# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 34c3ebc1-ac7b-5b00-a498-ccf81cee66a1
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2023-11-27
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des assurances sociales 27.11.2023 (publié) AA 108/22 - 96/2023
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_004_AA-108-22---96-2023-_2023-11-27.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

AA
108/22 - 96/2023 

 

ZA22.038148

 

 

 

 

 

COUR
DES ASSURANCES SOCIALES

_____________________________________________

Arrêt du
29 août 2023

__________________

Composition
:               Mme             
Durussel,
présidente

             
              M. Piguet, juge, et M.
Oppikofer, assesseur

Greffier
              :             
M.              Genilloud

*****

Cause
pendante entre :

	
F.________,
à [...], recourant, représenté par Me Alexandre Lehmann, à Lausanne,

 

et

	
CAISSE
NATIONALE SUISSE D'ASSURANCE EN CAS D'ACCIDENTS,
à Lucerne, intimée.

 

 

_______________

 

Art.
18 al. 1 et 19 al. 1 LAA ; 36 al. 2 OLAA

             
E n  f a i t  :

 

A.             
F.________ (ci-après : l’assuré ou le recourant), né en [...], était employé
par L.________ SA et travaillait sous contrat de mission temporaire comme maçon au sein de l’entreprise
N.________ SA. A ce titre, il était assuré obligatoirement contre les accidents auprès
de la Caisse nationale suisse d’assurance en cas d’accidents (ci-après : la CNA
ou l’intimée). 

 

             
Le 18 avril 2019, l’assuré a été victime d’un accident professionnel. Selon
la déclaration d’accident, alors qu’il faisait du coffrage, il a pris un marteau pour
« bien enfoncer le fer à béton dans le béton et un bout de fer à béton
a giclé dans l’œil gauche ».

 

             
Le jour même, il a dans un premier temps été emmené aux [...] (ci-après :
[...]) pour y recevoir les premiers soins. Il a ensuite été transféré aux urgences
ophtalmiques de l’Hôpital [...]. Les médecins de cet hôpital, soupçonnant un
« traumatisme OG [œil gauche] avec plaie transfixiante, auto-étanche avec TIO [tension
intra-oculaire] à 5 mmHg, lésion irienne, et CE [corps étranger] probablement dans l’œil »,
mais ne disposant pas ce jour-là de la salle opératoire, ont transféré l’assuré
au [...] (ci-après : [...]) pour y subir une intervention chirurgicale.

 

             
La CNA a pris en charge le cas (frais médicaux et indemnités journalières).

 

             
Dans une lettre de sortie du 26 avril 2019, les Dres K.________ et T.________, spécialistes en ophtalmologie
et médecins aux [...], ont expliqué que le 18 avril 2019, l’assuré leur a été
adressé pour une plaie oculaire transfixiante avec corps étranger métallique en intra
oculaire et une hernie vitréenne à l’œil gauche et que pour cette raison, il a dû
subir l’intervention chirurgicale suivante : 

 

             
« phacoemulsification + suture cornéenne + une vitrectomie 23G + extraction CE par CA
+ densiron OG ». 

 

             

             
Selon un procès-verbal d’entretien téléphonique du 17 juillet 2019, une amie de
l’assuré a informé la CNA que l’évolution n’était pas très
favorable, la première intervention réalisée n’ayant pas amené tous les effets
escomptés. La CNA a également appris qu’une deuxième intervention était prévue
mais qu’elle n’avait pas encore été réalisée car l’assuré
avait eu une très importante inflammation empêchant l’intervention.

 

             
Dans un rapport intermédiaire du 13 septembre 2019 à la CNA, la Dre T.________ a notamment
fait état d’un mauvais pronostic visuel.

 

             
Selon le compte-rendu de l’entretien du 20 septembre 2019, l’assuré, avant l’accident,
n’avait pas de problème de vue et ne portait pas de lunettes ni de lentilles. Ce compte-rendu
mentionnait également qu’il n’y avait aucune évolution positive, que la lésion
dans l’œil n’avait pas encore cicatrisé et qu’il devait encore être
opéré, une fois la lésion cicatrisée, afin de fixer une lentille de contact définitive.
A cet instant, l’assuré ne voyait, selon ses dires, pratiquement rien de l’œil
gauche. 

 

             
Dans un rapport intermédiaire du 2 octobre 2019 à la CNA, la Dre K.________, a mentionné
qu’elle avait constaté une bonne évolution post-opératoire mais une baisse d’acuité
visuelle importante de l’œil gauche, estimant qu’une amélioration de la vision
était peu probable. Une chirurgie pour l’ablation de l’huile de silicone devait encore
être effectuée dans les prochains mois. A l’avenir, il fallait selon elle compter avec
une baisse d’acuité visuelle importante de l’œil gauche et des troubles de la vision
binoculaire.

 

             
Le 7 octobre 2019, l’assuré a déposé une demande de prestations AI auprès de
l’Office de l’assurance-invalidité pour le canton de Vaud (ci-après : l’OAI)
invoquant l’atteinte à son œil gauche due à l’accident du 18 avril 2019. 

 

             
Dans un rapport du 19 février 2020 relatif à la prise en charge de l’assuré du 18
avril 2019, la Dre W.________, médecin assistante aux [...], a relaté que l’assuré
se plaignait de douleurs lors de la mobilisation du globe oculaire, associée à une rougeur
et à une photophobie. Elle a diagnostiqué un traumatisme de l’œil gauche avec une
possible atteinte de l’iris.

 

             
Dans un rapport du 4 mars 2020, le Dr X.________ et la Dre K.________, spécialistes en ophtalmologie
et médecins aux [...], ont indiqué que le 18 décembre 2019, les [...] ont procédé
à l’ablation de l’huile de silicone en ambulatoire, précisant que dans ce contexte,
l’assuré a présenté une hémorragie intravitréenne qui a spontanément
évoluée. Compte tenu du status qu’ils estimaient rassurant, ils ont autorisé et
encouragé l’assuré à recommencer son activité professionnelle. Ils ont également
préconisé de continuer le traitement par Lacrivisc qui semble bien pour contrôler les
douleurs intermittentes. Une consultation de suivi était prévue au mois d’avril afin
de retirer les sutures cornéennes et pour évaluer la possibilité de recourir aux lentilles
rigides.

 

             
Dans un rapport du 7 avril 2020, le Dr G.________ spécialiste en ophtalmologie et en ophtalmochirurgie,
médecin d’arrondissement, a constaté que l’assuré avait perdu l’usage
d’un œil à la suite de l’accident mais qu’il était difficile de juger
s’il s’agissait d’un état définitif ou non. Il a en outre fait part des limitations
fonctionnelles suivantes : 

 

             
« D’un point de vue ophtalmologique et l’état de santé actuel, toutes
les activités adaptées aux personnes borgnes sont exigibles à plein temps et sans limite
de rendement. 

 

Les
activités qui requièrent la vision stéréoscopique ne sont plus exigibles. Les travaux
sur des machines comportant des éléments rotatifs non protégés, de même que
les travaux sur des terrains accidentés ou sur une chaîne d’assemblage ne conviennent
pas. La conduite de poids lourds et de lourdes machines de chantier est interdite. L’activité
de magasinier est également limitée car l’utilisation de chariots élévateurs
ou de grues est à dépeindre comme étant inappropriée. 

 

             
Toutes les activités exigeant une appréciation de l’espace sont en principe réalisables,
mais l’assuré a besoin de davantage de temps. Sont notamment concernées les activités
dans le champ de vision de près, mais aussi l’estimation de la distance d’objets plus
éloignés. De ce fait, l’assuré ne peut plus réaliser des tâches mécaniques
de précision ; si tel est tout de même le cas, une perte de performance de 20% doit être
prise en compte. Les activités sur des échafaudages ne sont plus exigibles. La montée
sur des échelles ne doit pas dépasser la hauteur des épaules, soit env. 1.5 m.

 

             
D’un point de vue ophtalmologique, toutes les activités adaptées aux personnes borgnes
et qui ne requièrent pas de vision stéréoscopique sont exigible à plein temps et
sans limite de rendement. Si une reconversion s’avère nécessaire, une perte de performance
est possible. Elle s’élève généralement à 10 – 20%, pendant un à
deux ans. Cette estimation vaut en particulier pour les tâches administratives, par exemple sur
ordinateur. Une correction correspondante à l’aide de lunettes est à prévoir pour
ces travaux. C’est le cas notamment de tout travail sur écran. ».

 

             
Par courrier du 18 mai 2020, la CNA a informé l’assuré qu’elle considérait
que son état de santé était stabilisé et qu’elle allait par conséquent
cesser le paiement des soins médicaux et de l’indemnité journalière avec effet au
31 mai 2020 au soir.

 

             
Dans un rapport du 25 mai 2020 relatif à une consultation du 22 mai 2020, le Dr J.________, spécialiste
en ophtalmologie et médecin au [...], a mentionné que l’assuré présentait une
acuité visuelle à numération digitale, un état d’aphakie et une cicatrice maculaire
avec un œdème maculaire cystoïde de type irvine gass. Selon ce spécialiste, le patient
avait probablement besoin d’une réadaptation professionnelle car il ne pouvait plus exercer
son travail de maçon, précisant qu’au vu de la monophtalmie de l’œil droit,
il ne pouvait ni travailler sur une échelle ni effectuer d’autres travaux en hauteur.

 

             
Par rapport du 5 juin 2020, le Dr G.________, tout en renvoyant à son appréciation du 7 avril
2020, a estimé qu’ « à la vue de la situation après 14 mois après
l’accident il faut partir de l’idée que l’état médical est stabilisé ».
Dans un rapport séparé du même jour, il a évalué l’atteinte à l’intégrité
(IPAI) à 28 %. Il s’est à cet égard fondé sur la table 11 des tables de calcul
complémentaires de la CNA, « atteinte à l’intégrité après lésions
oculaires », chiffre 2, diminution unilatérale de la vision, en tenant compte d’une
réduction unilatérale de l’acuité visuelle à moins de 0.1, mais avec un œil
qui n’était pas complètement aveugle.

 

             
Dans un rapport intermédiaire du 25 août 2020 à la CNA, le Dr C.________, médecin
au [...], a notamment fait état de la persistance d’une inflammation de l’œil gauche
avec œdème maculaire cystoïde, préconisant ainsi la poursuite du traitement au Nevanac
et Diamox.

 

             
Par décision du 2 septembre 2020, la CNA a octroyé à l’assuré une rente d’invalidité
de 15 % du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021, basée sur un gain annuel assuré de 62'356 fr., ainsi qu’une
indemnité pour atteinte à l’intégrité de 28 %, correspondant à un montant
de 41'496 francs. En revanche, elle a considéré que dès le 1er
décembre 2021, il n’existait plus aucune invalidité.

 

             
Dans un rapport du 3 septembre 2020, le Dr J.________ a notamment relevé que l’assuré
souffrait de séquelles de traumatisme grave à son œil gauche survenu en avril 2019. Il
présentait des inflammations intraoculaires à répétition qui répondaient bien
au traitement par corticoïdes, mais qui avaient la tendance à revenir après l’arrêt
de Pred forte. Il a également précisé que l’état oculaire était aussi
influencé par un œdème maculaire cystoïde réfractaire au traitement et par l’état
d’aphakie.

 

             
Par courrier du 9 septembre 2020, l’assuré,
représenté par AXA-ARAG Protection juridique SA, a formé opposition (provisoire) contre
la décision du 2 septembre 2020, considérant que sa capacité de gain ne pouvait être
améliorée à partir du 1er
décembre 2021 étant donné qu’il n’allait jamais récupérer sa vue.

 

             
Le 30 septembre 2020, l’OAI a octroyé à l’assuré le droit à des mesures
professionnelles, sous la forme de la prise en charge des frais d’orientation professionnelle (stage
aide garagiste) auprès de l’entreprise I.________ SA, du 1er octobre
au 30 novembre 2020.

 

             
Selon un avis du médecin d’arrondissement du 5 octobre 2020, le rapport du 25 août 2020
du Dr C.________ n’apportait pas de nouveaux éléments et les traitements en cours devaient
être mis sur le compte des traitements de longue durée, précisant qu’une vraie amélioration
de l’état de santé ne paraissait pas probable, confirmant ainsi que l’état
de santé de l’assuré était stabilisé.

             

             
Par décision du 8 octobre 2020 confirmant un projet de décision du 16 juin 2020, l’OAI
a octroyé à l’assuré une rente entière d’invalidité du 1er
avril 2020 au 31 août 2020. 

 

             
Par décision sur opposition du 13 novembre 2020, la CNA a déclaré irrecevable l’opposition
de l’assuré contre sa décision du 2 septembre 2020, au motif qu’il n’avait
pas suffisamment motivé son opposition dans le délai imparti. Elle a également rejeté
la demande de restitution des délais.

 

             
Le 1er
décembre 2020, l’OAI a prolongé la mesure d’orientation professionnelle au sein
de l’entreprise I.________ SA jusqu’au 31 décembre 2020. 

 

             
Le 18 janvier 2021, l’OAI a communiqué à l’assuré qu’il lui accordait
un placement à l’essai au sein de l’entreprise I.________ SA du 1er
janvier 2021 au 31 mars 2021, mesure qui a été prolongée à plusieurs reprises.

             

             
Dès le 5 mai 2021, l’assuré s’est retrouvé en incapacité totale de travail
en raison d’un accident.             

 

             
Par arrêt du 4 juin 2021 (CASSO AA 119/20 - 61/2021), la Cour des assurances sociales du Tribunal
cantonal du canton de Vaud a annulé la décision du 13 novembre 2020 de la CNA et renvoyé
la cause à cette dernière afin qu’elle se prononce sur les arguments avancés par
l’assuré dans son opposition. 

 

             
Dans un rapport du 22 juin 2021, le Dr D.________, spécialiste en ophtalmologie, a posé les
diagnostics suivants : 

 

« 
-   Status post-traumatisme de l’œil gauche par corps étranger pénétrant,
en avril 2019, 

-                  
Importantes lésions secondaires : blessure
cornéenne, ablation du cristallin, déchirure rétinienne maculaire.

-                   
Perte de l’acuité visuelle consécutive
à l’œil gauche.

-                  
Douleurs chroniques ».

 

             
Ce spécialiste a notamment relevé que l’œil restait relativement calme mais que
l’assuré décrivait des douleurs chroniques ainsi qu’une importante photophobie.
S’agissant du pronostic, il a estimé que l’œil gauche sera certainement limité
à la perception des mouvements ou de la lumière dans le champ visuel périphérique,
ajoutant que si les douleurs persistaient, des thérapies plus invasives pourraient être envisagées.

 

             
Dans un rapport du 27 septembre 2021, le Dr D.________ a confirmé les diagnostics et le status oculaire
figurant dans son rapport du 22 juin 2021 et constaté que la situation n’évoluait pas
avec les traitements actuels. A cet égard, il a précisé qu’une forme de traitement
plus invasive était éventuellement nécessaire, évoquant notamment une alcoolisation
du nerf optique et des injections péribulbaires de corticoïde.

 

             
Dans un rapport médical intermédiaire du 8 novembre 2021 à la CNA, le Dr Q.________, spécialiste
en ophtalmologie et en anesthésiologie, médecin aux [...], a diagnostiqué une photophobie
d’étiologie inconnue, probablement post-traumatique.

 

             
Par courrier du 30 novembre 2021, le Dr D.________ a contacté l’un de ses confères, le
Dr Z.________, spécialiste en ophtalmologie et ophtalmochirurgie, afin de lui adresser l’assuré
pour avis et éventuelle prise en charge chirurgicale. Le Dr D.________ souhaitait en particulier
connaître l’avis du Dr Z.________ sur une possible intervention chirurgicale pouvant améliorer
le statut de l’assuré, évoquant à cet égard une kératoplastie transfixiante,
une implantation secondaire, voire, en dernier recours, une alcoolisation du nerf optique pour supprimer
les douleurs. 

 

             
Par courrier du 10 janvier 2022, l’assuré, désormais représenté par Me Amandine
Torrent, a complété son opposition du 2 septembre 2020 (recte : 9 septembre 2020)
concluant, avec suite de frais et dépens, à l’annulation de la décision du 2 septembre
2020, principalement, à ce qu’il ne soit pas mis fin aux indemnités journalières
au 31 mai 2020 et, subsidiairement, à ce qu’il lui soit alloué une rente entière
d’invalidité dès le 1er
juin 2020 ainsi qu’une indemnité pour atteinte à l’intégrité de 30 %.

 

             
Il a produit un rapport du 7 décembre 2021 du Dr D.________, lequel a relevé que la clinique
était toujours caractérisée par la persistance de céphalées hémicrâniennes
gauches chroniques, invalidantes et accompagnées de douleurs oculaires gauches, exacerbées
par les changements de position (tête en bas), l’exposition à de fortes luminosités
ainsi qu’à la lumière solaire et les courants d’air. Ce spécialiste a précisé
que la situation de l’assuré n’avait pas évolué ces derniers mois et qu’il
avait pris rendez-vous chez le Dr Z.________ pour entreprendre une nouvelle évaluation et déterminer
la possibilité d’une intervention chirurgicale. 

 

             
Dans un avis médical du 28 janvier 2022, le médecin d’arrondissement a reconnu que les
douleurs chroniques mentionnées dans les rapports du Dr D.________ étaient probablement
en lien de causalité avec l’évènement du 18 avril 2019, précisant toutefois
qu’il était difficilement possible de trouver une raison médicale strictement objectivable
pour les douleurs décrites par l’assuré. Selon lui, l’état de santé était
stabilisé. Compte tenu des cicatrices présentes au fond de l’œil gauche, des interventions
chirurgicales n’amèneront très probablement pas d’amélioration de l’état
de santé, ajoutant qu’il ne recommandait pas l’instillation d’alcool au nerf optique,
un tel procédé étant généralement inutile. Enfin, s’agissant de l’indemnité
pour atteinte à l’intégrité et de l’appréciation de la capacité
de travail, il a estimé que les éléments médicaux apportés ne permettaient pas
de modifier ses précédentes appréciations.

 

             
Le 4 juillet 2022, la CNA a reçu des tomographies par cohérence optique (OCT), des topographies,
un comptage endothélial et une biométrie réalisés le 18 janvier 2022 par le Dr Z.________.

 

             
Invité à se prononcer sur ces documents, le médecin d’arrondissement a, dans un
rapport du 22 juillet 2022, relevé que ceux-ci démontraient la présence d’une cicatrice
cornéenne et une cicatrice maculaire à l’œil gauche. Il a déduit des topographies
et des OCT un état assez calme et aucune irrégularité de la surface. Ces éléments
étant en parfait accord avec les éléments médicaux déjà en sa possession,
le médecin d’arrondissement a estimé qu’il n’y avait pas de raison de revoir
ses précédentes appréciations.

 

              Par
décision sur opposition du 22 août 2022, la CNA a partiellement admis l’opposition de
l’assuré et a réformé sa décision du 2 septembre 2020, en ce sens qu’à
partir du 1er
décembre 2021, l’assuré a droit à une rente d’invalidité de 10 %.
Elle a rejeté l’opposition pour le surplus. Se fondant sur le tableau ESS 2018 (TA1_tirage_skill_level),
niveau de compétence 1, et en tenant compte de perte de rendement de 15 %, la CNA a retenu un salaire
d’invalide de 58'585 fr. 05. Comparé au revenu réalisable sans l’accident de 68'523
fr. 50, il en résultait une perte de gain de 14,5 %, arrondie à 15 %. Elle a donc confirmé
le versement d’une rente d’invalidité de 15 % du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021. A partir du 1er
décembre 2021, il résultait de la comparaison des revenus avec (61'597 fr., en tenant compte
d’un abattement de 10 %) et sans (68'523 fr. 50) invalidité une perte de gain de 10,1 %,
arrondie à 10 %.

 

B.             
Le 22 septembre 2022, F.________ a recouru contre la décision du 22 août 2022 de la CNA auprès
de la Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal du canton de Vaud, concluant principalement à
sa réforme, en ce sens qu’une rente entière d’invalidité lui soit allouée
avec effet au 1er juin
2020 et subsidiairement à son annulation, en ce sens que le dossier soit renvoyé à l’intimée
pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. En substance,
il considère que son état de santé n’est pas stabilisé puisque sa situation
médicale nécessite encore une évaluation et qu’une intervention chirurgicale peut
encore être indiquée. Dans une motivation subsidiaire, il fait valoir que c’est à
tort que l’intimée a retenu une capacité de travail entière dans une activité
adaptée. Il soutient que l’intimée n’a pas tenu compte des douleurs invalidantes
chroniques qui l’entravent dans sa vie professionnelle et quotidienne. Compte tenu du fait qu’il
est âgé de plus de 50 ans, qu’il n’a pas de formation, qu’il a toujours exercé
l’activité de maçon et qu’il ne maitrise pas la langue française, il ne dispose
pas des ressources nécessaires, ni de l’état de santé lui permettant de se reconvertir
dans un autre emploi. De plus, ces douleurs l’empêchent de reprendre toute activité,
a fortiori à 100 %. S’il fallait néanmoins tenir compte d’une reprise d’activité
exigible, il soutient qu’il doit être tenu compte d’une déduction totale de 30 %
sur le salaire d’invalide. Enfin, il estime qu’une indemnité pour atteinte à l’intégrité
de 30 % doit lui être octroyée.

 

             
A cette occasion, le recourant a produit plusieurs documents, à savoir notamment : 

 

             
- un courrier du 11 mai 2021 de l’entreprise I.________ SA mentionnant qu’il lui était
impossible de proposer au recourant un contrat d’engagement dans la mesure où son état
de santé s’était dégradé ; 

 

             
- un rapport du 30 août 2022 du Dr D.________, lequel a mentionné notamment ce qui suit (sic) :

 

             
« Suite à mon dernier rapport du
7 décembre 2021, Monsieur F.________ avait consulté un ophtalmologue spécialiste de la
chirurgie cornéenne à Lausanne, le Docteur Z.________, le 18 janvier 2022. 

 

             
De cette consultation s’en est suivie une possibilité d’opérer l’œil
gauche du patient par suture irienne et adaptation d’une lentille de contact spéciale de type
sclérale. 

 

             
Lorsque Monsieur F.________ m’a consulté le 15 mars, il était encore en train d’hésiter
et de réfléchir quant à cette opération et préférait y surseoir pour le
moment, ayant des choses administratives à régler. 

 

             
Il n’en demeure pas moins que la situation médicale de ce patient n’est pas stabilisée,
que ses douleurs sont toujours présentes, chroniques, et n’ont pas évolué. Le patient
déclare devoir prendre quotidiennement plusieurs comprimés de Dafalgan pour que cela soit vivable !

 

             
Ces douleurs sont à mettre sur le compte des dégâts occasionnés sur la cornée,
sur l’iris, et le fond de l’œil du patient.

 

             
Compte tenu de ce qui précède, je puis effectivement me déclarer en désaccord avec
l’appréciation de la SUVA étayée dans son courrier du 4 juillet 2022. Le motif étend
qu’une opération est toujours possible, que celle-ci devrait être entièrement prise
en charge par la SUVA, et que les douleurs pourraient être atténuées par la suite. Cependant,
le contraire est également possible et il faut tenir compte de la possibilité que ces douleurs
soient chroniques, à vie. 

 

             
Ceci à moins d’une alcoolisation du nerf optique qui, comme expliqué par le Docteur G.________,
aurait pour conséquence de faire une ablation chimique de son œil avec possible énucléation
par la suite. Je maintiens donc pour ma part une incapacité de travail à 100 % à l’heure
actuelle, ceci pour une durée indéterminée. ».

 

             
- une attestation du 3 septembre 2022 de l’entreprise I.________ SA indiquant que le recourant
a travaillé au sein de cette société du 1er
octobre 2020 au 31 mai 2021 en tant qu’aide mécanicien et qu’il lui était impossible
de poursuivre son engagement au-delà de cette date, précisant à cet égard le fait
que les troubles du recourant liés à la perte de vision de son œil étaient trop importants
pour qu’il puisse assumer une journée de travail et qu’il rencontrait notamment des
problèmes de vertiges, des maux de tête et de l’hypersensibilité à la lumière.

 

             
Dans sa réponse du 22 novembre 2022, l’intimée a conclu au rejet du recours. Elle expose,
en substance, que les appréciations du médecin d’arrondissement ont pleine valeur probante.
Contrairement à ce que soutient le recourant, il n’est pas possible de déduire des rapports
du Dr D.________ que l’état de santé du recourant n’était pas stabilisé.
Si le Dr D.________ évoque l’hypothèse de réaliser certains traitements plus invasifs,
il le fait sans évoquer leur potentiels effets, par ailleurs incertains, notamment sur la capacité
de travail. S’agissant de la problématique de la capacité de travail, il est incontesté,
au vu des limitations fonctionnelles, que le recourant n’est plus en mesure de reprendre son ancienne
activité de maçon. Cependant, le médecin d’arrondissement a considéré
que, moyennant une possible perte de performance temporaire de l’ordre de 10-20 %, le recourant
possédait une pleine capacité de travail en temps et en rendement dans une activité adaptée,
ce qui n’a pas été remis en cause par les autres médecins consultés. Enfin,
s’agissant de l’indemnité pour atteinte à l’intégrité, l’intimée
estime qu’il n’est pas justifié de retenir un pourcentage de 30 % lequel correspond
à une perte totale de la vue d’un côté, ce qui n’est pas le cas du recourant.
L’intimée produit un avis du 11 novembre 2022 du médecin d’arrondissement, lequel
confirme ses précédentes appréciations, précisant que la suture iridienne et l’adaptation
d’une lentille de contact sclérale, évoquée par le Dr D.________ dans son rapport
du 30 août 2022, pourrait éventuellement améliorer l’état de la surface cornéenne
et ainsi diminuer les douleurs mais que le succès d’une telle adaptation demeure incertain.

 

             
Par réplique du 15 décembre 2022, la recourant confirme les conclusions de son recours. Il
considère que l’appréciation du médecin d’arrondissement était lacunaire
dans la mesure où ce dernier a statué sur dossier sans jamais rencontrer le recourant et qu’il
n’a jamais pris en compte les affections annexes à la perte de l’œil gauche (photophobie,
douleurs, vertiges et échec de la reprise d’activité professionnelle du recourant en
raison de ces vertiges, maux de tête et hypersensibilité à la lumière). Il relève
que le médecin traitant du recourant a attesté de son incapacité totale de travail dans
toute activité. Un abattement de 25 % aurait dû, quoi qu’il en soit, être accordé.

 

             
Par duplique du 15 février 2023, l’intimée confirme les conclusions de sa réponse.
Elle produit un avis du 27 janvier 2023 de son médecin d’arrondissement, lequel confirme ses
appréciations précédentes et les conclusions qu’elles contiennent. Ce médecin
a ajouté que l’échec de la reprise d’une activité professionnelle du recourant
ne pouvait se justifier par ses troubles ophtalmologiques.

 

             
Dans ses déterminations du 10 mars 2023, le recourant confirme les conclusions de ces précédentes
écritures. Il relève que le médecin d’arrondissement, dans son dernier rapport,
n’a pas motivé son appréciation et n’a pas investigué l’origine des
troubles ophtalmologiques.

 

             
Par courrier du 20 juin 2023, Me Torrent a informé la Cour des assurances sociales qu’elle
cessait le barreau le 30 juin 2023 et que le recourant était désormais représenté
par Me Alexandre Lehmann, lequel a produit dans ce sens une procuration en bonne et due forme que ladite
Cour a reçue le 5 juillet 2023.

 

             
E n  d r o i t  :

 

1.             
a)
La LPGA (loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances
sociales ; RS 830.1) est, sauf dérogation expresse, applicable en matière d’assurance-accidents
(art. 1 al. 1 LAA [loi fédérale du 20 mars 1981 sur l’assurance-accidents ; RS 832.20]).

 

             
Les décisions sur opposition et celles contre lesquelles la voie de l’opposition n’est
pas ouverte peuvent faire l’objet d’un recours auprès du tribunal des assurances compétent
(art. 56 et 58 LPGA), dans les trente jours suivant leur notification (art. 60 al. 1 LPGA).

             
b)
En l’occurrence, déposé en temps utile auprès du tribunal compétent (art. 93
let. a LPA-VD [loi cantonale vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative ; BLV 173.36])
et respectant les autres conditions formelles prévues par la loi (art. 61 let. b LPGA notamment),
le recours est recevable.

 

2.
              En
l’espèce, le litige porte sur la stabilisation de l’état de santé du recourant
ainsi que sur la quotité de la rente d’invalidité et de l’indemnité pour atteinte
à l’intégrité.

 

3.             
a) Aux termes de l’art. 18 al. 1 LAA, si
l’assuré est invalide à 10 % au moins par suite d’un accident, il a droit à
une rente d’invalidité, pour autant que l’accident soit survenu avant l’âge
ordinaire de la retraite. Le droit à la rente prend naissance dès qu’il n’y a plus
à attendre de la continuation du traitement médical une sensible amélioration de l’état
de la personne assurée – ce par quoi il faut entendre l’amélioration ou la récupération
de la capacité de travail (ATF 134 V 109 consid. 4.3 ; TF 8C_95/2021 du 27 mai 2021 consid.
3.2) – et que les éventuelles mesures de réadaptation de l’assurance-invalidité
ont été menées à terme. Le droit au traitement médical et aux indemnités
journalières cesse dès la naissance du droit à la rente (art. 19 al. 1 LAA). 

 

             
Le texte de la disposition légale ne décrit pas ce qu’il faut entendre par « sensible
amélioration de l’état de santé de l’assuré ». Pour qu’une
amélioration sensible soit possible, il faut entendre l’amélioration ou la récupération
de la capacité de travail pour ce qui est des conséquences de l’affection assurée.
Il faut que le traitement ne puisse plus entraîner d’amélioration ni éviter de péjoration
de l’état de santé, de sorte que celui-ci doive être considéré comme stable
(ATF 134 V 109 consid. 4.1). Il ne suffit pas que le traitement médical laisse présager une
amélioration sensible de peu d’importance (ATF 134 V 109 consid. 4.3) ou qu’une amélioration
sensible ne puisse être envisagée dans un avenir incertain (TFA U 305/03 du 31 août
2004 consid. 4.1).

 

             
L’invalidité se définit comme l’incapacité de gain totale ou partielle qui
est présumée permanente ou de longue durée et qui résulte d’une infirmité
congénitale, d’une maladie ou d’un accident (art. 4 al. 1 LAI [loi fédérale
du 19 juin 1959 sur l’assurance-invalidité ; RS 831.20] et 8 al. 1 LPGA). Est réputée
incapacité de gain toute diminution de l’ensemble ou d’une partie des possibilités
de gain de l’assuré sur le marché du travail équilibré qui entre en considération,
si cette diminution résulte d’une atteinte à sa santé physique, mentale ou psychique
et qu’elle persiste après les traitements et les mesures de réadaptation exigibles (art.
7 LPGA). 

 

             
b)
Pour évaluer le taux d’invalidité, et ainsi le montant de la rente, le revenu que l’assuré
aurait pu obtenir s’il n’était pas invalide (revenu sans invalidité) est comparé
à celui qu’il pourrait obtenir en exerçant l’activité qui peut encore raisonnablement
être exigée de lui après les traitements et les mesures de réadaptation, sur un marché
du travail équilibré (revenu avec invalidité). C’est la méthode ordinaire de
comparaison des revenus (art. 16 LPGA).

 

             
La comparaison des revenus s’effectue, en règle générale, en chiffrant aussi exactement
que possible les montants de ces deux revenus et en les confrontant l’un avec l’autre, la
différence permettant de calculer le taux d’invalidité (ATF 137 V 334 consid. 3.1.1 ;
TF 8C_643/2016 du 25 avril 2017 consid. 4.1). Dans la mesure où ces revenus ne peuvent être
chiffrés exactement, ils doivent être estimés d’après les éléments
connus dans le cas particulier, après quoi l’on compare entre elles les valeurs approximatives
ainsi obtenues (TF 8C_312/2016 du 13 mars 2017 consid. 5.4.1).

             

             
Pour procéder à la comparaison des revenus, il convient de se placer au moment de la naissance
du droit éventuel à la rente (ATF 143 V 295 consid. 4.1.3 et les références citées
; TF 9C_254/2010 du 29 octobre 2010 consid. 4.2).

 

             
aa)
Le revenu sans invalidité doit être évalué de la manière la plus concrète
possible. Il se déduit en règle générale du salaire réalisé avant l’atteinte
à la santé, en l’adaptant toutefois à son évolution vraisemblable jusqu’au
moment déterminant de la naissance éventuelle du droit à la rente (ATF 134 V 322 consid. 4.1
; 129 V 222 consid. 4.3.1). On se fondera, sur ce point, sur les renseignements communiqués par
l’employeur ou, à défaut, sur l’évolution des salaires nominaux (par ex. :
TF 9C_192/2014 du 23 septembre 2014 consid. 4.2).

 

             
bb)
Comme le revenu sans invalidité, le revenu avec invalidité doit être évalué
avant tout en fonction de la situation professionnelle concrète de la personne assurée. Lorsque
l’assuré n’a pas repris d’activité lucrative dans une profession adaptée,
ou lorsque son activité ne met pas pleinement en valeur sa capacité de travail résiduelle,
contrairement à ce qui serait raisonnablement exigible, le revenu avec invalidité peut être
évalué en se référant aux données salariales publiées tous les deux ans
par l’Office fédéral de la statistique dans l’Enquête suisse sur la structure
des salaires (ESS ; ATF 129 V 472 consid. 4.2.1). 

 

             
Lorsque les tables ESS sont appliquées, il convient de se fonder, en règle générale,
sur les salaires mensuels indiqués dans la table TA1, à la ligne "total secteur privé"
; on se réfère alors à la statistique des salaires bruts standardisés, en se fondant
toujours sur la valeur médiane ou centrale (ATF 124 V 321 consid. 3b), étant précisé
que, depuis l'ESS 2012, il y a lieu d'appliquer le tableau TA1_skill_level et non pas le tableau TA1_b
(ATF 142 V 178 ; TF 8C_46/2018 du 11 janvier 2019 consid. 4.4). Les salaires bruts standardisés
dans l’ESS correspondent à une moyenne de travail de 40 heures par semaine et il convient
de les adapter à la durée hebdomadaire moyenne dans les entreprises pour l’année
prise en considération. On tiendra également compte de l’évolution des salaires
nominaux, pour les hommes ou les femmes selon la personne concernée, entre la date de référence
de l’ESS et l’année déterminante pour l’évaluation de l’invalidité
(ATF 129 V 408 consid. 3.1.2). Cette année correspond en principe à celle lors de laquelle
le droit éventuel à la rente prend naissance (ATF 134 V 322 consid. 4.1 ; 129 V 222 consid.
4.3.1).

 

             
L’assuré peut, selon sa situation personnelle, voir ses perspectives salariales être
réduites par des facteurs tels que le handicap, les années de services, la nationalité,
le titre de séjour ou le taux d’occupation. Une évaluation globale des effets de ces
circonstances sur le revenu d’invalide est nécessaire. La jurisprudence admet de procéder
à une déduction de 25 % au maximum pour en tenir compte (ATF 129 V 472 consid. 4.2.3 ; 126
V 75).

 

             
c) Pour
pouvoir fixer le degré d’invalidité, l’administration – en cas de recours,
le juge – se fonde sur des documents médicaux, ainsi que, le cas échéant, des documents
émanant d’autres spécialistes pour prendre position. La tâche du médecin consiste
à évaluer l’état de santé de la personne assurée et à indiquer dans
quelle mesure et dans quelles activités elle est incapable de travailler. En outre, les renseignements
fournis par les médecins constituent un élément important pour apprécier la question
de savoir quelle activité peut encore être raisonnablement exigée de la part de la personne
assurée (ATF 132 V 93 consid. 4 et les références citées ; TF 8C_160/2016 du 2 mars
2017 consid. 4.1 ; TF 8C_862/2008 du 19 août 2009 consid. 4.2).

 

             
Selon le principe de la libre appréciation
des preuves (art. 61 let. c LPGA), le juge apprécie librement les preuves médicales sans être
lié par des règles formelles, en procédant à une appréciation complète
et rigoureuse des preuves. Le juge doit examiner objectivement tous les documents à disposition,
quelle que soit leur provenance, puis décider s’ils permettent de porter un jugement valable
sur le droit litigieux. S’il existe des avis contradictoires, il ne peut trancher l’affaire
sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une opinion plutôt qu’une autre.
En ce qui concerne la valeur probante d’un rapport médical, il est déterminant que les
points litigieux aient fait l’objet d’une étude circonstanciée, que le rapport
se fonde sur des examens complets, qu’il prenne également en considération les plaintes
exprimées par la personne examinée, qu’il ait été établi en pleine connaissance
du dossier (anamnèse), que la description du contexte médical et l’appréciation
de la situation médicale soient claires et enfin que les conclusions soient bien motivées.
Au demeurant, l’élément déterminant pour la valeur probante, n’est ni l’origine
du moyen de preuve, ni sa désignation comme rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu
(ATF 134 V 231 consid. 5.1 ; 125 V 351 consid. 3a ; TF 8C_877/2018 du 24 juillet 2019 consid. 5).

 

             
Une valeur probante doit également être accordée aux appréciations émises par
les médecins de la CNA, car, selon la jurisprudence, cette institution n’intervient pas comme
partie dans un cas concret tant qu’aucun procès n’est en cours, mais comme organe administratif
chargé d’exécuter la loi. C’est la raison pour laquelle le juge accordera, au cours
de la procédure d’administration des preuves, une entière valeur probante à l’appréciation
émise par un médecin de la CNA, aussi longtemps qu’aucun indice concret ne permet de
douter de son bien-fondé (ATF 125 V 351 consid. 3b/bb et les références citées ;
TF 8C_862/2008 du 19 août 2009 consid. 4.2).

 

4.
              En l’espèce,
le recourant fait tout d’abord grief à l’intimée d’avoir considéré
que son état de santé était stabilisé, faisant valoir que sa situation médicale
nécessitait encore une évaluation et qu’une intervention chirurgicale pouvait encore
être indiquée.

 

             
En premier lieu, il convient de relever que les rapports médicaux au dossier font état d’un
œil gauche calme et stable post-chirurgie (cf. rapport du 4 mars 2020 des Drs X.________ et K.________,
rapport du 25 mai 2020 du Dr J.________, rapport du Dr D.________ du 22 juin 2021, confirmé par
son rapport du 27 juin 2021 ainsi que le rapport du médecin d’arrondissement du 22 juillet
2022). Certains médecins ont rapidement considéré que l’acuité visuelle à
l’œil gauche ne pouvait pas être améliorée (cf. rapports du 13 septembre 2019
de la Dre T.________ et du 2 octobre de la Dre K.________), ce qui n’a effectivement pas été
le cas, malgré la mise en place de plusieurs types de traitement. De plus, dans son rapport du 7
décembre 2021, le Dr D.________ a mentionné que « la situation pour le patient n’a
guère évolué ces derniers mois, malgré un consilium entrepris aux [...] »,
ce qui dénote d’une certaine stabilité. En outre, les interventions évoquées
par le Dr D.________ ne permettent pas non plus de compter avec une amélioration de l’état
de santé du recourant. Selon le médecin d’arrondissement, de telles interventions, en
raison des cicatrices présentes au fond de l’œil gauche, n’amèneront très
probablement pas d’amélioration de l’état de santé. Comme le relève l’intimée,
si le Dr D.________ a mentionné plusieurs interventions envisageables, il ne s’est toutefois
pas prononcé sur l’opportunité de l’une ou l’autre de ces interventions ainsi
que sur leur bénéfice éventuel sur la capacité de travail du recourant. Si le médecin
d’arrondissement, dans son rapport du 11 novembre 2022, a admis qu’une opération
de l’œil gauche par suture irienne avec la mise en place d’une lentille de contact spéciale
de type sclérale était possible et pourrait diminuer les douleurs du recourant, il a précisé
qu’un tel résultat n’était pas certain. Ce dernier point n’est d’ailleurs
contredit par aucun rapport médical, en particulier du Dr D.________. S’agissant enfin de
l’alcoolisation du nerf optique, non seulement il n’est pas certain qu’elle aboutisse
à la suppression des douleurs, mais une telle intervention n’est également pas recommandée
par le médecin d’arrondissement car elle n’est généralement pas utile et entraînera
la perte de l’acuité visuelle résiduelle à l’œil gauche dont dispose
encore le recourant, voire, ultérieurement, une énucléation. Aucun élément au
dossier ne permet quoi qu’il en soit de déduire que le recourant se soit déclaré
prêt à subir une nouvelle intervention.

 

             
Il apparaît ainsi que la situation médicale du recourant n’est plus susceptible d’évoluer
sensiblement. C’est donc à juste titre que l’intimée, se fondant sur l’appréciation
du médecin d’arrondissement, a estimé que l’état de santé du recourant
était stabilisé à compter du 31 mai 2020.

 

5.             
L’état de santé étant considéré comme stabilisé, il convient désormais
d’examiner si l’intimée a fixé de manière correcte le taux d’invalidité
du recourant. 

 

             
a) Le
recourant conteste bénéficier d’une capacité de travail résiduelle dans une
activité adaptée. Il soutient que l’appréciation du médecin d’arrondissement
n’est pas probante dans la mesure où il ne l’a pas rencontré personnellement et
qu’il n’a pas pris en compte ses affections annexes à la perte de l’œil gauche.

 

             
Tout d’abord, c’est le lieu de rappeler que, contrairement à ce que soutient le recourant,
la jurisprudence n’exige pas obligatoirement la réalisation d’un examen personnel de
l’assuré pour admettre la valeur probante d’un document médical dès lors que
le dossier sur lequel se fonde un tel document contient suffisamment d’appréciations médicales
établies sur la base d’un examen concret (TF 8C_469/2020 du 26 mai 2021 consid. 3.2 et
les références citées). En l’occurrence, le fait que le médecin d’arrondissement
se soit prononcé sur dossier ne suffit pas à mettre en doute la force probante de son appréciation
dans la mesure où ce praticien a examiné l’ensemble des pièces médicales versées
au dossier, qui elles se fondaient sur un examen personnel du recourant (TF 8C_712/2021 du 10 août
2022 consid. 3.3.2), C’est d’autant plus vrai que les rapports médicaux et les imageries
ont été suffisants au médecin d’arrondissement pour se faire un avis et que les
points non objectivables n’auraient de toute manière pas pu être saisis par un examen
personnel.

