# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 5a14dce2-e12c-5529-95bd-bcf7a727c101
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2022-12-20
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre administrative 20.12.2022 A/2110/2022
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_013_A-2110-2022_2022-12-20.pdf

## Full Text

R É P U B L I Q U E  E T  
 

C A N T O N  D E  G E N È V E  

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  
A/2110/2022-DOMPU ATA/1277/2022  

COUR DE JUSTICE 

Chambre administrative  

Arrêt du 20 décembre 2022 

 

    dans la cause  

 

A______ 
  

contre 

DÉPARTEMENT DE LA SÉCURITÉ, DE LA POPULATION ET DE LA SANTÉ 
 

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A/2110/2022 

EN FAIT 

1)  Le 23 mai 2022, l’A______ (ci-après : l’Église), représentée par Monsieur 
B______, pasteur, a déposé une demande d'autorisation de manifestation auprès 
du département de la sécurité, de la population et de la santé (ci-après : le 
département) en vue de la célébration du baptême d'un adulte, par immersion dans 
le lac Léman (ci-après : le lac), le dimanche 3 juillet 2022 entre 8h45 et 9h45, à la 
plage C______ (ci-après : la plage) dans la commune de D______ (ci-après : la 
commune), en présence de ses proches amis et de sa famille (pour un total 
annoncé de  
septante-cinq participants), avec des explications sur le baptême, déclaration de 
foi du baptisé, éventuellement prière pour le baptisé ainsi que courts chants a 
cappella, étant précisé que la célébration du culte suivrait dans leur chapelle. 

2)  La police municipale des communes d'E______, F______, D______, 
G______, H______, I______ et J______ a délivré à l’Église, le 31 mai 2022, une 
autorisation en vue de cette manifestation, fondée sur la loi sur la restauration, le 
débit de boissons, l’hébergement et le divertissement du 19 mars 2015 
(LRDBHD - I 2 22) et du règlement d'exécution de la loi sur la restauration, le 
débit de boissons, l'hébergement et le divertissement du 28 octobre 2015 
(RRDBHD - I 2 22.01), avec la précision que ni la musique, ni un amplificateur 
de son n'étaient autorisés. 

3)  Par décision du 27 juin 2022, le département a refusé la demande 
d'autorisation pour la manifestation cultuelle du 3 juillet 2022 et interdit tout 
rassemblement qui se formerait à cette fin. 

  La loi sur les manifestations sur le domaine public du 26 juin 2008 
(LMDPu - F 3 10) posait le principe d'une autorisation pour l'organisation d'une 
telle manifestation. La loi sur la laïcité de l’État du 26 avril 2018 (LLE - A 2 75) 
consacrait le principe que les manifestations religieuses cultuelles se déroulaient 
sur le domaine privé (art. 6 al. 1). Elles pouvaient néanmoins être autorisées sur le 
domaine public après examen, par l'autorité compétente, des risques qu'une telle 
manifestation pouvait faire courir à la sécurité publique, à la protection de l'ordre 
public ou à la protection des droits et libertés d'autrui (art. 6 al. 2 et 4 LLE). Il 
ressortait de l’art. 3 du règlement d'application de la LEE du 17 juin 2021 (RLE - 
A 2 75.01) que seules les organisations religieuses admises à avoir des relations 
avec l'État pouvaient demander l'autorisation d'organiser des manifestations 
religieuses cultuelles sur le domaine public, aux conditions fixées aux art. 3 à 6 
dudit règlement. Ce n’était que si la demande était « recevable », qu’elle était 
soumise « à l’examen préalable prévu à l’art. 6 al. 4 LLE ». Si cet examen 
permettait d'autoriser la manifestation en question, celle-ci était, dans un second 
temps, soumise aux critères de la LMDPu.  

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  Sous l’angle de sa « recevabilité », la demande portait sur l’autorisation 
d’une manifestation religieuse cultuelle sur le domaine public. Les cours d'eau 
faisaient partie du domaine public, définition qui s'appliquait également au lac et à 
ses berges (art. 6 al. 2 LLE ; art. 3 al. 1 et 4 de la loi sur les eaux du 5 juillet 1961 
-  
LEaux-GE - L 2 05). Le baptême était un rite partagé par la quasi-totalité des 
églises chrétiennes. Il consistait en une pratique fixée par la religion et marquait 
l’engagement du croyant dans une nouvelle vie spirituelle au regard de la divinité. 
En l’espèce, l'Église ne faisait pas partie d’une organisation religieuse admise à 
des relations avec l'État au sens des art. 4 LLE et 3 ss RLE. Elle ne remplissait 
ainsi pas « la condition nécessaire pour entretenir des relations avec l’État en ce 
qui concern[ait] les autorisations des manifestations religieuses cultuelles sur le 
domaine public de l’art. 6 al. 2 LLE ». Partant, « les conditions nécessaires » à la 
délivrance de l’autorisation sollicitée n’étaient pas réalisées.   

4)  L’Église, représentée par Monsieur K______, président du comité 
d’association, a formé recours contre cette décision par acte expédié le 28 juin 
2022 à la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre 
administrative). Elle a conclu que le refus de l'État « d’évaluer [sa] demande au 
sens de l’art. 6 al. 2 LLE » violait le principe de la liberté religieuse et que 
l’interdiction de tenir un baptême au bord du lac était une restriction injustifiée, 
non nécessaire et disproportionnée de sa liberté religieuse. L'État se devait 
d'autoriser cette manifestation et partant la chambre administrative la lui donner. 
Toute sanction, contravention ou amende liée à la tenue de cette manifestation 
devrait être annulée.  

  Elle avait par le passé et pour la dernière fois le 25 août 2019, procédé à 
plusieurs reprises à des baptêmes d'adultes dans le lac, à la plage, avec 
l'autorisation tacite ou explicite de la commune. À chaque fois, le baptême s'était 
déroulé paisiblement sans que les autres usagers de la plage, en général peu 
nombreux à cette heure matinale, ne se montrent importunés. Le 18 mai 2022, une 
assistante administrative de la commune lui avait indiqué que pour une 
manifestation religieuse sur le domaine public, il fallait désormais remplir un 
formulaire destiné au département, ce qu'elle avait fait le 19 mai suivant. Le 14 
juin 2022, un représentant du département avait dit au pasteur, par téléphone, que 
le baptême envisagé le 3 juillet 2022 n'était pas autorisé, ce qui avait été confirmé 
lors d'une rencontre avec deux représentants du département le 16 juin 2022. À 
cette occasion, elle avait demandé au département de rendre une décision écrite 
susceptible de recours. 

  L’État ne démontrait pas en quoi l'atteinte à la liberté de conscience et de 
croyance, telle qu'ancrée aux art. 15 de la Constitution fédérale de la 
Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. - RS 101) et 9 de la Convention de 
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 

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1950 (CEDH - RS 0.101), causée par l'interdiction de célébrer un baptême dans 
un espace public, conformément à l'art. 6 al. 1 et 2 LLE, serait légitimée par un 
intérêt prépondérant, ni a fortiori en quoi elle serait proportionnelle au but visé. Se 
prévalant de l’arrêt du Tribunal fédéral considérant l’interdiction de principe des 
manifestations religieuses cultuelles sur le domaine public comme non conforme à 
la Cst., l’Église estimait que l’État devait fonder son refus sur des motifs 
spécifiques – ce qu’il n’avait pas fait – et non sur sa seule nature religieuse ou 
cultuelle. Au regard des précédents et du bon sens, la manifestation prévue n'était 
pas propre à causer des troubles publics, ni à mettre en danger la paix 
confessionnelle ou à limiter la liberté d'autrui, puisqu'elle serait courte, 
circonscrite et se déroulerait à une heure de faible affluence. 

  La chambre administrative devait déterminer si le RLE interdisait 
réellement à l'État de répondre sur le fond à une demande d'autorisation de 
manifestation déposée par une organisation religieuse n'ayant pas accompli la 
démarche conduisant à entretenir des relations avec lui. En outre, une telle 
pratique, indépendamment de son bien-fondé réglementaire, violerait la liberté 
religieuse et de conscience, un règlement étatique ne pouvant mettre de condition 
restrictive à son rôle de statuer sur l’application de ce droit fondamental. Selon la 
jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme (ci-après : 
CourEDH), l’exercice de la liberté religieuse, y compris la liberté de manifester sa 
croyance en communauté et en public, ne pouvait pas être conditionnée par une 
forme préalable d’enregistrement ou de reconnaissance étatique, cette position 
étant également partagée par le Rapporteur spécial des Nations unies pour cette 
liberté. 

  Dans la mesure où des baptêmes dans le lac avaient été autorisés sous le 
régime de la LLE, avant l'adoption du RLE, pour des associations similaires à la 
sienne, la nécessité d'une telle restriction de la liberté religieuse n'était pas 
apparente. Le RLE aggravait la restriction des droits fondamentaux par rapport à 
la LLE, alors qu'il n'était qu'un règlement sans sanction démocratique directe. 
Rien dans la LLE ne justifiait que le RLE limite ainsi l’exercice du droit prévu à 
l’art. 6 al. 2 LLE aux communautés ayant établi des rapports avec l’État. 

5)  Par décision du 1er juillet 2022, la chambre administrative a rejeté la 
demande de mesures provisionnelles formée par l'Église visant à pouvoir procéder 
au baptême prévu deux jours plus tard. 

6)  Le département a conclu le 15 août 2022 au rejet du recours. 

  Après avoir constaté que l’Église ne figurait pas sur la liste des 
organisations religieuses admises à des relations avec l’État au sens de l’art. 6 al. 
5 RLE, il refusait « le glissement sémantique rédui[sant] la liberté de conscience 
et de croyance à la seule "liberté religieuse" », soulignant que « toutes les 
convictions et croyance se val[ai]ent à l’aune de la protection [garantie par] la 

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liberté de conscience et de croyance ». Il présentait ses définitions des termes 
« croyance », « foi », « conviction », « athéisme » et « laïcité ». Ce dernier terme 
était un principe juridique définissant le rapport entre l’État et les croyances et non 
une conviction ni une croyance. Il distinguait également les manifestations 
religieuses non cultuelles, visant la communication et/ou diffusion d’informations 
sur le contenu d’une croyance et les manifestations religieuses cultuelles, ayant 
pour but l’accomplissement d’un culte, d’un rite ou d’une pratique religieuse et 
pouvant être pratiquées individuellement ou en collectivité. Le département 
estimait que le texte de l’art. 9 CEDH était plus complet que les art. 15 Cst. et 25 
de la Constitution de la République et canton de Genève du 14 octobre 2012 (Cst-
GE - A 2 00) et que l’art. 10 CEDH relatif à la liberté d’expression, constituant 
une lex specialis, ne s’appliquait pas aux manifestations cultuelles. Il concluait 
que la liberté de conscience et de croyance ne fondait pas directement un droit de 
pratiquer sa foi par des cultes dans l’espace public. 

  Au titre de restriction admissible de ladite liberté, l’exigence de la base 
légale était respectée, l’atteinte ici en cause étant légère. Le chapitre II de la LLE 
(art. 4 ss) énumérerait « les relations qui nécessit[ai]ent un cadre approprié » 
parmi lesquelles figureraient les manifestations religieuses au sens de l’art. 6 LLE. 
L’art. 4 RLE s’inscrivait dans le cadre légal des art. 4 LLE et 3 let. c RLE. Ainsi, 
l’organisation religieuse « souhaitant entretenir des relations avec l’État au sens 
des art. 5, 6, 8 et 9 de la loi » devait signer et respecter la déclaration 
d’engagement visée à l’art. 4 RLE (art. 3 let. c RLE), notamment accepter la 
diversité des approches philosophiques, spirituelles ou religieuses (let. b) et rejeter 
toute forme de discrimination ou de dénigrement à l’égard d’une personne ou d’un 
groupe de personnes, en raison notamment « de leur orientation ou de leur identité 
sexuelle, de leur identité ou de leur expression de genre » (let. d). Selon le 
département, cet engagement de respect concernait le rapport des organisations 
religieuses avec les particuliers ; il était un moyen, pour les autorités, de veiller au 
respect des droits fondamentaux dans les relations des particuliers entre eux 
conformément à l’art. 35 al. 3 Cst. En cas de décision positive du Conseil d’État 
quant à l’admission d’une organisation religieuse, celle-ci était inscrite sur une 
liste consultable au département (art. 6 al. 1 et 5 RLE). Le département estimait en 
outre que ces conditions s’appliquaient uniquement aux manifestations religieuses 
cultuelles. Les manifestations religieuses non cultuelles étaient exclues du champ 
d’application de la LLE et du RLE en vertu de l’art. 6 al. 3 LLE et soumises 
uniquement au motif de refus posé par la LMDPu (à savoir des motifs d’ordre 
public au sens de l’art. 5 al. 1 LMDPu). En revanche, les manifestations 
religieuses cultuelles pouvaient être refusées non seulement pour des motifs de 
protection de l’ordre public, mais également en raison de la protection des droits 
et libertés d’autrui conformément à l’art. 6 al. 4 LLE. Ce second motif se 
retrouvait dans des termes identiques à l’art. 9 § 2 CEDH. 

