# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** feb68251-83fe-51fe-98fa-989c85cc8d94
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2017-12-05
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Autorité de recours en matière pénale 05.12.2017 ARMP.2017.131 (INT.2017.678)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_008_ARMP-2017-131_2017-12-05.html

## Full Text

Arrêt du Tribunal Fédéral

  Arrêt du 05.02.2018 [6B_1433/2017]

  

 

 

 

 

 

A.                           
Le 11 mai 2016, X.________ a adressé une demande de chèque à
l’innovation au Département fédéral de l’économie, de la formation et de la
recherche (DEFR). Dans le formulaire y relatif, il indiquait notamment que la
société de recherche Z.________ était «leader dans le domaine des PBR
lamellaires et le développement des ***** industriels» et qu’elle souhaitait
«imprimer en 3D et tester en laboratoire des photobioréacteurs conçus pour
étudier scientifiquement l’hypothèse de la culture de cellules
photosynthétiques à haute densité, basée sur le concept de culture de
coccolithophores sur des supports lamellaires», ainsi qu’«obtenir des images
microscopiques normales, à épi-fluorescences, électroniques et macroscopiques
des cellules de coccolithophores en culture lamellaire dans plusieurs
conditions expérimentales». 

B.                           
Le 13 mai 2016, le DEFR a répondu que le chèque d’innovation
s’appliquait uniquement aux start-up, aux PME soutenues par la
Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) et à celles inscrites au
Registre du commerce ; que lors de l’examen formel de la demande de X.________,
il était apparu que la société Z.________ n’était pas inscrite au Registre du
commerce ; que, pour cette raison, elle n’était pas qualifiée comme
requérant d’un chèque d’innovation.

                        Le
8 décembre 2016, X.________ a informé le DEFR que le nécessaire avait été fait pour
procéder à l’inscription de la société Z.________ au Registre du commerce.

C.                           
Par décision du 24 février 2017, la CTI a rejeté la demande
de X.________, tout en lui demandant de lui « fournir les informations
essentielles en relation avec [son] projet ». Elle lui demandait notamment
quel devait être le produit final ; comment se présentaient les première
cultivations (biomasses, acides gras, etc.), pour l’hypothèse où le photobioréacteur
lamellaire existerait déjà et à quoi les images microscopiques étaient censées
servir. La CTI précisait que la page internet de la société Z.________ n’était
« pas une bonne source d’information » et que « ***** dans un
moteur de recherche conduit à une vidéo sans relation directe avec le
projet ».

                        La
société Z.________ a formé recours contre cette décision au Tribunal
administratif fédéral (TAF) le 22 mars 2017. Le TAF a demandé une avance de
frais de 1'000 francs par décision incidente du 11 avril 2017. Rien n’indique
que cette avance de frais aurait été versée.    

D.                           
Le 22 septembre 2017, X.________ s’est présenté à la
gendarmerie de Neuchâtel afin de déposer plainte pour «violation des droits
d’auteur». Sur la base de la décision de la CTI précitée, il souhaitait
identifier la source de l’«utilisation non-autorisée, peut-être de manière commerciale,
du nom de *****».

Le 30
octobre 2017, le Ministère public, Parquet régional de Neuchâtel, a rendu une
ordonnance de non-entrée en matière, considérant qu’aucun élément objectif
n’indiquait qu’un tiers aurait utilisé le nom «*****» sans l’autorisation du
plaignant et qu’en tout état de cause, «*****» ne pouvait être considéré comme
une œuvre au sens de la loi fédérale du 9 octobre
1992 sur le droit d'auteur et les droits voisins (LDA, RS
231.1). 

E.                           
X.________ recourt contre cette ordonnance le 22 novembre
2017, faisant valoir que «le nom de ***** recouvre bien une création de
l’esprit à caractère individuel», respectivement «une œuvre scientifique
nouvelle à caractère individuel». 

Dans la mesure où d'autres précisions de faits sont
nécessaires au jugement de la cause, elles seront apportées dans les
considérants qui suivent.

C O N S I D E R A N T

1.                           
L’ordonnance querellée a été adressée à X.________ par pli
recommandé le 16 novembre 2017, retiré au guichet postal le 18 novembre 2011. Interjeté
dans le délai utile de 10 jours dès la réception de la décision attaquée, le
recours est recevable (art. 396 CPP).

2.                           
a) Aux termes de l'article 310 al. 1
let. a CPP, « le ministère public rend immédiatement une ordonnance de
non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police
que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture
de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis ». En d'autres termes,
il doit être évident que les faits dénoncés ne tombent pas sous le coup de la
loi pénale ; un refus d'entrée en matière n'est possible que lorsque la
situation est claire, en fait et en droit (arrêt du TF du 06.12.2011
[1B_454/2011], cons. 3.2 et les références citées). Une décision de
non-entrée en matière peut reposer sur des motifs de fait, soit lorsque l'insuffisance
de charges est manifeste et qu'aucun acte d'enquête ne paraît pouvoir apporter
la preuve d’une infraction à la charge d’une personne déterminée (arrêt du TF du
29.05.2012
[1B_67/2012] , cons. 3.2) ou sur des motifs juridiques, soit lorsqu'il
apparaît d'emblée que le comportement dénoncé n'est pas punissable. 

                        b)
En l’espèce, il ressort de l’acte de recours que X.________ bénéficie
actuellement de l’aide sociale, suite à une période de chômage ; qu’il
n’est «pas reconnu comme chercheur» et a consacré ces 10 dernières années à la
recherche d’un soutien à l’innovation ; qu’il a effectué un stage à la
Heig-VD organisé en collaboration avec les Services sociaux; qu’il a également
effectué, avec le soutien de l’ORP, un stage de réinsertion à l’Université de
Neuchâtel dans le laboratoire du Professeur A.________ «pour tester le concept
de culture continue en haute densité pour produire d’anhydase carbonique (sic)»
; qu’il aurait inventé et développé le «concept de *****» ; qu’il a
participé à un programme de cours pour entrepreneurs en herbe organisé par la
CTI ; que dans ce cadre, il aurait obtenu un entretien avec B.________, CTI-start-up-coach,
lequel lui a fait comprendre qu’il «fallait qu’il revienne avec un peu plus
qu’une idée et une présentation powerpoint, soit un prototype, des
brevets et une équipe académique» ; qu’il n’a toutefois trouvé aucun
investisseur, n’a pu nouer aucun partenariat scientifique, n’a construit aucun
prototype, ni déposé aucun brevet ; qu’il a présenté «la dernière version
des ***** à énergie positive» «au bureau d’avocat [aaaa] pour un devis de
ce qui aurait pu être brevetable» ; qu’un devis pour cinq brevets a été
établi ; que, suivant le conseil de l’étude [aaaa], X.________ s’est rendu
à la Promotion économique de Neuchâtel à la recherche d’un soutien pour
l’innovation ; que C.________, l’expert qui conseille la promotion
économique, avait considéré qu’avec les devis de brevets en sa possession, X.________
n’était «pas assez avancé pour obtenir un soutien pour le dépôt de
brevets» ; que le Professeur A.________ «n’était pas intéressé par un
nouveau PBR car il en existait déjà beaucoup» et qu’il a conseillé à X.________
de simplifier le projet expérimental pour une demande de CTI ; que X.________
avait fait «une sorte de pré-demande CTI, soit un chèque Innovation», laquelle
avait été «officiellement refusée», au motif qu’«il n’existait pas de résultats
expérimentaux comme références préliminaires».

                        c)
Le droit d’auteur s’intègre dans un bouquet de législations spéciales sur les
bien intellectuels. Chacune de ces lois vise un but spécifique, dès lors que
l’ensemble de la propriété intellectuelle est soumise au numerus clausus.
Ne sont protégées que les créations dont le législateur a fait un bien protégé
(Dessemontet in Commentaire romand, Propriété intellectuelle, n.
6 ad art. 1 LDA).

                        d)
En l’espèce, il ne résulte pas du dossier que le recourant ait jamais défini le
«concept de *****» de manière intelligible. Aux dires du recourant, l’expert
conseillant la Promotion économique de Neuchâtel a jugé que ce concept n’était
«pas assez avancé pour obtenir un soutien pour le dépôt de brevets». Quant à la
CTI, elle lui a demandé à ce propos des explications qu’il n’a jamais fournies
(v. supra Faits, let. C). 

                        e)
L’expression «*****» n’est pas protégé par un brevet, ni enregistrée comme
marque, de sorte que les dispositions pénales de la loi fédérale
du 25 juin 1954 sur les brevets d'invention (LBI, RS 232.14) et de celle du 28
août 1992 sur la protection des marques et des indications de provenance (LPM,
RS 232.11) n’entrent pas en ligne de compte. Quant à la loi fédérale du 9
octobre 1992 sur le droit d'auteur et les droits voisins (LDA, RS 231.1), elle
règle notamment la protection des auteurs d'œuvres littéraires et
artistiques (art. 1 al. 1 let. a LDA). L’objet du droit d’auteur ne pouvant
être défini qu’en termes généraux par la loi, c’est aux tribunaux qu’échoit la
compétence de décider dans un cas particulier si le bien au cœur d’un litige
est bel et bien protégé par la législation spéciale (Dessemontet op.
cit., n. 7 ad art. 1 LDA). Bénéficient de la protection de la LDA
les œuvres au sens de l’article 2 al. 2 LDA, soit notamment les œuvres recourant à la langue, qu'elles soient littéraires, scientifiques ou
autres, à condition d’être individuelles (let. a). Un article académique ou
scientifique est susceptible de constituer une œuvre recourant à la langue, au
sens de cette disposition, sans avoir nécessairement à être fixée sur un
support (matériel ou non) (art. 29 al. 1 LDA).  

                        En
l’espèce, la locution «*****» ne constitue pas une œuvre scientifique,
mais une simple suite de lettres et de chiffre, qui n’est pas susceptible de
bénéficier de la protection de la LDA. Quand bien même cette suite de lettres
et de chiffre devait être utilisée par un tiers, il n’en résulterait donc
aucune violation du droit d’auteur. La question n’avait donc pas à être
fouillée plus avant et c’est à juste titre que le Ministère public a rendu une
ordonnance de non-entrée en matière. 

3.                           
Il suit de ce qui précède que le recours doit être rejeté,
aux frais de son auteur. 

Par ces motifs,

l'Autorité de recours en matière pénale

1.    Rejette le
recours. 

2.    Fixe les frais
du présent arrêt à 400 francs et les met à la charge du recourant.

3.    Notifie le
présent arrêt à X.________ et au Ministère public, parquet régional de
Neuchâtel, Pommier 3a (MP.2017.4848).

Neuchâtel, le 5 décembre 2017 

 

Art. 310
CPP

Ordonnance
de non-entrée en matière

 

1 Le ministère public rend
immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la
dénonciation ou du rapport de police:

a. que les éléments constitutifs de
l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont
manifestement pas réunis;

b. qu'il existe des empêchements de
procéder;

c. que les conditions mentionnées à
l'art. 8 imposent de renoncer à l'ouverture d'une poursuite pénale.

2 Au surplus, les dispositions sur
le classement de la procédure sont applicables.