# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 834641cf-2ffc-5e5b-940f-aa3939e11eae
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2001-02-22
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) EDA, Direktion für Völkerrecht (DV) 22.02.2001 JAAC 67.35
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_006_JAAC-67-35--_2001-02-22.pdf

## Full Text

JAAC 67.35

Avis de droit de la Direction du droit international
public du 22 février 2001

Immunités des chefs d’Etats et des personnalités de haut rang. Résumé
de l’état de la pratique internationale en la matière.

Immunität von Staatsoberhäuptern und von weiteren hochrangigen
Personen. Zusammenfassung des Standes der internationalen Praxis
in der Materie.

Immunità dei Capi di Stato e di altre personalità di alto rango.
Riassunto dello stato della pratica internazionale in materia.

1. Immunité des Chefs d’Etat

L’immunité des Chefs d’Etat est régie par le droit international coutumier.
Elle est fondée juridiquement sur l’assimilation du Chef de l’Etat au pays
qu’il représente et est respectée dans les relations entre Etats. Les Chefs
d’Etat qui séjournent à l’étranger bénéficient d’une immunité de juridiction
pénale complète et absolue[94], c’est-à-dire tant pour les actes accomplis dans
l’exercice de leurs fonctions que pour les actes privés. Il est évidemment peu
probable qu’une telle personne se rendra coupable de crimes ou de délits.
Toutefois, si cela devait se produire, non seulement elle ne saurait être arrêtée
puisque cela violerait son inviolabilité[95], mais encore elle ne pourrait pas
faire l’objet d’une assignation devant un tribunal pénal[96]. Les Chefs d’Etat

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étrangers jouissent également d’une immunité totale de juridiction de simple
police et ils ne sauraient se voir infliger une amende, y compris pour violation
des règles de la circulation. Ces règles connaissent néanmoins une exception:
les Statuts des Tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie (TPIY)[97] et le
Rwanda (TPIR)[98] prévoient en effet que la qualité officielle d’un accusé, par
exemple comme Chef d’Etat, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale (art. 7
al. 2 Statut TPIY et art. 6 al. 2 Statut TPIR)[99]. Par exemple, le TPIY a utilisé
cette possibilité en adoptant un acte d’accusation incriminant M. Milosevic,
alors qu’il était encore Président de la République fédérale de Yougoslavie.

L’immunité de juridiction civile des Chefs d’Etat ne fait pas la même unanimité
que l’immunité de juridiction pénale. Alors que certains auteurs estiment que
les Chefs d’Etat bénéficient de l’immunité de juridiction civile tant pour les
actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions que pour les actes privés,
d’autres auteurs sont d’avis que si l’immunité doit être accordée pour les actes
officiels, il n’en va pas de même pour les actes privés[100].

2. Immunité des personnalités de haut rang

2.1. Introduction

La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961[101]
prévoit en son art. 31 al. 1 que l’agent diplomatique jouit d’une immunité de
juridiction pénale complète dans l’Etat accréditaire. Cette règle applicable
aux agents de missions diplomatiques permanentes a été confirmée dans la
Convention de New York du 8 décembre 1969 sur les missions spéciales[102]
pour les représentants d’Etats d’envoi en missions spéciales. Cette Convention
de New York comporte aussi des règles sur la situation particulière des
personnalités de haut rang, telles que les Chefs de gouvernement et les
Ministres des affaires étrangères. Elle précise que ces personnes, quand elles
prennent part à une mission spéciale de l’Etat d’envoi, jouissent, dans l’Etat de
réception ou dans un Etat tiers, en plus de ce qui est accordé par la Convention,
des facilités, privilèges et immunités reconnus par le droit international (cf.
art. 21 al. 2). En d’autres termes, les Chefs de gouvernement, les Ministres des
affaires étrangères et les autres personnalités de haut rang peuvent également
prétendre aux immunités consacrées par le droit international coutumier et
qui n’ont pas été codifiées dans les textes internationaux mentionnés ci-dessus.

2.2. Immunité des personnalités de haut rang en missions
spéciales

Il découle de ce qui précède que les Premiers ministres et autres membres
de gouvernement bénéficient, lorsqu’ils participent à une mission officielle à
l’étranger, de l’inviolabilité de leur personne et de l’immunité de juridiction

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pénale totale dans l’Etat de réception de la mission comme dans les Etats de
transit[103]. Cette protection inclut l’inviolabilité de leurs biens et de leur
correspondance officielle[104].

