# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d97de8b2-ebd9-5ded-9462-d5f5287f8014
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2012 / 239
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2012---239_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JY12.008862-120577

134 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
17 avril 2012

_________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              MM.             
Winzap et Pellet 

Greffier
              :             
M.              Elsig

 

 

*****

 

 

Art.
80 al. 6 let. a LEtr

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
I.________,
actuellement détenu dans les locaux de l'Etablissement de Frambois, à Vernier,  contre l’ordonnance
de mise en détention administrative rendue le 9 mars 2012 par le Juge de paix du district de Lausanne
dans la cause le concernant, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
Par ordonnance du 9 mars 2012, dont la motivation a été envoyée le 12 mars 2012 pour notification,
le Juge de paix du district de Lausanne a ordonné la mise en détention dès le 9 mars 2012
pour une durée de six mois de I.________, né le 1er
janvier 1973, originaire du Nigeria.

 

             
En droit, le premier juge a considéré que, tant par ses déclarations que par son comportement,
I.________ avait démontré qu'il n'avait pas l'intention de collaborer à son départ
et relevé qu'il serait examiné par un médecin à l'établissement de Frambois.

 

 

B.             
I.________ a recouru le 22 mars 2012 contre cette ordonnance en concluant, avec dépens, principalement
à son annulation, sa libération immédiate étant ordonnée et, subsidiairement,
à son annulation et au renvoi de la cause au premier juge pour nouvelle instruction et nouvelle
décision. Il a requis que l'effet suspensif soit accordé au recours et que ses médecins
soient interpellés pour évaluer avec précision les traitements dont il a besoin. Il a
produit un bordereau de pièces.

 

             
Par courrier du 27 mars 2012, le recourant, se prévalant du fait qu'il ne bénéficiait
d'aucun suivi médical dans l'Etablissement de Frambois, a requis que celui-ci soit invité à
produire toute pièce relative au traitement médical qu'il recevrait ainsi que toute pièce
relative aux contacts qui auraient été établis avec ses médecins traitants.

 

             
Par décision du 29 mars 2012, la cour de céans a rejeté la requête d'effet suspensif.

 

             
Dans ses déterminations du 2 avril 2012, communiquées en copie au conseil du recourant, le
Service de la population (ci-après : SPOP) a conclu au rejet du recours.

 

             
Par courrier du 2 avril 2012, le président de la cour de céans a avisé l'Etablissement
de Frambois du fait que le recourant prétendait ne bénéficier d'aucun traitement médical
et l'a prié de lui faire savoir, jusqu'au 10 avril 2012, si le recourant avait besoin de soins,
cas échéant, si ces soins étaient prodigués par un médecin, et de lui faire
parvenir l'éventuel constat au sujet de son état de santé.

 

             
Par télécopie du 10 avril 2012, le Service médical de l'Etablissement de Frambois a indiqué
qu'il n'était pas en mesure de fournir ces informations, le recourant ne l'ayant pas délié
du secret médical.

             

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait de l'ordonnance, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

             
I.________ a déposé le 2 septembre 2008 une demande d'asile en Italie.

 

             
Le 2 octobre 2010, il a déposé une première demande d'asile en Suisse, sur laquelle l'Office
fédéral des migrations (ci-après : ODM) n'est pas entrée en matière par décision
du 4 mai 2011, confirmée par arrêt du Tribunal administratif fédéral du 18 mai 2011.
I.________ a été transféré en Italie le 5 juillet 2011.

 

             
Le 18 juillet 2011, I.________ a déposé une deuxième demande d'asile en Suisse, sur laquelle
l'ODM n'est pas entré en matière par décision du 12 septembre 2011. I.________ a été
transféré en Italie le 16 novembre 2011.

 

             
Par ordonnance pénale du 4 août 2011, le Ministère public de l'arrondissement de La Côte
a condamné I.________ à quarante jours-amende à 30 fr. avec sursis pendant deux ans et
à une amende de 150 fr. pour avoir vendu le 16 mars 2011 respectivement 2,3 gr. brut et 1,3 gr brut
de marijuana à deux mineurs.

