# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 06c6a074-daee-5f3a-b330-50bd881b3396
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1998-11-12
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) sonstige Behörden 12.11.1998 JAAC 63.66
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_999_JAAC-63-66--_1998-11-12.pdf

## Full Text

JAAC 63.66

Décision du Conseil des écoles polytechniques
fédérales du 12 novembre 1998

Ecoles polytechniques fédérales. Exmatriculation en tant que doctorant
à l’EPFL. Violation du droit d’être entendu.

- Lorsqu’un doctorant, en raison de désaccords profonds avec le
directeur de thèse, demande l’intervention du chef du département en
vue d’une solution de remplacement, il a le droit d’être informé des
démarches entreprises à cet effet. Les noms des autres professeurs
contactés et les raisons de leur refus respectif doivent être
communiqués au doctorant avant qu’une décision d’exmatriculation
ne soit prise à son égard.

- La violation du droit d’être entendu ne peut en l’occurrence être
réparée en procédure de recours et le Conseil des EPF renvoie l’affaire
à l’autorité inférieure.

Eidgenössische Technische Hochschulen. Exmatrikulation als
Doktorand an der ETHL. Verletzung des rechtlichen Gehörs.

- Appelliert ein Doktorand wegen unüberbrückbarer
Meinungsverschiedenheiten mit dem Doktorvater an den
Departementsleiter zwecks Ersatzlösung, so hat er Anspruch darauf,
über die dazu unternommenen Schritte informiert zu werden. Die
Namen der anderen angesprochenen Professoren und ihre Gründe für
die Ablehnung der Aufgabe müssen dem Doktoranden mitgeteilt werden,
bevor eine Exmatrikulationsverfügung getroffen wird.

- Im vorliegenden Fall kann die Verletzung des rechtlichen Gehörs nicht
geheilt werden und der ETH-Rat weist die Sache an die Vorinstanz
zurück.

1

Politecnici federali. Exmatricolazione quale dottorando al PFL.
Violazione del diritto di essere sentito.

- Un dottorando che, in seguito a profondi disaccordi con il direttore
di tesi, chiede l’intervento del capo del dipartimento per trovare una
soluzione alternativa, ha diritto di essere informato sulle misure prese
a tal fine. I nomi degli altri professori contattati e le ragioni del loro
rifiuto vanno comunicate al dottorando prima che sia presa nei suoi
confronti una decisione di exmatricolazione.

- Nella fattispecie, non è possibile porre rimedio alla violazione del
diritto di essere sentito nell’ambito della procedura di ricorso e il
Consiglio dei PF rinvia la causa all’autorità inferiore.

Résumé des faits:

A. Le recourant est titulaire d’un diplôme d’ingénieur informaticien de l’EPFL.
Il a été admis en 1993 en qualité de candidat au doctorat. Il a commencé
ses travaux de thèse à l’EPFL sous la direction du Professeur X (ci-après «le
directeur de thèse»), dont il fut également l’assistant jusqu’en automne 1996.

Les premières divergences entre le directeur de thèse et le recourant
sont apparues en 1994 et portaient sur des considérations scientifiques,
essentiellement sur la façon de procéder pour parvenir à des résultats
susceptibles de servir de base à la thèse entreprise par le recourant. Le
directeur de thèse a alors décidé, dans un premier temps, de laisser le
recourant libre de procéder comme il le souhaitait. Il a néanmoins une
nouvelle fois attiré l’attention du recourant sur les difficultés inhérentes au
choix du sujet, comme il l’avait déjà fait bien avant le début du travail de
doctorat.

Les tensions entre le directeur de thèse et le recourant ne firent que croître
avec le temps. Au printemps 1995, le directeur de thèse refusa le rapport
d’avancement de thèse qui lui avait été soumis par le recourant, le jugeant
insuffisant, et lui demanda un rapport complémentaire en lui indiquant les
motifs de sa requête. Le 30 juin 1995, le recourant lui a alors fourni un rapport
d’une demi-page que le directeur de thèse estima insuffisant pour juger dans
quelle mesure le travail avait progressé. En dépit de demandes réitérées, il ne
reçut pas d’autres rapports de la part du recourant.

