# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** ee56ac78-439f-5a8d-b042-3e4b354bbc29
**Source:** Bundesstrafgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2006-02-28
**Language:** fr
**Title:** Bundesstrafgericht 28.02.2006 BB.2005.117
**Docket/Reference:** BB.2005.117
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BSTG_001_BB-2005-117_2006-02-28

## Full Text

Défaut d'autorisation du Conseil fédéral en matière de poursuite judiciaire des délits politiques (art. 105 PPF);;Défaut d'autorisation du Conseil fédéral en matière de poursuite judiciaire des délits politiques (art. 105 PPF);;Défaut d'autorisation du Conseil fédéral en matière de poursuite judiciaire des délits politiques (art. 105 PPF);;Défaut d'autorisation du Conseil fédéral en matière de poursuite judiciaire des délits politiques (art. 105 PPF)

Arrêt du 27 février 2006 
Cour des plaintes 

Composition  Les juges pénaux fédéraux Barbara Ott, présidente, 
Andreas J. Keller et Tito Ponti,  
Le greffier Luca Fantini  

   
 
Parties 

  
A.,   
 
représenté par Me Albert Nussbaumer, 
 

plaignant 
 

 Contre 
   

MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION,  
partie adverse 

 
Instance inférieure  OFFICE DES JUGES D'INSTRUCTION FÉDÉRAUX,  

                                              
Objet  Défaut d'autorisation du Conseil fédéral en matière 

de poursuite judiciaire des délits politiques (art. 105 
PPF) 

 

B u n d e s s t r a f g e r i c h t   

T r i b u n a l  p é n a l  f é d é r a l  

T r i b u n a l e  p e n a l e  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  p e n a l  f e d e r a l  

Numéro de dossier:  BB.2005.117 
 
 
 

 

 

- 2 - 

 

 

 
Faits: 
 

A. Le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) a ouvert le 17 oc-
tobre 2001 une enquête de police judiciaire contre B. pour présomption de 
service de renseignements économiques au sens de l'art. 273 CP. Il est en 
substance reproché à l’intéressé d’avoir emporté des secrets commerciaux 
et de fabrication de la société qui l’employait, C. SA, et d’en avoir fait béné-
ficier l’un de ses principaux concurrents, la société D. établie en Républi-
que tchèque. 

Par ordonnance du 4 novembre 2002, l’enquête de police judiciaire sus-
mentionnée a été étendue à A.. 

 
 

B. Le 22 novembre 2004, le Juge d'instruction fédéral (ci-après: JIF) a ordon-
né l’ouverture de l’instruction préparatoire à l’encontre de A., B., E. et F. 
pour infraction à l’art. 273 CP.  
Constatant que le dossier ne comportait pas de décision du Conseil fédéral 
autorisant la poursuite judiciaire du délit de service de renseignements 
économiques, telle que prévue à l’art. 105 PPF en matière de délit politi-
que, A. a requis, par courrier du 19 octobre 2005 adressé au JIF, de pou-
voir obtenir une copie de cette autorisation. 

Le JIF a répondu le 20 octobre 2005 à A. que, selon des directives établies 
d’entente entre le MPC et le Département fédéral de justice et police, une 
autorisation de poursuivre au sens de l’art. 105 PPF n’était plus requise en 
cas de soupçon d’infraction au sens de l’art. 273 CP si les faits concer-
naient exclusivement des personnes ou des entreprises privées.  

En date du 24 octobre 2005, A. a formellement prié le JIF de transmettre le 
dossier au Conseil fédéral pour qu’une éventuelle autorisation de poursuite 
judiciaire à son encontre soit délivrée. 

 
 
C. Suite au refus du JIF du 14 novembre 2005 de donner suite à sa requête, 

A. a saisi la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral et conclu notam-
ment à ce que le dossier de la cause soit soumis au Conseil fédéral, res-
pectivement au Département fédéral de justice et police (ci-après: DFJP), 
pour qu’il soit statué sur l’autorisation de la poursuite judiciaire relative à 
l’art. 273 CP introduite à son encontre. Dans leurs réponses respectives 
des 20 et 23 décembre 2005, le JIF et le MPC concluent au rejet de la 
plainte. 

Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris 
si nécessaire dans les considérants en droit. 

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La Cour considère en droit: 
 

 

1.  
1.1. La Cour des plaintes examine d'office et avec pleine cognition la recevabili-

té des plaintes qui lui sont adressées (ATF 122 IV 188 consid. 1 et arrêts 
cités). 

1.2. Aux termes des art. 214 ss PPF (applicables par renvoi de l'art. 105bis al. 2 
PPF et en vertu de l'art. 28 al. 1 let. a LTPF), il peut être porté plainte 
contre les opérations ou les omissions du MPC. Le droit de plainte appar-
tient aux parties, ainsi qu’à toute personne à qui l’opération ou l’omission a 
fait subir un préjudice illégitime (art. 214 al. 2 PPF). Lorsque la plainte 
concerne une opération du MPC ou du JIF, elle doit être déposée dans les 
cinq jours à compter de celui où le plaignant a eu connaissance de cette 
opération (art. 217 PPF). La plainte contre une omission n'est quant à elle 
soumise à aucun délai (BÄNZIGER/LEIMGRUBER, Le nouvel engagement de 
la Confédération dans la poursuite pénale, Berne 2001, n° 259 ad art. 
105bis PPF). 

1.3. En l’espèce, A., qui a qualité de partie, se plaint du fait que les autorités de 
poursuite pénale n’ont pas soumis son dossier au Conseil fédéral en vue 
de l’obtention de l’autorisation de poursuivre au sens de l’art. 105 PPF. Ce 
grief relève donc d’une omission susceptible d'être soumise en tout temps 
à l'examen de la Cour des plaintes au sens de l'art. 105bis al. 2 et 214 
PPF. 

 La plainte est recevable en la forme. 

 

2.  
2.1. L’art. 105 PPF prévoit que le Conseil fédéral décide de la poursuite judi-

ciaire des délits politiques. Le Conseil fédéral étant chargé par la Constitu-
tion de veiller à la sûreté intérieure et extérieure de la Confédération (art. 
185 Cst.), il a une vue générale sur les dangers qui menacent le pays et 
porte, en conséquence, la responsabilité de l’ouverture de l’instruction 
(Message du Conseil fédéral du 10 septembre 1929 relatif à la Procédure 
pénale fédérale; FF 1929 II 607). La compétence pour statuer sur la pour-
suite des délits politiques a été déléguée par le Conseil fédéral au Dépar-

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tement fédéral de justice et police (art. 3 de l’Ordonnance sur l’organisation 
du Département fédéral de justice et police; Org DFJP, RS 172.213.1). Le 
fondement légal de ce transfert de compétence est l’art. 47 al. 2 de la loi 
fédérale du 21 mars 1997 sur l’organisation du gouvernement et de 
l’administration (LOGA ; RS 172.010).  

La loi ne définit pas le terme de «délit politique». Il s'agit donc d'une notion 
juridique sujette à l’interprétation des autorités chargées de l’application du 
droit. 

2.2. La majorité de la doctrine estime que les infractions énumérées au titre 13e 
du CP, dont l’art. 273 CP, constituent toutes des délits politiques (cfr. à ce 
propos HOPF, Basler Kommentar, Strafgesetzbuch II Art. 111-401 StGB, 
Bâle 2003, ad. art. 273 CP n° 5 et 24 p. 1691 et 1702 ainsi que le référen-
ces citées). Le Conseil fédéral partage cet avis en estimant que le service 
de renseignements économiques réprimé à l’art. 273 CP est un délit politi-
que sujet à l’autorisation de poursuivre (décision du 14 août 1985 du 
Conseil fédéral, in: JAAC 51.5, cons. III.1, p. 40 ss). 

Aux termes de l’art. 273 CP, se rend coupable de service de renseigne-
ments économiques « celui qui aura cherché à découvrir un secret de fa-
brication ou d’affaires pour le rendre accessible à un organisme officiel ou 
privé étranger, ou à leurs agents » (al.1er), ou « celui qui aura rendu acces-
sible  un secret de fabrication à un organisme officiel ou privé étranger, ou 
à une entreprise privée étrangère, ou à leurs agents » (al. 2). 

 Selon la jurisprudence, qui ne définit toutefois pas les termes de « délit poli-
tique », celui qui rend des secrets de fabrication ou d’affaires accessibles à 
un organisme officiel ou privé étranger ou à une entreprise privée étrangère 
ou à leurs agents porte ipso facto atteinte aux intérêts généraux de 
l’économie suisse, toute entreprise privée helvétique constituant de fait un 
élément de l’économie nationale. Le texte de l’art. 273 CP n’exige d’ailleurs 
pas une atteinte directe aux intérêts de l’Etat (ATF 98 IV 209 consid. 1b; 
101 IV 312 consid. 1). 

 

3.  
3.1. Tout en admettant qu’une infraction à l’art. 273 CP est en principe un délit 

politique nécessitant l’autorisation de poursuivre du DFJP, le MPC est de 
l’avis que des infractions qui, comme en l’espèce, concerneraient exclusi-
vement des intérêts privés sans implications politiques et/ou de politique 
économique particulières ne répondent pas à cette définition. Il serait dès 
lors selon lui inadéquat de soumettre au pouvoir exécutif de telles affaires 
qui ne portent en elles aucun enjeu de ce type, sauf peut-être une connota-
tion politique théorique et abstraite. 

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Cette thèse du MPC, par ailleurs bien étayée et qui soulève des questions 
pertinentes, ne peut toutefois être suivie en l’état de la législation et de la 
jurisprudence.  

Force est de constater tout d’abord que, en ce qui concerne l’art. 273 CP, 
la distinction entre infraction avec ou sans connotation ou implication politi-
que particulière ne trouve aucun fondement dans la loi, la jurisprudence ou 
la doctrine. De plus, valider une telle pratique pourrait conduire à des situa-
tions ambiguës et difficilement compatibles avec l’esprit de la loi (art. 105 
PPF). En effet, la conséquence principale de l’instauration de cette pratique 
consisterait en l’octroi en faveur du MPC du pouvoir discrétionnaire de dé-
cider si, dans un cas concret, une infraction à l’art. 273 CP touche aux inté-
rêts de l’Etat de manière telle qu’elle « mérite » d’être soumise au DFJP en 
vue d’obtenir l’autorisation de poursuite judiciaire. Or il se pourrait que le 
MPC, autorité de poursuite pénale dont l’activité ne devrait pas être in-
fluencée par des considérations de nature politique, soit amené à évaluer 
de manière totalement différente les enjeux stratégiques d’une situation 
particulière de ce qu’aurait fait à sa place le DFJP, respectivement le 
Conseil fédéral. Certes, l’exigence du contrôle politique a été quelque peu 
assouplie avec l’adoption de l’Org DFJP qui délègue à l’autorité administra-
tive la compétence de statuer sur la poursuite des délits politiques au sens 
de l’art. 105 PPF. Toutefois, cette même ordonnance prévoit aussi la pos-
sibilité pour le DFJP de soumettre les cas d’importance particulière au 
Conseil fédéral et précise que, lorsque les relations étrangères sont 
concernées, le DFJP ne prend sa décision qu’après avoir consulté le Dé-
partement fédéral des affaires étrangères (DFAE). 

En résumé, le MPC pourrait être amené à se substituer à l’autorité politique 
dans l’évaluation de l’opportunité de poursuivre ou non une infraction avec 
une connotation politique potentielle, ce qui serait à l’évidence contraire à 
l’esprit de l’art. 105 PPF, voulu précisément par le législateur dans le but de 
conférer cette faculté à une autorité autre que celle chargée de la poursuite 
pénale.  

3.2. Il sied encore de relever que le courrier adressé le 11 mars 2005 par la 
cheffe de « l’Inspectorat et tâches spéciales » du DFJP au MPC ne saurait 
constituer une base suffisante pour la nouvelle pratique mise en place par 
le MPC en matière de poursuite des infractions à l’art. 273 CP. En premier 
lieu, le document en question est trop vague et ne permet pas de détermi-
ner avec précision quelles seraient concrètement les infractions pour les-
quelles il n’y aurait plus besoin de l’autorisation de poursuivre du DFJP. En 
outre une telle délégation de compétences par le DFJP en faveur du MPC 
nécessiterait forcément une base légale formelle qui en l’espèce fait défaut. 
Seul le Conseil fédéral, en vertu des dispositions de la LOGA, pourrait le 

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cas échéant décider, par voie d’ordonnance, d’attribuer au MPC la compé-
tence de décider de manière autonome de l’opportunité de poursuivre ou 
non des infractions à l’art. 273 CP (art. 47 al.2 LOGA). 

 

4. Pour l'ensemble de ces motifs, la plainte doit être admise et le MPC requis 
de transmettre le dossier de la cause au DFJP, afin que celui-ci statue sur 
l’opportunité de la poursuite engagée à l’encontre de A. pour présomption 
de service de renseignements économiques au sens de l’art. 273 CP. 

 

5. On ne saurait néanmoins suivre le plaignant lorsqu’il préconise de considé-
rer comme nuls tous les actes accomplis par les autorités de poursuite pé-
nale après l’ouverture de l’instruction si une telle autorisation devait effecti-
vement être octroyée par le DFJP. La possibilité de guérir rétroactivement 
un tel vice de forme est compatible avec la jurisprudence en matière 
d’application de la loi fédérale sur la responsabilité de la Confédération, 
des membres de ses autorités et de ses fonctionnaires (art. 15 Loi sur la 
responsabilité ; RS 170.32) ; celle-ci prévoit à son article 15 une procédure 
d’autorisation de poursuivre pénalement les fonctionnaires fédéraux très 
similaire à celle de l’art. 105 PPF. Dans un cas particulier, le Tribunal fédé-
ral est même allé jusqu’à admettre que le vice consistant en l’absence de 
l’autorisation de poursuivre du DFJP pouvait, sous certaines conditions, 
être guéri après le prononcé du jugement pénal de première instance (ATF 
110 IV 46 consid. 3). 

Certes, le MPC est en principe tenu de requérir l’autorisation de poursuivre 
au sens de l’art. 105 PPF dans les phases initiales de son enquête et en 
tous cas avant l’ouverture de l’instruction préparatoire. Toutefois en 
l’espèce, on ne saurait faire abstraction de la bonne foi du MPC qui, même 
si c’était de manière quelque peu superficielle, a interpellé les organes du 
DFJP sur cette question et a obtenu une réponse qui semblait effective-
ment aller dans le sens d’un accord de principe du Département avec la 
mise en place d’un nouveau régime en matière d’autorisation de poursuite 
des délits politiques. En outre, comme justement relevé par le JIF dans son 
courrier du 14 novembre 2005, le conseil du plaignant a eu accès à 
l’inventaire du MPC, en particulier aux rubriques 1 et 2, depuis le 16 no-
vembre 2003. Il aurait donc pu soulever la question du défaut d’autorisation 
à cette époque déjà. Le respect de la bonne foi et le principe de l’économie 
de procédure s’opposent donc à la solution préconisée par le plaignant. 

 

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6.  Selon l’art.156 al.1er OJ, applicable par renvoi de l’art. 245 PPF, la partie 
qui succombe est en règle générale tenue au paiement des frais. Le plai-
gnant a obtenu gain de cause, de sorte que l'avance de frais dont il s'est 
acquitté lui est restituée. En sa qualité d'autorité, par contre, le MPC ne 
peut voir des frais mis à sa charge (156 al. 2 OJ).  

A teneur de l'art. 159 OJ, le tribunal décide, en statuant sur la contestation 
elle-même, si et dans quelle mesure les frais de la partie qui obtient gain de 
cause seront supportés par celle qui succombe. En l’espèce, le plaignant a 
droit à une indemnité équitable pour les frais indispensables qui lui ont été 
occasionnés par le litige. Son mandataire n'a pas déposé de mémoire 
d'honoraires. Or, lorsque l’avocat ne fait pas parvenir le décompte de ses 
prestations avant la clôture des débats ou dans le délai fixé par le tribunal, 
celui-ci fixe les honoraires selon sa propre appréciation (art. 3 al. 3 du rè-
glement sur les dépens et indemnités alloués devant le Tribunal pénal fé-
déral; RS 173.711.31). En l'espèce, une indemnité de fr. 1'500.-- (TVA 
comprise) paraît justifiée. 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

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Par ces motifs, la Cour prononce : 
 
1. La plainte est admise et le MPC requis de transmettre le dossier de la cause 

au DFJP, afin que celui-ci statue sur l’opportunité de la poursuite engagée à 
l’encontre de A. pour présomption de service de renseignements économi-
ques au sens de l’art. 273 CP. 

 
2. La décision est rendue sans frais. 

 
3. L'avance de frais de fr. 1’000.-- effectuée par le plaignant lui est restituée par 

la caisse du Tribunal pénal fédéral. 
 

4. Une indemnité de fr. 1'500.--, TVA comprise, est allouée au plaignant, à la 
charge du Ministère public de la Confédération. 

 
 
 

Bellinzone, le 1er mars 2006. 
 
Au nom de la Cour des plaintes 
du Tribunal pénal fédéral 
 
La présidente:    Le greffier:  
 
 
 
 
 
 

 
Distribution 
 
- Me Albert Nussbaumer   
- Ministère public de la Confédération 
- Office des juges d'instruction fédéraux  
 
 
 

 

Indication des voies de recours 

Cet arrêt n’est pas sujet à recours