# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 42cf9b85-21c4-5f5f-8f50-1924d6a43ab8
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1998-03-13
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 13.03.1998 CCP.1997.6493 (INT.1998.1060)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1997-6493_1998-03-13.html

## Full Text

A.      A. 
est né le 18 juillet 1950. Il a obtenu les

brevets d'avocat et de notaire dans le
canton de Neuchâtel. Dès le milieu

des années 1970, il s'est intéressé au
monde des affaires et s'est investi

en particulier dans le domaine
immobilier, achetant et vendant des immeu-

bles personnellement ou par le biais de
sociétés. La fin des années 1980 a

vu à la fois une crise du marché
immobilier, victime de surchauffe, et

l'entrée en vigueur, le 6 octobre 1989,
des arrêtés fédéraux urgents des-

tinés à lutter contre la spéculation
immobilière. A.  a

alors envisagé de mettre fin à ses
activités en Suisse et a créé une fon-

dation de famille, B., afin de regrouper
certains

de ses biens mobiliers et immobiliers.
Le 5 octobre 1989, il a signé une

convention de séparation avec C. , qui
avait été jusque là son

associé dans de nombreuses opérations.
Le 22 juin 1990, il a vendu à D.  S.A.,
société holding possédant des participations dans

des sociétés du groupe A. .

 

B.      Le 2 mai 1991, A.  a déposé plainte pénale

contre D. , l'accusant de diverses
infractions contre le patrimoine

(D.1/5). Cette plainte a fait l'objet
d'une enquête préliminaire puis a

été classée par le ministère public le 5
juin 1992 (D.1/545). Entre-temps,

plusieurs enquêtes préliminaires avaient
été conduites en rapport avec les

activités de A. , suite notamment à une
plainte de D. Holding (ex-D. S.A.)(D.3/2), avant qu'un réquisitoire aux

fins d'informer soit délivré le 5 juin
1992 (D.4/5).

 

        Placé en détention préventive le 10 décembre
1992 (D.4/295),

A. 
a été remis en liberté provisoire le 10 mai 1993

moyennant en particulier le dépôt d'une
caution de 200'000 francs et l'en-

gagement de déférer à toute citation à
comparaître (D.14/3216). Durant sa

détention, une expertise psychiatrique a
été ordonnée. Dans son rapport du

1er avril 1993 (D.9/1858), l'expert a
exclu toute irresponsabilité pénale,

relevant cependant une névrose
narcissique marquée avec apparition d'un

état anxieux dépressif depuis le
printemps 1989 (D.9/1858 ss, 1872-1873).

Le 15 décembre 1992, le juge
d'instruction a ordonné une expertise compta-

ble (D.16/3941). Le rapport d'expertise
comptable a été déposé le 14 fé-

vrier 1994 (D.16/4012 + classeurs
d'annexes A, B et C). Convoqué le 30

juin 1994 afin d'être interrogé
précisément sur les préventions envisagées

à son encontre (D.19/4973-5015), A.  a informé le juge

d'instruction qu'il ne se présenterait
plus devant la justice suisse

(D.19/5016). Disposant de la nationalité
française, il entendait en effet

rester définitivement en France, pays où
il avait transféré le centre de

ses intérêts et une partie de son
patrimoine.

 

C.      Après différentes péripéties de procédure
(jugement, p.52 ss),

et en particulier le dépôt d'un rapport
complémentaire de l'expert-compta-

ble (D.32/989), A.  a été condamné par défaut par le

Tribunal correctionnel du district de
Boudry le 10 mars 1997 à une peine

de trois ans et demi de réclusion pour
gestions déloyales, banqueroutes

simples, fraudes dans la saisie, faux
dans les titres, constatation fausse

d'un fait en qualité de notaire et
tentative de contrainte.

 

        C. , également renvoyé devant le Tribunal
correctionnel

en même temps que d'autres prévenus, a
été pour sa part acquitté.

 

D.      Les 12 et 29 mai 1997, A.  recourt à la Cour de

cassation pénale contre le jugement du
10 mars 1997, il se plaint de vio-

lations de règles essentielles de
procédure, de constatations arbitraires

de faits et de fausses applications du
droit, arguments qui seront repris

dans la mesure utile aux considérants
qui suivent.

 

E.      Le président du Tribunal correctionnel
présente quelques

observations contrairement au ministère
public et aux plaignants qui n'en

formulent aucune.

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n  d r
o i t

 

1.      Le jugement entrepris a été rendu par défaut
le 10 mars 1997 et

notifié le 2 mai 1997. Le 12 mai 1997,
A.  a recouru à la

Cour de cassation pénale. Le même jour,
il a déposé une demande de relief,

rejetée par le président du Tribunal
correctionnel le 15 mai 1997.

A. 
a déposé un nouveau recours le 29 mai 1997.

 

        Selon l'article 221 al.3 CPP, si un tribunal
siégeant avec le

concours de jurés prononce une
condamnation par défaut, le condamné qui a

été sans sa faute empêché de se
présenter aux débats peut demander que le

jugement soit mis à néant. Le recourant
a choisi d'utiliser cette possibi-

lité, de sorte qu'il faut admettre que
son recours du 12 mai 1997 était

prématuré, donc irrecevable. Le
recourant n'a pas entrepris la décision

lui refusant le relief. Il aurait
d'ailleurs été mal venu de le faire,

tant il est notoire qu'il n'a pas été
sans sa faute empêché de se présen-

ter aux débats (jugement, p. 51-52). Sa
demande de relief était d'ailleurs

abusive, puisqu'elle précisait que
A.  "se rend bien

compte qu'en aucun cas sa demande ne
sera acceptée".

 

        Interjeté dans les formes et délai légaux
(art.244 CPP), le re-

cours du 29 mai 1997 est ainsi
recevable.

 

2.      a) La Cour de céans, qui n'est pas une Cour
d'appel, est liée

par les constatations de fait du premier
juge (art.251 al.2 CPP). Elle

n'intervient, à l'instar du Tribunal
fédéral, qu'en cas d'arbitraire en

matière d'appréciation des preuves,
c'est-à-dire si l'interprétation qui

en a été faite est manifestement
indéfendable, qu'elle est en contradic-

tion avec les faits établis, repose sur
une inadvertance ou heurte de fa-

çon choquante le sentiment de la
justice. L'annulation d'un jugement pour

violation du principe "in dubio pro
reo" en rapport avec l'appréciation

des preuves ne peut intervenir que si le
tribunal du fait a condamné l'ac-

cusé alors qu'une analyse objective de
tous les éléments de preuve lais-

sait subsister un doute suffisant
empêchant de parvenir à une certitude

(RJN 7 II 4; ATF 120 Ia 31 - JT 1996 IV
80 et les références).

 

        b) En l'espèce, A.  soulève dans son recours un

certain nombre de critiques quant aux
faits retenus par le Tribunal cor-

rectionnel. Ses allégations devront être
examinées dans la mesure décrite

ci-dessus. Il convient cependant
d'emblée de souligner le peu de crédibi-

lité des propos du recourant. L'expert
psychiatre a décrit comme suit les

mécanismes psychiques de A.  (D.9/1866, 1868-1869) :

 

          " Lorsqu'on compare ses dires aux éléments objectifs
dont on

            peut disposer, on constate qu'il ne travestit ni ne
fausse

            grossièrement la réalité dans le sens d'un mensonge
déli-

            béré, mais qu'il la remanie en mettant l'accent sur
tout

            ce qui pourrait accréditer l'image de lui-même qu'il

            cherche à cultiver, passant systématiquement sous
silence

            tout ce qui pourrait aller à fins contraires. (...) Il
se

            met constamment en position de victime, et tout ce qui

            pourrait paraître critiquable dans son comportement est

            mis sur le compte d'autrui. (...)

 

            Les mécanismes de défense principaux du narcissique
sont

            le recours constant à des fantasmes d'omnipotence et à
des

            attitudes de dénigrement et de dévalorisation de
l'entou-

            rage. Le sujet a tendance à s'entourer d'objets (par là
on

            entend aussi bien des personnes que des biens
matériels)

            dont il attend qu'ils le prolongent et lui obéissent
en-

            tièrement, qu'il a besoin de manipuler et de dominer,
ne

            supportant pas qu'on lui résiste, réagissant alors par
des

            crises de "rage narcissique" lui faisant
revivre un senti-

            ment fondamental d'impuissance et de désespoir proche
de

            celui de l'enfant réalisant douloureusement qu'il est
trop

            petit pour atteindre ce qu'il désire."

 

        La meilleure illustration de ce qui précède
consiste peut-être

en l'attitude du recourant durant
l'instruction. A.  avait

été remis en liberté provisoire
moyennant notamment l'engagement de défé-

rer à toute citation à comparaître.
Lorsqu'il a pris connaissance de la

mise en prévention préparée par le juge
d'instruction, il a décidé de se

soustraire à la justice suisse "vu
la partialité de l'enquête"

(D.19/5016). Or, l'examen du dossier
démontre au contraire que l'in-

struction de cette affaire volumineuse
et particulièrement complexe a été

menée avec un souci constant
d'impartialité. Quoiqu'en pense le recourant,

le simple fait de le soupçonner d'avoir
commis des infractions et de mener

des investigations à ce sujet ne suffit
pas pour fonder un soupçon de par-

tialité. La fuite du recourant est bien
plutôt à mettre sur le compte de

ses problèmes narcissiques. Confronté à
des autorités lui résistant, il

refuse d'assumer ses responsabilités, en
prenant bien soin de rejeter la

responsabilité de son absence sur autrui
(c'est-à-dire le juge d'instruc-

tion, puis le Tribunal correctionnel).

 

        Pour apprécier la crédibilité du recourant,
il n'est pas non

plus inutile de rappeler le sort des
différents recours déposés à la

Chambre d'accusation après qu'il avait
changé de mandataire en mars 1994.

Le premier a été considéré "à
l'évidence téméraire" (D.20/5194). Les

deuxième, troisième et quatrième ont
également été rejetés (D.23/5771). Le

recourant exigeait notamment que les
quelque mille classeurs fédéraux sai-

sis soient tous inventoriés et que
chaque page soit cotée, afin visible-

ment de stopper les progrès de
l'instruction pendant un certain nombre de

mois (v. D.18/4750-4752). Le cinquième
recours a été simplement déclaré

irrecevable (D.27/7305), le sixième
manifestement mal fondé et confinant à

la témérité (D.29/8321). Enfin, le
septième recours a été aussi rejeté

(D.29/8331). Dans ce dernier, A.  demandait la récusation

du juge d'instruction. Il n'est pas
difficile d'imaginer les conséquences

qu'aurait eu un changement de magistrat
sur l'instruction de cette affai-

re, qui remplissait déjà à l'époque
vingt-neuf classeurs fédéraux de piè-

ces principales. Il faut également
souligner que les sept recours dont il

vient d'être fait état ont été déposés
entre mai et décembre 1994, ce qui

représente approximativement une moyenne
d'un recours par mois. Le fait

que pas un seul n'ait été couronné de
succès démontre que le but poursuivi

était seulement d'entraver
l'instruction. Une fois libéré provisoirement

il a ainsi adopté une attitude
d'obstruction constante, cherchant à

empêcher que justice soit rendue, en
noyant les autorités de requêtes

pléthoriques et déposées tardivement en
particulier devant le tribunal de

jugement. Compte tenu de son attitude il
ne saurait en tous les cas faire

grief aux autorités de ne pas avoir
clarifié la situation, alors qu'il

poursuivait de toute évidence un but
contraire.

 

        On doit d'ailleurs se demander dans quelle
mesure l'attitude du

recourant tout au long de la procédure
n'aurait pas dû entraîner des con-

séquences s'agissant du déroulement de
la procédure et de ses droits en

tant que justiciable comme de la
recevabilité du recours. Il est en effet

admis que l'abus de droit en matière de
procédure comme de droit de fond

n'est pas protégé (ATF 114 Ia 28, 111 I
148, 107 Ia 211). On peut en

particulier se demander si le
justiciable qui comme en l'espèce choisi de

se soustraire à la justice, ne se
présentant pas devant un tribunal pour y

répondre des infractions dont il est
prévenu peut se prévaloir des mêmes

droits que le justiciable prêt à
répondre de ses actes et qui donne suite

aux convocations qui lui sont adressées.

 

        Un autre élément confirme ce qui précède. Le
mandataire actuel

du recourant a commencé à le défendre en
mars 1994 (D.17/4107). Ce n'est

que le 31 octobre 1996, soit après deux
ans et demi d'activité et quinze

jours seulement avant l'audience
préliminaire du Tribunal correctionnel,

qu'une requête d'assistance judiciaire a
été déposée (D.30/55). Cette de-

mande (rejetée finalement par le
Tribunal fédéral : D.30/608) avait assu-

rément pour objectif le renvoi de
l'audience préliminaire et donc aussi

celle de jugement. Ce but a d'ailleurs
été atteint, le Tribunal correc-

tionnel ayant estimé, au vu de l'arrêt
du Tribunal fédéral, que,

nonobstant son absence, A.  avait droit à un défenseur

d'office (voir jugement, p.52-54).

 

        Le recourant n'a pas non plus hésité, après
le jugement, à pré-

senter une demande de relief abusive
(ci-dessus cons.1), ni à requérir

l'effet suspensif à son recours, alors
même qu'il s'est soustrait à l'exé-

cution de la peine prononcée. C'est dire
si l'ensemble des allégations du

recourant doivent être examinées avec
réserve. Condamné principalement

pour infractions contre le patrimoine,
il a beau jeu de s'abriter derrière

des éléments qui lui semblent peu clairs
: il a créé, à dire d'expert une

nébuleuse d'environ 160 sociétés
(jugement, p.48; annexe A/18), sans à

l'évidence que ses affaires immobilières
ne justifient une telle prolifé-

ration. Ce comportement, qui a pour
principale conséquence de rendre de

prime abord opaque nombre de
transactions effectuées, ne peut qu'amener à

s'interroger sur les motifs poussant une
personne à agir de la sorte.

 

3.      Le recourant se plaint du fait que la
possibilité de demander le

relief ne figurait pas sur le jugement
(recours, p.3; jugement, p.158).

Selon la jurisprudence, le rappel
obligatoire des voies de recours concer-

ne aussi bien l'indication du pourvoi en
cassation que celle de la demande

de relief, seul moyen idoine d'agir à
l'encontre d'un jugement par défaut

(RJN 1980-1981 p.131). Cette
jurisprudence n'a cependant pour but que de

protéger le condamné qui, en l'absence
d'indication sur le jugement de la

possibilité de demander le relief,
aurait agi par la voie du recours en

cassation et qui verrait celui-ci
déclaré irrecevable pour cause de subsi-

diarité (art.241 al.1 ch.1 CPP). Or, en
l'espèce, le recourant a utilisé

toutes les voies possibles (recours et
relief), de sorte qu'il ne saurait

être question de retenir une violation
des règles essentielles de la pro-

cédure entraînant cassation, au sens de
l'article 242 ch.2 CPP.

 

4.      Le recourant se plaint du fait que
l'infraction de tentative de

contrainte (arrêt de renvoi (AR) 41)
n'aurait pas été retenue lors de la

lecture orale du jugement, le 10 mars
1997. Dans ces observations sur re-

cours du 15 mai 1997, le président du
Tribunal correctionnel affirme au

contraire qu'il en a bien été fait état.
Il n'y a pas de raison de mettre

en doute cette affirmation. Au surplus,
l'infraction litigieuse se retrou-

ve dans le jugement écrit (p.133-134)
qui, dans un dossier de cette com-

plexité, est déterminant.

 

        26. D.  S.A., E.  S.A.

 

5.      a)
A.  a été
reconnu coupable de gestion déloya-

le au détriment de E.  S.A., en rapport avec deux ventes,
intervenues

le 1er janvier 1990, par lesquelles
D.  S.A. a vendu à E. 

S.A. pour des prix surfaits d'une part
25 actions a. .  , d'autre part 50

actions b.   (jugement, p.24).

 

        Le Tribunal correctionnel a en effet retenu
que (jugement p.86-

88) :

 

- Les 25 actions a.   ont été vendues pour 10'000 francs (prix
unitaire :

 
400 francs), alors que leur valeur réelle selon les fonds propres

 
comptables était de 2'500 francs (valeur unitaire : 100 francs);

 

- Les 50 actions b.   ont été vendues pour 90'000 francs (prix
uni-

 
taire : 1'800 francs), alors que leur valeur comptable était de 23'900

 
francs (valeur unitaire : 478 francs) ou éventuellement, en tenant com-

 
pte d'une réserve latente, de 59'000 francs (valeur unitaire : 1'180

 
francs).

 

        b) Le recourant avance qu'il n'est pas
démontré qu'une transac-

tion a bien eu lieu; qu'il n'avait pas
la maîtrise de D.  et de

E. 
S.A.; qu'il aurait fallu interroger les représentants des socié-

tés afin d'établir exactement ce qui
s'est passé; que la méthode d'évalua-

tion de l'expert des actions a.   ne tient pas compte du goodwill et des

réserves latentes; que celles-ci
auraient également dû être prises en con-

sidération s'agissant des actions
b.  ; que les calculs effectués

dans l'expertise complémentaire auraient
dû être basés sur l'état locatif

et les baux; que, même en retenant les
chiffres de l'expert, l'infraction

ne serait pas réalisée, la différence
entre prix réels et convenus étant

peu importante (recours, p.4-9).

 

        c) En lisant le recours, on constate que A. 

s'en prend essentiellement aux faits
retenus, ce que la Cour de céans

n'examine qu'avec retenue (ci-dessus
cons.2). On remarque par ailleurs que

l'argumentation est contradictoire,
puisque le recourant met en doute

l'existence des transactions (recours,
p.5), nie avoir exercé la maîtrise

économique sur les sociétés concernées
(recours, p.6) et conteste les ap-

préciations de l'expert (recours,
p.7-8). Or, s'il n'était pour rien dans

ces ventes, on ne comprend pas pourquoi
il s'ingénierait à établir que les

prix étaient corrects ou à mettre en
doute l'existence de ces opérations.

 

        Il convient tout d'abord d'examiner si A. 

exerçait la maîtrise économique sur
E.  S.A. (litt.d). Au regard de

l'infraction de gestion déloyale, il
n'est en revanche pas déterminant de

savoir si, au moment des ventes, A.  possédait encore

D. 
S.A., ni de fixer précisément la date de ces opérations, étant

toutefois précisé qu'elles ont eu lieu
en 1990. Il est ensuite nécessaire

d'apprécier si ces ventes ont bien eu
lieu (litt.e), d'estimer la valeur

réelle des actions (litt.f) et enfin
d'examiner la réalisation de la ges-

tion déloyale au sens de l'article 159
al.1 aCP (litt.g).

 

        d) La société E.  S.A. a été créée en 1983. Son siège a

toujours été la Résidence X.  (où a habité longtemps le recourant). En

octobre 1990, soit après la vente de
D.  S.A. (rebaptisée D. Holding S.A.), E.  S.A. a été renommée
D.  SA afin,

apparemment, de "récupérer"
par cet artifice une succursale belge

(expertise, p.23; annexe B/4). Il en
découle que E.  S.A. a de tout

temps été une des sociétés de A. . On la
retrouve d'ail-

leurs dans un organigramme écrit de sa
main (annexe A/15). Le recourant

est téméraire en prétendant qu'il
n'avait pas la maîtrise de cette socié-

té.

 

        e) Le recourant estime que "rien ne
démontre qu'il y a eu ef-

fectivement contrat concernant les
transferts d'action" (recours, p.5).

L'expert a retenu l'existence de ces
ventes en se fondant sur une impres-

sion d'une partie du grand livre, tenu
sur informatique, de la société D. Holding S.A. (annexe C/21). On ne voit pas
en quoi il serait arbi-

traire de considérer, sur cette base,
que les deux ventes incriminées ont

effectivement eu lieu pour les montants
indiqués. Cette infraction n'a en

effet pas été l'objet d'une plainte
pénale spécifique, de sorte qu'il est

exclu que quelqu'un ait modifié la
comptabilité dans le seul but d'incri-

miner le recourant. L'expert a
d'ailleurs relevé cet élément de son propre

chef. Ces ventes auraient tout aussi
bien pu échapper à son intention. En

outre, l'expertise a souligné la
difficulté de reconstituer au moyen de

justificatifs certaines opérations,
compte tenu de la mauvaise gestion de

la comptabilité (expertise, p.22-24) et
de l'habitude de A.  de disposer des
biens des sociétés comme s'il s'agissait de biens

propres (ibid, p.66 notamment). Il
n'était dès lors pas arbitraire

d'admettre que ces deux ventes ont bien
eu lieu. Le recourant n'apporte

d'ailleurs aucun élément à ce sujet.

 

        f) S'agissant des actions a.  , le recourant estime que l'expert

n'a pas tenu compte du goodwill et des
réserves latentes (recours, p.7

litt.B). Comme le Tribunal correctionnel
l'a relevé, l'expert s'est basé

sur les fonds propres comptables et le
recourant ne démontre pas en quoi

cette méthode serait arbitraire. Le
Tribunal correctionnel a en outre re-

levé trois autres ventes d'action
a.   intervenues en 1989, où le prix
uni-

taire variait entre 100 et 120 francs
(jugement, p.86-87). Le recourant

conteste la validité des pièces prises
en compte (recours, p.6 ch.4), mais

il a déjà été expliqué que considérer
ces pièces comme reflétant la réali-

té n'est en rien arbitraire (ci-dessus
litt.e).

 

        S'agissant des actions b.  , le recourant s'en prend prin-

cipalement à la méthode de calcul
utilisée dans l'expertise complémentaire

(recours, p.8; voir aussi expertise
complémentaire p.49-50). Il convient

cependant d'admettre, avec le Tribunal
correctionnel, que le recourant

cherche avant tout à justifier à
posteriori une transaction qu'il a ef-

fectuée sans tenir compte de la valeur
réelle des actions en cause. En

outre, le recourant se borne à opposer
une méthode de calcul à celle re-

tenue dans l'expertise complémentaire.
Or, il n'est à l'évidence pas arbi-

traire de préférer l'avis motivé et
circonstancié d'un expert profession-

nel aux allégations du recourant. Dès
lors, l'avis de l'expert peut être

retenu, de sorte que la valeur comptable
des actions b.   était bien

de 23'900 francs et leur valeur compte
tenu d'une réserve latente sur

l'immeuble de 59'000 francs.

 

        g) A. 
avait la maîtrise économique de E. 

S.A.. Il a fait en sorte, ou tout au
moins accepté, que celle-ci acquiert

des actions a.   pour un prix unitaire de 400 francs alors que leur valeur

unitaire réelle était de 100 francs et
des actions b.   pour un prix

unitaire de 1'800 francs alors que leur
valeur unitaire comptable était de

478 francs et leur valeur en tenant
compte d'une réserve latente de 1'180

francs. Il a donc clairement contrevenu
à son devoir de sauvegarde des in-

térêts de E.  S.A. et a de ce fait causé un préjudice à cette socié-

té, qui a acquis des actions pour des
prix surfaits. Il est en outre in-

discutable qu'il a agi
intentionnellement. Les ventes intervenues quelques

mois avant les opérations litigieuses
(jugement, p.86-87) démontrent que

le recourant avait conscience de la
valeur réelle desdites actions. Ainsi,

l'infraction de gestion déloyale est
réalisée.

 

          29. F.  SA (anc.
G.  SA)

 

6.      a) A. 
a été reconnu coupable de gestion

déloyale en rapport avec le
cautionnement de 540'000 francs signé le 12

janvier 1990 par G.  S.A. en faveur de H.  S.A. pour le crédit

de 450'000 francs que celle-ci avait obtenu
de la BANQUE Y.  le 20 décembre 1989.

Le Tribunal correctionnel a retenu que
A. , qui avait la

maîtrise des sociétés G.  S.A. et H. 
S.A., a fait en sorte que

la première, bien qu'elle n'y ait aucun
intérêt, cautionne la seconde,

alors même qu'il savait ou devait
présumer que celle-ci ne rembourserait

pas la dette (jugement, p.25-26, 88-89).

 

        b) Le recourant avance qu'il n'est pas à
l'origine du caution-

nement accordé par G.  S.A. et qu'au surplus le préjudice a par la

suite été supprimé, le cautionnement
étant remplacé en 1991 par des ga-

ranties immobilières (recours, p.9-12).

 

        Avant d'examiner la pertinence de ces deux
arguments, on re-

lèvera qu'ils sont à nouveau
contradictoires. Si A.  n'a

pas octroyé le cautionnement litigieux,
on ne voit pas pour quelle raison

il cherche à établir que celui-ci n'est
pas constitutif d'infraction.

 

        c) Il convient tout d'abord de déterminer si
le Tribunal cor-

rectionnel est tombé dans l'arbitraire
en retenant que A. 

était à l'origine du cautionnement litigieux,
alors même que ce document

n'a pas été signé par lui (D.29/8244).
A.  a admis que

D. 
S.A., dont il était actionnaire à 100 %, était seule action-

naire de F. / G.  S.A. (D.4/264-265). On lit également ce qui

suit dans le procès-verbal d'interrogatoire
du 18 janvier 1993

(D.5/501-502) :

 

          " D: Quand vous en aviez la maîtrise, F.  a cautionné

               en faveur de H. . Quel était l'intérêt pour

               F.  ?

 

            R: Toutes ces sociétés étaient sous ma maîtrise.
L'intérêt

               global était que H. 
ne doive pas payer une clau-

               se pénale pour inexécution d'une promesse d'achat.

               C'est I. , de la BANQUE Y. , qui avait exigé une
caution

               et qui a proposé que ce soit F.  qui la donne.

               Il était prévu que l'engagement ne soit que
transitoi-

               re.

 

               Tout ça a été fait quand j'étais malade. J'ai même

               acheté l'immeuble pour H.  beaucoup trop cher à

               l'époque. C'était le dernier immeuble qui me
manquait

               dans la rue.

 

            D: Si l'on vous comprend bien, F.  n'avait pas

               d'autres intérêts que le vôtre propre.

 

            R: C'est juste. Je pense que c'est J.  qui doit avoir

    
          discuté le crédit avec
I. . Je ne sais pas si

               j'ai signé moi-même quelque chose."

 

 

        Ces propos ne laissent subsister aucun doute
sur la situation :

A. 
voulait acquérir un immeuble par H. 
et s'est

servi de F. /G.  S.A. comme caution pour obtenir le crédit

bancaire nécessaire. Il est aussi
significatif de constater que ce cau-

tionnement a été remplacé en 1991 par
des garanties immobilières portant

sur des biens propriété de A.  (D.17/4279; recours, p.11).

Si le recourant s'est impliqué
directement en 1991, c'est nécessairement

qu'il l'était aussi, mais à titre
indirect, lors du cautionnement du 20

décembre 1989. Le Tribunal correctionnel
n'a ainsi pas retenu arbitrai-

rement que A.  s'était servi des administrateurs de

G. 
S.A. comme hommes de paille lors de ce cautionnement et que,

partant, il avait intentionnellement
violé son devoir de gestion vis-à-vis

de cette société, qui n'avait aucun
intérêt à cette opération.

 

        d) L'infraction de gestion déloyale n'est
réalisée que s'il y a

eu préjudice patrimonial. Constitue
notamment un préjudice une mise en

danger du patrimoine telle qu'elle a
pour effet d'en diminuer la valeur

d'un point de vue économique. Le
patrimoine est diminué sur le plan éco-

nomique lorsque sa mise en danger devrait
apparaître dans un bilan cor-

rectement établi, sous forme d'une
diminution de la créance en jeu ou de

l'inscription d'une provision pour
perte. Ainsi, la constitution de garan-

ties, qui représentent un risque et sont
de nature à justifier une provi-

sion, peut être considérée comme un
préjudice patrimonial (ATF 123 IV 22).

Un préjudice temporaire suffit (ATF 121
IV 108).

 

        En l'espèce, le cautionnement accordé par G.
/F. 

S.A. sans justification au regard de ses
intérêts et sans aucune contre-

partie aurait dû à l'évidence faire
l'objet d'une mention au bilan si

celui-ci avait été correctement tenu. En
effet, la banque a exigé de

H. 
S.A. qu'elle trouve une caution avant de lui accorder un prêt

immobilier. Elle estimait donc que le
prêt requis n'était pas sans risque,

de sorte qu'une mise en œuvre de la
garantie n'était de loin pas exclue.

L'opération a par ailleurs eu lieu fin
1989 - début 1990, soit après l'en-

trée en vigueur des arrêtés fédéraux
visant à lutter contre la spéculation

immobilière et alors que le marché
immobilier connaissait un net replis.

Ces éléments étaient connus de A.  (annexe A/14, ch.1),

qui a ainsi agi avec conscience et
volonté. L'infraction de gestion dé-

loyale était par conséquent réalisée en
1990. Peu importe que le caution-

nement ait pris fin en 1991.

 

          31. E.  SA

 

7.      a) A. 
a été reconnu coupable de gestion dé-

loyale au détriment de E.  S.A. en rapport avec la vente, le 1er

janvier 1990, par D.  S.A. à E. 
S.A. de 800 actions de c.  S.A.
pour 584'000 francs (prix unitaire moyen : 730 francs). Le

Tribunal correctionnel a en effet retenu
que ce prix était surfait car

A. 
avait vendu trois mois auparavant, le 30 septembre

1989, 900 actions c.   qu'il possédait à la fondation B.

(fondation de famille : ci-dessus
cons.A) pour 374'000 francs et que le

même jour, il faisait vendre par D.  S.A. à la fondation 100

autres actions pour 66'000 francs, soit
un transfert total de 1'000

actions pour 440'000 francs (prix
unitaire moyen : 440 francs)(jugement,

p.26, 89-90).

 

        b) Le recourant avance une profusion de
faits dont il ressort,

sans qu'il soit besoin d'entrer dans les
détails, qu'il nie l'existence

des transactions, son implication dans
celle-ci, le nombre, le type et la

valeur des actions vendues, leur prix et
la perte subie par E.  S.A.

(recours, p.12-15 et, par renvoi,
p.5-7).

 

        c) Il a déjà été relevé que le recourant est
téméraire en pré-

tendant ne pas avoir eu la maîtrise de
E.  S.A. (ci-dessus, cons.5d).

Dans le cadre d'un examen limité à
l'arbitraire, il convient dès lors uni-

quement de déterminer si le Tribunal
correctionnel a abusé de son pouvoir

d'appréciation en retenant que des
transactions avaient bien eu lieu les

30 septembre 1989 et 1er janvier 1990 et
qu'il en découlait une acquisi-

tion par E.  S.A. pour un prix surfait (litt.d). Il convient égale-

ment d'examiner la réalisation en droit
de l'infraction de gestion dé-

loyale (litt.e).

 

        d) L'expert a reconnu n'avoir "pas pu
clarifier avec précision

les transactions opérées sur les actions
c.   S.A." intervenues entre

différentes personnes physique et
morales. Il a toutefois constaté des

disparités de prix étonnantes
(expertise, p.61-62) et a sorti des docu-

ments à sa disposition un certain nombre
de pièces comptables pour appuyer

ses dires (annexe C/17). Or, il n'était
pas arbitraire, sur cette base,

d'admettre que les ventes des 30
septembre 1989 et 1er janvier 1990 ont

bien eu lieu pour les montants indiqués
sur les extraits comptables, car

rien ne permet de penser que ces
documents soient erronés ou auraient été

falsifiés (voir aussi cons.5e
ci-dessus). On constate au contraire une

correspondance entre les comptabilités
de D.  S.A. (30.09.89,

vente à B. de 50 actions c.   S.A. A pour 55'000 francs et de

50 actions c.   S.A. B pour 11'000 francs) et de A. 

(30.09.89, vente à B.  de 900 actions c.   pour 374'000 francs)

d'une part et d'autre part celle de
B.  (30.09.89, achat partici-

pation c.   S.A., 440'000 francs)(55'000 + 11'000 + 374'0000 =

440'000).

 

        Le Tribunal correctionnel n'est ainsi pas
tombé dans l'arbitrai-

re en retenant que E.  S.A. a acquis des actions pour un prix
suréva-

lué, car la disparité des prix entre les
ventes des 30 septembre 1989 et

1er janvier 1990 ressort des documents
annexés à l'expertise (annexe

C/17).

 

        e)
A.  avait la
maîtrise de E.  S.A. Il a

accepté que celle-ci acquiert des
actions pour un prix surfait, violant

son devoir de gestion. Comme il avait
personnellement vendu des actions

c.  
à sa fondation de famille trois mois auparavant, il ne peut pré-

tendre avoir agi par négligence. Il
s'est dès lors rendu coupable de

gestion déloyale.

 

        32. 
F.  S.A. (anciennement G.  S.A.)

 

8.      a)
A.  a été
reconnu coupable de gestion dé-

loyale au détriment de D.  pour avoir fait reprendre à cette

dernière la dette de C.  envers G. , en faisant inscrire à

l'actif du bilan de D.  un montant largement surfait. A cet égard

le tribunal a en effet considéré que la
valeur de G.  pour D. 

était manifestement inférieure aux 2,98
millions inscrits à l'actif de

cette société. Il a notamment retenu que
l'expert judiciaire avait correc-

tement estimé la valeur de l'immeuble K.
, dont la valeur était

contestée. Selon l'expert, la valeur des
fonds propres était de 2'380'0000

francs, voire de 1'674'000 francs si
l'on se base sur les calculs effec-

tués par L.  (jugement, p.16, 90-96). En revanche il n'a pas

retenu d'infraction au préjudice de
F.  (p.92).

 

        b) Le recourant se plaint qu'une
appréciation différente a été

faite par le tribunal en ce qui concerne
C.  d'une part et le re-

courant, s'agissant du fait que les
fonds propres de la société G. 

S.A. auraient ou non été épuisés
(recours p.16). Il conteste également

l'évaluation des fonds propres de la
société faite par l'expert et reprise

par le tribunal, et substituant sa propre
appréciation met en avant

l'existence de réserves latentes, dont
le tribunal n'aurait pas tenu

compte (recours, p.15-24).

 

        c) Ainsi que le relève le recourant, le
tribunal n'a pas tranché

s'agissant de C.  la question de savoir si les fonds propres

étaient ou non épuisés, la question
étant envisagée sous un angle diffé-

rent. C'est ainsi que s'agissant de
l'infraction commise en préjudice de

D. 
S.A. (et M.  S.A.), le tribunal
mentionne qu'il faudrait

pour envisager une condamnation de
C.  que celui-ci ait exercé avec A.  la maîtrise sur lesdites sociétés. Or selon
le tribunal

aucune preuve n'a permis de prouver que
C.  ait jamais collaboré

dans D. 
(voire M. ), ce qu'il conteste, raison pour laquelle la

prévention a été sur ce point abandonnée
à l'égard de C.  (juge-

ment, p.138). Le tribunal relevait au
surplus s'agissant cette fois de

G. 
que rien ne permettait de retenir une infraction en ce qui concer-

ne C. , l'élément subjectif faisant
défaut (jugement, p.137). La

libération de C.  de ce chef d'accusation repose ainsi sur une

autre motivation. On ne saurait dès lors
tirer un quelconque argument de

l'abandon en ce qui concerne C.   de l'infraction de gestion dé-

loyale.

 

        Quant à l'estimation que souhaite substituer
le recourant à cel-

le du tribunal, qui ne fait que
confirmer celle de l'expert (expertise,

p.44ss), celui-ci a explicité et motivé
son analyse et les conclusions

qu'il en tirait. C'est ainsi qu'il se
référait notamment aux rapports de

l'organe de contrôle de D.  S.A./D. Holding S.A. pour

l'exercice  de 1989 du 16 janvier 1991 qui mentionne :

 

          " 3. La convention d'achat des titres "G.  S.A." ne nous

               a pas été remise, si bien que nous formulons toutes

               réserves au sujet de la valeur comptabilisée de

               Fr. 2,984,456.65.

 

               La valeur des participations portées au bilan est la

               valeur d'acquisition. Par contre, la valeur basée
sur

               les fonds propres desdites sociétés est de

               Fr. 5,200,000 inférieure sans tenir compte de la

               difficulté d'évaluer la valeur vénale réelle des
immeu-

               bles portés au bilan de ces différentes sociétés.
Nous

               notons cependant que le tableau des participations
fait

    
          ressortir des réserves
latentes de Fr. 2,762,000.

               L'appréciation définitive du montant des réserves

               latentes n'est actuellement pas possible étant
donné,

               d'une part, l'absence d'expertises immobilières et

               d'autre part, la situation actuelle du marché
immobi-

               lier." (annexe D.28/3)

 

 

        L'expert ajoute que de telles réserves
émanant de l'organe de

contrôle, auraient requis un renvoi des
comptes. Puis, plus loin, l'expert

précise :

 

          " Les termes de la convention sont révélateurs. A.
et C. 

            disposent des biens appartenant à des entités
juridiques

            distinctes, des SA, qu'ils maîtrisent économiquement,

            comme si ces biens étaient leur propriété personnelle.
La

            situation est rétablie ultérieurement à travers des
con-

            ventions additionnelles et des correspondances
débouchant

            finalement sur une cascade d'opérations comptables
"écri-

            tures sans quittances" formalisant la répartition
des

            biens sur les sociétés. Un actionnaire ou une de ses
so-

            ciétés ne sauraient simplement reprendre des actifs et
des

            passifs d'une S.A. à leur valeur comptable; il doit les

   
        acheter à leur valeur
vénale." (expertise, p.45)

 

        Quant aux réserves latentes, invoquées par
A. 

l'expert relève que dans le bilan au
31.12.1989 de D. , la parti-

cipation G. /F.  S.A. apparaît pour une valeur de 2,98
millions

de francs, que cette valeur est
largement supérieure à la valeur des fonds

propres de 1,5 million de francs et que
cette plus-value ne saurait être

expliquée ni par la valeur de rendement,
ni par l'existence de réserves

latentes (expertise p.46, 47).

 

        L'expert est ainsi arrivé à la conclusion
que l'inscription

d'une somme de 2,98 millions à l'actif
du bilan de D.  comme

participation dans G.  S.A. constituait une fausse valeur. Le
tribunal

a fait siennes ces conclusions. Il ne
saurait être question de s'écarter

de cette appréciation sans raison
particulière, non-réalisée en l'espèce.

Le tribunal de première instance n'a
ainsi pas fait preuve d'arbitraire

dans l'appréciation des faits.

 

        d) Sous réserve de l'inégalité dont il
aurait été victime

(litt.c ci-dessus), le recourant a
limité ses moyens à l'erreur dans

l'établissement des faits. Du moment
qu'il ne peut être suivi, on ne peut

qu'admettre que c'est à juste titre que
le tribunal a retenu que

s'agissant de D.  A. 
s'était rendu coupable de

gestion déloyale causant consciemment et
volontairement, voire par dol

éventuel un préjudice à cette société en
lui faisant reprendre pour un

montant largement surfait la
participation dans G. , et ceci dans un

but uniquement comptable clairement
précisé par l'expert (expertise,

p.45).

      

       
33. D.  S.A. (C. )

 

9.      a)
A.  a été
reconnu coupable de gestion dé-

loyale au préjudice de D.  S.A. pour avoir fait donner, par la

société, après s'y être engagé, une
arrière-caution de 1,2 million en fa-

veur de C. , sans que D.  n'y trouve un quelconque avanta-

ge; en particulier ni la reprise de G. ,
ni la reprise des actions de

la SI N. SA n'était d'un quelconque
intérêt pour

D. 
(jugement, p.27, 96-97).

 

        b) A. 
conteste les faits tels qu'ils ont été

retenus, estimant devoir profiter du doute.
Il conteste que la reprise

tant de G.  que des actions de la SI N. 
SA, opéra-

tion liée à l'octroi de
l'arrière-caution, ait été dépourvue d'intérêt

pour D. 
comme il conteste avoir eu connaissance de la situation

de la SI N.  SA (recours p.24-26).

 

        c) Seule est contestée l'appréciation des
faits à laquelle le

Tribunal correctionnel s'est livrée. Or
ainsi que rappelé à plusieurs re-

prises la Cour de cassation ne revoit
les constatations de fait que sous

l'angle de l'arbitraire. En l'espèce
rien ne permet de penser que l'appré-

ciation des faits du Tribunal
correctionnel soit indéfendable. Ceci est

d'autant plus vrai que l'octroi de
l'arrière-caution a eu lieu en deux

temps et qu'en juin 1990 tout
spécialement la situation déficitaire de la

SI N. SA était avérée et ne pouvait être
ignorée du recourant. A ce

sujet, le contenu du document du 10
octobre 1989 repris dans le jugement

est particulièrement significatif. Le
pourvoi doit ainsi sur ce point être

rejeté.

 

        34. D. 
S.A.

 

10.     a) A. 
a été reconnu coupable de banqueroute

simple selon l'article 165 aCP pour
avoir en tant qu'administrateur de

droit ou de fait des sociétés du groupe
D.  jusqu'au 22 juin 1990

fait preuve de légèreté coupable et de
graves négligences dans l'exercice  de

de sa fonction, son comportement étant
propre à contribuer à causer l'in-

solvabilité des sociétés constituantes
du groupe. En bref le tribunal a

notamment retenu que A.  avait fait preuve de légèreté

dans l'administration des sociétés du
groupe, en visant son intérêt per-

sonnel sans se soucier des structures
juridiques des sociétés, dont les

actes de gestion déloyale commis sont
d'ailleurs la preuve, recourant à un

système 
comptable défectueux, qui ne permettait pas d'avoir une vision

globale de la situation du groupe,
désignant comme organe de contrôle des

personnes qui n'avaient pas
l'indépendance ou la compétence nécessaire,

omettant de prendre les mesures exigées
en particulier par l'article 725

CO, et vendant finalement les sociétés
du groupe à D. , alors que

celles-ci étaient surendettées et
allaient être déclarées en faillite. Il

lui était ainsi reproché d'avoir joué
avec la gestion des nombreuses so-

ciétés qu'il avait créées, d'avoir créé
une opacité dans leur situation

comptable, d'avoir recouru à différentes
manoeuvres, négligeant l'intérêt

des sociétés, puis de s'être débarrassé
du groupe, alors que celui-ci

était gravement surendetté (jugement,
p.28-29, 97-106).

 

        b) Le recourant conteste s'être rendu
coupable de banqueroute

simple. Il s'élève contre le refus du
juge de s'être penché sur la gestion

des sociétés par D. , ce qui empêchait
d'examiner si les actes in-

criminés étaient en rapport de causalité
avec la faillite des sociétés. Il

conteste par ailleurs les conclusions de
l'expert et ses estimations. Pour

l'essentiel il s'en prend aux éléments
de fait, tels qu'ils ont été rete-

nus par le tribunal. In fine, le
recourant conteste qu'il puisse lui être

fait grief de s'être débarrassé de son
groupe en le vendant à D. ,

qu'il ne s'agit pas là d'un acte de
gestion qui pourrait tomber sous le

coup de l'article 165 aCP, qu'au surplus
la situation est bien différente

de celle qui a été retenue, puisque
celle-ci s'est péjorée en fonction

d'éléments étrangers à son activité et
que l'éventuel lien de causalité a

été complètement interrompu par la
gestion des sociétés par D. . Il

fait par ailleurs grief au tribunal de
première instance d'avoir omis de

viser l'article 172 aCP, au mépris des
règles de procédure (recours, p.26-

41).

 

        c) Recourant à une technique qui lui est
coutumière, A.  fait à nouveau preuve
d'une grande prolixité dans son recours

élevant des contestations tous azimuts,
cherchant à noyer si possible les

autorités judiciaires par son
argumentation. Ainsi en va-t-il lorsqu'il

fait grief au tribunal de ne pas avoir
visé l'article 172 aCP et au mépris

des règles de procédure. L'argument
n'est pas sérieux. Selon l'article 211

CPP le prévenu ne peut être condamné en
vertu d'autres dispositions léga-

les que celles visées par la décision de
renvoi, sans avoir été rendu at-

tentif à l'extension de la prévention.
Cet article ne s'applique toutefois

pas aux dispositions qui régissent les
conditions de la répression (ATF

101 Ia 295,
RJN 1983 p.117). Tel est manifestement le cas de
l'article 172

aCP. Aucune extension n'était ainsi
nécessaire. On relèvera par ailleurs

que sur certains points il paraît s'agir
du texte même de la plaidoirie,

et ceci jusque dans sa forme ("j'ai
pris acte que votre autorité ne dé-

sirait pas que l'expert se penche sur
cette question", recours p.32).

 

        d) Le recourant s'en prend avant tout aux
constatations de fait

des premiers juges qui, ainsi que
rappelé, ne peuvent être revues que sous

l'angle de l'arbitraire. En bref, A.  soutient que les

sociétés constituant le groupe n'étaient
pas endettées lorsqu'elles ont

été cédées à D.  le 22 juin 1990, celui-ci assumant la
responsabi-

lité des faillites prononcées
ultérieurement. Se basant essentiellement

sur l'expertise, le tribunal
correctionnel s'est totalement distancé de

l'appréciation du recourant considérant
au contraire que l'aggravation du

découvert, puis les faillites des
sociétés doivent bien être imputées à

A. 
personnellement.

 

        Ainsi que cela ressort du jugement, l'expert
s'est exprimé à ce

sujet aussi bien dans son rapport
principal que dans son rapport complé-

mentaire : " Il est donc patent que
les conseils d'administration n'ont

rien entrepris au moment où ils ont été
conscients de la situation de

surendettement. Ils devaient pour le
moins, dès le milieu de l'année 1990,

établir des bilans intermédiaires aux
valeurs de liquidation et au besoin

informer le juge de la situation.
Préalablement, l'expert a rappelé, au

moyen d'exemples, que les avertissements
de certains organes de contrôle

étaient restés lettre morte."
(expertise p.70; expertise complémentaire

p.26 ss). Lors des débats l'expert a
maintenu sa position (jugement

p.103). Aucun élément ne fait apparaître
l'appréciation du tribunal fondée

sur l'analyse de l'expert comme
arbitraire. Elle peut ainsi être retenue.

 

        e)
Selon l'article 165 aCP, le débiteur qui, par une légèreté

coupable, par des dépenses exagérées,
par des spéculations hasardées ou

par une grave négligence dans
l'exercice  de sa profession, aura causé
sa

propre insolvabilité ou aggravé sa
situation, alors qu'il se savait insol-

vable, sera, s'il a été déclaré en
faillite ou si un acte de défaut de

biens a été dressé contre lui, puni de
l'emprisonnement, dans le cas où

l'infraction est commise dans la gestion
d'une personne morale, l'article

172 CP transfert la qualité d'auteur à
ses organes, soit au directeur,

fondé de pouvoir, membre de
l'administration ou d'un organe de contrôle ou

liquidateur, pour autant que les
conditions subjectives et objectives de

l'infraction soient réalisées sur leur
tête (ATF 105 IV 17).

 

        Tombe sous le coup de l'article 165 aCP
quiconque aura commis un

acte ou se sera rendu coupable d'une
omission, prévue par le texte légal,

dès lors que cet acte est propre, ce que
l'auteur doit savoir, à contri-

buer à causer l'insolvabilité ou à
aggraver une insolvabilité qui existait

déjà. Il suffit que l'auteur ait causé
ou favorisé son insolvabilité par

une négligence grave (ATF 115 IV 38). Le
comportement adopté doit être

particulièrement répréhensible (ATF 104
IV 160). Tel est le cas de celui

qui omet d'appliquer la procédure de
l'article 725 CO, ou qui poursuit

l'exploitation d'une société sans se
soucier d'une situation obérée connue

ou encore qui ne respecte pas les
dispositions légales s'agissant de la

convocation des assemblées générales ou
le contrôle des comptes (SJ 1984

p.169). Cela est d'autant plus vrai
lorsque les carences se cumulent. Les

divers comportement forment un tout de
sorte qu'il est inutile de recourir

à la notion de délit successif, l'auteur
se rendant coupable d'une seule

infraction et la prescription ne
commençant à courir que dès le dernier

acte punissable (ATF 109 IV 113). Tant
l'insolvabilité que l'aggravation

de la situation doivent être dans un
rapport de causalité avec l'un des

comportements énumérés au début de la
disposition (ATF 104 cité).

 

        f) Ainsi que relevé, le recourant a créé une
nébuleuse de

quelque cent soixante sociétés,
utilisant et jouant dans son intérêt et à

son gré de ce réseau, sans s'embarrasser
des structures juridiques (voir à

ce sujet c.5, 6, 8, 9 ci-dessus).

 

        L'expert a dépeint la stratégie du recourant
de même que

différents manquements objectifs
constatés (même s'il relevait également

les carences de certains bailleurs de
fonds) :

 

          " Les divers travaux que nous avons effectués nous
amènent

            aux conclusions suivantes :

 

            7.1   Voyant la
fin de la période de haute spéculation sur-

                venir, il s'est mis au point une stratégie, par la-

                quelle, A. et C. 
se dessaisissent des biens immobi-

                liers qu'ils possèdent ou exploitent directement ou
à

                travers des sociétés anonymes. Cette stratégie se
ré-

                sume à :

 

                  - transférer
les biens propres dans des sociétés pour

                  réaliser
immédiatement les bénéfices supposés pou-

                  voir être faits sur les opérations;

 

                  - réunir
dans D.  SA les objets lourdement

                  hypothéqués et perdus d'avance qui, avec d'autres

                  biens, seront vendus à D. ;

 

                  - sortir les
biens liés au groupe C. , du reste du

                  groupe A. ;

 

                  - transférer
les biens moins hypothéqués ou auxquels

                  A.  est
attaché, dans une Fondation de famille du

                  nom de B. ;

 

                  - transférer
des fonds à l'étranger et y acquérir des

                  immeubles.

 

                  Cette
stratégie a été décidée et réalisée en grande

                partie, avant l'entrée en vigueur des Arrêtés
Fédéraux

                Urgents (AFU), le 6 octobre 1989.

 

            7.2   On est très
surpris du nombre considérable de sociétés

                dont l'existence ne nous paraît pas {a priori}
justi-

                fiée. Leur nombre et les relations entretenues
entre

                elles ont créé un imbroglio empêchant toute
supervi-

                sion. Les carences dans la gestion et le contrôle
com-

                me l'absence d'états consolidés ont permis de
masquer

                la réalité des opérations et de la situation. Cet

                imbroglio aurait pu permettre un recours
systématique

                à des opérations délictueuses; dans les faits, nous

                n'avons pu déceler de systématique dans les agisse-

                ments de A.
et C. .

 

            7.4   L'opération
de D.  intervenue après l'entrée en

                vigueur des AFU, souffre également de cette
situation

                désordonnée, puisque l'information nécessaire
n'exis-

                tait pas au moment de l'achat par D. . Il faut

                cependant s'étonner que D.  ne se soit pas en-

                touré de précautions nécessaires (expertises,
consoli-

                dation, etc.). Cette attitude n'est pas explicable
et

                laisse supposer que nous ne connaissons pas tous
les

                tenants et aboutissants de la transaction
(expertise,

                p.76-77)."

 

        Précédemment l'expert relevait déjà:

 

          " La baisse de valeur des biens immobiliers, les
difficultés

            financières grandissantes laissent supposer qu'une
grande

            partie des sociétés du groupe tombait sur le coup des
dis-

            positions de l'article 725 CO dès le milieu de
l'exercice de

1990, ainsi
que mentionne O.  pour SI N. S.A., dans
son rapport du 7 août 1990 relatif aux

            comptes de cette société arrêté au 31 décembre 1989
(an-

            nexe B-23/2 dernière page).

 

            Il est donc patent que les Conseils d'administration
n'ont

            rien entrepris au moment où ils ont été conscients de
la

            situation de surendettement. Ils devaient pour le
moins,

            dès le milieu de l'année 1990, établir des bilans
intermé-

            diaires ou valeurs de liquidation et au besoin informer
le

            juge de la situation." (expertise p.70).

 

        Il est ainsi patent que de manière générale
l'aggravation de la

situation remonte à la période où
A.  avait la maîtrise

des sociétés, soit avant la cession à D.
, et qu'on ne saurait im-

puter à ce dernier - ou à tout le moins
à ce dernier seulement - la

péjoration intervenue. L'argumentation
du recourant tombe sur ce point

également à faux.

 

        Les manquements constatés dans la gestion du
groupe apparaissent

de plus indiscutablement et pour le moins
constitutifs de la grave légère-

té prévue par l'article 165 aCP.

 

        L'opacité du système créé rendait impossible
toute gestion

respectueuse tant des intérêts des
différentes sociétés constituant le

groupe que de ceux des créanciers comme
toute vision d'ensemble et

contrôle efficace. L'expert l'a
clairement précisé (expertise, p.76, 101).

Les premiers juges ont retenu que tel
était le cas. Ils n'ont pas fait

preuve d'arbitraire. Ils n'ont pas
davantage appliqué faussement la loi.

En présence d'un écheveau à ce point
indémêlable, de la confusion et des

manquements qui lui étaient liés, il
n'est guère sérieux de nier que

soient remplies les conditions de la
banqueroute simple - en particulier

la grave légèreté, dans la gestion et le
contrôle des différentes socié-

tés.

 

        Les premiers juges auraient d'ailleurs dû se
demander si en

contractant comme il l'a fait,
différents empruntés pour les sociétés

qu'il dirigeait, A.  ne se rendait pas dans ce cas

également coupable de banqueroute
simple. C'est à tort qu'ils ont

considéré l'infraction comme prescrite
(ATF 109 IV 113). La question ne

peut toutefois être réexaminée.

 

        Le tribunal a par ailleurs estimé qu'en
vendant à D.  le

groupe, A.  s'était également rendu coupable de banque-

route simple ce que celui-ci conteste.
La question n'a toutefois pas à

être tranchée, dans la mesure où de
toute évidence plusieurs des comporte-

ments incriminés sont déjà à eux seuls
constitutifs de l'infraction à

l'article 165 aCP et qu'ainsi que le
retient la jurisprudence (ATF 109

cité) ils forment un tout.

 

        De plus le recourant ne saurait prétendre
qu'il n'était au cou-

rant ni de l'aggravation de
l'insolvabilité des sociétés qu'il avait

créées, ni des manquements répétés qu'il
commettait.

 

        Vu la situation très obérée des sociétés en
juin 1990 et les

manquements avérés de A.  qui ont contribué à conduire à

cette situation - les faillites étant de
ce fait quasi inévitables - on ne

saurait davantage considérer que les
éventuelles erreurs de gestion ulté-

rieures de D. aient interrompu le lien
de causalité qui existait entre

les comportements hautement
répréhensibles de A.  et

l'aggravation indiscutable de
l'insolvabilité du groupe.

 

        C'est dès lors à juste titre que le tribunal
correctionnel a

retenu que A.  s'était rendu coupable de banqueroute simple.

 

        35. Fraudes dans la saisie (divers
créanciers)

 

11.     a) A. 
a été reconnu coupable de fraude dans la

saisie selon l'article 164 aCP au
préjudice de ses créanciers. Il a été

retenu que dès fin 1989-1990 au moins il
s'est attaché à mettre ses biens

à l'abri d'éventuelles saisies, et plus
précisément en faisant disparaître

frauduleusement et intentionnellement,
alors qu'il était pleinement con-

scient des problèmes financiers auxquels
il était confronté, différents

biens ainsi que leur produit de
réalisation, soit une Mercedes 500 SEL,

une Aston Martin Nagonda, un simulateur
de ski-nautique, et une Rolls-

Royce (litt.g). S'agissant du mobilier
il a notamment été retenu qu'il a

expédié dans ce but du mobilier assuré
pour 400'000 francs, 75'000 francs

et 200'000 francs en France et en
Floride (litt.g et i);qu'il a utilisé sa

femme et des sociétés-écran pour
soustraire à ses créanciers, en particu-

lier deux maisons et propriétés en
France et en Floride, soustrayant de la

sorte pour ce qui est de la Floride
l'équivalent de 550'000 $ et 170'000

francs (litt.j, k); qu'il a également
fait disparaître des antiquités de

valeur (litt.i); qu'il a transféré des
biens et créances à une fondation

de famille à Zoug pour une valeur totale
de 5,5 millions (litt.l); qu'il a

gardé un train de vie très élevé et fait
des largesses alors qu'il se sa-

vait financièrement menacé et qu'il
allait faire l'objet de poursuites

(litt.n et o); qu'il n'a par ailleurs
pas complètement renseigné l'office

des poursuites de Neuchâtel de la
situation (litt.q), les actes de défaut

de biens délivrés contre lui, actes
d'insuffisance de gage compris, repré-

sentant quelque 2'376'000 francs
(jugement, p.29-32, 106-121).

 

        b) A. 
conteste avoir eu conscience de sa ruine

prochaine et de l'imminence de
poursuites, lorsqu'il s'est livré à certai-

nes opérations financières. Il considère
que le tribunal a fait preuve

d'arbitraire s'agissant de l'élément
intentionnel de l'infraction. En ce

qui concerne les véhicules et le simulateur
de ski-nautique, il conteste

également que l'élément objectif soit
réalisé et invoque une violation de

la procédure. Quant au transfert du
mobilier et des effets personnels, il

n'avait aucune volonté de nuire à ses
créanciers, ni conscience d'une in-

solvabilité quelconque. S'agissant des
infractions commises dans le cadre

de la transaction américaine, le
recourant invoque une fausse application

de la loi et une erreur de procédure. Il
conteste également toute infrac-

tion à l'article 164 aCP liée à des
dépenses et largesses inconsidérées.

 

        c) Selon l'article 164 aCP se rend coupable
de fraude dans la

saisie le débiteur qui, soumis à la
poursuite par voie de saisie, diminue

son actif, notamment en aliénant,
endommageant, détruisant, dépréciant ou

mettant hors d'usage des objets ou
diminue fictivement son actif, notam-

ment en distrayant ou dissimulant des
objets, en invoquant des dettes sup-

posées, en reconnaissant des créances
fictives ou en incitant des tiers à

les produire, si un acte de défaut de
biens a été dressé contre lui. Cette

infraction qui vise les débiteurs soumis
à la saisie est le pendant de la

banqueroute frauduleuse de l'article 163
aCP, qui vise les justiciables

soumis à la procédure de faillite
(Trechsel, Kurzkommentar, 1989, ad

art.164 n.1).

 

        Tombe sous le coup de cette disposition
celui qui diminue son

actif, en fait ou fictivement, notamment
en distrayant ou en dissimulant

des objets (ATF 88 IV 21, JT 1962 IV
36). Diminue en fait son actif celui

qui fait cadeau de ses avoirs ou ne
reçoit en retour qu'une contrepartie

d'une valeur considérablement inférieure
ou une créance contestée ou dou-

teuse. Tel est le cas d'une société qui
transmet sa fortune à une autre

société sans recevoir en retour des
prestations équivalentes (ATF 93 IV

16). Il en va de même de la remise à
l'épouse du débiteur au titre de de-

voir moral d'un titre représentatif
d'une marchandise valant 7'500 francs

à encaisser au commerce (ATF 97 IV 18;
JT 1972 IV 11). S'agissant de la

diminution fictive, il est admis qu'il y
a dissimulation selon cette dis-

position non seulement lorsque des
objets sont cachés au fonctionnaire de

l'office des poursuites, mais aussi
lorsque leur existence est tenue se-

crète par mensonges ou fausses
déclarations. L'obligation du débiteur de

renseigner s'étend par ailleurs à tous
les biens et revenus à même de per-

mettre une saisie fructueuse (ATF 114 IV
12, JT 1989 IV 45). En revanche

celui qui refuse de donner des
renseignements sur l'état de ses biens ne

se rend pas coupable d'infractions à
l'article 164 aCP mais à l'article

323 aCP. Le silence du débiteur ne peut
être considéré comme une diminu-

tion de l'actif que s'il est destiné à
faire croire à l'existence d'un

état de biens inférieur à la réalité
(ATF 102 IV 172).

 

        Subjectivement l'article 164 aCP exige que
les débiteurs aient

agi intentionnellement, intention qui
doit porter tant sur l'acte que sur

le résultat, à savoir le préjudice subi
par les créanciers quant au recou-

vrement de leurs créances. Il faut ainsi
qu'il ait au moment où il a agi

connu son insolvabilité actuelle ou
prochaine, c'est-à-dire qu'il ait pré-

vu qu'une saisie était proche (Trechsel,
Kurzkommentar, 1989, ad art.163

n.11;
ATF 88 IV 21). Le dol éventuel suffit. Tel sera le cas
si le débi-

teur est conscient qu'il est ou risque
d'être dans une situation où les

actifs ne couvrent plus les dettes. La
connaissance certaine d'un suren-

dettement existant ou menaçant n'est pas
nécessaire. Il suffit que l'au-

teur ait pris le risque d'un préjudice
et l'ait ainsi accepté (BJP 1985

n.789; ATF 74
IV 33, JT 1948 413). Il suffit qu'il ait agi
délibérément

dans le but de compliquer ou d'éluder
une réalisation forcée que son im-

minente déconfiture rendait prévisible
(ATF 93 IV 16, JT 1967 91).

 

        d) Sur plusieurs points le recourant
n'apparaît guère sérieux,

utilisant son système de défense
habituel, qui est de tout contester et de

recourir à une argumentation souvent
contradictoire. C'est ainsi qu'il

prétendait qu'on ne pouvait exclure que
le prix de vente d'une des voitu-

res soit parvenu à son destinataire,
sans toutefois étayer d'une quelcon-

que façon son argumentation (p.47) ou
encore qu'il n'avait pas été prouvé

que le simulateur de ski-nautique ait eu
une valeur patrimoniale (p.47).

Il ne s'agit manifestement pas de moyens
qui peuvent entraîner la

cassation pour arbitraire. Rien ne
permet ainsi de retenir que le tribunal

ait adopté une position indéfendable
s'agissant de l'établissement de ces

faits. De même ne saurait-on admettre
une erreur de procédure dans la

mesure où le tribunal aurait retenu un
état de fait différent de celui qui

était visé par l'arrêt de renvoi (p.48).
Les deux situations factuelles

visée et retenue sont similaires et ne
nécessitaient pas d'extension en

fait, l'article 209 CPP ne trouvant pas
application.

 

        e) S'agissant des diminutions réelles de
patrimoine, soit dispa-

ritions de véhicules, du simulateur de
ski-nautique, déménagement de mobi-

liers, disparition d'antiquités de
valeur, le Tribunal correctionnel n'a

ni fait preuve d'arbitraire, ni appliqué
faussement le droit quant à

l'élément subjectif de l'infraction. Il
a estimé que lorsque A.  a agi, il était
conscient que ses affaires allaient irrémédiablement

se dégrader, cherchant ainsi à mettre
ses biens à l'abri d'éventuelles

saisies. Cette appréciation, qui relève
du fait (ATF 119 IV 142, JT 1995

IV 174; RJN 1992 p.70), suffisamment
étayée par le dossier, n'apparaît

nullement arbitraire. On relèvera à ce
sujet en particulier l'importance

du surendettement du groupe tel qu'il
ressort du dossier ainsi que les

difficultés de trésorerie rencontrées
dès 1989. Dans son rapport du 4

décembre 1992, la fiduciaire T.  indiquait déjà au juge d'instruction

que s'agissant des sociétés pour
lesquelles elle était intervenue comme

organe de contrôle la moitié du capital
du groupe n'était plus couvert au

31 décembre 1989, sans qu'elle puisse
dire depuis quand cette situation

existait, ayant révisé les comptes
depuis 1989 seulement (D.4/205 ss).

S'agissant des difficultés de
trésorerie, A.  prêtait en décembre 1989

2 millions de francs à D.  en recourant à des amis qui lui ont prêté
sur

cette somme 1,5 million vu l'absence de
liquidités dont il souffrait

(D.4/290, 326, 329). Si ce montant a été
semble-t-il remboursé peu après,

on ignore de quelle manière et à l'aide
de quels fonds. Les déclarations

de O. 
à la police vont dans le même sens, soit dans celui d'un

surendettement  du groupe (D.4/47), celui-ci précisant qu'il avait rendu

A. 
attentif à ce problème, de même que celles du recou-

rant, reprises par le jugement
(jugement, p.108). Il en va de même du té-

moignage P.  (D.5/588). L'expert n'a au demeurant pas varié sur ce

point (expertise, p.38; expertise
complémentaire p.18). Les précautions

multiples et pour lesquelles on ne
trouve aucune autre explication prises

pour mettre à l'abri des biens, recours
à des sociétés-écran, tiers com-

plaisants, création d'une fondation de
famille précisément à cette époque

démontrent également que A.  était conscient de la grande

dégradation de la situation du groupe.
En retenant dans ce contexte que

A. 
s'était assurément rendu compte dans le courant du deuxième semestre

de l'année 1989 que ses affaires
allaient irrémédiablement se dégrader et

qu'il cherchait ainsi à mettre à l'abri
ses biens, les premiers juges

n'ont pas fait preuve d'arbitraire.

 

        f) Sur le plan objectif, il y a lieu de
relever les points sui-

vants :

 

   
- Il n'est guère contestable que dès 1989 en tous les cas

     
A.  a fait disparaître des
actifs, les

     
soustrayant de la sorte à ses créanciers ou aux créanciers des

     
sociétés-écran qu'il avait mis en place. A juste titre les

     
premiers juges ont admis que le déplacement à l'étranger de

     
matériel, voitures diverses, mobiliers, représentant des

     
centaines de milliers de francs, en partie grâce à des

     
subterfuges, déclarations et attestations fausses (cf c.12

     
ci-après) est constitutif d'infraction à l'article 164 aCP. La

     
saisie de biens à l'étranger est impossible (ATF 114 IV 14, JT

     
1989 IV 45). Le fait de faire passer à des biens la frontière

     
tombe ainsi sous le coup de cette disposition, lorsque les

     
conditions subjectives en sont remplies, ce qui est le cas. De

     
la même manière d'ailleurs le débiteur qui n'annonce pas à

     
l'office des poursuites les biens qui lui appartiennent à

     
l'étranger enfreint l'article 164 aCP (ATF 114 ci-dessus). Les

     
déclarations de Q.  rappelées par
le tribunal

     
sont significatives à ce sujet, celui-ci précisant qu'il savait

     
que A.  avait vidé la Résidence
X.  et qu'il lui semblait qu'il

     
était parti parce qu'il y avait été contraint par une mesure LP

     
(jugement, p.112; D.5/578). En considérant que ces soustractions

     
constituaient des fraudes dans la saisie, le tribunal de pre-

     
mière instance a correctement appliqué la loi (litt.g, litt.i §

     
1 et 2).De la même manière qu'il s'est, en déplaçant son

     
domicile à l'étranger, soustrait à la justice, 

     
A.  a déplacé un certain nombre
de biens à l'étranger pour les

     
soustraire à ses créanciers.

 

   
- Quant aux antiquités de valeur, les premiers juges n'ont pas

     
davantage fait preuve d'arbitraire en admettant qu'il y avait eu

     
mise à l'abri de ses créanciers d'un certain nombre de biens.

      Les déclarations qu'il a faites à ce
sujet et rappelées par les

     
premiers juges sont parlantes : "J'ai tout vendu pour faire face

     
à mes engagements. Ce qu'il reste, ce sont des objets de famille

     
que j'ai confiés à des tiers pour pouvoir les retrouver plus

     
tard, quelle que soit ma situation. Je refuse de vous dire où

     
les objets se trouvent. Je tiens à dire clairement que je ne

     
cache pas une fortune" (D.4/341). Le tribunal a estimé que parmi

     
ceux-ci il y avait certainement des pierres précieuses, sans

     
pouvoir être plus précis. Il ne s'agit pas là d'un motif à

     
cassation. Vu le mutisme du recourant et l'attitude

     
d'obstruction adoptée, il était évidemment difficile d'être

     
précis quant à l'ampleur des biens dont A.  avait organisé la

     
disparition. Il n'y avait par ailleurs pas lieu d'étendre la

     
prévention s'agissant des pierres précieuses puisqu'il n'y avait

     
ni extension en fait (art.209 CPP), ni extension en droit

     
(art.211 CPP). Le jugement est suffisamment motivé. Créant des

     
écrans de manière à opacifier la situation réelle et à garder la

     
propriété économique de ses biens, après avoir rendu la

     
situation juridique confuse, voire indémêlable, 

     
A.  était d'ailleurs ce faisant
fidèle à lui-même et à sa

     
manière de procéder.

 

   
- En recourant au système des sociétés-écran et à des donations à

     
sa femme s'agissant de ses propriétés en Floride et en France

     
(litt.j et k) alors que sa situation financière était des plus

     
compromises, A. , diminuait ses actifs au

     
préjudice de ses créanciers. L'article 164 aCP est applicable.

     
Les termes de son testament du 23 juillet 1992 sont à cet égard

     
clairs : ..."je laisse ce jour une femme (?) épousée en

     
séparation de biens selon le droit floridien et qui a été

     
gratifiée de différents biens mis à son nom par mesure de

     
sécurité afin d'éviter leur saisie" (D.7/1249).

 

   
- Il en va de même en ce qui concerne la création en automne 1989

     
puis la dotation de la fondation de famille B.  dont

     
les actifs s'élèvent à 5,5 millions environ. L'époque de sa

     
création et de sa dotation dans les semaines qui ont suivi est

     
significative des objectifs poursuivis. En retenant qu'il

     
s'agissait à nouveau pour A.  de
mettre à l'abri

     
une partie de ses biens alors qu'il était pleinement conscient

     
des problèmes financiers auxquels il allait être confronté, les

     
premiers juges ont sainement et correctement apprécié la

     
situation. L'analyse de l'expert à ce sujet n'a pas à être

     
remise en question, lequel précisait au sujet de la Fondation en

     
question :

 

   
" Nous constatons surtout que sont transférés les biens auxquels

     
A.  est attaché mais qu'il ne
peut pas

     
physiquement transférer à l'étranger. La donation de ces biens

     
avait pour conséquence de les sortir irrévocablement de la

     
fortune privée de A. , respectivement de ses

     
actifs commerciaux" (expertise p.59).

      

        Il s'agit d'ailleurs là d'un des procédés
ordinaires du recou-

rant, qui consistait à scinder la
propriété économique de la propriété

juridique. L'article 164 aCP s'applique.

 

 g) - Si A.  a dépensé un
argent fou (litt.n) pour ses

     
besoins personnels - son train de vie étant significatif - et ceci

     
alors même que sa situation financière et celle du groupe étaient

     
gravement menacées, il ne s'agit toutefois pas là de fraudes dans la

     
saisie mais de comportements qui tombent sous le coup de l'article

     
165 aCP, soit des dépenses exagérées visées par ladite disposition.

     
En effet ainsi que relevé (voir c.10 litt.c ci-dessus), l'article

     
164 aCP vise la diminution de l'actif sans contre-prestation

     
équivalente (ATF 93 IV 16, JT 1967 IV 91), tandis que la diminution

     
du patrimoine pour des motifs futiles ou en relation avec un train

     
de vie sans proportion avec ses possibilités financières constitue

     
un cas de banqueroute simple ou de déconfiture selon l'article 165

     
aCP. C'est ainsi à tort que l'article 164 aCP a été retenu, alors

     
que la prévention aurait dû sur ce point être étendue à l'article

     
165 aCP.

 

   
- Quant à des remises en liquide et en cadeaux à R.  pour

     
plus de 400'000 francs (litt.o), il n'apparaît pas davantage que

     
l'article 164 aCP puisse être retenu. D'une part le dossier ne

     
contient guère d'éléments à ce sujet, ni sur les montants dont

     
R.  a pu bénéficier, ni sur
l'époque, ni encore sur les

     
circonstances. Si cette dernières a touché en plus de son salaire

     
3'000 francs mensuellement (D.5/522), ces versements s'inscrivent

     
vraisemblablement en partie tout au moins dans le cadre des obliga-

     
tions alimentaires que  A.  avait à l'égard de sa fille.

     
Comme telles ils ne tombent pas sous le coup de l'article 164 aCP.

     
S'agissant d'autres libéralités 
- certes vraisemblables - le dos-

     
sier comme le jugement sont particulièrement succincts. En faisant

     
sur ce point application de l'article 164 aCP, sans avoir établi les

     
faits de manière suffisante, les premiers juges ont outrepassé leur

     
pouvoir. Ils n'ont par conséquent pas appliqué correctement la loi.

     
Il apparaît ainsi comme dans le cas précédent que le comportement du

     
recourant aurait dû s'inscrire dans le cadre des dépenses inconsidé-

     
rées visées par l'article 165 aCP.

 

        h) Pour ce qui est de la diminution fictive
de patrimoine (litt.

q) le jugement est à nouveau très succinct
(p.120). Entendu par l'office

des poursuites A.  a renvoyé celui-ci au dossier pénal

(D.14/3160). Or dans ce cadre, il
affirmait ne plus disposer d'objets de

valeur (D.4/341). Dans la mesure où sans
faire preuve d'arbitraire les

premiers juges ont admis que A.  avait mis à l'abri de ses créanciers un

certain nombre de biens (c 11 litt.f),
c'est à juste titre qu'ils ont

considéré qu'en niant l'existence de ces
biens celui-ci diminuait fictive-

ment son patrimoine et se rendait
coupable de l'infraction visée par

l'article 164 aCP. Il n'en reste pas
moins que l'étendue de cette infrac-

tion n'a pu être déterminée avec
précision.

 

        39. Déménagement juin 1992

 

12.     a) Le recourant a été également condamné
pour faux dans les

titres selon l'article 251 ch.1 aCP pour
avoir créé et utilisé par l'in-

termédiaire de S.  des titres faux. Le tribunal a, à cet

égard, estimé que tant l'attestation du
1er juin 1992 par laquelle il at-

testait au nom de la société U.  que celle-ci avait loué un appar-

tement de vacances de cinq pièces sur le
territoire de … … à S.  que la demande
accompagnée d'une liste de

mobilier, adressée à la Direction des
douanes à Dijon indiquant qu'elle

souhaitait importer des meubles en
franchise pour sa résidence secondaire

à … … constituaient des titres faux,
créés ou utilisés

en Suisse, notamment dans le dessein de
porter atteinte aux droits des

créanciers de A. . Selon le tribunal il
s'agissait là du second but

poursuivi, le premier étant d'éluder des
droits de douane et de TVA, ce

dernier ne tombant toutefois pas sous le
coup du code pénal. Il a par ail-

leurs retenu que A.  avait agi comme auteur médiat s'agis-

sant de la demande adressée à la
direction des douanes. Le tribunal a éga-

lement retenu que dans le même but et
les mêmes conditions A.  avait déterminé
S.  à se procurer pour le véhicule

Rolls-Royce JY Silver Claud dont il
était propriétaire un faux permis de

circulation, dans la mesure où elle
n'était nullement détentrice de ce

véhicule, mais avait uniquement à le
déplacer jusqu'au domicile de

A. 
en France (jugement, p.34-35, 125-128).

 

        b) A. 
conteste avoir commis des faux dans les

titres s'agissant des attestation,
demande et permis de circulation, docu-

ments qui ont permis le déménagement de
ses biens en France. Il conteste

avoir eu l'intention de frauder ses
créanciers, ses biens ne pouvant être

saisis, du moment que les montants qu'il
devait pour l'entretien de sa

famille, qui constituaient dès lors des
dettes prioritaires, étaient plus

élevés. Il n'y a par ailleurs pas eu usage
de l'attestation du 1er juin en

Suisse, ce qui exclut l'application de
l'article 251 CP. Les documents

incriminés ne peuvent être considérés
comme des écrits ayant une portée

juridique au sens du droit suisse, -
n'ayant pas les qualités nécessaires

pour prouver un droit de propriété -,
avec lesquels il abusait ses créan-

ciers poursuivants. Il n'y a pas eu
davantage faux dans les titres s'agis-

sant du permis de circulation de la
Rolls-Royce, faute d'intention de lé-

ser les créanciers et de se procurer un
avantage illicite.

 

        c) L'article 251 aCP vise aussi bien le faux
matériel que le

faux intellectuel. Tandis que le faux
matériel se commet physiquement et

peut être constaté par une expertise du
titre lui-même, le faux intel-

lectuel ne laisse aucune trace
matérielle, résultant uniquement de l'alté-

ration de la vérité par le contenu de
l'écrit. Dans le cas du faux intel-

lectuel, l'auteur du titre exprime
quelque chose de faux (Corboz, Les

principales infractions, 1997 p.324). Le
faux intellectuel se distingue

toutefois du simple mensonge écrit qui
n'est pas punissable. Il suppose un

mensonge écrit qualifié qui se
distingue, par sa capacité de convaincre,

d'une simple allégation unilatérale (ATF
120 IV 27, 119 IV 56). Selon la

jurisprudence la plus récente pour qu'il
y ait faux intellectuel, le titre

doit avoir une valeur probante accrue
pour offrir une garantie spéciale de

véracité (ATF 122 IV 27, 120 IV 27), ce
qui n'est pas le cas s'agissant du

faux matériel. Il faut que l'auteur du
document se trouve dans une posi-

tion analogue à celle d'un garant (ATF
120 susmentionné) ou comme le dit

Corboz dans une situation qui
s'apparente à celle du notaire qui

instrumente un acte authentique (Corboz,
op.cit.p.329). C'est ainsi que

selon la jurisprudence actuelle très
restrictive du Tribunal fédéral - peu

convaincante à certains égards - on
admettra qu'il n'y a faux intellectuel

s'agissant d'un contrat que s'il existe
des garanties spéciales que les

déclarations concordantes des parties
correspondent à leur volonté réelle

(ATF 120 susmentionné). De même selon
Corboz (op.cit. p.333), la jurispru-

dence actuelle ne confirmerait
certainement pas la condamnation d'une per-

sonne comme auteur médiat qui avait
obtenu de son fournisseur étranger de

fausses factures pour induire la douane
en erreur (ATF 96 IV 153). Quant

aux formules officielles, le fait de les
remplir mensongèrement, ainsi

d'une déclaration d'impôt, d'une demande
de crédit, d'un avis de sinistre

adressé à l'assureur, ne constitue pas
des faux (Corboz, op.cit. p.334).

 

        d) En l'espèce le Tribunal a retenu des faux
intellectuels à la

charge de A. , le contenu des
attestation, demandes d'im-

portation et de permis de circulation ne
correspondant pas à la réalité.

Il est incontestable que le recourant a
utilisé S.  pour

importer en France les biens qu'il
souhaitait. Il ne le nie au demeurant

pas (jugement, p.125). Il s'agit
d'ailleurs d'une nouvelle illustration de

la manière - au besoin mensongère - dont
A.  au mépris de

toute bonne foi utilise ceux qui l'entourent
pour agir dans son intérêt

personnel. Au vu de la jurisprudence
restrictive du Tribunal fédéral en

matière de faux intellectuel il apparaît
toutefois que les conditions

d'application de l'article 251 aCP ne
sont pas remplies. La demande ten-

dant à l'octroi d'un permis de
circulation n'a pas de valeur probante

quant au contenu de celle-ci. Il en va
de même de la demande présentée par

S. 
mentionnant qu'elle souhaitait importer des meubles en

franchise pour sa résidence secondaire à
… … . Il

s'agit là de simples allégations, de
mensonges écrits qui ne tombent pas

sous le coup de l'article 251 aCP. La
situation est semblable en ce qui

concerne l'attestation du 1er juin 1992,
qui, toujours au vu de la juris-

prudence restrictive du Tribunal
fédéral, ne présente pas une force pro-

bante particulière et par conséquent
suffisante. Ce n'est notamment pas

comme notaire instrumentant que A.  a rédigé ladite at-

testation, mais comme représentant dans
la société U. .

 

        Ainsi et dans la mesure où les conditions
objectives de

l'infraction prévue par l'article 251
aCP n'étaient pas remplies, la

prévention aurait dû être abandonnée.

 

        40. Acte V. 

 

13.     a) A. 
a été reconnu coupable de faux dans les

titres commis dans l'exercice de
fonctions publiques (art.317 CP) pour

avoir, le 11 septembre 1989, instrumenté
en qualité de notaire un acte

dans lequel il attestait la comparution
du représentant de V. ,

alors que celle-ci était décédée le 14
décembre 1988. L'acte en question

était en fait un acte rectificatif d'un
précédent acte passé le 27 sep-

tembre 1988 (soit du vivant de V. ) et
qui comportait une er-

reur. Le Tribunal correctionnel a de ce
fait reconnu que A.  avait sciemment
fait comparaître un mort, en omettant toute allusion

dans l'acte notarié au décès de V. ,
dont il avait pourtant eu

connaissance (jugement, p.35, 129-132).

 

        b) Le recourant avance que son seul désir
était de corriger une

erreur et qu'il n'a pas voulu tromper
autrui; que l'intention de tromper

autrui est, selon la doctrine, un
élément constitutif de l'infraction; que

le Tribunal correctionnel est tombé dans
l'arbitraire dans la peine qu'il

lui a infligée, si on la compare à
l'amende à laquelle a été condamné le

représentant comparaissant de V. ,
également notaire, dont la

culpabilité est la même que la sienne
(recours, p.62-65).

 

        c) L'article 317 CP vise les fonctionnaires
et les officiers

publics qui auront intentionnellement
constaté faussement dans un titre un

fait ayant une portée juridique,
notamment en certifiant faussement l'au-

thenticité d'une signature ou d'une
marque à la main ou l'exactitude d'une

copie.

 

        Il est incontestable que l'acte notarié
établi par le recourant

le 11 septembre 1989 constatait
faussement un fait ayant une portée juri-

dique, V.  étant décédée depuis de nombreux mois. Savoir si

quelqu'un est encore vivant a une
influence évidente sur sa capacité ci-

vile. Il est tout aussi incontestable
que A.  connaissait

le décès de V. , puisqu'il avait appris
par les exécuteurs tes-

tamentaires de celle-ci que le premier
acte, passé le 27 septembre 1988,

comportait une erreur.

 

        La question de savoir si la volonté de
tromper autrui est ou non

un élément constitutif de l'infraction
de l'article 317 CP peut rester

indécise, car, même si tel était le cas,
cette intention est manifeste en

l'espèce. Comme l'a relevé le Tribunal
correctionnel (jugement, p.130-

131), il aurait en effet été aisé pour
le recourant d'indiquer sur l'acte,

à côté de la date de naissance de V. ,
celle de son décès. Or,

A. 
a soigneusement omis d'indiquer sur l'acte le décès de

V. . En agissant de la sorte, il avait
sans conteste pour objec-

tif d'induire en erreur le conservateur
du registre foncier dont dépendait

l'inscription des droits immobiliers
concernés par l'acte, sachant perti-

nemment que si celui-ci apprenait ce
fait il refuserait l'inscription (ce

qui a d'ailleurs été le cas : D.6/874).
A.  a ainsi cher-

ché à faire croire au conservateur du
registre foncier que V. 

était vivante alors qu'elle était
décédée.

 

        S'agissant de la thèse de l'erreur de droit
en rapport avec une

procuration post-mortem (que A.  ne soutient plus dans son

recours), il suffit de renvoyer au
jugement (p.131) qui se rallie avec

raison à l'avis du professeur Grossen
figurant au dossier (D.6/884 ss).

 

        d) Le recourant se plaint de la peine qui
lui a été infligée par

rapport à l'amende à laquelle a été
condamné le représentant, également

notaire, à l'acte litigieux de V.  (v.jugement, p.143-144, 152-

153). Il perd toutefois de vue que ledit
représentant n'a été condamné que

pour ce seul acte, contrairement à lui,
qui s'est vu infliger une peine

d'ensemble pour de nombreuses
infractions. Il ne saurait être question ni

de comparer des situations fort
différentes, ni de prononcer des peines

distinctes pour chaque infraction
retenue (art.68 ch.1 CP).

 

          41.
W. . 

 

14.     a)
A.  a été
reconnu coupable de tentative de

contrainte pour avoir menacé (sans
succès) son frère W. , par

courrier du 15 octobre 1990, de le
dénoncer pour fraude fiscale s'il ne

lui versait pas un montant convenu
(jugement, p.36, 133-134).

 

        b) Le recourant avance que le Tribunal
correctionnel est tombé

dans l'arbitraire compte tenu du fait
que W.   n'a pas réagi

à son courrier, ce qui démontre soit
qu'il estimait ne pas avoir été

l'objet de menaces, soit qu'il lui
pardonnait; que W.   n'a

pas déposé plainte pénale et a refusé de
témoigner durant l'instruction;

que le Tribunal correctionnel n'a pas
élucidé la question de savoir si

quelqu'un peut se sentir menacé de
devoir remplir une obligation fiscale;

qu'une tentative est difficilement
soutenable concernant une infraction

contre la liberté; qu'on ne voit pas
l'intérêt public défendu en l'espèce;

que la peine est disproportionnée, car
seule une amende aurait dû être

retenue (recours, p.65-66).

 

        c) Selon l'article 181 CP, sera puni de
l'emprisonnement ou de

l'amende celui qui, en usant de violence
envers une personne ou en la me-

naçant d'un dommage sérieux, ou en
l'entravant de quelque autre manière

dans sa liberté d'action, l'aura obligé à
faire, à ne pas faire ou à lais-

ser faire un acte. La contrainte est
poursuivie d'office, sans que le

tribunal saisi doive examiner
l'existence d'un intérêt public et sans

qu'il soit nécessaire que la victime ait
porté plainte.

 

        Il convient en l'espèce d'examiner s'il y a
eu menace d'un dom-

mage sérieux (litt.d), si cette menace
était illicite (litt.e), s'il y a

eu tentative (litt.f) et enfin si la
peine est disproportionnée (litt.g).

 

        d) Il y a menace d'un dommage sérieux
lorsque la perspective de

l'inconvénient est de nature à entraver
le destinataire dans sa liberté de

décision. Cette perspective doit être
propre, pour un destinataire raison-

nable, à l'amener à adopter un
comportement qu'il n'aurait pas eu s'il

avait eu toute sa liberté d'action
(Corboz, Les principales infractions,

1997, p.228-229).

 

        En l'espèce, A.  a informé son frère qu'en cas

de non-obéissance, il agirait comme suit
:

 

          " Je dépose ma déclaration d'impôts genevoise en
indiquant

            combien tu as touché sur chaque affaire genevoise avec
les

            numéros des comptes bancaires sur lesquels tu as été

            crédité" (D.15/3599 ss).

 

        Il ajoutait :

 

          " Il ne suffit pas d'avoir un poil dans la main et
la langue

            médisante pour se comporter en crapule. Tu n'as pas le

            format et ça va te coûter très cher; moi ça m'est égal.

            (...) Souviens-toi moi je ne recule jamais et je n'ai

            qu'une parole qu'à ce jour j'ai toujours respectée
(...).

            Aujourd'hui j'ai tout perdu, il ne me reste que la
triste

            arme de la vengeance dont j'userai à ton endroit si tu

            continues d'agir ainsi. Envoie par fax l'avis de
virement

            à O. . Je lui téléphone lundi, sinon mardi et j'exécute

            ce que j'ai écrit avec la publicité qu'il se
doit".

 

        Cette missive doit sans conteste
s'interpréter objectivement

comme la menace d'un dommage sérieux. Le
ton utilisé, la référence ex-

presse à la vengeance et le but clair de
causer du tort atteste du ca-

ractère de menace. La volonté du
recourant de déclencher une procédure

pour fraude fiscale (apparemment pour
des montants non négligeables) et de

rendre celle-ci publique sont les
indices de la possibilité d'un dommage

sérieux, à la fois patrimonial et moral.

 

        e) La menace d'un dommage sérieux est
illicite notamment lorsque

le moyen est disproportionné pour
atteindre le but visé ou lorsqu'il n'y a

pas de rapport entre l'objet de la
menace et l'exigence formulée (Corboz,

opus cité, p.231-232).

 

        En l'espèce, A.  a menacé de dénoncer son propre

frère aux autorités fiscales pour fraude
et de faire de la publicité

autour de cette procédure, afin
d'assouvir sa vengeance. Un tel moyen,

indépendamment de la manière dont il
peut être qualifié, est à l'évidence

disproportionné face au but visé, à
savoir le règlement d'un contentieux

civil mal défini mais qui s'inscrit dans
la nébuleuse des opérations du

recourant. Au surplus, il n'y a pas la
moindre connexité entre une menace

de dénonciation fiscale et la
récupération d'un montant litigieux au plan

civil. La menace était par conséquent
illicite.

 

        f) La contrainte est une infraction de
résultat qui n'est con-

sommée que si la personne visée a
commencé à adopter le comportement im-

posé par le moyen de pression. Si ce
résultat ne se produit pas, il ne

peut y avoir que tentative. Si, malgré
la menace d'un dommage sérieux, la

personne visée ne cède pas et n'adopte
pas le comportement souhaité par

l'auteur, il y a délit manqué de
contrainte (Corboz, opus cité, p.234).

 

        En l'espèce, W.   ne s'est pas exécuté. La réponse

rapide de son mandataire (D.15/3598)
démontre cependant, comme l'a relevé

le Tribunal correctionnel (jugement,
p.134), qu'il n'a pas pris à la lé-

gère les menaces de son frère. Cette
réaction suggère que W.   a à tout le
moins envisagé la possibilité de devoir se soumettre au

diktat de son frère, de sorte que la
tentative de contrainte a été retenue

à juste titre. On peut même se demander
s'il n'y a pas eu délit manqué de

contrainte. La distinction entre les
deux degrés de réalisation est,

quoiqu'il en soit, sans conséquence
pratique, les articles 21 al.1 et 22

al.1 CP prévoyant tous deux la
possibilité d'une atténuation de la peine

au sens de l'article 65 CP.

 

        g) En cas de concours d'infractions, le juge
prononce une peine

d'ensemble en fonction de l'infraction
la plus grave (art.68 ch.1 CP). Le

recourant ne peut ainsi pas se plaindre
d'une peine disproportionnée pour

le motif que la tentative de contrainte
n'aurait pas été sanctionnée sépa-

rément par une amende. Même envisagée
pour elle-même, la contrainte voulue

par le recourant constituerait une faute
d'une gravité suffisante pour

envisager une peine d'emprisonnement et,
au vu des circonstances, il ne

serait pas arbitraire de renoncer, dans
le cadre d'une tentative, à pro-

noncer une peine d'arrêts ou d'amende,
au lieu d'une peine d'emprisonne-

ment, en application de l'article 65 CP.

 

15.     a) Le tribunal correctionnel a infligé à
A.  une

peine de trois an et demi de réclusion
dont à déduire cinq mois de déten-

tion préventive subie. Il a notamment
considéré que sa culpabilité était

lourde, que les infractions commises ou
en tous les cas les plus graves

d'entre elles impliquaient un engagement
particulièrement actif et direc-

tif de sa part, qu'il n'avait pas fait
preuve du moindre repentir mais

avait au contraire persisté à tenter de
faire supporter aux autres les

conséquences de ses propres fautes,
usant de surcroît de moyens de défense

empreints de mauvaise foi. Il n'a pas
fait application des articles 10 ou

11 CP, admettant toutefois certains
troubles dans sa personnalité.

 

        b) Le recourant estime que la peine qui lui
a été infligée est

disproportionnée eu égard au nombre
d'infractions retenues par le tribunal

comparées à celles retenues par le
procureur, mais aussi eu égard au

réquisitoire même du procureur comparé à
l'arrêt de renvoi de la Chambre

d'accusation.

 

        c) Contrairement à ce qu'il en est
s'agissant tant des faits que

de la qualification juridique qui lient
le tribunal, sous réserve

d'application de l'article 211 CPP, le
Tribunal n'est pas lié par les

réquisitions du ministère public quant à
la quotité de la peine. Le

tribunal peut ainsi infliger des peines
supérieures à celles qui ont été

requises. De même ne saurait-on
considérer de manière schématique que

l'abandon de préventions, soit déjà par
le ministère public, soit par le

tribunal, doive entraîner
automatiquement une réduction "proportionnelle"

de la peine.

 

        d) Le tribunal fixe ainsi la peine d'après
la culpabilité du

délinquant, en tenant compte des
mobiles, des antécédents et de la situa-

tion personnelle de ce dernier (art.63
CP). N'étant pas une Cour d'appel,

la Cour de cassation n'a pas à arrêter
la peine d'après sa propre

appréciation. A cet égard, son pouvoir
d'examen n'est pas plus étendu que

celui de la Cour de cassation pénale du
Tribunal fédéral (RJN 5 II 124).

Elle n'intervient dès lors que si le
premier juge est sorti du cadre

légal, s'est fondé sur des éléments
dépourvus de pertinence, n'a pas pris

en considération des éléments
déterminants ou encore a abusé de son

pouvoir d'appréciation (ATF 122 IV 156,
241, 299; 121 IV 3, 193; 120 IV

136; 118 IV
342; JT 1994 IV 67).

 

        e) En l'espèce il est indiscutable que la peine a été fixée dans

le cadre légal - le recourant ne prétend
d'ailleurs pas le contraire -, en

appliquant les critères prévus par
l'article 63 CP et sans que le tribunal

se laisse guider par des considérations
étrangères à cette disposition.

Les premiers juges ont d'ailleurs motivé
avec un soin très particulier la

peine infligée. La gravité des fautes
commises est indéniable. Comme

l'indiquaient les premiers juges,
A.  a agi sans se soucier de

la loi, ni de l'éthique de sa
profession, ni des règles de moralité les

plus élémentaires (p.148). Il a aussi
entraîné, comme le relève le

jugement, des collaborateurs, en
particulier son ancienne secrétaire, à

agir en violation de la loi, sans se
soucier des risques qu'il lui faisait

courir, alors qu'elle n'y avait aucun
intérêt. Son attitude au cours de la

procédure ne le fait pas apparaître sous
un jour différent. Ainsi que

relevé également il a constamment refusé
d'assumer ses responsabilités,

fuyant à l'étranger et rejetant
systématiquement les responsabilités, y

compris de son absence dans la
procédure, sur les tiers et sur les

autorités. Les infractions commises et
retenues portent par ailleurs sur

des montants considérables, de plusieurs
millions de francs. A elles

seules, les fraudes dans la saisie
portent déjà sur des montants de cette

importance.

 

        Le fait que certaines préventions aient été
abandonnées par la

Cour de cassation pénale - on relèvera à
ce sujet que certains de ces

agissements auraient dû tomber sous le
coup d'autres dispositions légales

- ne nécessite pas un renvoi. Il est
indiscutable que certaines des

infractions retenues apparaissent tout à
fait secondaires par rapport aux

autres. Ainsi l'abandon de la prévention
d'infractions à l'article 164 aCP

s'agissant des dépenses exagérées qu'il
a engagées (c.11 litt.g) -

comportement qui aurait dû tomber sous
le coup de l'article 165 aCP - ou

de l'article 251 aCP s'agissant de la
rédaction de trois documents qui ont

favorisé le déménagement de ses biens en
France ne font pas apparaître

l'appréciation globale de la culpabilité
de A.  sous un jour différent.

 

        Cela est d'autant plus vrai que dans une
situation rendue aussi

confuse par le fait et la volonté même
du recourant, la fixation de la

peine ne peut obéir à des principes
aussi schématiques ou rigides que

c'est parfois le cas s'agissant des
infractions mieux délimitées. Ainsi

s'agissant de la quotité de la peine, le
recours doit être rejeté.

 

16.     a) Le tribunal correctionnel a prononcé la
confiscation de cinq

comptes bancaires, de deux véhicules, de
mobilier et de terrains en

Floride (jugement, p.154-156). Le
recourant conteste tout (recours,

p.70-77). Il convient de reprendre
bièvement chaque élément.

 

        b) Le compte « v. » a été ouvert
auprès de la Banque... au nom de Z. . . Le juge d'instruction en a ordonné

le séquestre, estimant que "vu les
diverses relations bancaires de A. 

au Luxembourg, on ne peut que présumer
que les fonds versés proviennent

des fonds cachés de A. "
(D.29/8069, ch.7b). Le tribunal correctionnel

en a ordonné la confiscation
"convaincu que les sommes en question pro-

viennent des fraudes dans la saisie
dont  A.  s'est rendu cou-

pable" (jugement, p.155). Le
recourant avance que les fonds ne proviennent

pas de Suisse (recours, p.75). Cet
argument est à l'évidence sans perti-

nence, 
A.  ayant sans problème pu les
faire transiter par

d'autres pays. Comme le compte a été
ouvert en 1993, soit à une époque où

le recourant avait depuis longtemps
décidé de soustraire un maximum de ses

biens et fonds à ses créanciers en
Suisse, la confiscation a été prononcée

à juste titre.

 

        c) Le compte  « w. »   a été
ouvert auprès du Crédit …

au nom de  A.  (jugement, p.155). Le
recourant retrace l'évolu-

tion du compte (recours, p.72-73) et
relève qu'aucun mouvement ne provient

de Suisse (recours, p.75). Ce qui a été
dit ci-dessus (litt.b) s'applique

ici aussi.

 

        d) Le compte de dépôt titres  « x. »   a été ouvert auprès du

Crédit … au nom de Z. .  (D.29/8257, ch.6). Le tribunal cor-

rectionnel s'est déclaré "convaincu
que les fonds ayant permis l'achat des

titres se trouvant sur le compte
séquestré étaient de provenance

délictueuse" (jugement, p.156). Le
seul argument du recourant à ce sujet

consiste à avancer que ce compte n'a
fait l'objet d'aucun crédit depuis la

Suisse (recours p.72), argument dont
l'absence de pertinence a déjà été

relevée (ci-dessus litt.b).

 

        e) Le compte « y. »    a été ouvert auprès du Crédit …

au nom de U.  (D.29/8071,
ch.7g). Le tribunal correctionnel en a

ordonné la confiscation faute
d'explications crédibles de A. 

quant à la provenance des fonds
(jugement, p.156). Les arguments avancés

par le recourant devant l'autorité de
céans (recours, p.71-72) ne changent

rien au fait qu'il est certain que les
mouvements relevés par le juge

d'instruction ont été rendus possible
grâce aux fonds concernés par les

fraudes dans la saisie.

 

        f) Le compte « z. » a été ouvert
auprès du Crédit …

au nom de A.  (D.29/8071, ch.7f). Sa confiscation en a été

ordonnée, comme les précédentes, à juste
titre, les mouvements relevés par

le recourant (recours, p.73-74) ne
prouvant rien (ci-dessus litt.b).

 

        g) Une Citroën AX a été confisquée
(jugement, p.155). Le recou-

rant avance que ce véhicule, acquis par
U. Sàrl en 1991 a été financé

par des fonds provenant "soit de
vente de vins, soit du Luxembourg, soit

de l'Européenne de Banque"
(recours, p.71). Il s'agit là de simples allé-

gations sans aucune force probante
compte tenu d'une part de l'habitude du

recourant d'utiliser les sociétés qu'il
maîtrisait comme s'il s'agissait

de son patrimoine personnel, d'autre part
de sa volonté claire de sous-

traire ses biens et fonds à ses
créanciers en "brouillant les pistes" dès

1990.

 

        h) Un véhicule Mercedes a été confisqué
(jugement, p.156). Le

recourant avance l'avoir exporté le 7
avril 1991, soit à une époque où il

ne pouvait pas être conscient de sa
prochaine ruine (recours, p.75). La

fraude dans la saisie AR 35 litt.g ayant
été retenue à ce propos, son

argumentation doit être écartée.

 

        i) Du mobilier a été confisqué (jugement,
p.156; D.25/6570). Il

s'agit des biens visés sous AR 35, de
sorte que leur confiscation s'impo-

sait. S'agissant des meubles dont Me … a
été constitué gardien

(D.29/8069, ch.6), on doit aussi penser
qu'ils proviennent également des

fraudes dans la saisie dont le recourant
s'est rendu coupable. Le fait que

ces meubles ne figurent pas sur la liste
D.7/1062-1064 ne prouve pas

qu'ils ne proviennent pas de Suisse. Le
recourant allègue

certes que rien n'a été fait pour
élucider leur provenance (recours,

p.76). On se bornera à relever qu'il ne
fournit pas la moindre explication

dûment étayée en ce qui concerne leur
origine selon lui.

 

        j) Le tribunal correctionnel a enfin
confisqué des terrains en

Floride en raison de leur lien étroit
avec les fraudes dans la saisie

(jugement, p.156). Ces terrains sont
cependant propriété d'un tiers, WW., qui les a achetés de  A. 
apparemment de bonne foi et

pour un prix normal (D.23/5784-5788).
Or, selon l'article 59 ch.2 CP, une

confiscation ne doit pas être prononcée
lorsqu'un tiers a acquis les va-

leurs dans l'ignorance des faits qui
l'auraient justifiée, et cela dans la

mesure où il a fourni une
contre-prestation adéquate ou si la confiscation

se révèle à son égard d'une rigueur
excessive. Il est vrai que le juge

d'instruction n'a ordon