# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 306673e9-bcfc-5c10-a115-16e1c7a2f783
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1996-08-21
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Tribunal administratif 21.08.1996 TA.1996.153 (INT.1996.413)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_013_TA-1996-153_1996-08-21.html

## Full Text

A.      L.,
les époux M. et N. sont

propriétaires
des immeubles sis respectivement aux nos 5, 7 et 9 de la rue X. à Bôle. La
canalisation d'eau desservant ces immeubles est

reliée
à la conduite principale publique d'alimentation en eau potable

enfouie
sous la rue Z., qu'elle rejoint en traversant la par-

celle
1392 appartenant à un tiers. En été 1994, le Conseil communal de

Bôle a
informé les propriétaires susnommés que la canalisation en question

présentait
des fuites localisées dans le sous-sol de la rue X.

et, le
7 septembre 1994, il les priait de la remettre en état au motif

qu'elle
était privée. Les intéressés ayant vainement fait valoir que cette

canalisation
appartenait à la commune qui avait par conséquent à en assu-

mer les
travaux de réfection, le Conseil communal de Bôle leur a signifié,

par
décisions formelles du 22 avril 1996, qu'il leur incombait d'effectuer

la
remise en état requise.

 

B.      Les
propriétaires concernés recourent contre ces décisions au

Tribunal
administratif. Ils font valoir en substance que les actes

d'acquisition
de leurs immeubles ne font nulle référence à l'existence

d'une
conduite d'eau privée et que celle-ci est bien au contraire publique

puisqu'elle
est plantée en sous-sol de la rue X., laquelle a

été
incorporée au domaine public en 1968. L. précise

d'autre
part que lorsqu'il a érigé sa villa individuelle sur son terrain

en
1971-1972, il a payé les taxes de dessertes prévues par la réglementa-

tion
communale. Les recourants invoquent également en particulier l'ar-

ticle
109 LCAT en vertu duquel, en zone d'urbanisation, les équipements

relèvent
de la compétence et des obligations des collectivités publiques

ainsi
que l'article 70 de la loi cantonale sur les eaux qui impose aux

communes
d'assumer le service public de l'eau potable et sa distribution

en tout
lieu du territoire où le besoin s'en fait sentir. Ils relèvent au

surplus
que la canalisation litigieuse était elle-même raccordée à la

station
de pompage et de distribution d'eau de la commune, elle constitue

un
accessoire de l'entreprise dont elle provient et elle est réputée ap-

partenir
au propriétaire de celle-ci au sens de l'article 641 CC. Ils con-

cluent
à l'annulation des décisions entreprises, la commune de Bôle devant

être
invitée à effectuer elle-même et à ses frais la réfection de la con-

duite
d'eau desservant leurs immeubles.

 

C.     
Dans ses observations sur les recours, le Conseil communal in-

timé
conclut à leur rejet. Il souligne, en bref, que la canalisation d'eau

litigieuse
est une conduite secondaire reliant les constructions des re-

courants
à la conduite principale communale et qu'à teneur des articles 77

al.3 de
la loi cantonale sur les eaux et 111 LCAT, les travaux de réfec-

tion
sont à la charge des propriétaires qui l'utilisent. Ses autres argu-

ments
seront repris, autant que besoin, dans les considérants qui suivent.

 

        A
réception desdites observations, les recourants se sont réser-

vé le
droit de solliciter un deuxième tour d'écritures, faculté à laquelle

ils ont
toutefois renoncé.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                                 en droit

 

1.      Les
contestations nées des décisions entreprises ne relèvent pas

de
celles énumérées à l'article 81 de la loi cantonale sur les eaux qui

sont de
la compétence des tribunaux civils. Elles constituent par contre

des
litiges relatifs à la distribution publique d'eau en général, qui

peuvent
être déférés par recours devant le Tribunal administratif, ainsi

que le
prévoit l'article 82a de ladite loi, ce d'autant qu'ils opposent

bien
les usagers à la collectivité publique (BGC 1987, no 153 I, p.455).

La
compétence de la Cour de céans est donc donnée pour trancher des pré-

sents
recours au demeurant recevables puisque interjetés dans les formes

et
délai légaux.

 

2.      a)
Selon l'article 70 de la loi cantonale sur les eaux, la com-

mune
qui a le service public de l'eau potable doit la distribuer en tous

lieux
du territoire où le besoin s'en fait sentir et où les ouvrages et

les conduites
se posent sans frais excessifs. Les ouvrages et les travaux

de
distribution de l'eau potable sont à la charge des communes ou des con-

cessionnaires
(art.77 al.1). Toutefois, par arrêté communal, les proprié-

taires
des immeubles éloignés des réservoirs des grandes conduites de dis-

tribution
d'eau peuvent être tenus de contribuer aux frais (art.77 al.2).

Il en
est de même des propriétaires qui utilisent des conduites secon-

daires
reliant à la conduite principale leurs constructions et autres ou-

vrages
(art.77 al.3).

 

       
En vertu de l'article 109 al.1 LCAT, la commune équipe en temps

utile
la zone d'urbanisation en voies d'accès, en énergie, en amenée et

évacuation
des eaux. Les équipements privés, tels qu'accès, chemins, col-

lecteurs
d'égouts, conduites de distribution d'eau et d'énergie, sont

construits
et entretenus par leurs propriétaires et à leurs frais (art.111

al.1
LCAT). Les communes et les propriétaires participent aux frais

d'équipement
de la zone d'urbanisation (art.113 al.1 LCAT). La participa-

tion
des propriétaires consiste soit en une contribution aux frais d'équi-

pement,
soit en une taxe d'équipement (art.114 al.1 LCAT). Le Conseil gé-

néral
fixe dans un règlement :

 

       
a. Les taux de la contribution aux frais d'équipement mis à

charge
des propriétaires de terrains bâtis ou non bâtis,

       
b. Les montants de la taxe d'équipement (art.114 al.3 LCAT).

 

       
Aux termes de l'article 5.6, 1re phrase, du règlement du service

des
eaux de la commune de Bôle, du 22 août 1983, les conduites principales

sont la
propriété de la commune. L'exécution des raccordements, la pose,

la
normalisation et l'entretien des branchements sont à la charge des pro-

priétaires
des immeubles, y compris tous travaux de creusage et de rem-

blayage
(art.6.1. al.1 du règlement).

 

       
b) Avant l'adoption de la loi cantonale sur les eaux du 24 mars

1953,
l'alimentation des particuliers en eau potable se faisait soit par

le
service public des communes, soit par des personnes ou sociétés pri-

vées.
Les communes qui avaient le monopole de la distribution d'eau

avaient
l'obligation de fournir l'eau en conformité de leurs règlements et

tarifs
à quiconque déclarait s'y soumettre. En érigeant ce monopole de

fait en
un monopole de droit, le législateur de 1953 n'a fait que clari-

fier la
situation au demeurant parfaitement conforme à la constitution

cantonale
puisque celle-ci confère aux attributions des communes les ser-

vices
publics des eaux (art.64 al.1) (BGC 1951-1952, no 117, p.529-530).

Il
s'ensuit que les rapports des usagers avec le service des eaux des com-

munes
sont exclusivement régis par le droit public, comme le prévoit du

reste
expressément l'article 2.3 du règlement du service des eaux de la

commune
de Bôle disposant que "la demande de fourniture d'eau ou le fait

d'en
consommer implique l'acceptation du présent règlement ainsi que celle

des
taxes, tarifs et prescriptions spéciales s'y rapportant".

 

       
Cette prédominance du droit public existe également pour tout ce

qui a trait
à l'équipement. Ce dernier joue en effet un rôle important en

matière
d'aménagement du territoire. S'il est nécessaire de restreindre le

nombre
des constructions, afin de préserver des sites naturels ou d'éviter

que
l'aspect de localités soit défiguré, il est tout aussi important de

prévoir
des zones de construction qui permettent un développement harmo-

nieux
des localités. Ces zones de construction devront être équipées, con-

dition
essentielle, pour que les propriétaires des terrains puissent ob-

tenir
un permis de construction (art.22 al.2 litt.b LAT). L'article 19 LAT

définit
en particulier les conditions auxquelles l'équipement doit satis-

faire
et prévoit la participation financière des propriétaires fonciers

aux
frais de cet équipement, toutes questions qui ont été soit précisées

soit
réglées dans les dispositions de la LCAT rappelées dans le considé-

rant
qui précède.

 

       
C'est donc dire que le présent litige qui divise les parties en

ce qui
concerne leurs obligations respectives dans un domaine relevant de

la
distribution d'eau potable et de l'équipement ressortit uniquement au

droit
public, de sorte que les références au droit civil que font les re-

courants
pour étayer leur point de vue sont irrelevantes en la cause.

 

3.     a)
Du plan de réseau d'eau déposé par l'intimé, il ressort que

la
canalisation d'eau potable qui alimente les immeubles des recourants

est un
branchement qui part de la conduite principale de la commune

(art.5.6
du règlement du service des eaux) implantée dans le sous-sol de

la rue
Z. pour aboutir aux trois immeubles des propriétaires

intéressés.
A teneur de l'article 6.1 al.1 du règlement, "la pose, la nor-

malisation
et l'entretien" d'un tel branchement est donc bien à la charge

desdits
propriétaires. Cette solution ne trouve du reste pas seulement son

point
d'appui dans cette disposition réglementaire, mais aussi dans celle

de
l'article 77 al.3 de la loi cantonale sur les eaux. On relèvera, à pro-

pos de
ce dernier alinéa de l'article 77, qu'il a été introduit lors de la

révision
de la loi du 24 mars 1958, pour constituer la base légale d'une

disposition
figurant dans de nombreux règlements communaux concernant

l'eau
potable. Il s'agissait de l'usage répandu de faire payer, aux pro-

priétaires
des immeubles alimentés, la conduite de dérivation reliant les

bâtiments
à la conduite principale. Or cette règle devait être ancrée dans

la loi,
sans quoi elle se fût trouvée en opposition avec l'article 77 al.1

(BGC
1957-1958, no 123, p.627).

 

        b) Bien qu'il résulte clairement de ce qui
précède que l'entre-

tien de
la conduite de dérivation litigieuse est à la charge des recou-

rants,
ces derniers objectent qu'à teneur de l'article 109 LCAT, les équi-

pements
relèvent de la compétence des collectivités publiques et qu'elles

sont à
leur charge. Si cette disposition prévoit que la commune équipe en

temps
utile la zone d'urbanisation en voie d'accès, en énergie, en amenée

et
évacuation des eaux, elle ne précise pas l'étendue de l'équipement

auquel
elle doit pourvoir. On en trouve toutefois la mesure dans l'article

19 LAT
selon lequel un terrain est réputé équipé lorsqu'il est desservi

d'une
manière adaptée à l'utilisation prévue par des voies d'accès et par

des
conduites auxquelles il est possible de se raccorder sans frais dis-

proportionnés
pour l'alimentation en eau et en énergie, ainsi que pour

l'évacuation
des eaux usées. Il apparaît donc bien que la collectivité

publique
n'a pas à assumer elle-même l'équipement de chaque terrain mais

uniquement
à pourvoir à des installations auxquelles les bien-fonds

puissent
être reliés sans coûts excessifs. Cela ressort du reste claire-

ment de
l'article 111 al.1 LCAT. Quant à soutenir que le financement des

équipements
échoit à la seule collectivité publique, cet argument est

contredit
par la législation elle-même qui prévoit que le droit cantonal

règle
la participation financière des propriétaires fonciers aux frais

d'équipement
(art.19 al.2 LAT), cette participation étant expressément

prévue
dans le canton de Neuchâtel par l'article 113 al.1 LCAT et définie

quant à
ses modalités par l'article 114 LCAT.

 

       
c) Sur ce dernier point, le recourant L. se pré-

vaut de
la taxe de dessertes qu'il a payée après avoir érigé sa maison

familiale
en 1971-1972. Sans qu'il explicite la démonstration qu'il entend

tirer
de ce fait, on peut supposer qu'il considère avoir satisfait à

toutes
ses obligations financières quant à l'équipement de son terrain. En

réalité,
la taxe qui lui a été réclamée à cette occasion le 13 juin 1972

en
vertu du règlement communal sur les taxes de dessertes du 21 décembre

1971
est une taxe de raccordement dont il a dû s'acquitter en contrepartie

de son
droit de se relier aux canaux publics et de les utiliser mais non

point
en contrepartie des frais effectifs des travaux de raccordement eux-

mêmes,
une telle taxe servant au financement de l'exploitation courante et

de
l'entretien de ses propres installations par la commune (René Reitter,

Les
contributions d'équipement plus particulièrement en droit neuchâte-

lois,
p.101 ss, p.161; ATF 102 Ia 405, JT 1978, p.119; ATF 92 I 455).

 

       
Enfin, c'est tout aussi en vain que les recourants soutiennent

que le
prix de l'eau facturé au m3 dont ils s'acquittent incorpore tous

les
frais de maintenance des infrastructures indispensables à la distribu-

tion de
l'eau potable. A la participation aux frais d'équipement prévue

par
l'article 113 LCAT, lesquels englobent également les frais d'entre-

tien,
requise des propriétaires sous la forme soit de contributions aux

coûts
d'équipement, soit de taxes de raccordement, s'ajoute de surcroît

pour
les abonnés au service des eaux le paiement de l'eau qu'ils con-

somment.
Le prix de celle-ci est fixé dans les tarifs communaux de vente

d'eau
potable sanctionnés par le Conseil d'Etat (art.80 al.2 de la loi

cantonale
sur les eaux). En application de ce qui précède, la commune de

Bôle
facture à ses abonnés le prix de l'eau à son coût fixé à 1 franc le

m3,
selon son tarif du 21 décembre 1992 sanctionné par le Conseil d'Etat

le 8
mars 1993, et ce prix n'a d'autre objet que la consommation effective

des
usagers mesurée par des compteurs (art.8.1 et 11.1 du règlement du

service
des eaux), à l'exclusion de toute autre prestation, telle celle de

l'entretien
des conduites au financement de laquelle les propriétaires

contribuent,
comme on l'a vu, d'une manière spécifique différente.

 

4.      Il
suit de là que, mal fondés, les recours doivent être rejetés.

Les
frais de procédure sont mis à la charge des recourants qui succombent

(art.27
al.1 LPJA) et qui ne peuvent prétendre des dépens (art.48 al.1

LPJA).

 

                             Par ces motifs,

                        LE TRIBUNAL
ADMINISTRATIF

 

1.
Rejette les recours.

 

2. Met
solidairement à la charge des recourants un émolument de justice de

   500 francs et les débours par 50 francs,
montants compensés par leur

   avance.

 

3.
N'alloue pas de dépens.

 

Neuchâtel,
le 21 août 1996