# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 4b7a3eac-55ab-5c7d-8194-d2dcaacaee30
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2013-05-21
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour Civile, Cour d'appel 21.05.2013 CACIV.2012.84 (INT.2013.174)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_002_CACIV-2012-84_2013-05-21.html

## Full Text

A.                           
Par demande du 10 mars 2010, X., architecte indépendant, a
ouvert action en paiement de 17'011,55 francs, avec intérêts à 5 % dès le 22
décembre 2009, devant le Tribunal civil du district de Neuchâtel à l'encontre
de Y. Il alléguait avoir confié la tenue de sa comptabilité à la Fiduciaire L.
SA jusqu'en 2003, puis à Y. jusqu'en 2008, demandant régulièrement à ses
comptables successifs s'il était assujetti à la TVA, les prénommés répondant
systématiquement par la négative. Il ajoutait que, toutefois, fin 2007,
l'administration fédérale des contributions, division principale de la taxe sur
la valeur ajoutée, s'était intéressée à son cas et était parvenue à la
conclusion qu'il aurait dû depuis longtemps être enregistré auprès d'elle et
s'acquitter par conséquent de la TVA, de sorte qu'il avait été taxé
rétroactivement sur quelques années, à hauteur de 11'585 francs pour 2003 et de
17'011,55 francs au total pour 2004 à 2007 ; qu'ayant été victime d'erreurs
professionnelles, il avait demandé la réparation de son dommage aux fiduciaires
qui s'étaient chargées de sa comptabilité ; qu'alors que la L. SA lui avait
demandé le détail de la reprise effectuée concernant la TVA, Y. n'avait quant à
elle pas réagi ; qu'il lui avait toutefois indiqué, par lettre du 3 novembre
2009, le détail par année du montant de la reprise relative à la TVA ; qu'il
l'avait mise en demeure de régler le montant du dommage qu'elle lui avait
occasionné, par lettre du 22 décembre 2009, jusqu'au 10 janvier 2010, cette
mise en demeure restant toutefois sans effet.

B.                           
Par réponse et demande reconventionnelle du 10 mai 2010, Y. a
conclu principalement au rejet de la demande en toutes ses conclusions et,
reconventionnellement, à la condamnation du demandeur à lui payer la somme de
3'443,20 francs avec intérêts à 5 % dès le 6 avril 2009, en tout état de cause
sous suite de frais, dépens et honoraires. Elle alléguait que le demandeur
ayant, selon son aveu, travaillé comme indépendant pendant plusieurs années
jusqu'au 30 avril 2007, avait, de manière hautement probable eu à se préoccuper
avec ses précédents mandataires fiscaux de son assujettissement à la TVA,
celle-ci ayant été introduite en Suisse dès le 1er janvier 1995 ; qu'elle-même
n'avait été chargée de tenir la comptabilité du prénommé que pendant quatre
exercices, soit durant les années 2004 à 2007 ; que, par conséquent, le montant
du dommage auquel prétendait le demandeur ne pourrait s'élever qu'à 13'956,15
francs ; que, pour les années précitées, le demandeur avait réalisé des
chiffres d'affaires de 110'620 francs pour 2004, 110'237 francs pour 2005,
138'360 francs pour 2006 et 69'510 francs pour 2007, correspondant à des impôts
nets de 3'858 francs pour 2004, 3'504 francs pour 2005, 3'672 francs pour 2006
et au non assujettissement pour 2007 ; qu'ainsi la limite d'assujettissement
n'avait jamais été complètement réalisée ou était du moins sujette à discussion
; que, le 21 mars 2007, confrontée à une information du demandeur « qui
prévoyait une augmentation de son chiffre d’affaires pour 2006 de CHF 30'000 à
CHF 50’000 », la défenderesse avait adressé, rempli par ses soins, le
questionnaire pour l’assujettissement à la TVA à l’administration fédérale des
contributions, celle-ci notifiant au demandeur son assujettissement le 4 avril
2007 ; que ce dernier ne l’avait contactée qu’en novembre 2007 ;
qu’elle s’était ensuite adressée à réitérées reprises à l’administration
fédérale des contributions pour tenter d’infléchir la position de celle-ci,
nonobstant le fait que, par suite de l’inactivité du demandeur, la décision
d’assujettissement était devenue définitive ; que le demandeur avait fait
preuve d’’un certain laisser-aller, pour ne pas dire désordre, dans la
conservation des pièces comptables rendant la tâche de la défenderesse
particulièrement ardue, notamment en ce qui concernait la TVA ;
qu’elle-même avait accompli son mandat dans les règles de l’art et qu’aucune
faute ne pouvait lui être reprochée ; que le demandeur restait lui devoir
un montant de 3'443,20 francs correspondant à une facture du 30 janvier
2009 ; que, vu sa témérité, il devait être condamné aux frais, dépens et
honoraires de la cause.

