# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1c3124a3-2ba6-5b42-8e96-6c8a3d8b03dc
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1996-03-14
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Tribunal administratif 14.03.1996 TA.1996.17 (INT.1996.346)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_013_TA-1996-17_1996-03-14.html

## Full Text

A.      B.,
née en 1950, a déposé le 15 novembre 1994 une

demande
de prestations de l'assurance-invalidité tendant à l'octroi d'une

rente
en raison des séquelles d'une affection oncologique ayant entraîné

une
diminution de sa capacité de travail dès le 6 septembre 1993. Après

avoir
subi une incapacité totale de travail dès cette date jusqu'au 31

décembre
1993, puis à raison de 50 % jusqu'au 31 mars 1994, l'assurée a pu

reprendre
sans aucune limitation, dès le 1er avril 1994, son activité

d'employée
de commerce à plein temps au service de la société N. SA, au Locle. Par contre,
selon le rapport de son médecin traitant, le Dr

N., du
14 février 1995, en raison de douleurs et d'une faiblesse du

bras
droit consécutifs à l'ablation du sein droit, elle n'a plus été en

mesure
d'exercer, dès le 6 septembre 1993, l'activité d'ouvrière à domici-

le
qu'elle effectuait depuis plusieurs années pour le compte de la même

société,
accessoirement à son métier d'employée de commerce, à raison de 5

à 6
heures par jour, week-end compris.

 

B.      Par
décision du 30 novembre 1995, l'office cantonal AI a rejeté

la
demande de rente. Il a constaté d'une part que l'assurée avant pleine-

ment
recouvré son activité antérieure d'employée de commerce avant l'éché-

ance du
délai de carence et retenu d'autre part que le fait de ne plus

pouvoir
exercer l'activité accessoire d'ouvrière à domicile, laquelle ex-

cédait
un horaire de travail normal, n'était pas constitutif d'invalidité.

 

C.      B.
recourt au Tribunal administratif contre cette

décision.
Elle fait valoir que pour être à même de couvrir les frais d'é-

tudes
de ses deux fils qu'elle est seule à assumer, elle a dû, en plus de

son
activité principale d'employée de commerce, exercer celle accessoire

d'ouvrière
à domicile qui lui rapportait un montant de l'ordre de 30'000

francs
par année. Or, la notion d'invalidité étant fondée sur des éléments

d'ordre
essentiellement économique, c'est bien en raison d'une incapacité

de gain
permanente qu'elle ne peut plus réaliser les gains qu'elle obte-

nait
dans le passé, de sorte qu'elle a droit aux prestations AI. La déci-

sion
attaquée revient à dénier à un assuré le droit d'avoir une activité

professionnelle
complémentaire pour obtenir des revenus plus importants et

pour
assumer des charges de famille; elle est au surplus contraire au

droit
dès lors qu'elle introduit un critère "d'horaire normal de travail"

qui n'a
pas cours dans le domaine de l'assurance-invalidité. Elle conclut,

avec ou
sans renvoi, à l'annulation du prononcé entrepris et à ce que son

droit
aux prestations AI lui soit reconnu.

D.     
Dans ses observations sur le recours, dont il propose le rejet,

l'intimé
relève que si le revenu d'une activité lucrative accessoire exer-

cée
régulièrement pendant une longue période doit normalement être pris en

considération,
le législateur n'a cependant pas envisagé un cas aussi ex-

ceptionnel
que celui de la cause où l'activité dite "accessoire" consiste

en un
travail à domicile de l'ordre de 35 à 42 heures par semaine. En

l'espèce,
il est manifeste qu'un horaire professionnel de l'ordre de 80

heures
de travail par semaine, sans compter le temps consacré aux tâches

ménagères,
constitue une charge excessive. Aussi, en retenant que l'at-

teinte
à la santé de l'assurée n'était pas invalidante, la décision entre-

prise
ne fait-elle qu'énoncer une évidence : nul ne peut, sa vie durant,

assumer
une activité proprement surhumaine.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                                 en droit

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux, le recours est rece-

vable.

 

2.     
L'invalidité, selon l'article 4 al.1 LAI, est la diminution de

la
capacité de gain, présumée permanente ou de longue durée, qui résulte

d'une
atteinte à la santé physique ou mentale provenant d'une infirmité

congénitale,
d'une maladie ou d'un accident (art.4 al.1 LAI). D'après

l'article
28 al.1 LAI, l'assuré a droit à une rente s'il est invalide à

40 % au
moins; la rente est échelonnée selon le degré d'invalidité; elle

s'élève
à un quart de la rente entière pour un degré d'invalidité de 40 %

au
moins - sous réserve du cas pénible prévu par l'alinéa 1bis -, à une

demi-rente
lors d'une invalidité de 50 % au moins et à une rente entière

dans le
cas d'une invalidité de 66 2/3 % au moins.

