# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 19ec0df4-46fb-5c94-9c64-fb4fe582a432
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites Plainte / 2014 / 8
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_Plainte---2014---8_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

FA13.029550-132529

             
8 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
3 mars 2014

__________________

Présidence
de               M.             
Sauterel,
président

Juges             
:              M.             
Hack et Mme Rouleau

Greffier
              :             
Mme              van Ouwenaller

 

 

*****

 

 

Art.
17 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal prend séance à huis clos, en sa qualité
d'autorité cantonale supérieure de surveillance, pour statuer sur le recours interjeté
par  T.________,
à Pully, contre la décision rendue le 10 décembre 2013, à la suite de l’audience
du 7 novembre 2013, par le Président du Tribunal d’arrondissement de l'Est vaudois, autorité
inférieure de surveillance, dans la cause qui l'oppose à l'Office
des poursuites du district de Lavaux - Oron.

 

             
Vu les pièces du dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le 28 juin 2013, dans le cadre des poursuites nos
5'656'371 et 6'126'102 pour un total de 64'645 fr. 15 plus accessoires, l’Office des poursuites
du district de Lavaux-Oron (ci-après : l’office) a adressé à la poursuivie
T.________ un procès-verbal de saisie portant sur vingt-trois actions de [...], d’une valeur
estimative de 72'031 fr. 40, arrêtée sur la base de la valeur fiscale.

 

             
Le 9 juillet 2013, T.________ a formé une plainte LP (loi fédérale sur la poursuite pour
dettes et la faillite du 11 avril 1889; RS 281.1) contre ce procès-verbal de saisie. D’une
part, elle faisait valoir qu’elle avait demandé l’annulation des poursuites en cause
et que ces procédures n’étaient pas encore terminées. D’autre part, elle contestait
la valeur estimative des actions et rappelait qu’elle avait déposé une réclamation
à ce sujet auprès du fisc, non encore traitée. A l'appui de son écriture, elle a
produit un onglet de pièces sous bordereau dont notamment plusieurs lettres qu'elle a adressées
au Juge de paix du district de Lavaux – Oron demandant l'annulation des poursuites nos
5'656'371 et 6'126'102 au sens de l'art. 85 LP.

 

             
La plaignante a déposé une écriture complémentaire le 28 septembre 2013. 

 

             
L’office s’est déterminé par courrier du 14 octobre 2013. Au premier argument il
a répondu que la poursuivie n’avait pas obtenu la suspension des poursuites et que la procédure
de saisie devait donc suivre son cours. En ce qui concerne le deuxième grief, il a expliqué
s’être fondé sur les informations transmises par [...], qui se réfère à
la valeur fiscale 2011 arrêtée par l’ACI. Il a exposé n'avoir pas jugé utile,
à ce stade, de mandater un expert pour déterminer la valeur réelle des actions, étant
donné que, pour des actions non cotées, ce travail nécessiterait un certain temps et a
précisé ne pas exclure définitivement cette possibilité, le procès-verbal de
saisie indiquant qu’une expertise pourrait être envisagée avant la réalisation,
moyennant une avance de frais.

 

 

2.
              Par décision du 10
décembre 2013, rendue à la suite d’une audience tenue le 7 novembre 2013, le Président
du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois a rejeté la plainte. Il a considéré
qu’il ne lui appartenait pas de statuer sur les arguments de fond invoqués par la plaignante
à l’appui de ses requêtes en annulation de poursuites. En ce qui concerne l’estimation
des actions, il a considéré qu’une expertise serait trop longue, s’agissant de
titres non cotés ne faisant pas l’objet de critères d’estimation reconnus, qu’on
ne pouvait pas imposer ce retard aux créanciers, et que c’était donc à juste titre
que l’office s’était fondé sur l’estimation fiscale. Cette décision
a été notifiée le 13 décembre 2013 à la plaignante. 

