# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 66b3f7e3-58f2-5ca0-9952-65a55bb45418
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2023 / 340
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2023---340_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PT19.055660-230408

85 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
1er mai 2023

__________________

Composition
:               Mme             
CHERPILLOd,
présidente

             
              M.             
Winzap et Mme Crittin Dayen, juges

Greffière
:              Mme             
Cottier

 

 

*****

 

 

Art.
319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par W.________,
à [...], défendeur, contre le prononcé rendu le 3 mars 2023 par le Président du Tribunal
civil de l’arrondissement de Lausanne dans la cause divisant le recourant d’avec P.________,
à [...], demanderesse, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par prononcé du 3 mars 2023, le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne
(ci-après : le président) a admis l’introduction en procédure des nouveaux
allégués renumérotés 383 à 396 et des moyens de preuve y afférents pris
par P.________ dans sa requête tendant à l’admission de faits et moyens de preuve nouveaux
déposée le 3 juin 2022 (I), a dit qu’il ne serait pas tenu compte des allégations
de fait contenues dans les déterminations du 5 juillet 2022 de W.________ et celles du 7 novembre
2022 de P.________, ni des bordereaux de pièces produits à leur appui (II), a fixé à
W.________ un délai au 14 mars 2023 pour se déterminer sur les allégués 383
à 396 de P.________ (III) et a rendu le prononcé sans frais judiciaires et dépens (IV).

 

             
En droit, le président a constaté que les faits allégués sous ch. 383 à 396
en lien avec une annonce de vente du mobilier postée sur le site internet « [...] »
avaient été portés à la connaissance de P.________ au plus tôt le 23 mai 2022,
de sorte que sa requête de nova
du 3 juin 2022 avait été déposée
sans retard. Le président a par ailleurs précisé que la question de la pertinence de ces
allégués soulevée par W.________ n’était à ce stade pas relevante et que
celle-ci serait, le cas échéant, examinée dans le cadre du jugement au fond. Le président
a ensuite constaté que les déterminations du 5 juillet 2022 de W.________ et celles du 7 novembre
2022 de P.________ ne contenaient pas des allégations de faits ainsi que l’indication, pour
chaque allégation, des moyens de preuve proposés, de sorte que celles-ci ne sauraient être
considérées comme des nova
et ne pouvaient dès lors être prises en compte dans le cadre de la procédure au fond.

 

 

B.             
Par acte du 27 mars 2023, W.________ (ci-après :
le recourant) a interjeté recours contre le prononcé précité en concluant, avec suite
de frais et dépens, à la réforme du ch. I du dispositif en ce sens que la requête
de nova
déposée le 3 juin 2022 par P.________ (ci-après : l’intimée) soit déclarée
irrecevable. Subsidiairement, il a conclu à la réforme du ch. II du dispositif du prononcé
attaqué en ce sens que les allégations et pièces produites dans ses déterminations
sur requête de nova
du 5 juillet 2022 soient déclarées recevables. Il a en outre requis, à titre préalable,
l’effet suspensif et à ce que le président soit enjoint à lui remettre les déterminations
spontanées déposées le 7 novembre 2022 par l’intimée.

 

             
Par avis du 30 mars 2023, la Juge déléguée de la Cour de céans a rejeté la requête
d’effet suspensif du recourant.

 

             
L’intimée n’a pas été invitée à se déterminer sur le recours.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l’état de fait de la décision,
complété dans la mesure nécessaire par les pièces du dossier, dont il ressort notamment
ce qui suit :

 

1.             
Le 4 décembre 2019, l’intimée a ouvert action en paiement contre le recourant et a notamment
conclu, avec suite de frais et dépens, à ce que celui-ci soit astreint à lui verser la
somme de 75'980 fr., avec intérêts à 5 % l’an dès le 31 janvier 2016.

 

             
Par réponse du 21 février 2020, le recourant a conclu, avec suite de frais et dépens,
au rejet des conclusions prises par l’intimée.

 

             
Le 22 juin 2020, l’intimée a déposé une réplique.

