# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d7713e24-47f0-57bd-b5db-bf79c57d6c73
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-05-30
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 30.05.1997 AC.1997.0007
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_AC-1997-0007_1997-05-30.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 30 mai 1997

sur le recours interjeté par Alain et
Marianne PLATTET, représentés par Me Olivier Freymond, avocat à Lausanne

contre

les décisions des 8 et 22 janvier 1997 de la Municipalité
de Trélex, représentée par Me Rémi Bonnard, avocat à Nyon, ordonnant la
remise en état des lieux conforme aux plans mis à l'enquête.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Jean-Claude
de Haller, président; M. Rolf Ernst et M. Alain Matthey, assesseurs.

Vu les faits suivants:

A.                     Edgar Sahy, à Gingins,
a mis à l'enquête publique, du 24 novembre au 14 décembre 1995, un projet de
construction de six villas jumelles avec couvert à voitures sur un immeuble
dont il était propriétaire, à Trélex, immatriculé au registre foncier sous no
391 et sis en zone de faible densité selon le plan d'extension communal. Les
plans d'enquête, datés du 15 octobre 1995, établis par l'architecte Alain
Charrotton à Crans-près-Céligny, prévoyaient un étage de combles non aménagés,
utilisable partiellement comme galetas et auquel on accédait par un escalier
pliable.

                        La Municipalité de
Trélex a délivré le permis de construire le 22 janvier 1996, en précisant, à
titre de condition spéciale, que les combles ne pouvaient en aucun cas être destinés
à l'habitation ou au travail.

B.                    Peu auparavant, soit le
11 octobre 1995, Alain Plattet et son épouse ont passé avec la société Matsa
Sàrl à Lucens un contrat de construction prévoyant la construction d'une des
villas autorisées (portant le no 1), sise à l'extrémité nord-ouest de la
parcelle 391 pour un prix forfaitaire de 326'000 fr. Cette convention a été
complétée par un contrat d'entreprise générale conclu le 26 mars 1996 avec
l'entreprise Pierre-Alain Dupuis, à Vufflens-la-Ville, et réglant les modalités
d'exécution de construction de la villa projetée pour le prix de 326'000 fr. Ce
contrat prévoyait notamment qu'en faisait partie intégrante les plans de mise à
l'enquête établis par l'architecte Charrotton, en précisant :

"Ces plans sont signés et joints au
présent contrat."

                        Etaient joints un
descriptif général des travaux et des plans portant la date du 1er février
1996, signés par les époux Plattet, et prévoyant l'aménagement de l'étage de
combles par la création d'une chambre et d'une salle de bains, l'accès se
faisant par un escalier tournant.

C.                    Les travaux de
construction ont été réalisés dans le courant de l'année 1996. Toutefois, à la
suite d'une visite sur place le 20 décembre 1996, l'autorité municipale a
constaté que la réalisation de l'étage de combles n'était pas conforme aux
plans d'enquête ni au permis de construire délivré, et elle a ordonné l'arrêt
immédiat des travaux, le 8 janvier 1997. L'entreprise Dupuis a alors présenté
le 20 janvier 1997 un projet de modification, à effectuer sur toutes les villas
dont la construction était en cours, modification concernant la façon de
l'escalier conduisant aux combles et de deux murs, ainsi que l'agrandissement
de deux fenêtres. La municipalité a autorisé ces modifications (lettre du 23 janvier
1997) en rappelant expressément que ces locaux ne pouvaient en aucun cas être
destinés à l'habitation ou au travail et que l'aménagement d'une salle de bains
ne serait pas toléré. Elle a également levé l'ordre d'arrêt des travaux.

D.                    Parallèlement, c'est à
dire également par lettre du 8 janvier 1997, la municipalité a avisé les époux
Plattet que la manière dont les combles étaient aménagés, avec création d'une
salle de bains notamment, était contraire à la condition spéciale prévue par le
permis de construire avec la conséquence, notamment, que le CUS n'était plus
respecté. La municipalité a fixé un délai d'un mois pour la remise en état des
lieux. Cet ordre a été répété le 22 janvier 1997 sous la forme d'une décision
fondée sur l'art. 105 LATC, avec référence aux art. 292 du code pénal suisse et
art. 130 LATC, une dénonciation étant par ailleurs faite auprès de la
Préfecture du district de Nyon.

                        C'est contre ces
décisions qu'est dirigé le présent recours déposé le 28 janvier 1997.

E.                    La municipalité s'est
déterminée en date du 14 avril 1997, concluant au rejet du pourvoi. Le Tribunal
administratif a procédé, le 20 mai 1997, à une visite des lieux en présence des
parties. Le recourant Alain Plattet a précisé à cette occasion que l'entreprise
Dupuis s'était récemment adressée à l'Office des faillites du district de Nyon
pour annoncer un dépôt de bilan.

                        Le Tribunal
administratif a statué à huis clos immédiatement après cette inspection locale.

Considérant en droit:

1.                     Déposé dans les forme
et délai légaux par les destinataires de la décision entreprise, à qui est
imposé une obligation de remise en état des lieux, le recours est recevable à
la forme.

                        Sur le fond, les
recourants invoquent tout d'abord leur bonne foi, en relevant qu'ils se sont
fiés aux plans qui leur ont été remis lors de la passation des contrats de
construction et d'entreprise générale, qu'ils n'ont pas eu connaissance de la
restriction stipulée par le permis de construire, document dont ils ont
toujours réclamé en vain la production, et que ce n'est en définitive qu'au
début de 1997, à la suite de l'intervention de l'autorité municipale, qu'ils
ont appris qu'ils n'avaient pas le droit d'aménager des combles habitables et
d'y faire une salle de bains. Ils font au surplus valoir que cette dernière est
aujourd'hui terminée, que le coût de la remise en état serait hors de
proportion avec l'intérêt public compromis par la création d'un étage de
combles non conforme aux plans d'enquête et au permis de construire, enfin
qu'une deuxième salle d'eau leur est indispensable pour des raisons familiales
et qu'il ne leur est pas possible de la réaliser au rez-de-chaussée (où seul un
WC-lavabo a été installé).

                        L'autorité intimée
soutient en substance que, même si les recourants n'avaient pas connaissance du
permis de construire, il leur incombait de s'assurer que la construction qu'ils
réalisaient y était conforme, et qu'il y a à tout le moins de leur part une
légèreté excluant la bonne foi. Elle relève au surplus qu'une remise en état
est la seule solution permettant d'assurer le respect de la réglementation
(notamment le CUS) et le principe de l'égalité entre les citoyens, puisque la
même règle a été imposée aux autres acquéreurs des villas qui s'y sont
conformés ou devront s'y conformer.

2.                     Conformément à l'art.
103 LATC, aucun travail de construction d'un bâtiment ne peut être exécuté
avant d'avoir été autorisé. Cette disposition trouve une sanction à l'art. 105
LATC, qui donne à l'autorité municipale le droit de faire suspendre, supprimer
ou modifier aux frais des propriétaires les travaux non conformes.

                        Par démolition, il
faut entendre non seulement la démolition proprement dite des travaux effectués
sans droit, mais aussi la remise en état des lieux (RDAF 1992 480). Un ordre de
remise en état n'est toutefois pas justifié dans tous les cas, la question
devant être examinée en application des principes du droit constitutionnel
(proportionnalité et bonne foi notamment). L'autorité doit renoncer à une telle
mesure lorsque les dérogations à la règle sont mineures, lorsque l'intérêt
public lésé n'est pas de nature à justifier le dommage entraîné par la
démolition, ou encore lorsque le maître de l'ouvrage pouvait de bonne foi se
croire autorisé à construire et lorsque le maintien d'une situation illégale ne
porte pas atteinte à des intérêts prépondérants (sur tous ces points, AC 92/046
du 25 février 1993, et les références citées).

3.                     En l'espèce, il faut
souligner que la décision entreprise ne répond pas seulement à la nécessité
d'assurer le respect formel des conditions fixées par le permis de construire.
L'aménagement d'un étage de combles habitable, tel qu'il résulte des travaux
litigieux et qui est du reste possible en application du règlement communal sur
les constructions (règlement sur les constructions et l'aménagement du
territoire, adopté par le conseil communal le 30 novembre 1992 et approuvé par
le Conseil d'Etat le 16 avril 1993, ci-après RPE) entraîne un dépassement du
coefficient d'utilisation du sol (CUS). Fixé à 0.25 par l'art. 4.2 RPE pour la zone
de faible densité, ce coefficient donne pour la parcelle en cause, dont la
surface constructible est de 3'198 m2, une surface brute utile de plancher de
799,5 m2, correspondant exactement à celle des plans mis à l'enquête publique
et ayant fait l'objet du permis de construire du 22 janvier 1996. L'aménagement
supplémentaire de combles habitables ne peut dès lors qu'entraîner un
dépassement notable de cette valeur et, par conséquent, une
"non-réglementarité" de la construction qui ne saurait être considérée
comme mineure. La municipalité, dont c'est le devoir de veiller au respect des
règles fixées, ne pouvait donc pas faire autre chose qu'intervenir puisque,
selon la jurisprudence (ATF 116 Ia 179 consid. 2b) les travaux entrepris sans
autorisation et pour lesquels un permis de construire ne peut être délivré par
la suite, doivent être en règle générale sanctionnés par un ordre de
démolition. Il reste à examiner si les principes de bonne foi et de
proportionnalité peuvent en l'espèce justifier une solution différente.

4.                     S'agissant de la bonne
foi, le tribunal ne met pas en doute la sincérité des recourants lorsqu'ils
affirment qu'ils étaient persuadés, au vu des plans qui leur avaient été remis,
que l'aménagement des combles était sans autre possible. Mais cela ne signifie
pas encore qu'ils puissent se prévaloir du principe de la bonne foi, tel qu'il
est défini en droit administratif. Valable pour l'ensemble de l'activité
étatique, ce principe confère au citoyen à certaines conditions le droit
d'exiger de l'autorité qu'elle se conforme aux promesses ou assurances précises
qu'elle lui a faites et ne trompe pas la confiance qu'à juste titre il a placé
dans ces assurances (ATF 122 II 123 consid. 3cc, et les références citées). La
simple passivité ou l'inaction de l'administration peut également justifier
l'application du principe (JAAC 1996 no 17).

                        En l'espèce, les
recourants ne soutiennent pas qu'ils ont obtenu eux-mêmes des assurances de la
municipalité. Ils ne peuvent pas davantage reprocher à cette dernière d'avoir
passivement laissé se réaliser les travaux litigieux sans intervenir, puisqu'il
résulte du dossier que la réaction de l'autorité communale a été immédiate, en
janvier 1997, lorsque les irrégularités ont été portées à sa connaissance. Il
est possible que les recourants aient été induits en erreur, délibérément ou
pas, par leurs cocontractants, élément qui est susceptible d'entraîner la
responsabilité civile - et peut être pénale - de ces derniers, mais cela ne les
autorise pas à opposer à l'autorité elle-même le principe de la bonne foi.
D'ailleurs, le Tribunal administratif admet, avec l'autorité intimée, qu'on
peut leur reprocher de ne pas s'être assurés personnellement que les travaux
qu'ils entreprenaient (sans architecte mandaté personnellement) étaient
autorisés. Les recourants ont certes indiqué qu'ils avaient vainement cherché à
se faire remettre le permis de construire par leur entrepreneur général. Mais
cet argument est sans pertinence, dans la mesure où même s'ils se sont heurtés
à une attitude dilatoire de celui-ci, il leur aurait été très facile de se
faire remettre une copie du document au greffe municipal. Leur comportement
témoigne à cet égard d'une certaine légèreté, qui exclut aussi la bonne foi au
sens précisé ci-dessus.

5.                     On ne peut pas
davantage parler de violation du principe de la proportionnalité. La
suppression de la salle de bains litigieuse - et de la chambre attenante -
réduira bien entendu l'agrément de l'habitation en raison de la réduction du
nombre des locaux qu'elle implique nécessairement. Mais la villa reste d'un
confort tout à fait satisfaisant pour une habitation familiale d'un prix
relativement modeste puisqu'une salle de bains et un WC existent au premier
étage et au rez-de-chaussée cet équipement pouvant être considéré comme
suffisant pour une famille. A cela s'ajoute que la visite des lieux a permis au
tribunal - composé notamment de deux architectes - de constater que
l'aménagement d'une douche au rez-de-chaussée, en lieu et place du WC-lavabo,
était parfaitement possible. Sur le plan financier, le coût des travaux de
suppression de la salle des bains des combles - qui n'apparaît pas devoir être
supérieur à 3'000 fr., c'est-à-dire un montant correspondant à moins de 1% du
prix d'acquisition de la villa - ne peut être considéré comme insupportable ni
hors de proportion avec l'intérêt public qui exige qu'on ne maintienne pas et
qu'on ne laisse pas habiter un bâtiment irrégulier (voir par exemple AC 95/067
du 13 juillet 1995, arrêt dans lequel le Tribunal administratif a considéré
qu'un ordre de remise en état entraînant des dépenses correspondant à 1,2 % du
devis total n'était pas disproportionné).

 

6.                     Dans ces conditions,
l'injonction notifiée aux recourants par la municipalité doit être confirmée,
ce qui entraîne le rejet du recours. Le délai imparti (15 mai 1997) étant
dépassé, le dossier doit être retourné à l'autorité municipale qui devra fixer
un nouveau délai en exécution du présent arrêt.

                        Vu l'issue du pourvoi,
les recourants supporteront un émolument judiciaire et verseront des dépens à
la Commune de Trélex, dont la municipalité a procédé avec l'aide d'un conseil.
Les montants tant de l'émolument que des dépens doivent toutefois tenir compte
du fait que la présente cause a été jugée parallèlement à un autre recours
portant sur un litige identique et concernant la villa voisine, ce qui a ainsi
réduit les frais d'instruction et de procédure aussi bien pour le tribunal que
pour les parties.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
rejeté.

II.                     Les décisions
des 8 et 22 janvier 1997 de la Municipalité de Trélex sont confirmées, cette
autorité étant chargée de fixer un nouveau délai d'exécution dans le sens des
considérants.

III.                     Un émolument
de 1'000 (mille) francs est mis à la charge des recourants, solidairement.

IV.                    Les recourants
verseront à la Commune de Trélex une indemnité de 500 (cinq cents) francs à
titre de dépens.

fo/Lausanne, le 30 mai 1997

                                                          Le
président:

 

 

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint