# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 2986ad87-cd71-547a-b692-226863be350f
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2017-08-30
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de droit public 30.08.2017 CDP.2016.277 (INT.2017.434)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_012_CDP-2016-277_2017-08-30.html

## Full Text

A.                           
La société X. Sàrl, à la ville B., a pour but
l’exploitation d’une station-service sise Rue A. en cette ville. 

Elle a adressé le 23 juin 2016 à la Caisse cantonale neuchâteloise d’assurance-chômage
(ci-après : CCNAC) un questionnaire RHT 2016 (réduction de l’horaire
de travail) au sens de l’article 36 al. 3 LACI partiellement rempli. Elle a
fait valoir une chute des ventes d’environ 80 % entre les 13 et 17 juin
2016 à cause de travaux publics effectués sans avertissement sur la route passant
devant la station-service. La réduction était imprévisible, la provision pour
la réduction des ventes était impossible. Elle a complété sa demande par un
formulaire de préavis RHT daté du 30 juin 2016 et reçu le 6 juillet 2016 par
l’Office juridique et de surveillance (OJSU) du Service de l’emploi (SEMP)
portant sur la période du 13 juin au 17 juin 2016 pour un taux probable de
perte de travail de 80 %. Par décision du 7 juillet 2016, l'OJSU a refusé
la demande. Il a retenu que de par sa localisation, l’entreprise dépendait
financièrement du trafic automobile passant devant l’établissement, mais que le
caractère imprévisible de la diminution subie n’était pas réalisé, les
perturbations entre le 13 et le 17 juin ayant été annoncées par l’autorité
communale. X. Sàrl s’est opposée à cette décision en faisant derechef valoir
une nouvelle fermeture de la route le 30 juin suivant et en répétant qu’elle
remplissait les conditions d’une réduction d’horaire de travail, son cas
n’étant pas assimilable à la jurisprudence sur laquelle l’autorité avait fondé
sa décision.

L'OJSU s’est renseigné auprès de l’administration communale sur
l’ampleur et les dates des travaux en cause ainsi que l’information des riverains.
La Ville B. a confirmé les travaux entre le 13 et le 17 juin et précisé que la
circulation dans le périmètre était autorisée depuis les rues adjacentes de
sorte que l’accès à la station-service avait toujours été possible. Il
s’agissait d’un chantier dont l’autorité communale ignorait s’il avait été
annoncé. Elle n’assumait en tous les cas aucune indemnisation des riverains.
Les travaux du 30 juin portaient sur la réfection du trottoir et n’avaient pas
bloqué l’accès à la station-service. 

Sans donner connaissance à la recourante de ces informations, l'OJSU a
confirmé son appréciation par décision sur opposition du 15 août 2016. Il a
rappelé qu’à teneur de la loi, il appartient à l’employeur de prendre les
mesures adéquates pour faire face aux risques normaux d’exploitation. En
l’espèce, l’exploitation n’avait pas été interrompue dès lors que l’accès à la
station-service était possible en tout temps de sorte que la gêne était minime.

B.                           
X. Sàrl défère cette décision à la Cour de
droit public du Tribunal cantonal dont elle demande en substance l’annulation
et à ce que son droit à bénéficier d’indemnité RHT soit reconnu. Elle répète
que la perte de travail due à la fermeture des voies d’accès ne pouvait être
évitée par des mesures appropriées et économiquement supportables.

C.                           
L’intimé renonce à formuler des observations et
conclut au rejet du recours. 

C O N S I D E R A N T

en droit

1.                           
Interjeté dans les formes et délai légaux, le
recours est recevable.

2.                           
a) Selon une jurisprudence constante, la Cour
de droit public examine d'office les conditions formelles de validité et la
régularité de la procédure administrative suivie devant les autorités
précédentes (RJN
2011, p. 457, RJN
2009, p. 395). Cet examen porte en particulier sur le point de savoir si le
droit d'être entendu a été respecté, la violation de ce principe fondamental
pouvant entraîner l'annulation de la décision attaquée (arrêt de la CDP du 18.02.2016
[CDP.2014.338] cons. 2a).

Garanti par l'article 29 al. 2 Cst. féd., le droit d'être entendu est à
la fois une institution servant à l'instruction de la cause et une faculté de
la partie, en rapport avec sa personnalité, de participer au prononcé de
décisions qui touchent à sa situation juridique (ATF 135 II 286
cons. 5.1). Il englobe donc tous les droits qui doivent être attribués à une
partie pour qu'elle puisse faire valoir efficacement son point de vue dans une
procédure (ATF 132
II 485 cons. 3.2). Il a pour corollaire que l'autorité, avant de rendre une
décision touchant la situation juridique d'une partie, doit en informer cette
dernière et lui donner l'occasion de s'exprimer préalablement sur le sujet (ATF
126 V 130
cons. 2b ; arrêt du TF du 20.08.2013
[9C_181/2013] cons. 3.3). L'article 42 LPGA
rappelle en outre le droit d'être entendu des parties dans le cadre d'une
procédure administrative en matière d'assurances sociales.

En tant que garantie constitutionnelle de nature formelle, la violation du droit d'être entendu doit en principe
entraîner l'annulation de la décision attaquée, indépendamment des chances de
succès au fond (ATF 135 I 187 cons.
2.2). Pour autant qu'elle ne soit pas d'une gravité particulière, la violation
du droit d'être entendu peut être réparée lorsque la partie lésée a la
possibilité de s'exprimer devant une autorité de recours jouissant d'un plein
pouvoir d'examen, respectivement du
même pouvoir d'examen que l'autorité inférieure. La réparation d'un vice éventuel ne doit toutefois avoir lieu qu'exceptionnellement (ATF 137 I 195 cons.
2.3.2; 135 I 279
cons. 2.6.1). Une telle réparation dépend de la gravité et de l'étendue de
l'atteinte portée au droit d'être entendu (ATF 126 I 68 cons.
2). Elle peut également se justifier en présence d'un vice grave lorsque le
renvoi constituerait une vaine formalité et causerait un allongement de la
procédure incompatible avec l'intérêt de la partie lésée à ce que sa cause soit
tranchée dans un délai raisonnable (ATF 137 I 195 cons.
2.3.1 et 2.3.2).

La garantie de la double instance doit être mise en relation avec le
droit d’être entendu, avec lequel elle se confond dans une certaine mesure tout
au moins; elle n’est pas, en tant que telle dans le domaine du droit
administratif, une garantie générale de procédure ou un droit constitutionnel
des citoyens. Il s’agit pour les parties d’éviter qu’une réparation de la
violation du droit d’être entendu n’ait pour conséquence de les priver de la
possibilité de faire valoir leurs arguments devant deux autorités successives
(arrêt du TF du 08.11.2002
[I 431/02] cons. 3.1 et les références citées).

3.                           
En l’espèce,
l’autorité intimée a fondé sa première décision sur l’hypothèse que la
recourante avait connaissance de la fermeture de la chaussée entre le 13 et le
17 juin en se fondant sur un document intitulé "Perturbations du
trafic" établi par la Ville B., dont on ignore si et de quelle manière la
recourante aurait été informée. Elle a retenu que "le chantier ainsi que
les perturbations du trafic qui lui étaient liés du 13 au 27 juin 2016 ont été
évoqués par la Ville B. Aussi, même en l’absence d’informations complémentaires
de la part de la municipalité ou du service des routes, la baisse de
fréquentation de l’établissement et la perte de travail importante encourues
étaient donc prévisibles (ATF C 218/02)." Il ne ressort pas du dossier que la recourante
ait eu accès à ces informations avant le prononcé de la décision. Sur
opposition, l’intimé a à nouveau procédé à des mesures d’instructions complémentaires
sans en donner connaissance à la recourante : elle a requis de
l’administration communale de la ville B. par courriel du 6 juillet 2016 et
courrier du 25 juillet 2016 diverses informations concernant les accès à la Rue
A. La réponse du chef du Service des espaces publics / Voirie du 5 août 2016
dresse un état des accès possibles à la station-service, décline sa compétence
pour l’annonce des travaux mais estime que les riverains n’ont pas été informés
puisque le chantier ne provoquait qu’une très faible gêne. Ces éléments n’ont
pas été communiqués à la recourante qui n’a pas pu se déterminer à ce sujet,
alors qu’ils fondent en partie la décision attaquée puisqu’elle retient que
l’exploitation n’a pas été interrompue comme l’exige l’article 51 OACI. 

Certes, la recourante ne conteste pas
formellement tous les arguments de la décision sur réclamation. Il faut
toutefois tenir compte qu’elle n’est pas représentée et se montrer souple dans
l’appréciation de sa motivation lorsqu’elle soutient, en produisant les
extraits de la loi et de l’ordonnance applicables, avoir droit à l’indemnité
pour réduction de l’horaire de travail à mesure qu’elle en remplit les conditions.
On peut admettre qu’elle estime qu’elle remplit les conditions de l’article 51 al. 1 let. c
OACI, à savoir qu’elle
a subi une perte de travail causée par des restrictions de transport ou la
fermeture des voies d’accès. 

En ne lui donnant pas la possibilité de
s’exprimer sur le maintien des accès à son entreprise, l’autorité intimée a
violé son droit d’être entendue. Ses décisions doivent être annulées et la
cause lui est renvoyée pour qu’elle statue à nouveau après avoir donné à la
recourante la possibilité de faire valoir son droit d’être entendue. 

4.                           
Ce faisant, l’autorité intimée veillera
également à instruire la demande de manière adéquate, en particulier en établissant
pour quels motifs la recourante, dûment avertie ou non des travaux, n’a pas
présenté dans les délais légaux un préavis de réduction de l’horaire de
travail, quelle a été la réduction de l’horaire de travail et les moyens de
contrôle de celle-ci mis en place (l’indication du chiffre d’affaires 2015
comparé à celui du premier semestre [probablement] pour l’année 2016
n’établissant pas encore une perte de travail), pour quels employés et pour
quelles périodes, et informera également la recourante des délais d’attente
applicables à son cas. 

5.                           
Le recours doit ainsi être admis. La décision
attaquée est annulée et la cause renvoyée à l’intimé. Il est statué sans frais,
la procédure étant en principe gratuite (art. 61 let. a LPGA), et sans
allocation de dépens, la recourante n'ayant pas fait appel à un avocat.

Par ces motifs,

la Cour de droit public

1.    Admet le recours et annule la décision attaquée.

2.    Renvoie la cause à l’intimé pour instruction complémentaire et nouvelle
décision au sens des considérants.

3.    Statue sans frais et n’alloue pas de dépens. 

Neuchâtel, le 30 août
2017

 

Art. 42
LPGA

Droit
d'être entendu

 

Les parties ont le droit d'être entendues. Il n'est
pas nécessaire de les entendre avant une décision sujette à opposition.

 

Art. 51
OACI

Pertes
de travail consécutives à des mesures prises par les autorités ou dues à
d'autres motifs indépendants de la volonté de l'employeur

(art.
32, al. 3, LACI)

 

1 Les pertes de travail
consécutives à des mesures prises par les autorités, ou qui sont dues à
d'autres motifs indépendants de la volonté de l'employeur, sont prises en
considération lorsque l'employeur ne peut les éviter par des mesures
appropriées et économiquement supportables ou faire répondre un tiers du
dommage.

2 La perte de travail est
notamment à prendre en considération lorsqu'elle est causée par:

a. l'interdiction d'importer ou
d'exporter des matières premières ou des marchandises;

b. le contingentement des matières
premières ou des produits d'exploitation, y compris les combustibles;

c. des restrictions de transport ou la
fermeture des voies d'accès;

d. des interruptions de longue durée ou
des restrictions notables de l'approvisionnement en énergie;

e. des dégâts causés par les forces de
la nature.

3 La perte de travail n'est pas
prise en considération lorsque les mesures des autorités sont consécutives à
des circonstances dont l'employeur est responsable.

4 La perte de travail causée par
un dommage n'est pas prise en considération tant qu'elle est couverte par une
assurance privée. Si l'employeur ne s'est pas assuré contre une telle perte de
travail, bien que cela eût été possible, la perte de travail n'est prise en
considération qu'à l'expiration du délai de résiliation applicable au contrat
de travail individuel.