# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d91973e8-22dc-51af-84e3-cba93d0722be
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-04-19
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 19.04.1995 CCP.1995.6169 (INT.1995.3)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1995-6169_1995-04-19.html

## Full Text

A.      Le
15 février 1995, A. a été condamné à une peine par-

tiellement
complémentaire de 22 mois d'emprisonnement et dix ans d'expul-

sion
sans sursis par le Tribunal correctionnel du district de Neuchâtel.

Il a
été reconnu coupable d'infractions aux articles 19 ch.2 et 19a LStup

pour
avoir en particulier vendu environ 45 grammes d'héroïne pure. Le tri-

bunal
s'est fondé principalement sur les déclarations de deux co-inculpés

de A.,
B. et R.. Tout au long de

l'instruction
et devant le tribunal correctionnel, A. a nié

s'être
livré à du trafic d'héroïne, n'admettant que l'achat de 4 grammes

et la
consommation de 2 grammes de cette substance.

 

       
Deux autres préventions, à savoir un abus de confiance et une

omission
de prêter secours, ont été abandonnées.

       
B. a été reconnu coupable principalement d'in-

fractions
graves à la LStup et condamné à une peine de 18 mois d'emprison-

nement,
suspendue au profit d'un placement dans un établissement pour

toxicomanes.
R., reconnue coupable d'infractions aux ar-

ticles
19 ch.2, 19a LStup et 128 al.1 CP, a été condamnée à une peine de

10 mois
d'emprisonnement. Le tribunal correctionnel a laissé au Tribunal

correctionnel
du district de Boudry le soin de suspendre la peine au pro-

fit du
traitement entrepris à la Fondation X..

 

B.      A.
se pourvoit en cassation contre ce jugement. Il

estime
que le tribunal a apprécié de manière arbitraire les faits. Il n'y

avait
pas selon lui suffisamment d'éléments pour le condamner pour trafic

d'héroïne,
car B. a reconnu l'avoir dénoncé par vengeance.

Subsidiairement,
il estime que la peine est disproportionnée, puisqu'il a

été
condamné à la réquisition du ministère public alors même que celui-ci

estimait
qu'il fallait retenir les infractions d'abus de confiance et

d'omission
de prêter secours finalement abandonnées. En outre, il estime

arbitraire
le degré de pureté de la drogue retenu par le tribunal (38 %).

Enfin,
la peine d'emprisonnement prononcée est trop élevée pour une peine

très
largement complémentaire.

 

C.      Le
président du Tribunal correctionnel du district de Neuchâtel

n'a pas
présenté d'observations, relevant simplement que le rapport de

police
annexé au recours ne fait pas partie du dossier. Le ministère

public
a conclu au rejet du recours.

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
Le principe de la présomption d'innocence oblige le juge à

respecter
la maxime "in dubio pro reo". Ce principe découle de l'article 6

paragraphe
2 CEDH et trouve aussi son fondement juridique dans l'article 4

Cst.féd.
Il constitue une règle de répartition du fardeau de la preuve

interdisant
de prononcer un verdict de culpabilité au motif que l'accusé

n'a pas
prouvé son innocence et interdit aussi de rendre un tel verdict

tant
qu'un doute subsiste sur la culpabilité de l'accusé. Dans cette se-

conde
acception, la maxime "in dubio pro reo" se rapporte à la constata-

tion
des faits de la cause et à l'appréciation des preuves (ATF 120 Ia 31

- SJ
1994, p.541 ss).

 

       
En procédure neuchâteloise, la règle "in dubio pro reo" n'a
pas

été
instituée expressément par le législateur, mais elle se déduit de

l'article
224 CPP, qui consacre le principe de la libre appréciation des

preuves
par le juge (RJN 5 II 114).

 

       
En tant que règle d'appréciation des preuves, le principe "in

dubio
pro reo" n'exige pas, en particulier, que l'administration des preu-

ves
aboutisse à une certitude absolue, mais simplement que l'autorité de

jugement
renonce à condamner, à moins d'être convaincue qu'il n'y a pas de

doutes
- à prendre raisonnablement en considération - au sujet de la réa-

lisation
des éléments objectifs et subjectifs de l'infraction (ATF 106 IV

20;
Rouiller, La protection de l'individu contre l'arbitraire de l'Etat,

RDS
1987, t.2, p.312). La maxime est violée si le juge pénal aurait dû

douter
de la culpabilité de l'accusé. Sur ce point, il importe peu qu'il

subsiste
des doutes seulement abstraits et théoriques, qui sont toujours

possibles,
une certitude absolue ne pouvant être exigée. Il doit s'agir de

doutes
sérieux et irréductibles qui s'imposent à l'esprit en fonction de

la
situation objective (SJ 1994 précitée).

 

       
Le juge peut fonder son intime conviction sur de simples indi-

ces.
Pour permettre à l'autorité de recours de contrôler son raisonnement,

on
exige du magistrat qu'il justifie son choix (SJ 1994 précitée; BGC vol.

110,
p.99-100; RJN 3 II 97). L'autorité de cassation, qui est en principe

liée
par l'appréciation des faits de la juridiction inférieure, n'inter-

vient
que si celle-ci a admis ou nié un fait en se mettant en contradic-

tion
évidente avec le dossier, si elle a abusé de son pouvoir d'apprécia-

tion,
en particulier si elle a méconnu des preuves pertinentes ou qu'elle

n'en a
arbitrairement pas tenu compte, lorsque ses constatations sont évi-

demment
contraires à la situation de fait, reposent sur une inadvertance

manifeste
ou heurtent gravement le sentiment de la justice, enfin lorsque

l'appréciation
des preuves est tout à fait insoutenable, par exemple lors-

qu'elle
est fondée exclusivement sur une partie des moyens de preuves (ATF

118 Ia
30 et les références, 112 Ia 371 cons.3, 100 Ia 127), soit, en dé-

finitive,
si le juge s'est rendu coupable d'arbitraire.

 

       
b) En l'espèce, le tribunal correctionnel a retenu que 

A. a
vendu au moins 150 grammes d'héroïne (soit environ 40 à 45 gram-

mes
d'héroïne pure) principalement sur la base des déclarations de 

B. et
de R.. Cette conclusion, largement motivée

(p.18-19
du jugement), n'est pas arbitraire. Même si B. a

déclaré
à l'audience avoir dénoncé A. "un peu par vengeance",

cela ne
permet pas de conclure qu'il a menti. C'est sur l'impression d'en-

semble
qu'a produit B. à l'audience que le tribunal cor-

rectionnel
s'est déterminé. La Cour de céans ne saurait remettre son ap-

préciation
en cause, d'autant plus que R. a également con-

firmé
que A. lui avait vendu un gramme d'héroïne et donné 10

grammes
de la même substance. Enfin, comme le relève le tribunal correc-

tionnel,
A. a sciemment menti à la police en prétendant ne louer

aucun
garage (Dossier A. II/212). Il a par la suite dû reconnaître

louer
un garage (Dossier A. II/214), dans lequel du matériel de toxi-

comane
a été séquestré (Dossier B. et R. I/75, 79-80).

 

       
Le tribunal correctionnel n'a pas fait preuve d'arbitraire en

retenant
les déclarations de B. et de R..

Il n'y
a aucun élément au dossier permettant de penser que ces deux per-

sonnes
auraient tenu leurs propos devant la police, le juge d'instruction

et le
tribunal correctionnel en état de manque ou sous l'effet de médica-

ments
(ATF 118 Ia 28 - JT 1994 IV 153). On ne peut qu'admettre que des

troubles
de compréhension, de concentration ou d'expression susceptibles

de
rendre sujette à caution la véracité de leurs propos qui ne sont d'ail-

leurs
pas allégués sont exclus. Le jugement est à cet égard parfaitement

et
longuement motivé.

 

3.      a)
Le juge fixe la peine d'après la culpabilité du délinquant,

en
tenant compte des mobiles, des antécédents et de la situation person-

nelle
de celui-ci (art.63 CP). Le premier juge jouit en la matière d'un

large
pouvoir d'appréciation. La Cour de cassation pénale, comme le Tri-

bunal
fédéral, n'intervient que s'il a outrepassé son pouvoir en pronon-

çant un
jugement manifestement insoutenable parce qu'arbitrairement sévère

ou
clément, aboutissant à un résultat gravement choquant, inexplicable, en

contradiction
avec les motifs ou fondé sur des critères dénués de perti-

nence.
La Cour doit également annuler un jugement lorsqu'elle n'est pas en

mesure
de déterminer si tous les éléments qui doivent être pris en consi-

dération
ont été correctement évalués, c'est-à-dire si la motivation est

insuffisante
pour permettre de contrôler le respect de l'article 63 CP

(RJN 6
II 127; ATF 116 IV 290-292; ATF 117 IV 112 - JT 1993 IV 99; ATF 118

IV 18 -
JT 1994 IV 66; Corboz, La motivation de la peine, RSJB 1995, p.

1ss).
En matière de stupéfiants, la faute est le critère principal. La na-

ture et
la quantité de stupéfiants sont également des éléments d'apprécia-

tion.
En revanche, des motifs de prévention générale ne sauraient justi-

fier
une aggravation de la peine (ATF 118 IV 342 - JT 1994 IV 69-70). De

façon
générale, le premier juge n'a cependant pas à indiquer en chiffres

ou en
pour-cent dans quelle mesure il a tenu compte de chaque circonstan-

ce,
aggravante ou atténuante (ATF 118 IV 14 - JT 1993 IV 167).

 

       
b) A. prétend que la peine d'emprisonnement prononcée

est
arbitraire, car la réquisition du ministère public, retenue par le

tribunal
correctionnel, avait trait non seulement aux infractions pour

lesquelles
il a été condamné, mais aussi à l'abus de confiance et à

l'omission
de prêter secours finalement abandonnées. La version du recou-

rant ne
trouve toutefois pas d'appui dans le dossier. Le procès-verbal

d'audience
ne mentionne que les réquisitions du ministère public, sans

indiquer
si celui-ci a renoncé ou éprouvé des doutes quant à certaines

préventions.
Or, le jugement laisse à penser que tel a été le cas, puis-

qu'on y
lit que le procureur général a conclu à la révocation du sursis

accordé
en 1994 "au cas où le tribunal retient l'infraction à l'article

128
CPS" (p.3 in fine). Quoi qu'il en soit, le tribunal correctionnel

n'est
pas lié par les réquisitions du ministère public. Au vu de la quan-

tité
d'héroïne en cause et de l'existence de plusieurs antécédents (dans

d'autres
domaines il est vrai), la peine infligée n'apparaît pas arbi-

traire
(v. également ci-dessous litt.d).

 

       
c) Un échantillon de l'héroïne séquestrée a été analysé. Une

pureté
de 30 % a été établie. Le tribunal a retenu ce degré pour conver-

tir,
conformément à la récente jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 119

IV
181), les 150 grammes environ d'héroïne vendue par A. en 40 à

45
grammes d'héroïne pure. Cette façon de procéder n'est pas arbitraire. A

aucun
moment durant l'instruction A. n'a déclaré que la drogue

saisie
serait de qualité très nettement supérieure à celle disponible "sur

le
marché". Quant au rapport de police annexé au recours, il doit être

écarté
faute d'avoir été déposé devant le tribunal correctionnel (RJN 6 II

90-91).

 

       
d) Selon l'article 68 ch.2 CP, si le juge doit prononcer une

condamnation
en raison d'une infraction punie d'une peine privative de

liberté
que le délinquant a commise avant d'avoir été condamné pour une

autre
infraction punie également d'une peine privative de liberté, il

fixera
la peine de telle sorte que le délinquant ne soit pas plus sévère-

ment
puni que si les diverses infractions avaient fait l'objet d'un seul

jugement
(concours réel rétrospectif). Le juge à qui il appartient d'in-

fliger
une peine additionnelle à une peine de base doit se demander

d'abord
quelle sanction il aurait infligée si les diverses infractions

avaient
fait l'objet d'un même jugement (art.68 ch.1 CP). Ensuite, il doit

fixer
en conséquence, en tenant compte de la condamnation déjà prononcée,

le
supplément de peine à subir pour l'infraction qui reste à juger

(Trechsel,
Schweizerisches Strafgesetzbuch, Kurzkommentar, 1989, ad art.68

no 18,
p.252; Logoz/Sandoz, Commentaire du code pénal suisse, partie gé-

nérale,
ad art.68 CP no 4, p.376).

 

       
En l'espèce, le tribunal correctionnel a tenu compte du fait

qu'il
devait prononcer une peine complémentaire à celle du 27 avril 1994

(jugement
p.20 litt.e). La phrase "A. a déjà été condamné à cinq

reprises,
dont quatre fois avant les faits ici jugés" montre que le tri-

bunal
était au surplus conscient que la grande majorité des infractions à

la
LStup reprochées à A. a trait à des faits s'étant déroulés

avant
le 27 avril 1994 (ch. I.2.2. de l'arrêt de renvoi). Il le mentionne

d'ailleurs
expressément (p.21 litt.e). Le premier juge a donc correctement

appliqué
l'article 68 ch.2 CP, même si la motivation du jugement à ce pro-

pos est
assez succinte.

 

4.      Mal
fondé, le recours doit être rejeté, ce qui entraîne la con-

damnation
du recourant aux frais de justice (art.254 CPP). L'indemnité due

au
mandataire d'office du recourant sera fixée à 400 francs, frais et dé-

bours
compris. Elle prend en compte l'importance du recours et du dossier.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Rejette  le recours.

 

2.
Condamne le recourant aux frais arrêtés à 550 francs.

 

3. Fixe
à 400 francs l'indemnité due au mandataire d'office du recourant.

 

 

Neuchâtel,
le 19 avril 1995