# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** c4f12d95-b1a5-5e03-9332-0a1f79075df6
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2024-02-28
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile 28.02.2024 (publié) xxx
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_xxx-----------_2024-02-28.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JS21.004214-230714-230726

58  

 

 

cour
d’appel CIVILE

____________________________

Arrêt du
7 février 2024 

__________________

Composition
:               Mme             
GIROUD
WALTHER,
juge unique

Greffier             
:              M.             
KaramanogluClerc

 

 

*****

 

 

Art.
176 al. 1 ch. 1, al. 3, 273 al. 1, 296 al. 2, 311, 445 al. 1 CC

 

 

             
Statuant sur les appels interjetés par M.V.________,
à [...], intimé, et B.V.________,
à [...], requérante, contre l’ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale
rendue le 15 mai 2023 par la Vice-Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de la Côte
dans la cause divisant les appelants entre eux, la Juge unique de la Cour d’appel civile du Tribunal
cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale du 15 mai 2023, la Vice-Présidente
du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte (ci-après : la vice-présidente
ou la première juge) a notamment confirmé le mandat de curatelle d’assistance éducative
au sens de l’art. 308 al. 1 CC en faveur de l’enfant K.________ confié à Z.________
(anciennement : [...]), assistante sociale pour la protection des mineurs auprès de la Direction
générale de l’enfance et de la jeunesse (ci-après : DGEJ), Office régional
pour la protection des mineurs de l’Ouest (ci-après : ORPM Ouest) (I), a confié
la garde de l’enfant K.________ à sa mère, B.V.________ (II), a dit qu’M.V.________
exercerait un droit de visite non médiatisé sur sa fille K.________, selon le calendrier et
les horaires déterminés par Z.________, selon les modalités suivantes : 

« -
chaque semaine, le samedi ou le dimanche, pour une durée maximale de deux heures durant un mois
;

-
puis, chaque semaine, le samedi ou le dimanche, pour une durée maximale de trois heures durant un
mois ;

-
puis, chaque semaine, le samedi ou le dimanche, pour une durée maximale de quatre heures durant
un mois ;

-
puis, chaque semaine, le samedi ou le dimanche, pour une durée maximale de six heures durant un
mois ;

-
puis, chaque semaine, le samedi ou le dimanche, de 9 h 00 à 18 h00, »

 

et
a dit que, six mois au maximum après le début du travail de coparentalité aux Boréales
et moyennant un préavis positif de la DGEJ, le droit de visite d’M.V.________ sur sa fille
K.________ pourrait être étendu à des nuits, selon les modalités qui seraient arrêtées
par Z.________ et ce dans le but d’instaurer un droit de visite usuel à terme (III), a confié
à Z.________ le soin d’établir le calendrier et les horaires de visite pour une durée
minimale de six mois afin de s’assurer de la mise en œuvre du droit de visite tel que prévu
au chiffre III (IV), a ordonné à B.V.________ et M.V.________ d’entreprendre immédiatement
un travail de coparentalité auprès du Centre de consultation Les Boréales (ci-après :
les Boréales) au Centre hospitalier universitaire vaudois (ci-après : CHUV), visant notamment
à rétablir une communication sereine entre les parents dans l’intérêt de l’enfant
(V), a dit que les frais relatifs à l’intervention des Boréales seraient pris en charge
par chacune des parties par moitié (VI), a dit que, pour la période du 1er
avril 2021 au 31 décembre 2021, M.V.________ était libéré de l’obligation de
contribuer à l’entretien de sa fille K.________, les charges de celle-ci étant entièrement
assumées par B.V.________ (VII), a dit que, du 1er
janvier au 31 juillet 2022, M.V.________ contribuerait à l’entretien de sa fille par le régulier
versement d’une pension de 1'200 fr., allocations familiales déduites, payable d’avance
le premier de chaque mois en mains de B.V.________ (VIII), a dit que, dès et y compris le 1er
août 2022, M.V.________ contribuerait à l’entretien de sa fille par le versement d’une
pension de 1'500 fr., allocations familiales déduites, payable d’avance le premier de chaque
mois en mains de B.V.________ (IX), a dit qu’il n’était pas alloué de contribution
d’entretien entre époux (X), a arrêté les frais judiciaires à 15'150 fr., les
a répartis par moitié entre les parties et les a laissés provisoirement à la charge
de l’Etat (XI), a renvoyé la fixation de l’indemnité d’office des conseils
des parties à une décision ultérieure (XII), a rappelé aux bénéficiaires
de l’assistance judiciaires la teneur de l’art. 123 CPC (XIII), a dit qu’il n’était
pas alloué de dépens (XIV) et a rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (XV).

 

             
En droit, la vice-présidente a remarqué en substance que le conflit opposant les parties s’était
exacerbé depuis l’ouverture de la procédure en janvier 2021. Elle a relevé en particulier
que les parties pouvaient à peine communiquer par messages, lesquels contenaient parfois des propos
inadéquats d’M.V.________, contestaient systématiquement les positions de la partie adverse
et profitaient du moindre désaccord pour nourrir le litige et contacter le juge et les assistants
sociaux. La vice-présidente a constaté que, selon le rapport de l’expert, chaque parent
était attentif aux besoins de K.________ mais que le conflit marqué et récurrent entre
les parents portant sur toutes les questions liées à l’enfant et leur incapacité
à collaborer empêchaient la mise en œuvre d’une garde alternée. 

 

             
La vice-présidente a relaté les manquements qui avaient été reprochés à
M.V.________ en lien avec l’exercice de son droit de visite, notamment ses débordements lors
du passage de l’enfant et les événements du 11 mai 2022. Elle a toutefois considéré
que, depuis lors, durant l’exercice du droit de visite, M.V.________ se comportait de manière
adéquate et qu’il semblait avoir compris que ses agissements passés étaient contraires
à l’intérêt de sa fille, qui était au demeurant demandeuse de contacts avec
son père, sans que l’expert n’y voie aucune contre-indication. Compte tenu de l’enlisement
du dossier, une reprise immédiate des visites – non médiatisées – se justifiait.

 

             
La vice-présidente a arrêté le disponible de B.V.________ à 1'857 fr. 30 (compte
tenu d’un salaire de 5'646 fr. 95 et de charges – calculées selon le minimum vital du
droit de la famille – de 3'789 fr. 65) pour la période du 1er
avril 2021 au 31 décembre 2021, à 1'751 fr. 25 (compte tenu d’un salaire de 5'682 fr.
40 et de charges – calculées selon le minimum vital du droit de la famille – de 3'931 fr. 15)
pour la période du 1er janvier
2022 au 31 juillet 2022 et à 817 fr. 55 (pour un salaire de 5'748 fr. 70 [5'682 fr. 40 + 5'815 fr. :
2] et des charges par 4'931 fr. 15) dès le 1er
août 2022. 

 

             
Estimant qu’aucun élément au dossier ne justifiait l’absence d’activité
lucrative d’M.V.________ depuis plusieurs années, la vice-présidente lui a imputé
un revenu hypothétique estimé à 6'304 fr. nets par mois, impôt à la source déduit,
à compter du 1er
janvier 2022. Compte tenu de charges – calculées selon le minimum vital du droit de la famille
– arrêtées à 4'310 fr. 15, l’appelant présentait un manco
de 4'310 fr. 15 pour la période du 1er
avril au 31 décembre 2021, puisqu’il ne réalisait aucun revenu pendant cette période,
et un disponible de 1'993 fr. 85 dès le 1er janvier
2022. 

 

             
La vice-présidente a estimé les coûts directs de K.________ à 1'351 fr. 75 du 1er
avril 2021 au 31 juillet 2022 et à 1'613 fr. 75 dès le 1er
août 2022. 

 

 

B.             
a) Par acte du 26 mai 2023, M.V.________ (ci-après :
l’appelant) a fait appel de cette ordonnance en concluant, avec suite de frais et dépens,
à la réforme des chiffres VIII et IX de son dispositif en ce sens qu’à partir du
1er
janvier 2022, il soit libéré de l’obligation contribuer à l’entretien de sa
fille, les charges de celles-ci étant entièrement assumées par B.V.________. A titre préalable,
il a requis l’octroi de l’effet suspensif à l’exécution des chiffres précités.
Dans son courrier du même jour, il a en outre requis le bénéfice de l’assistance
judiciaire. Il a produit plusieurs pièces nouvelles dont la recevabilité est examinée
ci-dessous.

 

             
Par acte du 26 mai 2023, B.V.________ (ci-après :
l’appelante) a fait appel de l’ordonnance et a conclu, avec suite de frais et dépens,
à la réforme des chiffres III et IV de son dispositif en ce sens que l’appelant bénéficie
d’un droit de visite médiatisé par l’intermédiaire d’Espace Contact,
selon les modalités qui seraient définies par cette structure, et que l’autorité
parentale du père soit limitée en tant qu’elle concerne les soins prodigués sur
sa fille. A titre préalable, l’appelante a requis l’octroi de l’effet suspensif
aux chiffres III et IV du dispositif de l’ordonnance entreprise et la production par le Ministère
public de l’arrondissement de La Côte de l’entier du dossier pénal [...] ainsi
que de celui dirigé contre le prénommé « F.________ » pour actes d’ordre
sexuel sur l’enfant K.________. L’appelante a également requis l’assistance judiciaire
– expliquant que sa situation financière était identique à celle exposée en
première instance – et a produit de nouvelles pièces dont la recevabilité est examinée
ci-dessous.

 

             
b) Sur interpellation de la juge de céans,
l’appelant s’est déterminé sur la requête d’effet suspensif le 1er
juin 2023 et a conclu à son rejet. 

 

             
Par courrier du 1er
juin 2023, la directrice générale de la DGEJ a conclu au rejet de l’octroi de l’effet
suspensif portant sur le droit de visite de l’appelant. Elle a exposé ce qui suit : 

« En
l’espèce et à ce stade, nous n’avons aucun élément qui permettrait de
penser que K.________ puisse être mise en danger lorsqu’elle se trouve avec son père.
Au contraire, celle-ci semble demandeuse d’une telle relation et compte tenu de son jeune âge,
il semble primordial que les contacts père-fille puissent être réguliers. ».

 

             
Elle a par ailleurs
relevé que l’appelant avait manifesté son désaccord avec le calendrier des visites
proposé par la curatrice. Elle a dès lors sollicité de la juge de céans qu’elle
fixe précisément l’étendue ainsi que l’horaire des droits de visite « afin
d’éviter toute possibilité d’interprétation de la part des parties »,
relevant au demeurant que les tâches de surveillance du droit de visite et de préparation du
calendrier ne rentrent pas dans les missions qui peuvent être confiées au curateur d’assistance
éducative au sens de l’art. 308 al. 1 CC.

 

             
c) Par ordonnance du 2 juin 2023, la juge de céans
a notamment admis partiellement la requête d’effet suspensif de l’appelant (I), a suspendu
l’exécution des chiffres VIII et IX du dispositif de l’ordonnance attaquée jusqu’à
droit connu sur l’appel en ce qui concerne les contributions d’entretien échues en faveur
de K.________ du 1er
janvier 2022 au 31 mai 2023 (II) et a rejeté la requête d’effet suspensif de l’appelante
(III). 

 

             
Par courriers des 6 et 7 juin 2023, la juge de céans a dispensé l’appelant et l’appelante
respectivement de verser l’avance de frais, précisant que les décisions sur l'assistance
judiciaire étaient réservées.

 

             
d) Par
décision du 8 juin 2023, la juge de céans a accordé à l’appelant le bénéfice
de l’assistance judiciaire avec effet au 26 mai 2023 dans la procédure d’appel, Me Pierre-Alain
Schmidt étant désigné en qualité de conseil d’office. 

 

             
e) Le
9 juin 2023, l’appelante a transmis à la juge de céans un courrier adressé le même
jour au conseil de l’appelant faisant état de critiques à l’encontre du comportement
de celui-ci. 

 

             
f) Dans
sa réponse du 19 juin 2023, l’appelante a conclu au rejet des conclusions de l’appelant.

 

             
Par réplique du 3 juillet 2023, l’appelant a maintenu les conclusions de son appel. 

 

             
g) Par
courriel du 13 juillet 2023, la Dre [...], pédiatre de K.________, a fait part de ses observations
ensuite d’une consultation avec l’enfant le jour-même. 