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  Concernant l’exigence de l’intérêt public comme deuxième condition à la 
restriction de la liberté ici en cause, le département considérait que le Tribunal 
fédéral n’avait pas pris en compte tous les aspects de la problématique des intérêts 
en présence, dans son ATF 148 I 160 (arrêt 2C_1079/2019 du 23 décembre 2021) 
concernant le recours abstrait contre certaines dispositions de la LLE, y voyant 
une « porte entrouverte » pour compléter l’identification de l’intérêt public. Le 
refus de la manifestation litigieuse n’était in casu pas motivé par un danger pour 
l’ordre public, mais pour d’autres intérêts publics poursuivis par la LLE. Le 
département rappelait le choix politique du législateur cantonal d’exclure les 
manifestations religieuses cultuelles « dans les rues » afin de « préserv[er] la paix 
entre les différentes communautés ». S’écartant de l’approche suivie par le 
Tribunal fédéral dans l’arrêt susmentionné, il soulignait que le but de l’art. 6 al. 1 
et 2 LLE était de déclarer que la manifestation cultuelle n’avait pas sa place dans 
le domaine public car elle n’en avait pas besoin pour s’accomplir ; cette norme 
pouvait donc s’interpréter d’une autre manière qu’une interdiction de principe. 
L’espace privé était, selon le département, le lieu « adapté » à la pratique du culte 
puisque celui-ci ne véhiculait pas d’information à autrui, de sorte que le domaine 
public ne lui était pas nécessaire et que sa place « naturelle » était dans l’espace 
privé. Il ressortirait en outre de la jurisprudence de la CourEDH que le droit de 
pratiquer un culte dans n’importe quel lieu n’était pas un droit protégé par l’art. 9 
CEDH. L’art. 6 al. 4 LLE précisait, à titre de restriction possible, la sécurité 
publique, la protection de l’ordre public ou la protection des droits et libertés 
d’autrui. Le Tribunal fédéral n’avait examiné ni si « autrui », à savoir celui qui ne 
participait pas au culte pratiqué sur le domaine public, n’avait pas quelque droit et 
liberté à faire valoir dans cette situation, ni si d’autres intérêts publics que l’ordre 
public pouvaient être pris en compte. Dès lors, le régime d’autorisation était 
justifié par d’autres intérêts publics, propres à la LLE, à savoir la préservation de 
la paix religieuse (sérénité confessionnelle), la liberté de conscience et de 
croyance (en tant que liberté d’autrui) et le droit d’usage commun du domaine 
public (en tant que droit d’autrui). Ces trois volets étaient développés par le 
département. 

  Concernant la paix religieuse ou plutôt la « sérénité confessionnelle », le 
département relevait que le législateur genevois avait, à travers la LLE, décidé de 
mettre en œuvre une politique publique différente de celle de la Confédération, en 
mettant l’accent sur la préservation de la « paix religieuse » et non sur le droit 
individuel à la liberté religieuse garanti par l’art. 15 Cst. Le canton de Genève 
respectait la liberté de conscience et de croyance, mais avait déplacé « le curseur 
pour rééquilibrer la liberté religieuse de quelques-uns avec la préservation des 
libertés de conscience et de croyance de tous », conformément au principe de la 
laïcité ancré à l’art. 3 Cst-GE, la jurisprudence de la CourEDH admettant au 
surplus la paix religieuse et la tolérance dans une société démocratique comme un 
intérêt public équivalent à l’ordre public. La préservation de la paix 
confessionnelle impliquait pour l’État une obligation d’agir pour créer un climat 

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de tolérance et de respect mutuel au sein de la population s’agissant de « leurs 
convictions, de leurs croyances et leurs convictions de non-croyance », étant 
précisé que le caractère « mutuel ou réciproque » ne concernait pas uniquement 
les croyances mais également les convictions, y compris la protection des non-
croyants. D’une manière plus directe, le climat de tolérance et de respect imposait 
que « les croyants respectent également les droits et libertés des athées ». Pour 
Genève, ce « climat » « devait passer par un examen de la nécessité de l’exercice 
des libertés individuelles », en adoptant une « laïcité active » et une politique 
« proactive » propre à Genève et unique en Suisse, d’inspiration française. La 
chambre de céans était invitée à admettre « la sérénité confessionnelle, telle que 
[susdécrite, comme] un intérêt public distinct de l’ordre public, propre à la liberté 
religieuse et conforme au droit supérieur ». 

  Dans le deuxième volet précité, le département estimait que « la pratique 
d’un culte p[ouvait] être bornée par la protection des droits et libertés d’autrui ». Il 
soulignait que « l’intimité du lien uni[ssant] le croyant à sa foi et le non-croyant à 
sa conviction [était] de nature égale », que la croyance et la conviction n’étaient 
pas des « opinions mais des visions du monde » et qu’elles étaient les deux « une 
partie essentielle de l’identité intellectuelle de l’être humain ». La pratique d’un 
culte avait un effet plus perturbateur, pour un tiers y assistant, que la 
communication d’une opinion religieuse, vu que la pratique religieuse concernait 
l’intimité du for intérieur, qui était directement exposée aux tiers. Comme la 
croyance ou la conviction d’autrui étaient susceptibles d’être heurtées en présence 
d’un acte cultuel sur le domaine public, il existait, selon le département, un droit 
de l’athée et du croyant d’une autre religion à ce que l’intimité de sa foi ou de sa 
conviction ne soit pas heurtée sans nécessité. Le système d’autorisation mis en 
place à l’art. 6 al. 1 et 2 LLE permettait de prendre en compte ce droit d’autrui, 
dont la protection était « dans un rapport raisonnable avec le but de la sérénité 
religieuse poursuivie ». La neutralité de l’espace public se justifiait par le choix 
politique de préserver la paix religieuse en protégeant la sensibilité religieuse 
unissant le croyant et sa religion ainsi que la sensibilité philosophique unissant 
l’athée et sa conviction. Il était légitime pour le législateur cantonal de reconnaître 
le droit des individus de ne pas être exposés, sans nécessité, à une pratique 
religieuse à laquelle ils n’avaient pas sollicité d’être confrontés.  

  La protection du lien intime étant reconnue, il convenait de pondérer cet 
intérêt avec la liberté revendiquée par la recourante de pratiquer un culte sur 
l’espace public. L’interdiction querellée ne portait pas sur le culte en tant que tel, 
mais uniquement sur le lieu où il devait être exercé, en particulier s’agissant du 
domaine public. L’interdiction d’une manifestation religieuse cultuelle dans 
l’espace public n’entravait ni la substance ni le but de l’hommage religieux dont 
l’accomplissement ne concernait que les croyants, l’officiant et leur divinité et 
n’avait pas de valeur informative. La recourante ne justifiait pas la nécessité 
d’utiliser l’espace public. Selon le département, cette dernière estimait, sans 

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devoir justifier davantage son besoin, qu’elle pouvait l’exercer parce qu’elle y 
avait droit « sur la base de sa seule liberté de croyance et de ce qu’elle estim[ait], 
de son point de vue, que cela ne dérange[ait] personne ». Le département 
considérait qu’il ressortait du dossier que le choix de l’espace public pour un 
baptême ne répondait pas à d’autre besoin que celui de bénéficier « d’un cadre 
naturel esthétique pour cette cérémonie », l’accomplissement du rite ne 
nécessitant pas du domaine public ni le lieu visé par la demande et encore moins 
« la présence de tiers d’autre conviction ou croyance qui y seraient exposés sans 
qu’il l’aient désiré ». Il s’agissait « manifestement d’un choix de confort sort[ant] 
du cadre de l’essence du but poursuivi par la protection de la liberté 
fondamentale ». Ainsi, le but poursuivi par l’acte pouvait être atteint sans utiliser 
l’espace public, le fait que la recourante donnerait à cette cérémonie une 
signification symbolique particulière liée à sa croyance – ce qu’elle ne faisait pas 
– important peu.  

  Dès lors, le refus d’autoriser une cérémonie dans l’espace public était une 
atteinte légère au droit de pratiquer son culte. De l’autre côté de la balance se 
trouvait l’atteinte « symbolique » au droit d’autrui à ne pas être « inutilement » 
lésé dans l’intimité de sa conviction. Cette atteinte permettait de s’opposer à la 
tenue d’un culte sur l’espace public qui n’était protégé ni par la liberté 
d’expression, ni n’entrait dans l’essence du droit fondamental. L’absence de droit 
constitutionnellement protégé de pratiquer son culte dans l’espace public et 
l’absence de nécessité objective de l’espace public dans le cas concret faisaient 
pencher la balance des intérêts en faveur de la protection du sentiment religieux 
ou de l’intimité de la croyance des tiers. Cela se justifiait d’autant plus que la 
sérénité confessionnelle impliquait le respect mutuel et que la protection de la 
neutralité confessionnelle de l’espace public était un moyen de « donner aux 
athées une protection de leur conviction philosophique dans l’espace public 
similaire à la protection que l’État accord[ait] aux croyants dans les espaces 
privés ». La coexistence pacifique des croyants et des non-croyants passait par le 
respect « mutuel et réciproque » et non par « l’injonction morale de ne pas être 
choqué dans son for intérieur ». Compte tenu de la « potentielle violence 
psychologique » que pouvait subir autrui « dans le plus profond de sa 
conviction », le choix politique de privilégier la sérénité religieuse plutôt qu’un 
droit subjectif non protégé constitutionnellement était proportionnel au but 
recherché car la protection du droit des non-croyants (ou des croyants en autre 
chose) à jouir d’une sérénité confessionnelle sur l’espace public évitait cette 
« violence injustifiée » et entrait dans l’intérêt d’un climat de sérénité 
confessionnelle dans l’espace public. En l’espèce, la recherche du compromis 
penchait en faveur du respect de la conviction ou de la croyance d’autrui qui 
étaient « objectivement davantage lésés » que le droit subjectif de la recourante de 
pratiquer un culte sur l’espace public « sans nécessité ». 

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  S’agissant du troisième volet précité relatif à l’usage commun du domaine 
public, le département reprenait certaines des considérations évoquées plus haut, 
notamment le fait que la LLE poursuivait d’autres buts que celui de l’ordre public. 
Dans la mesure où le culte n’avait en l’espèce aucune nécessité de s’accomplir sur 
le domaine public, l’État devait garantir une priorité à l’usage commun. La 
demande litigieuse de culte sur l’espace public ne répondait à aucune nécessité 
« ni pratique ni légale » et la « simple raison de confort invoquée » ne justifiait 
pas de changer la destination du lieu et de priver l’usager de la jouissance du 
domaine public. 

  Enfin, sous l’angle de la proportionnalité, comme troisième condition à la 
restriction à la liberté concernée, le département a examiné la question de savoir 
s’il était légitime de se baser sur le seul critère que la recourante n’était pas sur la 
liste des organisations religieuses admises à avoir des relations avec l’État pour lui 
refuser l’autorisation sollicitée. La nécessité d’une « tolérance et [d’un] 
respect réciproques » et le caractère « acti[f] » de la laïcité genevoise impliquaient 
que ceux qui étaient autorisés à pratiquer des cultes sur le domaine public 
acceptent « ce principe » qui passait par le respect des valeurs « humanistes et 
universelles » fondant « notre République ». Il fallait trouver « des solutions sans 
dogmatisme, mais sans permissivité excessive contraire aux droits des non-
croyants ». La protection de la paix religieuse imposait que le spectateur non 
volontaire du culte ait au moins l’assurance que ceux qui le pratiquaient, 
respectaient l’ordre juridique et les valeurs de la République.  

