# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 3b3f5204-d9a5-58b4-9ae9-2ec0dae4678b
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2018-06-27
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour pénale 27.06.2018 CPEN.2017.43 (INT.2018.393)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_009_CPEN-2017-43_2018-06-27.html

## Full Text

A.                           
X.________ et A.________ ont entretenu une relation
intime entre septembre 2013 et la fin de l’année 2014. L’ensemble des
comportements reprochés au prévenu ont eu lieu après que A.________ a mis un
terme à leur relation.

B.                           
 A.________ a déposé
plainte à cinq reprises contre X.________ (les 6 mai 2015, 11 juin 2015, 5
septembre 2015, 13 janvier 2016 et 5 avril 2016). 

                        a) Dans sa plainte du 6 mai
2015, la plaignante a expliqué que X.________ l’insultait par messages, la
menaçait et la suivait depuis leur séparation, à tel point qu’elle avait
« un peu peur » et que « [ses] enfants [étaient]
terrorisés ». 

                        b)  Entre le 22 mai 2015 et le
11 juin 2015, date de la deuxième plainte de A.________, le prévenu a tenté de
joindre son ex-compagne à de très nombreuses reprises par téléphone (jusqu’à 40
fois par jour), y compris sur le numéro de son travail. Il a sonné plusieurs
fois chez elle et s’est rendu à diverses reprises aux abords de sa maison,
ainsi que sur son lieu de travail, soit une station-service ***** à V.________.
Après l’audition du prévenu, le 17 juin 2015, la police cantonale a rendu une
ordonnance d’éloignement , lui interdisant d’accéder au domicile de la
plaignante et à ses environs immédiats, ainsi qu’à son lieu de travail, et de
chercher à entrer en contact avec elle par quelque moyen que ce soit. Le 19
juin 2015, cette ordonnance a été confirmée par le Tribunal des mesures de
contrainte du Littoral et du Val-de-Travers.

                        Ayant continué à importuner la
plaignante, X.________ a été arrêté une première fois le 26 juillet 2015. Lors
de son audition par la procureure, il a notamment déclaré qu’il ne pouvait pas
promettre qu’il ne verrait plus la plaignante et qu’il « ne resterai[t]
pas devant elle comme ça les mains dans les poches et qu’[il] ne lui dirait pas
qu’il faut qu’elle arrête son délire. La procureure a estimé qu’au vu du
dossier et de ses déclarations, le prévenu risquait de continuer à harceler son
ex-compagne. Elle l’a libéré moyennant un certain nombre d'engagements de sa
part, matérialisés dans une ordonnance du TMC du 29 juillet 2015. Le prévenu
était supposé ne plus approcher son ex-compagne, ni la suivre ou se poster aux
abords de son domicile ou de son lieu de travail. Il s’engageait également à ne
plus entrer en contact de quelque manière que ce soit avec elle et à
entreprendre un suivi psychologique par l’intermédiaire du service de
probation. 

                      c)  La plaignante a déposé une
troisième plainte le 5 septembre 2015 en raison de nouveaux épisodes survenus à
la fin du mois d’août. Arrêté le 1er décembre 2015, le prévenu a
admis qu’il lui arrivait encore de se rendre à proximité du lieu de travail de
la plaignante, les jours où elle travaillait, non pas pour « la croiser
et encore moins lui parler », mais pour voir ce qu’elle faisait et
« voir son attitude quand elle [ne le] vo[yait] pas ». Lors de
son arrestation, des jumelles ont été saisies sur le siège passager de son
véhicule. Le prévenu a admis les avoir utilisées pour observer son ex-compagne.
Durant la même période, X.________ ne s’est pas rendu régulièrement aux
rendez-vous fixés auprès du Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP).

                        Entendue le 1er
décembre 2015, A.________ a indiqué qu’elle ne recevait plus de messages ni
d’appels téléphoniques du prévenu depuis la fin du mois de juillet 2015, ayant
bloqué son numéro, mais que l’intéressé continuait à la suivre et à la
surveiller. Elle a notamment déclaré : « (…) je veux vivre
tranquillement et ne plus avoir ces peurs quotidiennes lorsque je sors de chez
moi. C’est une situation qui devient intenable. J’ai peur de ses réactions. Je
ne sais pas ce dont il est capable et je crains aussi pour mes enfants ».
La plaignante avait déjà exprimé des craintes semblables dans sa plainte du 5
septembre 2015, déclarant que, malgré ses efforts pour préserver son fils de 6
½ ans, ce dernier avait peur et souffrait de cette situation, qu’il ne
comprenait pas. 

                        X.________ a été libéré avec
effet immédiat par le TMC, moyennant de nouvelles mesures de substitution
ordonnées le 1er décembre 2015 (interdiction d’approcher la
plaignante, de la suivre, de se poster aux abords de son domicile ou de son
lieu de travail, interdiction d’entrer en contact avec elle, obligation de se
soumettre avec sérieux au suivi de probation mis en place). Le TMC rappelait
notamment que si des faits nouveaux l’exigeaient ou si le prévenu ne respectait
pas les obligations qui lui avaient été imposées, le tribunal pourrait en tout
temps révoquer les mesures de substitution, en prononcer d’autres ou ordonner
la détention provisoire. 

                        Dans une lettre adressée le 16
décembre 2015 au ministère public, la plaignante a requis le placement de son
ex-ami en vue d’un traitement et demandé qu’une interdiction de périmètre lui
soit notifiée. Elle décrivait plusieurs nouveaux épisodes lors desquels le
prévenu, au volant de son véhicule, la croisait ou passait devant son domicile,
tout en ralentissant et en insistant du regard. La plaignante indiquait que ces
rencontres étaient trop fréquentes pour n’être que de simples coïncidences et
soulignait sa crainte que son ex-ami, qui n’avait plus rien à perdre vu sa
situation personnelle, s’en prenne à elle physiquement.

                        En parallèle, les 7, 11, 23
décembre 2015, 13 janvier et 10 février 2016, l’Office de probation a signalé
au ministère public que X.________ ne s’était pas présenté aux entretiens
prévus, auxquels il avait été convoqué la première fois par courrier, puis par
l’intermédiaire de son avocat.

                        d) Le 13 janvier 2016, A.________
a déposé une nouvelle plainte contre X.________ pour des faits semblables à
ceux qu’elle avait dénoncés au mois de décembre 2015. En raison de l’absence du
mandataire du prévenu lors de cette audition, le procès-verbal correspondant a
été écarté du dossier. La plaignante a été à nouveau entendue sur ces éléments
ultérieurement.

                        X.________ n’ayant pas pu être
localisé, il a été signalé sous mandat d’arrêt le 5 février 2016, ce qui a
conduit à sa troisième arrestation, le 16 février 2016. Entendu le lendemain,
le prévenu a contesté avoir cherché à croiser la plaignante, affirmant ne
l’avoir pas remarquée. Il a indiqué qu’il n’avait plus aucun bien, hormis son
véhicule et son téléphone portable, et a précisé dormir dans l’église de Z.________,
dans un local chauffé prêté avec l’accord du Conseil paroissial. Le prévenu a
été placé en détention provisoire par ordonnance du TMC du 17 février 2016,
contre laquelle il a fait recours. Le 3 mars 2016, l’ARMP a ordonné sa
libération immédiate après interrogatoire par le ministère public et précision
des mesures de substitution prononcées le 1er décembre 2015. En
substance, l’ARMP a estimé qu’on ne pouvait affirmer que les actes du prévenu
en décembre 2015 donnaient sérieusement à craindre pour la sécurité de la
plaignante, même s’ils étaient très désagréables pour elle, et qu’on observait
une nette régression dans les agissements de X.________ depuis le printemps
2015. De nouvelles mesures de substitution ont été ordonnées par le TMC le 8
mars 2016, partiellement modifiées par l'ARMP le 2 mai 2016, en ce sens que le
prévenu s’est vu interdire de « s’arrêter » à moins de 100
mètres du lieu de travail de la plaignante (et non de « s’approcher »
à moins de 100 mètres, ce qui, vu l’emplacement de la station-service dans
l’axe principal de la ville, paraissait excessif). 

                        e)  La plaignante a déposé une
nouvelle plainte le 5 avril 2016 en raison de faits survenus en mars 2016. Elle
reprochait à X.________ d’avoir quitté la file de voitures dans laquelle il se trouvait
pour entrer en contact avec elle, le 19 mars 2016, alors qu’elle déposait sa
fille et son ami sur le parking de l’école situé au sud de la rue de (...), et
de l’avoir attendue et observée à 70 mètres de son domicile, dans une voiture
grise Volvo aux plaques bernoises, alors qu’elle s’apprêtait à partir
travailler, le 22 mars 2016, à 6h du matin. Le prévenu a été entendu sur ces
faits le 5 avril 2016. 

C.                       
X.________ a fait
l'objet d'une expertise psychiatrique au printemps 2016 (cf. rapport établi le
12 juillet 2016 par le Dr B.________). 

D.                           
Le 28 novembre 2016, le ministère
public a renvoyé le prévenu devant le tribunal de police, sous les préventions
suivantes :

I.       Infractions aux articles 177 al. 1, 180 et 181 CP, pour
avoir :

à Y.________
et en tout autre endroit

entre
le 6 janvier 2015 et le 6 mai 2015

traité
A.________ de ‘crevure’, ‘merde’, ‘poupée gonflable’, ‘poubelle à queue’,
‘pute’, ‘menthe religieuse’, ‘désir de la voir crever’, ‘belle pourriture’,
‘pauvre débile’, ‘misérable A.________

menacé
en lui exposant ‘essaie de me manquer de respect la foi où je te vois et je te
mets une belle baffe’

saisi
le bras droit, l'empêchant momentanément de composer le 117

Plainte
du 6 mai 2015

II.      Infractions aux articles 126 al. 1, 177 al. 1,
179septies, 181, 198, et 292 CP, pour:

à Y.________
et à V.________

entre
le 6 mai 2015 et le 17 juin 2015

s'être
posté devant le domicile de la plaignante et l'avoir suivie dans ses
déplacements, l'obligeant en particulier le 12 mai 2015 à se faire accompagner
par un collègue

l'avoir
appelée sur son lieu de travail, obligeant de la sorte son employeur à filtrer
ses appels

l'avoir
appelée jusqu'à quarante fois par jour sur son téléphone portable

l'avoir
traitée de ‘salope’ et de ‘pourriture’ et lui avoir lancé une plaque de
chocolat au visage

lui
avoir, à trois ou quatre reprises, maintenu les poignets pour lui parler et
avoir tenté de l'embrasser, à deux reprises, sur son lieu de travail

avoir
sciemment passé outre l'ordonnance d'éloignement pour une durée de trente jours
rendue le 19 juin 2015 par le Tribunal des mesures de contrainte du Littoral et
du Val-de-Travers, confirmant celle de la police cantonale du 17 juin 2016
[recte : 2015], importunant son ex-amie par messagerie ou en la suivant en
voiture

Plainte
du 11 juin 2015 (D. 26)

III.     Infraction à l'article 181+22 CP, pour :

à Y.________
et V.________

le
24 juillet 2016

s'être
rendu en voiture devant le domicile de la plaignante et avoir tenté de la
joindre par téléphone à trois ou quatre reprises

s'être
rendu en voiture sur le lieu de travail de la plaignante pour vérifier si elle
était ‘redevenue normale’ tout en lui exposant qu'elle était responsable du
fait qu'il avait dû passer deux jours en prison, menotté

lui
avoir envoyé à tout le moins quatre SMS au contenu dégradant

Plainte
du 5 septembre 2015 (D. 107)

IV.     Infraction aux articles 177 al. 1 et 181 CP,
pour avoir :

à Y.________,
au terrain de football

le
25 août 2015

à
quelques mètres d'elle, fixé du regard et de façon insistante la plaignante qui
passait la soirée avec des connaissances

obligeant
de la sorte la plaignante apeurée à rester sur place en compagnie de ses
connaissances par peur d'être suivie si elle quittait les lieux

s'être
approché d'elle et avoir demandé à lui parler, se heurtant à un refus de sa
part

traitant
en réponse tout le monde de ‘macaques’ et de ‘royaume des cons’

Plainte
du 5 septembre 2015

V.      Infraction à l'article 181 CP, pour avoir : 

à Y.________
et V.________

entre
le 28 août 2015 et le 5 septembre 2015

suivi
la plaignante en véhicule à domicile et à son lieu de travail

l'intimidant
en la regardant fixement lors de ses différents passages

l'obligeant
de la sorte à être accompagnée d'un collègue et à se cacher

l'obligeant
également de la sorte, lors d'une fête de village, à être accompagnée de
policiers pour regagner son domicile

Plainte
du 5 septembre 2015

VI.     Infraction à l'article 181 CP, pour avoir:

à Y.________
et V.________ et en tout autre endroit

entre
le mois de novembre 2015 et le 5 janvier 2016

épié
la plaignante sur son lieu de travail notamment à l'aide de jumelles

suivi
l'intéressée en voiture

la
fixant du regard en passant à ses côtés

l'obligeant
de la sorte à changer ses habitudes, notamment en restant dans sa voiture pour
être certaine de ne pas être suivie, à sortir de son domicile le téléphone à la
main prête à appeler de l'aide ou à se munir d'un objet pour se défendre en cas
de besoin

Plainte
du 13 janvier 2016

VII.    Infraction à l'article 181 CP, pour avoir :

à S.________,
à la rue de (...) sur le parking de l'école U.________,

le
19 mars 2016

nonobstant
l'ordonnance de mesure de substitution à la détention provisoire du 8 mars
2016, faisant notamment interdiction au prévenu de s'approcher à moins de 100
mètres de la plaignante

quitté
la file de véhicule pour se garer derrière celui de la plaignante, laquelle
était parquée à cet endroit pour y déposer sa fille et un ami de cette dernière

l'avoir
fixé du regard et attendu

quitté
les lieux à l'allure du pas tout en disant à la plaignante par la fenêtre ‘t'es
contente’, ‘tu t'amuses bien’, ‘t'es contente de ce que tu fais’

l'obligeant
de la sorte à requérir de l'ami de sa fille qu'il tente de filmer le prévenu
pour apporter une preuve de son harcèlement

Plainte
du 5 avril 2016

VIII.   Infraction à l'article 181 CP, pour avoir :

à Y.________

le
22 mars 2016, vers 06h00

nonobstant
l'ordonnance de mesure de substitution à la détention provisoire du 8 mars
2016, faisant notamment interdiction au prévenu de s'approcher à moins de 100
mètres de la plaignante

sous
prétexte qu'il attendait son fils C.________ qui n'habite pourtant pas à cet
endroit

attendu
la plaignante en étant caché à proximité de la place de parc de cette dernière
dans un véhicule break gris, immatriculé BE-'***

obligeant
de la sorte la plaignante à se saisir de son téléphone portable pour filmer le
prévenu et apporter une preuve de son harcèlement

Plainte
du 5 avril 2016

IX.     Infraction à l'article 149 CP pour avoir :

à T.________,

entre
le 7 avril 2016 et le 30 juin 2016

occupé
une chambre de l'hôtel D.________

quittant
définitivement les lieux sans s'acquitter de son dû,

causant
de la sorte un manque à gagner de CHF 6'320.40 au préjudice de l'établissement.

Plainte
du 20 juillet 2016

X.      Infraction à l'art. 115 al. 1 let. b LEtr, pour
avoir :

à S._________et
en tout autre endroit

entre
le 3 septembre 2009 et le 24 août 2016,

séjourné
en Suisse sans autorisation. »

E.                       
Les mesures de
substitution ordonnées par le TMC ont été prolongées régulièrement pendant la
procédure, jusqu’au 6 décembre 2016. L’une des filles de la plaignante, D.________,
a été entendue en qualité de témoin le 13 mars 2016. E.________, ancien assistant
de sécurité à Y.________, a également été entendu en qualité de témoin. A
l’audience du tribunal de police du 12 avril 2017, la plaignante a indiqué
s’être annoncée au centre LAVI au début de l’année 2016, car elle se sentait
atteinte psychologiquement par le harcèlement de X.________. Elle a précisé
qu’elle sortait munie d’un objet lui permettant de se défendre pour le cas où
son ex-compagnon déciderait de s’en prendre à elle. La plaignante a également
expliqué qu’elle ne vivait plus du tout comme auparavant, qu’elle ne dormait
pas bien, qu’elle était constamment sur ses gardes, sursautait au moindre bruit
et se sentait systématiquement épiée, comme violée dans son intimité. Toute sa
famille avait été marquée, y compris son fils F.________. Elle a précisé
qu’après des mois de calme, elle et sa fille avaient surpris X.________ les
observant à l’aide de jumelles, caché derrière un arbre dans leur jardin, le
soir du 30 mars 2017. X.________ ne s’est pas présenté à l’audience du 12 avril
2017. Malgré le mandat d’amener établi le 31 mai 2017 pour l’audience fixée le
7 juin 2017, le prévenu n’a pas pu être localisé par la police. La procédure
s’est poursuivie par défaut. 

F.                        
Dans son jugement
par défaut du 14 juin 2017, le tribunal de police a relevé que les
comportements reprochés au prévenu étaient en lien avec la rupture, qu’il
n’avait jamais véritablement acceptée. Les infractions d’injures et
d’utilisation abusive d’une installation de télécommunication (ch. I de l’acte
d’accusation) étaient réalisées, à l’exception des injures visées au chiffre IV
de l’acte d’accusation, adressées à d’autres personnes que la plaignante (et
qui ne s’en étaient pas plaintes). Concernant les actes de contrainte, le
tribunal de police a retenu qu’en saisissant le bras de la plaignante (cf. I de
l’acte d’accusation), l’empêchant ainsi momentanément d’appeler la police, X.________
s’était rendu coupable d’une tentative de contrainte. En revanche, les autres
faits décrits aux chiffres II, III, IV, V, VI, VII et VIII de l’acte
d’accusation ne constituaient pas une entrave à la liberté de la plaignante
suffisamment importante pour être qualifiée de contrainte au sens pénal du
terme. Même si le comportement du prévenu avait été insistant, désagréable,
pesant, et à certains égards pathétique, on ne pouvait retenir qu’il aurait
cherché à obtenir de la plaignante qu’elle adopte un comportement particulier.
Ainsi, rien n’indiquait qu’il aurait cherché à la faire changer d’avis, ni
qu’il aurait cherché à ce qu’elle adopte les comportements que la plaignante
décrivait comme des changements importants dans sa façon de vivre. Le prévenu
avait plutôt « assommé » la plaignante de son désarroi, étant
dans un premier temps injurieux, puis la harcelant téléphoniquement (étant
rappelé qu’il était condamné pour ces faits), avant de changer d’attitude et de
tenter de se maintenir à une certaine proximité de la plaignante, en se postant
non loin de son travail et en l’observant, sans toutefois entrer en contact
directement avec elle. Il parvenait ainsi à se maintenir dans une forme
d’illusion, sans que le niveau d’intensité exigé par la jurisprudence pour
retenir une forme de harcèlement constitutive de contrainte ne soit atteint. Le
tribunal de police a également écarté les infractions de filouterie d’auberge
et de séjour illégal, ainsi que celle de menace, considérant que le message
dans lequel le prévenu déclarait qu’il donnerait une baffe à la plaignante si
elle lui manquait de respect laissait apparaître le préjudice redouté comme
trop limité pour être qualifié de menace. La tentative de voies de faits
(épisode de la plaque de chocolat lancée au visage de la plaignante, ch. II de
l’acte d’accusation) et la tentative de désagréments causés par la
confrontation à un acte d’ordre sexuel (pour le fait d’avoir tenté d’embrasser
la plaignante à deux reprises) ont été écartées, la tentative n’étant pas
punissable en cas de contraventions. L’insoumission à une décision de
l’autorité (art. 292 CP) n’a pas non plus été retenue, l’ordonnance
d’éloignement étant postérieure aux faits et dates visés au chiffre I de l’acte
d’accusation. 

                        S’agissant des frais, le
tribunal de police a fait application de l’article 426 al. 2 CPP pour laisser
la moitié de ceux-ci à la charge du prévenu, considérant que son comportement,
même s’il n’avait pas été qualifié de contrainte, était inadmissible et
constituait une atteinte à la personnalité de la plaignante au sens de
l’article 28 CC, plus particulièrement à la protection offerte par l’article
28b CC en cas de harcèlement. Le tribunal de police a prononcé une peine de 15
jours-amende à 15 francs, avec sursis pendant 3 ans, dont à déduire 21 jours de
détention avant jugement, retenant que le prévenu se trouvait apparemment
réduit au minimum vital. S’agissant de l’indemnité de 4'200 francs, fondée sur
l’article 429 al. 1 let. c CPP, réclamée par le prévenu pour réparer le tort
moral lié aux 21 jours de détention subis durant l’enquête, le tribunal de
police l’a refusée, en application de l’article 430 al. 1 let. a CPP,
considérant qu’il serait choquant d’allouer une réparation morale à X.________
qui, bien qu’acquitté de l’infraction de contrainte, avait clairement provoqué
illicitement et fautivement l’ouverture de la procédure et nui à la plaignante
par son comportement.

G.                      A l’appui de son
appel, X.________ conteste que son geste – soit celui de poser sa main sur le
bras de la plaignante, afin de l’empêcher d’appeler la police – ait eu
l’intensité requise pour être qualifié de moyen de contrainte. Même en retenant
la version de la plaignante, selon laquelle il lui aurait « saisi »
le bras, cet acte ne serait pas assez violent ni menaçant pour être assimilé à
un moyen de contrainte. Par conséquent, l’appelant estime qu’il doit être
libéré de l’infraction de tentative de contrainte. Il conclut ainsi à la
réduction de la peine prononcée à 10 jours-amende, fixés à 10 francs, compte
tenu de sa situation financière, étant rappelé qu’il n’a ni travail, ni
domicile, et que les poursuites et actes de défaut de biens à son encontre
s’élèvent à plus de 600'000 francs. S’agissant de la tentative de contrainte et
du montant du jour-amende (15 francs), l’appelant se plaint également d’un
défaut de motivation. Il estime que seuls 16% des frais, correspondant à la
proportion d’infractions retenues sur le total de préventions contenues dans
l’acte d’accusation, peuvent être mis à sa charge. Il fait également valoir
qu’en refusant de lui allouer un quelconque montant fondé sur l’article 429 al.
1 let. c CPP, tout en le condamnant à 50% des frais, le tribunal de police a
rendu une décision contraire à la jurisprudence fédérale, selon laquelle la
décision sur les frais préjuge la question de l’indemnisation. Il conclut ainsi
à l’allocation d’un montant de 3'528 francs, soit 4'200 francs moins la
réduction de 16% correspondant à la part des frais devant être mis à sa charge.

H.                      La plaignante forme
un appel joint afin que les infractions de menace et de contrainte soient
retenues et que l’indemnité pour tort moral réclamée (2'000 francs) lui soit
allouée. Elle fait valoir que la menace d’être fortement frappée au visage,
formulée dans le climat de peur que faisait régner l’appelant depuis des mois,
était bien de nature à l’effrayer – et l’a réellement effrayée – puisqu’elle a
réellement cru que si elle osait répondre à une des attaques verbales du
prévenu, et qu’elle lui reprochait par exemple de l’attendre en bas de chez
elle ou de lui téléphoner au travail, il vivrait cela comme un manque de respect
de sa part et la frapperait au visage. La plaignante relève que la volonté du
prévenu de lui nuire et de lui causer de l’angoisse, constatée par les premiers
juges s’agissant de l’utilisation abusive d’une installation de communication
(« le prévenu a agi par méchanceté et dans le but aussi bien
d’importuner la plaignante que de l’inquiéter »), motive l’ensemble de
ses agissements. Elle fait valoir que son mode de vie, ainsi que celui de ses
enfants, a été profondément affecté par le harcèlement obsessionnel dont elle a
été victime. Selon la plaignante, les comportements décrits dans l’acte
d’accusation répondent précisément à la définition de « stalking »,
de sorte que l’infraction de contrainte aurait dû être retenue. L’importante
péjoration de la qualité de vie de l’appelante, les insultes et menaces ainsi
que le harcèlement qu’elle a enduré durant une très longue période justifient
le versement d’une indemnité pour tort moral de 

2'000 francs, que le premier juge a écartée sans motivation, en violation de
son droit d’être entendue.

I.                        A l’appui de son
appel joint, le ministère public fait valoir que l’entier des frais de justice
auraient dû être mis à la charge du prévenu, dont le comportement constitue une
atteinte illicite aux droits de la personnalité de la plaignante (art. 28 CC).
Le ministère public relève que cette solution s’impose d’autant plus que le
prévenu a poursuivi ses agissements illicites durant la procédure, ce qui a
conduit le TMC à ordonner sa détention provisoire, transformée en mesures de
substitution visant à l’éloigner de la plaignante. Le ministère public estime
que ces récidives en cours d’enquête ont rendu plus difficile la conduite de
l’instruction et rallongé inutilement la procédure, ce qui justifie également
que l’ensemble des frais soient mis à la charge de X.________ (et qu’aucune
indemnité au sens de l’article 429 CPP ne lui soit allouée, comme l’a retenu le
premier juge).

C
O N S I D E R A N T

1.    
                  a) Interjetés dans les formes et
délai légaux (art. 398, 399 et 400 CPP), l’appel du prévenu et l’appel
joint de la partie plaignante sont recevables. 

                        b) Il en va de même de l’appel
joint du ministère public. En effet, bien que le ministère public ait annoncé
un appel, qu’il a ensuite retiré après réception des considérants motivés du
jugement, renonçant ainsi à faire appel principal, cela n’impacte pas la
recevabilité de son appel joint. 

                        c) On relèvera également que
l’appelant ne conteste pas la procédure par défaut et qu’il a expressément
accepté que la procédure d’appel se déroule en la forme écrite.

2.    
                  Aux
termes de l’article 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un plein pouvoir
d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2). L’appel peut être
formé (a) pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir d’appréciation,
le déni de justice et le retard injustifié, (b) pour constatation incomplète ou
erronée des faits et (c) pour inopportunité (art. 398 al. 3 CPP). La
juridiction d’appel n’examine que les points attaqués du jugement de première
instance (art. 404 al. 1 CPP). Elle peut également examiner en faveur du
prévenu les points qui ne sont pas attaqués, afin de prévenir des décisions
illégales ou inéquitables (art. 404 al. 2 CPP).

3.    
                  a)
Tel que garanti par l’article 29 al. 2. Cst. féd., le droit d’être entendu
donne notamment à l'intéressé le droit de recevoir une décision suffisamment
motivée pour qu’il puisse la comprendre et l’attaquer utilement, s’il le
souhaite, et pour que l’autorité de recours soit en mesure, le cas échéant,
d’exercer son contrôle. Pour répondre à ces exigences, il suffit que l’autorité
mentionne, même brièvement, les raisons qui l’ont guidée et sur lesquelles elle
a fondé sa décision, de façon que l’intéressé puisse en apprécier la portée et,
éventuellement, l’attaquer en connaissance de cause (ATF 122 IV 8 cons. 2c, 121 I 54 cons. 2c). Il n’est donc pas
nécessaire que les motifs portent sur tous les moyens des parties; ils peuvent
être limités aux questions décisives (ATF 133 III 439 cons. 3.3). Le droit d’être entendu
est une garantie constitutionnelle de nature formelle dont la violation
entraîne en principe l’annulation de la décision attaquée, indépendamment des
chances de succès du recours sur le fond (ATF 135 I 187 cons. 2.2, 132 V 387 cons. 5.1). Toutefois, la
jurisprudence admet qu’une violation de ce droit en instance inférieure puisse
être réparée lorsque l’intéressé a eu la faculté de se faire entendre en
instance supérieure par une autorité disposant d’un plein pouvoir d’examen en
fait et en droit (ATF 134 I 331 cons. 3.1, 133 I 201 cons. 2.2).

                        b) En l’espèce, la motivation
du jugement du tribunal de police concernant la tentative de contrainte et le
montant du jour-amende est certes succincte. S’agissant des conclusions civiles
de la partie plaignante, le jugement se limite à un rejet implicite (probablement
dû à la libération du prévenu des fins de la prévention de contrainte). Cela
étant, la Cour pénale revoit les faits avec un plein pouvoir d’examen et
discutera chacun des moyens invoqués par les appelants, de sorte que le défaut
de motivation du jugement entrepris est de toute manière réparé.

Appel de X.________

4.                           
L’appelant
reproche au tribunal de police d’avoir retenu une tentative de contrainte. Il
estime que le fait de poser sa main sur le bras de la plaignante, afin de
l’empêcher d’appeler la police, ou de « saisir » son bras,
selon la version de la plaignante, n’était pas suffisamment intense pour être
qualifié de moyen de contrainte. 

5.                           
a) L’article 181 CP réprime celui qui, en usant de
violence envers une personne ou en la menaçant d’un dommage sérieux, ou en
l'entravant de quelque autre manière dans sa liberté d’action, l’aura obligée à
faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte. Cette disposition protège la
liberté d’action et de décision (ATF 129 IV 6 cons. 2.1). La contrainte est une
infraction de résultat qui n'est consommée que si la personne visée a commencé
à adopter le comportement imposé par le moyen de pression (Corboz, Les
infractions en droit suisse, 3ème éd., 2010, n. 34 ad art. 181 CP).

                        Par violence, on entend
ordinairement une action physique de l'auteur sur la victime. L'usage de la
violence doit revêtir une certaine gravité; une petite bousculade ne saurait
suffire (Corboz, op. cit., n. 4 ad art. 181 CP). Selon la jurisprudence,
le degré que doit atteindre l'usage de la violence pour entrainer l'application
de l'article 181 CP ne peut pas être fixé de manière absolue, mais dépend de critères
relatifs. En particulier, il faut tenir compte de la constitution, du sexe et
de l'expérience de la victime (ATF 101 IV 42 cons. 3a; cf. arrêt du TF du 05.10.2010 [6B_257/2010] cons. 5.1.1 [ad art. 285 CP]).

                        Lorsque l’auteur n’a pas usé
de violence et n'a pas proféré de menace à l'encontre de la partie plaignante,
seule entre en considération la clause générale de l'entrave à la liberté
d'action. Il convient d'interpréter restrictivement cette formule générale.
N'importe quelle pression de peu d'importance ne suffit pas; il faut que
celle-ci ait une certaine gravité. Comme pour la violence ou la menace d'un
dommage sérieux, le moyen de contrainte utilisé doit être propre à
impressionner une personne de sensibilité moyenne et à l'entraver d'une manière
significative dans sa liberté de décision ou d'action. Il s'agit donc de moyens
de contrainte qui, par leur intensité et leur effet, sont analogues à ceux qui
sont cités expressément à l'article 181 CP (arrêt du TF du 29.06.2015 [6B_1081/2014] cons. 2.2 et les références citées).

                        Sur le plan subjectif, il faut
que l'auteur ait agi intentionnellement, c'est-à-dire qu'il ait voulu
contraindre la victime à adopter le comportement visé en étant conscient de
l'illicéité de son comportement; le dol éventuel suffit (ATF 120 IV 17 cons. 2c). Lorsque la victime ne se
laisse pas intimider et n'adopte pas le comportement voulu par l'auteur, ce
dernier est punissable pour tentative de contrainte (art. 22 al. 1 CP; ATF 129 IV 262, 106 IV 125 cons. 2b).

                        b) En l’espèce, les faits qui
ont conduit le tribunal de police à retenir la réalisation d’une tentative de
contrainte ressortent des procès-verbaux des auditions de la plaignante et de
l’appelant. Selon le récit de la plaignante, le mardi 5 mai 2015, à 19h30, X.________
l’a suivie en voiture et a garé son véhicule près de chez elle. Une fois sortie
de sa voiture, elle lui a demandé en vain de partir et de la laisser
tranquille. Le prévenu a insisté pour lui parler, puis, à un moment donné, a
saisi son bras avec sa main droite pour l’empêcher d’appeler la police. La
plaignante a indiqué avoir « réussi à se sortir de cette situation »
et à composer le 117. Son interlocuteur a demandé à parler au prévenu. A la
suite de cette conversation, X.________ a redonné son téléphone à la
plaignante. Cette dernière a continué à parler au policier, qui s’est assuré
qu’elle pourrait rentrer chez elle. Le prévenu est ensuite reparti en voiture.
La version de X.________ est similaire, à ceci près qu’il a d’abord indiqué
avoir « posé » sa main sur le bras de la plaignante
lorsqu’elle avait le téléphone dans les mains. Lors de son audition du 17 juin
2015, il a déclaré qu’il l’avait « prise par le bras, quand elle
a[vait] dit qu’elle voulait appeler la police », car il fallait
qu’elle arrête de « délirer ». 

                        La version de la plaignante,
selon laquelle le prévenu lui a saisi le bras au moment où, ne voyant pas
comment s’extirper de cette situation, elle a pris la résolution d’appeler la
police, est crédible et corroborée par les propos du prévenu lui-même, qui a
admis avoir « pris » son bras, et non pas simplement « posé »
sa main sur son bras, comme il l’avait d’abord affirmé. L’appelant ne conteste
pas que son geste avait bel et bien pour but d’empêcher la plaignante d’appeler
la police. En saisissant le bras de la plaignante, l’appelant a tenté physiquement
de l’amener à renoncer à appeler la police, dans une situation devenue
intolérable pour elle. On rappellera en effet qu’à cette période, l’appelant
suivait régulièrement son ex-compagne et lui avait (entre autres) envoyé
plusieurs messages injurieux quelques jours plus tôt, ainsi que des messages où
il déclarait notamment avoir le « désir de la voir crever » et
où il la menaçait de lui donner une « belle baffe » si elle
lui manquait de respect lorsqu’il la verrait. Dans ces circonstances, le fait
de saisir le bras de la plaignante était propre à l’impressionner et à l'entraver d'une manière
significative dans sa liberté de décision ou d'action. Dans la mesure où la plaignante ne
s’est pas laissée intimider et a réussi malgré tout à appeler la police, la
contrainte n’est réalisée qu’au stade de la tentative. Pour le surplus, la
jurisprudence invoquée par l’appelant (cf. arrêt du 29.06.2015 précité) n’est
pas pertinente, puisqu’elle concerne les situations où l’auteur ne fait pas
usage de violence ni de de menaces, et où seule la clause générale de l'entrave à la
liberté d'action entre ainsi en considération. C’est dans ce contexte seulement
que le Tribunal fédéral a jugé qu’une « faible pression » –
comme le fait de se placer brièvement devant le véhicule de quelqu’un pour
l’empêcher de sortir du garage – était insuffisante pour être qualifiée de
moyen de contrainte. Le fait de saisir le bras d’une personne pour l’empêcher
d’appeler à l’aide constitue une atteinte physique qui réalise la première hypothèse
visée par l’article 181 CP (violence). L’interprétation restrictive réservée à la formule générale
de « l’entrave de quelque autre manière à [l]a liberté d’action »
ne se justifie dès lors pas.

                        Partant, c’est à juste titre
que le tribunal de police a retenu une tentative de contrainte pour ces faits. 

Appel joint de A.________

6.                           
Dans son appel
joint, A.________ (ci-après : l’appelante ou la plaignante) fait grief au
premier juge de ne pas avoir retenu l’infraction de menace.

                        a) Aux termes de l'article 180 al. 1
CP, celui qui, par
une menace grave, aura alarmé ou effrayé une personne sera, sur plainte, puni
d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine
pécuniaire.  

                        La menace suppose que l'auteur
ait volontairement fait redouter à sa victime la survenance d'un préjudice, au
sens large. Elle constitue un moyen de pression psychologique consistant à
annoncer un dommage futur dont la réalisation est présentée comme dépendante de
la volonté de l'auteur, sans toutefois qu'il soit nécessaire que cette
dépendance soit effective, ni que l'auteur ait réellement la volonté de
réaliser sa menace. La réalisation d'un dommage doit cependant être présentée
par l'auteur comme un événement dépendant, directement ou indirectement, de sa
volonté (arrêt du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 2.1 et les références citées).
Toute menace ne tombe pas sous le coup de l'article 180 CP. La loi exige en effet que la menace
soit grave. C'est le cas si elle est objectivement de nature à alarmer ou à
effrayer la victime. Il convient à cet égard de tenir compte de la réaction
qu'aurait une personne raisonnable face à une situation identique (ATF 122 IV 97 cons. 2b). Si le juge bénéficie d'un
certain pouvoir d'appréciation pour déterminer si une menace est grave, il doit
cependant tenir compte de l'ensemble de la situation (ATF 99 IV 212 cons. 1a). Il devrait en tous les
cas l'exclure lorsque le préjudice annoncé est objectivement trop peu important
pour que la répression pénale soit justifiée (Dupuis et al., Petit
commentaire CP, 2e éd., 2017, n. 12 ad art. 180 CP). Selon la
jurisprudence fédérale, des menaces de lésions corporelles graves ou de mort
doivent être considérées comme des menaces graves au sens de l'article 180 CP (arrêts du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 2.1 et du 11.04.2008 [6B_655/2007] cons. 8.2). La menace d’un préjudice
illicite tombe, dans la plupart des cas, sous le coup de l’article 180 CP. Une telle menace provoque presque
toujours une atteinte grave à la libre formation de la volonté de la victime,
notamment lorsqu’elle porte sur sa vie, son intégrité corporelle, son honneur,
sa liberté ou encore ses biens (Dupuis et al., op.cit., n. 15 ad art.
180 CP). En revanche, le fait de déclarer à une femme qu’on l’aurait frappée si
elle avait été un homme ne constitue pas une menace (Dupuis et al., op.
cit., n. 14 ad art. 180 CP et la référence citée). Le contexte dans lequel des
propos sont émis est un élément permettant d'en apprécier le caractère menaçant
ou non (arrêt du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 2.2.2 et les références
citées).

                        Pour que l'infraction soit
consommée, il faut que la victime ait été effectivement alarmée ou effrayée.
Elle doit craindre que le préjudice annoncé se réalise. Cela implique, d'une
part, qu'elle le considère comme possible et, d'autre part, que ce préjudice
soit d'une telle gravité qu'il suscite de la peur (Dupuis et al., op.
cit., n. 16 ad art. 180 CP). Sur le plan subjectif, l’auteur doit avoir
l’intention non seulement de proférer des menaces graves, mais aussi d’alarmer
ou d’effrayer le destinataire (Corboz, op. cit., n. 16 ad art. 180 CP). 

                        b) En l’espèce, l’acte
d’accusation reproche au prévenu d’avoir adressé la menace suivante à l’appelante,
le 24 avril 2015, à 10h56 : « essaie de lever une fois le ton et de me manquer de
respect la fois où je te vois et je te mets une belle baffe ». Dans la
suite de ce message, le prévenu ajoutait : « Pour ton info…tu
pourras porter plainte pour voies de fait et toucher au moins 1'000 francs… ».
Le même jour à 10h09, le prévenu avait écrit ce qui suit à l’appelante :
« Et avec le peu de ce que je sais…j’ai tellement le désir de te voir
crever…Tu vas voir avec le Big Boss (pas ton dieu de merde) qui voit
tout. ». Le contenu de ce premier message figure partiellement au
chiffre I de l’acte d’accusation, en ce sens qu’il est (notamment) reproché au
prévenu d’avoir « traité » A.________ « de crevure »,
« merdre » (…) et (sic) « désire de la voire crever ».
Ce message n’a donc pas été envisagé comme une menace directe. Le principe
d’accusation s’oppose de toute manière à ce que la Cour pénale le traite comme
tel. Il n’en demeure pas moins que la mention du souhait de voir « crever »
l’appelante – moins d’une heure avant de lui déclarer qu’un manque de respect
ou un haussement de ton de sa part lui vaudrait d’être frappée au visage – fait
partie du contexte à examiner pour juger de la gravité objective du préjudice
annoncé. Compte tenu de ce précédent message et du climat malsain instauré par
le prévenu au printemps 2015, on doit retenir que la menace d’une forte gifle
était objectivement de nature à effrayer une personne raisonnable face à une
situation identique. En effet, quelle que soit la qualification juridique du
comportement de X.________ durant cette période, force est de constater qu’il
n’acceptait pas la décision de son ex-compagne, ne relâchait pas la pression,
se montrait haineux et faisait tout pour obtenir l’explication (ou l’aveu) de
ce qu’il considérait comme un « délire ». Vu l’omniprésence du
prévenu, ses injures répétées et l’expression du souhait de voir mourir son
ex-compagne, la menace de lui donner une « belle baffe »
(nonobstant son caractère légèrement pathétique, si l’on fait abstraction du
contexte) était suffisamment grave, dans le cas particulier, pour alarmer
l’appelante. Cette dernière est par ailleurs crédible lorsqu’elle affirme que,
vivant dans un climat de peur et ne sachant pas de quoi était capable son
ex-compagnon, elle a réellement cru qu’il pourrait la frapper au visage si elle
se révoltait face à lui. Sur le plan subjectif, on doit également retenir que X.________
avait l’intention, à tout le moins par dol éventuel, de nuire à la plaignante
et de lui faire peur en la menaçant de la frapper si elle adoptait un ton ou
une attitude qu’il jugerait irrespectueux. 

                        Partant, l’infraction de
menace doit être retenue et le jugement attaqué réformé sur ce point.    

7.                           
L’appelante fait
également valoir que le harcèlement obsessionnel qu’elle a subi doit être
qualifié de contrainte au sens de l’article 181 CP.

                        a) Comme évoqué ci-dessus,
outre l'usage de la violence ou de menaces laissant craindre la survenance d'un
dommage sérieux, il peut également y avoir contrainte lorsque l'auteur entrave
sa victime « de quelque autre manière » dans sa liberté
d'action, étant rappelé que cette formule générale doit être interprétée de
manière restrictive. La contrainte peut être réalisée par la somme de plusieurs
comportements distincts de l'auteur, par exemple lorsque celui-ci importune sa
victime par sa présence de manière répétée pendant une période prolongée (ATF 129 IV 262 cons. 2.3-2.5, JT 2005 IV 207). 

                        Le harcèlement obsessionnel
(ou « stalking ») est défini comme un phénomène de persécution
obsessionnelle et de harcèlement de personnes, caractérisé par le fait
d’espionner, de rechercher continuellement la proximité physique (poursuite),
de harceler et de menacer autrui, lorsque le comportement en question survient
au moins à deux reprises et provoque chez la victime une grande frayeur (ATF 129 IV 262 cons. 2.3, JT 2005 IV 207). Le
« stalking » peut avoir différentes causes et se présenter
sous diverses formes. Il a fréquemment pour objet la vengeance en raison d'une
injustice ressentie. Par ce moyen, l'auteur recherche la proximité, l'affection
ou l'attention d'une personne, ou encore espère retrouver le contrôle d'une
relation après sa rupture. Il n'est pas rare que le « stalking »
se déroule pendant plus d'un an, et il peut engendrer pour la victime de graves
troubles psychiques (ATF 141 IV 437 cons. 3.2.2, JT 2017 IV 141 et les
références citées).

                        Il n’existe pas, en Suisse,
d’infraction pénale spécifique de « stalking » sanctionnant le
comportement harcelant et menaçant dans sa globalité. On ne peut dès lors pas
appréhender le harcèlement obsessionnel comme une seule infraction réprimant un
ensemble d'actes. L’instauration d’une telle infraction a échoué au Conseil des
États, notamment parce que les différents comportements sont déjà réprimés par
les articles 179 ss, 179septies, 180, 181 et 186 CP, ainsi que l’article 28b CC en lien avec
l’article 292 CP (Métille, Conséquences de l’absence d’infraction de
stalking dans un cas concret, commentaire de l’ATF 141 IV 437, in Revue de droit de la
communication, p. 125 s.). Ainsi, contrairement à l’infraction de « stalking »
comme la connaissent d’autres ordres juridiques, la contrainte au sens de
l’article 181 CP est liée à un résultat précis, étroitement défini dans l’espace et dans
le temps : ce sont donc les actes uniques et non le comportement global du
prévenu qui sont sanctionnés (ATF 129 IV 262 cons. 2.4, 

JT 2005 IV 207). Ce délit suppose que l’acte constitutif de contrainte force la
victime à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte. Le résultat ainsi
obtenu doit se trouver en lien étroit avec la contrainte. Cela étant, les
différents comportements en cause doivent être appréciés en tenant compte de
l’ensemble des circonstances, en particulier des comportements précédant les
actes en question. L'intensité requise par l'article 181 CP peut ainsi résulter du cumul de
comportements divers ou de la répétition de comportements identiques sur une
durée prolongée (ATF 141 IV 437 cons. 3.2.2, JT 2017 IV 141; arrêt
du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 3.1). En effet, lorsque l’auteur
importune la victime de manière répétée durant une période prolongée, chaque
acte peut devenir, au fil du temps, susceptible de déployer sur la liberté
d’action de la victime un effet d’entrave comparable à celui de la violence ou
de la menace (ATF 141 IV 437 cons. 3.2, JT 2017 IV 141). En
d’autres termes, le juge doit prendre en considération les actes précédents
pour évaluer si le dernier comportement (soit celui dont il va examiner s’il
est ou non de nature à limiter la liberté d’action) revêt une intensité
suffisante pour être comparable à un acte de violence ou à la menace d’un
dommage grave (Métille, op. cit., n. 3 et 4 p. 126).

                        La contrainte n'est contraire
au droit que si elle est illicite (ATF 120 IV 17 cons. 2a), soit parce que le moyen
utilisé ou le but poursuivi est illicite, soit parce que le moyen est
disproportionné pour atteindre le but visé, soit encore parce qu'un moyen
conforme au droit utilisé pour atteindre un but légitime constitue, au vu des
circonstances, un moyen de pression abusif ou contraire aux mœurs (ATF 137 IV 326 cons. 3.3.1, 134 IV 216 cons. 4.1, 120 IV 17 cons. 2a/bb).

                        b) Sur le plan subjectif, il
faut que l'auteur ait agi intentionnellement, c'est-à-dire qu'il ait voulu
contraindre la victime à adopter le comportement visé en étant conscient de
l'illicéité de son comportement; le dol éventuel suffit (ATF 120 IV 17 cons. 2c).

                        c) Le Tribunal fédéral a
reconnu l’existence de contrainte par la présence continuelle du prévenu
entravant à chaque fois ses victimes lors de leurs arrivées et départs en
véhicule, harcèlement dont l’intensité et la durée équivalaient à une persécution
obsessionnelle (ATF 129 IV 262 cons. 2.5, JT 2005 IV 207). Dans
cette affaire, le prévenu, licencié après avoir agressé un autre collaborateur,
s'était rendu à de très nombreuses reprises sur le parking de son ancien
travail (soit 126 fois au cours d'une année), où il attendait des heures durant
le directeur de l'institut et le chef d'équipe, dans l'espoir de discuter avec
eux de la possibilité d'être engagé à nouveau. Il avait également suivi les
deux hommes en voiture à de nombreuses reprises. Ses actes apparaissaient comme
des moyens de pression massifs, d'autant plus que le prévenu avait auparavant
proféré de graves menaces. En raison de ses agissements, les plaignants avaient
fini par changer leurs trajets et leurs horaires, adoptant ainsi, en partie au
moins, le comportement voulu par l’intéressé (dont le but final était d’obtenir
un nouvel engagement et le but immédiat consistait à obliger les plaignants,
par la pression qu'il exerçait sur eux, à mettre au point des stratagèmes
destinés à l'éviter, en changeant d'itinéraire et d'horaire).

                        Dans l’ ATF 141 IV 437 précité, le Tribunal fédéral a
également retenu la contrainte par « stalking », en soulignant
que la prévenue avait rendu publics des détails privés et intimes de sa
relation avec le plaignant, que ses e-mails n’avaient pas seulement été
adressés au plaignant, mais également à des personnes faisant partie de son
environnement privé et professionnel et qu’il en allait de même s’agissant de
ses autres comportements comme ses publications sur Facebook, ses envois et ses
cadeaux, ses graffitis ainsi que ses distributions de tracts. Ces informations
propagées en public avaient signifié une grosse humiliation pour le plaignant.
Par ailleurs, des tiers avaient également été importunés par les messages ou
les dommages à la propriété commis par la prévenue (déprédation des boîtes aux
lettres et des alentours de l’entrée de l’immeuble d’habitation du plaignant
par des graffitis). Chacun de ces actes à lui seul était porteur de la menace
explicite ou implicite que la prévenue ne laisserait le plaignant en paix que
lorsqu’il aurait parlé avec elle. Comme le plaignant avait obstinément refusé
la discussion exigée, une tentative de contrainte entrait en ligne de compte.

                        Le Tribunal fédéral a
également considéré qu’une cour cantonale n’avait pas violé le droit fédéral en
retenant, dans une affaire de « stalking », que l’un des
plaignants, contraint de développer des stratégies pour éviter de se retrouver
en contact avec la prévenue, s’était vu entraver d'une manière substantielle
dans sa liberté de décision ou d'action (arrêt du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 3.4).

8.                           
En l’espèce, les
comportements de l’appelant consistant à harceler la plaignante par téléphone
(art. 179septies CP), à l’injurier (art. 177 CP), à la menacer (art. 180 CP) et
à tenter de l’empêcher d’appeler la police en lui saisissant le bras (art.
181/22 CP) sont sanctionnés par les dispositions spéciales précitées. Reste à
déterminer si les autres comportements décrits dans l’acte d’accusation
réalisent les conditions objectives et subjectives de l’infraction de
contrainte. 

                        a) Il est d’abord reproché à
l’appelant de s’être posté devant le domicile de la plaignante et de l’avoir
suivie dans ses déplacements, entre le 6 mai 2015 et le 17 juin 2015, l'obligeant en particulier le 12 mai
2015 à se faire accompagner par un collègue. Ces faits ne sont pas contestés en
soi. Le chiffre II de l’acte d’accusation mentionne également les épisodes lors
desquels l’appelant est passé derrière le comptoir, sur le lieu de travail de
la plaignante, maintenant ses poignets pour lui parler et tentant de
l’embrasser à deux reprises (étant précisé que l’infraction à l’article 198 CP
a été abandonnée, la tentative n’étant pas punissable). Durant la même période,
le prévenu s’est livré à un véritable harcèlement téléphonique, appelant la
plaignante jusqu’à 40 fois par jour sur son téléphone portable, mais également
sur son lieu de travail, au point que le chef de la plaignante a dû filtrer les
appels. Ce harcèlement téléphonique, tout comme les injures et menaces (cf.
ci-dessus), ont été
sanctionnés séparément. Il n’en demeure pas moins qu’ils font partie d’un
contexte global qui doit être pris en considération pour déterminer si les
autres actes reprochés au prévenu revêtent une intensité suffisante pour être
jugés comparables à un acte de violence ou à la menace d’un dommage grave. Entendu le 17 juin 2015, le prévenu
a admis qu’il suivait la plaignante (« Avant oui je la suivais,
maintenant non »), expliquant qu’il l’attendait à Y.________ ou à son
travail, « pour discuter, pour avoir des explications ». Selon ses
propres termes, parfois, pendant deux semaines, il « la laissait vivre »,
ne lui donnait plus de nouvelles. Ensuite, quand il l’appelait, elle faisait
« le jeu de ne pas décrocher ». Il a également admis que
depuis la séparation, il s’était rendu très régulièrement sur le lieu de
travail de la plaignante, à V.________ (la précision « [hier] je n’ai
pas été. Je n’ai plus envie d’aller m’emmerder à me faire insulter »,
étant plutôt édifiante quant à la fréquence de ces visites). Il a également
admis être passé « une ou deux fois » derrière le comptoir
depuis qu’ils n’étaient « plus vraiment ensemble », juste pour
discuter (alors que la plaignante affirme qu’il a tenté de l’embrasser à
deux reprises et lui a tenu les poignets). Il a également admis s’être rendu
régulièrement à son domicile à Y.________ (« une fois sur deux elle
ouvre la porte, on discute, une fois sur deux pas »). On rappellera
également que ces éléments ont conduit le TMC à prononcer une mesure
d’éloignement pour une durée de 30 jours, le 19 juin 2015, confirmant
l’ordonnance d’éloignement rendue par la police cantonale le 17 juin 2015. 

                        Au vu de ce qui précède, force
est de constater que les actes décrits au chiffre II de l’acte d’accusation –
suivre la plaignante dans ses déplacements, se poster aux abords de son
domicile, se rendre à son travail, passer derrière le comptoir pour tenter
d’obtenir (à tout le moins) une explication – ont été perpétrés à de nombreuses
reprises pendant plus d’un mois, entre le 6 mai et le 17 juin 2015. Comme il
l’a exprimé plusieurs fois, le but du prévenu était d’obtenir de la plaignante
qu’elle s’explique (et admette son « délire »). Ces actes ont
affecté la plaignante dans sa vie personnelle, professionnelle et familiale, à
tel point qu’elle a commencé à vivre dans la crainte permanente de se retrouver
en présence de son ex-compagnon et qu’elle a été obligée, pour éviter cette
situation, de se faire accompagner à son travail par un collègue (en
particulier le 12 mai 2015. La fille de la plaignante a confirmé que pendant
une période, avant les vacances d’été 2015, son petit frère F.________ refusait
d’aller à l’école, car il avait peur pour sa mère. On relèvera également que
l’appelante s’est munie d’un spray au poivre. La présence continuelle du
prévenu a donc bien entravé la plaignante, la privant de la liberté, de
l’insouciance et de l’indépendance dont elle jouissait avant d’y être
confrontée, ne serait-ce que pour se rendre seule à son travail, comme elle le
faisait auparavant. Le comportement du prévenu à cette période a par ailleurs
nécessité l’intervention d’un agent de sécurité publique, E.________, le 8 juin
2015, qui a confirmé qu’il était intervenu à d’autres occasions. 

                        Comme dans l’arrêt du Tribunal
fédéral précité (ATF 141 IV 437), chacun
des actes du prévenu paraissait alors porteur de la menace explicite ou
implicite qu’il ne laisserait la plaignante en paix que lorsqu’elle aurait
accepté de lui parler et qu’elle aurait admis son « délire ».
Par la pression exercée sur la plaignante et sa présence continuelle, le
prévenu s’est aussi imposé dans la vie de son ex-compagne, alors qu’elle
souhaitait précisément qu’il en sorte. Comme on le verra par ailleurs, cette
situation s’est poursuivie sur une longue période, bien que les actes du
prévenu, suite au blocage de son numéro par la plaignante et aux diverses
décisions du TMC, se soient espacés et aient changé de nature. Vu son ampleur,
le harcèlement du prévenu durant la période visée par le chiffre II de l’acte
d’accusation (entre le 6 mai 2015 et le 17 juin 2015) était déjà illicite, et
ce même si son comportement n’avait pas encore fait l’objet d’une interdiction
formelle. Il s’agissait en effet d’un moyen de pression disproportionné pour
atteindre le but visé. Nonobstant les affirmations peu crédibles du prévenu,
selon lequel il aurait été encouragé à agir de la sorte par la plaignante, on
retiendra ainsi qu’il savait que son comportement constituait un moyen de
pression inadmissible, ayant pour résultat d’entraver de manière importante la
liberté de la plaignante dans sa vie quotidienne. Par ces comportements répétés, le
prévenu a bel et bien forcé la plaignante à des confrontations qu’elle ne
souhaitait pas, ce qui l’a amenée à changer son mode de vie pour les éviter, par exemple en se faisant accompagner
pour aller au travail au lieu d’y aller seule. L’infraction de contrainte est
dès lors réalisée.

                        b) Il en va de même pour les
agissements réguliers du prévenu par la suite. Pour rappel, l’ordonnance du TMC du 19 juin 2015
interdisait au prévenu d’accéder au domicile de la plaignante, à Y.________,
ainsi qu’à la station ***** où elle travaillait, et de chercher de quelque
façon que ce soit à entrer en contact avec elle, pour une durée de 30 jours.
Comme le montrent les enregistrements et copies de messages versés au dossier,
cette ordonnance n’a pas empêché le prévenu d’écrire de nombreux messages
WhatsApp à la plaignante, entre le 19 et le 25 juin 2015, de lui laisser de
longs messages vocaux et de venir à son travail le 19 juin 2015. On relèvera
également qu’entendu par la police le 25 juin 2015, le prévenu a déclaré sur un
ton ironique qu’il se sentait peu concerné, dans la mesure où le formulaire
d’éloignement signé devant la police était « un papier pour les gens
dangereux, qui plantent des couteaux dans le dos des gens, qui harcèlent ».

                        Même si chacun de ces actes
décrits aux chiffres III à VI de l’acte d’accusation, pris séparément, n’est
pas assez intense pour réaliser l’infraction de contrainte, on constate que le
prévenu a continué d’importuner la plaignante de façon répétée, bien que plus
espacée qu’avant, et davantage par sa présence que par des appels et/ou
messages, la plaignante ayant bloqué son numéro après les vacances d’été 2015.
Cela étant, lorsque, comme en l’espèce, l’auteur importune la victime de
manière répétée durant une période prolongée, chaque acte peut devenir, au fil
du temps, susceptible de déployer sur la liberté d’action de la victime un
effet d’entrave comparable à celui de la violence ou de la menace. En
l’occurrence, dans le contexte précité, les actes répétés du prévenu consistant
à intimider la plaignante et à imposer sa présence de façon moins directe, mais
non moins insidieuse, ont contribué à installer de façon durable le climat
extrêmement pesant et inquiétant décrit par la plaignante (et par sa fille).
Ainsi, le fait de se rendre à nouveau devant le domicile de la plaignante et à son
travail le 24 juillet 2015, de se poster à quelques mètres d’elle et de
l’observer fixement alors qu’elle buvait un verre avec des amis, à l’occasion
d’une manifestation sportive, le 22 août 2015, l’obligeant à rester sur place,
de peur d’être suivie si elle repartait seule, de chercher à avoir une
explication à cette occasion, d’avoir continué à l’importuner entre le 28 août
2015 et le 5 septembre 2015, notamment lors d’une fête de village, lors de
laquelle la plaignante, en raison du comportement inquiétant du prévenu, qui
s’était posté à quelques mètres et la regardait fixement, a dû être
raccompagnée par des policiers pour regagner son domicile (cf. témoignage de E.________
confirmant les dires de la plaignante), ont eu, par le cumul, le même effet sur
la plaignante qu’un acte de violence ou la menace d’un dommage grave. Le fait
que le prévenu ait également observé la plaignante sur son lieu de travail à
l’aide de jumelles et qu’il l’ait regardée avec insistance à chacune de leurs
rencontres prétendument fortuites dans la circulation tend à confirmer ce
constat. On rappellera en effet que le fait d’espionner, de rechercher
continuellement la proximité physique (poursuite) est caractéristique du
harcèlement obsessionnel. Enfin, même si le fait de circuler à proximité du
domicile et du lieu de travail de la plaignante et de ralentir en insistant du
regard (cf. lettre du 16 décembre 2015) peut paraître insignifiant, ajouté aux
éléments qui précèdent, ce genre d’incidents a contribué à maintenir la
plaignante dans un climat de peur. A force, la liberté d’action et
l’indépendance dont jouissait l’intéressée avant sa rupture ont été
considérablement entravées par les comportements du prévenu. Comme le décrit
l’acte d’accusation), en raison des actes du prévenu, la plaignante a été
obligée de renoncer à rentrer seule de peur d’être suivie, de se faire
accompagner par des policiers, respectivement de changer ses habitudes,
notamment en restant dans sa voiture pour être certaine de ne pas être suivie,
à sortir de son domicile le téléphone à la main, prête à appeler la police, ou
à se munir d’un objet pour se défendre en cas de besoin (voir également ses
déclarations). Même si, à partir de l’automne 2015, le prévenu ne cherchait
alors plus forcément à entrer en contact avec la plaignante (mais uniquement,
selon ses déclarations, à observer son attitude lorsqu’elle ne le voyait pas),
force est de constater qu’il continuait, de façon plus sournoise, à rappeler à
la plaignante qu’il la surveillait toujours. La plaignante est tout à fait
crédible lorsqu’elle indique qu’elle avait constamment la peur au ventre et
qu’il est « assez difficile psychologiquement » de vivre comme
ça. Une fois encore, le prévenu ne pouvait légitimement se croire autorisé à se
comporter de la sorte. Sa manière répétée d’agir, alors qu’il avait été averti
à maintes reprises qu’il devait laisser tranquille son ex-compagne, constituait
un moyen de pression disproportionné et abusif, ce qui suffit à établir le
caractère illicite de la contrainte (cf. arrêt du TF du 20.10.2009 [6B_395/2009] cons. 4.2.4). Au vu de ce qui
précède, il faut admettre que les éléments constitutifs de la contrainte sont
suffisamment caractérisés pour les actes décrits aux chiffres IV à VI de l’acte
d’accusation. 

                        c) En revanche, la tentative
de contrainte ne sera pas retenue pour le chiffre III de l’acte d’accusation,
dès lors que le comportement principal reproché au prévenu (avoir cherché à
joindre plusieurs fois la plaignante au téléphone) est déjà sanctionné par
l’utilisation abusive d’une installation de communication. Les comportements
figurant aux chiffres VII et VIII de l’acte d’accusation s’inscrivent dans le
mode opératoire habituel du prévenu depuis l’automne 2015. L’épisode du 22 mars
2016, lors duquel la plaignante a surpris le prévenu caché dans un véhicule
qu’elle ne connaissait pas, à environ 70 mètres de chez elle, à 6h du matin
(soit quand elle partait au travail) est particulièrement préoccupant, sachant
qu’il s’est déroulé près d’une année et demie après la rupture et que les
explications de l’intéressé, guère crédibles, témoignent d’une fixation encore
bien présente. De plus, ce comportement violait l’ordonnance de mesures de
substitution du 8 mars 2016, interdisant à X.________ d’approcher à moins de
100 mètres du domicile de la plaignante. Néanmoins, comme l’a relevé le premier
juge, c’est la plaignante qui a décidé de filmer le prévenu lorsqu’elle l’a
surpris dans un véhicule à proximité de son domicile et qui a demandé à un
tiers de filmer le prévenu pour obtenir une preuve de sa présence. L’infraction
de contrainte ne sera dès lors pas retenue pour ces deux épisodes, dans la mesure
où l’acte d’accusation est insuffisant (le résultat décrit dans l’acte
d’accusation n’est en effet pas celui que le prévenu cherchait à provoquer). 

                        d) En définitive, le prévenu
sera donc condamné pour contrainte (art. 181 CP) s’agissant des faits décrits
aux chiffres II, IV, V et VI de l’acte d’accusation (à l’exception des
comportements qui y sont décrits et qui sont constitutifs d’injures ou
d’infractions à l’art. 179septies CP, sanctionnés séparément).

9.                           
En cas d’admission
de l’appel de la partie plaignante sur la culpabilité, la cour d’appel doit
fixer une nouvelle peine correspondant à la culpabilité finalement admise, cas
échéant en prononçant une sanction plus sévère que celle qui avait été arrêtée
en première instance (ATF 139 IV 121 cons. 4, JT 2014 IV 59). 

                        Au moment de fixer la peine,
la Cour pénale relève, à l’instar du tribunal de police, que les injures ont
été répétées et la phase de harcèlement téléphonique particulièrement marquée
dans les mois qui ont suivi la rupture, alors que la blessure narcissique du
prévenu était encore vive. A cela s’ajoutent la menace adressée à la plaignante
(cons. 6 supra) et les actes constitutifs de contrainte (cons. 7 supra),
qui se sont prolongés bien après la rupture, le prévenu passant outre ou
« flirtant » avec les limites formelles résultant des
différentes mesures prises pour l’empêcher de continuer à importuner son
ex-compagne. Ainsi, à l’issue de la mesure d’éloignement de 30 jours ordonnée
le 19 juin 2015 par le TMC, X.________ s’est tout de suite rendu à proximité du
domicile et sur le lieu de travail de la plaignante, recommençant à la harceler
par messages. De même, après les mesures de substitution prononcées le 29
juillet 2015, le prévenu a moins souvent cherché le contact direct, sans
toutefois cesser de surveiller et d’importuner la plaignante. La gravité et
l’intensité de ses comportements a certes diminué au fil des mois. Néanmoins,
cette régression paraît davantage être la conséquence des mesures de
restriction adoptées (blocage de son numéro par la plaignante, mesures de
substitution, détention provisoire), que le résultat d’une véritable prise de
conscience, malheureusement absente chez l’appelant (cf. ses déclarations à titre d’exemple : « Abstraction
faite du moyen technique [des jumelles], est-ce que vous ne voyez pas un
problème au fait d’observer votre ex-amie ? R. : Comme je vous ai dit
au début, j’aimerais comprendre son délire »). A aucun moment, le prévenu n’a pris
conscience que son comportement obsessionnel avait des conséquences très
lourdes pour son ex-compagne et ses proches. Sa manière de minimiser son
comportement et de ne jamais se remettre en question ressort tant de ses
différentes auditions que de l’expertise. Comme l’a confirmé l’expert, le
prévenu est pleinement responsable de ses actes. Il a très fortement perturbé
la vie de la plaignante sur une période s’étalant sur près d’une année et demie
(voire davantage, malgré une période d’accalmie, si l’on en croit les
déclarations de la plaignante à l’audience du 12 avril 2017 : en effet, à la
fin du mois de mars 2017, la plaignante et sa fille auraient à nouveau surpris
l’appelant dissimulé dans leur jardin, derrière un arbre, une paire de jumelles
devant les yeux). Il faut également tenir compte du concours d’infractions.

                        Sur le plan familial, le
prévenu a connu une enfance difficile, marquée par une absence d'affection
maternelle précoce, carence qui aura largement déteint sur ses relations avec
les femmes, comme le relève l'expert à la rubrique « compréhension du
cas ». Trois inscriptions correspondant à des condamnations pour
infractions à l'article 169 CP figurent dans son casier judiciaire, reflet
d'une situation économique précaire qui l’a conduit à la faillite fin 2013. Sa
situation personnelle n'est pas favorable. Il n'a aucun contact depuis 2003
avec son fils G.________, qui vit en France, et les relations avec ses deux
autres fils, C.________ et H.________, issus de son mariage avec I.________,
sont difficiles. A cet égard, X.________ a (notamment) indiqué qu’il peinait à
comprendre son fils C.________, lequel lui reprochait alternativement de ne pas
être présent ou de les harceler, ajoutant ne pas comprendre ce mot de « harcèlement »,
le même que son ex-femme (I.________) utilisait après leur divorce et que la
plaignante lui reprochait. 

                        Dans son appel, le conseil du
prévenu a indiqué que X.________ n’avait ni travail, ni domicile et que les
poursuites et actes de défaut de biens à son encontre s’élevaient à plus de
600'000 francs. 

                        Le ministère public avait
requis une peine de 300 jours-amende à 20 francs, dont 150 jours fermes et 150
jours avec sursis pendant 3 ans, ainsi que le prononcé d’une amende de 900
francs, convertible en 9 jours de peine privative de liberté de substitution en
cas de non-paiement. Vu l’ensemble des éléments exposés ci-dessus et l’abandon
de certaines infractions initialement visées par l’acte d’accusation
(infraction à la LEtr, filouterie d’auberge et certains faits constitutifs de
tentative de contrainte et de contrainte), la Cour pénale prononcera une peine
de 150 jours-amende, dont à déduire 21 jours de détention avant jugement,
s'agissant des infractions délictuelles (art. 51 CP). Le montant du jour-amende
sera fixé à 10 francs (art. 34 al. 2 CP), vu la situation économique
extrêmement précaire du prévenu.

                        Le juge suspend en règle
générale l'exécution d'une peine pécuniaire lorsqu'une peine ferme ne paraît
pas nécessaire pour détourner l'auteur d'autres crimes ou délits (art. 42 al. 1
CP). En l’occurrence, le prévenu n’a pas d’antécédents judiciaires excepté pour
des infractions à l’article 169 CP (détournement de valeurs patrimoniales).
Selon l’expert, le risque de récidive des faits qui lui sont reprochés est
faible. L’expert a également souligné que, si les précédentes relations
sentimentales s’étaient toutes plutôt mal terminées, sans que le prévenu ne
parvienne à s’interroger sur sa part de responsabilité dans ces échecs, il
n’existait toutefois pas d’antécédents de violence. Au vu de ces éléments et du
laps de temps écoulé depuis les derniers faits incriminés, le prononcé d’une
peine ferme ne paraît pas indispensable pour détourner X.________ d’autres
crimes et délits. La peine précitée sera ainsi prononcée avec sursis pendant 3
ans, étant rappelé qu’en cas de récidive durant le délai d'épreuve, le prévenu
devra très probablement exécuter la peine suspendue. S'agissant de la
contravention (art. 179septies CP), l’amende de 500 francs prononcée par le
tribunal de police sera confirmée. La peine privative de liberté de
substitution en cas de non-paiement fautif est fixée à 5 jours.

10.                         
L’appelante réclame
l’allocation d’un montant de 2'000 francs à titre de réparation morale.

                        a) L'article 49 al. 1 CO
dispose que celui qui subit une atteinte illicite à sa personnalité a droit à
une somme d'argent à titre de réparation morale, pour autant que la gravité de
l'atteinte le justifie et que l'auteur ne lui ait pas donné satisfaction
autrement.  

                        L'allocation d'une indemnité
pour tort moral fondée sur l'article 49 al. 1 CO suppose que l'atteinte
présente une certaine gravité objective et qu'elle ait été ressentie par la
victime, subjectivement, comme une souffrance morale suffisamment forte pour
qu'il apparaisse légitime qu'une personne dans ces circonstances s'adresse au
juge afin d’obtenir réparation (arrêt du TF du 03.10.2017 [6B_1428/2016] cons. 5.1 et les références citées).

                        b) Le prévenu est condamné
pour injures, utilisation abusive d’une installation de télécommunication,
menace et contraintes. Ces actes s’inscrivent dans le processus de harcèlement
dont la plaignante a été victime pendant de longs mois (ainsi que,
indirectement, ses enfants, dont la qualité de vie a été fortement perturbée.
La plaignante s’est annoncée au centre LAVI au début de l’année 2016, dès lors
que ses craintes étaient devenues trop grandes et qu’elle était atteinte
psychologiquement. Elle est suivie par une kinésiologue (chez qui elle n’allait
pas avant les faits) et a contacté le Centre de recherches familiales et
systémiques (CERFASY) en août 2016, en vue d’effectuer une thérapie.. Comme l’a
relevé le premier juge, X.________ a clairement nui à la plaignante par son
comportement, en exerçant sur elle une pression intolérable. Son comportement
constitue une atteinte grave à la personnalité de la plaignante au sens des
articles 28 et 28b CC. Compte tenu de la durée de l’atteinte et des souffrances
psychologiques qu’elle a provoquées chez la plaignante, la Cour pénale
considère qu’il se justifie de lui allouer le montant de 2'000 francs qu’elle
réclame à titre d’indemnité pour tort moral.

Appel joint du ministère public

11.                         
L’appel joint du
ministère public porte sur la répartition des frais, qui auraient dû, selon
lui, être mis entièrement à la charge du prévenu.

                        a) En vertu de l'article 430
al. 1 let. a CPP, l'autorité pénale peut réduire ou refuser l'indemnité pour
les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable des droits de procédure
(art. 429 al. 1 let. a CPP) et/ou la réparation du tort moral subi en raison
d'une atteinte particulièrement grave à la personnalité, notamment en cas de
privation de liberté (art. 429 al. 1 let. c CPP) lorsque le prévenu a provoqué
illicitement et fautivement l'ouverture de la procédure ou a rendu plus
difficile la conduite de celle-ci. La question de l'indemnisation du prévenu
(art. 429 CPP) doit être traitée en relation avec celle des frais (art. 426
CPP). Si le prévenu supporte les frais en application de l'article 426 al. 1 ou
2 CPP, une indemnité est en règle générale exclue. En revanche, si l'Etat
supporte les frais de la procédure pénale, le prévenu a en principe droit à une
indemnité selon l'article 429 CPP (ATF 137 IV 352 cons. 2.4.2). Cela étant,
l'acquittement partiel n'induit pas d'office l'octroi d'une indemnisation;
celle-ci présuppose qu'aucun comportement illicite et fautif ne puisse être
reproché au prévenu relativement aux agissements ayant donné lieu au classement
ou à l'acquittement partiel (cf. art. 430 CPP a contrario; arrêt du TF
du 31.03.2016 [6B_1034/2015] cons. 3.1.2 et les références
citées).

                        b) En l’occurrence, comme l’a
relevé le premier juge, c’est bien le comportement illicite du prévenu qui a
provoqué l’ouverture de la procédure, qui s’est prolongée en raison de ses
multiples récidives en 2015 et 2016. Il ne faut d’ailleurs pas perdre de vue
que le TMC est intervenu et que, si la décision de détention provisoire a été
annulée par l’autorité de recours, il n’en demeure pas moins que des mesures de
substitution visant à maintenir le prévenu à l’écart de la plaignante ont dû
être prises et qu’elles apparaissaient tout à fait justifiées au regard des
circonstances. Le premier juge aurait dès lors dû constater qu’un comportement
illicite et fautif (au sens de l’article 28 CC) pouvait effectivement être
reproché au prévenu relativement aux agissements ayant donné lieu à son
acquittement partiel. Tous les frais relatifs à l’instruction rendue nécessaire
par le harcèlement obsessionnel, sous ses différentes formes telles que
décrites aux chiffres I à VIII de l’acte d’accusation (que ces actes soit
considérés comme constitutifs d’infractions pénales ou non), auraient ainsi dû
être mis à la charge de l’appelant. Dès lors qu’il s’agissait de l’aspect
principal du dossier, celui qui a nécessité la très grande majorité des
opérations de procédure, ce constat aurait dû conduire le premier juge à mettre
non seulement la moitié, mais la plupart des frais de première instance à la
charge du prévenu (nonobstant l’abandon de la prévention de contrainte, de
menace et l’abandon, pour des raisons juridiques, de certaines autres
préventions correspondant à des faits étroitement liés au harcèlement et pour
lesquels toutes les opérations de procédure réalisées étaient dès lors
nécessaires : voies
de fait [ch. II de l’acte d’accusation], injures [ch. IV de l’acte
d’accusation], désagréments causés par la confrontation à un acte d’ordre
sexuel [ch. II de l’acte d’accusation], insoumission à une décision de
l'autorité [ch. II de l'acte d'accusation], cf. arrêt du TF du 04.12.2014 [6B_151/2014] cons. 3.2). La conclusion selon laquelle les
frais entraînés par les opérations de procédure liées au harcèlement doivent
être mis à la charge du prévenu s’impose d’autant plus que X.________ est
finalement condamné pour menace et contrainte en appel. 

                        Partant, seuls les frais
relatifs aux préventions de filouterie d’auberge (art. 149 CP) et de séjour
illégal (art. 115 al. 1 let. b LEtr), pour lesquelles X.________ a été
acquitté, doivent être laissés à la charge de l’Etat. Dès lors que ces infractions
ont donné lieu à une brève instruction, il paraît justifié qu’un dixième des
frais de première instance soit laissés à la charge de l’Etat (soit 1'215.60
francs), les neuf autres dixièmes (10'940.40 francs) étant mis à la charge du
prévenu.

                        c) En cas de défense d’office,
le prévenu n’a pas le droit de toucher une indemnité pour ses frais de défense
sur la base de l’article 429 al. 1 let. a CPP (ATF 138 IV 205). En revanche, le prévenu sera
dispensé de rembourser un dixième de l’indemnité octroyée à son mandataire
d’office et à la mandataire de la plaignante pour la procédure de première
instance.

                        d) Aux termes de l'article 51 CP, le juge impute sur la peine la détention
avant jugement subie par l'auteur dans le cadre de l'affaire qui vient d'être
jugée ou d'une autre procédure. Un jour de détention correspond à un
jour-amende ou à quatre heures de travail d'intérêt général.  Il découle de
cette disposition qu'une peine privative de liberté doit, si possible, être
compensée avec la privation de liberté déjà intervenue (arrêt du TF du 17.05.2017 [6B_671/2016] cons. 1.1). En d’autres termes,
l’imputation prime sur l’indemnisation. Ainsi, avant d’être indemnisée, la
détention injustifiée doit être imputée sur toute peine, quelle que soit sa
nature, et même si cette peine a été prononcée avec sursis (ATF 141 IV 236 cons. 3.3, arrêt du TF du 17.05.2017 [6B_671/2016] cons. 1.1. Partant, l’indemnité
réclamée par le prévenu pour détention illicite ne se justifie pas, puisque que
les jours de détention subis sont de toute manière imputés sur la peine
pécuniaire de 150 jours-amende qui est prononcée.

12.                         
a) Il résulte
de ce qui précède que l’appel est mal fondé (excepté la question secondaire du
montant du jour-amende, fixé à 10 francs au lieu de 15 francs). L’appel joint
de la partie plaignante est admis. Par ailleurs, l’appel joint du ministère
public est presque entièrement admis. Par conséquent, les frais de la procédure
d’appel, arrêtés à 1'000 francs, seront mis à la charge de l’appelant. 

                        La répartition opérée pour les
frais de première instance (1/10 – 9/10) ne s’applique pas aux frais de
deuxième instance, puisque les infractions dont le prévenu a été acquitté et
qui justifiaient cette répartition (filouterie d’auberge et séjour illégal)
n’étaient pas visées en appel.

                        b) L’indemnité d’avocat
d’office due à Me J.________ pour la défense de l’appelant en procédure d’appel
sera fixée à 1'114.45 francs, frais, débours et TVA compris, selon le mémoire
transmis à la Cour pénale le 9 janvier 2018. Cette indemnité sera entièrement
remboursable par X.________, aux conditions de l’article 135 al. 4 CPP.

                        c) L’indemnité d’avocat
d’office due à Me K.________ pour la défense de l’appelante en procédure
d’appel sera fixée à 1'086 francs, frais, débours et TVA compris, selon le
mémoire transmis à la Cour pénale le 9 janvier 2018. Cette indemnité d’office
exclut une indemnité supplémentaire fondée sur l’article 433 CPP (arrêt du TF
du 08.07.2013 [6B_234/2013 cons. 5.2). Elle sera entièrement
remboursable par X.________, aux conditions de l’article 135 al. 4 CPP (art.
138 CPP; arrêt du TF du 14.05.2012 [6B_150/2012] cons. 2.1).

Par
ces motifs, 

la Cour pénale décide

Vu les articles 22, 42 al. 1, 47, 49,
51, 177 al. 1, 179septies, 180 CP, 181 CP, 135, 138, 426, 430 al. 1 let. a CPP,
28 et 28b CC, 49 al. 1 CO,

I.         
L’appel de X.________
est très partiellement admis.

II.        
L’appel joint de A.________
est admis.

III.       
L’appel joint du
ministère public est partiellement admis. 

IV.      
Le jugement par
défaut rendu le 14 juin 2017 par le Tribunal criminel du Littoral et du
Val-de-Travers est réformé, le dispositif du jugement étant désormais le
suivant :

1.     
Reconnaît X.________
coupable d’injures (ch. I de l’acte d’accusation), d’usage abusif d’une
installation de télécommunication (ch. II de l’acte d’accusation), d’une
tentative de contrainte (ch. I de l’acte d’accusation), de menace (ch. I de
l’acte d’accusation) et de contraintes (ch. IV, V et VI de l’acte
d’accusation), commis au préjudices de A.________ entre le 6 février 2015 et le
5 janvier 2016.

2.     
Le condamne à une
peine pécuniaire de 150 jours-amende à 10 francs (total de 1'500 francs) avec
sursis pendant 3 ans, sous déduction de 21 jours de détention avant jugement,
ainsi qu'au paiement d’une amende de 500 francs, la peine privative de liberté
de substitution en cas de non-paiement fautif étant fixée à 5 jours.

3.     
Libère X.________
des fins de la poursuite pénale s'agissant des autres préventions [voies de
fait (ch. II de l’acte d’accusation), injures (ch. IV de l’acte d’accusation),
désagréments causés par la confrontation à un acte d’ordre sexuel (ch. II de
l’acte d’accusation), insoumission à une décision de l'autorité (ch. II de
l'acte d'accusation), filouterie d’auberge (ch. IX de l’acte d’accusation) et
infractions à la LEtr (ch. X de l’acte d’accusation)] et prononce son
acquittement sur ce point.

4.     
Ordonne la
restitution au prévenu de la paire de jumelles séquestrée en cours d’enquête.

5.     
Arrête les frais
judiciaires à 12'156 francs et met ceux-ci à hauteur de 10'940.40 francs à la charge du prévenu. Laisse le
solde (1'216.60 francs) à la charge de l’Etat.

6.     
Refuse d’allouer
au prévenu une indemnité en réparation du tort moral.

7.     
Fixe les
honoraires de Me J.________, défenseur d’office du prévenu, à 12'639.65 francs
TTC, dont à déduire un acompte de 7'471.20 francs alloué par décision du 17
août 2016, et dit que 9/10èmes de ce montant seront remboursables par X.________ aux
conditions de l’article 135 al. 4 CP

8.     
Fixe les
honoraires de Me K.________, conseil juridique gratuit de la plaignante, à
10'306.70 francs TTC, dont à déduire un acompte de 7'061.30 francs alloué par
décision du 21 novembre 2016, et dit que 9/10èmes de ce montant seront remboursables par X.________ aux
conditions de l’article 135 al. 4 CP.

9.     
Condamne X.________
à payer à la plaignante une indemnité pour tort moral de 2’000 francs.

V.       
Les frais de la
procédure d’appel, arrêtés à 1’000 francs, sont mis à la charge de l’appelant. 

VI.      
L’indemnité
d’avocat d’office due à Me J.________ pour la procédure d’appel est arrêtée à
1'114.45 francs, frais, débours et TVA compris. Elle sera entièrement
remboursable par X.________ aux conditions de l’article 135 al. 4 CPP.

VII.     
L’indemnité
d’avocat d’office due à Me K.________ est arrêtée à 1’086 francs, frais,
débours et TVA compris. Elle sera entièrement remboursable par X.________ aux
conditions de l’article 135 al. 4 CPP.

VIII.   
Le présent
jugement est notifié à X.________, par Me J.________, à A.________, par Me K.________,
au ministère public, parquet régional, à Neuchâtel (MP.2015.2385-PNE-1), au
Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (POL.2016.535) et
au Service des migrations, à Neuchâtel.

Neuchâtel, le 27 juin 2018

 

 

Art. 180 CP

Menaces

 

1 Celui qui, par
une menace grave, aura alarmé ou effrayé une personne sera, sur plainte, puni
d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine
pécuniaire.

2 La poursuite
aura lieu d'office:

a. si l'auteur est le conjoint de la
victime et que la menace a été commise durant le mariage ou dans l'année qui a
suivi le divorce;

abis.1 si l'auteur est
le partenaire de la victime et que la menace a été commise durant le
partenariat enregistré ou dans l'année qui a suivi sa dissolution judiciaire; 

b. si l'auteur est le partenaire
hétérosexuel ou homosexuel de la victime pour autant qu'ils fassent ménage
commun pour une durée indéterminée et que la menace ait été commise durant
cette période ou dans l'année qui a suivi la séparation.2

	
		

 

1 Introduite par
le ch. 18 de l'annexe à la LF du 18 juin 2004 sur le partenariat, en vigueur
depuis le 1er janv. 2007 (RO 2005 5685; FF 2003 1192).

2 Introduit par le ch. I de la LF du 3 oct.
2003 (Poursuite des infractions entre conjoints ou partenaires), en vigueur
depuis le 1er avr. 2004 (RO 2004 1403; FF 2003 1750 1779).

Art. 181 CP

Contrainte

 

Celui qui, en usant de violence envers une personne
ou en la menaçant d'un dommage sérieux, ou en l'entravant de quelque autre
manière dans sa liberté d'action, l'aura obligée à faire, à ne pas faire ou à
laisser faire un acte sera puni d'une peine privative de liberté de trois ans
au plus ou d'une peine pécuniaire.