# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 3842e67a-0a4d-5adf-ade5-d9a172b66e7a
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2011-12-15
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 15.12.2011 E-3978/2011
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-3978-2011_2011-12-15.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

   

Cour V
E­3978/2011

A r r ê t   d u   1 5   d é c emb r e   2 0 1 1

Composition François Badoud (président du collège), 
Emilia Antonioni, Kurt Gysi, juges,
Beata Jastrzebska, greffière.

Parties A._______, son épouse
B._______, leur enfant
C._______,
Kosovo,  
représentés par Me Christophe Tafelmacher, avocat, (…), 
recourants, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM), 
Quellenweg 6, 3003 Berne,   
autorité inférieure. 

Objet Asile et renvoi ; 
décision de l'ODM du 8 juin 2011 / N (…).

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Faits :

A. 
Le  24  août  2009,  A._______  et  sa  famille  ont  déposé  une  demande 
d'asile  auprès  du  centre  d'enregistrement  et  de  procédure  (CEP)  de 
Vallorbe.

B. 
Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a exposé 
qu'il  appartenait,  comme  son  épouse,  à  la  communauté  gorani  et  était 
originaire  de  D._______  (commune  de  J._______).  Il  aurait  exploité  à 
Vitina  une  boulangerie­pâtisserie  fondée  par  son  grand­père  sur  un 
terrain alloué par la commune ; l'intéressé aurait succédé, en compagnie 
de  son  frère,  dans  la  gestion  du  commerce  de  son  père,  qui  restait 
propriétaire officiel.

A partir de 2000, le requérant et les siens se seraient trouvés en butte à 
l'animosité de la population albanaise. A._______ aurait été en plusieurs 
occasions la cible d'actes d'extorsion commis par des groupes activistes 
albanais, à qui il aurait dû remettre de fortes sommes, atteignant une fois 
13.000  DM ;  parallèlement,  la  commune  de  Vitina  lui  aurait  infligé 
plusieurs  amendes  injustifiées,  pour  infractions  à  la  législation  sanitaire 
ou d'autres prétextes peu clairs, et fait payer plus cher l'eau et l'électricité. 
Le 3  septembre 2002,  la  terrasse de  son  commerce aurait  été détruite, 
sous prétexte de mesures d'urbanisme. 

Le 15  juin 2009,  l'intéressé aurait  reçu une décision de  la commune de 
Vitina  ordonnant  la  destruction  de  son  commerce  pour  le  18  juin,  sous 
prétexte qu'il n'était pas propriétaire du terrain, et que la construction était 
donc  illégale.  Il  aurait  aussitôt  requis  du  Tribunal  de  Vitina  une 
ordonnance  de  suspension,  laquelle  aurait  été  rendue  le  17  juin  ;  ce 
même jour cependant, soit avant le terme fixé, la police serait intervenue 
avec une pelleteuse et aurait procédé à la destruction prévue.

L'intéressé et son frère, assistés de l'avocat E._______, auraient saisi en 
vain  le  Tribunal  de  Vitina,  puis  tenté  de  se  plaindre  aux  autorités 
européennes (Eulex),  lesquelles auraient refusé d'intervenir  ;  l'appel aux 
responsables de la communauté gorani n'aurait pas eu plus d'effet. Avec 
sa famille, il serait alors revenu à D._______ et se serait installé dans la 
maison d'un oncle domicilié en Suisse. Le 21 août 2009, il aurait quitté le 
Kosovo et gagné la Suisse avec sa famille.

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A  l'appui  de  ses  motifs,  le  requérant  a  déposé  deux  DVD  montrant  la 
destruction  de  son  commerce,  quatre   photographies  représentant  la 
terrasse  détruite,  plusieurs  documents  anciens  attestant  de  la  propriété 
de la famille A._______ sur  le terrain  litigieux, une copie de la demande 
de suspension du 15  juin 2009 et un extrait cadastral du 22  juin suivant 
indiquant  que  le  terrain  était  désormais  propriété  de  la  commune  ;  il  a 
également  produit  deux  attestations  d'appartenance  à  l'Initiative 
citoyenne des Goranis  (Gradanska  Inicijativa Gore, GIG) concernant  lui­
même et sa femme.

Egalement  entendue, B._______  a  dit  être  née à F._______  et  comme 
son  mari  appartenir  à  la  communauté  gorani.  Tenue  à  l'écart  par  la 
population albanaise de Vitina et  fréquemment prise à partie, elle aurait 
cessé de sortir. En avril 2008,  l'intéressée aurait  fait une  fausse couche 
suite à une erreur médicale commise par un médecin albanais. Soignée 
dans  un  hôpital  albanais,  elle  aurait  subi  une  intervention  chirurgicale 
sans anesthésie. 

C. 
Le 21 septembre 2010, le mandataire des intéressés a demandé à l'ODM 
que soient versés au dossier plusieurs documents produits à l'appui de la 
demande  d'asile  du  frère  de  son  mandant,  G._______.  Parmi  ces 
documents figurent la requête de renseignement, adressée par l'ODM, le 
12  mai  2010,  à  la  représentation  suisse  au  Kosovo  dans  le  cadre  de 
l'examen  de  la  demande  d'asile  de  G._______,  les  résultats  de  dite 
enquête  ainsi  que  la  prise  de  position,  consignée  par  G._______  et 
A._______, du 17 septembre 2010.

