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**Case Identifier:** f90051d6-a038-529f-a2d6-f411b17024d8
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des curatelles Arrêt / 2022 / 284
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_008_Arr-t---2022---284_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

UJ21.009241-220350

57

 

 

CHAMBRE
DES CURATELLES

___________________________________

Arrêt
du 1er avril 2022

__________________

Composition
:               Mme             
Rouleau,
présidente

             
              Mmes             
Kühnlein et Chollet, juges

Greffier
              :             
M.              Klay

 

 

*****

 

 

Art.
437 al. 1 CC ; 29 LVPAE ; 58 LSP

 

 

             
La Chambre des curatelles du Tribunal cantonal prend séance pour statuer sur le recours interjeté
par A.E.________
et B.E.________,
tous les deux à [...], contre la décision rendue le 22 février 2022 par la Justice de
paix du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut dans la cause concernant A.E.________.

 

             
Délibérant à huis clos, la Chambre voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 22 février 2022, adressée pour notification le 17 mars 2022, la Justice
de paix du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut (ci-après : la justice de paix
ou les premiers juges) a mis fin à l’enquête en placement à des fins d’assistance
ouverte en faveur d’A.E.________ (ci-après : le recourant ou la personne concernée),
né le [...] 1977 (I), renoncé à prononcer le placement à des fins d’assistance
du prénommé (II), maintenu, pour une durée indéterminée, les mesures ambulatoires
prononcées en faveur de l’intéressé, à savoir des passages réguliers à
l'Unité de Traitement des Addictions de la Fondation de D.________ à [...] (ci-après :
l’UTAM), une intervention à domicile par le Centre médico-social (ci-après :
CMS) de [...] et un suivi psychiatrique mensuel (III), rappelé que le médecin responsable de
l'UTAM était en charge du contrôle desdites mesures, devrait renseigner à intervalles
réguliers l'autorité de protection sur l'évolution de la situation et, le cas échéant,
l'aviser immédiatement si la personne concernée se soustrayait au suivi ou le compromettait
de toute autre façon (IV), invité le médecin responsable de l'UTAM à élaborer
un projet avec A.E.________ tendant au transfert du suivi des mesures ambulatoires au Dr Q.________ ou
à un autre psychiatre choisi par l'intéressé, et à informer l'autorité de protection
de l'adulte de la faisabilité et de l'avancement de ce projet au plus tard dans le cadre du réexamen
des mesures ambulatoires susmentionnées (V) et laissé les frais de la décision, les frais
d'expertise à intervenir et les frais d'interprète à la charge de l'Etat (XI).

 

             
Le premiers juges ont retenu que les troubles psychiques et somatiques dont souffrait A.E.________ nécessitaient
toujours une prise en charge, qui pouvait, en l’état, lui être fournie de manière
ambulatoire, et que compte tenu de l’alliance thérapeutique qui demeurait fragile, de l’absence
de transparence dans ce cadre du prénommé avec ses thérapeutes s’agissant de ses
rechutes dans la consommation de substances, ainsi que du risque que représentaient les décompensations
de celui-ci pour sa propre personne et pour ses proches, il apparaissait qu’un cadre contenant,
soit des mesures ambulatoires contraignantes, restait indispensable pour assurer sa sécurité
et celle de ses proches. Ils ont ensuite considéré qu’eu égard à la complexité
de la prise en charge d’A.E.________, laquelle comprenait des rechutes fréquentes et nécessitait
de pouvoir envisager des hospitalisations à très brève échéance, ainsi qu’au
lourd impact de l’état de santé du prénommé sur son entourage familial, le
transfert du suivi ambulatoire – tel que requis par la personne concernée et son épouse
B.E.________ (ci-après : la recourante) – devrait être élaboré avec soin,
conjointement entre l’actuel médecin, exerçant au sein d’un cadre institutionnel,
et le Dr Q.________ – médecin proposé par le couple – ou un autre psychiatre exerçant
dans un cadre privé. Les premiers juges ont décidé qu’en conséquence, les mesures
ambulatoires seraient maintenues dans leur forme actuelle, à savoir des passages réguliers
à l’UTAM, une intervention à domicile par le CMS et un suivi psychiatrique mensuel, et
que, dans l’intervalle, la supervision de ces mesures ambulatoires resterait confiée au médecin
responsable de l’UTAM, qui aviserait l'autorité de protection si la personne concernée
se soustrayait aux entretiens et contrôles prévus ou compromettait de toute autre façon
son traitement. Ils ont ajouté que le médecin susmentionné était invité à
élaborer un projet avec la personne concernée visant à ce que son suivi ambulatoire puisse
être repris par le Dr Q.________ ou un autre psychiatre choisi par A.E.________ et à tenir
l’autorité de protection informée de la faisabilité et de l’avancement de
ce projet au plus tard dans le cadre du réexamen des mesures ambulatoires dans les six mois qui
suivaient la notification de la décision.

 

 

B.             
Par acte du 24 mars 2022 remis à la Poste le 26 mars 2022 à destination de la justice de paix,
A.E.________ et B.E.________ ont recouru contre cette décision, exposant que le recourant ne voulait
plus aller à l’UTAM tous les jours, ni « de suivi par D.________ ou par un psychiatrie
de D.________ », mais souhaitait changer de psychiatre, que les recourants ne souhaitaient
plus d’intervention du CMS et qu’ils n’étaient « pas d’accord
avec le signalement auprès de la DGEJ [Direction générale de l’enfance et de la
jeunesse] » pour leurs enfants.

 

             
Le 28 mars 2022, la justice de paix a transmis ce recours et le dossier de la cause à la Chambre
de céans.

 

             
Le 1er
avril 2022, la Chambre de céans a entendu la personne concernée.

 

 

C.             
La Chambre retient les faits suivants :

 

1.             
Par courrier adressé le 4 octobre 2018 au Médecin cantonal, la Dre B.________, médecin
assistante au Service de néphrologie – Hospitalisation du Centre T.________ (ci-après :
le T.________), a signalé le cas de A.E.________, né le [...] 1977, à la justice de paix
« en vue d'une mesure de protection ». La médecin a posé les diagnostics
de troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation de substances psychoactives (benzodiazépines,
notion de méthylphenidate) avec syndrome de dépendance – précisant que le 12 septembre
2018 était survenue une intoxication médicamenteuse avec insuffisance rénale aiguë
sur rhabdomyolyse nécessitant une hémodialyse transitoire – et de douleurs chroniques
où intervenaient des facteurs somatiques et psychiques. Elle a exposé que les troubles mentaux
et du comportement liés à l'utilisation de substances psychoactives de la personne concernée
avaient nécessité de multiples hospitalisations tant en milieu somatique que psychiatrique,
que les médecins doutaient de la capacité d’appréciation d’A.E.________ concernant
la gravité de sa situation addictologique, qu’ils considéraient que le risque de récidive
restait élevé en l’absence d’une évaluation de mesures de protection, mais
qu’ils ne trouvaient pas d'éléments médico-psychiatriques d'état d'urgence
justifiant le placement à des fins d’assistance de la personne concernée, de sorte que
cette dernière avait regagné son domicile le 28 septembre 2018.

 

2.             
Interpellés, les médecins de l’UTAM de la Fondation de D.________ ont, par courrier du
7 février 2019, notamment indiqué que A.E.________ présentait une dépendance à
de multiples substances ayant eu des conséquences dramatiques par le passé, que sa conscience
morbide était altérée et que sa situation administrative et financière était
préoccupante. Les médecins ont exposé qu’ils étaient toutefois au début
du suivi et que l’intéressé adhérait actuellement aux soins et aux propositions
thérapeutiques, de sorte qu’ils estimaient que la mise en place de mesures obligatoires aurait
des conséquences dommageables sur la naissance du lien thérapeutique.

 

3.             
Par décision du 14 mars 2019, la Juge de paix du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut
(ci-après : la juge de paix) a considéré que la situation d’A.E.________ ne
nécessitait pas l'intervention de l'autorité de protection et a renoncé à poursuivre
son enquête.

 

4.             
Par décision du 23 mai 2020, un médecin des urgences de l'Hôpital de [...] a ordonné
le placement à des fins d'assistance de la personne concernée à la Fondation de D.________
pour les motifs suivants :

 

« -
Agitation, idées délirantes de grandeur anosognosie totale, humeur haute

-
Pas de sommeil depuis 48 heures, consommation de substances indéterminées hors de contrôle

-
Hétéroagressivité verbale envers son entourage qui a peur de lui + envers la police &
les ambulanciers ».

 

5.             
Le placement médical d’A.E.________ ayant été levé le 28 mai 2020 par les médecins
de la Fondation de D.________ et l’intéressé ayant quitté cet établissement
le même jour, la juge de paix a considéré que l’appel de celui-ci contre son placement
était sans objet et a rayé la cause du rôle, sans frais, par décision du 29 mai 2020.

 

6.             
Dans une décision du 4 juin 2020, la Dre Z.________, médecin de garde des Urgences psychiatriques
du T.________, a ordonné le placement à des fins d'assistance de la personne concernée
à la Fondation de D.________ pour les motifs suivants :

 

« Patient
connu pour plusieurs accès maniaques dans le cadre de trouble bipolaire. Présente actuellement
délire de grandeur et persécution. Mise à l'abri dans un cadre hypostimulant ».

 

             
Dite décision a été confirmée le même jour par le Dr Y.________, spécialiste
en psychiatrie et psychothérapie et médecin cadre à la Fondation de D.________.

 

7.             
Par courrier du 15 juin 2020, B.E.________ a signalé la situation de son époux, indiquant notamment
ce qui suit :

 

« Nous
souhaitons un nouveau diagnostic/traitement au vu de ce qui précède, A.E.________ doit être
traité pour sa dépression, sa dépendance aux médicaments et à l'alcool par le
T.________ à [...], un cadre et une hospitalisation de longue durée sont nécessaires ».

 

8.             
Mandaté par la justice de paix, le Dr S.________, spécialiste en psychiatre et psychothérapie
et chef de clinique adjoint à l'Institut de psychiatrie légale (IPL) du T.________, a indiqué,
par courrier du 16 juin 2020, qu’il n'avait pas été en mesure d'effectuer une évaluation
expertale plus détaillée de la situation d’A.E.________ car ce dernier avait refusé
tout entretien, précisant que « son état clinique de décompensation psychique
actuelle empêch[ait] sa collaboration à un entretien permettant une telle évaluation ».

 

9.             
Par décision du 16 juin 2020, la juge de paix a rejeté l'appel formé par la personne concernée
contre la décision du 4 juin 2020 ordonnant son placement à des fins d'assistance.

 

10.             
Le 17 juin 2020, la juge de paix a ouvert une enquête en placement à des fins d'assistance
concernant A.E.________ et a ordonné une expertise psychiatrique, qu'elle a confiée au Centre
d'expertise de la Fondation de D.________.

 

11.             
Dans leur rapport d’expertise du 31 décembre 2020, le Prof. V.________, spécialiste en
psychiatrie et psychothérapie, et la Dre G.________, respectivement directeur médical et cheffe
de clinique au Centre d’expertise de la Fondation de D.________, ont posé les diagnostics
de troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation de drogues multiples et troubles
liés à l'utilisation d'autres substances psychoactives, syndrome de dépendance, de trouble
affectif bipolaire, de syndrome douloureux somatoforme persistant, de retard mental léger, d’hypertension
artérielle bénigne et d’asthme bronchique intrinsèque. Les experts ont conclu que
la gravité des troubles présentés par A.E.________ était alarmante. Celui-ci pouvait,
lors des décompensations de son trouble bipolaire, se mettre en danger en faisant des abus médicamenteux
et de psychotropes ou en prenant des risques inconsidérés. Il existait en outre une mise en
danger d'autrui avec des épisodes hétéro-agressifs à l'encontre de l'épouse
et des professionnels. Les conséquences psycho-sociales des troubles psychiatriques étaient
sévères. Les conséquences au long cours étaient également préoccupantes.
Une prise en charge adaptée, permettant au mieux de réduire les risques, était nécessaire.
Les experts ont ensuite relevé ce qui suit :

 

« La
situation de M. A.E.________ est complexe puisqu'il existe une intrication de plusieurs troubles psychiatriques
rendant la prise en charge très difficile. [...] Il est donc nécessaire de proposer une prise
en charge holistique qui prend en compte tous les aspects de la psychopathologie du patient. Néanmoins,
une unité spécialisée dans les addictions nous semble avoir les outils spécifiques
les plus adaptés. »

 

             
Les experts ont encore estimé qu'un placement institutionnel n'était alors pas indiqué,
tout en soulignant la précarité de l'état d'équilibre de l'époque avec un risque
considérable de rechute. Il leur apparaissait nécessaire de pouvoir assurer une prise en charge
étroite pour permettre une intervention rapide en cas de décompensation et éviter ainsi
des mises en danger trop importantes. Les médecins soutenaient une poursuite du cadre thérapeutique
caractérisé par un passage régulier à l'UTAM, une intervention à domicile par
le CMS et un suivi psychiatrique mensuel, et estimaient que ce cadre devait être soutenu par des
mesures de « PLAFA ambulatoires ».

 

12.             
Par décision du 23 février 2021, la justice de paix a notamment mis fin à l'enquête
en institution d'une curatelle et d'un placement à des fins d'assistance ou de mesures ambulatoires
ouverte en faveur d’A.E.________, a astreint celui-ci à suivre, pour une durée indéterminée,
des mesures ambulatoires consistant en des passages réguliers à l’UTAM, une intervention
à domicile par le CMS et un suivi psychiatrique mensuel, et a renoncé à l'institution
d'une mesure de curatelle en faveur de l’intéressé.

