# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 400c3f35-fcf4-57a9-9845-60bdbcc06cc3
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2016 / 486
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2016---486_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

AJ15.041323-160645

166 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
19 mai 2016

__________________

Composition
:               M.             
Winzap,
président

             
              Mmes             
Crittin Dayen et Giroud Walther, juges

Greffier             
:              M.             
Hersch

 

 

*****

 

 

Art.
29 al. 2 Cst.

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par F.________,
à Lausanne, contre la décision rendue le 6 avril 2016 par la Juge de paix du district de Lausanne,
la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 6 avril 2016, communiquée pour notification le 12 avril 2016, la Juge de paix
du district de Lausanne (ci-après : la Juge de paix) a fixé l'indemnité du conseil
d'office de X.________, allouée à Me F.________, à 1'468 fr.80, dont 100 fr. de débours
et 108 fr.80 de TVA compris pour la période du 8 septembre 2015 au 5 avril 2016 (I) et dit que le
bénéficiaire de l'assistance judiciaire est, dans la mesure de l'article 123 CPC, tenu au remboursement
de l'indemnité du conseil d'office mise à la charge de l'Etat (II).

 

             
En droit, le premier juge, statuant sur l’indemnité d’office à allouer à Me
F.________ dans le cadre d’une procédure en exécution de jugement, s’est référé
à la liste des opérations produite et a considéré qu’au vu de la nature et
de la faible complexité de la cause, une indemnité équivalant à sept heures de travail
paraissait suffisante. Quant aux débours, ils paraissaient surévalués, de sorte qu’il
convenait de les réduire au montant forfaitaire de 100 fr. prévu par l’art. 3 al. 3 RAJ.
L’indemnité d’office devait donc être fixée à 1'468 fr.80, TVA et débours
compris.

 

 

B.             
Par acte du 22 avril 2016, Me F.________ a interjeté
recours contre la décision précitée, en concluant, sous suite de frais et dépens,
à la réforme de son chiffre I en ce sens que l’indemnité allouée au conseil
d’office de X.________ soit arrêtée à 2'503 fr.45, TVA incluse.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait de la décision, complétée
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.             
Le 29 septembre 2015, X.________ a requis l’assistance
judiciaire dans la procédure en exécution forcée qui l’opposait à son ancien
employeur [...], rebaptisée E.________.

 

             
Par décision du 26 octobre 2015, la Juge de paix a accordé l’assistance judiciaire à
X.________ dans la cause précitée avec effet au 8 septembre 2015 (I), désigné Me
F.________ en qualité de conseil d’office (II) et exonéré X.________ de toute franchise
mensuelle (III).

 

2.             
Le 15 janvier 2016, X.________ a déposé
une requête d’exécution forcée, au pied de laquelle il a conclu, sous suite de frais
et dépens, à ce qu’E.________ soit condamnée à lui délivrer un certificat
de travail conforme à la teneur du chiffre III du jugement du 13 mai 2015, sous menace de la peine
d’amende de l’art. 292 CP (I), à ce que faute d’exécution du chiffre I dans
les cinq jours dès l’entrée en force de la décision, E.________ soit condamnée,
à sa requête, à une amende d’ordre de 1'000 fr. au plus pour chaque jour d’inexécution
(II) et à ce que faute d’exécution du chiffre I dans les trente jours dès l’entrée
en force de la décision, E.________ soit reconnue sa débitrice de la somme de 106'209 fr.40,
avec intérêts à 5 % l’an dès le 18 décembre 2013 (III).

 

             
Le 1er
mars 2016, X.________ a informé la Juge de paix que le certificat de travail requis avait été
délivré par E.________.

 

3.             
Le 5 avril 2016, dans le délai imparti par
la Juge de paix, Me F.________ a produit la liste des opérations effectuées pour la période
du 8 septembre 2015 au 5 avril 2016. Ce document, qui mentionnait la date et la durée de chacune
des opérations effectuées ainsi que les débours correspondants, faisait état d’un
total de 11.41 heures de travail d’avocat et de 285 fr.35 de débours.

 

             
La décision entreprise a été rendue le 6 avril 2016.

 

             
Par décision du 12 avril 2016, la Juge de paix a constaté que la requête d’exécution
forcée était sans objet, mis les frais judiciaires, arrêtés à 150 fr., à
la charge de l’intimée E.________, condamné cette dernière à verser à
X.________ la somme de 500 fr. à titre de dépens et rayé la cause du rôle.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Aux termes de l'art. 110 CPC (Code de procédure
civile suisse du 19 décembre 2008 ; RS 272), la décision arrêtant la rémunération
du conseil d'office en application de l'art. 122 al. 1 let. a CPC est une décision sur frais qui
ne peut être attaquée séparément que par un recours au sens de l'art. 319 let. b
ch. 1 CPC (Tappy, CPC commenté, 2011, n. 21 ad art. 122 CPC ; cf. notamment CREC 21 décembre
2015/438 ; CREC 15 avril 2014/140 ; CREC 13 février 2013/52).

 

             
Lorsque la décision a été rendue en procédure sommaire, par exemple pour statuer
sur l'indemnité du conseil d'office (art. 119 al. 3 CPC), le recours, écrit et motivé,
doit être déposé dans un délai de dix jours à compter de la notification (art. 321
al. 2 CPC) auprès de l'instance de recours, soit la Chambre des recours civile (73 al. 1 LOJV [loi
vaudoise d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01]).

 

             
Dans la mesure où sa propre situation est
affectée, le conseil juridique dispose à titre personnel d'un droit de recours au sujet de
la rémunération équitable accordée (ATF 131 V 153 consid. 1 ; Tappy, op. cit., n.
22 ad art. 122 CPC).

