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**Case Identifier:** d62941cf-e975-5f08-9407-5280a4ca6303
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2010-12-06
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre des prud'hommes 06.12.2010 C/26792/2008
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_003_C-26792-2008_2010-12-06.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/26792/2008 - 4 

 
POUVOIR  JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* 
 
 (CAPH/222/2010) 
 

 

 

E_____ SA 

Dom. élu : Me GROS Alain 
Rue Charles Bonnet 4 

Case postale 399 

1211 Genève 12 

 

 

 

 

Partie appelante 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
D’une part 

Madame T_____ 

Avenue du Petit-Lancy 4 

1213 Petit-Lancy 

 

 
 
 
 
 

 

Partie intimée 
 
 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 
 
D’autre part 

 

 

 
ARRÊT 

 

du 6 décembre 2010 

 

Mme Marguerite JACOT-DES-COMBES, présidente 

 

 

  Mme Ruth SCHMID et M. Franco MAURI, juges employeurs 

 

  MM. Raymond FONTAINE et Patrice MARRO, juges salariés 

 

 

  M.  Willy PERRET, greffier d’audience  

 

 

 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/26792/2008 - 4 

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 * COUR D’APPEL * 
 

 

 

 

EN FAIT 
 

I.  La Cour est saisie d'appels de E_____ SA, formés en temps opportun à l'encontre 
de neuf jugements rendus contre elle entre novembre 2009 et janvier 2010. A te-

neur de ces jugements, le Tribunal des prud'hommes, groupe 4, la condamne en 

substance à verser à neuf de ses employés diverses créances salariales.    

Ces affaires, inscrites au rôle du Tribunal des prud'hommes, groupe 4, sous les 

numéros de procédure C/25653/2008, C/25655/2008, C/25658/2008, 

C/25659/2008, C/25661/2008, C/25664/2008, C/25847/2008, C/26083/2008 et 

C/26792/2008, ont partiellement fait l'objet d'une instruction conjointe et l'ensem-

ble des parties concernées se sont déclarées d'accord qu'elles soient à titre préala-

ble réciproquement apportées entre elles, sans toutefois être jointes.  

Lesdites procédures concernent les employés suivants :  

A_____ (C/25655/2008), Head of development; B_____ (C/25653/2008), respon-

sable de la partie légale du développement; C_____ (C/5664/2008), responsable 

administrative ("Office Management") des sociétés du groupe E_____; D_____ 

(C/26083/2008), assistante de la précédente; F_____ (C/25847/2008), assistante 

administrative; G_____ (C/25658/2008), responsable financière; T_____ 

(C/26792/2008), comptable; H_____ (C/25661/2008), nettoyeuse et I_____ 

(C/25659/2008), assistante administrative qui devait commencer son travail le 5 

octobre 2008 

Etaient également employés de la société J_____, K_____, L_____, M_____ et 

N_____ (partie à une procédure C/16504/2008, instruite de manière indépendante 

des présentes).   

II.  Ainsi, par jugement TRPH/717/2009, rendu dans la cause C/26792/2008-4, le 
Tribunal des prud'hommes, groupe 4, a condamné l'appelante à verser à T_____ 

fr. 10'020.- brut avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 25 novembre 2008, invi-

tant la partie qui en la charge à opérer les déductions sociales et légales usuelles, 

ainsi qu'à lui remettre un certificat de travail exact, complet et bienveillant, un cer-

tificat de salaire pour l'année 2008, et enfin ses effets personnels. 

L'appelante conclut, ce jugement étant mis à néant, préalablement à ce qu'il soit 

ordonné à l'intimée de lui restituer tous les documents lui appartenant et interdit 

d'en conserver aucun, sous la menace de la peine prévue à l'art. 292 CP; principa-

lement au rejet de la demande; subsidiairement, elle sollicite un délai pour chiffrer 

sa créance compensante et autoriser la compensation de celle-ci avec les créances 

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salariales de l'intimée. Enfin, en cours de procédure d'appel, l'appelante a, le 

19 avril 2010, réclamé la suspension de la présente cause comme dépendant du 

pénal. 

