# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** f13abde5-c5f7-52a5-9489-063886ab787b
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2014 / 18
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2014---18_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

 KC12.037551-130692

             
464

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
26 novembre 2013

______________________

Présidence
de               M.             
S A U T E R E L, président

Juges             
:              Mmes             
Byrde et Rouleau              

Greffier
              :             
Mme               Diserens, ad hoc             

 

 

*****

 

 

Art.
80 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
M.________,
à Chevilly, contre le prononcé rendu le 30 janvier 2013, à la suite de l’audience
du 24 janvier 2013, par le Juge de paix du district de Morges, dans la cause opposant le recourant à
la CONFEDERATION SUISSE,
représentée par l'Office
d’impôt du district de Morges, à
Morges.

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
a)
Le 10 août 2012, à la réquisition de la Confédération suisse, représentée
par l’Office d’impôt du district de Morges, l’Office des poursuites du district
de Morges a notifié à M.________, dans le cadre de la poursuite n° 6'306’041,
un commandement de payer la somme de 400 fr., avec intérêt à 4 % l’an dès le
1er
mars 2008, indiquant comme titre de la créance et cause de l’obligation : "Amende
d’ordre défaut DI IFD 2006 (Confédération Suisse) selon décision de taxation
du 30.01.2008 et du décompte final du 30.01.2008; sommation adressée le 20.03.2008". Le
poursuivi a formé opposition totale.

 

             
b)
Le 13 septembre 2012, la poursuivante a requis la mainlevée définitive de l’opposition
à concurrence du montant en poursuite et des frais de poursuite. A l’appui de sa requête,
elle a produit, outre l’original du commandement de  payer précité, les pièces
suivantes : 

 

-        
une copie d’une "Invitation à
déposer la déclaration – Sommation" datée du 4 juillet 2007, impartissant
un délai de trente jours au poursuivi pour déposer sa déclaration d’impôt 2005
valable pour les impôts cantonal, communal et fédéral ;

 

-        
le duplicata d’une décision de taxation
d’office et prononcé d’amende pour défaut de déclaration et calcul de l’impôt
du 30 janvier 2008, relative aux impôts cantonal et communal et à l’impôt fédéral
direct 2006. Cette décision évalue d’office les éléments de revenu et de fortune
du poursuivi et prononce deux amendes de 800 fr. et 400 fr., respectivement, pour avoir enfreint les
obligations découlant de la LI [loi sur les impôts directes cantonaux; RSV 642.11] et de la
LIFD [loi sur l'impôt fédéral direct; RS 642.11]. Au pied de ce duplicata figure la mention
suivante, datée du 13 septembre 2012 et signée du préposé aux impôts :

 

"Duplicata
conforme à l’original

Aucune
réclamation n’a été interjetée dans le délai légal. Ainsi, les éléments
imposables et le calcul de l’impôt 2006 ainsi que le prononcé d’amende pour défaut
de déclaration, notifiés le 30 janvier 2008, sont entrés en force.

DECISION
DE TAXATION D’OFFICE ET PRONONCE D’AMENDE ENTRES EN FORCE";

             
                           
                           

-        
un duplicata établi le 13 septembre 2012
de la décision de taxation définitive pour l'année fiscale 2006, notification du 30 janvier
2008, mentionnant un solde à payer de 400 fr. à titre d’amende d’ordre IFD selon
prononcé du 30 janvier 2008, avec un délai de paiement au 29 février 2008, muni d’une
attestation du 13 septembre 2012 signée du préposé aux impôts, selon laquelle aucun
recours n’a été interjeté dans le délai légal et que le décompte
final est entré en force ;

 

-        
un relevé de compte du 13 septembre 2012
mentionnant que le poursuivi doit 400 fr. (24.01.2008) et 33 fr. de frais de commandement de payer (27.08.2012).

 

             
Par courrier recommandé du 2 octobre 2012, le Juge de paix du district de Morges a notifié
la requête au poursuivi et lui a imparti un délai au 1er
novembre 2012 pour se déterminer et déposer toute pièce utile. Le 31 octobre 2012, le
poursuivi a sollicité la prolongation de ce délai, qui a été accordée au 30
novembre 2012. Le 30 novembre 2012, le poursuivi a demandé derechef une prolongation. Le 4 décembre
2012, le juge de paix a convoqué les parties à une audience fixée au 24 janvier 2013.
Lors de cette audience, le poursuivi a déposé un procédé écrit, concluant au
rejet de la requête de mainlevée pour deux motifs : il a invoqué, d’une part,
que les pièces jointes à la requête ne lui avaient pas été remises et, d’autre
part, la compensation avec le montant de 7'500 fr. que l’office d’impôt avait reçu
de sa part le 29 août 2006, par l'intermédiaire de Me [...] (consignation de la vente de la
parcelle n° [...]). Trois pièces étaient jointes à cette écriture. 

 

 

2.             
Par prononcé du 30 janvier 2013, rendu à
la suite de l’audience du 24 janvier 2013, le Juge de paix du district de Morges a prononcé
la mainlevée définitive de l’opposition, arrêté à 90 fr. les frais judiciaires,
compensés avec l'avance de frais de la poursuivante, les a mis à la charge du poursuivi et
dit que celui-ci rembourserait à la poursuivante son avance de frais à concurrence de 90 fr.,
sans allocation de dépens pour le surplus. 

 

             
Le poursuivi a requis la motivation de ce prononcé, qui lui avait été notifié le
7 février 2013, par lettre postée le lundi 18 février 2013. La décision motivée
a été adressée pour notification aux parties le 6 mars 2013 et distribuée au poursuivi
le 13 mars 2013. Le premier juge a considéré en substance que les pièces au dossier
attestaient que le poursuivi n’avait pas rempli sa déclaration d’impôt cantonal
et communal 2006 et avait fait l’objet d’une décision de taxation d’office et
d’un prononcé d’amende de 400 francs. Il a tenu pour exclu que l’acheminement
du courrier au poursuivi ait pu faire l’objet d’une erreur, son adresse n’ayant pas
changé; il en a conclu que le prononcé d’amende devait être considéré
comme valablement notifié. Dans ces conditions, et au vu des mentions apposées sur les duplicata
par la poursuivante, selon lesquelles le poursuivi n’avait pas recouru contre la décision
de taxation ni contre le prononcé d’amende et que ces décisions étaient définitives
et exécutoires, le juge a accordé la mainlevée définitive de l’opposition.

 

             
Le poursuivi a recouru par acte déposé le lundi 8 avril 2013, concluant à l’admission
du recours (1), à l’annulation du prononcé du 30 janvier 2013 (2), au renvoi de la cause
devant l’autorité de première instance pour être réformée en ce sens que
le moyen de la prescription est admis (3), à l’octroi de l’effet suspensif (4) et, subsidiairement,
au renvoi de la cause devant l’autorité de première instance pour être réformée
en ce sens que le moyen de la compensation est admis (5). 

 

             
Par décision du 10 avril 2013, le Président de la cour de céans a admis la requête
d'effet suspensif.

 

             
Le 28 juin 2013, le recourant s’est vu octroyer le bénéfice de l’assistance judiciaire
avec effet au 6 mai 2013, couvrant l’exonération de l’avance des frais et des frais
judiciaires.

 

             
L’intimée ne s’est pas déterminée.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
Le recours, motivé et contenant des conclusions,
a été déposé dans les formes requises (art. 321 al. 1 CPC [Code de procédure
civile du 19 décembre 2008; RS 272]) et en temps utile, compte tenu des féries de Pâques
(art. 56 ch. 2 et 63 LP [loi fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite;
RS 281.1]), dans le délai de dix jours qui a suivi la notification de la décision motivée
(art. 321 al. 2 CPC). Il est ainsi recevable.

 

 

II.             
a) Selon l’art. 80 LP, le créancier
au bénéfice d’un jugement exécutoire peut requérir du juge la mainlevée
définitive de l’opposition (al. 1); sont assimilées aux jugements exécutoires, notamment,
les décisions des autorités administratives suisses (al. 2 ch. 2).

 

             
Par décision de l’autorité administrative, on entend, de façon large, tout acte
administratif imposant péremptoirement au contribuable la prestation d’une somme d’argent
à la corporation publique. Une simple disposition prise par un organe administratif, revêtue
de l’autorité administrative et donnant naissance à une créance de droit public
suffit; il n’est pas nécessaire qu’un débat ait précédé la décision.
Il importe en revanche que l’administré puisse voir, sans doute possible, dans la notification
qui lui est faite, une décision entrant en force, faute d’opposition ou de recours (TF 5P.113/2002
du 1er
mai 2002 et les références citées; Staehelin, Kommentar zum Bundesgesetz über Schuldbetreibung
und Konkurs, n. 120 ad art. 80 LP; Panchaud/Caprez, La mainlevée d’opposition, §
122). 

 

             
Le juge de la mainlevée doit vérifier d’office, sur la base des pièces qu'il appartient
à la partie poursuivante de produire, que la décision invoquée comme titre de mainlevée
définitive est assimilée par la loi à un jugement exécutoire au sens de l’art.
80 al. 2 ch. 2 LP, ce qui suppose qu’elle ait été notifiée au poursuivi, avec indication
des voie et délai de recours et que le recourant n’ait pas fait usage de son droit de recours
ou que son recours ait été définitivement écarté ou rejeté (Gilliéron,
Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 12 ad art. 81
LP; Gilliéron, Les garanties de procédure dans l'exécution forcée ayant pour objet
une somme d'argent ou des sûretés à fournir – Le cas des prétentions de droit
public, in SJ 2003 pp. 361 ss, spéc. pp. 365-366).

 

             
              b)
Le recourant fait valoir que c’est à
tort que le premier juge a retenu que "les pièces incriminées" lui avaient été
notifiées par l’office d’impôt; il soutient que ce n’est pas le cas et que
cet office n’en a pas apporté la preuve.

 

             
              c)
Il appartient à l’autorité qui invoque une décision administrative à l’appui
d’une requête de mainlevée définitive de prouver que la décision a été
notifiée et qu’elle est entrée en force, faute d’avoir été contestée
en temps utile (ATF 105 III 43, JT 1980 II 117). La cour de céans a tranché, dans une composition
de cinq juges (art. 12 al. 3 ROTC [règlement organique du Tribunal cantonal du 13 novembre 2007;
RSV 173.31.1]), la question de principe de la preuve de la notification (CPF, 11 novembre 2010/431,
rés. in JT 2011 III 58); elle a admis que l’attitude générale du poursuivi qui ne
conteste pas en procédure avoir reçu la décision administrative constitue un élément
d’appréciation susceptible d’être déterminant pour retenir ou non la notification
de dite décision. En effet, la preuve de la notification d’un acte peut résulter de l’ensemble
des circonstances, en particulier de l’absence de réaction du poursuivi. L’autorité
est alors dispensée d’apporter la preuve qui lui incombe, pour autant que les circonstances
particulières ne conduisent pas à renverser cette présomption (ATF 85 II 187 c. 1, JT
1960 I 78). Ainsi, la cour de céans a admis que, lorsque le poursuivi n’invoque pas ce moyen
devant le premier juge alors que la décision invoquée mentionne expressément être
entrée en force et exécutoire, le poursuivi admet implicitement l’avoir reçue (CPF,
15 août 2013/321; CPF, 5 juillet 2013/276; CPF, 25 novembre 2010/462 confirmé dans l’arrêt
TF 5A_339/2011 du 26 août 2011 c. 3).

             
              

             
              d)
En l’espèce, le recourant a soulevé
devant le premier juge le moyen  tiré de l’absence de notification valable de la décision
administrative fondant la poursuite. En effet, dans le procédé qu’il a déposé
lors de l’audience, il a fait valoir comme premier moyen que les pièces invoquées à
l'appui de la requête de mainlevée ne lui avaient pas été remises. Or, l’intimée
n’a apporté aucune preuve de la notification de ces pièces à leur destinataire.
Partant, on ne peut pas considérer que le prononcé d’amende invoqué a été
valablement notifié au recourant.

 

 

III.             
              Vu
ce qui précède, le recours doit être admis et le prononcé réformé en ce
sens que la requête de mainlevée définitive est rejetée et que les frais judiciaires
de première instance, arrêtés à 90 fr., sont mis à la charge de la poursuivante,
qui en a déjà fait l'avance. 

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 135 fr., doivent être
mis à la charge de l’intimée. Il n'y a pas lieu de condamner celle-ci à rembourser
son avance de frais au recourant, dès lors que ce dernier a été exonéré de cette
avance. En outre, il n'est pas alloué de dépens de première ni de deuxième instance,
le poursuivi et recourant ayant procédé sans l'assistance d'un mandataire professionnel.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis.

 

             
II.             
Le prononcé est réformé en ce sens que l’opposition formée par M.________ au
commandement de payer n° 6'306'041 de l’Office des poursuites du district de Morges, notifié
à la réquisition de la Confédération suisse, est maintenue.

 

             
              Les frais judiciaires
de première instance, arrêtés à 90 fr. (nonante francs), sont mis à la charge
de la poursuivante.

 

             
              Il n'est pas alloué
de dépens de première instance.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 135 fr. (cent trente-cinq francs),
sont mis à la charge de l’intimée. 

 

             
IV.             
Il n'est pas alloué de dépens de deuxième instance.

             
              

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

 

Du
26 novembre 2013

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.

 

             
Il est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. M.________,

‑             
Office d'impôt du district de Morges (pour la Confédération suisse).

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 400 francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
M. le Juge de paix du district de Morges.

 

             
La greffière :