# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** ec2a369f-1c64-5141-b2ce-3ccc796912d3
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2002-09-23
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 23.09.2002 PE.2002.0190
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_PE-2002-0190_2002-09-23.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 23 septembre 2002

sur le recours interjeté par X.________,
ressortissante ukrainienne née le 17 novembre 1972, dont le conseil est
l'avocat Yves Hofstetter, case postale 3420, 1002 Lausanne,

contre

la décision du Service de la population
(ci-après SPOP) du 4 mars 2002 lui refusant la délivrance d'une autorisation
d'entrée, respectivement d'une autorisation de séjour pour études en sa faveur
et lui impartissant un délai d'un mois dès notification de cette décision pour
quitter le canton de Vaud.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Jean-Claude
de Haller, président; M. Pierre Allenbach et M. Pascal Martin, assesseurs.
Greffière: Mme Nathalie Neuschwander.

vu les faits suivants :

A.                     X.________ a effectué
depuis 1998 de nombreux séjours en Suisse en qualité d'artiste de cabaret au
bénéfice de permis de courte durée d'une validité d'un mois  . Au mois de
novembre 2001, elle s'est inscrite à la 1.******** en vue de suivre des cours
intensifs de français, ce qu'elle a fait jusqu'à la fin du mois de février 2002
en parallèle à son activité d'artiste de cabaret.

                        Le 19 février 2002,
l'intéressée a sollicité la délivrance d'une autorisation de séjour pour études
dans le but d'acquérir un bon niveau de français. Sur son curriculum-vitae,
X.________ a indiqué qu'entre 1998 et 2001 elle avait suivi la Faculté des relations
internationales de l'Université de Slavienski à Kiev et qu'elle désirait
perfectionner son français en relation avec les études universitaires qu'elle
entend poursuivre dans son pays d'origine.

B.                    Par décision du 4 mars
2002, le SPOP a refusé la demande d'autorisation d'entrée, respectivement
d'autorisation de séjour pour études d'X.________ pour les motifs suivants :

"(...)

Compte tenu:

  que Mademoiselle X.________, âgée de 29
ans, souhaite entreprendre des études auprès de la 1.******** à Lausanne;

  qu'il apparaît que Mademoiselle X.________
séjourne en Suisse depuis un certain temps en étant au bénéfice d'un permis L
pour artiste;

  qu'elle aurait pu entreprendre des études
de français durant sa présence sur le territoire suisse;

  que de manière générale, à l'examen de son
dossier, notre Service considère que la nécessité d'entreprendre les études
envisagées n'est pas démontrée.

Décision prise en application des articles 4 et 16 de la Loi fédérale
du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers.

Un délai d'un mois dès notification de la présente lui est imparti pour
quitter notre territoire suisse.

(...)".

C.                    Recourant auprès du
Tribunal administratif, X.________ conclut avec dépens à la délivrance d'un
permis de séjour pour études pour suivre les cours de français de la
1.********. La recourante s'est acquittée d'une avance de frais de 500 francs.
L'effet suspensif a été accordé au recours. A l'appui de son pourvoi, la
recourante a produit deux pièces de l'Université de Kiev relatives à un
certificat d'accréditation de l'Université de degré 3, ainsi qu'une attestation
confirmant qu'elle est étudiante du 2ème cycle de l'Université des sciences
slaves faculté relations internationales et de la science slave qui précise que
les études se font à distance, que l'entrée à l'Université remonte au 22
décembre 2000 et que la fin des études est prévue pour l'année 2005. Une
attestation de 1.******** datée du 27 mars 2002 confirme qu'X.________ est
inscrite à l'examen de l'Alliance française CEFP 2 session mars 2002. Cette
attestation précise que l'intéressée a toujours manifesté beaucoup d'intérêt et
de motivation, qu'elle est une élève très agréable, qu'elle a un bon contact
avec les autres élèves du groupe et les professeurs, qu'elle désire continuer
ses cours en vue de l'obtention du diplôme de langue française de l'Alliance
française en mars 2003 et démontre qu'elle a toutes les capacités nécessaires
pour l'obtenir. 

                        Dans sa réponse au
recours du 23 avril 2002, l'autorité intimée conclut au rejet du recours. Le
recourant a déposé des observations complémentaires le 13 juin 2002. L'autorité
intimée n'a pas complété sa réponse au recours et le tribunal a statué sans
organiser de débats.

 

et considère en droit :

1.                     Aux termes de l'art. 32
de l'Ordonnance du Conseil fédéral limitant le nombre des étrangers du 6
octobre 1986 (ci-après OLE), des autorisations de séjour peuvent être accordées
à des étudiants qui désirent faire des études lorsque :

"a.      le requérant vient seul en Suisse;

b.       veut fréquenter une université ou un autre
institut d'enseignement supérieur;

c.       le programme des études est fixé;

d.       la direction de l'établissement atteste par
écrit que le requérant est apte à fréquenter l'école et qu'il dispose de
connaissances linguistiques suffisantes pour suivre l'enseignement;

e.       le requérant prouve qu'il dispose des moyens
financiers nécessaires et

f.        la sortie de Suisse à la fin du séjour d'études
paraît assurée."

                        Les conditions
énumérées ci-dessus sont cumulatives, mais il convient de rappeler qu'en vertu
de l'art. 4 LSEE, le fait de réunir la totalité des conditions posées à
l'article susmentionné ne justifie pas encore l'octroi d'une autorisation (ATF
106 Ib 127).

                        Le critère de l'âge ne
figure ni dans l'OLE ni dans les Directives d'application édictées par l'Office
fédéral des étrangers. Il s'agit néanmoins d'un critère déterminant qui a été
fixé par le tribunal de céans il y a un certain nombre d'années déjà et qui n'a
depuis lors jamais été abandonné. D'une manière générale, il tend à privilégier
les étudiants plus jeunes qui ont un intérêt plus immédiat à obtenir une
formation (cf. notamment arrêts TA PE 92/0694 du 25 août 1993 et PE 99/0044 du
19 avril 1999).

                        On relèvera toutefois
que ce critère est appliqué avec nuance et retenue lorsqu'il s'agit notamment
d'études postgrades (cf. arrêt TA PE 97/0475 du 2 mars 1998) ou d'un complément
de formation indispensable à un premier cycle. Dans ces hypothèses, l'étudiant
licencié désirant entreprendre un second cycle est en effet tout naturellement
plus âgé que celui qui entreprend des études de base et l'âge ne revêt par
conséquent pas la même importance. Il en va en revanche différemment lorsqu'il
s'agit pour l'étudiant en cause d'entreprendre un nouveau cycle d'études de
base qui ne constitue à l'évidence pas un complément indispensable à sa
formation préalable. Dans ce cas, les autorités cantonales (de première
instance et de recours) doivent se montrer strictes et accorder une priorité à
des étudiants jeunes qui, comme exposé ci-dessus, ont un intérêt plus immédiat
à obtenir une formation (cf., parmi d'autres, arrêt TA PE 00/0503 du 12 avril
2001). 

                        Les Directives de
l'Office fédéral des étrangers (état août 2000, ch. 513) précisent qu'il
importe de contrôler et d'exiger que les élèves et les étudiants étrangers
subissent leurs examens intermédiaires et finals dans un délai raisonnable.
S'ils ne satisfont pas à cette exigence, le but de leur séjour sera considéré
comme atteint. Entamer plusieurs formations à la suite ne saurait correspondre
au but fixé par la politique en matière d'immigration. Un changement de
l'orientation des études pendant la formation ne sera admis que dans des cas
exceptionnels et dûment justifiés.

2.                     Le SPOP considère en
l'espèce que la recourante aurait pu entreprendre des études dans notre pays
pendant les périodes où elle y a résidé, soit pendant plusieurs années. Il
estime également que la nécessité d'entreprendre des études en Suisse n'est pas
démontrée, d'autant plus que celle-ci est relativement âgée pour ce faire. Le
recourante rétorque que le programme d'études de relations internationales et
de sciences slaves qu'elle suit par correspondance l'oriente vers la diplomatie
et l'enseignement de l'histoire, domaines utilement complétés par l'acquisition
d'une excellente maîtrise du français. Elle se prévaut du fait que dans un
premier temps elle a mené en parallèle ses études et son activité d'artiste de
cabaret mais que l'expérience avait démontré que son métier la fatiguait trop
et qu'elle ne pouvait pas se consacrer utilement à ses études. Elle précise
aussi qu'elle n'a pas séjourné de manière continue en Suisse depuis 1998 où
elle n'a passé que quatre mois en 1999, cinq mois en l'an 2000 et sept mois en
2001. L'intéressée reproche à l'autorité intimée de la priver de la possibilité
d'étudier en Suisse, alors que son activité d'artiste de cabaret n'a été
entreprise que pour accumuler les fonds nécessaires pour ses études.

                        Il apparaît que le
SPOP ne peut pas reprocher à la recourante de ne pas avoir entrepris ses études
pendant ses séjours en Suisse dans la mesure où ceux-ci n'ont pas été continus
depuis 1998. Il résulte par ailleurs du dossier que la recourante a tenté de
mener de front ses études avec son métier d'artiste de cabaret. Il est fort
vraisemblable, ainsi que la recourante l'explique, que ses horaires de travail
nocturne ne se conciliaient pas avec des cours de langue pendant la journée, ce
qui l'a amenée à renoncer à son activité professionnelle. La recourante établit
par ailleurs qu'elle suit un second cycle d'études à l'Université des sciences
slaves de Kiev et que les cours de français qu'elle fréquente actuellement au
bénéfice de l'effet suspensif sont destinés à compléter cette formation de
deuxième cycle. Dans ces conditions, il faut admettre que la recourante ne se
trouve pas dans l'hypothèse où elle entreprend une formation de base mais
complète celle qu'elle a déjà acquise. Son projet d'acquérir la maîtrise de la
langue française n'est pas sans rapport avec la poursuite de ses études en
matière de relations internationales. Au regard de son cursus et de ses projets
d'avenir, sa volonté d'étudier le français en Suisse suit une certaine logique.
Dans ces conditions, l'âge de la recourante, qui est née en 1972, soit qui
atteindra prochainement l'âge de 30 ans, ne s'oppose pas à la délivrance d'un
permis de séjour pour études à une étudiante poursuivant un deuxième cycle
d'études, en complément de celui-ci, de surcroît pour une relativement brève
durée dans une école privée, c'est-à-dire sans utiliser les infrastructures
mises à disposition par les collectivités publiques et sans générer des frais
pour le contribuable. La recourante prouve au surplus qu'elle dispose
d'économies substantielles (80'767 fr. 80 selon une pièce du Crédit Suisse du
13.11.2001). La décision attaquée, qui ne procède pas d'une appréciation
complète des faits décisifs, doit être annulée et le dossier renvoyé au SPOP
pour qu'il délivre l'autorisation sollicitée.

3.                     Les considérants qui
précèdent conduisent à l'admission du recours aux frais de l'Etat. Vu l'issue
du pourvoi, la recourante a droit à l'allocation de dépens.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
admis.

II.                     La décision
rendue le 4 mars 2002 par le SPOP est annulée et le dossier renvoyé à
l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants.

III.                     Les frais du
présent arrêt sont mis à la charge de l'Etat, le dépôt de garantie effectué,
par 500 (cinq cents) francs, étant restitué à la recourante.

IV.                    L'Etat de Vaud,
par la caisse du SPOP, versera une indemnité de 800 (huit cents) francs à la
recourante à titre de dépens.

ip/Lausanne,
le 23 septembre 2002                                                         

Le président :                                                                                            La
greffière :

 

 

 

Le présent arrêt est notifié :

- à la recourante, par l'intermédiaire de
l'avocat Yves Hofstetter, à Lausanne;

- au SPOP.

 

Annexe pour la recourante : un bordereau de
pièces en retour;

Annexe pour le SPOP : son dossier en
retour.