# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** b4d530fb-d4c5-5bc2-bb2f-7eb6d20a5572
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des curatelles Arrêt / 2021 / 1111
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_008_Arr-t---2021---1111_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

OD20.015266-211560
et OD20.015266-211611 

251 

 

 

CHAMBRE
DES CURATELLES

___________________________________

Arrêt
du 3 décembre 2021 

__________________

Composition
:               Mme             
Rouleau,
vice-présidente

             
              Mmes             
Giroud Walther et Chollet, juges

Greffière             
:              Mme             
Wiedler

 

 

*****

 

 

Art.
395 al. 3 et 400 ss CC

 

 

             
La Chambre des curatelles du Tribunal cantonal prend séance pour statuer sur les recours interjetés
par  A.________,
à [...], d’une part, et M.________,
à [...], d’autre part, contre la décision rendue le 2 septembre 2021 par la Justice
de paix du district de Nyon dans la cause concernant A.________.
    

 

             
Délibérant à huis clos, la Chambre voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 2 septembre 2021, adressée aux parties pour notification le 22 septembre 2021,
la Justice de paix du district de Nyon (ci-après : la justice de paix) a notamment privé A.________,
né le [...] 1946, de sa faculté d'accéder à l'ensemble de ses comptes bancaires et
postaux, à l'exception de celui laissé à sa libre disposition par le curateur (I), modifié
la curatelle de gestion sans privation de la faculté d'accéder à certains biens au sens
de l'art. 395 al. 1 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210) instituée en faveur
du prénommé le 24 septembre 2020 en une curatelle de gestion avec privation de la faculté
d'accéder à ses biens au sens de l'art. 395 al. 3 CC (II), relevé M.________ de son mandat
de curateur d'A.________, sous réserve de la production d'un compte final et d'une déclaration
de remise de biens au nouveau curateur dans un délai de trente jours dès réception de
la décision (III), nommé [...] en qualité de curateur pour exercer ses fonctions dans
le cadre de la curatelle de représentation et de gestion au sens des art. 394 al. 1 et 395 al. 3
CC instituée en faveur d'A.________ (IV), dit que les tâches du curateur seraient les suivantes :

             
dans le cadre de la curatelle de représentation :

             
- représenter A.________ dans les rapports avec les tiers, en particulier en matière de logement,
santé, affaires sociales, administration et affaires juridiques, et sauvegarder au mieux ses intérêts
(art. 394 CC), 

             
dans le cadre de la curatelle de gestion :

             
- veiller à la gestion des revenus et de la fortune d'A.________, administrer ses biens avec diligence
et accomplir les actes juridiques liés à la gestion (art. 395 CC),

             
- représenter, si nécessaire, A.________ pour ses besoins ordinaires (art. 408 al. 2 ch. 3
CC) (V),

             
invité [...] à remettre au juge, dans un délai de vingt jours dès notification de
la décision, un budget annuel et à soumettre annuellement à l'approbation de la justice
de paix les comptes avec un rapport sur son activité et sur l'évolution de la situation d'A.________
(VI) et laissé les frais à la charge de l'Etat (VII). 

 

             
En droit, les premiers juges ont notamment considéré que si M.________ s'était pleinement
investi sur le plan humain auprès de son protégé, la gestion des biens qu’il avait
opérée avait nécessité de nombreuses interventions de R.________, assesseur-surveillante
en charge du dossier, et de l’autorité de protection. En outre, la communication et la collaboration
avec l’intéressé étaient difficiles, voire inexistantes, et son comportement compliquait
le contrôle auquel il était soumis, de sorte qu’il ne pouvait pas être garanti que
les dispositions réglementant l'activité du curateur – lesquelles servent les intérêts
de la personne concernée – soient respectées. Malgré plusieurs injonctions, M.________
avait refusé de modifier la manière dont il gérait la curatelle d'A.________, si bien
que l’autorité intimée avait considéré qu’il se justifiait de le libérer
de ses fonctions. Pour le surplus, les premiers juges ont soulevé qu'à l'audience du 19 août
2021, A.________ s'était montré favorable à ce que sa curatelle soit modifiée en
curatelle de représentation et de gestion avec limitation de l'accès aux biens, reconnaissant
qu'il faisait trop de dons, notamment en faveur d’œuvres caritatives, et que ce durcissement
de la mesure lui serait bénéfique. 

