# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 13df1f3c-e8dd-58ee-ac76-ed2e31253f87
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2016 / 311
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2016---311_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

P314.037722-160351

162 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
16 mars 2016

____________________

Composition
:               M.             
Abrecht,
président

             
              M.             
Krieger et Mme Rouleau, juges

Greffière             
:              Mme             
Bourqui

 

 

*****

 

 

Art.
324a, 333 et 336c CO

 

 

             
Statuant sur l’appel interjeté par
Z.________SA,
à [...], contre le jugement rendu le 22 janvier 2016 par le Tribunal de prud’hommes de l’arrondissement
de La Côte dans la cause divisant l’appelante d’avec R.________,
à [...], la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement du 22 janvier 2016, notifié le 25 janvier 2016 à Z.________SA, le Tribunal de
prud’hommes de l’arrondissement de La Côte (ci-après : le Tribunal) a dit
que Z.________SA est la débitrice de R.________ et lui doit immédiat paiement de la somme de
15'765 fr. 60, sous déduction des retenues légales, avec intérêt à 5 % l’an
dès le 1er
mai 2014 (I), dit que Z.________SA est la débitrice de R.________ de la somme de 3'000 fr. à
titre de dépens (II), arrêté l’indemnité du conseil d’office de R.________
à 6'376 fr. 20 sous déduction du montant obtenu à titre de dépens (III), dit que
R.________ est, dans la mesure de l’art. 123 CPC, tenu au remboursement de cette indemnité
à concurrence de 3'052 fr. 20 (IV) et dit que le jugement est rendu sans frais judiciaires (V).

 

             
Le Tribunal a notamment considéré qu’il y avait eu le 1er
mai 2010, par actes concluants, un transfert de C.________SA à D.________SNC, devenue ensuite Z.________SA,
des rapports de travail avec R.________ qui était employé de C.________SA depuis le 1er
juin 2007. Il a ainsi considéré que le délai de protection de l’art. 336c al. 1
let. b CO était de 180 jours, de sorte que le congé signifié le 25 mars 2014 pour
le 31 mai 2014 était nul vu l’incapacité de travail de l’employé apparue le
14 décembre 2013. Il convenait néanmoins, s’agissant d’un travailleur qui
ne recherchait pas de nouvel emploi parce qu’il avait dépassé l’âge de la
retraite et vu le caractère définitif de son incapacité, d’appliquer la théorie
de la conversion et ainsi de retenir que ce congé prenait effet le 31 août 2015. Vu l’ancienneté
des rapports de travail, R.________, incapable de travailler depuis son retour de congé non payé
le 1er
mars 2014, avait droit, conformément à l’échelle bernoise, à trois mois de
salaire, soit trois fois 5'255 fr. 20 brut, avec intérêt dès l’échéance
moyenne.

 

 

B.             
Par acte du 24 février 2016, Z.________SA
a formé appel contre ce jugement, en concluant à sa réforme en ce sens que les conclusions
de R.________ selon sa demande du 9 septembre 2014 soient intégralement rejetées.

 

 

 

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits suivants :

 

1.             
La société Z.________SA est inscrite au registre du commerce depuis le 10 juillet 2015. Ses
administrateurs sont A.X.________ et B.X.________. Elle a pour but la production et le commerce de produits
agricoles et succède, après sa transformation en société anonyme, à la société
en nom collectif D.________SNC, constituée en 2003, qui avait également A.X.________ et B.X.________
en tant qu’administrateurs. 

 

2.             
R.________, né le [...] 1948, est chauffeur poids lourd. Il a été engagé par la société
C.________SA le 1er
juin 2007. 

 

3.             
Le 1er
avril 2010, une lettre établie à l’en-tête de C.________SA et portant la signature
de W.________ et B.________ de la société [...] SA a été adressée à R.________.
Ce courrier l’informait que C.________SA déplaçait ses activités au sein des locaux
de l’entreprise D.________SNC à [...] avec effet au 1er
mai 2010. Il était précisé que ce transfert n’affecterait pas son poste de travail
actuel, puisque son contrat serait maintenu aux mêmes conditions pour autant qu’il accepte
de travailler à [...].R.________ devait manifester son accord en signant et retournant ce courrier
d’ici au 9 avril 2010 au plus tard ou, s’il le souhaitait, renoncer à son emploi
en adressant une lettre de résiliation à son employeur dans un délai de deux mois. R.________
n’a pas donné de suite écrite à ce courrier.

