# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e371e06f-07e2-560c-843c-ac5dfdb55729
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2016 / 373
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2016---373_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JS15.003763-160313

206  

 

 

cour
d’appel CIVILE

____________________________

Arrêt du
6 avril 2016

__________________

Composition
:               Mme             
FAVROD,
juge déléguée

Greffière             
:              Mme             
Huser

 

 

*****

 

 

Art.
176 al. 1 ch. 2 CC

 

 

             
Statuant sur l’appel interjeté par
A.P.________,
à [...], intimé, contre l’ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale
rendue le 1er
février 2016 par la Vice-présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte
dans la cause divisant l’appelant d’avec
B.P.________,
également à [...], requérante, la Juge déléguée de la Cour d’appel
civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par ordonnance du 1er
février 2016, la Vice-présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte
(ci-après : la Vice-présidente) a attribué la jouissance du domicile conjugal, sis
[...], [...], à la requérante B.P.________, à charge pour elle d’en payer le loyer
et les charges (I), imparti à l’intimé A.P.________ un délai au 30 avril 2016 pour
quitter le domicile conjugal en emportant avec lui ses stricts effets personnels (II), dit que la décision
est rendue sans frais judiciaires ni dépens (III) et rejeté toutes autres ou plus amples conclusions
(IV).

 

             
En droit, le premier juge a en substance considéré qu’il y avait lieu d’attribuer
la jouissance du domicile conjugal à A.P.________ compte tenu des situations financières respectives
des parties.

 

 

B.             
Par acte du 8 février 2016, A.P.________
a conclu à ce que le domicile conjugal lui soit attribué.

 

 

C.             
La Juge déléguée retient les faits pertinents suivants, sur la base du prononcé complété
par les pièces du dossier :

 

1.             
a)
B.P.________, et A.P.________ se sont mariées le 27 janvier 2005. Une enfant, [...], née le
[...] 2005, est issue de leur union.

 

             
b)
Les parties vivent avec leur fille dans un appartement de 4 pièces dont le loyer s’élève
à 1'480 fr. par mois.

 

             
c)
B.P.________ a travaillé pour la société [...] jusqu’au 30 avril 2014, date à
laquelle son contrat de travail a été résilié. Actuellement, elle perçoit des
indemnités de l’assurance-chômage de l’ordre de 2'700 fr. par mois.

 

             
d) A.P.________
est au bénéfice d’une rente d’invalidité d’un montant de 325 fr. par
mois et de prestations complémentaires de 328 fr. par mois. Il perçoit également deux
rentes versées par la Zurich Assurances, d’une part, et par la Caisse de pension Gastrosocial,
d’autre part, de 2'040 fr., respectivement 298 fr. par mois. En outre, depuis le 1er
février 2015, A.P.________ touche un revenu mensuel net de l’ordre de 1'000 fr. tiré
d’une activité accessoire pour le compte de [...]. Partant, ses revenus mensuels cumulés
sont de l’ordre de 4'000 francs.

 

2.                                 
Les parties ont signé une
convention de mesures protectrices de l'union conjugale le 16 mai 2013, réglant la question de la
séparation, de l’attribution du logement conjugal, de la garde de l’enfant et ses modalités.
Cette convention n’a toutefois pas été exécutée, les parties ayant continué
à vivre sous le même toit.

 

3.                                 
Lors de
l'audience de mesures protectrices de l'union conjugale du 2 mars 2015 fixée à la suite
d’une requête déposée par B.P.________, les parties ont signé une nouvelle
convention, ratifiée séance tenante par la Vice-présidente pour valoir prononcé de
mesures protectrices de l'union conjugale, prévoyant notamment qu'elles s'engagent à faire
des recherches ensemble en vue de trouver un nouvel appartement, à signer le bail ensemble et qu'elles
s'entendront sur l'attribution de cet appartement et en assumeront le loyer et les charges. Elles ont
également convenu que la garde de l’enfant s’exercera de manière alternée.

 

4.                                 
Lors d’une nouvelle audience
fixée le 8 octobre 2015 à la suite d’un courrier de A.P.________, il est apparu que les
parties n'avaient pas fait de recherche pour trouver un nouvel appartement. A cette occasion, elles ont
signé un nouvel accord, ratifié séance tenante par la Vice-présidente pour valoir
prononcé de mesures protectrices de l’union conjugale, par lequel A.P.________ s'est engagé
à cosigner le bail de l'appartement que choisirait B.P.________ et à se présenter à
la régie si nécessaire. L’audience a été suspendue.

 

5.                                 
Lors de la reprise d'audience le
15 décembre 2015, la requérante a conclu que la jouissance du domicile conjugal lui soit attribuée
à charge pour elle de payer le loyer et les charges y afférentes. L’intimé a, pour
sa part, conclu au rejet de cette conclusion et, reconventionnellement, à ce que la jouissance du
domicile conjugal lui soit attribuée et à ce qu’un délai de deux mois soit imparti
à la requérante pour quitter le domicile conjugal. 

 

             
En droit
:

 

 

1.                                 
L'appel est
recevable contre les ordonnances de mesures protectrices de l’union conjugale, lesquelles doivent
être considérées comme des décisions de mesures provisionnelles
au sens de l'art. 308 al. 2 CPC (Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008
; RS 272 ; Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure civile, in JdT 2010 III 115,
spéc. 121), dans les causes non patrimoniales ou dont la valeur litigieuse, au dernier état
des conclusions devant l’autorité inférieure, est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al.
2 CPC). L’appel est de la compétence du juge unique (art. 84 al. 2 LOJV [loi d’organisation
judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01]).

 

             
Les décisions portant sur des mesures protectrices de l'union conjugale étant rendues en procédure
sommaire (art. 271 CPC), le délai pour l'introduction de l'appel est de dix jours à compter
de la notification (art. 314 al. 1 CPC).

 

             
En l'espèce, formé en temps utile par une partie qui y a intérêt (art. 59 al. 2 let.
a CPC), le présent appel est recevable.

 

2.                         
L'appel peut être formé
pour violation du droit ou pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L'autorité d'appel
peut revoir l'ensemble du droit applicable, y compris les questions d'opportunité ou d'appréciation
laissées par la loi à la décision du juge et doit le cas échéant appliquer le
droit d'office conformément au principe général de l'art. 57 CPC. Elle peut revoir librement
la constatation des faits sur la base des preuves administrées en première instance (JdT 2011
III 43 consid. 2 et les références). Lorsque le sort d'un enfant mineur est en jeu, l'autorité
d'appel n'est pas liée par les conclusions des parties (art. 296 al. 3 CPC).

 

 

3.                         
L'appelant reproche au premier
juge d'avoir attribué le domicile conjugal à l'intimée. Il craint qu'elle ne pourra pas
s'acquitter du loyer et que leur situation financière déjà précaire ne se péjore.

 

             
A titre préliminaire, il convient de préciser que la décision entreprise ne traite que
la question de l'attribution du logement conjugal, la garde sur l'enfant étant régie par la
convention de mesures protectrices de l’union conjugale du 2 mars 2015 et le montant de la
contribution d'entretien ayant été réservé. Ainsi, seule cette question peut faire
l'objet de l'appel.

 

             
Aux termes de l'art 176 al. 1 ch. 2 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 2010), le
juge des mesures protectrices de l'union conjugale attribue provisoirement le logement conjugal à
l'une des parties en faisant usage de son pouvoir d'appréciation et indépendamment de la question
de savoir qui en est le propriétaire ou le locataire. Il doit procéder à une pesée
des intérêts en présence, de façon à prononcer la mesure la plus adéquate
au vu des circonstances concrètes. En premier lieu, le juge doit examiner à quel époux
le domicile conjugal est le plus utile. Ce critère conduit à attribuer le logement à celui
des époux qui en tirera objectivement le plus grand bénéfice, au vu de ses besoins concrets.
A cet égard, entrent notamment en considération l'intérêt de l'enfant, confié
au parent qui réclame l'attribution du logement, à pouvoir demeurer dans l'environnement qui
lui est familier, ainsi que le fait, confirmé par l'expérience, que l'époux qui reste
seul trouve plus rapidement à se loger, comme personne individuelle, que l'autre époux à
qui la garde des enfants a été confiée. Il est conforme au droit fédéral de
s'en tenir à l'examen exclusif de l'utilité si ce critère aboutit à un résultat
exempt d'équivoque (TF 5A_ 823/2014 du 3 février 2015 consid. 4.4).

 

             
Si ce premier critère de l'utilité ne donne pas de résultat clair, le juge doit, en second
lieu, examiner à quel époux on peut le plus raisonnablement imposer de déménager,
compte tenu de toutes les circonstances. A cet égard, entrent notamment en considération l'état
de santé ou l'âge avancé de l'un des époux qui, bien que l'immeuble n'ait pas été
aménagé en fonction de ses besoins, supportera plus difficilement un changement de domicile,
ou encore le lien étroit qu'entretient l'un d'eux avec le domicile conjugal, par exemple un lien
de nature affective, une valeur d'usage momentanément très élevée ou la possibilité
pour un époux d'en assurer personnellement l'entretien. Ce n'est qu'exceptionnellement (par exemple
lorsque la nécessité de vendre le bien en question s'avère inévitable, dans les cas
manifestes d'insuffisance financière, etc.) que des motifs d'ordre financier peuvent s'avérer
décisifs pour l'attribution du logement conjugal.

 

             
En l'espèce, la garde de l’enfant est exercée de manière alternée, de sorte
que ce critère n’est pas déterminant pour l’attribution du domicile conjugal à
l’un ou l’autre des parents. La situation financière des parties est certes précaire ;
néanmoins, l'appelant jouit d'une situation un peu plus favorable que son épouse. Il bénéficie
en effet d'une rente de l’assurance-invalidité, d'une rente complémentaire et de revenus
d'une activité accessoire pour un montant total d'environ 4'000 fr. par mois alors que l’intimée
est sans emploi et qu'elle perçoit des indemnités de l’assurance-chômage de l'ordre
de 2'700 fr. par mois. Ainsi, même si la situation reste à l'évidence difficile pour les
deux parties, il faut considérer, avec le premier juge, qu’il sera un peu plus aisé pour
l'appelant de retrouver un logement que pour son épouse et que ses chances de succès sont ainsi
plus élevées. Il y a lieu en conséquence d'attribuer à l'intimée le domicile
conjugal. Enfin, il appartiendra aux deux parties de requérir, cas échéant, les aides
dont ils pourraient avoir droit compte tenu de leur nouvelle situation familiale et financière.

 

 

4.             
Il découle des considérants qui précèdent que l'appel doit être rejeté
selon le mode
procédural de l'art. 312 al.
1 CPC et l'ordonnance entreprise confirmée.

 

             
              Les frais judiciaires
de deuxième instance, arrêtés à 600 fr. (art. 65 al. 2 TFJC [tarif des frais
judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]), doivent être mis à la charge de l'appelant
qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).

 

             
Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens à intimée, dès lors qu'elle n'a pas été
invitée à se déterminer sur l’appel.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Juge déléguée 

de
la Cour d’appel civile 

prononce
:

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
L’ordonnance est confirmée.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 600 fr. (six cents francs),
sont mis à la charge de l’appelant A.P.________.

 

             
IV.             
L’arrêt motivé est exécutoire.

 

La
juge déléguée :              
La greffière :

 

 

 

 

Du
8 avril 2016

 

             
Le dispositif du présent arrêt est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

Du

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié en expédition complète à :

 

‑             
M. A.P.________,

‑             
Me Mireille Loroch (pour B.P.________).

             
Il est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Vice-présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte.

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), le cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss
LTF. Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la
valeur litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et
de droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100 al. 1 LTF).

 

             

             
La greffière :