 

             
Le 23 novembre 2011, I.________ a déposé une troisième demande d'asile en Suisse. Le 1er
décembre 2011, l'ODM a entendu l'intéressé sur la responsabilité de l'Italie de mener
la procédure d'asile et de renvoi, en accord avec le Règlement Dublin et en ce qui concerne
la décision de non-entrée en matière (NEM) au sens de l'art. 34 al. 2 LAsi (loi fédérale
sur l'asile du 26 juin 1998; RS 142.31) et le renvoi vers l'Italie. I.________ a déclaré ne
pas avoir une bonne vie dans ce pays, ne pas y avoir de travail, ni de logement et fait valoir qu'il
avait des problèmes médicaux à un œil qui ne pouvaient être traités en
Italie, faute de papiers. Le même jour, l'ODM a soumis une requête aux fins d'admission de
l'intéressé aux autorités italiennes, conformément à l'art. 16 al. 1 let. c
du Règlement Dublin.

 

             
Par décision du 19 décembre 2011, l'ODM n'est pas entrée matière sur la demande d'asile
du 23 novembre 2011 en application de l'art. 34 al. 2 let. d LAsi. Il a en particulier relevé que
selon la Directive d'admission (RI 2003/9/EG), les requérants d'asile devaient avoir accès
non seulement aux soins qui s'imposaient impérativement, mais également, en cas de besoins
particuliers, à un traitement médical adéquat, de sorte que I.________ pourrait demander
un traitement médical en Italie.

 

             
Cette décision est entrée en force le 5 janvier 2012.

 

             
Le 1er
février 2012, I.________ a déposé auprès du Ministère public de l'arrondissement
de Lausanne une plainte pénale contre deux policiers dont il ne connaissait pas l'identité,
notamment pour lui avoir, le 19 janvier 2012, dans le cadre d'un contrôle d'identité et après
l'avoir mis à terre et amené au poste de police, enfoncé deux doigts dans les yeux, donné
deux coups de pieds, un dans le genou et un dans la région génitale, et frappé à
quatre reprises sa tête contre un mur (rapport du 19 janvier 2012 du Département des centre
interdisciplinaires et logistique médicale du Service des urgences du CHUV). Le Service des urgences
a posé le 23 janvier 2012 les diagnostics d'hématome en regard de l'os frontal, de contusion
de la joue gauche, de contusion et de dermabrasion du genou gauche, d'hémorragie sous-conjonctivale
de l'œil droit. Une consultation à l'Hôpital ophtalmique a été prévue le
jour même et un traitement antalgique et anti-inflammatoire, ainsi qu'un pansement gastrique ont
été prescrits. Le 21 février 2012, la Dresse Marie-Anne, spécialiste en ophtalmologie,
a posé le diagnostic de contusion simple de l'œil droit, avec une hémorragie sous-conjonctivale
sans autre séquelle, dite hémorragie étant compatible avec un coup reçu sur l'œil
droit. Un traitement de Nevanac a été prescrit pour accélérer le processus anti-inflammatoire.

 

             
Le 2 février 2012, une place dans un avion partant le 9 mars 2012 à destination de Rome a été
réservée pour I.________.

 

             
Par mandat de comparution du 24 février 2012, le Ministère public de l'arrondissement de Lausanne
a cité I.________ à comparaître personnellement à l'audience du 14 mai 2012 pour
être entendu comme partie plaignante.

 

             
Le 27 février 2012, la Policlinique Médicale Universitaire a délivré à I.________
un bon pour un traitement fixé au 2 mars 2012. I.________ a en outre bénéficié de
deux consultations les 9 février et 1er
mars 2012 à la clinique chirurgicale et permanence de Longeraie. 

 

             
Dans une écriture du 29 février 2012, I.________ a précisé qu'il déposait plainte
pour lésions corporelles simples et abus d'autorité. Le même jour, son conseil a requis
du SPOP la suspension de toute mesure d'exécution du renvoi en raison de l'audience du 14 mai 2012.

 

             
Le 9 mars 2012, I.________ a été arrêté à 6 h 30 à l'abri PC du Mont-sur-Lausanne
et amené à l'aéroport de Genève-Cointrin, où il a refusé d'embarquer sur
le vol de 11 h 30 en direction de Rome, déclarant qu'il voulait se faire soigner en Suisse.

 

             
A l'audience du 9 mars 2012 à 14 h 30, à laquelle un interprète a participé, I.________
a déclaré ne pas vouloir partir en Italie en raison des ses problèmes médicaux et
requis d'être assisté par Me Christophe Tafelmacher comme conseil d'office. A l'issue de l'audience,
le premier juge a rendu un ordre de mise en détention.

 

             
Par décision du 13 mars 2012, la Présidente du Tribunal cantonal a désigné Me Tafelmacher
conseil d'office de I.________.

 

             
Le même jour, le SPOP a déposé une demande de réservation de vol auprès de SwissREPAT.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
Le recours au Tribunal cantonal est ouvert contre
la décision du juge de paix ordonnant la détention administrative (art. 80 al. 1 LEtr [loi
fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers; RS 142.20]; 30 LVLEtr [loi du 18
décembre 2007 d'application dans le Canton de Vaud de la LEtr, RSV 142.11]). Il est de la compétence
de la Chambre des recours civile (art. 71 et 73 al. 1 LOJV [loi d'organisation judiciaire du 12 décembre
1979; RSV 173.01] et art. 18 al. 3 let. c ROTC [règlement organique du Tribunal cantonal du 13 novembre
2007; RSV 173.31.1]).

 

             
Interjeté dans le délai de dix jours de l'art. 30 LVLEtr par le recourant, qui y a un intérêt,
le recours est recevable.

 

 

2.             
Le premier juge, compétent selon l'art. 17
LVLEtr, a procédé à l'audition du recourant en présence d'un interprète et a
tenu un procès-verbal sommaire le 9 mars 2012, soit dans les vingt-quatre heures dès le moment
où le recourant a été arrêté (art. 16 al. 1 LVLEtr). Il a immédiatement
rendu un ordre de détention, puis sa décision motivée le 12 mars 2012, soit dans les nonante-six
heures prescrites par l'art. 16 al. 1 in fine LVLEtr. Le recourant a été informé de son
droit de demander la désignation d'un conseil d'office (art. 24 al. 2 LVLEtr). Un conseil d'office
lui a été désigné.

             

             
La procédure suivie a ainsi été régulière, le droit d'être entendu du recourant
ayant été respecté.

 

 

3.             
La Chambre des recours revoit librement la décision
de première instance. Elle établit les faits d'office et peut ordonner à cet effet toutes
les mesures d'instruction qu'elle juge utiles (art. 31 al. 1 et 3 LVLEtr). Elle peut en particulier tenir
compte des faits postérieurs à la décision attaquée.

 

             
Les pièces produites par le recourant sont ainsi recevables.

 

             
Le recourant fait valoir que le premier juge n'a pas suffisamment instruit la question des traitements
médicaux découlant du comportement de policiers ayant donné lieu à la plainte pénale
du 1er
février 2012. Toutefois, dans la mesure où la cour de céans bénéficie d'un plein
pouvoir d'examen en fait et en droit, elle est en mesure de corriger d'éventuels vices sur ces points.

 

 

4.             
Le recourant fait valoir qu'il a été
victime de lésions corporelles de la part de policiers, de nature à engager la responsabilité
de l'Etat et que son renvoi empêcherait à la fois les traitement médicaux d'être
convenablement menés à terme et l'enquête pénale d'être instruite correctement.
Il fait valoir en outre que son incarcération représente un obstacle à la poursuite des
soins et pourrait entraver l'enquête pénale.

 

             
Selon l'art. 80 al. 6 let. a LEtr, la détention est levée lorsque le motif de détention
n'existe plus ou l'exécution du renvoi ou de l'expulsion s'avère impossible pour des raisons
juridiques ou matérielles.

 

             
Selon la jurisprudence, le juge de la détention est lié par la décision de renvoi, en
particulier lorsqu'elle a été rendue dans le cadre d'une procédure d'asile. Au demeurant,
il ne peut revoir la légalité d'une décision de renvoi que lorsque celle-ci est manifestement
contraire au droit ou clairement insoutenable au point d'apparaître nulle. S'il existe des faits
nouveaux, postérieurs à la décision de renvoi, le juge de la détention peut en tenir
compte. Cependant, il appartient en priorité à l'autorité compétente en matière
d'asile de décider si le renvoi est exigible, le juge de la détention ne pouvant intervenir
que si le caractère inexécutable de la décision de renvoi est patent (ATF 128 II 193,
c. 2.2.2; TF 2C_35/2009 du 13 février 2009 c. 6.2; TF 2C_445/2007 du 30 octobre 2007 c. 4.2; TF
2A_47/2007 du 18 avril 2007 c. 2.3). 

 

             
En l'espèce, il ne ressort pas des certificats médicaux produits par le recourant que les traitements
prodigués doivent impérativement se poursuivre en Suisse. En outre, amené à examiner
déjà au mois de décembre 2011 les conséquences d'une affection de l'œil de recourant
sur le renvoi de celui-ci, l'ODM a, dans sa décision du 19 décembre 2011, relevé que la
Directive d'admission donnait le droit au recourant à un traitement médical en Italie. Le recourant
ne démontre pas en quoi ces considérations seraient clairement insoutenables et celles-ci lient
donc la cour de céans, autorité d'examen de la détention et non du renvoi.

 

             
Les certificats médicaux produits n'établissent pas davantage que l'état de santé
du recourant serait incompatible avec la détention administrative et il y a lieu de déduire
de la réponse du Service médical de l'Etablissement de Frambois – qui n'a pu fournir
d'informations particulières en raison du refus du recourant de le délier du secret médical
- que celui-ci a fait l'objet d'un examen médical dans cet établissement et que son état
de santé n'est pas un obstacle à la détention.

 

             
Quant à la procédure pénale faisant suite à la plainte pour lésions corporelles
simples et abus d'autorité, le recourant ne conteste pas qu'il peut bénéficier d'un sauf-conduit
pour participer à cette procédure, de sorte qu'on ne saurait retenir à cet égard
que le renvoi est de manière patente inexécutable en raison du dépôt de la plainte
pénale. La question relève en conséquence exclusivement de la compétence de l'autorité
de renvoi, qui a été saisie d'une demande de suspension le 29 février 2009, et la détention
ne saurait donc être levée par la cour de céans en raison de cette procédure pénale.

 

             
Pour le surplus, le recourant ne conteste pas que les conditions légales de sa mise en détention
administrative sont réalisées et il y a lieu de confirmer l'appréciation du premier juge
sur ce point.

 

 

5.             
En conclusion, le recours doit être rejeté
et l'ordonnance confirmée.

 

             
Le présent arrêt peut être rendu sans frais.

 

6.             
Le conseil d'office du recourant a déposé
une liste de ses opérations, dont il ressort qu'il a consacré 5 h 50 au mandat et supporté
des frais de photocopies, par 27 fr., ainsi qu'un forfait de papeterie et de frais d'envoi, par 50 francs.
Le temps consacré au mandat apparaît adéquat, en revanche, les photocopies font partie
des frais généraux, de sorte qu'il n'y a lieu de retenir que 50 francs de débours. Au
tarif horaire de 180 fr. (art. 135 al. 1 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre
2007; RS 312]; ATF 132 I 201; CAPE 22 mars 2012/89, applicables par renvoi de l'art. 25 al. 1 LVLEtr),
L'indemnité d'office de Me Tafelmacher s'élève donc à 1'060 fr., plus 84 fr. 80 de
TVA à 8 %, et les débours à 50 fr. plus 4 fr. de TVA à 4 %, soit une indemnité
totale de 1'198 fr. 80. 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
L'ordonnance est confirmée.

 

             
III.             
L'arrêt est rendu sans frais.

 

             
IV.             
Une indemnité de 1'198 fr. 80 (mille cent nonante-huit francs et huitante centimes) est allouée
à Me Christophe Tafelmacher, conseil d'office du recourant.

 

             
V.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du
17 avril 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
Le greffier :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Christophe Tafelmacher (pour I.________),

‑             
Service de la population, Secteur Départ.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de droit public devant le
Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral
- RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme le Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
Le greffier :