L'intimée conclut à la confirmation du jugement attaqué. 

Les faits pertinents suivants résultent des neufs procédures susmentionnées: 

A. E_____ SA est une société avec siège à Genève, filiale de E_____ SWISS HOL-
DING (...), ayant pour but de fournir des conseils et des services dans le domaine 

immobilier, financier et technique et dans le domaine de l'achat, de la vente et de 

la gestion de biens immobiliers à l'exclusion de toutes transactions soumises à la 

LFAIE. 

A l'époque des faits, en étaient administrateurs avec signature individuelle 

O_____ et P_____, lesquels détenaient leurs actions à titre fiduciaire pour le 

compte de Q_____ HOLDING NEDERLAND B.V. (ci-après Q_____ HOL-

DING), dont l'actionnaire majoritaire et l'administrateur est Q_____.  

 Q_____ HOLDING contrôle également directement ou indirectement E_____ 

SWISS HOLDING (…) et les autres filiales de celles-ci, toutes créées dans le but 

d'effectuer des investissements immobiliers en Suisse, que O_____ était chargé de 

réaliser et de gérer par le biais de E_____ SA. Ainsi, concrètement, l'activité de 

E_____ SA consiste à fournir des services aux autres sociétés du groupe E_____.   

 O_____ est par ailleurs actionnaire unique ou majoritaire d'une société luxem-

bourgeoise R_____ et de sociétés du groupe S_____, (également actif dans le sec-

teur des investissements immobiliers), dont S_____ MANAGEMENT CONCEPT 

SA et S_____ MANAGEMENT Sàrl, ayant leur siège respectivement à Genève et 

à Nyon.  

 Des mouvements financiers étaient opérés entre les comptes de E_____ SA et 

ceux d'une ou de plusieurs sociétés du groupe S_____ sur le détail desquels il n'y 

a pas lieu de revenir ici et la comptabilité d'S_____ a été tenue en 2007 et 2008 

par G_____, E_____ SA ayant ensuite facturé ses services.   

O_____ venait presque quotidiennement dans les locaux de E_____ SA et le tra-

vail était toujours effectué sur instructions de sa part; Q_____ venait environ une 

fois par mois et n’avait jamais dit qu’il ne fallait pas suivre les instructions de 

O_____.  

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B.  T_____ (cause no C/26792/2008) a été engagée à dater du 1er octobre 2008 en 
qualité de comptable. Son contrat de travail prévoyait un salaire mensuel brut de 

fr. 8'125.- et six semaines de vacances annuelles; après le temps d'essai de trois 

mois, durant lequel le contrat pouvait être résilié moyennant un délai de sept 

jours, le délai de congé convenu était d'un mois pour la fin d'un mois la première 

année.  

Sa supérieure hiérarchique était G_____.  

C.  Le 3 octobre 2008, soupçonnant depuis l'été 2008 O_____ de détournements de 
fonds au détriment du groupe Q_____, Q_____ HOLDING a résilié les contrats 

de fiducie la liant aux deux administrateurs de GPS.  

 Le même jour s'est tenue à Genève une assemblée générale extraordinaire de 

E_____ SA, lors de laquelle Q_____ HOLDING était représentée par U_____, 

mandatée par elle à cette fin. Les administrateurs P_____ et O_____ ont alors été 

révoqués de leurs fonctions et remplacés par U_____ et V_____.  

 Les pouvoirs de O_____ ont été radiés au registre du commerce le 25 novembre 

2008, après rejet d'une opposition formée par lui en application des art. 162 et ss 

ORC.  

 A raison des malversations qu'il aurait commises, plainte pénale a ensuite été dé-

posée à l'encontre de O_____, laquelle est toujours en cours d'instruction 

(P/2880/2010). 

D.  Ce même 3 octobre 2008, Q_____, accompagné de deux avocats,  d'U_____, de 
quatre comptables et de deux gardes du corps, s'est rendu dans les locaux genevois 

de E_____ SA, dans le but notamment de prendre sous sa garde et examiner les 

documents comptables. 

