# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** b8f236d1-6c4b-5838-98c3-18f717a2d284
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-09-26
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 26.09.1995 CCP.1995.6228 (INT.1995.138)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1995-6228_1995-09-26.html

## Full Text

A.      Le
2 juillet 1994 en début de soirée, F.

circulait
en voiture à La Brévine sur la route longeant le côté sud du

restaurant
de l'Hôtel de Ville. A un moment donné, il a dû se déporter sur

la
gauche en raison d'un véhicule parqué sur sa voie.

 

        V.
venait de quitter une place de parc située à l'ouest du restaurant de l'Hôtel
de Ville. Elle s'est dirigée vers le sud, avec l'intention d'emprunter en
direction est la route sur laquelle circulait F.. Elle a regardé si aucun vé-

hicule
ne venait sur sa droite, a obliqué à gauche et est venue heurter le

véhicule
de F. qui, l'ayant vu arriver, s'était arrêté. L'avant gauche de la voiture
conduite par V. a ainsi heurté l'avant droit de celui conduit par F..

L'accident
n'a occasionné que des dégâts matériels et les deux conducteurs

ont
rempli un constat amiable d'accident sans faire appel à la police. La

police
cantonale a dénoncé le cas au ministère public dans un rapport du

25
juillet 1994.

 

B.      Le
17 novembre 1994, le Tribunal de police du district du Locle

a
libéré F. de la prévention de violation des articles 36 al.2 LCR et 14 al.1
OCR. Il a en effet estimé que F. n'était pas tenu d'accorder la priorité de
droite à V., car l'endroit où s'est déroulé l'accident ne constitue

pas une
intersection mais doit être assimilé à une aire de stationnement.

 

       
Le Tribunal a en revanche condamné V. à

une
amende de 100 francs. Il a considéré qu'elle avait pris son virage à

la
corde en obliquant à gauche sans égard au véhicule de 

F.
(art.34 al.3 LCR; 13 al.4 OCR) et qu'elle avait en outre omis

de
céder à celui-ci la priorité qu'elle lui devait en sortant d'une aire

de
stationnement (art.36 al.4 LCR; 1 al.8, 15 al.3 OCR).

 

C.      Le
7 août 1995, V. recourt contre cette condamnation, concluant, sous suite de
frais et dépens, à l'annulation du

jugement
et à sa libération avec ou sans renvoi. Elle reproche au Tribunal

de
police de ne pas avoir déterminé d'office, comme il avait été convenu à

l'audience,
la nature exacte de la route qu'elle a prise. Elle allègue que

l'endroit
où a eu lieu l'accident constitue une intersection, de sorte

qu'elle
bénéficiait de la priorité de droite. Elle conteste enfin avoir

pris
son virage à la corde.

 

D.     
Dans ses observations du 22 août 1995, le président du Tribunal

de
police du district du Locle conclut au rejet du recours. Il relève que

les
parties avaient accepté qu'il demande certaines pièces à la commune de

La
Brévine et rende ensuite son jugement sans qu'une nouvelle audience ne

soit
appointée, ce qui a été fait.

 

       
Le ministère public conclut au rejet du recours, sans formuler

d'observations.

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.      Le
jugement entrepris a été reçu par V. le

28
juillet 1995. Déposé dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
D'après l'article 224 CPP, le tribunal ne peut prendre en

considération
que les faits établis par le dossier ou par les débats. Le

dossier
est en principe celui qui existait au moment de la clôture des

débats,
car le juge ne peut statuer que sur les moyens de preuve connus

des
parties et au sujet desquels elles auront eu l'occasion de s'exprimer

(Piquerez,
Précis de procédure pénale suisse, no 951). La Cour de céans

admet
cependant que le juge n'a pas besoin d'entendre à nouveau les par-

ties
après le retranchement ou l'adjonction de pièces au dossier, à con-

dition
que les parties aient expressément et en toute connaissance de

cause
renoncé à de nouveaux débats (arrêt de la CCP du 2.8.1995 en la

cause
B.; RJN 6 II 143).

 

       
b) En l'espèce, le président du tribunal de police a joint au

dossier,
le 8 novembre 1994 (soit postérieurement à l'audience du

6.10.1994
consacrée aux débats), un certain nombre de documents obtenus de

l'administrateur
communal de La Brévine quant à la configuration des

lieux.
Le procès-verbal d'audience ne mentionne pas que les prévenus au-

raient
donné leur accord à cette façon de procéder. Le président du tri-

bunal
indique cependant dans ses observations que tel a bien été le cas et

la
recourante l'admet dans son recours (p.2 litt.a). Le procédé échappe

donc à
la critique, même si comme l'indique le président il aurait été

souhaitable
que le procès-verbal mentionne cet élément.

 

3.      a)
Aux intersections, le véhicule qui vient de droite a la prio-

rité
(art.36 al.2 LCR). Sont des intersections les croisés, les bifurca-

tions
et les débouchés de route; n'en sont en revanche pas les endroits où

débouchent
sur la chaussée des pistes cyclables, des chemins de campagne

ou des
sorties de garages, de places de stationnement, de fabriques, de

cours,
etc. (art.1 al.8 OCR). Celui qui débouche sur une route principale

ou
secondaire à ces endroits est tenu d'accorder la priorité aux usager de

la
route (art.15 al.3 OCR). De façon plus générale, le conducteur qui veut

engager
son véhicule dans la circulation ne doit pas entraver les autres

usagers
de la route, qui bénéficient de la priorité (art.36 al.4 LCR).

       
L'existence d'une intersection est la règle, son absence

l'exception.
La sécurité du trafic exige en effet qu'une dérogation à la

priorité
de droite ne soit admise que dans les cas qui, même pour les usa-

gers
qui ne connaissent pas les lieux ou lorsque les conditions de visi-

bilité
sont mauvaises, sont clairement reconnaissables en l'absence de

signalisation.
L'importance respective du trafic sur les deux axes de cir-

culation
et la configuration des lieux (largeur, longueur, marquage et

revêtement
de la voie entre autres) figurent parmi les éléments à prendre

en
compte. Dans le doute, la réglementation ordinaire doit l'emporter (ATF

117 IV
498, JT 1992 I 711-712; ATF 112 IV 88, JT 1986 I 408; arrêt de la

CCP en
la cause G. du 6.10.1994; RJN 1992, p.133).

 

        L'existence ou non d'une intersection où
s'applique la priorité

de
droite est une question de droit que la Cour de céans revoit librement.

 

       
b) En l'espèce, le premier juge a retenu que "la présence de

places
de parc disposées en épi sur les côtés sud-ouest et nord-est de

l'allée
et l'espace réduit permettant de circuler entre celles-ci per-

mettent
de qualifier cet endroit d'aire de stationnement ne constituant

pas une
intersection avec la rue sise au sud de l'Hôtel de Ville" (juge-

ment,
p.4).

 

       
Ce raisonnement ne saurait être suivi. La présence de places de

parc en
épi des deux côtés du chemin emprunté par V.

(et
d'ailleurs limitées à deux du côté est, selon le schéma de l'accident

figurant
dans le rapport de police) ne suffit pas pour renverser la pré-

somption
de l'existence d'une intersection. Par ailleurs, le rapport de

police
indique que "le chemin sur lequel a circulé V. avant l'in-

tersection,
soit l'espace entre les places de parc sises au sud-ouest de

l'Hôtel
de Ville et les cases situées à l'est de la maison de 

B.
mesure 9 mètres de large", de sorte qu'il ne s'agit pas d'un espace

réduit.
Les photos figurant au dossier ne permettent pas non plus de re-

marquer
un marquage particulier, une différence de revêtement ou un autre

élément
qui permettrait clairement de penser que l'on est en présence

d'une
aire de stationnement. Le schéma de l'accident indique également que

le
chemin emprunté par la recourante est ouvert à la circulation non

seulement
au sud, mais également au nord. Enfin, rien au dossier n'indique

que le
chemin emprunté par la recourante serait moins fréquenté que celui

sur
lequel circulait F..

 

       
Compte tenu de ces différents éléments, il n'y a pas lieu de

s'écarter
de la présomption de l'existence d'une intersection. La recou-

rante
bénéficiait donc de la priorité et le jugement entrepris doit être

cassé
dans la mesure où il l'a condamnée pour violation des articles 36

al.4
LCR, 1 al.8 et 15 al.3 OCR.

 

4.      a)
Selon l'article 34 al.3 LCR, le conducteur qui veut notamment

obliquer
est tenu d'avoir égard aux usagers de la route qui viennent en

sens
inverse. L'article 13 al.4 OCR dispose qu'en obliquant à gauche à une

intersection,
le conducteur ne doit pas prendre le virage à la corde.

 

       
b) En l'espèce, le véhicule conduit par F.

venait
non pas en sens inverse, mais latéralement par rapport à la recou-

rante
avant qu'elle n'oblique, de sorte que l'article 34 al.3 LCR n'est

pas
applicable. La recourante n'a en outre pas contrevenu à l'article 13

al.4
OCR. En effet, si elle avait pris son virage à la corde, elle serait

venue
emboutir le véhicule parqué (irrégulièrement) sur la voie nord de la

route
empruntée par F.. Or, elle est venue heurter

celui-ci,
qui circulait sur la voie sud, en principe réservée aux véhicule

se
dirigeant, comme la recourante, en direction ouest. Le choc a donc eu

lieu
sur sa voie, qui aurait été libre si un véhicule n'avait pas obstrué

la voie
nord et obligé F. à le contourner. Le ju-

gement
entrepris doit par conséquent également être annulé dans la mesure

où il
retient une violation des articles 34 al.3 LCR et 13 al.4 OCR.

 

5.      Le
recours est en conséquence bien fondé et la recourante doit

être
libérée des infractions retenues par le premier juge. Au vu du sort

de la
cause, les frais de première et deuxième instance seront laissés à

la
charge de l'Etat.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Casse le jugement entrepris.

 

2.
Statuant au fond, libère V. des fins de la pour-

   suite pénale engagée contre elle.

 

3. Met
les frais de première et deuxième instances à la charge de l'Etat.