# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 8600fe2e-c740-56aa-9c1f-02463c61a021
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2018-07-13
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 13.07.2018 PE.2017.0493
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_PE-2017-0493_2018-07-13.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 13 juillet 2018 

  
	
  Composition

  	
  M. Pierre Journot, président; MM. Jacques Haymoz et Emmanuel Vodoz,
  assesseurs ; M. Alain Sauteur, greffier ad
  hoc.

  

 

	
  Recourant

  	
   

  	
   A.________ à ******** représenté par Me Hüsnü YILMAZ, avocat, à Lausanne,  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Service de l'emploi
  Contrôle du marché du travail, et protection des
  travailleurs, à Lausanne,   

  

   

	
  Autorité concernée

  	
   

  	
  Service de la
  population (SPOP), à Lausanne,   

  

   

 

	
  Objet

  	
  Refus de délivrer   

  
	
   

  	
  Recours A.________ c/ décision du Service de
  l'emploi Contrôle du marché du travail du 27 octobre 2017 (refus d'octroyer
  une autorisation de séjour avec activité lucrative indépendante)

  

 

Vu les faits suivants:

A.                    
A.________, ressortissant pakistanais né le ********
1972, est entré une première fois en Suisse le 3 juillet 1996. Il a été
titulaire d’une autorisation de séjour valable jusqu’au 14 juillet 2000.

B.                    
Après son départ, il semble qu’A.________ se soit
établi en Italie. Il y possède une carte d’identité et un permis de séjour.

C.                    
Selon le rapport d’arrivée qu’il a signé, A.________
est entré en Suisse le

26 septembre 2017. Dans ses écritures, A.________ indique être entré en réalité
en Suisse en 2015 et avoir effectué des voyages entre l’Italie et la Suisse
jusqu’à son arrivée définitive. A.________ a fait inscrire le 25 mars 2015 au
Registre du commerce du canton de Vaud une entreprise individuelle dénommée B.________.
Le but de cette société est le commerce d’articles artisanaux et de produits
orientaux ainsi que cuisine orientale.

D.                    
Développant une activité lucrative dans le cadre de
sa société individuelle, A.________ a déposé une demande de permis de séjour
avec activité lucrative en date du 14 septembre 2017. A l’appui de cette
requête, il a fourni une copie de son passeport, une copie de sa carte
d’identité italienne, une copie du permis de séjour italien, une copie de
l’extrait du Registre du commerce de l’entreprise individuelle ainsi qu’une
copie de sa comptabilité au 31 décembre 2016.

E.                    
Il ressort de cette comptabilité qu’A.________ a
développé une activité de vente de marchandise produisant un résultat final de
quelque CHF 49’000.-. Il apparaît à la lecture du compte d’exploitation
qu’aucune charge de personnel n’est comptabilisée. Le dossier contient
également la décision de taxation et le calcul de l’impôt pour 2016 d’A.________
pour un montant final nul d’impôts, notamment en raison d’une pension
alimentaire versée pour la moitié de son revenu.

F.                    
Ces pièces ayant été déposées auprès du Service du
contrôle des habitants de Lausanne, celui-ci a transmis la demande et ses
annexes au Service de la population (SPOP) le 26 septembre 2017.

G.                   
En complément de sa requête du 14 septembre 2017, A.________
a déposé le 27 septembre 2017 une copie de la déclaration de résidence
principale, une lettre de l’Office fédéral de l’intérieur ainsi que diverses
pièces, dont l’attestation du logeur et des contrats de distribution exclusive.
Le Service du contrôle des habitants de Lausanne a transmis ce complément et
ses annexes au SPOP le 28 septembre 2017.

H.                    
A une date indéterminée, le SPOP a transmis cette
demande au Service de l’emploi, Contrôle du marché du travail et protection des
travailleurs (SDE).

I.                      
Par décision du 27 octobre 2017, le SDE (ci-après
l’autorité intimée) a refusé de délivrer à A.________ une autorisation de
séjour avec activité lucrative indépendante, retenant en substance que son
admission ne représenterait pas un intérêt économique prépondérant pour la
Suisse, son entreprise ne contribuant pas à la diversification de l’économie
régionale dans la branche concernée et ne créant pas de place de travail pour
la main-d’œuvre locale.

J.                     
Par acte du 27 novembre 2017, A.________ (ci-après
le recourant) recourt contre cette décision devant la Cour de droit
administratif et public du Tribunal cantonal, en concluant à ce que
l’autorisation de séjour avec activité lucrative indépendante soit accordée,
subsidiairement que la cause soit renvoyée à l’autorité inférieure pour
nouvelle instruction et nouvelle décision. A.________ se plaint en premier lieu
d’une violation de son droit d’être entendu, en particulier d’un défaut de
motivation suffisante de la décision attaquée. Sur le fond, il fait valoir
remplir les conditions d’octroi d’une autorisation de séjour avec une activité
lucrative indépendante parce qu’il aurait développé une activité dégageant un
chiffre d’affaire important et qu’il aurait engagé une personne dans le cadre
des mesures d’allocation d’initiation au travail de l’assurance chômage. Il
estime que son activité représenterait un intérêt économique important pour le
canton et la Suisse. 

K.                    
Par avis du 28 novembre 2017, la cause a été
enregistrée et un délai imparti au recourant pour déposer CHF 600.-. L’autorité
intimée, soit le SDE ainsi que l’autorité concernée, soit le SPOP, ont été
invitées à transmettre leur dossier.

L.                     
L’avance de frais ayant été effectuée en temps
utile, l’autorité intimée et l’autorité concernée ont été invitées à déposer
leur réponse. L’autorité intimée a déposé sa réponse le 5 janvier 2018. Elle
considère que sa décision ne souffre pas d’un défaut de motivation puisque les
motifs principaux ayant conduit au refus ont été communiqués au recourant. Sur
le fond, elle considère que la société individuelle du recourant ne contribue
pas à une diversification notable de l’économie régionale dans la branche
concernée et ne génère pas de nouveaux mandats pour l’économie helvétique. Pour
l’autorité intimée, bien que cette société développe un chiffre d’affaire non
négligeable et constitue ainsi une participation à l’économie locale, elle
considère que les activités sont formulées en termes si généraux qu’il n’est
pas possible d’apprécier leur impact réel sur le marché. Elle rappelle que le
nombre d’unités de contingent mis à disposition réduit encore la marge
d’appréciation laissée aux cantons, lesquels peuvent alors prioriser leurs
intérêts dans le cadre des contingents limités dont ils disposent, compte tenu
de l’intérêt économique du pays. Enfin, l’autorité intimée rappelle que le
recourant ne dispose d’aucun permis de séjour ni de travail mais dirige malgré
tout une société active depuis 2015.

M.                   
L’autorité concernée a renoncé à se déterminer sur
le recours en date du 11 décembre 2017.

N.                    
Par courrier du 28 janvier 2018, le recourant a
adressé une nouvelle pièce, soit une convention de partenariat. 

O.                   
Par courrier du 5 juin 2018, le recourant a
transmis une nouvelle pièce, à savoir un extrait du Registre du commerce de la
société C:________ SA. Il ressort de cet extrait que le but de cette nouvelle
société est « import-export, distribution et commerce de tous produits
dans le domaine alimentaire et non alimentaire, en particulier de boissons
alcoolisées et non alcoolisées, spiritueux, minérales, tabac, textiles
et produits destinés à la restauration et l’hôtellerie ; achat et vente de
véhicule en tout genre, notamment de véhicule automobiles ; organisation
d’événements, en particulier d’expositions et de festivals ». Le
recourant a expliqué avoir transformé sa société existante en une société
anonyme pour pouvoir augmenter les opportunités économiques en Suisse. Il a
confirmé les conclusions prises au pied de son recours.

P.                    
La Cour a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

1.                     
Formé en temps utile (art. 95 LPA-VD [loi vaudoise
du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative ; RSV 173.36]), auprès
de l’autorité compétente, par le destinataire de la décision attaquée qui a un
intérêt digne de protection à son annulation (cf. art. 75 let. a LPA-VD), le
recours qui respecte les formes prévues par la loi (art. 79 al. 1 LPA-VD par
renvoi de l’art. 99 LPA-VD) est recevable. Il y a lieu d'entrer en matière.

2.                     
Le recourant se plaint en premier lieu d’une
violation de son droit d’être entendu. Il reproche à l’autorité intimée d’avoir
rendu une décision insuffisamment motivée.

a. Le droit à la motivation d’une
décision est une garantie constitutionnelle de caractère formel qui découle du
droit d’être entendu (art. 29 al. 2 Cst.; ATF 126 I 97 consid. 2 ; 120 Ib
379 consid. 3 ; 119 Ia  136 consid. 2). La jurisprudence en déduit
l'obligation pour l'autorité de motiver sa décision, afin que le destinataire
puisse la comprendre, l'attaquer utilement s'il y a lieu et que l'autorité de
recours puisse exercer son contrôle. Pour répondre à ces exigences, il suffit
que l'autorité mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et
sur lesquels elle a fondé sa décision de manière à ce que l'intéressé puisse se
rendre compte de la portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause
(ATF 129 I 232 consid. 3.2 ; 126 I 97 consid. 2a et les arrêts cités). Le
droit à la motivation d’une décision est également prévu par les art. 33 (droit
d’être entendu) et 42 al. 1 let. c (motivation des décisions) LPA-VD.

b. En l’occurrence, la motivation de
la décision attaquée est suffisante. Elle expose brièvement les motifs pour
lesquels le SDE a refusé l’autorisation requise (les conditions de l’art. 19
LEtr ne seraient pas remplies) et le recourant a pu l’attaquer utilement. Ce
grief est mal fondé.

3.                     
D'après l'art. 2 de l'ordonnance du 24 octobre 2007
relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative
(OASA; RS 142.201), est considéré comme activité lucrative indépendante toute
activité exercée par une personne dans le cadre de sa propre organisation,
librement choisie, dans un but lucratif, soumise à ses propres instructions
matérielles et à ses propres risques et périls. Cette organisation librement
choisie peut être gérée par exemple sous la forme d'un commerce, d'une
fabrique, d'un prestataire de service, d'une industrie ou d'une autre affaire
(al. 1). Est également considérée comme activité lucrative indépendante
l’exercice d’une profession libérale telle que celle de médecin, d’avocat et
d’agent fiduciaire (al. 2) (concernant la notion de l'activité lucrative cf.
également art. 11 al. 2 LEtr). 

En l'espèce, le recourant est
titulaire de l’entreprise individuelle « ab.trading, A.________ »
avec signature individuelle. Depuis le 31 mai 2018, il est aussi administrateur
président avec signature individuelle de la société C:________ SA. Le second
administrateur D.________ dispose aussi de la signature individuelle. Dans le
cadre de l’entreprise individuelle, il est évident que le recourant doit être
considéré comme indépendant. Le recourant ne le conteste d’ailleurs pas. Dans
le cadre de la nouvelle société, l'on ne saurait voir un lien de subordination
entre le recourant et celle-ci, de sorte que le recourant doit être considéré
comme un indépendant et non pas comme un "travailleur". La demande du
recourant est donc une demande de permis de séjour avec activité lucrative
indépendante.

4.                     
Le recourant, marié mais dont la famille réside en
Italie, ne peut se prévaloir d'aucun droit à la délivrance d'une autorisation
de travail comme indépendant. L'art. 38 al. 4 LEtr, qui permet notamment
l’exercice d’une activité lucrative indépendante au titulaire d’une
autorisation d’établissement, ne lui est d'aucune aide puisque le recourant ne
dispose pas dune telle autorisation; il ne remplit même pas les conditions
pour l'octroi de cette autorisation (cf. art. 34 LEtr et 61 s. OASA). Le
recourant n'est pas non plus le conjoint d'une ressortissante suisse ou d'une
titulaire d'une autorisation d'établissement ou de séjour (cf. art. 46 LEtr et
27 OASA). 

Le recourant ne peut pas non plus
tirer de droit de l’Accord conclu le 21 juin 1999 entre la Confédération
suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre
part, sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681). Il ne
possède aucune nationalité d’un des pays faisant partie de cet accord. Il en va
de même au sujet du GATS (General Agreement on Trade in Services, Accord
général sur le commerce des services; en tant qu’annexe 1.B à l’Accord du 15
avril 1994 instituant l’Organisation mondiale du commerce; RS 0.632.20) qui
prévoit la possibilité de transfert de cadres (transfert intrafirme), de
dirigeants indispensables et de spécialistes hautement qualifiés d’entreprises
de services étrangères pour une durée limitée (cf. Directives et commentaires
Domaine des étrangers [Directives LEtr] du Secrétariat d’Etat aux migrations
[SEM] d’octobre 2013, actualisées au 3 juillet 2017, ch. 4.8.1). Le recourant
ne fait manifestement pas partie du cercle de personnes concernées par le GATS
et il n’est pas non plus question d’une activité en Suisse limitée dans le
temps. 

5.                     
a) Une admission du recourant en tant
qu'indépendant entre donc uniquement en considération selon l'art. 19 LEtr. Aux
termes de cette disposition, un étranger peut être admis en vue de l’exercice
d’une activité lucrative indépendante aux conditions suivantes: son admission
sert les intérêts économiques du pays (let. a), les conditions financières et
les exigences relatives à l’exploitation de l’entreprise sont remplies (let.
b), les conditions fixées aux art. 20 et 23 à 25 sont remplies (let. c). La
condition de l'art. 19 let. a LEtr se trouve également à l'art. 3 al. 1 LEtr
qui précise que les chances d'une intégration durable sur le marché du travail
suisse et dans l'environnement social sont déterminantes. L'art. 19 LEtr ne
confère pas de droit absolu à l'étranger à l’autorisation de la prise d’emploi
en qualité d’indépendant. Les autorités ont dans cette mesure un large pouvoir
d’appréciation (cf. Peter Uebersax, in: Nguyen/Amarelle, Code annoté de droit
des migrations, vol. II, LEtr, 2017, n. 3 ad art. 19 LEtr avec renvoi à n. 10
ad art. 18 LEtr; Marc Spescha, in: Specha/Thür/Zünd/Bolzli/Hruschka,
Migrationsrecht, 4e éd. 2015, n. 2 ad Vorbemerkungen zu Art.
18-26 LEtr). 

L'art. 20 LEtr, auquel renvoie l'art.
19 let. c LEtr, dispose que le Conseil fédéral peut limiter le nombre
d'autorisations de séjour initiales octroyées en vue de l'exercice d'une
activité lucrative (al. 1). Il peut fixer un nombre maximum d'autorisations
pour la Confédération et pour chaque canton (al. 2). L'art. 20 al. 1 OASA
précise que les cantons peuvent délivrer des autorisations de séjour dans les
limites des nombres maximums fixés à son annexe 2, ch. 1, let. a (cf. le nombre
maximum de 108 pour le canton de Vaud au 1er janvier
2018). 

Conformément à l’art. 23 LEtr, seuls
les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir
une autorisation de courte durée ou de séjour (al. 1). En cas d’octroi d’une
autorisation de séjour, la qualification professionnelle de l’étranger, sa
capacité d’adaptation professionnelle et sociale, ses connaissances
linguistiques et son âge doivent en outre laisser supposer qu’il s’intégrera durablement
à l’environnement professionnel et social (al. 2). Peuvent être admis, en
dérogation aux al. 1 et 2, les investisseurs et les chefs d'entreprise qui
créeront ou qui maintiendront des emplois (al. 3 let. a), les personnalités
reconnues des domaines scientifique, culturel ou sportif (al. 3 let. b),
les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles
particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin (al. 3
let. c), les cadres transférés par des entreprises actives au plan
international (al. 3 let. d) et les personnes actives dans le cadre de
relations d'affaires internationales de grande portée économique et dont
l'activité est indispensable en Suisse (al. 3 let. e).

Le SDE est l’autorité compétente pour
statuer sur l’autorisation de la prise d’emploi en qualité d’indépendant (cf.
art. 40 LEtr, art. 83 et 88 OASA, art. 32 de la loi fédérale du 6 octobre 1989
sur le service de l’emploi et la location de services [LES; RS 823.11], art. 2
al. 1 let. e et 10 de la loi vaudoise du 5 juillet 2005 sur l’emploi [LEmp; RSV
822.11] et art. 1 du Règlement vaudois du 7 décembre 2005 d’application de la
loi sur l’emploi [RLEmp; RSV 822.11.1]) et le SPOP est dans cette mesure lié
par le refus du SDE (cf. notamment arrêts de la CDAP PE.2014.0242 du 13 février
2015 consid. 2b in fine et PE.2012.0167 du 22 août 2012 consid. 3; Directives
LEtr, ch. 1.2.3). 

b) D'après les Directives LEtr, les
requêtes tendant à l'octroi d'une autorisation de séjour pour activité
lucrative indépendante peuvent être admises selon l'art. 19 LEtr s’il est
prouvé qu’il en résultera des retombées durables positives pour le marché
suisse du travail. Il est considéré que le marché suisse du travail tire
durablement profit de l’implantation lorsque la nouvelle entreprise contribue à
la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée, obtient
ou crée des places de travail pour la main-d'œuvre locale, procède à des
investissements substantiels ou génère de nouveaux mandats pour l’économie helvétique
(Directives LEtr, ch. 4.7.2.1 avec références à la jurisprudence du Tribunal
administratif fédéral [TAF]). Eu égard aux intérêts économiques du pays, il ne
s’agit notamment pas de créer et maintenir une infrastructure avec une
main-d’œuvre peu qualifiée disposée à travailler pour de bas salaires, ni de
soutenir des intérêts particuliers. Par ailleurs, les étrangers nouvellement
entrés en Suisse ne doivent pas faire concurrence aux travailleurs déjà
présents en provoquant, par leur disposition à accepter de moins bonnes
conditions de rémunération et de travail, un dumping salarial et social
(Directives LEtr, ch. 4.3.1 avec références à la jurisprudence du Tribunal
administratif fédéral [TAF]; CDAP PE.2015.0184 du 13 octobre 2015 consid.
4D ; PE.2017.0450 du 5 mars 2018 consid. 4).

Selon la doctrine, l'activité
indépendante prévue doit être associée à des effets utiles pour l'économie
suisse; il faut prendre en considération la situation générale de la branche et
du marché concernés; l'activité indépendante est dans l'intérêt économique du
pays si l'étranger offre par là une prestation pour laquelle il existe une
demande non négligeable et qui n'est pas déjà fournie en surabondance.
L'admission de l'étranger ne doit pas avoir pour objectif ses seuls intérêts
individuels ou uniquement le maintien ou le renouvellement structurel d'une
branche (Uebersax, op. cit., n. 11 ad art. 19 LEtr; Spescha, op. cit., n. 1 ad
art. 19 LEtr). 

Afin de permettre à l'autorité
d'examiner les conditions financières et les exigences liées à l'exploitation
de l'entreprise (art. 19 let. b LEtr), les demandes doivent être motivées et
accompagnées des documents conformément à la liste de vérification des annexes
à fournir et d’un plan d’exploitation. Celui-ci devra notamment fournir des
indications sur les activités prévues, l'analyse de marché (business plan), le
développement de l’effectif du personnel (plans quantitatif et qualitatif) et
les possibilités de recrutement, ainsi que les investissements prévus, le
chiffre d’affaires et le bénéfice escomptés. Les liens organisationnels avec
d’autres entreprises sont également à indiquer. L’acte constitutif de
l’entreprise et/ou extrait du registre du commerce doit être joint (Directives
LEtr, ch. 4.7.2.3, voir aussi ch. 4.8.11 relatif aux annexes à joindre à la
demande). 

c) En l'espèce, le but de la société
individuelle ab.trading, A.________ est, selon l'extrait du registre du
commerce, le commerce d’articles artisanaux et de produits orientaux ainsi que
la cuisine orientale. Le recourant a produit une comptabilité pour l’année 2016
d’où il ressort que le chiffre d’affaires s’est élevé à CHF 294’534.- pour un
résultat positif de CHF 49’310.-. Il ressort de la décision de taxation rendue
par l’Office d’impôts des districts de Lausanne et Ouest lausannois en
septembre 2017 qu’il a versé une pension alimentaire de CHF 24’000.-. Il ne
s’est acquitté d’aucun impôt. Le recourant a engagé un collaborateur pour un
salaire mensuel de CHF 3’251.- par le biais des mesures d’allocation d’initiation
au travail de l’assurance-chômage. Le lieu de travail de ce dernier semble être
l’appartement du recourant sis ch. des Aubépines 3 à Lausanne. Il y loue un
appartement pour CHF 250.-. Il s’est affilié à diverses assurances.

L'autorité intimée a pour sa part
considéré dans sa décision qu'il n’y avait pas d’intérêt public ou économique
important au sens de l’art. 19 let. a LEtr pour accorder au recourant
l’autorisation requise. Selon elle, l'activité prévue n'est pas de nature à
engendrer des retombées positives durables pour l'économie suisse dans la
mesure où elle ne répond pas à une demande réelle. Partant, l'activité
entreprise ne contribuerait pas à la diversification de l'économie régionale et
répondrait davantage aux intérêts privés du recourant qu'à l'intérêt public.

Il y a lieu de rappeler que la
délivrance de l'autorisation requise repose sur le pouvoir d'appréciation de
l'autorité du marché du travail (CDAP PE.2015.0335 du 30 novembre 2015 consid.
2b). Ainsi, l'autorité de céans n'intervient que si cette appréciation est
abusive ou excessive. 

En l'occurrence, l'appréciation de
l'autorité intimée doit être confirmée. L’entreprise individuelle du recourant
est une petite entreprise active dans le domaine du commerce d’articles
artisanaux et de produits orientaux. Le recourant n’a fourni aucune information
sur la cuisine orientale. Si, comme le relève le recourant, elle semble bien
employer une personne à temps plein, il s’agit d’une mesure d’allocation
d’initiation au travail de l’assurance-chômage. L’entreprise individuelle du
recourant ne présente pas un intérêt économique particulier pour le canton de
Vaud, ni pour la Suisse en général.

Ce fait est renforcé par la création
d’une société anonyme dont le recourant est l’administrateur président. Le but
de cette société est très large et embrasse des domaines fort éloignés les uns
des autres. Selon le Registre du commerce, les buts de C.________ SA
sont : « import-export, distribution et commerce de tous
produits dans le domaine alimentaire et non alimentaire, en particulier de
boissons alcoolisées et non alcoolisées, spiritueux, minérales, tabac, textiles
et produits destinés à la restauration et à l'hôtellerie; achat et vente de
véhicules en tout genre, notamment de véhicules automobiles; organisation d'événements,
en particulier d'expositions et de festivals »

Les domaines visés ne relèvent pas
d'activités procurant une haute valeur ajoutée. Comme le soulignait l’autorité
intimée en regard des buts de l’entreprise individuelle, les activités ont été
formulées en termes si généraux qu’il n’est pas possible d’apprécier leur
impact réel sur le marché, à savoir de déterminer si elles correspondent à un
intérêt économique ayant des conséquences déterminantes dans le canton ainsi
que sur le marché suisse. Il en va a fortiori de même pour les buts,
encore plus larges, de la nouvelle société. Partant, il y a lieu de considérer
que les activités envisagées servent en réalité les intérêts particuliers du
recourant et des autres participants à l'entreprise plutôt que l'intérêt
économique suisse. 

Enfin, force est de constater que le
recourant ne remplit pas non plus les conditions de l’art. 23 al. 1 LEtr
(cadres, spécialistes ou autres travailleurs qualifiés) ou celles permettant,
selon l’art. 23 al. 3 LEtr, de déroger à l’exigence de qualifications
personnelles; il n’occupe aucune des fonctions mentionnées aux let. a à e de
l’art. 23 al. 3 LEtr.

Finalement, on relèvera que le
recourant semble s’être établi en Suisse depuis 2015 déjà (selon ses écritures,
il a loué un appartement dès le 6 novembre 2016) et y a développé une activité
lucrative indépendante. Or, ce n’est que deux ans plus tard qu’il a estimé
nécessaire de procéder aux démarches administratives (demande d’autorisation).
En d’autres termes, la présence du recourant en Suisse et son activité l’ont
été en violation des dispositions légales. 

Vu ce qui précède, la décision de ne
pas octroyer d’autorisation pour une activité en qualité d’indépendant, en
puisant dans les unités réduites à disposition du canton de Vaud selon l’annexe
2 à l’OASA (avec 108 unités pour 2018), ne prête pas le flanc à la critique.

6.                     
Il découle des considérants qui précèdent que le
recours, mal fondé, doit être rejeté et la décision attaquée confirmée.

Vu le sort de la cause, un émolument
de justice, fixé à 600 fr., est mis à la charge du recourant qui succombe (art.
49 al. 1 et 2 LPA-VD et art. 4 al. 1 du Tarif cantonal du 28 avril 2015 des
frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA; RSV
173.36.5.1]). Il n’y a pas lieu d’allouer de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD a
contrario et art. 56 al. 3 LPA-VD).

Par ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.                      
Le recours est rejeté. 

II.                     
La décision du Service de l'emploi du 27 octobre
2017 est confirmée.

III.                   
Un émolument de 600 (six cents) francs est mis à la
charge de A.________.

IV.                   
Il n'est pas alloué de dépens.

 

Lausanne, le 13 juillet 2018

 

Le président:                                                                                             Le greffier:

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'au Secrétariat d'Etat aux
migrations (SEM).

Il peut faire l'objet, dans les trente
jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal
fédéral suisse, 1000 Lausanne 14). Le recours en matière de droit public
s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le
Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à
celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit
être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et
les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement
en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de
preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de
la partie; il en va de même de la décision attaquée.