# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e05e5a83-a3f9-530b-ac6d-de583f67afde
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2003-09-16
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 16.09.2003 BO.2002.0144
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_BO-2002-0144_2003-09-16.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Arrêt

du 16 septembre 2003

sur le recours interjeté par A. X.________,
représenté par son père, B. X.________, ********,

contre

la décision de l'Office cantonal des
bourses d'études et d'apprentissage (ci-après : l'office) du 26 septembre
2002 refusant de lui octroyer une bourse d'études.

* * * * * * * * * * * * * * * *

Composition de la section: M. Pierre-André
Berthoud, président; M. Philippe Ogay et M. Rolf Wahl, assesseurs. 

Vu les faits suivants:

A.                     A. X.________, né le 21
mai 1986, célibataire, de nationalité suisse, est domicilié à ******** auprès
de ses parents. Selon la communication de l'Office d'impôt de Lausanne-district
du 17 octobre 2001, le revenu net des parents de l'intéressé a été
définitivement arrêté, pour 2001, à 90'800 fr., leur fortune nette étant de
163'000 francs.

B.                    Par demande du 26 août
2002, A. X.________ a sollicité l'octroi d'une bourse pour suivre les cours de
première année du gymnase du Bugnon à Lausanne. 

                        L'office, selon
décision du 26 septembre 2002, a refusé le soutien matériel requis pour le
motif que la capacité financière de sa famille dépassait les normes fixées par
le barème.

C.                    C'est contre cette
décision que B. X.________ a recouru, par acte du 3 octobre 2002. A l'appui de
son recours, il a notamment fait valoir que la situation financière de la
famille s'était modifiée depuis la dernière taxation fiscale, que son revenu
était désormais inférieur de moitié et que l'évaluation du revenu familial
devait être opérée conformément à l'art. 10 b du règlement d'application de la
LAE.

D.                    L'office a adressé ses
déterminations au tribunal en date du 3 décembre 2002. Il y a repris les
calculs et motifs l'ayant amené au rejet de la bourse sollicitée et a conclu au
rejet du recours.

E.                    Par lettre du 21
décembre 2002, B. X.________ a relevé que son certificat de salaire avait été
signé par la seule personne pouvant le faire, soit son associé, qu'il rejetait
les insinuations de mauvaise foi de l'autorité intimée et qu'il appartenait à
l'office d'établir le revenu familial déterminant, sans se retrancher derrière
l'Administration fiscale.

F.                     B. X.________ a encore
ajouté, le 6 mars 2003, qu'il ne pouvait pas obtenir une taxation fiscale
intermédiaire mais tout au plus une remise d'impôt. Il a produit une copie de
sa déclaration d'impôt 2001-2002bis et a précisé le 6 avril 2003 qu'il
bénéficiait de l'aide financière de sa tante, C.________, qui vivait au sein de
sa famille, que l'intéressée participait aux dépenses du ménage et avait
consenti des prêts pour un montant de 20'000 fr. en 2002. Enfin le 28 mai 2003,
B. X.________ a relevé qu'il avait obtenu de sa caisse AVS d'être affilié comme
indépendant et qu'il avait ainsi récupéré sa caisse de pension pour rembourser
des dettes et régler ses arriérées d'impôt.

G.                    B. X.________ a été
entendu par le tribunal le 16 juillet 2003. Il a exposé la situation financière
et le domaine d'activité de la société dans laquelle il était actif et a
confirmé la réalité des certificats de salaire produits et des chiffres du
budget familial. Il a expliqué que sa tante mettait ses rentes de vieillesse à
sa disposition pour les besoins du ménage et qu'il avait récupéré un montant de
400'000 fr. de sa caisse de pension.

                        L'intéressé a produit
le 11 août 2003 les attestations relatives au montant des rentes de vieillesse
perçues par C.________.

 

Considérant en droit:

1.                     Déposé en temps utile,
le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 LJPA. Il y a
donc lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.                     Toute personne
remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de
l'Etat pour la poursuite d'études ou d'une formation professionnelle. Pour
l'essentiel, ces conditions sont de deux ordres : des conditions de nationalité
et de domicile d'une part, des conditions financières de l'autre. Les
conditions financières reposent sur l'un des principes cardinaux de la loi du
11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle
(LAE), exprimé à son art. 2 : "le soutien de l'Etat est destiné à
compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer". C'est dire que
ce soutien a un caractère subsidiaire. Le législateur a voulu maintenir le
principe de la responsabilité première des parents.

                        Aux termes de l'art.
14 LAE, la nécessité et la mesure du soutien à accorder dépendent des moyens
financiers dont le requérant et ses père et mère (ou éventuellement d'autres
personnes qui subviennent à son entretien) disposent pour assumer les frais d'études
et d'entretien du requérant. En vertu de l'art. 14 al. 2 LAE, il n'est fait
abstraction de la situation financière des parents que si le requérant est
financièrement indépendant. Cette exception découle du principe de la
subsidiarité du soutien de l'Etat; on admet que le requérant, après qu'il a
acquis son indépendance financière et pour autant que celle-ci ait duré un
certain temps, ne peut plus raisonnablement attendre le soutien de ses parents.

                        L'art. 12 ch. 2 al. 2
LAE dispose qu'est réputé financièrement indépendant le requérant âgé de moins
de vingt-cinq ans qui a exercé une activité lucrative continue, en principe
dix-huit mois immédiatement avant le début des études ou de la formation pour
lesquelles il demande l'aide de l'Etat. L'al. 3 de cette disposition précise
que si le requérant est âgé de plus de vingt-cinq ans, il doit avoir exercé une
activité lucrative pendant douze mois en principe. Enfin, selon l'al. 4, un
programme facultatif de perfectionnement linguistique d'une durée de trois mois
au maximum peut être compris dans cette période. L'art. 12 ch. 3 LAE prévoit
que la gestion d'un ménage familial est également considérée comme activité
lucrative.

                        Dans le cas présent,
le recourant ne peut donc pas être considéré comme financièrement indépendant
au sens de la LAE. La situation financière des parents doit par conséquent être
prise en considération.

3.                     Les critères pour
déterminer la capacité financière des parents sont énumérés dans des
prescriptions légales précises. L'art. 16 LAE, modifié les 22 mai 1979 et 27
février 1980, est libellé de la manière suivante :

"Entrent
en ligne de compte pour l'évaluation de la capacité financière :

1)  les
charges, à savoir les dépenses d'entretien et de logement;

2)  les ressources, à
savoir :

a)    le
revenu net admis par la Commission d'impôt;

b)    la
fortune, dans la mesure où elle dépasse le but d'une juste prévoyance et si,
par son mode d'investissement, le capital peut supporter, en faveur du
recourant, des prélèvements qui ne portent pas un préjudice sensible à
l'activité économique de la famille;

c)    l'aide
financière accordée par toute institution publique ou privée, si ce subside est
expressément destiné au paiement des frais d'études tels qu'ils sont définis à
l'art. 19 de la présente loi."

                        Selon l'art. 8 al. 2
du règlement du 21 février 1975 d'application de la LAE (RAE) les charges
correspondent aux frais mensuels minimum d'une famille pour l'alimentation, le
loyer, les services industriels, l'équipement, le ménage, l'habillement, les
assurances, le dentiste, les impôts, les loisirs et les frais divers. Elles
tiennent compte de la composition de la famille, du nombre et de l'âge des enfants.

                        Selon les art. 11 et
11a RAE, qui précisent la portée de l'art. 18 LAE, "l'insuffisance ou
l'excédent du revenu familial, par rapport aux charges normales, se répartit
entre les membres de la famille, à raison d'une part par parent, une part par
enfant en scolarité obligatoire et deux parts pour chaque enfant en formation.
Si la part de l'excédent du revenu familial afférente au requérant est égale ou
supérieure au coût des études, aucune allocation complémentaire n'est
attribuée. En cas d'insuffisance de ce revenu, une allocation complémentaire
peut être allouée pour contribuer, en plus du coût des études, à couvrir des
frais d'entretien du requérant".

                        Les principes qui ont
guidé le Conseil d'Etat lors de l'adoption de ces dispositions réglementaires
sont les suivantes : "le droit à une allocation dépend, toute autre
condition étant remplie, de la mesure dans laquelle le revenu des parents est
insuffisant pour supporter le coût des études. Il s'établit ensuite une
comparaison entre le revenu et les charges. Celles-ci se calculent à partir du
barème dit "des charges normales", sorte d'inventaire des dépenses
normales d'une famille disposant d'un revenu qui lui permet un niveau de vie à
mi-chemin entre la gêne et l'aisance. Il est (le barème) un instrument de
mesure qui permet de proportionner le soutien financier de l'Etat aux besoins
du requérant et à la situation de la famille (BGC printemps 1973 - septembre
1973, p. 1240)".

                        Cette réglementation
garantit l'égalité de traitement pour tous les requérants, quelle que soit leur
situation familiale vu qu'elle tient compte des dépenses normales d'une
famille. Ainsi, les éléments à prendre en compte dans le calcul de l'allocation
d'une bourse sont préétablis et ne peuvent être introduits au gré des circonstances
particulières.

4.                     Pour déterminer en
l'espèce si une allocation de bourse se justifie et, dans l'affirmative, pour
en fixer le montant, il convient au préalable d'arrêter les ressources de la
famille du recourant.

                        a) Selon la dernière
taxation fiscale, le revenu net des parents du recourant était fixé à 90'800
fr. et leur fortune à 163'000 francs. Ce revenu est fondé sur les chiffres de
1999 et 2000. Or il est établi que le chiffre d'affaires et les résultats de la
société qui emploie B. X.________ ont sensiblement diminués de 2000 à 2002. Le
salaire perçu par B. X.________ en 2002 a été de 47'160 fr. net, soit 3'930 fr.
net par mois. Le tribunal ne dispose d'aucun élément concret permettant de
mettre en doute la réalité de ce montant, qui sera retenu. Pour faire face aux
dépenses de sa famille, B. X.________ a bénéficié en 2002 des revenus de
C.________ qui vit avec lui et les siens depuis septembre 2001. Les rentes AVS
de l'intéressée représentent 24'720 fr. (2'060 fr. x 12) et les rentes du 2ème
pilier 8'906 fr. 40. Le total des ressources familiales est ainsi de 80'786 fr.
40.

                        Le prêt de 20'000 fr.
consenti par C.________ et le montant perçu par B. X.________ à la suite de son
affiliation en qualité d'indépendant constituent des ressources extraordinaires
qu'il ne se justifie pas d'inclure dans le revenu. En effet les charges
extraordinaires liées à l'affectation d'un montant substantiel au deuxième
pilier ne sont généralement pas admises pour calculer le revenu déterminant. Il
convient dès lors de raisonner par analogie et de réserver le même sort à un
gain extraordinaire. Ce d'autant plus que B. X.________, qui a entamé son
capital vieillesse pour rembourser ses dettes, doit pouvoir affecter le solde
restant à des buts de prévoyance professionnelle.

                        En revanche, il
convient de prendre en considération, au titre de la fortune, le montant de
34'639 fr. 05, arrondi à 34'640 fr., correspondant aux carnets d'épargne de ses
enfants. Cette épargne peut assurément être consacrée aux frais de formation
des titulaires des carnets, contrairement aux autres éléments de fortune
(chalet, mobilier, véhicule) qui ne sont pas "mobilisables" pour les
frais d'études, conformément à l'art. 16 al. 2 lettre b LAE.

                        En outre, la fortune
éventuelle de C.________ ne doit pas être prise en compte; elle n'est en effet
pas tenue de la consacrer aux frais de formation du recourant.

                        Le montant capitalisé
de la fortune est ainsi de 1'732 fr. (34'640 fr. x 5%), somme qui s'ajoute au
revenu de 80'786 fr. 40. Le revenu déterminant est ainsi de 82'518 fr. 40, soit
6'876 fr. 50 par mois en chiffres ronds.

                        b) De ce montant, il
faut déduire les charges normales de la famille. Selon l'art. 8 du règlement de
la LAE, elles s'élèvent à 3'100 fr. pour deux parents, 700 fr. pour un enfant
mineur et 800 fr. pour un enfant majeur. Pour déterminer la charge de
C.________, il faut constater que pour un parent seul, la charge normale est de
2'500 francs. Le supplément pour un adulte est ainsi de 600 francs. Il faut
donc retenir que les charges normales de la famille du recourant s'élèvent à
6'000 fr., soit 3'700 fr. pour les parents et C.________, 1'600 fr. pour deux
enfants majeurs et 700 fr. pour un enfant mineur.

                        Après déduction des
charges, il reste un excédent de revenu de 876 fr. 50 (6'876 fr. 50 - 6'000
fr.), qu'il convient de répartir entre les membres de la famille à raison de
deux parts pour chaque enfant en formation et d'une part pour chaque adulte. La
part du recourant représente ainsi 194 fr. 80, arrondie à 195 fr. (876 fr. 50 :
9 x 2). Pour douze mois, cette part est de 2'340 francs. C'est cette somme que
la famille peut consacrer aux frais de formation du recourant.

                        Selon les calculs
opérés par l'office, non contestés par le recourant, les frais d'études
s'élèvent à 3'150 francs. Ces frais étant supérieurs à la part du revenu
familial lui revenant, le recourant a droit à une bourse correspondant à la
différence, soit 810 francs.

                        Vu ce qui précède, le
recours doit être admis et la décision de l'office du 26 septembre 2002
annulée, le recourant ayant droit à une bourse de 810 fr. pour la période du 26
août 2002 au 4 juillet 2003.

                        La présente décision
sera rendue sans frais, l'avance opérée par le recourant, par 100 fr., lui
étant restituée.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                      Le recours est
admis.

II.                     La décision de
l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage du 26 septembre 2002
est annulée.

III.                     A. X.________
a droit à une bourse d'études de 810 fr. pour la période du 26 août 2002 au 4
juillet 2003.

IV.                    Le présent
arrêt est rendu sans frais, l'avance effectuée par le recourant, par 100 (cent)
francs, lui étant restituée.

mad/Lausanne, le 16 septembre 2003

                                                          Le
président:                                   

                                                                     

 

Annexes :

- pour le recourant, pièces en retour

- pour l'autorité intimée, son dossier en retour.

Le présent arrêt est notifié :

- au recourant A. X.________, par l'intermédiaire de B. X.________;

- à l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage.