# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 53a08374-38bd-5fc1-a391-7f91f0302bac
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2016 / 454
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2016---454_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HN16.016544-160565

152 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
4 mai 2016

____________________

Composition
:               M.             
Winzap,
président

             
              Mmes             
Courbat et Giroud Walther 

Greffier
:                           
Mme              Logoz

 

 

*****

 

 

Art.
559 al. 1, 566 al. 1 CC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par M.________,
à Servion, contre le certificat d’héritiers délivré le 22 mars 2016 par la
Juge de paix du district de Lausanne dans le cadre de la succession de
P.________, la Chambre des recours civile du Tribunal
cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 22 mars 2016, la Juge de paix du district de Lausanne a délivré le certificat
d'héritiers dans le cadre de la succession de P.________, décédée intestat le [...]
2014.

 

 

B.             
Par acte du 6 avril 2016, M.________ a recouru
contre cette décision, faisant valoir en substance qu’il ne souhaitait pas hériter de
sa grand-mère P.________ dans la mesure où son grand-père [...] n’avait pas beaucoup
de moyens. Il a conclu implicitement à la réforme de cette décision en ce sens qu’un
nouveau certificat d’héritiers soit établi comportant uniquement l’indication de
son grand-père en qualité d’héritier légal.

 

             
Le 26 avril 2016, M.________ a versé l’avance de frais requise à hauteur de 200 francs.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

             
1.
P.________, née [...] le [...] 1926, est décédée intestat à Lausanne le [...]
2014.

 

             
2. a)
Son époux [...] a accepté la succession par déclaration du 19 mars 2014. Il est décédé
le [...] 2015.

 

             
Ses enfants [...], [...] et [...] ont tous répudié la succession par déclarations formulées
respectivement les 29 avril, 12 mars et 10 mars 2014.

 

             
b)
Selon certificat relatif à l’état de famille du renonçant [...], celui-ci 
n’a pas d’enfants.

 

             
La renonçante [...] a pour unique descendant [...].

 

             
Les descendants de la renonçante [...] sont  [...] et [...], qui ont respectivement répudié
la succession de leur grand-mère les 21 et 28 mai 2014.

 

             
Les descendantes de la renonçante [...], à savoir [...] et [...], représentées par
les détenteurs de l’autorité parentale, ont également répudié cette succession
par déclaration du 2 août 2015.

 

             
c)
Par courrier recommandé du 13 mai 2014, la Justice de paix du district de Lausanne a informé
M.________ que sa mère avait répudié la succession de P.________, qu’il devenait
ainsi héritier de cette succession et que le délai de répudiation serait échu le
13 août 2014. Passé ce délai, elle a indiqué que, faute de déclaration expresse
de répudiation adressée à la Justice de paix, elle considérerait qu’il acceptait
tacitement la succession. Une fiche de renseignements relatifs à la liquidation de la succession
était jointe à ce courrier.

 

             
Par formulaire daté et signé du même jour, M.________ a signé sous la rubrique « Répudiation
de succession », en précisant que « les Actifs doivent revenir à mon grand-père,
M. [...] ».

 

             
Par pli recommandé du 21 mai 2014, la Justice de paix a accusé réception de la détermination
conditionnelle de M.________, lui a expliqué que le droit suisse ne permettait pas l’acceptation
ou la répudiation conditionnelle, de sorte que sa déclaration était irrecevable. Elle
l’invitait dès lors à se déterminer par le biais d’une nouvelle déclaration
qui devrait être formulée sans condition ni réserve. Un nouveau formulaire de détermination
était joint à ce courrier.

