# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** baeb0345-6a3a-5fd0-b2f6-8b608faa5d1d
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour des poursuites et faillites ML / 2018 / 158
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_009_ML---2018---158_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

KC17.053709-180625

190 

 

 

Cour
des poursuites et faillites

________________________________________________

Arrêt du
12 septembre 2018

__________________

Composition
:              Mme             
Byrde,
présidente

             
              MM.             
Colombini et Maillard, juges

Greffier
              :             
M.              Valentino

 

 

*****

 

 

Art.
82 al. 1 LP ; 396 al. 2 CO

 

 

             
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal, statuant à huis clos en sa qualité
d'autorité de recours en matière sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par
D.________,
à Le Vaud, contre le prononcé rendu le 24 janvier 2018, à la suite de l’audience
du 19 janvier 2018, par la Juge de paix du district de Nyon, dans la cause opposant la recourante à
C.G.________,
à [...].

 

             
Vu les pièces au dossier, la cour considère :

 

 

 

             
En fait :

 

 

1.             
Le
27 septembre 2017, à la réquisition de D.________, l'Office des poursuites du district de Nyon
a notifié à C.G.________, dans la poursuite n°  [...], un commandement de payer le
montant de 36'800 fr. 70, avec intérêt à 5 % l'an dès le 12 décembre 2015,
indiquant comme titre de la créance ou cause de l'obligation : « Contrat
d'entreprise portant sur des travaux réalisés entre le 4 mars 2014 et le 11 décembre 2015
sur la parcelle sise [...] – facture n° 15'069 du 31 décembre 2016. Poursuite conjointe
et solidaire avec B.G.________ [...] ».

 

             
La poursuivie a formé opposition totale.

 

 

2.             
a) Par acte du 5 décembre 2017, la poursuivante
a requis du Juge de paix du district de Nyon qu’il prononce la mainlevée provisoire de l’opposition
à concurrence du montant de 36'800 fr. 70 plus intérêt à 5 % l’an dès
le 22 avril 2017. A l’appui de sa requête, elle a produit, outre le commandement de payer
susmentionné, les pièces suivantes :

 

             
- un extrait internet du Registre du commerce du Canton de Vaud relatif à la société D.________ ;

 

             
- un extrait du Registre foncier du 15 septembre 2017 attestant que la poursuivie et son époux B.G.________
sont, depuis le 28 mai 2014, copropriétaires, chacun pour une demie, de la parcelle n° [...]
de la commune d’ [...] ;

 

             
- un extrait du Registre du commerce du Canton de Berne relatif à la société S.________,
dont Q.________ est l’associé gérant avec signature individuelle.

 

             
- une copie d’un contrat intitulé « mandat simple » conclu le 22 mai 2014
entre la poursuivie et son époux – en qualité de mandants –, d’une part,
et S.________ – en qualité de mandataire –, d’autre part, portant sur « la
construction d’une maison EFH neuve sise à [...] », soit en particulier sur « la
coordination, la planification et la direction des travaux de terrassement, des canalisations et raccordements
aux réseaux ainsi que des aménagements extérieurs, compléments de travaux et démolition »,
le poste « direction des travaux » comportant le « contrôle des factures
selon contrat de l’entrepreneur » ;

 

             
- une copie de deux « confirmation[s] de l’ordre d’exécution » signées
le 22 mai 2014 par le chef d’entreprise, par les époux C.G.________
et par Q.________, adressées à D.________
et concernant des travaux de « terrassement – conduits – canalisations »
et de démolition, le montant des commandes s’élevant respectivement à 30'250 fr.
et 14'553 fr., plus TVA au taux de 8 %, « selon offre du 4 mars 2014 » ;

 

             
- une copie de deux autres « confirmation[s] de l’ordre d’exécution »
adressées également à D.________, datées du 22 mai 2014 mais non signées, portant
sur des travaux d’aménagements extérieurs et sur des « compléments de
travaux », le montant des commandes s’élevant respectivement à 21'081 fr. et
9'347 fr. 50, plus TVA au taux de 8 %, « selon offre du 4 mars 2014 »,

 

             
- une copie de trois factures de 15'399 fr. 50, 31'363 fr. 20 et 9'691 fr. 50, TVA incluse,
adressées les 15 septembre 2014 et 8 mai 2015 par la poursuivante à B.G.________
et
C.G.________, portant respectivement sur des travaux
de démolition, de « terrassement et canalisation », ainsi que sur un « complément
de travaux » effectués sur la parcelle n° [...] [...] ;

 

             
- trois extraits du compte bancaire [...] de la poursuivante, attestant de trois versements de B.G.________
et C.G.________, à savoir 31'363 fr. 20 le
17 octobre 2014, 15'399 fr. 50 le 3 novembre 2014 et 9'691 fr. 50 le 30 septembre 2015 ;

 

             
- une copie d’un rapport de chantier concernant la période allant du 7 au 11 décembre
2015 établi à l’en-tête de la poursuivante ;

 

             
- une copie d’une facture n° 15'069 portant sur un montant de 36'800 fr. 70, TVA
incluse, concernant des travaux d’aménagements extérieurs, datée du 31 décembre
2016, expédiée le 21 mars 2017 par la poursuivante à l’adresse de l’architecte
Q.________ et signée par ce dernier le 11 juillet 2017 ;

 

             
- une copie d’un courrier recommandé adressé le 29 mars 2017 par le conseil de la poursuivie
à la poursuivante contestant le montant de la facture n° 15'069 au motif notamment qu’il
n’existait aucune relation contractuelle entre les parties, la poursuivie ayant pour seul mandant
la société
S.________ ;

 

             
- une copie d’un commandement de payer notifié le 27 septembre 2017 à la réquisition
de la poursuivante à B.G.________ dans la poursuite n° [...] de l’Office des poursuites
du district de Nyon, réclamant le paiement de la somme de 36'800 fr. 70 avec intérêt à
5 % l’an dès le 12 décembre 2015, indiquant comme titre de la créance ou cause
de l’obligation : « Contrat
d'entreprise portant sur des travaux réalisés entre le 4 mars 2014 et le 11 décembre 2015
sur la parcelle sise [...] – facture n° 15'069 du 31 décembre 2016. Poursuite conjointe
et solidaire avec C.G.________ [...] »
et frappé d’opposition totale.

 

             
b)
Par courrier recommandé du 14 décembre
2017, la Juge de paix du district de Nyon (ci-après : la juge de paix ou le premier juge) a
notifié la requête de mainlevée à la poursuivie et a cité les parties à
comparaître à l’audience du 19 janvier 2018.

 

             
Par réponse du 15 janvier 2018, la poursuivie a conclu au rejet de la requête et à ce
que la poursuivante soit condamnée à tous les frais et dépens. Elle contestait le pouvoir
de représentation de l’architecte aux motifs qu’aucun ordre d’exécution n’avait
été signé en lien avec la facture contestée, que la poursuivante n’avait pas
exécuté les travaux objet de cette facture, que l’architecte avait rompu son mandat en
juin 2015 déjà, soit avant la réalisation des travaux d’aménagement extérieur,
et que la validation de la facture par l’architecte en date du 11 juillet 2017 était un abus
de droit dans la mesure où ce dernier ne s’était plus présenté sur le chantier
à partir de juin 2015. A l’appui de son écriture, la poursuivie a produit les pièces
suivantes :

 

             
-  une copie d’un contrat de construction conclu et signé le 22 mai 2014 notamment par
Q.________,
pour le compte d’ [...], et par B.G.________
et C.G.________ ;

 

             
- une copie des trois « confirmations de l’ordre d’exécution » du
22 mai 2014 relatives aux travaux de démolition et de « terrassement – conduits
– canalisation », ainsi qu’aux « compléments de travaux »,
déjà produites par la poursuivante. Les deux premières comportent en plus la mention manuscrite
« bon pour accord » et les dates respectives des 22 août et 8 octobre 2014,
alors que sur la dernière figurent les mentions manuscrites « travaux effectués le
4 septembre 2015 » et « bon pour accord [...], le 18 septembre 2015 »,
suivies de la signature de B.G.________, puis, sur la dernière ligne du document, de la signature
du chef d’entreprise et de Q.________ ;

