# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 8bd4a73d-04f7-5d99-806f-9f24adb0fbf2
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2023-10-02
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour pénale 02.10.2023 CPEN.2023.11 (INT.2023.416)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_009_CPEN-2023-11_2023-10-02.html

## Full Text

A.                           
X.________ est né en
1978 au Liban. Il a cessé sa scolarité à l’âge de cinq ans. Il est arrivé en
Suisse en 2001 avec sa
famille et a par la suite acquis la nationalité suisse. Il s’est marié en
février 2017 à une femme d’origine turque qui est arrivée en Suisse en mai
2021. Il est père de trois enfants. Il bénéficie de l’aide des services sociaux
depuis le 1er février 2011. Son casier judiciaire est vierge. 

B.                           
L’aîné de ses
frères, A.________, est associé gérant, avec B.________, de C.________ Sàrl en
liquidation.

C.                           
Le 15 mai 2018,
l’assistante sociale en charge du dossier de X.________ a rempli un formulaire
de « demande d’enquête » ; elle soupçonnait l’intéressé
de vivre la majeure partie de son temps en Turquie auprès de son épouse et
d’exercer en Suisse une activité lucrative non déclarée. L’office des relations
et des conditions de travail (ORCT) a établi un rapport à l’attention du
ministère public. L’enquête menée dans ce contexte a notamment montré qu’entre
2011 et 2013, le compte AVS de l’intéressé présentait des revenus supérieurs à
ceux annoncés aux services sociaux pendant cette période (environ 12'000
francs). En outre, X.________ avait, alors qu’il n’était pas titulaire du
permis de conduire, fait immatriculer quatre véhicules à son nom entre le 10
juin 2011 et le 27 juin 2018, ce que les services sociaux ignoraient.

D.                           
Parallèlement à ces
actes d’enquête, le 28 juin 2018, le bureau de communication en matière de
blanchiment d’argent de la police fédérale (MROS) a transmis au ministère
public deux communications de soupçons de blanchiment d’argent (art. 23 al. 4
LBA) concernant A.________ et son frère X.________, en lien notamment avec le
refus de la Banque D.________ d’accepter un retrait au guichet par X.________
de 90'000 francs. Cette somme lui avait été versée le même jour sur son compte
à la Banque D.________. Il est finalement apparu que ce montant provenait d’un
crédit octroyé à l’intéressé par la banque E.________, probablement sur la base
d’informations erronées. X.________
avait par ailleurs encaissé des versements – plus de 10'000 francs au
total – de la part de plusieurs assurances responsabilité civile automobile,
montants immédiatement prélevés en espèce par l’intéressé. 

E.                           
Une
instruction pénale a été ouverte contre X.________ et son frère A.________. Ce
dernier a été entendu par la police, mais X.________ a refusé de répondre aux
questions.

F.                           
Par acte
d’accusation du 20 mai 2020, le ministère public a renvoyé X.________ devant le
tribunal de police, sous les préventions suivantes : 

1.   
Faits
reprochés au prévenu :

a)      Une escroquerie (art. 146 CP)

 

A Z.________ (domicile du prévenu) et en tout autre
lieu, entre 2012 et 2013, X.________, bénéficiaire de l’aide sociale de
Z.________, a obtenu à l’insu du service social de cette commune, des salaires
d’un montant estimé à CHF 11'956.70 (CHF 19'105.- moins CHF 7'148.30), en
particulier de la part de F.________ SA, société actuellement radiée. 

 

b)      Une obtention illicite de prestations d’une assurance
sociale ou de l’aide sociale (art. 148a CP)

 

A Z.________ (domicile du prévenu) et en tout autre
lieu, X.________, bénéficiaire de l’aide sociale de Z.________, a obtenu à
l’insu du service social de cette commune, sur son compte Banque D.________ XXXXXXXXX,
les sommes suivantes :

 

-           
CHF
90'000, le 14.02.2018, de la Banque E.________ (crédit) ;

-           
CHF
2'617.-, le 14.12.2016, de l’assurance G.________ (remboursement de dégâts
subis sur un véhicule immatriculé NE 11XXXX au nom du prévenu alors même que
celui-ci n’est pas titulaire du permis de conduire et qu’il n’a jamais annoncé
ce véhicule au service social) ;

-           
CHF
3'250.-, le 22.03.2017, de l’assurance H.________ (remboursement de dégâts
subis sur un véhicule immatriculé NE 11XXXX au nom du prévenu alors même que
celui-ci n’est pas titulaire du permis de conduire et qu’il n’a jamais annoncé
ce véhicule au service social) ;

-           
CHF 5'800.-,
le 16.05.2017, de l’assurance I.________ (remboursement de dégâts sur un
véhicule immatriculé NE 13XXXX au nom du prévenu alors même que celui-ci n’est
pas titulaire du permis de conduire et qu’il n’a jamais annoncé ce véhicule au
service social).

 

c)     
Des
faux dans les titres (art. 251 CP)

 

A W.________ (lieu de signature du contrat), à
Z.________ (domicile du prévenu) et en tout autre lieu, le 9 février 2018, X.________
a sollicité un crédit auprès de la Banque E.________ en produisant :

 

a)     
des fiches de salaires
2017-2018 mentionnant faussement un salaire mensuel CHF 6'400.70 versé par C.________
Sàrl à Z.________, entreprise pour laquelle il n’a jamais travaillé et pour
cause vu qu’il bénéficie de l’aide sociale depuis janvier 2011 ;

 

b)     
trois avis de crédit de la Banque
D.________ (27.11.2017, 27.12.2017 et 25.01.2018 ) mentionnant faussement que
son compte avait été crédité des salaires susmentionnés (à comparer avec
l’extrait de compte). »

G.                          
X.________ a été
interrogé par le tribunal de police lors de l’audience du 21 janvier 2021.

H.                           
Par jugement du 23
février 2021, le tribunal de police a reconnu X.________ coupable d’infractions
aux articles 146 et 251 CP et l’a acquitté pour la prévention d’obtention
illicite d’une prestation d’une assurance sociale ou de l’aide sociale au sens
de l’article 148a CP.

I.                             
Saisie d’un appel de
X.________, la Cour pénale l’a interrogé lors de l’audience du 22 décembre 2021.

J.                           
Par jugement du 22
décembre 2021, la Cour pénale a annulé le jugement du 23 février 2021 dans son
entier et renvoyé la cause au tribunal de police pour qu’une expertise
psychiatrique du prévenu soit mise en œuvre, compte tenu des sérieux doutes à
émettre concernant sa responsabilité pénale. 

K.                           
L’expertise
psychiatrique du prévenu a été réalisée par le Dr K.________. Dans son rapport
du 7 novembre 2022, l’expert a conclu qu’au moment des faits, le prévenu ne
présentait pas de trouble psychique et qu’il était pleinement capable
d’apprécier le caractère illicite de ses actes et de se déterminer d’après
cette appréciation. 

L.                           
En accord avec les
parties, le tribunal de police a renoncé à fixer une nouvelle audience.

M.                          
Dans son
jugement du 31 janvier 2023, le tribunal de police a acquitté le prévenu de la
prévention d’obtention illicite d’une prestation d’une assurance sociale ou de
l’aide sociale (art. 148a CP). S’il n’y avait pas de doute quant au fait que
celui-ci avait bien reçu les montants en question et qu’il ne les avait pas
annoncés au service social, il subsistait en revanche un doute important quant
au bénéficiaire de ces sommes. S’agissant de l’escroquerie, le tribunal a
retenu les faits reprochés au prévenu tels que décrits au chiffre 1a) de l’acte
d’accusation. Tous les éléments constitutifs de l’infraction étaient réalisés.
En particulier, le prévenu avait caché ou omis d’annoncer une partie de ses revenus
au service social, ce qui était constitutif de tromperie. Le prévenu avait par
ailleurs agi de manière astucieuse. Il avait ainsi perçu des sommes auxquelles
il n’aurait pas eu droit s’il n’avait pas dissimulé une partie de ses revenus.
Le service social n’avait pas fait preuve de légèreté. Le procédé durable et
répété durant plusieurs années démontrait un procédé intentionnel. Rien
n’indiquait en outre qu’il n’aurait pas été le destinataire des sommes indument
versées par les services sociaux. S’agissant du chiffre 1c) de l’acte
d’accusation, le tribunal de police a retenu que les documents que le prévenu
avait fournis à la banque dans le but de bénéficier d’un prêt constituaient
bien des faux, dont il n’était cependant pas l’auteur. Il n’y avait pas de
doute sur le fait que le prévenu en avait fait usage pour obtenir un crédit. Il
était forcément présent lors de l’entretien avec l’organisme de crédit et avait
donc dû prendre connaissance de ces documents ou aurait dû le faire. En se
prévalant de ces documents en vue d’obtenir un prêt, le prévenu avait donc bien
fait usage de faux dans les titres au sens de l’article 251 CP.

