# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** bd477c9f-d967-502b-9fd8-57c523644497
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-11-03
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 03.11.2008 AC.2008.0089
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_AC-2008-0089_2008-11-03.html

## Full Text

d

  	
  TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 3 novembre 2008

  
	
  Composition

  	
  M. François Kart, président; M. François Despland, assesseur,  et
  Mme Renée-Laure Hitz, assesseur; Mme Florence Baillif Métrailler, greffière. 

  

 

	
  Recourants

  	
  1.

  	
  Jean-Pierre SUARD, à Nyon,

  

 

	
   

  	
  2.

  	
  Gilbert PRODOLLIET,
  à Nyon, 

  tous deux représentés par Me Benoît BOVAY, avocat
  à Lausanne.

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Municipalité de
  Nyon, représentée par Me Jean-Michel HENNY, avocat
  à Lausanne.  

  

   

	
  Autorité concernée

  	
   

  	
  Service Immeubles,
  Patrimoine et Logistique, Division Monuments
  et Sites et Archéologie, à Lausanne. 

  

   

	
  Constructeurs

  	
  1.

  	
  Martine GARDIOL
  SCHENK, à Crans-près-Céligny,

  

 

	
   

  	
  2.

  	
  Georges ISOZ, au Petit-Lancy (GE), 

  tous deux représentés par Me Pascal RYTZ, avocat
  à Nyon.

  

   

 

	
  Objet

  	
  permis de construire           

  
	
   

  	
  Recours Jean-Pierre SUARD et consort
  c/ décision de la Municipalité de Nyon du 25 mars 2008 (construction d'un immeuble d'habitation mitoyen après démolition
  du bâtiment existant sur la parcelle n° 48 de Nyon, rue Delafléchère 7.

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
Martine Gardiol et Georges Isoz
sont propriétaires de la parcelle no 48 du cadastre de la Commune de
Nyon sise en zone urbaine de l’ancienne ville au sens des art. 8 et ss du
règlement communal sur le plan d’extension et la police des constructions du 16
novembre 1984 (ci-après RPE). 

La parcelle no 48 se
situe dans la vieille ville de Nyon. Elle fait partie d’une double rangée de bâtiments
contigus bordés à l’est par la rue Delafléchère, à l’ouest par la rue du Collège
et au nord par la rue du Marché. Le bien-fonds supporte un bâtiment ECA 552 de
67 m2 vétuste et voué à la démolition qui a obtenu la note 7 au
recensement architectural des constructions effectué en application de l’art.
30 du règlement d’application du 22 mars 1989 de la loi du 10 décembre 1969 sur
la protection de la nature, des monuments et des sites (RLPNMS ; RSV
450.11.1). Les deux bâtiments contigus sis au nord ont reçu la note 3 et le
bâtiment sis au sud la note 4. On note que depuis le recensement effectué en
1979, ces bâtiments ont apparemment fait l’objet de différents travaux de rénovation.

Gilbert Prodolliet est propriétaire
de la parcelle no 49 dont l’angle sud-est jouxte la parcelle no
48. Jean-Pierre Suard est propriétaire de la parcelle no 49, qui se
trouve en face de la parcelle no 48, de l’autre côté de la rue
Delafléchère. Le bâtiment sis sur cette parcelle a obtenu la note 3 au
recensement architectural.

B.                              
Martine Gardiol et Georges Isoz
ont déposé un projet de démolition du bâtiment sis sur la parcelle no
48 et de reconstruction d’un immeuble d’habitation comprenant un logement
individuel. Selon les plans établis en janvier 2007, le bâtiment est réparti
sur deux niveaux sur rez-de-chaussée, avec des combles et surcombles. Il est
recouvert d’une toiture à deux pans dont la pente est de 46 degrés
côté sud-est (rue) et de 44 degrés côté nord-ouest (cour), le faîte
s’élevant à 16 m. Doivent s’y implanter deux vélux de 1.848 m2 et
3.695 m2 en toiture sud-est et un velux de 3.584 m2 en
toiture nord-ouest. Le rez-de-chaussée comprend les accès à la rue Delafléchère
et un garage pour une voiture. Les pièces à vivre se répartissent sur les 1er
et 2ème étages, lesquels comprennent chacun une ouverture en façade
sud-est dont une partie fixe de 3.58 m et un ouvrant de 1.65 m  en retrait de
façade. 

C.                              
L’enquête publique s’est déroulée
du 8 mai au 7 juin 2007. Elle  a suscité quelques oppositions, en particulier
celles de la Société d’art public, de Gilbert Prodolliet et de Jean-Pierre
Suard. La première citée a toutefois retiré son opposition en date du 6 octobre
2007.

Le service Immeubles, Patrimoine et
Logistique, division Monuments et Sites et Archéologie (SIPAL) a également
formulé une opposition,  en relevant ce qui suit :

« Du
point de vue du recensement ISOS, (art. 30 RPNMS), Nyon est considéré comme
ville d’importance nationale. Le secteur en cause est défini comme périmètre de
la vieille ville (emprise correspondant à celle de l’enceinte fortifiée). La
catégorie d’analyse est définie de la manière suivante :

« Constructions
et espaces libres formant une entité grâce à des caractéristiques très
affirmées de style propre à une époque ou à une région.

L’objectif
de sauvegarde prévoit :

« La
sauvegarde intégrale de toutes les constructions et espaces libres, suppression
de toutes les causes de perturbation. »

Or, nous
constatons que le bâtiment touché par le projet mis à l’enquête a recueilli la
note « 7 » lors du recensement architectural de la commune de Nyon,
dont la définition est « altère le site », il est donc considéré
comme une perturbation. 

Nous nous
trouvons donc face à 2 recensements différents, dont les conclusions sont les
mêmes en ce qui concerne le bâtiment susmentionné.

Après
examen du projet, et plus particulièrement des façades et de la toiture, la
Section monuments et sites constate que l’architecture des façades du nouveau
bâtiment, et plus particulièrement côté rue Delafléchère, ne s’intègre nullement
au caractère de l’ancienne ville, plus particulièrement par les types et dimensions
des ouvertures en façade, les dimensions des ouvertures en toiture, la hauteur
par rapport aux bâtiments voisins, etc.  (…) »

Après plusieurs discussions entre
les constructeurs et les autorités concernées, une ultime séance de
coordination a eu lieu le 20 février 2008 en présence des propriétaires, de
l’architecte, du service de l’urbanisme et du SIPAL. On extrait du
procès-verbal ce qui suit : 

« M.
Tesseyre précise que le préavis du SIPAL ne remet pas en cause l’architecture
du bâtiment, mais uniquement le gabarit de l’immeuble.

Il
explique que pour la zone urbaine de l’ancienne ville, historiquement, une
pente légèrement en dessous de 30 degrés était habituelle. Nyon est un cas
spécial puisque le règlement permet une pente largement supérieure à 30 degrés.

Considérant
que le bâtiment voisin dispose d’une toiture à 32 degrés, le SIPAL est prêt à
accepter un compromis se situant entre les 30 et les 45 degrés du projet présenté
par l’architecte : les participants conviennent qu’une pente à 38 degrés
serait envisageable. 

En raison
de l’avant toit, il est également convenu que le niveau de la façade pourrait
être augmenté de max. 50 cm.

Cette
solution aurait pour conséquence un rabaissement considérable du faîte, tout en
limitant la perte d’espace habitable qui se trouve du côté rue des combles.
(…) »

A la suite de cette séance, le
conservateur des monuments et sites a donné son accord de principe au projet
modifié par courriel du 25 février 2008 en précisant « (…) la pente de la toiture a maintenant un
angle suffisamment proche des pentes des immeubles voisins pour nous assurer
d’une intégration volumétrique satisfaisante du nouvel immeuble dans
l’environnement construit du quartier de la rue Delafléchère ». 

Les constructeurs ont déposé des
plans modifiés en mars 2008. Les modifications ont porté sur les points
suivants :

- La partie fixe des ouvertures en
façade a été réduite à 2.78 m et la partie ouvrante augmentée à 1 m ; 

- Les deux velux initiaux en
toiture est ont été remplacé par deux velux de 0.98 m2 et  deux
velux de 1.39 m2 ;

- La hauteur au faîte a été ramenée
de 16 à 14.7 m. et la pente de la toiture réduite à 38 degrés des deux côtés.
Les murs d’embouchature ont été rehaussé des deux côtés avec une hauteur de 1.8
m à l’ouest.  

D.                              
Par décision du 25 mars 2008, la Municipalité
de Nyon a pris acte des modifications, levé les oppositions et délivré le
permis de construire. 

