# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 566fad34-b65d-5f2b-bb37-5fd116f8b89c
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2012-02-15
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 15.02.2012 E-521/2009
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-521-2009_2012-02-15.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

Cour V
E­521/2009

A r r ê t   d u   1 5   f é v r i e r   2 0 1 2

Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège), 
Emilia Antonioni, François Badoud, juges,
Isabelle Fournier, greffière.

Parties A._______, né le (…),
Sri Lanka,  
représenté par le Centre Social Protestant (CSP), 
(…),
recourant, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM), 
Quellenweg 6, 3003 Berne,   
autorité inférieure.

Objet Asile et renvoi ;
décision de l'ODM du 18 décembre 2008 / N (…).

E­521/2009

Page 2

Faits :

A. 
A._______  (ci­après:  le  recourant)  a  déposé,  le  9  mai  2007,  une 
demande d'asile à  l'aéroport de (…). Le 22 mai 2007,  il a été autorisé à 
entrer en Suisse.

Il a été sommairement entendu par l'ODM au Centre d'enregistrement et 
de  procédure  (CEP)  de  Kreuzlingen,  le  6  juin  2007.  L'audition  sur  ses 
motifs  d'asile  a  eu  lieu,  le  12  juillet  2007,  devant  l'autorité  cantonale 
compétente.

Selon  ses  déclarations,  le  recourant  serait  né  à  (…)  et  aurait  toujours 
vécu,  jusqu'au  18  avril  2007,  à  B._______  dans  le  district  de  Jaffna, 
province du Nord, à  l'exception d'une période d'environ deux ans, entre 
1996 et 1997, où sa famille aurait été déplacée dans le Vanni. Son père 
serait décédé d'un infarctus, en 2006. Sa sœur aînée aurait été recrutée, 
probablement  de  force,  par  les  Liberation  Tigers  of  Tamil  Eelam 
(ci­après :  LTTE) ;  (…). Par  la  suite,  elle  aurait  quitté  le Sri  Lanka  pour 
s'installer à Londres. 

A la fin de sa scolarité, le recourant n'aurait pas trouvé de travail, à la fois 
parce que les déplacements auraient été difficiles dans la région et parce 
qu'il  aurait été  tenu de s'occuper de son père,  invalide depuis plusieurs 
années.  Il  aurait  donc  vécu  chez  ses  parents,  en  s'occupant  de  leurs 
terres  et  de  leur  bétail.  La  famille  aurait  reçu  régulièrement  un  soutien 
financier  de  sa  sœur  aînée  ainsi  que  d'un  oncle  maternel  vivant 
également à Londres. 

En  faisant  valoir  la  nécessité  pour  lui  d'assister  son  père,  le  recourant 
aurait  réussi  à  éviter  un  enrôlement  forcé  par  les  LTTE.  Cependant,  il 
aurait  été  contraint,  pour  ne  pas  être  considéré  comme  un  traitre  à  la 
cause  tamoule,  et  bien  qu'il  n'eût  pas  de  sympathie  particulière  pour  le 
mouvement, à fournir son aide à celui­ci. En particulier,  il aurait effectué 
des  travaux de décoration  lors de meetings dans  la  région  (environ une 
fois  par  année).  Depuis  2005  environ,  après  la  reprise  du  contrôle  de 
Jaffna  par  les  forces  gouvernementales,  il  aurait  continuellement  vécu 
dans la peur, car l'armée aurait régulièrement fait des incursions dans les 
maisons,  soupçonnant  les  habitants  de  soutenir  les  LTTE  ou  d'en 
héberger  les  membres.  En  2006,  il  aurait  lui­même  été  interpellé  par 

E­521/2009

Page 3

l'armée et conduit au camp militaire de (…) pour y être interrogé sur ses 
éventuels contacts avec  les LTTE et sur ce qu'il avait pu apprendre sur 
eux.  Il  aurait  été  libéré  quatre  heures  plus  tard,  sur  l'insistance  de  sa 
mère,  venue  au  camp  avec  son  père  paralysé  afin  d'obtenir  qu'il  fût 
relâché. Ses craintes n'auraient cependant pas diminué après sa relaxe, 
car  de  nombreuses  personnes  auraient  été  appréhendées  à  l'époque, 
sous prétexte de collaboration avec  les LTTE ou contraintes de devenir 
des  indicateurs. Un de ses amis aurait été arrêté en 2006, et personne 
n'aurait plus eu de ses nouvelles. Redoutant que ce dernier n'ait livré son 
nom,  le  recourant  se  serait  résolu  à  quitter  la  région,  où  il  ne  se  serait 
plus senti en sécurité.