 

13.             
La procédure de réexamen périodique des mesures a été initiée le 23 août
2021 par la juge de paix.

 

14.             
Dans un rapport du 6 septembre 2021, le Dr H.________, chef de clinique adjoint à l'UTAM, a indiqué
qu’A.E.________ était suivi par leur unité depuis le 27 novembre 2018, qu’il était
vu en moyenne toutes les deux semaines et qu’il se présentait cinq jours par semaine à
leur officine de distribution de médicaments pour prendre son traitement. En juin et août 2021,
les médecins avaient soupçonné une rechute dans les consommations. La compliance médicamenteuse
de l’intéressé était mauvaise, celui-ci prenant des traitements psychotropes « au
noir » (Ritaline) et ne prenant par ailleurs pas tout son traitement prescrit. Son épouse
s'était présentée « en catastrophe » à l'UTAM le 3 août
2021 et avait fait part aux médecins de faits inquiétants, à savoir qu’A.E.________
lui aurait confisqué son téléphone et l’aurait séquestrée dans sa chambre
pendant trois jours. Depuis, elle disait être terrorisée par le comportement de son mari, de
même que leurs deux enfants. Ensuite de l’intervention de B.E.________, les médecins
avaient vu la personne concernée et l’avait hospitalisée avec son accord. Sur le plan
clinique, les médecins de l’UTAM avaient pu objectiver un accès délirant mégalomaniaque
et avaient par ailleurs des raisons de penser qu’A.E.________ pouvait non seulement se mettre en
danger mais aussi qu’il n’était pas exclu qu’il fasse de même avec ses proches.
Le Dr H.________ a conclu par ce qui suit :

 

« Malgré
l'intensification du suivi ambulatoire et la mise en place d'un cadre structurant ainsi que d'un double
traitement neuroleptique, nous constatons l'échec de la prise en charge en milieu ambulatoire et
recommandons la levée des mesures ambulatoires et l'instauration d'un placement institutionnel ainsi
que des mesures urgentes visant à protéger la famille d'une éventuelle sortie. »

 

15.             
Le 9 septembre 2021, la juge de paix a réouvert l'enquête en placement à des fins d'assistance
en faveur d’A.E.________ et a ordonné un complément d'expertise.

 

16.             
Par rapport de complément d’expertise du 24 janvier 2022, le Prof. V.________, désormais
directeur général et médical auprès du Centre d'expertise de la Fondation de D.________,
et la Dre G.________ ont répondu comme suit aux questions de la juge de paix : 

 

« 1.
Diagnostic

a)
La situation de l'expertisé a-t-elle évolué depuis l'institution des mesures ambulatoires
le 23 février 2021 ?

Le
complément d'expertise que nous avons réalisé permet de reconduire les diagnostics argumentés
dans notre dernier rapport. De ce point de vue, il n'y a pas eu d'évolution au niveau psychopathologique
de l'expertisé. Concernant les troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation
de drogues multiples et troubles liés à l'utilisation d'autres substances psychoactives F19,
nous constatons que malgré les indications de l'expertisé, des consommations ponctuelles de
substance psychoactives telles de l'Ecstasy et/ou de la Ritaline est probable. Au dernier entretien il
reconnaît une consommation régulière d'alcool. Comme l'indique la découverte de comprimés
dans des sachets à la cave, Monsieur A.E.________ n'est pas dans une démarche de transparence
avec ses thérapeutes concernant la consommation de ces substances. La consommation de médicaments
hors prescription médicale est reconnue par l'expertisé et s'inscrit dans ce diagnostic. [...]

 

Concernant
le trouble bipolaire F31, nous constatons lors des deux premiers entretiens, quelques éléments
dépressifs comme une aboulie et une anhédonie et une tristesse en lien avec les conflits avec
son épouse. Néanmoins, ces symptômes ne sont pas d'une sévérité suffisante
pour justifier un diagnostic d'épisode dépressif caractérisé. La dernière hospitalisation
du 22 décembre met en évidence quelques signes de décompensation maniaque comme une désorganisation
de la pensée, une accélération, des idées de toute-puissance et un sentiment de persécution
plus prononcé. Ces symptômes étaient peu visibles lors de notre évaluation directe
du 11 janvier mais nous retrouvions alors un certain hermétisme de la pensée avec des boucles
cognitives, un déni de la réalité et une certaine toute-puissance. [...]. La prise en
charge adéquate du trouble bipolaire permet en général une réduction significative
des consommations de substances. […]

 

Le
diagnostic de syndrome douloureux somatoforme persistant (F45.4) semble avoir peu évolué depuis
une année. [...] A noter tout de même que l'hospitalisation à l'unité de réhabilitation
de [...] permet d'apaiser les symptômes douloureux de Monsieur A.E.________ sans adaptation médicamenteuse.

 

A
propos du diagnostic de retard mental léger F70, ce diagnostic est stable durant toute l'existence
d'un patient et n'est donc pas susceptible de se modifier. Nous révisons néanmoins ce diagnostic
[...] et retenons donc des troubles cognitifs légers d'origine mixte toxique et psychiatrique (diagnostic
différentiel de possible retard mental léger).

 

L'état
psychique de Monsieur A.E.________ depuis décembre 2020 est marqué par une stabilité jusqu'au
mois de juin 2021. [...] Il est cependant à souligner que, malgré cette stabilité, le
lien thérapeutique demeure très fragile. [...]

 

La
dégradation de l'état psychique de Monsieur A.E.________ semble s'exprimer dès le mois
de juin 2021 avec une augmentation des conflits avec son épouse, des changements subtils de son
comportement [...], quelques entretiens manqués à l'UTAM et surtout des hospitalisations pour
une symptomatologie très aigue. En effet, comme constaté lors de notre dernier rapport d'expertise
la symptomatologie de Monsieur A.E.________ peut très rapidement devenir aigue et bruyante. Dans
ces moments, il y a une réelle mise en danger de lui-même ainsi que d'autrui, comme le témoigne
l'état de somnolence dans lequel l'a trouvé son épouse, les indications de violence à
son égard et une perte de contact avec la réalité. [...]

 

Nous
constatons également qu'au-delà d'une adaptation médicamenteuse, les facteurs environnementaux
ont un impact significatif sur la stabilité du patient. Il nous apparaît que dans un milieu
structurant et contenant comme une unité hospitalière, Monsieur A.E.________ est à l'abri
des facteurs de stress relationnels, des attentes sociales et il est déresponsabilisé de l'organisation
du quotidien. Dans ce milieu protégé, l'état psychique de Monsieur A.E.________ s'améliore
avec une réduction des angoisses et des troubles du comportement. [...]

 

Nous
soulignons la capacité de Monsieur A.E.________ de faire recours à ces thérapeutes. En
effet, malgré la banalisation et le déni de certains aspects de sa psychopathologie, Monsieur
A.E.________ est en mesure de reconnaître une souffrance chez lui et de demander l'aide d'un tiers.
[...] A ce propos, il nous apparaît que le contexte de conflit avec son épouse est central
dans la problématique actuelle. [...] A notre sens, un travail de psychoéducation et d'accompagnement
pourrait permettre de fluidifier les rapports interpersonnels et diminuer l'angoisse et la persécution
de l'expertisé.

 

2.
Assistance et traitement

a)
L'expertisé présente-t-il, en raison de son état de santé, un danger pour lui-même
ou pour autrui ?

Nous
faisons le constat que Monsieur A.E.________ présente généralement un état psychique
qui est stable où les conflits vont plutôt être gérés par l'évitement et
où il ne présente pas de risques de mise en danger de lui-même ou d'autrui. Néanmoins,
nous relevons qu'à des moments ponctuels lorsque l'angoisse déborde l'expertisé, il peut
être mené à consommer des substances pouvant entraver sa capacité de discernement
ainsi que ses capacités d'inhiber un passage à l'acte. Dans ces moments, il est à même
d'être en rupture avec la réalité et de passer à l'acte hétéro-agressif.
Le risque auto-agressif dans ces moments est lié à une mauvaise évaluation des facteurs
de réalité (consommation de substances, surestimation de ses capacités physiques). Le
danger pour lui-même ou pour autrui est donc dépendant de consommation excessive de substances
et de facteurs de stress extérieurs.

 

b)
Eu égard à l'échec de la prise en charge en milieu ambulatoire rapportée par le Dr
H.________, dans son rapport du 6 septembre 2021, les besoins de soins et/ou traitements de l'expertisé
rendent-ils nécessaire une prise en charge institutionnelle ?

Il
nous apparaît que Monsieur A.E.________ s'est présenté à la quasi-totalité de
ses rendez-vous tant avec l'équipe de l'UTAM que celle du CMS. Il est venu très régulièrement
chercher sa médication comme le cadre le stipulait. Monsieur A.E.________ lui-même décrit
un rapport de confiance avec ses thérapeutes. Par ailleurs, ses thérapeutes au moment où
les signes de détresse psychique devenaient plus évidents, ont été en mesure de rencontrer
Monsieur A.E.________ et de l'accompagner dans un processus d'hospitalisation. Nous constatons également
qu'il y a eu une période d'une année sans hospitalisation en milieu psychiatrique aigu. De
ce fait, les éléments pour retenir un échec de la prise en charge ambulatoire se justifient
sur la base d'une seule rechute nécessitant des soins hospitaliers aigus et ayant conduit à
un épisode de violence rapporté par l'épouse de Monsieur A.E.________. Nous estimons que
cette rechute est en lien avec les facteurs environnementaux notamment un conflit de couple important.
Si nous constatons que le fonctionnement de Monsieur A.E.________ s'améliore dans une institution
ou à l'hôpital, nous estimons qu'il n'y a pas de critère suffisant pour poser un PLAFA
institutionnel. Nous soutenons le projet construit par les thérapeutes ambulatoires qui maintiennent
active la discussion avec Monsieur A.E.________ d'une intégration à une institution. Nous
estimons que Monsieur A.E.________ est en mesure de faire ses démarches sur une base volontaire
et estimons que son ambivalence est à accompagner. Il nous semble important de pouvoir fournir un
travail de psychoéducation avec la famille pour permettre de mieux identifier les signaux annonciateurs
d'un stress trop important pour Monsieur A.E.________ ainsi que de les informer sur les compétences
et les limitations de leur proche. Une adaptation du cadre avec éventuellement des hospitalisations
de décharge et une adaptation du traitement sont également des pistes thérapeutiques à
envisager.

 

En
résumé, la psychopathologie de Monsieur A.E.________ est complexe et confronte les thérapeutes
et la famille à des épisodes aigus très déstabilisants. L'accompagnement thérapeutique
et familial est donc particulièrement difficile au vu d'une certaine impuissance, une imprévisibilité
et une difficulté à entrer en lien avec l'expertisé. Une institutionnalisation contrainte
ne nous parait pas justifiée pour prendre en charge adéquatement l'expertisé.

 

[…]

 

d)
Quel(s) risque(s) concret(s) courent l'expertisé et/ou les tiers pour le cas où l'expertisé
ne serait pas pris en charge dans une institution ?

Monsieur
A.E.________ risque un nouveau débordement émotionnel conduisant à une rechute dans les
consommations et la réapparition de symptômes psychotiques aigus, d'une perte de contact avec
la réalité et de passages à l'acte. Il est difficile de prévoir, comme nous l'avons
vu, les facteurs qui induisent ces décompensations. Néanmoins, ceux-ci peuvent conduire à
une réelle mise en danger de lui-même et d'autrui nécessitant une hospitalisation rapide. »

 

17.             
A l’audience du 22 février 2022, la justice de paix a entendu la personne concernée,
son épouse B.E.________, ainsi que le Dr M.________, chef de clinique adjoint à l’UTAM.
A cette occasion, A.E.________ a contesté les conclusions du rapport du complément d’expertise
et estimé qu'il n'avait plus besoin de mesures ambulatoires. Il a ajouté qu’il vivait
avec son épouse, avec laquelle tout se passait bien. Le Dr M.________ a expliqué qu’A.E.________
était assidu aux rendez-vous, qu’il s'y présentait avec régularité, qu’il
venait cinq fois par semaine pour ses médicaments et qu’il avait un rendez-vous de suivi par
mois. Ce médecin a confirmé que les mesures ambulatoires devaient être maintenues. Il
a en outre exposé qu’à sa connaissance, un signalement à la DGEJ concernant les
enfants de la personne concernée et de sa femme avait récemment été effectué.

 

18.             
Par lettre du 23 février 2022, B.E.________ a donné à la justice de paix les coordonnées
du Dr Q.________, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, le couple souhaitant que ce
médecin reprenne le suivi ambulatoire de la personne concernée.