2.3. Immunité des personnalités de haut rang pour les actes
officiels accomplis en dehors de missions spéciales

Le droit international public ne définit pas avec précision la situation des
personnalités de haut rang qui ne se trouvent pas en mission spéciale et qui
ne sont pas non plus en visite privée. La pratique des Etats permet néanmoins
d’observer divers cas d’application de l’immunité de ces personnalités. Cette
pratique repose sur le principe que l’immunité dont bénéficient les Etats
pour leurs actes officiels (acta iure imperii) et celle dont bénéficient les
diplomates s’étend également,mutatis mutandis, à l’immunité personnelle
des représentants des Etats. Ainsi, les personnalités de haut rang doivent
aussi jouir de l’immunité de juridiction pour les actes officiels accomplis en
rapport direct avec l’exercice de leurs fonctions de représentants de l’Etat[105].
Cependant, alors que l’immunité accordée aux Chefs d’Etat constitue une
obligation du droit international, la nature de cette pratique en faveur des
hautes personnalités est contestée: pour certains il s’agit d’une obligation
du droit international, pour d’autres de l’observation d’une courtoisie entre
Etats[106].

2.4. Immunité des personnalités de haut rang lors de visites
privées

S’agissant des séjours à l’étranger effectués par des personnalités de haut rang
à titre privé, la situation de ces dernières doit être clairement distinguée de
celle des Chefs d’Etat qui bénéficient d’une protection complète consacrée
par le droit international public. En effet, les personnalités de haut rang ne
jouissent en principe d’aucune immunité établie par le droit international
public lors de telles visites.

3. Violation de droits imprescriptibles

(…) Se pose encore la question de savoir si l’institution juridique de l’immunité
peut être invoquée face à une dénonciation pour violation de droits
imprescriptibles, tels que l’interdiction de la torture. Etant données les
incertitudes du droit international public actuel et compte tenu du fait que ces
questions devraient être tranchées par les tribunaux, il n’est guère possible au
gouvernement suisse de donner une réponse certaine. A cet égard, il importe
de suivre non seulement le développement dans le domaine de la juridiction
pénale internationale, mais aussi les implications de la jurisprudence Pinochet
sur l’activité des tribunaux dans ce domaine.

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En tout état de cause, il appartient aux organes juridictionnels compétents
(lesquels, en appliquant le droit suisse, doivent également tenir compte du
droit international conventionnel et coutumier) de trancher ces questions.

[94] ATF 115 Ib 496; Revue suisse de droit international 1984, p. 183; J. Kren
Kost­kiewicz, Staatenimmunität im Erkenntnis- und Vollstreckungsverfahren
nach schweizerischem Recht, Bern 1998, p. 90 ss; A. Watts, Heads of States,
Heads of Governments, Foreign Ministers in: Académie de droit international,
Recueil des cours 1994 III, Tome 247, Dordrecht 1995, Chapitre III p. 97.
[95] L’inviolabilité des Chefs d’Etat est sans doute le privilège le moins discuté.
La doctrine reconnaît que le Chef d’Etat en visite à l’étranger ne saurait faire
l’objet d’aucune arrestation ou mesure de contrainte. Cette inviolabilité s’étend
à sa résidence, à ses biens, à ses bagages et à sa correspondance.
[96] Philippe Cahier, Le droit diplomatique contemporain, Genève 1962,
p. 338 s.
[97] http://www.un.org/icty/legaldoc-f/index-f.htm
[98] http://www.ictr.org/wwwroot/french/basicdocs/statute_f.html
[99] Il en va de même du Statut de Rome de la Cour pénale internationale du
17 juillet 1998 (RS 0.312.1; cf. art. 27).
[100] A. Watts (note 1), p. 54 ss.
[101] RS 0.191.01.
[102] RS 0.191.2.
[103] Art. 42 de la Convention sur les missions spéciales (note 9).
[104] Art. 28 s. et 31 de la Convention sur les missions spéciales (note 9); A.
Watts (note 1), p. 105 ss.
[105] A. Watts (note 1), p. 107 ss.
[106] Une règle de droit coutumier international n’a pas été établie pour les
personnalités de haut rang car l’élément de l’opinio juris vel necessitatis fait en
l’occurrence défaut.

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_115_Ib_496&resolve=1
http://www.un.org/icty/legaldoc-f/index-f.htm
http://www.ictr.org/FRENCH/basicdocs/statute_f.html

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 67.35 - Avis de droit de la Direction du droit international public du 22 février 2001

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 2003
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Band 67
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Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv und die Bundeskanzlei konvertiert.

Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Avis de droit de la Direction du droit international public du 22 février 2001
	1. Immunité des Chefs d'Etat
	2. Immunité des personnalités de haut rang
	2.1. Introduction
	2.2. Immunité des personnalités de haut rang en missions spéciales
	2.3. Immunité des personnalités de haut rang pour les actes officiels accomplis en dehors de missions spéciales
	2.4. Immunité des personnalités de haut rang lors de visites privées
	3. Violation de droits imprescriptibles