# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 185672df-a926-5976-971f-fb72ddf9be2e
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1998-10-13
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 13.10.1998 CCP.1998.6658 (INT.1998.1075)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1998-6658_1998-10-13.html

## Full Text

A.      Il
ressort du jugement entrepris que le 18 juillet 1997, aux

alentours
de 14 h 00, V.  a accompagné son mari
qui allait chercher son

fils
B.  chez son ex-compagne, H. ,
domiciliée à La Chaux-de-Fonds. Au

domicile
de celle-ci les deux femmes se sont mutuellement insultées, puis

les
époux V.  sont repartis en compagnie de
l'enfant pour reprendre leur

véhicule
stationné sur la rue du Banneret. H.  a
alors lancé une bouteille

en
verre depuis une fenêtre de son appartement en direction de V. , la

bouteille
arrivant à proximité immédiate de celle-ci. V. 
est ensuite

remontée
à l'appartement, avant d'en redescendre quelques instants plus

tard,
la tête en sang. Elle a également été blessée à la jambe et au pied

gauche.
Elle s'est immédiatement rendue à la police, expliquant avoir reçu

des
coups de batte de base-ball assénés par H. , puis a été conduite à

l'hôpital.
Après avoir été entendue le même jour par la police,

H.  a déposé plainte pénale contre V.  pour injures et voies de fait. V.

en a
fait de même le 19 juillet 1997 contre H. .

 

B.      Par
jugement du 23 juin 1998, le Tribunal de police du district

de La
Chaux-de-Fonds a condamné H.  à une
peine de trois jours

d'emprisonnement
avec sursis pendant deux ans et à 460 francs de frais de

justice
pour lésions corporelles simples, refusant de considérer le

comportement
de la recourante comme de la légitime défense. S'agissant de

la
prévention d'injures, H.  a été exemptée
de toute peine en application

de
l'article 177 al.3 CP. V. , quant à elle, a été condamnée à 400 francs

d'amende
et à 220 francs de frais de justice en application des articles

123 et
177 CP.

 

C.     
H.  se pourvoit en cassation
contre ce jugement. Elle conclut à

son
acquittement, subsidiairement au renvoi de la cause. Elle invoque une

appréciation
arbitraire des faits s'agissant de la constatation des

blessures
subies par V.  à la jambe et au pied
gauches ainsi qu'une erreur

de
droit en ce qui concerne le refus de retenir la légitime défense.

 

D.      La
présidente suppléante du Tribunal de police de La Chaux-de-

Fonds
ne présente ni observations ni conclusions. Le substitut du procu-

reur
général conclut au rejet du recours, sans formuler d'observations. La

plaignante
en formule quelques unes, en concluant au rejet du pourvoi et à

l'octroi
d'une indemnité de dépens.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
La Cour de cassation est liée par les constatations de fait

du
premier juge, mais elle peut rectifier celles qui sont manifestement

erronées
(art.251 al.2 CPP). Le législateur neuchâtelois a ainsi consacré

le
principe de l'intime conviction du juge, son pouvoir d'appréciation en

matière
de preuves n'étant limité que par l'arbitraire (RJN 1982, p.70 et

jurisprudence
citée). La Cour de cassation n'intervient que si celui-ci a

admis
ou nié un fait en se mettant en contradiction évidente avec le dos-

sier,
s'il a abusé de son pouvoir d'appréciation, en particulier s'il a

méconnu
des preuves pertinentes ou s'il n'en a arbitrairement pas tenu

compte,
lorsque ses constatations sont évidemment contraires à la situa-

tion de
fait, reposent sur une inadvertance manifeste ou heurtent grave-

ment le
sentiment de la justice, enfin lorsque l'appréciation des preuves

est
tout à fait insoutenable, par exemple, lorsqu'elle est fondée exclu-

sivement
sur une partie des moyens de preuves (ATF 118 Ia 30 et les réfé-

rences,
112 Ia 371, RJN 7 II 4).

 

       
b) En l'espèce, la recourante estime que le premier juge a

arbitrairement
apprécié les preuves en retenant que la bouteille qu'elle

avait
bel et bien lancée sur V.  avait blessé
cette dernière en éclatant

au sol
et qu'elle s'était ainsi rendue coupable de lésions corporelles

simples.

 

       
Contrairement à ce qu'affirme la recourante, le premier juge

s'est
fondé sur un faisceau d'indices suffisant pour affirmer que V.

avait
été blessée à une jambe et à un pied par des éclats de verre de la

bouteille.
S'il est vrai que la recourante a déclaré à la police qu'elle

avait
lancé la bouteille "sans la toucher", elle entendait assurément par

là que
la bouteille n'avait pas directement atterri sur V.  mais avait

fini sa
course à terre. De plus, la recourante n'a jamais contesté la

réalité
des blessures et leur origine pendant la phase d'instruction ou de

jugement.
Le mari de V.  a également fait des
déclarations concordantes à

celles
de son épouse et il appartenait au juge de déterminer, comme il l'a

fait,
la valeur probante d'un témoignage, selon sa libre appréciation.