Au printemps 1996, le recourant adressa au directeur de thèse un rapport
d’avancement prévoyant la soumission du texte définitif de sa thèse pour août
et sa défense en octobre 1996. En août, et sans l’en avoir averti préalablement,
le recourant n’a toutefois remis à son directeur de thèse que les textes
provisoires de deux chapitres sur les trois qu’il avait prévus de traiter pour
le début du mois de juin 1996. Par message électronique du 14 août 1996,
le directeur de thèse signala le retard au recourant et lui fit part de son
étonnement du fait qu’il ne l’avait pas contacté pour en discuter oralement. Il

2

indiqua qu’il ne lui était pas possible, dans ces circonstances, de constituer un
jury de thèse. Le recourant lui répondit qu’il le recontacterait dans quelques
semaines pour lui donner un texte qu’il espérait être satisfaisant. Ces chapitres
sont toutefois les derniers que le recourant ait soumis à son directeur de thèse.

Le 13 novembre 1996, constatant que le délai de trois ans prévu par
l’ordonnance sur le doctorat était écoulé, le recourant sollicita une
prolongation. Conscient des difficultés personnelles que le recourant traversait
alors, son directeur de thèse donna son accord de principe à une prolongation
au 20 mars 1997, dernier délai.

Le 6 mars 1997, le recourant adressa le rapport d’avancement annuel
de sa thèse en indiquant que, pour des raisons familiales, il ne lui avait
pas été possible d’achever la rédaction de sa thèse, et qu’il prévoyait
vraisemblablement le dépôt du texte définitif à fin septembre et l’examen
oral en novembre 1997. Le directeur de thèse refusa ce rapport d’avancement
annuel, estimant que ce texte et les documents en sa possession ne lui
permettaient pas d’évaluer le travail réalisé depuis l’été 1996 ni les chances du
recourant de respecter les nouvelles échéances qu’il s’était fixées.

Le 22 juillet 1997, le directeur des affaires académiques accorda néanmoins
un ultime délai au recourant au 31 août 1997 pour déposer sa thèse et une
proposition de jury, sous peine d’être exmatriculé.

Par courrier adressé au directeur des affaires académiques daté du 30 août
1997, le recourant invoqua des impératifs familiaux et professionnels
l’empêchant de déposer sa thèse avant avril 1998. Dans ce courrier, le
recourant accusait également son directeur de thèse de refuser de discuter de
la composition du jury de thèse et de ne pas lire les textes qu’il lui remettait.
Il faisait valoir que les limites temporelles fixées aux doctorants n’étaient
pas impératives, l’ordonnance ne donnant pas d’indications sur l’intensité
du travail exigé ni sur des demandes de prolongation de délai; comme il ne
pouvait actuellement pas travailler à 100% sur sa thèse, la durée désirée de
trois ans devait par exemple correspondre à une durée désirée de six ans à un
taux de 50%. Le recourant indiquait qu’il ne pouvait pas proposer un jury sans
l’aide du directeur de thèse et qu’il lui était difficile de terminer son travail de
thèse face à l’absence de réponse et de feed-back de ce dernier.

B. Le 20 octobre 1997, le directeur de thèse adressa au recourant un courrier
dans lequel il lui exposait ses griefs; la mésentente entre lui et le recourant sur
la façon de procéder, en particulier les délais, était telle qu’une collaboration
constructive n’était plus possible. Au cours des deux années et demies passés,
le recourant lui avait soumis à plusieurs reprises des plans de travail auxquels
il ne se serait pas tenu par la suite. En règle générale, c’était seulement sur
son intervention que le recourant avait admis qu’il n’avait pas pu s’y tenir
et qu’il avait finalement établi à chaque fois un nouveau plan de travail. Le
directeur de thèse constatait que malgré de nombreuses prolongations de
délai accordées au recourant, ce dernier ne lui avait toujours pas remis le
texte de la thèse promis pour septembre 1997. Ces tergiversations n’étaient
pas dignes d’un chercheur responsable. Dans ces conditions, il ne pouvait
dès lors plus assumer la direction de la thèse du recourant. Le directeur de
thèse indiqua au recourant qu’il avait la faculté de demander au chef du
département d’informatique de procéder à une médiation ou d’étudier avec lui

3

la possibilité de trouver un autre directeur de thèse et qu’il demanderait, en
l’absence de réaction de sa part durant trente jours, au directeur des affaires
académiques de procéder à son exmatriculation.