 

 

B.             
a)
Par acte daté du 23 septembre 2021, mais reçu par la justice de paix le 12 octobre 2021, A.________
a déclaré s'opposer à ce que le mandat de M.________ soit levé et a indiqué
qu'il ne voulait pas être privé de la faculté d'accéder à ses biens puisqu'il
avait encore « toutes ses capacités de discernement ». Il a encore ajouté
« je veux continuer avec la tutelle d'accompagnement avec M.________ qui m'aide pour la question
de mes affaires administratives et financières. Il fait toujours avec moi. Je veux continuer à
recevoir mon courrier et garder la liberté de participer à mes affaires courantes ». 

 

             
A l'appui de son recours, A.________ a produit un certificat médical du Dr [...], spécialiste
FMH en médecine générale, du 4 août 2021, par lequel ce médecin relevait
que le recourant était stable sur le plan clinique et avait « toutes ses capacités de
discernement ». Selon ce médecin, la personne concernée était satisfaite de la curatelle
qui avait été instituée dans un premier temps en sa faveur et il n’y avait pas lieu
de la modifier. 

 

             
b)
Par acte du 21 octobre 2021, M.________ a également recouru contre la décision précitée,
concluant à ce qui suit : 

 

 

             
« Préalablement

 

·                     
Accepter l’effet suspensif au recours selon
l’alinéa 2 de l’art. 325 CPC [ndr : Code de procédure civile du 19 décembre
2008 ; RS 272].

             
La justification de cette demande consiste dans le fait que si, finalement le recours est admis et que
le recourant est maintenu dans ses fonctions, les chiffres IV et VI des conclusions de la décision
deviennent caduques.

 

             
Principalement

 

·                     
Maintenir M.________ dans son mandat de curateur

·                     
Etant précisé que le nouveau mandat
qui serait confié à M.________, devrait être un mandat de curateur pour exercer les fonctions
de curatelle de représentation et de gestion au sens de l’art. 394 al. 1, 395 al. 1 et 395
al. 3 CC qui a été instituée en faveur d’A.________

·                     
Supprimer les chiffres IV et VI de la décision
attaquée, puisque devenus inutiles. ».

 

             
c)
Par courrier du 22 octobre 2021, la vice-présidente de la Chambre de céans a informé M.________
que la requête d'effet suspensif était sans objet, le recours ayant un effet suspensif de par
la loi.

 

 

C.             
La Chambre retient les faits suivants :

 

1.             
Le 5 mars 2020, le Centre médico-social (CMS) a signalé la situation d’A.________ à
l’autorité de protection.

 

             
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 22 avril 2020, le Juge de paix du district de Nyon (ci-après :
juge de paix) a notamment institué une curatelle provisoire de représentation et de gestion
au sens des art. 394 al. 1, 395 al. 1 et 445 al. 1 CC en faveur d’A.________ et nommé
M.________ en qualité de curateur. 

 

2.             
Par décision du 24 septembre 2020, la justice de paix a notamment mis fin à l’enquête
en institution d’une curatelle ouverte en faveur d’A.________ et a confirmé son ordonnance
du 22 avril 2020.

 

             
Les juges retenaient qu’A.________ souffrait de troubles de la mémoire importants depuis 2008
en raison d’un accident vasculaire cérébral, qu’il était très fragile
et vulnérable sur le plan psychologique et qu’il avait été à plusieurs reprises
la victime d’abus de tiers.  

