# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 2ea4f40f-e0f6-50ba-a0e6-3235dc98234c
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2018-06-13
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 13.06.2018 D-739/2018
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_D-739-2018_2018-06-13.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 

 Cour IV 

D-739/2018 

 

 
 

 
 A r r ê t  d u  1 3  j u i n  2 0 1 8  

Composition 
 Claudia Cotting-Schalch (présidente du collège),  

Sylvie Cossy, Contessina Theis, juges, 

Diane Melo de Almeida, greffière. 

   

Parties 
 A._______, né le (…), 

Erythrée,   

représenté par le Service d'Aide Juridique  

aux Exilé-e-s (SAJE),  

en la personne de Philippe Stern,  

recourant,  

 
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Asile et renvoi ;  

décision du SEM du 16 janvier 2018 / N (…). 

 

 

 

D-739/2018 

Page 2 

Faits : 

A.  

Entré clandestinement en Suisse le (…), A._______ y a, le lendemain, 

déposé une demande d’asile. 

B.  

Il a été entendu sur ses données personnelles, dans le cadre d’une audition 

sommaire, le (…) et sur ses motifs d’asile le (…). 

Il a produit à son dossier sa carte d’identité dénuée de photographie et des 

copies de celles de ses parents, ainsi qu’une photographie le représentant 

à Sawa en compagnie d’autres recrues. 

C.  

Par décision du 16 janvier 2018, le Secrétariat d’Etat aux migrations (ci-

après : le SEM) a dénié la qualité de réfugié au requérant, rejeté sa 

demande d’asile, prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l’exécution de 

cette mesure. 

D.  

L’intéressé a interjeté recours contre cette décision le (…) auprès du 

Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal). Il a, à titre préalable, 

demandé l’assistance judiciaire totale et conclu, à titre principal, à l’octroi 

de l’asile en sa faveur, subsidiairement, à la reconnaissance de sa qualité 

de réfugié pour des motifs postérieurs à sa fuite (Republickflucht, cf. art. 

54 LAsi [RS 142.31]) et, plus subsidiairement, au prononcé d’une 

admission provisoire au motif que l’exécution de son renvoi serait illicite 

et/ou inexigible. 

E.  

Par décision incidente du (…), le Tribunal a admis la demande d’assistance 

judiciaire totale du recourant et désigné Philippe Stern en tant que 

mandataire d’office. 

F.  

Les autres faits et arguments pertinents de la cause seront évoqués, si 

besoin, dans les considérants qui suivent. 

 

 

D-739/2018 

Page 3 

Droit : 

1.  

1.1 Sous réserve des exceptions prévues à l’art. 32 LTAF, le Tribunal, en 

vertu de l’art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de 

l’art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. 

En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière d'asile et de 

renvoi peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le 

Tribunal, lequel statue alors de manière définitive, sauf demande 

d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger 

(cf. art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 

Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. 

1.2 A._______ a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté dans 

la forme et dans le délai prescrits par la loi, le recours est recevable 

(cf. art. 52 al. 1 PA et art. 108 al. 1 LAsi). 

1.3 En matière d’asile et sur le principe du renvoi (art. 44 1ère phr. LAsi), le 

Tribunal examine, en vertu de l’art. 106 al. 1 LAsi, les motifs de recours 

tirés d’une violation du droit fédéral, notamment pour abus ou excès dans 

l’exercice du pouvoir d’appréciation (let. a), et d’un établissement inexact 

ou incomplet de l’état de fait pertinent (let. b). 

1.4 En revanche, en matière d'exécution du renvoi, le Tribunal examine en 

sus le grief d'inopportunité (art. 112 al. 1 LEtr [RS 142.20] en relation avec 

l'art. 49 PA ; voir aussi ATAF 2014/26, consid. 5.6). 

1.5 Saisi d'un recours contre une décision du SEM, rendue en matière 

d'asile, le Tribunal prend en considération l'état de fait et de droit existant 

au moment où il statue (cf. ATAF 2012/21 consid. 5.1 p. 414 s. avec 

réf. cit.). Il s'appuie notamment sur la situation prévalant dans l'Etat ou la 

région concernée, au moment de l'arrêt, pour déterminer le bien-fondé - ou 

non - des craintes alléguées de persécutions futures (cf. ATAF 2009/29 

consid. 5.1 p. 376, ATAF 2008/12 consid. 5.2 p. 154 s., et ATAF 2008/4 

consid. 5.4 p. 39 s., avec réf. cit.). 

1.6 Le Tribunal applique le droit d’office. Il peut ainsi admettre un recours 

pour un autre motif que ceux invoqués par le recourant (art. 62 al. 4 PA) ou 

le rejeter en retenant une argumentation différente de celle développée par 

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l'autorité intimée (cf. ATAF 2010/54 consid. 7.1 p. 796 de même que 

ATAF 2009/57 consid. 1.2 p. 798 et réf. cit.). 

2.  

2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans 

le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de 

leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de 

leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux 

préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la 

liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique 

insupportable (art. 3 al. 1 et 2 LAsi; cf. également ATAF 2007/31 

consid. 5.2-5.6). 

2.2 Quiconque demande l'asile (requérant) doit prouver ou du moins 

rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est 

vraisemblable lorsque l'autorité estime que celle-ci est hautement 

probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 

des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont 

contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de 

manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés 

(art. 7 LAsi). 

2.2.1 Des allégations sont vraisemblables lorsque sur les points essentiels 

elles sont suffisamment fondées (ou consistantes), concluantes (ou 

constantes et cohérentes) et plausibles et que le requérant est 

personnellement crédible (ATAF 2012/5 consid. 2.2). 

2.2.2 Les allégations sont fondées, lorsqu'elles reposent sur des 

descriptions détaillées, précises et concrètes, la vraisemblance de propos 

généraux, voire stéréotypés, étant généralement écartée. Elles sont 

concluantes, lorsqu'elles sont exemptes de contradictions entre elles, 

d'une audition à l'autre ou avec les déclarations d'un tiers (par exemple, 

proche parent) sur les mêmes faits. Elles sont plausibles, lorsqu'elles 

correspondent à des faits démontrés (en particulier aux circonstances 

générales régnant dans le pays d'origine) et sont conformes à la réalité et 

à l'expérience générale de la vie. La crédibilité du requérant d'asile fait 

défaut non seulement lorsque celui-ci s'appuie sur des moyens de preuve 

faux ou falsifiés, mais encore s'il dissimule des faits importants, en donne 

sciemment une description erronée, modifie ses allégations en cours de 

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procédure ou en rajoute de façon tardive et sans raison apparente ou s'il 

enfreint son obligation de collaborer (cf. art. 8 LAsi). 

3.  

3.1 Lors de l’audition sommaire du (…), A._______ a déclaré être d’ethnie 

tigrinya et originaire de B._______, dans la région C._______, district 

D._______. Il aurait été scolarisé jusqu’à la 12ème année, ayant effectué sa 

dernière année au centre de formation militaire de Sawa. Sa formation 

militaire terminée, il aurait, dès juillet (…), bénéficié de quelques mois de 

permission. De retour à Sawa, en février (…), il aurait été, trois mois plus 

tard, affecté [à une division de l’armée]. Sept mois plus tard, il aurait 

bénéficié d’une permission de 40 jours et serait à nouveau rentré à la 

maison. Sa famille ayant eu besoin d’aide dans leur domaine agricole, il ne 

serait toutefois pas retourné à l’armée à l’issue de sa permission. Un mois 

plus tard, les autorités militaires auraient alors commencé à le rechercher. 

Des militaires (…) se seraient présentés à son domicile en son absence, 

vers fin janvier (…), puis une nouvelle fois deux mois plus tard. Ceux-ci 

l’auraient ensuite signalé au mimihdar, ce qui aurait alors valu à l’intéressé 

d’être recherché par les soldats de son village lors des rafles. Afin 

d’échapper aux autorités, il aurait passé la nuit à la belle étoile et aurait 

travaillé dans les champs la journée. Ne supportant plus ce mode de vie, il 

aurait essayé de quitter son pays une première fois en (…), mais aurait été 

arrêté près de la frontière et emprisonné à E._______. En (…), il serait 

parvenu à s’évader de prison, profitant de la présence de nombreux 

visiteurs. Il se serait discrètement mêlé à ces derniers et serait parti avec 

deux amis. Il se serait ensuite directement rendu à F._______ et aurait 

quitté le pays. 

3.2 Entendu de manière plus approfondie sur ses motifs d’asile en date 

du (…), A._______ a, en substance, expliqué, qu’au terme de son 

entrainement militaire à Sawa, il avait été affecté [à une division de l’armée] 

trois mois après la fin de sa permission, en février (…). Arrivé [à 

G._______] en juillet (…), il y serait resté environ trois mois avant d’aller à 

H._______, où il aurait passé un mois. En novembre (…), il aurait reçu une 

permission de 45 jours. Celle-ci terminée, il serait toutefois resté au village, 

travaillant dans les champs et passant la nuit dans la campagne, de peur 

d’être pris dans une rafle. Ne pouvant continuer à vivre dans de telles 

conditions, il aurait décidé de quitter le pays.  

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Invité par l’auditeur du SEM à s’exprimer sur ce qu’il avait fait durant la 

semaine précédant son départ, l’intéressé a expliqué avoir été occupé 

aux travaux agricoles habituels. Il a précisé avoir quitté son pays 

soudainement, sans en parler à personne. Un dimanche matin de (…), il 

serait parti de son village et serait arrivé près de la frontière à 21 heures. Il 

aurait repris son voyage le lendemain matin, à 5 heures, et aurait rejoint 

l’Ethiopie en traversant une rivière. 

A._______ a, lors de cette audition, encore déclaré que les représentants 

des autorités ne l’avaient pas recherché à son domicile, mais s’étaient 

rendus à deux reprises au bureau du mimihdar, informant celui-ci qu’il avait 

déserté. Le mimihdar aurait alors envoyé une convocation chez lui, à 

laquelle il ne se serait pas soumis. Il a aussi précisé avoir été emprisonné 

en (…) à E._______, durant un mois, au motif qu’il n’avait pas pu présenter 

de laissez-passer, et avoir profité de la visite des familles pour s’échapper. 

Il se serait ensuite caché dans la campagne et aurait, une semaine plus 

tard, quitté clandestinement le pays. 

3.3 Dans sa décision du 16 janvier 2018, le SEM a, dans un premier temps, 

considéré que les allégations de l’intéressé ne satisfaisaient pas aux 

exigences de vraisemblance énoncées à l’art. 7 LAsi. Il a en particulier 

relevé que les propos tenus par ce dernier étaient divergents et 

contradictoires d’une audition à l’autre. A._______ n’avait en effet pas été 

constant s’agissant de la durée de son incorporation [à une division de 

l’armée] avant sa permission, des recherches diligentées par les autorités 

à son domicile, du lieu de départ de son parcours migratoire et des 

évènements ayant précédé celui-ci. Le SEM a en outre estimé que la 

photographie montrant l’intéressé à Sawa ne permettait de démontrer ni sa 

désertion ni son évasion de prison. 

Le Secrétariat d’Etat a ensuite considéré que les déclarations de 

A._______ ne satisfaisaient pas aux conditions requises pour la 

reconnaissance de la qualité de réfugié selon l’art. 3 LAsi. Le prénommé 

n’ayant pas rendu vraisemblable sa désertion du service militaire, le seul 

risque d’être pris dans une rafle et d’être enrôlé dans l’armée n’était ainsi 

pas suffisant pour faire valoir une crainte objectivement fondée d’être 

exposé à des sérieux préjudices. En outre, faute de facteurs de risque 

supplémentaires de nature à le faire apparaître comme une personne 

indésirable aux yeux des autorités érythréennes, le Secrétariat d’Etat a 

considéré que le seul fait que l’intéressé ait quitté illégalement son pays ne 

l’exposait pas non plus à une persécution déterminante en matière d’asile. 

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Enfin, le SEM a considéré que l’exécution du renvoi de A._______ en 

Erythrée était licite, raisonnablement exigible et possible. 

3.4 Dans son recours du (…), A._______ a, tout d’abord, fait valoir que les 

divergences relevées par le SEM étaient minimes, que sa désertion du 

service militaire était crédible, d’autant plus que sa première audition avait 

été courte. Il a précisé ne pas avoir indiqué explicitement être resté sept 

mois à G._______, mais avoir reçu une permission après sept mois, soit y 

compris après les trois mois passés à Sawa. Pour ce qui a trait aux visites 

domiciliaires suite à sa désertion, il a expliqué que les autorités ne s’étaient 

pas rendues à son domicile mais auprès du mimihdar, qui lui aurait alors 

adressé deux convocations chez lui. Le recourant a aussi estimé que sa 

demande d’asile ne pouvait être rejetée au seul motif que ses propos 

avaient été divergents s’agissant du moment de son évasion et du lieu 

duquel il aurait commencé son voyage, la prison se trouvant du reste 

proche de son village. Il a aussi précisé ne pas être retourné à son domicile 

suite à son évasion. 

Par ailleurs, indiquant que son départ illégal d’Erythrée n’avait pas été 

remis en cause et se référant à des arrêts du Tribunal, l’intéressé a fait 

valoir que la conjonction de ce départ avec sa désertion entraînait pour lui 

un risque de persécution en cas de retour dans son pays.  

En outre, se fondant sur différents arrêts du Tribunal, sur un arrêt de la 

Cour européenne des droits de l’homme (CourEDH) et un jugement de 

l’Upper Tribunal de Grande Bretagne, le recourant a soutenu qu’un retour 

en Erythrée l’exposerait à des mesures contraires à l’art. 3 CEDH. Il a aussi 

relevé que le service militaire érythréen consisterait en du travail forcé en 

violation de l’art. 4 CEDH. 

4.  

4.1 En l’espèce, il convient tout d’abord de relever, qu’à l’instar du SEM, le 

Tribunal ne met pas en doute que le recourant a accompli sa formation 

militaire à Sawa. Il en va de même du récit présenté par l’intéressé 

s’agissant de son engagement au sein [d’une division de l’armée]. En 

revanche, les récits successifs de A._______ comportent d’importantes 

divergences et incohérences pour ce qui a trait à la durée de 

l’accomplissement de son service national, à la manière dont il y aurait mis 

un terme et aux recherches dont il aurait fait l’objet, ainsi que l’a, à bon 

droit, retenu le SEM. 

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Certes, l’intéressé n’a pas, lors de sa première audition, expressément 

déclaré avoir passé sept mois [à G._______], mais bien avoir reçu une 

permission après sept mois de service militaire (cf. pièce A4/15 pt. 1.17.04 

et pt. 7.01, p. 4 et 9). Il n’en demeure pas moins que les différentes 

indications chronologiques fournies par l’intéressé relatives à son 

incorporation [dans une division de l’armée], son arrivée à G._______, son 

transfert à H._______ et son retour à la maison, au bénéfice d’une 

permission, ne sont pas cohérentes entre elles et ne permettent pas de 

corroborer l’explication avancée dans son recours. En effet, selon les 

propos tenus lors de l’audition sommaire, trois mois après son retour à 

Sawa, survenu en février (…), le recourant aurait été affecté [à une division 

de l’armée] et amené à G._______ (cf. pièce A4/15 pt. 1.17.04, p. 4). Ainsi, 

son arrivée sur cet archipel daterait de mai (…) ou au plus tard de juin (…). 

Cette indication ne correspond cependant pas à celle fournie lors de la 

seconde audition, selon laquelle il serait arrivé à G._______ en juillet (cf. 

pièce A17/14 Q49, p. 6). Ensuite, toujours selon les propos tenus lors de 

l’audition sommaire, A._______ aurait obtenu une permission en 

novembre 2013, ou selon une autre version, fin (…) ou début (…) (cf. pièce 

A4/15 pt. 1.17.04 et p. 2.02, p. 4 et 5). Or, selon cette indication, il aurait 

passé au total entre six à huit mois auprès [d’une division de l’armée] et 

non pas quatre mois, ainsi qu’expliqué lors de sa seconde audition 

(cf. pièce A17/14 Q17, p. 3). Le Tribunal constate par ailleurs que les 

propos tenus par le prénommé, lors de sa deuxième audition, ne sont pas 

non plus cohérents entre eux. En effet, tout en réitérant que son affectation 

[à une division de l’armée] était intervenue trois mois après son retour à 

Sawa en février (…), soit au mois de mai (…), A._______ a indiqué être 

arrivé [à G._______] au mois de juillet de la même année, à savoir cinq à 

six mois plus tard (cf. pièce A17/14 Q17, Q49 et Q62, p. 3, 6 et 7).  

4.2 Les allégations du recourant présentent ensuite d’importantes 

divergences s’agissant de la manière dont il aurait été recherché par les 

autorités après qu’il n’était pas retourné à son lieu d’affectation à l’issue de 

sa permission. En effet, lors de son audition sommaire, il avait expliqué que 

les militaires l’avaient recherché à son domicile, une première fois fin (…) 

et une seconde fois deux mois plus tard, soit au mois de (…), avant de le 

signaler au bureau du mimihdar (cf. pièce A4/15 pt. 7.02, p. 10). Ensuite, 

ce seraient des soldats de son village qui l’auraient recherché lors des 

rafles (cf. ibidem). Or, selon les propos tenus lors de la seconde audition, 

les militaires ne se seraient pas présentés à son domicile, mais se seraient 

directement rendus auprès du mimihdar, à qui ils auraient laissé une lettre 

(cf. pièce A17/14 Q68, Q91 à Q94, p. 8 et 10). Le mimihdar aurait ensuite 

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Page 9 

envoyé une convocation à l’intéressé, à laquelle celui-ci n’aurait pas donné 

suite (cf. ibidem). Ces divergences dans les déclarations du recourant 

portant sur un élément essentiel de ses motifs d’asile, elles ébranlent 

sérieusement la crédibilité de l’ensemble de ses allégations relatives aux 

évènements qui l’ont conduit à quitter son pays. 

4.3 A._______ a également tenu des propos inconstants sur d’autres 

éléments importants de son récit. En effet, même en admettant que la 

prison de E._______ ne se trouve pas loin du village du prénommé, tel 

qu’indiqué lors de son audition sommaire, ses récits successifs relatifs à 

son vécu durant la période précédant son départ d’Erythrée sont 

particulièrement divergents. Lors de sa seconde audition, il a en particulier 

passé sous silence la première tentative de départ du pays, pourtant 

mentionnée lors de son audition sommaire, et son séjour en prison 

(cf. pièce A17/14 Q77 à Q89, p. 9 et 10). Il a au contraire déclaré n’avoir 

rien fait de particulier durant la semaine précédant son départ d’Erythrée, 

s’étant occupé aux travaux agricoles habituels (cf. pièce A17/14 Q78, p. 9). 

En outre, il n’a pas indiqué s’être évadé de prison accompagné de deux 

codétenus. En revanche, il a expliqué avoir quitté son village, un dimanche 

matin, à 8h30 (cf. pièce A17/14 Q77, p. 9). Ce n’est qu’après que l’auditeur 

du SEM ait attiré son attention sur le fait que ses déclarations ne 

correspondaient pas à celles tenues lors de sa première audition, que 

A._______ est revenu à son récit initial relatif aux évènements ayant 

précédé son départ du pays (cf. pièce A17/17 Q95 et s., p. 10 et s.). A cette 

occasion, il a toutefois expliqué avoir été arrêté au motif qu’il n’avait pas de 

laisser-passez et avoir été emprisonné pendant un mois, s’étant enfui un 

dimanche, vers 16 heures, en profitant de la confusion créée par la 

présence de nombreux visiteurs (cf. ibidem). Or, ces propos, en soi déjà 

contradictoires, ne correspondent à l’évidence pas à ceux tenus lors de la 

première audition. En effet, il avait alors indiqué avoir été arrêté alors 

qu’il s’apprêtait à passer la frontière (cf. pièce A4/15 p. 7.02 p. 10). Ils ne 

correspondent pas non plus à ses autres déclarations, selon lesquelles 

il serait parti un dimanche matin (cf. pièce A4/15 p. 7.02 p. 11 et pièce 

A17/14 Q77, p. 9). 

4.4 Partant, au vu des nombreuses divergences et incohérences entachant 

les propos de A._______, sur des éléments essentiels de ses motifs 

d’asile, le Tribunal ne peut pas, à l’instar du SEM, admettre la 

vraisemblance de son récit relatif à sa désertion et aux conséquences qui 

en auraient suivi. 

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Page 10 

5.  

5.1 Se pose ensuite la question de savoir si le recourant peut se voir 

reconnaître la qualité de réfugié, à l'exclusion de l'asile, pour des motifs 

subjectifs survenus après la fuite d’Erythrée (cf. art. 54 LAsi), en raison de 

son départ illégal du pays (Republikflucht). 

5.2 Dans son arrêt D-7898/2015 du 30 janvier 2017, publié comme arrêt 

de référence, le Tribunal a examiné dans quelle mesure les Erythréens qui 

quittent leur pays illégalement doivent craindre des mesures de 

persécution, à ce titre, en cas de retour. 

Suite à une analyse approfondie des informations disponibles, le Tribunal 

est arrivé à la conclusion que la pratique, selon laquelle la sortie illégale 

d’Erythrée justifiait en soi la reconnaissance de la qualité de réfugié, ne 

pouvait pas être maintenue. Cette appréciation repose essentiellement sur 

le constat que des membres de la diaspora, parmi lesquels se trouvent 

également des personnes qui avaient quitté illégalement leur pays, 

retournent en Erythrée, pour de brefs séjours, sans subir de sérieux 

préjudices. Dès lors, les personnes sorties illégalement de ce pays ne 

peuvent plus être considérées, de manière générale, comme exposées à 

une peine sévère pour un motif pertinent en matière d’asile. 

Un risque majeur de sanction, respectivement de sérieux préjudices au 

sens de l’art. 3 LAsi, en cas de retour, ne peut être désormais admis qu’en 

présence de facteurs supplémentaires, tel le fait que la personne ait fait 

partie des opposants au régime ou ait occupé une fonction en vue avant la 

fuite, ait déserté ou encore se soit soustraite au service militaire, qui font 

apparaître le requérant comme une personne indésirable aux yeux des 

autorités érythréennes (cf. arrêt précité, consid. 5.2). 

5.3 En l’occurrence, de tels facteurs supplémentaires, au sens de la 

jurisprudence précitée, font défaut. En effet, tel que relevé précédemment 

(cf. consid. 4 ci-dessus), A._______ n’a pas réussi à rendre crédible sa 

désertion du service national, de sorte que rien n’indique qu’il puisse être 

un déserteur ou un réfractaire. Partant, il ne saurait être retenu qu’il ait un 

profil particulier pouvant intéresser les autorités de son pays à son retour 

pour ce motif. En outre, le prénommé n’a pas allégué avoir exercé des 

activités politiques d’opposition ni avoir rencontré d’autres problèmes avec 

les autorités de son pays. 

D-739/2018 

Page 11 

5.4 Par ailleurs, la seule crainte d’être un jour pris dans une rafle militaire 

ou convoqué au service militaire ne suffit pas, à elle seule, à démontrer 

que le recourant aurait un profil particulier pouvant intéresser les autorités 

de son pays à son retour. 

5.5 Ainsi, même en admettant que l’intéressé ait effectivement quitté 

illégalement l’Erythrée, ce fait n’est pas à lui seul suffisant pour justifier la 

reconnaissance de la qualité de réfugié, à l’exclusion de l’asile, pour des 

motifs subjectifs postérieurs à la fuite (cf. art. 54 et 3 LAsi). 

6.  

Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté sous l’angle tant de la 

reconnaissance de la qualité de réfugié que de l’octroi de l’asile 

7.  

7.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à 

ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille 

(art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l'art. 32 de 

l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure 

(OA 1, RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation 

de séjour ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une 

décision d'extradition ou d'une décision de renvoi conformément à 

l'art. 121 al. 2 Cst.. 

7.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurrence 

réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 

8.  

L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 

exigible et possible. Si ces conditions ne sont pas réunies, l'admission 

provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par l'art. 83 LEtr. 

9.  

9.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de 

droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans 

un pays donné ou qu'aucun autre Etat, respectant le principe du  

non-refoulement, ne se déclare prêt à l'accueillir; il s'agit d'abord de 

l'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, 

et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un 

D-739/2018 

Page 12 

traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 

10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, 

inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 

9.2 Ne pouvant se voir reconnaître la qualité de réfugié au sens de 

l'art. 3 LAsi, pour les motifs déjà exposés ci-avant, le recourant ne peut se 

prévaloir de l'art. 5 al. 1 LAsi (principe de non-refoulement). 

9.3 En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 

droit international, il sied d'examiner plus particulièrement si 

les art. 3 CEDH et 3 Conv. torture, qui interdisent la torture, les peines ou 

traitements inhumains, trouvent application dans le cas d'espèce. 

9.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou 

dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la 

qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu'un renvoi serait prohibé 

par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l'art. 3 CEDH 

devraient être constatées. Une simple possibilité de subir des mauvais 

traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque 

cette disposition démontre à satisfaction qu'il existe pour elle un véritable 

risque concret et sérieux d'être victime de tortures, ou de traitements 

inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en ressort 

qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves 

ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne 

suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, 

tant que la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu'elle 

serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d'un hasard 

malheureux – par des mesures incompatibles avec la disposition en 

question (ATAF 2008/34 consid. 10 ; et réf. cit.) 

9.5 En l’espèce, conjointement à la question de savoir si le recourant risque 

d'être soumis, en cas de retour dans son pays d’origine, à un traitement 

prohibé par l'art. 3 CEDH et, par conséquent, si l’exécution du renvoi en 

Erythrée est licite, il convient de déterminer si celui-ci doit, en cas de retour, 

s’attendre à être recruté pour le service national érythréen. Le Tribunal a 

examiné cette éventualité dans son arrêt D-2311/2016 du 17 août 2017, 

publié comme arrêt de référence. 

9.6 Selon cette jurisprudence, il convient de distinguer trois catégories 

principales de personnes concernées. 

D-739/2018 

Page 13 

S’agissant d’un requérant d’asile qui n’a pas encore effectué de service 

national, ceci sans en avoir été libéré – en particulier un requérant qui a 

quitté l’Erythrée avant l’accomplissement de sa 18ème année –, celui-ci doit, 

en principe, s’attendre à être recruté lors de son retour au pays (cf. arrêt 

précité, consid. 13.2). Ainsi, dans le cas où il serait vraisemblable qu’un 

requérant soit parti d’Erythrée avant d’avoir atteint l’âge d’être recruté ou 

que, pour d’autres motifs, il n’ait pas encore, au moment de son départ, été 

appelé à servir, il a lieu d’admettre que celui-ci sera, en principe, contraint 

d’effectuer son service national en cas de retour au pays. Dans un tel cas, 

il n’est pas exclu que la personne concernée soit préalablement 

condamnée à une peine d’emprisonnement pour ne pas s’être tenue à 

disposition des autorités pour l’accomplissement de son service national. 

Or, les conditions de détention en Erythrée sont généralement précaires 

et il est courant que la durée de l’emprisonnement soit fixée de manière 

extra-judiciaire et arbitraire (cf. arrêt précité, consid. 16.6). 

Dans le cas d’un requérant d’asile qui a quitté l’Erythrée après avoir 

accompli ses obligations militaires, il y a lieu d’admettre qu’il a été 

régulièrement libéré du service national et qu’il n’a pas à craindre, en cas 

de retour au pays, de nouvelle incorporation dans l’armée ni de 

condamnation en raison d’un refus de servir. Tel est en particulier le cas 

des femmes mariées ou encore des personnes qui ont quitté l’Erythrée à 

l’âge de 25 ans ou plus, alors qu’elles avaient déjà effectué leur service 

national (cf. arrêt précité, consid. 12.5 et 13.3).  

Enfin, il convient de déterminer s’il existe, dans le cas particulier, d’autres 

motifs permettant d’exclure que le requérant puisse, en cas de retour en 

Erythrée, être contraint d’effectuer son service national (cf. arrêt précité, 

consid. 13.4). Dans certains cas, une personne peut en effet avoir été 

libérée de son obligation de servir. Il est toutefois nécessaire que des 

éléments concrets au dossier permettent de le retenir. Tel est en principe 

le cas d’un ressortissant érythréen qui séjourne depuis plus de trois ans à 

l’étranger. Il y a en effet lieu d’admettre que la personne concernée a alors 

régularisé sa situation auprès des autorités érythréennes et dispose ainsi 

du statut de membre de la diaspora, pour lequel il est nécessaire de 

s’acquitter d’un impôt de 2% et de signer une lettre de repentir. Il convient 

de retenir qu’une personne ayant obtenu un tel statut a été libérée de son 

obligation de servir et pourra, suite à un retour en Erythrée, en repartir, ceci 

sans devoir obtenir un nouveau visa de sortie. 

D-739/2018 

Page 14 

9.7 En l’espèce, ainsi qu’il a été retenu ci-avant (cf. consid. 4.1 supra), il y a 

lieu d’admettre que A._______ a effectué la partie entrainement militaire 

composant son service national à Sawa, ayant déclaré avoir terminé celui-

ci en (…). En outre, selon les dires du prénommé, il aurait été affecté au 

sein [d’une division de l’armée] dans le courant de l’année (…), trois mois 

après son retour à Sawa intervenu en février (…). Selon les versions, il y 

serait resté jusqu’en novembre (…), ou jusqu’à la fin de l’année (…) ou 

encore jusqu’à début (…). Puis, après quelques (…) mois passés dans son 

village, il aurait quitté l’Erythrée en (…).  

S’il n’est pas mis en doute que le recourant a effectué son service militaire 

puis servi au sein [d’une division de l’armée] dans le cadre du service 

national, il n’est toutefois pas vraisemblable qu’il ait quitté son service de 

manière irrégulière, n’ayant pas rendu crédible sa désertion de son lieu 

d’affectation. 

9.8 Selon la pratique actuelle du Tribunal, énoncée ci-avant 

(cf. consid. 9.6), il y a lieu de retenir qu’un ressortissant érythréen, qui a 

quitté son pays alors qu’il avait déjà accompli son obligation de servir dans 

le cadre du service national, ne doit s’attendre ni à être condamné ni à être 

une nouvelle fois recruté au service national. Il n’est certes pas possible, 

dans le cas présent, de déterminer avec certitude le statut du recourant par 

rapport au service national et ainsi de procéder à un examen complet des 

conditions de l’exécution de son renvoi vers l’Erythrée. Cependant, cette 

impossibilité est imputable à l’intéressé lui-même, qui n’est, en raison de 

l’invraisemblance de ses allégations, pas parvenu à rendre crédible sa 

désertion de son lieu d’affectation, les conditions dans lesquelles il aurait 

quitté le service national demeurant ainsi incertaines. Or, dans un tel cas, 

il ne saurait alors être exigé de l'autorité d’asile qu’elle vérifie d’éventuels 

obstacles au retour. A._______ doit ainsi assumer les conséquences de la 

violation de son devoir de collaborer (cf. dans ce sens, ATAF 2014/12 

consid. 6). 

Certes, le recourant n’était âgé que de tout juste 24 ans lorsqu’il a quitté 

son pays d’origine. Cela étant, dans la mesure où il avait alors terminé sa 

scolarité, y compris sa 12ème année, laquelle a été accomplie à Sawa, il y 

a lieu d’admettre, au vu de l’invraisemblance de ses allégations relatives à 

sa désertion et faute d’élément permettant d’en conclure différemment, 

qu’il n’a quitté l’Erythrée qu’après avoir accompli ses obligations par 

rapport au service national. De plus, ayant, selon ses allégations, quitté 

l’Erythrée en (…), l’intéressé se trouve à l’étranger depuis plus de trois ans. 

D-739/2018 

Page 15 

Il y a ainsi lieu d’admettre qu’il remplit désormais les conditions lui 

permettant d’obtenir le statut de membre de la diaspora, en cas de 

régularisation de sa situation auprès des autorités érythréennes. 

9.9 Au vu de ce qui précède, il y a lieu d’admettre que l’exécution du renvoi 

de l’intéressé est licite. D’une part, l'exécution de cette mesure ne 

contrevient pas, en l’espèce, au principe de non-refoulement de 

l'art. 5 LAsi (cf. consid. 9.2 ci-avant). D’autre part, rien ne permet de 

considérer que l’intéressé puisse, en cas d’exécution du renvoi en 

Erythrée, avec une haute probabilité, être exposé à un traitement prohibé 

par les art. 3 CEDH et 3 Conv. torture. Celui-ci n’a en effet pas à craindre 

d’être emprisonné au motif de ne pas avoir respecté son obligation de 

servir, dès lors qu’il a été retenu qu’il a déjà accompli son obligation à cet 

égard. Il n’a pas non plus à s’attendre à être à nouveau recruté au service 

national. A cela s’ajoute, que rien n’indique, en l’espèce, qu’il pourra, pour 

d’autres motifs, risquer de faire l’objet d’une condamnation grave. Dans 

ces circonstances, la question de savoir si le service national érythréen 

viole l’art. 3 CEDH ou l’interdiction de travail forcé selon l’art. 4 al. 2 CEDH 

peut rester ouverte.  

9.10 Partant, l'exécution du renvoi du recourant sous forme de refoulement 

ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit 

international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr). 

10.  

10.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être 

raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son 

pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par 

exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de 

nécessité médicale. Cette disposition s'applique en premier lieu aux 

« réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 

conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement 

persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de 

violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour 

reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles 

ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. (ATAF 2014/26 

consid. 7.3-7.10 ; ATAF 2011/50 consid. 8.1‒8.3). 

