# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 760ef0e4-3772-55b0-8fb5-128fa0055a86
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2012 / 169
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2012---169_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JL11.043951-120158

120 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
12 mars 2012

__________________

Présidence
de               M.             
Colombini,
président

Juges             
:              M.             
Giroud et Mme  Crittin 

Greffier
              :             
Mme              Bourckholzer

 

 

*****

 

 

Art.
257d CO

 

 

             
Statuant à huis clos sur l'appel interjeté par B.G.________
et A.G.________,
locataires, à [...], contre l’ordonnance d’expulsion rendue le 12 janvier 2012 par la
Juge de paix du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut dans la cause divisant les appelants d’avec
V.________,
bailleur, à [...], la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par ordonnance du 12 janvier 2012, la Juge de paix du district de La Riviera – Pays - d'Enhaut
a ordonné à A.G.________ et B.G.________ de quitter et rendre libres pour le lundi 13 février
2012 à midi les locaux occupés dans l'immeuble sis à [...], [...] (villa de 4 pièces
au rez) (I) et statué sur les frais judiciaires et dépens (II, III et IV). 

 

             
En droit, le premier juge a considéré que le congé était valable dès lors que
l'entier de l'arriéré de loyer n'avait pas été acquitté dans le délai de
trente jours imparti par le bailleur et qu'il n'y avait aucun motif d'annulabilité du congé.

 

 

B.             
Par lettre postée le 23 janvier 2012, les
époux B.G.________ ont déclaré interjeter appel et recours contre cette décision,
concluant implicitement à son annulation. 

 

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base de l'ordonnance complétée par
les pièces du dossier :

 

1.             
Par contrat de bail à loyer signé le 23 décembre 2010, la gérante K.________, agissant
pour le compte de V.________, a remis à bail aux époux B.G.________ une villa de 4 pièces
sise à [...], à [...]. Initialement conclu du 1er
janvier 2011 au 31 mars 2016, le bail se renouvelait aux mêmes conditions pour soixante mois, sauf
avis contraire de l’une ou l’autre des parties donné et reçu au moins douze mois
à l'avance pour la prochaine échéance et ainsi de suite de soixante mois en soixante mois.
Selon "notification de loyer lors de la conclusion d'un nouveau bail" signée le même
jour, le loyer s'élevait à 3'500 fr., acompte de chauffage, d'eau chaude et frais accessoires
compris.

 

2.             
Par pli recommandé du 12 août 2011, adressé à chacun des époux, le bailleur
a sommé les locataires de s’acquitter dans les trente jours du montant de 3'500 fr. représentant
le loyer net du mois d'août 2011, précisant qu'à défaut, le bail pourrait être
résilié conformément à l'art. 257d al. 2 CO (Code des obligations du 30 mars 1911;
RS 220). Les sommations envoyées précisaient aussi que, même en cas de résiliation
du bail, les locataires restaient responsables du paiement du loyer ou de l'indemnité d'occupation
jusqu'à la prochaine échéance du bail, sauf si l'objet était entre-temps reloué.

3.             
Sur formule officielle du 23 juillet 2011, adressée par voie recommandée à chacun des
époux, le bailleur a résilié le bail pour le 31 octobre 2011.

 

4.             
Le 3 octobre 2011, les époux B.G.________ ont saisi la Commission de conciliation en matière
de baux à loyer du district de La Riviera – Pays - d'Enhaut d'une requête en annulation
de la résiliation, subsidiairement en prolongation du bail. Le 18 novembre 2011, la Commission de
conciliation a indiqué qu'elle n'entendait pas examiner la requête des locataires avant de
connaître l'issue de la procédure d'expulsion.

 

5.             
Le 16 novembre 2011, V.________ a saisi le Juge de paix du district de La Riviera – Pays - d'Enhaut
d’une requête tendant à faire prononcer l'expulsion des locataires de la villa sise à
[...], à [...]. 

 

6.             
Dans un courrier du 3 janvier 2012, les époux
B.G.________ ont rappelé à la  gérante K.________ qu'ils avaient apporté la
preuve concrète – documents à l'appui – du paiement intégral de l'arriéré
et de leur décision de payer désormais les loyers par le biais d'un ordre permanent, ajoutant
que, de leur côté, gérante et bailleur avaient exprimé leur volonté de retirer
la demande d'expulsion.

 

             
Par courrier du 9 janvier 2012, l'agent d'affaires breveté Pascal Stouder, mandataire du bailleur,
a contesté l'existence d'un tel accord, relevant que les "indemnités d'occupation"
de décembre 2011 et janvier 2012 n'avaient du reste pas encore été payées contrairement
aux affirmations des locataires.

 

 

 

 

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
a) L'ordonnance contestée a été
rendue le 12 janvier 2012, de sorte que les voies de droit sont régies par le CPC, entré en
vigueur le 1er
janvier 2011 (art. 405 al. 1 CPC).

 

             
b) Le litige porte sur le bien-fondé d'une
ordonnance d'expulsion rendue pour défaut de paiement de loyers et de charges. Pour déterminer
quelle voie de droit, de l'appel ou du recours, est ouverte, il faut se fonder sur la valeur litigieuse,
calculée selon le droit fédéral. Celle-ci est égale au loyer de la période minimum
pendant laquelle le contrat subsiste si la résiliation n'est pas valable, période qui s'étend
jusqu'à la date pour laquelle un nouveau congé peut être donné. En principe, la durée
déterminante pour le calcul de la valeur litigieuse ne saurait être inférieure à
la période de trois ans pendant laquelle l'art. 271a al. 1 let. e CO consacre l'annulabilité
d'une résiliation (JT 2011 III 83; TF 4A_634/2009 du 3 mars 2010 c. 1.1; SJ 2001 I 17 c. 1a; ATF
119 II 147 c. 1).

             
En l'espèce, le loyer mensuel net de l'appartement en cause s'élève à 3'500 fr.,
de sorte que la valeur litigieuse est supérieure à 10'000 francs. La voie de l'appel est ainsi
ouverte (art. 308 al. 2 CPC).

 

             
c)
Lorsque la décision attaquée a été rendue en procédure sommaire, le délai
d'appel est de dix jours (art. 314 al. 1 CPC). La décision incriminée a été envoyée
pour notification aux parties le 12 janvier 2012; l'appel interjeté le 23 janvier 2012 a par conséquent
été déposé en temps utile.

 

             
d) En
vertu de l'art. 315 al. 1 CPC, l'appel suspend la force de chose jugée et le caractère exécutoire
de la décision dans la mesure des conclusions prises en appel. En l'espèce, l'appel a donc
suspendu la poursuite de la procédure d'expulsion engagée contre les locataires et le délai
pour quitter les lieux est désormais échu. Toutefois, comme l'exposait la jurisprudence rendue
sous l'empire de la LPEBL (loi sur la procédure d'expulsion en matière de baux à loyer
et à ferme du 18 mai 1955), qui conserve toute sa pertinence, si la date prévue pour l'expulsion
est passée, parce que l'effet suspensif a empêché l'exécution forcée, le locataire
conserve un intérêt à faire trancher la question de savoir si le principe de l'expulsion
est fondé (Guignard, in Procédure spéciales vaudoises, n. 1 ad art. 22 LPEBL). 

 

             
Répondant aux règles procédurales prévalant en la matière, l'appel est ainsi
recevable.

 

 

2.             
L'appel est une voie de droit offrant à l'autorité de deuxième instance un plein pouvoir
d'examen (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 1 ad art. 310 CPC, p. 1249). Celle-ci examine
librement tous les griefs de l'appelant, qu'ils concernent les faits ou le droit. Ainsi, l'instance d'appel
revoit les faits avec une cognition pleine et entière; elle contrôle librement l'appréciation
des preuves et les constatations de fait de la décision de première instance (Hohl, Procédure
civile, tome II, 2e
éd., Berne 2010, n. 2399, p. 435). L'autorité d'appel applique le droit d'office : elle
n'est pas liée par les motifs invoqués par les parties ou par l'autorité de première
instance. Son pouvoir d'examen est plein et entier (Hohl, op. cit., n. 2396, p. 435; Spühler,
Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2010, n. 1 ad art. 310 CPC, p. 1489).

 

             
L'état de fait de l'ordonnance attaquée, complété sur la base des pièces au
dossier de première instance, est suffisant pour permettre à la cour de céans de statuer
sur le fond.

 

 

3.             
Les appelants contestent la décision entreprise,
se bornant à invoquer les problèmes pratiques auxquels ils seraient confrontés si l'expulsion
avait lieu. Les motifs qu'ils invoquent tels que l'impossibilité de retrouver un logement dans la
même localité, l'obligation de retrouver une autre école pour un enfant ou les difficultés
professionnelles découlant de la perte du domicile ne sont cependant pas propres à remettre
en cause le fondement de la décision d'expulsion. 

 

             
De même, l'argument consistant à se plaindre de la trop grande proximité de la date fixée
pour la libération des lieux, partant de la violation du principe de proportionnalité qui résulterait
de celle-ci, n'est pas non plus déterminant. Outre que le délai d'un mois accordé aux
appelants pour quitter les lieux n'apparaît pas excessivement court, compte tenu notamment de la
fin du bail intervenue le 31 octobre 2011, ce délai a perdu sa portée avec l'effet suspensif
conféré de par la loi à l'appel (art. 315 al. 1 CPC). Par ailleurs, le bailleur devra
encore, pour obtenir la libération effective des lieux, requérir ultérieurement l'exécution
forcée de l'expulsion.

 

             
Enfin, l'accord allégué selon lequel les parties seraient convenues de la suspension de la
procédure en cas de paiement de l'arriéré n'est pas établi. En réponse au courrier
des appelants du 3 janvier 2012, le bailleur, par l'intermédiaire de l'agent d'affaires breveté
Pascal Stouder, a, par lettre du 9 janvier 2012, contesté l'existence d'un accord sur ce point.

 

             
 Les moyens invoqués par les appelants pour justifier l'annulation de l'expulsion ordonnée
sont par conséquent infondés.

 

             

4.             
 En définitive, l'appel doit être rejeté,
en application de l'art. 312 al. 1 CPC, et l'ordonnance querellée confirmée.

 

             
Vu l'effet suspensif de l'appel (art. 315 al. 1 CPC), la cause est renvoyée au premier juge afin
qu'il fixe un nouveau délai aux appelants pour libérer la villa sise à [...], une fois
les considérants écrits du présent arrêt envoyés pour notification aux parties.

 

             
Les appelants, qui succombent, supporteront, solidairement entre eux, les frais judiciaires de deuxième
instance, arrêtés à 635 fr. (art. 62 al. 1 et 3 TFJC [tarif des frais judiciaires civils
du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]).

 

             
N'ayant pas été invité à se déterminer sur l'appel, l'intimé n'a pas droit
à des dépens (art. 312 al. 1 CPC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
L'ordonnance est confirmée.

 

             
III.             
Les frais de deuxième instance, arrêtés à 635 fr. (six cent trente-cinq francs),
sont mis à la charge des appelants A.G.________ et B.G.________, solidairement entre eux.

 

             
IV.             
La cause est renvoyée au Juge de paix du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut pour qu'il
fixe à A.G.________ et B.G.________, une fois les considérants écrits du présent
arrêt envoyés pour notification aux parties, un nouveau délai pour libérer les locaux
qu'ils occupent dans l'immeuble sis [...], à [...] (villa de 4 pièces au rez).

 

             
V.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
13 mars 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Mme A.G.________ et M. B.G.________,

‑             
M. Pascal Stouder, agent d'affaires breveté (pour V.________).

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 15'000
 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
La greffière :