# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e443c463-1d1a-59ce-86c9-b1c8b25eb57e
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2010-04-29
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre de surveillance en matière de poursuite et faillites 29.04.2010 A/488/2010
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_007_A-488-2010_2010-04-29.pdf

## Full Text

REPUBLIQUE ET 

 

CANTON DE GENEVE 

 

POUVOIR JUDICIAIRE 
 

 

DCSO/208/10 

Le recours en matière civile au sens de l’art. 72 al. 2 let. a de la loi sur le Tribunal fédéral du 

17 juin 2005 (LTF ; RS 173.110) est ouvert contre les décisions prises par la Commission de 

surveillance des Offices des poursuites et des faillites, unique autorité cantonale de surveillance 

en matière de poursuite pour dettes et faillite (art. 56R al. 3 LOJ). Il doit être déposé devant le 

Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, dans les dix jours qui suivent la notification de l'expédition 

complète de la présente décision (art. 100 al. 1 et 2 let. a LTF) ou dans les cinq jours en matière 

de poursuite pour effets de change (art. 100 al. 3 let. a LTF). Le recours doit être rédigé dans 

une langue officielle, indiquer les conclusions, en quoi l'acte attaqué viole le droit et les moyens 

de preuve, et être signé (art. 42 LTF). 

 

DÉCISION 

DE LA COMMISSION DE SURVEILLANCE 
DES OFFICES DES POURSUITES ET DES FAILLITES 

SIÉGEANT EN SECTION 

DU JEUDI 29 AVRIL 2010 

Cause A/488/2010, plainte 17 LP formée le 11 février 2010 par P______ SA, élisant 
domicile en l'étude de Me Gregory J. CONNOR, avocat, à Genève. 

 

Décision communiquée à : 

- P______ SA 

domicile élu : Etude de Me Gregory J. CONNOR, avocat 
Rue du Rhône 100 

 Case postale 3086 
 1211 Genève 3 
 
 

- L______ AG 

domicile élu : Etude de Me David F. BRAUN, avocat 
Rue Charles-Bonnet 4 

 1211 Genève 12 
 
 

- Office des poursuites  

 

 - 2 - 

 

E N   F A I T  

A. Le 12 janvier 2010, l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a enregistré une 

réquisition de poursuite dirigée par L______ AG contre P______ SA en paiement 

de 1'500'000 fr. plus intérêts à 5 % dès le 24 septembre 2009. La cause de 

l'obligation mentionnée était : "Dommages-intérêts dus en raison de la destruction 

intégrale des archives de L______ AG (3371 cartons) par l'incendie du xx 2009, 

et des jours suivants, intervenu dans les locaux de la rue L______ à Lausanne. 

Contrat du 10 juillet 2000". Cette réquisition de poursuite était signée par Me 

P______, avocate, et M. B______. 

 Le 1
er

 février 2010, l'Office a fait notifier un commandement de payer, poursuite 

n° 10 xxxx40 N, à P______ SA, en mains de Mme R______, secrétaire, laquelle a 

formé opposition. 

B. Par acte posté le 11 février 2010, P______ SA a formé plainte contre la 

notification de cet acte. Elle conclut à son annulation, à ce que la poursuite          

n° 10 xxxx40 N soit déclarée nulle et de nul effet et que la réquisition de poursuite 

soit rejetée. En substance, P______ SA fait valoir que Me P______ n'a aucun 

pouvoir pour engager L______ AG et qu'elle n'en est pas non plus la représentante 

professionnelle au sens de l'art. 27 LP et que M. B______ ne dispose que d'une 

signature collective à deux. Elle invoque en conséquence une violation de l'art. 67 

LP. 

 Dans son rapport, l'Office déclare qu'au vu de l'extrait du Registre du commerce 

relatif à l'inscription de L______ AG, les griefs de P______ SA sont fondés et 

"suggère" n'annuler le commandement de payer, poursuite n° 10 xxxx40 N, et de 

rejeter la réquisition de poursuite. 

