# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 7c7d6b42-a148-57c6-9175-3a3600bec06e
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites Séquestre / 2018 / 5
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_S-questre---2018---5_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KE18.008215-180423

113 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
28 juin 2018

__________________

Composition
:              Mme             
Byrde,
présidente

             
              M.             
Colombini et Mme Rouleau, juges

Greffier
              :             
Mme              Debétaz Ponnaz

 

 

*****

 

 

Art.
29 al. 1 et 49 al. 1 Cst. ; 233 al. 1 et 4 et 234 al. 1 et 2 LI ; 274 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
K.________,
à [...], contre la décision rendue le 27 février 2018 par le Juge de paix du district
de Nyon, déclarant irrecevable l’opposition de la recourante à l’ordonnance de
séquestre scellée le 23 janvier 2018 par l’Administration
cantonale des impôts, représentant l’Etat
de Vaud (séquestre n° 8'570’782
de l’Office des poursuites du district de Nyon).

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le 23 janvier 2018, l’Administration cantonale des impôts (ci-après : ACI), représentant
l’Etat de Vaud, a scellé une ordonnance de séquestre contre K.________ pour une créance
de 130'100 fr., dont la cause est la suivante : 

« Exécution
forcée de la demande de sûretés du 13 janvier 2016 ensuite de l’Arrêt du 19.12.216
de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal du canton de Vaud et de l’Arrêt
du 30.05.2017 de la IIe Cour de droit public du Tribunal fédéral. Demande de sûretés
requises en garantie des décisions de rappel d’impôts et de taxation définitive
du 01.12.2015 et décomptes finals du 10.12.2015 pour les années fiscales 2004 à 2009 à
l’impôt cantonal et communal sur le revenu et la fortune. ».

 

             
L’acte mentionne le cas de séquestre de l’art. 271 al. 1 ch. 6 LP (loi fédérale
sur la poursuite pour dettes et la faillite ; RS 281.1) ainsi que le « risque que les
créances d’impôt ne soient pas acquittés (sic)/recouvrement « menacé »
des créances fiscales ». L’objet à séquestrer est la copropriété
d’une demie de K.________ de l’immeuble parcelle RF [...] de la Commune de [...], occupé
par la propriétaire. 

 

             
L’ordonnance est parvenue le 24 janvier 2018 à l’Office des poursuites du district de
Nyon, qui a enregistré le séquestre sous n° 8’570'782, établi le procès-verbal
de séquestre et adressé à K.________, en courrier recommandé, l’avis au propriétaire
d’immeuble au sujet de l’encaissement des loyers et fermages. 

 

             
Le 13 février 2018, K.________ a transmis à la Cour de droit administratif et public l’ordonnance
de séquestre qui lui avait été notifiée la veille, en invoquant ce fait nouveau dans
la cause l’opposant à l’ACI devant cette instance (recours contre une décision
sur réclamation de l’ACI du 20 mars 2017) et en indiquant expressément faire opposition
totale à cette ordonnance.

 

             
Par lettre datée du 22 et postée le 23 février 2018, K.________ s’est adressée
au Juge de paix du district de Nyon, à qui elle a transmis l’ordonnance de séquestre,
en l’informant qu’elle avait fait opposition totale à cet acte, en temps utile, auprès
de la Cour de droit administratif et public. Elle a également soulevé divers moyens contre
cette ordonnance.

 

 

2.             
Par décision rendue sous forme de lettre
le 27 février 2018, le Juge de paix du district de Nyon a déclaré irrecevable l’opposition
de K.________ à l’ordonnance de séquestre et a rayé la cause du rôle, sans
suite et sans frais. Il a considéré que selon l’art. 234 al. 1 et 2 LI (loi sur les impôts
directs cantonaux ; RS 642.11), la demande de sûretés était assimilée à
l'ordonnance de séquestre au sens de l'art. 274 LP, l'opposition à l'ordonnance de
séquestre prévue à l'art. 278 LP n’étant toutefois pas recevable.

 

             
Cette décision a été notifiée à K.________ le 6 mars 2018.

 

 

3.             
Par acte daté du 11 et posté le 12 mars
2018, K.________ a recouru contre cette décision, en concluant, avec suite de frais et dépens,
à sa réforme en ce sens que l’opposition au séquestre en cause est déclarée
recevable. 

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
Le recours a été déposé dans
les formes requises et en temps utile (art. 321 al. 1 et 2 CPC). Il est recevable.

 

 

II.             
La recourante soutient qu’en assimilant
la demande de sûretés à l’ordonnance de séquestre de telle sorte que l’autorité
compétente pour prononcer le séquestre fiscal n’est pas le juge mais l’autorité
fiscale, les dispositions dérogatoires à la LP en matière d’exécution forcée
des créances fiscales violent les garanties procédurales consacrées par l’art. 29
al. 1 Cst. et l’art. 6 par. 1 CEDH. Elle fait valoir que le droit à un procès équitable
doit se traduire par un droit concret et effectif d’accès à un tribunal, soit une « possibilité
claire et concrète de contester un acte constituant une ingérence dans ses droits »,
que « pour une personne, la perte de sa maison constitue la forme la plus extrême de l’ingérence
dans le droit au respect du domicile » et que, « en conséquence, le processus
décisionnel qui conduit à une ingérence de ce type doit avoir été équitable ».
Elle en déduit que l’autorité fiscale ne peut pas « se substituer au juge »,
mais doit, « pour bénéficier de garanties procédurales suffisantes »,
requérir une ordonnance de séquestre du juge et que, « partant », son opposition
au séquestre doit être déclarée recevable.

 

             
Les griefs de la recourante portent ainsi sur deux points : la constitutionnalité de l’art.
234 LI, ou sa conformité aux art. 29 al. 1 Cst. (Constitution fédérale ; RS 101)
et 6 par. 1 CEDH (Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
RS 0.101), et l’ouverture d’une voie de droit contre le séquestre fiscal. 

 

             
a) aa) La
jurisprudence du Tribunal fédéral contraint les tribunaux des cantons à exercer une juridiction
constitutionnelle minimale. Ainsi, à la demande des justiciables, ils sont tenus de contrôler
à titre préjudiciel la conformité du droit cantonal à la Constitution fédérale,
et même au droit fédéral dans son ensemble, et de ne pas l’appliquer lorsqu’ils
arrivent à la conclusion que cette conformité n’est pas réalisée (ATF 127 I
185, JdT 2002 I 743 ; SJ 1988, 49). Cette obligation découle du principe de la primauté
du droit fédéral (art. 49 al. 1 Cst.). La mesure du contrôle de la juridiction constitutionnelle
cantonale comprend aussi l’ensemble du droit international liant la Confédération, en
particulier la CEDH (Auer/Malinverni/Hottelier, Droit constitutionnel suisse ; Volume I, L’Etat,
3e éd.,
2013, nn. 2338-2339 et les arrêts cités).

 

             
bb) L’art. 29 Cst. consacre les « garanties
générales de procédure ». Une procédure au sens de cette disposition s’entend
de l’ensemble des opérations qu’une autorité accomplit en vue d’appliquer
une loi dans un cas d’espèce par le biais d’un acte de puissance publique qui produit
des effets juridiques individuels et concrets (Dubey, Droits fondamentaux, Volume II : Libertés,
garanties de l’Etat de droit, droits sociaux et politiques, 2018, n. 4006 et les réf. cit.).
L’art. 29 Cst. s’applique tant à la procédure administrative que judiciaire, contrairement
à l’art. 30 Cst. qui ne vise que la procédure judiciaire (ibid., nn. 4008 et 4208). Quant
au domaine d’application de l’art. 6 par. 1 CEDH, qui conserve une grande importance en dépit
de l’adoption des art. 29 ss Cst., c’est celui des contestations à caractère civil
et des accusations en matière pénale (ibid., n. 4202). Dans un arrêt du 12 juillet 2001
(Ferrazzini c. Italie, n° 44759/98, § 29), la Cour européenne des droits de l’homme
a estimé que la matière fiscale ressortissait encore au noyau dur des prérogatives de
la puissance publique, le caractère public du rapport entre le contribuable et la collectivité
restant prédominant, et que le contentieux fiscal échappait au champ des droits et obligations
de caractère civil, en dépit des effets patrimoniaux qu’il avait nécessairement
quant à la situation des contribuables. En d’autres termes, l’art. 6 par. 1 CEDH n’est
pas applicable en procédure fiscale.

