# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 4f8600aa-646a-56fd-9f39-4f0cab788b4e
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2017-12-01
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de droit public 01.12.2017 CDP.2017.245 (INT.2017.692)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_012_CDP-2017-245_2017-12-01.html

## Full Text

A.                           
Alertés par la médiatrice de la commune W. au
sujet d’un climat de travail difficile au sein du Service Y.________, entité Z.________,
le chef du Service des ressources humaines et la conseillère communale,
directrice de la Sécurité, des Infrastructures, de l’Agglomération ont décidé
de confier à la société A. SA________ un mandat d’audit de l’entité Z.________.
Après avoir pris connaissance du rapport d’audit du 5 mai 2017, le Conseil
communal de W. (ci-après : le conseil communal) a, par décision du 8 juin
2017, ordonné la mutation provisoire de X.________, responsable de l’entité Z.________,
au sein de l’entité B.________, avec effet à partir du 6 juin 2017.
Parallèlement, il a décidé l’ouverture d’une enquête disciplinaire à l’encontre
du prénommé, qu’il a confiée à une commission présidée par C.________,
conseiller juridique de la commune W. Les 12, 15, 19 et 22 juin 2017, cette
commission a auditionné plusieurs personnes en présence de l’intéressé et/ou de
son mandataire, lequel a sollicité, notamment, l’audition de six autres
personnes. Les 18 et 25 juillet 2017, une partie de la commission a entendu
trois des personnes dont l’audition était requise par X.________, hors de sa
présence et de celle de son mandataire. Informé de ces auditions tenues à huis clos,
dont les procès-verbaux lui étaient communiqués, l’intéressé, qui était invité
à présenter ses observations, a fait part de son étonnement quant à la
procédure suivie et demandé le retrait de ces procès-verbaux du dossier, ainsi
que la récusation de C.________.

Par décision incidente du 28 août 2017, le conseil communal a déclaré
la demande de récusation irrecevable et au surplus mal fondée. En substance, il
a considéré que cette demande était dénuée de toute motivation qui permettrait
de soupçonner de partialité du président de la commission d’enquête
disciplinaire.

B.                           
X.________ interjette recours devant la Cour de
droit public du Tribunal cantonal contre cette décision en prenant les
conclusions suivantes :

" Principalement

1.  Admettre le recours dans son ensemble;

2.  Ordonner la récusation de Me C.________;

3.  Ecarter du dossier de l’enquête disciplinaire conduite contre le
recourant les auditions à huis clos des 18 et 25 juillet 2017;

4.  Déclarer le huis clos injustifié;

5.  Ordonner la répétition des audiences des 18 et 25 juillet 2017 avec la
présence à tout le moins du mandataire du recourant.

6.  Sous suite de frais et dépens.

Subsidiairement

7.  Admettre le recours dans son ensemble;

8.  Renvoyer le dossier au Conseil communal de W. pour nouvelle décision
dans le sens des considérants;

9.  Sous suite de frais et dépens."

Il fait valoir qu’une décision incidente portant sur la récusation est
propre à créer un préjudice irréparable, que, dès les premiers actes de
procédure, la commission d’enquête dirigée par C.________ n’a cessé de violer
plus ou moins gravement les règles de la procédure (prise en compte de
l’audition de la médiatrice et du rapport d’audit; refus de donner suite à ses
demandes; auditions à huis clos) et que, dans ces circonstances, il paraît
évident que C.________ s’efforce de l’évincer de l’administration des preuves,
ce qui démontre un parti pris de celui-ci dans la procédure. Il se plaint en
outre d’une violation de son droit d’être entendu au motif qu’il n’a pas pu
assister aux auditions de trois témoins, ce qui a porté gravement atteinte à
ses droits procéduraux, et il considère que leur audition à huis clos ne se
justifiait pas.

C.                           
Dans ses observations, le conseil communal
conclut au rejet du recours en tant qu’il porte sur la récusation et à son
irrecevabilité en tant qu’il concerne l’administration des preuves.

C O N S I D E R A N T

en droit

1.                           
a) L’acte par lequel le conseil communal a déclaré
irrecevable, et au surplus rejeté, la demande de récusation du recourant n’a
pas mis fin à la procédure au fond et revêt un caractère incident.

b) En droit neuchâtelois, les décisions incidentes rendues avant la
décision finale peuvent faire l'objet d'un recours si elles sont de nature à
causer un grave préjudice (art. 27 al. 1 LPJA), ce
par quoi il faut entendre un préjudice irréparable (Schaer, Juridiction
administrative neuchâteloise, 1995, ad art. 27 LPJA, p. 121). Il s’agit en
particulier, notamment, des décisions concernant la récusation (art. 27 al. 2
let. b LPJA). Au niveau fédéral, l’article 92 LTF prévoit que les décisions
préjudicielles et incidentes qui sont notifiées séparément et qui portent sur
la compétence ou sur une demande de récusation peuvent faire l'objet d'un
recours (al. 1). Ces décisions ne peuvent plus être attaquées ultérieurement
(al. 2). Par leur nature, les questions concernant la compétence de l'autorité
et sa composition régulière doivent en effet être tranchées préliminairement,
de manière définitive, avant que ne se poursuive la procédure (ATF 136 V 141
cons. 2.1). Ces décisions doivent pouvoir faire l’objet d’un recours immédiat
pour des motifs d’économie de procédure et de respect du principe de la bonne
foi, dès lors qu’il serait inadéquat de mener une procédure à son terme avec le
concours d’un fonctionnaire ou d’un magistrat qui en fin de compte se verrait
récusé (Moor/Poltier, Droit administratif, vol. II, 2011, p.
717).

c) Aussi, afin de garantir la conformité du droit cantonal au droit
fédéral, la Cour de droit public a jugé qu’il y a lieu de retenir que la
condition du grave préjudice, prévue par l’article 27 LPJA,
ouvrant la voie d’un recours immédiat contre une décision incidente, est
toujours remplie en matière de récusation, respectivement de compétence (arrêt
du 15.11.2016 [CDP.2016.158]
cons. 1).

d) La décision querellée en l’espèce peut donc faire l’objet d'un
recours immédiat, lequel, interjeté au surplus dans les formes et délai légaux,
est, dans cette mesure, recevable.

2.                           
a) La décision attaquée ("Anfechtungsgegenstand")
forme l'objet de la contestation et délimite à l'égard du recourant le "cadre"
matériel admissible de l'objet du litige ("Streitgegenstand").
Le litige porté devant l'autorité de recours ne saurait excéder l'objet de la
décision attaquée, c'est-à-dire les prétentions ou les rapports juridiques sur
lesquels l'autorité inférieure s'est prononcée. Pour définir l'objet de la
contestation, il faut se référer au dispositif de la décision attaquée et non à
sa motivation, laquelle ne peut servir qu'à interpréter la portée du dispositif
en cas de doute ou lorsque le dispositif renvoie expressément aux considérants
(Bovay, Procédure administrative, 2e éd., 2015,
p. 554 ss).

b) En l'espèce, la décision litigieuse a pour seul objet la demande du
recourant tendant à la récusation de C.________, laquelle a été déclarée
irrecevable et, au surplus, mal fondée. La question de l’administration des
preuves dans le cadre de l’enquête disciplinaire ouverte à l’encontre de X.________,
singulièrement celle du huis clos appliqué aux auditions des 18 et 25 juillet
2017 n’a pas été examinée par l’intimé d’une manière qui le lie. Il en découle
que les conclusions 3 à 5 du recourant sortent de l'objet de la contestation et
lui sont exorbitantes. Par conséquent, les griefs à ce propos et les
conclusions qui s'y rattachent sont irrecevables.

3.                           
a) L'article 29 al. 1 Cst. féd. dispose que
toute personne a droit, dans une procédure judiciaire ou administrative, à ce
que sa cause soit traitée équitablement. Selon la jurisprudence, ce droit
permet notamment d'exiger la récusation des membres d'une autorité administrative dont la
situation ou le comportement sont de nature à faire naître un doute sur leur
indépendance ou leur impartialité; il tend à éviter que des circonstances
extérieures à l'affaire ne puissent influencer une décision en faveur ou au
détriment de la personne concernée. La récusation
peut s'imposer même si une prévention effective du membre de l'autorité visée
n'est pas établie, car une disposition interne de sa part ne peut guère être
prouvée; il suffit que les circonstances donnent l'apparence de la prévention
et fassent redouter une activité partiale. Cependant, seules des circonstances
constatées objectivement doivent être prises en considération; les impressions
purement individuelles d'une des personnes impliquées ne sont pas décisives (ATF 134 I 20 cons. 4.2, 127 I 196 cons. 2b, 125 I 119 cons. 3b; arrêts du TF du 20.02.2014 [9C_499/2013] cons. 5.1 et du 09.03.2012 [1C_441/2011] cons. 3.1). Contrairement
à l'article 30 al. 1 Cst. féd., l'article 29 al. 1 Cst. féd. n'impose pas
l'indépendance et l'impartialité comme maxime d'organisation. En règle générale,
les prises de position qui s'inscrivent dans l'exercice normal des fonctions
gouvernementales, administratives ou de gestion, ou dans les attributions
normales de l'autorité partie à la procédure, ne permettent pas, dès lors que
l'autorité s'exprime avec la réserve nécessaire, de conclure à l'apparence de
la partialité et ne justifient pas la récusation (cf. ATF 137 II 431
cons. 5.2, 125 I
119 cons. 3f, 209 cons. 8a; arrêts du TF du 19.05.2014
[1C_33/2013] cons. 3.3 et du 20.02.2014
[9C_499/2013] cons. 5.2). Une autorité, ou l'un de ses membres, a en
revanche le devoir de se récuser lorsqu'elle dispose d'un intérêt personnel
dans l'affaire à traiter, qu'elle manifeste expressément son antipathie envers
l'une des parties ou s'est forgé une opinion inébranlable avant même d'avoir
pris connaissance de tous les faits pertinents de la cause (arrêt du TF du 27.03.2015
[2C_975/2014] cons. 3.2 et les références citées).

b) D'après la jurisprudence, même des décisions ou des actes de
procédure qui se révèlent par la suite erronés ne fondent pas une apparence
objective de prévention. Il n'en va autrement que si le membre d'une autorité
administrative ou judiciaire a commis des erreurs grossières ou répétées
constituant une grave violation des devoirs de sa charge (cf. ATF 138 IV 142
cons. 2.3 et les références citées; arrêt du TF du 20.02.2014
[9C_499/2013] cons. 5.3). Une personne qui exerce la puissance publique est
nécessairement amenée à devoir trancher des questions controversées ou des
questions qui dépendent largement de son appréciation. Même si elle prend dans
l'exercice normal de sa charge une décision qui se révèle erronée, cela ne
suffit pas à présumer une attitude partiale de sa part à l'avenir. Par
ailleurs, la procédure de récusation ne saurait être utilisée pour faire corriger
des fautes – formelles ou matérielles – prétendument commises par une personne
détentrice de la puissance publique; de tels griefs doivent être soulevés dans
le cadre du recours portant sur le fond de l'affaire (arrêt du TF du 27.03.2015
[2C_975/2014] cons. 3.3 et les références citées).

c) Sur le plan cantonal, l'article 11 let. g LPJA prévoit que les personnes appelées à rendre ou à préparer la décision –
à l’instar des membres d’une commission d’enquête disciplinaire (RJN 1992, p.
227) – doivent
se récuser si elles peuvent avoir une opinion préconçue sur l'affaire.

4.                           
En l’espèce, le recourant reproche à C.________
des violations plus ou moins graves des règles de procédure qui feraient
apparaître une prévention de celui-ci à son égard. Il cite la prise en compte
de l’audition de la médiatrice, à laquelle tant l’intéressé que son mandataire
ont participé, et celle du rapport d’audit commandé par le conseil communal,
l’absence de réponse à son courrier du 15 juin 2017 tendant à l’administration
de plusieurs preuves, ou encore les auditions à huis clos de trois personnes
dont il avait requis le témoignage. Préalablement, on rappellera que la tâche
d’une commission d’enquête disciplinaire ou de toute personne chargée d’une
procédure disciplinaire consiste à mener une enquête en procédant, cas échéant,
à l’administration des preuves qui leur paraît nécessaire pour établir les
faits objectivement pertinents qui devront servir à la prise de décision. Sous
réserve qu’elle respecte les droits procéduraux de celui qui fait l’objet d’une
telle enquête, l’autorité qui en est chargée dispose donc d’un large pouvoir
d’appréciation quant aux preuves qu’elle entend administrer. Ainsi, en décidant
d’auditionner la médiatrice de la commune W., la commission d’enquête
disciplinaire, singulièrement C.________ qui la préside, n’a pas violé les
devoirs de sa charge, quand bien même le recourant, qui a assisté à cette
audition aux côtés de son avocat, en conteste ultérieurement la pertinence. Il
n’en va pas différemment de la prise en compte éventuelle, par la commission
d’enquête disciplinaire, du rapport d’audit de A. SA________, respectivement
des procès-verbaux des auditions que cette dernière a menées dans le cadre de
son mandat. Celui qui se trouve sous le coup d’une enquête disciplinaire ne
saurait en effet dicter à l’autorité qui en est chargée la manière dont elle doit
conduire la procédure. A ce propos, force est de relever que cette procédure
n’étant pas close, le recourant ne peut pas, à ce stade, reprocher à C.________
de refuser de donner suite à ses offres de preuve du 15 juin 2017. Enfin, en ce
qui concerne le huis clos appliqué aux auditions des 18 et 25 juillet 2017, on
ne saurait y voir une prévention du président de la commission d’enquête
disciplinaire à l’égard du recourant. Cela étant, à supposer même que les
motifs de ces huis clos ne résistent pas à l’examen, cette décision n’en
constituerait pas pour autant une erreur particulièrement lourde qui fonderait
le soupçon de parti pris de C.________ à l’égard de l’intéressé. Il apparaît
d’ailleurs que celui-là a transmis à celui-ci les procès-verbaux de ces
auditions pour qu’il se détermine, tout en n’excluant pas de procéder, cas
échéant, à une nouvelle audition de ces trois personnes.

Faute d’éléments propres à conclure à une apparence objective de
prévention de C.________ à l’égard de X.________, la décision querellée n’est
pas critiquable.

5.                           
Vu ce qui précède, le recours est rejeté dans
la mesure de sa recevabilité, sans frais, la cause s’inscrivant dans le cadre d’une procédure
disciplinaire qui bénéficie, selon la pratique constante
de la Cour de céans, de la gratuité, et sans allocation de dépens.

Par ces motifs,

la Cour de droit public

1.   Rejette le recours dans la mesure où il est recevable.

2.   Statue sans frais.

3.   N'alloue pas de dépens.

Neuchâtel,
le 1er décembre 2017