# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 11343d5f-c57e-5c25-9b72-31d38f33815b
**Source:** Bundesstrafgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2013-05-07
**Language:** fr
**Title:** Bundesstrafgericht 07.05.2013 RR.2013.42
**Docket/Reference:** RR.2013.42
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BSTG_001_RR-2013-42_2013-05-07

## Full Text

Extradition et délégation de la poursuite pénale à la France.
Décision d'extradition (art. 55 EIMP); délégation de la poursuite à l'étranger (art. 88 ss EIMP); assistance judiciaire (art. 65 PA).
;;Extradition et délégation de la poursuite pénale à la France.
Décision d'extradition (art. 55 EIMP); délégation de la poursuite à l'étranger (art. 88 ss EIMP); assistance judiciaire (art. 65 PA).
;;Extradition et délégation de la poursuite pénale à la France.
Décision d'extradition (art. 55 EIMP); délégation de la poursuite à l'étranger (art. 88 ss EIMP); assistance judiciaire (art. 65 PA).
;;Extradition et délégation de la poursuite pénale à la France.
Décision d'extradition (art. 55 EIMP); délégation de la poursuite à l'étranger (art. 88 ss EIMP); assistance judiciaire (art. 65 PA).

Arrêt du 7 mai 2013  
Cour des plaintes 

Composition  Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, président, 

Roy Garré et Nathalie Zufferey Franciolli, 

la greffière Maria Ludwiczak 

   

Parties  A. (alias B.), actuellement détenu, 

représenté par Me Saskia Ditisheim, avocate, et Me 

François Canonica, avocat, 

recourant 

 

 contre 

   

  OFFICE FÉDÉRAL DE LA JUSTICE, UNITÉ 

EXTRADITIONS, 

partie adverse 

 

   

Objet  Extradition et délégation de la poursuite pénale à la 

France 

 

Décision d'extradition (art. 55 EIMP); délégation de la 

poursuite à l’étranger (art. 88 ss EIMP); assistance 

judiciaire (art. 65 PA) 

 
 

B u n d e s s t r a f g e r i c h t   

T r i b u n a l  p é n a l  f é d é r a l  

T r i b u n a l e  p e n a l e  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  p e n a l  f e d e r a l  

 

 

Numéros de dossiers:  RR.2013.42 + RP.2013.5 

 

 

 

- 2 - 

 

 

 

Faits: 

 

A. En date du 29 juin 2012, la France a requis l’extradition de A. (alias B.; 

act. 6.3) pour les faits suivants. Le 26 novembre 2010 à 18h12, un groupe 

de six à dix personnes lourdement armées est arrivé dans deux véhicules 

Audi A3 et Audi S6, volés en Suisse et en France respectivement, devant 

le bureau de change C. de Z. Après avoir neutralisé le vigile, les auteurs 

ont apposé un cadre explosif sur la vitre blindée du bureau de change 

donnant sur l’avenue de Y. L’explosion a créé un orifice par lequel un des 

individus, D. est entré dans le bureau de change et s’est emparé 

d’importantes sommes d’argent. Les autres, restés à l’extérieur pour tenir 

en respect les passants, ont à plusieurs reprises fait usage de leurs armes, 

dont des kalachnikovs. L’arrivée rapide de la police a fait fuir, à bord de 

l’Audi S6, les individus restés dehors. En sortant du bureau de change, D. 

a été encerclé par la police et sommé de se rendre. Il a car-jacké une 

voiture, roulé sur une passante en démarrant, puis s’est encastré dans 

plusieurs autres véhicules quelques centaines de mètres plus loin, ce qui a 

permis son arrestation. Pendant ce temps, les autres individus ont 

poursuivi leur fuite, abandonnant l’Audi S6 et ouvrant le feu sur un 

automobiliste à Y. Ils ont ensuite traversé la frontière avec la France et pris 

la fuite dans deux véhicules relais, BMW X3 et BMW X5, volés auparavant 

en France, et qui ont par la suite été retrouvés incendiés le 27 novembre 

2010 en France également. 

B. Une procédure pénale a été ouverte en France pour le braquage du bureau 

de change de Z., les coups de feu tirés à Y., le vol et la destruction de la 

BMW X5, le recel et la destruction de la BMW X3 ainsi que le vol de l’Audi 

S6. 

C. En parallèle, une procédure a également été ouverte en Suisse pour le 

braquage à Z., les coups de feu tirés à Y. ainsi que le vol de l’Audi A3. Les 

examens techniques effectués dans les véhicules Audi A3 et S6 ont permis 

de retrouver l’ADN de cinq individus, identifiés comme étant E., F., G. et A. 

Le cinquième individu n’a pu être identifié. 

Dans le cadre de cet état de fait, E., F. et G., ressortissants français, ont 

été interpellés en France les 5 et 6 décembre 2011 et sont en détention 

provisoire depuis le 9 décembre 2011. Le 16 février 2012, l’Office fédéral 

de la justice (ci-après: OFJ) a adressé, sur requête du Ministère public 

genevois (ci-après: MP-GE; act. 6.1), une demande de délégation de la 

poursuite contre E., F. et G. pour les faits liés au braquage du 26 novembre 

- 3 - 

 

 

2010 (act. 6.2). A. est, quant à lui, détenu en Suisse depuis le 11 janvier 

2012. 

D. La demande d’extradition du 29 juin 2012 porte sur lesdits faits. Egalement, 

les autorités françaises y attirent l’attention des autorités suisses sur une 

éventuelle délégation de la poursuite menée en Suisse contre A. pour le vol 

de l’Audi A3, pour le cas où l’extradition serait accordée (act. 6.3). Par 

courrier du 24 juillet 2012, l’OFJ a transmis au MP-GE la demande 

d’extradition, l’invitant à procéder à l’audition de A. Au vu de la procédure 

en cours à Genève, l’OFJ a également invité le MP-GE à lui indiquer si les 

faits exposés dans la demande d’extradition sont les mêmes que ceux pour 

lesquels l’intéressé est poursuivi en Suisse. Dans l’affirmative, l’OFJ a prié 

le MP-GE de lui fournir les motifs pour lesquels l’intéressé devrait être 

extradé en France (act. 6.4). 

Lors de son audition du 30 juillet 2012, A. s’est opposé à son extradition en 

France. Il a déclaré ne pas renoncer à la règle de la spécialité et s’opposer 

à ce que les faits mis à sa charge en Suisse soient dénoncés aux autorités 

françaises (act. 6.5). 

Par courrier daté du 5 septembre 2012, A. a déposé ses observations à la 

demande d’extradition (act. 6.13). En date du 5 septembre 2012, le MP-GE 

a transmis sa prise de position à l’OFJ, dans laquelle il a demandé que la 

poursuite pénale genevoise à l’encontre de A. soit déléguée à la France 

(act. 6.14). A. a complété ses observations suite à la prise de position du 

MP-GE par pli du 5 octobre 2012 (act. 6.21). 

E. Interpellées par l’OFJ le 8 août 2012 à propos de l’identité de A. alias B. 

ainsi que de sa nationalité (act. 6.8), les autorités françaises ont, en date 

du 26 octobre 2012, fourni des éléments sur l’identité de l’intéressé et la 

manière dont il a obtenu le passeport français (act. 6.23). 

F. Suite aux demandes de l’OFJ des 21 septembre et 9 novembre 2012 

(act. 6.18 et 6.25), les autorités françaises ont fait parvenir à l’OFJ, par note 

diplomatique du 29 novembre 2012, une description des faits relatifs aux 

vols des voitures Audi S6, BMW X3 et BMW X5 intervenus sur sol français 

ainsi que l’association de malfaiteurs et l’attaque du bureau de change du 

26 novembre 2010 (act. 6.29). Le 7 janvier 2013, les autorités françaises 

ont été invitées, une fois de plus, à compléter la description des faits 

concernant le vol de la BMW X3 (act. 6.33). Un complément de faits a été 

transmis à l’OFJ par pli du 11 janvier 2013 (act. 6.34). 

- 4 - 

 

 

G. Par note diplomatique du 25 septembre 2012, l’OFJ a demandé aux 

autorités françaises de lui indiquer, pour le cas où l’extradition serait 

accordée, si la France tiendra compte de la détention préventive subie par 

A. en Suisse et, le cas échéant, si celle-ci pourra être imputée sur une 

éventuelle peine qui serait prononcée à son encontre (act. 6.19). Les 

autorités françaises ont répondu par note diplomatique du 26 octobre 2012 

(act. 6.22). A. a pris position sur cette réponse par courrier du 16 novembre 

2012 (act. 6.26). 

H. Par courriel du 19 décembre 2012, l’OFJ a demandé aux autorités 

françaises de lui indiquer les bases légales permettant à la France de 

poursuivre et juger A. pour les faits commis en Suisse (act. 6.31). Les 

autorités françaises ont répondu à cette requête en date du 3 janvier 2013 

(act. 6.32).  

I. Le 8 janvier 2013, un quatrième ressortissant français, soupçonné d’avoir 

participé au braquage du bureau de change de Z. a été interpellé en 

France (act. 6.36). 

J. Par décision du 14 janvier 2013, l’OFJ a accordé l’extradition de A. à la 

France pour les faits commis le 26 novembre 2010 à Z. et les autres faits 

également mentionnés dans la demande d’extradition du 29 juin 2012 et 

ses compléments des 29 novembre 2012 et 11 janvier 2013, et délégué la 

poursuite pénale genevoise à l’encontre de A. à la France (act. 1.1). 

K. Par acte daté du 15 février 2013, A. a recouru contre la décision 

d’extradition et délégation de la poursuite. Il a conclu à l’annulation de la 

décision du 14 janvier 2013, au refus tant de l’extradition que de la 

délégation de la poursuite pénale à la France. De plus, il a sollicité 

l’assistance judiciaire et la désignation, en qualité de défenseurs d’office, 

de Me François Canonica et Me Saskia Ditisheim (act. 1). 

L. Invité à répondre, l'OFJ a conclu, en date du 4 mars 2013, au rejet du 

recours sous suite de frais (act. 6). 

Par pli du 4 mars 2013, le MP-GE a conclu au rejet du recours et à la 

confirmation de la décision entreprise (act. 5). 

M. Par réplique du 18 mars 2013, A. a persisté dans ses griefs et conclusions 

(act. 8). 

- 5 - 

 

 

N. Par plis des 25 et 26 mars 2013, le MP-GE, respectivement l’OFJ, ont 

renoncé à dupliquer (act. 10 et 11). 

Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris, 

si nécessaire, dans les considérants en droit.  

 

 

 

La Cour considère en droit: 

1.  

1.1 Les procédures d'extradition entre la Confédération suisse et la République 

française sont prioritairement régies par la Convention européenne 

d’extradition du 13 décembre 1957 (CEExtr; RS 0.353.1) et par l'Accord du 

10 février 2003 entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la 

République française relatif à la procédure simplifiée d’extradition et 

complétant la CEExtr (RS 0.353.934.92, ci-après: l’Accord CEExtr 

francosuisse). Les art. 59 à 66 de la Convention d’application de l’Accord 

Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922(02); Journal 

officiel de l’Union européenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62, 

publication de la Chancellerie fédérale, "Entraide et extradition") 

s’appliquent également à l’extradition entre la Suisse et la France (v. arrêt 

du Tribunal pénal fédéral RR.2008.296 du 17 décembre 2008, consid. 1.3). 

Les dispositions pertinentes du CAAS n’affectent pas l’application des 

dispositions plus larges des accords en vigueur entre la France et la Suisse 

(art. 59 ch. 2 CAAS). 

Les procédures de délégation de la poursuite pénale sont régies par la 

Convention européenne d’entraide judiciaire du 20 avril 1959 (CEEJ; 

RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la Suisse le 20 mars 1967 et le 21 

août 1981 pour la France, ainsi que par l'Accord bilatéral complétant cette 

Convention (RS 0.351.934.92), conclu le 28 octobre 1996 et entré en 

vigueur le 1
er
 mai 2000. Les art. 48 ss CAAS s’appliquent également à 

l’entraide pénale entre la Suisse et la France (v. arrêt du Tribunal pénal 

fédéral RR.2008.98 du 18 décembre 2008, consid. 1.3). 

Pour le surplus, la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière 

pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP; 

RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas régies, explicitement ou 

implicitement, par les traités (ATF 130 II 337 consid. 1; 128 II 355 consid. 1 

et la jurisprudence citée). Le droit interne s'applique en outre lorsqu'il est 

plus favorable à l'octroi de l’extradition que les traités (ATF 137 IV 33 

- 6 - 

 

 

consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; 129 II 462 consid. 1.1; 122 II 140 

consid. 2). L'application de la norme la plus favorable (principe dit "de 

faveur") doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135 

IV 212 consid. 2.3).  

1.2 La décision par laquelle l’OFJ accorde l’extradition (art. 55 al. 1 EIMP) peut 

faire l’objet d’un recours devant la Cour des plaintes du Tribunal pénal 

fédéral (art. 55 al. 3 et 25 al. 1 EIMP). A la différence de la demande de 

délégation de la poursuite adressée par les autorités cantonales de 

poursuite à l’OFJ, la requête par laquelle l’OFJ invite l’Etat étranger à 

assumer la poursuite pénale d’une infraction relevant de la juridiction 

suisse est une décision sujette à recours devant la Cour de céans (art. 88, 

30 et 25 al. 2, 1
re
 phrase EIMP; ATF 118 Ib 269 consid. 2a; arrêt du 

Tribunal fédéral 1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 1a).  

1.3  

1.3.1 En sa qualité de personne extradée, A. a la qualité pour recourir contre la 

décision d’extradition au sens de l’art. 21 al. 3 EIMP (ATF 122 II 373 

consid. 1b; 118 Ib 269 consid. 2d). 

1.3.2 Pour ce qui est de la décision de délégation de la poursuite pénale, seule la 

personne poursuivie qui a sa résidence habituelle en Suisse a la qualité 

pour recourir (art. 25 al. 2, 2
e
 phrase EIMP; arrêt du Tribunal fédéral 

1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 1a). Le but poursuivi par cette 

disposition est de limiter le droit de recours aux personnes résidant 

ordinairement en Suisse, seules ces personnes disposant d’un intérêt 

juridique évident, lié notamment à l’exercice des droits de la défense, à ce 

que la poursuite pénale suive son cours en Suisse plutôt qu’à l’étranger. En 

revanche, la personne qui réside à l’étranger - que ce soit dans l’Etat requis 

ou dans un Etat tiers -, ne peut pas prétendre à ce que la procédure pénale 

soit continuée en Suisse alors que l’intérêt de la justice commanderait de la 

déléguer à un autre Etat disposant d’une compétence répressive (arrêts du 

Tribunal fédéral 1A.252/2006 du 6 février 2007, consid. 2.3; 1A.64/2001 du 

23 avril 2001, publié in SJ 2001 I 370 consid. 1c/cc; arrêt du Tribunal pénal 

fédéral RR.2008.26/36 du 8 avril 2008, consid. 3.2). D’après le Message du 

Conseil fédéral, l’exigence de résidence habituelle en Suisse vise à pallier 

la situation dans laquelle "l’inculpé ou le condamné pourrait recourir contre 

la demande alors même qu’il réside dans l’Etat requis, ce qui entraînerait 

des ralentissements inutiles de la procédure d’entraide" (Message 

concernant la révision de la loi fédérale sur l’entraide internationale en 

matière pénale et de la loi fédérale relative au traité conclu avec les Etats-

Unis d’Amérique sur l’entraide judiciaire en matière pénale, ainsi qu’un 

projet d’arrêté fédéral concernant une réserve à la Convention européenne 

- 7 - 

 

 

d’entraide judiciaire en matière pénale du 29 mars 1995, FF 1995 III 1, 

p. 20 ad art. 25 EIMP). 

A. a habité par intermittence en Suisse et en France depuis une dizaine 

d’années (v. les déclarations faites par H., procès-verbal d’audition du 14 

mai 2012, act. 1.6, et par I., procès-verbal d’audition du 5 décembre 2012, 

act. 5.2). Depuis le 11 janvier 2012, il est détenu en Suisse. Il ne dispose 

pas de titre de séjour dans cet Etat et fait l’objet d’une interdiction d’entrée 

sur le territoire depuis le 12 novembre 2007 valable jusqu’au 11 novembre 

2017. La décision de délégation de la poursuite à son encontre intervient 

en même temps que celle portant sur son extradition vers la France, Etat 

dont il détient un passeport (quand bien même celui-ci aurait été obtenu 

sous un faux nom) et où il déclare lui-même être domicilié (v. procès-verbal 

d’audience du 30 juillet 2012, act. 6.5 p. 2). La question de savoir si A. a un 

intérêt juridique évident à voir la procédure se poursuivre en Suisse, donc 

s’il dispose de la qualité pour recourir au sens de l’art. 25 al. 2 EIMP, peut 

néanmoins demeurer ouverte au vu de l’issue du recours. 

1.4 Le délai de recours contre la décision d’extradition et délégation de la 

poursuite est de 30 jours dès la communication écrite de celle-ci (art. 50 

al. 1 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative 

[PA; RS 172.021], applicable par renvoi de l’art. 39 al. 2 let. b de la loi 

fédérale du 19 mars 2010 sur l’organisation des autorités pénales de la 

Confédération [LOAP; RS 173.71]). Déposé à un bureau de poste suisse le 

15 février 2013, le recours contre la décision notifiée le 16 janvier 2013 est 

intervenu en temps utile.  

1.5 Il y a lieu d’entrer en matière. 

2. Par un grief d’ordre formel qu’il convient d’analyser en premier, le recourant 

se plaint d’une violation de son droit d’être entendu. En effet, il n’aurait eu 

accès ni à la note diplomatique du 29 novembre 2012 de l’Ambassade 

française à Berne ni aux courriers des 3 et 11 janvier 2013 du Ministère de 

la justice français avant que la décision d’extradition et délégation de 

poursuite ne soit prise. 

2.1 Tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., le droit d'être entendu comprend 

notamment le droit de toute partie de s'exprimer sur les éléments pertinents 

avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, le droit 

d'avoir accès au dossier, de produire des preuves pertinentes, d'obtenir 

qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à 

l'administration des preuves essentielles ou à tout le moins de s'exprimer 

sur leur résultat lorsque ceci est de nature à influer sur la décision à rendre 

- 8 - 

 

 

(ATF 135 II 286 consid. 5.1; 129 I 85 consid. 4.1; 129 II 497 consid. 2.2; 

127 I 54 consid. 2b et la jurisprudence citée). Le droit de consulter le 

dossier s'étend à toutes les pièces décisives pour l'issue de la cause et 

garantit que les parties puissent prendre connaissance des éléments 

fondant la décision et s'exprimer à leur sujet (ATF 129 I 85 consid. 4.1 p. 88 

et les références citées). La consultation des pièces non pertinentes peut a 

contrario être refusée (arrêt du Tribunal pénal fédéral 

RR.2009.237+RP.2009.32 du 6 août 2009, p. 3 et références citées). En 

matière d'extradition, les art. 26 à 28 PA, applicables par renvoi de 

l’art. 80b EIMP (v. arrêt du Tribunal fédéral 1C_559/2011 du 7 mars 2012, 

consid. 2.1) prévoient notamment qu’une pièce non communiquée à une 

partie ne peut être utilisée à son désavantage que si l’autorité lui en a 

communiqué le contenu essentiel se rapportant à l’affaire et lui a donné 

l’occasion de s’exprimer. 

Pour le cas où une violation du droit d’être entendu devait être constatée, 

elle peut, en tout état de cause, être réparée dans le cadre de la procédure 

de recours, en tant que la Cour de céans dispose du même pouvoir 

d’examen que l’autorité précédente (art. 49 let. a PA, applicable par renvoi 

de l’art. 39 al. 2 let. b LOAP; TPF 2008 172 consid. 2.3; 2007 57 

consid. 3.2; ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en 

matière pénale, 3
e
 éd., Berne 2009, n° 486 et les arrêts cités). 

2.2 Bien que la description des faits contenue dans la demande d’extradition 

apparaisse comme suffisante en vue de l’octroi de l’extradition, les 

documents auxquels se réfère le recourant constituent des compléments 

d’information de nature à préciser la teneur de la demande initiale. De plus, 

le dispositif de la décision accordant l’extradition et délégant la poursuite se 

réfère aussi bien à la demande d’extradition qu’auxdits compléments. Tant 

l’OFJ que le MP-GE admettent que les pièces désignées par le recourant 

ne lui ont pas été transmises avant le prononcé de la décision du 14 janvier 

2013. Cela étant, le recourant ne démontre pas en quoi lesdites pièces ont 

été utilisées en sa défaveur, respectivement qu’elles ont été décisives pour 

l’issue de la cause. Par ailleurs, le recourant avait connaissance du 

contenu essentiel de ces pièces. En toute hypothèse, force est de 

constater que, pour le cas où une violation du droit d’être entendu devait 

être admise, elle aurait été guérie dans la présente procédure. 

2.3 Le grief lié à la violation du droit d’être entendu doit, partant, être rejeté. Il 

sera néanmoins tenu compte, cas échéant, dans le calcul des frais, du fait 

que les documents n’étaient mis que partiellement à la disposition du 

recourant au moment de la prise de décision. 

- 9 - 

 

 

3. Le recourant se prévaut d’une violation du principe de la présomption 

d’innocence (art. 32 al. 1 Cst. et 6 par. 2 CEDH) dans la mesure où tant la 

demande d’extradition que la décision attaquée emploient le terme 

"malfaiteur" pour désigner le recourant et mentionnent les éléments à 

charge présents aux dossiers d’enquête français et suisse. 

3.1 En matière d’extradition, la jurisprudence distingue les Etats à l’égard 

desquels il n’y a en principe pas de doute à avoir quant au respect du 

standard de protection minimale des droits de la personne poursuivie, ceux 

pour lesquels une extradition peut être accordée moyennant l’obtention de 

garanties particulières, et, enfin, les Etats vers lesquels une extradition est 

exclue, compte tenu des risques concrets de traitement prohibé (ATF 135 I 

191 consid. 2.3; 134 IV 156 consid. 6.7; arrêts du Tribunal pénal fédéral 

RR.2008.180 du 2 octobre 2008, consid. 2.3; RR.2008.47 du 30 avril 2008, 

consid. 3.2). La première catégorie regroupe les pays à tradition 

démocratique (en particulier les pays occidentaux) qui ne présentent aucun 

problème sous l’angle du respect des droits de l’homme. L’extradition à ces 

pays n’est subordonnée à aucune condition. 

3.2 D’une part, force est de constater que la République française fait partie de 

ce groupe de pays. D’autre part, le recourant n’a pas apporté d’éléments 

démontrant que les autorités françaises de jugement, qui doivent être 

distinguées des autorités de poursuite, seraient susceptibles de porter 

atteinte au principe de la présomption d’innocence. Il doit être relevé 

également que, bien que le terme "malfaiteur" figure déjà dans la demande 

d’extradition, notifiée au recourant en date du 30 juillet 2012, celui-ci n’a 

pas émis de remarques à ce propos avant son recours contre la décision 

d’extradition. Il n’y a pas lieu de déroger à la règle selon laquelle la Suisse 

accorde sa confiance aux Etats requérant l’extradition qui font partie du 

premier groupe de pays. 

3.3 Le grief, mal fondé, doit être rejeté. 

4. Le recourant se plaint d’une violation de l’art. 28 al. 3 let. a EIMP, en tant 

que la demande d’extradition et ses compléments contiendraient une 

description erronée des faits. En particulier, il soutient que les affirmations 

"la localisation de ces traces d’ADN ne peut que correspondre à une 

utilisation récente [du] véhicule" et "les auteurs viennent de France" 

seraient fausses. De plus, il prétend ne pas avoir participé au braquage du 

bureau de change, mais reconnaît seulement avoir volé l’Audi A3 qu’il 

aurait ensuite revendue au début du mois de novembre 2010. 

 

- 10 - 

 

 

4.1  

4.1.1 S’agissant de l’extradition, à teneur des art. 12 par. 2 let. b CEExtr et 28 al. 

3 let. a EIMP, la demande d’extradition doit être accompagnée d’un exposé 

des faits pour lesquels l’extradition est demandée, précisant le temps, le 

lieu, et la qualification juridique des faits poursuivis (v. ég. art. 10 al. 2 

OEIMP). L’autorité requérante n’est en revanche pas tenue de fournir des 

preuves à l’appui de ses allégations (ATF 132 II 81 consid. 2.1 p. 85). Il 

suffit que ces dernières ne soient pas entachées d’invraisemblances, 

d’erreurs ou de lacunes manifestes, immédiatement établies (ATF 125 II 

250 consid. 5b; 117 Ib 64 consid. 5c et les arrêts cités; ég. arrêts du 

Tribunal fédéral 1A.17/2005 du 11 avril 2004, consid. 2.1 et 1A.26/2004 du 

10 mai 2004, consid. 2.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2010.246 du 

22 décembre 2010, consid. 7.2). 

Si la personne poursuivie affirme qu'elle est en mesure de fournir un alibi, 

l'OFJ procède aux vérifications nécessaires. Il refuse l'extradition si le fait 

invoqué est évident. A défaut, il communique les preuves à décharge à 

l'Etat requérant et l'invite à se prononcer à bref délai sur le maintien de la 

demande (art. 53 EIMP). Si celui-ci confirme sa demande, l'extradition doit 

en principe être accordée, car il n'appartient pas à l'OFJ de contrôler la 

prise de position de l'Etat requérant (ATF 113 Ib 276 consid. 4c). Ce devoir 

de vérification n'incombe toutefois à l'OFJ que dans l'hypothèse où le fait 

invoqué est susceptible de conduire au refus de l'extradition et à la 

libération de l'inculpé, ou au retrait de la demande d'extradition (ATF 109 Ib 

317 consid. 11b). En effet, même si elle n'est pas prévue par la CEExtr et 

peut ainsi se trouver en contradiction avec l'obligation d'extrader découlant 

de l'art. 1
er

 de cette Convention, la faculté de fournir un alibi correspond à 

un principe général du droit extraditionnel (ATF 123 II 279 consid. 2b; 113 

Ib 276 consid. 3c). La notion d'alibi doit être comprise dans son sens 

littéral, c'est-à-dire comme la preuve évidente que la personne poursuivie 

ne se trouvait pas sur les lieux de l'infraction au moment de sa commission 

(ATF 122 II 373 consid. 1c; 113 Ib 276 consid. 3b). Selon la jurisprudence 

du Tribunal fédéral, il s'agit bien d'éviter l'extradition d'une personne 

manifestement innocente (ATF 123 II 279 consid. 2b; arrêt du Tribunal 

fédéral 1A.2/2004 du 6 février 2004, consid. 3.1). Une version des faits 

différente de celle décrite dans la demande ou de simples arguments à 

décharge ne peuvent être pris en considération à ce titre. L'alibi doit être 

fourni sans délai; la simple allégation de l'alibi et l'annonce de preuves à 

venir ne satisfont nullement à cette condition (ATF 109 IV 174 consid. 2). 

Cette faculté n'implique pas pour l'OFJ d'ouvrir une procédure spéciale et 

complexe destinée à déterminer la réalité de l'alibi invoqué (ZIMMERMANN, 

op. cit., n° 673 et références citées). 

- 11 - 

 

 

4.1.2 En l’espèce, la demande d’extradition des autorités françaises du 

29 juin 2012 contient les faits reprochés au recourant et les dates précises 

auxquelles ces faits se sont déroulés. Le complément daté du 

29 novembre 2012 apporte des précisions quant au déroulement des vols 

des Audi S6, BMW X3 et BMW X5. Ceux datés des 3 et 11 janvier 2013 

complètent la description du recel reproché au recourant. L’exposé des 

faits ainsi fourni par l’autorité requérante est conforme aux exigences 

posées par l’art. 28 al. 3 let. a EIMP. 

La question de la localisation des traces d’ADN relève, quant à elle, de 

l’appréciation des moyens de preuve en mains de l’autorité requérante. En 

tant qu’il s’agit là non pas d’apprécier abstraitement l’âge de la trace ADN 

mais de mettre celle-ci en relation avec sa localisation dans la voiture, la 

preuve avancée par l’autorité requérante n’apparaît pas comme entachée 

d’une invraisemblance immédiatement établie. 

Quant à l’identité du recourant, le reproche formulé ne saurait être retenu. 

D’une part, la confusion entourant son identité est imputable au recourant 

lui-même. Celui-ci s’est tout d’abord prévalu d’un passeport français, établi 

au nom de B. qui s’est révélé être faux. Il est recherché en France sous 

cette identité. Par la suite, il a indiqué être ressortissant algérien et 

s’appeler A. D’après les pièces au dossier, il résiderait par intermittence en 

Suisse sans autorisation. Cependant, il a lui-même indiqué, lors de son 

audition du 30 juillet 2012, être domicilié en France (act. 6.5 p. 2). 

S’agissant d’un éventuel alibi, A. se limite à répéter, dans son mémoire de 

recours, ses observations du 5 septembre 2012, à savoir qu’il a 

uniquement volé l’Audi A3, puis l’a revendue, sans pour autant pouvoir 

indiquer l’identité de l’acheteur. Après avoir d’abord prétendu qu’il s’agissait 

d’un certain J., tout en disant qu’il lui semblait reconnaître le dénommé D., 

il n’a pu confirmer ses dires lors d’une confrontation avec ce dernier. De 

plus, bien qu’il ait indiqué à plusieurs reprises qu’il fournira un témoignage 

qui le disculpera, tel n’a pas été le cas. Finalement, l’argumentation du 

recourant selon laquelle s’il avait participé au braquage, il ne serait pas 

resté à Genève par la suite n’est pas convaincante. Ces éléments 

confirment que le recourant n’est manifestement pas en mesure de fournir 

un alibi au sens rappelé ci-dessus, mais seulement une argumentation à 

décharge qui devra, le cas échéant, être prise en compte par l’autorité 

française et non pas par la Cour de céans dans le cadre de la procédure 

d’entraide. 

- 12 - 

 

 

Quant à la description des faits, comme expliqué ci-avant, elle ne saurait 

être considérée comme manifestement erronée au regard des exigences 

posées par les art. 28 et 53 EIMP. 

4.1.3 La demande d’extradition complétée en dates des 29 novembre 2012 et 3 

et 11 janvier 2013 contient les éléments nécessaires pour octroyer 

l’extradition de A. à la France. 

4.2  

4.2.1 Sous l’angle de la délégation de la poursuite pénale à l’étranger, l’art. 88 

EIMP ne vise que la question de la compétence à poursuivre et non celle 

de la preuve du délit. En d’autres termes, dans le cadre de la procédure de 

délégation de la poursuite, il s’agit seulement de vérifier s’il existe, au 

regard du droit pénal matériel, des points de rattachement permettant 

d’admettre que l’un et l’autre Etats sont compétents pour exercer la 

poursuite et la répression, et non de se prononcer sur les charges pesant 

sur la personne poursuivie (v. arrêt du Tribunal fédéral 1A.103/2005 du 

11 juillet 2005, consid. 4.1). 

4.2.2 En l’espèce, la compétence pour poursuivre et juger est fondée sur le 

principe de la territorialité prévu aux art. 3 et 8 CP pour ce qui concerne les 

autorités suisses. Comme indiqué dans le complément du 3 janvier 2013, 

la compétence des autorités françaises pour le braquage de Z. et les coups 

de feu survenus à Y. se fonde soit sur le principe de la nationalité active 

prévu à l’art. 113-6 du Code pénal français (ci-après: CP/F) pour le cas où 

A. aurait la nationalité française, soit, dans le cas contraire, sur le principe 

de la territorialité tel que défini à l’art. 113-2 al. 2 CP/F. De même, pour le 

cas où la poursuite pour le vol de l’Audi A3 serait déléguée, la France serait 

compétente sur la base de ces mêmes dispositions. 

Les faits sous enquête en Suisse sont constitutifs, en droit suisse, de 

brigandage aggravé (art. 140 ch. 2, 3 et 4 CP), de dommages à la propriété 

(art. 144 CP), d’emploi d’explosifs avec intention délictueuse (art. 224 al. 1 

CP), de mise en danger de la vie d’autrui (art. 129 CP) pour ce qui est des 

évènements survenus à Z. le 26 novembre 2010. Les coups de feu tirés sur 

l’automobiliste à Y. sont, quant à eux, constitutifs de tentative de meurtre 

par dol éventuel avec l’aggravante de l’assassinat, le mobile des auteurs 

étant particulièrement odieux (art. 22, 111 et 112 CP). 

En droit français, d’après la demande d’extradition et ses compléments des 

29 novembre 2012 et 11 janvier 2013, les mêmes faits sont constitutifs, 

pour ce qui est du braquage de Z., de participation à une association de 

malfaiteurs en vue de la commission de vols avec arme en bande 

organisée (art. 450-1, 450-3 et 450-5 CP/F), vol avec effraction (art. 311-1, 

- 13 - 

 

 

311-5 et 311-14 CP/F), vol avec arme en bande organisée (art. 311-1, 311-

9, 311-13, 311-14 et 311-15 CP/F) et destructions en bande organisée par 

un moyen dangereux pour les personnes (art. 322-6, 322-8, 322-15, 322-

16 et 322-18 CP/F). Pour ce qui est des coups des feu tirés à Y., les faits 

sont constitutifs de participation à une association de malfaiteurs en vue de 

la commission de tentative de meurtre en vue de protéger sa fuite (art. 450-

1, 450-3 et 450-5 CP/F) ainsi que de tentative de meurtre en vue de 

protéger sa fuite (art. 221-2, 221-8, 221-9, 221-9-1 et 221-11 CP/F). 

Finalement, pour ce qui est du vol de l’Audi A3, il tomberait sous le coup de 

la disposition réprimant le vol avec effraction (art. 311-1, 311-5 et 311-14 

CP/F). 

La demande d’extradition et ses compléments permettent ainsi d’établir 

que l’autorité requérante est compétente, au regard de son droit matériel, 

pour poursuivre et juger les faits objets de la délégation.  

4.2.3 Les informations transmises dans la demande d’extradition complétée en 

dates des 29 novembre 2012 et 3 et 11 janvier 2013 sont suffisantes au 

regard des conditions requises pour déléguer la poursuite ouverte contre A. 

en Suisse aux autorités françaises. 

4.3 Le grief doit dès lors être rejeté. 

5. Le recourant invoque également une violation du principe de la 

proportionnalité (art. 36 al. 3 Cst.). D’après lui, l’instruction genevoise 

toucherait à son terme. Or, la procédure se serait probablement soldée par 

un classement ou par un acquittement. Dans ces conditions, l’extradition et 

la délégation de la procédure à la France constitueraient des mesures 

inopportunes et disproportionnées. 

5.1 Pour être conforme au principe de la proportionnalité (art. 36 al. 3 Cst.), 

une restriction d'un droit fondamental doit être apte à atteindre le but visé, 

lequel ne peut pas être obtenu par une mesure moins incisive; il faut en 

outre qu'il existe un rapport raisonnable entre les effets de la mesure sur la 

situation de la personne visée et le résultat escompté du point de vue de 

l'intérêt public (ATF 136 I 197 consid. 4.4.4; 134 I 214 consid. 5.7). 

Contrairement au domaine de la petite entraide, en matière d’extradition, le 

principe de la proportionnalité ne joue qu’un rôle restreint; le fugitif doit être 

extradé ou non et la demi-mesure n’a pas sa place (v. ZIMMERMANN, op. 

cit., n° 717). Il convient ainsi d’examiner si la poursuite contre A. aurait pu 

être menée à bien sans recourir à une extradition et une délégation de la 

poursuite à la France. 

- 14 - 

 

 

D’après la jurisprudence du Tribunal fédéral, la délégation de la poursuite 

est la mesure propre à éviter l’impasse dans laquelle se trouve l’autorité de 

poursuite qui ne peut plus instruire la cause parce que le centre de l’activité 

délictuelle, l’auteur, les témoins et les moyens de preuve se trouvent à 

l’étranger et que l’autre Etat est compétent pour poursuivre (arrêt du 

Tribunal fédéral 1A.103/2005 du 11 juillet 2005, consid. 4.1). 

5.2 Le recourant soutient en vain que la procédure genevoise ne peut 

qu’aboutir à un classement ou un acquittement en tant que les seules 

preuves retenues dans le cadre de l’enquête sont les traces ADN qui ne 

prouvent pas la participation au braquage du bureau de change de Z., mais 

le seul vol de l’Audi A3 que le recourant a, au demeurant, avoué. Une telle 

argumentation n’a pas sa place dans une procédure d’extradition ni de 

délégation de la poursuite. En effet, il n’est pas lieu ici de se prononcer sur 

l’issue de la procédure, ni si elle se poursuivait en Suisse, ni si elle était 

déléguée à la France, et encore moins de traiter de la question de 

l’indemnité pour détention prétendument injustifiée, soulevée par le 

recourant. 

Deux procédures sont ouvertes en parallèle, en France et en Suisse, pour 

les mêmes faits, à savoir le braquage du bureau de change à Z. et les 

coups de feu survenus à Y. En France, la procédure porte par ailleurs sur 

le vol et la destruction de la BMW X5, le recel et la destruction de la BMW 

X3 ainsi que le vol de l’Audi S6. Quant à la procédure suisse, celle-ci porte 

également sur le vol de l’Audi A3, et se trouve actuellement dans une 

impasse procédurale. En effet, une confrontation entre A., détenu en 

Suisse et les quatre individus détenus en France, bien que nécessaire, est 

impossible dans la mesure où A. ne peut être amené en France du fait de 

l’existence d’un mandat d’arrêt lancé contre lui, et que les seconds ne 

peuvent être amenés de force en Suisse du fait de leur nationalité française 

(v. act. 1.7). La délégation de la poursuite genevoise pour le braquage de 

Z., les coups de feu tirés à Y. ainsi que le vol de l’Audi A3, complétant 

l’extradition pour ces faits ainsi que le vol et la destruction de la BMW X5, 

le recel et la destruction de la BMW X3 et le vol de l’Audi S6, apparaît 

comme la mesure propre à permettre la confrontation et mener à son terme 

la procédure ouverte contre A., dans le respect du principe de la 

proportionnalité et du principe de célérité régissant la procédure, 

conformément à l’art. 6 par. 1 CEDH (v. aussi infra consid. 6.2.3). 

5.3 Le grief doit ainsi être rejeté. 

6. Le recourant invoque une violation des art. 36 al. 1 (en relation avec 

l’art. 35 al. 1 let. b) et 88 let. b EIMP, ainsi que de l’art. 8 CEExtr et des 

- 15 - 

 

 

principes d’économie de la procédure et de célérité. D’après lui, 

l’extradition et la délégation de la poursuite devraient être refusées au motif 

que ni le critère du "meilleur reclassement social" ni l’économie de 

procédure invoqués par l’OFJ à l’appui de sa décision ne conduisent à 

l’extradition et la délégation de la poursuite ouverte en Suisse à la France. 

Bien au contraire, elles engendreraient des retards excessifs et 

manifestement insatisfaisants, en particulier du fait que la procédure 

ouverte en Suisse sera, aux dires du recourant, prochainement classée. 

6.1 Aux termes de l'art. 7 ch. 1 CEExtr, la Partie requise pourra refuser 

d'extrader l'individu réclamé à raison d'une infraction qui, selon sa 

législation, a été commise en tout ou en partie sur son territoire ou en un 

lieu assimilé à son territoire. Il s'agit ici d'une norme potestative qui permet 

à l'Etat requis de refuser l'extradition, sans toutefois l'en obliger (arrêt du 

Tribunal pénal fédéral RR.2009.309+RP.2009.45 du 16 mars 2010, 

consid. 9.2; ZIMMERMANN, op. cit., n° 567). Conformément à cette 

disposition, le droit suisse prévoit qu'en règle générale, l'extradition ne peut 

intervenir lorsque l'infraction poursuivie relève de la juridiction suisse 

(art. 35 al. 1 let. b EIMP). Dans ce cas, l'extradition n'est accordée 

qu'exceptionnellement, en raison de circonstances particulières, 

notamment pour assurer un meilleur reclassement social (art. 36 al. 1 

EIMP) ou encore, d’après la jurisprudence, pour des raisons d’économie de 

la procédure ou dans le but de juger ensemble les auteurs d’un même acte 

(ATF 117 Ib 210 consid. 3b/bb; arrêt du Tribunal fédéral 1A.236/1994 du 

27 décembre 1994, consid. 4c p. 9; arrêt du Tribunal pénal fédéral 

RR.2009.170 du 29 juillet 2009, consid. 5.2). L'autorité d'exécution, 

chargée de décider si la compétence des autorités répressives suisses 

peut justifier le refus de l'extradition, dispose à cet égard d'une grande 

marge d'appréciation (arrêt du Tribunal fédéral 1A.233/2004 du 

8 novembre 2004, consid. 3.1; arrêts du Tribunal pénal fédéral 

RR.2012.230 du 14 novembre 2012, consid. 2.2; RR.2007.72 du 

29 mai 2007, consid. 5.2; ZIMMERMANN, ibid.). 

Aux termes de l’art. 8 CEExtr, un Etat partie à la Convention peut refuser 

d’accorder l’extradition si l’individu fait l’objet d’une poursuite de sa part 

pour le ou les faits à raison desquels l’extradition est demandée. Tout 

comme l’art. 7 CEExtr, l’art. 8 CEExtr est une norme potestative, qui laisse 

une marge de manœuvre importante à l’autorité d’exécution de la demande 

d’extradition (arrêts du Tribunal fédéral 1A.272/1996 du 5 novembre 1996, 

consid. 2c/aa; 1A.239/1995 du 10 avril 1996, consid. 6; 1A.107/1995 du 

21 août 1995). 

- 16 - 

 

 

D’après l’art. 88 let. b EIMP, un Etat étranger peut être invité à assumer la 

poursuite pénale d’une infraction relevant de la juridiction suisse si sa 

législation permet de poursuivre et réprimer cette infraction et si la 

personne poursuivie est extradée à cet Etat et que le transfert de la 

poursuite pénale permet d’escompter un meilleur reclassement social. Le 

Tribunal fédéral a ainsi retenu que cette dernière condition est remplie 

lorsque l’on "ne voit pas en quoi les chances de reclassement seraient 

meilleures en Suisse [que dans l’Etat requérant]" (arrêt du Tribunal fédéral 

1A.236/1994 du 27 décembre 1994, consid. 4c p. 9 par renvoi du 

consid. 8b p. 17). De plus, en sus du meilleur reclassement social, d’autres 

éléments peuvent également être pris en compte. Tel est le cas des 

critères énumérés à l’art. 8 OEIMP complétant l’art. 19 EIMP (arrêt du 

Tribunal fédéral 1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 2a), à savoir 

notamment le centre de gravité de la procédure pénale (arrêt du Tribunal 

fédéral 1A.103/2005 du 11 juillet 2005, consid. 4.1). 

6.2  

6.2.1 En l’espèce, s’agissant du critère du meilleur reclassement social, le 

recourant a lui-même déclaré être domicilié en France (v. procès-verbal 

d’audience du 30 juillet 2012, p. 2, act. 6.5). Bien qu’il ait résidé en Suisse 

par intermittence, il n’est au bénéfice d’aucun permis de séjour, sa requête 

d’asile ayant été définitivement rejetée en 2000. Par ailleurs, il fait l’objet 

d’une interdiction d’entrée sur le territoire jusqu’en 2017. A. ne peut se 

prévaloir d’aucune perspective d’avenir en Suisse au vu de ses nombreux 

antécédents judiciaires et indépendamment de l’issue de la présente 

procédure. Ses chances de reclassement social ne sont ainsi en tout cas 

pas plus mauvaises en France qu’en Suisse. L’extradition couplée à la 

délégation de la poursuite répondent ainsi à l’exigence d’un meilleur 

reclassement social au sens des art. 36 al. 1 et 88 let. b EIMP.  

6.2.2 En tout état de cause, d’autres éléments doivent être pris en compte. Ainsi, 

le principe de l’économie de procédure impose que A. soit jugé dans le 

même Etat pour tous les faits et avec les autres personnes poursuivies 

pour le même complexe de faits. D’une part, l’extradition à la Suisse des 

quatre individus détenus en France n’est pas envisageable du fait de leur 

nationalité française, de la poursuite ouverte contre eux en France pour 

d’autres infractions encore et de la délégation, à la France, de la poursuite 

ouverte contre trois d’entre eux en Suisse, intervenue en date du 16 février 

2012 (act. 6.2). D’autre part, A. est poursuivi en France pour les faits 

entourant le braquage de Z. et les faits survenus à la frontière à Y., faits 

poursuivis également en Suisse, mais également pour des infractions non 

visées par la procédure suisse, à savoir le vol et la destruction de la 

BMW X5, le recel et la destruction de la BMW X3 ainsi que le vol de 

- 17 - 

 

 

l’Audi S6. Dans la mesure où la seule infraction qui ne relève pas de la 

procédure française est le vol de l’Audi A3 survenu en Suisse, il faut 

déduire de ce qui précède que le centre de gravité de la procédure pénale 

ouverte dans les deux Etats contre A. se situe en France et qu’un 

regroupement de procédures s’impose. L’extradition couplée à la 

délégation de la poursuite sont ainsi conformes au principe de l’économie 

de la procédure. 

6.2.3 Par ailleurs, toute forme d’entraide judiciaire internationale a pour 

conséquence un certain rallongement de la procédure. Néanmoins, celui-ci 

se justifie dans le cas d’espèce au regard des éléments développés ci-

dessus quant à l’économie de procédure d’une part, et d’autre part, en tant 

que, conformément au but que poursuit cette forme d’entraide, la 

délégation de la poursuite permettra, en l’espèce, de sortir de l’impasse 

procédurale dans laquelle se trouve actuellement l’enquête suisse. La 

délégation de la poursuite menée en Suisse se justifie ainsi également au 

regard du principe de célérité. Il sied de relever à ce titre que la question de 

savoir quelle serait l’issue de la procédure en Suisse pour le cas où 

l’entraide ne serait pas accordée n’est pas pertinente. 

6.3 L’extradition et la délégation de la poursuite menée en Suisse contre A. 

pour les faits liés au braquage de Z. du 26 novembre 2010 se justifient. Le 

grief lié à la violation des art. 36 al. 1 (en relation avec 35 al. 1 let. b) et 88 

let. b EIMP, mais aussi de l’art. 8 CEExtr et des principes d’économie de la 

procédure et de la célérité doit ainsi être rejeté. 

7. Au regard des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté. 

8. Le recourant sollicite l’octroi de l’assistance judiciaire et la nomination de 

Mes François Canonica et Saskia Ditisheim en qualité de défenseurs 

d’office. 

8.1 La personne poursuivie peut se faire assister d’un mandataire; si elle ne 

peut ou ne veut y pourvoir et que la sauvegarde de ses intérêts l’exige, un 

mandataire d’office lui est désigné (art. 21 al. 1 EIMP). L’autorité de 

recours, son président ou le juge instructeur attribue en outre un avocat au 

recourant si la sauvegarde de ses droits le requiert (art. 65 al. 2 PA). Après 

le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources suffisantes 

et dont les conclusions ne paraissent pas d’emblée vouées à l’échec est, à 

sa demande, dispensée par l’autorité de recours, son président ou le juge 

instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA). 

- 18 - 

 

 

8.2 En l’espèce, le recourant ne fournit aucune pièce permettant d’établir sa 

situation. Néanmoins, son incarcération peut expliquer l’absence de pièces. 

De plus, les éléments portant sur sa situation personnelle présents au 

dossier laissent apparaître une effective difficulté financière. Quant aux 

conclusions, on rappellera qu’elles doivent être considérées comme 

vouées à l’échec lorsque les risques de perdre l’emportent nettement sur 

les chances de gagner, alors même qu’elles ne seraient pas manifestement 

mal fondées ou abusives (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2007.176 du 

11 décembre 2007, consid. 3; RR.2007.31 du 21 mars 2007, consid. 3). 

Dans le cas présent, force est de constater que, même s’il n’est pas fait 

droit aux conclusions du recourant, lesquelles tendaient à l’annulation de la 

décision entreprise, il n’en demeure pas moins que sa démarche lui a 

permis d’accéder aux compléments à la demande d’extradition et exercer 

ainsi son droit d’être entendu (voir supra consid. 2). Il doit par conséquent 

être fait droit à la demande d’assistance judiciaire formulée par le 

recourant, et il sera renoncé au prélèvement d’un émolument judiciaire. 

Mes François Canonica et Saskia Ditisheim sont désignés en qualité de 

mandataires d’office de A. dans le cadre de la présente procédure. 

9. Lorsque l’avocat ne fait pas parvenir le décompte de ses prestations avec 

son unique ou sa dernière écriture, le montant des honoraires est fixé selon 

l’appréciation de la Cour (art. 12 al. 2 du règlement du Tribunal pénal 

fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure 

pénale fédérale du 31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162]). Aucun 

décompte n’a en l’espèce été transmis à l’appui du recours. Vu l’ampleur et 

la difficulté de la cause, et dans les limites du RFPPF, une indemnité d’un 

montant de CHF 1'500.--, TVA incluse, paraît justifiée. Ladite indemnité 

sera acquittée par la caisse du Tribunal pénal fédéral, étant précisé que le 

recourant sera tenu de la rembourser s’il devait revenir à meilleure fortune 

(art. 65 al. 4 PA en lien avec l’art. 39 al. 2 let. b LOAP). 

 

- 19 - 

 

 

Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 

 

1. Le recours est rejeté. 

2. La demande d’assistance judiciaire est admise. 

3. Il est statué sans frais. 

4. Mes François Canonica et Saskia Ditisheim sont désignés en qualité de 

mandataires d’office de A. 

5. Une indemnité de CHF 1'500.-- (TVA comprise) est accordée à Mes François 

Canonica et Saskia Ditisheim pour la présente procédure. Elle sera acquittée 

par la caisse du Tribunal pénal fédéral, laquelle en demandera le 

remboursement au recourant s’il revient à meilleure fortune. 

 

Bellinzone, le 7 mai 2013 

 

Au nom de la Cour des plaintes 

du Tribunal pénal fédéral 

 

Le président: La greffière:  

 

 

 

 

 

 

 

Distribution 

 

- Mes Saskia Ditisheim et François Canonica, avocats 

- Office fédéral de la justice, Unité extraditions 

- Ministère public du canton de Genève 

 

Indication des voies de recours 

Le recours contre un arrêt en matière d’entraide pénale internationale doit être déposé devant le 
Tribunal fédéral dans les 10 jours qui suivent la notification de l’expédition complète (art. 100 al. 1 
et 2 let. b LTF). 
 
Le recours n’est recevable contre un arrêt rendu en matière d’entraide pénale internationale que 
s’il a pour objet une extradition, une saisie, le transfert d’objets ou de valeurs ou la transmission 
de renseignements concernant le domaine secret et s’il concerne un cas particulièrement 
important (art. 84 al. 1 LTF). Un cas est particulièrement important notamment lorsqu’il y a des 
raisons de supposer que la procédure à l’étranger viole des principes fondamentaux ou comporte 
d’autres vices graves (art. 84 al. 2 LTF).