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**Case Identifier:** 91743256-04c1-51db-99ea-381d6f7c8cc6
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-05-10
**Language:** fr
**Title:** Genf Cour de Justice (Cour civile) Chambre civile 10.05.2021 C/6064/2019
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_001_C-6064-2019_2021-05-10.pdf

## Full Text

Le présent arrêt est communiqué aux parties par plis recommandés du 20 mai 2021.  

 

 

R E P U B L I Q U E   E T  
 

CANTON DE GENEVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

C/6064/2019 ACJC/626/2021 

ARRÊT 

DE LA COUR DE JUSTICE 

Chambre civile 

DU LUNDI 10 MAI 2021 

 

Entre 

Madame A______, domiciliée Foyer E______, ______, appelante d'un jugement 
rendu par la 2ème Chambre du Tribunal de première instance de ce canton le 6 août 

2020, comparant par Me Laïla BATOU, avocate, rue des Pâquis 35, 1201 Genève, en 

l'étude de laquelle elle fait élection de domicile,  

et 

1) La mineure née B______, représentée par ses parents adoptifs, intimée,  

2) Les parents adoptifs de la mineure née B______, autres intimés,  

comparant tous par Me François MEMBREZ, avocat, rue Verdaine 12, case  

postale 3647, 1211 Genève 3, en l'étude duquel ils font élection de domicile.  

 

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C/6064/2019 

EN FAIT 

A. Par jugement JTPI/9547/2020 du 6 août 2020, le Tribunal de première instance 
(ci-après : le Tribunal) a déclaré irrecevable l'action en annulation de l'adoption 

formée le 20 février 2019 par A______ à l'encontre de la mineure née B______ et 

des parents adoptifs de la mineure B______, dont les identités sont couvertes par 

le secret de l'adoption (chiffre 1 du dispositif), a arrêté les frais judiciaires à 960 

fr., mis à la charge de A______ et les a provisoirement laissés à la charge de l'Etat 

de Genève, sous réserve de la décision du Service de l'assistance juridique (ch. 2), 

n'a pas alloué de dépens (ch. 3) et a débouté les parties de toutes autres 

conclusions (ch. 4). 

B. a. Le 14 septembre 2020, A______ a formé appel contre le jugement du 6 août 
2020, reçu le 11 août 2020, concluant à son annulation, à ce qu'il soit constaté que 

l'action en annulation de l'adoption déposée le 12 février 2019 était recevable et au 

renvoi de la cause au Tribunal, pour instruction, les frais de la procédure devant 

être mis à la charge de l'Etat. Préalablement, elle a conclu à ce qu'un curateur soit 

désigné, chargé de représenter la mineure B______. 

b. Dans leur réponse du 19 octobre 2020, les parents adoptifs de la mineure 
B______, ainsi que cette dernière, représentée par les premiers, ont conclu, à la 

forme, à l'irrecevabilité de l'appel (pour défaut de motivation) et, sur le fond, à son 

rejet.  

c. Les parties ont été informées par avis du greffe de la Cour du 17 novembre 
2020 de ce que la cause était gardée à juger. 

C. Les faits pertinents suivants ressortent du dossier soumis à la Cour de justice : 

 a. A______, née le ______ 1992 au Nigéria, ressortissante de ce pays, est arrivée 
en Suisse apparemment au début du mois d'avril 2017, en provenance d'Italie, 

sans visa ni documents d'identité.  

 Elle a tout d'abord vécu à H______ (Vaud).  

b. Le 9 mai 2017, A______ a consulté le Centre hospitalier universitaire vaudois 
(CHUV) à Lausanne (Vaud), accompagnée d'un intervenant de l'Association 

"C______", active dans l'accompagnement des travailleuses du sexe. Selon les 

pièces figurant à la procédure, A______ avait consulté pour une demande 

d'interruption volontaire de grossesse, laquelle était toutefois tardive. Les 

documents remplis par le CHUV font état d'un "déni de grossesse" et mentionnent 

en outre ce qui suit : "précarité, travailleuse du sexe, sans assurance, sans permis 

de séjour". 

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A______ a donné naissance, le ______ 2017, dans l'ambulance qui la conduisait à 

l'hôpital, à une fille prénommée B______.  

Il ressort d'un rapport de consultation établi par le CHUV le 24 mai 2017 que 

A______ était arrivée seule en Suisse deux mois plus tôt. Elle était sans domicile 

fixe et avait vécu chez des amies. Elle ne s'était pas doutée qu'elle était enceinte et 

s'était rendue auprès de l'association "C______" car elle ne se sentait pas bien; 

l'association l'avait alors adressée au planning familial du CHUV où sa grossesse 

avait été mise en évidence. L'enfant avait été conçue au Nigéria, avec un homme 

dont elle était séparée et avec lequel elle n'avait plus de contacts. Elle avait très 

mal réagi à l'annonce de sa grossesse et avait songé à avaler du poison lorsqu'elle 

avait compris qu'il était trop tard pour l'interrompre, mais avait renoncé à cette 

idée lorsqu'elle avait appris qu'elle pourrait faire adopter son bébé et lui offrir 

ainsi une vie meilleure. Le rapport d'entretien du 24 mai 2017 mentionne toutefois 

le fait que A______ ne souhaitait pas donner sa fille à l'adoption car elle désirait 

rester sa mère et entretenir des contacts avec elle, même si l'enfant était placée, 

"dans l'attente d'avoir un plan pour elle et sa fille". 

Le dossier médical établi par le CHUV mentionne en outre ce qui suit : "patiente 

ne souhaite pas garder le bébé, quand elle en parle, pleure…souhaite lui donner 
une vie meilleure"; "actuellement au foyer C______, demande d'adoption mais 

encore ambivalente". Les notes du dossier médical de A______ précisent enfin ce 

qui suit : "patiente travailleuse du sexe (a priori contrainte)"; "consciente que 

situation actuelle ne lui permet pas d'avoir son bébé avec elle, voudrait réfléchir à 

un projet pour pérenniser sa situation sociale et maintenir le lien avec son bébé". 

c. Par courrier du 24 mai 2017 adressé à la Justice de paix, le CHUV a signalé en 
urgence la situation de A______ et B______, précisant que la mère, qui avait 

conscience de l'impossibilité dans laquelle elle se trouvait de prendre en charge sa 

fille, s'y était toutefois déjà attachée et ne pouvait plus envisager de la donner en 

adoption; des alternatives, telles que le placement, avaient été évoquées. 

d. A______ a quitté la maternité du CHUV, sans l'enfant, le 26 mai 2017 et un 
horaire a été aménagé pour qu'elle puisse lui rendre visite. Elle est revenue voir sa 

fille le 29 mai 2017. Le personnel soignant a noté qu'elle souhaitait que la mineure 

soit placée dans une famille jusqu'à ce que sa situation s'améliore. 

A______ a à nouveau rendu visite à sa fille le 1
er

 juin 2017. Le personnel soignant 

a noté qu'elle lui avait confié penser tout le temps à l'enfant et se questionner à son 

sujet. Elle souhaitait désormais que B______ soit adoptée afin qu'elle puisse avoir 

un avenir meilleur, mais la décision était très difficile à prendre, car l'enfant lui 

manquait quand elle n'était pas auprès d'elle. A______ avait également indiqué 

devoir penser à sa propre vie et laisser B______, car elle occupait toutes ses 

pensées. 

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e. A______ a rencontré un assistant social du Service de protection de la jeunesse 
du canton de Vaud les 29 mai et 2 juin 2017. 

Par courrier du 2 juin 2017, ce même service a transmis à la Justice de paix du 

district de H______ un courrier manuscrit de A______, dans lequel elle déclarait 

donner son enfant à l'adoption. 

Ledit courrier a la teneur suivante : 

"To who it may concern 

I, A______, born in Nigeria on ______ 1992, declare that I am the mother of 

B______, born in Lausanne on ______, 2017. 

I hereby declare that I give my daughter B______ for adoption. 

I ask that the authorities handle the case with discretion. 

I ask the autorities name a legal representative from the Office des curatelles 

et tutelles professionnelles, H______. 

    Lausanne, June 2 2017 

A______ c/o C______, ______ [VD]" 

 Dans son courrier du 2 juin 2017, le Service de protection de la jeunesse du 

Canton de Vaud précisait en outre que A______ était accompagnée, dans toutes 

ses démarches, par Monsieur D______, intervenant social travaillant auprès de 

l'association "C______", lequel était présent au moment de la rédaction, par 

A______, du courrier reproduit ci-dessus; deux assistants sociaux, dont l'un 

maîtrisait l'anglais, étaient également présents. 

f. A______ a été interpellée dans la nuit du 30 au 31 mai 2017 par une patrouille 
motorisée de la police. Conduite au poste, elle a expliqué subvenir à ses besoins 

depuis son arrivée en Suisse en se prostituant et travailler pour son compte. A 

cette occasion, elle a été informée de ce qu'elle devait quitter la Suisse avant le 

10 juin 2017. 

g. Par ordonnance de mesures d'extrême urgence du 8 juin 2017, la Justice de paix 
du District de H______ [VD] a institué une curatelle de représentation provisoire 

en faveur de l'enfant B______ et désigné en qualité de curatrice une assistante 

sociale auprès de l'Office des curatelles et tutelles professionnelles, afin de 

représenter la mineure dans la procédure d'adoption. 

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h. Le juge de paix du District de H______ a convoqué une audience le 6 juillet 
2017, à laquelle A______, la directrice de l'association "C______", un interprète 

français-anglais et la curatrice de l'enfant ont participé.  

Lors de cette audience, A______ a confirmé à deux reprises sa volonté de donner 

son enfant en adoption, précisant qu'elle prenait cette décision en toute liberté. 

Elle a été informée de ce que, conformément à l'art. 265b al. 2 CC, elle pouvait 

révoquer son consentement dans un délai de six semaines, soit jusqu'au 17 août 

2017. 

Selon les informations fournies par la curatrice de la mineure, celle-ci était placée 

au sein d'une famille d'accueil dans le J______ [région]. 

La directrice de l'association "C______" a précisé qu'elle soutenait A______ dans 

différentes démarches. Elle l'avait rencontrée vers la fin de sa grossesse et n'avait 

jamais eu l'occasion de discuter avant de la question de l'adoption.  

A l'issue de l'audience, A______ a confirmé avoir compris la traduction effectuée 

par l'interprète, lequel avait traduit les propos des différents intervenants. 

i. Le 6 juillet 2017, A______ a été condamnée par le Ministère public de 
l'arrondissement de H______ à une peine de 90 jours-amende à 30 fr. avec sursis 

pendant deux ans pour entrée illégale, séjour illégal et activité lucrative sans 

autorisation. L'intéressée a affirmé n'avoir pas eu connaissance de cette 

ordonnance pénale au moment de son prononcé.  

Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) a prononcé une décision d'interdiction 

d'entrée à son encontre, valable du 20 octobre 2017 au 19 octobre 2020, laquelle 

n'a toutefois pas pu être notifiée à l'intéressée au moment de son prononcé. 

A______ a une nouvelle fois été interpellée par la police le 2 octobre 2017 et a 

fait l'objet d'une seconde ordonnance pénale pour séjour illégal et activité 

lucrative sans autorisation prononcée le 31 octobre 2017, par laquelle elle a été 

condamnée à une peine de 90 jours-amende à 30 fr., le sursis accordé le 6 juillet 

2017 étant révoqué. Il ressort de l'ordonnance que celle-ci n'a pu être notifiée à 

A______, sans domicile connu. 

j. Par décision du 29 août 2017, la justice de paix du district de H______ a pris 
acte du consentement définitif, faute de révocation dans le délai légal, par 

A______, à l'adoption par un tiers anonyme de son enfant B______. La justice de 

paix a, en outre, fait abstraction par anticipation du consentement du père inconnu 

de la mineure, levé la curatelle instaurée en faveur de l'enfant, retiré l'autorité 

parentale à la mère, institué une tutelle en faveur de l'enfant, nommé en qualité de 

tutrice une assistante sociale de l'Office des curatelles et des tutelles 

professionnelles, les tâches confiées à la tutrice consistant à veiller à ce que 

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l'enfant reçoive les soins personnels, l'entretien et l'éducation nécessaires, ainsi 

qu'à assurer sa représentation légale, en particulier pendant la procédure 

d'adoption et à gérer ses biens avec diligence.  

k. Après avoir initialement séjourné dans une famille d'accueil, l'enfant B______ 
a été adoptée par des tiers dont l'identité est couverte par le secret de l'adoption. 

