# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e6d4b74a-0385-5f1e-971e-3fde59174a3c
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1998-02-16
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation civile 16.02.1998 CCC.1998.7403 (INT.1998.891)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_005_CCC-1998-7403_1998-02-16.html

## Full Text

A.      W.
S.  exploitait une entreprise de
maçonnerie, alors que T. est

à la
tête d'une entreprise de plâtrerie, en raison individuelle dans les

deux
cas.

 

       
Dès 1989 et jusqu'en 1991, W. S. 
a entrepris des travaux de

rénovation
dans un immeuble dont il était propriétaire à Fleurier. Une

partie
de ces travaux, qui ont pour certains fait l'objet de devis et pour

d'autres
non, a été confiée à T., le reste devant être exécuté par W. S.

et ses
employés. Atteint dans sa santé dès le début du mois de juillet

1989,
W. S.  a été remplacé à la direction des
travaux par R. ,

architecte,
et son fils J. S. , lui-même ingénieur civil. Au cours du

chantier,
l'étendue des travaux confiés à T. a régulièrement augmenté,

comme
W. S.  ne pouvait pas réaliser lui-même
tout ce qu'il avait prévu.

 

 

       
Les travaux attribués à T. ont fait l'objet de métrés établis

les 25
janvier et 4 mars 1991 en présence de J. S. , qui les a récapitulés

le 4
mars 1991 également (D.7/9, 37). Sont en particulier mentionnées dans

cette
récapitulation 474 heures de travaux à facturer en régie, au prix

unitaire
de 45 francs.

 

       
Le 1er octobre 1991, T. a adressé sa facture à W. S. , pour un

total
net de 99'941.80 francs, y compris 21'330 francs pour des travaux en

régie,
dont le solde dû s'élevait à 19'941.80 francs après déduction de

80'000
francs d'acomptes. Le 18 décembre 1991, W. S. 
a payé un nouvel

acompte
de 2'900 francs.

 

B.      Sa
lettre de mise en demeure du 22 septembre 1992 de payer le

solde
encore ouvert de la facture étant restée vaine, T. a fait notifier

le 8
janvier 1993 un commandement de payer à W. S. , qui a fait opposition

totale.

 

       
Le 28 avril 1993, T. a ouvert action en paiement de 17'041.80

francs
plus intérêts à l'encontre de W. S. , sollicitant en outre la

mainlevée
définitive de son opposition dans la poursuite. W. S.  a conclu

au
rejet de la demande et, reconventionnellement, au paiement de 3'500

francs
au titre de frais de réparation des défauts de l'ouvrage.

 

       
Par jugement du 25 septembre 1997, le Tribunal civil du district

du
Val-de-Travers a accueilli la demande et rejeté la demande reconven-

tionnelle,
étant précisé que K. S. , épouse du défendeur, avait remplacé

ce
dernier, décédé durant la procédure (art.24 CPC; D.51 et 52).

 

C.     K.
S.  recourt contre ce jugement, dont
elle demande la

cassation
avec ou sans renvoi. En bref, elle soutient, comme l'avait fait

feu son
mari en première instance, que le poste de 21'330 francs de la

facture,
afférent à 474 heures de travaux facturés en régie, correspond en

réalité
à une double facturation de ces travaux, ceux-ci étant déjà

compris
dans les travaux métrés et payés au mètre. Compte tenu des

acomptes
versés, la recourante ne doit donc plus rien. C'est à la suite

d'une
appréciation arbitraire des preuves que le premier juge a retenu le

contraire.
De surcroît, celui-ci a faussement appliqué le droit, en

perdant
de vue qu'il appartenait au demandeur et intimé de prouver la

valeur
de son travail et ses dépenses, un dépassement de devis de près de

20'000
francs sur un devis finalement arrêté à 80'000 francs étant de

toute
manière absolument inadmissible.

