# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** eba93254-1854-593c-b5ba-1281d412edaf
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1996-03-14
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 14.03.1996 EF.1995.0099
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_EF-1995-0099_1996-03-14.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 14 mars 1996

sur le recours interjeté par Gérald et Cecilia
ROHRBACH, Ch. du Mâcheret 25, 1093 La Conversion,

contre

la décision rendue sur recours le 6 octobre
1995 par la Commission d'estimation fiscale des immeubles du district de Lavaux
(estimation fiscale de la parcelle no 375 de Lutry).

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. J.-C. de
Haller, président; M. J. Morel et M. R. Ernst, assesseurs. Greffier: Mme N.
Krieger, sbt.

Vu les faits suivants:

A.                     La parcelle 4034, sise
au chemin du Mâcheret à Lutry se trouve aux abords immédiats de l'autoroute N9,
en contre-bas du pont supportant cet ouvrage. Une grande partie de la surface
de cette parcelle, à l'origine 1916 m2 en nature de prés-champs, a été divisée
en 1987 en quatre biens-fonds distincts correspondant aux parcelles 373, 374,
375 et 376, si bien qu'actuellement cette première parcelle ne compte plus que
334 m2 au nord. Sur les trois premiers biens-fonds, de forme rectangulaire, trois
bâtiments mitoyens à vocation résidentielle (ECA  no 2653a et 2653b, 2654,
2655a et 2655 b) ont été construits entre 1987 et 1988, le mur commun entre les
habitations érigées sur les parcelles 373 et 374, ainsi que celui entre les
demeures édifiées sur les parcelles 374 et 375 s'implantant sur la limite de
propriété. La parcelle 376, d'une surface de 299 m2, jouxte la limite au sud
des parcelles 373, 374 et 375. Les parcelles 4034 et 376 sont soumises à un
règlement de copropriété.

B.                    Les époux Rohrbach sont
propriétaires, à raison d'une demie chacun, de l'immeuble 375, situé au chemin
du Mâcheret no 25 (surface totale 572 m2, dont 456 m2 en places-jardins). Ils
l'ont acquis le 15 mars 1988 pour le prix de 806'900 francs. Selon le
descriptif de vente, la parcelle no 375, qui est intitulée "Villa C",
a les caractéristiques suivantes :

	
  "Habitation :

   

  	
  Villa C

  Surface habitable, sans balcon ni terrasse :
  env. 167 m 2 soit:

  Au rez:

  - 1 séjour et coin repas en demi-niveaux
  dégagement de 39 m2 avec accès direct à un balcon de 10 m2

  - 1 cuisine entièrement équipée

  - 1 WC d'hôtes

  - entrée, hall, dégagement, circulation

  Au rez inf. :

  - 3 chambres de
  14 m2, 14,9 m2 et 10,8 m2 avec accès depuis chaque pièce à une terrasse
  dallée (double) de 50 m2

  - 1 salle de
  bain

  - 1 salle de
  jeux de 16 m2 avec accès direct à un couvert de 6 m2

  - 1
  buanderie-cave de 19 m2

  Au rez sup. :

  - 1 chambre de
  20,7 m2

  - 1 salle de
  bain

  - 1
  cour-terrasse de 6,8 m2 attenante à la chambre

  -1 toit-terrasse de 24 m2

  
	
  Extérieur :

  	
  parcelle privée : surface env. 570 m2

  Total des terrasses et
  balcons : env. 110 m2

  Places de parc : 2 places extérieures

  
	
  En commun :

  	
  - 1 abri PC de 21 m2 extérieur aux
  habitations

  - 1 parcelle commune de 596 (sic) m2 (place
  de jeux)

  
	
  Chauffage :

  	
  Chaque habitation dispose d'un chauffage de sol à eau dans toutes les
  pièces, alimenté par sa propre pompe à chaleur, chacun pourra dont régler son
  chauffage selon ses convenances.

  Ce système de chauffage par pompe à chaleur
  à capteurs terrestres ou air-eau permet des économies d'énergie très
  importantes.

  La production d'eau chaude se fait également
  par la pompe à chaleur".

  

                        307/950 des parcelles
376 et 4034 dépendent de l'immeuble 375.

                        Selon la police
d'asssurance de l'Etablissement cantonal contre l'incendie et les éléments
naturels (ECA), l'habitation des Rohrbach comprend une surface totale de 100 m2
et un volume de 900 m3. L'ECA a retenu en 1990 un prix de 550 fr. par m3 et a
taxé le bâtiment à 495'000 fr., valeur à neuf.

C.                    La parcelle 373, qui
appartient aux époux Parker, est dotée d'une surface totale de 539 m2 8, dont
408 m2 en places-jardins. La maison d'habitation qui y est érigée comporte,
selon le descriptif précité, grosso modo les mêmes particularités que celle
appartenant aux époux Rohrbach, hormis le fait qu'elle comprend au rez
inférieur une chambre (22,1 m2) et une salle d'eau (6,7 m2) supplémentaires.
345/950 des parcelles 376 et 4034 dépendent de l'immeuble 373. L'ECA a adapté
le taux de prime en 1994 de cette habitation en se fondant sur une valeur
indexée de 550.638 fr. et un volume de 927 m3. L'estimation fiscale a été fixée
à 565'000 fr., par une décision actuellement en force.

                        Enfin, la parcelle 374
comprend une surface totale de 244 m2, dont 149 m2 en places-jardins. 298/950
des parcelles 376 et 4034 dépendent de cet immeuble.

D.                    Dans le cadre de la
révision générale, la Commissions d'estimation fiscale des immeubles du
district de Lavaux (ci-après : la commission) a porté, par décision du 17
février 1995, l'estimation fiscale de l'immeuble appartenant aux époux Rohrbach
de 400'000 à 560'000 fr.

                        La dernière estimation
fiscale de cet immeuble remonte à une décision du 1er mars 1991, maintenant le
montant de celle arrêtée en 1988.

                        Le 27 février 1995,
les intéressés ont contesté cette nouvelle estimation, en demandant à ce que
celle-ci soit fixée entre 440'000 et 460'000 fr., en se basant notamment sur un
loyer de l'ordre de 2'300 à 2'400 fr. par mois.

                        Par
décision rendue sur recours le 6 octobre 1995, la commission a confirmé sa
décision du 17 février 1995, en se fondant sur les valeurs suivantes :

"Valeur vénale :

	
  Construction : 900 m3 à fr. 600/m3 (-5 %
  vétusté)

  	
  fr. 513'000.-

  
	
  Terrain : 456 m2 à fr. 200.-/m2

  	
  fr.  91'000.-

  
	
  Valeur vénale totale :

  	
  fr. 604'000.-

  

 

Valeur de rendement :

	
  Rendement locatif annuel total de fr.
  36'000.-,

  capitalisé au taux de 7,5 %

  	
  

  fr. 480'000.-

  

 

	
  EF = (Val. vénale + Val. rendement) : 2

  	
  fr. 540'000.-

  
	
  Partie de parcelles de dépendance 

  	
  fr.  20'000.-

  
	
  Estimation fiscale totale

  	
  fr. 560'000.-"

  

 

Nous précisons que
l'estimation fiscale précédente de fr. 400'000.- ne correspondait pas à la
moyenne de la valeur vénale et de la valeur de rendement. Elle représentait la
moitié de la valeur d'achat de fr. 806'900.-. Il n'y avait aucune évaluation de
la valeur de rendement; probablement dans l'attente de la finition de la
construction et de son occupation par les propriétaires. Il s'agissait, par
conséquent, d'une estimation provisoire."

E.                    Par
acte du 16 octobre 1995, les époux Rohrbach ont saisi le Tribunal administratif
(ci-après : le tribunal ) d'un recours dirigé contre la décision de la
commission. Ils concluent, avec dépens, à une estimation fiscale comprise entre
470'000 et 480'000 fr. Dans le cadre de leur pourvoi, ils se prévalent à titre
comparatif de l'estimation fiscale de la parcelle 373 appartenant aux époux
Parker qui a augmenté de 470'000 à 565'000 francs. Ils critiquent également le
prix de construction retenu par la commission qu'ils estiment trop élevé, alors
que le constructeur leur avait précisément communiqué en 1990 d'un prix de
construction se situant dans une fourchette de 500 et 550 fr./m3.

                        Les recourants se sont
acquittés d'une avance de frais de 800 fr.

F.                     Le 10 novembre 1995,
l'autorité intimée a déposé des déterminations. Elle y explique qu'en 1990 elle
s'est "contentée, à tort, de maintenir les estimations
"provisoires" de 1988". Elle fait valoir que les estimations
fiscales notifiées le 1er mars 1991 ne reposaient en aucune façon sur un
quelconque coût de construction ou sur des informations de l'architecte. Elle
relève que les indications des recourants ne concordent pas avec la police ECA
de leur immeuble. Elle observe d'une part qu'elle a retenu un prix unitaire de
construction qui se trouve dans la fourchette prévue par les directives qui ne
font pas une référence directe au coût de construction; d'autre part, elle
remarque que la valeur marchande de l'immeuble, supérieure à 800'000 fr., ne
s'explique pas par un coût moyen de construction de 525 fr./m3. Enfin, elle se
prévaut de transferts immobiliers récents où le prix fixé par les parties était
entre 20 à 30 % supérieur à la valeur vénale déterminée sur le base de principe
et éléments analogues appliqués à l'immeuble des recourants. La commission
conclut au rejet du recours.

G.                    Le tribunal a tenu
audience en date du 28 février 1996 en présence des parties et a procédé à une
visite des lieux.

                        Le 29 février 1996,
les recourants ont encore communiqué au tribunal une copie de la police ECA de
la parcelle 373 et 375, avec un calcul comparatif aboutissant à des estimations
fiscales respectives de 557'325 fr. et 505'100 fr.

Considérant en droit:

1.                     a) En vertu de l'art. 2
al. 1 de la loi du 18 novembre 1935 sur l'estimation fiscale des immeubles
(LEFI), l'estimation fiscale est faite par biens-fonds en prenant la moyenne entre
sa valeur de rendement et sa valeur vénale 

                        b)
La valeur vénale d'un immeuble représente la valeur marchande de celui-ci (art.
2 al. 4 LEFI). L'art. 8 du règlement du 22 décembre 1936 sur l'estimation
fiscale des immeubles (REFI) reprend cette règle en précisant qu'il faut tenir
compte de l'offre et de la demande et que cette valeur marchande est établie en
prenant notamment pour base la situation, la destination, l'état et le
rendement de l'immeuble (al. 1). A défaut d'indication (prix d'achat, éléments
de comparaison, etc.), la valeur vénale est obtenue en capitalisant le
rendement brut à un taux qui varie selon le genre d'immeuble, la nécessité
d'amortissement, les risques de placement sur ces immeubles (al. 2).

                        c) En l'espèce, la
commission a déterminé la valeur vénale de l'immeuble des recourants en se
fondant, s'agissant du terrain, sur un prix unitaire de 200 fr. par m2, ce qui
paraît correct; en effet, la région de Lavaux est très attractive et l'immeuble
des recourants jouit d'une vue agréable sur les alentours. La commission, qui
s'est basée uniquement sur le terrain en nature de places-jardins, soit 456 m2,
alors que la surface totale s'élèvent à 572 m2, a même été plutôt généreuse. La
valeur du terrain fixée à 91'000 fr. peut sans autre être confirmée.

