# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d89738d3-408c-5edc-9c2e-38da0eedeb6c
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1993-06-24
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Europäischer Gerichtshof für Menschenrechte 24.06.1993 JAAC 58.95
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_013_JAAC-58-95--_1993-06-24.pdf

## Full Text

JAAC 58.95

Arrêt de la Cour eur. DH du 24 juin 1993, affaire
Schuler-Zgraggen c / Suisse, Série A 263

Arrêt Schuler-Zgraggen. Accès au dossier d’une commission cantonale
de recours pour l’assurance-invalidité. Absence d’audience publique
devant le TFA. Motivation d’un arrêt de ce dernier fondée sur une
différence de sexe.

Art. 6 § 1 CEDH.

Notion de droits et obligations de caractère civil.

Le droit à une rente d’invalidité est un droit de caractère civil.

Accès au dossier.

Bien que la requérante n’ait pas eu accès à toutes les données en main
de la commission de recours, le TFA y a remédié, de sorte que, dans son
ensemble, la procédure a revêtu un caractère équitable.

Publicité des débats.

-Ni la lettre ni l’esprit de l’art. 6 n’empêchent une personne de renoncer
à des débats publics, mais pareille renonciation doit être non équivoque
et ne se heurter à aucun intérêt public important.

La recourante, n’ayant pas fait usage de son droit de demander une
audience publique, y a renoncé sans équivoque. La cause ne présentait
d’ailleurs pas des questions d’intérêt général rendant nécessaires des
débats publics.

Art. 14 combiné avec l’art. 6 § 1 CEDH.

La progression vers l’égalité des sexes est aujourd’hui un but important
des Etats membres du Conseil de l’Europe, et seules des considérations
très fortes peuvent amener à estimer compatible avec la convention une
telle différence de traitement.

1

-Le TFA, en faisant sienne la thèse de la commission de recours selon
laquelle les femmes mariées cessent leur activité professionnelle une
fois devenues mères, sans soupeser lui-même les différents arguments,
a ainsi introduit une différence de traitement exclusivement fondée sur
le sexe sans justification objective et raisonnable et a partant violé la
convention.

Urteil Schuler-Zgraggen. Zugang zu den Akten einer kantonalen
Rekurskommission für die Invalidenversicherung. Keine öffentliche
Verhandlungen am EVG. Urteilsbegründung des EVG, welche sich auf
einen Geschlechtsunterschied stützt.

Art. 6 § 1 EMRK.

Begriff der zivilrechtlichen Ansprüche und Verpflichtungen.

Der Anspruch auf eine Invalidenrente ist zivilrechtlicher Natur.

Zugang zu den Akten.

Obwohl die Beschwerdeführerin nicht zu allen bei der
Rekurskommission vorliegenden Angaben Zugang erhalten hat,
hat das EVG Abhilfe in einer Weise geschaffen, dass das Verfahren
gesamthaft gesehen billig verlaufen ist.

Öffentliche Verhandlungen.

-Weder Sinn noch Geist von Art. 6 hindern eine Person daran, auf
öffentliche Verhandlungen zu verzichten; ein solcher Verzicht muss
aber eindeutig sein und darf gegen kein wichtiges öffentliches Interesse
verstossen.

Indem sie von ihrem Recht, eine öffentliche Verhandlung zu verlangen,
keinen Gebrauch gemacht hat, hat die Beschwerdeführerin eindeutig
darauf verzichtet. Die Angelegenheit umfasste auch keine Fragen
allgemeinen Interesses, welche öffentliche Verhandlungen erfordert
hätten.

Art. 14 in Verbindung mit Art. 6 § 1 EMRK.

-Der Fortschritt in Richtung Geschlechtsgleichheit ist heute ein wichtiges
Ziel der Mitgliedstaaten des Europarates, und nur sehr gewichtige
Überlegungen können eine solche Ungleichbehandlung als mit der
Konvention vereinbar erscheinen lassen.

