# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 6ffb3919-b3c2-5ff5-aa77-950e776eff7f
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2015-05-04
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Autorité de recours en matière pénale 04.05.2015 ARMP.2015.49 (INT.2015.284)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_008_ARMP-2015-49_2015-05-04.html

## Full Text

A.                           
Le 2 avril 2015, le Procureur général a ordonné l'ouverture
d'une instruction pénale contre X. sous les préventions de vol, brigandage et
dommages à la propriété (art. 139, 140 et 144 CP), pour avoir, 

1.    "A
Neuchâtel, rue [aaaa], le 13 février 2015, pénétré par effraction au café G. et
emporté une clé ainsi qu'une quarantaine de francs;

2.    A Neuchâtel, le
14 mars 2015, sauté par-dessus la banque de la réception de l'hôtel I. et
obligé deux employés de l'établissement à lui remettre le contenu de la caisse,
soit CHF 1'620.-, sous la menace d'un tesson de bouteille;

3.    A Neuchâtel, le
13 mars 2015, soustrait un flacon de mousse Chanel au préjudice de la pharmacie
J.;

4.    A Neuchâtel, le
19 mars 2015, soustrait des victuailles et deux rasoirs électriques pour un
montant de CHF 938.50 au préjudice du commerce K.;

5.    A Marin, le 19
mars 2015, soustrait des sous-vêtements et des parfums pour un montant de CHF
534.70 au préjudice du commerce L.;

6.    A Neuchâtel,
dans la nuit du 30 au 31 mars 2015, endommagé les vitres de la crèche M. au
moyen de blocs de béton;

7.    A Marin, le 31
mars 2015, soustrait deux iPods d'une valeur totale de CHF 579.90 au préjudice
du commerce N.;

8.    A Neuchâte],
dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2015, pénétré par effraction
dans les locaux de l'administration du musée d'ethnographie et soustrait un
butin encore indéterminé;

9.    A Neuchâtel, [bbbb],
le 2 avril 2015, pénétré par effraction dans les locaux du home O. et soustrait
deux ordinateurs et des médicaments."

                        Il
ressort du dossier que X. a été arrêté par la police une première fois le 14
mars 2015, suite à un vol à l'étalage commis au préjudice de la pharmacie J.,
ainsi qu'à un brigandage commis à l'hôtel I., l'intéressé étant interpellé au
domicile d'un de ses amis, A., en possession de 830 francs. X. a admis les deux
épisodes précités, affirmant avoir eu l'intention d'échanger les deux parfums
dérobés chez J. contre de la cocaïne auprès de dealers africains et avoir
dérobé 830 francs et non 1'620 francs comme annoncé par l'hôtel I.. S'agissant
des faits qui se sont déroulés à l'hôtel I., au petit matin du 14 mars 2015, le
réceptionniste qui terminait son service, soit B., et celle qui allait prendre
le sien, soit C., ont tous deux indiqué qu'alors qu'ils se trouvaient dans le
"back office", un homme est entré, portant "quelque chose dans
la main", objet qui s'est avéré être un tesson de bouteille; qu'il est
d'emblée allé derrière le comptoir pour fouiller les tiroirs; qu'il a demandé
qu'on lui ouvre la caisse, en prenant B. par l'épaule afin qu'il lui montre où
se trouve l'argent; que celui-ci avait alors ouvert au moyen de sa clé de
secours le tiroir qui était verrouillé, permettant ainsi à X. de prendre les
billets de banque qui s'y trouvaient, l'intéressé laissant les pièces dans la
caisse; que C. avait dans l'intervalle cherché du secours au restaurant de
l'hôtel et mis X. en fuite une fois revenue accompagnée. Auditionné par le
procureur, le 16 mars 2015, X. a indiqué contester partiellement les faits tels
que décrits par B., en précisant en particulier n'avoir menacé personne et
avoir eu "simplement le tesson pour faire peur".

B.                    Suite
à cette audition, le procureur a sollicité auprès du Centre neuchâtelois de
psychiatrie, d'une part, et de la Fondation Goéland, d'autre part, un rapport
relatif au prévenu. Du rapport délivré le 19 mars 2015 par le Centre neuchâtelois
de psychiatrie , il ressort que X. leur est bien connu, puisqu'il avait été
hospitalisé encore récemment, du 16 janvier 2015 au 2 février 2015 à la demande
du Dr D. et du patient lui-même, pour le mettre à l'abri d'une rechute à la
consommation d'alcool et de cocaïne, après deux hospitalisations précédentes.
Les diagnostics posés lors de la sortie de la dernière hospitalisation étaient
ceux de trouble dépressif récurrent, l'épisode étant alors moyen, de troubles
mentaux et du comportement liés à l'utilisation de cocaïne et de troubles mentaux
et du comportement liés à la consommation d'alcool, accompagnés les uns et les
autres d'un syndrome de dépendance, actuellement abstinent dans un milieu
protégé, et de troubles mixtes de la personnalité. L'hospitalisation de début
2015, commencée sur un mode volontaire, se terminera par le constat d'un manque
de motivation réelle pour continuer le traitement hospitalier, X. ne souhaitant
pas "rester sur les projets accordés avec lui au début de son
séjour", ne comprenant pas la nécessité de rester abstinent, ainsi que les
stratégies à mettre en place pour éviter des consommations futures.
L'établissement de Préfargier l'invitera à quitter les lieux, du fait de son
manque de motivation thérapeutique et de la mise en danger d'autrui, causée par
l'introduction dans l'établissement d'alcool et/ou de cocaïne.

                        Le
10 avril 2015, la Fondation Goéland transmettra au Ministère public son rapport
concernant X., qui a séjourné à Pontareuse du 26 novembre 2014 au 16 janvier
2015, date à laquelle il a été hospitalisé au CNP, à sa demande. Le responsable
pédagogique signataire du rapport indique que la motivation de X. était bonne
au début de son séjour puis a fléchi dès la période des fêtes de fin d'année,
les difficultés de motivation se manifestant par des fugues pour pouvoir
consommer de l'alcool et des stupéfiants. L'intéressé n'a pas souhaité
reprendre sa thérapie une fois avisé de la sortie immédiate que le Centre
neuchâtelois de psychiatrie exigeait de lui, suite à l'introduction d'alcool et
de cocaïne dans l'établissement. 

C.                    Auparavant,
le 19 mars 2015, soit trois jours après l'audition précitée devant le
procureur, X. s'est trouvé retenu par l'agente de sécurité E. au centre
commercial L., à Marin-Epagnier, après le signalement d'un vol à l'étalage. La
police, arrivée sur place, y a trouvé X., qui ne niait pas le vol et a déclaré
"avoir fait cela pour manger". Le vol portant ici sur trois boîtes de
slips de marque Hugo Boss, un parfum Coco Mademoiselle et un parfum Dior Homme,
X. a indiqué que s'il volait un parfum, il pouvait le revendre CHF 70.- et
faire des courses pendant quatre jours, tandis que s'il volait un sandwich, il
n'avait à manger qu'une seule fois, raison pour laquelle il préférait le butin
précité. La police, vu l'heure à laquelle elle a appréhendé l'intéressé
(19h40), a décidé de garder X. en cellule durant la nuit et l'a relâché le
lendemain. 

                        Au
petit matin du 2 avril 2015, X. a été une nouvelle fois arrêté alors qu'il
prenait la fuite, après un vol par effraction commis au sein du home O., à la
rue [bbbb] à Neuchâtel. X. a reconnu les faits. Lors de son audition par la
police, il a reconnu avoir commis également un vol par effraction au Musée
d'ethnographie de Neuchâtel, la veille, ainsi qu'un autre vol par effraction
dans le restaurant l'établissement G. à Neuchâtel, en février 2015. Il a en
outre admis les vols au détriment de du commerce N. (deux iPods, afin de les revendre)
et du commerce K. (différentes marchandises pour les offrir à sa mère, à ses
amis ou les revendre).

D.                    Entendu
le 2 avril 2015 par le Procureur général, X. a été informé de l'intention de
celui-ci de solliciter du Tribunal des mesures de contrainte sa mise en détention
provisoire, fondée sur un risque de récidive. 

                        Le
même jour, le Procureur général a adressé au Tribunal des mesures de contrainte
une requête de mise en détention provisoire de X., indiquant que celui-ci
renonçait expressément à une audience orale.

E.                    Le
3 avril 2015, le Tribunal des mesures de contrainte a ordonné la mise en
détention provisoire de X. pendant une période de trois mois à compter du 2
avril 2015; a chargé le Service pénitencier, agissant par la direction de la
prison de La Chaux-de-Fonds, de placer le prénommé dans un établissement
pénitencier approprié; a informé X. qu'il pouvait en tout temps présenter une
demande de mise en liberté et a fixé les frais de la décision à 200 francs,
devant suivre le sort de la procédure pénale ouverte à l'encontre de X. En
substance, le premier juge a retenu de sérieux soupçons de culpabilité, à
mesure que X. avait admis lors de ses différents interrogatoires la presque
totalité des faits dont il était accusé, ses aveux étant au demeurant
corroborés par divers éléments à charge, réunis par les enquêteurs, comme les
images enregistrées par les systèmes de surveillance, les traces de semelles concordantes
et le séquestre à son domicile d'une partie du butin provenant du cambriolage
du 31 mars 2015 au préjudice du Musée d'ethnographie. Le premier juge a retenu
qu'en cas de libération, il y avait lieu de craindre que X. commette à nouveau
des infractions graves, au vu de sa situation, sans activité lucrative, sans
revenus et disant ne pouvoir se contenter de l'aide des Services sociaux pour
vivre. Des projets de fuite n'étaient par ailleurs pas exclus puisque l'intéressé
avait déclaré vouloir s'installer en Espagne pour y refaire sa vie, même s'il
était difficile de dire si ce projet était mûri ou une simple velléité. Aucune
mesure de substitution ne paraissait efficace, la mise en place en l'état d'un
traitement médical destiné à diminuer sa dépendance aux produits toxiques étant
probablement vouée à l'échec puisque le précédent suivi de cette nature n'avait
pas abouti au résultat escompté, notamment sous l'angle de la récidive.
Finalement, la détention provisoire était encore proportionnée et devait
permettre de réunir les éléments de preuve encore utiles, ainsi que de mettre
en œuvre une expertise psychiatrique. 

B.                           
Le 17 avril 2015, X. recourt contre la décision précitée en
concluant à son annulation, son droit d'être entendu ayant été violé et la
détention étant illégale; à ce que l'autorité de recours ordonne sa libération
immédiate; subsidiairement à ce qu'elle ordonne la détention provisoire pour
une durée d'un mois à compter du 2 avril 2015, sous suite de fais et dépens. En
résumé, le recourant soutient que son droit d'être entendu a été violé dans la
mesure où il a renoncé à une audience devant le Tribunal des mesures de
contrainte alors qu'il n'était pas représenté par un mandataire professionnel
lors de son audience d'arrestation le 2 avril 2015 et qu'il n'a pas été
suffisamment informé des conséquences de cette renonciation, étant précisé
qu'il n'a en tous les cas nullement renoncé à s'exprimer par écrit sur la
demande de mise en détention provisoire présentée par le Ministère public. Par
ailleurs, un défenseur d'office a été désigné dans l'intervalle et le juge du
Tribunal des mesures de contrainte a ordonné la détention provisoire sans
donner la possibilité à celui-ci de se déterminer. Au moment où l'ordonnance a
été rendue, le recourant n'avait pas connaissance de la requête de mise en
détention. Il admet cependant que compte tenu du large pouvoir de cognition de
l'autorité de recours, la violation de son droit d'être entendu soit réparée
dans le cadre de la procédure de recours. Sur le fond, le recourant ne discute
pas les présomptions de culpabilité mais conteste qu'un risque de fuite puisse
être retenu, alors que ses déclarations ont été à cet égard contradictoires
depuis son arrestation, qu'il a son centre de vie en Suisse et aucune attache
avec l'Espagne, qu'il a perdu ses papiers d'identité et qu'il entend demeurer
en Suisse pour entreprendre un traitement approprié à ses addictions. Il
conteste également le risque de réitération à mesure qu'il a sollicité différentes
institutions pour obtenir de l'aide, se soigner et mettre fin à son
"parcours délinquant", ce qui exclut un pronostic très défavorable
quant à ce risque. Finalement, le recourant considère que l'enquête étant à
bout touchant, la durée de trois mois de détention ordonnée par le premier juge
est excessive, qu'une expertise psychiatrique prendra le cas échéant assurément
de nombreux mois et ne saurait constituer un motif justifiant sa détention. Il
produit en outre deux pièces à l'appui de son recours.