Le recourant lui répondit par lettre du 18 novembre 1997 qu’il serait tout à fait
enchanté de pouvoir travailler avec un autre directeur de thèse. Etant donné
qu’il avait déjà perdu assez de temps par suite de ses actes de mauvaise foi,
que de trop nombreux doctorants inscrits auprès de lui l’avaient abandonné,
et qu’en plus de dix ans les trois seuls doctorants qui avaient terminé sous
sa direction n’avaient pour dire le moins pas eu de soutien approprié, il ne
souhaitait pas continuer à essayer d’obtenir sa coopération malgré lui. Le
recourant reprochait à son directeur de thèse d’avoir cherché, en 1994 déjà,
à le faire abandonner sans raison son travail de thèse et qu’il avait refusé
de contacter les personnes proposées par le recourant pour le jury de thèse
ainsi que de discuter à ce sujet avec lui. De plus, le directeur de thèse aurait
omis et refusé de lire ses textes à multiples reprises, et ce en se dissimulant
systématiquement derrière des arguments de forme - par exemple le choix
d’une préposition dans un titre - ou pseudo-administratifs, plutôt que de fond
scientifique. C’étaient là les véritables raisons pour lesquelles le recourant
n’avait pas encore terminé la rédaction de sa thèse ni pu sélectionner le jury.

Par lettre du même jour, auquel il a annexé copie de sa lettre au directeur
de thèse, le recourant a averti le chef du département d’informatique de la
situation. Le recourant précisait qu’en application de l’art. 13 de l’ordonnance
sur le doctorat à l’EPFL du 28 juin 1991 (RS 414.133.2), il appartenait au chef
du département d’intervenir en cas de désaccords profonds ou d’incapacité
du directeur de thèse de remplir sa fonction. Il demandait au chef du
département de lui indiquer quelles solutions étaient envisageables afin qu’il
puisse terminer son travail de thèse prochainement.

C. Par lettre du 24 novembre 1997, le chef du département d’informatique
répondit au recourant que, dans la mesure où il sollicitait un changement de
directeur de thèse, il pourrait suggérer les noms de professeurs susceptibles
d’assumer cette tâche. Il le priait de lui transmettre, le cas échéant, le nom
d’un directeur de thèse potentiel, ainsi qu’une description complète de sa thèse
ou un document partiel comprenant les textes déjà rédigés, pour le 8 décembre
1997 au plus tard.

Le 8 décembre 1997, le recourant envoyait un fax au chef du département
d’informatique l’informant que ses charges professionnelles et familiales
présentes ne lui permettaient pas, dans l’immédiat, de consacrer le temps
suffisant à son travail de thèse. Professionnellement, il était, entre autres,
responsable de trois projets de développement l’occupant jusqu’à fin mars
1998. En ce qui concerne sa famille, il avait perdu trois très proches parents
et sa mère souffrait gravement de deux cancers depuis le début de l’année.
Il disposerait d’un peu de temps libre au début du mois de janvier 1998 et
pourrait faire parvenir les documents utiles dès qu’il aurait l’occasion de se
replonger dans le dossier concernant sa dissertation. Il signalait le professeur
W. comme directeur de thèse potentiel, indiquant qu’il n’avait pas encore eu le
temps de le contacter pour en discuter, et proposait de s’en occuper également
début janvier.

4

Le 11 décembre 1997, le chef du département d’informatique répondit au
recourant qu’il avait utilisé les documents à disposition dans son dossier
pour trouver un nouveau directeur de thèse. Il les avait en particulier soumis
au professeur W. qui n’était pas d’accord de reprendre la direction de la
thèse. Comme il n’avait pas trouvé d’autre volontaire prêt à reprendre la
direction de la thèse et que le recourant ne lui avait pas transmis d’autres
indications qui permettraient de trouver une autre solution, il constatait que la
conciliation avait échoué. Dans ces conditions, le dossier était retransmis au
directeur de thèse et à l’intimé pour suite de la procédure. Suite à la demande
du service académique du 5 février 1998, le professeur W. précisa qu’il n’avait
pas souhaité reprendre la direction de la thèse du recourant au motif qu’il
n’avait, à ce jour, aucune activité tombant dans le domaine de cette thèse.

