# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 4ecfbca6-a09d-5b7d-8732-b6a050ee70ae
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours pénale Décision / 2013 / 72
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_013_D-cision---2013---72_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

35

 

PE11.002942-SGW

 

 

LE
JUGE DE LA

CHAMBRE
DES RECOURS PENALE

__________________________________________

Séance
du 3 janvier 2013

__________________

Juge
              :              
M.              Abrecht

Greffier             
:              M. Ritter

 

 

*****

 

Art.
135 al. 3 let. a, 395 let. b CPP

 

             
Vu le jugement du 29 novembre 2012, par lequel le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de la Broye
et du Nord vaudois a, notamment, constaté que F.________ s’était rendu coupable de délit
manqué de viol, de viol, ainsi que de contravention à la LStup (I), l'a condamné à
une peine privative de liberté de quatre ans, sous déduction de 512 jours de détention
préventive déjà subie (II), l'a condamné à payer à [...] la somme de 10'000
fr., avec intérêts à    5 % l'an dès le 26 février 2011, à titre
de tort moral (VI), l'a condamné à payer à [...] la somme de 5'000 fr., valeur échue,
à titre de tort moral (VII), a arrêté l'indemnité due à Me Manuela Ryter Godel
en sa qualité de conseil d'office d'[...] à 7'074 fr., débours et TVA compris, à
la charge de l'Etat sous réserve des art. 135 al. 4 et 138 CPP (VIII), a arrêté l'indemnité
due à Me Sandrine Chiavazza en sa qualité de conseil d'office de [...] à 3'266 fr., débours
et TVA compris, à la charge de l'Etat sous réserve des art. 135 al. 4 et 138 CPP (IX), a arrêté
l'indemnité due à Me L.________ en sa qualité de conseil d'office de F.________ à
15'000 fr., débours et TVA compris, sous déduction des montants de 7'683 fr. et 4'153 fr. 70
déjà versés, à la charge de l'Etat sous réserve des art. 135 al. 4 et 138 CPP
(X) et a mis une partie des frais, par 19'782 fr. 60, à la charge du condamné, le solde étant
laissé à la charge de l'Etat (XIII), 

             
vu le recours interjeté le 12 décembre 2012 par Me L.________ contre ce jugement,

             
vu les pièces du dossier;

             
attendu
que Me L.________, désigné dès le début de la procédure comme défenseur
d'office de F.________, conteste le montant qui lui a été alloué à ce titre par le
jugement précité, 

             
qu'il produit une liste globale de ses opérations (P. 127/3),

             
que le Tribunal d'arrondissement a renoncé à se déterminer sur le recours;

             
attendu que le défenseur d'office peut recourir devant l'autorité de recours contre la décision
du ministère public et du tribunal de première instance fixant l'indemnité (art. 135 al.
3 let. a CPP),

             
que, selon l'art. 395 let. b CPP, si l'autorité de recours est un tribunal collégial, sa direction
de la procédure statue seule sur le recours lorsqu'il porte sur les conséquences économiques
accessoires d'une décision et que le montant litigieux n'excède pas 5'000 francs,

             
qu'aux termes de l'art. 13 al. 2 LVCPP (Loi d'introduction du Code de procédure pénale suisse;
RSV 312.01), un juge de la Chambre des recours pénale est compétent pour statuer sur les recours
en tant que juge unique dans les cas prévus à l'art. 395 CPP,

              
que le Message du Conseil fédéral relatif à l’unification du droit de la procédure
pénale du 21 décembre 2005 cite, comme conséquences économiques d'une décision,
les frais, les indemnités et les confiscations (FF 2006 pp. 1057 ss, spéc. p. 1297),

             
que, selon la doctrine, les honoraires du défenseur d'office entrent 
dans
la notion de conséquences économiques d'une décision (Rémy, in
: Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2011, n.
2 ad art. 395 CPP; Schmid, Handbuch des schweizerischen Strafprozessrechts, 2009, n. 1521; Stephenson/Thiriet,
in
: Niggli/Heer/Wiprächtiger, Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung, 2011, n. 5 ad
art. 395 CPP),

             
que se pose encore la question de la valeur litigieuse, dont dépend la compétence de l'autorité
pour connaître du recours,

             
que le montant litigieux ne doit pas être compris comme étant celui qui est réclamé,

             
qu'il représente bien plutôt la différence entre celui-ci et la somme allouée (Stephenson/Thiriet,
op. cit., n. 6 ad art. 395 CPP),

             
qu'en l'occurrence, le montant demandé au titre des conclusions principales du recours s'élève
à 19'396 fr. 85, débours et TVA compris, par 1'160 fr. et 1'436 fr. 85 respectivement, sous
déduction des montants de 7'683 fr. et de 4'153 fr. 70 déjà versés, soit à un
solde de 7'560 fr. 15,

             
qu'à titre subsidiaire, le recourant conclut à ce que son indemnité soit augmentée
dans la mesure que justice dira, de manière conséquente, à hauteur d'un montant supérieur
à 18'000 fr., débours et TVA compris, sous déduction des montants déjà versés,

             
que l'indemnité allouée s'élève à 15'000 fr., débours et TVA compris, sous
déduction des montants de 7'683 fr. et 4'153 fr. 70 déjà versés, soit à un solde
de 3'163 fr. 30,

             
que la valeur litigieuse est ainsi de 4'396 fr. 85 au titre des conclusions principales du recours,

             
qu'elle est inférieure selon ses conclusions subsidiaires, 

             
que le recours relève donc de la compétence d'un juge unique de la Chambre des recours pénale
(art. 395 let. b CPP);

             
attendu que le défenseur d'office a droit au remboursement intégral de ses débours ainsi
qu'à une indemnité s'apparentant aux honoraires perçus par le mandataire plaidant aux
frais de son client,

             
que, pour fixer cette indemnité, l’autorité doit tenir compte de la nature et de l’importance
de la cause, des difficultés particulières qu’elle peut présenter en fait et en
droit, du temps que le défenseur d’office y a consacré et de la qualité de son travail,
du nombre de conférences, d’audiences et d’instances auxquelles il a pris part, du résultat
obtenu et, enfin, de la responsabilité qu’il a assumée (TF 6B_745/2009 du 12 novembre
2009, c. 10.1; TF 6B_273/2009 du 2 juillet 2009, c. 2.1; TF 6B_102/2009 du 14 avril 2009, c. 2; TF 6B_960/2008
du 22 janvier 2009, c. 1.1; TF 6B_947/2008 du 16 janvier 2009, c. 2),

             
qu'à condition d’être équitable, la rémunération de l’avocat d’office
peut être inférieure à celle du mandataire choisi (JT 2002 III 204, c. 2.1; ATF 122 I
1, c. 3a; ATF 117 Ia 22, c. 3a; ATF 109 Ia 107, c. 3b et 3c),

             
qu'elle doit non seulement couvrir les frais généraux de l'avocat, mais aussi lui permettre
de réaliser un gain modeste et non seulement symbolique (ATF 132 I 201 c. 8.6),

             
que, dans le canton de Vaud, l'indemnité horaire de l’avocat d’office breveté est
usuellement fixée à 180 fr., TVA en sus, et celle de l’avocat stagiaire à 110 fr.,
en règle générale sans TVA (cf. ATF 132 I 201; TF 6B_273/2009 du 2 juillet 2009 c. 2.1;
cf. aussi art. 2 al. 1 du règlement sur l’assistance judiciaire en matière civile [RSV
211.02.3] et ATF 137 III 185),

             
que l’indemnité due au défenseur
d’office ne comprend pas seulement un montant représentant ses honoraires, mais également
le remboursement de ses débours dans la mesure où ceux-ci ne dépassent pas ce qui est
nécessaire à l’exécution de sa mission (JT 2002 III 204, précité; ATF
122 I 1, précité; ATF 117 Ia 22, précité, c. 4b),

             
que l'autorité chargée de fixer l'indemnité dispose d'un large pouvoir d'appréciation
dans l'application des normes cantonales relatives à l'indemnisation de l'avocat d'office, n'abusant
de ce pouvoir que dans le cas où elle apprécie de façon erronée un poste de l'état
de frais ou se fonde sur un argument déraisonnable (ATF 134 I 140 c. 5.4 et les arrêts cités),

