# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** f0da59e2-445b-5857-aa6d-164fbe0a61e1
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-01-20
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 20.01.2004 CR.2003.0251
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_CR-2003-0251_2004-01-20.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 20 janvier 2004

sur le recours interjeté par X.________
à ********,

contre

la décision du Service des automobiles et
de la navigation du 9 décembre 2003 lui retirant à titre préventif son
permis de conduire et lui interdisant de conduire les véhicules à moteur des
catégories spéciales F/G/M.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Alain
Zumsteg, président; M. Jean-Daniel Henchoz et M. Jean-Claude Favre,
assesseurs. Greffière: Mme Nicole-Chantal Lanz Pleines.

Vu les faits suivants:

A.                     X.________, né le 15
avril 1970, est titulaire d'un permis de conduire des catégories A1, B, BE, B1,
D1, D1E, F, G et M depuis le 25 novembre 1991. Le fichier des mesures
administratives ne contient aucune inscription le concernant.

B.                    Le mardi 25 novembre
2003, à 21h 09, de nuit, X.________ a circulé à la vitesse de 187 km/h, marge
de sécurité séduite, sur l'autoroute A1 (Lausanne/Berne), chaussée Alpes,
district de Payerne, dès le km 120 (Payerne-Avenches). Le rapport de la
gendarmerie vaudoise du 28 novembre 2003 expose les faits de la manière
suivante :

"A
bord de la Volvo de service Jt 660, nous étions arrêtés à la jonction de
Payerne et observions le trafic s'écoulant vers Berne. Soudain, notre attention
a été attirée par la VW Golf précitée, conduite à vive allure par M.
X.________. Immédiatement poursuivie, cette voiture ne fut rattrapée qu'aux
environs de l'endroit précité puis suivie en distance libre sur un tronçon de
3'048 mètres. Les données suivantes ont été enregistrées au moyen du
tachygraphe Multagraph T21-4.1B no 90, équipant notre véhicule
(protocole d'enregistrement joint) :

Vitesse maximale autorisée :                                                                  120
km/h

Vitesse moyenne étalonnée :                                                                  199
km/h

Vitesse
prise en considération (marge de sécurité déduite –6%) :              187
km/h

M.
X.________ a donc dépassé la vitesse maximale prescrite de 67 km/h.

Au moment des faits,
il faisait beau, la chaussée était sèche et le trafic de faible densité."

                        Interpellé par la
gendarmerie, X.________ a fait la déclaration suivante :

"Je venais
d'Yverdon-les-Bains et me rendais à Morat. Sur l'autoroute, je savais que je
roulais à plus de 120 km/h mais je ne peux préciser la vitesse exacte. J'ai
pris connaissance de la bande d'enregistrement qui mentionne une vitesse nette
moyenne de 187 km/h sur 3'048 mètres.".

                        X.________ n'étant pas
porteur de son permis de conduire au moment des faits, les gendarmes lui ont
notifié sur-le-champ une interdiction de conduire les véhicules automobiles.
Selon le rapport de la gendarmerie, l'intéressé a admis les faits et s'est
montré d'une parfaite correction.

C.                    Le 4 décembre 2003, Le
Service des automobiles a confirmé l'interdiction de conduire qui lui avait été
notifiée par la gendarmerie et requis de X.________ le dépôt immédiat de son
permis de conduire.

                        Par décision du 9
décembre 2003, le Service des automobiles a ordonné le retrait à titre
préventif du permis de conduire les véhicules automobiles de X.________ et lui
a interdit de conduire les véhicules à moteur des catégories spéciales F, G et
M.

D.                    Contre cette décision,
X.________ a formé un recours le

12 décembre 2003. A l'appui de son pourvoi, il fait valoir qu'il est
entrepreneur indépendant d'une entreprise de nettoyage, qu'il n'a aucun
antécédent, qu'il est père de quatre enfants, dont un bébé d'un mois, et que
son épouse n'est pas titulaire d'un permis de conduire. Il ajoute qu'il assume
entièrement sa faute, qu'il est conscient du danger représenté et que c'est la
première et dernière fois qu'il commet un tel excès de vitesse, car il ne
souhaite pas mettre en danger les autres usagers de la route. Le recourant
allègue avoir besoin de son permis de conduire aussi bien dans le cadre de son
entreprise que pour des besoins familiaux.

                        Le 9 janvier 2004, le
juge instructeur a accordé l'effet suspensif au recours et son permis de
conduire a été restitué au recourant. Ce dernier a effectué l'avance de frais
qui avait été requise.

                        Le tribunal a délibéré
par voie de circulation et décidé de rendre le présent arrêt.

Considérant en droit:

1.                     En vertu de l'art. 16
al. 1er LCR, les permis et les autorisations seront retirés lorsque l'autorité
constate que les conditions légales de leur délivrance ne sont pas ou plus
remplies. Aux termes de l'art. 35 al. 3 OAC, le permis de conduire peut être
retiré immédiatement, à titre préventif, jusqu'à ce que les motifs d'exclusion
aient été élucidés. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait
préventif peut être ordonné dès qu'il existe des éléments objectifs qui font
apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les
autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude
à conduire (ATF 125 II 492; ATF 122 II 359).

                        Malgré le silence de
l'art. 35 al. 3 OAC sur ce point, le retrait préventif ne peut toutefois être
ordonné que si l'urgence justifie que l'on prive le conducteur de la
possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier
complet. L'instruction doit se poursuivre alors sans désemparer. Ce qui caractérise
les motifs du retrait préventif, c'est à la fois l'importance des craintes que
suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la
circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait
immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance
l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du
conducteur (arrêt CR 96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt
CR 97/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 97/263 du 14 novembre 1997).

2.                     La mesure de retrait
préventif contestée par X.________ fait suite à une dénonciation de la
gendarmerie vaudoise, le Service des automobiles considérant que le grave excès
de vitesse commis par le recourant fait naître des doutes sur son aptitude à
conduire en toute sécurité et sans réserve des véhicules automobiles.

                        Le grave excès de
vitesse commis par le recourant sur autoroute, à savoir 67 km/h, qui plus est
de nuit, constitue assurément une infraction qui doit entraîner un retrait
d'admonestation, mais qui, en elle-même, ne dénote pas chez son auteur une
inaptitude caractérisée à se comporter habituellement de manière correcte et
sûre dans le trafic routier. Le fait qu'un conducteur enfreigne gravement une
règle de la circulation routière ne suffit pas en soi à mettre en cause son
aptitude générale à la conduite. Il se peut certes que l'ensemble des
circonstances de l'infraction suscite des doutes sur cette aptitude. Tel n'est
pas le cas en l'espèce. Lors de son interpellation par les gendarmes, le
recourant a déclaré qu'il savait qu'il roulait à plus de 120 km/h, sans pouvoir
préciser la vitesse exacte. Confronté à la bande d'enregistrement, il a reconnu
les faits et s'est montré d'une parfaite correction. Rien dans le rapport de
police ne laisse supposer qu'il n'était pas capable d'évaluer la situation ou
qu'il tentait de minimiser la gravité de ses actes et n'était pas conscient de
la gravité de la faute commise. Au surplus, le recourant n'a pas d'antécédents
connus en douze ans de conduite automobile en Suisse. Dès lors, en l'absence
d'indices concrets qui permettraient de concevoir le soupçon d'une inaptitude
psychique ou caractérielle si manifeste qu'il apparaîtrait urgent d'écarter le
recourant de la circulation dans le but de préserver la sécurité des autres
usagers, une mesure de retrait préventif n'est pas justifiée.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
admis.

II.                     La décision de
Service des automobiles et de la navigation du 9 décembre 2003 est annulée.

III.                     Il n'est pas
perçu d'émolument judiciaire, ni alloué de dépens.

Lausanne, le 20 janvier 2004

Le président:                                                                                             La
greffière:

                                                                                                                  

 

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans
les dix jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif
au Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux articles 24 al. 2 et
6 LCR (RS 741.01) et 103 ss de la loi fédérale d'organisation judiciaire (RS
173.110)