# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** c04e4d01-de13-5968-b8cd-5c1e6bf54996
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-05-27
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 27.05.1997 CCP.1997.6456 (INT.1997.664)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1997-6456_1997-05-27.html

## Full Text

A.      Par jugement du 17 décembre 1996, le
Tribunal correctionnel du

district de Neuchâtel a condamné S.  à 20 mois d'emprisonnement dont à déduire 5
jours de détention préventive pour abus de confiance, escroquerie, banqueroute
frauduleuse, banqueroute simple, détournement d'objets mis sous main de justice
et faux dans les titres.

 

B.      L'ordonnance de renvoi de la Chambre
d'accusation date du 29

août 1995. S.  a été cité à comparaître à l'audience du 25 mai 1996. Par lettre
du 6 mai 1996, son mandataire d'alors, Me X. , a sollicité un renvoi des débats
et déposé une attestation du Dr E. , datée du 3 mai 1996, selon laquelle
S.  se trouvait à la clinique O. , à G.
pour y subir une intervention chirurgicale de telle sorte qu'il était incapable
de voyager, et cela pour une durée indéterminée. Le 7 mai 1996, le président du
Tribunal correctionnel a avisé Me X. 
que l'attestation déposée ne démontrait pas la nécessité d'une
intervention urgente. Par fax du 14 mai 1996, le médecin de S.  a été invité à déposer

une attestation plus complète que celle
du 3 mai 1996. Le même jour, à la

suite d'un appel de la clinique O. , le
président du Tribunal correctionnel a appris que le Dr E. était en vacances au
Portugal et n'avait pu être joint. L'audience a été renvoyée le même jour. Le
15 mai 1996, le président du Tribunal correctionnel a exigé de S.  qu'il produise par retour de courrier les
documents originaux qu'il a certainement reçus de son médecin et qui précisent
les conditions d'entrée à la clinique en vue de l'opération. Il exigeait en
outre une réponse du médecin aux questions posées dans la lettre du 7 mai 1996
concernant notamment la réalité de l'opération de 1995. Le 17 juin 1996, le

président du Tribunal correctionnel a
relancé Me X. . Un dernier délai de 10 jours a été fixé le 11 septembre 1996
pour le dépôt d'un rapport détaillé. En l'absence de réponse, le président du
Tribunal correctionnel a fait citer, le 8 octobre 1996, S.  pour l'audience du 16 décembre 1996. Le mandat
de comparution a été reçu par son destinataire le 11 octobre 1996.

 

        Par lettre du 23 octobre 1996, Me X.  a répudié son mandat.

 

        Le 11 décembre 1996, le Tribunal du district
de Neuchâtel a reçu

une lettre du Dr  H. . Ce médecin qui pratique à A. , expose
qu'il a fait des prélèvements de tissus de l'estomac et des intestins du
prévenu le 14 octobre 1996 lors d'une endoscopie, que les mesures médicales
nécessaires ont été mises en route et que le traitement n'est pas encore
terminé. Selon lui, le prévenu n'est pas en état de se présenter à une audience
et de se déplacer. A réception du fax, le 11 décembre 1996, le président du
Tribunal correctionnel écrivit au prévenu qu'il n'accordait aucun crédit à la
communication du Dr H. en précisant qu'elle survenait exactement dans les mêmes
circonstances que celle du Dr

E. le 3 mai 1996 et que S.  n'avait jamais fourni les documents
sollicités antérieurement. Dans une lettre du 14 décembre 1996 parvenue par fax
au Tribunal du district de Neuchâtel le 17 décembre 1996, soit le jour de
l'audience, S.  fait l'éloge des
médecins qui le soignent. Il déclare qu'il trouve absurde et

inhumain qu'on l'accuse lui et ses
médecins, de faire des attestations de

complaisance. Il admet que la procédure
pénale qui se déroule à Neuchâtel

n'est pas sa préoccupation prioritaire
car sa maladie met sérieusement sa

vie en danger.

 

C.      Dans sa requête postée le 30 janvier 1997,
S. , représenté par son nouveau mandataire, Me Y. , a sollicité le relief du
défaut encouru à l'audience du 17 décembre. Le recourant y explique au président
du Tribunal correctionnel qu'une endoscopie ne constitue pas un soin et que
cela n'a pas amélioré son état de santé. Il se réfère au certificat médical du
Dr H. , déclare

qu'il va tenter d'obtenir un certificat
plus détaillé mais ajoute qu'il

lui apparaît que le certificat déposé
doit permettre de lui accorder le

relief. Par lettre du 7 mars 1997, le
mandataire du recourant a adressé à

la Cour de céans une lettre du Dr
H.  datée du 6 mars 1997.

 

D.      Par ordonnance du 19 février 1997, le
président du Tribunal cor-

rectionnel a rejeté la demande de
relief. La décision attaquée mentionne

l'aspect peu convaincant de
l'attestation du Dr H. et précise :

 

"que cette opinion doit être
confirmée aujourd'hui, en soulignant ce qui

 suit :

 

- l'attestation du 4 décembre 1996 ne
précise en rien quelles "mesures

 
médicales" ont été prises, suite à l'endoscopie du 14 octobre 1996,
ni

 
quelle répercussion elles peuvent exercer sur la capacité de déplacement

 
et de participation aux débats du prévenu;

 

- comme S.  avait reçu sa convocation à l'audience de

 
jugement le 12 octobre 1996, soit à l'avant-veille de l'endoscopie évo-

 
quée dans l'attestation du 4 décembre 1996, le temps ne lui manquait pas

 
pour avertir le tribunal et documenter une éventuelle demande de renvoi

 
des débats;

 

- il est d'ailleurs très curieux
qu'après l'avis exprimé par le soussigné

 
le 11 décembre 1996 et la réaction outragée du prévenu, du 14 décembre

 
1996, celui-ci n'ait pas pris la peine de justifier son absence par la

 
production de la moindre pièce nouvelle;

 

- enfin, S.  n'a jamais fourni un quelconque document

 
relatif à son hospitalisation prétendument urgente du 20 mai 1996,

 
malgré les demandes formulées en ce sens par le juge précédemment chargé

 
de l'affaire et par le soussigné, le 15 mai et le 11 septembre 1996, à

 
quoi l'on ajoutera que G. était aussi éloigné de A. en mai

  qu'en septembre ou octobre
1996, de sorte que la reprise, par le Dr H. , du     traitement entrepris par le professeur E., appelait

 
une explication plus circonstanciée que la seule distance à parcourir

 
(laquelle n'aurait d'ailleurs pas empêché le professeur E. de

 
fournir les renseignements requis par le tribunal, si le prévenu lui en

 
avait fait la demande)".

 

E.      S. 
conteste cette décision. Il soutient

qu'il a été empêché de comparaître sans
faute de sa part, invoque la ju-

risprudence de la Cour de cassation. Il
déduit de la lettre adressée au

tribunal par le Dr H. le 14 décembre
1996 que sa volonté de parti-

ciper aux débats est établie.

 

F.      Le président du Tribunal correctionnel et le
procureur général

concluent au rejet du recours sans
formuler d'observations.

 

 

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n 
d r o i t

 

1.      Interjeté dans les formes et délai légaux
(art.244 CPP), le

pourvoi est recevable.

 

2.      a) Lorsqu'il est prononcé par un tribunal
siégeant avec le con-

cours de jurés, le jugement rendu par
défaut est mis à néant si le con-

damné en a demandé le relief dans les 10
jours où il a eu connaissance du

jugement et s'il établit qu'il a été
empêché de se présenter aux débats

sans faute de sa part (art. 221 al. 3
CPP). La notion de faute au sens de

l'article 221 al. 3 CPP constitue une
notion juridique indéterminée que la

Cour de cassation peut en principe
revoir librement. Le requérant doit

prouver ou tout au moins rendre
vraisemblable que son absence à l'audience

de jugement ne peut lui être imputée à
faute. Selon la jurisprudence

l'administration de cette preuve ne doit
pas être soumise à des exigences

trop strictes (RJN 4 II 134), car le
droit pour tout accusé d'être entendu

sur tous les chefs d'accusation avant
d'être condamné définitivement est

un des droits fondamentaux de la
défense, garanti par l'article 4 Cst. et

l'article 6 CEDH (Arrêt de la Cour
européenne des droits de l'homme du 12

février 1985, dans la cause Colozza c.
Italie, Série A n. 89 § 27/29; ATF

113 Ia 227, p. 230, cons. 2a; Dominique
Poncet, La protection de l'accusé

par la Convention européenne des droits
de l'homme, Genève, 1977, p. 113-

144, ainsi que la jurisprudence citée).
La procédure de jugement par

défaut a ainsi un caractère
exceptionnel. Le législateur a voulu éviter

dans toute la mesure du possible qu'un
prévenu renvoyé devant un tribunal

correctionnel ou devant la Cour
d'assises soit jugé in absentia (BGC, vol.

110, p. 198). Ce principe découle des
articles 220 et 221 CPP, qui pré-

voient qu'un prévenu ne sera jugé par
défaut que s'il n'a pas été possible

de le joindre malgré les mesures prises
à cet effet et si les débats ne

peuvent être renvoyés (RJN 4 II 134). Le
respect de ce principe dicte une

interprétation restrictive de la notion
de faute de l'article 221 al. 3

CPP. Il faut dès lors considérer que
seul celui qui renonce délibérément à

se présenter à des débats, dont il
connaît le lieu et la date, ou qui

d'une autre manière démontre
incontestablement qu'il n'entend pas y

participer peut être privé du droit
d'être jugé contradictoirement (RJN

1989 p. 125, 1982 p. 88).                                  

 

        b) En l'espèce, la situation doit être
examinée telle que le

président du Tribunal correctionnel la
connaissait le 19 février 1997

lorsqu'il a rendu l'ordonnance attaquée.
Le rapport détaillé du Dr

H. lui était inconnu. C'est en outre à
juste titre qu'il n'a pas

reconnu de valeur probante aux pièces
déposées par le plaignant qui sou-

tient que le recourant est tout à fait à
même de se déplacer. S.  disposait d'un
délai d'un peu plus de deux mois entre

sa convocation et l'audience de
jugement. Il a très certainement su peu

après le 14 octobre 1996, date de
l'endoscopie, qu'il n'était atteint que

d'une infection bactérienne ne mettant
pas sa vie en danger. Il a toute-

fois consulté son médecin qui l'a
déclaré incapable d'assister à une au-

dience et de se déplacer (lettre du 4
décembre 1996). Rien au dossier ne

permet de douter de l'authenticité de la
lettre du Dr H. . Il

n'existe pas d'indice qui permettrait de
penser que le recourant a obtenu

l'attestation du médecin par ruse, en
simulant un état maladif. Il n'est

pas exclu que S.  ait pensé que le dépôt d'un certi-

ficat médical entraînait automatiquement
un renvoi d'audience. La réaction

du président du Tribunal correctionnel
l'a placé dans une situation

incertaine. Il n'est au surplus pas
certain qu'il ait eu, durant les deux

premières semaines de décembre les
problèmes intestinaux entraînés par les

médicaments qui lui ont été administrés.
Le Dr H.  ne

mentionne aucune date à ce sujet dans
son rapport du 6 mars 1997.

 

        Il est fort probable que le recourant ait
voulu profiter d'un

état de santé dont il a longtemps caché
les détails pour obtenir un renvoi

d'audience. Mais il n'est pas exclu
qu'il n'ait pas renoncé délibérément à

se présenter, de façon définitive.
Subjectivement, il a pu penser que si

son médecin le considérait comme
incapable de comparaître à une audience

et de se déplacer, il remplissait,
physiquement ou psychiquement, les

conditions d'un renvoi d'audience et ne
serait pas jugé par défaut.

 

        C'est à juste titre que le président du
Tribunal correctionnel

n'a pas été dupe du comportement du
recourant, en particulier du fait

qu'il s'est abstenu de lui faire
parvenir toute attestation détaillée de

son état de santé. Cependant, dans une
telle situation, l'interprétation

restrictive de la notion de faute de
l'article 221 al. 3 CPP ne devait pas

entraîner, à ce stade, un jugement par
défaut. L'avis du médecin-traitant

laissait subsister un doute quant à la
réelle intention de S. . Dans la mesure où la prescription absolue n'était de
loin pas

atteinte, le Tribunal correctionnel
aurait dû renvoyer les débats, fixer à

S. 
un délai pour déposer un rapport médical cir-

constancié indiquant les affections
constatées et leurs effets sur la

capacité de comparaître du prévenu. Il
serait donc indiqué que la

sommation de déposer un rapport médical
circonstancié mentionne que compte

tenu des circonstances et des
atermoiements incessants du recourant le non

respect du délai fixé pourra être
interprété comme l'expression de sa

volonté de ne pas comparaître devant le
tribunal de jugement.

 

3.      Le recours doit dès lors être admis et la
décision entreprise

annulée. La Cour est en mesure de
statuer elle-même (RJN 4 II 145). Elle

octroiera le relief du défaut au
recourant et renverra la cause au

Tribunal correctionnel du district de
Neuchâtel pour nouveau jugement.

 

4.      Vu le sort de la cause, les frais resteront
à la charge de

l'Etat.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION PENALE

 

1. Admet le pourvoi et casse la décision
du 19 février 1997.

 

2. Ordonne le relief du jugement rendu
par défaut par le Tribunal cor-

  
rectionnel du district de Neuchâtel le 17 décembre 1996.

 

3. Renvoie la cause au même tribunal
pour nouveau jugement.

 

 

Neuchâtel, le 27 mai 1997

 

                          AU NOM DE LA COUR DE CASSATION PENALE

                       Le greffier                  La présidente