# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** bf67c45e-604b-5970-bdb2-7d4427b6a0ae
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2023-08-16
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 16.08.2023 E-3888/2023
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-3888-2023_2023-08-16.pdf

## Full Text

B u n d e s v e r w a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b un a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b un a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b un a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 

 Cour V 

E-3888/2023 

 

 
 

 
 A r r ê t  d u  1 6  a o û t  2 0 2 3  

Composition 
 William Waeber, juge unique,  

avec l'approbation de Deborah D'Aveni, juge ; 

Marc Toriel, greffier. 

   

Parties 
 A._______, né le (…), 

Turquie,   

représenté par Rêzan Zehrê,  

(…),  

recourant,  

  
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Asile ;  

décision du SEM du 12 juin 2023 / N (…). 

 

 

 

E-3888/2023 

Page 2 

Faits : 

A.  

Le 6 avril 2022, A._______ (ci-après : le requérant, l’intéressé ou le recou-

rant) a déposé une demande d’asile en Suisse. 

B.  

Le 13 avril 2022, l’intéressé a signé un mandat de représentation en faveur 

des juristes et avocat(e)s de (…).  

C.  

Il a été entendu sur ses motifs d’asile en date du 2 août 2022. 

C.a Il a exposé être d’ethnie kurde et originaire du village d’B._______. Il 

aurait déménagé à C._______ en 1991 et à D._______ en 2004, après son 

service militaire. Ensuite, il serait parti vivre à E._______ jusqu’à son dé-

part du pays. Il aurait exercé l’activité de boucher dès l’âge de dix ans. Il 

serait marié et père de deux filles.  

En (…), son grand-père, chef du village, accusé d’espionnage, aurait été 

tué à ses côtés. A la suite de cet évènement, le requérant aurait développé 

des problèmes psychologiques se traduisant par des peurs et des inquié-

tudes. En (…), son père, fonctionnaire, en lien avec un groupe de guérilla 

(« […] ») auquel il apportait un soutien logistique, aurait été accusé de col-

laborer avec le (…) et emprisonné pour ce motif. La même année, son 

cousin, alors membre de la guérilla du (…), aurait subi le même sort, avant 

d’être libéré et de rejoindre la Suisse pour y demander l’asile. En (…), son 

père aurait été gracié par (…). 

Lors de son service militaire en (…), l’intéressé aurait été victime de nom-

breuses discriminations en raison de son ethnie kurde et de sa confession 

alévie. Il aurait fait l’objet de tortures, d’insultes, ainsi que d’un refoulement, 

pendant une année, à la frontière F._______. Par la suite, les discrimina-

tions liées à son ethnie auraient continué, compliquant son accès à l’emploi 

ou au logement. 

Entre (…) et (…), il aurait été actif au sein du parti (…) jusqu’à l’annonce 

de son cancer (cf. infra, let. C.b). Il aurait notamment distribué des journaux 

et des gazettes et participé aux fêtes du premier mai et du Newroz.  

Le (…) 2022, alors qu’il rentrait à son domicile en soirée, il aurait été abordé 

par des « policiers » au volant d’une voiture blanche. Ceux-ci lui auraient 

bandé les yeux et l’auraient amené dans une pièce fermée (plus loin dans 

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l’audition : une « cabane bancale »), au milieu d’une forêt, à G._______, 

où ils l’auraient détenu durant une heure et demie à deux heures. Les 

agents l’auraient questionné au sujet des engagements politiques de sa 

famille, notamment de son père avec « (…)» et des activités de ses cousins 

au sein du (…), et lui auraient proposé de travailler pour leur compte en 

tant qu’espion, afin d’obtenir des renseignements sur les individus de sa 

région d’origine. Après avoir refusé une première fois, il aurait accepté cette 

mission en raison des menaces proférées à l’égard de ses enfants, avant 

d’être laissé sur place par les « policiers ». Il aurait effectué le chemin du 

retour à pied. 

Suite à cet évènement, ne supportant plus les pressions incessantes des 

autorités à son encontre, il aurait décidé de fuir le pays. Ainsi, le (…) 2022, 

il aurait quitté illégalement la Turquie à l’aide d’un passeur à bord d’un ca-

mion et aurait rejoint la Suisse.  

Le (…) 2022, la police aurait procédé à une descente nocturne à son do-

micile, en Turquie. Le lendemain, les agents auraient informé sa sœur qu’il 

était recherché en raison de ses liens « avec des terroristes », sans autres 

informations.  

C.b A l’appui de sa demande d’asile, l’intéressé a déposé une copie de sa 

carte d’identité et plusieurs rapports médicaux, ces derniers faisant état 

d’une leucémie myéloïde chronique, ainsi que d’une hernie inguinale au 

niveau de la hanche nécessitant une opération. Il a par ailleurs remis des 

copies de nombreux actes ayant trait à deux procédures judiciaires sépa-

rées, engagées par les autorités turques à son encontre, pour insultes au 

Président de la République et propagande en faveur d’une organisation 

terroriste. Il a enfin produit deux rapports d’enquêtes pénales disponibles 

sur (…) une lettre de la conseillère nationale du (…) attestant qu’il avait 

participé aux activités de ce parti pendant la campagne électorale de (…), 

une attestation de ses activités en faveur du (…) en exil avec les dates et 

liens des évènements ([…] 2022, […] et […] 2022) et un extrait (…) men-

tionnant notamment les références des procédures précitées. 

D.  

Par décisions du 9 août 2022, le SEM a informé le recourant que sa de-

mande d'asile serait traitée en procédure étendue et l'a attribué au canton 

de H._______. 

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Page 4 

E.  

Le 15 août 2022, la représentation juridique a résilié le mandat qui la liait à 

l'intéressé. 

F.  

Par décision du 12 juin 2023, notifiée le lendemain, le SEM a reconnu la 

qualité de réfugié du requérant, rejeté sa demande d’asile et prononcé son 

renvoi ; il a toutefois ordonné son admission provisoire, l’exécution de cette 

mesure n’étant pas licite compte tenu de sa qualité de réfugié. 

G.  

Dans le recours interjeté, le 12 juillet 2023, contre cette décision auprès du 

Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal), l’intéressé conclut à 

l’octroi de l’asile, requérant par ailleurs l’assistance judicaire totale et la 

désignation de Rêzan Zehrê en qualité de mandataire d’office.  

Parmi d’autres documents, il a produit une attestation d’indigence du 3 juil-

let 2023. 

H.  

Les autres faits et arguments de la cause seront examinés, pour autant 

que besoin, dans les considérants en droit. 

 

Droit : 

1.  

1.1 En vertu de l'art. 31 LTAF, le Tribunal connaît des recours contre les 

décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à 

l'art. 33 LTAF. 

En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière d'asile peuvent 

être contestées devant le Tribunal (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi 

de l'art. 105 LAsi [RS 142.31]), lequel statue alors définitivement, sauf de-

mande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se pro-

téger (art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 

1.2 L’intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi 

de l'art. 37 LTAF). Présenté dans la forme (art. 52 al. 1 PA par renvoi de 

l'art. 6 LAsi) et dans le délai (art. 108 al. 2 LAsi) prescrits par la loi, le 

recours est recevable.  

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2.  

2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans 

le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de 

leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de 

leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux 

préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la 

liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique 

insupportable (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. ATAF 2007/31 consid. 5.2 à 5.6). 

2.2 Conformément à la jurisprudence, il y a pression psychique insuppor-

table lorsque certains individus ou une partie de la population sont victimes 

de mesures systématiques constituant des atteintes graves ou répétées à 

des libertés et des droits fondamentaux et qu'au regard d'une appréciation 

objective, celles-ci atteignent une intensité et un degré tels qu'elles rendent 

impossible ou difficilement supportable la poursuite de la vie ou d'une exis-

tence conforme à la dignité humaine, de telle sorte que n'importe quelle 

personne confrontée à une situation analogue aurait été contrainte de fuir 

le pays (cf. ATAF 2014/29 consid. 4.4 ; 2010/28 consid. 3.3.1.1 et réf. cit.). 

2.3 Selon l’art. 3 al. 4 LAsi, ne sont pas des réfugiés les personnes qui font 

valoir des motifs résultant du comportement qu’elles ont eu après avoir 

quitté leur pays d’origine ou de provenance s’ils ne constituent pas l’ex-

pression de convictions ou d’orientations déjà affichées avant leur départ 

ni ne s’inscrivent dans leur prolongement. Les dispositions de la Conven-

tion du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (RS 0.142.30) sont 

réservées. L’asile n’est pas accordé à la personne qui n’est devenue un 

réfugié au sens de l’art. 3 qu’en quittant son État d’origine ou de prove-

nance ou en raison de son comportement ultérieur (motifs subjectifs sur-

venus après la fuite ; art. 54 LAsi). 

2.4 La crainte face à des persécutions à venir, telle que comprise à l'art. 3 

LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée dans 

les faits, et intègre également un élément subjectif. Sera reconnu comme 

réfugié, celui qui a de bonnes raisons, c'est-à-dire des raisons objective-

ment reconnaissables pour un tiers (élément objectif), de craindre (élément 

subjectif) d'avoir à subir selon toute vraisemblance et dans un avenir pro-

chain une persécution. 

Sur le plan subjectif, il doit être tenu compte des antécédents de l'intéressé, 

notamment de l'existence de persécutions antérieures, et de son 

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appartenance à un groupe ethnique, religieux, social ou politique l'expo-

sant plus particulièrement à de telles mesures ; en particulier, celui qui a 

déjà été victime de mesures de persécution a des raisons objectives d'avoir 

une crainte (subjective) plus prononcée que celui qui en est l'objet pour la 

première fois. Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des 

indices concrets qui peuvent laisser présager l'avènement, dans un avenir 

peu éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes se-

lon l'art. 3 LAsi. Il ne suffit pas, dans cette optique, de se référer à des 

menaces hypothétiques, qui pourraient se produire dans un avenir plus ou 

moins lointain (cf. ATAF 2011/50 consid. 3.1.1 et réf. cit. ; 2010/57 con-

sid. 2.5 ; 2008/12 consid. 5.1 ; 2010/44 consid. 3.3 et réf. cit.). 

2.5 Une persécution réfléchie est admise lorsque les proches d’une per-

sonne persécutée sont exposés à des représailles en vue d’exercer des 

pressions sur cette personne (cf. ATAF 2010/57 consid. 4.1.3 ; arrêts du 

Tribunal D-2749/2019 consid. 5.3.1 ; D-2403/2018 du 11 mai 2020 p. 7 ; 

E-1886/2018 du 8 août 2018 consid. 2.2). Il y a lieu d'apprécier l'intensité 

du risque de persécution réfléchie en fonction des circonstances du cas 

d'espèce ; en effet, ces mesures n'ont pas nécessairement pour but l'ob-

tention de renseignements, mais peuvent également viser des personnes 

qui s'engagent ouvertement en faveur de leurs proches ou encore être 

prises en guise de représailles, pour punir tous les membres d'une même 

famille pour les agissements de l'un d'entre eux, soit parce qu'ils sont soup-

çonnés de partager ses opinions et ses buts, soit pour les intimider ou pour 

tenter de faire taire l'activiste en question. 

3.  

3.1 Dans la décision attaquée, le SEM a considéré que, si les diverses tra-

casseries et discriminations que pouvait rencontrer la population kurde en 

Turquie étaient notoires, elles n’atteignaient pas – y compris dans le cas 

du recourant – une intensité suffisante et n’étaient pas propres à rendre 

l’existence dans le pays d’origine impossible ou inacceptable, cette appré-

ciation restant valable en dépit de la détérioration de la situation en matière 

de droits de l’homme survenue dans ce pays après la tentative du coup 

d’Etat de 2016. Les sévices subis par l’intéressé dans le cadre de l’armée 

n’étaient en outre plus d’actualité.  

Le recourant n’avait jamais eu de problèmes significatifs avec les autorités 

turques avant son départ du pays. Le (…) restait un parti légal en Turquie 

et il ne suffisait pas qu’il ait mené les activités alléguées, notamment une 

participation à la campagne électorale en (…), pour qu’il soit menacé par 

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les autorités turques. Il en allait de même de ses activités pour le (…). Le 

