# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 15ebee32-0ae1-548e-a53c-1ffa6df53989
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2024-02-27
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 27.02.2024 GE.2024.0057
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_GE-2024-0057_2024-02-27.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 27 février 2024

  
	
  Composition

  	
  M. Alex Dépraz, président; Mme Danièle Revey et M.
  Guillaume Vianin, juges; Mme Nathalie Cuenin, greffière.

  

 

	
  Recourant

  	
   

  	
  A.________ ********

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Président du Tribunal
  d'arrondissement de La Broye et du Nord Vaudois, à
  Yverdon-les-Bains,

  

   

	
  Autorité concernée

  	
   

  	
  Justice de paix des districts du Jura
  - Nord Vaudois et du Gros-de-Vaud, à Yverdon-les-Bains.

  

   

 

	
  Objet

  	
  Divers

  
	
   

  	
  Recours A.________ c/ "décision" du Président du
  Tribunal d'arrondissement de La Broye et du Nord vaudois du 2 février 2024
  autorisant la transmission d'une expertise psychiatrique à la Justice de paix
  des districts du Jura - Nord Vaudois et du Gros-de-Vaud.

  

 

Vu les faits suivants:

A.                    
A.________ (ci-après: l'intéressé ou le recourant), domicilié à ********,
fait l'objet d'une procédure devant l'autorité de protection de l'adulte de son
lieu de domicile, soit la Justice de paix des districts du Jura - Nord vaudois
et du Gros-de-Vaud (ci-après: la Justice de paix).

B.                    
Dans le cadre de cette procédure, le président de l'autorité de
protection a sollicité du Président du Tribunal de l'arrondissement de la Broye
et du Nord vaudois (ci-après: le Président du Tribunal d'arrondissement ou
l'autorité intimée) la consultation d'une expertise psychiatrique de
l'intéressé réalisée dans le cadre du dossier pénal archivé ********.
Interpellé par le Président du Tribunal d'arrondissement, A.________ s'est
opposé à ce que l'expertise psychiatrique soit transmise à la Justice de paix.

C.                    
Le 2 février 2024, le Président du Tribunal d'arrondissement a ordonné
la divulgation et la transmission de l'expertise psychiatrique de l'intéressé
figurant dans le dossier pénal à la Justice de paix en indiquant que sa
décision pouvait faire l'objet d'un recours au Tribunal cantonal dans un délai
de 20 jours.

D.                    
Par acte du 3 février 2024 adressé à la Justice de paix, A.________ a
déclaré recourir contre la transmission de l'expertise psychiatrique figurant
dans le dossier pénal précité à cette autorité. Le 7 février 2024, la Justice
de paix a transmis l'acte de recours de A.________ à la Cour de droit
administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) comme objet de sa
compétence. Le 8 février 2024, le recourant a déposé une détermination
spontanée.

Considérant en
droit:

1.                     
Le Tribunal examine d'office et librement la recevabilité des recours.
Selon l'art. 83 de la loi du 12 décembre 1979 d'organisation judiciaire
(LOJV; BLV 173.01), la compétence de la Cour de droit administratif et public
(CDAP) est définie par l'art. 92 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure
administrative (LPA-VD; BLV 173.36) qui prévoit que le Tribunal cantonal
connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours rendues par
les autorités administratives, lorsque la loi ne prévoit aucune autre autorité
pour en connaître (al. 1).

2.                     
L'acte attaqué ne mentionne pas la base légale sur laquelle il se fonde.

a) De manière générale, l'information transmise sur
demande par les autorités est régie par la loi du 24 septembre 2002 sur
l'information (LInfo; BLV 170.21) et, lorsque des données personnelles sont
concernées, par la loi du 11 septembre 2007 sur la protection des données
personnelles (LPrD; BLV 172.65).

L'Ordre judiciaire est soumis à ces deux
législations, sous réserve de ses activités juridictionnelles (art. 2
al. 1 let. c LInfo), respectivement des procédures civiles, pénales
ou administratives (art. 3 al. 3 let. c LPrD). Selon l'art. 23 LInfo, les
autorités et offices judiciaires statuent sur les demandes concernant leurs
activités (al. 1). Elles rendent une décision susceptible de recours au
Tribunal cantonal dans les vingt jours dès la notification de la décision
attaquée (al. 2). Selon la jurisprudence, ce recours est de la compétence de la
CDAP (cf. arrêts GE.2023.0145 du 6 octobre 2023; GE.2023.0115 du 16 août 2023
consid. 4). Quant à la LPrD, elle prévoit que les décisions du responsable
de traitement sont susceptibles de recours auprès du Préposé à la protection
des données ou directement au Tribunal cantonal, la LPA-VD étant applicable
(art. 31 LPrD).

b) En l'occurrence, le recourant s'oppose à la
transmission par le Président du Tribunal d'arrondissement de l'expertise
psychiatrique figurant dans son dossier pénal archivé à la Justice de paix.

aa) Le Tribunal cantonal a adopté le 13 juin 2006 un
règlement du 13 juin 2006 de l'ordre judiciaire sur l'information (ROJI; BLV
170.21.2) qui définit pour l'ordre judiciaire les principes, l'organisation et
la procédure en matière d'information. Selon l'art. 15 ROJI, qui s'applique à
la consultation des dossiers archivés, le magistrat en charge du dossier peut
délivrer, sur demande écrite et motivée d'un avocat, d'un notaire, d'un agent
d'affaires breveté, d'une personne effectuant une recherche scientifique ou de
toute autre personne justifiant d'un intérêt pertinent, une copie d'une
décision judiciaire rendue dans un dossier archivé ou l'autoriser à consulter
un dossier archivé (al. 1). Cette dernière disposition réserve toutefois les
dispositions spéciales de droit fédéral et cantonal.

L'art. 15 al. 1 let. a LPrD prévoit
que les données personnelles peuvent être communiquées par les entités soumises
à la présente loi lorsqu'une disposition légale au sens de l'art. 5 LPrD le
prévoit.

bb) La demande de consultation de pièces à laquelle
a répondu le Président du Tribunal d'arrondissement s'inscrit dans le cadre
d'une procédure de protection de l'adulte régie par les art. 484 ss du
Code civil (CC) et les art. 12 ss de la loi du 29 mai 2012 d'application du
droit fédéral de la protection de l'adulte et de l'enfant (LVPAE; BLV 211.255).
En droit vaudois, l'autorité de protection de l'adulte est la Justice de paix
(art. 4 al. 1 LVPAE), qui est une autorité judiciaire (art. 1 al. 1 ch. 2
let. j de la loi du 12 décembre 1979 d'organisation judiciaire [LOJV; BLV
173.01]), dont les décisions sont susceptibles de recours auprès de la Chambre
des curatelles du Tribunal cantonal (art. 8 LVPAE et art. 76 LOJV).

Cette procédure obéit à des règles particulières.
L'art. 448 al. 4 CC oblige ainsi les autorités administratives et les tribunaux
à fournir aux autorités de protection les documents nécessaires, d'établir les
rapports officiels et de communiquer les informations requises, à moins que des
intérêts dignes de protection ne s'y opposent (cf. également art. 15 al. 3
LVPAE selon lequel "les autorités administratives cantonales et
communales sont tenues de fournir sans frais aux autorités de protection les
renseignements et documents qu'elles sollicitent"). L'art. 448
al. 4 CC permet ainsi l'échange d'informations entre les autorités de
protection de l'adulte et les autres autorités, notamment les tribunaux, sans
que le secret de fonction ne soit opposable (voir Chabloz/Copt, in Commentaire romand – CC I, n. 25 ss ad
art. 448 CC; Steinauer/Fountoulakis, Droit des personnes physiques et de la
protection de l'adulte, Berne 2014, n. 1097 ss, p. 489 ss; Meier,
Droit de la protection de l'adulte, Genève Zurich Bâle 2016, n. 230,
p. 115).

Les règles spéciales de la procédure de protection
de l'adulte ne laissent donc pas de marge de manoeuvre à l'autorité
administrative ou judiciaire requise. En d'autres termes, le Président du
Tribunal d'arrondissement n'avait en l'occurrence pas d'autre choix que de
transmettre l'expertise psychiatrique du recourant figurant dans un dossier
pénal archivé à la Justice de paix. Ce dernier ne peut donc faire valoir un intérêt
digne de protection à ce que ses données personnelles ne soient pas transmises
à l'autorité de protection de l'adulte (ATF 124 I 176 consid. 6c, traduit
in RDAF 1999 I 483 avec une note de Pascal Mahon; cf. Etienne Poltier,
L'entraide administrative interne, in L'entraide administrative: évolution ou
révolution?, Etienne Poltier/Anne-Christine Favre/Vincent Martenet [édit.], p.
95). En outre, dans un arrêt GE.2023.0056 du 21 septembre 2023 ayant fait
l'objet d'une coordination au sens de l'art. 34 ROTC, la CDAP a considéré de
manière générale que l'autorité administrative qui donne suite à la demande
d'un tribunal civil de lui transmettre des renseignements ou des documents ne
rend pas une décision au sens de l'art. 3 LPA-VD.

Il appartiendra donc en l'occurrence cas échéant à
l'autorité de protection – soit à la Justice de paix – de prendre les mesures
nécessaires pour sauvegarder les intérêts dignes de protection du recourant
(art. 448 al. 1 CC).

3.                     
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être déclaré
irrecevable. Au vu des circonstances, il ne sera pas perçu d'émolument (art. 50
LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens (art. 55 LPA-VD).

 

 

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

 

I.                      
Le recours est irrecevable.

II.                     
Il n'est pas perçu d'émolument ni alloué de dépens.

 

Lausanne, le 27 février 2024

 

Le président:                                                                                            La
greffière:

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification,
d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000 Lausanne 14).
Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82
ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le
recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le
mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les
conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs
doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces
invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant
qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision
attaquée.