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**Case Identifier:** 95ee4da7-1dc5-59c0-a0c5-2a497a49496e
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2020 / 549
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2020---549_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PP08.017953-200777

174 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
24 juillet 2020

__________________

Composition
:               Mme             
Crittin
Dayen, vice-présidente

             
              M.             
Sauterel et Mme Merkli, juges

Greffière
:              Mme             
Pache

 

 

*****

 

 

Art.
319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par la succession de feu A.J.________,
requérante, représentée par son administrateur officiel W.________,
à Montreux, contre le jugement incident rendu le 15 mai 2020 par la Président du Tribunal civil
de l’arrondissement de l’Est vaudois dans la cause divisant la recourante d’avec B.J.________,
à Gorgier, intimé, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement incident du 15 mai 2020, la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement
de l’Est vaudois (ci-après : la présidente ou le premier juge) a rejeté la
requête déposée le 12 avril 2019 par la succession de feu A.J.________, représentée
par son administrateur officiel Me W.________ (I), a invité le notaire commis au partage à
aller de l’avant dans le complément d’expertise ordonné le
21
août 2017 tel que précisé le 11 janvier 2019 (II), a dit que les frais et dépens
suivaient le sort de la cause au fond (III) et a rejeté toutes autres ou plus amples conclusions
(IV). 

 

             
En droit, le premier juge était saisi d’une requête tendant à ce que les faits ayant
fait l’objet de la procédure ouverte sous référence PT12.035971 devant la Chambre
patrimoniale cantonale soient soumis à l’expert commis au partage aux fins d’être
intégrés au rapport d’expertise à rendre, l’expert devant en outre constituer
les sûretés nécessaires pour garantir les prétentions récursoires de la succession
de feu A.J.________ basées sur lesdits faits, ce à la forme de l’art. 610 al. 3 CC. La
présidente a admis que, sur le principe, un mandat confié au notaire commis au partage pouvait
être étendu à tous les faits nécessaires à la détermination des actifs
et passifs successoraux. Elle a toutefois relevé que les parties avaient en l’espèce
convenu, par accord signé le 23 mars 2015, qui liait le juge, que le jugement, la liquidation des
prétentions et, le cas échéant, l’exécution forcée en rapport avec la
procédure pendante devant la Chambre patrimoniale cantonale auraient lieu indépendamment de
la procédure en partage, ainsi que de procéder à la constitution de gages immobiliers
aux fins de garantir les prétentions récursoires de l’hoirie de A.J.________ contre B.J.________,
faisant l’objet de la procédure ouverte devant la Chambre patrimoniale cantonale. Ainsi, le
premier juge a considéré qu’il ne saurait être question de remettre en cause cet
accord du seul fait que la Chambre patrimoniale cantonale avait rejeté, dans un jugement définitif
et exécutoire, les conclusions en paiement prises par l’administrateur officiel agissant au
nom de la succession de feu A.J.________ et donc de réintroduire la question de la responsabilité
délictuelle de B.J.________ par le biais du rapport d’expertise à établir dans la
cause en partage de la succession et, partant, de refaire le procès ayant opposé les parties,
dont la volonté de soumettre l’ensemble des questions liées à la responsabilité
délictuelle de B.J.________ à une autre autorité que le juge du partage devait être
respectée.

 

 

B.             
a) Par acte du 28 mai 2020, la succession de feu
A.J.________ a recouru contre le jugement précité en concluant, sous suite de frais, à
sa réforme en ce sens que la requête du 12 avril 2019 soit admise (I), que l’exposé
de fait, les pièces déposées à l’appui de cette requête ainsi que les
prétentions élevées dans ce cadre soient recevables (II), que le tribunal saisi du partage
et l’expert en vue de la rédaction de son rapport soient chargés d’examiner les
prétentions récursoires entre cohéritiers et celles en lien avec la mauvaise préservation
des intérêts de l’hoirie (III) et que le tribunal saisi du partage et l’expert
soient chargés de déterminer ou adapter les garanties de l’art. 610 al. 3 CC (IV). Subsidiairement,
elle a conclu à son annulation et au renvoi de la cause au premier juge pour nouvelle décision
dans le sens des considérants.

 

             
b) Par acte du même jour, la succession de
feu A.J.________ a interjeté appel contre le jugement incident du 15 mai 2020, en prenant des conclusions
identiques à celles contenues dans son acte de recours.

 

             
Par arrêt du 1er
juillet 2020, la Cour d’appel civile a déclaré l’appel irrecevable, dès lors
que la décision entreprise n’était ni une décision partiellement finale ni une décision
incidente, mais une ordonnance d’instruction, sujette à recours au sens de l’art. 319
let. b CPC.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.             
a)
M.J.________, née [...], et H.J.________ ont eu deux enfants, A.J.________ et D.J.________, et ont
adopté deux enfants, [...] et B.J.________.

 

             
H.J.________ est décédé le [...] 1990. [...] est décédé le [...] 1992,
laissant cinq enfants, E.J.________, I.J.________, J.J.________, K.J.________ et L.J.________.

             
A.J.________ a disparu sans laisser de nouvelles courant décembre 2005 et M.J.________ a été
retrouvée sans vie à son domicile le 4 janvier 2006.

 

             
Un curateur d’absence a été institué en faveur de A.J.________ en la personne du
notaire W.________.

 

             
b)
A.J.________ et son frère B.J.________ sont les seuls héritiers de la succession indivise de
leur père H.J.________, les autres héritiers étant sortis de l’indivision.

 

             
D.J.________, E.J.________, I.J.________, J.J.________, K.J.________ et L.J.________ sont les héritiers
de A.J.________, dont la déclaration d’absence au sens de l’art. 38 CC a été
prononcée le 23 avril 2012, avec effet au 24 décembre 2005.

 

2.             
La procédure de partage de la succession de H.J.________ a été ouverte le 11 juin 2008
par le curateur d'absence. Le défendeur a adhéré au principe du partage.

 

3.             
Par demande du 4 septembre 2012
déposée devant la Chambre patrimoniale cantonale
(cause référencée PT12.035971),
la succession de feu A.J.________, par son administrateur officiel, au bénéfice d’une
autorisation de procéder délivrée le 5 juin 2012, a conclu, avec suite de frais et dépens,
à ce que B.J.________
soit reconnu débiteur de la
succession de feu A.J.________ de la somme de 1'198'934 fr. 30, avec intérêt à
5% l’an dès le 1er
janvier 2006 (I). Le 19 juin 2015, cette conclusion I a été augmentée à 4'902'843
fr., avec intérêt à 5% l’an dès le 1er
janvier 2014. Cette demande visait notamment à dédommager les frais (de justice, d’avocat,
de fiduciaire, de curateur d’absence, d’administrateur officiel, etc.) qui avaient été
engendrés par le comportement pénal du défendeur (absence/assassinat de A.J.________ et
meurtre de M.J.________) et qu’elle avait dû assumer.

 

             
B.J.________ a conclu au rejet.

 

 

4.             
Par décision incidente du 27 août 2013,
la présidente a suspendu la procédure de partage précitée, sur requête de la
succession de A.J.________, jusqu’au règlement des dettes de la succession par le représentant
de l’hoirie ou par l’apport par B.J.________ de sûretés suffisantes en faveur des
héritiers de feu A.J.________, ce en application de l’art. 610 al. 3 CC. Cette décision
stipulait que la cause serait reprise d’office ou sur requête de la partie la plus diligente
dès qu’il pourrait être constaté que la succession n’avait plus de dettes
ou que B.J.________ aurait constitué des sûretés suffisantes.

 

             
Le 23 mars 2015, les parties sont convenues de la reprise de la cause, le notaire [...] étant confirmé
dans son mandat de préparer la convention de partage prévue, le cas échéant le rapport
d’expertise. Elles ont également prévu que le jugement, la liquidation des prétentions
et, le cas échéant, l’exécution forcée en rapport avec la procédure pendante
devant la Chambre patrimoniale cantonale auraient lieu indépendamment de la procédure en partage
et qu’elles procéderaient à la constitution de gages immobiliers aux fins de garantir
les prétentions récursoires de la succession de feu A.J.________ contre B.J.________ faisant
l’objet de cette procédure.

 

5.             
Par jugement du 6 décembre 2018 rendu dans la cause référencée PT12.035971, la
Chambre patrimoniale cantonale a notamment rejeté les conclusions prises par la succession de feu
A.J.________, représentée par l'administrateur officiel W.________, contre B.J.________, selon
demande du 4 septembre 2012, telles que modifiées le 19 juin 2015 (I), a dit que les conclusions
prises par le défendeur dans ses plaidoiries écrites du 19 septembre 2018 étaient irrecevables
(II), a mis à la charge de l'hoirie demanderesse les frais judiciaires arrêtés à
109'772 fr. (III), a fixé l'indemnité finale du conseil d'office du défendeur à
26'181 fr. 80 (IV), a dit que ce dernier devrait rembourser l’indemnité du conseil d’office
mise provisoirement à la charge de l’Etat dans la mesure de l'art. 123 CPC (V), a dit que
l'hoirie demanderesse devait verser 58'000 fr. au défendeur à titre de dépens (VI) et
a rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (VII).

 

             
Par arrêt du 5 décembre
2019, la Cour d’appel civile a partiellement admis l’appel formé par Me W.________,
pour le compte de la succession de feu A.J.________ et a réformé le jugement entrepris
notamment en ce sens que B.J.________ devait immédiat paiement à l’administrateur officiel
W.________, agissant pour le compte de la succession de feu A.J.________, de la somme de 263'208 fr.
avec intérêt à 5% l’an dès le 1er
juillet 2014, que les frais judiciaires de première instance, arrêtés à 109'772 fr.,
étaient mis à la charge de la succession de feu A.J.________, par son administrateur officiel
W.________, à hauteur de 104'283 fr. 40 et étaient provisoirement laissés à la charge
de l’Etat, pour le défendeur B.J.________, à hauteur de 5'488 fr. 60, que la succession
de feu A.J.________, par son administrateur officiel W.________, devait verser au défendeur B.J.________
la somme de 52'200 fr. à titre de dépens de première instance, le jugement étant
confirmé pour le surplus.

 

             
Par arrêt 4A_22/2020 du 28 février 2020, le Tribunal fédéral a rejeté le recours
interjeté par B.J.________ contre l’arrêt cantonal précité, dans la mesure
de sa recevabilité. Par arrêt 4F_4/2020 du 8 juin 2020, notre Haute Cour a déclaré
irrecevable la demande de révision de l’arrêt du 28 février 2020 présentée
par B.J.________.

 

6.             
Lors d’une audience du 15 janvier 2018, les parties sont notamment convenues de se déterminer
sur le montant de la sûreté à constituer en garantie de la dette faisant l’objet
de la cause ouverte par-devant la Chambre patrimoniale cantonale sous référence PT12.035971.

             

             
Par courrier daté du 11 janvier 2019 mais transmis le 26 mars 2019, la présidente a invité
le [...] à retenir le montant de 1'198'934 fr. 30 avec intérêt à 5% l’an dès
le 1er
janvier 2006 pour la constitution du gage immobilier tendant à garantir les prétentions récursoires
de l’hoirie de feu A.J.________ dans la cause PT12.035971.

 

             
Le 20 mars 2019, la succession de feu A.J.________, représentée par Me W.________, a déposé
un acte intitulé « procédé écrit (triplique/novas/conclusions précisées) »
dont les conclusions tendaient notamment au paiement immédiat par B.J.________ d’une somme
de 3'832'386 fr. avec intérêts à 5% l’an dès le 1er
janvier 2014 en faveur de l’administrateur officiel, agissant pour le compte de la succession de
feu A.J.________, ainsi qu’à la constitution de garanties relatives à cette dette ensuite
du jugement rendu par la Chambre patrimoniale cantonale le 6 décembre 2018.

 

             
Le 3 avril 2019, la présidente a invité le conseil de la succession de feu A.J.________ à
préciser l’objet de sa requête.

 

             
Par acte du 12 avril 2019 intitulé « Procédé écrit : faits soumis
à l’expertise complémentaire », la succession de feu A.J.________ a requis
que les éléments de faits contenus dans ledit acte, reprenant les faits objets de la procédure
devant la Chambre patrimoniale cantonale, soient soumis au notaire commis au partage pour établir
son rapport final. L'allégué 234 de
ce procédé écrit intitulé « Faits soumis à l'expertise complémentaire
» avait notamment la teneur suivante :

             
« Doivent être déterminées toutes les garanties nécessaires (à retenir
sur les actifs successoraux avant toute forme de partage) aux fins de permettre le règlement de
ces prétentions par B.J.________, comme cela a déjà été requis pour le règlement
des autres dettes de l'hoirie (dettes de droit privé et de droit public exigibles ou prévisibles
au jour du partage, y compris les créances fiscales et l'AVS, y compris les créances fiscales
liées à la réalisation systématique et y compris les dettes hypothécaires de
l'hoirie), pour un montant de l'ordre de CHF 6'000'000.00 (six millions de francs) au moins ».

 

             
Par déterminations des 17 avril 2019, 13 septembre 2019 et 21 janvier 2020, B.J.________ s’est
opposé à la requête précitée.

 

             
Le conseil de la succession de feu A.J.________ s’est déterminé les 18 avril et 12 décembre
2019.

 

             
L’Office des poursuites du district du Jura-Nord vaudois, qui assume la gérance légale
des immeubles appartenant à la communauté héréditaire, ne s’est pas déterminé.

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Le jugement incident litigieux a été
rendu le 15 mai 2020, de sorte que les voies de droit sont régies par le CPC, entré en vigueur
le 1er
janvier 2011
(art. 405 al. 1 CPC). L’action
ayant été ouverte en 2008, c’est l’ancien droit de procédure qui est appliqué
par le président du tribunal d’arrondissement dans la mesure nécessaire (art. 404 al.
1 CPC), notamment les dispositions du CPC-VD (Code de procédure civile vaudoise du 14 décembre
1966). 

 

 

2.

2.1

2.1.1             
Aux termes de l'art. 319 let. b CPC, le recours
est recevable contre les autres décisions et ordonnances d'instruction de première instance
dans les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu'elles peuvent causer un préjudice difficilement
réparable (ch. 2), le recourant devant alors démontrer l’existence d’un tel préjudice
(Haldy, Commentaire romand, Code de procédure civile, 2e
éd., 2019 [ci-après : CR-CPC], n. 3 ad art. 125 CPC). Selon l'art. 321 CPC, le recours,
écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les trente
jours à compter de la notification de la décision motivée (al. 1). Le délai
est de dix jours pour les décisions prises en procédure sommaire et les ordonnances d'instruction,
à moins que la loi n'en dispose autrement (al. 2).

 

2.1.2             
Selon l'ancienne procédure civile vaudoise, lorsque le principe du partage est acquis, le président
commet un notaire avec mission de stipuler le partage à l'amiable, si faire se peut, ou, à
ce défaut, de constater les points sur lesquels porte le désaccord des parties et de faire
des propositions en vue du partage (art. 570 al. 1 CPC-VD). A défaut d'entente, le notaire procède
comme en matière d'expertise judiciaire, dont les règles sont applicables par analogie. En
particulier, le juge assigne sa mission à l'expert consistant, soit à se déterminer sur
des allégués désignés, soit à répondre à un questionnaire (art. 225
al. 1 COC-VD). Le juge met l'expert en œuvre, lui donnant toutes directions utiles (art. 226 al.
1 CPC). Le juge tranche en la forme incidente les différends relatifs à l'exécution de
l'expertise (art. 226 al. 3 CPC-VD), sa décision n'était pas susceptible de recours en réforme
au Tribunal cantonal (Poudret, Haldy, Tappy, Procédure civile vaudoise, 3e
éd., 2002, p. 368 in fine).

 

             
Le notaire commis au partage fait rapport au président sur tous les points soumis à son examen
(art. 572 CPC-VD). Ce rapport est communiqué aux parties et le juge leur fixe un délai de mémoire
pour présenter leurs observations, formuler leurs réquisitions et conclusions et produire leurs
pièces (art. 573 al. 1 CPC-VD). Les parties sont ensuite assignées à une audience où
les questions qui les divisent sont instruites et jugées sans autre échange de mémoires,
les preuves sont administrées, le juge pouvant ordonner tel complément de preuves qu'il estime
nécessaire (art. 574 CPC-VD) et, s'il le faut, un nouvel échange de mémoires (Poudret,
Haldy, Tappy, op. cit., p. 838 note ad art. 574 CPC). Lorsqu'une partie demande le paiement préalable
des dettes échues, le notaire peut être chargé de prélever les sommes nécessaires
et d'effectuer les paiements (art. 576 CPC). Enfin, les parties peuvent se déterminer sur le projet
de répartition des lots (art. 579 CPC-VD).

 

2.2             
En l’espèce, le recours, écrit et motivé, a été déposé en temps
utile par une partie qui y a un intérêt (art. 59 al. 2 let. a CPC) ; il est donc recevable
à la forme.

 

             
Dès lors que la décision attaquée porte sur l'étendue de la mission de l'expert commis
au partage selon le CPC-VD et sur le champ d'examen du juge du partage, elle entre dans la catégorie
des autres décisions et ordonnances de première instance qui ne sont susceptibles de recours,
dans les cas où cette voie de droit n'est pas prévue par la loi, que si elle peut causer un
préjudice difficilement réparable (art. 319 let. b ch. 2 CPC).

 

 

3.

3.1             
La recourante soutient que, dans le cadre du partage,
elle aurait des prétentions contre B.J.________, soit un montant de l'ordre de 3'510'000 fr. en
capital à fin 2014 et de l'ordre de 320'000 fr. en intérêts à fin 2013, car il lui
aurait causé un dommage en refusant de signer le renouvellement de prêts hypothécaires,
ce qui en aurait alourdi le taux et occasionné des frais de réalisation forcée. De plus,
elle fait valoir des recours au sens de l'art. 640 CC à son encontre du chef de frais couverts par
elle seule, de frais de gérance légale, du paiement de charges d'immeuble, du paiement du salaire
d'un concierge et du paiement d'une dette lui incombant. S’agissant d’un éventuel préjudice
difficilement réparable, elle met en avant que le sort de ces prétentions serait compromis
si elles n'étaient pas traitées dans le cadre du partage et que les garanties prévues
par l'art. 610 al. 3 CC ne seraient pas constituées en ce qui les concerne, alors que de telles
garanties seraient nécessaires au vu de l'insolvabilité de B.J.________.             

 

3.2             
La notion de "préjudice difficilement
réparable" est plus large que celle de "dommage irréparable" au sens de l'art.
93 al. 1 let. a LTF (TF 5A_150/2014 du 6 mai 2014 c. 3.2, RSPC 2014 p. 348), puisqu'elle vise non seulement
un inconvénient de nature juridique mais aussi les désavantages de fait, qui peuvent être
de nature financière ou temporelle, pourvu qu'ils soient difficilement réparables; tel est
le cas notamment lorsque la réparation financière est inadéquate pour réparer intégralement
le préjudice ou que celui-ci est difficile à établir ou à chiffrer (JdT 2011 III
86 ; CREC 23 février 2012/80 ; CREC 16 décembre 2016/505). L'autorité de recours doit
toutefois se montrer restrictive, sous peine d'ouvrir le recours à toute décision ou ordonnance
d'instruction, ce que le législateur a clairement exclu: il s'agit de se prémunir contre le
risque d'un prolongement sans fin du procès (JdT 2014 III 121; CREC 16 décembre 2016/505) (Colombini,
Condensé de jurisprudence, 2018, n.4.1.3 ad art. 319 CPC). Il incombe au recourant d'établir
que sa situation procédurale serait rendue notablement plus difficile et péjorée si la
décision querellée étant mise en œuvre, étant souligné qu'une simple prolongation
de la procédure ou un accroissement des frais ne suffisent pas (CREC 13 décembre 2019/344).

 

3.3             
En l’espèce, dans la mesure où le jugement de partage pourra être attaqué pour
le motif qu'il ne traiterait pas des recours entre héritiers au sens de l'art. 640 CC ou du règlement
des dettes communes, on ne saurait inférer de la décision attaquée qu'elle cause un préjudice
difficilement réparable à la recourante. A cet égard, il faut raisonner par analogie avec
la jurisprudence rendue en matière de décisions refusant d'admettre des faits ou moyens de
preuves nouveaux ou refusant des conclusions modifiées.

 

             
Est irrecevable le recours contre la décision d'admission ou de rejet de faits et moyens de preuve
nouveaux au sens de l'art. 229 CPC, qui ne provoque en principe pas de dommage difficilement réparable,
la partie conservant tous ses moyens au fond et pouvant remettre en cause la décision finale (Colombini,
op. cit., n° 4.4.18.2. ad art. 319 CPC). La décision admettant une modification de conclusions
ne crée théoriquement pas de dommage difficilement réparable (CREC 30 septembre 2019/266),
une complexification de la procédure étant insuffisante (CREC 9 décembre 2019/333) (Colombini,
op. cit. n° 4.4.18.4).

 

 

             
Ainsi, le préjudice allégué par la recourante paraît d'autant plus facilement réparable
dans le présent cas qu’elle affirme elle-même que les conclusions et faits ont déjà
été présentés et que les preuves par titres, témoignages et surtout expertises,
ont déjà été administrées dans le cadre du procès ayant abouti au jugement
de la Chambre patrimoniale du 6 décembre 2018.

 

             
Au surplus, il n'est pas exclu, la question demeurant ouverte à ce stade, que, selon les particularités
de la procédure de partage aménagée dans le CPC-VD, ces prétentions puissent encore
être présentées et discutées notamment à l'audience prévue à l'art.
574 CPC-VD, si bien que, pour ce motif également, un préjudice difficilement réparable
doit être nié.

 

             
A l'appui de sa thèse d'un préjudice difficilement réparable, la recourante invoque encore
l'art. 610 al. 3 CC, qui dispose que chaque héritier peut demander que les dettes soient payées
ou garanties avant le partage en ce sens que la non garantie de ses prétentions litigieuses contre
B.J.________ lui causerait ce type de préjudice.

 

             
Il ne saurait y avoir de garantie d'une dette avant que celle-ci ne soit établie. Aussi, le refus
de la garantie à ce stade n'entraîne pas davantage de préjudice que le refus de traiter
les prétentions. Dans la mesure où la recourante pourra faire valoir ses prétentions et
leurs garanties, si celles-là sont admises comme dettes, soit dans les étapes finales de la
procédure de partage prévue par le CPC-VD, ou encore en contestant le jugement de partage,
aucun préjudice difficilement réparable ne saurait être constaté.

 

 

4.             
En définitive, en l’absence de tout
préjudice difficilement réparable, le recours doit être déclaré irrecevable.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance sont arrêtés à 10'000 fr. (art. 69 et
70 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; BLV 270.11.5]) en application
du principe d’équivalence (sur
le principe d’équivalence, cf. ATF 143 I 220 consid. 5.2.2). Ils
sont mis à la charge de la recourante, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).

 

             
Il n’y a pas lieu à l’allocation de dépens de deuxième instance, l’intimé
n’ayant pas été invité à se déterminer.

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 10'000 fr. (dix mille francs),
sont mis à la charge de la recourante succession de feu A.J.________.

 

             
III.             
L’arrêt, rendu sans dépens, est exécutoire.

 

 

La
vice-présidente :              
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Christophe Misteli (pour la succession de feu A.J.________),

‑             
Me Etienne Campiche (pour B.J.________),

‑             
Office des poursuites du district du Jura-Nord vaudois.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois.

 

             
La greffière :