# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 9c1c3f70-f327-5434-a57a-f705efd54bd2
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-01-19
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 19.01.1995 CCP.1994.6126 (INT.1995.130)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1994-6126_1995-01-19.html

## Full Text

A.      En
1989, M.Z. a ouvert un compte postal à son nom et

à celui
de son beau-frère, J.Z.. Le compte avait été ouvert

pour
gérer les affaires financières de ce dernier durant son placement

dans un
centre pour toxicomanes au Valais. Les deux titulaires ont reçu

chacun
une carte postomat à leur nom.

 

       
J.Z. est revenu dans le canton à la fin 1991; sa bel-

le-soeur
lui a alors remis tous les documents relatifs au compte postal, y

compris
sa propre carte postomat avec son numéro de code.

 

       
Alors que, après un dernier prélèvement de J.Z., il

restait
sur le compte un montant de 1.40 francs, trois prélèvements ont

été
effectués les 12 et 15 avril 1993, pour un total de 700 francs, au

moyen
de la carte de M.Z.; celle-ci, devant les affirmations

de son
beau-frère qu'il n'y était pour rien, a fait bloquer le compte et a

déposé
plainte contre inconnu. L'enquête ordonnée par le ministère public

n'a
donné aucun résultat.

 

B.      Le
23 février 1994, J.Z. a spontanément annoncé à la

police
qu'il était l'auteur des retraits d'argent susmentionnés. Il s'est

aussi
dénoncé pour divers autres vols et des infractions à la loi fédérale

sur les
stupéfiants.

 

C.      Par
jugement du 5 octobre 1994, le Tribunal de police du dis-

trict
de La Chaux-de-Fonds a condamné J.Z. à 25 jours d'empri-

sonnement
avec sursis pendant 3 ans et au paiement des frais de la cause

arrêtés
à 300 francs. Le tribunal a en particulier retenu que les prélè-

vements
effectués sur le compte postomat, ayant été opérés avec la carte

d'un
tiers alors que le compte n'était pas alimenté, étaient constitutifs

de vol
au sens de l'article 137 CP.

 

D.     
J.Z. recourt contre ce jugement, invoquant une "faus-

se
application de la loi ainsi qu'une violation de l'article 4 Cst.féd.,

pour
motivation insuffisante du jugement, voire absence totale de motiva-

tion".
Il soutient, en résumé, que les conditions d'application de l'ar-

ticle
137 CP ne sont pas réalisées en ce qui concerne les prélèvements

effectués
sur le compte postomat, alléguant en outre que personne n'a été

juridiquement
lésé par ses agissements et reprochant à la décision son

imprécision
à cet égard. Il conclut à la cassation du jugement et au ren-

voi de
l'affaire devant un tribunal de première instance, les frais étant

laissés
à la charge de l'Etat. Bien qu'il ne prenne aucune conclusion à ce

sujet,
il observe dans son mémoire de recours qu'il continue à être au

bénéfice
de l'assistance judiciaire accordée en première instance.

 

E.      Le
président du Tribunal de police du district de La Chaux-de-

Fonds
observe que le recourant ne plaide pas au bénéfice de l'assistance

judiciaire,
contrairement à ce qu'il soutient dans son pourvoi.

 

       
Le substitut du procureur général ne formule pas d'observations.

 

F.      Par
courrier du 11 novembre 1994, le recourant a renoncé à l'oc-

troi de
l'assistance judiciaire en procédure de cassation.

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
Le devoir du juge de motiver ses décisions découle à la fois

du
droit cantonal et du droit fédéral. Selon l'article 226 CPP, le juge

doit
notamment, en cas de condamnation, relater les faits constitutifs de

l'infraction,
les circonstances qui ont déterminé la mesure de la peine ou

l'application
de toute autre sanction et les dispositions légales dont il

a été
fait application. Au niveau fédéral, l'exigence de motivation se

déduit
de l'article 4 Cst.féd. Il s'agit d'une garantie minimale; en bref,

la
motivation doit permettre à son destinataire de comprendre la décision

dont il
fait l'objet, afin qu'il puisse recourir s'il y a lieu et que

l'autorité
de recours puisse exercer son contrôle 
(ATF 112 Ia 107, cons.

2b et
les arrêts cités).

 

       
b) Le jugement entrepris respecte en l'occurrence les conditions

susmentionnées.
Les faits constitutifs de l'infraction contestée par le

recourant
ressortent clairement des considérants du premier juge; contrai-

rement
à ce que le recourant soutient, le considérant 5 indique sans ambi-

guïté
possible qu'aux yeux du tribunal, c'est M.Z. et non les

PTT qui
a été lésée. Le moyen tiré d'un défaut de motivation sur ce point

doit
par conséquent être rejeté.

 

3.      a)
Selon l'article 137 CP, celui qui, pour se procurer ou procu-

rer à
un tiers un enrichissement illégitime, aura soustrait une chose mo-

bilière
appartenant à autrui sera puni de la réclusion pour 5 ans au plus

ou d'un
emprisonnement. Seul peut faire l'objet de l'infraction un objet

corporel;
sont donc exclues les créances non incorporées dans un titre

(Trechsel,
no 2, VB ad art.137, p.413). La soustraction implique la viola-

tion de
la possession d'autrui et la création d'une nouvelle possession,

en
général en faveur de l'auteur. La possession comprend pour l'essentiel

deux
éléments, le pouvoir de fait sur une chose et la volonté d'exercer ce

pouvoir.
Les moyens et la manière qu'utilisent l'auteur pour priver le

possesseur
de son pouvoir de disposition importent peu. Le Tribunal fédé-

ral a
ainsi jugé que celui qui prélève de l'argent auprès d'une installa-

tion
postomat au moyen de sa carte se rend coupable de vol (ATF 110 IV

84).
Cette jurisprudence commence à être remise en question par la doctri-

ne
(Roth, Droit pénal et techniques nouvelles - Analyse de quelques juris-

prudences
récentes in SJ 1989, p.623).