E.                              
Par acte du 17 avril 2008,
Jean-Pierre Suard et Gilbert Prodolliet ont interjeté recours contre cette
décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal
cantonal en concluant à son annulation, respectivement à l’annulation du permis
de construire. Ils critiquent essentiellement le manque d’intégration du projet
par rapport au bâti environnant. Ils allèguent également que le projet dépasse
le nombre d’étages autorisés et que la dimension des ouvertures en toitures
n’est pas règlementaire. 

Le SIPAL s’est déterminé le 16 mai
2008. Il relève que, par rapport au projet initial auquel il avait fait
opposition, la diminution de la hauteur d’environ 1.30 m, la diminution de la
pente de la toiture et les améliorations du traitement de la façade rendent le
projet acceptable.

Dans sa réponse du 3 juin 2008, la
municipalité a contesté le manque d’intégration du projet au site. S’agissant
des ouvertures en façade, elle relève notamment que celles-ci sont en réalité
verticales « compte tenu du traitement qui
leur sera réservé tel qu’il ressort de la « Façade sur rue Delafléchère
(sud-est) et coupe de principe », soit le dernier document annexé aux
plans de mars 2008 ». 

Dans des observations déposées le 3
juin 2008, les constructeurs ont relevé que la rue Delafléchère ne présente pas
des qualités esthétiques remarquables, compte tenu notamment du caractère
hétéroclite de ses constructions avec, entre autres, des bâtiments modernisés à
des fins commerciales. S’agissant des ouvertures en façade, ils précisent
qu’elles seront interrompues par des meneaux verticaux qui permettront de
rompre leur caractère « un peu horizontal ».
 

Par décision du 20 juin 2008, le
juge instructeur a confirmé l’effet suspensif accordé provisoirement au recours
le 18 avril 2008. 

Les recourants ont déposé des
observations complémentaires le 11 juillet 2008. Ils font valoir un moyen
nouveau, à savoir que la façade ouest du bâtiment litigieux se trouverait sur
la limite de propriété avec la parcelle no 49, propriété de Gilbert
Prodolliet et que s’agissant d’un mur mitoyen, sa démolition serait subordonnée
au consentement du propriétaire, consentement qui fait défaut. 

Les constructeurs ont déposé des
observations complémentaires le 30 juillet 2008 dans lesquelles ils font
notamment valoir que les problèmes de mitoyenneté relèvent du droit civil.

Dans des observations déposées
spontanément le 14 août 2008, les recourants ont relevé que la parcelle 48 se
trouve dans un périmètre ISOS d’importance nationale en demandant que le SIPAL confirme
cet élément et se détermine sur ses conséquences sur le projet litigieux. En
réponse à cette requête, le SIPAL a produit le recensement ISOS de la Ville de
Nyon et a renvoyé, pour le surplus, à ses déterminations du 16 mai 2008. Sur
requête des recourants, le SIPAL a également produit une copie du recensement
architectural des bâtiments bordant la rue Delafléchère. 

Les recourants ont déposé d’ultimes
écritures le 18 septembre 2008. 

La Cour a tenu audience à Nyon le 7
octobre 2008 et procédé à une inspection locale en présence des parties. 

 

Considérant en droit

1.                               
Gilbert Prodolliet est
propriétaire de la parcelle no 49, qui jouxte au nord ouest la
parcelle no 48. Pour sa part, Jean-Pierre Suard est propriétaire de
la parcelle no 70 située de l’autre côté de la rue Delafléchère, en
face de la parcelle litigieuse.  Ils ont donc un intérêt digne de protection à
ce que la décision municipale levant leur opposition et délivrant le permis de
construire soit annulée ou modifiée, dans la mesure notamment où ils s’en
prennent au gabarit de la future construction. Ils ont par conséquent la
qualité pour recourir en application de l’art. 37 al. 1 de la loi du 18
décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV
173.36).

Déposé dans le délai prescrit par
l'art. 31 LJPA, le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus
recevable en la forme. 

2.                               
Les recourants soutiennent que le
projet dépasse le nombre d’étages autorisés. 

a) A teneur de l’art. 12 al. 3 RPE,
le nombre d’étages sous la corniche est limité à deux sur rez-de-chaussée, la
municipalité pouvant autoriser exceptionnellement trois étages sur rez « pour favoriser une bonne intégration à un ensemble
bâti » (al. 4). L’art. 13 RPE dispose qu’en principe, les combles
sont habitables sur un seul niveau (al. 1), d’autres niveaux pouvant être
aménagés (surcombles) à condition d’être reliés directement au niveau principal
du comble, dont ils doivent former partie intégrante (al. 2). 

Selon la jurisprudence, pour que
l'espace sous la toiture soit qualifié de combles, la hauteur du mur
d'embouchature, sur lequel la structure de la toiture prend appui, doit être
inférieur à 1 m, sous réserve de dispositions contraires du règlement communal
(v. RDAF 1999 I 116 et les références citées ; AC.2006.0126 du 19 mars
2007 ; AC.2002.0130 du 27 novembre 2002 ; AC 1999.0105 du 28 décembre
2000). 

b) En l’espèce, le mur
d’embouchature côté cour a une hauteur d’environ 1 m 80 selon les plans de
mars 2008 « coupe AA et façade rue »
sur la base desquels le permis de construire a été octroyé ; en l’absence
de dispositions contraires dans le RPE, il convient par conséquent de constater
que l’on ne se trouve pas en présence de combles mais d’un 3ème
étage sur rez-de-chaussée, qui n’est pas autorisé par le règlement communal. On
relève au surplus que la condition pour que la municipalité puisse exceptionnellement
déroger à cette règle en autorisant un étage supplémentaire (à savoir que cela
favorise une bonne intégration à un ensemble bâti) n’est précisément pas
réalisée en l'espèce puisque la solution retenue implique une surélévation du
bâtiment qui ne va pas dans le sens d’une amélioration de l’intégration par rapport
aux bâtiments environnants. On rappelle à cet égard que la hauteur excessive du
bâtiment était une des raisons pour lesquelles le SIPAL avait fait opposition
au projet initial. 

c) Le caractère non réglementaire
de l'étage de combles entraîne l'admission du recours et l'annulation de la
décision attaquée. La Cour examinera cependant ci-après les autres griefs
soulevés par les recourants.

3.                               
Ces derniers soutiennent que les
ouvertures en toiture ne respectent par l’art. 15 du RPE qui dispose que la
somme des surfaces des ouvertures ne peut excéder 15 % de la surface du pan de
toit considéré et que la somme des longueurs des lucarnes ne peut excéder 40%
de la longueur moyenne de ce pan, ces mesures étant prises en élévation. 

Ce grief tombe à faux. En effet, il
appert, selon les plans annexés au permis de construire, que s’agissant de la
toiture côté rue, la somme des surfaces des ouvertures est d’environ 13%, alors
que la somme des longueurs est de 38%, alors que côté cour, les données sont
d’environ 11,7% et de 37%,  étant précisé que s’agissant de rapports de
longueur – et non de surfaces – il est erroné, comme l’ont fait les recourants,
d’additionner les longueurs des quatre ouvertures côté rue.

4.                               
Les recourants soutiennent que le
projet ne peut pas être autorisé dès lors qu’il impliquerait la démolition d’un
mur mitoyen propriété du recourant Prodolliet, qui n’a pas donné son accord.

Lors de l’audience, l’architecte
des constructeurs a précisé que le projet était réalisable sans démolir le mur
mitoyen, ce qui implique que le grief des recourants apparaît sans objet. On
constate au surplus que, selon la demande de permis de construire et le plan de
situation, le projet ne concerne que la parcelle no 48. Le projet
respecte ainsi formellement l’art. 108 al.1 LATC, qui exige la signature d’une
autre personne que celle qui fait exécuter les travaux que si la demande de
permis de construire mentionne des travaux à exécuter sur le fonds d’autrui, ce
qui n’est pas le cas  en l’espèce. On relève au surplus qu’un éventuel impact
des travaux sur la propriété du recourant Prodolliet relève du droit civil et
n’est par conséquent pas dans la compétence de la Cour de droit administratif
et public. 

5.                               
Les recourants critiquent le
projet sous l’angle de l’esthétique et de l’intégration. Ils mettent en cause
le choix d’une architecture qu’ils qualifient d’ultra contemporaine en
critiquant l’absence d’avant toit et de chenaux, le traitement lisse de la
façade et les larges ouvertures horizontales en façade prévues du côté de la
rue Delafléchère. Ils mettent également en cause le gabarit de la construction,
notamment sa hauteur, en soutenant que le futur bâtiment formera un contraste
violent avec les constructions environnantes. Sur ce dernier point, ils
soutiennent que la corniche et le faîte de la construction devraient s’aligner
avec ceux des deux autres bâtiments adjacents au nord, les trois bâtiments
formant à l’origine une seule construction. Selon les recourants, le projet
pose ainsi un problème d’intégration avec l’environnement bâti en raison de son
style architectural, des matériaux choisis et de son gabarit. Les recourants
soulignent que le bâtiment litigieux se trouve dans un périmètre ISOS
d’importance nationale. Selon eux, ceci implique de se montrer particulièrement
strict en ce qui concerne l’esthétique du projet et son intégration dans le
bâti environnant, exigence qui ne serait pas respectée. 

a) Aux termes de l’art. 86 de la
loi du 4 décembre 1985 sur l’aménagement du territoire et les constructions (LATC ;
RSV 700.11), la municipalité veille à ce que les constructions, quelle que soit
leur destination, ainsi que les aménagements qui leur sont liés, présentent un
aspect architectural satisfaisant et s’intègrent à l’environnement (al. 1);
elle refuse le permis pour les constructions ou les démolitions susceptibles de
compromettre l’aspect et le caractère d’un site, d’une localité, d’un quartier
ou d’une rue, ou de nuire à l’aspect d’un édifice de valeur historique,
artistique ou culturelle (al. 2); les règlements communaux doivent contenir des
dispositions en vue d’éviter l’enlaidissement des localités et de leurs abords
(al. 3). Pour ce qui est de la réglementation communale, la zone urbaine de
l’ancienne ville de Nyon est traitée aux art. 8 ss. RPE. L’art. 8 al. 1 2ème
phrase précise que « Le caractère de
l’ancienne ville doit être préservé et ses particularités architecturales
essentielles respectées ». L’art. 19 let. a) RPE dispose quant à
lui que « le caractère de l’ancienne ville
doit être préservé et l’intégration de toute construction à l’ensemble
avoisinant exigé ». Par ailleurs, l’art. 77 RPE applicable à toutes
les zones prévoit que la municipalité prend toutes mesures pour éviter
l’enlaidissement du territoire communal.

b) Il incombe au premier chef aux
autorités communales de veiller à l'aspect architectural des constructions;
elles disposent à cet égard d'un large pouvoir d'appréciation (ATF 115 Ia 114 consid.
3d p. 118-119, 363 consid. 3b p. 367). Dans ce cadre, l'autorité doit prendre
garde à ce que la clause d'esthétique ne vide pas pratiquement de sa substance
la réglementation de la zone en vigueur (ATF 115 Ia 114; 114 Ia 345; AC.2004.0102
du 6 avril 2005; AC.2002.0195 du 17 février 2006). Une
intervention de l'autorité de recours sur la base de l'art. 86 LATC ne peut en
effet s'inscrire que dans la ligne tracée par la loi elle-même et par les
règlements communaux, qui définissent l'orientation que doit suivre le
développement des localités. S'il faut admettre que les plans des zones ont un
caractère de généralité qui fait obstacle à ce qu'ils prennent en considération
toutes les situations particulières d'une portion restreinte du territoire, les
buts qu'ils poursuivent indiquent dans quelle mesure il peut être tenu compte
de ces situations. Une interdiction de construire
fondée sur l'art. 86 LATC, en raison - par exemple - du contraste formé par le
volume du bâtiment projeté avec les constructions existantes, ne peut se
justifier que par un intérêt public prépondérant, notamment s'il s'agit de
protéger un site, un bâtiment ou un ensemble de bâtiments présentant des
qualités esthétiques remarquables qui font défaut à l'ouvrage projeté ou que
mettrait en péril sa construction (ATF 101 Ia 213 consid. 6c p. 222-223; AC.2004.0102 ;
AC.2002.0195 précités). Il faut alors que l'utilisation des possibilités de
construire réglementaires apparaisse déraisonnable et irrationnelle (ATF 115 Ia
114; 114 Ia 345; 101 Ia 213 consid, 6c p. 223; AC.2004.0102 ; AC.2002.0195
précités). Le Tribunal s’impose une certaine retenue dans l'examen de la
question de l’esthétique, en ce sens qu'il ne substitue pas son propre pouvoir
d'appréciation à celui de l'autorité municipale, mais se borne à ne sanctionner
que l'abus ou l'excès du pouvoir d'appréciation, la solution dépendant
étroitement des circonstances locales (art. 36 let. a LJPA ; cf. en
dernier lieu arrêt AC.2006.0097 du 13 mars 2007, et les arrêts cités).
L’intégration d’une construction ou d’une installation à l’environnement bâti
doit être examinée sur la base de critères objectifs, sans sacrifier à un goût
ou à un sens esthétique particulièrement aigu, de manière que le poids de la
subjectivité, inévitable dans toute appréciation, n'influe que dans les limites
de principes éprouvés et par référence à des notions communément admises (arrêt
AC.2006.0097, précité). 

