# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** b501f5f8-c6f4-54e6-a608-4ab5417c63ae
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2017 / 146
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2017---146_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC17.001643-170799

193 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
23 août 2017

__________________

Composition
:              Mme             
Rouleau,
présidente

             
              MM.             
Colombini et  Maillard, juges

Greffier
              :             
M.              Elsig

 

 

*****

 

 

Art.
68, 149 al. 2 LP

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
Etat
de Vaud, représenté par le Service
juridique et législatif, Affaires juridiques,
à Lausanne, contre le prononcé rendu le 10 mars 2017, à la suite de l’interpellation
du poursuivi, par le Juge de paix des districts du Jura-Nord vaudois et du Gros-de-Vaud, dans la cause
opposant le recourant à
P.________,
à [...].

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le 13 décembre 2016, à la réquisition de l’Etat de Vaud, l’Office des poursuites
du district du Jura-Nord vaudois a notifié à P.________, dans la poursuite n° 8'107'550,
un commandement de payer la somme de 7'488 fr. 55 sans intérêt, indiquant comme titre de la
créance ou cause de l’obligation :

 

« Reprise
de l’ADB no 389221 de fr. 7'488.55 délivré le 27.08.2008 par l’Office des poursuites
du district de Monthey, Crochetan 2, 1870 Monthey. Montant dû au 29.11.2015. Frais pénaux no
60407, dans l’enquête [...] – Tribunal police Broye et Nord vaudois. »

 

             
Le poursuivi a formé opposition totale.

 

 

2.             
a) Par acte du 3 janvier 2017, le poursuivant
a requis du Juge de paix des districts du Jura-Nord vaudois et du Gros-de-Vaud qu’il prononce la
mainlevée définitive de l’opposition à concurrence de 7'488 fr. 55 sans intérêt.
A l’appui de sa requête, il a produit, outre le commandement de payer susmentionné, les
pièces suivantes :

 

-
une copie certifiée conforme d’un jugement rendu le 22 juin 2006 par le Tribunal de police
de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, dans la cause [...], attesté exécutoire
le 12 juillet 2006, dont le chiffre V du dispositif met les frais, par 7'258 fr. 20, à la charge
de P.________ ;

 

-
une copie d’un acte de défaut de biens après saisie établi le 27 août 2008
par l’Office des poursuites et faillites de Monthey, portant sur la somme de 7'488 fr. 55, savoir
7'258 fr. 20 de capital, 92 fr. de frais de commandement de payer, 45 fr. de frais de sursis, déclarations,
etc. et 93 fr. 35 de frais de saisie, indiquant comme titre de la créance ou cause de l’obligation :
« Frais pénaux
dus selon notification reçue dans l’enquête [...] ».

 

             
b) Par
courrier recommandé du 16 janvier 2017, le juge de paix a notifié la requête au poursuivi
et lui a imparti un délai au 20 février 2017 pour se déterminer.

 

3.             
Par prononcé non motivé rendu le 10
mars 2017, notifié au poursuivant le 15 mars 2017, le Juge de paix des districts du Jura-Nord vaudois
et du Gros-de-Vaud a prononcé la mainlevée définitive de l’opposition à concurrence
de 7'258 fr. 20 sans intérêt (I), a fixé les frais judiciaires à 180 fr. (II), les
a mis à la charge du poursuivi (III) et a dit qu’en conséquence, celui-ci rembourserait
au poursuivant son avance de frais, par 180 fr. sans allocation de dépens pour le surplus (IV).

 

             
Le 14 mars 2017, le poursuivant a demandé la motivation de ce prononcé.

 

             
Les motifs du prononcé ont été adressés aux parties le 1er
mai 2017 et notifiés au poursuivant le lendemain.

 

 

4.             
Par acte du 10 mai 2017, le poursuivant a recouru
contre ce prononcé en concluant, avec suite de frais et dépens, principalement à sa réforme
en ce sens que la mainlevée définitive est accordée à concurrence de 7'258 fr. 20
sans intérêt et également à hauteur de 230 fr. 35 sans intérêt, subsidiairement
que la mainlevée définitive est accordée à concurrence de 7'258 fr. 20 sans intérêt
et la mainlevée provisoire octroyée à hauteur de 230 fr. 35 sans intérêt et,
plus subsidiairement à son annulation dans la mesure où il rejette la requête de mainlevée
à concurrence de 230 fr. 35 sans intérêt.

 

             
L’intimé P.________ ne s’est pas déterminé dans le délai qui lui a été
imparti.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

I.             
La demande de motivation et le recours ont été
déposés dans les délais de dix jours des art. 239 al. 2 et 321 al. 2 CPC (Code de procédure
civile du 19 décembre 2008 ; RS 272). Motivé conformément à l’art. 321
al. 1 CPC, le recours est recevable.

 

 

II.             
Est litigieux le sort des frais d’une première
poursuite constatés dans un acte de défaut de biens. Le recourant fait valoir que les frais
mentionnés dans l’acte de défaut de biens font partie de la perte constatée dans
celui-ci et que, soit ils s’ajoutent à la créance initiale pour se confondre avec celle-ci,
ce qui justifie l’octroi de la mainlevée définitive dans une nouvelle poursuite, lorsque,
comme en l’espèce, le poursuivant dispose d’un titre de mainlevée définitive
pour la créance de base, soit sont distincts de la créance de base et doivent alors bénéficier
du régime de l’art. 149 LP (loi fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour
dettes et la faillite ; RS 281.1), ce qui justifie l’octroi de la mainlevée provisoire.

 

             
a)
La loi prévoit qu’un acte de défaut de biens après saisie constitue une reconnaissance
de dette au sens de l’article 82 LP (art. 149 al. 2 LP).

 

             
Cela ne peut toutefois valoir que pour une créance de droit privé. En revanche, l’acte
de défaut de biens établi pour une créance de droit public ne constitue pas un titre de
mainlevée provisoire. Ainsi, dans une éventuelle nouvelle poursuite pour une créance de
droit public à la suite d’un premier acte de défaut de biens, seule la mainlevée
définitive pourra être octroyée et cela pour autant que le créancier produise un
titre de mainlevée définitive, soit la décision qui fonde sa créance de droit public,
et cela même si l’acte de défaut de biens a été délivré à l’issue
d’une poursuite dans laquelle la mainlevée définitive a été octroyée (CPF
28 août 2008/394 et les réf. citées ; Staehelin, Basler Kommentar, n° 162 ad
art 82 LP ; Vock, in: Kurzkommentar SchKG n° 7 ad art 149 LP ; Peter, Le point sur le droit des
poursuites et faillites, RSJ 109/2013 p. 358 et RSJ 112/2016 p. 380).

 

             
En effet, selon la jurisprudence du Tribunal fédéral et la doctrine majoritaire, une créance
de droit public doit en principe d’abord faire l’objet d’une décision qui, une
fois exécutoire, doit être invoquée dans le cadre d’une procédure de mainlevée
définitive de l’opposition. La voie de la mainlevée provisoire est ainsi exclue. (TF
5A_473/2016 du 15 novembre 2016, BlSchK 2017, Heft 3, p. 121; Staehelin, op. cit., n. 46 ad art. 82 SchKG
; Vock, op. cit., n. 7 ad art. 82 SchKG ; Spühler/Infanger, Grundlegendes zur Rechtsöffnung,
in: BlSchK 2000, p. 7; Spühler/Gehri, Schuldbetreibungs- und Konkursrecht I, 4e
éd.. Zürich 2008, p. 88; Stücheli, Die Rechtsöffnung, thèse Zürich 2000,
p. 301; Peter, op. cit., RSJ 109/2013 p. 358 et RSJ 112/2016 p. 380). Le critère décisif est
ainsi celui de la possibilité pour l’État de rendre une décision. Dans la mesure
où l’autorité peut rendre une décision, une reconnaissance de dette éventuelle,
respectivement un acte de défaut de biens, ne peuvent pas servir de titre à la mainlevée
provisoire. La collectivité publique ne peut donc requérir la mainlevée provisoire que
si l’administration n’est pas du tout en mesure d’agir par voie de décision (Peter,
op. cit., RSJ 112/2016 p. 380 ; cf aussi Staehelin op. cit., n° 46 ad art 82 LP).

 

             
b) En
l’espèce, les frais de poursuite mentionnés dans l’acte de défaut de biens
en cause ne constituent pas une créance de droit public au sens défini ci-dessus : l’Etat,
en sa qualité de créancier poursuivant, ne pouvait manifestement pas les fixer lui-même
dans le cadre d’une décision sujette à recours. La mainlevée provisoire peut donc
être accordée pour ces frais en application de l’art. 149 al. 2 LP, l’acte de défaut
de biens valant également reconnaissance de dette au sens de l’art. 82 LP pour les frais liés
à la procédure de poursuite (Vock, op. cit., n. 33 ad art. 82 LP).

 

             
En revanche, la mainlevée définitive ne saurait être accordée, dès lors que,
pour les frais de poursuite litigieux, le poursuivant ne peut se prévaloir d’aucun titre de
mainlevée définitive (cf. TF 5A_455/2012 du 5 décembre 2013 consid. 3), le jugement du
Tribunal de police ne portant pas sur ces frais.

 

 

III.             
En conclusion, le recours doit être admis
partiellement et le prononcé réformé en ce sens que la mainlevée provisoire est accordée
à concurrence de 230 francs 35.

 

             
Vu l’admission partielle du recours, les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés
à 135 fr., doivent être mis à raison d’un tiers, par 45 fr., à la charge du
recourant  et à raison des deux tiers, par 90 fr. à la charge de l’intimé.

 

             
Il n’y a pas lieu d’allouer de dépens de deuxième instance, le recourant ayant
agi sans l’assistance d’un mandataire professionnel.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est admis partiellement.

 

             
II.             
Le prononcé est réformé au chiffre I de son dispositif comme il suit :

 

             
              I. prononce la mainlevée
définitive de l’opposition à concurrence de 7'258 fr. 20 (sept mille deux cent cinquante-huit
francs et vingt centimes) sans intérêt et la mainlevée provisoire de ladite opposition
à concurrence de 230 fr. 35 (deux cent trente francs et trente-cinq centimes) sans intérêt.

 

             
              Le prononcé est confirmé
pour le surplus.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 135 fr. (cent trente-cinq francs),
sont mis à la charge du recourant, par 45 fr. (quarante-cinq francs) et à la charge de l’intimé
par 90 fr. (nonante francs).

 

             
IV.             
L’intimé P.________ versera au recourant Etat de Vaud la somme de 90 fr. à titre de restitution
partielle d’avance de frais de deuxième instance, sans allocation de dépens pour le surplus.

 

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               Le greffier
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Service juridique et législatif, Affaires juridiques (pour Etat de Vaud),

‑             
M. P.________.

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 230 fr. 35.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme le Juge de paix des districts du Jura-Nord vaudois et du Gros-de-Vaud.

 

             
Le greffier :