             
que l’autorité chargée de fixer la rémunération du défenseur d’office
peut se prononcer sur le caractère excessif du temps que celui-ci a prétendument consacré
à sa mission et ne rétribuer que l’activité qui s’inscrit raisonnablement
dans le cadre de l’accomplissement de la tâche du défenseur, à l’exclusion
des démarches inutiles ou superflues ou des tâches relevant d’un simple soutien moral
ou social (ATF 109 Ia 107 c. 3b),

             
que l’avocat doit toutefois bénéficier d’une marge d’appréciation suffisante
pour déterminer l’importance du travail qu’exige l’affaire (ATF 109 Ia 107, précité,
c. 3b);

             
attendu, en l'espèce, que le recourant soutient que c'est à tort que le tribunal correctionnel
a réduit, d'environ 25 %, la rémunération allouée en s'écartant des trois listes
qui lui avaient été soumises pour les opérations effectuées au 26 février 2011
au 28 novembre 2012,

             
que le tribunal correctionnel a entièrement alloué, en honoraires et frais, les montants figurant
sur la première liste des opérations, portant sur la période du 26 février au 12
décembre 2011 et sur 39 heures 45 de travail, en faisant toutefois abstraction de la TVA, par 614
fr. 65,

             
qu'il a inclus la TVA pour ce qui est de la deuxième liste des opérations, portant sur la période
du 15 décembre 2011 au 30 mai 2012 et sur 20 heures 35 de travail, en plus des débours, par
231 fr., mais en réduisant le montant alloué de 92 fr. 70,

             
que, pour ce qui est de la troisième liste des opérations, relative à la période
du 31 mai au 28 novembre 2012, pour 33 heures 10 de travail, le conseil d'office réclame un montant
de 6'843 fr. 30 au titre des honoraires, débours et TVA compris, en plus de la TVA, par 674 fr.
65, omise sur la première liste d'opérations, et des 92 fr. 70 manquants sur la seconde liste
d'opérations,

             
que le recourant conclut ainsi, à titre principal, à ce que son indemnité de défenseur
d'office soit calculée comme il suit : 7'155 fr. (39 heures 45) + 3'705 fr. (20 heures 35) + 5'940
fr. (33 heures 10), en plus de débours s'élevant à respectivement 528 fr., 231 fr. et
401 fr. pour ses trois listes d'opérations successives, TVA non comprise (P. 127/3),

             
que les honoraires et débours totaux demandés s'élèvent ainsi à 17'960 fr.,
la TVA y afférente ascendant à 1'436 fr. 80, 

             
que le montant global réclamé se monte dès lors à 19'396 fr. 80,

             
que les versements déjà effectués sont incontestés dans leur principe et leurs quotités,

             
que le recourant fait grief au tribunal d'avoir réduit sans motif la durée d'activité
prise en compte pour fixer l'indemnité d'office, respectivement d'avoir aussi limité les débours
réclamés, sans davantage justifier sa position,

             
que le tribunal correctionnel a retenu que les opérations considérées comme justifiées
justifiaient une indemnité de défenseur d'office de 15'000 fr. pour toutes choses, débours
et TVA compris, sous déduction des montants déjà versés,

             
qu'il a, ce faisant, procédé à une appréciation globale, indépendamment des
modalités applicables aux versements antérieurs,

             
qu'il peut paraître insolite que la somme allouée in
fine incorpore la TVA, alors que le premier versement,
de 7'683 fr., en faisait abstraction, et que le deuxième versement, de 4'153 fr. 70, semblait l'inclure
à l'instar du montant final,

             
qu'une unification de pratique à cet égard ne pourrait que simplifier les décomptes,

             
qu'il n'en reste cependant pas moins que le parti pris de fixer globalement, au terme de la procédure,
l'indemnité allouée débours et TVA compris ne prête pas le flanc à la critique
en tant que tel sous l'angle légal, étant précisé que le dispositif du jugement se
limite à porter en déduction les montants déjà versés sans décompte de
débours ni de TVA,

             
qu'il y a donc lieu de procéder à une appréciation globale de la durée d'activité
raisonnablement nécessaire à la défense d'office, TVA comprise, les débours invoqués
par le recourant, à hauteur de 1'160 fr., pouvant être admis,