 

19.             
A son audience du 1er
avril 2022, la Chambre de céans a entendu le recourant. Celui-ci a déclaré ne pas être
d’accord avec le traitement ambulatoire imposé. Il a expliqué qu’il était
d’accord de continuer à prendre sa médication, mais qu’il souhaiterait aller la
chercher ailleurs, quitter la Fondation de D.________ et être suivi par un autre médecin que
le Dr M.________, estimant que « rien n’avan[çait] à l’UTAM ».
Il ne savait pas pourquoi on lui avait imposé ces passages à l’UATM. Il a exposé
qu’il ne savait pas que la décision litigieuse lui permettait d’être suivi par
un autre médecin et qu’il n’avait ainsi pas fait de démarches dans ce sens. Il
a indiqué qu’il ne pensait pas pouvoir guérir complétement, qu’il était
dépendant de sa médication et qu’il ne pouvait pas arrêter, mais qu’il pensait
qu’il pourrait gérer cela tout seul chez lui, ajoutant qu’il avait « toujours
géré ». Il a exposé qu’il ne prenait que des Temesta, qu’il en prenait
parfois « plus » mais qu’il n’abusait pas de sa médication, qu’il
ne cachait pas de médicaments dans sa cave et qu’il avait « le droit de garder les
médicaments ». Il a indiqué qu’il avait parlé avec le Dr Q.________,
mais ne l’avait pas encore vu. Il a ajouté que lorsqu’il serait suivi par un médecin
privé, il n’était pas d’accord que le CMS continue à venir chez lui.

 

 

             
En droit :

 

 

1.             
Le recours est dirigé contre une décision de l’autorité de protection de l’adulte
maintenant des mesures ambulatoires en faveur de la personne concernée dans le cadre d’un
examen périodique.

 

1.1

1.1.1             
Les dispositions du droit fédéral de la protection de l’adulte relatives au placement
à des fins d’assistance s’appliquent aux mesures ambulatoires de l’art. 29
LVPAE (Loi du 29 mai 2012 d'application du droit fédéral de la protection de l'adulte
et de l'enfant ; BLV 211.255) à titre de droit cantonal supplétif (CCUR 1er
novembre 2021/228 ; CCUR 15 octobre 2020/207 consid. 1.1, JdT 2021 III 98)

 

             
Ainsi, contre une décision telle que celle entreprise, le recours de l'art. 450 CC (Code civil
suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210) est ouvert à la Chambre des curatelles
(art. 8 LVPAE et 76 al. 2 LOJV [loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; BLV 173.01]),
dans les dix jours dès la notification de la décision (art. 450b al. 2 CC). Les personnes parties
à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes qui ont un intérêt
juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée ont qualité
pour recourir (art. 450 al. 2 CC). Le recours doit être interjeté par écrit, mais il n’a
pas besoin d’être motivé (art. 450 al. 3 CC et 450e al. 1 CC). Il suffit
que le recourant manifeste par écrit son désaccord avec la mesure prise (CCUR 1er
novembre 2021/228 ; Droit de la protection de l'adulte, Guide pratique COPMA, Zurich/Saint-Gall
2012 [ci-après : Guide pratique COPMA 2012], nn. 12.18 et 12.19, p. 285 ; Meier, Droit
de la protection de l’adulte, Genève/Zurich/Bâle 2016, n. 276, p. 142).

 

1.1.2             
Conformément à l'art. 450d CC, la Chambre des curatelles donne à la justice de paix (art.
4 al. 1 LVPAE) l'occasion de prendre position (al. 1), cette autorité pouvant, au lieu de prendre
position, reconsidérer sa décision (al. 2).

 

1.1.3             
L'art. 446 al. 1 CC prévoit que l'autorité de protection établit les faits d'office. Compte
tenu du renvoi de l'art. 450f CC aux règles du CPC (Code de procédure civile du 19 décembre
2008 ; RS 272), l'art. 229 al. 3 CPC est applicable devant cette autorité, de sorte que les faits
et moyens de preuve nouveaux sont admis jusqu'aux délibérations. Cela vaut aussi en deuxième
instance (Steck, Basler Kommentar, op.
cit., n. 42 ad art. 450a CC, p. 2825, et les auteurs
cités). En matière de protection de l'adulte et de l'enfant, la maxime inquisitoire illimitée
est applicable, de sorte que les restrictions posées par l'art. 317 CPC pour l'introduction de faits
ou moyens de preuve nouveaux sont inapplicables (COUR 16 avril 2020/74 ; cf. JdT 2011
Ill 43).

 

1.2             
Signé, exposant sommairement mais clairement le désaccord de la personne concernée –
partie à la procédure – et de son épouse – à laquelle la qualité
de proche peut être reconnue (sur cette notion, voir par exemple CCUR 1er novembre
2021/223) – avec les mesures ordonnées (art. 450 al. 3 et 450e al. 1 CC) et
interjeté dans le délai de dix jours prévu à l'art. 450b al. 2 CC, le recours
est recevable en tant qu’il concerne les mesures ambulatoires.

 

             
Le recours est toutefois irrecevable en tant qu’il porte sur le « signalement auprès
de la DGEJ » de la situation des enfants des recourants, dès lors que cette conclusion
excède manifestement l’objet de la contestation tel que défini par la décision litigieuse
(CCUR 19 janvier 2022/6 consid. 1.3 ; CCUR 12 novembre 2021/239 consid. 3.2 ; cf. également
ATF 142 I 155 consid. 4.4.2 et TF 5A_588/2019 du 30 juillet 2019 consid. 5.2).

 

 

2.             
La Chambre des curatelles doit procéder à un examen complet de la décision attaquée,
en fait, en droit et en opportunité (art. 450a CC), conformément à la maxime d'office
et à la maxime inquisitoire, puisque ces principes de la procédure de première instance
s'appliquent aussi devant l'instance judiciaire de recours (Guide pratique COPMA 2012, n. 12.34, p. 289).
Elle peut confirmer ou modifier la décision attaquée devant elle. Dans des circonstances exceptionnelles,
elle peut aussi l'annuler et renvoyer l'affaire à l'autorité de protection, par exemple pour
compléter l'état de fait sur des points essentiels (art. 318 al. 1 let. c ch. 2 CPC, applicable
par renvoi des art. 450f CC et 20 al. 1 LVPAE). Selon les situations, le recours sera par conséquent
réformatoire ou cassatoire (Guide pratique COPMA 2012, n. 12.39, p. 290).

 

 

3.

3.1             
La Chambre des curatelles, qui n'est pas tenue par les moyens et les conclusions des parties, examine
d'office si la décision n'est pas affectée de vices d'ordre formel. Elle ne doit annuler une
décision que s'il ne lui est pas possible de faire autrement, soit parce qu'elle est en présence
d'une procédure informe, soit parce qu'elle constate la violation d'une règle essentielle de
la procédure à laquelle elle ne peut elle-même remédier et qui est de nature à
exercer une influence sur la solution de l'affaire (Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise,
3e
éd., Lausanne 2002, nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC-VD, p. 763, point de vue qui demeure valable sous
l'empire du nouveau droit).

 

3.2

3.2.1             
En cas de troubles psychiques, toute décision relative à un traitement ambulatoire contraignant
devra toujours être prise sur la base d'un rapport d'expertise (art. 450e al. 3 CC), dans
lequel l'expert doit notamment se prononcer sur l'état de santé de la personne concernée
(ATF 140 III 101 consid. 6.2.2 ; ATF 140 III 105 consid. 2.4, JdT 2015
II 75). A l’instar de ce que la jurisprudence a retenu dans le cadre du placement à des fins
d’assistance, cette disposition s’applique également lors de l’examen périodique
des mesures ambulatoires (ATF 140 III 105 consid. 2.6, JdT 2015 II 75 ; CCUR 5 juillet
2021/160 ; CCUR 15 octobre 2020/207).

 

             
L'expert doit notamment se prononcer sur l'état de santé de la personne concernée (ATF
140 III 101 consid. 6.2.2 ; ATF 140 III 105 consid. 2.4, JdT 2015 II 75 ; TF 5A_374/2018 du
25 juin 2018 consid. 4.2.2) et indiquer sur la base de quels éléments de fait le tribunal a
retenu l'existence d'un état de faiblesse (« Schwächezustand »)
au sens de l'art. 426 al. 1 CC (ATF 140 III 101 consid. 6.2.3). Il doit disposer des connaissances requises
en psychiatrie et psychothérapie, mais il n'est pas nécessaire qu'il soit médecin spécialiste
dans ces disciplines (TF 5A_374/2018 du 25 juin 2018 consid. 4.2.2 et les références
citées ; Geiser, Basler Kommentar, op.
cit., n. 18 ad art. 450e CC, p. 2853 ; Guide
pratique COPMA 2012, n. 12.21, p. 286). Il doit être indépendant et ne pas s'être déjà
prononcé sur la maladie de l'intéressé dans une même procédure (CCUR 5 juillet
2021/160 ; CCUR 15 octobre 2020/207 ; Kühnlein, Le placement à des fins d'assistance
au regard de la pratique vaudoise : principes généraux et questions choisies, in JdT 2017
III 75, p. 86 ; cf. sous l'ancien droit ATF 137 III 289 consid. 4.4 ; ATF 128 III 12 consid.
4a, JdT 2002 1474 ; ATF 118 II 249 consid. 2a, JdT 1995 I 51 ; TF 5A_358/2010 du 8 juin
2010, résumé in Revue de la protection des mineurs et des adultes [RMA] 2010, p. 456), ni être
membre de l'instance décisionnelle (Guillod, Commentaire du droit de la famille [CommFam], Protection
de l'adulte, Berne 2013, n. 40 ad art. 439 CC, p. 789).

 

3.2.2             
En l'espèce, l'autorité de protection a maintenu les mesures ambulatoires en faveur du recourant
en se fondant sur un rapport de complément d'expertise établi le 24 janvier 2022 par le Prof
V.________, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, et la Dre G.________, respectivement
directeur général et médical ainsi que médecin assistante auprès du Centre d'expertise
de la Fondation de D.________, lequel faisait suite à un précédent rapport de ces mêmes
médecins du 31 décembre 2020. Ce rapport fournit des éléments actuels et pertinents
sur l'intéressé et émane de médecins à même d'apprécier valablement
l'état de santé de celui-ci et les risques encourus si les mesures ambulatoires litigieuses
n'étaient pas instituées. Conforme aux exigences requises, il permet à la Chambre de céans
de se prononcer sur la légitimité du traitement ambulatoire ordonné.

 

 

3.3

3.3.1             
En cas de mesures ambulatoires contraignantes, la personne concernée doit en général être
entendue par l’autorité de protection réunie en collège. Il en est de même
lorsque l’autorité de recours, en l’occurrence la Chambre des curatelles, est saisie
de la contestation de la personne concernée contre de telles mesures (art. 447 al. 2 et
450e al. 4, 1ère phr.,
CC ; CCUR 5 juillet 2021/160 ; CCUR 15 octobre 2020/207 ; ATF 139 III 257 consid. 4.3).

 

3.3.2             
En l'espèce, la justice de paix in
corpore a entendu le recourant à l'audience
du 22 février 2022 et la Chambre des curatelles l'a auditionné le 1er
avril 2022, de sorte que son droit d'être entendu a été respecté.

 

3.4             
La décision entreprise est donc formellement correcte et peut être examinée sur le fond.

 

 

4.             
Les recourants font notamment valoir qu’A.E.________ ne veut plus aller à l'UTAM tous les
jours, qu'il ne veut plus de suivi par la Fondation de « D.________ ou un psychiatre de D.________ »,
qu'il souhaite changer de psychiatre et que lui et son épouse ne souhaitent pas d'intervention du
CMS car il n'y a pas de conflit entre eux et « tout se passe bien ». La recourante
ajoute qu’elle a toujours aidé et soutenu son mari et qu’elle continuera à le faire.
Les recourants contestent en outre que la personne concernée aurait enfermé son épouse
dans une chambre pendant trois jours, précisant qu’« il n’y a jamais eu de
séquestration ».

 

4.1

4.1.1             
Faisant usage de la réserve attributive de l'art. 437 al. 1 CC en faveur du droit cantonal en ce
qui concerne les mesures ambulatoires, le canton de Vaud a adopté les art. 29 LVPAE et 58 LSP (Loi
sur la santé publique du 29 mai 1985 ; BLV 800.01). A teneur de l'art. 29 LVPAE, lorsqu'une
cause de placement à des fins d'assistance existe, mais que les soins requis par l'intéressé
peuvent encore être pratiqués sous forme ambulatoire, le médecin autorisé selon l'art.
9 de la présente loi ou l'autorité de protection peut prescrire un tel traitement ambulatoire
et les modalités de contrôle de son suivi (al. 1) ; la décision désigne le médecin
chargé du traitement et fixe le cadre du suivi de la personne concernée (al. 2) ; la même
procédure s'applique lorsqu'il se justifie de prévoir des mesures ambulatoires à la sortie
d'une personne placée en établissement à des fins d'assistance (al. 3) ; si la personne
concernée se soustrait aux contrôles prévus ou compromet de toute autre façon le
traitement ambulatoire, le médecin chargé du traitement avise l'autorité de protection,
qui statue le cas échéant sur le placement ou la réintégration (al. 4). En outre,
l'art. 58 LSP dispose que, sous réserve des compétences de l'autorité de protection
de l'adulte, seul un médecin autorisé selon l'art. 57 peut prescrire un traitement ambulatoire
lorsqu'une cause de placement à des fins d'assistance existe mais qu'il estime que les soins requis
par la personne peuvent être pratiqués sous forme ambulatoire (al. 1) et que la LVPAE précise
la procédure applicable (al. 2).

 

4.1.2             
Ces deux articles exigent ainsi la réalisation de trois conditions cumulatives, à savoir une
cause de placement à des fins d’assistance, un besoin de soins de la personne concernée
et la possibilité d'une prise en charge de celle-ci sous forme ambulatoire.

 

             
Les différentes causes de placement à des fins d’assistance sont définies de manière
exhaustive à l’art. 426 al. 1 CC. Il s’agit des troubles psychiques, de la
déficience mentale ou du grave état d’abandon (TF 5A_374/2018 du 25 juin 2018 consid.
4.2.1 et la réf. cit. ; Meier, op.
cit., n. 1189, p. 576). La jurisprudence a précisé
que la notion de « troubles psychiques » englobe toutes les pathologies mentales
reconnues en psychiatrie, à savoir les psychoses et les psychopathies ayant des causes physiques
ou non, les démences, ainsi que les dépendances, notamment l’alcoolisme, la toxicomanie
ou la pharmacodépendance (TF 5A_374/2018 précité consid. 4.2.1 et les références
citées).

 

             
En outre, les mesures ambulatoires ne peuvent être prononcées que si, en raison de l’une
des causes mentionnées à l'art. 426 CC, la situation de la personne concernée requiert
des soins. Cette nécessité de soins peut être rapprochée du besoin d'assistance ou
de traitement également exigé à l’art. 426 al. 1 CC en matière de placement
à des fins d’assistance. L’intéressé doit ainsi avoir besoin d'une assistance
personnelle, c'est-à-dire présenter un état qui commande qu'une aide lui soit fournie,
souvent sous la forme d'un traitement médical, que des soins lui soient donnés et qu'une protection
au sens étroit lui soit assurée (ATF 134 III 289 consid. 4, JdT 2009 1156 ; Steinauer/Fountoulakis,
Droit des personnes physiques et protection de l'adulte, Berne 2014, n. 1365, p. 596). 

 

4.1.3             
S’agissant de la possibilité pour la personne concernée d’être prise en charge
sous forme ambulatoire, soit en dehors d’une institution, cette condition découle des principes
de proportionnalité et de subsidiarité, en vertu desquels le placement à des fins d’assistance
et le traitement en institution sont considérés comme une ultima
ratio (cf. art. 426 al. 1 in
fine CC ; Kühnlein, op.
cit., p. 109 ; Meier, op.
cit., n. 1314, pp. 632-633). Pour prononcer
des mesures ambulatoires contraignantes, il faut encore que des mesures alternatives portant une atteinte
moins importante à la situation juridique de l'intéressé, telles que l'aide de l'entourage
ou l'aide sociale, aient été ou paraissent d'emblée inefficaces. Il s'agit également
là de l'application du principe de proportionnalité, qui exige que les actes étatiques
soient propres à atteindre le but visé, justifiés par un intérêt public prépondérant,
et qu'ils soient à la fois nécessaires et raisonnables pour les personnes concernées.
Une mesure restrictive est notamment disproportionnée si une mesure plus douce est à même
de produire le résultat escompté. L'atteinte, dans ses aspects matériel, spatial et temporel,
ne doit pas être plus rigoureuse que nécessaire (cf. en matière de placement à des
fins d’assistance : Meier, op.
cit., n. 1199, p. 581 ; Steinauer/Fountoulakis,
op. cit.,
n. 1366, p. 596 ; JdT 2005 III 51 consid. 3a ; Message du Conseil fédéral du
17 août 1977 à l'appui de la révision du Code civil suisse [privation de liberté
à des fins d'assistance], FF 1977 III pp. 28-29 ; TF 5A_374/2018 précité consid.
4.2.1 et les références citées).

 

             
Cette prise en charge ambulatoire suppose par ailleurs l’acceptation de la personne concernée,
ou du moins un minimum de coopération de sa part (JdT 2015 III 203 et les références
citées ; Kühnlein, op.
cit., p. 109). Le Tribunal fédéral
a eu l’occasion d’examiner la base légale neuchâteloise permettant de prononcer
des mesures ambulatoires. Dans ce cadre, il a indiqué que, s’agissant d’une disposition
qui avait exactement la même teneur que l’art. 29 al. 4 LVPAE, il s’agissait
en d’autres termes de mesures acceptées par le patient ou du moins prévues pour un patient
coopératif, le non-respect de celles-ci n’aboutissant pas strictement à une médication
administrée de force, mais à un réexamen de l’opportunité d’ordonner
un nouveau placement à des fins d’assistance (aux conditions de l’art. 426 CC),
dans le cadre duquel un traitement sans consentement pourrait être alors au besoin envisagé
en application de l’art. 434 CC (TF 5A_341/2016 du 3 juin 2016 consid. 3.1).

 

4.1.4             
A titre de mesures envisageables, la doctrine mentionne par exemple la prise de médicaments sous
surveillance, les soins à domicile, la fréquentation d’une clinique de jour ou de nuit,
les visites périodiques chez un médecin, un rendez-vous hebdomadaire auprès d’un
service médico-social, la participation à des séances de psychothérapie ou de thérapie
comportementale (Guillod CommFam, n. 7 ad art. 437 et les références citées).
Ce type de mesures avait déjà été admis sous l’ancien droit (Guillod, op.
cit., n. 9 ad art. 437, qui cite les
TF 5A_256/2010 du 9 avril 2010 et 5A_177/2011 du 28 mars 2011).

 

4.1.5             
En application de l’art. 431 CC à titre de droit cantonal supplétif (CCUR 5 juillet 2021
consid. 3.2 ; CCUR 15 octobre 2020/207 consid. 1.1, JdT 2021 III 98), dans les six mois qui suivent
le prononcé des mesures ambulatoires, l’autorité de protection de l’adulte examine
si les conditions du maintien des mesures sont encore remplies et si elles sont toujours appropriées
(cf. al. 1). Elle effectue un deuxième examen au cours des six mois qui suivent. Par la suite, elle
effectue l’examen aussi souvent que nécessaire, mais au moins une fois par an (cf. al. 2).

 

4.2             
En l'espèce, le recourant souffre, selon le rapport d'expertise du 31 décembre 2020 confirmé
sur ces points par le rapport de complément d'expertise du 24 janvier 2022, de troubles mentaux
et du comportement liés à l'utilisation de drogues multiples et troubles liés à l'utilisation
d'autres substances psychoactives, syndrome de dépendance, d'un trouble affectif bipolaire et d'un
syndrome douloureux somatoforme persistant. Dans leur rapport de complément d'expertise du 24 janvier
2022, les experts sont revenus sur leur précédent diagnostic de retard mental léger pour
retenir finalement des troubles cognitifs légers d'origine mixte toxique et psychiatrique. Partant,
le recourant présente des troubles psychiques.

