# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e255eb2e-4031-56a2-811d-45996b30b977
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1994-03-03
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Bundesamt für Justiz, BJ 03.03.1994 JAAC 61.1
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_003_JAAC-61-1--_1994-03-03.pdf

## Full Text

JAAC 61.1

Avis de droit de l’Office fédéral de la justice, 3 mars
1994

Art. 22bis al. 1 Cst. Missions de la protection civile.

Constitutionnalité de l’art. 2 al. 1 du projet de loi sur la protection civile
qui attribue à la protection civile deux missions prioritaires, à savoir
la protection de la population contre les effets de catastrophes ou de
situations extraordinaires et la protection de la population contre les
effets de conflits armés.

Art. 22bis Abs. 1 BV. Aufgaben des Zivilschutzes.

Verfassungsmässigkeit von Art. 2 Abs. 1 des Entwurfes zu einem Gesetz
über den Zivilschutz, wonach der Zivilschutz zwei vorrangige Aufgaben
hat, nämlich den Schutz der Bevölkerung vor Katastrophen oder
ausserordentlichen Ereignissen und vor den Auswirkungen bewaffneter
Konflikte.

Art. 22bis cpv. 1 Cost. Compiti della protezione civile.

Costituzionalità dell’art. 2 cpv. 1 del progetto di legge sulla protezione
civile, che attribuisce alla protezione civile due incarichi prioritari,
segnatamente la protezione della popolazione dalle conseguenze di
catastrofi o situazioni d’emergenza e la protezione della popolazione
dagli effetti di conflitti armati.

1

1. L’art. 22bis al. 1 Cst. dispose que la protection civile doit être assurée contre
les conséquences de faits de guerre. L’al. 7 du même article précise que «la
loi règle l’emploi des organismes de la protection civile en cas de secours
urgents». Il découle de la lettre et de la systématique de cette disposition
constitutionnelle que la protection civile a une fonction principale, qui est la
protection de la population en cas de conflits armés, et une fonction secondaire,
qui est l’aide en cas de catastrophe[1]. Dans ce dernier cas, les organismes
de la protection civile interviennent à titre subsidiaire pour renforcer les
sapeurs-pompiers, les samaritains ou la police. Cette intervention subsidiaire a
été voulue par le constituant. En effet, dans son message à l’Assemblée fédérale
à l’appui d’un projet d’arrêté insérant dans la constitution un art. 22bis sur
la protection des civils, le Conseil fédéral avait mis dans un même alinéa
les deux fonctions de la protection civile[2], en motivant sa décision comme
il suit: «Pour qu’on ne reproche pas plus tard à la loi de déborder sa base
constitutionnelle, il convient en outre que l’article constitutionnel mentionne
non seulement les conséquences de faits de guerre qui doivent être empêchées
ou tout au moins atténuées, mais également celles de catastrophes naturelles
(avalanches, hautes eaux). Il ne serait certes pas raisonnable de créer et
d’instruire des organismes de secours, puis de renoncer à leur emploi parce
que la détresse ne serait pas due à un fait de guerre alors que les forces
ordinaires de secours (sapeurs-pompiers et samaritains) ne suffiraient pas
pour apporter rapidement et efficacement une première aide. C’est dans ce
sens que la compétence d’édicter une loi doit être expressément attribuée à
la Confédération». Cette décision, qui aurait rendu toute distinction aléatoire,
n’a cependant pas été suivie par l’Assemblée fédérale. Celle-ci réserva au
secours en cas de catastrophe un alinéa à part, afin de bien montrer que cette
mission revêtait un caractère exceptionnel[3]. Ce dernier terme, bien qu’il
ait été employé par les rapporteurs de la Commission du Conseil des Etats
et de la Commission du Conseil National, ne devrait pas toutefois être pris
au sens propre. Lesdits rapporteurs voulaient seulement par là spécifier le
caractère secondaire de l’aide en cas de secours urgents. En tout cas, la lettre
de l’art. 22bis al. 7 laisse une certaine marge de manoeuvre au législateur
fédéral et ne limite pas cette aide aux cas exceptionnels.

