# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** cc43df3b-89a9-5e1e-ae72-a6fb05416edf
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-04-10
**Language:** fr
**Title:** Neuenburg Autorité de surveillance des avocats 10.04.1995 ASA.1995.1795 (INT.1995.67)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_CA_001_ASA-1995-1795_1995-04-10.html

## Full Text

A.     
Dans la procédure matrimoniale pendante depuis plusieurs années

devant
le Tribunal du district de Neuchâtel, Me X.

représente
l'époux G.. Le 16 novembre 1994, le président du

tribunal,
le juge Y., a rendu une ordonnance de mesures

provisoires
par laquelle il a notamment attribué à l'épouse la garde sur

le fils
P., statué sur le droit de visite du père, invité

l'office
cantonal des mineurs à examiner la situation familiale et à éta-

blir un
rapport, et fixé des contributions d'entretien. Le même jour, le

juge a
écrit à l'office des mineurs en vue de l'établissement d'un rap-

port,
conformément à l'ordonnance susmentionnée. Le 16 novembre 1994 éga-

lement,
le juge a écrit aux mandataires des deux parties, leur transmet-

tant
l'ordonnance de mesures provisoires et la réquisition adressée à

l'office
des mineurs, en indiquant qu'il statuerait sur les preuves au

fond
lorsque l'ordonnance de mesures provisoires sera en force.

 

       
Par mandat de son client Me X. a déposé à

la Cour
de cassation civile le 6 décembre 1994 une requête de récusation

du juge
Y., un recours en cassation contre l'ordonnance de mesures provi-

soires,
et un recours pour déni de justice formel. Dans sa requête de ré-

cusation,
l'avocate a invoqué des "motifs sérieux de mise en doute de

l'impartialité
du juge". Concrètement, elle a fait valoir que le juge n'a

pas
mentionné dans un procès-verbal d'audience du 17 juin 1994 les décla-

rations
faites par son client au sujet du comportement alarmant du fils

des
époux et que le juge a dissimulé ce fait dans l'ordonnance de mesures

provisoires
et dans sa lettre à l'office des mineurs. En outre, l'avocate

a
exposé que le juge Y. continuait de refuser de rendre justice au requé-

rant
(son client) tout en donnant des conseils juridiques à l'adverse par-

tie;
elle s'est référée à ce sujet derechef au contenu de l'ordonnance de

mesures
provisoires, aux courriers du 16 novembre 1994 et au procès-verbal

d'audience
du 17 juin 1994.

 

       
La Cour de cassation civile a rejeté la requête de récusation

par
décision du 2 février 1995, de même que les deux recours dont elle

avait
été saisie. La Cour a considéré qu'il n'existait en l'espèce aucune

circonstance
objective propre à éveiller le soupçon de partialité du juge,

de
sorte que la requête de récusation était mal fondée et même téméraire.

 

B.      Le
3 février 1995, la Cour de cassation civile a dénoncé le cas

à
l'Autorité de surveillance des avocats en vue d'une éventuelle poursuite

disciplinaire
contre Me X.. Elle a relevé que l'avocate s'é-

tait
fondée dans sa requête de récusation sur des affirmations fausses en

prétendant
que le juge avait occulté sciemment et dissimulé un fait et en

affirmant
que le juge donnait des conseils juridiques à l'autre partie,

imputations
infondées particulièrement graves et de nature à porter at-

teinte
à l'honneur professionnel du juge visé.

 

C.      Par
son mandataire, Me X. conclut au mal-fondé de

la
dénonciation, sous suite de frais et dépens. En résumé, elle fait va-

loir
que l'avocat n'agit contrairement à ses devoirs et ne peut ainsi tom-

ber
sous le coup de sanctions disciplinaires, que s'il soulève un grief

qu'il
sait contraire à la réalité ou s'il le fait dans une forme attenta-

toire à
l'honneur, conditions qui ne sont pas remplies en l'espèce. Ses

motifs
seront repris autant que besoin dans les considérants qui suivent.

