# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 6b665235-8d8d-513e-800c-2624c5857359
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1998-11-18
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Eidgenössisches Justiz- und Polizeidepartement (EJPD) 18.11.1998 JAAC 63.38
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_002_JAAC-63-38--_1998-11-18.pdf

## Full Text

JAAC 63.38

Décision du Département fédéral de justice et police
du 18 novembre 1998

Art. 13 al. 1 2e phrase LSEE. Interdiction d’entrée en Suisse prononcée à
l’encontre d’un ressortissant étranger en raison d’une infraction grave
aux prescriptions de police des étrangers (travail sans autorisation).

1. Portée des Traités de Paris de 1815 et de Turin de 1816 conclus
antérieurement à la LSEE (consid. 10).

2. Notion d’infraction grave aux prescriptions de police des étrangers
(consid. 13).

3. Principe de la bonne foi invoqué par l’intéressé eu égard aux
assurances données par l’employeur (consid. 14).

Art. 13 Abs. 1 Satz 2 ANAG. Einreisesperre gegenüber einem Ausländer,
der sich grobe Zuwiderhandlungen gegen fremdenpolizeiliche
Bestimmungen zuschulden kommen liess (Erwerbstätigkeit ohne
Bewilligung).

1. Verhältnis älterer Staatsverträge (Traités de Paris de 1815 et de Turin
de 1816) zum jüngeren ANAG (E. 10).

2. Begriff der «groben Zuwiderhandlungen gegen fremdenpolizeiliche
Bestimmungen» (E. 13).

3. Berufung auf Vertrauensschutz durch den Beschwerdeführer in Bezug
auf Zusicherungen des Arbeitgebers (E. 14).

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Art. 13 cpv. 1 2° periodo LDDS. Divieto d’entrata in Svizzera pronunciato
a carico di un cittadino straniero per violazione grave delle prescrizioni
di polizia degli stranieri (lavoro senza autorizzazione).

1. Portata della convenzioni di Parigi del 1815 e di Torino del 1816
stipulate anteriormente alla LDDS (consid. 10).

2. Nozione d’infrazione grave alle prescrizioni sulla polizia degli
stranieri (consid. 13).

3. Principio della buona fede invocato dall’interessato in ragione delle
assicurazioni date dal datore di lavoro (consid. 14).

Résumé des faits:

(…)

3. Le 1er octobre 1997, l’Office fédéral des étrangers (OFE) a prononcé à
l’encontre de P. C. une décision d’interdiction d’entrée en Suisse valable
jusqu’au 30 septembre 1999, motivée comme suit: «Infraction grave aux
prescriptions de police des étrangers (travail sans autorisation)».

Pour les mêmes motifs, l’effet suspensif a été retiré à un éventuel recours.

4. Par mémoire du 5 novembre 1997, P. C. a déclaré recourir contre la
décision de l’OFE. Requérant à titre préalable la restitution de l’effet suspensif
au recours, il a conclu à l’annulation de l’interdiction d’entrée, alléguant
s’être parfaitement conformé aux dispositions légales applicables à son cas
particulier. Il a ainsi relevé en substance que C. SA n’avait demandé aucune
autorisation de travail en sa faveur, étant donné qu’un tel document n’était
pas nécessaire en raison de l’application du traité de Turin de 1816 et du traité
du 23 février 1882 sur l’établissement des Français en Suisse et des Suisses
en France (RS 0.142.113.491), qui, instituant les zones franches du Pays de
Gex et de Haute-Savoie, autorisaient les ressortissants français domiciliés
dans les zones franches à prendre domicile et à travailler en Suisse. Il a
observé par ailleurs que si l’arrêt du Tribunal fédéral du 12 février 1994
(recte 1993) avait tranché en faveur de la primauté de la loi fédérale sur le
séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE, RS 142.20) sur le
Traité de 1882 relatif à l’établissement des Français en Suisse et des Suisses en
France, il n’en allait pas de même pour les traités de Paris de 1815 et de Turin
de 1816, lesquels réglaient la situation particulière des employés «zoniens», et
primaient dès lors sur la LSEE en vertu du principe «lex specialis derogat lex
generalis» (sic). A titre subsidiaire, P. C. s’est prévalu de sa bonne foi, relevant
que la décision de l’OFE était disproportionnée, dès lors qu’il s’était interrogé
préalablement à sa prise d’emploi en Suisse sur la nécessité de demander
l’octroi d’une autorisation de travail, mais avait renoncé à une telle démarche
en raison des assurances données par son employeur. Il a par ailleurs souligné
qu’il n’avait pris connaissance du litige opposant son employeur aux autorités
genevoises que le 14 mars 1997.

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(…)

Extraits des considérants:

(…)

10. Le recourant allègue en substance que les traités de Paris de 1815 et de
Turin de 1816 autoriseraient les ressortissants français domiciliés dans les
zones franches à travailler en Suisse sans avoir à requérir au préalable une
autorisation de travail et primeraient ainsi sur la LSEE en vertu du principe lex
specialis derogat generali.

Selon l’interprétation dominante, il est vrai que le droit conventionnel doit en
principe être préféré à la législation fédérale postérieure. Tel n’est toutefois
pas nécessairement le cas. Il résulte en effet du principe de la hiérarchie des
ordres juridiques qu’une règle législative de droit interne doit être interprétée
d’une manière conforme au droit international, sauf si le législateur a entendu
déroger expressément à la règle internationale (Blaise Knapp, Précis de droit
administratif, 4ème éd., Bâle et Francfort-sur-le Main 1991, p. 60, n° 272 c et
les arrêts cités: ATF 94 I 669 Frigerio, 99 Ib 39 Schubert, 111 V 203 Caisse de
compensation du canton du Jura, 112 II 13 Wohnbau Giswil AG in Liquidation).
S’agissant des traités cantonaux conclus avant 1848 et toujours en vigueur,
ce même principe signifie qu’ils ne sont pas non plus annulés par les lois
fédérales contraires adoptées ultérieurement, sauf si le législateur fédéral a
adopté, de propos délibéré, des réglementations légales contraires à des traités
en vigueur. Par ailleurs, les traités cantonaux sont annulés par les traités
contraires, conclus ultérieurement par la Confédération avec les mêmes Etats;
à noter au demeurant que le sort des traités cantonaux en vigueur est toujours
réglé expressément dans de tels traités de la Confédération (Dieter Schindler,
Commentaire de la Constitution fédérale de la Confédération Suisse du 29 mai
1874, ad art. 9 Cst., état juin 1988, n°7 et la jurisprudence et doctrine citées).
Etant donné qu’il appartient à l’administration et aux autorités judiciaires de
décider si une loi fédérale doit être préférée à un traité, il convient dès lors de
déterminer à titre préalable si les traités invoqués par le recourant l’emportent
sur la législation fédérale actuelle, en particulier sur les dispositions prévues
par la LSEE.

L’entrée des étrangers en Suisse, leur séjour et leur résidence ont été pendant
longtemps régis exclusivement par le droit cantonal (cf. FF 1924 II 512).
La seule exception était constituée par l’expulsion politique (art. 70 Cst.),
que la Confédération a pu prononcer elle-même dès 1848. En dehors de ce
cas, la Confédération a cependant pu adopter depuis longtemps certaines
mesures de police des étrangers en se fondant sur les traités internationaux
d’établissement qu’elle avait conclus. Jusqu’à la Première guerre mondiale, les
cantons étaient relativement libéraux en matière d’immigration et le nombre
d’étrangers, au début du siècle, était élevé. Les ressortissants d’Etats avec
lesquels la Suisse avait conclu des traités d’établissement pouvaient sans
restriction s’établir en Suisse et y exercer l’activité professionnelle de leur
choix. En pratique, même les ressortissants d’Etats avec lesquels la Suisse
n’avait pas conclu de tels traités pouvaient venir librement en Suisse. Le
séjour n’était refusé qu’aux étrangers qui avaient subi une condamnation
pénale, tombaient à la charge de l’assistance ou étaient politiquement

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dangereux. L’éclatement du conflit eut comme conséquence la fermeture
des frontières. Afin d’assurer l’uniformité de cette fermeture, le Conseil
fédéral édicta, le 21 novembre 1917, une ordonnance sur le contrôle des
étrangers, qui subordonnait leur entrée en Suisse à l’obtention d’un visa
fédéral. D’autres ordonnances instituèrent un système de veto fédéral
aux permis délivrés par les cantons. Ces ordonnances, prises en vertu des
pleins pouvoirs, et qui ne se limitaient pas à instaurer une surveillance
des frontières, mais réglementaient également la résidence durable des
étrangers en Suisse dans le but de lutter contre le chômage et la surpopulation
étrangère, ne reposaient sur aucune base constitutionnelle. C’est pour en créer
une que fut adopté, le 25 octobre 1925, l’art. 69ter Cst. Les ordonnances de
pleins pouvoirs furent par la suite remplacées par la LSEE du 26 mars 1931,
entrée en vigueur le 1er janvier 1934 (Giorgio Malinverni, Commentaire de la
Constitution fédérale de la Confédération suisse, ad art. 69ter, état mai 1995,
n° 1 à 6). A la fin du conflit se posa la question de l’application des traités
d’établissement. On ne pouvait en effet envisager de revenir au régime de la
libre circulation des personnes qui existait sur le plan international avant la
guerre. Le Conseil fédéral décida de dénoncer à titre de précaution pour
le 10 avril 1919 les traités conclus avec l’Italie et l’Allemagne. La France
avait, pour sa part, déjà dénoncé le traité conclu avec la Suisse. Toutefois,
en vertu d’un arrangement, les traités passés avec ces trois Etats restèrent
en vigueur provisoirement. Finalement, il apparut qu’une refonte de ces
conventions n’était guère réalisable et, en outre, n’était pas absolument
nécessaire. Les Etats contractants prirent tacitement connaissance du fait
que les nouveaux régimes nationaux de police des étrangers instaurés dans
la plupart des pays soumettaient à autorisation de la police l’entrée, le séjour
et l’exercice d’une activité lucrative. Depuis lors, les traités d’établissement
ont été interprétés compte tenu de cette réserve tacite quant à la fixation des
conditions d’admission des étrangers. Cette interprétation a été expressément
confirmée par accords additionnels passés avec différents Etats. En outre, les
traités d’établissement conclus depuis la première guerre mondiale réservent
expressément l’application du droit national en ce qui concerne les conditions
auxquelles est subordonnée l’admission des étrangers. Il en a résulté que seuls
les étrangers admis à résider définitivement dans le pays en vertu du régime
national de police peuvent se prévaloir sans aucune restriction des clauses
d’un traité d’établissement (FF 1967 II 72).

Dans l’ATF 119 IV 65 ss, le Tribunal fédéral a ainsi clairement exclu
l’application de la Convention sur l’établissement des Français en Suisse et
des Suisses en France du 23 février 1882 aux ressortissants de ces Etats qui ne
seraient pas au bénéfice d’une autorisation d’établissement conforme au droit
national. Il a relevé à cet égard que ce traité a été modifié par une pratique,
conforme aux intentions des Chambres fédérales, consistant à donner la
préférence à la LSEE. Citant la jurisprudence et la doctrine, il a par ailleurs
rappelé que les ressortissants des Etats parties à un traité sont soumis aux lois
et règlements de police, par quoi il faut entendre que les lois nationales de
police des étrangers sont réservées, ainsi qu’il résulte clairement des traités
passés par la Suisse après la première guerre mondiale.

En l’occurrence, P. C. se prévaut de traités conclus avant la première guerre
mondiale et affirme disposer d’un droit de travailler sur le territoire genevois,
sans que soit nécessaire l’octroi préalable d’une autorisation de travail par

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les autorités de police des étrangers. Il résulte toutefois clairement de ce qui
précède que, dès la fin de la première guerre mondiale, le législateur fédéral a
expressément voulu réserver l’application des lois et règlements internes
de police en ce qui concerne les conditions auxquelles est subordonnée
l’admission des étrangers. Les Etats parties à des conventions internationales
avec la Suisse ont pris acte de cette volonté, que ce soit dans le cadre de
traités d’établissement stricto sensu, comme le Traité du 23 février 1882
sur l’établissement des Français en Suisse et des Suisses en France (cf. ATF
119 IV 65 ss), ou dans le cadre de conventions prévoyant, par certaines
dispositions, le droit de séjourner et/ou de travailler sur le territoire de chacun
des Etats contractants. Il n’en va pas différemment pour les traités de Paris
du 20 novembre 1815 et de Turin du 16 mars 1816, qui doivent ainsi être
interprétés de manière restrictive en tant qu’ils concernent l’établissement de
ressortissants étrangers sur territoire suisse. Les dispositions de ces traités se
rapportant plus précisément au séjour sur territoire suisse de ressortissants
étrangers, fussent-ils domiciliés dans une zone franche, ne sauraient ainsi
primer la LSEE en vertu du principe lex specialis derogat generali. Une telle
interprétation restrictive est d’ailleurs confirmée par le fait que la France et
la Suisse ont conclu le 15 avril 1958 un accord relatif à la prise d’emploi des
travailleurs frontaliers sur leur territoire respectif, accord qu’ils ont entendu
faire appliquer également aux personnes domiciliées dans les zones franches.
Cet accord, qui a été approuvé par le Conseil fédéral le 13 juin 1958, règle le
régime des travailleurs frontaliers suisses et français. Dans la mesure où il ne
fait qu’appliquer les législations et les réglementations en vigueur dans les
deux pays, il n’a pas été publié au Recueil officiel.

Au sens de cet accord (article premier), il y a lieu d’entendre, par travailleurs
frontaliers, les ressortissants français et suisses, d’une honorabilité reconnue,
domiciliés depuis six mois au moins dans la zone frontalière de l’un des deux
pays où ils retournent régulièrement chaque jour, pour travailler en qualité de
salariés dans la zone frontalière de l’autre pays. Selon l’art. 2, sont considérées
comme zones frontalières les zones définies par l’accord du 1er août 1946 entre
la Suisse et la France relatif à la circulation frontalière, lequel spécifie en son
art. 5 que «la zone frontalière dans la limite de laquelle sera autorisée, dans
les conditions ci-dessus, la circulation de petite frontière, aura une largeur
de dix kilomètres de part et d’autre de la frontière, et comprendra également
les communes de la zone franche du Pays de Gex et de la Haute-Savoie». Par
l’adoption de l’accord du 15 avril 1958 relatif aux travailleurs frontaliers,
la France et la Suisse ont ainsi clairement entendu soumettre au régime
ordinaire de l’autorisation le travail des ressortissants français domiciliés
dans les zones franches du Pays de Gex et de la Haute-Savoie.

Force est dès lors de constater que l’interprétation consistant à donner la
préférence aux traités précités en vertu du principe de la hiérarchie des
ordres juridiques ou de la maxime lex specialis derogat generali, ne saurait
être retenue et que le séjour dans le canton de Genève de P. C., qui ne dispose
par ailleurs d’aucune autorisation d’établissement en Suisse, est régi par les
dispositions légales ordinaires de police des étrangers, comme le prévoit
l’accord du 15 avril 1958 relatif aux travailleurs frontaliers.

(…)

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13. L’autorité fédérale peut, mais pour une durée n’excédant pas trois ans,
interdire l’entrée en Suisse d’étrangers qui ont contrevenu gravement ou
à réitérées fois à des prescriptions sur la police des étrangers, à d’autres
dispositions légales, ou à des décisions de l’autorité fondées sur ces
dispositions. Tant que l’interdiction d’entrée est en vigueur, l’étranger ne
peut franchir la frontière sans la permission expresse de l’autorité qui l’a
prononcée (art. 13 al. 1er LSEE).

Constitue une violation grave au regard de la police des étrangers le fait de
séjourner et/ou de travailler en Suisse sans autorisation.

Le nombre élevé de contraventions commises par la main d’œuvre étrangère
contraint les autorités à intervenir avec sévérité. Il y va de la lutte contre les
travailleurs clandestins et de la stricte application des prescriptions édictées
par le Conseil fédéral en matière de contingentement des étrangers exerçant
une activité lucrative.

L’interdiction d’entrée en Suisse n’est pas une peine et n’a aucun caractère
infamant. C’est une mesure de contrôle qui vise à empêcher un étranger d’y
revenir à l’insu des autorités.

14. En l’occurrence, il ressort du dossier que P. C. a travaillé pour C. SA à
partir du printemps 1996, sans avoir été mis au bénéfice d’une quelconque
autorisation de travail (...). En vertu des dispositions légales applicables
citées ci-dessus, il aurait donc dû requérir de l’Office de la population du
canton de Genève une autorisation de travail. Aucune démarche n’ayant été
entreprise en ce sens, force est de constater qu’il a manifestement contrevenu
aux prescriptions en matière de police des étrangers.

Se prévalant de sa bonne foi, le recourant relève qu’avant de prendre
cet emploi, il s’est interrogé sur la nécessité de demander l’octroi d’une
autorisation de travail aux autorités compétentes, mais n’a finalement
entrepris aucune démarche en ce sens, se fiant aux assurances données par
son employeur, lui affirmant qu’une telle autorisation n’était pas nécessaire
en raison de l’existence de traités applicables à son cas particulier. Il explique
par ailleurs n’avoir eu connaissance du litige opposant C. SA aux autorités
cantonales de police des étrangers que le 14 mars 1997, s’en être inquiété
auprès de son employeur, mais avoir continué à venir travailler à la demande
expresse de ce dernier, qui lui a tenu des propos rassurants en lui expliquant
qu’il s’agissait d’un litige relatif à un problème juridique pointu, qui allait être
réglé prochainement. Il en conclu qu’étant au surplus dépourvu de formation
juridique particulière, il ne saurait pâtir du fait que C. SA et l’Office cantonal
genevois de la population aient eu une interprétation divergente quant à
l’application des traités précités.

Découlant directement de l’art. 4 Cst., le principe de la bonne foi donne au
citoyen le droit d’être protégé dans la confiance légitime qu’il met dans les
assurances reçues des autorités. Il le protège donc, lorsqu’il a réglé sa conduite
d’après des décisions, des déclarations ou un comportement déterminé de
l’administration. La jurisprudence soumet cependant à certaines conditions
le recours à cette protection. Il faut notamment que l’autorité soit intervenue
dans une situation concrète à l’égard de personnes déterminées, qu’elle
ait agi ou soit censée avoir agi dans les limites de sa compétence et que
l’administré ait eu de sérieuses raisons de croire à la validité de l’acte suivant

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lequel il a réglé sa conduite. Il faut en outre que l’administré se soit fondé
sur les assurances et le comportement dont il se prévaut pour prendre des
dispositions qu’il ne saurait modifier sans subir un préjudice (cf. ATF 121 I 179
consid. 2b, 114 Ia 106/107 consid. 2a, 118 Ib 385 consid. 3b et références citées).

Dans le cas particulier, force est de constater que les conditions posées par la
jurisprudence du Tribunal fédéral ne sont pas remplies. En effet, les autorités
compétentes de police des étrangers n’ont jamais donné d’assurances ou
de promesses au recourant. Au contraire, par lettre adressée à l’employeur
le 21 mai 1996, l’Office cantonal genevois de la population a expressément
précisé que l’intéressé ne pouvait prendre un emploi sans requérir au
préalable l’octroi d’une autorisation de travail. Début 1997, l’intéressé a par
ailleurs été convoqué à plusieurs reprises par les autorités cantonales de
police des étrangers pour être entendu sur sa situation dans le canton, mais
ne s’est pas présenté aux rendez-vous, ce qui a conduit l’Office cantonal de
la population à lui adresser une lettre le 7 avril 1997 l’informant que son
dossier allait être transmis à l’OFE en vue du prononcé d’une interdiction
d’entrée pour travail sans autorisation. Malgré l’existence de cette mesure
d’éloignement, le recourant a par ailleurs continué à venir travailler sur
territoire genevois sans être au bénéfice d’une quelconque autorisation
(cf. rapport des gardes-frontières de Bardonnex du 24 novembre 1997). Le
recourant ne saurait en outre se retrancher derrière son employeur, en
affirmant s’être fié aux assurances de ce dernier, dès lors qu’il n’incombait
nullement à C. SA de statuer sur le droit éventuel de son employé de travailler
sur le territoire genevois sans avoir à requérir au préalable une autorisation
de travail. Il convient à cet égard de relever que l’inté-

ressé ne pouvait ignorer l’obligation qu’il avait de solliciter l’octroi d’une
autorisation de travail de la part des autorités cantonales compétentes, dès
lors qu’il avait été mis au bénéfice d’une précédente autorisation frontalière
en 1990 et qu’il avait déjà fait l’objet de deux refus en 1989 et 1991. Au
demeurant, il incombe à tout étranger désirant travailler dans ce pays de
s’enquérir personnellement des conditions qu’il doit respecter. A cet égard, il
importe de souligner que ces démarches doivent être entreprises avant la prise
d’emploi (cf. art. 2 al. 1er LSEE) et que l’étranger qui ne possède pas de permis
d’établissement ne peut prendre un emploi, et un employeur ne peut l’occuper,
que si l’autorisation de séjour lui en donne la faculté (art. 3 al. 3 LSEE). Bien
que les autorités cantonales et C. SA aient eu une interprétation différente
quant à l’application éventuelle des traités précités, le recourant n’était de
toute façon pas autorisé à prendre un emploi avant que cette question ne
fût tranchée. Il convient en outre de souligner que même après avoir pris
connaissance de la position de l’Office cantonal genevois de la population
et du fait qu’une interdiction d’entrée en Suisse avait été prononcée à son
encontre le 1er octobre 1997, P. C. a continué à venir travailler sur territoire
genevois, faisant fi des décisions des autorités. Dans ces circonstances, les
infractions commises par le recourant doivent être considérées comme
clairement établies et le Département de céans ne peut que constater que ce
dernier a manifestement contrevenu aux prescriptions de police des étrangers
susmentionnées, cette infraction revêtant au surplus un caractère de gravité
certain au sens de l’art. 13 al. 1 LSEE.

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En conséquence, eu égard aux considérations qui précèdent, il y a lieu de
reconnaître que la décision d’interdiction d’entrée en Suisse prononcée à
l’encontre de P. C. s’avère parfaitement justifiée dans son principe.

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Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 63.38 - Décision du Département fédéral de justice et police du 18 novembre 1998

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1999
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Band 63
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	Décision du Département fédéral de justice et police du 18 novembre 1998
	Résumé des faits:
	Extraits des considérants: