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**Case Identifier:** d721b11f-7263-5390-8ba6-885d5947a56c
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-10-13
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre des prud'hommes 13.10.2004 C/3904/2002
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_003_C-3904-2002_2004-10-13.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE  Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002 
 

POUVOIR  JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* 

 

 

 

 

E_______ SA 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partie appelante 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’une part 

Monsieur T_______ 

Dom. élu : Me Pierre-André BEGUIN 

Rue Sénebier 20 

Case postale 166 

1211 Genève  12 

 

 

 

 

 

 

 

Partie intimée 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’autre part 

 

 

 

 

 

ARRET 
 

du mercredi 13 octobre 2004 

 

 

  M. Louis PEILA, président 

 

 

  Mme Jocelyne TAUXE et M. Jean-François HUGUET, juges employeurs 

 

  Mme Corinne SULLIGER  et M. Yves DELALOYE, juges salariés 

 

 

  M. Philippe GORLA, greffier d’audience 

 

 

 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

EN FAIT 
 

A. Par demande reçue au greffe de la juridiction des prud'hommes le 28 février 

2002, T_______, directeur général, a assigné son ancien employeur E_________ 

Private Banking SA (ci-après la Banque ou E_______) en paiement de 2'704’147 fr.  

plus intérêts à 5% dès le 7 février 2002 à titre de salaire pour la période du 1
er

 novembre 

2001 au 31 décembre 2006, 12'920'250 fr. plus intérêts à 5% dès le 7 février  2002 à 

titre de participation à la création de valeur, 572'433 fr. plus intérêts à 5% dès le 7 fé-

vrier  2002 à titre de prévoyance professionnelle du 1
er

 novembre 2001 au 31 décembre 

2006, 44'886 fr. plus intérêts à 5% dès le 7 février  2002 à titre de compensation pour 

perte de cotisations à l’assurance accident contractuellement convenue, 1’650'000 fr. 

plus intérêts à 5% dès le 14 février  2002 à titre de dommages-intérêts pour non 

délivrance du certificat de travail, 351’120 fr.  plus intérêts à 5% dès le 7 février  2002 à 

titre d’indemnités pour les vacances, 198'189 fr. 85 plus intérêts à 5% dès le 7 février  

2002 à titre d’autres avantages résultant du contrat de travail, 274'998 fr. au titre d’in-

demnité forfaitaire, 1'000'000 fr. en réparation du tort moral et en délivrance d’un certi-

ficat de travail conforme à l’art. 330a al 1 CO. 

 

E_______ a d’emblée contesté l’ensemble des prétentions du demandeur et a formé une 

demande reconventionnelle. Dans ses premières écritures, elle a invalidé le contrat de 

travail et a sollicité le remboursement des émoluments perçus (salaire, frais de 

représentation, treizième salaire, vacances et prévoyance professionnelle), soit 673'459 

fr. 20 et a déduit des fausses représentations de T_______ quant à ses compétences pro-

fessionnelles une perte de 6'000'000 fr. La Banque a également conclu au rembourse-

ment de 63'000 fr., 30'000 fr., 25'200 fr. (réduit à 1'911.90), 27'056 EUR 05 et 1'451 fr. 

55 à titre de divers dommages concernant le refus de licencier quatre collaborateurs de 

la banque pour décembre 2001 et janvier 2002, la poursuite d’un contrat de maintenance 

informatique inutile, l’acquisition non autorisée de locaux au Tessin, le remboursement 

de rabais consentis à des  proches et l’omission de faire signer une décharge pour ordre 

téléphonique dans le dossier d’un client. Les sommes ainsi demandées devaient porter 

intérêts à  5% dès le 1
er

 août  2001. 

 

T_______ s’est opposé à ces prétentions. 

 

B. Par jugement du 20 février 2003, notifié par plis recommandés du 7 août 2003, le 

Tribunal des prud'hommes a déclaré irrecevables les conclusions de T_______ portant 

sur le paiement des charges sociales et a condamné E_______ à lui payer les sommes 

brutes de 2'372'536  fr. 90 plus intérêts à 5% dès le 1er février 2002 à titre de salaire 

pour la période du 1
er

 novembre 2001 au 31 décembre 2006 et 32'304 fr. 15  plus inté-

rêts à 5% dès le 1er février  2002 à titre de vacances et nette de 45'833 fr. plus intérêts à 

5% dès le 1
er

 février 2002 d’indemnité selon l’art. 337c al. 3 CO, correspondant à un 

mois de salaire. E_______ a en outre été condamnée à délivrer à T_______ un certificat 

de travail comportant une clause que le Tribunal a lui-même rédigée. 

 

Les parties ont été déboutées de toutes leurs autres conclusions. 

 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

En substance, le Tribunal a admis l’existence d’un contrat de travail par actes con-

cluants dont les contours étaient fixés par l’annexe 1 d’une lettre d’intentions datée du 

8 avril 2000. L’absence de résultats commerciaux et les divergences constatées n’autori-

saient pas la banque à résilier le contrat pour justes motifs ni à se prévaloir d’erreur es-

sentielle ou de dol eu égard aux qualités de son directeur général, de sorte que ce contrat 

ne pouvait être annulé, cela entraînant  le rejet des prétentions formulées à ce titre par la 

Banque. 

 

En conséquence également, la Banque devait à son employé son salaire jusqu’au 31 dé-

cembre 2006, s’agissant d’un contrat de durée déterminée, sous déduction d’un montant 

correspondant à 5% dudit salaire destiné à compenser les effets d’un versement anticipé. 

Le demandeur avait également droit aux vacances non prises jusqu’à la date de résilia-

tion (15,33 jours), les droits postérieurs y afférents étant inclus dans le salaire octroyé. Il 

n’avait droit qu’à un mois d’indemnité selon l’art. 337c CO, en raison des divergences 

entre les parties à  la fin des rapports de travail et de l’importance de l’indemnité sala-

riale allouée, et à aucune indemnité en réparation du tort moral. 

 

T_______ n’avait pas droit non plus à une participation aux résultats, vu leur absence, 

ni aux frais de voiture, qui correspondaient à une facilité liée à son activité n’équivalant 

pas à un avantage soumis à dédommagement au sens de l’art. 337c al. 1 CO.  

 

Le certificat de travail proposé par la Banque était en outre accepté, moyennant une 

petite modification entièrement rédigée par les premiers juges. 

 

C. E_______  interjette appel contre cette décision par acte déposé le 10 septembre  

2003 au greffe de la juridiction des prud'hommes. Elle conclut au rejet de toutes les 

conclusions de T_______ et à sa condamnation au paiement de 85'806  fr. plus intérêts à 

5% dès le 2 mai 2002 à titre de remboursement des salaires des collaborateurs que 

T_______ n’avait pas licenciés à temps, de 30’000 fr. plus intérêts à 5% dès le 2 mai 

2002 à titre de dommage résultant de la poursuite du contrat de maintenance 

informatique A_______ SA et de 1'911 fr. 90 plus intérêts à 5% dès le 2 mai 2002 

s’agissant des frais supportés pour l’acquisition puis la revente d’un local d’archives au 

Tessin; elle sollicite en outre l’apport du dossier de la caisse d’assurance-chômage qui a 

servi des prestations à T_______.  Son appel ne porte pas sur les autres postes qui 

figuraient dans sa demande reconventionnelle. 

