# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** cfb2ccf5-3a0e-5cd9-92c9-ed2e783eedb8
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2007-03-23
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 23.03.2007 PE.2006.0273
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_PE-2006-0273_2007-03-23.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

  TRIBUNAL
  ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt du 23 mars 2007 

  
	
  Composition

  	
  M. Pascal Langone, président; M. Jean-Claude Favre et M. Jean‑Daniel
  Henchoz, assesseurs. Mme Nathalie Neuschwander, greffière.

  

 

	
  recourant

  	
   

  	
  X.________, à
  1.********, représenté par Me Stephen GINTZBURGER, avocat, à Lausanne,  

  

   

	
  autorité intimée

  	
   

  	
  Service de la population (SPOP),
  à Lausanne 

  

   

 

	
  Objet

  	
  Refus de délivrer   

  
	
   

  	
  Recours X.________ c/ décision du Service de la population
  (SPOP) du 20 avril 2006 refusant de transformer son autorisation de séjour en
  autorisation d'établissement

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
X.________, ressortissant turc né le 10 septembre 1977,
est entré en Suisse le 14 juillet 1988, pour vivre auprès de ses parents. Il a
été mis au bénéfice d’une autorisation de séjour annuelle, régulièrement
renouvelée par la suite. Il a terminé sa scolarité dans notre pays. Il n'a pas
acquis de formation professionnelle. Il a eu l'occasion de travailler comme
aide vitrier et s'est formé sur le tas dans cette branche. Après avoir
travaillé chez divers vitriers, il a trouvé un emploi chez 2.******** pendant
onze mois jusqu'en 2001. Il a ensuite oeuvré chez 3.******** à 4.******** avant
de tomber au chômage. Sous réserve de quelques emplois dans des entreprises de
travail intérimaire, il a ainsi touché le chômage à raison de 2'300 fr. par
mois en moyenne. En juin 2004, il a repris un emploi auprès de la maison 3.********.
A la suite d'une bagarre au cours de laquelle il a reçu plusieurs coups de
couteau le 21 juillet 2004, X.________ a été en arrêt de travail prolongé et a
touché les indemnités journalières de la Suva, à concurrence d'un montant
mensuel oscillant entre 2'500 et 2'800 fr. par mois. En 2003, les parents de
X.________ sont rentrés en Turquie; ses quatre frères et soeurs, qui sont tous
mariés et installés en Suisse, sont restés dans notre pays. X.________ a
conservé un appartement de deux pièces où il a vécu avec son amie jusqu'à ce
que celle-ci rompe leur liaison à fin 2003. A la suite de l'agression dont il a
été victime, X.________ a souffert d'une dépression et fait une tentative de
suicide alors qu'il se trouvait en Turquie en septembre 2004. Il a été suivi
ambulatoirement par l'Hôpital psychiatrique de 5.******** et s'est vu prescrire
des séances de physiothérapie à la suite des lésions qu'il s'est infligées lors
de son tentamen. Depuis l'agression de juillet 2004, X.________ vit chez une
soeur.

B.                              
Dix-huit actes de défaut de biens ont été délivrés à
l'encontre de X.________ pour la période du 16 mars 1999 au 31 octobre 2003
pour un total de 31'856 fr.20. Par ailleurs, il fait l'objet de poursuites en
cours (voir liste des poursuites au 12 novembre 2003). 

C.                              
Au 6 septembre 2004, X.________ avait bénéficié des
prestations de l'aide sociale vaudoise (ASV) pour un montant global de 18'721
fr.50. Au 24 janvier 2006, le montant versé s'élevait à 19'670 fr.35. 

D.                              
L'extrait du casier judiciaire suisse de X.________, daté
du 2 février 2007, fait état de ce qui suit :

« ((...)

 

                                                   Enquête
pénale 

Date : 07.02.2005       Autorité
: juge d'instruction de 6.********               No dossier : 2371/98

Infraction 1 :              Injure

Infraction 2 :              Contrainte

                                                   Jugements

1)   11.02.1998
Strafbefehlsrichter Basel-Stadt                                    No dossier
:2371/98

                                                                                                         Mandat
pénal

Délit contre la LF sur le séjour et l'établissement des étrangers              Notifié
: 11.02.1998

      LSEE 23/1

      12.01.1998

Emprisonnement 5 jours

      Sursis à l'exécution de la peine, délai d'épreuve 3 ans

Amende 300 CHF

-)    07.01.1999
Strafbefehlsrichter Basel Stadt

      Révoqué

2)   07.07.1999
Strafbefehlsrichter Basel-Stadt                                    No
dossier : 9827/99

Faciliter l'entrée illégale                                                                       Mandat
pénal

      LSEE 23/1

      08.06.1999

Emprisonnement 10 jours

 

3)   12.10.1999 Tribunal
correctionnel 6.********

Lésions corporelles simples

      CP 123/1

      19.02.1995; 08.1999

Lésions corporelles simples (avec du poison/une arme ou un objet dangereux)

      CP 123/2/1

      19.02.1995; 08.1999

Agression

      CP 134

      19.02.1995; 08.999

Vol par métier et en bande

      CP 139/2/3

      19.02.1995; 08.1999

Dommages à l a propriété

      CP 144/1

      19.02.1995; 08.1999

Usage abusif de permis ou de plaques de contrôle

      LCR 97/1/1

      19.02.1995; 08.1999

Usurpation de plaques de contrôle ou de signes distinctifs pour cycles

      LCR 97/1/7

      19.02.1995;08.1999

Menaces

      CP 180

      19.02.1995; 08.1999

Violation de domicile

      CP 186

      19.02.1995; 08.1999

Vol d'usage

      LCR 94/1/1

      19.02.1995; 08.1999

Violation des règles de la circulation routière

      LCR 90/1

      19.02.1995; 08.1999

Conduire un véhicule défectueux

      LCR 93/2/1

      19.02.1995; 08.1999

Conduire un cyclomoteur sans permis de circulation et sans plaque de contrôle

      OAC 145/3

      19.02.1995; 08.1999

Conduire un cyclomoteur sans assurance-responsabilité civile

      aOAC 145/4

      19.02.1995; 08.1999

Circuler sans permis de conduire avec un cyclomoteur

      OAC 145/1

      19.02.1995; 08.1999

Contravention à l'Ordonnance sur les règles de la circulation routière

      OCR 96

      19.02.1995; 08.1999

Contravention à la LF sur les stupéfiants

      LStup 19a

      19.02.1995;08.1999

Emprisonnement 15 mois

      Sursis à l'exécution de la peine, délai d'épreuve 4 ans

Détention préventive 66 jours

Peine partiellement complémentaire au jugement du 11.02.1998
Strafbefehlsrichter Basel-Stadt

-)    18.07.2001 Juge d'instruction de 6.********

      Non révoqué

-)    06.06.2005 Tribunal d'arrondissement de 6.********

      Non entré en matière

4)   18.07.2001 Juge
d'instruction de 6.********                    No dossier ; PE00.13702-CMI

                                                                                                         Notifié
: 18.07.2001

Recel

      CP 160/1/1

      01.01.1999 - 31.03.1999

Violation des règles de la circulation routière

      LCR 90/1

      29.12.2000

Amende 300 CHF

Peine partiellement complémentaire au jugement du 12.10.1999 Tribunal correctionnel
6.********

-)    16.06.2005 Tribunal d'arrondissement de 6.********

      Non révoqué

5)   08.03.2005 Tribunal
d'arrondissement de 6.********        No dossier :PE04.2199-MCA

Recel

      CP 160/1/1

      01.11.2002 - 20.01.2004

Contravention à la LF sur les stupéfiants

      LStup 19a

      01.11.2002 - 20.01.2004

Concours d'infractions

Emprisonnement 21 jours

Détention préventive 21 jours

Expulsion (répercussion abolie) 3
ans, sursis à l'exécution de la peine

6)   17.11.2006 Juges
d'instruction 7.********                        No dossier: OTH F 06 5831

                                                                                          Par
défaut

Rixe                                                                                    Notifié
: 07.12.2006

      CP 133                                                                         Entrée
en force : 08.01.2007

      13.05.2006

Contravention à la LF sur les stupéfiants

      LStup 19a

      30.11.2005 - 14.05.2006

Contravention à la LF sur le transport public

      LTP 51

      14.05.2006

Concours d'infractions

Emprisonnement 7 jours

Amende 300 CHF

Détention préventive 1 jour

(...)"

E.                              
A la suite de la condamnation prononcée à son encontre le
12 octobre 1999 par le Tribunal correctionnel de 6.********, X.________ a reçu le
12 avril 2000 un très sérieux avertissement du SPOP qui l'a avisé que son
comportement pourrait motiver un refus de son autorisation de séjour à l'avenir
dans l'hypothèse où de nouveaux forfaits pourraient lui être reprochés.