             
que la somme de 15'000 fr. allouée correspond ainsi à une rétribution nette de 12'814
fr. 15 (sans TVA), ce qui représente quelque 71 heures et dix minutes d'activité,

             
que le prévenu avait à répondre de deux tentatives de viol, respectivement d'un viol consommé
et d'un viol tenté, subsidiairement de lésions corporelles simples et de contrainte, ainsi
que de contravention à la LStup,

             
que la seconde infraction contre l'intégrité sexuelle, commise sur territoire genevois, a fait
l'objet d'une attraction de compétence en faveur des autorités vaudoises par jonction des causes,

             
que le prévenu a été détenu à titre provisoire durant 512 jours au total, en
deux périodes distinctes,

             
que ses dénégations ont été infirmées notamment par les rapports médicaux
établis au vu de l'examen physique des victimes, d'une part, et de sa propre personne, d'autre part,

             
que ces rapports ont été déposés peu après les faits litigieux, sur la base
d'examens effectués à bref délai,

             
que le prévenu n'avait à s'opposer qu'aux prétentions de deux parties plaignantes, ce
à raison de faits similaires,

             
que les moyens de défense articulés étaient les mêmes pour chaque infraction,

             
que les mesures d'instruction mises en œuvre ont d'emblée strictement été limitées
aux faits déterminants, même si la jonction des causes par l'effet de l'attraction de compétences
a pu compliquer la procédure dans une certaine mesure,

             
qu'au vrai, le seul aspect de la procédure de nature à susciter une difficulté relativement
significative était constitué par l'appréciation de l'expertise psychiatrique, déposée
le 4 janvier 2010 dans le cadre d'une précédente enquête pénale,

             
que les infractions contre l'intégrité sexuelle, subsidiairement contre l’intégrité
corporelle reléguaient au second plan les infractions à la législation sur les stupéfiants
dont le prévenu avait à répondre par ailleurs,

             
que le mandat de défenseur d'office ne nécessitait ainsi pas d'opérations particulièrement
fastidieuses ni difficiles, malgré la gravité des infractions dont avait à répondre
le prévenu,

             
que le montant alloué au recourant est largement supérieur à la somme des indemnités
du conseil d'office de chacune des victimes,

             
que, dans ces circonstances, on ne saurait considérer que le tribunal correctionnel a abusé
de son large pouvoir d'appréciation en fixant une indemnité correspondant à une durée
d'activité de 71 heures environ, étant précisé que les premiers juges sont mieux
à même d'évaluer la difficulté de la cause et le temps nécessaire à une
défense efficace (cf. notamment CREP 11 juin 2012/361),

             
qu'en particulier, l'omission initiale de la TVA, par 614 fr. 65, sur les honoraires de 7'683 fr., pour
regrettable qu'elle soit, ne mène pas à une autre appréciation, sachant que l'on se trouve,
in fine,
dans le cadre de la marge d'appréciation des premiers juges;

             
attendu, en définitive, que le recours, mal fondé, doit être rejeté,

             
que les frais de la procédure de recours, constitués des seuls émoluments du présent
arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 630 fr. (art. 20 al. 1 TFJP; RSV 312.03.1), seront mis à la
charge du recourant qui succombe (art. 428 al. 1 CPP).

 

Par
ces motifs,

le
Juge

de
la Chambre des recours pénale,

statuant
à huis clos :

 

             
I.             
Rejette le recours.

             
II.             
Confirme la décision du 29 novembre 2012 fixant à 15'000 fr., débours et TVA compris,
l'indemnité due à Me L.________ en sa qualité de défenseur d'office de F.________.

             
III.             
Dit que les frais de la procédure de recours,
par 630 fr. (six cent trente francs), sont mis à la charge de L.________.

             
IV.             
Déclare le présent arrêt exécutoire.

 

Le
juge :               Le greffier :

 

 

 

             
Du 

 

             
L’arrêt qui précède est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :

-             
Me L.________,

-             
Ministère public central,

 

             
et communiqué à :

‑             
Direction de la procédure : Tribunal correctionnel de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

 

             
par l’envoi de photocopies.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours
qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).

 

             
Le greffier :