# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 394958c4-7bda-5022-bf3d-63a05b84f7b7
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-12-30
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 30.12.2004 GE.2001.0087
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_GE-2001-0087_2004-12-30.html

## Full Text

CANTON
  DE VAUD

  TRIBUNAL ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt du 30 décembre 2004 

  
	
  Composition

  	
  Pierre Journot, président; M. Jean-Claude
  Favre et M. Jean-Daniel Henchoz 

  
	
  recourante

  	
   

  	
  Fondation
  Ecclésiastique du Journal de l'Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud, représentée par Laurent BESSO, à Lausanne,

  
				

   

 

	
  autorité intimée

  	
   

  	
  Département des
  institutions et des relations extérieures, représenté par Service de justice, de l'intérieur et
  des cultes, à Lausanne, 

  

   

I

 

	
  Objet

  	
  Soumission à la surveillance de l'Etat de la
  Fondation Ecclésiastique du Journal de l'Eglise Evangélique du canton de Vaud
  (décision du Département des institutions et des relations extérieures,
  autorité de surveillance des fondations)

  

 

Vu les faits suivants

A.                            
Sous la dénomination « Fondation Ecclésiastique du Journal de
l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud » a été crée une fondation
au sens des art. 80 ss CC. Ces statuts contiennent notamment les dispositions
suivantes :

« 4. Buts

La Fondation a pour but, par le biais d’un
journal, de proposer des informations et des sujets de réflexion inspirés de
l’Evangile, ainsi que de diffuser les nouvelles de l’Eglise Evangélique
Réformée du canton de Vaud afin d’assurer une information protestante de
qualité ainsi que la visibilité de cette Eglise auprès de l’ensemble de la
population vaudoise.

Pour atteindre ce but, la fondation remplit le
mandat de prestation que lui confie le Conseil synodal de l’Eglise Evangélique
Réformée du canton de Vaud (ci-après : le Conseil synodal).

(…)

Dotation

a/ La fondatrice attribue à titre de capital de
dotation la somme de 20'000 francs (vingt mille francs).

b/ La fortune de la fondation peut être
augmentée en tout temps par des dons, legs, subventions accordées par la
fondatrice dans le cadre de son budget annuel, produits directs ou indirects de
ses activités (publicité, appels de fonds, et cætera),

c/ La fortune de la fondation répond seule des
engagements pris par cette dernière.

(…)

Administration

La fondation est administrée par le Conseil de
fondation composé de 7 membres au moins.

Un membre du comité de rédaction ainsi que deux
membres issus des assemblées ou conseils régionaux de l’Eglise Evangélique
Réformée du canton de Vaud, en font partie.

(…)

11.          Comité de rédaction

Le comité de rédaction veille à la qualité de
la publication et de la diffusion du journal, dans le respect de la charte
rédactionnelle et de la charte publicitaire adoptées par le Synode de l’Eglise
Evangélique Réformée du canton de Vaud. Il travaille en collaboration avec le
rédacteur en chef.

Il est composé de 5 membres au moins, nommés
par le Conseil de fondation et est présidé par le rédacteur en chef.

12.          Le rédacteur en chef

Le rédacteur en chef est responsable de
l’édition du journal. Son cahier des charges est fixé par le Conseil de
fondation.

Le rédacteur en chef est nommé par le Conseil
de fondation après consultation et agrément du Conseil synodal.

Le premier rédacteur en chef est nommé par le
Conseil synodal.

L’art. 13 prévoit en outre que les
comptes, bilan, rapport des vérificateurs et rapport de gestion sont
communiqués, chaque année, à la caisse de l’Eglise Evangélique Réformée du
canton de Vaud et au Conseil synodal qui est l’autorité de surveillance. »

B.               Par décision du 17
août 2001, le Département des institutions et des relations extérieures a
décidé de placer la fondation sous sa surveillance. Cette décision exige en
outre la remise à l’autorité de surveillance du bilan, du compte de profits et pertes,
du rapport de gestion et du rapport des contrôleurs, ainsi que la communication
immédiate de tout règlement adopté, modifié ou abrogé. Enfin, elle ordonne que
les biens soient placés conformément aux prescriptions sur le placement des
capitaux des fondations, la comptabilité et l’établissement des comptes des
fondations, du 15 juin 1998. Elle précise enfin qu’aucune mesure de liquidation
de la fondation ne peut être prise en considération sans l’accord express de
l’autorité de surveillance.