 Q_____ a alors informé O_____ qu'il était renvoyé avec effet immédiat et l'a prié 

de quitter les locaux immédiatement.  

J_____ a été licencié avec effet immédiat à cette même occasion. Les deux gardes 

du corps ont "physiquement" fait sortir O_____ des bureaux; celui-ci est toutefois 

revenu sur les lieux, accompagné de policiers. Ces derniers, constatant la situation 

qui régnait dans les locaux, ont prié toutes les personnes présentes de quitter les 

lieux: ils ont ensuite emporté la clef des locaux après avoir procédé à la fermeture 

de ceux-ci.  

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 Par la suite, les nouveaux administrateurs de E_____ SA ont pu accéder aux 

comptes de la société le 22 décembre 2008 et ont obtenu la restitution effective 

des clefs des locaux le 3 mars 2009. 

E.  Q_____ a dit aux employés présents le 3 octobre 2008 de "rester à disposition".   

C_____ et G_____ ont ensuite eu plusieurs contacts avec U_____, sans toutefois 

obtenir d'informations précises sur la date probable de la reprise du travail. Une 

séance devait réunir certains des employés (à savoir ceux que E_____ SA souhai-

tait conserver), U_____ et Q_____ le 15 octobre 2008, mais ces derniers ne s'y 

sont pas présentés. 

T_____ - dont c'était le troisième jour de travail - était présente sur les lieux le 3 

octobre 2008 lors de la fermeture des locaux. U_____ lui a indiqué que les ordina-

teurs étaient saisis et G_____ lui a dit qu'il fallait qu'elle rentre chez elle et qu'elle 

serait tenue au courant du suivi pendant le week-end. Elle n'a pas été invitée à par-

ticiper à la séance du 15 octobre 2008.  

Par la suite, les organes dirigeants de E_____ SA n'ont repris contact avec elle 

d'aucune manière, mais elle a eu plusieurs contacts par semaine avec G_____, qui 

lui affirmait que "cela allait redémarrer".  

F.  Le 16 octobre 2008, sept employés de E_____ SA, dont T_____, par courrier d'un 
avocat commun adressé à O_____, P_____, V_____ et Q_____, ont rappelé qu'ils 

se trouvaient objectivement dans l'impossibilité de reprendre leur travail, qu'ils 

étaient sans nouvelles ni instructions, que leurs salaires demeuraient impayés, en-

fin que E_____ SA paraissait être en état de surendettement; ils ont réclamé la 

confirmation que Q_____ et Q_____ HOLDING prendraient à leur charge les sa-

laires impayés, réclamé des sûretés pour les salaires à venir et déclaré se tenir à 

disposition pour accomplir leurs prestations de travail.    

Le 17 octobre 2008, E_____ SA a répondu qu’en raison du litige opposant ses 

administrateurs et son actionnaire, elle ne pouvait ni procéder à la reprise du tra-

vail, ni payer les salaires. Le 12 décembre 2008, elle a confirmé que les employés 

n'avaient plus accès aux locaux depuis le 3 octobre 2008 et qu'ils ne pouvaient 

donc exécuter leurs tâches, et que ses dirigeants étaient dans l'impossibilité de gé-

rer la société, n'ayant accès ni aux locaux, ni aux comptes bancaires. La société ne 

pouvaient dès lors "fonctionner normalement". En janvier 2009 encore, l'appe-

lante, dans un courrier de licenciement adressé à un autre employé, indiquait être 

contrainte de résilier le contrat de travail en raison de sa "situation de blocage".   

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 Le 20 octobre 2008, onze des quatorze employés de E_____ SA, dont T_____, ont 

requis la faillite de E_____ SA sans poursuite préalable. La requête a finalement 

été rejetée par arrêt de la Cour de justice du 1
er

  avril 2009, cette autorité retenant 

que le blocage de la société paraissait temporaire. 

G. A la suite de ce qui précède, sept employés (dont T_____ ont donné leur démis-
sion avec effet immédiat entre le 24 novembre et le 5 décembre 2008, au motif 

que les salaires demeuraient impayés depuis fin août 2008, qu'aucune sûreté 

n'avait été fournie pour les salaires à venir, que la situation financière de la société 

(objet de poursuites) se péjorait et que les scellés apposés par la police empê-

chaient toute activité; la société paraissait ainsi insolvable au sens de l'art. 337a 

CO. D'autres employés ont soit donné leur démission en janvier 2009, soit été li-

cenciés par l'employeur à fin janvier 2009 avec effet au 31 mars 2009, au motif 

que la situation de la société demeurait "bloquée".  

 T_____ a ainsi donné sa démission avec effet immédiat le 24 novembre 2008, en 

se référant à l'art. 337a CO et au dépôt de la présente procédure prud'homale; elle 

a exposé qu'elle n'avait pas reçu son salaire d'octobre 2008 et que le paiement de 

celui de novembre 2008 semblait compromis, vu l'absence de nouvelles de la part 

de l'appelante.   

 Elle s'est ensuite inscrite au chômage le 25 novembre 2008 et a perçu des indem-

nités journalières de fr. 242.25, après une suspension de 5 jours.    

H. Le 25 novembre 2008, T_____ a déposé la présente demande en paiement, 
concluant à teneur de ses dernières conclusions de première instance, compte tenu 

d'un versement de fr. 7'413.42 net intervenu le 17 décembre 2008, à la condamna-

tion de E_____ SA à lui verser les sommes suivantes : 

 

 fr. 711.58 + 21.84 (charges sociales impayées sur salaire octobre 2008) 

 fr. 6'500.-    (salaire novembre 2008) 

 fr. 1'083.33  (indemnité pour vacances non prises) 

 fr. 1'468.50   (indemnité au sens de l'art. 337b al. 1 CO, 

 fr. 48.39   (intérêts sur le salaire d'octobre 2008) 

 fr. 205.35   (intérêts sur salaire novembre 2008) 

 

 le tout brut, avec intérêts à 5% l'an dès le 25 novembre 2008. 

 

 Elle a également réclamé la preuve des versements aux caisses AVS et LPP, ainsi 

que le certificat de salaire 2008. 

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E_____ SA a conclu principalement à la condamnation de T_____ à lui restituer 

tout document la concernant en sa possession, sous la menace des peines prévues 

à l'art. 292 CP et au rejet de la demande; subsidiairement, elle a demandé l'autori-

sation de chiffrer le montant de son dommage et de compenser celui-ci avec les 

prétentions salariales élevées contre elle.  

En substance, elle a dit soupçonner ses employés d’avoir travaillé pour les socié-

tés concurrentes du Groupe S_____, appartenant à O_____ alors qu’ils étaient en-

core ses salariés, de sorte qu'ils ne pouvaient lui réclamer de salaire. Elle disposait 

dès lors d'une créance en restitution du trop-perçu de salaire (laquelle devait en-

core être chiffrée), qu'elle entendait compenser avec les prétentions salariales éle-

vées contre elle. Elle a ajouté que ses employés s'étaient ligués contre elle, avec 

O_____ et ses sociétés, en particulier en déposant contre elle une requête de fail-

lite sans poursuite préalable, alors qu'elle n'était ni insolvable, ni en cessation de 

paiement.  

I.  Le jugement attaqué retient en substance ce qui suit: 

 La prétention relative au paiement des charges sociales était irrecevable, car tar-

dive et échappant de surcroît à la compétence de la juridiction prud'homale.  

 A la date de la résiliation du contrat de travail, T_____ se trouvait confrontée à un 

retard dans le paiement de son salaire et dans une grande incertitude quant à la re-

prise de son travail et au paiement des salaires à venir; aucune sureté ne lui avait 

été fournie et la situation de blocage de la société (due à des conflits entre action-

naires) ne lui était pas imputable; elle avait en outre offert ses services. Dans ces 

conditions, elle était fondée à démissionner avec effet immédiat    en application 

de l'art. 337 CO.  

 Elle pouvait ainsi prétendre, en application de l'art. 337b CO, au paiement de son 

salaire pour le mois de novembre 2008 et jusqu'à l'échéance ordinaire du délai de 

résiliation (soit le 2 décembre 2008, compte tenu du fait que la résiliation était in-

tervenue pendant le temps d'essai), soit respectivement fr. 6'500.- et fr. 1'999.10 

brut, après prise en compte des indemnités-chômage reçues pour la même période. 

A cela s'ajoutait l'indemnité-vacances au prorata temporis, soit fr. 1'494.20 et 

fr. 26.70 à titre d'intérêts moratoires sur le salaire d'octobre 2008, l'ensemble de 

ces sommes portant intérêts à 5% dès le 24 novembre 2008. E_____ SA devait en-

fin lui remettre un certificat de travail et un certificat de salaire 2008.  

 E_____ SA n'avait pas chiffré la créance qu'elle entendait opposer en compensa-

tion, bien qu'elle en ait eu le temps depuis qu'elle avait récupéré l'accès aux comp-

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tes en décembre 2008 et que l'occasion de le faire lui en ait été donnée en cours de 

procédure; au demeurant, elle n'établissait pas que la travailleuse aurait travaillé 

pour un tiers ou qu'elle serait en possession d'un document quelconque lui appar-

tenant.   

   Les arguments des parties en appel seront repris ci-après dans la mesure utile.  

 

EN DROIT 

 

1. L'appel est recevable, pour avoir été formé dans le délai et suivant la forme prévue 
par la loi. 

 La cognition de la Cour d'appel est complète.  

2.  A l'appui de sa position, l'appelante conteste avoir été en état d'insolvabilité à la 
date de la résiliation et fait valoir que le courrier du 16 octobre 2008 ne lui impar-

tissait aucun délai pour la fourniture de sûretés; de plus, les employés (dont l'inti-

mée) connaissaient les causes de la paralysie dont elle était victime. 

 Il est constant que les parties se sont liées par un contrat de travail à dater du 

1
er

 octobre 2008 et que celui-ci était conclu pour une durée indéterminée. Ledit 

contrat était donc susceptible d'une résiliation ordinaire moyennant observation 

d'un délai de congé de sept jours pendant le temps d'essai convenu de trois mois 

(art. 335b al. 1 CO), ou d'une résiliation immédiate pour de justes motifs, selon les 

art. 337 et 337a CO. 

2.1 L'art. 337 al. 1 CO consacre le droit de résilier sans délai pour de justes motifs. 
D'après l'art. 337 al. 2 CO, on considère notamment comme de justes motifs tou-

tes les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas d'exi-

ger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de travail. Mesure 

exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être admise de ma-

nière restrictive. Les faits invoqués par la partie qui résilie doivent avoir entraîné 

la perte du rapport de confiance qui constitue le fondement du contrat de travail. 

Par manquement de l'une des parties, on entend en règle générale la violation 

d'une obligation imposée par le contrat mais d'autres faits peuvent aussi justifier 

une résiliation immédiate (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31; 129 III 380 consid. 

2.2 p. 382). 

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Le juge apprécie librement, selon les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC), si le 

congé abrupt répond à de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). A cette fin, il prend en 

considération tous les éléments du cas particulier, notamment la position du tra-

vailleur, la nature et la durée des rapports contractuels, et la gravité de la violation 

commise.  

En cas d'insolvabilité de l'employeur, le travailleur peut résilier immédiatement le 

contrat si des sûretés ne lui sont pas fournies, dans un délai convenable, afin de 

garantir ses prétentions contractuelles (art. 337a CO). En principe, les sûretés por-

tent sur des sommes non encore exigibles et sont destinées à permettre au travail-

leur de poursuivre son activité sans craindre de n'être pas payé; si l'employeur se 

trouve en demeure de verser le salaire échu, le travailleur peut recourir à l'exécu-

tion forcée et, de plus, refuser sa propre prestation jusqu'au paiement de ce qui est 

dû; dans ce laps de temps, le droit au salaire subsiste alors même que le travail 

n'est pas fourni (ATF 120 II 209 consid. 6a p. 211 et 9 p. 212; arrêt du Tribunal 

fédéral 4A_199/2008, consid. 2); enfin, en cas de retard répété et prolongé dans le 

paiement du salaire échu, qui persiste en dépit d'une sommation du travailleur, ce-

lui-ci peut résilier immédiatement le contrat; la résiliation est alors fondée sur 

l'art. 337 CO (arrêt du Tribunal fédéral 4A_199/2008, consid. 2). 

2.2 Par ailleurs, si l’employeur empêche par sa faute l'exécution du travail ou se 
trouve en demeure de l'accepter pour d'autres motifs, il est tenu de payer le salaire 

sans que le travailleur doive encore fournir son travail (art. 324 al. 1 CO). Le tra-

vailleur doit toutefois imputer sur le salaire dû ce qu'il a pu épargner du fait de 

l'empêchement de travailler, ou ce qu'il a gagné en travaillant ailleurs, ou encore 

le gain auquel il a volontairement renoncé (art. 324 al. 2 CO).  

Cette demeure de l’employeur suppose, en principe, que le travailleur ait claire-

ment offert ses services; cette offre de travailler peut être orale ou écrite, ou en-

core réelle, lorsque le travailleur se présente à son poste, mais il ne suffit pas que 

l'employeur puisse inférer des circonstances que le travailleur est disposé à fournir 

sa prestation (ATF 115 V 444, consid. 5 et 6; arrêt du Tribunal fédéral 

4C.259/2003 consid. 2.1 et réf. citées; arrêt du Tribunal fédéral du 23 octobre 

1992, paru in SJ 1993 p. 365). Comme toutes les manifestations de volonté, cette 

offre du travailleur s’interprète conformément au principe de la confiance, de sor-

te que c’est selon les règles de la bonne foi que l’on examinera si l’intention du 

travailleur d’occuper son emploi était reconnaissable pour l’employeur (CAPH du 

27 février 1997 en la cause IX/650/96). 

Toutefois, lorsque l’employeur a renoncé expressément à la prestation de travail, 

par exemple en libérant le travailleur de son obligation, ce dernier n’est pas tenu 

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d’offrir ses services; En effet, la demeure du débiteur suppose que le créancier 

soit, notamment, prêt à accepter la prestation (art. 119, al. 1 CO; ATF 118 II 139 

consid. 1a). 

2.3 En l'espèce, il est constant que l'intimée - dont c'était le troisième jour de tra-
vail - n'a plus pu effectuer celui-ci à dater du 3 octobre 2008, les locaux de l'appe-

lante étant inaccessibles. Cette circonstance, consécutive à des désaccords entre 

les administrateurs de l'appelante et ceux de sa Holding néerlandaise, ne lui est en 

aucun cas imputable et l'appelante - qui ne se prévaut pas d'une force majeure - 

doit dès lors répondre des conséquences en découlant.  

L'intimée, qui était sur les lieux lors de la fermeture des locaux le 3 octobre 2008, 

a été priée par sa supérieure hiérarchique de rentrer chez elle et d'attendre d'être 

contactée avant de reprendre son travail. Elle n'a ensuite plus reçu de nouvelles et, 

à l'instar de plusieurs autres collègues, a le 16 octobre 2008 offert sa prestation de 

travail et exigé la fourniture de sûretés devant garantir le paiement des salaires fu-

turs.  

Le jour où elle a donné sa démission avec effet immédiat, soit le 24 novembre 

2008, son premier salaire, soit celui d'octobre 2008, n'avait toujours pas été payé 

et aucune sûreté n'avait été fournie ni pour celui qui venait à échéance quelques 

jours plus tard, ni pour les salaires des mois à venir. Une incertitude totale régnait 

au sujet de la date future et des modalités d'une reprise du travail, ce d'autant plus 

que les responsables de la société n'étaient pas venus à la réunion prévue le 15 oc-

tobre 2008 et lors de laquelle ces différentes questions devaient être discutées. A 

cela s'ajoute qu'en janvier 2009 encore, l'appelante, dans un courrier de licencie-

ment adressé à un autre employé, indiquait être contrainte de résilier le contrat de 

travail en raison de sa "situation de blocage", admettant ainsi n'être toujours pas 

en mesure d'accepter la prestation de travail de ses employés.  