 

4.             
Dès le 1er
mai 2010, R.________ a travaillé à [...] et a été rémunéré par l’entreprise
D.________SNC. Il a perçu en premier lieu un salaire de 25 fr. 25 brut par heure, plus indemnités
de vacances, de jours fériés et 13e salaire.
Depuis le 1er janvier
2011, son salaire horaire a été augmenté à 28 fr. 80. Aucun contrat écrit
n’a été établi avec l’entreprise D.________SNC. R.________ a perçu de
la part de celle-ci, en valeur brute, 43'584 fr. du 1er
mai au 31 décembre 2010, 65'020 fr. pour l’année 2011, 63'194 fr. pour l’année
2012 et 57'807 fr. du 1er janvier
au 30 novembre 2013.

 

5.             
Dès le 1er
juin 2010, A.X.________ et B.X.________ ont été nommés administrateurs, respectivement
président et secrétaire, de C.________SA. Auparavant, W.________ était administrateur
de cette société avec signature individuelle.

 

6.             
Bien qu’il ait atteint l’âge de 65 ans le [...] 2013, R.________ a poursuivi son activité
professionnelle au service de l’entreprise D.________SNC et a demandé à A.X.________
de lui accorder un congé sans solde afin de voyager en Asie du 1er
décembre 2013 au 28 février 2014. Ce congé a été accepté par la société
D.________SNC.

 

7.             
Le 14 décembre 2013, R.________ a été victime d’un accident vasculaire cérébral
en Asie, ce qui a entrainé une incapacité de travail définitive. Il n’a donc pas
pu reprendre son emploi le 1er
mars 2014.

 

8.             
Conformément à l’art. 21 du contrat-type de travail pour l’agriculture, la société
D.________SNC avait conclu pour l’ensemble de son personnel une assurance d’indemnités
journalières selon la LAMal auprès de l’assurance-maladie [...]. Cette assurance a confirmé,
dans un courrier du 3 juillet 2015, que le contrat conclu s’étendait également aux employés
de l’entreprise ayant dépassé l’âge de l’AVS et au maximum jusqu’à
l’âge de 70 ans, ces derniers bénéficiant en cas d’incapacité de travail
de 180 indemnités journalières au maximum.

 

9.             
Par courrier du 4 mars 2014, l’assurance en question a refusé le versement de prestations
à R.________ en se fondant sur l’art. 11 ch. 2 let. c de ses conditions générales,
qui prévoyait que la couverture d’assurance ainsi que le droit aux prestations cessent pour
chaque assuré notamment dès l’interruption de travail volontaire ne donnant pas droit
à un salaire. R.________ n’a pas contesté cette décision.

 

10.             
Par courrier du 25 mars 2014, D.________SNC a résilié avec effet au 31 mai 2014 le contrat
de travail de R.________. Celui-ci n’a plus perçu de salaire depuis le 30 novembre 2013.

 

11.             
Par requête de conciliation du 17 mars 2014,
R.________ a ouvert action par devant le Tribunal de Prud’hommes. La conciliation n’ayant
pas abouti, il s’est fait délivrer une autorisation de procéder. Par demande du 9 septembre
2014, R.________ a conclu, avec suite de frais et dépens, à ce qu’il soit prononcé
que la résiliation du contrat de travail signifiée le 25 mars 2014 était inefficace, annulable,
nulle et de nul effet et à ce que la société D.________SNC soit reconnue sa débitrice
de la somme de 30'000 fr. plus intérêts à 5 % l’an dès le 1er
mars 2014. Il a en outre réclamé la somme de 21'772 fr. 35 correspondant au montant du salaire
dû pendant une période de trois mois, conformément à l’échelle bernoise.

 

12.             
Par réponse du 23 février 2015, la société
D.________SNC a conclu, avec suite de frais et dépens, au rejet des conclusions de la demande. Une
première audience de jugement a été fixée au 23 juin 2015 et la conciliation a vainement
été tentée, la société D.________SNC ne formulant aucune offre. L’audience
a été suspendue et reprise le 12 janvier 2016.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Dans les affaires patrimoniales, l’appel
est recevable contre les décisions finales de première instance pour autant que la valeur litigieuse,
au dernier état des conclusions devant l’autorité inférieure, soit de 10'000 fr.
au moins (art. 308 al. 1 let. a et al. 2 CPC [Code de procédure civile suisse du 19 décembre
2008 ; RS 272]). L’appel, écrit et motivé, doit être introduit dans les trente
jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 311 al. 1 CPC).

 

             
En l’espèce, formé en temps utile par une partie qui a un intérêt digne de
protection (art. 59 al. 2 let. a CPC) et portant sur des conclusions supérieures à 10'000 fr.,
l’appel de Z.________SA est recevable.

 

 

2.             
L'appel peut être formé pour violation
du droit ou pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L'autorité d'appel peut revoir
l'ensemble du droit applicable, y compris les questions d'opportunité ou d'appréciation laissées
par la loi à la décision du juge, et doit, le cas échéant, appliquer le droit d'office
conformément au principe général de l'art. 57 CPC. Elle peut revoir librement l'appréciation
des faits sur la base des preuves administrées en première instance. 

 

             
Cela étant, dès lors que, selon l’art.
311 al. 1 CPC, l’appel doit être motivé – la motivation consistant à indiquer
sur quels points et en quoi la décision attaquée violerait le droit et/ou sur quels points
et en quoi les faits auraient été constatés de manière inexacte ou incomplète
par le premier juge –, la Cour de céans n’est pas tenue d’examiner, comme le ferait
une autorité de première instance, toutes les questions juridiques qui se posent si elles ne
sont pas remises en cause devant elle, ni de vérifier que tout l’état de fait retenu
par le premier juge est exact et complet, si seuls certains points de fait sont contestés devant
elle (Jeandin, CPC commenté, 2011, n. 3 ad art. 311 CPC et la jurisprudence constante de la CACI,
notamment CACI 1er
février 2012/57 consid. 2a).

 

 

3.

3.1             
L’appelante conteste qu’il y ait eu
un transfert par actes concluants des rapports de travail avec R.________. Elle soutient que son contrat
de travail aurait débuté le 1er
mai 2010 et non le 1er
juin 2007 et que, partant, le délai de protection dont il bénéficiait était de 90
jours. Elle en déduit que le licenciement signifié le 25 mars 2014 pour le 31 mai 2014
était valable.

 

3.2

3.2.1             
Au vu de l’art. 333 al. 1 CO, si l’employeur
transfère l’entreprise ou une partie de celle-ci à un tiers, les rapports de travail
passent à l’acquéreur avec tous les droits et les obligations qui en découlent,
au jour du transfert, à moins que le travailleur ne s’y oppose.

 

             
Selon l’art. 333 al. 4 CO, l’employeur ne peut pas transférer à un tiers les droits
découlant des rapports de travail, à moins que le contraire n’ait été convenu
ou ne résulte des circonstances.

 

3.2.2             
Aux termes de l’art. 336c al. 1 CO, après
le temps d’essai, l’employeur ne peut pas résilier le contrat pendant une incapacité
de travail totale ou partielle résultant d’une maladie ou d’un accident non imputable
à la faute du travailleur, et cela durant 30 jours au cours de la première année de service,
durant 90 jours de la deuxième à la cinquième année de service et durant 180 jours
à partir de la sixième année de service (let. b), de même que pendant la grossesse
et au cours des seize semaines qui suivent l’accouchement (let. c). Selon l’art. 336c al.
2 CO, le congé donné pendant une des périodes prévues à l’alinéa
précédent est nul.

 

3.3             
En l’espèce, il n’est pas nécessaire de déterminer la date exacte à laquelle
les rapports de travail ont pris fin dans la mesure où aucun salaire n’a été alloué
pour la période postérieure au 31 mai 2014. Néanmoins, il faut trancher la question de
savoir s’il y a eu un transfert des rapports de travail de l’intimé entre la société
C.________SA et la société D.________SNC afin de déterminer dans le cours de quelle année
de service il se trouvait, car sa prétention fondée sur l’art. 324a CO en dépend
(cf. infra consid. 4.2.1).

 

             
Il résulte des faits que, du 1er
juin 2007 au 30 avril 2010, l’intimé était employé de C.________SA et que dès
le 1er
mai 2010, il a été employé et rémunéré par D.________SNC. S’il avait
conclu un contrat écrit avec C.________SA, aucun contrat écrit n’a été signé
avec D.________SNC. L’appelante ne soutient pas qu’un contrat aurait été négocié
ou conclu oralement, ou que les conditions contractuelles, telles que les horaires ou le salaire, auraient
changé dès le 1er
mai 2010. En revanche, en avril 2010, un courrier a été adressé à l’intimé,
muni du papier à en-tête de C.________SA, signé par W.________ et B.________, sous la
raison sociale de [...] SA, l’informant que C.________SA allait déplacer ses activités
au sein des locaux de l’entreprise D.________SNC et que son contrat de travail était « maintenu
aux mêmes conditions actuelles » pour autant qu’il accepte de travailler à
[...].W.________ était alors seul administrateur de C.________SA. On peut donc considérer que
ce courrier reflète bien la volonté de C.________SA. Si l’intimé n’a pas contresigné
ce courrier pour approbation du changement de lieu de travail, il n’a pas non plus résilié
les rapports de travail et de fait, il a travaillé à [...] et a été rémunéré
par D.________SNC. En outre, les associés de cette dernière sont devenus, dès le 1er
juin 2010, les administrateurs de C.________SA. 