D. Le 17 décembre 1997, se référant au courrier du directeur de thèse
du 20 octobre 1997 ainsi qu’à la tentative infructueuse du chef du
département d’informatique de trouver un nouveau directeur de thèse au
recourant, le professeur W. constatait l’échec du règlement du différend et
informait le recourant du fait qu’il recevrait prochainement une décision
d’exmatriculation. Par courrier du 18 décembre, le directeur des affaires
académiques informa le recourant en se référant à la lettre du professeur W.,
qu’à partir de ce jour il n’était plus inscrit en tant que doctorant dans son école
et que cette décision pouvait faire l’objet d’un recours auprès du Conseil des
EPF (CEPF) dans un délai de 30 jours après notification.

E. Le recourant réclama alors un rendez-vous avec le directeur des affaires
académiques. Un premier entretien fut agendé au 21 janvier 1998, mais fut
annulé pour des raisons liées à la santé du directeur. Un nouvel entretien
fut alors fixé le 26 janvier, mais cette fois-ci avec l’adjointe du directeur et sa
collaboratrice.

Au cours de cet entretien, le recourant demanda à consulter son dossier. Il
lui fut répondu que celui-ci se trouvait chez l’intimé, auquel la requête du
recourant serait transmise dans les meilleurs délais.

Le 28 janvier 1998, le recourant put consulter le dossier en possession du
directeur des affaires académiques, en la présence de ce dernier. Le recourant
fait valoir que l’accès à son dossier lui a été refusé, puis devant son insistance
accordé. Il estime que le dossier qu’on lui aurait montré n’était pas complet,
puisque les rapports de thèses annuels n’y figuraient pas. L’intimé conteste
avoir refusé la consultation du dossier au recourant. Quant aux pièces
manquantes, l’intimé indique que les rapports de thèse annuels étaient
des documents propres au département concerné et au directeur de thèse;
seul le rapport dont le recourant lui-même a fait parvenir copie au Service
académique figurait donc dans le dossier.

F. Par mémoire du 28 janvier 1998, le recourant demande l’annulation de la
décision du 18 décembre 1997 et la constatation que son inscription en tant
que doctorant à l’EPFL est maintenue et que ses droits en tant que doctorant
ont été violés, que son directeur de thèse ne change pas jusqu’à ce qu’une
solution de remplacement satisfaisante pour toutes les parties soit trouvée
et que son dossier et son travail de doctorat soient traités en respectant ses
droits et avec le souci de ses intérêts; il conclut finalement à ce que les frais
de la cause soient mis à la charge de l’intimé. A l’appui de ses conclusions, il
fait valoir que la décision du 18 décembre 1997 n’est pas motivée. Il invoque

5

en outre la violation de son droit d’être entendu, le directeur des affaires
académiques ayant pris la décision attaquée sans consultation du demandeur
et l’accès au dossier ayant été repoussé sans raison valable, puis accordé
avec récriminations. Il n’aurait pas eu accès au dossier complet. Il se plaint
de ce que ses intérêts n’auraient pas été pris en compte ni défendus par les
employés de l’EPF dont c’était pourtant le rôle. Il allègue qu’il n’a pas pu finir
la rédaction de sa thèse de doctorat parce que le directeur de thèse aurait
refusé de lire les textes rédigés par le recourant.

L’intimé conclut au rejet du recours.

Extraits des considérants:

1. (Questions formelles)

2. Le recourant se plaint de la violation de son droit d’être entendu. Déduit
de l’art. 4 de la Constitution fédérale du 29 mai 1874 (Cst., RS 101), le droit
d’être entendu est une garantie constitutionnelle de nature formelle, dont la
violation doit entraîner l’annulation de la décision attaquée, indépendamment
des chances de succès du recours sur le fond. Tel qu’il est garanti par l’art. 4
Cst., le droit d’être entendu comprend en particulier le droit pour l’intéressé
de s’expliquer, de consulter le dossier, de faire administrer des preuves, de
participer à l’administration des preuves, d’obtenir une décision motivée et de
se faire représenter en justice (ATF 122 II 469 consid. 4a et réf.; Grisel, Traité de
droit administratif, p. 380).

