# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 75684383-7465-5496-9d93-cae64cd0d1eb
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2014 / 1005
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2014---1005_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

PO14.031464-142238

447 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
19 décembre 2014

__________________

Présidence
de               M.             
WINZAP,
président

Juges             
:              M.             
Pellet  et  Courbat 

Greffière
:              Mme             
Huser

 

 

*****

 

 

Art.
319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
W.________SA,
à [...], défenderesse, contre le prononcé rendu le 2 décembre 2014 par la Juge déléguée
de la Chambre patrimoniale cantonale dans la cause divisant la recourante d’avec 
V.________,
à [...], demandeur, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait et en droit :

 

 

1.             
Par demande du 23 juillet 2014, V.________ a ouvert action en libération de dette à l’encontre
de W.________SA auprès de la Chambre patrimoniale cantonale.

 

             
W.________SA a déposé une réponse le 21 octobre 2014, par laquelle elle a notamment conclu
à ce que V.________ soit débouté de toutes ses conclusions, en y précisant qu’elle
contestait tous les allégués du demandeur, sans exception aucune.

 

             
Par courrier du 23 octobre 2014, la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale cantonale
(ci-après : la Juge déléguée) a indiqué à la défenderesse que
son acte ne satisfaisait pas aux exigences des art. 221 et 222 CPC (Code de procédure civile du
19 décembre 2008 ; RS 272) et lui a imparti un délai échéant le 5 novembre
2014 pour produire une réponse contenant des déterminations sur chaque allégué de
la demande et l’indication, pour chaque fait allégué, des offres de preuves proposées,
tout en l’informant qu’à défaut, son acte ne serait pas pris en considération.

 

             
Par courrier du 6 novembre 2014, la défenderesse, par l’intermédiaire de son conseil,
a indiqué que tous les allégués de la demande étaient contestés et a produit
un bordereau de trois pièces.

 

             
Par courrier du 10 novembre 2014, le demandeur, par l’intermédiaire de son conseil, a constaté
que l’écriture du 6 novembre 2014 de la défenderesse, à supposer qu’elle fût
recevable, était hors délai, s’opposant ainsi à toute restitution de délai
et requérant que la procédure se poursuive.

 

2.             
Par prononcé du 2 décembre 2014, la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale
cantonale a déclaré irrecevable l’acte déposé le 21 octobre 2014 par la défenderesse
W.________SA dans le procès qui l’oppose au demandeur V.________ (I) et a rendu le prononcé
sans frais (II).

 

3.             
Par acte du 12 décembre 2014, W.________SA a recouru contre ce prononcé, concluant, avec suite
de dépens, à son annulation, principalement que l’acte déposé le 21 octobre
2014 par W.________SA soit déclaré recevable, et subsidiairement, au renvoi de la cause à
la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale cantonale pour nouvelle décision dans
le sens des considérants.

 

4.             
              a)
Il y a lieu d’examiner tout d’abord la question de la recevabilité du recours au regard
de l’art. 319 CPC. Cette disposition prévoit que le recours est recevable contre les décisions
finales, incidentes et provisionnelles de première instance qui ne peuvent faire l'objet d'un appel
(let. a), contre les autres décisions et ordonnances d'instruction de première instance dans
les cas prévus par la loi (let. b ch. 1) ou lorsqu'elles peuvent causer un préjudice difficilement
réparable (let. b ch. 2).

 

Le
recours, écrit et motivé, s'exerce dans un délai de dix jours pour les décisions
prises en procédure sommaire et les ordonnances d'instruction; il peut être formé en tout
temps pour retard injustifié (art. 321 al. 2 et 4 CPC).

 

b)
La décision par laquelle le juge délégué déclare l’acte de procédure
d’une partie irrecevable s’assimile à une ordonnance d’instruction (CREC 12 mars
2013/75 et CREC 24 juillet 2014/250). Il s’agit en effet d’une décision gouvernant la
conduite du procès (JT 2012 III 132) au même titre par exemple que la décision de
suspendre la procédure (art. 126 CPC). Le recours est donc recevable à la condition de causer
un préjudice difficilement réparable à la recourante (art. 319 let. b al. 2 CPC).

 

Selon
la jurisprudence de la Cour de céans, la notion de préjudice difficilement réparable est
plus large que celle de dommage irréparable de l'art. 93 al.1 let. a LTF (loi du 17 juin 2005 sur
le Tribunal fédéral; RS 173.110), puisqu'elle devrait viser également les désavantages
de fait (JT 2011 III 86 c. 3 et références; CREC 11 juin 2014/204). La question de savoir s'il
existe un préjudice difficilement réparable s'apprécie par rapport aux effets de la décision
incidente sur la cause principale, respectivement la procédure principale (ATF 137 III 380 c. 1.2.2;
voir aussi arrêt TF 4A_560/2011 du 11 janvier 2012 c. 2.2). Ainsi, l'art. 319 let. b ch. 2 CPC ne
vise pas seulement un inconvénient de nature juridique, imminent, mais toute incidence dommageable,
y compris financière ou temporelle, pourvu qu'elle soit difficilement réparable. Il y a toutefois
lieu de se montrer exigeant, voire restrictif, avant d'admettre la réalisation de cette condition,
sous peine d'ouvrir le recours à toute décision ou ordonnance d'instruction, ce que le législateur
a clairement exclu (Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 22 ad art. 319 CPC, p. 1274 et références;
CREC 22 mars 2012/117). En outre, un préjudice irréparable de nature juridique ne
doit pas pouvoir être ultérieurement réparé ou entièrement réparé
par une décision finale favorable au recourant (ATF 134 III 188 c. 2.1 et c. 2.2). 

 

             
c)
En l’espèce, force est de constater que la recourante n’allègue pas l’existence
d’un préjudice difficilement réparable, quand bien même il s’agit d’une
condition de recevabilité du recours au sens de l’art. 319 let. b al. 2 CPC. Au demeurant,
on relèvera que la recourante conserve encore la possibilité de se déterminer lors des
plaidoiries finales, conformément à l’art. 232 CPC. A défaut de toute indication
de la recourante à ce sujet, on ne discerne donc pas en l’état de préjudice difficilement
réparable.

             

5.             
Compte tenu de ce qui précède, le recours est irrecevable et la décision attaquée
doit être maintenue.

 

             
Le présent arrêt peut être rendu sans frais judiciaires (art. 11 TFJC [tarif des frais
judiciaires civils du 28 septembre 2010 ; RSV 270.11.5]).

 

             
Il n’y a pas lieu d’allouer des dépens de deuxième instance à l’intimé,
celui-ci n’ayant pas été invité à se déterminer sur le recours.

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
L’arrêt est rendu sans frais judiciaires.

 

             
III.             
L’arrêt est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Susannah Maas Antamoro de Céspedes (pour W.________SA),

‑             
Me Christophe Misteli (pour V.________).

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30’000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme la Juge déléguée de la Chambre patrimoniale cantonale.

 

             
La greffière :