# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 014d1778-1bc9-5ed1-9414-45f36d455f9d
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2012 / 520
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2012---520_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PP07.001737-120996

372  

 

 

JUGE
DELEGUEE DE LA cour d’appel CIVILE

__________________________________________________________

Arrêt du
20 août 2012

__________________

Présidence
de               Mme             
crittin
dayen, juge déléguée

Greffière             
:              Mme             
Vuagniaux

 

 

*****

 

 

Art.
101 al. 1 ch. 1 CPC-VD

 

 

             
Statuant à huis clos sur l'appel interjeté par P.________,
à Poliez-le-Grand, intimé, contre l'ordonnance de mesures provisionnelles d'emblée motivée
rendue le 18 mai 2012 par le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord
Vaudois dans la cause divisant l'appelant d’avec Q.________,
à Combremont-le-Petit, requérant, la juge déléguée de la Cour d’appel
civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

A.             
Par ordonnance de mesures provisionnelles d’emblée motivée du 18 mai 2012, le Président
du Tribunal civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a admis partiellement la requête
de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012 d'Q.________ (I), rapporté les ordonnances de
mesures provisionnelles limitant le pouvoir de gestion du requérant sur son domaine Z.________ (Il),
dit que la gestion du domaine Z.________ est confiée exclusivement au requérant (III), ordonné
à P.________ de remettre à Q.________ tous documents permettant à ce dernier de reprendre
la gestion courante de l’exploitation, en particulier les contrats, factures, bulletins de livraison,
relevés bancaires et inventaires (IV), ordonné à P.________ de remettre à Q.________
tous biens permettant à ce dernier de reprendre la gestion courante de l’exploitation, en
particulier les permis de circulation, véhicules, machines, stocks, clés et outils, pour autant
que ces biens appartiennent à Q.________ (V), dit qu'Q.________ est autorisé à occuper
à sa convenance le studio de l’immeuble d’habitation du domaine (VI), imparti un délai
au 31 décembre 2012 à l’intimé pour quitter avec sa famille le domaine et la villa,
en emmenant ses biens et ses bêtes (VII), dit que les frais et dépens suivent le sort de la
cause au fond (VIII) et déclaré l'ordonnance immédiatement exécutoire, nonobstant
appel (IX).

 

             
En droit, le premier juge a retenu que les parties avaient été liées par un contrat de
société simple du 30 novembre 2004, puis par un contrat de société simple du
1er
janvier 2005, signé le 29 avril 2005, que ce contrat avait pris fin le 31 décembre 2009
et que la société était en phase de liquidation depuis cette dernière date. Il a
dès lors estimé que le requérant était en droit de se voir réintégré
dans la possession de l'ensemble des biens et immeubles constituant son domaine agricole, ainsi que dans
ses pouvoirs exclusifs de gestion de celui-ci, de sorte qu'un délai au 31 décembre 2012 était
imparti à l'intimé et à sa famille pour quitter le domaine.

 

B.             
Par appel motivé du 21 mai 2012, P.________ a conclu, avec suite de dépens, au renvoi de la
cause à l’autorité ayant statué pour qu’elle complète son instruction
et statue sur I’ensemble du dossier afin que l’ordonnance puisse être effectivement
exécutée, l’autorité étant invitée en particulier à préciser
quelles seront les modalités de gestion du domaine jusqu’au départ de P.________ et de
sa famille, à statuer sur les biens et montants que celui-ci pourra et devra emmener à son
départ, ainsi que sur le statut de locataire de celui-ci, l’autorité de première
instance se dessaisissant à cet égard en faveur du Tribunal des baux au sens de l’art.
2 al. 1 de la loi sur la juridiction en matière de bail (I). A titre subsidiaire, l’appelant
a conclu à la réforme de l’ordonnance en ce sens que la requête de mesures provisionnelles
du 20 janvier 2012 est rejetée, la situation provisionnelle antérieure étant maintenue
jusqu’à la liquidation définitive de la société simple, subsidiairement du
bail à ferme agricole, liant Q.________ à P.________ (II).

 

             
Par ordonnance du 8 juin 2012, la juge déléguée de la Cour de céans a admis la requête
d’effet suspensif de l'appelant.

 

             
Dans sa réponse du 6 juillet 2012, Q.________ a conclu au rejet de l’appel et à la confirmation
de l’ordonnance attaquée, avec suite de frais et dépens.

