# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** fc76c232-c14c-5ffc-a961-016cabaff19f
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-05-15
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 15.05.1995 CCP.1995.6166 (INT.1995.145)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1995-6166_1995-05-15.html

## Full Text

A.      Le
19 juin 1994, C. a été interrogée par la police

cantonale
suite à un accident de circulation survenu la nuit précédente à

Neuchâtel.
Elle a alors affirmé avoir piloté la voiture de son ami,

D., et
avoir embouti une voiture en stationnement lors

d'une
manoeuvre. Au cours du même interrogatoire, elle est cependant reve-

nue sur
ses déclarations et a admis que le conducteur de la voiture était

en fait
D.. Elle a déclaré avoir elle-même proposé à son

ami
d'endosser la responsabilité de l'accident.

 

B.      Par
jugement du 11 janvier 1995, le Tribunal de police du dis-

trict
de Boudry a condamné C. à 5 jours d'emprisonnement avec

sursis
pendant deux ans pour violation de l'article 304 ch.1 al.2 CP. A

l'audience,
C. n'a pas contesté la réalisation de l'infraction.

Elle a
confirmé ses précédentes déclarations, précisant avoir agi ainsi

pour
protéger son ami qui a besoin de son permis de conduire pour son

activité
professionnelle. Elle a demandé à être exemptée de toute peine,

subsidiairement
à être condamnée à une peine d'amende ne dépassant pas 400

francs.
Au moment de fixer la peine, le juge a considéré que C.

bénéficiait
de bons renseignements généraux et que son casier judiciaire

était
vierge. Il a néanmoins estimé que l'infraction commise était objec-

tivement
grave, même si les infractions dénoncées à tort n'étaient pas

d'une
gravité extraordinaire.

 

C.      C.
se pourvoit en cassation contre ce jugement et

conclut
à son acquittement, subsidiairement au renvoi de la cause pour

nouveau
jugement. Elle allègue que les conditions d'application de l'arti-

cle 304
ch.1 al.2 CP ne sont pas remplies, puisqu'elle a menti et s'est

rétractée
au cours du même interrogatoire. La justice n'aurait dès lors

pas été
induite en erreur. Elle reproche également au premier juge de ne

pas
avoir examiné si elle pouvait être exemptée de toute peine en vertu

des
articles 304 ch.2 ou 308 al.1 CP. Elle fait valoir à ce propos qu'elle

a cédé
à un mobile honorable, qu'elle est revenue spontanément sur ses

déclarations
et que le cours de la justice n'a jamais été mis en danger.

 

D.     
Dans ses observations, le président du Tribunal de police du

district
de Boudry conclut au rejet du pourvoi. Il précise que la recou-

rante
n'a dit la vérité qu'après que des questions précises lui eurent été

posées
par la police. Elle n'aurait ainsi pas agi de son propre mouvement

au sens
de l'article 308 al.1 CP. Au surplus, cette dernière disposition

n'aurait
pas été invoquée par la recourante. Il renvoie au jugement entre-

pris
quant à la mesure de la peine.

 

       
Le représentant du ministère public ne formule pas d'observa-

tions.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.230 et 244 CPP),

le
pourvoi est recevable.

 

2.     
Selon l'article 304 ch.1 al.2 CP, celui qui se sera faussement

accusé
auprès de l'autorité d'avoir commis une infraction sera puni de

l'emprisonnement
ou de l'amende. Cette disposition vise à protéger le

cours
régulier de la justice. Elle cherche à éviter que de fausses infor-

mations
engagent l'autorité sur une fausse piste et ainsi retardent ou

même
empêchent la découverte et la poursuite du véritable coupable (ATF

111 IV
159, 86 IV 184, JT 1961 IV 16).

 

       
Induire la justice en erreur est une infraction de mise en dan-

ger.
Selon la lettre de l'article 304 CP, la réalisation de l'infraction

ne
dépend pas du préjudice subi par l'autorité. Elle n'exige pas que la

justice
soit effectivement abusée par les fausses déclarations (Schultz,

RPS
73/1958, p.226; voir aussi ATF 69 IV 211). Pour que l'infraction soit

réalisée,
il suffit donc qu'une personne s'accuse faussement auprès d'une

autorité.
Il n'est pas nécessaire qu'une suite soit donnée à la fausse

déclaration
ou même qu'elle soit prise au sérieux (Schultz, op.cit., p.

242;
Trechsel, Kurzkommentar, 1989, n.4 ad art.304 CP; Stratenwerth,

Schweizerisches
Strafrecht, BT II, 1995, § 52 n.21 et 31).

 

3.      En
l'occurrence, la recourante s'est faussement accusée d'avoir

causé
un accident de la circulation puis, au cours du même interrogatoire

de
police, elle est revenue sur ses déclarations. Elle conteste la réali-

sation
de l'infraction. Dans son pourvoi, elle 
mentionne à l'appui de ses

conclusions
un arrêt du Tribunal cantonal des Grisons, selon lequel ne

tombe
pas sous le coup de l'article 304 ch.1 al.2 CP la personne qui se

présente
faussement comme l'auteur d'une infraction puis se rétracte au

cours
du même interrogatoire de police. Un interrogatoire est considéré

comme
une unité. Tant qu'il n'est pas terminé et le procès-verbal signé

par la
personne interrogée, les fausses déclarations qu'il contient ne

font
pas courir à la justice le danger d'être menée sur une fausse piste

(PKG
1967 n.24).

 

       
D'une manière analogue en matière de faux témoignage, le Tribu-

nal
fédéral a jugé qu'une personne ne se rend pas coupable de l'infraction

prévue
à l'article 307 CP lorsque, au cours d'une même déposition, elle

ment
tout d'abord puis finit par admettre la vérité. Jusqu'à la signature

du
procès-verbal, le témoin a la faculté de modifier ses déclarations et

ne
saurait donc être recherché pour un mensonge qu'il aurait rétracté en

cours
d'audition (ATF 69 IV 211; 84 122; 85 IV 30; 107 IV 132).

 

       
Au vu des éléments développés au considérant 2 ci-dessus, l'ar-

rêt du
Tribunal cantonal des Grisons prête flanc la critique, dans la me-

sure où
il considère le danger que la justice puisse être menée sur une

fausse
piste comme un élément constitutif de l'infraction définie à l'ar-

ticle
304 ch.1 al.2 CP. En effet, l'infraction est réalisée alors même que

les
fausses déclarations ne sont pas prises au sérieux ou qu'il y a eu

rectification
des fausses déclarations (art.308 al.1 CP) et que le danger

que
l'autorité soit abusée est nul.

 

       
En revanche, il ne se justifie pas de traiter différemment l'au-

dition
d'un témoin par un juge et l'interrogatoire par la police d'une

personne
considérée comme suspecte ou entendue à titre de renseignements.

L'entrave
à l'administration de la justice, que répriment les articles 304

et 307
CP, existe de la même manière lorsqu'un témoin fait une fausse dé-

position,
ou qu'une personne s'accuse faussement d'être l'auteur d'une

infraction.
Dans un cas comme dans l'autre, la bonne administration de la

justice
se voit compromise. On ne saurait dès lors admettre que la loi qui

permet
à un témoin de se rétracter lors de la même audition n'accorde pas

une
faculté analogue à une personne interrogée par la police à titre de

simples
renseignements. De plus, avant l'audition du témoin, le juge a

l'obligation
de l'exhorter à dire la vérité et lui rappelle les conséquen-

ces
d'un faux témoignage (art. 149 CPP). Une fois signé par le greffier et

le
juge, le procès-verbal d'audition constitue un acte authentique (art.

62
CPP). Au contraire, une personne interrogée par la police n'est pas

automatiquement
mise en garde contre les conséquences pénales d'éventuels

mensonges
et le procès-verbal d'interrogatoire n'a pas de valeur probante

particulière
(Piquerez, Précis de procédure pénale suisse, 1994, n.1812).

Une
bonne administration de la justice commande également que celui qui

s'accuse
faussement d'avoir commis une infraction ne soit pas découragé,

pas
crainte d'une sanction pénale, de dire finalement, au cours du même

interrogatoire,
la vérité.

 

       
Les critères dégagés par la jurisprudence à propos du faux té-

moignage
s'appliquent donc également à l'infraction prévue à l'article 304

ch.1
al.2 CP. Un interrogatoire de police doit être considéré comme un

tout.
Il faut apprécier les déclarations telles qu'elles résultent fina-

lement
du procès-verbal signé par la personne interrogée. Auparavant, cel-

le-ci
dispose de la faculté de les modifier et de revenir sur d'éventuels

mensonges
sans encourir de sanction. Il y a ainsi lieu de retenir que

l'article
304 ch.1 al.2 CP ne s'applique pas à celui qui, au cours du même

interrogatoire
de police, se présente comme l'auteur d'une infraction puis

revient
sur ses déclarations.

 

       
Tel est le cas en l'espèce. Le pourvoi est ainsi bien fondé. Le

jugement
entrepris sera annulé et la recourante acquittée.

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION PENALE

 

1.
Annule le jugement rendu le 11 janvier 1995 par le Tribunal de police

   du district de Boudry, et statuant au fond
acquitte C..

 

2.
Laisse les frais à la charge de l'Etat.