 

             
Le 16 juin 2014, M.________ a signé ce formulaire sous la rubrique « Acceptation de la
succession », le formulaire indiquant notamment qu’il déclarait accepter purement
et simplement la succession de P.________ et qu’il priait le Juge de paix de lui délivrer
un certificat d’héritiers.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Les décisions relatives au certificat d'héritiers
et à sa délivrance sont des décisions gracieuses de droit fédéral. En matière
de dévolution successorale, le droit fédéral laisse aux cantons la latitude de choisir
entre une autorité administrative et un juge, ainsi que de fixer la procédure (Exposé
des motifs ad CDJP [Code de droit privé judiciaire vaudois du 12 janvier 2010 ; RSV 211.02],
mai 2009, n. 87 in fine
ad art. 108 du projet, p. 77).

 

             
Dans le canton de Vaud, l'appel aux héritiers et le certificat d'héritiers sont régis
par les art. 126 et 133 ss CDPJ. Les art. 104 à 109 CDPJ s'appliquent par renvoi de l'art. 111 CDPJ.
Le CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008 ; RS 272) est applicable à titre
supplétif (art. 104 et 108 CDPJ). La procédure sommaire s'applique à la juridiction gracieuse
(art. 248 let. e CPC), de sorte que seul le recours limité au droit est recevable contre les décisions
d'appel aux héritiers et relatives au certificat d'héritiers (art. 109 al. 3 CDPJ ; CREC
1er
septembre 2014/302 ; CREC 9 mai 2014/203 ; CREC 17 avril 2014/143).

 

 

2.             
Le recours, écrit et motivé, doit s'exercer
dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 321 al. 1
et 2 CPC), auprès de la Chambre des recours civile (art. 73 al. 1 LOJV [loi vaudoise du 12 septembre
1979 d'organisation judiciaire ; RSV 173.01]).

 

             
L'existence d'un intérêt du recourant est une condition de recevabilité de tout recours,
cet intérêt devant être juridique et non de fait (ATF 127 III 429 consid. 1b ; ATF 120
II 7 consid. 2a ; ATF 118 II 108 consid. 2c ; JT 2001 III 13).

 

             
  En l’espèce, motivé et déposé en temps utile (art. 321 al. 1 et
2 CPC) par une partie qui y a un intérêt (art. 59 al. 2 let. a CPC), le recours est recevable
à la forme.

 

 

3.

3.1             
Le recourant conteste son inscription sur le certificat
d’héritiers en tant qu’hériter légal. Il fait valoir que, sauf erreur de sa
part, il n’a pas été invité par la Justice de paix à se prononcer sur l’acceptation
ou la répudiation de la succession de sa grand-mère P.________ et qu’il n’entendait
pas hériter de cette dernière, dès lors que son grand-père ne disposait pas de beaucoup
de moyens et qu’il restait très peu d’actifs dans la succession.

 

3.2

3.2.1             
Aux termes de l'art. 559 al. 1 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210), après
l'expiration du mois qui suit la communication des dispositions pour cause de mort aux intéressés,
les héritiers institués dont les droits n'ont pas été expressément contestés
par les héritiers légaux ou par les personnes gratifiées dans une disposition plus ancienne
peuvent réclamer de l'autorité une attestation de leur qualité d'héritiers ; toutes
actions en nullité et en pétition d'hérédité demeurent réservées.

 

             
Le certificat d'héritiers constitue une attestation de l'autorité constatant que les personnes
mentionnées sur le document sont les seuls héritiers du de cujus et peuvent disposer de ses
biens (Steinauer, Le droit des successions, 2e
éd., 2015, n. 901, p. 482 et les réf. citées en note 90). Il indique les héritiers
institués et, s'il y en a, les héritiers légaux qui sont en concours avec eux. Il s'agit
d'un document indispensable aux héritiers pour se légitimer auprès des autorités
(registre foncier, administration fiscale) ou auprès des tiers (banques, créanciers ou débiteurs,
etc.), qui déploie des effets sur le plan intercantonal (Huber-Froidevaux, Commentaire du droit
des successions, 2012, n. 1 ad art. 559 CC et les réf. citées). L'attestation revêt toutefois
un caractère provisoire puisqu'elle n'est délivrée que sous réserve de toutes actions,
non seulement en nullité et en pétition d'hérédité comme le précise l'art.
559 al. 1 in fine CC, mais aussi en réduction ou en constatation d'inexistence ou de nullité
du testament. Par conséquent, le certificat d'héritiers n’est pas une preuve absolue
de la qualité d'héritier. Il ne supprime pas les droits que pourraient avoir les héritiers
légaux exclus ou les personnes gratifiées par des dispositions antérieures et n'opère
pas de transfert de droits. Sa délivrance n'est d'ailleurs précédée d'aucune analyse
de la situation de droit matériel et il peut au besoin être corrigé en tout temps (Steinauer,
op. cit., n. 902, pp. 482-483 et les réf. citées). La jurisprudence considère, à
l'instar de la doctrine, que la procédure d'établissement du certificat d'héritiers n'a
pas pour objet de statuer matériellement sur la qualité d'héritier (ATF 128 III 318
consid. 2.2.2, JdT 2002 I 479 ; TF 5A_255/2010 du 13 septembre 2011 consid. 5). L'interprétation
définitive des dispositions pour cause de mort – de même que la question qui y est liée
de savoir si une personne possède ou non la qualité d'héritier – relève de
la compétence du juge ordinaire et non de l'autorité chargée de délivrer le certificat
d'héritiers (TF 5A_495/2010 du 10 janvier 2011 consid. 2.3.2). Celle-ci peut cependant corriger
ou révoquer d'office un certificat d'héritiers s'il se révèle par la suite matériellement
erroné (TF 5A_800/2013 du 18 février 2014 consid. 4.2.3 ; TF 5P.17/2005 du 7 mars
2005 consid. 3). Le certificat d'héritiers ne jouit ainsi d'aucune autorité de chose jugée
quant à la qualité d'héritiers des personnes qui y sont mentionnées (ATF 128 III
318 consid. 2 ; TF 5A_800/2013 du 18 février 2014 consid. 4.2.2 ; TF 5A__495/2010
du 10 janvier 2011 consid. 1.2 et 2.3.2).

 

3.2.2             
Les héritiers légaux ou institués
ont la faculté de répudier la succession  (art. 566 al. 1 CC). Le délai pour répudier
est de trois mois (art. 567 al. 1 CC). Il court, pour les héritiers légaux, dès le jour
où ils ont connaissance du décès, à moins qu’ils ne prouvent n’avoir
connu que plus tard leur qualité d’héritiers ; pour les institués, dès
le jour où ils ont été prévenus officiellement de la disposition faite en leur faveur.

 

3.3             
En l’espèce, le recourant a déclaré
accepter purement et simplement la succession de P.________ selon formulaire qu’il a daté
et signé le 16 juin 2014, après que la Justice de paix l’avait renseigné, par courrier
du 13 mai 2014, sur la faculté pour l’héritier de répudier la succession et sur
les conséquences de l’acceptation de la succession et qu’elle l’avait invité,
par courrier du 21 mai 2014, à se déterminer à nouveau, sa répudiation conditionnelle
du 13 mai 2014 s’avérant irrecevable. C’est dès lors à juste titre que la
Juge de paix a inscrit le recourant sur le certificat d’héritiers de la succession de P.________
en qualité d’héritier légal.

 

             
Dans la mesure où le recourant n’invoque aucune irrégularité de la procédure
ni aucun motif tendant à faire constater qu’il n’aurait pas été en mesure
de se déterminer valablement, le recours sera rejeté.

 

 

4.             
En conclusion, le recours, manifestement mal fondé,
doit être rejeté et la décision entreprise confirmée. 

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés 200 fr. (art. 74 al. 1 TFJC [tarif
des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]), sont mis à la charge du
recourant qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
La décision est confirmée.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 200 fr. (deux cents francs),
sont mis à la charge du recourant M.________

 

             
IV.             
L’arrêt motivé est exécutoire

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

Du
6 mai 2016

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. M.________.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 30’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
Le greffier :