Dans ces circonstances, que l'appelante ait été ou non techniquement dans une si-

tuation de surendettement au sens de l'art. 190 LP, la résiliation immédiate du 

contrat de travail en date du 24 novembre 2008 était justifiée. 

3.  S'agissant des montants alloués, l'appelante formule plusieurs griefs.  

 3.1 Elle reproche aux premiers juges d'avoir alloué à l'intimée une indemnité va-
cances, faisant valoir qu'elle pouvait prendre ses vacances durant la période où el-

le n'a pas travaillé du 4 octobre au 24 novembre 2008.  

 Le grief est infondé.  

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 En effet, lors de la fermeture des bureaux le 3 octobre 2008, l'intimée a été priée 

de rester à disposition. Dans ces conditions, elle ne pouvait partir en vacances et 

devait rester disponible pour le cas où l'appelante la contacterait en lui demandant 

de reprendre son travail. L'allocation d'une indemnité-vacances est dès lors plei-

nement justifiée.  

 3.2 L'appelante reproche encore aux premiers juges d'avoir statué ultra petita en 
allouant à l'appelante fr. 10'020.- brut alors que celle-ci ne réclamait qu'un mon-

tant inférieur.   

 Du courrier de l'intimée du 11 juin 2009, qui énumère les prétentions qu'elle en-

tend faire valoir en dernier lieu, il résulte que les prétentions salariales déclarées 

recevables par les premiers juges ascendantes à fr. 9'305.60 en totalité, soit:  

 fr. 7'583.33   (salaire novembre 2008 et vacances) 

 fr. 1'468.50   (indemnité au sens de l'art. 337b al. 1 CO) 

 fr.    48.39 + 205.38 (intérêts sur le salaire octobre et novembre 2008 au 24  

    novembre 2008).  

 A cela s'ajoutait au dépôt de la demande le salaire dû pour octobre 2008, soit 

fr. 8'125.- brut, dont il y a également lieu de tenir compte. Le grief est dès lors in-

fondé. 

 Les calculs des premiers juges sont toutefois affectés de plusieurs erreurs, qui 

doivent être corrigées, ce qui conduit au calcul suivant des sommes dues à l'inti-

mée, pour la totalité de la courte durée de son emploi:  

 

 salaire brut octobre 2008         fr. 8'125.-   

 salaire brut du 1
er

 au 24 novembre 2008:     fr. 6'500 fr.     

 indemnité brut due pour 7 jours civils (et non ouvrables)  

 du délai de congé ordinaire (fr. 8'125.- ./. 30 x 7)    fr. 1'895.83   

 indemnité vacances brut (fr. 8'125 ./. 21.75 x 4 jours ouvrables  fr. 1'494.25   

 Total brut du:         fr.18'015.08   

 ./. versés net le 17 décembre 2008      fr.  7'413.42  

 ./. indemnité chômage perçue jusqu'au 2 décembre 2008  fr.     242.25 

 

 Ces montants portent intérêts à 5% l'an dès le 25 novembre 2008, date de la fin 

des rapports de travail.  

 

 A cela s'ajoutent les intérêts moratoires sur le salaire d'octobre 2008, pour la pé-

riode du 1
er

 au 24 novembre 2008, soit 26 fr. 71 (soit 8'125 ./. 100 x 5, ou 

fr. 406.25, ./. 635 x 24 jours), cette somme ne pouvant toutefois porter elle-même 

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 Cause n° C/26792/2008 - 4 

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intérêts (art. 105 al. 3 CO) et n'étant pas soumise au prélèvement des charges so-

ciales et légales usuelles.  

 Pour le surplus, il n'a été ni allégué, ni établi, que l'intimée aurait épargné quelque 

chose en étant empêchée d'exécuter son travail, qu'elle aurait obtenu (en plus des 

indemnités-chômage dont il a été tenu compte) une rémunération autre que l'in-

demnité-chômage susmentionnée en travaillant ailleurs ou qu'elle aurait volontai-

rement renoncé à des gains.  

