# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 869f7391-419b-57d5-b761-6e6177a58515
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1990-10-23
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Europäischer Gerichtshof für Menschenrechte 23.10.1990 JAAC 54.54
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_013_JAAC-54-54--_1990-10-23.pdf

## Full Text

JAAC 54.54

Arrêt de la Cour eur. DH du 23 octobre 1990, affaire
Huber, Série A 188

Affaire Huber. Violation de la CEDH par l’exercice successif de fonctions
d’instruction et de poursuite.

Art. 5 § 3 CEDH. Notion de magistrat habilité par la loi à exercer des
fonctions judiciaires.

L’exigence d’impartialité n’est pas remplie lorsque le magistrat qui
décide de la détention peut intervenir dans la procédure ultérieure
en qualité de partie poursuivante (en l’espèce, procureur de district
zurichois ayant ordonné l’arrestation d’une personne, puis dressé l’acte
d’accusation contre elle; changement de jurisprudence?).

Art. 50 CEDH. Octroi d’une satisfaction équitable pour frais et dépens,
à l’exclusion d’une indemnité pour dommage matériel ou tort moral, ce
dernier étant réparé par l’arrêt de la Cour en soi.

Fall Huber. Verletzung der EMRK durch die sukzessive Ausübung von
Instruktions- und Verfolgungsfunktionen.

Art. 5 § 3 EMRK. Begriff des gesetzlich zur Ausübung richterlicher
Funktionen ermächtigten Beamten.

Das Erfordernis der Unparteilichkeit ist nicht erfüllt, wenn der Beamte,
der über die Haft entscheidet, in den weiteren Verfahrensabläufen
als verfolgende Partei intervenieren kann (vorliegend Zürcher
Bezirksanwalt, der die Verhaftung einer Person anordnete und in der
Folge die Anklageschrift verfasste; Änderung der Rechtsprechung?).

Art. 50 EMRK. Zusprechung einer gerechten Entschädigung für Partei-
und Verfahrenskosten, unter Ausschluss von materiellem Schaden
und Genugtuung, welche letztere sich aus dem Urteil des Gerichtshofes
selbst ergibt.

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Caso Huber. Violazione della CEDU a causa dell’esercizio successivo di
funzioni d’istruzione e di perseguimento.

Art. 5 § 3 CEDU. Nozione di magistrato autorizzato dalla legge ad
esercitare funzioni giudiziarie.

L’esigenza d’imparzialità non è adempiuta se il magistrato che
decide la detenzione può intervenire nella procedura successiva in
qualità di parte preposta al perseguimento penale (nella fattispecie,
procuratore distrettuale zurighese che ha ordinato l’arresto di una
persona e successivamente ha steso l’atto d’accusa contro la medesima;
modificazione della giurisprudenza?).

Art. 50 CEDU. Concessione di un’equa soddisfazione per spese
processuali e ripetibili, eccettuato un indennizzo per danno materiale e
danno non patrimoniale; quest’ultimo è riparato dalla decisione stessa
della Corte.

Résumé des faits

Le 10 août 1983, dans le cadre d’une instruction pénale, le procureur de
district de Zurich avait décerné un mandat d’amener contre la requérante,
puis ordonné sa mise en détention provisoire le 11 août 1983. Le 12 octobre
1984, ce même magistrat dressait un acte d’accusation contre la requérante
pour faux témoignage et entrave à l’action pénale.

Devant les organes de la Convention européenne des droits de l’homme,
la requérante en déduit que la détention provisoire que ce magistrat avait
ordonnée n’aurait ainsi plus été conforme à l’art. 5 § 3 CEDH.

EN DROIT

I. SUR LA VIOLATION ALLEGUEE DE L’ART. 5 § 3

37. La requérante allègue une violation de l’art. 5 § 3 CEDH, en tant qu’il
garantit à «toute personne arrêtée ou détenue, dans les conditions prévues au
paragraphe 1 c)» du même article, le droit à être «aussitôt traduite devant
un juge ou un autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions
judiciaires».

Le procureur de district J. n’aurait pas offert l’indépendance voulue dès lors
qu’il plaça Mme Huber en détention provisoire, puis l’inculpa et pour finir agit
comme organe de poursuite devant la juridiction de jugement.

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Toujours selon l’intéressée, d’une manière générale on ne peut jamais tenir
une partie poursuivante pour un «magistrat» au sens de l’art. 5 § 3. En
l’occurrence, parmi les diverses fonctions du procureur de district, celle
d’accusateur revêtirait un caractère prépondérant; l’obligation qu’il a
d’informer à charge et à décharge avec un soin égal n’y changerait rien.

38. De son côté, la Commission estime que l’on ne saurait considérer M. J.
comme indépendant des parties au procès puisqu’il pouvait être l’une d’elles et
le fut effectivement.

Son délégué invite la Cour à s’écarter de l’arrêt Schiesser du 4 décembre 1979
(Série A 34)[80], qui concernait lui aussi le statut et les tâches du procureur
de district du canton de Zurich. Il croit discerner dans la jurisprudence de la
Cour une évolution vers la séparation complète entre poursuite et fonctions
judiciaires, séparation qu’il estime nécessaire au stade actuel de la protection
des droits de l’homme en Europe.

A ce sujet, il note une différence entre les affaires Schiesser et Huber: dans la
première, le procureur de district n’avait pas assumé la qualité de partie
poursuivante, tandis que dans la seconde, il a dressé l’acte d’accusation.
Le délégué n’y attache pourtant point une importance décisive: pareille
circonstance de fait dépend du déroulement ultérieur de la procédure
pénale; or la légalité de l’action du procureur au regard de l’art. 5 § 3 devrait
apparaître clairement dès le début.

39. D’après le Gouvernement, le procureur de district est pour l’essentiel,
malgré son titre, un juge d’instruction; cela le distinguerait nettement des
membres du ministère public dont la Cour a eu à s’occuper dans les affaires
Skoogström (arrêt du 2 octobre 1984, Série A 83) et Pauwels (arrêt du 26 mai
1988, Série A 135). Il lui appartient certes de rédiger l’acte d’accusation, mais la
loi cantonale lui impose de prendre en compte les éléments à décharge aussi
bien qu’à charge, sans énoncer les motifs de suspicion ni des considérations
juridiques.

En l’occurrence, il aurait ordonné l’arrestation de Mme Huber en toute
indépendance, et à ce stade il ne devait nullement se prononcer sur la
culpabilité. Le simple fait d’avoir, quatorze mois plus tard, présenté l’acte
d’accusation ne saurait compromettre son indépendance après coup; le
Gouvernement adhère pleinement aux considérations énoncées par le TF
dans son arrêt du 14 mars 1989, d’après lequel on doit uniquement se placer
au moment de l’arrestation, sans avoir égard à l’éventualité d’une intervention
ultérieure du procureur de district à titre de partie poursuivante.

Du reste, la requérante n’aurait pas contesté le mandat d’arrêt, ni la légalité
de sa détention provisoire, sur le terrain de l’art. 5 § 4, ni attaqué les actes
d’instruction; elle n’ignorait pourtant pas que M. J. pouvait par la suite jouer
un autre rôle. Elle n’aurait jamais non plus prétendu qu’il eût nourri un
préjugé contre elle. D’une manière générale, on verrait mal quel avantage
un prévenu pourrait tirer de l’établissement de l’acte d’accusation par un
magistrat autre que le responsable de son arrestation.

L’arrêt Schiesser aurait laissé ouverte la question de la compatibilité avec la
convention du cumul des fonctions d’instruction et de poursuite. En outre,
la Commission et la Cour se seraient fondées à l’époque sur un ensemble de
circonstances; un élément isolé - la rédaction de l’acte d’accusation - ne saurait

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justifier un revirement de leur jurisprudence. Les autorités suisses seraient
ainsi en droit de se prévaloir dudit arrêt, sauf motifs impérieux tels qu’un
manquement manifeste du procureur à ses devoirs ou un débordement du
cadre légal imposé pour l’accomplissement de ses tâches.

Le Gouvernement signale enfin deux caractéristiques du système zurichois, de
nature à garantir au besoin, selon lui, l’impartialité objective et subjective des
procureurs de district: l’adoption du code cantonal de procédure pénale par la
voie du référendum populaire; l’élection des intéressés au suffrage universel
direct pour un mandat, renouvelable, de quatre ans.

40. La Cour note d’emblée que seule prête à controverse l’impartialité du
procureur de district de Zurich lors de la délivrance du mandat d’arrêt: Mme
Huber ne conteste point qu’il était indépendant de l’exécutif, qu’il l’a entendue
en personne avant de la placer en détention provisoire et qu’il a examiné avec
un soin égal les circonstances militant pour ou contre celle-ci.

41. En l’espèce, M. J. intervint dans un premier temps au stade de
l’information: il rechercha s’il fallait inculper la requérante et prescrivit
sa mise en détention provisoire, puis instruisit le dossier (art. 31 du code
zurichois de procédure pénale, «Strafprozessordnung», StPO).

Dans un deuxième temps, soit quatorze mois après l’arrestation, il agit comme
organe de poursuite en dressant l’acte d’accusation, mais il n’occupa point
le siège du ministère public devant la juridiction de jugement, le tribunal de
district de Zurich, bien qu’il l’eût pu car le code cantonal de procédure pénale
lui attribuait la qualité de partie au procès (art. 178 § 1 StPO).

42. Dans plusieurs arrêts postérieurs à l’arrêt Schiesser du 4 décembre 1979
et relatifs, eux, à la législation néerlandaise en matière d’arrestation et de
détention de militaires (arrêt de Jong, Baljet et van den Brink du 22 mai 1984,
Série A 77, p. 24, § 49, arrêt van der Sluijs, Zuiderveld et Klappe de la même
date, Série A 78, p. 19, § 44, et arrêt Duinhof et Duijf de la même date, Série A
79, p. 17, § 38), la Cour a relevé que l’auditeur militaire, après avoir ordonné la
mise en détention des requérants, pouvait aussi se voir appelé à jouer, dans la
même cause, le rôle d’organe de poursuite une fois la cause renvoyée devant
le conseil de guerre. Elle en a déduit qu’il ne pouvait être «indépendant des
parties» à ce stade préliminaire car justement il avait «des chances» de devenir
l’une d’elles lors de la phase ultérieure.

43. Elle ne discerne aucune raison d’aboutir en l’espèce à une conclusion
différente pour la justice pénale de droit commun. Sans doute la convention
n’exclut-elle pas que le magistrat qui décide de la détention ait aussi d’autres
fonctions, mais son impartialité peut paraître sujette à caution (arrêt Pauwels
précité, p. 18 et 19, § 38, et,mutatis mutandis, arrêts Piersack du 1er octobre
1982, Série A 53, p. 16, § 31, De Cubber du 26 octobre 1984, Série A 86, p. 16,
§ 30[81], et Hauschildt du 24 mai 1989, Série A 154, p. 23, § 52 in fine) s’il
peut intervenir dans la procédure pénale ultérieure en qualité de partie
poursuivante.

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Il en allait ainsi en l’occurrence; l’art. 5 § 3 a donc été enfreint.

II. SUR L’APPLICATION DE L’ART. 50

44. Aux termes de l’art. 50 CEDH,

«Si la décision de la Cour déclare qu’une décision prise ou une mesure ordonnée
par une autorité judiciaire ou toute autre autorité d’une Partie Contractante
se trouve entièrement ou partiellement en opposition avec des obligations
découlant de la (…) convention, et si le droit interne de ladite Partie ne permet
qu’imparfaitement d’effacer les conséquences de cette mesure, la décision de la
Cour accorde, s’il y a lieu, à la partie lésée une satisfaction équitable.»

En vertu de ce texte, la requérante demande la réparation d’un dommage et le
remboursement de frais.

A. Dommage

45. Se prétendant lésée par le manquement aux exigences de l’art. 5 § 3, Mme
Huber réclame des indemnités de 24 000 FS pour «détention arbitraire» et 1
200 pour huit jours chômés.

Le Gouvernement n’aperçoit aucun lien de causalité entre l’infraction
litigieuse et le préjudice résultant pour Mme Huber de sa privation de liberté,
dont du reste elle n’aurait à l’époque nullement contesté la légalité.

Quant au délégué de la Commission, il souscrit à la thèse du Gouvernement
pour le dommage matériel; il laisse à la Cour le soin de se prononcer sur
l’existence et l’ampleur d’un tort moral.

46. Selon la Cour, le préjudice propre à donner ouverture à l’octroi d’une
satisfaction équitable consisterait dans la privation de liberté que l’intéressée
n’aurait pas subie si elle avait joui des garanties de l’art. 5 § 3. Or les pièces du
dossier ne permettent pas de penser que la détention provisoire incriminée
n’aurait pas eu lieu si un magistrat offrant ces garanties avait eu compétence
pour délivrer le mandat d’arrêt (voir,mutatis mutandis, l’arrêt Pauwels précité,
Série A 135, p. 20, § 43 et 44). Bref, aucun dommage matériel découlant de la
violation constatée ne se trouvait établi.

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Reste le préjudice moral. A supposer que la requérante en ait éprouvé un, le
présent arrêt lui fournit satisfaction équitable suffisante dans les circonstances
de la cause (voir notamment,mutatis mutandis, l’arrêt Lamy du 30 mars 1989,
Série A 151, p. 19, § 42).

B. Frais et dépens

47. Mme Huber sollicite le remboursement de frais et dépens qu’elle aurait
supportés pendant la procédure menée devant les juridictions suisses puis
devant les organes de la convention.

1. Frais relatifs aux procédures nationales

48. Elle demande d’abord la moitié des frais de justice laissés à sa charge par
les juridictions internes, soit 732 FS, ainsi que 360 FS pour les honoraires de
son avocat.

Le Gouvernement accepte le premier poste et n’élève pas d’objection contre le
second. Le délégué de la Commission les trouve tous deux acceptables.

La Cour marque son accord. Il y a donc lieu pour la Suisse de rembourser à
l’intéressée 1 092 FS.

2. Frais relatifs aux procédures européennes

49. Au titre des dépens entraînés par les procédures européennes, la
requérante revendique d’une part, pour ses conseils, des montants de 3 395.50
FS (1er conseil) et 9 565 FS (2e conseil).

Le Gouvernement les estime «manifestement excessifs» compte tenu de
la brièveté des observations écrites et de l’absence d’audience devant la
Commission ainsi que du non-dépôt d’un mémoire devant la Cour; il consent à
l’octroi d’une somme globale de 3 000 FS pour les deux avocats.

Avec le délégué de la Commission, la Cour juge raisonnable cette proposition et
s’y rallie.

50. Mme Huber entend percevoir d’autre part, pour sa venue devant la Cour,
300 FS correspondant à deux jours chômés et 400 FS couvrant ses frais de
voyage et de séjour. Le Gouvernement et le délégué de la Commission ne
formulent pas de commentaire.

La Cour estime que la Suisse doit rembourser à l’intéressée lesdits frais, mais
non compenser le manque à gagner invoqué.

PAR CES MOTIFS, LA COUR

1. Dit, par vingt et une voix contre une, qu’il y a eu violation de l’art. 5 § 3
CEDH;

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2. Dit, à l’unanimité, que l’Etat défendeur doit verser à la requérante,
pour frais et dépens, la somme de 4 492 (quatre mille quatre cent
quatre-vingt-douze) francs suisses;

3. Rejette, à l’unanimité, la demande de satisfaction équitable pour le surplus.

[80] Cf. JAAC 44.71 (1980) (texte original français) et JAAC 47.96 (1983)
(traduction allemande non officielle).
[81] Cf. JAAC 48.84 (1984).

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Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 54.54 - Arrêt de la Cour eur. DH du 23 octobre 1990, affaire Huber, Série A 188

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1990
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Band 54
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Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv und die Bundeskanzlei konvertiert.

Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Arrêt de la Cour eur. DH du 23 octobre 1990, affaire Huber, Série A 188
	EN DROIT
	I. SUR LA VIOLATION ALLEGUEE DE L'ART. 5 § 3
	II. SUR L'APPLICATION DE L'ART. 50
	A. Dommage
	B. Frais et dépens
	1. Frais relatifs aux procédures nationales
	2. Frais relatifs aux procédures européennes
	PAR CES MOTIFS, LA COUR