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**Case Identifier:** e9170118-51ad-5a1b-93fd-71c06a18c413
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours pénale 1025
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_013_1025-----------_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

1025

 

PE22.017890-MMR

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS PENALE

__________________________________________

Arrêt du
27 décembre 2023

__________________

Composition
:               Mme             
Byrde,
présidente

             
              M.             
Perrot et Mme Elkaim, juges 

Greffier             
:              M.             
Jaunin

 

 

*****

 

Art.
123 ch. 1, 126 al. 1, 177 CP ; 10 al. 1, 319 al. 1 CPP

 

             
Statuant sur le recours interjeté le 2 juin 2023 par N.________
contre l’ordonnance rendue le 23 mai 2023 par le Ministère public de l’arrondissement
de Lausanne dans la cause n° PE22.017890-MMR,
la Chambre des recours pénale considère :

             

             
En fait :

 

 

A.             
a) Le
16 mai 2022, C.________, gérante du café-restaurant « [...] », à [...],
a déposé plainte pénale contre inconnu à la suite d’un évènement
survenu le 11 mai 2022 sur la terrasse de son établissement. Elle a exposé qu’après
avoir fait remarquer à trois clients que leur comportement consistant à continuer de consommer
de l’alcool, qui n’avait pas été acheté sur place, était peu respectueux,
l’un d’eux l’avait insultée, la traitant de « sale
pute » à plusieurs reprises. Après
qu’elle lui aurait indiqué qu’il ne serait plus le bienvenu dans son établissement
et lui aurait demandé de quitter les lieux, l’individu en question lui aurait asséné
un coup de poing au visage, la faisant chuter au sol (P. 4). Elle aurait souffert d’une fracture
de l’os nasal, d’un traumatisme crânio-cérébral, de céphalées importantes,
de saignements du nez et d’hématomes péri-orbitaux (P. 6/2). 

 

             
N.________ a été entendu le 18 juillet 2022 en qualité de prévenu. Il a admis avoir
insulté la gérante de l’établissement, mais a indiqué qu’elle l’avait
elle-même insulté, en le traitant de « connard »,
de « petit con »
et d’ « enculé ».
Par ailleurs, elle l’aurait saisi par le bras, en serrant « assez
fort », et, tandis qu’il quittait
les lieux, lui aurait donné un coup dans le dos. Ses collègues l’auraient retenue puis
s’en étaient pris à lui. L’un d’eux lui aurait donné un coup de pied
sur le flanc droit. Il se serait défendu et, dans la mêlée, aurait voulu donner un coup
de poing à l’un des serveurs, lequel aurait finalement atteint la plaignante au visage. Au
terme de son audition, il a déclaré déposer plainte pénale contre cette dernière
pour voies de fait et injure (P. 9/1). Il a produit une photographie des hématomes dont il aurait
souffert (P. 9/4). 

 

             
Le 7 décembre 2022, le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne (ci-après :
Ministère public) a décidé de l’ouverture d’une instruction pénale contre
N.________ et C.________ à raison des faits susmentionnés (cf. PV des opérations, p. 3).

 

             
b) Par
ordonnance pénale du 23 mai 2023, le Ministère public a condamné N.________ à une
peine pécuniaire de 
70 jours-amende
à 40 fr. le jour, avec sursis pendant 3 ans, ainsi qu’à une amende de 720 fr., pour lésions
corporelles simples et injure. 

 

             
La procureure a relevé que N.________ avait admis les faits, mais qu’il avait tenté de
se dédouaner en précisant que le coup de poing qu’il avait administré à C.________
ne lui était pas destiné, mais visait un autre serveur. Elle a également constaté
qu’après l’incident, le prévenu s’était vanté de son acte en déclarant
à son ami qui l’accompagnait « regarde,
c’est son sang ». Par ailleurs,
le 25 juin 2022, au cours d’une discussion avec un client régulier du « [...] »,
il avait indiqué à ce dernier qu’il s’était bagarré avec une serveuse
de cet établissement. 

 

             
Le 1er
juin 2023, N.________ a formé opposition à cette ordonnance pénale. 

 

B.             
Par ordonnance du 23 mai 2023, le Ministère
public a ordonné le classement de la procédure pénale dirigée contre C.________ pour
voies de fait et injure (I), a dit qu’il n’y avait pas lieu de lui octroyer une indemnité
au sens de l’art. 429 al. 1 let. a CPP (II) et a laissé les frais de sa décision à
la charge de l’Etat (III).

 

             
La procureure a constaté que les versions des parties étaient contradictoires. C.________ avait
contesté celle de N.________, en indiquant qu’elle lui avait uniquement touché le bras
pour lui demander de quitter les lieux et qu’elle ne lui avait pas donné de coups. La procureure
a également relevé que quatre témoins avaient été entendus. L’ami, qui
accompagnait N.________ avait déclaré que C.________ lui avait donné un coup de pied sur
le haut du corps, avant que celui-ci lui assène un coup de poing au visage. Elle l’avait en
outre insulté, sans qu’il puisse préciser les termes utilisés. Quant aux trois autres
personnes présentes, qui travaillaient toutes dans l’établissement, elles avaient indiqué
que N.________ était très énervé et agressif et qu’à aucun moment, C.________
ne l’avait touché. Elles n’avaient pas entendu d’injures de la part de cette dernière,
même si elle était en colère. Au vu de ce qui précède, la procureure a considéré
qu’aucun élément au dossier ne justifiait le renvoi de C.________ devant le tribunal.

             

C.             
Par acte du 2 juin 2023, N.________ a recouru
contre cette ordonnance, concluant, sous suite de frais et dépens, à son annulation et au renvoi
du dossier de la cause au Ministère public pour complément d’instruction et/ou mise en
accusation par devant le tribunal compétent. 

 

             
Par courrier du 6 décembre 2023, dans le délai imparti, le Ministère public a déclaré
renoncer à déposer des déterminations et se référer à l’ordonnance
entreprise.

             
Par courrier du 14 décembre 2023, dans le délai imparti, C.________ a déclaré s’en
remettre à justice.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             

1.1             
 Les parties peuvent attaquer une ordonnance de
classement rendue par le Ministère public en application des art. 319 ss CPP (Code de procédure
pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0) dans les dix jours devant l’autorité de recours
(art. 322 al. 2 et 396 al. 1 CPP ; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP) qui est, dans le canton de Vaud, la
Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [loi vaudoise d’introduction
du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009 ; BLV 312.01] ; art. 80 LOJV [loi vaudoise
d’organisation judiciaire du 
12 décembre
1979  ; BLV 173.01]).

 

1.2             
Interjeté en temps utile devant l’autorité
compétente par la partie plaignante qui a qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP), et satisfaisant
aux conditions de forme prescrites (art. 385 al. 1 CPP), le recours est recevable.

 

2.             
Invoquant une violation du principe in
dubio pro duriore, le recourant reproche au Ministère
public d’avoir manqué de prudence au moment d’apprécier les déclarations des
trois témoins directs des faits, qui, au moment de leurs auditions, étaient toujours employés
du « [...] », sous les ordres de C.________, gérante de l’établissement.
En raison de ce rapport de subordination, leurs déclarations seraient sujettes à caution. Le
recourant fait observer que cette problématique se manifesterait aussi au travers d’un courrier
adressé le 23 février 2023 à son conseil par l’avocate de C.________, également
mandatée pour défendre les intérêts d’[...] et de [...], tous deux supérieurs
hiérarchiques de cette dernière (cf. P. 24/2). Selon lui, cela confirmerait que toute la chaîne
de l’établissement a prêté main forte à l’intimée, ce qui aurait
dû amener le Ministère public à apprécier avec une très grande prudence les
déclarations figurant au dossier. Le recourant relève ensuite que deux témoins directs,
soit M.________ et W.________, paraissent avoir été contactés par C.________ avant d’être
entendus par la police. A cet égard, il expose que, le 17 août 2022, l’intimée aurait
remis aux enquêteurs des déclarations écrites émanant de ces deux employés (cf.
P. 9/1, p. 11) ; celles-ci, non signées, ne figureraient pas au dossier. En revanche, des déclarations
écrites, cette fois-ci signées, ont été produites, mais antérieurement aux auditions
des intéressés effectuées le 23 février 2023 (cf. P. 9/2 et 9/3). Le recourant relève
qu’on ne connait pas les circonstances dans lesquelles ces déclarations ont été
établies, mais qu’on sait qu’elles l’ont été sur demande de l’intimée.
Leur force probante serait fortement réduite, dans la mesure où cette dernière pourrait
avoir incité ses employés à témoigner dans son sens. Le recourant observe encore
que les témoignages litigieux seraient plus nuancés que les déclarations écrites.
Il reproche par ailleurs au Ministère public de ne pas avoir tenu compte des hématomes importants
sur son torse et son bras visibles sur les photographies remises à la police, lesquels corroboreraient
sa version des faits, à savoir une bagarre générale durant laquelle il aurait reçu
plusieurs coups de poing et de pied, aurait été griffé et également injurié.
Selon lui, ces faits seraient du reste plutôt constitutifs de lésions corporelles simples que
de voies de fait. Il indique également qu’B.________, qui l’accompagnait, a confirmé
sa version des faits, précisant que l’intimée avait donné le « premier
coup », ce qui allait dans le même
sens qu’un message WhatsApp que ce dernier avait spontanément rédigé le lendemain
de l’incident alors que les parties ignoraient qu’une procédure était déjà
pendante. Enfin, le recourant se prévaut de contradictions dans les déclarations des employés
de l’établissement.

 

2.1             
Selon l'art. 319 al. 1 CPP, le Ministère
public ordonne le classement de tout ou partie de la procédure lorsqu'aucun soupçon justifiant
une mise en accusation n'est établi (let. a), lorsque les éléments constitutifs d'une
infraction ne sont pas réunis (let. b), lorsque des faits justificatifs empêchent de retenir
une infraction contre le prévenu (let. c), lorsqu'il est établi que certaines conditions à
l'ouverture de l'action pénale ne peuvent pas être remplies ou que des empêchements de
procéder sont apparus (let. d) ou lorsqu'on peut renoncer à toute poursuite ou à toute
sanction en vertu de dispositions légales (let. e). 

 

             
De manière générale, les motifs de classement sont ceux « qui
déboucheraient à coup sûr ou du moins très probablement sur un acquittement ou une
décision similaire de l'autorité de jugement
» (Message du Conseil fédéral relatif à l'unification du droit de la procédure
pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 
pp.
1057 ss, spéc. 1255). La décision de classer la procédure doit être prise en application
du principe « in dubio
pro duriore », qui signifie qu’en règle
générale, un classement ou une non-entrée en matière ne peut être prononcé
par le ministère public que lorsqu’il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables
ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. La procédure doit se
poursuivre lorsqu’une condamnation apparaît plus vraisemblable qu’un acquittement ou
lorsque les probabilités d’acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes,
en particulier en présence d’une infraction grave. En effet, en cas de doute s’agissant
de la situation factuelle ou juridique, ce n’est pas à l’autorité d’instruction
ou d’accusation mais au juge matériellement compétent qu’il appartient de se prononcer
(ATF 146 IV 68 consid. 2.1, JdT 2020 IV 256 ; ATF 143 IV 241 consid. 2.2.1, JdT 2017 IV 357 ; ATF 138
IV 86 consid. 4.1.1 et les réf. citées ; TF 6B_957/2021 du 24 mars 2022 consid. 2.1). En revanche,
le ministère public doit classer la procédure s’il apparaît, sur la base de faits
assez clairs pour qu’il n’y ait pas lieu de s’attendre à une appréciation
différente de l’autorité de jugement (ATF 143 IV 241 consid. 2.3.2), qu’un renvoi
aboutirait selon toute vraisemblance à un acquittement. 

 

2.2             
Aux termes de l'art. 10 al. 1 CPP, toute personne
est présumée innocente tant qu'elle n'est pas condamnée par un jugement entré en
force. Selon l'art. 6 par. 2 CEDH (Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales du 4 novembre 1950 ; RS 0.101), toute personne accusée d'une infraction est présumée
innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. 

 

             
La présomption d’innocence impose des conditions concernant notamment la formulation par le
juge du fond ou toute autre autorité publique de déclarations prématurées quant à
la culpabilité du prévenu. Ainsi, la présomption d’innocence se trouve méconnue
si, sans établissement légal préalable de la culpabilité d’un prévenu
et, notamment, sans que ce dernier ait eu l’occasion d’exercer les droits de la défense,
une décision judiciaire le concernant reflète le sentiment qu’il est coupable. Pour cela,
il suffit d’une motivation donnant à penser que le juge ou l’agent d’Etat considère
l’intéressé comme coupable. La garantie de l’art. 6 par. 2 CEDH s’étend
aussi aux procédures judiciaires qui précèdent le renvoi de l’inculpé en jugement
(ATF 147 I 386 consid. 1.2 et les références citées).

 

             
Lorsque des instructions pénales sont ouvertes contre des protagonistes dont les comportements sont
intimement liés, le Ministère public doit tous les renvoyer en jugement afin que le juge matériellement
compétent se prononce sur les conditions de réalisation des infractions. S’agissant du
cas dans lequel deux personnes portent plainte l’une contre l’autre pour la même infraction,
le ministère public viole la présomption d’innocence de la première personne s’il
renvoie celle-ci en jugement mais décide de classer la procédure dirigée contre la deuxième
personne au motif qu’elle a agi en état de légitime défense (ATF 147 I 386 consid.
1.5 ; Luisoni, Le classement violant la présomption d’innocence de la partie plaignante,
in : www.lawinside.ch/1076/). 

 

2.3             

2.3.1             
L'art. 123 CP (Code pénal suisse du 21 décembre
1937 ; RS 311.0) réprime les lésions du corps humain ou de la santé qui ne peuvent être
qualifiées de graves au sens de l'art. 122 CP. Cette disposition protège l'intégrité
corporelle et la santé tant physique que psychique. Elle implique une atteinte importante aux biens
juridiques ainsi protégés. A titre d'exemples, la jurisprudence cite l'administration d'injections,
la tonsure totale et tout acte qui provoque un état maladif, l'aggrave ou en retarde la guérison,
comme les blessures, les meurtrissures, les écorchures ou les griffures, sauf si ces lésions
n'ont pas d'autres conséquences qu'un trouble passager et sans importance du sentiment de bien-être
(ATF 134 IV 189 consid. 1.1 ; TF 6B_782/2020 du 7 janvier 2021 consid. 3.1 ; TF 6B_385/2020 du 12 août
2020 consid. 2.1). 

 

             
Les voies de fait, réprimées par l'art. 126 CP, se définissent comme des atteintes physiques
qui excèdent ce qui est socialement toléré et qui ne causent ni lésions corporelles,
ni dommage à la santé. Une telle atteinte peut exister même si elle n'a causé aucune
douleur physique (ATF 134 IV 189 consid. 1.2). L'atteinte au sens de l'art. 126 CP présuppose une
certaine intensité (TF 6B_1191/2019 du 
4
décembre 2019 consid. 3.1). Peuvent être qualifiées de voies de fait, une gifle, un coup
de poing ou de pied, de fortes bourrades avec les mains ou les coudes (TF 6B_1064/2019 du 16 janvier
2020 consid. 2.2; TF 6B_386/2019 du 25 septembre 2019 consid. 2.1). 

 

             
La distinction entre lésions corporelles et voies de fait peut s'avérer délicate, notamment
lorsque l'atteinte s'est limitée à des meurtrissures, des écorchures, des griffures ou
des contusions. Ainsi, une éraflure au nez avec contusion a été considérée comme
une voie de fait, tout comme une meurtrissure au bras et une douleur à la mâchoire sans contusion.
En revanche, un coup de poing au visage donné avec une violence brutale propre à provoquer
d'importantes meurtrissures, voire une fracture de la mâchoire, des dents ou de l'os nasal, a été
qualifié de lésion corporelle (ATF 134 IV 189 consid. 1.3 et l'arrêt cité ; TF 6B_782/2020
précité consid. 3.1). 

 

             
Dans les cas limites, il faut tenir compte de l'importance de la douleur provoquée (ATF 134 IV 189
consid. 1.3). Comme les notions de voies de fait et d'atteinte à l'intégrité corporelle,
qui sont déterminantes pour l'application des art. 123 et 126 CP, sont des notions juridiques indéterminées,
la jurisprudence reconnaît, dans les cas limites, une certaine marge d'appréciation au juge
du fait car l'établissement des faits et l'interprétation de la notion juridique indéterminée
sont étroitement liés (ATF 134 IV 189 consid. 1.3 ; TF 6B_782/2020 précité consid.
3.1 ; TF 6B_385/2020 du 12 août 2020 consid. 2.1).

 

2.3.2             
Se rend coupable d’injure celui qui aura,
par la parole, l’écriture, l’image, le geste ou par des voies de fait, attaqué
autrui dans son honneur (art. 177 al. 1 CP). L'honneur que protège l'art. 177 CP est le sentiment
et la réputation d'être une personne honnête et respectable, c'est-à-dire le droit
de ne pas être méprisé en tant qu'être humain (ATF 132 IV 112 consid. 2.1 ; TF 6B_512/2017
du 12 février 2018 consid. 3.1). L'injure peut consister dans la formulation d'un jugement de valeur
offensant, mettant en doute l'honnêteté, la loyauté ou la moralité d'une personne
de manière à la rendre méprisable en tant qu'être humain ou entité juridique
ou celui d'une injure formelle, lorsque l'auteur a, en une forme répréhensible, témoigné
de son mépris à l'égard de la personne visée et l'a attaquée dans le sentiment
qu'elle a de sa propre dignité. La marque de mépris doit revêtir une certaine gravité,
excédant ce qui est acceptable (TF 6B_557/2013 du 12 septembre 2013, consid. 1.1 et les références
citées, publié in SJ 2014 I 293). Pour apprécier si une déclaration est attentatoire
à l'honneur, il faut procéder à une interprétation objective selon le sens que le
destinataire non prévenu devait, dans les circonstances d'espèce, lui attribuer (ATF 137 IV
313 consid. 2.1.3). Les mêmes termes n'ont donc pas nécessairement la même portée
suivant le contexte dans lequel ils sont employés (ATF 118 IV 248 consid. 2b).

 

2.4             
En l’espèce, le recourant affirme que
C.________ lui aurait saisi le bras et lui aurait, à tout le moins, donné un coup dans le dos
ainsi que plusieurs coups de pied. A la suite de la bagarre, qui a impliqué d’autres employés
du « [...] », il aurait souffert de griffures, d’un hématome au flanc
droit et à la hanche, d’un hématome au bras et d’une coupure à la lèvre
(cf. P. 9/1, R. 5, p. 6). Il a produit une photographie des hématomes (P. 9/4). Enfin, la prévenue
aurait utilisé à son encontre les termes « connard »,
« petit con »
et « enculé ».
Ces faits, s’ils étaient avérés, pourraient être constitutifs de lésions
corporelles simples – à tout le moins de voies de fait – et d’injure. On relèvera
ensuite qu’B.________, un ami du recourant, a indiqué que les parties s’étaient
insultées et qu’à un moment donné, la prévenue avait essayé, à plusieurs
reprises, de donner un coup de pied à N.________. Elle y était finalement parvenue, lui assénant
un coup de pied plat qui l’avait atteint dans le haut du corps (PV d’audition n° 2,
R. 4). Ce témoin a également déclaré que la prévenue avait donné le premier
coup (ibidem,
R. 7). Hormis le fait qu’il émane d’une connaissance du recourant, on ne distingue aucun
élément qui permettrait en l’état de douter de la crédibilité de ce témoignage
qui, en partie du moins, corrobore la version de ce dernier. Ce témoignage n’est en tout cas
pas moins crédible que ceux des employés du « [...] ». Du reste, le Ministère
public n’expose pas le motif pour lequel il conviendrait de l’écarter. Compte tenu de
ce qui précède, il n’apparaît pas clairement que les faits reprochés à
C.________ ne sont pas punissables. Il existe à tout le moins une probabilité équivalente
d’acquittement et de condamnation, si bien que le Ministère public ne pouvait ordonner le
classement de la procédure en faveur de la prévenue sans violer le principe in
dubio pro duriore. 

 

             
Au demeurant, conformément à la jurisprudence (cf. supra

consid. 2.1.2), la Chambre de céans
ne peut de toute manière pas se prononcer sur le fond car elle violerait le principe de la présomption
d’innocence, dès lors que C.________ a également déposé plainte contre le recourant
pour le même complexe de faits et que celui-ci a formé opposition à l’ordonnance
pénale rendue à son encontre. Il convient en outre d’éviter des jugements contradictoires.
Il s’avère donc qu’en toute hypothèse, l’ordonnance attaquée préjuge
de la culpabilité du recourant, lequel n'a pas eu l'occasion de faire valoir définitivement
ses moyens de défense en qualité de partie prévenue dans le cadre de la procédure
dirigée contre lui. Dans pareille configuration, impliquant des protagonistes dont les comportements
sont intimement liés, il appartenait au Ministère public soit de renvoyer les deux intéressés
en jugement afin que le juge matériellement compétent se prononce sur les conditions de réalisation
des infractions envisagées sur la base des mêmes faits, soit de suspendre le traitement de
la plainte du recourant jusqu’à droit connu sur la plainte de l’intimée.

 

3.             
En définitive, le recours doit être
admis, l’ordonnance de classement annulée et le dossier de la cause renvoyé au Ministère
public pour qu’il procède dans le sens des considérants.

 

             
Obtenant gain de cause, le recourant, qui a procédé avec l’assistance d’un avocat
de choix, a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par la procédure
de recours (art. 433 al. 1 let. a CPP, applicable par renvoi de l’art. 436 
al.
1 CPP). Me Albert Habib a produit une liste d’opérations faisant état d’un temps
total consacré à la procédure de recours de 3,80 heures, ce qui peut être admis,
si ce n’est qu’il sera retranché 0,10 heure pour la lettre du 20 décembre 2023,
laquelle correspond à du travail de secrétariat.  L’indemnité de défenseur
d’office sera donc fixée à 1’110 fr. sur la base d’une activité nécessaire
d’avocat de 3,70 (3h42), au tarif horaire de 300 fr., montant auquel il convient d’ajouter
des débours forfaitaires à concurrence de 2 %, par 22 fr. 20, plus la TVA, par 87 fr. 20, soit
à 1’220 fr. au total en chiffres arrondis, à la charge de l’Etat.

 

             
Les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce de l'émolument d'arrêt,
par 1’210 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités en matière
pénale du 28 septembre 2010 ; BLV 312.03.1]), seront laissés à la charge de l’Etat
(art. 423 al. 1 CPP).

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours pénale

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

             
II.             
L’ordonnance du 23 mai 2023 est annulée.

             
III.             
Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne pour qu’il procède dans le sens des considérants.

             
IV.             
Une indemnité de 1’220 fr. (mille deux cent vingt francs) est allouée à N.________
pour la procédure de recours, à la charge de l’Etat.

             
V.              Les
frais d’arrêt, par 1’210 fr. (mille deux cent dix francs), sont laissés à
la charge de l’Etat. 

             
VI.             
L’arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               Le greffier
:

 

 

 

 

             
Du 

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :

-             
Me Albert Habib, avocat (pour N.________),

-             
Me Odile Pelet, avocate (pour C.________),

-             
Ministère public central,

 

             
et communiqué à :

‑             
Mme la Procureure de l’arrondissement de Lausanne,

 

             
par l’envoi de photocopies.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).

 

             

             
Le greffier :