recourant n’occupait du reste aucune fonction importante au sein de ces 

partis. Depuis (…) (année qui marquait la fin de son rôle au sein du […]), il 

avait uniquement participé à la campagne électorale précitée, sans pour 

autant rejoindre le (…) ou se montrer actif par la suite en tant que sympa-

thisant de ce parti. Dès lors, rien n’indiquait que l’intéressé était dans le 

viseur des autorités. Ses craintes de persécutions réfléchies, en raison de 

son environnement familial, n’étaient pas davantage fondées. Son père 

avait purgé sa peine et était libre depuis (…), ne faisant actuellement l’objet 

d’aucune procédure judiciaire. L’intéressé n’avait en outre été appréhendé 

qu’à une seule reprise et avait pu rejoindre son domicile sans suites après 

deux heures. Il n’avait pas rencontré d’autres problèmes avec les autorités 

turques jusqu’à son départ du pays. Outre que les policiers ne l’avaient pas 

directement et personnellement accusé de quoi que ce soit, l’évènement 

de (…) 2022 s’était produit plusieurs années après la cessation des activi-

tés de son père en faveur du (…) et le départ de ses cousins du pays. Le 

fait que ces sujets aient été abordé durant l’interrogatoire en question 

s’avérait ainsi étonnant. Il ne ressortait en tous cas pas du dossier qu’une 

procédure avait été engagée contre le recourant en raison des activités 

menées à l’époque par son père et ses cousins.  

Au regard des deux procédures judiciaires ouvertes à l’encontre de l’inté-

ressé après son départ du pays (actes d’accusation émis les […] 2022 et 

[…] 2023) et du fait que ses activités sur les réseaux sociaux n’avaient 

éveillé l’intérêt des autorités turques qu’une fois en exil, il remplissait les 

conditions pour la reconnaissance de la qualité de réfugié, mais pour des 

motifs subjectifs postérieurs à sa fuite. L’asile devait donc lui être refusé et 

le renvoi être ordonné. L’exécution de cette mesure n’était toutefois pas 

licite. 

3.2 Dans son recours, l’intéressé a relevé que l’aggravation de la situation 

en Turquie suite à la tentative de coup d’Etat de juillet 2016, la rupture du 

processus de paix du gouvernement avec le PKK et, plus globalement, la 

détérioration considérable de la situation sur le plan politique et des droits 

humains en Turquie pouvaient engendrer une situation de danger consti-

tuant un motif objectif postérieur à la fuite, c’est-à-dire ne relevant pas du 

comportement de la personne intéressée. Ces éléments pouvaient dès lors 

fonder une crainte fondée de persécutions pertinentes sous l’angle de 

l’asile, référence étant notamment faite à trois arrêts du Tribunal de janvier 

et février 2017(cf. p. 4 du mémoire), à l’arrêt E-3665/2020 du 14 septembre 

2022 consid. 5.4 et au rapport de la Fondation « Bertelsmann Stiftung » 

intitulé « BTI 2020 Turkey Country Report », couvrant la période du 

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1er février 2017 au 31 janvier 2019. Selon lui, la réélection du Président 

Erdogan le 28 mai 2023 signifiait le maintien d’un régime autoritaire et ré-

pressif, laissant présager une aggravation des violations des droits de 

l’homme en Turquie. S’appuyant sur plusieurs publications, notamment 

d’ONG, et diverses photographies, il a estimé qu’il existait une persécution 

collective de la population kurde, remontant à la création de l’Etat turc mo-

derne et prenant la forme d’exécutions extrajudiciaires, de tortures, de dé-

tentions arbitraires, de destruction de villages, de déplacements forcés, de 

restrictions à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et à la liberté 

d’association, compromettant également la formation et la pérennité des 

partis politiques liés à cette ethnie. Par ailleurs, l’intéressé a considéré que 

son rôle dans le mouvement (…) avait été significatif. Il avait distribué des 

journaux et des revues idéologiques, présenté et propagé les idées du parti 

auprès de la population pour inciter les gens à devenir membres, facilité 

les relations entre les affiliés et les sympathisants et organisé des réunions 

ainsi que des manifestations politiques (ou y avait simplement participé). 

Suite au diagnostic de son cancer en (…), il avait effectivement dû réduire 

ses activités, mais ne les avait pas complétement abandonnées. Il avait 

continué à distribuer des journaux et participé à des évènements tels que 

le 1er mai et le Newroz. En 2017, il était retourné dans sa ville natale, 

C._______, où il avait repris contact avec le (…) et participé à des activités 

du mouvement dans certains villages. Il avait fait de la propagande en or-

ganisant des réunions et en distribuant des revues et des journaux, et avait 

été en contact avec des membres armés de l’organisation. Selon lui, les 

autorités turques le surveillaient de près en raison de ses activités poli-

tiques. Il a en outre mis en évidence que le (…) était confronté à un procès 

d’interdiction devant la (…). Ses membres, ainsi que les citoyens qui vo-

taient pour ce parti étaient considérés comme des terroristes. Il continuait 

néanmoins à soutenir le (…) par le biais des réseaux sociaux. Enfin, il a 

souligné qu’il était connu des autorités turques en tant qu’opposant kurde 

et alévi, en raison, d’une part, de ses propres activités politiques et, d’autre 

part, de l’opposition de son père et de ses cousins au gouvernement. Sa 

propre identité politique, ainsi que celles de certains membres de sa fa-

mille, avaient selon lui joué un rôle important dans l’ouverture des deux 

procédures pénales à son encontre. Il a encore rappelé que, durant son 

arrestation le (…) 2022, il avait été interrogé sur ses activités politiques et 

sur ses liens familiaux avec le (…) et le (…). Ses craintes étaient donc 

fondées et reposaient, « au moins en partie », sur des motifs antérieurs à 

sa fuite, ainsi que sur des motifs objectifs postérieurs.  

  

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Page 9 

4.  

4.1 Le SEM a estimé à juste titre que l’intéressé n’avait pas la qualité de 

réfugié au moment de son départ du pays. Avec les compléments suivants, 

il peut donc être renvoyé, afin d'éviter des répétitions, aux considérants de 

la décision attaquée, que rien ne vient remettre en cause en l’état du dos-

sier. 

4.1.1 En effet, dans son recours, le recourant ne conteste aucunement l’in-

terprétation du SEM s’agissant des documents qu’il a produits durant la 

procédure ; il ne démontre en rien que les procédures pénales dirigées 

contre lui se rapporteraient à des faits antérieurs à sa fuite. Il se limite à 

affirmer que ses craintes reposeraient « au moins en partie » sur des motifs 

antérieurs à son départ de Turquie, sans toutefois rendre vraisemblable 

qu’il remplissait à ce moment les conditions de l’art. 3 LAsi. 

4.1.2 Le Tribunal constate ainsi que, bien que le recourant prétende le con-

traire, les activités qu’il a déployées en faveur du (…) et du (…), partis dont 

il n’est pas membre (cf. audition sur les motifs d’asile, R 128), ont un ca-

ractère secondaire. Durant son audition, il a en effet exposé avoir participé 

à une campagne électorale du premier parti en (…) et, pour le compte du 

second, avoir distribué divers journaux et participé à la préparation de fêtes 

telles que celles du premier mai, ainsi que du Newroz. Certes, au stade du 

recours, l’intéressé a complété ses dires et a allégué avoir également faci-

lité les relations entre les membres du mouvement et les sympathisants, 

avoir participé à des réunions et des manifestations publiques, avoir pris 

part à des activités du (…) dans les villages de sa région d’origine et avoir 

entretenu des contacts avec les membres armés de ce même groupe. Cela 

dit, ces nouvelles affirmations ne sont en rien étayées et, même à en ad-

mettre la réalité, ne révèlent pas encore une visibilité particulière – du point 

de vue des autorités turques – au moment de sa fuite. En tout état de 

cause, son hypothèse selon laquelle les autorités le surveillaient de près 

en raison de ses activités politiques, alors qu’il était encore au pays, ne 

trouve aucun appui au dossier. 

4.1.3 En outre, le Tribunal ne saurait faire sienne l'argumentation du recou-

rant selon laquelle il aurait subi, dans son pays, une persécution réfléchie 

en raison des activités politiques passées de son père et de ses cousins 

au sein de l’opposition.  

4.1.3.1 A cet égard, le Tribunal rappelle que la coresponsabilité familiale 

(Sippenhaft), en tant que faculté légale d'engager la responsabilité de toute 

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une famille pour le délit commis par l'un de ses membres, n'existe pas en 

Turquie. En revanche, il peut arriver que les autorités turques exercent des 

pressions et des représailles à l'encontre des membres de la famille d'une 

personne recherchée, soit lorsqu'elles les soupçonnent de contacts étroits, 

soit afin de les intimider et de s'assurer qu'ils n'envisagent pas d'entre-

prendre des activités politiques illégales. 

Ces pressions sont surtout mises en œuvre si la personne recherchée ou 

l'opposant impliqué est engagé de façon significative en faveur d'une orga-

nisation politique illégale. Elles peuvent alors constituer une persécution 

réfléchie déterminante au sens de l'art. 3 al. 1 et 2 LAsi (cf. Jurisprudence 

et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JI-

CRA] 2005 n° 21 consid. 10.2.3 ; arrêt du TAF D-2814/2013 du 16 dé-

cembre 2013 consid. 2.5). Sur la base des informations dont il dispose, le 

Tribunal n'a pas de raison, actuellement, de considérer ce constat comme 

obsolète (cf. notamment arrêts du TAF D-3014/2022 du 24 février 

2023 consid. 3.2 ; D-5187/2020 du 3 mars 2022 consid. 6.3.1 ; 

E-1659/2020 du 5 janvier 2022 consid. 5.5.1 ; E-4391/2018 du 11 no-

vembre 2021 consid. 3.4.1 ; E-671/2021 du 26 juillet 2021 consid. 4.4.1 ; 

D-4773/2013 du 20 juillet 2018 consid. 7.2). II souligne toutefois qu'il s'agit 

d'apprécier, dans chaque cas d'espèce, le risque de persécution réfléchie 

en fonction des éléments concrets qui pourraient fonder objectivement une 

crainte spécifique d'agissements des autorités à l'encontre des membres 

de la famille.  

4.1.3.2 En l’occurrence, le recours ne contient aucun moyen de preuve ou 

argument propre à remettre en cause les développements du SEM sur ce 

point (cf. décision querellée, point II.2.b p. 7 s.). On relèvera la description 

stéréotypée de l’interrogatoire que l’intéressé aurait subi le (…) 2022, ainsi 

que le peu de détails fournis s’agissant des propos tenus et des questions 

posées par les « policiers » lors de celui-ci (cf. audition sur les motifs 

d’asile, R 112 et 121). Le recourant a également étrangement qualifié de 

« classiques » les questions qui lui auraient été posées durant cette con-

frontation, pourtant unique dans son parcours de vie (cf. idem, R 112). Il 

expose en outre au stade du recours avoir été questionné sur ses propres 

activités politiques (ch. 23 et 30 du mémoire), alors qu’il n’avait rien déclaré 

de tel lors de son audition. Il apparaît enfin douteux que les policiers aient 

tenté de le recruter en tant qu’« espion », alors que son rôle dans l’opposi-

tion était – comme vu plus haut – moindre, que son père n’avait plus fait 

l’objet d’une quelconque procédure judiciaire depuis sa sortie de prison en 

(…) et que son cousin, ex-membre du (…), avait fui la Turquie en (…) pour 

rejoindre la Suisse. Force est quoi qu’il en soit de constater que le 

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Page 11 

recourant a été rapidement libéré et que ses prétendus ravisseurs avaient 

principalement pour but d’exploiter sa bonne connaissance de sa région 

d’origine pour faciliter d’éventuelles arrestations (cf. audition sur les motifs 

d’asile, R 126 et 127). En tout état de cause, le fait que l’intéressé déclare 

lui-même n’avoir jamais eu de problèmes personnels avec la police avant 

cet évènement (audition sur les motifs d’asile, R 114) et que sa famille n’en 

subisse pas non plus actuellement (cf. idem, R 137) plaide en défaveur 

d’une persécution réfléchie.  

4.1.4 S’agissant des inconvénients découlant de son appartenance à 

l’ethnie kurde (cf. not. audition sur les motifs d’asile, R 63-67 et R 84-85 ; 

également mémoire de recours et les références citées, ch. 14-21 p. 7-10), 

ceux-ci ne sont pas pertinents sous l’angle de la reconnaissance de la 

qualité de réfugié. Certes, la minorité kurde peut subir des discriminations 

et autres tracasseries. Toutefois, ces problèmes n'atteignent en général 

pas – comme en l'occurrence – l'intensité requise par l'art. 3 LAsi, le 

Tribunal n'ayant à ce jour pas retenu de persécution collective contre les 

Kurdes en Turquie (cf. arrêt du Tribunal E-3620/2019 du 28 décembre 

2022 consid. 3.3 et réf. cit. ; cf. également arrêts D-1972/2023 du 10 mai 

2023 et D-1778/2023 du 14 avril 2023, p. 6 s.). Comme relevé par le SEM, 

sans minimiser les problèmes qu’auraient rencontrés l’intéressé dans le 

cadre de l’armée (cf. audition sur les motifs d’asile, R 63), ceux-ci ne 

permettent pas de retenir un risque actuel de persécution en raison de son 

ethnie.  

