# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** f23572eb-a263-5026-8fc2-2bed65cad6fa
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2006-02-07
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 07.02.2006 AC.2004.0096
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_AC-2004-0096_2006-02-07.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

  TRIBUNAL
  ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt du 7 février 2006 

  
	
  Composition

  	
  Mme Isabelle Guisan, présidente; M. Renato Morandi et
  M. Jean-Daniel Rickli; assesseurs. Mme Anouchka Hubert, greffière.

  

 

	
  Recourants

  	
   

  	
  BAUMGARTNER Hans-Peter et Françoise,
  à Buchillon, représentés par Jean-Daniel THERAULAZ,
  avocat, à Lausanne,

  

   

	
  Autorités intimées

  	
  1.

   

  	
  Municipalité de Buchillon, représentée
  par Jean-Michel HENNY, avocat, à Lausanne, (ci-après : la municipalité),

  
	
   

  	
  2.

  	
  Service de l'aménagement du
  territoire, représenté par Edmond DE BRAUN, avocat, à Lausanne, (ci-après
  : le SAT)

  
	
   

  	
  3.

  	
  Service des forêts, de la faune et
  de la nature, Centre de conservation de la faune et de la nature, à
  Lausanne, (ci-après le SFFN-CCFN),

  
	
   

  	
  4.

  	
  Service des forêts, de la faune et
  de la nature, Inspection des forêts du 15ème
  arrondissement, à Morges, (ci-après : le SFFN-FO15)

  

   

	
   

  	
  5.

  	
  Service de l'environnement et de
  l'énergie, à Epalinges, (ci-après : le SEVEN),

  

 

	
   

  	
  6.

  	
  Service des eaux, sols et
  assainissement, à
  Lausanne, (ci-après : le SESA),

  

 

 

   

 

	
  Objet

  	
            

  
	
   

  	
  Recours Hans-Peter et Françoise BAUMGARTNER contre la décision
  du SAT, du SFFN-CCFN, du SFFN-FO15, du SEVEN et du SESA du 15 mars 2004 et contre
  la décision de la Municipalité de Buchillon du 7 avril 2004 (mise en conformité
  d'installations existantes sur la parcelle no 219 du cadastre communal).

  

Vu les faits suivants

A.                               
La Commune de Buchillon est propriétaire de la parcelle no
219 du territoire communal. Ce bien-fonds, d'une surface de 11'830 m2, est situé
en zone forestière selon le plan général d'affectation et le règlement d'affectation
communal légalisés par le Conseil d'Etat les 28 mars 1990 et 25 septembre 1992
(ci-après : RPGA). Il comporte notamment une cabane forestière (bâtiment
ECA no 323) qui existe depuis 1973 et qui constituait à l'origine le local de
réception et la buvette d'un camping. L'utilisation de cette cabane a été
soumise dès 1984 à un règlement de location/utilisation, dont la dernière
version date du 4 février 2003, et qui prévoit notamment en préambule que la
location est réservée aux habitants de la commune pour des réunions de type
familial, ainsi qu'aux sociétés, groupements ou associations qui exercent leurs
activités sur le territoire de la commune de Buchillon.

B.                              
Les époux Hans-Peter et Françoise Baumgartner sont
propriétaires de la parcelle no 216 du cadastre communal, laquelle jouxte la
parcelle no 219. 

C.                              
Le 4 juin 1985, la municipalité a autorisé le club de
boulistes "Joyeux Amis Boulistes Buchillon" (ci-après : JAAB) à
aménager un terrain de pétanque d'environ 150 m2 derrière la cabane forestière susmentionnée
avec possibilité d'utiliser cette dernière comme buvette. Cet aménagement n'a
nécessité à l'époque ni abattage d'arbres ni construction d'éléments en dur,
tels que murs, murettes ou bordures, ni même de barrières ou de clôtures. Il a
en outre été autorisé, le 9 août 1985, par l'inspecteur des forêts du XVème
arrondissement dans une correspondance qui a le contenu suivant :

"Aménagement d'un terrain de pétanque

(…)

Considérations

L'aménagement réalisé est conforme à l'autorisation délivrée.
Il correspond en grandeur et en nature aux aménagements faits autour d'autres
refuges communaux. il ressort des documents fournis que ce nouvel aménagement
n'est pas exclusivement réservé au JABB puisque le terrain ne peut pas être
utilisé par le JABB lorsque la cabane est utilisée par des tiers. Cela signifie
que le dit terrain est à disposition des utilisateurs de la cabane et qu'il
fait partie des installations communautaires de la cabane.

Conclusion

Au vu de ce qui précède et en conséquence, le soussigné
confirme l'autorisation orale accordée en sa qualité d'inspecteur des forêts de
l'arrondissement. En cas d'action juridique, il réserve la position du service
cantonal des forêts et de la faune (…)".

 

                   Cette correspondance a été adressée le
14 août 1985 aux époux Baumgartner pour information.

                   Le 8 novembre 1985, le Service cantonal
des forêts a encore précisé à la municipalité ce qui suit:

"(…)

Nous avons bien reçu votre lettre du 30 octobre 1985 qui a eu
toute notre attention. Nous avons pris connaissance également de la lettre de
M. Straehler, inspecteur des forêts.

Sur la base des renseignements que donnent ces deux lettres,
nous confirmons que la surface préparée pour la pétanque n'est pas une construction
indépendante, mais fait partie du refuge et de son aménagement extérieur.

Les conditions suivantes sont mises à cette prise de
position :

- la place n'est pas réservée au Club des Boulistes (JABB) et
ne peut lui être louée;

- le public bénéficie d'un libre accès complet au refuge et à
ses alentours, y compris le      terrain en cause;

- aucun mur, murette, bordure, barrière goudronnage ne peut
être construit ou        installé;

- la lettre de M. Straehler du 9 août 1985 fait partie des
conditions mises à notre    accord.(…)".

D.                              
Le 13 novembre 1985, la municipalité a informé les époux
Baumgartner qu'elle était en possession d'une autorisation écrite du Service
cantonal des forêts pour l'aménagement du terrain de pétanque évoqué ci-dessus.
Le 2 avril 1986, les recourants ont, par l'intermédiaire de leur conseil,
interpellé à ce sujet le service susmentionné qui leur a précisé dans un
courrier du 18 avril 1986 ce qui suit :

"(…)

La surface préparée pour la pétanque n'est pas une
construction indépendante, mais fait partie de l'aménagement extérieur du
refuge forestier. Elle reste accessible à chacun.

Notre service a fixé ses conditions par des lettres adressées
à la municipalité. Au cas où ces conditions ne seraient pas respectées, nous
interviendrons et en particulier nous nous opposerions à toute
"privatisation" et à toute extension ou aménagement nouveau.

