# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 59d7e20f-6eea-5c3c-8539-cd785e1ecdf9
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2000-09-13
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Tribunal administratif 13.09.2000 TA.2000.217 (INT.2000.97)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_013_TA-2000-217_2000-09-13.html

## Full Text

A.                                        
Par
acte notarié du 21 décembre 1994, E.L. a déclaré donner à ses trois fils, D.,
P. et Q., les parcelles X du cadastre de Corcelles-Cormondrèche dont il était
propriétaire et sur lesquelles a parallèlement été constitué en sa faveur et
celle de son épouse, F.L., "un usufruit total et viager qui s'exercera en
commun de leur vivant et singulièrement après le décès du premier conjoint".

                        E.L.
est décédé le 22 octobre 1997.

                        De
l'inventaire dressé le 30 octobre 1998 par l'office des impôts immobiliers et
de succession, il ressort un actif net dans le canton de Neuchâtel de 679'847
francs.

                        Par
décision du 14 décembre 1998, ledit office a calculé l'émolument de dévolution
d'hérédité sur la base de l'actif net réduit de quatre parts héréditaires de
4'896.45 francs, soit sur 660'261 francs, et l'a fixé à 39'615 francs.

                        L'épouse
du défunt ainsi que leurs trois enfants ont interjeté recours contre cette
décision devant le Département des finances et des affaires sociales (ci-après
le département). Rappelant que l'émolument est une contrepartie financière due
par l'administré qui a recours à des services administratifs et qu'il doit de
ce fait respecter les principes de la couverture des frais et de l'équivalence,
ils ont fait valoir qu'un émolument de 39'615 francs dépassait dans une large
mesure la prestation publique qui n'a consisté qu'en l'établissement de
l'inventaire de la succession. Ils ont également reproché à l'office d'avoir
fait figurer dans l'actif successoral la valeur capitalisée de l'usufruit
(2'613'468 francs) constitué en faveur de F.L. sur les parcelles X du cadastre
de Corcelles-Cormondrèche, objet de l'acte de donation de 1994, alors qu'à
l'époque cette transmission de biens n'avait donné lieu au prélèvement d'aucun
émolument, l'usufruit capitalisé dépassant la valeur cadastrale des immeubles
donnés. Ils ont toutefois ajouté que si l'usufruit devait être englobé dans
l'actif successoral, sa valeur devrait être calculée sur la base de
l'estimation cadastrale des immeubles, et non en fonction de leur valeur
locative, et être fixé à 1'529'872.15 francs. Ils ont par ailleurs demandé que
les quatre parts héréditaires à déduire de l'actif net de la succession soient
fixées à 5'000 francs chacune.

B.                                        
Par
décision du 15 mai 2000, le département a rejeté le recours. D'une part, il a
considéré qu'en dépit d'une terminologie impropre, l'émolument de dévolution
d'hérédité était en fait un impôt institué par une loi au sens formel qui était
perçu indépendamment de tout autre droit. D'autre part, il a estimé que l'usufruit
en faveur du conjoint survivant devait être inclus dans l'actif successoral et
sa valeur calculée en fonction des loyers encaissés et non sur la base de
l'estimation cadastrale des immeubles grevés dès lors que le bénéficiaire de
l'usufruit n'y habite pas.

C.                                        
F.L.
et ses trois fils recourent devant le Tribunal administratif contre cette
décision en reprenant dans son intégralité l'argumentation développée devant le
département. Ils insistent cependant sur la nature de l'émolument litigieux
qui, s'il devait être qualifié de tel, serait dans leur cas totalement
disproportionné par rapport à la contre-prestation de l'Etat, ou, s'il devait
être considéré comme un impôt, serait en contradiction avec l'exonération de
tout impôt pour les successions en ligne directe, descendante et ascendante,
consacrée par la loi concernant la perception d'un droit sur les successions et
sur les donations entre vifs du 21 mai 1912. Ils prennent dès lors les
conclusions suivantes :

1.     
Casser la
décision du Département des finances et des affaires sociales du 15 mai 2000
dont est recours;

Principalement :

2.     
Dire que le
taux de l'émolument est trop élevé et renvoyer la cause à l'office en vue de
fixer un émolument en rapport avec l'activité fournie par l'administration;

3.     
Constater que
l'usufruit retenu par l'office dans l'inventaire pour 2'613'468 francs ne doit
plus y figurer;

4.      Constater que les déductions effectuées
pour quatre parts héréditaires doivent être de quatre fois 5000 francs;

Subsidiairement :

5.      Constater que la "remise de
biens" qui doit être prise en compte n'excède pas 553'000 francs;

Plus subsidiairement encore :

6.      Constater que la valeur de l'usufruit
qui doit figurer à l'actif de la succession est de 1'529'872.15 francs moins la
dette hypothécaire;

En tout état de cause :

7.     
Renvoyer
l'affaire à l'office pour nouvelle décision au sens des considérants;

8.     
Laisser les
frais à la charge de l'Etat;

9.      Octroyer aux recourants une juste et
équitable indemnité de dépens."

D.                                        
Sans
formuler d'observations, le département conclut au rejet du recours en
confirmant les motifs exposés dans sa décision.

C O N S I D E R
A N T

en droit

1.                                         
Interjeté
dans les formes et délai légaux, le recours est recevable.

2.                                         
a)
Indépendamment de tous autres droits, il est dû à  l'Etat, lors de l'ouverture de la succession, un émolument
calculé sur l'actif net de cette dernière, d'après le système progressif par
catégories, selon le barème suivant :

 

	
  Catégories

  	
  Taux

  de chaque

  catégorie

  	
  Emolument dû

  pour la fortune

  maximale

  de la catégorie

  	
  Taux réel

  du maximum

  de la

  catégorie

  
	
  Fr.

  	
  %

  	
  Fr.

  	
  %

  
	
  0-  50'000

  	
  2

  	
             1'000

  	
         2

  
	
  50'001-100'000

  	
  3

  	
             2'500

  	
         2,5

  
	
  100'001-150'000

  	
  4

  	
             4'500

  	
         3

  
	
  150'001-200'000

  	
  5

  	
             7'000

  	
         3,5

  
	
  200'001-300'000

  	
  6

  	
           13'000

  	
         4,333

  
	
  300'001-500'000

  	
  7

  	
           27'000

  	
         5,4

  
	
  500'001-650'000

  	
  8

  	
           39'000

  	
         6

  

La fortune supérieure à 650'000 francs est imposée au taux
de 6 %.

(art.4 al.1 de la loi concernant
l'application de l'art.551 du code civil suisse et la perception d'un émolument
en cas de dévolution d'hérédité, du 10 novembre 1920).

b) Tout
d'abord, les recourants discutent la nature de cet émolument, soutenant que
s'il devait être qualifié de tel, le montant qui leur est réclamé (39'615
francs) devrait être réduit dans la mesure où il serait disproportionné par
rapport à la contre-prestation de l'Etat. S'il devait au contraire être considéré
comme un impôt, il entrerait en conflit avec la loi concernant la perception
d'un droit sur les successions et sur les donations entre vifs, du 21 mai 1912,
qui exempte de ce droit notamment les successions en ligne directe, descendante
ou ascendante (art.5 al.1 litt.a) ou les dispositions en faveur du conjoint
survivant (art.5 al.1 litt.d et e).

Dans les
contributions publiques, on distingue les impôts proprement dits, qui sont
prélevés en fonction d'une situation économique réalisée dans la personne ou le
patrimoine du contribuable et non en raison d'une activité étatique déterminée,
les taxes causales, qui correspondent à un avantage particulier que l'Etat
accorde à un administré à charge pour celui-ci d'en supporter le coût, et les
contributions mixtes, qui sont une combinaison des deux premiers lorsque leurs
taux dépassent les limites constitutionnelles spécifiques admises pour les
taxes causales, c'est-à-dire lorsqu'elles ne respectent plus les principes de
la couverture des frais et de l'équivalence (Knapp, Précis de droit administratif, p.573 et ss; Grisel, Traité de droit administratif,
p.604 et ss). L'appartenance d'une contribution publique à l'un de ces groupes
ne dépend pas de sa dénomination mais est fonction de sa nature (ATF 106 Ia
242).

3.                                         
a)
Adopté par le Grand Conseil le 23 novembre 1911, le décret concernant la
publication des décès en vue d'assurer la dévolution des hérédités consacrait
le principe de la perception d'un émolument de 5 o/oo lors de l'ouverture de
toute succession et quelle que soit l'importance de celle-ci en contrepartie de
la publication du décès et en général pour les démarches imposées à l'autorité
en vue d'assurer la dévolution de l'hérédité. Cet émolument remplaçait le droit
d'assise de 2 o/oo que l'Etat percevait lors de l'acceptation ou de
l'investiture des successions et dont il s'est trouvé privé au moment de
l'entrée en vigueur du code civil suisse lequel supprimait cette formalité (BGC
1911-12, vol.77, p.584). Abrogeant ce décret, la loi concernant l'application de
l'article 551 du code civil suisse et la perception d'un émolument en cas de
dévolution d'hérédité, du 10 novembre 1920, adoptait le principe d'un émolument
progressif selon l'actif de la succession dont le taux maximum atteignait 2 %
(BGC 1920-21, vol.86, p.456). En 1935, dans le cadre des mesures destinées à
améliorer la situation financière de l'Etat, l'émolument de dévolution fut
augmenté - le taux maximum passant à 5 % - et la référence à toute
contre-prestation de l'Etat supprimée (BGC 1934-35, vol.100, p.368). Enfin,
depuis la révision du 14 décembre 1981, le taux maximum de l'émolument atteint
6% (BGC 1981-82, vol.147, p.997). 

                        b)
Il s'ensuit que si l'appellation "émolument" caractérisait de manière
appropriée l'émolument de dévolution d'hérédité lors de sa constitution en
1911, dans la mesure où il était prélevé sur la base d'un taux faible et
indépendant de l'importance de la succession dans le but unique de couvrir les
démarches de l'Etat lors de l'ouverture d'une succession, sa désignation en tant
qu'émolument n'est plus justifiée depuis lors. En effet, avec un barème
progressif fonction de l'actif successoral et un taux maximum de 6 %, cet
émolument improprement dit n'a plus la nature d'une taxe causale mais est
devenu un véritable impôt au fil de ses révisions.

                        c)
A cet égard, les recourants soutiennent, à tort, que cet impôt ne pourrait pas
raisonnablement coexister avec l'exemption de tout impôt, en particulier sur
les successions en ligne directe descendante ou ascendante ou sur les dispositions
en faveur du conjoint survivant, prévue par l'article 5 de la loi concernant la
perception d'un droit sur les successions et sur les donations entre vifs du 21
mai 1912 (LSucc), sans violer la volonté expresse du législateur. En effet,
dans le canton de Neuchâtel, les successions sont imposées à deux stades
successifs mais chez deux contribuables distincts. Ainsi, lors de l'ouverture
d'une succession, un impôt est prélevé sur l'actif successoral net réduit
d'autant de fois 5'000 francs qu'il y a de parts héréditaires dévolues à des
héritiers en ligne directe au premier degré et au conjoint survivant, soit sur
le patrimoine du défunt. Il est ensuite perçu sur chaque part dévolue aux
héritiers, sauf sur celles dévolues, notamment, aux descendants et ascendants
en ligne directe et au conjoint survivant, un droit dont le taux est fonction
du degré de parenté ou d'alliance avec le défunt (art.17 LSucc.). En l'espèce,
en leur qualité respective de conjoint survivant et de descendants en ligne
directe du défunt, F.L. et ses trois fils ont bénéficié de l'exonération des
droits de succession. Seul le patrimoine du défunt a été imposé à l'ouverture
de la succession, de sorte que, ne touchant pas les mêmes contribuables, ces
impôts ne s'opposent pas.

                        Sur
ce point, le recours est mal fondé.

4.                     a) Les recourants reprochent par
ailleurs à l'office des impôts immobiliers et de succession d'avoir inclus dans
le calcul de l'actif successoral l'usufruit du conjoint survivant constitué sur
les deux immeubles donnés en 1994 par le défunt à ses fils.

                        b)
L'émolument de dévolution d'hérédité est calculé sur l'actif net de la succession
déterminé conformément à la LSucc, sur la base soit d'une déclaration des héritiers
établissant la fortune du défunt au jour du décès, soit d'un inventaire
juridique de la fortune du défunt au jour du décès (art 4 al.2 et 5 al.1 de la
loi sur la perception d'un émolument de dévolution d'hérédité). En vertu de
l'article 25 LSucc, l'inventaire donne l'énumération détaillée et l'estimation
des valeurs mobilières et immobilières de la succession au jour du décès ainsi
que l'énumération des dettes dont elle serait grevée. Il doit comprendre tous
les biens qui composent la succession et être dressé avec autant de soin que
s'il s'agissait de l'actif d'un bénéfice d'inventaire. Les biens compris dans
la succession, à savoir les biens existants (art.475 CC), sont les éléments
actifs transmissibles du patrimoine du de cujus à son décès (Piotet, Précis de droit successoral,
p.16).

                        c)
En l'espèce, par acte authentique du 21 décembre 1994, le défunt a donné à ses
trois enfants deux parcelles sur lesquelles ont été constitués deux usufruits
viagers, l'un en sa faveur et l'autre en faveur de son épouse, dont l'exercice
se ferait "en commun de leur vivant et singulièrement après le décès du
premier conjoint".

                        Cela
étant, il convient de rappeler que l'usufruit est une servitude personnelle
proprement dite qui est indissolublement liée à la personne de son titulaire (Steinauer, Les droits réels, tome III,
1992, p.18ss) lui conférant un droit de jouissance complet sur la chose
(art.745 al.2 CC). Il s'ensuit que l'usufruit comme tel est incessible, seul
l'exercice pouvant en être transféré (art.758 CC) lorsqu'il ne s'agit pas d'un
droit éminemment personnel, et qu'il est en outre intransmissible, ce qui a
pour conséquence qu'il ne passe pas aux héritiers mais s'éteint à la mort de
l'usufruitier (art.749 al.1 CC). Force est ainsi de constater que l'usufruit du
défunt s'est éteint lors de son décès et que celui de son épouse
indissolublement lié à sa personne n'est pas un élément du patrimoine du
défunt. Il en résulte que l'usufruit du conjoint survivant ne doit pas figurer
à l'inventaire de la succession comme un élément de l'actif. En tant qu'il se
fonde sur un inventaire établi de manière incorrecte, l'émolument de dévolution
d'hérédité de 39'615 francs réclamé aux recourants n'est pas fondé.

5.                                         
Les
recourants demandent en outre que les quatre parts héréditaires à déduire de
l'actif net de la succession soient fixées à 5'000 francs chacune au lieu de
4'896.45 francs.

                        Ce
point peut cependant demeurer indécis dans la mesure où, après suppression de
l'usufruit de 2'613'468 francs de l'actif de la succession, l'inventaire fait
apparaître un passif (955'468 francs), si bien qu'aucun émolument de dévolution
d'hérédité ne peut être prélevé.

6.                                         
Au
vu de ce qui précède, le recours doit être admis, ce qui conduit le Tribunal de
céans à annuler la décision entreprise ainsi que celle de l'office des impôts
immobiliers et de succession. Vu l'issue de la cause, aucuns frais ne seront
mis à la charge des recourants (art.47 al.1 a contrario et al.2 LPJA), qui
peuvent par ailleurs prétendre des dépens (art.48 LPJA).

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF

1.     
Annule la
décision du Département des finances et des affaires sociales du 15 mai 2000
ainsi que celle de l'office des impôts immobiliers et de succession du 14 décembre
1998.

2.     
Statue sans
frais et restitue aux recourants leur avance.

3.     
Alloue aux
recourants une indemnité de dépens de 800 francs pour les deux instances de
recours.

 

Neuchâtel, le 13 septembre 2000