 

T_______ a conclu à la confirmation de la décision querellée en tant qu’elle condamnait 

la banque à lui payer des vacances (32'304.15) et à lui délivrer un certificat de travail au 

sens des considérants. Il a par ailleurs formé un  appel incident sollicitant à nouveau que 

la Banque soit condamnée à lui payer  2'704’147 fr.  plus intérêts à 5% dès le 1er février 

2002 à titre de salaire brut, 12'920'250 fr. plus intérêts à 5% dès le 1
er

 février 2002 à titre 

de participation à la création de valeur, 243'075 fr. 85 plus intérêts à 5% dès le 1
er 

fé-

vrier 2002 pour perte d’autres avantages résultant du contrat de travail, et 274'998 fr. 

plus intérêts à 5% dès le 1
er

 février 2002 au titre d’indemnité forfaitaire selon 337c al. 3 

CO, avec suite de dépens. 

 

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Devant la Cour, les parties ont confirmé les arguments développés à l’occasion de leurs 

diverses écritures en première instance et en appel. Leur argumentation sera reprise ci-

après dans la mesure utile. 

 

D. Il résulte ce qui suit de la procédure : 

 

a. E_________ SA, précédemment dénommée E_________ Private Banking SA, est 

une société anonyme de droit suisse inscrite initialement au Registre du commerce de 

Genève, ayant pour but l'exploitation d'une banque principalement axée sur la gestion de 

fortune et services y afférents. 

 

Formant une entité du groupe italien E_______, la société est détenue à part entière par 

E_________ SA (Luxembourg), elle-même affiliée à E_________ SpA, la maison-mère 

basée à Turin en Italie. 

 

Auparavant, soit durant la phase nécessaire à la constitution de la Banque et à 

l’obtention des autorisations indispensables, la future banque avait pris la forme d’une 

société inscrite au Registre du commerce sous la raison sociale CE_________ SA, dont 

l’unique administrateur était B_________. Après l’achèvement des formalités nécessai-

res, cette société a reçu son appellation originale en février 2001 (E_________ SA), 

époque à laquelle son capital social a été porté de 100'000 fr. à  40'000'000 fr. 

 

La raison sociale actuelle a été inscrite au Registre du commerce en date du 12 août 

2002. La Banque a transféré son siège à Lugano durant l’été 2003. 

 

Au 31 décembre 2001, la perte pour l’exercice en cours s’est élevée à 11,7 millions de 

francs alors que les revenus pour la même période se sont élevés à 1,34 million de 

francs. Par la suite, en raison de l’accumulation des pertes, la Banque a réduit son capi-

tal social à 20 millions. Au sujet de sa santé financière,  le représentant de la Banque a 

précisé à la Cour que la perte s’était élevée à 5 millions en 2003 mais qu’un redresse-

ment était attendu en 2004, les projections effectuées devant conduire à un bénéfice de 

l’ordre de 650'000 fr. au minimum. 

 

b. Dès 1999, E_________ SpA a décidé de constituer à Genève une banque spéciali-

sée dans les activités de clientèle privée. Une succursale devait également être implan-

tée au Tessin et un autre établissement devait s’ouvrir aux Bahamas. 

 

La base du projet était de servir les clients du groupe E_______ en Suisse, notamment 

par des prestations de private banking. Les tractations se sont nouées entre E_______ 

SpA d’une part et T_______ et B_________ d’autre part, alors que les deux derniers 

nommés travaillaient au sein de la  banque C_________ à Genève.  

 

c. E_______ SpA d’une part, T_______ et B_________ d’autre part, ont signé le 

8 avril 2000 une lettre d’intentions aux termes de laquelle  E_______ SpA entendait 

confier la direction générale de la future banque à T_______ en tant que directeur géné-

ral et à B_________ en tant que directeur adjoint. Les clauses principales du rapport de 

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travail entre ces derniers et la future banque étaient prévues à l’annexe 2 de la lettre 

d’intentions.  

 

c.a. E_______ SpA précisait qu’elle confiait la direction générale de l’établissement à 

créer à de hauts dirigeants en étant confiante dans leur capacité à développer une activi-

té promotionnelle autonome significative. 

 

c.b. Les clauses de l’annexe 1 de la lettre d’intentions stipulaient que la rétribution an-

nuelle de T_______ serait comprise entre 450'000 fr. et 550'000 fr. et que le contrat 

prendrait effet dès la constitution de la banque et perdurerait jusqu’au 31 décembre 

2006. Dès cette date, le contrat serait reconduit pour une période indéterminée, à moins 

que l’une des parties ne le résilie avec un préavis de six mois pour la fin de l’année. Il 

était également stipulé que la possibilité de résilier le contrat de travail avant le 31 dé-

cembre 2006 n’était offerte à la Banque qu’en cas de raison grave et à T_______  qu’en 

cas de faute grave ou de fusion de la future banque, les conséquences de la résiliation du 

contrat étant celles prévues par le droit suisse. Selon T_______ et B_________, la lettre 

d’intentions du 8 avril 2000 valait contrat de travail. Il était toutefois prévu que 

B_________ et T_______ rédigeraient un tel contrat, lequel devait reprendre toutes les 

conditions figurant dans la lettre d’intentions.  

 

c.c. L’annexe 6 à la lettre d’intentions prévoyait un mécanisme permettant aux « hauts 

dirigeants » d’être rétribués, dans le cadre de la direction de la banque, en vertu d’une 

coparticipation à la création de valeur totale dans le private banking international. Des 

principes quant au mode de calcul de cette coparticipation avaient été arrêtés mais de-

vaient être affinés et adaptés en fonction des nécessités. Il est toutefois constant que 

cette participation dépendait directement du bénéfice réalisé par la Banque et que la va-

lorisation était exprimée comme un multiple de celui-ci. 

 

c.d. Il était également prévu que B_________ mettrait sur pied une société financée 

par E_______ SpA et destinée à exercer les activités préparatoires à la création de la 

banque à Genève, en particulier les procédures administratives, ainsi que le recrutement 

du futur personnel de la banque. En principe également, un établissement similaire de-

vait également être créé à Nassau aux Bahamas. Ce dernier n’a toutefois pas vu le jour. 

 

c.e. Paraphée par B_________ et T_______, une annexe à la lettre d’intentions chif-

frait les objectifs de dépôts de la clientèle privée pour la nouvelle banque genevoise à 

600 millions au 31 décembre 2001 et à 400 millions pour l’entité à créer aux Bahamas.   

  

d. Utilisant les structures prévues à cet effet (CE_________ SA),  B_________, 

T_______ et D_______ SA, ont participé à la mise sur pied de la nouvelle Banque. 

Dans ce cadre, D_______ mentionnait que le profil type du client de la Banque devait 

être d’origine italienne, française ou anglaise, déjà client d’une banque établie en Suisse 

et posséder des liens d’affaires avec le groupe E_______. 

 

Les autorisations nécessaires ont été obtenues le 24 janvier 2001 et la Banque a aussitôt 

démarré son activité. 

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Le budget, présenté par T_______ et approuvé par le conseil d’administration le 9 fé-

vrier 2001, prévoyait, pour dix mois d’exploitation sur 2001, un revenu de 6 millions de 

francs alors que la perte pour l’exercice devait s’élever à 4,2 millions. Les perspectives 

annoncées par le directeur général faisaient état d’un résultat positif, net de frais de 

constitution et avant impôt, de 2,1 millions en 2002, 9,157 millions en 2003, 15,530 

millions en 2004, 19,785 millions en 2005 et de 42,380 millions en 2006.   

  

e. Toujours par le biais de CE_________, en date du 15 juin 2000, un contrat a été 

conclu entre « Banque du Groupe E_______ (en formation) Bahamas et A_______ SA 

pour un abonnement annuel de maintenance. Il s’agissait d’un deuxième « environne-

ment » de maintenance informatique, secondaire à celui qui concernait l’établissement 

principal à Genève. Ce contrat n’a été dénoncé que le 11 avril 2002, nonobstant le fait 

que la succursale des Bahamas n’a jamais vu le jour. A_______ SA a consenti en consé-

quence une adaptation de la redevance d’entretien en réduisant le coût annuel de 30'000 

fr. 

 

La date exacte à laquelle fut abandonné le projet d’un établissement  étranger  n’a pas 

été rapportée et ne ressort pas avec exactitude des pièces ou de la procédure. Elle 

remonte vraisemblablement à l’été 2001. 

 

f. T_______, né le 19 février 1944,  a effectivement fonctionné au sein de la Banque 

en qualité de directeur général  dès son ouverture en février 2001. 

 

Son salaire mensuel brut s’élevait à 42'390 fr., payable treize fois par année. La part 

patronale LAA s’élevait mensuellement à 748 fr. 10. T_______ n’a pas démontré avoir 

contracté une nouvelle assurance de même type depuis son licenciement. 

 

En tant que directeur, il bénéficiait d’une voiture de fonction de marque Audi A8 qu’il 

pouvait utiliser pour son usage personnel. T_______ démontre par pièce qu’un tel véhi-

cule coûte 113'000 fr. et qu’un leasing reviendrait à 3'359 fr. 15 par mois. 

 

g. Durant la période initiale, les comptes d'exploitation de l'établissement n'ont pas 

connu les résultats escomptés. 

 

Ainsi, lors de sa séance du 20 juillet 2001, le Conseil d'administration, dont le Président 

venait de changer, s'est posé la question de la réévaluation du budget quinquennal ap-

prouvé lors de sa précédente séance du 9 février 2001. T_______ a pour sa part  relevé 

que le réseau de E_______ peinait  à attirer ses clients à Genève, malgré le travail effec-

tué. Toutefois, cette approche se poursuivrait, nonobstant le peu de résultats jusque-là. 

 

h. Lors de sa séance du 25 octobre 2001, le Conseil d'administration a  examiné les 

résultats financiers au 30 septembre 2001 et constaté que les objectifs initiaux étaient 

loin d’être réalisés. 

 

Il a été relevé que l'établissement faisait face à une situation d'urgence vu la perte de 

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plus de 25% de son capital et que le budget, tel qu'établi, ne l'avait peut-être pas été en 

adéquation avec les objectifs du réseau italien. Le Conseil d'administration a décidé de 

nommer un comité spécial (comité de coordination) chargé de promouvoir l'implanta-

tion de la banque dans le réseau italien, mais aussi de contrôler et de rationaliser les 

dépenses. 

 

i. Par acte notarié du 26 novembre 2001, la Banque, agissant par F_______ et 

G_______,  a acheté des locaux d’archives à Lugano pour le prix de 25'200 fr., sans en 

référer au conseil d’administration. Cette acquisition a coûté en outre 1'911 fr. 90 à la 

banque, soit la note d’honoraires du notaire (1'363.90), les émoluments du Registre fon-

cier (472) et les droits de timbre (76). 

 

La Banque n’a adressé aucun reproche à son directeur G_______ pour cet achat et ne lui 

a rien réclamé (cf. déclaration H_______ devant la Cour). Par ailleurs, elle n’a commu-

niqué aucune pièce permettant de savoir si ces locaux ont été revendus et, dans l’affir-

mative, à quel prix. 

 

j. Lors de sa séance subséquente du 10 décembre 2001, le Conseil d'administration a 

relaté le dépit de l’actionnaire majoritaire au vu des résultats financiers et a exprimé son 

inquiétude relativement au développement commercial de la Banque.  

 

I________, nouveau Président du Conseil, a fait état des résultats du comité de coordi-

nation et a proposé un plan de réorganisation. Celui-ci comprenait deux mesures crucia-

les,  soit la réduction du personnel de la Banque de 28 à 14 personnes et la réduction des 

coûts administratifs. 

 

A cet égard, le président du Conseil a relevé que la stratégie commerciale avait été, à 

l'origine, développée dans des circonstances fort différentes, que ce soit en termes de 

marché financiers ou en termes de perspectives économiques. Ainsi, les buts originaux 

semblaient trop ambitieux et non réalisables dans la situation actuelle. Le groupe 

E_______ avait néanmoins décidé de maintenir, suite à la réorganisation de la banque, 

une présence bonne et bien positionnée dans le secteur du private banking en Suisse. 

 

Enfin, il a demandé un engagement fort de la part du directeur général dans la mise en 

œuvre du plan dans ses aspects organisationnel et commercial. 

 

Le plan proposé (plan J____) a été approuvé par le Conseil. Il devait être soumis à 

D_______ avant d’être présenté aux autorités suisses en janvier au plus tard. Par ail-

leurs, le plan devait être mis en place par T_______, sous la supervision du Président du 

Conseil et en stricte relation avec le comité de coordination. 

 

k. T_______ a rencontré deux fois en décembre 2001 et janvier 2002 K_______, re-

présentant de D_______ mandaté par E_______ pour obtenir la licence  bancaire. Selon 

cet expert-comptable, la Banque devait se restructurer, n’obtenant pas les résultats es-

comptés. Elle voulait savoir si elle n’allait pas trop loin dans la réduction du personnel. 

A son souvenir, K_______  a eu connaissance de deux plans, mais il a affirmé qu’il 

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n’avait pas eu à prendre position sur un plan qui aurait été approuvé par le conseil 

d’administration.  

 

Il ressort d’un courriel de T_______ que K_______ a fait part de ses observations rela-

tives à la réorganisation de la banque le 6 décembre 2001 (cf. pce 15 dem.). 

 

l. Une nouvelle réunion s’est tenue le 2 janvier 2002 en présence d’I________ et de 

quelques autres hauts dirigeants du groupe, à laquelle T_______ a été convoqué afin de 

présenter le mise en œuvre du plan de réorganisation et du plan commercial. 

 

A cette occasion, T_______ a soutenu que le principe du plan J____  n’était « plus une 

alternative », et qu’il fallait promouvoir, parallèlement à une réduction plus limitée du 

personnel (à réduire à 18 personnes), un fort développement commercial de la banque 

suisse, notamment par un transfert conséquent des avoirs de clients du Luxembourg et 

une promotion importante de la part de l’équipe de Marketing en Italie auprès des nou-

veaux clients. 

 

A cet égard, l’intéressé se référait aux réserves formulées par l’organe de révision à 

l’endroit du plan J____, prélude selon lui  à l’opposition de la CFB quant à sa mise en 

oeuvre. 

 

A l’issue de cette réunion, le Président du Conseil a signifié à son directeur général qu’il 

ne saurait souscrire à un nouveau plan de réorganisation formulé en ces termes. 

 

m. Le lendemain, 3 janvier 2002, T_______ a demandé à I________ ses instructions 

concernant l’annonce au personnel du nouveau plan de développement et le lancement 

du processus de démission, ajoutant qu’il voulait savoir comment, quand et qui aviser 

chez D_______. 

 

Le destinataire  a répliqué en ces termes : 

 

« Je présume que le plan d’annonce au personnel (ainsi que AA) est celui général mis en 

place par J_____ et non celui détaillé discuté hier, étant donné que sur ce dernier, il me 

semble qu’il n’y a pas encore l’approbation nécessaire. Il reste néanmoins prioritaire 

d’abord de travailler sur les points laissés ouverts hier. 

 

Je prierai L_________ de procéder avec les dernières mises au point de détail du plan 

J_____ (dont la deuxième section, entre autres, doit être retiré sur la base de ce qui a été 

discuté hier) pour ensuite en préparer un extrait à présenter au  personnel et à AA ». 

 

L’intéressé ajoutait qu’il reviendrait à l’avocat du groupe, Me M_______, d’organiser 

une rencontre officielle avec les réviseurs. 

 

n. Par télécopie du 15 janvier 2002, I________ indiquait à T_______ que le plan 

J_____ devait être mis en œuvre et communiqué au personnel par le biais d’un docu-

ment de synthèse confirmant le volonté de E_______ SpA de maintenir sa présence en 

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Suisse, dans des dimensions réduites, ceci entraînant, vu les résultats négatifs de l’exer-

cice 2001, une intervention drastique sur les coûts opérationnels, notamment en redi-

mensionnant l’organigramme de la structure, mesure absolument nécessaire pour attein-

dre l’objectif d’équilibre économique dans les temps prévus. 

 

o. Par courriel du 20 janvier 2002, T_______, faisant allusion à des changements et 

« réévaluations » à propos desquels il manquait d’informations, a fait part  à I________ 

du fait qu’il imaginait un ajustement « vu les nouveaux engagements et le décalage d’un 

mois en ce qui concerne les licenciements ? » (cf. pce 21).  I________ a brièvement ré-

pondu que cette communication n’était pour lui pas clair, en ajoutant qu’il croyait qu’il 

s’agissait de détails. 

 

p. Alors qu’un conseil d’administration devait se tenir le 25 janvier 2002, T_______ 

a été convoqué ce jour-là à Milan où une proposition de résiliation des rapports de tra-

vail par accord mutuel lui a été soumise. De même, il a été prié de prendre quelques 

jours de vacances et de confier la gestion des affaires courantes à l’un des directeurs de 

la banque. 

 

q. T_______ a demandé le 29 janvier 2002 à I________ ses instructions pour déli-

vrer les lettres de licenciements, qui étaient prêtes. Ce dernier a répliqué qu’il ne com-

prenait pas quels instructions il devait ajouter à celles qu’il lui avait données le vendredi 

précédent à Milan et il s’étonnait qu’il ne réponde pas à la proposition amiable de sépa-

ration faite à cette occasion. Il interprétait cette attitude comme un manque de respect à 

ses instructions, une nette manifestation de refus des solutions proposées par ses supé-

rieurs qui le contraignaient à procéder drastiquement. 

 

T_______ a répondu le jour même que le délai imparti pour se déterminer au sujet 

d’une séparation était trop court, ajoutant qu’il souhaitait recevoir cette proposition sous 

la forme écrite. Il se défendait par ailleurs de toute velléité d’insubordination, précisant : 

« … en considération des responsabilités que j’ai vis-à-vis de la Commission fédérale 

des banques, je désire recevoir du Conseil d’administration une communication pour la 

mise en exécution du plan de licenciements et le suivi du plan de relance commerciale 

de la banque ». 

 

r. Par courrier remis en mains propres le 1
er

 février 2002, la Banque a résilié avec ef-

fet immédiat le contrat de travail de T_______, pour motifs graves (art. 337 CO). 

 

s. Il ressort encore ce qui suit des témoignages recueillis lors de la procédure: 

 

Le budget de départ de la Banque était ambitieux; il n’avait pas été atteint entre autres 

du fait d’une détérioration des marchés dès l’été 2001 et des événements du 11 septem-

bre 2001, ainsi que de l’amnistie fiscale italienne qui a aggravé cette absence d’affaires. 

 

Il n’y avait pas eu de changement de stratégie lors du remplacement du Président du 

Conseil, mais bien une restructuration tendant vers une réduction des coûts, décision 

que T_______ n’avait acceptée qu’à regret. 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

10 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

 

Selon l’administrateur N_______, s’exprimant au sujet de la restructuration, des diver-

gences de vue étaient apparues, notamment entre I________ et T_______, ce dernier af-

firmant avoir de la peine à exécuter des instructions qui n’étaient pas claires. De plus, 

entre les intéressés, le « courant ne passait pas ». 

 

Pour sa part, I________, président du Conseil d’administration de la Banque dès sep-

tembre 2001, s’est aussitôt préoccupé de la filiale suisse. Il y avait selon lui un problème 

de stratégie, par rapport notamment à l’évolution de la législation en Italie, et en particu-

lier le problème de l’amnistie. La collaboration avec T_______ s’était avérée inexistante 

lors de la mise en œuvre du plan de restructuration et, à titre d’exemple, un membre de 

la direction avait dû venir d’Italie à fin janvier 2002 pour procéder en son lieu et place 

aux licenciements prévus. 

 

De plus, T_______  aurait déclaré que le plan J____ était inacceptable selon la CFB 

alors que les interlocuteurs de cette commission rencontrés ultérieurement avaient fort 

bien compris qu’une perte de 11 millions sur l'exercice 2001 justifiait des mesures de 

restructuration. En conséquence, le lien de confiance était rompu et la Banque devait se 

séparer de son directeur. La proposition de séparation amiable avait toutefois été refusée 

par ce dernier.  

 

Les divergences susvisées ont été confirmées par O______, dirigeant du groupe jus-

qu’en mai 2002 en qualité de responsable de la coordination du personnel au sein de 

plusieurs banques. Elles portaient notamment sur les personnes à licencier, mais aussi 

sur les fonctions à supprimer. T_______ devait proposer un plan de mise en œuvre 

mais, début janvier 2002, il avait présenté un « contre-plan ». La liste des personnes à li-

cencier n’avait finalement été établie que vers la mi-janvier 2002 et le directeur n’avait 

nullement l’intention de mettre le plan en œuvre à ce sujet. En conséquence, O______ 

avait dû se rendre lui-même à Genève, fin janvier 2002, afin de notifier les licencie-

ments destinés à quatre collaborateurs. 

 

t. La Banque reproche à T_______ de ne pas avoir licencié six collaborateurs en dé-

cembre 2001 ou janvier 2002, lui occasionnant un dommage de 85'806 fr., cotisations 

LPP incluses. 

 

u. La Banque a produit une pièce interne faisant état d’une série de comptes 

« retransférés » à la banque P________ pour un total de 28'545'997 fr. A ce sujet, un di-

recteur de cet établissement a précisé lors de son audition par la Cour que les fonds sous 

gestion transmis par T_______ étaient légèrement inférieurs à 15 millions et qu’ils pro-

venaient à 70% de E_______. Les revenus qu’il en tire s’élèvent à 30'000 fr. par an. 

T_______ a admis partiellement ces faits, précisant que les fonds étaient arrivés dans la 

nouvelle banque en septembre 2002 et que la somme de 30'000 fr. n’était atteinte que 

depuis août 2003, en raison de l’augmentation à 50% des rétrocessions sur commissions 

en sa faveur. Auparavant, il ne s’agissait que de 30 %.  

 

v. T_______ a bénéficié du chômage de novembre 2002 à mai 2004 et a perçu à ce 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

11 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

titre 64'155 fr. 40 net. Le délai cadre s’étend toutefois du 13 novembre 2002 au 12 no-

vembre 2004. Victime d’un accident le 12 juin 2003, il a également reçu des prestations 

de la S______ (35'794 fr. 35) et de la R______ en complément de l’indemnité 

journalière de 80% servie par la S______ (10'015 fr. 85). 

 

 

 

EN DROIT 
 

 

1. Interjetés dans la forme et les délais prévus par la loi (art. 59 de la loi sur la 

juridiction des prud'hommes, ci-après: LJP), les appels principal et incident sont 

recevables. 

 

2. Il n'est pas contesté que les parties étaient liées par un contrat de travail au sens 

des art. 319 et ss CO et que la juridiction spéciale des Prud'hommes est compétente en 

l'espèce. 

 

3.1.  La Banque n’a  pas vraiment argumenté s’agissant de sa condamnation au paie-

ment des vacances (jugement 5c) puisqu’elle confond les vacances à prendre après le li-

cenciement, soit une prétention qui n’est plus alléguée, avec le paiement des vacances 

non prises durant l’activité déployée, soit les vacances non prises. Dans la mesure où le 

nombre de jours de vacances allégués à ce sujet est admis, et qu’il paraît conforme au 

dossier, cette prétention allouée à T_______ sera confirmée, conformément aux consi-

dérations des premiers juges que la Cour fait siens. 

 

3.2. La Banque s’oppose à la délivrance d’un certificat de travail selon les considé-

rants du Tribunal.  

 

3.2.1. A teneur de l'art. 330a CO, le travailleur peut demander en tout temps à l'emplo-

yeur un certificat portant sur la nature et la durée des rapports de travail, ainsi que sur la 

qualité de son travail et sa conduite (al. 1). A la demande expresse du travailleur, le 

certificat ne porte que sur la nature et la durée des rapports de travail (al. 2). L'exigence 

ainsi posée par la loi répond à un double but - parfois contradictoire (Janssen, Die 

Zeugnispflicht des Arbeitsgebers, 2ème éd, p. 86) - consistant d'une part à favoriser les 

recherches du travailleur en vue de trouver un nouvel emploi, tout en permettant, dans le 

même temps, aux employeurs potentiels approchés de se forger une opinion sur les apti-

tudes professionnelles et le comportement de l'intéressé (JAR 1998 p. 167; Staehelin, 

Commentaire zurichois, n. 1 ad art. 336a CO). 

 

Le contenu du certificat doit être exact, c'est-à-dire de manière générale être conforme à 

la réalité et complet (JAR 2001 p. 229-230; Staehelin, op. cit, n. 10 ad art. 330a CO; 

Rehbinder, Commentaire bâlois, 2ème éd, n. 2 ad art. 330a CO; Janssen, op. cit, p. 100). 

 

La formulation du certificat incombe au premier chef à l'employeur (Janssen, op. cit, 

p. 67). Une évaluation négative au sujet du collaborateur concerné peut être insérée dans 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

12 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

le texte, s'il s'agit d'une attestation délivrée en vertu de l'art. 330a al. 1 CO, mais  seule-

ment pour autant que la remarque soit pertinente (JAR 2000 p. 287  cons. 2/b; Wyler, 

Droit du travail, p. 272). Jurisprudence et doctrine admettent d'autre part que l'employé 

peut exiger judiciairement la  correction d'un texte comportant des indications inexactes, 

respectivement incomplètes ou des appréciations inutilement péjoratives (JAR 1999 

p. 212; 2001 précité; Wyler, op. cit, p. 274; Staehelin, n. 19,  21 ad art. 330a CO; Reh-

binder, op. cit, n. 3 ad art. 330a CO; Janssen,   op. cit, p. 159). 

 

3.2.2. En l’espèce, l’argumentation de la Banque pourrait être approuvée si elle obtenait 

gain de cause s’agissant des justes motifs de licenciement. Tel n’étant pas le cas, ainsi 

que cela sera observé ci-après, il y a lieu de considérer ses objections comme spécieu-

ses, de sorte qu’elles seront écartées. Le jugement entrepris sera par conséquent égale-

ment confirmé sur ce point. 

 

4. La principale question à résoudre en l’espèce consiste à déterminer si les justes 

motifs de résiliation allégués sont réalisés.  

 

4.1. Selon l'art. 337 al. 1 1ère phrase CO, l'employeur et le travailleur peuvent résilier 

immédiatement le contrat en tout temps pour de justes motifs. Doivent notamment être 

considérées comme tels toutes les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne 

permettent pas d'exiger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de 

travail (art. 337 al. 2 CO). 

 

La jurisprudence, se fondant sur la doctrine, a plusieurs fois souligné que la résiliation 

immédiate revêtait un caractère exceptionnel et qu'elle devait être admise de manière 

restrictive (cf. récemment ATF 127 III 153 consid. 1a, 127 III 310 consid. 3, 127 III 351 

consid. 4a et les références citées). Ainsi, seul un manquement particulièrement grave 

du travailleur justifie son licenciement immédiat; si le manquement est moins grave, il 

ne peut entraîner une résiliation immédiate que s'il a été répété malgré un avertissement. 

Par manquement du travailleur, on entend la violation d'une obligation découlant du 

contrat de travail, comme par exemple, la violation du devoir de fidélité (ATF 127 III 

351 consid. 4a p. 353 s.; 121 III 467 consid. 4d p. 472). 

  

Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO ab initio). Il ap-

plique les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet effet, il prendra en considéra-

tion tous les éléments du cas particulier, notamment la position et la responsabilité du 

travailleur, le type et la durée des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'impor-

tance des manquements.  

  

Enfin, c'est à l'employeur qui entend se prévaloir de justes motifs de licenciement im-

médiat de démontrer leur existence (Rehbinder, Commentaire bernois, art. 337 CO no 2 

p. 123; Brunner/Bühler/Waeber, Commentaire du contrat de travail, 2e éd. Lausanne 

1996, art. 337 CO no 13). 

  

4.2. En l’espèce, il est établi que les résultats de la Banque étaient décevants, que l’ac-

tionnaire principal s’en inquiétait et que des mesures devaient être prises pour arrêter 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

13 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

l’hémorragie. Par ailleurs, il ressort également de la procédure que le nouveau Président 

du Conseil n’a pas trouvé auprès du directeur général l’oreille attentive et soumise qu’il 

souhaitait. Des divergences en sont nées, notamment au sujet des mesures de réorgani-

sation qui devaient être prises. Toutefois, il est également établi que les difficultés de la 

Banque résultaient d’événements variés, internes et externes (projections trop optimis-

tes, démarchage insuffisant, amnistie fiscale italienne, marchés boursiers maussades, 

11 septembre 2001), dans la survenance desquels la responsabilité du directeur général 

n’est que très partiellement engagée. Les graves difficultés de cet établissement né à une 

période peu favorable ne pouvaient être résolues par une solution claire et évidente ou 

par des mesures simples. Preuve en est que la Banque a dû changer de présidence, met-

tre sur pied un comité de coordination et solliciter un rapport externe pour essayer de 

maîtriser la situation. C’est ainsi qu’il a fallu six semaines (du 25 octobre au 10 décem-

bre 2001) au comité de coordination pour émettre des propositions devant le conseil 

d’administration. Par ailleurs, le conseil d’administration du 10 décembre 2001 a certes 

demandé un engagement fort du directeur général, mais sous la supervision du président 

et en prévoyant des réunions dès janvier 2002 pour vérifier la mise en place d’un plan 

dont tous les contours n’étaient pas définis. Il s’ensuit que la poursuite du processus en-

gagé tombait désormais sous la double responsabilité d’I________ et de T_______. 

 

La première de ces réunions s’est tenue le 2 janvier 2002. A cette occasion, des diver-

gences persistaient s’agissant de l’application du plan et il n’a pas été reproché à 

T_______ d’avoir à ce stade failli à sa tâche. Il n’a pas plus reçu d’avertissement pour 

un quelconque manquement. Au contraire, l’alternative soumise à cette occasion par le 

directeur général n’a pas été écartée d’emblée, même si la Banque y voit un acte de re-

fus de son directeur. Il ressort plutôt des pièces produites, notamment des échanges de 

courriers entre I________ et T_______, que la stratégie nouvelle n’était pas clairement 

définie en ce début d’année; en effet, on lit dans la correspondance du président que ce 

plan « n’a pas encore l’approbation nécessaire », qu’il « reste néanmoins prioritaire 

d’abord de travailler sur les points laissés ouverts hier », que la deuxième section du 

plan J____ doit être retirée (cf. courrier électronique du 3.01.02) et qu’il appartient à 

D_______ de faire certaines annonces. Par ailleurs, lorsqu’il s’est rendu à Milan le 

25 janvier 2002, T_______ pouvait encore recevoir, et exécuter, des ordres pour la fin 

du mois si tel était le désir de la présidence. Or, en lieu et place, le président a proposé à 

son directeur une séparation amiable. Cette attitude démontre que T_______ n’entrait 

désormais plus dans les plans de la banque. Enfin, le directeur général était prêt, le 

25 janvier 2002, à adresser les lettres de licenciement le 29 janvier 2002 mais réclamait 

encore une confirmation d’ordre. Il était donc potentiellement en état de satisfaire aux 

desiderata de sa hiérarchie au moment où celle-ci a pris prétexte de ses atermoiements 

pour en déduire insubordination.  

 

La Cour considère au vu de l’ensemble des circonstances répertoriées ci-dessus que la 

Banque a pris prétexte d’une réticence de son directeur pour le licencier, invoquant à 

tort des justes motifs alors qu’elle avait de toute façon décidé de s’en séparer. La solu-

tion de la résiliation immédiate était la seule qui théoriquement pouvait la libérer des en-

gagements à long terme, particulièrement onéreux, auxquels elle avait librement con-

senti en engageant T_______. Certes, et cela a déjà été relevé, il n’apparaît pas que ce 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

14 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

dernier ait tout fait pour alléger immédiatement la charge que représentait un person-

nel jugé trop important; toutefois, il ne s’y est pas formellement opposé mais a demandé 

des garanties supplémentaires vis-à-vis des responsabilités qu’il assumait devant la 

Commission fédérale des banques, en date du 15 janvier 2002. Si la banque avait réagi 

sans délai à cette requête qui n’apparaît pas d’emblée dénuée de pertinence, les licencie-

ments auraient pu intervenir à temps en janvier 2002. Il en résulte que, gérant dans l’ur-

gence une situation délicate, les parties n’avaient pas la même optique et le directeur gé-

néral se montrait moins percutant que ne le souhaitait sa hiérarchie, sollicitant à l’excès 

l’accord ou les ordres de celui que le Conseil du 10 décembre 2001 lui avait assigné en 

tant que superviseur. Cette résistance peut aussi s’expliquer par la proximité différente 

entre les divers responsables des changements envisagés et le personnel auquel ils 

s’adressaient, la distance rendant  toujours plus facile la prise de décisions de licencie-

ments. Toutefois, cette résistance ne constitue pas pour autant une preuve d’insoumis-

sion et elle n’a pas eu de conséquences particulièrement dommageables pour la banque. 

En effet, au regard des pertes essuyées en 2001 (11,7 millions), la poursuite de quatre, 

voire six contrats individuels de travail représente sur un mois, au plus deux, quelques 

dizaines de milliers de francs qui constituent proportionnellement un surcoût négli-

geable. Dès lors, à supposer comme le souhaite la Banque que l’attitude de T_______ 

puisse être considérée comme fautive, elle méritait au plus un avertissement dans la me-

sure où elle se manifestait au sujet d’un élément accessoire eu égard à l’ensemble de la 

situation.  

 

Ainsi, alors que la nature des mesures nécessaires au redressement de la Banque n’était 

pas totalement et clairement définie, les reproches adressés au directeur général pour le 

licencier sur le champ ne concernaient que des faits périphériques par rapport aux pro-

blèmes graves que traversait cet établissement. Ces reproches n’empêchaient pas les 

parties de poursuivre leur collaboration de sorte que les justes motifs de licenciement 

immédiat ne sont pas donnés en  l’espèce.  

 

En conséquence, la Banque, qui n’a pas démontré l’existence de tels motifs, ne pouvait 

se séparer immédiatement de son directeur. Qu’elle se soit trouvée gênée par un contrat 

de longue durée n’y change rien. Se lier ainsi qu’elle l’a fait procédait de sa liberté con-

tractuelle, choix qu’elle doit assumer. 

 

5. Lorsque la résiliation immédiate du contrat est injustifiée, la partie congédiée a 

droit à ce qu'elle aurait gagné si les rapports de travail avaient pris fin à l'expiration du 

délai de congé ou à la cessation du contrat conclu pour une durée déterminée (art. 337c 

al. 1 CO). 

 

5.1.1. La prétention du salarié fondée sur cette disposition, qui est une créance en 

dommages-intérêts, comprend tout d’abord le salaire. 

 

Il résulte en l’occurrence des principes régissant le licenciement injustifié que le travail-

leur a droit au salaire convenu jusqu’à l’échéance du contrat soit jusqu’au 31 décembre 

2006 (59 x 45'833 = 2'704'147), et ce dès la fin de celui-ci soit in casu dès le 31 janvier 

2002. L’art. 339 CO, qui dispose ainsi, ne prévoit pas d’escompte. Il n’y a pas de raison 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

15 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

de déroger à ce principe en l’espèce. En effet,  ce paiement, qui aurait donc dû interve-

nir à fin janvier 2002, n’a toujours pas été opéré et ne le sera vraisemblablement pas 

avant courant 2005, dans le meilleur des cas (hypothèse d’un probable recours au Tribu-

nal fédéral); en conséquence, même si le caractère exceptionnel lié à la très longue du-

rée du contrat d’espèce pouvait théoriquement permettre un raisonnement relatif à l’ap-

plication d’un taux d’escompte, le temps d’ores et déjà écoulé enlève toute pertinence à 

cette problématique. En conséquence,  le versement du salaire est intégralement dû et le 

jugement entrepris sera modifié en ce sens. 

 

5.1.2.  Toutefois, on impute sur le montant dû le revenu que le travailleur a tiré d’une 

autre activité ou le revenu auquel il a intentionnellement renoncé (art. 337c al. 2 CO).  

De même, le travailleur, dont le contrat de travail a été résilié, ne peut prétendre à un sa-

laire pour la période correspondant au délai de congé que pour autant qu'il ait aussi pu le 

demander en l'absence de résiliation. 

 

5.1.2.1. En l’espèce, la procédure a démontré que T_______ a retiré des livres de la 

Banque des montants de tiers sous gestion qu’il avait amenés afin de les acheminer au-

près d’un établissement concurrent, de l’ordre de plus de 10 millions. T_______ bénéfi-

cie d’un droit contractuel sur les commissions générées par la gestion de ces fonds cor-

respondant à 30% desdites commissions jusqu’en juillet 2003, puis à 50% dès le mois 

suivant. Il admet en retirer un revenu annuel de 30'000 fr. dès le passage à 50%. En con-

sidérant comme vraisemblable le transfert de ces fonds en été 2002, T_______ aura ain-

si perçu 18'000 fr. dès août 2002 et pendant une année, 15'000 fr. durant le deuxième 

semestre de 2003 puis 30'000 fr. par année de 2004 à 2006, soit au total 123'000 fr. qui 

doivent être déduits du salaire total alloué, pro rata temporis s’agissant des intérêts. 

  

5.1.2.2. T_______ a bénéficié de diverses prestations du chômage, de la S______ et de 

la R______. Ces montants doivent venir en déduction de la créance en dommages-inté-

rêts arrêtée ci-dessus. Il appartiendra à la Banque de verser directement à la caisse de 

chômage les montants acquittés par cette dernière en application de la subrogation lé-

gale dont elle bénéficie.  

 

5.2. L’art. 337c CO ouvre également la voie au paiement des vacances. Ce point a tou-

tefois déjà été traité dans le sens d’une confirmation de la décision querellée au point 

3.1. ci-dessus. 

 

5.3. La créance en dommages-intérêts du salarié inclut non seulement le salaire, y 

compris en nature (cf. arrêt du Tribunal fédéral 4C.250/1996 du 21 octobre 1996, in SJ 

1997 p. 149, consid. 3b/bb p. 155), mais aussi la compensation des autres avantages 

résultant du contrat de travail, tels que les gratifications ou indemnités de départ ou en-

core d’autres prestations qui seraient revenues au  travailleur si les rapports de travail 

s’étaient poursuivis (cf. ATF 117 II 270 consid. 3b et les références citées). En l’occur-

rence, T_______ sollicite à titre d’autres avantages découlant des rapports de travail 

l’usage d’une voiture de même catégorie que celle dont il bénéficiait et qu’il a dû resti-

tuer et la prise en charge des primes d’assurance LAA. 

 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

16 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

5.3.1.1.  Il est admis que la perte liée à la mise à disposition par l'employeur d'une voi-

ture d'entreprise pour un usage privé doit être indemnisée en vertu de l'art. 337c al. 1 

CO (cf. Rehbinder, op. cit., art. 337c CO no 3; Streiff/von Kaenel, art. 337c no 2 CO). 

Pour établir ce montant, il faut se placer du point de vue du salarié uniquement et se de-

mander quelle est la valeur du véhicule dont il ne peut plus faire usage pour ses besoins 

privés, sous déduction d'une éventuelle participation due à l'employeur pour compenser 

cette utilisation. Le dommage subi par l'employeur n'est en revanche pas pertinent. Il 

importe donc peu de savoir dans quelle proportion la voiture mise à disposition était uti-

lisée dans le cadre professionnel. Du reste, comme il appartient à l'employeur de fournir 

à ses employés les instruments de travail dont ceux-ci ont besoin ou de les indemniser 

(cf. art. 327 CO), il ne serait pas conforme au droit fédéral de réduire l'indemnité al-

louée au travailleur pour compenser la perte de mise à disposition d'un véhicule à titre 

privé en fonction de son utilisation dans le cadre professionnel.  

 

5.3.1.2. En ce qui concerne la compensation pour la perte de la voiture mise à disposi-

tion du directeur  par son employeur, les premiers juges ont écarté cette prétention, sans 

la motiver, affirmant qu’il s’agissait d’une facilité mise à sa disposition en rapport avec 

l’exercice de son activité et qu’elle ne justifiait aucune compensation. Ce raisonnement 

ne saurait être suivi au vu des considérants juridiques rappelés ci-dessus. Toutefois, par 

rapport à la spécificité du cas d’espèce, soit un contrat d’une durée inhabituelle, la Cour 

estime, s’agissant de dommages-intérêts et en application de son pouvoir d’apprécia-

tion, que le travailleur ne saurait obtenir, pour les 59 mois de contrat qui restaient à cou-

rir, plus que la valeur à neuf d’un véhicule identique à celui qui lui était attribué, dans la 

mesure notamment où les impératifs de représentation liés à son activité ne sont plus 

d’actualité et que rien ne justifie de maintenir la possibilité de changer de véhicule, donc 

de maintenir le leasing. Par ailleurs, sur le marché automobile, un véhicule de ce stan-

ding (Audi A8) bénéficie, fait notoire, d’une assurance du constructeur sur 100'000 kilo-

mètres de sorte qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter à cette valeur de quelconques frais, 

ce d’autant que le bénéficiaire n’a pas allégué, a fortiori prouvé, que son employeur s’en 

acquittait.  

 

Le jugement entrepris sera dès lors réformé et une somme de 113'000 fr. correspondant 

à la valeur d’achat du véhicule sera allouée à T_______ avec intérêts à compter du 

7 février 2002. 

 

5.3.1.3. La couverture des frais LAA par l’employeur de T_______ constituait égale-

ment pour ce dernier un avantage découlant des rapports de travail. 

 

Toutefois, cette prime devait son importance au caractère très élevé du salaire du tra-

vailleur à garantir; or, ce salaire étant intégralement payé, cette garantie n’est plus né-

cessaire. Il s’ensuit que le maintien des primes dans leur totalité reviendrait à apporter 

au travailleur une couverture faisant double emploi, dans la mesure où elle garantissait 

une obligation qui a déjà été accomplie et qui n’est pas susceptible d’être répétée. Il y a 

lieu en conséquence, les indemnités de perte de gain n’ayant plus à être assurées, de ré-

duire les dommages-intérêts résultant de ce poste, en vertu du pouvoir d’appréciation 

dont bénéficie la Cour, à deux tiers du montant sollicité, pour tenir compte de l’impor-

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

17 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

tance de l’aspect lié à l’invalidité, soit à 30'000 fr.  

 

5.3.1.4. T_______ a donc droit à 123'000 fr. pour la valeur de la voiture et à 30'000 fr. 

pour la perte d’avantages LAA. Cette somme s’entend nette et les intérêts courent dès le 

licenciement injustifié, soit en l’occurrence et conformément à la demande initiale, dès 

le 7 février 2002.  

 

5.4. En cas de résiliation immédiate injustifiée, le juge peut en outre condamner l'em-

ployeur à verser au travailleur une indemnité dont il fixera librement le montant en te-

nant compte de toutes les circonstances. Elle ne peut toutefois dépasser le montant cor-

respondant à six mois de salaire du travailleur (art. 337c al. 3 CO). 

 

Les indemnités prévues aux articles 336a et 337c al. 3 CO ont une double finalité, puni-

tive et réparatrice contrairement à ce qui avait été posé dans l'ATF 119 II 157. La finali-

té en partie réparatrice de l'indemnité résulte des mots mêmes utilisés par le législateur 

pour la désigner (indemnité); elle découle aussi du fait que cette indemnité est versée 

non pas à l'Etat, comme une amende pénale, mais à la victime elle-même. Certes, l'in-

demnité ne représente pas des dommages-intérêts au sens classique, car elle est due 

même si la victime ne subit ou ne prouve aucune dommage; revêtant un caractère sui 

generis, elle s'apparente à la peine conventionnelle. Le juge doit la fixer en équité (art. 4 

CC). Dès lors que la loi lui impose de tenir compte de toutes les circonstances, il ne sau-

rait faire abstraction des effets économiques du licenciement, qui peuvent aggraver les 

conséquences de l'atteinte portée aux droits de la personnalité du travailleur - entre au-

tres éléments, la durée des rapports de travail, l'âge du travailleur, sa situation sociale, sa 

réinsertion professionnelle (ATF 123 III 391; SJ 1995 p. 802; ATF non publié du 

12 août 1997 en la cause n° 4C.459/1996). 

 

La Cour n’ignore pas l’arrêt de principe du 6 septembre 1990 (ATF 116 II 300), qui a 

érigé le versement d'une telle indemnité en règle générale, à laquelle il ne peut être dé-

rogé qu'exceptionnellement suivant les circonstances de l'espèce, pour autant qu'elles 

excluent un comportement fautif de l'employeur ou ne lui soient pas imputables pour 

d'autres motifs. Il a précisé ultérieurement cette jurisprudence, en ce sens qu'une faute 

légère de l'employeur n'exclut pas forcément sa libération du paiement de l'indemnité en 

question. Il en va en particulier ainsi lorsque semblable faute est compensée par une 

faute sensiblement plus grave du travailleur, qui, si elle ne suffisait pas à justifier la rési-

liation immédiate du contrat, ferait apparaître comme choquante une indemnisation du 

travailleur fondée sur l'art. 337c al. 3 CO (ATF non publié du 6 juillet 1993, en la cause 

C. et C. c/ R.). 

 

5.4.1.  Ainsi, de jurisprudence constante, une indemnité est due au travailleur licencié à 

tort au sens de l’art. 337c al. 1 CO. Toutefois, la porte a été laissée ouverte à une déci-

sion différente dans des cas exceptionnels. La Cour considère que tel est le cas en l’es-

pèce, s’agissant d’un contrat de travail de durée déterminée dont le terme est particuliè-

rement long. En effet, l’indemnité allouée par cette disposition doit permettre au travail-

leur de réduire les rigueurs résultant du fait que, même s’il est injustifié, le licenciement 

doit prendre effet à l’issue du terme légal qui se situe en général entre un et six mois 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

après la déclaration de résiliation. Cette situation affaiblit la position de l’employé sur le 

marché de l’emploi et l’indemnité sert à favoriser sa réinsertion et à alléger les rigueurs 

de la loi. En l’espèce, la situation est radicalement différente. Le travailleur bénéficie 

d’un contrat d’une durée exceptionnellement longue de sorte que son licenciement ne 

lui cause qu’un souci d’orgueil relatif. Financièrement, sa position n’est pas menacée. 

Par ailleurs, cette indemnité salariale sortant de l’ordinaire est versée après un temps de 

collaboration court, représentant à peine plus de 20% de la durée prédéfinie des rapports 

de travail. Ceux-ci auraient dû normalement se terminer à l’aube des 63 ans du travail-

leur, de sorte que son avenir économique n’est pas entaché par cet événement, eu égard 

au montant alloué. D’un autre point de vue, les résultats objectifs de la gestion du tra-

vailleur se sont révélés catastrophiques pour l’établissement qu’il a été contraint de quit-

ter, même si des événements extérieurs à ladite gestion l’ont influencée négativement et 

dans une mesure considérable. Les preuves recueillies dans la présente procédure n’ont 

enfin pas démontré que la réputation de T_______ aurait eu à souffrir de cette affaire, 

sous réserve d’une allusion non prouvée.  

 

En conséquence, au vu de toutes les circonstances du cas d’espèce, à nul autre pareil, la 

Cour considère qu’exceptionnellement, aucune indemnité ne doit être versée au travail-

leur en application de l’art. 337c al. 3 CO. 

  

6. La création de valeur suppose, c’est un truisme, une valeur ajoutée. En l’occur-

rence, les résultats catastrophiques de l’établissement géré par T_______ ont créé une 

valeur négative, en ce sens que, loin de dégager des bénéfices, la Banque a subi d’im-

portantes pertes nécessitant une réduction de moitié de son capital-actions. Dans ces cir-

constances, fort éloignées des calculs théoriques qui fondent sa prétention, T_______ se 

montre particulièrement audacieux en persistant dans ses conclusions formulées à ce 

sujet. Rien ne lui est dû de ce chef. 

 

7. La Banque reprend en appel diverses conclusions s’agissant de dommages qu’elle 

impute à son ancien directeur. Elle sollicite ainsi le remboursement des salaires trop 

longtemps versés, d’une licence résiliée tardivement et de frais résultant d’une acquisi-

tion de locaux d’archives non autorisée. Le travailleur n’encourt pas de responsabilité 

personnelle relativement à ces faits (art. 321e CO) et ne saurait être condamné à relever 

la banque de son dommage, si tant est que la Banque en subisse un. Notamment, une 

éventuelle faute de T_______ n’est pas établie s’agissant du maintien de la licence, le 

retard survenu dans les licenciements souhaités ressortit tant à son attitude qu’à celle de 

sa hiérarchie et le dommage résultant de l’acquisition immobilière au Tessin n’a pas été 

prouvé, la banque s’abstenant de démontrer la vente desdits locaux, et, cas échéant, son 

prix, sans oublier qu’elle a choisi de reprocher cette opération à T_______, mais pas à 

son directeur G_______, pourtant signataire de l’acte d’acquisition en question, démon-

trant ainsi une personnalisation excessive du présent litige. 

 

Ces prétentions sont donc sans fondement et seront écartées sans autre commentaire. 

 

8. La valeur litigieuse en capital de chaque action étant supérieure à 500'000 fr., 

l'émolument dû par chacune des parties sera fixé à 8'000 fr. (art. 1 LJP et 42 du 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/3904/2002-4 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

Règlement sur le tarif des greffes). Chaque partie succombant dans une part importante, 

il ne sera pas statué sur une éventuelle participation de l’une aux dépens de l’autre, étant 

observé que telle n’est pas la pratique devant les Prud’hommes et qu’aucune circons-

tance d’espèce n’incite à déroger à cette règle. 

 

 

PAR CES MOTIFS 

 

La Cour d'appel des prud'hommes, groupe 4, 

 

A la forme : 
 

Déclare recevables les appels interjetés par T_______ et  E_______ SA contre le 

jugement du Tribunal des prud'hommes du 20 février 2003 dans la cause C/3904/2002–

4; 

 

Au fond : 
 

Annule partiellement ledit jugement; 

 

Et statuant à nouveau : 
 
Condamne E_______ SA à payer à T_______ la somme brute de 2'704'147 fr., plus 

intérêts à 5% dès le 1er février 2002,  sous déduction de 18'000 fr. valeur 31 juillet 

2003, 15'000 fr. valeur 31 décembre 2003, 30'000 fr. valeur 31 décembre 2004, 30'000 

fr. valeur 31 décembre 2005, 30'000 fr. valeur 31 décembre 2006 et des sommes nettes 

de 64’155 fr. 40 versée par la Caisse de chômage, de 35'794 fr. 35 versée par la 

S______ et 10'015 fr. 85 versée par la R______.  

 

Invite la partie qui en a la charge à opérer les déductions sociales et légales usuelles et 

condamne E_______ SA à verser à la Caisse genevoise de chômage les montants bruts 

affectés par celle-ci au dossier de T_______. 

 

Condamne E_______ SA à payer à T_______ la somme nette de 153'000 fr., plus 

intérêts à 5% dès le 1er février 2002. 

 

Confirme le jugement entrepris s’agissant du paiement des vacances et de la délivrance 

d’un certificat de travail. 

 

Condamne T_______ au paiement d’un émolument de 8’000 fr. 

 

Condamne E_______ SA au paiement d’un émolument de 8’000 fr. 

 

Déboute les parties de toutes autres conclusions; 
 
La greffière de juridiction Le président