 

             
En l'espèce, formé en temps utile par
une partie qui a un intérêt digne de protection (art. 59 al. 2 let. a CPC), le présent
recours est recevable.

 

 

2.             
Le recours est recevable pour violation du droit
(art. 320 let. a CPC) et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 let. b CPC). L'autorité
de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant de la violation du droit (Spühler, Basler
Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2e
éd., 2013, n. 1 ad art. 320 CPC). Elle revoit librement les questions de droit soulevées par
le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de l'autorité précédente
ou du recourant (Hohl, Procédure civile, tome Il, 2e
éd., 2010, n. 2508). S'agissant des faits, toutefois, le pouvoir d'examen dont dispose l'autorité
saisie d'un recours est plus restreint qu'en appel, le grief de la constatation manifestement inexacte
des faits se recoupant avec celui de l'arbitraire au sens de l'art. 9 Cst. (Jeandin, CPC commenté,
op. cit., nn. 4 et 5 ad art. 321 CPC et les réf. cit.).

 

 

3.

3.1             
La recourante invoque une violation de son droit
d'être entendue, sous l'angle d'un défaut de motivation : le premier juge aurait réduit
sa liste des opérations de trois heures sans expliciter quelles opérations seraient superflues
ni pourquoi, ce qui serait contraire à la jurisprudence du Tribunal fédéral. Elle critique
également le renvoi à l'art. 3 al. 3 RAJ s'agissant des débours, cette disposition n’étant
applicable que dans l'hypothèse où aucune liste des opérations n’a été
produite, ce qui ne serait pas le cas en l'espèce.

 

3.2             
Le droit d'être entendu est une garantie
constitutionnelle (art. 29 al. 2 Cst. [Constitution fédérale de la Confédération
suisse du 18 avril 1999 ; RS 101]) de nature formelle, dont la violation entraîne l'annulation
de la décision attaquée sans égard aux chances de succès du recours sur le fond (ATF
127 V 431 consid. 3d/aa).

 

             
La jurisprudence a déduit du droit d'être entendu le devoir de l'autorité de motiver sa
décision afin que le destinataire puisse la comprendre, l'attaquer utilement s'il y a lieu et que
l'autorité de recours puisse exercer son contrôle. Pour répondre à ces exigences,
il suffit que le juge mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidé dans sa décision,
de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci
et l'attaquer en connaissance de cause (ATF 133 I 270 consid. 3.1, JdT 2011 IV 3 ; ATF 130 II 530
consid. 4.3). Lorsque l'autorité fixe l'indemnité due à un conseil d'office en statuant
sur la base d'une liste de frais, elle doit alors exposer brièvement, si elle entend s'en écarter,
les motifs pour lesquels elle tient certaines prétentions pour injustifiées, afin que son destinataire
puisse attaquer la décision à bon escient (TF 5D_28/2014 du 26 mai 2014 consid. 2.2 ;
TF 5A_39/2014 du 12 mai 2014 consid. 4.2).

 

             
Selon l’art. 3 al. 3 RAJ (règlement sur l’assistance judiciaire en matière civile
du 7 décembre 2010 ; RSV 211.02.3), en l’absence de liste des débours, le conseil
juridique commis d’office reçoit une indemnité forfaitaire de 50 fr. pour une affaire
transigée avant l’ouverture d’action et de 100 fr. dans les autres cas.

 

3.3             
En l’espèce, le premier juge a estimé
qu’une indemnité équivalant à sept heures de travail paraissait suffisante au vu
de la nature et de la faible complexité de la cause. Ce faisant, il n’a pas explicité
quels postes de la liste des opérations produite avaient fait l’objet d’un ajustement
de sa part, le cas échéant pour quel motif, et s’est contenté de réduire à
sept heures le nombre d'heures lui paraissant suffisantes pour traiter la cause. Aucune explication précise
en lien avec les tâches effectuées par l'avocate qui ne seraient pas justifiées n'a été
donnée, le premier juge s’étant contenté d'une motivation générale relative
à la nature et à la faible complexité de l'affaire. De même, en réduisant les
débours au montant forfaitaire de 100 fr. prévu par l’art. 3 al. 3 RAJ au motif que ceux-ci
paraissaient surévalués, le premier juge, auquel une liste détaillée des débours
avait été fournie, n’a pas satisfait à son devoir de motivation, puisqu’il
n’a pas explicité, même brièvement, quels débours n’étaient pas
justifiés.

 

             
Le défaut de motivation ainsi constaté constitue une violation du droit d’être entendue
de la recourante. Ce vice ne pouvant être réparé par la Chambre de céans, compte
tenu de son pouvoir d'examen restreint, il convient d’annuler la décision entreprise et de
renvoyer la cause au premier juge afin qu’il statue à nouveau.

 

 

4.             
Il résulte des considérants qui précèdent
que le recours doit être admis, la décision entreprise annulée au chiffre I de son dispositif
et la cause renvoyée à l'autorité de première instance pour nouvelle décision
(art. 327 al. 3 let. a CPC).

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 100 fr. (art. 69 al. 1 et 70
al. 3 TFJC [Tarif des frais judiciaires en matière civile du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]),
seront laissés à la charge de l'Etat (art. 107 al. 2 CPC).

 

             
La recourante ayant agi dans sa propre cause, il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens (art.
95 al. 3 let. c CPC a contrario).

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
Le prononcé du 6 avril 2016 est annulé au chiffre I de son dispositif et la cause est renvoyée
à la Juge de paix du district de Lausanne pour nouvelle décision.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 100 fr. (cent francs), sont
laissés à la charge de l’Etat.

 

             
IV.             
L’arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
19 mai 2016

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me F.________.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 30’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Madame la Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
Le greffier :