# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 34b4b409-8d2a-5a34-b8aa-8f3ff92cbe34
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-09-16
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre des prud'hommes 16.09.2004 C/6648/2003
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_003_C-6648-2003_2004-09-16.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE  Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/6648/2003-1 
 

POUVOIR  JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* 

 

 

 

 

 

E_______ SA 

Dom. élu : Me Jacques GAUTIER 

Rue Bellot 9 

1206 Genève 

 

 

 

 

 

 

 

Partie appelante 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’une part 

  

Madame T_______ 

Dom. élu : Syndicat SIT – réf. JK 

Case postale 3287 

Rue des Chaudronniers 16 

1211 Genève 3 

 

 

 

 

 

 

Partie intimée 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autre part 
 

 

 

 

 

ARRET 
 

du jeudi 16 septembre 2004 

 

 

  M. Louis PEILA, président 

 

 

  Mme Maria UNTERNAEHRER et M. François DURET, juges employeurs 

 

  MM. Alexandre-Frédéric LAMY et Thierry MEYRAT, juges salariés 

 

 

  Mme Rita KARAM, greffière d’audience 

 

 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/6648/2003-1 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

 

A. Par demande déposée au greffe de la juridiction des prud'hommes le 26 mars 

2003, T_______ a assigné E_______ SA en paiement de 99'418 fr. 05 plus 

intérêts à 5% dès le 1
er

 octobre 2002. Cette somme se décompose ainsi : 

 

-  15'418  fr. 05 à titre de différence de salaire de février à septembre 2002; 

-  42'000  fr. à titre d’indemnité pour licenciement abusif; 

-  42'000  fr. à titre d’indemnité pour tort moral.  

 

 E_______ SA a d’emblée contesté devoir quelque montant que ce soit et, recon-

ventionnellement, sollicité la condamnation de T_______ au paiement de 8'989 fr. 

45 à titre de restitution de la quotité de 20% du salaire payé en trop au vu de sa 

capacité de travail 

 

 

B. Par jugement du 24 septembre 2003, notifié par pli recommandé du 6 février 

2004, le Tribunal des prud’hommes a condamné E_______ SA à payer 32'755 fr. 

85 à T_______, plus intérêts à 5% dès le 1
er

 octobre 2002, à titre de paiement de 

salaire et 15'000 fr. plus intérêts à 5% dès le 1
er

 octobre 2002 à titre de dommages-

intérêts dus pour violation de l’art. 328 CO. 

  

 Le Tribunal a admis sa compétence et l’application du droit suisse, se référant à 

l’occasion à la Convention collective de travail de industries horlogère et micro-

technique suisses. Il a considéré que T_______ n’avait pas démontré le caractère 

abusif de son licenciement; en revanche, il était établi que, par son attitude, le 

directeur de E_______ SA, A_______, avait agi en violation de l’art. 328 CO, 

atteintes répétées qui devaient être considérées comme graves et justifiaient une 

indemnité de 15'000 fr. Enfin, c’est sous la pression d’une menace de licencie-

ment que T_______ avait accepté une baisse de son salaire, laquelle devait être 

annulée en application de l’art. 21 CO. En conséquence, elle avait droit à l’inté-

gralité de son salaire mensuel de 7'000 fr. du 1
er

 janvier au 30 novembre 2002, 

ainsi qu’à la part correspondante du treizième salaire et des indemnités de 

vacances. 

  

 Ces constatations enlevaient tout mérite à la demande reconventionnelle qui de-

vait dès lors être écartée. 

 

 

C. Par acte déposé le 10 mars 2004, E_______ SA appelle de cette décision; elle 

conclut à l’annulation du jugement du Tribunal et à la condamnation de T_______ 

au remboursement de 5'560 fr. Pour le cas où la décision entreprise serait confir-

mée dans son principe, elle conteste les montants alloués, tant au regard d’une 

éventuelle violation de l’art. 328 CO (somme excessive eu égard à la jurispru-

dence développée en l’espèce) que du salaire impayé, affirmant d’une part que la 

diminution de salaire avait été valablement conclue et, d’autre part, que les rap-

ports de travail s’étaient éteints au 31 octobre 2002 eu égard à la CCT. 