Das EVG hat ohne weitere Prüfung die These der Rekurskommission,
wonach verheiratete Frauen mit der Mutterschaft ihre berufliche
Tätigkeit aufgeben, für sich übernommen und so ohne sachliche und
vernünftige Begründung eine ausschliesslich auf das Geschlecht
gestützte Ungleichbehandlung eingeführt, die gegen die Konvention
verstösst.

2

Sentenza Schuler-Zgraggen. Accesso all’incarto di una commissione
cantonale di ricorso per l’assicurazione invalidità. Mancanza di
pubblica udienza davanti al TFA. Motivazione di una sentenza del TFA
fondata su una diversità di sesso.

Art. 6 § 1 CEDU.

Nozione di diritti e doveri di carattere civile.

Il diritto a una rendita di invalidità è un diritto di carattere civile.

Accesso all’incarto.

Benché la richiedente non abbia avuto accesso a tutti i dati in possesso
della commissione di ricorso, il TFA vi ha posto rimedio in modo che,
complessivamente, la procedura si è svolta in modo equo.

Pubblicità dei dibattimenti.

-Né il senso né lo spirito dell’art. 6 impediscono a una persona di
rinunciare a dibattimenti pubblici, ma tale rinuncia deve essere non
equivoca e non deve violare interessi pubblici importanti.

La ricorrente, non avendo fatto uso del diritto di chiedere una pubblica
udienza, vi ha rinunciato inequivocabilmente. Per altro, la causa non
presentava questioni di interesse generale tali da rendere necessari
pubblici dibattimenti.

Art. 14 combinato con l’art. 6 § 1 CEDU.

-La progressione verso la parità dei sessi è attualmente una finalità
importante degli Stati membri del Consiglio d’Europa; soltanto
considerazioni assai forti possono indurre a ritenere compatibile con
la convenzione una siffatta disparità di trattamento.

Il TFA, facendo sua la tesi della commissione di ricorso secondo cui le
donne sposate cessano con la maternità l’attività professionale, senza
soppesare le differenti argomentazioni, ha introdotto così una disparità
di trattamento fondata esclusivamente sul sesso, senza giustificazione
obiettiva e valida e ha pertanto violato la convenzione.

Résumé des faits

Née en 1948 et de nationalité suisse, la requérante s’est mariée en 1972. En
1973, elle entra au service d’un employeur qui retenait régulièrement sur son
salaire des cotisations au régime fédéral d’assurance-invalité. Au printemps
1975, elle contracta une tuberculose pulmonaire ouverte.

La caisse de compensation décida de lui accorder une demi-rente d’invalidité
pour la période du 1er avril au 31 octobre 1976. Le 28 septembre 1978,
l’employeur licencia l’intéressée à compter du 1er janvier 1979, en raison
de sa maladie. La caisse de compensation résolut le 25 mars 1980 de lui allouer
une rente complète avec effet au 1er mai 1978, l’estimant physiquement et
mentalement inapte à un emploi.

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Le 4 mai 1984, l’intéressée donna naissance à un fils.

Après avoir invité la requérante à subir des examens médicaux, la commission
de l’assurance-invalidité du canton supprima, avec effet au 1er mai 1986, la
rente versée à celle-ci et qui s’élevait alors à Fr. 2 016.- par mois: la requérante
avait vu sa situation familiale profondément changer avec la naissance de
son enfant; elle bénéficiait d’une amélioration de son état de santé; enfin,
elle se trouvait en mesure à 60-70% de s’occuper de son foyer et de son
fils. La requérante interjeta appel devant la commission de recours pour
l’assurance-vieillesse, survivants et invalidité du canton. Elle se rendit au siège
de la commission de l’assurance-invalidité pour consulter son dossier médical,
que la commission de recours avait adressé à cette dernière. Elle essuya un
refus. La commission de recours rejeta l’appel le 8 mai 1987.

Le 20 août 1987, la requérante forma devant le Tribunal fédéral des assurances
(TFA) un recours de droit administratif contre la décision de la commission de
recours. Le TFA rendit son arrêt le 21 juin 1988: la requérante avait droit à une
demi-rente si elle se trouvait dans une situation financière difficile; comme le
dossier ne contenait aucun élément sur ce point, il fallait renvoyer l’affaire à la
caisse de compensation.

La requérante avait obtenu gain de cause quant à son grief tiré du défaut de
délivrance, par la commission de recours, de la totalité des pièces aux fins de
consultation; elle avait eu la faculté de plaider devant le TF et de compulser le
dossier de ce dernier, lequel avait étudié librement la cause en fait et en droit.

Au sujet de la demande de rente, la haute juridiction précisa ce qui suit:

«Il faut (…) se rappeler que nombre de femmes mariées travaillent en dehors
de leur domicile jusqu’à la naissance de leur premier enfant, même si elles
interrompent cette activité aussi longtemps que de besoin pour élever
elles-mêmes leurs enfants. Il faut appliquer aussi en l’espèce cette hypothèse
tirée de l’expérience de la vie courante, qui doit être dûment prise en compte
dans la détermination de la méthode applicable pour le calcul de l’invalidité (…).
L’enfant, né le 4 mai 1984, n’avait pas encore deux ans au moment où la décision
de suppression contestée a été prise, à savoir le 21 mars 1986 (…); ainsi, selon
toute probabilité (nach dem Beweisgrad der überwiegenden Wahrscheinlichkeit)
(…), il faut supposer que la requérante, même si son état de santé ne s’était pas
détérioré, aurait limité son activité à la fonction de mère au foyer.»

Pareille circonstance dispensait d’étudier l’aptitude de la requérante à
exercer sa précédente profession; il s’agissait en revanche de rechercher
si et dans quelle mesure l’intéressée avait subi des limitations dans son
activité de mère au foyer. A cet égard, il suffisait de se fonder sur l’expertise
réalisée par le centre d’observation médicale. L’absence dans le dossier du
rapport d’expertise pneumologique constituait assurément une certaine
lacune (ein gewisser Mangel), mais l’examen effectué par le spécialiste de
médecine interne permettait de répondre à la question de savoir s’il y avait
eu, à partir de 1980, une modification de l’état des poumons. Depuis lors, la
requérante ne suivait plus un traitement pour la tuberculose et se trouvait
à cet égard parfaitement apte à travailler. Quant à sa névrose, elle s’était
considérablement atténuée dans l’intervalle. Enfin, un handicap résultant de
problèmes du dos pouvait théoriquement s’évaluer à 25% tout au plus.

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Le 17 juillet 1989, la caisse de compensation décida que la requérante ne
pouvait prétendre à une demi-rente car ses revenus de 1986, 1987 et 1988
dépassaient de beaucoup les plafonds applicables ces années-là dans les «cas
pénibles».

L’intéressée n’exerca pas de recours.

La requérante a saisi la Commission le 29 décembre 1988. Elle se plaignait
d’abord d’une atteinte à son droit à un procès équitable (art. 6 § 1 CEDH), en
raison d’un accès insuffisant au dossier de la commission de recours ainsi que
de l’absence d’audience devant le TFA. Elle alléguait aussi que l’hypothèse
adoptée par ce dernier, à savoir qu’elle eût renoncé à un emploi même si
elle n’avait pas eu de problèmes de santé, avait constitué une discrimination
fondée sur le sexe (art. 14 combiné avec l’art. 6 § 1 CEDH). La Commission a
retenu la requête le 30 mai 1991.

EN DROIT

I. Sur les violations alléguées de l’art. 6 § 1 CEDH

(…)

A. Sur l’applicabilité de l’art. 6 § 1 CEDH

44. Requérante et Commission s’accordent à estimer ce texte applicable en
l’espèce.

45. Le Gouvernement soutient le contraire, car selon lui l’affaire comporte
des aspects de droit public qui prédominent nettement. D’abord, le droit
revendiqué ne trouverait pas son fondement dans un contrat de travail,
l’affiliation obligatoire touchant aussi les indépendants et les inactifs. Ensuite,
le bénéfice de la pension dépendrait exclusivement du degré d’invalidité,
ni les ressources ou la situation de fortune de l’assuré ni le versement de
cotisations n’entrant en ligne de compte. Enfin, le système suisse frapperait
par son originalité, notamment dans la mesure où son financement obéirait
aux principes de répartition, de solidarité et de fiscalisation partielle des
recettes.

46. La Cour se trouve ici à nouveau placée devant la question de l’applicabilité
de l’art. 6 § 1 CEDH au contentieux de la sécurité sociale. Elle l’avait déjà
rencontrée dans les affaires Feldbrugge c / Pays-Bas et Deumeland c / Allemagne,
sur lesquelles elle statua le 29 mai 1986, (Série A 99 et 100). Elle avait constaté
alors, entre les Etats membres du Conseil de l’Europe, une grande diversité
quant à la manière dont leur législation et leur pratique conçoivent la nature
du droit aux prestations d’assurance sociale. Néanmoins, l’évolution juridique
amorcée par ces arrêts et le principe de l’égalité de traitement permettent
d’estimer que l’applicabilité de l’art. 6 § 1 CEDH constitue aujourd’hui la règle
dans le domaine de l’assurance sociale, y compris même l’aide sociale (arrêt
Salesi c / Italie du 26 février 1993, Série A 257-E, p. 59-60, § 19).

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Comme dans les deux causes jugées en 1986, l’intervention étatique ne suffit
pas à établir l’inapplicabilité de l’art. 6 § 1 CEDH; d’autres considérations
militent en l’occurrence pour la conclusion opposée. La plus importante
d’entre elles réside dans la circonstance que, malgré les aspects de droit
public signalés par le Gouvernement, la requérante ne se voyait pas seulement
concernée dans ses rapports avec l’administration en tant que telle, mais
aussi atteinte dans ses moyens d’existence; elle invoquait un droit subjectif de
caractère patrimonial, résultant des règles précises d’une loi fédérale.

En résumé, la Cour ne discerne aucune raison convaincante de distinguer
entre le droit de Mme Schuler-Zgraggen à une rente d’invalidité et les droits
aux prestations d’assurance sociale dont se prévalaient Mme Feldbrugge et M.
Deumeland.

L’art. 6 § 1 CEDH s’applique donc en l’espèce.

B. Sur l’observation de l’art. 6 § 1 CEDH

1. Accès au dossier de la commission de recours

47. Mme Schuler-Zgraggen se plaint en premier lieu d’un accès insuffisant au
dossier de la commission de recours.

(…)

50. Selon Mme Schuler-Zgraggen, sa cause comportait - comme souvent en
matière de sécurité sociale - des faits complexes, ce qui l’obligeait à présenter
des documents à des spécialistes. Il eût donc fallu lui accorder les mêmes
facilités qu’aux services administratifs, lesquels détiennent en permanence le
dossier dans leurs locaux. De surcroît, le rapport pneumologique du docteur F.
lui demeura toujours inaccessible, de sorte qu’elle ne put le soumettre à son
propre expert.

51. Le Gouvernement combat cette thèse. Devant la commission de recours,
l’intéressée n’usa pas de la faculté de consulter une partie du dossier et
de prendre des notes. Devant le TFA, elle eut accès à la totalité des pièces
- de même d’ailleurs que son avocat qui les reçut quelque temps après - et
photocopia certaines d’entre elles. Quant au rapport du docteur F., il ne
constituait pas à proprement parler un élément du dossier - le TFA le releva du
reste dans son arrêt du 21 juin 1988 -; en outre, il se trouvait résumé dans
l’expertise du centre d’observation médicale du 14 janvier 1986, dont la
requérante eut connaissance. Bref, le principe de l’égalité des armes n’aurait
souffert aucune atteinte.

52. La Cour constate que la procédure suivie devant la commission de
recours ne permit pas à Mme Schuler-Zgraggen d’avoir une vue complète
et approfondie des données fournies à celle-ci. Elle estime pourtant que
le TFA y remédia en invitant la commission à tenir tous les documents à la
disposition de la requérante - laquelle put notamment réaliser des copies -,
puis en communiquant le dossier au conseil de cette dernière (voir en dernier
lieu,mutatis mutandis, l’arrêt Edwards c / Royaume-Uni du 16 décembre 1992,
Série A 247-B, p. 34-35, § 34-39). Elle relève aussi que les deux juridictions en
cause ne possédaient pas le rapport du docteur F.

6

Les instances litigieuses ayant donc revêtu un caractère équitable si on les
considère dans leur ensemble, il n’y a pas eu violation de l’art. 6 § 1 CEDH sur
ce point.

2. Audience devant le TFA

53. Mme Schuler-Zgraggen dénonce en outre l’absence de débats devant le
TFA.

(…)

56. D’après Mme Schuler-Zgraggen, le TFA aurait dû ordonner des débats afin
de se forger sa propre opinion sur elle et de lui garantir un procès équitable.

57. Le Gouvernement estime au contraire que, dans certains domaines, une
procédure juridictionnelle purement écrite ne lèse en rien les intérêts du
justiciable. Il insiste sur plusieurs aspects. D’abord, les caractéristiques
traditionnelles du contentieux de la sécurité sociale rendraient malaisée
la présentation orale de raisonnements émaillés de points techniques et
de chiffres. Ensuite, le TFA reverrait librement en fait et en droit les causes
portées devant lui, ce qui l’apparenterait plutôt à une cour d’appel. Il en irait
spécialement ainsi pour les recours de droit administratif: en la matière, le
tribunal pourrait se prononcer sur l’opportunité de la décision attaquée et ne
se trouverait lié ni par les constatations de fait opérées par l’autorité cantonale,
ni par les conclusions des parties. Enfin, le nombre des arrêts - de l’ordre de
1200 par an - tomberait très bas si devaient régner l’oralité et la publicité de la
procédure: en pareil cas, l’allongement de l’instance menacerait sérieusement
l’accès à la juridiction suprême.

58. La Cour rappelle que la publicité des débats judiciaires constitue un
principe fondamental consacré par l’art. 6 § 1 CEDH. Ni la lettre ni l’esprit de
ce texte n’empêchent une personne d’y renoncer de son plein gré de manière
expresse ou tacite, mais pareille renonciation doit être non équivoque et ne se
heurter à aucun intérêt public important (voir, entre autres, l’arrêt Håkansson
et Sturesson c / Suède du 21 février 1990, Série A 171-A, p. 20, § 66).

En l’espèce, le règlement du TFA ménageait en termes exprès la possibilité
de débats «à la requête d’une partie ou d’office» (art. 14 al. 2). Comme la
procédure devant ladite juridiction se déroule en général sans audience
publique, on pouvait s’attendre à voir Mme Schuler-Zgraggen en solliciter
une si elle y attachait du prix. Or il n’en fut rien. On peut donc considérer
qu’elle a renoncé sans équivoque à son droit à une audience publique devant
le TFA.

Surtout, il n’apparaît pas que le différend soulevât des questions d’intérêt
public rendant nécessaires des débats. Hautement technique, il se prêtait
mieux à des écritures qu’à des plaidoiries; de plus, son caractère médical et
intime aurait sans doute dissuadé l’intéressée de souhaiter la présence du
public.