 

                          C O N S I D E R A N
T

 

1.     
L'Autorité de surveillance des avocats veille au respect par les

avocats
des dispositions de la loi sur la profession d'avocat (LAv) et de

leurs
devoirs professionnels, en intervenant d'office (art.33 al.2 LAv) ou

sur
plainte (art.34 al.3 et 35 LAv). Elle statue après avoir procédé au

besoin
aux actes d'enquête nécessaires à moins que la dénonciation parais-

se
d'emblée mal fondée, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

 

2.      a)
L'avocat exerce son activité professionnelle en toute indé-

pendance,
tant à l'égard des autorités et des tiers que, dans les limites

de son
mandat, à l'égard de ses clients (art.9 LAv). Il est cependant exi-

gé de
lui qu'il exerce son activité professionnelle avec diligence et ob-

serve
les règles de la courtoisie dans ses interventions (art.10 LAv). En

outre,
la loi prévoit que l'avocat s'abstient d'activités et de procédés

incompatibles
avec la dignité de sa profession. En particulier, il ne sou-

tient
pas les causes qu'il sait téméraires, il ne travestit pas sciemment

les
faits et ne cherche pas à égarer les juges par des artifices (art.11

LAv).

 

       
b) S'il est considéré comme un auxiliaire de la justice, et

jouissant
de ce fait d'un certain nombre de privilèges dans l'exercice de

sa
profession, l'avocat a donc aussi des devoirs qui limitent en quelque

mesure
sa liberté d'action et d'expression. Il est tenu de maintenir la

dignité
de la profession et d'observer à cet égard les règles écrites et

non
écrites qui doivent assurer, dans l'intérêt des justiciables et du

fonctionnement
régulier des institutions, la confiance en sa personne et

dans le
barreau en général. A l'égard des autorités judiciaires, la confi-

ance en
l'avocat présuppose notamment que ce dernier conserve son indépen-

dance
vis-à-vis de son client. S'il perd cette indépendance, on ne peut

plus
être sûr que l'avocat exercera correctement son activité et qu'il

n'utilisera
pas sa position à des fins étrangères à la procédure. L'avocat

n'est
cependant pas un organe étatique, ni l'assistant du juge. Sa tâche

première
est la défense des intérêts bien compris de son client. Il assume

ainsi
une tâche sans laquelle le citoyen ne pourrait souvent pas faire

valoir
convenablement ses droits et la réalisation de l'ordre juridique

serait
remise en question de façon toute générale. En sa qualité de servi-

teur du
droit, il joue un rôle important quant au bon fonctionnement des

institutions
judiciaires. Il a en effet le droit et le devoir d'en dénon-

cer les
abus et d'en critiquer les manquements. Une telle attitude est

positive
et contribue à améliorer l'administration de la justice. L'avocat

doit
donc jouir à cet effet d'une liberté très large lorsqu'il s'exprime

au nom
de son client devant une autorité. Cette liberté découle d'abord du

droit
de son client de se défendre; elle est en outre indispensable pour

assurer
cet intérêt public que représente le déroulement d'une procédure

conformément
aux exigences d'un Etat fondé sur le droit. Cette liberté a

pour
conséquence qu'il faut compter avec certaines exagérations. Si l'avo-

cat se
voit interdire toute critique non fondée, il ne lui est alors plus

possible
de présenter sans risque une critique éventuellement fondée et

l'efficacité
du contrôle de la justice est remise en cause. L'avocat n'a-

git
contrairement à ses devoirs et ne peut ainsi tomber sous le coup de

sanctions
disciplinaires que s'il soulève un grief qu'il sait contraire à

la
réalité ou s'il le fait dans une forme attentatoire à l'honneur (RJN

1987,
p.284, 1984, p.268, et les références à la doctrine et à la juris-

prudence
citées dans ces arrêts, ainsi que JT 1982 I 579 ss).

 

3.      a)
En l'espèce il est reproché à l'avocate d'avoir déclaré, à

l'appui
de sa requête de récusation du juge Y. adressée à la Cour de cas-

sation
civile, d'une part que "le juge occulte sciemment la situation de

fait du
fils des parties" dans la mesure où il n'a pas relaté des rensei-

gnements
fournis par le père à ce sujet dans un procès-verbal d'audience

et où
il s'est "appliqué à dissimuler ce fait tant dans son ordonnance que

dans sa
lettre à l'OCMT du 16 novembre 1994". D'autre part, l'avocate a

allégué
que "le juge Y. continue de refuser de rendre justice au requé-

rant
tout en donnant des conseils juridiques à l'adverse partie", en se

référant
à divers considérants écrits du juge figurant au dossier.

 

       
b) Dans son arrêt, la Cour de cassation civile a constaté que

ces
critiques étaient infondées, voire téméraires. L'affaire a été portée

devant
le Tribunal fédéral qui a déclaré le recours irrecevable. Mais la

question
de savoir si la récusation se justifiait ou non n'est pas décisi-

ve en
soi pour le prononcé d'une éventuelle sanction disciplinaire à l'en-

contre
de l'avocate. Ce qui est déterminant à cet égard, c'est la forme et

le
contenu des accusations portées par le mandataire contre le juge.

 

       
Considérées dans l'abstrait, celles-ci sont certes graves, car

un
magistrat qui aurait "occulté sciemment" ou "dissimulé" des
faits dans

une
cause qu'il est appelé à juger s'exposerait à une enquête disciplinai-

re et
il en irait de même s'il donnait des "conseils juridiques à l'adver-

se
partie". Ces formules, utilisées en l'espèce par l'avocate, sont cepen-

dant,
en elles-mêmes, en quelque sorte dénuées de substance, et le sens

qu'on
peut leur donner dépend de leur contexte et des circonstances dans

lesquelles
elles ont été exprimées. Dans le cas présent, l'avocate repro-

chait
au juge de faire preuve de partialité au détriment de son client en

ne
relatant pas, dans un procès-verbal d'audience puis dans une lettre à

l'office
des mineurs des faits importants invoqués par G. au

sujet
de la situation de son fils. Elle en a conclu que le jugement du

magistrat
était "altéré par une partialité dont il ne se rend pas compte".

Dès
lors, il apparaît que l'avocate entendait faire reproche au juge d'a-

voir à
l'avance pris parti et d'avoir, intentionnellement ou non, dirigé

l'instruction
en fonction de cette opinion préconçue. Même s'il se révèle

totalement
infondé, on ne saurait interdire à une partie de faire valoir,

par son
mandataire, un tel moyen à l'appui d'une demande de récusation.

 

       
Il en va de même du grief selon lequel le juge aurait donné des

conseils
juridiques à l'adverse partie. Il apparaît d'emblée à la lecture

des
quatre points indiqués par l'avocate à l'appui de cette affirmation

que les
prétendus "conseils" consistaient, aux yeux du requérant et de son

avocate,
essentiellement dans des actes de procédure usuels accomplis par

le juge
et dans la motivation des décisions prises par lui. En tant qu'é-

ventuels
motifs de récusation, de tels éléments doivent pouvoir être invo-

qués le
cas échéant.

 

       
c) Il reste que les termes utilisés par l'avocate sont inexacts.

On
devrait certainement les considérer comme attentatoires à l'honneur

professionnel
si les propos en cause ne constituaient l'argumentation même

de la
requête de récusation qu'il s'agissait d'étayer. Compte tenu de cet-

te
circonstance, ainsi que du fait que l'intéressée n'a pas à ce jour don-

né lieu
à des mesures disciplinaires, il sera donc renoncé à prononcer une

sanction.

 

4.      Vu
le sort de la cause, il ne sera pas perçu de frais de justi-

ce.

 

                             Par ces motifs,

                  L'AUTORITE DE SURVEILLANCE
DES AVOCATS

 

1.
Ordonne le classement de l'affaire.

 

2. Dit
qu'il n'est pas perçu de frais de justice, ni alloué de dépens.

 

 

Neuchâtel,
le 23 juin 1995

 

               AU NOM DE L'AUTORITE DE
SURVEILLANCE DES AVOCATS

            Le greffier                               Le président

Expédition
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