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**Case Identifier:** f8f3b846-6e57-5bbd-a11a-8057c6772b3f
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2017-12-22
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre administrative 22.12.2017 A/4898/2017
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_013_A-4898-2017_2017-12-22.pdf

## Full Text

R É P U B L I Q U E  E T  
 

CANTON DE GENÈVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  
A/4898/2017-EXPLOI ATA/1663/2017  

 

 COUR DE JUSTICE 

Chambre administrative 

Décision du 22 décembre 2017 

sur effet suspensif 

 

dans la cause 

 

Madame A______ 
représentée par Me Manuel Bolivar, avocat  

contre 

DÉPARTEMENT DE LA SÉCURITÉ ET DE L'ÉCONOMIE 
 

 

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A/4898/2017 

 Attendu, en fait, que : 

1)  Madame A______, née le ______ 1967, de nationalité suisse, a ouvert deux 
salons de massages érotiques, l'un, « B______ », le 29 octobre 2015, et l'autre, 
« C______ », le 2 octobre 2015. Elle s'est enregistrée auprès de la brigade de lutte 
contre la traite des êtres humains et la prostitution illicite (ci-après : la BTPI) comme 
responsable de ces deux salons. 

2)  Les 24 juillet et 18 septembre 2017, la BTPI a établi un rapport de 
renseignements au sujet de ces deux salons. 

  Selon une déclaration faite à la BTPI le 7 juin 2017 par Madame D______, 
prostituée, les deux salons de massage étaient en fait gérés par Monsieur E______, 
qui s'occupait de tout. 

  Entendue le 13 septembre 2017 par la BTPI, Mme A______ a déclaré contester 
les allégations de Mme D______. Il était vrai que M. E______, prostitué, était son 
ami, voire comme un frère pour elle, et qu'il l'aidait beaucoup en ce sens qu'il vivait 
et travaillait au salon « C______ » et s'assurait que tout s'y passât bien. Elle-même 
n'avait pas pu être très présente lors de l'année en cours, mais passait néanmoins deux 
fois par semaine en général et s'occupait des demandes de permis de travail et des 
rendez-vous avec la BTPI. 

  Entendu le même jour, soit le 13 septembre 2017, par la BTPI, M. E______ a 
déclaré qu'il faisait beaucoup de choses dans les deux salons, mais qu'il ne s'en 
estimait pas le responsable. Il n'était pas payé mais avait l'usage à titre gratuit de 
l'une des pièces du salon « C______ ». 

  Deux autres personnes avaient été entendues le même jour. La première 
considérait que c'était M. E______ le responsable des deux salons ; la seconde avait 
indiqué que c'était lui qui l'avait accueillie et installée lorsqu'elle avait commencé à 
travailler au salon « C______ ». 

3)  Le 11 octobre 2017, le secrétariat général du département de la sécurité et de 
l'économie (ci-après : DSE) s'est adressé à Mme A______. Elle servait de prête-nom 
à M. E______, en violation flagrante de l'art. 12 let. a et g de la loi sur la prostitution 
du 17 décembre 2009 (LProst - I 2 49). Le DSE envisageait de lui infliger une 
sanction et lui octroyait un délai pour faire valoir ses arguments. 

4)  Mme A______ a répondu au DSE le 26 octobre 2017. Elle contestait servir de 
prête-nom. Les salons étaient officiellement enregistrés à son nom, elle en assumait 
seule le paiement des loyers, avait financé et installé l'aménagement mobilier, 
appelait la BTPI pour l'installation de nouvelles personnes, et prenait seule toutes les 
décisions concernant leur exploitation. En outre, M. E______ se rendait trois mois 
par année environ au Brésil, ce qui démontrait que durant ces périodes c'était elle qui 

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s'occupait exclusivement des  salons. De plus, s'il voulait ouvrir un salon, il n'aurait 
pas besoin de passer par un prête-nom. 

5)  Par décision du 7 novembre 2017, le DSE a interdit à Mme A______ 
d'exploiter les deux salons concernés et tout autre salon pour une durée de six mois, 
et lui a infligé une amende administrative de CHF 1'000.-. La décision était déclarée 
exécutoire nonobstant recours s'agissant de l'interdiction d'exploiter. 

  Mme A______ avait agi comme prête-nom et n'avait pas exploité 
personnellement les deux salons. L'exploitation personnelle et effective d'un salon ne 
se limitait pas à passer une ou deux fois par semaine dans l'établissement pour voir si 
tout allait bien et à déléguer à un tiers l'essentiel des obligations légales de la 
personne responsable. 

6)  Par acte posté le 8 décembre 2017, Mme A______ a interjeté recours auprès de 
la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) 
contre la décision précitée, concluant préalablement à la restitution de l'effet 
suspensif au recours, et principalement à l'annulation de la décision attaquée et à 
l'octroi d'une indemnité de procédure. 