10.2 Dans son arrêt de référence précité, le Tribunal a procédé à une 

analyse de la situation actuelle en Erythrée et est parvenu à la conclusion 

D-739/2018 

Page 16 

que ce pays ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de 

violence généralisée qui permettrait d'emblée – et indépendamment des 

circonstances du cas d'espèce – de présumer l'existence d'une mise en 

danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr (cf. arrêt D-2311/2016 

précité, consid. 17). La situation économique et les conditions de vie en 

Erythrée sont certes difficiles. En particulier, ce pays connaît actuellement 

une pénurie de logement et un taux de chômage élevé. Cela étant, de telles 

circonstances ne consistent pas en une mise en danger concrète de la 

personne concernée. Les conditions de vie en Erythrée se sont du reste 

améliorées dans certains domaines durant les dernières années. Ainsi, 

bien que la situation économique reste difficile, les conditions d’accès aux 

soins médicaux, à la nourriture et à l’eau potable, ainsi qu’à la formation se 

sont stabilisées. De plus, la guerre est terminée depuis plusieurs années 

et le pays ne connaît aucun conflit religieux ou ethnique sérieux. C’est en 

outre le lieu de relever que la population profite largement des envois 

d’argent des membres de la diaspora érythréenne au pays. Dans ces 

circonstances, le Tribunal a retenu que les exigences élevées en matière 

d’exécution du renvoi, telles que fixées par l’ancienne jurisprudence, ne se 

justifient plus. De même, l’inexigibilité de l’exécution du renvoi ne peut plus 

résulter de la seule situation relative à la surveillance continue de la 

population. Toutefois, compte tenu des conditions générales difficiles en 

Erythrée, il s’avère tout de même nécessaire d’examiner s’il existe, dans le 

cas particulier et en présence de circonstances particulières, une mise en 

danger de l’existence de la personne concernée. Partant, le caractère 

exigible de l’exécution du renvoi doit être analysé dans chaque cas 

particulier (cf. arrêt précité, not. consid. 17.2). 

10.3 En l’occurrence, il ne ressort du dossier aucun élément dont on 

pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en danger 

concrète du recourant pour des motifs qui lui sont propres. En effet, 

A._______, un homme jeune, sans charge de famille, n'a pas allégué de 

problème de santé particulier et dispose d’une expérience professionnelle 

dans le milieu agricole et d’une formation scolaire complète. En outre, ses 

proches, en particulier (…), ainsi que (…),(…) et (…), résident en Erythrée 

(cf. pièce A4/15 pt. 3.01 p. 6 et 7 ; pièce A17/14 Q23 et s., p. 4 et 5). A cet 

égard, c’est le lieu de relever que sa famille vit de l’agriculture et possède 

son propre terrain agricole, ainsi que du bétail, dont la vente de quelques 

animaux a d’ailleurs permis de réunir la somme nécessaire au financement 

du voyage migratoire de l’intéressé (cf. pièce A4/15 pt. 5.02 p. 8 ; pièce 

A17/14 Q25 et 26, p. 4). 

D-739/2018 

Page 17 

10.4 Pour ces motifs, l'exécution du renvoi doit être considérée comme 

raisonnablement exigible. 

11.  

Enfin, si un retour forcé en Erythrée n’est d’une manière générale pas 

possible (cf. arrêt D-2311/2016 précité, consid. 19), il appartient cependant 

au recourant d'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la 

représentation de son pays d'origine en vue de l'obtention de documents 

de voyage lui permettant de quitter la Suisse (cf. art. 8 al. 4 LAsi). 

L'exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles 

insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible 

(cf. ATAF 2008/34 consid. 12). 

12.  

En conséquence, le recours, en tant qu’il porte sur le renvoi et son 

exécution, doit ainsi également être rejeté. 

13.  

13.1 Au vu de l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de 

procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 

art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, 

dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, 

RS 173.320.2). 

13.2 Toutefois, la demande d'assistance judiciaire totale ayant été admise, 

il est statué sans frais (art. 65 PA et art. 110a al. 1 LAsi). 

13.3 Philippe Stern, agissant pour le compte du SAJE, a été nommé 

comme mandataire d’office par décision incidente du (…). Une indemnité 

à titre d'honoraires et de débours doit ainsi lui être accordée (cf. art. 8 à 

11 FITAF, applicables par analogie conformément à l'art. 12 FITAF). 

13.4 Cela étant, il est rappelé que le tarif horaire pour les mandataires 

n’étant pas titulaire du brevet d’avocat est de 100 à 150 francs et celui 

généralement retenu par le Tribunal pour le Service d’Aide Juridique aux 

Exilé-e-s (SAJE) est en principe de 130 francs (et non de 200 francs, 

comme retenu dans la note d’honoraires du […]). 

En outre, les dépenses pour « ouverture du dossier » et « frais de 

traduction », estimées de manière forfaitaire et non établies par des 

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Page 18 

justificatifs (cf. art. 11 al. 1, 1ère phrase, et al. 3 FITAF) ne sont pas 

remboursées.  

13.5 En l’occurrence, il ressort du décompte de prestation joint par 

le mandataire du recourant au recours, que ce dernier a consacré une 

demi-heure de temps à des entretiens téléphoniques et trois heures à la 

rédaction du recours. En se basant sur ce décompte, le Tribunal fixe 

l'indemnité due à titre d'honoraires et de débours à 455 francs. 

 

 

(dispositif page suivante)  

D-739/2018 

Page 19 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est rejeté. 

2.  

Il est statué sans frais. 

3.  

Le Tribunal versera au mandataire commis d’office le montant 

de 455 francs à titre d’honoraires de représentation. 

4.  

Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. 

 

La présidente du collège : La greffière : 

Claudia Cotting-Schalch Diane Melo de Almeida 

 

 

Expédition :