# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** de009d21-1318-5e93-abf6-aee9920f69fc
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile 160
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_160-----------_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JS22.003985-221264

160  

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
18 avril 2023

___________________

Composition
:               Mme             
Crittin
Dayen, présidente

             
              MM.             
Oulevey et de Montvallon, juges

Greffière
:              Mme             
Logoz

 

 

*****

 

 

Art.
291 CC ; 302 al. 1 let. c, 314 al. 1 CPC

 

 

             
Statuant sur l’appel interjeté par A.W.________,
à [...] (France), intimé, contre le jugement rendu le 25 août 2022 par le Président
du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte dans la cause divisant l’appelant d’avec
C.________,
à [...] (Belgique), requérante, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal considère
:

 

             
En fait et en droit :

 

 

1.

1.1             
Par jugement du 25 août 2022, notifié à l’appelant par publication dans la Feuille
des avis officiels (ci-après : FAO) du 30 août 2022, le Président du Tribunal civil
de l’arrondissement de La Côte a reconnu et déclaré exécutoire en Suisse le
jugement rendu le 15 février 2021 par le Tribunal de première instance du Brabant Wallon (Belgique)
dans la cause en droit de la famille divisant C.________ d’avec A.W.________ (I), a ordonné
à tout employeur présent et futur de A.W.________, ainsi qu’à toutes institutions
publiques et privées versant à A.W.________ des sommes destinées à remplacer un salaire,
de prélever chaque mois le montant de 892 fr. 50, correspondant aux pensions alimentaires en faveur
de ses enfants B.W.________ et C.W.________, sur le salaire ou sur les autres revenus de A.W.________,
et de verser ce même montant sur le compte de C.________, domiciliée [...], à [...] (Belgique),
auprès de la Banque [...] (II), a mis les frais judiciaires, arrêtés à 500 fr., à
la charge de l’intimé A.W.________, a dit que celui-ci devait restituer à la requérante
C.________ l’avance de frais que celle-ci avait fournie à concurrence de 500 fr. (IV), a dit
que l’intimé A.W.________ devait payer à la requérante C.________ la somme de 2'000
fr. à titre de dépens (V) et a rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (VI).

 

             
Le jugement indiquait qu'un appel au sens des art. 308 ss CPC (Code de procédure civile du 19 décembre
2008 ; RS 272) pouvait être formé dans un délai de trente jours dès la notification
de la décision.

 

1.2             
Par acte du 29 septembre 2022, A.W.________ a
fait appel de ce jugement, en concluant, avec suite de frais et dépens, à sa réforme,
en ce sens que la requête d’avis aux débiteurs déposée le 19 janvier 2022 par
C.________ soit rejetée. Subsidiairement, il a conclu à l’annulation du jugement et au
renvoi de la cause à l’autorité intimée pour nouvelles instruction et décision
dans le sens des considérants. L’appelant a sollicité le bénéfice de l’assistance
judiciaire pour la procédure d’appel.

 

             
Par ordonnance du 6 octobre 2022, le Juge délégué de la Cour d’appel civile (ci-après
: le Juge délégué) a accordé à l’appelant l’assistance judiciaire
requise et a désigné Me Loraine Michaud Champendal en qualité de conseil d’office.

 

             
Le 23 décembre 2022, l’intimée C.________ a déposé une réponse par laquelle
elle a conclu au rejet de l’appel interjeté par A.W.________.

 

2.

2.1             
En matière patrimoniale, l’appel est
recevable contre les décisions finales de première instance, dans les causes dont la valeur
litigieuse est supérieure à 10'000 fr. (art. 308 al. 1 let. a et 308 al. 2 CPC [Code de procédure
civile suisse du 19 décembre 2008 ; RS 272]).

 

             
Le jugement portant sur un avis aux débiteurs selon l’art. 291 CC (Code civil suisse du 10
décembre 1907 ; RS 210) est un jugement final sur le fond et non une mesure provisionnelle,
à moins qu’il ne soit prononcé dans le cadre de mesures protectrices de l’union
conjugale ou provisionnelles (ATF 145 III 255 consid. 3.2 ; 137 III 193 consid. 1.2, JdT 2012 II
147). La cause étant instruite selon la procédure sommaire (art. 302
al. 1 let. c CPC), l'appel, écrit et motivé, doit être introduit auprès de la Cour
d’appel civile (art. 43 al. 1 let. e CDPJ [Code
de droit privé judiciaire vaudois du 12 janvier 2010 ; BLV 121.02] a
contrario) dans les dix jours à compter de la notification de la décision (art. 314 al. 1 CPC).

 

             
Lorsque la notification est effectuée par publication dans la feuille officielle cantonale ou dans
la Feuille officielle suisse du commerce, l’acte est réputé notifié le jour de la
publication (art. 141 al. 2 CPC).

 

2.2             
En l’espèce, le jugement entrepris est un avis aux débiteurs décerné hors procès
en vue d’obtenir le paiement des pensions dues par A.W.________ pour l’entretien de ses enfants
B.W.________ et C.W.________. Ce jugement, fondé sur l’art. 291 CC, est régi par la procédure
sommaire. Le délai d’appel est ainsi de dix jours à compter de la notification de la
décision motivée, et non de 30 jours comme indiqué de manière erronée au pied
de la décision querellée. La décision ayant été notifiée à l’appelant
par voie édictale le 30 août 2022, ce délai venait à échéance le 
9
septembre 2022.

 

             
L’appel est ainsi manifestement tardif.

 

2.3             
En vertu du droit à la protection
de la bonne foi, consacré à l’art.
5 
al. 3 Cst. (Constitution fédérale
de la Confédération suisse du 18 avril 1999 ; RS 101), les parties ne doivent subir aucun préjudice
en raison d’une indication erronée des voies de droit (ATF 117 Ia 297 consid. 2). Seule une
négligence procédurale grossière peut faire échec à la protection de la bonne
foi en cas d’indication erronée des voies de droit. Celle-ci cesse uniquement si une partie
ou son avocat aurait pu se rendre compte de l’inexactitude de l’indication des voies de droit
en lisant simplement la législation applicable. En revanche, il n’est pas attendu d’eux
qu’outre les textes de loi, ils consultent encore la jurisprudence, même publiée aux
ATF, ou la doctrine y relative. Déterminer si la négligence est grossière s’apprécie
selon les circonstances concrètes et les connaissances juridiques de la personne en cause. Les exigences
envers les avocats sont naturellement plus élevées : on attend dans tous les cas de ces derniers
qu’ils procèdent à un contrôle sommaire des indications sur les voies de droit (ATF
138 I 49 consid. 8.3.2 ; ATF 135 III 374 consid. 1.2.2.2 ; ATF 134 I 199 consid. 1.3.1 ; TF 4A_573/2021
du 17 mai 2022 consid. 3 ; TF 4D_32/2021 du 27 octobre 2021 consid. 5.2 ; TF 5A_46/2020 du 17 novembre
2020 consid. 4.1.1, RSPC 2021 p. 139 ; TF 5A_261/2020 du 27 août 2020 consid. 5.2, RSPC 2021 p.
34 note Droese ; TF 4A_475/2018 du 12 septembre 2019 consid. 5.1, non publié à l’ATF
145 III 469, RSPC 2020 p. 7 note Jéquier).

 

             
En l’espèce, même si le jugement comporte une indication erronée du délai d’appel,
une simple lecture du CPC aurait permis à l’appelant, assisté d’un avocat, de se
rendre compte de la mégarde du premier juge et de constater que le délai d’appel n’était
pas de trente jours mais de dix jours. Or, le conseil de l’appelant n’a procédé
à aucun contrôle et s’est contenté, dans sa partie recevabilité, d’indiquer
que son appel était déposé en temps utile et donc recevable en la forme. Il
en résulte que la confiance que l'appelant a placée dans cette indication n'a pas à être
protégée, l'appel s'avérant dès lors tardif et partant irrecevable (art. 59 al. 1
CPC).

 

 

3.

3.1             
Au vu de ce qui précède, l'appel doit être déclaré irrecevable et la décision
du premier juge maintenue.

 

3.2             
Vu les circonstances, le présent arrêt peut être rendu sans frais (art. 11 TFJC [tarif
des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; BLV 270.11.5]).

 

3.3             
L’avocate Loraine Michaud
Champendal, conseil d’office de l’appelant, a produit une liste des opérations faisant
état de 7 heures et 41 minutes consacrées à la procédure d’appel. Elle indique
en particulier avoir consacré, le 29 septembre 2022, un temps de 30 minutes à la rédaction
du courrier d’envoi de son mémoire d’appel ainsi qu’à la confection d’un
bordereau de pièces. Cette opération ne saurait toutefois être indemnisée. En effet,
un tel courrier s’apparente à un simple envoi de transmission relevant d’un travail
de secrétariat qui fait partie des frais généraux de l’avocat couverts par le tarif
horaire applicable (Juge unique CACI 13 mai 2022 consid. 4.2 ; Juge unique CACI 6 septembre 2021/430
consid. 5.4 ; Juge unique CACI 2 octobre 2017/437 consid. 7.1). Il en va de même de la confection
d’un chargé de pièces, laquelle relève aussi d’un travail de secrétariat
(Juge délégué CACI 
2
octobre 2017/437 consid. 7.1 ; CACI 29 juin 2017/277 consid. 4.3 et les réf. citées). Par ailleurs,
le temps comptabilisé pour les opérations post-jugement sera réduit de 15 minutes, s’agissant
d’un prononcé d’irrecevabilité dont la prise de connaissance n’implique qu’une
brève lecture. En définitive, on retiendra un temps total admissible consacré au dossier
de 6 heures et 56 minutes. Il s’ensuit qu’au tarif horaire de 
180
fr. (art. 2 al. 1 RAJ [Règlement du 7 décembre 2010 sur l’assistance judiciaire
en matière civile ; BLV 211.02.3]), l’indemnité de Me Loraine Michaud Champendal
doit être arrêtée à 1'248 fr., plus 24 fr. 95 à titre de débours et 98
fr. de TVA (7.7 %) sur le tout, soit une indemnité totale arrondie à 1'371 francs.

 

             
L’appelant est tenu au remboursement de l’indemnité à son conseil d’office,
laissée provisoirement à la charge de l’Etat, dès qu’il sera en mesure de
le faire (art. 123 CPC). Il incombe à la Direction du recouvrement de la Direction générale
des affaires institutionnelles et des communes de fixer le principe et les modalités de ce remboursement
(art. 39a CDPJ).

 

3.4             
L’assistance judiciaire ne
dispense pas du versement des dépens à la partie adverse (art. 118 al. 3 CPC).

 

             
En l’occurrence, vu l’issue de la procédure, l’intimée a droit à des
pleins dépens de deuxième instance, qui seront arrêtés à 1'600 fr. (art. 7 TDC
[tarif des dépens en matière civile du 23 novembre 2010 ; BLV 270.11.6]).

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile

prononce
:

 

I.      
L’appel est irrecevable.

 

II.     
L’arrêt est rendu sans frais judiciaires.

 

III.   
L’indemnité de Me Loraine Michaud Champendale,
conseil d’office de l’appelant A.W.________, est arrêtée à 1’371 fr.
(mille trois septante et un francs), TVA et débours compris.

 

IV. 
L’appelant A.W.________, bénéficiaire
de l’assistance judiciaire, est tenu au remboursement de l’indemnité à son conseil
d’office, mise provisoirement à la charge de l’Etat, dès qu’il sera en mesure
de le faire (art. 123 CPC).

 

V.   
L’appelant A.W.________ doit payer à
l’intimée C.________ la somme de 1'600 fr. (mille six cents francs) à titre de dépens
de deuxième instance.

 

VI. 
L’arrêt est exécutoire.

 

 

La
présidente :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié à :

 

‑             
Me Loraine Michaud Champendal (pour A.W.________),

‑             
Me Jérémy Mas (pour C.________),

 

             
et communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte.

 

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30'000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), le cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss
LTF. Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la
valeur litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et
de droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces 

recours
doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent
la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
La greffière :