# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** fab721c1-098e-5fd6-8192-a47abf8164a8
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1996-04-04
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 04.04.1996 CCP.1995.6250 (INT.1996.369)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1995-6250_1996-04-04.html

## Full Text

A.      Le vendredi 11 novembre 1994 au petit matin,
V.  a

perdu la maîtrise de son véhicule à
l'intersection des routes de Berne,

Henripolis et Entre-Deux à Marin. Son
automobile est sortie de la route, a

heurté une bouche d'aération d'une
conduite souterraine, effectué un ton-

neau, puis s'est finalement immobilisée
sur le toit dans le champ à

l'ouest du carrefour. Blessé à un bras,
V.  a quitté les lieux

pour regagner à pied son domicile et
signaler l'accident à la police. La

prise de sang effectuée à 7.30 heures a
révélé un taux d'alcool moyen de

1,66 g/kg.

 

        Le 2 décembre 1994, le ministère public a
notifié à V.  une ordonnance pénale le
condamnant à une peine de 14 jours d'em-

prisonnement avec sursis pendant 2 ans,
à 600 francs d'amende et aux frais

de la cause par 625 francs, en
application des articles 31/1-2, 32/1,

90/1, 91/1 LCR, 2/1-2, 3/1 OCR, 41/1
CPS. V.  a fait opposition

à cette ordonnance le 13 décembre 1994.

 

B.      Par jugement du 12 octobre 1995, le Tribunal
de police du dis-

trict de Neuchâtel a condamné V.  à 150 francs d'amende et à une

part des frais de la cause, en
application des articles 31/1, 90/1 LCR, 3

al.1 OCR et 89 CPP. Le tribunal a
estimé, tout en soulignant que cette

thèse était peu vraisemblable, que l'on
ne pouvait pas exclure que V.  ait
consommé, comme il l'affirme, deux grands verres d'eau-de-vie

de verveine après l'accident, à son
retour à son domicile. Au vu de ce

léger doute, la prévention de conduite
en état d'ivresse a été abandonnée.

Le tribunal a en revanche retenu une
perte de maîtrise fautive, estimant

que V. 
ne saurait imputer sa sortie de route au seul fait que

les lunettes spéciales qu'il portait au
moment de l'accident étaient dé-

fectueuses.

 

C.      Le ministère public interjette recours
contre ce jugement, invo-

quant une fausse application de la loi
au sens de l'article 242 ch.1 CPP.

Selon lui, le premier juge, constatant
qu'il n'était pas exclu que l'al-

coolémie de V.  était due à l'absorption de liqueur après l'ac-

cident, aurait dû modifier la
qualification des faits conformément à l'ar-

ticle 211 CPP et retenir la soustraction
à une prise de sang en applica-

tion de l'article 91 al.3 LCR.

 

D.      Par courrier du 6 novembre 1995, le
président du Tribunal de

police du district de Neuchâtel s'en
tient pour l'essentiel au jugement

attaqué, précisant toutefois que V.  avait expressément déclaré

en audience avoir consommé de la liqueur
de verveine après l'accident à

titre de médicament. Il ajoute qu'il
n'avait pas pu acquérir la certitude

absolue que V.  aurait consommé de l'alcool dans l'intention

d'empêcher un contrôle de son taux
d'alcoolémie.

 

        Dans ses observations du 20 novembre 1995,
V.  conclut

au rejet du recours sous suite de frais
et dépens. Il explique que c'est

avec raison que le Tribunal de police
n'a pas étendu la prévention à l'ar-

ticle 91 al.3 LCR. Il confirme qu'il a
consommé deux grands verres d'eau-

de-vie de verveine pour soulager sa
blessure au bras et non pas dans le

but de rendre la prise de sang
inopérante.

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n 
d r o i t

 

1.      Interjeté dans les formes et délai légaux
(art.244 CPP), le

pourvoi est recevable.

 

2.      a) Selon l'article 211 al.1 CPP, le tribunal
n'est pas lié par

l'appréciation juridique des faits, telle
qu'elle est contenue dans la

décision de renvoi. Toutefois, le
prévenu ne peut être condamné en vertu

d'autres dispositions légales que celles
visées par la décision de renvoi

sans avoir été auparavant rendu attentif
à une modification éventuelle de

la qualification juridique des faits,
afin qu'il ait l'occasion de la dis-

cuter. Selon la jurisprudence de la Cour
de céans, le président d'un tri-

bunal de police a l'obligation de
procéder d'office à la modification de

la qualification des faits, lorsqu'il
constate une insuffisance ou une

erreur dans la décision de renvoi (RJN
1989 p.104, 1982 p.86). Son juge-

ment doit être cassé s'il ne le fait pas
(RJN 1989 p.121).

 

        b) En l'espèce, l'ordonnance pénale, qui
valait décision de ren-

voi (art.13 al.2 CPP), ne mentionnait
pas l'article 91 al.3 LCR. Or, dans

le jugement dont est recours, le premier
juge a estimé qu'on ne pouvait

exclure que V.  se soit mis en état d'ivresse après l'accident.

Il aurait donc dû étendre la prévention
à l'article 91 al.3 LCR et exami-

ner si les conditions d'une soustraction
à la prise de sang étaient réu-

nies. En effet, on peut raisonnablement
se demander si le fait, pour un

conducteur blessé, de boire deux grands
verres d'eau-de-vie de verveine

après un accident n'est pas destiné à
empêcher une prise de sang éventuel-

le d'atteindre son but
("alibi-cognac"). Le premier juge aurait ainsi dû

examiner si, conformément à la
jurisprudence fédérale (ATF 120 IV 73 - JT

1995 IV 725), une prise de sang était
très vraisemblable au vu des cir-

constances de l'accident et si le
recourant connaissait cette haute pro-

babilité.

 

3.      Il s'ensuit qu'en acquittant l'intimé de la
prévention de con-

duite en état d'ivresse sans examiner si
les faits qui lui étaient repro-

chés pouvaient être qualifiés autrement
qu'ils ne l'étaient dans l'ordon-

nance de renvoi, le premier juge n'a pas
satisfait à l'obligation qui lui

commandait d'appliquer d'office
l'article 211 CPP.

 

        Partant, le jugement attaqué doit être cassé
et la cause ren-

voyée au président du Tribunal du
district de Boudry pour qu'il procède à

l'extension de la prévention à l'article
91 al.3 LCR.

 

        Au vu du sort de la cause, il est statué
sans frais ni dépens.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION PENALE

 

1. Admet le pourvoi du ministère public.

 

2. Casse le jugement du Tribunal de
police du district de Neuchâtel du 12

  
octobre 1995.

 

3. Renvoie la cause au président du
Tribunal de police du district de

  
Boudry pour nouvelle décision au sens des considérants.

 

4. Statue sans frais et n'alloue pas de
dépens.

 

 

Neuchâtel, le 4 avril 1996