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**Case Identifier:** 2c2cd036-9958-5280-a2b7-ffd3f850362f
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2021 / 233
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2021---233_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC21.023585-211363

254 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
24 novembre 2021

______________________

Composition
:              M.             
Hack,
président

             
              M.             
Maillard et Mme Giroud Walther, juges

Greffier
              :             
M.              Elsig

 

 

*****

 

 

Art.
82 al. 1 LP ; 18 al. 1, 20, 313 CO

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
Q.________,
à [...], contre le prononcé rendu le 12 août 2021, à la suite de l’audience
du 3 août 2021, par la Juge de paix du district d’Aigle dans la cause opposant le recourant
à B.________
Sàrl, à [...].

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le 30 novembre 2020, à la réquisition de Q.________, représenté par Creditreform
Romandie GNT SA, l’Office des poursuites du district d’Aigle a notifié à B.________
Sàrl, dans la poursuite n° 9'794'196, un commandement de payer les sommes de 1) 16'000 fr.
avec intérêt à 9 % l’an dès le 30 septembre 2020, 2) 1'600 fr. sans intérêt
et 3) 1'341 fr. 94 sans intérêt, indiquant comme titre de la créance ou cause de l’obligation :

 

« 1.
Contrat de crédit du 05.04.2019

             
2. intérêts

             
3. Dommages 106 CO »

 

             
Le poursuivi a contesté les créances nos
2 et 3 pour un total de 2'941 fr. 94 et a reconnu devoir le surplus.

 

 

2.             
a) Par acte du 1er
juin 2021, le poursuivant, représenté par Creditreform Romandie GNT SA, a requis du Juge de
paix du district d’Aigle qu’il prononce, avec suite de frais et dépens, la mainlevée
provisoire de l’opposition partielle à concurrence de 1'600 fr. sans intérêt. A
l’appui de sa requête il a produit, outre le commandement de payer susmentionné, notamment
les pièces suivantes :

 

-
une copie d’un document daté du 5 avril 2019 intitulé « Contrat
de crédit et reconnaissance de dette »,
dont les chiffres 1 et 4 sont libellés comme il suit :

 

« 1.
Parties contractantes et montant du crédit

 

             
Q.________, [...], [...],

             
(désignée ci-après par « prêteur »

             
Accorde à

             
G.________ (personne physique)
et B.________ Sàrl, solidairement codébiteurs, [...], [...],

             
(désigné/e/s ci-après par « bénéficiaires
du crédit »

             
un crédit de

             
CHF 16'000.00 (dix six mille
francs suisse)

 

             
(…)

 

 

             
4. Conditions de crédit

 

             
Les conditions suivantes s’appliquent jusqu’à
nouvel avis :

 

             
Intérêt forfaitaire
de 10 % net sur la somme prêtée quelle que soit la durée du prêt mais au maximum
d’ici au 30 septembre 2019

 

             
(…) [désignation du compte bancaire
sur lequel les intérêts et l’amortissement doivent être virés]

 

             
Remboursement : d’ici
au 30 juillet 2019 ou à
convenir. Le bénéficiaire du crédit
peut en tout temps et sans préavis, rembourser tout ou partie du crédit avant cette date d’échéance.
L’intérêt exprimé au point 3 restera le même sur le montant résiduel.

 

             
(…) »

 

Le
contrat est signé par G.________ en tant que bénéficiaire du crédit et par le poursuivant
en tant que prêteur. Un récépissé du 5 avril 2019 attestant du virement par le poursuivant
de la somme de 16'000 fr. en faveur de G.________ est joint à la copie du contrat.