3.a. Il convient d’abord d’examiner si la décision du 18 décembre 1997 est
suffisamment motivée au regard de l’art. 35 de la loi fédérale du 20 décembre
1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021), qui exige que les
décisions soient désignées comme telles, motivées et contiennent les voies
de droit. Les décisions doivent être écrites et exposer les motifs essentiels;
la motivation doit permettre au destinataire de la décision de se faire une
idée sur la portée de la mesure prise à son égard et de recourir de manière
appropriée. En principe, le texte de l’art. 35 PA est clair: la motivation doit
figurer dans la décision elle-même. Néanmoins, la jurisprudence et la doctrine
admettent, en relation avec l’art. 35 PA, que la motivation d’une décision peut
résulter de correspondances antérieures ou de documents séparés à condition
qu’il soit clair que le renvoi fait office de motivation et que les bases juridiques
soient évoquées (Moor, Droit administratif, vol. II, p. 198; JAAC 47.16, p. 77).

b. En l’espèce, la décision du 18 décembre 1997 fait un renvoi explicite à une
lettre du 17 décembre 1997 du vice-président et professeur W.; cette lettre fait
un renvoi à un courrier du directeur de thèse au recourant du 20 octobre 1997,
qui expose en détail les motifs pour lesquels le directeur de thèse ne veut plus
diriger la thèse du recourant. La lettre du directeur de thèse du 20 octobre
1997 expose clairement les motifs pour lesquels il n’est plus disposé à diriger
la thèse. Le recourant a même répondu à cette lettre par un courrier daté du
18 novembre 1997, dans lequel il indiquait qu’il serait «tout à fait enchanté
de pouvoir travailler avec un autre directeur de thèse»: Le candidat connaît
les raisons pour lesquelles son directeur de thèse ne veut plus diriger sa thèse.

6

http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_122_II_469&resolve=1

La lettre du 17 décembre 1997 indique également l’échec de la tentative de
trouver un autre directeur de thèse. La décision du 18 décembre doit dès lors
être considérée comme suffisamment motivée au sens de l’art. 35 PA.

4.a. Les art. 29 à 33 PA règlent le droit d’être entendu par les autorités
administratives fédérales (art. 1). Les parties ont le droit d’être entendues
(art. 29); ont qualité de parties les personnes dont les droits ou les obligations
pourraient être touchés par la décision à prendre (art. 6). L’autorité entend
les parties avant de prendre une décision (art. 30 al. 1); dans une affaire où
plusieurs parties défendent des intérêts contraires, l’autorité entend chaque
partie sur les allégués de la partie adverse qui paraissent importants et ne
sont pas exclusivement favorables à l’autre partie (art. 31). Avant de prendre
une décision, l’autorité apprécie tous les allégués importants qu’une partie
a avancé en temps utile (art. 32 al. 1); elle peut prendre en considération des
allégués tardifs s’ils paraissent décisifs (al. 2).

b. Il n’est, à juste titre, pas contesté que le recourant soit touché dans ses droits
et obligations par la décision du 18 décembre 1998. Il avait ainsi le droit d’être
entendu dans la procédure ayant mené à son exmatriculation.

c. L’intimé se réfère, quant à la procédure de doctorat à l’EPFL, à l’art. 12 de
l’ordonnance sur le doctorat de l’EPFL du 12 juin 1995. Toutefois, ce texte
n’ayant pas été publié dans le recueil officiel des lois fédérales (RO) ni sous une
autre forme, il ne lie pas les particuliers (art. 10 de la loi fédérale du 21 mars
1986 sur les recueils de lois et la Feuille fédérale [loi sur les publications
officielles], RS 170.512). Aussi n’est-il pas applicable au recourant, l’ordonnance
sur le doctorat de l’EPFL du 28 juin 1991, entrée en vigueur le 1er octobre 1991,
étant seule déterminante.

d. Comme l’a précisé la jurisprudence (JAAC 57.49), la procédure de doctorat,
contrairement aux études de base, auxquelles toute personne a le droit d’être
admise lorsqu’elle remplit les conditions exigées, est un cursus académique
sui generis, qui dépend à la fois de l’aptitude du candidat à la recherche
scientifique par un travail original et personnel et d’une relation de confiance
entre le directeur de thèse, responsable de la haute qualité des thèses de
doctorat qu’il accepte de diriger, et le candidat. Ainsi, un professeur n’est pas
tenu d’accepter un candidat au doctorat ni de poursuivre la direction d’une
thèse lorsqu’il s’avère que les travaux entrepris ne suffisent pas pour arriver
à une thèse de doctorat de haut niveau dans des délais convenables, que cela
soit dû aux qualifications scientifiques du candidat ou à des circonstances
extérieures.

e. En l’espèce, il ressort clairement du dossier que les rapports entre le
directeur de thèse et le recourant se sont progressivement détériorés, à tel
point que le directeur de thèse informa le recourant, le 20 octobre 1997,
qu’il ne souhaitait plus diriger sa thèse et que ce dernier lui répondit, le
18 novembre 1997, qu’il serait tout à fait enchanté de pouvoir travailler avec
un autre directeur de thèse. Dans une lettre du 12 février 1998, le directeur
de thèse a encore confirmé sa position. La relation de confiance entre lui et
le recourant est à l’évidence détruite. Dans ces circonstances, le directeur
de thèse n’était plus tenu de continuer à diriger la thèse du recourant. La
conclusion du demandeur tendant à la constatation que son directeur de thèse

7

https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150001814.pdf?ID=150001814

ne change pas jusqu’à ce qu’une solution de remplacement satisfaisante pour
toutes les parties soit trouvée doit dès lors être rejetée, sans qu’il y ait lieu
d’examiner le bien-fondé des accusations réciproques.

Il convient toutefois de relever que la fixation de délais est justifiée pour
assurer l’avancement et le bon déroulement des travaux de recherche
dirigés par les professeurs concernés et pour leur permettre la planification
de leurs projets. Le délai de trois ans dès l’admission au doctorat pour la
réalisation de la thèse n’est certes pas un délai péremptoire (art. 10 al. 2 de
l’ordonnance sur le doctorat de l’EPFL), des prolongations étant possibles en
fonction de la difficulté ou de l’ampleur de la thèse, voir en raison de l’activité
professionnelle du candidat, mais ce dernier est tenu de respecter les délais
qu’il s’est fixé lui-même en accord avec le directeur de thèse, conformément
à l’art. 7 al. 1 de l’ordonnance sur le doctorat de l’EPFL; des prolongations
pourront être accordés pour de justes motifs.

f. Selon l’art. 13 de l’ordonnance sur le doctorat de l’EPFL du 28 juin 1991
- qui correspond d’ailleurs à l’art. 12 de l’ordonnance du 12 juin 1995 -, le
chef du département s’efforce de faire disparaître les désaccords profonds
qui pourraient opposer le candidat au directeur de thèse. Le vice-président
tranche si nul accord n’a pu être trouvé (al. 1). Le chef du département veille,
dans la mesure du possible, à ce que le candidat puisse continuer sa thèse pour
le cas où le directeur de thèse serait dans l’incapacité de remplir sa fonction
(al. 2).

g. Le recourant a saisi le chef du département le 18 novembre 1997 en
le priant de lui laisser savoir quelles solutions étaient envisageables afin
qu’il puisse terminer son travail de thèse prochainement. Il n’était pas
possible d’envisager une réconciliation du recourant avec son directeur
de thèse (consid. 4e). C’est donc à juste titre que le chef du département a
cherché un autre directeur de thèse pour le recourant, d’autant plus que cela
correspondait à la volonté du recourant qui indiquait le nom d’un professeur
susceptible de reprendre la direction de sa thèse. Ce professeur ne souhaitait
pas assumer la direction de la thèse du recourant parce qu’il n’avait aucune
activité dans ce domaine. Un autre professeur ne put être trouvé. Le chef du
département informa le recourant de ce fait et du fait qu’il transmettait le
dossier au Directeur des affaires académiques, pour suite de la procédure.

h. Avant la prise de décision d’exmatriculation du 18 décembre 1997, le
recourant n’a pas été informé des raisons qui ont amené le professeur W.
à ne pas reprendre la direction de la thèse. Il n’a pas été informé sur le point
de savoir quels autres professeurs avaient été contactés en vue d’une direction
de la thèse ni des raisons des refus respectifs. Le recourant ne pouvait donc
se prononcer sur le bien-fondé de ces motifs. Mais surtout, les professeurs
ont été contactés par le chef du département sur la base de documents
dont on ignore desquels il s’agit. Il n’est pas à exclure que la décision des
professeurs concernés eût été différente si le recourant les avait interpellés
personnellement et avec son manuscrit de thèse. Le droit d’être entendu du
recourant a ainsi été violé.

Certes, le chef du département avait fixé un délai au recourant pour lui
remettre une description complète de la thèse ou un document partiel
comprenant les textes déjà rédigés. Le recourant a cependant sollicité une
prolongation du délai pour des motifs d’ordres privé et professionnel et a

8

proposé de contacter le professeur W. personnellement début janvier 1998.
Cette demande est restée sans réponse. Le chef de département s’est borné
à contacter des professeurs sur la base des documents qu’il possédait. Si le
recourant a demandé à plusieurs reprises des prolongations du délai de remise
de thèse, il s’agissait de la première demande dans le cadre de la procédure de
l’art. 13 de l’ordonnance sur le doctorat de l’EPFL. Face à une décision aussi
grave, pour le recourant, que l’exmatriculation, qui le prive de la possibilité
de mener à bien le travail de nombreuses années, l’intimé ne devait dès lors
pas passer outre la demande de prolongation et statuer sans avoir donné la
possibilité au recourant de faire valoir ses moyens. L’intimé devait au moins
fixer un bref délai supplémentaire pour permettre au recourant d’envoyer les
textes déjà rédigés, ce que le recourant aurait sans doute pu faire malgré ses
difficultés d’ordres privé et professionnel.

Le fait finalement que le recourant ait été reçu le 26 janvier 1998, soit après
la décision litigieuse, par l’adjointe et la collaboratrice du directeur des
affaires académiques qui lui auraient suggéré de faire une demande de
nouvel examen, ne saurait évidemment pas réparer la violation du droit d’être
entendu. Il ne se justifie pas de priver les administrés du droit d’être entendu
lorsque l’autorité peut être obligée de reconsidérer une de ses décisions; un
nouvel examen n’est en effet jamais parfaitement libre, l’organe qui a déjà
tranché ayant tendance à confirmer nolens volens la prise de position (Grisel,
op. cit., p. 376).

5.a. La violation du droit d’être entendu est un vice de procédure réparable. Il
en va ainsi si l’affaire peut être portée devant une instance de recours ayant le
même pouvoir d’appréciation que l’instance qui a pris la décision litigieuse et
devant laquelle l’intéressé peut s’exprimer (ATF 124 III 138 consid. 2d, 114 Ia
314 consid. 4a).

Bien que cette jurisprudence revienne à supprimer pour l’intéressé le bénéfice
de deux instances qui, toutes deux, doivent se prononcer régulièrement, elle
se justifie souvent, dans la pratique, pour des motifs de célérité et d’économie
de la procédure (ATF 124 II 134 consid. 2d), ainsi lorsque l’autorité de recours
connaît la position au fond de l’autorité dont la décision est attaquée et qu’il ne
servirait à rien de lui renvoyer l’affaire pour nouvelle décision (Moor, op. cit.,
p. 190).

b. Le défaut affectant la décision du 18 décembre 1997 pourrait en principe
être guéri dans le cadre du présent recours, le Conseil des EPF disposant
du même pouvoir d’examen que le Directeur des affaires académiques de
l’EPFL. Cela étant, la faculté pour le Conseil des EPF de remédier aux défauts
éventuels de la procédure antérieure ne saurait être comprise par l’autorité
inférieure comme une autorisation de méconnaître les droits procéduraux des
parties.