4.2  

4.2.1 Il s'agit encore d'examiner si, en plus de la qualité de réfugié d'ores 

et déjà reconnue par le SEM sur la base de motifs subjectifs survenus 

après la fuite au sens de l'art. 54 LAsi (cf. à ce sujet ATAF 2009/29 con-

sid. 5.1 p. 376, et jurisp. cit.), le recourant peut prétendre à l'octroi de l'asile 

en raison de circonstances de fait intervenues après son départ de Turquie 

et indépendantes de sa personne ou de sa volonté (motifs objectifs posté-

rieurs à la fuite ; cf. également ATAF 2010/44 consid. 3.5 et réf. cit.). 

4.2.2 Le Tribunal tient compte de la situation dans l'Etat concerné et des 

éléments tels qu'ils se présentent au moment où il se prononce. Il prend en 

considération l'évolution de la situation intervenue depuis le dépôt de la 

demande d'asile (cf. notamment ATAF 2008/4 consid. 5.4 et jurisprudence 

citée). 

E-3888/2023 

Page 12 

4.2.3 En l’espèce, l’intéressé s’est référé, de manière générale, à l’évolu-

tion négative de la situation en matière de droits de l’homme en Turquie et 

en particulier à celle prévalant pour les Kurdes se trouvant dans ce pays. 

Or le SEM s’est prononcé à ce sujet dans le cadre de la décision querellée, 

en prenant en compte les suites de la tentative de coup d’Etat de juillet 

2016 (cf. décision querellée, point II.1 p. 5 et 7). L’analyse du SEM ne prête 

pas le flanc à la critique. Le Président Erdogan, bien que réélu en mai 2023, 

était déjà en fonction au moment du départ de l’intéressé, ainsi que durant 

la période où ce dernier était actif politiquement. Or le recourant a lui-même 

indiqué ne pas avoir été confronté à la police avant l’évènement de (…) 

2022. Rien n’indique que la situation des Kurdes, ou des membres de sa 

famille au pays, se serait significativement dégradée postérieurement à sa 

fuite. Les rapports d’ONG auxquels il s’est référé dans son recours, de na-

ture générale, ne sont quant à eux pas décisifs.   

5.  

Il s'ensuit que le recours doit être rejeté, en tant qu'il porte sur le refus 

d'asile. 

6.  

6.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à 

ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

ordonne l'exécution (art. 44 LAsi). 

6.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi, énoncée à l'art. 32 

al. 1 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure 

(OA 1, RS 142.311), n'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, 

de par la loi, de confirmer cette mesure. 

6.3 Quant à son exécution, le Tribunal constate que le SEM a prononcé 

l’admission provisoire du recourant. Cette question n'a donc pas à être 

tranchée. 

7.  

Compte tenu de ce qui précède, la décision attaquée ne viole pas le droit 

fédéral et a établi de manière exacte et complète l'état de fait pertinent 

(art. 106 al. 1 LAsi). En conséquence, le recours est rejeté. 

8.  

S'avérant manifestement infondé, le recours est rejeté dans une procédure 

à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi).  

E-3888/2023 

Page 13 

Il dès lors renoncé à un échange d'écritures (art. 111a al. 1 LAsi). 

9.  

Les conclusions du recours étant d'emblée vouées à l'échec, la requête 

d'assistance judiciaire totale doit être rejetée (art. 102m al. 1 LAsi en lien 

avec art. 65 al. 1 PA). 

10.  

Au vu de l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à 

la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 

let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et in-

demnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 

 

(dispositif page suivante) 

  

E-3888/2023 

Page 14 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est rejeté.  

2.  

La requête d'assistance judiciaire totale est rejetée. 

3.  

Les frais de procédure, d'un montant de 750 francs, sont mis à la charge du 

recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 

30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 

4.  

Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. 

 

Le juge unique : Le greffier : 

  

William Waeber Marc Toriel 

 

 

Expédition :