 

             
Le 28 septembre 2020, le recourant a déposé une duplique.

 

2.             
Le 19 janvier 2021, l’intimée a déposé des déterminations et allégués
nouveaux.

 

             
Par ordonnance de preuves et prononcé sur nova
du 14 avril 2021, le président a notamment rejeté la requête de nova
formée par l’intimée le 19 janvier
2021.

 

3.             
Par requête en admission de nova
déposée le 3 juin 2022, l’intimée
a conclu à l’introduction en procédure des nouveaux allégués 383 à 396.

 

             
Dans son écriture, l’intimée a notamment allégué qu’elle venait de découvrir
une annonce sur le site [...] qui mettait en vente l’ancien mobilier de sa société [...]
pour un prix de 5'000 fr. et qu’elle aurait ainsi appris que le recourant se serait approprié
le mobilier précité après la faillite de la société.

 

             
Par déterminations du 5 juillet 2022, le recourant s’est déterminé sur la requête
précitée et les moyens de preuve y relatifs, en concluant à leur irrecevabilité.
Il a également produit un bordereau de pièces.

 

             
Par écriture du 7 novembre 2022, l’intimée s’est spontanément déterminée
et a produit un lot de pièces.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.

1.1             
              Aux
termes de l’art. 319 let. b CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008 ;
RS 272), la voie du recours est ouverte contre les décisions autres que celles mentionnées
à la let. a de cette disposition, ainsi que contre les ordonnances d’instruction de première
instance dans les cas prévus par la loi ou lorsqu’elles peuvent causer un préjudice difficilement
réparable. Le délai de recours est de dix jours pour les ordonnances d’instruction (art.
321 al. 1 et 2 CPC).

 

1.2             
              En
l’espèce, le recours a été déposé en temps utile par une partie au bénéfice
d’un intérêt digne de protection (art. 59 al. 2 let. a CPC).

 

 

2.

2.1

2.1.1             
              Le
recours contre une décision statuant sur l’admission de faits ou moyens de preuves nouveaux
(art. 229 CPC) n’étant pas expressément prévu par le CPC, il n’est recevable
que si ladite décision est susceptible de causer un préjudice difficilement réparable
au recourant (cf. art. 319 let. b ch. 2 CPC).

 

2.1.2             
              La
notion de préjudice difficilement réparable est plus large que celle de dommage irréparable
de l’art. 93 al. 1 let. a LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110
; TF 4A_466/2019 du 6 janvier 2020 consid. 8 ; TF 5A_92/2015 du 2 mars 2015 consid. 3.2.2 et les
réf. citées), puisqu’elle vise non seulement un inconvénient de nature juridique,
mais aussi les désavantages de fait (CREC 13 mars 2023/59 ; Jeandin, in
Bohnet et al., Commentaire romand, Code de procédure civile, 2e
éd., Bâle 2019, n. 22 ad art. 319 CPC). La question de savoir s’il existe un préjudice
difficilement réparable s’apprécie par rapport aux effets de la décision incidente
sur la cause principale, respectivement la procédure principale (ATF 137 III 380 consid. 1.2.2
; TF 4A_554/2019 du 21 novembre 2019 consid. 1.1.1). Il y a lieu de se montrer exigeant, voire restrictif,
avant d’admettre la réalisation de cette condition, sous peine d’ouvrir le recours contre
toute décision ou ordonnance d’instruction, ce que le législateur a clairement exclu
(CREC 10 mai 2023/97 ; CREC 7 octobre 2020/250 ; Jeandin, loc. cit.). En outre, un préjudice
irréparable de nature juridique ne doit pas pouvoir être ultérieurement réparé
ou entièrement réparé par une décision finale favorable au recourant (ATF 134 III
188 consid. 2.1 et 2.2). Il incombe au recourant d'établir que sa situation procédurale serait
rendue notablement plus difficile et péjorée si la décision querellée était
mise en œuvre (CREC 23 mars 2023/64 ; CREC 22 juin 2021/178).

