# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a978e557-80db-5784-a0ac-c8dd2a0ba855
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1998-11-10
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 10.11.1998 CCP.1998.6667 (INT.1999.1192)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1998-6667_1998-11-10.html

## Full Text

A.      Par
jugement du 2 juillet 1998, le Tribunal correctionnel du

district
de La Chaux-de-Fonds a condamné  E.  à quatre ans de réclusion,

dont à
déduire nonante-huit jours de détention préventive, et a ordonné

son
expulsion ferme du territoire suisse pour une durée de huit ans, en

application
des articles 240, 250, 251/21, 252 et 255 CPS. Le tribunal a

retenu
en bref que, de 1991 au 27 juin 1995 puis d'avril à novembre 1997,

E.
avait fabriqué 2'000 fausses coupures de 20 DEM, 1'000 fausses coupures

de 100
DEM, 700 fausses coupures de 100 US$, 650 fausses coupures de 1'000

CHF,
100 fausses coupures de 100 CHF, 230 fausses coupures de 500 CHF, 370

fausses
coupures de 200 DEM et 30 fausses coupures de 50 CHF, ce qui

correspondait
à un montant de 1'054'200 francs; E. avait en partie remis

ces
faux billets à des tiers et en partie les avait écoulés lui-même. Le

tribunal
a en outre retenu contre E. qu'il avait contrefait ou falsifié

des
pièces de légitimation, des certificats ainsi que des attestations

suisses
et étrangères à

maintes
reprises et avait commis une tentative de faux dans les titres

entre
fin juin/début juillet 1997 et le 13 novembre 1997 en tentant de

confectionner
de faux bons d'achat d'un magasin de Bienne.

 

B.     
Dans son pourvoi, E.  se plaint
d'une constatation arbitraire

des
faits ainsi que d'une sévérité excessive et d'une absence de

motivation
suffisante du jugement en ce qui concerne la peine et la mesure

prononcée.
Le recourant soutient que la quantité de billets fabriqués

retenue
par le tribunal était notablement exagérée alors qu'il avait

démontré
au cours des débats que le nombre de billets, en particulier de

1'000
francs suisses, était bien inférieur. En outre, il considère que la

peine
prononcée contre lui est anormalement sévère et que son expulsion

ferme
n'aurait pas dû être ordonnée, car il vit depuis longtemps en

Suisse,
a une famille au bénéfice d'un permis C et est au surplus déchu de

sa
nationalité turque.

 

C.      Le
président du Tribunal correctionnel du district de La Chaux-

de-Fonds
conclut au rejet du recours sans formuler d'observations. Le

ministère
public formule quelques observations et conclut également au

rejet
du recours.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
La Cour de cassation est liée par les constatations de fait

du
premier juge, mais elle peut rectifier celles qui sont manifestement

erronées
(art.251 al.2 CPP). Le législateur neuchâtelois a ainsi consacré

le
principe de l'intime conviction du juge, son pouvoir d'appréciation en

matière
de preuve n'étant limité que par l'arbitraire (RJN 1982 p.70 et

jurisprudence
citée). La Cour de cassation n'intervient que si celui-ci a

admis
ou nié un fait en se mettant en contradiction évidente avec le

dossier,
s'il a abusé de son pouvoir d'appréciation, en particulier s'il a

méconnu
des preuves pertinentes ou s'il n'en a arbitrairement pas tenu

compte,
lorsque ses constatations sont évidemment contraires à la situa-

tion de
fait, reposent sur une inadvertance manifeste ou heurtent grave-

ment le
sentiment de la justice, enfin lorsque l'appréciation des preuves

est
tout à fait insoutenable, par exemple lorsqu'elle est fondée exclusi-

vement
sur une partie des moyens de preuve (ATF 118 Ia 30 et les référen-

ces,
112 Ia 371, RJN 7 II 4).

 

       
b) En vertu des arrêts de renvoi du 30 septembre 1997 et du 25

mai
1998, le recourant était prévenu d'avoir fabriqué notamment 1'050

fausses
coupures de 1'000 CHF. Lors de l'audience préliminaire, il a admis

la
prévention en ce qui concerne la remise à des tiers d'environ 960

fausses
coupures de 1'000 CHF. Le recourant a toutefois précisé qu'une

partie
de ces billets n'avait pas été écoulée. Déjà auparavant, devant le

juge
d'instruction, lors de la récapitulation des faits, E. avait précisé

que les
billets n'étaient pas tous de bonne qualité, que certains lui

avaient
été rendus et que d'autres avaient été déchirés par ceux à qui il

les
avait remis. Il pensait ainsi avoir en réalité fabriqué 600 à 700

billets
de 1'000 CHF dont 500 environ de bonne qualité. Si l'on considère

que 393
fausses coupures qui provenaient de la fabrication par le

recourant
ont été retrouvées dans le commerce, le nombre de 650 retenu

comme
fabriquées par les premiers juges ne paraît de loin pas arbitraire.

On
observe en effet que dès qu'un billet sort de l'atelier du faussaire et

est mis
en circulation, il peut être considéré comme fabriqué, quelle que

soit sa
réussite. D'ailleurs, le chiffre de 650 est celui fourni à la

police
par le recourant et qu'il reprend sans autre dans son recours. Le

recourant
ne s'en prend pas aux chiffres retenus s'agissant des autres

fausses
coupures, ces chiffres correspondant d'ailleurs aux billets qu'il

a admis
avoir remis à des tiers donc fabriqués.

 

       
Le grief d'arbitraire est dénué de pertinence.

 

3.      a)
L'article 63 CP dispose que le juge fixe la peine d'après la

culpabilité
du délinquant, en tenant compte de ses mobiles, de ses antécé-

dents
et de sa situation personnelle. La gravité de la faute constitue le

critère
essentielle dans la fixation de la peine, critère qu'il faut

évaluer
en fonction tant du résultat obtenu par l'activité délictueuse que

du mode
d'exécution ainsi que des mobiles.

 

       
La Cour de cassation, à l'instar du Tribunal fédéral, ne peut

revoir
la peine que si le premier juge est sorti du cadre légal, s'est

fondé
sur des éléments dépourvus de pertinence, n'a pas pris en

considération
les éléments déterminants ou encore qu'il a abusé de son

pouvoir
d'appréciation (ATF 120 IV 67 cons.2a, 118 IV 14 cons.2, 117 IV

112
cons.1; RJN 1996 p.70). Pour permettre de contrôler le respect de

l'article
63 CP, l'autorité doit motiver sa décision. Elle a dès lors

l'obligation
de mentionner les éléments sur lesquels elle s'est fondés

pour
déterminer la peine à infliger. La fixation de la peine suppose une

appréciation
globale du cas et des débats. On ne saurait toutefois exiger

du juge
qu'il indique en chiffres ou en pourcent dans quelle mesure il a

tenu
compte de circonstances aggravantes ou atténuantes. Mais il doit

néanmoins
indiquer dans son jugement sur la base de quelles considérations

il a fixé
la peine, de manière à faire partager sa conviction. Le juge

n'est
tenu d'énoncer que les éléments importants qui ont dicté sa

décision,
sans avoir à aller dans les moindres détails. D'ailleurs en

aucun
cas un jugement ne peut être cassé uniquement parce qu'une autre

motivation
de la fixation de la peine paraît préférable ou plus complète.

La
motivation de la fixation de la peine est en d'autres termes non pas un

but en
soi mais le meilleur moyen de justifier le choix de la peine. Plus

la
peine est élevée plus on se montrera exigeant quant à sa motivation

(ATF
120 IV 67 cons.2a, 118 IV 14 cons.2 et 337 cons.2a, 117 IV 112

cons.1;
Niklaus Schmied, Strafprozessrecht, IIe éd., Zurich 1993, p.60, no

215).

 

       
b) En l'espèce, le recourant a été condamné principalement pour

avoir
falsifié de la monnaie, soit pour avoir commis un crime punissable

de un à
vingt ans de réclusion. Pour fixer la peine, dans cette

fourchette,
les premiers juges ont retenu ce qui suit :

 

          " E. est récidiviste et il y a
concours d'infractions

            (art.67 et 68 ch.1 CPS). Son
casier judiciaire mentionne

            déjà les condamnations suivantes :

 

            - 20 juin 1994, Tribunal de police
de La Chaux-de-Fonds,

              20 jours d'emprisonnement avec
sursis pendant 2 ans et

              300.- d'amende, pour violation
simple des règles de la

              circulation et ivresse au
volant;

            - 17 juin 1997, Ministère public à
Neuchâtel, 20 jours

              d'emprisonnement et 20.-
d'amende, pour ivresse au

              volant et infraction à l'OAC.

 

            En l'espèce, l'activité
délictueuse de E. revêt une

            gravité toute particulière, en
raison :

 

            - du nombre de faux billets de
banques suisses fabriqués

              (pour de plus de 1'000'000
francs suisses) et mis en

              circulation (environ 400'000
francs suisses), selon état

              au 30 octobre 1996;

            - de l'importance du préjudice
causé aux différents lésés;

            - de l'excellente qualité des faux
billets fabriqués, qui

              les rendait très difficilement
détectables, preuve en

              est le fait qu'un grand nombre
de ces billets ont été

              écoulés sans autre dans les
banques ou dans des offices

              postaux; selon R. , inspecteur
au Service d'iden-

              tification judiciaire à
Neuchâtel, il s'agit des meil-

              leurs faux billets jamais
écoulés en Suisse;

            - de l'important montant nominal
des faux billets fabri-

              qués, la plupart des faux
billets étant de 1'000 francs

              suisses.

 

            En application de la jurisprudence
du Tribunal fédéral (JT

            1995 IV 87), il y a lieu de
prendre en considération les

            circonstances aggravantes
postérieures à l'infraction ré-

            primées par l'article 240 CPS que
constitue le fait d'une

            part d'avoir offert les faux
billets aux autres prévenus,

            sachant ou devant présumer qu'ils
les mettraient en circu-

            lation, d'autre part d'en avoir
vendu une partie, réali-

            sant ainsi un gain certes modeste,
et finalement d'en

            avoir déposé çà et là sur la voie
publique, dans le des-

            sein vraisemblablement de mettre à
mal le système capita-

            liste, par leur écoulement sur le
marché. En outre, à sa

            charge encore, il y a lieu de
tenir compte du fait que le

            prévenu a récidivé moins d'une
année et demie après avoir

            été interpellé et mis en détention
pour ses premiers mé-

            faits en relation avec de la
fausse monnaie; à cet égard,

            il convient de relever qu'à
l'occasion de son premier in-

            terrogatoire, le 27 mai 1995, E.
avait déclaré au Juge

            d'instruction qu'"il était en
tout cas clair qu'il ne

            reprendrait pas son activité
délictueuse". Finalement, le

            Tribunal retient que s'il n'est
pas impossible que le

            prévenu ait cherché par ses
agissements à obtenir la

            reconnaissance d'autrui, il n'en
demeure pas moins que son

            activité délictueuse répondait
pour l'essentiel à des

            considérations purement
financières, comme il l'a admis

            lui-même lors de son
interrogatoire.

 

            A sa décharge, il y a lieu de
prendre en considération le

            fait que le prévenu a annoncé
spontanément des actes dé-

            lictueux commis par lui ou par des
tiers et inconnus des

            autorités, ce qui a permis une
large mise en prévention.

            En outre, les renseignements
généraux recueillis sur son

            compte lui sont plutôt
favorables."

 

       
Tous les éléments à prendre en considération ont été ainsi énu-

mérés
par les premiers juges. Le recourant, d'ailleurs, n'en cite pas

d'autres.
On observera au demeurant que le tribunal n'était pas lié par

les
réquisitions du ministère public et que, même s'il n'a pas retenu tout

ce que
le procureur reprochait au prévenu, il pouvait très bien infliger

la
peine requise qui apparaît correspondre à la culpabilité du recourant.

 

       
Le grief de sévérité excessive n'est pas fondé.

 

4.     
L'article 55 al.1 CP prévoit notamment que le juge pourra ex-

pulser
du territoire suisse, pour une durée de trois à quinze ans, tout

étranger
condamné à la réclusion ou à l'emprisonnement.

 

       
En tant que peine accessoire, l'expulsion est prononcée selon

les
critères déterminants en général la mesure de la peine (art.63 CP).

L'expulsion
est une sanction qui touche aux libertés individuelles et qui

peut
avoir de graves conséquences. Aussi, le juge qui a la faculté de la

prononcer
lorsque les conditions objectives en sont remplies, doit-il par-

fois
faire preuve de retenue. C'est le cas, entre autre, lorsque le con-

damné
vit depuis longtemps en Suisse, qu'il y a sa famille et qu'il n'a

plus
conservé de liens étroits avec son pays d'origine (ATF 117 IV 117;

RJN
1980/81 p.106). Lorsque l'étranger a le statut de réfugié, le juge

doit
tenir compte des restrictions imposées par le droit d'asile à une

telle
mesure (art.32 ch.1 de la convention relative aux statuts des réfu-

giés et
44 al.1 LAA). Il en va de même en ce qui concerne les apatrides

(Convention
sur les apatrides du 29.09.1954). Un réfugié ou un apatride ne

peut
être expulsé que pour des raisons de sécurité nationale ou d'ordre

public.
Il faut donc qu'il constitue une menace pour la communauté du pays

(ATF du
20.05.1960 dans la cause Nikolic, cité par Trechsel ad. art.55

note
2a).

 

       
En l'espèce, les premiers juges ont considéré que le recourant

avait
très gravement compromis la sécurité des échanges commerciaux et la

sûreté
nationale en fabriquant de faux billets, de faux permis de séjour

et
autres, ou en les falsifiant. Ils ont dès lors ordonné son expulsion

ferme.
Le recourant leur reproche de n'avoir pas tenu compte de sa

situation
personnelle. Marié, il vit avec sa femme et ses enfants en

Suisse
depuis près de treize ans. Réfugié et apatride, il ne pourra

retourner
dans son pays d'origine et on ne voit pas quel autre pays serait

susceptible
de l'accueillir.

 

       
Avec le recourant, on peut admettre que dans son cas,

l'expulsion
aurait un caractère de dureté qu'on ne rencontre pas dans la

plupart
des cas d'expulsion d'étrangers. On ne peut cependant faire

abstraction
totalement de la sécurité nationale qui a été compromise. Il y

a lieu
dès lors de maintenir la mesure d'expulsion mais de l'assortir du

sursis,
car on peut légitimement penser que l'exécution de la peine

privative
de liberté détournera le recourant de commettre d'autres

infractions.

 

       
La durée du délai d'épreuve sera fixée à 5 ans.

 

5.      La
présente décision rend sans objet la requête d'effet

suspensif
présentée par le recourant.

 

6.      Le
recours est partiellement admis. Le recourant ne supportera

dès
lors qu'une partie des frais, le solde étant laissé à la charge de

l'Etat.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Admet partiellement le recours.

 

2.
Casse le chiffre 8 du dispositif du jugement du Tribunal correctionnel

   du district de La Chaux-de-Fonds du 2
juillet 1998 dans la mesure où

   l'expulsion a été ordonnée ferme.

 

3.
Accorde le sursis pour la mesure d'expulsion avec un délai d'épreuve de

   cinq ans.

 

4.
Rejette le recours pour le surplus.

 

5.
Condamne le recourant à la moitié des frais de la cause par 220 francs,

   l'autre moitié étant laissée à la charge de
l'Etat.

 

5. Fixe
à 800 francs, TVA comprise, l'indemnité due à Me X. , man-

   dataire d'office du recourant.

 

 

Neuchâtel,
le 10 novembre 1998

 

                          AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION PENALE

                       Le greffier                  L'un des juges