# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a8f3a38a-225c-5975-90d9-b3085b4bd29d
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile HC / 2013 / 652
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_HC---2013---652_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JS13.028665-131689

476 

 

 

JUGE
DELEGUéE DE LA cour d’appel CIVILE

_________________________________________________________

Arrêt du
17 septembre 2013

______________________

Présidence
de               Mme             
Charif
Feller, juge déléguée

Greffier
              :             
Mme              Nantermod Bernard

 

 

*****

 

 

Art.
176 al. 1 ch. 2 CC ; 308 al. 1 let. b et 312 al. 1 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur l’appel interjeté par J.________,
à Lausanne, intimée, contre l’ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale
rendu le 31 juillet 2013 par le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne
dans la cause divisant l’appelante d’avec L.________,
à Lausanne, requérant, la juge déléguée de la Cour d'appel civile du Tribunal
cantonal voit :

             
En fait :

 

 

A.             
 Par ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale du 31 juillet 2013, le Président
du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne a rappelé la convention partielle de mesures
protectrices de l’union conjugale signée par les époux à l’audience du 23
juillet 2013, ratifiée pour valoir ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale
et ainsi libellée : « I. Les époux L.________ et J.________, conviennent de
vivre séparés pour une durée de deux ans, dès la séparation effective. II. L.________
contribuera à l’entretien de sa femme par le régulier versement d’une pension mensuelle
de 900 fr. (neuf cents francs), payable d’avance le premier de chaque mois sur le compte [...]
ouvert au nom de J.________, IBAN [...], dès la séparation effective, pro
rata temporis » (I) ; a attribué
la jouissance du domicile conjugal, sis chemin du [...], à L.________, à charge pour lui d’en
payer le loyer et toutes les charges (II), a fixé à J.________, un délai de 30
jours dès réception de la présente ordonnance
pour quitter le domicile conjugal en emportant ses effets personnels et de quoi se reloger sommairement
et pour rendre à L.________ toutes les clés relatives au domicile conjugal en sa possession
(boîte aux lettres, porte d’immeuble, cave appartement, garage) (III), a rejeté toutes
autres ou plus amples conclusions (IV) et a déclaré l’ordonnance, rendue sans frais ni
dépens, immédiatement exécutoire (V).

             
 Appelé à statuer sur la seule question de l’attribution du domicile conjugal, le premier
juge a retenu qu’il n’existait pas de circonstances (enfant commun, santé, travail,
solution d’urgence, autorisation de séjour de l’épouse, salaire) permettant d’exiger
d’un époux plutôt que de l’autre de quitter le domicile conjugal, qu’une
pesée des intérêts en présence ne permettait pas de déterminer à qui attribuer
le logement conjugal et que, dans le doute, il fallait tenir compte du statut juridique de l’appartement.
A cet égard, le juge de première instance a retenu que le requérant était le seul
détenteur du bail, qu’il avait lui-même payé la garantie de loyer et qu’il
avait meublé la majeure partie de l’appartement avec ses propres deniers, ce qui justifiait
de lui attribuer la jouissance du domicile conjugal.

 

B.             
Par acte motivé du 19 août 2013, accompagné
de quatre pièces sous bordereau et d’une demande d’assistance judiciaire, J.________,
a conclu en substance, sous suite de frais et dépens, à ce que le prononcé de mesures
protectrices de l’union conjugale du 31 juillet 2013 soit réformé en ce sens que la jouissance
du logement commun lui soit attribuée, un délai fixé à dire de justice étant
imparti à L.________ pour quitter ledit logement en emportant ses effets personnels et de quoi se
reloger sommairement, subsidiairement, à l’annulation du prononcé et au renvoi de la
cause au premier juge pour nouvelle décision après complément d’instruction dans
le sens des considérants. 

 

             
              Le 30 août 2013,
J.________ a été informée qu’elle était en l’état dispensée
de l’avance de frais, la décision définitive sur l’assistance judiciaire étant
réservée.

             
              L’intimé n’a
pas été invité à se déterminer.

 

C.             
              La
juge déléguée retient les faits suivants, sur la base du prononcé attaqué complété
par les pièces du dossier :

 

1.             
              L.________, né le
[...] 1972, de nationalité suisse, et J.________ le [...] 1977, ressortissante camerounaise, se
sont mariés le [...] 2011 à [...]/VD. 

             
              

             
              Aucun enfant n’est
issu de leur union.

                           

             
              J.________ réside
en Suisse au bénéfice d’un permis B. Elle y séjournait déjà avant son
mariage. 

 

2.             
              Le 3 mai 2010, L.________
a signé avec le [...], un contrat de bail à loyer portant sur un appartement de deux pièces
sis chemin du [...], au loyer mensuel net de 1’130 francs.

 

             
              Le 17 décembre 2010,
L.________ s’est vu adresser un calcul du nouveau loyer de l’appartement du chemin de [...],
ramenant celui-ci à 1'099 fr. dès le 1er
juillet 2011. 

 

             
              L.________ ayant informé
la gérance de son mariage, les époux et le bailleur ont signé, le 17 août 2011, un
avenant N° 1 audit bail, dont la teneur est la suivante :

« I.-             
Dès la conclusion du présent avenant, tous les droits et obligations du bail à loyer précité
seront repris solidairement par M. et Mme L.________ et J.________.

 

II.-             
Les locataires se déclarent débiteurs solidaires de toutes les obligations qui pourraient découler
du présent contrat.

 

III.-             
Les locataires s’engagent à faire modifier, en capital et intérêts, à leurs
deux noms, la garantie de loyer N° [...] de Fr. 3'390.00 (trois mille trois cent nonante francs)
déposée à la Banque [...].

 

IV.-             
Mme J.________ déclare bien connaître l’appartement dont il s’agit et est rendue
attentive au fait qu’aucun état des lieux ne sera effectué en raison de la modification
du bail à loyer précité.

 

V.-             
Les autres clauses et conditions du bail demeurent sans changement. »             

 

 

3.             
              Le couple connaissant
des difficultés conjugales, L.________ a initié une séparation judiciaire et déposé,
le 30 juin 2013, une requête de mesures protectrices de l’union conjugale aux termes de laquelle
il concluait, en substance, à une séparation d’avec son épouse pour une durée
indéterminée, à l’attribution du domicile conjugal avec les meubles le garnissant,
un délai étant imparti à l’épouse pour le quitter.

 

             
              Dans ses déterminations
du 12 juillet 2013, J.________ n’a pas contesté que des tensions étaient apparues dans
son couple depuis le début de l’année et qu’un processus de détachement s’était
mis en place, lequel avait conduit les époux dans une impasse. Elle ajoutait que beaucoup de projets
n’avaient pas pu être concrétisés et que des frustrations de part et d’autre
s’étaient installées. Dès lors, elle ne contestait pas le principe de la vie séparée
et souhaitait profiter de quelques mois de séparation pour réfléchir à l’avenir
de son couple. S’agissant du domicile conjugal, qui constituait selon elle le principal enjeu des
modalités de la séparation, elle en revendiquait également la jouissance au motif qu’elle
disposait de revenus significativement inférieurs à ceux de son conjoint et qu’elle ne
bénéficiait pas d’un réseau social aussi élargi que le sien. Elle ajoutait
 que son époux tentait, de manière détestable, de la contraindre à quitter l’appartement
en question en lui rendant la vie commune difficilement supportable (il lui restreignait l’accès
à certaines pièces et enlevait la lumière dans d’autres), afin de se l’approprier.

 

 

4.             
              A l’audience du
23 juillet 2013, L.________ a déclaré qu’il était seul détenteur du bail, qu’il
avait payé la garantie de loyer et que l’appartement avait été meublé essentiellement
par ses soins.

