# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** afee61b9-ab9b-5bc3-a0e7-88156a679055
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 23
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---23_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HX12.046934-122098

443 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
19 décembre 2012

__________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              M.             
Giroud et Mme Charif Feller 

Greffière             
:              Mme             
Tchamkerten

 

 

*****

 

 

Art.
204 al. 1et 3, 206 al. 1, 209 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
R.________,
à Zurich, bailleresse, contre l'autorisation de procéder rendue 16 octobre 2012 par la Commission
de conciliation en matière de baux à loyer du district de Nyon dans la cause divisant la recourante
d'avec I.________,
à Coppet, locataire, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par autorisation de procéder rendue le 16 octobre 2012, la Commission de conciliation en matière
de baux à loyer du district de Nyon a constaté l'échec de la conciliation concernant la
hausse de loyer notifiée par la bailleresse ainsi que la demande formulée par la locataire
tendant à la baisse de loyer, au remboursement de l'indu et au paiement d'une indemnité pour
nuisances dues à un chantier, équivalente à deux mois de loyer, et a autorisé la
défenderesse/bailleresse, respectivement la demanderesse/locataire, à porter l'action devant
le Tribunal des baux dans un délai de trente jours dès la délivrance de l'autorisation.

 

 

B.             
Par acte du 16 novembre 2012, R.________ a recouru
contre cette autorisation de procéder, en concluant, avec suite de frais et dépens, principalement
à sa réforme, en ce sens que le défaut de I.________ est prononcé, la cause étant
rayée du rôle, et, subsidiairement, à son annulation, la cause étant renvoyée
à la Commission de conciliation pour nouvelle décision dans le sens des considérants.

 

             
L'intimée I.________ n'a pas été invitée à se déterminer.

 

             
Par lettre du 4 décembre 2012, le Président de la Commission de conciliation a informé
la Cour de céans que l'avocat de la locataire intimé avait sollicité, le 29 novembre précédent,
une nouvelle audience en déposant une requête de restitution fondée sur l'art. 148 CPC
(Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008; RS 272). Il a joint à sa lettre
une copie de cette requête, dans laquelle il est mentionné que I.________ n'avait pas pu se
présenter à l'audience car elle se trouvait à l'étranger pour un mariage. Au vu du
libellé de la convocation à l'audience de conciliation, la locataire avait compris de bonne
foi qu'elle pouvait être valablement dispensée de comparution. 

 

C.             
La Chambre des recours civile retient les faits suivants :

 

             
R.________, en qualité de bailleresse d'une part, et I.________ en qualité de locataire d'autre
part, sont liées par un contrat de bail portant sur un appartement sis au chemin [...], à Coppet.

 

             
Le 8 mars 2012, la bailleresse a adressé à la locataire une notification de hausse de loyer
de 1'630 fr. à 1'899 fr., avec effet au 1er
août 2012. 

 

             
Le 10 avril 2012, I.________, agissant par l'intermédiaire de son avocat Jean-Claude Perroud, a
saisi la Commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Nyon d'une requête
contestant la notification de hausse de loyer et concluant à ce que son loyer soit ramené à
1'420 fr. par mois. 

 

             
Par lettre recommandée du 15 mai 2012, une citation à comparaître destinée à
la locataire I.________ a été adressée à l'avocat Jean-Claude Perroud. Cette citation
comporte en bas de page les remarques suivantes :

 

"
-               En cas de défaut
du requérant, la requête est considérée comme retirée.

-
              Le conjoint ou cosignataire
du bail qui se présente seul sera muni d'une procuration du conjoint ou cosignataire, dûment
signée, lui donnant le pouvoir de transiger.

-
              Les mandataires qui représentent
une partie se muniront d'une procuration leur donnant le pouvoir de transiger.

-
              La personne qui a son
domicile en dehors du canton ou à l'étranger et la personne empêchée de comparaître
pour cause de maladie, d'âge ou en raison d'autres justes motifs sont dispensées de comparaître
personnellement et peuvent se faire représenter."

 

             
Cette citation précise également ce qui suit en post
scriptum :

 

"Prière
de nous faire parvenir, par
retour du courrier ou le jour de l'audience
la procuration de tous vos clients, merci."

 

             
Jean-Claude Perroud a versé au dossier de la Commission de conciliation une procuration signée
par I.________ le 1er
juin 2012. Cette procuration comporte le passage suivant :

 

"La
soussignée, I.________, chemin
[...], à 1296 Coppet, déclare donner
mandat à titre individuel à Me Jean-Claude Perroud, avocat, membre de l'Ordre des avocats vaudois,
à Lausanne aux fins de la représenter et d'agir en son nom 

 

pour
l'assister dans le cadre d'un litige en matière de bail

 

La
présente procuration comporte les pouvoirs de faire tous actes jugés utiles à l'accomplissement
du mandat, en particulier d'agir par toutes voies amiables ou judiciaires pour le compte des mandants
et de les représenter valablement devant toutes juridictions civiles, pénales, administratives
ou arbitrales, ainsi qu'auprès des autorités de poursuite et des administrations […]".

 

             
Lors de l'audience de la Commission de conciliation du 3 juillet 2012, l'avocat Jean-Claude Perroud s'est
présenté pour I.________ qui n'a pas comparu personnellement. La bailleresse a été
représentée quant à elle par deux collaborateurs de la gérance immobilière [...]
SA, au bénéfice d'une procuration.

 

             
En début d'audience, le conseil de la locataire a déposé une conclusion reconventionnelle
tendant au paiement d'une indemnité équivalente à deux mois de loyer pour nuisances sonores
dues à un chantier.

 

             
Après audition des parties, la conciliation a été tentée mais n'a pas abouti. 

 

             
Le procès-verbal constatant l'échec de la conciliation ne mentionne aucune intervention des
représentants de la bailleresse invoquant le défaut de I.________. 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Selon l'art. 319 let. b CPC, le recours est ouvert
contre les ordonnances d'instruction et les décisions autres que finales, incidentes ou provisionnelles
de première instance, dans les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu'elles peuvent causer
un préjudice difficilement réparable (ch. 2). Le recours contre une autorisation de procéder
n'étant pas expressément prévue par le CPC, il n'est donc recevable que dans la mesure
où celle-ci peut causer au recourant un préjudice difficilement réparable; cette notion
est plus large que celle de "dommage irréparable" au sens de l'art. 93 al. 1 let. a LTF
(Loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral; RS 173.110), puisqu'elle vise non seulement un
inconvénient de nature juridique mais aussi les désavantages de fait, qui peuvent être
de nature financière ou temporelle, pourvu qu'ils soient difficilement réparables, la notion
devant être toutefois interprétée de manière exigeante voire restrictive, sous peine
d'ouvrir le recours à toute décision ou ordonnance d'instruction, ce que le législateur
a clairement exclu (JT 2011 III 86 c. 3; Jeandin, CPC commenté, 2011 n. 22 ad art. 319 CPC, p. 1274;
Hohl, Procédure civile, tome II, 2e
éd., 2010, n. 2485, p. 449).

 

             
La Chambre des recours civile a considéré qu'un défendeur à une action ne subissait
aucun préjudice difficilement réparable du fait de son absence à l'audience de conciliation,
faute d'une sanction attachée à ce défaut, et qu'il ne pouvait donc recourir contre l'autorisation
de procéder pour le motif que la procédure de conciliation n'aurait pas été respectée
(CREC 19 juillet 2011/108).

 

             
La doctrine admet l'existence d'un préjudice difficilement réparable dans l'hypothèse
où une autorité de conciliation radie la cause du rôle et prive par là le demandeur
de l'exercice d'un droit, en particulier en cas de contestation de congé par un locataire, soumis
au délai péremptoire des art. 270 al. 1, 270b al. 1 et 273 CO (Code des obligations du 30 mars
1911; RS 220) (Jeandin, op. cit., n. 23 ad art. 319 CPC, p. 1274).

 

             
b)
En l'espèce, la situation se différencie de celle réglée par l'arrêt du 19 juillet
2011 précité. En effet la recourante n'invoque pas son propre défaut, qui serait sans
incidence sur la suite de la procédure (art. 206 al. 2 CPC), mais celui de l'intimée, demanderesse
à l'action en contestation de la hausse du loyer, respectivement en réduction du loyer, dont
la sanction est la fiction de retrait de la requête et la fin de la procédure par un prononcé
rayant la cause du rôle (art. 206 al. 1 CPC). La délivrance d'une autorisation de procéder
dans cette hypothèse est de nature à causer un préjudice juridique difficilement réparable
à la recourante dès lors qu'elle la prive de la possibilité d'invoquer la péremption
des conclusions en contestation de la hausse du loyer, vu le délai de déchéance de l'art.
270b al. 1 CO.

 

             
La voie du recours de l'art. 319 let. b ch. 2 CPC est ainsi ouverte.

 

             
c)
Le délai de recours est de trente jours dès la notification de la décision motivée
ou de la motivation postérieure de la motivation (art. 321 al. 1 CPC) et de dix jours pour les décisions
prises en procédure sommaire et les ordonnances d'instruction (art. 321 al. 2 CPC).

 

             
Selon la doctrine, la décision prise par l'autorité de conciliation de délivrer l'autorisation
de procéder est une "autre décision" distincte des ordonnances d'instruction visées
par l'art. 321 al. 2 CPC (Jeandin, op. cit., nn. 14 et 15 ad art. 319 CPC, p. 1272). Elle n'est en outre
pas régie par la procédure sommaire des art. 248 ss CPC, la conciliation étant exclue
pour ce type de procédure (art. 198 let. a CPC). Le délai de recours est en conséquence
de trente jours.

 

             
Interjeté en temps utile, par une partie qui y a un intérêt, le recours est recevable.

 

 

2.             
Le recours est recevable pour violation du droit (art. 320 let. a CPC) et constatation manifestement
inexacte des faits (art. 320 let. b CPC). L'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen
s'agissant de la violation du droit (Spühler, Basler Kommentar, 2010, n. 12 ad art. 319 ZPO, p.
1504). Elle revoit librement les questions de droit soulevées par le recourant et peut substituer
ses propres motifs à ceux de l'autorité précédente ou du recourant (Hohl, op. cit.
n° 2508, p. 452). Comme pour l'art. 97 al. 1 LTF, le grief de la constatation manifestement inexacte
des faits ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion se recoupant en définitive
avec l'appréciation arbitraire des preuves (Corboz et al., Commentaire de la LTF, 2009, n. 19 ad
art. 97, p. 941).

 

 

3.             
a) La recourante fait valoir que, l'intimée
ayant fait défaut à l'audience de conciliation, sa requête devait être considérée
comme retirée. La Commission de conciliation ne pouvait dès lors pas délivrer une autorisation
de procéder, mais devait rayer la cause du rôle.

 

             
b)
Aux termes de l'art. 204 al. 1 CPC, les parties doivent comparaître en personne à l'audience
de conciliation. Est toutefois dispensée de comparution et peut se faire représenter en vertu
de l'art. 204 al. 3 CPC notamment la personne qui a son domicile en dehors du canton (let. a), et la
personne empêchée de comparaître pour cause de maladie ou en raison d'autres justes motifs
(let. b).

 

             
Selon la doctrine, constituent des justes motifs au sens de l'art. 204 al. 3 let. b CPC, l'âge,
le service civil, un accident, un décès, un séjour à l'étranger ou une indisponibilité
pour motifs familiaux ou professionnels. Il suffit à la partie de les rendre à tous le moins
vraisemblables (Bohnet, op. cit., n. 5 ad art. 204 CPC, p. 771).

 

             
Aux termes de l'art. 206 al. 1 CPC, en cas de défaut du demandeur, la requête est considérée
comme retirée; la procédure devient sans objet et l'affaire est rayée du rôle. La
doctrine a précisé que le demandeur est défaillant au sens de cette disposition lorsqu'il
n'est pas présent à l'audience ni valablement représenté aux conditions de l'art.
204 al. 3 CPC (Bohnet, op. cit., n. 9 ad art. 206 CPC, p. 776).

 

             
c)
En l'espèce, l'intimée a saisi la Commission de conciliation par l'intermédiaire d'un
mandataire avocat. C'est à celui-ci que la citation à comparaître qui lui était destinée
a été adressée. Cette citation précisait notamment que les personnes empêchées
de comparaître pour cause de maladie, d'âge ou en raison d'autres justes motifs étaient
dispensées de comparaître personnellement et pouvaient se faire représenter. L'avocat
de la locataire était au surplus invité à produire une procuration, ce qu'il a fait. Lors
de l'audience du 3 juillet 2012, cet avocat s'est présenté pour le compte de sa cliente. Le
procès-verbal de l'audience de conciliation ne fait pas état d'une quelconque intervention
des représentants de la bailleresse invoquant le défaut de comparution de l'intimée. 

 

             
Dans ces conditions, la recourante est malvenue de se plaindre d'une violation des art. 204 et 206 CPC,
selon lesquels les parties doivent comparaître personnellement à l'audience de conciliation,
le défaut de la demanderesse ayant pour conséquence que la requête est réputée
retirée. La convocation à l'audience était en effet rédigée de telle manière
que l'intimée pouvait considérer qu'elle était dispensée de comparaître dès
lors qu'elle disposait de justes motifs et qu'elle était représentée par un avocat au
bénéfice d'une procuration. C'est d'ailleurs dans ce sens que les membres de la Commission
de conciliation l'ont compris, puisque le défaut de l'intimée n'a pas fait l'objet d'une mention
particulière dans le procès-verbal, alors même qu'aux termes de l'art. 147 al. 3 CPC,
le tribunal rend les parties attentives aux conséquences du défaut. De son côté,
la bailleresse, alors même qu'elle était représentée à l'audience par deux collaborateurs
de la gérance immobilière [...] SA, n'a pas cru bon d'exiger la comparution personnelle de
la locataire. C'est dès lors en violation des règles de la bonne foi qu'elle prétend aujourd'hui
tirer argument d'un défaut.

 

             
Dans l'arrêt du 7 juin 2012 invoqué par la recourante, la Cour de céans avait certes sanctionné
le fait que certains demandeurs ne s'étaient pas présentés à l'audience de conciliation,
même s'ils étaient représentés par un avocat. Les faits n'étaient toutefois
pas comparables à ceux de la présente affaire. En effet, les locataires défaillants n'avaient
pas invoqué de cause d'empêchement et ne s'étaient pas prévalus du texte de la citation
à comparaître, de sorte qu'il n'y avait pas à protéger leur bonne foi. 

 

             
Le recours est donc mal fondé.

 

 

4.             
Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté dans la procédure de l'art.
322 al. 1 CPC et l'autorisation de procéder confirmée.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 300 fr., seront mis à
la charge de la recourante qui succombe (art. 69 al. 1 et 70 al. 2 TFJC [tarif des frais judiciaires
civils du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]).

 

             
L'intimée n'ayant pas été invitée à se déterminer, il n'y a pas lieu de
lui allouer des dépens de deuxième instance.

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
La décision est confirmée.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 300 fr. (trois cents francs),
sont mis à la charge de la recourante R.________. 

 

             
IV.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

Du
19 décembre 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Philippe Conod, avocat (pour la recourante R.________),

‑             
Me Jean-Claude Perroud, avocat (pour l'intimée I.________).

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 15'000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
la Commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Nyon.

 

             
La greffière :