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 Le greffe des prud’hommes a communiqué l’acte d’appel au domicile élu de 

T_______ par courrier du 22 mars, reçu le 24 mars 2004; alléguant que sa cliente 

n’en avait pris connaissance que le 26 mars, son représentant affirme que le mé-

moire déposé au greffe le 26 avril 2004 est recevable à la forme. Sur le fond, 

T_______ conclut à la confirmation de la décision entreprise s’agissant du salaire 

et de l’indemnité pour tort moral et forme un appel incident  tendant à faire recon-

naître le caractère abusif de son licenciement, avec les suites financières que cela 

implique. 

 

 E_______ SA conclut à l’irrecevabilité de l’appel incident. 

  

 

D. Il ressort de la procédure les éléments suivants : 

 

a.  E_______ SA est une société anonyme active dans le domaine de l’horlogerie, de 

la micro-technique, de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie, inscrite au 

registre du commerce de Genève depuis le ________. Ses administrateurs actuels 

sont notamment B_______, A_______, sa fille C_______ et D_______. 

 

 A_______ est décrit comme un personnage nanti d’un fort caractère, exigeant en-

vers lui-même et ses collaborateurs, susceptible de s’emporter facilement et de 

hausser le ton, voire de frapper du poing sur la table ou de donner des coups de 

pied dans des maquettes; il peut être vif et heurter son entourage; il se comporte 

toutefois de la même manière vis-à-vis de chacun, y compris sa fille (cf. témoins 

D_______, C_______, F___, G_____, H_____ et I_____). Personne ne lui prête 

d’attitudes relevant du harcèlement sexuel ou de mobbing. 

 

 

b. H_____, consultant au sein de l’agence J_________, était chargé du recrutement 

des collaborateurs pour E_______. 

 

 C’est par ce biais que T_______ a été présentée à E_______, qui l’a engagée à ti-

tre d’assistante de direction, selon contrat de travail du 8 février 2001. 

 

 T_______, ressortissante française domiciliée en France, a commencé à travailler 

le 26 mars 2001, après avoir obtenu un permis de travail à Genève. Il s’agissait de 

son premier emploi en Suisse nécessitant un permis de travail. 

 

 Son salaire initial a été fixé à 7'000 fr. brut, payable treize fois l’an. 

 

c. Dès la tenue du salon SIHH, soit immédiatement après son engagement, 

A_______ s’est montré peu satisfait des services de T_______ (témoin I_____).  

 

 Par la suite, A_______ a reproché à son assistante des lacunes dans la tenue du 

courrier. Pour y pallier, il l’a invitée à suivre une formation en technique de la 

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communication écrite, d’une durée de 21 heures, du 20 juin au 6 août 2001, au-

près de K_______, assistante au Département de langue et Littérature françaises 

modernes de l’Université de N______. Cette personne a attesté de la rigueur et de 

l’enthousiasme manifestés par T_______ à cette occasion, précisant qu’elle maî-

trisait désormais les techniques principales de la rédaction. 

 

d.  Vers la fin de l’été 2001, T_______ a déploré un changement d’attitude de la part 

de son patron. Les témoins entendus n’ont toutefois pas relaté d’incident particu-

lier à cette période. 

 

e. Par avenant signé le 4 janvier 2002, les parties sont convenues d’un changement 

d’affectation de T_______ au sein de l’entreprise à compter du 1
er

 février 2002. 

Celle-ci a, depuis cette dernière date, pris la fonction d’assistante de direction du 

département des finances et ressources humaines.  

 

 Son salaire mensuel brut est alors passé de 7'000 fr. à 5'500 fr. A ce sujet, 

T_______ a déclaré devant les premiers juges qu’elle avait accepté cette baisse de 

salaire « car sinon je devais partir ». (p.-v. du 2.07.03, p. 2). 

 

f. T_______ s’est trouvée en arrêt maladie du 30 janvier au 2 février 2002, le 4 

février suivant puis le 28 mars ainsi que du 2 au treize avril 2002. 

 

 Les certificats médicaux produits à l’époque de ces absences n’en mentionnent 

pas les causes. 

 

 Le médecin traitant de T_______ s’est toutefois exprimé à leur sujet par courrier 

du 22 mai 2002. Il a affirmé à cette occasion avoir constaté une dégradation 

morale rapide dès le début de l’année 2002, une grande anxiété associée à des 

symptômes de type dépressifs de plus en plus marqués. La principale cause de cet 

état semblait être une situation professionnelle moralement insoutenable («…, je 

constate une grande anxiété associée à des symptômes de type dépressifs de plus 

en plus marqués. La principale cause révélée très difficilement par la patiente de 

cet état moral semble être une situation professionnelle moralement insoutenable. 

Elle décrit, non sans une certaine souffrance une situation de harcèlement sexuel 

et moral. » cf. pce 9 T_______) . Ce médecin a diagnostiqué définitivement une  

dépression réactionnelle à compter du 25 février 2002 et a revu depuis lors sa 

patiente à raison de deux fois par semaine. C’est en fonction de ce traitement que 

les arrêts de travail de mars et avril ont été ordonnés, sans succès. En consé-

quence, ce médecin a décidé d’un nouvel arrêt de travail d’un mois dès le 23 avril 

2002; à la fin de cette période, il a constaté une évolution insuffisante et a décidé 

d’une incapacité de durée indéterminée.  

 

g. T_______ a également consulté un psychiatre, dès le  24 avril 2002. Ce spécialiste 

a délivré un certificat médical le 22 mai 2002 attestant d’un syndrome réactionnel 

important et faisant mention de prescription d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et 

de somnifères, outre des entretiens réguliers; il pronostiquait une évolution favo-

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rable sur une durée de plusieurs mois, tant son état d’épuisement était important. 

 

h. Entre-temps, et par courrier recommandé du 18 avril 2002, E_______ a licencié 

l’employée avec effet au 30 juin 2002, au motif d’une restructuration de 

l’entreprise. 

 

i. Par courrier du syndicat SIT du 8 mai 2002, l’employée a fait opposition au con-

gé. Ce courrier mentionnait par ailleurs que cette dernière estimait avoir fait l’ob-

jet de harcèlement sexuel de la part du directeur général de la société, A_______. 

 

j. Les accusations de T_______ ont été contestées par le conseil de E_______, qui 

l’a invitée à retirer ses allégations relatives au harcèlement sexuel, les considérant 

comme constitutives de calomnie au sens de l’art. 174 CPS. 

 

k. L’assurance de E_______ a sollicité un rapport d’expertise au Dr L_______. Dans 

son exposé du 16 juillet 2002, l’expert a relevé un épisode dépressif moyen, résul-

tant d’un problème de mobbing professionnel ayant favorisé l’installation d’un 

épisode dépressif sévère. L’expert relevait toutefois que de part leur nature, les 

troubles présentés par l’assurée pouvaient servir à montrer la gravité du mobbing 

dans une attente de compensation financière. En conclusion, l’expert décidait qu’il 

convenait de laisser encore 6 semaines à l’assurée pour que son traitement puisse 

encore être potentialisé, concluant à une capacité de travail de 50% dès le 21 août 

et de 100% dès le 18 septembre 2002. 

 

l. Il n’est pas contesté que T_______ a reçu 60'915 fr. brut de son employeur en 

2002. Elle a également reçu 1'547 fr. directement de l’Allianz au titre de son inca-

pacité de travail de 50% du 1
er

 au 17 septembre 2002. 

 

m. T_______ ne souffre d’aucune séquelle à la suite de sa dépression et elle ne con-

sulte plus de ce fait depuis septembre 2003.  

 

n. Il ressort en sus de ce qui vient d’être exposé que, d’une manière générale, les 

employés de E_______ n’ont que peu de reproches à adresser à leur directeur 

A_______, dont chacun s’accorde à relever la forte personnalité et les emporte-

ments faciles, fussent-ils liés à un stress considérable. 

 

 Le témoin H_____, qui se trouve en conflit avec E_______, et qui était à l’origine 

de l’engagement de T_______, a constaté au printemps 2002 que cette dernière 

était effondrée, comme « tétanisée », contrairement à son état ordinairement jovial 

et plein de vitalité. 

 

 M_______, directeur financier de E_______ du 4 novembre 2001 au 8 février 

2002, a quitté séance tenante E_______ à cette date, situation qui s’est révélée un 

instant conflictuelle. Il n’a pas eu T_______ directement sous ses ordres. A son 

sujet, A_______ lui avait dit qu’il voulait changer d’assistante, qu’elle était « con-

ne » et que les autres services n’en voulaient pas à cause de son incompétence. 

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M_______ a proposé qu’elle travaille dans son service, ce qui a d’abord été refusé 

puis accepté, moyennant une baisse de salaire; A_______ a alors indiqué que 

T_______ devrait également remplacer la réceptionniste en déclarant « la loi, 

c’est moi ». Ce témoin a encore relevé que A_______ faisait des reproches à 

T_______ en présence d’autres collaborateurs pour la rabaisser, délibérément. 

 

 

 

EN DROIT 
 

 

1. Interjeté dans la forme et le délai prévus par la loi (art. 59 de la loi sur la juridic-

tion des prud'hommes, ci-après: LJP), l'appel est recevable. 

 

 En revanche, l’appel incident est irrecevable, ne respectant pas le délai de 30 jours 

stipulé par l’envoi du greffe du 22 mars 2004, reçu au domicile élu le 24 mars sui-

vant. Peu importe à ce sujet la date à laquelle T_______ a effectivement  été in-

formée de ce délai; en effet, cette circonstance est sans pertinence dans la compu-

tation des délais et seul compte pour son départ le jour de réception de la notifica-

tion du délai au domicile élu. Il en va de même du dépôt de la liste de témoins en 

appel, également tardif (cf. art. 62 et 64  LJP; 29, 32 et 34 LPC).  

 

 

2. Il n'est pas contesté que les parties étaient liées par un contrat de travail au sens 

des art. 319 et ss CO et que la juridiction spéciale des prud'hommes est compé-

tente en l'espèce. 

 

 Par ailleurs, les rapports de travail des parties sont régis par la Convention collec-

tive de travail des industries horlogère et microtechnique suisses du 1
er

 janvier 

2002. 

 

 

3. L’appel incident étant irrecevable, le principe du licenciement est acquis et la pro-

blématique attachée à l’application de l’art. 336 al. 1 let. d CO ne se pose plus.  

 

 Reste à déterminer la date à laquelle le contrat a pris fin, compte tenu de la pé-

riode de maladie de l’intimée et le montant du salaire à prendre en considération. 

 

3.1. Selon l'art. 336c al. 2 CO, le délai de congé notifié avant une incapacité de travail 

est suspendu et ne recommence à courir qu’à la fin de l’incapacité, sous réserve de 

disposition sur la période de protection. Lorsque les rapports doivent cesser à la 

fin d’un mois et que ce terme ne coïncide pas avec la fin du délai de congé qui a 

recommencé à courir, ce délai est prolongé jusqu’à la fin du mois (art. 336c al. 3 

CO). La période de protection ne se déploie que durant le délai de congé propre-

ment dit, soit in casu dès le 1
er

 mai 2002. Elle s’étend en l’espèce, au vu de la 

CCT (art. 23.3.1) qui prévoit 16 semaines de protection, jusqu’en août 2002; en 

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conséquence, le délai de congé a recommencé à courir dès le 1
er

 septembre 2002 

pour arriver à échéance le 31 octobre suivant, et non pas le 30 novembre comme 

l’a retenu à tort le Tribunal. Le jugement entrepris sera modifié en ce sens.  

 

3.2. L’appelante conteste à tort le raisonnement du Tribunal lui ayant permis d’écarter 

la baisse de salaire signée à compter du 1
er

 février 2002. En effet, s’il est certes 

possible de consentir à une baisse de salaire, encore faut-il tenir compte de tous 

les paramètres ayant précédé cette décision afin de savoir si elle a été librement 

consentie. 

 

 En l’espèce, il ressort de la procédure qu’à cette époque, l’intimée était déjà désta-

bilisée et avait commencé sa dépression. Sa capacité de réaction était donc affec-

tée. De plus, l’intimée, en tant que frontalière bénéficiant pour la première fois 

d’un permis de travail à Genève, avait tout avantage à conserver ledit emploi. Elle 

ne pouvait donc s’exposer à un risque de licenciement ainsi qu’elle l’a rappelé aux 

premiers juges. C’est donc à bon droit que ceux-ci ont affirmé que le travailleur 

n’avait pas les moyens de s’opposer à la diminution de salaire qui lui était « pro-

posée ». Le consentement donné ne l’ayant pas été librement, il est dépourvu d’ef-

fet et l’appelante doit à l’intimée le salaire initialement convenu, soit 7'000 fr. par 

mois treize fois l’an. 

 

3.3. En conséquence, l’intimée a droit au paiement de son salaire de 7'000 fr. par mois 

du 1
er

 janvier au 31 octobre 2002, soit 70'000 fr. Il sied d’ajouter à ce montant la 

part du treizième salaire payable pro rata temporis conformément à l’art. 2 du 

contrat de travail (5'833 fr. 35), ainsi que les indemnités vacances (10,64% - 6'578 

fr. 95), soit au total un montant de fr. 82'412 fr. 30. Compte tenu des versements 

intervenus en 2002 (60'915 fr. + 1'547 fr.), elle doit encore recevoir 19’950 fr. 30. 

 

 Le jugement entrepris sera réformé dans ce sens. 

 

 

4. L’appelante conclut au rejet des prétentions élevées en application de l’art. 328 

CO, subsidiairement à l’abaissement du montant alloué. 

 

4.1. Selon l'art. 328 al. 1 CO, l'employeur protège et respecte, dans les rapports de tra-

vail, la personnalité du travailleur; il manifeste les égards voulus pour sa santé et 

veille au maintien de la moralité. 

 

 L'honneur du travailleur est protégé par cette disposition (SJ 1989 p. 670).  

 

 L'art. 328 al. 1 CO concrétise la protection qu'offrent les art. 28 ss CC contre les 

atteintes aux droits de la personnalité (ATF du 19 décembre 1994 reproduit in SJ 

1995 p. 669 consid. 3a). Constituent de telles atteintes tous les comportements hu-

mains, tous les actes de tiers qui causent de quelque façon un trouble aux biens de 

la personnalité d'autrui en violation des droits qui la protègent (ATF 120 II 369 

consid. 2 et les références).  

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 Toutefois, la portée de l’art. 328 CO dépasse de loin celle de l’art. 28 CC. Elle 

impose à l’employeur non seulement le respect de la personnalité du travailleur 

mais aussi la prise de mesures concrètes en vue de la protection de sa vie de sa 

santé et de son intégrité personnelle. Parmi les biens protégés figurent aussi la 

dignité du travailleur, la considération dont il jouit au sein de l’entreprise et son 

honneur (REHBINDER, Berner Kommentar, n. 4 ad art. 328 CO; du même au-

teur, Basler Kommentar, n. 3 ad art. 328 CO; AUBERT, Commentaire Romand, 

No 2 et 4 ad art. 328 CO; SJ 1989 p. 670). 

 

4.2. Selon l'art. 49 CO, celui qui subit une atteinte illicite à sa personnalité, notamment 

au sens de l'art. 328 CO, a droit à une somme d'argent à titre de réparation morale, 

pour autant que la gravité de l'atteinte le justifie et que l'auteur ne lui ait pas donné 

satisfaction autrement (SJ 1984 p. 556-557). 

 

 L'atteinte doit être objectivement grave et apparaître comme une douleur morale. 

Le tort doit être considérable et doit se caractériser par des souffrances qui 

dépassent par leur intensité celles qu'une personne est normalement en mesure de 

supporter selon les conceptions actuelles en vigueur. Une faute particulièrement 

grave de l'auteur n'est toutefois pas requise. La quotité de l'indemnité pour tort 

moral fondée sur les art. 49 et 328 CO est estimée au vu des faits de la cause et 

soumise au large pouvoir d'appréciation du juge. De manière générale, les mon-

tants alloués sont fort modestes, mais le juge reste libre de s'écarter des précédents 

en considérant que les circonstances du cas particulier justifient une réparation 

plus grande que celle qui serait normalement allouée (AUBERT, op. cit., No 7 ad 

art. 328 CO; cf. également BREHM, Commentaire bernois, 2ème  éd, n. 81-86 ad 

art. 49 CO; HUTTE/DUCKSCH/GROSS, Le tort moral, p. 122a; JAR 1998 

p. 155). 

 

4.3. En l’espèce, les mesures probatoires permettent de retenir que l’appelante a grave-

ment négligé la personnalité d’une de ses employées et, au lieu de la soutenir con-

crètement et ouvertement, a fait courir le bruit qu’elle était incompétente et s’est 

comportée de manière à la rabaisser. Peu importe que cette attitude n’ait été déve-

loppée que par une personne dans la mesure où celle-ci était l’animateur principal 

de l’entreprise. La conséquence du mépris développé fut la rétrogradation du tra-

vailleur dans ses fonctions avec baisse de salaire obtenue de manière juridique-

ment inacceptable. Ceci a conduit l’intimée, peut-être fragile, à développer une 

grave dépression qui a nécessité un suivi médical sérieux et soutenu. L’atteinte à 

la santé de l’intimée est ainsi avérée et fonde son droit à une indemnité. 

 

 L’ensemble des circonstances du cas d’espèce amène la Cour à considérer, faisant 

en cela une large part à son pouvoir d’appréciation, eu égard aux principes rappe-

lés ci-dessus, qu’une indemnité en réparation du tort moral de 7’500 fr. est adé-

quate, voire généreuse, alors que le montant alloué par les premiers juges était 

excessif. 

 

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5. En application de l'art. 339 al. 1 CO, les créances de l'employé portent intérêts au 

taux légal (art. 73 CO) dés le 1
er

 novembre 2002, sous réserve de la réparation du 

tort moral, pour laquelle les intérêts courent à partir de la date du dépôt de la 

demande, soit le 26 mars 2003.  

 

 

6. Les circonstances du cas d’espèce justifient de mettre l’émolument d’appel à la 

charge de l’intimée, qui succombe  pour l’essentiel (art. 78 LJP). 

 

 

 

PAR CES MOTIFS 

 

 
La Cour d’appel des prud'hommes, groupe 1, 

 

 

A la forme : 

 

Déclare recevable l'appel interjeté par E_______ SA contre le jugement du Tribunal des 

prud'hommes rendu à la suite de la délibération du 26 juin 2003 dans la cause 

C/23209/2002-4; 

 

Déclare irrecevable l’appel incident de T_______. 

 

Au fond : 

 

Annule ledit jugement; 

 

Cela fait : 

 

Condamne E_______ SA à payer à T_______ les montants de  19’950 fr. 30 brut avec 

intérêts à 5% dès le 1
er

 novembre  2002, à charge pour elle d’opérer les déductions 

sociales, et de 7'500  fr. net, avec intérêts à 5% dès le 26 mars  2003. 

 

Dit que l’émolument d’appel de 400 fr. versé par E_______ SA est acquis à l’Etat. 

 

Déboute les parties de toutes autres conclusions. 

 

 

 

 

La greffière de juridiction      Le président