 

-
une copie d’un courrier recommandé du 30 septembre 2019, adressé par le poursuivant à
la poursuivie et à G.________, constatant que le prêt susmentionné n’avait pas été
remboursé à son échéance du 30 juillet 2019 et leur impartissant un délai échéant
le 5 octobre 2019 au soir pour régler la somme de 17'600 fr. faute de quoi il mandaterait Creditreform
Romandie GNT SA et sa protection juridique pour le recouvrement ;

 

-
une copie de deux courriers de sommation de Creditreform Romandie GNT SA des 4 et 25 novembre 2019 réclamant
respectivement 19'080 fr. et 19'162 fr., la différence entre ces montants et celui de 17'600 fr.
correspondant au intérêts et frais supplémentaires ;

 

-
une copie de la réquisition de poursuite du 24 novembre 2020.

 

             
b) Par
courriers recommandés du 3 juin 2021, la juge de paix a notifié la requête à la poursuivie
et a cité les parties à comparaître à l’audience du 3 août 2021.

 

             
Les parties ont fait défaut à cette audience et la poursuivie n’a pas procédé.

 

 

3.             
Par prononcé non motivé du 12 août
2021, notifié au poursuivant le lendemain, la Juge de paix du district d’Aigle a rejeté
la requête de mainlevée (I), a arrêté les frais judiciaires à 150 fr. (II),
les a mis à la charge du poursuivant (III) et n’a pas alloué de dépens (IV).

 

             
Le 16 août 2021, le poursuivant, représenté par Creditreform Romandie GNT SA, a demandé
la motivation de ce prononcé.

 

             
Les motifs du prononcé ont été adressés aux parties le 30 août 2021 et notifiés
au poursuivant le lendemain. En substance, l’autorité précédente a interprété
la clause du contrat de prêt relative aux intérêts comme prévoyant un intérêt
de 10 % pour la période courant de la conclusion du contrat le 5 avril 2019 à l’échéance
ultime du prêt le 30 septembre 2019, soit un taux d’intérêt annuel de 20 %, excessif
et, partant, nul.

 

 

4.             
Par acte, daté du 8 septembre 2021 mais remis
à la poste le 7 septembre 2021, le poursuivant, représenté par Creditreform Romandie
GNT SA a recouru contre ce prononcé en concluant, avec suite de frais et dépens, principalement
à ce que sa requête de mainlevée soit déclarée recevable et à la levée
de l’opposition à concurrence de 1'600 fr. sans intérêt, les frais de première
instance étant mis à la charge de la poursuivie. Subsidiairement, le recourant a conclu à
l’annulation du prononcé et au renvoi de la cause au premier juge pour nouvel examen dans
le sens des considérants.

 

             
L’intimée n’a pas été invitée à se déterminer.

             
En droit
:

 

 

I.             
La demande de motivation et le recours ont été
déposés dans les délais de dix jours des art. 239 al. 2 et 321 al. 2 CPC (Code de procédure
civile du 19 décembre 2008 ; RS 272). Motivé conformément à l’art.
321 al. 1 CPC, le recours est recevable.

 

 

II.             
Le recourant fait valoir que l’intérêt
convenu entre les parties est un intérêt forfaitaire de 10 %, ce qui implique qu’il ne
pouvait être modifié, que la référence au 30 septembre 2019 se rapporte à la
durée du prêt et que le montant réclamé en procédure de mainlevée correspond
aux 10 % de la somme prêtée. Il soutient que l’intérêt convenu n’est
pas excessif.

 

             
a) En vertu de l'art. 82 LP (loi fédérale
du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite ; RS 281.1), le créancier dont
la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing
privé peut requérir la mainlevée provisoire (al. 1) ; le juge la prononce si le débiteur
ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (al. 2).

 

             
aa) La procédure de mainlevée provisoire,
ou définitive, est une procédure sur pièces (Urkundenprozess), dont le but n'est pas de
constater la réalité de la créance en poursuite, mais l'existence d'un titre exécutoire.
Le juge de la mainlevée examine uniquement la force probante du titre produit par le poursuivant,
sa nature formelle, et lui attribue force exécutoire si le poursuivi ne rend pas immédiatement
vraisemblables ses moyens libératoires (ATF 142 III 720 consid. 4.1 ; ATF 132 III 140 consid. 4.1.1
et les arrêts cités). Il doit notamment vérifier d'office l'existence d'une reconnaissance
de dette, l'identité entre le poursuivant et le créancier désigné dans ce titre,
l'identité entre le poursuivi et le débiteur désigné et l'identité entre la
prétention déduite en poursuite et la dette reconnue (ATF 142 III 720, consid. 4.1 ; ATF 139
III 444 consid. 4.1.1 et les références).

 

             
bb)
Constitue une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 LP, en particulier, l'acte sous seing privé,
signé par le poursuivi - ou son représentant -, d'où ressort sa volonté de payer
au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée, ou aisément
déterminable, et exigible (ATF 145 III 20 consid. 4.1.1 ; ATF 139 III 297 consid. 2.3.1 ; ATF 136
III 624 consid. 4.2.2 ; ATF 136 III 627 consid. 2 et les réf. cit.). Une reconnaissance de dette
peut résulter d'un ensemble de pièces dans la mesure où il en ressort les éléments
nécessaires ; cela signifie que le document signé doit notamment clairement faire référence
ou renvoyer aux données qui mentionnent le montant de la dette ou permettent de la chiffrer (ATF
139 III 297 consid. 2.3.1 ; ATF 132 III 489 consid. 4.1).

 

             
La question de l’existence d’une reconnaissance de dette s’interprète en conformité
avec les règles déduites de l’art. 18 al. 1 CO (Code des obligations du 30 mars 1911
; RS 220), qu’il s’agisse d’une déclaration de volonté unilatérale (Winiger,
in Thévenoz/Werro (éd.), Commentaire romand, Code des obligations I, Art. 1 à 252 CO.
3e éd., 2021, n. 12 ad art. 18 CO) ou d’un accord bilatéral. Vu le caractère sommaire
de la procédure de poursuite, le juge de la mainlevée s’en tiendra au texte littéral
de la reconnaissance de dette lorsque celui-ci est clair. Il ne peut procéder qu'à l'interprétation
objective du titre fondée sur le principe de la confiance, savoir rechercher comment une déclaration
ou une attitude pouvait être comprise de bonne foi en fonction de l'ensemble des circonstances (ATF
131 III 606, rés. in JdT 2006 I 126). Le juge de la mainlevée ne peut prendre en compte que
les éléments intrinsèques au titre, à l'exclusion des éléments extrinsèques
qui échappent à son pouvoir d'examen (ATF 5A_65/2020 du 7 juillet 2020 consid. 4.2.4 ; ATF
145 III 20 consid. 4.3.3 ; TF 5A_867/2018 du 4 mars 2019 consid. 4.1.3 ; cf. ATF 143 III 564 consid.
4.4.3 ; Veuillet, in Abbet/Veuillet [éd.], La mainlevée de l’opposition, n. 35 ad art.
82 LP et les autres arrêts cités). Il n’a pas non plus à trancher des questions
délicates, en particulier relevant de l’interprétation d’éléments extrinsèques
au contrat, pour la solution desquelles le pouvoir d’appréciation joue un rôle important.
C’est au juge du fond qu’il appartiendra le cas échéant de trancher ces questions
au terme d’une procédure probatoire complète (TF 5A_867/2018 du 4 mars 2019 consid. 4.1.3
; TF 5A_450/2012 du 23 janvier 2013, consid. 3.2). Si le sens ou l'interprétation du titre de mainlevée
invoqué est source de doutes, la mainlevée provisoire doit être refusée. La volonté
du poursuivi doit ressortir clairement des pièces produites, à défaut de quoi elle ne
peut être déterminée que par le juge du fond (TF 5A_867/2018 du 4 mars 2019 consid. 4.1.3
et les réf. cit.).

 

             
cc) D’après la jurisprudence du Tribunal
fédéral, la nullité de l’obligation résultant du titre ne doit être prise
en compte d’office par le juge de la mainlevée que si elle résulte clairement du titre
lui-même ; tel est le cas lorsqu’il y a violation des règles impératives prescrites
à peine de nullité, ou d’un contrat ayant un objet illicite ou contraire aux mœurs.
Dans les autres cas, il appartient au poursuivi de rendre vraisemblable le motif de nullité (TF
5A_490/2019 du 19 août 2019 consid. 3.1.2 ; TF 5A_303/2013 du 24 septembre 2013 consid. 4.1
in fine; TF 5A_878/2011 du 5 mars 2012 consid. 2.2 et la référence ; Veuillet, op. cit.,
n. 115 ad art. 82 LP).

 

             
La jurisprudence et la doctrine estiment que la convention portant sur des intérêts excessifs,
soit 26 % (ATF 93 II 189), 18,18 %, 42,88 % et 18,85% sont contraires aux mœurs (TF 4A_69/2014 du
28 avril 2014 consid. 6.3.3 ; CPF 8 juin 2020/132 consid. IIc ; Meise/Huguenin, in Lüchinger/Oser
[éd.], Basler Kommentar, Obligationenrecht I, Art. 1-529 OR, 7ème éd., n. 40 ad art. 19/20
OR et les réf. cit.). Dans un tel cas, la convention prévoyant un tel taux doit être considérée
comme nulle pour le montant des intérêts (CPF 2 décembre 2020/314 ; CPF 8 juin 2020/132).

 

             
b)aa) En
l’espèce, la clause du contrat de prêt litigieux ayant trait aux intérêts est
libellée comme il suit :

 

             
4. Conditions de crédit

 

             
Les conditions suivantes s’appliquent jusqu’à
nouvel avis :

 

             
Intérêt forfaitaire
de 10 % net sur la somme prêtée quelle que soit la durée du prêt mais au maximum
d’ici au 30 septembre 2019

 

             
(…) [désignation du compte bancaire
sur lequel les intérêts et l’amortissement doivent être virés]

 

             
Remboursement : d’ici
au 30 juillet 2019 ou à
convenir. Le bénéficiaire du crédit
peut en tout temps et sans préavis, rembourser tout ou partie du crédit avant cette date d’échéance.
L’intérêt exprimé au point 3 restera le même sur le montant résiduel. »

 

             
Cette clause, qui mêle forfait et durée, n’a pas de sens. Il n’est ainsi pas possible
de déterminer comment une personne de bonne foi devait la comprendre, sans prise en compte des éléments
extrinsèques au contrat. Or, cette appréciation relève du juge du fond ; au stade
de la mainlevée, l’incertitude quant au sens de la clause qui concerne les intérêts
conventionnels doit aboutir au rejet de la requête de mainlevée, vu la jurisprudence susmentionnée.

 

             
Au demeurant, si l’on devait interpréter la deuxième partie de la phrase « au
maximum d’ici au 30 septembre 2019 »
comme un complément à la clause fixant la durée du prêt au 30 juillet 2019, les considérations
de l’autorité précédente devraient être confirmées : le prêt
avait, selon ces termes, une durée maximale de six mois pour un taux forfaitaire de 10 %, ce qui
représente un taux annuel de 20 %, usuraire au sens de la jurisprudence susmentionnée, ce qui
entrainerait la nullité de la clause.

 

 

III.             
En conclusion, le recours doit être rejeté
selon le mode procédural de l’art. 322 CPC et le prononcé confirmé.

 

             
Vu le rejet du recours, les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 225
fr., doivent être mis à la charge du recourant.

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 225 fr. (deux cent vingt-cinq
francs), sont mis à la charge du recourant Q.________.

 

             
IV.             
L'arrêt est exécutoire.

 

Le
président :               Le greffier
:

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Creditreform Romandie GNT SA (pour Q.________),

‑             
B.________ Sàrl

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 1’600 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district d’Aigle.

 

             
Le greffier :