C.               Cette décision a
fait l’objet d’un recours déposé par le notaire qui avait instrumenté l’acte de
fondation. La recourante y fait valoir qu’elle remplit un devoir d’information
et d’assistance spirituelle inspirées de l’Evangile, afin d’assurer une
information protestante de qualité et de permettre la visibilité de l’Eglise
auprès de l’ensemble de la population vaudoise. Pour elle, ce but n’est ni laïc
ni même mixte car il est entièrement orienté vers la religion protestante et en
particulier sur le message de Jésus-Christ. Elle rappelle que l’Eglise
Evangélique Réformée du canton de Vaud (EERV) est reconnue par l’Etat de Vaud
dans sa loi ecclésiastique qui prévoit que l’EERV a pour vocation de répondre à
l’appel de Dieu manifesté en Jésus Christ et que sa mission est d’annoncer
l’Evangile et d’offrir un accompagnement et un guide aux personnes en recherche
de spirituel. Elle expose, en se référant à la jurisprudence et à la doctrine,
qu’elle manifeste :

-    un
idéal religieux par la diffusion d’informations et de sujets de réflexion
inspirés de l’Evangile ;

-    l’expression
d’une assistance spirituelle qui se reflète dans les sujets de réflexion inspirés
de l’Evangile, mais aussi dans la mission de l’EERV, la diffusion du message de
Jésus Christ à l’ensemble de la population ne devant pas faire l’objet d’une surveillance
de l’Etat.

-    une
activité pastorale constituée par la diffusion des nouvelles et messages de
l’EERV.

La recourante rappelle
enfin qu’elle possède un lien organique évident avec la Caisse de l’EERV, sa
fondatrice, ainsi qu’avec le Conseil synodal et les autres organes de cette Eglise.

                  L’autorité
intimée a conclu au rejet du recours en date du 11 octobre 2001. Elle rappelle
également la doctrine et la jurisprudence et relève que si l’activité pastorale
et d’assistance spirituelle de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud
sont indiscutables, il en va différemment de celles de la fondation recourante
dont la mission se concentre sur le lien qu’elle est censée établir entre la
fondatrice et la population. Selon l’autorité intimée, ce but ne peut pas être
qualifié d’ecclésiastique car elle propose des informations dont la nature
religieuse n’a pas d’entrée de cause été précisée et qui peuvent d’ailleurs
traiter de thèmes qui n’ont rien de religieux, comme le loyer des cures,
l’incendie des églises ou leur occupation notamment. Les fondations ecclésiastiques
seraient seulement celles qui ont pour but direct l’Eglise et celles qui ne
peuvent atteindre leur but que par l’intermédiaire de la pratique d’une
religion ou par l’accomplissement d’une mission spirituelle.

D.               Le Tribunal
administratif a délibéré par voie de circulation.

Considérant en droit

1.                               
Les art. 84 à 87 CC prévoient ce qui
suit:

C. Surveillance

Art. 84

1 Les fondations sont placées sous la surveillance de la corporation
publique (Confédération, canton, commune) dont elles relèvent par leur but.

2 L’autorité de surveillance
pourvoit à ce que les biens des fondations soient employés conformément à leur
destination.

D. Modification

I. De l’organisation

Art. 85

L’autorité cantonale compétente ou, si la
fondation relève de la Confédération, le Conseil fédéral peut, sur la
proposition de l’autorité de surveillance et après avoir entendu le pouvoir
supérieur de la fondation, modifier l’organisation de celle-ci, lorsque cette
mesure est absolument nécessaire pour conserver les biens ou pour maintenir le
but du fondateur.

II. Du but

Art. 86

1 L’autorité cantonale compétente ou, si la fondation relève de la Confédération,
le Conseil fédéral peut, sur la proposition de l’autorité de surveillance et
après avoir entendu le pouvoir supérieur de la fondation, modifier le but de
celle-ci, lorsque le caractère ou la portée du but primitif a varié au point
que la fondation a manifestement cessé de répondre aux intentions du fondateur.

2 Peuvent être supprimées ou modifiées de la
même manière et dans les mêmes circonstances les charges et conditions qui
compromettent le but du fondateur.

E. Fondations de famille et fondations
ecclésiastiques

Art. 87

1 Sous réserve des règles du droit public, les fondations de famille et
les fondations ecclésiastiques ne sont pas soumises au contrôle de l’autorité
de surveillance.

2 Les contestations de droit privé sont tranchées par le juge.

La règle de l'art. 87 al. 1 CC, qui libère les
fondations ecclésiastiques de la surveillance de l'autorité, a été introduite par
les Chambres fédérales pour tenir compte de l’existence, dans le cadre de
l’Eglise catholique, de nombreuses fondations dont les biens servaient à
l’entretien des bâtiments de l’Eglise et de ses serviteurs. Il s’agissait
d’éviter que la surveillance de l’Etat fasse double emploi avec celles de
l’Eglise  (ou empiète sur celle-ci), de telles fondations ne touchant au
surplus aux intérêts que d’un cercle limité de personnes en dehors de l’Eglise
même (Riemer, Berner Kommentar, Die Stiftungen, Systematischer Teil, rem. 187 à
191). L’art. 87 al. 1 CC s’applique bien néanmoins aussi aux fondations ecclésiastiques
relevant d’autres religions (Riemer, rem. 193 à 195).

2.                               
En l’espèce, l’autorité intimée ne conteste pas
l’existence d’un lien organique (il s’agit d’une des conditions pour la
reconnaissance du caractère ecclésiastique) avec une église qui est l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud. Ce lien organique se
manifeste, comme la recourante le montre bien dans son recours, par la
représentation de divers organes de l’EERV au sein des organes de la fondation.

3.                               
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral et la doctrine
qu’il cite, on considère comme ecclésiastiques les fondations constituées pour
remplir un but ecclésiastique, par exemple en faveur d’une église, d’une
communauté religieuse déterminée ou des prêtres d’une confession déterminée. Le
but de la fondation peut aussi ne pas être directement ecclésiastique, mais
pour qu’elle soit considérée comme telle, la fondation doit apparaître comme la
manifestation d’un idéal religieux, l’expression d’une assistance spirituelle
et d’une activité pastorale (ATF 81 II 579).

Le commentaire le plus récent sur cette question
(Riemer, déjà cité, mais il remonte tout de même à 1975) distingue trois
groupes de fondations ecclésiastiques. Ce sont tout d’abord les fondations qui
servent à l’entretien matériel des serviteurs de l’Eglise (Riemer, rem. 208), y
compris celles qui servent un complément de salaire aux détenteurs de charges ecclésiastiques
(Riemer, rem. 209) ou qui financent les activités ecclésiastiques ou du service
divin qui ont un rapport plus lâche avec l’Eglise mais qui sont exercées sous
le contrôle de cette dernière ou d’un de ses serviteurs, par exemple, les "Messestiftungen"
indépendantes. Sont également ecclésiastiques les fondations qui servent la
doctrine ou la foi religieuse, notamment en dispensant une formation aux
serviteurs de l’Eglise ou qui se préoccupent d’étudier, de répandre, de
conserver ou de développer la doctrine et la foi ecclésiastique ou religieuse;
ces fondations-là peuvent soutenir des écoles, des séminaires ou des couvents
religieux ou diffuser des publications religieuses ou des recherches
scientifiques dans le domaine de la théologie (mais pas s’il s’agit purement de
recherches historiques, voir Riemer, rem. 211 à 216, spécialement 215). Enfin
viennent les fondations - surtout catholiques – qui détiennent des biens, des
objets ou des installations servant au culte ou au service divin (maisons de
Dieu diverses, cimetières, etc.) ainsi que les fondations qui servent au
financement de la construction, de l’entretien et au développement des églises
ou des objets et installations servant au culte (Riemer rem. 217).

4.                               
En l'espèce, c’est au but poursuivi
par la fondation recourante que l’autorité intimée dénie le caractère
ecclésiastique, qu’elle ne reconnaît qu’à l’Eglise Evangélique Réformée
elle-même, mais pas à la fondation qui en émane. Pour elle, la rédaction de la
disposition qui fixe le but de la fondation recourante met manifestement
l’accent sur la diffusion, auprès de la population en général, d’informations
dont la nature religieuse n’est pas établie: les nouvelles de l’Eglise
Evangélique Réformée du canton de Vaud pourraient d’ailleurs traiter de thèmes
qui n’ont rien de religieux, comme le loyer des cures, l’incendie des églises
ou leur occupation notamment, ce qui constituerait, selon l'autorité intimée, des
sujets de nature politique.

                   Le Tribunal ne peut adhérer
à ces objections. D’après ses statuts, la fondation recourante se propose de
diffuser des informations et des sujets de réflexion inspirés par l’Evangile.
Dans le monde actuel, cet objectif n’est guère éloigné de l’étude de la
doctrine ou de la foi que le commentateur cité plus haut considère sans
conteste comme ecclésiastique. Est en tout cas mal fondée l’objection selon
laquelle la fondation s’adresserait à l’ensemble de la population. En effet, il
n'y pas lieu de limiter la notion d'activité pastorale, qui est l'une des
composantes de l'activité ecclésiastique, à la diffusion d'un message destiné
aux fidèles déjà membres de l'Eglise. Au contraire, l’objectif de répandre la
foi (même si c’est en l’espèce en s’en servant pour éclairer l’actualité) est
indissolublement lié à l’activité pastorale de l’Eglise: par nature, celle-ci
tend à s’attacher de nouveaux fidèles, si bien qu’on ne peut pas dénier tout
caractère ecclésiastique à un moyen de communication qui ne serait pas
exclusivement destiné aux croyants déjà convertis. Quant à la crainte que le
journal de l’Eglise Evangélique réformée n’aborde des sujets, en relation avec l’église,
que l’autorité de surveillance pense pouvoir qualifier de politiques, elle ne
saurait précisément servir à justifier l’instauration d’une surveillance
étatique.

                   En définitive, la diffusion
d’un journal inspiré par l’Evangile et servant à mettre une Eglise en lumière
doit être considéré comme un but à caractère ecclésiastique. En effet, lorsqu'il
s'agit de décider si l'activité qu'exerce une fondation présente un caractère
ecclésiastique, le tribunal ne voit pas qu’on puisse reconnaître ce caractère à
la réparation d’un clocher mais le dénier à la diffusion d’un message informatif
inspiré par l'Evangile.

4.                Vu ce qui précède, le
recours doit être admis et la décision attaquée réformée, en ce sens que la fondation
recourante n’est pas soumise à la surveillance de l’Etat. 

L’arrêt sera rendu sans frais et la
recourante, assistée d’un mandataire professionnel, a droit à des dépens.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours est admis.

II.                                
La décision rendue le 17 août 2001
par le Département des institutions et des relations extérieures est réformée
en ce sens que la Fondation Ecclésiastique du Journal de l’Eglise Evangélique
Réformée du canton de Vaud n’est pas assujettie à la surveillance du
Département des institutions et des relations extérieures.

III.                               
Les frais restent à la charge de
l’Etat.

IV.                             
La somme de 1'500 (mille cinq cents)
francs est allouée à la Fondation Ecclésiastique du Journal de l’Eglise
Evangélique Réformée du canton de Vaud à titre de dépens à la charge de l’Etat
de Vaud, Département des institutions et des relations extérieures.

 

Lausanne, le 30 décembre 2004/do

 

                                                          Le
président:                                       

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans
les trente jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif au
Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux art. 103 ss de la loi
fédérale d'organisation judiciaire (RS 173.110)