# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d0155805-ed2b-52e7-afdb-b731440fb61a
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites Plainte / 2013 / 39
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_Plainte---2013---39_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

FA13.015702-131667

             
  43

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
18 décembre 2013

______________________

Présidence
de               M.             
Sauterel,
président

Juges             
:              Mme             
Byrde et M. Maillard 

Greffier
              :             
Mme              van Ouwenaller

 

 

*****

 

 

Art.
17, 170 et 206 al. 1 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal prend séance à huis clos, en sa qualité
d'autorité cantonale supérieure de surveillance, pour statuer sur le recours interjeté
par  W.________,
à Clarens, contre la décision rendue le 5 août 2013, à la suite de l’audience
du 11 juillet 2013, par le Président du Tribunal d’arrondissement de l'Est vaudois, autorité
inférieure de surveillance, dans la cause qui l'oppose à l'Office
des poursuites du district de la Riviera - Pays-d'Enhaut.

 

             
Vu les pièces du dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
a)
W.________ fait l’objet de plusieurs poursuites diligentées contre lui auprès de l’Office
des poursuites du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut (ci-après: l'office). Certains
créanciers ont requis la continuation de leur poursuite et obtenu une saisie de salaire à hauteur
de 900 fr. par mois et du 13ème
salaire.

 

             
b)
En date du 17 décembre 2012, W.________ a déposé une requête de dépôt de
bilan personnel à forme de l’article 191 LP (loi sur la poursuite pour dettes et la faillite
du 11 avril 1889; RS 281.1). Par décision du 19 décembre 2012, faisant suite à une demande
du mandataire de W.________ fondée sur l’art 170 LP, le Président du Tribunal d’arrondissement
de l’Est vaudois, en sa qualité d’autorité de première instance en matière
sommaire de poursuites, a suspendu les poursuites en cours ainsi que celles qui pourraient être
introduites jusqu’à droit connu sur la demande de faillite. La faillite a finalement été
prononcée le 21 février 2013, à 15h30, et le jugement communiqué aux intéressés
le 26 février 2013.

 

             
c) Par courrier du 22 mars 2013, W.________ a
requis de l’office des poursuites la restitution des retenues de salaire de décembre 2012,
janvier 2013 ainsi que la moitié du 13e
salaire. Invoquant l’art. 206 LP, l’office n’a accepté de restituer que les retenues
de salaire effectuées durant la période du 21 février 2013 au 31 mars 2013, soit
l’équivalent de 1'157 fr. 15 et a communiqué un décompte ce sens par lettre recommandée
adressée au mandataire de W.________ le 2 avril 2013.

 

 

2.             
En date du 15 avril 2013, W.________ a déposé
une plainte a forme de l’art. 17 LP. Il a conclu à l’annulation de la décision
rendue le 2 avril 2013 par l’office et à ce qu’ordre soit donné à l’office
de lui restituer le montant des saisies de salaire pour la période allant du 19 décembre 2012
au 21 février 2013, y compris le 13ème
salaire. Selon le plaignant, la position de l’office vidait de sens l’effet suspensif octroyé
par le président du tribunal le 19 décembre 2012 et allait en outre à l’encontre
du principe de la faillite selon lequel tous les créanciers doivent être mis sur un pied d’égalité.

 

             
L’office s’est déterminé en date du 19 juin 2013 et a conclu au rejet de la plainte.

 

             
Une audience s’est tenue le 11 juillet 2013.

 

             
Par prononcé rendu le 5 août 2013 sans frais ni dépens, l’autorité inférieure
de surveillance a rejeté la plainte déposée le 15 avril 2013. En substance, le premier
juge a considéré que les saisies opérées jusqu’à la date du prononcé
de faillite devaient être distribuées aux créanciers saisissants, l’éventuel
excédent devant être remis à la masse, en application de l’art. 199 al. 2 LP.

 

 

3.             
Par acte du 19 août 2013, W.________ a recouru contre le prononcé qui lui a été notifié
le 9 août 2013. Il a conclu, avec suite de frais et dépens, à ce que la décision
rendue le 5 août 2013 par le Président du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois
soit annulée et à ce qu’ordre soit donné à l’office de lui restituer
les montants des saisies de salaires pour la période allant du 19 décembre 2012 au 21
février 2013, y compris le 13ème
salaire. Il a produit, à l’appui de son recours, un certain nombre de pièces dont aucune
n’est nouvelle.

 

             
Par acte du 5 septembre 2013, l’office a conclu au rejet du recours et à la confirmation du
prononcé rendu le 5 août 2013 par le Président du Tribunal d’arrondissement de l’Est
vaudois.

 

 

 

             
En droit :

 

 

I.             
Le recours est
dirigé contre une décision de l'autorité inférieure de surveillance. Il est régi
par l'art. 18 LP, qui stipule que toute décision de l’autorité inférieure peut être
déférée à l’autorité cantonale supérieure de surveillance dans les
dix jours à compter de sa notification, et les art. 28 à 33 LVLP (loi d'application dans le
Canton de Vaud de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite du 18 mai
1955; RSV 280.05).

 

             
Déposé en temps utile (art. 18 al. 1 LP et 28 al. 1 LVLP) et comportant l'énoncé
des moyens invoqués (art. 28 al. 3 LVLP), le recours est recevable formellement. 

 

             
Les déterminations de l'office sont également recevables (art. 31 al. 1 LVLP). 

 

 

II.             
Il s’agit tout d’abord de déterminer si l’office était en droit de poursuivre
les saisies de salaire à compter du 19 décembre 2012 date à laquelle le président
a suspendu les poursuites en cours.

 

             
a)
Selon l'art. 206 al. 1 LP, les poursuites dirigées contre le failli s’éteignent et aucune
poursuite ne peut être faite durant la liquidation de la faillite pour des créances nées
avant l'ouverture de la faillite. Un acte de poursuite exécuté en violation de l'art. 206 al.
1 LP est radicalement nul (ATF 93 III 55, JT 1967 II 72; Braconi, Interdiction des poursuites individuelles
après l'ouverture de la faillite (art. 206 al. 1 LP) et date de naissance de la créance de
dépens, in RSPC 2010 pp. 81 ss, spéc. p. 83; CPF, 9 décembre 2010/480). Les saisies
de salaire en cours sont ainsi caduques dès l’ouvertures de la faillite (Wohlfart/Meyer, Basler
Kommentar, n. 3 ad 206 LP).

 

             
La déclaration de faillite sortit ses effets, sur les poursuites en cours et les réquisitions
de poursuite pour une prétention née avant l’ouverture de la faillite, au moment, constaté
dans le jugement de faillite, où le juge de première instance la prononce (art 175 LP ;
Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite,
n. 13 ad 206 LP (ci-après: Gilliéron, Commentaire); Wohlfart/Meyer, op. cit., n.7 ad 206 LP).

 

             
Conformément à l’art. 170 LP, également applicable en cas de faillite personnelle
par renvoi de l’art. 194 al. 1 LP, le juge peut, dès qu’il a reçu la requête
de faillite, prendre toutes les mesures conservatoires qu’il estime nécessaire dans l’intérêt
des créanciers : inventaire, apposition de scellés, fermeture de l’entreprise, interdiction
de tout paiement, annotations d’une restriction du droit de disposer au registre foncier etc. (Gilliéron,
poursuite pour dettes, faillite et concordat, 5e
édition, n. 1450). Il ne lui est en revanche pas possible de suspendre les procédures en cours
contre le débiteur dès lors que celles-ci restent possibles légalement jusqu’à
l’ouverture de la faillite conformément à l’art. 199 LP (Nordmann, Basler Kommentar,
n. 9 ad 170 LP et les références citées). Les décisions rendues par le juge de la
faillite en application de l’art. 170 LP sont sujettes à recours (Nordmann, op. cit., n. 12
ad 170 LP).

 

             
b)
En l’espèce, les saisies de salaire en cours devaient donc bien se poursuivre jusqu’au
21 février 2013 et le Président du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois ne
pouvait pas suspendre les procédures en cours comme il l’a décidé le 19 décembre
2012. 

 

             
Cette décision n’a toutefois pas été contestée. On ne saurait en outre soutenir
qu’elle est affectée d’un vice si grave qu’il se justifie d’envisager sa
nullité. L’office devait donc s’en tenir à la décision du 19 décembre
2012 et interrompre les saisies de salaire en cours. 

 

             
C’est donc bien à tort que ces saisies ont été effectuées durant la période
du 19 décembre 2012, date du prononcé suspendant les poursuites en cours, au 21 février
2013, date du prononcé de faillite.

 

 

III.             
Reste encore à déterminer si le recourant peut exiger la restitution des portions de salaire
saisies contrairement à la décision du président du tribunal.

 

             
a)
La voie de la plainte est ouverte pour obtenir de l’office le paiement d’une somme qui a
été encaissée à tort ou qui a reçu une fausse affectation (ATF 85 III 31, JT
1959 II 67 cité par Gilliéron n° 24 ad 99 LP). Conformément à l’art. 17
al. 2 LP, la plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le plaignant
a eu connaissance de la mesure contestée. En dehors de cas particuliers où la plainte est recevable
en tout temps (par exemple dans les cas où le minimum vital est entamé sans droit) –
cas non réalisés en l’espèce – la mise sous mains de justice de revenus au
sens de 93 LP doit être attaquée dans un délai de dix jours dès celui où celui
qui a qualité pour porter plainte a eu connaissance de l’exécution de la saisie. L’intéressé
ne saurait en particulier attendre que la réalisation soit requise ou la distribution des montants
encaissés par l’office des poursuites (Gilliéron, Commentaire, n. 171 ad 93 LP). 

 

             
b) En
l’espèce, il n’est pas contesté que le recourant connaissait la décision rendue
par le Président du Tribunal de l’arrondissement de l’Est vaudois le 19 décembre
2012. Il a immanquablement eu connaissance des saisies de salaire litigieuses à la fin des mois
de décembre 2012, janvier 2013 et février 2013. La plainte déposée le 15 avril 2013
est ainsi manifestement tardive. Il en irait de même si l’on devait considérer que son
courrier à l’office du 22 mars 2013 aurait dû être traité comme une plainte.

 

             
Il n’y a dès lors pas lieu de restituer au plaignant les sommes saisies entre le 19 décembre
2012 et le 21 février 2013 lesquelles pourront ainsi être traitées conformément à
l’art. 199 LP.

 

 

IV.
              En conclusion, le recours,
mal fondé, doit être entièrement rejeté et le prononcé confirmé.

 

             
L’arrêt pourra être rendu sans frais ni dépens (art. 20a al. 2 ch. 5 LP, 61 al.
2 let. a et 62 al. 2 OELP [ordonnance du 23 septembre 1996 sur les émoluments perçus en application
de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite; RS 281.35]).

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité cantonale

supérieure
de surveillance,

p
r o n o n c e :

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
L’arrêt, rendu sans frais ni dépens, est exécutoire.

 

Le
président :              La greffière
:

 

 

 

 

Du
18 décembre 2013

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.

 

             
Il est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. Philippe Chiocchetti, agent d'affaires breveté (pour W.________),

-             
M. le Préposé à l’Office des poursuites du district de la Riviera – Pays-d'Enhaut.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
dix jours – cinq jours dans la poursuite pour effets de change – qui suivent la présente
notification (art. 100 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois, autorité inférieure de
surveillance.

 

             
La greffière :