# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 41404974-345d-5555-9385-696b49cbd69f
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2015 / 157
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2015---157_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC15.011521-150798

226 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
6 août 2015

_________________

Composition
:              Mme             
Rouleau,
présidente

             
              M.             
Hack et Mme Byrde, juges

Greffier
              :             
M.              Elsig

 

 

*****

 

 

Art.
80 al. 2 ch. 2 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
Caisse
W.________, à [...], contre le prononcé
rendu le 28 avril 2015, à la suite de l’interpellation de la poursuivie, par le Juge de paix
du district d’Aigle, dans la cause qui la divise d’avec
F.________,
à [...].

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
A la réquisition de la Caisse W.________, l’Office des poursuites du district d’Aigle
a notifié le 18 décembre 2014 à Paula Badel un commandement de payer dans poursuite n°
7'287'065 en paiement de :

 

-
639 fr. 60 avec intérêt à 5 % l’an dès le 18 mars 2015 ;

-
20 fr. sans intérêt ;

-
6 fr. 75 sans intérêt ;

 

qui
indique comme titre de la créance ou  cause de l’obligation ce qui suit :

 

« Décompte
de cotisations 3ème
trimestre 2014 personnel n° [...] du 11 septembre 2014 sous déduction des éventuels paiements/compensations
comptabilisées à la date du 16 décembre 2014

             
Taxe de sommation envoyée le 5 novembre 2014

             
Intérêts de retards arrêtés au 16 décembre 2014 »

 

             
La poursuivie a formé opposition totale.

 

             
Le 20 mars 2015, la poursuivante a requis du Juge de paix du district d’Aigle la mainlevée
définitive de l’opposition au commandement de payer susmentionné. A l’appui de
sa requête, elle a produit, outre le commandement de payer :

 

-
une copie du bulletin d’adhésion à la Caisse W.________ au nom de « V.________
SNC » signé le 18 décembre 2002 par F.________l et Q.________ ;

 

-
un extrait du Registre du commerce indiquant que V.________ SNC avait changé sa raison sociale en
U.________ SNC le 13 février 2012 ;

 

-
une copie d’un décompte de cotisations pour le troisième trimestre 2014 du 11 septembre
2014, avec indication des voies de droit, de 639 fr. 60, adressé à :

 

« Madame

             
F.________

             
F.________ ET Q.________

             
 [...]

             
 [...]

             
 [...] » ;

 

-
une copie d’un rappel du 5 novembre 2014, avec mention des voies de droit, portant sur les montants
de 639 fr. 60 et 20 fr. de taxe de sommation, dont l’adressage est identique à celui du décompte
du 11 septembre 2014 ;

 

-
une situation du compte de F.________ auprès de la poursuivante du 20 mars 2015 comportant les postes
suivants :

 

« Décompte
de cotisations 3ème
trimestre 2014 ( [...])

             
du 11 septembre 2014                           
CHF 639.60

             
Taxe de sommation du 5 novembre 2014             
CHF   20.00

             
Intérêts moratoires du 16 décembre 2014             
CHF     6.75

             
Frais de poursuites du 16 décembre 2014             
CHF   53.30

             
                           
              CHF 719.65 »

 

             
Par pli recommandé du 24 mars 2015, le Juge de paix du district d’Aigle a notifié la
requête de mainlevée à la poursuivie avec avis qu’un délai au 23 avril 2015
lui était imparti pour se déterminer et déposer toutes pièces utiles à établir
les éléments invoqués et qu’il serait statué sans audience à l’issue
de ce délai.

 

             
La poursuivie n’a pas procédé.

 

 

2.             
Par prononcé du 28 avril 2015, le Juge de
paix du district d’Aigle a rejeté la requête de mainlevée (I), fixé les frais
judiciaires à 120 fr. (II), les a mis à la charge de la poursuivante (III) et n’a pas
alloué de dépens (III).

 

             
La poursuivante a requis la motivation de cette décision le 6 mai 2015. Les motifs lui ont été
envoyés pour notification le 8 mai 2015.

 

             
En bref, le premier juge a constaté qu’il n’existait pas de déclaration d’adhésion
à la poursuivante de la poursuivie individuellement et considéré que la condition d’identité
du débiteur n’était pas réalisée.

 

 

3.             
La poursuivante a recouru le 13 mai 2015 contre
ce prononcé en concluant à ce que ses conclusions de première instance soient admises.
Elle a produit une pièce.

 

             
L’intimée F.________ n’a pas procédé.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
La requête de motivation et le recours ont
été déposés en temps utile (art. 239 al. 2 et 321 al. 2 CPC). Le recours est motivé.
Il est recevable (art. 321 al. 1 CPC).

 

             
En revanche, la pièce nouvelle produite par la recourante est irrecevable (art. 326 al. 1 CPC).

 

 

II.             
a) Aux termes de l’art. 80 LP (loi fédérale
sur la poursuite pour dettes et la faillite du 11 avril 1889; RS 281.1), le créancier au bénéfice
d’un jugement exécutoire peut requérir du juge la mainlevée définitive de l’opposition
(al. 1); sont assimilées aux jugements exécutoires, notamment, les décisions des autorités
administratives suisses (al. 2 ch. 2).

 

             
Par décision de l’autorité administrative, on entend, de façon large, tout acte
administratif imposant péremptoirement au contribuable le paiement d’une somme d’argent
à la corporation publique. Une simple disposition prise par un organe administratif, revêtue
de l’autorité administrative et donnant naissance à une créance de droit public
suffit; il n’est pas nécessaire qu’un débat ait précédé la décision.
Il importe en revanche que l’administré puisse voir, sans doute possible, dans la notification
qui lui est faite, une décision entrant en force, faute d’opposition ou de recours (TF 5P.113/2002
du 1er mai 2002; Staehelin, Kommentar zum Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, n. 120
ad art. 80 LP; Panchaud/Caprez, La mainlevée d’opposition, § 122).

 

             
En matière d'assurances sociales (AVS, Al, APG, AC et, depuis le 1er
janvier 2009, les allocations familiales),
l'assimilation des décisions administratives à un titre de mainlevée définitive résulte
du droit fédéral, soit de l'art. 54 al. 2 LPGA (loi fédérale du 6 octobre 2000
sur la partie générale des assurances sociales, RS 830.1). A cet égard, l’art. 54
al. 1 let. a LPGA prévoit que les décisions et les décisions sur opposition qui portent
condamnation à payer une somme d'argent ou à fournir des sûretés sont assimilées
aux jugements exécutoires au sens de l'art. 80 LP, pour autant qu'elles soient exécutoires,
c'est-à-dire qu'elles ne puissent plus être attaquées par une opposition ou un recours.
La décision administrative devient exécutoire après sa notification à l'administré
si celui-ci, informé de son droit de recourir, n'en a pas usé (Panchaud/Caprez, La mainlevée
d'opposition, § 133). La mainlevée est accordée sur la base de pièces établissant
l’existence de la décision administrative et le caractère exécutoire de la prestation
en argent qu’elle impose (CPF, 12 décembre 2012/513 c. IIa).

 

             
C’est à la partie poursuivante qu’il appartient de prouver, par pièces, qu’elle
est au bénéfice d’une décision au sens de l’art. 80 LP, que cette décision
a été communiquée au poursuivi et qu’elle est exécutoire ou passée en
force de chose jugée (Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite
pour dette et la faillite, n. 12 ad art. 81 LP ; Rigot, le recouvrement forcé des créances
de droit public selon le droit de poursuite pour dettes et la faillite, thèse Lausanne 1991, p.
169). Cela étant, la Cour de céans a admis que, lorsque l’autorité administrative
déclare que sa décision est exécutoire et que le poursuivi ne procède pas en première
instance, il admet implicitement qu’elle l’est, ce qui est suffisant (CPF, 11 novembre 2010/431).
Encore faut-il que l’autorité, dans un tel cas, ait au moins déclaré que la décision
n’avait pas fait l’objet d’un recours (CPF, 30 septembre 2014/335).

 

             
La mainlevée d’opposition n’est accordée que si le jugement condamne le poursuivi
à payer une somme d’argent déterminée, c’est-à-dire chiffrée. Le
juge de la mainlevée doit vérifier que la prétention déduite en poursuite ressort
du jugement qui lui est présenté. Il ne lui appartient toutefois pas de se prononcer sur l’existence
matérielle de la prétention ou sur le bien-fondé du jugement. Si ce jugement est peu clair
ou incomplet, il appartient au juge du fond de l’interpréter (ATF 138 III 583 c. 6.1.1 ;
ATF 135 III 315 c. 2.3 ; ATF 134 III 656 c. 5.3.2, JT 2008 II 94 ; TF 5A_487/2011 du 2 septembre
2011 c. 3.1 et les références ; CPF, 17 octobre 2013/411 et les références citées).

 

             
b) En l’espèce, le décompte de
cotisations du 11 septembre 2014 et le rappel du 5 novembre 2014 mentionnent les voies de droit et la
recourante a indiqué qu’ils n’avaient pas fait l’objet de recours ni d’opposition.
Ils valent donc titre à la mainlevée définitive à l’égard de leur destinataire
pour les montants de 639 fr. 60 de cotisations et de 20 fr de taxe de sommation. En ce qui concerne les
intérêts moratoires, la décision du 5 novembre 2014 est peu claire. Toutefois cette question
peut demeurer indécise dès lors que comme on le verra le recours doit être rejeté
pour un autre motif.

 

             
Le premier juge a considéré qu’il n’y avait pas identité des débiteurs
dès lors que seule la société en nom collectif était affiliée à la recourante.
Ce faisant, il a examiné le bien-fondé des décisions objets de la requête de mainlevée,
ce qui n’est pas admissible, vu la jurisprudence susmentionnée. En revanche, il est vrai que
le destinataire des décisions est indiqué de manière particulièrement peu claire.
En effet, on ignore s’il s’agit de la poursuivie personnellement ou de la société
en nom collectif – qui n’a pas la personnalité juridique, mais peut cependant acquérir
des droits, s’engager, actionner et être actionnée en justice (art. 562 CO [Code des
obligations du 30 mars 1911 ; RS 220]) – ou la poursuivie et Q.________ conjointement, voire
encore la poursuivie et la société en nom collectif conjointement, alors que le sociétaire
ne peut être recherché personnellement que s’il est en faillite ou si la société
est dissoute ou a été l’objet de poursuites infructueuses (art. 568 al. 2 CO). Dans ces
conditions il y a lieu de considérer que les décisions en cause ne permettent pas de déterminer
leur destinataire et ne valent pas titre à la mainlevée contre l’intimée. Le fait
que celle-ci aurait déjà payé des montants réclamés à la recourante ne
ressort pas du dossier de première instance et la recourante fait dès lors valoir en vain ce
moyen en deuxième instance.

 

 

III.             
En conclusion, le recours doit être rejeté
et le prononcé confirmé.

 

             
Vu le rejet du recours, les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 180
fr., doivent être mis à la charge de la recourante (art. 106 al. 1 CPC).

 

             
Il n’y a pas lieu d’allouer de dépens de deuxième instance, l’intimée
ne s’étant pas déterminée.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 180 fr. (cent huitante francs),
sont mis à la charge de la recourante Caisse W.________.

 

             
IV.             
Il n’est pas alloué de dépens de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               Le greffier
:

 

 

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Caisse W.________,

‑             
Mme F.________.

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 666 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme le Juge de paix du district d’Aigle.

 

             
Le greffier :