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**Case Identifier:** eb296718-bb51-59ea-b57c-9af09cdf463b
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2003-06-11
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre des prud'hommes 11.06.2003 C/29768/2001
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_003_C-29768-2001_2003-06-11.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE  Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/29768/2001 -1  
 

POUVOIR  JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* 
 

 

 

 

 

T______ 

Dom. élu : 
Me PRINI Florence 

Route du Grand-Lancy 47 

1212 Grand-Lancy 

 

 

 

 

 

Partie appelante et intimée sur 
appel incident 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’une part 

 

 

E______ SA 

Dom. élu : 
Me PETROZ Pascal 

Avenue de Champel 24 

Case postale 123 

1211 Genève 12 

 

 

 

 

Partie intimée et appelante 
incidente 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’autre part 

 

 

 

 

 

ARRÊT 
 

du  

 

 

  M. Christian MURBACH, président 

 

 

  MM. Pierre CHEVALLEY et Maria UNTERNAEHRER, juges employeurs 

 

  MM. Francis KOHLER et Pierre-andré THORIMBERT, juges salariés 

 

 

  M. Philippe GORLA, greffier d’audience 
 

 

 Juridiction des prud’hommes 
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EN FAIT 
 

 

En 1962, T______ a été engagé par E______, en qualité d’installateur sanitaire 
dans l’entreprise que celui-ci exploitait en raison individuelle, entreprise devenue 
en 1996 E______ SA. 

 

Le 18 novembre 1971, E______ a conclu, au bénéfice de T______, une police 

d’assurance-vie auprès de la RENTENANSTALT. Cette police prévoyait, 
notamment, le versement d’une rente annuelle de fr. 4000.-- en cas d’incapacité 
de gain de la personne assurée. 

 

A la suite de l’accident professionnel dont a été victime T______ en 1978, la 
RENTENANSTALT a versé à E______ SA, en faveur de T______, une rente 

d’incapacité de gain qui, selon le décompte précis établi par l’assureur pour les 
paiements effectués jusqu'à fin 2000, s’est élevée, en totalité à fr. 51'666.30. 
 

En 1984 et 1985, T______ a emprunté à E______ respectivement fr. 5000.-- et 

fr. 10'000.--, sommes qui ont été remboursées entre 1985 et 1994 et ont fait l’objet 
d’un décompte établi par E______ et contresigné par son employé. 
 

En 1987, T______ a emprunté fr. 30'000 à E______ qui lui a déclaré que, cette 

fois-ci, il lui « prendrait des intérêts », sans lui en indiquer toutefois le taux (p.v. 

de c.p. du 18.04.2002, p. 3 décl. de T______). A cet égard, E______ SA a allégué 

que la perception de l’intérêt annuel de 6% avait été convenue, E______ ayant 
utilisé une ligne de crédit auprès d’une banque pour octroyer le prêt à son 
employé, banque qui lui prélevait un intérêt annuel de 6%. 

 

S’agissant du prêt susmentionné, T______ a déclaré que son patron lui avait dit de 
rembourser celui-ci à raison de versements de fr. 650.--, sans toutefois lui fixer 

d’échéance. En outre, il a soutenu avoir remboursé ledit prêt en totalité et a 
produit à ce sujet des justificatifs de versement en faveur de E______, attestant le 

paiement de la somme précitée entre 1987 et 1996. De son côté, E______ SA a 

produit un décompte informatique concernant ledit remboursement, faisant état 

d’un montant total de fr. 43'000.75 qui restait dû par son ex-employé ; elle a 
soutenu que les prestations d’assurance devaient servir au remboursement de la 
dette de fr. 30'000.--. 

 

A cet égard, il ressort des pièces produites que T______ s’est acquitté à dix 
reprises d’une somme de fr. 650.-- entre 1987 et 1988, qu’il a interrompu les 
paiements entre 1988 et 1994 et qu’il a versé à son patron la somme de fr. 16'000.- 
le 4 mars 1996. 

 

En l’an 2000, T______ a demandé des comptes à E______ SA concernant les 
rentes d’assurance que la société avait perçues pour son compte. Cette dernière a 

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fait valoir que E______ et T______ avaient convenu que les rentes versées par la 

RENTENANSTALT seraient retenues par l’employeur dès 1988 pour le 
remboursement du prêt et des intérêts, ce que T______ a contesté. 

 

Par courrier du 24 octobre 2000 T______ a été licencié pour le 31 décembre 2000.  

 

Par demande reçue par la juridiction des prud’hommes le 18 décembre 2001, 
T______ a assigné E______ SA en paiement d’un montant de fr. 50'000.-, avec 
intérêts à 5% l’an dès le 31 décembre 1991, à titre de rétrocession  des montants 
versés par la RENTENANSTALT en vertu du contrat d’assurance-vie conclu par 
son employeur en sa faveur. 

 

Dans ses écritures responsives du 4 mars 2001, E______ SA a conclu, 

principalement, à l’irrecevabilité  de la demande pour cause d’incompétence de la 
juridiction prud’homale à raison de la matière, subsidiairement au déboutement de 
T______ de toutes ses conclusions. 

 

Après avoir ordonné à E______ SA de produire toutes les pièces comptables 

justifiant les paiements effectués à titre de rétrocession des rentes, ainsi que tout 

autre document utile « à l’éclaircissement de la cause », le tribunal a, par 
jugement rendu suite à la délibération du 22 août 2002, notifié le 1er novembre 

2002, condamné E______ SA à payer à T______ la somme de fr. 11'510.85 net, 

avec intérêt à cinq % l’an dès le 18 décembre 2001. 
 

Après avoir relevé que T______ et E______ avaient convenu que les rentes 

d’assurance versées par la RENTENANSTALT seraient perçues par l’employeur 
pour être ensuite rétrocédées à son employé, et que cet accord avait été intégré au 

contrat de travail, les premiers juges ont considéré que des prétentions de 

T______ étant exigibles avant la fin de l’année 1996, les prétentions antérieures 
étaient déjà prescrites le 18 décembre 2001, date du dépôt de la demande, et ce sur 

la base de l’article 128 ch. 3 CO prévoyant une prescription de cinq ans pour les 
actions des travailleurs pour leurs services. Le Tribunal a par ailleurs estimé que 

E______ SA n’avait pas réussi à prouver que son ex-employé avait convenu avec 
E______ que le prêt de fr. 30'000.- serait remboursé au moyen des rentes 

d’assurance. Comme il résultait de la procédure qu’à fin 1996 T______ avait déjà 
remboursé les prêts qui lui avait été octroyés, y comprit ceux de fr. 15'000.-- 

accordés en 1984 et 1985, les rentes versées par la RENTENANSTALT 

postérieurement au 1er janvier 1997 ne pouvaient pas servir à compenser une 

créance déjà éteinte. Dès lors, T______ avait droit aux rentes versées par la 

compagnie d’assurance depuis l’année 1997 jusqu’à la fin de l’année 2000, moins 
le versement de fr. 822.15 effectué par E______ SA le 7 novembre 2000, soit la 

somme de fr. 11'510.85 (fr. 12'333.- - fr. 822.15). Dans la mesure où les 

prétentions de T______ relatives aux rentes antérieures à 1997 étaient prescrites, 

cette somme ne pouvait porter intérêts depuis le 31 décembre 1991, mais 

uniquement depuis la date de la demande, soit le 18 décembre 2001. 

 

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Par acte déposé au greffe de la juridiction des prud’hommes le 4 décembre 2002, 
T______ appelle de ce jugement, dont il sollicite l’annulation, concluant à ce que 
E______ SA soit condamnée à lui verser la somme de fr. 44'548.25 avec intérêt à 

cinq % dès le 21 novembre 1997. 

 

E______ SA a conclu au déboutement de l’appelant de toutes ses conclusions. 
Formant appel incident, elle a conclu à ce que le jugement entreprit soit 

entièrement annulé et T______ débouté de toutes ces conclusions. 

 

T______ à conclu au déboutement de E______ SA de ses conclusions d’appel 
incident. 

 

A l’issue de l’audience du 11 juin 2003, les parties ont persisté dans leurs 
explications et conclusions. 

 

Leurs arguments seront repris dans la mesure utile ci-dessous. 

 

 
 

EN DROIT 
 
 
Interjetés dans les formes et délais prévus par les articles 59 et 62 de la loi sur la 

juridiction des prud’hommes (ci-après : LJP), les appels tant principal qu’incident 
sont recevables. 

 

Les conclusions de l’appelante incidente étant susceptibles, si elles se révélaient 
fondées, d’annuler entièrement le jugement querellé, il convient de les examiner 
en premier lieu. 

 

E______ SA fait tout d’abord valoir que dans la mesure où le contrat d’assurance-
vie n’a pas été conclu entre les parties, T______ ne peut agir en exécution, sur la 
base de l’article 97 CO, qu’à l’égard de l’assureur et non pas à l’encontre de son 
ex-employeur. 

 

Ce point de vue ne saurait être suivi. 

 

En effet, T______ n’ayant émis aucune objection à ce que les prestations 
d’assurance lui revenant soient versées par la RENTENANSTALT à son 
employeur, on conçoit mal comment il pourrait réclamer à l’assurance une 
seconde fois l’exécution de ses obligations contractuelles dont elle s’est 
valablement libérée en versant les rentes convenues à E______ SA, éteignant ainsi 

sa dette dans le cadre du contrat conclu avec l’appelante incidente. 
 

En revanche, en encaissant les montants destinés à son employé, E______ SA est 

devenue débitrice de ces montants à l’égard de celui-ci. 

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Le moyen soulevé s’avère dès lors infondé. 
 

Il en va de même s’agissant de la prescription fondée sur l’art. 62 al. 1 CO dont se 
prévaut E______ SA pour les prétentions dont elle fait l’objet. 
 

En effet, l’appelante incidente soutient que, puisque sa partie adverse l’accuse 
d’avoir conservé indûment par devers elle des montants qui lui revenait, 
s’enrichissant ainsi illégitimement au sens de l’art. 62 al. 1 CO, l’action intentée 
par T______ est une action en enrichissement illégitime se prescrivant par un an à 

compter du jour où la partie lésée à eu connaissance de son droit de répétition, 

soit, en l’espèce, le 18 octobre 2000, date à laquelle elle a adressé à l’appelant le 
décompte établi le 6 octobre 2000 par la RENTENANSTALT : or, en saisissant la 

juridiction des prud’hommes le 18 décembre 2001, soit 14 mois plus tard, 
T______ a agi tardivement alors que ses prétentions étaient prescrites. 

 

Là également, le moyen soulevé par l’appelante incidente s’avère dénué de 
fondement. 

 

En effet, si, le 18 octobre 2000, l’appelant a bien eu connaissance, par le biais du 
décompte daté du 6 octobre 2000 établi par la RENTENANSTALT, des montants 

versés par l’assurance à son employeur, il devait encore, afin de déterminer le 
montant qui devait lui être restitué par E______ SA, connaître les sommes que 

son ex-employeur lui avait rétrocédées. Or, force est de constater que jusqu’au 
dépôt de la demande en justice de T______, l’appelante incidente n’a pas été en 
mesure de fournir un décompte des montants rétrocédés à son ex-employé, de 

sorte que l’appelant n’a pas connu la perte réelle qu’il avait subie du fait des 
agissement de E______ SA, de sorte que le délai de prescription, qui commence à 

courir du jour ou le lésé a eu notamment connaissance de la perte subie (JT 1979 

DCXI) n’avait pas encore couru. 
 

Enfin, c’est en vain également que l’appelante incidente invoque l’abus de droit 
au sens de l’art. 2 al. 2 CC, au motif que T______ avait attendu environ six ans 
avant de l’assigner en justice alors que, comme les premiers juges l’avaient 
retenu, le prêt de fr. 30'000.- qui leur a été octroyé avait déjà été remboursé en 

1996. 

 

En effet, ce n’est qu’au mois d’octobre 2000, que l’intéressé a commencé à se 
soucier de ce qu’étaient advenues des sommes reçues pour compte par E______ 
SA et ce n’est qu’à la suite de son licenciement, le 24 du même mois, et après 
avoir appris que son employeur avait décidé de garder les rentes en 

remboursement d’un prêt qu’il estimait avoir déjà payé directement, qu’il a 
envisagé d’introduire un action. 
 

Dès lors, on ne discerne pas en quoi le comportement de l’intimé sur appel 
incident serait abusif. 

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E______ SA réclame enfin à son ex-employé des intérêts à 6% sur le prêt de 

30'000.- qui était accordé à ce dernier en 1987. Sur ce point, E______ SA n’a pas 
chiffré ses prétentions dans son appel incident, ni n’a excipé de compensation, de 
sorte que ses conclusions à cet égard apparaissent irrecevables. 

 

Même si l’on estimait que tel n’était pas le cas, E______ SA ayant indiqué, lors 
de l’audience du 11 juin 2003, que le montant des intérêts qu’elle estimait lui être 
dus par sa partie adverse était mentionné sur la pièce 18 de son chargé, soit un 

montant de fr. 13'748.75, tenant compte des remboursements effectués par 

T______. 

 

En effet, si l’on se reporte à ladite pièce, il apparaît que les intérêts que E______ 
SA estime lui être dus sont énumérés du 1er octobre 1987 au 4 mars 1996, date à 

laquelle la somme des intérêts dus, soit fr. 13'748.75, à été calculée. 

 

Or, à teneur de l’art. 128 ch. 1 CO, les intérêts de capitaux et toute autre 
redevance périodique se prescrivent par cinq ans. Dès lors que les derniers intérêts 

étaient dus au 4 mars 1996, les créances s’y rapportant étaient largement 
prescrites lorsque E______ SA en a réclamé le paiement. 

 

T______ reproche aux premiers juges d’avoir retenu une prescription de cinq ans, 
fondée sur l’art. 128 ch. 3 CO, concernant ses prétentions à l’encontre de E______ 
SA, alors que cette disposition était inapplicable dans le cas d’espèce dans la 
mesure où elle se rapportait aux action des travailleurs « pour leurs services ». Or, 

selon l’appelant, l’objet du litige opposant les parties ne se rapportait pas à ses 
services, mais à une créance liée à des prestations d’assurance conservées 
indûment par l’employeur, de sorte que la prescription particulière et 
exceptionnelle de l’art. 128 ch. 3 CO n’était pas applicable, seule la prescription 
usuelle de dix ans de l’art. 127 CO devant être retenu. 
 

E______ SA soutient l’opinion inverse, à savoir que le litige relevant du contrat 
de travail, c’est la prescription de l’art. 128 ch. 3 CO qui est applicable. 
 

Les prétentions découlant, comme en l’espèce, d’un contrat de travail se 
prescrivent selon les dispositions générales du CO, soit les art. 127, 128 et 134 

al. 1 ch. 4 CO. 

 

L’art. 128 ch. 3 CO prévoit une prescription quinquennale des créances des 
travailleurs pour leurs services. Cette prescription de cinq ans s’applique à toute 
les créances de nature salariale, telles que salaire, gratification, provision, 

participation au chiffre d’affaires, salaire afférent aux vacances, heures et travail 
supplémentaires, remboursement de frais (Wyler, Droit du travail, 2002, p. 446 

ch. 5, Zürcher Kommentar-Staehelin, p. 797 n. 19 ad art. 341 CO et les références 

citées).   

 

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En l’occurrence, T______ réclame à l’intimée les montants que celle-ci a reçus 
pour son compte lorsqu’il se trouvait en incapacité de gain, sommes qu’il lui 
reproche d’avoir indûment conservées. Ainsi, force est de constater que les 
prestations versées par la RENTENANSTALT avaient pour but de se substituer 

au salaire que devait normalement percevoir T______. 

 

Dès lors que, par ailleurs, les parties étaient d’accord que les prestations de 
l’assurance devaient être d’abord perçues par l’employeur puis rétrocédées au 
travailleur, le tout étant intégré dans le contrat de travail les liant, les montants 

reçus par T______ de son patron en lieu et place de ses appointements étaient bien 

de nature salariale et découlaient de ses services. 

 

C’est donc à bon droit que les premiers juges ont fait application de la prescription 
quinquennale de l’article 128 ch. 3 CO, ont considéré que les prétentions de 
l’appelant antérieur à 1997 ne pouvaient plus être réclamées et que l’intimée ne 
devait être condamnée à ce titre qu’à payer à son ex-employé la somme de 
fr. 11'510.85. 

 

Il en découle que le jugement entrepris doit être intégralement confirmé. 

 

Les sommes litigieuses étant inférieures à fr. 30'000.-, il n’y a pas lieu à 
perception d’un émolument d’appel (art. 60 al. 1 LJP). 
 

 

 

 

PAR CES MOTIFS 
 

 

La cour d’appel des prud’hommes, groupe 1 
 

 

A la forme : 

 

- Déclare recevables les appels tant principal qu’incident interjetés 
respectivement par T______ et E______ SA contre le jugement rendu par 

le Tribunal des prud’hommes suite à la délibération du 22 août 2002 en la 
cause C/29768/2001-1. 

 

 

Au  fond : 

 

Statuant sur appel principal : 

 

- Déboute T______ de toutes ses conclusions. 
 

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Statuant sur appel incident : 

 

- Déboute E______ SA de toutes ses conclusions. 
 

- Déboute les parties de toutes autres conclusions. 
 

 

 

 

 

 

Le greffier de juridiction        Le président