c) aa) En l’occurrence, les
recourants insistent sur le fait que la ville de Nyon est inscrite à
l’inventaire des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse
(ISOS) (annexe à l’OISOS ; RS 451.12). Cet élément n’est pas déterminant
dès lors que l’OISOS ne s’applique que dans le cadre de l’accomplissement d’une
tâche de la Confédération, ce qui n’est pas le cas lorsqu’une municipalité
délivre un permis de construire en application des art. 103 ss LATC. Dans le
cadre des tâches cantonales ou communales, comme c’est le cas en l’espèce, la
protection des sites construits est assurée par le droit cantonal ou communal
pertinent, notamment par le plan directeur et les plans d’affectation
communaux. Cette répartition des compétences découle directement de la
disposition constitutionnelle relative à la protection de la nature et du
patrimoine (ATF 1A.142/2004 du 10 décembre 2004 publié in ZBL 2005 p. 602 et
résumé in RDAF 2006 p. 629). 

bb) Le plan directeur de la Commune
de Nyon, approuvé par le Conseil d’Etat le 4 février 2004, prévoit que les
caractéristiques actuelles du tissu urbain de la vieille ville doivent être
conservées, mises en valeur et protégées de toute intervention risquant de les
altérer. Il précise ainsi que ce tissu urbain possède une identité forte qui
doit être préservée (p. 38). Cette volonté de préserver le caractère de
l’ancienne ville ressort également clairement des dispositions du règlement
communal rappelées plus haut (art. 8, 19 et 77). On constate que ces  dispositions
vont au-delà des exigences usuelles résultant de l’art. 86 LATC. On ne saurait
ainsi appliquer sans autre la jurisprudence selon laquelle, lorsque la
réglementation applicable prévoit que des constructions d'un certain volume
peuvent être édifiées, on ne peut en principe pas refuser une construction en
raison du contraste que formerait son volume par rapport à celui des
constructions existantes (cf. TA AC.2005.0051 du 31 janvier 2006). Il convient
par conséquent d’examiner si, en admettant la hauteur et le volume du projet
litigieux, la municipalité a porté atteinte aux exigences spécifiques de
protection du site résultant du règlement communal. Il convient également
d’examiner si, comme le soutiennent les recourants, ces exigences sont mises en
péril par d’autres caractéristiques du projet, notamment le choix d’une
architecture résolument moderne.

cc) A cet égard, on note que, suite
à l’opposition du SIPAL qui portait notamment sur la hauteur du bâtiment par
rapport aux bâtiments voisins, la hauteur au faîte a été diminuée de 1 m. 30,
ce qui a permis au SIPAL de retirer son opposition. En outre, la vision locale
a permis de constater que la rue Delafléchère est flanquée de bâtiments avec des
corniches et faîtes de hauteur différente, ce qui est généralement le cas dans
une vieille ville. On relève par ailleurs que d’autres bâtiments tels le no
3 de la rue ou l’immeuble terminant celle-ci au nord se situent à une hauteur
semblable à celle du bâtiment projeté. L’alignement en hauteur de celui-ci avec
les immeubles voisins au nos 7 et 5, tel que demandé par les
recourants, ne se justifie donc pas et s’avérerait même peu judicieux. Pour
toutes ces raisons, la Cour n’a pas de motifs de s’écarter de l’avis de la
municipalité et du service cantonal spécialisé selon lequel le projet, tel que
finalement autorisé, ne soulève pas de problème particulier s’agissant de son
gabarit et de son intégration par rapport aux bâtiments environnants.

Par ailleurs, comme l’a confirmé le
représentant du SIPAL lors de l’audience, le choix d’une architecture moderne
dans une vieille ville n’est pas un problème en soi et il est  préférable à du
« faux vieux ». La Cour n’a pas de raison de s’écarter de cette
appréciation et les recourants ne sauraient par conséquent être suivis
lorsqu’ils soutiennent que les constructeurs auraient dû impérativement
maintenir, voire restaurer l’état historique du bâtiment qu’ils entendent
démolir. Sur la question des interventions architecturales
dans un site protégé, on peut se référer à un article paru dans la revue
"INFORUM" no 01-08 concernant une construction en béton et
à toit plat réalisée à côté d'une église baroque dans le vieux village de
Samedan (inscrit à l’ISOS), qui a fait l'objet d’un arrêt du Tribunal fédéral
1A.11/2007 du 16 mai 2007. Dans cet arrêt, le Tribunal fédéral a  confirmé
qu’une construction moderne peut s’intégrer dans un site protégé lorsqu’une
bonne impression d’ensemble est assurée.

Si le choix d’une architecture
moderne n’est pas critiquable en soi, les dispositions du règlement communal
relatives à la préservation du caractère de l’ancienne ville impliquent de
respecter une certaine typologie architecturale, qui est caractéristique d’une
vieille ville. On relève que le projet ne pose pas de problème à cet égard,
sous réserve des ouvertures en façade. La typologie d’une vieille ville
implique que ces ouvertures  soient verticales et non pas horizontales,
exigence que ne respectait pas le projet mis à l’enquête publique, qui
comportait de larges ouvertures rectangulaires horizontales sur la façade
donnant sur la rue Delafléchère. Pour ce qui est du projet finalement autorisé,
les ouvertures en façade telles que prévues par le plan « coupe AA et façade sud », apparaissent
admissibles dans la mesure où l’orientation horizontale a été corrigée par le
fait d’une part, que la partie fixe (baie vitrée) affleure le nu de la façade
et devrait, pour autant que les matériaux choisis soient adéquats, se lire
comme une continuité de la maçonnerie et d’autre part, que la partie ouvrante
se situe en retrait de façade, de telle sorte que les deux parties se
différencient clairement. Le tribunal constate toutefois une incohérence au
niveau des plans sur la base desquels le permis de construire a été délivré.  En
effet, sur le plan « façade sur rue
Delafléchère (sud-est) et coupe de principe » l’élément fixe a été
complété par des éléments verticaux en menuiserie ou serrurerie, ce qui change
notablement la vision de la façade et a pour conséquence de créer une
verticalité artificielle au niveau des ouvertures, lesquelles apparaissent à
nouveau comme des grandes fenêtres et non plus comme un élément de la façade,
ce que permettait la création de baies vitrées positionnées au nu de la façade.
A priori, cet ajout d’éléments verticaux artificiels péjore la situation en
faisant à nouveau apparaître de grandes ouvertures horizontales, ce qui ne
permet pas de respecter la typologie propre à une vieille ville et pourrait
poser problème au regard des exigences spécifiques de préservation du caractère
de l’ancienne ville posées par le règlement communal. Dès lors que le recours
est admis et le permis de construire annulé, il n’ y a pas lieu d’examiner
cette question plus avant et il appartiendra cas échéant à la municipalité de
réexaminer et de clarifier ce point en cas d’octroi d’un nouveau permis de
construire.

6.                               
Au vu des considérants qui
précèdent, le recours doit être admis et la décision entreprise annulée.
Conformément aux art. 38 et 55 LJPA, un émolument sera mis à la charge des
constructeurs qui succombent et qui supporteront également les dépens auxquels
peuvent prétendre les recourants, qui ont procédé par l’intermédiaire d’un
avocat et obtiennent gain de cause. 

 

Par ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

I.                                  
Le recours est admis.

II.                                
La décision du 25 mars 2008 de la
Municipalité de Nyon est annulée.

III.                               
Le permis de construire no
6’578 délivré le 25 mars 2008 est annulé.

IV.                             
Un émolument de 2'500 (deux mille
cinq cents) francs est mis à la charge de Martine Gardiol Schenk et Georges
Isoz, solidairement entre eux. 

V.                               
Martine Gardiol Schenk et Georges
Isoz verseront à Jean-Pierre Suard et Gilbert Prodolliet une indemnité de 2’000
(deux mille) francs à titre de dépens.

 

Lausanne, le 3 novembre 2008

 

Le président:                                                                                             La
greffière:

                                                                                                                  

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente
jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en
matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du
17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours
constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,
indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.
Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.
Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,
pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la
décision attaquée.