# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** ce488a65-a195-5c08-ab60-4f3bb7342a5e
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-02-06
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 06.02.1997 RE.1996.0062
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_RE-1996-0062_1997-02-06.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt incident

du 6 février 1997

sur le recours
incident interjeté par Boper SA, à Genève, représentée par l'avocat
Nicolas Saviaux, à Lausanne,

contre

la décision rendue
le 5 décembre 1996 par le juge instructeur de la cause AC 96/195 (AZ) refusant
d'octroyer l'effet suspensif au recours.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Vincent
Pelet, président; M. Jean-Claude De Haller et 

M. Pierre Journot, juges. Greffière: Mlle Kathrin Gruber, sbt.

Vu les faits suivants:

A.                     Boper SA est propriétaire au lieu-dit "La
Tuilière" de la parcelle no 352 du cadastre de Goumoens-la-Ville sur
laquelle se trouve un ancien bâtiment autrefois utilisé comme
tuilerie-briqueterie.

                        Ce bien-fonds situé dans la zone agricole du
plan général d'affectation approuvé par le Conseil d'Etat le 9 juillet 1993, a
été exploité sans autorisation dès la fin des années 70 comme dépôt de
véhicules hors d'usage. Cette activité, sanctionnée le 5 avril 1990 par le
préfet du district d'Echallens pour infraction à la LATC et à l'arrêté
concernant l'élimination des véhicules hors d'usage, a pris fin avec le départ
du précédent locataire, M. Roland Hofmann. Entre-temps, à plusieurs reprises
déjà, la municipalité avait sommé Boper SA d'évacuer tout matériel se trouvant
sur son terrain.

B                      En date du 28 septembre 1990, Boper SA a loué la
parcelle et le bâtiment à Philippe Bourgoz, à l'usage de dépôt. Le point 2 des
dispositions particulières du contrat de bail a la teneur suivante:

"Le locataire prend l'entière
responsabilité des démarches pour l'obtention des autorisations nécessaires en
rapport avec les transformations à l'usage de sa profession dans les lieux
loués."

                        En mai 1991, Boper SA a exposé à la municipalité
que son locataire souhaitait installer dans le bâtiment ses bureaux et ses
dépôts, ainsi que le siège de son entreprise (couverture, ferblanterie,
charpente, démolition). Un demande a été déposée par l'architecte L. Mirabaud
auprès de la municipalité et du Département des travaux publics, de
l'agriculture et des transports (DTPAT). 

                        Le 26 janvier 1992, une inspection locale a eu
lieu en présence de la municipalité, de l'architecte, du locataire et d'un chef
de service du DTPAT. Cette séance a révélé que d'importants travaux avaient été
exécutés sans autorisation préalable et en violation d'un ordre signifié le 13
septembre 1991 par la municipalité à l'administrateur de Boper SA de faire
cesser immédiatement tous travaux. Il a été constaté en outre que les locaux
étaient utilisés à d'autres fins que l'entreposage (atelier de réparation de
voitures, carrosserie, serrurerie, etc.)

                        Par lettre du 3 mars 1992, la municipalité a
confirmé à Boper SA notamment:

"- la création d'un appartement de service
ou de gardiennage n'est pas autorisée,

- les locaux ne peuvent être exploités pour une activité industrielle ou
artisanale,

- dans le même délai, vous devez nous communiquer le nom, l'adresse et
l'activité de vos sous-locataires."

                        En 1993, la municipalité a entrepris des
démarches pour classer le lieu-dit "La Tuilière" en zone hameau afin
de légaliser l'affectation de la parcelle et les transformations faites. Le
projet a été abandonné suite à deux oppositions émanant de propriétaires du
quartier.

C.                    Par lettre du 25 janvier 1996, la municipalité a
informé Boper SA qu'elle procéderait à une visite de son bâtiment situé au
lieu-dit "la Tuilière" en application de l'art. 93 LATC. A la suite
de cette visite des lieux, effectuée le 30 janvier 1996, le DPTAT a relevé dans
une lettre du 5 février 1996 à la municipalité: "Les locaux dans
lesquels sont exercées des activités sont dépourvus d'équipements adéquats;
même le réseau de distribution électrique paraît présenter des déficiences
majeures".

                        En date du 2 avril 1996, la municipalité a rendu
une décision qui reprend en fait les griefs déjà relevés par le DTPAT.
S'agissant des équipements, la municipalité a noté des problèmes d'hygiène et
souligné en outre:

"Mais il y a plus grave. Ce bâtiment n'est
pas raccordé au réseau des collecteurs communaux et les eaux usées qui s'en
échappent ne sont pas traitées. (...) Qui plus est, certaines des activités qui
s'exercent dans vos locaux sont susceptibles, par les matériaux et substances
utilisées, de polluer gravement la nappe phréatique.

              Toujours sous l'angle des
équipements, nous avons constaté que le réseau de distribution électrique
présente des déficiences majeures et créent un danger grave pour les occupants
ou les visiteurs des lieux.

              S'agissant des risques de
pollution et des risques d'accident, nous vous sommons par la présente de
prendre toutes les dispositions nécessaires pour éviter de tels
incidents..."

                        Au terme de son constat, la municipalité a rendu
la décision suivante, qui n'a pas fait l'objet d'un recours:

"a) Ordre vous est donné de cesser immédiatement tous travaux
d'aménagement et de transformations dans le bâtiment et ses alentours.

b)  Ordre vous est donné de prendre immédiatement toutes dispositions
utiles et nécessaires pour éviter une pollution de la nappe phréatique ou des
accidents dus au mauvais état des installations électriques ou de toutes autres
installations pouvant porter préjudice aux personnes ou à l'environnement.

c)  Afin de nous permettre de nous déterminer en toute connaissance de
cause, nous vous demandons de nous produire dans un délai échéant le 8 mai
1996 un plan détaillé de chaque étage du bâtiment et indiquant la situation
actuelle exacte (destination des divers locaux; équipements; locataires et
sous-locataires; genre d'activités exercées; etc.); un tel plan sera également
fourni pour les aménagements extérieurs et l'usage du terrain autour du
bâtiment. Il en ira de même concernant l'évacuation des eaux claires et des
eaux usées du bâtiment et de la parcelle (existence d'une fosse septique, d'un
puits perdu, de canalisations non connue de la municipalité).

d)  Les ordres ci-dessus sont signifiés, conformément à l'art. 130 al.
3 LATC, sous la menace des peines d'arrêts ou d'amende prévues à l'art. 292 du
Code pénal suisse dont la teneur est la suivante: Celui qui ne se sera pas
conformé à une décision à lui signifiée, sous la menace de la peine prévue au
présent article, par une autorité ou un fonctionnaire compétent, sera puni des
arrêts ou de l'amende.

e)  Nous réservons notre position s'agissant de la dénonciation du présent
cas à la préfecture et la possibilité que nous avons d'exiger la suppression ou
la modification des travaux non conformes aux prescriptions légales et
réglementaires et, en cas d'inexécution, de faire exécuter les travaux à vos
frais et au besoin en faisant inscrire une hypothèque légale (art. 130 al. 1 et
2 art. 132 LATC)."

D.                    Par lettre du 15 mai 1996, la municipalité n'ayant
pas reçu les documents sollicités, a octroyé à Boper SA un ultime délai au 30
mai 1996 pour se conformer à la décision du 2 avril 1996, faute de quoi il
serait ordonné la cessation de toute activité sur la parcelle et la fermeture
des locaux de la société avec effet immédiat; en outre, le cas serait dénoncé
au préfet.

                        Par lettre du 25 juin 1996, la municipalité a
informé Boper SA que les documents produits étaient insuffisants. La lettre
contenait également une convocation à une séance en date du 23 juillet 1996
pour permettre à Boper SA de s'expliquer avant que la municipalité ne prenne
les mesures qui s'imposent.

E.                     Par décision du 20 août 1996, la municipalité a
ordonné à Boper SA de cesser et faire cesser toute activité sur sa parcelle et
de rendre inaccessible les locaux d'ici au 5 septembre 1996 conformément à
l'article 130 al. 3 LATC. Dans ses considérants, la décision relève en
particulier:

              "...2. Malgré nos demandes
précises et impératives, vous n'avez pas pris des dispositions qui s'imposaient
pour clarifier la question de l'évacuation des eaux usées et des eaux claires
du bâtiment. Vous vous êtes contentés de faire vidanger "un
séparateur" par l'entreprise Liaudet assainissement SA. Nous ne savons dès
lors pas comment sont évacuées les eaux claires et les eaux usées de ce
bâtiment et compte tenu des risques importants de pollution, nous ne pouvons
admettre la pérénité d'une telle situation.

              3. S'agissant des installations
électriques, nous avons attiré expressément votre attention sur les dangers que
les "bricolages" constatés pouvaient créer tant pour les utilisateurs
que pour le bâtiment lui-même. Malgré nos demandes précises et impératives,
vous vous êtes bornés à faire intervenir un électricien pour mettre en ordre
les aménagements les plus dangereux. Cependant aucun inventaire des travaux
destinés à rendre les installations  conformes n'a été établi et nous ne savons
pas à ce jour ce qui a été effectivement exécuté...".

                        Par acte du 6 septembre 1996, Boper SA a recouru
contre cette décision au Tribunal administratif. La recourante a conclu à
l'annulation de la décision attaquée et à l'octroi de l'effet suspensif au recours.

                        L'effet suspensif a été provisoirement accordé
au recours dans l'attente des déterminations de la municipalité et du DTPAT qui
ont conclu au rejet du recours et à la levée de l'effet suspensif vu la
situation dangereuse pour l'environnement et la vie humaine créée par les
installations non conformes de la recourante.

                        Au vu de ces déterminations, le 5 décembre 1996,
le juge instructeur a levé l'effet suspensif provisoirement accordé: l'intérêt
public à la sécurité des installations devait l'emporter sur l'intérêt privé de
la recourante et de ses locataires à pouvoir poursuivre une exploitation non
conforme aux dispositions légales en vigueur.

F.                     Par acte du 16 décembre 1996, Boper SA a déposé
un recours incident auprès de la section des recours du Tribunal administratif
en concluant à ce que l'effet suspensif soit accordé au recours. 

                        La municipalité et le DTPAT ont conclu au rejet
du recours incident.

G.                    La section des recours a délibéré par voie de
circulation.

Considérant en droit:

1.                     L'effet suspensif a pour but de maintenir en
l'état une situation donnée de manière notamment à ne pas vider le recours
principal de son objet par une exécution prématurée privant pratiquement le
recourant de la possibilité de faire trancher le problème de fond par l'autorité
de recours. Cet effet devrait être accordé en principe dans une procédure de
recours ordinaire (Gygi, L'effet suspensif et les mesures provisionnelles en
procédure administrative, RDAF 1976 p. 217 ss plus spéc. 222). On ne le
refusera que lorsqu'il y a péril en la demeure ou que l'intérêt public exige
impérativement une exécution immédiate et que les intérêts des parties ne se
trouvent pas irrémédiablement compromis (Fleiner, Grundzüge des allgemeinen und
schweizerischen Verwaltungsrechts, p.243; Tribunal administratif, arrêt RE
91/006 du 20 septembre 1991; RE 92/018 du 4 juin 1992, consid. 3; RE 96/003 du
9 février 1996) ou encore lorsque le recours est manifestement voué à
l'insuccès, avec toute la prudence dont il faut faire preuve dans ce dernier
cas (RE 91/006 du 20 septembre 1991; RE 92/034 du 6 octobre 1992, consid. 2, RE
96/003 du 9 février 1996). C'est dans le cadre d'une pesée générale des
intérêts en présence qu'il convient de déterminer si l'effet suspensif peut
être accordé, retiré, ou restitué à un recours (Tribunal administratif, arrêt
RE 92/019 du 9 juin 1992, consid. 1; v. aussi l'arrêt RE 93/043 du 24 août 1993
publié à la RDAF 1994, p. 321; RE 96/003 du 9 février 1996).

2.                     a) En l'espèce, il ressort du dossier que les
locaux de la recourante ne présentent pas les garanties de sécurité
nécessaires, notamment en raison d'installations électriques non conformes. Les
travaux urgents déjà effectués ne suffisent pas à exclure tout risque, surtout
d'incendie, compte tenu des activités exercées dans le bâtiment litigieux. En
outre, ces activités, entreprises sans autorisation, comportent un risque
notable de pollution des eaux. 

                        De tels risques, dénoncés à plusieurs reprises
par le DTPAT et la municipalité, se révèlent incontestablement sérieux et
graves à la lecture du dossier. A tout le moins dès la visite des lieux
effectuée en janvier 1996, ces dangers ont amené ces mêmes autorités à réclamer
avec la plus grande insistance des mesures urgentes. Or, toutes les mesures
indispensables n'ont apparemment pas été prises, si bien qu'en l'état on doit
constater que les risques subsistent et qu'ils demeurent graves.

                        b) La recourante n'entreprend pas de contester
les risques que font encourir les équipements du bâtiment et les activités qui
y sont déployées. Elle fait valoir que la municipalité a toléré cette situation
depuis de nombreuses années: au regard de cette passivité, il n'y aurait aucune
urgence à faire cesser dans l'immédiat toute activité sur la parcelle. La
recourante se prévaut ici des principes de la bonne foi et de la confiance, qui
s'appliquent lorsque l'administration - par actes même concluants ou par un
comportement passif - crée une apparence de droit dont l'administré peut se
prévaloir. 

                        Sur ce point, il ressort du dossier que la
municipalité a fait preuve d'une indéniable patience à l'égard de la
recourante. Par décision du 2 avril 1996, l'autorité a dûment averti la
recourante que faute de prendre immédiatement toutes dispositions nécessaires
pour éviter une pollution de la nappe phréatique ou des accidents dus aux
mauvais état des installations électriques, elle se verrait contrainte
d'interdire l'usage des installations dangereuses. Cette décision a été suivie
d'un nouvel échange de correspondance et d'une séance en présence des parties
intéressées. Ce n'est que cinq mois plus tard que la municipalité a rendu la
décision litigieuse au fond. La recourante avait donc suffisamment de temps
pour remédier aux dangers précités et éviter ainsi à la municipalité de prendre
des mesures urgentes lourdes de conséquences. L'argumentation qui s'appuie sur
les principes de la bonne foi et de la confiance est par conséquent mal fondée.

                        c) La recourante soutient en outre que la
décision incidente préjugerait du fond du litige et occasionnerait, s'il était
maintenu, un dommage irréparable tant à elle-même qu'à sa locataire.

                        Le préjudice invoqué ici est de nature
pécuniaire. Bien qu'il ne soit pas chiffré, il n'en demeure pas moins
vraisemblablement important. Il convient cependant de mettre en balance un
préjudice financier et un risque grave d'incendie et de pollution. Dans cette
comparaison des intérêts en présence, la protection des biens de police doit
l'emporter. Deux éléments parlent en faveur de cette solution. En premier lieu,
les mises en garde dès 1990 et surtout dès 1992 ont nécessairement amené la
recourante à prendre conscience du risque que ses activités et celles de ses
locataires faisaient encourir. En second lieu, il faut le rappeler, la
recourante conserve la faculté de prendre les dispositions requises par la
municipalité pour écarter la menace d'incendie et de pollution, puis de
requérir au besoin de nouvelles mesures provisionnelles.

                        d) Compte tenu de ce qui précède, l'intérêt
public à la cessation immédiate de l'usage d'installations dangereuses pour
l'homme et l'environnement prime l'intérêt privé de la recourante à la
continuation de l'exploitation de sa parcelle. La décision de levée de l'effet
suspensif doit par conséquent être confirmée, ce qui entraîne le rejet du recours.

3.                     Vu l'issue du recours, un émolument de 500 fr.
est mis à la charge de la recourante. Celle-ci versera en outre à la
municipalité de Goumoens-la-Ville, qui est assistée, des dépens, qu'il convient
d'arrêter à 500 fr.

Par ces motifs

la section des recours du Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours
incident est rejeté.

II.                     La décision du
juge instructeur du 5 décembre 1996 est confirmée.

III.                     Un
émolument de 500 francs (cinq cents francs) est mis à la charge de la
recourante, somme compensée par l'avance de frais effectuée.

IV.                    La
recourante versera à la Municipalité de Goumoens-la-Ville des dépens fixés à
500 fr. (cinq cents francs).

mp/Lausanne, le 6
février 1997

Le président:                                                                                             La
greffière:

 

 

 

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint