# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 43e25b75-acef-5853-805f-b6a95d632c21
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2025-02-06
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 06.02.2025 GE.2024.0174
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_GE-2024-0174_2025-02-06.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 6 février 2025 

  
	
  Composition

  	
  Mme Mihaela Amoos Piguet, présidente; MM. Guillaume Vianin et
  Raphaël Gani, juges; M. Christophe Baeriswyl, greffier. 

  

 

	
  Recourants

  	
  1.

  	
  A.________, à ********, 

  	 

	
   

  	
  2.

  	
  B.________, à ********, 

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Municipalité de Perroy, représentée
  par Me Yasmine SÖZERMAN, avocate à Lausanne,   

  

   

	
  Tiers intéressé

  	
   

  	
  C.________, à ********.

  

   

 

	
  Objet

  	
  Loi sur l'information    

  
	
   

  	
  Recours A.________ et B.________ c/ décision de la
  Municipalité de Perroy du 9 avril 2024, admettant sous conditions leur
  demande d'accès au dossier de construction "********".

  

 

Vu les faits suivants:

A.                    
Par lettre du 29 juin 2022, les époux A.________ et B.________, se
prévalant des droits garantis par la loi vaudoise du 24 septembre 2002 sur
l'information (LInfo; BLV 170.21), la loi vaudoise du 11 septembre 2007 sur la
protection des données personnelles (LPrD; BLV 172.55) et leurs règlements
d'application, ont sollicité de la Municipalité de Perroy (ci-après: la
municipalité) l'accès au dossier de police des constructions de C.________ et D.________,
propriétaires de la parcelle no ********, et plus
particulièrement au rapport de la Commission de salubrité relatif au permis
d'habiter délivré. Les 5 et 28 juin 2022, ils lui avaient déjà adressé des
requêtes similaires s'agissant d'autres dossiers de police des constructions.

B.                    
Le 3 octobre 2022, la municipalité a informé les époux E.________
qu'elle se devait d'interpeller C.________ et D.________ et les autres tiers
concernés par leurs différentes demandes pour solliciter préalablement leur
accord avant la transmission des pièces requises afin de respecter la loi sur
la protection des données et que leurs demandes nécessitaient la perception
d'un émolument. Elle estimait à 32 heures le travail pour répondre à l'ensemble
des documents requis, rémunération qui sera facturée à la baisse ou à la hausse
selon les heures effectives consacrées sur une base de 60 fr. de l'heure. Elle
les invitait, par retour de courrier, à lui confirmer leur accord écrit pour la
prise en charge des frais du travail de recherche et d'organisation généré par
leur demande. 

Les intéressés n'ont pas donné suite directement à
ce courrier. Dans le cadre de la procédure de recours pour déni de justice
qu'ils ont introduite s'agissant de leur demande de consultation du 5 juin 2022
(cause GE.2022.0140), ils se sont toutefois opposés au procédé, soulignant que,
s'ils étaient disposés à couvrir d'éventuels frais administratifs pour obtenir
l'accès aux dossiers requis, ils étaient dans l'impossibilité de donner leur
accord définitif quant à l'émolument chiffré, vu l'absence d'explications sur l'estimation
du travail prétendument nécessaire au traitement de leurs demandes. Ils ont
indiqué par ailleurs expressément qu'ils attendaient une ou des décisions de la
part de la municipalité.

Interpellés le 19 octobre 2022 par la municipalité, C.________
et D.________ ont donné leur accord pour la consultation demandée.

C.                    
Par arrêt rendu le 27 février 2023 dans la cause GE.2022.0140 évoquée
ci-dessus, la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP)
a rejeté le recours pour déni de justice déposé par les époux E.________. Elle
a toutefois invité la municipalité à statuer dans les meilleurs délais sur la
demande des intéressés du 5 juin 2022 en rendant une décision motivée indiquant
les voies et délais de recours. Elle l'a prié d'en faire de même s'agissant des
demandes complémentaires des 28 et 29 juin 2022, sous peine de s'exposer à un
nouveau recours pour déni de justice (cf. consid. 2b in fine).

Par décisions des 21 mars et 24 avril 2023, la
municipalité a statué sur la demande de consultation initiale des époux E.________
du 5 juin 2022.

Par arrêt du 14 septembre 2023 (cause 1C_181/2023),
le Tribunal fédéral a déclaré irrecevable, dans la mesure où il n'était pas
sans objet, le recours formé par les intéressés contre l'arrêt de la CDAP du 27
février 2023.

D.                    
Le 9 avril 2024, la municipalité a statué par décisions séparées (une
par dossier) sur les autres demandes de consultation des époux E.________, à
savoir celles des 28 et 29 juin 2022. S'agissant du dossier de police des
constructions de C.________ et D.________, elle a rendu la décision suivante:

"1.   Il est donné accès à B.________ et A.________ aux documents
officiels de construction de la famille C.________ et D.________ (CAMAC ********).

2.    La consultation de ces documents pourra se faire dans les locaux
de l'administration communale, [...],
aux dates et horaires ci-dessous, sous réserve du ch. 3 ci-dessous:

a.  Le mardi 23
avril 2024 de 8h00 à 11h00; ou

b.  Le mardi 30
avril 2024 de 8h00 à 11h00

3.    Un délai de 10 jours dès
réception de la présente leur est imparti pour:

a.  faire part de leur choix quant à l'une des dates mentionnées au
ch. 2 ci-dessus à la Municipalité, à défaut de quoi il sera considéré qu'ils
renoncent à la consultation des documents mentionnés au ch. 1 ci-dessus.

b.  verser une avance de frais de CHF 60.- au moyen de la facture
ci-jointe, à défaut de quoi il sera considéré qu'ils renoncent à la
consultation des documents mentionnés au ch. 1 ci-dessus. En fonction du
travail effectivement requis, la Municipalité se réserve la possibilité de
requérir une nouvelle avance de frais."

E.                    
Par courrier électronique du 22 avril 2024, les époux E.________ ont
informé la municipalité que les dates et horaires proposés pour la consultation
ne leur convenaient pas, tout en annonçant des recours contre les décisions qu'elle
avait rendues le 9 avril 2024.

F.                    
a) Par acte du 10 mai 2024, les époux E.________ ont contesté devant la
CDAP les décisions de la municipalité du 9 avril 2024. En ce qui concerne le
dossier de police des constructions de C.________ et D.________, ils ont conclu
à la réforme de la décision concernée, en ce sens que l'accès au dossier soit
"gratuit et donné sans conditions".

Le recours en tant qu'il porte sur le droit d'accès
au dossier "********" a été enregistré sous la référence
GE.2024.0174.

Dans sa réponse du 11 juin 2024, l'autorité intimée
a conclu au rejet du recours. Les tiers intéressés n'ont pas procédé.

b) Par arrêt du 17 juillet 2024, la Cour
administrative du Tribunal cantonal (CA) a rejeté la requête de récusation
formée par les recourants à l'encontre de la juge instructrice.

c) Les recourants ont déposé le 17 septembre 2024 un
mémoire complémentaire commun aux différentes causes, dans lequel ils ont
requis notamment la jonction de celles-ci.

Par décision incidente du 15 octobre 2024, la juge instructrice
a rejeté cette requête de jonction de causes, de même qu'une requête de
suspension de la procédure.

Les recourants se sont encore exprimés dans une
écriture du 5 novembre 2024.

 

Considérant en droit:

1.                     
Les décisions des autorités communales sur les demandes fondées sur la
LInfo concernant leurs activités, comme en l'occurrence, peuvent faire l'objet
d'un recours auprès du Tribunal cantonal (cf. art. 27 al. 1 LInfo). Le recours
a par ailleurs été interjeté dans le délai de trente jours de l'art. 95 de la
loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD),
applicable par renvoi de l'art. 27 al. 3 LInfo. Il satisfait en outre aux
exigences formelles de l'art. 79 LPA-VD. Il y a donc lieu d'entrer en matière.

2.                     
Les recourants contestent les conditions auxquelles l'autorité intimée a
subordonné l'accès au dossier de police des constructions demandé. Ils lui
reprochent tout d'abord de leur avoir imposé des dates et horaires de
consultation. 

a) Aux termes de l'art. 13 LInfo, la consultation
des documents officiels s'exerce sur place ou par l'obtention d'une copie.

L'exposé des motifs et projet de loi (EMPL) donne
les précisions suivantes sur ces modalités (cf. BGC septembre-octobre 2002, p.
2652):

"Les autorités doivent […] évaluer pour chaque demande de
consultation laquelle des deux solutions alternatives leur permet d'y consacrer
une charge de travail appropriée. Une consultation sur place se justifie par
exemple en fonction de la nature et du volume du document. Les autorités qui
proposent une consultation sur place doivent dès lors organiser des conditions
de consultation convenables, comme par exemple la mise à disposition d'un local
au sein du service concerné. Lors de telles consultations sur place, les
autorités s'organisent comme elles l'entendent."

Il en résulte que c'est à l'administration qu'il
appartient de décider comment elle organise la consultation et sous quelle
forme (cf. arrêt GE.2019.0162 du 3 juin 2020 consid. 4a). La personne
requérante n'a en particulier pas le droit de choisir entre la consultation sur
place et la délivrance d'une copie (contrairement à ce que l'art. 6 al. 2 de
loi fédérale du 17 décembre 2004 sur le principe de la transparence dans
l'administration [LTrans; RS 152.3] prévoit par exemple).

b) En l'espèce, l'autorité intimée n'a laissé aux
recourants le choix qu'entre deux plages horaires de trois heures chacune, les
23 avril et 30 avril 2024 de 8h00 à 11h00, pour consulter le dossier de police
des constructions demandé, leur précisant qu'à défaut, il serait considéré
qu'ils renoncent à leur demande. Les intéressés, qui n'étaient pas disponibles
à ces dates, critiquent ce procédé, qui ne reposerait selon eux sur aucune base
légale. Dans sa réponse, l'autorité intimée relève qu'il appartenait à ces
derniers de prendre les mesures nécessaires pour se libérer ou se faire
représenter et qu'ils n'avaient quoi qu'il en soit pas fait valoir un motif
suffisant pour justifier leur absence aux dates fixées.

L'administration est certes libre dans
l'organisation et la mise en place des consultations "sur place",
comme on l'a déjà indiqué. Elle ne peut toutefois pas prévoir des modalités
telles que l'accès au document officiel demandé serait rendu trop difficile,
voire impossible (cf., dans ce sens, message du Conseil fédéral du 12 février
2003 relatif à la loi fédérale sur la transparence de l'administration, FF 2003
1807 ss, spéc. p. 1845, qui mentionne l'exemple des horaires de consultation).
Cela irait sinon à l'encontre du but de la LInfo, qui est de garantir la
transparence des activités des autorités (cf. art. 1 al. 1 LInfo). Dans le cas
particulier, si on comprend que, pour des questions d'organisation, l'autorité intimée
ne voulait pas que les recourants se présentent au greffe municipal sans prendre
rendez-vous au préalable, on ne voit en revanche pas pour quel motif la
consultation devait absolument avoir lieu le 23 avril ou le 30 avril 2024 et ne
pouvait pas être reportée à une date convenant aux intéressés, cela d'autant
moins qu'elle a mis pour sa part près de deux ans pour statuer. L'autorité
intimée ne l'explique pas dans ses écritures, se limitant à relever que les
recourants n'avaient qu'à prendre les mesures nécessaires pour se libérer ou se
faire remplacer. Faute d'être justifiées, les restrictions litigieuses ne
peuvent dès lors être maintenues.

Le recours doit être admis sur ce point et les
chiffres 2 et 3a du dispositif de la décision attaquée annulés.

3.                     
Les recourants contestent également le bien-fondé de l'avance de frais
de 60 fr. requise, rappelant qu'un émolument ne peut être perçu en matière
de LInfo que si la réponse à la demande nécessite un travail important.

a) En procédure administrative, les frais sont en
principe mis à la charge de la partie qui requiert ou provoque la décision de
l'autorité (art. 48 LPA-VD). 

Aux termes de l'art. 47 al. 1 LPA-VD,
l'autorité ne peut demander une avance de frais que dans les cas prévus à
l'art. 29 al. 6 LPA-VD, à savoir pour la mise en oeuvre de moyens de preuve
dont l'administration est demandée par une partie, ou lorsque des circonstances
particulières le justifient. L'EMPL mentionne qu'une avance de frais pourrait
notamment être envisagée pour certaines prestations de l'Etat octroyées en
grand nombre et sur requête, afin d'éviter de trop grand problèmes de
recouvrement (cf. BGC mai 2008 p. 398).

Selon l'art. 11 LInfo, l'information transmise sur
demande par les autorités ainsi que la consultation de dossiers sont en
principe gratuites (al. 1); l'autorité qui répond à la demande peut néanmoins percevoir
un émolument lorsque la réponse à la demande nécessite un travail important
(al. 2 let. a), en cas de demandes répétitives (al. 2 let. b) ou lorsqu'une
copie est demandée (al. 2 let. c). S'agissant du premier cas d'exception,
l'art. 17 al. 1 du règlement d'application du 25 septembre 2003 de la LInfo
(RLInfo; BLV 170.21.1) précise que, lorsque la réponse à la demande nécessite
un travail dépassant une heure, un émolument de 40 fr. par heure est perçu pour
tout ce qui dépasse cette durée, jusqu'à et y compris quatre heures, et
qu'au-delà, l'émolument s'élève à 60 fr. par heure.

b) En l'espèce, on ne se trouve pas dans un cas
d'application de l'art. 29 al. 6 LPA-VD. On ne voit par ailleurs pas quelles
seraient les "circonstances particulières" au sens de l'art. 47 al. 1
LPA-VD, qui justifieraient la perception d'une avance de frais. L'autorité
intimée n'en invoque du reste ni dans la décision attaquée, ni dans ses
écritures. Elle ne pouvait dès lors pas requérir d'avance de frais. 

Le recours doit être admis sur ce point également et
le chiffre 3 let. b du dispositif de la décision attaquée annulé.

S'agissant de l'émolument que l'autorité intimée
envisage de prélever et qu'elle a annoncé dans la décision attaquée, il devra
faire l'objet d'une nouvelle décision. C'est dans le cadre d'un recours contre
cette décision que les recourants pourront contester le principe de la
perception d'un émolument et se plaindre d'une violation de l'art. 11 LInfo. A
ce stade, on relève néanmoins que, vu la nature de la demande qui porte sur
l'accès à un dossier de police des constructions bien déterminé, on peine à
discerner quel "important" travail de recherche impliquera le
traitement de cette demande. L'autorité intimée semble d'ailleurs plutôt se
référer au travail occasionné par l'ensemble des demandes des recourants. 

4.                     
Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à
l'annulation des chiffres 2 et 3 du dispositif de la décision attaquée. Il
appartiendra aux recourants de prendre contact avec le greffe municipal pour
convenir d'un rendez-vous pour consulter les documents demandés. Il n'y a pas
lieu de percevoir un émolument, la procédure judiciaire en la matière étant
gratuite (cf. art. 21a LInfo). L'allocation de dépens n'entre pas en
considération (cf. art. 55 al. 1 LPA-VD a contrario).

 

 

Par ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.                      
Le recours est admis.

II.                     
Les chiffres 2 et 3 du dispositif de la décision de la Municipalité de
Perroy du 9 avril 2024 sont annulés.

III.                   
L'arrêt est rendu sans frais, ni allocation de dépens.

Lausanne, le 6 février 2025

 

La présidente:                                                                                          Le greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux participants à la
procédure.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa
notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000
Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des
articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS
173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss
LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,
indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.
Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.
Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,
pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la
décision attaquée.