C.                           
En réplique, le demandeur a confirmé les conclusions de la
demande et a conclu au rejet de celles de la réponse et demande
reconventionnelle, sous suite de frais et dépens. Il faisait valoir que la L.
SA avait admis sa responsabilité et couvert l’intégralité du dommage qu’elle
lui avait causé concernant l’année 2003, avec son assurance responsabilité
civile, de sorte que, ayant commis les mêmes erreurs, la défenderesse devrait
couvrir le solde de son dommage, puisqu’il payait tous les impôts TVA facturés
rétroactivement ; que, si elle avait effectué chaque année les démarches
et décomptes relatifs à la TVA, la défenderesse lui aurait facturé des honoraires
très inférieurs à ceux réclamés pour le travail de rattrapage auquel elle avait
procédé, de sorte que les honoraires raisonnables devaient être considérés
comme déjà payés. 

D.                           
En duplique, la défenderesse a allégué qu’il était curieux
que le demandeur l’actionne alors qu’il avait obtenu réparation de son
précédent mandataire fiscal, ce dont on ne pouvait qu’inférer que le prénommé
considérait ses mandataires successifs comme solidairement responsables, ce qui
était absurde ; qu’avant l’introduction de l’instance, le demandeur
n’avait jamais prétendu que les factures qu’elle émettait étaient
excessives ; que celles-ci avaient été établies selon le temps consacré,
les montants réclamés s’expliquant par le désordre et le laisser-aller du
demandeur dans la conservation des pièces comptables.

E.                           
Outre les pièces littérales déposées par les parties, la
première juge a procédé à l’audition de A. en qualité de témoin, ainsi qu’à
l’interrogatoire des parties. Le témoin B., fonctionnaire à l’administration
fédérale des contributions, a été entendu par voie de questionnaire. Dans leurs
conclusions en cause, les parties ont confirmé et développé leur position
respective.

F.                           
Par jugement du 14 juin 2012, le tribunal de première
instance a rejeté la demande principale et la demande reconventionnelle ;
les frais judiciaires, arrêtés à 1'178 francs, ont été mis à raison de 943
francs à la charge du demandeur et de 235 francs à celle de la
défenderesse ; en outre, le demandeur a été condamné à payer à la
défenderesse une indemnité de dépens de 3'200 francs, après compensation
partielle. La première juge a retenu en substance que la défenderesse était
chargée de tenir la comptabilité du demandeur, en particulier d’établir les
bilans et comptes de pertes et profits de son entreprise, de remplir ses
déclarations d’impôt et de comparaître, si nécessaire, devant les autorités
fiscales ; qu’il résultait des factures produites qu’elle s’était aussi
occupée des démarches liées à l’assujettissement du demandeur à la TVA ;
que, selon la législation en vigueur jusqu’au 31 décembre 2009,
l’assujettissement à la TVA des entreprises réalisant un chiffre d’affaires
annuel inférieur à 250'000 francs était soumis à deux conditions cumulatives, à
savoir des recettes annuelles dépassant 75'000 francs et une dette fiscale
nette supérieure à 4'000 francs ; qu’on pouvait exiger d’un mandataire en
charge de la comptabilité d’un indépendant un examen attentif de ces deux
critères ; qu’au cas où il manquerait au comptable des pièces nécessaires
à l’analyse de la situation, il lui incombait de requérir les documents utiles
auprès de son client ; qu’excepté pour l’année 2006, le chiffre d’affaires
du demandeur avait systématiquement dépassé de plusieurs dizaines de milliers
de francs le seuil d’assujettissement, sa dette fiscale nette s’élevant par
ailleurs au minimum à 5'520 francs ; qu’ainsi, la défenderesse avait
manqué de diligence dans l’exécution de son mandat, de sorte que la première
condition de sa responsabilité de mandataire était remplie ; qu’il n’en
allait en revanche pas de même concernant le dommage subi par le demandeur,
tout impôt ne constituant pas un préjudice devant entraîner réparation, le
mandataire devant seulement réparer, le cas échéant, le dommage consistant en
la différence entre les impôts effectivement payés par le mandant et ceux dont
il aurait dû s’acquitter en cas d’exécution correcte du mandat, la preuve du
dommage incombant à la partie demanderesse ; qu’en l’occurrence, le
dommage imputable à la défenderesse ne pourrait consister qu’en la différence
entre l’impôt préalable que le demandeur aurait pu prouver et celui qu’il était
effectivement parvenu à établir et à déduire ; que le demandeur n’avait
pas allégué que, s’il avait été assujetti à la TVA dès 2004, il aurait pu
prouver la déduction d’un impôt préalable supérieur à celui effectivement
retenu lors du redressement fiscal de 2007 ; que, dans la mesure où les
reprises de TVA visaient son chiffre d’affaires, le demandeur n’y aurait de
toute façon pas échappé, même si ses décomptes avaient été effectués plus
tôt ; qu’en ce sens, les redressements subis ne constituaient pas un
dommage pouvant donner lieu à réparation ; que l’impossibilité, pour le
demandeur, de répercuter ultérieurement la TVA sur ses propres clients
soulevait un autre problème ; qu’indépendamment de la qualification
juridique et de l’existence de ce potentiel dommage, il n’y avait pas lieu
d’approfondir la question en l’absence du moindre allégué à ce sujet ;
qu’il appartenait en effet au demandeur d’alléguer et d’établir les éléments
composant le dommage invoqué, ainsi que toutes les circonstances de fait
pertinentes permettant d’établir son existence et sa quotité ; qu’en
l’occurrence, le demandeur n’avait pas allégué le fondement même du dommage,
soit l’impossibilité de récupérer ultérieurement la TVA auprès de ses
clients ; que de nombreux postes nécessaires à la détermination du
préjudice subi, sur lesquels la défenderesse n’avait pas pu faire porter
l’instruction faute d’allégations, restaient en suspens, le dossier n’indiquant
en particulier pas dans quelle mesure le demandeur avait tenté de récupérer la
TVA auprès de ses clients ; qu’on ne savait pas davantage si, comme il
l’affirmait, tous ses clients étaient des professionnels assujettis eux-mêmes à
la TVA de sorte qu’il aurait été vain de leur réclamer quoi que ce soit après
coup ; qu’en ce qui concerne les intérêts de retard dont il avait dû
s’acquitter auprès de l’autorité fiscale, ce poste de dommage n’avait pas non
plus été allégué, ni chiffré, par le demandeur dans ses écritures. Concernant
la demande reconventionnelle de la défenderesse, la première juge a retenu que,
celle-ci ayant manqué de diligence en ne prenant pas les mesures indiquées pour
assujettir le demandeur à la TVA dès l’exercice comptable 2004, elle ne pouvait
exiger le paiement des honoraires afférents au surplus de travail engendré par
l’accomplissement de ces démarches en 2008 ; qu’il ressortait du dossier
que le demandeur avait déjà versé à la défenderesse au moins 4'700 francs pour
les seules démarches liées à la TVA, dont à déduire 1'900 francs pour celles
concernant l’année 2003 pour laquelle la défenderesse avait droit à sa
rémunération intégrale, les négligences alors commises étant imputables à un
précédent mandataire du demandeur ; que le solde, de 2'800 francs,
représentait en moyenne 700 francs par an, ce qui semblait raisonnable, la
tenue de la comptabilité complète ayant été facturée en moyenne 2'000 francs
par an ; qu’ainsi les montants d’ores et déjà versés par le demandeur
couvraient l’activité que la défenderesse aurait raisonnablement dû déployer
dans le dossier TVA, en faisant preuve de la diligence requise à cet égard.

G.                          
X. interjette appel contre ce jugement en invoquant une
constatation inexacte des faits et la violation du droit, en particulier des
articles 42 et 99 CO, 8 CC, 57 CPCN, 9 et 29 al. 2 Cst féd. Il fait valoir que
la TVA constitue un impôt neutre pour tous les intermédiaires jusqu’au
consommateur final ; que, s’il avait su être affilié à la TVA, il aurait
intégré celle-ci dans ses devis ; que, du fait de son ignorance, il n’a
pas pu récupérer le montant total de la dette fiscale nette ; que la première
juge a abusé de son pouvoir d’appréciation et violé l’article 8 CC en estimant
qu’il n’avait pas allégué le fondement du dommage, alors que le principe de la
neutralité de la TVA pour les intermédiaires constitue un fait notoire ; que le
montant qui lui a été réclamé par l'administration fédérale des contributions,
soit 17'011,55 francs pour les années 2004 à 2007, correspond à la dette
fiscale nette, soit le montant dû après déduction de l'impôt préalable ; que
l'exécution correcte du mandat de la défenderesse aurait permis une imposition
neutre pour lui-même, de sorte qu'il a droit à l'indemnisation de l'atteinte
portée à son intérêt positif, soit 17'011,55 francs. L'appelant ajoute que les
démarches entreprises par l'intimée pour facturer la TVA à ses clients, quand
cela était possible, ressortent de la facture de la prénommée du 30 janvier
2009, de même que de la lettre de celle-ci à l'administration fédérale des
contributions du 3 septembre 2008 ; que s'il avait obtenu d'autres
remboursements de la part de ses clients, l'intimée n'aurait pas manqué de
l'alléguer ; que cette dernière s'est limitée à contester une faute de sa part,
mais non le préjudice qu'il invoquait, allant jusqu'à admettre que celui-ci
pourrait au pire se monter pour elle à 13'956,15 francs en omettant de prendre
une année en considération.  

H.                           
Dans sa réponse à appel et appel joint, l'intimée conclut à
la confirmation de la première conclusion du jugement de première instance ; à
l'annulation des points 1 à 4 du dispositif du jugement précité ;
principalement, à la condamnation de X. à lui payer la somme de 3'443,20 francs
avec intérêts à 5 % dès le 6 avril 2009 ; subsidiairement au renvoi de la cause
au tribunal de première instance pour nouveau jugement au sens des considérants
; en tout état de cause, à la condamnation de X. à tous frais et dépens. Elle
conteste tout défaut de diligence dans l'exécution de son mandat et soutient
avoir exécuté celui-ci dans les règles de l'art. Au sujet de l'appel joint,
elle allègue qu'elle a procédé à un abattement de 5'100,06 francs sur le
montant facturé à l'appelant pour les prestations relatives à la TVA, de sorte
que les 199,25 heures consacrées à cette activité ont été facturées au tarif
horaire moyen de 36,11 francs, largement inférieur à celui pratiqué pour les
mandats de tenue de comptabilité, de sorte que le prénommé aurait dû être
condamné à lui verser le solde réclamé de 3'443,20 francs.

I.                            
Dans sa réponse à appel joint, l'appelant conclut au rejet de
celui-ci dans toutes ses conclusions, avec suite de frais judiciaires et
dépens.

J.                           
Par ordonnance de preuves du 2 novembre 2012, le moyen de
preuve proposé par l'appelant, soit l'interrogatoire de l'intimée, a été
rejeté.

C
O N S I D E R A N T

1.                           
Interjeté dans les formes et délai légaux, l'appel principal
et l'appel joint sont recevables.

2.                           
a) « Lorsqu’un contribuable se fait conseiller, assister
ou représenter par un mandataire dans une procédure fiscale, celui-ci doit
sauvegarder les intérêts du mandant et s’efforcer de parvenir à la charge
fiscale la plus faible possible » (Arrêt du TF du 24.11.2011
[4A_506/2011] cons. 2 et les références citées).

                        « La
responsabilité contractuelle suppose, outre une faute de la partie recherchée,
que le lésé ait subi un dommage en relation de causalité adéquate avec une
violation du contrat. La notion juridique du dommage est commune aux
responsabilités contractuelle et délictuelle : consistant dans la
diminution involontaire de la fortune nette, le dommage correspond à la
différence entre le montant actuel du patrimoine du lésé et le montant que ce
même patrimoine aurait si l’événement dommageable – ou la violation du contrat
– ne s’était pas produit. Il peut survenir sous la forme d’une diminution de
l’actif, d’une augmentation du passif, d’une non-augmentation de l’actif ou
d’une non-diminution du passif. Le paiement des impôts n’est pas une libéralité
en faveur de la collectivité publique. Nul n’est censé payer volontairement des
impôts, même s’il se soumet à l’obligation fiscale. L’impôt entraîne donc une
diminution involontaire du patrimoine ; c’est pourquoi le mandataire
fiscal doit s’efforcer de parvenir au montant d’impôt le plus modeste possible.
Tout impôt n’est pas un dommage dont le mandataire fiscal doive réparation. Le
mandataire doit seulement réparer, le cas échéant, le dommage consistant dans
la différence entre les impôts que le mandant a effectivement payés et ceux,
supposés moins importants, qu’il aurait payés en cas d’exécution correcte du
mandat. Selon l’article 42 al. 1 CO, la preuve du dommage incombe à la partie
qui prétend à réparation » (Arrêt du TF précité, cons. 4 et les références
citées).

                        L’article
57 aCPCN consacre le
principe de la maxime des débats. Le juge statue sur la cause non pas en
recherchant la vérité absolue, mais bien celle qui résulte de la matière qui
lui était fournie par les parties. Le droit de procédure neuchâtelois impose à
la partie à qui incombe le fardeau de la preuve celui de l’allégation également ;
elle doit alléguer tous les faits sur lesquels elle entend fonder son action ou
sa défense. L'article 8 CC ne permet pas de tirer un
principe de droit fédéral imposant aux parties l'obligation d'alléguer les
faits dont elles déduisent un droit. Mais lorsque le droit cantonal consacre le
principe de la maxime des débats, le droit fédéral détermine à qui incombe à la
fois le fardeau de l'allégation et celui de la preuve qui vont de pair, sauf
exception. Le fardeau de l'allégation est le pendant du fardeau de la preuve, dont
il ne saurait être dissocié. Un argument, qui ne repose pas sur des faits
régulièrement allégués, est irrecevable. Toutefois, la loi neuchâteloise
n’exige qu’une indication sommaire des faits allégués, ce dont il faut déduire
que l’allégué doit pouvoir être interprété largement et comprendre les faits
normalement liés au fait allégué. Les faits invoqués dans les conclusions en
cause sont réputés non allégués, les conclusions en cause ne constituant pas un
exploit. La partie qui réclame des dommages-intérêts doit prouver son
préjudice ; si son adversaire conteste celui-ci, elle est tenue d’exposer
en détail les divers faits sur la base desquels l’atteinte portée à son
patrimoine peut être qualifiée de dommage au sens de la loi (Bohnet,
CPCN commenté, 2ème édition, n. 1 à 3 ad art. 57 et les références
citées). S'agissant des faits générateurs, celui qui invoque un droit en
justice doit prouver – mieux, a le risque que ne soient pas prouvés – les faits
dont la règle fait dépendre la naissance de ce droit. Il doit établir que les
conditions positives et négatives prévues par la loi sont réalisées dans le cas
particulier (Deschenaux, Le titre préliminaire du Code civil, p. 238)

L'élément
caractéristique de la TVA consiste en ce que chaque assujetti calcule le montant
de l'impôt à partir du prix du bien livré ou du service rendu et peut déduire
du montant de l'impôt la charge d'impôt préalable qu'il a dû supporter lors de l'acquisition
du bien ou du service en amont. La déduction de la charge préalable est d'ailleurs
le mécanisme fondamental qui permet d'assurer la mise en œuvre de la neutralité
concurrentielle, en tant que l'un des principes directeurs de la TVA (art. 1 al. 3 let. a LTVA) qui doivent guider l'interprétation
des normes régissant cet impôt. Conformément au critère de l'incidence, la TVA
est censée être répercutée sur les tiers acquéreurs de biens et services, à
savoir en définitive sur le consommateur. La LTVA précise d'ailleurs que la
perception de l'impôt s'effectue selon le principe de la transférabilité (art. 1 al. 3 let. c LTVA, Oberson, Droit fiscal
suisse p. 358, No 3 et 4)  

b). En
l'espèce, X. s'est fondé sur une conception erronée de son dommage en alléguant
à ce titre une taxation rétroactive dont il avait fait l'objet pour les années
2004 à 2007, soit 17'011,55 francs. Il n'a pas fait valoir qu'il n'avait pas pu
répercuter  la TVA sur ses clients entre 2004 et 2007 faute d'avoir été
renseigné par son mandataire. Il n'a pas davantage allégué avoir accompli des
démarches infructueuses auprès de ses clients pour répercuter sur ceux-ci a
posteriori le montant de la TVA. L'appelant n'a pas non plus établi
l'impossibilité de récupérer la TVA auprès de ses clients ; il n'a sollicité
le témoignage d'aucun de ceux-ci et n'a pas déposé les contrats conclus avec
eux. L'appelant n'a ni chiffré, ni détaillé le montant qui lui avait été
réclamé par l'administration fédérale des contributions à titre d'intérêts.
Quant au fait que l'intimée aurait accompli des démarches pour tenter de
récupérer le montant de la TVA auprès des clients de l'appelant, il n'empêchait
pas le prénommé d'en effectuer lui-même. Celles-ci n'étaient pas dénuées de
chance de succès puisque le dossier montre que l'appelant a pu récupérer près
de 80% de la TVA auprès d'un client pour l'année 2003. L'appelant ne pouvait pas
suppléer au défaut d'allégués des mémoires introductifs d'instance par des
explications complémentaires fournies dans ses conclusions en cause. Les allégués
nécessaires ne pouvaient pas non plus être remplacés par la référence à la
correspondance initiale adressée à la défenderesse. Dans sa réponse et demande
reconventionnelle, l'intimée a allégué que le montant du dommage de l'appelant
pourrait se monter, pour les années 2004 à 2007, à 13'956,15 francs et non à
17'011,55 francs, mais cela ne signifiait pas que le dommage prétendu était
admis, même partiellement, et ne dispensait pas l'appelant d'en alléguer et
d'en établir le fondement. Mal fondé, l’appel principal doit être rejeté.

3.                     L'intimée
fait grief à la juge de première instance d'avoir considéré qu'elle ne pouvait
exiger le paiement des honoraires afférents au surplus de travail engendré par
l'accomplissement, en 2008, des démarches nécessaires à l'assujettissement de
l'appelant à la TVA, dans la mesure où elle avait manqué de diligence en ne
prenant pas les mesures indiquées à ce sujet dès l'exercice comptable 2004. Sur
ce point, l'appel joint est mal fondé. En effet, il résulte clairement du questionnaire
pour l'enregistrement de l'appelant comme contribuable TVA établi par l'intimée
le 21 mars 2007 que, les chiffres d'affaires annoncés pour les années 2003 à
2006 s’élevant respectivement à 154'644,50 francs, 110'620 francs, 110'237
francs et 137'900 francs, les conditions pour l'assujettissement de l'appelant
à cette taxe étaient remplies depuis 2003, ce qui ne pouvait échapper à
l'intimée, qui tenait la comptabilité de l'intéressé. Quant au fait que
l'intimée aurait procédé à un abattement de 5'100,06 francs sur les prestations
facturées le 30 janvier 2009, il n'est en rien établi. D'une part, rien
n'indique que le résumé de facturation annexé à ce document ne constitue pas
une pièce interne et ait été adressé à l'appelant ; d'autre part, il n'est pas
avéré que le montant de 5'100,06 francs, mentionné comme « marge »
corresponde à un abattement consenti par l’intimée en faveur de
l’appelant ; la prénommée n’a d’ailleurs rien avancé de tel jusqu’au stade
de l’appel joint. L’intimée ne démontre pas en quoi l’appréciation de la
première juge, selon laquelle elle a facturé et obtenu 700 francs d’honoraires
par an uniquement pour les démarches liées à la TVA, ce qui constitue une
rémunération équitable, serait erronée. Mal fondé, l’appel joint doit être
rejeté.

4.                     Vu
le sort de la cause, les frais judiciaires de deuxième instance, avancés par
l’appelant principal par 1’500 francs et par l’intimée et appelante jointe par
300 francs, seront laissés à leur charge respective. En outre, l’appelant sera
condamné à verser à l’intimée une indemnité de dépens pour la deuxième instance,
réduite après compensation.

Par ces motifs,

LA COUR D'APPEL
CIVILE

1.    Rejette l’appel
principal et l’appel joint et confirme le jugement rendu en première instance. 

2.    Laisse les frais
judiciaires de deuxième instance, avancés par l'appelant par 1’500   francs et
par l’intimée et appelante jointe par 300 francs, à leur charge respective.

3.    Condamne l’appelant
à verser à l’intimée une indemnité de dépens, réduite après compensation, de 800
francs pour la deuxième instance. 

Neuchâtel, le 21 mai 2013

 

Art. 8 CC

De la preuve

I. Fardeau de la preuve

Chaque partie doit, si la
loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en déduire
son droit.

Art. 1
LTVA

Objet et principes

1 La
Confédération perçoit, à chaque stade du processus de production et de
distribution, un impôt général sur la consommation (taxe sur la valeur ajoutée,
TVA), avec déduction de l'impôt préalable. La TVA a pour but d'imposer la
consommation finale non entrepreneuriale sur le territoire suisse.

2 Au titre de
la taxe sur la valeur ajoutée, elle perçoit:

a.

un impôt sur les prestations que les assujettis fournissent
à titre onéreux sur le territoire suisse (impôt grevant les opérations
réalisées sur le territoire suisse);

b.

un impôt sur l'acquisition, par un destinataire se trouvant
sur le territoire suisse, de prestations fournies par une entreprise ayant son
siège à l'étranger (impôt sur les acquisitions);

c.

un impôt sur l'importation de biens (impôt sur les
importations).

3 La
perception s'effectue selon les principes suivants:

a.

la neutralité concurrentielle;

b.

l'efficacité de l'acquittement et de la perception de
l'impôt;

c.

la transférabilité de l'impôt.