# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 7ca04eda-c156-5048-8afb-aaccefbe0ca6
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour d'appel civile 604
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_002_604-----------_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

Jl20.031774-220295

604 

 

 

cour
d’appel CIVILE

_____________________________

Arrêt du
8 décembre 2022

_______________________

Composition
:               Mme             
Giroud
Walther, présidente

             
              MM.             
Oulevey et de Montvallon, juges

Greffière
:              Mme             
Logoz

 

 

*****

 

 

Art.
59 al. 1 et al. 2 let. a, 68 al. 2 CPC ; 20 al. 1, 164 al. 1 CO

 

 

             
Statuant sur l’appel interjeté par F.________,
à [...], défendeur, contre le jugement rendu le 26 avril 2021 par le Président du Tribunal
civil de l’arrondissement de La Côte dans la cause divisant l’appelant d’avec
U.________,
à [...], demanderesse, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal considère :

             
En fait :

 

 

A.             
Par jugement du 26 avril 2021, dont les motifs ont été notifiés à F.________ le 10
février 2022, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de La Côte a admis la
demande déposée le 13 août 2020 par U.________ contre F.________ (I), a condamné
F.________ à payer à U.________ une somme de 16'580 fr. 30 plus intérêts à 12
% l'an dès le 10 mars 2018 (II), a condamné F.________ à payer à U.________ une somme
de 817 fr. 65 à titre d'intérêts jusqu'à l'annulation de la carte de crédit
(III), a condamné F.________ à payer à U.________ une somme de 1'387 fr. à titre
de frais d'encaissement (IV), a condamné F.________ à payer à U.________ une somme de
103 fr. 30 à titre de frais de poursuite (V), a prononcé la mainlevée définitive
de l'opposition formée au commandement de payer n° [...] à concurrence de 18'888 fr. 25
(VI), a mis les frais judiciaires, par 2'460 fr., à la charge de F.________ (VII), a condamné
F.________ à payer 2'460 fr. à U.________ en remboursement des frais judiciaires avancés
par celle-ci (VIII), a dit qu'il n'était pas alloué de dépens (IX) et a rejeté toutes
autres ou plus amples conclusions (X).

 

             
En droit, les premiers juges ont retenu que rien n’empêchait R.________GmbH, société
émettrice de la carte de crédit détenue par F.________, de céder la créance
et tous les droits accessoires qu’elle détenait contre ce dernier. La cession opérée
par R.________GmbH en faveur d’U.________ était dès lors valable, de sorte que cette
dernière avait la légitimation active dans l’action en paiement ouverte contre F.________.
Les premiers juges ont par ailleurs considéré que la créance était exigible et que
F.________ avait été valablement mis en demeure de la régler. L’intéressé
n’avait pas établi avoir contesté les relevés de sa carte de crédit, ne serait-ce
qu’une fois, conformément aux conditions d’utilisation des cartes de crédit de
R.________GmbH. Au vu des exigences posées par les conditions précitées, on ne pouvait
considérer que des paiements partiels de relevés vaudraient contestation. Quant au taux d’intérêt
réclamé, il était en deça du taux maximum autorisé par l’art. 14 LCC (loi
fédérale sur le crédit à la consommation du 23 mars 2001 ; RS 221.214.1) et
avait été systématiquement indiqué sur les relevés qui avaient été
admis par F.________. Pour le surplus, quel que soit le délai de prescription applicable à
la créance principale, de cinq ans comme le soutenait F.________, ou de dix ans, la prescription
n’était pas atteinte, dans la mesure où elle avait commencé à courir à
partir du compte final arrêté le 
10
mars 2018. Enfin, aucun anatocisme ne pouvait être retenu, dès lors que les parties se trouvaient
dans une relation de compte courant et qu’en la matière – lorsque le solde a été
arrêté et reconnu – les intérêts et les commissions deviennent capital par
novation et portent eux-mêmes intérêts. En définitive, il y avait donc lieu de prononcer
la mainlevée définitive de l’opposition formée par F.________ au commandement de
payer que lui avait fait notifier U.________.

