# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** df24164d-bd91-52a0-a569-a97c5ba81d10
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2018-11-08
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 08.11.2018 E-1577/2017
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-1577-2017_2018-11-08.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 

 Cour V 

E-1577/2017 

 

 
 

 
 A r r ê t  d u  8  n o v e m b r e  2 0 1 8  

Composition 
 William Waeber (président du collège),  

Gérard Scherrer, Muriel Beck Kadima, juges, 

François Pernet, greffier. 

   

Parties 
 A._______, né le (…), 

Erythrée,   

représenté par Philippe Stern,  

Entraide Protestante Suisse EPER/SAJE,  

(…),  

recourant,  

 
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Qualité de réfugié et renvoi ;  

décision du SEM du 10 février 2017 / N (…). 

 

 

 

E-1577/2017 

Page 2 

Faits : 

A.  

Le 20 mai 2015, A._______ a déposé une demande d’asile en Suisse. 

Entendu le 8 juin 2015 et le 17 juin 2016, le requérant a déclaré être né et 

avoir toujours vécu dans le village de B._______. Il aurait été scolarisé 

jusqu’en septième année, interrompant ses études pour cultiver les terres 

et s'occuper du bétail de la famille, son père étant militaire. Il aurait décidé 

de quitter le pays, en 2014, en raison du manque de perspectives d’avenir 

et par crainte d'être pris dans une rafle et de devoir, un jour, effectuer le 

service militaire obligatoire. Il serait parti, à pied, sans avertir personne, 

pour rejoindre l’Ethiopie voisine, puis le Soudan, la Libye et l’Italie, arrivant 

finalement en Suisse le 17 mai 2015. 

B.  

Par décision du 10 février 2017, notifiée quatre jours plus tard, le SEM a 

rejeté la demande d’asile déposée par le recourant. 

Il a considéré que les motifs invoqués par celui-ci, soit l’absence de 

perspective d’avenir ainsi que la crainte de devoir effectuer le service 

national, n’étaient pas pertinents en matière d’asile. Il a également estimé 

qu’indépendamment de sa vraisemblance, le départ illégal du recourant de 

son pays ne l’exposait pas à une crainte fondée de sérieux préjudices au 

sens de la loi sur l’asile. Le SEM a par ailleurs prononcé le renvoi de Suisse 

de l’intéressé et ordonné l’exécution de cette mesure, qu’il a estimée licite, 

raisonnablement exigible et possible.  

C.  

L’intéressé a interjeté recours contre cette décision, le 14 mars 2017, 

auprès du Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal). Tout en 

sollicitant l’octroi de l’assistance judiciaire totale, il a conclu à l’annulation 

de la décision, à la reconnaissance de sa qualité de réfugié, 

subsidiairement au constat de l’illicéité et/ou de l’inexigibilité de son renvoi 

et à l’octroi de l’admission provisoire. 

Dans son mémoire, le recourant a mis principalement en avant les risques 

encourus en cas de retour en Erythrée en raison de son départ illégal. Il a 

également fait valoir qu'il serait contraint d'effectuer son service militaire et 

soumis alors à des traitements contraires à l'art. 3 CEDH et au travail forcé 

tel que l'entend l'art. 4 al. 2 CEDH. 

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Il a produit des copies des cartes d'identité de ses parents et de la "carte 

militaire" de son père. 

D.  

Par décision incidente du 21 mars 2017, le juge instructeur a octroyé 

l’assistance judicaire totale au recourant et désigné Philippe Stern en tant 

que mandataire d'office. 

E.  

Le 4 juillet 2017, celui-ci a complété son recours. Il s'est prévalu d'une 

récente jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme selon 

laquelle, d'après lui, un requérant d'asile ayant rendu vraisemblable son 

départ illégal, ce qui était son cas, devait se voir reconnaître la qualité de 

réfugié. 

 

Droit : 

1.  

1.1 Le Tribunal, en vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 

administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), connaît des recours contre les 

décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la 

procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités 

mentionnées à l’art. 33 LTAF. 

1.2 En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l’asile 

peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal, 

lequel, sauf l’exception visée par l’art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 

2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110], non réalisée en l'espèce, 

statue définitivement. 

1.3 L’intéressée a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Présenté dans la 

forme (art. 52 PA) et le délai (art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par la loi, le 

recours est recevable. 

1.4 Le recourant n'a pas contesté la décision du SEM du 10 février 2017 

en tant qu'elle rejette sa demande d'asile. Partant, sous cet angle, cette 

décision a acquis force de chose décidée. Il ne reste donc qu'à examiner 

les questions relatives à la qualité de réfugié, au prononcé du renvoi et à 

l'exécution de celui-ci. 

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Page 4 

2.  

2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans 

le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de 

leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de 

leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux 

préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la 

liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique 

insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux 

femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 consid. 5.2‒

5.6). 

2.2 L’asile n’est pas accordé à la personne qui n’est devenue un réfugié au 

sens de l’art. 3 LAsi qu’en quittant son Etat d’origine ou de provenance ou 

en raison de son comportement ultérieur (art. 54 LAsi). 

3.  

3.1 En l’espèce, le Tribunal ne peut que se rallier à l’appréciation du SEM 

relative à la pertinence des allégations de l’intéressé. 

3.2 Le SEM a relevé à bon escient que le manque de perspective d'avenir 

en Erythrée pour l'intéressé n'était pas pertinent en regard de l’art. 3 LAsi. 

Ce point n'est pas contesté. 

Il reste dès lors à examiner si le recourant peut valablement invoquer 

comme motif d’asile ses craintes découlant de son refus d’effectuer son 

service militaire et de sa sortie illégale du pays. 

3.3 Le refus de servir et la désertion sont sévèrement punis en Erythrée. 

La sanction infligée s’accompagne en général d’une incarcération dans 

des conditions inhumaines, et souvent de tortures, dans la mesure où la 

désertion et le refus de servir sont considérés comme une manifestation 

d’opposition au régime ; comme telle, cette sanction revêt le caractère 

d’une persécution, et la crainte fondée d’y être exposé entraîne la 

reconnaissance de la qualité de réfugié (cf. Jurisprudence et informations 

de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2006 no 3 ; 

arrêt E-1740/2016 du 9 février 2018, consid. 5.1). 

Une telle crainte est cependant fondée si la personne en cause a déjà été 

concrètement en contact avec l’autorité militaire, ou avec une autre autorité 

dans la mesure où ce contact laissait présager un prochain recrutement 

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(par exemple, à la suite de la réception d’une convocation de l’armée). Ce 

cas de figure ne se présente pas en l'espèce. 

3.4 Enfin, dans son arrêt D-7898/2015 du 30 janvier 2017, publié comme 

arrêt de référence, le Tribunal a examiné dans quelle mesure les 

Erythréens qui ont quitté leur pays illégalement doivent craindre des 

mesures de persécution, à ce titre, en cas de retour. 

Suite à une analyse approfondie des informations disponibles, il est arrivé 

à la conclusion que la pratique, selon laquelle la sortie illégale d’Erythrée 

justifiait en soi la reconnaissance de la qualité de réfugié, ne pouvait pas 

être maintenue. Cette appréciation repose essentiellement sur le constat 

que des membres de la diaspora, parmi lesquels se trouvent également 

des personnes qui ont quitté illégalement leur pays, retournent en Erythrée, 

pour de brefs séjours, sans subir de sérieux préjudices. Dès lors, les 

personnes sorties sans autorisation d’Erythrée ne peuvent plus être 

considérées, de manière générale, comme exposées à une peine sévère 

pour un motif pertinent en matière d’asile. 

Un risque majeur de sanction, ou de sérieux préjudices au sens de 

l’art. 3 LAsi, en cas de retour, ne peut être désormais admis qu’en 

présence de facteurs supplémentaires défavorables, tel le fait d’avoir 

appartenu à un groupe d’opposants au régime, avoir occupé une fonction 

en vue avant la fuite, avoir déserté ou encore s’être soustrait au service 

militaire, qui font dès lors apparaître le requérant comme une personne 

indésirable aux yeux des autorités érythréennes (cf. arrêt précité, 

consid. 5.2). Or, en l’espèce, aucune de ces circonstances n’est réalisée. 

3.5 Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste le refus de reconnaître 

la qualité de réfugié de l’intéressée, doit être rejeté. 

4.  

4.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à 

ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille 

(art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l'art. 32 de 

l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1, 

RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de 

séjour ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une décision 

d'extradition ou d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 

Cst. 

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4.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurrence 

réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 

5.  

5.1 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 

exigible et possible. Si ces conditions ne sont pas réunies, l'admission 

provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par l'art. 84 LEtr 

(RS 142.20). 

5.2 L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son Etat 

d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux 

engagements de la Suisse relevant du droit international (cf. art. 83 al. 3 

LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 

ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 

liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à l'art. 3 al. 1 LAsi, 

ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays 

(cf. art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines 

ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). 

5.3 L'exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée si le 

renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de 

provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, 

de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale 

(cf. art. 83 al. 4 LEtr). 

5.4 L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la 

Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni 

être renvoyé dans un de ces Etats (cf. art. 83 al. 2 LEtr). 

6.   

6.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de 

droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans 

un pays donné ou qu'aucun autre Etat, respectant le principe du non-

refoulement, ne se déclare prêt à l'accueillir ; il s'agit d'abord de l'étranger 

reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite 

de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé 

par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 

contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou 

dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 

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6.2 L'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non-

refoulement de l'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recourant n'a pas 

rendu vraisemblable qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait 

exposé à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 

6.3 En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 

droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui 

interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application 

dans le présent cas d'espèce. 

6.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou 

dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la 

qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu'un renvoi ou une 

extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des 

violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple 

possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire 

que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu'il 

existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d'être victime de 

tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans 

son pays. Il en ressort qu'une situation de guerre, de guerre civile, de 

troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations 

des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la 

protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut 

rendre hautement probable qu'elle serait visée personnellement – et non 

pas simplement du fait d'un hasard malheureux – par des mesures 

incompatibles avec la disposition en question (Jurisprudence et 

informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile 

[JICRA] 1996 no 18 consid. 14b let. ee p. 186 s.). 

6.5 Dans son arrêt E-5022/2017 du 10 juillet 2018 (destiné à publication 

comme ATAF), le Tribunal s’est penché sur la question de la licéité de 

l’exécution du renvoi en Erythrée dans le cas où il existe un risque 

d’incorporation dans le service national militaire ou civil ; pour ce faire, il a 

tenu compte des objectifs du service, du système de recrutement, de la 

durée des obligations, du cercle des personnes intéressées, et des 

conditions qui caractérisent ce service (consid. 5.1). 

Il a ainsi constaté notamment que les soldats, durant leur formation 

militaire, sont exposés à l’arbitraire de leurs supérieurs, qui punissent 

sévèrement les manifestations d’indiscipline, les opinions divergentes et 

les tentatives de fuite ; de plus, il a été relevé que les femmes incorporées 

dans l’armée sont de manière courante la cible d’atteintes sexuelles de la 

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part de leurs supérieurs, sans cependant que celles-ci soient 

systématiques (arrêt précité, consid. 5.2.1). 

Cette situation d’arbitraire prévaut également durant l’accomplissement du 

service militaire, les personnes continuant à y être exposées sans réelle 

possibilité de protection, vu les carences dans les autorités de contrôle ; le 

pouvoir des supérieurs hiérarchiques ne connaît ainsi pas d’entrave et les 

mêmes abus peuvent être constatés, sans pour autant qu’ils puissent être 

tenus pour généralisés (arrêt précité, consid. 5.2.2). S’agissant du service 

civil, il est très peu rémunéré ; ceux qui y sont incorporés ont peine à couvrir 

leurs besoins avec la solde versée (consid. 5.2.2). Les soldats peuvent, en 

outre, être utilisés comme main-d’œuvre pour toutes sortes de travaux 

utiles à l’économie nationale, sans lien avec les tâches proprement 

militaires.  

6.6 Partant de ce tableau, et se basant sur les sources disponibles, le 

Tribunal est arrivé à la conclusion que le service national érythréen ne peut 

être défini comme un esclavage ou une servitude au sens de l’art. 4 ch. 1 

CEDH. En revanche, dans la mesure où ce service, mal rémunéré, est 

sans durée préalablement déterminée et peut se prolonger de cinq à dix 

ans, il ne constitue pas une obligation civique normale (art. 4 ch. 3 let. d 

CEDH) ; il représente une charge disproportionnée, et se trouve 

susceptible d’être qualifié de travail forcé au sens de l’art. 4 ch. 2 CEDH. 

Cela étant posé, le Tribunal ne considère pas que les mauvais traitements 

et atteintes infligés aux personnes incorporées dans le service national, 

qu’il soit militaire ou civil, soient à ce point généralisés que chacune d’entre 

elles risque concrètement et sérieusement de se voir infliger de tels sévices 

(consid. 6.1.4). L’existence d’un danger sérieux, du fait de 

l’accomplissement du service national, d’être exposé à une violation crasse 

de l’art. 4 ch. 2 CEDH (interdiction du travail forcé ou obligatoire) ne peut 

ainsi être retenue (consid. 6.1.5) ; il en va de même du risque d’être soumis 

à un traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 3 CEDH (consid. 

6.1.6). 

6.7 En conclusion, le risque d’être convoqué par l’autorité militaire et d’être 

tenu d’accomplir le service national n’est pas, en soi, de nature à rendre 

illicite l’exécution du renvoi en Erythrée. 

En l’espèce, le Tribunal constate que le recourant, qui indique avoir quitté 

son pays à cause des mauvaises conditions de vie et par crainte d’être 

convoqué au service national, n’a pas établi la forte probabilité d’un risque 

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de traitement contraire au droit international ; dès lors, l'exécution du renvoi 

sous forme de refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse 

relevant du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 LAsi et 

art. 83 al. 3 LEtr). 

7.  

7.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être 

raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son 

pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par 

exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de 

nécessité médicale. Cette disposition s'applique en premier lieu aux 

« réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 

conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement 

persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de 

violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour 

reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles 

ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin (ATAF 2014/26 

consid. 7.3-7.10, 2011/50 consid. 8.1‒8.3 et jurisp. cit.). 

7.2 Il est notoire que l’Erythrée ne connaît pas une situation de guerre, de 

guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d'emblée – et 

indépendamment des circonstances du cas d'espèce – de présumer, à 

propos de tous les ressortissants du pays, l'existence d'une mise en danger 

concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 

En outre, les conditions de vie s’y sont améliorées, bien que la situation 

économique reste difficile ; l’état des ressources médicales, l’accès à l’eau 

et à la nourriture, ainsi que les conditions de formation, se sont stabilisés. 

Les transferts d’argent importants effectués par la diaspora profitent 

d’ailleurs à une grande partie de la population. En outre, le 9 juillet 2018, 

un accord de paix a été signé avec l’Ethiopie, qui met fin au conflit entre 

les deux pays et prévoit entre eux une collaboration de grande ampleur (cf. 

Neue Zürcher Zeitung, Äthiopien und Eritrea schliessen Frieden, 9 juillet 

2018). Dans ce contexte, l’exécution du renvoi ne cesse d’être exigible 

qu’en présence de circonstances personnelles particulières, de nature à 

mettre en péril la capacité de survie de la personne renvoyée ; cette 

exécution ne requiert plus, comme le prévoyait la jurisprudence antérieure, 

des circonstances individuelles spécialement favorables (cf. arrêt  

D-2311/2016 du 17 août 2017 (publié comme arrêt de référence), 

consid. 16). Le seul risque d’être incorporé dans le service national, à 

supposer qu’il y soit physiquement apte, ne peut pas être considéré en soi 

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Page 10 

comme un obstacle à l’exécution du renvoi au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr 

(arrêt E-5022/2017 précité, consid. 6.2). 

7.3 En l’espèce, il ne ressort du dossier aucun élément défavorable dont 

on pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en 

danger concrète du recourant. A cet égard, le Tribunal relève qu’il est jeune, 

en bonne santé et qu'il peut encore compter sur des membres de sa famille 

en Erythrée, ce qui lui permettra de se réinstaller et de reprendre des 

activités. 

7.4 Pour ces motifs, l'exécution du renvoi doit être considérée comme 

raisonnablement exigible. 

8.  

Le Tribunal rappelle enfin que si un retour forcé en Erythrée n’est pas 

possible, le choix existant d’un retour volontaire empêche de conclure à 

une impossibilité de l’exécution du renvoi, au sens de l’art. 83 al. 2 LEtr. 

L'exécution du renvoi ne se heurte dès lors pas à des obstacles 

insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible (cf. ATAF 

2008/34 consid. 12). Il incombe donc au recourant d'entreprendre toute 

démarche nécessaire auprès de la représentation de son pays d'origine en 

vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de quitter la 

Suisse. 

9.  

9.1 L’assistance judiciaire ayant été accordée, il n'y a pas lieu de percevoir 

de frais (art. 65 al. 1 PA). 

9.2 Par décision incidente du 21 mars 2017 Philippe Stern a été désigné 

mandataire d’office dans la présente procédure. 

9.3 Par conséquent, il y a lieu de lui accorder une indemnité à titre 

d'honoraires et de débours (cf. art. 8 à 11 FITAF, applicables par analogie 

conformément à l'art. 12 FITAF). En cas de représentation d’office, le tarif 

horaire est dans la règle de 100 à 150 francs pour les représentants 

n’exerçant pas la profession d’avocat (cf. art. 12 en rapport avec l’art. 10 al. 

2 FITAF et décision incidente du 21 mars 2017). Sur la base notamment 

de la note de frais du 14 mars 2017, retenant 2 heures de travail 

nécessaires, au vu du mémoire de recours - composé principalement de 

retranscriptions de rapports et de jurisprudence -, à un tarif horaire de 150 

francs, cette indemnité est arrêtée à  300 francs, TVA comprise.  

E-1577/2017 

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est rejeté. 

2.  

Il n'est pas perçu de frais de procédure. 

3.  

La caisse du Tribunal versera à Philippe Stern une indemnité de 300 

francs, à titre d'honoraires. 

4.  

Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. 

 

Le président du collège : Le greffier : 

  

William Waeber François Pernet