 

             
Cela étant, il faut admettre que l’appréciation du médecin d’arrondissement
a pleine valeur probante. Celui-ci a en effet procédé à une analyse complète et s’est
régulièrement prononcé, à travers plusieurs avis médicaux, sur les nouvelles
pièces produites par le recourant tout au long de la procédure et rendu des conclusions claires
et motivées. En particulier, il a estimé que le recourant n’était plus en mesure
de travailler dans son ancienne activité de maçon, considérant toutefois que, sous réserve
d’une perte de rendement de 15 % dont il fallait tenir compte durant une période limitée,
le recourant disposait d’une pleine capacité de travail dans une activité adaptée,
eu égard aux limitations fonctionnelles qu’il a détaillées. Il a également
pris position sur les plaintes et les douleurs persistantes du recourant, précisant que celles-ci
n’étaient pas objectivables sur le plan ophtalmologique. De son côté, le Dr D.________
n’a pas été en mesure d’étayer les plaintes du recourant avec des éléments
objectifs, ne s’est pas prononcé pas sur la capacité de travail du recourant dans une
activité adaptée et n’a pas indiqué pour quels motifs une activité adaptée
ne serait pas exigible du point de vue médical. De plus, alors même qu’aussi bien le
médecin d’arrondissement, dans son rapport du 7 avril 2020, que le Dr J.________, dans
son rapport du 25 mai 2020, ont reconnu une capacité de travail dans une activité adaptée
aux limitations fonctionnelles, le Dr D.________ n’a pas expliqué en quoi ces appréciations
seraient erronées.

 

             
Ainsi, c’est à bon droit que la CNA, se fondant sur l’appréciation du médecin
d’arrondissement, a estimé que le recourant disposait d’une capacité de travail
pleine dans une activité adaptée en tenant compte, durant une période limitée, d’une
baisse de rendement de 15 %.

 

             
b) S’agissant de l’exigibilité,
le recourant fait encore valoir qu’à son âge, 50 ans, une reconversion n’est pas
possible, ce d’autant plus qu’il ne maitrise pas la langue française et n’a pas
de formation particulière. Il se réfère en outre à sa tentative infructueuse de reprise
d’emploi.

 

             
La référence à un marché du travail équilibré (cf. consid. 3a et 3b ci-dessus)
ne permet pas de prendre en considération une capacité de gain lorsque les activités envisagées
ne peuvent être exercées que sous une forme tellement restreinte qu’en dehors de toute
considération d’ordre conjoncturelle, elles n’existent pratiquement pas sur le marché
général du travail ou que leur exercice suppose de la part de l’employeur des concessions
irréalistes et que, de ce fait, il semble exclu pour la personne concernée de trouver un emploi
correspondant (TF 8C_772/2020 du 9 juillet 2021 consid. 3.3 ; TF 9C_659/2014 du 13 mars 2015 consid.
5.3.2 ; TF 9C_941/2012 du 20 mars 2013 consid. 4.1.2 ; Margit Moser-Szeless, in Dupont/Moser-Szeless
[édit.], Loi sur la partie générale des assurances sociales, Commentaire romand, Bâle
2018, n° 24 ad art. 7).

 

             
En l’occurrence, il existe suffisamment d’emplois compatibles avec la situation et les limitations
fonctionnelles présentées par le recourant, en particulier ceux impliquant des tâches
physiques ou manuelles simples et ne nécessitant aucune formation particulière. Il convient
donc de considérer qu’un retour à l’emploi est exigible de sa part. 

 

             
En ce qui concerne sa reprise d’emploi au sein de l’entreprise I.________ SA, il convient
de rappeler que les appréciations des médecins l’emportent sur les constatations qui
peuvent être faites à l’occasion d’un stage d’observation professionnelle,
ces dernières étant susceptibles d’être influencées par des éléments
subjectifs liés au comportement de la personne concernée pendant le stage (TF 9C_605/2020 du
19 juillet 2021 consid. 5.4 ; TF 8C_713/2019 du 12 août 2020 consid. 5.2). En l’occurrence,
l’attestation de l’entreprise I.________ SA du 3 septembre 2022 se réfère aux vertiges,
aux maux de tête, aux douleurs et à l’hypersensibilité dont se plaint le recourant.
Ces éléments ont déjà été examinés et pris en compte par le médecin
d’arrondissement – notamment dans ses avis des 28 janvier, 22 juillet et 11 novembre 2022
ainsi que celui du 27 janvier 2023 – lorsqu’il s’agissait de déterminer la capacité
de travail du recourant dans une activité adaptée. Au demeurant, l’on peut émettre
certains doutes quant au caractère adapté de l’activité en cause.

 

             
Ainsi, c’est à juste titre que l’intimée a considéré qu’une activité
adaptée était exigible de la part du recourant. 

 

             
c)
S’agissant du calcul du degré d’invalidité, le recourant dans son acte de recours,
estime qu’il doit être tenu compte, pour déterminer le revenu d’invalide, d’un
abattement total de 30 %, qu’il a abaissé à 25 % dans le cadre de sa réplique.

 

             
Le recourant met en avant son âge, l’absence de maitrise du français et l’absence
de formation pour justifier un tel abattement. Par rapport au critère de l'âge, le Tribunal
fédéral n'a pas encore tranché le point de savoir si, dans le domaine de l'assurance-accidents
obligatoire, il constitue un critère d'abattement ou si l'influence de l'âge sur la capacité
de gain doit être prise en compte uniquement dans le cadre de la réglementation particulière
de l'art. 28 al. 4 OLAA (cf. TF 8C_659/2021 du 17 février 2022 consid. 4.3.2 ; TF 8C_597/2020
du 16 juin 2021 consid. 5.2.5 et la référence citée). Cela étant, âgé de
49 ans au moment de la naissance du droit à la rente, l’assuré n’avait pas encore
atteint l’âge à partir duquel la jurisprudence du Tribunal fédéral reconnaît
généralement que ce facteur peut être déterminant et nécessite une approche
particulière (TF 8C_608/2021 du 26 avril 2022 consid. 4.3.2 ; TF 8C_175/2020 du 22
septembre 2020 consid. 4.2). A cet égard, il convient de relever que les activités adaptées
envisagées par l’intimée faisaient partie du niveau de compétence 1 et ne requéraient
ni formation, ni expérience professionnelle spécifique, de sorte que les effets pénalisant
au niveau salariale induits par l’âge ne peuvent pas être considérés comme
suffisants, ce d’autant plus la jurisprudence considère que de tels emplois, non qualifiés,
sont généralement disponibles indépendamment de l’âge de l’intéressé
sur un marché du travail équilibré (TF 8C_438/2022 du 26 mai 2023 consid. 4.3.4 et les
références citées).

 

             
En outre, le recourant présente des limitations fonctionnelles non contestées, en lien avec
la perte totale de son œil gauche, à savoir que les activités exigeant une vision stéréoscopique
ne sont plus exigibles, qu’il est inapte à exercer des travaux l’obligeant à faire
usage de machines comportant des éléments rotatifs non protégés ainsi que des travaux
de surfaces accidentées ou du travail à la chaîne, et qu’il n’est pas autorisé
à conduire des poids lourds ou des machines de chantier lourdes. Les activités nécessitant
une appréciation de l’espace peuvent en principe être effectuées mais nécessitent
plus de temps. De telles limitations fonctionnelles justifient un abattement de 10 %. En revanche, ni
le défaut d’expérience ou de formation professionnelle, ni l’absence d’une
bonne maitrise de la langue française n’ont une influence sur la catégorie d’emploi
retenue (TF 8C_280/2022 du 1er
mars 2023 consid. 7.2.4 ; TF 8C_659/2021 du 17 février 2022 consid. 4.3.2). Il n’y a
donc pas de motif à retenir un abattement supérieur aux 10 % pris en compte par l’intimée
pour la période à compter du 1er décembre
2021.

 

             
d)
Pour le surplus, le recourant ne conteste pas la baisse de rendement de 15 % (moyenne de 10 à 20
%) retenue par le médecin d’arrondissement durant 18 mois (moyenne d’un à
deux ans), soit jusqu’au 30 novembre 2021, ni le revenu sans invalidité en 2020 de 68'523
fr. 50. S’agissant du revenu d’invalide, l’abattement de 10 % doit s’ajouter
à la baisse de rendement de 15 % pour la période du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021. En effet, la baisse de rendement prévue durant cette période
vise à tenir compte du fait que le recourant doit s’habituer à travailler avec cette
vision limitée, tandis que l’abattement tient compte des limitations fonctionnelles qui perdurent
dans le temps, lesquelles sont de nature à entraver la capacité de gain du recourant sur un
marché du travail équilibré dès le début de l’activité, même
dans le niveau de compétence 1.

 

             
Il résulte de qui précède que c’est l’ESS 2018, TA1, qu’il y a lieu
de prendre en compte. En 2018, le salaire annuel moyen touché par un homme dans le secteur privé,
avec un niveau de compétence 1, correspondant à des tâches physiques ou manuelles simples
et ne nécessitant aucune formation particulière était de 65'004 fr. pour une semaine de
quarante heures, à adapter à la durée hebdomadaire usuelle de travail dans les entreprises
en Suisse (41.7 heures), ce qui donne un revenu annuel de 67'766.67 francs. Après adaptation à
l’évolution des salaires selon l’indice des salaires nominaux pour les hommes (+ 0.9
% en 2019 et 0.8 % en 2020), le revenu annuel se monte ainsi à 68'923 fr. 58. Conformément
à ce qui précède, ce montant doit être réduit, pour la période du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021, de 15 % compte tenu de la baisse de rendement, et de 10 % vu l’abattement.
Le revenu avec invalidité s’élève ainsi à 51'692 fr. 70. Sa comparaison au
revenu réalisable avant l’accident, de 68'523 fr. 50, aboutit à un degré d’invalidité
de 24,56 %, arrondi à 25 % (cf. ATF 130 V 121), justifiant l’allocation d’une rente
conforme à ce taux, en lieu et place de 15 % pour la période du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021. Pour la période à compter du 1er
décembre 2021, il convient de confirmer le calcul effectué par l’intimée, lequel
aboutit à un degré d’invalidité de 10 %.

             

             
Le recours doit donc être admis sur ce point.

 

6.             
a) En dernier lieu, sans toutefois prendre de
conclusion formelle sur ce point, le recourant requiert d’être mis au bénéfice d’une
indemnité pour atteinte à l’intégrité de 30 %, considérant que l’atteinte
subie par le recourant taux correspondant à la perte totale d’un œil. 

 

             
L’indemnité pour atteinte à l’intégrité est calculée selon les directives
figurant à l’annexe 3 de l’OLAA (art. 36 al. 2 OLAA). Cette annexe comporte un barème
des atteintes à l’intégrité en pour cent du montant maximum du gain assuré.
Ce barème – reconnu conforme à la loi – ne constitue pas une énumération
exhaustive (ATF 124 V 29 consid. 1b, 113 V 218 consid. 2a). Il représente une « règle
générale » (ch. 1, première phrase, de l’annexe). Pour les atteintes qui sont
spéciales ou qui ne figurent pas dans la liste, il y a lieu d’appliquer le barème par
analogie, en tenant compte de la gravité de l’atteinte (ch. 1, deuxième phrase, de l’annexe).
Le ch. 2 de l’annexe dispose au surplus qu’en cas de perte partielle d’un organe ou
de son usage, l’indemnité pour atteinte à l’intégrité est réduite
en conséquence. A cette fin, la Division médicale de la CNA a établi plusieurs tables
d’indemnisation des atteintes à l’intégrité selon la LAA. Sans lier le juge,
ces tables sont néanmoins compatibles avec l’annexe 3 OLAA (ATF 124 V 209 consid. 4a/cc ;
TF 8C_198/2020 du 28 septembre 2020 consid. 3.1) et permettent de procéder à une appréciation
plus nuancée, lorsque l’atteinte d’un organe n’est que partielle.

 

             
Le recourant soutient qu’une indemnité pour atteinte à l’intégrité de
30 % doit lui être versée, car l’intervention visant à l’alcoolisation
du nerf optique, si elle devait être effectuée, entraînerait la perte totale de l’œil.

 

             
Cependant, il ressort de la documentation médicale au dossier que l’acuité visuelle n’est
pas nulle, ce qui est d’ailleurs admis, du moins implicitement, par le recourant. Or, il n’y
a pas lieu d’indemniser une potentielle perte totale de la vue liée à une nouvelle intervention
chirurgicale, ce d’autant plus que cette intervention n’est pas recommandée par le médecin
d’arrondissement, ni privilégiée par les autres spécialistes consultés par
le recourant. C’est donc à juste titre que l’intimée a retenu une indemnité
pour atteinte à l’intégrité de 28 %, taux correspondant à une acuité visuelle
résiduelle de moins de 0.1.

 

7.
              a)
En définitive, le recours doit être partiellement admis et la décision litigieuse réformée
en ce sens que le recourant a droit à une rente d’invalidité de l’assurance-accidents
de 25 % du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021, puis de 10 % dès le 1er
décembre 2021. Le recours doit être rejeté pour le surplus.

 

             
b)
Il n’est pas perçu de frais judiciaires (art. 61 let. fbis
LPGA).

 

             
c)
Le recourant qui obtient partiellement gain de cause avec l’assistance d’un mandataire qualifié
a droit à une indemnité de dépens réduite, qu’il convient de fixer à 2'000
fr., débours et TVA compris (art. 61 let. g LPGA) et de la mettre à la charge de l’intimée.

Par
ces motifs,

la
Cour des assurances sociales

prononce :

 

             
I.             
Le recours est partiellement
admis. 

 

             
II.             
La décision sur opposition rendue le 22 août 2022 par la Caisse nationale suisse d’assurance
en cas d’accidents est réformée, en ce sens que F.________ a droit à une rente d’invalidité
de 25 % du 1er
juin 2020 au 30 novembre 2021, puis de 10 % dès le 1er décembre
2021.

             

             
III.              
Le recours est rejeté pour le surplus.

 

             
IV.             
Il n’est pas perçu de frais judiciaires. 

 

             
V.              
La Caisse nationale suisse d’assurance en cas d’accidents versera à F.________ une indemnité
de dépens fixée à 2’000 fr. (deux milles francs).

 

 

La
présidente :              
Le greffier :

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Alexandre Lehmann (pour F.________), à Lausanne, 

‑             
Caisse nationale suisse d’assurance en cas d’accidents, à Lucerne, 

-             
Office fédéral de la santé publique, à Berne,

 

par
l'envoi de photocopies.

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de droit public devant le
Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral (Schweizerhofquai
6, 6004 Lucerne) dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

 

             
Le greffier :