# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 755f13b9-ec78-548f-ac91-aa160eb87676
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2016 / 664
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2016---664_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

AJ15.041323-161100

271 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
12 juillet 2016

__________________

Composition
:               M.             
Winzap,
président

             
              M.             
Pellet et Mme Courbat 

Greffière
:              Mme             
Berger

 

 

*****

 

 

Art.
122 al. 1 let. a CPC, 2 al. 1 et 3 al. 3 RAJ

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par P.________,
à Lausanne, contre la décision rendue le 15 juin 2016 par la Juge de paix du district de Lausanne,
arrêtant son indemnité de conseil d’office dans la cause divisant F.________ d’avec
[...], devenue I.________Sàrl, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 15 juin 2016, adressée aux parties pour notification le 16 juin 2016, la Juge
de paix du district de Lausanne (ci-après : juge de paix) a fixé l’indemnité
de conseil d’office de F.________, allouée à Me P.________, à 1'480 fr. 80, dont
100 fr. de débours et 108 fr. 80 de TVA compris pour la période du 8 septembre 2015 au 5 avril
2016 (I) et dit que le bénéficiaire de l'assistance judiciaire est, dans la mesure de l'article
123 CPC, tenu au remboursement de l'indemnité du conseil d'office mise à la charge de l'Etat
(II).

 

             
En droit, le premier juge, considérant que bon nombres d’allégués contenus dans
la requête d’exécution forcée étaient superflus (allégués 8 à
14 et 17 à 21), que plusieurs courriers n’apparaissaient pas nécessaires, que le temps
comptabilisé pour les avis de transmission était trop important et qu’aucune audience
n’avait été tenue, a estimé qu’une indemnité équivalant à sept
heures de travail était suffisante. Il a en outre alloué un montant forfaitaire de 100 fr.
à titre de débours, les frais allégués par Me P.________ paraissant surévalués.
L’indemnité d’office devait donc être fixée à 1'468 fr. 80, TVA et débours
compris. 

 

 

B.             
              Par
acte du 27 juin 2016, P.________ a recouru contre cette décision, en concluant, sous suite de frais,
à sa réforme en ce sens que son indemnité de conseil d’office de F.________ est
arrêtée à 2'503 fr. 45, TVA incluse.

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

1.             
              Par
jugement du 13 mai 2006, le Tribunal de Prud’hommes de l’arrondissement de Lausanne a notamment
dit qu’I.________Sàrl est tenue de délivrer à F.________, dans les dix jours dès
jugement définitif et exécutoire, un certificat de travail, indiquant précisément
la teneur de ce certificat.

 

2.             
              Le
29 septembre 2015, F.________ a requis l’assistance judiciaire dans la procédure en exécution
forcée qui l’opposait à son ancien employeur.

 

             
              Par décision du 26
octobre 2015, la juge de paix a accordé l’assistance judiciaire à F.________ dans la
cause précitée avec effet au 8 septembre 2015 (I), désigné Me P.________ en qualité
de conseil d’office (II) et exonéré F.________ de toute franchise mensuelle (III).

 

2.             
              Le
15 janvier 2016, F.________ a déposé une requête d’exécution forcée, au
pied de laquelle il a conclu, sous suite de frais et dépens, à ce qu’I.________Sàrl
soit condamnée à lui délivrer un certificat de travail conforme à la teneur du chiffre
III du jugement du 13 mai 2015, sous menace de la peine d’amende de l’art. 292 CP (I), à
ce que faute d’exécution du chiffre I dans les cinq jours dès l’entrée en
force de la décision, I.________Sàrl soit condamnée, à sa requête, à une
amende d’ordre de 1'000 fr. au plus pour chaque jour d’inexécution (II) et à ce
que faute d’exécution du chiffre I dans les trente jours dès l’entrée en force
de la décision, I.________Sàrl soit reconnue sa débitrice de la somme de 106'209 fr.40,
avec intérêts à 5 % l’an dès le 18 décembre 2013 (III). Cette requête
contenait notamment des allégués relatifs à la situation de travail du requérant
et à un dommage patrimonial.

 

             
              Le
1er
mars 2016, F.________ a informé la juge de paix que le certificat de travail requis avait été
délivré par I.________Sàrl.

 

3.             
              Le
5 avril 2016, dans le délai imparti par la juge de paix, Me P.________ a produit la liste des opérations
effectuées pour la période du 8 septembre 2015 au 5 avril 2016. Ce document, qui mentionnait
la date et la durée de chacune des opérations effectuées ainsi que les débours correspondants,
faisait état d’un total de 11.41 heures de travail d’avocat et de 285 fr.35 de débours.

 

             
              Par décision du 6
avril 2016, le juge de paix a fixé une première fois l’indemnité d’office
de Me P.________ à 1'468 fr. 80, débours et TVA compris. 

 

             
              Par décision du 12
avril 2016, la juge de paix a constaté que la requête d’exécution forcée était
sans objet, mis les frais judiciaires, arrêtés à 150 fr., à la charge de l’intimée
I.________Sàrl, condamné cette dernière à verser à F.________ la somme de 500
fr. à titre de dépens et rayé la cause du rôle.

 

             
Par arrêt du 19 mai 2016, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal a admis le recours
formé par Me P.________ contre la décision du 
6
avril 2016, annulé son chiffre I et renvoyé la cause au Juge de paix afin qu’il rende
une nouvelle décision expliquant les raisons pour lesquelles il a réduit l’indemnité
d’office à laquelle prétendait Me P.________. 

 

 

             
En droit
:

 

1.             
Aux termes
de l'art. 110 CPC (Code de procédure civile suisse du 
19
décembre 2008 ; RS 272), la décision arrêtant la rémunération du conseil d'office
en application de l'art. 122 al. 1 let. a CPC est une décision sur frais qui ne peut être attaquée
séparément que par un recours au sens de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (Tappy, CPC commenté,
2011, n. 21 ad art. 122 CPC ; cf. notamment CREC 21 décembre 2015/438 ; CREC 15 avril 2014/140 ;
CREC 13 février 2013/52).

 

             
Lorsque la
décision a été rendue en procédure sommaire, par exemple pour statuer sur l'indemnité
du conseil d'office (art. 119 al. 3 CPC), le recours, écrit et motivé, doit être déposé
dans un délai de dix jours à compter de la notification (art. 321 al. 2 CPC) auprès de
l'instance de recours, soit la Chambre des recours civile (73 al. 1 LOJV [loi vaudoise d'organisation
judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01]).

 

             
Dans la mesure où sa propre
situation est affectée, le conseil juridique dispose à titre personnel d'un droit de recours
au sujet de la rémunération équitable accordée (ATF 131 V 153 consid. 1 ; Tappy,
op. cit., n. 22 ad art. 122 CPC).

 

             
              En l'espèce, formé
en temps utile par une partie qui a un intérêt digne de protection (art. 59 al. 2 let. a CPC),
le présent recours est recevable.

 

 

2.             
Le recours
est recevable pour violation du droit (art. 320 let. a CPC) et constatation manifestement inexacte des
faits (art. 320 let. b CPC). L'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant
de la violation du droit (Spühler, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2e
éd., 2013, n. 1 ad art. 320 CPC). Elle revoit librement les questions de droit soulevées par

le
recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de l'autorité précédente ou
du recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2e
éd., 2010, n. 2508). S'agissant des faits, toutefois, le pouvoir d'examen dont dispose l'autorité
saisie d'un recours est plus restreint qu'en appel, le grief de la constatation manifestement inexacte
des faits se recoupant avec celui de l'arbitraire au sens de l'art. 9 Cst. (Jeandin, CPC commenté,
op. cit., nn. 4 et 5 ad art. 321 CPC et les réf. citées).

 

 

3.             

3.1             
La recourante
se plaint de la réduction des heures consacrées au mandat d'office telles qu'elles résultent
de son relevé détaillé des opérations. Elle conteste en premier lieu la réduction
des heures comptabilisées pour la rédaction
de la requête.
Elle fait valoir que les allégués 8
à 14 et 17 à 21 n'étaient pas inutiles, contrairement à ce qu'a retenu le premier
juge. Elle soutient ensuite que les dix-huit courriers facturés étaient eux aussi nécessaires
et que le temps comptabilisé pour les avis de transmission a été employé à la
lecture du document transmis, à l’analyse de l’opportunité d’en expliquer
le contenu à son client et aux instructions données au secrétariat. Enfin, les débours
ont été décomptés à un franc la photocopie et sont également dus.

 

3.2             
              Aux
termes de l’art. 122 al. 1 let. a CPC, le conseil juridique commis d’office est rémunéré
équitablement par le canton. Cette notion aux contours imprécis doit permettre aux cantons
de fixer, sur la base d’un large pouvoir d’appréciation (TF 5P.291/2006 du 19 septembre
2006), le montant de l’indemnité allouée au conseil d’office dans les limites de
leur tarif des frais (Rüegg, Basler Kommentar, op. cit., nn. 5 à 7 ad art. 122 CPC).

 

                          
Pour fixer la quotité de l’indemnité du conseil d’office, l’autorité
cantonale doit s’inspirer des critères applicables à la modération des honoraires
d’avocat (Donzallaz, Loi sur le Tribunal fédéral, Commentaire, 2008, n. 1775 ad art. 64
LTF ; ATF 122 I 1 consid. 3a). Dans le canton de Vaud, l’art. 2 al. 1 RAJ (règlement
du 7 décembre 2010 sur l’assistance judiciaire en matière civile ; RSV 211.02.3)
– qui renvoie à l’art. 122 al. 1 let. a CPC – précise que le conseil juridique
commis d’office a droit au remboursement de ses débours et à un défraiement équitable,
qui est fixé en considération de l’importance de la cause, de ses difficultés, de
l’ampleur du travail et du temps consacré par le conseil juridique commis d’office.
A cet égard, le juge apprécie l’étendue des opérations nécessaires pour
la conduite du procès. Il applique le tarif horaire de 180 fr. pour un avocat (let. a) et de
110 fr. pour un avocat-stagiaire (let. b).

 

             
En matière civile, le conseil d’office peut être amené à accomplir dans le
cadre du procès des démarches qui ne sont pas déployées devant les tribunaux, telles
que recueillir des déterminations de son client ou de la partie adverse ou encore rechercher une
transaction. De telles opérations doivent également être prises en compte (ATF 122 I 1
consid. 3a ; ATF 117 la 22 consid. 4c et les réf. citées). Cependant, le temps consacré
à la défense des intérêts du client et les actes effectués ne peuvent être
pris en considération sans distinction. Ainsi, le juge peut d’une part revoir le temps de
travail allégué par l’avocat, s’il l’estime exagéré en tenant compte
des caractéristiques concrètes de l’affaire, et ne pas rétribuer ce qui ne s’inscrit
pas raisonnablement dans le cadre de l’accomplissement de sa tâche ; d’autre part,
il peut également refuser d’indemniser le conseil pour des opérations qu’il estime
inutiles ou superflues. L’avocat d’office ne saurait en effet être rétribué
pour des activités qui ne sont pas nécessaires à la défense des intérêts
du bénéficiaire de l’assistance judiciaire ou qui consistent en un soutien moral (CREC
25 janvier 2013/29, in :
JdT 2013 II 35 ss ; TF 5P.462/2002 du 30 janvier 2003).

 

             
              Les débours sont
rémunérés sur la base de la liste produite à leur appui, ou, en l’absence d’une
telle liste, par l’allocation d’un montant forfaitaire de 50 fr. pour une affaire transigée
avant l’ouverture d’action, de 100 fr. dans les autres cas (art. 3 al. 3 RAJ). Les frais
courants, notamment de photocopies, font partie des frais généraux de l’avocat et ne
peuvent en principe être facturés en sus à titre de débours (CREC 14 novembre 2013/377).
Il en va de même des frais d’envoi de « mémos » ou cartes de compliments,
à raison de 5 minutes chacune, étant donné que les avis de transmission ou « mémos »
ne peuvent pas être pris en compte à titre d’activité déployée par l’avocat,
s’agissant d’un pur travail de secrétariat (CREC 5 janvier 2015/10 ; CREC
3 septembre 2014/312 ; Juge délégué CACI 18 août 2014/436 consid. 3 ;
CACI 29 juillet 2014/235 consid. 6).

 

3.3             
                Tout
d'abord, la recourante fait valoir en vain que le premier juge n'a pas suffisamment motivé la réduction
des opérations. Il faut au contraire constater que l'autorité de première instance a donné
des explications complètes concernant les postes réduits. 

 

             
S’agissant de la rédaction de la requête, la motivation du premier juge est convaincante.
La requête d'exécution forcée portait sur la délivrance d'un certificat de travail,
dont la teneur était précisée par le dispositif du jugement prud'homal. Dès lors,
les allégués désignés par le premier juge, relatifs à la situation de travail
du requérant au moment du dépôt de la requête et à un prétendu dommage
patrimonial, n'entraient pas en considération dans le cadre de la procédure d'exécution
forcée (cf. Jeandin, CPC commenté, op. cit. nn. 4 et 6 ad 
art.
345 CPC), étant précisé que le requérant avait de toute manière conclu au versement
d'une amende d'ordre par jour de retard dans l'exécution, conformément à l'art. 343 al.
1 let. c CPC. Les conclusions en paiement d'une somme de 
106'209
fr. étaient ainsi irrecevables, de sorte que c'est à juste titre que le premier juge n'a pas
considéré comme utiles les allégués qui s'y rapportaient. 

 

             
Il en va de même de la réduction du temps consacré à la correspondance. Avec le premier
juge, il faut admettre que la cause ne nécessitait pas autant de lettres au client, même si
l’une ou l’autre d’entre elles rappelait à celui-ci les pièces qu’il
devait produire, cela en raison également du nombre d'entretiens téléphoniques que l'avocat
d'office a eus avec celui-ci. A nouveau, la réduction effectuée est justifiée, d'autant
que le premier juge bénéficie en la matière d'un large pouvoir d'appréciation. Quant
aux avis de transmission, la jurisprudence de la chambre de céans en la matière, exposée
au considérant 3.2 ci-dessus, a été appliquée à juste titre. 

 

             
Compte tenu de ce qui précède, la réduction de 4,5 heures, dont 
2
heures sont déduites du temps comptabilisé pour la rédaction de la requête et 
2,5
heures déduites du temps comptabilisé pour la correspondance avec le client et les mémos
de transmission, ramenant le total d’heures consacrées au dossier par Me P.________ à
7 heures, ne prête pas le flanc à la critique. 

 

             
Enfin, comme relevé au considérant 3.2 ci-dessus, les photocopies font partie des frais généraux
de l'avocat et ne peuvent pas être facturés en sus à titre de débours, sauf circonstances
particulières, non réalisées en l'espèce. C'est donc à juste titre que le premier
juge a fait application de l'art. 3 al. 3 RAJ et retenu un montant forfaitaire de 100 fr. à titre
de débours. 

 

             
En définitive, le montant de l’indemnité d’office arrêté en première
instance doit être confirmé. 

 

 

4.             
Compte tenu de ce qui précède, le recours doit être rejeté selon le mode procédural
de l'art. 322 al. 1 CPC et la décision attaquée confirmée. 

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance,
arrêtés à 100 fr. (art. 69 al. 1 et 70 al. 3 TFJC [tarif des frais judiciaires en matière
civile du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]), sont mis à la charge de la recourante qui succombe
(art.106 al. 1 CPC).

 

             
Il n’y a pas lieu d’allouer de dépens. 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
La décision est confirmée.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 100 fr. (cent francs), sont
mis à la charge de la recourante P.________.

 

             
IV.             
L’arrêt est exécutoire

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

 

Du
13 juillet 2016

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me P.________,

‑             
M. F.________.

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 30’000 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme le Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
La greffière :