                        Les recourants
critiquent la valeur actuelle de leur maison qui a été arrêtée à 513'000 fr.
par la commission, d'après un prix de construction de 600 fr. par m3, dont elle
a déduit un coefficient de vétusté de 5 %. Ils se prévalent d'un coût de
construction moyen de 525 fr. par m3, selon les indications qu'ils ont
recueillies de l'architecte. Il apparaît qu'un prix unitaire de 600 fr. par m3
n'est nullement excessif dans le cas particulier. En effet, il s'agit, selon
les assesseurs spécialisés (architectes) du tribunal, d'une construction
compliquée (huit niveaux, selon les indications au dossier), dont le coût a été
élevé en raison même de cette complexité et notamment de la surface carrelée.
Comme le relevaient à juste titre les recourants dans leur courrier du 27
février 1995 destiné à la commission, "à cause de la déclivité et de
l'instabilité du terrain, l'immeuble a dû être ancré par une structure
adéquate, qui a renchéri énormément le prix de construction". Cela
étant, il apparaît que la valeur actuelle de cette habitation, fixée à 513'000
fr. (900 m3 à 570 fr., vétusté déduite), est pleinement adéquate. 

                        Ces considérations
amènent le tribunal à confirmer la valeur vénale arrêtée par la commission à
604'000 fr. (91'000.- + 513'000.-) pour la parcelle 375.

2.                     a) Aux termes de l'art.
2 al. 3 LEFI, la valeur de rendement d'un immeuble correspond au rendement brut
ou net capitalisé à un taux tenant compte du loyer de l'argent et des charges
annuelles et périodiques. L'art. 7 REFI précise que la capitalisation du
rendement s'opère sur la base du 5 à 6% du rendement net ou, dans la règle, du
6 à 9% du rendement brut selon le genre d'immeuble.

                        b) En l'espèce, la
commission a estimé le rendement locatif annuel de l'habitation des recourants
à 36'000 fr., montant qu'elle a capitalisé à un taux de 7,5 %. Sans critiquer
le taux de capitalisation choisi, les recourants soutiennent néanmoins que
l'autorité intimée a surestimé le rendement locatif. A juste titre. En effet,
il apparaît que la maison des recourants, qui ne comprend que quatre chambres à
coucher, dont trois de petite dimension, ne peut pas être louée 3'000 fr. par
mois, même en prenant en considération les dépendances. Un tel loyer est
excessif pour une habitation, certes confortable, mais qui ne fournit en
définitive qu'un logement de 5 pièces. Tout bien considéré, le tribunal juge
qu'un loyer mensuel de 2'500 fr. est adapté aux circonstances et qu'il faut dès
lors de se fonder sur un rendement locatif annuel de 30'000 francs. Avec un
taux de capitalisation de 7,5 %, le tribunal obtient une valeur de rendement de
400'000 fr. (au lieu de 480'000 fr.).

                        c) Avec une valeur de
rendement de 400'000 fr., le tribunal dégage une estimation fiscale de 502'000
fr. pour la parcelle 375, qu'il faut arrondir à 500'000 fr. L'autorité de céans
parvient ainsi à une estimation fiscale qui est inférieure de 60'000 fr. à
l'estimation de la commission. Une telle différence de l'ordre de 10 % justifie
une correction de l'estimation litigieuse (notamment, Tribunal administratif,
arrêt EF 95/104 du 22 janvier 1996). Dès lors, la décision attaquée doit être
réformée dans ce sens.

3.                     Le recours doit être
considéré comme partiellement admis.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
partiellement admis.

II.                     La décision
rendue sur recours le 6 octobre 1995 par la Commission d'estimation fiscale des
immeubles du district de Lavaux est réformée en ce sens que l'estimation
fiscale de la parcelle no 375 de Lutry est arrêtée à 500'000 fr. (cinq cent
mille francs).

III.                     Un
émolument de 300 fr. est mis à la charge des recourants.

Lausanne, le 14
mars 1996

Le président :                                                                                  Le
greffier :

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint