# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 290050b8-b9c0-5c34-959c-3fed859a73b9
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 61
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---61_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JD11.044982-121971-121972

446 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
21 décembre 2012

__________________

Présidence
de               M.             
CREUX,
président

Juges             
:              MM.             
Winzap et Pellet 

Greffier             
:              M.             
Bregnard

 

 

*****

 

 

Art.
250 LP; 106 al. 1 et 320 CPC; 365 al. 3, 373 et 374 CO

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par 
E.________SA,
à Yverdon-les-bains, et 
P.________SA,
à Baulmes, demanderesses, ainsi que sur le recours interjeté par
J.________SA,
à Aclens, défenderesse, contre le jugement rendu le 3 juillet 2012 par la Juge de paix du district
de Lausanne dans la cause divisant les parties entre elles, la Chambre des recours civile du Tribunal
cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement rendu le 3 juillet 2012, dont les considérants ont été envoyés le 26
septembre 2012, la Juge de paix du district de Lausanne a dit que l’état de collocation de
la faillite de la société [...] est modifié en ce sens que la créance de J.________SA,
d’un montant de 625’188 fr.05, est réduite au montant de 575’188 fr.05 (I); a
arrêté les frais judiciaires des demanderesses à 900 fr. et ceux de la défenderesse
à 200 francs (Il); les a mis à la charge des parties (III); a dit que les dépens sont
compensés (IV) et a rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (V).

             
En droit, le premier juge a considéré que, contrairement à ce que soutenaient les demanderesses,
l'on ne pouvait pas considérer que les sociétés J.________SA et L.________SA
étaient convenues d'un prix forfaitaire pour
le chantier de la [...], à Crissier, et qu'en conséquence la créance produite par la défenderesse
ne pouvait être réduite dans la mesure requise par les demanderesses. Toutefois, le premier
juge a modifié l'état de collocation dès lors que la défenderesse a admis qu'un montant
de 50'000 fr. soit porté en déduction de sa créance. 

 

B.             
Par acte du 26 octobre 2012, J.________SA a recouru
contre ce jugement, concluant principalement que le chiffre IV du dispositif est réformé en
ce sens que de pleins dépens, dont le montant sera fixé à dire de justice, sont mis à
la charge de E.________SA et P.________SA, solidairement entre elles, et alloués à J.________SA,
subsidiairement que le chiffre IV du dispositif du jugement est annulé, la cause étant renvoyée
à l’autorité de première instance pour la fixation des dépens.

 

             
Par acte du 29 octobre 2012, E.________SA et P.________SA ont également recouru contre ce jugement,
concluant que l’état de collocation de la faillite de L.________SA est modifié en ce
sens que la créance de J.________SA, d’un montant de 625’188 fr. 05, est réduite
au montant de 90’124 francs.

 

             
Par écriture du 14 décembre 2012, E.________SA et P.________SA se sont déterminées
sur le recours déposé par J.________SA. Cette dernière n'a en revanche pas été
invitée à se déterminer sur le recours formé par ses parties adverses. 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.
              La société L.________SA,
active dans le domaine de la construction, a collaboré à  plusieurs reprises avec l'entreprise
individuelle J._________ dont les actifs et les passifs ont été repris par la société
J.________SA, créée au mois de juillet 2011.

 

             
Dans le cadre du chantier dit de la [...], à Crissier, J._________ a transmis en date du 18 mars
2010 à L.________SA une offre par télécopie dont la teneur était la suivante:

 

“(…)
Pour donner suite à votre aimable demande de prix, nous avons l’avantage de vous remettre
ci-dessous nos meilleures conditions relatives à l’objet susmentionné, soit:

 

Evacuation
par 4 essieux: 

             
Terre à décharge y.c. finance             
4’079m3              Fr. 26.—/m3

             
Terre végétale             
                           
720m3              Fr. 5.—/m3

Merci
de nous faxer le formulaire 71 "Attestation de la qualité des matériaux d'excavation"
avant le début des travaux.

 

Fourniture
franco chantier par 4 essieux:

             
Grave I 0/45                           
                           
100m3              Fr. 48.50/m3

             
Tout-venant recyclé 0/80             
               732m3             
Fr. 35. --/m3

 

TVA.
7,6% non comprise

Conditions
valables jusqu'au 31 décembre 2010

             
                           
                           
                           
              (…)             
              ”

 

             
Selon les données contenues dans ce document, le coût estimé était de 140'124 fr.
([26 X 4'079] + [720 x 5] + [100 x 48.5] + [732 x 35]). Le 16 juin 2010, L.________SA a retourné
par télécopie ce document contresigné avec la mention "bon pour accord".

 

             
L'entreprise J._________ a adressé au total nonante-deux factures à L.________SA, entre les
mois d’avril et d’octobre 2010, pour un montant de 625’188 fr. 05. Cinq factures concernaient
le chantier de la [...] pour un montant de 283'938 francs. La société L.________SA n'a contesté
aucune facture.

             

2.             
Par décision du 11 novembre 2010, la faillite de la société L.________SA a été
prononcée.

 

             
Les sociétés P.________SA et E.________SA ont été admises dans l'état de collocation
pour des créances de 36’555 fr. 65, respectivement  173’655 fr. 40, colloquées
en troisième classe. La société J.________SA a produit une créance de 625'188 fr.
05 qui, nonobstant la contestation des administrateurs, a été admise par la masse en faillite
dans sa totalité et colloquée en troisième classe.

 

             
Le dividende probable des créances colloquées en première classe est de 24 %.

 

3.
              a)
Le 20 octobre 2011,  E.________SA et P.________SA ont ouvert action en contestation de l'état de
collocation en concluant, avec suite de frais et dépens, à ce que l’état de collocation
de la faillite de L.________SA, dressé par l’Office des faillites de l’arrondissement
de Lausanne, soit modifié en ce sens que la créance de J.________SA, d’un montant de
625'188 fr. 05, est écartée. 

 

             
Le 5 avril 2012, J.________SA a conclu, avec suite de frais et dépens, au rejet de la demande du
20 octobre 2011. 

             

             
b)
L'administrateur unique de J.________SA a comparu à l'audience du 3 juillet 2012; E.________SA et
P.________SA, dispensées de comparution personnelle, se sont fait représenter par leur conseil
commun. 

 

             
Les témoins [...], anciennement contremaître auprès de L.________SA, et [...], anciennement
directeur de la société précitée, ont été entendus. Le premier témoin
a notamment déclaré que le chantier de la [...] avait provoqué des glissements de terrain
qui ont nécessité l'intervention d'un géologue et l'évacuation de beaucoup de terre.
Le deuxième témoin a pour sa part déclaré qu'en adressant les demandes d'offres,
il envoyait le descriptif de la situation avec le volume ou les matériaux à transporter qui
servait de base à l'élaboration de l'offre. La pratique était celle du "cube camion"
et toutes les offres étaient basées
sur cette pratique, y compris celles de J.________SA. Il n'a jamais pratiqué d'offre forfaitaire.
S'agissant des factures, son collègue vérifiait en principe toutes les factures qui devaient
par ailleurs faire l'objet d'un bon signé par le contremaître. A priori, il n'y a pas eu de
prestations facturées qui n'ont pas été exécutées.

 

             
Les  demanderesses ont modifié leurs conclusions en ce sens que la créance de J.________SA,
d’un montant de 625'188 fr. 05, ne soit plus écartée mais réduite à 102’773
fr. 55.

 

             
La défenderesse a pour sa part admis qu'un montant de 50'000 fr. soit porté en déduction
de sa créance de 625'188 fr. 05 admise à l'état de collocation.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Les deux recours sont dirigés contre la même
décision, reposent sur les mêmes faits et opposent les mêmes parties; dans ces conditions,
il y a lieu de les joindre et de statuer à leur sujet par un seul arrêt.

 

2.             
              Selon
l’art. 319 CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008 ; RS 272), le recours est
notamment recevable contre les décisions finales, incidentes et provisionnelles de première
instance qui ne peuvent faire l’objet d’un appel (let. a) et dans les cas prévus par
la loi (let. b ch. 1).

 

             
a) Selon une jurisprudence du Tribunal fédéral,
certes déjà ancienne mais pas modifiée depuis lors, lorsque dans une action en contestation
de l'état de collocation, le dividende prévisible est de zéro, on doit admettre, en raison
des effets de l'acte de défaut de biens, que le procès a une valeur litigieuse minime correspondant
à l'intérêt plutôt symbolique que présente un litige (ATF 82 III 94, JT 1956
II 122; CREC du 12 novembre 2012/40 c. 3 et réf. citée [arrêt rendu dans la faillite de
la même société]; Tappy, CPC commenté, Bâle 2011, n. 83 ad art. 91 CPC). Vu
la jurisprudence précitée, il y a lieu de considérer que la valeur litigieuse de la présente
action en contestation de l'état de collocation est inférieure à 10'000 francs. Ainsi,
l'appel est exclu (art. 308 al. 2 CPC) et l'acte déposé par E.________SA et P.________SA doit
être traité en tant que recours.

 

              b)
A teneur de l’art. 110 CPC, la décision sur les frais, qui comprennent les frais judiciaires
et les dépens (art. 95 al. 1 CPC), ne peut être attaquée séparément que par
voie de recours (Tappy, op. cit., n. 4 ad art. 110 CPC). Tel est le cas du recours formé par J.________SA,
dès lors que le litige porte exclusivement sur les dépens.

 

c)
Le recours écrit et motivé (art. 321 al. 1 CPC) doit s'exercer dans un délai de trente
jours (art. 321 al. 1 CPC) à compter de la notification de la décision motivée ou de la
notification postérieure de la motivation.

 

Motivés
et déposés en temps utile par des parties qui y ont intérêt (art. 59 al. 2 let. a
CPC), les recours sont recevables à la forme.

 

3.             
              Le
recours est recevable pour violation du droit (art. 320 let. a CPC) et constatation manifestement inexacte
des faits (art. 320 let. b CPC). 

 

L'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant de la violation du droit (Spühler,
in Basler Kommentar, Bâle 2010, n. 12 ad art. 319 CPC). Elle revoit librement les questions de droit
soulevées par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de l'autorité
précédente ou du recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2 éd., Berne 2010, n.
2508, p. 452). 

             
              S'agissant de la constatation
manifestement inexacte des faits, comme pour l'art. 97 al. 1 LTF (Loi sur le Tribunal fédéral
du 17 juin 2005; RS 173.110), ce grief ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion
se recoupant en définitive avec l'appréciation arbitraire des preuves (Corboz et al., Commentaire
de la LTF, Berne 2009, n. 19 ad art. 97 LTF, p. 941). Les constatations de fait et l'appréciation
des preuves sont arbitraires lorsqu'elles sont évidemment fausses, contredisent d'une manière
choquante le sentiment de la justice et de l'équité, reposent sur une inadvertance manifeste
ou un abus du pouvoir d'appréciation, par exemple si l'autorité s'est laissée guider par
des considérations aberrantes ou a refusé de tenir compte de faits ou de preuves manifestement
décisifs. Une constatation de fait n'est donc pas arbitraire pour la seule raison que la version
retenue par le juge ne coïncide pas avec celle du recourant. Encore faut-il que l'appréciation
des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective,
qu'elle repose sur une inadvertance manifeste, ou encore qu'elle heurte de façon grossière
le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 129 I 8 c. 2.1).

 

4             
Il convient d'abord d'examiner le recours de E.________SA et P.________SA dès lors qu'il pourrait
avoir une incidence sur le recours de J.________SA qui ne porte que sur la répartition des dépens.

 

4.1             
a)
Les recourantes E.________SA et P.________SA soutiennent que le jugement attaqué contiendrait des
constatations arbitraires au sens de l’art. 320 CPC (cf. supra c. 3). Se référant à
la page 9 du jugement, les recourantes relèvent premièrement que le premier juge aurait retenu
à tort que la créance litigieuse n’aurait pas été contestée par les administrateurs
de la société faillie.