Selon  l'enquête de  l'ambassade,  la maison de  famille des  intéressés se 
trouvait  à  D._______,  où  résidaient  plusieurs  proches.  Après  quelques 
années de bonnes relations avec la commune, le commerce qu'exploitait 
l'intéressé à Vitina avait été détruit de manière précipitée dans  le cadre 
d'un  réaménagement  urbain,  ce  qui  laissait  la  famille  sans  ressources. 
Une demande de compensation n'avait pas encore donné de résultats, et 
un arriéré de  taxes de 12.000 DM était  réclamé au requérant. Selon  les 
informations recueillies, la discrimination contre les Goranis avait joué un 
rôle,  tous  les membres  de  cette  communauté  ayant  quitté Vitina.  A  été 
jointe au rapport une copie de  la décision du 15  juin 2009, ordonnant  la 
destruction de la boulangerie, vu l'absence de titre de propriété valable.

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Dans  sa  prise  de  position  devant  l'ODM,  le  recourant  a  rappelé  que  la 
destruction de sa terrasse en 2002, puis de son commerce sept ans plus 
tard,  constituaient  clairement  des  mesures  destinées  à  le  chasser  de 
Vitina en raison de son origine gorani, comme le montrait  la violation de 
l'ordonnance  de  suspension  rendue  par  le  Tribunal.  Le  requérant  a 
déposé une copie de cette dernière, du 17  juin 2009, et de  la demande 
de suspension datée de  l'avant­veille, ainsi que plusieurs photographies 
du  bâtiment  détruit  ;  il  a  précisé  qu'aucune  procédure  d'expropriation 
n'avait  été  engagée,  et  qu'il  n'avait  pu  trouver  aucune  aide  contre 
l'arbitraire commis.

D. 
Par décision du 8 juin 2011,  l'ODM a rejeté la demande d'asile déposée 
par  les  intéressés  tant  en  raison  d'invraisemblance  que  du manque  de 
pertinence de  leurs motifs. L'Office a prononcé  leur  renvoi de Suisse et 
ordonné l'exécution de cette mesure.  

E. 
Interjetant  recours  contre  cette  décision,  le  14  juillet  2011,  les  époux 
A._______  ont  fait  valoir  leur mauvais  état  de  santé  que  l'ODM  n'avait 
pas entrepris d'éclaircir et qui contre­indiquait un retour au Kosovo. Ils ont 
par  ailleurs  fait  valoir  l'existence  d'une  persécution  motivée  par  des 
raisons ethniques, abondamment prouvée, le harcèlement infligé sur une 
longue  durée  ayant  laissé  chez  eux  de  nombreuses  séquelles  ;  ce 
comportement  était  symptomatique  des  conditions  de  vie  que 
connaissaient les Goranis.

Les  intéressés  ont  encore  relevé  que  le  caractère  arbitraire  de  la 
destruction  de  la  boulangerie  étant  bien  établi,  leur  qualité  de 
propriétaires  étant  incontestable,  cet  acte  avait  en  réalité  pour  objet  de 
les obliger à quitter Vitina ; pour arriver à ce but, les autorités municipales 
n'avaient  pas  hésité  à  violer  une  décision  de  justice.  En  outre,  les 
requérants  n'avaient  pu  trouver  aucun  soutien  des  autorités 
internationales.  Ils  ne  disposaient  pas  non  plus  d'un  réseau  social  et 
familial suffisant en cas de retour, vu  leur état de santé.  Ils ont conclu à 
l'octroi  de  l'asile  et  au  non­renvoi  de  Suisse,  et  ont  requis  l'assistance 
judiciaire totale.

Ont  été  joints  au  recours  deux  rapports médicaux  relatifs  à A._______, 
datés du 23 décembre 2010 et 4 mars 2011. Il en ressort notamment que 
l'intéressé  souffre  d'un  syndrome  de  stress  post­traumatique  (PTSD)  et 

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d'une dépression  réactive aux événements  vécus et que depuis 2009,  il 
présente l'état d'angoisse, d'irritabilité et de tristesse permanent associé à 
des troubles du sommeil et de l'appétit. Depuis 15 décembre 2010, date 
de sa première consultation médicale (en urgence), l'intéressé fait  l'objet 
d'une prise en charge psychothérapeutique régulière associée à  la prise 
de médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques et somnifères). Un cadre 
sécurisant  étant  indispensable,  un  retour  au  Kosovo  et  la  consécutive 
interruption  du  traitement  entraîneraient  une  aggravation  de  l'état  et, 
corrélativement,  un  danger  de  suicide  ;  le  renvoi  était  donc  contre­
indiqué.  

Ont également été déposés trois rapports médicaux relatifs à B._______, 
datés du 23 février 2011, 8 mars 2011 et 13 juillet 2011. Le premier pose 
chez  l'intéressée  le  diagnostic  d'un  état  dépressif  sévère  associé  aux 
troubles d'adaptation.  Il en  ressort par ailleurs que, suivie  régulièrement 
depuis le mois de mai 2010, la recourante a été hospitalisée, le 11 janvier 
2011, suite à une tentative de suicide par médicaments. Le traitement est 
analogue à celui de son époux et  les  risques en cas de  retour  sont  les 
mêmes. 

Enfin,  les  recourants  ont  également  produit : une  attestation  du  20 
décembre  2010  signée  de  l'avocat H._______,  selon  qui  le  Tribunal  de 
Vitina  n'a  toujours  pas  statué  sur  la  plainte  déposée  à  la  suite  de  la 
destruction  du  commerce,  les  autorités  internationales  se  déclarant  par 
ailleurs incompétentes ; des copies des autorisations de séjour délivrées 
par  les  autorités  françaises,  le  16  février  2010,  à  l'oncle  du  recourant 
I._______  et  à  son  épouse,  au  titre  de  l'asile  ;  14  reçus  remis  au 
recourant,  entre  2000  et  2005,  par  une  organisation  du  nom  de MMK, 
pour des sommes de divers montants ; un DVD contenant un film intitulé 
"La Guerra infinita" et diffusé par la chaîne de télévision italienne Rai 3.

F. 
Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans 
sa  réponse  du  16  septembre  2011,  les  intéressés  pouvant  recevoir  au 
Kosovo le traitement nécessaire. L'Office a par ailleurs souligné que l'acte 
de  recours  ne  contenait  aucun  élément  ou moyen  de  preuve  nouveau, 
susceptible de modifier la décision prise. 

G. 
a.  Faisant  usage  de  leur  droit  de  réplique,  le  18  novembre  2011,  les 
recourants ont fait valoir que, contrairement à l'appréciation de l'ODM, ils 

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ont assorti leur recours d'une série de documents nouveaux, susceptibles 
d'influencer  l'issue  de  leur  cause.  L'Office  aurait  ainsi  dû  revenir  sur  la 
problématique de la vraisemblance de leurs motifs d'asile et reconsidérer 
la  question de  la  qualité  de  réfugié. A  l'appui  de  leur  argumentation,  ils 
ont  cité  l'arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral  E­425/2011  du  10 
novembre 2011, rendu dans l'affaire de G._______, frère de l'intéressé et 
se  fondant sur  le même état de  faits que  le cas d'espèce.  Ils ont  relevé 
que,  dans  l'arrêt  précité,  le  Tribunal  avait  considéré  les  événements 
rapportés comme véridiques ou, en tout cas, vraisemblables. 

Les époux ont par ailleurs  fait grief à  l'ODM de n'avoir pas  tenu compte 
de la reconnaissance, par l'autorité française, de la qualité de réfugié de 
I._______,  l'oncle  de  l'intéressé.  A  titre  de  mesure  d'instruction 
complémentaire,  ils  ont  invité  le  Tribunal  à  interpeller  les  autorités 
françaises  pour  qu'elles  fournissent  les  motifs  qui  les  ont  conduites  à 
accorder asile à I._______ et à sa famille. 

b.  Dans  un  deuxième  temps,  les  intéressés  ont  déclaré  que  la  seule 
possibilité  qui  s'offrait  à  eux  pour  échapper  aux  persécutions  qui  les 
menaçaient  était  une  fuite  du  Kosovo.  Ils  ne  disposeraient  d'aucune 
alternative  de  refuge  interne : d'une  part,  les  autorités  du  nouvel  Etat 
kosovar  ne  seraient  pas  en  mesure  d'offrir  une  protection  contre  la 
perpétration d'actes illicites, visant des membres de minorités ethniques, 
d'autre  part,  une  telle  protection  ne  serait,  non  plus,  assurée  par  les 
missions d'organisations internationales (EULEX, KFOR). 

c. Dans un troisième temps, les recourants ont allégué que l'ODM n'avait 
pas  instruit  suffisamment  la  question  de  leur  état  de  santé  ;  or  les 
certificats  médicaux  à  disposition  mettaient  clairement  en  lumière 
l'existence  d'un  traumatisme  dérivant  d'une  persécution  de  nature 
ethnique.  Un  retour  était  donc  contre­indiqué,  d'abord  en  raison  des 
problèmes  que  continuerait  de  poser  aux  intéressés  leur  origine,  et 
ensuite  à  cause  de  l'impossibilité  de  recevoir  au  Kosovo  les  soins 
nécessaires, vu l'insuffisance des infrastructures de santé. Le seul retour 
au  Kosovo  serait  donc  de  nature  à  aggraver  l'état  des  recourants,  leur 
traumatisme risquant, dans une telle hypothèse, de se retrouver réactivé.

Deux  rapports médicaux  ont  été  joints  à  la  réplique.  Le  premier,  du  18 
novembre 2011, confirme chez le recourant le diagnostic d'un état anxio­
dépressif sévère. Il fait état d'absence d'une amélioration significative de 
l'état  de  santé  de  l'intéressé  et  souligne  qu'une  interruption  du  suivi 

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psychiatrique régulier risque de provoquer une aggravation du syndrome 
dépressif  allant  de  la  somatisation  au  risque  d'un  comportement  auto­
agressif.  

Le second, du 14 novembre 2011,  fait  état d'une péjoration de  l'état de 
santé  de  la  recourante,  notamment  de  l'augmentation  de  la 
symptomatologie  dépressive  et  anxieuse.  Selon  les  médecins,  une 
interruption  de  la  psychothérapie  et  du  traitement  médicamenteux 
pourrait  entraîner  une  décompensation  psychique  sur  un  mode  anxio­
dépressif avec risque de passage à l'acte suicidaire. 

Selon  les  deux  rapports,  un  retour  au  Kosovo  apparaît  exclu  pour  les 
recourants, ce d'autant plus qu'aucune prise en charge correcte des deux 
époux  ne  peut  y  avoir  lieu.  L'état  psychique  des  intéressés  n'est  par 
ailleurs  pas  suffisamment  stabilisé  pour  permettre  un  éventuel  retour 
dans leur pays d'origine où ils risquent d'être exposés à une réminiscence 
des traumatismes vécus.  

H. 
Le  7  décembre  2011,  les  recourants  ont  complété  le  dossier  par 
l'attestation  médicale  du  23  février  2011,  établie  en  raison  de 
l'hospitalisation de la recourante, en janvier 2011, suite à une tentative de 
suicide.

Droit :

1. 

1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le 
Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours 
contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 
1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les 
autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 
être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 
(LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement, 
sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche 
à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 
fédéral [LTF, RS 173.110]).

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1.2. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et 
dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 
PA et 108 al. 1 LAsi).

2. 

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 
ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 
de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 
de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de 
sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 
de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression 
psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite 
spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi).

Quiconque demande  l’asile  (recourant) doit prouver ou du moins  rendre 
vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable 
lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas 
vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels, 
ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne 
correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur 
des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi).

3. 

3.1. En  l’occurrence,  les  intéressés n'ont  pas été en mesure d'établir  la 
pertinence de leurs motifs.

3.2.  Au  vu  des  éléments  de  preuve  figurant  au  dossier  (documents 
fonciers,  décisions  administratives,  actes  judiciaires,  photographies),  le 
Tribunal admet que  le  récit est, dans ses grandes  lignes, conforme à  la 
vérité. Il est ainsi établi que le recourant et sa famille exploitaient depuis 
longtemps  une  boulangerie  à  Vitina,  et  que  celle­ci  a  été  détruite  par 
décision  de  la  commune,  en  dépit  des  démarches  entamées  par 
l'intéressé et ses proches auprès des autorités judiciaires.

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Malgré les confusions qui marquent l'étendue et les limites des droits de 
propriétés  au  Kosovo,  relevées  par  l'ODM,  le  Tribunal  considère 
cependant comme plausible que la destruction du commerce exploité par 
A._______  ait  trouvé  son  origine  dans  son  appartenance  à  la 
communauté  gorani,  et  non  dans  un  simple  litige  foncier.  En  effet,  il 
apparaît  que  la  famille  A._______  détenait  un  droit  d'usage,  sinon  de 
propriété en bonne et due forme, sur le terrain et le commerce en cause ; 
par  ailleurs,  la  manière  dont  les  autorités  communales  ont  agi,  en 
n'avertissant  les  intéressés  que  trois  jours  avant  la  destruction  du 
magasin, puis en procédant à celle­ci avant même la fin de ce très court 
délai,  au  mépris  d'une  décision  de  justice,  permet  d'admettre  qu'il  ne 
s'agissait  pas en  l'occurrence,  comme  l'affirme  l'ODM, d'un  simple  litige 
de propriété. Dès lors, dans le contexte kosovar,  il est probable que ces 
mesures  aient  été  inspirées  par  des  motifs  en  rapport  avec  l'origine 
ethnique des recourants.

Plaident dans le même sens les manœuvres d'extorsion dont A._______ 
semble avoir été la victime depuis 2000, et ceci bien que les éléments de 
preuve  produits  soient  très  antérieurs  à  son  départ  ;  en  effet,  il  a  été 
constaté  en  de  nombreuses  occasions  que  les  organisations 
autonomistes  albanaises  se  livraient  à  ce  type  d'actes  de  racket  contre 
les membres  des minorités  ethniques  du Kosovo.  Le  rapport  provenant 
de  la  représentation  diplomatique  suisse,  même  s'il  ne  permet  aucune 
conclusion claire et même s'il ne répond pas précisément aux questions 
posées par  l'ODM, n'exclut pas non plus  la possibilité d'un harcèlement 
ourdi par les autorités communales et motivé par des motifs ethniques.

3.3. Les époux A._______ n'ont cependant pas été menacés de manière 
pressante dans  leur  vie ou  leur  intégrité  corporelle,  les préjudices subis 
se  limitant  à  des  dommages matériels  (la  destruction  du magasin)  et  à 
des marques d'animosité de  la population (art. 3 al. 2 LAsi)  ;  il ne s'agit 
donc pas de préjudices directs, qu'on pourrait qualifier de graves au sens 
de la loi. A ce titre, il convient de préciser qu'aucun élément du dossier ne 
permet d'associer directement  les problèmes  rencontrés par  l'intéressée 
à l'hôpital à ses origines ethniques. 

Dans  le  cas d'espèce,  il  n'est  certes pas exclu que  les  intéressés aient 
été  les  victimes  d'une  pression  psychique  insupportable,  à  savoir  telle 
qu'elle aurait rendu quasi impossible la poursuite d'une vie conforme à la 
dignité  humaine,  si  bien  que  la  seule  issue  aurait  été  la  fuite  (cf. 
Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en 

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matière d’asile  [JICRA] 1993 n°10 consid. 5e p. 65 ; 1996 n° 29 consid. 
2h p. 282) ; leur état de santé tend à renforcer cette hypothèse. Vu ce qui 
suit, cette question toutefois peut rester indécise.

3.4.  En  effet,  contrairement  à  ce  que  les  intéressés  avancent  dans  la 
réplique,  il  n'apparaît  pas,  pour  plusieurs  raisons,  que  les  événements 
traversés par eux ne leur aient laissé d'autre issue que la fuite du Kosovo. 

3.4.1. En premier lieu, selon la jurisprudence du Tribunal, qui a repris sur 
ce  point  celle  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière 
d’asile  (CRA),  la  Mission  internationale  des  Nations  Unies  au  Kosovo 
(MINUK, remplacée en avril 2009 par  la mission EULEX) et  la Force de 
maintien  de  la  paix  au Kosovo  (KFOR)  ont  la  volonté  et  la  capacité  de 
protéger  les  minorités  ethniques  au  Kosovo  et  il  n'existe  aucune 
persécution systématique de celles­ci (cf. notamment arrêts D­6827/2010 
du 2 mai 2011 et réf. citées, ainsi que JICRA 2002 n° 22 consid. 4d/aa p. 
180).

Cette  analyse  reste  d'actualité,  même  après  la  déclaration 
d'indépendance  du  Kosovo  (cf.  arrêts  du  Tribunal  D­3685/2009  du  20 
août 2009 p. 5 et 6, D­3694/2006 du 18 novembre 2008 consid. 3.2 p. 6 
et D­4220/2008 du 24 octobre 2008 p. 5), les autorités du nouvel Etat ne 
renonçant  pas  à  poursuivre  les  auteurs  d'actes  pénalement 
répréhensibles  et  offrant  donc,  en  principe,  une  protection  appropriée 
pour  empêcher  la  perpétration  d'actes  illicites,  quelle  que  soit 
l'appartenance ethnique des auteurs et des victimes de ces atteintes (cf. 
notamment  UK  Home  Office,  Operational  Guidance  Note  :  Kosovo,  22 
juillet  2008,  spéc.  par.  3.11.10  à  3.11.12  et  sources  citées  ;  idem, 
Kosovo, octobre 2009, p. 16­17).

Le  Tribunal  rappelle  que  la  jurisprudence  précitée  a  récemment  été 
confirmée  par  son  arrêt  E­425/2011  du  10  novembre  2011,  auquel  les 
recourants  font  par  ailleurs  allusion  dans  la  réplique.  En  l'espèce,  le 
Tribunal constate qu'aucune circonstance ne justifie de s'en éloigner. Elle 
reste en conséquence d'actualité. 

En  l'occurrence,  il  incombait  dès  lors,  aux  intéressés  de  saisir  les 
instances internationales en charge de l'ordre public au Kosovo, ce qu'ils 
n'apparaissent  pas  avoir  fait  ;  il  n'en  n'ont  du  moins  pas  apporté  la 
preuve. De même,  il  ressort de  leur  récit que  le Tribunal de Vitina avait 
donné  suite  à  leur  demande  de  suspension,  et  qu'une  plainte  déposée 

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par le recourant, semble­t­il contre la commune, est toujours en suspens 
devant  cette  instance  ;  les  intéressés  ne  peuvent  donc  prétendre  qu'ils 
étaient démunis de tout moyen de défense contre l'acte d'arbitraire qui les 
a frappés. 

Contrairement  aux  arguments  articulés  par  les  intéressés  dans  la 
réplique,  on  ne  peut  en  conséquence  parler,  en  l'espèce,  d'une 
persécution menée par l'entier de l'appareil d'Etat ou avec sa connivence, 
le cas échéant par des tiers bénéficiant de sa tolérance (cf. JICRA 2006 
n° 18 consid.10.2­10.3, p. 202­204).

3.4.2.  Par  ailleurs,  il  apparaît  que  les  problèmes  rencontrés  par  les 
recourants se sont limités à la localité de Vitina. Ceux­ci, cependant, n'ont 
pas  rencontré  de  difficultés  lors  de  leur  séjour  à  D._______,  dans  la 
commune  de  J._______,  d'ailleurs  peuplée  par  un  grand  nombre  de 
Goranis  ; comme  ils  l'ont affirmé et ce que confirme d'ailleurs  le  rapport 
d'ambassade, plusieurs proches de l'époux y résident depuis leur départ 
de Vitina.

La  jurisprudence  a  admis  que  les  musulmans  slaves  du  Kosovo,  en 
particulier  les  Goranis,  ne  couraient  pas  de  risques  dans  les 
circonscriptions de J._______, Prizren, Gjakove et Pej (JICRA 2002 n° 22 
p.  177ss,  arrêts  du  Tribunal  D­6827/2010  et  réf.  citées).  Cette 
jurisprudence  est  toujours  d'actualité,  la  situation  des  musulmans 
serbophones s'étant même améliorée depuis lors, au point que ce constat 
est dorénavant valable dans son principe sur tout le territoire du Kosovo, 
à l'exception de la région de Mitrovica.

In casu, les recourants viennent de la commune de J._______, où ils ont 
vécu  avant  leur  départ  et  ont  toujours  leurs  racines.  Selon  les 
informations  dont  dispose  le  Tribunal  (cf.  notamment  Kosovo 
Communities  profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in 
Europe  [OSCE],  Mission  in  Kosovo,  02/2011),  la  municipalité  de 
J._______  est  constituée  d'une majorité  d'Albanais,  avec  une  très  forte 
minorité  de  Goranis.  Les  membres  de  la  communauté  gorani  dans  la 
région  ne  connaissent  pas  de  problèmes  particuliers  pour  se  déplacer, 
s'exprimer  dans  leur  langue  auprès  de  l'administration,  ou  encore  pour 
avoir  accès  aux  services  publics,  aux  soins  médicaux,  à  l'éducation,  à 
l'aide sociale et à la propriété. Concernant plus particulièrement la ville de 
J._______, les Goranis de retour au pays peuvent bénéficier d'une aide à 
la reconstruction d'habitations, de l'aide sociale et d'une aide alimentaire. 

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Ces aides sont notamment fournies par des organisations internationales, 
comme le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) 
et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Dans  ces  conditions,  le  Tribunal  considère  donc  que  la  région  de 
J._______  représente  une  alternative  de  refuge  interne  remplissant  les 
conditions strictes mises par la jurisprudence (JICRA 1996 n° 1 p. 1ss) : 
en effet,  les  intéressés y seraient non seulement  totalement à  l'abri des 
persécutions,  directes  ou  indirectes,  pouvant  les  menacer  à  Vitina  ou 
dans  les  autres  régions  du  Kosovo,  mais  n'y  risqueraient  pas  d'y  être 
renvoyés. De plus, ils ne courraient pas, sur ce lieu de refuge, un risque 
de persécution d'origine cette fois locale, ou de pressions de nature à leur 
rendre  la  vie  quotidienne  si  difficile  qu'ils  ne  pourraient  résider  dans  la 
région  de  manière  durable  (ibidem  consid.  5c  p.  6­7  ;  cf.  également 
MARIO  GATTIKER,  La  procédure  d'asile  et  de  renvoi,  3e  éd.,  Berne 
1999,  p.  70­71  ;  OSAR,  Manuel  de  la  procédure  d'asile  et  de  renvoi, 
Berne 2009, p. 189­191).

3.5.  Le  Tribunal  constate  au  demeurant  qu'il  ne  peut  tirer  aucune 
conclusion  du  statut  de  réfugié  reconnu  à  l'oncle  du  recourant  par  les 
autorités  françaises,  les  motifs  de  cette  décision  étant  inconnus  ;  il 
incombait,  le  cas  échéant,  à  l'intéressé  de  les  faire  valoir.  Le  Tribunal 
observe  au  passage  qu'il  appartient  aux  demandeurs  d'asile  de  rendre 
vraisemblables les faits qu'ils allèguent.  

3.6. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit 
être rejeté.

4. 

4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 
à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l’exécution  ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 
(art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de 
l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 
RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 
séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision 
d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2 
de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

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4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en 
l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 
mesure.

5. 

5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 
exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par 
l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 
RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a 
remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le 
séjour et l’établissement des étrangers (LSEE).

5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son 
Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 
ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 
LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un 
tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des 
peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention 
du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 
fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 
guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

6. 

6.1. Il convient de noter à titre préliminaire que les trois conditions posées 
par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité, 
inexigibilité et  impossibilité) sont de nature alternative  :  il suffit que  l'une 
d'elles soit réalisée pour que le renvoi soit inexécutable.

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6.2.  L’exécution  du  renvoi  des  personnes  en  traitement  médical  en 
Suisse ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou 
de provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir 
les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence  ; 
par soins essentiels,  il  faut entendre  les soins de médecine générale et 
d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine. 
L'art.  83  al.  4  LEtr  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme 
conférant  un droit  général  d'accès  en Suisse  à  des mesures médicales 
visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que 
l'infrastructure hospitalière et le savoir­faire médical dans le pays d'origine 
ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on 
trouve en Suisse (JICRA] 1993 n° 38 p. 274s.). 

Ainsi,  si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le 
pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  l'exécution  du 
renvoi  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de 
l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement 
adéquat, l'état de santé de l'intéressé devait se dégrader très rapidement 
au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète 
de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave 
de son intégrité physique (JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.).

A  ce  sujet,  le  Tribunal  constate  que  les  troubles  de  santé  touchant  les 
recourants  sont  suffisamment  documentés  et  qu'aucune  instruction 
complémentaire n'est nécessaire.

6.3. Le système de santé publique du Kosovo étant toujours en phase de 
reconstruction  depuis  la  fin  de  la  guerre,  son  niveau  laisse  encore  à 
désirer.

6.3.1.  Selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal  (cf.  notamment 
OSAR,  Kosovo  :  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],  Berne,  1er 
septembre  2010),  le  pays  n'a  pas  à  l'heure  actuelle  de  système 
d'assurance­maladie  publique,  de  sorte  que  seuls  des  contrats  privés 
peuvent  assurer  l'accès  à  l'ensemble  des  prestations  hospitalières  et 
ambulatoires.  Cela  étant,  les  services  de  santé  sont  théoriquement 
fournis  gratuitement  par  les  institutions  de  santé  publique  à  certains 
groupes spécifiques, comme par exemple les enfants jusqu'à 15 ans, les 
élèves et étudiants jusqu'à la fin de leur formation de base, ou encore les 
bénéficiaires de l'assistance sociale et leur famille proche. Dans les faits, 
en  raison  des  contraintes  financières  et  matérielles  ne  permettant  pas 

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toujours de faire face à la demande, les patients concernés sont toutefois 
parfois amenés à payer une partie des frais générés, voire leur intégralité. 

Le système kosovar des soins de santé comprend trois niveaux, à savoir 
les niveaux primaire (centres médicaux situés dans chaque municipalité), 
secondaire  (hôpitaux  au  niveau  régional)  et  tertiaire  (Centre  Clinique 
Universitaire et institutions spécialisées à Pristina). De manière générale, 
les  Kosovars  peuvent  se  faire  soigner  dans  des  cabinets  et  cliniques 
publics  et  privés,  les  prix  étant  plus  élevés  dans  le  secteur  privé.  Les 
pharmacies  sont  elles  aussi  publiques  ou  privées.  Seuls  certains 
médicaments de base sont distribués gratuitement.

La commune de J._______, d'où sont originaires les recourants, propose 
la gratuité des soins médicaux à certains groupes de personnes, comme 
les bénéficiaires de l'aide sociale. La ville dispose par ailleurs d'un centre 
médical  susceptible  d'intervenir  en  cas  d'urgence  médicale,  par  l'envoi 
d'une  ambulance  notamment  (cf.  à  ce  propos  Kosovo  Communities 
profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in  Europe  [OSCE], 
Mission in Kosovo, Kosovo Gorani, 02/2011, p. 11s.).

Concernant  l'accès  aux  soins  médicaux,  les  membres  des  groupes 
minoritaires  gorani  et  bosniaque  ne  connaissent  en  principe  pas  de 
problèmes particuliers.  Il arrive certes que  le personnel albanais montre 
une certaine réticence à leur venir en aide, comme cela peut se produire 
avec  d'autres minorités. Néanmoins,  les  améliorations  à  cet  égard  sont 
constantes (cf. Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit. p. 
18).

6.3.2. En ce qui concerne le système de santé mentale, sa réhabilitation 
est l'une des priorités du Ministère de la santé. Les besoins en la matière 
sont  en  effet  importants,  de  nombreux  Kosovars  souffrant  de  troubles 
d'origine  psychique,  et  les  moyens  pour  y  faire  face  étant  encore 
insuffisants.  Le  pays manque de professionnels  qualifiés,  et  le  système 
actuel de formation est sous­développé, particulièrement en dehors de la 
capitale Pristina. Ainsi, en 2009, il n'y avait encore qu'un psychiatre pour 
90'000 habitants, un employé du secteur de la santé mentale pour 40'000 
habitants,  cinq  psychologues  cliniciens  et  un  faible  nombre  d'assistants 
sociaux.  Dès  lors,  les  moyens  les  plus  utilisés  pour  faire  face  à  la 
demande  sont  l'administration  de  médicaments  et  l'hospitalisation, 
lorsque le manque de lits ne s'y oppose pas.

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Cela  étant,  il  existe  au  Kosovo  sept  centres  de  traitement  ambulatoire 
pour  les  maladies  psychiques  (Centres  Communautaires  de  Santé 
Mentale),  dont  un  à  Prizren.  En  outre,  certains  hôpitaux  généraux 
disposent d'espaces réservés à la neuropsychiatrie pour le traitement des 
cas  de  psychiatrie  aiguë,  ce  qui  est  le  cas  également  à  Prizren. 
Finalement, grâce à la coopération internationale, de nouvelles structures 
appelées  "Maisons  de  l'intégration"  ont  vu  le  jour  dans  certaines  villes, 
dont Prizren. Ces établissements peuvent  loger des personnes atteintes 
de troubles mineurs de la santé mentale dans des appartements protégés 
et  leur  proposer  un  soutien  thérapeutique  et  socio­psychologique  (cf. 
Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit. p. 12ss).

6.4.  Dans  ce  contexte,  il  n'est  pas  du  tout  assuré  que  les  intéressés 
seront  en  mesure  de  recevoir  le  traitement  nécessaire.  En  effet,  si  la 
fourniture  de  médicaments  ne  devrait  pas  poser  de  problèmes 
insurmontables,  il  ressort des différents  rapports médicaux déposés que 
les  deux  époux  ont  besoin  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique 
intensive  et  d'un  suivi  constant,  vu  la  gravité  des  troubles  qu'ils 
manifestent ; leur état ayant tendance à s'aggraver, la nécessité de cette 
assistance ne pourra qu'augmenter, et ceci à court terme.

Comme  on  l'a  vu,  l'état  des  ressources  de  la  médecine  psychique  au 
Kosovo est encore rudimentaire, une prise en charge complète n'étant à 
la  rigueur  possible  qu'à  l'hôpital  universitaire  de  Pristina  (clinique 
neuropsychiatrique), mais dans une mesure que les possibilités pratiques 
rendent  très  limitée,  et  d'un  accès  difficile  (cf.  OSAR,  Kosovo­Etat  des 
soins  de  santé,  juin  2007).  Il  est  dès  lors  très  improbable  que  les 
recourants aient accès aux soins indispensables, en tout cas rapidement, 
ce  d'autant  plus  qu'ils  seraient  en  pratique  contraints  de  s'installer  à 
D._______, et continueraient à assumer la charge de leur enfant.

La question ne se limite cependant pas à la disponibilité d'une éventuelle 
prise en charge : selon les thérapeutes en charge des époux A._______, 
qui ont  insisté sur ce point  (cf.  avant  tout  le  rapport du 16  juin 2011),  il 
existe un risque grave et pressant pour la survie même des intéressés en 
cas de retour au Kosovo. Dans une telle hypothèse, il y aurait en effet un 
danger  aigu  de  réactivation  des  traumatismes  subis  dans  le  passé,  qui 
pourrait,  avec  une  grande  probabilité,  entraîner  chez  eux  une  réaction 
suicidaire.  Le  Tribunal  ne  peut  écarter  sans  raisons  solides  les 
avertissements  réitérés  des  praticiens  en  charge  des  recourants, 

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particulièrement  de  l'épouse,  qui  mettent  en  lumière  les  risques  très 
sérieux, voire vitaux, qu'entraînerait l'exécution du renvoi.

Dès lors, vu ces carences des infrastructures médicales, un risque grave 
et sérieux de dégradation de l'état psychique des intéressés existe dans 
l'hypothèse d'un retour au Kosovo. A cela s'ajoute que leurs perspectives 
de  réinsertion  professionnelle  sont  mauvaises,  le  mari  ayant  perdu  le 
commerce qui le faisait vivre, et l'aide de ses proches restés à D._______ 
ne  pouvant  guère  suppléer  à  cette  perte  de  revenu  ;  les  époux  ne 
seraient donc pas non plus en mesure d'assumer  les frais d'un éventuel 
traitement.

6.5. Dans  ce  contexte,  l'exécution  du  renvoi  doit  donc  être  considérée 
comme  inexigible.  Dès  lors,  au  vu  de  la  conjugaison  de  facteurs 
défavorables  affectant  les  intéressés,  il  y  a  lieu  de  prononcer  leur 
admission provisoire ; celle­ci, en principe d’une durée d’un an (art. 85 al. 
1 LEtr), renouvelable si nécessaire, apparaît mieux à même d’écarter les 
risques sérieux qu'ils courent actuellement en cas de retour.

7. 

7.1. En conséquence,  le recours doit être admis, en tant qu'il conclut au 
prononcé  de  l'admission  provisoire,  et  la  décision  attaquée  annulée  sur 
ce  point.  L'autorité  de  première  instance  est  donc  invitée  à  prononcer 
l'admission provisoire des recourants et de leur enfant.

8. 

8.1.  Les  recourants  ayant  succombé  en  ce  qui  concerne  l'asile  et  le 
renvoi,  les  frais  de procédure,  partiels,  devraient  en principe  être mis  à 
leur charge. Toutefois, au vu des particularités de  la présente cause,  le 
Tribunal considère qu'il convient, à titre exceptionnel, de renoncer à leur 
perception  (art.  63  al.  1  phr.  3  PA  et  art.  6  du  règlement  du  21  février 
2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal 
administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2).

8.2. Conformément à l'art. 64 al. 1 PA, l'autorité de recours peut allouer, 
d'office ou sur requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain 
de  cause,  une  indemnité  pour  les  frais  indispensables  et  relativement 
élevés qui lui ont été occasionnés.

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Dès lors, au vu du dossier, de la note de frais et de l'admission partielle 
du  recours,  le  Tribunal  fixe  le  montant  de  l'indemnité  (art.  14  al.  2  du 
règlement  du  11  décembre  2006  concernant  les  frais,  dépens  et 
indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS 
173.320.2]), à la somme de Fr. 2800.­ (TVA comprise). 

(dispositif page suivante)

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1.
Le recours est rejeté, en tant qu'il porte sur l'asile et le renvoi.

2.
Le recours est admis, en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi.

3.
L'ODM est  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  des  intéressés  et  de 
leurs  enfants  conformément  aux  dispositions  sur  l'admission  provisoire 
des étrangers.

4.
Il n'est pas perçu de frais.

5.
L'ODM versera aux recourants la somme de Fr. 2800.­ à titre de dépens.

6.
Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité 
cantonale compétente.

Le président du collège : La greffière :

François Badoud Beata Jastrzebska

Expédition :