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**Case Identifier:** 3f835512-3679-56af-a744-591cd3d935c1
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2023 / 117
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2023---117_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC22.010709-230069

158 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
22 septembre 2023

_______________________

Composition
:              M.             
Hack,
président

             
              Mmes             
Byrde et Giroud Walther, juges

Greffier
              :             
Mme              Debétaz Ponnaz

 

 

*****

 

 

Art.
82 al. 1 LP ; 165 al. 1 CO

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
C.________,
à [...], contre le prononcé rendu le 2 juin 2023, à la suite de l’audience du même
jour, par la Juge de paix du district de Nyon, dans la cause opposant la recourante à
O.________
Sàrl, à [...] (siège à [...]).

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
a)
Le 25 février 2022, l’Office des poursuites du district de Nyon a notifié à C.________,
à la réquisition d’O.________ Sàrl, représentée par CAP Compagnie d’assurance
de protection juridique SA (ci-après : CAP), un commandement de payer dans la poursuite n°
10’327'908, portant sur le montant de 7'719 fr. 70, plus intérêt à 5% l’an
dès le 31 décembre 2020, et indiquant comme titre de la créance ou cause de l’obligation :
« Facture RE-00766 du
2 décembre 2020 ».

 

             
La poursuivie a formé opposition totale. 

 

             
b)
Le 1er
mars 2022, la poursuivante a adressé à la Justice de paix du district de Nyon une requête
de mainlevée provisoire de l’opposition à concurrence du montant réclamé en
poursuite, en capital et intérêt, et des frais de commandement de payer de 73 fr. 70. 

 

             
Outre l’original du commandement de payer, les pièces suivantes ont été produites
à l’appui de la requête, en copie :

-
un contrat « de mise à disposition de matériel et/ou d’abonnement de télésurveillance
et/ou de maintenance » passé entre J.________, à [...], et la poursuivie, le
2 décembre 2019, pour une durée de « 60 », le « coût d’abonnement
aux prestations mensuelles » étant de 119 fr. plus TVA (art. 1) ; 

-
les conditions générales (ci-après : CG) du contrat précité ; 

-
une lettre de mise en demeure adressée le 22 octobre 2020 par la poursuivante à la poursuivie,
indiquant que celle-ci avait signé un contrat l’engageant pour soixante mois, non résiliable,
qu’elle avait refusé les dates proposées pour l’installation de son système
de sécurité et que sans proposition de sa part, dans un délai de huit jours, d’une
date pour cette installation, son dossier serait transmis « au service de recouvrement ».
Au pied de la lettre, il est mentionné comme adresse : « O.________ (J.________ Sàrl) »,
à [...] (NE) ; 

-
une « facture de résiliation RE-00766 » d’un montant de 7'719 fr. 70 (7’140
fr. [60 x 119 fr.] + 27 fr. 80 [frais de dossier] + 551 fr. 90 [TVA]), adressée le 2 décembre
2020 par la poursuivante à la poursuivie et payable au 31 décembre 2020 ; 

-
une procuration signée le 26 octobre 2021 pour J.________ Sàrl, à [...] (NE), en faveur
de CAP, lui donnant pouvoir de la représenter dans ses litiges en recouvrement de créances ;

-
une lettre adressée le 25 novembre 2021 par CAP à la poursuivie, indiquant représenter
J.________ Sàrl et mettant  la destinataire en demeure de payer le montant de 7’719 fr.
70 dans un délai de vingt jours.

