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**Case Identifier:** a58f630f-c802-5df3-b39c-9f6134db0230
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2024-01-09
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale de recours 09.01.2024 P/10593/2022
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_011_P-10593-2022_2024-01-09.pdf

## Full Text

REPUBLIQUE ET  
 

CANTON DE GENEVE  

POUVOIR JUDICIAIRE  

P/10593/2022 ACPR/4/2024 

COUR DE JUSTICE 

Chambre pénale de recours 

Arrêt du mardi 9 janvier 2024 

 

Entre 

A______, domiciliée ______, représentée par Me B______, avocate,  

C______, domiciliée ______, représentée par Me Manon PASQUIER, avocate, @LEX 

AVOCATS, rue de Contamines 6, 1206 Genève, 

D______, domiciliée ______, représentée par Me Robert ASSAËL, avocat, MENTHA 

AVOCATS, rue de l'Athénée 4, case postale 330, 1211 Genève 12, 

recourantes, 

 

contre l'ordonnance de classement et de refus de réquisitions de preuves rendue le 31 mai 

2023 par le Ministère public, 

et 

LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, 

1213 Petit-Lancy - case postale 3565, 1211 Genève 3, 

intimé. 

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EN FAIT : 

A. a.a. Par acte déposé le 12 juin 2023, A______ recourt contre l'ordonnance du 31 mai 
2023, notifiée le 1er juin 2023, par laquelle le Ministère public a classé la procédure 
ouverte à la suite de sa plainte contre son père, E______, pour actes d'ordre sexuel 
avec des enfants (art. 187 CP), actes d'ordre sexuel avec des personnes dépendantes 
(art. 188 CP), contrainte sexuelle (art. 189 CP), actes d'ordre sexuel commis sur une 
personne incapable de discernement ou de résistance (art. 191 CP) et pornographie 
(art. 197 CP). 

Elle conclut, sous suite de frais et dépens non chiffrés, à son annulation et au renvoi 
de la cause au Ministère public pour instruction complémentaire, notamment mise en 
œuvre de ses réquisitions de preuves, puis mise en accusation de E______ devant le 
tribunal compétent. 

a.b. Au bénéfice de l'assistance judiciaire gratuite, elle a été dispensée du versement 
des sûretés. 

b.a. Par acte déposé le même jour, C______ recourt également contre cette 
ordonnance, prenant des conclusions similaires à celles de sa sœur A______, sous 
suite de frais et dépens. 

b.b. La recourante a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la 
Direction de la procédure. 

c.a. Par acte expédié le 12 juin 2023, D______ recourt elle aussi contre cette 
ordonnance, concluant, sous suite d'indemnité non chiffrée, au renvoi de la cause au 
Ministère public pour audition des personnes citées dans ses réquisitions et la 
poursuite de E______ des chefs d'infractions aux art. 187, 189, 191, 197 et 219 CP 
(soit violation du devoir d'assistance ou d'éducation). 

c.b. La recourante a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la 
Direction de la procédure. 

B. Les faits pertinents suivants ressortent du dossier : 

a. A______, née le ______ 1997, C______, née le ______ 2000, et D______, née le 
______ 2005, sont les filles de F______ et de E______, 1______ professionnels. 

À la séparation de leurs parents, en septembre 2006, une garde alternée a été 
aménagée, à raison d'une semaine chez chacun d'eux. Lorsque A______ a atteint 

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l'âge de 14 ans, elle a émis le souhait d'habiter chez son père, au motif qu'elle y aurait 
plus de liberté. À l'âge de 12 ans, C______ l'a suivie, pour la même raison. 

Selon A______, leur père était peu présent et elle avait dû jouer le "rôle de maman" 
avec C______ et D______, une semaine sur deux. Cela avait créé des conflits, car 
C______ était en pleine crise et n'allait pas à l'école. Son père, lorsqu'elle lui en 
parlait, disait que ce n'était pas grave, que c'était l'adolescence, avis qu'elle ne 
partageait pas. À 17 ans, elle était revenue chez sa mère, puis à 20 ans s'était 
constituée son propre domicile. 

C______ est revenue vivre chez sa mère à 18 ans, puis a pris une colocation une 
année plus tard. 

À partir de 2018, D______ a continué de se rendre chez son père un week-end sur 
deux et la moitié des vacances scolaires, tandis que les deux aînées ne le voyaient 
plus régulièrement, mais le rencontraient de temps en temps.  

b. Le 1er janvier 2021, F______ a appris par la presse que son ex-époux, ______ 
[activité dans le domaine 1______], avait été prévenu, en 2018, dans le canton de 
Vaud, d'actes d'ordre sexuel sur une jeune 1______ en formation. 

Elle en a immédiatement informé ses filles. 

c.a. Par jugement du 17 août 2021, le Tribunal de police de l'arrondissement de 
M______ [VD] a déclaré E______ coupable d'actes d'ordre sexuel commis sur une 
personne incapable de discernement ou de résistance et l'a condamné à une peine 
privative de liberté de 150 jours, avec sursis. 

c.b. E______ a informé ses filles de cette condamnation quelques jours plus tard, 
ajoutant qu'elle reflétait "une réalité subjective du ressenti de la plaignante et non 
pas des actes condamnables" et qu'il était "énormément désolé" du mal que cela 
pouvait leur faire et dont il aurait aimé pouvoir les protéger. 

Le 21 septembre 2021, en réponse à une lettre que lui avait fait parvenir D______, il 
lui a réitéré dans des termes similaires ses excuses pour les souffrances occasionnées. 

c.c. L'appel, respectivement le recours, formés par E______ ont été rejetés par la 
Cour d'appel pénale du canton de Vaud, puis par le Tribunal fédéral. 

Dans le cadre de cette procédure, E______ a admis qu'il était possible qu'il ait, dans 
le cadre de l'exercice de ______ exécuté lors d'un stage de 1______, touché les fesses 
ou passé les mains sous le t-shirt de la plaignante, mais a affirmé qu'il n'était pas 
animé d'intentions sexuelles. Il contestait avoir été en érection lors du débriefing qui 

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avait suivi, contrairement à ce qu'alléguaient la plaignante et une autre participante. Il 
n'avait pas perçu de gêne chez sa partenaire et n'avait peut-être pas été assez à 
l'écoute. Le fait que deux personnes se soient déclarées choquées par le déroulement 
de l'exercice (qui était selon elles couramment utilisé dans le milieu de 1______, 
mais s'était déroulé, ici, de manière complètement différente) n'engageait qu'elles et 
il n'avait pas subi d'autres critiques de la part de participants à l'exercice. 

Les juges ont retenu que les gestes décrits avaient à l'évidence une connotation 
sexuelle – preuve en était l'érection de l'intéressé – et qu'aucune justification 
artistique ne les validait. 

d. Le 11 mars 2022, l'avocat de F______ a contacté la police, sa mandante lui ayant 
expliqué avoir reçu une lettre de sa fille D______ dans laquelle celle-ci expliquait 
avoir été victime d'inceste de la part de son père.  

F______ a ainsi été convoquée le 22 mars 2022 par la police et a déposé plainte en 
exposant ce qui suit: 

Ses filles avaient été bouleversées par l'annonce de la procédure pénale ouverte 
contre E______ et les révélations détaillées parues dans la presse. En particulier, 
D______, suivie depuis 2018 par des psychiatres, avait refusé de voir son père et 
montré des signes de grande souffrance, se répercutant sur son sommeil, son 
alimentation et son assiduité scolaire. Durant l'été 2021, D______ avait évoqué avec 
elle des "choses chelou" qui se passaient chez son père: celui-ci était souvent nu à la 
maison, prenait sa douche alors qu'elle regardait la télévision dans la chambre 
paternelle et pouvait l'apercevoir à travers la paroi de plexiglas, fréquentait de très 
jeunes femmes, toutes choses qui la mettaient mal à l'aise. 

En septembre 2021, après avoir discuté avec ses sœurs, D______ s'était rendue au 
centre LAVI. À la même époque, soit fin août début septembre 2021, elle avait fait 
une crise d'angoisse, été prise en charge par les urgences psychiatriques, puis dirigée 
vers le centre de consultation "G______", unité de crise destinée aux adolescents en 
détresse, angoissés, déprimés ou ayant des idées suicidaires. Ces deux unités avaient 
conjointement fait une demande de prise en charge rapide dans un centre de 
consultation spécialisé dans le traitement des séquelles d’agressions sexuelles 
H______ [ci-après : le H______], où la jeune fille avait été suivie.  

Le 6 décembre précédent, D______, à la suite d'une consultation au centre 
"G______", lui avait remis un courrier en lui demandant de le lire en sa présence. 

La teneur de ce dernier est la suivante : "Maman, il faut que je te dise quelque chose 
que je n'arrive pas à dire par oral. Je te l'ai pas dit avant car je ne voulais pas que tu 

t'effondres. Je crois que j'ai vécu la même chose que A______ et C______ 

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concernant papa. J'ai pas fait d'amnésie traumatique, c'est là depuis longtemps dans 

ma mémoire. Si je te dis tout ça aujourd'hui, c'est que je veux apprendre à vivre 

normalement. Je veux pas que t'en parles à A______ ou C______ pour l'instant". 

Sa fille avait refusé de lui en dire davantage et elles n'avaient pas discuté du contenu 
de cette lettre par la suite. À sa propre demande, elle avait toutefois eu un entretien 
avec la psychologue du H______ qui suivait D______, en présence de cette dernière. 
À cette occasion, sa fille avait exprimé le souhait de déposer plainte contre son père, 
lorsqu'elle s'en sentirait capable. Elle-même avait toutefois constaté que la jeune fille 
perdait de plus en plus de poids depuis décembre et, après une discussion avec elle 
en février 2022, avait décidé d'activer la procédure, D______ craignant d'être 
responsable du suicide de son père si elle le faisait elle-même. Ses deux autres filles 
étaient en accord avec cette démarche et avaient déclaré qu'elles étaient prêtes à le 
faire pour elles-mêmes, car elles ne pouvaient plus "vivre avec cette chose qui n'était 
pas nommée et que la lumière doit être faite là-dessus". 

À titre personnel, F______ a déclaré se rappeler en particulier d'un épisode, 
intervenu juste après la séparation: alors qu'elle était revenue au domicile conjugal 
pour y chercher des affaires des filles, elle avait trouvé, posées sur une couverture, 
des poupées Barbie dont les seins et les cheveux étaient brûlés, et dans les seins et les 
parties génitales desquelles des clous avaient été enfoncés. A______ et C______ lui 
avaient expliqué que leur père avait défiguré les Barbies devant elles, sous forme de 
jeu. Choquée, elle les avait montrées au directeur [du centre de consultations 
conjugales] U______, qui lui avait fortement suggéré un travail de médiation pour 
comprendre et faire en sorte que E______ ne se libre plus à ce genre de jeu, ce à quoi 
son ex-époux s'était engagé dans le cadre de la convention sur mesures protectrices 
de l'union conjugale. 

La procédure en retrait d'autorité parentale, qu'elle-même avait entamée à la suite des 
révélations de la presse, avait abouti à un jugement en ce sens en novembre 2021, 
auquel E______ ne s'était pas opposé. 

e. D______ a été entendue (vidéo filmée) le même jour par la police conformément 
au protocole d'audition des enfants victimes d'infractions graves (EVIG) du National 
Institute of Child Health and Human Development (NICHD). À l'invitation de dire 
"tout sur le truc qui s'est passé avec ton père quand t'étais petite", elle a répondu 
qu'"en fait, en vrai, genre.. ben j'me souviens de très peu de choses et genre c'est… 
assez flou... et c'est plus genre des sensations dans le corps". La seule chose dont elle 
se rappelait était que, quand elle était petite et qu'elles devaient aller à l'école, ses 
sœurs aînées avaient un réveil, alors que s'agissant d'elle, son père venait dans sa 
chambre et "j'pense pas que c'était méchant genre..", il venait dans son lit – qui était 
un lit à une place – et se collait à elle, en cuillère, et il "bandait genre dans l'bas de 
[son] dos", par-dessus son pyjama. Quand il venait dans son lit, elle se rappelait 

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d'une odeur particulière, "ça sent genre l'homme un peu", une "odeur corporelle, 
naturelle", "et après voilà…ben il…genre je le sens j'crois en érection…pis après 
ben c'est tout…y part et moi j'me lève…j'crois…c'est assez flou en vrai genre...". La 
sensation dans le bas du dos était que c'était "dur" et "chaud" et que cela ne lui faisait 
pas du bien. Elle sentait que ce n'était pas "bien", dans le sens "gênant" et très 
inconfortable, qui lui donnait envie de partir. Entre le moment où elle sentait son 
père en érection et le moment où il s'en allait, il ne se passait rien d'autre. Elle avait 
juste envie de partir. Des fois, elle entendait qu'il respirait fort, comme s'il dormait, 
mais elle ne s'en rappelait pas bien. Cela s'était passé entre ses 7 et ses 12 ans 
environ, à moins que cela n'ait débuté vers 3 ou 4 ans. Elle n'arrivait pas à se rappeler 
la première fois, mais se souvenait de la dernière, vers 12 ans, car cela faisait environ 
deux ans qu'il n'était plus venu la réveiller le matin et cela lui avait fait bizarre. Le 
sentir "hyper proche" et respirer son odeur, elle "n'aimait pas trop". Il était en 
caleçon et était resté longtemps; elle pensait qu'il s'était aussi endormi. Elle croyait 
qu'il "bandait". Elle l'avait poussé un peu pour le réveiller, pour dire qu'elle allait 
s'habiller, et il était parti. C'était tout. Elle ne savait pas ce qu'il faisait de ses mains 
pendant l'érection. 

Peu de temps auparavant, elle avait rêvé qu'alors qu'elle avait 2 ou 3 ans et était sur la 
table à langer, son père était juste au-dessus d'elle et "je sais pas…rien de 
genre…bizarre ou quoi…mais j'sais que quand j'me suis réveillée, j'étais vraiment 
pas bien". Du coup, elle était devenue un peu parano et s'était imaginée qu'il s'était 
passé "un truc" ou alors que son subconscient inventait des problèmes là où il n'y en 
avait pas. En en parlant avec ses sœurs, elle avait été un peu rassurée, car elle n'avait 
pas l'impression d'être folle. 

Après en avoir parlé avec ses sœurs, l'une d'elles ou leur mère avait voulu faire une 
thérapie familiale et elles étaient toutes allées consulter une psychologue. Ce qui la 
rassurait, c'était que lorsque ses sœurs parlaient de leurs souvenirs, ceux-ci étaient 
aussi flous que les siens, parfois une image, parfois une sensation, une odeur. Elle 
craignait en effet parfois d'être "une énorme mythomane". Elle avait toujours ressenti 
un profond mal-être, sans savoir d'où il venait; les psys et les médecins disaient 
qu'elle avait eu pas mal de "trucs post traumatiques". Deux semaines après avoir 
appris [qu'une personne issue du milieu 1______] avait porté plainte contre son père 
pour agression sexuelle, elle avait eu une "révélation" en sortant du bus, comme si 
les choses avaient enfin un sens. Quand elle en avait parlé à des amis, leur disant que 
cela l'avait fait réaliser des choses sur elle, ils lui avaient répondu, à sa grande 
surprise, qu'ils "savaient", même s'ils n'avaient pas voulu poser de questions, car elle 
"le" leur avait déjà fait comprendre.  

Hormis ses sœurs et les personnes mentionnées dans l'enquête parue dans la presse 
sur les abus commis par son père dans son cadre professionnel, elle ne lui connaissait 
pas d'autres victimes à ce dernier. 

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Son père ne lui avait jamais montré de photos ou de films qui l'auraient mise mal à 
l'aise, mais il laissait des livres de photographies ouverts sur la table, montrant des 
seins, "des trucs comme ça". Il avait également des livres du même genre dans sa 
chambre. Il disait que c'était pour ses spectacles, mais elle n'en était pas sûre. Elle 
n'en avait jamais parlé avec ses sœurs.  

Lorsqu'il lui a été demandé de parler de son père, et de leur relation, elle a exposé 
que ses parents se détestaient, au point qu'elle se demandait comment ils avaient pu 
avoir trois enfants ensemble. Son père laissait beaucoup de libertés à ses sœurs, 
lorsqu'elles étaient adolescentes; il disait de leur mère qu'elle était psychorigide et 
hystérique. Désormais, elle s'entendait "super bien" avec cette dernière, même si 
parfois c'était "un peu mouvementé". Lorsqu'elle lui avait dit que des "trucs" s'étaient 
passé avec son père quand elle était petite, celle-ci "avait voulu porter plainte 
j'crois", "'fin, elle a dit qu'elle était obligée". 

f. Convoquée par la police le 5 avril 2022, A______ a à son tour déposé plainte 
contre son père, précisant que ses souvenirs avaient refait surface récemment. 

Lors de cette audition, ainsi que devant le Ministère public, le 28 septembre suivant, 
elle a expliqué que, pendant longtemps, le climat dans lequel elle avait grandi lui 
avait fait paraître certaines choses comme normales. Pour d'autres, elle avait "oublié" 
et ce n'était que lorsque C______ avait évoqué, en 2021, que "quelque chose" aurait 
pu se passer avec leur père, que cela avait déclenché chez elle des questionnements. 
La plainte de [la personne issue du milieu 1______] avait ensuite "ouvert plusieurs 
choses" et sa mémoire s'était "réveillée". Elle avait également effectué un travail 
psychologique, notamment par EMDR ("Eye Movement Desensitization and 
Reprocessing"), qui lui avait permis d'expliquer beaucoup d'événements de sa vie et 
les souffrances qu'elle avait vécues. 

Elle se rappelait notamment fort bien qu'alors qu'elle avait 3 ou 4 ans, elle avait 
enlevé son pyjama pour jouer dans sa chambre. Son père, dont elle pensait qu'il était 
habillé, était venu et l'avait prise sur ses genoux pour lui remettre son vêtement. Elle 
savait qu'il était en érection car elle le sentait sur les fesses et le bas du dos. Il l'avait 
caressée "un peu partout", mais il n'y avait pas eu de caresse directe sur le sexe. Le 
souvenir concernant cette seconde étape était "un peu flou" et "pas très clair"; au 
moment où elle était sur ses genoux, c'étaient "des sensations qu'elle avait ressenties 
en travaillant avec [sa] psy et en étant dans le contexte actuel, avec la condamnation 
de [son] père". Elle croyait que "c'était plutôt affectueux", mais que "c'était 
l'intention qui était mauvaise". En travaillant avec sa psy, elle avait clairement 
compris ce qu'il s'était passé. Certes, cela avait eu lieu 23 ans auparavant, mais "[elle] 
cro[yait] qu['elle était] sûre que cela s'[était] passé". 

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Elle se rappelait également que son père lui faisait prendre sa douche dans le 
vestiaire des filles, après son cours de piscine, la lavant et la frottant sur tout le corps. 
Elle "ressentait une intention qui n'était pas juste venant de la part d'un père"; 
certaines mamans avaient demandé à E______ de quitter les vestiaires. Elle avait 
toujours eu la sensation qu'il s'y était peut-être passé quelque chose, mais ce n'était 
que récemment que l'hypothèse avait été émise que son père aurait pu abuser d'elle à 
la piscine, et plus généralement lors des douches, en rapprochant cette sensation du 
fait que, lorsqu'elle devait doucher ses sœurs à la maison, son père lui disait de bien 
laver l'intérieur les parties intimes de ces dernières.  

Jusque vers six ans, son père, lorsqu'il la lavait, lavait également son "vagin", en 
frottant bien "et c'était long". Elle ne savait pas s'il avait ressenti de l'excitation. Il lui 
disait de faire de même lorsqu'elle lavait ses sœurs.  

De manière générale, les attouchements arrivaient dans des moments de soin, soit 
lorsque leur père les lavait, leur mettait de la crème ou les habillait. Son attitude 
n'était pas "juste", quand bien même ce n'était pas précis pour elle, juste des ressentis. 
Dans tous les cas, elle avait rapidement voulu changer elle-même les couches de sa 
sœur et la laver, et désiré qu'elle dorme avec elle. E______ ne s'y était pas opposé.  

Une fois, alors qu'elle avait 8 ou 10 ans, elle était allée sur l'ordinateur de son père, 
qui servait à toute la famille, et avait vu, dans la partie "images", des photos de son 
père, nu et en érection, prises en mode "selfie" dans plusieurs pièces de la maison. Il 
y avait également plusieurs photographies de ses petites amies, ainsi que de 
F______, nues. À son souvenir, ces photographies étaient archivées au même endroit 
que celles des vacances; il y avait un album avec les photos de son père, un autre 
avec celles des copines de ce dernier et un avec les photos de F______. Ces photos 
l'avaient gênée, mais elle n'en avait parlé que vers 17 ou 18 ans, avec sa sœur 
C______, alors qu'elles parlaient de leurs liens avec leurs parents et essayaient de 
"comprendre leurs vies". 

À une autre reprise, alors qu'elle avait environ 14 ans et se trouvait chez son père, 
elle était descendue dans la salon aux environs de 21 heures. Elle avait alors eu 
l'impression d'entendre un bruit étrange, peut-être d'ordinateur. Arrivée en bas, elle 
en avait déduit que son père était en train de se masturber devant l'écran. Elle ne 
l'avait pas vu se masturber, ni ce qu'il regardait, car lorsqu'il l'avait aperçue, il avait 
vite fermé l'appareil, qu'il avait placé sur son pénis, comme pour se cacher, en lui 
demandant ce qu'elle faisait là. Elle pensait que son père regardait un film 
pornographique, au vu du bruit, mais peut-être se l'était-elle seulement imaginé, 
même si elle ne le pensait pas. Son père était assis sur le canapé; il y avait un rouleau 
de papier de toilette à côté de lui; il n'était pas nu et elle le voyait de profil. Elle ne 
s'était pas rapprochée et ne savait pas s'il portait un caleçon. Elle pensait qu'il avait 
dû baisser son pantalon. Tous deux étaient en tous cas très gênés.  

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Une fois également, pendant les vacances, alors qu'elle avait 17 ans, elle avait eu une 
crampe et son père lui avait massé la cuisse, alors qu'elle était en short ou en culotte. 
Il avait pris sa jambe entre les siennes et appuyé son pied sur son sexe. Elle sentait 
son pénis, même si elle ne croyait pas qu'il était en érection; il l'avait massée en 
remontant vers son sexe, qu'il n'avait pas touché, mais "ce n'était vraiment pas loin". 
Le massage était long et gênant, mais n'y avait eu aucun acte sexuel concret. 

Son père avait l'habitude d'entrer dans la chambre de ses filles sans frapper, de sorte 
qu'elle-même avait pris l'habitude de se changer derrière une armoire, afin qu'il ne la 
voie pas; il faisait de même dans la salle de bains, lorsqu'elle était sous la douche. 
C'était toujours pour leur dire quelque chose. 

Ses filles le voyaient aussi se laver lorsqu'elles regardaient la télévision sur son lit, où 
il les obligeait à être en culotte ou en pyjama. Cela avait duré entre ses 7 et ses 
17 ans. 

Enfin, E______ avait de nombreuses petites amies, assez jeunes, et en changeait 
souvent. Elle les entendait faire l'amour bruyamment. Lorsqu'elle-même et C______ 
avaient entre 15 et 17 ans, dans le cadre d'une discussion sur la pilosité, il leur avait 
parlé de l'épilation intégrale définitive sur tout le corps de sa copine en leur disant 
qu'il aimait bien cela et en ajoutant qu'elles pourraient faire la même chose. Quand 
elle avait commencé à avoir de la poitrine, elle avait senti son père regarder avec 
insistance ses seins et ses fesses; il avait fait de même avec ses sœurs. En le croisant 
dans le couloir, il y avait parfois aussi eu des frôlements; il ne lui avait pas 
directement touché les seins avec sa main, mais elle savait "qu'il y avait quelque 
chose qui la dérangeait".  

Son père ne l'avait jamais frappée ni n'avait été violent verbalement avec elle. Il était 
plutôt tactile et câlin, "mais de la mauvaise manière", même si tous les gestes de 
tendresse qu'il avait eus pour elle n'étaient pas animés par des desseins obscurs. Elle 
était partie une fois seule avec son père à Londres, quand elle avait 12 ans, et ne se 
rappelait pas de comportement problématique de sa part.  

Vers 3 ou 4 ans, elle avait vu un "psy" car elle avait peur des adultes et ne parlait 
plus. Dès 15 ans, elle s'était scarifiée et à 20 ans, elle avait fait une dépression. En 
février 2021, C______, lors d'une grosse crise d'angoisse, lui avait dit "qu'elle avait 
l'impression que quelque chose d'incestueux avait été fait par [leur] père". En août 
2021, elle-même avait consulté une psychiatre et lui avait fait part des révélations de 
sa sœur. Le médecin lui avait demandé si elle avait également subi des "choses" de la 
part de son père. Après avoir débuté une thérapie EMDR, elle avait eu une réaction 
physique très forte, "comme si quelque chose était sorti [d'elle]", avait beaucoup 
pleuré et eu la certitude que son père lui avait fait subir des attouchements, "même si 
rien n'était clair dans [sa] tête". Elle n'avait pas eu de souvenirs concrets à ce 

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moment-là, mais avait ressenti une tristesse immense, un soulagement. Les souvenirs 
étaient venus plus tard. Le temps passé entre sa déposition à la police et son audition 
par le Ministère public lui avait par ailleurs permis de transformer les sensations 
initialement décrites en souvenirs.  

Depuis les révélations dans la presse, E______ avait tenté d'entrer en contact avec 
elle, en disant qu'il était innocent et n'avait jamais eu l'intention de faire du mal. La 
situation était difficile, mais elle continuait d'être suivie médicalement et sentait que 
"cela allait aller". 

g. Entendue également le 5 avril 2022 par la police, puis par le Ministère public le 
28 septembre 2022, C______ a à son tour déposé plainte pénale contre son père. 

En décembre 2020, alors qu'elle était en année sabbatique aux Canaries avec une 
amie, elle avait fait une grosse décompensation psychotique à la suite d'une prise 
d'ecstasy. Elle était rentrée d'urgence à T______ [France], où son père était venu la 
chercher pour la ramener chez lui à Genève. Elle souffrait d'un état de stress post-
traumatique, de crises d'angoisse, était dans un état d'extrême faiblesse, n'arrivait plus 
à s'alimenter et à sortir ou voir du monde. Or, son père n'avait rien fait, lui disant qu'il 
s'agissait d'une indigestion. Ce n'était que lorsque A______ l'avait vue, à Noël, 
qu'elle avait appelé leur mère, qui était venue la chercher et chez qui elle était restée 
jusqu'en mars 2021. Elle avait ensuite été internée à la clinique [psychiatrique privée] 
de I______ pendant un mois et, grâce aux soins et aux médicaments, avait réussi à 
faire baisser son stress et reprendre sa vie. 

Pendant la période où elle était chez sa mère, elle avait commencé à se demander si 
elle avait ou non été abusée par son père, se disant que cela pouvait être le cas, sans 
en être sûre. Un soir, au cours d'une conversation, sa mère lui avait demandé si son 
père l'avait déjà touchée. Cela avait provoqué en elle une crise de cris et pleurs, qui 
lui avait permis de commencer à faire un "puzzle" de ce qui s'était passé chez son 
père. 

À la police, elle a expliqué se souvenir d'un suppositoire que son père lui avait 
administré alors qu'elle était vraiment petite, et des sensations qu'il mettait son doigt 
dans son anus. C'était arrivé plusieurs fois, sur plusieurs années, sans qu'elle puisse 
préciser la fréquence. Entre 9 et 11 ans, elle avait eu des problèmes de constipation. 
Son père était très concerné par le problème et l'avait envoyée en consultation chez 
plusieurs médecins, mais curieusement, pas chez la psychologue, alors qu'elle en 
avait vu une lors de la séparation de ses parents. Au Ministère public, elle a précisé 
que les pénétrations anales étaient survenues au moins à cinq reprises et s'inscrivaient 
dans une gestuelle de soins. À l'époque, elle avait entre 10 et 12 ans, souffrait de gros 
problèmes de transit et prenait des laxatifs. Son père l'accompagnait pour tout le suivi 
médical. Elle avait le souvenir très clair d'avoir été couchée sur le canapé du salon et 

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de son père lui mettant de la crème et son doigt dans l'anus. Elle avait ressenti une 
vive douleur. Elle ne se rappelait pas s'il avait fait quelque chose d'autre, ni combien 
de temps cela avait duré. Il ne s'agissait en réalité pas d'un suppositoire, mais d'un 
thermomètre.  

À la suite d'une séance avec la psychologue qui la suivait depuis janvier 2021, elle 
s'était rappelée du premier voyage avec son père après la séparation du couple, alors 
qu'elle avait environ 6 ans (police), ou entre 4 et 6 ans (Ministère public). Ils étaient 
en vacances en Grèce. Elle se revoyait, nue dans la cuisine, son père étalant la crème 
sur son corps, y compris sur son pubis et sur les lèvres intérieures, pendant plusieurs 
minutes. Il n'y avait pas eu de pénétration.  

Au Ministère public, elle a indiqué que, postérieurement à sa déposition à la police, 
elle s'était souvenue d'un épisode lors duquel elle léchait le sexe de son père, sur le 
lit, alors qu'elle avait environ 7 ans; elle n'avait que cette image et le souvenir du 
dégoût qui l'avait saisie, mais ne pouvait pas dire comment son père s'était comporté. 
Ce souvenir se préciserait certainement lors d'une prochaine séance d'EMDR.  

Elle avait aussi un souvenir, l'impression du sexe de E______ érigé contre elle. 
C'était une sensation assez familière, sans qu'elle puisse situer le contexte; lorsqu'elle 
était jeune adulte, c'était lors d'embrassades; plus jeune, il était en érection lorsqu'il 
les lavait sous la douche; D______ n'était pas encore née. Elle avait le souvenir, 
lorsqu'elle était restée chez lui à son retour des Canaries, d'avoir été allongée sur le 
canapé et qu'il ait pris ses pieds pour les masser, alors qu'il était assis à côté d'elle. Il 
les avait mis sur son sexe, qu'elle avait senti, sans savoir s'il était en érection ou pas. 
Cela l'avait gênée, mais elle n'avait rien fait, car elle avait l'impression que si elle 
réagissait, on l'accuserait de voir de la perversité là où il n'y en avait pas. Son père 
avait placé la télévision dans sa chambre à lui, de telle sorte que, s'il prenait sa 
douche, on ne pouvait que le voir.  

Lorsqu'elle avait 11 ou 12 ans (à la police), voire environ 14 ans (au Ministère 
public), étant précisé qu'elle avait du mal à situer son âge dans une tranche de trois 
ou quatre ans, elle s'était amusée avec D______ à faire des selfies avec le téléphone 
portable de son père, dont il lui avait donné le code. En allant regarder les 
photographies qu'elle venait de prendre, elle avait vu que la photographie précédente 
montrait son père, nu et en érection, devant un miroir. 

Elle avait également accès à l'ordinateur de son père, sur lequel elle et ses sœurs 
avaient leurs propres sessions. Celles-ci étant bloquées par un code parental, elles 
utilisaient la session de leur père pour aller sur internet et faire des jeux, ce qu'il 
savait. Or, en allant regarder les albums photo de vacances, elle avait aperçu des 
photographies de son père, nu – mais à son souvenir, pas en érection –, ainsi que d'au 
moins deux de ses partenaires, nues sur le lit avec les jambes écartées. Il y avait 

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également une page internet ouverte d'un site de rencontre coquin auquel son père 
était inscrit, sur lequel il avait mis une description de lui et une photographie de son 
torse, et avait des discussions autour du sexe. Elle avait culpabilisé à la vue de ces 
images, ayant le sentiment de voir des choses qu'elle ne devait pas voir, et n'en avait 
pas parlé. Elle ne pouvait dire précisément à quel âge elle avait vu ces photos 
"problématiques", car c'était arrivé souvent, tout étant mélangé et accessible dans 
l'ordinateur. 

Lors d'une fête de Noël, leur père avait donné à leur mère un album de photos sur 
lesquelles tous étaient nus en vacances. "Ce n'était vraiment pas agréable". Entre 
2018 et 2019, E______ avait par ailleurs été voir une exposition de l'artiste J______ 
[dont l'œuvre photographique est essentiellement composée de nus] et lui avait 
envoyé une quinzaine de photographies, notamment d'hommes avec le pénis en 
érection ou de femmes avec les cuisses ouvertes. Il en avait également acheté le livre 
qu'il avait posé sur la table du salon. 

Elle avait vu défiler les nombreuses partenaires féminines de son père, qui devaient 
avoir entre 25 et 35 ans, et l'entendait régulièrement avoir des rapports sexuels, car 
leurs chambres étaient contiguës. E______ n'avait aucune réticence à lui parler de ses 
partenaires sexuelles. Lorsqu'elle avait 14 ou 15 ans, il lui avait parlé de l'épilation au 
laser de sa copine du moment et lui avait conseillé de faire de même, "car c'était tout 
doux". 

Elle avait beaucoup de souvenirs de nudité. Quand ils partaient en vacances, tout le 
monde était nu et lorsqu'il sortait de sa chambre, son père n'était pas forcément 
habillé.  

Elle était aussi partie seule en vacances avec son père, notamment à Londres, mais ne 
se rappelait pas d'un comportement pervers ou malsain de sa part. 

Elle reprochait à E______ d'entrer dans sa chambre ou sa salle de bains de manière 
intrusive, en trouvant toujours des excuses, par exemple pour lui demander quelque 
chose, alors qu'elle lui avait pourtant clairement dit vouloir être seule. Elle n'avait pas 
senti de regard particulier de sa part. Il avait enlevé la clé de la pièce sous prétexte 
qu'il était dangereux, en cas de problème, qu'elle s'enferme, ce qui l'avait amenée à 
pousser des meubles devant la porte pour en empêcher l'accès.  

Après avoir quitté le domicile de son père, à 18 ans, elle avait réalisé peu à peu que 
le rapport, notamment physique, qu'elle avait avec lui n'était pas "normal", soit parce 
qu'il était trop sensuel, soit car il lui faisait mal. Par exemple, lorsqu'ils allaient voir 
un spectacle, il la prenait par la taille et l'embrassait dans le cou; lorsqu'ils étaient en 
voiture, il mettait sa main sur sa cuisse; lorsqu'il lui faisait un câlin, il la serrait fort, 
ou lui massait la nuque de manière douloureuse. Après son retour des Canaries, son 

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père lui avait massé le pied en le posant sur son propre sexe. Il ne lui semblait pas 
qu'il était en érection. Elle ne lui avait pas dit que cela la dérangeait car cela "aurait 
ancré ça dans une réalité". 

Elle n'avait pas révélé à son père qu'elle avait pris de l'ecstasy, mais lui avait dit 
qu'elle se sentait vraiment mal et qu'elle allait mourir, ce à quoi il avait répondu qu'il 
s'agissait d'une simple "gastro". C'était sa mère qui l'avait emmenée chez le médecin 
le lendemain. 

Elle avait déjà entendu des bruits au sujet de son père, avant la parution de l'article, 
car les [personnes issues du milieu 1______] étaient de la même génération qu'elle et 
parlaient en sa présence. L'une d'elles avait notamment déclaré que E______ avait 
toqué à sa porte et lui avait proposé avec insistance de coucher avec lui. De manière 
générale, il avait un comportement de consommation avec les femmes et il était 
arrivé qu'il quitte la table, alors qu'ils étaient en train de boire un verre, et qu'elle le 
retrouve à draguer une femme.  

Elle espérait que son père comprenne de sa propre démarche que son comportement 
envers les femmes, et en particulier ses trois filles, les avaient "abîmées" et mises en 
danger psychique. Et qu'il puisse le reconnaître, seule façon de pouvoir envisager une 
vie dans laquelle il aurait sa place, car elle l'aimait. 

Elle bénéficiait d'un suivi psychiatrique et prenait des antidépresseurs depuis deux 
ans, mais ne se sentait toujours pas bien. Après les révélations dans la presse, elle 
avait parlé avec sa mère et ses sœurs dans le cadre d'un suivi thérapeutique. 

h. À la suite des plaintes, le Ministère public a ouvert une instruction contre E______ 
pour infractions aux articles 187, 188, 189, 191 et 197 CP. 

Interpellé le 21 juin 2022, entendu par la police le jour même, puis par le Ministère 
public le lendemain (hors la présence des parties plaignantes), le 28 septembre (en 
présence de ses deux filles aînées) et le 18 novembre 2022, E______ a contesté les 
accusations portées contre lui. Il ne s'expliquait pas, notamment, comment ses filles 
avaient pu construire des souvenirs d'érection, alors que cela n'avait jamais existé, ou 
pu sexualiser des événements qui ne l'étaient pas. 

Il avait toujours été très tactile, que ce soit avec ses enfants ou ses amis, et n'avait 
jamais touché ses filles autrement que comme un père aimant, sans connotation 
érotique.   

Il ne considérait pas la nudité comme un problème et, du temps de leur vie commune, 
il arrivait régulièrement aux filles de voir leurs parents nus, notamment lorsqu'elles 
venaient dans leur chambre les réveiller, le dimanche matin. Toute la famille était 

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nue, rigolait et jouait sur le lit. Il possédait encore une série de photographies faites à 
cette occasion. Des photos avaient également été prises lors de vacances en Grèce, de 
tous les quatre, nus, de dos dans l'eau. 

Il lui était arrivé de prendre avec son téléphone des photos de lui nu – il ne se 
rappelait pas s'il était en érection – et de les envoyer à une copine. Il avait également 
photographié la copine qu'il avait eue entre 2012 et 2015 sur le lit, mais elle n'avait 
pas les jambes écartées, images qu'il avait certainement encore dans son ordinateur 
portable. Il n'avait jamais montré ces photographies à ses filles et il était navré 
qu'elles aient pu les voir. Il avait toujours été clair avec elles qu'elles pouvaient 
utiliser son téléphone, ou sa session d'ordinateur pour aller sur internet, mais qu'elles 
ne devaient pas aller voir ses images. Si elles l'avaient fait, c'était donc à son insu. Il 
n'avait en tous cas jamais laissé ces photographies sur l'écran. Il s'était par ailleurs 
effectivement inscrit sur des sites de rencontres éphémères, et il n'était pas 
impossible que C______ ait pu en voir la page internet sur son ordinateur, mais il ne 
l'avait pas fait exprès, s'agissant de quelque chose qu'il voulait plutôt cacher à ses 
filles. 

Il y avait un livre contenant des photos d'art de nus dans le salon et il possédait 
également, dans la bibliothèque dans sa chambre, un livre sur l'histoire du "cinéma 
rose"; il ignorait si ses filles les avaient regardés, mais il ne les leur avait pas 
montrés. 

Il ne voyait pas le problème de prendre ses douches alors que ses filles regardaient la 
télévision dans sa chambre et pouvaient le voir. Il ne l'avait toutefois jamais fait à 
dessein, mais la nudité entre parents et enfants n'était pas taboue pour lui. Il n'avait 
pas agencé sa chambre, ni pris ses douches, de manière à ce qu'elles le voient. 

Dans la mesure où, à la clinique, la sage-femme lui avait recommandé de bien 
nettoyer entre les lèvres, avec la lingette, pour éviter les infections, il y était attentif. 
Il n'avait cependant jamais frotté plus que nécessaire. De même, sous la douche, il 
passait le savon entre les fesses et les lèvres (mais pas à l'intérieur du vagin), pour 
être sûr que la région soit propre, mais ne s'y attardait pas plus longuement que sur le 
reste du corps. Il avait lavé ses filles jusqu'à ce qu'elles puissent le faire seules, vers 4 
ou 5 ans. 

C______ ne pouvait pas l'avoir vu en érection lorsqu'il la douchait, petite, d'une part 
car il ne l'avait jamais été, et d'autre part, parce qu'elle était dans la baignoire et lui-
même à genoux ou accroupi pour la laver, de sorte que même si tel avait été le cas, 
elle n'aurait rien pu voir.  

Il ne s'était pas non plus masturbé devant elles et ne pensait pas qu'elles aient pu le 
surprendre, car il faisait attention et n'avait jamais regardé de sites ou de films 

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pornographiques en leur présence. Il ne se rappelait pas d'un épisode où A______ 
serait arrivée au salon et où il aurait caché son pénis avec son ordinateur. Il lui était 
toutefois arrivé de fermer brusquement son appareil alors qu'il regardait des images 
violentes du Brésil, par exemple le téléjournal, quand il ne voulait pas qu'elles les 
voient. 

Il était impossible qu'il ait mis volontairement de la crème solaire dans le sexe de 
l'une de ses filles, car elles étaient toujours en maillot de bain et il n'en mettait que 
sur les parties exposées. Il n'était toutefois pas impossible qu'il ait une fois touché le 
sexe de C______ par erreur, en lui appliquant la crème. Il avait par ailleurs appliqué 
des lotions sur la vulve de ses filles lorsque cette région était irritée, à l'époque où 
elles portaient des couches. Dans les deux cas, il n'y avait jamais eu d'intention 
malsaine de sa part. 

Il n'avait mis de suppositoires "dans les fesses" de C______ que sur prescription du 
médecin, et n'avait jamais introduit son doigt dans son anus, qui plus est "juste pour 
mettre le doigt": vers 8 ou 9 ans, sa fille avait eu de gros problèmes de constipation. 
Le pédiatre l'avait envoyée chez un gastroentérologue, où lui-même l'avait 
accompagnée. Après un examen, le praticien avait prescrit un médicament et lui avait 
recommandé d'huiler l'anus de la fillette durant quelques jours. Cela durait quelques 
secondes. C______ se mettait sur le ventre, dans sa chambre ou la salle de bains; il 
n'avait pas utilisé de suppositoire ou de thermomètre à cette occasion. En dehors de 
cet événement, il n'avait jamais mis son doigt dans l'anus de sa fille, ni n'avait eu 
recours à des suppositoires en dehors des prescriptions du pédiatre. C______ avait 
mélangé ses souvenirs. 

C______ n'avait bien évidemment jamais approché sa bouche de son sexe et il ne 
savait pas d'où elle tirait ce souvenir. 

Lorsque D______ était petite, il venait parfois le matin dans son lit, pour la réveiller, 
comme sa propre mère le faisait avec lui. Elle se blottissait contre lui, parfois de dos, 
en lui demandant de rester cinq minutes de plus à dormir. Il portait toujours un 
caleçon ou un pyjama et n'avait jamais eu ni d'érection ni de geste sexuel envers elle. 
Vu sa petite taille et sa position, elle n'aurait de toute façon pas pu sentir s'il était en 
érection et il ignorait pourquoi elle avait été raconter cela à la police.  

Il avait régulièrement massé les pieds de ses filles, à leur demande et il n'était pas 
impossible que pour ce faire, il ait mis leur pied proche de son sexe. S'agissant de 
A______, il lui avait prodigué un massage sportif sur toute la cuisse, comme ceux 
qu'il avait lui-même reçus en tant que 1______, mais jamais dans une intention 
sexuelle. 

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De même, il n'était pas impossible qu'il ait pris A______ sur ses genoux pour lui 
faire des caresses dans le dos. Il n'avait toutefois jamais eu d'intention sexuelle 
envers ses filles et n'avait jamais été en érection. 

Il considérait sa sexualité plutôt normale et avait eu plusieurs relations depuis sa 
séparation, avec des femmes plus jeunes que lui de dix à quinze ans en moyenne, la 
plus jeune ayant 28 ans à l'époque. 

Dans la mesure où la chambre de A______, puis de C______, était contiguë à la 
sienne, il était possible qu'elles aient entendu ses ébats sexuels; telle n'était toutefois 
pas son intention. D'ailleurs, il n'avait pas l'impression d'avoir été très bruyant. Il 
avait une fois entendu C______ et son copain dans la chambre à côté et s'était fait la 
réflexion que si lui pouvait les entendre, l'inverse devait être possible. Aucune de ses 
filles ne lui avait toutefois fait de réflexion à ce sujet. 

Lorsque ses filles étaient adolescentes et habitaient avec lui, elles mettaient la 
musique "à fond" lorsqu'elles prenaient leur douche et ne l'entendaient pas lorsqu'il 
les appelait, ce qui l'obligeait à monter et à ouvrir la porte pour leur parler. La douche 
était toutefois derrière la porte, de sorte qu'il n'était pas possible de la voir en 
l'ouvrant. Pour ce faire, il aurait fallu entrer dans la pièce et refermer la porte, ce qu'il 
n'avait jamais fait. Il n'avait jamais eu l'intention de les voir sous la douche. 

La séparation du couple, en 2006, avait été assez conflictuelle. Un incident avait 
effectivement eu lieu en lien avec un jeu qu'il avait lancé avec les enfants, visant à 
créer la Barbie la plus laide: ses filles en avaient fait des monstres assez 
impressionnants. Lorsqu'elle les avait découverts, F______ avait été scandalisée et 
les avait montrés au Centre V______, où C______ était suivie dans le cadre d'un 
groupe d'enfants de parents divorcés. Il ne se souvenait pas que A______, vers 3 ou 4 
ans, n'aurait plus parlé et aurait eu peur des adultes, ni qu'elle aurait dû consulter un 
psychologue pour cela. Vers 15 ans, elle lui avait effectivement révélé qu'elle se 
scarifiait, sans qu'elle en sache les raisons. Il l'avait amenée chez un psychiatre, qui 
l'avait suivie pendant deux ou trois ans. Vers 19 ans, alors que A______ était inscrite 
à la Haute Ecole K______ en première année et travaillait du matin au soir, elle avait 
commencé à devenir fragile et avait finalement fait une dépression. Comme elle 
vivait chez sa mère, il n'en savait toutefois pas plus. 

Il s'était toutefois toujours occupé du mieux qu'il pouvait de ses filles et avait eu de 
très bonnes relations avec elles jusqu'en 2021, même s'il ne voyait pas très souvent 
les aînées, depuis qu'elles habitaient seules. C______ avait longtemps eu une relation 
conflictuelle avec sa mère et il l'avait beaucoup soutenue pour qu'elle recrée un lien 
avec celle-ci. Il avait dès lors été content lorsque leur relation s'était apaisée et qu'elle 
était repartie vivre chez elle, à 18 ans. Il était parti pour la dernière fois en vacances 
avec ses filles fin 2019 ou fin 2020; A______ était venue avec son compagnon. 

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Lorsque l'affaire avait été révélée par la presse, cela avait été très dur pour ses filles, 
car, même s'il n'était pas nommé, il était reconnaissable. A______ lui avait dit être 
très gênée, car des gens lui en parlaient à [la Haute Ecole] K______, où elle était 
inscrite. D______ ne pouvait pas aller à l'école de ce fait. Après sa condamnation, en 
août 2021, elles n'avaient plus voulu avoir de contact avec lui et n'avaient plus 
répondu à ses messages et cadeaux, à l'exception de quelques messages de D______ 
et d'une carte pour son anniversaire, en août 2022, de C______ et D______.  

Il estimait avoir été un bon père, présent et aimant, et avait toujours été fier de les 
avoir bien éduquées. Il était très inquiet pour elles et de la poursuite de la thérapie 
EMDR, qui leur fabriquait des souvenirs de choses qui ne leur étaient jamais arrivées 
ou les poussaient à chercher des intentions malsaines là où il n'y en avait pas.  

i. Quelques jours après l'audience du 28 septembre 2022 – à laquelle, bien que 
convoquée, F______ n'était pas présente, mais représentée par son avocat –, ce 
dernier a fait parvenir au Ministère public trois photos de E______, jugées 
"particulièrement inadéquates", que ce dernier avait remises à sa fille à Noël, quand 
elle avait dix ans, dont l'une le montrant de dos, nu, accroupi sur les talons, genoux et 
bras écartés. 

L'avocat a également transmis le courrier adressé par E______ à sa fille le 
27 septembre 2021, dont selon lui une phrase, "je suis tellement désolé que mes actes 
te font souffrir ainsi que tes sœurs. J'aimerais vous protéger, mais je n'arrive pas", 
résonnait comme un aveu. 

E______ a expliqué que les photographies avaient été prises lorsqu'il était jeune, par 
un photographe/chorégraphe très connu; elles avaient été exposées dans une galerie 
et éditées en cartes postales. La position adoptée, accroupi, bras écartés, était 
abstraite, sans geste ou intention sexuelle. Il les avait données à fille comme cadeau, 
car il était fier d'avoir fait ces photographies artistiques.  

j.a. Lors de l'audience du 18 novembre 2022, E______ a produit deux études 
publiées en 2021 et 2022 dans la revue scientifique "Memory" ("Memory and eye 
movement desensitization and reprocessing therapy: a potentially risky combination 

in the courtroom" et "The messy landscape of eye movement and false memories"), 
concluant notamment au fait que les mouvements oculaires avaient un impact négatif 
sur la qualité et la quantité de la mémoire et que plusieurs composantes de la thérapie 
EMDR augmentaient le risque de faux souvenirs spontanés. 

j.b. Il a par ailleurs fait parvenir ultérieurement au Ministère public une vidéo de la 
salle de bains utilisée par ses filles, confirmant ses explications, soit que la douche 
était dissimulée par la porte ouverte et qu'il fallait pénétrer dans la salle de bains et se 
retourner pour en apercevoir l'intérieur. 

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j.c. Il a enfin fourni des extraits des conversations échangées entre le 19 et le 
22 décembre 2020 avec C______, dans lesquelles elle lui annonçait être tombée 
malade et avoir une "grosse gastro", puis, deux jours plus tard, qu'elle rentrait, 
précisant avoir arrêté de vomir mais avoir encore un peu de diarrhée. À plusieurs 
reprises, (19, 20, 22, 25, 26, 31 décembre) E______ lui a demandé si cela allait et de 
le rappeler pour donner des nouvelles.  

k. Selon le rapport de renseignements établi par la brigade de criminalité 
informatique (BCI) en janvier 2023 à la suite de l'analyse des différents appareils 
électroniques et disques durs saisis sur E______ et à son domicile, aucun fichier 
pédopornographique ou "tendancieux" n'a été mis en évidence, seules des 
photographies de F______ et de ses filles, nues sur un lit, ayant été trouvées. 

E______, qui a produit une série de photographies supplémentaires de la famille, nue 
dans le lit ou à la mer, a précisé qu'elles avaient toutes été prises en présence de 
F______ avant la séparation du couple. 

Les supports numériques séquestrés ont été restitués à E______, à sa demande, entre 
novembre 2022 et mars 2023. 

l. Par courrier du 14 mars 2023, le Ministère public a informé les parties de son 
intention de classer la procédure. 

l.a. A______ a fait valoir que le classement était prématuré et sollicité l'audition des 
deux psychiatres qu'elle avait été amenée à consulter, soit celle avec laquelle elle 
avait pratiqué la première fois l'EMDR – et qui pourrait donner des explications sur 
le fonctionnement de cette méthode et la manière dont ses souvenirs avaient ressurgi 
– et celle vue ponctuellement à l'âge de 15 ans, avec laquelle elle avait poursuivi la 
thérapie EMDR et qu'elle voyait à raison de deux fois par mois, sur son état 
psychologique avant et après les révélations et sur la teneur de celles-ci. Elle a 
également sollicité l'audition de sa mère, afin de témoigner de son évolution et 
d'éclairer certains épisodes vécus par ses filles, notamment au regard du mode de vie 
de la famille. 

l.b. C______ a sollicité l'audition de sa mère (sur le contexte familial, les premières 
révélations de ses filles et les soins prodigués lorsque C______ souffrait de 
constipation, dont elle était prétendument informée). Elle souhaitait également que la 
psychologue qui la suivait depuis 2021 soit entendue sur la méthode EMDR, sur les 
souvenirs traumatiques qu'elle avait évoqués dans le cadre de son suivi et l'état de 
stress post-traumatique dont elle souffrait ensuite de ces reviviscences. 

C______ a également requis un rapport complémentaire de la BCI, estimant que 
celui versé au dossier ne permettait pas de connaître les critères du tri effectué ni 

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l'outil utilisé à cette fin, en particulier ne précisait pas si l'analyse visait uniquement 
les images à caractère pédopornographique ou également les photos de nu auxquelles 
elle et ses sœurs affirmaient avoir été confrontées durant leur enfance. Le fait que 
E______ ait lui-même remis plusieurs photographies sur lesquelles lui et sa famille 
apparaissaient nus, alors qu'elles ne figuraient pas dans le rapport, démontrait au 
demeurant que ce tri était relatif. 

Plusieurs documents accompagnaient ses réquisitions de preuves, en particulier: 

- la lettre de sortie de la clinique de I______ du 3 mai 2021, faisant état d'une 
admission médicale volontaire en raison d'une décompensation anxieuse et 
dépressive, d'une réaction aiguë à un facteur de stress et de syndromes de 
dépendance liés à la consommation de cannabis, cocaïne et autres stimulants. Ce 
courrier mentionnait, entre autres, qu'adolescente rebelle, elle avait été suivie à 
l'époque dans le cadre d'une psychothérapie d'orientation analytique qu'elle aurait 
mal vécue. 

- une lettre de sortie de [la clinique] I______ datée du 30 novembre 2022, faisant état 
d'une admission du 25 octobre 2022 à la demande de sa psychiatre traitante, pour 
décompensation anxieuse et état de stress post-traumatique, dans un contexte de 
procédure pénale en cours concernant les événements ayant précédé ses troubles 
psychiques.  

- un certificat établi par sa psychologue le 23 mars 2023, décrivant les symptômes 
présentés par C______ en janvier 2021 et le suivi mis en place. Lorsqu'elle avait 
abordé le contexte familial, sa patiente avait identifié certains comportements 
inadéquats de son père, jusqu'alors banalisés et perçus comme normaux. C______ 
avait également décrit un climat "incestuel", son père la prenant par la taille en 
public, lui mettant la main sur la cuisse lors de trajets en voiture ou ayant certains 
regards insistants sur son corps lorsqu'elle était en maillot de bain. Son père ne 
respectait par ailleurs pas certaines limites, entrant dans sa chambre ou dans la salle 
de bains à des moments inappropriés, ou lui demandant de se mettre en sous-
vêtements dans une pièce sombre pour tester des lunettes infrarouges pour un 
spectacle. Très rapidement après le début du suivi, le 7 janvier 2021, C______ avait 
appris la mise en prévention de son père, ce qui avait constitué un facteur de stress 
supplémentaire et avait exacerbé un état déjà fragilisé. En octobre 2021, un massage 
prodigué par une amie avait fait émerger, en flash-back, la sensation d'introduction 
de doigts de son père dans son anus alors qu'elle était toute petite. Ce souvenir, 
intense et involontaire, avait généré une détresse aiguë, caractéristique des états de 
stress post-traumatique, lesquels étaient associés à des réactions physiologiques 
causées par une hyperactivation du système nerveux en cas d'exposition à des indices 
évoquant les souvenirs traumatiques. Après son audition par la police, des souvenirs 
lui étaient encore revenus, notamment d'un jeu dans la chambre de son père, puis 

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l'image du sexe de ce dernier s'approchant de sa bouche, avec la sensation d'une 
présence d'un autre homme, probablement un ami de son père. 

- une attestation de son médecin traitant, consultée en octobre 2019 pour un 
sentiment d'angoisse et d'épuisement, ainsi que des troubles du sommeil, dans le 
cadre de son travail de maturité consistant à interroger des femmes sur leur vécu, 
parfois traumatique, qui aurait fait écho au sien. Une dépression de degré sévère avait 
été diagnostiquée, des anxiolytiques prescrits et la patiente adressée à un psychiatre. 
En parallèle, la patiente avait émis le souhait de rapidement débuter une 
sexothérapie, souhaitant comprendre pourquoi elle était envahie par des sentiments 
de peur et de dégoût lors des rapports sexuels et était mal à l'aise avec sa nudité. À la 
suite de son évaluation, le médecin avait posé l'indication d'une thérapie par EMDR 
avant de débuter un travail sexothérapeutique. 

- une attestation d'une amie qu'elle connaissait depuis ses 17 ans, disant que C______ 
lui avait souvent dit être dérangée par les nombreuses jeunes compagnes que son 
père ramenait à la maison et son absence de pudeur au sein du foyer, notamment le 
fait qu'il avait pour habitude d'entrer dans la salle de bains sans prévenir. Lorsque 
C______ avait eu son épisode de décompensation psychotique, en décembre 2020, 
elle s'était posé la question de l'origine d'un tel état psychique, qui lui faisait penser 
aux cas de victimes d'abus sexuels dans leur enfance.  

- une attestation du petit ami qu'elle avait eu entre 16 et 18 ans, mentionnant avoir 
constaté, chez E______, un rapport à l'intimité "avec lequel il n'était personnellement 
pas habitué". C______ avait pour réflexe de s'enfermer dans sa chambre de peur que 
son père ne rentre sans prévenir, alors qu'elle était en train de se changer, et devait 
bloquer la porte de la salle de bains avec un meuble, pour éviter les irruptions 
soudaines et indésirées. Elle lui avait avoué, durant l'été 2020, que son état de santé 
mental était la conséquence d'abus sexuels subis dans l'enfance de la part de son père. 

l.c.a. D______ a sollicité l'audition de son père au sujet du courrier du 27 septembre 
2021 (cf. let. j supra).  

Elle a également produit une enquête parue dans [le journal] "L______" le ______ 
2021, intitulée "______ [personnes issues du milieu 1______] dénoncent des ______ 
abus sexuels" et un rapport d'analyse "des dispositifs de prévention et de la lutte 
contre le harcèlement sexuel au sein des entités genevoises subventionnées dans le 

domaine 1______" établi sur mandat conjoint de l'Office cantonal de la culture et du 
sport et des services culturels des Villes de Genève et de Meyrin en ______ 2022 – 
dans le cadre duquel F______ avait été interrogée en sa qualité de ______ –, à la 
suite des révélations sur le comportement de E______. Selon elle, ces documents 
renforçaient la crédibilité de ses propres accusations, dans la mesure où ils 
dénonçaient les abus sexuels commis par ce dernier sur [des personnes issues du 

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milieu 1______], démontraient sa personnalité dysfonctionnelle, notamment son 
caractère manipulateur, mû par un sentiment de toute-puissance et d'impunité, qui le 
poussait à enfermer ses victimes sous son emprise.  

l.c.b. Par courrier additionnel, D______ a requis l'audition: de sa mère (sur le 
dévoilement des faits, les démarches entreprises pour la soutenir, les symptômes 
qu'elle-même présentait et son évolution); de N______, rencontrée au H______, qui 
la suivait depuis novembre 2021 (sur ce qu'elle avait raconté des abus sexuels subis 
de la part de son père, les symptômes constatés et son état de stress post-
traumatique); de O______, thérapeute, qui avait régulièrement reçu F______ et ses 
filles en 2021 et 2022 afin de les aider à traverser le vécu de l'inceste paternel; 
P______, à l'époque ami de E______, qui avait assisté, en janvier 2007, au jeu des 
Barbies (qui dénotait l'absence de limites du prévenu en matière sexuelle); Q______, 
qui avait, elle aussi, assisté à ce "jeu" et l'avait trouvé particulièrement déplacé; 
R______, thérapeute, qui à l'époque de la séparation des époux était directeur [du 
centre de consultations conjugales] U______ et suivait la famille (sur ce qu'il avait 
pensé du "jeu" des Barbies); S______, compagnon de F______ depuis trois ans (sur 
les souffrances des trois filles, consécutives au comportement sexuel de leur père). 

D______ a également, entre autres, produit un courrier adressé par son grand-père 
maternel à F______ en octobre 2021, mentionnant s'être rappelé, en examinant le 
passé, que lorsque la famille venait passer les vacances d'été chez eux, "rien de 
flagrant ne [lui] était revenu", si ce n'est que E______ voulait absolument s'occuper 
de ses filles après chaque bain de mer et allait dans la salle de bains leur laver les 
fesses "à cause du sable", ce qui durait assez longtemps. Il comprenait désormais 
mieux les difficultés existentielles de ses petites-filles. 

C. Le Ministère public – tout en précisant que les faits dénoncés étaient susceptibles de 
tomber sous le coup des articles 187, 188, 189 et 197 CP – justifie la décision 
querellée parce que E______ nie toute infraction et qu'hormis les déclarations de ses 
filles, rien ne permettrait de le contredire. En tout état, il convenait de prendre les 
accusations dont il faisait l'objet avec circonspection, au vu notamment de 
l'ancienneté des faits, décrits à plusieurs reprises par les plaignantes comme étant des 
"sensations" ou des "ressentis", sans qu'elles soient à même de donner des souvenirs 
précis. 

 Les plaignantes étaient par ailleurs particulièrement jeunes au moment des 
événements rapportés, avaient discuté durant plusieurs mois, entre elles et avec leur 
mère, avant le dépôt de leurs plaintes respectives, après avoir été informées par la 
presse de la procédure ouverte contre leur père, et avaient suivi diverses thérapies 
individuelles et familiales, hors la présence de ce dernier, étant relevé que certains 
griefs n'avaient pas été évoqués devant la police, mais uniquement par la suite. 

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 Certes, E______ avait admis avoir prodigué des soins corporels à ses enfants 
lorsqu'elles étaient jeunes. Rien ne permettait toutefois d'accréditer la thèse selon 
laquelle ces gestes auraient eu une quelconque connotation sexuelle au sens pénal du 
terme, quand bien même ils auraient pu être ressentis comme gênants. 

 En toute hypothèse, même si les actes étaient avérés, l'élément constitutif subjectif 
des infractions visées n'était pas réalisé, que ce soit pour l'épisode rapporté par 
A______, lors duquel elle aurait surpris son père en train de se masturber devant son 
ordinateur, les gestes quotidiens décrits ou les rapports sexuels entendus à travers la 
porte, dont rien n'indiquait que le prévenu aurait eu conscience, pour le premier du 
potentiel caractère sexuel, pour les seconds d'être audibles. 

 Enfin, à supposer que les plaignantes aient réellement vu des photographies à 
caractère pornographique sur le téléphone portable ou l'ordinateur de leur père, la 
condition de mise à disposition posée par l'art. 197 al. 1 et 2 CP faisait défaut, rien ne 
permettant d'affirmer que les appareils n'étaient pas protégés par un mot de passe, 
comme l'alléguait E______. Les faits étaient du reste très vraisemblablement 
prescrits. 

 Les réquisitions de preuve devaient être rejetées, faute de pertinence et d'être à même 
de modifier la solution retenue. 

D. a. Dans son recours, A______ fait grief au Ministère public d'avoir fait abstraction de 
la procédure pénale vaudoise dont son père avait fait l'objet et de certaines pièces 
qu'elle avait produites, mentionnant des contacts corporels imposés aux [personnes 
pratiquant 1______], alors que E______ était en érection, des gestes sexualisés, des 
jeux de pouvoir et des actes de voyeurisme ou d'exhibitionnisme. Leur similitude 
avec les comportements dénoncés par ses enfants devait amener le Ministère public à 
s'interroger et à ne pas privilégier la version du prévenu par rapport aux leurs. Elles 
n'avaient en effet aucun intérêt à mentir ou à exagérer. 

 Son mal-être objectivé et celui de ses sœurs était aussi de toute évidence un élément 
à charge, qui devait conduire à relativiser les dénégations de E______, lesquelles se 
heurtaient en outre aux preuves de ses différents comportements dysfonctionnels. 

 Dans ce contexte, le refus d'entendre les thérapeutes des plaignantes était choquant, 
la seule gravité des accusations devant justifier ces auditions. Il en allait de même de 
celle de leur mère, qui pourrait renseigner sur l'évolution de l'état de ses filles, le 
mode de vie et le contexte familial, de même que sur l'allégué du prévenu selon 
lequel le médecin avait recommandé de huiler l'anus de C______. 

 À ce stade, une appréciation objective de l'ensemble des éléments au dossier ne 
permettait pas d'écarter l'existence d'actes d'ordre sexuel. 

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 L'infraction pénale de pornographie n'était quant à elle pas prescrite. Le fait que de 
telles photographies ne figurent pas au dossier ne signifiait pas qu'elles n'existaient 
pas, dès lors que l'on ignorait les critères et outils utilisés par la BSI pour exploiter le 
matériel saisi.  

b.a. Dans son recours, C______ rappelle avoir dénoncé le climat "incestuel" qui 
régnait au domicile de son père – contacts physiques "anormaux", ébats amoureux 
bruyants, entrées intempestives dans la salle de bains ou sa chambre à coucher, 
douches alors que ses filles pouvaient le voir – et les photographies qu'elle avait pu 
voir sur son téléphone portable ou son ordinateur. E______ y avait opposé des 
dénégations peu crédibles, au vu de sa précédente condamnation, des nombreux 
témoignages attestant de sa personnalité déviante et des souffrances psychologiques 
de ses filles. 

Or, le Ministère public avait fait fi de ces éléments, notamment de la ligne de défense 
identique adoptée par E______ dans le cadre de la procédure pénale vaudoise, 
consistant à admettre la matérialité des faits mais à nier toute intention d'ordre 
sexuel. 

Le Ministère public avait par ailleurs fait abstraction des détails qu'elle avait fournis 
en décrivant la manière dont son père introduisait son doigt dans son anus. Certes, 
son médecin avait confirmé qu'elle avait souffert de douleurs intestinales au retour 
d'un voyage de trois semaines avec son père au Brésil, traitées avec de la pommade 
anale, des suppositoires et du sirop. Il apparaissait toutefois particulièrement 
incompréhensible que E______ ait administré lui-même ces traitements, alors que sa 
fille aurait été à même d'y procéder seule, vu son âge. L'audition de F______, dont le 
prévenu alléguait qu'elle était au courant de ces soins, était dès lors indispensable. Il 
en allait de même de celle de sa psychologue, afin qu'elle expose les raisons l'ayant 
conduite à établir un diagnostic de stress post-traumatique et explique en quoi 
consistait la méthode EMDR, dont la validité était remise en cause par le prévenu. Le 
Ministère public avait enfin écarté à tort la mise en œuvre d'un rapport 
complémentaire de la BCI, dont on ignorait si la méthodologie permettait également 
de saisir les photos de nu évoquées par les plaignantes, sans pour autant qu'elles aient 
un caractère pédopornographique.  

L'affirmation du Ministère public selon laquelle les filles du prévenu n'avaient pas 
accès à sa session d'ordinateur était enfin contredite par les aveux mêmes de 
l'intéressé, qui avait reconnu qu'elles devaient consulter internet sur sa session, les 
leurs étant bloquées. 

b.b. À l'appui de son recours, C______ produit entre autres une attestation de son 
pédiatre concernant le suivi mis en place en raison des douleurs à l'anus lors de la 
défécation et la présence de sang dans les selles, qui étaient apparues en octobre 2010 

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– si l'on se réfère aux documents établis à l'époque –, ou au retour des vacances de 
Noël 2010 au Brésil – selon l'attestation établie le 11 avril 2023 – et avaient duré 
jusqu'en juillet 2012. Une échographie de l'abdomen avait confirmé les problèmes de 
constipation. Le pédiatre avait noté en 2011, que F______ avait emménagé l'année 
précédente avec son compagnon et les trois enfants de ce dernier et que C______, qui 
reconnaissait être anxieuse, avait très mal supporté cette nouvelle étape, au point que 
sa mère avait décidé, après quelques mois, de retourner dans son ancien appartement 
avec ses trois filles. Des séances chez un psychologue avaient été organisées en 
septembre 2011 "en raison d'une situation familiale complexe". 

c. Dans son recours, D______, en citant in extenso de larges passages des pièces du 
dossier, fait valoir que la motivation du Ministère public était laconique et que le 
refus opposé aux auditions sollicitées faisait fi de la réalité des infractions sexuelles, 
qui se déroulaient presque toujours à huis-clos et qui commandaient de confier au 
juge du fond la tâche d'évaluer les déclarations de la partie plaignante. En effet, elle-
même avait été constante dans les descriptions des agissements de son père et avait 
donné des détails qui ne pouvaient être inventés. Le processus de dévoilement était 
classique des victimes d'abus sexuel (facteur déclenchant, péjoration de son état, 
culpabilité à l'idée que son père pourrait se suicider si elle déposait plainte). Plusieurs 
éléments accréditaient sa thèse : la propension de son père à adopter un 
comportement inadéquat (épisode des Barbies, photos de lui, nu, qu'il lui avait 
envoyées) et sa personnalité dysfonctionnelle (qui ressortait des enquêtes 
susmentionnées); sa condamnation pour les actes commis sur une jeune [personne 
pratiquant 1______], qui présentait des similitudes avec les récits de ses filles; les 
constatations du père de F______; l'existence de trois dénonciatrices, qui ne tiraient 
aucun gain secondaire de leurs plaintes, les actes décrits différant pour chacune, ce 
qui démontrait leur absence de coordination. 

d. À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures, ni 
débats. 

EN DROIT : 

1. 1.1. Les recours sont recevables pour avoir été déposés selon la forme et dans le délai 
prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours 
auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner des plaignantes 
qui, parties à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), ont qualité pour agir, ayant un 
intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision 
querellée (art. 382 al. 1 CPP). 

1.2. Les faits et moyens de preuve nouveaux sont recevables devant l'instance de 
recours (arrêt du Tribunal fédéral 1B_550/2020 du 19 novembre 2022 consid. 2.1), 

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de sorte que les pièces produites par les recourantes à l'appui de leurs écritures seront 
admises. 

2. Vu la connexité des recours, il y a lieu de les joindre. 

3. La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange 
d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5 a 
contrario CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent. 

4. Les recourantes contestent le classement des différentes infractions qu'elles ont 
dénoncées. 

4.1. Aux termes de l'art. 319 al. 1 CPP, le ministère public classe la procédure 
lorsqu’aucun soupçon justifiant une mise en accusation n’est établi (let. a) ou que les 
éléments constitutifs d'une infraction ne sont pas réunis (let. b). 

Cette disposition s’interprète à la lumière du principe "in dubio pro duriore", selon 
lequel un classement ne peut être prononcé que quand il apparaît clairement que les 
faits ne sont pas punissables. Ainsi, la procédure doit se poursuivre quand une 
condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou que les probabilités 
d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en 
présence d'infractions graves. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, à 
ce sujet, d'un certain pouvoir d'appréciation (arrêt du Tribunal fédéral 6B_1164/2020 
du 10 juin 2021 consid. 2.1). 

Dans les procédures où l'accusation repose essentiellement sur les déclarations de la 
victime, auxquelles s'opposent celles du prévenu, le principe précité impose, en règle 
générale, que ce dernier soit mis en accusation. Cela vaut en particulier lorsqu'il 
s'agit de délits commis "entre quatre yeux" pour lesquels il n'existe souvent aucune 
preuve objective. En effet, en cas de doute s'agissant de la situation factuelle ou 
juridique, ce n'est pas à l'autorité d'instruction ou d'accusation, mais au juge 
matériellement compétent qu'il appartient de se prononcer (ATF 143 IV 241 
consid. 2.2.1; 138 IV 86 consid. 4.1.2). L'autorité de recours ne saurait ainsi 
confirmer un classement au seul motif qu'une condamnation n'apparaît pas plus 
probable qu'un acquittement (arrêts du Tribunal fédéral 6B_1381/2021 du 24 janvier 
2022 consid. 2; 6B_258/2021 du 12 juillet 2021 consid. 2.2). Il peut néanmoins être 
renoncé à une mise en accusation si la victime fait des dépositions contradictoires, 
rendant ses accusations moins crédibles, lorsqu'une condamnation apparaît, au vu de 
l'ensemble des circonstances, a priori improbable pour d'autres motifs, ou lorsqu'il 
n'est pas possible d'apprécier l'une ou l'autre des versions opposées des parties 
comme étant plus ou moins plausible et qu'aucun résultat n'est à escompter d'autres 
moyens de preuve (arrêt du Tribunal fédéral 6B_957/2021 du 24 mars 2022 
consid. 2.3). 

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4.2. Le ministère public doit aussi classer la cause lorsqu'il existe des empêchements 
de procéder (art. 319 al. 1 let. d CPP), ce qui est le cas de la prescription de l’action 
pénale (ATF 146 IV 68 consid. 2.1).  

De même, un classement est possible lorsqu’on peut renoncer à toute poursuite ou à 
toute sanction en vertu de dispositions légales (let. e), notamment lorsque la 
culpabilité de l’auteur et les conséquences de son acte sont peu importantes 
(art. 52 CP cum 8 CPP). 

5. En l'occurrence, l'instruction a été ouverte pour infractions aux articles 187 CP (actes 
d'ordre sexuel avec des enfants), 188 CP (actes d'ordre sexuel avec des personnes 
dépendantes), 189 CP (contrainte sexuelle), 191 CP (actes d'ordre sexuel commis sur 
une personne incapable de discernement ou de résistance) et 197 CP (pornographie). 

 Dans son ordonnance de classement, le Ministère public n'a toutefois examiné les 
agissements dénoncés que sous l'angle des art. 187 à 189 CP et de l'art. 197 CP, sans 
plus évoquer l'art. 191 CP. 

 D______ conclut au renvoi en jugement de E______ pour violation de l'art. 191 CP, 
sans aucunement motiver sa position, ni détailler en quoi les éléments constitutifs de 
cette disposition seraient réalisés, la concernant. Or, la Chambre de céans ne saurait y 
suppléer (cf. art. 385 al. 1 let. b CPP).  

 À aucun moment, durant l'instruction, D______, pourtant assistée d'un avocat, n'a 
non plus sollicité que les actes dénoncés soient examinés sous l'angle de 
l'art. 219 CP, qui réprime la violation du devoir d'assistance et d'éducation. Elle ne 
saurait dès lors invoquer cette disposition au stade du recours, alors qu'elle ne fait pas 
l'objet de la décision attaquée.  

 En toutes hypothèses, pour autant que les éléments constitutifs des art. 188 à 190 CP 
soient réalisés, ces dispositions prennent le pas sur l'application de l'art. 219 CP 
(concours imparfait; cf. ATF 126 IV 136 consid. 1.d), ce qui rendrait vain un renvoi 
en jugement de ce chef. 

 D______ sera dès lors déboutée de ses conclusions sur ces points. 

6. Reste à déterminer si c'est à bon droit que le Ministère public a considéré que les 
éléments constitutifs des infractions envisagées n'étaient pas réalisés, respectivement 
qu'aucun soupçon suffisant ne justifiait une mise en accusation.  

 6.1. Enfreint l'art. 187 ch. 1 CP celui qui aura commis un acte d’ordre sexuel sur un 
enfant de moins de 16 ans (ch. 1). 

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Par acte d'ordre sexuel, il faut entendre une activité corporelle sur soi-même ou sur 
autrui qui tend à l'excitation ou à la jouissance sexuelle de l'un des participants au 
moins. Il faut d'abord distinguer les actes n'ayant aucune apparence sexuelle, qui ne 
tombent pas sous le coup de la loi, des actes clairement connotés sexuellement du 
point de vue de l'observateur neutre, qui remplissent toujours la condition objective 
de l'infraction, indépendamment des mobiles de l'auteur ou de la signification que le 
comportement a pour celui-ci ou pour la victime (arrêt du Tribunal fédéral 
6B_1122/2018 du 29 janvier 2019 consid. 3.2). Les comportements simplement 
inconvenants, inappropriés, indécents, de mauvais goût, impudiques ou désagréables, 
doivent demeurer hors du champ des actes pénalement répréhensibles 
(ATF 125 IV 58 consid. 3b p. 63; arrêt du Tribunal fédéral 6B_744/2016 du 1er mars 
2017 consid. 3.2). Dans les cas équivoques, qui n'apparaissent extérieurement ni 
neutres, ni clairement connotés sexuellement, une appréciation objective de 
l'ensemble des circonstances est requise, l'acte incriminé devant porter clairement 
atteinte au bien juridique protégé par la disposition légale, soit le développement 
sexuel non perturbé de l'enfant. Il convient alors de tenir compte de l'ensemble des 
éléments d'espèce, notamment de l'âge de la victime ou de sa différence d'âge avec 
l'auteur, de la durée de l'acte et de son intensité, ainsi que du lieu choisi par l'auteur 
(ATF 125 IV 58 consid. 3b p. 63; arrêt du Tribunal fédéral 6B_1122/2018 du 
29 janvier 2019 consid. 3.2). 

Dans ce contexte, constituent des actes clairement connotés sexuellement, 
l'introduction d'objets dans le vagin ou l'anus, le frottement des parties sexuelles de 
l'auteur contre les parties génitales ou la poitrine de la victime, ou des caresses 
insistantes du sexe, des fesses ou des seins, même par-dessus les habits 
(M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. 
RODIGARI (éds), Code pénal - Petit commentaire, 2ème éd., Bâle 2017, n. 23 ad 
art. 187). 

Au nombre des actes considérés comme équivoques figurent par exemple les soins 
corporels prodigués à un jeune enfant (ATF 125 IV 58 consid. 3b p. 62). Dans ce cas, 
l'existence d'un acte d'ordre sexuel sera écartée lorsque le traitement est nécessaire et 
qu'il est effectué dans les règles de l'art ou lorsqu'il s'agit d'une simple maladresse. Il 
en va de même pour les attouchements des parties génitales effectués dans le but 
d'assurer les soins corporels d'un enfant, dans la mesure où l'ensemble de l'opération 
apparaît, selon le jugement d'un observateur objectif, comme un acte de nettoyage, et 
donc pas comme un acte sexuel (arrêt du Tribunal fédéral 6S_355/2006 du 
7 décembre 2006 consid. 3.1). 

N'ont en revanche pas été reconnus comme constituant des actes d'ordre sexuel au 
sens de cette disposition le fait de se déshabiller ou de se montrer nu; de doucher ou 
de laver un mineur, même si, au vu de l'indépendance de l'enfant, cela n'apparaît pas 
nécessaire; le fait de caresser les cuisses, les genoux, le visage ou les cheveux, que ce 

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soit d'un adulte ou d'un enfant (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. 
BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds), op.cit., n. 28 ad art. 187). 

6.2. L'art. 188 al. 1 ch. 1 CP punit celui qui, profitant de rapports d’éducation, de 
confiance ou de travail, ou de liens de dépendance d’une autre nature, aura commis 
un acte d’ordre sexuel sur un mineur âgé de plus de 16 ans. 

6.3. L'art. 189 al. 1 CP vise celui qui, notamment en usant de menace ou de violence 
envers une personne, en exerçant sur elle des pressions d’ordre psychique ou en la 
mettant hors d’état de résister l’aura contrainte à subir un acte analogue à l’acte 
sexuel ou un autre acte d’ordre sexuel. 

La liste des moyens de contrainte énumérée par cette disposition n'est pas exhaustive. 
Il faut que l'auteur surmonte ou déjoue la résistance que l'on pouvait raisonnablement 
attendre de la victime, en lui faisant redouter, par ses paroles ou son comportement, 
la survenance d'un préjudice, ce qui l'amène à céder (ATF 133 IV 49 consid. 4; 
A. MACALUSO / L. MOREILLON / N. QUELOZ (éds), Commentaire romand, 
Code pénal II, vol. II, Partie spéciale : art. 111-392 CP, Bâle 2017, n. 20 ad 
art. 189). 

En introduisant la notion de "pressions psychiques", le législateur a voulu viser les 
cas où la victime se trouve dans une situation sans espoir, sans pour autant que 
l'auteur ait recouru à la force physique ou à la violence (ATF 128 IV 106 
consid. 3a/bb; 122 IV 97 consid. 2b). Ainsi, l'infériorité cognitive et la dépendance 
émotionnelle et sociale peuvent – en particulier chez les enfants – induire une 
pression psychique extraordinaire et, partant, une soumission comparable à la 
contrainte physique, les rendant incapables de s'opposer à des atteintes sexuelles. La 
jurisprudence parle de "violence structurelle", pour désigner cette forme de 
contrainte d'ordre psychique commise par l'instrumentalisation de liens sociaux: la 
victime a peur de l'intransigeance ou de la sévérité de l'auteur ou craint de perdre son 
affection, elle se considère comme perdue sans l'aide de celui-ci ou craint les 
conséquences d'un refus, ou encore elle est si épuisée physiquement et 
psychiquement qu'elle ne peut pas résister (ATF 131 IV 107 consid. 2.4; 128 IV 106 
consid. 3a/bb). Compte tenu du caractère de délit de violence que revêt la contrainte 
sexuelle, la pression psychique générée par l'auteur et son effet sur la victime doivent 
cependant atteindre une intensité particulière (ATF 131 IV 167 consid. 3.1). Plus 
l'enfant est jeune, moins élevées sont les exigences liées à l'intensité des pressions 
psychiques pour admettre l'usage d'un moyen de contrainte (arrêt du Tribunal fédéral 
6B_216/2017 du 11 juillet 2017 consid. 1.4.1; cf. ATF 146 IV 153 consid. 3.5.5 et 
3.5.7). Une pression psychique sous la forme d'une injonction de se taire peut en 
remplir les conditions. En revanche, la simple exploitation de rapports généraux de 
dépendance ou de subordination entre l'enfant et l'adulte n'est en général pas 
suffisante et il faut au moins que les circonstances concrètes rendent la soumission 

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compréhensible (ATF 131 IV 107 consid. 2.4; arrêt du Tribunal fédéral 
6B_1084/2015 du 18 avril 2016 consid. 2.1). 

6.4. D'un point de vue subjectif, les infractions susmentionnées impliquent que 
l'auteur agisse intentionnellement, ce qui inclut le dol éventuel (art. 12 al. 2 CP). Il 
faut qu'il soit conscient du caractère sexuel de son comportement, mais ses motifs ne 
sont pas déterminants, de sorte qu'il importe peu que l'acte tende ou non à l'excitation 
ou à la jouissance sexuelle (arrêts du Tribunal fédéral 6B_180/2018 du 12 juin 2018 
consid. 3.1 et les références ; 6B_288/2017 du 19 janvier 2018 consid. 5.1). 

 6.5. L'art. 197 al. 1 CP réprime quiconque offre, montre, rend accessibles à une 
personne de moins de 16 ans ou met à sa disposition des écrits, enregistrements 
sonores ou visuels, images ou autres objets pornographiques ou des représentations 
pornographiques, ou les diffuse à la radio ou à la télévision.  

 La pornographie s'entend de ce qui vise à provoquer une excitation sexuelle du 
consommateur alors que la sexualité est à tel point détachée de ses composantes 
humaines et émotionnelles que la personne en est réduite à un pur objet sexuel dont 
on peut disposer à volonté. Le comportement sexuel est grossier et mis exagérément 
au premier plan (ATF 133 IV 31 consid. 6.1.1; 131 IV 64 consid. 10.1.1; 128 IV 260 
consid. 2.1; arrêt du Tribunal fédéral 6B_693/2020 du 18 janvier 2021 consid. 5.1). 

 Le comportement réprimé vise à rendre accessible à un enfant un objet ou une 
représentation pornographique, peu importe comment, la liste dressée par le 
législateur n'étant qu'exemplative (A. MACALUSO / L. MOREILLON / 
N. QUELOZ (éds), op.cit., n. 25 ad art. 197). Ce comportement n'est toutefois pas 
punissable si l'auteur a pris des mesures efficaces pour empêcher que des jeunes 
accèdent à la représentation pornographique (ATF 119 IV 145 consid. 3; 
B. CORBOZ, Les infractions en droit suisse, vol. I, 3e éd., Berne 2010, n. 27 ad 
art. 197). N'est pas non plus punissable la mise à disposition du moyen d'accéder au 
matériel pornographique, sans que celui-ci soit directement accessible, sans quoi 
l'art. 197 al. 1 CP, déjà très large, s'en trouverait excessivement étendu 
(A. MACALUSO / L. MOREILLON / N. QUELOZ (éds), op.cit., n. 29 ad art. 197).  

 Sur le plan subjectif, il est nécessaire que l'auteur agisse intentionnellement. En 
particulier, il faut qu'il sache et accepte que l'objet ou la représentation 
pornographique soit accessible à des jeunes de moins de 16 ans. Le dol éventuel 
suffit (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / 
V. RODIGARI (éds), op.cit., n. 39 ad art. 197). 

 À l'heure actuelle, l'infraction se prescrit par dix ans (art. 97 al. 1 let. c CP cum 
art. 197 al. 1 CP). Jusqu'au 1er janvier 2014, elle se prescrivait cependant par sept 

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ans, étant précisé que la lex mitior, soit celle la plus favorable à l'auteur, s'applique 
(art. 2 al. 2 et 389 al. 1 CP). 

6.6. En l'espèce, les recourantes s'en prennent à la motivation du Ministère public, 
qui aurait fait une mauvaise application de la jurisprudence commandant qu'en cas de 
doute, particulièrement en cas d'actes perpétrés "entre quatre yeux", la cause devrait 
être soumise à l'appréciation du juge du fond. 

Ce principe n'est toutefois pas absolu et, même en présence d'infractions graves, 
notamment en matière sexuelle, le Tribunal fédéral admet qu'un classement puisse se 
justifier, en particulier lorsque les éléments du dossier permettaient déjà à ce stade de 
considérer qu'une mise en accusation aboutirait à un acquittement avec une 
vraisemblance confinant à la certitude (cf. par exemple arrêt du Tribunal fédéral 
6B_277/2021 du 10 février 2022, qui présente un certain nombre de similitudes avec 
la présente cause). 

Or, tel est le cas en l'occurrence. 

6.6.1. A______ et C______ ont toutes deux affirmé avoir vu des photographies de 
leur père, nu et en érection, prises en mode "selfie", ainsi que de ses petites amies, 
nues, tant sur l'ordinateur que sur son téléphone portable. 

Il est toutefois difficile de dater les occurrences décrites. A______ a déclaré qu'elle 
avait à l'époque huit ou neuf ans (devant la police), voire dix ans (Ministère public), 
ce qui ferait remonter les faits à 2007 au plus tard. C______ a dans un premier temps 
estimé qu'elle avait 11 ou 12 ans lorsqu'elle avait aperçu le selfie sur le téléphone, 
soit en 2011 ou 2012, puis a situé cet épisode vers 14 ans environ, ajoutant qu'elle 
avait "du mal à situer son âge dans une tranche de trois ou quatre ans".  

Dans ces conditions, il n'est pas possible d'affirmer que les faits se seraient produits 
après 2014. Compte tenu du délai de prescription en vigueur avant cette date et de 
l'application de la lex mitior, les infractions, si elles étaient établies, devraient donc 
selon toute vraisemblance être considérées comme prescrites. 

À cela s'ajoute que, si les jeunes filles avaient accès à l'ordinateur de leur père pour 
consulter internet, voire à son téléphone, elles n'étaient pas supposées aller ouvrir les 
documents qui y étaient enregistrés, le prévenu ayant affirmé, sans être contredit, les 
avoir mises en garde à ce propos. Or, à entendre A______, les images visionnées sur 
l'ordinateur figuraient dans un onglet dédié aux photographies, dans lequel elles 
étaient enregistrées dans des albums ad hoc. C'est également en allant regarder la 
galerie d'images que C______ aurait vu des photographies qui, à l'évidence, ne lui 
étaient pas destinées. L'on se trouve dès lors davantage dans un cas – non punissable 
– d'une mise à disposition d'un moyen d'accès, que d'un accès direct à un matériel qui 

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pourrait cas échéant être jugé pornographique, indépendamment de la protection des 
appareils par un mot de passe. 

Compte tenu des circonstances, la question de la réalisation de l'élément constitutif 
subjectif de l'infraction peut aussi se poser, dès lors qu'il est difficile de considérer 
que le prévenu aurait agi sciemment, fût-ce par dol éventuel, et non par négligence, 
en acceptant l'éventualité que les photographies, le site internet ou ses conversations 
relatives au sexe soient vue par ses filles. 

En toutes hypothèses, les images incriminées ne figurant pas au dossier, il n'est pas 
possible de juger de leur caractère pornographique ou non, n'importe quelle 
photographie dénudée n'en présentant pas nécessairement les caractéristiques. À cet 
égard, il n'y a pas de raison de douter de la fiabilité de l'analyse exécutée par la BCI 
qui, informée de la teneur des plaintes, a cherché les fichiers tant 
pédopornographiques que "tendancieux", sans rien trouver. Le fait que le prévenu ait, 
ultérieurement, produit des photographies dans lesquelles lui et les autres membres 
de sa famille apparaissaient dénudés est à cet égard sans pertinence, dès lors que les 
recourantes ne prétendent pas qu'elles relèveraient de la (pédo)pornographie. Dans 
ces conditions, un rapport complémentaire ne serait pas propre à apporter des 
éléments de nature à étayer les accusations, ce d'autant moins qu'entretemps, le 
matériel a été restitué au prévenu. 

Une condamnation du chef de l'art. 197 al. 1 CP est dès lors si peu probable qu'un 
classement à ce stade de la procédure ne viole pas le principe "in durio pro duriore". 

6.6.2. En ce qui concerne les autres agissements reprochés au prévenu, l'on peine à 
clairement distinguer, dans les écritures des recourantes, faute d'une quelconque 
analyse juridique, ceux auxquels elles prêtent un caractère pénal de ceux destinés à 
illustrer, selon elles, l'existence d'un climat incestueux et de comportements 
inadéquats de la part de leur père. Il est dès lors malaisé, dans le cadre du recours, de 
discuter l'éventuelle réalisation des éléments constitutifs de l'une ou l'autre des 
dispositions légales évoquées par le Ministère public. 

En tout état, force est de constater que, pour nombre d'entres eux, les recourantes ont 
elles-mêmes qualifié leurs souvenirs de vagues, constitués davantage de sensations 
que de certitudes. 

En effet, si elles se rappellent fort bien des circonstances périphériques aux actes 
d'ordre sexuel dénoncés, elles sont beaucoup moins affirmatives en ce qui concerne 
ceux-ci. Ainsi, à la police, si A______ a pu dire que, vers 3 ou 4 ans, elle s'était 
déshabillée pour jouer et que son père l'avait prise sur ses genoux pour lui remettre 
son pyjama, elle a ajouté que le reste (caresses, érection) était "un peu flou", "pas très 
clair" et qu'il s'agissait davantage de "sensations". À la piscine, elle "ressentait une 

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intention qui n'était pas juste", qu'il s'était "peut-être" passé quelque chose, sans 
toutefois pouvoir décrire un geste clairement significatif d'abus sexuel. À 14 ans, elle 
avait "eu l'impression" d'entendre un bruit étrange venant de l'ordinateur que son 
père regardait au salon, "pensait" qu'il avait baissé son pantalon, et en avait "déduit" 
que E______ regardait un film pornographique et se masturbait, sans pourtant avoir 
rien vu. De manière plus générale, l'attitude de son père n'était pas "juste", quand 
bien même "ce n'était pas précis pour elle, juste des ressentis". Il ne la touchait pas 
directement "mais il y avait quelque chose qui la dérangeait". Il lui avait massé la 
jambe, mais "elle ne croyait pas qu'il était en érection". Elle avait la certitude d'avoir 
subi des attouchements, "même si rien n'était clair dans sa tête". C______ avait la 
"sensation qu'il mettait son doigt dans son anus", "la sensation de son sexe bandant 
contre elle… sans qu'elle puisse en situer le contexte"; il lui avait massé les pieds, 
posés contre son entrejambe, sans "savoir s'il était en érection ou pas". Quant à 
D______, elle a déclaré se souvenir "de très peu de choses et genre c'est… assez 
flou", "plus genre des sensations dans le corps", elle le "sentait, j'crois, en érection", 
la "sensation" de quelque chose de "dur" et "chaud" dans son dos, elle "croyait qu'il 
bandait". Par la suite, les descriptions de A______ et C______ se sont précisées, 
mais toujours dans un registre dépeignant davantage des sensations que des constats 
visuels : A______ savait que le prévenu était en érection car elle le "sentait" sur les 
fesses et le bas du dos et, lorsqu'il lui avait massé la cuisse, "il n'y avait eu aucun 
acte sexuel concret", "c'était juste son ressenti"; C______ n'était toujours pas 
certaine que lorsqu'il lui avait massé les pieds, il était en érection. 

Or, compte tenu des circonstances dans lesquelles la mémoire des actes sexuels 
décrits est revenue aux jeunes filles, leur réalité, voire leur description, ne peut par 
ailleurs être appréciée qu'avec circonspection.  

Les recourantes estiment que la similitude, tant de leurs déclarations respectives, que 
de celles-ci avec les événements relatés dans la presse ou ayant fait l'objet de la 
procédure pénale vaudoise, renforcerait leur crédibilité. 

Tel serait le cas si elles avaient porté leurs accusations sans avoir eu préalablement 
connaissance du contenu des plaintes des autres jeunes filles se présentant comme 
victimes de E______. Tel n'est cependant pas le cas.  

C______ a en effet déclaré que c'était après avoir appris que son père avait été 
prévenu d'actes d'ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de 
résistance qu'elle avait commencé à se demander si elle n'avait pas également été 
abusée par son géniteur, et que les pièces du puzzle s'étaient mises en place lorsque 
F______ lui avait directement demandé si son père ne l'avait pas touchée. A______ 
n'a pour sa part acquis la certitude de l'existence d'attouchements de la part de leur 
père qu'après que la psychiatre à laquelle elle avait révélé que sa sœur "avait 
l'impression que quelque chose d'incestueux avait été fait par leur père" lui avait 

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demandé si elle avait aussi subi des "choses". Quant à D______, elle a eu "une 
révélation en sortant du bus", deux semaines après avoir appris qu'une [personne 
issue du milieu 1______] avait porté plainte contre son père. 

Les recourantes ont par ailleurs reconnu qu'elles avaient abondamment discuté entre 
elles des événements et de leur vécu, se confortant l'une l'autre de la réalité des actes 
subis, ainsi que cela ressort des déclarations de D______, mentionnant sa crainte 
d'être "une énorme mythomane" et le fait d'avoir été rassurée d'entendre ses sœurs 
échanger leurs souvenirs. 

L'on ne peut dès lors exclure une influence plus ou moins (in)consciente de ces 
discussions, et des questions plus ou moins fermées qui leur ont été posées par leurs 
proches et/ou thérapeutes, sur leurs souvenirs. 

À ce propos, il est notoire que la certitude de l'existence d'un fait et la bonne foi de la 
personne concernée ne reflètent pas nécessairement la réalité. Les articles produits 
par le prévenu en attestent, qui soulignent en outre les faiblesses de la méthode 
EMDR dont bénéficient les recourantes dans le cadre de leurs thérapies et le risque 
non négligeable de faux souvenirs susceptibles d'être ainsi suscités. Il faut donc 
prendre avec précaution les souvenirs réapparus ou précisés au cours de la thérapie 
et/ou de la procédure pénale, et s'assurer qu'ils soient étayés par des éléments 
objectifs. 

Or, en l'occurrence, peu d'indices extérieurs accréditent les dires des plaignantes, 
hormis ceux admis par le prévenu, avec les limites qui s'y associent. Si un grand 
nombre des événements relatés a en effet très vraisemblablement existé, les détails 
leur conférant un caractère pénal sont fermement contestés par l'intéressé. Or, ces 
dénégations ne peuvent d'emblée être écartées comme dénuées de crédibilité. 

Comme les recourantes le reconnaissent elles-mêmes, de nombreux faits s'inscrivent 
dans un contexte de soins et étaient eux-mêmes justifiés par les circonstances 
(douches quotidiennes ou après la piscine, crème solaire à la plage, prescriptions 
médicales, crampe, etc.), sans que s'y attache en principe de connotation sexuelle. 

Compte tenu de l'ancienneté des faits et des incertitudes liées à la perception de 
durée, il n'est pas possible de considérer que le prévenu aurait consacré aux zones 
intimes de ses filles, lors de ces soins, un temps devant être considéré comme 
suspect. 

Par ailleurs, aucune des jeunes filles ne soutient avoir éprouvé des difficultés à faire 
cesser un comportement ressenti comme gênant, lorsqu'elles s'en sont ouvertes à leur 
père. Il apparaît ainsi que ce dernier n'a eu aucune réticence à laisser A______ 
s'occuper de la douche ou des soins à ses sœurs et qu'il ne paraît en tout cas pas les 

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avoir aidées au-delà d'un âge où elles étaient manifestement en mesure de le faire 
seules. Les recourantes n'ont pas non plus remis en cause l'affirmation selon laquelle 
il avait encouragé leur autonomie dans le domaine de l'hygiène corporelle. Rien 
n'indique dès lors que E______ aurait, en adoptant les gestes incriminés, été animé 
par des intentions malsaines. Au contraire, le fait qu'il ait recommandé à sa fille 
aînée, lorsqu'elle devait doucher ses sœurs, de bien nettoyer l'intérieur de leurs 
parties intimes tend à confirmer qu'ils résultaient exclusivement d'un souci de bien 
faire.  

Dans ces conditions, quand bien même il serait démontré que le prévenu, en passant 
de la crème solaire sur le corps de C______, en aurait également appliqué dans son 
sexe, soit sur les lèvres intérieures, rien ne permettrait de conclure qu'il n'a pas agi 
par inadvertance, le fait que les fillettes soient "tout le temps nues" à la mer en Grèce 
– ce dont témoignent leurs photographies de vacances – ne permettant pas de 
qualifier d'emblée d'inadéquat le crémage de la zone intime. 

En ce qui concerne les faits dénoncés par D______, E______ a reconnu qu'il venait 
au réveil dans le lit de sa fille, comme sa propre mère le faisait avec lui, et sans avoir 
jamais ressenti une quelconque excitation sexuelle. Que la proximité engendrée ait 
gêné la jeune fille et suscité une sensation de malaise, ne lui confère pas pour autant 
de caractère pénal. La position "en cuillère" adoptée par E______, s'inscrivant dans 
le contexte d'un câlin matinal, n'a pas dépassé, elle-même, les limites de la légalité, la 
jeune fille ayant confirmé qu'hormis la sensation "dure" et "chaude" dans son dos, il 
ne se passait rien d'autre. Par ailleurs, si son avocat a souligné, dans ses écritures, 
que, lorsqu'il venait dans le lit de sa fille, "elle l'entendait respirer fortement", il omet 
de signaler qu'elle pensait que c'était parce qu'il s'était endormi, et que lorsqu'elle le 
poussait pour le réveiller et lui dire qu'elle devait se lever, il partait sans autres. 

C______ a dénoncé des pénétrations anales, survenues à cinq ou six reprises, tout en 
admettant qu'elles étaient intervenues à une époque où elle souffrait de gros 
problèmes de transit, attestés par les certificats médicaux produits, ce qui rend 
superflue une audition de F______ à ce propos. La plaignante a décrit des souvenirs 
précis de son père lui appliquant de la crème sur l'anus, puis de l'introduction de son 
doigt dans cet orifice, après celle d'un suppositoire et/ou d'un thermomètre (ses 
déclarations ont été fluctuantes sur ce dernier point). Les déclarations du prévenu à 
ce propos, alléguant des gestes purement médicaux, sont confirmées, là aussi, par les 
documents fournis, mentionnant la prescription d'une pommade anale et de 
suppositoires. Compte tenu du geste nécessaire à l'introduction d'un suppositoire 
dans l'anus et de la position de la jeune fille, qui ne lui permettait selon toute 
vraisemblance pas de le voir, rien ne permet de considérer que E______ ait été, ce 
faisant, au-delà de ce qui était nécessaire à l'accomplissement du soin. Pour le même 
motif, auquel s'ajoute le jeune âge de la recourante à l'époque, l'on ne saurait la 
suivre lorsqu'elle soutient qu'elle aurait été parfaitement à même de s'administrer 
elle-même ces traitements. 

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C______ a également évoqué la sensation du sexe de son père "bandant contre elle" 
sous la douche et une image dans laquelle elle se voyait lui lécher le sexe sur le lit. 
Les démentis du prévenu à ce propos ne sont contredits par aucun élément. Au 
contraire, l'on observera: que l'acte le plus grave, concernant une éventuelle fellation, 
ne figurait pas au nombre des souvenirs que la plaignante a rapportés à la police; 
qu'au Ministère public, elle a omis de mentionner qu'un tiers y aurait assisté, détail 
qu'elle n'a fourni qu'à la psychologue qui la suivait depuis janvier 2021; que dans ses 
écritures de recours, cet événement n'est évoqué que brièvement, sans 
développement particulier. 

De manière plus générale, d'éventuels penchants pédophiles du prévenu ne sont pas 
étayés par des images compromettantes qui auraient pu être trouvées dans les 
différents appareils électroniques lui appartenant et qui ont été analysés. Le fait que 
les femmes qu'il a fréquentées aient été plus jeunes que lui n'est pas non plu