 

             
- une copie d’un avis de « réception de la construction » du 24 juin 2015
signé par les époux C.G.________, d’une part, et par un représentant d’ [...],
d’autre part ;

 

             
- une copie d’un courrier recommandé adressé le 16 novembre 2016 par le conseil de la
poursuivie à la société S.________, la mettant en demeure de finaliser les travaux relatifs
aux places de parking extérieures dans un délai échéant le 15 décembre
2016, faute de quoi une action serait introduite pour le montant total de ces travaux devisés par
une société tierce à 22'491 francs ;

 

             
- une copie de la facture n° 15'069 de 36'800 fr. 70, TVA incluse, datée du 31 décembre
2016, déjà produite par la poursuivante ;

 

             
- une copie du courrier adressé le 29 mars 2017 par le conseil de la poursuivie à la poursuivante,
déjà produit par cette dernière ;

 

             
- une copie d’un devis établi le 3 avril 2017 par [...] relatif à la « création
[de] place[s] de parking pour voitures » au chemin [...], faisant état d’un montant
de 15'913 fr. 05, signé pour accord par B.G.________ le 28 avril 2017 et suivi de la mention manuscrite
« - planification des travaux à prévoir entre la semaine du 22 mai et du 3 juin 2017(…)
- la facture finale sera établie suite à l’approbation des métrées (…) » ;

 

             
- une copie d’une lettre adressée le 2 mai 2017 par le conseil de la poursuivie à la
poursuivante contestant devoir un quelconque montant à cette dernière au motif notamment que
la facture du 31 décembre 2016 n’avait pas fait l’objet d’un ordre d’exécution
signé par les époux C.G.________ et leur architecte.

 

 

3.             
Par prononcé non motivé du 24 janvier
2018, notifié aux parties le 26 janvier 2018, la juge de paix, statuant
à la suite de l'audience qui s'est tenue contradictoirement le 19 janvier 2018, a rejeté la
requête de mainlevée (I), a arrêté à 360 fr. les frais judiciaires, compensés
avec l'avance de frais de la partie poursuivante (II), a mis les frais à la charge de la partie
poursuivante (III) et a dit que la partie poursuivante verserait à la partie poursuivie la somme
de 1'500 fr. à titre de dépens (IV).

 

             
Les deux parties ont demandé la motivation
de ce prononcé, par lettres postées les 26 et 30 janvier 2018. Les motifs, envoyés le
13 avril 2018, leur ont été notifiés le 16 avril 2018. En résumé, la juge de
paix a considéré que l'existence
de pouvoirs de représentation de l'architecte en matière d'engagements financiers ne résultait
pas des pièces du dossier, que la facture litigieuse n'avait par ailleurs pas été signée
par la partie poursuivie elle-même et qu'ainsi la facture invoquée ne constituait pas une reconnaissance
de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP (loi fédérale
sur la poursuite pour dettes et la faillite ; RS 281.1).

 

 

4.             
Par acte du 26 avril 2018, la poursuivante
a recouru contre le prononcé précité, en concluant, sous suite de frais et dépens,
principalement à sa réforme en ce sens que la requête de mainlevée est admise et
l'opposition provisoirement levée à concurrence de 36'800 fr. 70 et, subsidiairement, à
son annulation, la cause étant renvoyée à l'autorité précédente pour nouvelle
décision dans le sens des considérants.

 

             
Par réponse du 4 juin 2018, la poursuivie a conclu au rejet du recours, sous suite de frais et dépens.

             
En droit
:

 

 

I.             
Le
recours, écrit et motivé, a été déposé dans les formes requises (art. 321
al. 1 CPC [Code de procédure civile du 19 décembre
2008 ; RS 272]) et en temps
utile, dans le délai de dix jours suivant la notification de la décision motivée (art.
321 al. 2 CPC). Il est ainsi recevable.

 

             
La réponse de l'intimée, déposée dans le délai de l'art. 322 al. 2 CPC, est
également recevable.

 

 

II.             
La recourante soutient qu'en vertu
du contrat passé avec l'architecte Q.________, ce dernier avait notamment pour mission de valider
les factures des entrepreneurs, qu'en validant les factures, il attestait que les montants étaient
dus, que ce faisant, il agissait en qualité de représentant des maîtres de l'ouvrage de
manière à lier ces derniers, que les parties avaient « justement choisi de faire valider
les factures par l'architecte mandaté par les intimés avant qu'elles ne soient adressées
aux maîtres de l'ouvrage pour paiement », que le contrat n'indiquait pas que la décision
de valider les factures ne pouvait être prise qu'avec l'aval du maître de l'ouvrage, que ce
contrat était toujours en vigueur le 11 juillet 2017 et que dès lors, la facture signée
par l'architecte devait être considérée comme une reconnaissance de dette au sens de l'art.
82 LP.

 

             
a) aa) En
vertu de l'art. 82 LP, le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée
par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire (al. 1);
le juge la prononce si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération
(al. 2).

 

             
La procédure de mainlevée provisoire, ou définitive, est une procédure sur pièces
(Urkundenprozess),
dont le but n'est pas de constater la réalité de la créance en poursuite, mais l'existence
d'un titre exécutoire. Le juge de la mainlevée examine uniquement la force probante du titre
produit par le poursuivant, sa nature formelle, et lui attribue force exécutoire si le poursuivi
ne rend pas immédiatement vraisemblables ses moyens libératoires (ATF 142 III 720 consid. 4.1
; ATF 132 III 140 consid. 4.1.1 et les arrêts cités). Il doit notamment vérifier d'office
l'existence d'une reconnaissance de dette, l'identité entre le poursuivant et le créancier
désigné dans ce titre, l'identité entre le poursuivi et le débiteur désigné
et l'identité entre la prétention déduite en poursuite et la dette reconnue (ATF 142 III
720, consid. 4.1 ; ATF 139 III 444 consid. 4.1.1 et les références).

 

             
Constitue une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP l'acte sous seing privé, signé
par le poursuivi ou son représentant, d'où ressort sa volonté de payer au poursuivant,
sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée, ou aisément déterminable,
et échue (ATF 139 III 297 consid. 2.3.1 ; ATF 136 III 624 consid. 4.2.2 ; ATF 136 III
627 consid. 2 et la jurisprudence citée). Pour qu'un écrit public, authentique ou privé,
ou qu'un ensemble d'écrits vaille reconnaissance de dette, il doit en ressortir, sur la base d'un
examen sommaire, que le poursuivi a assumé une obligation de payer ou de fournir des sûretés,
donc une créance exigible, chiffrée et inconditionnelle, car si la reconnaissance de dette
n'est pas pure et simple, le poursuivant, pour obtenir la mainlevée provisoire, doit rapporter la
preuve littérale que les conditions ou réserves sont devenues sans objet (Gilliéron, Commentaire
de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite,
n. 40 ad art. 82 LP). Enfin, le titre produit pour valoir reconnaissance de dette et titre à la
mainlevée provisoire ne justifie la mainlevée provisoire de l'opposition que si le montant
de la prétention déduite en poursuite est chiffré de façon précise dans le titre
lui-même ou dans un écrit annexé auquel la reconnaissance se rapporte ; cette indication
chiffrée doit permettre au juge de la mainlevée de statuer sans se livrer à des calculs
compliqués et peu sûrs (Gilliéron, op. cit., n. 42 ad art. 82 LP).

