# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 8fe16511-82bc-5635-bad6-6e496542cf54
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2019 / 13
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2019---13_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PT16.018362-181910

377 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
11 décembre 2018

__________________

Composition
:               M.             
Sauterel,
président

             
              Mmes             
Crittin Dayen et Courbat, juges

Greffier :             
              M.             
Grob

 

 

*****

 

 

Art.
319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par G.________,
à [...], contre la décision rendue le 19 novembre 2018 par la Juge déléguée
de la Chambre patrimoniale cantonale dans la cause divisant le recourant d’avec
H.________,
à [...], et V.________,
à [...], la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

 

             
En fait et en droit :

 

 

1.             
G.________ et V.________ étaient respectivement administrateur-président et administrateur
de la société P.________ SA.

 

             
Cette société était titulaire d’un compte courant auprès de H.________, établissement
auprès duquel elle avait en outre conclu un prêt à terme.

 

             
P.________ SA a été déclarée en faillite avec effet au 5 janvier 2016.

 

 

2.

2.1             
Le 11 avril 2016, H.________ a saisi la Chambre
patrimoniale cantonale d’une demande en paiement dirigée contre V.________ et G.________.

 

             
V.________ et G.________ ont chacun déposé une réponse, respectivement les 16 août
et 10 octobre 2016.

 

             
L’échange d’écritures s’est achevé le 18 mai 2017, date à laquelle
chacune des parties a déposé d’ultimes déterminations.

 

2.2             
En cours d’instruction, [...] a été désigné en qualité d’expert
le 10 octobre 2017 afin de se déterminer sur les allégués 55 et 65 de la demande de H.________,
ainsi que sur les allégués 98 à 100 de la réponse de G.________.

 

             
Le 9 juillet 2018, G.________ a écrit à l’expert que l’expertise devait notamment
déterminer si les fonds qui avaient été débités du compte de la société
[...] SA concernaient bien l’exploitation de P.________ SA.

 

             
L’expert a déposé son rapport le 12 juillet 2018, dans lequel il s’est déterminé
sur les allégués précités, ainsi que sur une question complémentaire du conseil
de G.________ formulée le 8 mars 2018. Un délai au 18 septembre 2018 a été imparti
aux parties pour requérir des explications ou poser des questions complémentaires au sujet
de ce rapport.

 

2.3             
Le 14 septembre 2018, G.________ a écrit
à la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale cantonale (ci-après : la
juge déléguée) que l’expert n’avait pas pris position sur la question contenue
dans son courrier du 9 juillet 2018 et a requis que l’expert se détermine sur celle-ci, à
savoir si les fonds qui avaient été débités du compte de la société [...]
SA concernaient bien l’exploitation de P.________ SA.

 

2.4             
Par décision du 19 novembre 2018, la juge
déléguée a refusé d’ordonner un complément d’expertise.

 

             
En droit, le premier juge a considéré que l’expert avait pleinement accompli la mission
qui lui avait été confiée, qu’il avait examiné les allégués qui étaient
soumis à l’expertise et avait répondu à une question complémentaire du conseil
de G.________ qui sortait du cadre des allégués et qui répondait déjà partiellement
à la nouvelle requête de celui-ci, de sorte qu’il n’y avait pas lieu de soumettre
à l’expert d’autres questions complémentaires.

 

 

3.             
Par acte du 27 novembre 2018, G.________ a recouru contre la décision précitée, en concluant,
sous suite de frais et dépens, à sa réforme en ce sens que le complément d’expertise
sollicité le 14 septembre 2018 soit ordonné.

 

 

4.

4.1             
La décision du premier juge refusant d’ordonner
un complément d’expertise est une ordonnance d’instruction.

 

4.2             
Selon l’art. 319 let. b CPC (Code de procédure
civile du 19 décembre 2008 ; RS 272), le recours est ouvert contre les ordonnances d’instruction
et les décisions autres que finales, incidentes ou provisionnelles de première instance, dans
les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu’elles peuvent causer un préjudice difficilement
réparable (ch. 2) (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 11 ad art. 319 CPC).

 

             
Le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l’instance de recours
dans un délai de dix jours pour les décisions prises en procédure sommaire et les ordonnances
d’instruction, à moins que la loi n’en dispose autrement (art. 321 al. 1 et 2 CPC).

 

4.3             
En l’espèce, le recours a été
déposé en temps utile par une partie qui a un intérêt digne de protection (art. 59
al. 2 let. a CPC), de sorte qu’il est recevable à cet égard.

 

             
Il convient encore d’examiner si le recours, non prévu par la loi, est recevable sous l’angle
de la condition du préjudice difficilement réparable (JdT 2011 III 86 consid. 3 ; CREC
17 octobre 2016/419 consid. 4.1 et les références citées), étant précisé
que le recourant doit alors démontrer l’existence d’un tel préjudice (CREC 27 septembre
2016/388 consid. 1.4 ; CREC 19 mars 2016/168 consid. 3.3.2 ; Haldy, CPC commenté, Bâle
2011, n. 3 ad art. 125 CPC).

 

 

5.

