# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a371a57a-9f93-5571-975b-214c88ed2159
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2002-02-13
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 13.02.2002 CR.2000.0261
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_CR-2000-0261_2002-02-13.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 13 février 2002

sur le recours interjeté par X.________,
représentée par Me Cyrille Piguet, avocat à Lausanne,

contre

la décision du Service des automobiles et
de la navigation du 9 octobre 2000 lui interdisant de conduire tout
véhicule automobile sur le territoire de la Confédération helvétique et de la
Principauté du Liechtenstein pour une durée d'un mois.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Alain
Zumsteg, président; M. Jean-Daniel Henchoz et M. Panagiotis Tzieropoulos,
assesseurs. Greffière: Mme Nicole-Chantal Lanz Pleines.

Vu les faits suivants:

A.                     X.________, née le 6
août 1965, ressortissante allemande domiciliée à Y.________, est titulaire d'un
permis de conduire les véhicules de la catégorie B délivré par les autorités
allemandes le 28 septembre 1983. Le fichier suisse des mesures administratives
en matière de circulation routière ne contient aucune inscription à son sujet.

B.                    Le vendredi 4 août 2000,
vers 17h30, de jour, X.________ circulait sur la chaussée lac de l'autoroute A1
Genève/Lausanne, à la hauteur du km 57'400, district de Morges, lorsqu'elle a
été impliquée dans une collision en chaîne. Dans son rapport du 9 août 2000, la
gendarmerie vaudoise décrit les circonstances de l'accident comme suit :

"MM.
A.________, B.________, Mme C.________, M. D.________ et Mlle X.________,
circulaient dans cet ordre, sur la voie gauche, en direction de Lausanne, à une
allure variant entre 80 et 100 km/h. A la suite d'un fort ralentissement du
trafic, les trois premiers freinèrent et immobilisèrent leur véhicule. M.
D.________, malgré un freinage d'urgence, ne parvint pas à arrêter sa voiture à
temps. Celle-ci heurta l'auto C.________ qui fut projetée contre la VW Golf
Buri, laquelle heurta à son tour la BMW A.________. Quant à Mlle X.________,
qui suivait à courte distance la Lancia Santiago, elle ne put s'arrêter à temps
et percuta cette dernière avec l'avant gauche de sa VW Golf. Ensuite, les cinq
usagers s'immobilisèrent sur la voie gauche."

                        Le tracé du tronçon où
cet accident a eu lieu est rectiligne, avec une déclivité de 2% en direction de
Morges et une visibilité étendue. A cet endroit, la vitesse est limitée à 120
km/h. Il faisait beau temps et la route était sèche.

                        Interrogés par la
gendarmerie, les conducteurs impliqués ont déclaré ce qui suit :

"M.
A.________ :

"Je
circulais de Genève en direction de Lausanne, sur la voie gauche, dans une
file, à environ 80 km/h. A un certain moment, le trafic a ralenti. J'ai freiné
jusqu'à l'arrêt. L'usager qui me suivait a fait de même. Ensuite, j'ai entendu
des bruits de chocs et l'auto qui me suivait est venue me heurter. J'étais
attaché et ne suis pas blessé."

M.
B.________ :

"Je
circulais de Genève vers Lausanne, sur la voie gauche, dans une file, à 80 km/h
environ. Soudain, le trafic a ralenti. J'ai freiné jusqu'à l'arrêt. L'auto qui
me suivait a fait de même. Ensuite, j'ai entendu un bruit de choc et l'auto qui
me suivait est venue me percuter. Suite à ce heurt, j'ai été projeté contre l'auto
qui me précédait. J'étais attaché et ne suis pas blessé."

Mme
C.________ :

"Je
circulais de Genève vers Lausanne, sur la voie gauche, dans une file, à 100 -
110 km/h. Soudain le trafic a ralenti. J'ai freiné jusqu'à m'arrêter. Tout à
coup, l'arrière de ma Mazda a été violemment heurté. Suite à ce choc, j'ai été
projetée contre l'auto que je suivais et cette dernière également contre la
voiture qui la précédait. J'étais attachée et je ressens des douleurs à la
nuque. J'irai consulter un médecin."