C.                           
Le 22 avril 2015, le juge du Tribunal des mesures de
contrainte renonce à formuler des observations sur le recours, de même que le
Ministère public, le 23 avril 2015. 

C O N S I D E R A N T

1.                           
Interjeté dans les formes et délai légaux, le recours est recevable.
Le sont également les pièces produites en annexe au recours. L'autorité de
céans exerce en effet un plein pouvoir d'examen (voir l'affirmation de ce
principe dans l'arrêt du Tribunal fédéral du 15 janvier 2013 [1B_768/2012],
confirmé dans celui du 20 février 2013 [1B_52/2013]),
ce qui non seulement lui permet, mais lui impose de connaître des faits et
moyens de preuve nouveaux, dans la mesure de leur pertinence (ARMP.2013.51
du 03.05.2013, cons.3).

2.                           
a) Le recourant se plaint tout d'abord d'une violation de son
droit d'être entendu devant le Tribunal des mesures de contrainte. Selon
l'article 225 al. 1 CPP, immédiatement après la
réception de la demande du Ministère public (tendant à la mise en détention
provisoire), le Tribunal des mesures de contrainte convoque le Ministère public,
le prévenu et son défenseur à une audience à huis clos; il peut astreindre le
Ministère public à y participer. Le Tribunal des mesures de contrainte accorde
sur demande et avant l'audience au prévenu et à son défenseur, le droit de
consulter le dossier en sa possession (al. 2). Celui qui, pour des motifs
valables, ne se présente pas à l'audience peut déposer des conclusions écrites
ou renvoyer à des écrits précédents (al. 4). Si le prévenu renonce expressément
à une audience orale, le Tribunal des mesures de contrainte statue par écrit
sur la demande du Ministère public et des indications du prévenu (al. 5). La
formulation de cette disposition permet de retenir que reste valable la
jurisprudence rendue avant l'entrée en vigueur du CPP, selon laquelle une
renonciation à la tenue d'une audience orale n'entraîne pas la renonciation à
fournir une prise de position écrite (arrêt du TF du 16.02.2009, [1B_23/2009],
cons.2.4). Au titre de la défense obligatoire, l'article 130 let. a CPP prévoit
que le prévenu doit avoir un défenseur lorsque la détention provisoire, y
compris la durée de l'arrestation provisoire, a excédé dix jours. 

                        b)
En l'espèce, lors de l'audition du prévenu avec arrestation du 2 avril 2015
devant le Procureur général, celui-ci a indiqué à X. qu'au vu de la nature des
faits qui lui étaient reprochés, il avait l'obligation d'être défendu par un
avocat. Le prévenu a indiqué avoir compris ses droits et accepté de répondre
aux questions du Procureur général sans la présence d'un avocat. Plus loin dans
l'audition, X. a d'abord indiqué vouloir être entendu personnellement par le
Tribunal des mesures de contrainte puis s'est ravisé en disant : "En fait,
comme vous m'expliquez que je vais de toute façon à la prison de La
Chaux-de-Fonds ce soir, j'estime qu'il est inutile de comparaître devant le
tribunal demain ou après-demain et, par conséquent, j'y renonce". Il a
alors laissé au Procureur général le soin de lui désigner un mandataire
d'office. Le même 2 avril 2015, le Procureur général a adressé au Tribunal des
mesures de contrainte une requête de mise en détention provisoire de X., qu'il
a envoyée en copie à Me F., selon l'indication qui figure au bas de la requête,
sans que l'on sache par quel moyen la communication a été faite (courrier ou
fax). Dans cette requête, Me F. – dans l'intervalle contacté par téléphone,
selon ce qui figure dans le recours – apparaît comme défenseur, la requête
précisant en outre sous la rubrique "Audience" que "le prévenu
renonce expressément à une audience orale" (art. 225 CPP). Le Ministère
public renonce à participer à une éventuelle audience (art. 225 al. 1
CPP)". En annexe à la requête est joint un certain nombre de pièces du
dossier, en copie, mais non le procès-verbal de l'audience devant le Procureur
général du 2 avril 2015, dont on comprend cependant qu'il a été en main du juge
du Tribunal des mesures de contrainte, dans la mesure où le 7 avril 2015, la
greffière de ce tribunal a renvoyé au Ministère public le dossier de celui-ci.
Il ne figure au dossier du Tribunal des mesures de contrainte aucune tentative
d'entrer en contact avec le défenseur du prévenu.

                        Le
juge du Tribunal des mesures de contrainte s'est fié à l'indication selon
laquelle le prévenu renonçait expressément à une audience orale, figurant sans
ambiguïté dans le procès-verbal d'audition du 2 avril 2015. Celle-ci n'est pas
entachée d'un vice formel à mesure que la défense obligatoire – que le
Procureur général a instaurée le jour même – ne l'est qu'à partir du dixième
jour de détention. Cela étant, la renonciation à une audience orale n'entraîne
pas la renonciation à toute une prise de position, en l'occurrence sur une
requête de mise en détention provisoire qui avait été communiquée au défenseur
d'office, Me F., par le Procureur général, sans qu'on sache par quel mode de
communication, mais non par le Tribunal des mesures de contrainte. Or c'est
devant celui-ci que ledit mandataire aurait été amené à s'exprimer et c'est
donc à cette instance de vérifier qu'il soit mis en situation de le faire. Le
dossier ne fait état d'aucune démarche dans ce sens, en particulier une
notification de la requête avec un délai – même bref, en-dehors de jours
ouvrables – pour se prononcer. Il y a dès lors violation du droit d'être entendu
du prévenu, son mandataire n'ayant pas pu s'exprimer sur la demande de mise en
liberté. Une violation du droit d'être entendu peut cependant, de jurisprudence
constante (voir par exemple arrêt ARMP.2013.54
du 17.06.2013, cons. 2 et les références fédérales citées, en particulier ATF 137 I 195 consid. 2.3.2), être guérie devant l'autorité de recours, lorsque l'irrégularité n'est pas
particulièrement grave, si l'autorité de recours jouit d'un
pouvoir d'examen complet en fait et en droit, ce qui est le cas de l'Autorité
de recours en matière pénale, ou lorsque le
renvoi à l'autorité inférieure constitue une vaine formalité, provoquant un
allongement inutile de la procédure, incompatible avec l'intérêt de la partie
concernée à ce que sa cause soit tranchée dans un délai raisonnable. En
l'espèce, la violation apparaît d'une gravité certaine, mais un renvoi à
l'autorité inférieure n'irait pas dans le sens des intérêts du recourant, qui
plaide lui-même pour la réparation du vice formel devant l'autorité de recours.

3.                           
Le prévenu reconnaît une importante part, voire la totalité
des faits qui lui sont reprochés, en particulier l'épisode qui a eu lieu à
l'hôtel I.. Les présomptions selon lesquelles il est fortement soupçonné
d'avoir commis un crime ou un délit existent dès lors bien et ne sont du reste
pas en tant que telles discutées dans le recours, le recourant s'attachant bien
plus à démontrer l'absence de risques de fuite et de récidive, ainsi que de
proportionnalité de la détention provisoire. 

4.                           
a) La jurisprudence retient (voir notamment arrêt du
Tribunal fédéral du 26 mars 2015, [1B_78/2015], cons. 4.1 et les références citées) qu'"[a]ux
termes de l'art. 221 al. 1 let. c CPP, la détention provisoire peut être
ordonnée lorsqu'il y a lieu de craindre que le prévenu compromette sérieusement
la sécurité d'autrui par des crimes ou des délits graves après avoir déjà
commis des infractions du même genre. Selon la jurisprudence, il convient de
faire preuve de retenue dans l'appréciation du risque de récidive: le maintien
en détention ne peut se justifier pour ce motif que si le pronostic est très
défavorable et si les délits dont l'autorité redoute la réitération sont
graves. Bien qu'une application littérale de l'art. 221 al. 1 let. c CPP
suppose l'existence d'antécédents, le risque de réitération peut être également
admis dans des cas particuliers alors qu'il n'existe qu'un antécédent, voire
aucun dans les cas les plus graves. La prévention du risque de récidive doit en
effet permettre de faire prévaloir l'intérêt à la sécurité publique sur la liberté
personnelle du prévenu. Le risque de récidive peut également se fonder sur les
infractions faisant l'objet de la procédure pénale en cours, si le prévenu est
fortement soupçonné - avec une probabilité confinant à la certitude - de les
avoir commises. Enfin, conformément à l'art. 237 al. 1 CPP, le tribunal
compétent ordonne une ou plusieurs mesures moins sévères en lieu et place de la
détention si celles-ci permettent d'atteindre le même but. L'obligation de se
soumettre à un traitement médical ou à des contrôles fait notamment partie des
mesures de substitution (art. 237 al. 2 let. f CPP).". La
jurisprudence se montre toutefois moins stricte dans l'exigence de la
vraisemblance de récidive lorsqu'il s'agit de délits de violence graves ou de
délits sexuels, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est
alors considéré comme trop important; en pareil cas, il convient de tenir
compte de l'état psychique du prévenu, de son imprévisibilité ou de son
agressivité (arrêt du TF [1B_276/2014]
du 02.09.2014).

                        b) En l'occurrence, le casier
judiciaire de X. ne laisse apparaître aucune condamnation précédente pour des
infractions du type de celles qui lui sont reprochées aujourd'hui et qu'il a
commises entre mi-février et fin mars 2015. Sa situation n'en est que plus
préoccupante puisqu'il apparaît que dès le mois de février 2015 s'est mise en
place une dynamique poussant le prévenu à commettre à réitérées reprises des
infractions contre le patrimoine d'autrui, que ce soit sous forme de vol à
l'étalage, de vol par effraction ou même en usant de violence de sorte que la
qualification de brigandage entre en ligne de compte, et ce malgré deux
interpellations avant l'arrestation conduisant à sa mise en détention
provisoire. Le recourant, lors de la première de ses arrestations indiquait à
la police les difficultés auxquelles il faisait face en terme d'addiction,
précisant : "je dois admettre que quand je suis bourré, je cherche à me
faire de l'argent facile". A cet égard, lorsqu'il se trouve placé, soit en
hôpital psychiatrique, soit auprès d'une institution spécialisée telle Pontareuse,
il est abstinent mais dès qu'il sort, il consomme alcool et stupéfiants. X.
justifie son comportement en particulier par la nécessité de "voler pour
manger". Il a toutefois indiqué à la personne qui l'héberge, soit A., en
lien tout spécialement avec l'épisode de l'hôtel I., "essayer de faire de
l'argent". Le butin de ses vols devait, selon le recourant, être revendu
pour assurer sa subsistance; on observe qu'il a profité des fonds ainsi dégagés
pour se fournir en stupéfiants. En cela, sa situation se rapproche beaucoup de
celle qu'avait eue à connaître le Tribunal fédéral dans l'arrêt du 19.12.2012 [1B_730/2012] , où il avait admis qu'une succession de vols
à la tire commis par un toxicomane pouvait justifier, sous l'angle du risque de
récidive, une mise en détention. De plus, si les circonstances entourant
l'épisode de l'hôtel I. ne sont pas entièrement clarifiées, il apparaît
cependant que X. s'est rendu auprès de cet établissement en se munissant au
préalable d'un tesson de bouteille, dont il dit ne pas avoir voulu faire usage.
Les justifications trouvées par X. pour être muni d'un tel objet dont la
dangerosité saute aux yeux attestent d'une désinvolture certaine par rapport
aux actes qu'il commet, tout comme on relèvera une résignation frappante par
rapport à sa consommation de cocaïne. Ainsi, il se décrit comme un consommateur
festif tout en précisant: "quand je suis allé au CUP, le médecin a
diagnostiqué une hyperactivité cérébrale et m'a expliqué que la consommation de
cocaïne pouvait contribuer à me stabiliser et à faire que je sois une personne
comme tout le monde. Nous étions en train d'envisager un traitement à la Ritalin".
A cet égard, l'intention du Ministère public de clarifier par une expertise
l'état psychiatrique de X. est une mesure idoine. Une fois ces renseignements
obtenus, d'éventuelles mesures de substitution à la détention provisoire
pourront être envisagées. Si l'expert n'est pas en mesure de délivrer une
expertise complète dans un délai compatible avec une telle détention, il pourra
être appelé à formuler des premières suggestions avant la rédaction du rapport
final. Dans cette mesure, la décision de mise en détention pour une durée de
trois mois est admissible et reste proportionnée à la peine encourue, notamment
de la prévention de brigandage. 

5.                           
Au vu de ce qui
précède, le risque de fuite n'a pas à être examiné comme tel. On relèvera
cependant que si le prévenu ne semble pas nourrir des projets très aboutis, sa
persistance à dire qu'il souhaite quitter la Suisse (il a été arrêté avec ses
affaires personnelles et "un maximum de choses à vendre pour avoir un maximum
d'argent afin de partir", le prévenu indiquant même "[e]n fait si
vous ne m'aviez pas attrapé, je serais parti"), témoigne d'une certaine
intention dans ce sens. L'attestation de sa mère qui dit n'avoir pas été mise
au courant de ce projet, de même que le défaut de papiers d'identité – alors
que le passage de la frontière sans ceux-ci est désormais aisé - ne viennent
pas infirmer les conclusions qu'on peut en tirer.

6.                           
Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté, aux frais –
réduits pour tenir compte du grief bien fondé tiré de la violation du droit
d'être entendu – de son auteur. Son mandataire sera invité à présenter dans un
délai de 10 jours la liste de ses opérations effectuées dans le cadre de la
procédure de recours, en l'informant qu'à défaut de produire une telle liste,
il sera statué sur la base du dossier.

Par ces motifs,

l'Autorité de recours en matière pénale

1.    Rejette le
recours au sens des considérants.

2.    Arrête les
frais, réduits, du présent arrêt à 300 francs et les met à la charge du
recourant.

3.    Invite Me F. à
communiquer à l'autorité de céans, dans le 10 jours, la liste de ses opérations
effectuées dans le cadre du recours et l'informe qu'à défaut, il sera statué
sur l'indemnité d'office sur la base du dossier.

4.    Notifie le
présent arrêt à X., par Me F., avocat à Neuchâtel; au Tribunal des mesures de contrainte
du Littoral et du Val-de-Travers de Neuchâtel (TMC.2015.45) et au Ministère
public, Parquet général de Neuchâtel (MP.2015.1231).

Neuchâtel, le 4 mai 2015

Art.
225
CPP

Procédure
de détention devant le tribunal des mesures de contrainte

 

1 Immédiatement après la réception
de la demande du ministère public, le tribunal des mesures de contrainte convoque
le ministère public, le prévenu et son défenseur à une audience à huis clos; il
peut astreindre le ministère public à y participer.

2 Le tribunal des mesures de
contrainte accorde sur demande et avant l'audience au prévenu et à son
défenseur le droit de consulter le dossier en sa possession.

3 Celui qui, pour des motifs
valables, ne se présente pas à l'audience peut déposer des conclusions écrites
ou renvoyer à des écrits précédents.

4 Le tribunal des mesures de
contrainte recueille les preuves immédiatement disponibles susceptibles de
confirmer ou d'écarter les soupçons et les motifs de détention.

5 Si le prévenu renonce
expressément à une audience orale, le tribunal des mesures de contrainte statue
par écrit sur la base de la demande du ministère public et des indications du
prévenu.