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**Case Identifier:** ce781faf-ed9e-54dc-95e4-90707c7be7a7
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-06-18
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 18.06.2008 CR.2007.0294
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_CR-2007-0294_2008-06-18.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 18 juin 2008

  
	
  Composition

  	
  M. Alain Zumsteg, président;  M. Guy Dutoit, assesseur  et M. Jean-Claude Favre, assesseur ; M. Yann Jaillet, greffier. 

  

 

	
  Recourante

  	
   

  	
  X.________, à ********, représentée par Me Sandra GERBER, avocate à Lausanne  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Service des
  automobiles et de la navigation, à Lausanne

  

   

 

	
  Objet

  	
     Retrait de permis de conduire (admonestation)       

  
	
   

  	
  Recours X.________ c/ décision du Service
  des automobiles et de la navigation du 3 octobre 2007 (retrait de trois mois)

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
Le 10 janvier 2006, entre 5h30 et
6h00, Mme X.________, née en 1980, a circulé à Crans (VS) au volant du véhicule
de son ami Y.________, lequel était alors passager avant. Parvenue à la hauteur
de l'immeuble no 4 de la rue Tsarbouye, elle a bifurqué à gauche pour s'engager
dans une place parc. Le véhicule a alors glissé sur la chaussée verglacée et a
embouti de l'avant droit l'arrière gauche d'un véhicule Toyota Rav 4
correctement stationné, dont l'aile arrière gauche a été pliée, l'enjoliveur
d'aile arrière gauche arraché et le pare-chocs arrière cassé. Mme X.________ et
M. Y.________ ont regagné le domicile de ce dernier, au no 1 de la rue
Tsarbouye. M. Y.________ prétend avoir écrit un mot qu'il aurait déposé
sur le pare-brise du véhicule endommagé. Aucun billet n'a toutefois été
retrouvé le lendemain matin sur le pare-brise de cette voiture, ni dans les
alentours. La propriétaire lésée a averti la police, en lui donnant le nom de
M. Y.________, qui avait l'habitude de parquer sa voiture à côté de la sienne.
Interrogé, celui-ci a déclaré que sa voiture se trouvait à ********, à
disposition de l'office des poursuites, et que c'était Mme X.________ qui la
conduisait la veille.

Bien qu'informée à son réveil, à
13h00, que la police la cherchait au sujet de cet accident, cette dernière ne
s'est présentée au poste de police qu'à 17h50, après plusieurs appels téléphoniques.
Un test à l'éthylomètre s'est révélé négatif.

La voiture de M. Y.________ a été
retrouvée hors d'usage quelques jours plus tard, suite à un autre accident
survenu entre-temps.

B.                              
Le 20 février 2006, le Service de la
circulation routière et de la navigation du canton du Valais a informé Mme
X.________ qu'il suspendait la procédure relative au retrait de son permis de
conduire jusqu'à l'issue de la procédure pénale. Il a encore précisé:

"Votre attention est attirée sur le fait
que vous devez faire valoir vos moyens de preuve auprès de l'autorité pénale.
Si vous estimez que les infractions retenues à votre encontre par cette
dernière ne sont pas réalisées, il vous appartient de contester son jugement.
En effet, nous nous fonderons sur les faits retenus dans celui-ci et sur leur
qualification juridique pour décider si votre permis de conduire doit être
retiré."

C.                              
Le 24 novembre 2006, le juge
d'instruction du Valais central a condamné Mme X.________ à vingt jours
d'emprisonnement avec sursis pendant deux ans et à une amende de 600 fr., pour
violation simple des règles de la circulation, dérobade à la prise de sang et
violation des devoirs en cas d'accident. Il a notamment relevé que, suspectée
d'avoir conduit en état d'incapacité, l'intéressée fut invitée à plusieurs
reprises par téléphone durant la journée à se rendre au bureau de la police, ce
qu'elle ne fit que vers 17h50. Cette ordonnance pénale est entrée en force.

D.                              
Par lettre du 28 août 2007, le
Service des automobiles et de la navigation du canton de Vaud (ci-après : le
Service des automobiles) a informé Mme X.________ (qui avait entre-temps
déménagé à ********) qu'il envisageait de prononcer à son encontre un retrait
de permis de conduire en raison des faits précités. Il lui a imparti un délai
de vingt jours pour consulter le dossier et communiquer par écrit ses
observations. L'intéressée n'a pas donné suite.

Par décision du 3 octobre 2007, le
Service des automobiles a retiré le permis de conduire de Mme X.________ pour
une durée de trois mois, dès le 31 mars 2008, retenant  une perte de maîtrise
sur route verglacée avec accident et dérobade à la prise de sang.

E.                              
Le 23 octobre 2007, par
l'intermédiaire de Me Sandra Gerber, Mme X.________ a recouru contre cette
décision, concluant au prononcé d'un avertissement, subsidiairement à un
retrait du permis ramené à un mois. Elle fait valoir en substance qu'elle
pensait avoir causé de très légers dégâts, qu'elle n'avait pas pris la fuite,
ne s'était pas cachée et n'avait pas refusé d'obéir à des ordres, qu'elle pensait
avoir fait le nécessaire en laissant un mot sur le pare-brise et qu'elle avait
accepté de suivre la police le lendemain matin lorsque les agents s'étaient
présentés à son domicile. Elle ajoute qu'elle n'avait pas consommé d'alcool au
cours de la soirée précédant l'accident et qu'elle n'avait pas l'intention de
se soustraire à une prise de sang. Elle explique encore n'avoir aucun
antécédent et se prévaut de l'utilité professionnelle que revêt son permis pour
elle, domiciliée dans un hameau de ******** et travaillant à ********.

Dans sa réponse du 15 janvier 2008, le
Service des automobiles expose que sa décision s'appuie sur les faits retenus
par le juge d'instruction valaisan, dont l'ordonnance pénale du 24 novembre
2006 n'a pas été contestée par la recourante. Il ajoute qu'aucun motif ne
justifie de s'écarter du jugement pénal.

Par mémoire complémentaire du 13
février 2008, la recourante a précisé qu'elle n'avait pas recouru contre
l'ordonnance pénale pour des questions financières. En ce qui concerne le
besoin professionnel, elle ajoute que "la mesure d'admonestation de
durée minimale n'empêche pas l'autorité intimée de l'examiner".

L'effet suspensif a été accordé au
recours.

F.                               
Conformément à l'art. 2 de la loi
du 12 juin 2007 modifiant celle du 18 décembre 1989 sur la juridiction et
la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), entrée en vigueur le 1er
janvier 2008, la présente cause, pendante à cette date devant le Tribunal
administratif, a été transmise à la Cour de droit administratif et public du
Tribunal cantonal.

Considérant en droit

1.                               
Déposé en temps utile, le recours
satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18
décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a
donc lieu d'entrer en matière.

2.                               
Selon l'art. 31 al. 1 de la loi
fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR), le
conducteur devra rester constamment maître de son véhicule de façon à pouvoir
se conformer aux devoirs de prudence. En cas d¿accident où sont en cause des véhicules
automobiles ou des cycles, toutes les personnes impliquées devront s¿arrêter
immédiatement. Si l¿accident n¿a causé que des dommages matériels, leur auteur
en avertira tout de suite le lésé en indiquant son nom et son adresse. En cas
d¿impossibilité, il en informera sans délai la police (art. 51 al. 1 et 3 LCR).

Commet une infraction
grave la personne qui s¿oppose ou se dérobe intentionnellement à un prélèvement
de sang, à un alcootest ou à un autre examen préliminaire réglementé par le
Conseil fédéral, qui a été ordonné ou dont il fallait supposer qu¿il le serait,
qui s¿oppose ou se dérobe intentionnellement à un examen médical
complémentaire, ou encore qui fait en sorte que des mesures de ce genre ne
puissent atteindre leur but (art. 16c al. 1 let. d LCR). Dans ce cas, le permis
de conduire est retiré pour trois mois au minimum (art. 16c al. 2 let. a LCR).

3.                               
Selon la jurisprudence du Tribunal
fédéral, l'autorité administrative, statuant sur un retrait de permis, ne peut
pas s'écarter, sauf exceptions, des faits retenus dans une décision pénale
entrée en force. En particulier, elle doit s'en tenir aux faits retenus dans le
jugement qui a été prononcé dans le cadre d'une procédure pénale ordinaire
comportant des débats publics avec audition des parties et de témoins à charge
et à décharge, à moins qu'il n'y ait de clairs indices que cet état de fait
comporte des inexactitudes. Dans ce dernier cas, l'autorité administrative
doit, si nécessaire, procéder à l'administration des preuves de manière indépendante
(ATF 119 Ib 158 consid. 3 C/AA). Elle ne peut ainsi s'écarter du jugement pénal
que si elle est en mesure de fonder sa décision sur des constatations de fait
inconnues du juge pénal ou qu'il n'a pas prises en considération, s'il existe
des preuves nouvelles dont l'appréciation conduit à un autre résultat, si
l'appréciation à laquelle s'est livré le juge pénal se heurte clairement aux
faits constatés ou si le juge pénal n'a pas élucidé toutes les questions de
droit, en particulier celles qui touchent à la violation des règles de
circulation (ATF 123 II 97 consid. 3 c/aa; 119 Ib 158 consid. 3 c/aa; 106 Ib
398 consid. 2; 105 Ib 19 consid. 1a). Lorsque l'appréciation juridique dépend
très fortement de l'appréciation de faits que le juge pénal connaît mieux que
l'autorité administrative (ce qui peut être le cas lorsqu'il a personnellement
entendu le prévenu), celle-ci, en appliquant le droit, sera également liée par
la qualification juridique des faits du jugement pénal (ATF 119 Ib 158 consid.
3 c/bb).

Ces principes valent également, à
certaines conditions, lorsque la décision pénale a été rendue dans une
procédure sommaire (ordonnance de condamnation) ou lorsque la décision pénale
se fonde uniquement sur le rapport de police et que les témoins n'ont pas été formellement
interrogés, mais entendus par des agents de police en l'absence de l'accusé. Il
en va ainsi, notamment, lorsque l'accusé savait ou devait s'attendre à ce que
soit également engagée contre lui une procédure de retrait de permis et a
renoncé à faire valoir ses griefs éventuels et ses moyens de preuve dans la
procédure pénale sommaire, ainsi qu'à épuiser, en cas de besoin, les voies de
droit existantes (ATF 121 II 214 consid. 3a).

4.                               
En l'espèce, le juge d'instruction
valaisan a retenu la violation simple d'une règle de la circulation, la
dérobade à la prise de sang et la violation des devoirs en cas d'accident.
Aucun élément ne permet de douter de l'exactitude des faits retenus dans
l'ordonnance du 24 novembre 2006, de sorte que le tribunal de céans ne saurait
s'en écarter. Si Mme X.________ entendait contester ces faits ou leur
appréciation, il lui appartenait de recourir contre cette ordonnance, ce
d'autant plus qu'elle savait que l'autorité administrative se fonderait sur
celle-ci pour se prononcer. L'ampleur de la sanction prononcée (vingt jours
d'emprisonnement avec sursis et amende de 600 fr.) démontre la gravité des
actes reprochés à la recourante. C'est en vain qu'elle soutient ici n'avoir pas
consommé de l'alcool les heures précédant l'accident. D'une part, elle ne
fournit aucune preuve sur ce point, d'autre part, il lui est justement reproché
d'avoir fait en sorte qu'aucun test ne puisse être réalisé peu après
l'accident. Or, vu les dégâts constatés (aile arrière gauche pliée, enjoliveur
d'aile arrière gauche arraché et pare-chocs arrière cassé), elle ne pouvait
penser qu'il s'agissait d'une légère touchette, pour laquelle aucun contrôle
d'alcoolémie ne serait ordonné, surtout vu de l'heure de l'accident et le lieu
d'où la recourante revenait. Par ailleurs, le déroulement de sa journée du 10
janvier 2006, tel qu'elle l'expose dans son mémoire de recours, ne correspond
ni à ses déclarations à la police, ni aux faits retenus dans l'ordonnance
pénale du 24 novembre 2006. Quoi qu'il en soit, les explications confuses de la
recourante ne permettent pas de mettre en doute l'appréciation du juge pénal,
qu'elle n'a pas contestée et dont elle connaissait l'importance dans la
procédure de retrait.

5.                               
Il découle de ce qui précède que
l'autorité intimée a retenu à juste titre une faute grave à l'encontre de la
recourante. S'en tenant à la durée minimale légale du retrait du permis de
conduire pour un tel cas, la décision entreprise ne peut être que confirmée,
sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'absence d'antécédents et l'utilité
professionnelle que revêt le permis pour la recourante (art. 16 al. 3, 2ème
phrase, LCR).

6.                               
Conformément aux art. 38 et 55 LJPA,
un émolument de justice sera mis à la charge de la recourante déboutée, qui n'a
pas droit à des dépens.

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.                                  
Le recours est rejeté.

II.                                
La décision du Service des
automobiles et de la navigation du 3 octobre 2007 est confirmée.

III.                               
Un émolument de 600 (six cents)
francs est mis à la charge de Mme X.________.

Lausanne, le 18 juin
2008

 

Le président:                                                                                             Le
greffier:

 

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente
jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en
matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du
17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours
constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de
recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions,
les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer
succinctement en quoi l¿acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme
moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu¿elles soient
en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.