# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 28a79287-03db-53df-8e93-45930ba5fa90
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2015-08-05
**Language:** fr
**Title:** Bundesstrafgericht 05.08.2015 RR.2015.58
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BSTG/CH_BSTG_001_RR-2015-58_2015-08-05.pdf

## Full Text

Arrêt du 5 août 2015 
Cour des plaintes 

Composition  Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, 

président, Giorgio Bomio et 

Nathalie Zufferey Franciolli,  

la greffière Claude-Fabienne Husson Albertoni  

   

Parties  1. A. SA,  

2. B., 

 

représentées par Me Corinne Corminboeuf Harari, 

avocate,  

recourantes 

  

 

 contre 

   

  MINISTÈRE PUBLIC DU CANTON DE GENÈVE,  

 

partie adverse 

 

   

  

B u n d e s s t r a f g e r i c h t   

T r i b u n a l  p é n a l  f é d é r a l  

T r i b u n a l e  p e n a l e  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  p e n a l  f e d e r a l  

 

Numéros de dossiers:  RR.2015.58-RR.2015.60 

 

 

 

- 2 - 

 

 

Objet  Entraide judiciaire internationale en matière pénale à 

la République de Guinée 

 

Remise de moyens de preuve (art. 74 EIMP)  

 

  

- 3 - 

 

 

Faits: 

 

A. Le 6 août 2013, le Juge d'instruction près le Tribunal de première instance 

de Kaloum (République de Guinée; ci-après: Guinée) a fait parvenir à la 

Suisse, par l'intermédiaire du cabinet d'avocats international C. LLP, une 

demande d'entraide judiciaire dans le cadre de la procédure pénale qu'il 

mène à l'encontre de D., E. et autres pour corruption (art. 191 à 197 du Code 

pénal guinéen; dossier du Ministère public du canton de Genève [ci-après: 

MP-GE] pièces nos 10'000 ss). 

 

En bref, il fait valoir qu'en 2011, des allégations de corruption ont été portées 

à la connaissance du gouvernement de Guinée en lien avec l'acquisition de 

droits miniers par des sociétés du groupe F. sur les gisements de minerai de 

fer de Z. et Y. Des officiels guinéens auraient participé au schéma de 

corruption qui aurait été mis en place par ces sociétés ou leurs 

représentants. Le Gouvernement guinéen a, sur cette base, entrepris 

d'examiner les circonstances ayant entouré la délivrance par les autorités 

centrales guinéennes, entre 2006 et 2010, de permis, autorisations et 

contrats au bénéfice des sociétés G. Ltd et H. Sarl, filiales détenues à 100% 

par I. Ltd une société de groupe F., immatriculée à Guernesey. Les 

investigations ont également porté sur les circonstances de la cession en 

2010, par la société I. Ltd, d'une participation majoritaire de 51% dans les 

projets de Z. et Y. à une compagnie minière brésilienne, J., pour une valeur 

de USD 2,5 milliards. A la suite de cette cession, la société de projet en 

Guinée a été renommée K. Sarl. Les enquêtes menées auraient permis 

d'établir que l'épouse de L., M. – qui a accepté de coopérer avec les autorités 

– aurait reçu des promesses, des versements et des cadeaux de la part de 

sociétés du groupe F. ou affiliées et/ou de leurs représentants, en 

contrepartie de son assistance dans l'obtention des droits mentionnés ci-

dessus. Plusieurs témoins auraient déclaré que N. notamment, aurait 

participé directement au processus corruptif précité et ce, via son groupe de 

sociétés I. Ltd et avec l'appui de différents collaborateurs à Genève. Ainsi, la 

société A. SA, animée à Genève par B. et qui se dédie presque 

exclusivement à l'administration des sociétés et fondations de N. aurait, à 

l'initiative de ce dernier, constitué, administré et hébergé dans cette même 

ville une société O. qu'elle aurait ensuite cédée à P., Q. et R. Sous 

l'apparence d'un partenariat avec I. Ltd pour l'acquisition des concessions 

minières guinéennes, O. se serait chargée d'acheminer des pots-de-vin 

notamment à M. et ses sociétés (act. 7, p. 1). Une partie des versements en 

question aurait été planifiée, organisée, ordonnée ou exécutée à ou depuis 

Genève ou la Suisse. Par ailleurs, N. détiendrait son groupe de sociétés via 

deux fondations au Liechtenstein: S. et T. 

 

- 4 - 

 

 

Les mesures sollicitées par l'autorité requérante visaient à la recherche 

d'informations concernant différentes personnes physiques et morales, dont 

A. SA, «les membres du Conseil d'administration de plusieurs sociétés 

appartenant ou affiliées au groupe F. […]» ainsi qu'à des perquisitions et des 

auditions (dossier MP-GE pièces nos 10'001 à 10'008). 

 

 

B. Le 23 août 2013, le MP-GE est entré en matière et a ordonné les mesures 

requises (dossier MP-GE pièces nos 30'094 à 30'106). Il a ainsi émis, le  

28 août 2013, une «ordonnance de perquisition et de séquestre» notamment 

dans les locaux d'A. SA et au domicile de N. (dossier MP-GE pièces nos 

30'095 ss). Les perquisitions ont eu lieu le 29 août 2013. Des documents 

électroniques et en format papier ont été séquestrés (dossier MP-GE pièces  

nos 30'102 ss). Un séquestre a également été prononcé sur la documentation 

bancaire des comptes d'A. SA auprès de la banque AA. (dossier MP-GE 

pièce no 30'233). 

 

Le MP-GE a quant à lui ouvert sa propre procédure pénale pour corruption 

d'agents publics étrangers (art. 322septies CP) à l'encontre de N., de B. et de 

P. (cause P/12914/2013). 

 

Le 4 octobre 2013, le MP-GE a rendu une décision d'entrée en matière 

complémentaire autorisant l'autorité requérante à consulter le dossier et à 

participer aux actes d'exécution (pièces recourante RR.2015.58, no 30). 

 

Par arrêt du 13 décembre 2013, la Cour de céans a déclaré irrecevables les 

recours interjetés par A. SA et B. contre la présence des fonctionnaires 

étrangers (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2013.277-278). 

 

Les 7 avril 2014 et 9 janvier 2015, A. SA a pris position sur les documents 

que le MP-GE envisageait de transmettre à l'autorité requérante, s'opposant 

à la remise de la majorité d'entre eux (pièces recourante RR.2015.58, nos 37 

et 39). 

 

 

C. Le MP-GE a rendu une décision de clôture partielle le 16 janvier 2015. Il a 

ordonné la transmission à l'autorité requérante de l'intégralité des pièces 

requises au nombre desquelles les procès-verbaux des auditions de B. et de 

N., les pièces saisies chez A. SA, ainsi que de la documentation bancaire 

des comptes de cette dernière, sous réserve du principe de la spécialité 

(pièces recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1). 

 

 

- 5 - 

 

 

D. Par acte du 18 février 2015, A. SA recourt contre ladite ordonnance 

(RR.2015.58 act. 1). Elle conclut principalement à l'annulation de la décision 

de clôture partielle et au rejet de la demande d'entraide, sous suite de frais 

et dépens. Elle requiert subsidiairement l'annulation de la décision de 

clôture, le renvoi du dossier au MP-GE afin qu'il invite l'Etat requérant à se 

déterminer sur la question de la prescription pénale, le refus de l'entraide 

pour les documents visés dans l'acte de recours et l'octroi de l'entraide 

uniquement en échange de la garantie expresse du gouvernement guinéen 

et de ses représentants que les informations et documents obtenus ne seront 

jamais utilisés à d'autres fins que la procédure pénale ayant conduit à 

requérir l'entraide sans autorisation de l'Office fédéral de la justice (ci-après: 

OFJ), le tout sous suite de frais et dépens. 

 

Pour motifs, elle invoque les vices graves qui affectent l'instruction menée 

en Guinée, la prescription de l'action pénale, la violation du principe de la 

spécialité ainsi que de celui de la proportionnalité. 

 

 

E. Le même jour, B. recourt elle aussi contre ladite ordonnance (RR.2015.60 

act. 1). Pour sa part, elle conclut principalement à l'annulation de la décision 

de clôture partielle et au rejet de la demande d'entraide, sous suite de frais 

et dépens. Elle requiert subsidiairement l'annulation de la décision de 

clôture, le renvoi du dossier au MP-GE afin qu'il invite l'Etat requérant à se 

déterminer sur la question de la prescription pénale et l'octroi de l'entraide 

uniquement en échange de la garantie expresse du gouvernement guinéen 

et de ses représentants que les informations et documents obtenus ne 

seront jamais utilisés à d'autres fins que la procédure pénale ayant conduit 

à requérir l'entraide sans autorisation de l'OFJ, le tout sous suite de frais et 

dépens. 

 

Pour motifs, elle fait valoir les vices graves qui affectent l'instruction menée 

en Guinée et notamment la violation du droit à un procès équitable, la 

prescription de l'action pénale, ainsi que la violation du principe de la 

spécialité. 

 

 

F. Dans ses réponses du 12 mars 2015, le MP-GE conclut au rejet des recours 

(RR.2015.58/RR.2015.60 act. 7). 

 

Le 27 mars 2015, l'Office fédéral de la justice (ci-après: OFJ) conclut lui aussi 

au rejet des recours, dans la mesure de leur recevabilité, sous suite de frais 

(RR.2015.58/RR.2015.60 act. 8). 

 

- 6 - 

 

 

Dans leurs répliques respectives du 30 avril 2015, les recourantes persistent 

intégralement dans leurs conclusions (RR.2015.58/RR.2015.60 act. 11). 

 

Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris, 

si nécessaire, dans les considérants en droit. 

 

 

 

La Cour considère en droit: 

 

1. La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour 

connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure 

d'entraide rendues par les autorités cantonales ou fédérales d'exécution et, 

conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1 de la 

loi fédérale sur l'entraide internationale en matière pénale [EIMP;  

RS 351.1] mis en relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur 

l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]). 

 

 

2. L'économie de procédure peut commander à l'autorité saisie de plusieurs 

requêtes individuelles de les joindre ou, inversement, à l'autorité saisie d'une 

requête commune par plusieurs administrés (consorts) ou saisie de 

prétentions étrangères l'une à l'autre par un même administré, de les diviser; 

c'est le droit de procédure qui régit les conditions d'admission de la jonction 

et de la disjonction des causes (BOVAY, Procédure administrative, Berne 

2000, p. 173). Bien qu'elle ne soit pas prévue par la loi fédérale du  

20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA; RS 172.021), 

applicable à la présente cause par renvoi de l'art. 12 al. 1 EIMP, l'institution 

de la jonction des causes est néanmoins admise en pratique (cf. arrêt du 

Tribunal pénal fédéral RR.2007.187-190 du 8 avril 2008, consid. 1). En 

l'occurrence, dans la mesure où le contexte factuel dans lequel s'inscrit la 

présente procédure d'entraide est identique pour les deux recourantes, qui 

sont au demeurant représentées par le même avocat, lequel a avancé, dans 

ses recours, des arguments semblables, il y a lieu de procéder à la jonction 

des procédures RR.2015.58 et RR.2015.60. 

 

 

3. L'entraide judiciaire entre la Guinée et la Confédération suisse est régie par 

l'EIMP et son ordonnance d'exécution (OEIMP; RS 351.11). 

 

 

4.  

4.1 Aux termes de l'art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière 

http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2007.187
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2014.335

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d'entraide quiconque est personnellement et directement touché par une 

mesure d'entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée 

ou modifiée. La qualité pour recourir est reconnue à la personne physique 

ou morale directement touchée par l'acte d'entraide. Selon l'art. 9a let. a et b 

OEIMP, est notamment réputé personnellement et directement touché au 

sens de l'art. 21 al. 3, et 80h EIMP, en cas d'informations sur un compte, le 

titulaire du compte ainsi que le propriétaire ou le locataire en cas de 

perquisition. La décision entreprise prévoit d'une part la transmission de 

documents saisis au siège social d'A. SA ainsi que de la documentation 

bancaire concernant son compte chez la banque AA.; en conséquence, elle 

est légitimée à agir. D'autre part, l'ordonnance querellée ordonne la 

transmission de différents procès-verbaux d'audition de B. Cette dernière a 

été entendue en qualité de prévenue. Elle a ainsi la qualité pour agir contre 

leur transmission en tant que les informations fournies la concernent 

personnellement. 

 

4.2 Les autres conditions de recevabilité étant réalisées, il y a lieu d'entrer en 

matière. 

 

 

5.  

5.1 Les recourantes font valoir toutes deux une violation de l'art. 2 EIMP. Elles 

invoquent à ce titre notamment de graves violations des droits humains dans 

le cadre de la procédure pénale en cours en Guinée ainsi qu'une atteinte au 

respect des droits de l'homme et du principe de la séparation des pouvoirs. 

Elles se réfèrent à ce sujet, entre autres, à la détention de deux employés 

de I. Ltd lesquels n'ont pas été libérés alors même qu'une décision judiciaire 

l'aurait pourtant ordonné. Selon elles, cela mettrait en exergue le manque 

d'indépendance du pouvoir judiciaire. Elles déplorent également l'ingérence 

du président guinéen dans la présente affaire lequel aurait au demeurant 

violé le secret de l'instruction. 

 

5.2 L'art. 2 EIMP prévoit notamment que la demande d'entraide est irrecevable 

si la procédure à l'étranger n'est pas conforme aux principes fixés par la 

CEDH ou le Pacte ONU II (let. a) ou présente d'autres défauts graves  

(let. d). Cette disposition a pour but d'éviter que la Suisse ne prête son 

concours, par le biais de l'entraide judiciaire ou de l'extradition, à des 

procédures qui ne garantiraient pas à la personne poursuivie un standard de 

protection minimal correspondant à celui offert par le droit des Etats 

démocratiques, défini en particulier par la CEDH ou le Pacte ONU II, ou qui 

heurteraient des normes reconnues comme appartenant à l'ordre public 

international (ATF 129 II 268 consid. 6.1). Il ne suffit pas que la personne 

accusée dans le procès pénal ouvert dans l'Etat requérant se prétende 

http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-268

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menacée du fait d'une situation politico-juridique spéciale; il lui appartient de 

rendre vraisemblable l'existence d'un risque sérieux et objectif d'une grave 

violation des droits de l'homme dans l'Etat requérant la menaçant de manière 

concrète (ATF 123 II 161 consid. 6a; arrêts du Tribunal pénal fédéral 

RR.2009.24 ainsi que RR.2009.96 du 6 mai 2009, consid. 4.1 et la 

jurisprudence citée). Il est de jurisprudence constante que seule une 

personne physique peut se prévaloir de l'art. 2 EIMP (ATF 125 II 356  

consid. 3b/bb, 115 Ib 68 consid. 6; arrêt du Tribunal pénal fédéral 

RR.2013.213 du 2 octobre 2013, consid. 1.4). Lorsque l'Etat requérant 

demande l'entraide judiciaire et notamment la remise de documents 

bancaires encore faut-il, aux fins de l'application de l'art. 2 EIMP, que 

l'accusé se trouve sur le territoire de l'Etat requérant (ATF 129 II 268 

 consid 6.1) et puisse démontrer être concrètement exposé au risque de 

mauvais traitements ou de violation de ses droits de procédure. N'est en 

principe pas recevable à se plaindre de la violation de l'art. 2 EIMP celui qui 

se trouve à l'étranger ou qui réside sur le territoire de l'Etat requérant sans y 

courir aucun danger (ATF 126 II 324 consid. 4e; v. aussi arrêts du Tribunal 

pénal fédéral RR.2013.277 du 13 décembre 2013, consid. 2.2.3; 

RR.2009.150 du 11 septembre 2009, consid. 2.1). 

 

5.3 Compte tenu des éléments qui précèdent et ainsi que la Cour l'avait déjà 

relevé dans son arrêt du 13 décembre 2013 dans la présente cause 

(RR.2013.277-278, consid. 2.2.3), la société recourante ne peut se prévaloir 

de l'art. 2 EIMP en raison de sa qualité de personne morale (arrêts du 

Tribunal fédéral 1C_93/2015 du 20 avril 2015, consid. 2.3 in fine; 

1C_783/2013 du 19 novembre 2013, consid. 2.1; ATF 133 IV 40 consid. 7; 

129 II 268 consid. 6; 126 II 258 consid. 2d/aa; 125 II 356 consid. 3b/bb; arrêt 

du Tribunal pénal fédéral RR.2013.213 du 2 octobre 2013, consid. 1.4). 

 

5.4 B. ne se trouvant pas sur le territoire de l'Etat requérant ne peut non plus 

exciper de l'art. 2 EIMP. Au demeurant, les arguments qu'elle avance ont 

une portée générale et ne démontrent nullement en quoi elle serait 

personnellement et directement touchée dans ses droits procéduraux dans 

les procédures ouvertes dans l'Etat requérant (cf. également à ce sujet l'arrêt 

RR.2013.276 consid. 2.2.3, rendu dans cette même affaire, par l'autorité de 

céans le 13 décembre 2013). N'étant pas habilitée à agir au nom de N., elle 

ne saurait au surplus tirer argument du fait qu'en l'occurrence le droit de ce 

dernier à un procès équitable ne serait pas garanti en Guinée (RR.2015.60 

act. 1, p. 23). 

 

5.5 Ce grief est par conséquent privé d'assise. 

 

 

http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-161
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.24
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.96
http://links.weblaw.ch/ATF-125-II-356
http://links.weblaw.ch/ATF-115-IB-68
http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-268
http://links.weblaw.ch/ATF-126-II-324
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2013.277
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.150
http://links.weblaw.ch/1C_783/2013
http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-268
http://links.weblaw.ch/ATF-126-II-258
http://links.weblaw.ch/ATF-125-II-356
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2013.213

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6.  

6.1 Les recourantes soutiennent en outre que l'entraide ne peut être accordée 

dans la mesure où l'infraction présumée de corruption poursuivie par les 

autorités guinéennes serait d'ores et déjà prescrite selon le droit guinéen. 

Elles retiennent en effet que selon ce dernier, la corruption se prescrirait par 

trois ans à compter du jour où elle a été commise. Certes, la prescription 

serait interrompue par des actes d'instruction ou de poursuite, toutefois dans 

la mesure où l'enquête a été ouverte en Guinée le 29 avril 2013, tous les 

faits intervenus avant le 29 avril 2010 doivent être tenus pour prescrits dans 

l'Etat requérant. Or, selon les recourantes, étant donné que L. est décédé le 

22 décembre 2008, le schéma corruptif investigué ne peut avoir été mis en 

place qu'antérieurement à 2010. Dès lors, la prescription doit être considérée 

comme acquise. L'OFJ estime pour sa part que les recourantes, qui selon lui 

ne sont pas prévenues en Guinée, ne peuvent se prévaloir de cet argument. 

Le MP-GE partage lui aussi cette opinion. Il soutient au surplus que des 

comptes contrôlés par M. semblent avoir été alimentés après 2010 par des 

comptes liés à P. Il indique que l'Etat requérant pourrait être interpellé sur 

cette question. 

 

6.2 La Suisse et la Guinée n'ont conclu aucun traité d'entraide judiciaire. Les 

motifs d'irrecevabilité prévus à l'art. 5 EIMP sont par conséquent applicables 

(arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2013.236-249 du 2 mai 2014,  

consid. 3.1). 

 

6.3 De jurisprudence constante, seule la personne poursuivie dans l'Etat 

requérant peut se prévaloir de la prescription au regard du droit de cet Etat, 

à l'exclusion des tiers que cette règle ne protège pas (arrêt du Tribunal 

fédéral 1A.62/2006 du 27 juin 2006, consid. 4.4; cf. également ZIMMERMANN, 

La coopération judiciaire internationale en matière pénale, 4e éd., Berne 

2014, n° 669). Par ailleurs, il n'appartient en principe pas aux autorités 

suisses d'examiner si la prescription est acquise selon le droit de l'Etat 

requérant (arrêt du Tribunal fédéral 1A.184/2005 du 9 décembre 2005, 

consid. 2.11). Une demande d'entraide peut cependant être déclarée 

irrecevable s'il ne subsiste aucun doute qu'une procédure pénale ne peut 

être menée dans l'Etat réclamant en raison de la prescription (ZIMMERMANN, 

op. cit., ibidem, p. 684 et références citées sous note de bas de page 1062). 

Si la question de la prescription ne paraît pas certaine, il y a lieu d'accorder 

l'entraide, les tribunaux de l'Etat requérant demeurant en tout état de cause 

compétents pour trancher cette question en dernier ressort (ATF 44 I 180 

consid. 2 cité par ZIMMERMANN, op. cit., ibidem, note de bas de page 1062). 

 

6.3.1 En l'espèce, ainsi que le relève l'OFJ, rien dans la demande d'entraide ne 

permet de conclure qu'A. SA pourrait faire l'objet de la procédure ouverte en 

http://links.weblaw.ch/1A.62/2006

- 10 - 

 

 

Guinée. A ce titre, elle ne peut se prévaloir du grief de la prescription. 

 

6.3.2 La demande d'entraide précise que l'information guinéenne est «suivie 

contre D., E. et autres» (dossier MP-GE pièce no 10'001). Sur la base de 

cette seule mention, il n'est pas possible de savoir si l'enquête en cours vise 

également B. Cette question peut toutefois souffrir de rester indécise pour 

les raisons qui suivent. 

 

Les faits investigués du chef de corruption se sont déroulés, selon la 

demande d'entraide, de 2006 à 2010. Qualifiés de délit selon le droit étranger 

(art. 192 en lien avec les art. 2 et 10 de la Loi no 98/036 du 31 décembre 

1998 portant Code pénal de la Guinée), ils devraient se prescrire par trois 

ans (art. 3 et 4 de la Loi N° 037/AN/98 du 31 décembre 1998 portant Code 

de procédure pénale de la Guinée [ci-après: Code de procédure pénale 

guinéen]). Toutefois, selon le droit guinéen, si dans ce laps de temps, des 

actes d’instruction ou de poursuite sont effectués, la prescription est 

interrompue (art. 3 et 4 du Code de procédure pénale guinéen). Or, il 

apparaît que c'est suite à une enquête préliminaire que l'information 

judiciaire a été ouverte le 29 avril 2013. Il n'est dès lors pas exclu que la 

prescription ait été interrompue avant les actes effectués depuis cette 

dernière date. Par ailleurs, le MP-GE soulève que M. aurait obtenu un 

versement en lien avec les événements ici concernés encore en juillet 2013, 

ce qui aurait pour effet d'étendre l'enquête pénale à des événements 

postérieurs à 2010. Le fait qu'en juillet 2013, P. était détenu en Floride ne 

saurait être déterminant dans la mesure où le virement émane non de lui, 

mais d'une de ses sociétés. Au surplus, le décès de L. en 2008 ne semble 

pas avoir mis un terme aux versements dont M. aurait bénéficié dans ce 

contexte puisqu'elle aurait encore perçu des sommes d'argent en 2010 

(RR.2015.58/RR.2015.60 act. 17, p. 13, pt 34). Ainsi, contrairement à ce que 

soutiennent les recourantes, le schéma corruptif pourrait s'étendre au-delà 

de 2010. Les éléments qui précèdent permettent de conclure que des doutes 

subsistent quant à l'avènement effectif de la prescription pour tous les faits 

sous enquête. Par conséquent, les griefs y relatifs doivent être rejetés. La 

recourante pourra le cas échéant les invoquer devant les tribunaux de l'Etat 

requérant. 

 

 

7.  

7.1 Les recourantes font valoir par ailleurs une violation du principe de la 

spécialité. L'entraide ne serait en effet qu'un prétexte pour permettre au 

gouvernement d'obtenir des informations qui pourraient lui être utiles dans 

la campagne qu'il serait en train de mener contre I. Ltd pour récupérer 

définitivement les concessions qui lui avaient été octroyées. La Guinée serait 

- 11 - 

 

 

en outre opposée à I. Ltd devant un tribunal arbitral dans une cause de 

nature civile dans le cadre de laquelle la légalité des concessions est remise 

en cause. Ainsi, selon les recourantes, la Guinée mettra à profit les 

informations qu'elle pourrait recueillir par la voie de l'entraide dans un but 

tout à fait étranger à la procédure pénale concernée. Le MP-GE et l'OFJ 

considèrent tous deux que les arguments avancés par les recourantes sont 

trop généraux pour pouvoir être retenus. Le second précise cependant que 

la coopération avec la Guinée étant très peu fréquente, il ne s'opposerait pas 

à ce que des garanties complémentaires, telles que requises par les 

recourantes, soient demandées à l'Etat requérant. 

 

7.2 Le principe de la spécialité ancré à l'art. 67 EIMP interdit à l'Etat requérant 

d'utiliser les documents et renseignements fournis dans le cadre de l'entraide 

à d'autres fins que la répression des infractions pour laquelle l'Etat requis a 

accordé sa coopération. Ce principe est opposable à toutes les autorités de 

l'Etat requérant (ZIMMERMANN, op. cit., nos 727 et 728). 

 

7.3 Dans la décision entreprise, le MP-GE a pris soin de réserver le principe de 

la spécialité (RR.2015.58/RR.2015.60, act. 1, p. 4 et 5). Les recourantes 

soutiennent que cela ne suffit pas. Force est toutefois de constater avec 

l'OFJ et avec le MP-GE que les arguments qu'elles avancent pour invoquer 

que les éléments obtenus dans le cadre de la présente demande d'entraide 

seront utilisés par la Guinée dans d'autres procédures restent de nature très 

générale et hypothétique. Il reste cependant qu'une pièce au dossier révèle 

que l'Etude d'avocats C. LLP, par l'intermédiaire de laquelle la demande 

d'entraide guinéenne est parvenue à la Suisse, qui ont participé au tri des 

pièces, défend les intérêts de la Guinée dans une procédure arbitrale qui 

oppose celle-ci, depuis février 2015, à I. Ltd, en lien avec la question de 

l'attribution de la concession minière concernée (pièces recourantes 

RR.2015.58/RR.2015.60, no 23). Or, cette dernière société est expressément 

mentionnée dans la demande d'entraide (dossier MP-GE pièce no 10'006). 

Ainsi, l'implication de C. LLP dans la présente procédure d'entraide et dans 

la procédure arbitrale précitée apparaît délicate au regard du principe de la 

spécialité. Dès lors, lorsque l'OFJ acheminera les pièces concernées à l'Etat 

requérant, il devra spécifier la teneur de la réserve de la spécialité. Il attirera 

en conséquence l'attention de l'autorité guinéenne sur le fait qu'une 

utilisation de la documentation obtenue par la voie de l'entraide autre que 

dans le cadre de la procédure pénale ouverte en Guinée (et en particulier 

dans celui de la procédure arbitrale) est subordonnée à son approbation. 

Dans ces circonstances, il n'y a pas lieu de requérir des garanties au sens 

de l'art. 80p EIMP de la part de l'Etat requérant. 

 

7.4 Ce grief doit donc également être écarté. 

- 12 - 

 

 

8.  

8.1 A. SA se prévaut enfin d'une atteinte au principe de la proportionnalité. Elle 

considère en effet que nombre des documents que le MP-GE entend 

adresser à l'Etat requérant sont sans rapport avec l'infraction sous enquête 

et donc impropres à faire progresser celle-ci. Selon elle, leur transmission à 

l'autorité guinéenne doit donc être exclue. Le MP-GE rappelle pour sa part 

que les pièces en question ont été expressément désignées par les 

représentants de la Guinée lors du tri des pièces et qu'en conséquence elles 

doivent être considérées comme visées par la demande d'entraide; aussi 

convient-il de les transmettre. Quant à l'OFJ, il retient en substance que 

l'intérêt privé au secret d'affaires sous l'angle unique de la proportionnalité 

cède clairement le pas en l'espèce à l'intérêt public particulièrement grand 

visant à lutter contre des actes de corruption dont les conséquences 

économiques, financières et politiques sont importantes. 

 

8.2 Selon le principe de la proportionnalité, la question de savoir si les 

renseignements demandés sont nécessaires ou simplement utiles à la 

procédure pénale est en principe laissée à l'appréciation des autorités de 

poursuite de l'Etat requérant. L'Etat requis ne disposant généralement pas 

des moyens qui lui permettraient de se prononcer sur l'opportunité de 

l'administration des preuves acquises au cours de l'instruction étrangère, il 

ne saurait substituer sur ce point sa propre appréciation à celle des 

magistrats chargés de l'instruction. La coopération ne peut dès lors être 

refusée que si les actes requis sont manifestement sans rapport avec 

l'infraction poursuivie et impropres à faire progresser l'enquête, de sorte que 

la demande apparaît comme le prétexte à une recherche indéterminée de 

moyens de preuve (ATF 122 II 367 consid. 2c; arrêts du Tribunal pénal 

fédéral RR.2014.335-337 et RR.2015.51 du 3 juin 2015, consid. 7.2; 

RR.2009.33-36 du 25 juin 2009, consid. 3.1). Le principe de la 

proportionnalité interdit en outre à l'autorité suisse d'aller au-delà des 

requêtes qui lui sont adressées et d'accorder à l'Etat requérant plus qu'il n'a 

demandé. Cela n'empêche pas d'interpréter la demande selon le sens que 

l'on peut raisonnablement lui donner. Le cas échéant, une interprétation 

large est admissible s'il est établi que toutes les conditions à l'octroi de 

l'entraide sont remplies; ce mode de procéder permet aussi d'éviter 

d'éventuelles demandes complémentaires (ATF 121 II 241 consid. 3a; arrêt 

du Tribunal pénal fédéral RR.2009.286-287 du 10 février 2010, consid. 4.1). 

Sur cette base, peuvent aussi être transmis des renseignements et des 

documents non mentionnés dans la demande (TPF 2009 161 consid. 5.2; 

arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2010.39 du 28 avril 2010, consid. 5.1; 

RR.2010.8 du 16 avril 2010, consid. 2.2). 

 

S'agissant de demandes relatives à des informations bancaires, il convient 

http://links.weblaw.ch/ATF-122-II-367
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2014.335
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2015.51
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.33
http://links.weblaw.ch/ATF-121-II-241
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.286
http://links.weblaw.ch/TPF_2009_161
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2010.39
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2010.8

- 13 - 

 

 

en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire référence 

au soupçon exposé dans la demande d'entraide; il doit exister un lien de 

connexité suffisant entre l'état de fait faisant l'objet de l'enquête pénale 

menée par les autorités de l'Etat requérant et les documents visés par la 

remise (ATF 129 II 462 consid. 5.3; arrêts du Tribunal fédéral 1A.189/2006 

du 7 février 2007, consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet 2006, consid. 3.1). 

Les autorités suisses sont tenues, au sens de la procédure d'entraide, 

d'assister les autorités étrangères dans la recherche de la vérité en 

exécutant toute mesure présentant un rapport suffisant avec l'enquête 

pénale à l'étranger. 

 

Lorsque la demande vise à éclaircir le cheminement de fonds d'origine 

délictueuse, il convient en principe d'informer l'Etat requérant de toutes les 

transactions opérées au nom des personnes et des sociétés et par le biais 

des comptes impliqués dans l'affaire, même sur une période relativement 

étendue (ATF 121 II 241 consid. 3c). L'utilité de la documentation bancaire 

découle du fait que l'autorité requérante peut vouloir vérifier que les 

agissements qu'elle connaît déjà n'ont pas été précédés ou suivis d'autres 

actes du même genre (cf. arrêts du Tribunal fédéral 1A.259/2006 du  

26 janvier 2007, consid. 2.2; 1A.75/2006 du 20 juin 2006, consid. 3.2; 

1A.79/2005 du 27 avril 2005, consid. 4.2; 1A.59/2005 du 26 avril 2005, 

consid. 6.2). S'agissant de comptes susceptibles, comme en l'espèce, 

d'avoir reçu le produit d'infractions pénales, l'autorité requérante a intérêt à 

pouvoir prendre connaissance de la documentation d'ouverture du compte, 

afin notamment de connaître l'identité de l'ayant droit économique et des 

signataires autorisés. Elle dispose également d'un intérêt à être informée de 

toute transaction susceptible de s'inscrire dans le mécanisme mis en place 

par les personnes sous enquête en Guinée. Certes, il se peut également que 

les comptes litigieux n'aient pas servi à recevoir le produit d'infractions 

pénales, ni à opérer des virements illicites ou à blanchir des fonds. L'autorité 

requérante n'en dispose pas moins d'un intérêt à pouvoir le vérifier elle-

même, sur le vu d'une documentation complète, étant rappelé que l'entraide 

vise non seulement à recueillir des preuves à charge, mais également à 

décharge (ATF 118 Ib 547 consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral 1A.88/2006 

du 22 juin 2006, consid. 5.3; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2007.29 du 

30 mai 2007, consid 4.2). Selon la jurisprudence, le principe de l'utilité 

potentielle joue un rôle crucial dans l'application du principe de la 

proportionnalité en matière d'entraide pénale internationale. C'est le propre 

de l'entraide de favoriser la découverte de faits, d'informations et de moyens 

de preuve, y compris ceux dont l'autorité de poursuite étrangère ne 

soupçonne pas l'existence. Il ne s'agit pas seulement d'aider l'Etat requérant 

à prouver des faits révélés par l'enquête qu'il conduit, mais d'en dévoiler 

d'autres, s'ils existent. Il en découle, pour l'autorité d'exécution, un devoir 

http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-462
http://links.weblaw.ch/1A.189/2006
http://links.weblaw.ch/1A.72/2006
http://links.weblaw.ch/ATF-121-II-241
http://links.weblaw.ch/1A.259/2006
http://links.weblaw.ch/1A.75/2006
http://links.weblaw.ch/1A.79/2005
http://links.weblaw.ch/1A.59/2005
http://links.weblaw.ch/ATF-118-IB-547
http://links.weblaw.ch/1A.88/2006
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2007.29

- 14 - 

 

 

d'exhaustivité, qui justifie de communiquer tous les éléments qu'elle a réunis, 

propres à servir l'enquête étrangère, afin d'éclairer dans tous ses aspects les 

rouages du mécanisme délictueux poursuivi dans l'Etat requérant (arrêts du 

Tribunal pénal fédéral RR.2010.173 du 13 octobre 2010, consid. 4.2.4/a et 

RR.2009.320 du 2 février 2010, consid. 4.1; ZIMMERMANN, op. cit., n° 722). 

 

8.3  

8.3.1 A titre préalable, il convient de relever que la Guinée requiert la transmission 

de toutes informations concernant de multiples personnes physiques et 

morales liées à I. Ltd pour la période «allant du 1er janvier 2005 à ce jour» 

soit jusqu'au 6 août 2013 (pièce MP-GE no 10'005). Dès lors, l'affirmation de 

la recourante selon laquelle la période jugée pénalement pertinente court de 

«2006 à 2009, voire début 2010» est erronée. On ne saurait donc, ainsi 

qu'elle le suggère, écarter par principe les pièces qui sortent du cadre 

temporel selon elle déterminant. En outre, sous l'angle du principe de l'utilité 

potentielle, il doit être possible pour l'autorité d'investiguer en amont et en 

aval du complexe de faits décrit dans la demande et de remettre des 

documents antérieurs ou postérieurs à l'époque des faits indiqués, ce 

lorsque comme en l'espèce les faits poursuivis s'étendent sur une période 

longue ou indéterminée ou que des fonds ont suivi des cheminements 

complexes et tortueux (ZIMMERMANN, op. cit., no 722). Il en découle que le 

fait que des documents soient antérieurs à 2005 ou postérieurs au 6 août 

2013 n'est en soi pas un empêchement à leur transmission à l'Etat requérant. 

 

8.3.2 Par ailleurs, les informations requises par la Guinée dans sa demande 

d'entraide visent expressément notamment BB. et CC. En conséquence, rien 

ne s'oppose à ce que leurs papiers d'identité ou des pièces qui les 

concernent directement soient remis à la Guinée (pièces recourantes 

RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. C, pièces no 31 et 37). En outre, ainsi que 

le relèvent le MP-GE et l'OFJ, les documents dont la transmission est 

querellée ont été sélectionnés par les représentants de l'autorité requérante 

lors de leur venue en Suisse. Dès lors, ils font intégralement partie de la 

demande d'entraide (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2014.100-101 du 

22 mai 2014, consid. 3.2 in fine).  

 

8.3.3 Certes, pour plusieurs documents, la recourante fait valoir le secret 

d'affaires, lequel, selon elle, primerait l'intérêt à leur transmission. Il faut 

rappeler à ce sujet que l'art. 9 EIMP prévoit que la protection du domaine 

secret est réglée conformément aux dispositions sur le droit de refuser de 

témoigner. En principe, seules ont le droit de refuser de témoigner les 

personnes titulaires non pas de simples secrets d'affaires, mais d'un secret 

professionnel qualifié au sens de l'art. 321 CP (cf. ég. art. 171 CPP). N'en 

font partie ni les banques (ATF 123 II 153 consid. 7) ni les fiduciaires ou 

http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2010.173
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.320
http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-153

- 15 - 

 

 

gérants d'affaires (arrêt du Tribunal fédéral 1A.61/2001 du 5 novembre 2001, 

consid. 2b/aa). L'intérêt au secret d'affaires peut toutefois prévaloir au terme 

de la pesée d'intérêts commandée par le principe de la proportionnalité (arrêt 

du Tribunal fédéral 1C_247/2011 du 6 juin 2011, consid. 1.3). 

 

En l'espèce, la recourante ne fait valoir aucun motif qui l'autoriserait à refuser 

de témoigner. Il ressort ainsi de ce qui précède que le grief soulevé peut 

uniquement être abordé sous l'angle de la proportionnalité. La majeure partie 

des documents pour lesquels la recourante invoque l'existence d'un secret 

d'affaires vise les fondations S. et T. sises au Liechtenstein (pièces 

recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. C, pièces nos 1, 4, 14, 16, 17, 

29, 30, 43, 44, 45, 46, A22 et A26). Or, l'autorité requérante sollicite 

expressément des informations relatives à ces dernières, lesquelles 

apparaissent directement impliquées dans les faits sous enquête. En effet, 

c'est par leur biais que N. détiendrait I. Ltd, lequel est le principal mis en 

cause dans les faits de corruption investigués. Il appert ainsi que les 

documents inventoriés sous ce chapitre par la recourante pourraient 

effectivement intéresser la Guinée qui tente de faire la lumière sur, entre 

autres, l'enchevêtrement complexe des sociétés du groupe de N., sur leur 

gestion, ainsi que les instructions fournies aux sociétés plus particulièrement 

affectées au marché guinéen dans le cadre du schéma de corruption sous 

enquête. Aussi, les intérêts privés au secret d'affaires ne sauraient en 

l'espèce l'emporter sur la transmission de documents nécessaires à 

l'élucidation d'une infraction aussi grave que la corruption. Partant, en 

prévoyant de transmettre ces documents à l'Etat requérant, la décision 

querellée ne saurait prêter le flanc à la critique. 

 

8.3.4 Le raisonnement précité quant à l'utilité potentielle des documents à 

transmettre vaut également pour tous ceux relatifs à A. SA (pièces 

recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. C, pièces nos 3, 22, 23, 37; 

B1) notamment au regard de ses liens avec N. et la fondation S. qui est l'une 

de ses clientes. A. SA recevait en effet notamment des recommandations de 

N. quant à la réalisation de différents projets et a, entre autres, vendu O. à 

Q. et P. (pièce MP-GE, classeur C.1.2, procès-verbal d'audience de B. du 

21 janvier 2014, p. 4, 5, 7), lesquels sont impliqués dans la corruption sous 

enquête dans l'Etat requérant. Ces éléments suffisent à admettre que toute 

la documentation relative à la recourante, y compris celle relative à sa 

relation bancaire, est d'intérêt pour l'Etat requérant. 

 

8.3.5 Il en va de même pour la pièce no 39 «Power of Attorney», soit la procuration 

de I. Ltd du 18 novembre 2009 de la main de DD. Certes, il y est fait mention 

des conséquences fiscales en Hollande, mais cela en lien avec l'acquisition 

prévue par I. Ltd – citée dans la demande d'entraide – d'une société EE. BV 

http://links.weblaw.ch/1A.61/2001
http://links.weblaw.ch/1C_247/2011

- 16 - 

 

 

active elle aussi sur le marché minier (dossier MP-GE, classeur C.4.2, 

dossier no 39). 

 

8.3.6 A. SA s'en rapporte à justice pour la transmission de deux documents 

distincts (pièces recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. D, pièces nos 

N32 et N58). Le premier, le «rapport confidentiel Z. – I. Ltd» doit être transmis 

à la Guinée. De fait, il vise précisément le complexe factuel sous enquête. 

Quant au deuxième, la liste des invités au mariage de la fille de N. domiciliés 

à l'étranger du 17 septembre 2009, il y a également lieu de la transmettre. 

On rappellera en effet que les autorités requérantes cherchent à faire la 

lumière sur l'imbrication des sociétés du groupe de N. et sur les différents 

intervenants, raison pour laquelle la pièce en question peut s'avérer utile. 

 

8.3.7 La recourante invoque que deux pièces sont couvertes par le secret 

professionnel en tant qu'elles seraient des documents de travail préparés par 

une Etude d'avocat à la suite de l'ouverture des procédures pénales en 

Guinée notamment (pièces recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, 

let. D, pièces nos N30 et N31). Le MP-GE a précisé à ce sujet dans la décision 

entreprise que les deux pièces en question ne ressortissent pas à l'activité 

typique de l'avocat et ne peuvent donc bénéficier d'aucune protection 

particulière. 

 

Le secret professionnel couvre tous les faits et documents liés à l'activité 

typique de l'avocat au sens de l'art. 321 CP (cf. également l'art. 13 de la loi 

fédérale sur la libre circulation des avocats [LLCA; RS 935.61]). Tel est le 

cas pour les tâches consistant à donner des conseils juridiques, à fournir des 

avis de droit, à défendre les intérêts d'autrui et à intervenir devant les 

tribunaux pour assister ou représenter un client (CORBOZ, Les infractions en 

droit suisse, vol. II, 3e éd., Berne 2010, n° 10 ad art. 321 CP; le même, Le 

secret professionnel, SJ 1993 p. 82; STOUDMANN, Le secret professionnel de 

l'avocat: jurisprudence récente et perspectives, RPS 126/2008, p. 144 ss, 

147). Le secret professionnel ne peut en revanche pas être opposé à la 

saisie de pièces qui concernent une activité purement commerciale de 

l'avocat (cf. ATF 126 II 495 consid. 5e/aa; 120 Ib 112 consid. 4; 117 Ia 341  

consid. 6a/cc; 112 Ib 606; ég. arrêt du Tribunal fédéral 1A.182/2001 du 

26 mars 2002, consid. 6.3). Il a ainsi été jugé que ce qui était confié à un 

avocat en sa qualité d'administrateur de société (ATF 115 Ia 197 consid. 3d; 

115 Ia 197; 114 III 105 consid. 3a; 101 Ib 245), de gérant de fortune  

(ATF 112 Ib 606 ) ou dans le cadre d'un mandat d'encaissement d'un chèque 

(ATF 120 Ib 112 consid. 4) n'était pas couvert par le secret professionnel. 

S'agissant de gestion et d'administration des biens d'une fondation, de 

structures commerciales au sein desquelles l'avocat occupe lui-même des 

fonctions d'organe et également de transferts de valeurs patrimoniales, il ne 

https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F117-IA-341%3Afr&number_of_ranks=0#page341
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F117-IA-341%3Afr&number_of_ranks=0#page341
http://links.weblaw.ch/ATF-120-IB-112
http://links.weblaw.ch/ATF-117-IA-341
http://links.weblaw.ch/ATF-112-IB-606
http://links.weblaw.ch/1A.182/2001
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F115-IA-197%3Afr&number_of_ranks=0#page197
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F115-IA-197%3Afr&number_of_ranks=0#page197
http://links.weblaw.ch/ATF-115-IA-197
http://links.weblaw.ch/ATF-114-III-105
http://links.weblaw.ch/ATF-101-IB-245
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F112-IB-606%3Afr&number_of_ranks=0#page606
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F112-IB-606%3Afr&number_of_ranks=0#page606
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F120-IB-112%3Afr&number_of_ranks=0#page112
https://expert.bger.ch/php/expert/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=date_desc&insertion_date=&top_subcollection_aza=all&query_words=%22activit%E9+typique%22&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F120-IB-112%3Afr&number_of_ranks=0#page112

- 17 - 

 

 

s'agit pas d'activités spécifiques de l'avocat couvertes par le secret 

professionnel, mais de prestations de service pour la fourniture desquelles 

l'avocat est en concurrence avec d'autres professions (banquiers, conseils 

en gestion de patrimoine, fiduciaires; arrêt du Tribunal pénal fédéral 

RR.2012.271 du 18 juillet 2013, consid. 4 et références citées). 

 

La question de savoir si en l'espèce cet argument n'est pas tardif – dans la 

mesure où il aurait dû être invoqué au moment de la perquisition – peut 

souffrir de rester indécise. En effet, rien dans les pièces concernées ne 

permet de conclure qu'elles auraient été établies par un avocat. Cela scelle 

la question. 

 

8.3.8 S'agissant de l'extrait du registre du Commerce (LIE) FF. (pièces 

recourantes RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. D, pièce no N21), il faut 

relever qu'au nombre des membres de la fondation figure entre autres GG. 

Corp., une société visée expressément par la demande d'entraide. Rien ne 

s'oppose donc à la remise de ce document. 

 

8.3.9 En ce qui concerne «le document n° 1» (pièces recourantes 

RR.2015.58/RR.2015.60, no 1, let. D, pièce no N21), dans la mesure où ce 

document a été établi par A. SA, sa transmission se justifie. 

 

8.4 On conclura ainsi que le grief relatif à la violation de la proportionnalité est 

également inopérant. 

 

 

9. En règle générale, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêt, 

les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge de la 

partie qui succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2 

let. b LOAP). Le montant de l'émolument est calculé en fonction de l'ampleur 

et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, de leur 

situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 

al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, 

dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010 

[RFPPF; RS 173.713.162]; ég. art. 63 al. 5 PA). Dans la mesure où les 

recourantes ont succombé, elles supporteront solidairement un émolument 

de CHF 8'000.--, réputé couvert par les avances de frais acquittées. La 

caisse du Tribunal pénal fédéral restituera aux recourantes le solde des 

avances de frais versées par CHF 2'000.--. 

 

 

 

- 18 - 

 

 

Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 

 

1. Les procédures RR.2015.58 et RR.2015.60 sont jointes. 

 

2. Les recours sont rejetés. 

 

3. Un émolument de CHF 8'000.--, couvert par les avances de frais déjà 

versées, est mis à la charge solidaire des recourantes. La caisse du 

Tribunal pénal fédéral restituera aux recourantes le solde des avances de frais 

versées par CHF 2'000.--. 

 

 

Bellinzone, le 17 août 2015 

 

Au nom de la Cour des plaintes 

du Tribunal pénal fédéral 

 

Le président: La greffière:  

 

 

 

 

 

Distribution 

 

- Me Corinne Corminboeuf Harari, avocate  

- Ministère public du canton de Genève 

- Office fédéral de la justice, Unité Entraide judiciaire 

 

 

 

Indication des voies de recours 

Le recours contre une décision en matière d’entraide pénale internationale doit être déposé devant 
le Tribunal fédéral dans les 10 jours qui suivent la notification de l’expédition complète (art. 100 al. 1 
et 2 let. b LTF). 
 
Le recours n’est recevable contre une décision rendue en matière d’entraide pénale internationale 
que s’il a pour objet une extradition, une saisie, le transfert d’objets ou de valeurs ou la transmission 
de renseignements concernant le domaine secret et s’il concerne un cas particulièrement important 
(art. 84 al. 1 LTF). Un cas est particulièrement important notamment lorsqu’il y a des raisons de 
supposer que la procédure à l’étranger viole des principes fondamentaux ou comporte d’autres vices 
graves (art. 84 al. 2 LTF).  

http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2014.335
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2014.336