N.                           
Dans sa déclaration
d’appel, le prévenu conteste sa condamnation pour les infractions d’escroquerie
et de faux dans les titres, de même que le calcul du montant de son indemnité
d’avocat d’office.

O.                          
Le dossier de
X.________ pour la période de 2011 à 2013 auprès du Guichet Social Régional de Z.________
ainsi qu’un nouvel extrait de son casier judiciaire sont requis et versés au
dossier. Les parties en sont avisées.

P.                           
La demande du
prévenu tendant à l’audition de son frère L.________ est rejetée. La présence
d’un interprète à l’audience du 12 septembre 2023 est acceptée.

Q.                          
A l’audience du 12
septembre 2023, le prévenu est interrogé. Il sera fait référence ci-après à ses
déclarations, protocolées dans un procès-verbal séparé, dans la mesure utile.

R.                           
En
plaidoirie, la défense indique qu’elle a renoncé à demander d’autres moyens de
preuve, car l’affaire a assez duré, bien que la procédure de première instance
présente plusieurs défauts d’instruction. En effet, l’appelant est incapable de
se concentrer et présente des problèmes de compréhension linguistique (il
ignore par exemple ce que signifient les « initiales » qu’on
lui a demandé d’apposer à la fin du PV d’interrogatoire). Il n’a pas non plus
une très bonne mémoire, ce que l’expert n’a pas investigué (il affirme par
exemple avoir travaillé six mois dans la restauration peu après être arrivé en
Suisse, mais cette activité a été exercée en 2012 et il est arrivé dans ce pays
en 2001). Le tribunal de police n’a par ailleurs pas procédé à une nouvelle
audition du prévenu après la réalisation de l’expertise psychiatrique. Compte
tenu des problèmes évoqués plus haut, ainsi que du fait qu’avant son interrogatoire
par le tribunal de police – sans le concours d’un interprète –, l’appelant
n’avait jamais été auditionné, il faut tempérer la portée de ses déclarations
intervenues avant la procédure d’appel. 

                        Il y a lieu de constater
l’échec de l’administration des preuves concernant le faux dans les
titres : on ne sait pas si le prévenu s’est rendu à la Banque E.________
et s’il a signé les documents fournis à cette banque. L’accusation n’a pas
apporté la preuve de sa culpabilité. La variation des déclarations de
l’appelant démontre qu’il n’est pas capable de fournir des déclarations
valables. Au vu des propos contradictoires qu’il a tenus devant le tribunal de
police, la Cour pénale et l’expert, il existe un doute, qui doit lui profiter. 

                        Le défaut d’instruction déjà
mentionné concerne également la prévention d’escroquerie. Le dossier du service
social aurait en effet dû être requis par l’ORCT, le ministère public ou à tout
le moins par le tribunal de police. Il n’est pas admissible que la Cour pénale
doive le réclamer. L’appelant a ainsi raté un degré de juridiction. La défense
considère que le dossier du service social est mal tenu. Il est désordonné (la
fiche de salaire de novembre 2012 figure notamment au milieu des budgets 2013,
p. 73), incomplet (il ne contient pas toutes les fiches correspondant aux
salaires déduits et le budget de septembre 2012 manque) et le journal des
entretiens n’est pas en adéquation avec les extraits de comptes. A cet égard,
la défense soupçonne que l’assistante sociale ait comptabilisé des revenus
inférieurs pour éviter des effets de seuil, afin de ne pas dissuader le
bénéficiaire de travailler. Elle relève que le budget du mois de septembre 2013
a été signé le 22 août 2013. Le prévenu ne pouvait toutefois pas savoir au mois
d’août combien il gagnerait en septembre. Elle observe que le salaire de
1'488.55 francs de novembre 2012, qui concerne une période de deux mois,
n’apparaît dans aucun budget. La défense constate que tous les salaires font
l’objet d’un rattrapage et que le budget mensuel reprend le salaire annoncé les
mois précédents (par exemple, pour août 2012, le revenu annoncé de 978.65
francs a trait au salaire de « juillet », qui est en réalité
le salaire dû pour la période du 01.06 au 15.07.2012). Elle relève en outre
que, selon le journal, le prévenu a touché 1'833.45 francs en août 2012. Le
budget de septembre 2012, qui manque, aurait pu démontrer que ce revenu avait
été déclaré. Si on rajoute ce montant, on arrive exactement au chiffre annoncé
à la CCNC pour 2012. 

                        La défense constate que, pour
l’année 2013, le journal montre que le 22 août 2013 le budget a été compensé et
qu’il a été « bloqué ». De manière contradictoire, les
prestations sociales ont cependant été versées le même jour sans raison. Le
récapitulatif de la dette sociale transmis par le service social révèle des
petits crédits qui correspondent à des remboursements (taxes,
assurance-maladie) ainsi qu’un acompte de salaire de 590 francs (en mai 2013),
mais on ne trouve nulle part la mention d’une entrée de salaire correspondant.
C’est le service social qui a perçu directement ce montant. La défense en
conclu qu’il est douteux qu’il puisse y avoir tromperie astucieuse en présence
d’un comportement contradictoire du service social (en versant les prestations
alors qu’il venait de bloquer le budget), lorsque le service n’a pas
comptabilisé les revenus du bénéficiaire dans le budget et alors que c’est lui
qui les a parfois perçus. En définitive, les éléments constitutifs de
l’escroquerie ne sont assurément pas remplis pour 2012 et, pour 2013, les
budgets mensuels ne reflètent pas la réalité financière. L’appelant doit ainsi
être acquitté de toutes les préventions.

C
O N S I D E R A N T

1.                           
Déposé dans les
formes et délais légaux, l’appel du prévenu est recevable.

2.                           
Selon l'article
398 CPP, la juridiction d'appel jouit d'un plein pouvoir d'examen sur tous les
points attaqués du jugement (al. 2). L'appel peut être formé pour violation du
droit, y compris l'excès et l'abus de pouvoir d'appréciation, le déni de
justice et le retard injustifié, pour constatation incomplète ou erronée des
faits et pour inopportunité (al. 3). En vertu de l'article 404 CPP, la
juridiction d'appel n'examine en principe que les points attaqués du jugement
de première instance (al. 1), sauf en cas de décision illégale ou inéquitable
(al. 2).

3.                           
En
plaidoirie, l’appelant semble – curieusement, vu son consentement – s’étonner
du fait qu’une nouvelle audience n’ait pas eu lieu devant le tribunal de
police, après la mise en œuvre de l’expertise psychiatrique. Il est vrai que ce
mode de procéder est contraire à l’article 341 al. 3 CPP, qui impose à la direction de la procédure d’interroger, au début de la
période probatoire, le prévenu sur sa personne, sur l’accusation et sur les
résultats de la procédure préliminaire.

                        Formellement, ce manquement
constitue une violation du droit d’être entendu du prévenu, bien que celui-ci y
ait adhéré. Cela étant, même si on doit le déplorer, au vu des circonstances
particulières, ce vice peut être réparé par la Cour pénale. On peut en effet
considérer que cette violation n’est en l’occurrence pas excessivement grave,
puisque l’intéressé avait déjà été interrogé une fois par le tribunal de
police, a eu l’occasion de s’exprimer par écrit sur le résultat de l’expertise
et de proposer des questions complémentaires (art. 188 CPP), qu’il n’y a pas eu
de nouvelles preuves matérielles administrées depuis sa première audition et,
enfin, qu’il a consenti à ce qu’une nouvelle audience ne soit pas fixée.
L’appelant n’a en outre pas été empêché de contester valablement sa
condamnation, de sorte que ce vice peut être réparé par la Cour pénale, qui
dispose d’un plein pouvoir d’examen en fait et en droit (art. 398 al. 3 CPP ; RJN 2018, p. 452). Au demeurant, un renvoi constituerait une vaine formalité et allongerait inutilement la procédure,
ce qui serait incompatible
avec l'intérêt de l’appelant à ce que sa cause soit tranchée dans un délai
raisonnable (cf.
notamment arrêt du TF du
27.01.2022 [6B_977/2020] cons. 3.2, du 02.11.2018 [6B_531/2018] cons. 2.2). Enfin, on relèvera que
si le prévenu relève – de manière quelque peu contradictoire – cette
singularité procédurale, il ne se plaint pas formellement d’une violation de
son droit d’être entendu.

4.                           
a) L’expert
psychiatre a posé les diagnostics de personnalité immature, difficultés liées au faible niveau éducatif
(illettrisme) et majoration de symptômes physiques pour des raisons
psychologiques, étant précisé qu’il s’agissait plutôt de difficultés socio-éducatives
que de troubles psychiatriques stricto sensu. Le niveau d’intelligence
de l’expertisé était correct et cliniquement dans la normalité. L’intéressé
différenciait bien le licite et l’illicite. L’immaturité cognitive et affective se
manifestait notamment par une dépendance à autrui et la carence éducative
rendait l’expertisé très dépendant de ses proches. La personnalité immature
n’empêchait cependant pas le prévenu d’exprimer clairement ses besoins et de
s’affirmer. Au final, ce dernier était en mesure de percevoir les conséquences
de ses actes, de comprendre, d'apprécier et de raisonner à propos des faits
reprochés, ainsi que d'exprimer son choix et sa volonté. Néanmoins, l’influence
par des tiers proches constituait un facteur augmentant le risque de récidive.

b) 
L’expert a
expliqué de manière circonstanciée pourquoi, énumération des facteurs
déterminants à l’appui, le discernement du prévenu n’avait pas été altéré. Le
niveau éducatif et l'immaturité étaient certes des facteurs pouvant diminuer ses
capacités de contrôle de la réalité et auraient pu avoir un impact sur la
capacité de se déterminer par rapport aux faits reprochés. Cependant, de
multiples autres facteurs s’opposaient à une altération du discernement en lien
avec les actes qui lui étaient imputés, notamment l'élaboration et la
complexité de ceux-ci, de même que l'amplification de ses difficultés
linguistiques et éducatives à des fins d'être "irresponsabilisé".

c) 
Le rapport
d’expertise a pleine force probante : l’expertise a été réalisée par une
personne disposant des connaissances nécessaires, l’expert étant au bénéfice
d’une spécialisation FMH en psychiatrie-psychothérapie et en psychiatrie
forensique (CAS). Le rapport est complet et clair (art. 189 CPP). Il répond de
manière compréhensible et cohérente aux questions posées, se fonde sur
l'ensemble des pièces transmises à l'expert, repose sur des critères
scientifiques et relate la méthodologie utilisée. Les conclusions sont étayées,
convaincantes et non contradictoires. 

5.                           
a) En vertu de
l'article 146 CP, se rend coupable d'escroquerie
celui qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un
enrichissement illégitime, aura astucieusement induit en erreur une personne
par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits vrais ou
l'aura astucieusement confortée dans son erreur et aura de la sorte déterminé
la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux d'un
tiers. 

                        b) Selon la jurisprudence
(pour un rappel RJN 2018, p. 478 et ses références), cette infraction
se commet en principe par action. Tel est le cas lorsqu'elle est perpétrée par
actes concluants (ATF 140 IV 11 cons. 2.3.2). L’assuré qui a
l'obligation de communiquer à son assureur ou, selon le cas, à l'organe
compétent, toute modification importante des circonstances déterminantes pour
l'octroi d'une prestation (art. 31 LPGA), qui ne respecte pas cette obligation
et continue à percevoir les prestations octroyées initialement à juste titre ne
commet toutefois pas par-là d'acte de tromperie. En continuant à recevoir ces
prestations sans commentaire, l'assuré n'exprime pas que sa situation serait
demeurée inchangée. La perception de prestations d'assurance n'a ainsi pas
valeur de déclaration positive par acte concluant. La situation est toutefois
différente si cette perception est accompagnée d'autres actions qui permettent
objectivement d'interpréter le comportement du bénéficiaire comme signifiant
que rien n'a changé dans sa situation. On pense notamment à un silence qualifié
de l'assuré à des questions explicites de l'assureur (ATF 140 IV 11 précité cons. 2.4.1 et 2.4.6, 140 IV 206 cons. 6.3.1.3). Une escroquerie par actes concluants a
également été retenue dans le cas du bénéficiaire de prestations d'assurance
exclusivement accordées aux indigents, qui se borne à donner suite à la requête
de l'autorité compétente tendant, en vue de réexaminer sa situation économique,
à la production d'un extrait de compte déterminé, alors qu'il possède une
fortune non négligeable sur un autre compte, jamais déclaré (ATF 127 IV 163 cons. 2b ; arrêt du TF du 10.01.2013 [6B_542/2012] cons. 1.2), ou dans le cas d'une
personne qui, dans sa demande de prestations complémentaires, tait un mois de
rente et plusieurs actifs et crée par les informations fournies l'impression
que celles-ci correspondent à sa situation réelle (ATF 131 IV 83 cons. 2.2). Concrètement, en matière d’aide
sociale, il est admis que le bénéficiaire adopte un comportement actif
lorsqu’il ressort des notes d’entretien rédigées par les assistants sociaux –
ou lorsque le prévenu le reconnaît lui-même – que ceux-ci s’enquéraient
régulièrement (en posant des questions précises) de sa situation (financière)
et que le prévenu répondait, de manière tout aussi précise, en niant tout
changement quant à ses rentrées d’argent (arrêt de la Cour pénale du 30.12.2020
[CPEN.2020.27] cons. 5.1).

                        c) Pour qu'il y ait
escroquerie, une simple tromperie ne suffit pas ; il faut qu'elle soit
astucieuse. Il y a tromperie astucieuse, au sens de l'article 146 CP, lorsque l'auteur recourt à un
édifice de mensonges, à des manœuvres frauduleuses ou à une mise en scène, mais
aussi lorsqu'il donne simplement de fausses informations, si leur vérification
n'est pas possible, ne l'est que difficilement ou ne peut raisonnablement être
exigée, de même que si l'auteur dissuade la dupe de vérifier ou prévoit, en
fonction des circonstances, qu'elle renoncera à le faire en raison d'un rapport
de confiance particulier (ATF 142 IV 153 cons. 2.2.2, 135 IV 76 cons. 5.2). L'astuce n'est pas
réalisée si la dupe pouvait se protéger avec un minimum d'attention ou éviter
l'erreur avec le minimum de prudence que l'on pouvait attendre d'elle. Il n'est
cependant pas nécessaire qu'elle ait fait preuve de la plus grande diligence ou
qu'elle ait recouru à toutes les mesures possibles pour éviter d'être trompée.
L'astuce n'est exclue que si la dupe n'a pas procédé aux vérifications
élémentaires que l'on pouvait attendre d'elle au vu des circonstances. Une
coresponsabilité de la dupe n'exclut toutefois l'astuce que dans des cas
exceptionnels (ATF 142 IV 153 cons. 2.2.2, 135 IV 76 cons. 5.2).

                        d) La définition générale de
l'astuce est également applicable à l'escroquerie en matière d'assurances et
d'aides sociales. L'autorité agit de manière légère lorsqu'elle n'examine pas
les pièces produites ou néglige de demander à celui qui requiert des prestations
les documents nécessaires afin d'établir ses revenus et sa fortune, par exemple
sa déclaration fiscale, une décision de taxation ou des extraits de ses comptes
bancaires. En revanche, compte tenu du nombre de demandes d'aide sociale, une
négligence ne peut être reprochée à l'autorité lorsque les pièces ne
contiennent pas d'indice quant à des revenus ou à des éléments de fortune non
déclarés ou qu'il est prévisible qu'elles n'en contiennent pas. En l'absence
d'indice lui permettant de suspecter une modification du droit du bénéficiaire
à bénéficier des prestations servies, l'autorité d'assistance n'a pas à
procéder à des vérifications particulières (arrêts du TF du 17.09.2020 [6B_547/2020] cons. 1.2, du 03.09.2020 [6B_488/2020] cons. 1.1 et du 21.07.2020 [6B_346/2020] cons. 1.2).

                        e) Sur le
plan subjectif, l’escroquerie est une infraction intentionnelle, l’intention
devant porter sur tous les éléments constitutifs de l’infraction. L’auteur doit
en outre avoir agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un
enrichissement illégitime correspondant au dommage de la dupe (ATF 134 IV 210 cons. 5.3 ; arrêt du TF du 03.03.2014 [6B_791/2013] cons. 3.1.4). Le dol éventuel suffit
cependant (Corboz, Les infractions en droit
suisse, vol. I, 3e éd., 2010, n. 39 ad art. 146 CP).

                        f) Selon l’article 32 de la
loi sur l’action sociale (RSN 831.0), du 25 juin 1996, la personne qui
sollicite une aide matérielle est tenue de renseigner l’autorité sur sa
situation personnelle et financière de manière complète et de produire les
documents nécessaires. Selon l’article 42 de la même loi, le bénéficiaire est
tenu de signaler sans retard à l’autorité d’aide sociale tout changement dans
sa situation pouvant entraîner la modification de l’aide.

6.                           
a) L’appelant conteste s’être rendu
coupable d’escroquerie à l’aide sociale. Il soutient avoir informé le service
social de l’intégralité de ses salaires ; le fait que ceux-ci ne
ressortent pas en totalité de l’« Historique des dettes »
résulte probablement d’une mauvaise tenue du dossier ou d’une pratique du
service social de ne pas comptabiliser tous les revenus. 

b) 
Selon l’acte
d’accusation, il est reproché au prévenu d’avoir, entre 2012 et 2013, omis
de déclarer au service social
un montant d’environ 11'956.70 francs de revenus, le calcul effectué pour
aboutir à cette somme (19'105 - 7'148.30) reposant sur les montants indiqués
dans le rapport de l’ORCT (D. 175). Or, il ressort dudit rapport que, pour les
années 2011 à 2013, des salaires bruts avaient été annoncés à la
Caisse cantonale de
compensation
(ci-après : CCNC) à hauteur de 19'105 francs alors que, pendant la même
période, 7'148.30 francs nets avaient été déclarés au service
social. Sur la base de ce seul constat, il apparaît que le montant litigieux
n’est pas correctement calculé, puisqu’il n’est pas cohérent de soustraire des
revenus nets à des revenus bruts. La somme qu’il est reproché à l’appelant
d’avoir dissimulée aux services sociaux est déjà a priori trop élevée.

c) 
Le dossier
comporte un « Historique des dettes ». Sous la rubrique « Salaire/APG/ind.
Journ. » sont mentionnés des salaires totalisant un montant de 7'148.30
francs. Ceux-ci sont encore spécifiquement répertoriés, à hauteur du même
montant, dans un extrait séparé de l’« Historique des dettes ».
Le dossier que le service social a fourni à la Cour pénale contient également
un « Extrait de compte » totalisant un montant de 9'937.95
francs de « crédits », composés de salaires et d’autres types de
crédits, se rapportant notamment à des frais d’assurance-maladie ou à des
taxes. Si l’on additionne les crédits libellés comme « salaire »,
on aboutit également à une somme de 7'148.30 francs. La somme de 11'956.70
francs mentionnée dans l’acte d’accusation ne comprend donc pas les autres
crédits mentionnés ci-dessus.

d) 
Selon le compte
individuel du prévenu auprès de la CCNC, entre 2011 et 2013, des salaires bruts
à hauteur de 19'105 francs ont été annoncés par des employeurs : en 2011,
218 francs ont été signalés par M.________ AG ; en 2012, 264 francs ont
été communiqués par M.________ AG et 9'589 francs par F.________ SA ; en
2013, 9'034 francs ont été annoncés par F.________ SA.

e) 
Le dossier du
service social contient trois bulletins de salaire ; deux concernant
l’activité exercée chez M.________ AG en 2011 et 2012 et un concernant un
montant net de 1'488.55 francs (1'855.70 bruts) versé par F.________ SA pour le
mois de novembre 2012. Contrairement à ce que soutient l’appelant, ce revenu
ressort de l’« Historique des dettes » ainsi que de son
extrait et a été comptabilisé dans le budget mensuel de décembre 2012.

f)  
Pour la période
qui nous intéresse, le dossier du service social comporte tous les budgets
mensuels de janvier 2012 à décembre 2013, sauf celui de septembre 2012. Sous
réserve de deux exceptions, le montant des salaires indiqués dans les budgets
mensuels correspondent à ceux listés dans l’« Historique des dettes »
et son extrait. Le budget du mois d’août 2012 est calculé sur la base d’un
salaire versé en juin 2012 de 313 francs, relaté dans la note d’entretien du 24
juillet 2012, alors que l’historique des dettes semble indiquer par erreur –
favorable au prévenu – un montant de 513 francs. Par ailleurs, aucun budget
mensuel ne signale un acompte sur salaire de 590 francs remboursé par le
prévenu. Ce montant a cependant bien été comptabilisé, puisqu’il est mentionné
dans les entrées de salaire figurant dans l’« Historique des dettes ».

g) 
Il est vrai que
le budget mensuel de septembre 2012 ne figure pas au dossier et que le journal
des entretiens (note du 20.09.2012) mentionne un salaire de 1'833.45 francs
perçu par le prévenu pour le mois d’août 2012 (et que le prévenu a donc bel et
bien déclaré), dont il n’est pas fait état dans l’« Historique des
dettes », son extrait, l’« Extrait de compte » ou un
des budgets mensuels. Or, si l’on additionne ce montant aux salaires de juin
2012 à décembre 2012 énumérés dans l’« Historique des dettes »,
totalisant 5'873.70 francs (14.75 + 513 + 978.65 + 959.95 + 945.25 + 1'488.55 +
973.55), on aboutit à une somme de 7'707.15 francs. Si l’on augmente cette
somme de 19% (9'171.50 francs), équivalant aux déductions effectuées par F.________
SA sur le salaire de novembre 2012 (1'855.70 - 1'488.55), on aboutit
pratiquement à la somme annoncée par cet employeur en 2012 à la CCNC (9'589
francs). Compte tenu du caractère approximatif de ces calculs, on doit prendre
en compte une certaine marge d’erreur qui doit être favorable au prévenu. Dans
ces conditions, il ne sera pas retenu que l’appelant a omis de déclarer des
revenus au service social pour 2012.

h) 
Pour 2013,
l’« Historique des dettes » mentionne des acomptes sur salaires du
mois de mai 2013 (590 + 300.20) et un salaire de juin 2013, totalisant 1'274.60
francs (384.40). Il ressort du dossier (note d’entretien du 09.07.2013, budget
mensuel de septembre 2013 et extrait de compte auprès de la banque N.________)
que les montants de 590 francs et 300.20 francs sont des remboursements par le
prévenu, en deux fois, du salaire de mai 2013 (890.20 francs) qu’il avait perçu
après que des prestations d’aide sociale lui avaient été créditées.

i)   
Les éléments au
dossier ne révèlent pas d’autres revenus que le prévenu aurait déclaré aux
services sociaux pour l’année 2013, mais qui ne figureraient pas dans l’« Historique
des dettes ». Cela signifie qu’en 2013, l’intéressé a déclaré des salaires
nets à hauteur de 1'274.60 francs sur un montant de 9’034 francs bruts annoncé
par F.________ SA, ce qui correspond, après déduction approximative des
cotisations sociales (-19%), à environ 7'317.55 francs nets. La différence
entre les revenus annoncés à la CCNC par l’employeur et ceux communiqués par le
prévenu aux services sociaux s’élève ainsi à 6'042.05 francs (7'317.55 -
1'274.60). C’est ce montant qui doit en définitive être retenu à charge de
l’appelant, au lieu des 11'956.70 francs indiqués dans l’acte d’accusation.

j)   
Au surplus, les
prétendues incohérences ou inexactitudes relevées par l’appelant n’en sont pas.
On ne voit pas en quoi le fait que le salaire comptabilisé pour le calcul du
budget mensuel soit celui correspondant au mois précédant soit problématique
(par exemple le salaire d’août pour le calcul du budget de septembre), d’autant
plus que les salaires sont en général versés à la fin du mois pour le travail
effectué dans le courant du mois. Lorsque les revenus sont irréguliers et
variables, comme c’était le cas pour le prévenu, il est logique, par la force
des choses, de décaler les salaires à prendre en compte. On ne saurait par ailleurs
reprocher au service social de procéder à des compensations ou à des
rattrapages des mois plus tard, lorsque le prévenu a fourni la fiche de salaire
tardivement, et encore moins l’absence de décompte de salaire, alors que le
prévenu omettait fréquemment de remettre ces documents. En outre, il ressort de
l’extrait du compte auprès de la banque N.________ que, contrairement à ce que
l’appelant prétend, les prestations « bloquées » du mois de
septembre 2013 n’ont pas été versées le 22 août 2013. Dès lors que l’extrait de
compte demandé a bien été communiqué, on ne discerne pas la contradiction dont
le prévenu tente de se prévaloir. Par ailleurs, une ou deux omission ou
inadvertance dans la gestion du dossier ne sont pas propres à remettre en cause
la force probante du dossier du service social. Enfin, il est fort peu envisageable que
l’assistante sociale ait intentionnellement soustrait du budget une somme de
l’ampleur de celle que le prévenu a omis d’annoncer (6'042.05 francs), ou
négligé de le reporter dans le budget. 

k) 
Aussi, la Cour
pénale retient-elle qu’en 2013 l’appelant a, à l’insu du service social de Z.________
et alors qu’il était bénéficiaire de l’aide sociale de cette commune, obtenu
des salaires qu’il n’a pas déclarés à hauteur d’environ 6'042.05 francs nets. Il convient de vérifier si les
éléments constitutifs de l’infraction d’escroquerie sont réalisés, la seule
perception de prestations d’assurances n’étant en particulier pas constitutive
de tromperie.

l)   
Il ressort du
dossier du service social que le 28 janvier 2011, l’appelant a signé une
demande d’aide sociale qui le rendait notamment attentif à ses devoirs en tant
que bénéficiaire, en particulier à son obligation de renseigner au sujet de sa
situation financière (art. 32 al. 1 et 42 al. 1 LASoc), ainsi qu’aux conséquences pénales
d’un manquement à ces obligations (art. 73 LASoc). Le 26 avril 2018, le prévenu a
signé une nouvelle demande. 

                        Les notes d’entretien rédigées
par l’assistante sociale en charge du dossier dévoilent que celle-ci
rencontrait l’appelant environ une fois par mois. Les entretiens portaient sur
la situation financière du prévenu : les questions de l’« emploi »,
du « salaire », de « l’ORP » ou du « budget »
étaient abordées systématiquement. L’appelant signait en principe chaque mois
un « budget mensuel » détaillé qui contenait une rubrique
« Revenus ». Le 9 mai 2012, l’assistante sociale a
expressément rappelé au prévenu que tout salaire devait être annoncé, même si
celui-ci n’avait pas d’impact sur le budget. Cette obligation a par ailleurs
été constamment évoquée implicitement, mais très clairement, au vu des sujets abordés.
Les notes d’entretien comportent en effet les indications suivantes : « Pas
de travail. Pas gagné d’argent » (25.10.2011), « Pas d’argent gagné
» (18.11.2011), « Pas d’argent gagné » (14.12.2011), « Rien à
signaler » (25.02.2013). Licencié pour le 31 décembre 2012 par F.________
SA, en 2013, le prévenu avait annoncé, contrat à l’appui, un travail à temps
partiel auprès de la même entreprise, débutant le 16 avril 2013. Seuls des
salaires pour mai et juin 2013 ont été annoncés (cf. supra, cons. 6h) et aucun
des budgets mensuels de 2013 ne faisait état d’autres revenus. Bien que
l’assistante sociale ait à plusieurs reprises explicitement rappelé au prévenu
de lui transmettre ses fiches de salaire (le 14.06.2012, 27.08.2012, 05.12.2012
et 30.04.2013), l’intéressé n’en a fourni que trois entre 2011 et 2013. Le 4
février 2013, la précitée a prié le prévenu de lui remettre sa déclaration
d’impôt 2012 et, au mois d’août 2013, de lui transmettre un extrait de son
compte bancaire avant le versement des prestations du mois de septembre 2013,
l’intéressé déclarant ne plus travailler depuis le mois de juin sans pouvoir
toutefois présenter de résiliation de contrat. Le prévenu lui a transmis un
relevé du compte auprès de la banque N._______ pour les mois de juin à août
2013. 

                        Il résulte de ce qui précède que l’appelant a bien
adopté un comportement actif et constitutif de tromperie. En effet, en
s’abstenant de révéler la totalité des revenus perçus dans le cadre des entretiens mensuels avec son
assistante sociale, alors que ceux-ci portaient précisément sur sa situation
financière et professionnelle, de même qu’en signant les budgets mensuels qu’il savait erronés et
incomplets, alors qu’il connaissait ses obligations, le prévenu s’est employé,
par ses propos et ses actes, à cacher la réalité. 

m)
La tromperie
s’est par ailleurs bien révélée astucieuse. Le prévenu a en effet pris soin
d’annoncer seulement certains revenus et de ne transmettre que certains
bulletins de salaire, tout en dissimulant d’autres rémunérations, adoptant
ainsi une attitude propre à conforter la confiance de l’assistante sociale en
sa sincérité (qu’il avait notamment acquise en lui fournissant des contrats de
travail, son certificat de salaire 2011, en déclarant certains salaires) et en
la dissuadant de procéder à de plus amples vérifications que celles qu’elle
faisait déjà régulièrement. Les éléments en la possession de l’assistante
sociale ne lui permettaient pas de déceler les gains dissimulés. Une négligence
de sa part doit en outre être écartée, l’intéressée ayant procédé aux
vérifications élémentaires et, lorsqu’elle a été en présence d’indices lui
permettant de se douter d’un éventuel abus (vacances d’un mois non annoncées,
situation floue au niveau de la fin de l’activité professionnelle débutée en
avril 2013), elle a pris les mesures adéquates, en réclamant un extrait
bancaire. Il serait disproportionné d'exiger des services sociaux des démarches
systématiques auprès de la CCNC, pour l'éventualité que des cotisations
sociales puissent avoir été versées par un employeur à un bénéficiaire qui
n’aurait pas déclaré tous ses revenus.