Quant aux conditions d'utilisation du refuge et de ses
abords, la municipalité a pris certaines décisions qui sont de sa compétence.
S'il devait y avoir réellement gêne pour les voisins, ce qu'il faudrait
prouver, il s'agirait d'une affaire à régler par cette autorité. (…)".

Les époux Baumgartner n'ont pas contesté le contenu
de cette correspondance.

L'utilisation du terrain de pétanque et de la cabane
forestière a donné lieu, dès 1985, à une abondante correspondance échangée
entre les recourants, la municipalité et le JABB, au sujet notamment des heures
de fermeture de ces installations, de l'aménagement progressive d'ouvrages
complémentaires (barbecue, couvert à barbecue, WC, bûcher, couvert à cabane) et
de l'agrandissement du terrain de pétanque ayant passé progressivement de 150
m2 à 336 m2.

E.                              
Le 26 septembre 2003, la municipalité a déposé une demande
de mise en conformité des ouvrages réalisés sans autorisation à l'intérieur de
la zone forestière sur la parcelle no 219, à savoir un couvert barbecue
d'environ 16 m2 (5, 15 m x 3,17 m) et d'une hauteur maximal de 3,36 m, un
terrain de pétanque d'une surface réduite à 150 m2 (avec éclairage), un couvert-cabane
d'une surface d'environ 23 m2, des WC, d'une surface de 3,1 m2, et un bûcher,
d'une surface de 1,8 m2. Cette demande, qui comportait une demande de
dérogation expresse à l'art. 42 RPGA, a été soumise à enquête publique du 10
octobre 2003 au 30 octobre 2003 et a suscité 225 oppositions (dont 223 en
faveur du maintien d'un terrain de pétanque de 336 m2). Les époux Baumgartner,
par l'intermédiaire de leur conseil, ont également formé opposition par correspondance
du 30 octobre 2003 dont le contenu est le suivant :

"(…)

1)    Tout d'abord, je précise que les termes utilisés pour
l'enquête prêtent à confusion dès l'instant que l'on parle d'une mise en
conformité d'installations existantes, ce qui laisse croire faussement, que les
installations considérées ne seraient pas conformes mais que leur existence, en
elle-même, ne pourrait pas être remise en cause.

2)    Il convient de rappeler que le 9 août 1985 l'inspection
des forêts du 15ème arrondissement (annexe 1) a constaté que
l'aménagement d'une piste de pétanque de 150 m2 avait été réalisé sans droit. Dans
cette lettre, l'inspection des forêts réservait en cas d'action juridique la
position du service cantonal des forêts et de la faune.

3)    Le seul élément jamais autorisé en zone forestière est
en conséquence une surface pour un terrain de pétanque de 15 m sur 10 m qui a
été aménagé.

4)    Le couvert de la buvette, les WC, le bûcher et le
couvert à barbecue ont été réalisés au fil des années, mais postérieurement à
1985, sans aucune mise à l'enquête, ni sans aucune enquête administrative. Ils
ne bénéficient donc nullement d'une situation de droit acquis et doivent non
pas être traités comme des installations existantes à mettre en conformité,
mais bien comme une mise à l'enquête destinée à obtenir l'autorisation
d'édifier ces installations et non pas simplement de les mettre en conformité.

5)    L'entier de ces constructions sont situées en aire
forestière. Celle-ci est par définition inconstructible. Les dispositions de
l'art. 22 LAT s'appliquent directement à cette zone. Il n'est ni allégué ni
démontré que les constructions et installations sont conformes à l'affectation
de la zone et encore moins que le terrain est équipé.

6)    En outre, aucune des conditions prévues à l'art. 24
LAT, qui comporte une liste exhaustive des exceptions prévues hors des zones à
bâtir, ne se trouve ici réalisée. Il sied à cet égard de rappeler qu'à
l'origine le refuge en question était une cabane qui a été maintenue lors de la
fermeture du camping et que des engagements formels ont été pris par la
Municipalité tendant à limiter l'usage du terrain de pétanque aux seuls
utilisateurs du terrain de camping et surtout aux seuls habitants de la commune
de Buchillon. Il est piquant à cet égard de souligner que plus de 110
oppositions, dont il sera traité ci-dessous, ont été déposées, émanant de
joueurs de pétanque de toute la Suisse romande et même de France voisine. Cela
démontre à l'envi que l'utilisation des installations concernées n'est en
aucune manière conforme aux engagements pris par l'autorité municipale.

7)    En résumé, les installations que l'on prétend mettre en
conformité ont été édifiées en violation de la loi forestière et de la LCAT. Il
appartient donc à la Municipalité non pas de procéder à une enquête en vue
d'une mise en conformité, mais à se donner l'ordre à elle-même de démolir les
installations construites sans droit. Je relève que votre Autorité a su le
faire concernant M. et Mme Baumgartner pour une simple cabane de jardin
construite dans la partie forestière de leur parcelle qui jouxte la parcelle
considérée.

En résumé, et à l'exception de la surface pour le jeu de
pétanque de 150 m2, l'entier  des autres installations ont été édifiées sans
mise à l'enquête, en violation des règles impératives de la loi forestière
d'une part, de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire d'autre part.

Aucune dérogation n'est possible dans l'aire forestière.
Aucune des conditions, valant exception, mentionnée dans la loi n'est ici
réalisée.

Mes clients s'opposent à la délivrance de tout permis de
construire et invitent la Municipalité à faire procéder, par elle-même en sa
qualité de propriétaire, à la destruction de l'entier des installations
édifiées sans droit, y compris les poteaux métalliques fixes et les éclairages
qui le supportent. (…)".

F.                               
Le 15 mars 2004, le secrétariat du Département des
infrastructures, centrale des autorisations CAMAC, a adressé à la municipalité
la lettre suivante :

"(…)

Le dossier susmentionné nous est parvenu en
date du 3 octobre 2003. Suite à votre demande, nous avons publié l’avis d’enquête
dans la FAO du 10 octobre 2003 et consulté les instances cantonales concernées.

A la suite de la réception des oppositions
communiquées par votre autorité, conformément à l’art. 113 al. 2 LATC, en date
du 5 novembre 2003, nous les avons transmises aux services des départements
concernés afin qu’ils en prennent connaissance et puissent valablement se
déterminer.

Les départements, en particulier leurs services
concernés, ont assorti de conditions impératives l’octroi des autorisations
spéciales délivrées, requises en vertu des art. 113, 120 et 121 LATC.

Par conséquent, l’intégralité des
autorisations spéciales et des conditions particulières posées par
celles-ci, formulées ci-après, doivent être reportées sans modification dans
votre décision; il vous incombe aussi par la suite d’en vérifier
l’application. Cet octroi assorti de conditions vous permet de statuer, selon
les art. 17 et 104 LATC, sur la demande de permis de construire.

Le dossier impliquait les demandes
d’autorisations spéciales suivantes

• 103. Dans l’aire forestière

• 104. A moins de 10 m de la lisière légale de
la forêt

• 365. Places de jeux

• 12 et 102. L’ouvrage est situé hors des zones
à bâtir

Les instances cantonales suivantes ont été
consultées:

• Service des bâtiments, Section archéologie
cantonale (SB-AC)

• Service de l’aménagement du territoire,
Arrondissement rural (SAT-AfW1)

• Service des eaux, sols et assainissement,
Division assainissement, Section assainissement urbain et rural (SESA-AUR1)

• Service des forêts, de la faune et de la
nature, Centre de conservation de la faune et de la nature (SFFN-CCFN)

• Service des forêts, de la faune et de la
nature, Inspection des forêts du 15e arrondissement à Morges (SFFN-F015)

• Service de l’éducation physique et du sport (SEPS)

• Service de l’environnement et de l’énergie,
Division environnement (SEVEN)

• Voyer du 2ème arrondissement à Morges (VA2)

Le Service de l’aménagement du territoire,
Arrondissement rural (SAT-ARU1) délivre l’autorisation
spéciale requise aux conditions impératives ci-dessous:

Compris à l’intérieur de l’aire forestière du
plan général d’affectation communal, ce projet est soumis à autorisation du
Département selon l’article 120 lettre a LATC.

Après examen du dossier et sur la base des
considérants de la décision du Service des forêts, de la faune et de la nature,
inspection des forêts du 15e arrondissement, l’implantation hors des zones à
bâtir des installation admissibles selon les termes de ladite décision peut
être considérée comme imposée par sa destination au sens de l’article 24 LAT.

En conséquence, après avoir pris connaissance
du préavis de l’autorité municipale, du résultat de l’enquête publique ainsi
que des déterminations des autres services cantonaux intéressés et des
conditions y afférentes et constatant qu’aucun intérêt public prépondérant ne
s’oppose au projet, ladite autorisation est délivrée.

La présente autorisation est délivrée à la
condition que les exigences de l’inspection des forêts du 15e arrondissement
soient intégralement respectées (pas d’éclairage des installations de pétanque,
en particulier).

Le Service des forêts, de la faune et de la
nature, Centre de conservation de la faune et de la nature (SFFN-CCFN) délivre
l’autorisation spéciale requise aux conditions
impératives ci-dessous:

1.           Projet

Le dossier prévoit la mise en conformité des
constructions et aménagements réalisés en aire forestière.

2.           Historique

Sur ce point, le CCFN se réfère au rappel des
faits et aux autorisations délivrées en 1985 par l’inspection des forêts.

3.           Procédure

L’enquête a suscité des oppositions pour le
maintien des aires de jeux de pétanque et pour le refus des installations
réalisées sur le site. Le CCFN a pris connaissance des oppositions
enregistrées.

4.           Conclusion

Sur le plan paysager et du point de vue de la protection
de la faune, le site ne bénéficie pas d’une protection particulière. La visite
des lieux a permis de constater que les installations ne portent pas atteinte à
un biotope digne de protection. Toutefois, au vu de la situation en aire
forestière, l’application de la législation forestière est déterminante.

Considérant ce qui précède, le CCFN accepte la
régularisation présentée et délivre les autorisations au sens des art. 22
LFaune et 18 LPN aux conditions suivantes:

 

Les conditions émises par l'Inspection des
forêts du 15e arrondissement, devront impérativement être respectées.

Une réglementation d’utilisation du refuge doit
être établie, en particulier pour ce qui concerne les activités extérieures
(heures d’utilisation et éclairage).

Le Service des forêts, de la faune et de la
nature, Inspection des forêts du 15e arrondissement
à Morges (SFFN-F015) délivre l’autorisation spéciale requise aux conditions
imperatives ci-dessous:

Le présent projet - dossier CAMAC n057433
- tend à la mise en conformité d’installations existantes réalisées sans
autorisation à l’intérieur de la zone forestière de la Commune de Buchillon, à
proximité du refuge. Il s'agit d'un édicule, d’un couvert barbecue ainsi que
l’extension des terrains de pétanque comprenant la mise en place
d’installations électriques et la pose de bordures fixes le long desdits
terrains.

L’enquête publique s’est déroulée du 10 au 30
octobre 2003 et a suscité le dépôt de 225 oppositions selon l’avis de la
Municipalité daté du 5 novembre 2003.

En application de l’article 65 al.4 LF VD, le
Service des forêts, de la faune et de la nature est appelé à statuer sur ces
oppositions, en ce qu’elles ont trait à la législation forestière. Il s’agit
des oppositions déposées par le JABB “Amicale de la pétanque de Buchillon”, de
M. Daniel Fiora domicilie a Etoy, de Me J.-D. Théraulaz au nom de Mme et M.
Baumgartner, domiciliés à Buchillon, ainsi que de l’ensemble des oppositions
enregistrées par lettre signature.

De manière générale, le Service des forêts, de
la faune et de la nature rappelle qu’en application de l’article 4 OFo
l’affectation du sol forestier à des constructions et installations forestières
de même qu’à des petites constructions et installations non forestières ne sont
pas considérées comme défrichement. Cependant selon l’article 14 al.2 OFo,
l’autorisation exceptionnelle pour construire en forêt de petites constructions
ou installations non forestières, au sens des articles 24 LAI et 120 lit, a
LATC ne peut être délivrée qu’en accord avec l’autorité cantonale compétente,
en l’espèce le Service des forêts, de la faune et de la nature.

Il s’agit d’examiner ici, si la mise en
conformité des installations existantes construites sans autorisation dans la
zone forestière se justifie au regard des articles 16 al.2 LFo, 4 lit a et 14 al.
2 OFo; et 24 LAT.

Constat:

a) Concernant l’édicule et le couvert barbecue

Jusqu’au milieu des années septante, la zone
actuelle du refuge de Buchillon était occupée par un camping. A cette époque,
la Commune a procédé au rachat du terrain et transformé la construction
existante en un refuge forestier à l’attention des habitants de la commune. Ce
refuge ne bénéficiant que de commodités très rudimentaires, la commune a
entrepris des travaux en vue d’améliorer le confort de ces abris forestiers.

Avec la construction d’un édicule relié au
système d’évacuation des eaux de la commune, l’impact sur l’environnement est
atténué. Il s’agit d’une amélioration notable par rapport à une situation sans
commodité engendrant de nombreux déchets laissés en forêt.

Concernant le couvert barbecue, il est moins
dommageable et dangereux pour la conservation de l’aire forestière de
concentrer les feux à une place aménagée à cet effet que de constater la prolifération
des foyers sauvages réalisés en maints endroits.

Il convient donc de considérer compte tenu de
la fonction d’accueil de la forêt en cause que l’implantation des installations
est imposée par leur destination et qu'aucun intérêt prépondérant ne s’oppose à
la délivrance d’une autorisation; les exigences posées par les articles 16 al.2
et 4 lit.a et 14 al.2 OFo sont donc remplies, moyennant respect des conditions
impératives fixées ci-dessous (partie 2).

 

Par conséquent, fondé sur ce qui précède, le
Service des forêts, de la faune et de la nature lève l’opposition déposée à
l’encontre du projet par M. et Mme Baumgartner, représentés par Me Théraulaz,
et délivre ci-dessous les autorisations spéciales requises.

b) Concernant l’extension des terrains de
pétanque

La surface mise à disposition pour les terrains
de pétanque n’est pas une construction indépendante, mais est considérée comme
un aménagement extérieur du refuge forestier; elle doit donc rester de
dimensions restreintes, ainsi que le précisaient expressément les accords
passés en 1985 avec la commune, propriétaire du fonds. Toute extension ou
aménagement nouveau est donc exclu, dans la mesure où il ne respecte pas le
principe de la conservation de l’aire forestière. La surface disponible pour
les terrains de pétanque ne pourra pas excéder 150 m2 ni comprendre des
éléments fixes comme des installations électriques ou des bordures inamovibles,
conformément aux accords précités.

Fondé sur ce qui précède, le Service des
forêts, de la faune et de la nature lève les oppositions formées à l’encontre du
projet par M. Fiora, le Comité de la société de pétanque JABB de Buchillon
ainsi que les 221 autres oppositions formées sous lettre type et refuse ainsi
de délivrer les autorisations spéciales pour la régularisation de l’ensemble
des terrains de pétanque.

Décision:

Au vu de la situation et en application de la
législation forestière, le Service des forêts, de la faune et de la nature
admet la régularisation de l’édicule et du couvert barbecue, mais refuse de
régulariser l’extension du terrain de pétanque. Il délivre donc les
autorisations spéciales requises en application des art. 14 al. 2 OFo et 120
lit, a LATC, aux conditions impératives suivantes:

- Concernant le terrain de pétanque,
conformément à ce qui a été mis à l’enquête en octobre 2003 et autorisé en
1985, seule une surface de 150 m2 est admise. En outre, aucun élément fixe
n’est autorisé (mur, bordure, clôture, barrière, installation électrique non
démontable).

- Cette dérogation pour construction en forêt
(art. 14 ai. 2 OFo) ne constitue en aucun cas une entrée en matière pour une
autre utilisation de ce secteur forestier à l’avenir (demande de défrichement).
En outre, aucun aménagement nouveau ne sera accepté sans autorisation.

- Lors de travaux en forêt, le refuge devra
être ouvert aux travailleurs afin qu’ils puissent se mettre à l’abri,
réchauffer leurs repas et entreposer leur matériel, particulièrement pendant
l’hiver. IL pourra également être utilisé pour la formation professionnelle
pratique et le perfectionnement des forestiers.

- Le
propriétaire de la forêt voisine ne pourra être rendu responsable des dommages
qui interviendraient suite à la chute d’arbres ou de branches.

Les présentes décisions et les conditions dont
elles sont assorties peuvent faire l’objet d’un recours au tribunal administratif;
il appartient de notifier ces décisions au requérant du permis de construire.

Le recours s’exerce par écrit dans les 20 jours
dès la communication de la décision attaquée. L’acte de recours doit être signé
et indiquer les conclusions et motifs du recours. La décision attaquée est
jointe au recours accompagné le cas échéant de la procuration du mandataire.

En cas de rejet du recours, les frais
d’instruction et un émolument peuvent être mis à la charge du recourant.

Le Service de l’éducation physique et du
sport (SEPS) délivre l’autorisation spéciale requise
aux conditions impératives ci-dessous:

 

Le préavis du SEVEN sera pris en considération.

S’agissant de l’aménagement, notre
compréhension/interprétation du dessin du terrain de pétanque fait que celui-ci
ne semble pas autoriser les compétitions officielles, au cas où cela serait
souhaité.

Le Service des eaux, sols et assainissement,
Division assainissement, Section assainissement urbain et rural (SESA-AUR1) préavise favorablement au présent projet dont l’exécution devra
respecter les conditions impératives ci-dessous:

Pour que le permis de construire puisse être
délivré, il faut qu’à l’achèvement des travaux, les eaux usées soient
impérativement raccordées à la station d’épuration centrale.

Les eaux claires ne doivent pas parvenir à la
station d’épuration centrale.

Pour tout contact avec le SESA/AUR, prière de
faire état de la référence suivante : UEZ 156.

Le Service de l’environnement et de
l’énergie, Division environnement (SEVEN) préavise
favorablement au présent projet dont l’exécution devra respecter les conditions
impératives ci-dessous:

LUTTE CONTRE LE BRUIT

Les exigences en matière de lutte contre le
bruit de la loi fédérale sur la protection de l’environnement (LPE) du 7
octobre 1983 ainsi que celles décrites dans l’ordonnance fédérale sur la
protection contre le bruit du 15 décembre 1986 (OPB) sont applicables.

Le Service des bâtiments, Section
archéologie cantonale, (SB-AC) n’a pas de remarque à formuler.

Le Voyer du 2ème arrondissement à Morges (VA2) n’a pas de remarque à formuler.

(…)."

G.                              
Par décision du 6 avril 2004, notifiée le 13 avril 2004,
la municipalité a informé les époux Baumgartner qu'elle avait décidé, d'une
part, de régulariser le couvert, les WC, le bûcher et le barbecue et, d'autre
part, de démonter les terrains de pétanque, à l'exception de 150 m2, ainsi que
les installations d'éclairage de ces derniers, cela d'ici au 31 août 2004 au
plus tard. Ce délai était accordé afin de permettre à la société JAAB d'honorer
ses engagements sportifs et de trouver un autre emplacement pour de nouvelles
infrastructures.

H.                              
Les époux Baumgartner ont recouru le 3 mai 2004 à
l'encontre de la décision municipale et des décisions prises par les différents
services cantonaux concernés. A l'appui de leur recours, ils font valoir en
substance que cela fait plus de dix-huit ans qu'ils doivent tolérer les
activités du JABB. Ce qui devait à l'origine constituer une cabane forestière à
l'usage exclusif des habitants de la commune est devenu, au fur et à mesure des
constructions réalisées par l'autorité sans mise à l'enquête publique, un
centre quasi-européen. Les recourants invoquent plus particulièrement une
violation des art. 42 et 71 RPGA et, sur le plan fédéral, de l'art. 24
LAT. Selon eux, la prétendue mise en conformité n'est admissible pour aucun des
objets mis à l'enquête publique. Enfin, ils observent que les nuisances sonores
(file ininterrompue de véhicules les jours de tournois, communication des
résultats par mégaphone ou haut-parleur) n'ont jamais été examinées faute d'avoir
été présentées dans leur réalité concrète. Or, l'aire forestière devrait être
caractérisée par le calme et le respect de la nature alors qu'elle a en
l'occurrence été transformée en zone d'utilité publique pour des manifestations
sportives. En définitive, aucun intérêt prépondérant ne justifie la délivrance d'une
autorisation spéciale pour des constructions dans la zone forestière à moins de
10 m de la lisière légale ou encore pour une zone de pétanque équivalent à une
place de jeux. Les recourants concluent, avec dépens, à l'annulation des
décisions attaquées, les permis sollicités étant refusés et ordre étant donné à
la municipalité de faire procéder à la démolition de l'intégralité des
installations construites sans droit.

Par requête de mesures provisionnelles, les époux
Baumgartner ont également conclu à ce qu'ordre soit donné à la municipalité de
procéder sans délai à la démolition de l'éclairage des terrains de pétanque,
ainsi qu'au terrain de pétanque dépassant 150 m2, ou qu'interdiction soit faite
d'utiliser les installations litigieuses jusqu'à droit connu. Par décision
incidente du 9 juin 2004, le juge instructeur du Tribunal administratif a
rejeté la requête de mesures provisionnelles susmentionnée.

I.                                  
Les recourants ont procédé en temps utile à l'avance de
frais sollicitée.

J.                                
Dans des courriers du 10 juin 2004 et du 12 juillet 2004,
le SESA a déposé ses observations sur le recours en précisant qu'il avait exigé
le raccordement de l'édicule sans se prononcer sur la mise en conformité des
installations existantes. Le SEVEN s'est déterminé le 11 juin 2004. Il fait
valoir en substance que, selon son expérience et compte tenu de la distance
jusqu'aux voisins les plus exposés, les nuisances sonores engendrées par ce
type d'activité (terrain de pétanque) ne pouvaient pas être considérées comme
gênantes au sens de la LPE si les activités en cause ne sont pas exercées
au-delà de 22h00. Le SAT s'est déterminé le 15 juin 2004 en concluant au rejet
du recours.

K.                              
Le 24 juin 2004, les recourants déposés des observations
complémentaires. 

L.                               
La municipalité a conclu, le 30 juin 2004, au rejet du
recours. Le SFFN s'est déterminé le 27 août 2005 en concluant également au
rejet du recours.

M.                              
Le Tribunal administratif a procédé à une inspection
locale le 7 septembre 2004 au cours de laquelle les parties ont été entendues
dans leurs explications. A cette occasion, ces dernières ont exposé que le
couvert de la buvette datait de plus de 16 ans et que le barbecue avait été
exécuté il y avait environ 8 ans. Quant au local des WC, tel que présenté dans la
demande, il serait tout récent. A l'époque, ce local n'était pas fermé et les
WC se trouvaient à l'intérieur du refuge.

                   A la requête des parties, l'instruction
du recours a été suspendue jusqu'au 30 novembre 2004 de manière à permettre à
la municipalité de faire une proposition concernant l'aménagement du terrain
nommé "pétanque" sur le plan mis à l'enquête, étant précisé que cet
aménagement devrait recueillir l'accord des services compétents et qu'il serait
destiné à devenir en fait une "aire de dégagement". La suspension de
l'instruction a été prolongée à plusieurs reprises, finalement jusqu'au 6 juin
2005, date à laquelle il a été constaté que les parties n'étaient pas parvenues
à un accord. Ces dernières ont dès lors été informées que le Tribunal
administratif statuerait dès que l'état du rôle le lui permettrait.

N.                              
Le tribunal a délibéré par voie de circulation.

O.                             
Les arguments respectifs des parties seront repris
ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit

1.                               
Le Tribunal administratif examine d'office et avec un
libre pouvoir d'examen la recevabilité des recours qui lui sont soumis (arrêts
TA AC 1994/0062 du 9 janvier 1996, AC 1993/0092 du 28 octobre 1993 et AC
1992/0345 du 30 septembre 1993).

                   a) Selon l'art. 37 al. 1 de la loi du 18
décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), le
droit de recours appartient à toute personne physique ou morale qui est
atteinte par la décision attaquée et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle
soit annulée ou modifiée. Cette règle correspond à celle de l'art. 103
litt. a de la loi fédérale d'organisation judiciaire du 16 décembre 1943 (OJ)
et elle peut donc être interprétée à la lumière de la jurisprudence du Tribunal
fédéral concernant cette disposition (AC 98/005 du 30 avril 1999 et les arrêts
cités). L'art. 37 al. 1 LJPA, comme l'art. 103 litt. a OJ, n'exige pas que le
recourant soit touché dans ses droits ou ses intérêts juridiquement protégés;
un simple intérêt de fait suffit. Mais lorsque la décision favorise un  tiers,
il faut que le recourant soit touché dans une mesure et avec une intensité plus
grande que la généralité des administrés et qu'il se trouve avec l'objet du
litige dans un rapport spécial, direct et digne d'être pris en considération
(ATF 112 Ib 158 ss; 116 Ib 450); l'admission du recours doit lui procurer un
avantage concret, de nature économique ou matérielle (ATF 121 II 39 spéc. 43).
La qualité pour recourir est ainsi reconnue au voisin qui devrait tolérer une
habitation nouvelle à proximité immédiate de sa propre maison (ATF 104 Ib 245
consid. 7d; v. aussi ATF 121 II 171 consid. 2b; 115 Ib 508 consid. 5c) ou qui
serait menacé d'immissions telles que le bruit (ATF 119 Ib 179 consid. 1c), les
odeurs (ATF 103 Ib 144 consid. 4c), les inconvénients causés par le trafic (ATF
112 Ib 170 consid. 5b), ou encore, qui subirait la perte d'un dégagement ou
d'une vue sur un site (AC 98/005 du 30 avril 1999).

                   b) En l'espèce, la qualité pour recourir
des époux Baumgartner ne fait aucun doute, dans la mesure où ces derniers sont
propriétaires de la parcelle no 216 qui jouxte la parcelle no 219.

2.                               
En dehors des cas où une disposition légale prévoit
expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal
administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la
décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire
expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36
litt. a et c LJPA). La loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin
1979 (ci-après : LAT) et la loi vaudoise sur l'aménagement du territoire
et les constructions du 4 décembre 1985 (ci-après : LATC) ne prévoyant
aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à
l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de
céans.

                   Conformément à la jurisprudence, il y a
abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui
lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non
pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore
lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif
que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi
et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 cons. 3b in
fine; ATF 108 Ib 205 cons. 4a). Commet un excès de son pouvoir d'appréciation
l'autorité qui sort du cadre de sa liberté d'appréciation en usant d'une
faculté qui ne lui appartient pas (par exemple en optant pour une solution
différente de celles qui s'offrent à elle). On peut également ajouter
l'hypothèse d'un excès de pouvoir négatif visant le cas de l'autorité qui, au
lieu d'utiliser sa liberté d'appréciation, se considère comme liée (voir
notamment arrêt TA. PE.1997.0615 du 10 février 1998).

3.                               
En l'espèce, le recours porte, d'une part, sur la
régularisation d'installations construites sans autorisation dans une zone
forestière, à savoir un édicule et un couvert à barbecue et, d'autre part, sur
la régularisation d'un terrain de pétanque d'environ 150 m2 autorisé dans cette
zone depuis 1985. Sur ce point, on ne saurait suivre le raisonnement des
recourants selon lequel il ne pourrait pas y avoir de mise en conformité des
installations litigieuses, dans la mesure où la totalité des travaux réalisés seraient
illégaux et devraient être frappés d'une décision de démolition. Comme le
relève à juste titre le SAT dans ses déterminations du 15 juin 2004, à teneur
de l'art. 105 LATC, la municipalité, à son défaut le Département des
infrastructures, est en droit de faire suspendre et, le cas échéant supprimer
ou modifier, aux frais du propriétaire, tous travaux qui ne sont pas conformes
aux prescriptions légales ou réglementaires. Selon la jurisprudence, la seule
violation des dispositions de forme relatives à la procédure d'autorisation de
construire n'est toutefois en principe pas suffisante pour justifier l'ordre de
démolition d'un ouvrage non autorisé dès l'instant où ledit ouvrage est
conforme aux prescriptions matérielles applicables (RDAF 1979 p. 231). Aussi
fallait-il dans le cas présent - et cela a été fait - mettre en oeuvre une
procédure de régularisation des installations litigieuses pour déterminer si
elles étaient ou non conformes aux prescriptions matérielles applicables en la
matière, avant d'examiner si, le cas échéant, un éventuel ordre de démolition
pouvait être prononcé. En l'occurrence, les autorités intimées sont parvenues à
la conclusion que les constructions en cause pouvaient être autorisées en
application notamment de l'art. 24 LAT et il convient d’examiner si c’est à
juste titre. 

4.                               
Selon l'art. 3 de la loi fédérale sur les forêts
(ci-après : LFo), l'aire forestière de la Suisse ne doit pas être diminuée.
Tout changement durable ou temporaire de l'affectation du sol forestier est
considéré comme un défrichement et doit, à ce titre, être soumis à une
autorisation préalable des autorités compétentes (art. 4 et 5 LFo). L'art. 4
litt. a de l'Ordonnance fédérale sur les forêts du 30 novembre 1992 (ci-après :
OFo) permet cependant d'affecter le sol forestier à des constructions et
installations forestières ainsi qu'à des petites constructions et installations
non forestières sans qu'une autorisation de défricher ne soit nécessaire. Dans
cette hypothèse, une autorisation de construire doit être sollicitée en vertu
de l'art. 22 LAT, pour les constructions forestières (art. 14 al. 1 OFo),
respectivement en vertu de l'art. 24 LAT, pour celles qui ne sont pas conformes
à la zone (cf. art. 14 al. 2 OFo qui précise que l'autorisation ne sera
délivrée qu'avec l'accord de l'autorité forestière cantonale compétente, soit
dans le canton de Vaud, le Service des forêts, de la faune et de la nature -
art. 65 de la loi forestière vaudoise du 19 juin 1996, ci-après : la loi
forestière). S'agissant de la réglementation communale, en particulier de
l'art. 42 RPGA relatif, elle n'a pas de portée propre par rapport au droit
fédéral qui régit de manière exhaustive les conditions auxquelles une
construction non-conforme à la destination de la zone peut être autorisée (art.
24 LAT) (voir sur ces questions arrêt TA AC.2003.0103 du 7 janvier 2005).

5.                               
La disposition précitée, dans sa teneur selon la novelle
du 20 mars 1998, en vigueur depuis le 1er septembre 2000, dispose qu'en
dérogation à l'art. 22 al. 2 litt. a LAT, des autorisations peuvent être
délivrées pour de nouvelles constructions ou installations, ou pour tout
changement d'affectation si l'implantation de ces constructions ou
installations hors de la zone à bâtir est imposée par leur destination (litt.
a) et si aucun intérêt prépondérant ne s'y oppose (litt. b).

a) Pour répondre à la première condition de
l’implantation imposée par la destination de l’ouvrage, il faut que des raisons
objectives - techniques, économiques ou découlant de la configuration du sol –
justifient la réalisation de l’ouvrage à l’emplacement prévu (voir ATF 123 II
256 consid. 5a p. 261-262). Le lien entre l’implantation et la destination peut
être positif (dicté par l’exigence d’une implantation déterminée) ou négatif
(imposé par l’impossibilité d’une implantation en zone à bâtir). Des motifs de
convenance personnels ou financiers ne suffisent pas à justifier une
implantation hors de la zone à bâtir (ATF 119 I b 442, consid. 4a p. 445). Mais
le Tribunal fédéral ne pose pas d’exigence absolue pour la réalisation de cette
condition. Il suffit que des motifs particulièrement importants fassent
apparaître l’implantation comme objectivement conditionnée par la destination
de l’ouvrage et sensiblement plus avantageuse que d’autres emplacements (ARF
115 Ib 472, consid. 2a p. 484).

C’est ainsi que le Tribunal fédéral a admis par
exemple la condition de l’implantation imposée par la destination de l’ouvrage
pour la porcherie d’une société de fromagerie qui ne disposait d’aucune place
disponible dans la zone artisanale et industrielle des communes concernées. La
condition de l’implantation imposée par la destination a été aussi admise pour
la construction d’une antenne de télécommunications, pour une installation de
tir ainsi que pour les logements d’une exploitation agricole vouée à des buts
sociaux thérapeutiques de réinsertion (voir ATF Ib 94 et ss.). En revanche,
cette condition a été niée pour la construction d’une route destinée à
l’équipement d’une zone à bâtir (ATF 118 Ib 497, consid. 4a p. 500) ou pour la
construction de cinq chambres supplémentaires d’un restaurant de montagnes
comprenant déjà dix chambres doubles pour le personnel, alors que la zone
d’habitation la plus proche se trouvait à un kilomètre environ (ATF 117 Ib 266,
consid. 3 p. 269). La condition de l’implantation imposée par la destination a
également été refusée pour la construction d’un passage souterrain destiné à
relier une maison d’habitation sise hors des zones à bâtir à un garage et à une
piscine située dans la zone à bâtir (ATF 114 Ib 317, consid. 4c p. 320). Dans
ce dernier arrêt, le Tribunal fédéral a précisé que l’autorité devait se
montrer stricte dans l’exigence de l’implantation imposée par la destination,
afin d’éviter une dispersion des constructions dans le paysage. Le Tribunal
fédéral a relevé aussi que la réglementation sur les constructions hors des
zones à bâtir repose sur l’idée de base de l’aménagement du territoire visant à
limiter l’étendue des terrains destinés à la construction et les séparer des
terrains situés en dehors des zones à bâtir, afin que cette séparation soit
effective. C’est ainsi que l’aménagement d’une cabane à outils en zone agricole
pour une pratique de l’agriculture comme hobby a été refusé, la haute Cour
ayant estimé qu'il n'était pas imposé par sa destination hors de la zone
agricole à bâtir (ATF 112 Ib 259 et ss).

Lorsque l'implantation retenue pour l'installation
se trouve en forêt, alors qu'il ne s'agit pas d'une installation forestière, la
condition de l'implantation imposée par la destination de l'ouvrage est proche
de la condition de l'art. 5 al. 2 litt. a LFo, qui exige que l'ouvrage pour
lequel le défrichement est sollicité ne puisse être réalisé qu'à l'endroit
prévu (cf. Eric Brandt/Pierre Moor, Commentaire LAT, Zurich 1999, n.78 ad art.
18).

b) Une fois la question de l'implantation imposée
par la destination de l'ouvrage positivement résolue, il faut encore qu'aucun
intérêt public prépondérant ne s'oppose à cette implantation. Par l'utilisation
de cette notion juridique indéterminée, la LAT reconnaît une grande liberté
d'appréciation à l'autorité de décision, à moins qu'une loi spéciale ne procède
elle-même à cette pesée des intérêts (art. 24 litt. b LAT, Piermarco
Zen-Ruffinen, Christine Guy-Ecabert, Aménagement du territoire, construction,
expropriation, Berne 2001, spéc. p.271).

c) Dans le cas présent, s'agissant en premier lieu
de l'édicule - terme qui regroupe en fait le couvert à cabane (d'une surface
d'environ 23 m2), le local fermé comportant des WC (d'une surface de 3,1 m2) et
le bûcher (d'une surface de 1,8 m2) - force est d'admettre qu'il doit être
considéré comme imposé par sa destination au sens de l'art. 24 litt. a LAT. Le
refuge forestier déjà existant, qui n'est pas litigieux, est destiné à assurer
l'accueil du public dans la forêt et partant, à garantir la fonction sociale de
cette dernière (art. 1 litt.c LFo et 1 litt. c loi forestière). De même, il
vise à offrir un abri aux travailleurs forestiers (bûcherons, gardes-forestiers,
etc.) et à leur permettre d'entreposer leur matériel durant la mauvaise saison.
Jusqu'à la réalisation des installations contestées, qui s'est faite selon les
parties de manière progressive au cours des dernières années (le couvert du
refuge remontant à 16 ans environ alors que le local des WC actuels est relativement
récent), ce refuge disposait de commodités particulièrement rudimentaires. S'il
paraît très vraisemblable que les travaux litigieux aient été effectués en
raison de l'augmentation de la fréquentation du refuge par le public, il est en
revanche nettement moins probable que, comme le soutiennent les recourants, cette
fréquentation ait été le seul fait des amateurs de pétanque. Il ressort en
effet du préambule du règlement de location/utilisation de la cabane forestière
de Buchillon que cette dernière peut être louée par tous les habitants de la
commune ainsi que par toutes les sociétés, groupements ou associations qui
exercent leur activité sur le territoire communal. Quant au JABB, il n'organise
des manifestations, toujours selon les pièces au dossier, que deux à trois week-ends
par an, à côté de son entraînement hebdomadaire. Dès lors, si l'activité du
JABB a certes pu avoir une influence non négligeable sur les améliorations
contestées, il n'en demeure pas moins que tous les utilisateurs de la cabane
bénéficient en définitive des améliorations effectuées. 

                   Nonobstant ce qui précède, l'amélioration
des commodités, dont le futur raccordement de l'édicule au système d'évacuation
des eaux, a un impact positif sur la forêt dans la mesure où elle permet de
réduire les atteintes au milieu naturel. La condition d'implantation imposée
par la destination doit donc être considérée comme remplie, tout comme
l'exigence posée à l'art. 24 litt. b LAT, l'intérêt public visant à maintenir
la zone forestière libre de toute construction devant, en l'espèce et compte
tenu de la préexistence du refuge forestier, céder le pas devant l'intérêt
public à protéger la forêt des atteintes du public.

d) Le même raisonnement doit être suivi pour le
couvert à barbecue (d'environ 16 m2 et d'une hauteur maximal de 3,36 m). Le
tribunal ne peut à cet égard que se rallier à la position adoptée par le SFFN dans
ses déterminations du 27 août 2005, selon laquelle le fait d'implanter à un
endroit précis la place à feux est une pratique courante dans le cadre de
l'aménagement des abords des refuges forestiers dans le canton de Vaud. Comme
l'observe à juste titre l'intimée, l'art. 17 de la loi forestière interdit de faire
du feu en forêt à moins de 10 mètres des lisières, besoins de l'exploitation
forestière exceptés. La création d'une place couverte où sont concentrés les
feux offre l'avantage d'empêcher la prolifération de foyers sauvages et protége
ainsi à nouveau le milieu naturel des atteintes humaines. Le recours doit donc
également être rejeté sur ce point. 

6.                               
Il reste à examiner si la zone intitulée sur la plan
d'enquête "terrain de pétanque" d'une surface de 150 m2 peut être maintenue
comme telle.

a) L'aménagement de cette surface pour la pétanque a
expressément été autorisé, le 9 août 1985, par l'inspecteur des forêts du XVème
arrondissement, puis le 8 novembre 1985, par le Service cantonale des forêts. L'inspection
locale a permis de constater que cette surface n'était pas une construction
indépendante, mais bel et bien un aménagement extérieur du refuge. Cet
aménagement, que le tribunal de céans qualifie à nouveau comme conforme à la
fonction d'accueil de la forêt, reste de dimensions modestes et ne porte pas
atteinte à la conservation de l'aire forestière. Il n'avait en effet nécessité à
l'époque aucun abattage d'arbres ni construction d'éléments en dur (murs,
bordures, barrières ou clôtures). En n'autorisant qu'une surface de 150 m2 au
lieu des 336 m2 gagnés progressivement sur la forêt et en ordonnant la
démolition des éclairages et des bordures fixes le long des terrains, le SFFN rappelle
les conditions posées en 1985 par le Service cantonal des forêts et interdit
expressément toute extension future de cette surface. La mise œuvre de cette
décision ainsi que la mise à disposition en faveur du JABB d'autres terrains
communaux pour la pratique de son hobby démontrent que les recourants ne seront
plus exposés à l’avenir à des désagréments tels que ceux invoqués dans leur
recours. Leur argumentation sur ce point doit donc être rejetée, cela d'autant
plus que le SEVEN avait jugé les activités engendrées par l'existence d'un
terrain de pétanque comme tolérables au sens de la LPE si elles ne dépassaient
pas 22h00. Aucun élément au dossier ne permet de s'écarter de la positon de
cette autorité. Les conditions de l'art. 22 LAT doivent dès lors également
être considérées comme remplies s'agissant de cet aménagement.

b) Par surabondance, on observera en dernier lieu que
si cette installation n'a certes pas fait l’objet d’une enquête publique lors
de son installation, elle a néanmoins reçu en 1985 l'aval de l'autorité cantonale
compétente, lequel n'a jamais fait l'objet d'un recours de la part des époux
Baumgartner. Or, la décision attaquée ne modifie en rien, sur ce point, la
situation existante. Elle se limite à rappeler les conditions posées à l'obtention
de l'autorisation initiale et évoquées ci-dessus. On pourrait ainsi se demander
si en ne recourant qu'en 2003, soit à l'occasion de la demande de
régularisation des autres installations construites sans autorisation dans la
zone forestière, les époux Baumgartner n’ont pas agi tardivement. C'est en
effet en 1985 déjà, au moment où ils ont été informés par la municipalité, puis
par le SFFN, qu'une autorisation d'aménager le terrain de pétanque avait été
accordée qu'ils auraient dû saisir l'autorité compétente pour contester la
délivrance de cette autorisation. Il est vrai qu’il ne ressort pas clairement du
dossier que les recourants auraient bien reçu la correspondance du SFFN du 8
novembre 1985. Cependant, il est établi qu’ils ont été informés par la
municipalité, en date du 13 novembre 1985, de l’obtention par cette dernière d’une
autorisation du service précité. De plus, le 18 avril 1986, le SFFN leur a fait
part de sa position par un courrier ne comportant pas l'indication des délai et
voie de recours. Si une telle absence d'indication rend la notification de la
décision irrégulière et empêche en principe le délai de recours de commencer à
courir (cf. B. Bovay, Procédure administrative, Berne 2000, p. 284), le Tribunal
administratif a déjà eu l'occasion de juger que la décision ne pouvait pas être
attaquée indéfiniment. En pareil cas, on peut au contraire exiger de son
destinataire, en se fondant sur les règles de la bonne foi, qu'il s'informe des
moyens de sauvegarder ses droits et, une fois renseigné, qu'il agisse en temps
utile (cf. arrêts TA GE 1993/051 du 12 mars 1997, RDAF 1997 I 253, c. 1; cf.
également arrêt TA AF.1999/0001 du 1er juillet 1999, RDAF 2000 I 102, c. 1e et P.
Moor, Droit administratif, vol. II, p. 440). Dans la mesure où, comme on vient
de le voir ci-dessus, les recourants pouvaient déduire, sinon de la lettre à
tout le moins des circonstances, la portée du courrier du 18 avril 1996, il leur
incombait de se renseigner rapidement - cela d'autant plus qu'ils étaient alors
déjà assistés d'un mandataire professionnel - sur les moyens de droit à leur
disposition et d'en faire usage s'ils entendaient ne pas en rester là. Au vu
des ces circonstances, le tribunal émet de sérieuses réserves quant à la
recevabilité du présent recours, en tant qu'il est fondé sur ces motifs, dans
la mesure où l'on pourrait admettre que les recourants, qui n'ont pas réagi et ont
attendu plusieurs années avant de contester la régularisation du terrain de
pétanque, auraient violé le devoir de diligence qui leur incombait en vertu du
principe de la bonne foi. Cette question peut toutefois demeurer ouverte, le
recours devant de toute façon être rejeté au regard des considérants développés
sous chiffre 6 a) ci-dessus.

7.                               
En conclusion, les installations litigieuses, à savoir l'édicule
et le couvert à barbecue d'une part et, le terrain de pétanque d'environ 150 m2
autorisé dans cette zone depuis 1985, d'autre part, doivent être considérées
comme imposées par leur destination et aucun intérêt prépondérant ne s'oppose à
leur implantation. Le recours ne peut être que rejeté et
la décision entreprise confirmée.

Vu l'issue du pourvoi, les frais du
présent arrêt seront mis à la charge des recourants déboutés qui n'ont pas
droit à des dépens. Obtenant gain de cause et ayant procédé par l'intermédiaire
d'un mandataire professionnel, la municipalité a quant à elle droit à des
dépens (art. 55 al. 1 LJPA). 

 

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours est rejeté.

II.                                
La décision du Service de l'aménagement du territoire, du Service
des forêts, de la faune et de la nature, Centre de conservation de la faune et
de la nature et du Service des forêts, de la faune et de la nature, Inspection
des forêts du 15ème arrondissement, du Service de l'environnement et
de l'énergie et du Service des eaux, sols et assainissement du 15 mars 2004 est
confirmée.

III.                               
La décision de la Municipalité de Buchillon du 7 avril
2004 est confirmée.

IV.                             
Un émolument de justice de 2'500 (deux mille cinq cents)
francs est mis à la charge des recourants.

V.                               
Hans Peter et Françoise Baumgartner sont les débiteurs
solidaires de la Commune de Buchillon d'un montant de 2'000 (deux mille) francs
à titre de dépens.

Lausanne, le 7 février 2006

 

La présidente :                                                                                          La
greffière :

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans les trente
jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif au Tribunal
fédéral. Le recours s'exerce conformément aux art. 103 ss de la loi fédérale
d'organisation judiciaire (RS 173.110)