 

 

3.
              Par acte du 18 décembre
2013, [...] a recouru contre ce prononcé, concluant à ce que l’office « tiendra
compte des procédures en cours liées aux poursuites » et « fera estimer
les actions [...] par un expert si ces poursuites sont maintenues ».  Elle a produit une
pièce nouvelle. Le 19 décembre 2013, elle a produit un exemplaire rectifié de la deuxième
page de son recours. 

 

             
Le 6 janvier 2014, l’office s’est référé à ses déterminations de
première instance et a préavisé en faveur du rejet du recours. 

 

             
Par acte du 9 janvier 2014, le Service Juridique et Législatif de l’Etat de Vaud, créancier
intimé, s’en est remis à justice.

 

 

 

             
En droit :

 

 

I.             
a)
Formé en temps utile, dans le délai de dix jours suivant la notification de la décision
attaquée (art. 18 al. 1 LP et 28 al. 1 LVLP [loi vaudoise d'application de la loi fédérale
sur la poursuite pour dettes et la faillite du 18 mai 1955; RSV 280.05]), et contenant des conclusions
et l'énoncé des moyens invoqués (art. 28 al. 3 LVLP), le recours est recevable. La pièce
nouvelle produite à son appui l'est également (art. 28 al. 4 LVLP). 

 

             
Il en va de même des déterminations de l'Office et de l'intimé.

 

             
b)
La recourante requiert production de pièces, concernant la valeur des actions. Cette réquisition
doit être rejetée. Elle n'est en effet pas nécessaire au traitement du recours.

 

 

II.
              a)
La recourante conteste les créances en poursuites. Elle fait valoir qu’elle a intenté
des procédures en annulation de ces poursuites – rejetées mais faisant l’objet
de recours de sa part – et répète les arguments de fond qu’elle a fait valoir dans
lesdites procédures. En particulier, invoquant la CEDH (Convention de sauvegarde des droits de l'homme
et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950; RS 0.101), la recourante fait grief à la
justice, notamment à l’autorité inférieure de surveillance, de ne pas dénoncer
des infractions pénales dont elle se serait plainte en vain. 

 

             
b)
Lorsque le débiteur est sujet à la poursuite par voie de saisie, l'office, après réception
de la réquisition de continuer la poursuite, procède sans retard à la saisie ou y fait
procéder par l'office du lieu où se trouvent les biens à saisir (art. 89 LP). Il lui appartient
d'examiner d'office notamment si le poursuivant est fondé à requérir la continuation de
la poursuite (Foëx, Commentaire romand, n. 3 ad art. 89 LP). Selon l'art. 79 al. 1 in fine LP, le
poursuivant ne peut requérir la continuation de la poursuite qu'en se fondant sur une décision
exécutoire qui écarte expressément l'opposition. En d'autres termes, il doit disposer
d'un commandement de payer passé en force. En outre, la poursuite ne doit pas être suspendue
par une décision de suspension au sens des art. 85 ou 85a LP ou par une action en libération
de dette (art. 83 al. 2 LP). Les actions des art. 85 et 85a LP, contrairement à l'action en libération
de dette, n'ont pas pour effet de suspendre la poursuite, qui continue son cours (Gilliéron, Commentaire
de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 48 ad art. 85 LP).
Elle peut être suspendue provisoirement par le juge – même d'office –, le cas échéant
seulement après que le créancier a obtenu la saisie, lorsque l'action a été ouverte
en procédure accélérée et que le fondement de la demande apparaît très
vraisemblable (ibid., eod. loc.; Schmidt, Commentaire romand, nn. 7-9 ad art. 85 LP). 

 

             
En l’occurrence, la recourante se prévaut des procédures en annulation de poursuites,
au sens de l’art. 85 LP, en cours. Elle ne prétend pas avoir obtenu une suspension des poursuites,
jusqu’à droit connu sur ses requêtes. Il importe peu de savoir si, sur le fond, les arguments
de la recourante sont fondés ; c’est au juge amené à statuer sur ces requêtes
de le dire. D'autre part, l'obligation des autorités de dénoncer, dans le cadre de l'art. 302
CPP (Code de procédure pénale du 5 octobre 2007; RS 312.0), les infractions pénales
dont elles ont connaissance ne signifie pas relayer et appuyer les accusations de tiers. 

 

             
C’est dès lors à juste titre que l’office a procédé sans tenir compte
des procédures en annulation de poursuites.

 

 

III.
              a)
La recourante fait valoir que la valeur des actions de [...] est contestée depuis des années,
qu’elle n’a jamais pu en connaître la véritable valeur fiscale et vénale,
qu’elle ne comprend pas la position de l’office, qui aurait changé plusieurs fois d’avis.
Elle conteste qu’une expertise prendrait du temps, parce qu’elle « sait très
bien quels documents il faut obtenir en premier lieu » ; selon elle, ces documents permettraient
à un expert de rapidement calculer la valeur des actions. Elle soutient que l’ACI détient
les informations nécessaires et fait grief à celle-ci de n’avoir pas donné suite
à ses réclamations.

 

             
b)
Dans le cadre de la procédure de saisie, il incombe au fonctionnaire de faire l'estimation des objets
qu'il saisit; à cet effet, il peut s’adjoindre un expert (art. 97 al. 1 LP). Le recours à
un expert s'impose lorsque le préposé – ou son substitut – ne dispose pas des connaissances
particulières nécessaires à l'estimation des biens saisis (ATF 93 III 20 c. 4, JT 1967
II 44). La procédure d’estimation, qui a pour but de limiter les effets de la saisie à
ce qui est nécessaire pour désintéresser les créanciers (art. 97 al. 2 LP), et de
renseigner les intéressés (créanciers, enchérisseurs éventuels), doit cependant
rester raisonnable. Dans certaines circonstances, une expertise peut s'avérer inutile, voire déraisonnable,
par exemple si elle coûte proportionnellement trop cher, ou encore si elle nécessiterait un
délai démesuré pour le poursuivant (ATF 110 III 65 ; Foëx, in Staehelin et alii,
Basler Kommentar, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs I, nn. 14 et 15 ad art. 97 SchKG
; Gilliéron, op. cit., n. 21 ad art. 97). L’expertise servant à garantir une estimation
aussi précise que possible, son but ne peut être atteint dans un délai utile que s’il
existe des critères d’estimation reconnus (ATF 101 III 32).

 

             
En l’occurrence, les biens à estimer sont des titres non cotés. Dès lors qu’il
existe une estimation fiscale, il serait déraisonnable de faire procéder à une véritable
expertise. Pour déterminer leur valeur exacte, il ne suffirait en effet pas de réunir des documents.
Il faudrait que l’expert analyse l’entier de la comptabilité de la société.
Cela non seulement prendrait du temps, mais serait de plus assez coûteux. Il n’appartient
enfin pas à l’office de se prononcer sur les carences alléguées de l’ACI et
encore moins d’y suppléer. Une expertise pourra être mise en œuvre lorsqu’un
créancier saisissant aura requis la vente, pour autant que quelqu’un soit disposé à
en faire l’avance de frais. 

 

 

IV.
              En conclusion, le recours
doit être rejeté et la décision de l'autorité inférieure de surveillance confirmée.

 

             
Le présent arrêt est rendu sans frais ni dépens (art. 20a al. 2 ch. 5 LP; 61 al. 2 let.
a et 62 al. 2 OELP [ordonnance sur les émoluments perçus en application de la LP; RS 281.35]).

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité cantonale

supérieure
de surveillance,

p
r o n o n c e :

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
L’arrêt, rendu sans frais ni dépens, est exécutoire.

 

Le
président :              La greffière
:

 

 

 

 

Du
3 mars 2014

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.

 

             
Il est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme T.________,

-
              Le Service Juridique et
Législatif de l’Etat de Vaud,

-             
 M. le Préposé à l’Office des poursuites du district de Lavaux – Oron.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
dix jours – cinq jours dans la poursuite pour effets de change – qui suivent la présente
notification (art. 100 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois, autorité inférieure de
surveillance.

 

             
La greffière :