 

             
Une facture signée (unterzeichnete
Rechnung) sans réserve ni
conditions par le débiteur remplit les conditions de l'art. 82 al. 1 LP (TF 5A_577/2013 du 7 octobre
2013 consid. 4.2 ; CPF 22 juillet 2013/302 ; Veuillet,
in Abbet/Veuillet (éd.), La mainlevée de l’opposition,
n. 38 ad art. 82 LP ; Krauskopf, La mainlevée provisoire : quelques jurisprudences récentes,
in JdT 2008 II 23 ss, p. 32 ; Staehelin, in Basler Kommentar, SchKG I, 2e
éd., 2010, n. 23 ad art. 82 SchKG [LP]). Il importe peu que la mention « pour accord »
ne figure pas à côté de la signature du poursuivi (TF 5A_577/2013 du 7 octobre 2013 consid.
4.2.2 ; CPF 22 juillet 2013/302 ; Veuillet, op. cit., n. 38 ad art. 82 LP).

 

             
bb) Lorsque
la reconnaissance de dette est signée par un représentant du débiteur, la mainlevée
provisoire dans la poursuite introduite contre le représenté ne peut être prononcée
que sur le vu d'une pièce attestant des pouvoirs du représentant (ATF 132 III 140 consid. 4.1 ;
ATF 112 III 88 consid. 2c ; TF 5D_1712015 du 29 mai 2015 consid. 3.2) ; de même, quand
l'obligé est une personne morale, la mainlevée provisoire dans la poursuite contre celle-ci
ne peut être prononcée que si les pouvoirs du représentant (art. 32 al. 1 CO) ou de l'organe
(art. 55 al. 2 CC) qui a signé sont documentés par pièces (ATF 132 III 140 consid. 4.1.1 ;
ATF 130 III 87 consid. 3.1 ; TF 5D_17/2015 du 29 mai 2015 consid. 3.2). La jurisprudence a toutefois
admis qu'il n'est pas arbitraire de prononcer la mainlevée en l'absence d'une procuration écrite
lorsque les pouvoirs du représentant ou de l'organe ne sont pas contestés, ou s'ils peuvent
se déduire d'actes concluants du représenté ou de la société au cours de la
procédure sommaire de mainlevée, comportement dont il résulte clairement que le représentant
ou l'organe a signé en vertu de pouvoirs (ATF 132 III 140 consid. 4.1.1 ; ATF 130 III 87 consid.
3.1 ; ATF 112 III 88 consid. 2c ; TF 5D_17/2015 du 29 mai 2015 consid. 3.2). Un précédent
engagement honoré par le représenté ne permet toutefois pas à lui seul de déduire
que le représentant dispose d'un pouvoir de représentation pour un engagement ultérieur
(Veuillet, op. cit., n. 18 ad art. 82 LP et la réf. citée).

 

             
cc) Le
contrat par lequel l'architecte s'engage à diriger, surveiller et coordonner pour le maître
les prestations des entrepreneurs et des fournisseurs commis à l'exécution de l'ouvrage obéit
aux règles du mandat (Tercier/Bieri/Carron, Les contrats spéciaux, 5e
éd., n. 4689, p. 675 et les réf. citées). En vertu de l'art. 396 al. 2 CO, le mandat comprend
en particulier le pouvoir de faire les actes juridiques nécessités par son exécution.
Pour lier le maître de l'ouvrage, la reconnaissance des factures d'entrepreneurs par l'architecte
doit toutefois résulter d'un pouvoir de représentation exprès. Même si l'architecte
est chargé de la direction des travaux, l'entrepreneur ne peut pas déduire de l'art. 396 al.
2 CO que l'architecte a le pouvoir de reconnaître les factures vérifiées par lui (ATF
118 II 313 consid. 2, rés. in JdT 1993 I 567). Il peut en revanche prouver que le contrat d'architecte
signé par le maître de l'ouvrage autorise l'architecte à reconnaître les factures
des entrepreneurs. En particulier, si le maître et l'architecte ont prévu l'application de
la norme SIA 118 et n'ont pas exclu la disposition prévoyant expressément que l'architecte
peut reconnaître les factures au nom et pour le compte du maître (art. 33 al. 2 et 34 al. 1
norme SIA 118 édition 2013), la seule production du contrat devrait suffire (Veuillet, op. cit.,
n. 19 ad art. 82 LP).

 

             
b) En
l'espèce, la recourante se prévaut, comme titre à la mainlevée provisoire, d'une
facture de 36'800 fr. 70 datée du 31 décembre 2016 qui a été signée le 11 juillet
2017 par Q.________, associé gérant avec signature individuelle de la société S.________.

 

             
Il ressort par ailleurs du dossier que, le 22 mai 2014, l'intimée et son époux – en qualité
de mandants – et S.________ – en qualité de mandataire –  ont signé
un contrat intitulé « mandat simple ». Ce contrat confie au mandataire la planification,
la coordination et la direction des travaux de terrassement, des canalisations et raccordements au réseau
ainsi que des aménagements extérieurs d'une maison EFH neuve à [...]. Il s'agit donc bien
d'un contrat de mandat.

 

             
Le poste « direction des travaux » inclut notamment la tâche de « contrôle
des factures selon contrat de l'entrepreneur ». Il découle toutefois de la jurisprudence citée
plus haut que la compétence de contrôler, respectivement de vérifier les factures des
entrepreneurs n'entraîne pas à elle seule le pouvoir de reconnaître, pour le compte du
maître de l'ouvrage, que les montants facturés sont dus. Aucune autre clause du contrat n'autorise
expressément l'architecte à reconnaître les factures des entrepreneurs. Le contrat passé
ne prévoit par ailleurs pas l'application de la norme SIA 118. C'est donc à juste titre que
le premier juge a considéré que le contrat produit ne permettait pas d'admettre l'existence
d'un pouvoir de représentation exprès autorisant l'architecte à reconnaître, pour
le compte de l'intimée, des factures d'entrepreneurs.

 

             
Pour le reste, l'intimée a d'emblée contesté, par courriers de son conseil des 29 mars
et 2 mai 2017, la facture en question et, dans sa réponse du 15 janvier 2018, l'existence d'un
pouvoir de représentation de l'architecte, si bien que l'existence d'un tel pouvoir ne peut en aucun
cas se déduire d'actes concluants de l'intimée.

 

 

III.             
En conclusion, le recours doit être rejeté
et le prononcé attaqué confirmé.

 

             
Les frais de deuxième instance, arrêtés à 570 fr., doivent être mis à la
charge de la recourante qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Celle-ci doit en outre verser des dépens
à l’intimée. Compte tenu de la fourchette de 1'000 fr. à 5'000 fr. pour une valeur
litigieuse de 36'800 fr. 70
(art. 2 et 8 TDC [tarif des dépens en matière civile ; RSV 270.11.6]) et du fait que le
conseil de l’intimée a déposé une écriture identique dans la procédure
de recours parallèle opposant la recourante à l’époux de sa cliente, le montant
des dépens à la charge de la recourante doit être réduit à 600 fr. (art. 20
al. 2 TDC ; CPF 9 décembre 2016/376 et 377 ; CPF 7 juillet 2016/217 et 218), soit l’équivalent,
pour les deux dossiers, d’environ quatre heures de travail en tout.

 

 

Par
ces motifs,

la
Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos en sa qualité d'autorité

de
recours en matière sommaire de poursuites,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
Le prononcé est confirmé.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 570 fr. (cinq cent septante
francs), sont mis à la charge de la recourante D.________.

 

             
IV.             
La recourante D.________
doit verser à l’intimée C.G.________ la somme de 600 fr. (six cents francs) à titre
de dépens de deuxième instance.

 

             
V.             
L'arrêt est exécutoire.

 

La
présidente :               Le greffier
:

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Cédric Aguet (pour D.________),

‑             
Me Etienne Monnier (pour C.G.________).

 

             
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur litigieuse est de 36'800
fr. 70.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation
ne soulève une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification
(art. 100  al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué à :

 

‑             
Mme la Juge de paix du district de Nyon.

 

             
Le greffier :