# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 5578e202-2d06-5297-9c0b-8648a6b07d0d
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2016-08-24
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 24.08.2016 E-2530/2016
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-2530-2016_2016-08-24.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 
 Cour V 

E-2530/2016 

 

 
 

 
 A r r ê t  d u  2 4  a o û t  2 0 1 6  

Composition 
 Jean-Pierre Monnet (président du collège),  

Yanick Felley, Markus König, juges, 

Anne-Laure Sautaux, greffière. 

   

Parties 
 A._______, née le (…), 

Géorgie,   

représentée par Me Andrea von Flüe, avocat, 

(…), 

recourante,  

 
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi ; 

décision du SEM du 7 avril 2016 / N (…). 

 

 

 

E-2530/2016 

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Faits : 

A.  

Le 9 février 2016, la recourante a déposé une demande d'asile au Centre 

d’enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe.   

 

Elle a produit sa carte d’identité, ainsi qu’une attestation d’un établissement 

hospitalier suisse, datée du 6 février 2016. Il en ressort qu’elle y est suivie 

depuis décembre 2015, d’une manière toutefois non optimale en l’absence 

d’une couverture des soins, qu’elle nécessite plusieurs examens, que des 

douleurs chroniques, une limitation de la mobilité, ainsi que des troubles 

cognitifs la rendent dépendante de l’aide de sa fille l’hébergeant et qu’en 

conclusion son attribution dans le foyer de sa fille est recommandée d’un 

point de vue médical pour permettre un encadrement adapté par ses soins.

  

Par décision incidente du même jour, le SEM l’a autorisée à loger tempo-

rairement auprès de sa fille, B._______, dans le même foyer à C._______ 

(canton de D._______), en l’invitant à se présenter au CEP pour les forma-

lités ultérieures d’enregistrement.  

B.   

Il ressort des résultats du même jour de la comparaison de ses données 

dactyloscopiques avec celles enregistrées dans le système d'information 

européen sur les visas, que la recourante s’est vu délivrer, le (…) 2015, par 

la représentation diplomatique de la France à Tbilissi, un visa Schengen 

valable du (…) 2015 au (…) 2016 pour un court séjour (type C).  

C.  

Lors de son audition du 11 février 2016 au CEP, la recourante a déclaré, 

en substance, qu’elle provenait de Tbilissi, où elle avait vécu depuis son 

enfance et exercé (…) jusqu’à sa retraite en 2001, et où elle possédait un 

appartement, désormais inoccupé. Veuve depuis (…), elle n’aurait plus 

qu’une sœur au pays, à E._______, tandis que son frère séjournerait à 

Moscou et ses deux filles en Suisse.   

 

Elle aurait demandé un visa pour un séjour touristique, en ayant mis à profit 

son réseau de connaissances à l’Ambassade de France à Tbilissi, tout en 

ayant déjà eu l’intention de demander l’asile en Suisse.   

 

Elle aurait des problèmes de santé des suites d’un accident de la circula-

tion survenu sept à huit ans auparavant. Sa demande de protection serait 

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motivée par des problèmes gynécologiques nécessitant une opération au 

coût élevé et inabordable pour elle dans son pays. En outre, elle se serait 

retrouvée seule en Géorgie, tandis qu’en Suisse, ses filles, toutes deux 

requérantes d’asile, seraient capables de prendre soin d’elle. Préférant 

rester auprès de celles-ci, elle s’est opposée à son transfert en France. 

D.  

Par décision incidente du 11 février 2016, le SEM a attribué la recourante 

au canton de D._______. 

E.  

Le 5 avril 2016, sur la base de l’art. 12 par. 2 du règlement (UE) no 604/2013 

du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 (refonte), établissant 

les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable 

de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans 

l’un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride  

(JO L 180/31 du 29.6.2013, ci-après règlement Dublin III ou RD III), l’Unité 

Dublin française a accepté la requête du 16 mars 2016 du SEM aux fins 

de prise en charge de la recourante.  

F.  

Par décision du 7 avril 2016, le SEM n’est pas entré en matière sur la de-

mande d’asile, a prononcé le renvoi de la recourante vers la France, l’Etat 

Dublin responsable, et a ordonné l’exécution de cette mesure.  

 

Il a considéré que la présence en Suisse des deux filles n’était pas perti-

nente sous l’angle de la détermination de l’Etat membre responsable de 

l’examen de la demande d’asile de la recourante. En effet, comme elles 

sont majeures, ses deux filles ne feraient pas partie des membres de sa 

famille, au sens de l’art. 2 let. g RD III. En outre, il n’existerait aucun indice 

de l’existence d’une relation de dépendance entre la recourante et ses 

filles ; l’art. 16 par. 1 RD III ne trouverait ainsi pas application. Par ailleurs, 

les problèmes de santé allégués être à l’origine du départ du pays d’origine 

ne seraient constitutifs ni de motifs humanitaires au sens de l’art. 29a 

al. 3 OA 1 ni d’un obstacle au transfert vers la France sous l’angle de 

l’art. 3 CEDH. Pour le reste, la France serait présumée respecter ses obli-

gations internationales, dont le principe du non-refoulement. 

G.  

Par acte du 25 avril 2016, l’intéressée a interjeté recours auprès du Tribu-

nal administratif fédéral (ci-après : Tribunal), concluant à l’annulation de la 

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décision précitée et sollicitant l’effet suspensif et l’assistance judiciaire to-

tale.  

