# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1ed80059-6398-5032-ac90-9b5bd4677db3
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2013-03-20
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre des assurances sociales 20.03.2013 A/2503/2012
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_014_A-2503-2012_2013-03-20.pdf

## Full Text

Siégeant : Maya CRAMER, Présidente. 

R E P U B L I Q U E  E T  
 

CANTON DE GENEVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

A/2503/2012 ATAS/289/2013 

 

COUR DE JUSTICE 

Chambre des assurances sociales 

Ordonnance d’expertise du 20 mars 2013 

 5
ème

  Chambre 

 

En la cause 

Monsieur A__________, domicilié à VESENAZ, comparant avec 
élection de domicile en l'étude de Maître PETITAT Pierre-Bernard 

 

 

Recourant 

 

contre 

OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITE DU CANTON DE 
GENEVE, Service juridique, rue des Gares 12, GENEVE 

 

 

Intimé 

 
 
 

 

A/2503/2012 

- 2 - 

 

EN FAIT 

1. Monsieur A__________, né en 1952 et originaire d'Afghanistan, est entré en Suisse 
en octobre 1980. Il est père d'une fille née en 1988. Après un premier mariage 
dissout par le divorce, il se remarie en 1998. L'intéressé a obtenu une licence en 
biologie en Afghanistan. Selon son curriculum vitae, il a travaillé comme vendeur 
indépendant de 1984 à 1987 à Zurich, puis en tant que chauffeur en 1992 et ensuite 
exploité un magasin d'artisanat de 1993 à 2004. De 2000 à 2002, il a travaillé 
également à 50% en tant que chauffeur. Après une période de chômage, il est 
entretenu par l'Hospice général.  

2. Du 21 janvier au 3 février 1992, l'assuré est hospitalisé pour la première fois à la 
Clinique de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Selon le 
résumé de séjour y relatif, c'est lors d'un séjour dans sa belle-famille à Albertville 
pour un voyage d'affaires et le jour même du départ de son père définitivement pour 
l'Afghanistan, que l'assuré a développé un état délirant aigu persécutoire 
accompagné d'hallucinations auditives et d'une agitation psychomotrice, nécessitant 
son hospitalisation dans une clinique psychiatrique à Chambéry. Après cinq jours, il 
est rapatrié aux HUG, lesquels poursuivent le traitement neuroleptique, auquel 
l'assuré répond favorablement.  

3. Du 18 au 24 décembre 1993, l'assuré est hospitalisé une deuxième fois en entrée 
non-volontaire à la Clinique psychiatrique des HUG pour un état d'angoisse 
important avec perplexité et hallucinations auditives, alors qu'il est en rupture de 
traitement, erre dans la ville et tente de se défenestrer. Marié depuis quatre à cinq 
ans, il a des problèmes de couple depuis un peu plus d'un an. Il rencontre par 
ailleurs des problèmes financiers. Depuis un mois, il aurait un comportement 
inadéquat avec de grandes craintes d'attaques de l'extérieur. Dans ce contexte, sa 
femme aurait demandé le divorce. Un entretien de famille avec notamment le frère 
de l'assuré a mis en évidence que la problématique actuelle est en lien avec le projet 
du divorce. Une demande de prise en charge au Centre de thérapie brève (CTB) est 
effectuée.  

4. En mai 2009, l'Hospice général fait parvenir à l'Office cantonal de l'assurance-
invalidité (ci après: OAI) le formulaire concernant la détection précoce de 
l'invalidité concernant l'intéressé. Il y indique que celui-ci est en incapacité de 
travail totale depuis le 1er février 2006  en raison d'une dépression. Du procès-
verbal de l'entretien d'évaluation à la division de la détection précoce du 18 
novembre 2009 résulte que l'assuré a subi une dépression, suite au divorce en 1992, 
avec plusieurs hospitalisations, la première en 1992 et la dernière en 2008. Il est 

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suivi par le Dr L__________, psychiatre, et prend un traitement antidépresseur. A 
titre de profession, l'assuré indique la profession de chauffeur, placé par l'Hospice 
général en dernier lieu. Il espère pouvoir retravailler en tant que chauffeur. Ses 
occupations dans la journée sont la lecture de journaux, la télévision et parfois la 
fréquentation du marché aux puces.  

