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**Case Identifier:** c60e7734-663d-53e8-9538-64835003bdae
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2024-05-07
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 07.05.2024 BO.2024.0001
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_BO-2024-0001_2024-05-07.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 7 mai 2024

  
	
  Composition

  	
  M. Raphaël Gani, président;
  Mme Mihaela Amoos Piguet, juge; M. Guy Dutoit, assesseur; M. Loïc
  Horisberger, greffier. 

  

 

	
  Recourant

  	
   

  	
  A.________ à ******** 

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Office cantonal des bourses d'études
  et d'apprentissage, à Lausanne.    

  

   

 

	
  Objet

  	
  Décisions en matière d'aide aux études         

  
	
   

  	
  Recours A.________ c/ décision sur réclamation de l'Office
  cantonal des bourses d'études et d'apprentissage du 5 décembre 2023 (année
  2022-2023).

  

 

Vu les faits suivants:

A.                    
A.________ est né le ******** 1999. Il est le fils de B.________ et de C.________.
Ces derniers ont divorcé selon un jugement de divorce devenu définitif et
exécutoire le ******** 2011. Depuis le 1er septembre 2020, A.________,
qui était jusqu'ici domicilié à ********, a élu domicile chez sa mère, à ********,
dans un appartement de trois pièces (un salon et deux chambres à coucher) dont
elle est la seule locataire. Ils ont conclu un contrat de sous-location en
vertu duquel A.________ a à sa disposition une chambre, moyennant le versement
d'un loyer mensuel de 203 francs. Depuis cette même date, D.________, qui était
jusqu'ici domicilié à ********, est domicilié à la même adresse. 

B.                    
Le 24 novembre 2021, A.________ a déposé une première demande de
prestation auprès de l'Office cantonal des bourses d'études (OCBE) pour l'année
de formation 2021-2022. Par décision du 15 mai 2023, l'OCBE a admis cette
demande et versé un montant de 6'700 fr. directement en mains du Centre social
régional de l'Ouest lausannois (CSR) au bénéfice d'une subrogation. 

Le 14 avril 2022, à la suite du dépôt de cette
demande, l'Office vaudois de l'assurance-maladie (OVAM) a informé D.________
qu'elle prenait acte du fait qu'il faisait ménage commun avec A.________. Se
fondant sur l'art. 12 de la loi d'application vaudoise de la loi fédérale sur
l'assurance-maladie du 25 juin 1996 (LVLAMal; BLV 832.01), sur l'art. 8 de la
loi sur l'harmonisation et la coordination de l'octroi des prestations sociales
et d'aide à la formation et au logement cantonales vaudoises du 9 novembre 2010
(LHPS; BLV 850.03) et sur l'art. 12 du règlement d’application de la loi du 9
novembre 2010 sur l’harmonisation et la coordination de l’octroi des
prestations sociales et d’aide à la formation et au logement cantonales
vaudoises du 30 mai 2012 (RLHPS; BLV 850.03.1), dit Office lui a indiqué qu'il
avait ajouté à ses revenus "ceux de la personne avec laquelle [il] faisait
ménage commun" (soit A.________). À la suite de ce cumul, l'OVAM a
confirmé qu'il était à même de maintenir sans changement les aides dont D.________
et A.________ bénéficiaient. Par décisions du même jour, l'OVAM a octroyé des
subsides mensuels à l'assurance-maladie pour la période du 1er
janvier au 31 décembre 2022 de 296 fr. s'agissant de D.________ et de 415 fr.
s'agissant de A.________. Selon le calcul du revenu déterminant unifié (RDU)
qui était joint aux décisions, ces dernières avaient été prises sur la base
d'un RDU cumulant les revenus de D.________ et de A.________. 

A.________ et D.________ n'ont pas interjeté
réclamation contre ces décisions. 

C.                    
Selon un formulaire signé le 27 juillet 2022, A.________ a déposé le 3
août 2022 auprès l'OCBE, une demande de bourse d'études pour l'année de
formation 2022-2023. Selon le formulaire de demande rempli en ligne, A.________
a indiqué qu'il vivait chez sa mère. Sous la rubrique "Etat civil",
il a indiqué "vit en ménage commun". A.________ a également
rempli la rubrique "Personne vivant avec la personne en formation"
avec les données personnelles de D.________. A.________ a notamment remis comme
pièces justificatives à sa demande le jugement de divorce de ses parents et le certificat
de salaire 2020 de D.________ .  

