# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 57379d8a-510f-54d7-890d-b1ee9f3a9a06
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2010-11-16
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre administrative 16.11.2010 A/3596/2010
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_013_A-3596-2010_2010-11-16.pdf

## Full Text

R É P U B L I Q U E  E T  
 

C A N T O N  D E  G E N È V E

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

A/3596/2010-ELEVOT ATA/792/2010  

ARRÊT 

DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

du 16 novembre 2010 

 

dans la cause 

 

MOUVEMENT DES CITOYENS GENEVOIS (MCG) 

 

et 

 

Monsieur Eric STAUFFER 
représentés par Me Soli Pardo, avocat  

contre 

CONSEIL D'ÉTAT 
 

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A/3596/2010 

EN FAIT 

1.  Le 30 juin 2010 le Conseil fédéral a décidé de soumettre l'initiative "pour le 
renvoi des étrangers criminels" et le contre-projet direct à la votation populaire du 
28 novembre 2010. 

2.  L'association "Mouvement des citoyens genevois" (ci-après : MCG) a 
déposé une affiche auprès de la Société générale d'affichage (ci-après : la SGA) 
dans le délai fixé, soit avant le 21 octobre 2010. L'affiche comprenait notamment 
des photographies du Procureur général de la République et canton de Genève  
(ci-après: le Procureur général), de la Cheffe de la police, de la Conseillère d'Etat 
chargée du département de la sécurité, police et environnement, ainsi que de 
Monsieur Mouammar Kadhafi, chef de facto de la Grande Jamahiriya arabe 
libyenne populaire et socialiste (cf. [consulté le 16 novembre 2010] : 
http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/reps/afri/vlby/stalyb.html). 

  Chaque photographie était accompagnée d'un commentaire. 

3.  En date du 21 octobre 2010, le Conseil d'Etat a dénoncé le MCG et son 
président, Monsieur Eric Stauffer, auprès du Ministère public de la Confédération  
(ci-après : MPC) et du Procureur général. 

4.  Le jour même, le Conseil d'Etat a également adressé un courrier à la SGA. 

  La reproduction d'une photographie de M. Kadhafi accompagnée d'un texte 
polémique qui associait ce dernier au message général de l'affiche était 
objectivement constitutif de l'infraction d'outrage aux Etats étrangers réprimée à 
l'art. 296 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP - RS 311.0). 

  Le Conseil d'Etat donnait instruction à la SGA de ne pas coller cette affiche 
dans sa teneur actuelle sur les emplacements mis gratuitement à disposition des 
partis politiques par les pouvoirs publics dans le cadre de la votation fédérale 
susmentionnée. 

5.  En date du 25 octobre 2010, le MCG et son président ont recouru au 
Tribunal administratif contre la suppression de la photographie de M. Kadhafi. 

  Le courrier adressé à la SGA revêtait la qualité de décision finale. Le 
recours devant le Tribunal administratif était recevable, selon l'art. 180 de la Loi 
sur l'exercice des droits politiques du 15 octobre 1982 (LEDP - A 5 05). 

  Aucune décision formelle n'avait été notifiée au MCG et le Conseil d'Etat 
n'avait pas interpellé ce dernier ou son président pour leur permettre de 
s'exprimer. Leur droit d'être entendus avait été violé. L'interdiction faite à la SGA 

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par le Conseil d'Etat portait également atteinte à leur liberté d'opinion et à leurs 
droits politiques. 

  Ce dernier n'ayant pas la compétence de décréter une infraction à la loi 
pénale, le principe de séparation des pouvoirs avait été violé. Le Conseil d'Etat 
n'était pas en charge de la politique diplomatique de la Suisse et de la protection 
des citoyens suisses à l'étranger. M. Kadhafi n'était ni le chef de l'Etat libyen ni 
son président. 

 Dans l'hypothèse où la décision litigieuse était assortie d'un retrait de l'effet 
suspensif, les recourants en demandaient la restitution.  

6.  Par télécopie du jour même, le MPC a informé le tribunal de céans de 
l'ouverture le 22 octobre 2010 d'une procédure pénale à l'encontre de M. Stauffer 
pour soupçon d'outrage aux Etats étrangers (art. 296 CP). 

  Le MPC avait notifié à M. Stauffer ainsi qu'au MCG une ordonnance leur 
ordonnant de supprimer toute référence à M. Kadhafi et à l'Etat libyen sur l'affiche 
établie en vue de la votation fédérale du 28 novembre 2010. A défaut l'affiche 
serait séquestrée provisoirement au titre de mesure conservatoire à fin de sûreté.  

7.  Le MCG a adressé une télécopie au tribunal de céans le jour même. Il 
maintenait son recours malgré l'ordonnance du MPC. Le séquestre pénal était 
indépendant de la décision du Conseil d'Etat. 

8.  Les 26 et 29 octobre et le 1er novembre 2010, le MCG a adressé des copies 
de divers échanges de correspondances au Tribunal administratif. 

9.  En raison de l'intervention du MPC, le placardage de l'affiche par la SGA a 
été repoussé au 29 octobre 2010. La photo de M. Kadhafi et le commentaire y 
relatif ont été cachés.  

10.  Le Conseil d'Etat a répondu au recours le 3 novembre 2010 et conclu à son 
irrecevabilité, le Tribunal administratif n'ayant aucune compétence en matière de 
votations fédérales. 

  Le Conseil d'Etat était habilité à prendre des mesures afin de remédier aux 
irrégularités constatées dans le cadre de votations fédérales. Il avait seulement 
informé la SGA du risque qu'elle courrait de commettre une infraction pénale en 
placardant les affiches litigieuses, et dénoncé le MCG ainsi que son président au 
MPC et au Procureur général. Le Conseil d'Etat n'avait pas pris de décision 
formelle. 

  Le MCG avait été contacté téléphoniquement par la SGA, mais avait refusé 
de modifier son affiche. 

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11.  Le juge délégué a accordé aux parties un délai au 9 novembre 2010 pour 
formuler d'éventuelles requêtes complémentaires, à défaut de quoi la cause serait 
gardée à juger. 

  Les parties n'ayant sollicité d'autres actes d'instruction ont été informées le 
10 novembre 2010 que la cause était gardée à juger. 

EN DROIT 

1. a. La protection de l'exercice des droits populaires fédéraux est garantie par un 
système de recours figurant aux art. 77 à 80 de la loi fédérale sur les droits 
politiques du 17 décembre 1976 (LDP - RS 161.1). La LEDP s'applique 
uniquement dans la mesure ou la LDP et les prescriptions d'exécution de la 
Confédération ne contiennent aucune disposition (art. 83 LDP). 

 b. Selon l'art. 77 al. 1 let. b LDP, le recours au gouvernement cantonal est 
recevable contre des irrégularités affectant les votations. A teneur de 
l'art. 80 al. 1 LDP, les décisions des gouvernements cantonaux rendues en 
application de l'art. 77 LDP peuvent faire l'objet d'un recours devant le Tribunal 
fédéral. 

 c. Selon la doctrine, le recourant peut faire valoir toutes les irrégularités 
affectant les votations fédérales dans le cadre d'un recours auprès du 
gouvernement cantonal. Il peut notamment recourir contre l'intervention illicite 
des autorités dans une campagne et contre la transgression des principes généraux 
qui garantissent la libre manifestation de la volonté populaire (B. TORNAY, La 
démocratie directe saisie par le juge, 2008, p. 41 ; E. GRISEL, Initiative et 
référendum populaires - Traité de la démocratie semi-directe en droit suisse, 
3ème édition, 2004, p. 137 n° 316). 

 d. En matière de votations fédérales, deux instances de recours successives ont 
été instituées, en premier devant le gouvernement cantonal puis devant le Tribunal 
fédéral. Bien qu'à première vue il puisse sembler paradoxal qu'une procédure de 
recours en matière fédérale soit introduite devant l'exécutif cantonal, il se justifie 
d'instituer une instance cantonale chargée d'établir les faits et de corriger 
rapidement les irrégularités éventuelles. Ce système offre ainsi un double degré de 
juridiction aux recourants (B. TORNAY, op. cit, p. 40 ; E. GRISEL, op. cit., p. 
135 n° 310 et p. 136 n° 311, C. HILLER, Die Stimmrechtsbeschwerde, 1990, p. 
13 et ss).  

2.  En l'espèce, le recours porte sur la campagne relative à la votation fédérale 
du 28 novembre 2010 au sujet de l'initiative "pour le renvoi des étrangers 
criminels". Le Tribunal administratif n'est pas compétent pour en connaître, en 
application des dispositions précitées. D'ailleurs le titre de l'art. 180 LEDP 

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"recours en matière cantonale et communale" sur lequel les recourants se fondent, 
confirme cette conclusion.  

  Dès lors, le recours sera déclaré irrecevable.  

3.  En application de l'art. 64 al. 2 de la loi sur la procédure administrative du 
12 septembre 1985 (LPA - E 5 10), le recours sera transmis au Conseil d'Etat. 

4.  Vu l'issue du litige, un émolument de CHF 1'000.- sera mis à la charge des 
recourants, pris conjointement et solidairement. Aucune indemnité ne leur sera 
allouée (art. 87 LPA). 

* * * * * 

PAR CES MOTIFS 

LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

déclare irrecevable le recours interjeté le 25 octobre 2010 par le Mouvement des 
citoyens genevois et Monsieur Eric Stauffer contre l'acte du Conseil d'Etat du  
21 octobre 2010 ; 

transmet le recours au Conseil d'Etat ; 

met à la charge des recourants, pris conjointement et solidairement, un émolument de 
CHF 1'000.- ; 

 dit que, conformément aux art. 82 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 
2005 (LTF - RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui 
suivent sa notification par-devant le Tribunal fédéral, par la voie du recours en matière 
de droit public ; le mémoire de recours doit indiquer les conclusions, motifs et moyens 
de preuve et porter la signature du recourant ou de son mandataire ; il doit être adressé 
au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, par voie postale ou par voie électronique aux 
conditions de l’art. 42 LTF. Le présent arrêt et les pièces en possession du recourant, 
invoquées comme moyens de preuve, doivent être joints à l’envoi ;  

communique le présent arrêt à Me Soli Pardo, avocat des recourants ainsi qu'au Conseil 
d'Etat et, pour information, au Ministère public de la Confédération ainsi qu'au Tribunal 
pénal fédéral. 

Siégeants : Mme Bovy, présidente, M. Thélin, Mmes Hurni et Junod, M. Dumartheray, 
juges. 

 

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Au nom du Tribunal administratif : 

la greffière-juriste : 
 
 

M. Tonossi 

 la présidente : 
 
 

L. Bovy 
 
 

 

Copie conforme de cet arrêt a été communiquée aux parties. 

 

Genève, le  
 
 
 
 
 

 la greffière :