# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 50c1c24b-187e-5df1-96ab-1714c317fa2e
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1999-07-14
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation civile 14.07.1999 CCC.1999.7604 (INT.1999.1240)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_005_CCC-1999-7604_1999-07-14.html

## Full Text

A.      Les
recourants exploitaient un établissement public de type

"cercle"
dans les locaux que l'intimée s'est fait remettre à bail par un

tiers
et dont un membre du comité est titulaire de la patente. A la suite

de
mésententes, les recourants auraient fait savoir le 20 octobre 1998 à

l'issue
d'une séance du comité de l'intimée, dont Mme P.  est également

membre,
qu'ils "démissionnaient", ce dont l'intimée a pris acte dans un

courrier
du 20 novembre suivant. Le 24 novembre 1998, les recourants

s'adressaient
en ces termes à l'intimée :

 

          " Le mardi 20 octobre 1998,
lors d'une réunion du comité,

            nous avons été forcés en réaction
à des insultes et diffa-

            mations personnelles et
professionnelles prononcées à  no-

            tre encontre par certains membres de C. , d'envisager

            notre démission.

            (...), nous espérions recevoir de
votre part une prise de

            position plus sereine et étions en
droit d'attendre une

            justification en bonne et due
forme de votre intention de

            rompre le contrat qui nous lie.

 

            Nous tenons, par la présente, à
préciser que nous ne som-

            mes pas démissionnaires.

 

            A ce jour, notre contrat court et
nous attendons donc que

            vous confirmiez, selon notre
droit, que nous sommes tou-

            jours et encore employés de C. .
(...)".

 

       
Dans une lettre du 3 décembre 1998, leur mandataire priait enco-

re
l'intimée de faire savoir si elle était disposée à poursuivre "la col-

laboration
qui dure depuis 13 ans".

 

       
Une réponse négative a été donnée le 11 décembre 1998; elle pré-

cisait
que "le rapport de travail de M. et Mme P.  terminera le 31 janvier

1999".

 

B.      Par
la suite, tant dans leurs échanges de correspondance qu'en

procédure,
les parties ont qualifié leurs rapports contractuels d'une part

de
contrat de bail (à ferme)(recourants) et d'autre part de contrat de

travail
(intimée).

 

C.     
Saisie le 9 février 1999 d'une requête des recourants en cons-

tatation
de la nullité du congé, subsidiairement en annulation du congé,

plus
subsidiairement en prolongation de bail, l'Autorité régionale de con-

ciliation
de Neuchâtel, par décision du 8 mars 1999 fondée sur les arti-

cles 8
CPC et 15 al. 2 LICO, a décliné sa compétence, déclaré la requête

irrecevable
et renvoyé les recourants à agir devant le Tribunal de

prud'hommes
ou le Tribunal cantonal, selon la valeur litigieuse à prendre

en
considération.

 

D.      Les
époux P.  recourent en temps utile en
invoquant l'arbitraire

dans la
constatation des faits, l'abus du pouvoir d'appréciation et la

fausse
application du droit matériel.

 

       
Le rapport juridique est selon eux de nature mixte; il réunit

des
éléments du contrat de travail et - de manière prédominante - du con-

trat de
bail à ferme, ce qui rend applicables les règles protectrices con-

tre les
congés du droit du bail et ce principalement en raison du fait que

plus le
risque et les chances d'exploitation sont dévolus à l'usager, plus

la
rémunération s'assimile à un fermage.

       
Ils concluent, avec suite de frais et dépens, à ce que la déci-

sion
soit cassée et la cause renvoyée à l'autorité inférieure pour nouvel-

le
décision.

 

       
La demande d'effet suspensif a été rejetée par ordonnance du

président
de la Cour de cassation civile du 15 avril 1999.

 

E.     
L'intimée conclut au rejet du recours avec suite de frais et

dépens.
La présidente de l'Autorité régionale de conciliation n'a pas

d'observations
à formuler.

 

                          C O N S I D E R A N
T

 

1.      La
difficulté de qualification entre contrat de travail et bail

à ferme
apparaît surtout lorsque, comme en l'espèce, l'objet du contrat

porte
sur un restaurant, un café, une cantine, ... (Engel, Contrats de

droit
suisse, Berne 1992, p.272). Dans ce cas les deux critères principaux

résident
dans le lien de subordination et l'étendue de la rémunération;

plus le
premier est lâche et plus les risques et les chances d'exploita-

tion
sont dévolus à l'usager, plus la qualification de bail à ferme s'im-

pose
(ibidem).

 

       
Selon la doctrine et la jurisprudence, en présence de contrats

mixtes,
les dispositions du contrat qui présente l'aspect prépondérant

s'appliquent
en matière de résiliation du contrat (ATF 118 II 157; 115 II

452;
109 II 466; Barbey, Commentaire du droit du bail, chap. III, Protec-

tion
contre les congés concernant les baux d'habitation et de locaux com-

merciaux,
Genève 1991, no 160 p.68; Arrêt de la Chambre d'appel en matière

de baux
et loyers de Genève du 19 juin 1992 dans la cause Epoux C. c/ SI

CB, in
Cahiers du bail 1/93 p.29). Si l'usage de locaux revêt un caractère

prépondérant,
le chapitre III du titre VIII du CO s'applique (Barbey, loc.

cit.;
Tercier, Les contrats spéciaux, 2ème éd., Zurich 1995, no 1497

p.189).
Le Tribunal fédéral a encore récemment confirmé sa jurisprudence

après
réexamen des critiques (in SJ 1998 p. 320, signalé par Engel, SJZ 95

(1999)p.
170).                                             

 

2.      a)
L'Autorité de conciliation a conclu de l'ensemble des élé-

ments à
sa disposition, en particulier du lien de subordination existant

entre
parties, que leurs relations contractuelles relevaient du contrat de

travail
et non du bail.

       
b) Dans leur recours, les époux P. 
relèvent divers éléments

propres
à qualifier le rapport juridique litigieux de contrat de bail : le

risque
financier repose sur eux seuls; le versement par eux de mensualités

de
3'600 francs pour d'une part la mise à disposition des locaux et

d'autre
part le paiement de la part des employés des cotisations sociales

et
d'assurances professionnelles, alors qu'aucun salaire fixe ne leur est

versé,
exclut l'existence d'un contrat de travail; les certificats de

salaire
établis à seules fins fiscales apparaissent fictifs; le caractère

contraignant
des horaires d'ouverture ne dépend pas d'un lien de subo-

rdination
mais d'une décision administrative et existe aussi dans le

contrat
de bail type pour cafetiers et hôteliers; les recourants n'ont pas

à
rendre compte de leur chiffre d'affaires et de leurs activités; l'obli-

gation
de s'en tenir au choix de menus, aux prix fixés et aux expositions

programmées
par l'intimée est concevable dans un bail fixant l'usage de la

chose
en fonction de l'objet loué; la prise en charge par l'intimée des

frais
relatifs aux locaux et des primes d'assurance est une prestation

commune
du bailleur; l'emploi de certains termes linguistiques n'est pas

décisif
et, enfin, les recourants n'ont pas droit à des vacances payées.

 

       
c) Le contrat qui liait les parties revêt un caractère mixte. Il

y a
lieu de déterminer les règles applicables à sa résiliation en déga-

geant
laquelle des deux figures juridiques présente un aspect prépondé-

rant.
S'agissant du salaire, les parties sont libres de prévoir une rému-

nération
fondée entièrement ou partiellement sur la prospérité économique

de
l'entreprise (participation au résultat de l'exploitation) (Brunner/-

Bühler/Waeber,
Commentaire du contrat de travail, p.47, no 1 ad art.322a

CO;
Engel, op. cit., p.293). Le fait qu'en l'espèce la rémunération des

recourants
ait été fondée uniquement sur le résultat de l'exploitation de

l'établissement
public n'exclut donc pas à lui seul la prépondérance de la

composante  contrat de travail. Au demeurant, les
recourants ne prétendent

pas
qu'ils tiendraient une comptabilité, ou que les deux certificats de

salaire
établis à leur nom respectif par la défenderesse seraient intégrés

dans un
chiffre d'affaires déclaré comme tel au fisc. La réquisition qui

leur
avait été faite de produire leurs déclarations d'impôts des cinq der-

nières
années n'a pas été satisfaite, de sorte que toute vérification à ce

sujet
est exclue.

 

       
Ni l'un ni l'autre des recourants n'est titulaire d'une patente.

Cet
élément exclut pratiquement presque entièrement l'existence d'un bail

à ferme
et fait apparaître les éléments de ce contrat comme tout à fait

secondaires
dans la mesure où une collaboration est nécessaire avec le ti-

tulaire
de la patente pour exploiter le cercle (art.5 et 32 LEP) et que

seul ce
titulaire est habilité à le diriger selon les dispositions du

droit
public.

 

       
La limitation horaire résultant de la décision du Département de

police
du 19 juin 1985 (dont il n'est pas certain qu'elle soit encore va-

lable
telle quelle depuis la dernière révision de la LEP) n'est ainsi pas

la
seule contrainte à laquelle étaient soumis les recourants; il apparaît

au
contraire qu'ils n'étaient pas libres de fermer de leur propre chef

l'établissement
ou d'en limiter les heures d'ouverture, ce qui restait

possible
dans le cadre de l'autorisation, qui fixe un horaire maximum

(s'agissant
d'un cercle).

 

       
Même si le risque financier reposait très largement sur les re-

courants,
ceux-ci étaient tenus de suivre des instructions (horaires,

fixation
des prix, menus, utilisation des locaux). De même, s'ils jouis-

saient
d'une certaine autonomie, le lien de subordination caractéristique

du
contrat de travail apparaît nettement prépondérant, au vu des autres

éléments
que relève au surplus et à juste titre l'autorité de conciliation

dans sa
décision (cons. 3).

 

       
La situation présente se rapproche fortement de celles dont ont

eu à
juger les juridictions genevoises le 17 janvier 1968 et le 8 septem-

bre
1976 et où l'existence d'un contrat de travail a été retenue au détri-

ment du
contrat de bail à ferme ou de société simple (Gabriel Aubert, 400

arrêts
sur le contrat de travail, Lausanne 1984, p.29 nos 34 ss).

 

       
L'Autorité régionale de conciliation de Neuchâtel a ainsi décli-

né à
juste titre sa compétence.

 

3.      Les
recourants, qui succombent, devront s'acquitter des frais et

dépens
de la procédure.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
CIVILE

 

1.
Rejette le recours.

 

2.
Arrête les frais, avancés par les recourants, à 550 francs et les met

   solidairement à leur charge.

 

3.
Condamne les recourants à verser une indemnité de dépens de 300 francs

   à l'intimée.

 

 

Neuchâtel,
le 14 juillet 1999

 

 

                          AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION CIVILE

                   Le greffier                         L'un des juges