 

             
h) Le
14 juillet 2023, le conseil de l’appelant a transmis à la juge de céans un courrier qu’il
avait fait parvenir le même jour au conseil de l’appelante contenant plusieurs critiques à
l’encontre du comportement de celle-ci. 

 

             
Le 27 juillet 2023, le conseil de l’appelante a contesté les éléments relatés
dans le courrier du 14 juillet 2023. 

 

             
i) Le
2 août 2023, l’appelante s’est déterminée sur les observations transmises
par la Dre [...]. 

 

             
Le 3 août 2023, l’appelant s’est prononcé sur ledit rapport et a confirmé
en particulier qu’il se rend aux rendez-vous médicaux de sa fille au motif que l’appelante
ne lui transmettrait pas d’informations régulières sur l’état de santé
de K.________. 

             
j) Par
réponse du 17 août 2023, l’appelant a conclu au rejet des conclusions prises par l’appelante.

 

             
A l’audience d’appel du 4 septembre 2023, les parties, assistées de leur conseil respectif,
ont été entendues. A cette occasion, l’appelante a déposé des déterminations
sur la réponse précitée. La juge de céans a confirmé son refus d’ordonner
la production des dossiers pénaux requise par l’appelante et a clos l’instruction.

 

             
Le conseil de l’appelant et le conseil de l’appelante ont produit leur liste d’opérations
les 6 et 8 septembre 2023 respectivement.

             

 

C.             
La juge unique retient les faits pertinents suivants, sur la base de l’ordonnance complétée
par les pièces du dossier :

 

1.             
L’appelant, né [...] le [...] 1984,
de nationalité [...], et l’appelante, née le [...] 1985, de nationalité [...], se
sont mariés le [...] 2018, à [...]. 

 

             
Une enfant est issue de cette union : K.________, née le [...] 2019. 

 

2.
              Les
parties vivent séparées depuis le 18 juin 2020. Les modalités de prise en charge de K.________
ont fait l'objet de plusieurs ordonnances de mesures superprovisionnelles et ont nécessité
l'intervention de divers professionnels en matière de protection de l'enfant. 

 

3.             
a) Par ordonnance de mesures superprovisionnelles
du 28 janvier 2021, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de La Côte a autorisé
les parties à vivre séparées, a fixé le lieu de résidence de l'enfant au domicile
de sa mère, qui en exercerait la garde de fait, et a suspendu le droit de visite du père. 

 

             
b) A l'audience du 15 mars 2021, les parties ont
signé une convention partielle, ratifiée séance tenante par la vice-présidente pour
valoir prononcé partiel de mesures protectrices de l'union conjugale, par laquelle elles sont notamment
convenues de vivre séparées pour une durée indéterminée, la séparation
effective datant du 18 juin 2020 (I), et de confier la garde de l'enfant à la mère (II). En
ce qui concerne les relations personnelles entre le père et l'enfant, les parties ont prévu
ce qui suit : 

             

             
              III.M.V.________
bénéficiera sur sa fille d’un droit de visite à exercer progressivement tous les
samedis de 11h00 à 17h00, le père allant chercher l’enfant au marché à [...]
et la ramenant chez sa mère, étant précisé que le samedi 3 avril 2021 l’enfant
restera auprès de sa mère. Il aura aussi sa fille auprès de lui tous les mercredis de
la sortie de la crèche à 17h00 jusqu’à 20h00 dès le 17 mars 2021, le père
ramenant l’enfant chez sa mère. Le lundi 12 avril 2021, les parties se rendront ensemble
au rendez-vous chez le pédiatre à 11h00, l’enfant restera ensuite avec son père
jusqu’à 17h30 et le père la ramenant chez sa mère. L’enfant sera en outre
auprès de son père le lundi 19 avril 2021 après sa sieste de l’après-midi
jusqu’à 20h00, le père allant la chercher chez la mère et l’y ramenant.

             
              Le jour de l’anniversaire
de K.________ les parties iront la chercher ensemble à la crèche afin de passer un moment ensemble. 

 

             
c) Par ordonnance de mesures superprovisionnelles
du 26 avril 2021, la vice-présidente a notamment fixé les modalités du droit de visite
du père sur sa fille, révoquant le chiffre III de la convention du 15 mars 2021 et a confié
à l’UEMS un mandat d’évaluation avec pour mission d’examiner les conditions
de vie de l’enfant auprès de chacun de ses parents et de former toutes propositions utiles
s’agissant de l’exercice du droit de visite, respectivement de la mise en œuvre d’une
garde alternée, conformément à l’accord des parties.

 

             
d)
Par ordonnance de mesures superprovisionnelles du 27 avril 2021, la vice-présidente a rejeté
la requête déposée le même jour par l'appelante tendant à la suppression du
droit de visite du père et a exhorté les parties à prendre de la distance et à se
comporter toutes deux de manière digne dans l’intérêt bien compris de leur fille.

 

4.             
a) Ensuite de divers échanges de courriers,
le 9 juillet 2021, la vice-présidente a notamment exhorté une nouvelle fois l'appelant à
adopter une attitude pacifique et à s’abstenir de tout propos déplacé lorsque l’enfant
est chez lui. Elle lui a également rappelé que le droit de visite avait été prévu
de telle sorte à ce qu’il puisse passer des moments privilégiés avec sa fille, à
une fréquence relativement haute, ainsi qu’il l’avait souhaité, et qu’il
ne saurait être question d’utiliser ces moments pour placer K.________ au cœur du conflit
parental dont elle devait impérativement être épargnée, au risque de voir la fréquence
des visites diminuer.

 

             
Durant l’été 2021, les conseils
des parties ont encore à de nombreuses reprises interpellé l'autorité précédente
afin de l’informer de divers événements intervenus entre les parties en particulier lors
du passage de l’enfant. Il est précisé que chaque récit des événements
est, presque systématiquement, contesté par la partie adverse.

 

             
b) Par ordonnance
de mesures superprovisionnelles rendue le 20 août 2021, le Président du Tribunal d'arrondissement
de La Côte a considéré que l'appelante avait rendu vraisemblable que son époux s’était
montré agressif verbalement et injurieux à son endroit lors du passage de l’enfant et
en sa présence, et a dit que dans l’attente des résultats de l’enquête de
l'UEMS, l’intérêt de K.________ à être protégée de nouveaux débordements
nécessitait de restreindre les visites du père, qui auraient lieu désormais dans le cadre
surveillé du Point Rencontre, deux fois par mois, pour une durée maximale de deux heures, à
l’intérieur des locaux exclusivement, en fonction du calendrier d’ouverture et conformément
au règlement et aux principes de fonctionnement de Point Rencontre.

 

5.             
a) Le 2 septembre
2021, l’UEMS a déposé un rapport préliminaire dans lequel elle a relevé que
les inquiétudes de l'appelante se centraient sur la difficulté des passages de l’enfant
ainsi que sur la possible instrumentalisation de K.________ par son père, alors que ce dernier avait
relevé l’implication de sa belle-famille dans la séparation du couple et avait exprimé
le sentiment que son avis n’était plus pris en compte dans les décisions prises par son
épouse pour l’enfant, qui ne lui laissait pas sa place de père. L’UEMS proposait
d’ordonner un travail de coparentalité auprès des Boréales, d’autant plus
que les parties avaient adhéré à cette démarche. Elle indiquait encore que la mise
en place d’autres mesures provisoires en faveur de l’enfant ne semblait pour l’instant
pas nécessaire.

 

             
b) Par lettre du 5
octobre 2021, l'appelante a informé la juge de première instance que le passage de K.________
au sein du Point Rencontre lors du week-end précédent s’était déroulé
de manière catastrophique. Elle a en outre indiqué avoir demandé au Point Rencontre la
mise en place d’un battement de dix minutes entre les arrivées et les départs de chaque
parent, ce que cette institution avait accepté.

 

             
Au sujet de ce passage, les versions des parties
sont concordantes sur le fait que la sœur de l'appelante l’a accompagnée, ce qui a provoqué
la colère de l’appelant. En effet, selon ce dernier, la présence de sa belle-sœur
a été ressentie comme de la provocation, alors que, selon l'appelante, le battement de dix
minutes aurait dû lui permettre de partir du Point Rencontre avec sa sœur avec laquelle elle
entendait passer le temps de la visite au marché de [...].

             

6.             
a) Lors de l'audience du 8 octobre 2021, les parties,
ainsi que T.________, responsable de mandats d'évaluation auprès de l'UEMS, ont été
entendues. 

             
Lors de cette audience, les parties ont signé une convention partielle, ratifiée sur le siège
par la vice-présidente pour valoir prononcé partiel de mesures protectrices de l'union conjugale,
par laquelle elles sont notamment convenues de débuter une thérapie familiale auprès de
la Clinique de la Famille à Genève, laquelle aurait pour but de travailler sur la coparentalité
et de rétablir un canal de communication serein entre les parents dans l'intérêt de l'enfant
(I), de mettre en œuvre des visites médiatisées auprès de cette clinique, selon les
modalités qui seraient décidées par celle-ci (II), ainsi que de communiquer uniquement
par courriel au sujet de l'enfant, la mère devant envoyer au père quelques informations deux
fois par semaine, une fois après les trois jours de crèche et une fois en fin de semaine, et
l'informer de tout événement inhabituel au sujet de leur fille, notamment sur son état
de santé. Elles ont en outre prévu qu'en fonction de la décision qui serait rendue, le
père transmettrait également des informations sur le déroulement du droit de visite à
la mère, indiquant à celle-ci le vendredi soit si elle devrait préparer à manger
pour l'enfant le samedi midi (III). 

 

             
b)
Par ordonnance de
mesures superprovisionnelles du 11 octobre 2021, la vice-présidente a dit qu’en sus des visites
médiatisées auprès de la Clinique de la Famille à Genève, le droit aux relations
personnelles de l'appelant sur sa fille s’exercerait par l’intermédiaire de Point Rencontre,
deux fois par mois, dès et y compris la prochaine visite et pour trois fois, pour une durée
maximale de trois heures, avec l’autorisation de sortir des locaux, puis pour une durée de
six heures, avec l’autorisation de sortir des locaux, en fonction du calendrier d’ouverture
et conformément au règlement et aux principes de fonctionnement de Point Rencontre, qui sont
obligatoires pour les deux parents, étant précisé qu’un battement de dix minutes
entre les arrivées et les départs devait perdurer en l’état, et a enjoint aux parties
de se rendre seules aux visites ainsi que d’éviter de dévaloriser l’autre parent
en présence de l’enfant.

 

             
c)
Le 10 novembre 2021, ensuite de différents échanges de courriers entre les parties, respectivement
entre leurs conseils, la vice-présidente a, dans l’optique du rétablissement d’une
communication adéquate entre les parents, formellement exhorté les parties à respecter
scrupuleusement la teneur du chiffre III de la convention ratifiée lors de l’audience du 8
octobre 2021 et à s’abstenir de toute démarche chicanière à l’encontre
de l’autre. Elle a également relevé que les décisions antérieures ne contenaient
aucune restriction à l’autorité parentale de l’appelant, lequel pouvait donc, au
même titre que l'appelante, demander et obtenir des informations concernant sa fille auprès
des différents intervenants.

 

             
Dans le courant du mois de décembre, les parties sont parvenues à s’entendre sur des
modalités d’une visite afin que l’enfant puisse passer quelques heures auprès de
son père pour Noël.

 

7.             
L'UEMS a déposé son rapport d’évaluation le 30 décembre 2021, concluant au
maintien du droit de visite de l'appelant au Point Rencontre, selon les modalités fixées par
la vice-présidente le 11 octobre 2021, le temps que le travail en coparentalité à la Clinique
de la Famille permette une meilleure communication entre les parents et un éventuel élargissement
du droit de visite, et à l'instauration d'un mandat de curatelle au sens de l’art. 308 al.
1 CC à la DGEJ.

 

             
Le chapitre « Synthèse et discussion » de ce rapport a la teneur suivante :

 

« Durant
notre évaluation nous avons rencontré deux parents collaborants et soucieux du bien-être
de leur enfant. Cependant, ils se rejettent mutuellement la faute dessus, s’agissant notamment
de la prise de poids de K.________. Durant nos échanges, nous avons pu observer des parents très
fragilisés par la situation, notamment Monsieur, qui semble très touché par la séparation
et la situation qui en découle. En automne 2021, il nous a même fait part d’envie de
suicide suite à la suspension de son droit de visite. Madame a exprimé beaucoup d’angoisses
en rapport avec le droit de visite de Monsieur.

 

Il
nous est apparu que la situation n’a eu de cesse de se détériorer au fil de ces derniers
mois et le conflit parental ne fait que croître. De cela découle une communication catastrophique,
comme le montre les nombreux échanges par avocats interposés. Malgré une convention signée
par les deux parties en octobre 2021 à ce sujet, la situation ne s’est pas apaisée, tout
étant source de conflit. En lien avec cette problématique, chaque parent a relevé les
tensions prégnantes lors du passage de l’enfant, qui se fait désormais de manière
décalée au Point Rencontre, afin qu’ils ne se croisent pas.

 

Cette
situation a un impact prégnant sur le bon développement de K.________, et qui est déjà
observable. Cette dernière semble se réfugier dans la nourriture et présente des difficultés
liées à l’endormissement que les professionnelles relient au conflit parental. La pédopsychiatre
relève même que K.________ n’est pas assez préservée dudit conflit. Bien qu’actuellement,
elle présente de bonnes ressources et se montre majoritairement résiliente face à la situation,
cela ne peut durer plus longtemps. Il en va du bon développement de l’enfant que le travail
en coparentalité soit investi par Madame et Monsieur afin de pouvoir communiquer de manière
sereine et pacifique pour leur fille. Celle-ci étant encore très jeune, nous rappelons aux
parents qu’ils seront amenés, pour encore de nombreuses années, à devoir prendre
des décisions communes pour leur fille et qu’il est de leur devoir de préserver leur
enfant du conflit parental en parvenant à exercer a
minima une coparentalité soucieuse du bien-être
de leur fille.

 

Il
nous semble dès lors plus que nécessaire que le travail en coparentalité initié au
sein de la Clinique de la famille puisse avancer et donner des résultats avant de prendre la moindre
décision quant aux modalités de la garde et du droit de visite sur K.________. Chaque parent
s’est montré favorable à ce travail qui vient de débuter et semble s’y investir.
Par ailleurs, les visites médiatisées avec un-e thérapeute au sein de la même structure
pourront aider Monsieur à séparer ses souffrances de son temps avec K.________ et à poser
un cadre clair à cette dernière, ce qui semble parfois difficile.

 

Bien
que les parents se montrent collaborants, leurs difficultés à communiquer mettent en danger
le bien-être de leur enfant. De nombreux désaccords sur la prise en charge de K.________ sont
apparus durant notre évaluation, notamment au sujet des activités auxquelles l’inscrire
(natation, piano, escalade ou grimpe) ou encore sur le fait que Monsieur souhaite l’inscrire à
la Mensa Children,
une association internationale pour les personnes avec un QI supérieur à la moyenne, ce avec
quoi Madame est en total désaccord. Au vu de la détérioration de la situation, une curatelle
d’assistance éducative nous semble nécessaire afin de guider les parents dans leur rôle
et proposer toute autre mesure si cela venait à s’avérer nécessaire dans l’intérêt
de l’enfant. Par ailleurs, le curateur pourra également renseigner votre Autorité si,
le cas échéant, une expertise pédopsychiatrique était nécessaire. » 

 

             
Les parties se sont déterminées sur ce rapport par courriers du 31 janvier 2022, l'appelante
confirmant son accord avec les conclusions dudit rapport et l'appelant relevant qu'aucun élément
dans ce rapport n’indiquait les raisons pour lesquelles un élargissement du droit de visite
ne pourrait pas s’appliquer en l’espèce.

 

8.             
a)
Une nouvelle audience a été tenue le 11 février 2022 en présence des parties et de
leur conseil. A la suite de cette audience, les parties, par l'intermédiaire de leur conseil, ont
adressé de nouveaux courriers à la vice-présidente lui exposant chacune leur version des
conflits qui les opposent, notamment en ce qui concerne le déroulement du rendez-vous de leur fille
chez l'endocrinologue, ou encore l'inscription de l'enfant à la gymnastique et à la crèche
pour la rentrée scolaire. 

 

             
b) Par
courrier du 31 mars 2022, l’UEMS a informé la juge de première instance avoir été
contactée par téléphone et par courriel par les parties, ainsi qu’avoir reçu
copie des échanges de leurs conseils. L’UEMS a relevé qu’au vu de ces échanges,
aucune amélioration s’agissant de l’entente parentale relative à la prise en charge
de l’enfant ne pouvait être constatée et s’est inquiétée des conséquences
sur l’enfant. Ainsi, l’UEMS a réitéré sa proposition de confier à la
DGEJ, dans les plus brefs délais, un mandat de curatelle d’assistance éducative au sens
de l’art. 308 al. 1 CC, afin que les parents disposent d’un interlocuteur qui veille au bon
développement de l’enfant. 

 

             
Par avis des 1er
et 8 avril 2022, la présidente a confié à l’ORPM un mandat de curatelle d’assistance
éducative au sens de l’art. 308 al. 1 CC, concernant l’enfant et a désigné
Z.________Mundler, assistante sociale, en qualité de curatrice de l’enfant.

 

             
Par ordonnance de mesures superprovisionnelles du 7 avril 2022, la vice-présidente a dû trancher
le droit de visite de l’appelant sur sa fille lors de l’anniversaire de celle-ci.

 

             
c) Par
courrier du 21 avril 2022 adressé au Conseil de la magistrature du Canton de Fribourg, l’appelant
a accusé [...], sœur de l’appelante et magistrate à Fribourg, d’avoir fait
un témoignage « trompeur et mensonger » auprès du juge en charge de sa
séparation. [...] a porté plainte contre le contenu de cette correspondance le 29 juillet
2022. Entendu par le Procureur du Ministère Public de l’arrondissement de La Côte à
ce sujet, l’appelant a expliqué avoir agi de la sorte pour que [...] « arrête
d’interférer dans la justice » et d’utiliser « son poste de juge
pour donner une mauvaise idée à la justice de Nyon sur [son] profil ». La procédure
pénale est en cours.

 

9.             
a)
Le 10 mai 2022, l'appelante a déposé une nouvelle requête de mesures superprovisionnelles
et de mesures protectrices de l’union conjugale tendant en particulier à la suspension du
droit de visite de l’appelant et à la mise en place d’une interdiction de périmètre
autour de son domicile et de sa personne, ainsi qu’à une interdiction de prise de contact
avec elle. 

 

             
Dans ses déterminations du 11 mai 2022, l’appelant a conclu à ce qu’il soit fait
interdiction à l'appelante de mettre l’enfant en présence d’un dénommé
« F.________ », qui serait une connaissance de l’appelante, pour des raisons
développées ci-dessous et à ce qu’elle soit astreinte à entreprendre une thérapie
familiale et à lui donner régulièrement des nouvelles sur la santé et le bien-être
de l’enfant.

 

             
Par ordonnance de mesures superprovisionnelles du 11 mai 2022, la présidente a rejeté les conclusions
superprovisionnelles prises le 10 mai 2022 par l'appelante, lui interdisant de mettre l'enfant au contact
du prénommé « F.________ », directement ou indirectement, tant que durerait
l’enquête qui serait ouverte par le Ministère public. 

 

             
b)
Par courrier du 12 mai 2022, le Point Rencontre a informé l'appelant qu'il suspendait provisoirement
les visites compte tenu de son non-respect du cadre fixé, en particulier des horaires imposés,
et lui a proposé un entretien le 
31
mai 2022 afin de pouvoir reprendre avec lui les conditions indispensables à la reprise des visites.

 

10.             
a)
Le 12 mai 2022, le CAN Team du CHUV a adressé à la DGEJ un signalement d’un mineur en
danger dans son développement. Ce signalement portait sur les événements qui s’étaient
déroulés le week-end du 7 au 8 mai 2022 à l’Hôpital de l’Enfance de Lausanne,
l'appelant ayant amené sa fille le soir du 7 mai 2022 aux urgences pour suspicion d'attouchements
à caractère sexuel de la part du dénommé « [...]». Il ressort de ce
document notamment ce qui suit : 

 

« Pour
remonter aux derniers événements, l’après-midi du 07.05.2022, alors qu’elle
est avec son père, K.________ aurait déclaré avoir « mal aux fesses ».
Le père enregistre alors une dizaine de vidéos où il interroge sa fillette avec insistance
en demandant qui l’a touchée et à quel endroit. Ces enregistrements ont été
montrés aux médecins de l’Hôpital de l’Enfance ainsi qu’à la police.
La fillette répond « F.________ », avec une voix de plus en plus faible d’une
vidéo à l’autre, l’air gênée par cette insistance. Lors de cet enregistrement,
le père lui demande aussi si elle a été touchée devant ou derrière une bonne
dizaine de fois. Le père a ensuite amené K.________ directement à l’HEL, sans en
avertir la mère qui entretemps a patienté 40 minutes au Point Rencontre en s’inquiétant.
Finalement le père appelle la police et la mère pour l’avertir que K.________ est à
l’HEL, mais sans lui dire ce qu’il se passe. La mère se rend ensuite à l’HEL.
Le père et la mère se voient en salle d’attente et s’agressent verbalement.

 

La
police prend la déposition du père à l’HEL. Le père est très agité
et en pleurs. Entretemps nous discutons avec la mère et le beau-père de la mère qui nous
disent que les derniers contacts entre K.________ et ce Monsieur « F.________ » datent
du 26 avril (2 semaines auparavant) en vacances aux Diablerets.

 

Nous
examinons ensuite K.________ en présence de sa mère. La fillette a un comportement absolument
normal, elle parle bien et est joyeuse, ouverte et confiante. L’examen clinique ne révèle
rien de suspect, y compris au niveau de la vulve, on note seulement 2 ecchymoses sur la face antérieure
de la jambe et sur le pied gauche, lésions qui ne sont pas suggestives de maltraitance et parfaitement
expliquées par la mère.

 

Après
de longues discussions, il est décidé conjointement entre le chef de la police, la garde de
la DGEJ (appelée par la mère) et nous-mêmes que la fillette devra rester en « milieu
neutre » pour la nuit, sans accompagnement parental.

 

Le
lendemain matin le 08.05.2022, le père est entendu par la Brigade des Mœurs puis revient à
l’HEL en réclamant de voir sa fille. Un téléphone à la garde de la DGEJ (Madame
[...]) permet de définir que le père peut dire au revoir à sa fille et se doit ensuite
de partir immédiatement, puisqu’il est prévu que [...] rentre à la maison avec sa
mère, avec la garantie que pour l’instant elle ne reverra pas Monsieur « F.________ ».

 

Malgré
ces consignes, le père tente alors de s’enfuir de l’HEL avec sa fille dans les bras.
L’équipe soignante a pu, in
extremis, l’intercepter et a dû le
retenir physiquement en bloquant la porte et en le saisissant par le bras. Malheureusement, Monsieur
se débat et secoue violemment sa fille (involontairement) en tentant de se dégager. L’équipe
a dû rappeler la police en urgence. Le père agresse alors verbalement le personnel soignant.
La fillette est en pleurs. L’arrivée rapide de la police a pu calmer la situation, et après
quelques minutes le père donne sa fille à l’infirmier en essayant de la rassurer avant
de s’en aller, accompagné des deux policiers.

 

Finalement
la mère vient rechercher sa fille qui se montre heureuse de la retrouver. Nous conseillons à
la mère de demander un soutien pédopsychiatrique pour sa fille durant la semaine (elle a un
suivi pédiatrique et pédopsychiatrique régulier. Pédiatre Dre P. [...] à [...].
Pédopsychiatre Dre A. [...] à [...]), madame nous a informé le 11.05 qu’un rendez-vous
est prévu pour le 13.05.22 chez la Dre [...]. »

 

             
Pour conclure, le signalement précise que
ces événements révèlent une détresse psychologique importante chez l'appelant,
un conflit parental majeur et un risque d’instrumentalisation de l'enfant, les intervenants se
posant la question de la mise en œuvre d'une expertise pédopsychiatrique pour la fillette afin
d’évaluer le lien parent-enfant et le soutien nécessaire pour protéger leur fille
de ce type d’événement violent.

 

             
b) Entendu
à cet égard le 6 juillet 2023 par le Procureur du Ministère public de l’arrondissement
de La Côte, l’intimé a contesté le déroulement des événements tels
que décrits par le CAN Team du CHUV et par la police et a relevé que sa version des faits ne
figurait pas dans leur compte-rendu. Il a admis avoir refusé de partir de l’hôpital en
tenant sa fille contre lui tant qu’on ne lui assurait pas que la justice interdirait à « [...]»
de voir sa fille mais a assuré qu’il n’avait pas cherché à quitter l’établissement.
Il a affirmé avoir lui aussi appelé la police lors des événements. Il a soutenu être
retourné au CHUV le lendemain parce qu’il s’inquiétait pour sa fille, en particulier
que son épouse la manipule. Il a également sous-entendu que la famille de l’appelante
aurait des contacts avec des membres du CAN Team du CHUV. 

 

             
c)
Le 25 mai 2022, les parties ont toutes deux déposé des déterminations sur les écritures
adverses, ainsi que sur le signalement du CAN Team. Elles se sont également toutes deux déclarées
favorables à la mise en œuvre d’une expertise pédopsychiatrique. 

             

11.             
a) Une nouvelle audience s’est tenue le
1er
juin 2022 lors de laquelle les parties, assistées de leur conseil, ainsi qu’Z.________, assistante
sociale auprès de la DGEJ et curatrice de l’enfant, ont été entendues.

 

             
La curatrice a notamment expliqué que compte tenu des derniers éléments, le mandat tel
qu'il lui avait été confié ne pouvait pas être exercé dans la mesure où
le signalement allait changer la manière de travailler. Elle a également informé la vice-présidente
que le Point Rencontre acceptait la reprise des visites. Elle a ainsi recommandé des visites de
deux heures uniquement à l'intérieur des locaux, précisant qu'elle allait contacter les
structures Espace Contact et le Coteau afin d'établir le moyen le plus adapté pour le droit
de visite. Elle a en outre insisté sur la nécessité d'un travail de coparentalité
auprès des Boréales. La curatrice a enfin déclaré qu'elle allait déposer un
bref rapport à l'issue de l'évaluation du signalement et définir s'il était nécessaire
d'élargir la curatelle. 

 

             
Lors de cette audience, les parties ont signé
une convention, ratifiée séance tenante par la présidente pour valoir prononcé partiel
de mesures protectrices de l’union conjugale, dans laquelle elles se sont entendues pour cesser
le travail de coparentalité initié auprès de la Clinique de la Famille, ainsi que pour
débuter un travail de coparentalité auprès des Boréales, chacune d’elle s’engageant
à prendre contact avec cette institution dans les meilleurs délais. En outre, elles sont convenues
de mettre en œuvre une expertise pédopsychiatrique et se répartir les frais par moitié.

 

             
b) Par
ordonnance de mesures superprovisionnelles du 2 juin 2022, la vice-présidente a notamment dit qu’à
titre provisoire et jusqu’à droit connu sur l’évaluation du signalement, le droit
de visite du père sur K.________ s’exercerait, dès que cette prestation aurait pu être
mise en œuvre, par l’intermédiaire d’Espace Contact, pour des visites médiatisées,
selon les modalités et aux conditions qui seraient définies par Espace Contact (I) et que dans
l’attente de ce droit de visite médiatisé, le droit de visite du père s’exercerait
provisoirement par l’intermédiaire du Point Rencontre, à raison de deux fois par mois,
pour une durée maximale de deux heures, à l’intérieur des locaux exclusivement,
dès et y compris le 4 juin 2022 (II).

 

             
c)
Par lettre du même jour, l'appelante a informé la juge de première instance que l’appelant
s’était rendu à la crèche, la veille en fin de journée, afin de voir K.________.

 

             
Le 3 juin 2022, la vice-présidente a rappelé au père qu’il était tenu de respecter
scrupuleusement le droit de visite tel que fixé par l’ordonnance de mesures superprovisionnelles
du 2 juin 2022.

 

12.             
Par courrier du 6 septembre 2022, la vice-présidente a formellement mis en œuvre l’expertise
pédopsychiatrique et a imparti un délai au 31 janvier 2023 au DrN.________ – médecin
suggéré par les parties – pour déposer son rapport.

 

13.             
a)
Le 13 septembre 2022, la DGEJ a informé la
vice-présidente de la décision des Boréales de ne pas entrer en matière sur le travail
de coparentalité convenu entre les parties lors de l’audience du 1er
juin 2022 compte tenu de la mise en œuvre de l’expertise pédopsychiatrique et du fait
que les thérapeutes de cette structure préconisaient d’attendre les conclusions de celle-ci
avant d’entamer un tel suivi.

 

             
b) Par
courrier du 25 novembre 2022, la DGEJ a fait état de la situation en lien avec la mise en œuvre
des visites auprès d’Espace Contact. Elle a indiqué que l'enfant et la mère avaient
été accueillies par les intervenants d’Espace Contact en date du 21 novembre 2022 et
que l’enfant semblait avoir investi positivement les locaux et se montrait déjà en confiance
avec eux. Il apparaissait que cette structure était particulièrement adaptée au vu de
la situation, alors que le Point Rencontre, en raison de son organisation, ne semblait pas être
en mesure de préserver l'enfant adéquatement du conflit parental. La DGEJ a proposé un
calendrier aux parties afin de débuter les trois premières visites rapidement (12 décembre
2022, 9 janvier 2023 et 19 janvier 2023).

 

             
c) Par
courriel du 9 décembre 2022, en réponse à une demande de l’appelante de partir en
vacances avec sa fille pendant quelques jours aux Pays-Bas chez un couple d’amis de confession
juive, l’appelant a indiqué en substance que la Syrie – dont il est originaire –
a une histoire complexe avec Israël et que K.________, musulmane, devait être tenue à
l’écart de ces sujets. 

 

             
d) Par
courrier du 15 décembre 2022, la DGEJ a indiqué que les demandes incessantes des parties dans
ce dossier devançaient et entravaient parfois la mise en place des différents outils à
sa disposition. Elle a exposé qu’une première visite à Espace Contact avait eu lieu
et qu’elle s’était bien passée. Dès lors que les visites auprès de cette
structure avaient débuté, les visites auprès du Point Rencontre allaient cesser compte
tenu du fait que ces deux structures n’étaient pas compatibles. 

 

             
De nombreux et longs échanges de courriers sont ensuite intervenus entre les parties, l'appelant
se plaignant notamment des comptes-rendus de la mère sur l'enfant qui seraient lacunaires et ne
donneraient pas suffisamment d’informations sur le suivi médical de K.________ dans le cadre
du traitement concernant son problème de croissance.

 

14.             
Le 19 décembre 2022, le Point Rencontre a confirmé que les visites auprès de cette structure
n’étaient désormais plus planifiées dès ce jour et que le dossier allait être
clôturé puisqu’Espace Contact avait pris le relais. 

 

15.             
a) Le 17 janvier 2023, l'expert a rendu son rapport.
Il ressort notamment de ce rapport les éléments suivants : 

 

 

« 8.
CONSIDERATIONS, REPONSES AUX QUESTIONS, ET RECOMMANDATIONS

             

Quelle
qu’ait été la qualité des relations conjugales avant leur séparation, il est
indéniable que celles-ci ont très fortement péjoré suite à leur séparation
effective en juin 2020 et ont atteint la cote d’une très haute conflictualité caractérisée
à la fois par les postures hostiles de Mme B.V.________ et de M.M.V.________ l’un vis-à-vis
de l’autre et par le fait que cette conflictualité prend l’enfant K.________ en étau
avec, à terme, des conséquences potentiellement très dommageables sur son développement.

 

Si
les attitudes des parents l’un envers l’autre sont ce qu’elles sont, MmeB.V.________
et M. M.V.________ professant chacun aimer et vouloir le bien de l’enfant et affirmant que l’autre
nuit de différentes manières non seulement à l’enfant mais à la relation que
l’autre parent pourrait raisonnablement construire avec lui, du point de vue de l’enfant
K.________, l’attachement positif aux deux parents et ses attentes émotionnelles partagées
sont évidentes et plaident en faveur d’arrangements des relations personnelles moins déséquilibrés
qu’à l’heure actuelle.

 

Dans
cette perspective, il est important de cerner quels sont les ajustements et les interventions qui pourraient
favoriser le développement harmonieux aussi pérenne que possible de l’enfant. En ce sens,
nous préconisons la mise en place rapide d’un suivi spécialisé par des professionnels
chevronnés du Centre de consultation les Boréales au CHUV. L’un des objectifs premiers
sera de soutenir les parents dans l’examen de leurs attitudes hostiles l’un envers l’autre
et de réduire leurs accusations croisées d’inaptitude parentale. Si une infime portion
de ces reproches étaient réelles, l’enfant K.________ porterait des stigmates multiples
et visibles de ces dysfonctionnements, ce qui n’est heureusement pas le cas – pour le moment
– du fait notamment de son jeune âge et des ressources psychiques importantes de résilience
de l’enfant. A terme, il faudra espérer que tant Mme B.V.________ que M. M.V.________ pourront
valoriser un tant soit peu des dimensions de l’autre parent aux yeux de l’enfant K.________.

 

Nous
estimons que le régime des visites en milieu surveillé au Point Rencontre ne répond pas
au besoin de l’enfant K.________ de pouvoir se déployer socialement et psychologiquement dans
une relation positive avec M. M.V.________ et son entourage familial. L’assouplissement du dispositif
des visites doit être progressif et soutenu de manière rapprochée par les professionnels
socioéducatifs impliqués. Si cette évolution est positive, nous n’anticipons pas
de réserve particulière à la possibilité que M. M.V.________ puisse bénéficier
de relations personnelles étendues et substantielles.

 

Ce
qui nous paraît par contre essentiel est la poursuite du suivi social des relations personnelles
sous la forme d’une curatelle acérée. Celle-ci pourrait contribuer à déterminer
les modalités pratiques de prise en charge de manière aussi détaillée que possible
par écrit sous forme d’un Accord parental, des clauses supplémentaires pouvant être
ajoutées en fonction des circonstances, sans pour autant agiter en permanence l’appareil judiciaire.
L’accord préciserait de manière minutieuse les modalités de communication entre
les parents et les paramètres exacts de transmission de l’enfant pour que l’enfant K.________
puisse jouir des relations personnelles avec M. M.V.________ et transiter de manière apaisée
dans les deux directions être Mme B.V.________ et M.M.V.________. Cet accord devrait aussi comporter
par exemple des précisions sur les responsabilités de chaque parent quant au suivi médical
important et régulier qui est exigé pour que l’enfant [...] puisse rejoindre des courbes
de poids et de taille dans la norme. Il devrait également être spécifié sous quelle
forme et à quelle fréquence l’un et l’autre parent maintient des contacts avec
les professionnelles impliquées dans le suivi de l’enfant K.________, ceci à la fois
pour s’assurer que Mme B.V.________ et M. M.V.________ puissent s’approprier les suivis dans
l’intérêt de leur fille, mais aussi pour éviter que les professionnelles soient
noyées de demandes et courent le risque d’être instrumentalisées dans des disputes
parentales.

 

Nos
observations font apparaître que Mme B.V.________ et M. M.V.________ sont l’un et l’autre
attentifs, et chacun de manière complémentaire, aux besoins de l’enfant K.________ et
souhaitent lui transmettre les valeurs qui leur sont propres. Ces différences sont naturelles, et
pour autant qu’elles sont réciproquement valorisées, profitent à l’enfant
dont l’héritage est résolument biculturel. Sur ces questions, comme le poids apporté
aux éléments culturels, éducatifs, religieux, etc., de chaque parent, les sensibilités
diffèrent parfois beaucoup et il est essentiel que les inquiétudes et les reproches éventuels
soient réglés autant que possible de manière ouverte par le dialogue en présence
de tiers médiateurs. Le bon sens dicterait que l’enfant K.________ soit exposée avec
délicatesse à la richesse des styles éducatifs de chaque parent, lui laissant avec le
temps la capacité de forger sa propre trajectoire. Cela exige de la retenue de la part de chaque
parent, sachant les efforts de trop formater un enfant en décalage à la globalité de son
milieu ambiant et des influences multiples qu’il subit court souvent le risque d’échouer
à mesure que l’enfant mature et se construit lui-même de plus en plus. Dans le contexte
actuel de conflit intense et judiciarisé, l’illusion d’agir et de marquer des points
aura peu d’effet sur le long terme.

 

Dans
cette veine, l’une des dimensions psychologiques que Mme B.V.________ et 
M.
M.V.________ doivent parvenir à intégrer est celui de différencier leurs propres besoins
de ceux de l’enfant K.________. Au-delà de professer chacun aimer l’enfant, la responsabilité
parentale exige de profiter de la gratification émotionnelle générée par la relation
parent-enfant, mais avec la réserve que l’enfant ne doit pas assumer un rôle stabilisateur
pour le parent. M. M.V.________ en particulier, mais également dans une certaine mesure Mme B.V.________,
doivent se garder de trop s’appuyer sur l’enfant et d’en faire l’enjeu unique
de leur existence. Le fil de l’existence de chaque parent doit également reprendre indépendamment
de l’enfant sur les plans personnel et individuel, à la fois professionnel, social et relationnel.

 

En
résumé, l’analyse du fonctionnement du couple [...] fait apparaître une situation
de séparation/divorce hautement conflictuelle qui, selon la littérature scientifique dans ce
domaine, rassemble tous les éléments les plus difficiles à gérer sur le plan sociojudiciaire
ou psychothérapeutique (ce que les différents intervenants n’ont pu que constater jusqu’à
présent). Il s’agit d’un couple « infernal » dont les membres sont
l’un ou l’autre caractérisés à divers degrés par des critères qui
se chevauchent :

 

-
degré élevé de colère et de méfiance,

-
dénigrement de l’autre parent et de ses capacités parentales,

-
difficulté continuelle et même impossibilité à communiquer et à collaborer au
sujet de l’enfant,

-
difficulté à distinguer leurs propres besoins de ceux de l’enfant et de la protéger
de leurs propres fragilités ou troubles émotionnels

-
fragilité psychologique chez l’un ou l’autre parent ou chez les deux,

-
taux élevé de sollicitation du système judiciaire, etc. »

 

             
L'expert a en outre répondu comme il suit aux diverses questions qui lui ont été adressées
par la vice-présidente : 

 

« 1.
Quelle appréciation faites-vous de l’enfant K.________ :

 

par
rapport à son degré de développement?

 

Sur
le plan somatique, l’enfant K.________ est globalement en bonne santé. Néanmoins, elle
présente un retard de croissance important qui la situe bien en-dessous de la courbe normale et
qui fait l’objet d’une thérapeutique hormonale quotidienne par injection qui devrait
être sans effets secondaires par ailleurs. Bien que cette approche soit indiquée et prometteuse
selon la spécialiste suivant l’enfant, du fait de sa mise en route récente, il est encore
trop tôt pour évaluer des résultats tangibles. L’enfant K.________ est également
en situation de surpoids important, indissociable de sa courbe de croissance retardée, actuellement
stabilisée et qui est visé par un programme nutritionnel détaillé sous supervision
médicale.

 

par
rapport à sa santé psychique actuelle ?

 

Au
bénéfice d’échanges avec des professionnelles de qualité au service de K.________
(dont une pédiatre généraliste, une pédiatre endocrinologue, une pédopsychiatre,
ainsi que des spécialistes socioéducatifs) et sur la base de nos propres observations, nous
constatons que l’enfant se développe plutôt harmonieusement sur les plans cognitif, émotionnel
et social. Etant donné le conflit important dans lequel l’enfant K.________ baigne, à
l’instar d’autres professionnels, nous émettons que, d’une part, l’apport
direct tant de Mme B.V.________ que de M. M.V.________ est globalement positif et, d’autre part,
que l’enfant elle-même démontre de belles capacités de résilience. Cette appréciation
porte sur une durée future limitée selon la capacité des parents à trouver un mode
collaboratif autour de K.________.

 

2.
Quelle appréciation faites-vous de la relation de K.________:

 

avec
sa mère?

 

Selon
nos observations et les informations à disposition, la relation entre K.________ et sa mère
est particulièrement positive. L’attitude de l’enfant avec Mme B.V.________ est allègre
et affectueuse. K.________ est confiante et n’a aucune peine à s’éloigner de Mme
B.V.________ et de revenir quelques instants après et se blottir contre elle. Mme B.V.________ garde
un œil bienveillant sur les activités de l’enfant K.________ et n’intervient que
de manière parsemée et appropriée. Nous n’avons nullement observé que Mme B.V.________
projette explicitement ou directement son angoisse sur l’enfant et, lorsqu’elle est confrontée
à cette hypothèse, indique de manière authentique qu’elle gère ses états
intérieurs pesants lorsqu’elle est seule (ou, comme cela nous a été rapporté
par des tiers professionnels, en leur présence). Les informations recueillies auprès des professionnels
sont que Mme B.V.________ est une mère bien plus qu’adéquate qui s’investit beaucoup
pour bien faire.

 

avec
son père?

 

Selon
nos observations et les informations à disposition, la relation entre K.________ et son père
est particulièrement positive. M. M.V.________ témoigne à l’égard de l’enfant
K.________ une affection très expressive à la fois lorsqu’il partage son ressenti hors
de sa présence et surtout lorsqu’il interagit avec l’enfant. Aussi, nos observations
rendent compte d’une attention soutenue entre M. M.V.________ et l’enfant K.________, une
humeur gaie, et une belle complicité fringante. La relation père – fille, en présence
de l’expert, était plus dyadique et encapsulée, plus orientée l’un envers
l’autre que durant la séquence comparable mère-enfant. La relation semble exprimer un
manque qu’il convient de combler avec une certaine urgence ce qui se traduit par une intensité
d’activités et d’échanges affectueux. En raison du dispositif de garde et du régime
des visites qui réduisent les possibilités d’observation par des tiers professionnels,
il est moins aisé de porter une appréciation de la même densité que pour Mme B.V.________.
Toutefois, nous tenons à souligner que l’ensemble des intervenants qui suivent la situation
indiquent que le cœur problématique réside dans le conflit interparental et a
priori aucunement dans l’aptitude paternelle
à s’occuper adéquatement de l’enfant.

 

3.
Quelle appréciation portez-vous sur les compétences et les ressources des père et mère
s’agissant des soins et de l’éducation de K.________ ainsi que sur leur capacité
à favoriser les relations de K.________ avec l’autre parent ?

 

Les
deux parents sont dans des situations très inégales pour apporter une réponse confiante
ce sujet. Sur le plan de la gestion des besoins de l’enfant dans leur globalité, Mme B.V.________
fait la démonstration de fait qu’elle exerce les compétences parentales éducatives
nécessaires au bien-être de l’enfant K.________. Pour M. M.V.________, les observations
réalisées dans le cadre de la présente mission d’expertise, augmenté de l’historique
de ce dossier et des informations provenant de tiers professionnellement impliqués, suggèrent
qu’il est un parent particulièrement attentif aux besoins de l’enfant K.________ et
qu’il n’y a pas de contre-indications majeures, hormis les reproches que lui sont adressées
par Mme B.V.________ (et réciproquement d’ailleurs), pour qu’il puisse exercer une fonction
parentale adéquate. Actuellement, ni Mme B.V.________ ni M. M.V.________ n’expriment des appréciations
positives l’un envers l’autre quant à leurs compétences parentales.

 

4.
Le bien de l’enfant est-il menacé par certaines circonstances ou personnes tierces, respectivement
par certains comportements parentaux lorsque K.________ est avec son père ou sa mère ?

 

Il
est hasardeux de répondre à une question aussi large et ouverte. Il faut en premier lieu relever
que tant Mme B.V.________ que M. M.V.________ mettent en cause leurs capacités parentales défaillantes
respectives en matière de protection de l’enfant K.________, dont dans le domaine de sa sphère
sexuelle (du ressort de la procédure pénale en cours). Par exemple, M. M.V.________ affirme
que Mme B.V.________ expose l’enfant K.________ sans filtre de bienséance à une succession
de compagnons masculins et à l’influence toxique de sa famille remontée contre lui. Mme
B.V.________ estime que M. M.V.________ n’a de cesse que de manipuler l’enfant K.________
à lui faire des reproches qui ne sont pas fondées dans la réalité et elle reproche
par ailleurs à M. M.V.________ de ne pas souscrire avec une diligence suffisante au régime
nutritionnel médicalement prescrit. De manière générale, les temps dévolus à
la passation de l’enfant sont à risque d’enflammer Mme B.V.________ et M. M.V.________,
soit en raison de la présence de tiers, soit parce que ces occasions de rencontre sont susceptibles
de dégénérer en présence de l’enfant K.________.

 

5.
La prise en charge actuelle de K.________, droit de visite et garde, est-elle conforme au bien de l’enfant
ou des ajustements apparaissent-ils nécessaires pour protéger ses intérêts ? Si oui,
lesquels ?

 

Nous
considérons que la prise en charge actuelle de K.________, dans sa globalité, n’est pas
conforme au bien de l’enfant. D’une part, Mme B.V.________ et 
M.
M.V.________ doivent entreprendre conjointement auprès du Service des Boréales une prise en
charge adaptée pour réduire l’intensité du conflit qui les oppose (de loin la principale
source d’inquiétude pour le développement harmonieux future de leur enfant) et à
la fois adapter et préciser dans le détail leurs responsabilités, en tant que parents
séparés tous deux détenteurs de l’autorité parentale, aux besoins de l’enfant
K.________. La question de la garde et du droit de visite est abordée dans la réponse à
la question suivante.

 

6.
Recommandez-vous une nouvelle réglementation de la garde, respectivement du droit de visite ? Si
oui, laquelle ?

 

Oui.
La réglementation en vigueur durant la période des entretiens expertales, soit des périodes
de visite pour M. M.V.________ au Point Rencontre, n’est pas adaptée aux besoins de l’enfant.
Nous estimons qu’il n’y a aucune contre-indication que, à terme, en fonction d’une
évolution progressive, et selon des modalités de transition déterminées par les professionnelles
actuellement impliquées, que M. M.V.________ bénéficie de relations personnelles plus
élargies, pouvant aller à des périodes substantielles sans surveillance par des tiers.
Il est évident que l’intérêt de l’enfant commande que des relations personnelles
élargies avec son père soient conditionnelles quant à l’adhésion et à
la pratique scrupuleuse des prescriptions médicales tant pour la nutrition que pour le traitement
hormonal en cours. Pour ce qui est de la garde, nous préconisons que l’enfant K.________ bénéficie
pour l’heure d’un lieu de vie privilégié, essentiellement en raison de son âge.
Ce dispositif pourra être revisité à des étapes ultérieures du développement
de l’enfant.

 

7.
Avez-vous d’autres remarques à faire qui seraient importantes pour l’appréciation
de la situation ou d’autres recommandations à formuler ?

 

Il
est impossible d’offrir des prédictions sur la capacité simultanée de MmeB.V.________
et de M. M.V.________ de s’extraire d’un fonctionnement interparental aussi délétère
pour leur enfant. Et même s’ils y parviennent avec l’encouragement ferme de l’autorité
judiciaire, il est fort probable qu’il y ait des flambées conflictuelles. La principale perdante
sera alors l’enfant K.________. Nous formulons également le vœu que Mme B.V.________
et M. M.V.________ évitent une escalade du conflit, par exemple, en s’adressant des accusations
infondées dans la sphère sexuelle de l’autre parent. » 

 

             
b)
Par prononcé du 10 février 2023, la vice-présidente a arrêté le montant des
honoraires dus à l'expert à 14'000 francs.

 

16.             
Le 13 février 2023, l’appelant a déposé des conclusions actualisées dont la
teneur est notamment la suivante :

« 2.             
Instaurer un régime de garde alternée sur l’enfant K.________, née le [...] 2019,
et fixer les modalités à dire de justice.

 

3.             
Subsidiairement à la conclusion n° 2, attribuer à Monsieur M.V.________ un libre et large
droit de visite sur l’enfant K.________, dont les modalités seront fixées à dire
de justice et qui comprendra au minimum :

-
un week-end sur deux ;

-
en alternance avec le week-end où la garde ne s’exercera pas, deux jours par semaine,

-
la moitié des vacances scolaires et des jours fériés.

 

4.             
L’entretien convenable mensuel de l’enfant K.________, née le [...] 2019, est de CHF
1'154.92.-, déduction faite des allocations familiales de CHF 373.35.

 

5.             
Dire que Mme B.V.________ contribuera seule à l’entretien de K.________ tant et aussi longtemps
que M. M.V.________ n’aura pas retrouvé un emploi.

 

6.             
Condamner Mme B.V.________ à verser en main de M. M.V.________, d’avance et par mois, un montant
de CHF 664.- pour contribuer à l’entretien de celui-ci, à compter du prononcé de
l’Ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale. »

 

17.             
Espace Contact a établi un rapport de situation le 15 février 2023, étant précisé
qu'à la date de l’établissement du rapport, trois visites d’une durée d’une
heure avaient pu être mises en place et une quatrième visite était planifiée pour
le 20 février 2023. 

 

             
Sur la base de ces visites, Espace Contact a livré ses conclusions en indiquant que les éducateurs
n’avaient pas observé d’inadéquation majeure de la part du père. En effet,
lorsque ce dernier s’était parfois montré trop insistant auprès de sa fille, en
la serrant contre lui par exemple, cette dernière avait été capable de se faire entendre
par son père et d’exprimer ses besoins. M.V.________ avait alors été en mesure d’ajuster
sa posture et de respecter le rythme et les besoins de sa fille. En outre, l'appelant n’avait pas
exposé sa fille au conflit parental durant les visites, celle-ci ayant semblé prendre du plaisir
à rencontrer son père, en jouant et échangeant avec lui. K.________ avait également
exprimé son envie de le voir plus longuement.

 

             
Espace Contact a enfin précisé que lors du prochain bilan prévu le 23 février
2023, il proposerait la poursuite des visites médiatisées auprès de cette structure, en
augmentant la durée des visites à deux heures, avec la possibilité d’effectuer des
sorties accompagnées à l’extérieur des locaux afin d’élargir ses observations
et de les confirmer le cas échéant.

 

18.             
A l'audience de mesures protectrices de l’union
conjugale du 24 février 2023, l'appelante et Z.________, assistante sociale auprès de
la DGEJ et curatrice de l’enfant, ont été entendues.
A cette occasion, l’appelante a notamment
déposé des conclusions actualisées ayant la teneur suivante :

 

III.                           
M.V.________, né [...], bénéficiera
sur sa fille K.________, née le [...] 2019, d’un droit de visite médiatisé par l’intermédiaire
d’Espace Contact, selon les modalités et aux conditions qui seront définies par Espace
Contact.

 

IV.                           
Les époux [...] sont enjoint à poursuivre
le travail de coparentalité auprès des Boréales au CHUV.

 

V.                            
L’entretien convenable mensuel de l’enfant
K.________, née le [...] 2019, s’élève à CHF 821.50, déduction faite des
allocations familiales par CHF 373.45, pour la période du 1er
avril 2021 au 31 décembre 2021.

 

VI.                           
L’entretien convenable mensuel de l’enfant
K.________, née le [...] 2019, s’élève à CHF 912.55, déduction faite des
allocations familiales par CHF 373.45, du 1er
janvier 2022 au 31 mars 2022.

 

VII.                         
L’entretien convenable mensuel de l’enfant
K.________, née le [...] 2019, s’élève à CHF 1'154.90, déduction faite
des allocations familiales par CHF 373.45, dès le 1er
avril 2022.

 

VIII.                       
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien convenable de l’enfant K.________, née le [...] 2019, par le régulier
versement d’avance le premier de chaque mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle
de CHF 1'961.85, éventuelles allocations familiales non comprises et dues en sus, pour la période
du 1er
avril 2021 au 
31 décembre 2021.

 

IX.                           
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien convenable de l’enfant K.________, née le [...] 2019, par le régulier
versement d’avance le premier de chaque mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle
de CHF 1'575.25, allocations familiales déduites, du 1er
janvier 2022 au 31 mars 2022.

 

X.                            
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien convenable de l’enfant K.________, née le [...] 2019, par le régulier
versement d’avance le premier de chaque mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle
de CHF 1'776.00, allocations familiales déduites, dès le 1er
avril 2022.

 

XI.                           
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien de B.V.________ par le régulier versement d’avance le premier de chaque
mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle de CHF 1’357.70, pour la période
du 1er
avril 2021 au 31 décembre 2021.

 

XII.                         
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien de B.V.________ par le régulier versement d’avance le premier de chaque
mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle minimale de CHF 181.10, du 1er
janvier 2022 au 31 mars 2022.

 

XIII.                       
M.V.________ né [...] contribuera à
l’entretien de B.V.________ par le régulier versement d’avance le premier de chaque
mois en mains de B.V.________, d’une pension mensuelle de CHF 1'687.80, dès le 1er
avril 2022.

 

XIV.                      
B.V.________ se réserve la possibilité
de modifier et d’amplifier ses conclusions en matière de contributions d’entretien à
réception des pièces requises, notamment en mains de l’intimé M.V.________, né
[...], sur sa situation financière.

 

 

             
S'agissant de l’évolution de la situation,
en particulier des visites auprès d’Espace Contact, Z.________ a exposé que l'appréciation
du signalement ne donnait pas lieu à un rapport distinct lorsqu'un dossier était déjà
ouvert. Elle a expliqué qu'Espace Contact maintenait
les conclusions de son rapport de situation du 15 février 2023 et considérait que les visites
pouvaient très rapidement être élargies à 2 heures tous les 15 jours avec possibilité
de sortie des locaux, étant précisé qu’il s’agirait toujours de visites médiatisées.
Pour la suite des visites, elle a relevé que cela dépendrait de la suite à donner à
l’expertise pédopsychiatrique, respectivement de la mise en œuvre du travail de coparentalité
auprès des Boréales préconisée par l’expert avant l’élargissement
des visites. 

 

             
Elle a à nouveau précisé que le travail de coparentalité auprès des Boréales
était absolument nécessaire, qu'il serait utile dans la mesure où les parents n’auraient
pas forcément à être confrontés et que ce travail serait déterminant sur l’élargissement
du droit de visite. Elle a en outre exposé que Les Boréales contacteraient les thérapeutes
respectifs des parties, dans la mesure où il serait utile qu'ils puissent communiquer ensemble dans
l'intérêt de l'enfant. 

 

             
Sur question de la présidente, les comparants ont confirmé qu’aucune démarche supplémentaire
n’avait eu lieu auprès des Boréales.

 

19.             
a) Le
22 mars 2023, informé du fait que sa fille avait été malade la veille et était encore
fatiguée, l’appelant s’est présenté au domicile de l’appelante et a
demandé à voir sa fille. Il a insisté lorsque celle-ci a refusé. 

 

             
b) En
date du 4 mai 2023, la pédiatre Dre [...] a prescrit neuf séances de physiothérapie à
K.________ afin de traiter une « hypotonie sur déficit partiel en hormone de croissance,
substituée depuis janvier 23 ». 

 

             
c) Le
5 mai 2023, les parties ont eu un échange de courriels relatifs à un rendez-vous de physiothérapie
pris par l’appelante pour K.________ auprès d’un médecin conseillé par la
Dre [...]. L’appelant a manifesté son désaccord avec le thérapeute choisi au motif
qu’il serait un ami de la famille de l’appelante, a fait valoir son autorité parentale,
a annulé le rendez-vous et a fixé un nouvel entretien auprès d’un autre centre de
physiothérapie à [...], à une date qui ne convenait toutefois pas à l’appelante.
L’appelante a finalement pris rendez-vous auprès d’un troisième centre de physiothérapie,
rendez-vous que l’appelant a annulé environ dix jours plus tard, exigeant de l’appelante
qu’elle lui fournisse ses disponibilités pour qu’il fixe un rendez-vous au centre de
[...]. Ses courriels comportaient en particulier la teneur suivante : « Stop humiliating
yourself, be adult » « Listen to me very carefully. It’s not your fucking choice
[…] ». 

 

             
d) Par
courriels des 30 novembre 2022, 12 et 22 mars ainsi que 5 mai 2023, l’appelant a reproché
à l’appelante en particulier de confronter sa fille à des pédophiles. L’appelante
a porté plainte pour ces faits le 18 avril 2023 et la procédure pénale ouverte est
en cours. 

 

             
e) Par
courriel du 10 mai 2023, Z.________ a confirmé que le dossier chez Espace Contact avait été
clôturé d’entente entre cette institution et la DGEJ ensuite du refus manifesté
par l’appelant d’y effectuer des visites médiatisées. 

 

             
f) Dans
un courrier du 17 mai 2023, la DGEJ a proposé un droit de visite de l’appelant sur sa fille
selon les modalités suivantes, étant précisé que le transfert de l’enfant se
ferait à l’extérieur du poste de la gendarmerie mobile à [...] :

« ·
Les 3, 11, 17, 25 juin 2023             
                           
de 9h00 à 11h00 

·
Les 1, 9, 15, 23, 29 juillet 2023             
                           
de 9h00 à 12h00 

·
Les 6, 12, 20, 26, août 2023             
                           
de 9h00 à 13h00 

·
Les 3, 9, 17, 23 septembre 2023             
                           
de 9h00 à 15h00 

·
Les 1, 7, 15, 21, 29 octobre 2023             
                           
de 9h00 à 18h00 

·
Les 4, 12, 18, 26 novembre 2023             
                           
de 9h00 à 18h00 

·
Les 2, 10, 17, 24, 30, décembre 2023             
              de 9h00 à 18h00 ».

 

             
La DGEJ précisait que, durant cette période, un travail de coparentalité devrait être
entrepris aux Boréales.

 

             
g) Le 13 juillet 2023, K.________ a été
reçue en consultation chez la Dre[...]. Celle-ci a indiqué en substance que son père l’aurait
mordue avec les dents au niveau du ventre et qu’il aurait répondu « Je m’en
fous » lorsqu’elle lui aurait demandé d’arrêter. A cet égard, l’appelant
a indiqué que sa fille faisait peut-être référence à un jeu dit « du
tigre » dans lequel il faisait mine de « dévorer » sa fille et les
cousins de celle-ci, ce qui les auraient tous fait rire. K.________ a par ailleurs indiqué à
sa pédiatre qu’elle avait très peur au moment de se coucher et avait besoin que sa mère
reste longtemps avec elle et qu’elle s’inquiétait du début de l’école.
Selon les observations de la pédiatre, l’enfant était « plus labile émotionnellement,
plus angoissée, plus impactée par le conflit de loyauté qu’elle subit ».

 

             
Le même jour, l’appelante a porté plainte à la police contre son époux au motif,
en substance, qu’à l’issue d’un rendez-vous médical de l’enfant en
présence des deux parents, l’appelant aurait saisi le bras de son épouse et l’aurait
poussée au motif que celle-ci se serait opposée à ce qu’il donne un gâteau
à sa fille, qu’il aurait finalement nourrie de force. 

 

             
h) Dans
un courrier du 30 août 2023, la directrice et la responsable pédagogie et qualité de l’Association
pour l’enfance et la jeunesse de Terre Sainte ont relevé qu’entre 2021 et 2023, l’appelant
avait participé à des entretiens de bilans et s’était présenté à
la crèche sans s’annoncer au préalable, « parfois en-dehors des heures usuelles
d’arrivées/départs de parents pour voir sa fille et avoir de ses nouvelles »,
précisant que « ces visites ont été un sujet de préoccupation pour les
équipes encadrantes », la gendarmerie ayant été « impliquée à
la suite de certaines de ces visites ».

 

20.             
a) L'appelante était salariée à
60% auprès [...] pour un revenu mensuel net de 5'646 fr. 95 en 2021, de 5'682 fr. 40 en 2022 et
de 5'815 fr. dès le 1er
janvier 2023, part au 13e
comprise et allocations familiales déduites.
Toutefois, compte tenu d'une enquête pénale
ouverte à l'encontre de l'appelant (pour possession d’armes non-autorisées, cf. consid.
20.b infra),
elle a été suspendue de ses fonctions depuis le mois de juin 2020. 

 

             
A l’audience du 4 septembre 2023, l’appelante a précisé qu’ensuite d’un
arrêt rendu par le Tribunal administratif fédéral, confirmé par le Tribunal fédéral,
son licenciement était désormais effectif avec effet au 31 juillet 2023 et son droit au chômage
avait débuté le 1er
août 2023. 

 

             
Dans un courrier d’informations du 14 août 2023 – ne valant pas décision –,
la Caisse de chômage UNIA a informé l’appelante qu’elle était en droit de
percevoir des indemnités chômage et des allocations familiales à compter du 1er
aout 2023, sur la base d’un gain assuré de 6'628 fr. pour une indemnité mensuelle moyenne
de 5'302 fr. bruts. Le 28 août 2023, ladite caisse lui a versé un montant de 4'248 fr. 10.

 

             
Les charges de l’appelante ont été
arrêtées selon le minimum vital du droit de la famille comme il suit pour la période du
1er
avril 2021 au 31 décembre 2021 : 

 

             
- base mensuelle               Fr.             
1'350.00

             
- part de loyer (80 % de 1'000 fr.)             
Fr.              800.00

             
- assurance LAMal              Fr.             
450.15

             
- impôts (estimation)             
Fr.              815.00

             
- télécommunication             
Fr.              130.00

             
- assurance LCA (pièce
418)              Fr.             
244.50

             
Total              Fr.             
3'789.65

             
Pour la période du 1er
janvier 2022 au 31 juillet 2022, les charges mensuelles de l’appelante composant son minimum vital
du droit de la famille ont été établies de la manière suivante :

             
- base mensuelle               Fr.             
1'350.00

             
- part de loyer (80 % de 1'000 fr.)             
Fr.              800.00

             
- assurance LAMal (pièce 418)             
Fr.              440.05

             
- impôts (estimation)             
Fr.              815.00

             
- assurances privées (RC ménage ; pièce 423)             
Fr.              48.55

             
- télécommunication             
Fr.              130.00

             
- assurance véhicule (pièce 420)             
Fr               57.85

             
- taxes véhicule (pièce 421)             
Fr.              45.20

             
- assurance LCA (pièce
418)              Fr.             
244.50

             
Total              Fr.             
 3'931.15

 

             
A compter du 1er
août 2022, la vice-présidente a retenu que l’appelante s’acquitte d’un loyer
mensuel de 2'250 fr., charges par 250 fr. comprises, si bien qu’elle en a tenu compte à hauteur
de 80%, soit par 1'800 fr., et a arrêté ses charges à 4'931 fr. 15.

 

             
b) L’appelant, au bénéfice d’un
permis B, est titulaire d’un bachelor et d’un « Master of science in computer science »,
soit d’un master en sciences informatiques, qu’il a terminé en septembre 2020. Il a
rédigé une thèse portant en substance sur la cybercriminalité (« Hunting
Cybercriminals Tactics Using Threat Intelligence UseCases »), son directeur de thèse l’ayant
au demeurant félicité pour son excellent travail par courriel du 27 janvier 2023. Il parle
anglais et français et dispose de bonnes connaissances en allemand et en espagnol. Il a également
obtenu plusieurs certificats de formation post-universitaire, notamment pour une formation en ligne portant
sur les cyber-conflits internationaux, dix jours de formation portant sur le sujet « next-generation
enterprise modelling in the digital transformation age » (soit, en traduction libre :
modélisation d’entreprises de nouvelle génération à l’ère de la
transformation numérique) et quatre formations en ligne dans le domaine de la cybersécurité.
Il a fait état dans son CV « d’excellentes connaissances » (traduction
libre de l’anglais) dans les domaines suivants : « AI & Robotics, AWS Business
Technology, Cloud Computing, Coding & Programming, Cyber Security, DevOps, Django, Game Development,
Java Network Security, Python R Programming, Software Development, Tableau, The Internet of Things (IoT)
Web Development ». 

 

             
En Suisse, l’appelant a effectué un stage en entreprise de 3 ans et a travaillé
pendant 3 ans dans des activités orientées cybersécurité. 

 

             
Par jugement rendu le 26 novembre 2020 par le Juge de police du Tribunal de l’arrondissement de
La Sarine, l’appelant a été reconnu coupable de contravention à la loi fédérale
sur les armes au motif qu’il avait acquis et possédé sans autorisation un pistolet d’alarme
et un couteau à ouverture automatique.

 

             
Selon la décision du 11 janvier 2021 de la Caisse de Chômage UNIA, l’intimé ne réalisait
pas les conditions pour percevoir des indemnités de cette assurance, en raison en particulier du
fait qu’il était domicilié en Suisse depuis moins de dix ans. L’appelant a émargé
à l’aide sociale à compter du 1er
juin 2021.

 

             
L’appelant a été engagé à compter du 1er
janvier 2022 en qualité de « security engineer », soit ingénieur en cybersécurité,
par [...]. Son contrat de travail prévoyait un salaire annuel brut de 103'200 fr., payable sur douze
mois, pour une occupation à temps plein. Selon son bulletin de salaire du mois de janvier 2022 (pièce
127), son revenu mensuel brut s’est élevé à 8'600 fr., ce qui correspond à
un revenu mensuel net de 6'254 fr. 50 après déduction des charges sociales et de l’impôt
à la source. Il percevait en sus un montant forfaitaire de 50 fr. pour les frais de téléphone.
Ainsi, son revenu net s’élevait à 6'304 fr. 50 (6'254 fr. 50 + 50 fr.) par mois.
Son contrat a été résilié, sans faute de sa part, pendant son temps d’essai,
avec effet au 31 mars 2022.

 

             
Depuis son licenciement, l’intimé émarge à nouveau à l’aide sociale et
touche le revenu d’insertion par 3'237 fr. 15 mensuels. Il est soutenu dans ses recherches par
le Service de l’emploi depuis le 2 mai 2022.

 

             
Dans son rapport final de mesure de formation
du 23 mai 2023, le Service de l’emploi du Canton de Vaud a retenu que, selon les informations partagées
lors des séances, le permis B de l’appelant semblait représenter un frein à l’atteinte
de ses objectifs. Sous le libellé « recommandations », ledit service indiquait
qu’en lien « avec le positionnement [de l’appelant], ainsi qu’en tenant compte
de ses excellents résultats d’évaluation technique et des risques identifiés, afin
de développer son employabilité », il lui était recommandé un stage de
trois mois auprès de [...] « afin de lui permettre de développer ses compétences
sur environnement Cloud AWS & Azure avec orientation sécurité, et idéalement qu’il
certifie ces dernières ». A l’audience du 4 septembre 2023, l’appelant a indiqué
qu’il avait été renoncé audit stage, au profit d’une demande de prise en charge
auprès de la Fondation Mode d’emploi pour lui permettre de trouver un stage en Suisse dans
le domaine de la sécurité informatique, [...] étant « trop généraliste »
selon lui.

 

             
Entre le 20 mars et le 5 mai 2022, l’appelant a postulé dix-sept fois à des emplois de
spécialiste en cybersécurité. Entre septembre et janvier 2023, il a déposé trente
postulations pour des emplois relatifs à la cybersécurité. Entre février et août
2023, l’appelant a adressé quarante-neuf postulations à diverses entreprises, uniquement
pour des postes dans le domaine de la cybersécurité (ingénieur en cybersécurité,
analyste en cybersécurité, expert en cybersécurité…). En juin 2023, l’appelant
a également interpellé le groupe Swissquote sur la possibilité d’effectuer un stage
non rémunéré. 

 

             
Entre juillet et août 2023, l’appelant a effectué cinq postulations pour des emplois
qu’il a qualifiés d’alimentaires, soit pour des postes d’analyste, de domestique/chauffeur/jardinier
ou d’employé au service client de supermarchés. 

 

             
L’appelant a été mis en arrêt de travail à 100% pour cause de maladie du 5
au 31 janvier 2023, du 21 février au 8 mars 2023, du 13 avril au 31 mai 2023, du 5 au 7 juin 2023
et du 7 juillet au 31 août 2023 par les médecins du Département de psychiatrie de
l’adulte de la Polyclinique de Nyon et par le Service des urgences de l’hôpital de Nyon.

 

             
Les charges de l’appelant ont été arrêtées comme il suit :

 

             
- base mensuelle              Fr.             
1'200.00

             
- loyer (pièce 455)             
Fr.              1'900.00

             
- frais accessoires au loyer (pièce 128)             
Fr.              28.30

             
- assurance LAMal (pièce 141)             
Fr.              475.10

             
- frais de transport              Fr.
              245.00

             
- frais de repas hors du domicile             
Fr.              217.00

             
- assurances privées (RC ménage ; pièce 145)             
Fr.              24.20

             
- assurance véhicule (pièce 148)             
Fr               25.70

             
- taxes véhicule (pièce 148)              
Fr.              48.50

             
- télécommunication             
Fr.              130.00

             
- garantie de loyer
(pièce 147)              Fr.             
16.35

             
Total              Fr.             
4'310.15

 

             
c) Les charges de K.________ ont été
arrêtées comme il suit pour la période du 1er
avril 2021 au 31 juillet 2022 : 

 

             
- base mensuelle              Fr.             
400.00

             
- part au loyer chez sa mère             
Fr.              200.00

             
- assurance LAMal (pièce 425)             
Fr.              116.35

             
- frais de crèche (pièce 427)             
Fr.              304.80

             
- part d’impôts             
Fr.              270 fr.

             
- assurance LCA (pièce
425)              Fr.             
60.60

             
Total              Fr.             
1'351.75

 

             
Les charges de K.________ ont été établies de la manière suivante pour la période
à compter du 1er
août 2022 : 

 

             
- base mensuelle              Fr.             
400.00

             
- part au loyer chez sa mère (pièce 454)             
Fr.              450.00

             
- assurance LAMal (pièce 435)             
Fr.              103.30

             
- frais de crèche (pièce 437)             
Fr.              329.85

             
- part d’impôts             
Fr.              270 fr.

             
- assurance LCA (pièce
436)              Fr.             
60.60

             
Total              Fr.             
1'613 fr. 75

             

 

             
En droit
:

 

 

1.             

1.1             
L’appel est recevable contre les ordonnances
de mesures protectrices de l’union conjugale, lesquelles doivent être considérées
comme des décisions provisionnelles (art. 308 al. 1 let. b CPC [Code de procédure civile du
19 décembre 2008 ; RS 272] ; ATF 137 III 475 consid. 4.1 et réf. cit.), dans les
causes non patrimoniales ou dont la valeur litigieuse, au dernier état des conclusions devant l’autorité
inférieure, est supérieure à 10'000 fr. (art. 308 al. 2 CPC).

 

             
Les ordonnances de mesures protectrices étant régies par la procédure sommaire, selon
l’art. 271 CPC, le délai pour l’introduction de l’appel est de dix jours (art.
314 al. 1 CPC). Un membre de la Cour d’appel civile statue comme juge unique sur les appels formés
contre les décisions sur mesures protectrices de l’union conjugale (art. 84 al. 2 LOJV [loi
d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; BLV 173.01]).

1.2             
Formés en temps utile par des parties qui ont un intérêt digne de protection (art. 59
al. 2 let. a CPC) contre une ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale et portant
sur des conclusions patrimoniales, les deux appels sont recevables.

 

 

2.

2.1

2.1.1        
              L’appel
peut être formé pour violation du droit ainsi que pour constatation inexacte des faits (art.
310 CPC). L'autorité d'appel peut revoir l'ensemble du droit applicable, y compris les questions
d'opportunité ou d'appréciation laissées par la loi à la décision du juge, et
doit le cas échéant appliquer le droit d'office conformément au principe général
de l'art. 57 CPC. Elle peut revoir librement l'appréciation des faits sur la base des preuves administrées
en première instance (ATF 138 III 374 consid. 4.3.1 ; TF 5A_340/2021 du 16 novembre 2021 consid.
5.3.1 ; TF 4A_215/2017 du 15 janvier 2019 consid. 3.4). 

 

             
Sous réserve des vices manifestes, l'application du droit d'office ne signifie pas que l'autorité
d'appel doive étendre son examen à des moyens qui n'ont pas été soulevés dans
l'acte d’appel. Elle doit se limiter aux griefs motivés contenus dans cet acte et dirigés
contre la décision de première instance ; l'acte d’appel fixe en principe le cadre des
griefs auxquels l'autorité d’appel doit répondre eu égard au principe d'application
du droit d'office (cf. ATF 147 III 176 consid. 4.2.1 et 4.2.2 ; TF 5A_873/2021 du 4 mars 2022
consid 4.2 applicable en appel). Cette jurisprudence ne remet pas en cause la liberté conférée
aux juges d'admettre (ou de rejeter) l'appel en s'appuyant sur un argument non explicitement discuté
par les parties (TF 4A_313/2019 du 19 mars 2020 consid. 3).

 

2.1.2             
Dans le cadre de mesures protectrices de l'union conjugale, le juge établit les faits d'office en
vertu de la maxime inquisitoire (art. 272 CPC) et statue en application de la procédure sommaire
(art. 271 let. a CPC). Il se prononce ainsi sur la base de la simple vraisemblance après une administration
limitée des preuves (TF 5A_466/2019 du 25 septembre 2019 consid. 4.2 ; ATF 138 III 97
consid. 3.4.2 et réf. cit.), en se fondant sur les moyens de preuve immédiatement disponibles
(TF 5A_71/2018 du 12 juillet 2018 consid. 4.2 et réf. cit.). 

 

             
S’agissant des questions relatives aux enfants, la maxime inquisitoire illimitée (art. 296
al. 1 CPC) et la maxime d'office (art. 296 al. 3 CPC) sont applicables, de sorte que le juge n’est
pas lié par les conclusions des parties.

 

             
Pour les questions relatives aux époux, en particulier sur la contribution d’entretien, le
principe de disposition s’applique à l’objet du litige, si bien que le juge est ainsi
lié par les conclusions des parties ; il ne peut accorder à l’une ni plus ni autre chose
que ce qu’elle demande, ni moins que ce que l’autre reconnaît lui devoir (TF 5A_67/2020
du 10 août 2020 consid. 3.3.2 et réf. cit. ; TF 5A_361/2011 du 7 décembre 2011 consid.
5.3.1).

 

2.2             

2.2.1             
Les faits et moyens de preuve nouveaux ne sont
pris en compte que s'ils sont invoqués ou produits sans retard (art. 317 al. 1 let. a CPC) et ne
pouvaient pas être invoqués ou produits en première instance bien que la partie qui s'en
prévaut ait fait preuve de la diligence requise (art. 317 al. 1 let. b CPC), ces deux conditions
étant cumulatives (TF 5A_451/2020 du 31 mars 2021 consid. 3.1.1 et réf. cit.).

 

             
              Lorsque
le procès est soumis à la maxime inquisitoire illimitée (art. 296 al. 1 CPC), il convient
de considérer que l'application stricte de l'art. 317 al. 1 CPC n'est pas justifiée. En effet,
selon l'art. 296 al. 1 CPC, le juge d'appel doit rechercher lui-même les faits d'office et peut
donc, pour ce faire, ordonner d'office l'administration de tous les moyens de preuve propres et nécessaires
à établir les faits pertinents pour rendre une décision conforme à l'intérêt
de l'enfant. Dans cette mesure, il y a lieu d'admettre que, lorsque la procédure est soumise à
la maxime inquisitoire illimitée, les parties peuvent présenter des nova en appel même
si les conditions de l'art. 317 al. 1 CPC ne sont pas réunies (ATF 144 III 349 consid. 4.2.1 et
les réf. citées ; TF 5A_582/2020 du 7 octobre 2021 consid. 4.1.4).

 

2.2.2             
Conformément à l'art. 316 al. 3 CPC,
l'instance d'appel peut librement décider d'administrer des preuves : elle peut ainsi ordonner que
des preuves administrées en première instance le soient à nouveau devant elle, faire administrer
des preuves écartées par le tribunal de première instance ou encore décider l'administration
de toutes autres preuves (ATF 128 III 411 consid. 3.2.1). Cette disposition ne confère toutefois
pas au justiciable un droit à la réouverture de la procédure probatoire et à l'administration
de preuves. Le droit à la preuve, comme le droit à la contre-preuve, qu'ils découlent
de l'art. 8 CC ou de l'art. 29 al. 2 Cst., n'excluent pas l'appréciation anticipée des preuves
(ATF 138 III 374 consid. 4.3.1 et réf. cit.). L'autorité d'appel peut ainsi renoncer à
procéder à des mesures d'instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de
forger sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation
anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude qu'elles ne pourraient
l'amener à modifier son opinion (ATF 145 I 167 consid. 4.1 ; ATF 140 I 285 consid. 6.3.1 ; ATF 138
III 374 consid. 4.3.2 ; sur le tout TF 5A_695/2020 du 26 avril 2021 consid. 3.2.2 et réf. cit.).

 

2.3

2.3.1             
Les parties ont produit différentes pièces
en procédure de deuxième instance. Au vu de la maxime inquisitoire illimitée applicable
en l’espèce, ces pièces sont recevables et il en a été tenu compte dans la
mesure utile. 

 

2.3.2             
S’agissant des réquisitions de l’appelante
tendant à la production des dossiers pénaux, elles sont rejetées au vu des considérants
qui suivent, le dossier étant complet sur les faits de la cause et la procédure d’appel
pouvant en l’espèce être conduite sans administration de preuves supplémentaires.

 

2.3.3             
L’appelant se prévaut d’une constatation
inexacte des faits en ce sens que la vice-présidente n’aurait pas tenu compte des recherches
d’emploi qu’il a effectuées ni des circonstances de son licenciement par [...]. L’état
de fait a ainsi été complété par les pièces attestant desdites recherches et
de la fin des relations de travail auprès de ladite entreprise. 

 

 

3.             

3.1             
L’appelante s’oppose au droit de visite
de l’appelant fixé par la vice-présidente. Elle estime que celle-ci n’a pris en
considération aucun avis de professionnels, en particulier les professionnels d’Espace Contact
et Z.________ qui préconisaient le maintien de visites médiatisées. Elle reproche à
la vice-présidente d’avoir écarté le signalement du CAN Team relatant les événements
des 7 et 8 mai 2022, les courriels agressifs – voire menaçants – de l’appelant,
ses visites inopinées pour voir sa fille et le contenu de la plainte pénale que l’appelante
a été contrainte de déposer en janvier 2023, éléments qui démontreraient
l’absence de progrès de l’appelant dans son comportement. 

 

3.2             
Aux termes de l'art. 273 al. 1 CC, le père
ou la mère qui ne détient pas l'autorité parentale ou la garde ainsi que l'enfant mineur
ont réciproquement le droit d'entretenir les relations personnelles indiquées par les circonstances.
Le droit aux relations personnelles est conçu à la fois comme un droit et un devoir de ceux-ci
(cf. art. 273 al. 2 CC) mais aussi comme un droit de la personnalité de l'enfant ; il doit servir
en premier lieu l'intérêt de celui-ci (ATF 131 III 209 consid. 5 et réf. cit. ; TF 5A_497/2017
du 7 juin 2018 consid. 4.1). A cet égard, il est unanimement reconnu que le rapport de l'enfant
avec ses deux parents est essentiel et qu'il peut jouer un rôle décisif dans le processus de
recherche d'identité de l'enfant (ATF 130 III 585 consid. 2.2.2 ; ATF 127 III 295 consid. 4a
; TF 5A_887/2017 du 16 février 2018 consid. 5.3 et réf. cit.). C’est pourquoi, du point
de vue du bien de l’enfant, chacun des deux parents a en outre le devoir de favoriser de bonnes
relations avec l’autre parent : c’est notamment au parent qui exerce principalement la garde
de préparer positivement l’enfant en vue des visites, des contacts par vidéoconférence,
etc., chez ou avec son autre parent (ATF 142 III 481 consid. 2.7, JdT 2016 II 427).

 

             
              Dans
chaque cas, la décision doit donc être prise de manière à répondre le mieux
possible aux besoins de l'enfant, l'intérêt des parents étant relégué à
l'arrière-plan (ATF 130 III 585 consid. 2.2.1 et les réf. cit. ; TF 5A_842/2020 du 14 octobre
2021 consid. 5.1 et réf. cit.). L'importance et le mode d'exercice des relations personnelles doivent
être appropriés à la situation, autrement dit tenir équitablement compte des circonstances
particulières du cas. Le bien de l'enfant variera en fonction de son âge, de sa santé
physique et psychique et de la relation qu'il entretient avec l'ayant droit (Meier/Stettler, Droit de
la filiation, 6e
éd., Zurich 2019, n. 984, pp. 635 ss. et réf. cit.). En outre, devront être pris en considération
la situation et les intérêts de l'ayant droit – ainsi, sa relation avec l'enfant, sa
personnalité, son lieu d'habitation, sa disponibilité, son environnement – et celle du
parent ou du tiers qui élève l'enfant (état de santé, obligations professionnelles
; Meier/Stettler, op. cit., n. 985 et réf. cit.). Les conflits entre les parents ne constituent
pas un motif de restreindre le droit de visite, une telle limitation étant néanmoins justifiée
lorsqu'il y a lieu d'admettre, au regard des circonstances, que l'octroi d'un droit de visite compromet
le bien de l'enfant (ATF 131 III 209 consid. 5).

 

             
La mise en danger concrète du bien de l'enfant est nécessaire non seulement pour justifier
un refus ou un retrait du droit aux relations personnelles, mais aussi pour imposer au titulaire l'obligation
de se soumettre à des modalités particulières telles qu'un droit de visite surveillé
(Meier/Stettler, op. cit., n. 779, pp. 512 ss).

 

             
Le retrait de tout droit à des relations personnelles constitue l'ultima
ratio et ne peut être ordonné dans l'intérêt
de l'enfant que si les effets négatifs des relations personnelles ne peuvent être maintenus
dans des limites supportables pour l'enfant (TF 5A_172/2012 du 16 mai 2012 consid. 4.1.1). Il y a ainsi
une gradation dans les mesures de protection de l'enfant – retrait ou refus des relations personnelles,
droit de visite surveillé, droit de visite au Point Rencontre – et le principe de proportionnalité
n'est respecté que si des mesures moins contraignantes ne suffisent pas à garantir la protection
de l'enfant (TF 1C_219/2007 du 19 octobre 2007 consid. 2, publié in
FamPra.ch 2008 p. 173). Pour prendre une telle décision, le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation
au sens de l'art. 4 CC et fait application du principe de proportionnalité (Chaix, Commentaire romand,
Code civil I, 2010, n. 20 ad art. 176 CC ; TF 5A 826/2009 du 22 mars 2010 consid. 2.1). 

 

3.3             
En l’espèce, on constate à la lecture du dossier qu’il existe un très vif
conflit entre les parties qui présentent des versions contradictoires de tout événement
relaté aux tribunaux et contactent très régulièrement les différents intervenants
du réseau pour leur faire part de nouveaux reproches dirigés contre la partie adverse. On répète
que cette agitation est délétère pour l’enfant qui en est la principale victime,
ce que le Dr [...] relève expressément dans son rapport qui met en garde contre les conséquences
potentiellement très
dommageables de cette conflictualité sur
le développement de K.________.

 

             
Il ressort des pièces que l’appelant a tenu des propos grossiers et largement inappropriés
dans ses correspondances à l’attention de l’appelante (par exemple, en mai 2023 : « Listen
to me very carefully », « fucking », « stop humiliating yourself »
« damn you ») et a formulé des accusations graves selon lesquelles l’appelante
côtoierait des pédophiles en présence de leur fille (par courriels de novembre 2022, mars
et mai 2023). Il adopte généralement une position antagoniste dans ses échanges avec l’appelante,
notamment en s’opposant presque systématiquement à ses suggestions relatives à la
prise en charge de K.________. Il est par ailleurs établi qu’il s’est spontanément
présenté à la crèche (en juin 2022) et même au domicile de l’appelante
(le 22 mars 2023) pour voir sa fille, faisant fi de la réglementation de son droit de visite fixée
par la vice-présidente, et qu’il a exigé en particulier des enseignantes de la crèche
de lui présenter K.________, ce qui a mis celles-ci dans une position très délicate. Il
s’est en outre comporté de manière fortement critiquable lors des événements
des 7 et 8 mai 2022 et a soumis sa fille à un interrogatoire sur des soupçons d’attouchements
qui a dû être une source de fortes angoisses et tensions pour K.________, qui est déjà
victime d’un conflit de loyauté. De plus, il a refusé de respecter les modalités
imposées par Point Rencontre (en mai 2022), si bien que cette structure a dû suspendre provisoirement
les visites, et par Espace Contact, qui a dû clôturer le dossier des parties (en mai 2023).
Enfin, le Dr [...] avait relevé que l’appelant ne semblait pas respecter scrupuleusement les
prescriptions médicales tant pour la nutrition que pour le traitement hormonal en cours de sa fille.

 

             
Ces débordements sont tous causés par la volonté de l’appelant de maintenir un contact
avec sa fille, lequel se sentant incompris et désemparé dans une situation qu’il pense
lui échapper, exprime ce souhait d’une manière totalement inadéquate, notamment
en développant un activisme démesuré à l’égard de l’appelante et
des autres intervenants. Par ailleurs, la plupart des reproches formulés ci-dessus trouvent leur
source dans le conflit entre les parents mais ne sont pas symptomatiques d’une attitude systématiquement
déplacée de l’appelant à l’égard de sa fille, selon les constatations
fa