# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 47bc3f86-2b91-55d5-8930-67fcf6b9dad6
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2012-03-01
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 01.03.2012 E-1075/2011
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-1075-2011_2012-03-01.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 

  

 
 Cour V 

E-1075/2011 

 

 

 
 A r r ê t  d u  1

e r
 m a r s  2 0 1 2  

Composition 
 Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège),  

Daniele Cattaneo, Christa Luterbacher, juges, 

Jean-Claude Barras, greffier. 

 
  

Parties 
 A._______, 

Turquie, 

représenté par Me Nicole Hohl, avocate, 

(…), 

recourant,  

 
 

 contre 

 
 Office fédéral des migrations (ODM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

 

 

Objet 
 Asile et renvoi; 

décision de l'ODM du 11 janvier 2011 / N (…). 

 

 

E-1075/2011 

Page 2 

Faits : 

A.  

Le 1
er
 octobre 2008, A._______ a demandé l'asile à la Suisse. 

Le surlendemain, au centre d'enregistrement et de procédure de (…), il a 

dit être turc, d'ethnie kurde. Domicilié à D._______, un district d'Istanbul, 

où sa famille posséderait un logement, il y aurait aussi travaillé dans 

l'industrie (...) comme (...). Il n'a pas été en mesure de produire un 

document d'identité car son passeur ne lui aurait pas restitué son 

passeport. 

Le 17 avril 2009, il a à nouveau été entendu à Berne sur ses motifs 

d'asile. De ses déclarations, il appert qu'il a dû quitter son pays 

principalement à cause des difficultés que ses antécédents familiaux lui 

causaient avec les autorités. Vers 199(...)-9(...), son père, 

vraisemblablement en raison de ses activités au HADEP (Halkin 

Demokrasi Partisi , Parti démocratique populaire), avait dû s'exiler en 

E._______. Renvoyé en Turquie vers 200(...), il aurait été emprisonné à 

son retour. Au bout de quatre ou cinq mois de détention, il aurait réussi à 

s'échapper moyennant paiement d'un pot-de-vin. Il était alors venu en 

Suisse où il avait obtenu l'asile. Désireuses de remettre la main sur le 

fuyard, les autorités turques auraient alors fait systématiquement 

pression sur sa famille en Turquie, en particulier sur les frères plus âgé 

du requérant. Vers 200(…)-200(…), son frère aîné, qui était encore 

mineur à l'époque, aurait ainsi été arrêté pour avoir participé à une 

manifestation. Maltraité durant sa détention, il serait parti rejoindre leur 

père en Suisse après sa relaxe. Les forces de police auraient alors 

intensifié leurs descentes au domicile familial de D._______, y passant 

jusqu'à trois ou quatre fois par mois jusqu'en 2006. Par la suite, elles se 

seraient contentées de faire pression sur les employeurs du requérant 

pour qu'ils ne le gardent pas ; elles auraient aussi découragé d'autres 

employeurs potentiels en le présentant comme le fils d'un terroriste à 

l'engagement duquel il valait mieux renoncer. Le requérant dit ainsi avoir 

dû changer cinq fois d'employeurs entre 2006 et 2008. En 2007, parti en 

Suisse rejoindre leur père, un autre de ses frères, B._______, y aurait, 

selon lui, obtenu l'asile (voir let. M). Vers mai 2008, le requérant aurait 

adhéré au DTP (Demokratik Toplum Partisi, Parti de la société 

démocratique) ; il en aurait même eu la carte, mais il n'a pas été en 

mesure de la présenter à ses auditions car il l'aurait perdue. Au DTP, il 

aurait eu pour tâche de distribuer les publications du parti. L'ayant appris, 

E-1075/2011 

Page 3 

les policiers auraient alors en vain tenté de faire de lui un informateur. 

Pour le faire fléchir, ils seraient allés jusqu'à le placer trois fois en garde à 

vue, l'insultant et le maltraitant à chaque fois. Sur le conseil d'un ami 

policier qui lui aurait fait comprendre que ses collègues ne cesseraient 

pas de faire pression sur lui, il se serait résolu à rejoindre à son tour son 

père en Suisse. Le 24 septembre 2008, il serait parti en minibus à 

F._______, en G._______. Il aurait ensuite voyagé en camion jusqu'en 

Suisse où il dit être arrivé le 1
er
 octobre 2008. 

B.  

Par télécopie du 4 mars 2009, la police fédérale allemande a informé 

l'autorité suisse compétente que le 29 septembre 2008, elle avait 

appréhendé le requérant alors qu'il tentait de rentrer illégalement de 

H._______ sur territoire allemand muni de son passeport turc à l'intérieur 

duquel figurait un visa de travail pour la H._______ valable du 30 août 

2008 au 11 juin 2009. 

C.  

Dans sa détermination du 27 septembre 2010, le requérant a fait savoir à 

l'ODM que ce constat était conforme à la réalité, ajoutant à l'attention de 

l'autorité administrative qu'il ne pouvait lui fournir aucun document 

d'identité car à son arrivée en Suisse, il avait détruit son passeport et sa 

carte d'identité. 

D.  

