# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** cd6f64d6-b441-5dd9-b31f-c8b2188788dc
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 1995-09-26
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Steuerrekurskommission 26.09.1995 JAAC 60.81
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_015_JAAC-60-81--_1995-09-26.pdf

## Full Text

JAAC 60.81

Décision de la Commission fédérale de recours en
matière de contributions du 26 septembre 1995

Droits de timbre. Recevabilité d’une réclamation. Principe de la bonne
foi.

Dans le cadre d’une procédure de réclamation en matière de droits
de timbre, un court délai supplémentaire permettant de régulariser le
mémoire (art. 52 al. 2 PA) doit être accordé pour autant que l’auteur
exprime au moins, de façon reconnaissable, sa volonté de recourir
et d’obtenir la modification d’une situation juridique particulière
qui résulte d’une décision et qui le concerne. En l’espèce, la copie
d’une réponse à une demande adressée à un tribunal civil, reçue par
l’Administration fédérale des contributions dans le délai légal de
l’art. 39 al. 1 LT, remplit les conditions matérielles d’une réclamation. Il
s’imposait dès lors d’accorder à l’intéressé la possibilité de régulariser
son acte (consid. 2.a-b).

S’agissant du comportement contradictoire de l’administration,
les conditions d’application sont les mêmes, mutatis mutandis, que
celles posées par la jurisprudence du TF en matière de promesse ou
de renseignement donné par l’administration. En l’espèce, le grief est
admis (consid. 3.a-b).

Stempelabgabe. Zulässigkeit einer Einsprache. Treu und Glauben.

Innerhalb eines Beschwerdeverfahrens auf dem Gebiete des
Stempelrechts ist dem Beschwerdeführer eine kurze Nachfrist zur
Verbesserung der Beschwerde einzuräumen (Art. 52 Abs. 2 VwVG),
wenn die Partei zumindest erkenntlich ihren Willen zum Ausdruck
gebracht hat, als Beschwerdeführer auftreten zu wollen und die
Änderung einer bestimmten, sie betreffenden und mittels Verfügung
geschaffenen Rechtslage anzustreben. Im vorliegenden Fall genügt die

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Kopie des Antwortschreibens des Beschwerdeführers - welche bei der
Eidgenössischen Steuerverwaltung innerhalb der gesetzlichen Frist von
Art. 39 Abs. 1 StG einging - auf die einem Zivilgericht zugestellte Eingabe
der Verwaltung den materiellen Voraussetzungen einer Beschwerde.
Der Beschwerdeführer musste daher die Möglichkeit erhalten, seine
Beschwerde zu verbessern (E. 2.a-b).

In bezug auf das widersprüchliche Verhalten der Verwaltung
gelten dieselben Bedingungen, mutatis mutandis, welche durch die
Rechtsprechung des BGer auf dem Gebiete der durch die Verwaltung
erteilten Zusicherungen und Auskünfte entwickelt wurden. Die
vorliegende Beschwerde wurde gutgeheissen (E. 3.a-b).

Tasse di bollo. Ammissibilità di un’opposizione. Principio della buona
fede.

Nell’ambito di una procedura ricorsuale in materia di tasse di bollo,
occorre assegnare al ricorrente un breve termine suppletorio per
completare l’atto di ricorso (art. 52 cpv. 2 PA), nella misura in cui
l’autore abbia espresso, almeno in modo riconoscibile, la volontà di
ricorrere e di ottenere la modificazione di una situazione giuridica
determinata, risultante da una decisione che la concerna. Nel caso
presente, la copia di una risposta a una domanda rivolta a un tribunale
civile, pervenuta all’Amministrazione federale delle contribuzioni entro
il termine legale dell’art. 39 cpv. 1 LTB, adempie le condizioni materiali
di un’opposizione. S’imponeva quindi d’accordare all’interessato la
possibilità di migliorare il ricorso (consid. 2.a-b).

In merito al comportamento contraddittorio dell’amministrazione,
le condizioni d’applicazione sono identiche, mutatis mutandis, a
quelle poste dalla giurisprudenza del TF in materia di promesse o di
informazioni rilasciate dall’amministrazione. Il presente ricorso è
stato accolto (consid. 3.a-b).

Résumé des faits:

A. Par jugement du 10 septembre 1991, la société A. SA (ci-après: la société),
dont l’activité consistait notamment en la fabrication, la construction et le
commerce de machines de toute sorte obtint un sursis concordataire jusqu’au
9 janvier 1992. Me X fut désigné commissaire au sursis.

B. Par prononcé du 3 février 1992, la Cour civile de la République et Canton
de Neuchâtel homologua le concordat par abandon d’actifs intervenu entre la
société et ses créanciers. La raison sociale fut alors transformée en «A. SA en
liquidation concordataire» et l’adresse de la société fixée chez Me Y.

C. En date du 5 mars 1992, l’Administration fédérale des contributions (AFC)
produisit, par lettre adressée à Me X, commissaire au sursis, une créance de
Fr. 280 000.- (recte Fr. 280 500.-), à faire inscrire dans l’état de collocation à

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venir. Elle consistait en une créance de droits de timbre frappant, au taux de
3% et au titre de versements supplémentaires consentis par un actionnaire à
la société au sens de l’art. 5 al. 2 let. a de la LF du 27 juin 1973 sur les droits de
timbre (LT, RS 641.10), un abandon de créances de Fr. 9 350 000.- de la société
A. H. SA, actionnaire de A. SA, à cette dernière. Le liquidateur de la société,
Me Y, répondit par courrier du 9 mars 1992, formulant notamment «toutes
réserves» quant au bien-fondé de la créance revendiquée par l’AFC.

D. L’état de collocation au sens de l’art. 316g de la LF du 11 avril 1889 sur la
poursuite pour dettes et la faillite (LP, RS 281.1) fut établi le 11 octobre 1994.
Par lettre personnelle du même jour, reçue le 12 octobre 1994, le liquidateur
informa l’AFC que sa créance était intégralement contestée, motif pris, entre
autres, qu’elle concernait A. H. SA et non pas A. SA. Il informa également
l’AFC qu’en application - analogique - de l’art. 250 LP, un délai de 10 jours
dès la publication du dépôt de l’état de collocation dans la Feuille officielle
suisse du commerce (FOSC), soit dès le 14 octobre 1994, lui était imparti pour
intenter action en contestation devant le Tribunal compétent dans le canton de
Neuchâtel.

E. En date du 21 octobre 1994, l’AFC rendit une décision formelle soumise
à réclamation au sens de l’art. 38 LT, fixant ainsi sa créance fiscale de
Fr. 280 500.-. Dans sa motivation, elle précisa que sa décision valait «action
en contestation de l’état de collocation». Par téléfax du 24 octobre 1994, le
liquidateur de la société en liquidation concordataire avertit l’AFC qu’à son
avis, la procédure de contestation, ainsi vidée dans la décision de l’AFC, n’était
pas conforme à l’art. 250 LP qui prévoit que l’opposant doit intenter son action
devant le juge de la poursuite. Par conséquent, précisa-t-il, la contestation
devait être, toujours à son avis, portée devant la Cour civile du Tribunal
cantonal, à Neuchâtel.

F. En date du 24 octobre 1994, soit le même jour que la réception du téléfax
sus-indiqué, l’AFC introduisit, devant le Tribunal cantonal de la République
et canton de Neuchâtel, une action en contestation de l’état de collocation.
Le 7 novembre 1994, la société en liquidation concordataire, par son
liquidateur, adressa, dans le cadre de la procédure engagée devant l’instance
neuchâteloise, sa réponse à l’action en contestation de l’état de collocation.
La réponse fut reçue par le Tribunal en date du 8 novembre et par l’AFC le
9 novembre 1994. Des conclusions dites «en cause» furent déposées après
coup, dans le délai imparti par l’autorité judiciaire, par l’AFC en date du
18 janvier 1995 et par la défenderesse le 23 janvier 1995. La IIe Cour civile
du Tribunal cantonal de la République et canton de Neuchâtel (ci-après: le
Tribunal - ou la Cour - cantonal neuchâtelois) rendit son jugement en date du
3 février 1995, se déclarant incompétente pour connaître de la demande, soit
de l’action en contestation de l’état de collocation introduite par l’AFC. Vu les
considérants de l’arrêt cité, l’AFC déposa le 27 février 1995 une plainte au sens
de l’art. 17 LP, suivant ainsi la voie de droit suggérée par la Cour. L’autorité
cantonale de surveillance des offices de poursuites et de faillites suspendit
l’instruction de cette nouvelle cause jusqu’à droit connu sur la procédure de
réclamation introduite par le liquidateur.

G. Par courrier du 10 février 1995 adressé à l’AFC, le liquidateur de la société
requit en effet l’entrée en matière sur sa réclamation, constituée selon lui
par sa réponse du 7 novembre 1994 produite dans la procédure de l’action

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en contestation de l’état de collocation et reçue par l’AFC durant le délai légal
de réclamation suivant la décision administrative du 21 octobre 1994. L’AFC
contesta ce point de vue par lettre du 13 février 1995 et, suite à la réaction
opposée du liquidateur des 15 février et 9 mars 1995, elle prononça en date du
1er mai 1995 une décision de non-entrée en matière, motif étant avancé que
la réponse du liquidateur du 7 novembre 1994 ne pouvait en aucun cas être
considérée comme une réclamation formée en bonne et due forme contre la
décision prononcée le 21 octobre 1994.

H. Par courrier du 30 mai 1995, la société (ci-après: la recourante) a, par
son liquidateur, interjeté un recours contre la décision précitée auprès de
la Commission fédérale de recours en matière de contributions. Elle conclut
principalement et notamment à ce que la décision sur réclamation du 1er mai
1995 soit annulée et à ce que la cause soit renvoyée à l’autorité intimée pour
qu’elle entre en matière et rende une décision sur réclamation sur le fond. Par
mémoire du 12 juillet 1995, l’AFC a fait parvenir sa détermination, concluant
au rejet du recours avec suite de frais et dépens.

Extraits des considérants:

1.a. (...)

b. Selon l’art. 49 PA, le recourant peut invoquer la violation du droit fédéral,
la constatation inexacte ou incomplète des faits pertinents et l’inopportunité.
La Commission de recours n’est cependant pas liée, dans son examen, aux
motifs invoqués (art. 62 al. 4 PA). Le cas échéant, celle-ci ne saurait même
renoncer à son droit de contrôler la pertinence d’un état de fait non contesté,
compte tenu des exigences du principe inquisitoire et de la maxime d’office
(ATF 119 V 347, consid. 1a; 116 V 23, consid. 3c; Alfred Kölz / Isabelle Häner,
Verwaltungsverfahren und Verwaltungsrechtspflege des Bundes, Zurich 1993,
p. 175; Urs R. Behnisch, Die Verfahrensmaximen und ihre Auswirkungen
auf das Beweisrecht im Steuerrecht, Archives de droit fiscal suisse [ci-après:
Archives], vol. 56, p. 577 ss). L’examen du dossier révèle d’abord que l’état
de fait - non controversé - a été correctement établi par l’AFC et découle
d’un seul examen des pièces à disposition. Il n’est pas moins clair qu’en la
matière, à savoir celle de la recevabilité d’une réclamation, l’AFC ne jouit pas
d’une liberté d’appréciation pouvant donner lieu à une décision inopportune,
ni d’une latitude de jugement pouvant conduire à un excès ou un abus de
pouvoir (André Grisel, Traité de droit administratif, Neuchâtel 1984, p. 329 ss).
Il convient donc de se limiter à l’examen de(s) griefs tirés de la violation du
droit fédéral.

2. La recourante estime que le mémoire du 7 novembre 1994 constitue une
réclamation déposée en bonne et due forme. Dès lors que l’autorité intimée
le dénie, la recourante se prévaut donc d’une violation de l’art. 39 LT, le cas
échéant de l’art. 52 al. 2 PA.

a. Aux termes de l’art. 39 al. 1 et 2 LT, les décisions de l’Administration fédérale
des contributions peuvent faire l’objet d’une réclamation dans les trente
jours suivant leur notification. La réclamation doit être adressée par écrit à
l’Administration fédérale des contributions. Elle doit contenir des conclusions
précises et indiquer les faits qui la motivent. Conformément à l’art. 52 al. 1 PA,

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traitant de la procédure de recours en général (art. 44 ss PA), le mémoire de
recours doit indiquer les conclusions, les motifs et moyens de preuve, ainsi
que porter la signature du recourant ou de son mandataire. L’art. 52 al. 2
PA précise quant à lui que si le recours ne satisfait pas à ces exigences, ou
si les conclusions ou les motifs du recourant n’ont pas la clarté nécessaire,
sans que le recours soit manifestement irrecevable, l’autorité de recours
impartit au recourant un court délai supplémentaire pour régulariser le
mémoire. La LT ne contenant aucune disposition contraire, il est aujourd’hui
admis, comme le souligne à juste titre l’AFC, que l’art. 52 al. 2 PA, applicable
en soi à la procédure de recours, s’applique a fortiori à la procédure de
réclamation, soit devant l’autorité de première instance en matière de droits
de timbre (Archives, vol. 60, p. 365, consid. 2; ATF 112 Ib 636; voir aussiWerner
Braunschweiger / Gilli Caflisch / Beat Jung, Die neuen Vorschriften für das
Verwaltungsverfahren und die Verwaltungsrechtspflege im Bund und ihre
Auswirkungen auf die von der Eidgenössischen Steuerverwaltung betreuten
Abgaben, Archives, vol. 39, p. 372). La jurisprudence relative à l’art. 52 al. 2 PA
fait preuve d’une grande souplesse, plus grande que celle du Tribunal fédéral
(TF) rattachée à l’art. 108 al. 3 OJ, précisément en raison du contenu de l’art. 52
al. 1 PA (ATF 112 Ib 635 s., consid. 2b; Archives, vol. 61, p. 822, vol. 50, p. 432,
consid. 1a). C’est ainsi que l’art. 52 al. 2 PA est notamment applicable dans les
cas- extrêmes - où les conclusions et la motivation manquent complètement
(Archives, vol. 60, p. 366, consid. 2b) et même dans le cas où une réclamation,
pourtant annoncée dans le délai légal, n’est finalement pas formée en temps
utile (idem, consid. 2c). Dans ces situations, et donc forcément dans des
hypothèses analogues, l’autorité doit donner au réclamant l’occasion, par
un court délai ne dépassant pas trois jours (ATF 112 Ib 636 s.; Archives, vol. 60,
p. 366, consid. 2c), de parfaire sa réclamation ou, si le délai légal n’est pas
encore échu, le prier de le faire avant l’expiration dudit délai, afin qu’il puisse
éviter une sanction d’irrecevabilité (voir arrêt non publié du TF du 1er juin
1990 en la cause O. AG contre l’AFC).

Cela dit, n’importe quelle omission formelle ne conduit pas automatiquement
à l’application de l’art. 52 al. 2 PA, sans quoi les art. 52 al. 1 PA et 39 LT
perdraient tout leur sens. Si le recours est manifestement irrecevable,
l’art. 52 al. 2 PA ne s’applique pas et une décision de non-entrée en matière
doit être immédiatement prononcée. En d’autres termes, pour que l’art. 52
al. 2 PA trouve application, il faut au moins que la partie exprime, de façon
reconnaissable, sa volonté de recourir et d’obtenir la modification d’une
situation de droit déterminée la concernant et créée par une décision (ATF
112 Ib 636, consid. 2b in fine; Archives, vol. 60, p. 366, consid. 2b; Kölz/Häner,
op. cit., p. 159). Par parenthèse, on rappellera que l’interdiction du formalisme
excessif, tiré de l’art. 4 Cst., conduit au déni de justice lorsque l’autorité
applique une règle de procédure avec une dureté exagérée ou impose des
exigences excessives à l’égard des actes juridiques, privant ainsi le citoyen
d’une voie de droit d’une manière inadmissible (ATF 120 II 426, consid. 2;
120 V 417, consid. 5; 119 Ia 4, consid. 2; 119 III 28, consid. 3b et références
citées). L’art. 52 al. 2 PA étant une expression même du principe général de la
prohibition du formalisme excessif (Jean-François Poudret, Commentaire de
la loi fédérale d’organisation judiciaire, vol. 1, Berne 1990, ad art. 30 al. 2, N° 2,
p. 185), l’examen de sa correcte application se confond dès lors avec le grief

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_112_Ib_635&resolve=1
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du même nom, tiré de l’art. 4 Cst., dont la Commission de céans peut donc se
dispenser de l’éventuel examen. Le grief de formalisme excessif apparaît dès
lors sans objet particulier.

b. En l’espèce, il apparaît que l’AFC a reçu un mémoire signé, émanant
de la recourante, dans le délai légal de réclamation. La recourante y fait
clairement savoir, conclusions et en tout cas motivation à l’appui, qu’elle
conteste le bien-fondé de la créance fiscale de l’AFC. Ce mémoire remplit
d’abord, aux yeux de la Commission de céans, les conditions matérielles
exigées pour l’éventuelle application de l’art. 52 al. 2 PA. Une personne
individuelle y exprime clairement et de manière reconnaissable sa volonté
de contester la fixation d’une créance fiscale et de requérir la modification
d’une situation de droit déterminée la concernant et créée par une décision
administrative. Certes, la personne ne s’y présente pas formellement comme
«Beschwerdeführer» au sens étroit du terme. Mais, de la même façon qu’il
n’est nul besoin qu’un mémoire contienne le terme «réclamation» pour être
matériellement admis comme telle, de même convient-il de ne pas donner
à ce terme-là une portée trop restrictive, sans quoi c’est tout l’art. 52 al. 2
PA qui perdrait de son essence et d’une largesse voulue par le législateur.
L’important est que l’administré exprime non seulement son désaccord, mais
sa volonté d’en découdre en procédure contentieuse. Tel est manifestement
le cas en l’espèce. Certes encore, le mémoire n’est pas, à proprement parler,
adressé à l’AFC, mais il a été reçu par cette dernière et là encore, sur le seul
plan des conditions pouvant entraîner l’application de l’art. 52 al. 2 PA, seule
la volonté reconnaissable importe, laquelle, comme on l’a vu, ne fait pas
défaut. Enfin, pour répondre à l’autorité intimée, il faut préciser qu’elle
n’a reçu, formellement parlant, qu’une copie de la réponse à sa demande
introduite devant la Cour cantonale neuchâteloise et non, comme elle semble
le prétendre, la réponse elle-même, acte de procédure commis vis-à-vis du seul
Tribunal. On ne voit dès lors pas pourquoi cet exemplaire ne pourrait pas à lui
seul engendrer des droits pour le réclamant et des devoirs pour l’AFC, ni même
pourquoi une volonté clairement manifestée par écrit ne pourrait pas avoir, à
la limite, plusieurs effets distincts. Surtout, il n’y a pas de raison que l’art. 52
al. 2 PA puisse sauver un contribuable adressant une lettre sans conclusions
ni motivation le dernier jour du délai, et même un contribuable annonçant
une réclamation et ne s’exécutant pas dans le délai de réclamation, alors qu’un
mémoire complet reçu par l’AFC, contenant clairement une contestation de la
créance fixée par l’autorité, devrait encourir d’entrée de cause la sanction
de l’irrecevabilité. Il n’est donc pas possible, aux yeux de la Commission
de recours, de considérer que le mémoire reçu par l’AFC durant le délai de
recours était manifestement irrecevable au sens de l’art. 52 al. 2 in medio PA.
L’AFC devait donc, dans la moins bonne des hypothèses, appliquer l’art. 52
al. 2 PA, en clair informer le liquidateur qu’elle n’acceptait pas de réclamation
envoyée par un tiers n’ayant manifestement pas reçu le pouvoir de le faire.
Dès lors que le mémoire était parvenu à l’AFC bien avant l’expiration du délai
de recours, l’autorité pouvait soit avertir le liquidateur de ce manquement
formel et l’enjoindre de régulariser sa réclamation avant l’expiration du délai,
soit attendre l’expiration du délai et accorder alors un court délai selon l’art. 52
al. 2 PA. Les éventuelles carences ne pouvaient dès lors être que des omissions
de forme et l’art. 52 al. 2 PA devait, le cas échéant, s’appliquer.

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Le mémoire du 7 novembre 1994, correct sur le plan matériel, remplissait-il
les conditions formelles de l’art. 39 LT et de l’art. 52 al. 1 PA? En soi, la question
pourrait rester ouverte. Car en supposant que le mémoire ne respecte pas les
exigences de l’art. 52 al. 1 PA, l’AFC était dans l’obligation de lui concéder
le court délai de l’art. 52 al. 2 PA et, dans le cas contraire, la réclamation
eût dû être directement admise sur le plan formel. Dans les deux cas, le
présent recours devrait être admis. En fait, la Commission de céans estime
qu’il existait un seul problème formel digne d’intérêt: la réclamation n’a pas
été envoyée par le réclamant, mais par le Tribunal cantonal neuchâtelois.
Alors que l’AFC y voit un grave problème matériel, un motif d’irrecevabilité
manifeste au sens de l’art. 52 al. 2 PA, il s’agit au contraire, pour la Commission
de céans et au vu des considérations susdites, d’un pur problème de forme. La
réclamation, soit le document renfermant la volonté de contester la créance,
a simplement été envoyée par un tiers, soit le Tribunal cantonal neuchâtelois.
L’art. 39 LT n’interdit pas qu’une réclamation, écrite par le mandataire, soit
envoyée par une tierce personne, non mandataire du contribuable. Certes, il se
pose alors un problème de procuration et, surtout, de représentation avec ou
sans pouvoirs. Mais une absence de pouvoirs ne peut jamais conduire d’entrée
à une sanction d’irrecevabilité (art. 11 PA; cf. art. 30 al. 2 OJ dans sa nouvelle
teneur en vigueur depuis le 15 février 1992, RO 1992 288; FF 1991 II 461; ATF
120 V 417, consid. 5). En l’occurrence, celle-ci ne tomberait d’ailleurs même
pas sous le coup de l’art. 11 PA, qui traite uniquement des rapports entre le
contribuable et le mandataire. C’est dire qu’il s’agit bien en l’occurrence d’une
question entrant, dans la pire des hypothèses, dans le cadre de l’art. 52 al. 2 PA.
Le recours doit donc déjà être admis pour violation dudit article. Cela dit, la
Commission de recours constate que la question de la violation de l’art. 52 al. 2
PA pourrait rester ouverte, car de toute façon, comme on va le voir, même si
le mémoire n’était pas suffisant matériellement, le recours devrait être admis
pour un autre motif.

3. Par abondance de motivation, la Commission de céans constate en effet et
au surplus que, même si l’appréciation juridique du mémoire reçu par l’AFC
conduisait à l’inapplication de l’art. 52 al. 2 PA, le recours devrait être accepté
pour violation du principe de la bonne foi.

a.aa. Le principe de la bonne foi, issu de l’art. 2 al. 1 CC et applicable
également en droit public, énonce qu’un comportement loyal et digne de
confiance doit présider dans les rapports entre l’Etat et l’administré. Il peut se
diviser en trois sous-principes: l’interdiction du comportement contradictoire,
la protection de la confiance et l’interdiction de l’abus de droit (Ulrich Häfelin /
Georg Müller, Grundriss des Allgemeinen Verwaltungsrechts, Zurich 1993,
p. 118; voir aussi pour une distinction analogue, Blaise Knapp, Précis de droit
administratif, 4e éd., Bâle / Francfort-sur-le-Main 1991, p. 105 ss; ATF 108 Ib
377, consid. 2b). En droit fiscal, le droit à la protection de la bonne foi est en
principe moins étendu que dans les autres domaines, vu l’importance qu’y
revêt le principe de la légalité (Grisel, op. cit., p. 395; Ernst Blumenstein / Peter
Locher, System des Steuerrechts, 4e éd., Zurich 1992, p. 22; Archives, vol. 57,
p. 163, consid. 4, vol. 48, p. 84, consid. 3, vol. 41, p. 600, consid. 3).

bb. Le sous-principe de l’interdiction du comportement contradictoire énonce
que l’autorité ne doit pas, par rapport à une même personne, exprimer
des opinions divergentes ou se comporter de manière différente dans des
affaires semblables (Grisel, op. cit., p. 395; Häfelin/Müller, op. cit., p. 132 s.;

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_V_417&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_V_417&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_108_Ib_377&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_108_Ib_377&resolve=1

Beatrice Weber-Dürler, Vertrauensschutz im Öffentlichen Recht, Bâle /
Francfort-sur-le-Main 1983, p. 16 s.;Max Imboden / René A. Rhinow / Beat
Krähenmann, Schweizerische Verwaltungsrechtsprechung, Bâle / Francfort
sur le Main 1990, N° 77, vol. I, p. 475 ss; Ergänzungsband, p. 246 ss; Knapp,
op. cit., p. 111). Le comportement contradictoire de l’autorité ne peut bien
sûr être admis qu’à certaines conditions. Celles-ci n’ont pas toujours été très
clairement énoncées par la doctrine ou la jurisprudence (pour exemple, Grisel,
op. cit., p. 395; Häfelin/Müller, op. cit., p. 132; Imboden/Rhinow/Krähenmann,
op. cit., p. 479; Ergänzungsband, p. 246 ss; ATF 118 Ib 379, consid. 9; 113 Ib 28,
consid. 4a in fine; 111 V 87, consid. 6; 108 V 88, consid. 3a; 105 Ia 126, consid. 2).
Quoi qu’il en soit, étant donné que l’on ne saurait reconnaître un tel cas de
violation du principe de la bonne foi à des conditions moins restrictives qu’en
matière d’assurances ou promesses faites à un administré, la Commission
de céans estime qu’il apparaît justifié de tenir compte,mutatis mutandis, des
critères posés en matière de renseignements donnés par l’administration,
contenus dans une jurisprudence plus constante et plus précise (ATF 120 V
403 et 120 V 449, consid. 4b avec renvoi à l’ATF 119 V 306, consid. 3a; ATF
118 Ia 254, consid. 4a; 117 Ia 285, consid. 2b; 116 V 298, consid. 3a; 109 V 52,
consid. 3a; 108 Ib 377, consid. 3b). Il apparaît donc que, compte tenu de la
présente cause, les conditions suivantes doivent être remplies pour l’admission
d’un comportement contradictoire de l’autorité administrative:

1. Un comportement clairement contradictoire doit exister;

2. Il doit en principe émaner de la même autorité et avoir été adopté en
rapport avec une situation individuelle et concrète;

3. Ce comportement doit être imputé à un organe compétent ou censé
compétent;

4. Le comportement contradictoire de l’autorité était de nature à inspirer
confiance et le citoyen concerné ne pouvait ni ne devait reconnaître d’emblée
le caractère contradictoire du comportement adopté;

5. Ledit comportement a engagé l’administré concerné à adopter une attitude
ou à faire preuve d’une omission qui lui a été préjudiciable;

6. La législation applicable ne s’est pas modifiée depuis que l’attitude
contradictoire a eu lieu.

S’il s’avère que toutes ces conditions sont réunies et qu’au surplus, il n’existe
aucun intérêt public primant l’application du principe de la bonne foi (par
analogie, ATF 116 Ib 185, consid. 3c; 103 Ia 515; 101 Ia 328), le citoyen doit
être replacé dans la situation où l’administration n’aurait pas adopté un
comportement contradictoire. En droit fiscal, ces conditions doivent en
principe être examinées avec une plus grande rigueur. Elles doivent exister
d’une manière claire et manifeste (par analogie, Archives, vol. 60, p. 53,
consid. 3; Revue fiscale 1991, p. 464). Dans ce domaine en effet, il y aurait
lieu, comme on l’a vu, de poser en matière de principe de la bonne foi, des
critères plus rigides que pour les autres domaines du droit (Revue fiscale 1993,
p. 434; 1991, p. 573; Revue de droit administratif et de droit fiscal 1992, p. 264;
1991, p. 12).

b.aa. En l’espèce, la Commission de recours considère en premier lieu que
certaines conditions susnommées sont manifestement réalisées. Tel est le cas
de l’exigence de la situation individuelle et concrète (condition N° 2), de la

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_118_Ib_379&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_V_403&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_V_403&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_119_V_306&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_118_Ia_254&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_118_Ia_254&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_116_Ib_185&resolve=1

compétence de l’autorité qui aurait commis l’acte contradictoire (condition
N° 3) et de l’absence de modification du droit (condition N° 6). Tel est aussi
le cas de l’inaction du contribuable, consistant - il s’agit, rappelons-le, d’une
hypothèse conditionnelle, compte tenu du consid. 2 ci-dessus - en l’omission
de déposer une réclamation dans le délai utile de l’art. 39 LT. Restent donc
à examiner l’existence d’un comportement contradictoire et le fait que le
liquidateur ne pouvait pas s’apercevoir d’emblée de ce caractère. Dans ce
contexte, il faut souligner que la situation de fait entrant en ligne de compte
pour une appréciation sous l’angle du principe de la bonne foi s’étend jusqu’à
l’expiration du délai de trente jours imparti pour déposer une réclamation, soit
jusqu’au 21 novembre 1994. Les faits, prises de conscience ou explications
ultérieures, notamment les mémoires de conclusions en cause des 18 et
23 janvier 1995, ne sauraient, compte tenu de la nature de la cause, avoir
quelque influence sur l’examen entrepris par la Commission de céans.

bb. S’agissant de l’existence d’un acte contradictoire de l’administration,
il faut d’abord concéder, à son crédit, qu’au moment où le liquidateur a
clairement renvoyé l’autorité intimée devant le juge de la poursuite, soit
en date du 24 octobre 1994, le dernier arrêt publié du TF en la matière
était celui rendu en date du 24 mars 1994 (ATF 120 III 32). Ce jugement,
à l’évidence, était de nature à mettre l’autorité intimée dans l’embarras.
Auparavant, la jurisprudence - publiée - constante renvoyait clairement
toutes les contestations relatives aux créances de droit public devant le juge
spécial compétent en la matière, n’en donnant ainsi aucune au juge de la
poursuite. Dès cet arrêt, fondé sur une nouvelle analyse (consid. 2b in initio) et
introduisant une jurisprudence partiellement nouvelle, on ne pouvait exclure
désormais une action en contestation de l’état de collocation dans les litiges
portant sur des créances de droit public. Etaient expressément visés les cas
de la contestation du rang de la créance de droit public et celui de la validité
d’un droit de gage la garantissant. Au surplus, cette nouvelle jurisprudence
posait également des problèmes en liaison avec l’art. 42 al. 2 LT, dont l’AFC fait
état dans sa réponse. Il faut admettre que la portée de cet arrêt, aujourd’hui
clairement dégagée à la suite du jugement ultérieur du TF du 23 juin 1994 (ATF
120 III 147, consid. 4 in fine, également publié aux Archives, vol. 63, p. 661 et
dans la Semaine judiciaire 1995, p. 291 ss), n’était pas évidente au moment
de sa publication et, donc, au moment des faits de la présente cause (Alfred
Meier, Zur Kollokation von Steuerforderungen, L’Expert-comptable suisse
6/95, p. 536, avec renvoi). Certes, l’arrêt du TF du 23 juin 1994 était connu
de l’AFC avant sa publication en date du 21 février 1995, étant donné qu’il a
été produit lors de l’audience d’instruction du 6 décembre 1994 devant la IIe

Cour civile cantonale citée. Il n’en demeure pas moins qu’il faut considérer
qu’elle ne connaissait pas - ni ne pouvait connaître - cet arrêt du 23 juin 1994,
propre à dissiper toutes ses craintes, au moment de l’ouverture de son action
en contestation de l’état de collocation.

cc. Cela dit, le caractère contradictoire ou non d’un acte de l’autorité ne se juge
pas à l’aune de motifs inexprimés, mais bien d’après des actes reconnaissables
et perçus par les tiers selon le principe de la confiance. Autant convient-il
de comprendre, sur un plan interne, les craintes de l’AFC, autant faut-il, sous
l’angle du principe de la bonne foi, condamner sa manière de procéder et
l’ouverture d’une action en contestation de l’état de collocation dans les
termes et circonstances révélés par l’état de fait. Car ce n’est qu’à la lecture

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_III_32&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_III_147&resolve=1
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_120_III_147&resolve=1

de sa réponse au présent recours que l’on comprend pour quels véritables
motifs elle s’est crue obligée d’introduire une telle action. Auparavant, la
compétence du juge de la collocation pour juger du fond n’a été véritablement
contestée par l’AFC que lors du dépôt des conclusions en cause, le 18 janvier
1995, soit à un moment qui n’est déjà plusdéterminant pour une appréciation
de l’attitude de l’AFC sous l’angle de la bonne foi. Par contre, au moment
de l’introduction de son action et durant le délai de réclamation - et cela
seul compte aux yeux de la Commission de céans -, l’AFC n’a nullement fait
état des problèmes que soulevait pour elle l’arrêt du TF du 24 mars 1994.
On ne trouve, même dans son mémoire de demande, aucune allusion à la
jurisprudence constante du TF excluant la compétence du juge de la poursuite
pour tout litige concernant des créances de droit public. Quoi qu’elle puisse
dire, son action est complètement axée sur la validité de sa créance et les
termes de ses conclusions ne peuvent s’interpréter que comme une demande
de confirmation de son bien-fondé. Comment d’ailleurs «poser l’existence
de la créance de l’AFC comme acquise» au moment de l’ouverture de son
action, alors que le liquidateur, sans jamais se contredire, a d’abord émis
des réserves claires, puis contesté radicalement son bien-fondé? L’AFC n’a
expliqué à aucun moment, même pas dans les préliminaires de son action,
que la jurisprudence nouvelle non seulement souffrait d’un manque de clarté,
mais au surplus obligeait l’autorité fiscale, compte tenu de l’art. 42 al. 2 LT
et vu l’opposition du liquidateur, à introduire, outre son prononcé sur le
fond, une action en contestation de collocation pour la seule inscription de la
créance. Au surplus, même antérieurement, dans la motivation de la décision
formelle du 21 octobre 1994, il n’est fait à aucun moment allusion, dans les
considérants, à la compétence incontestable de l’AFC. La phrase contenue en
page 4 in fine ne fait pas état de la jurisprudence du TF et, au surplus, elle est
mal rédigée, étant donné que sa décision ne vaut pas «action en contestation
de l’état de collocation», mais bien plutôt jugement au fond. Sous l’angle du
principe de la bonne foi, et surtout compte tenu du fait que le liquidateur
contestait clairement le bien-fondé et non pas le rang ni la garantie de la
créance fiscale, il apparaît donc qu’objectivement et vu des tiers, l’AFC adhérait
à l’opinion du liquidateur. Or, l’AFC ne pouvait pas, en l’espace de quatre jours,
à la fois se déclarer compétente et non compétente sur le fond. Introduisant,
formellement parlant, une action au fond quatre jours seulement après avoir
pris une décision administrative formelle, également sur le fond, concernant
la même créance, elle commettait là un acte manifestement contradictoire.
Cette conclusion est d’ailleurs renforcée par une autre circonstance. Dès
lors que le liquidateur soutenait, manifestement à tort, la compétence du
juge de la poursuite, il se posait un problème de contestation de compétence
administrative qui devait trouver immédiatement solution par le biais de
l’art. 9 al. 1 PA et d’une décision incidente séparément susceptible de recours
(art. 45 al. 1 PA). Même si une action en contestation de l’état de collocation
parallèle pouvait se justifier en théorie, vu l’arrêt du TF du 24 mars 1994
cité, l’AFC ne pouvait se dispenser de rendre une décision incidente. A aucun
moment, ni durant le délai de recours, ni jusqu’à éclaircissement définitif de
la part du Tribunal neuchâtelois, une telle décision - aujourd’hui certes sans
objet mais non pas à l’époque considérée - n’est intervenue. Cette omission
ne fait que renforcer le caractère contradictoire de son attitude à l’égard du
liquidateur.

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dd. L’acte contradictoire de l’AFC a indiscutablement engendré un état de
confiance en la personne du liquidateur. Il faut d’abord relever que ce
dernier n’a jamais donné l’illusion à l’AFC qu’il allait admettre la créance
sur le fond. La lettre du 9 mars 1992 émet une réserve claire qui, à ce stade,
devait conduire l’AFC, contrairement à ce qu’elle soutient, à prendre ses
précautions. Elle a rendu, le 21 octobre 1994, une décision sur le fond. Par
téléfax du 24 octobre 1994, le liquidateur a contesté la compétence de l’AFC
en la renvoyant devant le juge de la collocation dans le délai de dix jours et
l’autorité intimée n’a fait, sur le plan des actes accomplis, qu’obtempérer en
introduisant une action en contestation de l’état de collocation. A l’évidence, le
liquidateur était fondé à croire que l’AFC avait suivi son avis, fût-il totalement
erroné. La création de l’état de confiance en la personne du liquidateur est dès
lors évident.

Reste encore à examiner si le liquidateur, qui est homme de loi, aurait dû
reconnaître d’emblée le caractère contradictoire de l’attitude de l’AFC. La
lecture des pièces montre que le liquidateur ne connaissait ni la jurisprudence
constante du TF, ni les complications engendrées par l’arrêt du TF du
24 mars 1994 précité. S’agissant de la jurisprudence constante en question,
la Commission de céans observe qu’il s’agit aussi d’une jurisprudence
très spéciale. Elle ne figure qu’en note ou doit quasiment être recherchée
dans certains manuels de droit des poursuites (pour exemple, Kurt Amonn,
Grundriss des Schuldbetreibungs- und Konkursrechts, 5e éd., Berne 1993;
Antoine Favre, Droit des poursuites, 3e éd., Fribourg 1974). Quant aux
complications surgies à la suite de l’arrêt du TF précité, elles sont de nature à
échapper à la sagacité de n’importe quel juriste non spécialiste. Le liquidateur,
qui agissait sur mandat et n’est pas un professionnel de la poursuite pour
dettes fiscales, peut donc être excusé de son ignorance. Surtout, celle-ci a
été fortement renforcée par l’attitude de l’AFC citée plus haut. D’une part,
répétons-le, elle a, sous l’angle du principe de la bonne foi, «accepté» le même
jour le point de vue du liquidateur et, d’autre part, ce dernier n’a jamais reçu
de décision incidente suite à sa contestation - manifestement erronée - de la
compétence de l’AFC. A cela s’ajoute que sa réaction spontanée du 24 octobre
1994, soit l’envoi d’un téléfax à l’autorité intimée pour la prévenir à temps de
sa prétendue erreur, doit être appréciée comme une preuve incontestable de
sa bonne foi. Enfin, tout bien pesé, il apparaît également excusable pour un
homme de loi de douter, voire de contester une solution à raison de laquelle
l’administration apparaît comme juge et partie, ce qui est bien le cas en
l’espèce, puisqu’en définitive l’AFC intente l’action au sens de l’art. 250 LP
- sans acte formel - et rend elle-même la décision dévolue normalement au juge
de la collocation.

ee. Il résulte de ce qui précède que toutes les conditions posées pour une
protection découlant du principe de la bonne foi sont réunies. Par voie de
conséquence, il n’est plus possible de reprocher au liquidateur de n’avoir pas
déposé une demande de suspension de la procédure. Vu du tiers, et cela seul
compte, il apparaît que l’on pouvait croire que la décision avait été annulée.
Quoi qu’il en soit, la confiance du liquidateur placée dans la situation de fait
découlant de l’acte contradictoire de l’AFC doit être protégée. On ajoutera
que, s’agissant d’une question essentielle de procédure, l’intérêt privé du
liquidateur à pouvoir obtenir une décision au fond prime l’intérêt public

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invoqué par l’autorité intimée et qu’il ne saurait être question d’appliquer les
conditions susdites avec une particulière rigueur, lesquelles seraient d’ailleurs
réalisées même si on procédait à un examen sous un tel angle.

4.a. Les considérants qui précèdent conduisent la Commission de céans
à admettre le recours du liquidateur de la société. Le pourvoi est admis
pour deux motifs indépendants (ATF 121 IV 94), préférence étant donné,
formellement parlant, à la violation du principe de la bonne foi. Il s’ensuit,
comme on l’a vu, que la recourante ne doit subir aucun préjudice né de la
situation de confiance considérée et il convient d’adhérer à ses conclusions,
lesquelles requièrent le renvoi de la cause pour une entrée en matière directe
sur le bien-fondé de la créance fiscale en cause. On ajoutera d’ailleurs que
même si la violation de l’art. 52 al. 2 PA avait primé sur le plan rédactionnel,
le seul défaut formel cité, à savoir le défaut de pouvoirs de l’expéditeur du
mémoire, eût dû être considéré comme guéri par les interventions ultérieures
du liquidateur de la recourante et il n’y aurait aucune raison de lui accorder
un délai supplémentaire pour perfectionner un mémoire qu’elle estime
elle-même suffisamment complet.

b. Vu l’issue de la cause, en application de l’art. 63 al. 2 PA, aucun frais de
procédure n’est mis à la charge des autorités inférieures et l’avance de frais
perçue auprès de la recourante doit être remboursée d’office. Conformément
à l’art. 64 al. 1 PA et 8 al. 1, 3 et 4 de l’O du 10 septembre 1969 sur les frais et
indemnités en procédure administrative (RS 172.041.0), une indemnité à titre
de dépens est par ailleurs accordée à la recourante.

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http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_121_IV_94&resolve=1

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 60.81 - Décision de la Commission fédérale de recours en matière de contributions

du 26 septembre 1995

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 1996
Année

Anno

Band 60
Volume

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Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Décision de la Commission fédérale de recours en matière de contributions du 26 septembre 1995
	Résumé des faits:
	Extraits des considérants: