# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** acaa63da-4974-52be-9940-69711f64c3af
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2013 / 224
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2013---224_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

 

KC12.027460-130649

 

276

 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
5 juillet 2013

__________________

Présidence
de               Mme             
R O U L E A U, vice-présidente

Juges             
:              Mme             
Carlsson et M. Maillard

Greffier
              :             
M.               Berthoud, greffier
ad hoc              

 

 

*****

 

 

Art.
80 LP, 54 al. 1 et 2 LPGA, 34a RAVS

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
R.________,
à Poliez-le-Grand, contre le prononcé rendu le 19 septembre 2012 par le Juge de paix du district
du Gros-de-Vaud, dans la cause opposant le recourant à la CAISSE
CANTONALE VAUDOISE DE COMPENSATION AVS, à
Clarens.

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
a) Le 21 novembre 2011, la Caisse cantonale vaudoise
de compensation AVS a adressé à R.________ une facture de cotisations personnelles pour les
années 2008 à 2010, portant, pour les cotisations AVS/AI/APG, sur les montants de 2’401
fr. 20 pour l'année 2008, 10’158 fr. pour l'année 2009, et 12'680 francs 40 pour l'année
2010, pour les cotisations d’allocations familiales sur les montants de 1’635 fr. pour l'année
2009 et de 1'594 fr. 20 pour l’année 2010, et pour la participation aux frais d'administration
sur les montants de 59 fr. 95 pour l'année 2008, de 253 fr. 80 pour l'année 2009 et de 316
fr. 80 pour l'année 2010. La facture porte sur un montant total de 29'099 fr. 35 qui devait être
crédité auprès de la caisse le 21 décembre 2011 au plus tard. Ce décompte
mentionne au verso qu’il est possible de recourir contre cette décision par écrit dans
les trente jours à compter de sa notification.

 

             
Le 4 janvier 2012,
la caisse a adressé à l’affilié une sommation portant sur le montant précité
plus 130 fr. de "taxe sommation, taxation d'office, amende" à verser dans un délai
au 18 janvier 2012. Ce courrier précise que
la sommation a été établie conformément à l’art. 34a RAVS. 

 

             
b) Par
commandement de payer notifié le 19 avril 2012 dans le cadre de la poursuite no
6'185’667 de l'Office des poursuites du district du Gros-de-Vaud, la Caisse cantonale vaudoise
de compensation AVS a requis d’R.________ le paiement des sommes de 1) 29'099 fr. 35 plus intérêt
à 5 % l’an dès le 22 novembre 2011, et 2) 130 fr. sans intérêt,
plus 103 fr. de frais de commandement de payer et 149 fr. 50 de frais d'encaissement, indiquant comme
cause de l'obligation: "1) Facture
de cotisations personnelles. Décompte de cotisations n° 201120000/1604168-30 du 21.11.2011.
2) Taxe de sommation, taxation d'office, amende."
Le poursuivi a formé opposition totale.

 

             
La poursuivante a requis la mainlevée définitive de l'opposition par acte du 8 mai 2012. Elle
a notamment confirmé que sa
décision n'avait fait l'objet d'aucun recours et qu'elle était passée en force de chose
jugée conformément à l'art. 54 LPGA.

 

             
La requête a été notifiée au poursuivi par avis recommandé du 11 juillet 2012,
avec un délai au 6 août 2012 pour se déterminer, avis lui étant donné qu'il
serait statué sans audience. Le poursuivi ne s'est pas déterminé.

 

 

2.             
Par prononcé du 19 septembre 2012, le Juge de paix du district du Gros-de-Vaud a prononcé la
mainlevée définitive de l’opposition à concurrence de 29'099 fr. 35 plus intérêt
à 5 % l’an dès le 22 novembre 2011, arrêté à 360 fr. les
frais judiciaires mis à la charge du poursuivi et dit que ce dernier devait verser à la poursuivante
le montant de 360 fr. à titre de restitution de l'avance de frais.

 

             
Le poursuivi a requis la motivation
de ce prononcé par requête du 28 septembre 2012. Les motifs lui ont été notifiés
le 20 mars 2013. En bref, le premier juge a retenu que la décision du 21 novembre 2011 valait titre
à la mainlevée définitive de l’opposition.

 

             
Le poursuivi a recouru par acte du 28 mars 2013, concluant au rejet de la requête de mainlevée
et au maintien de l'opposition.

 

             
L'intimée s'est déterminée dans une écriture du 1er
mai 2013, concluant au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
Formé en temps utile (art.
321 al. 2 CPC [Code de procédure civile du
19 décembre 2008, entré en vigueur le 1er
janvier 2011; RS 272]), le recours
est motivé et comporte des conclusions en réforme valablement formulées (art. 321 al.
1 et 326 al. 1 a contrario CPC). Il est dès lors recevable à la forme.

 

             
En revanche, les pièces nouvelles produites en deuxième instance ne sont pas recevables (art.
326 al. 1 CPC). En effet, en procédure de recours, le tribunal de deuxième instance doit statuer
sur un état de fait identique à celui examiné par le premier juge. Cette règle, stricte,
s'explique par le fait que l'instance de recours a pour mission de contrôler la conformité
au droit de la décision entreprise, mais pas de poursuivre la procédure de première instance ;
à l'instar du Tribunal fédéral, l'instance de recours doit contrôler la juste application
du droit à un état de fait arrêté définitivement (Chaix, Introduction au recours
de la nouvelle procédure civile fédérale, in SJ 2009 II 257 ss, n. 17, p. 267). Le deuxième
alinéa de cette disposition réserve certes les dispositions spéciales de la loi, mais
la procédure de mainlevée n'est pas visée par cette norme (Staehelin, Basler Kommentar,
2ème éd.,
n. 90 ad art. 84 LP).

 

 

II.             
a) Selon l'art. 80 LP (loi
fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite, RS 281.1),
le créancier au bénéfice d'un jugement exécutoire peut requérir du juge la mainlevée
définitive de l'opposition formée à la poursuite. 

 

             
En matière d'assurances sociales (AVS, Al, APG, AC et, depuis le 1er  janvier  2009,
les allocations familiales), l'assimilation des décisions administratives à un titre de mainlevée
définitive résulte du droit fédéral, soit de l'art. 54 al. 2 LPGA (loi
fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale des assurances sociales, RS 830.1),
applicable par renvoi des articles 1er
LAVS (loi fédérale du 20 décembre 1946 sur l’assurance-vieillesse et survivants,
RS 831.10), LAI (loi fédérale du 19 juin 1959 sur l’assurance-invalidité, RS 831.20),
LAPG (loi fédérale du 25 septembre 1952 sur les allocations pour perte de gain en cas de service
et de maternité, RS 834.1), LACI (loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance-chômage
obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité, RS 837.0) et LAFam (loi fédérale
du 24 mars 2006 sur les allocations familiales, RS 836.2), qui prévoit que les décisions et
les décisions sur opposition qui portent condamnation à payer une somme d'argent ou à
fournir des sûretés sont assimilées aux jugements exécutoires au sens de l'art. 80
LP, pour autant qu'elles soient exécutoires, c'est-à-dire qu'elles ne puissent plus être
attaquées par une opposition ou un recours (art. 54 al. 1 let. a LPGA). La décision administrative
devient exécutoire après sa notification à l'administré si celui-ci, informé
de son droit de recourir, n'en a pas usé (Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, §
133).

 

             
Selon l'art. 34a al. 1 et 2 RAVS (règlement du 31 octobre 1947 sur l'assurance vieillesse et survivants;
RS 831.101), les personnes tenues de payer des cotisations qui ne les versent pas ou ne remettent pas
le décompte relatif aux cotisations paritaires dans les délais prescrits recevront immédiatement
une sommation écrite de la caisse de compensation, assortie d'une taxe de 20 à 200 francs.
Les frais de sommation ne doivent pas nécessairement faire l'objet d'une décision formelle
(RCC 1988, p. 140), mais en l'absence d'une telle décision, le créancier ne peut pas obtenir
la mainlevée définitive pour ces frais, vu l'art. 80 al. 2 LP.