 

5.             
              Par lettre du 15 août
2013, L.________ a écrit au président qu’il avait remis au tribunal, par erreur, la copie
du bail initial qui datait d’avant son mariage. Il poursuivait en ces termes : « […] Cependant,
durant l’audience du 23 juillet 2013, j’ai indiqué, peut-être pas de manière
suffisamment claire, que le bail était à mon seul nom avant mon mariage avec [...], mais qu’après
notre mariage, le bail a été modifié afin de le mettre au nom des deux. Pour ce faire,
la caution a également alors été modifiée, bien que l’argent provenait uniquement
de mes ressources propres, étant donné que mon épouse ne possédait aucune fortune. […] ».

 

6.             
              L.________ est employé
auprès des [...] pour un salaire mensuel net de l’ordre de 4'970 francs.

 

             
              J.________ est salariée
de l’[...] et perçoit à ce titre un revenu mensuel net de 3'490 francs. Ses fiches de
salaires attestent d’un remboursement à son employeur, pour un prêt consenti par celui-ci,
d’un montant de 500 fr. par mois.

 

             
              Les primes d’assurance
maladie LaMal d’L.________ sont de       333 fr. 70. Celles de J.________
s’élèvent à 375 fr. 45 par mois. Aucun des époux n’a de problème
de santé particulier. 

             

7.             
              Les époux ont des
solutions de relogement d’urgence dans leurs familles respectives.

 

 

 

 

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
L'appel est recevable contre les prononcés
de mesures protectrices de l'union conjugale, lesquels doivent être considérés comme des
décisions provisionnelles au sens de l'art. 308 al. 1 let. c CPC (Code de procédure civile
du 19 décembre 2008 ; RS 272) (Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure
civile, in JT 2010 III 115, p. 121 ; TF 5A_238/2013 du 13 mai 2013), dans les causes non patrimoniales
ou dont la valeur litigieuse au dernier état des conclusions devant l’autorité inférieure
est supérieure à 10'000 fr. (art. 308 al. 2 CPC). 

 

             
Les prononcés de mesures protectrices étant régis par la procédure sommaire, selon
l'art. 271 CPC, le délai pour l'introduction de l'appel est de dix jours (art. 314 al. 1 CPC). L'appel
est de la compétence du juge unique (art. 84 al. 2 LOJV [loi d'organisation judiciaire du 12 décembre
1979; RSV 173.01]).

 

             
En l’espèce, formé en temps utile par une personne qui y a intérêt (art. 59
al. 2 let. a CPC), et portant sur des conclusions non patrimoniales, l'appel est formellement recevable
(art. 311 CPC).

 

 

2.

2.1             
L'appel peut être formé pour violation
du droit ou constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L'autorité d'appel peut revoir l'ensemble
du droit applicable, y compris les questions d'opportunité ou d'appréciation laissées
par la loi à la décision du juge, et doit le cas échéant appliquer le droit d'office
conformément au principe général de l'art. 57 CPC. Elle peut revoir l'appréciation
des faits sur la base des preuves administrées en première instance. Le large pouvoir d'examen
en fait et en droit ainsi défini s'applique même si la décision attaquée est de nature
provisionnelle (sur le tout : JT 2011 III 43 et les références citées).

 

2.2

2.2.1             
             
Les faits et moyens de preuve nouveaux ne sont pris en compte que s'ils sont invoqués ou produits
sans retard et ne pouvaient être invoqués ou produits devant la première instance bien
que la partie qui s'en prévaut ait fait preuve de la diligence requise, ces deux conditions étant
cumulatives (art. 317 al. 1 CPC ; Jeandin, CPC commenté, 2011, n. 6 ad art. 317, p. 1265).
Il appartient à l'appelant de démontrer que ces conditions sont réalisées, de sorte
que l'appel doit indiquer spécialement de tels faits et preuves nouveaux et motiver spécialement
les raisons qui les rendent admissibles selon lui (JT 2011 III 43 c. 2 et les réf. citées).
                          

