# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** f29c9249-5e91-5ecb-b72d-73c1b8dc42e1
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-02-14
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Hors rôle 14.02.1997 HR.1996.1605 (INT.1997.557)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_015_HR-1996-1605_1997-02-14.html

## Full Text

A.      F.
a fait notifier à T., le 14 octobre 1996, un

commandement
de payer dans une poursuite pour effets de change no.9642748,

d'un
montant de 6'130'000 francs avec intérêts à 5 % dès le 1er octobre

1995.
L'effet de change invoqué comme fondement de la poursuite est un

"billet
à ordre du 01.10.1994 échu le 01.10.1995 de $ 5'000'000 au cours

de
1.2260 (cours du 20.09.1995)". Le poursuivi a fait opposition au com-

mandement
de payer et l'Office des poursuites du district du Locle l'a

transmise
au président du tribunal de ce district. A l'audience, le pour-

suivant
a déposé un billet à ordre signé du poursuivi et se présentant

comme
suit (recto/verso) :

 

       
Le mandataire du poursuivi a conclu à la recevabilité de l'op-

position;
il a contesté la validité du billet à ordre, en invoquant que ce

titre
avait été volé et que l'affaire ayant donné lieu à l'émission de

l'effet
de change ne s'était pas conclue.

 

B.      Par
décision du 25 octobre 1996, le président du Tribunal du

district
du Locle a déclaré l'opposition irrecevable. Il a considéré en

bref
que le billet à ordre produit était conforme aux énonciations prévues

à
l'article 1096 ch.1 et 2 CO, contrairement à ce qu'alléguait le poursui-

vi et
que ce dernier n'avait établi aucun élément permettant d'admettre

une
annulation du titre.

 

C.      T.
recourt contre cette décision. Il invoque l'invalidi-

té du
billet à ordre qui ne comporte pas une promesse de payer et qui est

rédigé
en deux langues. Il fait valoir également que le contrat de base

n'a pas
été exécuté.

 

       
L'intimé conclut au rejet du recours sous suite de frais et dé-

pens.
Le président du tribunal n'a pas formulé d'observations.

 

       
L'effet suspensif a été accordé au recours.

 

                          C O N S I D E R A N
T

 

1.     
Interjeté dans les formes et dans le délai légal de 5 jours

(art.185
LP), le recours est recevable.

 

2.     
Selon l'article 1096 ch.2 CO, le billet à ordre doit contenir la

promesse
pure et simple de payer une somme déterminée. Usuellement, cette

promesse
s'exprime par la formule "je payerai ..." ou "nous payerons
..."

mais il
ne s'agit pas là d'une formule sacramentelle. Le billet à ordre

produit
ne comporte que la mention imprimée "paye" sans pronom personnel.

Il n'en
résulte toutefois fois pas, comme le soutient le recourant, que le

fait de
ne pas compléter le mot "paye" imprimé rend le document équivoque.

Il a
certes été jugé que l'expression "am 25 März 1971 zahle ... gegen

diesen
Wechsel an die Order ..." était ambiguë et que le seul texte im-

primé
pouvait être ou bien un impératif, auquel cas il s'agirait d'un man-

dat de
payer, ou bien une promesse de payer si on le comprend comme "ich

zahle"
(RSJ 1972, no.37, p.97). Toutefois, en français la forme "paye"

utilisée
est également celle de la troisième personne du présent de l'in-

dicatif.
Compte tenu de l'ensemble des mentions figurant sur le titre,

celui-ci
ne peut être compris que comme une promesse de payer en ce sens

que le
souscripteur T. paye contre ce billet à ordre la somme in-

diquée.
Même en tenant compte que le droit de change est caractérisé par

la
rigueur de la forme (ATF 108 II 319), le titre en cause ne peut prêter

à
confusion avec une lettre de change car il ne comporte ni un mandat de

payer
ni l'indication de celui qui devrait payer (tiré).

 

3.      Le
billet à ordre doit en outre contenir la dénomination du ti-

tre
inséré dans le texte même et exprimé dans la langue employée pour la

rédaction
de ce titre (art.1096 ch.1 CO). Le recourant invoque la nullité

du
billet à ordre en cause du fait que la promesse de payer une somme

d'argent
est rédigée à la fois en français et en anglais. Le premier juge

a déjà
réfuté ce moyen de façon pertinente. Il suffit de rappeler que le

texte
du titre peut être rédigé en plusieurs langues, la seule exigence

étant
que la dénomination du titre (billet à ordre) doit être écrite dans

la même
langue que la promesse de payer (Honsell/Vogt/Watter, Obliga-

tionenrecht
II, no.5 ad art.1096 et citations). Cette exigence est remplie

en
l'espèce, l'engagement de payer du souscripteur étant écrite en fran-

çais
comme la dénomination de "billet à ordre".

 

4.      En
dernier lieu, le recourant soutient que le contrat à l'ori-

gine de
l'émission du billet à ordre n'a pas été conclu de sorte que la

dette
causale est invalide ou éteinte. Ce faisant, comme il l'admet, le

recourant
soulève une exception fondée sur ses rapports personnels avec le

preneur.
Selon l'article 182 ch.4 LP, l'opposant à la poursuite qui al-

lègue
un tel moyen est tenu de déposer le montant de l'effet ou de fournir

des
sûretés équivalentes, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Dès lors le

moyen
est irrecevable.

 

        A
supposer recevable, il serait mal fondé. En effet, ce moyen ne

repose
que sur l'allégation du recourant, contenue dans une lettre du 18

octobre
1994 au preneur, annonçant la "cancellation" de ce titre et de

cinq
autres du même montant, au motif que l'affaire envisagée ne pourrait

être
réalisée. Le recourant n'a pas rendu vraisemblable qu'il était justi-

fié à
opposer au créancier primitif une exception tirée de leur rapport de

droit
fondamental et encore moins que l'actuel porteur de l'effet de chan-

ge
serait de mauvaise foi pour avoir connu cet éventuel vice affectant le

titre
au sens de l'article 1007 CO (ATF 99 Ia 6). De même, le recourant

n'a pas
rendu vraisemblable que le porteur de l'effet en cause serait de

mauvaise
foi pour l'avoir acquis d'un porteur qui l'aurait volé à un cer-

tain
Koury, comme allégué.

 

5.      Mal
fondé, le recours doit être rejeté. Le recourant supportera

les
frais de la cause, sans dépens, l'intimé ayant procédé personnellement

sans
l'assistance d'un avocat.

 

                              Par ces motifs

                            LA Ie COUR CIVILE

 

1. Rejette
le recours.

 

2. Met
à la charge du recourant les frais qu'il a avancés par 990 francs.

 

 

Neuchâtel,
le 14 février 1997