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**Case Identifier:** 43966122-2473-50c5-beb2-0aca7daea539
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2019 / 735
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2019---735_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JL19.018332-19199

228 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
8 août 2019

__________________

Composition
:               M.             
Sauterel,
président

             
              M.             
Pellet et Mme Crittin Dayen, juges

Greffier :             
              M.             
Grob

 

 

*****

 

 

Art.
257d CO ; 257 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par 
P.________,
à [...], intimée, contre l’ordonnance rendue le 11 juillet 2019 par la Juge de paix du
district de l’Ouest lausannois dans la cause divisant la recourante d’avec LA
Caisse
de pensions de H.________, à [...], requérante,
la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par ordonnance du 11 juillet 2019, adressée aux parties pour notification le même jour, la
Juge de paix du district de l’Ouest lausannois (ci-après : la juge de paix) a ordonné
à P.________ de quitter et rendre libres pour le vendredi 9 août 2019, à midi, les locaux
occupés dans l’immeuble sis [...] (I), a arrêté les frais judiciaires à 360
fr., qui étaient compensés avec l’avance de frais de la Caisse de pensions de H.________
(II), a mis les frais à la charge de P.________ (III), a dit qu’en conséquence, P.________
rembourserait à la Caisse de pensions de H.________ son avance de frais à concurrence de 360
fr., sans allocation de dépens pour le surplus (IV) et a rejeté toutes autres ou plus amples
conclusions (V).

 

             
En droit, le premier juge, statuant sur la requête en cas clair déposée par la Caisse
de pensions de H.________ tendant à faire prononcer l’expulsion de P.________, a considéré
en substance que la résiliation pour défaut de paiement du loyer signifiée à P.________
avec effet au 31 janvier 2019 était valable, de sorte que les conditions du cas clair étaient
réalisées et qu’il y avait lieu de faire droit à cette requête.

 

 

B.             
Par acte du 19 juillet 2019 adressé à
la juge de paix, P.________ a déclaré « faire appel » de l’ordonnance
précitée, en soutenant « être à jour dans [s]a situation » et
avoir régularisé sa « situation à l’Office de Poursuite » (sic).

 

             
Le 25 juillet 2019, la juge de paix a transmis cette écriture, puis le dossier de la cause, le 5
août 2019, à la Chambre de céans comme objet de sa compétence.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l’état de fait de l’ordonnance,
complété par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.             
Par contrat de bail à loyer du 10 octobre
2013, la Caisse de pensions de H.________, bailleresse, a remis à bail à P.________, locataire,
dès le 1er novembre
2013, un appartement de 1 pièce au rez-de-chaussée de l’immeuble sis [...], pour un loyer
mensuel net de 850 fr., auquel s’ajoutait un compte de chauffage, eau chaude et frais accessoires
de 70 francs.

 

2.             
Par courrier recommandé du 12 octobre 2018,
la Caisse de pensions de H.________ a imparti à P.________ un délai de trente jours pour s’acquitter
des loyers des mois de septembre et octobre 2018, soit 1'840 fr. au total ([850 fr. + 70 fr.] x 2), en
l’avertissant qu’à défaut de paiement de ce délai, le bail serait résilié.

 

3.             
Par avis du 6 décembre 2018, faute de paiement
dans le délai précité, la Caisse de pensions de H.________ a résilié le bail
en cause avec effet au 31 janvier 2019.

 

4.             
P.________ n’a pas libéré les
locaux au 31 janvier 2019.

 

5.             
Bien que régulièrement citée à
comparaître, P.________ ne s’est pas présentée à l’audience d’expulsion
du 20 juin 2019.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.

1.1             
Aux termes de l'art 319 let. a CPC, le recours
est recevable contre les décisions finales, incidentes et provisionnelles de première instance
qui ne peuvent pas faire l'objet d'un appel. Dans les causes patrimoniales, la voie de l'appel est ouverte
si la valeur litigieuse au dernier état des conclusions est supérieure à 10'000 fr.
(art. 308 al. 2 CPC). En se référant au dernier état des conclusions, l'art. 308
al. 2 CPC vise les conclusions litigieuses devant l'instance précédente, non l'enjeu de l'appel
(Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure civile, in JdT 2010 III 115, spéc.
p. 126).