 

D.      Le
premier juge formule diverses observations sans prendre de

conclusions,
alors que l'intimé conclut au rejet du recours.

 

                          C O N S I D E R A N
T

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux, le recours est

recevable.                                           

 

2.      Il
est constant que W. S.  et T. ont conclu
un contrat

d'entreprise,
en sorte que la recourante, en sa qualité d'ayant cause du

maître,
doit payer le prix de l'ouvrage livré. Lorsque, comme en l'espèce,

les
parties ne sont pas convenues d'un prix à forfait (au sens de

l'article
373 CO), celui-ci est déterminé d'après la valeur du travail,

que
cette dernière ait ou non été fixée au préalable dans un devis ap-

proximatif
(art.374 CO). Toutefois, la réglementation prévue à l'article

374 CO
revêt un caractère supplétif et ne s'applique dès lors qu'à défaut

de
convention contraire des parties (Gauch, Werkvertrag, 4e édition 1996

no 943;
Tribunal fédéral in SJ 1989 p.336).

 

       
En l'espèce, rien ne peut être tiré, s'agissant du prix à payer

par le
maître, de la convention passée entre les parties, puisqu'il est

établi
que l'ouvrage à livrer, initialement devisé approximativement à

34'876
francs, s'est modifié d'un commun accord au fil des travaux, sans

que ces
modifications de la convention initiale ne fassent l'objet d'au-

cune
confirmation écrite ou autre document. Il est vrai que l'architecte

R., qui
a fonctionné comme l'un des représentants du maître de l'ouvrage

dès le
mois de juillet 1989, a fait état d'une modification du devis

initial,
qui serait intervenue le 14 juillet 1989 et qui portait celui-ci

à
80'000 francs, y compris 6'278 francs de travaux en régie (D.18, 21). La

recourante
elle-même admettant que les travaux confiés à l'intimé n'ont

commencé
que le 16 août 1989 (v.recours p.4), c'est dès lors de façon

parfaitement
convaincante que le premier juge en a conclu d'une part que

les
parties étaient convenues qu'une partie des travaux serait payée selon

des
prix unitaires et des surfaces (métrés) et l'autre selon un tarif

horaire
(régie), d'autre part que les parties ne pouvaient s'être mises

d'accord,
avant même le début des travaux, sur le coût effectif des

travaux
facturés en régie, ceux-ci pouvant au mieux faire l'objet d'une

estimation
le 14 juillet 1989. On ne voit pas en quoi ces déductions

procéderaient
d'une appréciation arbitraire du témoignage de R. ; la

critique
de la recourante tombe à faux.

 

3.     
Dans la règle, il appartient à l'entrepreneur d'établir la

rémunération
qu'il prétend recevoir du maître, ce qui suppose qu'il

apporte
la preuve des heures qu'il a consacrées, des moyens qu'il a

engagés
et des quantités de matériaux utilisées. Pour faciliter cette

preuve,
il est usuel dans la construction de faire signer par le maître ou

son
représentant des rapports ou bons de régie. Ceux-ci créent alors une

présomption
de fait de l'exactitude de ce qu'ils rapportent (Tercier, Les

contrats
spéciaux, 2e édition 1995, p.454), qui peut être renversée si des

preuves
contraires sont rapportées. Il n'y a toutefois pas renversement du

fardeau
de la preuve (ATF 120 II 248, JT 1995 I 559, 560) et il n'incombe

pas au
maître de prouver le contraire de ce que les rapports de régie

établissent.
Inversement, il ne suffit pas au maître qui entend inverser

cette
présomption d'affirmer qu'il aurait signé les rapports sans en

contrôler
préalablement l'exactitude (v.Gauch, op. cit. p.286 287).

 

       
En l'occurrence, les parties ont procédé à des séances dites de

métrés,
les 25 janvier et 4 mars 1991, au cours desquelles elles ont l'une

et
l'autre signé les protocoles des mesures qui ont été faites à ces

occasions.
Le 4 mars 1991 toujours, pour le compte de son père, J. S.  a

établi
une récapitulation générale des travaux facturés par T.. Celle-ci

comprend
deux séries distinctes de travaux en régie, l'une pour 201 3/4

heures,
l'autre pour 474 heures. Toutes les indications contenues dans

cette
récapitulation ont ensuite été contrôlées et pointées, y compris le

tarif
horaire de 45 francs pour les travaux en régie. C'est ainsi que le

14 juin
1991, J. S.  a signé cette
récapitulation pour un coût total des

travaux
ascendant à 99'941.95 francs, y compris 9'078.75 francs et 21'330

francs
pour les deux séries de travaux en régie. La facture de l'intimé du

1er
octobre 1991 reprend ce total à 15 centimes près, les postes des

travaux
en régie étant quant à eux rigoureusement identiques à ceux de la

récapitulation.

 

        A
n'en pas douter, la signature apposée par J. S.  le 14 juin

1991
créé la présomption de fait que la facturation de l'intimé a fait

l'objet
d'un contrôle et a été reconnue exacte à cette occasion. La seule

allégation
que les heures indiquées dans la récapitulation pour les

travaux
en régie y figureraient pour mémoire, à titre indicatif seulement,

ne
saurait, en l'absence de toute mention sur le document allant dans ce

sens,
infirmer cette présomption. Celle-ci est au contraire renforcée par

l'existence,
pour la série de 474 heures, de 4 bons de régie, dont l'un

signé
par J. S. , faisant état de 28 heures de travaux en régie pour les

mois
d'août et septembre 1989, 108 heures et 144 heures en février 1990 et

144
heures en mars 1990, tous chiffres que l'on retrouve sur la

récapitulation
que J. S.  a signée sans réserve le 14
juin 1990, laquelle

compte
encore 50 heures non comprises dans ces 4 bons. C'est par ailleurs

à juste
titre, pour les mêmes raisons de chronologie que dans le cas du

témoin
R., que le premier juge n'a pas retenu les déclarations de J. S. ,

selon
lesquelles les heures en régie litigieuses auraient fait l'objet

d'une
négociation entre l'intimé et l'architecte R., puisque ce dernier

situe à
mi-juillet 1989 la modification du devis initial, porté d'environ

35'000
francs à 80'000 francs, soit à une date où les travaux en régie

n'avaient
pas encore débuté, en sorte qu'il n'y avait pas matière à

négociation
à ce moment-là. Dans ce cas non plus, on ne voit pas en quoi

le
premier juge aurait procédé à une appréciation arbitraire des preuves,

singulièrement
du témoignage de J. S. . Enfin, le dossier établit de façon

parfaitement
claire l'existence de deux séries distinctes de travaux en

régie,
portant sur des périodes et des genres de travaux différents, pour

un
total de 201 3/4 heures dans un cas et de 474 heures dans l'autre,

selon
la récapitulation générale.

 

4.      Il
suit de ce qui précède que le demandeur et intimé a bien

établi,
au travers d'une présomption de fait qui n'a pas été infirmée au

cours
de l'instruction, que le montant intégral de sa facture correspon-

dait à
la valeur de ses travaux et qu'il n'y avait pas double facturation

pour
une partie d'entre eux, de sorte que le premier juge a correctement

appliqué
l'article 374 CO en condamnant la recourante à payer à l'intimé

le
solde de la facture resté impayé.

 

       
Entièrement mal fondé, le recours doit en conséquence être

rejeté,
frais et dépens à la charge de la recourante.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
CIVILE

 

1.
Rejette le recours.

 

2.
Condamne la recourante à payer 660 francs de frais, qu'elle a avancés,

   et à verser 500 francs de dépens à
l'intimé.

 

 

Neuchâtel,
le 16 février 1998

 

 

                          AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION CIVILE

                   Le greffier                         L'un des juges