# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** fccbfea4-e5ec-56cc-bfeb-0e8bd079ed5c
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2002-03-04
**Language:** fr
**Title:** Neuenburg Tribunal Cantonal Cour Civile, Cour civile au sens strict 04.03.2002 CC.1999.986 (INT.2002.109)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_001_CC-1999-986_2002-03-04.html

## Full Text

Arrêt du Tribunal Fédéral

  Arrêt
  du 30.08.02

  Réf. 4C.137/2002

  

 

 

 

 

Réf. : CC.1999.986-CC2/cp

 

A.                                        
V.
exploitait une entreprise de carrelages et revêtement de sol lorsque, de juillet
à octobre 1998, il a exécuté des travaux, destinés à l'aménagement d'une salle
de fitness et d'annexes, au premier étage de l'immeuble sis Rue X. au Locle, propriété
de la société défenderesse. La salle de fitness devait être exploitée par un
certain P., lequel avait conclu un contrat de bail avec la défenderesse, le 24
avril 1998, pour une durée de dix ans dès le ler septembre 1998.

                                   Le demandeur
a adressé deux factures à P., les 2 et 5 novembre 1998, d'un montant de 31'018
francs pour les travaux de carrelage et 4'681.15 francs pour ceux de
crépissage. Ces factures sont demeurées impayées et, sur requête du demandeur,
le Président suppléant du Tribunal civil du district du Locle a ordonné, le 23
décembre 1998, l'inscription provisoire d'une hypothèque légale d'entrepreneur,
d'un montant de 36'331.20 francs, grevant article Y. du cadastre du Locle, au
profit du demandeur. L'opposition formée par la défenderesse à ladite
ordonnance a été rejetée, après administration d'un certain nombre de preuves,
par ordonnance du 2 juin 1999.

, 

B.                                        
Par
mémoire posté le 22 mars 1999, soit dans le délai de 90 jours imparti dans
l'ordonnance du 23 décembre 1998, V. a ouvert action en paiement de 36'331.20
francs plus intérêt à 5 % dès le 18 décembre 1998 (à titre principal),
subsidiairement en paiement d'une indemnité équitable de même montant mais avec
intérêt dès le dépôt de la demande, ainsi qu'en inscription définitive
d'hypothèque légale, pour les montants correspondants. Il demande également la
répétition des frais de l'inscription provisoire d'hypothèque légale. En
substance, le demandeur allègue que P. lui a commandé les travaux susmentionnés,
le 11 juin 1998; que ces travaux ont été exécutés du 6 juillet au 6 octobre
1998, avec l'accord de la défenderesse, et qu'ils "font partie intégrante
de l'immeuble"; qu'en cours de travaux, il est apparu que le crédit
octroyé par la défenderesse à P. était épuisé, sur quoi l'administrateur de la
défenderesse, B., s'est engagé à régler le solde des factures d'entrepreneurs;
qu'en réalité, le crédit de transformation n'était d'ailleurs pas épuisé et que
la défenderesse l'a utilisé partiellement, par la suite, pour le paiement de
loyers, accessoires et frais; que dans l'hypothèse où la responsabilité contractuelle
de la défenderesse ne serait pas retenue, le demandeur aurait droit à une
indemnité équitable, correspondant à l'augmentation de la valeur objective du
bien fonds.

                        En
réplique, le demandeur allègue encore que l'administrateur unique de la
défenderesse s'est souvent comporté en maître de l'ouvrage, choisissant l'un
des entrepreneurs et décidant lesquels seraient payés; qu'il a garanti le
paiement des factures lors d'une séance de chantier tenue le 10 septembre 1998;
que la prétendue impossibilité de trouver un locataire solvable pour les locaux
de fitness tient au loyer exorbitant que la défenderesse prétend en retirer,
alors qu'elle doit de toute manière assumer le choix de la transformation
qu'elle a approuvée.

C.                                        
Pour
sa part, la défenderesse a dénoncé le litige à P., lequel a refusé de se
joindre au procès. Elle allègue qu'en vertu du bail conclu le 24 avril 1998, P.
pouvait entreprendre, à ses frais, des travaux de transformation des locaux;
qu'elle s'est limitée à lui ouvrir un crédit de 100'000 francs, pour les
travaux qu'il envisageait et qu'il a commandés seul; que les factures étaient
d'ailleurs adressées à P., alors que la défenderesse se contentait de les payer
directement, par mesure de simplification; que P. a mal géré le chantier et
rapidement épuisé son crédit de 100'000 francs, avant de solliciter une
"rallonge" de la défenderesse lors de la séance de chantier du 10
septembre 1998; que B. a expressément conditionné une éventuelle augmentation
de crédit au fait que P. trouve un autre locataire solvable, ce qui ne s'est
pas produit ultérieurement; que les travaux réalisés au ler étage de l'immeuble
rendent sa location plus difficile que par le passé et entraînent en réalité
une moins-value.

D.                                        
A
l'audience d'instruction du 11 mai 2000, la défenderesse a déclaré "ne pas
contester le montant des travaux dont le demandeur réclame le paiement, ni la
date alléguée de la fin de ces travaux". Lors de l'audience du 13 février
2001, elle a précisé n'avoir "pas de contestation s'agissant de l'état des
travaux", lesquels permettent aux locaux d'être "loués en l'état pour
un fitness", selon les constatations faites.

C O N S I D E R A N T

1.                                         
Vu
la valeur litigieuse et la nature de la cause, celle-ci ressortit à la compétence
de l'une des Cours civiles du Tribunal cantonal.

2.                                         
En
ce qui concerne l'inscription définitive d'une hypothèque légale, la jurisprudence
cantonale récente (RJN 2000 p.72) a confirmé qu'elle peut intervenir indépendamment
de la reconnaissance (judiciaire ou sous seing privé) de la créance à garantir.
Statuant sur recours contre ledit jugement (dans un arrêt publié au RO126 III
467, contrairement à l'indication du demandeur !), la IIème Cour civile du
Tribunal fédéral a confirmé l'arrêt cantonal, en précisant toutefois qu'après
exécution des travaux de l'entrepreneur ou artisan, seule l'inscription d'une
hypothèque en capital (selon art.794 al.1 CC, avec l'étendue prévue à l'art.
818 CC) se justifie, et non celle d'une hypothèque dite maximale, intérêts et
accessoires compris (selon art.794 al.2 CC), envisageable si l'inscription est
requise avant l'exécution complète des prestations contractuelles.

                        En
l'espèce, les conditions de base d'inscription d'une hypothèque légale (RJN
2000 p.74, avec référence à Steinauer) sont à l'évidence remplies. De surcroît,
la défenderesse a expressément admis l'exécution convenable des prestations de
l'entrepreneur et la valeur intrinsèque des travaux. La garantie demandée doit
donc incontestablement être reconnue, de sorte que la conclusion principale no
3 de la demande apparaît comme bien fondée, sous une réserve. Le demandeur fait
abstraction, en effet, du rabais que comportait sa facture du 2 novembre 1998,
alors que celui-ci n'était aucunement conditionnel (c'est un escompte
supplémentaire de 2 % qui eût été accordé en cas de paiement à 30 jours, voir
PL dem.3, p.5). La garantie ne peut donc porter que sur le montant réellement
facturé, soit 35'698.15 francs plus intérêts dès le 18 décembre 1998.

3.                                         
S'agissant
maintenant des conclusions en paiement, on examinera d'abord le fondement
obligationnel invoqué par le demandeur.

                        A
cet égard, la défenderesse discute longuement, dans ses conclusions en cause,
un fait constant, à savoir que le contrat d'entreprise initial a été conclu
entre P. et le demandeur (ce dernier l'alléguait expressément au fait 3 de la demande).

                        Le
point véritablement contesté tient dans l'éventuelle garantie donnée, en cours
de travaux, par la défenderesse. A ce sujet, l'administrateur B. a déclaré
qu'appelé à la séance de chantier du 10 septembre 1998, il avait entendu P.
parler d'un repreneur pour les locaux. "J'ai alors laissé entendre que je
pourrais faire un effort", ajoutait-il (D.36), sans préciser qu'un tel
geste serait formellement conditionné à l'acceptation dudit repreneur. Les
observations suivantes s'imposent par ailleurs :

-
si tous les témoins entendus au sujet de la séance de chantier du 10 septembre
1998 ont relaté une promesse de paiement des maîtres d'état, ainsi qu'une éventuelle
reprise par un tiers, tous ne faisaient pas le même lien entre les deux
événements. P. indiquait, dans la procédure d'inscription provisoire
d'hypothèque légale (voir le procès-verbal d'audition du 6 avril 1999), que B.
s'était déclaré d'accord de payer le solde de factures "si je trouvais un
autre locataire solvable", ce qui avait " calmé les maîtres
d'état"; au contraire, W. (D.25) semblait nier toute condition liée à
l'arrivée d'un repreneur; pour A. (D.24), B. avait "trouvé quelqu'un qui
allait reprendre la salle et payer les factures derrière eux"; enfin, aux
yeux de J. (D.35), P. disait avoir trouvé un repreneur, sur quoi B. aurait dit
"qu'il fallait finir les travaux et qu'on serait payés du moment que
quelqu'un reprenait le fitness".

-la correspondance déposée par la défenderesse,
dans la procédure d'inscription provisoire d'hypothèque légale (voir notamment
PL10 et 11, soit les courriers échangés entre elle et la fiduciaire C. SARL,
les 25 et 31 août 1998) démontre que l'administrateur de la défenderesse
envisageait de financer un supplément de travaux en vue de l'exploitation du
fitness par P. lui-même, à condition d'obtenir le soutien bancaire nécessaire.

-de toute évidence, la défenderesse n'avait
aucun intérêt à ce que les travaux entrepris à ses frais demeurent totalement
inutiles, dans l'hypothèse où P. serait incapable de respecter ses engagements.
Cela ressort d'ailleurs très clairement du compte-rendu de la réunion de
chantier du 10 septembre 1998, établi par l'administrateur B. le 1er février
1999 (PL 13 du dossier d'inscription provisoire d'hypothèque légale, même si la
teneur de ce document peut, sur d'autres points, apparaître comme contestable,
vu sa date de rédaction).

                        Il
paraît clair que les maîtres d'état concernés ne se seraient pas
"calmés", pour reprendre les termes du témoin P., au point de
reprendre les travaux, si un simple engagement conditionnel et incertain leur
avait été soumis. Par ailleurs, si la condition essentielle - dans la thèse de
la défenderesse - ne s'était pas réalisée, celle-ci aurait logiquement dû en
avertir les maîtres d'état, plutôt que d'attendre silencieusement leurs réclamations.

                        Au
vu de l'ensemble des circonstances, la Cour est donc convaincue de l'existence
d'une reprise cumulative de dette, créant une solidarité entre la défenderesse
et le débiteur initial, P., à l'égard du demandeur. On soulignera qu'un tel engagement
n'est soumis à aucune forme et qu'il peut être retenu, en particulier, lorsque
le reprenant a un intérêt personnel à adhérer à l'obligation (voir notamment Engel,
Traité des obligations en droit suisse, 2e éd., p. 902 - 4), comme en l'espèce.

                        Le
fait que le repreneur annoncé par P. n'ait finalement pas conclu de contrat de
bail, peut-être en raison des exigences de la défenderesse, relève des conjectures
de cette dernière et n'a pas à se répercuter sur la validité de ses engagements
vis-à-vis du tiers qu'est le demandeur.

                        Comme
la valeur des travaux n'est, en elle-même, pas contestée (sous réserve de la
correction du montant facturé, comme dit plus haut), la conclusion principale
no 2 de la demande doit être admise également.

                        Cela
étant, il n'y a pas lieu de se prononcer sur la plus-value, très probablement
réelle, que les travaux ont procurée à l'immeuble, ni sur l'indemnité équitable
qui pourrait en résulter, à défaut de fondement obligationnel.

4.                                         
Vu
l'issue de la cause, la défenderesse en supportera les frais y compris ceux de
l'inscription provisoire d'hypothèque légale, ainsi qu'une indemnité de dépens
tenant compte de la multiplicité des audiences, notamment.

Par ces motifs,

LA IIe COUR CIVILE

1.     
Condamne la
défenderesse à payer au demandeur la somme de 35'698.15 francs plus intérêts à
5 % l'an dès le 18 décembre 1998.

2.     
Ordonne
l'inscription définitive, au profit du demandeur, d'une hypothèque légale de
35.698.15 francs plus intérêts à 5 % dès le 18 décembre 1998, grevant article
Y. du cadastre du Locle, propriété de la défenderesse.

3.     
Invite le
conservateur du registre foncier du Locle à procéder à ladite inscription.

4.     
Rejette toute
autre ou plus ample conclusion.

5.     
Condamne la
défenderesse aux frais de justice, y compris ceux liés à l'inscription pro-
visoire, arrêtés comme suit :

- frais avancés par le demandeur                                   Fr.   2.275.-

- frais avancés par la défenderesse                                Fr.     195.-

- frais liés à l'inscription provisoire

        d'une hypothèque légale, avancés

        par le demandeur                                                          Fr.     241.40

- frais liés à l'opposition à ladite

 
inscription provisoire d'une hypothèque

 
légale, avancés par le défenderesse                            Fr.     240.-     

                                                                                         ___________

Total                                                                                Fr.  2.951.40

                                                                                         

ainsi
qu'aux frais de l'inscription définitive au registre foncier.

6.     
Condamne la
défenderesse à verser au demandeur une indemnité de dépens de 3'500 francs.

Neuchâtel, le 4 mars 2000