2.2.2             
             
L’appelante produit quatre pièces,
les trois premières étant respectivement le prononcé attaqué, l’enveloppe l’ayant
contenu et la procuration donnée à son conseil. La quatrième pièce est un avenant
relatif au bail à loyer de l’appartement conjugal signé par les époux le 17 août
2011. Certes l’appelante ne démontre nullement en quoi cette pièce, qui concerne une
donnée antérieure à l’audience du 23 juillet 2013, ne pouvait pas être invoquée
en première instance. Cependant, le requérant n’avait produit devant le juge des mesures
protectrices qu’une attestation du calcul du loyer datant de 2010, soit du temps où il était
seul locataire de son logement (pièce n° 5), sur laquelle le premier juge s’est appuyée,
et ce n’est que le 15 août 2013, soit après la notification de la décision entreprise,
que le requérant a déclaré au premier juge lui avoir transmis par erreur le bail initial
datant d’avant le mariage du couple. Partant, il n’y a pas lieu d’écarter la pièce
produite par l’appelante.

 

             
2.3                           
L'art. 271 CPC soumet les mesures protectrices
de l'union conjugale des art. 172 ss CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907; RS 210) à la
procédure sommaire (art. 271 let. a CPC). La cognition est ainsi limitée à la simple vraisemblance
des faits et à un examen sommaire du droit. Il suffit que les faits soient rendus simplement vraisemblables
(Hohl, op. cit. n. 1901 et les réf. citées). La preuve est vraisemblable lorsque le juge, en
se basant sur des éléments objectifs, a l'impression que les faits pertinents se sont produits,
sans pour autant qu'il doive exclure la possibilité que les faits aient pu se dérouler autrement
(ATF 130 III 231    c. 3.3; TF 5A_597/2007 c. 3.2.3).

 

3.

3.1             
              L’appelante
s’en prend à l’attribution exclusive de l’appartement conjugal à son époux.
Elle reproche au premier juge d’avoir constaté de manière inexacte les faits de la cause
et d’avoir attribué arbitrairement, au sens de l’art. 9 Cst. (Constitution fédérale
de la Confédération suisse du 18 avril 1999 ; RS 101), la jouissance dudit logement à
son époux, en violation de l’art. 176 al. 1 ch. 2 CC, en concours avec les art. 28b ss CC
(Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210).

 

3.2.

3.2.1             
Selon l’art. 176 al. 1 ch. 2 CC, à la requête de l’un des conjoints et si la suspension
de la vie commune est fondée, le juge prend les mesures en ce qui concerne le logement.
Le juge des mesures protectrices de l’union
conjugale attribue provisoirement le logement conjugal à l’une des parties en faisant usage
de son pouvoir d’appréciation. Il doit procéder à une pesée des intérêts
en présence, de façon à prononcer la mesure la plus adéquate au vu des circonstances
concrètes (TF 5A_416/2012 du 5 septembre 2012 c. 5.1.2 ; TF 5A_575/2011 du 12 octobre 2011
c. 5.1 ;  TF 5A_914/2010 du 10 mars 2011 c. 2.1 et les références).

 

3.2.2          
En premier lieu, le juge doit examiner à quel époux le domicile conjugal est le plus utile
("grösserer Nutzen"). Ce critère conduit à attribuer le logement à celui
des époux qui en tirera objectivement le plus grand bénéfice, au vu de ses besoins concrets.
A cet égard, entrent notamment en considération l’intérêt de l’enfant,
confié au parent qui réclame l’attribution du logement, à pouvoir demeurer dans
l’environnement qui lui est familier, l’intérêt professionnel d’un époux,
qui, par exemple, exerce sa profession dans l’immeuble, ou encore l’intérêt d’un
époux à pouvoir rester dans l’immeuble qui a été aménagé spécialement
en fonction de son état de santé. 