c. En l’espèce, il ressort du dossier que la décision d’exmatriculation est basée
sur le fait que le chef du département n’avait pas trouvé de professeur prêt à
reprendre la direction de la thèse du recourant. Il n’est cependant pas exclu
qu’il en aurait été autrement si le droit d’être entendu du recourant avait été
respecté (consid. 4h). Cette question ne peut cependant être tranchée dans
l’abstrait par l’autorité de céans. Il convient donc de casser la décision de
première instance et de renvoyer la cause à l’intimé. Il fixera au recourant un
délai péremptoire convenable pour le dépôt des documents relatifs à sa thèse

9

http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_124_III_138&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_124_II_134&resolve=1

et pour contacter personnellement les professeurs entrant en considération
en tant que directeur de thèse. Il entreprendra lui-même des démarches,
sur la base des documents fournis par le recourant, en vue de trouver un
directeur de thèse. Si aucun professeur n’acceptait de diriger les travaux, le
vice-président radierait le recourant de la liste des candidats au doctorat et
procéderait par conséquent à son exmatriculation (art. 13 al. 1 de l’ordonnance
sur le doctorat de l’EPFL; JAAC 57.49).

6. Le recourant fait valoir que l’accès à son dossier lui a été refusé, puis
devant son insistance accordé. Il estime que le dossier qu’on lui aurait montré
n’était pas complet, puisque les rapports de thèses annuels n’y figuraient pas.
L’intimé conteste avoir refusé la consultation du dossier au recourant et fait
valoir que les pièces manquantes n’y avaient jamais figurées.

a. Le droit de consulter le dossier est un corollaire du droit d’être entendu, qui
ne pourrait être exercé utilement si les pièces de l’affaire restaient secrètes
dans le dossier de l’autorité. Il a par conséquent le même fondement, la même
titularité, le même champ d’application, la même nature formelle, les mêmes
sanctions (Moor, op. cit., p. 191). La partie ou son mandataire a le droit de
consulter les mémoires des parties et les observations responsives d’autorités,
tous les actes servant de moyens de preuve et la copie de décisions notifiées
(art. 26 PA).

b. Même s’il a dû insister - ce qui est contesté par l’intimé -, toujours est-il que
le recourant a pu consulter le dossier dans un délai utile à la rédaction de son
recours. Au demeurant, il n’y a pas d’éléments au dossier qui permettraient de
mettre en doute l’affirmation de l’intimé selon laquelle le dossier était complet.
En particulier, la décision du 18 décembre 1998 ne s’appuie pas sur des pièces
qui ne seraient pas connues du demandeur. Le grief s’avère mal fondé.

7. Le recourant conclut à ce qu’il soit dit que ses droits en tant que doctorant
avaient été violés et que son travail de doctorat doit être traité en respectant
ses droits et avec le souci de ses intérêts. L’autorité compétente sur le fond a
qualité pour constater par une décision, d’office ou sur demande, l’existence,
l’inexistence ou l’étendue de droits ou d’obligations fondés sur le droit
public (art. 26 al. 1 PA). Elle donne suite à une demande en constatation si
le requérant prouve qu’il a un intérêt digne de protection (al. 2). L’intérêt
est digne de protection si l’administré risque de subir un préjudice sans la
constatation (ATF 108 Ib 546 consid. 3; Kölz/Häner, Verwaltungsverfahren und
Verwaltungsrechtspflege des Bundes, p. 68). Tel n’est pas le cas en l’espèce. La
conclusion est irrecevable.

8. Au vu des considérants ci-dessus, le recours est admis dans la mesure où
il est recevable. En application de l’art. 63 al. 2 PA, il n’est pas mis de frais de
procédure à la charge de l’autorité inférieure.

10

https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150001814.pdf?ID=150001814
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_108_Ib_546&resolve=1

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 63.66 - Décision du Conseil des écoles polytechniques fédérales du 12 novembre 1998

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1999
Année

Anno

Band 63
Volume

Volume

Seite ---
Page

Pagina

Ref. No 150 004 343

Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv und die Bundeskanzlei konvertiert.

Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Décision du Conseil des écoles polytechniques fédérales du 12 novembre 1998
	Résumé des faits:
	Extraits des considérants: