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**Case Identifier:** d76e35b3-037f-5dea-9f50-2f585945f983
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-05-15
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre civile (Sommaires) 15.05.2008 C/19784/2007
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_002_C-19784-2007_2008-05-15.pdf

## Full Text

_____________________________________________________________________________________ 

R E P U B L I Q U E   E T  

 

CANTON DE GENEVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

C/19784/2007 ACJC/603/2008 

ARRÊT 

DE LA COUR DE JUSTICE 

1ère Section 

AUDIENCE DU JEUDI 15 MAI 2008 

 

Entre 

Madame S______, domiciliée ______ Genève, appelante d'un jugement rendu par le 
Tribunal de première instance de ce canton le 4 mars 2008, comparant par Me Jessica 

Bach, avocate, rue Bellot 2, 1206 Genève, en l’étude de laquelle elle fait élection de 

domicile, 

et 

Monsieur S______, domicilié ______ Genève, intimée, comparant par Me Adriano 
Gianinazzi, avocat, boulevard des Tranchées 36, 1206 Genève, en l’étude duquel il fait 

élection de domicile, 

 

 

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux parties par plis recommandés du 20.05.2008. 

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C/19784/2007 

EN FAIT 

A. Par acte déposé le 17 mars 2008 au greffe de la Cour, Mme S______ appelle du 
jugement rendu par le Tribunal de première instance le 4 mars 2008 déclarant 

recevable, mais infondée son opposition formée au jugement du 6 novembre 

2007, qui lui ordonnait d'évacuer la villa sise ______ avec les enfants A______ et 

B______ et la condamnait aux dépens. Le Tribunal a par conséquent confirmé le 

jugement du 6 novembre 2007. Mme S______ demande l'annulation du jugement 

du 4 mars 2008 et le rejet des conclusions de M. O______. L'effet suspensif à 

l'appel a été accordé. 

 M. O______ conclut au rejet de l'appel. 

B. Les faits suivants ressortent du dossier : 

a. Par jugement sur mesures protectrices de l'union conjugale du 19 mai 2004, la 
jouissance exclusive de la villa sise ______ a été attribuée à Mme S______. Les 

ex-époux étaient alors copropriétaires de cette villa, dont la valeur vénale a été 

évaluée en 2006 à 1'500'000 fr. 

b. Le 19 octobre 2006, le Tribunal a prononcé le divorce de Mme S______ et 
M. O______. Par ailleurs, il a, notamment, donné acte aux parties de ce que la 

propriété de la villa ______ était attribuée à M. O______, les frais de transfert de 

propriété étant à la seule charge de celui-ci. Ni le principe du divorce ni l'accord 

des parties sur le transfert de propriété n'ont été contestés dans le cadre de la 

procédure d'appel ayant donné lieu à un arrêt de la Cour de justice du 11 mai 

2007. 

c. La demande de transfert de propriété a été inscrite dans le grand livre du 
Registre foncier le 1

er
 juin 2007. 

d. Le 23 août 2007, M. O______ a mis son ex-épouse en demeure de quitter la 
villa précitée. 

e. Par requête en réintégrande du 13 septembre 2007, M. O______ a demandé 
l'évacuation de son ex-épouse et de ses enfants de la villa. 

f. Mme S______ a formé, en temps voulu, opposition au jugement, rendu par 
défaut le 6 novembre 2007, donnant suite à la requête de M. O______. 

C. Le Tribunal a retenu que l'arrêt de la Cour datait du 11 mai 2007 et que 
l'inscription au journal du registre foncier remontait à juin 2007. L'absence 

d'assentiment du possesseur à la présence de son ex-épouse n'était pas établie 

avant le 23 août 2007. Partant, le droit en réintégrande fondé sur l'art. 929 al. 2 CC 

n'était pas éteint au moment du dépôt de la requête. Au surplus, la question de 

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savoir si l'ex-épouse commettait un abus de droit en soulevant l'argument de la 

péremption pouvait demeurer indécise. 

 Les arguments des parties en appel seront examinés ci-après dans la mesure utile. 

EN DROIT 

1. Interjeté dans le délai et la forme prévus par la loi, l’appel est recevable (art. 356 
al. 1 et 300 LPC). 

Comme le Tribunal a statué - par voie de procédure sommaire - en premier 

ressort, le pouvoir d’examen de la Cour est entier (art. 4 let. p LOJ et 

art. 291 LPC). 

2. La réintégrande de l'art. 927 CC a pour but de protéger la possession, soit le fait 
de posséder. Elle ne vise en principe qu'au rétablissement d'un état de fait 

antérieur et doit donc être distinguée du pétitoire (art. 641 al. 2 CC) ainsi que des 

actions du droit à la possession (art. 934 et 936 CC). Elle oblige quiconque usurpe 

une chose en possession d'autrui à la lui rendre, même s'il y prétend un droit 

préférable, ce sous réserve du cas où l'usurpateur établit aussitôt un droit 

préférable qui l'autoriserait à reprendre la chose au possesseur 

(TUOR/SCHNYDER, Das Schweizerische Zivilgesetzbuch, 10
e
 éd., p. 567/568 

TF np 5P.509/2006 du 8 mai 2007, consid. 1.3; 5P.101/2003 du 4 juin 2003, 

consid. 2.2 et 3.2.1).  

S'agissant d'une norme protégeant un état de fait (soit la possession), ce qui est 

décisif, est de rétablir la situation antérieure à l'usurpation (STEINAUER, Les 

droits réels, Tome I, n. 342; SJ 1984 p. 528). La réintégrande implique ainsi une 

usurpation illicite qui est établie dès que l'acte en cause n'est pas autorisé par la loi 

ou par le possesseur (STEINAUER, op. cit., p. 93 ch. 343, p. 89 ch. 326-332). Il 

s'agit donc de déterminer qui était le possesseur, c'est-à-dire qui avait la maîtrise 

effective de la chose (art. 919 CC), puis de déterminer si le possesseur a été 

dépossédé contre sa volonté. 

Celui qui a la maîtrise effective de la chose en a la possession (art. 919 al. 1 CC). 

La possession est transférée par la remise de la chose à l'acquéreur ou par les 

moyens qui la font passer en sa puissance (art. 922 al. 1 CC). L'acquisition se fait 

en matière immobilière par l'installation de l'acquéreur dans les lieux ou par la 

remise des moyens qui permettent d'exercer cette maîtrise, notamment par la 

remise des clés (STEINAUER, op. cit., p. 70 n. 253 et 254), qui parfait le transfert 

de possession d'un immeuble (STARK, Das Sachenrecht, Der Besitz, 2001, n. 22 

ad art. 922 CC). 

A teneur de l’art. 929 al. 1 CC, le possesseur est déchu de son action, s’il ne 

réclame pas la restitution de la chose ou la cessation du trouble aussitôt après 

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avoir connu le fait et l’auteur de l’atteinte portée à son droit. Le délai d’un an 

court dès l’usurpation ou avec le commencement du trouble (STARK, 

Commentaire bâlois, n. 5 ad art. 929 CC; SCHMID, Sachenrecht, n. 248 p. 47). 

2.1 L'appelante fait valoir qu'aucun acte d'usurpation ne peut lui être reproché, 
d'une part. D'autre part, l'action possessoire est périmée, l'intimé ayant 

connaissance du fait et de l'auteur de l'atteinte prétendument portée à son droit 

depuis le 23 novembre 2006, date à laquelle le jugement du 20 octobre 2006 lui 

attribuant la propriété de la villa litigieuse est devenu définitif. 

2.2 L'intimé rétorque que son ex-épouse sait depuis 2003 qu'il souhaite qu'elle 
quitte la villa. Le jugement sur mesures protectrices autorisant l'appelante à rester 

dans la villa a cessé de déployer ses effets avec l'arrêt du 11 mai 2007 statuant sur 

le divorce. En tant que propriétaire de l'immeuble, il est resté, tout au long de la 

procédure, copossesseur médiat et est, depuis que les mesures protectrices ont 

cessé leurs effets, seul possesseur médiat et seul titulaire de tous les droits sur la 

villa. La situation serait ainsi comparable à celle du locataire, qui ne quitte pas les 

lieux à l'expiration du bail. 

2.3 Il n'est pas contesté que, par le jugement sur mesures protectrices du 19 mai 
2004, l'appelante est entrée en possession (immédiate) de la villa sans commettre 

d'acte d'usurpation et a, depuis lors, seule la maîtrise effective de la maison 

familiale. Certes, le jugement de divorce du 19 octobre 2006 a donné acte aux 

parties de leur accord à ce que la propriété sur la villa soit attribuée à l'ex-mari 

seul. La possession de la villa par l'appelante n'a cependant pas pour autant pris 

fin, de sorte que la situation de fait n'a subi aucune modification. Ainsi, même si 

on suivait le raisonnement de l'intimé consistant à soutenir qu'après le prononcé 

du divorce - que l'on prenne en considération la date du jugement de première 

instance ou celle de l'arrêt de la Cour de céans - l'appelante aurait usurpé de la 

villa et qu'il conviendrait ainsi de rétablir l'état de fait antérieur, il y aurait lieu de 

constater que cet état de fait antérieur au divorce est celui de la possession 

immédiate de la villa par l'appelante. L'action possessoire de l'intimé ne lui 

permettrait, partant, que d'obtenir la remise de la possession à l'appelante. Aussi, 

en tant que possesseur médiat, l'intimé ne peut, en cas d'usurpation, pas réclamer 

la possession immédiate, mais uniquement le rétablissement de la possession 

médiate (STARK/ERNST, Basler Kommentar, n. 5 ad art. 927 CC).  

La question de savoir si le refus de l'appelante de quitter la villa litigieuse est 

justifié ou non ne relève ainsi, in casu, pas de la protection d'un état de fait, mais a 

trait aux droits des parties sur la villa, qui doivent être réglés par d'autres voies. 

Il convient également de relever que lorsque le locataire ne restitue pas la chose 

louée à l'issue du bail, le Tribunal fédéral considère que le locataire ne commet 

pas un trouble de la possession au sens des art. 926 ss CC, qui ouvrirait au bailleur 

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la voie de l'action possessoire (TF np 5P.122/2004 du 29 juin 2004, consid. 2.1; 

cf. aussi STARK, Commentaire bernois, n. 60 ad Vorbem. art. 926-929 et les 

références citées ), de sorte que l'intimé ne peut rien déduire en sa faveur d'une 

analogie tirée du droit du bail. 

Enfin et contrairement à ce que soutient l'intimé, la bonne ou mauvaise foi du 

possesseur est sans pertinence dans la protection de la possession (STARK, op. 

cit., n. 5 ad Vorbem. art. 926-929).  

Force est ainsi de retenir que les conditions de l'art. 927 CC ne sont pas remplies. 

L'appel est donc bien fondé et le jugement attaqué doit être annulé. 

3. L'appelante obtenant gain de cause, les dépens seront mis à charge de sa partie 
adverse (art. 176 al. 1 et art. 313 LPC). 

 Si tant est que l'on puisse attribuer une valeur pécuniaire au présent litige tendant 
à la protection de la possession, celle-ci devrait être considérée comme étant 

supérieure à 30'000 fr., dès lors que l'action se rapporte à un objet dont la valeur 

vénale a été évaluée dans la procédure de divorce à 1'500'000 fr. 

* * * * * 

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C/19784/2007 

PAR CES MOTIFS, 

LA COUR : 

A la forme : 

Déclare recevable l'appel interjeté par Mme S______ contre le jugement 

JTPI/3522/2008 rendu le 4 mars 2008 par le Tribunal de première instance dans la cause 

C/19784/2007-JS SS. 

Au fond : 

Annule ce jugement. 

Déboute M. O______ de sa requête en réintégrande. 

Condamne M. O______ en tous les dépens de première instance et d'appel, lesquels 

comprendront une indemnité de 2'000 fr. valant participation aux honoraires d'avocat de 

Mme S______. 

Déboute les parties de toutes autres conclusions. 

Siégeant : 

Monsieur Daniel DEVAUD, président; Monsieur Jean RUFFIEUX et Madame Florence 

KRAUSKOPF, juges; Madame Fatina SCHAERER, greffier. 

 

Le président : 

Daniel DEVAUD 

 Le greffier : 

Fatina SCHAERER 

 

Indication des voies de recours : 

 

Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 

(LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa 

notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par devant le Tribunal fédéral 

par la voie du recours en matière civile. 

 

Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. 

 

Valeur litigieuse des conclusions pécuniaires au sens de la LTF supérieure ou égale à 

30'000 fr.