3.             
Par courrier du 5 mai 2021, la juge de paix a signifié à M.________ qu’il apparaissait
nécessaire de mettre en place un cadre plus strict s’agissant de la gestion administrative
et financière des biens d’A.________ et lui a énuméré les mesures à prendre
à cet égard. Elle a en outre relevé qu'il ressortait du rapport du 8 mars 2021 qu’il
avait procédé au transfert des fonds de la personne concernée en vue de nouveaux placements
auprès de la banque [...], mais qu’il n’avait pas averti R.________ au préalable.
La juge de paix a ainsi invité le curateur à la renseigner à ce sujet et lui a rappelé
que le consentement de l'autorité de protection de l'adulte était nécessaire pour une
série d'actes listés par la loi.

 

4.             
Le 25 mai 2021, la juge de paix a à nouveau écrit à M.________ au motif qu’il n'avait
pas donné suite à sa demande de renseignements du 5 mai 2021. Elle lui a rappelé
que le consentement de l'autorité de protection de l'adulte était nécessaire pour les
actes du curateur excédant la gestion courante, ce qui semblait être le cas s'agissant de l’investissement
de plus de 100'000 fr. qu’il avait effectué au nom de son protégé. Elle l'a dès
lors invité une nouvelle fois à lui transmettre des informations ainsi que des documents à
cet égard.

 

5.             
Par courrier du 7 juin 2021, M.________ a indiqué à la juge de paix qu’il ne pensait
pas utile d’obtenir le consentement de l’autorité de protection pour les investissements
qu’il avait effectués, estimant que ceux-ci s’inscrivaient dans la gestion courante
des affaires de son protégé. 

 

6.             
Dans un courrier électronique du 8 juin 2021, R.________ a notamment indiqué à la juge
de paix qu'elle avait demandé à deux reprises à M.________ de lui faire parvenir les comptes
de la personne concernée de janvier à mai 2021, sans succès. Elle a ajouté qu'elle
souhaitait la relève du curateur, car elle n'avait plus confiance en lui. 

 

             
Par courriel du même jour, R.________ a rappelé à M.________ qu'il devait lui faire parvenir
les comptes susmentionnés et l'a invité à le faire d'ici au 20 juin 2021.

 

7.             
Dans un courrier électronique adressé à la juge de paix le 8 juillet 2021, R.________
a notamment exposé que sur la totalité des écritures reportées sur les relevés
bancaires d’A.________ pour l’année 2020, seulement un tiers étaient justifiées.
En outre, toujours en 2020, la personne concernée avait effectué de nombreux dons pour un total
de 14'538 fr. 45, avait retiré 35'506 fr. pour effectuer des paiements sans justificatifs
et avait dépensé la somme de 10'600 fr. pour l’entretien de ses volets alors même
que les travaux n’avaient jamais été faits. Elle a également précisé,
s’agissant de l’année 2021, que seul un peu plus de la moitié des écritures
étaient justifiées, que le recourant avait effectué, en l’espace de cinq mois, des
dons totalisant la somme 5'330 fr. et que des factures semblaient douteuses, notamment celle concernant
l’achat de bouteilles de vin pour un total de 600 francs.

 

8.             
Par courrier du 31 juillet 2021 adressé à l’autorité de protection, R.________ a
réitéré ses remarques sur les comptes d’A.________ établis par le curateur
et a indiqué qu'elle avait finalement dû elle-même les mettre en ordre. Elle a en outre
relevé que M.________ n’avait entrepris aucune démarche pour mettre un terme aux dépenses
ou aux payements inconsidérés de son protégé. Elle concluait son courrier de la façon
suivante :

 

             
« Après avoir constaté toutes ces
négligences, manipulations de faits, comptes faux et/ou incomplets, mauvaise gestion et représentation
abusive, je vous prie de bien vouloir relever de ce mandat M. M.________ et d'effectuer un changement
de curatelle de M. A.________. ».

 

9.             
A l’audience de la juge de paix du 19 août 2021, en présence de R.________, M.________
a déclaré qu’il ne voulait et ne pouvait pas « imposer des choses »
à son protégé et a reconnu qu’il n’avait pas donné suite à l’ensemble
des demandes de R.________. A.________ a quant à lui déclaré qu’il avait fait trop
de dons et a consenti à ce que l’accès à ses comptes soit limité à l’exception
d’un compte courant approvisionné par le curateur. Ils ont tous deux renoncé à être
entendus par la justice de paix. 

