# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 6ad9b4c8-bbe7-5bfc-8d8c-d7f88bb1b983
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-05-08
**Language:** fr
**Title:** Neuenburg Tribunal Cantonal Cour Civile, Cour civile au sens strict 08.05.1995 CC.1995.420 (INT.1995.100)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_001_CC-1995-420_1995-05-08.html

## Full Text

A.     
V.F., né le 18 août 1956, célibataire, ressortissant

espagnol,
et M.F., née le 14 février 1956, originaire

de
Remetschwil/AG, célibataire, se sont mariés à Neuchâtel le 29 juin

1979.
Deux enfants sont issus de leur union : J., né le 29 septembre

1980 et
N., né le 18 décembre 1984.

 

       
Le 18 septembre 1991, l'épouse a déposé une requête de mesures

protectrices
de l'union conjugale auprès du Tribunal civil du district de

Neuchâtel.
Constatant que les parties n'étaient pas d'accord sur son ori-

gine,
le juge des mesures protectrices a retenu qu'un conflit conjugal

n'en
existait pas moins, au demeurant confirmé par les observations de

l'expert
alors chargé d'examiner l'épouse et de déterminer son éventuelle

capacité
de gain. Par ordonnance du 7 février 1992, les parties ont ainsi

été
autorisées à vivre séparées, la garde des deux enfants a été attribuée

à la
mère, le père devant s'acquitter en mains de la mère de pensions men-

suelles
de 500 francs par enfant, allocations familiales en sus, et de

3'000
francs pour elle-même à compter du 1er janvier 1992, ce dernier mon-

tant
tenant compte d'une incapacité de gain totale de l'épouse à dires

d'expert.
Sur recours du mari, la Cour de cassation civile, par arrêt du

28
avril 1992, a réduit la pension de l'épouse à 2'800 francs.

 

B.     
Dispensé de citer son épouse en conciliation par ordonnance du

11 mai
1992, le mari a déposé le 19 mai 1992 une demande en divorce devant

le
Tribunal matrimonial du district de Boudry, en prenant pour conclu-

sions :

 

          "1. Prononcer, par le divorce,
la dissolution du lien conjugal

              entre V.F. et M.F.,

 

           2. Attribuer l'autorité parentale
sur les enfants, J., né

              le 29 septembre 1980, et N., né
le 18 décembre 1984, à

              la mère, M.F., si nécessaire
avec une

              curatelle de soutien,

 

           3. Statuer sur le droit de visite
et de vacances du père,

              Vincent V.F., conformément à
l'allégué 29 du présent mé-

              moire,

 

           4. Fixer la contribution
alimentaire paternelle, en faveur de

              chacun des deux enfants issus de
l'union , conformément à

              l'allégué 28 du présent mémoire,

 

           5. Fixer la contribution
alimentaire du mari en faveur de sa

              femme, pour un temps limité, et
en tenant compte d'un éven-

              tuel héritage de celle-ci ainsi
que de ses capacités de tra-

              vailler à temps partiel,
conformément à l'allégué 39 du pré-

              sent mémoire,

 

           6. Ordonner la liquidation du
régime matrimonial des parties

              comme suit :

 

              6a. Biens meubles

 

                    attribuer, au mari, d'une part, les biens
meubles dont

                  il est déjà en possession
et, d'autre part, les biens

                  meubles se trouvant encore
au domicile conjugal et men-

                  tionnés à l'allégué 31,

 

                    attribuer, à l'épouse, après attribution au
mari des

                  biens qu'il demande à l'allégué 31, le solde des meubles

                  mentionnés audit allégué,

 

                    éventuellement, si l'épouse s'oppose à
l'attribution

                  précitée et proposée par le
mari, procéder au partage de

                  l'intégralité des biens meubles mentionnés à
l'allégué

                  31, en attribuant, au mari,
d'une part, le mobilier

                  qu'il revendique à teneur de
l'allégué 31 (celui en sa

                  possession et celui resté au
domicile conjugal) et,

                  d'autre part, un poste de
télévision ainsi que divers

                  meubles selon les règles du
droit et de l'équité, le

                  tout pour une valeur de Frs.
20.000.--.

 

              6b. Dettes

 

                    Constater que le régime est déficitaire,

 

                    Dire que l'épouse est débitrice, à
concurrence de la

                  moitié, des dettes
conjugales ci-après :

 

                    - Crédit Y. :                Frs. 42.756.--

                    - Crédit Banque Z.:         Frs.  2.000.--

                    - Solde impôts 1991 :       Frs. 11.000.--

 

                    Par conséquent, condamner l'épouse à payer à
son mari,

                  au titre de remboursement,
Frs. 27.878.-- + intérêts à

                  5 % l'an sur Frs. 21.378.--
conformément à l'allégué 31,

 

                    Dire que chacun des époux est seul débiteur
du prêt de

                  Frs. 20.000.-- consenti, à
ceux-ci, par chacune de leur

                  famille.

 

           7. Condamner la défenderesse aux
frais et dépens de l'action."

 

       
Dans ses conclusions en cause et en raison d'un changement in-

tervenu
dans la situation des enfants en cours de procédure, il a partiel-

lement
modifié ses conclusions en demandant que l'autorité parentale et la

garde
de J. soient attribuées au père et celles de N. à la mère,

les
contributions à l'entretien des enfants étant en principe compensées

et le
droit de visite fixé conformément à l'usage.

 

        A
l'appui de sa demande, il expose essentiellement qu'à compter

du
moment où le cadet des enfants a commencé l'école enfantine, en août

1989,
l'épouse s'est laissée aller, négligeant la tenue du ménage et bu-

vant.
Elle a refusé de se rendre aux consultations conjugales qu'il lui

proposait.
Les disputes sont devenues de plus en plus fréquentes, l'épouse

allant
jusqu'à le menacer avec un couteau de cuisine. Au printemps 1991,

elle a
dû être hospitalisée à la clinique X., où

elle a
noué une liaison avec un autre patient, K.. A cela

s'ajoute
que, alors qu'elle était chargée de la gestion des frais courants

du
ménage, l'épouse a laissé s'accumuler les dettes impayées pour un mon-

tant
supérieur à 40'000 francs. S'il reconnaît entretenir de son côté une

liaison
avec R., le mari précise que celle-ci ne date que

du
printemps 1992, en sorte qu'elle n'apparaît pas comme une cause de la

désunion
mais bien comme sa conséquence.

 

       
Dans sa réponse et demande reconventionnelle déposée le 25 juin

1992,
l'épouse a pris les conclusions suivantes :

 

          "Principalement:

 

           1/ Rejeter la demande de V.F. dans
toutes ses con-

              clusions,

 

           Reconventionnellement:

 

           2/ Prononcer le divorce entre M.F.
et

              Vincent V.F.,

 

           3/ Attribuer à la mère l'autorité
parentale et la garde sur les

              enfants J. et N., issus de
l'union,

 

           4/ Condamner le père à contribuer à
l'entretien des enfants par

              le versement pour chaque enfant
d'une pension mensuelle et

              d'avance de F.700.- jusqu'à 12
ans révolus, de F.750.- dès

              12 ans jusqu'à 16 ans révolus et
de F.800.- dès 16 ans jus-

              qu'à la majorité, allocations en
sus,

 

           5/ Condamner le mari à payer à l'épouse une rente voire une

              pension alimentaire de
F.3'000.-, payable par mois et d'a-

              vance,

 

           6/ Les pensions sous chiffres 4/ et
5/ ci-dessus seront indexé-

              es à l'indice suisse des prix à
la consommation. L'indexa-

              tion aura lieu chaque année au
première janvier sur la base

              de l'indice fin novembre,
l'indice de référence étant celui

              de juin 1992.

 

           7/ Condamner le mari à rembourser
l'intégralité des dettes,

              notamment celles alléguées au
chiffre 51. de la réponse et

              demande reconventionnelle,

 

           8/ Donner acte à l'épouse qu'elle
est en droit de conserver ses

              biens propres énoncés à l'allégué 52. de la réponse et de-

              mande reconventionnelle,

 

           En tout état de cause:

 

           9/ Condamner le demandeur principal
à tous frais et dépens".

       
Elle allègue en bref que les difficultés conjugales sont le fait

du
demandeur, qui n'a pas pris au sérieux ses obligations de mari et de

père,
continuant après le mariage à vivre en célibataire, entretenant des

liaisons
adultères et négligeant de ce fait sa femme sur le plan intime.

Elle
dit être convaincue que sa liaison avec R. est bien

antérieure
à ce qu'il prétend. De plus, le mari s'est montré grossier et

brutal.
Les dettes de 40'000 francs sont dues à l'égoïsme du demandeur,

qui
vivait à crédit au-dessus de ses moyens pour satisfaire ses seules en-

vies.
Enfin, l'épouse conteste entretenir une quelconque liaison adultère

avec
K..

 

C.      Le
17 janvier 1995, le Tribunal matrimonial du district de

Boudry
a rendu un jugement dont le dispositif est le suivant :

 

          "1. Prononce le divorce des
époux V.F. et 

              M.F. à la demande des deux
époux.

 

           2. Attribue au père l'autorité
parentale et la garde sur l'en-

              fant J., né le 29 septembre
1980.

 

           3. Attribue à la mère l'autorité
parentale et la garde sur

              l'enfant N., né le 18 décembre
1984.

 

           4. Dit que le droit de visite de
chacun des parents s'exercera

              d'entente entre les parties ou,
à défaut, un week-end sur

              deux, trois jours
alternativement aux fêtes de Noël, Nouvel-

              An, Pâques, Pentecôte et Jeûne
Fédéral, trois semaines du-

              rant les vacances d'été, de
manière à ce que les enfants

              soient réunis lors de l'exercice
de chaque droit de visite.

 

           5. Condamne V.F. à payer à M.F.

              une rente mensuelle, d'avance,
de fr. 2'900.--.

 

           6. Condamne V.F. à contribuer à
l'entretien de son

              fils N. par le paiement, par
mois et d'avance, des pen-

              sions suivantes :

 

              -   fr. 500.-- jusqu'à 12 ans;

              -   fr. 550.-- de 12 ans révolus à 16 ans;

              -   fr. 600.-- dès 16 ans révolus;

 

              allocations familiales en sus.

 

           7. Dit que les pensions ci-dessus
(ch. 5 et 6) seront indexées

              à l'indice suisse des prix à la
consommation, la première

              fois le 1er janvier 1996, sur la
base de l'indice du mois de

              novembre précédent, l'indice de
référence étant celui du

              mois de décembre 1994 (100.8 sur
l'échelle de mai 1993) dans

              la mesure où les revenus de V.F.
auront eux-mêmes

              été adaptés au coût de la vie.

 

           8. Dit que M.F. est seule débitrice
des emprunts

              contractés auprès de sa famille
et que V.F. est

              seul débiteur des autres
emprunts (F., W. et

              Banque Z.) et des impôts
arriérés antérieurs à la taxation

              séparée des parties.

 

              Dit que, pour le surplus, le régime matrimonial est
liquidé,

              chaque partie étant propriétaire
des biens actuellement en

              sa possession.

 

           9. Arrête les frais de la procédure
à fr. 5'600.--, avancés

              comme suit:

 

              -   par le demandeur                         
fr. 1'400.--

              -   par l'Etat pour le compte du demandeur    fr. 1'400.--

              -   par la défenderesse                      
fr. 2'800.--

 

              et les met à la charge de
chacune des parties par moitié.

 

          10. Dit que les dépens sont
compensés.

 

          11. Fixe l'indemnité d'avocat
d'office de Me C. à

              fr. 5'089.--, avancés par l'Etat
pour le compte du deman-

              deur, et les met à la charge de
l'assisté.

 

          12. Rejette toutes autres ou plus
amples conclusions".

 

       
a) En bref, les premiers juges ont retenu que l'entente conjuga-

le
s'était progressivement dégradée depuis l'été 1989, lorsque le cadet

des
enfants a commencé l'école enfantine et que le mari s'est mis à sortir

seul,
aussi bien pour des motifs non professionnels qu'en raison d'une

promotion
professionnelle à la suite de laquelle il s'est trouvé davantage

sollicité.
L'épouse, qui souffrait d'une certaine fragilité préexistante à

dires
d'expert, s'est alors sentie abandonnée et trompée. Elle a toutefois

négligé
d'en parler à son mari. Les disputes sont devenues de plus en plus

fréquentes,
les relations intimes des parties ont pris fin. La rupture

définitive
date de l'hospitalisation de l'épouse à la clinique de la

Rochelle.
M.F. a alors noué une amitié très étroite avec 

K.. De
son côté, le mari, dès avant la fête des Vendanges 1991,

était
sorti hors du cadre professionnel avec R., une collè-

gue de
travail devenue sa maîtresse dès l'automne 1991. Ces "amitiés" des

époux
n'ont toutefois pas eu d'effet causal sur la désunion, ses causes

devant
être recherchées dans les trop nombreuses sorties du mari et dans

le fait
que l'épouse a tu les reproches qu'elle formulait à l'encontre de

ce
dernier pour se laisser sombrer dans d'autres problèmes (négligence

dans la
tenue du ménage, alcool, endettement). En conséquence, le divorce

devait
être prononcé à la demande des deux parties en application de l'ar-

ticle
142 al.1 CC, la désunion définitive résultant aussi bien de facteurs

objectifs
que de fautes à la charge des deux conjoints, celles du mari

paraissant
un peu plus lourdes que celles de l'épouse.

 

       
b) S'agissant du sort des enfants, les premiers juges, s'appuy-

ant sur
un rapport du Service des mineurs et des tutelles qui confirmait

une
nouvelle situation de fait survenue à l'automne 1994, ont attribué

l'autorité
parentale sur l'aîné au père et sur le cadet à la mère et réglé

le
droit de visite des parents de façon à permettre que les enfants soient

réunis
lors de l'exercice de chaque droit de visite. Pour fixer les con-

tributions
d'entretien en faveur des enfants, ils ont retenu un revenu

mensuel
net moyen du père de 7'650 francs et l'absence de toute capacité

de gain
de la mère, consécutive à son état de santé. Celle-ci a dès lors

été
libérée de son obligation d'entretien envers l'aîné, la pension du

père
pour le cadet étant fixée à 500 francs par mois, puis 550 francs et

600
francs en fonction de l'âge de l'enfant, allocations familiales non

comprises.

 

       
c) Par ailleurs, le tribunal matrimonial a considéré que les

conditions
d'application de l'article 151 CC étaient réunies, la défende-

resse
pouvant en particulier être qualifiée d'épouse innocente au vu de

l'importance
respective des fautes des parties. Comme sa capacité de gain

était
actuellement nulle et que la plus grand incertitude quant à son ave-

nir
était de mise, ils ont reconnu à l'épouse un droit à une rente men-

suelle
de durée indéterminée, qu'ils ont fixée à 2'900 francs, soit son

minimum
vital de 3'008 francs légèrement réduit en raison de la faute qui

lui
était imputable.

 

       
d) Pour le surplus, le jugement contient une clause d'indexation

des
pensions alimentaires, conditionnée à l'indexation des revenus du dé-

birentier,
procède à la liquidation du régime matrimonial et statue sur

frais
et dépens.

 

D.     
V.F. appelle de ce jugement en prenant les conclusions suivantes :

 

          "1.     Déclarer l'appel recevable et bien fondé,

 

           2.     Par
conséquent, modifier le jugement du 17 janvier 1995 du

                tribunal matrimonial du
district de Boudry, en la cause en

                divorce V.F. contre M.F.,

                en ses ch. 5., 6., 9., 10. et
12. de son dispositif, comme

                suit:

 

           3.     Condamner
V.F. à payer à M.F. née

                Locher, une pension
alimentaire, au sens de l'art. 152

                CCS, mensuellement et
d'avance, de Frs. 1.500.-- (mille

                cinq cents francs), ou ce que justice connaîtra, d'une

                durée limitée à trois années
dès l'entrée en force du ju-

                gement de divorce,

 

           4.     Pour
le cas où la pension alimentaire fixée par la Cour

                civile atteignait le minimum vital de M.F. née

                Locher, dire que seront
déduits de ladite pension les é-

                ventuelles rentes AI,
indemnités de chômage, ou presta-

                tions d'assurance maladie, ou
encore le salaire éventuel,

                touchés par M.F., déduction à
pren-

                dre en considération avec
effet rétroactif, soit à compter

                de la date où les prestations
précitées sont dues au béné-

                ficiaire,

 

           5.1.   Dire que chacun
des parents F. subvient seul

                aux frais d'entretien de
l'enfant qui lui a été attribué,

                soit le père en ce qui
concerne l'enfant J., et la

                mère s'agissant de l'enfant
N.,

 

           5.2.   Subsidiairement,
et pour le cas où l'obligation d'entre-

                tien du père à l'égard de
l'enfant N. était mainte-

                nue :

 

           Condamner
M.F. à contribuer à l'en-

                tretien de son fils J. par le
paiement, par mois et

                d'avance, des pensions
suivantes :

 

           -
Frs. 300.-- jusqu'à 16 ans,

           -
Frs. 400.-- dès l'âge de 16 ans révolus, jusqu'à la majorité ou 

                          jusqu'à la fin d'une
formation menée régulièrement,

             allocations familiales non comprises,

 

           5.3.   Plus subsidiairement encore, dire que V.F. est

                autorisé à déduire, de la
contribution qu'il doit verser

                au titre d'entretien de son
fils N., le montant que

                la mère de l'enfant, M.F.,
pourrait

                recevoir, de l'AI ou de toute
autre assurance, en faveur

                de N., déduction autorisée
avec effet rétroactif, soit

                compte tenu de la date à
partir de laquelle une prestation

                AI ou autre serait versée à la
mère de N.,

 

           6.     Confirmer,
pour le surplus, le jugement du 17 janvier 1995

                du tribunal matrimonial du
district de Boudry en la cause

                F.,

 

           7.     Statuer
sur frais et dépens, de première et deuxième ins-

                tances, sous réserve des
régles applicables en matière

                d'assistance judiciaire".

 

       
S'en prenant aux contributions d'entretien pour les enfants et

l'intimée,
il fait valoir qu'il n'encourt aucune responsabilité dans la

désunion,
qui était définitive en 1989 déjà. A supposer qu'il ait tout de

même
commis une faute, celle-ci ne serait pas causale de la désunion et

serait
tout au plus équivalente à celle de l'épouse mais en aucun cas plus

grande,
en sorte qu'on ne saurait "lui infliger l'application de l'article

151
CC". Bien que, selon lui, l'épouse n'ait pas qualité de conjoint inno-

cent,
il accepte néanmoins de lui verser une pension mensuelle de 1'500

francs
durant trois ans, considérant que soit elle dispose d'une capacité

de gain
de 50 %, qui doit lui permettre de réaliser 1'500 francs de sa-

laire
ou d'obtenir des prestations de l'assurance-chômage, soit elle est

effectivement
incapable de travailler et peut alors bénéficier d'une rente

de
l'assurance-invalidité. Il prétend enfin que, pour des motifs analo-

gues,
les premiers juges auraient dû compenser les obligations d'entretien

de
chacun des parents ou à tout le moins mettre une pension réduite à 300

francs
à la charge de la mère pour l'entretien de l'aîné.

 

       
Dans sa réponse au recours, l'intimée, qui conclut à son rejet

et à la
confirmation du jugement attaqué, relève que les premiers juges

ont procédé
à une appréciation parfaitement équitable des fautes respecti-

ves des
parties, au vu des preuves administrées en procédure. De même, il

était
entièrement justifié, puisque l'épouse se trouve sans ressources

sans
qu'on puisse le lui reprocher, de ne mettre aucune pension alimentai-

re à sa
charge pour l'entretien de l'aîné des enfants.

 

        A
l'audience de ce jour, les parties ont confirmé leurs conclu-

sions
en appel.

 

                          C O N S I D E R A N
T

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.400 CPC) contre

un
jugement rendu par un tribunal de district dans l'une des causes énumé-

rées à
l'article 10 OJN, l'appel est recevable (art.398 CPC).

 

2.      Les
parties ne remettent pas en cause le principe même du divor-

ce. Le
jugement attaqué expose de façon convaincante que le lien conjugal

est
définitivement rompu en sorte que c'est à juste titre que le divorce a

été
prononcé en vertu de l'article 142 al.1 CC, applicable conformément

aux
articles 59 ss LDIP. L'examen de l'appréciation des fautes respectives

des
parties, auquel les premiers juges se sont livrés, sera repris ci-

après
en tant que besoin.

 

3.     
L'article 151 al.1 CC dispose que l'époux innocent dont les in-

térêts
pécuniaires, même éventuels, sont compromis par le divorce a droit

à une
équitable indemnité de la part du conjoint coupable. Quant à l'ar-

ticle
152 CC, il prévoit que le juge peut accorder à l'époux innocent qui

tomberait
dans le dénuement par suite de la dissolution du mariage une

pension
alimentaire proportionnée aux facultés de l'autre conjoint, même

si ce
dernier n'a pas donné lieu au divorce.

 

       
Selon la jurisprudence, est innocent au sens de l'article 151 CC

non
seulement l'époux qui n'a commis aucune faute, mais aussi celui qui a

commis
une faute non causale pour le divorce, à moins que celle-ci ne re-

vête
une gravité particulière (ATF 99 II 355 et les références) ou celui

qui a
commis une faute causale qui, sans être tout à fait secondaire au

point
qu'elle puisse être tenue pour négligeable, paraît néanmoins légère

au
regard de l'ensemble des circonstances (ATF 103 II 169, 99 II 130,

355).
Quant à la faute du débiteur de la pension, si elle doit être cau-

sale,
il n'est pas nécessaire qu'elle soit grave, prépondérante ou exclu-

sive
(ATF 198 II 364). Une rente fondée sur cette disposition peut être

limitée
dans le temps à la durée prévisible du dommage, s'il apparaît que

celui-ci
n'est que temporaire (ATF 115 II 6, 427, 110 II 225, 109 II 87,

185,
286).

 

        L'allocation d'une pension alimentaire en
vertu de l'article 152

CC,
disposition subsidiaire par rapport à l'article 151 CC (ATF 108 II

81), ne
dépend pas de l'existence d'une faute de l'époux débiteur. En re-

vanche,
l'époux créancier doit être innocent en sens de la jurisprudence

précitée,
les autres conditions d'application de cette disposition étant

son
dénuement et un lien de causalité entre le divorce et celui-ci. Les

principes
sur la limitation dans le temps de l'indemnité au sens de l'ar-

ticle
151 CC sont applicables par analogie à la pension d'assistance de

l'article
152 CC, le juge devant toutefois faire à cet égard preuve de

retenue
(ATF 114 II 9).

 

       
a) En l'espèce, c'est à juste titre que les premiers juges ont

considéré
que le mari pouvait être qualifié de conjoint coupable et l'é-

pouse
de conjoint innocent au sens de l'article 151 CC. Avec eux, on doit

retenir
que la mésentente, apparue dans le couple dès l'été 1989, n'a pas

pu être
instantanément totale et définitive, mais s'est installée progres-

sivement
pour aboutir à une rupture irrémédiable du lien conjugal au prin-

temps
1991. L'appelant, qui soutient à l'appui de son recours que la rup-

ture
serait plus ancienne, est à cet égard en contradiction avec ses pro-

pres déclarations
durant la procédure (D.39). Les causes doivent en être

recherchées
dans des facteurs objectifs, tels les débuts scolaires du ca-

det des
enfants, qui ont coïncidé avec un changement de profession du mari

qui a
exigé certaines absences de sa part (D.39, 29). A ses sorties pro-

fessionnelles,
le mari en a ajouté d'autres, sans son épouse, dans des

établissements
connus pour leurs heures d'ouverture tardive (D.29, 31),

alors
qu'il connaissait la relative fragilité de son épouse pour l'avoir,

avec
d'autres, aidée à surmonter un événement traumatisant survenu dans

son
adolescence (D.25a, p.5). Deux experts, qui se sont prononcés à des

moments
différents (dossier de mesures protectrices de l'union conjugale;

D.58),
de même que le médecin traitant de l'épouse (D.25a), sont tombés

d'accord
pour considérer que l'intimée a alors été la victime d'un état

dépressif
réactionnel, consécutif au conflit conjugal naissant et à un

sentiment
d'abandon, et qui a pu se traduire par un certain laissé aller

et des
abus d'alcool passagers. Dans un tel contexte, le désintérêt crois-

sant du
mari pour l'épouse, ses sorties non professionnelles tardives, ses

liens
privilégiés avec R., antérieurs à la fête des

Vendanges
1991 (D.29), apparaissent comme des manquements non dénués d'im-

portance
à ses devoirs découlant du mariage. Inversement et pour autant

que
l'on puisse retenir une faute à la charge de l'intimée, pour avoir

négligé
de faire part de ses griefs à son mari (encore que l'on puisse

douter
des possibilités de dialogue entre époux, au vu des constatations

du
premier expert sur le mode de fonctionnement du couple) ou de suivre sa

proposition
de consulter un conseiller conjugal, celle-ci apparaît comme

de peu
d'importance, au regard de l'ensemble des circonstances et en par-

ticulier
de sa fragilité psychologique préexistante.

 

       
b) Il ne fait pas de doute qu'à la suite du divorce, l'intimée

perdra
le droit à l'entretien que le mariage lui assurait et qui se tra-

duit
actuellement par le versement, à titre de mesures provisoires, d'une

pension
mensuelle de 2'930.80 francs après indexation (D.87). Les deux

experts,
de même que le médecin traitant de l'épouse, s'accordent à dire

que sa
capacité de gain actuelle est inexistante. Dès lors, en fixant le

montant
de la rente due à l'intimée, qui n'a pas d'autres ressources, à un

montant
légèrement inférieur à son minimum vital (dont l'appelant ne remet

pas en
cause la définition), les premiers juges n'ont en aucun cas accordé

à
l'épouse davantage que ce que l'application de l'article 151 CC n'aurait

permis.

 

4.      En
prononçant une rente d'une durée limitée dans le temps, ce

que la
jurisprudence récente autorise, on admet dans la règle qu'une réin-

sertion
économique peut être imposée à la femme divorcée. Pour déterminer

si une
telle réinsertion est possible à plus ou moins long terme et si on

peut
exiger de la femme divorcée qu'elle entreprenne des efforts dans ce

sens,
doivent être pris en compte la durée du mariage de même que l'âge

des
époux et des éventuels enfants communs, mais aussi l'état de santé du

crédirentier,
sa formation, sa situation financière personnelle, la situa-

tion
économique en général, la répartition effective des tâches au sein du

couple
durant le mariage ainsi que la gravité de la faute du débirentier.

Le
principe dégagé par la jurisprudence, qui veut que la reprise d'une

activité
lucrative ne peut plus être imposée à l'époux qui a atteint l'âge

de 45
ans au moment du divorce alors que le conjoint plus jeune ne peut

prétendre
qu'à une rente limitée dans le temps, n'est pas une règle rigi-

de. Il
est possible de s'en écarter en présence de circonstances particu-

lières
(ATF 115 II 6).

 

       
a) En l'espèce, pour ne pas appliquer la règle fondée sur l'âge

de la
bénéficiaire et renoncer à limiter dans le temps la rente qu'ils fi-

xaient,
les premiers juges ont considéré ce qui suit :

 

          "Dans le cas présent, la
question des fautes respectives des

           époux a déjà été suffisamment
évoquée. Outre cet élément, il

           est à relever que le mariage aura
duré une quinzaine d'années,

           que l'épouse a presque atteint
l'âge de 39 ans, qu'elle a la

          garde d'un enfant de dix ans,
qu'actuellement, sa santé ne lui

           permet pas d'exercer une activité
professionnelle, qu'elle a

           déposé une demande de rente AI sur
laquelle il n'a pas encore

           été statué (ce n'est que ce jour,
en mesures provisoires,

           qu'elle a concédé avoir déposé une
telle demande), que l'épouse

           ne bénéficie d'aucun revenu
personnel et que, durant le maria-

           ge, elle s'est consacrée au ménage
et à l'éducation des en-

           fants, ne travaillant que durant
une brève période comme veil-

           leuse dans un home, vers la fin de l'année 1990 (allégué 7 de

           la demande). Au sujet d'une
éventuelle capacité de travail de

           M.F., il ressort de l'expertise du
Dr. V.

           du 4 décembre 1991 (dossier de
mesures protectrices) que la

           prénommée a suivi une scolarité
secondaire moderne, qu'elle

           était bonne élève, qu'elle a
fréquenté le gymnase Numa-Droz,

           qu'elle a travaillé quelque temps à
l'hôpital de Landeyeux,

           qu'elle a fait l'école Panorama à
Bienne, qu'elle bénéficie

           d'une formation d'assistance
médicale et qu'elle a travaillé

           durant une année et demie dans une
étude d'avocats de

           Neuchâtel, avant de se marier. Il
ressort en outre de l'exper-

           tise du Dr. W., du 25 avril 1994,
que la prénommée a fré-

           quenté durant quelques mois la
faculté des lettres de l'univer-

           sité de Neuchâtel. Pour le Dr. V.,
elle dispose de bonnes

           ressources, notamment de bonnes
capacités intellectuelles, per-

           mettant d'espérer qu'elle
parviendra à terme à retrouver un

           équilibre lui permettant
d'envisager une activité profession-

           nelle, en tout cas à temps partiel.
Toutefois, le médecin pré-

           nommé estimait que, compte tenu de
ses charges familiales,

           M.F. ne pourrait pas travailler à
plus de

           50%, sans qu'il faille pour autant
la considérer comme une ma-

           lade ou une invalide. Enfin, en
dépit de ce pronostic favorable

           à long terme, il concluait que la
situation de l'expertisée ne

           pourrait commencer à s'améliorer
qu'à partir du moment où une

           issue aurait été trouvée au conflit
conjugal, la durée de l'in-

           capacité de travail étant liée à l'évolution de la situation

           familiale. Plus récemment, le Dr.
W. (D. 58) précisait

           que, du point de vue
"médico-théorique", une capacité de tra-

           vail de 50% pourrait être admise
dans le cas de M.F.

           mais que, en réalité, sa capacité
de travail est

           actuellement de 0%. Pour cet
expert, si la prénommée ne manque

           pas de ressources, comme l'a relevé
le Dr. V., il n'en de-

           meure pas moins qu'elle n'est pas,
en l'état, capable d'exercer

           une activité professionnelle et
qu'il n'est aujourd'hui pas

           possible de faire des projections
dans l'avenir au sujet d'une

           très hypothétique capacité de
travail retrouvée. Plus précisé-

           ment, le Dr. W. expose que la durée
de l'incapacité tota-

           le de travail de M.F. est pour
l'heure indé-

           terminable, même si la possibilité
d'une amélioration et d'une

           stabilisation appréciables de son
état, une fois le jugement

           rendu et l'affaire close, ne doit
pas être exclue. Pour cette

           raison, l'expert estime qu'il
serait dommage de mettre M.F.

           dans la peau d'une
"invalide" et il conseille-

           rait d'attendre un certain temps
après la fin du procès pour

           procéder à une nouvelle évaluation
et juger de l'opportunité de

           déposer une demande de rente AI
(rapport complémentaire du 30

           mai 1994, D. 62).

 

           En conséquence de ce qui précède,
compte tenu du fait que, se-

           lon l'avis des experts V. et W., il
n'est pas possi-

           ble de savoir si et quand M.F.
pourra retrou-

           ver une capacité effective de
travail, compte tenu également du

           fait que l'on ignore encore totalement si elle pourra être mise

           au bénéfice de prestations de
l'assurance invalidité et, le cas

           échéant, dans quelle mesure, le
Tribunal doit octroyer à la

           prénommée une rente au sens de
l'article 151 CCS d'une durée

           indéterminée".

 

       
Les premiers juges ont toutefois ajouté qu'ils envisageaient

qu'une
modification du jugement de divorce serait demandée, en application

de la
jurisprudence concernant l'article 153 al.2 CC, lorsque la bénéfici-

aire de
la rente aurait retrouvé une capacité de travail et un emploi ou

lorsqu'elle
aurait été mise au bénéfice de prestations d'une assurance

(assurance-invalidité
ou assurance-chômage notamment).

 

       
b) Cette réglementation ne tient pas suffisamment compte de

l'ensemble
des circonstances de la cause. En particulier, il paraît erroné

de lier
d'emblée la durée de la rente au résultat des démarches entrepri-

ses par
l'intimée auprès de l'assurance-invalidité, voire de l'assurance-

chômage,
et de réserver d'ores et déjà une procédure en modification du

jugement
de divorce. Une telle solution présente de surcroît l'inconvé-

nient
d'entretenir une source permanente de conflits potentiels entre les

parties,
alors qu'on ne peut que partager l'avis des médecins lorsqu'ils

préconisent
un règlement clair et définitif de la situation.

 

       
Trois médecins sont d'avis que l'état dépressif dont souffre

l'intimée,
qui l'empêche d'exercer actuellement une activité lucrative,

n'est
pas dû à une prédisposition particulière de sa part mais est réac-

tionnel
au conflit conjugal. C'est également la raison pour laquelle, se-

lon
l'un d'eux, on ne devrait pas entreprendre des démarches prématurées

auprès
de l'assurance-invalidité. Dans la mesure où l'état de santé actu-

ellement
déficient de M.F. est ainsi directement lié au conflit

conjugal,
il apparaît que ce sont les règles ordinaires régissant le droit

du
divorce qui doivent permettre la réparation du dommage qui résulte pour

elle de
la dissolution du lien conjugal. L'appelant a ainsi tort d'atta-

cher
une importance décisive aux démarches de l'épouse auprès de l'assu-

rance
invalidité. A supposer que l'intimée jouisse d'une excellente santé,

il
n'échapperait en effet pas au paiement d'une rente d'une certaine du-

rée, au
vu de l'ensemble des critères à considérer.

 

       
Inversement, le but de la présente procédure étant précisément

de
résoudre définitivement le conflit conjugal, soit de supprimer la cause

à
l'origine de la maladie de l'intimée, on ne voit pas pour quel motif une

amélioration
de son état de santé, partant de sa capacité de gain, laquel-

le est
d'ailleurs envisagée par les médecins, ne se produirait pas à moyen

terme.
A cela s'ajoute que depuis que les experts se sont prononcés, la

situation
de l'intimée s'est modifiée : elle n'a plus la garde que du ca-

det des
enfants, en sorte que ses tâches ménagères et éducatives s'en

trouvent
tout de même allégées.

 

       
Dès lors, il apparaît, au vu de l'âge de l'intimée et de celui

des
enfants, de la durée du mariage, du fait qu'elle n'a pratiquement pas

exercé
d'activité lucrative durant le mariage et que la conjoncture écono-

mique
n'est pas des plus favorable actuellement, que la rente de 2'900

francs
doit lui être versée jusqu'en décembre 2000, époque à laquelle le

cadet
des enfants aura 16 ans révolus. L'état de santé de l'intimée res-

tant
par ailleurs fragile, on ne peut exiger d'elle qu'elle se réinsère

totalement
dans la vie économique en exerçant une activité à plein temps

dès ce
moment-là, d'autant plus si l'on considère que son état dépressif

ne
s'atténuera que progressivement et ne lui permettra pas de fournir

d'emblée
tous les efforts nécessaires à une réinsertion professionnelle. A

ce
premier motif de ne pas s'en tenir strictement à la règle d'une rente

limitée
dans le temps s'en ajoute un deuxième. L'appelant estime les gains

possibles
de l'intimée à 1'500 francs par mois pour une activité à mi-

temps,
soit 3'000 francs par mois pour un plein-temps. Cela paraît réalis-

te, au
vu du manque d'expérience de l'intéressée. Une comparaison de ces

gains
théoriques avec les 7'650 francs actuellement réalisés par le mari,

qui
sera progressivement libéré de son obligation d'entretien à l'égard

des enfants,
montre que le divorce fait ainsi perdre à l'intimée durable-

ment
une participation à un certain bien-être économique que la continua-

tion du
mariage lui aurait assuré. Il se justifie en conséquence de lui

allouer
une rente réduite au-delà de l'an 2000, qui peut être fixée à

1'500
francs.

 

5.     
S'agissant des contributions des parents à l'entretien des en-

fants,
les premiers juges ont considéré ce qui suit :

 

          "La contribution pour
l'entretien des enfants est régie par les

           dispositions sur les effets de la filiation. A teneur de l'ar-

           ticle 276 CC, les père et mère
doivent pourvoir à l'entretien

           de l'enfant et assumer, par
conséquent, les frais de son éduca-

           tion, de sa formation et des
mesures prises pour le protéger,

           par des prestations pécuniaires
lorsque l'enfant n'est pas sous

           la garde du père ou de la mère.
Quant à son montant, la contri-

           bution d'entretien doit
correspondre, selon l'article 285 al. 1

           CC, aux besoins de l'enfant ainsi
qu'à la situation et aux res-

           sources des père et mère, compte
tenu de la fortune et des re-

           venus de l'enfant. Ainsi que l'a
relevé la Cour de cassation

           civile du Tribunal cantonal dans un
arrêt non publié du 2 dé-

           cembre 193, "cette disposition
doit être comprise en ce sens

           qu'il faut tenir compte de la
situation telle qu'elle existe

           lors de la fixation de la
contribution et telle qu'elle évolue-

           ra probablement, que les père et
mère doivent être traités de

           manière égale, eu égard à leurs
facultés respectives, enfin

           qu'à la rigueur et dans un cas
limite, l'un d'eux peut assumer

           tout seul l'entretien. Le revenu
déterminant pour la fixation

           de la contribution d'entretien
n'est pas celui qu'un parent

           touche effectivement mais celui
qu'il est en mesure de gagner

           ... En revanche, on ne peut imposer
une contribution d'entre-

           tien à celui qui est sans moyens
par suite d'invalidité ou de

           chômage durable
(Hegnauer/Schneider, Droit suisse de la filia-

           tion, 3e édition, page 146 et les
références)." La Cour de cas-

           sation relevait encore dans cet
arrêt que, si le défaut de con-

           tribution d'entretien entraîne le
dénuement des enfants, il

           appartient à la collectivité
publique de combler la carence des

           parents conformément au droit cantonal
de l'assistance (réfé-

           rence faite à Curty, A propos des
recommandations...; JT 1985,

           page 339).

 

           En l'occurrence, il s'avère que
M.F. ne béné-

           ficie d'aucune ressource propre,
étant actuellement incapable

           de travailler et ne bénéficiant pas
non plus d'une rente AI (la

           situation de M.F. sur le plan des
revenus

           sera plus amplement discutée
ci-dessous). Dans ces conditions,

           la prénommée ne saurait être astreinte
à contribuer à l'entre-

           tien de son fils J.. Il convient
toutefois de relever qu'au

           cas où sa situation se modifierait,
par exemple par l'octroi

           d'une rente AI ou par le
recouvrement d'une capacité de tra-

           vail, cette question devrait être revue.

 

           Quant à V.F., le Tribunal constate
qu'il bénéficie

           d'un revenu mensuel net, après
déduction des allocations fami-

           liales, des cotisations de son
assurance maladie et des indem-

           nité de déplacement, de fr.
7'650.-- environ selon l'attesta-

           tion fiscale de son salaire pour
l'année 1993. Compte tenu de

           certaines augmentations et
diminutions, ce montant doit encore

           être actuel en 1995. Dès lors, sur
cette base, sachant que

           V.F. devra entretenir seul son fils
J. et devra

           en outre verser une rente à son
ex-épouse (voir ci-dessous), il

           paraît convenable de fixer la
contribution du père à l'entre-

           tien de N. à fr. 500.-- par mois jusqu'à l'âge de 12 ans,

           fr. 550.-- par mois dès 12 ans
révolus jusqu'à 16 ans fr.

           600.-- par mois dès 16 ans révolus
jusqu'à la majorité de l'en-

           fant ou jusqu'à l'achèvement d'une
formation, pour autant

           qu'elle soit suivie et terminée
dans les délais normaux (art.

           277 CCS). Cette pension est payable
d'avance, le premier de

           chaque mois, et ne comprend pas
l'allocation familiale qui de-

           vra y être ajoutée".

 

       
On ne peut que les suivre, en observant au surplus que même si

les
contributions d'entretien en faveur des enfants se distinguent de la

rente
de l'article 151 CC en faveur de l'intimée, une appréciation globale

de la
situation économique des époux et parents divorcés est nécessaire.

En
l'espèce, mettre à la charge de l'intimée une contribution financière à

l'entretien
de l'aîné des enfants ne pourrait avoir d'autre effet que de

provoquer
une augmentation de la rente en sa faveur, la charge financière

restant
en définitive la même pour l'appelant.

 

       
Enfin, l'hypothèse de l'octroi de prestations de l'assurance-

invalidité
en faveur de l'enfant N. est prématurée. Celles-ci revien-

draient
à la mère de l'enfant, non pas au père, en sorte qu'on ne voit pas

que ce
dernier pourrait prétendre à une diminution de sa propre obligation

d'entretien.
A cela s'ajoute qu'on ignore quelles pourraient être les in-

cidences
de cette nouvelle situation sur celle de l'aîné des enfants et

qu'il
n'y a pas de raison de statuer pour l'un et non pour l'autre. La

conclusion
subsidiaire en ce sens de l'appelant doit donc également être

rejetée.

 

6.     
L'admission partielle du recours ne justifie pas une nouvelle

répartition
des frais et dépens de première instance, seul le montant de

la
rente en faveur de l'épouse étant réduit au-delà de l'an 2000.

 

       
Dans la procédure d'appel, l'appelant l'emporte sur le principe

mais
dans une proportion bien moindre que celle souhaitée. Il se justifie

dès
lors de mettre les deux tiers des frais à sa charge de même qu'une

indemnité
de dépens réduite après compensation, et de fixer l'indemnité

globale
due à son mandataire, débours et TVA compris, en application des

dispositions
sur l'assistance judiciaire.

 

                              Par ces motifs,

                            LA IIe COUR CIVILE

 

1.
Déclare l'appel partiellement bien fondé et en conséquence :

 

2.
Modifie le chiffre 5 du dispositif du jugement qui devient :

 

   Condamne V.F. à payer à M.F. une rente

   mensuelle, d'avance, de 2'900 francs
jusqu'au 31 décembre 2000, réduite

   à 1'500 francs dès le 1er janvier 2001.

 

3.
Confirme le jugement attaqué pour le surplus.

 

4. Met
les frais de justice, avancés par l'Etat pour l'appelant par 880

   francs, pour deux tiers à sa charge et un
tiers à la charge de l'inti-

   mée.

 

5.
Condamne l'appelant à verser à l'intimée 500 francs de dépens.

 

6.
Arrête à 1'500 francs, l'indemnité globale d'avocat d'office due à Me

   C..

 

 

Neuchâtel,
le 8 mai 1995

 

                                 AU NOM DE LA
IIe COUR CIVILE

                           Le greffier               L'un des juges