 

             
b) La requête de mainlevée
est fondée sur une décision du 21 novembre 2011. Celle-ci porte bien sur la condamnation
du recourant à payer une somme d'argent, et comporte l'indication des voies de droit à la disposition
du poursuivi. Alors qu’il ne s'est pas déterminé en première instance sur la requête
de mainlevée, le recourant invoque en seconde instance n’avoir jamais reçu cette décision,
ce qui l'aurait empêché de faire opposition. Il fait valoir que l'intimée n'a produit
en première instance aucune pièce attestant de la notification de cette décision.

 

             
C'est à l'autorité qui invoque une décision administrative à l'appui d'une requête
de mainlevée définitive de prouver que la décision a été notifiée et qu'elle
est entrée en force, faute de contestation (ATF 105 III 43, JT 1980 II 117). La preuve de la réception
est suffisamment rapportée par l'autorité au moyen de la production d'un accusé de réception
ou de la formule de récépissé postal de l'envoi recommandé, ou encore par l'aveu
du poursuivi, soit figurant sur la correspondance échangée, soit constaté dans le prononcé
du juge de première instance compétent en matière de mainlevée d'opposition (cf.
Rigot, Le recouvrement forcé des créances de droit public selon le droit de poursuite pour
dettes et la faillite, thèse 1991, pp. 154-155). En l'absence d'un envoi recommandé, la preuve
de la notification peut aussi résulter de l'ensemble des circonstances, en particulier de la correspondance
échangée ou de l'absence de protestation de la part d'une personne qui reçoit des rappels
(TF 5D_173/2008 du 20 février 2009 c. 5.1).

 

             
La jurisprudence de la cour de céans relative à la preuve de la notification a évolué.
Dans plusieurs arrêts, il a été jugé qu'en l'absence de toute contestation du poursuivi,
la mention du caractère définitif et exécutoire de la décision administrative invoquée
figurant sur la décision elle-même ou dans la requête de mainlevée suffisait pour
établir le caractère exécutoire de la décision produite, ce qui incluait sa notification
(CPF, 12 mars 2009/78 et les arrêts cités, en particulier CPF, 13 juillet 2006/338; CPF, 13
juillet 2006/341). Dans les deux arrêts précités rendus en 2006, le poursuivi n'avait
procédé ni en première ni en deuxième instance. Il a été déduit de
cette absence de participation à la procédure de mainlevée une absence de contestation
correspondant à une admission implicite de la notification de la décision et de son caractère
exécutoire. Dans l'arrêt précité du 12 mars 2009, la cour de céans a rappelé
qu'en matière de preuve de la notification en procédure de mainlevée, il n'était
pas rare que l'on se contente d'un "aveu implicite". Il n'apparaît cependant pas qu'il
faille donner au terme "aveu" utilisé dans cet arrêt une acception procédurale,
un aveu devant être formulé expressément (cf. art. 166 CPC-VD [ancien Code
de procédure civile vaudoise; RSV 270.11]).
C'est plutôt le comportement général du poursuivi qui doit être pris en compte, le
cas échéant son absence de réaction en procédure. Dans cet arrêt, la cour de
céans a considéré que le poursuivi, qui n'avait pas procédé en première
instance, était néanmoins habilité à invoquer pour la première fois au stade
du recours l'absence de notification.

 

             
La cour de céans a rendu un arrêt de principe, à cinq juges, le 11 novembre 2010
(JT 2011 III 58). Elle a considéré dans cet arrêt que le poursuivi qui fait défaut
à l'audience de mainlevée admet implicitement avoir reçu la décision à l'origine
de la poursuite. L'attitude générale du poursuivi en procédure constitue en effet un élément
d'appréciation susceptible d'être déterminant pour retenir ou non la notification d'une
décision administrative. Elle fait partie de l’"ensemble des circonstances", critère
retenu par le Tribunal fédéral dans un arrêt selon lequel une notification de la décision
peut être retenue en cas d'absence de protestation de la part d'une personne qui reçoit des
rappels (TF 5D_173/2008 du 20 février 2009). Ainsi, le défaut du poursuivi à l'audience
de mainlevée à laquelle il a été régulièrement convoqué doit s'interpréter
comme une absence de réaction qui constitue un élément déterminant pour retenir la
notification de la décision administrative invoquée comme titre de la mainlevée définitive
(JT 2011 III 58 précité). La cour de céans a admis dans cet arrêt que la preuve de
la notification pouvait résulter de l'ensemble des circonstances, en particulier de l'absence de
réaction du poursuivi, laquelle peut aussi être déduite de son défaut à une
audience à laquelle il avait été régulièrement convoqué et de son inaction
en deuxième instance. Considérée comme un arrêt de principe, cette décision
a été confirmée par un arrêt ultérieur (CPF, 25 novembre 2010/462), dans lequel
la cour de céans a retenu (cons. Il b) que le défaut du poursuivi à l'audience de mainlevée
à laquelle il a été régulièrement convoqué doit s'interpréter comme
une absence de réaction qui constitue un élément déterminant pour retenir la notification
de la décision administrative invoquée comme titre de la mainlevée définitive. Dans
cette affaire, le poursuivi qui avait fait défaut en première instance s'était prévalu
en deuxième instance seulement du fait qu'il n'aurait pas reçu la décision. La cour de
céans a retenu qu'en ne procédant pas devant le premier juge alors que la décision mentionnait
expressément que cette décision était entrée en force et était exécutoire,
le poursuivi avait implicitement admis l'avoir reçue, conformément à la jurisprudence
la plus récente. Cette décision qui a fait l'objet d'un recours a été confirmée
par le TF (arrêt 5A_339/2011 du 26 août 2011 c. 3).

             

             
c)
En l'espèce, le premier juge a notifié la requête de mainlevée au recourant, par
avis recommandé du 11 juillet 2012, en lui fixant un délai au 6 août 2012 pour
se déterminer. L'autorité inférieure a statué sur pièces, comme l'y autorisait
327 al. 2 CPC, après avoir avisé le recourant du fait qu'il serait statué sans audience
à l'échéance du délai de détermination. Le droit d’être entendu du
recourant a donc été respecté et son silence dans le délai de détermination
doit être assimilé au défaut à l'audience de mainlevée. En ne réagissant
pas dans le délai de détermination, alors que la requête de mainlevée mentionnait
expressément que la décision administrative invoquée n'avait pas fait l'objet d'une opposition
ou d'un recours en temps utile et qu'elle valait dès lors jugement exécutoire, le recourant
a implicitement admis l'avoir reçue, conformément à la jurisprudence récente de la
cour de céans, confirmée par le Tribunal fédéral.

 

             
d)
Les autres conditions pour prononcer la mainlevée définitive, telles qu'elles sont rappelées
notamment dans l'arrêt du 25 novembre 2010, sont remplies en ce qui concerne la décision du
21 novembre 2011. C'est en revanche à juste titre que le premier juge n'a pas prononcé la mainlevée
pour le montant de 130 fr. qui figure dans la sommation du 4 janvier 2012, laquelle ne constitue pas
une décision assimilée à un jugement exécutoire, faute d'indiquer les voies et délai
de recours. Quant aux intérêts moratoires, ils ont été alloués conformément
à l'art. 41 RAVS.

 

 

III.             
Le recours doit en conséquence être
rejeté, le prononcé attaqué étant confirmé.

 

             
Les frais de deuxième instance,
arrêtés à 570 fr., sont mis à la charge du recourant.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième
instance, arrêtés à 570 fr. (cinq cent septante francs), sont mis à la charge du
recourant R.________.

 

             
IV.             
Il n'est pas alloué de dépens
de deuxième instance.

 

             
V.             
L’arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :                            
                           
                           
              Le greffier :

 

 

 

 

Du
5 juillet 2013

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.

 

             
Il est notifié à :

 

‑             
M. [...], agent d'affaires breveté (pour R.________),             

-             
Caisse cantonale vaudoise de compensation AVS.

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 29'099 fr. 35.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être
déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente
notification (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme le Juge de paix du district du Gros-de-Vaud.

 

             
                           
                           
                           
                           
              Le greffier :