 

10.             
Le 20 août 2021, la juge de paix a ratifié les placements effectués par M.________ au
nom d’A.________ à la banque [...].

 

 

 

 

 

             
En droit :

 

 

1.             

1.1             
Les recours sont dirigés contre une décision de la justice de paix relevant et libérant
un curateur de ses fonctions et privant la personne concernée de sa faculté d’accéder
à l’ensemble de ses comptes bancaires et postaux à l’exception de celui laissé
à sa libre disposition. 

 

1.2             
Contre une telle décision, le recours de l'art. 450 CC est ouvert à la Chambre des curatelles
(art. 8 LVPAE [Loi du 29 mai 2012 d'application du droit fédéral de la protection de l'adulte
et de l'enfant ; BLV 211.255] et 76 al. 2 LOJV (Loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979
; BLV 173.01) dans les trente jours dès la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC).
Les personnes parties à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes
qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision
attaquée ont qualité pour recourir (art. 450 al. 2 CC). Le recours doit être dûment
motivé et interjeté par écrit (art. 450 al. 3 CC), les exigences de motivation ne devant
cependant pas être trop élevées (Droese/Steck, Basler Kommentar, Zivilgesetzbuch I, Art.
1-456 CC, 6e
éd., Bâle 2018, n. 42 ad art. 450 CC, p. 2825).

 

             
L’art. 446 al. 1 CC prévoit que l'autorité de protection établit les faits d'office.
Compte tenu du renvoi de l’art. 450f CC aux règles du CPC, l’art. 229 al. 3 CPC
est applicable devant cette autorité, de sorte que les faits et moyens de preuve nouveaux sont admis
jusqu’aux délibérations. Cela vaut aussi en deuxième instance (Droese/Steck, Basler
Kommentar, op. cit., n. 7 ad art. 450a CC, p. 2827, et les auteurs cités ; TF 5C_1/2018 du
8 mars 2019 consid. 5.1 et les références citées ; TF 5A_367/2016 du 6 février
2017 consid. 5). En matière de protection de l'adulte et de l'enfant, la maxime inquisitoire illimitée
est applicable, de sorte que les restrictions posées par l'art. 317 CPC pour l'introduction de faits
ou moyens de preuve nouveaux sont inapplicables (cf. JdT 2011 III 43 ; CCUR 16 avril 2020/74).

 

             
La Chambre des curatelles doit procéder à un examen complet de la décision attaquée,
en fait, en droit et en opportunité (art. 450a CC), conformément à la maxime d'office
et à la maxime inquisitoire, puisque ces principes de la procédure de première instance
s'appliquent aussi devant l'instance judiciaire de recours (Droit de la protection de l’adulte,
Guide pratique COPMA, Zurich/St-Gall 2012, ci-après : Guide pratique COPMA 2012, n. 12.34, p. 289).
Elle peut confirmer ou modifier la décision attaquée devant elle. Dans des circonstances exceptionnelles,
elle peut aussi l'annuler et renvoyer l'affaire à l'autorité de protection, par exemple pour
compléter l'état de fait sur des points essentiels (art. 450f CC et 318 al. 1 let. c ch. 2 CPC).
Selon les situations, le recours sera par conséquent de nature réformatoire ou cassatoire (Guide
pratique COPMA 2012, n. 12.39, p. 290).

 

             
Conformément à l’art. 450d CC, la Chambre des curatelles donne à la justice de paix
l’occasion de prendre position (al. 1), cette autorité pouvant, au lieu de prendre position,
reconsidérer sa décision (al. 2).

 

1.3             
En l’espèce, motivés et interjetés en temps utile par la personne concernée
et le curateur relevé de ses fonctions, les recours sont recevables. Les pièces produites,
pour autant qu’elles ne figurent pas déjà au dossier, le sont également. 

 

             
Les recours étant manifestement mal fondés, au vu des considérations qui seront développées
ci-après, il a été renoncé à consulter l'autorité de protection et le curateur
nouvellement nommé n’a pas été invité à se déterminer.

 

             
Enfin, par souci de simplification, il se justifie de joindre les causes afin de les traiter simultanément
(art. 125 let. c CPC).

 

2.

2.1             
La Chambre des curatelles, qui n’est pas tenue par les moyens et les conclusions des parties, examine
d’office si la décision n’est pas affectée de vices d’ordre formel. Elle
ne doit annuler une décision que s’il ne lui est pas possible de faire autrement, soit parce
qu’elle est en présence d’une procédure informe, soit parce qu’elle constate
la violation d’une règle essentielle de la procédure à laquelle elle ne peut elle-même
remédier et qui est de nature à exercer une influence sur la solution de l’affaire (Poudret/Haldy/Tappy,
Procédure civile vaudoise, 3e
éd., Lausanne 2002, nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC-VD, p. 763, point de vue qui demeure valable sous
l’empire du nouveau droit).

 

2.2             
La procédure devant l’autorité de protection est régie par les art. 443 ss CC.
La personne concernée doit être entendue personnellement, à moins que l’audition
ne paraisse disproportionnée (art. 447 al. 1 CC).

 

             
En l’espèce, les recourants ont été entendus par la juge de paix le 19 août
2021 et ont renoncé, à cette occasion, à être entendus par la justice de paix in
corpore. Force est de constater que leur droit
d’être entendus a été respecté. 

 

             
La décision entreprise est donc formellement correcte et peut être examinée sur le fond.

 

3.

3.1             
A.________ et M.________ contestent la désignation d’un nouveau curateur, souhaitant le maintien
de la situation qui prévalait jusque là. 

 

3.2

3.2.1             
Selon l'art. 400 al. 1 CC, l'autorité de protection de l'adulte nomme curateur une personne physique
qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires à l'accomplissement des tâches
qui lui seront confiées, qui dispose du temps nécessaire et qui les exécute en personne.

 

             
Le curateur devra notamment présenter des compétences professionnelles méthodologiques,
sociales et personnelles en lien avec les tâches qui lui sont attribuées dans le cas d’espèce
(Meier, Droit de la protection de l’adulte, Genève/Zurich/Bâle 2016, n. 941, p. 451).
D’autres éléments, tenant à la situation de l’intéressé ou à
sa personnalité peuvent rendre la personne inapte par principe à exercer un mandat de curatelle
(délits contre le patrimoine, incapacité à gérer ses propres affaires, etc.) (Meier,
Droit de la protection de l’adulte, op.
cit., n. 944, p. 452).

 

             
L'autorité de protection de l'adulte doit tenir compte, lors de la désignation du curateur,
des souhaits exprimés par la personne à protéger et nommer le curateur proposé, à
moins que celui-ci ne remplisse pas les conditions requises pour être désigné et/ou qu'il
refuse d'assumer la curatelle (art. 401 al. 1 CC). Cette règle découle du principe
d'autodétermination qui prévaut dans le nouveau droit de protection de l'adulte (Meier, Droit
de la protection de l’adulte, op. cit.,
n. 956, p. 459) et tient compte du fait qu’une relation de confiance entre la personne concernée
et le curateur, indispensable au succès de la mesure, aura d’autant plus de chance de se créer
que l’intéressé aura pu choisir lui-même son curateur. Cependant, la loi subordonne
expressément la prise en compte de ces souhaits aux aptitudes de la personne choisie (TF 5A_228/2018
du 30 avril 2018 consid. 4.2.1 ; 5A_904/2014 du 17 mars 2015 consid. 2.2 ; Meier, Droit
de la protection de l'adulte, op.
cit., n. 959, p. 460 ; Guide pratique COPMA
2012, op. cit.,
n. 6.21, p. 186).

 

3.2.2             
L’autorité de protection est tenue de libérer de ses fonctions un curateur qui n’est
plus apte à remplir les tâches qui lui sont confiées (art. 423 al. 1 ch. 1 CC). Une telle
situation justifie, dans l’intérêt de la personne concernée, qu’il soit mis
un terme au mandat en cause, indépendamment de la volonté du curateur et même en l’absence
de toute faute de celui-ci. Une telle libération n’est toutefois pas justifiée par toute
insuffisance dans l’exécution du mandat : la mise en danger des intérêts de
la personne protégée – qui est seule déterminante et non le fait qu’il y ait
eu dommage ou pas (Rosch, CommFam, op.
cit., n. 5 ad art. 423 CC, p. 645) – doit
atteindre un certain degré de gravité. Selon les cas, d’autres mesures, comme des conseils
et un soutien au sens de l’art. 400 al. 3 CC, peuvent être suffisantes pour remédier
à des défaillances de peu d’importance (Guide pratique COPMA 2012, op.
cit., n. 8.9, p. 229).

 

             
La libération doit aussi être ordonnée s’il existe un autre juste motif (art. 423
al. 1 ch. 2 CC), soit par exemple des négligences graves, des abus dans l'exercice des fonctions
ou des actes rendant le curateur indigne de la confiance qui lui est accordée, motifs déjà
mentionnés à l’art. 445 al. 1 aCC relatif à la destitution (Guide pratique COPMA
2012, op. cit.,
n. 8.10, p. 229 ; Vogel, Basler Kommentar, op.
cit., n. 24 ad art. 421-424 CC, p. 2574).
De manière générale, la perte de confiance de la personne concernée en son curateur,
des conflits ou une relation irrémédiablement détruite peuvent constituer un juste motif
de libération (Vogel, Basler Kommentar, op. cit.,
n. 26 ad art. 421-424 CC, p. 2574).

 

             
Dans l’application de cette disposition, l'autorité de protection jouit d'un large pouvoir
d'appréciation, qu’elle doit exercer à la lumière des intérêts de la personne
concernée (Meier, Droit de la protection de l'adulte, op.
cit., n. 1147, p. 557 ; TF 5A_391/2016
du 4 octobre 2016 consid. 5.2.2).

3.3             
En l'espèce, il ressort du dossier que M.________ ne remplit pas ses fonctions de gestion des biens
d’A.________ à satisfaction malgré un plein investissement sur le plan humain et qu'il
ne souhaite en réalité pas se conformer aux instructions qui lui sont données puisqu'il
persiste à indiquer qu'il ne veut « rien imposer » à son protégé. Ainsi,
il ne s'est pas opposé aux importants dons effectués par la personne concernée chaque
année et a placé un montant de plus de 100'000 fr. sans en informer l'assesseur-surveillante
ni la juge de paix, estimant que cet investissement ne concernait en rien l’autorité de protection.
Il ressort en outre des comptes de la personne concernée que de nombreux paiements n’ont pas
été documentés, tels que l’achat de vin pour 600 fr. ou la somme dépensée
pour des travaux importants dans sa maison. Par son attitude, le curateur a ainsi clairement mis en danger
les intérêts d’A.________ et ne semble pas digne de la confiance qui lui est accordée.
En effet, il paraît impossible dans ces conditions de garantir que les dispositions légales
applicables à l'activité de curateur soient respectées et ce alors même qu'elles
servent uniquement les intérêts de la personne concernée, ce que semble ne pas vouloir
comprendre M.________. Ce dernier a d’ailleurs admis qu’il ne donnait pas suite aux consignes
de R.________ ni de l’autorité de protection. Enfin, on ne peut pas exclure que certains de
ses actes ne puissent être ratifiés a posteriori par la justice de paix, comme cela a été
le cas pour le placement de 100'000 fr. à la banque [...], ce qui pourrait avoir des conséquences
importantes. 

 

             
Partant, les recours doivent être rejetés sur ce point. 

 

4.             

4.1             
A.________ se plaint d’avoir été privé de sa faculté à accéder à
l’ensemble de ses comptes bancaires et postaux et de la modification sa curatelle de gestion au
sens de l’art. 395 al. 1 CC à une curatelle de gestion avec privation de la faculté d’accéder
à ses biens au sens de l’art. 395 al. 3 CC. 

 

4.2             
L'art. 395 al. 1 CC dispose que lorsque l'autorité de protection de l'adulte institue une curatelle
de représentation ayant pour objet la gestion du patrimoine, elle détermine les biens sur lesquels
portent les pouvoirs du curateur. Elle peut soumettre à la gestion tout ou partie des revenus ou
de la fortune, ou l'ensemble des biens. La curatelle de représentation comprend très généralement
la gestion du patrimoine ; il ne s'agit pas d'une curatelle combinée au sens de l'art. 397 CC mais
d'une seule et même mesure. En effet, la curatelle de gestion n'est qu'une forme spéciale de
curatelle de représentation (Meier, Droit de la protection de l'adulte, op.
cit., nn. 813 et 833, pp. 403 et 410).

 

             
Selon l'art. 395 al. 3 CC, même si elle décide de ne pas limiter l'exercice des droits civils
de la personne concernée, l'autorité de protection de l'adulte peut la priver de la faculté
d'accéder à certains éléments de son patrimoine afin de la protéger ; cette
mesure affecte la capacité de disposer de l'intéressé. En particulier, elle peut interdire
à la personne sous curatelle l'accès à un compte bancaire ou à des biens mobiliers
(Meier, Commentaire du droit de la famille [CommFam], Protection de l'adulte, Berne 2013, nn. 23 ss ad
art. 395 CC, pp. 456 ss ; Meier, Droit de la protection de l'adulte, op.
cit., n. 845, p. 414 ; Guide pratique COPMA 2012,
n. 5.39, p. 149), comme, par exemple, un véhicule de collection, des bijoux ou une oeuvre d'art
(Meier, CommFam, n. 26 ad. art. 395 CC, p. 457). L'autorité précisera les éléments
de fortune ou de revenus concernés par le blocage (Meier, CommFam, n. 27 ad art. 395 CC, p. 458).
La privation d'accès à un bien - sous réserve que l'autorité ne précise pas
expressément que la personne concernée est privée de la possession de ce bien (Guide pratique
COPMA 2012, ibidem) - ne doit cependant pas s'interpréter comme une privation d'usage de ce bien
mais comme une interdiction d'en disposer (CCUR 15 décembre 2020/236 consid. 3.1.3).

 

4.3             
En l'espèce, force est de constater que le recourant effectue des versements réguliers et importants
à des œuvres caritatives notamment, mais a également été victime d'abus de tiers
pour des travaux qui n'ont jamais été effectués. Il procède en outre à de gros
retraits d’argent liquide sans que les paiements qu'il effectue ensuite soient justifiés.
La mesure instaurée paraît ainsi justifiée et nécessaire afin de préserver les
intérêts financiers du recourant, étant en outre rappelé qu'il semblait y avoir consenti,
admettant lui-même à l'audience du 19 août 2021 qu'il effectuait trop de dons.

 

             
Le recours doit donc être rejeté sur ce point également.

 

5.             
En conclusion, les recours – manifestement mal fondés – doivent être rejetés.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance afférant au recours de M.________ sont arrêtés
à 300 fr. et sont mis à la charge de ce dernier (art. 74a al. 1 TFJC [tarif du 28 septembre
2010 des frais judiciaires civils ; BLV 270.11.5], art. 106 al. 1 CPC). Il est statué sans
frais sur le recours d’A.________. 

 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des curatelles du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Les causes OD20.015266-211560 et OD20.015266-211611 découlant des recours déposés par
A.________, d’une part et par M.________, d’autre part, sont jointes. 

 

             
II.             
Les recours sont rejetés.

 

             
III.             
La décision est confirmée. 

 

             
IV.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 300 fr. (trois cents francs)
sont mis à la charge du recourant M.________. 

 

             
V.             
L’arrêt est exécutoire. 

 

La
vice-présidente :             
La greffière :

 

 

 

 

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
A.________,

‑             
M.________, 

‑             
[...], curateur d’A.________, 

 

et
communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Nyon, 

 

par
l'envoi de photocopies.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente
jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
La greffière :