 

 

B.             
Par acte du 10 mars 2022, F.________ (ci-après
: l'appelant) a interjeté appel de ce jugement, en prenant les conclusions suivantes :

 

             
« I.              Rejette
les conclusions de la demande déposée le 13 août 2020 par U.________ contre F.________.

 

             
II.              Dit que F.________
n’est pas débiteur de U.________ de la somme de Fr. 16'580.30 avec intérêt à
12 % dès le 10 mars 2018.

 

             
III.              Dit que les conclusions
prises par U.________ en paiement des sommes de Fr. 817.65 et Fr. 1'387.00 sont irrecevables, subsidiairement
que F.________ n’est pas débiteur et ne doit pas paiement des sommes 
Fr.
817.65 et Fr. 1'387.00 selon chiffres III et IV du dispositif du jugement.

 

             
IV.              Dit que la conclusion
V est irrecevable et annulée.

 

             
V.              Dit que la conclusion
VI tendant à ce que le juge prononce la mainlevée définitive de l’opposition faite
au commandement de payer poursuite 
N°
[...] de l’Office des poursuites de [...], notifié le 21 juin 2018, est nulle partant irrecevable
et qu’elle est en conséquence annulée purement et simplement.

 

             
VI.              Dit que l'opposition
au commandement de payer poursuite N° 8'766'676, notifié le 21 juin 2018, est maintenue dans
tous ses effets.

 

             
VII.              Réforme les chiffres
VII et VIII du dispositif du jugement en ce sens que les frais de première instance par Fr. 2'460.00
(deux mille quatre cent soixante) sont mis à la charge de la demanderesse et qu’ils seront
prélevés sur l’avance de frais que celle-ci a versée au Tribunal, de même que
les frais du présent appel par francs … ?

 

             
VIII.              Confirme le chiffre
IX du dispositif du jugement. »

 

             
Le 30 mars 2022, l’appelant a versé l’avance de frais requise à hauteur de 788
francs.

 

             
Dans sa réponse du 22 septembre 2022, U.________ (ci-après : l’intimée) a conclu
au rejet de l’appel, avec suite de frais.

 

             
Le 7 octobre 2022, l’appelant a déposé une réplique spontanée, confirmant les
conclusions formulées dans son mémoire d’appel. 

 

 

C.             
La Cour d'appel civile retient les faits pertinents suivants, sur la base du jugement complété
par les pièces du dossier :

 

             
1. L’intimée U.________ est une société
anonyme de droit suisse dont le but social est, notamment et en substance, le recouvrement de créances.
Inscrite au Registre du commerce du canton de Zurich, elle à son siège à [...].

 

             
L’appelant F.________, né le [...] 1934, est domicilié à [...].

 

             
2. Le
23 janvier 2001, l’appelant a signé une demande de carte de crédit « Qualiflyer
VISA Gold », par laquelle il a notamment déclaré accepter les conditions mentionnées
au verso relatives à l’utilisation des cartes Eurocard/Mastercard et Visa pour particuliers
du Q.________.

 

             
3.
Par courrier du 27 avril 2015, l’appelant a été informé de modifications importantes
relatives à ses cartes de crédit, à savoir que depuis le 
1er
juillet 2015, R.________GmbH devenait l’émettrice des cartes de crédit en lieu et place
de Q.________, la relation de carte entre l’appelant et Q.________ étant en conséquence
transférée à cette date par Q.________ à R.________GmbH.

 

             
4.
Du 30 avril 2004 au 10 mars 2018, l’appelant a reçu chaque mois les factures relatives à
sa carte de crédit. Elles comportaient le détail des transactions effectuées, avec l’indication
que le taux d’intérêts s’élevait à 15 % l’an.

 

             
5. Le
15 mars 2018, R.________GmbH a cédé à l’intimée sa créance par un acte
ainsi conçu :

 

             
6.
Par courrier du 16 mars 2018 intitulé « Avis de paiement », l’intimée
a informé l’appelant du fait que les rappels de R.________GmbH étant restés vains,
elle était désormais chargée de recouvrer la créance ci-dessous :

 

             
« Créance principale             
CHF              16'580.30

             
Intérêts à 15 % au 16.03.2018             
CHF              866.00

             
Vérification de solvabilité             
CHF              35.00

             
Dommage de retard              CHF             
1'387.00

             
Solde en notre faveur              CHF             
18'868.30 »

 

             
L’intimée précisait que si l’appelant se trouvait dans l’impossibilité
de régler la totalité de ce montant en une fois, il avait la faculté de remplir un formulaire
de requête de paiement échelonné ou de la contacter afin de prévoir un arrangement
de paiement. A défaut de contact ou de paiement dans les dix jours, l’intimée se réservait
la possibilité de demander l’encaissement de sa créance par voie de poursuite.

 

             
7. Le
11 juin 2018, l’intimée a fait notifier à l’appelant un commandement de payer les
montants précités de 16'580 fr. 30, 817 fr. 65, 35 fr. et 1'387 fr., ainsi que de 103 fr. 30
à titre de frais de poursuite.

 

             
Le 21 juin 2018, l’appelant a formé opposition totale au commandement de payer (poursuite
n° [...]).

 

             
8.
Par la suite, les parties ont échangé de nombreuses correspondances à propos des montants
réclamés par l’intimée, l’appelant demandant, notamment et en substance, qu’il
lui soit indiqué les relevés mensuels en capital qui n’auraient pas été payés,
ainsi que le relevé détaillé des intérêts, et contestant le taux d’intérêt
appliqué. 

 

             
9.
Par courrier du 17 décembre 2018, l’intimée a fait parvenir à l’appelant une
copie de la facture R.________GmbH datée du 10 mars 2018, faisant état d’un solde de
17'397 fr. 95. Il était précisé que ce montant se composait de la créance principale
et des intérêts de 817 fr. 65 jusqu’à l’annulation de la carte. Quant au taux
d’intérêt de 15 %, il était indiqué sur chaque facture et réputé
accepté si la facture n’était pas contestée dans les 30 jours dès réception.

 

             
La facture jointe à ce courrier se présentait comme suit : 

 

             
10.
a)
Par demande du 13 août 2020 adressée au Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte,
l’intimée a conclu à ce que l’appelant soit reconnu son débiteur des montants
de 16'580 fr. 30 à titre de créance principale, plus intérêts à 
12
% dès le 10 mars 2018, de 817 fr. 65 à titre d’intérêts jusqu’à
l’annulation de la carte de crédit, de 1'387 fr. à titre de frais d’encaissement
et de 103 fr. 30 à titre de frais de poursuite (1), à ce que la mainlevée définitive
de l’opposition formée par l’appelant au commandement de payer, poursuite n° [...]
du 8 juin 2018, soit prononcée (2) et à ce que l’appelant soit condamné à payer
tous les frais judiciaires et dépens de l’instance (3).

 

             
b) Le
25 septembre 2020, l’appelant a déposé une réponse par laquelle il a conclu, avec
suite de frais et dépens, à libération, soit au rejet des conclusions prises par l’appelant,
précisant contester « tant le principe que la quotité ». Par ailleurs,
il a conclu à l’irrecevabilité, soit au rejet de la conclusion tendant à la mainlevée
définitive de l’opposition au commandement de payer.

 

             
c) L’intimée
a déposé une réplique spontanée le 9 octobre 2020 et l’appelant une duplique
spontanée le 10 septembre (recte :
novembre) 2020. L’intimée s’est encore déterminée sur cette écriture
par courrier du 26 novembre 2020.

 

             
d)
Par courrier du 10 avril 2021, l’appelant a indiqué renoncer se présenter à l’audience
d’instruction et de plaidoiries finales du 15 avril 2021, son état de santé ne le lui
permettant pas.

 

             
Bien que régulièrement cité à comparaître, il ne s’est pas présenté
à cette audience, ni personne en son nom.

 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.

1.1             
L'appel est ouvert contre les décisions finales
de première instance dans les causes patrimoniales dont la valeur litigieuse, au dernier état
des conclusions devant l'autorité précédente, est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al.
1 
let. a et al. 2 CPC [Code de procédure
civile du 19 décembre 2008 ; RS 272]).

 

1.2             
Interjeté dans le délai légal de trente jours par une partie qui a un intérêt
digne de protection à l'appel (art. 59 al. 2 let. a CPC) et comportant des griefs et des conclusions
qui satisfont aux prescriptions de forme de l'art. 311 CPC, le présent appel est recevable.

 

 

2.             
L'appel peut être formé pour violation
du droit ou pour constatation inexacte des faits (art. 310 CPC). L'autorité d'appel peut revoir
l'ensemble du droit applicable, y compris les questions d'opportunité ou d'appréciation laissées
par la loi à la décision du juge, et doit le cas échéant appliquer le droit d'office
conformément au principe général de l'art. 57 CPC (Tappy, Les voies de droit du nouveau
Code de procédure civile, JdT 2010 III 134). Elle peut revoir librement la constatation des faits
sur la base des preuves administrées en première instance (ibidem, p. 135). Le libre pouvoir
d'examen ne signifie pas que le juge d'appel soit tenu, comme une autorité de première instance,
d'examiner toutes les questions de fait ou de droit qui peuvent se poser, lorsque les parties ne les
font plus valoir devant lui. Sous réserve de vices manifestes, il peut se limiter aux arguments
développés contre le jugement de première instance dans la motivation écrite (ATF
142 III 413 consid. 2.2.4, JdT 2017 II 153 ; TF 4A_536/2017 du 3 juillet 2018 consid. 3.2 ; TF 5A_605/2018
du 
7 décembre 2018 consid. 5.3 ; TF
5A_437/2020 du 17 novembre 2020 consid. 4.2.1). Cette jurisprudence ne remet pas en cause la liberté
conférée aux juges d'admettre l'appel en s'appuyant sur un argument non explicitement discuté
par les parties (TF 4A_313/2019 du 19 mars 2020 consid. 3).

 

 

3.

3.1             
Dans un premier moyen, l'appelant conteste la
recevabilité de la demande, en faisant valoir que l'action a été intentée après
l'échéance du délai de péremption du droit de requérir la continuation de la
poursuite, posé à l'art. 88 
al.
2 LP (loi fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite ; RS 281.1)
et que le jugement ne pourra donc pas être exécuté.

 

3.2

3.2.1             
Selon l'art. 60 CPC, le tribunal examine d'office si les conditions de recevabilité sont remplies.
Aux termes de l'art. 59 al. 1 et al. 2 let. a CPC, le tribunal n'entre en matière que sur les demandes
et les requêtes qui satisfont aux conditions de recevabilité de l'action (al. 1) ; ces conditions
sont notamment les suivantes : le demandeur ou le requérant a un intérêt digne de protection
(al. 2 let. a).

 

             
Ainsi, pour que le juge soit tenu d'entrer en matière sur une demande, le demandeur doit justifier
d'un intérêt digne de protection à ce que le juge se prononce sur sa demande. Tel n'est
pas le cas si l'admission de la demande ne changerait rien à la situation du demandeur ou ne lui
apporterait aucun avantage, par exemple si, en cas d'admission de la demande, le jugement serait absolument
inexécutable.

 

3.2.2             
Conformément à l'art. 88 al. 2 LP, le
droit de requérir la continuation de la poursuite se périme par un an à compter de la
notification du commandement de payer, ce délai ne courant toutefois pas, en cas d'opposition, entre
l'introduction de la procédure judiciaire ou administrative et le jugement définitif.

 

             
L'expiration de ce délai empêche le
jugement de mainlevée de produire des effets sur l'avancement des poursuites, mais elle ne l'empêche
pas de produire ses effets au fond (cf. André Schmidt, in CR-LP, 2e
éd. 2005, n. 16 ad art. 79 p. 326).

 

3.3             
En l'espèce, le commandement de payer n°
[...] a été notifié à l'appelant, poursuivi, le 11 juin 2018. La requête de
conciliation a été déposée le 
14
février 2020, soit plus d'une année après la notification du commandement de payer et
sans que l'intimée prétende être en droit de se prévaloir d'une date antérieure
en application, par exemple, de l'art. 63 al. 1 CPC. Le prononcé de la mainlevée à l'issue
de la présente procédure ne permettait pas la continuation de la poursuite, de sorte que l'intimée
ne justifie d'aucun intérêt à un tel prononcé. Le chef de conclusions de sa demande
qui tendait au prononcé de la mainlevée définitive aurait dès lors dû être
déclaré irrecevable. Dans cette mesure, le premier moyen de l'appelant se révèle
fondé.

 

             
Cependant, la péremption du droit de requérir la continuation de la poursuite ne prive pas
les autres conclusions de l'intimée — à savoir ses conclusions condamnatoires —de
tout intérêt. En effet, le jugement de ces conclusions mettra fin à la contestation civile
avec autorité de chose jugée. En cas d'admission, il permettra à l'intimée d'exercer
de nouvelles poursuites sans avoir à intenter, en cas d'opposition, une nouvelle action en reconnaissance
de dette. Le premier moyen de l'appelant doit dès lors être rejeté dans la mesure où
il concerne les autres conclusions de l'intimée que celle tendant au prononcé de la mainlevée
définitive.

 

 

4.

4.1             
Dans un deuxième moyen, l'appelant conteste
la validité de la cession de créance du 15 mars 2018, par laquelle R.________GmbH a cédé
à l'intimée les prétentions qui font l'objet du présent procès. Il soutient
que cet acte est une cession à fin d'encaissement et qu'une telle cession, qui ne cherche pas à
transférer un patrimoine, est nulle, dans la mesure où elle est destinée à éluder
les règles de droit public sur la représentation des parties en justice.

 

4.2

4.2.1             
La légitimation active (ou titularité
du droit) est une question de droit matériel. Il appartient au demandeur de prouver les faits dont
il déduit qu'il est le titulaire légitime du droit litigieux. S'il n'y parvient pas, la demande
doit être rejetée, avec autorité de chose jugée (cf. Bohnet, Commentaire romand,
Code de procédure civile, 2e
éd. 2019, n. 94 ad art. 59 p. 198/199).

 

4.2.2             
Aux termes de l'art. 164 al. 1 CO (Code des obligations
du 30 mars 1911 ; RS 220), le créancier peut céder son droit à un tiers sans le consentement
du débiteur, à moins que la cession ne soit interdite par la loi, la convention ou la nature
de l'affaire. En principe, la cession d'une prétention incessible n'est pas valable et demeure sans
effet. En particulier, si l'incessibilité résulte d'une interdiction légale, la cession
est illicite et, conformément à l'art. 20 CO, nulle ; en pareil cas, le juge doit prendre d'office
en considération l'invalidité de la cession (ATF 123 III 60 consid. 3b).

 

4.2.3             
La cession aux fins d'encaissement – c'est-à-dire la cession à titre fiduciaire par laquelle
le cédant transfert la titularité de la créance au cessionnaire, à charge pour celui-ci
d'entreprendre, sous son propre nom, les démarches nécessaires au recouvrement, y compris d'agir
en justice ou d'exercer des poursuites pour dettes, puis de rétrocéder la créance au cédant
en cas d'échec ou de lui transmettre les montants obtenus du débiteur sous déduction de
ses honoraires et frais – est en principe valable (ATF 87 II 203 consid. 2b, p. 206). Toutefois,
elle est nulle si elle tombe sous le coup d'une interdiction légale (art. 20 CO), notamment si elle
constitue un cas de fraude à la loi, c'est-à-dire si elle poursuit un but contraire au droit
(ATF 123 III 60 consid. 4c p. 63 ; ATF 50 II 150 consid. 5). Ainsi, le Tribunal fédéral a constaté
la nullité d'une cession d'une créance litigieuse à une personne dépourvue de l'autorisation,
alors cantonale, d'exercer la profession d'avocat, ce détour devant lui permettre de représenter
professionnellement le cédant devant la justice, en violation du monopole des avocats (ATF 87 II
203 consid. 2b). De même, est nulle la cession de prétentions salariales à un syndicat,
lorsqu'elle tend à éluder une règle de procédure, alors cantonale, relative à
la représentation devant la juridiction des prud'hommes (TF 4C.39/1989 du 29 avril 1991 consid.
4, publié in SJ 1993, p. 37 3 ; autres exemples in Spirig, Zürcher Kommentar, 1993, n. 127
ad 
art. 164 CO).

 

             
Depuis l'entrée en vigueur du CPC, le 1er
janvier 2011, la représentation des parties en justice est régie en premier lieu par le droit
fédéral. Que les règles sur la représentation des parties en justice relèvent
désormais du droit fédéral ne change rien cependant au raisonnement à tenir en cas
de fraude à la loi. Selon l'art. 68 al. 2 CPC, seuls sont autorisés à représenter
ou assister professionnellement les parties devant les tribunaux les avocats autorisés en vertu
de la LLCA (loi fédérale du 
23
juin 2000 sur la libre circulation des avocats ; RS 935.61) (let a), devant les autorités de
conciliation ou dans les affaires soumises à la procédure simplifiée ou sommaire, en outre
les agents d'affaires ou agents juridiques brevetés si le droit cantonal le prévoit (let. b),
dans les affaires soumises à la procédure sommaire par l'art. 251 CPC, en outre les représentants
professionnels au sens de l'art. 27 LP (let. c) et, enfin, devant les juridictions spéciales en
matière de contrat de bail ou de contrat de travail, en outre les mandataires professionnellement
qualifiés si le droit cantonal le prévoit (let. d). Dans le canton de Vaud, seuls les avocats
et les agents d'affaires brevetés sont autorisés à représenter professionnellement
les parties dans une réclamation pécuniaire soumise à la procédure simplifiée
(art. 243 al. 1 CPC ; art. 2 al. 1 let. a LPAg [loi sur la profession d’agent d’affaires
breveté du 20 mai 1957 ; BLV 179.11]).

 

4.3             
En l'espèce, l'intimée est une société
de recouvrement, qui exerce l’activité d’encaissement de créances à titre
professionnel. Elle s'est fait céder la créance litigieuse à titre fiduciaire aux fins
de tenter, contre rémunération, de la recouvrer. Cette finalité ressort non seulement
de l’intitulé (« Inkassozession ») de l’acte de cession, mais également
de son chiffre 2 dont la teneur est la suivante : « Die Zessionarin wird die Forderung
in eigenem Namen, notfalls auf dem Betreibungs- und Prozesswege, eintreiben
(souligné par la réd.) ». Or, le verbe eintreiben signifie « recouvrer,
mettre en recouvrement » (cf. www.deepl.com/fr/
translator).

 

             
Comme on vient de le voir, la cession aux fins d’encaissement est en principe valable, à moins
qu’elle ne réalise une fraude à la loi, à savoir que le but poursuivi par la cession
est contraire au droit. Tel est notamment le cas lorsqu’elle vise à éluder les règles
sur la représentation professionnelle en justice. En l’occurrence, l'art. 27 LP ne restreignant
plus, depuis l'entrée en vigueur, le 
1er
janvier 2018, de la modification du 25 septembre 2015 (RO 2016 3643), la représentation professionnelle
dans les procédures d'exécution forcée, on ne discerne pas quel but cette cession pourrait
poursuivre, sinon d'éviter à la mandante – cédante de la créance – d'avoir
à agir elle-même en justice ou à mandater un représentant professionnel autorisé,
soit un avocat ou un agent d'affaires breveté.

 

             
Il est vrai que dans un arrêt du 25 juillet 2016, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal
a considéré que la cession de la créance en faveur de la société de recouvrement
ne constituait pas un cas de fraude à la loi, parce que, dans le cas qui l'occupait, la société
de recouvrement cessionnaire avait procédé avec l'assistance d'un avocat dûment enregistré
(CREC 25 juillet 2016/291). Or, tel n'est précisément pas le cas en l'espèce, où
l'intimée procède sans l'assistance d'aucun mandataire professionnel autorisé.

 

             
Dans cette mesure, il y a lieu de retenir que la cession de créance du 15 mars 2018 apparait contraire
au droit en tant qu’elle tend à contourner les règles cantonales sur la représentation
professionnelle des parties devant les tribunaux civils ; il convient dès lors de constater sa nullité,
conformément aux art. 20 et 164 
al.
1 CO.

 

 

5.

5.1             
En conclusion, l'appel doit être admis et le jugement réformé en ce sens que la demande
de l'intimée est rejetée dans la mesure où elle est recevable, à ses frais.

 

5.2             
Les frais judiciaires de deuxième instance,
arrêtés à 788 fr. (art. 62 al. 1 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre
2010 ; BLV 270.11.5), seront mis à la charge de l’intimée, qui succombe (art. 106
al. 1 CPC). L'intimée versera à l’appelant la somme précitée de 788 fr. à
titre de restitution de l'avance de frais de deuxième instance (art. 111 al. 2 CPC).

 

5.3             
Lorsqu’une partie procède sans représentant
professionnel, elle n'a droit à une indemnité équitable pour ses démarches, en sus
du remboursement de ses débours nécessaires (art. 95 al. 3 lit a CPC), que dans les cas où
cela se justifie (art. 95 al. 3 let. c CPC ; cf. TF 5D_229/2011 du 16 avril 2012 consid. 3.3 s'agissant
d'éventuels dépens alloués à un canton). Selon le Message du Conseil fédéral
(FF 2006 6905), l'art. 95 al. 3 let. c CPC vise notamment la perte de gain d'un indépendant. Le
fait que l'activité déployée par une partie non assistée d'un avocat lui occasionne
des frais susceptibles d'indemnisation est exceptionnel et nécessite une motivation particulière
(TF 5A_741/2018, 5A_772/2018 du 18 janvier 2019 consid. 9.2 ; 4A_355/2013 du 22 octobre 2013 consid.
4.2).

 

             
L’appelant, qui a procédé sans
l'assistance d'un mandataire professionnel, n'établit pas ses débours nécessaires ni ne
s'explique sur les frais engagés et le temps utilisé pour la procédure d’appel.
Il ne lui sera dès lors pas alloué de dépens pour cette dernière procédure (art.
95 al. 3 a contrario
CPC). 

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour d’appel civile

prononce
:

 

             
I.             
L’appel est admis.

 

             
II.             
Le jugement du 26 avril 2021 est annulé. 

 

             
III.             
Il est statué à nouveau comme il suit :

 

             
I.-              Dans la mesure où
elle tend au prononcé de la mainlevée définitive de l’opposition formée au
commandement de payer 
n° [...], la
demande présentée le 13 août 2020 par U.________ contre F.________ est irrecevable.

 

             
II.-              Pour le surplus, la
demande présentée le 13 août 2020 par U.________ contre F.________ est rejetée.

 

             
III.-              Les frais judiciaires
de première instance, arrêtés à 2'460 fr. (deux mille quatre cent soixante francs),
sont mis à la charge d’U.________.

 

             
IV.-              Il n’est pas
alloué de dépens de première instance.

 

             
V.-              Toutes autres ou plus
amples conclusions sont rejetées.

 

             
IV.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 788 fr. (sept cent huitante-huit
francs), sont mis à la charge de l’intimée U.________.

 

             
V.             
L’intimée U.________ doit verser 788
fr. (sept cent huitante-huit francs) à l’appelant F.________ en remboursement des frais judiciaires
de deuxième instance avancés par celui-ci.

 

             
VI.             
L’arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est
notifié à :

 

‑             
M. F.________, personnellement,

‑             
U.________,

 

             
et communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de La Côte.

 

 

             
La Cour d’appel civile considère que la valeur litigieuse est inférieure à 30'000
francs.

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), le cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss
LTF. Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la
valeur litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et
de droit du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100 al. 1 LTF).

 

             
La greffière :