M.
D.________ :

"Je
venais de Genève et circulais en direction de Lausanne, sur la voie gauche, en
dépassement. Vu la densité du trafic, l'allure était retombée à 80 km/h et la
circulation se déroulait en files parallèles. Je précise que je suivais la
colonne à environ dix mètres. A un certain moment, le trafic a fortement
ralenti. J'ai freiné mais n'ai pu éviter de tamponner la Mazda qui me
précédait. Suite au choc, nos véhicules s'immobilisèrent et c'est à ce moment
qu'une Golf heurta l'arrière de ma voiture. Elle devait me suivre à une dizaine
de mètres. J'étais attaché et ne suis pas blessé."

Mlle
X.________ :

"Je venais de
Nyon et circulais en direction de Lausanne, sur la voie gauche, en dépassement,
à une vitesse de 90 - 100 km/h. Je me trouvais dans une file et suivais une
Lancia à 20 - 30 mètres. Soudain, le conducteur de cette dernière freina et
heurta la voiture qui le précédait. J'ai également freiné fortement, mais
voyant que je ne parviendrais pas à m'arrêter, j'ai donné un coup de volant à
droite pour tenter d'éviter la Lancia. Malgré cette manoeuvre, l'avant gauche
de ma VW Golf heurta l'arrière de la Lancia. J'étais attachée et ne suis pas
blessée."".

                        Suite à cette
collision en chaîne, le Service des automobiles a avisé X.________ qu'il
envisageait de prononcer à son encontre une interdiction de conduire en Suisse
pour une durée d'un mois et lui a imparti un délai de dix jours pour produire
ses observations écrites.

                        Le 8 septembre 2000,
X.________ a exposé que sa faute devait être considérée comme peu grave et que
son comportement ne permettait pas de conclure que la sécurité de la route
avait été gravement atteinte. Elle a admis avoir circulé à environ 20 à 30
mètres du véhicule qui la précédait à une vitesse de 90 voire 100 km/h.
X.________ a ajouté que la distance observée était importante même si elle ne
respectait pas complètement la marge de sécurité nécessaire à cette vitesse,
mais qu'elle a néanmoins pu éviter une collision en plein en bifurquant sur la
droite afin d'éviter le véhicule conduit par M. D.________. Aussi, en l'absence
de tout antécédent, elle estime que seul un avertissement sanctionnerait son
comportement de manière adéquate.

                        Par ordonnance sans
citation du 14 septembre 2000, le Préfet du district de Morges a condamné
X.________ à une amende de 220 francs, aux frais du prononcé par 25 francs et
aux frais pour tiers par 65 francs pour avoir contrevenu aux art. 31 al. 1, 34
al. 4 et 90 al. 1 LCR, ainsi qu'aux art. 12 al. 1 et 96 OCR:

                        Nonobstant les
explications d'X.________, le Service des automobiles a, par décision du 9
octobre 2000, prononcé à son encontre une interdiction de conduire tout
véhicule automobile sur le territoire de la Confédération helvétique et de la
Principauté de Liechtenstein pour une durée d'un mois dès et y compris le 20
novembre 2000, ordonné le dépôt du permis de conduire étranger pendant la durée
de l'interdiction et mis à sa charge les frais de la procédure par 200 francs.
Le 20 octobre 2000 et sur requête d'X.________, le Service des automobiles a
prolongé au 4 décembre 2000 l'entrée en vigueur de la mesure prononcée le 9
octobre 2000.

C.                    Contre la décision
d'interdiction de conduire, X.________ a formé en recours le 30 octobre 2000. A
l'appui de son pourvoi, elle fait valoir, pour l'essentiel, que les circonstances
de l'incident du 4 août 2000 montrent que les risques qu'elle avait pris
étaient minimes, les dégâts occasionnés aux voitures étant de faible importance
et aucune personne n'ayant effectivement été blessée. La recourante allègue
avoir perçu le ralentissement du trafic, puisque celui-ci avait ralenti au
point d'atteindre la vitesse de 80 km/h. Elle estime que pour une vitesse de 80
km/h la distance à respecter entre véhicules est de 40 mètres et qu'en
circulant à 20 à 30 mètres du véhicule qui la précédait elle était proche des
40 mètres recommandés. Elle fait également valoir que la distance de 20 à 30
mètres qu'elle observait lui a permis deux manoeuvres d'évitement, à savoir un
freinage et un braquage du volant à droite. Selon elle, sa faute doit être
considérée comme légère, appréciation qui serait corroborée par la simple
contravention que lui a infligée le préfet. Enfin, X.________ fait valoir
qu'elle conduit un véhicule depuis 17 ans sans antécédent aucun, que ce soit en
Allemagne ou en Suisse. La recourante conclut ainsi principalement à
l'annulation de la décision entreprise, subsidiairement au prononcé d'un simple
avertissement.

                        Le juge instructeur a
accordé l'effet suspensif au recours le 9 novembre 2000.

                        Le Service des
automobiles a renoncé à répondre au recours.

                        Les parties n'ayant
pas requis la tenue d'une audience dans le délai qui leur a été imparti pour ce
faire, le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

1.                     Le permis de conduire peut
être retiré au conducteur qui, par des infractions aux règles de la
circulation, a compromis la sécurité de la route ou incommodé le public (art.
16 al. 2, 1ère phrase, LCR); un simple avertissement pourra être donné dans les
cas de peu de gravité (2ème phrase). Le permis de conduire doit être
retiré si le conducteur a compromis gravement la sécurité de la route (art. 16
al. 3 let. a LCR).

                        La loi fait ainsi la
distinction entre le cas de peu de gravité (art. 16 al. 2, 2ème phrase, LCR),
le cas de gravité moyenne (art. 16 al. 2, 1ère phrase, LCR) et le cas grave
(art. 16 al. 3, let. a LCR; cf. ATF 123 II 106 consid. 2a p. 109). Si la
violation des règles de la circulation n'a pas "compromis la sécurité de
la route ou incommodé le public", l'autorité n'ordonnera aucune mesure.
S'il s'agit seulement d'un cas de peu de gravité, elle donnera un
avertissement. Si le cas est de gravité moyenne, l'autorité doit faire usage de
la faculté (ouverte par l'art. 16 al. 2 LCR) de retirer le permis de conduire
(ATF 124 II 477 consid. 2a). Dans les cas graves, qui supposent une violation
grossière d'une règle essentielle de la circulation, le retrait du permis de
conduire est obligatoire en application de l'art. 16 al. 3 let. a LCR (ATF 123
II 109 consid. 2a).

                        Pour déterminer si le
cas est de peu de gravité selon l'art. 16 al. 2 LCR, il faut prendre en
considération la gravité de la faute commise et la réputation du contrevenant
en tant que conducteur de véhicules automobiles (art. 31 al. 2 OAC). La gravité
de la mise en danger du trafic n'est prise en compte que dans la mesure où elle
est significative pour la faute; ainsi, lorsque la faute est légère et que le
contrevenant jouit depuis longtemps d'une réputation sans taches en tant que
conducteur, le prononcé d'un simple avertissement n'est pas exclu même si
l'atteinte à la sécurité de la route a été grave (ATF 125 II 561). Par
ailleurs, il ne saurait être question de tenir compte des besoins
professionnels de l'intéressé, ceux-ci ne jouant un rôle que lorsqu'il s'agit
de fixer la durée du retrait (JdT 1992 I 698).

2.                     L'art. 31 al. 1 LCR
dispose que le conducteur devra rester constamment maître de son véhicule de
façon à pouvoir se conformer aux devoirs de la prudence. Aux termes de l'art.
34 al. 4 LCR, le conducteur doit observer une distance suffisante envers tous
les usagers de la route, notamment pour croiser, dépasser et circuler de front
ou lorsque les véhicules se suivent. Cette disposition est complétée par l'art.
12 al. 1 OCR qui prescrit que, lorsque des véhicules se suivent, le conducteur
se tiendra à une distance suffisante du véhicule qui précède, afin de pouvoir
s'arrêter à temps en cas de freinage inattendu.

                        En l'espèce, la
recourante a commis deux infractions à la loi sur la circulation routière,
d'une part en ayant circulé à une distance insuffisante de véhicule qui la
précédait (art. 34 al. 4 LCR), d'autre part en ayant perdu la maîtrise de son
véhicule (art. 31 al. 1 LCR). La recourante a admis à l'égard des gendarmes,
ainsi que du Service des automobiles, qu'elle avait circulé à une distance de
20 à 30 mètres du véhicule qui la précédait alors que sa vitesse était de 90
voire 100 km/h. Elle prétend toutefois tirer argument du fait que cette
distance n'était pas considérablement inférieure à celle parfois recommandée selon
la formule "½ tachy" (30 mètres à 60 km/h, 40 mètres à 80
km/h, etc. avec le conseil de calculer plus largement au-delà de 100 km/h),
formule qui comporte une certaine marge de sécurité. Ce raisonnement ne résiste
pas à l'examen. Une voiture roulant à 90 km/h parcourt 25 mètres par seconde;
en suivant le véhicule qui la précédait à une distance de 20 ou 30 mètres, la
recourante se plaçait manifestement dans l'impossibilité de réagir efficacement
en cas de freinage brusque de ce véhicule. Elle a ainsi pris le risque de
compromettre sérieusement la sécurité du trafic, car il est notoire que la
distance insuffisante constitue une des principales causes d'accidents sur
l'autoroute. Un tel comportement va clairement à l'encontre des règles
élémentaires de prudence que se doit de respecter tout conducteur circulant sur
l'autoroute (arrêt CR 98/0041 du 21 janvier 1999; 98/0148 du 19 août 1998).

3.                     En l'occurrence, le
Préfet du district de Morges, sans avoir entendu la recourante, lui a infligé
une amende de 220 francs. Bien que cette décision ne soit pas motivée, on peut
en déduire que l'autorité pénale a qualifié de légère la faute commise par la
recourante. En effet, le préfet a traité l'accident survenu le 4 août 2000
comme une simple contravention qu'il a sanctionnée par une amende fixée bien en
dessous du maximum de 5'000 francs prévu par la loi (art. 106 al. 1 CP).
Néanmoins l'autorité administrative peut s'écarter du jugement pénal si elle
est en mesure de fonder sa décision sur des constatations de fait inconnues du
juge pénal ou qu'il n'a pas prises en considération, s'il existe des preuves
nouvelles dont l'appréciation conduit à un autre résultat, si l'appréciation à
laquelle s'est livré le juge pénal se heurte clairement aux faits constatés ou
si le juge pénal n'a pas élucidé toutes les questions de droit, en particulier
celles qui touchent à la violation des règles de circulation (ATF 119 Ib 158,
consid. 3). Force est d'admettre que l'appréciation à laquelle s'est livré le
préfet se heurte clairement aux faits constatés et admis par la recourante.
Circuler sur autoroute à une allure de 90 voire 100 km/h, à une distance de 20
à 30 mètres du véhicule qui précède, puis perdre la maîtrise de son automobile
suite au brusque freinage du véhicule précédent ne constitue en aucun cas une
faute qui puisse être qualifiée de légère. Il s'ensuit que le tribunal est
fondé à retenir, contrairement à la décision préfectorale, une faute de moyenne
gravité, ce qui exclut d'emblée le prononcé d'un simple avertissement. Partant,
c'est à bon droit que le Service des automobiles a prononcé un retrait du
permis de conduire.

4.                     S'agissant de la durée
de la mesure, l'autorité intimée s'en est tenue au minimum prévu par l'art. 17
al. 1 lit. a LCR. Il n'y a dès lors pas lieu d'examiner les conséquences
pratiques du retrait pour la recourante.

5.                     Conformément aux art.
38 et 55 de la loi sur la juridiction et la procédure administratives du 18
décembre 1989 (LJPA), un émolument sera mis à la charge de la recourante
déboutée, qui n'a pas droit à des dépens.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le
recours est rejeté.

II.                     La
décision du Service des automobiles et de la navigation du 9 octobre 2000 est
confirmée.

III.                     Un
émolument de 600 (six cents) francs est mis à la charge de la recourante.

IV.                    Il
n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 13 février 2002

Le président:                                                                                             La
greffière:

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans
les trente jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif au
Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux articles 24 al. 2 et 6
LCR (RS 741.01) et 103 ss de la loi fédérale d'organisation judiciaire (RS
173.110)