 

             
c)
Invitée par la juge de paix à se déterminer sur la requête, la poursuivie a produit,
le 4 avril 2022, une chemise plastifiée contenant une chronologie des faits établie par
elle-même ainsi que les nombreux courriers qui lui avaient été adressés dans cette
affaire par O.________ Sàrl, par une société de recouvrement [...], par une autre agence
se désignant comme « un service de [...] » et par CAP. Elle a relevé les
incohérences contenues dans ces courriers, que ce soit dans l’indication du nom de la société,
J.________ (Sàrl) ou O.________ (Sàrl), voire les deux ensemble, ou de son adresse, à
[...] et à [...] (NE). Elle a produit notamment la lettre d’O.________ Sàrl qui accompagnait
la « facture de résiliation » du 2 décembre 2020, ainsi que le bulletin
de versement joint à cette facture, libellé au nom de J.________, à [...] (NE). Elle a
produit également plusieurs courriels et courriers de sa part ou de celle de sa fille à la
poursuivante ou à CAP (du 17 novembre 2020, du 30 janvier 2021 et du 2 avril 2022), dans lesquels
elle relève que la seule visite d’un technicien qui lui a été proposée par
la poursuivante à fin mars 2020 a été annulée pour cause de COVID par cette dernière,
qui ne lui a jamais proposé d’autre date.  

 

             
d)
Le 5 avril 2022, CAP, indiquant agir pour « la société O.________ Sàrl (anciennement
J.________ Sàrl) », a adressé à la juge de paix une écriture complétant
la requête de mainlevée et maintenant les conclusions prises dans cet acte. 

 

 

2.             
Par décision rendue à la suite de l’audience
tenue par défaut de la partie poursuivante le 2 juin 2022, la Juge de paix du district de Nyon a
prononcé la mainlevée provisoire de l’opposition à concurrence de 7'689 fr. 60 plus
intérêt à 5% l’an dès le 1er
janvier 2021 (I), a arrêté à 180 fr. les frais judiciaires, compensés avec l’avance
de frais de la partie poursuivante (II), a mis les frais à la charge de la partie poursuivie (III)
et a dit qu’en conséquence, celle-ci rembourserait à la partie poursuivante son avance
de frais à concurrence de 180 fr., sans allocation de dépens pour le surplus (IV).

 

             
La poursuivie a demandé la motivation de ce prononcé, par lettre du 9 juin 2022 de son
mandataire, au bénéfice d’une procuration du même jour.

             

             
Les motifs de la décision ont été adressés aux parties le 9 janvier 2023 et notifiés
à la poursuivie le lendemain. La juge de paix a considéré qu’il ressortait du registre
du commerce que J.________ Sàrl avait changé de raison sociale avec effet au 24 juin 2020 pour
devenir O.________ Sàrl, que le contrat conclu le 2 décembre 2019 avec la poursuivie valait
reconnaissance de dette au sens de l’art. 82 al. 1 LP (loi fédérale sur la poursuite
pour dettes et la faillite ; RS 281.1) et que les CG produites par la poursuivante prévoyaient
à leur art. 10 une possibilité de résiliation anticipée pour défaut de paiement,
entrainant à la charge du client une indemnité conventionnelle équivalente au solde des
loyers restant dus à la date du premier impayé, de sorte qu’au vu de la mise en demeure
du 22 octobre 2020, de la facture de résiliation et du courrier du mandataire de la poursuivante
du 25 novembre 2021, dont il ressortait que le contrat avait été résilié en application
de l’art. 10 CG, le contrat constituait un titre de mainlevée provisoire pour le montant de
7'689 fr. 60 (soit soixante mensualités, TVA incluse) ; dès lors que la facture de résiliation
était stipulée payable jusqu’au 31 décembre 2020, les intérêts étaient
dus à partir du 1er janvier suivant. La juge a considéré en revanche que la poursuivante
ne disposait d’aucun titre de mainlevée pour les frais de dossier de 30 fr. 10 (TVA incluse),
au motif qu’elle n’avait pas produit le contenu de l’art. 1 CG auquel renvoyait l’art.
11 CG  relatif aux frais de dossier et de gestion. Quant à la poursuivie, la juge a retenu
qu’elle ne contestait pas avoir signé le contrat en question, ni le contenu de celui-ci et
qu’elle admettait l’envoi d’une mise en demeure et la résiliation du contrat ;
ses arguments selon lesquels le changement de raison sociale de la poursuivante et les nombreux courriers
à elle adressés par divers mandataires portaient à confusion ne changeaient rien à
l’appréciation de la juge sur l’existence d’un titre de mainlevée, ni ne
fondaient sa libération. 

