# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 00246588-a279-5e85-a422-e153fce7a5fa
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2012 / 742
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2012---742_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HN12.039625-121811

410 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
14 novembre 2012

______________________

Présidence
de               M.             
CREUX,
président

Juges             
:              MM.             
Giroud et  Pellet 

Greffier
              :             
M.              Bregnard

 

 

*****

 

 

Art.
559 CC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par 
A.F.________, 
à Confignon, N.________,
à Epalinges, et B.F.________,
à Carouge, contre la décision rendue le 26 septembre 2012 par le Juge de paix du district de
Morges dans le cadre de la succession de feu C.F.________,
de son vivant domicilié à Lonay, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 26 septembre 2012, le Juge de paix du district de Morges a refusé de modifier
le certificat d'héritier délivré le 30 mai 2012 qui mentionne notamment Z.________ comme
héritière.

 

             
En droit, le premier juge a considéré que Z.________ avait la qualité d'héritière
dès lors qu'une expertise ADN avait établi qu'elle était la fille de feu C.F.________.

 

B.             
Par acte du 26 septembre 2012, reçu le 28
septembre 2012, A.F.________, N.________ et B.F.________ ont formé recours contre la décision
précitée en concluant à la correction du certificat d'héritier en ce sens que la
mention de Z.________ en est retirée.

 

             
Par lettre du 8 novembre 2012, Z.________ a en substance déclaré qu'elle s'en remettait à
justice.

 

C.             
La Chambre des recours civile se réfère aux pièces du dossier, dont il ressort notamment
ce qui suit :

             

             
C.F.________, né le 30 janvier 1925, est décédé le 2 mars 2012 à Lonay. Il a
laissé trois enfants :A.F.________, N.________ et A.F.________.

 

              Selon une expertise datée
du 8 mars 1999, C.F.________ est également le père biologique de Z.________. La filiation n'a
toutefois jamais été établie juridiquement. 

 

             
Le Juge de paix du district de Morges a transmis le 30 mai 2012 à Me [...], exécuteur testamentaire,
un certificat d'héritier mentionnant Z.________ comme fille du défunt C.F.________. L'exécuteur
testamentaire a écrit au Juge de paix le 27 août 2012 en lui demandant de corriger ce certificat
en ce sens que Z.________ n'y figure plus. Par lettre du 12 septembre suivant, le Juge de paix a refusé
de modifier le certificat et a fait figurer l'indication de la voie de recours. Par lettre du 19 septembre
2012, l'exécuteur testamentaire a invité le Juge de paix à notifier sa décision directement
aux héritiers en leur restituant le délai de recours. 

 

             

             
En droit :

 

1.             
Les décisions relatives au certificat d’héritier
et à sa délivrance sont des décisions de droit fédéral. En matière de dévolution
de successions, le droit fédéral laisse aux cantons la latitude de choisir entre une autorité
administrative et un juge, ainsi que de fixer la procédure (Exposé des motifs ad CDPJ [Code
de droit privé judiciaire vaudois du 12 janvier 2010; RSV 211.02], mai 2009, n. 87 in fine ad art.
108 du projet, p. 77). Dans le canton de Vaud, l'appel aux héritiers et le certificat d’héritier
sont régis par les art. 126 et 133 ss CDPJ. Les art. 104 à 109 CDPJ s’appliquent par
le renvoi de l’art. 111 CDPJ. Le CPC (Code de procédure civile suisse du 19 décembre
2008; RS 272) est applicable à titre supplétif (art. 104 et 108 CDPJ). La procédure sommaire
s’applique à la juridiction gracieuse (art. 248 let. e CPC), de sorte que seul le recours
limité au droit est recevable contre l'appel aux héritiers et le certificat d’héritier
(art. 109 al. 3 CDPJ, CREC 4 avril 2011/20 c. 1).

 

 

2.             
             
a/aa)
Le recours, écrit et motivé (art. 321
al. 1 CPC), doit s'exercer dans un délai de dix jours pour les décisions rendues en procédure
sommaire (art. 321 al. 2 CPC).

 

             
              En l'espèce, ce n'est
que par courrier du 26 septembre 2012 que la décision a été formellement communiquée
aux héritiers. Ceux-ci ont recouru à cette date, à savoir avant même la réception
de cette communication formelle, dès lors qu'ils avaient eu connaissance auparavant de la position
du Juge de paix par l'intermédiaire de l'exécuteur testamentaire. Le recours a dès lors
été déposé à temps.

 

bb)
L'existence d'un intérêt du recourant (art. 59 al. 2 let. a CPC) est une condition de recevabilité
de tout recours, cet intérêt devant être juridique et non de fait (ATF 127 III 429 c.
1b; ATF 120 II 7 c. 2a; ATF 118 II 108 c. 2c; JT 2001 III 13). Tel n'est pas le cas lorsque le recours
porte uniquement sur l'indication des parts héréditaires, cette indication, facultative, n'ayant
aucune portée juridique (ATF 118 II 108 c. 2b et 2c; Poudret/Haldy/Tappy, Procédure
civile vaudoise, Lausanne 2002, 3ème
éd., n. 2.4 ad art. 489 CPC-VD, p. 716).

 

En
l'espèce, les recourants, héritiers légaux, contestent que Z.________ possède la
qualité d'héritière. Ils ont donc un intérêt juridique à recourir.  

 

b)
Formé en temps utile par des parties qui y ont un intérêt digne de protection (art. 59
al. 2 let. a CPC), le présent recours est recevable.

3.             
a) En l'espèce, les recourants soutiennent
que le certificat d'héritier établi le 30 mai 2012 est inexact en tant qu'il mentionne le nom
de Z.________. Ils contestent la qualité d'héritière de cette dernière dès lors
que la filiation n'a pas été établie juridiquement, que ce soit par reconnaissance de
B.F.________ ou décision judiciaire. 

 

             
              b)
Le certificat d'héritier est une attestation
de l'autorité constatant que les personnes mentionnées sur le document sont les seuls héritiers
du défunt et peuvent disposer de ses biens (Steinauer, Le droit des successions, Berne 2006, n.
902 p. 441; Piotet, Traité de droit privé suisse, t. IV, Fribourg 1975, p. 642). 

 

Le
droit des successions prolonge le droit de la famille en ce sens que les successeurs du de cujus sont
en principe choisis en fonction de leurs liens familiaux avec celui-ci (Steinauer, op. cit., n. 5 pp.
46/47). Le lien de descendance rattachant les membres de la parentèle (ensemble de personnes qui
descendent d'un auteur commun) doit être un lien juridique de filiation au sens des articles 252
ss CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907, RS 210). Peu importe que ce lien soit fondé sur
la descendance biologique ou sur l'adoption. En revanche, une descendance biologique qui n'est pas établie
juridiquement ne suffit pas. Ainsi, un enfant né hors mariage et dont la filiation paternelle n'a
été établie ni par reconnaissance, ni par jugement n'hérite pas de son père
biologique (Steinauer, op. cit., n. 54 pp. 65/66). C'est au moment de la succession qu'il faut se placer
pour déterminer si les liens de filiation sur lesquels repose la vocation légale sont déjé
établis et existent encore (Steinauer, op. cit., n. 62a p.70).

 

             
c) En l'espèce, au 2 mars 2012, jour du décès,
la paternité du défunt sur Z.________ avait certes été prouvée par expertise
ADN du 8 mars 1999, mais rien n'indique qu'il y aurait eu reconnaissance ou action en paternité.
Sa seule qualité d'enfant biologique ne confère pas à Z.________ la qualité d'héritière.
Le premier juge aurait dès lors dû modifier le certificat d'héritier en conséquence.

 

             
Bien fondé, le grief des recourants doit
être admis.

 

4.             
En conclusion le recours doit être admis,
la décision annulée et la cause renvoyée au Juge de paix du district Morges afin qu'il
établisse un nouveau certificat d'héritier ne faisant pas figurer Z.________ au nombre des
héritiers. 

 

             
L'intimée s'en étant remise à justice, les frais de deuxième instance, arrêtés
à 500 fr. (art. 74 TFJC [Tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010, RSV 270.11.5]),
peuvent être laissés à la charge de l'Etat (art. 107 al. 2 CPC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
La décision est annulée et la cause est renvoyée au Juge de paix du district de Morges
afin qu'il établisse un nouveau certificat d'héritier dans le sens des considérants.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 500 fr. (cinq cents francs),
sont laissés à la charge de l'Etat.

             
IV.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
15 novembre 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. A.F.________ (pour N.________ et B.F.________)

‑             
Mme Z.________

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Juge de paix du district de Morges

 

             
Le greffier :