour une durée indéterminée devait être prononcée. 

2.                     
a) La recourante se plaint d'une constatation inexacte des faits par
l'autorité de première instance. Elle critique le passage suivant de la décision
attaquée: "il n’est pas douteux et non contesté que l'architecte dénoncée
a violé les obligations professionnelles résultant des art. 7 et 8 LPrA (...),
sans qu'il soit nécessaire de revenir sur chacun des manquements constatés,
puisque l'architecte ne les conteste pas". Elle observe que durant la
procédure disciplinaire elle avait contesté  sa  responsabilité pour le dommage
économique subi par ses anciens mandants, soit les époux D.________ et E.________,
dont le montant était également contesté. Or s'il est vrai que la recourante
semble avoir contesté sa responsabilité, elle n'avait pas sérieusement remis en
cause les autres faits – gaves – qui lui étaient reprochés. 

Le 29 janvier 2016, la recourante avait déclaré sur
l'honneur avoir renoncé à fournir des prestations d'architecture, à l'exception
de l'architecture d'intérieur, et qu'elle avait demandé spontanément à la CAMAC,
par courrier séparé du 29 janvier 2016, son retrait du Registre des mandataires
qualifié du canton de Vaud figurant sous n° 4123. Le 21 juin 2016, elle a
réitéré sa déclaration du 29 janvier 2016 selon laquelle elle n’acceptait plus
de nouveaux mandats d’architecture. Elle rappelait qu'elle avait spontanément
sollicité son retrait du Registre des mandataires qualifiés et qu'elle n'entendait
plus exercer la profession d'architecte. A noter que les mêmes manquements
professionnels reprochés à la recourante par l'autorité intimée avaient abouti
à la condamnation la plus grave prévue par le Code d'honneur de la société
suisse des ingénieurs et des architectes (SIA), soit l'exclusion de la SIA avec
publication dans les organes de la SIA (art. 35 let. g du Code d'honneur),
selon décision du Conseil d'honneur de la SIA des 23 octobre et 8 novembre
2013. Or, cette décision  n'avait pas été contestée par la recourante.  

Il découle de ces circonstances que l'autorité intimée
pouvait partir de l'idée que la recourante avait implicitement reconnu la
plupart des manquements professionnels  qui lui étaient reprochés, partant
n'avait pas contesté la violation de ses obligations professionnelles résultant
des art. 7 et 8 LRrA ni le principe même d'une sanction disciplinaire.

b) Par ailleurs c'est à tort que la recourant se
plaint d'une violation de l'art. 28 de la loi cantonale du 28 octobre 2008 sur
la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), selon lequel l'autorité
établit les faits d'office. En effet, la décision attaquée a été rendue à
l'issue d'une instruction approfondie. Pour établir les graves manquements
professionnels reprochés à la recourante, l'autorité intimée s'est fondée non
seulement sur les  le dossier de la SIA ayant abouti décision du Conseil
d'honneur de la SIA des 23 octobre et 8 novembre 2013, mais également sur
d'autres mesures d'instruction qu'elle avait ordonnées (auditions des parties,
production de pièces, dont le rapports d'expertise du 8 mai 2013 de Jan-Marc
Légeret, architecte EPF-SI concluant à une responsabilité lourde et
prépondérante de la recourante, etc.).

Force est donc d'admettre que l'autorité intimée n'a
pas établi de façon manifestement inexacte – soit arbitrairement – les faits
pertinents. La recourante ne prétend pas du reste que l'autorité intimée aurait
procédé à une appréciation arbitraire des preuves, ou aurait omis de tenir
compte d'un moyen de preuve important  propre à modifier la décision attaquée,
ou encore aurait, sur la base des éléments recueillis, procédé à des déductions
insoutenables. 

Le grief est donc dénué pertinence.

3.                     
La recourante fait ensuite valoir que les faits reprochés en rapport
avec la signature du contrat d’architecte et la direction des travaux seraient
prescrits. Elle invoque l’art. 22 LPrA prévoyant que "l’action
disciplinaire s’éteint dans un délai de cinq ans dès la commission des faits".

Il est vrai que les discussions ayant abouti à la
signature du contrat d’architecte les 5 mars et 2 décembre 2010 et d’une partie
des prestations concernant l’organisation et la direction de chantier, qui ont
débuté en juin 2011, constituent des faits qui, pris isolément, sont
probablement prescrits. On doit toutefois se demander s'il n'y a pas lieu de
considérer l'ensemble des faits comme un "comportement incorrect d'une
certaine durée" formant une unité qui s'est prolongé jusqu'en 2016. Or les
agissements continus ne se prescrivent pas tant qu'ils durent; la prescription
court dès le jour où ils ont cessé. Alors qu'elle était sous le coup d'une
procédure disciplinaire et avait été radiée de la liste des membres SIA en
raison d'une infraction grave aux devoirs professionnels contraires au Code
d'honneur, la recourante a fait de fausses déclarations à la Chambre des
architectes. Comme on l'a vu plus haut, le 29 janvier 2016, la recourante avait
déclaré sur l'honneur avoir renoncé à fournir des prestations d'architecture, à
l'exception de l'architecture d'intérieur, et qu'elle avait demandé
spontanément à la CAMAC son retrait du Registre des mandataires qualifié du
canton de Vaud figurant sous n° 4123. Le 21 juin 2016, elle a réitéré sa
déclaration du 29 janvier 2016, selon laquelle elle n’acceptait plus de
nouveaux mandats d’architecture. Elle rappelait qu'elle avait spontanément
sollicité son retrait du Registre des mandataires qualifiés et qu'elle
n'entendait plus exercer la profession d'architecte. Or il s'est avéré que la
recourante n'a pas tenu sa parole, puisqu'elle a conclu notamment un contrat
d'architecte en juin 2016 avec les époux Sommer. Point n'est besoin cependant d'examiner
plus avant la question de savoir si les faits litigieux ont perduré jusqu'en 2016,
dès lors que la résiliation immédiate du contrat survenue le 1er
décembre 2011 ainsi que le refus de la médiation proposée par les maîtres de
l’ouvrage se rapportent à des faits qui n'étaient pas prescrits au moment où l'autorité
de première instance, soit la Chambre des architectes, a prononcé sa décision. En
effet, comme cela ressort pertinemment de la décision attaquée, la résiliation
immédiate du contrat d’architecture est intervenue au pire moment, où de graves
difficultés apparaissaient sur le chantier. Non seulement les délais
d’exécution promis pour fin novembre 2011 n’allaient pas être tenus, mais
d’importants défauts pouvaient déjà se constater. L’architecte dénoncée était
la seule personne en possession de tous les éléments techniques et de toutes
les informations lui permettant de remédier le mieux possible et dans les
meilleurs délais à la situation qui se déroulait sur le chantier. En résiliant
avec effet immédiat au 1er décembre 2011 le contrat d’architecte, l’architecte
a placé les constructeurs dans une situation de détresse gravement
préjudiciable. La gravité du préjudice lié à la résiliation immédiate du
contrat était amplifiée par les nombreux manquements constatés dans la
planification et l’organisation du chantier et la direction des travaux. Le
refus de la médiation proposée par les constructeurs confirmait une position
clairement préjudiciable aux intérêts de ses clients et entraînant une
violation des devoirs professionnels mentionnés à l’art. 8 LPrA. L’architecte
dénoncée s’était de plus elle-même privée de la possibilité de réduire le
dommage en perdant tout contrôle sur l’organisation de la suite du chantier. 

Ces éléments de fait méritent, à eux seuls, une
sanction disciplinaire prononcée à l'égard de la recourante. La décision attaquée
n'est donc pas fondée entièrement sur des faits prescrits.  

4.                     
La recourante soutient enfin que la sanction disciplinaire prononcée à
son encontre constituerait une restriction inadmissible à la liberté économique
garantie par l’art. 27 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst.; RS
101). 

a) Selon l'art. 27 al. 1 Cst., la liberté économique
est garantie. Elle comprend notamment le libre choix de la profession, le libre
accès à une activité économique lucrative privée et son libre exercice (art. 27
al. 2 Cst.). Cette liberté protège toute activité économique privée, exercée à
titre professionnel et tendant à la production d'un gain ou d'un revenu (ATF
137 I 167 consid. 3.1 p. 172; 135 I 130 consid. 4.2 p. 135; 134 I 214 consid. 3
p. 215 s.). Aux termes de l'art. 36 al. 1 Cst., toute restriction d'un droit
fondamental doit être fondée sur une base légale; les restrictions graves
doivent être prévues par une loi (ATF 139 I 280 consid. 5.1 p. 284 et les
références citées); les cas de danger sérieux, direct et imminent sont
réservés. Toute restriction d'un droit fondamental doit être justifiée par un
intérêt public ou par la protection d'un droit fondamental d'autrui (art. 36
al. 2 Cst.) et proportionnée au but visé (art. 36 al. 3 Cst.). 

b) Les mesures disciplinaires infligées à un membre
d'une profession libérale soumise à la surveillance de l'Etat ont
principalement pour but de maintenir l'ordre dans la profession, d'en assurer
le fonctionnement correct, d'en sauvegarder le bon renom et la confiance des
citoyens envers cette profession, ainsi que de protéger le public contre ceux
de ses représentants qui pourraient manquer des qualités nécessaires. Les
mesures disciplinaires ne visent pas, au premier plan, à punir le destinataire,
mais à l'amener à adopter à l'avenir un comportement conforme aux exigences de
la profession et à rétablir le fonctionnement correct de celle-ci. En ce sens,
les sanctions disciplinaires se distinguent des sanctions pénales (arrêt
2C_66/2013 du 7 mai 2013 consid. 7.2 et les références citées).

c) Les cantons peuvent donc faire dépendre
l'autorisation de pratiquer une profession libérale (par exemple médecin,
pharmacien, avocat,...) de conditions personnelles, notamment de capacité,
d'honorabilité, de loyauté ("Vertrauenswürdigkeit") et de bonne
réputation, lorsque le danger que comporte une activité pour le public peut
dans une large mesure être diminué en restreignant l'exercice de celle-ci aux
seuls professionnels particulièrement qualifiés (ATF 119 Ia 374 consid. 2b p.
376; 116 Ia 355 consid. 3a p. 356 s.; 112 Ia 33 consid. 4b p. 325 et les
références citées). Les cantons qui réglementent l'accès à la profession
d'architecte ou d'ingénieur le font par voie directe ou indirecte,
respectivement par les deux voies. Ils le font de manière directe lorsqu'ils
exigent une inscription dans un registre cantonal ou une autorisation
spécifique de pratiquer (p. ex. Fribourg, Genève, Neuchâtel ou Tessin). Ils le
font de manière indirecte lorsqu'ils permettent à leurs autorités de
subordonner la participation à une procédure sélective de marchés publics à une
inscription sur une liste permanente (Fribourg, Jura, Neuchâtel, Vaud, Valais
ou Berne) ou quand, sans exiger d'inscription ou d'autorisation spécifiques,
certaines prestations définies sont assujetties par la police des constructions
à la participation d'un architecte ou ingénieur spécialement qualifié au regard
de la législation cantonale. Les exigences légales formulées par les différents
cantons en ce domaine sont fort disparates et les prestations réservées aux
mandataires reconnues vont d'un régime minimaliste - comme c'est le cas en
Valais - à un régime très réglementé - comme c'est le cas à Genève. En Suisse
allemande, la profession d'architecte et d'ingénieur n'est en règle générale
même pas réglementée (TF, arrêt 2C_268/2010 du 18 juin 2010, consid. 3.2.2;  JEAN-BAPTISTE
ZUFFEREY/ISABELLE ROMY, La construction et son environnement en droit public,
2010, p. 53 ss et 56).

5.                     
Selon la décision attaquée, la Chambre des architectes a prononcé à
l'encontre de la recourante la radiation de "la liste des architectes
autorisés à pratiquer dans le Canton de Vaud pour une durée indéterminée",
en application de l'art. 21 al. 1 let. d LPrA. Elle a considéré qu'une "interdiction
de pratiquer la profession d'architecte dans le canton de Vaud pour une durée
indéterminée doit être prononcée".

La recourante ne conteste pas sérieusement, à juste
titre, la gravité des manquements professionnels qui lui sont reprochés ni que
la sanction disciplinaire qui lui a été infligée sur la base de l'art. 21 al.1
let. d LPrA répond à un intérêt public prépondérant. En revanche, elle remet en
cause la légalité de la sanction disciplinaire. 

a) Le principe de la légalité trouve en droit
disciplinaire une application différenciée (cf. URSULA MARTI/ROSWITHA PETRY, La
jurisprudence en matière disciplinaire rendue par les juridictions
administratives genevoises, in RDAF 2007 I 226, 235). Il s'applique en effet
strictement aux sanctions en ce sens que l'autorité ne peut pas infliger une
sanction qui n'est pas prévue par la loi. En revanche, en ce qui concerne la
définition des manquements susceptibles d'entraîner des sanctions, les clauses
générales satisfont à l'exigence de légalité (arrêt 2A_191/2003 du 22 janvier
2004, consid. 7.2; DOMINIQUE FAVRE, Les principes pénaux en droit
disciplinaire, in Mélanges Robert Patry, Lausanne 1988, p. 331-332). La mesure
disciplinaire n'a pas en premier lieu pour but d'infliger une peine, mais de
maintenir l'ordre à l'intérieur du groupe de personnes auquel il s'applique et,
s'agissant des professions libérales, d'assurer l'exercice correct de la
profession et de préserver la confiance du public à l'égard des personnes qui
l'exercent (arrêt 2A_448/2003 du 3 août 2004, consid. 1; ATF 108 Ia 230 consid.
2b p. 232, 316 consid. 5b p. 321; GABRIEL BOINAY, Le droit disciplinaire dans
la fonction publique et dans les professions libérales, particulièrement en
Suisse romande, Revue jurassienne de jurisprudence 1998 p. 1 ss, 10).

b) aa) Aux termes de l'art. 106 LATC, les plans de
toute construction mis à l'enquête publique, à l'exception des constructions de
minime importance, doivent être établis et signés soit par un architecte, soit
par un ingénieur pour les plans particuliers relevant de sa spécialité. Selon
l'art. 107 al. 1 LATC  (modifié par la novelle du 4 février 1998), dont
l'intitulé mentionne "Architectes reconnus", la qualité d'architecte
est reconnue, notamment aux personnes inscrites au Registre des architectes A
ou B du REG (Fondation suisse des registres des ingénieurs, des architectes et
des techniciens). Les art. 106 et 107 LATC sont des dispositions de police dont
le but est de s'assurer qu'un projet est conçu et réalisé par les personnes
disposant des connaissances scientifiques, techniques ou artistiques
nécessaires. Sont en cause des motifs de police, soit exclusivement d'intérêt
public (sécurité, salubrité, esthétique des constructions notamment). En
d'autres termes, il s'agit d'avoir la garantie que seront respectées tant les
règles de l'art de construire que celles découlant de la planification et de la
législation, sur le plan du droit matériel (respect de l'affectation de la
zone, densité, esthétique des constructions, distance aux limites, respect des
alignements routiers, etc.) et sur celui de la procédure (constitution d'un
dossier complet, respect des règles relatives à l'enquête publique, etc.) qu'il
n'est pas question de détourner de leur but pour protéger des intérêts privés
et économiques, sous peine de violer la liberté économique garantie par les
art. 26, 34 et 94 de la Constitution fédérale (arrêt AC.2000.0124 consid. 5, publié
in RDAF 2011 I 487; voir aussi AC.2011.0161 du 28 novembre 2011, consid. 2).

bb) La recourante conteste donc la légalité de la
sanction disciplinaire. Elle fait valoir que la "liste des architectes
autorisés à pratiquer" telle quelle définie anciennement par la loi sur la
profession d'architecte n'existe plus, si bien que l'exercice de la profession
d'architecte n'est plus soumise à autorisation dans le canton de Vaud. Selon
elle, il n'existe qu'un "registre des mandataires qualifiés" au sens
de l'art.107 LATC, qui est au demeurant facultatif.

Il est vrai que, comme cela ressort des travaux
préparatoires (Exposé des motifs et projets de lois – EMPL - modifiant la LATC
et la loi du 13 décembre 1996 sur la profession d'architecte, in BGC janvier
1998, p. 7177 ss), le Grand Conseil a abrogé la liste de architectes reconnus
et autorisés à exercer la profession dans le Canton de Vaud  lors de  révision
de la loi du 13 décembre 1966 sur la profession d'architecte intervenue le 4
février 1998; le législateur cantonal a cependant simultanément amendé l'art.
107  LATC en y reprenant les conditions auxquels l’ancien art. 1er
de la loi en question reconnaissait la qualité d'architecte, notamment aux
personnes inscrites au Registre des architectes A ou B du REG (p. 7211, 7229).
En effet,  une "liste indicative des personnes habilitées à déposer des
plans est établie et tenue à jour" par le département compétent (p. 7211).
Ainsi, en ce qui concerne l'élaboration de projets de construction, l'art. 107
LATC introduit dans la LATC la qualité d'architecte précédemment définie à
l'art. 1er de la loi sur la profession d'architecte qui est abrogée
(ibidem). Cette liste indicative des architectes a pour but de  renseigner
notamment les communes, dont les municipalités doivent vérifier si l'auteur
d'un projet de construction a qualité pour déposer des plans de construction (ibidem).           

Certes, le législateur cantonal n'a  pas abrogé ni
amendé l'art. 21 al. 1 let. d LPrA, prévoyant la "radiation (de la liste
des architectes) pour une durée indéterminée" au titre de sanction
disciplinaire. Il n'en demeure pas moins que le Grand Conseil a entendu
supprimer le système de l’autorisation d’exercer ainsi que la liste des
architectes autorisés à pratiquer dans le Canton de Vaud et, cela pour des
motifs de compatibilité avec la législation en matière de marchés publics et
aux accords de l’OMC (anciennement GATT). Lors des débats, le Grand Conseil a
expressément refusé de maintenir un système de liste des professionnels
qualifiés (refus de l’amendement Veuilleumier lors du 1er débat, BGC 27 janvier
1998, p. 7390-7394 et lors du 2ème débat, BGC 3 février 1998, p. 7929-7935). Le
conseiller d’Etat en charge du dossier a alors expressément rappelé que la
liste tenue par le Département n’aurait qu’une valeur "indicative",
qu’il était  "illusoire de penser qu’ [elle] puisse être une protection dans
le cadre de l’ouverture des marchés publics et être un code de déontologie",
et que cette liste n’aurait pas "un caractère obligatoire" (cf.
intervention du conseiller d’Etat Schmutz, BGC 3 février 1998, p. 7932). Le
législateur a souhaité maintenir la LPrA pour des motifs de protection du
public (BGC 26 janvier 1998, p. 7297). Cela étant, il résulte des débats que le
législateur paraissait conscient que la portée des dispositions qui
subsistaient dans la LPrA était singulièrement restreinte par les modifications,
à tel point qu’il est clairement évoqué que cette législation pourrait être
abrogée après une période transitoire (cf. intervention du conseiller d’Etat
Daniel Schmutz, BGC 27 janvier 1998, p. 7401).

Dans son ancienne teneur, l'art. 107 aLATC prévoyait
que "la qualité d'architecte est définie par la loi sur la profession
d'architecte, qui fixe les conditions d'inscription dans la liste des
architectes reconnus". Avant son abrogation, l'ancien art. 3 LPrA précisait
que "pour être autorisé à exercer sa profession dans le canton de Vaud,
l'architecte doit être inscrit dans la liste des architectes reconnus par
l'Etat (...)". Or, sur la base d'une interprétation littérale du texte
clair de la loi, il n’existe aucun lien entre les dispositions figurant aux
art. 106 et 107 LATC (dans sa nouvelle teneur) et les dispositions de la LPrA.
En particulier, le législateur n’a pas réservé la qualité d’architecte reconnue
au sens de l’art. 107 LATC (soit celle qui permet de signer des plans de
construction selon l’art. 106 LATC) aux architectes inscrits sur une quelconque
liste. Il n’a pas prévu d’autres conditions que celles figurant dans l’art. 107
al. 1 LATC. La liste indicative (ou déclarative) tenue par le Département,
comme son épithète le souligne, est dépourvue de force obligatoire faute de
reposer sur une base légale suffisante. La qualité d’architecte reconnu ne peut
être refusée à une personne du simple fait qu’elle ne figure pas sur la liste
indicative du Département.  Ainsi, il n'est pas possible de prononcer une
interdiction de pratiquer la profession d'architecte dans le cantonal de Vaud,
ni en particulier d'interdire à un architecte reconnu au sens de l'art. 107
LATC d'établir et de signer des plans mis à l'enquête publique. Autrement dit, aussi
longtemps qu'il est par exemple inscrit au Registre des architectes A ou B –
comme c'est le cas de la recourante –, un architecte est considéré comme étant
apte à signer des plans mis à l'enquête publique. 

Dans ce contexte, il n’est pas possible d’interpréter
l’art. 21 LPrA en ce sens que le législateur aurait considéré que la radiation
viserait désormais la liste "indicative" tenue par le Département. En
outre, il ressort également de ce qui précède qu’une telle radiation ne peut de
toute manière avoir pour effet d’interdire à un architecte satisfaisant aux
conditions posées par l’art. 107 LATC de signer des plans de construction au
sens de l’art. 106 LATC.

cc) En résumé, l'art. 21 al. 1 let. d LPrA en relation
avec les art. 106 et 107 LATC ne constituent pas une base légale suffisante
pour prononcer la mesure disciplinaire incriminée. Dans ces conditions, il
n'est pas nécessaire d'examiner encore si la sanction disciplinaire infligée à
la recourante respecte le principe de proportionnalité. Il incombe toutefois à
l'autorité intimée d'examiner si une autre peine disciplinaire – fondée sur une
base légale suffisante – entre en ligne de compte sur la base des manquements
professionnels – non  prescrits – qui sont reprochés à la recourante.

6.                     
Vu ce qui précède, le recours doit être partiellement admis et la
décision entreprise annulée. Le dossier doit être retourné à la Chambre des
architectes pour qu'elle examine s'il se justifie de prononcer d'autres peines
disciplinaires prévues par la LPrA, à savoir l'avertissement et/ou l'amende jusqu'à
cinq mille francs (art. 21 al. 1 let. a et let. b LPrA) sur la base des faits
reprochés à la recourante (y compris ceux qui sont postérieurs au 1er
décembre 2011).

Obtenant pour l'essentiel gain de cause, la
recourante a droit à l'allocation de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD). Il se
justifie de statuer sans frais (art 49 LPA-VD)

 

Par
ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

I.                      
Le recours est  partiellement admis.

II.                     
La décision de la Chambre des architectes du 14 septembre 2016 est
annulée, le dossier de la cause lui étant renvoyé pour nouvelle décision dans
le sens du considérant 6.

III.                   
Il n'est pas prélevé d'émolument judiciaire.

IV.                   
La Chambre des architectes versera à la recourante A.________ une indemnité
de 1'500 (mille cinq cents) francs à titre de dépens.

Lausanne, le 7 décembre 2016

 

                                                          Le
président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa
notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit
public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur
le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire
à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans
une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de
preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte
attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent
être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il
en va de même de la décision attaquée.