  L'interdiction d'exploiter était une sanction administrative. Il s'agissait d'une 
décision positive qui lui était défavorable, et qui pouvait à ce titre faire l'objet d'une 
restitution de l'effet suspensif. La jurisprudence retenait que sauf exception, 
l'exécution d'une sanction avant que la décision qui la prononce soit définitive n'était 
pas justifiée. 

  Il lui était reproché de servir de prête-nom, ce qu'elle contestait, de même que, 
le cas échéant, la proportionnalité de cette sanction. Elle avait toujours exploité ses 
salons conformément à la loi, et n'avait jamais reçu d'avertissement auparavant. Son 
intérêt privé prévalait, l'exploitation de ces salons constituant son seul moyen de 
subsistance. De l'autre côté, les violations alléguées de la LProst n'étaient pas si 
importantes qu'elles justifiaient une application immédiate. 

7)  Le 20 décembre 2017, le DSE a conclu à l'admission de la demande de 
restitution de l'effet suspensif au recours, à la condition que Mme A______ exploite 
effectivement et personnellement ses deux salons pendant la procédure. 

  L'art. 12 let. g LProst consacrait une obligation fondamentale du responsable 
d'un salon. Le strict respect de cette disposition devait permettre de rendre efficace la 
vocation protectrice de la loi. Néanmoins, au vu des intérêts privés en jeu pour 
Mme A______, il pouvait être fait droit à la demande. 

8)  Sur ce, la cause a été gardée à juger sur effet suspensif. 

  

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 Considérant, en droit, que : 

1) a.  Aux termes de l’art. 66 de la loi sur la procédure administrative du 
12 septembre 1985 (LPA - E 5 10), sauf disposition légale contraire, le recours a 
effet suspensif à moins que l’autorité qui a pris la décision attaquée n’ait ordonné 
l’exécution nonobstant recours (al. 1) ; toutefois, lorsqu'aucun intérêt public ou privé 
prépondérant ne s’y oppose, la juridiction de recours peut, sur la demande de la 
partie dont les intérêts sont gravement menacés, retirer ou restituer l’effet suspensif 
(al. 3). 

  À teneur de l’art. 21 LPA, l’autorité peut d’office ou sur requête ordonner des 
mesures provisionnelles en exigeant au besoin des sûretés (al. 1) ; ces mesures sont 
ordonnées par le président s’il s’agit d’une autorité collégiale ou d’une juridiction 
administrative (al. 2). 

 b.  Selon la jurisprudence constante, les mesures provisionnelles – au nombre 
desquelles compte la restitution de l’effet suspensif – ne sont légitimes que si elles 
s’avèrent indispensables au maintien d’un état de fait ou à la sauvegarde d’intérêts 
compromis, et ne sauraient, en principe tout au moins, anticiper le jugement définitif 
ni équivaloir à une condamnation provisoire sur le fond, pas plus qu’aboutir 
abusivement à rendre d’emblée illusoire la portée du procès au fond (ATF 119 V 503 
consid. 3 ; ATA/884/2016 du 10 octobre 2016 consid. 1 ; ATA/658/2016 du 
28 juillet 2016 consid. 1). Ainsi, dans la plupart des cas, les mesures provisionnelles 
consistent en un minus, soit une mesure moins importante ou incisive que celle 
demandée au fond, ou en un aliud, soit une mesure différente de celle demandée au 
fond (Isabelle HAENER, Vorsorgliche Massnahmen in Verwaltungsverfahren und 
Verwaltungsprozess in RDS 1997 II 253-420, 265). 

 c. Lorsque l'effet suspensif a été retiré ou n'est pas prévu par la loi, l'autorité de 
recours doit examiner si les raisons pour exécuter immédiatement la décision 
entreprise sont plus importantes que celles justifiant le report de son exécution. Elle 
dispose d'un large pouvoir d'appréciation qui varie selon la nature de l'affaire. La 
restitution de l'effet suspensif est subordonnée à l'existence de justes motifs, qui 
résident dans un intérêt public ou privé prépondérant à l’absence d’exécution 
immédiate de la décision ou de la norme (arrêt du Tribunal fédéral 2C_1161/2013 du 
27 février 2014 consid. 5.5.1 ; ATA/613/2014 du 31 juillet 2014 consid. 5). 

