# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a9d1c5de-c34e-5e18-924d-0eee0a51dc11
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2012-04-05
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 05.04.2012 E-3097/2010
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-3097-2010_2012-04-05.pdf

## Full Text

Bu nde s ve rw altungs ge r icht  

Tr i buna l adm inis t r a t if  fé dé r al  

Tr i buna le  amm inis t r at ivo  fe de r ale  

Tr i buna l adm inis t r a t i v fe de r al 

 
 
    
 
 

 

  

 
 Cour V 

E-3097/2010 

 

 

 
 Ar r ê t  d u  5  a v r i l  2 0 1 2  

Composition 
 Jean-Pierre Monnet (président du collège),  

Pietro Angeli-Busi, François Badoud, juges, 

Céline Berberat, greffière. 

 
  

Parties 
 A._______, Bangladesh,  

(…),   

recourant,  

 
 

 contre 

 
 Office fédéral des migrations (ODM),  

Quellenweg 6, 3003 Berne,    

autorité inférieure.  

 
Objet 

 Asile et renvoi ;  

décision de l'ODM du 12 avril 2010 / N (…). 

 

 

E-3097/2010 

Page 2 

 

Faits : 

A.  

Le 17 mars 2008, A._______ a déposé une demande d'asile au Centre 

d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. 

B.  

Entendu les 28 mars et 24 juillet 2008, l'intéressé a déclaré être ressortis-

sant du Bangladesh, de religion musulmane et avoir vécu avec sa famille 

(ses parents, ses (…) frères et ses (…) sœurs) à B._______, où il aurait 

été scolarisé durant dix années, puis aurait travaillé dans la construction 

comme plombier et maçon. Ne voyant aucune perspective d'avenir dans 

son pays, il aurait pris des dispositions pour venir en Europe. Il se serait 

établi clandestinement en Grèce vers la fin de l'année 2002 et aurait tra-

vaillé comme vendeur de rue, à C._______. Il n'y aurait pas déposé de 

demande d'asile, car il ne pouvait se prévaloir d'aucun problème avec les 

autorités de son pays. En été 2003, il aurait fait la connaissance de 

D._______, ressortissante chinoise, missionnaire chrétienne et titulaire 

d'une autorisation de séjour en Grèce, avec qui il aurait alors vécu. Cette 

dernière ayant à plusieurs reprises fait partager sa foi, l'intéressé – qui 

n'aurait eu que peu d'intérêt pour l’islam et de connaissances de cette re-

ligion – se serait converti au christianisme au cours de l'année 2006. Il 

aurait fréquenté une Eglise libre à C._______ à raison de trois fois par 

semaine et aurait distribué des revues chrétiennes dans le cadre de son 

activité de vendeur ambulant. Contre l'avis de sa famille, qui refusait son 

union avec une chrétienne de surcroît chinoise, le recourant se serait ma-

rié selon la coutume chinoise, le (…) 2007. Deux jours plus tard, le frère 

cadet du recourant et son beau-frère – tous deux domiciliés en Grèce – 

auraient eu connaissance, d'une manière inexpliquée, de son mariage et 

de sa conversion et seraient venus le trouver à son domicile en l'absence 

de sa compagne ; ils l'auraient frappé et menacé de représailles encore 

plus graves avant de quitter son domicile. Les coups auraient provoqué 

chez lui des douleurs durables au ventre et à la tête. Par la suite, le re-

courant n'aurait plus été inquiété par les membres de sa famille et aurait 

pu vivre paisiblement en Grèce. A la fin de l'année 2007 (entre le 26 et le 

29 décembre), alors qu'il vendait ses marchandises au marché de 

C._______, il aurait été abordé par des inconnus (entre deux et quatre 

selon les versions) d’origine irakienne ou afghane, avec qui il aurait parlé 

de religion et à qui il aurait tenté de remettre du matériel 

d’évangélisation ; ceux-ci lui auraient répondu qu'un musulman ne pou-

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vait pas se convertir au christianisme sans conséquences. Soudaine-

ment, ces mêmes hommes s'en seraient pris à lui et l'auraient frappé. 

Craignant pour sa vie, il aurait cessé son commerce après cette agres-

sion et aurait quitté la Grèce, le 15 mars 2008, pour rejoindre la Suisse. 

Titulaire d'une autorisation de séjour en Grèce, sa compagne serait léga-

lement entrée en Suisse (avec un visa Schengen). Tous deux ont déposé 

une demande d'asile en Suisse, le 17 mars 2008. 

A l'appui de ses allégués, le recourant a déposé une attestation de l'Egli-

se internationale "(…)" à C._______ (rédigée en anglais) établie, le 27 fé-

vrier 2008, par le pasteur E._______ qui confirme la sincérité de la foi 

chrétienne du recourant ; une déclaration solennelle (affidavit) du 30 dé-

cembre 2006 (rédigée en anglais) signée par le père du recourant, 

F._______, à G._______, qui confirme que son fils est célibataire ; une 

déclaration solennelle (affidavit) du 30 décembre 2006 (rédigée en an-

glais), signée par la mère du recourant, H._______, à G._______, qui 

confirme la date de naissance de son fils ; une attestation de domicile 

(rédigée en bengali) établie, le 2 janvier 2007, par le « chairman » de la 

localité. 

C.  

Par décision du 12 avril 2010, l'ODM a refusé la reconnaissance de la 

qualité de réfugié au recourant et à son épouse, rejeté leur demande 

d'asile, prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette 

mesure. S'agissant des motifs d'asile du recourant, cet office a estimé 

que ses craintes de préjudices familiaux n'étaient pas pertinentes pour la 

reconnaissance de la qualité de réfugié, car les autorités de son pays 

étaient en mesure de lui offrir une protection adéquate contre des actes 

de violence pour motifs religieux. S'agissant de l'exécution du renvoi, 

l'ODM a estimé que les intéressés, bien que de nationalités différentes, 

étaient en mesure de s'installer ensemble, soit au Bangladesh, soit en 

Chine. 

D.  

Par acte du 20 avril 2010, le recourant et sa compagne ont interjeté re-

cours contre cette décision, concluant à la reconnaissance de la qualité 

de réfugiés, et subsidiairement à l'octroi de l'admission provisoire. 

Concernant ses motifs d'asile, l'intéressé a confirmé avoir quitté le Ban-

gladesh pour des motifs économiques et s'être converti au christianisme, 

en Grèce, par amour pour sa compagne. Il aurait été victime de menaces 

de la part de "son frère et son cousin", domiciliés en Grèce, qui auraient 

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agi sur ordre de sa famille. Il a contesté l'appréciation de l'ODM relative à 

la possibilité d'obtenir une protection adéquate au Bangladesh et a réaf-

firmé le risque d'atteinte à sa vie, en cas de retour, l'apostasie étant punie 

de mort conformément aux préceptes musulmans. Enfin, il a ajouté que 

sa compagne était enceinte de leur premier enfant. 

E.  

Par décision incidente du 11 mai 2010, le juge en charge de l'instruction a 

fixé aux intéressés un délai pour s'acquitter du paiement de l'avance de 

frais de Fr. 600.-. L'avance de frais a été versée dans le délai imparti.  

F.  

Par lettre du 25 octobre 2010, l'Office de l'état civil de I._______ (Suisse) 

a communiqué à l’ODM la naissance de la fille du couple, J._______, le 

(…), à I._______. 

G.  

Par décision du 13 juillet 2011, le Tribunal administratif fédéral (ci-après : 

le Tribunal) a radié du rôle le recours interjeté par D._______, suite au 

dépôt le 11 juillet 2011 pour elle-même et pour sa fille, d’une déclaration 

de retrait de recours, en vue d’un retour dans son pays d'origine.  

H.  

Par lettre du 26 septembre 2011, le Service de la population (…) a signa-

lé que D._______ et J._______ étaient parties sous contrôle, le 12 sep-

tembre 2011, à destination de la Chine. 

I.  

Par ordonnance du 6 octobre 2011, le juge instructeur a invité le recou-

rant à fournir toutes pièces utiles le concernant, démontrant l'existence de 

son baptême, sa connaissance de la foi chrétienne et / ou sa fréquenta-

tion de communautés chrétiennes en Grèce et en Suisse, voire ses activi-

tés exercées dans ce cadre. Il a également invité le recourant à se dé-

terminer sur les éventuels obstacles à l'exécution de son renvoi, seul, 

vers le Bangladesh, dès lors que sa compagne et leur fille étaient parties 

en Chine.  

J.  

Dans son courrier du 13 octobre 2011, le recourant a donné des préci-

sions sur le déroulement de son baptême et les raisons de son attache-

ment à la foi chrétienne. Il a indiqué avoir participé à des célébrations re-

ligieuses durant les premiers mois de son séjour en Suisse, puis avoir 

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cessé tout contact avec une communauté religieuse par manque de 

temps (activité professionnelle exercée du mardi au samedi) et à défaut 

d'avoir trouvé une église où les cultes se tenaient en anglais (langue qu’il 

parle également) ou dans une autre langue avec une traduction simulta-

née en anglais. S'agissant de l'exécution de son renvoi, il a indiqué qu'il 

souhaitait s'établir en Chine auprès de sa compagne et de leur fille et être 

autorisé à séjourner en Suisse pour quelques mois encore afin d'organi-

ser son départ. S'agissant de la situation au Bangladesh, il a ajouté que 

les musulmans y persécutaient les apostats parce qu’ils les considéraient 

comme des traîtres ; confrontées à des violences d’ordre religieux, les 

autorités bangladaises renonceraient à toute répression. Enfin, il a ajouté 

avoir été attaqué en Grèce, en pleine rue, durant l'hiver 2007, par des 

membres de sa famille et des fidèles de leur mosquée, lesquels s'en se-

raient ensuite pris à sa compagne. 

Il a fait parvenir deux articles de Human Rights Watch relatifs au Bangla-

desh, l'un du 6 juillet 2011 intitulé "Protect women against Fatwa violen-

ce", l'autre du 16 juin 2005 intitulé "Government fails to act against reli-

gious violence, ainsi qu'un article du Digital Journal du 30 janvier 2009 in-

titulé "Bangladesh : Pastor's wife raped amid anti-christian violence". 

K.  

Dans son courrier du 18 novembre 2011, le recourant a encore détaillé 

les fondements de sa foi chrétienne et a déposé une traduction en fran-

çais de l'attestation du 27 février 2008 de l'Eglise "(…)" (cf. supra let. B). Il 

a précisé s’être converti alors qu’il n’était encore que fiancé.  

L.  

Dans son courrier du 16 décembre 2011, le recourant a déposé une copie 

couleur de son certificat de baptême (rédigé en anglais) délivré par l'Egli-

se "(…)" et indiquant qu’il avait été baptisé le 15 janvier 2006, ainsi 

qu'une copie couleur de l'enveloppe de transmission. 

M.  

Dans son courrier du 19 décembre 2011, le recourant a, à nouveau, réaf-

firmé les risques d'un renvoi dans son pays d'origine car, ayant été renié 

par sa famille, il serait dépourvu de droits successoraux et serait exposé 

au risque d'être victime d'un meurtre d'honneur de la part de ses proches. 

Il a déposé une traduction en français de son certificat de baptême. 

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N.  

Les autres faits ressortant du dossier seront évoqués si nécessaire dans 

les considérants en droit. 

 

Droit : 

1.  

1.1. En vertu de l'art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal adminis-

tratif fédéral (LTAF, RS 173.32), le Tribunal connaît des recours contre les 

décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la 

procédure administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions 

rendues par l'ODM concernant l'asile et le renvoi – lesquelles n'entrent 

pas dans le champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contes-

tées devant le Tribunal conformément à l'art. 33 let. d LTAF (loi à laquelle 

renvoie l'art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile [LAsi, RS 142.31]).  

1.2. Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. Il 

statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).  

1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que 

ni la LTAF (cf. art. 37 LTAF) ni la LAsi (cf. art. 6 LAsi) n'en disposent au-

trement. 

1.4. L'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA) et son recours in-

terjeté dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi) 

prescrits par la loi, est recevable. 

2.  

2.1.  

Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans le 

pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, 

de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 

de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sé-

rieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de 

la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychi-

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que insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifi-

ques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 

2.2. Quiconque demande l’asile (requérant) doit prouver ou du moins 

rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vrai-

semblable lorsque l'autorité estime que celle-ci est hautement probable. 

Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points 

essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, 

qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière détermi-

nante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 

2.3. Selon la règle générale énoncée à l'art. 2 LAsi, l'asile est octroyé aux 

réfugiés. Toutefois, la loi prévoit certaines exceptions à ce principe ("clau-

ses d'exclusion de l'asile"). C'est en particulier le cas de l'art. 54 LAsi. En 

effet, selon cette disposition, celui qui est reconnu réfugié au sens de l'art. 

3 LAsi, mais uniquement en raison de son départ du pays d'origine (ou de 

provenance) ou de son comportement après sa fuite, ne peut être mis au 

bénéfice de l'asile ; de tels motifs, dits "motifs subjectifs postérieurs", ne 

permettent pas l'octroi de l'asile, mais peuvent seulement faire constater 

la qualité de réfugié. Le législateur a clairement exclu qu'ils puissent 

conduire à l'octroi de l'asile, indépendamment de la question de savoir si 

le comportement du requérant peut ou non être qualifié d'abusif. Ils doi-

vent être distingués des motifs objectifs postérieurs à la fuite qui ne relè-

vent pas du comportement du requérant. Sont en particulier considérés 

comme des motifs subjectifs survenus après le départ du pays, au sens 

de cette disposition, un changement de religion, des activités politiques 

indésirables en exil, le départ illégal du pays ("Republikflucht") et le dépôt 

d'une demande d'asile à l'étranger, lorsqu'ils conduisent à une crainte 

fondée de persécution future (cf. ATAF 2009/29 consid. 5.1 et réf. cit. ; 

OSAR [éd.], Manuel de la procédure d'asile et de renvoi, Berne 2009 

p. 203). L'exécution du renvoi d'un requérant qui s'est vu reconnaître la 

qualité de réfugié sur la base de motifs subjectifs postérieurs à la fuite 

s'avère illicite au sens des art. 44 al. 2 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr.  

2.4. Pour l'examen de la qualité de réfugié du recourant, il s'impose de 

prendre en compte la situation des chrétiens dans son pays d'origine. Au 

Bangladesh, environ 90 % de la population est musulmane, 8 % est hin-

doue, les 2 % restants regroupant les adeptes d'autres religions. On es-

time que les chrétiens représentent, toutes confessions confondues, envi-

ron 1 % de la population. Bien que la Constitution de ce pays établisse 

l'islam comme religion d'Etat, elle reconnaît également la liberté religieu-

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se soit le droit de chaque communauté ou société religieuse d'établir, 

maintenir, et contrôler ses établissements. Cependant, en dépit de la li-

berté de croyance garantie par la Constitution, l'influence des fondamen-

talistes musulmans et un climat caractérisé par des tensions sociales ont 

conduit par le passé et encore à ce jour à la commission d'exactions à 

l'encontre des représentants de minorités religieuses. Depuis 2007, une 

certaine amélioration de la situation des minorités est à relever suite à 

l'adoption de diverses mesures par les autorités. Le gouvernement assu-

re désormais la sécurité dans les lieux de culte des minorités religieuses 

un peu partout dans le pays. Les chrétiens disposent des mêmes procé-

dures que leurs concitoyens musulmans, pour faire valoir leurs droits de-

vant les autorités judiciaires et se défendre contre d'éventuelles violen-

ces. Certes, il n'est pas exclu que dans certains cas particuliers, la police 

ne donne pas suite à une plainte par manque de volonté d'agir ; dans ce 

cas, le plaignant devra alors s'adresser à l'instance supérieure. Avec l'ac-

tuelle évolution politique, l'on ne saurait affirmer d'une manière générale 

que les victimes de violences locales ne pourraient pas trouver une pro-

tection effective et adéquate dans leur pays d'origine. La situation des 

musulmans convertis au christianisme diffère toutefois de celle des res-

sortissants d'origine chrétienne. Il est vrai que dans les zones rurales et 

dans les familles au sein desquelles les principes de l'islam sont rigou-

reusement appliqués, les musulmans qui se convertissent au christianis-

me se trouvent souvent exclus de la société et de leur propre famille par-

ce qu'une telle conversion est perçue comme un déshonneur. Dans ce 

cas, il sera impossible pour un musulman converti de rester dans les 

structures familiales et sociales habituelles (cf. arrêt du Tribunal adminis-

tratif fédéral dans les causes E-5808/2009 du 29 janvier 2011 et E-

3781/2011 du 11 juillet 2011 ; JICRA 2006 n° 27 ; Human Rights Watch, 

World report 2012 : Bangladesh ; International Religious Freedom Report 

2010 Bangladesh). 

Contrairement aux arguments de l'intéressé, force est de constater que 

les musulmans convertis ne subissent pas de persécution collective de la 

part de "tous les musulmans" (cf. recours p. 3). Les sources consultées 

(cf. point 3.4) indiquent que la situation des chrétiens au Bangladesh est 

préférable à celles des minorités chrétiennes vivant dans la plupart des 

autres pays majoritairement musulmans. Certaines réserves s'imposent 

toutefois s'agissant des personnes exerçant une activité importante au 

sein de leur Eglise, ou qui se livrent à des actes de prosélytisme, car elles 

font face à un risque accru d'attiser la haine des islamistes radicaux. La 

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Page 9 

pratique paisible et discrète de la foi chrétienne reste en principe sans 

conséquence négative. 

2.5. En l'espèce, le recourant, qui a quitté son pays d'origine en 2002, 

uniquement pour des motifs économiques, affirme s'être converti au 

christianisme après son départ et avoir pris une chrétienne pour épouse 

coutumière. Il soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il se-

rait, pour ces raisons, persécuté par sa propre famille, sans aide à atten-

dre des autorités. En procédure de recours, il a fourni un certificat de bap-

tême et a détaillé les fondements de sa foi. Concernant sa pratique reli-

gieuse, le recourant a indiqué avoir été engagé dans une communauté 

chrétienne lorsqu’il vivait en Grèce et avoir également pratiqué, à l’instar 

de sa compagne, une activité d’évangélisation dans la rue. En Suisse, sa 

pratique religieuse a toutefois fondamentalement changé puisqu’il n’a fré-

quenté des célébrations dominicales que durant les premiers mois qui ont 

suivi son arrivée et a cessé, depuis août 2008, toute participation à des 

cultes par manque de temps (cf. lettre J). Il dit avoir pratiqué d'autres va-

leurs chrétiennes comme le bon comportement, la foi intérieure, la prière, 

le partage des biens et le respect de son prochain (cf. courrier du 18 no-

vembre 2011). Même s‘il fallait admettre l’actualité des convictions chré-

tiennes du recourant, force est de constater qu’il vit aujourd’hui sa foi inté-

rieurement, sans aucune manifestation extérieure. Sa pratique religieuse 

"dans l'ombre" n'est de toute évidence pas de nature à l'exposer, de ma-

nière générale, à l'animosité de ses concitoyens musulmans. A ce titre, 

les articles déposés par l'intéressé sur la situation des femmes au Ban-

gladesh, au viol de l'épouse d'un pasteur à Dhaka, ainsi qu'à des violen-

ces à l'encontre de la minorité religieuse Ahmadiyya (cf. let. J), ne sont 

pas de nature à changer l'appréciation qui précède dans la mesure où ils 

ne concernent pas le recourant. 

2.6. Le recourant n’a pas démontré qu’il serait exposé en cas de retour 

au Bangladesh à des représailles de la part des membres de sa famille. 

En effet, ses parents devaient avoir connaissance, en 2006, de ses pro-

jets de mariage avec une ressortissante chinoise et de sa conversion au 

christianisme, vu notamment ses activités d'évangélisation dans la rue 

(cf. aussi p.-v. de l’audition du 24 juillet 2008 Q 40, 59-60 et 73) ; censés 

savoir cela, ses parents lui ont remis, à sa demande, les documents né-

cessaires à la célébration de son mariage coutumier (cf. supra let. B). Au 

vu de la nature des documents transmis – notamment une déclaration of-

ficielle de son père confirmant que le statut civil de célibataire du recou-

rant – les parents de ce dernier ne pouvaient ignorer la finalité de tels do-

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Page 10 

cuments. L'aide apportée par les proches du recourant laisse penser que 

même s’ils désapprouvaient ses choix de vie, ils ne l’avaient pas pour au-

tant renié. En sus, les allégués de l'intéressé relatifs aux actes de repré-

sailles des membres de sa famille ne sont pas constants et donc pas 

vraisemblables. En effet, la version avancée lors de ses auditions, selon 

laquelle ses proches l'auraient agressé et menacé à son domicile, le 

22 août 2007 uniquement, cessant ensuite de l'importuner (cf. supra let. 

B) diffère de celle qu'il avance au stade du recours, selon laquelle ses 

proches et des fidèles de leur mosquée l'auraient agressé une seconde 

fois dans la rue, en décembre 2007 (cf. supra let. J). De même, ces actes 

auraient été dirigés tantôt contre lui uniquement (cf. supra let. B) tantôt 

contre sa compagne et lui (cf. let. J). Au vu des incohérences relevées ci-

dessus, il apparaît que les proches du recourant ne sont nullement impli-

qués dans l'agression de décembre 2007, si tant est qu'elle ait eu lieu, 

celle-ci étant le fait de deux musulmans, d'origine irakienne ou afghane, 

ayant mal réagi aux actes de prosélytisme du recourant. Il n'est par 

conséquent pas plausible que le recourant, qui n'a connu aucun problème 

avec ses proches depuis août 2007, soit exposé – plus de six années 

après sa conversion et son mariage – à des préjudices de leur part en 

cas de retour au Bangladesh, ce d'autant moins depuis que sa compagne 

l'a quitté. 

2.7. Indépendamment de leur absence de vraisemblance, les préjudices 

craints par le recourant de la part des membres de sa famille sont mani-

festement limités à B._______, ville où il a toujours vécu à l'instar de son 

réseau familial. Il a donc la possibilité d'y échapper en s'établissant dans 

une autre partie de son pays. 

2.7.1. En effet, selon la jurisprudence du Tribunal, une possibilité de refu-

ge interne peut être retenue si l'on peut raisonnablement attendre de ma-

nière concrète de la personne persécutée dans une partie du pays qu'elle 

se rende dans une autre partie où elle puisse s'y installer légalement et y 

obtenir une protection effective. Afin de vérifier si cette condition est rem-

plie, il convient notamment de prendre en considération la situation géné-

rale prévalant au lieu de refuge interne ainsi que les circonstances pro-

pres à la personne concernée; il s'agira ainsi de déterminer, dans le cadre 

d'un examen individualisé, sur la base en particulier des conditions 

concrètes de vie qui l'y attendent, si l'on peut exiger de manière réaliste 

(et non simplement hypothétique) de la part de la personne concernée 

qu'elle s'y installe et qu'elle s'y bâtisse une nouvelle existence (cf. arrêt de 

principe ATAF D-4935/2007 du 21 décembre 2011 consid.8.5.2 et 8.6). 

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Page 11 

2.7.2. In casu, le recourant, qui n'a rencontré aucun problème avec les 

autorités de son pays, n'a de plus fait valoir aucun obstacle s'opposant à 

son établissement dans une autre région du pays. En cas de retour, il 

pourra s'établir durablement dans une région, où se trouve une commu-

nauté chrétienne, ou dans une grande ville, où il pourrait vivre de manière 

anonyme. Etant parvenu à acquérir rapidement une indépendance finan-

cière en Grèce, puis en Suisse, il devrait être en mesure de trouver les 

ressources financières nécessaires afin de se construire une situation 

viable dans son pays d'origine, indépendamment de sa famille. Bénéfi-

ciant d'une possibilité de refuge interne, il ne saurait se voir reconnaître la 

qualité de réfugié pour ce motif également. 

3. En conséquence, c'est à bon droit que l'ODM a refusé de reconnaître 

la qualité de réfugié au recourant et a rejeté sa demande d'asile. Le re-

cours doit être rejeté sur ces points.  

4.  

4.1. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière 

à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille 

(art. 44 al. 1 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l'art. 32 de l'or-

donnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1, 

RS142.311), lorsque le recourant d'asile dispose d'une autorisation de sé-

jour ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une décision d'extra-

dition ou d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 de la 

Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 

4.2. Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurren-

ce réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 

5.  

5.1. L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 

exigible et possible (art. 44 al. 2 LAsi). Si ces conditions ne sont pas ré-

unies, l'admission provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par 

les art. 83 ss de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 

(LEtr, RS 142.20). 

5.2. L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son 

Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux 

engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 

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Page 12 

LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 

ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 

liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnées à l'art. 3 al. 1 

LAsi, ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel 

pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des pei-

nes ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 de la Convention du 4 

novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fon-

damentales [CEDH, RS 0.101]). 

5.3. L'exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 

si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de pro-

venance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, 

de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 

83 al. 4 LEtr). 

5.4. L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter 

la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, 

ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).  

6.    

6.1. L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons 

de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre 

dans un pays donné ou qu'aucun autre Etat, respectant le principe du 

non-refoulement, ne se déclare prêt à l'accueillir ; il s'agit d'abord de 

l'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asi-

le, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un trai-

tement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la Convention du 

10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements 

cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du 

Conseil fédéral à l'appui d'un arrêté fédéral sur la procédure d'asile [APA], 

du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 

6.2. En l'occurrence, l'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe 

de non-refoulement de l'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recou-

rant n'a pas pu établir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il se-

rait exposé à un risque actuel, concret et sérieux d'être victime de traite-

ments cruels, inhumains ou dégradants contraires aux engagements in-

ternationaux contractés par la Suisse, en particulier à l'art. 3 CEDH ou à 

l'art. 3 Conv. torture.  

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Page 13 

Comme exposé dans l'ordonnance du 6 octobre 2011, le recourant, qui 

ne partage plus le même domicile que sa compagne et leur fille, n'est 

plus en mesure de se prévaloir du droit au respect de sa vie familiale pro-

tégé par l'art. 8 CEDH. Ainsi, il n'y a pas d'obstacle à l'exécution de son 

renvoi, seul, vers le Bangladesh. 

6.3. Dès lors, l'exécution du renvoi du recourant sous forme de refoule-

ment ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit in-

ternational, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 3 

LEtr). 

7.    

7.1. Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être 

raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son 

pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par 

exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou 

de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en premier lieu aux 

"réfugiés de la violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 

conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnelle-

ment persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile 

ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour 

reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'el-

les ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. L'autorité à 

qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects 

humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger 

concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public mili-

tant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF 2009/52 consid. 10.1 

et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 

7.2. Le Bangladesh ne connaît pas, à l'heure actuelle, une situation de 

guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d'em-

blée – et indépendamment des circonstances du cas d'espèce – de pré-

sumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l'existence d'une mi-

se en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr (cf. ATAF 2010/8 

consid. 9.5). 

7.3. Il reste dès lors à déterminer si le retour du recourant dans son pays 

équivaudrait à le mettre concrètement en danger en raison de sa situation 

personnelle. 

E-3097/2010 

Page 14 

A cet égard, le recourant est au bénéfice d'une formation scolaire, de plu-

sieurs expériences professionnelles acquises à l’étranger et en Suisse, 

parle plusieurs langues et n'a allégué aucun problème de santé particu-

lier. Il devrait être en mesure de trouver à relativement bref délai à son re-

tour au pays une activité lucrative lui permettant de subvenir à ses be-

soins essentiels. 

Dans ces conditions, le Tribunal estime qu'aucun motif d'ordre personnel 

ressortant du dossier ne fait obstacle à l'exécution du renvoi de l'intéres-

sé. L’exécution du renvoi doit être considérée comme raisonnablement 

exigible au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 

8.  

Enfin, le recourant est en mesure d'entreprendre toute démarche néces-

saire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obten-

tion de documents de voyage lui permettant de quitter la Suisse. L'exécu-

tion du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables 

d'ordre technique et s'avère également possible (cf. art. 83 al. 2 LEtr).  

9.  

9.1. Cela étant, l'exécution du renvoi doit être déclarée conforme aux dis-

positions légales. 

Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la décision de renvoi et 

son exécution, doit être également rejeté. 

10.  

Le recourant ayant succombé, les frais de la présente procédure doivent 

être mis à sa charge (art. 63 al. 1 phr. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement 

du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le 

Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). Ceux-ci sont, ce-

pendant, compensés par l'avance de frais, effectuée le 25 mai 2010 par 

le recourant. 

  

E-3097/2010 

Page 15 

 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :  

1.  

Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable. 

2.  

Les frais de procédure, d’un montant de Fr. 600.-, sont mis à la charge du 

recourant. Ce montant doit être compensé avec l’avance de frais déjà 

versée de Fr. 600.-. 

3.  

Le présent arrêt est adressé au recourant, à l’ODM et à l’autorité canto-

nale compétente. 

 

Le président du collège : La greffière : 

  

Jean-Pierre Monnet Céline Berberat 

 

 

Expédition :