# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 680eb7b0-8e89-5d84-bdfb-f6b06e81a06e
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2014 / 688
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2014---688_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PP10.036357-141201

458 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
1er septembre 2014

__________________

Présidence
de               M.             
Colombini,
président

Juges             
:              Mmes             
Kühnlein et Courbat 

Greffier
              :             
M.              Zbinden

 

 

*****

 

 

Art.
641 al. 2 CC

 

 

             
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par
L.________
SA, à Confignon, défenderesse, contre
le jugement rendu le 28 mai 2014 par le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de
la Broye et du Nord vaudois dans la cause divisant l’appelante d’avec K.________
et I.________,
à Grandson, demandeurs, et G.________,
à Grandson, autre défendeur, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement du 28 mai 2014, le Président du Tribunal de l’arrondissement de la Broye et du
Nord vaudois a admis partiellement la demande du 4 novembre 2010 de K.________ et I.________ en tant
qu’elle est dirigée contre L.________ SA (I), ordonné à L.________ SA, de construire
un mur de soutènement sur l’assiette de la servitude de passage [...] et de remblayer à
l’arrière de ce mur, de façon à ce que la parcelle nº [...] de la Commune de
Grandson, propriété de K.________ et I.________, soit plane (II), fixé les frais de justice
à 1'650 fr. pour K.________ et I.________, solidairement entre eux, à 1'810 fr. pour L.________
SA, et à 1'720 fr. pour G.________ (III), dit que L.________ SA est la débitrice de K.________
et I.________, solidairement entre ces derniers, et leur doit immédiat paiement de la somme de 6'295
fr. 30 à titre de dépens (IV), dit que K.________ et I.________ sont les débiteurs solidaires
d’G.________ et lui doivent immédiat paiement de la somme de 5'739 fr. 80 à titre de
dépens (V) et rejeté toute autre ou plus ample conclusion (VI).

 

             
En droit, le premier juge a en substance considéré que le talus sur la parcelle nº [...]
des demandeurs K.________ et I.________, qui borde le chemin d’accès sur lequel s’exerce
la servitude de passage, empiètait sur une portion de leur parcelle qui n’était pas grevée
par la servitude, privant ainsi les demandeurs de la jouissance d’une surface plane jusqu’à
la limite de l’assiette de la servitude, ce qui constitue une atteinte au sens de l’art.
641 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210).

 

 

B.             
Par acte du 30 juin 2014, L.________ SA, a formé
appel contre le jugement précité en concluant à son annulation et à ce qu’il
soit prononcé que les demandeurs K.________ et I.________ sont déboutés de toutes leurs
conclusions, et que l’intimé G.________ soit débouté de toutes autres ou contraires
conclusions.

 

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base du jugement complété par les
pièces du dossier :

 

1.             
L’appelante est une société anonyme dont le but est l’achat, la vente, la construction,
la promotion et la gérance de tous biens immobilier. Elle a été dissoute par décision
de son assemblée générale du 18 novembre 2010.

 

             
Dans le cadre de son activité, elle a été en charge de la promotion immobilière de
quatre parcelles à Grandson, nº [...], nº [...], nº [...] et nº [...], toutes
issues vraisemblablement d’une division de la parcelle nº [...]. 

 

2.             
Par acte notarié Michel Mouquin du 3 avril 2009, intitulé « vente à terme »,
l’appelante a vendu à G.________ la parcelle nº [...] de la Commune de Grandson, en contrepartie
d’un prix fixé à [...] francs.

 

3.             
Le 7 avril 2009, une servitude de passage à pied et au moyen de tous véhicules ID.[...] intéressant
les parcelles nº [...], nº [...], nº [...] et nº[...] a été inscrite au
Registre foncier de Grandson. Aux termes de la servitude, la parcelle nº [...] notamment était
grevée au bénéfice des trois autres parcelles. Il était en outre précisé
que l’exercice de cette servitude se ferait conformément à un plan indexé, qui détaillait
le tracé de celle-ci. Comme le retient le premier juge, la servitude, d’une largeur de cinq
mètres, descend à partir du [...] en direction du sud, empiétant notamment sur la partie
est de la parcelle nº [...].

 

4.             
Par acte notarié Michel Mouquin du 27 juillet 2009, intitulé « vente à terme »,
l’appelante a vendu à K.________ et I.________ la parcelle nº [...] de la Commune de
Grandson, en contrepartie d’un prix fixé à [...] francs. Aux termes de l’acte,
les acquéreurs déclaraient être renseignés à leur satisfaction sur l’exercice
des servitudes qui intéressaient la parcelle, dont la servitude ID.[...]. Il convient de mentionner
que l’acte ne comporte aucun engagement du vendeur en lien avec cette servitude. Il est toutefois
prévu que :

« l’immeuble
vendu sera transmis dans son état actuel le jour de la vente définitive, tel que vu et visité
par les acquéreurs, avec tous ses droits et dépendances, parties intégrantes et accessoires
quelconques, libre de mention, d’annotation, de charge foncière, de bail et de tout occupant »

 

             
Au jour de la signature de l’acte, la parcelle présentait un début de chantier, en ce
sens que le mur bordant le [...] avait été ouvert et qu’une ébauche de terrassement
était visible sur la parcelle. Ces informations sont corroborées par le témoignage d’[...],
qui a déclaré que lors de l’acquisition de la parcelle nº [...], les pré-terrassements
en vue de la construction du chemin d’accès avaient déjà été réalisés
puisqu’il s’agissait de poser des collecteurs permettant le raccordement en gaz, eau, etc.,
qui passaient sous le tracé de la servitude de passage.

 

             
Le 22 octobre 2009, K.________ et I.________ ont été inscrits en tant que copropriétaires
par moitié de la parcelle en question à Grandson. A cette date, le témoin [...] a rappelé
que les travaux d’exécution du chemin définitif n’avaient pas commencé. L’emprise
de la piste de chantier correspondait grossièrement au tracé du futur chemin, mais n’en
préfigurait pas l’aspect définitif, qui devait encore être défini.

 

5.             
L’appelante avait prévu d’installer systématiquement des talus s’agissant
des finitions des abords du chemin d’accès objet de la servitude ID.[...], ce qu’elle
ne conteste pas dans son appel.

 

             
Un talus bordant la partie du chemin d’accès présente sur la parcelle nº[...] a
par conséquent été installé. Comme l’indique le premier juge, ce talus, qui
à son point culminant atteint environ trois mètres, n’est pas situé sur l’assiette
de la servitude telle que ressortant du plan annexé au registre foncier, mais sur une portion de
la parcelle nº [...] qui en est franche. Pour le surplus, le chemin d’accès, en tant
que tel, est en partie situé sur la parcelle nº [...] sur une largeur de 1,2 mètres environ,
soit sur l’assiette de la servitude.

 

             
Il était par ailleurs prévu, selon les ordres reçus de l’appelante, que la société
[...] règlerait le talus puis réengazonnerait. Ceci a toutefois été interdit par
K.________ qui attendait que la bordure du chemin d’accès soit aménagée de façon
à ce que la portion est de sa parcelle, en tant qu’elle n’était pas grevée
de la servitude de passage, retrouve sa planéité initiale.

 

6.             
Il convient encore de noter que l’appelante s’est notamment occupée de la mise à
l’enquête du projet de construction du chemin d’accès sur lequel s’exerce
la servitude de passage ID.[...]. En outre, si la surveillance et la direction des travaux de construction
a été exécutée par la société [...], il ressort néanmoins des témoignages
de [...] et d’[...] que dite société était subordonnée à l’appelante,
que celle-ci a en effet donné des instructions précises à celle-là concernant, notamment,
les aménagements du chemin d’accès litigieux.

 

7.             
Par courrier du 16 juillet 2010 adressé à l’appelante, K.________ et I.________ ont sommé
l’appelante de remettre la portion est du terrain, qui n’était pas grevée de la
servitude de passage, dans son état initial d’ici au 24 juillet 2010. Cette dernière
opération aurait impliqué, à leurs dires, la réalisation d’un mur de soutènement
sur l’assiette de la servitude de passage et le remblai à l’arrière de ce mur,
aux frais de l’appelante.

 

8.             
Le 4 novembre 2010, K.________ et I.________ ont adressé une demande au premier juge concluant à
ce qu’ordre soit donné à l’appelante et à G.________, solidairement entre
eux, de remettre à leurs frais dans son état initial la partie nord-est de la parcelle nº
[...] du Registre foncier de Grandson non grevée de la servitude de passage ID.[...], sous la menace
de l’art. 292 CP (Code pénal suisse du 21 décembre 1937 ; RS 311.0), et de réaliser,
à leurs frais, un mur de soutènement sur l’assiette de la servitude de passage en question
et de remblayer derrière ce mur, sous la menace de l’art. 292 CP.

 

             
Dans sa réponse du 16 mars 2011, l’appelante a conclu à ce que K.________ et I.________
soient déboutés de toutes leurs conclusions. G.________ a aussi conclu au rejet de ces conclusions.

 

             
Une audience a eu lieu le 28 août 2013, lors de laquelle trois témoins, [...], [...] et [...],
ont été entendus. 

 

             
Le 29 août 2013, [...] a adressé un fax au premier juge, précisant qu’il y avait
eu une inversion dans son témoignage lors de l’audience, en ce sens que la pente des talus
était supérieure à 45º.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
L’appel est recevable contre les décisions
finales de première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC [Code de procédure civile du 19 décembre
2008 ; RS 272]) au sens de l’art. 236 CPC, dans les causes patrimoniales dont la valeur litigieuse
au dernier état des conclusions devant l’autorité précédente est de 10'000
fr. au moins (art. 308 al. 2 CPC). L’appel, écrit et motivé, est introduit dans les trente
jours à compter de la notification de la décision motivée ou de la notification postérieure
de la motivation (art. 311 al. 1 CPC).

 

             
Formé en temps utile par une partie qui y a un intérêt digne de protection (art. 59 al.
2 let. a CPC) et portant sur des conclusions supérieures à 10'000 fr., l’appel est recevable
à la forme.

 

 

2.             
a) L’appel peut être formé pour
violation du droit ainsi que pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L’autorité
d’appel peut revoir l’ensemble du droit applicable, y compris les questions d’opportunité
ou d’appréciation laissées par la loi à la décision du juge et doit, le cas
échéant, appliquer le droit d’office conformément au principe général
de l’art. 57 CPC (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, nn. 2 ss. ad art. 310 CPC). Elle
peut revoir librement l’appréciation des faits sur la base des preuves administrées en
première instance (Jeandin, op. cit., n. 6 ad art. 310 CPC).

 

             
b)
Conformément à l’art. 316 al. 3 CPC, l’instance d’appel peut administrer
les preuves, si elle estime opportun de renouveler l’administration d’une preuve ou d’administrer
une preuve alors que l’instance inférieure s’y était refusée (Jeandin, op.
cit., n. 5 ad art. 316 CPC).

 

 

3.             
a) Dans un premier grief, l’appelante semble
invoquer que le premier juge a erré en ne considérant pas qu’au moment de la promesse
de vente, l’emplacement du terrain et la hauteur de celui-ci étaient clairement définis,
de sorte que le niveau du terrain était parfaitement connu de K.________ et I.________. Les parties
n’auraient en outre jamais conclu d’accord stipulant que l’entier de la surface de
la parcelle de K.________ et I.________ devait être plane.

 

             
De l’avis du premier juge, l’inscription opérée au registre foncier concernant
la servitude litigieuse ne prévoyait en aucune façon l’obligation pour les demandeurs
de tolérer, en rapport avec le chemin d’accès, une emprise supérieure à celle
de l’assiette de la servitude. Il en a déduit que les aménagements rattachés au
chemin d’accès, qui servaient au maintien de l’existence et de la fonctionnalité
de celui-ci, devaient impérativement se situer dans l’assiette de la servitude. Le premier
juge a ainsi considéré que le talus qui empiétait sur la partie non grevée de la
parcelle nº [...] supprimait le pouvoir des propriétaires de jouir d’une surface plane,
constituant ainsi un trouble au sens de l’art. 641 al. 2 CC. 

 

             
b) Le
propriétaire d’un bien-fonds grevé d’une servitude peut exercer l’action
négatoire à l’encontre du propriétaire du fonds dominant qui excéderait son
droit et porterait ainsi une atteinte directe au fonds grevé. Aux termes de l’art. 641 al.
2 CC, le propriétaire d’une chose peut en effet repousser toute usurpation (action négatoire),
à savoir tout trouble direct, illicite, actuel ou imminent, portant atteinte à la maîtrise
de son droit (Steinauer, Les droits réels, t. I, 5ème
éd., 2012, n. 1032 ; Meier-Hayoz, Berner Kommentar, 5ème
éd., 1981, nn. 99 ss. ad art. 641 CC). Un trouble de la propriété intervient lorsque le
propriétaire, sans être totalement dépossédé, est restreint dans son pouvoir
juridique ou dans son pouvoir de fait sur l’objet (Steinauer, op. cit., n. 1033). L’empiétement
d’une construction sur le fonds d’autrui constitue par exemple une mise à contribution
illicite dudit fonds (TF 5C.51/2007 du 21 décembre 2007 c. 4.2).

 

             
L’action négatoire peut aussi être introduite pour éviter qu’une atteinte,
actuellement terminée, ne se reproduise (notamment : Haab, in Zürcher Kommentar, 2ème
éd., 1977, n. 40 ad art. 641 CC ; Meier-Hayoz, op. cit., n. 109 ad art. 641 CC ; Rey,
Die Grundlagen des Sachenrechts und das Eigentum, 3ème
éd., 2007, n. 2046). Cette atteinte doit néanmoins être imminente (ainsi : ATF 42
II 434 c. 1 « im Begriff sein » [être sur le point de] ; 51 II 397 c. 3
« bedrohen » [menacer] ; Steinauer, op. cit., n.1039 dit « sur le
point de se reproduire » ; Meier-Hayoz, op. cit., n. 103 ad art. 641 CC et Wiegand, in
Basler Kommentar, ZGB II, 3ème
éd., 2007, n. 66 ad art. 641 CC utilisent le terme « bedrohen »).

 

             
Le propriétaire d’un fonds grevé d’une servitude peut aussi introduire une action
en constatation de droit afin de faire établir le contenu de la servitude dont son bien-fonds est
grevé (Liver, Zürcher Kommentar, 3ème
éd., 1980, n. 174 ad art. 737 CC ; Piotet, Les droits réels limités en général,
les servitudes et les charges foncières, in Traité de droit privé suisse, t. V/1/3, 1978,
p. 73 ; Basler juristische Mitteilungen [BJM] 1995 129, 132) (TF 5A_325/2011 du 14 novembre 2011
c. 2.1.1).

 

             
Puisqu’il constitue une atteinte à un droit absolu, le trouble est en principe illicite ;
l’illicéité peut toutefois être levée si l’auteur du trouble établit
un motif justificatif fondé sur la loi, tel qu’un droit de passage directement établi
par le droit cantonal, ou fondé sur le consentement du lésé, consentement qui consiste
généralement en un acte juridique conférant à l’auteur du trouble un droit
réel limité, par exemple une servitude de passage (Steinauer, op. cit., nn. 1036 à 1038 ;
ATF 95 II 397 c. 2a et les références citées ; TF 5C.137/2004 du 17 mars 2005 c.
2.3 et les références citées).

 

             
c)
En l’espèce, le trouble dont se plaignent K.________ I.________ ne vient pas de la création
du chemin, qui se situe entièrement sur l’assiette de la servitude, mais du talus qui a été
installé hors de l’assiette de la servitude, rompant ainsi la planéité de la parcelle
des propriétaires jusqu’à la limite de la servitude. Avec une pente supérieure à
45º, tel que le rappelle le témoin [...] dans son fax du 29 août 2013, le talus n’était
pas « aux normes pour permettre aux terres de rester en place » (pv d’audience
du 28 août 2013, p. 26). Le talus prive par conséquent les propriétaires de la pleine
jouissance de leur terrain et constitue une atteinte au sens de l’art. 641 CC.

 

             
Cela étant, l’appelante estime que l’atteinte était déjà connue de K.________
et I.________ au moment de signer l’acte de vente à terme, qui comprenait une clause d’acceptation
de la parcelle en l’état le jour de la vente. A cet égard, il résulte de l’état
de fait qu’à ce moment, la parcelle en question présentait un début de chantier,
en ce sens que le mur bordant le [...] avait été ouvert et qu’une ébauche de terrassement
était visible sur la parcelle. Le témoin [...] a, en outre, précisé que lors de l’acquisition
de la parcelle nº [...], les pré-terrassements en vue de la construction du chemin d’accès
avaient déjà été réalisés puisqu’il s’agissait de poser des
collecteurs permettant le raccordements en gaz, eau, etc., qui passaient sous le tracé de la servitude
de passage. Le 22 octobre 2009, soit à la date à laquelle le changement de propriétaires
a été inscrit au registre foncier, les travaux d’exécution du chemin définitif
n’avaient pas commencé. L’emprise de la piste de chantier correspondait grossièrement
au tracé du futur chemin d’accès, mais cette piste n’en préfigurait toutefois
pas l’aspect définitif, qui devait encore être défini.

 

             
Au vu de ces éléments de fait qui ne sont pas contestés, il n’est pas clairement
établi que le talus empiétant en dehors de l’assiette de la servitude ait été
déjà créé au moment de l’acquisition de la propriété, le fait qu’une
ébauche de terrassement en vue de la construction du chemin d’accès était déjà
visible au jour de la signature de l’acte de vente à terme n’apportant pas cette preuve.
Tout au plus peut-on admettre, avec le premier juge, que les propriétaires ont toléré
pendant les travaux d’aménagement du chemin d’accès que leur parcelle soit provisoirement
amputée d’une portion de surface plane. L’appelante ne démontre toutefois pas à
satisfaction de droit que les propriétaires auraient donné leur consentement à cette atteinte
une fois les travaux réalisés. Au contraire, il résulte de l’état de fait que
K.________ a interdit de régler le talus, car il attendait que la bordure du chemin d’accès
soit aménagée de façon à ce que la portion est de la parcelle, en tant qu’elle
n’était pas grevée de la servitude de passage, retrouve sa planéité initiale,
ce qui a été réitéré par courrier du 16 juillet 2010. Ces éléments
de fait démontrent la nature provisoire, liée aux travaux, du consentement des propriétaires.

 

             
Faute de consentement définitif, l’atteinte portée à la parcelle nº [...] doit
donc être considérée comme illicite et constitue une usurpation au sens de l’art.
641 al. 2 CC.

 

             
d)
Par surabondance, il y a lieu de relever que, même si le déplacement de terre créant le
talus devait être intervenu avant le transfert de propriété, l’appelante ne pouvait
ignorer que celui-ci était contraire à la servitude de passage ID.[...], à laquelle elle
était partie, et ne serait toléré que pour le temps des travaux par le futur propriétaire.

 

             
Au vu de ce qui précède, c’est à bon droit que le premier juge a considéré
que l’atteinte constituait une usurpation au sens de l’art. 641 al. 2 CC.

 

4.             
a)
Dans un second grief, l’appelante conteste être l’auteur du trouble dès lors qu’elle
ne serait pas intervenue dans l’exécution des talus ou du chemin. Elle fait également
valoir que le premier juge aurait erré en considérant que l’appelante aurait donné
des instructions à cet égard à la société [...]. L’appelante considère
que K.________ et I.________ pouvaient uniquement faire valoir des droits à l’encontre des
bénéficiaires de la servitude, ce qu’elle n’est pas.

 

             
b) Dans
une action fondée sur l’art. 641 al. 2 CC, la qualité pour défendre revient à
l’auteur, direct ou indirect, du trouble (Steinauer, op. cit., n. 1031). L’action vise tant
la personne qui cause le trouble que celle qui le tolère, le favorise ou l’encourage, et cela
indépendamment de toute faute (Steinauer, op. cit., n. 1031 ; Wiegand, op. cit., n. 62 ad art.
641 CC).

 

             
c)
En l’espèce, il ressort de l’état de fait que l’appelante s’est occupée
de la mise à l’enquête des projets de construction du chemin d’accès sur lequel
s’exerce la servitude de passage. Elle doit donc être considérée comme auteur du
trouble, peu important que la surveillance et la direction des travaux ait été exécutée
par la société [...], qui était subordonnée à l’appelante. Il est en effet
constant – au regard des témoignages [...] et d’[...] – que c’est l’appelante
qui a donné des instructions précises à [...] concernant, notamment, les aménagements
du chemin d’accès litigieux. Enfin, le fait qu’elle ne bénéficie en rien de
la servitude est, quoiqu’en dise l’appelante, sans pertinence sur la légitimation passive
et sur sa qualité d’auteur du trouble.

 

5.             
L’appel doit par conséquent être
rejeté et le jugement confirmé.

 

             
Selon l’art. 62 al. 1 TFJC (Tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; RS 270.11.5),
l’émolument forfaitaire de décision pour un appel est fixé en principe à 600
fr. plus 1% de la valeur litigieuse pour une valeur litigieuse jusqu’à 30'000 fr. et, pour
une valeur litigieuse supérieure, à 1'000 fr. plus 1% de la valeur litigieuse, mais au maximum
50'000 francs. L’art. 6 TFJC permet, en outre, d’augmenter l’émolument forfaitaire
de décision sans dépasser le triple du maximum prévu, lorsqu’une cause impose un
travail particulièrement important. 

 

             
En l’espèce, la valeur litigieuse n’a été déterminée ni par l’appelant,
ni par le premier juge. Dans la mesure où aucune partie n’a contesté la compétence
de celui-ci, on peut estimer que la valeur litigieuse est à tout le moins de 30'000 francs. En outre,
eu égard à la complexité des faits et au travail nécessaire, il se justifie de majorer
l’émolument forfaitaire à concurrence de 2'000 francs.

 

             
K.________, I.________ et G.________ n’ayant pas été invités à se déterminer,
il ne leur sera pas alloué de dépens.

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l'art. 312 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
Le jugement est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 2'000 fr. (deux mille francs)
sont mis à la charge de l’appelante L.________ SA.

 

             
IV.             
L’arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
3 septembre 2014

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. Jean-Franklin Woodtli, av. (pour L.________ SA),

‑             
M. Yves Nicole, av. (pour K.________ et I.________),

-             
Mme Séverine Berger, av. (pour G.________).

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30'000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

 

             
Le greffier :