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**Case Identifier:** d75de94b-0c57-5fec-8c55-108853f43f93
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours pénale 144
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_013_144-----------_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

144

 

PE21.002842-LCT

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS PENALE

__________________________________________

Arrêt du
28 février 2022

__________________

Composition
:               Mme             
B Y R D E, présidente

             
              MM.             
Krieger et Kaltenrieder, juges

Greffier             
:              M.             
Ritter

 

 

*****

 

Art.
29 al. 2 Cst.; 7 al. 1 let. a de la Loi sur les profils d’ADN; 255 CPP

 

             
Statuant sur le recours interjeté le 27 janvier 2022 par X.________
contre l'ordonnance d'établissement d'un profil ADN rendue le 19 janvier 2022 par le Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne dans la cause n° PE21.002842-LCT,
la Chambre des recours pénale considère :

             

             
En fait :

 

 

A.             
Le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne (ci-après : le Ministère public)
diligente une instruction pénale contre X.________, ressortissant espagnol, né en 1987, pour
usure (art. 157 CP [Code pénal suisse; RS 311.0]) et escroquerie (art. 146 CP). Il est, en substance,
reproché au prévenu d'avoir profité des problèmes de santé mentale et de l’âge
avancé de [...], née en 1928, pour lui acheter son appartement à prix largement inférieur
à sa valeur de marché.

 

             
Représentée par sa curatrice, au bénéfice d’une autorisation de plaider délivrée
le 18 juin 2020 par la Justice de paix du district de Lausanne (P. 5/13), [...] a déposé plainte
pénale le 10 février 2021 (P. 4).

 

             
Entendu par la police le 14 janvier 2022, le prévenu a admis les faits matériels mais a contesté
avoir exploité la gêne, la dépendance, l’inexpérience ou la faiblesse de la
capacité de jugement de la venderesse et a nié toute autre malversation lors de la transaction
incriminée (PV aud. 3). 

 

B.             
Par ordonnance du 19 janvier 2022, le Ministère
public a ordonné l'établissement d'un profil ADN à partir du prélèvement n°
[...] (I) et a dit que les frais suivaient le sort de la cause au fond (II). 

 

             
Le procureur a considéré que la mesure ordonnée, réalisée au moyen du prélèvement
d’un échantillon ADN, contribuerait à élucider des faits constituant un crime ou
un délit et qu’au vu de l’infraction en cause, cette mesure était adéquate
et respectait le principe de la proportionnalité.

 

C.             
Par acte du 27 janvier 2022, X.________, agissant
par son défenseur de choix, a recouru contre cette ordonnance, en concluant, sous suite de frais
et dépens, principalement à son annulation et au renvoi de la cause au Ministère public
pour nouvelle décision, et subsidiairement, à la destruction du prélèvement ADN n°
[...]. 

 

             
Invité à se déterminer sur le recours, le Ministère public a, par courrier du 21
février 2022, déclaré qu’il renonçait à procéder.

 

             
Egalement invitée à se déterminer sur le recours, [...] a, par mémoire du même
jour, aussi fait savoir qu’elle renonçait à procéder.

 

             
En droit
:

 

1.

1.1             
              Aux
termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007;
RS 312.0), le recours est recevable contre les décisions et les actes de procédure du Ministère
public. Ainsi, la décision du Ministère public ordonnant un prélèvement d'ADN au
sens de l’art. 255 CPP peut faire l’objet d’un recours au sens des art. 393 ss CPP
(Moreillon/Parein-Reymond, Petit commentaire du Code de procédure pénale, 2e
éd., Bâle 2016, n. 12 ad art. 393 CPP). Le recours doit être adressé par écrit
dans un délai de dix jours dès la notification de la décision attaquée (cf. art.
384 let. b CPP) à l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP) qui est, dans le canton
de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [loi vaudoise d'introduction
du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009; BLV 312.01]; art. 80 LOJV [loi vaudoise
d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979; BLV 173.01]).

 

1.2 
              En l’espèce,
interjeté en temps utile auprès de l’autorité compétente par le prévenu
qui a la qualité pour recourir (art. 382 CPP) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP),
le recours est recevable. 

 

2.             

2.1.             
Le recourant invoque une violation de son droit
d’être entendu au motif que la motivation de l’ordonnance attaquée serait insuffisante.
Il reproche au Ministère public de s'être uniquement contenté d'affirmer que les conditions
relatives à l'établissement du profil ADN étaient réunies et de n'avoir pas exposé
le fondement de sa décision, le privant ainsi de la faculté de pouvoir contester de manière
efficace l'ordonnance entreprise, faute d’être à même d’en comprendre le sens.
Le recourant invoque également une violation de l’art. 255 CPP et du principe de la proportionnalité.
Il soutient que l’établissement d’un profil ADN ne remplirait pas les conditions liées
à l'art. 255 CPP et serait disproportionné. 

 

2.2.             
Aux termes de l’art. 7 al. 1 let. a de la loi sur les profils ADN (loi fédérale sur l’utilisation
de profils d’ADN dans les procédures pénales et sur l’identification de personnes
inconnues ou disparues; RS 363), la police, l’autorité d’instruction pénale ou
le tribunal pénal (autorités qui ordonnent les mesures) peuvent ordonner le prélèvement
non invasif d’échantillons sur des personnes et l’analyse de ces échantillons pour
l’établissement d’un profil ADN (CREP 22 septembre 2020/598).

 

             
Selon l’art. 255 al. 1 CPP, pour élucider un crime ou un délit, le prélèvement
d'un échantillon et l'établissement d'un profil d'ADN peuvent être ordonnés sur le
prévenu (let. a), sur d'autres personnes, notamment les victimes et les personnes habilitées
à se rendre sur les lieux de l'infraction si cela est nécessaire pour distinguer leur matériel
biologique de celui du prévenu (let. b), sur des personnes décédées (let. c) ou sur
le matériel biologique qui a un rapport avec l'infraction (let. d).

 

             
Les mesures de reconnaissance et la conservation des données peuvent porter atteinte au droit à
la liberté personnelle (art. 10 Cst. [Constitution fédérale de la Confédération
suisse du 18 avril 1999; RS 101]) et à la libre détermination de la sphère
privée (art. 13 al. 2 Cst. et 8 CEDH [Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950; RS 0.101]). Il s’agit d’une
restriction légère des droits fondamentaux. Toute restriction de droits fondamentaux ne doit
pas seulement avoir une base légale, mais doit également être justifiée par un intérêt
public et respecter le principe de proportionnalité (art. 36 al. 1 à 3 Cst.). L’art. 255
CPP n’autorise pas le prélèvement d’échantillons d’ADN et leur analyse
de manière routinière. Ceci est concrétisé par l’art. 197 al. 1 CPP, qui dispose
que des mesures de contrainte ne peuvent être prises que si elles sont prévues par la loi (let. a),
si des soupçons suffisants laissent présumer une infraction (let. b), si les buts poursuivis
ne peuvent pas être atteints par des mesures moins sévères (let. c) et si elles apparaissent
justifiées au regard de la gravité de l’infraction (let. d) (ATF 145 IV 263 consid.
3.4, JdT 2019 IV 327). Pour constituer des soupçons suffisants, les indices laissant présumer
qu’une infraction a été commise doivent être sérieux et concrets (ATF 141 IV
87 consid. 1.3.1, JdT 2015 IV 280).

 

             
L’établissement d’un profil ADN qui ne sert pas à l’élucidation d’une
infraction en cours n’est conforme au principe de la proportionnalité que s’il existe
des indices sérieux et concrets que le prévenu pourrait être impliqué dans d’autres
infractions, même futures. Il doit toutefois s’agir d’infractions d’une certaine
gravité. Il doit également être pris en compte les éventuels antécédents
de la personne prévenue; si elle n’en a pas, cela n’exclut pas pour autant l'établissement
d'un profil ADN, mais doit être pris en considération parmi les nombreux critères dans
l'appréciation générale et doit être pondéré en conséquence. Le fait
qu'il n'existe pas de soupçons suffisants qui laissent présumer une infraction au sens de l'art.
197 al. 1 CPP pour des infractions futures ne s'oppose pas à l'établissement d'un profil ADN
en vue de telles infractions. De tels soupçons doivent exister pour ce qui concerne l'acte qui a
fondé le prélèvement ou l'établissement du profil ADN. Dans la perspective d'éventuelles
infractions pénales futures, des indices au sens mentionné suffisent (ATF 145 IV 263 consid.
3.4, JdT 2019 IV 327).

 

             
Il s’impose d’examiner chaque cas individuel pour ordonner l’établissement d’un
profil ADN (ATF 141 IV 87 consid. 1.4.2, JdT 2015 IV 280; CREP 11 novembre 2020/890; CREP 14 avril 2020/282;
CREP 6 décembre 2018/950 consid. 2.2.2).

 

2.3.             
Le droit d'être entendu, garanti par les art. 3 al. 2 let. c CPP, 29 al. 2 Cst.
et 6 par. 1 CEDH, implique notamment pour l'autorité l'obligation de motiver sa décision afin
que l'intéressé puisse la comprendre, se rendre compte de la portée de celle-ci et exercer
son droit de recours à bon escient, et que l’autorité de recours puisse exercer son contrôle
(ATF 143 IV 40 consid. 3.4.3; ATF 141 IV 249 consid. 1.3.1; TF 6B_1057/2018 du 8 novembre 2018 consid.
2.2). Pour satisfaire à ces exigences, il suffit que l'autorité mentionne, au moins brièvement,
les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé son raisonnement, de manière
à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de la décision et
l'attaquer en connaissance de cause (ATF 134 I 83 consid. 4.1; ATF 133 III 439 consid. 3.3; Moreillon/Parein-Reymond,
op. cit.,
nn. 6 ss ad art. 80 CPP).

 

             
Le droit d'être entendu est une garantie constitutionnelle de caractère formel, dont la violation
doit entraîner l'annulation de la décision, indépendamment des chances de succès
du recours sur le fond (ATF 135 I 187 consid. 2.2). Une violation du droit d'être entendu peut toutefois
être réparée dans le cadre de la procédure de recours lorsque l'irrégularité
n'est pas particulièrement grave et pour autant que la partie concernée ait la possibilité
de s'exprimer et de recevoir une décision motivée de la part de l'autorité de recours
disposant d'un pouvoir d'examen complet en fait et en droit (ATF 142 II 218 consid. 2.8.1; CREP 19 février
2021/156; CREP 27 août 2020/637; CREP 29 octobre 2018/845).

 

2.4.             
En l’espèce, la motivation de l’ordonnance attaquée est clairement insuffisante.
En effet, le procureur utilise une expression toute générale et standard mais n’indique
pas de manière concrète si l’établissement du profil ADN est ordonné pour élucider
l’usure que le recourant conteste à l’instar de toute autre malversation au préjudice
de la venderesse, ou s’il s’agit, bien plutôt, d’élucider d’éventuelles
infractions qui n'ont pas été portées à la connaissance des autorités. Or, on
ne discerne pas, à ce stade, en quoi la mesure ordonnée pourrait servir en lien avec les faits
reprochés au prévenu, qui sont matériellement admis. L’ordonnance ne comporte aucune
motivation à cet égard. Partant, vu le défaut de motivation, le droit d’être
entendu du recourant a été violé. Quand bien même la Chambre des recours pénale
dispose d’un plein pouvoir d’examen, il ne lui appartient pas de réparer cette violation
et le recourant doit pouvoir bénéficier de la garantie de la double instance (cf. CREP 19 février
2021/156; CREP 11 novembre 2020/890; CREP 3 août 2020/585 consid. 2.3).

 

3.
              Il
résulte de ce qui précède que le recours doit être admis, l’ordonnance du 19
janvier 2022 annulée et le dossier de la cause renvoyé au Ministère public de l’arrondissement
de Lausanne pour qu’il procède dans le sens des considérants dans un délai de dix
jours dès la notification du présent arrêt, à défaut de quoi le prélèvement
d’ADN concerné, non exploitable, devra être détruit.

 

             
Vu le sort du recours, les frais de la procédure, constitués en l’espèce de l’émolument
d’arrêt, par 770 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités
en matière pénale du 28 septembre 2010; BLV 312.03.1]), seront laissés à la
charge de l’Etat (art. 423 al. 1 CPP).

 

             
Le recourant, qui obtient gain de cause, a agi par un défenseur de choix. Il a donc droit, à
la charge de l’Etat, à une indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées
par l’exercice raisonnable de ses droits en procédure de recours (art. 429 al. 1 let. a CPP,
applicable par renvoi de l’art. 436 al. 1 CPP.

 

             
Au vu du mémoire de recours produit, les honoraires doivent être fixés à 600 fr.,
pour deux heures d’activité nécessaire d’avocat au tarif horaire de 300 fr., vu
le degré de complexité limité de la cause (art. 26a al. 4 TFIP). A ces honoraires il convient
d’ajouter des débours forfaitaires à concurrence de 2 % (art. 19 al. 2 TDC [tarif des
dépens en matière civile du 23 novembre 2010; BLV 270.11.6], applicable par renvoi de l’art. 26a
al. 6 TFIP), par 12 fr., plus un montant correspondant à la TVA, par 47 fr. 15, ce qui correspond
à une indemnité d’un montant de 660
fr. en chiffres arrondis. A l’instar des frais, cette indemnité sera laissée à la
charge de l’Etat.

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours pénale

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

             
II.             
L’ordonnance du 19 janvier 2022 est annulée.

             
III.             
Le dossier de la cause est renvoyé au Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne pour qu’il procède dans le sens des considérants
dans un délai de dix jours dès notification du présent arrêt, à défaut
de quoi le prélèvement d’ADN n° [...] devra être détruit.

             
IV.              Les
frais d’arrêt, par 770 fr. (sept cent septante francs), sont laissés à la charge
de l’Etat.

             
V.             
Une indemnité d’un montant de 660 fr. (six cent soixante francs), débours et TVA compris,
est allouée à X.________ pour les dépenses occasionnées par la procédure de
recours, à la charge de l’Etat.

             
VI.             
L’arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               Le greffier
:

 

 

 

             
Du 

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :

-             
Me Jérôme Bürgisser, avocat (pour X.________),

-             
Me Christoph Loetscher, avocat (pour [...]),

-
              Ministère public
central,

 

             
et communiqué à :

‑             
M. le Procureur de l’arrondissement de Lausanne,

 

             
par l’envoi de photocopies.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral;
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Le greffier :