 

             
Lorsque le litige porte uniquement – comme c'est le cas en l'espèce – sur la question
de savoir si les conditions d'une expulsion selon la procédure en cas clair sont réalisées,
la valeur litigieuse correspond au retard causé par le recours à la procédure sommaire,
dont il y a lieu en principe de fixer la durée à six mois (ATF 144 III 346 consid. 1.2.1).

 

             
Le recours doit être interjeté dans les dix jours lorsque le litige est soumis à la procédure
sommaire (art. 321 al. 2 CPC). Le délai de recours est respecté lorsque le recours est acheminé
en temps utile auprès de l'autorité précédente. Celle-ci doit le transmettre sans
délai à l'autorité de deuxième instance (ATF 140 III 636 consid. 3.6 ;
dans ce sens déjà la jurisprudence vaudoise CREC 4 décembre 2013/410 et CACI 15 décembre
2015/675), sans qu'il y ait lieu de faire application de l'art. 63 CPC (CCUR 11 novembre 2014/269).

 

1.2             
En l’occurrence, la valeur litigieuse est
inférieure à 10'000 fr. au vu du montant du loyer mensuel brut, de sorte que la voie du recours
est ouverte.

 

             
Partant, bien qu’ayant déclaré « faire appel » nonobstant l’indication
correcte des voies de droit au pied de l’ordonnance entreprise, on admettra la recevabilité
de l’acte de la recourante, déposé en temps utile auprès de l’autorité
précédente, étant relevé que l’intéressée n’est pas assistée
d’un mandataire professionnel.

 

 

2.             
Le recours est recevable pour violation du droit
(art. 320 let. a CPC) et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 let. b CPC). L'autorité
de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant de la violation du droit (Spühler, Basler
Kommentar ZPO, 2e
éd., Bâle 2013, n. 26 ad art. 319 CPC). Elle revoit librement les questions de droit soulevées
par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de l'autorité précédente
ou du recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2e
éd., Berne 2010, p. 452, n. 2508). Comme pour l'art. 97 al. 1 LTF, le grief de la constatation manifestement
inexacte des faits ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion se recoupant en définitive
avec l'appréciation arbitraire des preuves (Corboz et al., Commentaire de la LTF, 2e
éd., Berne 2014, n. 27 ad art. 97 LTF).

 

 

3.

3.1

3.1.1             
Aux termes de l'art. 257d CO, lorsque, après
la réception de la chose, le locataire a du retard pour s'acquitter d'un terme ou de frais accessoires
échus, le bailleur peut lui fixer par écrit un délai de paiement et lui signifier qu'à
défaut de paiement dans ce délai, il résiliera le bail. Ce délai sera de trente jours
au moins pour les baux d'habitation ou de locaux commerciaux (al. 1). Faute de paiement dans ce délai,
le bailleur peut résilier le contrat avec effet immédiat ; les baux d'habitation ou de
locaux commerciaux peuvent être résiliés moyennant un délai de congé minimum
de trente jours pour la fin du mois (al. 2). La jurisprudence a précisé que, lorsqu'il n'avait
pas réglé l'arriéré réclamé dans le délai comminatoire prévu
par l'art. 257d CO, le locataire était en demeure et devait subir les conséquences juridiques
de l'alinéa 2 de cette disposition, à savoir la résiliation du bail moyennant un délai
de congé de trente jours (ATF 127 III 548 consid. 4), cela même si l'arriéré avait
finalement été payé (TF du 27 février 1997, publié in CdB 1997 pp. 65 ss ;
CACI 7 juin 2011/105 consid. 3). A cet égard, des motifs humanitaires n'entrent pas en ligne
de compte dans l'examen des conditions de l'art. 257d CO, dès lors qu'ils ne sont pas pris en considération
par les règles de droit fédéral sur le bail à loyer (TF 4A_387/2011 du 19 août
2011 consid. 3.2 ; TF 4C.74/2006 du 12 mai 2006 consid. 3.2.1 ; TF du 27 février
1997 précité, consid. 2b ; Lachat, Le bail à loyer, 2e éd.,
Lausanne 2008, p. 820, note infrapaginale 117). Ils peuvent cependant être pris en compte au stade
de l'exécution forcée, en application du principe général de la proportionnalité.
Toutefois, dans tous les cas, l'ajournement de l'exécution forcée ne saurait être que
relativement bref et ne doit pas équivaloir en fait à une nouvelle prolongation de bail (ATF
117 la 336 consid. 2b). La jurisprudence cantonale vaudoise considérait sous l'empire de l'ancien
droit cantonal abrogé par l'entrée en vigueur du CPC que, sauf cas particulier, un délai
de libération des locaux de quinze à vingt jours était admissible (Guignard, Procédures
spéciales vaudoises, Lausanne 2008, n. 2 ad art. 17 aLPEBL [Loi du 18 mai 1955 sur la procédure
d'expulsion en matière de baux à loyer et à ferme ; abrogée au 1er
janvier 2011] et les références citées). Cette jurisprudence garde sa pertinence sous
l'empire du CPC (CACI 12 août 2011/194 ; CACI 27 juillet 2011/175).

 

3.1.2             
Selon l'art. 257 al. 1 CPC, le juge admet l'application
de la procédure sommaire lorsque l'état de fait n'est pas litigieux ou est susceptible d'être
immédiatement prouvé (let. a) et que la situation juridique est claire (let. b). Lorsque l'une
ou l'autre de ces deux conditions n'est pas remplie, le juge doit, en vertu de l'art. 257 al. 3
CPC, déclarer la requête irrecevable.

 

             
Le cas n'est pas clair, et la procédure sommaire ne peut donc pas aboutir, lorsqu'en fait ou en
droit, la partie défenderesse oppose à l'action des objections ou exceptions motivées
sur lesquelles le juge n'est pas en mesure de statuer incontinent. L'échec de la procédure
sommaire ne suppose pas que la partie défenderesse rende vraisemblable l'inexistence, l'inexigibilité
ou l'extinction de la prétention élevée contre elle ; il suffit que les moyens de cette
partie soient aptes à entraîner le rejet de l'action, qu'ils n'apparaissent pas d'emblée
inconsistants et qu'ils ne se prêtent pas à un examen en procédure sommaire (ATF 138 III
620 consid. 5 ; TF 4A_417/2015 du 15 octobre 2015 consid. 4). En outre, le cas n'est clair que si
les conclusions de la partie requérante peuvent être admises dans leur intégralité ;
même s'il n'existe que contre une partie d'entre elles seulement des moyens de défense qui
n'apparaissent pas d'emblée inconsistants et qui ne se prêtent pas à un examen sommaire,
la requête en protection d'un cas clair est toute entière irrecevable (cf. ATF 141 III 23 consid.
3.3).

 

3.2             
En l'espèce, la recourante ne prétend
pas que le cas ne serait pas clair. Elle se contente de soutenir, de manière appellatoire, être
à jour dans sa situation personnelle de vie et avoir régularisé sa situation à l'Office
des poursuites. Elle dit que son objectif est de garder ce cap et que d'éventuels futurs retards
de loyer ne sont plus à craindre.

 

             
Les arguments avancés par la recourante ne sont pas pertinents, dès lors qu'elle ne conteste
pas ne pas avoir payé les loyers échus dans le délai comminatoire imparti et que cette
seule circonstance justifie la résiliation. Il est par ailleurs observé que la Commission de
conciliation n'a pas été saisie, la recourante n'ayant pas contesté la validité du
congé, ce qui permet de faire l'économie de cette analyse à titre préjudiciel (CREC
3 mai 2019/244 consid. 3.2.4).

 

             
On ajoutera, à titre superfétatoire, qu'il n'y a pas lieu de tenir compte, à ce stade,
d'éventuels motifs humanitaires, au demeurant non allégués. En tout état de cause,
le délai de libération des locaux de quatre semaines fixé par le premier juge est conforme
à la jurisprudence citée ci-dessus.

 

 

4.

4.1             
En définitive, le recours, manifestement
infondé, doit être rejeté et l'ordonnance confirmée.

 

4.2             
Le présent arrêt sera rendu sans frais
judiciaire de deuxième instance (art. 11 TFJC [Tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre
2010 ; BLV 270.11.5]).

 

             
Il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens de deuxième instance dès lors que l'intimée
n'a pas été invitée à déposer une réponse (art. 322 al. 1 in
fine CPC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
L’ordonnance est confirmée.

 

             
III.             
L’arrêt, rendu sans frais, est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
P.________,

‑             
[...] (pour la Caisse de pensions de H.________).

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 15'000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de l’Ouest lausannois.

 

             
Le greffier :