# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 91729223-a2fa-5843-9867-fd2c3bb73ebc
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2005-01-17
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 17.01.2005 PE.2004.0512
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_PE-2004-0512_2005-01-17.html

## Full Text

CANTON
  DE VAUD

  TRIBUNAL ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt du 17 janvier 2005

  
	
  Composition

  	
  M. Pierre-André Berthoud, président; M.
  Jean-Daniel Henchoz et M. Pascal Martin, assesseurs ; 

  
	
  recourant

  	
   

  	
  X.________, Avenue 1.********, représenté par Me Yves
  HOFSTETTER, avocat, Petit Chêne 18, 1002 Lausanne.

  
				

   

 

	
  autorité intimée

  	
   

  	
  Service de la
  population (SPOP), à
  Lausanne. 

  

   

I

 

	
  Objet

  	
  Autorisation de séjour annuelle.

  
	
   

  	
  Recours X.________ c/ décision du
  Service de la population (SPOP VD/668'501) du 30 août 2004 refusant de lui
  délivrer une autorisation de séjour par regroupement familial.

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
X.________, ressortissant libanais,
né le 26 septembre 1985, est entré en Suisse le 28 juillet 2003. Le 29 août
2003, il a déposé une demande d'autorisation de séjour pour pouvoir résider
durablement auprès de son père, titulaire d'un permis B à la suite de son
mariage, le 24 septembre 1999, avec une ressortissante algérienne au bénéfice
d'une autorisation d'établissement. A l'appui de sa demande, il a précisé qu'il
avait quitté sa mère pour vivre auprès d'un oncle en Afrique, que son père
était titulaire du droit de garde à son égard depuis le mois de janvier 2002,
que sa sœur et ses deux frères demeuraient à l'étranger et qu'il était à la
recherche d'une place d'apprentissage. 

                   Interpellé à 2.******** le
13 février 2004 par la police cantonale valaisanne, X.________ a déclaré qu'il
y travaillait avec son père dans le cadre de son commerce d'achat de véhicules
destinés à l'exportation.

B.                Le SPOP, selon décision du
30 août 2004, a refusé d'octroyer à l'intéressé l'autorisation de séjour
sollicitée, pour les motifs qu'il avait commis des infractions aux
prescriptions de police des étrangers, qu'il était âgé de plus de 18 ans, qu'il
avait effectué sa scolarité dans son pays d'origine et qu'il avait vécu séparé
depuis 1997 de son père qui n'avait pas requis le regroupement familial lors de
l'attribution du droit de garde.

                   C'est contre décision qu'X.________
a recouru, par acte du 17 septembre 2004. A l'appui de son recours, il a
notamment fait valoir que son père avait requis une première demande d'entrée
en Suisse en sa faveur en 2002, qu'il n'avait que son père pour assurer son
existence, qu'il était arrivé en Suisse avant l'âge de 18 ans, qu'il n'avait
pas travaillé dans notre pays mais s'était borné à accompagner son père en
Valais et qu'il souhaitait acquérir une formation en Suisse.

                   Par décision incidente du
29 septembre 2004, l'effet suspensif a été accordé au recours, de sorte qu'X.________
a été autorisé à poursuivre provisoirement son séjour dans le canton de Vaud
jusqu'à ce que la procédure cantonale de recours soit achevée.

C.               Le SPOP a produit ses
déterminations au dossier le 29 octobre 2004. Il y a repris, en les
développant, les motifs invoqués à l'appui de la décision litigieuse et a
conclu au rejet du recours.

                   Dans un courrier du 26
novembre 2004, le recourant a encore relevé qu'une première demande d'entrée en
Suisse n'avait pas reçu de réponse de la part de l'Ambassade de Suisse au
Bénin, raison pour laquelle il s'était décidé à entrer en Suisse sans visa, que
les infractions commises étaient compréhensibles, voire excusables, compte tenu
de sa situation d'abandon et que seul son père était en mesure de lui donner la
formation à laquelle il aspirait.

                   Le Tribunal administratif
a statué par voie de circulation.

 

Considérant en droit

1.                               
a) Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la
loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives
(ci-après : LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance
cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales
ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la
loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours
interjetés contre les décisions du Service de la population. 

                   Déposé en temps utile,
selon les formes prescrites par la loi, le recours est formellement recevable,
de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.

                   b) En dehors des cas où une
disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une
décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité,
c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition
légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir
d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi sur le séjour et
l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après LSEE), ne prévoyant
aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité,
ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.

                   Il y a abus du pouvoir
d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues
par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères
au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation
des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de
l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité.

2.                Selon l'art. 1a LSEE, tout
étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice
d'une autorisation de séjour ou d'établissement ou si, selon la présente loi,
il n'a pas besoin d'une telle autorisation. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité
statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec
l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations,
les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays,
ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les
ressortissants étrangers ne bénéficient d'aucun droit à l'obtention d'une
autorisation de séjour, voire d'établissement, sous réserve des dispositions
contraires résultant des traités internationaux et de la loi.

3.                Le recourant sollicite
l'octroi d'une autorisation de séjour par regroupement familial. L'autorité
intimée lui oppose la commission d'infractions aux prescriptions de police des
étrangers et l'absence de réalisation des conditions permettant le regroupement
familial. Il convient donc d'examiner ces deux types d'objection.

                   a) Il n'est pas contesté
que le recourant est entré illégalement en Suisse. L'intéressé soutient qu'il
s'est décidé à agir de la sorte pour le motif qu'il n'avait pas obtenu de
réponse à une première demande d'entrée en Suisse. Il n'a toutefois fourni
aucun document relatif à cette demande, pas plus d'ailleurs que son père. Il
est en conséquence permis de douter de la réalité de ces démarches. 

                   Le recourant conteste
également le reproche qui lui est adressé par le SPOP d'avoir exercé une
activité lucrative en dehors de toute autorisation. Il soutient qu'à l'occasion
de son interpellation du 13 février 2004 en Valais, il ne faisait
qu'accompagner son père. Il ressort pourtant de son procès-verbal d'audition
qu'il a spontanément déclaré travailler pour son père, ce qui expliquait la
présence dans son portefeuille de papiers liés à l'achat de véhicules destinés
à l'exportation.

                   Même si elles ne sont pas toutes
caractérisées, les infractions relevées par l'autorité intimée n'en sont pas
moins réelles.

                   b) Le père du recourant
étant titulaire d'une autorisation de séjour annuelle, la demande de
regroupement familial doit être examinée, sur le fond, au regard des art. 38 et
39 de l'Ordonnance du Conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des
étrangers (OLE). Dans le cadre de cet examen, les principes dégagés dans
l'application de l'art. 17 al. 2 LSEE, qui concerne les ressortissants
étrangers titulaires d'un permis C, doivent être pris en considération.

                   ba) Le but de ce que l'on
appelle le regroupement familial est de permettre aux enfants et aux parents de
vivre les uns avec les autres. La jurisprudence considère ainsi que l'art. 17
al. 2 3ème phrase LSEE est d'abord conçu pour les familles où les
parents font ménage commun, de sorte que cette disposition doit être appliquée
de manière plus restrictive lorsque les parents sont séparés ou divorcés (ATF
129 II 11 consid. 3.1; 126 II 329 consid. 2a et les références citées).

            Lorsque
les parents sont séparés ou divorcés, celui d'entre eux qui a librement décidé
de venir en Suisse ne peut se prévaloir du droit d'y faire venir son enfant
lorsqu'il entretient avec celui-ci des contacts moins étroits que l'autre
parent resté à l'étranger, ou que les membres de la famille qui en prennent
soin, et qu'il peut maintenir les relations existantes. Dans un tel cas, où le
regroupement familial ne peut être que partiel, il n'existe en effet pas un
droit inconditionnel de l'enfant vivant à l'étranger de rejoindre le parent
établi en Suisse, à moins qu'il n'entretienne avec celui-ci une relation
familiale prépondérante et que la nécessité de sa venue soit établie. Pour en
juger, il ne faut pas tenir compte seulement des circonstances passées; les
changements déjà intervenus, voire les conditions futures, peuvent également
être déterminants. En ce sens, on ne peut se fonder dans tous les cas
uniquement sur le fait que l'enfant a vécu jusque là dans un pays étranger où
il a noué ses attaches principales, sans quoi le regroupement familial ne
serait pratiquement jamais possible. Il faut examiner chez lequel de ses
parents l'enfant a vécu jusqu'alors ou, en cas de divorce, auquel de ceux-ci le
droit de garde a été attribué; si l'intérêt de l'enfant s'est modifié entre-temps,
l'adaptation à la nouvelle situation familiale devrait en principe être d'abord
réglée par les voies du droit civil. Toutefois, sont réservés les cas où les nouvelles relations familiales sont clairement définies - par
exemple lors du décès du parent titulaire du droit de garde ou lors d'un
changement marquant des besoins d'entretien - et ceux où l'intensité de la
relation est transférée sur l'autre parent (ATF 124 II 361 consid. 3a et les
réf. citées).

                   Le fait qu'un enfant vienne
en Suisse peu avant sa majorité, alors qu'il a longtemps vécu séparément de
celui de ses parents établi en Suisse, constitue généralement un indice d'abus
du droit au regroupement familial. Il faut cependant tenir compte de toutes les
circonstances particulières du cas qui sont de nature à justifier un
regroupement familial tardif, comme par exemple une modification importante de
la situation familiale et des besoins de l'enfant, telle qu'elle peut notamment
se produire après le décès du parent vivant à l'étranger (ATF 126 II 329
consid. 2b; 125 II 585 consid. 2a). Le cas échéant, il y a lieu d'examiner s'il
existe dans le pays d'origine des alternatives, en ce qui concerne la prise en
charge de l'enfant, qui correspondent mieux à ses besoins spécifiques; on
songera notamment aux enfants proches ou entrés dans l'adolescence qui ont
toujours vécu dans leur pays d'origine, et pour lesquels une émigration vers la
Suisse pourrait être ressentie comme un déracinement difficile à surmonter et
devrait donc, autant que possible, être évitée.

                   bb) En l'espèce, le père du
recourant a volontairement quitté sa famille en 1997. Il bénéficie en Suisse
d'une autorisation de séjour annuelle depuis 1999. Il aurait donc pu faire
venir son fils en Suisse, légalement, depuis plusieurs années. Il a ainsi délibérément
consenti à ce que le recourant poursuive sa scolarité dans son pays d'origine.
On pouvait à tout le moins attendre de lui qu'il se soucie du recourant lors du
départ de celui-ci pour l'Afrique. 

                   Le recourant a été élevé et
scolarisé dans son pays d'origine; c'est donc au Liban que se trouvent ses
attaches culturelles et sociales. Sa mère, sa sœur et ses deux frères résident
également dans ce pays. L'octroi d'une autorisation de séjour au recourant ne
ferait que confirmer l'éclatement de la famille, alors que le regroupement
familial a précisément pour but d'éviter une telle conséquence. Le recourant,
au moment de sa venue en Suisse, était sur le point d'atteindre l'âge de 18
ans; n'ayant pas suivi la scolarité de ce pays, qu'il n'a jamais connu
auparavant, par exemple par le biais de séjours touristiques que son père
aurait sollicités pour lui faire découvrir son nouveau cadre de vie, le
recourant serait assurément exposé à des difficultés d'intégration.

                   Les relations ténues nouées
par le recourant et son père ne sont pas de nature à l'emporter sur les liens
que l'intéressé a tissés avec son pays d'origine.

            bc) Pour ce qui concerne les
éventuels changements de circonstances qui rendraient le regroupement familial
nécessaire, le recourant n'établit pas que sa situation auprès de son oncle se
serait modifiée dans une large mesure. Le grief principal articulé au sujet des
conditions de vie du recourant au Bénin est qu'il ne peut pas y acquérir une
formation professionnelle. Le recourant est désormais majeur. Avec l'aide
financière de son père, disposé à lui apporter son soutien à cet effet, il peut
retourner au Liban pour y entreprendre la formation qu'il convoite. Il n'est
plus nécessaire qu'il vive dans le foyer de sa mère, dont rien n'indique
qu'elle ne soit pas disposée à l'aider dans la mesure de ses possibilités. Il
pourrait également profiter ainsi de l'entourage de ses frères et sœurs.

            bd) En conclusion, la venue du
recourant en Suisse répond avant tout à des motifs de convenances personnelles
et économiques qui, bien qu'honorables, ne sauraient être prises en compte dans
l'application des art. 38 et 39 OLE, dont le but est de permettre le
regroupement familial, et non pas d'assurer aux enfants un avenir plus
favorable.

            Le SPOP n'a pas donc abusé de son
pouvoir d'appréciation en refusant le regroupement familial sollicité.

4.         Vu ce qui précède, le recours doit
être rejeté et la décision entreprise maintenue.

            Succombant, le recourant doit
supporter l'émolument judiciaire et n'a pas droit à des dépens. Un délai doit
en outre lui être imparti pour quitter le territoire vaudois.

 

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours est rejeté. 

II.                                
La décision du SPOP du 30 août 2004
est confirmée. 

III.                               
Un délai au 28 février 2005
est imparti au recourant pour quitter le territoire vaudois.

 

 

 

 

IV.                             
L'émolument de recours, arrêté à 500
(cinq cents) francs, somme compensée par le dépôt de garantie versé, est mis à
la charge du recourant.

ip/Lausanne, le 17 janvier 2005

 

 

                                                          Le
président:                                   

                                                                                                                  

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

+ un exemplaire à l'IMES.