# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 96b6301c-41e7-556f-89af-4b8fad201249
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1998-08-25
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Europäischer Gerichtshof für Menschenrechte 25.08.1998 JAAC 62.119
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_013_JAAC-62-119--_1998-08-25.pdf

## Full Text

JAAC 62.119

Arrêt de la Cour eur. DH du 25 août 1998, affaire
Hertel c / Suisse, Recueil des arrêts et décisions 1998

Urteil Hertel. Streitigkeit zwischen einem Fachverband von
Elektrogeräte-Herstellern und -Händlern und dem Beschwerdeführer.
An den Beschwerdeführer durch das Handelsgericht des Kantons
Bern gerichtetes und vom BGer bestätigtes Verbot, zu behaupten,
dass die Aufnahme von in Mikrowellenherden zubereiteten Speisen
gesundheitsschädlich sei.

Art. 10 EMRK. Meinungsäusserungsfreiheit.

- Die vorliegende Einschränkung basierte auf der Grundlage von Art. 3
und 9 UWG und wurde zum Schutz der Rechte anderer im Sinne von
Art. 10 § 2 EMRK getroffen.

- Die nationalen Behörden genossen bei der Beurteilung, ob ein
«dringendes gesellschaftliches Bedürfnis» für die Anordnung der
Massnahme vorlag oder nicht, einen gewissen Ermessensspielraum.
Dieser Spielraum war jedoch beschränkt, da es sich im vorliegenden Fall
nicht um rein wirtschaftliche Äusserungen handelte, sondern um die
Teilnahme an einer Diskussion über allgemeine Interessen.

- Im vorliegenden Fall konnte der Eingriff aus folgenden Gründen nicht
als «in einer demokratischen Gesellschaft (...) notwendig» angesehen
werden: Der Beschwerdeführer hatte an der Redaktion und Darstellung
der fraglichen Publikation nicht teilgenommen; seine Berichte fielen
«eher nuanciert» aus, und es lagen keine Hinweise vor, die den Schluss
zugelassen hätten, die Äusserungen des Beschwerdeführers hätten die
Interessen des Fachverbandes massgeblich verletzt. Verletzung dieser
Bestimmung.

1

Arrêt Hertel. Litige entre l’Association suisse des fabricants et
fournisseurs d’appareils électroménagers et un particulier. Interdiction
faite à ce dernier par le Tribunal de commerce du canton de Berne,
confirmée par le TF, d’affirmer la nocivité pour la santé humaine de
l’absorption d’aliments préparés à l’aide de fours à micro-ondes.

Art. 10 CEDH. Liberté d’expression.

- En l’espèce, l’interdiction était prévue par la loi (art. 3 et 9 LCD) et
visait un but légitime, à savoir la protection des droits d’autrui.

- Les autorités suisses disposaient d’une certaine marge d’appréciation
pour juger de l’existence d’un «besoin social impérieux» de prendre
la mesure litigieuse. L’ampleur de cette marge d’appréciation doit
néanmoins être relativisée en l’espèce, le requérant n’ayant pas tenu un
discours strictement commercial, mais participé à un débat touchant à
l’intérêt général.

- En l’espèce, l’interdiction n’était pas «nécessaire, dans une société
démocratique», pour diverses raisons: le requérant n’avait pas
participé à la rédaction et à l’élaboration de la publication en cause; ses
propos avaient un caractère plutôt nuancé et aucun élément ne permet
de conclure à un impact substantiel desdits propos sur les intérêts de
l’association intéressée. Violation de cette disposition.

Sentenza Hertel. Controversia tra l’Associazione svizzera dei
fabbricanti e dei fornitori di apparecchi elettrodomestici e il ricorrente.
Divieto, imposto a quest’ultimo dal Tribunale di commercio del Canton
Berna e confermato dal TF, di affermare che l’assunzione di cibi
preparati con l’ausilio di forni a microonde è nociva per la salute
dell’uomo.

Art. 10 CEDU. Libertà d’espressione.

- Nella fattispecie, il divieto si fondava sugli art. 3 e 9 LCSl e perseguiva
un fine legittimo, ovvero la protezione dei diritti altrui ai sensi
dell’art. 10 § 2 CEDU.

- Le autorità svizzere disponevano di un certo margine
d’apprezzamento per valutare se vi fosse o no una «necessità sociale
impellente» di ordinare la misura contestata. Nella fattispecie,
l’importanza di tale margine va tuttavia relativizzata, poiché il
ricorrente non ha espresso considerazioni puramente commerciali
bensì partecipato a un dibattito di interesse generale.

- Nella fattispecie, il divieto non poteva essere considerato «necessario
in una società democratica»: il ricorrente non aveva infatti partecipato
alla stesura e all’elaborazione della pubblicazione in questione; inoltre,
le affermazioni imputabili al ricorrente erano piuttosto mitigate
e nessun elemento permetteva di concludere che tali affermazioni
avrebbero potuto nuocere in modo sostanziale agli interessi
dell’associazione interessata. Violazione di questa disposizione.

