# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 8b25d384-dd01-586a-b9e1-ba13b5acc35f
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2001-11-30
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation civile 30.11.2001 CCC.2001.114 (INT.2002.87)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_005_CCC-2001-114_2001-11-30.html

## Full Text

A.                                        
X.
SA a requis, le 12 mars 2001, la mainlevée provisoire de l'opposition formée
par S. à la poursuite N° 20007337 qui lui a été notifiée le 22 décembre 2000.
Il s'agit d'une poursuite en réalisation de gages immobiliers grevant l'article
Y du cadastre de la Chaux-de-Fonds, que la poursuivante invoque en garantie de
remboursement, à hauteur de 1'838'000 francs, sans intérêts, d'un prêt accordé
le 20 juin 1995 et dénoncé le 10 juin 1999.

                        A
l'audience tenue le 7 mai 2001, personne n'a comparu. Par courrier de la
veille, parvenu au tribunal le 10 mai 2001, le poursuivi exposait que son achat
de l'immeuble en question était entaché de fraude, le prix réel de 1'460'000
francs n'ayant pas été entièrement déclaré, de sorte que l'immeuble ne lui
appartient pas et qu'il ne doit rien à X. SA, estimait-il. Subsidiairement, il
faisait valoir que seul le prix de vente officiellement payé, soit 1'200'000
francs, pouvait donner lieu à poursuite.

B.                                        
Par
décision du 9 août 2001, le président du Tribunal civil du district de La Chaux-de-Fonds
a prononcé la mainlevée provisoire requise, tant pour la créance que pour le
gage, en considérant que les dix cédules hypothécaires grevant l'immeuble du
poursuivi ont été dénoncées au remboursement puis produites, après avoir fait
l'objet d'une cession fiduciaire du poursuivi en faveur de la banque Z.,
postérieurement à l'acte de vente prétendument vicié, de sorte que "la
validité de cette cession n'apparaît ainsi pas douteuse". 

C.                                        
Dans
son recours du 18 août 2001, S. reproche au 
premier juge de n'avoir pas tenu compte de ses arguments ni répondu à
ses questions. Il estime qu'aucune preuve de sa propriété de l'immeuble n'a été
fournie et fait valoir qu'une différence de 200'000 francs séparerait le total
de la créance de celui des cédules grevant l'immeuble.

D.                                        
Le
président du tribunal civil ne formule ni conclusion, ni observations. 

                        Pour
sa part, X. SA conclut au rejet du recours, sans formuler d'observations.

C O N S I D E R
A N T

en droit

1.                                         
Interjeté
dans les vingt jours dès notification de la décision attaquée, le recours est
recevable à ce titre.

                        S'il
est vrai que le recours en cassation doit être motivé, c'est-à-dire indiquer,
même sommairement, en quoi l'un au moins des motifs énumérés limitativement à
l'article 415 CPC est réalisé, sous peine d'irrecevabilité, les exigences en la
matière ne doivent pas être trop sévères à l'égard d'un recourant qui agit sans
avocat (voir arrêt de la CCC du 4.05.2001, en la cause B.S., citant RJN 1998,
p.125 et RJN 1986, p.84). En l'espèce, on peut considérer que le recours,
interprété à la lumière de la réponse à requête du 7 mai 2001, comporte les
griefs de défaut de motivation, voire d'erreur de droit pour n'avoir pas admis
la nullité de l'acquisition de l'immeuble grevé, comme celui d'arbitraire dans
la vérification de l'existence des gages invoqués.

2.                                         
L'argument
du poursuivi, selon lequel l'acte de vente du 29 mai 1991 serait nul, a été
écarté d'une seule phrase par le premier juge, au motif que la cession
fiduciaire des cédules hypothécaires, du 14 janvier (en réalité : septembre)
1994, était largement postérieure à la vente et donc indiscutablement valable.

                        Même
très sommaire, une telle motivation apparaît en définitive comme suffisante. En
effet, vu la qualité de papier-valeur des cédules hypothécaires, le débiteur ne
peut "faire valoir que les exceptions dérivant de l'inscription ou du
titre et celles qu'il a personnellement contre le créancier poursuivant"
(art.872 CC). Ainsi, à supposer même que les cédules aient été nulles à
l'origine, ce qu'il n'y a pas lieu d'admettre à première vue (car ces titres
ont tous été émis entre 1973 et 1990, soit bien avant la vente litigieuse),
leur transfert à un tiers de bonne foi les aurait rendues valables (Steinauer,
Les droits réels, III, N.3012b).

                        Au
demeurant, si le recourant a établi, par la production d'un jugement pénal du
17 juillet 1997, que son acquisition de l'immeuble en cause, le 29 mai 1991,
était entachée d'une constatation fausse (prix apparent de Fr. 1'200'000.-
sur l'acte de vente, alors que les vendeurs ont reçu, en réalité,
Fr. 1'460'000.-), ce qui conduit en principe à la nullité de l'acte (RJN
1997 p.98, avec un commentaire du prof. Tercier dans DC 1998 p.131), cela ne
signifie pas encore qu'il puisse invoquer une telle nullité quand bon lui
semble. La jurisprudence (ATF 112 II 330, JT 1987 I 70), certes abondamment
discutée, dans sa formulation si ce n'est dans son résultat (voir en
particulier la note très critique de Raymond Jeanprêtre, JT 1987 I 78; Engel,
Traité des obligations en droit suisse, 2ème éd. p.264; Bruno Schmidlin,
Les dessous de table, SJ 1989, p.497 – 515, en particulier 508), considère
qu'il y a notamment abus de droit à invoquer un vice de forme après exécution
bilatérale volontaire du contrat. Or S. a indiscutablement agi comme propriétaire
de l'immeuble pendant plusieurs années, en particulier lorsqu'il a contracté
auprès de la banque poursuivante le prêt que cette dernière invoque.

3.                                         
Quant
au montant des gages invoqués, le recourant fait – volontairement ou non – une
confusion entre les cédules grevant son immeuble de La Chaux-de-Fonds, qui
totalisent effectivement 1'838'000 francs, et la cédule hypothécaire de 200'000
francs grevant un autre immeuble lui appartenant, à Cernier, en garantie d'un
autre prêt consenti le 7 septembre 1994 (voir lettre de confirmation, p.3). Il
n'y avait donc nul arbitraire dans le constat du premier juge à ce sujet. 

4.                                         
Le
recours du 18 août 2001 est dès lors mal fondé.

                        Le
recourant supportera les frais de justice, sous réserve de l'assistance
judiciaire, alors qu'il n'y a pas lieu à dépens.

Par ces motifs,

LA COUR DE CASSATION CIVILE

1.     
Rejette le
recours.

2.     
Condamne le
recourant aux frais de justice, avancés par l'Etat et arrêtés à 1'020 francs.

3.     
Dit qu'il n'y
a pas lieu à dépens.