 Invitée à se déterminer, L______ AG conclut, avec suite de dépens, au rejet de la 

plainte. Elle produit une procuration en faveur de Me P______, avocate "aux fins 

de la représenter, seule ou conjointement, dans l'affaire qui l'oppose aux sociétés 

S______ SA (…) et P______ SA (…) en raison de la destruction intégrale de ses 

archives intervenue dans le cadre de l'incendie du 24 septembre 2009, et des jours 

suivants, à la rue L______ à Lausanne. Tous pouvoirs lui sont conférés pour 

prendre connaissance du dossier auprès de toute autorité concernée, ainsi que 

pour accepter, s'opposer, transiger, donner quittance, passer expédient et/ou faire 

tout acte utile à la défense des intérêts de la société représentée auprès des 

autorités compétentes. Sa compétence est étendue à la totalité du capital litigieux 

et des accessoires, y compris les éventuels frais de justice. Cette procuration est 

datée du 30 septembre 2009 et signée par Mme H______ et M. C______, 

respectivement, vice-directrice et "general counsel" de L______ AG, qui, selon 

l'extrait du Registre du commerce, ont  une signature collective à deux. L______ 

AG produit également sa "directive concernant le droit de signature" laquelle 

 

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prescrit, à son ch. 3 § 3 : "Pour exercer des mandats liés ou des tâches obéissant à 

des décision et des objectifs clairement définis (vote à une assemblée générale, 

introduction d'une action en justice, par exemple), la société peut se faire 

représenter par un individu. Il y a lieu cependant d'établir une procuration 

spéciale au nom de cette personne individuelle, qui, elle aussi doit être signée par 

deux personnes disposant du droit de signature". L______ AG soutient en 

conséquence que sa réquisition de poursuite respecte les conditions de validité 

prévue par la loi. 

 Le rapport de l'Office et les observations de l'intimée ont été transmis à P______ 

SA et un délai lui a été imparti pour indiquer à la Commission de céans si elle 

entendait retirer ou maintenir sa plainte, et dans ce dernier cas, pour quel(s) 

motif(s). 

 P______ SA a répondu qu'elle maintenait sa plainte. Elle expose que L_______ 

AG, après lui avoir fait notifier un commandement de payer, a fait notifier un 

commandement de payer à S______ SA, pour le même montant et fondé sur la  

même cause contractuelle, à savoir les art. 9 et 10 du contrat signé le 10 juillet 

2000 entre P______ SA et L______, société d'assurance sur la vie et L______, 

Société d'assurance contre les accidents, que la poursuivante ne prouve pas avoir 

repris l'intégralité des droits et obligations de ces deux sociétés et, partant, qu'elle 

n'est pas fondée à réclamer une indemnité sur la base d'un contrat auquel elle n'est 

formellement pas partie. Elle affirme que le comportement de L_______ AG est 

"à l'orée de l'abus de droit, de par sa volonté de tourmenter (les entités 

poursuivies), en faisant pression, et en portant atteinte à (leur) réputation et à 

(leur) honneur. La volonté de nuire à (leur) capacité financière est non 

équivoque". Au surplus, P______ SA allègue que si, effectivement, Me P______ 

se savait bénéficier d'une procuration, elle aurait dû signer la réquisition de 

poursuite en cette qualité, soit "par procuratio". 

 Invités par la Commission de céans, l'Office et L______ AG n'ont pas présenté de 

nouvelles observations suite à la réponse de P______ SA, qui leur avait été 

transmise. 

C. Il sied ici de noter que S______ SA a porté plainte le 17 février 2010 contre le 

commandement de payer, poursuite 10 xxxx41 M, qui lui avait été notifié le         

9  février 2010 à la requête de L_______ AG. Cette plainte, enregistrée sous cause 

A/584/2010, a été tranchée par la Commission de céans par décision du 29 avril 

2010 (DCSO/209/10).   

 

 

 

 

 - 4 - 

E N   D R O I T  

1. La Commission de céans est compétente pour connaître des plaintes dirigées 

contre des mesures prises par des organes de l’exécution forcée qui ne sont pas 

attaquables par la voie judiciaire (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et art. 11 al. 2 LaLP ; 

art. 56R al. 3 LOJ). La plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le 

plaignant a eu connaissance de la mesure (art. 17 al. 2 LP).  

 Un commandement de payer et sa notification constituent des mesures sujettes à 

plainte et la plaignante, en tant que poursuivie, a qualité pour agir par cette voie. 

 Déposée en temps utile et dans les formes prescrites (art. 13 al. 1 et 5 LaLP), la 

plainte sera déclarée recevable. 

2.a. Une réquisition de poursuite doit satisfaire aux exigences prévues à l’art. 67 LP. 

S'agissant en particulier des indications concernant le créancier, elle doit énoncer 

le nom et le domicile de ce dernier, et, s'il y a lieu, de son mandataire (art. 67 al. 1 

ch. 1 LP). Ces mentions sont reprises dans le commandement de payer (art. 69 

al. 2 ch. 1 LP).  

 La réquisition de poursuite doit être datée et porter la signature du poursuivant ou, 

s'il s'agit d'une personne morale, de la ou des personnes ayant pouvoir de la 

représenter. Le préposé n'a pas l'obligation d'examiner si une société est 

valablement et suffisamment représentée lors de la signature de la réquisition. Le 

poursuivi qui invoque l'absence de qualité des organes de la poursuivante doit agir 

par la voie de la plainte. Au surplus, un acte de poursuite d'un représentant sans 

pouvoir peut être ratifié après coup par le représenté, au plus tard dans la 

procédure de recours lorsqu'il est attaqué par la voie de la plainte pour défaut de 

pouvoir de celui qui l'a remis (ATF 107 III 49, JdT 1983 II 47 ; BlSchK 1994 

101). 

2.b. En l'occurrence, il ressort du Registre du commerce et des pièces produites que la 

poursuivante était valablement représentée par les deux signataires de la 

réquisition de poursuite. Dans son écriture complémentaire du 1
er

 avril 2010, la 

plaignante ne le conteste du reste plus, se limitant à faire valoir un argument sans 

pertinence, à savoir que Me P______ aurait dû signer cet acte "par procuratio". 

3.a. Dans cette écriture, à teneur de laquelle elle déclare maintenir sa plainte, la 

plaignante invoque toutefois un nouveau grief.  Elle soutient que le comportement 

de la poursuivante, qui réclame une indemnité sur la base d'un contrat auquel elle 

n'est pas partie et qui a fait notifier deux commandements de payer la même 

somme à deux entités différentes, fondés sur une cause contractuelle identique, 

procède d'un abus de droit. 

 

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 Un tel grief, s'il est fondé, devant être sanctionné par la nullité du commandement 

de payer, nullité qui doit être relevée d'office et tout temps (art. 22 LP), la 

Commission de céans entrera en matière. 

3.b. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral (cf. notamment ATF 5A_582/2009 

consid. 3.1. ; ATF 7B.36/2006 du 16 mai 2006 consid. 2.1 ; 7B.45/2006 du 28 

juillet 2006 consid. 3.1 ; 7B.219/2006 et 7B.220/2006 du 16 avril 2007 consid. 4.2 

et les arrêts cités), la procédure de plainte de l’art. 17 LP ne permet pas d’obtenir, 

en invoquant l’art. 2 CC, l’annulation de la procédure de poursuite dans la mesure 

où le grief d’abus de droit est invoqué à l’encontre de la prétention litigieuse ; la 

décision sur ce point est réservée au juge ordinaire (ATF 113 III 2, JdT 1989 II 

120). La finalité du droit des poursuites étant essentiellement de permettre le 

recouvrement de sommes d’argent ou la fourniture de sûretés (art. 38 al. 1 LP), le 

droit de l’exécution forcée permet, en effet, à un soi-disant créancier de 

poursuivre un prétendu débiteur en recouvrement d’une prétention sans devoir 

prouver l’existence de cette dernière et il n'appartient ni à l'office des poursuites ni 

aux autorités de surveillance de décider si une prétention litigieuse est exigée à 

bon droit ou non. Le grief qu'une poursuite représenterait un abus manifeste de 

droit, principe exprimé à l'art. 2 al. 2 CC valable dans l'ensemble de l'ordre 

juridique, est néanmoins recevable devant l'autorité de surveillance en tant qu'il 

est dirigé contre l'utilisation même des moyens qu'offre le droit de l'exécution 

forcée, et non contre la prétention litigieuse elle-même (Flavio Cometta, in 

SchKG I, ad art. 17 n° 27 ; Pierre-Robert Gilliéron, Commentaire, ad art. 17       

n° 88 ; Franco Lorandi, Betreibungsrechtliche Beschwerde und Nichtigkeit, 

Kommentar zu den Artikeln 13 - 30 SchKG, 2000, ad art. 17 n° 274).  