2

Résumé des faits:

M. Hertel est diplômé en sciences techniques de l’Ecole polytechnique fédérale de
Zurich. Retraité, il poursuit à titre privé des recherches dans un laboratoire qu’il
a installé pour son propre compte.

En collaboration avec M. Blanc, professeur à l’Université de Lausanne et
conseiller technique à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, M. Hertel
réalisa une étude des effets sur l’homme de l’ingestion d’aliments préparés au
four à micro-ondes: sur une période de deux mois, le sang de huit volontaires
d’orientation nutritionnelle macrobiotique fut analysé avant et après l’ingestion
de huit types d’aliments (certains étaient cuits ou décongelés à l’aide d’un four
à micro-onde, les autres étaient crus ou cuits de manière conventionnelle). Un
rapport de recherche fut rédigé. Daté de juin 1991 et intitulé «Vergleichende
Untersuchungen über die Beeinflussung des Menschen durch konventionell und
im Mikrowellenofen aufbereitete Nahrung» (Étude comparative de l’influence
pour l’homme d’aliments préparés de manière conventionnelle et au four à
micro-ondes), il conclut comme suit (extrait du résumé en français y annexé):

«(…)

(…) une relation significative a pu être établie entre la capture d’énergie de
micro-ondes par l’aliment et son transfert dans le sang des volontaires. Ainsi
une transmission inductive à l’homme de cette énergie technique pourrait
avoir lieu par l’intermédiaire de la nourriture, un phénomène régi par les
lois physiques et qui trouve confirmation dans la littérature [références
à: Pitz Alfred, Zellphysiologie des Krebses, Akademie für Naturheilkunde,
München, 1975; Helmdach Günter, Die heutige Technik zerstört sich selbst,
Forschungsstelle für Dendroökologie, Auf der Brede 49, D-5608 Radevormwald,
1989].

Les conséquences mesurables chez l’homme induites par des aliments traités
aux micro-ondes présentent, au contraire de ceux qui n’ont pas subi ce
traitement, des modifications du sang qui semblent indiquer le stade initial
d’un processus pathologique tel qu’il se présente lors du déclenchement d’un
état cancéreux.»

Le trimestriel Journal Franz Weber consacra une partie de son 19e numéro
(janvier, février et mars 1992) aux effets de l’utilisation des fours à micro-ondes
sur la santé humaine. En couverture figure une image de la Faucheuse tendant
une main vers un four à micro-ondes, ainsi que le titre suivant:

«Le danger des micro-ondes: la preuve scientifique».

Le 18 mars 1992, l’Association suisse des fabricants et fournisseurs d’appareils
électrodomestiques (FAE), se fondant sur la loi fédérale du 19 décembre 1986
contre la concurrence déloyale (LCD)[90], requit du Président du Tribunal du
district de Vevey que, par voie de mesures provisionnelles, il fasse interdiction
à M. Franz Weber, sous peine des sanctions de l’art. 292 du code pénal suisse
du 21 décembre 1937 (CP)[91], «d’utiliser (…) l’image d’un squelette d’homme
ou toute autre image donnant naissance à l’idée de la mort (…) associée à
la représentation graphique, photographique, orale ou écrite d’un four à

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micro-ondes», «de déclarer (…) que le four à micro-ondes doit être supprimé et
son utilisation interdite», «de déclarer (…) qu’une recherche scientifique prouve
combien dangereux pour la santé sont les aliments exposés aux rayons d’un four
à micro-ondes et qu’elle donne raison au Journal Franz Weber» et «de déclarer
(…) que les fours à micro-ondes doivent tous, sans exception, être anéantis parce
que les aliments sont endommagés par ces funestes appareils dans une telle
mesure qu’ils provoquent, chez ceux qui les absorbent, un changement de la
composition du sang et conduisent à l’anémie et à un stade précancéreux». Par
une ordonnance du 7 avril 1992, le Président du Tribunal du district de Vevey
rejeta ladite requête.

Le 14 avril 1992, M. Weber fit la déclaration suivante (traduction de l’allemand):

«Nous nous référons au résumé paru dans le N° 19 (…) du Journal Franz
Weber sous le titre Four à micro-ondes: danger pour la santé et certifions que
MM. Hertel et Blanc ne peuvent être tenus responsables ni de sa forme ni de
son fond, lesquels relèvent exclusivement de la responsabilité de la Rédaction.
Il en va de même de la page de couverture. De plus, nous tenons à signaler que
les titre et sous-titre du rapport de recherche publié à la suite sont également
imputables à la Rédaction.

Il nous faut aussi expressément mettre l’accent sur le fait que M. Hertel n’a
jamais été rédacteur dans notre journal et n’a jamais été rémunéré en tant que
tel. C’est à la suite d’une erreur du secrétariat de la Rédaction que le nom de
M. Hertel apparaît (tout comme celui Dr Bill Clark) au titre Impressum dans
la rubrique Rédaction au lieu de la dénomination collaborateurs du présent
numéro.»

Le 7 août 1992, la FAE déposa devant le Tribunal de commerce
(«Handelsgericht») du canton de Berne une requête fondée sur la LCD et tendant
à ce qu’il soit fait interdiction à M. Hertel, sous peine des sanctions de l’art. 292
CP et de l’art. 403 du code bernois de procédure pénale, d’affirmer que les
aliments préparés dans les fours à micro-ondes sont dangereux pour la santé et
provoquent dans le sang de ceux qui les consomment des altérations traduisant
un trouble pathologique et donnant une image qui pourrait passer pour le
début d’un processus cancérigène et d’utiliser, dans des publications et dans
des discours publics concernant les fours à micro-ondes, l’image de la mort, que
celle-ci soit représentée par un squelette encapuchonné et muni d’une faux ou par
un symbole analogue.

Par un jugement du 19 mars 1993, le tribunal de commerce accueillit la requête.
Le Tribunal fédéral (TF) rejeta le 25 février 1994 un recours dirigé contre ce
jugement (ATF 120 II 76).

EN DROIT

I. SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ART. 10 CEDH

30. D’après le requérant, l’interdiction dont les juridictions suisses l’ont frappé
en vertu de la LCD a enfreint l’art. 10 CEDH, aux termes duquel:

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_II_76&resolve=1

«1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté
d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou
des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans
considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les Etats de
soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un
régime d’autorisations.

2. L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités
peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions
prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société
démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté
publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de
la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui,
pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir
l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire.»

Le Gouvernement combat cette thèse, tandis que la Commission y souscrit.

31. La Cour observe qu’il est fait interdiction à M. Hertel, sous peine des
sanctions de l’art. 292 CP et de l’art. 403 du code [bernois] de procédure
pénale, d’affirmer que les aliments préparés dans les fours à micro-ondes
sont dangereux pour la santé et provoquent dans le sang de ceux qui les
consomment des altérations traduisant un trouble pathologique et donnant
une image qui pourrait indiquer le début d’une évolution cancérigène, et
d’utiliser l’image de la mort dans des publications et dans des discours publics
concernant les fours à micro-ondes. Il est donc manifeste que l’intéressé subit
une «ingérence d’autorités publiques» dans l’exercice du droit garanti par
l’art. 10; cela n’est d’ailleurs pas controversé.

Pareille immixtion enfreint la Convention si elle ne remplit pas les exigences
du § 2 de l’art. 10. Il y a donc lieu de déterminer si elle était «prévue par la
loi», inspirée par un ou des buts légitimes au regard dudit paragraphe et
«nécessaire, dans une société démocratique», pour les atteindre.

1. «Prévue par la loi»

32. Le requérant conteste que l’ingérence litigieuse fût «prévue par la loi».
Selon lui, n’étant pas un acteur du marché des appareils électroménagers, il ne
pouvait raisonnablement prévoir qu’en communiquant son rapport d’étude au
Journal Franz Weber il était susceptible de commettre un acte de concurrence
déloyale au sens de la LCD. La question de l’ampleur du champ d’application
de celle-ci serait d’ailleurs controversée.

33. Le Gouvernement réplique que la mesure frappant le requérant repose sur
les art. 2, 3 et 9 LCD et sur l’interprétation que le TF donne de ces dispositions.
Il en ressortirait que même une personne qui ne se trouve pas dans une
«situation de concurrence avec des fournisseurs ou des acheteurs» de tels
biens peut agir de façon «déloyale» au sens de ladite loi dès lors qu’elle
commet un «acte de concurrence», c’est-à-dire un acte propre à influencer le
marché; l’«intention subjective» de parvenir à cette fin ne serait pas pertinente.

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La diffusion des assertions litigieuses étant de nature à produire un «impact
objectif» sur le commerce des fours à micro-ondes, M. Hertel ne pourrait
soutenir qu’il n’était pas prévisible que l’interdiction de l’art. 9 le frapperait.

34. La Commission parvient à la même conclusion.

35. La Cour rappelle que l’on ne peut considérer comme une «loi» au sens de
l’art. 10 § 2 qu’une norme énoncée avec assez de précision pour permettre au
citoyen de régler sa conduite; en s’entourant au besoin de conseils éclairés, il
doit être à même de prévoir, à un degré raisonnable dans les circonstances
de la cause, les conséquences de nature à dériver d’un acte déterminé. Elles
n’ont pas besoin d’être prévisibles avec une certitude absolue. La certitude,
bien que souhaitable, s’accompagne parfois d’une rigidité excessive; or le droit
doit savoir s’adapter aux changements de situation. Aussi beaucoup de lois se
servent-elles, par la force des choses, de formules plus ou moins vagues dont
l’interprétation et l’application dépendent de la pratique (voir, par exemple,
l’arrêt Sunday Times c / Royaume-Uni [N° 1] du 26 avril 1979, Série A 30, p. 31,
§ 49).

36. En l’espèce, l’art. 2 LCD contient une clause générale selon laquelle est
«déloyal et illicite» non seulement toute pratique commerciale mais aussi tout
comportement «qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière
aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents
ou entre fournisseurs et clients». Par ailleurs, l’art. 3, qui énumère certains
agissements déloyaux, précise notamment qu’«agit de façon déloyale celui
qui (…) dénigre autrui, ses marchandises, ses œuvres, ses prestations, ses
prix ou ses affaires par des allégations inexactes, fallacieuses ou inutilement
blessantes (…)».

La LCD ne restreint donc pas son champ d’application aux seuls agents
économiques: les tiers au marché tel M. Hertel sont aussi concernés. Si des
doutes devaient subsister quant à la volonté expresse du législateur à cet
égard, ceux-ci s’effaceraient à la lecture du message du Conseil fédéral à
l’appui du projet de ladite loi (message du 18 mai 1983, FF 1983 II 1037). Il en
ressort en effet que les auteurs du projet entendaient, à l’instar du législateur
de 1943[92], assurer la protection de la concurrence en tant qu’«institution»
plutôt que des seuls «concurrents». Le message précise d’ailleurs ce qui suit
(chapitre 241.2, relatif au commentaire du projet d’art. 2):

«(…)

La violation de la bonne foi s’exprime dans des comportements ou dans des
pratiques commerciales qui influent sur les rapports entre les concurrents
ou entre les fournisseurs et les clients. (…) La notion de comportement qui
doit s’entendre dans le sens d’influence sur les relations de concurrence
permettra d’inclure également des agissements de tiers, importants pour la
concurrence, mais qui ne rentrent pas directement dans le jeu de la concurrence,
soit du côté des concurrents, soit de celui des clients. Le cercle des auteurs
d’agissements importants pour la concurrence sera donc étendu. Il est
parfaitement envisageable que des organisations de consommateurs puissent
également influencer déloyalement la concurrence en publiant des tests
comparatifs ou en parlant d’articles de presses, d’émissions de radio ou de
télévision. L’extension du domaine protégé en vertu de la LCD à de plus larges
milieux a pour conséquence de faire en sorte que ces milieux devront assumer

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leurs responsabilités et pourront être amenés à se justifier pour cause d’influence
déloyale sur la concurrence. L’intention d’appréhender de façon large le cercle
des auteurs possible n’est par ailleurs pas nouvelle. Le message de 1942 au sujet
de la LCD (FF 1942 685) constate que la concurrence déloyale peut n’être pas
uniquement le fait des concurrents, mais que la loi est également applicable
lorsque des tiers ou des associations interviennent dans la concurrence en faveur
de certaines entreprises (…). Cette conception est précisée dans certains faits
constitutifs de l’actuelle LCD où il est expressément fait mention de l’activité
de tierces personnes (…). La nouvelle formulation de cet article précise très
nettement et de façon définitive que le cercle des auteurs potentiels d’une
concurrence déloyale sera désormais beaucoup plus large; il est ainsi inutile
de mentionner explicitement des tiers lorsqu’il s’agit d’un comportement
n’impliquant pas une position concurrentielle. De même la vieille querelle
au sujet de la nécessité d’une relation de concurrence pour l’application de
la LCD deviendra ainsi sans objet. La doctrine a relevé, depuis un temps certain,
que l’exigence d’une relation de concurrence aboutissait à des restrictions
inopportunes (…).

(…)»

Le message ajoute (chapitre 241.31, relatif au commentaire du projet d’art. 3
let. a):

«(…) La formulation très large de la clause générale (…) tient compte du fait que
des tiers peuvent également influencer ou perturber déloyalement les rapports
de concurrence. Dans le cas concret, cela signifie qu’un dénigrement peut être
commis par des personnes, des organisations ou des associations qui ne sont
pas elles-mêmes des concurrents. Ce qui est décisif, c’est le fait de savoir si
les allégations inexactes, fallacieuses ou inutilement blessantes entravent de
manière inadmissible la position commerciale de celui qui est attaqué ou les
relations de concurrence.»

37. Le TF avait du reste déjà, à l’époque des faits de la cause, indiqué que
l’existence d’une «relation de concurrence» entre l’auteur de l’acte en litige
et la personne qu’il lèse ne constitue pas une condition de l’application de la
LCD et avait ainsi jugé qu’un journaliste peut, par ses propres exposés ou par
la reproduction de ceux d’autrui, se rendre coupable d’infractions à certaines
de ses dispositions (arrêt du 18 mars 1991, ATF 117 IV 193).

38. La Cour reconnaît en conséquence qu’il était «prévisible» que la
communication du rapport d’étude litigieux au Journal Franz Weber et la
publication consécutive de celui-ci étaient susceptibles de constituer un acte
de «concurrence» au sens de la LCD. Ceci étant, il lui suffit, pour conclure que
l’ingérence était «prévue par la loi», de constater que l’art. 3 LCD précise
qu’«agit de façon déloyale celui qui, notamment (…) dénigre autrui, ses
marchandises, ses services, ses œuvres, ses prestations, ses prix ou ses affaires
par des allégations inexactes, fallacieuses ou inutilement blessantes (…)» et
que l’art. 9 dispose que «celui qui, par un acte de concurrence déloyale, subit

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_117_IV_193&resolve=1

une atteinte dans sa clientèle, son crédit ou sa réputation professionnelle, ses
affaires ou ses intérêts économiques en général ou celui qui en est menacé,
peut demander au juge (…) de l’interdire, si elle est imminente».

2. But légitime

39. Le requérant soutient que le but poursuivi en l’espèce - la garantie d’une
concurrence «loyale» et donc la protection de simples intérêts commerciaux -
ne figure pas parmi ceux limitativement énumérés au § 2 de l’art. 10.

40. Le Gouvernement plaide que l’interdiction prononcée contre le requérant
visait à préserver les consommateurs et fournisseurs de la diffusion
d’indications trompeuses et fallacieuses sur les caractéristiques des services et
biens offerts sur le marché. Elle tendait ainsi non seulement à la protection des
«droits d’autrui» mais aussi à la «défense de l’ordre» économique.

41. Pour la Commission, l’ingérence en cause visait «la protection de la
réputation [et] des droits d’autrui».

42. La Cour observe que la LCD «vise à garantir, dans l’intérêt de toutes
les parties concernées, une concurrence loyale et qui ne soit pas faussée»
(art. 1er) et permet à celui qui, du fait d’un «acte de concurrence déloyale»,
subit ou est «menacé» de subir une «atteinte dans sa clientèle, son crédit
ou sa réputation professionnelles, ses affaires ou ses intérêts économiques
en général», de demander au juge d’interdire celle-ci (art. 9). C’est en
application de ces dispositions que les juridictions internes accueillirent
la requête de l’Association suisse des fabricants et fournisseurs d’appareils
électrodomestiques (FAE) qui imputait à M. Hertel un acte de concurrence
déloyale de nature à porter préjudice aux intérêts de ses membres. Il n’est
donc pas douteux que la mesure en cause tendait à la «protection (…) des
droits d’autrui».

3. «Nécessaire dans une société démocratique»

43. M. Hertel voit dans l’interdiction qui le frappe une mesure
disproportionnée. Elle aboutirait à une protection démesurée des intérêts
économiques des membres de l’association plaignante au prix de la censure de
ses travaux de recherche et de sa participation au débat scientifique relatif aux
questions de santé publique que pose l’utilisation des fours à micro-ondes.

44. Selon le Gouvernement, l’ingérence dans la liberté d’expression du
requérant vise, dans l’intérêt de toute la société, à garantir une concurrence
loyale et libre. Elle répondrait de ce fait à un besoin social impérieux.

Les juridictions suisses n’auraient ordonné l’interdiction litigieuse qu’après
avoir soigneusement mis en balance les intérêts en présence: d’une part, celui
de la FAE ainsi que des consommateurs d’être protégés contre la propagation
d’allégations fallacieuses relatives aux fours à micro-ondes, et, d’autre part,
celui du requérant de diffuser les informations de son choix. L’article litigieux
présenterait en effet le requérant comme un «expert»; illustré de surcroît de
l’image choquante de la mort, il affirmerait qu’il est scientifiquement prouvé

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que l’usage des fours à micro-ondes est dangereux pour la santé humaine. Eu
égard au fait que le Journal Franz Weber s’adresserait non à des spécialistes
mais à des lecteurs profanes et serait tiré à plus de cent mille exemplaires,
un large public aurait ainsi pu être convaincu de l’existence d’une certitude
en la matière. Or non seulement la question serait fortement controversée,
mais en plus les recherches effectuées par le requérant manqueraient du
sérieux nécessaire à leur qualification de «scientifiques». Ces circonstances
justifieraient l’ingérence litigieuse, par ailleurs modérée: M. Hertel resterait
libre non seulement de poursuivre ses recherches dans le domaine des
micro-ondes mais aussi d’en publier et diffuser les résultats dans des sphères
non économiques tels que les milieux scientifiques ou académiques. Il y aurait
lieu en outre de prendre en compte les propos choquants tenus par l’intéressé
en 1989 et reproduits dans le N° 8 du Journal Franz Weber, selon lesquels les
fours à micro-ondes seraient «pires que les chambres à gaz de Dachau».

Vu enfin la marge d’appréciation dont disposeraient les Etats contractants dans
le domaine de la concurrence déloyale, l’art. 10 n’aurait pas été violé.

45. La Commission parvient à la conclusion contraire.

46. La Cour rappelle les principes fondamentaux qui se dégagent de sa
jurisprudence, tels qu’elle les a dernièrement exposés dans les arrêts
Grigoriades c / Grèce et Zana c / Turquie (arrêts du 25 novembre 1997, Recueil
des arrêts et décisions 1997-VII, p. 2589, § 44, et p. 2547-8, § 51 respectivement):

i. La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une
société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et
de l’épanouissement de chacun. Sous réserve du § 2 de l’art. 10, elle vaut
non seulement pour les «informations» ou «idées» accueillies avec faveur ou
considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui
heurtent, choquent ou inquiètent: ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et
l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de «société démocratique». Telle
que la consacre l’art. 10, elle est assortie d’exceptions qui appellent toutefois
une interprétation étroite, et le besoin de la restreindre doit se trouver établi
de manière convaincante (arrêts Handyside c / Royaume-Uni du 7 décembre
1976, Série A 24, p. 23, § 49, Lingens c / Autriche du 8 juillet 1986, Série A 103,
p. 26, § 41, et Jersild c / Danemark du 23 septembre 1994, Série A 298, p. 26,
§ 37).

ii. L’adjectif «nécessaire», au sens de l’art. 10 § 2, implique un «besoin
social impérieux». Les Etats contractants jouissent d’une certaine marge
d’appréciation pour juger de l’existence d’un tel besoin, mais elle se double
d’un contrôle européen portant à la fois sur la loi et sur les décisions qui
l’appliquent, même quand elles émanent d’une juridiction indépendante.
La Cour a donc compétence pour statuer en dernier lieu sur le point de savoir
si une «restriction» se concilie avec la liberté d’expression que protège l’art. 10.

iii. La Cour n’a point pour tâche, lorsqu’elle exerce son contrôle, de se
substituer aux juridictions internes compétentes, mais de vérifier sous
l’angle de l’art. 10 les décisions qu’elles ont rendues en vertu de leur pouvoir
d’appréciation. Il ne s’ensuit pas qu’elle doive se borner à rechercher si
l’Etat défendeur a usé de ce pouvoir de bonne foi, avec soin et de façon
raisonnable: il lui faut considérer l’ingérence litigieuse à la lumière de
l’ensemble de l’affaire pour déterminer si elle était «proportionnée au but

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légitime poursuivi» et si les motifs invoqués par les autorités nationales
pour la justifier apparaissent «pertinents et suffisants» (arrêt Sunday Times
c / Royaume-Uni [N° 2] du 26 novembre 1991, Série A 217, p. 29, § 50). Ce
faisant, la Cour doit se convaincre que les autorités nationales ont appliqué
des règles conformes aux principes consacrés à l’art. 10 et ce, de surcroît, en
se fondant sur une appréciation acceptable des faits pertinents (arrêt Jersild
précité, p. 26, § 31).

47. Les autorités suisses disposaient ainsi d’une certaine marge d’appréciation
pour juger de l’existence d’un «besoin social impérieux» de faire au requérant
l’interdiction dont il s’agit.

Pareille marge d’appréciation est particulièrement indispensable en matière
commerciale, spécialement dans un domaine aussi complexe et fluctuant
que la concurrence déloyale (voir les arrêtsMarkt Intern Verlag GmbH et
Klaus Beermann c / Allemagne du 20 novembre 1989, Série A 165, p. 20, § 33,
et Jacubowski c / Allemagne du 23 juin 1994, Série A 291-A, p. 14, § 26). Il y
a toutefois lieu de relativiser l’ampleur de celle-ci lorsqu’est en jeu non le
discours strictement «commercial» de tel individu mais sa participation à un
débat touchant à l’intérêt général, comme par exemple à la santé publique;
or en l’espèce on ne saurait nier l’existence d’un tel débat, portant sur les
effets des micro-ondes sur la santé humaine (d’ailleurs seules étaient en cause
les conclusions de la recherche effectuées par M. Hertel telles qu’exposées
dans le N° 19 du Journal Franz Weber et non l’objet desdites recherches). En
cela, la présente espèce diffère substantiellement des affairesMarkt Intern et
Jacubowski précitées.

La Cour entend en conséquence procéder à un examen attentif de la
proportionnalité des mesures litigieuses au but poursuivi. A cet égard, il
lui revient de faire la balance des exigences de la protection des droits des
membres de la FAE avec la liberté d’expression de M. Hertel.

48. La Cour observe que le requérant s’est borné à transmettre une copie
de son rapport d’étude au Journal Franz Weber: il n’a participé ni à la
rédaction du N° 19 dudit périodique ni au choix de son illustration, et n’en a eu
connaissance qu’après sa parution. Cela ressort de la déclaration de M. Weber
du 14 avril 1992 et ne fut mis en cause ni par le Tribunal de commerce du
canton de Berne ni par le TF: selon les deux juridictions, la responsabilité du
requérant trouvait sa source dans le fait qu’en communiquant son rapport au
Journal Franz Weber, il se serait accommodé d’une exploitation simpliste et
outrancière de celui-ci - laquelle aurait été prévisible eu égard au périodique
dont il s’agit - et que, par la suite, il aurait repris à son compte l’article litigieux.

Du texte dudit N° 19 se rapportant aux fours à micro-ondes, le requérant
n’est ainsi l’auteur ou le coauteur ni de l’intitulé de la page de couverture, ni
de l’éditorial (celui-ci est signé Franz Weber), ni des pages 3 à 10 (elles sont
signées René d’Ombresson). Seules peuvent lui être attribuées, à l’exclusion
des titres et sous-titres qui y figurent, les pages 5 à 10 qui contiennent un
extrait du rapport dont il est question. Or la Cour constate qu’il n’y est nulle
part expressément proposé que les fours à micro-ondes fussent interdits,
détruits ou boycottés et que le requérant n’y reprend pas les propos qu’il avait
tenus en 1989 et qui avaient été publiés dans le N° 8 (avril, mai et juin 1989)
du Journal Franz Weber. En outre et surtout, la thèse du requérant relative
aux effets nocifs sur la santé humaine de l’ingestion d’aliments préparés au

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four à micro-ondes y est exposée d’une manière bien plus nuancée que le
Gouvernement ne le laisse entendre; cela tient notamment à l’usage répété du
mode conditionnel et au choix de formules non affirmatives. A cet égard, les
dernières lignes dudit extrait, qui synthétisent les conclusions que le requérant
tire de ses expériences, sont particulièrement parlantes: s’il est écrit que
les résultats obtenus «montrent des altérations qui témoignent de troubles
pathogènes», il est précisé quant à d’éventuels effets cancéreux que lesdits
résultats donnent une image qui «pourrait» correspondre au début d’une
évolution cancéreuse et qui «mérite attention»; de la même manière il n’est
pas affirmé que l’ingestion d’aliments irradiés est nocive pour l’homme du
fait de l’induction d’un rayonnement indirect par le biais des aliments, mais
suggéré qu’il «pourrait» en aller de la sorte.

49. Il n’en reste pas moins que la diffusion de tels propos pouvait avoir un
effet négatif sur les ventes desdits fours en Suisse et il n’est pas inopportun
de relever à cet égard que le Journal Franz Weber est publié à plus ou moins
cent vingt mille exemplaires, ce qui n’est pas négligeable. Il y a lieu néanmoins
de relever que ce périodique n’a pas une vocation généraliste puisqu’il traite
surtout de questions touchant à l’environnement et à la santé publique et
qu’il est très essentiellement distribué par abonnement; il touche donc
vraisemblablement un lectorat spécifique si bien que l’impact des idées
qui y sont exposées mérite d’être relativisé. Tel fut d’ailleurs le point de vue
du président du Tribunal du district de Vevey. La Cour note en outre qu’en
l’espèce il n’est pas prétendu que la publication litigieuse ait eu une influence
concrète sur le commerce des fours à micro-ondes et qu’elle ait causé un
dommage effectif aux membres de la FAE. Faisant application de la LCD, le
Tribunal de commerce du canton de Berne et le TF se sont en effet contentés
du constat de la plausibilité d’une telle influence. Le premier en particulier
s’est limité à la considération suivante (traduction de l’allemand):

«(…) Il y a (…) lieu, dans chaque cas, de vérifier si le comportement de l’intéressé
influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients. (…).
Même s’il n’y a pas de preuve certaine d’un rapport entre baisse du chiffre
d’affaires concernant les fours à micro-ondes et comportement du [défendeur],
il est manifeste que les allégations et publications incriminées en l’espèce sont
de nature à réduire les ventes de fours à micro-ondes et à nuire, en conséquence,
aux entreprises liées au demandeur. Il y a donc lieu de conclure à l’existence
d’une aptitude objective à influer sur les rapports de concurrence.»

50. Il ressort de ce qui précède que M. Hertel n’a pas participé au choix de
l’illustration du N° 19 du Journal Franz Weber, que les propos qui lui sont
véritablement imputables sont plutôt nuancés et qu’aucun élément ne
permet de conclure à un impact substantiel desdits propos sur les intérêts
des membres de la FAE. En dépit de ceci, les juridictions suisses ont fait
interdiction au requérant d’affirmer que les aliments préparés dans les
fours à micro-ondes sont dangereux pour la santé et provoquent dans le
sang de ceux qui les consomment des altérations traduisant un trouble
pathologique et donnant une image qui pourrait indiquer le début d’une
évolution cancérigène, et d’utiliser l’image de la mort en association avec les
fours à micro-ondes.

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On ne peut que relever un décalage entre cette mesure et le comportement
auquel elle se propose de répondre. Il en ressort une impression de
déséquilibre que concrétise l’ampleur de l’interdiction dont il s’agit. A
cet égard, s’il est vrai que celle-ci porte uniquement sur des affirmations
bien précises, il n’en reste pas moins que lesdites affirmations ont trait à
la substance même de la thèse défendue par le requérant. La mesure en
cause a ainsi pour effet de censurer partiellement les travaux de ce dernier
et de limiter grandement son aptitude à exposer publiquement une thèse
qui a sa place dans un débat public dont l’existence ne peut être niée. Peu
importe que l’opinion dont il s’agit soit minoritaire et qu’elle puisse sembler
dénuée de fondement: dans un domaine où la certitude est improbable, il
serait particulièrement excessif de limiter la liberté d’expression à l’exposé des
seules idées généralement admises.

La circonstance que les juridictions suisses ont expressément réservé la liberté
de M. Hertel de poursuivre ses recherches n’enlève rien à ce constat. Quant
à la possibilité dont il disposerait d’en présenter les résultats en dehors de
la «sphère économique», elle ne transparaît pas avec évidence des décisions
litigieuses; le cas échéant, la large portée de la LCD empêcherait d’y voir une
atténuation marquée de l’importance de l’ingérence dont il est question.

Au surplus, en cas de non-respect de l’interdiction, le requérant encourt une
sanction pouvant aller jusqu’à une privation de liberté.

51. Eu égard à ce qui précède, la mesure litigieuse ne saurait passer pour
«nécessaire» «dans une société démocratique». Partant, il y a eu violation de
l’art. 10.

II. SUR LES VIOLATIONS ALLÉGUÉES DES ART. 6 § 1 ET 8 CEDH

52. Le requérant soutient que la mesure qui le frappe l’empêche de
communiquer à d’autres personnes le résultat de son travail scientifique
et porte atteinte à sa «personnalité de scientifique»; il voit là une violation de
l’art. 8. Il ajoute qu’en lui défendant d’associer symboles de la mort et fours
à micro-ondes, les juridictions suisses lui interdisent un acte qu’il n’a pas

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commis - puisqu’il se serait borné à communiquer son rapport au Journal
Franz Weber - et qu’il n’a pas l’intention de commettre; il dénonce à ce titre
une mesure «inéquitable» et une violation de l’art. 6 § 1.

53. Le Gouvernement considère qu’aucune question ne se pose sur le terrain
de l’art. 8 et que le grief tiré de l’art. 6 § 1 est sans fondement.

54. A l’instar de la Commission, eu égard au constat de violation de l’art. 10
auquel elle parvient, la Cour estime qu’aucune question distincte ne se pose
sous l’angle des art. 6 § 1 et 8.

III. SUR L’APPLICATION DE L’ART. 50 CEDH

55. (Libellé de l’art. 50 CEDH)

A. Dommage

56. M. Hertel affirme que l’interdiction dont il fait l’objet a entraîné la
fermeture de son laboratoire et lui a ainsi causé un dommage qu’il évalue
à 20 000 francs suisses (CHF).

57. Le Gouvernement engage la Cour à ne pas donner suite à cette prétention.

58. Le délégué de la Commission ne se prononce pas.

59. La Cour n’aperçoit aucun lien de causalité entre le préjudice invoqué par
l’intéressé et l’atteinte au droit de celui-ci à la liberté d’expression. Elle rejette
donc la demande.

B. Frais et dépens

60. Le requérant réclame 72 917 CHF pour ses frais et dépens devant les
juridictions suisses et les organes de Strasbourg (soit 7980 CHF à ce dernier
titre).

61. Le Gouvernement soutient que, s’agissant des frais et dépens du requérant
devant les juridictions suisses, seuls ceux relatifs à l’instance devant le TF
- soit 13 000 CHF - méritent remboursement puisqu’il s’agirait de l’unique
recours engagé sur le plan national pour essayer de faire constater la violation
alléguée et d’y remédier. Quant à ceux se rapportant à la procédure devant les
organes de Strasbourg, ils seraient équitablement évalués à 8000 CHF. Bref, le
Gouvernement se déclare prêt à payer 21 000 CHF à l’intéressé.

62. Quant au délégué de la Commission, il ne prend pas position.

63. Lorsque la Cour constate une violation de la Convention, elle peut accorder
au requérant le paiement non seulement de ses frais et dépens devant
les organes de Strasbourg, mais aussi de ceux qu’il a engagés devant les
juridictions nationales pour prévenir ou faire corriger par celles-ci ladite
violation (voir notamment l’arrêt Zimmermann et Steiner c / Suisse du 13 juillet
1983, Série A 66, p. 14, § 36[93]). En l’espèce, eu égard à l’objet et à l’enjeu de
l’instance devant le Tribunal de commerce du canton de Berne, M. Hertel est

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habilité à demander le paiement des frais et dépens y relatifs en sus de ceux se
rapportant aux procédures devant le TF, la Commission et la Cour. Ceci étant,
la Cour estime raisonnable d’allouer 40 000 CHF à l’intéressé.

C. Intérêts moratoires

64. Selon les informations dont dispose la Cour, le taux d’intérêt légal
applicable en Suisse à la date de l’adoption du présent arrêt est de 5% l’an.

[90] RS 241.
[91] RS 311.0.
[92] Loi fédérale du 30 septembre 1943 sur la concurrence déloyale (RS 2 945).
[93] Voir JAAC 47 (1983) N° 236.

Homepage des Europäischen Gerichtshofs für Menschenrechte

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http://www.echr.coe.int/

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 62.119 - Arrêt de la Cour eur. DH du 25 août 1998, affaire Hertel c / Suisse, Recueil

des arrêts et décisions 1998

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1998
Année

Anno

Band 62
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Ref. No 150 003 752

Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv und die Bundeskanzlei konvertiert.

Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Arrêt de la Cour eur. DH du 25 août 1998, affaire Hertel c / Suisse, Recueil des arrêts et décisions 1998
	Résumé des faits:
	EN DROIT
	I. SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L'ART. 10 CEDH
	1. «Prévue par la loi»
	2. But légitime
	3. «Nécessaire dans une société démocratique»
	II. SUR LES VIOLATIONS ALLÉGUÉES DES ART. 6 § 1 ET 8 CEDH
	III. SUR L'APPLICATION DE L'ART. 50 CEDH
	A. Dommage
	B. Frais et dépens
	C. Intérêts moratoires