 

3.2.3             
         Si ce premier critère de l’utilité ne
donne pas de résultat clair, le juge doit, en second lieu, examiner à quel époux on peut
le plus raisonnablement imposer de déménager, compte tenu de toutes les circonstances. A cet
égard, entrent notamment en considération l’état de santé ou l’âge
avancé de l’un des époux qui, bien que l’immeuble n’ait pas été
aménagé en fonction de ses besoins, supportera plus difficilement un changement de domicile,
ou encore le lien étroit qu’entretient l’un d’eux avec le domicile conjugal, par
exemple un lien de nature affective. S’agissant du critère du lien affectif au logement conjugal,
l’attribution du logement conjugal en mesures protectrices requiert une pesée des intérêts
de chaque époux. Il n’est par exemple pas arbitraire, eu égard à la durée de
la présence dans l’appartement conjugal, de qualifier l’attachement du conjoint de faible,
bien qu’il se soit investi dans les travaux d’agrandissement de cet appartement, ait noué
de bons rapports de voisinage et se soit engagé dans le cadre de la propriété par étages 
 (TF 5A_248/2013 du 25 juillet 2013 c. 3.2). Des motifs d’ordre économique ne sont en principe
pas pertinents, à moins que les ressources financières des époux ne leur permettent pas
de conserver ce logement. 

 

3.2.4             
Si ce second critère ne donne pas non plus de résultat clair, le juge doit alors tenir compte
du statut juridique de l’immeuble et l’attribuer à celui des époux qui en est le
propriétaire ou qui bénéficie d’autres droit d’usage sur celui-ci                  
(TF 5A_930/212 du 16 mai 2013 c. 3.2.2 et les références ; TF 5A_710/2009 du 22 février
2010 c. 3.1, non publié in ATF 136 III 257 ; ATF 120 II 1 c. 2c ).

 

3.3

             
3.3.1              S’agissant
du critère des revenus des parties, il apparaît que l’intimé a un salaire mensuel
net de l’ordre de 4'970 fr. et l’appelante de 3'490 fr., auxquels il faut ajouter la pension
mensuelle convenue de 900 francs. La comparaison des revenus effectuée par le premier juge lors
de l’examen de l’attribution de la jouissance du domicile conjugal résiste à tout
reproche.

3.3.2      
L’appelante bénéficie d’une autorisation de séjour B, laquelle est en principe
renouvelée d’année en année. Elle ne fait valoir aucun motif qui s’y opposerait,
de sorte que l’appréciation du premier juge à cet égard n’est pas critiquable.

 

3.3.3             
Il faut admettre avec l’appelante que l’ordonnance
attaquée doit être corrigée s’agissant de la question de la titularité du bail.
Elle peut l’être par le juge de céans, au regard de son pouvoir d’examen étendu,
en tant que la décision querellée retient que l’intimé est aujourd’hui seul
détenteur du bail, alors que ce sont en réalité les époux qui le sont depuis leur
mariage en 2011. 

                    
Il n’en reste pas moins que le contrat de bail initial avait été conclu par l’intimé
seul et que dans le cadre de l’examen de la question de l’attribution de la jouissance de
l’appartement conjugal, on peut retenir à ce stade, au vu du dossier et sans préjuger
de la liquidation du régime matrimonial, que l’intimé avait à l’époque
de la conclusion du bail initial vraisemblablement payé la garantie de loyer et meublé la majeure
partie de l’appartement conjugal.

 

             
                           
Dès lors qu’après l’examen de l’ensemble des circonstances de l’espèce
(pas d’enfant commun, santé des époux, travail, solution d’urgence, autorisation
de séjour et salaires respectifs), conformément aux principes énumérés par la
jurisprudence, la situation des époux est comparable, on peut retenir les éléments relevés
ci-avant en faveur de l’attribution du domicile conjugal à l’époux, en rappelant
dans ce contexte qu’en l’espèce l’appelante vivait déjà en Suisse avant
son mariage, qu’elle avait alors dû trouver un logement et qu’elle bénéficie
d’un réseau social.

4.             

4.1             
              L’appelante
fait encore valoir la méconnaissance par le premier juge de l’art. 28b al. 1 et 2 CC, applicable
par analogie et en concours avec l’article 176 al. 1 ch. 2 CC, singulièrement l’attitude
de l’intimé qui constituerait une forme de violence psychologique et/ou financière.

4.2             
Dans le cadre des mesures protectrices de l’union conjugale, le juge compétent peut, au besoin
et à la requête d’un époux, ordonner les mesures prévues par la loi (art. 172
al. 3 CC), qui sont celles des art. 173 à 179 CC. L’art. 172 al. 3 2ème
phrase CC prévoit l’application par analogie de l’art. 28b CC aux couples mariés.
S’agissant de l’attribution du logement conjugal, qui équivaut dans les faits à
une expulsion (cf. art. 28b al. 2 CC), le juge des mesures protectrices la prononcera en application
de l’art. 176 al. 1 ch. 1 et 2 CC sans qu’il soit nécessaire de se référer
à l’art. 28b al. 2 CC (Jeandin/Peyrot, Commentaire romand, CC I, n. 8 ad art. 28b CC). Les
mesures judiciaires prévues à l’art. 172 al. 3 CC supposent donc le dépôt d’une
requête (Chaix, CR, CC I, n. 11 ad art. 172 CC ; Heberlein/Bräm, in Handkommentar zum
Schweizer Privatrecht, 2ème
éd., 2012, n. 3 ad art. 172 CC). Elles sont ordonnées si elles apparaissent nécessaires
(principe de proportionnalité), ce qui implique de manière générale le recours au
pouvoir d’appréciation de l’art. 4 CC. Le juge applique la maxime des débats, sauf
présence d’enfants mineurs. Elles sont ordonnées à la suite d’une procédure
sommaire caractérisée par une administration restreinte des moyens de preuve et par une limitation
du degré de preuve à la simple vraisemblance (Chaix, op. cit., n. 12 ad art. 172 CC).

                    
L’art. 28b CC protège la personnalité contre des atteintes spécifiques, à savoir
celles qui prennent la forme de violence, menaces ou harcèlement. La violence s’entend comme
une atteinte directe à l’intégrité physique, psychique, sexuelle ou sociale d’une
personne. La violence psychique peut se manifester notamment par la violence verbale, des bris d’objets,
des menaces de suicide ou encore par une pression d’ordre économique. La violence est une
notion large, qui englobe des comportements très divers. Pour tomber sous le coup de la norme, l’atteinte
doit toutefois présenter un certain degré d’intensité. Cette exigence vise à
éviter que tout comportement socialement incorrect ne donne lieu à une action fondée sur
l’art. 28b CC (Jeandin/Peyrot, op. cit., n. 12 ad art. 28b CC ; Aebi-Müller, in Handkommentar
zum Schweizer Privatrecht, op. cit., n. 3 ad art. 28b CC).  

4.3             
 En l’espèce, il est douteux que l’appelante
ait formellement déposé une requête tendant à ordonner les mesures prévues par
l’art. 172 al. 3 CC en rapport avec l’art. 28b CC, dès lors qu’elle s’était
limitée à soutenir dans ses déterminations du 12 juillet 2013, en vue de l’audience
de première instance du 23 juillet 2013, que, dans le prolongement de la demande de mesures protectrices
de l’union conjugale, l’intimé aurait tenté de manière détestable de
la contraindre à quitter le logement conjugal en lui rendant la vie commune difficilement supportable.
Elle avait alors indiqué que le requérant aurait restreint son accès à certaines
pièces, enlevé la lumière dans d’autres, bref, qu’il s’était approprié
cet appartement afin de court-circuiter les démarches judiciaires.

                    
Quoi qu’il en soit, l’atteinte dont s’est prévalu l’appelante, à supposer
qu’elle ait été avérée au degré de la vraisemblance, aurait certes constitué
un comportement incorrect de l’intimé dans le cadre du conflit conjugal l’opposant à
son épouse, sans pour autant atteindre le degré d’intensité nécessaire pour
tomber sous le coup de l’art. 28b CC. 

 

             
              
5.             
             
En conclusion, l’appel doit être rejeté, sans qu’il faille donner suite aux mesures
d’instruction (tenue d’une audience) sollicitées par l’appelante, et la décision
querellée confirmée.

 

 

6.                                                 
L’appel n’étant pas dénué
de chances de succès et l’appelante ne disposant pas de ressources suffisantes (art. 117 CPC),
il y a lieu d’accorder à J.________ l’assistance judiciaire totale (art. 118 al. 2 CPC),
sous forme d’exonération d’avances et des frais judiciaires ainsi que de l’assistance
d’un avocat d’office, avec l’exigence d’une franchise mensuelle de 50 fr. à
titre de participation aux frais de procès.

 

             
Les frais judiciaires de l’appelante, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC), sont arrêtés
à 600 fr. (art. 65 al. 3 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; RSV
270.11.5]) et sont laissés à la charge de l’Etat (art. 122 al. 1 let. b CPC).

 

             
En sa qualité de conseil d’office, Me Matthieu Genillod a droit à une rémunération
équitable pour ses opérations et débours dans la procédure d’appel (art. 122
al. 1 let. a CPC). Celui-ci a produit, le 13 septembre 2013, un relevé final des opérations
indiquant six heures et quinze minutes de travail consacré à la procédure de deuxième
instance et 9 fr. de débours, qui peut être admis, de sorte que l’indemnité d’office
due à Me Genillod doit être arrêtés à 1'215 fr. pour ses honoraires ([180 :
60] x 375), plus 90 fr. de TVA, et 9 fr. de débours, plus 0 fr. 70 de TVA, soit une indemnité
arrêtée à 1'224 fr. 70.

 

             
La bénéficiaire de l’assistance judiciaire est, dans la mesure de l’art. 123 CPC,
tenue au remboursement des frais judiciaires et de l’indemnité du conseil d’office mis
à la charge de l’Etat.

 

             
L’intimé n’a pas droit à des dépens de deuxième instance, n’ayant
pas été invité à se déterminer.

 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
juge déléguée de la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l'art. 312 al. 1 CPC,

prononce
:

 

 

             
I.             
L’appel est rejeté.

 

             
II.             
L’ordonnance est confirmée.

 

             
III.             
La requête d’assistance judiciaire de l’appelante J.________ est admise, avec effet
au 19 août 2012 pour la procédure d’appel, Me Matthieu Genillod étant désigné
avocat d’office . 

 

             
IV.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 600 fr. (six cents francs),
sont laissés à la charge de l’Etat.

 

V.
 L’appelante est astreinte à payer une franchise mensuelle de 50 fr. (cinquante francs) dès
et y compris le 1er
novembre 2013, à verser auprès du Service juridique et législatif, case postale, 1014
Lausanne.

             

VI.             
L’indemnité d’office de Me Matthieu
Genillod, conseil de l’appelante, est arrêtée à 1'224 fr. 70 (mille deux cent vingt-quatre
cent francs et septante centimes), débours et TVA compris.

 

             
VII.  La
bénéficiaire de l’assistance judiciaire est, dans la mesure de l’art.           
123 CPC, tenue au remboursement des frais judiciaires et de  l’indemnité au conseil d’office,
mis à la charge de l’Etat.

 

             
 VIII. L’arrêt est exécutoire.

 

La
juge déléguée :             
                           
                           
                           
Le greffier :

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Matthieu Genillod (pour J.________).

‑             
M. L.________.

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne.

 

             
Le greffier :