# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 2609e485-45c4-5ba2-ba68-c1d9af9ec378
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 594
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---594_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HX13.039563-131825

318 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
18 septembre 2013

__________________

Présidence
de               M.             
Winzap,
président

Juges             
:              M.             
Pellet et Mme Crittin Dayen 

Greffière             
:              Mme             
Egger Rochat

 

 

*****

 

 

Art.
209 et 319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
A.H.________,
à [...],B.H.________,
à [...],C.H.________,
à [...], et X.________,
à [...], défendeurs, contre la décision rendue le 2 septembre 2013 par la Commission
de conciliation en matière de baux à loyer du district de Morges dans la cause divisant les
recourants d’avec A.T.________
et B.T.________,
à [...], demandeurs, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 2 septembre 2013, notifiée le lendemain, la Commission de conciliation en matière
de baux à loyer a constaté l’échec de la conciliation (I) et délivré une
autorisation de procéder à B.T.________ et A.T.________ (II).

 

             
En droit, l’autorité de conciliation a estimé que l’examen de la recevabilité
de la requête ne devait pas remettre en cause le but spécifique de la procédure de conciliation,
soit tenter de trouver un accord entre les parties de manière informelle. Elle a ainsi considéré
que les défendeurs se prévalaient d’un vice à l’action qui devait être
tranché par le juge du fond.

 

 

B.             
Par mémoire du 5 septembre 2013,
A.H.________, B.H.________, C.H.________ et X.________ ont recouru contre cette décision, concluant,
avec suite de frais et dépens, à l’annulation de la décision et au renvoi de la
cause devant l’autorité de conciliation pour nouvelle décision.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien l'état de fait de la décision, complété par
les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

             
1) Le 20 avril 2011, A.T.________ et B.T.________ ont conclu, en qualité de locataires, un contrat
de bail de durée déterminée débutant le 12 août 2011 et se terminant
le 30 septembre 2013. Le contrat de bail porte sur un appartement de 2,5 pièces, sis dans un immeuble
sis av. [...], à [...] et prévoit un loyer total de 1'280 fr. par mois. Le même jour,
les locataires ont conclu un bail de même durée portant sur un box pour un loyer mensuel de
140 fr. Le bailleur mentionné sur les deux contrats de bail est D.________, [...], à [...].

 

             
2) A la suite de la mise en demeure du 22 mai 2013 de la D.________ de payer les arriérés de
loyer des mois d’avril et mai 2013 dans un délai de cinq jours, les locataires ont effectué
le versement le 14 juin 2013.

 

             
D.________ ayant informé les locataires qu’elle ne souhaitait pas renouveler les baux à
leur échéance en raison du retard dans le paiement de leurs loyers, elle les a priés de
transmettre un formulaire de demande de location ainsi que divers documents, afin de pouvoir faire le
point sur leur situation.

 

             
3) Par requête adressée le 10 juillet 2013 à la Commission de conciliation du district
de Morges, les locataires ont requis la « requalification » de leurs contrats, subsidiairement
conclu à l’octroi d’une prolongation de quatre ans, et ont attiré l’attention
de l’autorité sur l’éventuelle nullité de la formule de notification de loyer
lors de la conclusion d’un nouveau bail. Ils ont indiqué que leur logement et leur box, objets
des contrats de bail, appartenaient vraisemblablement à la famille [...].

 

             
Par courriers du 12 juillet 2013, la Présidente de la Commission de conciliation a cité à
comparaître à l’audience de conciliation du 30 août 2013 les demandeurs
A.T.________ et B.T.________, et les défendeurs C.H.________, B.H.________, X.________ et A.H.________,
ces quatre derniers ayant pour adresse celle de la D.________, au ch. [...], à [...].

 

             
Dans son courrier du 23 juillet 2013 adressé à la Commission de conciliation, l’agent
d’affaires breveté, Jean-Marc Decollogny, a indiqué en qualité de défendeurs
B.H.________, A.H.________, C.H.________, X.________ et D.________, et produit les procurations mentionnées
ci-dessous.

 

             
Par procurations du 2 février 2006 et 13 février 2013, B.H.________ et X.________ ont donné
à A.H.________, Directeur de la D.________, pouvoir de les représenter dans toutes procédures
concernant les immeubles dont ils sont proprétaires. Par procuration du 9 juillet 2012,
C.H.________ a conféré de semblables pouvoirs à D.________. Par procurations du 22 juillet 2013,
tant la D.________ que A.H.________ ont donné à Jean-Marc Decollogny le pouvoir de les représenter
dans la procédure les opposant à A.T.________ et B.T.________ en ce qui concerne l’appartement,
sis dans l’immeuble situé à l’av. [...], à [...].

 

             
Par écriture du 29 août 2013, l’agent d’affaires Decollogny a notamment produit
un extrait du registre foncier indiquant que le propriétaire de l’immeuble, objet de la procédure,
était C.H.________. Relevant que les quatre membres de la famille [...] contestaient leur qualité
pour défendre, seule D.________ étant indiquée comme bailleresse, et cette dernière
n’ayant pas été citée à comparaître à l’audience de conciliation,
il a requis qu’un prononcé de refus d’entrer en matière soit rendu d’office
et qu’aucune autorisation de procéder ne soit délivrée aux locataires.

 

             
A l’audience de conciliation du 30 août 2013, seuls se sont présentés
les locataires, assistés d’un représentant de l’Asloca, les défendeurs ayant
fait défaut.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
a) Selon l’art. 319 let. b CPC (Code de
procédure civile suisse du 19 décembre 2008, RS 272), le recours est ouvert contre
les ordonnances d’instruction et les décisions autres que finales, incidentes ou provisionnelles
de première instance, dans les cas prévus par la loi ou lorsqu’elles peuvent causer un
préjudice difficilement réparable. Le recours contre une autorisation de procéder n’étant
pas expressément prévue par le CPC, il n’est donc recevable que dans la mesure où
celle-ci peut causer au recourant un préjudice difficilement réparable ; cette notion
est plus large que celle de « dommage irréparable » au sens de l’art.
93 al. 1 let. a LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral, RS 173.110), puisqu’elle
vise non seulement un inconvénient de nature juridique mais aussi les désavantages de fait,
qui peuvent être de nature financière ou temporelle, pourvu qu’ils soient difficilement
réparables (JT 2011 III 86 c. 3 ; Jeandin, in CPC commenté, n. 23 ad art. 319 CPC ;
Hohl, Procédure civile, tome II, 2e
éd., Berne 2010, n. 2485, p. 449).

 

             
b)
En l’espèce, les recourants invoquent un dommage difficilement réparable. Alors qu’ils
n’ont pas la légitimation passive et n’ont aucun intérêt juridique dans cette
cause, ils font valoir qu’ils courent le risque d’être cités devant le Tribunal
des baux et d’être condamnés à payer une indemnité pécuniaire. Ils estiment
que la Présidente de la Commission de conciliation aurait dû interpeller les demandeurs en
vertu de l’art. 132 CPC et, à défaut de rectification, déclarer l’acte
des demandeurs irrecevable.

 

             
aa) Le défaut de légitimation active ou passive est un moyen de fond et non une exception de
procédure. Un tel moyen a le caractère d’une objection et doit être examiné
selon le droit matériel (ATF 126 III 59 c. 1a). 

 

             
Le bailleur n’est pas nécessairement le propriétaire de la chose louée. Il suffit
qu’il dispose sur elle d’un droit réel ou personnel lui permettant de céder l’usage
à un tiers (cf. Lachat, Le bail à loyer, n. 1.2.1, p. 47; Tercier, Les contrats spéciaux,
3ème éd.,
n. 1793, p. 262 ; CREC/I 26 juin 2007 n°297). 

 

             
Il ressort du contrat de bail signé par les intimés que la D.________ y est désignée
comme "bailleresse" et non comme représentante des recourants. L’avis de mise en
demeure du 22 mai 2013 fait également apparaître la D.________ comme bailleresse.

 

             
Ainsi, la D.________ apparaissant comme « bailleresse » et non comme « représentante »
sur tous les baux figurant au dossier, elle a donc prima facie la légitimation passive dans le procès
intenté par les locataires qui ont saisi la Commission de conciliation. Cependant, si la légitimation
passive des recourants peut le cas échéant être déniée, se pose la question
de savoir si l’autorité de conciliation devait retenir ce moyen de fond et déclarer la
requête irrecevable.

 

             
bb) A teneur de l'art. 201 CPC, l'autorité de conciliation tente de trouver un accord entre les
parties de manière informelle. Généralement, l'autorité de conciliation ne rend pas
de jugement sur les prétentions des parties, mais constate seulement si la conciliation a abouti
ou non (art. 209 CPC ; Hohl, op. cit., n. 1095 ad art. 201 CPC). Dans certaines affaires cependant,
l'autorité de conciliation a la faculté de soumettre aux parties une proposition de jugement
(art. 210 al. 1 CPC), voire de rendre une décision (art. 212 CPC). Sous réserve de ces deux
cas, l'autorité de conciliation n'a en principe pas à examiner les conditions de recevabilité
de l'action (Zürcher, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO), Zurich 2010, n.
6 ad art. 59 CPC) ; c'est donc le tribunal, et non l'autorité de conciliation, qui examine
si la demande satisfait aux conditions de recevabilité de l'action, conformément au texte clair
de l'art. 59 al. 1 CPC (CREC 22 décembre 2011/263 ; CREC du 8 août 2011/126). Ce n’est
que si le défaut des conditions de recevabilité propres à l’instance entamée
par le dépôt de la requête de conciliation est invoqué, telle une incompétence
ratione loci ou materiae, que l’autorité devra les examiner (CACI 16 août 2011/197, JT
2011 III 185). Au vu de son rôle essentiellement conciliateur, l'autorité de conciliation ne
doit toutefois déclarer la requête irrecevable qu'en cas d'incompétence manifeste (en
ce sens Bohnet, in CPC commenté, n. 17 ad art. 60 CPC ; Egli, in DIKE-Kommentar, Zurich 2011,
n. 10 ad art. 202 CPC pour qui l'autorité de conciliation ne doit pas se substituer à
l'autorité judiciaire et doit laisser le tribunal saisi le soin de se prononcer sur lesdites conditions,
l'autorité de conciliation n'ayant en principe pas de compétence juridictionnelle ; cf.
Honegger, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozes-sordnung (ZPO), n. 19 ad art. 202 CPC, qui ne
distingue cependant pas les conditions de recevabilité relatives à l'instance de celles relatives
à l'action) (CREC 22 mai 2012/186 ; CACI 16 août 2011/197, JT 2011
III 185 ; CREC 8 août 2011/126).

 

             
En l’espèce, la question de la légitimation passive ne concerne pas les conditions de
recevabilité propres à l’instance. L’autorisation de procéder mentionne, sous
la rubrique « défendeurs », les mêmes références que celles indiquées
dans la requête, soit les noms des recourants ayant pour adresse « D.________ ».
Or, ces indications sont suffisantes au stade de la conciliation, pour admettre que les intimés
ont valablement désigné la bailleresse.

 

             
cc) Un éventuel préjudice n’aurait d’ailleurs, de toute manière, pas pu être
qualifié d’« irréparable », dans la mesure où les recourants
pourront soulever le défaut de légitimation passive devant le Tribunal des baux, compétent
pour statuer sur le fond, les recourants agissant par un conseil commun, qui est aussi le conseil de
la D.________.

 

             
c) Par conséquent, les conditions de l’art. 319 let. b ch. 2 CPC ne sont
pas réalisées.

 

 

2.             
Au vu de ce qui précède, le recours
doit être déclaré irrecevable en vertu de l’art. 322 al. 1 CPC.

 

             
L’arrêt peut être rendu sans frais judiciaires. Il n’y a pas lieu d’allouer
de dépens de deuxième instance, l’intimé n’ayant pas été invité
à se déterminer sur le recours.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l’art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
L’arrêt est rendu sans frais.

 

             
III.             
L’arrêt est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
11 octobre 2013 

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
M. Jean-Marc Decollogny (pour les recourants),

‑             
Mme A.T.________ et M. B.T.________.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 15'000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Présidente de la Commission de conciliation du district de Morges.

 

             
La greffière :