  Pour effectuer la pesée des intérêts en présence, l'autorité de recours n'est pas 
tenue de procéder à des investigations supplémentaires, mais peut statuer sur la base 
des pièces en sa possession (ATF 117 V 185 consid. 2b ; arrêt du Tribunal fédéral 
1C_435/2008 du 6 février 2009 consid. 2.3 et les arrêts cités ; ATA/613/2014 précité 
consid. 5). 

 d. Selon la jurisprudence et la doctrine, la question de la restitution de l’effet 
suspensif ne se pose pas lorsque le recours est dirigé contre une décision purement 

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négative, soit contre une décision qui porte refus d’une prestation. La fonction de 
l’effet suspensif est de maintenir un régime juridique prévalant avant la décision 
contestée. Si, sous le régime antérieur, le droit ou le statut dont la reconnaissance fait 
l’objet du contentieux judiciaire n’existait pas, 1’effet suspensif ne peut être restitué 
car cela reviendrait à accorder au recourant d’être mis au bénéfice d’un régime 
juridique dont il ne bénéficiait pas (ATF 127 II 132 ; 126 V 407 ; 116 Ib 344 ; 
ATA/257/2014 du 14 avril 2014 ; ATA/28/2014 du 15 janvier 2014 ; ATA/15/2013 
du 8 janvier 2013 ; ATA/84/2009 du 9 avril 2009 ; Philippe WEISSENBERG/ 
Astrid HIRZEL, Der suspensiveffekt und andere vorsorgliche Massnahme, in 
Irène HAENER/Bernhard WALDMANN, Brennpunkte im Verwaltungsprozess, 
Fribourg 2013, p. 166 ; Ulrich HÄFELIN/Georg MÜLLER/Felix UHLMANN, 
Allgemeines Verwaltungsrecht, 2016 n. 1166 ; Pierre MOOR/Étienne POLTIER, 
Droit administratif, vol. 2, 3ème éd., 2011, p. 814 n. 5.8.3.3). 

  Dans cette dernière hypothèse, seul l’octroi de mesures provisionnelles, aux 
conditions cependant restrictives de l’art. 21 LPA, est envisageable (ATA/198/2016 
du 3 mars 2016 consid. 4 ; ATA/613/2014 précité consid. 5 ; ATA/70/2014 du 
5 février 2014 consid. 4b). 

2)  La chambre de céans a déjà eu l'occasion de juger que l'exécution d'une 
sanction avant que la décision qui la prononce ne soit définitive n'est en règle 
générale pas justifiée (ATA/794/2014 du 10 octobre 2014 consid. 5 ; ATA/84/2013 
du 15 février 2013). Des exceptions sont certes concevables, mais dans des domaines 
où l'exécution de la sanction assure également la sécurité publique, laquelle 
nécessiterait par hypothèse une telle exécution immédiate (hygiène déficiente, risque 
de transmission de maladies, etc.). La fermeture immédiate d'une épicerie qui ne 
respectait pas les horaires d'ouverture des magasins ne poursuivait pas de tels buts, et 
cet aspect de la sanction n'était donc pas justifié, ce d'autant moins qu'il avait pour 
effet d'affaiblir la protection juridique des administrés (ATA/716/2013 du 29 octobre 
2013). 

3)  En l’espèce, il est en l’état difficile de se prononcer sur les chances du recours 
qui ne peut pas être considéré d’emblée comme manifestement mal fondé, la limite 
de ce que constitue une exploitation personnelle concurrente de plusieurs 
établissements se posant. 

  Par ailleurs, si l'exploitation personnelle des salons de prostitution est ancrée 
dans la LProst et constitue une mesure de sauvegarde importante, aucune autre 
infraction n'est reprochée à la recourante, en particulier rien qui puisse mettre en 
danger la sécurité publique. 

  Au regard de ce qui précède, l’intérêt privé de la recourante à la continuation 
de son exploitation prime l’intérêt public à l’exécution immédiate de la décision 
querellée. Au surplus, il sera rappelé que dans sa détermination, le service intimé ne 
s'oppose pas à la restitution de l'effet suspensif. 

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4)  En définitive, la demande de restitution de l'effet suspensif sera admise, avec 
pour effet que la recourante sera, à titre provisoire, autorisée à continuer 
l’exploitation des salons « B______ » et « C______ », charge à elle de les exploiter 
personnellement jusqu'à droit jugé sur le fond du litige. 

5)  Le sort des frais de la procédure est réservé jusqu’à droit jugé au fond. 

   

LA CHAMBRE ADMINISTRATIVE 

restitue l’effet suspensif au recours au sens des considérants ; 

réserve le sort des frais de la procédure jusqu’à droit jugé au fond ; 

dit que conformément aux art. 82 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 
2005 (LTF - RS 173.110), la présente décision peut être portée dans les trente jours qui 
suivent sa notification par-devant le Tribunal fédéral, par la voie du recours en matière de 
droit public ; le mémoire de recours doit indiquer les conclusions, motifs et moyens de 
preuve et porter la signature du recourant ou de son mandataire ; il doit être adressé au 
Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, par voie postale ou par voie électronique aux 
conditions de l’art. 42 LTF. La présente décision et les pièces en possession du recourant, 
invoquées comme moyens de preuve, doivent être joints à l’envoi ;  

communique la présente décision, en copie, à Me Manuel Bolivar, avocat de la recourante 
ainsi qu'au département de la sécurité et de l'économie. 

 
 La présidente : 

 
 
 

F. Payot Zen-Ruffinen 

 

 
 

 

Copie conforme de cette décision a été communiquée aux parties. 

 

Genève, le  
 

 

 la greffière :