F.                               
Le 25 octobre 2004, le SPOP a décidé de prolonger l'autorisation
de séjour de X.________ pour une année, en l'avertissant qu'à l'échéance de son
autorisation l'autorité examinerait la nature de ses ressources financières,
compte tenu du fait qu'il avait recours aux prestations de l'ASV.

G.                              
Le 31 mars 2006, par l'intermédiaire de l'avocat
Gintzburger, X.________ a sollicité la délivrance d'un permis d'établissement,
à compter du 10 avril 2006 au plus tard. 

H.                              
Par décision du 20 avril 2006, le SPOP a refusé la
transformation de l'autorisation de séjour de X.________ en autorisation
d'établissement au motif, d’une part, qu'il était actuellement sans activité
lucrative et qu’il avait eu recours occasionnellement des prestations de l'ASV
depuis le mois de janvier 2000, et au motif qu'il avait fait l'objet le 8 mars
2005 d'une condamnation à une peine de 21 jours d'emprisonnement, jugement
assorti d'une expulsion du territoire suisse pour une durée de trois ans avec
sursis pendant trois ans, d’autre part. Dès lors, le SPOP a estimé qu'il se
justifiait de garder son dossier sous contrôle et l'a informé qu'il gardait la
faculté de présenter une nouvelle demande à l'échéance du sursis accordé le 8 mars
2005 par le Tribunal de police de 6.********.

X.________ a été mis au bénéfice d’une autorisation
de séjour valable jusqu'au 19 avril 2007.

I.                                  
Par acte du 11 mai 2006, X.________ a saisi le Tribunal
administratif d'un recours dirigé contre la décision du SPOP du 20 avril 2006,
concluant à la réforme de la décision attaquée en ce sens que son autorisation
de séjour est transformée en autorisation d'établissement.

J.                                
Dans ses déterminations du 15 juin 2006, l'autorité
intimée a conclu au rejet du recours.

K.                              
Le 15 août 2006, le recourant a déposé des observations
complémentaires.

L.                               
Par décision incidente du 18 août 2006, le recourant a été
dispensé de procéder au paiement d'une avance de frais. Le juge instructeur a
rejeté sa requête d'assistance judiciaire du recourant tendant à la nomination
d'un conseil d'office en la personne de Me Gintzburger.

M.                              
En cours de procédure, le SPOP a transmis un rapport de
gendarmerie du 3 octobre 2006 dont il résulte que X.________ est prévenu
de lésions corporelles à la suite de faits survenus le 24 août 2006 à 1.********
à la suite d'une bagarre entre six personnes qui se battaient au couteau. Le 20
décembre 2006, X.________ a donné lieu à un rapport de police le dénonçant en
qualité prévenu de lésions corporelles commises le 8 décembre 2006 à 6.********
à la suite d'une bagarre également.

N.                              
Le recourant n'a pas donné suite à l'avis du 27 octobre
2006 lui permettant de compléter sa procédure, de sorte que le tribunal a
statué ensuite par voie de circulation.

 

Considérant en droit

1.                               
En vertu de l'art. 17 al. 1 de la loi sur le séjour et
l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE; RS 142.20), en règle
générale, l'autorité ne délivrera d'abord qu'une autorisation de séjour, même
s'il est prévu que l'étranger s'installera à demeure en Suisse. L'Office
fédéral des migrations (ODM) fixera, dans chaque cas, la date à partir de
laquelle l'établissement pourra être accordé. En l'espèce, le recourant est
libéré du contrôle fédéral. Il fait valoir notamment qu'il séjourne en Suisse
depuis dix-huit ans. Il expose que le 21 juillet 2004, il a été victime d'une
agression, au cours de laquelle il a reçu de nombreux coups de couteau qui ont
provoqué une incapacité de travail. Il conteste dépendre de l'assistance
publique et démontre en procédure qu'il reçoit des indemnités journalières de
la Suva pour un montant mensuel s'élevant à environ 3'000 fr. Au sujet de ses
antécédents pénaux, le recourant expose qu'il a certes été condamné en mars
2005 à une peine de 21 jours d'emprisonnement mais relève qu'il résulte de ce
même jugement que depuis 1999, sous réserve d'une condamnation mineure, le
tribunal a admis qu'il s'était bien comporté.

2.                               
L'art. 11 du Règlement d'exécution de la LSEE du 1er
mars 1949 (RSEE; RS 142.201) prévoit qu'avant de délivrer à un étranger une
autorisation d'établissement, l'autorité examinera de nouveau à fond comment il
s'est conduit jusqu'alors (al. 1). Lorsque l'autorité a fixé la date à partir
de laquelle l'établissement pourra être accordé conformément à l'art. 17, al.
1, de la loi, l'établissement ne pourra pas être accordé avant cette date;
cependant, même dans ce cas, l'étranger ne peut prétendre à l'établissement, à
moins qu'il n'y ait droit en vertu d'un accord international (al. 2).

3.                               
En l'espèce, il n'existe aucun accord d'établissement
entre la Suisse et la Turquie, ce que le recourant ne conteste pas. En
l'absence d'un tel accord, les ressortissants turcs peuvent obtenir, en
principe, l'autorisation d'établissement après un séjour régulier et
ininterrompu de dix ans, selon les précisions des DIrectives et commentaires
Entrée, séjour et marché du travail de l'ODM, chiffre 343.2.

4.                               
En l'occurrence, le recourant réalise la durée de séjour
envisagée par les Directives précitées. L'autorité intimée lui oppose un
comportement particulièrement critiquable ayant motivé un certain nombre de
condamnations et plaintes, ainsi qu'une situation financière obérée.

5.                               
L'art. 10 al. 1 LSEE a la teneur suivante :

"L'étranger ne peut être expulsé de Suisse ou d'un
canton que pour les motifs suivants :

a.   s'il a
été condamné par une autorité judiciaire pour crime ou délits;

b.   si, sa
conduite dans son ensemble, et ses actes permettent de conclure qu'il ne veut
pas s'adapter à l'ordre établi dans le pays qui lui offre l'hospitalité ou
qu'il n'en est pas capable,

(...)

d.   si lui-même,
ou une personne aux besoins de laquelle il est tenu de pourvoir, tombe d'une
manière continue et dans une large mesure à la charge de l'assistance
publique".

En l'espèce, le recourant a été condamné à de
nombreuses reprises entre 1998 et 2006 ; il a en effet subi six
condamnations pénales. Il a encore été condamné postérieurement à la décision
attaquée à une peine d'emprisonnement de 7 jours et une amende de 300 fr. par
les juges d'instruction de 7.******** le 17 novembre 2006, notamment pour rixe.
En cours de procédure, il a encore donné lieu à deux plaintes, dont on ignore
encore l'issue pénale, à la suite de bagarres. En l'état, le comportement du
recourant s'oppose déjà à l'octroi de l'établissement sollicité. On peut même
se demander si les conditions pour obtenir le renouvellement de son
autorisation de séjour sont réunies.

A cela s'ajoute que le recourant n'exerce plus
d'activité lucrative depuis l'été 2004; il ne bénéficie donc pas d'une
situation professionnelle et ses moyens d'existence sont actuellement assurés
par les prestations journalières versées par l'assurance accident. On ignore si
le recourant cessera à l'avenir d'être en incapacité de travail ou au contraire
le demeurera. Dans cette dernière hypothèse, on ne sait pas davantage si
l'assurance accident poursuivra ses versements. Il résulte par ailleurs du
dossier que le recourant fait l'objet de poursuites et est titulaire de
plusieurs actes de défaut de biens pour un montant s'élevant à presque 20'000
francs. 

En présence de motifs d'expulsion fondés sur l'art.
10 al. 1 lettres a , b et d LSEE, c'est à bon droit que l'autorité intimée a
refusé la délivrance d'un permis d'établissement au recourant.

6.                               
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du
recours aux frais de l'Etat. Vu l'issue de son pourvoi, le recourant n'a pas
droit à l'allocation de dépens.

 

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours est rejeté.

II.                                
La décision rendue par le SPOP le 20 avril 2006 est
confirmée.

III.                               
Les frais du présent arrêt sont laissés à la charge de
l'Etat.

IV.                             
Il n'est pas alloué de dépens.

jc/Lausanne, le 23 mars 2007

 

Le président:                                                                                             La
greffière:

                                                                                                                  

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint ainsi qu'à l'ODM.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa
notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit
public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur
le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire
à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans
une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de
preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte
attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent
être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il
en va de même de la décision attaquée.