# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a61905ab-b2b7-50c4-88f2-fd14865c7755
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites Faillite / 2022 / 13
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_Faillite---2022---13_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

FV21.012669220392

108 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
15 juillet 2022

___________________

Composition
:               M.             
Hack,
président

             
              M.             
Maillard et Mme Cherpillod, juges

Greffier
              :             
Mme              Debétaz Ponnaz

 

 

*****

 

 

Art.
294 et 295b al. 1 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites et de faillite, s'occupe du recours
exercé par la Confédération
suisse, représentée par l’Administration
fédérale des contributions, à Berne,
contre la décision rendue le 15 mars 2022, à la suite de l’audience du 3 février
2022, par le Président du Tribunal d’arrondissement de Lausanne, prolongeant le sursis concordataire
accordé à V.________Sàrl,
à [...].

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
a)
Le 19 janvier 2018, V.________Sàrl a déposé un avis de surendettement et une requête
d’ajournement de faillite de six mois, demandant la nomination de l’agent d’affaires
breveté W.________ comme curateur. L’intimée indiquait devoir à ses créanciers
un montant de 387'000 fr. dont 272'992 fr. en poursuite. Elle mentionnait un chiffre d’affaires
« stable » pour les années 2015 à 2016, « oscillant entre 1'400'000
fr. et 1'200'000 fr. » et disait avoir réduit ses charges d’exploitation, notamment
en diminuant sa masse salariale. Elle estimait pouvoir régler l’intégralité de ses
dettes, à savoir principalement des charges sociales et des impôts, en y affectant l’intégralité
de son bénéfice, pensant ainsi pouvoir consigner un montant de 5'000 fr. à 10'000 fr.
par mois sur le compte de son mandataire. Elle entendait également recouvrer ses créances auprès
de ses débiteurs arriérés pour un montant de 162'639 fr. 55. 

 

             
Par décision du 22 janvier 2018, la Présidente du Tribunal d’arrondissement de Lausanne
a suspendu les poursuites et ajourné toute décision de faillite. Par décision prenant
date le 29 mars 2018, elle a ordonné l’ajournement de faillite (art. 820 al. 2 et 725a al.
1, 2e
phrase, CO [Code des obligations ; RS 220]) jusqu’au 30 juin 2018 et désigné l’agent
d’affaires breveté W.________ comme curateur. 

 

             
L’ajournement de faillite a par la suite été prolongé à cinq reprises, pour
des périodes de six ou neuf mois, la dernière fois jusqu’au 16 mars 2021.

 

             
b)
Le 22 mars 2021, V.________Sàrl a requis un sursis concordataire provisoire de quatre mois, suivi
d’un sursis concordataire définitif de six mois. A l’appui de sa requête, elle
a produit notamment le rapport du curateur du 1er
mars 2021, établi « en l’absence des comptes 2020 » (pièce 3), et
le rapport annuel de sa fiduciaire sur ses comptes arrêtés au 31 décembre 2020 (pièce
4).

 

             
Par décision du 9 avril 2021, le Président du Tribunal d’arrondissement de Lausanne a
accordé à la requérante un sursis provisoire de quatre mois, a désigné l’agent
d’affaires breveté W.________ en qualité de commissaire provisoire et a convoqué
les parties à son audience du 12 août 2021. A la suite de cette audience, par décision
prenant date le 19 août 2021, le président a accordé à la requérante un sursis
concordataire définitif de six mois échéant le 9 février 2022 et a désigné
le commissaire provisoire en qualité de commissaire au sursis.

 

             
c)
Par lettre du 23 août 2021, l’Administration fédérale des contributions (ci-après :
AFC) a informé le président du tribunal que la TVA due entre l’ajournement de faillite
et le sursis provisoire de 11'331 fr. 90 (décompte Q04/20) n’avait toujours pas été
réglée et que le décompte trimestriel de TVA échu à fin mai 2021 (Q01/2021)
n’avait pas encore été remis et payé, circonstances qui pouvaient, selon elle, être
interprétée comme une péjoration de la situation financière de la société.

 

             
Invitée à se déterminer, la sursitaire a produit, le 31 août 2021, la preuve du paiement
de 11'331 fr. 90, exécuté le même jour. Le 30 septembre 2021, elle a produit le décompte
de TVA Q01/2021 remis à l’AFC. 

 

             
Par lettre du 15 décembre 2021, l’AFC a informé le président du tribunal que la
sursitaire n’était pas à jour avec ses dettes courantes, le décompte de TVA du deuxième
trimestre 2021 échu le 31 août 2021, de 8'066 fr. 50, n’étant toujours pas payé.

 

             
Invitée à se déterminer, la sursitaire a produit, le 25 janvier 2022, la preuve du paiement
de 8'066 fr. 50, exécuté le 23 décembre 2021. 

 

             
d)
Le commissaire au sursis a produit son rapport, établi le 31 janvier 2022 et fondé sur les
comptes arrêtés au 31 décembre 2020, ainsi que la liste des productions de créances
et la liste des débiteurs. La première présentait une somme totale de 335'801 fr. 80,
dont 62'077 fr. 22 en première classe, 62'140 fr. 15 en deuxième classe et 211'584 fr. 43 en
troisième classe ; dans cette dernière classe de créanciers figuraient notamment
l’AFC pour des créances de 125'137 fr. 80 (TVA), l’Administration cantonale des impôts
pour des créances de 20'154 fr. 78 (impôts à la source 2019 et 2020) et l’Office
d’impôt des personnes morales pour des créances de 10'206 fr. 20 (soldes d’impôt
sur le bénéfice et le capital et d’impôt fédéral direct 2013, 2014 et
2015). La liste des débiteurs présentait une somme totale d’impayés de 207'786 fr.
84. Le rapport concluait à la prolongation du sursis pour une durée de six mois supplémentaire.

 

             
e)
Lors de l’audience qui s’est tenue le 3 février 2022, la sursitaire a indiqué adhérer
aux conclusions du rapport du commissaire. Le représentant de l’Office des poursuites du district
de l’Ouest lausannois a produit les dernières réquisitions de poursuite reçues à
l’encontre de la sursitaire et s’est opposé à la prolongation du sursis. Le commissaire
a produit une relevé relatif aux cotisations LPP de la requérante, montrant que celle-ci était
à jour dans ses paiements depuis l’octroi du sursis. 

 

 

2.             
Par décision adressée pour notification
aux parties le 15 mars 2022 et publiée dans la Feuille des avis officiels, le sursis concordataire
a été prolongé de six mois, soit jusqu’au 9 août 2022 (I), le commissaire au
sursis a été maintenu dans ses fonctions (II) et invité à déposer son rapport
une semaine avant l’audience fixée au 4 août 2022 (IV et VI), et les frais judiciaires,
arrêtés à 400 fr., ont été mis à la charge de la sursitaire (VII).

 

 

3.             
Par acte du 30 mars 2022, l’AFC a recouru
contre la décision précitée, concluant à l’annulation de la prolongation du
sursis et à la révocation du sursis concordataire, avec suite de frais et dépens. Les
pièces produites à l’appui de son recours ne sont pas nouvelles, à l’exception
de certaines correspondances qu’elle a échangées avec le commissaire entre 2018 et 2021.

 

             
L’Office des poursuites du district de l’Ouest lausannois et l’Office des faillites
de l’arrondissement de Lausanne ont déclaré s’en remettre à justice, par lettres
des 9 et 13 juin 2022. 

 

             
Le commissaire, par détermination du 16 juin 2022, a conclu au rejet du recours.

 

             
L’intimée, par mémoire de réponse du 17 juin 2022, a conclu au rejet du recours
et à la confirmation de la décision attaquée. Elle a produit le rapport du commissaire
au sursis du 31 janvier 2022 ainsi que deux pièces nouvelles, à savoir le rapport du commissaire
à l’assemblée des créanciers du 4 mai 2022 et le décompte de TVA du quatrième
semestre 2021 adressé à l’AFC.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
a) En vertu de l'art. 295c al. 1 LP, le débiteur
et les créanciers peuvent attaquer la décision du juge du concordat par la voie du recours,
conformément au CPC (Code de procédure civile ; RS 272), soit plus précisément
aux art. 319 à 327a CPC (TF 5A_874/2017 du 7 février 2018 consid. 4.2.1). 

 

             
En l’espèce, la recourante, créancière de l’intimée, a ainsi qualité
pour recourir. Elle a agi dans les formes requises, par acte écrit et motivé, et en temps utile,
dans les dix jours suivant la notification de la décision attaquée (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Les pouvoirs de représentation de la signataire de l’acte ont été dûment établis
par la production d’une procuration. Le recours est recevable.

 

             
b)
Les réponses de l’intimée, du commissaire au sursis et des deux offices des faillites
et des poursuites concernés, déposées dans le délai de dix jours suivant la notification
du recours pour détermination (art. 322 CPC), sont également recevables.

 

 

II.             
Selon l’art. 326 CPC, les conclusions, allégations
de fait et preuves nouvelles sont irrecevables dans le cadre du recours (al. 1), les dispositions spéciales
de la loi étant réservées (al. 2). En matière de concordat, la LP n’a pas prévu
de régime dérogatoire (CPF 13 mai 2015/131 ; CPF 15 janvier 2015/2). 

 

             
Il s’ensuit que les faits nouveaux allégués et les preuves nouvelles produites par les
parties sont irrecevables. C’est en particulier la cas des pièces et faits nouveaux invoqués
par l’intimée relatifs à l’assemblée des créanciers du 4 mai 2022. 

 

 

III.             
a)
La recourante estime que le sursis accordé est disproportionné et injustifié et que la
prolongation ne se base sur aucun élément objectif pertinent. Selon elle, la durée de
la procédure d’ajournement de faillite (de plus de trois ans) aurait dû être prise
en compte dans la fixation de la durée du sursis et dans la question de sa prolongation ; les
conditions d’octroi du sursis et de prolongation du sursis devraient être d’autant plus
restrictives lorsqu’une entreprise a déjà pu bénéficier d’une suspension
des procédures d’encaissement durant presque quatre ans par l’enchaînement d’un
ajournement de faillite et d’un sursis concordataire, ces « délais à rallonge »
n’étant pas sans conséquence pour les créanciers ; la recourante invoque à
cet égard le risque de prescription fiscale (art. 91 LTVA [loi fédérale régissant
la taxe sur la valeur ajoutée ; RS 641.20]), mettant en péril l’encaissement de
ces impôts à moyen terme. La recourante estime également que l’autorité précédente
a outrepassé son pouvoir d’appréciation en ne tenant pas compte du fait que la sursitaire
n’a proposé aucune solution d’arrangement pour les arriérés, alors que son
cas ne présente aucune complexité particulière ; or depuis l’ouverture de la
procédure d’ajournement de faillite (en mars 2018), aucune proposition concrète n’a
été soumise à la recourante, qui a fait valoir une créance de « 125'356
fr. » [réd. recte : 125'137 fr. 80]. La recourante demande l’annulation de
la prolongation du sursis concordataire et la révocation de ce sursis. 

 

             
b)
Aux termes de l’art. 293 let. a LP, la procédure concordataire est introduite par la requête
du débiteur, accompagnée des documents suivants : un bilan à jour, un compte de résultats
et un plan de trésorerie ou d’autres documents présentant l’état actuel et
futur de son patrimoine, de ses résultats ou de ses revenus ainsi qu’un plan d’assainissement
provisoire. 

 

             
aa)
Selon l’art. 294 LP, si, durant le sursis provisoire, des perspectives d’assainissement ou
d’homologation d’un concordat apparaissent, le juge du concordat octroie définitivement
un sursis de quatre à six mois ; il statue d’office avant l’expiration du sursis
provisoire (al. 1). Le juge cite le débiteur et, le cas échéant, le créancier requérant
à comparaître à une audience préliminaire. Le commissaire provisoire fait rapport
oralement ou par écrit. Le juge peut entendre d’autres créanciers (al. 2). Le juge prononce
d’office la faillite s’il n’existe aucune perspective d’assainissement ou d’homologation
d’un concordat (al. 3).

 

             
Pour que le sursis définitif soit accordé, la perspective d'un assainissement sans conclusion
d'un concordat suffit. Le juge prononce en revanche d'office la faillite s'il n'existe aucune perspective
d'assainissement ou d'homologation d'un concordat (art. 294 al. 3 LP). Le défaut de perspective
n'a pas besoin d'être manifeste. Est déterminante l'existence de chances réalistes d'assainissement
ou de concordat (TF 5A_495/2016 du 11 novembre 2016 consid. 3.1 ; 5A_950/2015 du 29 septembre
2016 consid. 8.3.1). Lors de l’assainissement, tous les créanciers doivent être totalement
satisfaits, à moins que des solutions individuelles puissent être trouvées (TF 5A_495/2016
précité consid. 3.1). A côté de l’apport de nouveaux moyens, entrent également
en considération des mesures telles que la vente d’actifs de l’entreprise (TF 5A_495/2016
précité consid. 3.1). Selon un arrêt récemment publié, le Tribunal fédéral
a encore précisé que l’exigence de perspectives d’assainissement ou d’homologation
d’un concordat posée par l’art. 294 al. 1 LP signifie qu’un assainissement doit
pouvoir être attendu, ou qu’un concordat doit présenter des chances réalistes d’aboutir
(ATF 147 III 226 consid. 3.1.3). 

 

             
Pour juger si les conditions de l’homologation d’un concordat sont remplies, au sens de l’art.
294 al. 1 LP, le juge du concordat, qui statue en procédure sommaire (art. 251 let. a CPC), doit
se fonder sur les documents mentionnés à l’art. 293 let. a LP précité,
ainsi que sur l’avis du commissaire au sursis provisoire, qui peut être entendu par écrit
ou par oral ; le rapport du commissaire doit avant tout renseigner sur le point de savoir s’il
existe des perspective d’assainissement ou de concordat. La procédure est soumise à la
maxime d’office, de sorte que le juge peut demander la production d’autres pièces (art.
255 let. a CPC ; Spühler/Dolge, Schuldbetreibungs- und Konkursrecht II, 8e
éd., Zurich 2014, n. 399, p. 168 ; CPF 3 juin 2019/71 consid. 2 b aa). 

 

             
bb)
Sur demande du commissaire, le sursis – définitif – peut être prolongé jusqu’à
douze mois et, dans les cas particulièrement complexes, jusqu’à vingt-quatre mois
(art. 295b al. 1 LP).

 

             
c)
En l’espèce, la prolongation du sursis concordataire, initialement octroyé le 19 août
2021, a été accordée - par la décision attaquée rendue le 15 mars 2022 à
la suite de l’audience du 3 février précédent - sur la base du rapport du commissaire
du 31 janvier 2022. Or ce rapport se fonde sur des comptes arrêtés au 31 décembre 2020.
C’est dire que même pour se voir accorder le sursis provisoire et le premier sursis définitif,
respectivement en mars et en août 2021, l’intimée, pourtant assistée et en procédure
d’ajournement de faillite depuis trois ans, ce qui aurait dû lui donner le temps de réunir
les éléments prescrits par l’art. 293 let. a CPC, n’a pas respecté l’exigence
posée par cette disposition de produire un bilan à jour, ainsi qu’un compte de résultats
et un plan de trésorerie présentant l’état actuel et futur de son patrimoine. Pour
ce motif, l’octroi du sursis définitif initial prêtait déjà le flanc à
la critique. La prolongation de ce sursis est d’autant plus injustifiée qu’elle a été
demandée sur la base de comptes datant de plus de douze mois, dont on ne saurait admettre qu’ils
présentent les actifs actuels de la société comme le soutient le commissaire. Au demeurant,
ce dernier a rapporté que ces comptes « ont fait état d’un résultat à
l’équilibre de – fr. 5'400.45 », ce qui signifie en réalité
qu’ils sont déficitaires. A cela s’ajoute que l’intimée avait indiqué,
dans sa requête d’ajournement de faillite du 19 janvier 2018, qu’elle pourrait
consigner 5'000 fr. à 10'000 fr. par mois pour régler l’intégralité de ses
dettes. Or selon le rapport du commissaire établi le 31 janvier 2022, soit quarante-huit mois plus
tard, elle n’avait consigné que 53'142 fr. 60, somme totalement insuffisante pour
acquitter, même partiellement, le montant de ses dettes, la seule créance de la recourante
s’élevant déjà à 125'137 fr. 80 au moins. En outre, le commissaire au sursis,
curateur de l’intimée depuis 2018, a indiqué dans son rapport du 31 janvier 2022 que
celle-ci pourrait consigner en plus quelque 20'000 fr. à 25'000 fr. « d’ici la fin
de l’année » - alors que la prolongation était demandée pour une durée
de six mois -, mais il n’a pas fait état de perspectives d’assainissement, au sens de
la jurisprudence exposée ci-dessus. Il n’a pas non plus fait état de démarches concrètes
en matière d’homologation d’un concordat avec les créanciers de l’intimée,
alors que ceux-ci, dont la recourante, attendaient alors depuis quatre ans. Dire que la consignation
évoquée – soit quelque 73'000 fr. à 78'000 fr. au total – « couvrira
partiellement le montant des créanciers privilégiés » n’était qu’un
pronostic très insuffisant, d’autant que le sort des autres créanciers, dont la recourante,
ne faisait l’objet que d’une ébauche de solution évoquée dans les termes les
plus vagues et dépendante d’une nouvelle prolongation du sursis, durant laquelle il s’agirait
« de constituer un matelas de liquidités destiné à proposer aux créanciers
chirographaires un concordat dividende (…) dont le taux ainsi que les échéances
restent à déterminer ». 

 

             
On notera encore que dans son rapport du 1er
mars 2021, le curateur indiquait que les mesures d’assainissement – déjà « exposées
dans la requête d’ajournement de faillite du 19 janvier 2018, et débattues à l’occasion
de [ses] rapports antérieurs [réd. soit six entre juin 2018 et août 2020] »
– tendaient « à l’augmentation du chiffre d’affaires, à la diminution
des charges, et par conséquent à l’augmentation de la marge en vue de résorber l’état
de surendettement résultant des comptes ». Or, le rapport du 31 janvier 2022 qu’il
a établi en qualité de commissaire au sursis indique que « pour l’année
2021, il est escompté un chiffre d’affaires équilibré », et ne dit
rien de la diminution des charges, mais mentionne que le règlement des charges LPP et AVS échues
au 31 décembre 2021 « reste à justifier par la sursitaire ». On voit mal
comment on pourrait estimer que des mesures d’assainissement, certes envisagées, seraient
réalisables dans ces conditions. On constate de plus à lire le dernier rapport annuel des comptes
de l’intimée au dossier, au 31 décembre 2020, que la situation de l’intimée
a empiré entre 2019 et 2020 : son surendettement a passé de 67'503 fr. 22 à 72'903
fr. 67, ses produits ont baissé et son résultat a passé de positif (3'100 fr.) à
négatif (-5'400 fr.). En outre, l’intimée comptait 33'800 fr. d’actifs immobilisés
sous forme de véhicules, alors que son associé gérant a indiqué, lors de l’audience
du 3 février 2022, qu’il ne vendait plus d’automobiles depuis 2016, rendant ce chiffre
peu sérieux. Par ailleurs, dans la demande de sursis concordataire provisoire du 22 mars 2021, le
conseil de l’intimée indiquait que celle-ci avait « pu mettre des montant relativement
importants de côté de l’ordre de 75'000 fr. », alors que dans son rapport
du 31 janvier 2022, le commissaire au sursis a indiqué un montant de 53'142 fr. 60. Ainsi, la somme
a diminué de près d’un tiers, sans qu’on ait d’explication à ce sujet,
ce qui rend d’autant moins probable l’existence de ressources permettant de mettre en œuvre
des mesures d’assainissement, a fortiori des mesures d’assainissement suffisantes ou la passation
d’un concordat.

 

             
Les motifs de la décision attaquée ne permettent pas de modifier cette appréciation. Cette
décision retient que l’intimée a engagé un employé de plus à un taux de
100%.
Cela implique plus de charges et non moins comme les mesures d’assainissement envisagées le
voulaient. La décision retient par ailleurs qu’il y a encore des dettes courantes à payer
(cotisations AVS et prêt COVID). Elle retient également que « d’après
les déclarations du représentant de la requérante, l’activité de la société
semble bien se porter ». L’associé gérant de l’intimée a en effet
déclaré en audience que la société avait « beaucoup de travail ».
Sans autre élément, cela ne suffit toutefois pas pour considérer que la société,
menacée de faillite, irait mieux. Quant au montant consigné, il était de 68'000 fr. au
jour de l’audience du 3 février 2022, soit toujours inférieur au montant « de
l’ordre de 75'000 fr. » mentionné par le conseil de l’intimée en 2021
comme « mis de côté », sans qu’on ait d’explication à
ce sujet. La décision attaquée considère néanmoins comme des « perspectives
de concordat » le fait que la société « escompte en outre la consignation
d’un montant de 20'000 fr. à 25'000 fr. d’ici à la fin de l’année 2022 »
et que « le montant ainsi consigné devrait couvrir partiellement le montant des créanciers
privilégiés ». En définitive, la décision attaquée est fondée
principalement sur le fait que le commissaire se déclare « optimiste quant à la possibilité
d’assainissement et d’homologation d’un concordat ». Or ni l’une ni
l’autre n’a été réalisée ou rendue vaguement crédible malgré
le temps imparti, le curateur, devenu commissaire, étant en charge depuis 2018 de trouver une solution
sans que rien n’ait été concrètement fait, et la situation de l’intimée
s’étant au contraire péjorée selon les derniers comptes produits. Cette seule déclaration
d’optimisme apparait dès lors bien trop vague et peu étayée pour suffire à
justifier une autre prolongation du sursis et retarder encore le recouvrement de leurs créances
par les créanciers. 

 

             
Dans ces conditions, il apparait que la décision ne peut pas être confirmée et que la
cause doit être renvoyée au premier juge pour nouvelle instruction, notamment sur les perspectives
réelles d’assainissement ou d’homolo-gation d’un concordat au moment de la demande
de prolongation, et nouvelle décision, tenant compte du temps imparti à l’intimée
depuis la demande d’ajournement de faillite en janvier 2018 pour s’acquitter de ses dettes
et du risque que celles-ci se prescrivent. 

 

 

III.             
Vu ce qui précède, le recours doit être
admis, la décision attaquée annulée et la cause renvoyée au juge de première
instance pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. 

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 800 fr., dont la recourante
a fait l’avance, doivent être mis à la charge de l’intimée (art. 106 al. 1
CPC). Celle-ci remboursera donc à la recourante son avance de frais de 800 francs. 

 

             
Il n’est pas alloué de dépens de deuxième instance à la recourante, qui a procédé
sans l’assistance d’un mandataire professionnel.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites et de faillite,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
 La décision est annulée et la cause renvoyée au Président du Tribunal d’arrondissement
de Lausanne pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. 

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 800 fr. (huit cents francs),
sont mis à la charge de l’intimée V.________Sàrl.

 

             
IV.             
Il n’est pas alloué de dépens de deuxième instance.

             

             
V.             
L’arrêt est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Administration fédérale des contributions (pour la Confédération suisse),

‑             
M. Pascal Stouder, agent d’affaires breveté (pour V.________Sàrl),

-             
M. W.________, agent d’affaires breveté (commissaire au sursis),

-             
M. le Préposé à l'Office des poursuites du district de l’Ouest lausannois,

-             
M. le Préposé à l'Office des faillites de l'arrondissement de Lausanne.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

-             
Mme la Conservatrice du Registre foncier, Office de Lausanne,

-             
M. le Préposé au Registre du Commerce du canton de Vaud,

 

             
                           
et communiqué à : 

 

‑             
M. le Président du Tribunal d'arrondissement de Lausanne.

 

             
La greffière :