# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** f313a265-7ae6-5f1f-85a5-8599fc3db3be
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2014 / 12
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2014---12_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

TP05.006773-130888

603 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
19 novembre 2013

__________________

Présidence
de               M.             
Giroud,
vice-président

Juges             
:              M.             
Battistolo et Mme Crittin Dayen 

Greffière             
:              Mme             
Juillerat Riedi

 

 

*****

 

 

Art.
197 et 198 CC

 

 

             
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par
Z.B._________,
à [...], [...], demanderesse, contre le jugement rendu le 11 mars 2013 par le Tribunal civil de
l’arrondissement de l’Est vaudois dans la cause divisant l’appelante d’avec
A.B.________,
à [...], défendeur, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement du 11 mars 2013, le Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois a prononcé
le divorce des époux Z.B._________ et A.B.________ (I), dit qu’aucune contribution d’entretien
n’est due au titre de l’article 125 CC (II), dit qu’il n’y a pas lieu au partage
d’avoirs de prévoyance professionnelle accumulés par les parties durant le mariage (III),
attribué la propriété exclusive de la parcelle no [...], sise sur la Commune de [...],
[...], à A.B.________ (IV), dit que, moyennant bonne et fidèle exécution du transfert
immobilier résultant du chiffre IV ci-dessus, le régime matrimonial dissous de Z.B._________
et A.B.________ est liquidé, les parties étant reconnues propriétaires des immeubles,
meubles et objets en leur possession (V), dit que les frais judiciaires sont arrêtés à
6'255 fr. 50 pour Z.B._________ et à 3'288 fr. 50 pour A.B.________, frais éventuels de transfert
au registre foncier en sus (VI), dit que Z.B._________ est la débitrice de A.B.________ de la somme
de 8'500 fr., TVA en sus sur 6'000 fr., à titre de dépens partiels, à savoir, 2'500 fr.
à titre de remboursement partiel de ses frais de justice et 6'000 fr., TVA en sus, à titre
de participation réduite aux honoraires de son conseil et pour les débours de celui-ci (VII)
et rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (VIII). 

 

             
En droit, les premiers juges ont admis en premier lieu que le divorce pouvait être prononcé
en vertu de l’art. 112 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907, RS 210), les deux époux
ayant confirmé leur accord sur le principe du divorce dans les formes requises par la loi. Ils ont
ensuite considéré qu’il y avait lieu de rejeter le principe même d’une contribution
d’entretien en faveur de la demanderesse au motif que les époux n’avaient pas d’enfants
communs, qu’ils n’avaient fait ménage commun que durant quelques mois et qu’ils
s’étaient assumés financièrement de manière autonome. En outre, ils ont jugé
qu’un partage de prévoyance professionnelle n’entrait pas en ligne de compte, les parties
n’ayant accumulé aucun avoir durant le mariage. S’agissant de la liquidation du régime
matrimonial de la participation aux acquêts, le tribunal a retenu, sur la base d’un rapport
d’expertise, que le prêt sans intérêt consenti par la mère du défendeur
à ce dernier pour l’acquisition de l’immeuble de [...] constituait un bien échéant
à titre gratuit au sens de l’art. 196 ch. 2 CC et que les trois emprunts hypothécaires
n’avaient pas été cocontractés par la demanderesse. Sur la base de ces éléments,
ils ont considéré ce bien comme un remploi de propre au sens de l’art. 198 ch. 4 CC,
attribué celui-ci en pleine propriété au défendeur et jugé qu’il n’y
avait pas lieu d’allouer à la demanderesse une indemnité pour occupation illicite de
l’immeuble depuis 2008, la dissolution du régime matrimonial rétroagissant au jour de
la demande de divorce le 3 mars 2005. 

 

 

B.             
Par acte du
26 avril 2013, Z.B._________ a interjeté
appel auprès de la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal contre ce jugement, concluant
avec suite de frais et dépens à ce que les chiffres IV et V du jugement soient réformés
comme suit : 

 

IV.
              L’immeuble dont
les parties sont copropriétaires aux [...] (parcelle no [...] de [...]) doit être vendu aux
enchères publiques. 

 

             
Le prix de vente de l’immeuble susmentionné devra être partagé à parts égales
entre les parties, après remboursement  des prêts hypothécaires et paiement de l’impôt
éventuel sur les gains immobiliers, ainsi que des frais de la vente. 

 

V.             
A.B.________ doit prompt et immédiat paiement à Z.B._________ de la somme de CHF 400'000.-
(quatre cent mille francs), avec intérêt à 5% l’an dès le 1er
janvier 2008 (indemnité d’occupation de l’immeuble). 

 

             
Au bénéfice de ce qui précède, le régime matrimonial des époux B.___________
peut être considéré comme dissous et liquidé. 

 

             
A titre subsidiaire, elle a conclu à l’annulation du jugement et à son renvoi au Tribunal
de première instance pour complément d’instruction et nouvelle décision dans le
sens des considérants de l’appel à intervenir.

 

             
A.B.________ n’a pas déposé de réponse dans le délai imparti à cette fin.

 

             
Par décision du 13 juin 2013, Z.B._________ a été mise au bénéfice de l’assistance
judiciaire pour la procédure d’appel. 

 

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base du jugement complété par les
pièces du dossier :

 

1.             
La demanderesse Z.B._________, née [...]
le [...] 1956, de nationalité [...], et le défendeur A.B.________, né le [...] 1964, de
nationalité suisse, se sont mariés le [...] 2003 devant l’Officier de l’état
civil de [...]. Aucun enfant n’est issu de cette union.

 

2.             
Le 11 février 2004, les époux ont acquis
en propriété commune un immeuble situé sur la parcelle no [...] de la Commune de [...]
pour un montant de 2'500'000 francs. 

 

3.             
Le 3 mars 2005, Z.B._________ a déposé
auprès du Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois (ci-après :
le Tribunal) une demande unilatérale en divorce en concluant au divorce (I) et à la liquidation
du régime matrimonial, dite conclusion devant être précisée en cours d’instance
(Il).

 

             
A.B.________ a déposé sa réponse le 20 mai 2005, concluant notamment au divorce (I).

 

             
A l’audience préliminaire du 6 juillet 2005, les époux ont tous deux confirmé leur
volonté de divorcer et ont signé une convention sur les effets accessoires de leur divorce
par laquelle ils renonçaient à toute rente ou indemnité après divorce ainsi qu’au
partage des avoirs LPP (I) et liquidaient leur régime matrimonial en ce sens que l’immeuble
sis sur la Commune de [...] ainsi que les dettes hypothécaires y relatives étaient transférés
au seul nom de A.B.________ (II).

 

             
Le défendeur n’a toutefois pas confirmé par écrit sa volonté de divorcer et
les termes de cette convention au terme du délai légal de deux mois. 

 

             
Autorisé à se réformer, le défendeur
a déposé une nouvelle réponse le 13 juin 2006, dans laquelle il conclut sous suite de
frais et dépens au rejet des conclusions prises par la demanderesse le 3 mars 2005, et, reconventionnellement,
à ce que le divorce soit prononcé (I), à ce que le régime matrimonial des époux
soit liquidé selon des précisions apportées en cours d’instance (Il) et à ce
que la prestation de sortie acquise par la demanderesse pendant le mariage soit partagée conformément
à la loi (III).

 

             
La demanderesse a quant à elle complété ses conclusions le 3 novembre 2006 en prenant
une conclusion III nouvelle, dont la teneur est la suivante :

 

A.B.________
doit contribuer à l’entretien de Z.B._________ par le versement d’une pension mensuelle
de CHF 6’000.- (six mille francs) par mois, durant une période de dix ans à compter de
la date à partir de laquelle le jugement de divorce à intervenir sera devenu définitif
et exécutoire.

 

Dite
pension, payable d’avance le 1er
de chaque mois, devra être indexée le 1er
janvier de chaque année, la première fois le 1er
janvier 2008, sur la base de l’indice du mois de novembre de l’année précédente,
l’indice de référence étant l’indice suisse des prix à la consommation
du mois au cours duquel le jugement de divorce à intervenir sera devenu définitif et exécutoire.

 

             
Dans sa réponse du 7 novembre 2006, le défendeur a conclu principalement au rejet des conclusions
prises dans la demande du 3 mars 2005 (I) et reconventionnellement à ce que le divorce soit prononcé
(Il), à ce qu’aucune pension, contribution, rente ou autre ne soit due en faveur de l’une
ou l’autre des parties (III), à ce que le régime matrimonial des époux soit dissous
et liquidé selon des modalités précisées en cours d’instance (IV) et à
ce que la moitié de la prestation de sortie du 2ème
pilier constituée par la demanderesse durant le mariage soit attribuée au défendeur selon
des modalités précisées en cours d’instance (V).

 

             
Des déterminations ont encore été déposées le 12 février 2007 par la demanderesse
et le 15 février 2007 par le défendeur. 

 

             
A l’audience préliminaire du 30 mai
2007, les parties ont confirmé leur volonté de divorcer. Par ordonnance sur preuves du même
jour, le Président du Tribunal a notamment ordonné la mise en oeuvre d’une expertise
et désigné en qualité d’expert le notaire S.________ avec mission de répondre
aux allégués relatifs à la liquidation du régime matrimonial. 

 

             
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 7
septembre 2006, confirmée en dernier lieu par la Chambre des recours du Tribunal cantonal le 30
août 2007, le Président du Tribunal a notamment rejeté une requête de mesures provisionnelles
déposée le 19 juin 2006 par la demanderesse, qui tendait à ce que le défendeur contribue
à son entretien par le régulier versement d’une pension mensuelle de 6’000 francs.

 

             
Les parties ont confirmé leur volonté de divorcer par déclarations écrites des 30
juillet et 10 septembre 2007.

 

             
L’expert S.________ a déposé son rapport d’expertise le 21 janvier 2009. Celui-ci
mentionne notamment ce qui suit :

 

“3.
Les parties n’ont signé aucun contrat de mariage ni fait d’élection de droit de
sorte qu’en vertu de l’article 54 al. 1 litt. a LDIP, le régime matrimonial des parties
est soumis au droit suisse et plus particulièrement au régime légal de la participation
aux acquêts.

[
..]

9.
Le 11 février 2004, les parties ont acheté en propriété commune, société
simple, la parcelle [...] [...]. Cette parcelle a été payée fr. 2'500’000.-. Selon
déclaration de B.B.________ du 26 avril 2004, produite par I’UBS, cette dernière a avancé
fr. 1’007’000.- à son fils pour financer cet achat. Le solde a été financé
par trois emprunts hypothécaires contractés ensemble auprès de I’UBS par A.B.________,
sa mère et sa sœur. Il résulte des pièces fournies que Z.B._________ n’a en
rien financé l’achat de cette parcelle et que les montants investis par A.B.________ constituent
des biens propres. La parcelle [...] de [...] doit dès lors être transférée au seul
nom de A.B.________.

[…]

14.
Au vu de ce qui précède et sur la base des informations extrêmement maigres fournies par
les parties au soussigné, aucune des parties n’est parvenue à justifier l’existence
d’acquêts pouvant constituer un bénéfice d’union conjugale.”

 

             
Le 22 avril 2009, le Président du Tribunal a demandé un complément d’expertise à
S.________ et a ordonné une expertise immobilière qu’il a confiée à C.________.

 

             
L’expert S.________ a déposé son rapport complémentaire le 13 juillet 2009. Celui-ci
a notamment la teneur suivante : 

 

IV. 

Par
courrier du 20 avril 2009, le conseil de la demanderesse a requis un complément d’expertise
arguant du fait que le montant de fr. 1'007’000.- ayant été prêté par Mme B.B.________
à son fils, ce montant ne constituait pas un bien propre et que l’immeuble est dès lors
un acquêt.

 

V.

Postérieurement,
le soussigné a reçu copie des déclarations d’impôt du défendeur pour les
années 2003 à 2006 lesquelles font toutes apparaître une fortune négative.

 

VI.

Cela
étant, le soussigné complète et précise son rapport du 21 janvier 2009 comme suit :

1.
Le montant de fr. 1'007’000.- a été prêté par Mme B.B.________ à son fils
et non à sa belle-fille.

2.
Il ressort des trois déclarations d’impôt susmentionnées que les prêts consentis
par Mme B.B.________ ont été consentis sans intérêt.

3.
L’art. 198 ch. 2 CC dispose que « sont biens propres de par la loi ... les biens qui
lui (l’époux) échoient ensuite ... à quelque autre titre gratuit.»

4.
Le prêt sans intérêt de la mère du défendeur à celui-ci est un bien qui
lui échoit à titre gratuit et doit donc être qualifié de bien propre.

5.
Si, par hypothèse, on considérait que ce prêt n’est pas échu à titre gratuit
du fait de la reconnaissance de dette, on devrait alors admettre que le montant de fr. 1’007’000.-
n’appartenant pas au défendeur, le bien acquis en remploi de celui-ci n’appartient pas
non plus au défendeur et qu’en définitive la parcelle [...] [...] ne fait pas partie
de la masse des biens des époux B.___________.

6.
Fondé sur ce qui précède, le soussigné s’en tient à la conclusion de son
rapport du 21 janvier 2009.

 

             
L’expert C.________, quant à lui, a déposé son rapport d’expertise immobilière
le 4 septembre 2009, dont la conclusion est la suivante :

 

Compte
tenu des différents développements précités et les incertitudes sur certains points,
- nous estimons la valeur vénale de cette propriété de l’ordre de :

fr.
2'500'000. —

nonobstant
d’éventuelles offres d’amateurs, sans tenir compte d’éventuelles charges,
impôts ou taxes impayés.

Cette
estimation, dans le contexte du mandat, a une validité de l’ordre d’un an, sous réserve
d’évolution du marché ou de changement depuis la date de la visite.

 

             
L’audience de jugement de divorce s’est tenue le 2 octobre 2012. D’entrée de cause,
la demanderesse a précisé sa conclusion Il de la manière suivante:

 

L’immeuble
dont les parties sont copropriétaires [...] doit être vendu aux enchères publiques.

 

Le
prix de vente de l’immeuble susmentionné devra être partagé à parts égales
entre les parties, après remboursement des prêts hypothécaires et paiement de l’impôt
éventuel sur les gains immobiliers, ainsi que des frais de la vente.

 

A.B.________
doit prompt et immédiat paiement à Z.B._________ de la somme de CHF 400’000.- (quatre
cent mille francs), avec intérêt à 5% l’an dès le 1er
janvier 2008 (indemnité d’occupation illicite de l’immeuble).

 

Au
bénéfice de ce qui précède, le régime matrimonial des époux B.___________
peut être considéré comme dissous et entièrement liquidé.

 

             
Le défendeur a conclu au rejet de cette conclusion, précisant quant à lui la conclusion
IV de sa réponse du 7 novembre 2006 en ce sens que l’immeuble n° [...] de la Commune
de [...] lui est attribué en pleine propriété, à charge pour lui d’en assumer
les charges financières courantes et d’entretien. Les parties ont été entendues
personnellement et la conciliation a été tentée en vain. Finalement, l’expert S.________,
entendu en qualité de témoin, a confirmé les conclusions de ses rapports des 21 janvier
et 13 juillet 2009.

 

4.             
La situation personnelle et financière des parties est brièvement la suivante : 

 

             
La demanderesse est domiciliée [...]. Elle a une formation de psychothérapeute, mais n’exerce
plus d’activité lucrative en raison d’une incapacité de travail due à une
attaque cérébrale. A ses dires, elle perçoit le 70% de son salaire, soit un montant annuel
de l’ordre de 65’000 francs.

 

             
Quant au défendeur, [...]. Il ne perçoit plus aucun revenu et doit en revanche faire face à
de nombreuses charges qu’il ne peut payer. 

 

             
Finalement, les parties n’ont accumulé aucun avoir de prévoyance professionnelle durant
le mariage.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
              a)
L’appel est recevable contre les décisions finales de première instance (art. 308 al.
1 let. b CPC [Code de procédure civile du 19 décembre 2008; RS 272]) dans les causes dont la
valeur litigieuse est supérieure à 10’000 fr. (art. 308 al. 2 CPC). Ecrit et
motivé, il est introduit dans les 30 jours à compter de la notification de la décision
motivée ou de la notification postérieure de la motivation (art. 311 al. 1 CPC).

 

             
              b)
Formé en temps utile (art. 311 al. 1 CPC), par une partie qui y a intérêt (art. 59 al.
2 let. a CPC), contre une décision finale de première instance rendue dans une cause patrimoniale
dans laquelle les conclusions, dans leur dernier état devant le tribunal de première instance,
portaient sur un montant supérieur à 10’000 fr., l’appel est recevable.

 

 

2.             
              L’appel peut être
formé pour violation du droit ou pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L’autorité
d’appel peut revoir l’ensemble du droit applicable, y compris les questions d’opportunité
ou d’appréciation laissées par la loi à la décision du juge et doit le cas
échéant appliquer le droit d’office conformément au principe général de
l’art. 57 CPC (Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure civile, JT 2010 III
115, spéc. p. 134). Elle peut revoir librement la constatation des faits sur la base des preuves
administrées en première instance (Tappy, op. cit., p. 135).

 

 

3.             
L’appelante conteste, comme en première
instance, le rattachement de l’immeuble à la masse des propres de l’époux et soutient
qu’il s’agit d’un acquêt, ce qui ferait naître une prétention en indemnisation
pour occupation illicite de l’immeuble.

 

             
a)
Les parties sont soumises au régime légal de la participation aux acquêts en vertu de
l’art. 54 al. 1 LDIP (loi fédérale sur le droit international privé du 18 décembre
1987, RS 291), ce qui n’est pas contesté par les parties. 

 

             
Conformément à la jurisprudence, la liquidation du régime matrimonial commande de procéder
en deux temps : il faut tout d’abord procéder à la liquidation de l’immeuble
— ici détenu en propriété commune — selon les règles établies en
la matière puis seulement intégrer le résultat du partage dans les différentes masses
des époux, soumis au régime de la participation aux acquêts (voir ATF 138 III 150, c.
5.1.1, pour la copropriété ; TF 5A_464/2012 du 30 novembre 2012, c. 6.3). Cette manière
de faire, imposée par le droit fédéral, n’a pas été respectée par
les premiers juges.

 

             
Conformément à l’art. 654 CC, la propriété commune s’éteint par
l’aliénation de la chose ou la fin de la communauté (al. 1). Le partage s’opère,
sauf disposition contraire, comme en matière de copropriété (aI. 2). II conviendra dès
lors d’interpeller les parties sur la question de l’acquisition du bien par l’un ou
l’autre d’entre eux ou de sa vente à un tiers et, suivant la position adoptée par
les parties, de trancher la question de l’application de l’art. 205 al. 2 CC au cas d’espèce
(sur la question, voir notamment TF 5A_283/2011 du 29 août 2011, c. 2.2, qui laisse la question
ouverte). Il reviendra notamment aux premiers juges, dans le cadre de la première étape, de
déterminer la valeur vénale de l’immeuble et la participation des parties à la plus-value
de celui-ci, ce qui nécessitera sans doute l’établissement d’une nouvelle estimation
de l’immeuble — le rapport d’expertise immobilière de C.________ établi le
4 septembre 2009 n’étant plus d’actualité. Ce rapport indique du reste expressément
que l’estimation faite a une validité de l’ordre d’un an. Ensuite seulement, il
conviendra de déterminer les différentes masses des époux soumis au régime de la
participation aux acquêts, après avoir réglé la question des récompenses entre
acquêts et biens propres (ce qui pourrait aussi nécessiter l’établissement d’une
nouvelle expertise).

 

             
b)
Les parties divergent à propos de la masse à laquelle il convient d’attribuer la maison.

 

             
aa)
Selon l’art. 197 al. 1 CC, sont acquêts les biens acquis par un époux à titre onéreux
pendant le régime. Il s’agit non seulement des biens énumérés à titre
exemplatif à l’al. 2 ch. 1 à 5 de l’art. 197 CC, mais de tous les biens qui, selon
l’énumération exhaustive de l’art. 198 CC, ne sont pas des biens propres (art.
200 al. 3 CC). Conformément à l’art. 197 al. 2 CC, les acquêts d’un époux
comprennent notamment le produit de son travail (ch. 1), les sommes versées par des institutions
de prévoyance en faveur du personnel ou par des institutions d’assurance ou de prévoyance
sociale (ch. 2), les dommages-intérêts dus à raison d’une incapacité de travail
(ch. 3), les revenus de ses biens propres (ch. 4) et les biens acquis en remploi de ses acquêts
(ch. 5). Sont en revanche biens propres de par la loi, selon l’art. 198 CC : les effets d’un
époux exclusivement affectés à son usage personnel (ch. 1), les biens qui lui appartiennent
au début du régime ou qui lui échoient ensuite par succession ou à quelque autre
titre gratuit (ch. 2), les créances en réparation d’un tort moral (ch. 3) et les biens
acquis en remploi des biens propres (ch. 4).

 

             
bb)
L’acquisition a lieu à titre gratuit dans toute la mesure où l’époux ne fournit
aucune prestation en contrepartie de l’attribution reçue ; conformément à la présomption
de l’art. 200 al. 3 CC, il appartient à celui qui le prétend d’en apporter la preuve
(Steinauer, Commentaire romand CC, n. 7 ad art. 198 CC). Lorsque l’achat d’un immeuble est
financé en partie par le remploi de biens de l’acquéreur et pour le solde par un emprunt
contracté auprès d’un tiers, il entre par remploi dans la masse qui a fait la prestation
au comptant, cette masse étant grevée sur le plan interne de la dette contractée (Deschenaux/Steinauer/Baddeley,
Les effets du mariage, 2e
éd., Berne 2009, n. 968, p. 453 et les réf citées; cf. ATF 123 III 152).

 

             
Le fait que le service de la dette, soit l’amortissement, est assuré par l’autre masse
de l’époux n’a pas pour effet de modifier le statut matrimonial de l’immeuble ;
ainsi, lorsque l’immeuble est intégré aux propres de l’acquéreur, parce que
cette masse a fourni la prestation au comptant, et que par la suite les acquêts amortissent la dette
pour un montant supérieur à la prestation faite au comptant, l’immeuble reste un propre,
les montants ainsi versés faisant toutefois naître en faveur de cette masse un droit au remboursement
(ibidem, n. 969, p. 453).

 

             
L’appartenance d’un bien à une masse est en principe immuable et doit être déterminée
au moment où le bien en cause entre dans le patrimoine du conjoint acquéreur (Piotet, L’acquisition,
dans le régime matrimonial de la participation aux acquêts, d’immeubles avec reprise
ou création de dettes hypothécaires, in RNRF 1987, p. 11 ss, p. 5). Ainsi, si un terrain à
bâtir est acquis avec des fonds provenant d’une masse, il reste rattaché à celle-ci
même si le bien-fonds est ensuite bâti avec des fonds provenant de l’autre masse et que
la valeur de la construction excède de loin celle du sol (cf. ATF 132 III 145 et les réf. citées).

 

             
cc)
Tout bien d’un époux est présumé acquêt, sauf preuve du contraire (art. 200
al. 3 CC).

 

             
c)
A la lecture des expertises d’S.________, la parcelle no [...] « a été payée
2'500'000 francs. Selon déclaration de B.B.________ du 26 avril 2004, produite par I’UBS,
cette dernière a avancé 1'007’000 fr. à son fils pour financer cet achat. Le solde
a été financé par trois emprunts hypothécaires contractés ensemble auprès
de l’UBS par A.B.________, sa mère et sa soeur».

 

             
Il ressort de la lettre du 26 avril 2004 précitée que la mère de A.B.________ a participé
à « cette opération financière » à hauteur de 1’007’000 fr.,
que le fils se serait engagé à admettre que ce montant était une dette en sa faveur, sans
intérêt, et à restituer ce montant dès que son état financier le permettrait.

 

             
Les termes utilisés par feue B.B.________ laissent clairement penser qu’il s’agit d’un
prêt — et non d’une donation — sans intérêt, lequel est sujet à
remboursement. On ignore du reste si le prêt a par la suite été remis faute pour le débiteur
de pouvoir le rembourser. Cela n’a en tous les cas pas été établi à satisfaction.
On ne peut donc que conclure, conformément à la présomption de l’art. 200 al. 3
CC, qu’il s’agit d’un acquêt.

             

             
A cela s’ajoute que les informations contenues dans les expertises s’agissant des personnes
ayant contracté les emprunts hypothécaires sont fausses, puisqu’il ressort des différentes
pièces au dossier que c’est bien Z.B._________ (sur les contrats Z.B._________) qui est «
preneur de crédit », aux côtés de A.B.________ et feue B.B.________.

 

             
Sur le vu de ce qui précède, force est de constater que les conclusions de l’expertise
S.________ sont erronées, de même que le raisonnement des premiers juges qui s’y réfèrent.
L’expert n’explique du reste nullement sa position, puisqu’il se contente d’affirmer
que « le prêt sans intérêt de la mère du défendeur à celui-ci
est un bien qui lui échoit à titre gratuit et doit donc être qualifié de bien propre ».
La considération subsidiaire émise sous point 5 du complément d’expertise du 13
juillet 2009, selon laquelle « si, par hypothèse, on considérait que ce prêt
n’est pas échu à titre gratuit du fait de la reconnaissance de dette, on devrait alors
admettre que le montant de fr. 1’007’000.- n’appartenant pas au défendeur,
le bien acquis en remploi de celui-ci n’appartient pas non plus au défendeur et qu’en
définitive la parcelle [...] [...] ne fait pas partie de la masse des biens des époux B.___________ »,
ne convainc pas non plus : si l’on applique par analogie le raisonnement du notaire, les biens
acquis sur la base d’un prêt bancaire échapperaient aussi à la propriété
des intéressés et ne feraient pas partie de la masse de leurs biens.

 

 

4.             
A supposer même que la parcelle no [...] soit un propre (comme soutenu par les premiers juges),
la question d’éventuelles créances entre masses sur le plan interne — sous l’angle
notamment du service de la dette — devra être examinée, dès lors que le bien a été
acquis en partie grâce à des emprunts hypothécaires engageant également l’appelante,
en qualité de codébitrice solidaire. Il conviendra en particulier d’établir par
le biais de quelle masse ces emprunts ont été amortis et donc s’il y a lieu à récompense.

 

 

5.             
En définitive, force est de constater que, sur plusieurs points essentiels, l’état de
fait doit être complété au sens de l’art. 318 CPC. Il se justifie dès lors
d’annuler les chiffres IV à VIII du dispositif du jugement entrepris et de renvoyer la cause
en première instance pour nouvelle instruction et nouveau jugement dans le sens des considérants.
Le tribunal examinera également si l’appelante dispose d’une créance à titre
d’indemnité d’occupation de l’immeuble vis-à-vis de l’intimé.

 

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 1’200 fr. (art. 63 al.
2 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010, RSV 270.11.5]), sont mis à la charge
de l’intimé, qui doit être considéré comme partie succombante au sens de l’art.
106 al. 1 CPC, même s’il n’a pas déposé de réponse dans le cadre de la
procédure d’appel alors qu’il avait été invité à le faire (Corboz,
in Commentaire de la LTF, n. 38 ad art. 66 LTF).

 

             
L’intimé versera à l’appelante la somme de 2'500 fr. à titre de dépens
de deuxième instance, TVA et débours compris (art. 95 al. 1 et 106 aI. 2 CPC; art. 3 al. 1
et 2 et 7 TDC [tarif des dépens en matière civile; RSV 270.11.6]).

 

             
Il y a enfin lieu de fixer l’indemnité du conseil d’office de l’appelante, Me
Alain Thévenaz, pour le cas où il ne pourrait obtenir le paiement des dépens qui lui ont
été alloués. Celui-ci a produit une liste détaillée de ses opérations annonçant
9h50 heures de travail et 30 fr. de débours. Ce décompte peut être admis. Au tarif horaire
de 180 fr. (art. 2 al. 1 let. a RAJ [règlement sur l’assistance judicaire en matière
civile du 7 décembre 2010 ; RSV 211.02.3]), l’indemnité sera en définitive
arrêtée à 1'944 fr., débours et TVA compris (1’770 fr d’honoraires, 30
fr. de débours et 144 fr. de TVA).

 

             
La bénéficiaire de l’assistance judiciaire est, dans la mesure de l’art. 123 CPC,
tenue au remboursement de l’indemnité à son conseil d’office mis à la charge
de l’Etat.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

I.
L’appel est admis.

II.  
Les chiffres IV à VIII du dispositif du jugement
sont annulés et la cause est renvoyée au Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est
vaudois pour compléter l’instruction dans le sens des considérants et statuer à
nouveau.

             
Le jugement est confirmé pour le surplus.

III.
Les frais judiciaires de deuxième instance,
arrêtés à 1'200 fr. (mille deux cents francs), sont mis à la charge de l’intimé
A.B.________.

IV.
L’indemnité d’office de Me Alain
Thévenaz, conseil de l’appelante, est arrêtée à 1'944 fr. (mille neuf cent
quarante-quatre francs), TVA et débours compris.

V.  
La bénéficiaire de l’assistance
judiciaire est tenue, dans la mesure de l’art. 123 CPC, au remboursement de l’indemnité
à son conseil d’office mise à la charge de l’Etat.

VI.
L’intimé A.B.________ doit verser à
l’appelante Z.B._________ la somme de 2'500 fr. (deux mille cinq cents francs) à titre de
dépens de deuxième instance.

VII.                    
L’arrêt motivé est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
21 novembre 2013

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Alain Thévenaz (pour Z.B._________),

‑             
Me Christian Dénériaz (pour A.B.________).

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30'000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois.

 

             
La greffière :