 

Les
décisions admettant ou refusant d’ordonner une preuve doivent ainsi en règle générale
être contestées dans le cadre du recours ou de l’appel contre la décision finale.
La décision refusant ou admettant des moyens de preuve offerts par les parties ne cause en effet
en principe pas de préjudice difficilement réparable puisqu’il est normalement possible,
en recourant contre la décision finale, d’obtenir l’administration de la preuve refusée
à tort ou d’obtenir que la preuve administrée à tort soit écartée du dossier
(CREC 8 août 2022/180 ; CREC 9 avril 2020/92 ; CREC 23 août 2017/316). Est en principe également
irrecevable le recours contre la décision d’admission ou de rejet de faits et moyens de preuve
nouveaux au sens de l’art. 229 CPC, qui ne provoque généralement pas de risque de dommage
difficilement réparable, la partie conservant tous ses moyens au fond et pouvant remettre en cause
la décision finale en invoquant une violation de l’art. 229 CPC (CREC 6 février 2023/22 ;
CREC 13 novembre 2019/307).

 

Des
exceptions existent lorsqu'est refusé un moyen de preuve qui risque de disparaître ou lorsque
l'ordonnance de production met en jeu la sauvegarde d'un secret, sans que le tribunal n’ait pris
les mesures aptes à les protéger ou est assortie de la menace des sanctions prévues à
l'art. 292 CP (TF 4A_274/2021 du 6 octobre 2021 consid. 1.2 ; TF 4A_559/2017 du 20 novembre 2017
consid. 3.1 ; CREC 6 février 2023/22).

 

2.2

2.2.1             
              A
titre de préjudice difficilement réparable, le recourant invoque que l’intimée,
dans sa requête de nova
(all. 384), a allégué qu’il se serait approprié l’ancien mobilier d’une
valeur de 5'000 fr. de la société [...] après sa faillite. Il expose à cet égard
être privé de la possibilité d’expliquer en quoi ces nova
« n’[auraient] strictement rien à voir avec la procédure au fond ».

 

2.2.2             
              En l’espèce,
le recourant ne démontre pas en quoi la recevabilité des nova
introduits par la partie adverse serait susceptible de lui causer un risque de préjudice difficilement
réparable, se contentant d’alléguer que ceux-ci n’auraient « strictement
rien à voir avec la procédure au fond ». Une telle motivation ne satisfait manifestement
pas aux exigences de motivation qui pèsent sur le recourant (art. 321 al. 1 CPC). Par ailleurs,
le président a relevé qu’il n’y avait pas lieu d’aborder la question de la
pertinence des allégués 383 à 396 à ce stade et que celle-ci serait, le cas échéant,
examinée dans le cadre du jugement au fond. Le recourant conserve ainsi la possibilité de faire
valoir ses arguments sur ce point tant dans le cadre de la procédure au fond que lors d’un
éventuel appel contre la décision finale. Partant, il n’y a pas lieu de s’écarter
de la jurisprudence fédérale précitée qui prévoit que le recours contre une
décision d’admission de faits et moyens de preuve nouveaux ne provoque en principe pas de
risque de préjudice difficilement réparable. 

 

 

3.             
              En
définitive, faute de préjudice difficilement réparable au sens de l’art. 319
let. b ch. 2 CPC, le recours doit être déclaré irrecevable au sens de l'art. 322
al. 1 in fine
CPC.

 

Les
frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 200 fr. (art. 69 al. 1 et 70 al.
2, spéc. 2e
phr., TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; BLV 270.11.5]), sont mis à
la charge du recourant, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).

 

             
Il n’y a pas lieu à l’allocation de dépens de deuxième instance, dès
lors que l’intimée n’a pas été invitée à déposer de réponse
(art. 322 al. 1 in fine
CPC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 200 fr. (deux cents francs),
sont mis à la charge du recourant W.________.

 

             
III.             
L’arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
M. W.________ ;

‑             
Me Germain Quach (pour P.________).

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne.

 

             
La greffière :