Accompagné de sa mère, il aurait quitté B._______ le 18 avril 2007 pour 
se rendre à Colombo. Là, le recourant se serait fait établir un passeport, 
le  (...) avril  2007, dans  l'intention de  rester dans  la capitale. A une date 
dont il ne se souvient plus avec précision, mais qu'il situe entre le (…) et 
le  (…)  avril  2007,  il  aurait  été  arrêté,  lors  d'un  contrôle  ou  d'une  rafle 
effectuée dans  la pension ("lodge") où  il habitait, et conduit au poste de 
police de (...) ; les policiers lui auraient fait savoir qu'ils avaient été avertis 
de sa présence et qu'ils  le soupçonnaient d'être venu à Colombo pour y 
commettre  un  attentat ;  le  lendemain,  il  aurait  été  transféré  dans  des 
locaux  du  CID  (Crime  Investigation  Departement),  où  il  aurait  été 
interrogé sur  les  raisons de sa présence à Colombo et  filmé. Ensuite,  il 
aurait  été  ramené  au  poste  de  police,  où  il  aurait  été  interrogé 
successivement  par  trois  personnes.  Aucun  agent  de  police  ne  l'aurait 
frappé. Il aurait été libéré deux jours plus tard, sa mère ayant réussi, par 
l'intermédiaire du tenancier de la pension où ils logeaient, à obtenir l'aide 
d'un Musulman domicilié à Colombo qui  se  serait  porté garant de  lui  et 
aurait  remis  aux  policiers  une  somme  d'argent.  Avant  d'être  relâché,  le 
recourant  aurait  été  contraint  de  signer  une  déclaration  dans  laquelle  il 
condamnait les agissements des LTTE; les policiers l'auraient menacé de 
faire parvenir cet écrit aux LTTE s'ils devaient à l'avenir avoir des raisons 
de  le  soupçonner  d'être mêlé  à  un  attentat.  Ils  lui  auraient  restitué  son 
passeport  et  sa  carte  d'identité.  Fortement  intimidé  par  les  menaces 
reçues,  le recourant se serait résolu à quitter  le pays. Sa mère se serait 
occupée d'organiser le voyage, avec l'aide financière de son oncle vivant 
à Londres.

Muni de son passeport, le recourant aurait pris l'avion le (…) mai 2007 à 
destination  de Singapour,  via Bangkok. A Singapour,  il  aurait  rencontré 
un  homme  mandaté  par  la  personne  avec  laquelle  sa  mère  aurait 

E­521/2009

Page 4

organisé  son  voyage.  Celui­ci  l'aurait  accompagné  jusqu'à  la  porte 
d'embarquement,  en  présentant  pour  lui  un  faux  passeport,  qu'il  aurait 
repris,  tout comme  il aurait conservé  le passeport du  recourant. Celui­ci 
aurait  ainsi  voyagé  par  avion  sans  passeport  de  Singapour  jusqu'en 
Suisse.

Le  recourant  a  déposé  auprès  de  l'ODM  sa  carte  d'identité,  la  copie 
certifiée  conforme  de  son  acte  de  naissance,  ainsi  qu'une  déclaration 
datée du (…) juin 2007, émanant du responsable du village où il habitait, 
documents que lui aurait fait parvenir sa mère. 

B. 
Par décision du 18 décembre 2008, l'ODM a rejeté la demande d'asile du 
recourant au motif que les préjudices allégués, résultant de la situation de 
guerre  touchant  l'ensemble  des  familles  tamoules  dans  la  région  de 
Jaffna, n'étaient pas pertinents pour  la  reconnaissance de sa qualité de 
réfugié  et  que  la  courte  arrestation  subie  à  Colombo  n'était  pas 
significative  d'une  crainte  objectivement  fondée  d'être  exposé  à  une 
persécution, sa relaxe indiquant que les autorités n'avaient aucun grief à 
son encontre. 

Par  la  même  décision,  l'ODM  a  prononcé  le  renvoi  de  Suisse  de 
l'intéressé  et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  considéré  que 
celle­ci était raisonnablement exigible compte tenu de la possibilité, pour 
l'intéressé, de s'établir à Colombo, où il aurait choisi de se mettre à l'abri 
avant  son  interpellation  dans  la  pension,  et  où  il  devait  disposer  d'un 
réseau  social,  puisqu'il  aurait  réussi  à  y  trouver  un  garant  et  que  les 
moyens  de  preuve  qu'il  s'est  procurés  après  son  arrivée  en  Suisse 
avaient été envoyés par télécopie de la capitale.

C. 
Par acte du 26 janvier 2009, le recourant a interjeté recours contre cette 
décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci­après : le Tribunal). Il 
a conclu à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et l'octroi de l'asile 
ou, subsidiairement, à une admission provisoire. Il a fait grief à l'ODM de 
n'avoir  pas  suffisamment  tenu  compte  du  fait  qu'il  devait  être  fiché 
"quelque part" depuis son arrestation par  les militaires à Jaffna et qu'en 
outre  ceux­ci  devaient  être  informés  de  son  arrestation  à  Colombo, 
puisqu'il  y  avait  été  filmé  et  que  son  identité  avait  été  enregistrée.  Il  a 
ainsi fait valoir qu'il avait une crainte objectivement fondée de figurer sur 
une  liste  de  personnes  suspectes.  Il  a  également  reproché  à  l'ODM de 

E­521/2009

Page 5

n'avoir pas tenu compte de la déclaration du responsable de son village, 
déposée à titre de moyen de preuve, et de ne pas avoir pris en compte sa 
peur  légitime  de  représailles  des  LTTE,  probablement  informés  de  la 
déclaration qu'il avait été contraint de signer devant  la police. Enfin,  il a 
fait valoir qu'il ne disposait d'aucun réseau social à Colombo, où  il avait 
vécu  quasiment  caché  dans  une  pension,  pendant  que  sa  mère 
organisait  son  départ  du  pays,  et  qu'il  n'était  au  bénéfice  d'aucune 
formation  ni  expérience  professionnelles  susceptibles  de  favoriser  son 
intégration et sa survie dans cette ville.

D. 
Invité à se prononcer sur  le  recours,  l'ODM en a proposé  le  rejet,  dans 
une  réponse  succincte  datée  du  11  février  2009,  transmise  pour 
information au recourant.

E. 
Par  ordonnance  du  11  novembre  2011,  le  recourant  a  été  invité  à  se 
déterminer  sur  l'actualité  de  ses  motifs,  eu  égard  à  l'évolution  de  la 
situation dans son pays d'origine et à l'arrêt E­6220/2006 du Tribunal, du 
27 octobre 2011,  introduisant un changement de pratique concernant  le 
renvoi  de  ressortissants  sri­lankais  originaires  de  la  province  du  Nord 
(à l'exception du Vanni) ou de la province de l'Est. 

F. 
Par courrier du 30 novembre 2011, le recourant a implicitement maintenu 
ses  conclusions,  en  faisant  valoir  qu'il  risquait  toujours  de  subir  des 
persécutions en raison des liens que les autorités le suspectaient d'avoir 
eu avec les LTTE et qu'il ne disposait pas de possibilité de refuge interne 
dans le pays.

G. 
Les autres faits ressortant du dossier seront évoqués si nécessaire dans 
les considérants qui suivent.

E­521/2009

Page 6

Droit :

1. 

1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal 
administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), applicable par renvoi de l’art. 105 
de  la  loi  du  26  juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  le  Tribunal 
administratif fédéral (ci­après, le Tribunal) connaît des recours contre les 
décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la 
procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités 
mentionnées à l’art. 33 LTAF. 

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 
être  contestées,  devant  le  Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement, 
sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche 
à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 
fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l'espèce.

1.2. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que 
ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent 
autrement.

1.3. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans 
les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 
art. 108 al. 1 LAsi).

2. 

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 
ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 
de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 
de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de 
sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 
de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression 
psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite 
spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi).

2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins 
rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est 
vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement 
probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 

E­521/2009

Page 7

des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont 
contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de 
manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 
LAsi).

3. 

3.1. En l’occurrence, le recourant soutient qu'il craint à juste titre de subir 
des  préjudices  sérieux  au  sens  de  l'art.  3  LAsi  en  cas  de  retour  au 
Sri Lanka  en  raison  des  soupçons  nourris  à  son  encontre  par  les 
autorités. Selon son argumentation, cette crainte est actuellement encore 
fondée dès lors qu'il a été arrêté à deux reprises par l'armée et la police, 
à Jaffna d'abord puis à Colombo, que son identité a ainsi été relevée par 
les  autorités  et  qu'un  de  ses  amis,  arrêté,  a  pu  le  dénoncer  sous  la 
torture. 

3.2. De  l'avis  du  Tribunal,  la  crainte  subjective  du  recourant  ne  repose 
pas sur des  indices permettant de conclure à une crainte objectivement 
fondée, dans le contexte actuel, d'être victime d'une persécution au sens 
de l'art. 3 LAsi.

3.2.1. Le recourant n'a jamais allégué s'être personnellement engagé en 
faveur  des  LTTE,  si  ce  n'est  à  travers  les  contributions  apportées, 
presque contre son gré (cf. pv de l'audition cantonale, p. 7­8), lors de trois 
ou  quatre  meetings  du  mouvement  organisés  dans  son  village,  sous 
forme de préparation de nourriture ou d'aide au transport de matériel pour 
la  manifestation.  Comme  il  le  décrit  lui­même,  tous  les  habitants  de  la 
région étaient forcés d'apporter ce genre d'aide aux LTTE, à l'époque où 
ceux­ci  contrôlaient  militairement  et  administrativement  la  province  de 
Jaffna  (cf.  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de 
recours  en matière  d’asile  [JICRA]  1994  no  19  consid.  6c  p.  149s.).  Le 
recourant  n'est,  en  revanche,  pas  entré  dans  leur  organisation  (cf.  ibid. 
p. 8).  Il  n'a plus eu de  contact  avec  les LTTE après que ceux­ci  eurent 
perdu  le contrôle de  la  région en 2005  (ibid. p. 9). Dès  lors,  il n'y a pas 
lieu d'admettre l'existence d'indices concrets que les autorités auraient pu 
nourrir des soupçons particuliers à son encontre en  raison des activités 
déployées à Jaffna jusqu'en 2005.

3.2.2.  Le recourant soutient qu'ayant été, par deux fois, appréhendé par 
les forces gouvernementales qui ont enregistré ses données, il a tout lieu 
de  craindre  une  arrestation  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine. 

E­521/2009

Page 8

Comme  l'a  relevé  l'ODM,  le  fait  qu'il  ait,  par  deux  fois,  été  relâché 
rapidement  à  la  demande  de  sa  mère  démontre  que  les  autorités 
n'avaient  pas  de  charges  importantes  contre  lui.  S'agissant  de  la 
première  détention  de  quatre  heures  au  camp  de  (...),  proche  de  son 
village,  celle­ci  est  à  mettre  dans  le  contexte  de  l'époque,  où  l'armée, 
comme dit  plus  haut,  retenait  souvent  de  jeunes Tamouls  afin  d'obtenir 
des renseignements, voire de  les utiliser comme  indicateurs. Quant à  la 
seconde  arrestation  à  Colombo,  elle  est  typique  des  opérations  de 
sécurité et de lutte contre le terrorisme menées dans l'agglomération, qui 
ont concerné, en 26 ans de guerre civile, probablement plus de cent mille 
Tamouls,  tant  ont  été  nombreuses  les  rafles  ayant  porté  sur  des 
centaines de personnes. Le recourant allègue que les policiers lui ont dit 
qu'ils disposaient d'informations selon lesquelles il serait venu à Colombo 
pour le compte des LTTE; c'est une technique d'interrogatoire usuelle des 
forces de police sri­lankaises que celle d'accuser sans preuve pour tenter 
d'obtenir  des  informations.  Il  aurait  été  transféré  le  lendemain  dans  un 
autre  centre  où  il  aurait  été  interrogé  sur  les  raisons  de  son  séjour  à 
Colombo, photographié et même  filmé, puis  ramené au poste de police 
de  (...)  où  il  aurait  été  questionné  par  trois  personnes  différentes, 
lesquelles  se  seraient  montrées  menaçantes  à  son  égard  (cf. pv  de 
l'audition cantonale p. 4) ; cela correspond également à une procédure de 
contrôle  et  de  recherche  d'informations,  sans  aucun  lien  avec  une 
procédure  judiciaire.  Enfin,  on  lui  aurait  fait  signer  une  déclaration  aux 
termes  de  laquelle  il  condamnait  les  agissements  des  LTTE,  en  le 
menaçant de remettre cette lettre au mouvement au cas où il cherchait à 
quitter le pays; cette attitude des policiers est, à l'évidence, une pratique 
d'intimidation visant à éviter que de jeunes Tamouls, comme le recourant, 
acceptent de collaborer avec les LTTE. Si réellement les policiers avaient 
disposé  d'informations  négatives  concernant  le  recourant,  ils  ne  lui 
auraient pas restitué son passeport et sa carte d'identité (cf. ibid. p. 5) ni 
n'auraient  accepté  de  le  libérer,  et  ce  rapidement,  sous  condition  de 
paiement  d'un  pot­de­vin  et,  bien  sûr,  de  respect  de  la  législation 
applicable  aux  Tamouls  originaires  du  nord  (tiers  garant  du  séjour  à 
Colombo). Enfin, ils ne lui auraient pas dans un tel cas permis de quitter 
en toute légalité le pays (cf. JICRA 1994 no 19 consid. 6d p. 152s). 

3.2.3. Le recourant explique également qu'un "collègue" (une "relation de 
famille",  selon  une  autre  description  ou  encore  "un  de  ses  meilleurs 
amis",  selon  les  termes  du  mémoire  de  recours),  qui  fréquentait 
régulièrement des membres des LTTE, a été arrêté au début de l'année 
2007  et  qu'il  craint  que  cette  personne,  sous  la  torture,  l'ait  dénoncé 

E­521/2009

Page 9

(cf. pv de l'audition au CERA p. 7 et de l'audition cantonale p. 10).  Il est 
notoire  qu'à  l'époque où elle  a  reconquis  la  province de  Jaffna,  l'armée 
gouvernementale  a  forcé  un  certain  nombre  de Tamouls  à  agir  comme 
indicateurs  et  a  eu  notamment  recours  à  la  torture  pour  obtenir  des 
informations  sur  les  personnes  impliquées  dans  la  rébellion.  Dans  ce 
contexte,  la  crainte  du  recourant  était  compréhensible,  mais  cette  peur 
subjective n'est  toutefois étayée d'aucun élément objectif susceptible de 
démontrer que cette personne aurait donné son nom sous la torture. En 
particulier,  le  fait  qu'il  ait  été  relâché  à  Colombo  démontre  que  les 
autorités n'avaient pas de charge particulière contre lui. 

3.2.4. S'agissant  de  la  disparition  de  son  "ami",  le  recourant  a  déposé 
devant  l'ODM  une  attestation,  datée  du  (…) juin  2007,  émanant  du 
responsable de son village (...). Ce dernier confirme la disparition de cette 
personne et explique que plusieurs autres Tamouls de la région ont, de la 
même manière, disparu ou été tuées, et que cela a conduit le recourant à 
s'exiler.  Il  ne  peut  être  exclu  que  cette  déclaration,  établie,  selon  son 
auteur, à la demande de la mère de l'intéressé, soit de complaisance. Au 
demeurant,  la vraisemblance des  faits allégués par  le  recourant n'a pas 
été  mise  en  doute ;  cette  attestation  ne  contient  cependant  aucun 
élément objectif dont  il y aurait  lieu d'inférer que  le  recourant aurait été, 
lui­même,  recherché  par  les  autorités  pour  des  motifs  déterminants  au 
regard de l'art. 3 LAsi. Tout au plus confirme­t­elle sa peur subjective de 
subir le même sort que ces personnes.  

3.2.5.  En définitive, c'est à bon droit que l'ODM a retenu que le recourant 
n'avait pas  rendu vraisemblable qu'il avait été victime d'une persécution 
ciblée contre sa personne, pour des motifs pertinents au regard de l'art. 3 
LAsi ni qu'il avait des raisons objectivement fondées de craindre une telle 
persécution en cas de retour dans son pays d'origine. 

3.3.  Cette  appréciation  se  justifie  d'autant  plus  au  regard  du  contexte 
actuel dans le pays d'origine du recourant. 

3.3.1.  Dans  son  arrêt  de  principe  E­6220/2006  précité,  le  Tribunal  a 
procédé  à  une  nouvelle  analyse  circonstanciée  de  la  situation  au 
Sri Lanka, eu égard à l'évolution de la situation dans le pays depuis la fin 
officielle  du  conflit  militaire  entre  l'armée  sri­lankaise  et  les  LTTE.  Il  a 
constaté  que  la  situation  sécuritaire  s'était  nettement  améliorée  et 
stabilisée. Les LTTE ont été vaincus militairement et ne commettent plus 
d'actes de persécution. En revanche, la situation sur le plan des droits de 

E­521/2009

Page 10

l'homme s'est aggravée, notamment à l'égard des personnes suspectées 
d'opposition  politique,  comme  les  partisans  (ou  supposés  tels)  de  l'ex­
chef  de  l'armée,  le  général  Fonseka,  des  journalistes  indépendants  et 
critiques envers  le gouvernement, des activistes en matière de droits de 
l'homme ou encore des victimes ou témoins de graves violations de droits 
de l'homme durant le conflit, susceptibles d'en donner un écho négatif. En 
outre,  certains  Tamouls  de  retour  d'exil,  dont  les  autorités  pourraient 
admettre,  en  fonction  de  circonstances  particulières,  qu'ils  ont  été  en 
contact  étroit  avec des  cadres des LTTE actifs  à  l'étranger,  peuvent  se 
prévaloir d'une crainte objectivement fondée de préjudices. 

3.3.2. Le recourant n'a cependant pas rendu vraisemblable l'existence de 
faits  dont  il  y  aurait  lieu  d'inférer  qu'il  doit  être  considéré  comme 
appartenant à un groupe à risque, au regard de la situation décrite dans 
l'arrêt précité. Comme il l'a lui­même allégué, il n'a jamais été actif sur le 
plan  politique ;  il  n'a  pas  prétendu  non  plus  être  proche  de  milieux 
critiques  du  gouvernement  ou  impliqués  dans  l'opposition  active  au 
pouvoir en place, ni au Sri Lanka ni en Suisse. Il ne présente aucun profil 
particulier susceptible de faire naître des soupçons à son encontre de la 
part des autorités de son pays d'origine. 

3.4.   Quant à  la crainte du recourant d'être victime de représailles de  la 
part  des  LTTE,  au  cas  où  ceux­ci  auraient  connaissance  de  sa 
déclaration condamnant  leurs agissements, signée sous la contrainte de 
la  police,  force  est  de  constater  que  celle­ci  n'apparaît  plus  comme 
fondée, dans le contexte actuel, et vu la défaite de cette organisation. Au 
demeurant, même en admettant  que  le  recourant  a  effectivement  signé 
une telle pièce, cette manœuvre des policiers paraît à l'évidence comme 
une mesure  d'intimidation  qui  a  perdu  toute  portée ;  en  outre  il  n'existe 
aucun  indice  au  dossier  permettant  d'affirmer  que  ceux­ci  auraient 
réellement  fait  parvenir  ce document à d'anciens  responsables de cette 
organisation.

3.5. Au vu de ce qui précède, la décision de l'ODM, en tant qu'elle refuse 
de  reconnaître  la qualité de  réfugié au  recourant et  rejette  sa demande 
d'asile,  s'avère  bien  fondée.  Partant,  le  recours  doit  être  rejeté  sur  ces 
points. 

E­521/2009

Page 11

4. 

4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 
à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 
(art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de 
l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 
RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 
séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision 
d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2 
de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en 
l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 
mesure.

5. 

5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 
exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par 
l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 
RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a 
remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le 
séjour et l’établissement des étrangers (LSEE).

5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son 
Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 
ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 
LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un 
tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des 
peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention 
du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 
fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 

E­521/2009

Page 12

guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

6. 

6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons 
de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre 
dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du 
non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de 
l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de 
l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un 
traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du 
10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements 
cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du 
Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile 
[APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624).

6.2.  Dans  le  cas  concret,  l’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au 
principe de non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le 
recourant n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays 
d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi.

6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 
droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui 
interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application 
dans le présent cas d’espèce.

6.3.1. Si  l'interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains 
(ou dégradants) s'applique  indépendamment de  la reconnaissance de la 
qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une 
extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des 
violations  de  l'art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple 
possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au 
contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à 
satisfaction  qu'il  existe  pour  elle  un  risque  réel,  fondé  sur  des  motifs 
sérieux  et  avérés,  d'être  victime  de  tortures  ou  encore  de  traitements 
inhumains ou dégradants en cas de  renvoi dans son pays.  Il en  ressort 
qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves 

E­521/2009

Page 13

ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne 
suffit  en  principe  pas  (hormis  des  cas  exceptionnels  de  violence  d'une 
extrême  intensité) à  justifier  la mise en oeuvre de  la protection  issue de 
l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement 
probable qu'elle serait visée personnellement ­ et non pas simplement du 
fait  d'un  hasard  malheureux  ­  par  des  mesures  incompatibles  avec  la 
disposition  en  question  (JICRA  1996  n°  18  consid. 14b  let. ee  p. 186s; 
cf. également  arrêt  de  la  Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  en 
l'affaire  en  l'affaire  F.H.  c/Suède  du  20 janvier  2009  et  requête 
n° 32621/06  et  en  l'affaire  Saadi  c/Italie  du  28 février  2008,  requête 
n° 37201/06).

6.3.2.  En  l’occurrence,  le  Tribunal  estime,  pour  les  mêmes  motifs  que 
ceux  exposés  au  consid.  3  ci­dessus,  que  le  dossier  ne  fait  pas 
apparaître  d'éléments  dont  il  y  aurait  lieu  d'inférer  que  le  recourant 
pourrait  être  victime,  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine,  et 
autrement  que  par  le  fait  d'un  hasard  malheureux,  de  la  torture  ou  de 
traitements  prohibés.  Il  a  quitté  son  pays  légalement  et  ne  présente 
aucun profil  politique  particulier,  n'a  fait  valoir  aucun  fait  dont  il  y  aurait 
lieu  de  déduire  un  risque  concret  qu'il  soit  personnellement  considéré 
comme  ayant  eu  des  contacts  étroits  avec  des  cadres  des  LTTE.  Le 
recourant  invoque  encore  le  risque  d'être  victime  (en  particulier  s'il 
retourne  dans  sa  région  d'origine  où  persistent  certains  foyers 
d'insécurité)  d'un  enlèvement  ou  d'un  autre  acte  criminel,  parce  que, 
revenant  de  l'étranger,  il  pourrait  être  soupçonné  d'être  dans  l'aisance 
financière.  Le  Tribunal  n'ignore  pas  que  certaines  personnes  disposant 
de  moyens  considérables,  tels  des  hommes  d'affaires  influents  ou  des 
dirigeants  d'entreprise  constituent  des  cibles  potentielles  d'enlèvements 
ou  d'autres  actes  de  chantage  dans  le  contexte  actuel  au  Sri  Lanka 
(cf. arrêt  E­6220/2006  précité,  consid.  8.5).  Cependant,  le  recourant  ne 
correspond  pas  à  ce  type  de  personnes.  Le  seul  fait  que  certains 
compatriotes  pourraient  penser  qu'il  a  acquis  une  certaine  richesse  à 
l'étranger ne suffit  pas à établir  un  risque  réel,  sérieux et  concret d'être 
victime d'actes prohibés.

6.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de 
refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du 
droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 
3 LEtr).

E­521/2009

Page 14

7. 

7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être 
raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son 
pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par 
exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou 
de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux 
« réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 
conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas 
personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de 
guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour 
qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger, 
notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles 
ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque 
cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle 
se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du 
renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse 
(ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF 
2007/10 consid. 5.1).

7.2.  Dans  son  arrêt  de  principe  E­6220/2006  précité,  le  Tribunal  a 
procédé  à  une  nouvelle  analyse  circonstanciée  de  la  situation  au 
Sri Lanka.  Il  est  arrivé  à  la  conclusion  qu'il  convenait,  vu  en  particulier 
l'amélioration  de  la  situation  sécuritaire  depuis  la  fin  officielle  du  conflit 
militaire entre l'armée sri­lankaise et  les LTTE, en mai 2009, de modifier 
sa pratique en matière d'exécution du  renvoi vers  le nord et  l'est du Sri 
Lanka, telle que définie dans la jurisprudence publiée (cf. ATAF 2008/2). 
Il considère désormais que l'exécution du renvoi est, en principe, exigible 
dans  toute  la  région  de  la  province  de  l'Est  (cf.  consid.  13.1­13.2). 
S'agissant  de  la  province  du Nord,  l'exécution  du  renvoi  est  également 
considérée comme, en principe, raisonnablement exigible – à l'exception 
de  la  région  du  Vanni,  longtemps  restée  sous  contrôle  des  LTTE  et 
présentant  des  infrastructures  particulièrement  détruites  et  des  régions 
minées – étant précisé qu'il s'impose, s'agissant de personnes provenant 
de cette province, d'évaluer avec soin les critères d'exigibilité individuels, 
en particulier lorsque les intéressés ont quitté la région depuis longtemps 
(cf. consid.  13.2).  Lorsque  l'exécution  du  renvoi  vers  cette  province 
n'apparaît  pas  comme  raisonnablement  exigible  en  fonction  de 
circonstances  personnelles  particulières  ou  en  raison  d'une  provenance 
du  Vanni,  il  convient  d'examiner  s'il  existe  une  possibilité  de  refuge 
interne  dans  une  autre  région  du  Sri  Lanka ;  celle­ci  sera  admise  en 

E­521/2009

Page 15

présence  de  facteurs  particulièrement  favorables  (cf. consid.  13.2.2  et 
13.2.2.3 i.f.).

7.3. En l'occurrence,  le recourant a déclaré venir de B._______, dans le 
district  de  Jaffna  (province  du  Nord).  Selon  les  déclarations  faites  à 
l'époque de son audition,  il y vivait avec sa mère et  l'une de ses sœurs. 
Son père serait décédé. Dans sa détermination du 30 novembre 2011, le 
recourant  a  laissé  entendre  que  sa  mère  et  sa  jeune  sœur  vivaient 
toujours  dans  cette  région.  Leur  présence  permet  de  conclure  qu'il 
dispose pour  le moins d'un point de chute à Jaffna. Cependant, comme 
lui­même,  à  l'époque  où  il  a  quitté  la  région,  vivait  de  manière 
relativement  isolée, s'occupant de son père et des terres de la famille,  il 
ne doit pas disposer d'un  réseau social particulièrement apte à  l'aider à 
trouver  un  emploi;  à  cela  s'ajoute  qu'il  n'a,  selon  ses  déclarations,  pas 
bénéficié d'une formation professionnelle et que l'expérience acquise par 
son  activité  en  Suisse  n'apparaît  pas  comme  du  type  de  celles 
susceptibles de  faciliter sa prise d'emploi dans  la région. Cependant, sa 
famille  possédait  des  terres  qui  suffisaient  à  les  faire  vivre.  Il  est  donc 
permis  de  penser  que  celles­ci  lui  permettraient,  encore  aujourd'hui, 
d'assurer sa subsistance, même à supposer qu'il ne puisse plus compter 
sur une aide  financière de  la part de sa sœur ou de son oncle vivant à 
Londres.  Au  surplus,  le  recourant  est  jeune  et  n'a  pas  allégué  de 
problème de santé particulier.

7.4. Tout bien pesé,  le Tribunal estime ainsi que l'ensemble des critères 
favorables (présence de parents, possibilité de logement, possession de 
terres assurant un certain revenu, capacités physiques et psychiques de 
l'intéressé)  l'emporte  en  l'occurrence  sur  les  éléments  (absence  d'un 
solide  réseau  social,  éloignement  du  pays,  absence  d'expérience 
professionnelle utile) susceptibles de rendre plus difficile sa réinstallation 
sur  place.  En  conclusion,  il  arrive  à  la  conclusion  que  l'exécution  du 
renvoi du recourant est raisonnablement exigible, au sens de l'art. 83 al. 4 
LEtr.  

8. 
Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour 
rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre 
toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays 
d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de 
quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des 

E­521/2009

Page 16

obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également 
possible, au sens de l'art. 83 al. 2 LEtr. 

9. 

9.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux 
dispositions légales.

9.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi 
et son exécution, doit être également rejeté.

10.  

10.1.   Au vu de l’issue de la cause,  il y aurait  lieu de mettre  les frais de 
procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 
2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens 
et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 
173.320.2).

10.2.    Toutefois,  le  recourant  a  demandé  à  être  dispensé  des  frais  en 
raison de son  indigence. Le Tribunal estime que celle­ci est établie, dès 
lors que le salaire du recourant ne lui permettrait pas d'assumer les frais 
de  procédure  sans  entamer  le minimum  nécessaire  à  la  couverture  de 
ses besoins vitaux et des autres frais indispensables. 

10.3.  Partant,  la  demande  de  dispense  des  frais  est  admise,  en 
application de l'art. 65 al.1 PA, dès lors que les conclusions du recours ne 
pouvaient être considérées comme, d'emblée, vouées à l'échec.

(dispositif page suivante) 

 

E­521/2009

Page 17

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Le recours est rejeté.

2.  
La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 

3. 
Il n'est pas perçu de frais de procédure.

4. 
Le présent arrêt est adressé au recourant, par son mandataire, à  l’ODM 
et à l’autorité cantonale compétente.

Le président du collège : La greffière :

Jean­Pierre Monnet Isabelle Fournier

Expédition :