5.1             
La notion de préjudice difficilement réparable
de l'art. 319 let. b ch. 2 CPC est plus large que celle de dommage irréparable de l'art. 93 al.
1 let. a LTF (Loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 ; RS 173.110), puisqu'elle vise
non seulement un inconvénient de nature juridique, mais aussi les désavantages de fait (JdT
2014 III 121 consid. 2.3 et les références citées ; JdT 2011 III 86 consid. 3 ;
Jeandin, op. cit., n. 22 ad art. 319 CPC). La question de savoir s'il existe un préjudice difficilement
réparable s'apprécie par rapport aux effets de la décision incidente sur la cause principale,
respectivement la procédure principale (ATF 137 III 380 consid. 1.2.2 ; cf. aussi TF 4A_560/2011
du 11 janvier 2012 consid. 2.2). Ainsi, l'art. 319 let. b ch. 2 CPC ne vise pas seulement un inconvénient
de nature juridique, imminent, mais également toute incidence dommageable, y compris financière
ou temporelle, pourvu qu'elle soit difficilement réparable. Il y a toutefois lieu de se montrer
exigeant, voire restrictif, avant d'admettre la réalisation de cette condition, sous peine d'ouvrir
le recours à toute décision ou ordonnance d'instruction, ce que le législateur a clairement
exclu (CREC 22 mars 2012/117 ; Jeandin, op. cit., n. 22 ad art. 319 CPC et les références
citées). En outre, un préjudice irréparable de nature juridique ne doit pas pouvoir être
ultérieurement réparé ou entièrement réparé par une décision finale
favorable au recourant (ATF 134 III 188 consid. 2.1 et 2.2).

 

             
La décision refusant ou admettant des moyens de preuve offerts par les parties ne cause en principe
pas de préjudice irréparable puisqu'il est normalement possible, en recourant contre la décision
finale, d'obtenir l'administration de la preuve refusée à tort ou d'obtenir que la preuve administrée
à tort soit écartée du dossier (TF 4A_248/2014 du 27 juin 2014 ; TF 4A_339/2013 du
8 octobre 2013 consid. 2 ; TF 5A_315/2012 du 28 août 2012 consid. 1.2.1 ; CREC 2 juin
2017/200 consid. 4.1).

 

             
Dans des cas exceptionnels, il peut y avoir un préjudice irréparable, par exemple lorsque le
moyen de preuve refusé risque de disparaître ou qu'une partie est astreinte, sous la menace
de l'amende au sens de l'art. 292 CP, à produire des pièces susceptibles de porter atteinte
à ses secrets d'affaires ou à ceux de tiers sans que le tribunal n'ait pris des mesures aptes
à les protéger (TF 4A_425/2014 du 11 septembre 2014 consid. 1.3.2 ; TF 6A_64/2011
du 1er
septembre 2011 consid. 3.2 et 3.3 ; TF 4A_195/2010 du 8 juin 2010 consid. 1.1.1 ; TF 5A_603/2009
du 26 octobre 2009 consid. 3.1).

 

5.2             
En l’espèce, au regard des principes
rappelés ci-dessus, on ne discerne aucun préjudice difficilement réparable, étant
observé que le recourant ne fait valoir aucune circonstance particulière qui pourrait permettre
de reconnaître un tel préjudice, comme par exemple le risque que des moyens de preuve aujourd’hui
disponibles disparaissent à plus ou moins brève échéance. En effet, en guise de motivation
sous l’angle du préjudice difficilement réparable, l’intéressé se contente
de mentionner qu’il est à craindre que le tribunal ne dispose pas des éléments factuels
nécessaires pour apprécier les contestations du recourant, défendeur à la cause,
et que sa situation en serait péjorée, en soulignant en outre qu’il n’a jamais
obtenu de la demanderesse les informations requises portant sur les débits intervenus sur les comptes
de P.________ SA. Cette argumentation est largement insuffisante, étant relevé que le recourant
s’en prend ici en réalité à l’appréciation des preuves qui devra être
opérée par les premiers juges. Or, le recourant disposera d’une voie de droit contre
le jugement à intervenir qu’il pourra emprunter pour exposer la critique qu’il livre
en l’état de manière anticipée.

 

             
La condition du préjudice difficilement réparable n’est dès lors pas réalisée,
aucune démonstration allant dans ce sens n’étant en tout cas entreprise valablement par
le recourant.

 

 

6.

6.1             
En définitive, le recours doit être
déclaré irrecevable selon le mode procédural de l’art. 322 al. 1 in
fine CPC.

 

6.2             
Le présent arrêt peut être rendu
sans frais judiciaires de deuxième instance (art. 11 TFJC [Tarif des frais judiciaires civils du
28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]).

 

             
Il ne sera pas alloué de dépens de deuxième instance dès lors que les intimés
n’ont pas été invités à se déterminer.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
L’arrêt, rendu sans frais, est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Pierre Heinis (pour G.________),

‑             
Me Jean-Samuel Leuba (pour la H.________),

-             
Me Basile Schwab (pour V.________).

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30'000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ;
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale cantonale.

 

             
Le greffier :