 

C.             
La juge déléguée retient les faits suivants, sur la base de l'ordonnance complétée
par les pièces du dossier :

 

1.             
Le requérant Q.________ est propriétaire du domaine agricole Z.________, à Poliez-le-Grand.
Par contrat du 30 novembre 2004, il s'est associé avec l'intimé P.________, titulaire d'un
CFC d'agriculteur, dans le but d'exploiter en commun le domaine agricole Z.________. Par la suite, les
parties ont conclu un nouveau contrat daté du 1er
janvier 2005, mais signé le 29 avril 2005, par lequel ils ont précisé et modifié
les modalités de leur collaboration.

 

             
Une mésentente s'est progressivement installée entre les parties, celles-ci ayant beaucoup
de peine à collaborer dans le cadre de l'exploitation du domaine agricole. Des tensions supplémentaires
sont survenues du fait que les parties étaient obligées de se rencontrer jusque dans leur sphère
privée, le requérant revendiquant la possibilité d'utiliser un studio situé au-dessus
de l'appartement où résident l'intimé, son épouse et leurs enfants, dans les locaux
d'habitation de l'exploitation agricole.

 

             
L'exploitation du domaine agricole représente pour P.________ une activité lucrative principale,
alors qu'il s'agit pour Q.________ d'une activité accessoire. Il est constant qu'Q.________ ne dépend
pas de l'exploitation de ce domaine pour subvenir à ses besoins, contrairement à P.________
et à sa famille.

 

2.             
Par demande du 19 janvier 2007, Q.________ a ouvert action contre P.________, en concluant en substance
à la dissolution pour justes motifs de la société simple formée par lui et P.________
(II) et à la nomination d'un notaire aux fins de stipuler, si faire se peut, le partage à l'amiable
des biens de la société, à défaut pour faire des propositions en vue du partage (III).

 

             
Dans sa réponse du 21 mai 2007, P.________ a conclu au rejet des conclusions de la demande du 19
janvier 2007 (I) et, reconventionnellement, à la dissolution des rapports de société simple
entre lui et Q.________ (II), à la nomination d'un expert agricole aux fins de stipuler à l'amiable,
si faire se peut, le partage des éventuels biens de la société, ainsi que pour la liquidation
des comptes, à défaut pour faire des propositions en vue de la liquidation des rapports de
société simple (III) et à ce qu'il soit fermier du domaine Z.________ selon le bail à
ferme agricole conclu avec Q.________ le 30 novembre 2004, pour une durée initiale de neuf ans dès
le 1er
janvier 2005 et un fermage annuel de 60'000 francs (IV).

 

3.             
Des ordonnances de mesures préprovisionnelles et provisionnelles ont été rendues dans
le but de régler provisoirement les rapports entre les parties s'agissant de la gestion du domaine
agricole Z.________. Il est avéré qu'en cours d'instance, le requérant a empêché
plusieurs fois l'intimé de gérer correctement le domaine agricole par des mesures chicanières.

 

             
Les tensions entre les parties ont atteint un stade tel que par ordonnance de mesures provisionnelles
du 18 juillet 2008, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois
a notamment retiré à Q.________ tout pouvoir de gestion et de représentation de l'association
constituée par Q.________ et P.________ pour l'exploitation du domaine Z.________ (I), confié
à P.________ la gestion et la représentation exclusive de l'association constituée par
Q.________ et P.________ pour l'exploitation du domaine Z.________ (II), interdit à Q.________,
sous la menace de la peine prévue à l'article 292 CP, de s'immiscer dans la gestion du domaine
Z.________ (III), interdit à Q.________, sous la menace de la peine prévue à l'article
292 CP, de se rendre au studio situé au premier étage de l'immeuble d'habitation du domaine
Z.________ (IV), autorisé Q.________ à accéder à son bureau situé au sous-sol
de l'immeuble d'habitation du domaine Z.________ (V), autorisé Q.________ à pénétrer
dans les champs et cultures dépendant du domaine Z.________, mais uniquement pour s'occuper des
cultures, sous la direction et les ordres de P.________ (VI), ordonné à Q.________, sous la
menace de la peine prévue à l'article 292 CP, de restituer sans délai à P.________
tous les jeux de clés de la jeep de l'exploitation (VII) et dit qu'ordre est d'ores et déjà
donné aux agents de la force publique de concourir à l'exécution du chiffre VII ci-dessus
dès qu'ils en seraient requis par P.________ et de se rendre au domicile d'Q.________, [...], 1536
Combremont-le-Petit, afin de récupérer les jeux de clés de la jeep de l'exploitation,
cas échéant en procédant à l'ouverture forcée du domicile d'Q.________ (VIII).

