# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** b326736b-881f-50de-91f7-b4544e042b7d
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2006-05-02
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre administrative 02.05.2006 A/642/2005
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_013_A-642-2005_2006-05-02.pdf

## Full Text

R É P U B L I Q U E  E T  
 

C A N T O N  D E  G E N È V E

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

A/642/2005-DIV ATA/231/2006  

ARRÊT 

DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

du 2 mai 2006 

 

dans la cause 

 

Monsieur  P______ 
représenté par Me Christian Grobet, avocat  

contre 

COUR DE JUSTICE 
 
et 
 
LA MÉDIATRICE EN MATIÈRE D’INFORMATION DU PUBLIC ET DE 
L’ACCÈS AUX DOCUMENTS 
 

 

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A/642/2005 

EN FAIT 

1.  Le 25 octobre 2004, Monsieur P______ a déposé auprès de la Cour de 
justice du canton de Genève une demande de consultation des rapports annuels 
dressés par l’autorité de surveillance des offices de poursuites et faillites – alors 
constituée par une section de la Cour de justice – pour la période allant de 1996 à 
2002, soit à la fin de la mission de ladite autorité. M. P______ a également 
souhaité prendre connaissance de tout rapport ou directive destiné aux offices des 
poursuites, de même que de toute décision rendue sur un problème de discipline 
imputé à des collaborateurs de ces offices pendant ladite période. Il s’est fondé sur 
la loi sur l'information du public et l'accès aux documents du 5 octobre 2001 
(LIPAD - A 2 08). 

  M. P______ faisait l’objet d’une plainte pour atteinte à l’honneur d’un 
magistrat de l’ancienne autorité de surveillance des offices de poursuites et 
faillites et, dans le cadre de cette procédure pénale, désirait faire la preuve de la 
vérité, subsidiairement de sa bonne foi. 

2.  Le 8 novembre 2004, la Cour de justice a refusé d’accéder à cette demande. 
La communication des documents en question serait de nature à interférer avec 
l’instruction conduite par le Tribunal de police, exception prévue par l’article 26 
lettre c LIPAD et pourrait constituer une violation des secrets professionnel et 
statistique, ainsi que des intérêts privés prépondérants des parties à une procédure 
disciplinaire. De plus, les documents en question étaient destinés au Tribunal 
fédéral, autorité de surveillance de l’autorité cantonale, ce qui empêchait 
également de les communiquer. 

3.  Le 19 novembre 2004, M. P______ a complété sa requête initiale : il 
souhaitait consulter les comptes annuels des offices des poursuites pour les années 
1992 à 2002 et se réservait le droit de demander des copies des documents ne 
présentant pas de caractère confidentiel. 

4.  Le 30 novembre 2004, la Cour de justice a rejeté cette nouvelle demande en 
reprenant les motifs exposés dans son courrier du 8 novembre précédent. Les 
comptes faisaient parties intégrantes des rapports annuels adressés au Tribunal 
fédéral 

5.  M. P______ a alors déposé une requête auprès de la médiatrice en matière 
d’information du public et de l’accès aux documents. 

6.  Le 3 février 2005, la médiatrice a constaté qu’elle ne pouvait pas concilier 
les parties. M. P______ acceptait éventuellement de consulter des documents ca-

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viardés, tout en maintenant sa demande. Quant à la Cour de justice, elle 
maintenait les motifs de son refus. 

7.  Par décision du 9 février 2005, reçue par M. P______ le 14 du même mois, 
la Cour de justice a indiqué que les documents dont la consultation était sollicitée 
étaient regroupés dans les rapports annuels - ou leurs annexes - établis à 
l’intention du Tribunal fédéral. Elle a persisté au surplus dans les motifs de ses 
refus exposés dans son courrier du 8 novembre 2004. 

8.  M. P______ a saisi le Tribunal administratif d’un recours le 16 mars 2005.  

  La LIPAD garantissait l’accès aux documents aux citoyennes et citoyens 
sans que ces derniers n’aient à justifier leur demande. Il avait dès lors droit à 
l’accès à ces documents, même si l’autorité pénale en sollicitait aussi la communi-
cation. De plus, le fait que les rapports fussent destinés au Tribunal fédéral ne 
devait pas empêcher leur transmission. Si le respect et la protection de la sphère 
privée de tiers présentaient un intérêt prépondérant, la Cour de justice devait 
trouver une solution pour que M. P______ puisse consulter les documents sans les 
violer. 

9.  Le 15 avril 2005, la Cour de justice a transmis au Tribunal administratif les 
documents que M. P______ désirait consulter. Au surplus, elle a maintenu son 
refus. 

10.  Les documents en question se présentent sous la forme de huit volumes 
reliés au moyen d’anneaux pour les années 1992 à 1999 et de cinq classeurs 
fédéraux pour les années 2000 à 2002. 

  Chacun des documents est constitué d’un bref rapport annuel, d’une 
statistique de l’autorité de surveillance ainsi que d’annexes, soit des statistiques 
des opérations pour l’année en cours, le rôle des faillites, l’état comparatif des 
procédures de poursuites et des statistiques comparatives. De plus, dans certains 
cas, ces annexes comprennent les décisions disciplinaires rendues par l’autorité de 
surveillance. Certaines années, les rapports comportent notamment un tirage de 
procès-verbaux de remises d’office, des rapports d’audit ou de ceux de 
commissions du Grand-Conseil. 

11.  A la demande du juge délégué, le Tribunal fédéral a exposé, le 19 janvier 
2006, qu’il faisait la distinction entre les actes de procédure bénéficiant d’un délai 
de protection de cinquante ans et les actes administratifs dont la durée de 
protection était de trente ans, conformément à l’ordonnance du Tribunal fédéral 
portant application de la loi fédérale sur l’archivage du 27 septembre 1999 (RS 
152.21). Les actes de la Chambre des poursuites et faillites, lorsqu’il s’agissait de 
la haute surveillance sur la gestion des offices cantonaux des poursuites et 
faillites, faisaient partie des actes administratifs. Le Tribunal fédéral avait 

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récemment refusé, dans une autre procédure, l’accès à ces actes pour les trente 
dernières années, mais autorisé les personnes concernées à accéder à ceux 
antérieurs à 1975. Pour les actes disciplinaires, en revanche, le délai de protection 
était de cinquante ans (art. 6 al. 3 de l’ordonnance précitée). 

  Le Tribunal fédéral a considéré que le Tribunal administratif était libre de 
décider selon ses propres dispositions applicables en matière d’actes de surveil-
lance sur la poursuite et la faillites, y compris les rapports que le canton de 
Genève avait adressés à la Chambre des poursuites et faillites fédérale. 

12.  Le 1er février 2006, la Cour de justice du canton de Genève a confirmé le 
jugement du Tribunal de police du 13 mai 2005 condamnant le recourant pour 
calomnie, suite à la plainte déposée par l’ancienne magistrate de l’autorité de 
surveillance (cf. la Tribune de Genève du 2 février 2005 ; Arrêt du Tribunal 
fédéral 1P.3/2006 du 19 janvier 2006). 

EN DROIT 

1.  Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est 
recevable (art. 56A de la loi sur l'organisation judiciaire du 22 novembre 1941 - 
LOJ - E 2 05 ; art. 63 al. 1 litt. a de la loi sur la procédure administrative du 12 
septembre 1985 - LPA - E 5 10). 

2.  La LIPAD a pour but de favoriser la libre formation de l'opinion et la 
participation à la vie publique (art. 1 LIPAD). En édictant cette loi, le législateur a 
érigé la transparence au rang de principe aux fins de renforcer tant la démocratie 
que le contrôle de l'administration ainsi que de valoriser l'activité étatique et 
favoriser la mise en oeuvre des politiques publiques (MGC 2000 45/VIII 7671ss). 
Il s'est notamment agi d'accroître l'intérêt des citoyens pour le fonctionnement des 
institutions et de les inciter à mieux s'investir dans la prise de décision 
démocratique (ATA/48/2003 du 21 janvier 2003, publié in SJ 2003 I 475; 
P. MAHON, Les enjeux du droit à l'information, in : L'administration 
transparente, Genève, Bâle, Munich 2002, p. 29). Le principe de transparence est 
un élément indissociable du principe démocratique et de l'Etat de droit, prévenant 
notamment des dysfonctionnements et assurant au citoyen une libre formation de 
sa volonté politique (A. FLUCKIGER, Le projet de loi sur la transparence in : 
L'administration transparente, op.cit. p.142). 

  L'adoption de la LIPAD a renversé le principe du secret de l'administration 
pour faire primer celui de la publicité. L'administré n'a dès lors plus besoin de 
justifier d'un intérêt particulier pour consulter un dossier administratif, et son droit 
d'accès est notablement plus étendu que celui découlant du droit d'être entendu. 
Toutefois, l'application de la LIPAD n'est pas inconditionnelle. De plus, dans la 
mesure où elle est applicable, cette loi ne confère pas un droit d'accès absolu et 

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fait l’objet d’exceptions, aux fins notamment de garantir la sphère privée des 
administrés et de permettre le bon fonctionnement des institutions (MGC 2000 
45/VIII 7694).  

3.  Interpellé par le Tribunal administratif, le Tribunal fédéral, destinataire des 
documents dont la communication est sollicitée (art. 28 al. 4 LIPAD), ne s’est pas 
opposé à leur transmission au recourant dans son pli du 19 janvier 2006.   

4.  L’autorité intimée invoque diverses exceptions permettant de refuser la 
communication de documents (art. 26 LIPAD). 

 a. Elle soutient que la communication des documents en question serait propre 
à entraver notablement le processus décisionnel ou la position de négociation 
d’une institution (art. 26 al. 2 let. c LIPAD). 

  La lecture des travaux législatifs montre que cette exception est prévue afin 
de préserver la prise de décision des organes et administrations d’institutions 
soumises à la LIPAD. Cette exception permet de limiter le refus à une décision 
lorsque les documents dont la communication est sollicitée serait de nature à 
entraver le processus décisionnel. 

  On ne voit pas quel processus décisionnel pourrait être entravé par la 
communication des documents requis. Cette exception ne peut donc être appliquée 
au cas d’espèce. 

 b. La Cour de justice invoque l’article 26 alinéa 2 lettre e LIPAD qui permet 
de refuser de communiquer des documents lorsque leur accès rendrait inopérantes 
les restrictions du droit d’accès à des dossiers, apportées par les lois régissant des 
procédures judiciaire et administrative.  

  A nouveau, les pièces dont la communication est demandée n’appartiennent 
pas, en l’état, à la procédure pénale initiée à l’encontre de M. P______. Cette 
exception ne saurait dès lors faire obstacle à la communication des documents 
demandés. 

 c. L’autorité intimée soutient de plus que la communication des rapports porte-
rait atteinte à la sphère privée ou familiale de tiers, révélerait des informations 
couvertes par des secrets professionnels, de fabrication ou d’affaires, les secrets 
fiscal, bancaire ou statistique et des délibérations et votes intervenus à huis clos ou 
encore qu’elle compromettrait des intérêts ayant justifié le huis clos d’une séance. 

  Il est certain que la communication des documents demandés pourrait porter 
atteinte à la sphère privée ou familiale (liste des procédures de faillites ou de 
poursuites en cours) ou révéler des délibérations prises à huis clos, s’agissant des 
sanctions disciplinaires. En revanche, on ne voit pas quels secrets, au sens de 
l’article 26 alinéa 2 lettre i LIPAD, cette production pourrait violer.  

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  En substance, il ressort de cette analyse que la communication des 
documents en question ne pourra en aucun cas être intégralement accordée. Il y 
aurait lieu de procéder à un tri, voire à des caviardages.  

5. a. L'article 26 alinéa 5 LIPAD permet de refuser de donner suite à une 
demande d'accès à un document dont la satisfaction entraînerait un travail 
manifestement disproportionné. Il résulte des travaux préparatoires que 
"l’invocation de ce motif de refus ne se conçoit que restrictivement au regard du 
principe de transparence instauré par la LIPAD. Elle suppose une mise en balance 
des intérêts en présence et peut dès lors, à ce titre exceptionnel, justifier que 
l’intérêt du requérant à obtenir le document considéré soit pris en compte et, en 
conséquence, que le requérant soit invité à en faire état et à en justifier, en 
dérogation au principe ancré à l’article 24, alinéa 1 LIPAD" (cf. MGC 2000 
45/VIII 7699) . 

 b. Il résulte des pièces produites par la Cour de justice que l’importance et la 
masse des documents sollicités par le recourant nécessiterait un travail de tri et de 
caviardage considérables, afin d’éviter que leur transmission ne porte atteinte à la 
sphère privée ou familiale des personnes mentionnées dans les rapports ou leurs 
annexes.  

  De très nombreux noms, soit de personnes visées par des poursuites ou des 
faillites, soit de fonctionnaires, cas échéant dans des procédures disciplinaires, 
devraient être masqués, au risque de rendre les documents en question 
incompréhensibles, ce qui entraînerait un travail considérable. 

  Dans la mesure où le recourant indique qu’il désire obtenir ces documents 
pour faire la preuve de la vérité ou celle de sa bonne foi dans un litige l’opposant à 
une magistrate de l’autorité intimée et qu’en l’état, le droit d’administrer cette 
preuve lui a été refusée tant par le Tribunal de Police que par la section pénale de 
la Cour de Justice fonctionnant comme Chambre d’appel, l’intérêt public à ne pas 
créer de travail inutile à l’autorité intimée doit prendre le pas sur l’intérêt privé du 
recourant. 

  Partant, le recours sera rejeté. 

6.  Vu la nature du litige aucun émolument ne sera perçu (art. 87 LPA , art. 37 
al. 5 LIPAD). 

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PAR CES MOTIFS 
LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF 

à la forme : 

déclare recevable le recours interjeté le 16 mars 2005 par Monsieur P______ contre la 
décision de la Cour de justice du 9 février 2005 ; 

au fond : 

le rejette ; 

dit qu'il n'est pas perçu d'émolument ; 

communique le présent arrêt à Me Christian Grobet, avocat du recourant ainsi qu'à la 
Cour de justice et à la médiatrice en matière d’information du public et de l’accès aux 
documents. 

Siégeants : Mme Bovy, présidente, Mme Hurni, M. Thélin, Mme Junod, juges, 
M. Bonard, juge suppléant. 

Au nom du Tribunal administratif : 

la greffière-juriste adj.: 
 
 

M. Tonossi 

 la vice-présidente : 
 
 

L. Bovy 
 

Copie conforme de cet arrêt a été communiquée aux parties. 

 

Genève, le  
 

 
la greffière :