# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 20b1eb64-2a05-5615-8c76-e2a0a37c4cd7
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2014 / 66
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2014---66_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PT11.044481-132323

31 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
16 janvier 2014

__________________

Présidence
de              M.             
COLOMBINI,
président

Juges             
:              M.             
Giroud et Mme Crittin Dayen

Greffière             
:              Mme             
Vuagniaux

 

 

*****

 

 

Art.
14 al. 2 et 33 LCA

 

 

             
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par G.________,
à Conthey, demandeur, contre le jugement rendu le 15 janvier 2013 par la Chambre patrimoniale cantonale
dans la cause divisant l’appelant d’avec P.________SA,
à Lausanne, intimée, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

A.             
Par jugement du 15 janvier 2013, dont la motivation a été notifiée aux parties le 22 octobre
2013, la Chambre patrimoniale cantonale a rejeté la conclusion prise par le demandeur G.________
contre la défenderesse P.________SA, selon demande du 10 novembre 2011 (I), dit que les frais judiciaires,
arrêtés à 11'500 fr., sont mis à la charge du demandeur (II) et dit que le demandeur
doit verser à la défenderesse la somme de 200 fr. à titre de dépens (III).

 

             
En droit, les premiers juges ont considéré que la violation grave de l’art. 90 al. 2
LCR (loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière ; RS 741.01)
constituait un délit au sens de l’art. 10 al. 3 CP (Code pénal suisse du 21 décembre
1937 ; RS 311.0). G.________ avait commis plusieurs violations graves de règles fondamentales
de la circulation (dépassement téméraire, avec excès de vitesse important et franchissement
d’une ligne de sécurité, sans tenir compte de l’arrivée d’un véhicule
en sens inverse) et avait agi intentionnellement en ayant conscience d’adopter un comportement
que la loi proscrivait. La clause d’exclusion de l’art. 8 let. f des conditions générales
d’assurance (ci-après : CGA) – selon lesquelles les crimes ou délits commis
intentionnellement par l’assuré sont exclus de l’assurance – devait être
interprétée d’après le sens que les mots employés avaient généralement
dans le langage courant. Le comportement de l’assuré constituait un délit intentionnel
dans l’acception générale et usuelle, de sorte que celui-ci n’avait droit à
aucune prestation.

 

B.             
Par acte du 19 novembre 2013, G.________ a fait
appel de ce jugement en concluant, sous suite de frais et dépens, principalement à sa réforme
en ce sens que P.________SA est reconnue sa débitrice de la somme de 315'000 fr., avec intérêts
à 5 % l’an dès le 18 mai 2009, ainsi que de dépens de première instance
fixés à dire de justice, les frais judiciaires de première instance étant mis à
la charge de la défenderesse. Il a conclu subsidiairement à l’annulation du jugement,
la cause étant renvoyée à la Chambre patrimoniale cantonale pour nouvelle décision
dans le sens des considérants.

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits suivants, sur la base du jugement complété par les
pièces du dossier :

 

1.             
Le 12 juin 2004, G.________, né le [...] 1978, a souscrit auprès de [...], une proposition
d’assurance individuelle contre les accidents. La somme assurée en cas d’invalidité
était de 100'000 fr. et les CGA, édition 87, étaient applicables.

 

             
Le 1er
janvier 2005, le portefeuille d’assurance de [...], a été transféré à
P.________SA, qui s’est subrogée au premier assureur dans tous ses droits et obligations.
Bien que dans l’impossibilité de produire la police d’assurance de G.________, P.________SA
a confirmé, par lettre du 25 avril 2012, que la teneur de la police était celle de la proposition
d’assurance, s’agissant notamment des prestations assurées et de la prime.

 

             
Les art. 8 et 9 CGA disposaient ce qui suit :

 

« 8.             
Exclusions

Sont
exclus de l’assurance les accidents survenant :

(…)

f)
résultant de crimes ou de délits commis intentionnellement par l’assuré ;

(…).

 

9.             
Extension de la garantie

9.1             
 [...] renonce (…)

b)
à invoquer le droit que lui confère la loi de réduire ses prestations si elles deviennent
exigibles par suite d’une faute grave du preneur, de l’assuré ou de l’ayant droit
(…) »

 

2.             
Par ordonnance du 8 décembre 2008, le Juge d’instruction de l’arrondissement du Nord
vaudois a déclaré G.________ coupable de violations simple et grave des règles de la circulation
au sens de l’art. 90 al. 1 et 2 LCR, pour infraction des art. 31 al. 1 LCR (maîtrise du véhicule),
32 al. 1 LCR (vitesse), 34 LCR (circulation à droite) et 35 LCR (croisement et dépassement).
Il l’a toutefois exempté de toute peine pour avoir subi lourdement et directement les conséquences
de ses fautes. Les circonstances de l’accident étaient décrites comme il suit dans cette
décision :

 

« 1.
Le vendredi 20 juillet 2007 vers 15h20, l’inculpé G.________ circulait de son domicile à
[...] en direction de Moudon au guidon du motocycle de marque Honda CB600F Hornet, immatriculé [...].
Après s’être engagé sur la route de Berne, à la hauteur de Corcelles-le-Jorat,
il a fait un arrêt à proximité de l’intersection de la route pour Mézières,
avant de redémarrer et de rouler en direction de Moudon à la vitesse de 80-90 km/h. Peu avant
le pont de Bressonnaz, sur un tronçon rectiligne, il a accéléré fortement, portant
son allure à quelque 140-160 km/h, et a dépassé des véhicules malgré la présence
de flèches de rabattement lui indiquant qu’il devait reprendre sa droite. Il a poursuivi sa
manœuvre de dépassement en franchissant la ligne de sécurité séparant les deux
courants du trafic, roulant ainsi à gauche de cette marque, soit sur la voie réservée
aux usagers survenant en sens inverse. Alors qu’il dépassait la voiture circulant en tête
de file, les yeux rivés sur le compteur de vitesse et en position de recherche de vitesse, G.________
n’a pas remarqué le véhicule articulé qui arrivait normalement en sens inverse,
conduit par [...]. Celui-ci, voyant le motard arriver à vive allure contre son poids lourd, a effectué
un freinage d’urgence, klaxonné et fait des appels de phares, tout en serrant sa droite. Malgré
cela, G.________ a remarqué trop tard la présence de cet engin et n’a pas eu le temps
de réagir, de sorte qu’il a heurté son angle avant gauche avec sa main et sa jambe gauches.
Simultanément, le motocycle a percuté et longé le côté gauche du semi-remorque.
A la suite de ce très violent choc, G.________ a été projeté et s’est retrouvé
couché sur le dos, quelque 60 mètres plus loin. »

 

3.             
Par lettre du 26 novembre 2008, G.________ a réclamé à P.________SA un acompte 150'000
fr. à valoir sur le capital invalidité. Cette assurance lui a répondu le 12 février
2009 qu’elle refusait ses prestations au vu de son comportement délictuel et de l’art.
8 CGA.

 

4.             
Par demande du 10 novembre 2011, G.________ a conclu, avec dépens, au versement par P.________SA
de la somme de 315'000 fr., avec intérêts à 5 % l’an dès le 18 mai 2009.

 

             
Dans sa réponse du 27 janvier 2012, P.________SA a conclu au rejet de cette demande.

 

 

             
En droit
:

 

1.             
Formé en temps utile (art. 311 al. 1 CPC
[Code de procédure civile du 19 décembre 2010 ; RS 272]) par une partie qui y a intérêt
(art. 59 al. 2 let. a CPC), contre une décision finale de première instance rendue dans une
cause patrimoniale dont la valeur litigieuse, au dernier état des conclusions devant le tribunal
de première instance, est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al. 1 let. a et al. 2 CPC), l'appel est
recevable.

2.             
L'appel peut être formé pour violation
du droit ou pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L'autorité d'appel peut revoir
l'ensemble du droit applicable, y compris les questions d'opportunité ou d'appréciation laissées
par la loi à la décision du juge, et doit le cas échéant appliquer le droit d'office
conformément au principe général de l'art. 57 CPC. Elle peut revoir librement l'appréciation
des faits sur la base des preuves administrées en première instance (JT 2011 III 43 c. 2 et
les réf.).

 

3.             
a)
L’appelant soutient tout d’abord que la clause d’exclusion de l’art. 8 let. f
CGA n’est pas conforme à l’art. 33 LCA (loi fédérale du 2 avril 1908 sur le
contrat d'assurance ; RS 221.229.1), de sorte qu’elle ne déploierait aucun effet.

 

             
b)
Selon l’art. 33 LCA, l'assureur répond de tous les événements qui présentent
le caractère du risque contre les conséquences duquel l'assurance a été conclue,
à moins que le contrat n'exclue certains événements d'une manière précise, non
équivoque. Si l’assureur entend apporter des restrictions ou des exceptions, il lui incombe
de le dire clairement. Lorsque l'assureur, au moment de conclure, présente des conditions générales,
il manifeste la volonté de s'engager selon les termes de ces conditions ; si une volonté
réelle concordante n'a pas été constatée, il faut donc se demander comment le destinataire
de cette manifestation de volonté pouvait la comprendre de bonne foi. Cela conduit à une interprétation
objective des termes contenus dans les conditions générales, même si elle ne correspond
pas à la volonté intime de l'assureur. Il en résulte que le preneur d'assurance est couvert
contre le risque tel qu'il pouvait le comprendre de bonne foi à la lecture des conditions générales.
Conformément au principe de la confiance, c'est à l'assureur qu'il incombe de délimiter
la portée de l'engagement qu'il entend prendre et le preneur n'a pas à supposer des restrictions
qui ne lui ont pas été clairement présentées (ATF 133 III 675 c. 3.3 ; sous
une forme résumée : ATF 135 III 410 c. 3.2).

 

             
Une clause d’exclusion ne doit pas être considérée comme confuse ou équivoque
du simple fait qu’elle contient une notion rendant nécessaire une interprétation en cas
d’application (RBA XIII no 113 ;
Carré, Loi fédérale sur le contrat d’assurance, p. 247). Il suffit que la catégorie
d’exclusion soit décrite de manière suffisamment précise pour qu’il ne subsiste
aucun doute, compte tenu du contexte, sur l’étendue du risque assuré (ATF 118 II 342
c. 1a). Ainsi, est admissible la clause des CGA excluant l’état d’ivresse « avancé »,
l’assuré présentant une alcoolémie de plus de 2 ‰ dans le sang réunissant
les conditions pour une telle exclusion (RBA XV no 100,
pp. 542-543). Une clause excluant la couverture en cas d’ivresse « manifeste »
est en soi admissible, mais vise un degré d’ivresse reconnaissable pour chacun à ses
signes apparents, le seul taux d’ivresse même important n’étant pas suffisant (ATF
85 II 248 c. 1).

 

             
L’interprétation d’une clause d’exclusion se fait d’après le sens que
les mots employés ont généralement dans le langage courant (ATF 104 II 281 c. 2, JT 1980
I 9). Ainsi, lorsqu’un contrat d’assurance définit l’étendue du risque assuré
en recourant à des notions juridiques, les mots utilisés n’auront leur sens technique
que si l’acception générale et usuelle de ces termes est la même. Par exemple, dans
un « crime ou délit commis intentionnellement », les profanes verront une infraction
d’une certaine gravité, sans qu’on puisse leur opposer une notion tirée d’un
droit pénal qu’ils ne connaissent en général pas du tout (ATF 115 II 264 c. 5, JT
1990 I 57). Dans l’arrêt précité, le Tribunal fédéral n’a pas considéré
que la clause d’exclusion pour les dommages causés en cas de commission intentionnelle d’un
crime ou d’un délit serait en tant que telle trop imprécise pour déployer des effets.

 

             
c)
Pour l’appelant, il serait justement équivoque ou imprécis en matière de circulation
routière d’exclure les conséquences d’un délit au sens courant, puisque cette
notion n’est en elle-même pas suffisamment délimitée : à titre d’exemple,
elle ne permettrait pas de désigner l’excès de vitesse qui, par son ampleur, justifierait
une exclusion.

 

             
En réalité, il n’y a pas à faire application de la règle des clauses ambiguës
lorsque l’incertitude porte sur la question de savoir si une règle en soi claire doit être
appliquée à un cas particulier (Fuhrer Stephan, Schweizerisches Privatversicherungsrecht, 2011,
n. 8.70). Tel est le cas en l’espèce, où la notion de délit commis intentionnellement
ne prête pas à confusion, ni ne donne lieu à des interprétations divergentes, mais
où il s’agit de décider si elle s’applique au comportement de l’appelant.
C’est dans le cadre d’une telle décision d’application, ainsi pour reprendre l’exemple
proposé par l’appelant en présence d’un excès de vitesse, qu’il peut
être délicat, selon l’intensité du manquement, de qualifier le comportement visé
de délit intentionnel et non pas seulement de faute grave. Mais que le domaine de la circulation
routière puisse présenter des états de fait qu’il n’est pas aisé de rattacher
d’emblée à l’une de ces catégories ne rend pas pour autant la clause litigieuse
ambiguë. Qu’elle soit claire en elle-même se vérifie d’ailleurs dans le fait
qu’en l’occurrence, les agissements de l’appelant peuvent être qualifiés
sans discussion de délit intentionnel. C’est dès lors à tort que l’appelant
prétend que la clause d’exclusion serait dépourvue de tout effet. Elle est susceptible
d’interprétation qui permet d’en cerner suffisamment les contours dans un cas d’espèce.

 

             
Pour le surplus, l’appelant ne remet à juste titre pas en cause l’interprétation
faite par les premiers juges de cette clause, qui ne vise pas toutes les fautes graves de circulation
au sens juridique du terme, mais uniquement celles perçues par des profanes comme constituant un
délit. Tel est le cas de celui qui, commettant un excès de vitesse particulièrement important
ou effectue des dépassements téméraires, s’accommode d’un fort risque d’accident
pouvant entraîner de graves blessures ou la mort. En l’espèce, l’appelant, au guidon
de sa moto, a circulé à une vitesse de 140-160 km/h, alors qu’elle était limitée
à 80 km/h, et a dépassé des véhicules de manière particulièrement dangereuse,
malgré la présence de flèches de rabattement lui indiquant qu’il devait reprendre
sa droite, poursuivant même sa manoeuvre de dépassement en franchissant la ligne de sécurité
séparant les deux courants de trafic, pour finalement heurter le véhicule qui arrivait normalement
en sens inverse. On ne saurait sérieusement contester qu’un tel comportement, qui, s’il
avait été commis après le 1er
janvier 2013, aurait été passible d’une peine privative de liberté d’un à
quatre ans (art. 90 al. 3 et 4 LCR, en vigueur depuis le 1er
janvier 2013), soit perçu par des profanes comme constituant un délit.

 

4.             
L’appelant prétend ensuite que la clause d’exclusion est insolite, dès lors que,
contrairement à ce qui est le cas en matière d’assurance de responsabilité civile
– où l’assuré ne peut délibérément porter atteinte aux intérêts
d’autrui sans en subir les conséquences financières –, un délit intentionnel
est sans pertinence dans le cadre d’une assurance-accidents puisqu’il s’agit d’un
élément étranger au risque assuré et que cela n’accroît en rien celui-ci.

 

             
La validité d’une clause contenue dans des conditions générales est limitée
par la règle de la clause insolite, selon laquelle une telle clause n’est admissible que si
la partie réputée faible ou moins expérimentée a été spécialement
mise en garde à son sujet. Pour être insolite, la clause doit conduire à un changement
essentiel du caractère du contrat ou s’écarter de manière sensible du cadre légal
pour ce type de contrat (ATF 135 III 1 c. 2.1 ; ATF 135 III 225 c. 1.3 ; ATF 138 III 411
c. 3.1). Ainsi a été jugée insolite la clause qui exclut le droit de résiliation
du preneur d’assurance dans l’hypothèse où l’assureur adapte le contrat à
la suite d’une décision de l’autorité (ATF 135 III 1) ou encore la clause prévoyant
que les indemnités journalières dues pour cause de maladie sont réduites de moitié
en cas de maladie psychique (ATF 138 III 411). Est insolite la disposition qui est étrangère
à la nature même de la convention et qui est susceptible de provoquer la surprise chez une
partie faible ou inexpérimentée (Brulhart Vincent, Droit des assurances privées, 2008,
p. 129).

 

             
Rien de tel ne peut être retenu en l’espèce, où, si la clause litigieuse se réfère
à un élément étranger au risque assuré comme le relève l’appelant,
aucune surprise ne peut être générée chez un assuré, fût-il faible ou inexpérimenté,
puisqu’il ne peut prétendre être en droit de commettre un délit intentionnel. Or,
l’appelant reconnaît lui-même que son comportement constitue clairement une infraction
(cf. appel, p. 4 in fine).

 

5.             
L’appelant soutient en outre que la clause litigieuse entre en contradiction avec la règle
de réduction pour faute grave de l’art. 9 CGA. Il considère que le preneur d’assurance
ne peut comprendre cette règle qu’en ce sens que son éventuelle faute grave n’aura
pas de conséquence négative sur les prestations, même si elle est à l’origine
de l’accident. En d’autres termes, si le délit intentionnel implique une faute grave,
on ne pourrait faire abstraction de celle-ci sans faire de même pour le délit intentionnel.

 

             
En réalité, comme l’ont exposé les premiers juges, il peut y avoir faute grave de
la circulation, qui n’exclut pas la garantie, ainsi par exemple une erreur d’attention ou
une vitesse inadaptée, sans pour autant que les profanes y voient une infraction d’une certaine
gravité, à savoir un délit commis intentionnellement au sens de ces termes dans le langage
courant. On ne saurait donc dire que le système des CGA est incohérent.

 

6.             
L’appelant soutient encore qu’en ce qui concerne la rédaction des CGA, le lecteur moyen
doit comprendre que l’art. 8 let. f CGA définit les cas où le risque assuré n’est
pas couvert en cas de délit ou crime intentionnel et que l’art. 9 CGA définit les cas
pour lesquels les prestations sont dues sans réduction, même si l’art. 14 al. 2 LCA dit
en principe le contraire en cas de faute grave. Ainsi, sauf à adopter une attitude incohérente,
si l’assureur veut limiter, voire exclure ses prestations lorsque l’accident est causé
par l’inconscience ou la témérité de l’assuré, il ne saurait alors renoncer
à l’application de l’art. 14 al. 2 LCA qui vise précisément à sanctionner
les assurés qui, dans le cadre de l’assurance-accidents, se mettent inutilement en danger.
L’appelant estime que la clause d’exclusion de l’art. 8 let. f CGA est insolite pour
ce motif.

 

             
Il n’y a cependant rien d’insolite à exclure de la couverture certains actes d’une
gravité particulière, soit ceux perçus par des profanes comme constituant un délit,
quand bien même l’assureur renoncerait en principe à réduire ses prestations en
cas de faute grave. D’une part, s’agissant d’une exclusion, la question de la gravité
de la faute ne joue pas de rôle, l’éventuelle sanction – ou son absence, en vertu
d’une clause des CGA par laquelle l’assureur renonce à se prévaloir de la faute
grave – ne pouvant se poser que lors d’un sinistre assuré et non d’un sinistre
exclu (Brehm, L’assurance privée contre les accidents, n. 76, pp. 67-68). D’autre part,
le champ d’application des deux règles n’étant pas identique, il n’y a rien
d’incohérent à limiter la renonciation à se prévaloir de la faute grave de
l’assuré, ce que permet la règle dispositive de l’art. 14 al. 2 LCA, en excluant
de la couverture les actes constituant des délits intentionnels. Il est au contraire sensé
qu’un assureur, qui n’est pas obligé de prévoir une renonciation à se prévaloir
de la faute grave, limite les contours de cette renonciation et en exclue les cas de délit intentionnel.
En d’autres termes, l’assuré ne peut prétendre faire de son assureur un partenaire
lors de la commission d’un délit intentionnel.

 

7.             
Au vu de ce qui précède, l’appel doit être rejeté dans la procédure de
l’art. 312 al. 1 CPC et la décision entreprise confirmée.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance
sont arrêtés à 4’150 fr. (art. 62 al. 1 TFJC [tarif des frais judiciaires civils
du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]) et mis à la charge de l'appelant, qui succombe (art.
106 al. 1 CPC).

 

             
N'ayant pas été invitée à se déterminer, l'intimée n’a pas droit
à des dépens.

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l'art. 312 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
Le jugement est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 4'150 fr. (quatre mille cent
cinquante francs), sont mis à la charge de l’appelant G.________.

 

             
IV.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
20 janvier 2014

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

             
La greffière :

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Alexandre Guyaz (pour G.________)

‑             
P.________SA

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est de 315’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Chambre patrimoniale cantonale

 

             
La greffière :