Jusqu’à présent, cette conception du constituant a toujours été respectée par le
législateur fédéral, même si la mission d’aide en cas de catastrophes a été sans
cesse réévaluée au cours des révisions successives de la loi sur la protection
civile[4].

2. La réforme et la réorganisation de notre politique de sécurité, de 1971 à
1992, ont entraîné une réorientation progressive des objectifs de la protection
civile et l’attribution de deux tâches prioritaires, d’égale importance, à
cette institution. Il s’agit, d’une part, d’assurer la protection, le sauvetage et
l’assistance de la population en cas de conflits armés et, d’autre part, de fournir
une aide en cas de catastrophes naturelles ou techniques et dans d’autres cas
de nécessité[5]. Cette évolution a été dictée par les bouleversements politiques
et militaires survenus au centre et à l’est de l’Europe et par la nécessité de
redéfinir notre politique de sécurité afin de tenir compte de la situation
actuelle caractérisée par l’instabilité et l’incertitude. Se pose alors la question
de savoir si cette nouvelle orientation des objectifs de la protection civile
respecte les limites définies par l’art. 22bisCst.

2

Il convient d’emblée de préciser que les rapports du Conseil fédéral cités en
note n’ont aucune portée normative, même s’ils ont été approuvés par les
Chambres fédérales. Tout au plus peuvent-ils servir d’indice pour clarifier
la volonté du législateur fédéral. Mais ils ne sauraient justifier un éventuel
dépassement des limites tracées par la base constitutionnelle.

Le fait que le constituant ait assigné à la protection civile une tâche
principale et une tâche secondaire ne suffit pas cependant pour conclure
à l’inconstitutionnalité de l’art. 2 du projet de loi sur la protection civile[6].
D’abord, la hiérarchisation des tâches de la protection civile constitue une
question théorique qu’il ne faut pas surestimer. Peu importe en définitive que
ces tâches soient placées au même niveau ou qu’elles soient subordonnées.
L’essentiel, c’est que la protection civile accomplisse les deux tâches qui lui ont
été assignées. Ensuite, l’évolution de la société et la multiplication des risques
d’origine civile justifient la réorganisation de l’aide en cas de catastrophes
d’origine naturelle ou technique et l’importance accrue attribuée à cette
tâche. En effet, il importe que les moyens d’intervention et les mesures de
protection soient régulièrement adaptés aux risques encourus[7]. Cela ne
doit pas cependant se faire au détriment de la protection de la population en
cas de conflits armés. Autrement dit, l’importance accrue accordée à l’aide
en cas de catastrophes naturelle ou technique ne devrait pas entraîner la
négligence ou l’abandon progressif de la tâche traditionnelle de protection de
la population en cas de conflits armés. De plus, la protection civile ne devrait
pas se substituer aux services d’intervention spécialisés et devrait se limiter,
conformément au principe de la subsidiarité, à apporter son aide lorsque
lesdits services ne sont pas en mesure de maîtriser seuls les conséquences de
catastrophes d’origine naturelle ou technique[8]. Enfin, en dépit de la teneur
actuelle de l’art. 2 du projet de loi sur la protection civile, qui inverse l’ordre
d’énumération des tâches de la protection civile, cette disposition peut et doit
être interprétée de manière conforme à la constitution en tenant néanmoins
compte du contexte actuel en matière de politique de sécurité.

Au demeurant, le législateur fédéral dispose d’une large marge de manoeuvre
dans l’interprétation de la constitution, notamment pour apprécier les
priorités et le contexte des mandats constitutionnels. Ainsi, plus une règle
constitutionnelle est ancienne, plus les changements se multiplient et
plus les méthodes objectives et dynamiques d’interprétation acquièrent
de l’importance. Même si l’on doit déduire de la genèse d’une disposition
constitutionnelle un ordre de priorité incontestable, cet ordre peut donc être
relativisé au fur et à mesure que le temps passe et que les circonstances se
modifient. Pour autant, naturellement, que la lettre même de la disposition
en question ne s’oppose pas à une telle évolution. La constitution est faite
pour durer, mais aussi pour s’adapter. Elle doit dès lors, pour être efficace,
tenir compte des mutations sociales, des changements économiques et des
évolutions techniques.

Il découle de ce qui précède que l’art. 2 al. 1 du projet de loi sur la protection
civile n’est pas contraire à l’art. 22bis Cst. et que la nouvelle orientation de la
protection civile peut être mise en oeuvre dans les limites prévues par cette
disposi-

3

tion constitutionnelle pour autant que la mission d’aide en cas de catastrophes
ne se fasse pas au détriment de la mission traditionnelle de la protection civile
et que les organismes de cette institution ne se substituent pas en définitive
aux services d’intervention spécialisés compétents en matière de lutte contre
les catastrophes d’origine naturelle ou technique.

[1] Cf. Stadlin Bernhard, Die rechtlichen Probleme des Einsatzes der Schweizer
Armee und des Zivilschutzes zur Katastrophenhilfe im Inland, thèse Bâle
1982, p. 84-85; Jean-Luc Vez, Le pouvoir de disposer des moyens stratégiques
dans la défense générale, Constatations et propositions relatives aux régimes
constitutionnel et légal applicables en Suisse, thèse Fribourg 1985, p. 106-110;
Giorgio Malinverni, Commentaire de la Constitution fédérale, art. 22bis, n° 9 et
10. Voir aussi ATF 115 Ia 283.
[2] Cf. art. 22bis al. 1, FF 1956 I 1113.
[3] Cf. BO CE 1956 214 et 219, CN 1956 840 et 856, CE 1958 206 et CN 1958 636.
Voir aussi Vez, op. cit., p. 107 et Hans Engler, Die Zivilschutzorganisation in der
Schweiz, thèse Berne 1970, p. 40.
[4] Voir les art. 1 et 4 de la première loi fédérale du 23 mars 1962 sur la
protection civile, RO 1962 1127-1128 et l’art. 1 al. 3 et l’art. 4 de la loi fédérale
du 7 octobre 1977 révisant la législation sur la protection civile, RO 1978 50.
[5] Cf. Rapport du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale du 26 février 1992
sur l’engagement et l’organisation de la protection civile, Plan directeur de
la protection civile, FF 1992 II 912. Voir aussi le rapport du Conseil fédéral à
l’Assemblée fédérale du 11 août 1971 sur la conception 1971 de la protection
civile, FF 1971 II 513-554; le rapport 90 du Conseil fédéral à l’Assemblée
fédérale du 1er octobre 1990 sur la politique de sécurité de la Suisse, FF 1990 III
794-849.
[6] Pour dissiper tout malentendu quant à la constitutionnalité de cette
disposition, on pourrait revoir l’ordre d’énumération des tâches de la
protection civile afin de citer en premier lieu la mission traditionnelle de
protection de la population en cas de conflits armés.
[7] Toutefois, il est abusif de parler de missions prioritaires de la protection
civile, cf. Plan directeur de la protection civile 1992, FF 1992 II 914. Car, cela
laisse supposer que la protection civile doit accomplir encore d’autres tâches
qui ne sont pas prioritaires. Or, l’art. 22bis Cst. ne prévoit pas de telles tâches.
[8] Cette intervention subsidiaire de la protection civile en cas de catastrophes
d’origine naturelle ou technique et dans d’autres situations de nécessité
correspond à la conception élaborée par le Conseil fédéral, cf. Message du
18 août 1993 concernant la révision de la législation sur la protection civile, FF
1993 III 785-862, surtout p. 790 ss et 805.

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_115_Ia_283&resolve=1

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 61.1 - Avis de droit de l'Office fédéral de la justice, 3 mars 1994

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1997
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Band 61
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	Avis de droit de l'Office fédéral de la justice, 3 mars 1994