Enfin,
compte tenu du déroulement de la seconde altercation,  il paraît

difficile
de retenir que les blessures aient pu être causées à ce moment,

la recourante
ayant asséné des coups de batte de base-ball sur la tête et

le
front de V. .

 

       
C'est donc à juste titre et sans faire preuve d'arbitraire que

le
premier juge a retenu la prévention de lésions corporelles simples à

l'encontre
de la recourante pour les faits relatifs à la première partie

de
l'altercation. Le recours est donc mal fondé sur ce point.

 

3.      a)
La recourante critique le jugement de première instance, dans

la
mesure où il ne retient pas qu'elle a agi par légitime défense. Celui

qui est
attaqué sans droit ou menacé sans droit d'une attaque imminente a

le
droit de repousser l'attaque par des moyens proportionnés

aux
circonstances (art.33 CP). Selon la doctrine et la jurisprudence, la

victime
d'une agression n'a le droit de se défendre qu'à la condition que

les
moyens qu'elle utilise à cette fin soient proportionnés aux

circonstances.
Il faut pour en juger prendre en considération la gravité

de
l'attaque, la nature du moyen choisi et les conditions de son usage

(ATF
107 IV 15, 102 IV 68 et la doctrine citée). La défense est

proportionnée
lorsque la protection du bien menacé n'aurait pas pu être

assurée
par des moyens moins dommageables que ceux dont il a été fait

usage.

 

       
b) S'agissant des blessures occasionnées par le jet de la

bouteille,
le premier juge a retenu à juste titre qu'il y avait déjà eu

riposte
dans le cadre de l'échange d'injures et que les parties étaient

ainsi
"quittes"; H.  n'était donc
pas habilitée à invoquer la légitime

défense
pour lancer une bouteille en verre sur V. .

 

       
Ensuite, il faut admettre avec le premier juge que V.  n'était

plus au
bénéfice de la légitime défense en se présentant à la porte de

l'appartement
de la recourante et en frappant cette dernière avec une

bouteille
en verre. En effet, la légitime défense ne se justifie que tant

que
dure l'attaque ou que menacent une nouvelle atteinte ou l'aggravation

d'une
atteinte existante. Ainsi, une attaque s'achève quand se réalise le

danger
qu'elle crée pour un bien juridique ou quand son auteur ne peut ou

ne veut
plus la poursuivre (art.21 CP) ou qu'il l'a menée à son terme sans

succès
(art.22 CP); tout acte délictueux accompli ensuite contre

l'agresseur
qui ne menaçait pas de recommencer est par définition non

défensif
(Graven, L'infraction pénale punissable, Berne, 1997, p.176). La

légitime
défense ne recouvre donc ni l'attaque préventive, ni la

vengeance.
On peut toutefois laisser ouverte la question de savoir si

H.  a agi ou non en état de légitime défense. En
tout état de cause,

asséner
des coups de batte de base-ball sur la tête de l'agresseur ne

constitue
pas des moyens appropriés de riposte, d'autant plus que le

jugement
constate qu'elle s'est acharnée. Agissant ainsi, elle a de toute

façon
excédé les bornes de la légitime défense et fait renaître la

punissabilité.

 

4.      Il
apparaît par ailleurs qu'on aurait certainement dû considérer

que les
objets utilisés par les deux protagonistes constituaient des

objets
dangereux au sens de l'article 123 ch.2 CP. Il ne faut pas

s'attacher
principalement à l'objet pour lui-même, mais surtout à la

manière
dont il a été utilisé concrètement; on admettra que l'auteur a

fait
usage d'un objet dangereux s'il résulte de la manière dont il l'a

employé
un risque certain de lésions relativement graves (Corboz, Les

principales
infractions, Berne, 1997, p.78-79, no 24-26). Il n'y a

toutefois
pas lieu de modifier le jugement sur ce point, l'interdiction de

la
reformatio in pejus ne permettant pas qu'une peine plus sévère soit

infligée.

 

5.      Le
recours, mal fondé dans son ensemble, doit en conséquence

être
rejeté et les frais de la cause mis à la charge de la recourante qui

succombe.
L'équité ne justifie pas l'octroi d'une indemnité de dépens à la

plaignante
qui a participé activement à la dispute. L'indemnité d'avocat,

due à
Me X. , sera compte tenu de l'activité déployée,

fixée à
400 francs, frais, débours et TVA compris, compte tenu de l'acti-

vité
apparemment déployée et de l'importance de la cause.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Rejette le recours.

 

2.
Condamne la recourante aux frais arrêtés à 440 francs.

 

3. Fixe
à 400 francs, TVA comprise, l'indemnité due à Me X. , avocat d'office de la recourante.

 

 

Neuchâtel,
le 13 octobre 1998

 

                          AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION PENALE

                       Le greffier                  La présidente