 

Elle a fait valoir que la Suisse était le pays de son entrée dans l’espace 

Dublin et, partant, l’Etat membre responsable de l’examen de sa demande 

d’asile. En effet, elle serait arrivée à Genève le (…) 2015, le jour-même de 

son départ d’Istanbul, comme en attestaient les sceaux et le visa apposés 

en pages (…) de son passeport, dont elle a produit une copie. Ses troubles 

mnésiques seraient à l’origine de ses déclarations erronées, lors de son 

audition, sur un transit par la France pour rejoindre la Suisse. 

  

Elle a invoqué que la motivation de la décision attaquée était lacunaire 

quant à l’application de l’art. 16 par. 1 RD III, le SEM n’ayant pris en consi-

dération ni son âge avancé ni ses importants problèmes de santé ni le seul 

soutien que représentaient ses filles.  

 

Elle a produit une nouvelle attestation de l’établissement hospitalier pré-

cité, datée du 25 avril 2016. Il en appert qu’elle présente des douleurs chro-

niques réduisant sa capacité de marche, auxquels s’ajoutent des troubles 

de l’équilibre rendant sa mobilisation difficile avec un risque de chute ma-

jeur, qu’un diagnostic d’une démence mixte peut être retenu ensuite d’une 

IRM, et que des investigations complémentaires sont en cours. Elle a sol-

licité l’octroi d’un délai pour produire un certificat médical circonstancié  

« à très brève échéance ». 

H.  

Par décision incidente du 27 avril 2016, le Tribunal a admis la demande 

d’effet suspensif. 

I.  

Dans sa réponse du 6 juin 2016, le SEM a proposé le rejet du recours.  

 

Il a indiqué que l’application de l’art. 12 par. 2 RD III n’était pas conditionnée 

par l’entrée dans l’espace Dublin par l’Etat membre ayant délivré le visa.  

 

Il a mis en exergue que, lors de la procédure de première instance, la re-

courante avait eu l’occasion de s’expliquer sur les motifs de sa venue en 

Suisse et n’avait alors invoqué aucun élément de dépendance.   

 

Il a estimé que le lien de dépendance n’était toujours pas établi. En effet, 

eu égard aux investigations médicales toujours en cours, le diagnostic et 

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les traitements à entreprendre seraient indéterminés. Partant, il en irait de 

même de la nature de l’assistance que les filles de la recourante pourraient 

lui apporter dans le cadre de son traitement. De surcroît, les problèmes de 

santé et l’âge avancé de la recourante ne l’auraient pas empêchée de vivre 

seule et de manière indépendante depuis octobre 2010 jusqu’à son arrivée 

en Suisse en novembre 2015. Enfin, la capacité, tant personnelle que ma-

térielle, des filles d’apporter effectivement l’assistance nécessaire à leur 

mère, ne serait pas assurée. En effet, les filles ne bénéficieraient pas d’un 

droit de présence assuré en Suisse, où elles ne seraient que tolérées, le 

temps de l’examen de leurs demandes d’asile.  

J.  

Par décision incidente du 23 juin 2016, le Tribunal a rejeté la requête ten-

dant à la désignation d’Andrea von Flüe, avocat, en qualité de mandataire 

d’office et a admis celle tendant à la dispense du paiement des frais de 

procédure. 

K.  

Dans sa réplique du 7 juillet 2016, la recourante rappelle avoir déclaré 

d’emblée, lors de son audition, avoir des problèmes urgents de santé et 

s’être retrouvée toute seule en Géorgie, sans personne pour l’assister. Elle 

a fait valoir que son état de santé était très dégradé, comme en attestait le 

nouveau certificat médical, daté du même jour, qu’elle a produit. Selon 

l’avis de ses médecins, la présence d’un proche à ses côtés est indispen-

sable du fait de sa dépendance et de sa vulnérabilité ; sa dépendance se-

rait ainsi avérée médicalement. Cet avis devrait être pris en considération 

sous l’angle de l’art. 16 par. 1 RD III, de sorte que sa demande d’asile 

devrait être examinée en Suisse, où résideraient légalement ses filles. 

 

Il ressort du certificat médical du 7 juillet 2016 précité ce qui suit :  

A sa première consultation, la recourante a mentionné des problèmes de 

tension artérielle et une arthrose des hanches. C’est sa fille, B._______, 

qui l’accompagne à chaque consultation, qui s’est plainte des troubles de 

la mémoire de sa mère en aggravation progressive, rendant celle-ci très 

dépendante de son entourage. Sont diagnostiqués des céphalées, des 

troubles de la mémoire avec une probable démence vasculaire ou mixte, 

une hypothyroïdie, une dyslipidémie, des tassements vertébraux thora-

ciques avec dorsalgies chroniques sur probable ostéoporose, des troubles 

de la marche d’origine multifactorielle, une cataracte des deux yeux, une 

carence en vitamine D, et un probable prolapsus vaginal. La recourante 

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nécessite un traitement pharmacologique et des investigations supplémen-

taires, avec des consultations de neurologie, d’endocrinologie, de gynéco-

logie, et d’ophtalmologie. Elle est incapable de subvenir seule à ses be-

soins et nécessite l’assistance quotidienne et constante de sa fille, son 

proche aidant, du fait de ses troubles cognitifs, caractérisés par des oublis 

fréquents et une désorientation. Sa fille assure notamment la prise médi-

camenteuse et l’accompagne à ses rendez-vous. En l’absence de sa fille, 

la recourante nécessiterait sans doute une aide spécialisée à domicile, 

diurne, voire nocturne. Son renvoi en France ou en Géorgie sans la mise 

en place d’une tutelle et d’un soutien 24h/24 la mettrait réellement en dan-

ger. 

 

Droit : 

1.  

1.1 En vertu de l'art. 31 LTAF (RS 173.32), le Tribunal connaît des recours 

contre les décisions au sens de l'art. 5 PA. En particulier, les décisions ren-

dues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées devant le Tri-

bunal conformément à l'art. 33 let. d LTAF (loi à laquelle renvoie l'art. 105 

LAsi [RS 142.31]). Le Tribunal est donc compétent pour connaître du pré-

sent litige. Il statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d ch. 1 LTF [RS 

173.110]).  

1.2 La recourante a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Interjeté dans 

la forme (cf. art. 52 al. 1 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 2 LAsi) prescrits par 

la loi, le recours est recevable. 

1.3 Dans un recours contre une décision de non-entrée en matière fondée 

sur la LAsi, un requérant d'asile peut invoquer, en vertu de l'art. 106 al. 1 

LAsi, la violation du droit fédéral, notamment l'abus ou l'excès dans l'exer-

cice du pouvoir d'appréciation (let. a), et l'établissement inexact ou incom-

plet de l'état de fait pertinent (let. b). Il ne peut pas invoquer l'inopportunité 

de la décision attaquée (cf. ATAF 2014/26 consid. 5.6 et arrêt E-641/2014 

du 13 mars 2015 consid. 5.4 [non publié dans ATAF 2015/9]). 

2.  

En vertu de l'Accord du 26 octobre 2004 entre la Confédération suisse et 

la Communauté européenne relatif aux critères et aux mécanismes per-

mettant de déterminer l'Etat responsable de l'examen d'une demande 

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d'asile introduite dans un Etat membre ou en Suisse (AAD, RS 

0.142.392.68), le SEM examine la compétence relative au traitement d'une 

demande d'asile en application du RD III (cf. arrêté fédéral du 26 sep-

tembre 2014 portant approbation et mise en œuvre de l'échange de notes 

entre la Suisse et l'UE concernant la reprise du RD III (Développement de 

l'acquis de Dublin/Eurodac) [RO 2015 1841]). S'il ressort de cet examen 

qu'un autre Etat est responsable du traitement de la demande d'asile, le 

SEM rend une décision de non-entrée en matière après que l'Etat requis a 

accepté la prise ou la reprise en charge du requérant d'asile (cf. art. 1 et 

art. 29a OA 1).  

 

Aux termes de l'art. 3 par. 1 2ème phr. RD III, une demande de protection 

internationale est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les 

critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. Nonobstant 

son exclusion de la hiérarchie desdits critères, l’art. 16 par. 1 RD III con-

cernant les personnes à charge est une disposition obligatoire à laquelle il 

ne peut être dérogé que dans des circonstances exceptionnelles (voir con-

sid. 4.3, spéc. 4.3.3 ci-après). Par ailleurs, par dérogation à l’art. 3 par. 1 

2ème phr. RD III, l’art. 17 par. 1 RD III (clause de souveraineté) permet à 

chaque Etat membre d’examiner une demande de protection internationale 

qui lui est présentée par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride, 

même si cet examen ne lui incombe pas en vertu desdits critères. 

3.  

En l’espèce, le SEM a constaté que la France avait accepté, le 5 avril 2016, 

la prise en charge de la recourante, sur la base du critère prévu à l’art. 12 

par. 2 RD III (visa en cours de validité). La recourante fait valoir que l’ac-

cord de la France est vicié parce qu’il incombe à la Suisse, pays de son 

entrée dans l’espace Dublin, d’examiner sa demande d’asile. Toutefois, 

comme l’a relevé pertinemment le SEM dans sa réponse, l’art. 12 

par. 2 RD III ne prévoit pas, pour son application, la condition de l’entrée 

sur le territoire de l’Etat membre ayant délivré le visa. En outre, le critère 

de l’art. 12 RD III précède celui de l’art. 13 RD III relatif à l’entrée et/ou au 

séjour dans un autre Etat Dublin, de sorte qu’il prévaut conformément à la 

règle de la hiérarchie des critères (art. 7 par. 1 RD III). En tout état de 

cause, la recourante ne saurait valablement invoquer une violation de 

l'art. 12 par. 2 RD III. En effet, cette disposition n'est pas applicable direc-

tement ou, autrement dit, n'est pas « self-executing » (cf. ATAF 

E-6513/2014 du 3 décembre 2015 consid. 5.1 et 5.2 ; ATAF 2015/19 con-

sid. 4.5, ATAF 2010/27 consid. 5.2 et 5.3). Partant, le grief est manifeste-

ment mal fondé.  

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4.  

4.1 La recourante se prévaut d’une violation de l’art. 16 par. 1 RD III. Elle 

soutient que ses liens de dépendance avec ses filles, requérantes d’asile 

en Suisse, en particulier avec B._______, avec laquelle elle vit dans le 

même foyer, doivent conduire à les laisser ensemble.  

4.2 L’art. 16 par. 1 RD III est directement applicable et, par conséquent, 

justiciable devant le Tribunal (cf. dans le même sens, arrêt du Tribunal 

E-1544/2016 du 26 mai 2016 consid. 5 et réf. cit.). 

4.3 Le Tribunal tient compte de l'acquis Dublin et reprend, d'une manière 

aussi adéquate que possible, les éléments de la jurisprudence européenne 

(lorsqu'ils existent), voire de certains pays membres de l'Union, afin d'assu-

rer une situation juridique parallèle, pour autant que de justes motifs ne 

plaident pas en sens contraire. En d'autres termes, il contribue à l'applica-

tion et à l'interprétation uniformes du droit Schengen et Dublin en évitant 

de s'écarter sans raisons objectives de la jurisprudence de la CJUE 

(cf. ATAF 2014/1 consid. 4.1.2, 2010/27 consid. 5.3.2). 

4.3.1 L'art. 16 par. 1 RD III est ainsi libellé :   

Lorsque, du fait d’une grossesse, d’un enfant nouveau-né, d’une 

maladie grave, d’un handicap grave ou de la vieillesse, le de-

mandeur est dépendant de l’assistance de son enfant, de ses 

frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légale-

ment dans un des Etats membres, ou lorsque son enfant, son 

frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement 

dans un Etat membre est dépendant de l’assistance du deman-

deur, les Etats membres laissent généralement ensemble ou 

rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, 

ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient 

existé dans le pays d’origine, que l’enfant, le frère ou la sœur, ou 

le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin 

de la personne à charge et que les personnes concernées en 

aient exprimé le souhait par écrit. 

Il a remplacé l'art. 15 par. 2 du règlement Dublin II (JO L 50/1 du 

25.2.2003), qui était ainsi libellé :  

Lorsque la personne concernée est dépendante de l'assistance 

de l'autre du fait d'une grossesse ou d'un enfant nouveau-né, 

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d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, les 

Etats membres laissent normalement ensemble ou rapprochent 

le demandeur d'asile et un autre membre de sa famille présent 

sur le territoire de l'un des Etats membres, à condition que les 

liens familiaux aient existé dans le pays d'origine. 

4.3.2 Interprétant cet art. 15 par. 2 RD II, la Cour de justice de l’Union eu-

ropéenne (CJUE) a retenu, dans son arrêt C-245/11 du 6 novembre 2012, 

que lorsque les liens familiaux avaient existé dans le pays d’origine, il im-

portait de vérifier que le demandeur d’asile ou la personne qui présentait 

avec lui les liens familiaux avait effectivement besoin d’une assistance et, 

le cas échéant, que celui qui devait assurer l’assistance de l’autre était en 

mesure de le faire (par. 42). Elle a précisé que l’obligation de laisser « nor-

malement » ensemble les personnes concernées devait être comprise en 

ce sens qu’un Etat membre ne pouvait déroger à cette obligation de laisser 

ensemble les personnes concernées que si une telle dérogation était justi-

fiée en raison de l’existence d’une situation exceptionnelle (par. 46).  

4.3.3 L'expression « laissent généralement ensemble » (cf. art. 16 par. 1 

RD III) a remplacé celle de « laissent normalement ensemble » (cf. art. 15 

par. 2 RD II). Les adverbes « généralement » et « normalement » étant des 

synonymes (le premier étant plus usité en droit), on peut en déduire que 

les considérants précités de la CJUE dans son arrêt C-245/11 du 6 no-

vembre 2012 demeurent d’actualité pour l'interprétation de l'art. 16 

par. 1 RD III. Cette appréciation est corroborée par le libellé du considérant 

no 16 du préambule du règlement Dublin III, selon lequel l’existence d’un 

lien de dépendance devrait devenir un critère obligatoire de responsabilité. 

Elle est également conforme à l’avis de la Commission européenne ; en 

effet, selon celle-ci, bien que le critère relatif aux personnes à charge ait 

été exclu par la position commune (à savoir l’accord politique du Conseil 

de l’Union européenne du 21 novembre 2012)  de la hiérarchie des critères 

énoncés au chapitre III, il figure dans une disposition obligatoire à laquelle 

il ne peut être dérogé que dans des circonstances exceptionnelles 

(cf. Communication du 10 juin 2013 de la Commission au Parlement euro-

péen COM/2013/0416 final - 2008/0243 (COD) conformément à l’article 

294, paragraphe 6, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne 

concernant la position du Conseil sur l’adoption d’une proposition de règle-

ment du Parlement européen et du Conseil établissant les critères et mé-

canismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen 

d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des Etats 

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membres par un ressortissant d’un pays tiers ou un apatride). Cette dispo-

sition prime les dispositions du chapitre III relatifs aux critères de détermi-

nation (cf. FRANCESCO MAIANI, L’unité de la famille sous le Règlement Du-

blin III : du vin nouveau dans de vieilles outres, in : Breitenmoser/Gless/La-

godny (éd.), Schengen et Dublin en pratique, questions actuelles, 2015, p. 

277 ss, spéc. p. 285 ; voir aussi consid. 4.5.2 ci-après). 

4.4 En l’espèce, il s’agit donc d’examiner s’il y a une obligation de laisser 

ensemble la recourante et sa fille B._______ (consid. 4.4.1 ss) et, dans 

l’affirmative, si une dérogation est justifiée en raison de l’existence d’une 

situation exceptionnelle (consid. 4.5). 

4.4.1 La recourante a allégué à temps sa volonté de se réunir avec sa fille 

avec laquelle elle logeait dans le même foyer (cf. art. 7 al. 3 RD III ; voir 

également l’arrêt D-3153/2014 et D-3154/2014 du Tribunal du 6 oc-

tobre 2014 où cette condition n’était pas réunie). En effet, d’une part, elle 

a fait connaître cette volonté avant l’acceptation de la requête aux fins de 

prise en charge par la France ; d’autre part, sa demande d’asile n’a pas 

encore fait l’objet d’une première décision sur le fond. 

4.4.2 Les liens familiaux délimités à l’art. 16 par. 1 RD III doivent avoir pré-

existé dans le pays d’origine. L’expression « liens familiaux », figurant no-

tamment à l’art. 8 par. 5 et 16 par. 3 RD III est différente de celle de « vie 

familiale » mentionnée à l’art. 8 par. 1 CEDH, et ne se confond donc pas 

avec elle. Elle résume les liens de parenté énumérés par cette disposition 

(cf. CHRISTIAN FILZWIESER/ANDREA SPRUNG, Dublin III-Verordnung, 2014, 

commentaire ad art. 16, K1, p. 151 et K5 p. 152), exigeant simplement 

qu’ils aient préexisté dans le pays d’origine (mais non qu’ils y aient été 

effectivement vécus jusqu’à un départ en commun des intéressés de leur 

pays d’origine), comme cela ressort implicitement de l’Annexe VII Partie A 

du règlement d’exécution [UE] no 118/2014 de la Commission du 30 janvier 

2014 modifiant le règlement [CE] no 1560/2003 portant modalités d'appli-

cation du règlement Dublin II (ci-après : règlement d’exécution ; JO L 39/1 

du 8.2.2014 ; voir également échange de notes du 17 mars 2014 entre la 

Suisse et l'Union européenne concernant la reprise du règlement (UE) 

no 118/2014 modifiant le règlement (CE) no 1560/2003 portant modalités 

d'application de Dublin [RS 0.142.392.680.02]).   

 

Partant, en retenant en l’espèce que le lien de dépendance n’a jamais 

existé dans le pays d’origine pour refuser l’application de l’art. 16 

par. 1 RD III, le SEM a mal interprété la condition de la préexistence d’un 

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lien familial dans le pays d’origine. Il a exigé à tort que soit démontrée la 

préexistence dans le pays d’origine d’une vie familiale entre adultes (entre 

la recourante et sa fille) protégée par l’art. 8 par. 1 CEDH.  

 

Le lien en ligne directe de premier degré, existant entre la recourante et sa 

fille, B._______, fait partie de ceux énumérés à l’art. 16 par. 1 RD III. Ce 

lien de filiation existe depuis la naissance de la fille dans le pays d’origine. 

A aucun moment il n’a été mis en doute par le SEM et il n’y a aucune raison 

de le faire.  

 

En conclusion, la condition de l’existence d’un lien familial et celle de sa 

préexistence dans le pays d’origine sont manifestement remplies. 

4.4.3 Il ressort de la systématique du règlement Dublin III, spécialement de 

son art. 16 par. 1, que le lien de dépendance ne doit pas être obligatoire-

ment antérieur au départ du pays, contrairement au lien familial. En effet, 

si elle exige que les liens familiaux aient existé dans le pays d’origine, cette 

disposition ne pose pas de condition analogue pour les facteurs de dépen-

dance. Les causes énumérées de la dépendance sont une grossesse, un 

enfant nouveau-né, une maladie grave, un handicap grave ou la vieillesse. 

Cependant, selon FILZWIESER/SPRUNG, vu la multiplicité des causes de dé-

pendance, il convient de ne pas s’en tenir exhaustivement ou, du moins, 

strictement à cette énumération (cf., op.cit., commentaire ad art. 16, K4, 

p. 152). Les situations de cumul de facteurs de dépendance doivent être 

prises en considération comme telles, sur la base d’un examen individuel. 

La recourante soutient dans sa réplique que, dans son cas, un tel lien est 

établi d’un point de vue médical. Il appert effectivement du certificat du 

7 juillet 2016 (cf. Faits, let. K), qui précise les attestations des 6 février et 

25 avril 2016 (cf. Faits, let. A et G), qu’il existe entre la recourante et sa fille 

des éléments supplémentaires de dépendance autres que les liens affectifs 

normaux, du fait des troubles mnésiques et des troubles de la marche d’ori-

gine multifactorielle dont elle souffre. Sa dépendance, du fait de la vieil-

lesse ou d’une maladie grave (âge assez avancé, probable démence vas-

culaire ou mixte), de l’assistance de sa fille est donc établie.  

D’ailleurs, le SEM a, à titre exceptionnel, autorisé la recourante, le jour 

même du dépôt de sa demande d’asile, soit le 9 février 2016, à loger tem-

porairement dans le même foyer que sa fille dans le canton de D._______. 

