# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 4e84a51b-db3d-5953-9b93-06cd81ea9404
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2011-11-18
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 18.11.2011 E-2157/2011
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-2157-2011_2011-11-18.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

   

Cour V
E­2157/2011

A r r ê t   d u   1 8   n o v emb r e   2 0 1 1

Composition François Badoud (président du collège), 
Gérald Bovier, Bruno Huber, juges,
Antoine Willa, greffier.

Parties A._______, né le (…),  
représenté par le Centre Social Protestant (CSP),
en la personne de Yasmina Sonderegger,
recourant, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM),
Quellenweg 6, 3003 Berne,   
autorité inférieure

Objet Asile et renvoi; 
décision de l'ODM du 8 mars 2011 / N (…).

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Faits :

A. 
Le 3 décembre 2008, A._______ a déposé une demande d'asile auprès 
du centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe.

B. 
Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a dit être 
originaire  de  la  ville  de  Boorama,  dans  la  province  d'Awdal,  dans  le 
Somaliland. Né de père inconnu, il n'aurait été affilié à aucun clan, ce qui 
l'aurait toujours exposé aux discriminations et empêché de mener une vie 
normale. Après la mort de sa mère, en 1991, rejeté par la famille de celle­
ci,  il  aurait  connu  le  dénuement,  vivant  de  petits  travaux  et  d'emplois 
occasionnels  dans  la  construction.  En  2005,  il  aurait  ouvert  une  petite 
boutique de produits alimentaires.

En mars 2008, l'intéressé aurait fait la connaissance d'une cliente du nom 
de B._______.  Il  l'aurait épousée  le 4 octobre suivant, devant  l'imam de 
Guljeed,  ville  située  à  quelques  dizaines  de  kilomètres.  En  effet,  il  se 
serait attendu à ce que le mariage ne soit pas approuvé par la famille de 
sa femme, issue d'un clan affilié au groupe des Darod. Son épouse aurait 
ensuite tout de même tenté, mais en vain, de convaincre ses proches de 
tolérer cette union ; ceux­ci auraient voulu la persuader de renoncer à ce 
mariage  puis,  sur  le  refus  de  l'intéressée,  lui  auraient  annoncé  leur 
attention de tuer son mari.

Le 7 octobre 2008, B._______ aurait pu se rendre chez le requérant pour 
l'avertir de ces événements. Immédiatement après, celui­ci aurait aperçu 
le frère et le cousin de sa femme s'approcher de son magasin ; il se serait 
aussitôt enfui par la porte arrière, emportant ses économies d'un montant 
de US$ 8050, et aurait pu échapper à ses poursuivants.

Franchissant  à  pied  la  frontière  éthiopienne  toute  proche,  le  requérant 
aurait gagné la ville de C._______ ;  il aurait ensuite rejoint Addis­Abeba 
par  la  route.  A  la  fin  octobre  2008,  il  se  serait  rendu  à  Khartoum  et  y 
serait resté durant un mois. Avec l'aide d'un passeur,  il aurait embarqué 
sur  un  vol  pour  la  France,  le  2  décembre  2008,  muni  d'un  passeport 
néerlandais  d'emprunt  au  nom  de  D._______,  avant  de  rejoindre  la 
Suisse.

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C. 
Par décision du 8 mars 2011, l'ODM a rejeté la demande d'asile déposée 
par  l'intéressé  et  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse,  vu  le  manque  de 
crédibilité de ses motifs.

D. 
Interjetant recours contre cette décision, le 11 avril 2011, A._______ a fait 
valoir  la  cohérence  de  son  récit,  exempt  de  contradictions majeures,  le 
manque de précision de certains points étant imputable aux insuffisances 
de l'audition. Par ailleurs, l'intéressé a affirmé qu'un mariage conclu sans 
la consentement de la famille de l'épouse pouvait se produire en Somalie 
(ce  qui  explique  que  ce  mariage  ait  eu  lieu  dans  une  autre  localité), 
même si un tel comportement pouvait entraîner des actes de représailles.

Sur  un  plan  plus  large,  le  recourant,  s'appuyant  sur  une  analyse  de 
l'Organisation  suisse d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du 7  avril  2011,  a  fait 
valoir  que  né  de  père  inconnu  et  ne  faisant  partie  d'aucun  clan,  il  était 
exposé à de constantes discriminations ; dès lors, il ne pourrait obtenir la 
protection des autorités du Somaliland, notoirement inefficaces, contre la 
vengeance de sa belle­famille, vu la prévalence des structures claniques. 
Il ne disposerait donc en pratique d'aucune alternative de fuite interne.

Pour  les  mêmes  motifs,  l'exécution  du  renvoi  ne  serait  pas 
raisonnablement  exigible,  l'intéressé,  sans  formation  et  membre  d'une 
catégorie spécialement vulnérable, ne disposant d'aucun  réseau  familial 
et  se  trouvant  de  surcroît  atteint  dans  sa  santé  ;  par  ailleurs,  le 
Somaliland  serait  toujours  instable  et  dépourvu  d'infrastructures 
médicales suffisantes.

Le recourant a conclu à l'octroi de l'asile et au non­renvoi de Suisse, et a 
requis l'assistance judiciaire partielle. Il a produit deux rapports médicaux 
datés des7 avril et 11 mai 2011, dont il ressort qu'il est soigné depuis la 
fin  2008  pour  un  asthme  et  une  rhinite  chroniques  plusieurs  fois 
décompensés, qui ont nécessité des consultations en urgence ; le suivi et 
la  poursuite  du  traitement  par  médicaments  entrepris  répondent  à  une 
nécessité vitale. Par ailleurs,  l'intéressé a été traité, entre juin 2009 et la 
fin 2010, pour un état dépressif découlant des événements traumatiques 
vécus dans  son pays d'origine  ;  il  présente en effet  les  cicatrices d'une 
brûlure à la jambe gauche et d'une plaie par balle au bras gauche.

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E. 
Par  ordonnance  du  18  avril  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le 
Tribunal) a donné suite à la requête d'assistance judiciaire partielle.

F. 
Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans 
sa réponse du 31 octobre 2011 ; copie en a été  transmise au recourant 
pour information.

Droit :

1. 

1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le 
Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours 
contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 
1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les 
autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 
être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 
(LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement, 
sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche 
à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 
fédéral [LTF, RS 173.110]).

1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans 
les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 
108 al. 1 LAsi).

2. 

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 
ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 
de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 
de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de 
sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 
de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression 

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psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite 
spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi).

2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins 
rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est 
vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement 
probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 
des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont 
contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de 
manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 
LAsi).

3. 

3.1. En  l’occurrence,  le  Tribunal  ne  voit  pas  de  raisons  impérieuses  de 
remettre en cause  la vraisemblance du  récit du  recourant. Ce dernier a 
dépeint  les  faits  de  manière  cohérente,  même  s'ils  sont  parfois  peu 
détaillés  ;  c'est  cependant  à  juste  titre  que  l'intéressé  relève  avoir 
répondu, autant que requis, aux questions posées par l'auditeur.

Sauf à  raisonner dans  l'abstrait et  trop schématiquement,  comme  le  fait 
l'ODM,  il  n'existe  pas  non  plus  de  motifs  objectifs  d'exclure  que  le 
recourant se soit marié sans le consentement de la famille de sa femme ; 
c'est  d'ailleurs  là  l'origine  de  ses  ennuis.  Il  est  aussi  vraisemblable  que 
son épouse ait trouvé le moyen de le prévenir du danger qui le menaçait ; 
en effet,  l'urgence de  la situation a  fort bien pu  la déterminer à prendre 
elle­même ce risque.

Enfin,  la  description  qu'a  faite  l'intéressé  de  sa  fuite  n'est  pas 
parfaitement claire et pèche par certains éléments peu crédibles : ainsi, le 
fait  qu'il  ait  eu  le  temps  d'emporter  ses  économies,  et  ait  pu  échapper 
sans  trop de peine à ses poursuivants. Ces points douteux ne suffisent 
néanmoins pas à enlever au  récit sa vraisemblance  ; en effet,  force est 
de  constater  que  les  événements  traversés  par  le  recourant  sont 
compatibles  avec  les  mœurs  prévalant  en  Somalie  et  les  risques 
encourus par ceux qui y contreviennent.

3.2.  Toutefois,  les  éléments  essentiels  que  constituent  l'intensité  du 
risque, respectivement un motif pertinent à la persécution (cf. consid. 2.1 
ci­dessus), apparaissent faire défaut en l'espèce.