Par décision du 11 janvier 2011, l'ODM a rejeté la demande d'asile 

d'A._______ motifs pris que, même en tenant compte de sa situation, en 

particulier de son extraction kurde et de sa filiation, les mesures dont il 

disait avoir été la cible dans son pays n'avaient pas été d'une nature ni 

atteint une intensité telle qu'elles pouvaient être qualifiées de 

déterminantes en matière d'asile. L'ODM a aussi considéré que ses 

déclarations ne révélaient rien qui puisse laisser penser qu'il risquait 

d'être persécuté dans un avenir proche à cause de son profil politique ou 

parce qu'il aurait pu être suspecté de vouloir nuire à son pays dès lors 

que les autorités turques lui avaient délivré un passeport. Par la même 

décision, l'ODM a encore prononcé le renvoi du requérant, une mesure 

que cette autorité a estimée non seulement licite et possible mais aussi 

raisonnablement exigible du moment qu'aucun motif lié à la personne 

même du requérant ne s'y opposait. L'ODM a ainsi noté que celui-ci était 

jeune et sans problèmes de santé. En outre, il avait des possibilités de 

logements à Istanbul où il avait vécu et travaillé pendant de nombreuses 

E-1075/2011 

Page 4 

années. Dans cette ville, il pouvait aussi compter sur un solide réseau qui 

venait s'ajouter à l'appui financier de ses proches en Suisse. 

E.  

Dans son recours interjeté le 14 février 2011, A._______ rappelle qu'il a 

été confronté à la vindicte des autorités dès son plus jeune âge puisqu'il 

avait (…) ans quand son père est parti en Suisse. Aussi, pour lui, les 

pressions des autorités sur sa famille pour savoir où était ce dernier, les 

vexations, menaces et autres insultes que ses proches ont dû endurer, 

l'arrestation de son frère aîné maltraité durant sa détention, les 

incessantes interpellations dont lui-même a fait l'objet comme les 

incitations des autorités pour que ses employeurs le licencient rendent 

vraisemblables ses motifs de fuite. Le recourant souligne aussi s'être 

retrouvé dans le collimateur des autorités après la fuite en Suisse de son 

frère B._______ qui y avait suivi leur aîné C._______, parti, au terme de 

sa détention, rejoindre leur père en Suisse. Aussi il dit craindre des 

persécutions en Turquie s'il devait y être renvoyé, ce pays étant 

notoirement connu pour les représailles qu'il exerce contre les activistes 

politiques, surtout si ces activistes sont, à l'instar de son père, membres 

d'organisations illégales et recherchés et que les autorités ont des motifs 

de présumer que des membres de leur famille sont en contact étroit avec 

eux. Pour le recourant, ses craintes sont d'autant plus crédibles qu'il est 

lui-même membre d'une organisation politique illégale. Enfin, il rappelle 

qu'en Turquie, il est encore tenu d'accomplir son service militaire. Aussi, 

en tant que conscrit dont le père est considéré comme un terroriste, il 

redoute que les autorités n'en profitent pour l'exposer, pendant son 

service, à des périls dont sont exemptés les autres conscrits. Il conclut 

donc à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile, 

subsidiairement à l'octroi d'une admission provisoire, l'exécution de son 

renvoi dans un pays où son intégrité est menacée et où il se retrouverait 

sans perspective professionnelle n'étant ni licite ni raisonnablement 

exigible, cela d'autant que ce qu'il a vécu en Turquie l'a ébranlé 

psychiquement. 

F.  

Par décision incidente du 11 mars 2011, la juge instructrice a autorisé le 

recourant à attendre en Suisse l'issue de la procédure. Elle a par contre 

refusé de lui attribuer un avocat d'office mais lui a octroyé l'assistance 

judiciaire partielle. 

E-1075/2011 

Page 5 

G.  

Invité à se prononcer sur le recours, l'ODM a estimé que tant les activités 

du recourant au DTP, réduites finalement à la distribution de journaux et 

autres publications en langue kurde que sa façon d'éluder les questions 

relatives aux informations qu'il détenait sur cette formation politique 

laissaient penser qu'il n'y tenait pas de rôle prépondérant. L'ODM a aussi 

considéré que "la pauvreté descriptive" des allégations du recourant, 

incapable de surcroît de citer le nom du journal dans lequel il apparaissait 

avec sa famille à l'occasion d'un reportage sur celle-ci ou encore 

d'identifier les représentants des autorités auxquels il aurait été confronté 

lors de ses convocations au poste, ne reflétait manifestement pas un 

vécu effectif. Enfin sa méconnaissance du rôle et des activités de son 

père au HADEP amenait à douter de la vraisemblance de son récit. En 

conséquence, dans sa détermination du 15 mars 2011, transmise au 

recourant avec droit de réplique, l'ODM a proposé le rejet du recours. 

H.  

Dans sa réplique du 12 avril 2011, le recourant a renvoyé le Tribunal aux 

extraits d'un article paru dans le quotidien kurde "Yeni Özgür Politika" et à 

un rapport du 6 décembre 2010 tiré du média informatique sur la 

répression des jeunes Kurdes en Turquie. Les extraits en question font 

ainsi état d'une trentaine de cas rapportés par l'"association turque pour 

les droits humains" (IHD) dans lesquels des parents de militants du PKK 

ou présumés tels avaient été intimidés, menacés ou maltraités par les 

autorités de police de la région de Van. Quant au rapport du 6 décembre 

2010, il a entre autres trait aux interventions des autorités contre les 

jeunes de tout le pays, en particulier contre ceux qui s'engagent 

politiquement avec pour corollaire des cas notoires d'arrestations 

d'enfants et d'adolescents lors de manifestations. 

I.  

Le 5 octobre 2011, l'ODM a adressé au Tribunal, qui le lui avait 

préalablement demandé, une traduction de la coupure de presse produite 

par le recourant en 1
ère

 instance. Dans le nouveau préavis joint à cette 

traduction, l'ODM a estimé réduite la portée de ce moyen qui ne faisait 

que reprendre les déclarations de proches du recourant et de leur avocat. 

De même, dans la mesure où ils relatent le sort de jeunes Kurdes 

politiquement actifs, voire membre du PKK dans la région de Van, l'ODM 

n'estime pas plus pertinents les autres moyens du recourant, domicilié 

depuis près de dix ans à Istanbul et dont l'engagement politique n'est de 

loin pas comparable à celui des jeunes Kurdes précités. Enfin, pour 

E-1075/2011 

Page 6 

l'ODM, le défaut de vraisemblance des intimidations alléguées comme 

leur faible intensité excluaient, dans le cas du recourant, une persécution 

réfléchie. 

J.  

Le 17 novembre 2011, répliquant au préavis de l'ODM, la mandataire du 

recourant note que, faute d'avoir été munie d'une traduction de la 

coupure de presse produite par son mandant qu'elle avait pourtant 

réclamée au Tribunal, elle a été privée de la possibilité de se prononcer 

sur la teneur de ce moyen, ce qui, pour elle, revenait à violer le droit 

d'être entendu de son mandant. Elle a aussi fait remarquer au Tribunal 

que les événements survenus à Van en mars 2011, tels que relatés dans 

l'article paru, le 12 mars précédent, dans le quotidien kurde "Yeni Özgür 

Politika", étaient révélateurs de la situation qui prévaut actuellement dans 

l'est de la Turquie où, récemment, la situation s'est dramatiquement 

aggravée au point qu'on en était presque venu à parler de guerre civile. 

Dans ces conditions, elle a dit craindre que son mandant, en tant que fils 

d'un membre du PKK (sic!), suspecté d'avoir eu des responsabilités dans 

ce parti, soit encore plus exposé à des persécutions qu'il ne l'était au 

moment où il a recouru. 

K.  

Le 18 novembre 2011, le Tribunal a adressé à la mandataire du recourant 

une traduction de la coupure de presse produite en 1
ère

 instance par son 

mandant. Par ordonnance du même jour, il lui a aussi octroyé un bref 

délai pour se prononcer sur la teneur de cette coupure de presse. 

L.  

Dans sa détermination du 24 novembre 2011, le recourant relève que les 

déclarations des membres de sa famille en Turquie, dont fait état l'article 

produit par ses soins, sont pour le moins détaillées. Aussi, excluant 

qu'elles ne puissent pas correspondre à la réalité vu les risques encourus 

par leurs auteurs s'il était avéré qu'ils les auraient inventées, il dit voir 

dans ces déclarations un indice de plus en faveur de la crédibilité de ses 

motifs de fuite. Vu ce qui précède, il estime par conséquent plausibles 

ses explications selon lesquelles, à défaut d'avoir pu mettre la main sur 

leur père, les autorités turques s'en étaient successivement pris à ses 

deux frères plus âgés puis à lui quand ses frères étaient partis en Suisse 

où, à l'instar de leur père, l'aîné a obtenu l'asile. 

E-1075/2011 

Page 7 

M.  

Par arrêt du 16 janvier 2012, le Tribunal a rejeté le recours formé par 

B._______, un des frères du recourant, contre la décision de l'ODM du 

20 février 2008. 

 

Droit : 

1.  

1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de 

la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 

173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la 

loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 

172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. 

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 

être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 

(LAsi, RS 142.31), devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, 

sauf demande d’extradition déposé par l’Etat dont le requérant cherche à 

se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 

fédéral [LTF, RS 173.110]). 

1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans 

les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 

108 al. 1 LAsi). 

2.  

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 

le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 

de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 

de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de 

sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 

de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression 

psychique insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite 

spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 

2.2. Quiconque demande l’asile (recourant) doit prouver ou du moins 

rendre vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est 

vraisemblable lorsque l’autorité estime que celle-ci est hautement 

probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 

E-1075/2011 

Page 8 

des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont 

contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de 

manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 

LAsi). 

3.  

3.1. En l’occurrence, l'ODM ne s'est pas explicitement prononcé sur la 

vraisemblance des faits invoqués par le recourant. Il a, en effet, considéré 

que, pour autant qu'il fussent avérés, ceux-ci n'étaient pas pertinents pour 

la reconnaissance de sa qualité de réfugié. Cela dit, force est de 

reconnaître avec l'ODM que le recourant, qui aurait adhéré au DTP, ne 

prétend pas y avoir exercé une fonction particulière, mais simplement 

avoir eu des activités en faveur dudit parti, notamment avoir distribué des 

journaux ou autres publications. Certes, le recourant a déclaré avoir été 

placé trois fois en garde à vue, tout au plus pendant un jour, parce qu'il 

aurait refusé de devenir un informateur. Il ne prétend cependant pas avoir 

subi de sérieux préjudices avant son départ de Turquie. En revanche, il 

allègue avoir quitté son pays en raison des pressions que lui-même et sa 

famille subissaient et dit sa crainte d'être exposé à de graves 

persécutions en cas de renvoi en Turquie. 

3.2. La crainte face à des persécutions à venir, telle que comprise à l'art. 

3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée 

dans les faits, et intègre également dans sa définition un élément 

subjectif. Sera reconnu comme réfugié celui qui a de bonnes raisons, 

c'est-à-dire des raisons objectivement reconnaissables pour un tiers 

(élément objectif), de craindre (élément subjectif) d'avoir à subir selon 

toute vraisemblance et dans un avenir prochain une persécution (cf. 

Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en 

matière d'asile [JICRA] 2000 n° 9 consid. 5a p. 78 et JICRA 1997 n ° 10 

consid. 6 p. 73 ainsi que les références de jurisprudence et de doctrine 

citées). Sur le plan subjectif, il doit être tenu compte des antécédents de 

l'intéressé, notamment de l'existence de persécutions antérieures, et de 

son appartenance à un groupe ethnique, religieux, social ou politique 

l'exposant plus particulièrement à de telles mesures; en particulier, celui 

qui a déjà été victime de mesures de persécution a des raisons objectives 

d'avoir une crainte (subjective) plus prononcée que celui qui en est l'objet 

pour la première fois (cf. JICRA 1994 n° 24 p. 171ss et JICRA 1993 n° 11 

p. 67ss). Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices 

concrets qui peuvent laisser présager l'avènement, dans un avenir peu 

éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes selon 

E-1075/2011 

Page 9 

l'art. 3 LAsi. Il ne suffit pas, dans cette optique, de se référer à des 

menaces hypothétiques, qui pourraient se produire dans un avenir plus 

ou moins lointain (ATAF 2010/57 consid. 2.5 et la jurisprudence citée ; 

MINH SON NGUYEN, Droit public des étrangers, Berne 2003, p. 447ss ; 

MARIO GATTIKER, La procédure d'asile et de renvoi, Berne 1999, p. 69s ; 

ALBERTO ACHERMANN / CHRISTINA HAUSAMMANN, Les notions d'asile et de 

réfugié en droit suisse, in : Walter Kälin (éd.), Droit des réfugiés, 

enseignement de 3e cycle de droit 1990, Fribourg 1991, p. 44 ; 

ACHERMANN / HAUSAMMANN, Handbuch des Asylrechts, 2e éd., 

Berne/Stuttgart 1991, p. 108ss ; WALTER KÄLIN, Grundriss des Asyl-

verfahrens, Bâle/Francfort-sur-le-Main 1990, p. 126 et 143ss ; SAMUEL 

WERENFELS, Der Begriff des Flüchtlings im schweizerischen Asylrecht, 

Berne 1987, p. 287ss). 

3.3. S'agissant des activités du recourant en lien avec le DTP, le Tribunal 

observe ce qui suit: 

3.3.1. Dans son mémoire, le recourant laisse entendre qu'il est membre 

d'une organisation illégale. De fait, quand le recourant a quitté son pays, 

le DTP n'était pas interdit, il ne l'a été qu'ultérieurement. Cela dit, le seul 

fait que l'existence d'un parti soit légale ne suffit pas à exclure toute 

répression à l'égard des membres dudit parti. 

Le 9 novembre 2005, des membres du DEHAP (Demokratik Halk Partisi ; 

Parti démocratique du peuple), le parti qui avait succédé au HADEP ont 

lancé par anticipation, en fusionnant avec le DTH (Demokratik Toplum 

Hareketi ; Mouvement pour une société démocratique), le DTP 

(Demokratik Toplum Partisi ; Parti de la société démocratique) par crainte 

d'une interdiction du DEHAP. Pratiquement tous les leaders et les 

membres du DEHAP se sont alors joints au DTP et le DEHAP a été 

dissous officiellement en décembre 2005. Il y a indiscutablement une 

continuité entre les partis pro-kurdes successivement créés (HADEP, 

DEHAP, DTP). La plupart des dirigeants, membres et sympathisants du 

DTP proviennent du HADEP, respectivement du DEHAP (cf notamment 

COMMISSION DE L'IMMIGRATION ET DU STATUT DE RÉFUGIÉ DU CANADA, 

Turquie: information sur la situation et le traitement réservé aux membres, 

aux partisans et aux sympathisants de la société démocratique (DTP) 

[2006-2007], 7 juin 2007). 

Au moment du départ du recourant, le DTP devait faire face à une 

recrudescence des critiques émanant des autorités turques, portant 

E-1075/2011 

Page 10 

notamment sur le fait qu'il n'avait pas dénoncé les actions violentes du 

PKK. En novembre 2007, le procureur de la Cour de cassation avait 

d'ailleurs réclamé l'interdiction du parti au motif que, par ses liens 

supposés avec les séparatistes du PKK, il était un "foyer d'activités 

préjudiciables à l'indépendance et à l'intégrité de l'Etat". Le DTP, qui 

détenait 20 des 550 sièges du Parlement avait rejeté ces accusations, 

mais refusé de se distancer explicitement de l'utilisation de méthodes 

terroristes par le PKK. 

3.3.2. Les modifications de la loi sur les partis politiques introduites dans 

le cadre des réformes adoptées en vue de l'adhésion à l'Union 

européenne ont rendu plus difficile l'interdiction d'un parti, laquelle 

nécessite une majorité qualifiée de sept sur onze juges de la Cour 

constitutionnelle. Dans les faits, plus la situation politique est tendue, plus 

les actions du PKK sont violentes ou son attitude radicale, plus les 

critiques des autorités ou de l'opinion publique à l'égard des partis 

autonomistes kurdes sont sérieuses et plus la surveillance et la 

répression à l'égard des leaders et des membres de ces partis seront 

accentuées. Avant la dissolution du DTP, le 12 décembre 2009, les 

défenseurs des droits de l'homme, médias ou autres observateurs 

politiques ont ainsi rapporté de nombreuses arrestations et 

condamnations, ainsi que d'autres mesures de harcèlement envers des 

membres du DTP (cf. notamment, US STATE DEPARTMENT, Turkey: 

Country Report on Human Rights Pratices, 11 mars 2008; UK HOME 

OFFICE, Turkey: Country of Origin Information Report, 29 août 2008; 

HELMUT OBERDIEK, Organisation suisse d'aide aux réfugiés, OSAR: 

Türkei, Update: Aktuelle Entwicklung, Bern, novembre 2008 ; COM-

MISSION DE L'IMMIGRATION ET DU STATUT DE RÉFUGIÉ DU CANADA, op. cit.). 

De fait, les personnes visées sont souvent des dirigeants des partis 

autonomistes kurdes, des politiciens ou encore des élus, comme les 

maires de village, issus de leurs rangs, qui font l'objet de poursuites 

judiciaires en particulier en raison de leurs déclarations publiques sur des 

objets sensibles (comme le fait de désigner Abdullah Öcalan par le terme 

Sayin, qui signifie "estimé" ou "honorable") ou de leurs actions, 

considérées comme un soutien au PKK, voire une propagande 

séparatiste. Les poursuites judiciaires ont souvent lieu sur la base de 

l'art. 301 du code pénal, qui punit d'emprisonnement toute personne 

dénigrant l'identité (aujourd'hui, la nation) turque ou encore de l'art. 7 de 

la loi anti-terrorisme. La modification de l'art. 301 du code pénal turc, 

adoptée en 2007 dans le cadre des réformes législatives en vue d'une 

adhésion à l'UE, pourrait diminuer le nombre d'accusations sur la base de 

E-1075/2011 

Page 11 

cette disposition, dès lors qu'elle nécessite désormais l'approbation du 

Ministre de la Justice et que son contenu a été modifié. Il faut cependant 

relever, en parallèle, des modifications législatives qui ont amené un 

certain durcissement de la loi anti-terrorisme comme de la loi sur les 

droits et devoirs de la police (cf. HELMUT OBERDIEK, OSAR, Turquie, mise 

à jour, octobre 2007). 

Cela dit, même si de nombreuses poursuites n'aboutissent pas faute de 

preuve, l'existence, quand le DTP était encore en activité, d'une certaine 

forme de harcèlement à l'égard de ses membres, sous forme de 

perquisitions des bureaux du parti, de menaces verbales, de détentions 

arbitraires suite à des rassemblements politiques ou à des contrôles 

d'identité doit être reconnue. La répression pouvait également toucher, en 

particulier, les membres des organisations de jeunesse, parce qu'ils 

étaient considérés comme des recrues potentielles du PKK ou 

soupçonnés de faire une certaine propagande pour ce mouvement (cf. en 

particulier HELMUT OBERDIEK, OSAR, Turquie, mise à jour -- octobre 

2007, précité). Il faut observer que, même s'il se défendait de liens avec 

le PKK, le DTP, comme les partis qui l'avaient précédé, trouvait ses 

sympathisants dans les mêmes souches de population que le PKK (cf. 

UK HOME OFFICE op. cit.). 

3.3.3. Au vu de ce qui précède, il est par conséquent impératif, dans 

chaque cas d'espèce, d'examiner les liens particuliers de la personne 

concernée avec le parti, les activités personnelles qu'elle a pu déployer 

pour le compte de celui-ci, les propos publics qu'elle a pu tenir, les 

fréquentations qu'elle a pu avoir, afin d'apprécier si elle a pu se rendre 

particulièrement suspecte, voire indésirable aux yeux des autorités et 

encore si d'autres antécédents, chez elle, voire chez d'autres membres 

de sa famille, pourraient objectivement fonder une crainte de sérieux 

préjudices, déterminants au regard de la loi sur l'asile. 

3.4. En l'occurrence, il sied de constater qu'au moment où il a quitté son 

pays, le recourant n'aurait été membre du DTP que depuis cinq mois. De 

plus, il a souligné n'avoir eu aucune fonction spécifique dans le cadre de 

ce parti ; il a ainsi déclaré s'être limité à distribuer des journaux ou autres 

publications du DTP. Le Tribunal considère par conséquent que le 

recourant ne présentait pas, de prime abord, un profil politiquement 

marquant, à même d'attirer spécialement l'attention des autorités sur sa 

personne au vu de ses actes. Cette appréciation se voit d'ailleurs 

confirmée par le fait qu'après chacune des interpellations dont il prétend 

E-1075/2011 

Page 12 

avoir été l'objet pour ses refus répétés de coopérer avec les autorités de 

police qui auraient voulu en faire un indicateur, ces dernières n'auraient 

rien eu à lui reprocher et l'auraient relâché après quelques heures au 

poste, voire, au pire, au terme d'une journée de rétention. Il y a lieu de 

préciser ici que les contrôles d'identité, les interpellations et autres 

interventions policières à caractère vexatoire, dont le recourant lui-même 

et d'autres membres de sa famille à D._______ auraient fait l'objet, ne 

représentent pas des atteintes à la liberté d'une intensité suffisante pour 

constituer un sérieux préjudice au sens de l'art. 3 LAsi (cf. JICRA 1994 

n°17 p. 134 consid. 3a). Toutefois, une succession de discriminations, 

qui, prises isolément, ne présenteraient pas le degré d'intensité requis par 

l'art. 3 LAsi, peut être assimilée à une persécution selon cette disposition 

lorsque la pression à laquelle aboutissent ces discriminations devient 

psychiquement insupportable pour ceux qui en sont victimes. Dans ce 

cas, il faut encore que le requérant d'asile ait été empêché de mener une 

vie conforme à la dignité humaine, notamment parce qu'il aurait été privé 

de tous ces moyens d'existence (cf. JICRA 1993 n° 10, consid. 5e, p. 65; 