Il a de la sorte admis la requête de celles-ci, fondée sur des raisons médi-

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Page 12 

cales étayées par l’attestation du 6 février 2016. Il a ensuite attribué la re-

courante, le jour même de son audition, le 11 février 2016, à ce même can-

ton. Il a donc d’emblée adapté les conditions matérielles d’accueil à la vul-

nérabilité particulière de la recourante. Il ne pouvait en conséquence pas 

valablement soutenir, dans la décision dont est recours, qu’il n’existait au-

cun indice de dépendance. 

4.4.4 L’art. 16 par. 1 RD III exige une résidence légale du proche aidant 

dans l’Etat membre. 

4.4.4.1 Le SEM estime que cette condition n’est pas remplie, parce que 

B._______, la fille qui s’occupe de la recourante, est une requérante d’asile 

dont la demande est en cours d’examen en procédure nationale en Suisse. 

En tant que requérante d’asile, elle ne serait en effet pas au bénéfice d’un 

droit de présence assuré. 

4.4.4.2 Le SEM ne saurait toutefois s’appuyer, pour interpréter l’art. 16 

par. 1 RD III, sur la jurisprudence du Tribunal fédéral selon laquelle un 

étranger ne peut invoquer la protection de la vie familiale découlant des 

art. 8 CEDH et 13 Cst. qu’à la condition qu'il entretienne une relation étroite 

et effective (cf. ATF 131 II 265 consid. 5) avec une personne de sa famille 

ayant le droit de résider durablement en Suisse, ce qui suppose que cette 

personne ait la nationalité suisse, une autorisation d'établissement en 

Suisse ou un droit certain à une autorisation de séjour en Suisse (cf. 

ATF 135 I 143 consid. 1.3.1 ; voir aussi ATAF 2012/4 consid. 4.3). 

4.4.4.3 Contrairement  aux cas d’application de cette jurisprudence, il n’est 

pas question ici de l’octroi ou du renouvellement d’une autorisation canto-

nale de séjour, mais de la détermination de l’Etat compétent pour l’examen 

d’une demande d’asile. A l’instar de ce qui vaut pour l’art. 27 al. 3 LAsi, qui 

prescrit le respect du principe de l’unité de la famille dans l’attribution d’un 

requérant d’asile à un canton déterminé (cf. ATAF 2008/47 consid. 4.1.2 a 

contrario) et pour l’art. 44 LAsi qui prescrit pour tous les requérants d’asile 

formant une même famille l’extension immédiate en leur faveur de l’admis-

sion provisoire accordée à l’un d’entre eux, à condition qu’ils soient au 

même moment tous requérants d’asile, aussi bien celui admis provisoire-

ment à titre originaire que les membres de sa famille (cf. arrêt E-7756/2010 

du 25 février 2011 consid. 5.1), l’application de l’art. 16 par. 1 RD III ne 

présuppose pas la possession, par le proche aidant, d’un « droit de pré-

sence assuré » (ou, autrement dit, « d’un droit de résider durablement »). 

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Page 13 

En effet, cette disposition sur les personnes à charge a pour but une meil-

leure prise en considération de la situation individuelle de chaque deman-

deur d’asile et, partant, non seulement une meilleure protection de chacun 

d’eux, mais aussi une réduction des mouvements secondaires (cf. Com-

mission des Communautés européennes, Exposé des motifs de la propo-

sition de règlement, 3 décembre 2008, COM(2008) 820 final 2008/0243 

(COD), p. 13). Autrement dit, elle vise une meilleure protection des requé-

rants d’asile et une meilleure acceptation par ceux-ci des décisions prises 

en application de la réglementation Dublin, voire des décisions en matière 

d’asile et de renvoi. Eu égard à ces buts, l’application par la Suisse de cette 

disposition de réunification familiale aux requérants d’asile, le temps de 

l’examen de leur demande, ne saurait dépendre des chances de succès 

d’une hypothétique demande de leur part tendant à l’octroi d’une autorisa-

tion cantonale de séjour de police des étrangers en vue d’une prise de 

résidence en Suisse au titre du regroupement familial. La condition de la 

« résidence légale » se justifie également parce qu’il n’est guère conce-

vable qu’une personne clandestine puisse apporter à son proche dépen-

dant, requérant d’asile, une assistance effective (cf. FILZWIESER/SPRUNG, 

op. cit., commentaire ad art. 16, K6 p. 153). Dans ces circonstances, rien 

ne permet d’admettre que cette notion doive être interprétée comme étant 

équivalente à celle de « droit de présence assuré » (ou « droit de résider 

durablement ») tirée de la jurisprudence du Tribunal fédéral (dans le même 

sens, cf. arrêt E-3325/2014 du 3 février 2015 consid. 3.8). 

4.4.4.4 Tandis que l’art. 16 par. 1 RD III prévoit la condition de la « rési-

dence légale » (selon les versions française, italienne, et anglaise : « ré-

side légalement », « legalmente residente », « legally resident »), l'art. 8 

par. 1 RD III comprend la condition de la « présence légale » (« se trouvent 

légalement », « legalmente presente », « legally present »). Cependant, la 

version allemande du RD III parle indistinctement pour les deux disposi-

tions de séjour régulier (« sich rechtmäßig aufhält »). En outre, dans la ver-

sion française du par. 3 de l’art. 8 RD III, le terme de « résidence » est 

utilisé en lieu et place de celui de « présence » mentionné au par. 1 et 2. 