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3.2.1. En effet,  les organisations claniques continuent certes à structurer 
toute  la  société  somalienne,  y  compris  au  Somaliland,  bien  que  le 
gouvernement local ait tenté de lutter contre cette emprise (cf. Bericht zur 
D­A­CH  Fact  Finding  Mission  Äthiopien/Somaliland,  mai  2010  ;  ÖRK­
Accord, Clans  in  Somalia,  décembre  2009)  ;  l'appartenance  à  un  clan 
déterminé, comme la mesure de la puissance qu'il détient et le degré de 
protection  qu'il  peut  offrir,  contribuent  donc  de  manière  décisive  à 
déterminer le statut de la personne, ainsi que les positions sociales et les 
postes de responsabilité qu'elle peut atteindre.

Dès lors, les personnes qui ne sont pas affiliées à un clan déterminé, soit 
qu'elles  ne  se  connaissent  aucune  filiation  paternelle,  soit  qu'elles 
appartiennent  à  des  minorités  ethniques  ou  à  certains  groupes 
professionnels  stigmatisés,  se  trouvent  dans  une  situation  défavorable. 
Leur  nombre  étant  à  la  fois  réduit  et  défini  par  une  caractéristique 
commune  (s'agissant  en  tout  cas  des  personnes  de  père  inconnu),  il 
pourrait être soutenu qu'elles forment un groupe social déterminé.

Néanmoins, même  à  ratifier  la  description  que  l'intéressé  a  faite  de  sa 
situation, et à suivre le rapport de l'OSAR joint au recours, rien ne permet 
d'admettre que les membres de ce groupe soient exposés à des mesures 
de  persécution  ;  il  font  l'objet  de  discriminations  sociales  et 
professionnelles, ne bénéficient d'aucun appui en cas de  litige avec des 
tiers,  et  ne  peuvent  compter  sur  le  réseau  d'entraide  que  permet 
l'affiliation  clanique.  Ils  ne  sont  cependant  les  cibles  d'aucune  mesure 
spécifique et délibérée portant atteinte à  leur vie ou  leur  liberté, ni de  la 
part des autorités, ni de celle de tiers.

3.2.2. Le recourant fait également valoir le risque de représailles émanant 
de  la  famille  de  sa  femme.  Sans  aborder  ici  la  vraisemblance  de  ce 
risque,  le Tribunal  constate  toutefois qu'il  n'est  pas pertinent,  faute d'un 
motif prévu à l'art. 3 LAsi.

En effet,  il s'agirait en l'espèce d'une volonté de vengeance émanant de 
tiers, qui n'auraient pas admis le mariage de leur parente avec l'intéressé. 
Il  n'entre  cependant  dans  cette  volonté  aucun  composante  politique, 
religieuse ou ethnique ; par ailleurs, il paraît impossible de la rattacher à 
l'appartenance du recourant à un groupe social déterminé.

Seule  pourrait  ici  entrer  en  considération  une  éventuelle  illicéité  de 
l'exécution  du  renvoi,  dans  la  mesure  où  l'intéressé  ne  pourrait,  en 

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pratique,  être  protégé  contre  cette  éventuelle  vengeance  privée  ; 
toutefois, en l'espèce, cette question peut être laissée indécise.

3.3. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit 
être rejeté.

4. 

4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 
à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 
(art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de 
l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 
RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 
séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision 
d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2 
de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en 
l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 
mesure.

5. 

5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 
exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par 
l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 
RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a 
remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le 
séjour et l’établissement des étrangers (LSEE).

5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son 
Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 
ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 
LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un 
tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des 
peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention 

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du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 
fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 
guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

6. 

6.1. Il convient de noter à titre préliminaire que les trois conditions posées 
par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité, 
inexigibilité et  impossibilité) sont de nature alternative  :  il suffit que  l'une 
d'elles soit réalisée pour que le renvoi soit inexécutable.

6.2. En l'occurrence, c'est sur  la question de l'exigibilité que l'autorité de 
céans doit porter son examen.

Selon  l’art.  83  al.  4  LEtr,  l’exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être 
raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son 
pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par 
exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou 
de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux 
« réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 
conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas 
personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de 
guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour 
qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger, 
notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles 
ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque 
cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle 
se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du 
renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse 
(ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF 
2007/10 consid. 5.1).

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6.3. Selon  la  jurisprudence  élaborée  par  l'ancienne  Commission  suisse 
de  recours en matière d’asile  (CRA),  et  dont  le Tribunal  ne  voit  pas de 
raisons de s'écarter,  la situation étant restée substantiellement la même, 
l'exécution du renvoi n'est pas raisonnablement exigible vers le centre et 
le sud de la Somalie.

Elle l'est en revanche vers le Somaliland et la région voisine du Puntland, 
dans  la mesure où  la personne  renvoyée entretenait,  avant  son départ, 
des  liens  étroits  avec  la  région,  peut  y  accéder  à  des  moyens  de 
subsistance après son retour et y dispose du soutien effectif d'un réseau 
clanique  (Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de 
recours en matière d’asile [JICRA] 2006 n° 2, consid. 6.4.2 et 7.2, p. 21­
22 et 25­27).

6.4.  Dans  le  cas  du  recourant,  ces  conditions  n'apparaissent  pas 
remplies. En effet, enfant né hors mariage dont la mère est décédée, il ne 
dispose d'aucun  réseau social ou  familial  au Somaliland.  Il  ne peut pas 
compter non plus sur le soutien d'un clan, puisqu'il ne fait partie d'aucun 
d'entre eux.

Ses  perspectives  de  réintégration  apparaissent  donc  mauvaises,  ce 
d'autant  plus  qu'il  semble  n'avoir  jamais  été  scolarisé,  est  dépourvu  de 
toute  formation  professionnelle,  et  que  rien  n'atteste  qu'il  pourra  rouvrir 
son petit commerce, ses économies ayant été entièrement consacrées à 
assumer les frais de son voyage jusqu'en Suisse. Il risque donc, avec un 
fort  degré  de  probabilité,  de  se  trouver  dépourvu  de  tout  moyen 
d'existence  et  de  sombrer  dans  un  dénuement  aux  conséquences 
potentiellement  dramatiques.  Dans  ce  contexte  très  défavorable,  le  fait 
que  l'intéressé  soit  encore  jeune  et  sans  charge  de  famille  n'est  pas 
décisif.

Son état de santé n'est certes pas d'une extrême gravité, et ne peut avoir 
des  conséquences  fatales  qu'en  cas  d'arrêt  du  traitement  ;  une  telle 
hypothèse est cependant susceptible de se concrétiser en cas de retour, 
l'absence  de  tout moyen  financier  risquant  en  effet  d'exclure  l'accès  du 
recourant  aux  soins  nécessaires.  L'asthme  potentiellement  sérieux 
touchant l'intéressé constitue donc un autre facteur aggravant.

6.5. Dans les conditions du cas d'espèce, l'exécution du renvoi doit donc 
être considérée comme  inexigible. Dès  lors, au vu de  la conjugaison de 
facteurs  défavorables  affectant  l'intéressé,  il  y  a  lieu  de  prononcer  son 

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admission  provisoire  ;  celle­ci,  en  principe  d’une  durée  d’un  an  (art.  85 
al. 1 LEtr), renouvelable si nécessaire, apparaît mieux à même d’écarter 
les risques sérieux qu'il court actuellement en cas de retour.

7. 

En  conséquence,  le  recours  doit  être  admis,  en  tant  qu'il  conclut  au 
prononcé  de  l'admission  provisoire,  et  la  décision  attaquée  annulée  sur 
ce  point.  L'autorité  de  première  instance  est  donc  invitée  à  prononcer 
l'admission provisoire du recourant.

8. 

8.1. L'assistance judiciaire partielle ayant été accordée, il n'est pas perçu 
de frais (art. 65 al. 1 PA).

8.2. Conformément à l'art. 64 al. 1 PA, l'autorité de recours peut allouer, 
d'office ou sur requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain 
de  cause,  une  indemnité  pour  les  frais  indispensables  et  relativement 
élevés qui lui ont été occasionnés.

8.3. Dès lors, le Tribunal fixe le montant de l'indemnité, sur la base de la 
note de frais jointe au recours, d'un montant de Fr. 1550.­ (art. 14 al. 2 du 
règlement  du  11  décembre  2006  concernant  les  frais,  dépens  et 
indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS 
173.320.2]),  à  la  somme  globale  de  Fr.  1700.­,  compte  tenu  d'une 
estimation raisonnable des frais survenus depuis. L'admission du recours 
étant partielle,  les dépens sont arrêtés à  la moitié de cette somme, soit 
Fr. 850.­.

(dispositif page suivante)

 

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Le recours est rejeté, en tant qu'il porte sur l'asile et le renvoi.

2. 
Le recours est admis, en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi.

3. 
L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  de  l'intéressé 
conformément aux dispositions sur l'admission provisoire des étrangers.

4. 
Il n'est pas perçu de frais.

5. 
L'ODM versera au recourant la somme de Fr. 850.­ à titre de dépens.

6. 
Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, à l’ODM et à 
l’autorité cantonale compétente.

Le président du collège : Le greffier :

François Badoud Antoine Willa

Expédition :