# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 27cc24dd-b344-52dc-a536-ee9c5397bc93
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2008-07-11
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 11.07.2008 CCP.2007.120 (INT.2009.10)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-2007-120_2008-07-11.html

## Full Text

A.                                        
Par
jugement du 27 septembre 2007, le Tribunal de police du district de La
Chaux-de-Fonds, appliquant les articles 23/1 LSEE,
45 et 46 CPN et 46 CP, a révoqué le sursis accordé par le Ministère public à B.
en date du 18 avril 2005 et l'a condamné à une peine d'ensemble de 20
jours-amende à 30 francs, soit 600 francs sans sursis, ainsi qu'à 250 francs
d'amende correspondant à 3 jours de peine privative de liberté en cas de
non-paiement fautif. Par même jugement, ce tribunal a condamné également par
défaut G. pour infraction à l'article 23 LSEE. Les frais du jugement ont été
mis à la charge des condamnés. En fait, le tribunal a retenu que B. avait
proposé dans le courant de l'année 2007 à G., dont il était amoureux, de revenir
en Suisse, alors qu'elle n'en avait pas la possibilité, allant jusqu'à lui
payer le billet d'avion entre le Brésil et la Suisse. Le tribunal a retenu que
B. était au clair sur la situation de son amie, résidant illégalement en
Suisse, puisque cette dernière avait été interpellée par la police à La
Chaux-de-Fonds au mois de mars 2005 alors qu'elle vivait avec lui, puis avait
été renvoyée dans son pays conformément à une décision rendue par le Service
des étrangers le 14 mars 2005, l'Office fédéral des étrangers lui ayant de plus
signifié une interdiction d'entrée à tout le moins jusqu'au 13 mars 2008. Le
jugement mentionne encore que :

"Le tribunal ne peut retenir
l'excuse du prévenu qui consiste à dire qu'il pensait que l'interdiction
signifiée à Mme G., s'agissant de son retour en Suisse, ne courait que jusqu'au
mois de mars 2007 en lieu et place du 13 mars 2008.

B. avait déjà été condamné pénalement
pour des faits similaires par ordonnance pénale du 18 avril 2005. Il lui appartenait
donc de s'assurer que son amie pouvait réintégrer le territoire suisse à la
date où il lui a proposé de revenir."

B.                                        
B.
recourt contre ce jugement. Sans prendre de conclusions, il fait grief au
premier juge d'avoir considéré qu'il s'agissait d'une excuse, alors que c'était
pour lui la réalité. Il fait valoir qu'il lui était absolument impossible de
savoir pour combien de temps sa copine avait été expulsée de Suisse, "elle
ne m'a montré qu'un document mentionnant un délai de deux ans au moins,
document qu'elle a rapidement jeté par la suite". Le recourant ajoute
qu'il est donc allé se renseigner à l'Office des migrations au Tivoli à
Neuchâtel-Serrières : "Pour toute réponse j'ai été informé de manière
hautaine, que ces informations ne pouvaient pas m'être transmises, qu'il
s'agissait de données personnelles qui, suite à la protection des personnes, ne
pouvaient pas m'être divulguées". Il admet seulement avoir conseillé à
son amie de revenir lui dire bonjour pour un séjour de vacances de trois mois,
”exactement deux ans après son départ en 2005 (départ 1er avril 2005/retour
au 31 mars 2007)”.

C.                                        
Le
premier juge ne formule pas d'observations. Le Ministère public n'en formule
pas non plus et conclut au rejet du pourvoi.

C O N S I D E R
A N T

1.                                         
Interjeté
dans le délai légal, le pourvoi est recevable à ce titre. Bien que dépourvu de
conclusions, il est motivé de telle sorte que l'on comprend que le recourant
reproche au premier juge d'avoir fixé arbitrairement les faits et écarté comme
non valable l'excuse dont il s'était prévalu. Ce sont là des motifs recevables
au sens de l'article 242 al.2 ch.1 CPP.

2.                                         
Au
1er janvier 2008 est entrée en vigueur la loi fédérale sur les étrangers
(Letr), du 16 décembre 2005 (RS 142.20; les articles 92 à 95, 104 et 127 de
cette loi entrent en vigueur ultérieurement). Cette loi fédérale sur les
étrangers abroge la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et
l'établissement des étrangers (LSEE). Cette circonstance est cependant sans
incidence sur la présente procédure car, selon la jurisprudence du Tribunal
fédéral, valable aussi bien au niveau du recours de droit pénal fédéral que
dans le cadre du recours en cassation cantonal, c'est sous l'angle du droit en
vigueur au moment où le jugement condamnatoire a été rendu que celui-ci doit
être examiné par la Cour de céans (RJN 1993, p.118 et la référence à ATF 97 IV 233
cons.2, confirmé par arrêt du
14 juin 2007, 6B_3/2007, à  propos
de l'entrée en vigueur du 1er janvier 2007 de la nouvelle partie générale du
CP). 

3.                                         
a)
Déterminer ce que l’auteur savait, voulait ou avait l’intention de faire relève
effectivement de la constatation des faits (ATF 111 IV 74).
Il sied de rappeler qu’en matière d’appréciation des preuves et d’établissement
des faits, l’autorité tombe dans l’arbitraire lorsqu’elle ne prend pas en
compte, sans raison sérieuse, un élément de preuve propre à modifier la
décision, lorsqu’elle se trompe manifestement sur son sens et sa portée, ou
encore lorsque, en se fondant sur les éléments recueillis, elle en tire des
constatations insoutenables (Arrêt du 15
novembre 2007, 4A_325/2007, cons.1.3 et références). Une appréciation
discutable, voire critiquable des faits, n’est pas nécessairement arbitraire (ATF 129 I 8
cons.2.1). Il ne suffit pas non plus qu’une solution différente de celle
retenue par l’autorité de première instance apparaisse concevable ou préférable
(ATF 128 II
259, cons.5 ; 127 I 54 cons.2b).

                        b)
En l'espèce, le premier juge a considéré que le prévenu savait que son amie
brésilienne était interdite de séjour en Suisse jusqu'au 13 mars 2008. Il a de
la sorte écarté l'excuse présentée par le prévenu. Au vu du dossier, cette
appréciation n'est pas arbitraire. Après avoir vécu deux ans (jusqu'en mars
2005) avec cette amie alors déjà en situation illégale en Suisse, le prévenu a
été une première fois condamné pour cette raison précisément, tout comme son
amie du reste. Celle-ci a dû repartir et elle lui a alors présenté "un
papier". Le dossier démontre toutefois que deux décisions avaient
alors été remises le même jour à G., l'une qui est une interdiction d'entrée
émanant de l'Office fédéral des migrations, valable dès le 14 mars 2005 jusqu'au
13 mars 2008 (D.26), l'autre étant une décision de renvoi du Service cantonal
des étrangers qui mentionne il est vrai que cet office impartissait un délai de
départ dans les plus brefs délais et allait proposer à l'Office des migrations
"de prononcer une interdiction d'entrée en Suisse pour une période de
deux ans au moins". En retenant cette seule dernière phrase et en oubliant
la décision principale qui fixe la durée de l'interdiction d'entrée en Suisse,
le prévenu présentait un moyen de défense que le premier juge a pu, sans arbitraire,
ne pas tenir pour sérieux. Lors de son audition par la police, la
ressortissante brésilienne n'a pas caché que son ami lui avait payé le billet
pour revenir en Suisse dans l'intention de s'y marier, son ami Thomas lui ayant
promis "qu'on allait se marier une fois son divorce prononcé".
B. a confirmé ces explications lors de son audition par la police. Le fait
d'avoir engagé de telles démarches et dépensé de tels frais pour faire revenir
en Suisse une amie qui en avait été renvoyée par décision administrative est
inconcevable sans connaître son statut précis. Du moins le premier juge
était-il fondé à retenir cela. Le fait que dans l'intervalle le mariage prévu
ait perdu son actualité reste sans effet sur la décision initiale. Ce premier
motif du recours n'est ainsi pas fondé.

4.                                         
Le
recourant se prévaut de son erreur et soutient qu'il lui était impossible de se
renseigner à travers son amie sur la durée d'interdiction d'entrée en Suisse.
Selon lui, il ne pouvait pas avoir accès à l'information puisque l'Office des
migrations lui a refusé "de manière hautaine" l'accès à de
telles données.

On peut se
demander si le recourant se prévaut d'une erreur sur les faits, ou d'une erreur
sur l'illicéité (art.13 ou 21
CP). Peu importe cependant. Le dossier ne contient aucun élément  -  et
le recourant ne le prétend du reste pas - entre son audition et celle de son
amie par la police jusqu'à l'audience de jugement, qui fasse la moindre
allusion à une démarche qu'aurait entreprise le recourant auprès de l'Office
des migrations, puis d'un refus dudit office. Nouveau, l'argument est
irrecevable en procédure de cassation, la Cour statuant sur la base du dossier
que le premier juge avait en mains. 

5.                                         
Au
vu de ce qui précède, le recours sera rejeté, dans la mesure de sa recevabilité,
et les frais mis à la charge du recourant.

Par ces motifs,

LA COUR DE CASSATION PENALE

1.     
Rejette le
recours, dans la mesure de sa recevabilité.

2.     
Met à la
charge du recourant les frais arrêtés à 770 francs.

Neuchâtel, le 11 juillet 2008

AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION PENALE

Le greffier subst.                                       Le
président

 

 

Art. 13 CP

Erreur sur les faits

1 Quiconque agit sous l’influence d’une
appréciation erronée des faits est jugé d’après cette appréciation si elle lui
est favorable.

2 Quiconque pouvait éviter l’erreur en usant des
précautions voulues est punissable pour négligence si la loi réprime son acte
comme infraction de négligence.

 

Art. 21 CP

Erreur sur l’illicéité

Quiconque ne sait ni ne peut savoir au moment d’agir
que son comportement est illicite n’agit pas de manière coupable. Le juge
atténue la peine si l’erreur était évitable.

 

Art. 23
al. 1 LSEE

1 Celui qui établit de faux papiers de légitimation
destinés à être employés dans le domaine de la police des étrangers, ou qui en
falsifie d’authentiques, ou celui qui sciemment emploie ou procure de tels
papiers; celui qui sciemment emploie des papiers authentiques qui ne lui sont
pas destinés; celui qui cède, aux fins d’usage, des papiers authentiques à des
personnes n’y ayant pas droit; celui qui entre ou qui réside en Suisse
illégalement; celui qui, en Suisse ou à l’étranger, facilite ou aide à préparer
une entrée ou une sortie illégale ou un séjour illégal, sera puni de
l’emprisonnement jusqu’à six mois. A cette peine pourra être ajoutée une amende
de 10 000 francs au plus. Dans les cas de peu de gravité, la peine peut consister
en une amende seulement.