# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 91e69dfa-e744-5c20-bba6-0df589c62783
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-10-20
**Language:** fr
**Title:** Neuenburg Autorité de surveillance LP 20.10.1997 ASLP.1997.28 (INT.1997.731)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_ASL_001_ASLP-1997-28_1997-10-20.html

## Full Text

A.      A.  
SA a obtenu du président du Tribunal civil du district de

La Chaux-de-Fonds, le 9 septembre 1996,
un ajournement de faillite, pro-

longé à plusieurs reprises. Elle a
ensuite été mise au bénéfice, par

ordonnance du 14 mai 1997 rendue par le
juge instructeur de la Cour civile

du tribunal cantonal saisie de la cause,
d'un sursis concordataire de six

mois. R.  et L.  ont été désignés en
qualité de commissaires au sursis.

 

B.      La compagnie d’assurance X. a produit le 6
juin 1997, dans le cadre du sursis concordataire de A. SA, une créance de
60'528,30 francs représentant des contributions de prévoyance professionnelle
obligatoire LPP dues par la société selon un décompte arrêté au 31 décembre
1996, divers intérêts compris, après déduction de certains paiements effectués
en 1997. Elle a demandé, notam-

ment, que cette créance soit colloquée
en première classe.

 

        Outre une divergence concernant la date
déterminante pour le

calcul du montant de la créance, les
commissaires au sursis ont considéré

qu'il ne s'agissait pas d'une créance
privilégiée et que cette prétention

devait être admise en troisième classe,
ce qu'ils ont confirmé à la

Compagnie d’assurance X.  par une lettre du 26 juillet 1997.

 

C.      La Compagnie d’assurance X.  pour la prévoyance profession-

nelle obligatoire défère par voie de
plainte à l'autorité de surveillance

cette prise de position des commissaires
au sursis, concluant à ce que sa

créance soit admise en première classe.
Elle invoque le texte de la loi

(art.219 al.4 litt.b), disposition qui
est claire, à son avis, dans la

mesure où elle énonce expressément les
créances des institutions de pré-

voyance à l'égard des employeurs
affiliés.

 

        Il a été procédé à deux échanges
d'écritures, au terme desquels

les commissaires au sursis déclarent
admettre la recevabilité de la

plainte et, quant au fond, s'en remettre
à l'appréciation de l'autorité de

surveillance.

 

                          C O N S I D E R A N T

                                 en droit

 

1.      a) Selon l'article 295 al.2 litt.b LP, le
commissaire doit no-

tamment exercer les fonctions prévues
par les articles 298 à 302 et 304

LP, soit en particulier inviter les
créanciers au moyen d'une publication

à lui indiquer leurs créances et
préparer un projet de concordat à sou-

mettre à l'assemblée des créanciers
(art.300 ss LPP). Les décisions du

commissaire au sursis concordataire sont
susceptibles de plainte à l'au-

torité de surveillance (art.295 al.3 LP;
Gilliéron, Poursuite pour dettes,

faillite et concordat, 3e éd., p.55). Il
s'ensuit que le refus du com-

missaire de reconnaître à une créance le
privilège de la première classe,

comme en l'espèce, peut faire l'objet
d'une plainte au sens de l'article

17 LP. Ne s'agissant pas d'une créance
contestée par le débiteur, l'ar-

ticle 315 al.1 LP, selon lequel en
homologuant le concordat, le juge

assigne aux créanciers dont les
réclamations sont contestées un délai de

20 jours pour intenter action au for du
concordat, sous peine de perdre

leur droit à la garantie de dividende,
ne saurait faire obstacle à la pro-

cédure de plainte portant sur la
question de savoir si la créance en cause

bénéficie du privilège légal de la
première classe.

 

        b) Déposée par ailleurs dans les formes et
délai légaux, la

plainte est recevable.

 

2.      Sur le vu de la conclusion de la plaignante,
le litige se limite

à la seule question de l'interprétation
de l'article 219 al.4, première

phrase, litt.b LP (dans sa teneur en
vigueur depuis le 1er janvier 1997),

disposition qui prévoit que sont
colloqués en première classe "les droits

des assurés au sens de la loi fédérale
sur l'assurance-accidents ainsi que

les prétentions découlant de la
prévoyance professionnelle non obligatoire

et les créances des institutions de
prévoyance à l'égard des employeurs

affiliés".

 

        Les commissaires au sursis sont partis de
l'idée que, puisque

cette disposition mentionne expressément
les "prétentions découlant de la

prévoyance professionnelle non
obligatoire", les contributions dues par

les employeurs pour la prévoyance
obligatoire selon la LPP ne sont, a

contrario, pas des créances
privilégiées. Ce point de vue est erroné car

manifestement contraire au texte légal.
La disposition précitée - peut-

être maladroite du point de vue
rédactionnel, mais néanmoins claire -

signifie, interprétée littéralement, que
la loi vise d'une part les pré-

tentions des assurés découlant de la
prévoyance professionnelle non obli-

gatoire et, d'autre part, les créances
des institutions de prévoyance à

l'égard des employeurs affiliés. Les
travaux préparatoires concernant

cette disposition confirment ce qui
précède : il s'agissait de protéger

les droits des assurés à l'égard des
institutions de prévoyance en

faillite, ce qui n'est nécessaire que
pour la prévoyance non obligatoire

dès lors que les créances pour la part
obligatoire selon la LPP sont

couvertes par le fond de garantie selon
l'article 56 al.1 litt.b LPP. Dans

son message à l'appui de la loi, le
Conseil fédéral précisait en effet que

"les conditions de la prévoyance
sont si étroitement liées aux rapports de

travail qu'il se justifie de considérer
la protection en matière de

prévoyance comme partie intégrante du
privilège accordé aux travailleurs,

d'autant que l'indemnité à raison de
longs rapports de travail reste

également privilégiée en ce sens. Dès
lors, le privilège reste justifié

dans le domaine de la prévoyance
professionnelle non obligatoire, dans la

mesure où les créances ne sont pas
couvertes par le fond de garantie de la

LPP" (FF 1991 III 150). Les
Chambres fédérales ont voulu, en outre,

privilégier aussi - respectivement ne
pas supprimer le privilège existant

dans l'ancienne loi - les créances des
institutions de prévoyance à

l'égard des employeurs, ce qui répond
d'ailleurs également au souci de

protéger les intérêts des travailleurs
(Bulletin officiel de l'Assemblée

fédérale, CN 1993, p.36; cf. aussi
l'extrait du protocole des délibé-

rations de la commission du Conseil
national, p.57 et 58, versé au

dossier). Il ne fait donc aucun doute
que les créances que possèdent les

institutions de prévoyance à l'égard des
employeurs qui leur sont affi-

liés, concernant des cotisations pour la
prévoyance (obligatoire ou sur-

obligatoire), bénéficient du privilège
de première classe au sens de

l'article 219 al.4 litt.b LP.

 

3.      La plainte se révèle dès lors bien fondée,
ce qui conduit à

l'annulation de la décision entreprise.

 

        Dans la procédure de plainte devant
l'autorité de surveillance,

il n'est pas perçu de frais ni alloué de
dépens (art.20a al.1 LP; 61 al.2

litt.a, 62 al.2 OELP).

 

                             Par ces motifs,

                 L'AUTORITE CANTONALE DE SURVEILLANCE LP

 

1. Admet la plainte et annule la
décision attaquée dans la mesure où elle

  
concerne la collocation en troisième classe de la créance produite par

  
la plaignante dans le cadre de la procédure concordataire de la société

  
A.   SA.

 

2. Dit qu'il n'est pas perçu de frais ni
alloué de dépens.

 

 

Neuchâtel, le 20 octobre 1997