# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** ca455dbc-cd88-5b46-a7ce-41dc5a6ff2dc
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1998-02-20
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 20.02.1998 CCP.1997.6538 (INT.1998.955)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1997-6538_1998-02-20.html

## Full Text

A.      Le
30 décembre 1996, vers 14 h 15, W. 
circulait sur la rue

Neuve,
à La Chaux-de-Fonds, en direction ouest. Il devançait par la droite

une
colonne de véhicules à l'arrêt, qui voulaient poursuivre leur route

tout
droit en empruntant l'artère nord de l'avenue Léopold-Robert. Arrivé

à la
jonction de ces deux routes, W.  est
entré en collision avec le

véhicule
conduit par B. , laquelle, après avoir quitté le "Cédez-le-

passage"
situé à l'extrémité est de l'artère sud, traversait l'artère nord

de l'avenue
Léopold- Robert pour emprunter droit devant elle la rue du

Cours-Supérieur,
qui lui est perpendiculaire. Cette manoeuvre lui avait

été
rendue possible par le fait que la colonne de véhicules arrêtés sur

l'artère
nord de l'avenue Léopold-Robert s'était scindée en deux, créant

ainsi
un passage à son intention. Violemment heurté à l'avant droit par

l'avant
gauche de celui de W. , le véhicule de B. 
a été projeté sous

l'effet
du choc contre la dernière voiture de la colonne arrêtée sur

l'artère
nord de l'avenue

Léopold-Robert.
A la suite de cet accident, B.  et
W.  se sont vu notifier

chacun
une ordonnance pénale, qui condamnait la première à une amende de

100
francs pour ne pas avoir cédé la priorité et le second à une amende de

400
francs, pour infraction aux articles 27 al. 1, 44, 90 chiffre 2 LCR, 3

al. 1
et 8 al. 3 OCR. W.  a formé en temps
utile opposition à cette

ordonnance
pénale, ce qui lui a valu d'être renvoyé devant le Tribunal de

police
du district de La Chaux-de-Fonds, qui a encore étendu à son

encontre
la prévention à l'article 31 al. 1 LCR.

 

B.      Par
jugement du 26 août 1997, ce tribunal a condamné W.  à une

amende
réduite à 150 francs, ainsi qu'au paiement de 250 francs de frais

de
justice. Dans ce jugement, le premier juge s'est attaché tout d'abord à

déterminer
les particularités de la route à l'endroit où l'accident s'est

produit.
A cet égard, il a relevé que ce n'est qu'à partir de l'artère

nord de
l'avenue Léopold-Robert que deux voies sont marquées sur la

chaussée,
celle de gauche devant servir au trafic de transit et celle de

droite
exclusivement à la circulation des bus et taxis. Cette dernière

voie
est marquée en jaune après l'intersection avec la rue du

Cours-Supérieur,
où se trouve un signal indiquant ce mode de circulation,

et est
précédée d'une flèche de rabattement vers la gauche. Avant

l'intersection,
la voie de droite sur la rue Neuve comporte également une

flèche
de rabattement, mais vers la droite, avec l'indication "Parking".

Ce sens
de circulation conduit sur la rue du Cours-Supérieur, qui est à

sens
unique dans la direction sud-nord. Partant de ces constatations, le

premier
juge a reconnu qu'à l'endroit où W.  se
trouvait au moment de la

collision,
il n'y avait pas encore de voie de circulation réservée

exclusivement
aux bus et taxis, de sorte que la prévention de violation de

l'article
27 LCR devait être abandonnée. Il a considéré par contre que

dans la
mesure où les conducteurs circulant avant la jonction avec

l'avenue
Léopold-Robert sur la voie de droite sont censés le faire pour se

rendre
à droite, en direction de la rue du Cours-Supérieur, il ne s'agit

pas
d'une voie rapide autorisant le dépassement. Or, W.  a toujours

déclaré
qu'il voulait aller tout droit, ce qui signifie qu'il dépassait

bien
par la droite la file de véhicules arrêtée, manoeuvre prohibée par

les
articles 44 LCR et 8 al. 3 OCR. Selon le premier juge, en ne voyant

pas ce
qui se passait sur sa gauche, W. 
n'avait par ailleurs pas fait

preuve
de la prudence que l'on pouvait attendre de lui, les conditions de

circulation
lui imposant tout particulièrement de pouvoir s'arrêter

lorsque
le véhicule de B.  a surgi devant lui.
Retenant ainsi également

des
infractions aux articles 31 LCR et 3 al. 1 OCR, le premier juge a

condamné
W.  à une amende de 150 francs, en
application de l'article 90

ch. 1
LCR, considérant que les fautes de circulation commises n'étaient

pas
graves, objectivement comme subjectivement.

 

C.     
W.  se pourvoit en cassation
contre ce jugement, en concluant à

sa
libération et à ce que les frais soient mis à la charge de l'Etat, qui

devrait
au surplus être condamné à lui payer une indemnité de dépens de

500
francs. Ses critiques à l'encontre du jugement sont de deux ordres. Il

reproche
tout d'abord au premier juge d'être tombé dans l'arbitraire en ne

retenant
pas au niveau des faits qu'il y avait des chutes de neige au

moment
de l'accident, ce qui restreignait sa visibilité. Il se plaint

ensuite
d'une violation de toutes les dispositions légales appliquées.

Faute
d'avoir eu une occupation qui aurait pu détourner l'attention qu'il

devait
vouer à la route, l'article 3 al. 1 OCR serait en effet inap-

plicable.
Il en serait de même de l'article 31 LCR, puisque la mauvaise

visibilité
sur sa gauche l'empêchait de voir survenir le véhicule non

prioritaire
de B.  et de réagir plus tôt qu'il ne
l'a fait, la collision

étant
par ailleurs de toute manière inévitable. Comme il n'est en outre

pas
passé d'une voie à une autre et n'a donc pas créé par une telle

manoeuvre
un danger pour les autres usagers de la route, l'article 44 LCR

n'aurait
pas davantage été violé selon W. . Enfin, sa manoeuvre, qui

consistait
à devancer par la droite une file de véhicules, étant

expressément
prévue par l'article 8 al. 3 OCR, on ne saurait considérer

naturellement
qu'il a été contrevenu à  cette
disposition.

 

D.      La
Présidente du Tribunal de police de La Chaux-de-Fonds et le

Ministère
public ont tous deux déclaré ne pas avoir d'observations à for-

muler.

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      Le
jugement entrepris ne mentionne effectivement pas qu'il y

avait
des chutes de neige au moment où le recourant a eu son accident. On

ne
saurait sans autre conclure qu'en méconnaissant ce fait, établi par le

rapport
de police, le premier juge s'est montré arbitraire dans l'établis-

sement
des faits. Cela ne pourrait être le cas que s'il s'agissait d'un

fait
pertinent, ayant joué un rôle dans la survenance de l'accident. Le

recourant
affirme que ces chutes de neige ont exercé une influence sur son

comportement,
dans la mesure où elle limitait sa visibilité. Cette affir-

mation,
que le recourant tient apparemment pour la première fois en

procédure
de cassation, n'est toutefois étayée par aucun élément du

dossier.
On constate ainsi qu'immédiatement après l'accident, aucun des

conducteurs
concernés n'a déclaré avoir été gêné par les chutes de neige,

ni
même, plus généralement, que ces chutes de neige rendaient plus

difficile
la circulation. Le rapport de police n'indique par ailleurs pas

dans la
rubrique prévue à cet effet (n 104) qu'au moment de l'accident la

visibilité
était réduite. Le premier juge ne s'est donc pas mis en

contradiction
évidente avec le dossier (ATF 118 Ia 30, cons. 1b) et n'a

pas
davantage arbitrairement oublié de tenir compte de preuves pertinentes

relatives
à la situation de fait (ATF 101 Ia 127). Selon l'article 251 al.

2 CPP,
la Cour de céans s'estime donc liée par les faits tels qu'ils ont

été
constatés par le premier juge.

 

3.      a)
Comme en audience déjà, le recourant fait valoir dans son

mémoire
de recours des arguments contradictoires pour tenter de se dis-

culper.
Il considère en effet que le jugement entrepris contient une fail-

le, en
ce sens que suivant les explications qu'il a toujours données, le

premier
juge aurait dû retenir que son intention était de poursuivre sa

route
tout droit, en remontant la colonne de véhicules arrêtée par la voie

droite
de l'artère nord de l'avenue Léopold-Robert, dont il ignorait

qu'elle
était réservée aux bus et aux taxis. Dans le même temps, il estime

toutefois
que compte tenu du fait que son accident l'a empêché d'effectuer

cette
manoeuvre, il faut admettre qu'il aurait encore pu se réinsérer dans

la
colonne de véhicules qu'il remontait, en se rabattant sur sa gauche à

la
hauteur de la flèche de rabattement située juste avant la voie droite

de
l'artère nord de l'avenue Léopold-Robert. Le recourant prétend ainsi

que
dans l'examen de la situation, il faut tenir compte à la fois de ses

prétendues
intentions et de l'hypothèse qu'il aurait encore pu les corri-

ger,
alors qu'en réalité, il doit être jugé en fonction du comportement

que la
loi lui imposait d'adopter, comme c'est toujours le cas.

 

       
b) Il ne semble pas nécessaire de trancher la question de savoir

si,
malgré la signalisation existante, le recourant ignorait effectivement

que la
voie droite de l'avenue Léopold-Robert était réservée aux bus et

aux
taxis. En admettant connaître la présence sur la chaussée d'une flèche

de
rabattement vers la gauche juste avant, ce dernier a quoi qu'il en soit

reconnu
être conscient qu'il n'était pas autorisé à emprunter cette voie.

D'après
l'article 74 al. 3 OSR, les flèches de rabattement indiquent en

effet
au conducteur qu'il doit quitter la voie de circulation dans la

direction
indiquée. Dès lors qu'il n'existait plus ainsi qu'une seule voie

pour
les véhicules circulant sur l'avenue Léopold-Robert en direction

ouest,
on ne saurait admettre que le recourant effectuait une manoeuvre de

devancement
par la droite, au sens où l'entend l'article 8 al. 3 OCR. A

l'intérieur
des localités, il ne peut en effet être question de devance-

ment
par la droite que si la chaussée présente plusieurs voies dans la

même
direction (Bussy/Rusconi, n. 4.2.3 b) ad art. 44 LCR). Conscient com-

me il
l'était de l'obligation qui était la sienne de se rabattre sur la

gauche,
le recourant contournait donc bien la file de véhicules arrêtés

pour
les dépasser, manoeuvre expressément prohibée par l'article 8 al. 3

OCR. Le
comportement du recourant apparaît d'autant plus répréhensible que

s'il
connaissait l'existence d'une flèche de rabattement vers la gauche,

celui-ci
devait pour la même raison savoir qu'il y avait d'abord une

flèche
de rabattement vers la droite, qui l'obligeait normalement à

tourner
dans la rue du Cours-Supérieur. Cela signifie que consciemment, la

recourante
a changé de voie pour dépasser des véhicules sur un tronçon

servant
à la prés¿ection, ce qui est interdit (Bussy/Rusconi, n. 5.2.2 b)

ad art.
44 LCR). En définitive, on doit admettre que le recourant s'est

dès le
départ mis volontairement dans une fausse voie, pour gagner du

temps
selon ses propres explications. Or, même si cela est fait avec

toutes
les précautions possibles, cette manoeuvre constitue une infraction

(ATF 98
IV 279, JT 1973 I 437 n  45).

 

       
c) L'article 31 al. 1 LCR exige de tout conducteur qu'il reste

constamment
maître de son véhicule de façon à pouvoir se conformer aux

devoirs
de la prudence. Selon l'article 3 al. 1 OCR, il faut pour ce faire

vouer
son attention à la route et à la circulation. Considérant qu'il

était
prioritaire, le recourant a exprimé l'avis qu'il n'avait pas à faire

attention
à ce qui arrivait sur sa gauche. Cette opinion est de toute évi-

dence
erronée. Il est en effet admis que même aux intersections où il bé-

néficie
de la priorité de droite, le conducteur doit jeter un coup d'oeil

à
gauche (Bussy/Rusconi, n. 2.4.1 ad art. 31 LCR). Dans le cas d'espèce,

on
pouvait d'autant plus attendre du recourant qu'il prenne cette précau-

tion
compte tenu du fait qu'il effectuait une manoeuvre interdite, compor-

tant
donc certains risques. Or, dès le moment où les conditions de circu-

lation
ne sont pas claires ou sont compliquées, un degré accru d'attention

et de
maîtrise peut être exigé de chaque conducteur (Bussy/Rusconi, n. 2.4

ad art.
31 LCR).

 

4.     
Entièrement mal fondé, le pourvoi sera donc rejeté et les frais

de
procédure mis à la charge du recourant, en application de l'article 254

CPP.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Rejette le recours.

 

2. Met
à la charge du recourant les frais arrêtés à 440 francs.

 

 

Neuchâtel,
le 20 février 1998

 

                          AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION PENALE

                       Le greffier                  La présidente