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**Case Identifier:** ab17b9e0-f0f6-544a-a360-c28ebb304f5d
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2015-08-17
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 17.08.2015 BO.2015.0017
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_BO-2015-0017_2015-08-17.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 17 août 2015

  
	
  Composition

  	
  M. André Jomini, président; Mme Isabelle Perrin et M.
  Roland Rapin, assesseurs; Mme Marlène Antonioli, greffière. 

  

 

	
  Recourant

  	
   

  	
  A.X.________, à 1********,
  représenté par Me Hüsnü YILMAZ, avocat à Lausanne,  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Office cantonal des bourses d'études
  et d'apprentissage,  

  

   

 

	
  Objet

  	
     décisions en matière
  d'aide aux études         

  
	
   

  	
  Recours Huseyin BEKTAS c/ décision de l'Office cantonal
  des bourses d'études et d'apprentissage du 20 février 2015.

  

 

Vu les faits suivants : 

A.                               
A.X.________, né en 1978, domicilié à 1********, a soumis le 2 octobre
2014 à l’Office cantonal des bourses d’études et d’apprentissage (OCBE) une
demande de bourse pour accomplir une formation universitaire à la faculté des
lettres de l’Université de Genève, en vue d’obtenir un master (3 semestres dès
le semestre de printemps 2015). Le requérant a notamment exposé qu’il avait
obtenu en 2005 une licence en histoire de l’art à la faculté des lettres de
l’Université d’Istanbul (Turquie) et qu’il était en voie d’obtenir un diplôme
de français langue étrangère à l’Université de Lausanne, Ecole de français
langue étrangère. A Genève, sa candidature à la maîtrise universitaire ès
lettres/Master of Arts en histoire transnationale avait été acceptée (selon un
courrier de la faculté des lettres du 2 septembre 2014), alors qu’à Lausanne,
le décanat de la faculté des lettres lui avait indiqué, le 1er
septembre 2014, qu’il ne pouvait pas être admis en Master pour son projet qui
consistait à suivre les programmes d’histoire comme discipline principale
("SP") et d’arménien comme discipline secondaire. La lettre du
décanat justifiait ainsi ce refus : 

"Le choix des
disciplines que vous indiquez dans votre dossier de candidature à l’admission
implique des rattrapages préalables pour un volume de crédits ECTS [European
Credit Transfer and accumulation System] trop important (60 crédits en histoire
et 12 crédits en arménien). Or le volume maximum de crédits ECTS permis dans le
cadre d’un préalable à la Maîtrise universitaire ès Lettres ne peut dépasser
les 60 crédits ECTS, selon l’article 1, alinéa 16 du Règlement d’études en
Faculté des lettres du 18 septembre 2012.

En conséquence, si vous désirez étudier les disciplines que
vous mentionnez à la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne, vous
devez demander une admission au niveau du Baccalauréat universitaire ès
Lettres."

B.                              
Le 9 janvier 2015, l’OCBE a rendu une décision de refus de la bourse, avec
la justification suivante : " La
fréquentation de cette école [l’Université de Genève] élude les exigences inhérentes à l’organisation, à la
réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud (LAE, art. 6,
ch. 3, al. 2) ". 

A.X.________ a formé une réclamation contre cette
décision. 

Par une décision sur réclamation du 20 février 2015,
l’OCBE a confirmé sa première décision, avec la motivation suivante : 

"Vous envisagez
de poursuivre votre formation auprès de l’UNIGE au motif que l’accès à l’UNIL
vous est refusé dans la mesure où vous n’en remplissez pas les conditions. Vous
arguez que les études que vous suivez n’existeraient pas dans le canton de
Vaud. Toutefois, le titre visé (Master en Lettres) peut être obtenu auprès de
l’UNIL. Le fait que les deux universités proposent des options différentes est
inhérent au système d’enseignement et ne constitue pas un motif justifiant
l’octroi d’une bourse pour suivre des études dans un autre canton
(BO.2013.0034). Ainsi, bien que votre démarche soit tout à fait compréhensible,
il n’en demeure pas moins qu’eu égard aux considérations qui précèdent, votre
motivation doit être assimilée à l’intention d’éluder les exigences inhérentes
à la réglementation des études dans le canton de Vaud, de sorte qu’aucune aide
ne peut vous être octroyée. "

C.                              
Par acte du 16 mars 2015, A.X.________ a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal contre la décision sur réclamation
de l’OCBE. Il conclut à l’annulation de cette décision et à l’octroi d’une
bourse pour son Master ès lettres à l’Université de Genève. Il fait valoir, en
substance, que la discipline pour laquelle il s’est inscrit à Genève,
l’histoire transnationale avec option en études arméniennes, n’est enseignée
qu’à Genève ; l’histoire transnationale doit être distinguée de l’histoire
stricto sensu, et il n’a précisément pas demandé l’inscription au Master en
histoire à Genève. Il remplirait les conditions pour l’inscription à un Master
en histoire de l’art, ou pour un Master en français langue étrangère à la
faculté des lettres de l’Université de Lausanne, mais cela ne correspond pas à
son projet de formation pour le niveau Master. 

Dans sa réponse du 15 avril 2015, l’OCBE propose le
rejet du recours. 

Le recourant, désormais représenté par un avocat, a
répliqué le 18 juin 2015. Il conclut désormais à l’annulation de la décision
attaquée et au renvoi de la cause à l’OCBE pour nouvelle décision. 

D.                              
A la requête du juge instructeur, le recourant a donné le 20 juillet
2015 des précisions sur l’enseignement qu’il entend suivre à Genève : 

– un module destiné à renouveler et à approfondir
les connaissances théoriques et les aptitudes méthodologiques en histoire
transnationale (cours "Questions et approches de l’histoire
transnationale", "Introduction aux archives : perspectives
transnationales", "Introduction aux méthodes d’histoire
transnationale") ; 

– deux modules avec spécialisations (cours "Histoire
des espaces extra-européens", "La guerre froide globale", "Histoire,
mémoire et justice : les commissions vérités et réconciliation",
"Circulations intellectuelles et culturelles : une histoire des programmes
d’échanges (XIXe-XXe s.)", "Une histoire des projets et politiques de
développement – modèles européens, pratiques mondiales (1880-1980)",
"L’organisation internationale de la paix au XXe s. : pratiques
culturelles et histoire intellectuelle") ; 

– deux modules à choix en études arméniennes, dans
le cadre du Centre de recherches arménologiques de l’université (cours au
prochain semestre : "La Turquie et le Caucase : une histoire de
ruptures et de solidarités à éclairer (XIXème-XXème siècles)" ;
"Dire l’indicible : littérature et arts après la Catastrophe (1915-2015)"). 

A la fin des études, il entend rédiger un mémoire
sur un parti social-démocrate fondé en 1887 à Genève par des étudiants
arméniens, sous la direction d’un professeur du Centre de recherches
arménologiques. Le recourant affirme qu’il est resté dès le début attaché à son
projet d’étude en histoire transnationale du Moyen-Orient à travers une
spécialisation sur la question arménienne, études qui ne sont pas possibles à
Lausanne.  

 

Considérant en droit : 

1.                               
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi du 28
octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours a
été formé en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles
énoncées à l’art. 79 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, et son
auteur a manifestement qualité pour recourir (art. 75 let. a LPA-VD), de sorte
qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.                               
Le recourant soutient qu’il a droit à une bourse selon la loi cantonale
vaudoise parce que la formation qu’il vise – formation en histoire
transnationale du Moyen-Orient et en études arméniennes – ne peut pas être
suivie dans le canton de Vaud, à l’Université de Lausanne, mais seulement à
l’Université de Genève. Il se justifie donc, selon lui, de faire une exception
à la règle selon laquelle les bourses d’études ne sont allouées qu’en vue de la
fréquentation d’une école dans le canton de Vaud. 

a) En vertu de l'art. 6 al. 1 de la loi du 11
septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAEF;
RS 416.11), le soutien financier de l'Etat est accordé aux étudiants et élèves
fréquentant, à certaines conditions, les écoles du canton de Vaud. Une
exception à cette condition géographique n'est concédée qu'à l'art. 6 al. 1 ch. 3 LAEF, selon lequel le soutien précité est accordé: 

"3. Aux élèves, étudiants et apprentis fréquentant des
établissements d'instruction hors du Canton de Vaud pour des raisons reconnues
valables, telles que la proximité géographique ou la possibilité d'y obtenir
une formation ou un titre professionnel pour lesquels le Canton de Vaud ne
possède pas d'école appropriée.

     Aucune aide ne sera toutefois allouée si la
fréquentation d'une école hors du canton est motivée par l'intention d'éluder
les exigences inhérentes à l'organisation ou à la réglementation ou au
programme des études dans le Canton de Vaud".

En octroyant des subsides en priorité aux étudiants
des établissements d'instruction du canton, le législateur vaudois a voulu
imposer aux bénéficiaires de ce soutien qu'ils se plient aux conditions en
vigueur dans le canton de Vaud: la loi, qui consacre le caractère tout à fait
exceptionnel du subventionnement des études hors du canton de Vaud, garantit
ainsi le libre choix de la formation, mais non pas celui du lieu où cette
formation peut s'acquérir (arrêts BO.2014.0023 du 16 janvier 2015 ;
BO.2013.0014 du 18 novembre 2013 ; BO.2008.0141 du 14 septembre 2009). Lorsqu’il
existe une voie de formation dans le canton de Vaud, l’octroi d’une bourse pour
suivre une voie équivalente dans un autre canton est en principe exclu. Le Tribunal fédéral a confirmé que les cantons pouvaient en
principe favoriser les formations dispensées sur leur propre territoire (Arrêt
du TF 1P.323/1999 du 19 août 1999 consid. 4a).

L'élément déterminant qui conditionne
l'exception est donc l'absence dans le canton d'une école appropriée à la
formation désirée. Ce n'est qu'à défaut d'équivalence qu'une formation hors du
canton peut être subventionnée. Encore exigera-t-on que les différences entre
la formation ou le titre visé et ce que peut offrir le canton soient
suffisamment sensibles. En effet, il existe toujours entre chaque école
prodiguant un même enseignement de base des différences de programme, plus ou
moins grandes selon les domaines enseignés. Ces différences, tant qu'elles ne modifient
pas notablement la formation dispensée, ne peuvent pas être prises en
considération; à défaut, le critère subsidiaire du subventionnement des études
hors du canton de Vaud disparaîtrait (arrêts BO.2013.0034 du 7 août
2014; BO.2008.0129 du 22 mai 2009 et la réf. citée). 

Selon la jurisprudence constante, les conditions
d'admission à l'école pressentie font partie des "exigences
inhérentes à l'organisation ou à la réglementation ou au programme des études
dans le canton de Vaud" au sens de l’art. 6 al. 1
ch. 3 LAEF (cf. BO.2008.0149 du 6 mars 2009; BO.2007.0049 du 18
juillet 2007; BO.2005.0028 du 26 mai 2005). Ainsi, des conditions
d'accès plus restrictives dans le canton de Vaud ne constituent pas un motif
justifiant l’octroi d’une bourse pour suivre des études dans un autre canton,
le requérant devant se conformer aux exigences inhérentes à l'organisation ou à
la réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud. Il en va
de même lorsque l'étudiant ne peut pas poursuivre ses études entamées dans le
canton de Vaud en raison d'un échec définitif (BO.2012.0001 du 10 mai 2012; BO.2007.0200
du 5 février 2008).

La juridiction cantonale a ainsi confirmé le refus d’une
bourse à un étudiant vaudois qui entendait suivre des études à la faculté de droit
de l'Université de Genève en raison, d'une part, de l'impossibilité de
s'inscrire à celle de l'Université de Lausanne dont le requérant ne remplissait
pas les conditions d'admission et, d'autre part, de l'échec définitif subi à
l'Université de Neuchâtel (arrêt BO.2013.0013 du 8 janvier 2014 – voir d’autres
situations analogues dans l’arrêt BO.2013.0034 du 7 août 2014). 

b)  En l’occurrence, le titre académique visé par le
recourant est une maîtrise universitaire ès lettres (Master of Arts), octroyée
par la faculté des lettres d’une université. Il n’est pas contesté que
l’Université de Lausanne délivre de tels grades ou titres. Le plan des études
de la faculté des lettres de l’UNIL (www.unil.ch/lettres/
fr/home/menuinst/master-et-specialisation/master-2005/plans-detudes.html) mentionne
plusieurs voies pour obtenir un Master, dans cette faculté, en étudiant des
disciplines relevant de l’histoire au sens large (histoire, sciences de
l’Antiquité, histoire et sciences des religions, histoire de l’art). Le Master
ès Lettres en histoire est présenté ainsi sur le site internet de l’UNIL (www.unil.ch/lettres/files/live/sites/lettres/files/shared/
Master_et_Specialisation/Master2015/HIST%20MA.pdf) : 

"Le
programme de la Maîtrise
universitaire (Master) ès Lettres en histoire s’organise entre les périodes
médiévale, moderne et contemporaine. Le plan d’études en histoire met l’accent
sur l’histoire suisse et le monde alpin dans une perspective tant
internationale que régionale, sous l’angle politique, institutionnel, social,
économique, culturel et religieux. Les thématiques enseignées changent d’année
en année, car elles intègrent les recherches en cours des enseignants
concernés. Le programme de Master ès Lettres en histoire regroupe des
enseignements offerts par la Section
d’histoire de la Faculté des lettres.
Certains enseignements sont donnés par l'Institut d'études politiques,
historiques et internationales (IEPHI) de la Faculté des Sciences sociales et politiques."

Le recourant est fondé à alléguer que les branches
enseignées à Genève, dans le programme de maîtrise universitaire, ne sont pas
identiques à celles enseignées à Lausanne. Il est mis l’accent à Lausanne sur
l’histoire suisse, et à Genève, sur les aspects transnationaux. Certes, le
programme de Master ne peut pas être considéré comme un enseignement
universitaire de base, puisque c’est l’objet du programme de Bachelor.
Toutefois, il ne s’agit pas encore, pour les étudiants, d’effectuer des
recherches spécialisées dans des domaines pointus, à l’instar de ce qui est
prévu dans les programmes post-grades ou de doctorat. Les cours auxquels le
recourant s’est inscrit à Genève, dans les modules de base, portent du reste
sur des thèmes historiques assez généraux et ils ne consistent pas en des
recherches ou études poussées de l’histoire du Moyen-Orient ou de l’Arménie.
Dans le cadre de l’examen qu’il faut effectuer pour l’application de la LAEF, on peut considérer que les deux Master universitaires ès lettres, dans les disciplines
historiques, délivrés à Lausanne et à Genève, sont comparables. Il n’y a donc
objectivement pas de motifs de faire une exception à la règle selon laquelle,
si une formation est disponible dans le canton de Vaud, une bourse d’études ne
peut pas être octroyée pour une formation analogue dans un autre canton. Les
intérêts ou aptitudes particuliers du recourant, en raison de son parcours de
vie et d’études, voire de sa volonté de se spécialiser ensuite dans un domaine
académique, l’histoire de l’Arménie, pour lequel il a déjà montré un intérêt en
participant à certains projets ou manifestations, sont des éléments subjectifs
qui ne sont pas décisifs. Il en va de même des exigences de l’UNIL qui sont
plus restrictives pour l’inscription au Master ès lettres, à l’égard des
étudiants qui ont accompli une formation préalable ne leur conférant pas
suffisamment de crédits ECTS. 

Il s’ensuit que c’est à bon droit que l’OCBE a
refusé l’octroi d’une bourse d’études. Le recours, mal fondé, doit être rejeté.
Cela entraîne la confirmation de la décision attaquée. 

3.                               
Le recourant, qui succombe, supporte les frais de justice. Il n’y a pas
lieu d’allouer des dépens. 

Par
ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

I.                                  
Le recours est rejeté.

II.                                
La décision sur réclamation prise le 20 février 2015 par l’Office
cantonal des bourses d’études et d’apprentissage est confirmée. 

III.                               
Un émolument judiciaire de 100 (cent) francs est mis à la charge du
recourant. 

IV.                             
Il n’est pas alloué de dépens. 

 

Lausanne, le 17 août 2015.

 

 

Le président:                                                                                             La
greffière:

                                                                                                                  

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa
notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit
public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur
le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire
à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans
une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de
preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte
attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent
être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il
en va de même de la décision attaquée.