 La résiliation immédiate du contrat de travail étant justifiée, la créance que l'appe-

lante entend faire valoir contre l'intimée en paiement d'un quart du salaire mensuel 

est enfin infondée et a été rejetée à juste titre. 

3. L'appelante soutient en outre détenir envers l'intimée une créance qu'elle demande 
à pouvoir chiffrer et qu'elle déclare opposer en compensation, laquelle créance ré-

sulterait du fait que l'intimée aurait, tant avant le 3 octobre 2008 qu'ultérieure-

ment, travaillé pour l'un des administrateurs de l'appelante, révoqué ce jour-là.  

 Aucune activité de cette nature n'a toutefois été établie, ni pour la période de trois 

jours durant laquelle l'intimée a travaillé pour l'appelante avant la fermeture des 

locaux le 3 octobre 2008, ni pour la période postérieure à cette date. L'appelante 

ne donne en outre explication précise au sujet du préjudice elle aurait subi du fait 

de la participation de l'intimée à la procédure de faillite sans poursuite préalable 

dont elle a fait l'objet en novembre 2008, en dehors des dépens, dont le sort a été 

réglé par l'arrêt mettant fin à la procédure.  

 A cela s'ajoute que l'appelante, qui a recouvré l'accès à ses comptes en décembre 

2008 et à l'ensemble de ses dossiers début mars 2009, pouvait chiffrer sa créance 

compensante déjà avant la clôture des débats devant les premiers juges.  

 Il ne sera ainsi pas donné suite à la conclusion de l'appelante, tendant à obtenir un 
délai supplémentaire pour chiffrer sa créance compensante.  

4. Il ne sera pas davantage donné suite à la conclusion de l'appelante tendant à la 
suspension de la présente procédure civile comme dépendant de la procédure pé-

nale instruite à l'encontre de l'ancien administrateur de l'appelante. Le rôle qu'au-

rait pu jouer l'intimée dans les malversations reprochées à ce dernier n'est en effet 

pas allégué, même dans les grandes lignes; ce rôle apparaît au demeurant, par ap-

préciation anticipée des preuves, très improbable vu les seuls trois jours de travail 

effectués par l'intimée; la mesure requise revêt dès lors un caractère purement di-

latoire.  

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5.  L'appelante échoue à démontrer que l'intimée, qui n'a travaillé que trois jours en 
tout et pour tout, serait en possession de documents lui appartenant et n'explique 

nullement en quoi ceux-ci pourraient consister.  

 Elle ne motive enfin pas son appel, en relation avec sa condamnation à remettre à 

l'intimée ses effets personnels, un certificat de salaire un certificat de travail.  

6.  Ce qui précède conduit à la modification du jugement attaqué dans la mesure in-
diqué au considérant 3.2 ci-dessus.   

 Compte tenu de la valeur litigieuse, la procédure reste gratuite.  

 

PAR CES MOTIFS, 
 

La cour d'appel des prud'hommes, groupe 4 

 

A la forme : 

Déclare recevable l'appel interjeté par E_____ SA contre le jugement TRPH/717/2008-

4, rendu le 12 novembre 2009 par le Tribunal des prud'hommes, groupe 4, dans la cause 

C/26792/2008-4 

Préalablement : 

Ordonne l'apport, à la présente procédure, des causes C/25653/2008, C/25655/2008, 

C/25658/2008, C/25659/2008, C/25661/2008, C/25664/2008, C/25847/2008 et , 

C/26083/2008.  

Au fond : 

Modifie le chiffre 3. du dispositif attaqué en ce sens que E_____ SA est condamnée à 
verser à T_____ d'une part fr. 18'015.10 brut, sous déduction de fr. 7'413.42 net versés 

le 17 décembre 2008 et de fr. 242.25 net, le tout à 5% l'an dès le 25 novembre 2008, 

d'autre part fr. 26.70 net sans intérêts. 

Confirme le jugement attaqué dans ses autres dispositions.  

Dit que la procédure est gratuite. 

Déboute les parties de toutes autres conclusions.   

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Le greffier de juridiction                    La présidente