Enfin, on conçoit que dans le domaine considéré les autorités nationales
tiennent compte d’impératifs d’efficacité et d’économie. Or l’organisation
systématique de débats pourrait constituer un obstacle à «la particulière
diligence requise en matière de sécurité sociale» (arrêt Deumeland précité,

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Série A 100, p. 30, § 90) et, à la limite, empêcher le respect du «délai
raisonnable» visé à l’art. 6 § 1 CEDH (voir,mutatis mutandis, l’arrêt Boddaert c /
Belgique du 12 octobre 1992, Série A 235-D, p. 82-83, § 39).

Partant, il n’y a pas eu manquement aux exigences de l’art. 6 § 1 CEDH en
matière d’oralité et de publicité.

(…)

II. Sur la violation de l’art. 14 combiné avec l’art. 6 § 1 CEDH

61. Mme Schuler-Zgraggen affirme enfin avoir subi, dans la jouissance de
son droit à un procès équitable, une discrimination fondée sur le sexe. Elle
invoque l’art. 14 CEDH, ainsi rédigé:

«La jouissance des droits et libertés reconnus dans la (…) convention doit être
assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la
couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions,
I’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la
fortune, la naissance ou toute autre situation.»

(…)

64. D’après la requérante, le TFA a fondé son arrêt sur une «hypothèse
tirée de l’expérience de la vie courante», à savoir que nombre de femmes
mariées interrompent leur activité professionnelle à la naissance de leur
premier enfant et ne la reprennent que plus tard. Il en a déduit que Mme
Schuler-Zgraggen aurait renoncé à un emploi même si elle n’avait pas eu de
problèmes de santé. Or la requérante estime que si elle appartenait au sexe
masculin, jamais la haute juridiction n’aurait formulé pareille supposition,
contredite par de multiples études scientifiques.

65. Le Gouvernement plaide l’inapplicabilité de l’art. 6 § 1 CEDH et par
ricochet celle de l’art. 14: le grief aurait trait à l’administration des preuves,
domaine qui ressortirait pour l’essentiel à la compétence des autorités
étatiques.

66. La Cour rappelle que la recevabilité des preuves relève au premier
chef des règles du droit interne et qu’il revient en principe aux juridictions
nationales d’apprécier les éléments recueillis par elles. La tâche que lui
attribue la convention consiste à rechercher si la procédure examinée dans
son ensemble, y compris le mode de présentation des moyens de preuve,
revêtit un caractère équitable (voir en dernier lieu,mutatis mutandis, les
arrêts Lüdi c / Suisse du 15 juin 1992, Série A 238, p. 20, § 43, et Edwards c /
Royaume-Uni précité, p. 34-35, § 34).

67. En l’occurrence, le TFA a repris intégralement à son compte l’hypothèse
retenue par la commission de recours et relative à la cessation d’activité des
femmes devenues mères. Il n’a pas essayé d’en discuter lui-même le bien-fondé
en soupesant des arguments opposés.

Telle qu’elle se trouve formulée dans l’arrêt de la juridiction suprême,
l’hypothèse en question ne peut passer, comme l’affirme le Gouvernement,
pour une simple remarque accessoire, à la rédaction maladroite mais à

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l’incidence négligeable. Elle constitue au contraire l’unique base de la
motivation adoptée, revêtant ainsi un caractère décisif, et introduit une
différence de traitement exclusivement fondée sur le sexe.

Or la progression vers l’égalité des sexes est aujourd’hui un but important des
Etats membres du Conseil de l’Europe, et seules des considérations très fortes
peuvent amener à estimer compatible avec la convention une telle différence
de traitement (voir,mutatis mutandis, l’arrêt Abdulaziz, Cabales et Balkandali

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c / Royaume-Uni du 28 mai 1985, Série A 77, p. 38, § 78). La Cour n’aperçoit
rien de tel en l’espèce. Elle conclut donc que, faute de justification objective et
raisonnable, il y a eu infraction à l’art. 14 combiné avec l’art. 6 § 1 CEDH.

III. SUR L’APPLICATION DE L’ART. 50 CEDH

(…)

A. Dommage

1. Préjudice moral

69. Mme Schuler-Zgraggen affirme d’abord avoir subi un tort moral, qu’elle ne
chiffre pas, et réclame à titre provisionnel le versement de Fr. 22 500.- pour la
durée de la procédure devant les organes de la convention.

70. Selon le Gouvernement, la publication d’un arrêt constatant une
violation répondrait aux exigences de l’art. 50 CEDH. Quant au délégué de
la Commission, il ne se prononce pas.

71. La Cour considère que la requérante a pu éprouver un dommage moral,
mais que le présent arrêt lui fournit une compensation suffisante à cet egard.

2. Préjudice matériel

72. Mme Schuler-Zgraggen se plaint aussi d’avoir perdu le bénéfice d’une
pension d’invalidité complète en raison d’une procédure contraire aux art. 6
§ 1 et 14 CEDH. Elle n’avance toutefois aucun montant.

73. Le Gouvernement rappelle que depuis le 15 février 1992, le droit suisse
permet à la victime d’une violation constatée par la Cour, ou le Comité des
Ministres du Conseil de l’Europe, de solliciter la réouverture de la procédure
litigieuse. Il estime donc que la question ne se trouve pas en état.

74. Tel est aussi l’avis de la Cour. Partant, il y a lieu de réserver ladite question
et de fixer la procédure ultérieure, en tenant compte de l’éventualité d’un
accord entre l’Etat défendeur et la requérante (art. 54 § 1 et § 4 du règlement).

B. Frais et dépens

75. Mme Schuler-Zgraggen entend percevoir Fr. 7 130.90 pour les frais et
dépens relatifs à la procédure suivie devant les juridictions nationales. Elle
réclame aussi Fr. 14 285.70 pour les instances menées devant les organes de
la convention, sans compter les dépenses entraînées par la participation à
deux audiences devant la Cour, celle du 26 janvier 1993 et celle du prononcé
de l’arrêt.

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Le Gouvernement trouve la demande excessive: l’intéressée n’aurait pas
assumé de frais de justice devant les autorités cantonales puis le TFA; devant la
commission de l’assurance-invalidité - stade auquel trois avocats l’assistèrent -
elle n’aurait formulé aucun grief tiré de la convention. Une somme forfaitaire
de Fr. 5 000.- couvrirait largement l’ensemble des frais et dépens exposés en
Suisse et à Strasbourg.

Quant au délégué de la Commission, il estime que les débours supportés
devant la commission de recours ne visaient pas à remédier à une violation de
la convention; il invite la Cour à appliquer sa jurisprudence relative aux frais
causés par la procédure devant les organes de Strasbourg.

76. Statuant en équité, comme le veut l’art. 50 CEDH, et à l’aide des critères
qu’elle applique en la matière, la Cour alloue à la requérante Fr. 7 500.-, en
l’état, à ce titre.

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JAAC 58.95 - Arrêt de la Cour eur. DH du 24 juin 1993, affaire Schuler-Zgraggen c /

Suisse, Série A 263

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1994
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Band 58
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	Arrêt de la Cour eur. DH du 24 juin 1993, affaire Schuler-Zgraggen c / Suisse, Série A 263
	Résumé des faits
	EN DROIT
	I. Sur les violations alléguées de l'art. 6 § 1 CEDH
	A. Sur l'applicabilité de l'art. 6 § 1 CEDH
	B. Sur l'observation de l'art. 6 § 1 CEDH
	1. Accès au dossier de la commission de recours
	2. Audience devant le TFA
	II. Sur la violation de l'art. 14 combiné avec l'art. 6 § 1 CEDH
	III. SUR L'APPLICATION DE L'ART. 50 CEDH
	A. Dommage
	1. Préjudice moral
	2. Préjudice matériel
	B. Frais et dépens