 

             
Selon l’art. 29 al. 1 Cst., toute personne a droit, dans une procédure judiciaire ou administrative,
à ce que sa cause soit traitée équitablement. Une cause n’est traitée de manière
équitable que si elle l’est par une autorité administrative ou judiciaire établie
par la loi, compétente, correctement composée et suffisamment impartiale. Cette garantie de
procédure est consacrée à l’art. 30 Cst. à l’égard des autorités
judiciaires ou assimilables. Elle vaut toutefois aussi à l’égard des autorités administratives
en vertu de l’art. 29 al. 1 Cst., de manière équivalente ou affaiblie selon ses sous-aspects
(Dubey, op. cit., n. 4027). Il y a ainsi une différence à faire entre les autorités administratives
et judiciaires en ce qui concerne leur impartialité : sous cet angle, les garanties applicables
aux secondes (art. 30 al. 1 Cst. et art. 6 par. 1 CEDH) ne sont pas toutes transposables telles
quelles aux premières (Dubey, op. cit., n. 4029), en particulier en ce qui concerne l’impartialité
objective ou organisationnelle (ibid., n. 4031).

             

             
L’art. 29 al. 1 Cst. ne signifie donc nullement, contrairement à ce que soutient la recourante,
qu’une personne aurait le droit à ce qu’une décision la concernant soit rendue
par un juge ou un tribunal à l’exclusion d’une autorité administrative, ni qu’il
serait inconstitutionnel de donner à une autorité administrative la compétence de rendre
certaines décisions.

 

             
cc)
En l’occurrence, la compétence de l’Administration cantonale des impôts d’exiger
des sûretés lorsque les droits du fisc paraissent menacés est donnée par l’art.
233 al. 1 LI ; en vertu de l’art. 234 al. 1 LI, cette demande de sûretés est assimilée
à l’ordonnance de séquestre au sens de l’art. 274 LP, le séquestre étant
opéré par l’office des poursuites compétent. Aucune garantie procédurale n’est
violée par ces dispositions. 

 

             
Mal fondé, le moyen doit être rejeté. 

 

              b)
Aux termes de l’art. 234 al. 2 LI, l’opposition à l’ordonnance de séquestre
prévue à l’art. 278 LP n’est pas recevable. Ni le Tribunal fédéral, ni
la doctrine majoritaire n’ont jamais remis en cause l’exclusion de l’opposition au
séquestre en matière fiscale (ATF 130 III 579 consid. 2.2.4 ; TF 5A_730/2016 du 20 décembre
2016 consid. 3.2.1 ; TF 5A_150/2015 du 4 juin 2015 consid. 5.2.3 ; Stoffel/Chabloz, in
Dallèves/Foëx/Jeandin, Commentaire romand, Poursuite et faillite, n. 4 ad
art. 278 LP ; Reiser, in
Staehelin/Bauer/Staehelin, Basler Kommentar, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, 2e
éd., 2010, n. 18 ad
art. 278 SchKG [LP] ; Kren Kostkiewicz, in
Kren Kostkiewicz/Vock (éd.), Kommentar zum SchKG, SK 2017, n. 4 ad
art. 278 SchKG [LP]). 

 

             
Il n’y a pas lieu de s’écarter de ces positions, les droits des parties étant sauvegardés
par la voie de recours ordinaire ouverte contre la décision de l’ACI relative aux sûretés,
en vertu de l’art. 233 al. 4 LI, auprès de la Cour de droit administratif et public.
Le contribuable n'est donc pas dépourvu de toute voie de droit pour contester le séquestre
fiscal devant une autorité de recours (CPF 16 février 2011/6 consid. II e). La recourante a
d’ailleurs usé de cette voie en faisant « opposition » auprès de
la Cour de droit administratif et public le 13 février 2018. 

 

             
Quant au moyen de recours tendant, pour autant qu’on puisse le comprendre dans ce sens, à
l’ouverture par voie prétorienne d’une voie d’opposition – et de recours
– auprès du juge du séquestre contre la demande de sûretés en matière
fiscale, il est mal fondé et doit être rejeté. 

             

 

III.             
Vu ce qui précède, le recours doit être
rejeté selon le mode procédural de l’art. 322 al. 1 CPC et le prononcé confirmé.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 900 fr. (neuf cents francs),
sont mis à la charge de la recourante (art. 106 al. 1 CPC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 900 fr. (neuf cents francs),
sont mis à la charge de la recourante.

 

             
IV.             
L'arrêt est exécutoire.

 

 

La
présidente :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme K.________,

‑             
Administration cantonale des impôts (pour l’Etat de Vaud).

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 130’100 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Nyon.

 

             
La greffière :