# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 9fe19383-ad76-53ef-a6dd-df1df4492968
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1997-12-10
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 10.12.1997 CCP.1997.6562 (INT.1997.769)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1997-6562_1997-12-10.html

## Full Text

A.      Par jugement du 21 octobre 1997, le Tribunal
de police du

district de Neuchâtel a condamné P.  à une peine (partiellement

complémentaire) de deux mois
d'emprisonnement sans sursis pour abus de

confiance au préjudice de B.  et escroquerie au préjudice de

D. .

 

        En août 1992, P.  et B.  se sont associés en

vue de vendre des pin's. Le premier
devait les fabriquer, le second les

commercialiser. B.  a remis à P.  10'000 francs pour

ses frais de représentation.
L'association n'a eu aucune suite. B. 
n'a jamais récupéré son argent, malgré des demandes réitérées. Le

Tribunal de police a retenu un abus de
confiance portant sur 4'000 francs,

somme utilisée par P.  pour ses besoins personnels.

 

        P. 
s'est rendu le 20 décembre 1995 dans la boutique

tenue par D. . Il a, après avoir signé
une facture "en blanc",

commandé un pantalon et déclaré que la
fille de son amie viendrait choisir

quelques affaires le lendemain (ce qui a
été le cas). Il est revenu

chercher son pantalon le 23 décembre
1995, a prétexté ne pas pouvoir payer

la somme due de 578 francs parce que sa
carte bancaire était cassée et

s'est engagé à verser ce qu'il devait
après Noël. Il ne s'est pas exécuté.

Après plusieurs rappels et une poursuite
infructueuse, D.  a

porté plainte pour escroquerie le 25
juillet 1996. Il l'a retirée le 15

janvier 1997, ayant finalement été payé.

 

B.      Le 17 novembre 1997, P.  recourt à la Cour de cassation

pénale contre le jugement du 21 octobre
1997, concluant à son acquittement

et à ce qu'il soit statué sur
l'assistance judiciaire. Il avance que,

s'agissant de l'abus de confiance,
l'intention fait défaut car, du moment

qu'il a travaillé quinze mois pour B. ,
10'000 francs étaient à

l'évidence insuffisants pour couvrir ses
charges ordinaires, tels que

frais de déplacement et repas; qu'il a
ainsi utilisé l'argent pour ses be-

soins personnels comme conséquence
logique des accords pris avec B. , tout travail méritant salaire; que,
s'agissant de l'escroquerie,

l'intention fait également défaut; que,
si sa carte bancaire n'avait pas

été cassée, il aurait prélevé l'argent
nécessaire, car il avait l'inten-

tion de s'acquitter de la somme due;
qu'il n'y a donc pas eu de mise en

scène.

 

C.      Le président du Tribunal de police ne
formule pas d'observa-

tions, de même que le ministère public,
qui conclut au rejet du recours.

 

                          C O N S I D E R A N T

                              e n 
d r o i t

 

1.      Interjeté dans les formes et délai légaux
(art.244 CPP), le

pourvoi est recevable.

 

2.      a) L'article 138 ch.1 CP punit de la
réclusion pour cinq ans au

plus ou de l'emprisonnement celui qui
notamment aura employé sans droit et

à son profit des valeurs patrimoniales
qui lui avaient été confiées. Une

valeur patrimoniale est confiée lorsque
l'auteur acquiert la possibilité

d'en disposer, mais que, selon un accord
(express ou tacite) ou un autre

rapport juridique, il ne peut en faire
qu'un usage déterminé. L'abus de

confiance est une infraction
intentionnelle. Le dol éventuel suffit. La

conscience et la volonté doivent porter
sur tous les éléments constitutifs

de l'infraction, et notamment sur le
dessein d'enrichissement illégitime

(Corboz, Les principales infractions,
1997, p.104-105).

 

        b) En l'espèce, le recourant a rédigé le 18
août 1992 une note

indiquant :

 

     
    " Reçu de la part de
B.  la somme de 10'000

            francs pour l'association de vente de pin's."

 

 

        Il était donc clairement question d'une
association, dans la-

quelle le recourant aurait droit à une
part des éventuels bénéfices. On ne

trouve nulle part au dossier trace d'une
relation contractuelle entre le

recourant et B.  qui devrait être qualifiée de contrat de

travail. Ainsi, dans l'esprit des
parties, les 10'000 francs constituaient

un investissement dans une entreprise
commune et ne devaient pas être

utilisés par P.  pour des dépenses autres que celles de

démarchage. Interrogé par la police le
12 avril 1996, P.  a

déclaré (réponses 7 et 8) :

 

          " J'ai utilisé une partie de cet argent pour la
représenta-

            tion de cette affaire. Pour celle-ci, je me suis rendu

            dans différents commerces susceptibles de m'acheter ces

            pin's afin de prendre des premiers contacts. J'avais
des

            frais de déplacement. Je me suis aussi octroyé pour mes

            besoins personnels un peu d'argent. Comme je n'avais
pas

            de salaire, il fallait bien que je subvienne à mes be-

            soins. J'ai gardé pour mon usage 4'000 francs environ.

 

            A aucun moment, il n'a été question de salaire que 

            B. 
aurait dû me verser. C'est de ma propre initiative

            que j'ai prélevé une partie de ce montant. J'estime que

            tout travail mérite salaire."

 

 

        C'est dès lors en toute connaissance de
cause que le recourant a

détourné de sa destination convenue une
partie de l'argent qui lui avait

été confié, de façon à s'octroyer un
salaire auquel il n'avait pas droit.

L'abus de confiance est par conséquent
réalisé, tant objectivement que

subjectivement.

 

3.      a) Selon l'article 146 al.1 CP, celui qui,
dans le dessein de se

procurer ou de procurer à un tiers un
enrichissement illégitime, aura

astucieusement induit en erreur une
personne par des affirmations falla-

cieuses ou par la dissimulation de faits
vrais ou l'aura astucieusement

confortée dans son erreur et aura de la
sorte déterminé la victime à des

actes préjudiciables à ses intérêts
pécuniaires ou à ceux d'un tiers sera

puni de la réclusion pour cinq ans au
plus ou de l'emprisonnement.

 

        L'astuce est un élément constitutif de l'escroquerie
et doit

exister en sus d'une tromperie.
L'article 148 al.1 CP ne protège en effet

pas la personne qui aurait pu éviter
d'être trompée en faisant preuve d'un

minimum d'attention. Il y a notamment
astuce si l'auteur recourt à des

manoeuvres frauduleuses ou à une mise en
scène, si la victime ne peut pas

(ou que difficilement) vérifier les
affirmations de l'auteur, si, en fonc-

tion des circonstances, une vérification
ne pouvait pas être exigée de la

victime, si l'auteur exploite un rapport
de confiance particulier ou enco-

re s'il empêche ou dissuade la victime
de procéder à une vérification

(Corboz, opus cité, p.143-145 et les
références).

 

        b) En l'espèce, P.  a trompé D.  sur sa situa-

tion financière : au moment des faits,
il avait plus de 400'000 francs

d'actes de défaut de bien et son compte
bancaire n'était approvisionné

qu'à hauteur de 15,10 francs. Il n'est
cependant pas établi que D.  connaissait
le recourant ou que celui-ci l'ait, d'une façon ou

d'une autre, empêché ou dissuadé de
procéder à une vérification de sa

situation financière. Or, dans un
magasin d'habits, les achats se font en

principe au comptant. Le recourant a
obtenu des marchandises pour près de

600 francs, somme qui n'est pas
négligeable pour un petit commerce. Le

simple fait qu'il ait prétendu, au
moment de payer, que sa carte bancaire

était endommagée (élément dont la
fausseté n'est d'ailleurs pas établie)

ne constitue pas une manoeuvre
frauduleuse permettant d'envisager une

escroquerie. Il apparaît bien plus tôt
que D.  a sciemment

octroyé un crédit au recourant en lui
accordant un délai de paiement. Il

prenait dès lors, comme tout créancier,
le risque d'être confronté à un

débiteur insolvable, ce qui ne saurait
conduire à une condamnation pénale.

 

4.      Le recours est ainsi partiellement bien
fondé, l'escroquerie

devant être abandonnée. La Cour de céans
peut statuer elle-même (art.252

al.2 litt.b CPP). Le recourant s'est
rendu coupable d'un abus de confiance

portant sur 4'000 francs. Il a de
nombreux antécédents, dont plusieurs en

rapport avec des infractions contre le
patrimoine. L'expert psychiatre

mandaté par le premier juge a retenu une
responsabilité restreinte, un

trouble de la personnalité (traits
narcissiques et dissociaux) et une

vraisemblable dépendance à l'alcool
n'empêchant pas le recourant

d'apprécier le caractère délictueux de
ses actes mais diminuant sa

capacité de se déterminer. Dès lors,
tout bien considéré, une peine de 45

jours d'emprisonnement sera prononcée.
Un sursis est impossible compte

tenu des antécédents du recourant et du
risque indiscutable de récidive

relevé par l'expert.

 

5.      Il convient dès lors d'annuler le chiffre 1
du jugement du 21

octobre 1997 dans la mesure où le
recourant est condamné à une peine de

deux mois d'emprisonnement sans sursis
et, statuant au fond, de le con-

damner à une peine de 45 jours
d'emprisonnement ferme pour abus de con-

fiance, peine complémentaire à celles
prononcées par le Tribunal de police

de Neuchâtel les 9 novembre 1993 et 12
avril 1994.

 

        Au vu du sort de la cause, une partie des
frais de seconde ins-

tance sera mise à la charge du
recourant. Son mandataire d'office a droit

à une indemnité tenant compte de
l'importance et de la difficulté de la

cause, de la responsabilité assumée et
du temps apparemment nécessaire à

la préparation du pourvoi.

 

 

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION PENALE

 

1. Annule le chiffre 1 du jugement du 21
octobre 1997 dans la mesure où le

  
recourant est condamné à une peine de deux mois d'emprisonnement sans

  
sursis.

 

2. Statuant au fond, condamne le
recourant à une peine de 45 jours d'em-

  
prisonnement sans sursis, peine complémentaire à celles prononcées par

  
le Tribunal de police de Neuchâtel les 9 novembre 1993 et 12 avril

  
1994.

 

3. Met à la charge du recourant une
partie des frais, arrêtés à 330

  
francs.

 

4. Fixe à 350 francs, débours
et TVA comprise, l'indemnité due à Me X. , avocat à Neuchâtel, mandataire
d'office de P. .

 

Neuchâtel, le 10 décembre 1997