De telles hypothèses ne peuvent toutefois être admises qu’exceptionnellement, 

l'office des poursuites et les autorités de surveillance ne devant se substituer en 

aucune façon au juge ordinaire, et c’est au regard de l’ensemble des circonstances 

de la cause qu’il faut examiner si le recours à l’institution du droit de l’exécution 

forcée est constitutive, dans un cas particulier, d’abus manifeste de droit. Ce 

faisant, ni l’Office, ni la Commission de céans n’ont cependant à procéder à une 

analyse approfondie desdites circonstances. Ils doivent et ne peuvent admettre 

l’existence d’un abus manifeste de droit que sur la base d’éléments ou d’un 

ensemble d’indices convergents démontrant de façon patente que ladite institution 

est détournée de sa finalité.  

3.c. En l'espèce, la contestation de la plaignante porte sur la prétention litigieuse. Elle 

allègue, en effet, que la poursuivante ne serait pas fondée à lui réclamer une 

indemnité sur la base d'un contrat auquel elle n'est pas formellement partie. Or, il 

n'appartient pas à l'autorité de surveillance, qui ne doit pas se substituer au juge du 

fond, de dire si cette créance est exigée à bon droit ou non. Par ailleurs, il sied de 

rappeler que lorsque le poursuivant entend poursuivre simultanément deux ou 

plusieurs "codébiteurs", il doit requérir une poursuite contre chacun d'eux afin que 

des commandements de payer distincts leur soient notifiés, l'opposition ne valant 

 

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que pour celui qui l'a formée (art. 70 al. 2 LP ; Pierre-Robert Gilliéron, 

Commentaire ad art. 70 n° 15 ss et ad art. 74 n° 13). 

4. Il s'ensuit que la créance faisant l'objet de la poursuite querellée n'apparaît pas 

comme manifestement dénuée de tout fondement et que des circonstances 

exceptionnelles permettant de conclure à l’existence d’une poursuite abusive ne 

sont pas établies. A cela s'ajoute que la notification d'un commandement de payer 

représente un moyen légal d'interrompre la prescription (art. 135 ch. 2 CO) et 

qu'une réquisition de poursuite peut donc poursuivre uniquement cette fin, qui est 

en règle générale légitime à elle seule, y compris lorsque le créancier ne dispose 

d'aucun titre de mainlevée (cf. notamment DCSO/524/2004 du 28 octobre 2004 

consid. 2.a. in fine). 

 Le grief d'abus de droit est donc infondé. La plaignante sera renvoyée, si elle 

l'estime opportun, à saisir le juge du fond d'une action en constatation de 

l'inexistence de la créance déduite en poursuite (ATF 128 III 334 ; ATF 

7B.27/2000 du 17 octobre 2000 ; DCSO/351/2008 du 13 août 2008). 

5. Au vu des considérants qui précèdent, la plainte sera rejetée.  

6. Conformément aux art. 20a al. 2 ch. 5 LP, 61 al. 2 let. a et 62 al. 2 OELP, il n'est 

pas perçu d'émolument de justice, ni alloué des dépens. 

 

 

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P A R   C E S   M O T I F S ,  

L A   C O M M I S S I O N   D E   S U R V E I L L A N C E    

S I É G E A N T   E N   S E C T I O N   :  

A la forme : 

Déclare recevable la plainte formée le 11 février 2010 par P______ SA contre la 

notification du commandement de payer, poursuite n° 10 xxxx40 N.  

Au fond : 

1. La rejette.  

2. Déboute les parties de toutes autres conclusions.  

 

 

 

Siégeant : Mme Ariane WEYENETH, présidente ; Mme Valérie CARERA et                     
M. Philipp GANZONI , juges assesseur(e)s.  

 

 

Au nom de la Commission de surveillance : 

 

Véronique PISCETTA      Ariane WEYENETH 

           Greffière :                         Présidente : 

 

 

 

 

 

La présente décision est communiquée par courrier A à l’Office concerné et par courrier 

recommandé aux autres parties par la greffière le