 

             
Ces troubles ont entraîné de multiples hospitalisations au cours des dernières années
– la dernière datant, au vu des éléments au dossier, de décembre 2021 –
en raison de rechutes importantes. Le recourant a notamment connu une aggravation de son état de
santé à l'été 2021 et ce malgré l'important cadre mis en place. Les experts
ont relevé que, si l'état de l’intéressé était généralement
stable, il pouvait néanmoins, à des moments ponctuels, lorsque l'angoisse le débordait,
être amené à consommer des substances pouvant entraver sa capacité de discernement
et ses capacités d'inhiber un passage à l'acte. Il apparaît que, dans ces moments, il
est à même d'être en rupture avec la réalité et de passer à l'acte hétéro-agressif.
Le risque auto-agressif est pour sa part lié à une mauvaise évaluation des facteurs de
la réalité. Le danger est ainsi lié à sa consommation excessive de substances et
aux facteurs de stress extérieurs. Le recourant risque ainsi, s'il n'est pas pris en charge, un
nouveau débordement émotionnel conduisant à une rechute dans les consommations et la réapparition
de symptômes psychotiques aigus, d'une perte de contact avec la réalité et de passages
à l'acte. Ceux-ci peuvent, de l'avis des experts, conduire à une réelle mise en danger
de la personne concernée. Force est ainsi de constater que le besoin d'assistance et de soins du
recourant en raison de ses troubles psychiques est avéré.

 

             
S’agissant du grief selon lequel le recourant n’aurait pas enfermé son épouse dans
une chambre pendant trois jours, le couple précisant qu’« il n’y a jamais
eu de séquestration », contrairement à ce qui ressort du rapport du 6 septembre 2021
du Dr H.________, il est d’emblée relevé qu’il s’agit de simples allégations
des recourants. Surtout, la question de la réalité de cette « séquestration »
peut être laissée ouverte, dans la mesure où cet élément factuel n’est
en rien déterminant quant à la décision litigieuse, la personne concernée et son
épouse ne soutenant d’ailleurs pas le contraire.

 

             
S'il est vrai qu’A.E.________ semble partiellement anosognosique de son état, les experts
ont toutefois indiqué qu'il n'existait pas d'éléments plaidant en faveur d'un échec
des mesures ambulatoires, une seule rechute ayant été constatée et étant due à
des facteurs environnementaux, notamment le conflit du couple. Les experts ont au reste indiqué
qu'ils soutenaient le projet construit par les thérapeutes ambulatoires. On peut donc encore estimer
que la prise en charge ambulatoire est suffisante, d'autant que les experts ont considéré qu'il
n'existait pas de critère suffisant pour prononcer un placement à des fins d’assistance
en institution. Cela étant, il ressort clairement du dossier que l'alliance thérapeutique est
très fragile, le recourant n'étant en outre pas du tout transparent avec ses thérapeutes
s'agissant de ses consommations de substance. Un cadre contraignant apparaît ainsi indispensable
pour assurer sa sécurité, ainsi que celle de ses proches, et afin de s'assurer de la bonne
marche des mesures et, par conséquent, de la prise en charge adéquate de l’intéressé.
Certes, les médecins ne se prononcent pas clairement sur ce point dans leur rapport de complément
d'expertise puisqu'ils semblent évoquer que les démarches pourraient se faire sur une base
volontaire, tout en estimant que l'ambivalence du recourant est à accompagner. Le Dr M.________
a en revanche clairement indiqué à l'audience du 22 février 2022 que les mesures ambulatoires
devaient être maintenues. Au reste, la teneur du recours, dans lequel A.E.________ nie tout problème
de quelque nature que ce soit, de même que ses déclarations le 1er
avril 2022 aux termes desquelles il estime pouvoir « gérer cela » tout seul
chez lui, comme il l’a toujours fait, ne sont pas de nature à rassurer sur sa compliance à
la poursuite volontaire d’un traitement. On ajoutera que vu l’historique du recourant et
ses nombreuses hospitalisations, une ou des mesures plus légères que celles litigieuses paraissent
en l’état d’emblée inefficaces. En particulier, compte tenu de la fragilité
du recourant, l’intervention du CMS à domicile est – contrairement à ce que soutiennent
les recourants – nécessaire pour réduire au minimum le risque de rechute dans les consommations.
Au surplus, il est rappelé aux recourants que la décision litigieuse prévoit expressément
au chiffre V de son dispositif la possibilité de transférer le suivi des mesures ambulatoires
de la personne concernée à un psychiatre extérieur à la Fondation de D.________,
tel le Dr Q.________ proposé par A.E.________ et son épouse. Ce projet doit être élaboré
avec le médecin responsable de l’UTAM. Il appartient ainsi aux recourants d’effectuer
les démarches en ce sens, de sorte que le grief du couple à ce sujet paraît être
inconsistant. On précisera à toutes fins utiles que dans l’intervalle, le suivi des mesures
ambulatoires doit à l’évidence continuer d’être assuré par le médecin
responsable de l’UTAM.

 

             
En outre, si le recourant apparaît certes oppositionnel sur certains aspects des mesures ambulatoires,
sa coopération concrète auxdites mesures est en l’état suffisante. A cet égard,
le Dr M.________ a en effet indiqué, lors de l’audience du 22 février 2022, que
la personne concernée était assidue aux rendez-vous, qu’elle s’y présentait
avec régularité, qu’elle venait cinq fois par semaine pour ses médicaments et qu’elle
avait un rendez-vous de suivi par mois. Dans leur rapport de complément d’expertise, les experts
ont également exposé qu’A.E.________ était venu à la quasi-totalité de
ses rendez-vous tant avec l’équipe de l’UTAM qu’avec celle du CMS, précisant
que l’intéressé était venu très régulièrement chercher sa médication
comme le cadre le stipulait. On rappellera au surplus que si le recourant se soustrayait aux contrôles
prévus ou compromettait de toute autre façon le traitement ambulatoire, l’autorité
de protection en serait avisée et réexaminerait la nécessité de prononcer le placement
à des fins d’assistance de l’intéressé.

 

             
Partant, les conditions pour maintenir les mesures ambulatoires litigieuses sont réunies, de sorte
qu’elles doivent être confirmées. On précisera que si le chiffre V de la décision
litigieuse ne permettait pas – au plus tard au moment du deuxième réexamen des mesures
ambulatoires dans les six mois – une évolution de la situation quant au projet de transférer
le suivi desdites mesures à un psychiatre extérieur à l’UATM, il conviendrait alors
d’envisager, le cas échéant, l’institution d’une curatelle de représentation
en faveur du recourant.

 

 

5.             
En conclusion, le recours doit être rejeté, dans la mesure où il est recevable, et la
décision entreprise confirmée.

 

             
L'arrêt peut être rendu sans frais judiciaires de deuxième instance (art. 74a al.
4 TFJC [tarif du 28 septembre 2010 des frais judiciaires civils ; BLV 270.11.5]).

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des curatelles du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

 

             
II.             
La décision est confirmée.

 

             
III.             
L'arrêt, rendu sans frais judiciaires de deuxième instance, est exécutoire.

 

La
présidente :              Le greffier
:

 

 

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
M. A.E.________,

‑             
Mme B.E.________,

 

et
communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut,

‑             
Fondation de D.________, Unité de Traitement des Addictions, à l’attention du médecin
responsable,

 

par
l'envoi de photocopies.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente
jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Le greffier :