 

       
b) Le recourant, se référant à une jurisprudence publiée au RJN

1989,
p.98, invoque en l'espèce le fait que, depuis que la jurisprudence

du
Tribunal fédéral a été établie, les PTT ont décidé d'accorder des dé-

couverts
de compte jusqu'à un montant maximum de 1'000 francs pendant une

période
de 28 jours, de sorte que ses retraits ne peuvent être qualifiés

de vol.
Cette jurisprudence permet en effet d'écarter la thèse d'un vol

commis
au préjudice des PTT, dans la mesure où le recourant n'a pas fait

un
usage illicite équivalant à une soustraction de leur installation (RJN

1989
précité, cons.4).

 

       
Ce n'est cependant pas en raison d'un vol commis au préjudice

des PTT
que le prénommé a été condamné, mais pour un vol commis au pré-

judice
de sa belle-soeur (v. cons.2 ci-dessus). Peu importe toutefois en

l'espèce,
car les éléments constitutifs du vol ne sont pas réalisés dans

ce cas
de figure également : lors des retraits opérés par le recourant,

les
billets soustraits n'étaient pas propriété de sa belle-soeur, seule-

ment
tenue de rembourser solidairement avec lui les prélèvements effectués

conformément
aux conditions générales, mais des PTT. C'est dès lors à jus-

te
titre que le recourant conteste s'être rendu coupable de vol en effec-

tuant
des retraits d'argent sur son compte de chèques postaux.

 

4.      Ce
qui précède ne signifie pas nécessairement que le comporte-

ment du
recourant échappe à toute sanction pénale (art.211 CPP). Selon les

circonstances,
le recourant pourrait être reconnu coupable d'abus de con-

fiance,
voire d'escroquerie.

 

5.     
D'emblée, l'escroquerie doit être être exclue, faute d'astuce

(art.148
CP; ATF 119 IV 29, 112 IV 79).

 

6.      a)
Aux termes de l'article 140 ch.1 al.2 CP, celui qui, sans

droit,
emploie à son profit ou au profit d'un tiers une chose fongible,

notamment
une somme d'argent qui lui avait été confiée, se rend coupable

d'un
abus de confiance. La jurisprudence a retenu l'abus de confiance à la

charge
d'un auteur ayant, dans son propre intérêt, utilisé sans droit un

compte
postal ou bancaire qui lui avait été confié en vertu d'une procura-

tion
(ATF 109 IV 27), à celle d'un fondé de procuration ayant épuisé sans

droit
un compte de crédit garanti par une cédule hypothécaire (ATF 109 IV

 

33,
cons.4) ou à celle de l'utilisateur de comptes de devises qui lui ont

été
confiés et dont il est pratiquement le seul à pouvoir disposer (ATF

111 IV
19, confirmé dans l'ATF 117 IV 173). Il est sans importance que le

compte
soit créancier ou débiteur, de telle sorte que l'on ne puisse qu'en

augmenter
le débit (ATF 109 IV 33, cons.4b et c). Il est également sans

importance
que l'auteur soit garant du solde du compte (ATF 119 IV 127).

De
même, il est indifférent que l'auteur soit ou non devenu juridiquement

propriétaire
de l'objet. Un copropriétaire ou un propriétaire en mains

communes
peut commettre un abus de confiance s'il trahit la confiance que

lui
accorde son partenaire (FJS 953, p.3); il a été admis que l'abus de

confiance
entre époux était possible (ATF 88 IV 15). Il ne peut toutefois

être
question d'abus de confiance que si l'auteur a employé sans droit la

chose à
son profit ou au profit d'un tiers. Savoir si l'auteur a agi "sans

droit"
est une question à résoudre dans chaque cas en tenant compte des

rapports
économiques et de droit privé existant entre l'auteur et celui

qui lui
avait confié la chose, ainsi que des usages. Les instructions vio-

lées
peuvent être tacites (ATF 119 IV 127). Par "emploi", l'auteur s'arro-

ge les
prérogatives de l'ayant droit, soit en outrepassant les pouvoirs

qui lui
ont été expressément ou tacitement conférés en même temps que le

bien,
soit en contrevenant aux règles de la bonne foi en affaires ou en

violant
une convention particulière (FJS no 953, p.13; ATF 98 IV 34, 119

IV 126,
120 IV 118; Logoz, no 4b ad art.140 CP).

 

       
b) Les agissements du recourant paraissent en l'espèce réaliser

les
conditions d'application de l'article 140 CP rappelées ci-dessus. Le

recourant
n'a cependant pas eu l'occasion de discuter cette nouvelle qua-

lification.
Il convient dès lors de renvoyer la cause au premier juge pour

qu'il
procède à l'extension de la prévention à cette disposition et rende

un
nouveau jugement (art.211 CPP).

 

7.      Les
frais de justice seront laissés à la charge de l'Etat. Le

recourant
ne prétend plus être au bénéfice de l'assistance judiciaire.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Casse le jugement rendu par le Tribunal de police du district de La

   Chaux-de-Fonds le 5 octobre 1994 et renvoie
la cause au premier juge

   pour nouveau jugement au sens des
considérants.

 

2.
Statue sans frais.