  Parmi les usagers de l’espace public, il y avait « des membres de la 
communauté LGBT, des femmes, des athées, des humanistes qui, confrontés, à 
une manifestation cultuelle, s’inquiéteraient de savoir si ceux qui pratiqu[ai]ent ce 
rite devant leurs yeux [n’étaient] pas les mêmes qui, au nom de cette même foi 
célébrée devant eux à leur corps défendant, agiss[ai]ent activement à leur nier 
d’avoir la sexualité de leur choix, d’aimer qui ils v[oulai]ent, de disposer de leur 
corps, d’être l’égale et l’égal de l’autre, d’exercer leur droit d’expression par la 
satire ou la critique, d’affirmer la non existence de Dieu, de ne pas reconnaître le 
droit de la famille ». Il existait aussi la persécution de croyants par certaines 
religions pouvant pratiquer leurs rites devant eux tout en propageant des messages 
de haine à leur endroit. Dans tous ces cas, à la « perturbation cultuelle » s’ajoutait 
le sentiment « d’indignation et d’injustice de tiers si les religions, même les plus 
intolérantes, p[ouvai]ent exercer tous leurs droits sans se soumettre à aucun 
devoir ». La liberté de conscience et de croyance ne devait pas finir par être niée 
par ceux estim[ant] que « le respect est une faiblesse et la violence une force ». 
Ainsi, le respect devait être mutuel. 

  C’était pour faire la différence entre les religions « respectueuses du vivre 
ensemble » et celles qui ne l’étaient pas qu’il y avait nécessité d’un contrôle 
sérieux sur les valeurs défendues par les organisations religieuses. Un tel examen 

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ne pouvait pas être fait au cas par cas, selon les dates de la demande de 
manifestation. La procédure mise en place par le RLE garantissait à la population 
genevoise que le culte effectué sur le domaine public était pratiqué par des 
croyants respectant le droit de conscience et de croyance d’autrui ainsi que les 
règles élémentaires du vivre ensemble et de la sérénité religieuse. Il « existait des 
églises A______ qui estim[ai]ent que l’homosexualité [était] un péché et qui 
pratiqu[ai]ent des "conversions" qui [étaient] assimilées à de la torture et qui 
détruis[ai]ent mentalement les personnes homosexuelles tiraillées entre leur désir 
de satisfaire les dictats de leur croyance et de leur famille et le désir d’aimer 
ceux/celles qu’ils/elles désir[ai]ent ». Il était légitime, avant même d’examiner la 
possibilité d’accorder une autorisation de pratiquer un culte dans l’espace public, 
que la recourante présente « des gages » qu’elle respectait ce droit « à la 
différence », lesquels n’étaient « pour l’instant pas donnés ». Il était « adéquat et 
proportionnel » de refuser l’accès à l’usage accru du domaine public pour 
pratiquer un culte sur la base de cette raison seule en vue de préserver la paix 
religieuse.   

7)  Dans sa réplique du 1er septembre 2022, l’Église s’est déterminée sur 
l’argumentation du département en développant cinq points. Celle-ci lui donnait 
une impression de « règle[ment de] comptes avec une certaine conception de la 
"liberté religieuse" », de « cherche[r] à redéfinir ce droit », par les nombreux 
commentaires généraux, parfois sans liens directs avec la présente affaire. Elle 
était également attristée par les accusations « générales et diffamantes » portées 
sur A______ qui n’avaient pas de rapport avec le cas d’espèce. L’approche du 
département la rendait perplexe à la suite de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant 
la LLE. Elle concluait au maintien de la tolérance, de l’accueil du pluralisme et du 
respect de l’État de droit et des libertés individuelles dans le canton de Genève.  

  Les définitions du département étaient d’une pertinence « limitée », mais 
sous-entendaient une certaine optique qui « hiérarchis[ait] caricaturalement entre 
la valeur des convictions chrétiennes (religieuses) et celle de l’athéisme ». Elle 
récusait lesdites définitions qui « signal[ai]ent assez clairement les convictions 
athées de leur auteur », ce que l’art. 3 al. 3 LLE visait à éviter. 

  En soutenant l’absence de besoin, ou l’exigence d’une nécessité, du 
domaine public pour accomplir sa manifestation cultuelle, le département 
proposait une condition supplémentaire à la reconnaissance des droits de l’homme 
et plus particulièrement du droit à la liberté religieuse, ce qui constituait une 
restriction considérable non prévue par l’art. 9 § 1 CEDH. Le département donnait 
une définition restrictive du culte qui était contredite par l’art. 6 al. 2 LLE et on 
pouvait se demander si l’État ne sortait pas de son rôle quand il venait expliquer 
aux communautés religieuses ce qu’était un culte, où et comment il était censé se 
tenir. Le droit de manifester sa croyance, y compris cultuellement, dans l’espace 
public, était confirmé par une abondante jurisprudence, notamment l’ATF 148 I 

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160 qui considérait que vouloir priver les croyants d’un accès au domaine public 
pour des manifestations cultuelles était une grave ingérence. L’acte du baptême, et 
le culte en général, impliquait des aspects « communicatifs ou expressifs ». Lors 
d’un baptême au lac, même en l’absence d’un but prosélyte, il arrivait que des 
curieux, constatant qu’il se passait quelque chose, s’informent, ce qui donnait 
l’occasion de communiquer sur les convictions chrétiennes. Il était fallacieux de 
soutenir que la liberté d’expression n’entrait pas en jeu. 

  La catégorie « entretenir des relations avec l’État » créée par la loi était 
imprécisément nommée, puisque toute association, religieuse ou non, entretenait 
des relations avec l’État pour son statut juridique, fiscal, etc. La LLE n’explicitait 
pas quels éléments de la relation avec l’État étaient conditionnés par une demande 
spécifique, ce qui était envisageable pour la perception de la contribution 
religieuse volontaire. Mais faire de cette relation, qui découlait d’une décision 
discrétionnaire de l’État, une condition à l’évaluation d’une demande de 
manifestation cultuelle sur le domaine public constituait une restriction grave aux 
droits fondamentaux. 

  Comme le lac était un espace naturel, préexistant à l’action de l’État et 
accessible de fait à tous, l’action de ce dernier privait en l’espèce l’Église de la 
possibilité d’employer un lieu naturel pour célébrer un baptême, alors qu’elle 
l’aurait dans « l’état de nature » et l’avait avant l’entrée en vigueur du RLE. La 
commune en cause n’objectait nullement la tenue du baptême. Toutes les rives du 
lac, même incultes ou bordant des parcelles privées, étaient du domaine public. La 
décision du département empêchait donc tout emploi du lac pour un baptême, 
indépendamment des aménagements existants. Il s’agissait donc d’un tout autre 
cas de figure que s’il avait simplement refusé de bâtir ou de mettre à disposition 
un édifice pour le culte.  

  Le département ne démontrait pas que l’interdiction litigieuse des baptêmes 
sur le domaine public, en particulier dans le lac, serait une mesure nécessaire 
autorisant la restriction de la liberté religieuse, condition qu’il lui appartenait de 
prouver. Sa position visant à « sanctuariser le domaine public au profit de 
l’athéisme » n’était conforme ni à l’ATF 148 I 160, ni à l’arrêt de la CourEDH 
cité par le département relatif à l’affaire Perovy c. Russie (47429/09 § 73), ni à la 
volonté de tolérance, de pluralisme ou de neutralité de l’État. Il n’expliquait pas 
non plus en quoi il était nécessaire et proportionnel, dans une société 
démocratique, que certaines communautés religieuses puissent accéder au 
domaine public selon le RLE, tandis que d’autres devraient systématiquement en 
être exclues. Il ne détaillait pas davantage en quoi un « revirement de pratique 
aussi drastique » était nécessaire, alors que, jusqu’à peu, y compris après 
l’adoption de la LLE, des autorisations avaient été octroyées aux communautés 
religieuses pour des célébrations de baptêmes au bord du lac, indépendamment de 
leur statut de communautés « ayant établi ou non des relations avec l’État ». Elle 

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produisait des autorisations datées des 16 septembre 2019 et 17 septembre 2020 
pour des célébrations de baptêmes à la plage C______ en faveur de l’Église 
A______(pièces 3 et 4). L’« art. 2 » RLE, tel qu’il était formulé et appliqué par le 
département, réinstaurait, malgré l’ATF 148 I 160, une interdiction de principe. 
Le département n’indiquait pas à quel but légitime de l’art. 6 al. 4 LLE ou de l’art. 
9 § 2 CEDH la paix religieuse se rattachait, mais on pouvait déduire de son 
argumentation qu’il s’agirait de la protection des droits et libertés d’autrui. Le 
département n’apportait aucun élément concret en lien avec le cas d’espèce, 
faisant état d’une quelconque menace réelle ou supposée sur la paix religieuse. Il 
ne tenait compte ni du fait qu’elle avait déjà procédé à de nombreuses célébrations 
similaires dans le passé sans que la paix religieuse n’ait été affectée, ni que les 
baptêmes au lac représentaient une tradition établie de longue date dans le milieu 
des communautés A______. Il n’expliquait pas le fait que, selon l’art. 2 RLE, 
certaines communautés religieuses étaient autorisées à accéder au domaine public 
et pas d’autres, « autrement dit, en quoi les secondes seraient plus dangereuses 
pour la paix religieuse et le respect des droits d’autrui ». Elle voyait mal comment 
le fait d’interdire « soudainement » l’accès au domaine public à des célébrations 
cultuelles de certaines communautés religieuses, et pas à d’autres, était une 
mesure favorable à la paix religieuse et à un climat de tolérance et de respect 
mutuel. En raison de son caractère discriminatoire, une telle mesure créait un 
« système à deux vitesses entre les communautés reconnues par le canton et les 
autres ». Elle envoyait également un « message ambigu sur le fait religieux, qu’il 
s’agirait de contenir au domaine privé et qui serait une menace quand il 
s’afficherait dans le domaine public ». 

8)  Les parties ont été informées le 6 septembre 2022 que la cause était gardée à 
juger. 

EN DROIT 

1)  Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente par la destinataire 
de la décision litigieuse, le recours est recevable (art. 132 de la loi sur 
l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ - E 2 05 ; art. 60 al. 1 et art. 
62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 
1985 - LPA - E 5 10).  

  Bien que l’intérêt digne de protection au sens de l’art. 60 al. 1 let. b LPA 
suppose l’existence d’un intérêt actuel à l’admission du recours (ATA/1392/2021 
du 21 décembre 2021 consid. 2b et 2d et les arrêts cités), la jurisprudence consent 
une exception à l'exigence de l'intérêt actuel au recours lorsque la contestation 
peut se reproduire en tout temps dans des circonstances identiques ou analogues, 
que sa nature ne permet pas de la trancher avant qu'elle ne perde son actualité et 
que, en raison de sa portée de principe, il existe un intérêt public suffisamment 

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important à la solution de la question litigieuse (ATF 146 II 335 consid. 1.3). En 
outre, dans un souci de concilier les critères de la recevabilité des recours 
interjetés devant lui avec les exigences liées au droit à un recours effectif garanti à 
l'art. 13 CEDH, le Tribunal fédéral entre aussi en matière, en dépit de la 
disparition d'un intérêt actuel, sur le recours d'une personne s'estimant lésée dans 
ses droits reconnus par la CEDH, qui formule son grief de manière défendable 
(ATF 142 I 135 consid. 1.3.1 in fine) ; cela suppose une obligation de motivation 
accrue comparable à celle prévue à l'art. 106 al. 2 de la loi fédérale sur le Tribunal 
fédéral du 17 juin 2005 (LTF - RS 173.110 ; ATF 137 I 296 consid. 4.3.4). L'art. 
13 CEDH ne saurait en effet s'interpréter comme exigeant un recours interne pour 
toute doléance, si injustifiée soit-elle, qu'un individu peut présenter sur le terrain 
de la Convention : il doit s'agir d'un grief défendable au regard de celle-ci (ATF 
137 I 296 consid. 4.3.1 ; arrêt du Tribunal fédéral 1C_552/2021 du 8 mars 2022 
consid. 4.1). Tel n'est pas le cas d'un grief qui apparaît manifestement mal fondé 
ou d'emblée dénué de toute chance de succès (arrêt du Tribunal fédéral 
2C_353/2021 du 30 avril 2021 consid. 4.3).  

  En l’espèce, les conditions pour surseoir à la condition de l’intérêt actuel 
sont remplies. En effet, celui-ci n’existe a priori plus, puisque le baptême était 
prévu pour le dimanche 3 juillet 2022. Néanmoins, outre la question pertinente et 
délicate du respect de la liberté de conscience et de croyance invoquée par la 
recourante, la contestation litigieuse relative à l’exercice de cette liberté sur le 
domaine public est susceptible de se poser, à nouveau, dans des circonstances 
analogues avec le risque concret qu’elle ne soit pas jugée avant la date annoncée 
pour la manifestation religieuse sollicitée, ce qui en empêcherait à nouveau sa 
tenue.  

2)  En tant que communauté religieuse, constituée en association, ce qui n’est 
pas contesté, la recourante peut se prévaloir de la liberté de conscience et de 
croyance (ou liberté religieuse) en vertu des art. 15 Cst. et 9 CEDH, 
conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 142 I 195 consid. 5.2) 
et à celle de la CourEDH (ACEDH Cha’are Shalom Ve Tsedek c. France [Grande 
Chambre] du 27 juin 2000, req. n° 27417/95, § 72 ; Vincent MARTENET/David 
ZANDIRAD in Vincent MARTENET/Jacques DUBEY [éd.], Commentaire 
romand de la Constitution fédérale, 2021, ad art. 15 Cst. n. 44 ss).  

3)  En vertu de l’art. 9 CEDH, intitulé liberté de pensée, de conscience et de 
religion, toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; 
ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que celle 
de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en 
public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement 
des rites (§ 1). L'art. 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques 
(Pacte ONU II ; RS 0.103.2) comporte un principe similaire mais ne revêt pas de 
portée propre par rapport à l'art. 9 CEDH (ATF 148 I 160 consid. 7.1). 

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  Selon la CourEDH, la liberté de pensée, de conscience et de religion 
garantie à l’art. 9 CEDH représente l’une des assises d’une « société démocratique 
» au sens de la Convention. Cette liberté figure, dans sa dimension religieuse, 
parmi les éléments les plus essentiels de l’identité des croyants et de leur 
conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les 
agnostiques, les sceptiques ou les indifférents. Il y va du pluralisme – chèrement 
conquis au cours des siècles – qui ne saurait être dissocié de pareille société. Cette 
liberté implique, notamment, celle d’adhérer ou non à une religion et celle de la 
pratiquer ou de ne pas la pratiquer (ACEDH S.A.S c. France [Grande Chambre] 
du 1er juillet 2014, req. n° 43835/11, § 124 et les références citées). 

4)  L'art. 15 Cst., intitulé liberté de conscience et de croyance, prévoit que la 
liberté de conscience et de croyance est garantie (al. 1). Toute personne a le droit 
de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions 
philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté (al. 2). 
Toute personne a le droit d'adhérer à une communauté religieuse ou d'y appartenir 
et de suivre un enseignement religieux (al. 3). Nul ne peut être contraint d'adhérer 
à une communauté religieuse ou d'y appartenir, d'accomplir un acte religieux ou 
de suivre un enseignement religieux (al. 4). La portée de cette disposition est 
similaire à celle de l’art. 9 § 1 CEDH (ATF 148 I 160 consid. 7.1). 

 a. Le Tribunal fédéral a rappelé les trois fonctions de cette liberté : assurer la 
paix religieuse (devoir de tolérance) ; garantir que tous puissent, individuellement 
ou en communauté, préserver, exprimer et vivre au quotidien leurs convictions les 
plus profondes sur des questions religieuses (protection de la liberté) ; empêcher 
l’exclusion des minorités religieuses et faciliter l’intégration de chaque individu 
dans la communauté, indépendamment de ses croyances (fonction d’intégration ; 
ATF 148 I 160 consid. 7.3 et les références citées). La sauvegarde de la tolérance, 
de la liberté et de l'intégration religieuses est concrétisée dans la plupart des pays 
dotés d'une constitution d'inspiration occidentale par le principe de la neutralité 
philosophique et religieuse de l'État. Cette neutralité n'est pas réalisée seulement 
en cas de séparation stricte entre l'État et la sphère religieuse (tradition de l'État 
laïque) ; elle l'est aussi lorsque l'État fait preuve d'une attitude également réceptive 
à l'égard des diverses philosophies et professions de foi (neutralité confessionnelle 
de l'État ; ATF 142 I 49 consid. 3.3). Dans le système fédéraliste prévalant en 
Suisse, le droit constitutionnel des cantons s'inspire de traditions marquées aussi 
bien par la neutralité confessionnelle (réalisée de manière plus ou moins effective) 
que, comme c'est le cas dans le canton de Genève, par la laïcité (ATF 148 I 160 
consid. 7.4).  

 b. En outre, il convient de préciser que le principe de neutralité confessionnelle 
et religieuse s’impose à l’État, notamment aux écoles publiques et aux 
enseignants, personne ne pouvant être contraint d’accomplir un acte religieux ou 
de suivre un enseignement religieux (art. 15 al. 4 Cst.). En revanche, les élèves 

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des écoles – usagers de l’établissement public – ne sont soumis à aucun devoir de 
neutralité, dans la mesure où l’exercice de leurs droits fondamentaux n’entrave 
pas d’une manière inadmissible ceux de tiers (ATF 139 I 280 = JdT 2014 I 118 
consid. 5.5.2 et les arrêts cités).  

 c. Selon la Professeure Maya HERTIG RANDALL, l’approche du Tribunal 
fédéral, au sujet de la distinction de la portée de la neutralité confessionnelle 
suivant qu’il s’agit d’une enseignante ou d’une élève (opérée dans l’ATF 139 I 
280 consid. 5.5.2 = JdT 2014 I 118, puis confirmée dans l’ATF 142 I 49 consid. 
9.2 = JdT 2016 I 67), se situe entre celle adoptée en France et celle suivie en 
Allemagne. D’une part, en insistant sur la distinction entre enseignante et élève, 
les juges fédéraux se distancient de la conception dominante en France, qui étend 
l’emprise de la laïcité aux usagers des établissements publics, reléguant le fait 
religieux à la sphère privée. D’autre part, en admettant que le port d’un foulard 
par une enseignante soit compris comme une identification de l’État avec une 
religion, le Tribunal fédéral prête une autre signification au port du voile par une 
enseignante que la Cour constitutionnelle allemande. Dans un arrêt de janvier 
2015, cette dernière a considéré l’interdiction générale imposée au corps 
enseignant de porter le foulard islamique comme étant contraire à la liberté 
religieuse, le port du voile « ne port[ant] pas sur un comportement à connotation 
religieuse imputable à l’État, mais sur l’exercice individuel de la liberté religieuse, 
ce qui [était] reconnaissable pour les tiers ». Dans un arrêt antérieur, cette 
juridiction allemande avait déjà souligné que l’enseignante était titulaire de la 
liberté religieuse, à la différence des collectivités publiques (Maya HERTIG 
RANDALL, Aux antipodes du juge Scalia : L’arrêt « St. Margrethen » du 11 
décembre 2015 sur l’interdiction du port du voile par une élève dans une 
perspective comparative », in Frédéric BERNARD/Eleanor McGREGOR/Diane 
VALLÉE-GRISEL [éd], Études en l’honneur de Tristan Zimmermann – 
Constitution et religion – Les droits de l’homme en mémoire, 2017, p. 129 ss, en 
particulier p. 134 s et les références citées).   

  Cette auteure soulève la question de savoir si l’option française pourrait être 
suivie par des cantons connaissant une conception des rapports entre l’Église et 
l’État inspirée par la notion française de laïcité, puisque l’ATF 142 I 49 précité, 
dit arrêt St. Margrethen, concernait un canton avec une tradition chrétienne et 
humaniste. Selon elle, la réponse ne pourra pas être résolue par une « simple 
transposition de la conception de laïcité actuellement dominante en France [mais] 
nécessite une réflexion sur le sens de la tradition laïque dans le contexte 
helvétique ». En outre, la laïcité est une notion à géométrie variable dans l’espace 
et dans le temps. Cette auteure rappelle qu’il existe deux visions de la laïcité : la 
laïcité « stricte ou militante » adoptée par la conception française selon laquelle le 
port de signes religieux ostentatoires par les élèves est incompatible avec la 
laïcité ; et la « laïcité d’ouverture ou de tolérance » qui n’oppose pas l’État laïque 
à la liberté religieuse des élèves, considérant que la laïcité est au service de la 

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fonction individuelle de la liberté religieuse, ayant pour but de renforcer la liberté 
de conscience et de croyance des écoliers. Pour cette auteure, un raisonnement axé 
sur les fonctions – individuelle, intégrative et pacificatrice – de la liberté 
religieuse, à l’instar de celui suivi par le Tribunal fédéral dans l’ATF 142 I 49 
précité, milite contre une transposition de la conception française de laïcité aux 
cantons marqués par la tradition française, ajoutant que la notion de laïcité est en 
France indissociable du concept français de nation et que la nation française a une 
visée assimilationniste qui est étrangère au concept helvétique d’une nation 
composée, fondée sur la reconnaissance et l’intégration des minorités 
linguistiques, religieuses et géographiques (p. 135 ss).  

  Favorable à une approche respectueuse de la diversité et de la liberté 
individuelle, Maya HERTIG RANDALL précise que la neutralité confessionnelle 
peut justifier une restriction à la liberté de conscience et de croyance (telle que 
l’interdiction de signes ou tenues religieux), puisque le Tribunal fédéral réserve le 
cas de figure où l’exercice de la liberté religieuse par les élèves perturbe la paix 
confessionnelle ou porte atteinte aux droits fondamentaux des tiers. Dans un tel 
cas, cependant, le respect du principe de la proportionnalité exige qu’un tel risque 
soit étayé par des éléments concrets (p. 137 s et les arrêts cités). 

 d. À Genève, l’art. 3 Cst-GE dispose que l’État est laïque et qu’il observe une 
neutralité religieuse (al. 1), qu’il ne salarie ni ne subventionne aucune activité 
cultuelle (al. 2) et que les autorités entretiennent des relations avec les 
communautés religieuses (al. 3).  

  Dans un article concernant l’exigence de laïcité au regard de la Cst-GE, le 
Professeur Michel HOTTELIER commence par souligner la particularité 
genevoise marquée par une séparation nette entre l’Église et l’État dès 1907, 
année de l’adoption d’une loi constitutionnelle genevoise supprimant le budget 
des cultes, interdisant qu’un culte soit salarié ou subventionné et qu’une personne 
soit tenue de contribuer par l’impôt aux dépenses d’un culte, tout en garantissant 
la liberté des cultes. Il explique le fait qu’à Genève, la religion reste 
prioritairement considérée comme une affaire privée, en relevant qu’il n’y existe 
pas d’Église d’État, ni d’Église juridiquement reconnue par le droit public 
cantonal et bénéficiant d’un statut spécial, que les communautés religieuses 
s’organisent exclusivement sur la base des règles de droit privé et que l’État se 
borne à prêter son concours, facultatif, pour certaines tâches comme le calcul et la 
perception de la contribution ecclésiastique. Cela étant, selon cet auteur, le statut 
de la laïcité procède également de trois sources jurisprudentielles émanant des 
juridictions genevoises, du Tribunal fédéral et de la CourEDH (Michel 
HOTTELIER, L’exigence de laïcité au regard de la Constitution genevoise du 14 
octobre 2012, in Frédéric BERNARD/Eleanor McGREGOR/Diane VALLÉE-
GRISEL [éds], op. cit., p. 151 ss, en particulier p. 156 s).  

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  Le Professeur Michel HOTTELIER, également membre en son temps de 
l’Assemblée constituante, explique qu’en adoptant l’art. 3 Cst-GE, l’Assemblée 
constituante a voulu confirmer une règle séculaire du droit constitutionnel 
genevois : celle d’une laïcité centrée sur l’ouverture, sur l’harmonie, sur la 
tolérance, par opposition à une laïcité de combat, fondée sur l’affrontement et 
l’exclusion. L’exigence genevoise de la laïcité repose sur le respect, l’intégration, 
l’humanisme, de même que sur la diversité des opinions religieuses, en l’absence 
de toute forme de parti pris. En fixant une séparation entre les communautés 
religieuses et l’État, la laïcité contribue à maintenir la paix confessionnelle dans le 
respect des croyances et des non-croyances personnelles ou communautaires. Elle 
permet, à ce titre, de contribuer à la solidarité et à la coexistence pacifique entre 
les habitants du canton (p. 165). Malgré les débats nourris au sein de l’Assemblée 
constituante, l’adoption de l’art. 3 Cst-GE procède d’un accord « largement 
convergent entre ses divers groupes ». Les propositions tendant à convertir la 
laïcité de tolérance prévalant à Genève en une laïcité militante – visant une 
neutralité absolue de la part non seulement de l’État mais aussi des usagers des 
services publics et la suppression de tout contact entre l’État et les communautés 
religieuses – ont été rejetées lors de ces débats (p. 158 s). L’art. 3 al. 3 Cst-GE, 
qui n’était pas nécessaire en raison du caractère général de l’art. 3 al. 1 Cst-GE, 
pose le principe d’un dialogue entre l’État et les communautés religieuses conçu 
de manière minimale, dans le but de prévenir toute tentative d’interpréter la laïcité 
dans un sens différent et toute forme de repli communautaire (p. 158 s et les 
travaux cités de l’Assemblée constituante). Le principe de la laïcité impose la 
neutralité religieuse à tous les acteurs de l’État de Genève. Celui-ci ne peut 
adopter aucune position fondée sur des convictions religieuses et n’intervenir ni 
en faveur, ni en défaveur d’une communauté, d’un groupe confessionnel 
déterminé ou de leurs membres respectifs (p. 160). 

  Selon cet auteur, le Tribunal fédéral a bien identifié la conception 
spécifiquement genevoise de la laïcité dans son arrêt de principe du 12 novembre 
1997 concernant le port du foulard islamique par une enseignante à l’école 
primaire en considérant que « finalement, la laïcité de l’État se résume en une 
obligation de neutralité qui lui impose de s’abstenir, dans les actes publics, de 
toute considération confessionnelle ou religieuse susceptible de compromettre la 
liberté des citoyens, dans une société pluraliste. En ce sens, elle vise à préserver la 
liberté de religion des citoyens, mais aussi à maintenir, dans un esprit de 
tolérance, la paix confessionnelle » (ATF 123 I 296 consid. 4a/bb). Il s’agit selon 
cet auteur, qui renvoie aussi à l’arrêt St. Margrethen (ATF 142 I 49), d’une laïcité 
d’ouverture permettant aux communautés religieuses et à leurs adhérents de se 
faire connaître, de s’exprimer et d’entrer en contact avec les autorités, sans les 
reléguer à la marge de la société (Michel HOTTELIER, op. cit., p. 165 s). 

5)  Le champ de protection de la liberté de conscience et de croyance 
comprend, outre la protection générale de cette liberté (art. 15 al. 1 Cst.), plusieurs 

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comportements spécifiques revêtant, pour certains, une portée positive (art. 15 al. 
2 et 3 Cst.) et pour, d’autres, une portée négative (art. 15 al. 4 Cst. ; Vincent 
MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 60 ss respectivement 
n. 89 ss).  

 a. La détermination du caractère religieux d’un comportement soulève une 
difficulté particulière : celui-ci doit procéder d’une croyance religieuse, voire 
philosophique, et non d’une prédilection personnelle, mais les autorités et les 
tribunaux ont l’interdiction de faire un examen de la justesse théologique d’un 
précepte religieux, sous peine de violer le principe de la neutralité confessionnelle 
incombant à l’État. Selon la ligne jurisprudentielle établie par le Tribunal fédéral, 
les croyances religieuses motivant un certain comportement ne font en principe 
l’objet d’aucun contrôle dans la signification de leur contenu, ni d’aucune 
appréciation de leur importance dans une pesée des intérêts (ATF 142 I 49 consid. 
5.2 ; 134 I 56 consid. 4 et 5.2 ; Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., 
ad art. 15 Cst. n. 57). Afin d’éviter le risque d’une instrumentalisation du 
religieux, le Tribunal fédéral et la CourEDH corrigent les écueils de l’approche 
subjective en vérifiant que l’intéressé se prévaut de manière crédible de la 
croyance ou pratique en cause et que celle-ci existe dans la pratique sociale, y 
compris de manière minoritaire (doctrine dite de l’objectivisme sociologique). Le 
Tribunal fédéral rappelle à cet égard qu’il peut se prononcer librement et sans 
faire preuve de retenue sur les aspects ou effets sociaux de la pratique d’une 
religion. En d’autres termes, la liberté de conscience et de croyance ne protège pas 
n’importe quel acte motivé ou inspiré par une conviction religieuse, mais doit 
avoir quelque rapport direct, réel et objectif avec celle-ci (Vincent 
MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 59 et les arrêts cités). 

 b. Selon la CourEDH, le droit à la liberté de pensée, de conscience et de 
religion s’applique à des vues atteignant un degré suffisant de force, de sérieux, de 
cohérence et d’importance. Pour être qualifié de « manifestation » au sens de 
l’art. 9 CEDH, l’acte en cause doit être étroitement lié à la religion ou à la 
conviction. Des actes du culte ou de dévotion relevant de la pratique d’une 
religion ou d’une conviction sous une forme généralement reconnue en 
constitueraient un exemple. Toutefois, la manifestation d’une religion ou d’une 
conviction ne se limite pas aux actes de ce type : l’existence d’un lien 
suffisamment étroit et direct entre l’acte et la conviction qui en est à l’origine doit 
être établie au vu des circonstances de chaque cas d’espèce. En particulier, le 
requérant n’est aucunement tenu d’établir qu’il a agi conformément à un 
commandement de la religion en question (ACEDH Eweida et autres c. Royaume-
Uni du 15 janvier 2013, req. n° 48420/10, § 81 et 82 et les références citées). 

 c.  La liberté de conscience et de croyance protège le citoyen de toute 
ingérence de l'État qui serait de nature à gêner ses convictions religieuses. Elle 
confère au citoyen le droit d'exiger que l'État n'intervienne pas de façon injustifiée 

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en édictant des règles limitant l'expression et la pratique de ses convictions 
religieuses (ATF 142 I 195 consid. 5.1 ; 118 Ia 46 consid. 3b). Outre la liberté 
intérieure de croire, ne pas croire et modifier en tout temps sa religion et ses 
convictions philosophiques, cette liberté comprend la liberté extérieure 
d'exprimer, de pratiquer et de communiquer ses convictions religieuses ou sa 
vision du monde, dans certaines limites, ou de ne pas les partager. Cela englobe le 
droit pour le citoyen de se comporter conformément aux enseignements de sa foi 
et d'agir selon ses croyances intérieures, y compris celle de ne pas suivre les 
préceptes d'une religion. La liberté de conscience et de croyance protège toutes les 
religions, quel que soit le nombre de leurs fidèles en Suisse (ATF 148 I 160 
consid. 7.2 et les arrêts cités). En revanche, l’art. 15 Cst. ne garantit pas de ne pas 
être confronté aux actes religieux d’autrui, y compris à leurs chants religieux, ou à 
des convictions religieuses différentes (ATF 142 I 49 = JdT 2016 I 67 consid. 4.2 
et 8.2.2 et les arrêts cités). 

 d. L'art. 15 al. 2 et 3 Cst. protège notamment l'observation des rites et 
préceptes religieux ainsi que les autres expressions de la vie confessionnelle, dans 
la mesure où ces comportements sont la manifestation d'une conviction religieuse. 
C’est notamment le cas des prescriptions religieuses en matière d’habillement 
(ATF 142 I 49 consid. 3.6 ; ATF 148 I 160 consid. 7.5 et les arrêts cités). L’art. 15 
al. 2 Cst. couvre le libre exercice des cultes, qui se définit par la liberté 
d’accomplir des actes ou des rituels investis d’une signification ou d’une portée 
religieuse. Cette liberté vaut tant pour les actes accomplis de manière individuelle 
(par exemple la prière ou la méditation) que ceux accomplis collectivement (par 
exemple la procession ; Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., ad art. 
15 Cst. n. 62).  

  L’art. 9 CEDH énumère les diverses formes que peut prendre la 
manifestation d’une religion ou d’une conviction, à savoir le culte, 
l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. Toutefois, cette 
disposition ne protège pas n’importe quel acte motivé ou inspiré par une religion 
ou conviction et ne garantit pas toujours le droit de se comporter dans le domaine 
public d’une manière dictée ou inspirée par sa religion ou ses convictions 
(ACEDH S.A.S., précité, § 125 et les références citées).  

  La liberté de conscience et de croyance comprend le droit de manifester ses 
convictions religieuses ainsi que son appartenance à une religion ou à une 
communauté religieuse, étant rappelé que les art. 9 CEDH et 15 Cst. ne protègent 
pas n’importe quel acte motivé ou inspiré par une religion (Vincent 
MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 75 et les arrêts cités). 
Ledit droit de manifester peut s’exercer en public ou privé, individuellement ou 
collectivement, par oral ou par quelque autre forme d’expression (par exemple, 
par l’écrit ou la musique), que ce soit par le culte, la tenue vestimentaire ou 
d’autres symboles, les pratiques ou encore l’accomplissement de rites, la liste 

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n’étant qu’exemplative (Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, op. cit., ad 
art. 15 Cst. n. 76). 

 e. L’art. 15 al. 2 Cst. garantit aussi le droit de professer ses convictions – 
religieuses ou philosophiques – individuellement ou en communauté. Il se 
rapproche du droit de manifester son appartenance religieuse qui revêt une plus 
grande importance dans la jurisprudence (Vincent MARTENET/David 
ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 69). Cette disposition comprend le droit de 
chercher à convaincre son prochain. Selon le Tribunal fédéral et la CourEDH, le 
prosélytisme est protégé par la liberté religieuse (ATF 135 I 79 consid. 5.1 ; 118 
Ia 46 consid. 4c ; ACEDH Larissis et autres c. Grèce du 24 février 1998, 
req. n° 140/1996/759/958-960, § 45 à 61 ; ACEDH Kokkinakis c. Grèce du 25 
mai 1993, req. n° 14307/88, § 31, 36 et 48 s), sauf s’il se fait trop insistant par 
exemple en cas d’activité « offrant des avantages matériels ou sociaux ou 
l’exercice d’une pression abusive en vue d’obtenir des adhésions à une Église [ou 
à toute autre communauté religieuse] » (Vincent MARTENET/David 
ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 70 et les arrêts cités). L’idée est l’accès à 
la religion sans contrainte. Le prosélytisme est aussi prohibé lorsque l’expression 
de convictions se réclamant d’idéaux religieux fait la promotion d’un extrémisme 
sortant du cadre d’une société démocratique (Vincent MARTENET/David 
ZANDIRAD, op. cit., ad art. 15 Cst. n. 71s et les références citées). L’art. 15 al. 2 
Cst. implique à la fois un devoir d’abstention à la charge de l’État, mais aussi des 
obligations positives. En vertu de celles-ci, les autorités étatiques doivent veiller à 
ce que chacun puisse professer ses convictions philosophiques et religieuses dans 
les relations interindividuelles (Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, op. 
cit., ad art. 15 Cst. n. 74). 

 f. Dans un État fondé sur la neutralité confessionnelle, le primat de la « loi 
commune » (au sens de démocratiquement votée et applicable à tout un chacun) 
sur la loi religieuse demeure la condition d’un plein effet de la liberté religieuse et 
de l’égalité de traitement à la faveur de toutes les options spirituelles. Selon la 
jurisprudence et une partie de la doctrine, les autorités publiques doivent 
rechercher des mesures concrètes pour rendre possible ou faciliter l’exercice de la 
liberté religieuse afin d’éviter de mettre des individus dans la position d’un 
dilemme face à une règle légale et une prescription religieuse, le respect de l’une 
entraînant la violation de l’autre, à défaut de quoi la proportionnalité de la mesure 
étatique sera susceptible d’être déniée (Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, 
op. cit., ad art. 15 Cst. n. 107 et les arrêts cités). 

  Selon le Tribunal fédéral, l’État étant laïque, il ne peut pas contrôler la 
conformité théologique d’un précepte religieux, en particulier sous l’angle de la 
conformité aux textes sacrés. Il lui est également interdit de déterminer lui-même 
la signification d’un précepte religieux et d’établir ainsi son importance dans une 
pesée des intérêts. Les organes de l’État doivent au contraire reconnaître la 

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signification que la règle religieuse présente pour les recourants (ATF 135 I 79 = 
JdT 2009 I 343 consid. 4.4 et les arrêts cités). La question de savoir si l’obligation 
découlant de la réglementation en vigueur constitue une restriction admissible de 
la liberté religieuse s’inscrit en général dans un conflit entre des prescriptions 
religieuses, y compris minoritaires si elles sont importantes pour la personne 
concernée, et l’ordre juridique établi en Suisse (ATF 135 I 79 = JdT 2009 I 343 
consid. 5.2). 

  Dans un arrêt de 2008 relatif à la question des dispenses de cours de 
natation pour les élèves de confession musulmane, le Tribunal fédéral a procédé à 
une pesée des intérêts entre celui, public, de suivre pour tous les écoliers les cours 
obligatoires mixtes de natation et celui privé des recourants, des garçons 
musulmans, à faire prévaloir le respect d’une règle religieuse qu’ils considéraient 
importante, soulignant qu’il ne s’agissait pas ici de participer à une manifestation 
en rapport avec des convictions religieuses telles que des cours d’éducation 
religieuse ou des offices religieux. Dans ce cadre, le Tribunal fédéral a relevé le 
devoir de l’État constitutionnel de créer entre lui et la société, le minimum de 
cohésion indispensable à une coexistence harmonieuse, empreinte de respect et de 
tolérance. Il était notamment attendu des étrangers qu’ils acceptent l’ordre 
juridique suisse et les réalités sociales locales. Face à des conflits entre certaines 
normes de comportement, ancrées sur le plan culturel et religieux mais se 
rapportant à la vie quotidienne, et les règles en vigueur en Suisse, le Tribunal 
fédéral a rappelé que les opinions religieuses ne dispensaient pas de se soumettre 
aux obligations civiques et que cette règle, auparavant expressément prévue à 
l’art. 49 al. 5 de l’ancienne Constitution, valait toujours à titre de principe 
fondamental (ATF 135 I 79 = JdT 2009 I 343 consid. 7.2).  

 g. Le prolongement de la séparation de l’État et des Églises est l’autonomie 
organisationnelle reconnue à ces dernières dans la réglementation de leurs affaires 
internes, notamment avec leurs employés : on parle à cet égard de liberté 
religieuse corporative. Deux aspects principaux la composent : le droit pour les 
communautés religieuses de s’organiser librement et celui d’exercer tous les actes 
indispensables pour mener à bien leurs activités essentielles, tels que la liberté de 
choisir leurs responsables religieux (Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, 
op. cit., ad art. 15 Cst. n. 108 s). 

 h. Les droits fondamentaux doivent être réalisés dans l’ensemble de l’ordre 
juridique (art. 35 al. 1 Cst.) et les autorités veillent à ce qu’ils soient aussi réalisés 
dans les relations qui lient les particuliers entre eux (art. 35 al. 3 Cst). Cependant, 
ni la jurisprudence ni la doctrine ne reconnaissent à la liberté religieuse un effet 
horizontal direct, le mandat de l’art. 35 al. 3 Cst. s’adressant avant tout au 
législateur et aux autorités d’application du droit. En particulier, cette norme 
constitutionnelle ne confère aucun droit à ne pas être confronté à d’autres 
conceptions religieuses ou métaphysiques ou de critiques de tiers dirigées contre 

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ses propres convictions (ATF 118 Ia 46 consid. 4c ; ACEDH Aydin Tatlav c. 
Turquie du 2 mai 2006, req. n° 50692/99, § 27 ; ACEDH Otto-Preminger-Institut 
c. Autriche du 20 septembre 1994, req. n° 13470/87, § 47). Mais la garantie de la 
liberté religieuse n’est pas sans effet sur les relations entre les particuliers : un 
effet horizontal indirect important existe, impliquant entre autres l’intervention du 
législateur pour protéger la liberté religieuse dans les relations entre particuliers. 
De plus, certaines obligations positives – enjoignant à l’État de garantir 
activement la mise en œuvre des droits fondamentaux – se rapprochent d’un effet 
horizontal direct, comme celles émanant de la CourEDH telles que l’obligation 
positive d’informer sur les sectes ou celle de l’État d’imposer aux partis politiques 
le devoir de ne pas proposer un programme politique contraire aux principes 
fondamentaux de la démocratie, dont fait partie la liberté religieuse (ACEDH 
Leela Förderkreis E.V. et autres c. Allemagne du 6 novembre 2008, req. n° 
58911/00, § 99 ; ACEDH Refah Partisi (Parti de la Prospérité) et autres c. Turquie 
[Grande Chambre] du 13 février 2003, req. n° 41340/98 et autres, § 103). Dans les 
rapports de droit privé, on peut parler d’effet horizontal quasi-direct de la liberté 
religieuse dans les rapports de travail de droit privé, en raison de l’ACEDH 
Eweida et autres exposé plus bas (Vincent MARTENET/David ZANDIRAD, op. 
cit., ad art. 15 Cst. n. 135 ss). 

6)  La question de l’expression religieuse sur le domaine public et de ses limites 
a, notamment, été traitée par le Professeur Thierry TANQUEREL dans un article 
paru en 2017 (Thierry TANQUEREL, L’expression religieuse sur le domaine 
public in Frédéric BERNARD/Eleanor McGREGOR/Diane VALLÉE-GRISEL 
[éds], op. cit., p. 245 ss), faisant notamment référence à la jurisprudence du 
Tribunal fédéral et de la CourEDH. 

 a. Selon cet auteur, le domaine public est un forum d’échanges interpersonnels 
et de communication de premier ordre. Les droits fondamentaux doivent y être 
respectés et réalisés (art. 35 al. 1 Cst.), y compris lorsque cela en implique un 
usage accru. Le devoir de neutralité religieuse de l’État, résultant de l’art. 15 Cst., 
et plus spécifiquement pour Genève, le principe de laïcité de l’État n’impliquent 
nullement que l’expression religieuse soit bannie du domaine public (p. 247). 

 b. Cet auteur estime que l’arrêt de l’ancien Tribunal administratif 
ATA/288/2004 du 6 avril 2004 n’était pas conforme aux arrêts du Tribunal fédéral 
rendus en 1923 (ATF 49 I 138 dit arrêt Vogel), puis en 1982 (ATF 108 Ia 41 dit 
arrêt Rivara). La juridiction genevoise avait confirmé le refus communal 
d’autoriser une paroisse d’utiliser la place du village pendant deux heures, un 
dimanche matin, pour célébrer la messe de la première communion. De manière 
contradictoire selon Thierry TANQUEREL, l’ancien Tribunal administratif avait 
considéré qu’il n’y avait pas de restriction de la liberté religieuse au motif que la 
commune avait proposé à la paroisse la mise à disposition gratuite d’une salle 
communale (p. 249 et la référence citée). Cet auteur souligne que l’existence 

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d’une alternative à l’usage du domaine public pour l’exercice d’une liberté ne 
prive pas les titulaires de  
celle-ci du droit de s’en prévaloir pour en solliciter l’usage accru. Il critique le 
raisonnement du tribunal genevois qui était parti du principe que toute 
manifestation religieuse sur le domaine public était susceptible de mettre en péril 
la cohabitation harmonieuse d’une communauté diverse, quand bien même la 
cérémonie en cause n’avait aucun caractère provocateur et n’intervenait nullement 
dans un contexte de tensions religieuses particulières. Ce raisonnement conduit, 
selon Thierry TANQUEREL, à maintenir en pratique la règle genevoise – 
interdisant « toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse » sur la 
voie publique – censurée par le Tribunal fédéral, à la seule condition qu’une 
solution en lieu fermé soit disponible. Or, cet auteur considère qu’il n’y avait 
aucune raison objective de la remettre à l’ordre du jour en 2004 (p. 249). 
Considérer que toute manifestation cultuelle sur le domaine public constituait une 
menace potentielle pour l’ordre public apparaît « exagér[é]» à cet auteur qui 
souligne que le Conseil d’État n’évoquait aucun fait, ni aucune étude qui 
corroborerait l’idée que la paix religieuse serait, en 2017, tellement fragile dans le 
canton de Genève que toute manifestation cultuelle sur le domaine public 
risquerait de la menacer (p. 251). 

 c. Thierry TANQUEREL critique également la différence de réglementation – 
contenue à l’art. 6 LLE – concernant les manifestations religieuses de nature 
cultuelle et non cultuelle, la considérant « ni utile ni pertinente » (p. 253). Selon 
lui, la liberté religieuse confère un droit « conditionnel » à l’usage accru du 
domaine public. Ainsi, saisie d’une demande en ce sens pour une opération 
d’information ou de recrutement, l’autorité compétente doit, comme pour les 
demandes de manifestations cultuelles, peser l’ensemble des intérêts en cause 
dans le cas d’espèce, sans que la nature religieuse de l’opération en cause 
constitue a priori un élément s’opposant à l’octroi d’une autorisation (p. 252). 

  Sur la base de l’ATF 125 I 369 et des arrêts de la CourEDH (ACEDH 
Ahmet Arslan c. Turquie du 23 février 2010, req. n° 41135/98, § 51 ; ACEDH 
Kokkinakis, précité, § 49), cet auteur estime que l’information et le démarchage 
religieux ne peuvent être limités voire interdits, lorsqu’ils s’effectuent dans le 
cadre d’un usage commun du domaine public, que s’ils prennent la forme d’un 
harcèlement inacceptable des usagers dudit domaine, recourent à des méthodes 
déloyales ou trompeuses ou menacent l’ordre public d’une autre manière, par 
exemple en diffusant des propos diffamatoires pour les adeptes d’autres religions 
ou en adoptant des comportements dangereux pour la sécurité routière. Si l’on est 
en présence d’un usage accru du domaine public, un système d’autorisation peut 
être imposé, dans le cadre duquel non seulement le maintien de l’ordre public, 
mais aussi la bonne gestion de celui-ci, pourront être pris en compte. En 
définitive, les principes ne sont pas différents pour ce type d’expression religieuse 
que pour les manifestations cultuelles (p. 252 s). 

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 d. Enfin, Thierry TANQUEREL examine la question du port de vêtement 
religieux sur le domaine public, notamment à la lumière de la jurisprudence de la 
CourEDH, en particulier de l’ACEDH S.A.S. précité relatif à l’interdiction 
française de se dissimuler le visage dans l’espace public (p. 255). Cet arrêt 
constitue, selon lui, le droit positif s’agissant de la protection conventionnelle du 
droit de se vêtir selon son choix dans l’espace public (p. 256). Cela étant, Thierry 
TANQUEREL critique l’argumentation de la CourEDH qui souligne le fait que 
l’interdiction n’était pas explicitement fondée sur la connotation religieuse des 
habits visés mais sur le seul fait qu’ils dissimulent le visage (ACEDH S.A.S., 
précité, § 151). La formulation « apparemment » neutre de la règle litigieuse vise 
en réalité les femmes musulmanes. Il partage l’opinion dissidente de deux juges 
européens, selon laquelle « des droits individuels et concrets garantis par la 
[CEDH ont été sacrifiés] à des principes abstraits, en fondant son appréciation non 
sur l’effet du voile lui-même mais sur la philosophie que celui-ci est censé 
véhiculer, vue comme oppressive, chargée de violence symbolique et 
déshumanisante » (p. 256 et la référence citée). L’approche de la CourEDH 
néglige, selon cet auteur, le fait qu’il n’existe pas de droit à ne pas être choqué par 
des modèles culturels ou religieux aux antipodes des siens, fussent-ils extrêmes, ni 
d’ailleurs d’obligation de se soumettre au contact des autres sur le domaine public 
(p. 256). 

  Eu égard à l’évolution de la jurisprudence relative à son usage, 
Thierry TANQUEREL conclut que le domaine public ne peut être vu « ni comme 
un espace aseptisé, condamné à la neutralité politique, religieuse ou culturelle, ni 
comme l’apanage exclusif de majorités nationales ou locales. C’est un lieu 
d’expressions diverses, d’échanges, voire de confrontations, qui doivent rester 
pacifiques et respectueuses de l’ordre public, mais qui exigent de chaque personne 
le fréquentant une tolérance envers l’expression, même dérangeante, des 
convictions des autres usagers » (p. 259). 

7)  Abordant les droits fondamentaux en lien avec l’art. 3 Cst-GE, 
Michel HOTTELIER mentionne également dans son article précité de 2017, 
l’ATF 108 Ia 41 dit arrêt Rivara, prononçant l’inconstitutionnalité d’une ancienne 
loi genevoise interdisant par principe tout rassemblement religieux sur le domaine 
public dans le cas d’une procession à la fête des Rameaux. Selon cet auteur, le 
droit invocable en cas de manifestation religieuse sur le domaine public est la 
liberté de conscience et de croyance, lue et interprétée en lien avec la liberté de 
réunion et de manifestation au sens de l’art. 32 Cst-GE (Michel HOTTELIER, op. 
cit., p. 163). Cette garantie, lue en relation avec l’art. 3 Cst-GE et la liberté 
d’association au sens de l’art. 31 Cst-GE, interdit toute prise en considération de 
motifs d’ordre confessionnel dans le cas de réunions ou de manifestations, que 
celles-ci soient organisées sur le domaine privé ou public. Seuls des motifs tenant 
aux conditions générales de restriction des libertés au sens de l’art. 43 al. 2 Cst-
GE sont susceptibles d’entrer en ligne de compte, étant précisé que le droit de 

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toute personne – physique ou morale – de professer ses convictions religieuses ou 
philosophiques individuellement ou collectivement au sens de l’art. 25 al. 2 Cst-
GE peut aussi, le cas échéant, s’exercer sur le domaine public (p. 162). La teneur 
des art. 25, 31, 32 et 43 Cst-GE est similaire à celle de leur pendant fédéral. 

  De plus, les principes développés par la jurisprudence au sujet de la liberté 
de se réunir sur le domaine public pour y tenir une manifestation dans le domaine 
du débat politique s’appliquent de manière identique à la liberté de conscience et 
de croyance, laquelle fonctionne, selon cet auteur, à la manière d’une lex 
specialis. Ainsi, seuls des motifs visant à protéger l’ordre public (soit la sécurité, 
la tranquillité, la santé ou la moralité publique) sont admissibles, à l’exception de 
toute considération tenant à la nature des convictions exprimées. Conformément 
aux standards développés par la jurisprudence, la liberté de s’exprimer vaut non 
seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur ou 
considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui 
heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la 
population. En outre, les opinions sont protégées pour elles-mêmes, même si elles 
ne correspondent pas à la vérité, car, par définition, elles ne se prêtent pas à une 
démonstration de véracité. L’exercice de la liberté de conscience et de croyance 
sur le domaine public illustre d’une manière évocatrice la règle de l’art. 41 al. 1 
Cst-GE, selon laquelle les droits fondamentaux doivent être respectés, protégés et 
réalisés dans l’ensemble de l’ordre juridique. Le domaine public en faisant 
naturellement pas exception, tout refus d’autoriser une manifestation impliquant 
un usage accru du domaine public s’analyse comme une restriction qui doit 
répondre aux exigences posées par l’art. 43 Cst-GE et ouvrir, le cas échéant, la 
porte au contrôle de la constitutionnalité (p. 162 s). 

8)  Selon la CourEDH, l’autonomie des communautés religieuses est 
indispensable au pluralisme dans une société démocratique et se trouve au cœur 
même de la protection offerte par l’art. 9 CEDH. Lorsque l’organisation d’une 
communauté religieuse – existant traditionnellement sous la forme de structures 
organisées – est en cause, l’art. 9 CEDH doit s’interpréter à la lumière de 
l’art. 11 CEDH qui protège la vie associative contre toute ingérence injustifiée de 
l’État. Le refus de reconnaître une communauté religieuse en tant qu’Église ou de 
lui octroyer la personnalité morale a été considéré comme une ingérence dans le 
droit à la liberté de religion garanti à l’art. 9 CEDH (ACEDH Metodiev et autres 
c. Bulgarie du 15 juin 2017, req. n° 58088/08, § 33 et 34). 

 a. Selon l’art. 11 CEDH, toute personne a droit à la liberté de réunion 
pacifique et à la liberté d’association, y compris le droit de fonder avec d’autres 
des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts (§ 1). 
L’exercice de ces droits ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, 
prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société 
démocratique, à la sécurité nationale, à la sûreté publique, à la défense de l’ordre 

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et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la 
protection des droits et libertés d’autrui. Le présent article n’interdit pas que des 
restrictions légitimes soient imposées à l’exercice de ces droits par les membres 
des forces armées, de la police ou de l’administration de l’État (§ 2). 

  Les libertés de réunion et d’association sont aussi garanties aux art. 22 al. 1 
respectivement 23 al. 1 Cst. Toute personne a le droit d’organiser des réunions, 
d’y prendre part ou non (art. 22 al. 2 Cst). Toute personne a le droit de créer des 
associations, d’y adhérer ou d’y appartenir et de participer aux activités 
associatives (art. 23 al. 2 Cst.). Nul ne peut être contraint d’adhérer à une 
association ou d’y appartenir (art. 23 al. 3 Cst.). 

 b. La liberté d’association, notamment celle des communautés religieuses, 
n’est pas absolue. Les États disposent d’un droit de regard sur la conformité du 
but et des activités d’une association avec les règles fixées par la législation. Les 
États doivent cependant user de ce droit d’une manière qui se concilie avec leurs 
obligations au titre de la CEDH et sous réserve du contrôle des organes de cette 
convention. En conséquence, les exceptions visées à l’art. 11 CEDH appellent une 
interprétation stricte, seules des raisons convaincantes et impératives pouvant 
justifier des restrictions à la liberté d’association. Dans le cadre de son contrôle 
des décisions internes à l’aune de l’art. 11 CEDH, la CourEDH ne doit pas se 
borner à rechercher si l’État défendeur a usé de son pouvoir d’appréciation de 
bonne foi, avec soin et de façon raisonnable. Il lui faut considérer l’ingérence 
litigieuse en tenant compte de l’ensemble de l’affaire pour déterminer si elle était 
« proportionnée au but légitime poursuivi » et si les motifs invoqués par les 
autorités nationales pour la justifier apparaissent « pertinents et suffisants ». Ce 
faisant, la CourEDH doit se convaincre que les autorités nationales ont appliqué 
des règles conformes aux principes consacrés par l’art. 11 CEDH et ce, de 
surcroît, en se fondant sur une appréciation acceptable des faits pertinents 
(ACEDH Metodiev, précité, § 35 et les références citées). Pour déterminer une 
éventuelle ingérence dans l’exercice des droits garantis par les art. 9 et 11 CEDH, 
la CourEDH doit tenir compte des répercussions de la mesure litigieuse sur 
l’exercice de ces droits par le requérant, en prenant notamment en considération 
l’importance du droit des communautés religieuses à l’autonomie 
(ACEDH Metodiev, précité, § 36). 

 c. Dans l’affaire Metodiev précitée, la CourEDH a constaté une telle ingérence 
dans l’exercice des droits ancrés à l’art. 9 CEDH, interprété à la lumière de l’art. 
11 CEDH, et ce même si le refus d’enregistrement de la nouvelle association 
n’avait pas empêché les membres de la communauté religieuse d’effectuer des 
rassemblements ou de pratiquer des rites religieux. Le fait qu’elle ne pouvait pas 
obtenir, par un autre moyen, la personnalité juridique privait la communauté 
religieuse de plusieurs prérogatives, telles que posséder des biens et ester en 
justice, qui étaient pourtant essentiels pour l’exercice du droit de manifester sa 

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religion (§ 36 s). La CourEDH a ensuite examiné les trois conditions de restriction 
aux libertés, prévues aux art. 9 § 2 et 11 § 2 CEDH. Elle a notamment admis 
l’existence d’objectifs légitimes tendant à la protection de l’ordre et des droits et 
libertés d’autrui, au motif avancé par l’État défendeur que les statuts d’une 
association cultuelle devaient définir clairement les croyances et les rites du culte, 
dans l’objectif de permettre au public de distinguer les différents cultes et d’éviter 
la confrontation entre les communautés religieuses (§ 40). Elle a en revanche 
estimé que le défaut allégué de précision de la description des croyances et des 
rites de l’association cultuelle dans les statuts de celle-ci n’était pas de nature à 
justifier le refus d’enregistrement litigieux et a conclu à la violation de l’art. 9 
CEDH, interprété à la lumière de l’art. 11 CEDH (§ 47 s).  

  Dans cette affaire, la CourEDH a, d’une part, rappelé que le fait d’exiger 
d’une association cultuelle cherchant à acquérir le statut d’Église qu’elle fournisse 
des documents exposant les principes fondamentaux de sa religion, afin de 
déterminer l’authenticité de l’organisation et de vérifier si cette religion ne 
constituait pas un danger pour la société démocratique, pouvait passer pour 
justifié (§ 42 et les références citées). Or, dans cette affaire, le but des autorités 
nationales n’était pas de juger de l’authenticité de l’organisation ou de la 
compatibilité de ses activités avec la loi, mais de distinguer le culte de la nouvelle 
association de ceux préexistants. Si pareille distinction pouvait être en principe 
considérée légitime afin de ne pas induire le public en erreur, elle ne devait pas 
restreindre l’exercice du droit à la liberté de religion et d’association de manière 
disproportionnée (§ 42 s). D’autre part, la CourEDH a rappelé sa jurisprudence, 
selon laquelle le droit à la liberté de religion au sens de la CEDH excluait en 
principe que l’État apprécie la légitimité des croyances religieuses ou les 
modalités d’expression de celles-ci, et ce même dans un souci de préserver l’unité 
au sein d’une communauté religieuse. Le rôle des autorités, lorsqu’une 
communauté religieuse était divisée, consisterait non pas à prendre des mesures 
susceptibles de privilégier un courant au détriment des autres ni à enrayer la cause 
des tensions en éliminant le pluralisme, mais à s’assurer que des groupes opposés 
l’un à l’autre se tolèrent (ACEDH Metodiev, précité, § 46 et les références citées). 

 d. Dans une autre affaire récente relative au refus d’enregistrer une 
communauté religieuse (ACEDH Ilyin et autres c. Ukraine du 17 novembre 2022, 
req. n° 74852/14), la CourEDH a examiné la question de la proportionnalité dudit 
refus à l’aune des raisons invoquées par l’État défendeur (§ 65 ss). Selon la 
CourEDH, un tel refus pouvait en principe se justifier lorsqu’une communauté 
religieuse refusait de permettre aux autorités de prendre des mesures appropriées 
afin d’investiguer toute plainte crédible de pratiques abusives survenant lors 
d’événements de cette communauté, en l’espèce lors de séminaires organisés par 
celle-ci. Cependant, afin de respecter les exigences procédurales des art. 9 et 11 
CEDH, une telle démarche d’investigation devait être accompagnée des garanties 
appropriées : en particulier, elle devait être dûment documentée (« duly 

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documented ») et les échanges pertinents devaient être dûment recueillis 
(« appropriate records of relevant exchanges be held »). Cela permettait un 
examen effectif (« an effective review ») des décisions et actions pertinentes des 
autorités d’enregistrement au niveau interne (§ 66 et 67 et les références citées). 
Faute de preuve d’une contrainte qui aurait été exercée sur des individus en lien 
avec des pratiques liées au mariage, il n’existait en l’espèce pas de motif pour 
refuser l’enregistrement de la communauté religieuse (§ 71). 

9)  Une restriction à la liberté de conscience et de croyance est possible tant au 
regard de l’art. 9 § 2 CEDH que de l’art. 36 Cst., à condition de remplir les trois 
exigences usuelles en la matière (base légale suffisante, intérêt public ou 
protection d’un droit fondamental d’autrui, proportionnalité) et le respect du 
noyau intangible du droit en cause (art. 36 al. 4 Cst.). Il en va de même d’une 
limitation de la liberté d’association (art. 11 § 2 CEDH). 

 a. Selon l’art. 36 Cst., toute restriction d’un droit fondamental doit être fondée 
sur une base légale. Les restrictions graves doivent être prévues par une loi. Les 
cas de danger sérieux, direct et imminent sont réservés (al. 1). Toute restriction 
d’un droit fondamental doit être justifiée par un intérêt public ou par la protection 
d’un droit fondamental d’autrui (al. 2). Toute restriction d’un droit fondamental 
doit être proportionnée au but visé (al. 3). L’essence des droits fondamentaux est 
inviolable (al. 4).  

  En vertu de l’art. 9 § 2 CEDH, la liberté de manifester sa religion ou ses 
convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la 
loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la 
sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, 
ou à la protection des droits et libertés d’autrui. 

 b. En l’espèce, le département prive l’Église d’effectuer un baptême devant 
accueillir septante-cinq personnes sur le domaine public pendant une heure. Il 
restreint ce faisant le droit de la recourante de manifester sa religion 
collectivement et en public, droit expressément prévu à l’art. 9 § 1 CEDH et 
admis en Suisse par la jurisprudence fédérale et la doctrine susmentionnées 
relatives à l’art. 15 Cst. 

  Il convient donc d’examiner si cette restriction du droit à la liberté de 
conscience et de croyance de la recourante est justifiée en l’espèce, étant précisé 
que les limitations concernant les manifestations religieuses extérieures ne portent 
pas atteinte au noyau intangible de la liberté de conscience et de croyance, qui ne 
protège que la « liberté intérieure » (ATF 135 I 79 = JdT 2009 I 343 consid. 
5.5.1 ; ATF 148 I 160 consid. 7.11). 

10)  Avant d’examiner les raisons du département, il convient de rappeler 
premièrement les exigences de la base légale.  

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 a. Selon le Tribunal fédéral, les restrictions graves d’un droit fondamental 
supposent une base claire et explicite dans une loi au sens formel (art. 36 al. 1 
phr. 2 Cst.). Pour les restrictions légères, une loi au sens matériel suffit. Les 
dispositions doivent être formulées d’une manière suffisamment précise pour 
permettre aux individus d’adapter leur comportement et de prévoir les 
conséquences d’un comportement déterminé avec un degré de certitude approprié 
aux circonstances. Le degré de précision exigible ne peut pas être défini 
abstraitement. Il dépend notamment de la diversité des états de faits à régler, de la 
complexité et de la prévisibilité de la décision à prendre dans le cas d’espèce, des 
destinataires de la règle, de l’intensité de l’atteinte portée aux droits 
fondamentaux, et finalement de l’appréciation de la situation qui n’est possible 
que lors de l’examen du cas individuel et concret (ATF 139 I 280 = JdT 2014 I 
118 consid. 5.1 et les arrêts cités).  

  Il faut en principe apprécier selon des critères objectifs si la restriction d’un 
droit fondamental est grave ou légère, ce qui est difficile dans le domaine de la 
liberté de conscience et de croyance car les sentiments et les convictions religieux 
sont toujours motivés de manière subjective ; les organes étatiques doivent se 
référer à [la signification] des règles religieuses pour les personnes concernées. 
Les entraves à la manifestation des convictions religieuses sont habituellement 
ressenties comme graves par les personnes concernées. Il est donc décisif 
d’examiner si les personnes touchées par une entrave concrète sont en mesure 
d’exposer en quoi cette atteinte heurte un élément essentiel ou une règle de 
comportement importante établie dans une pratique religieuse déterminée, de 
manière que sa gravité soit perceptible objectivement dans les circonstances 
apparentes de la vie (ATF 142 I 49 = JdT 2016 I 67 consid. 7.1 ; ATF 139 I 280 = 
JdT 2014 I 118 consid. 5.2 et les arrêts cités).  

 b. La jurisprudence de la CourEDH pose des conditions similaires. Elle exige, 
outre l’existence d’une base en droit interne, que la loi en question soit à la fois 
suffisamment accessible et précise : le citoyen doit pouvoir disposer de 
renseignements suffisants, dans les circonstances de la cause, sur les normes 
juridiques applicables et pouvoir régler sa conduite. Il est reconnu que beaucoup 
de lois, en raison de la nécessité d’éviter une rigidité excessive et de s’adapter aux 
changements de situation, se servent par la force des choses de formules plus ou 
moins floues. Aussi l’interprétation et l’application de pareils textes dépendent de 
la pratique (ACEDH Osmanoglu et Kocabas c. Suisse du 10 janvier 2017, 
req. n° 29086/12, § 50 ss). 

 c. Selon le Tribunal fédéral, l'exigence d'une base légale formelle n'exclut pas 
que le législateur puisse autoriser le pouvoir exécutif, par le biais d'une clause 
de délégation législative, à édicter des règles de droit (art. 164 al. 2 Cst.) destinées 
à préciser les tâches publiques et les pouvoirs y afférents que la loi a confiés à une 
organisation extérieure à l'administration, ceci valant en particulier pour la 

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délégation de tâches publiques mineures ou purement techniques. La clause 
de délégation législative en faveur du pouvoir exécutif est cependant soumise à 
des exigences strictes lorsqu'elle porte sur des tâches de puissance publique ou 
lorsque les droits et obligations des personnes sont en jeu (art. 164 al. 1 let. c 
Cst.). Il lui faut dans un tel cas être suffisamment précise de manière à 
circonscrire les lignes fondamentales de la réglementation déléguée, soit le but, 
l'objet et l'étendue des pouvoirs délégués au pouvoir exécutif (ATF 137 II 
409 consid. 6.4 et les références citées ; arrêt du Tribunal fédéral 2C_854/2016 du 
31 juillet 2018 consid. 7.2).   

11)  Deuxièmement, il sied de rappeler les motifs susceptibles de restreindre la 
liberté de conscience et de croyance.  

 a. La notion d'intérêt public, au sens de l'art. 36 al. 2 Cst., varie dans le temps 
et selon le lieu et comprend non seulement les biens de police (tels que l'ordre, la 
sécurité, la santé et la tranquilité publics, etc.), mais aussi les valeurs culturelles, 
écologiques et sociales dont les tâches de l'État sont l'expression. Ces intérêts 
publics se concrétisent généralement dans le cadre d'un processus politique de 
l’adoption démocratique des lois, laquelle ne s’opère pas de manière arbitraire 
mais à la lumière du système de valeur de l’ordre juridique global. Ils doivent en 
outre constituer un critère de restriction pertinent pour la limitation du droit 
fondamental en cause. Si ce droit ne peut pas être restreint pour les motifs 
invoqués par la collectivité publique, ces motifs n’entrent pas en considération à 
titre d’intérêt public pertinent (ATF 142 I 49 = JdT 2016 I 67 consid. 8.1 et les 
arrêts cités). 

 b. Selon la CourEDH, l’énumération des exceptions à la liberté de chacun de 
manifester sa religion ou ses convictions, qui figure à l’art. 9 § 2 CEDH, est 
exhaustive et la définition de ces exceptions est restrictive. Pour être compatible 
avec cette convention, une restriction à cette liberté doit notamment être inspirée 
par un but susceptible d’être rattaché à l’un de ceux énumérés dans cette 
disposition (ACEDH Hamidovic c. Bosnie-Herzégovine du 5 décembre 2017, 
req. n° 57792/15, § 34). 

12)  Troisièmement, la mesure litigieuse doit être conforme au principe de la 
proportionnalité, rappelé ci-dessous à l’aune de l’art. 36 al. 3 Cst. et de la 
jurisprudence topique de la CourEDH. 

 a. Le principe de proportionnalité ancré à l’art. 36 al. 3 Cst. exige que la 
mesure envisagée soit apte à produire les résultats d'intérêt public escomptés 
(règle de l'aptitude) et que ceux-ci ne puissent être atteints par une mesure moins 
incisive (règle de la nécessité). En outre, elle interdit toute limitation allant au-
delà du but visé et postule un rapport raisonnable entre celui-ci et les intérêts 
publics ou privés compromis (principe de la proportionnalité au sens étroit, 
impliquant une pesée des intérêts ; ATF 140 I 218 consid. 6.7.1; ATF 148 I 160 

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consid. 7.10). La restriction ne doit pas être plus grave que nécessaire d’un point 
de vue objectif, spatial, temporel et personnel. Les intérêts antagonistes privés et 
publics doivent être évalués et pondérés en considération des circonstances de 
l’espèce et du contexte social actuel (ATF 142 I 49 = JdT 2016 I 67 consid. 9.1 et 
les arrêts cités). 

 b. Selon la CourEDH, dans une société démocratique, où plusieurs religions 
coexistent au sein d’une même population, il peut se révéler nécessaire d’assortir 
la liberté de manifester sa religion ou ses convictions de limitations propres à 
concilier les intérêts des divers groupes et à assurer le respect des convictions de 
chacun. La CourEDH met l’accent sur le rôle de l’État en tant qu’organisateur 
neutre et impartial de l’exercice des diverses religions, cultes et croyances. Ce rôle 
contribue à assurer l’ordre public, la paix religieuse et la tolérance dans une 
société démocratique. Le devoir de neutralité et d’impartialité de l’État est 
incompatible avec un quelconque pouvoir d’appréciation de la part de celui-ci 
quant à la légitimité des croyances religieuses ou des modalités d’expression de 
celles-ci. Ce devoir impose à l’État de s’assurer que des groupes opposés se 
tolèrent. Le rôle des autorités dans ce cas n’est pas de supprimer la cause des 
tensions en éliminant le pluralisme, mais de s’assurer que des groupes opposés 
l’un à l’autre se tolèrent. Pluralisme, tolérance et esprit d’ouverture caractérisent 
une « société démocratique ». Bien qu’il faille parfois subordonner les intérêts 
d’individus à ceux d’un groupe, la démocratie ne se ramène pas à la suprématie 
constante de l’opinion de la majorité mais commande un équilibre qui assure aux 
individus minoritaires un traitement juste et qui évite tout abus d’une position 
dominante. Le pluralisme et la démocratie doivent également se fonder sur le 
dialogue et un esprit de compromis, qui impliquent nécessairement de la part des 
individus des concessions diverses qui se justifient aux fins de la sauvegarde et de 
la promotion des idéaux et valeurs d’une société démocratique. Si les « droits et 
libertés d’autrui » figurent eux-mêmes parmi ceux garantis par la CEDH ou ses 
protocoles, il faut admettre que la nécessité de les protéger puisse conduire les 
États à restreindre d’autres droits ou libertés également consacrés par la CEDH : 
c’est précisément cette constante recherche d’un équilibre entre les droits 
fondamentaux de chacun qui constitue le fondement d’une « société 
démocratique » (ACEDH S.A.S, précité, § 126 à 128 et les références citées). 

  Le pluralisme repose aussi sur la reconnaissance et le respect véritables de la 
diversité et de la dynamique des traditions culturelles, des identités ethniques et 
culturelles, des convictions religieuses, et des idées et concepts artistiques, 
littéraires et socio-économiques. Une interaction harmonieuse entre personnes et 
groupes ayant des identités différentes est essentielle à la cohésion sociale. Le 
respect de la diversité religieuse présente certainement l’un des défis les plus 
importants aujourd’hui, c’est pourquoi les autorités doivent percevoir la diversité 
religieuse non pas comme une menace mais comme une richesse (ACEDH 

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Izzettin Dogan et autres c. Turquie [Grande Chambre] du 26 avril 2016, req. n° 
62649/10, § 109). 

  La CourEDH accorde une importance particulière au rôle du décideur 
national, jouissant d’une légitimité démocratique directe et mieux placé pour se 
prononcer sur les besoins et contextes locaux, lorsque des questions de politique 
générale sont en jeu, sur lesquelles de profondes divergences peuvent 
raisonnablement exister dans un État démocratique. Tel est en particulier le cas 
lorsque ces questions concernent les rapports entre l’État et les religions. Vu la 
diversité des approches nationales observées sur le port de symboles religieux 
dans les établissements d’enseignement, il n’est pas possible de discerner à travers 
l’Europe une conception uniforme de la signification de la religion dans la société 
et le sens ou l’impact des actes correspondant à l’expression publique d’une 
conviction religieuse ne sont pas les mêmes suivant les époques et les contextes 
(ACEDH S.A.S., précité, § 129 s et les références citées). Pour délimiter 
l’ampleur de la marge d’appréciation devant être, dans une certaine mesure, 
laissée à l’État concerné, la CourEDH doit tenir compte de l’enjeu, à savoir la 
protection des droits et libertés d’autrui, les impératifs de l’ordre public, la 
nécessité de maintenir la paix civile et un véritable pluralisme religieux, 
indispensable pour la survie d’une société démocratique (ACEDH Leyla Sahin c. 
Turquie [Grande Chambre] du 10 novembre 2005, req. n° 44774/98, § 109 s). 

 c. Dans l’affaire S.A.S précitée, la CourEDH rappelle plusieurs cas examinés à 
l’aune des principes précités, dont deux méritent d’être signalés (ACEDH S.A.S., 
précité, § 134 ss). 

  Dans le cas de Mme Eweida, employée d’une compagnie aérienne privée 
qui était, dans un premier temps, opposée au fait que celle-là porte au travail une 
croix en pendentif au cou de manière visible, la CourEDH a admis une ingérence 
dans le droit de l’employée de manifester sa religion, bien qu’elle ne fût pas 
directement imputable à l’État défendeur, l’insistance de l’intéressée étant 
motivée par sa volonté de témoigner de sa foi chrétienne. La question à examiner 
portait sur le juste équilibre à ménager entre l’intérêt général et les intérêts de 
l’individu (ACEDH Eweida et autres, précité, § 84, 89 et 91). Selon la CourEDH, 
qui a constaté la violation de l’art. 9 CEDH dans le cas de cette employée