 

             
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 22 juillet 2010, le Président du Tribunal civil de
l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a notamment ordonné à P.________ de laisser
Q.________ accéder 24 heures sur 24 à son bureau au sous-sol de la maison d'habitation Z.________,
de le laisser accéder le mardi et le vendredi matin de 8 heures à midi à la buanderie
et de le laisser accéder pendant trois quarts d'heure chaque jour matin et soir durant la traite
du bétail au studio du 1er
étage afin qu'il puisse s'y doucher (I), ordonné à P.________ de faire en sorte que la
porte palière du 1er
étage reste ouverte pendant toute la durée de la traite du bétail matin et soir (II),
ordonné à P.________ de laisser Q.________ entreposer à ses risques et périls dans
l'atelier de l'exploitation son mobilier actuellement chargé sur deux chars Marolf (III), ordonné
à Q.________ de restituer à la société simple, sitôt qu'il aura entreposé
son mobilier dans l'atelier, le tracteur Fendt 512 immatriculé [...] et deux chars Marolf de douze
tonnes (IV) et ordonné à Q.________ de restituer immédiatement à P.________ une clé
du sous-sol de la maison d'habitation Z.________ (V).

 

             
Ces ordonnances de mesures provisionnelles des 18 juillet 2008 et 22 juillet 2010 règlent ainsi,
d'une part, les pouvoirs de gestion et de représentation de l'association formée par les parties
et, d'autre part, les droits d'accès du requérant aux locaux d'habitation de l'exploitation
agricole.

 

4.             
Par jugement préjudiciel d'emblée motivé du 18 juin 2010, le Président du Tribunal
civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a dit qu'Q.________ et P.________ ont été
liés par un contrat de société simple du 30 novembre 2004, puis par un contrat de
société simple du 1er
janvier 2005 mais signé le 29 avril 2005 (I) et que la société simple formée par
Q.________ et P.________, selon contrat du 1er
janvier 2005, signé le 29 avril 2005, a pris fin le 31 décembre 2009, sa liquidation devant
faire l'objet d'un jugement postérieur (II).

 

             
Par arrêt du 22 mars 2011, la Chambre des recours du Tribunal cantonal a notamment rejeté le
recours formé par P.________ contre le jugement préjudiciel du 18 juin 2010 (I) et confirmé
le dit jugement (II).

 

             
Le Tribunal fédéral, par arrêt du 11 janvier 2012 (TF 4A_560/2011), a déclaré
irrecevable le recours déposé par P.________ à l'encontre de l'arrêt cantonal du
22 mars 2011, faute de préjudice irréparable.

 

5.             
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 9 juin 2011, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement
de la Broye et du Nord vaudois a rejeté la requête de mesures provisionnelles du 8 avril 2011
d'Q.________, aux motifs que sa réintégration dans ses pouvoirs de gestion de son domaine,
son libre accès au studio de la villa et le départ de l'intimé du domaine Z.________ étaient
des questions qu'il conviendrait de se poser au moment où les rapports juridiques entre les parties
seraient définitivement qualifiés. En effet, dans la mesure où le jugement préjudiciel
du 18 juin 2010 n'était ni définitif ni exécutoire, il était hasardeux de donner
droit aux conclusions du requérant.

 

6.             
Par requête de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012, Q.________ a pris les conclusions suivantes
à l'encontre de P.________ :

 

« I.-             
Toutes les ordonnances limitant le pouvoir de gestion du requérant sur son domaine Z.________ sont
rapportées.

 

II.-             
La gestion de ce domaine est confiée exclusivement au requérant.

 

III.-             
Ordre est donné à l'intimé de remettre au requérant tous documents et biens permettant
à ce dernier de reprendre la direction de l'exploitation agricole, en particulier les contrats,
factures, bulletins de livraison, relevés bancaires, inventaires, permis de circulation, véhicules,
machines, stocks, clés et outils.

 

IV.-             
Le requérant est autorisé à occuper à sa convenance le studio de l'immeuble d'habitation
du domaine.

 

V.-             
Un délai au 31 mars 2012 est imparti à l'intimé et à sa famille pour quitter le domaine
et la villa et emmener, sous la direction du requérant, ses biens et ses bêtes. »

 

             
Dans ses déterminations du 29 mars 2012, P.________ a conclu au rejet des conclusions de la requête
de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012.