Dans la version allemande de ce par. 3 RD III, c’est toujours le terme « sé-

jour » (« sich aufhalten ») qui est utilisé. C’est également celui choisi dans 

la version italienne (« soggiornare »), en lieu et place de celui de « pré-

sence » utilisé dans cette version aux par. 1 et 2. En définitive, les notions 

de «résidence légale », « présence légale », et « séjour régulier » sont em-

ployées indistinctement aux art. 8 et 16 RD III. Ces notions sont donc équi-

valentes et sont clairement distinctes de celle de « titre de séjour » définie 

à l’art. 2 let. l RD III. 

E-2530/2016 

Page 14 

4.4.4.5 Comme le Tribunal a déjà eu l’occasion d’en juger dans son ATAF 

D-5785/2015 consid. 4, le séjour d'un requérant d'asile en Suisse au sens 

de l'art. 42 LAsi est un « séjour régulier » au sens de l'art. 8 par.  1 RD III. 

Il ressort effectivement du texte clair de l’annexe VIII Partie B du règlement 

d’exécution no 118/2014, que le demandeur d’une protection internationale 

est, par définition, légalement présent sur le territoire de l’Etat membre, au 

sens du règlement. On peut également déduire de ce texte que le deman-

deur d’une protection internationale a, par définition, un statut de « résident 

légal », au sens du règlement. 

4.4.4.6 Partant, contrairement au SEM, il convient d’admettre que la fille 

de la recourante, requérante d’asile dont la demande est en cours d’exa-

men en procédure nationale en Suisse, y réside légalement au sens de 

l’art. 16 par. 1 RD III, même si elle n’y bénéficie pas d’un « droit de pré-

sence assuré » au sens de la jurisprudence du Tribunal fédéral en matière 

d’autorisation de séjour.  

4.4.5 Les conditions de la volonté et de la capacité personnelle de 

B._______ à s’occuper de sa mère sont également remplies. En effet, la 

fille de la recourante assume déjà le rôle de proche aidant depuis l’arrivée 

de sa mère en Suisse le (…) 2015, comme cela ressort du certificat du 

7 juillet 2016 confirmant sur ce point les attestations médicales des 6 fé-

vrier et 25 avril 2016. Son dossier ne comporte aucun indice d’un éventuel 

empêchement de sa part à porter assistance à sa mère et, notamment, à 

l’accompagner à chaque consultation médicale. Les médecins traitants de 

sa mère n’ont invoqué aucun problème sur ce point. Le Tribunal n’a donc 

aucune raison de mettre en doute sa capacité à porter assistance à sa 

mère. 

4.4.6 La capacité matérielle à s’occuper du demandeur ne doit être prise 

en considération que pour déterminer le lieu de rapprochement du deman-

deur d’asile avec le membre de sa famille, conformément à l’art. 11 par. 5 

point b du règlement no 1560/2003 portant modalités d’application du rè-

glement Dublin II. Elle n’est donc pas une condition d’application de l’art. 16 

par. 1 RD III. Le SEM n’était donc pas fondé à refuser la requête tendant à 

ce que la recourante ne soit pas séparée de sa fille, au motif que celle-ci 

émarge à l’assistance publique.  

4.4.7 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de conclure à une obligation de 

principe de laisser ensemble la recourante et sa fille B._______. Le SEM 

E-2530/2016 

Page 15 

n’était donc pas fondé à retenir l’inexistence d’une telle obligation sans vé-

rifier la présence d’une situation exceptionnelle.  

4.5 Il importe donc d’examiner encore si une situation exceptionnelle justi-

fie de faire exception à la règle générale du maintien de l’unité familiale 

prévue à l’art. 16 par. 1 RD III. 

4.5.1 Les facteurs que le SEM a retenus, autres que l’absence d’un lien de 

dépendance sont : l’absence d’indépendance de l’assistance publique de 

B._______ (dont la demande d’asile déposée le 6 août 2014 en Suisse est 

en cours d’examen en procédure nationale depuis le 6 mai 2015) ; la pré-

carité du statut de celle-ci en Suisse (absence d’un droit de présence as-

suré) ; et l’absence d’une assistance offerte à la recourante par ses filles 

dans leur pays d’origine.  

4.5.1.1 Ces facteurs, même cumulés, ne reflètent pas une situation excep-

tionnelle. En effet, les requérants d’asile sont considérés comme un groupe 

de la population particulièrement défavorisé et vulnérable, ayant besoin 

d’une protection spéciale. Partant, leur dépendance de l’aide publique 

n’apparaît pas rare. Cela est d’autant plus vrai eu égard à leur situation sur 

le plan de l’emploi. Ils sont soumis à l’interdiction d’exercer une activité 

lucrative pendant trois à six mois (cf. art. 43 al. 1 LAsi). Passé cette période 

d’interdiction, ils sont soumis à des conditions restrictives d’admission en 

vue de l'exercice temporaire d'une activité lucrative, eu égard notamment 

à la priorité des travailleurs indigènes (cf. art. 43 al. 1bis LAsi, art. 52 

de  l’ordonnance relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une acti-

vité lucrative [OASA, RS 142.201], et art. 21 LEtr [RS 142.20]).  

4.5.1.2 En ce qui la concerne personnellement, la fille de la recourante 

n’était vraisemblablement pas autorisée à travailler du 6 août 2014 

jusqu’au 6 mai 2015 (cf. art. 43 al. 1 et 2 LAsi). Depuis la reprise de la pro-

cédure nationale, le 6 mai 2015, elle a vraisemblablement la possibilité 

d’exercer une activité lucrative, toutefois sous autorisation et à des condi-

tions restrictives. Dans ces circonstances, le fait qu’elle émarge à l’assis-

tance publique n’est pas une situation exceptionnelle. En outre, elle a, 

comme tous les requérants d’asile, un statut de séjour précaire fondé sur 

l’art. 42 LAsi. 

E-2530/2016 

Page 16 

4.5.1.3 Enfin, s’agissant de la recourante, il n’est en rien extraordinaire 

qu’une septuagénaire, qui s’approche de 80 ans, puisse se trouver pro-

gressivement dépendante de l’assistance d’un ou de plusieurs membres 

de sa famille. 

4.5.2 Certes, sur la base d’un examen sommaire, il appert que la recou-

rante a demandé l’asile apparemment pour des motifs médicaux et en vue 

d’une réunification familiale, soit pour des motifs prima facie étrangers à 

cette institution. Il n’en demeure toutefois pas moins qu’elle a demandé 

l’asile en Suisse, et que, par conséquent, le RD III s’applique pour déter-

miner l’Etat membre compétent pour examiner sa demande. Or, le RD III 

se base sur le principe général selon lequel la responsabilité de l’examen 

d’une demande incombe en premier lieu à l’Etat membre qui a joué le rôle 

principal dans l’entrée ou le séjour du demandeur sur le territoire des Etats 

membres, sauf exceptions destinées à protéger l’unité familiale (cf.  Com-

mission des Communautés européennes, Exposé des motifs de la propo-

sition de règlement, 3 décembre 2008, COM(2008) 820 final 2008/0243 

(COD), p. 3). Partant, l’application de la clause d’exception de l’art. 16 

par. 1 RD III destinée à protéger l’unité familiale l’emporte sur l’application 

du critère de l’art. 12 par. 2 RD III (visa en cours de validité) fondé sur la 

responsabilité primaire pour l’entrée dans l’espace Dublin. Autrement dit, 

l’obligation de laisser normalement ensemble le requérant d’asile et le 

membre de sa famille prévue à l’art. 16 par. 1 RD III fait exception à l’ap-

plication du critère de l’art. 12 par. 2 RD III. Inversement, il n’est pas pos-

sible de déroger exceptionnellement à cette obligation prévue à l’art. 16 

par. 1 RD III, au motif que les conditions d’application de l’art. 12 par. 2 RD 

III sont réunies. Partant, en l’espèce, le fait que la recourante a mis à profit 

le visa Schengen délivré par la France pour rejoindre sa fille en Suisse et 

y demander l’asile et qu’elle pourrait être transférée en France en applica-

tion de l’art. 12 par. 2 RD III, ne constitue pas une situation exceptionnelle 

permettant de déroger à l’art. 16 par. 1 RD III. 

4.5.3 Enfin, il n’y a pas lieu non plus de voir une circonstance exception-

nelle dans le comportement délictuel de l’époux de la fille de la recourante 

en Suisse, le couple étant séparé et l’épouse n’ayant pas été impliquée 

pénalement. 

4.5.4 En définitive, la situation d’espèce se révèle, somme toute, ordinaire, 

ou, tout au moins, elle n’est pas exceptionnelle. Il n’y a en conséquence 

pas lieu de déroger à la règle générale prévue à l’art. 16 par. 1 RD III. 

E-2530/2016 

Page 17 

4.6 En définitive, la responsabilité de la Suisse en application de l’art. 16 

par. 1 RD III l’emporte sur celle de la France en application de l’art. 12 par. 

2 RD III. En conséquence, la Suisse est l’Etat membre Dublin responsable 

de l’examen de la demande d’asile de la recourante. Partant, la décision 

du SEM de non-entrée en matière et de transfert vers la France est infon-

dée. 

4.7 Au vu de ce qui précède, la décision attaquée doit être annulée, pour 

violation du droit fédéral, et le dossier de la cause retourné au SEM pour 

examen en procédure nationale de la demande d’asile de la recourante. 

5.  

5.1 Il n'y a pas lieu de percevoir de frais de procédure, la recourante ayant 

eu gain de cause et ayant, en tout état de cause, déjà été dispensée de 

leur paiement (cf. art. 63 al. 1 et al. 2 PA, art. 65 al. 1 PA).  

5.2 La recourante a droit à des dépens (cf. art. 64 al. 1 PA et art. 7 ss FI-

TAF). En l'absence de dépôt d'un décompte de prestations, ceux-ci sont 

fixés sur la base du dossier (cf. art. 14 al. 2 FITAF). Ils sont arrêtés ex 

aequo et bono à 1’100 francs (TVA comprise).  

 

 

(dispositif : page suivante) 

 

 

 

 

 

 

 

 

E-2530/2016 

Page 18 

 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est admis. 

2.  

La décision du 7 avril 2016 est annulée et la cause retournée au SEM pour 

examen en procédure nationale de la demande d’asile de la recourante. 

3.  

Il n'est pas perçu de frais de procédure.  

4.  

Le SEM versera à la recourante un montant de 1’100 francs à titre de dé-

pens. 

5.  

Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, au SEM et à 

l'autorité cantonale compétente. 

 

Le président du collège : La greffière : 

  

Jean-Pierre Monnet Anne-Laure Sautaux 

 

 

Expédition :