 

       
Chez les assurés dits actifs, c'est-à-dire ceux qui exercent une

activité
lucrative, le degré d'invalidité doit être déterminé sur la base

d'une
comparaison des revenus. A cet effet, le revenu du travail de l'in-

valide
pourrait obtenir en exerçant l'activité qu'on peut raisonnablement

attendre
de lui, après exécution éventuelle de mesures de réadaptation et

compte
tenu d'une situation équilibrée du marché du travail, est comparé

au
revenu qu'il aurait pu obtenir s'il n'était pas invalide (art.28 al.2

LAI).

 

3.      a)
En l'occurrence, seule la détermination du revenu hypothéti-

que
réalisable par la recourante sans invalidité constitue l'objet du li-

tige.
Alors que l'intimé, constatant que l'assurée a récupéré - avant l'é-

chéance
du délai de carence d'un an prévu à l'article 29 al.1 LAI - une

capacité
de travail lui permettant d'assumer à nouveau l'emploi d'employée

de
commerce à plein temps qu'elle exerce depuis 1978, estime dès lors

qu'elle
n'est pas invalide, la recourante objecte qu'il faut également

prendre
en compte son activité accessoire d'ouvrière à domicile que, sans

atteinte
à la santé, elle aurait continué d'exercer et dont les revenus

doivent
être englobés dans ceux qu'elle aurait pu réaliser si elle n'était

pas
invalide.

 

       
b) Selon la jurisprudence, pour évaluer le revenu hypothétique

réalisable
sans invalidité, il faut prendre en considération tous les re-

venus
de travail - y compris ceux qui sont tirés d'une activité accessoire

-
lorsque l'assuré a exercé plusieurs activités avant d'être atteint dans

sa
santé. Le Tribunal fédéral des assurances a d'autre part jugé que l'é-

valuation
de l'invalidité ne devait pas être fondée uniquement sur l'acti-

vité
normalement exigible d'un assuré, la question de "l'exigibilité"

d'une
activité lucrative ne jouant aucun rôle dans le calcul du revenu du

travail
réalisable sans invalidité au sens de l'article 28 al.2 LAI. C'est

dire
qu'on ne saurait assimiler le revenu obtenu dans le cadre d'un horai-

re de
travail dépassant une certaine moyenne à un revenu tiré d'une acti-

vité
dépassant normalement les possibilités de l'assuré. En effet, le

droit
de l'assurance-invalidité ne prévoit pas - abstraction faite de la

disposition
spéciale de l'article 26 al.1 RAI qui ne trouve pas d'applica-

tion
dans le présent cas - de limite supérieure pour le revenu déterminant

de
l'assuré valide. C'est ainsi qu'il n'y a pas lieu de tenir pour exces-

sive la
manière d'occuper ses loisirs, par exemple dans le cas du mélomane

qui
fait de la musique, à des fins lucratives, à côté de son métier habi-

tuel,
en donnant des concerts par exemple ou dans le cas d'un médecin dont

l'horaire
de travail peut atteindre, voire dépasser 60 heures par semaine

(arrêt
du TFA du 8.4.1980, en la cause H.P. Sch, RCC 1980, p.559). Cette

jurisprudence
n'est en rien infirmée, comme le soutient l'intimé dans ses

observations,
par l'arrêt plus récent du Tribunal fédéral des assurances

publié
dans le RCC 1988, p.503 ss. En effet, ce jugement concerne une as-

surée
qui n'était pas entravée dans sa capacité de travail en raison de

son
état de santé, mais en raison "d'une incapacité constitutionnelle de

travailler
au-dessus de la normale", ce qui n'est pas le cas de la recou-

rante
ainsi qu'elle l'a démontré jusqu'en 1993 en exerçant pratiquement à

plein
temps et conjointement deux activités professionnelles différentes.

       
Il s'ensuit, en l'occurrence, que dès lors qu'on ne saurait ta-

bler,
pour calculer le revenu d'un assuré valide, que sur un revenu tiré

d'un
travail accompli dans une mesure "raisonnable" ou "normale"
- limite

qu'il
serait de toute façon délicat de tracer en l'absence de toute réfé-

rence
légale à l'appui -, l'intimé ne pouvait donc faire abstraction des

gains
réalisés par la recourante dans l'accomplissement de son activité

accessoire
d'ouvrière à domicile, du moment qu'il est constant que cette

activité
lucrative accessoire a été exercée régulièrement pendant une lon-

gue
période.

 

       
c) Cela étant et si aucune limite ne peut être fixée à teneur de

l'article
28 al.2 LAI pour déterminer un horaire hebdomadaire raisonnable

de
travail, force est d'admettre avec l'intimé que nul ne saurait, sa vie

durant,
assumer une activité proprement surhumaine. Le Tribunal fédéral

des
assurances l'a d'ailleurs implicitement admis dans son arrêt du 8 a-

vril
1980 en relevant que celui qui s'adonne, dans une activité sportive

lucrative
accessoire, à des efforts particulièrement astreignants et sou-

tenus,
ne peut le faire qu'aussi longtemps qu'il se trouve dans la force

de
l'âge.

 

       
En l'espèce, on ne peut contester qu'un horaire professionnel de

l'ordre
de 80 heures de travail par semaine, auquel s'ajoutent encore les

travaux
ménagers, représente une charge de travail tout à fait extrême

qu'aucun
assuré, aussi résistant soit-il, ne serait à même d'assumer à

long
terme. B., dans son mémoire de recours, relève d'ail-

leurs
bien - ainsi que le confirme son médecin traitant dans son rapport

du 14
février 1995 - qu'elle n'a dû se résoudre à exercer l'activité ac-

cessoire
d'ouvrière à domicile que pour subvenir aux frais d'études, qui

ne sont
pas encore achevées, de ses deux fils dont elle assume seule la

charge.

 

       
Dans ces conditions, on peut retenir que l'assurée, étant bien

portante,
serait en mesure d'exercer, en plus de son métier d'employée de

commerce
et de ses travaux ménagers, l'activité d'ouvrière à domicile à

raison
de 5 à 6 heures par jour, week-end compris, mais durant le seul

laps de
temps limité nécessaire à l'accomplissement des études de ses

enfants.
Partant, et sous cette réserve, les revenus qu'elle a tirés de

son
activité accessoire doivent être pris en compte pour le calcul du

revenu
hypothétique d'invalide. Pour en avoir fait abstraction, le pronon-

cé
entrepris doit être annulé.

 

4.      La
cause est en conséquence renvoyée à l'office intimé pour

qu'il
rende une nouvelle décision conformément au considérant qui précède.

Toutefois,
avant de statuer, il conviendra encore qu'il élucide dans un

complément
d'instruction - car il ne s'est pas déterminé sur ce point - si

l'atteinte
à la santé de la recourante est bien de nature à provoquer la

perte
de gain alléguée. Sur ce point un doute subsiste puisque, dans une

note
interne au dossier du 12 juin 1995, le médecin-conseil de l'office AI

semble
s'écarter de l'avis du médecin traitant de la recourante en se fon-

dant
sur un rapport du 5 décembre 1994 du Dr K., spécialiste en onco-

logie,
selon lequel il n'existerait aucune symptomatologie chez l'assurée

imputable
à la maladie elle-même.

 

       
Dans l'hypothèse où l'affection de la recourante serait tenue

pour
invalidante, l'office aurait alors à déterminer le degré exact d'in-

validité
en procédant à la comparaison des revenus, étant rappelé qu'en

l'occurrence
le revenu hypothétique réalisable sans atteinte à la santé

englobe
les gains des deux activités lucratives différentes qu'exerçait et

qu'exercerait
l'intéressée jusqu'à l'achèvement des études de ses deux

fils
qui suivent tous deux des cours pour l'obtention de la maîtrise de

menuisier-ébéniste.

 

5.      Il
est statué sans frais, la procédure étant en principe gratui-

te. La
recourante obtenant en partie satisfaction a droit à des dépens

réduits
(art.48 al.1 LPJA).

 

                             Par ces motifs,

                        LE TRIBUNAL
ADMINISTRATIF

 

1.
Annule le prononcé entrepris et renvoie la cause à l'office intimé pour

   un complément d'instruction et nouvelle
décision au sens des considé-

   rants.

 

2.
Statue sans frais.

 

3.
Alloue à la recourante une indemnité de dépens réduite de 300 francs.

 

Neuchâtel,
le 14 mars 1996