 

             
Dès lors, au vu de ce qui précède et à l’instar des premiers juges, il convient
de retenir que le contrat de travail liant R.________ à Z.________SA a bel et bien débuté
le 1er juin
2007, en raison de la reprise du contrat conclu par C.________SA. 

 

 

4.

4.1             
L’appelante fait valoir qu’elle ne doit aucune prestation de salaire à R.________ en
vertu de l’art. 324a al. 1 CO dans la mesure où elle a conclu une assurance-maladie collective
perte de gain donnant au travailleur des droits équivalents, ce qui libère l’employeur
de ses obligations (art. 324a al. 4 CO). Selon elle, le fait que cette assurance ait refusé d’indemniser
le travailleur ne serait pas pertinent pour déterminer si l’employeur est libéré.
Elle soutient que comme l’art. 324b CO utilise le terme de prestations « dues »
par l’assurance, il y aurait lieu d’évaluer la situation abstraite et non concrète.
L’intimé aurait dû contester la décision de refus de prestations de l’assurance.

 

4.2

4.2.1             
Selon l'art. 324a al. 1 CO, si le travailleur est empêché de travailler sans faute de sa part
pour des causes inhérentes à sa personne, telles que maladie, accident, accomplissement d'une
obligation légale ou d'une fonction publique, l'employeur lui verse le salaire pour un temps limité,
y compris une indemnité équitable pour le salaire en nature perdu, dans la mesure où les
rapports de travail ont duré plus de trois mois ou ont été conclus pour plus de trois
mois. Sous réserve de délais plus longs fixés par accord, contrat-type de travail ou convention
collective, l'employeur paie pendant la première année de service le salaire de trois semaines
et, ensuite, le salaire pour une période plus longue fixée équitablement, compte tenu
de la durée des rapports de travail et des circonstances particulières (art. 324a al. 2 CO).

 

             
La durée du droit au salaire pour un temps limité est ainsi fonction des années de service
que le travailleur a passées auprès de son employeur. Plus cette durée est longue, plus
la période du droit au salaire est élevée. Pour éviter de tomber dans l’arbitraire,
les tribunaux ont fixé des échelles, à savoir les échelles bernoise, bâloise
et zurichoise. A celles-ci s’ajoutent des échelles fixées par les conventions collectives
de travail ou de manière conventionnelle. Les tribunaux vaudois utilisent l’échelle bernoise.
Selon cette échelle, la durée du salaire dû est notamment de trois semaines durant la
première année de service, d’un mois dans la deuxième année, de deux mois durant
les troisième et quatrième années de service et de trois mois de la cinquième à
la neuvième année de service (Wyler/Heinzer, Droit du travail, 3e éd.,
2014, pp. 233 ss ; Subilia/Duc, Droit du travail – Eléments de droit suisse, 2010,
n. 32 ad art. 324a CO).

 

             
L’art. 324b CO concerne le cas où le travailleur est assuré obligatoirement, en vertu
d’une disposition légale.

 

             
Ces normes instituent un régime légal de base, correspondant à un seuil minimal de protection
auquel il n’est pas possible de déroger en défaveur du travailleur. Eu égard à
la protection qu’elles confèrent, elles complètent
le droit suisse des assurances sociales (ATF 131 III 623 consid. 2.2 et les réf. citées).

 

             
L’art. 324a al. 4 CO confère à l’employeur et au travailleur la faculté de
déroger au régime de base susmentionné. Ainsi, il est possible par accord écrit,
contrat-type de travail ou convention collective, de prévoir des prestations qui ont une valeur
globalement équivalente à celles découlant dudit régime de base (cf. sur cette notion
d’équivalence, TF 4C.419/1993 du 17 novembre 1994 consid. 4, publié in SJ 1995 p. 784,
et TF P.1523/1981 du 4 février 1982, publié in SJ 1982 p. 574).

 

             
La dérogation au régime de base doit être convenue en la forme écrite. Mais, comme
les droits minimums du salarié sont en cause, le législateur n’a pas voulu que soit reconnue
une convention stipulée sous n’importe quelle forme. L’accord comportera donc clairement
les points essentiels du régime conventionnel (pourcentage du salaire assuré, risques couverts,
durée des prestations, modalités de financement des primes d’assurance, le cas échéant
durée du délai de carence) ; il pourra toutefois renvoyer aux conditions générales
de l’assurance ou à un autre document tenu à la disposition du travailleur (ATF 131 III
623 ; Aubert, Commentaire romand CO I, n. 54 ad art. 324a CO).

 

             
Nonobstant l’existence d’un contrat d’assurance, il peut arriver que le droit aux prestations
ne soit pas ouvert, faute de remplir les conditions contractuelles ou légales. Dans ce cas, malgré
l’accord dérogatoire, le travailleur peut prétendre envers l’employeur au paiement
de son salaire conformément à l’art. 324a CO, à condition que le défaut de
prestation ne soit pas dû à une faute de sa part. Il est souhaitable que l’accord dérogatoire
renvoie aux conditions générales d’assurance, car la plupart d’entre elles comprennent
des restrictions. En l’absence d’un tel renvoi, il y a lieu de s’interroger sur les
conséquences de cette lacune (Wyler/Heinzer, op. cit., p. 249). Selon ces auteurs, le simple
fait qu’une assurance soit conclue signifie, selon les usages connus de tous, que la police d’assurance
est assortie de conditions générales dont il n’est pas possible de faire abstraction.
Il faut dès lors admettre un renvoi général et implicite aux conditions générales
et donc à l’admission des clauses d’exclusion de couverture, à la condition qu’elles
soient usuelles.

 

4.2.2             
L’art. 21 de l’Arrêté du
3 avril 2000 établissant un contrat-type de travail pour l’agriculture (ACTT-agr ;
RSV 222.55.1) prévoit que l’employeur
doit conclure dès le 1er
janvier 2001 une assurance d’indemnités journalières en cas d’incapacité de
travail pour cause de maladie en faveur du personnel engagé depuis deux mois ou pour plus de deux
mois. Cette assurance doit couvrir la perte de gain en cas de maladie à 80 % pendant 720 jours (al.
1). Les prestations doivent correspondre au moins à celle de l’assurance d’indemnités
journalières de la législation fédérale sur l’assurance-maladie (al. 2). L’employeur
et le travailleur supportent chacun la moitié des primes (al. 3). Par la conclusion d’une
assurance perte de gain en cas de maladie conclue aux conditions précitées, l’employeur
est libéré des obligations légales figurant à l’art. 324a CO, y compris pendant
le délai d’attente de deux jours ; si le délai d’attente est supérieur
à deux jours, il est tenu de payer le 100 % du salaire dès le 3e
jour (al. 4). En cas de réserve de la part de l’assurance, l’employeur est tenu par
les obligations de l’art. 324a CO (al. 5).

 

4.3             
En l’espèce, par le biais des conditions générales de l’assurance conclue
par la société Z.________SA, dont cette dernière avait forcément connaissance, le
travailleur ne peut prétendre à aucune prestation d’assurance lorsqu’un événement
entraînant une incapacité de travail se produit pendant un congé non payé, et cela
même si l’incapacité subsiste après la fin du congé non payé. Or, en l’absence
de régime dérogatoire, l’employeur aurait dû payer le salaire de R.________ selon
l’échelle bernoise pour les mois de mars, avril et mai 2014. En revanche, selon l’art.
21 de l’Arrêté établissant un contrat-type de travail pour l’agriculture,
l’assurance doit couvrir la perte de gain en cas de maladie à 80 % pendant 720 jours avec
un délai d’attente de seulement deux jours. La couverture n’est donc pas équivalente.
Il s’ensuit donc que l’intimé pouvait prétendre au paiement de son salaire conformément
à l’art. 324a CO. C’est dès lors à bon droit que les premiers juges ont retenu
que Z.________SA devait verser l’équivalent de trois mois de salaire à R.________.

 

 

5.             
En définitive, l’appel doit être rejeté selon le mode procédural de l’art. 312
al. 1 CPC et le jugement entrepris confirmé.

 

             
S’agissant d’une cause de droit du travail dont la valeur litigieuse est inférieure
à 30'000 fr., le jugement peut être rendu sans frais judiciaires de deuxième instance
(art. 114 let. c CPC). Il n’y a pas lieu d’allouer des dépens, dès lors que l’intimé
n’a pas été invité à se déterminer.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile

prononce
:

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
Le jugement est confirmé.

 

             
III.             
L’arrêt motivé, rendu sans frais judiciaires de deuxième instance, est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
18 mars 2016

 

             
Le dispositif du présent arrêt est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié en expédition complète à :

 

‑             
Me Jean-Claude Mathey (pour Z.________SA),

‑             
Me Jonathan Rey (pour R.________),

 

             
et communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Tribunal de Prud’hommes de l’arrondissement de La Côte.

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 15’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110), le cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss
LTF. Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la
valeur litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et
de droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100 al. 1 LTF).

 

 

             
La greffière :