 

7.             
L'audience de mesures provisionnelles a eu lieu le 29 mars 2012. La conciliation a été vainement
tentée. Deux témoins ont été entendus, à savoir [...] et [...], fils du requérant.

 

             
Sur la base de leur témoignage, on retiendra que tous deux ont travaillé en compagnie de leur
père sur son domaine Z.________, qu'ils ont des connaissances et une certaine expérience du
domaine agricole et qu'ils sont prêts, à terme, à reprendre l'exploitation agricole de
leur père ou de l'accompagner dans sa gestion.

 

 

             
En droit
:

 

1.             
a) L’ordonnance attaquée a été
rendue le 18 mai 2012, de sorte que les voies de droit sont régies par le CPC (Code de procédure
civile suisse du 19 décembre 2008; RS 272), entré en vigueur le 1er
janvier 2011 (art. 405 aI. 1 CPC). En effet, conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral,
toutes les décisions de première instance communiquées à partir de 2011 – et
non seulement les décisions finales – sont soumises aux voies de droit du nouveau droit, même
lorsqu’elles ont été rendues dans le cadre d’une procédure qui se poursuit
selon l’ancien droit en vertu de l’art. 404 al. 1 CPC (ATF 137 III 424 c. 2.3). Cela étant,
la procédure ayant été ouverte avant le 1er
janvier 2011, le droit de procédure dont la bonne application est contrôlée par l’autorité
d’appel est l’ancien droit de procédure cantonal (Tappy, CPC commenté, Bâle
2011, n. 23 ad art. 405 CPC), notamment le CPC-VD (Code de procédure civile vaudoise du 14 décembre
1966).

 

             
b)
L’appel est recevable contre une ordonnance de mesures provisionnelles (art. 308 al. 1 let. b CPC),
dans les causes non patrimoniales ou dont la valeur litigieuse est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al.
2 CPC). Les ordonnances de mesures provisionnelles étant régies par la procédure sommaire,
selon l’art. 248 let. d CPC, le délai pour l’introduction de l’appel est de dix
jours (art. 314 al. 1 CPC). L’appel en matière de mesures provisionnelles relève de la
compétence d’un juge unique (art. 84 al. 2 LOJV [loi du 12 septembre 1979 d'organisation
judiciaire; RSV 173.01]).

 

             
En l'espèce, formé en temps utile par une partie qui y a intérêt (art. 59 al. 2 let.
a CPC) et portant sur des conclusions supérieures à 10'000 fr. – ce qui n'est pas contesté
–, l’appel interjeté est formellement recevable.

 

2.             
L’appel peut être formé pour violation du droit ou pour constatation inexacte des faits
(art. 310 CPC). L’autorité d’appel peut revoir l’ensemble du droit applicable,
y compris les questions d’opportunité ou d’appréciation laissées par la loi
à la décision du juge, et doit le cas échéant appliquer le droit d’office conformément
au principe général de l’art. 57 CPC (Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure
civile, JT 2010 III 134). Elle peut revoir librement l’appréciation des faits sur la base
des preuves administrées en première instance (ibidem, p. 135). Le large pouvoir d’examen
en fait et en droit ainsi défini s’applique même si la décision attaquée est
de nature provisionnelle (ibidem, p. 136).

 

3.             
Aux termes de l’art. 101 aI. 1 ch. 1 CPC-VD, des mesures provisionnelles peuvent être ordonnées
en tout état de cause, même avant l’ouverture d’action, en cas d’urgence,
pour protéger le possesseur dans ses droits (let. a), pour prévenir tout changement à
l’état de l’objet litigieux (let. b), pour écarter la menace d’un dommage
difficile à réparer (let. c). Le requérant doit rendre vraisemblable, mais non pas établir,
les faits justifiant sa requête et, en conséquence, le droit dont il requiert la protection;
quant au juge, il doit se limiter à un examen prima
facie ou sommaire, sans préjuger le fond
(Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3e
éd., Lausanne 2002, n. 1 ad art. 101 CPC-VD, p. 197).

 

             
Dans le cadre des mesures provisionnelles, le juge peut se limiter à la vraisemblance des faits
et à l’examen sommaire du droit, en se fondant sur les moyens de preuve immédiatement
disponibles, tout en ayant l’obligation de peser les intérêts respectifs du requérant
et de l’intimé (HohI, Procédure civile, tome Il, 2e
éd., Berne 2010, n. 1554 ss p. 282 ss). Le juge doit procéder à la mise en balance des
intérêts contradictoires, c’est-à-dire à l’appréciation des désavantages
respectifs pour le requérant et pour l’intimé, selon que la mesure requise est ordonnée
ou refusée. L’examen du droit et la pesée des intérêts en présence ne
s’excluent pas : le juge doit pondérer le droit présumé du requérant à
la mesure avec les conséquences irréparables que celle-ci peut entraîner pour l’intimé
(ibidem, nn. 1780-1781 p. 326).

 

             
Des exigences plus strictes sont posées pour les mesures d’exécution anticipée provisoires
qui portent une atteinte particulièrement grave à la situation juridique de l’intimé
et qui ne peuvent être admises que de façon restrictive (Vogel/Spühler, Grundriss des
Zivilprozessrechts, 8e
éd., n. 200 p. 351 et n. 208 p. 354). C’est en particulier le cas lorsque la décision
sur la mesure requise est susceptible d’avoir un effet définitif, parce que le litige n’a
plus d’intérêt au-delà du stade des mesures provisionnelles (Hohl, op. cit., n.
1844 ss p. 336 ss). Dans de tels cas, les chances de succès du requérant dans la procédure
au fond doivent être évaluées soigneusement et proportionnellement au préjudice encouru
par le requis (ATF 131 III 473 c. 2.3). Plus une mesure provisionnelle atteint de manière incisive
la partie citée, plus il convient de fixer de hautes exigences pour faire reconnaître le bien-fondé
de la demande quant à l’existence des faits pertinents et au fondement juridique de la prétention.
Ces exigences élevées ne portent pas seulement sur la vraisemblance comme mesure de la preuve
requise, mais également sur l’ensemble des conditions d’octroi de la mesure provisionnelle,
en particulier sur l’appréciation de l’issue du litige au fond et sur celle des inconvénients
que la décision incidente pourrait créer à chacune des deux parties (Bohnet, CPC commenté,
Bâle 2011, n. 18 ad art. 261 CPC p. 1021 et les réf. citées). La protection juridique
provisoire ne doit ainsi être accordée que lorsque la demande apparaît fondée de
manière relativement claire, au vu de l’état de fait rendu vraisemblable (TF 5D_211/2011
du 30 mars 2012).

 

4.             
Dans le cadre de l'ordonnance de mesures provisionnelles du 9 juin 2011, le premier juge a considéré
que la réintégration du requérant dans ses pouvoirs de gestion de son domaine, son libre
accès au studio de la villa et le départ de l’intimé du domaine Z.________ étaient
des questions qu’il conviendrait de se poser au moment où les rapports juridiques entre les
parties seraient « définitivement » qualifiés. Lors même que le magistrat
indique, dans l’ordonnance litigieuse, que la qualification des rapports juridiques entre les parties
n’est pas encore définitive – la décision préjudicielle du 18 juin 2010 étant
susceptible d’être revue par le Tribunal fédéral dans le cadre d’un recours
dirigé contre l’éventuelle décision du Tribunal cantonal qui mettra fin à l’instance
(cf. supra let. C ch. 4, arrêt d’irrecevabilité TF 4A_560/2011 du 11 janvier 2012 c.
2.1, rendu dans le cadre de la présente affaire) –, il s’est fondé sur le fait
que les parties étaient liées par un contrat de société simple et a notamment justifié
l’urgence « à ce que le requérant soit réintégré dans ses droits »
au motif que la société simple avait pris fin il y a déjà plus de trois ans. A supposer
par ailleurs que les parties soient liées – quoi qu'en dise le premier juge – par un
contrat de bail à ferme, ce qui n'est pas à exclure, il est erroné de prétendre,
comme le fait le magistrat, que ledit contrat prendrait fin le 31 décembre 2013 et que l’appelant
ne pourrait de toute manière pas rester sur le domaine Z.________ au-delà de cette date. En
effet, dans ce cas de figure, le fermier aurait encore la possibilité de demander une prolongation
de bail conformément à l’art. 273 al. 2 let. b CO (Code des obligations du 30 mars 1911;
RS 220), par renvoi de l’art. 300 CO.

 

             
La procédure qui oppose les parties est aujourd’hui pendante depuis plus de cinq ans et l’appelant
continue d’exploiter le domaine Z.________ depuis le début du litige. Par ordonnances de mesures
provisionnelles des 18 juillet 2008 et 22 juillet 2010, les pouvoirs de gestion et de représentation
de l’association formée par les parties et les droits d’accès du requérant
aux locaux d’habitation de l’exploitation agricole ont été réglés. On
ne voit aucune circonstance de fait nouvelle qui justifierait en l’état un changement de situation
par rapport à celle qui prévalait lors des précédentes mesures provisionnelles. On
ne voit en particulier pas en quoi l’une des conditions posées au ch. 1 de l’art. 101
al. 1 CPC-VD, s’agissant de l’urgence, seraient réalisées, le ch. 2 du même
alinéa n’étant pas en l’état applicable.

 

             
Les intérêts respectifs des parties commandent, s’agissant d’une mesure d’exécution
anticipée provisoire susceptible d’avoir un effet définitif, un maintien de la situation
actuelle, étant rappelé que l’exploitation du domaine agricole représente pour l’appelant
une activité lucrative principale alors qu’il s’agit pour l’intimé d’une
activité accessoire et que le premier nommé, qui est jeune et a une famille à charge,
n’a pour l’heure pas trouvé de domaine agricole de remplacement. On relèvera en
outre que s’il a été retenu que les enfants du second nommé sont prêts à
reprendre l’exploitation agricole de leur père ou de l’accompagner dans sa gestion,
il a été précisément mentionné que ce voeu était projeté « à
terme » et non pas dans l’immédiat. On ne discerne au demeurant aucun dommage difficile
à réparer du point de vue de l’intimé.

 

             
A titre superfétatoire, on ajoutera que l’intimé n’a nullement allégué
dans sa requête de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012 (s'agissant plus particulièrement
de sa conclusion III, cf. supra, let. C, ch. 6), et encore moins rendu vraisemblable, l’appartenance
de tels ou tels biens utilisés dans le cadre de l’exploitation du domaine agricole à
l’une ou à l’autre des parties au présent litige, étant rappelé que les
faits nouveaux ne sont pris en compte en instance d’appel que s’ils sont invoqués ou
produits sans retard et ne pouvaient être invoqués ou produits devant la première instance,
bien que la partie qui s’en prévaut ait fait preuve de la diligence requise, ces deux conditions
étant cumulatives (art. 317 al. 1 CPC, Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure,
JT 2010 III 136-137).

 

             
Dans ces conditions, il n’y avait donc pas lieu d’admettre partiellement la requête
de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012 d'Q.________, ce qui rend inutile l’examen de l’exécutabilité
de l’ordonnance entreprise (cf. ch. I des conclusions de l’appel).

 

5.             
Il s'ensuit que l’appel doit être admis et qu'il doit être à nouveau statué
(art. 318 al. 1 let. b CPC) en ce sens que la requête de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012
d'Q.________ est rejetée, les frais et dépens suivant le sort de la cause au fond.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, fixés à 1'500 fr. (art. 65 al. 1 et 3 TFJC
[tarif des frais judiciaires en matière civile du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]), doivent être
mis à la charge de I’intimé, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC), celui-ci devant rembourser
à l’appelant son avance de frais (art. 111 aI. 2 CPC) et lui verser des dépens de deuxième
instance, fixés à 2'000 fr. (art. 106 al. 1 CPC; art. 7 TDC [tarif du 23 novembre 2010 des
dépens en matière civile; RSV 270.11.6]).

 

Par
ces motifs,

la
juge déléguée de la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
L'appel est admis.

 

             
II.             
Il est statué à nouveau comme il suit :

 

I.             
La requête de mesures provisionnelles du 20 janvier 2012 d'Q.________ est rejetée.

 

II.             
Les frais et dépens suivent le sort de la cause au fond.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 1'500 fr. (mille cinq cents
francs), sont mis à la charge de l'intimé.

 

             
IV.             
L'intimé Q.________ doit verser à l'appelant P.________ la somme de 3'500 fr. (trois mille
cinq cents francs) à titre de dépens et de restitution d'avance de frais de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

La
juge déléguée :              
La greffière :

 

 

 

 

Du
21 août 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

             
La greffière :

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies à :

 

‑             
Me Jean-Michel Henny (pour P.________)

‑             
Me Kenny Blöchlinger (pour Q.________)

 

             
La juge déléguée de la Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse
est supérieure à 30'000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois

 

             
La greffière :