Selon ce qui ressort du dossier communiqué à la Cour, l'adoption a été prononcée 

le 16 mai 2019 et est devenue définitive et exécutoire le 6 juin 2019. 

D. a. Depuis le mois d'avril 2018, A______ est hébergée au foyer le E______ à 
Genève, lequel offre par ailleurs un accompagnement psychosocial à des femmes 

seules ou accompagnées de leurs enfants, victimes de violence conjugale, de traite 

d'êtres humains, menacées de crime d'honneur ou de mariage forcé, en situation de 

précarité, de changement ou de réorientation 

(https://www.hospicegeneral.ch/fr/fondation-E______). 

 Elle a par ailleurs été aidée par l'Association I______, laquelle a pour but de 
référer les victimes et de les accompagner à la fois vers les services médicaux, 

sociaux, juridiques compétents ou vers des solutions de formation, de recherche 

d'emploi et d'intégration adaptés à leurs besoins 

(https://www.I______.ch/accompagnement). 

Ladite association l'a mise en contact avec le F______, qui a formé pour son 

compte une demande de permis de séjour provisoire. Selon une attestation 

délivrée le 22 août 2018 par l'Office cantonal de la population et des migrations, 

elle a été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour de type L.  

b. Elle allègue avoir reçu, le 23 avril 2018, un message anonyme menaçant sur 
son téléphone portable, qu'elle avait alors définitivement éteint et avoir coupé tous 

contacts avec sa famille, qui cherchait à savoir où elle se trouvait et dont elle 

craignait qu'elle ne soit sujette à des pressions. 

c. Le 17 mai 2018, A______, représentée par un conseil, a déposé une plainte 
pénale pour traite d'êtres humains auprès du Ministère public central du canton de 

Vaud, lequel a ouvert une procédure. 

d. A______ a été entendue les 25 et 28 septembre 2018 par le Ministère public 
central du canton de Vaud. Selon l'extrait incomplet du procès-verbal versé à la 

procédure, elle a notamment expliqué qu'une tierce personne ("G______") l'avait 

aidée à quitter son pays d'origine pour vivre en Europe, afin de faire quelque 

chose de mieux de sa vie. Pour cela, elle avait dû promettre, en respectant un 

rituel traditionnel faisant intervenir la magie ("juju"), de payer la personne qui 

allait avancer l'argent nécessaire à son voyage. Elle avait été prise en charge par 

des inconnus et avait effectué le voyage vers l'Europe dans des conditions 

extrêmement difficiles. A______ a ensuite expliqué avoir dû se prostituer en 

https://www.hospicegeneral.ch/fr/fondation-E______
https://www.i______.ch/accompagnement

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Suisse; elle remettait une grande partie de l'argent qu'elle gagnait à un réseau de 

traite d'êtres humains. Lorsqu'elle avait appris qu'elle était enceinte, elle avait eu 

peur; elle craignait que les tiers qui l'exploitaient apprennent qu'elle avait un 

enfant. Elle a ajouté que donner l'enfant à l'adoption n'était pas son intention. 

e. Dès le 28 septembre 2018, le conseil de A______ s'est adressé au CHUV, ainsi 
qu'à l'Office des curatelles et tutelles professionnelles de Lausanne (en date du 

9 octobre 2018) afin d'obtenir le dossier médical de sa mandante, ainsi que le 

dossier relatif au placement en vue d'adoption de la mineure B______.  

f.a Le 28 octobre 2018, A______ a été interpellée dans un train Genève- K______ 
[Italie] à la hauteur de L______ [VD] et il a été relevé qu'elle ne possédait ni 

passeport, ni visa valables et qu'elle avait séjourné en Suisse sans autorisation 

depuis le 3 octobre 2017. La décision d'interdiction d'entrée en Suisse, valable du 

20 octobre 2017 au 19 octobre 2020, qui n'avait pu lui être notifiée au moment de 

son prononcé, lui a été adressée en date du 15 novembre 2018 par le Secrétariat 

d'Etat aux migrations. 

Par ordonnance du 3 décembre 2018, le Ministère public de l'arrondissement de 

La Côte a ordonné le classement de la procédure pénale dirigée contre A______ 

pour séjour illégal. 

f.b Le 21 novembre 2018, A______, représentée par son conseil, a déclaré auprès 
du Ministère public de l'arrondissement de H______ former opposition à 

l'encontre de l'ordonnance pénale prononcée le 6 juillet 2017, alléguant ne l'avoir 

jamais reçue. A______ a été convoquée à une audience le 10 janvier 2019.  

Par avis du 25 janvier 2019, le Ministère public de l'arrondissement de H______ a 

informé A______ de ce qu'il s'apprêtait à rendre une ordonnance de classement.  

g. Par courrier du 13 décembre 2018, le conseil de A______ a requis de la Justice 
de paix du district de H______ une copie intégrale du dossier d'adoption de 

l'enfant B______ et a été redirigé vers l'Etat civil, autorité compétente pour 

prononcer l'adoption, auquel un courrier a été adressé le 18 décembre 2018, puis 

le 10 janvier 2019.  

 Par pli du 18 janvier 2019, la Direction de l'état civil a indiqué au conseil de 

A______ n'avoir aucun dossier d'adoption ouvert en faveur de B______.  

 Dans un nouveau courrier adressé le 21 janvier 2019 à la Justice de paix du 

District de H______, le conseil de A______ a sollicité une copie du dossier 

d'adoption ou, à défaut, l'autorisation de pouvoir le consulter. Le 23 janvier 2019, 

la Justice de paix du district de H______ a rejeté la requête du conseil de 

A______ visant à pouvoir consulter l'intégralité du dossier d'adoption de l'enfant 

B______, indiquant avoir pris acte du consentement définitif de la mère 

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biologique à l'adoption et avoir institué une tutelle en faveur de l'enfant. Toutes 

les données du dossier postérieures à cette période comportaient des informations 

soumises au secret de l'adoption (art. 268b CC). Certaines pièces de la procédure, 

listées dans le courrier du 23 janvier 2019, étaient transmises au conseil de 

A______. 

E. a. Le 18 février 2019, A______ a formé auprès du Tribunal de première instance 
une action tendant à l'annulation de la décision prononçant l'adoption de l'enfant 

née B______ le ______ 2017 à Lausanne et à la rectification en ce sens des 

inscriptions portées au registre de l'état civil, avec suite de frais judiciaires et 

dépens. Subsidiairement, elle a conclu à ce que le défaut de consentement à 

l'adoption de la mineure susmentionnée soit constaté. L'action était dirigée contre 

l'enfant née B______, ainsi que contre ses parents adoptifs, dont l'identité et le 

domicile étaient couverts par le secret de l'adoption.  

A______ a notamment allégué que le consentement qu'elle avait donné à 

l'adoption de sa fille n'était pas valable, au motif qu'elle se trouvait, à ce moment-

là, sous l'empire d'une crainte fondée. Elle vivait en effet dans la crainte de 

représailles concrètes de la part du réseau qui la surveillait sur sa personne et sur 

sa vie, ainsi que sur celles de sa fille; elle avait en outre peur d'être frappée par le 

"juju", qui, selon la croyance des jeunes femmes d'origine nigériane, pouvait nuire 

tant à sa santé physique que psychique, voire porter atteinte à sa vie, dans 

l'hypothèse où elle ne parviendrait pas à rembourser la dette contractée lors de son 

voyage pour l'Europe. Elle craignait également d'être frappée à travers son enfant 

si elle était contrainte de l'emmener avec elle, ou d'être elle-même atteinte et de la 

laisser sans ressources. Elle avait en outre peur d'être expulsée vers le Nigéria, ce 

qui aurait eu pour effet de la remettre en contact avec le "jujuman" qui avait 

effectué le rituel magique avant son départ pour l'Europe.  

Elle a également allégué avoir découvert sa grossesse trois semaines seulement 

avant d'accoucher, de sorte qu'elle n'avait pas eu le temps de se préparer à la 

naissance de sa fille. Or, elle avait exprimé à plusieurs reprises le fait qu'elle 

désirait rester la mère de son enfant, ce qui avait été retranscrit par le personnel du 

CHUV les 24 et 29 mai 2017. Ce n'était toutefois que quatre jours plus tard qu'elle 

avait établi le document manuscrit par lequel elle déclarait vouloir donner sa fille 

à l'adoption, revirement qui aurait dû donner lieu à des investigations 

complémentaires. Or, ni la police, ni l'équipe médicale du CHUV, ni la 

représentante du Service de protection de la jeunesse, ni la Justice de paix 

n'avaient cru bon d'investiguer la situation et "la matérialité du consentement à 

l'adoption". Si ces différents intervenants et autorités avaient identifié que 

A______ se trouvait sous l'empire d'une crainte fondée, ils l'auraient 

vraisemblablement encouragée à considérer l'option d'un placement en famille 

d'accueil pour l'enfant et le report d'une décision d'une importance telle que le 

consentement à l'adoption. 

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En ce qui concernait le respect des délais fixés à l'art. 269b CC, il convenait de 

faire partir le dies a quo du moment où la crainte fondée s'était dissipée. Or, cette 

crainte n'avait commencé à se dissiper qu'après sa première audition, en qualité de 

plaignante, par les autorités de poursuite pénale, à savoir le 25 septembre 2018. 

En effet, entre sa sortie du réseau dont elle était victime, en avril 2018, et cette 

audition de septembre 2018, A______ avait vécu dans la terreur de ne pas se 

réveiller le matin ou de perdre la raison. Ses démarches avaient ensuite été 

interrompues par son arrestation le 28 octobre 2018 et la procédure qui avait fait 

suite à cette interpellation. Il avait également été difficile d'obtenir les éléments de 

base du dossier, de sorte qu'il fallait admettre que A______ avait agi dans les 

délais prescrits. Pour le surplus, elle ne souhaitait pas que sa fille soit arrachée aux 

liens sécurisants qu'elle avait vraisemblablement établis avec ses parents adoptifs, 

mais elle estimait qu'une solution devait être trouvée, permettant de ménager les 

intérêts en présence et de concilier ceux potentiellement contradictoires de la 

mineure B______, à savoir son droit de connaître ses parents biologiques et d'être 

élevée par eux, ainsi que d'avoir un lien avec ses origines ethniques et culturelles 

et son droit à la sécurité et à la continuité des liens affectifs qu'elle avait 

développés depuis son plus jeune âge. Les art. 268e et 300 CC offraient 

vraisemblablement des pistes à explorer.  

b. Par ordonnance du 11 juin 2019, le Tribunal a invité la Justice de paix du 
district de H______ à lui communiquer l'identité et le domicile de la mineure née 

B______, ainsi que de ses parents adoptifs ou, à défaut, toute information 

permettant la notification aux parties défenderesses de l'action en annulation de 

l'adoption. Lesdites démarches ont permis au Tribunal de retrouver la mineure et 

ses parents adoptifs.  

c. Dans leur réponse du 20 décembre 2019, les parents adoptifs de la mineure née 
B______ et cette dernière, représentée par les premiers, ont conclu à 

l'irrecevabilité de l'action en annulation de l'adoption et, au fond, à son rejet, avec 

suite de frais et dépens. Ils ont allégué que la requête était tardive, la date à 

prendre en considération étant, a minima, celle du dépôt de la plainte pénale, soit 

le 17 mai 2018. En effet, à partir de ce moment-là, A______ avait été très 

entourée, à tel point qu'elle avait été en mesure d'initier une procédure pénale, de 

sorte qu'il y avait lieu d'admettre que la prétendue crainte fondée s'était dissipée. 

Or, l'action en annulation avait été déposée neuf mois plus tard. 

d. Par ordonnance du 9 janvier 2020, le Tribunal a limité la procédure à la 
question de la recevabilité de l'action en annulation de l'adoption et imparti à 

A______ un délai pour se déterminer sur cette question.  

e. Dans ses déterminations du 13 mars 2020, A______ a conclu à ce que son 
action en annulation de l'adoption soit reçue, à ce qu'un curateur de représentation 

soit désigné à l'enfant née B______ aux fins de sauvegarder ses intérêts dans la 

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procédure, à ce qu'il soit ordonné à ses parties adverses de produire, dans le 

respect du secret de l'adoption, la preuve de la date du prononcé de l'adoption, à ce 

qu'une expertise familiale soit ordonnée, en désignant à cet effet un spécialiste des 

questions d'adoption et à ce que divers témoins mentionnés dans ses écritures 

soient entendus. Pour le surplus, A______ a persisté dans ses précédentes 

conclusions.  

f. Les autres parties en ont fait de même le 20 mai 2020, tout en relevant que le 
Code civil ne prévoyait pas la possibilité de désigner un curateur de représentation 

à l'enfant dans les procédures tendant à l'annulation du prononcé d'une adoption. 

g. Exception faite des échanges d'écritures, la procédure n'a donné lieu à aucun 
acte d'instruction. 

F. a. Dans le jugement attaqué, le Tribunal a considéré, au vu des éléments qui 
ressortaient des explications de A______ et des pièces produites, que ce n'était pas 

tant la crainte du réseau de traite d'êtres humains, ou encore du "juju", qui l'avait 

décidée à donner son enfant à l'adoption, mais plutôt la situation personnelle et 

financière dans laquelle elle se trouvait au moment de la naissance non désirée de 

sa fille, étant précisé qu'elle subvenait à ses besoins en travaillant de manière 

illégale à H______ en tant que prostituée. Par ailleurs, pendant la procédure ayant 

conduit à ce que l'enfant soit donnée à l'adoption, A______ n'était pas seule, mais 

assistée par des professionnels et par conséquent entourée, soutenue et conseillée. 

Force était de constater que la menace dont A______ se prévalait désormais 

n'avait jamais été évoquée lors de la décision de confier sa fille à l'adoption, de 

sorte qu'il n'apparaissait pas que cette situation puisse être constitutive d'une 

crainte fondée. Par ailleurs et même à supposer qu'une telle crainte ait existé, le 

délai relatif de six mois de l'art. 269b CC était largement échu au moment du 

dépôt de l'action en annulation de l'adoption le 18 février 2019. A______ était en 

effet hébergée dans un foyer depuis le mois d'avril 2018 et aidée par une 

association de soutien aux victimes de traite et d'exploitation, ainsi que par le 

Centre social protestant, puis par une avocate et de nombreuses démarches 

judiciaires avaient été initiées en sa faveur. Si, en mai 2018, A______ avait trouvé 

les ressources nécessaires pour former une plainte pénale à l'encontre de ceux qui 

lui inspiraient une crainte fondée, il était incompréhensible qu'elle n'ait pas pu 

former une action en annulation de l'adoption. Ainsi, le délai de six mois avait 

commencé à courir à compter du dépôt de la plainte pénale, soit le 17 mai 2018, et 

était par conséquent échu au moment du dépôt de l'action en annulation de 

l'adoption. Il n'y avait enfin pas lieu à restitution du délai, les procédures pénales 

et administratives auxquelles A______ avait dû faire face entre le 28 octobre 2018 

et le 29 janvier 2019 ne constituant pas des justes motifs rendant son retard 

excusable.  

- 11/18 - 

 

C/6064/2019 

 Le premier juge a enfin considéré, même à supposer qu'une crainte fondée ait 
existé et que l'action ait été introduite à temps, que le bien de l'enfant à conserver 

l'environnement stable et sécurisant qui était le sien depuis de longs mois était 

prioritaire et devait l'emporter.  

 b. Dans son acte d'appel, A______ fait grief au Tribunal d'avoir retenu qu'elle 
avait subvenu à ses besoins en travaillant de manière illégale à H______ comme 

prostituée, laissant ainsi entendre qu'elle avait exercé ce métier librement et qu'elle 

pouvait disposer du produit de son travail, alors que tel n'était pas le cas. 

L'appelante fait également grief au Tribunal de ne pas avoir fait figurer dans le 

jugement la date du prononcé de l'adoption de l'enfant B______, alors que cet 

élément était essentiel pour déterminer la recevabilité de son action en annulation 

de l'adoption. L'appelante reproche en outre au premier juge d'avoir nié l'existence 

d'une crainte fondée de façon purement abstraite, sans avoir donné suite à ses 

offres de preuve, ce qui était constitutif d'une violation de son droit d'être 

entendue. Elle a, pour le surplus, repris les arguments développés devant le 

Tribunal concernant sa situation de victime d'un réseau de traite d'êtres humains et 

le fait qu'elle était sous la menace d'un préjudice sérieux, à savoir des représailles 

"magiques" sur sa santé mentale ou sa vie. Elle se trouvait par conséquent, au 

moment du consentement donné à l'adoption de son enfant, dans une crainte 

fondée. Le dépôt de la plainte pénale ne constituait pas le résultat de la dissipation 

de ladite crainte, mais sa prémisse, un tel acte ayant même fréquemment pour 

conséquence d'accroître significativement la crainte de représailles. L'appelante a 

également nouvellement soutenu avoir subi une certaine pression des intervenants 

sociaux, le dépôt d'une plainte pénale étant la condition posée à la poursuite de sa 

prise en charge par les structures d'accueil, explications qui ne figuraient pas dans 

ses écritures devant le Tribunal. L'appelante a ajouté avoir offert de prouver, 

devant le Tribunal, l'état de terreur dans lequel elle se trouvait jusqu'à sa première 

audition par le Ministère public. 

Enfin, c'était également sur la base d'une constatation incomplète des faits que le 

Tribunal avait écarté l'argumentation subsidiaire fondée sur l'existence de justes 

motifs de restitution du délai pour agir. Or, les procédures pénales et 

administratives dont elle avait fait l'objet à partir du 28 octobre 2018 avaient été à 

l'origine d'un effondrement psychologique lié à un phénomène de victimisation 

secondaire, effondrement qui l'avait provisoirement privée des ressources 

mentales et émotionnelles nécessaires pour engager une procédure en annulation 

de l'adoption et ce n'était que le 10 janvier 2019 qu'elle avait compris que les 

premières seraient prochainement classées, conduisant à l'admission probable de 

son recours contre la décision administrative. L'effondrement psychologique dont 

elle avait été victime, survenu durant l'automne 2018, devait par conséquent 

justifier une restitution du délai relatif.  

- 12/18 - 

 

C/6064/2019 

 L'appelante a enfin reproché au Tribunal de s'être prononcé sur la question de 
l'intérêt supérieur de l'enfant, sans aucune instruction au fond sur ce point.  

EN DROIT 

1. 1.1 L'appel est recevable contre les décisions finales et les décisions incidentes de 
première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC). 

L'appel, écrit et motivé, est introduit auprès de l'instance d'appel dans les 30 jours 

à compter de la notification de la décision motivée (art. 311 al. 1 CPC). Les délais 

légaux et les délais fixés judiciairement ne courent pas du 15 juillet au 15 août 

inclus (art. 145 al. 1 let. b CPC). 

En l'espèce, l'appel, formé contre une décision ayant mis un terme à la procédure, 

dans le délai utile (lequel, en raison des féries judiciaires, n'a commencé à courir 

que le 16 août 2020) et selon les formes prescrites, est recevable. 

1.2 L'appel peut être formé pour violation du droit et constatation inexacte des 
faits (art. 310 CPC); le pouvoir de cognition de la Cour est par conséquent 

complet (ATF 138 III 374). 

1.3 Compte tenu de la nationalité étrangère de l'appelante, la procédure contient 
un élément d'extranéité. Selon l'art. 77 al. 3 LDIP, l'action en annulation d'une 

adoption prononcée en Suisse est régie par le droit suisse, ce qui n'est contesté par 

aucune des parties. 

Les tribunaux compétents pour connaître d'une action relative à la constatation ou 

à la contestation de la filiation sont aussi compétents pour juger de la contestation 

de l'adoption (art. 75 al. 2 LDIP). 

Les tribunaux suisses de la résidence habituelle de l'enfant ou ceux du domicile de 

l'un des parents sont compétents pour connaître d'une action relative à la 

constatation ou à la contestation de la filiation (art. 66 LDIP). 

En l'espèce, il ressort de la procédure que l'enfant et les parents adoptifs, 

contrairement à l'appelante, ne sont pas domiciliés dans le canton de Genève. Les 

intimés n'ont contesté, ni devant le Tribunal, ni devant la Cour, la compétence des 

tribunaux genevois pour connaître de la présente cause, de sorte que cette 

compétence sera admise.   

1.4 Les faits et moyens de preuve nouveaux ne sont pris en compte que s'ils sont 
invoqués ou produits sans retard; ils ne pouvaient être invoqués ou produits 

devant la première instance bien que la partie qui s'en prévaut ait fait preuve de la 

diligence requise (art. 317 al. 1 let. a et b CPC). 

- 13/18 - 

 

C/6064/2019 

En l'espèce, l'appelante a allégué pour la première fois devant la Cour avoir subi 

une certaine pression des intervenants sociaux, le dépôt d'une plainte pénale ayant 

été la condition posée à la poursuite de sa prise en charge par les structures 

d'accueil. Il s'agit là d'un fait nouveau qui ne figurait pas dans les écritures de 

première instance, ni dans les déclarations faites devant le Tribunal, l'appelante 

n'ayant pas expliqué les raisons qui l'auraient empêchée d'exposer ces faits en 

première instance déjà. Au vu de ce qui précède, lesdites allégations ne seront pas 

prises en considération, étant par ailleurs relevé qu'elles ne sont pas pertinentes 

pour l'issue de l'appel.  

2. 2.1.1 Un enfant mineur peut être adopté si le ou les adoptants lui ont fourni des 
soins et ont pourvu à son éducation pendant au moins un an et si toutes les 

circonstances permettent de prévoir que l'établissement d'un lien de filiation 

servira le bien de l'enfant (…) (art. 264 al. 1 CC). 

L'adoption (d'un enfant mineur) requiert le consentement du père et de la mère de 

l'enfant (art. 265a al. 1 CC). Le consentement est déclaré, par écrit ou oralement, à 

l'autorité de protection de l'enfant du domicile ou du lieu de séjour des parents ou 

de l'enfant et doit être consigné au procès-verbal (al. 2). Le consentement ne peut 

être donné avant six semaines à compter de la naissance de l'enfant (art. 265b al. 1 

CC). Il peut être révoqué dans les six semaines qui suivent sa réception (al. 2). 

2.1.2 Lorsque, sans motif légal, un consentement n'a pas été demandé, les 
personnes habilitées à le donner peuvent attaquer l'adoption devant le juge, si le 

bien de l'enfant ne s'en trouve pas sérieusement compromis (art. 269 CC). 

L'adoption plénière confère à l'adopté des liens de filiation similaires à ceux 

établis entre les parents et leur propre enfant. De ce fait, elle est en principe 

indissoluble, contrairement à l'adoption simple du droit antérieur. (…). 
Aujourd'hui, seule une procédure judiciaire, aux conditions restrictivement 

énumérées aux art. 269 et 269a CC, permet d'annuler les liens adoptifs. (…). 
L'art. 269 CC ouvre l'action en annulation à toute personne ou autorité dont le 

consentement exigé par la loi n'a pas été requis ou a été refusé. Certaines 

situations sont assimilées au défaut de consentement, dont notamment le 

consentement entaché d'un vice de la volonté au sens des art. 23 ss CO 

(SCHOENENBERGER, in CR CCI, 2010, ad art. 269 n. 2, 4 et 5). 

2.1.3 Si l'une des parties a contracté sous l'empire d'une crainte fondée que lui 
aurait inspirée sans droit l'autre partie ou un tiers, elle n'est point obligée (art. 29 

al. 1 CO).  

La crainte est réputée fondée lorsque la partie menacée devait croire, d'après les 

circonstances, qu'un danger grave et imminent la menaçait elle-même, ou l'un de 

ses proches, dans sa vie, sa personne, son honneur ou ses biens (art. 30 al. 1 CO). 

- 14/18 - 

 

C/6064/2019 

La menace ne vise qu'un but : arracher à la victime la conclusion du contrat. Des 

menaces quelconques ou des situations dangereuses et risquées qui peuvent être le 

motif de la conclusion d'un contrat ne le rendent pas annulable, pour autant 

qu'elles ne soient pas instrumentalisées par l'autre partie pour contraindre la 

victime. (…). La menace doit être sérieuse et effective. (…). La menace doit avoir 
un effet déterminant (causal) sur la conclusion du contrat. Peut-être n'est-elle pas 

l'unique motif, mais elle doit être au moins une condition sine qua non, dans le 

sens d'une condition négative qui permet de déduire que, sans menace, le 

contractant n'aurait pas consenti au contrat (SCHMIDLIN, in CR CO I, 2
ème

 éd. 

2012, ad art. 29 et 30 CO, n. 5, 7 et 12). 

Le contrat entaché d'erreur ou de dol, ou conclu sous l'empire d'une crainte 

fondée, est tenu pour ratifié lorsque la partie qu'il n'oblige point a laissé s'écouler 

une année sans déclarer à l'autre sa résolution de ne pas le maintenir, ou sans 

répéter ce qu'elle a payé (art. 31 al. 1 CO). Le délai court dès que l'erreur ou le dol 

a été découvert, ou dès que la crainte s'est dissipée (art. 31 al. 2 CO). 

2.1.4 L'action en annulation de l'adoption doit être intentée dans les six mois à 
compter du jour où le motif en a été découvert et, dans tous les cas, dans les deux 

ans depuis l'adoption (art. 269b CC).  

Les délais pour agir sont brefs, puisqu'il s'agit de protéger le lien de filiation établi 

par l'adoption. L'écoulement du temps (délai absolu) estompe la gravité des vices 

ou lacunes en question, au profit du caractère durable de la relation juridique 

fondée sur l'adoption. Par ailleurs, il est important de clarifier rapidement la 

situation lors de la constatation d'un vice (délai relatif), afin de ne pas laisser 

planer trop longtemps l'incertitude sur la relation parentale créée par l'adoption 

(MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 6
ème

 éd. 2019, n. 433). 

 Dans le cas d'une adoption soumise à l'ancien droit, le Tribunal fédéral avait 

considéré que les règles du CO sur les vices du consentement s'appliquaient par 

analogie, avec une prise en compte des particularités de l'acte. Comme il l'avait 

déjà retenu à propos de l'annulation de la reconnaissance d'un enfant illégitime par 

son auteur dans un arrêt paru au JdT 1954 I 98, le Tribunal fédéral a confirmé 

qu'une dérogation aux art. 23 ss CO n'était justifiée que si elle s'imposait 

catégoriquement, cette remarque valant aussi pour le délai dans lequel il fallait se 

prévaloir du vice du consentement (JdT 1976 I 635 ss). 

 2.1.5 La décision d'annulation rétroagit à l'entrée en force du prononcé d'adoption 
(SCHOENENBERGER, op. cit. ad art. 269b CC n. 6). 

2.1.6 Pour simplifier le procès, le tribunal peut notamment limiter la procédure à 
des questions ou des conclusions déterminées (art. 125 let. a CPC). 

- 15/18 - 

 

C/6064/2019 

2.2.1 L'appelante ne soutient pas que la procédure imposée par les art. 265a et 
265b CC n'aurait pas été formellement respectée, de sorte qu'il n'y a pas lieu de 

revenir sur ce point.  

2.2.2 L'appelante fait tout d'abord grief au Tribunal d'avoir retenu qu'elle avait 
subvenu à ses besoins en travaillant de manière illégale à H______ comme 

prostituée, alors qu'elle avait rendu vraisemblable avoir été victime de traite 

d'êtres humains et avoir été, de ce fait, privée de son libre arbitre. Ce point a 

toutefois été sans incidence sur le jugement du Tribunal et est sans pertinence 

pour l'issue de la présente procédure, de sorte qu'il ne se justifie pas de s'y attarder 

davantage. 

 L'appelante fait ensuite grief au Tribunal de ne pas avoir fait figurer dans son 

jugement la date du prononcé de l'adoption de l'enfant B______. Il ressort 

toutefois du considérant 20 de la partie EN FAIT du jugement attaqué que la 

procédure d'adoption était définitive depuis le 6 juin 2019. Dans le présent arrêt, 

la Cour a complété l'état de fait en précisant que l'adoption a été prononcée le 

16 mai 2019. C'est dès lors cette date qui sera prise en considération par la Cour 

de justice au regard des délais fixés par l'art. 269b CC. 

 2.2.3 L'appelante reproche ensuite au Tribunal d'avoir nié l'existence d'une crainte 
fondée et de s'être prononcé sur l'intérêt de l'enfant sans avoir donné suite à ses 

offres de preuve sur ces deux points. 

 Par ordonnance du 9 janvier 2020, le Tribunal a limité la procédure à la seule 
question de la recevabilité de l'action en annulation de l'adoption. Dès lors, dans le 

jugement attaqué, il aurait dû se limiter à examiner ce seul point. Or, le Tribunal 

s'est livré, en dépit de la limitation de la procédure, à des considérations excédant 

la question visée par son ordonnance du 9 janvier 2020 et portant d'une part sur 

l'existence d'une crainte fondée et d'autre part sur l'intérêt de l'enfant, points qui 

n'auraient pas dû être abordés à ce stade. Au demeurant, il n'était pas nécessaire, 

pour statuer sur la recevabilité de l'action, de trancher la question de l'existence 

d'une crainte fondée. Il suffisait en effet, en admettant qu'elle ait existé, de 

déterminer à partir de quel moment on pouvait retenir qu'elle s'était dissipée, ce 

que le Tribunal a par ailleurs fait dans une autre partie de son raisonnement.  

Le grief de l'appelante est par conséquent fondé sur ce point. Il est toutefois sans 

conséquence sur l'issue de la procédure, le jugement devant, quoiqu'il en soit, être 

annulé pour un autre motif.  

2.2.4 Le Tribunal a retenu que le délai relatif de six mois fixé à l'art. 269b CC 
n'avait pas été respecté, au motif que même s'il fallait admettre que l'appelante 

avait été en proie à une crainte fondée, celle-ci s'était dissipée au plus tard au mois 

de mai 2018, de sorte que son action en annulation de l'adoption, déposée au mois 

de février 2019, soit après un délai d'environ neuf mois, était tardive. 

- 16/18 - 

 

C/6064/2019 

La Cour ne partage pas cette analyse. 

Il convient tout d'abord de relever que l'appelante se prévaut, par analogie, de 

l'art. 30 CO, l'art. 31 CO prévoyant que la crainte fondée peut être invoquée dans 

un délai d'une année dès qu'elle s'est dissipée. Ce délai d'une année entre par 

conséquent en conflit avec le délai de six mois prévu par l'art. 269b CC. Même en 

admettant que dans les cas d'annulation d'une adoption fondés sur les art. 23ss CO 

appliqués par analogie il conviendrait de tenir compte du délai de six mois et non 

du délai d'une année, l'art. 269b CC imposant des délais brefs afin de protéger le 

lien de filiation établi par l'adoption, la présente affaire présente la particularité 

suivante: l'action en annulation de l'adoption, formée au mois de février 2019 par 

l'appelante, est antérieure au prononcé de l'adoption, intervenu le 16 mai 2019 et 

devenu définitif le 6 juin 2019. Autrement dit, le jugement attaqué a déclaré 

irrecevable pour cause de tardiveté une action en annulation d'une adoption qui 

n'avait pas encore été prononcée au moment du dépôt de l'action visant son 

annulation. 

Le cas d'espèce justifie par conséquent de faire application des principes qui se 

dégagent des arrêts du Tribunal fédéral cités ci-dessus (JdT 1954 I 98 et JdT 1976 

I 635 ss), quand bien même ceux-ci ont été rendus alors que l'actuel droit de 

l'adoption et notamment l'art. 269b CC n'étaient pas encore en vigueur, à savoir 

qu'une dérogation aux art. 23 ss CO n'est justifiée que si elle s'impose 

catégoriquement, cette remarque valant également pour le délai dans lequel le vice 

du consentement doit être invoqué. Il sera rappelé que la brièveté des délais 

prévus à l'art. 269b CC, soit plus particulièrement le délai relatif de six mois, a 

pour but, selon la doctrine, de ne pas laisser planer trop longtemps l'incertitude sur 

la relation parentale créée par l'adoption, ce qui implique que celle-ci ait été 

prononcée. Or, tel n'était pas le cas en l'espèce puisqu'au moment du dépôt de son 

action par l'appelante le lien de filiation entre les parents adoptifs et l'enfant 

B______ n'avait pas encore été créé, quand bien même la mineure se trouvait déjà 

chez eux dans le cadre de son placement en vue d'adoption, lequel a duré, 

conformément à l'art. 264 al. 1 CC, au moins une année. Dans la présente cause, le 

fait de faire courir le délai relatif de six mois de l'art. 269b CC à partir du mois de 

mai 2018 aboutit à un résultat incohérent, à savoir retenir que le délai pour agir en 

annulation de l'adoption était échu avant même le prononcé de celle-ci.  

On pourrait néanmoins s'interroger sur la recevabilité de la demande, formée en 

février 2019, alors que l'adoption n'avait pas encore été prononcée. Il résulte 

toutefois de la procédure que l'appelante, en dépit des démarches effectuées par 

son conseil, n'a obtenu aucune information utile sur la procédure d'adoption. Elle 

n'a appris que le prononcé de l'adoption était définitif et exécutoire depuis le 

6 juin 2019 qu'après avoir introduit son action devant le Tribunal. Il ne saurait par 

conséquent lui être reproché d'avoir agi prématurément.  

- 17/18 - 

 

C/6064/2019 

Au vu de ce qui précède, il y a dès lors lieu d'admettre que l'action de l'appelante, 

formée dans le délai d'une année prévu à l'art. 31 CO appliqué par analogie, même 

en prenant comme date de départ le mois de mai 2018 (date la moins favorable à 

l'appelante retenue par le Tribunal pour admettre la dissipation d'une éventuelle 

crainte fondée), était recevable. Une telle solution se justifie d'autant plus que, 

conformément à ce qui ressort du dossier, les démarches effectuées par 

l'appelante, par l'entremise de son conseil, visant à déterminer si, quand et où 

l'adoption de la mineure avait été prononcée, ont duré plusieurs mois, sans avoir 

donné aucun résultat utile et sans que cette durée puisse lui être imputée.  

Le jugement attaqué sera par conséquent annulé et la cause retournée au Tribunal 

pour instruction au fond sur l'existence d'une crainte fondée ainsi que sur le bien 

de l'enfant au sens de l'art. 269 CC et nouvelle décision. 

3. 3.1.1 Les frais sont mis à la charge de la partie qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).  

Le tribunal peut s'écarter des règles générales et répartir les frais selon sa libre 

appréciation notamment lorsque des circonstances particulières rendent la 

répartition en fonction du sort de la cause inéquitable (art. 107 al. 1 let f CPC). 

3.1.2 Si l'instance d'appel statue à nouveau, elle se prononce sur les frais de la 
première instance (art. 318 al. 3 CPC). 

3.2.1 En ce qui concerne les frais de première instance et dans la mesure où le 
jugement attaqué a été annulé, il appartiendra au Tribunal de les fixer et de les 

répartir lorsqu'il statuera à nouveau. 

3.2.2 Les frais judiciaires d'appel seront fixés à 960 fr. (art. 13, 32 et 35 RTFMC). 
Ils devraient, conformément à l'art. 106 al. 1 CPC, être mis à la charge des parties 

intimées. Il paraît toutefois inéquitable de leur faire supporter les frais d'une 

procédure qu'ils subissent malgré eux, du seul fait qu'ils sont les parents adoptifs 

de l'enfant biologique de l'appelante. Ainsi, les frais judiciaires d'appel seront 

laissés à la charge de l'Etat. 

Pour les mêmes motifs, il ne sera pas alloué de dépens. 

* * * * * 

- 18/18 - 

 

C/6064/2019 

PAR CES MOTIFS, 

La Chambre civile : 

A la forme : 

Déclare recevable l'appel interjeté par A______ contre le jugement JTPI/9547/2020 

rendu le 6 août 2020 par le Tribunal de première instance dans la cause C/6064/2019. 

Au fond : 

Annule le jugement attaqué et cela fait : 

Retourne la cause au Tribunal de première instance pour instruction au fond dans le sens 

des considérants et nouvelle décision. 

Sur les frais : 

Arrête les frais judiciaires d'appel à 960 fr. et les laisse à la charge de l'Etat de Genève. 

Dit qu'il n'est pas alloué de dépens. 

Siégeant : 

Monsieur Cédric-Laurent MICHEL, président; Madame Verena PEDRAZZINI RIZZI, 

Madame Paola CAMPOMAGNANI, juges; Madame Roxane DUCOMMUN, greffière. 

   

 

 

 

 

 

 

Indication des voies de recours : 

 

Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 

(LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa 

notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par-devant le Tribunal 

fédéral par la voie du recours en matière civile. 

 

Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. 

 

http://intrapj/perl/JmpLex/RS%20173.110