# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 396af6ed-439f-51f7-94ac-93b762c6d27c
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-04-29
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 29.04.2004 CR.2004.0048
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_CR-2004-0048_2004-04-29.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 29 avril 2004

sur le recours interjeté par X.________,
dont le conseil est l'avocat Paul-Arthur Treyvaud, à Yverdon-les-Bains,

contre

la décision du Département de la sécurité et
de l'environnement, Service des automobiles et de la navigation, du 26
janvier 2004 (report d'exécution).

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Vincent
Pelet, président; M. Jean-Daniel Henchoz et M. Jean-Claude Favre,
assesseurs. Greffier : Nader Ghosn.

Vu les faits suivants:

A.                     X.________, né le 26
mai 1980, est titulaire d'un permis de conduire pour les catégories A2, B, D2,
E, F et G depuis le 6 avril 1999. Il a fait l'objet d'une mesure de retrait du
permis d'une durée de deux mois, selon décision du 24 septembre 2001, dont
l'exécution à pris fin le 14 novembre 2001, pour excès de vitesse (145/100).

B.                    Le jeudi 17 juillet
2003, vers 00h.50, de nuit, sur l'autoroute A5 Yverdon / Grandson à un endroit
où la vitesse est limitée à 80 km/h, s'est produit un incident de la
circulation que la gendarmerie décrit ainsi dans son rapport du 23 juillet 2003
:

"A l'endroit en question, où le trafic
s'effectuait en bidirectionnel sur la chaussée lac, M. X.________ circulait de
Corcelettes vers Yverdon-les-Bains, à environ 100 km/h, selon ses dires, feux
de croisement enclenchés. Aux alentours du kilométrage précité, cet usager
s'assoupit et laissa dévier son véhicule vers la gauche. Lors de cette
manœuvre, il heurta successivement 2 balises provisoires posées sur la ligne de
sécurité démarquant les deux courants du trafic."

                        Par courrier du 24
octobre 2003, le Service des automobiles a informé X.________ qu'il envisageait
de prononcer à son encontre une mesure de retrait du permis d'une durée de sept
mois.

                        X.________ s'est déterminé
le 15 novembre 2003 en demandant un allégement de la sanction. Il a mis en
avant être la seule personne à avoir été lésée par l'accident et le fait que le
préjudice financier de 2'000 fr. déjà subi serait une punition suffisante.
X.________ dit ne plus se souvenir de la vitesse à laquelle il roulait et avoir
répondu aux gendarmes encore sous le coup de l'accident. Pour le surplus,
X.________ a souligné sa participation au Y._______ de 2004, ce qui rend
l'utilisation de son véhicule indispensable en raison des nombreuses assemblées
organisées en vue de cette manifestation.

C.                    Par décision du 26
janvier 2004, le Service des automobiles a prononcé à l'encontre de X.________
une mesure de retrait du permis d'une durée de six mois, dès et y compris le 24
avril 2004, sauf pour les catégories spéciales F, G et M.

                        Agissant en temps
utile le 16 février 2004, X.________ a recouru contre cette décision pour
demander le report de la date du dépôt du permis au 17 août 2004. Le
recourant explique qu'il est président du comité d'organisation du Y.________
pour l'année 2004 et qu'il travaille depuis deux ans à l'organisation de la
manifestation qui réunira environ 10'000 personnes et dont le budget est de
l'ordre de 400'000 francs. Ses fonctions l'amènent à se déplacer fréquemment
dans des villages qui ne sont pas accessibles par les transports publics
(séance du comité central, qui organise ses réunions partout dans le canton,
deux fois par semaine) si bien qu'il lui est difficile d'exercer sa charge sans
pouvoir se déplacer en voiture; le recourant met en avant qu'il lui est
moralement impossible de se dégager des responsabilités qui lui ont été
confiées et qu'il n'assumera qu'une fois dans sa vie. Le recourant, qui dit
être prêt à déposer son permis le lendemain de la manifestation qui se
déroulera du 11 au 15 août 2004, met en avant que l'exécution de la décision
avant le 17 août 2004 provoquerait une gêne sensiblement plus importante que
celle qui accompagne normalement le retrait du permis de conduire.

                        L'effet suspensif a
été accordé au recours. Le Service des automobiles s'est déterminé le 24
février 2004 et a conclu au rejet du recours.

D.                    Le Tribunal a statué à
huis clos.

Considérant en droit:

1.                     Pour décider du report
de l'exécution d'une mesure de retrait, il faut mettre en balance l'intérêt
public à l'exécution rapide d'une mesure de retrait destinée à déployer un
effet admonitoire et l'intérêt privé du conducteur qui sollicite un délai pour
déposer son permis; cette pesée des intérêts doit notamment se faire au regard
du principe de la proportionnalité; il faut ainsi éviter que l'exécution
immédiate du retrait entraîne des conséquences démesurées, sans proportion avec
celles, moindres, qui résulteraient de l'octroi d'un délai pour déposer le
permis. Cependant, le tribunal a toujours jugé qu'il ne fallait pas permettre à
un conducteur faisant l'objet d'une mesure de retrait de choisir le moment du
dépôt du permis pour que celui-ci coïncide notamment avec une période de
vacances, car l'admission de ce procédé aurait pour effet de réduire
l'efficacité de la mesure de retrait (voir notamment CR 1994/0203 et
CR 1993/0342 et les références citées). Il ne peut être tenu compte de
tous les voeux, requêtes ou besoins du conducteur; les perturbations et
contraintes, même importantes, sont inhérentes à la privation du droit de
conduire et font partie intégrante de ses effets éducatifs (cf. CR 1997/0119 du
3 juillet 1997). En outre, la réputation du conducteur a son importance en ce
sens que si celle-ci est mauvaise, on admettra un ajournement avec beaucoup
plus de réserves que si elle est intacte (cf. JT 1993 I 702). Ainsi, le
Tribunal administratif a admis de reporter d'environ six mois l'exécution d'une
mesure de retrait du permis d'un mois (prononcée pour non-respect de la
priorité d'un piéton), de manière à la faire coïncider avec l'entrée à l'école
de recrues de l'intéressé, un jeune conducteur, charpentier, sans antécédent,
qui pouvait se prévaloir d'une importante utilité professionnelle du permis (CR
2003/0123 du 10 décembre 2003, qui cite notamment l'ATF 126 II 196).

                        Depuis le 1er juillet
2001, les conducteurs bénéficient d'office, pour déposer leur permis, d'un
délai de six mois, en principe non prolongeable, à compter de la date du
préavis de retrait du Service des automobiles, ce qui leur permet, en règle
générale, de disposer de suffisamment de temps pour s'organiser en prévision de
l'exécution de la mesure. Se référant à cette nouvelle pratique, le Tribunal a
refusé de reporter, de début août à Noël, l'exécution d'une mesure de retrait
du permis d'un mois prononcée pour excès de vitesse, dans le cas d'une
conductrice dont les antécédents étaient mauvais (un avertissement et deux
mesures de retrait du permis d'un mois, mesures ordonnées entre 1995 et 2001
pour des excès de vitesse; CR 2003/0095 du 5 novembre 2003).

                        En l'espèce, le
recourant n'a pas d'antécédents, ce qui est une circonstance favorable. Le
Tribunal a toutefois pu se convaincre que l'intérêt particulier du recourant à
pouvoir exercer ses fonctions de président de la manifestation qui se tiendra
du 11 au 15 août peut encore l'emporter sur les considérations liées à la
nécessité d'exécuter la mesure litigieuse au plus tôt : il est décisif à cet
égard que le recourant ne cherche pas à échapper aux conséquences de son acte
en discutant la qualification de l'infraction, et qu'il mette en avant, pour
obtenir le report, une circonstance exceptionnelle, ponctuelle, justifiant un
besoin accru de son permis; dans ces conditions, la durée de six mois du
retrait permet à la mesure de conserver un effet admonitoire même si son
application est retardée. La décision est en conséquence réformée en ce sens
que le délai pour le dépôt du permis de conduire est fixé au 17 août 2004. Le
recours est ainsi admis, de sorte que les frais sont laissés à la charge de
l'Etat; assisté, le recourant a droit à des dépens.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
admis.

II.                     La décision du
Département de la sécurité et de l'environnement, Service des automobiles et
de la navigation du 26 janvier 2004, est réformée en ce sens que le délai
pour le dépôt du permis de conduire est fixé au 17 août 2004; elle est
confirmée pour le surplus.

III.                     Les frais de
justice sont laissés à la charge de l'Etat.

IV.                    L'Etat, par l'intermédiaire
du Service des automobiles et de la navigation, versera à X.________ une
indemnité de 400 (quatre cents) francs à titre de dépens.

np/Lausanne, le 29 avril 2004

Le président:                                                                                             Le
greffier:

                                                                                                                  

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans
les trente jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif au
Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux articles 24 al. 2 et 6
LCR (RS 741.01) et 103 ss de la loi fédérale d'organisation judiciaire (RS
173.110)