D.                    
Parallèlement à cette demande, par deux décisions du 11 novembre 2022,
l'OVAM a octroyé des subsides mensuels de 300 fr. à D.________ et de 442 fr. à A.________
pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2023. Selon le calcul
du RDU qui était joint, les décisions avaient été prises sur la base d'un RDU
cumulant les revenus de D.________ et de A.________. Rien n'indiquait que le
droit aux subsides avait été réduit pour tenir compte de leur ménage commun.

A.________ et D.________ n'ont pas interjeté
réclamation contre ces décisions. 

E.                    
Selon les relevés bancaires qui figurent au dossier, depuis le 1er
avril 2023 au moins, D.________ verse à la mère du recourant 203 fr. par mois à
titre de "paiement pour le loyer".

F.                    
Par décision du 15 mai 2023, l'OCBE a refusé la demande de bourse
d'études pour l'année de formation 2022-2023 déposée par A.________ au motif
que la capacité financière de sa famille couvrait entièrement ses charges et
ses frais de formation. Selon le détail du calcul joint à la décision, l'OCBE a
tenu compte des revenus réalisés par D.________ ainsi que des subsides perçus
par ce dernier pour évaluer la demande de bourse d'études de A.________. 

G.                    
Le 24 mai 2023, A.________ a interjeté réclamation contre la décision du
15 mai 2023 en exposant que s'il entretenait bien une relation amoureuse avec D.________,
ce dernier ne pouvait pas être assimilé à son concubin.

Par décision sur réclamation du 5 décembre 2023,
l'OCBE a rejeté la réclamation de A.________ et a confirmé sa décision du 15
mai 2023. 

H.                    
Par acte du 22 décembre 2023, A.________ (ci-après: le recourant) a
interjeté recours contre la décision sur réclamation du 5 décembre 2023 de
l'OCBE devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal
(ci-après: CDAP). Contestant que D.________ et lui-même puissent être assimilés
à des concubins, et exposant qu'il souhaite être traité "comme étant
célibataire et seul autant auprès de l'OVAM qu'auprès de l'OCBE et qu'ainsi,
ils revoient leur décision de refus basé[e] sur des informations
erronées", le recourant conclut implicitement à l'annulation de la
décision entreprise.  

Le 6 février 2024, l'OCBE (ci-après aussi:
l'autorité intimée) a déposé sa réponse au recours. Il conclut au rejet du
recours et à la confirmation de sa décision du 5 décembre 2023. 

Une audience d'instruction a été tenu en date du 18
avril 2024 en présence du recourant et de l'autorité intimée. D.________ a été
entendu comme témoin. Il en ressort notamment ce qui suit:

"Le Président demande à D.________ des renseignements
s’agissant de sa participation aux frais du ménage. Il confirme verser un loyer
de 213 fr. par mois à la mère du recourant, tout comme le fait le recourant. Il
n'a pas conclu de contrat de sous-location. D.________ expose que les factures
sont en principe divisées par trois, mais qu’il paye parfois les factures
d’électricité lorsque les deux autres n'ont pas les moyens de payer leur part.
Parfois il avance les factures et se fait rembourser par la mère du recourant. 

 

Interpellé, le recourant confirme qu’il paye lui aussi un
loyer à sa mère lorsqu’il touche des APG ou l’aide sociale. Actuellement, il
n’a pas de revenu et il ne paie donc plus ce loyer. 

S’agissant du partage des frais de nourriture, D.________
expose qu'en principe ils fonctionnent par tournus c'est-à-dire que chacun fait
les courses à tour de rôle et paie. Il précise cependant qu’il avance parfois
les frais des courses, notamment pour le recourant. En principe, sans en
demander le remboursement. Il ne fait aucun remboursement à la mère du
recourant. Il estime que "ça s’équilibre". Il ne tient pas des
comptes.

S’agissant de son emménagement chez la mère du recourant, D.________
expose qu’il a un certain nombre de poursuites, ce qui rend difficile sa
recherche d'un appartement pour lui tout seul. Sur demande du président, il
expose que s’il parvenait à trouver un appartement, il y emménagerait seul,
pour une question de style de vie. Avant d’emménager chez la mère du recourant,
il vivait chez sa mère. Il ne peut pas retourner y vivre car elle n’a pas la
place pour l'accueillir. D.________ expose qu’il n’a pas envisagé de trouver un
autre logement, même dans une autre colocation. La situation est agréable; ils
se soutiennent tous ensemble moralement et financièrement.

D.________ expose qu'il ne part pas "en vacances" à
proprement parler avec le recourant, ni avec d'autres personnes et que la
dernière fois qu’ils sont partis en vacances, c’était entre décembre 2019 et
janvier 2020 pour aller en Thaïlande avec le père du recourant qui avait offert
le voyage. Il expose que le recourant et lui-même ont chacun leur propre cercle
d'amis. Ils n’ont pas beaucoup d’amis en communs, mais se retrouvent malgré
tout lors de certaines fêtes. S’agissant de leurs loisirs, ils font des balades
dans la forêt. 

Interpellé par l’autorité intimée sur le temps qu'il passe
avec le recourant durant les week-ends, D.________ expose que cela varie
énormément. 

L’autorité intimée demande à D.________ pourquoi il n’a pas
recouru contre la décision de l’OVAM. Il expose que c’est surtout dû à de
l’incompréhension et de l’ignorance de sa part. Il indique avoir été surpris de
recevoir dans la même enveloppe des données personnelles concernant le
recourant mais il s’est dit qu’il n’y avait rien à faire car il "ne se
passait rien".

[...]

A.________ confirme qu’il est d’accord de manière générale
avec les déclarations du témoin. Il précise qu’il a été occupé au service
militaire ces derniers mois. Pendant ce temps, D.________ a cohabité avec sa
mère. A.________ expose qu’il est important pour lui d'aider sa mère et de
vivre avec elle. 

[...]

Sur demande du président quant à son futur en lien avec sa
cohabitation avec D.________, A.________ indique qu'il a de la peine à se
projeter car il n’a pas de revenu ou de formation. Il ne peut pas déménager.
Pour lui, le plus important est de trouver une formation et de s’occuper de sa
mère. Il se sent une obligation de s’en occuper. Il n’a pas l’intention de
déménager lors des trois ou quatre prochaines années.   

[...]"

Un délai a été imparti aux parties pour qu'elles se
déterminent sur le compte rendu de l'audience qui leur a été adressé. Elles
n'ont fait aucune remarque à son sujet dans le délai imparti.

Considérant en droit:

1.                     
A titre liminaire, il convient d'interpréter les conclusions du
recourant qui demande dans son recours du 22 décembre 2023 à être traité
""comme étant célibataire et seul autant auprès de l'OVAM
qu'auprès de l'OCBE et qu'ainsi, ils revoient leur décision de refus basé[e]
sur des informations erronées". Il semble ainsi que le recourant
entend contester à la fois la décision prise par l'OCBE refusant sa demande de
bourse d'études pour l'année de formation 2022-2023 que la décision de l'OVAM
lui octroyant des subsides pour l'assurance-maladie. 

a) Aux termes de l'art. 92 al. 1 de la
loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV
173.36), la CDAP connaît en dernière instance cantonale de tous les recours
contre les décisions rendues par les autorités administratives lorsqu'aucune
autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Elle
est ainsi compétente pour statuer sur les recours interjetés contre les
décisions sur réclamation rendues par l'OCBE (CDAP BO.2021.0001 du 8 septembre
2021 consid. 1; BO.2018.0033 du 1er juillet 2019 consid. 1;
BO.2017.0019 du 14 mai 2018 consid. 1).

Déposé dans
le délai de 30 jours fixé par l'art. 95 LPA-VD, le recours est intervenu en
temps utile en tant qu'il conteste la décision sur réclamation du 5 décembre
2023 de l'OCBE. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à
l'art. 79 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, si bien qu'il
y a lieu d'entrer en matière s'agissant de la conclusion qui demande
l'annulation de la décision sur réclamation du 5 décembre 2023 de l'OCBE.

b) S'agissant de la décision de l'OVAM octroyant des
subsides pour l'assurance maladie, le recourant n'a produit aucune décision à
l'appui de son recours. La dernière décision rendue par l'OVAM qui ressort du
dossier produit par l'autorité intimée elle-même est une décision du 11
novembre 2022 contre laquelle le recourant n'a pas interjeté réclamation. A
supposer que son recours soit également dirigé contre cette décision, ce dont
on peut d'ailleurs douter, il serait non seulement manifestement tardif (art.
95 LPA-VD), mais déposé devant une autorité incompétente (cf. art. 93 LPA-VD et
art. 36 du Règlement organique du Tribunal cantonal du 13 novembre 2007 [ROTC;
BLV 173.31.1], qui attribuée cette compétence à la Cour des assurances
sociales) si bien qu'il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur sa conclusion
éventuelle en annulation de la décision de l'OVAM, qui est irrecevable. 

2.                     
Le recourant ne remet pas en cause dans son recours le calcul effectué
par l'autorité intimée. Seule est donc litigieuse la question de savoir si D.________
doit être considéré comme le concubin du recourant, étant précisé qu'il n'est
pas contesté que ces derniers entretiennent une relation amoureuse.

a) Le recourant expose qu'il n'a pas d'enfant commun
avec D.________, qu'il n'habite pas avec lui depuis plus de 5 ans, que ce
dernier ne contribue pas à son entretien et qu'ils ne sont pas solidaires d'un
point de vue financier. Tout en admettant que D.________ vit avec lui dans
l'appartement loué par sa mère, le recourant explique qu'il s'agit d'une
situation transitoire; D.________ ayant eu des problèmes financiers, il serait
hébergé de manière provisoire chez la mère du recourant en attendant d'avoir
par la suite son propre logement. 

De son côté, l'autorité intimée fait valoir que le
recourant a lui-même indiqué qu'il vivait avec D.________ dans le formulaire
relatif à sa demande de bourse et qu'il a spontanément remis les justificatifs
relatifs aux revenus de ce dernier. Il ne pourrait dès lors pas soutenir qu'il ignorait
que les revenus de D.________ seraient pris en compte pour traiter sa demande.
Elle fait également valoir que le recourant et D.________ n'ont pas contesté
les décisions rendues par l'OVAM et selon lesquelles le recourant et D.________
sont traités comme des concubins et forment une même unité économique de
référence (UER). Par ailleurs, l'autorité intimée relève que le compagnon du
recourant l'a rejoint en 2020, soit depuis plus de trois ans. Il ne s'agirait
dès lors plus d'une situation temporaire. Le couple remplirait dès lors
l'exigence de durabilité pour être considéré comme stable. Enfin, l'autorité
fait valoir d'une part que les décomptes bancaires produits "bien
qu'ils montrent qu'effectivement D.________ verse à la mère du recourant une participation
au loyer" ne permettent pas d'exclure "tout entretien de ce
dernier [D.________] au recourant" et d'autre part, qu'au vu du
ménage commun, il semble probable que D.________ partage avec le recourant et
sa mère "à tout le moins, les dépenses relatives à la nourriture".

b) En vertu de l'art. 21 al. 1 de la
loi sur l'aide aux études et à la formation professionnelle du 1er
juillet 2014 (LAEF; BLV 416.11), l'aide de l'Etat couvre les besoins du
requérant dans la mesure où ils dépassent sa capacité financière et celle des
autres personnes visées à l'art. 23 LAEF, étant précisé que la capacité
financière est définie par la différence entre les charges et le revenu
déterminant (art. 21 al. 4 LAEF). En vertu de l'art. 23 LAEF, l'UER comprend, pour
le calcul de l'aide financière, le requérant, ses parents et les autres enfants
mineurs ou majeurs à charge de la famille, ainsi que toute autre personne tenue
légalement de pourvoir à son entretien (art. 23 al. 1 LAEF). Le
conjoint ainsi que les enfants à charge du requérant sont également compris
dans l'unité économique de référence, le partenaire enregistré ou vivant en
ménage commun étant assimilé au conjoint (art. 23 al. 3 et 4 LAEF).

L'art. 21 al. 5 LAEF dispose encore que la LHPS est
applicable en ce qui concerne la notion de revenu déterminant, la définition de
l'UER et la hiérarchisation des prestations sociales. Or, l'art. 10 al. 1 let.
d LHPS prévoit, à l'instar de l'art. 23 al. 3 et 4 LAEF, que l'UER comprend le
partenaire vivant en ménage commun avec la personne titulaire du droit. La
définition des partenaires vivant en ménage commun résulte quant à elle
du RLHPS. Sont considérées comme tels, les personnes menant
de fait une vie de couple (art. 12 al. 1 RLHPS). Le ménage commun peut être établi
sur la base des déclarations du requérant mais est présumé si ce dernier a un
ou plusieurs enfants communs avec son partenaire et s'il vit avec lui dans le
même ménage ou si les partenaires vivent dans le même ménage depuis au moins
cinq ans (art. 12 al. 2 et 3 RLPHS).

c) Le Tribunal fédéral a déjà jugé que
la notion de partenaire "vivant en ménage commun" de l'art. 23
al. 3 LAEF correspond à celle de partenaire "menant de fait une vie de
couple" de l'art. 12 al. 1 RLHPS, qui doit elle-même être assimilée à
celle de personne vivant en concubinage stable ou qualifié au sens du droit
fédéral (cf. ATF 145 I 108 consid. 4.3 et 4.5).

De jurisprudence constante, la
relation de concubinage stable justifiant un devoir d'assistance mutuel doit
être comprise comme une communauté de vie d'une certaine durée, voire durable,
entre deux personnes, à caractère en principe exclusif, qui présente une
composante tant spirituelle que corporelle et économique, et qui est parfois
désignée comme une communauté de toit, de table et de lit (cf. ATF 118 II 235
consid. 3b; arrêts TF 5A_109/2021 du 8 février 2022 consid. 3.3.1;
5A_679/2019, 5A_681/2019 du 5 juillet 2019 consid. 13.3.1 et 5A_902/2020
du 25 janvier 2021 consid. 5.1.2). Cela étant, il a été jugé arbitraire de
reconnaître l'existence d'un concubinage stable entre deux partenaires sur la
seule base du fait que ceux-ci venaient d'emménager dans un même logement (cf.
ATF 145 I 108 consid. 4.6 et 4.7 et arrêt TF 1P.184/2003 du 19 août 2003
consid. 2.3.2 et 3). Le fait qu'une personne fasse ménage commun avec son
partenaire constitue un simple indice, mais non la preuve de l'existence de
liens aussi étroits que ceux qui unissent des époux (cf. ATF 138 III 97 consid.
3.4.3). Il en découle que, dans plusieurs domaines du droit, la portée du
concubinage a été appréhendée en fonction de sa durée. Cependant, en l'absence
de règle légale précise, on ne saurait retenir une durée prédéfinie pour
admettre un concubinage stable. Si plusieurs années de vie commune sont certes
un élément parlant en faveur d'une relation de concubinage stable, elles ne
sont pas à elles seules d.isives. Le juge doit au contraire procéder dans
chaque cas à une appréciation de l'ensemble des circonstances de la vie commune
afin d'en déterminer la qualité et si celle-ci peut être qualifiée de relation
de concubinage stable (ATF 138 III 157 consid. 2.3.3).

Lorsque le concubinage est contesté par les
intéressés, respectivement lorsque ceux-ci n'admettent pas ou plus d'être
traités comme tels, il convient de prendre en compte toutes les circonstances
permettant d'apprécier, à un degré de vraisemblance suffisant, la qualité de la
communauté de vie. Ces circonstances sont notamment les suivantes: l'existence
d'un enfant commun, la durée de la vie commune, la contribution effective du
conjoint à l'entretien de l'autre, l'entraide financière à un moment de leur
vie commune, la propriété de biens communs, le fait que les partenaires passent
leurs loisirs et leurs vacances ensemble fréquentent les mêmes amis, le fait
également qu'ils n'ont jusqu'alors jamais contesté vivre en concubinage ou
qu'ils ont tenu des propos desquels on pouvait déduire qu'ils vivaient en
concubinage (cf. arrêts CDAP BO.2021.0011 du 7 janvier 2022 consid. 4a;
PS.2015.0039 du 27 janvier 2016; PS.2001.0132 du 5 juin 2003 consid. 1b).

Le tribunal de
céans a déjà reconnu que des communautés de vie dites insolites pouvaient
exister en dehors des situations typiques ou traditionnelles. Il a ainsi jugé
que le fait qu'un couple, formé depuis de nombreuses années, continue à
cohabiter au-delà de quelques mois après sa rupture, situation certes peu
courante, ne permet pas de conclure à la persistance d'un concubinage (cf. CDAP
BO.2017.0010 du 11 juin 2018 consid. 4). De même, la cohabitation d'un couple
depuis plusieurs années peut ne pas réunir les
éléments d’une union libre stable entraînant des obligations d’entraide
comparables à celles résultant du mariage lorsque la relation est vécue en
s'engageant de manière minimale, dans la volonté de garder des vies séparées à
tous points de vue, et n'intégrant aucun soutien financier réciproque (cf. CDAP
BO.2016.0015 du 8 janvier 2018). 

d) En l'espèce, il faut
d'abord relever que l'autorité intimée ne peut pas être suivie lorsqu'elle
fonde sa décision sur le fait que le recourant et D.________ auraient admis être traités comme des concubins en ne
contestant pas les décisions de subsides de l'OVAM. Il apparaît en effet que
ces décisions leur ont toujours été favorables et qu'elles n'ont pas réduit
leur droit aux subsides, si bien qu'ils n'avaient aucune raison de contester
les motifs sous-jacents de ces décisions, en particulier le concubinage (cf.
dans le même sens CDAP BO.2016.0015 du 8 janvier 2018 consid. 3c). Ce simple
élément ne permettait pas à lui seul de retenir l'existence d’une union libre
stable entraînant des obligations d’entraide comparables à celle d’un mariage
sans acte d'instruction complémentaire. 

S'agissant de la durée de
vie commune du recourant et de D.________, il y a lieu d'admettre qu'elle dure
depuis plusieurs années. Il faut toutefois tenir compte du fait que le
recourant et D.________ vivent tous les deux
chez la mère de celui-là. L'expérience générale de la vie laisse dès lors penser
qu'il s'agit effectivement d'une situation provisoire induite par les faibles
revenus de D.________. Il est donc difficile de déterminer la qualité de la
communauté de vie sur la base de ce seul élément. On peut en effet se demander
si le choix de vivre ensemble, chez la mère du recourant, est la
démonstration de l'existence d'une communauté de toit, de table
et de lit ou s'il ne s'agit pas d'un choix dicté par des motifs économiques. D.________ a toutefois indiqué lors de
l'audience du 18 avril 2024 estimer ne pas pouvoir prendre d'appartement seul,
compte tenu des poursuites qui le visaient, et ne pas vouloir prendre une
chambre dans une autre colocation. Il a indiqué à cette occasion assez
clairement que cette colocation avec le recourant et la mère de ce dernier lui
convenait et permettait une forme de solidarité à trois tant morale que
financière. De son côté, le recourant a également indiqué ne pas vouloir
modifier cette situation, avant tout pour soutenir sa propre mère. S'agissant
donc strictement de la cohabitation, entre le recourant et D.________,
force est de constater qu'elle dure maintenant depuis plus de trois ans et que
les indications des intéressés ne permettaient aucunement de penser qu'elle
n'est que provisoire. Au contraire, tous les deux partent de l'idée qu'elle
perdurera pour les prochaines années. 

En outre, il sied en outre
de constater que D.________, d'une manière tout-à-fait compréhensible,
participe non seulement par le versement d'un loyer, qu'il aurait de toute
façon à sa charge, mais aussi en soutenant le recourant et sa mère. Si, dans le
principe, les factures et les frais courants du ménage sont divisés entre les
trois "colocataires", il est clairement ressorti de l'audience du 18
avril 2024 qu'une forme de solidarité était présente et que D.________
soutenait si nécessaire le recourant et/ou sa mère soit en avançant le montant
d'une facture soit en la prenant à sa charge. Il existe ainsi une participation
par D.________ des frais d'entretien du recourant et
de sa mère, en particulier les frais de bouche, qui s'apparente dans ce sens à
une prise en charge financière des frais d'entretien du recourant lui-même par D.________.
 

Si l'on regarde
globalement la situation du recourant, qui cohabite avec son compagnon depuis
le mois de septembre 2020, dans une situation stable, qui indique ne pas
prévoir dans un futur proche un changement de cette situation et qu'une telle
modification ne semble effectivement pas réaliste compte tenu des circonstances
présentées par les intéressés, il faut admettre que le recourant se trouve dans
une relation de concubinage stable justifiant un devoir
d'assistance mutuel comprise comme une communauté de vie durable, entre deux
personnes, à caractère en principe exclusif, qui présente une composante tant
spirituelle que corporelle et économique. 

e) Au vu des divers
éléments mentionnés ci-avant, le tribunal estime que l'autorité intimée était
ainsi en droit de qualifier la cohabitation de concubinage et de prendre en
considération les revenus de D.________ dans
le calcul du montant de la bourse auquel le
recourant a droit.

3.                     
Il résulte des considérants qui précèdent
que le recours doit être rejeté, dans la mesure de sa recevabilité (supra
consid. 1b), et la décision attaquée confirmée. Vu la situation du recourant,
le présent arrêt sera rendu sans frais (art. 49 al. 1, 91 et 99 LPA-VD). Il
n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 a contrario, 91 et 99
LPA-VD).

 

Par ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

I.                      
Le recours est rejeté, dans la mesure de sa
recevabilité.

II.                     
La décision sur réclamation du 5 décembre 2023
de l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage est confirmée.

III.                   
L'arrêt est rendu sans frais.

IV.                   
Il n'est pas alloué de dépens.

 

Lausanne, le 7 mai 2024

 

Le
président:                                                                                            Le
greffier:

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa
notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000
Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des
articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS
173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss
LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,
indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.
Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.
Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,
pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la
décision attaquée.