 

 

3.             
a) Par acte du 19 janvier 2023, la poursuivie
a recouru contre le prononcé précité, concluant principalement à sa réforme,
en ce sens que la requête de mainlevée de l’opposition est rejetée, qu’il
est constaté que la poursuite en cause « n’ira pas sa voie », que les
frais judiciaires de première instance sont mis à la charge de la poursuivante et que celle-ci
est condamnée aux frais et dépens de deuxième instance ; subsidiairement, elle a
conclu à l’annulation du prononcé et au renvoi de la cause à la première juge
pour nouvelle décision dans le sens des considérants. 

 

             
A l’appui de son recours, elle a produit, outre la décision attaquée (P. 1), des
pièces figurant déjà au dossier (P. 2 : le contrat ; P. 5 : courrier de
la poursuivante du 22 octobre 2020 ; P. 6 : courriers de la société de recouvrement
[...]) et des extraits des registres du commerce des cantons de Vaud et de Neuchâtel.

 

             
b)
Le 27 janvier 2023, la recourante a produit en outre un classeur « contenant
son historique des faits avec toutes les pièces justificatives utiles à sa défense »,
en indiquant qu’elle l’avait remis au greffe de la justice de paix quelques semaines avant
l’audience, que la juge de paix le lui avait restitué à l’issue de l’audience
et qu’elle ignorait si une photocopie de son contenu avait été versée au dossier ;
selon elle, « en
tout état de cause », les pièces
contenues dans ce classeur faisaient partie du dossier de première instance et devaient être
prises en compte dans le cadre de la procédure de recours, en particulier les courriers également
produits sous pièce 6 à l’appui du recours, « attestant
de la cession de créance qu’O.________ Sàrl a faite en faveur de X.________ ».

 

             
Par lettre du 2 février 2023, le président de la cour de céans a interpellé la juge
de paix au sujet du dépôt de ce classeur et de sa restitution, relevant que le prononcé
mentionnait la production de pièces par la poursuivie en date du 4 avril 2022 et que le procès-verbal
des opérations, qui mentionnait également cette production le « 5 » avril
2022, ne faisait pas état de leur restitution. La juge de paix a répondu, par lettre du 10
février 2023, que le dépôt d’un classeur de pièces au guichet du greffe aurait
été protocolé et une copie des pièces transmise à la partie adverse, ce qui
ne lui apparaissait pas avoir été le cas, que, par ailleurs, la restitution par ses soins en
audience, soit avant qu’elle n’ait statué sur la requête, de pièces formellement
produites au dossier de la cause n'était pas envisageable, et qu’à son souvenir, la poursuivie
avait produit quelques pièces (feuilles volantes) à l’audience, mais en aucun cas un
classeur, et que ces pièces lui avaient été restituées séance tenante, soit
parce qu’elles figuraient déjà au dossier, soit parce qu’il s’agissait de
faits notoires en lien avec les changements de raison sociale de la poursuivante. 

 

             
La poursuivie s’est déterminée sur la réponse de la juge par lettre du 15 février
2023, soutenant en substance qu’il ne pouvait être exclu qu’elle ait déposé
un classeur de pièces au greffe. 

 

             
c) Par
réponse du 27 février 2023, la poursuivante et intimée a conclu au rejet du recours et
à la confirmation du prononcé attaqué.

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
a) Le recours a été exercé dans
les formes requises et en temps utile (art. 321 al. 1 et 2 CPC [Code de procédure civile ;
RS 272]). Il est recevable. 

 

             
La réponse de l’intimée est également recevable (art. 322 CPC).

 

             
b)
La recourante a joint à son recours le prononcé attaqué, conformément à l’art.
321 al. 3 CPC (P 1). Les autres pièces produites à l’appui du recours sont recevables,
dès lors qu’il ne s’agit pas de pièces nouvelles (P 2, P 5 et P 6), ou qu’elles
établissent des faits notoires, en l’occurrence, des indications figurant au registre du commerce
(ATF 138 II 557 consid. 6.2 ; P 3 et P 4).

 

             
En revanche, le classeur produit par la recourante le 27 janvier 2023 est irrecevable, dans la mesure
où il contient des pièces ne figurant pas au dossier de première instance (art. 326 al.
1 CPC). Quoi qu’en pense la recourante, les renseignements de la juge de paix sur ce point ne souffrent
pas d’incohérence : tout en excluant la restitution en audience, avant d’avoir
statué, de pièces versées au dossier, elle admet la possibilité d’une
restitution séance tenante de pièces produites à l’audience et
non versées au dossier parce qu’elles
y figuraient déjà ou qu’il s’agissait de faits notoires. Ainsi, dans l’hypothèse
où le classeur en cause a été effectivement produit et versé au dossier avant l’audience,
la juge de paix exclut de l’avoir restitué à l’issue de celle-ci. Sur ce point,
il n’y a aucune raison de douter de la véracité du contenu du procès-verbal des
opérations et du prononcé, qui ne mentionnent pas le dépôt d’un classeur au
greffe, ni sa restitution à l’issue de l’audience, mais bien le dépôt d’une
détermination et demande de report d’audience ainsi que de pièces par la poursuivie,
le « 5 » (procès-verbal)/le 4 (prononcé) avril 2022. Les pièce produites
alors se trouvent dans une chemise plastifiée. L’examen du classeur produit le 27 janvier
2023, en revanche, révèle qu’il s’agit du dossier personnel de la recourante, dans
lequel celle-ci classait tous les documents relatifs à la procédure en cause, ceux qu’elle
détenait comme ceux qu’elle recevait de la partie adverse ou de la juge de paix, y compris
les enveloppes d’envoi ; plusieurs documents sont annotés, vraisemblablement de sa main.
On trouve en particulier sur une pièce une annotation de la recourante selon laquelle Me Patrick
Dubois lui a dit qu’il fallait demander la motivation du prononcé. Cela a donc été
écrit après que le dispositif a été rendu, Me Dubois ayant d’ailleurs été
mandaté après l’audience. On ne saurait retenir que le classeur en question a pu être
déposé et versé au dossier avant l’audience sans que cela soit protocolé, puis
restitué par la juge en audience sans que cela ne soit non plus protocolé, et que la recourante
y a ajouté des annotations, voire des pièces, avant de le produire à nouveau en deuxième
instance.    

 

 

II.             
La recourante soulève le grief de violation
du droit, soit en particulier de l’art. 82 al. 1 LP, en contestant l’existence d’une
reconnaissance de dette permettant à l’intimée d’obtenir la mainlevée provisoire
de l’opposition à la poursuite litigieuse. Elle fait valoir à cet égard qu’il
n’y aurait pas identité entre « le
créancier poursuivant O.________ Sàrl (anciennement J.________ Sàrl) et le créancier
désigné dans le contrat, [...] Sàrl, reconnaissable à son adresse »,
et que, par ailleurs, O.________ Sàrl aurait cédé sa créance à X.________. En
outre, elle invoque l’art. 10 CG, intitulé « Mensualités, mode de paiement »,
qui prévoit notamment que le montant de la mensualité stipulé à l’article 1
du contrat représente « la prestation de télésurveillance et maintenance, la
mise à disposition des matériels, l’installation et la maintenance des matériels
de détection et de télésurveillance dont le client a fait le choix pour équiper ses
locaux à surveiller » et que les mensualités sont payables par mois d’avance,
« la première mensualité étant due lors de la signature du procès-verbal
de réception du matériel » ; elle fait valoir que la poursuivante « n’a
pas exécuté de prestation, à savoir la délivrance du matériel au domicile de
la recourante », qu’elle a même annulé la visite du technicien à son domicile
en mars 2020 et qu’aucun procès-verbal de remise du matériel n’a été
établi, ni signé. Elle en déduit que le paiement de la première mensualité n’a
jamais été exigible, partant, qu’elle n’a jamais été en défaut de
paiement d’une mensualité et que, par conséquent, l’intimée n’avait
pas le droit de résilier le contrat de manière anticipée, ni, surtout, d’exiger
le paiement d’une indemnité conventionnelle. 

 

             
a)
En ce qui concerne l’identité de la créancière, poursuivante et intimée, les
extraits du registre du commerce au dossier établissent qu’au moment de la signature du contrat,
le 2 décembre 2019, J.________ Sàrl, à [...], était inscrite depuis 2017 comme succursale
de la raison sociale du même nom dont le siège principale était à [...] (NE). Cette
succursale a été radiée du registre du commerce le 10 juillet 2020 « par suite
de suppression de la succursale ». Il existe par ailleurs une société [...] Sàrl,
à [...], actuellement en liquidation, qui est distincte de la succursale de J.________ et n’est
pas impliquée dans la présente procédure.

 

             
[...] était le directeur avec signature individuelle de la société J.________ Sàrl
depuis l’inscription de celle-ci au registre du commerce en 2016 et jusqu’en janvier 2021.
En juin 2020, la raison sociale de la société a changé pour devenir O.________ Sàrl.
Son associé gérant avec signature individuelle, inscrit également depuis l’inscription
en 2016, a alors été remplacé par un gérant et une associée directrice, les
deux avec signature individuelle. Le siège de la société, d’abord à [...] puis
à [...] (NE) en 2016, avec une adresse à [...] puis à [...] (NE) a été transféré
à [...] (NE) en juin 2020, avec une adresse à [...] (NE), puis à nouveau à [...]
en 2021, par suite de fusion de communes, l’adresse restant à [...]. La société
a été dissoute par suite de faillite le 30 janvier 2023 et sa raison sociale est désormais
O.________ Sàrl en liquidation.

 

             
Le moyen de la recourante tiré de la prétendue absence d’identité entre créancière
et poursuivante est donc infondé. 

 

             
b) aa)
Aux termes de l'art. 164 al. 1 CO (Code des obligations ; RS 220), le créancier peut céder
son droit à un tiers sans le consentement du débiteur, à moins que la cession ne soit
interdite par la loi, la convention ou la nature de l'affaire. La cession aux fins d'encaissement - c'est-à-dire
la cession à titre fiduciaire par laquelle le cédant transfert la titularité de la créance
au cessionnaire, à charge pour celui-ci d'entreprendre, sous son propre nom, les démarches
nécessaires au recouvrement, y compris d'agir en justice ou d'exercer des poursuites pour dettes,
puis de rétrocéder la créance au cédant en cas d'échec ou de lui transmettre
les montants obtenus du débiteur sous déduction de ses honoraires et frais - est en principe
valable (ATF 87 II 203 consid. 2b) - sauf exceptions non réalisées en l’espèce.
Une fois la cession opérée, le cédant ne peut plus faire valoir sa créance, que ce
soit par voie judiciaire ou autrement, ni en disposer une seconde fois. La caractéristique de la
cession de créance est d’opérer un transfert des droits, de telle sorte que le cédant
n’en est plus titulaire et n’est plus habilité à les invoquer en justice (ATF 130
III 417 consid. 3.4 ; Probst, in
Thévenoz/Werro [édit.], Commentaire romand, Code des obligation I, 3e éd., 2021, n. 1
ad art. 164 CO).

 

             
La cession n'est valable que si elle a été constatée par écrit (art. 165 al. 1
CO). Seule la signature du cédant est nécessaire (Probst, op.
cit., n. 2 ad
art. 165 CO et les réf. citées). 

 

             
bb)
En l’espèce, dans sa lettre de mise en demeure du 22 octobre 2020, l’intimée a
informé la recourante que, sans nouvelles de sa part, elle transmettrait son dossier au service
de recouvrement. Il n’est nullement question de cession. Les premiers courriers de sommation adressés
par X.________ à la recourante le 26 janvier 2021 et le 17 février 2021 faisaient d’ailleurs
état d’un mandat confié par O.________ concernant la facture du 2 décembre 2020,
de la transmission du dossier pour recouvrement et de « concertation
avec notre client O.________ » au sujet
d’un paiement fractionné. C’est dans la lettre de sommation du 5 mars 2021 que X.________
s’est prévalue pour la première fois d’une cession de la créance au sens de
l’art. 164 CO. Dans une lettre du 7 juillet 2021, toutefois, elle a à nouveau fait état
d’une « concertation
avec notre client O.________ », ce qui
infirme l’allégation de cession. Quoi qu’il en soit, aucun document écrit signé
par l’intimée n’a été produit pour prouver la cession de la créance en
cause. Par conséquent, une telle cession n’est pas établie, même au stade de la
vraisemblance. A ce degré de défaut de preuve, d’ailleurs, si l’on admettait la
cession, il faudrait également admettre la rétrocession, dès lors que les interventions
de X.________ ont complètement cessé après le 29 septembre 2021 et que c’est
l’intimée, représentée par CAP, qui a par la suite écrit à la recourante
et introduit une poursuite contre elle. 

 

             
Le moyen tiré d’une prétendue cession de créance est donc également infondé.

 

             
c) aa)
L'examen de l'existence d'un titre de mainlevée - qui ne concerne pas la constatation des faits
mais relève de l'application du droit - se fait d'office dans la procédure de mainlevée,
ce qui ne dispense pas le poursuivant de produire la preuve par titres de cette existence (art. 57 CPC ;
TF 5A_137/2023 du 2 juin 2023 consid. 4.2 et les références citées).

 

             
Selon l'art. 82 al. 1 LP, le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette
constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire.             
Suivant la jurisprudence constante en la matière, constitue une reconnaissance de dette au sens
de l’art. 82 LP, en particulier, l'acte sous seing privé, signé par le poursuivi - ou
son représentant (ATF 132 III 140 consid. 4.1.1 et les arrêts cités) -, d'où ressort
sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée,
ou aisément déterminable, et exigible (ATF 145 III 20 consid. 4.1.1 ; ATF 139 III 297
consid. 2.3.1 et la jurisprudence mentionnée). 

 

             
Selon le Tribunal fédéral, un contrat écrit justifie en principe la mainlevée provisoire
de l'opposition pour la somme d'argent incombant au poursuivi lorsque les conditions d'exigibilité
de la dette sont établies (TF 5A_465/2014 du 20 août 2014 consid. 7.2.1.2) et, en particulier
dans les contrats bilatéraux, lorsque le poursuivant prouve avoir exécuté les prestations
dont dépend l'exigibilité (TF 5A_367/2007 du 15 octobre 2007 consid. 3.1 et les références).
Un contrat bilatéral ne vaut ainsi reconnaissance de dette que si le poursuivant a rempli ou garanti
les obligations légales ou contractuelles exigibles avant le paiement dont il requiert le recouvrement,
ou au moment de ce paiement (Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite
pour dettes et la faillite, vol. I, 1999, n° 45 ad
art. 82 LP), c'est-à-dire s'il a exécuté ou offert d'exécuter sa propre prestation
en rapport d'échange (cf. ATF 116 III 72 ; cf. TF 5A_326/2011 du 6 septembre 2011 consid. 3.3
[prêt]). En d’autres termes, un contrat synallagmatique vaut reconnaissance de dette pour
autant que le créancier poursuivant ait exécuté ou offert d'exécuter sa propre prestation
(ATF 145 III 20 consid. 2). Dès lors que le débiteur poursuivi se prévaut d'une inexécution,
l'opposition ne peut être levée que si le créancier poursuivant démontre avoir exécuté
ou offert d'exécuter sa propre prestation.

 

             
bb)
En l’espèce, l’intimée allègue sans preuve avoir proposé plusieurs dates
d’installation du système de sécurité à la recourante, qui les aurait refusées.
Cette dernière conteste intégralement ces allégations. Au surplus, on ne trouve au dossier
aucun procès-verbal de réception du matériel prévu par l’art. 10 CG. Force
est ainsi de constater que l’intimée ne prouve pas avoir exécuté ses propres prestations
contractuelles, ni avoir offert de les exécuter et vu son offre refusée par la recourante.
Au demeurant, comme le souligne cette dernière, une indemnité conventionnelle ne pouvait être
exigée qu’en cas de défaut de paiement des mensualités. Or, les mensualités
convenues ne sont jamais devenues exigibles. Les conditions d’exigibilité de la dette réclamée
en poursuite ne sont ainsi pas établies. 

 

             
Par surabondance, on observe que l’art. 13 CG stipule que le contrat est prévu pour une durée
fixe et indivisible de 36, 48 ou 60 mois « à compter de la date de signature du procès-verbal
d’installation ». Que cela désigne le procès-verbal de réception du matériel
prévu à l’art. 10 CG ou un autre document, le dossier ne contient aucun procès-verbal
signé par la recourante, de sorte qu’il n’est même pas établi que le contrat
invoqué comme titre de mainlevée de l’opposition ait effectivement débuté.

 

             
En conclusion, l’existence d’un titre de mainlevée d’opposition n’est pas
établie en l’espèce et la requête de mainlevée devait, pour ce motif, être
rejetée. 

 

             

III.             
Vu ce qui précède, le recours doit être
admis et le prononcé réformé en ce sens que l'opposition à la poursuite en cause
est maintenue et que les frais judiciaire de première instance, arrêtés à 180 fr.,
sont mis à la charge de la poursuivante (art. 106 al. 1 CPC), sans allocation de dépens à
la poursuivie qui n’était pas assistée devant la première juge. 

 

             
Les frais de deuxième instance doivent être mis à la charge de l’intimée (art.
106 al. 1 et 111 al. 2 CPC). Celle-ci doit par conséquent rembourser à la recourante son avance
de frais judiciaires, par 270 fr., et lui verser en outre la somme de 612 fr., à titre de dépens
(art. 8 TDC [tarif des dépens en matière civile ; BLV 270.11.6]) et de débours
(art. 19 al. 2 TDC).

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
Le prononcé est réformé en ce sens que l’opposition formée par C.________ au
commandement de payer n° 10'327'908 de l’Office des poursuites du district de Nyon, notifié
à la réquisition d’O.________ Sàrl, est maintenue.

 

             
              Les frais judiciaires
de première instance, arrêtés à 180 fr. (cent huitante francs), sont mis à la
charge de la poursuivante O.________ Sàrl. 

 

             
              Il n’est pas alloué
de dépens de première instance.             
              

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 270 fr. (deux cent septante
francs), sont mis à la charge de l’intimée.

 

             
IV.             
L’intimée O.________ Sàrl doit verser à la recourante C.________ la somme de 882
fr. (huit cent huitante-deux francs) à titre de dépens et de restitution d’avance de
frais de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Patrick Guy Dubois, avocat (pour C.________),

‑             
CAP, Compagnies d’assurance de protection juridique SA (pour O.________ Sàrl).

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 7’689 fr.
60.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Nyon.

 

             
La greffière :