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**Case Identifier:** 2bc7744a-ca38-5a6a-8674-0897fd884b05
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-11-19
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour pénale) Chambre d'accusation 19.11.2008 P/2536/2003
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_012_P-2536-2003_2008-11-19.pdf

## Full Text

Communiqué l’ordonnance aux parties en date du 20 novembre 2008 

 

 Réf : TGI 

 

R E P U B L I Q U E  E T  

 

CANTON DE GENEVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

P/2536/2003 OCA/296/2008 

ORDONNANCE 

DE LA CHAMBRE D'ACCUSATION 

Audience du mercredi 19 novembre 2008 

Statuant sur les recours déposés par : 

 

B______, domicilié rue ______, 1204 Genève, recourant  en personne,  

P______, recourant comparant par Me Laure PEYROT STUCKI, avocate, rue de 
Beaumont 3, 1206 Genève, en l’Etude  de laquelle il fait élection de domicile 

contre l'ordonnance rendue par le juge d'instruction le 16 septembre 2008 

Intimés : LE PROCUREUR GÉNÉRAL de la République et canton de Genève, en 
son Parquet, Palais de justice, place du Bourg-de-Four à Genève. 

A______, comparant par Me Denis MATHEY, avocat, quai Gustave-Ador 2, 1207 
Genève, en l'Etude duquel ils font élection de domicile 

V______, représentée par Monsieur W. CONINCKX, place de Milan, case postale 120, 
1001 Lausanne, comparant en personne 

J______, comparant par Me François BELLANGER, avocat, avenue Léon-Gaud 5, 
1206 Genève, en l'Etude duquel il fait élection de domicile 

C______, comparant par Me Bruno MEGEVAND, avocat, place Claparède 3, 1205 
Genève, en l'Etude duquel il fait élection de domicile 

 

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EN FAIT 

A. Le Tribunal de première instance est saisi de trois procédures (C/25628/2005 – 7 ; 

C/24780/2005 – 7 et C/24782/2005 – 7) opposant A______, M______ et 

N______, demanderesses, à la Commune de Bernex et à l’Etat de Genève, à la 

suite d’inondations qui ont touché la région de Bas-Lully, où sont domiciliées les 

parties demanderesses. 

B. Dans ce même contexte, une procédure pénale (P/______/2003) s’instruit, 

opposant près de 80 parties civiles – dont toutes les demanderesses précitées – à 

une personne physique, inculpée de violation des règles de l’art au sens de l’art. 

229 CPS. 

C. Par ordonnance du 29 juillet 2008, suivant une requête commune des parties au 

litige civil, la Présidente de la 7
ème

 Chambre du Tribunal de première instance a 

ordonné l’apport de la procédure pénale P/______/2003 et invité les parties à 

consulter ladite procédure pénale, à requérir copie des pièces requises auprès de 

l’instruction et à les produire dans un chargé complémentaire, dans un délai 

échéant le 29 septembre 2008. 

D. L’avocat constitué par l’Etat de Genève, B______, en référence à l’ordonnance 

civile du 29 juillet 2008, a demandé au Ministère public, par courrier du 20 août 

2008 à pouvoir consulter le dossier pénal ; il indique qu’un « n’empêche » lui 

aurait été délivré téléphoniquement, de sorte que le 21 août 2007 il a pris 

connaissance de la procédure et qu’à sa demande, le greffe lui en a délivré des 

photocopies, facturées 205 fr. De même, l’avocat constitué pour la Commune de 

Bernex, a demandé au juge d’instruction chargée du litige pénal, par télécopie du 

21 août 2008, à pouvoir consulter le dossier, qui a été mis à sa disposition le 

lendemain et dont diverses photocopies lui ont été délivrées, facturées 154 fr. 

E. Par télécopie du 16 septembre 2008, le juge d’instruction a notifié à B______ et 

P______, personnellement, un courrier par lequel il expose avoir appris le jour-

même, par hasard, que, par erreur, ils avaient eu accès à la procédure et reçu copie 

de tout ou partie de celle-ci pendant son absence ; la magistrate dit ignorer à quel 

titre les avocats ont demandé cet accès et ces copies. Observant que leurs 

mandants ne sont pas parties à la procédure pénale, elle les priait, sous la menace 

des peines prévues par l’art. 292 CPS, de lui retourner sans délai les copies 

remises, avec interdiction d’en faire un autre jeu de copies ou d’en faire usage à 

quelque titre que ce soit. Il était enfin précisé que ce courrier, valant décision, 

pouvait faire l’objet d’un recours dans un délai de 10 jours dès sa notification 

auprès de la Chambre d’accusation. Nonobstant les courriers explicatifs des 

conseils de l’ETAT de GENEVE et de la Commune de BERNEX, réitérant les 

circonstances dans lesquelles ils étaient intervenus, le juge d’instruction a 

maintenu sa décision. 

F. Le 22 septembre 2008 B______ a déposé recours auprès de la Chambre 

d’accusation contre cette décision, dont il demande l’annulation. Il souligne avoir 

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agi en l’espèce en toute légalité et transparence, après le « n’empêche » délivré 

par le Parquet. La décision déférée manque également de motivation. On 

comprend mal par ailleurs comment elle peut s’adresser à l’avocat 

personnellement, avec la menace d’une sanction pénale. Enfin, les éléments de 

fait contenus dans le dossier pénal ne revêtent pas un caractère personnel ou 

intime qui justifierait la sauvegarde d’un secret.   

G. Le 22 septembre 2008 également, P______ a aussi déposé recours contre la 

décision précitée, dont il demande l’annulation. Il souligne n’avoir agi ni par 

hasard ni par erreur, mais en toute régularité, en application de l’ordonnance 

rendue le 29 juillet 2008 par le Tribunal de première instance. Il critique aussi 

l’absence de motivation de la décision  déférée, dans une procédure ne justifiant 

pas le maintien du secret. Enfin, il expose avoir déjà pris connaissance des pièces 

litigieuses, de sorte que leur restitution n’a pas d’utilité. En date du 29 octobre 

2008 P______ a plaidé et persisté dans ses conclusions. 

H. Les parties civiles, représentées par le même conseil, ont déclaré s’en rapporter à 

l’appréciation de la Chambre d’accusation, indiquant que pour ce qui les 

concernait, vu l’inculpation prononcée, elles avaient accès au dossier pénal. 

L’inculpé s’en est aussi rapporté à l’appréciation de la Chambre d’accusation. Le 

juge d’instruction a persisté dans les termes de son ordonnance et proposé le rejet 

des recours. Il indique n’être lié ni par une ordonnance civile, ce d’autant qu’il 

ignore tout de la procédure dans laquelle cette décision est intervenue, ni par le 

fait que « l’accès au dossier et les copies des pièces aient été accordées, par 

erreur, par une personne étrangère à la procédure, pendant les vacances du 

juge… ». Le Ministère public a aussi conclu au rejet des recours et au maintien de 

la décision  entreprise. Etant acquis que les recourants avaient agi en toute 

transparence, sans jamais utiliser le moindre subterfuge, tant à l’égard du Juge 

d’instruction que de ses collaborateurs pour accéder à la procédure en question, 

le Procureur général relève que le juge d’instruction n’a jamais valablement donné 

de « n’empêche » pour la consultation de son dossier pénal. Les mandants des 

recourants ont eu accès ensuite, semble-t-il, d’une « bévue » du greffe de 

l’instruction, et la juge d’instruction, à son retour de vacances, a tenté de remédier 

à ce « feu vert » donné hâtivement et par erreur.  Les recourants et leurs mandants 

ne sont pas parties à la procédure pénale ; en leur qualité de tiers, ils n’y ont accès 

que s’ils possèdent un intérêt légitime et si cet accès ne perturbe pas le bon 

déroulement de la procédure pénale. Or, il faut tenir compte du fait qu’en l’espèce 

le juge d’instruction craint qu’il ne soit directement porté préjudice à ladite 

procédure en compromettant le résultat d’une enquête jusqu’ici longue et difficile. 

I. La Chambre d’accusation a accordé l’effet suspensifs aux recours, s’agissant des 

pièces déjà en possession des recourants. 

 

 

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DROIT : 

 

1. Vu leur évidente connexité, les deux recours sont présentement joints (art. 89 al. 1 

CPP) 

Visés personnellement par la décision du juge d’instruction, les recourants ont 

qualité pour agir (art. 190 al. 1 CPP et 191 al. 1 lit c) et e) CPP). Les recours 

respectent la forme et le délai prescrits par la loi (art. 192 CPP). Il sont ainsi 

recevables. 

2. La décision entreprise consiste en un courrier, enjoignant les recourants, sous la    

menace de la peine d’amende prévue par l’art. 292 CPS, de restituer les 

photocopies qui leur ont été délivrées, à leur demande, par le greffe de l’instruction, 

en l’absence du juge en charge du dossier.  

3. En tant que cette décision vise à empêcher les recourants de prendre connaissance 

de la teneur des photocopies délivrées et d’en faire usage, elle ne peut avoir aucune 

portée pratique, puisque les recourants possédaient déjà ces pièces depuis près d’un 

mois. Dans cette optique, l’on doit constater que la décision entreprise est sans 

objet 

4. En tant que cette décision vise à refuser aux recourants l’accès à la procédure 

pénale P/______/2003, elle méconnaît le principe consacré par l'art. 9 Cst. selon 

lequel le justiciable est, dans certaines circonstances, protégé dans la confiance qu'il 

place dans les actes de l'autorité (AUBERT/MAHON, Petit commentaire de la 

Constitution fédérale, Genève 2003, p. 96 n° 10 ss ad art. 9 Cst). Le juge 

d’instruction considère en effet à tort que, dans les circonstances du cas d’espèce, il 

n’est pas lié par les actes de son greffe. En effet, les recourants ont fondé leur 

requête sur l’ordonnance du juge civil et il n’est pas contesté qu’ils ont, ce faisant, 

agi en toute légitimité. Il est peut-être regrettable que ces requêtes aient été 

accueillies sans examen approfondi, il n’en demeure pas moins qu’elle l’a été sans 

réserve et sans que son destinataire ne puisse connaître la position divergente du 

magistrat en charge du dossier,  de sorte que ce dernier n’est pas fondée à revenir 

sur la question. 

5.  Cela étant, il est exact que l’ordonnance d’apport d’un dossier pénal dans un 

dossier civil ne lie en principe pas le juge d’instruction. Ce dernier, dans l’intérêt de 

son enquête et dans les limites des règles de la procédure pénale, doit en effet 

pouvoir déterminer qui a accès à son dossier. L’usage voudrait que le juge civil, 

dans le respect de cette prérogative, l’interpelle au préalable pour obtenir son 

« n’empêche », avant d’acheminer les plaideurs à consulter le dossier pénal. Ces 

considérations toutefois ne sont pas de nature à justifier la décision querellée. Le 

respect de cet usage en effet n’incombe pas aux parties et son non-respect ne saurait 

leur être imputé. En l’espèce, de surcroît, le juge civil avait très précisément  choisi 

d’inviter les parties à consulter la procédure P/______/2003, à requérir des copies 

auprès de l’instruction et à les produire en chargé complémentaire. 

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6. Il faut observer pour le surplus que ni la décision entreprise ni les observations 

formulées par le juge d’instruction en réponse aux recours ne contiennent de 

motivation suffisante, s’agissant de la justification du refus d’accès au dossier, de 

sorte que les recourants invoquent à juste titre la violation de leur droit d'être 

entendu (AUBERT/MAHON, op.cit. p. 267 n° 6 ad art. 29 al. 2 Cst). Il est avéré que ni 

les recourants ni leurs mandants ne sont parties à la procédure pénale. En qualité de 

tiers, ils doivent justifier d’un intérêt à pouvoir consulter le dossier et il  faut en 

outre que cet accès n’entrave pas la recherche de la vérité. En l’espèce, le 

recourant, respectivement son mandant, participent à une procédure civile qui se 

déroule dans un contexte de faits interdépendant de celui de la procédure pénale et 

le juge civil a estimé l’apport de cette procédure nécessaire, ce qui démontre leur 

intérêt. S’agissant de l’entrave possible à l’instruction pénale, les considérations 

toutes générales auxquelles se livre le juge d’instruction, selon lesquelles un tel 

accès pourrait  nuire à l’enquête, ne sont, quant à leur motivation, évidemment pas 

satisfaisantes. En raison de la nature particulière des faits de la cause, l’enquête 

pénale revêt un caractère éminemment technique, et l’on voit mal, prima facie, que 

sa consultation par des personnes de droit public, cantonal et communal, génère des 

entraves. Quoi qu’il en soit, il ne revient pas à la Chambre d’accusation de suppléer 

à une motivation dont l’ordonnance déférée est exempte. 

7. Pour l’ensemble de ces motifs, la décision entreprise sera annulée. Les recourants 

conserveront ainsi les photocopies qu'ils ont obtenues. Toutefois, ils n’obtiendront 

à l’avenir ni nouvelle consultation du dossier ni remise complémentaire de 

photocopies, sans nouvelle décision, respectivement sans un « n’empêche » de la 

part du juge d’instruction. 

    

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PAR CES MOTIFS, 

LA CHAMBRE D’ACCUSATION : 

Préalablement : 

Joint les recours déposés par  B______ et par  P______ contre l'ordonnance rendue le 

16 septembre 2008 par le juge d'instruction. 

A la forme : 

Déclare les recours recevables. 

Au fond : 

Annule l'ordonnance du 16 septembre 2008. 

Dit que les recourants sont fondés à conserver les photocopies qui leur ont été délivrées 

dans la cause P/______/2003.  

Siégeant : 

Madame Isabelle CUENDET, Présidente; Monsieur Christian COQUOZ, juge, Madame 

Martine HEYER, juge suppléante; Monsieur Jacques GUERTLER, greffier. 

 

La Présidente : 

Isabelle CUENDET 

 Le greffier : 

Jacques GUERTLER 

 

Indication des voies de recours : 

Le Tribunal fédéral connaît, comme juridiction ordinaire de recours, des recours en 

matière pénale au sens de l'art. 78 de la loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; 

RS 173.110); la qualité et les autres conditions pour interjeter recours sont déterminées 

par les art. 78 à 81 et 90 ss LTF. Il connaît également des recours constitutionnels 

subsidiaires; la qualité et les autres conditions pour interjeter recours sont déterminées 

par les art. 113 à 119 et 90 ss LTF. Dans les deux cas, le recours doit être formé dans les 

trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète de l'arrêt attaqué. L'art. 

119 al. 1 LTF prévoit que si une partie forme un recours ordinaire et un recours 

constitutionnel, elle doit déposer les deux recours dans un seul mémoire. 

Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14.