5. En décembre 2009, l'assuré requiert des prestations de l'assurance-invalidité.  

6. Dans son rapport du 15 janvier 2010, le Dr L__________ émet les diagnostics 
d'alcoolisme chronique, de lombosciatalgies L3-L4 et L4-L5, ainsi que d'état 
dépressif. A titre de diagnostics sans répercussion sur la capacité de travail, il 
mentionne une goutte, un status post-traumatique cranio-cérébral (alcoolisation 
aigue) en 2008 et 2009. Il y a eu plusieurs hospitalisations en urgence aux HUG 
pour traumatismes liés à l'alcoolisation aigue jusqu'en 2009. Le traitement actuel 
consiste en abstinence d'opiacés, traitement antidépresseur et infiltrations pour les 
douleurs du dos. Depuis une condamnation de l'assuré en 2008, une psychothérapie 
ambulatoire a été ordonnée. Sa capacité de travail est nulle. Enfin, selon ce 
praticien, le patient vit dans l'alcool depuis plusieurs années. Il est dépressif et 
évolue dans un milieu entouré d'amis alcooliques ou drogués. Ce praticien ne voit 
que très difficilement une reprise d'activité.  

7. Selon le rapport du 16 juin 2010 du Dr L__________, le patient est un ancien 
alcoolique qui a subi plusieurs traumatismes cranio-cérébraux. Il présente une 
humeur dépressive, des troubles du sommeil, une perte de libido et une anhédonie. 
Sur plan somatique, il se plaint de douleurs au dos, ainsi que de céphalées frontales, 
indépendamment des traumatismes post-chutes fréquents liés à l'alcool. L'évolution 
n'est pas favorable. Une recherche est en cours pour trouver un psychiatre parlant la 
langue maternelle de l'assuré à cause de l'aggravation de son état psychique. Les 
examens sanguins sont compatibles avec une abstinence d'alcool ou une 
consommation  très modérée.  

8. Le 2 juillet 2010, l'OAI communique à l'assuré que les mesures de réadaptation 
professionnelle ne sont actuellement pas indiquées.  

9. En février 2011, l'assuré est soumis à une expertise bi-disciplinaire rhumatologique 
et psychiatrique et, en juin 2011, à un examen radiologique au Bureau Romand 
d'Expertises Médicales (BREM). Dans leur rapport du 5 octobre 2011, le Dr 
M__________, rhumatologue, et le Dr  N__________, psychiatre, n'émettent aucun 
diagnostic avec effet sur la capacité de travail, que ce soit sur le plan somatique ou 
psychique. A titre de diagnostics sans répercussions sur la capacité de travail, ils 
mentionnent des troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation d'alcool, 

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utilisation continue (début de la consommation d'alcool depuis 1980), des troubles 
mentaux et troubles du comportement liés à l'utilisation du cannabis, utilisation 
épisodique, des troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation du tabac, 
utilisation continue, et des lombalgies chroniques sur discopathie L5-S1. Les 
experts concluent ainsi à une capacité de travail entière sans diminution de 
rendement. Sur le plan somatique, l'assuré indique souffrir de lombalgies depuis 20 
ans, aggravées depuis 2010, suite à un accident de la circulation. Il décrit de fortes 
lombalgies, présentes 24 heures sur 24, soulagées par la kinésithérapie et la 
natation. Le traitement antalgique semble sans effet. Néanmoins, l'examen clinique 
rhumatologique est dans la norme et permet d'exclure une atteinte radiculaire ou un 
problème de posture. Une IRM des sacro-iliaques est aussi dans la norme, même si 
elle montre la présence d'une hernie discale L5-S1. Celle-ci ne semble toutefois pas 
avoir de répercussions sur l'état clinique, l'assuré ne se plaignant pas d'irradiations 
dans la jambe gauche et l'examen neurologique étant dans la norme. L'examen 
clinique n'a pas mis en évidence des signes cliniques liés à l'alcoolisme chronique et 
les dosages sanguins, montrant des tests hépatiques légèrement perturbés et une  
Carbohydrate Deficient Transferrin (CDT; il s'agit d'un test de la consommation 
d'alcool) douteux, ne permettent pas de confirmer une consommation chronique 
d'alcool. Sur le plan psychiatrique, le Dr N__________ considère que l'assuré ne 
remplit pas les critères pour le diagnostic d'épisode dépressif, dans la mesure où il 
sort tous les jours, rencontre des amis, effectue des activités telles que le jeu 
d'échec, la lecture et l'écoute de la musique. Il n'y a actuellement pas de 
symptomatologie de la lignée psychotique. L'expert recommande une prise en 
charge spécifique par rapport au problème de la dépendance à l'alcool par un 
médecin- psychiatre.  

10. Le 30 avril 2012, l'OAI informe l'assuré qu'il a l'intention de lui refuser le droit aux 
prestations d'invalidité.  

11. Par courrier daté du 7 juin 2012, l'assuré s'oppose à ce projet. 

12. Par décision du 15 juin 2012, l'OAI confirme le projet de décision précité.  

13. Par acte posté le 16 août 2012, l'assuré recourt contre cette décision, par 
l'intermédiaire de son conseil, en concluant à son annulation et à l'octroi des 
prestations de l'assurance-invalidité, soit notamment d'une rente entière. 
Préalablement, il demande son audition. Il relève être suivi depuis 2011 par le Dr 
O__________, psychiatre, selon lequel il souffre d'un trouble dépressif récurrent, 
épisode actuel moyen, confirmant ainsi les diagnostics émis par le Dr 
L__________. Le Dr N__________ est ainsi le seul médecin à écarter ce 

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diagnostic. Le recourant fait valoir être empêché de poursuivre son activité 
professionnelle à 100% également pour des raisons somatiques et que sa capacité 
de gain était nulle.  

14. Selon le rapport du 15 août 2012 du Dr O__________, le diagnostic de troubles 
dépressifs récurrents, épisode actuel moyen, est clairement établi. Le fait que 
l'assuré joue quelques fois par semaine aux échecs n'est pas un critère suffisant pour 
justifier l'absence d'un tel trouble. Il s'agissait de la seule activité qui détendait 
l'assuré et lui permettait de faire face aux idées noires et de désespoir. Les jours où 
il ne jouait pas aux échecs, il était bien plus irritable et "persécuté" avec une 
symptomatologie dépressive plus marquée. A deux reprises cette symptomatologie 
comportait également des épisodes avec symptômes psychotiques. Ce facteur 
aggravant ne pouvait pas être constaté lors d'une expertise ponctuelle. Enfin, ce 
praticien a fait état d'une nouvelle hospitalisation de trois semaines de l'assuré en 
raison de sa symptomatologie dépressive.  

15. A la demande de la Cour, la Clinique genevoise de Montana lui fait parvenir son 
rapport du 22 mai 2012, selon lequel l'assuré y a séjourné du 4 au 10 mai 2012 en 
raison d'une dépendance à l'alcool, abstinent en milieu protégé. Les comorbidités 
sont un trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen sans somatisation, une 
consommation occasionnelle de cannabis et un tabagisme actif, ainsi qu'un status 
post-décompensation psychotique en 2005, 1993 et 1992. Le motif d'hospitalisation 
est un sevrage d'alcool. L'assuré a signé un contrat d'abstinence auquel il s'est tenu 
et a régulièrement participé au groupe d'addiction, aux entretiens et au groupe 
relaxation. Durant les groupes et les entretiens, il a montré une bonne introspection 
et a pu verbaliser les effets positifs du sevrage. Il a toutefois écourté son séjour, son 
épouse ayant beaucoup de difficultés à être éloignée de lui.  

16. Ladite clinique transmet également son rapport du 2 août 2012 relatif à 
l'hospitalisation de l'assuré du 24 juillet au 6 août 2012. Elle y pose les mêmes 
diagnostics. L'hospitalisation est indiquée pour un sevrage d'alcool avec soutien 
psychologique. La participation de l'assuré aux groupes et aux entretiens est 
régulière. Il a conscientisé avoir besoin de se sentir utile afin de donner un sens à sa 
vie. Il aimerait postuler pour des traductions auprès de l'association Appartenance 
ou suivre des cours à l'université comme auditeur, à son retour à Genève. Le bilan 
du séjour est positif, l'assuré ayant retrouvé de l'élan vital.  

17. Dans son avis médical du 27 novembre 2012, la Dresse P__________ du SMR se 
demande s'il existe une aggravation de l'état de santé psychique du recourant 
postérieure à la décision querellée. Elle requiert ainsi d'interroger le Dr 

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O__________ à ce sujet, tout en précisant qu'en l'absence d'une atteinte 
psychiatrique préexistante à la dépendance éthylique, l'existence d'un alcoolisme 
primaire ne peut être remise en question.  

18. Par courrier daté du 11 décembre 2012, le Dr O__________ informe la Cour que 
l'assuré est suivi à son cabinet depuis le 26 septembre 2011. Son anamnèse est 
superposable à celle de l'expertise du BREM. Le status de cette expertise était 
succinct. Le médecin traitant décrit le status de la manière suivante: patient calme, 
orienté, collaborant; hygiène limite inférieure à la norme, voire négligée; thymie 
triste, idée de dévalorisation, de ruine, de désespoir avec un caractère délirant 
congruent à l'humeur, partiellement anosognosique. L'assuré n'a pas d'idées 
suicidaires et dit entendre des voix-bruits la nuit. Il est méfiant et refuse le 
traitement neuroleptique proposé (il l'acceptera deux séances plus tard). 
Actuellement le status est superposable à celui au début du suivi avec toutefois une 
disparition des idées délirantes congruentes à l'humeur. Les hallucinations auditives 
et idées de ruine, ainsi que la symptomatologie dépressive persistent. Depuis juin 
2012, l'état est stationnaire. Outre un traitement médicamenteux, l'assuré suit une 
psychothérapie une fois par semaine. Enfin, la compliance n'est pas toujours 
optimale.  

19. Dans son avis médical du 11 janvier 2013, la Dresse P__________ du SMR relève 
qu'il y a une aggravation de l'état de santé antérieure à la décision querellée. A cet 
égard, elle signale n'avoir pas été au courant que le recourant est suivi par le Dr 
O__________. Par ailleurs, le rapport d'expertise du BREM a recommandé la mise 
en place d'une prise en charge psychiatrique. Cela étant, le médecin du SMR 
préconise  une expertise psychiatrique avec bilan neuropsychologique. 

20. Par écriture du 15 janvier 2013, l'intimé fait sien l'avis médical du SMR.  

21. A la même date, le recourant soutient, sur la base des rapports de ses médecins 
traitants, qu'il souffre d'une dépression récurrente et de lombalgies basses, ainsi que 
de cervicalgies rendant toute activité physique impossible. Il relève par ailleurs 
avoir été victime de trois accidents, à savoir le 7 janvier 2009 (chute d'un arbre), le 
31 mai 2010 (chute dans les escaliers) et le 18 décembre 2010 (accident sur la voie 
publique). Selon le recourant, ces accidents ont vraisemblablement laissé des 
séquelles sur sa santé. Cela étant, le recourant persiste dans ses conclusions.  

22. Le 26 février 2013, la Cour informe les parties qu'elle a l'intention de mettre en 
œuvre une expertise judiciaire et de la confier au Dr Q__________, psychiatre à 
Genève. Elle leur communique également la mission de l'expert.  

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23. Le 1er mars 2013, le recourant accepte le choix de l'expert et sa mission.  

24. Sur la base d'un avis médical du SMR du 4 mars 2013, l'intimé accepte également 
le choix de l'expert et requiert que le questionnaire à celui-ci soit complété.  

EN DROIT 

1. Selon le principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des assurances 
sociales, le juge doit établir (d'office) les faits déterminants pour la solution du 
litige, avec la collaboration des parties, administrer les preuves nécessaires et les 
apprécier librement (art. 61 let. c LPGA; cf. ATF 125 V 193 consid. 2) ; 

Il doit procéder à des investigations supplémentaires ou en ordonner lorsqu'il y a 
suffisamment de raisons pour le faire, eu égard aux griefs invoqués par les parties 
ou aux indices résultant du dossier. En particulier, il doit mettre en œuvre une 
expertise lorsqu'il apparaît nécessaire de clarifier les aspects médicaux du cas (ATF 
117 V 283 consid. 4a; RAMA 1985 p. 240 consid. 4 ; ATFA non publié I 751/03 
du 19 mars 2004, consid. 3.3). Lorsque le juge des assurances sociales constate 
qu'une instruction est nécessaire, il doit en principe mettre lui-même en œuvre une 
expertise. Un renvoi à l’administration reste possible, notamment lorsqu'il s'agit de 
préciser un point de l'expertise ordonnée par l'administration ou de demander un 
complément à l'expert (ATF 137 V 210 consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4 ; ATF non publié 
8C_760/2011 du 26 janvier 2012, consid. 3). 

A teneur de la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, une dépendance comme 
l’alcoolisme, la pharmacodépendance ou la toxicomanie ne constitue pas en soi une 
invalidité au sens de la loi. En revanche, elle joue un rôle dans l’assurance-
invalidité lorsqu’elle a provoqué une atteinte à la santé physique ou mentale qui 
nuit à la capacité de gain de l’assuré, ou si elle résulte elle-même d’une atteinte à la 
santé physique ou mentale qui a valeur de maladie (ATF 99 V 28 consid. 2 ; 
VSI 2002 p. 32 consid. 2a, 1996 p. 319 consid. 2a). Notre Haute Cour a à cet égard 
précisé que la situation de fait doit faire l'objet d'une appréciation globale incluant 
aussi bien les causes que les conséquences de la dépendance, ce qui implique de 
tenir compte d'une éventuelle interaction entre dépendance et comorbidité 
psychiatrique. Pour que soit admise une invalidité du chef d'un comportement 
addictif, il est nécessaire que la comorbidité psychiatrique à l'origine de cette 
dépendance présente un degré de gravité et d'acuité suffisant pour justifier, en soi, 
une diminution de la capacité de travail et de gain, qu'elle soit de nature à entraîner 
l'émergence d'une telle dépendance et qu'elle contribue pour le moins dans des 
proportions considérables à cette dépendance. Si la comorbidité ne constitue qu'une 
cause secondaire à la dépendance, celle-ci ne saurait être admise comme étant la 

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conséquence d'une atteinte à la santé psychique. S'il existe au contraire un lien de 
causalité entre l'atteinte maladive à la santé psychique et la dépendance, la mesure 
de ce qui est exigible doit alors être déterminé en tenant compte de l'ensemble des 
limitations liées à la maladie psychique et à la dépendance (arrêt du Tribunal 
fédéral 9C_395/2007, consid. 2.2). 

Le Tribunal fédéral a aussi exposé qu'en matière de dépendance à l'alcool, la 
science médicale distingue les troubles psychiatriques induits (secondaires à la prise 
d'alcool) des troubles psychiatriques indépendants (associés à la consommation 
d'alcool). La démarche diagnostique est délicate, dans la mesure où les effets d'une 
consommation abusive d'alcool affectent inévitablement le tableau clinique. En 
règle générale, les signes et symptômes psychiatriques sont induits et s'amendent 
spontanément par l'arrêt de la consommation dans les semaines qui suivent le 
sevrage. Dès lors, ils ne sauraient par conséquent faire l'objet d'un diagnostic 
psychiatrique séparé. En revanche, si à l'issue d'une période d'abstinence suffisante, 
les éléments réunis sont suffisants, il y a lieu de retenir l'existence d'une 
comorbidité psychiatrique. L'anamnèse, notamment l'historique de la 
consommation d'alcool depuis l'adolescence, peut constituer un instrument utile 
dans le cadre de la détermination du diagnostic, notamment s'agissant de la 
préexistence d'un trouble indépendant (arrêt du Tribunal fédéral 9C_395/2007, 
consid. 2.3 et réf. y citées, à savoir THONNEY/GAMMETER, Alcool: problèmes 
psychiatriques courants. « La boîte à outils du praticien », Revue médicale de la 
Suisse romande, 2004; 124: p. 415 ss; Roland GAMMETER, Comorbidités 
psychiatriques associées à la dépendance à l'alcool, Forum Med Suisse, 2002; 23: p. 
562 ss; SHIVANI/GOLDSMITH/ANTHENELLI, Alcoholism and psychiatric 
disorder: diagnostic challenges, Alcohol Research & Health, 2002; 26(2): p. 90 ss; 
Christine DAVIDSON, Identification et traitement des comorbidités psychiatriques 
associées à l'alcoolodépendance, Praxis 1999; 88: p. 1720). 

Cependant, l'existence d'une comorbidité psychiatrique ne constitue pas encore un 
fondement suffisant pour conclure sur le plan juridique à une invalidité en raison 
d'une dépendance. L'affection psychique mise en évidence doit contribuer pour le 
moins dans des proportions considérables à l'incapacité de gain de l'assuré. Une 
simple anomalie de caractère ne saurait à cet égard suffire (RCC 1992 p. 180, 
consid. 4d). En présence d'une pluralité d'atteintes à la santé, l'appréciation 
médicale doit décrire le rôle joué par chacune des atteintes à la santé sur la capacité 
de travail et définir à quel taux celle-ci pourrait être évaluée, abstraction faite des 
effets de la dépendance. Si l'examen médical conduit à la conclusion que la 
dépendance est seule déterminante du point de vue de l'assurance-invalidité, il n'y a 

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pas lieu de distinguer entre les différentes atteintes à la santé (arrêt du Tribunal 
fédéral 9C_395/2007, consid. 2.4). 

2. En l'espèce, l'appréciation de l'état de santé et de la capacité de travail par les 
experts du BREM et par le médecin traitant sont diamétralement opposés. Par 
ailleurs, même le médecin du SMR recommande de procéder à une expertise 
judicaire, ce que l'intimé reprend dans ses conclusions.  

Cela étant, la Cour juge nécessaire de soumettre le recourant à une expertise 
psychiatrique judiciaire.  

3. Quant à la mission d'expertise, la Cour estime qu'il n'y a pas lieu de la compléter. 
En effet, la question suggérée par le SMR concernant le taux de capacité de travail 
dans l'activité habituelle ou une autre activité adaptée est déjà contenue à la 
question 7 communiquée aux parties, étant précisé que l'activité habituelle était 
celle de chauffeur. Par ailleurs, à la question 8, il est demandé comment la capacité 
de travail a évolué depuis l'expertise du BREM, ce qui revient à demander depuis 
quand l'assuré peut éventuellement effectuer une activité adaptée aux limitations 
fonctionnelles psychiatriques, tel que requis par le médecin du SMR.  

4. L'expertise sera confiée au Dr Q__________.  

 

 

PAR CES MOTIFS, 

LE TRIBUNAL CANTONAL DES ASSURANCES SOCIALES : 

A. Ordonne une expertise judiciaire médicale. 

B. La confie au Dr Q__________. 

C. Dit que la mission de ce médecin sera la suivante : 

- Prendre connaissance du dossier médical de Monsieur A__________. 

- Examiner personnellement l'expertisé. 

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- Prendre tous renseignements utiles, notamment auprès des médecins 
ayant eu connaissance du cas de l'expertisé, en particulier des médecins 
traitants. 

- Procéder à un examen neuropsychologique. 

- Établir un rapport écrit et répondre notamment aux questions suivantes : 

1. Quels sont vos diagnostics sur le plan psychiatrique? 

2. Dans l’hypothèse où l’expertisé devait souffrir de troubles mentaux du 
comportement liés à l’utilisation d’alcool, utilisation continue, ces 
troubles sont-ils la conséquence d’une autre atteinte psychiatrique 
préexistante et, dans l’affirmative, laquelle? Cette comorbidité 
psychiatrique à l’origine de la dépendance présente-t-elle un degré de 
gravité et d’acuité suffisant pour justifier, en soi, une diminution de la 
capacité de travail ou contribue-t-elle pour le moins dans des proportions 
considérables à sa dépendance?  

3. Des symptômes psychiatriques s’amenderaient-ils spontanément par 
l’arrêt de la consommation d’alcool dans les semaines qui suivent le 
sevrage?  

4. Est-il exigible que l’expertisé devienne le cas échéant abstinent (précisez 
pour quelles raisons vous retenez l’une ou l’autre hypothèse)?  

5. L’alcoolisme a-t-il le cas échéant provoqué un dommage permanent à la 
santé physique ou mentale?  

6. Quelles limitations provoquent les atteintes psychiatriques? Quelles 
limitations sont le cas échéant à attribuer à la dépendance à l’alcool?  

7. Quelle est la capacité de travail de l’expertisé en tant que chauffeur ou 
dans une autre activité adaptée (précisez quel genre d’activité pourrait 
entrer en ligne de compte)?  

8. Comment cette capacité de travail a-t-elle évolué depuis l’expertise du 
BREM effectuée en février 2011? 

9. L’état de santé psychique de l’expertisé s’est-il aggravé depuis cette 
expertise du BREM? 

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10. Comment vous déterminez-vous sur l’expertise du BREM? Partagez-
vous ses conclusions sur le plan psychiatrique?  

11. Quel est votre pronostic?  

D. Invite le Dr Q__________ à déposer le plus rapidement possible un rapport en trois 
exemplaires à la Chambre de céans. 

E. Réserve le fond. 

 

La greffière 
 
 
 

Laure GONDRAND 

 La présidente 
 
 
 

Maya CRAMER 
 

Une copie conforme du présent arrêt est notifiée aux parties par le greffe le