# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e5b83084-075b-5143-91a6-95e19aeacdb7
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2006-02-24
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 24.02.2006 RE.2005.0052
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_RE-2005-0052_2006-02-24.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

  TRIBUNAL
  ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt incident du 24 février
  2006 

  
	
  Composition

  	
  M. François Kart, président; MM Pierre
  Journot et  Vincent Pelet, juges,  

  

 

	
  Recourants

  	
  1.

  	
  AX.________, à Lausanne,
  représenté par le Centre Social Protestant-Vaud, à Lausanne,  

  

 

	
   

  	
  2.

  	
  BX.________, à Lausanne,
  représentée par le Centre Social Protestant-Vaud, à Lausanne,  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Juge instructeur (RZ) du recours au
  fond,  

  

   

	
  Autorités concernées

  	
  1.

  	
  Administration fédérale des
  contributions, Division principale DAT,  

  

 

	
   

  	
  2.

  	
  Administration cantonale des impôts,
  

  

   

 

	
   

  	
  Recours AX.________ et consort c/ décision du juge
  instructeur (RZ) du recours au fond du 18 novembre 2005 dans la cause
  FI.2005.0191

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
Après une période de chômage, AX.________ a travaillé
successivement chez Free Man (missions temporaires), puis chez König Tapis SA,
à Lausanne jusqu’en 1996, date à laquelle il aurait été licencié pour n’avoir
pas été en mesure de reprendre son emploi, suite à un accident survenu en 1995.
Il a requis de l’Office cantonal de l’assurance-invalidité de pouvoir
bénéficier d’une rente. Dans l’attente d’une décision, il a perçu avec son
épouse l’aide sociale des services sociaux lausannois, car son état de santé ne
lui permettait pas d’être apte au placement et, partant, de prétendre à
l’indemnité de chômage. Par décision du 30 juin 2000, une demi - rente AI lui a
été octroyée ; le versement rétroactif aurait été entièrement compensé par
les avances des services sociaux. En outre, des prestations complémentaires ont
été octroyées aux époux X.________ dès cette date.

Durant la périodes de taxation 1995-1996 (années de
calcul 1993-1994), les époux X.________-Rizova ont déclaré un revenu imposable
de 40'200 francs ; durant les périodes 1997-1998 à 2001-2002 (années de
calcul 1995-1996 à 1999-2000), ils ont annoncé un revenu imposable égal à zéro
francs. Ils ont constamment déclaré en outre une fortune imposable nulle. Des
décisions de taxation définitive leur ont été notifiées sur cette base, tant en
matière d’impôt fédéral direct qu’en matière d’impôt cantonal et communal.

B.                              
En date du 12 mars 2002, l’Administration cantonale des
impôts (ci-après : ACI) informait les époux X.________ de ce qu’elle
ouvrait une procédure à leur encontre pour soustraction d’impôt ; en
effet, suite à des renseignements parvenus à l’ACI, il est ressorti que le
contenu des déclarations d’impôt de ces derniers pour les périodes 1995-1996 à
2001-2002 seraient inexactes.

Dans une décision du 10 septembre 2004, l’ACI a effectué
des reprises à hauteur de 351'627 fr. sur le revenu des époux X.________ et à
hauteur de 360'000 fr. sur leur fortune. Ces reprises concernaient les années
de calcul 1993 à 2000. Les époux X.________ se sont pourvus contre cette
décision auprès du Tribunal administratif. Dans un arrêt partiel du 21 juin
2005, ce dernier a confirmé la décision attaquée en tant qu’elle avait trait
aux rappels d’impôts sur le revenu. Il a en revanche annulé cette décision en
tant qu’elle concernait les rappels d’impôts sur la fortune et renvoyé la cause
à l’autorité intimée pour instruction et nouvelle décision sur ce point.
S'agissant des rappels d'impôt sur la fortune, le tribunal a constaté, en
substance, que la fortune de 120'000 fr retenue par l'autorité intimée pour les
années de calcul 1996, 1998 et 2000, correspondant au produit de la vente de
terrains dont AX.________ aurait hérité en ex-Yougoslavie, n'était pas
démontrée à satisfaction de droit 

C.                              
Par arrêt du 8 août 2005, le Tribunal fédéral a rejeté,
dans la mesure où il était recevable, le recours de droit administratif formé
par les époux X.________ contre l’arrêt du Tribunal administratif du 21 juin
2005.

D.                              
En date du 8 septembre 2005, les époux X.________ ont été
informés que la cause était reprise en tant qu’elle porte sur les amendes pour
soustraction fiscale et ont été invités à effectuer une avance de frais de
2'500 fr. d’ici le 28 septembre 2005.

E.                              
Le 22 septembre 2005, les époux X.________ ont informé le
tribunal par l’intermédiaire de leur mandataire qu’ils n’étaient pas en mesure
d’effectuer l’avance de frais requise.

F.                               
En date du 4 octobre 2005, le juge instructeur a accordé
aux recourants des modalités spéciales de paiement à forme de l’art. 39 al. 2
de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives
(LJPA), à savoir la faculté de s'acquitter de l’avance de frais en cinq
acomptes de 500 fr. payables au plus tard les 31 octobre 2005, 30 novembre
2005, 31 décembre 2005, 31 janvier 2006 et 28 février 2006. Cet avis indiquait
que le refus ou le défaut de paiement de l’un des acomptes dans le délai
prescrit serait présumé équivaloir à une demande d’assistance judiciaire au
sens de l’art. 40 LJPA. 

G.                              
Le premier délai fixé au 31 octobre 2005 ayant expiré sans
que le montant de 500 fr. ne soit versé, le juge instructeur a, dans une
décision du 18 novembre 2005, rejeté la demande d’assistance judiciaire
présentée par les époux X.________ et fixé un délai au 31 décembre 2005 le
délai pour régler en totalité l'avance de 2'500 francs. 

H.                              
AX.________ s’est pourvu contre cette décision auprès du Tribunal
administratif le 29 novembre 2005. A l’appui de son recours, il fait valoir que
les revenus du couple se limitent à la rente entière d’invalidité de son
épouse, à sa propre demi rente d’invalidité et à des prestations
complémentaires. Il soutient en outre ne disposer d’aucune fortune. L’ACI a
indiqué s’en remettre à justice. Le juge intimé a conclu au rejet du recours en
se référant à la décision attaquée. A la requête du magistrat instructeur, le
recourant a produit des photocopies de sa déclaration d’impôt 2004 et de celle
de son épouse, différentes pièces relatives à ses revenus et à ceux de son
épouse (rentes AI, prestations complémentaires, revenus complémentaires pour la
tenue d'une conciergerie), une photocopie de son contrat de bail ainsi qu’un
budget mensuel.

Considérant en droit

1.                               
L'exigence d'une avance de frais de 2'500 fr. figurant
déjà dans les décisions du magistrat instructeur des 8 septembre et 4 octobre
2005, on peut se demander si le recours n'est pas tardif. Dès lors que le magistat
instructeur est entré en matière sur leur demande tendant au réexamen de la
question de l'avance de frais en rendant une nouvelle décision le 4 octobre
2005, qui ne mentionnait pas les voie et délai de recours, on ne saurait
cependant faire grief aux recourants de ne pas avoir attaqué cette décision en
temps utile. A cela s'ajoute que la décision du 4 octobre 2005 était
contradictoire dans la mesure où elle mentionnait que le recours serait déclaré
irrecevable en cas de défaut de paiement d'un des acomptes (ch.2) tout en
précisant qu'en cas de refus ou de défaut de paiement d'un des acomptes, les recourants
seraient sensés demander l'assistance judiciaire et que le magistrat
instructeur rendrait une décision formelle à ce sujet (ch. 3). Cette manière de
procéder s'avérant plutôt singulière et étant susceptible d'induire les recourants
en erreur, il y a lieu de considérer que ceux-ci ont agi en temps utile en
recourant dans le délai de 10 jours prescrit par l'art. 51 al. 1 LJPA contre la
décision du magistrat instructeur du 18 novembre 2005. Le recours étant au
surplus recevable à la forme, il y a lieu d'entrer en matière sur le fond. 

2.                               
Dans son pourvoi, le recourant requiert une dispense
d'avance de frais, sans demander l'assistance judiciaire complète au sens de
l'art. 40 LJPA, cette dernière comprenant notamment la désignation d'un avocat
d'office. Le litige se limite par conséquent à la question de savoir si une
dispense d'avance de frais aurait dû être octroyée en application de l'art. 39
al. 2 LJPA.

a) L'art. 39 LJPA dispose que le recourant peut être
invité à déposer un montant destiné à garantir le paiement de l'émolument et
des frais qui seraient mis à sa charge en cas de rejet du recours (al. 1);
lorsque l'équité l'exige, il est possible de renoncer à cette avance ou de
consentir des délais ou des modalités spéciales (al. 2). L’indigence du
recourant, qui constitue un motif d’équité justifiant la dispense de l’avance
de frais, s’apprécie par rapport aux critères posés à l’art. 40 LJPA (arrêts
RE.2001.0012 du 21 mars 2001 et les références citées). Il faut que la fortune
et les revenus de l’intéressé ne soient pas suffisants pour lui permettre
d’assurer les frais de la procédure sans entamer la part de ses biens qui est
nécessaire à son entretien et à celui de sa famille. Pour définir ces critères,
la jurisprudence fait référence aux critères comparables, fixés par l’art. 17
de la loi sur la prévoyance et l’aide sociale du 25 mai 1977 (LPAS) pour
définir le cercle des bénéficiaires de l’aide sociale (RE 2005.0015 du 10
février 2006, RE.1998.0017 du 21 mars 2000). Selon cette disposition (à ce jour
abrogée), l’aide sociale est accordée à toute personne dépourvue des moyens
nécessaires à satisfaire ses besoins vitaux et personnels indispensables.
Ainsi, la condition de l’indigence est remplie lorsque le paiement de l’avance
grève les ressources du recourant au-delà de la limite des prestations de
l’aide sociale vaudoise déterminées par les barèmes que le Département de la
santé et de l’action sociale édicte en vertu de l’art. 21 LPAS (RE 2005.0015 et
RE.1998.0017précités).

À dater 1er janvier 2006, la loi sur l’action
sociale du 2 décembre 2003 (LASV, RSV 850.051) a remplacé la LPAS (abrogée par
l’art. 56 du règlement d’application de la nouvelle loi, RLASV, RS 850.051.1).
La nouvelle loi du 2 décembre 2003 définit le revenu d’insertion (art. 27
LASV), qui comprend une prestation financière, elle-même composée d’un montant
forfaitaire et d’un supplément correspondant au loyer effectif dans les limites
fixées par le règlement (art. 31 LASV). Selon le barème RI applicable à ce jour,
le forfait par mois pour deux personnes s’élève à 1'545 fr., montant auquel il
convient d'ajouter le loyer mensuel du recourant, soit 1'795 fr. 

 

b) En l’occurrence, le recourant dispose, avec son
épouse, d’une rente AI de 2052 fr., à laquelle s’ajoutent des prestations
complémentaires de 1'180 fr., et un revenu de 428 fr. pour une activité
lucrative, soit un revenu mensuel de 3660 fr, ce qui représente un solde de 320
fr. par rapport au barème RI. Au surplus, il résulte de leur dernière taxation
que les époux X.________ n'ont pas de fortune. On relève à cet égard que, en
l’état, l’existence d’une fortune de 120'000 fr. correspondant au prix de vente
de terrains dont le recourant aurait hérité en ex-Yougoslavie n’est pas établie
(cf. arrêt FI.2005.0003 consid. 4 let. b bb). De même, il n'est pas démontré
que ceux-ci disposeraient encore d'économies provenant des gains réalisés et
non déclarés entre 1993 et 2000.

3.                               
Vu ce qui précède, les recourants ne sont pas en mesure
d’effectuer l'avance de frais de 2'500 fr. fixée par le juge intimé sans
entamer la part de leurs biens qui est nécessaire à leur entretien. Ceux-ci
pourraient tout au plus effectuer cette avance au moyen d'acomptes mensuels. En
raison des retards que cela impliquerait pour la procédure, de telles modalités
de paiement ne sauraient cependant entrer en considération. Le recours doit par
conséquent être admis et la décision attaquée réformée en ce sens que les recourants
sont dispensés d'effectuer une avance de frais. 

 

Par ces motifs

la section des recours

du Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours incident est admis.

II.                                
La décision attaquée est réformée en ce sens que les recourants
sont dispensés d'effectuer une avance de frais.

III.                               
Le présent arrêt est rendu sans frais ni dépens. 

Lausanne, le 24 février 2006 

 

                                                                     Le
président:    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.