W. KÄLIN, op. cit., p. 49 ss; S. WERENFELS, op. cit., p. 269 ss, spéc. 

p. 275). Or, dans le cas d'espèce, le recourant n'a pas rendu 

vraisemblable cette situation. Il a certes prétendu avoir subi cinq 

licenciements à cause des autorités qui auraient découragé ses patrons 

de le garder. Toutefois, interrogé sur ceux qui auraient été ses 

employeurs de 2006 à 2008, il n'a pas été à même de donner leur identité 

à l'exception d'un seul. 

Au vu de ce qui précède, le Tribunal juge que l'intéressé n'a pas réussi à 

rendre vraisemblable qu'il aurait été exposé à de sérieux préjudices au 

sens de l'art. 3 LAsi dans son pays d'origine en raison de son profil 

politique ou de ses prétendues activités pour le DTP. Il convient 

cependant encore d'examiner si celui-ci peut valablement se prévaloir 

d'un risque de persécution en raison de l'engagement de son père au 

HADEP et de la présence en Suisse de ses deux frères. (cf. JICRA 2005 

no 21 consid. 10.2.3 p. 199s. ; JICRA 1994 no 5 p. 39ss et no 17, p. 

132ss ; JICRA 1993 no 6 consid. 3b et 4 p. 37)  

3.5. En dépit des réformes législatives intervenues en Turquie dans 

l'optique d'une adhésion à l'Union européenne, tout risque de persécution 

réfléchie contre des membres de la famille d'activistes présumés du PKK 

(ou des organisations qui lui ont succédé, d'autres organisations 

séparatistes kurdes ou encore de mouvements considérés comme tels) 

ne peut être exclu dans ce pays. On note cependant une baisse du 

E-1075/2011 

Page 13 

nombre des cas de persécution réfléchie, celle-ci intervenant de manière 

moins systématique que par le passé, et une certaine réduction de la 

gravité des mesures prises, en particulier une diminution des cas de 

torture ou de mauvais traitements. Dans ce contexte, il y a lieu 

d'apprécier l'intensité du risque de persécution réfléchie en fonction des 

circonstances du cas d'espèce. A cet égard, il y a lieu de prendre en 

compte également que ces mesures n'ont pas nécessairement pour but 

l'obtention de renseignements (par exemple sur le lieu de séjour d'un 

activiste), mais qu'elles peuvent également viser des personnes qui 

s'engagent ouvertement en faveur de leurs proches, par exemple dans le 

cadre d'une procédure ou en tant que membres d'organisations de 

défense de prisonniers, ou encore être prises en guise de représailles, 

pour punir tous les membres d'une même famille pour les agissements de 

l'un d'entre eux, soit parce qu'ils sont soupçonnés de partager ses 

opinions et ses buts, soit pour les intimider et les engager à garder des 

distances avec les organisations kurdes (cf. JICRA 2005 n° 21 p. 184ss 

consid. 10.2.3). Sur la base des informations dont il dispose, le Tribunal 

n'a pas de raison, actuellement, de considérer cette jurisprudence comme 

obsolète. II souligne toutefois qu'il s'agit, dans chaque cas d'espèce, 

d'apprécier le risque de persécution réfléchie en fonction des éléments 

concrets qui pourraient fonder objectivement une crainte plus spécifique 

d'agissements des autorités à l'encontre des membres de la famille. 

3.6. Dans le présent cas, il y a d'abord lieu de relever que l'intéressé était 

âgé de six ans lorsque son père a quitté la Turquie il y a plus de 15 ans. 

Vu le temps écoulé, celui-ci n'y a vraisemblablement plus aujourd'hui une 

influence politique particulière. Cette appréciation est d'ailleurs confirmée 

par le fait qu'interrogé sur les activités passées de son père au HADEP et 

sur son engagement politique actuel, le recourant n'a rien su en dire. En 

outre, son père s'étant remarié en Suisse où il a eu d'autres enfants, on 

peut penser que ses relations avec sa première famille en Turquie se 

sont distendues. Aussi, en dépit des liens de sang du recourant avec un 

ancien militant de la cause kurde, le Tribunal estime que les autorités 

turques n'ont, au vu des considérants qui précèdent et de l'effacement 

politique de son père en Turquie, aucun intérêt à prendre des mesures de 

représailles contre l'intéressé, ce d'autant moins que celui-ci est, comme 

on l'a vu, sans profil politique avéré, au contraire de son frère aîné dont il 

a dit qu'il avait fait l'objet d'une condamnation suivie d'une détention. 

Quant à son autre frère, B._______, le présent Tribunal a rejeté son 

recours en matière d'asile et de renvoi de Suisse. Enfin, l'obtention d'un 

passeport en 2007 permet de conclure qu'il n'était pas recherché à cause 

E-1075/2011 

Page 14 

de son père au moment de son départ. Certes, à l'appui de ses dires, le 

recourant a produit en première instance la copie d'une coupure de 

presse avec photographie sur les difficultés de sa famille avec les 

autorités turques. On peut ainsi l'y voir en compagnie de sa mère et de 

ses frères et sœurs. Il n'est par contre pas possible de distinguer la date 

de publication de l'article. Celui-ci n'ajoute toutefois rien aux déclarations 

du recourant. Les membres de sa famille et leur avocat y font en effet 

avant tout état d'incessantes visites domiciliaires imposées par des 

policiers à la recherche du frère aîné du recourant. Or, ce genre de 

mesures ne saurait être assimilable à de sérieux préjudice au sens de 

l'art. 3 LAsi et ne saurait impliquer que l'intéressé soit exposé à des 

persécutions selon la jurisprudence relative à la disposition précitée dans 

son pays d'origine. En outre, telle qu'on peut l'observer sur la 

photographie de la coupure de presse, la plus jeune sœur du recourant 

paraît avoir tout au plus quatre ans. Comme celle-ci serait née en 2002, 

selon les déclarations du recourant, l'extrait de la coupure doit en 

conséquence remonter à 2005 voire 2006. Or le recourant ayant obtenu 

son passeport en 2007, on peut donc en conclure qu'à ce moment, les 

autorités de son pays n'avaient rien à lui reprocher, sans cela elles ne lui 

auraient certainement pas délivré ce document d'identité. Aussi, en dépit 

des moyens produits, le Tribunal considère en définitive qu'un risque de 

persécution réfléchie du recourant dans son pays n'apparaît pas 

hautement probable. 

3.7. Le recourant a aussi fait remarquer qu'il se trouvait dans la tranche 

d'âge de ceux appelés à accomplir leur service militaire dans son pays. 

Aussi, il dit craindre qu'une fois incorporé dans l'armée, les militaires ne 

lui fassent payer ses antécédents familiaux en l'exposant à des périls 

auxquels les autres appelés ne seraient pas soumis. Sur ce point, le 

Tribunal note que, dans la règle, pour un conscrit, le simple fait d'être 

d'ethnie kurde ne suffit pas à rendre vraisemblable qu'il sera maltraité en 

accomplissant son service militaire. Dans un rapport de juin 2009, la 

Croix-Rouge autrichienne spécifie d'ailleurs qu'aucune discrimination 

systématique des Kurdes n'existe dans l'armée turque (ÖSTER-

REICHISCHES ROTES KREUZ, KurdInnen in der Turkei, juin 2009 p. 39-41) ; 

les brimades parfois graves que certains peuvent subir dépendent avant 

tout des soupçons de sympathies séparatistes qu'on peut leur imputer, de 

leurs antécédents familiaux aussi ou encore de l'attitude individuelle des 

officiers. Les décès suspects de recrues, par meurtre ou suicide, de 

l'ordre de quelques dizaines sur plusieurs années, peuvent pour partie 

s'expliquer de cette manière ; les Kurdes n'en sont cependant pas les 

E-1075/2011 

Page 15 

seules victimes. Cela étant, pour ce qui concerne le recourant lui-même, 

le Tribunal note que ses craintes à ce sujet ne relèvent que d'une 

éventualité. Le recourant n'a en effet pas rendu vraisemblable qu'il avait 

été convoqué pour accomplir les premières démarches visant à son 

incorporation dans l'armée ni qu'il s'était soustrait à cette obligation. 

De même, il est vrai que des jeunes Kurdes, appartenant en particulier 

aux classes populaires, ont été affectés à des unités de l'armée 

engagées dans des zones de combats à l'est du pays et que cela a pu 

leur poser un problème de conscience. Néanmoins, l'affectation au sein 

de l'armée turque est, en principe, décidée de manière aléatoire, et on ne 

saurait affirmer que seuls des Kurdes sont affectés à de telles unités, ni 

que cela répond à une volonté des autorités, basée sur des critères 

politiques ou ethniques au sens de l'art. 3 LAsi. Le combat contre le Parti 

des travailleurs du Kurdistan (PKK) tend d'ailleurs de plus en plus à être 

confié à des soldats de métier, spécialement entraînés dans ce but. 

Aussi, en l'état et vu ce qui précède, le Tribunal considère les craintes du 

recourant, qui n'a pas rendu vraisemblable sa situation de conscrit, ne 

sont pas objectivement fondées. 

4.  

4.1. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste le refus de 

reconnaissance de la qualité de réfugié et de l'asile, doit être rejeté. 

5.  

5.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 

à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

ordonne l’exécution ; il tient compte du principe de l’unité de la famille 

(art. 44 al. 1 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l’art. 32 de 

l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 

RS 142.311), lorsque le recourant d’asile dispose d’une autorisation de 

séjour ou d’établissement valable, ou qu’il fait l’objet d’une décision 

d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à l’art. 121 al. 2 

de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 

5.2. Aucune exception à la règle générale du renvoi n’étant en 

l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 

mesure. 

 

E-1075/2011 

Page 16 

6.  

6.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 

exigible et possible (art. 44 al. 2 LAsi). Si ces conditions ne sont pas 

réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par 

l’art. 84 de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 

RS 142.20), entrée en vigueur le 1
er
 janvier 2008. Cette disposition a 

remplacé l’art. 14a de l’ancienne loi fédérale du 26 mars 1931 sur le 

séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 

6.2. L’exécution n’est pas licite lorsque le renvoi de l’étranger dans son 

Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux 

engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 

LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 

ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 

liberté serait menacée pour l’un des motifs mentionnés à l’art. 3 al. 1 

LAsi, ou encore d’où elle risquerait d’être astreinte à se rendre dans un 

tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des 

peines ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 de la convention 

du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 

fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 

6.3. L’exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 

si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son pays d’origine ou de 

provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de 

guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité 

médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 

6.4. L’exécution n’est pas possible lorsque l’étranger ne peut pas quitter 

la Suisse pour son Etat d’origine, son Etat de provenance ou un Etat 

tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 

7.  

7.1. L’exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons 

de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre 

dans un pays donné ou qu’aucun autre Etat, respectant le principe du 

non-refoulement, ne se déclare prêt à l’accueillir ; il s’agit d’abord de 

l’étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d’exclusion de 

l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un 

traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du 

10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements 

cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du 

E-1075/2011 

Page 17 

Conseil fédéral à l’appui d’un arrêté fédéral sur la procédure d’asile [APA], 

du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 

7.2. En l'occurrence, l’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe 

de non-refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le 

recourant n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays 

d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 

7.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 

droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui 

interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application 

dans le présent cas d’espèce. 

7.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou 

dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la 

qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu’un renvoi ou une 

extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des 

violations de l’art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple 

possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. La personne 

concernée doit au contraire rendre hautement probable ("real risk") 

qu'elle serait directement visée par des mesures incompatibles avec les 

dispositions conventionnelles précitées (cf. notamment arrêt du Tribunal 

administratif fédéral D-5378/2006 du 30 novembre 2010 consid. 13.2.1 et 

réf. cit.). 

7.5. En l’occurrence, le Tribunal considère, pour les même motifs que 

ceux exposés au considérant 3 ci-dessus, que le recourant n'a pas établi 

qu'un retour dans son pays d'origine entraînerait pour lui un risque réel de 

traitements prohibés. Il n'a pas non plus établi l'existence de motifs 

sérieux de conclure à un risque actuel et concret de torture au sens de 

l'art. 3 CEDH et de l'art. 3 de la Convention contre la torture. 

7.6. Dès lors, l’exécution du renvoi du recourant sous forme de 

refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du 

droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 

al. 3 LEtr). 

8.  

8.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr, l’exécution de la décision peut ne pas être 

raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son 

pays d’origine ou de provenance le met concrètement en danger, par 

exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou 

E-1075/2011 

Page 18 

de nécessité médicale. Cette disposition s’applique en premier lieu aux 

« réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les 

conditions de la qualité de réfugié parce qu’ils ne sont pas 

personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de 

guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour 

qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment 

parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. 

L’autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter 

les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait 

l’étranger concerné dans son pays après l’exécution du renvoi à l’intérêt 

public militant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF 2009/52 

consid. 10.1, ATAF 2008/34 consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 

8.2. Il est notoire que la Turquie ne connaît pas une situation de guerre, 

de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d’emblée – et 

indépendamment des circonstances du cas d’espèce – de présumer, à 

propos de tous les ressortissants du pays, l’existence d’une mise en 

danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 

8.3. En outre, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait 

inférer une mise en danger concrète pour le recourant en cas d'exécution 

du renvoi. A cet égard, le Tribunal relève notamment que le recourant est 

un jeune homme, capable de vivre de manière indépendante et par 

conséquent d'assurer sa subsistance. Certes, il laisse entendre que ce 

qu'il a vécu dans son pays l'a déstabilisé psychiquement. Il ne prétend 

toutefois pas que son état nécessiterait des soins particuliers qui ne 

pourraient lui être dispensés dans son pays. Enfin, il dispose en Turquie 

d'un réseau familial et social apte à le soutenir et à faciliter son retour. Si 

nécessaire, il pourra aussi solliciter une aide de son père et de son frère 

en Suisse. 

8.4. Pour ces motifs, l’exécution du renvoi doit être considérée comme 

raisonnablement exigible. 

9.  

Enfin, le recourant est en possession de documents suffisants pour 

rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre 

toute démarche nécessaire auprès de la représentation de son pays 

d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de 

quitter la Suisse. L’exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des 

E-1075/2011 

Page 19 

obstacles insurmontables d’ordre technique et s’avère également 

possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513-515). 

10.  

10.1. Cela étant, la décision querellée doit être déclarée conforme aux 

dispositions légales en ce qui concerne l’exécution du renvoi. 

10.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi 

et son exécution, doit être également rejeté. 

11.  

Même s'il succombe, il n'y a pas lieu de mettre les frais de procédure à la 

charge du recourant auquel l'assistance judicaire partielle a été octroyée 

par décision incidente du 11 mars 2011 conformément aux art. 63 al. 4 et 

65 al. 1 PA. 

 

(dispositif page suivante) 

  

E-1075/2011 

Page 20 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est rejeté. 

2.  

Il n'est pas perçu de frais de procédure. 

3.  

Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, à l’ODM et à 

l’autorité cantonale compétente. 

 

La présidente du collège : Le greffier : 

  

Jenny de Coulon Scuntaro Jean-Claude Barras 

 

 

Expédition :