n) 
Par son
comportement astucieux, l'appelant a amené le service social à lui verser des
prestations qui n’étaient pas dues, en tout cas en partie. Si le service avait
eu connaissance de l’ampleur de tous les revenus réalisés, il ne lui aurait en
effet pas alloué, en totalité du moins, les prestations versées. La tromperie
astucieuse de l’appelant a entraîné un dommage correspondant à la somme des
prestations d’aide sociale indument touchées en 2013. Il n’y a aucun doute quant au fait que celui-ci a agi
intentionnellement. Compte tenu des informations qui lui ont été régulièrement
données, il ne pouvait en effet ignorer que l’aide sociale n’intervenait que
dans la mesure où il ne pouvait subvenir suffisamment à son entretien par ses
propres moyens et qu’il abusait de cette aide en donnant une image tronquée de
sa situation financière. Le fait que le prévenu ait agi sur environ une année
exclut la possibilité d’une simple inadvertance et confirme le caractère
délibéré de ses agissements. Enfin, on doit retenir que l’intéressé a agi dans un dessein
d’enrichissement illégitime, très probablement pour bénéficier d’un train de
vie supérieur à celui que lui aurait permis l’aide sociale, qui se limite au
strict nécessaire. Il a par exemple été en mesure de partir un mois en vacances
au mois de juin 2013 (note d’entretien du 22.08.2013).

o) 
Les éléments
constitutifs de l’escroquerie sont donc remplis s’agissant de l’année 2013.
L’appel doit cependant être admis au sujet du montant des revenus que le
prévenu a dissimulé au service social ainsi que s’agissant de la période en
cause.

7.                           
L’appelant conteste
en outre avoir commis des faux dans les titres.

                       a) Selon l'article 251 ch. 1 CP, sera puni d'une peine privative de
liberté pour cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire celui qui, dans le
dessein de porter atteinte aux intérêts pécuniaires ou aux droits d'autrui ou
de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite, aura créé un
titre faux, falsifié un titre, abusé de la signature ou de la marque à la main
réelle d'autrui pour fabriquer un titre supposé, ou constaté ou fait constater
faussement, dans un titre, un fait ayant une portée juridique, ou aura, pour
tromper autrui, fait usage d'un tel titre. Sont des titres tous les écrits destinés et propres à prouver
un fait ayant une portée juridique et tous les signes destinés à prouver un tel
fait (art. 110 al. 4 CP).

                        b) Cette disposition vise non
seulement un titre faux ou la falsification d'un titre (faux matériel), mais
aussi un titre mensonger (faux intellectuel). Il y a faux matériel lorsqu'une
personne fabrique un titre dont l'auteur réel ne coïncide pas avec
l'auteur apparent. Le faussaire crée un titre qui trompe sur l'identité de
celui dont il émane en réalité (ATF 128 IV 265 cons. 1.1.1). Un faux intellectuel vise un titre qui émane de son
auteur apparent, mais dont le contenu ne correspond pas à la réalité (ATF 142 IV 119 cons. 2.1, 138 IV 130 cons. 2.1). Un simple mensonge écrit
ne constitue pas un faux intellectuel. Le document doit revêtir une crédibilité
accrue et son destinataire pouvoir s'y fier raisonnablement. Tel est le cas
lorsque certaines assurances objectives garantissent aux tiers la véracité de
la déclaration (ATF 144 IV 13 cons. 2.2.2 ; arrêts du TF du 08.11.2019 [6B_383/2019] cons. 8.3.1 non publié in ATF 145 IV 470, du 19.07.2019 [6B_467/2019] cons. 3.3.1). La conception restrictive de la
jurisprudence en matière de faux intellectuels dans les titres n'est pas
applicable lorsqu’on a affaire à un faux matériel (cf. ATF 132 IV 57 cons. 5.2 ; arrêts du TF du 24.03.2017 [6B_55/2017] cons. 2.3, du 24.01.2018 [6B_496/2017] cons. 2.4).

                        c) L'article 251 CP a été jugé inapplicable à un contrat
simulé utilisé par une partie pour obtenir un crédit, ainsi qu'à un contrat de
travail qui ne bénéficiait d'aucune garantie de véracité particulière. Par
ailleurs, plusieurs arrêts ont considéré qu'un certificat de salaire,
respectivement un décompte de salaire, au contenu inexact ou mensonger ne
constituait pas un titre (ATF 146 IV 258 cons. 1.1.1 et les nombreuses
références citées ; cf. également arrêt du 11.12.2020 de la Cour pénale
d’appel vaudoise [PE14.020329]). Cependant, lorsque l’auteur réel des fiches ou
du certificat de salaire ne correspond pas à l’auteur apparent (par exemple une
société fictive), on se trouve en présence d’un faux matériel (arrêt du TF du 22.06.2017 [6B_473/2016] cons. 4.2).

                        d) L'infraction de faux dans les titres est intentionnelle, le
dol éventuel étant suffisant (ATF 141 IV 369 cons.
7.4). En outre, l'auteur doit agir dans le dessein de porter atteinte aux
intérêts pécuniaires ou aux droits d'autrui ou de se procurer ou de procurer à
un tiers un avantage illicite (ATF 141 IV 369 cons. 7.4). Il n’est à cet
égard pas nécessaire qu’un préjudice soit réellement causé ou un avantage
réellement obtenu ; il suffit que l’auteur ait cela en vue et qu’il le
veuille ou s’en accommode (Corboz, Les infractions en droit suisse, vol.
II, 3e éd. 2010, n. 174 ad art. 251 CP). Le dol éventuel suffit
également pour ce dessein (Corboz, op. cit., n. 171 ss ad art. 251
CP).

                        e) En l’espèce, le comportement reproché à l’appelant
est l’utilisation de titres faux en vue d’obtenir un crédit bancaire (art. 251
ch.1 al. 3 CP). 

                        f) Il convient de vérifier si
les documents qualifiés de faux dont le prévenu aurait fait usage constituent
bien des titres au sens de l’article 251 CP.

                        Les avis de crédit
prétendument émis par la Banque D.________ (cf. acte d’accusation ch. 1/c/b),
faisant état de crédits, en faveur du prévenu, inexistants, constituent des
faux matériels, ceux-ci ayant été créés de toutes pièces et n’émanant
manifestement pas de cette banque. Comme il s'agit de la création de faux
documents, la conception restrictive de la jurisprudence en matière de faux
intellectuel ne s'applique pas et il convient uniquement d'examiner si ces
documents sont destinés et propres à prouver un fait ayant une portée juridique
(ATF 132 IV 57 cons. 5.2). En l’occurrence, ces
documents étaient aptes à démontrer le versement d’un salaire régulier au
profit du prévenu en vue d’établir sa solvabilité et afin qu’il puisse obtenir
un prêt. Ils étaient donc destinés et propres à prouver un fait ayant une
portée juridique au sens de l'article 110 ch. 4 CP.

                        Les bulletins de salaire libellés au
nom de C.________ Sàrl, faisant faussement état de salaires nets supérieurs à
6'000 francs dus à l’appelant, ont très probablement été élaborés par la même
société, dont le frère du prévenu et B.________, à qui le montant emprunté
aurait dû profiter (cf. cons. 8a ci-dessous), étaient associés gérants. Dans
cette configuration, il semble que l’auteur réel des bulletins de salaire
coïncide avec l’auteur apparent, soit la société C.________ Sàrl, de sorte
qu’on se trouve en présence d’un éventuel faux intellectuel. Or, compte tenu de
la jurisprudence, de tels documents ne constituent pas des titres ayant une
valeur probante accrue au sens de l’article 251 CP. L’appelant doit ainsi être acquitté pour les faits visés sous
chiffre 1 c) a) de l’acte d’accusation. 

8.                           
En appel, le
prévenu conteste avoir sollicité
un crédit auprès de la Banque E.________ et avoir, dans ce contexte, fait usage des faux précités. 

                        a) A ce
sujet, l’appelant a fait les déclarations suivantes :

                        Devant le tribunal de police,
le 21 janvier 2021, il avait expliqué avoir contracté l’emprunt auprès de la
Banque E.________ pour le « donner à C.________ Sàrl » afin que
cette entreprise puisse tourner et qu’il puisse y travailler. Devant la Cour
pénale, le 22 décembre 2021, il avait indiqué « je me souviens d’avoir fait
une demande auprès d’une banque pour obtenir un prêt de 90'000 francs. J’ai
emprunté cet argent pour le donner à quelqu’un dans une entreprise qui voulait
acheter plusieurs machines pour fabriquer des montres. Je voulais donner
l’argent à B.________.
(…) C’est la banque qui m’a aidé à
remplir les papiers. Pour faire cette demande de crédit, ni mon frère ni B.________
ne m’ont aidé. (…) C’est moi qui ai eu l’idée de solliciter ce crédit et j’ai
donné l’argent à B.________. (…). C’est
B.________ qui m’a donné les papiers nécessaires pour obtenir un prêt. Ensuite
je devais lui donner l’argent. Je n’ai pas regardé ces papiers avant de les
utiliser pour la demande de crédit. Il m’avait dit qu’il avait besoin de cet
argent pour équiper son entreprise en machines ».

                        Finalement, devant la Cour
pénale, le 12 septembre 2023, le prévenu a déclaré qu’il n’avait « rien fait », qu’il n’était pas allé à la banque
et qu’il n’avait rien avoir avec l’emprunt litigieux. Il ne savait pas qui
avait « pris » l’argent de la banque. Il ne se souvenait pas
avoir retiré de l’argent à la banque dans ce contexte. Il a indiqué qu’il
n’avait pas sollicité de traducteur pour l’expertise lorsque l’expert
psychiatre le lui avait proposé, car il n’avait pas compris ce qu’il lui était
demandé. Il a justifié la variation entre ses déclarations devant la Cour
pénale en 2021 (selon lesquelles il n’avait pas agi seul), et celles tenues
devant l’expert (d’après lesquelles il avait au contraire agi seul), par le
fait que, sans l’aide d'un traducteur, il ne comprenait pas les questions qui
lui étaient posées tant par la Cour pénale que par l’expert, précisant qu’il
avait de gros problèmes de mémoire.

                        b) Il est généralement admis
qu’en présence de plusieurs versions successives et contradictoires des faits
présentées par la même personne, le juge doit en principe accorder la
préférence à celle qui a été donnée alors que l’intéressé en ignorait peut-être
les conséquences juridiques, soit normalement la première, les explications
nouvelles pouvant être consciemment ou non le fruit de réflexions ultérieures (RJN 2019, p. 417, p. 421 ; ATF 121 V 45 cons. 2a). Lorsque le prévenu fait
des déclarations contradictoires, il ne peut en outre invoquer la présomption
d’innocence pour contester les conclusions défavorables que le juge a, le cas
échéant, tiré de ses déclarations (arrêt du TF du 30.06.2016 [6B_914/2015] cons. 1.2). 

                        c) La dernière version
soutenue par l’appelant devant la Cour pénale contredit largement les propos
qu’il a précédemment tenus devant le tribunal de police et la même Cour. Ses
déclarations devant le tribunal de police et devant la Cour pénale le 21
décembre 2021, déjà a priori plus crédibles que les subséquentes (supra,
cons. 8b), de même que celles faites devant l’expert, concordent sur le fait
qu’il a fait les démarches pour emprunter l’argent à la banque. Les
déclarations faites devant le tribunal de police et la Cour pénale le 21
décembre 2021 divergent quant au fait de savoir s’il avait agi avec l’aide de
ses frères ou non (l’intéressé ayant insisté devant l’expert pour présenter ses
démarches comme étant de sa seule initiative, expliquant « en vrai, je
voulais prendre l’argent, mes frères n’ont rien à voir là-dedans »), ce
qui n’est finalement pas, à ce stade, décisif. Le fait que ce soit le prévenu
qui a contracté le prêt bancaire chez la Banque E.________ est confirmé par le
fait que sa signature figure sur la demande de crédit, qui est libellée à son
nom et comporte ses coordonnées. Qui plus est, cette signature correspond à
celles que l’intéressé a paraphées sur d’autres documents figurant au dossier
(contrat de bail, ouverture du compte Banque D.________, carte d’identité,
demandes d’aide sociale, etc.) et en particulier sur les procès-verbaux
d’interrogatoire devant les différentes instances judiciaires. Enfin et
surtout, les documents fournis à la banque (fiches de salaire et avis Banque
D.________) ont été libellés en faveur de l’appelant et le montant « emprunté »
a été versé sur son compte bancaire.

                        Les difficultés de
compréhension linguistique et de mémoire évoquées pour justifier le contenu
contradictoire de ses déclarations devant les instances judiciaires et l’expert
ne sont guère crédibles. D’une part, l’intéressé est depuis le début de la
procédure représenté par un – le même – mandataire professionnel, qui aurait eu
tout loisir de requérir l’assistance d’un traducteur s’il était apparu que cela
fut utile. Lors de son audience du 21 décembre 2021, la Cour pénale avait pu
constater que le prévenu disposait d’un niveau tout à fait satisfaisant en
français. L’expert psychiatre avait également relevé, dans son rapport de
novembre 2022, que le prévenu était en mesure d’échanger dans cette langue de
manière claire et compréhensible, et de comprendre les sollicitations qui lui
étaient faites. Enfin, des difficultés linguistiques ne peuvent pas expliquer
que le prévenu ait détaillé le déroulement du même événement différemment.
Quant aux troubles de mémoire évoqués, ceux-ci
ne font pas obstacle au fait que ce sont les premières déclarations, plus
proches dans le temps de la commission des faits, qui sont le plus conforme à
la vérité.

                        Dans ces circonstances, au vu
des premières explications données par l’appelant, confirmées sur ce point
devant l’expert, ainsi que par la présence de sa signature sur les documents
fournis à la banque et par le fait que l’argent « emprunté »
ait été crédité sur son compte bancaire, il sera retenu que c’est lui qui a
contracté le prêt litigieux. C’est donc forcément lui qui a remis à la banque
les faux titres en vue d’obtenir l’emprunt en question, comme cela résulte des
déclarations qu’il a faites devant la Cour pénale le 22 décembre 2021 relatées
plus haut (cons. 8a).

                        d) L’appelant a agi en
connaissance de cause et dans le but de tromper la banque, puisqu’il était parfaitement
conscient du caractère mensonger des informations contenues dans ces documents et du fait que, sans celles-ci, il
n’aurait jamais pu obtenir le crédit compte tenu de sa situation économique
(« je n’aurais pas pu faire cette démarche tout seul puisque je n’ai
pas de revenus suffisants ». À supposer qu’il n’ait réellement pas
examiné les documents qu’il allait fournir dans la perspective d’obtenir un prêt, en agissant ainsi, il s’est, à tout le moins par dol
éventuel, accommodé de l'hypothèse que ceux-ci puissent contenir des
informations fausses, puisqu’il savait que sa condition économique s’opposait à
son octroi.

                        e) S’il l’on doit reconnaître
que le prévenu paraît être influencé par son entourage, notamment parce qu’il a
vraisemblablement contracté un prêt de 90'000 francs en faveur de B.________ qu’il ne semblait pas connaître
outre mesure, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas capable de
répondre de ses actes. Il découle des considérations de l’expert en rapport
avec la capacité de discernement du prévenu (cf. supra, cons. 4) que même dans
l’hypothèse où il aurait subi l’influence de quelqu’un pour agir comme il l’a
fait, l’intéressé disposait des capacités de se rendre compte que ce qui lui
était demandé ou suggéré était illégal, de refuser d’agir et de comprendre les
conséquences de ses agissements. 

                        f)
Le caractère illicite du procédé consistant à emprunter de l’argent alors qu’en
signant la demande de crédit, il confirmait l’exactitude des données le
concernant et qu’il savait, compte tenu de sa situation financière, qu’il ne
pourrait pas le rembourser ne pouvait échapper à l’appelant. Enfin,
il n’y a pas de doute sur le fait que le prévenu a agi avec le dessein
d'obtenir un avantage illicite, même si l’argent obtenu était destiné à
quelqu’un d’autre (cf. supra cons. 7d). 

g) L’appelant
doit donc être reconnu
coupable d'un usage de faux au sens de l'article 251 ch. 1 al. 3 CP pour avoir sollicité un crédit auprès de Banque E.________ en produisant de faux avis de crédit
de la Banque D.________, mais doit être acquitté pour le fait d’avoir, dans le
même contexte, fourni de faux décomptes de salaires.

9.                           
a) L’appelant
ne discute pas à titre indépendant la nature et la quotité de la peine infligée
pour le cas où sa culpabilité serait confirmée. Une nouvelle peine doit
cependant être fixée, conformément aux articles 47 et 49 CP, compte tenu de son
acquittement pour une des deux préventions de faux dans les titres ainsi que
pour une partie de l’escroquerie à l’aide sociale.

                        b) Au vu de la situation
financière précaire du prévenu, il y a sérieusement lieu de craindre qu’une
peine pécuniaire ne puisse pas être exécutée (art. 41 al. 1 CP). La peine privative de liberté
prononcée par le tribunal de première instance se justifie donc, ce qui n’est
au demeurant pas remis en cause. 

                        c) Les deux
infractions retenues sont passibles d’une peine privative de liberté de cinq
ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Aux yeux de la Cour pénale, l’infraction
la plus grave est le faux dans les titres. La faute est importante, le « butin »
étant conséquent (90'000 francs). L’intéressé ne regrette aucunement ses actes
et ne manifeste aucune prise de conscience. Cela est confirmé par son
comportement en procédure, par lequel il a essayé de s’arranger avec l’expert
pour n’encourir qu’une amende et a menti aux autorités judiciaires, allant même
jusqu’à prétendre lors de la dernière audience de la Cour pénale qu’il ne
savait ni parler le français ni le comprendre, alors qu’il s’exprimait de
manière satisfaisante dans cette langue lors d’une précédente audience devant
la même Cour et dans le même dossier. Le risque de récidive est modéré.
L’appelant a agi par esprit de lucre et pour aider autrui.
Il est possible qu’il ait subi l’influence de son entourage, sans pour autant
que sa responsabilité soit limitée (cf. supra, cons. 4). Du point de vue
socioprofessionnel, il ne travaille pas, émarge à l’aide sociale et a trois
enfants. Une
peine d’un mois et 15 jours de privation de liberté se justifie pour
sanctionner adéquatement cette infraction, compte tenu du fait qu’une partie
des documents fournis ne constituaient pas, juridiquement, des titres faux.
Conformément au principe de l’aggravation (art. 49 CP), cette peine sera
augmentée de 15 jours de privation de liberté pour l’escroquerie à l’aide
sociale. Les actes accomplis par le prévenu, qui forment un tout, se sont
déroulés sur une période continue et résultaient d’une décision unique. La
faute du prévenu est relativement importante. L’activité délictuelle s’est
répétée sur une durée d’environ une année et la dissimulation a porté sur des
salaires d’environ 6'000 francs. L’appelant a agi par
cupidité, agissant pour améliorer quelque peu sa situation financière, portant
atteinte au patrimoine de la collectivité publique. Il n’exprime aucun
repentir à cet égard non plus. La circonstance atténuante de l’article 48 let. e CP n’est pas réalisée,
une des deux conditions cumulatives n’étant pas remplie. Compte tenu du faux
dans les titres commis en 2018, l’existence d’un bon comportement depuis la
commission de l’escroquerie doit en effet être niée. L’appelant sera ainsi
condamné à deux mois de peine privative de liberté.

                        d) La peine sera assortie du
sursis, dont les conditions subjectives et objectives (art. 42 CP) sont
réalisées.

                        e) Au vu de la
situation financière précaire du prévenu, il sera renoncé à prononcer une
amende à titre de peine additionnelle (art. 42 al. 4 CP) – laquelle ne doit au
demeurant pas dépasser un cinquième de la sanction principale (arrêt du TF du 12.12.2017 [6B_119/2017] cons. 5.2) –
l’intéressé, qui travaillait à 30 % au moment du premier jugement rendu
par le tribunal de police, dépend désormais entièrement de l’aide sociale.

10.                         
a) Les
considérations qui précèdent conduisent à l’admission partielle de l’appel.

b) 
L’appelant supportera
une partie (1/4) des frais de justice de première instance, arrêtée à 3'000
francs.

c) 
L’assistance
judiciaire dont bénéficie le prévenu exclut l’octroi d’une quelconque indemnité
au sens de l’article 429 CPP.

d) 
La contestation
en lien avec le montant final de l’indemnité d’avocat d’office pour la
procédure de première instance est devenue sans objet vu l’ordonnance
rectificative rendue sur ce point, donnant droit aux conclusions formulées en
appel et au courrier du 14 février 2023.

L’indemnité d’avocat d’office due à Me O.________ pour la procédure de première instance fixée, après
rectification, à 2'657.30
francs par le tribunal
de police est
remboursable à raison d’un quart (1/4) par l’appelant, au sens de l’article 135 al. 4 CPP.

e) 
L’appelant
supportera également un quart (1/4) des frais de deuxième instance, arrêtés à
2’400 francs, soit par 600 francs, le solde étant laissé à la charge de l’État.

f)  
L’indemnité
d’avocat d’office due à Me O.________ pour la procédure d’appel sera fixée à
1’958 francs, frais, débours et TVA compris, selon le mémoire transmis à la
Cour pénale en audience. Cette indemnité sera remboursable par l’appelant, à
raison d’un quart (1/4), aux conditions de l’article 135 al. 4 CPP.

Par
ces motifs,

la Cour pénale décide

Vu les articles 135, 426, 428 CPP, 41 al. 1, 42, 47,
49, 146 et 251 CP,

I.      
L’appel est
partiellement admis.

II.      
Le jugement rendu
le 31 janvier 2023 par
le Tribunal de police des
Montagnes et du Val-de-Ruz est réformé, le dispositif étant désormais le
suivant :

1.     
Reconnaît X.________
coupable d’escroquerie (art. 146 CP) commise en 2013 et, pour les faits visés
sous chiffre 1c) b) de l’acte d’accusation (avis de crédit), de faux dans les
titres (art. 251 CP). 

2.     
Acquitte X.________
des préventions d’escroquerie (art. 146 CP) pour l’année 2012, d’obtention
illicite de prestation d’une assurance sociale ou de l’aide sociale (art. 148a
CP) et de faux dans les titres (art. 251 CP) en lien avec les faits visés sous chiffre 1 c) a)
de l’acte d’accusation (bulletins de salaire).

3.     
Condamne X.________
à de deux mois de peine privative de liberté, avec sursis pendant deux ans. 

4.     
Renonce à
prononcer à l’encontre de X.________ une amende comme peine additionnelle. 

5.     
Condamne X.________
à une part des frais de la cause, fixée à 3’000 francs.

6.     
Fixe les
honoraires du défenseur d’office du prévenu, Me O.________, à 2'657.30 francs
sous déduction du montant de 2’046.60 francs déjà versé, le solde étant 610.70
francs. 

7.     
Dit que X.________
ne pourra être tenu au remboursement qu’à raison d’un quart (1/4) de
l’indemnité (art. 135 al. 4 CPP a contrario). 

III.      
Les frais de
procédure d’appel, arrêtés à 2'400 francs, sont mis à hauteur de 600 francs à
la charge de X.________, le solde étant laissé à la charge de l’État. 

IV.      
La rémunération
d’avocat d’office due à Me
O.________, pour la
procédure d'appel, est fixée à 1’958
francs, frais, débours et TVA compris, cette indemnité étant remboursable à
raison d’un quart (1/4) par X.________, au sens de l’article 135 al. 4 CPP.

V.      
Le présent
jugement est notifié à X.________,
par Me O.________ ; au Ministère public, à la
Chaux-de-Fonds (MP.2018.3117) ; au Tribunal de police des Montagnes et du Val-de-Ruz
(POL.2020.277).

Neuchâtel, le 2 octobre 2023