# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 7d3af2fe-068d-522f-9adf-8f94ed8fc8c7
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1995-08-07
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 07.08.1995 CCP.1995.6162 (INT.1995.141)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1995-6162_1995-08-07.html

## Full Text

A.      Le
27 avril 1993, le Tribunal correctionnel du district de

Boudry
a reconnu T.H. coupable de lésions corporelles

simples
au sens de l'article 123 ch.2 CP et l'a condamné à une peine d'un

an
d'emprisonnement avec sursis pendant cinq ans pour avoir brutalisé et

blessé
à plusieurs reprises sa fille B. âgée de quelques mois au mo-

ment
des faits. T.H. avait reconnu les faits devant le

juge
d'instruction (Dossier de 1992-1993, D.38/138). A.H.,

mère
d'B. et épouse du condamné, a été libérée au bénéfice du doute

alors
qu'elle était renvoyée devant le tribunal correctionnel sous les

mêmes
préventions que son mari.

 

       
Le 14 octobre 1994, le ministère public a requis le juge d'ins-

truction
d'ouvrir une information contre les époux H., prévenus de

lésions
corporelles intentionnelles (art.122 al.3, subs.123 ch.2 CP) sur

leur
fille T. née le 17 juillet 1994. Interrogé par la police le 24

octobre
1994, T.H. a déclaré que sa femme était à

l'origine
de la fracture du bras de T.. Il a également admis que c'est

elle
qui avait brutalisé B. et qu'il avait avoué des actes dont il

n'était
pas l'auteur pour sauver son couple et récupérer B., dont la

garde
leur avait été retirée (Dossier de 1994-1995, D.8/23 ss, 24-25; D.

10/36
ss, 37; D.13/41 ss). A.H. a confirmé ces propos

(Dossier
de 1994-1995, D.8/26 ss, 30 ss; D.9/33 ss).

 

B.      Le
7 février 1995, le ministère public interjette un pourvoi en

révision
contre le jugement du 27 avril 1993 condamnant T.H

et
libérant au bénéfice du doute A.H.. Il invo-

que
comme fait nouveau l'aveu d'A.H. et estime qu'il res-

sort du
dossier que celle-ci doit assumer l'entière responsabilité des

sévices
subis par ses deux filles. Il conclut à la révision du jugement du

27
avril 1993 et à la désignation de l'autorité judiciaire compétente pour

rendre
la nouvelle décision, tout en donnant acte qu'il sollicitera la

jonction
de la procédure de révision avec celle ouverte en octobre 1994.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Selon l'article 397 CP, les cantons sont tenus de prévoir un

recours
en révision en faveur du condamné contre les jugements rendus en

vertu
du code pénal ou d'une autre loi fédérale, quand des faits ou des

moyens
de preuve sérieux et dont le juge n'avait pas eu connaissance lors

du
premier procès viennent à être invoqués. En droit neuchâtelois, le

ministère
public peut demander une révision aussi longtemps que l'infrac-

tion
n'est pas prescrite (art.262 al.2 CPP).

 

       
En l'espèce, les lésions corporelles simples, punies de l'em-

prisonnement,
se prescrivent par cinq ans (art.70 CP), de sorte que les

faits,
qui datent de 1991, ne sont pas prescrits. Comme le pourvoi est au

surplus
interjeté dans les formes légales (art.263 CPP), il est recevable.

 

       
En outre, l'instruction menée à l'époque et celle actuellement

conduite
sont suffisantes pour permettre à la Cour de céans de statuer

sans
administration de preuve supplémentaire (art.266 al.1 CPP).

 

2.      a)
La révision en faveur d'une personne condamnée suppose que

trois
conditions soient remplies : On doit être en présence d'un fait ou

d'un
moyen de preuves; il doit être important ou sérieux; il doit enfin

être
nouveau. Constitue notamment un fait l'aveu d'une personne qui se

reconnaît
coupable d'un crime (Piquerez, Précis de procédure pénale suis-

se,
1994, p.463 no 2478). Un fait est sérieux lorsqu'il est de nature à

ébranler
les constatations de fait sur lesquelles la peine est fondée au

point
que l'état de fait ainsi modifié permette de conclure à l'inexisten-

ce
d'une infraction (ATF 101 IV 317 - JT 1976 IV 116). La voie de la révi-

sion
est ainsi ouverte lorsqu'un fait (ou un moyen de preuves) paraît pro-

pre à
faire douter du bien-fondé du premier jugement, au point de rendre

un
acquittement possible (ATF 116 IV 253 - JT 1993 IV 9 ss, 11-12). Est

enfin
nouveau le fait qui était inconnu du tribunal au moment où il a ren-

du son
jugement, soit parce qu'il ne ressortait pas du dossier ou des dé-

bats,
soit parce qu'il avait été négligé par le tribunal (RJN 1989, p.132

ss, 133
et les références citées).

 

       
b) En l'espèce, l'aveu d'A.H. en 1994 constitue

sans
conteste un fait important et nouveau. Devant le juge d'instruction

en 1992
et devant le tribunal correctionnel en 1993, A.H.

avait
nié avoir quoi que ce soit à se reprocher. Comme son époux avait

assumé
la responsabilité des faits pour lesquels ils avaient été renvoyés

devant
le tribunal, elle avait été libérée au bénéfice du doute. L'avis de

l'expert,
qui se posait de sérieuses questions quant à la participation

d'A.H.
à de mauvais traitements envers sa fille ou au

moins
quant à sa simple capacité à s'en occuper de manière adéquate (Dos-

sier de
1992-1993, D.26/115 ss, 122), avait été écarté par le tribunal,

qui
relevait que de forts soupçons et un blâme moral justifiés ne peuvent

fonder
une condamnation pénale (jugement du 27.4.1993, p.5 cons.6). Les

récentes
déclarations d'A.H., corroborées par celles de

son
mari et par l'expert mandaté une nouvelle fois (Dossier de 1994-1995,

D.38/78
ss), imposent aujourd'hui la révision du jugement du 27 avril 1993

en ce
qui concerne T.H..

 

3.      a)
Bien que le code pénal ne le prévoie pas, une révision au

préjudice
du prévenu acquitté à tort est possible. Elle constitue alors un

"remède
contre les cas scandaleux d'impunité, qui provoquent l'indignation

légitime
de l'opinion publique" (F. Clerc, cité par Piquerez, op.cit.,

p.469
no 2509). En droit neuchâtelois, l'article 262 al.2 1ère phrase CPP

prévoit
limitativement deux cas : l'obtention d'un jugement par des moyens

délictueux
et la connaissance par les autorités judiciaires d'un aveu.

 

       
b) En l'espèce, l'aveu d'A.H. doit également

entraîner
la révision du jugement du 27 avril 1993 en ce qui la concerne,

car il
serait choquant, au vu des déclarations qu'elle a finalement fai-

tes,
qu'un tribunal ne soit pas à nouveau amené à examiner son éventuelle

culpabilité
en rapport avec les lésions subies par sa fille B..

 

4.      Le
pourvoi en révision est ainsi bien fondé en ce qui concerne

les
deux époux. Il y a donc lieu d'annuler les chiffres 1 et 2 du dispo-

sitif
du jugement du Tribunal correctionnel du district de Boudry du 27

avril
1993 et de renvoyer la cause à ce tribunal (art.268 al.1 CPP).

 

       
La Cour de céans prend par ailleurs acte de l'intention du

ministère
public de solliciter la jonction de la présente affaire avec

celle
actuellement instruite, mesure qui paraît effectivement opportune.

 

       
Il est statué sans frais (art.268 al.2 CPP a contrario).

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Annule le jugement du Tribunal correctionnel du district de Boudry du

   27 avril 1993 et renvoie la cause au même
tribunal pour nouveau juge-

   ment.

 

2.
Statue sans frais.