 

             
Le jugement retient que la société J.________SA a produit une créance de 625’188
fr. 05 qui, bien que contestée par les administrateurs, a été admise par la masse dans
sa totalité et colloquée en troisième classe (p. 4 du jugement contesté). Il ressort
également du jugement que ni les factures adressées pour le chantier de la [...] pour plus
de 283'000 fr. (p.8), ni les quatre-vingt-sept autres factures adressées à L.________SA pour
d'autres chantiers (p. 9) n’ont jamais été contestées par cette dernière. Contrairement
à ce que soutiennent les recourantes, ce n’est donc pas l'absence de contestation de la créance
par les administrateurs de la société faillie que le premier juge a retenu en page 9 de son
jugement, mais l'absence de contestation des factures elles-mêmes par la société avant
sa faillite. Les nonante-deux factures adressées au total par l'entreprise J._________, devenue
J.________SA, ont été produites au dossier sous pièce 103 et aucun élément du
dossier n'indique qu'elles auraient été contestées. Il résulte d’ailleurs du
témoignage d'[...], ancien directeur de L.________SA, que les factures ont été contrôlées
et qu’il n’y a pas eu de prestation facturée et non exécutée. Les constatations
du premier juge sur ce point sont donc fondées et n’ont rien d’arbitraire.

 

             
b) Deuxièmement, les recourantes reprochent
au premier juge d'avoir considéré que l'offre adressée par J.________SA en date du 18
mars 2010 était un "téléfax unilatéral" non signé alors qu'il ressort
expressément de la pièce 101 produite par J.________SA que l'offre a été contresignée
par L.________SA avec la mention "bon pour accord".

             

             
Les pièces 3 et 101 portent sur le même document, à savoir la télécopie du 18
mars 2010, à la différence que la pièce 3 est la version initiale envoyée par l'entreprise
J._________ et que la pièce 101 est ce même document envoyé en retour et signé par
L.________SA avec la mention "bon pour accord". En réalité, le premier juge s’est
fondé sur la pièce 3 produite en première instance par les recourantes à laquelle
il se réfère d’ailleurs expressément, et qui ne comporte pas la mention invoquée
par les recourantes, pour qualifier ce document de « téléfax unilatéral », ce
qui est, à teneur de la pièce 3, exact (p.8 du jugement contesté). De toute manière,
la teneur de la pièce 3 ou de la pièce 101, qui comporte la mention invoquée, ne change
rien à l’issue du litige (cf. infra c. 4.2).

 

             
En définitive, il n’y a aucune constatation manifestement erronée au sens de l’art.
320 let. b CPC.

4.2             
a) Les recourantes font valoir ensuite que les
contrats conclus entre J._________ et L.________SA, dont il n’est pas contesté qu’il
s’agit de contrats d’entreprise, l’ont été à forfait au sens de l’art.
373 al. 1 CO (Code des obligations du 30 mars 1911, RS 220) et que, conformément à l’alinéa
2 de cette disposition, seules des circonstances non réalisées en l’espèce permettraient
de modifier la rémunération de l’entrepreneur. En conséquence, la créance qui
doit être colloquée s’élève à 140’124 fr., correspondant au montant
de l'offre du 18 mars 2010, sous déduction d’un montant de 50’000 fr. versé dans
le cadre d’une transaction.

 

             
b)
Aux termes de l’art. 373 CO, lorsque le prix a été fixé à forfait, l’entrepreneur
est tenu d’exécuter l’ouvrage pour la somme fixée, et il ne peut réclamer
aucune augmentation, même si l’ouvrage a exigé plus de travail ou de dépenses que
ce qui avait été prévu (al. 1). Toutefois, si l’exécution de l’ouvrage
est empêchée ou rendue difficile à l’excès par des circonstances extraordinaires,
impossibles à prévoir, où exclues par les prévisions qu’ont admises les parties,
le juge peut, en vertu de son pouvoir d’appréciation, accorder soit une augmentation du prix
stipulé, soit la résiliation du contrat (al. 2).

 

             
Le choix des parties au contrat de fixer un prix ferme (appelé forfaitaire par l’art. 373
CO; cf. Tercier/Favre/Carron, Les contrats spéciaux, 4e
éd., Genève – Zurich – Bâle 2009, n. 4663, p. 701) comporte un risque considérable
pour les deux parties (ibidem, n. 4669, p. 701), en particulier un élément spéculatif
en ce sens que l’entrepreneur supporte en principe le risque d’un dépassement des coûts
de l’ouvrage (ATF 58 Il 421, JT 1933 I 299). Le législateur a cependant prévu une exception
à l’art. 373 al. 2 CO, qui découle des règles de la bonne foi et qui peut bénéficier
tant à l’entrepreneur qu’au maître de l’ouvrage (Chaix, Commentaire romand,
Code des obligations I, 2e
éd., Bâle 2012, nn. 1-4 ad art. 373 CO, p. 2288).

 

             
c)
En l’espèce, c’est en vain que les recourantes se prévalent, selon le contenu de
l’offre du 18 mars 2010, de la tarification précise de toutes les prestations du contrat et
dont la multiplication des montants permet d’aboutir à un prix de 140’124 francs. En
effet, comme l'a à juste titre retenu le premier juge, la détermination du prix dépendait
encore du volume de matériaux évacué selon ce que les professionnels de la branche appellent
le "cube camion". Il s’est fondé à cet égard sur les dépositions
concordantes des témoins entendus à ce sujet, qui compte tenu de leur fonction, représentent
incontestablement la volonté commune des parties et permettent ainsi d’interpréter le
contrat comme un contrat d’entreprise d’après la valeur du travail, selon l’art.
374 al. 1 CO. Rien dans le dossier ne montre que l'entreprise J._________, devenue la société
J.________SA, entendait assumer le risque géologique et d’instabilité du terrain présenté
sur le chantier de la [...]

 

             
Ce moyen doit être également rejeté, d’autant que les recourantes se bornent à
contester les facturations d’un seul chantier, sans avancer le moindre argument pour les quatre-vingt-sept
autres factures en lien avec d'autres chantiers.

 

5.3             
a) Les
recourantes invoquent encore la violation de l’art. 365 al. 3 CO. Elles soutiennent que dès
lors que les prestations de l’entrepreneur ont en définitive été facturées
au double du tarif indiqué, il avait le devoir d’informer le maître de l’ouvrage
du dépassement excessif du prix convenu.

 

             
b)
Selon l’art. 364 al. 1 CO, la responsabilité de l’entrepreneur est soumise, d’une
manière générale, aux mêmes règles que celle du travailleur dans les rapports
de travail. Son obligation générale de diligence et de fidélité est concrétisée
par plusieurs dispositions; il doit notamment aviser le maître de toutes circonstances de nature
à compromettre l’exécution régulière ou ponctuelle de l’ouvrage (art.
365 al. 3 CO) et également l’aviser de l’inadéquation des instructions qu’il
lui donne (art. 369 CO) (Chaix, op. cit., nn. 7-8 ad art. 364 CO, pp. 2206-2207). Ce devoir d’avis
n’a cependant de sens que si le maître ignore les faits qui en sont l’objet. Le maître
ne pourra ainsi prétendre aux sanctions attachées à la violation de ce devoir d’avis,
s’il connaissait ou devait connaître les faits visés (Tercier; Favre; Carron, op. cit.,
n. 4431, p. 668, et réf. citées).

 

             
c)
L’argumentation des recourantes repose sur une prémisse erronée, à savoir que le
montant de 140’124 fr. représenterait le prix forfaitaire convenu. Comme on l’a vu,
les parties étaient convenues d’une fixation du prix en fonction du volume de terre évacué
en définitive et le maître de l’ouvrage n’ignorait rien de la variation éventuelle
de ce paramètre en fonction de l’évolution du chantier. Au demeurant, la société
L.________SA savait que le volume de terre à évacuer dépassait les prévisions dés
lors qu'elle exécutait elle-même les travaux et qu'elle avait dû faire face à des
glissements de terrain selon le témoin [...]. 

 

             
L’art. 365 al. 3 CO n’est donc d’aucun secours aux recourantes.

 

5.4.             
En dernier lieu, les recourantes invoquent une violation du fardeau de la preuve au sujet de la preuve
de la créance de l’intimée.

 

             
Comme on l’a vu, le premier juge s’est fondé sur la production de nonante-deux factures
non contestées et sur les dépositions concordantes des témoins au sujet de la correcte
exécution des contrats d’entreprise pour retenir le bien-fondé des prétentions de
l’intimée envers la société faillie. On ne distingue en conséquence aucune
violation de l’art. 8 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907, RS 210).

 

             
Le recours de E.________SA et P.________SA doit en définitive être rejeté.

 

6.             
a)
S'agissant du second recours, la recourante J.________SA soutient qu’elle a obtenu entièrement
gain de cause en première instance et qu’elle a droit par conséquent à l’allocation
de pleins dépens, conformément à l’art. 106 al. 1 CPC.

 

             
b) Selon
l'art. 106 CPC, les frais sont mis à la charge de la partie succombante (al. 1). Lorsqu'aucune des
parties n'obtient entièrement gain de cause, les frais sont répartis proportionnellement (al.
2). 

 

             
c)
En l'espèce, les dernières conclusions de la recourante avant jugement correspondent exactement
à celles retenues en définitive par le premier juge au chiffre I du dispositif de la décision
attaquée. Il résulte en effet du procès-verbal de l’audience du 3 juillet 2012 que
la recourante a admis la déduction du montant de 50’000 fr., telle que retenue par le
premier juge dans sa décision (jugement contesté p. 9).

 

             
Dans ces circonstances, il y a lieu d'admettre que la recourante J.________SA a obtenu entièrement
gain de cause. Elle a ainsi droit à l’allocation de pleins dépens, arrêtés
à 2'000 fr. (art. 5 TDC [Tarif des dépens en matière civile du 23 novembre 2010; RSV 270.11.6]),
ainsi qu'au remboursement des frais judiciaires de première instance, qui ont été arrêtés
à 200 francs.

 

             
Le recours doit dès lors être admis.

 

7.             
En définitive le recours de E.________SA et P.________SA est rejeté, le recours de J.________SA
étant en revanche admis. En conséquence le chiffre IV du dispositif du jugement doit être
modifié en ce sens que E.________SA et P.________SA sont tenues de verser solidairement à J.________SA
un montant de 2'200 fr. comprenant les dépens et les frais judiciaires de première instance.

 

             
Vu l'issue du litige, les frais judiciaires du recours de E.________SA et P.________SA, arrêtés
à 400 fr. (2 x 200 fr.; art. 69 al. 1 TFJC [Tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010;
RSV 270.11.5]), ainsi que les frais du recours de J.________SA, arrêtés à 200 fr. (art.
69 al. 1 et 70 al. 3 TFJC), doivent être mis solidairement à la charge de E.________SA et P.________SA
qui succombent, solidairement entre elles (art. 106 al. 1 CPC). 

 

             
J.________SA a également droit à l’allocation de dépens de deuxième instance,
arrêtés à 800 fr. (art. 8 TDC), et comprenant la restitution de son avance de frais de
recours par 200 fr. (art. 111 al. 2 CPC).

 

             

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours E.________SA et P.________SA est rejeté.

 

             
II.             
Le recours de J.________SA est admis.

 

             
III.             
Le chiffre IV du dispositif du jugement est réformé en ce sens que les demanderesses E.________SA
et P.________SA, solidairement entre elles, doivent verser à la défenderesse J.________SA la
somme de 2'200 fr. (deux mille deux cents francs) à titre de dépens et de restitution de frais
judiciaires.

 

             
                           
Le jugement est confirmé pour le surplus.

 

             
IV.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 600 fr. (six cents francs),
sont mis à la charge E.________SA et P.________SA, solidairement entre elles.

 

             
V.             
E.________SA et P.________SA, solidairement entre
elles, doivent verser à J.________SA la somme de 800 fr. (huit cents francs) à titre de dépens
et de restitution de frais judiciaires de deuxième instance.

 

             
VI.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
27 décembre 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Nicolas Saviaux (pour J.________SA),

‑             
Me Pierre-Xavier Luciani (pour E.________SA et P.________SA)

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 30'000
 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Lausanne

 

             
Le greffier :