# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 525728a3-feb3-56c3-bbf1-5c19779fc059
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2013 / 180
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2013---180_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HN12.038194-121749-MTO

13 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
18 janvier 2013

__________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              MM.             
Giroud et  Colelough 

Greffière             
:              Mme             
Choukroun

 

 

*****

 

 

Art.
59, 60, 328 al. 1 let. a, 329, 332 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par 
Z.________,
à Nyon, contre la décision rendue le 3 août 2012 par la Commission de conciliation en
matière de baux à loyer du district de Nyon dans la cause divisant la recourante d’avec
T.________,
à Nyon, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision immédiatement motivée du 3 août 2012, notifiée le même jour
et reçue le 22 août 2012 par Z.________, la Commission de conciliation en matière de baux
à loyer du district de Nyon a rejeté la requête de révision déposée le
3 juillet 2012 par Z.________, comme "manifestement irrecevable".  

 

             
En droit, la Commission de conciliation a considéré que la demande de révision intervenue
le 3 juillet 2012 était tardive, Z.________ ayant été informée de l'élément
qu'elle allègue à l'appui de sa demande de révision, soit la vente de son logement à
des tiers, dès le 5 décembre 2008. 

 

 

B.             
Par acte motivé du 13 septembre 2012, Z.________
a recouru contre cette décision. Elle a conclu à son annulation et au renvoi de la cause à
l'instance inférieure "afin qu'elle tente la conciliation ou à tout le moins qu'elle [lui]
donne l'occasion de [se] déterminer par rapport aux éléments qu'elle s'est procurée
sans [l'en] aviser". Subsidiairement, elle a conclu à la réforme de la décision attaquée
en ce sens que sa demande de révision est admise et que la transaction du 10 juin 2008 est annulée,
le congé donné le 8 janvier 2008 étant annulé. 

 

             
Dans le même acte, la recourante a en outre requis la suspension "du caractère exécutoire
de la transaction jusqu'à droit connu". 

 

             
Par décision du 26 septembre 2012, le Président de la cour de céans a refusé l'effet
suspensif requis. 

 

             
La recourante a également requis l'assistance judiciaire par courrier du 9 octobre 2012. 

 

             
Par courrier du 12 octobre 2012, le Président de la Cour de céans a dispensé la recourante
de l'avance de frais, réservant la décision de la cour sur l'assistance judiciaire. 

 

 

C.             
La Chambre des recours civile retient les faits suivants, sur la base de la décision attaquée
complétée par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

             
Z.________ loue depuis le 1er
mai 1995 un appartement sis à la Route [...], à Nyon, pour un loyer mensuel de 1'450 fr., acompte
de chauffage et eau chaude compris. 

 

             
En date du 8 janvier 2008, la régie bailleresse, G.________, agissant au nom de la T.________ SA
a résilié le bail de Z.________ pour le 30 septembre 2008, en indiquant que le propriétaire
souhaitait reprendre son bien pour son usage personnel.  

 

             
Z.________ a, dans les délais, saisis la Commission de conciliation en matière de baux à
loyer du district de Nyon d'une demande d'annulation de la résiliation du bail, subsidiairement
d'une demande de prolongation maximale du bail de quatre ans. 

 

             
Une audience de conciliation s'est tenue le 10 juin 2008, lors de laquelle les parties ont transigé
en ce sens qu'une prolongation du bail unique et définitive de 48 mois, soit jusqu'au 30 septembre
2012, a été accordée à Z.________, en contrepartie de quoi cette dernière a
admis que la résiliation était valable et s'est engagée à quitter irrévocablement
son logement au plus tard au 30 septembre 2012. Les parties ont été rendues attentives au fait
que le procès-verbal de conciliation valait transaction judiciaire. La Commission de conciliation
a pris acte de cette transaction pour valoir jugement définitif exécutoire. 

 

             
Il ressort du dossier qu'en date du 5 décembre 2008, le Service de l'économie, du logement
et du tourisme (ci-après: le SELT) a donné à T.________ SA l'autorisation d'aliéner
l'appartement loué par la recourante à A.F.________ et B.F.________, tout en précisant
que Z.________ avait reçu la résiliation de son bail à loyer et qu'elle avait obtenu une
prolongation unique et définitive de 48 mois. 

 

             
Par courrier du 16 février 2009 adressé à la recourante, la régie G.________ a indiqué
que dès le 15 février 2009, A.F.________ et B.F.________ étaient les nouveaux propriétaires
de son logement et que cette information écrite valait avenant au contrat de bail. 

 

             
Par acte du 30 juillet 2012, Z.________ a saisi la Commission de conciliation d'une requête en révision
en concluant à l'annulation du congé notifié le 8 janvier 2008, au motif qu'à l'époque
un faux motif avait été donné pour la résiliation. 

 

             
A l'appui de son écriture Z.________ a invoqué avoir appris que l'appartement avait été
vendu à A.F.________ et B.F.________ et qu'ainsi la gérance lui avait donné un faux motif
pour résilier le bail. Elle invalidait donc la convention pour vice du consentement. 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
La décision sur la demande en révision,
respectivement la décision déclarant celle-ci irrecevable, peut faire l'objet d'un recours
selon l'art. 332 CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008; RS 272).

 

             
La doctrine est divisée sur le point de savoir si le "recours" envisagé par cette
disposition fait référence aux voies de droit dans un sens général ou s'il fait référence
au recours stricto sensu au sens des art. 319 ss CPC. Pour la doctrine majoritaire, il n'y a pas lieu
de s'écarter du texte de la loi, de sorte que seul le recours au sens des art. 319 ss CPC est ouvert
contre la décision d'un tribunal de première instance (Freiburghaus/Afheldt, in Sutter-Somm/Hasenböhler/Leuenberger,
Kom-mentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung, Zurich-Bâle-Genève 2010, n. 1 ad. art.
332 CPC; Brunner, Schweizerische Zivilprozessordnung Kurzkommentar, Bâle 2010, n. 1 ad art. 332
CPC), en tous cas lorsqu'elle statue sur le rescindant, en se prononçant sur la recevabilité
de la demande de révision (Herzog, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, Bâle
2010, n. 1 ad art. 332 CPC). Seul Schweizer considère, de manière générale, que par
"recours", il faut entendre une "voie de recours", qui dépend du type de décision
rendue et de l'autorité saisie. Lorsque c'est une autorité de première instance qui est
saisie d'une demande de révision, les voies de droit seraient celles des art. 308 ss (appel) et
319 ss (recours) CPC, selon leurs conditions de recevabilité respectives (Schweizer, CPC commenté,
Bâle 2011, nn. 4 et 5 ad art. 332 CPC).

 

             
Il y a lieu de suivre l'avis de la doctrine majoritaire, conforme au texte légal (CREC 8 décembre
2011/241). Dès lors, la Chambre des recours est compétente (art. 73 al. 1 LOJV [loi d'organisation
judiciaire du 12 décembre 1979; RSV 173.01]).

 

             
Le recours, écrit et motivé (art. 321 al. 1 CPC), doit s'exercer dans un délai de trente
jours à compter de la notification de la décision motivée ou de la notification postérieure
de la motivation.

 

             
Motivé et déposé en temps utile par une partie qui y a intérêt (art. 59 al. 2
let. a CPC), le présent recours est recevable à la forme.

 

 

2.             
Le recours est recevable pour violation du droit
et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).

 

             
L'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant de la violation du droit (Spühler,
Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozess-
ordnung,
op. cit., n. 12 ad art. 319 CPC). Elle revoit librement les questions de droit soulevées par le
recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de l'autorité précédente ou
du recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2e
éd., Berne 2010, n. 2508, p. 452).

 

 

3.             
La recourante, qui paraît avoir fondé
sa demande de révision sur l'art. 328 al. 1 let. a CPC en invoquant un fait pertinent découvert
après coup au sens de cette disposition, soit la vente de l'appartement litigieux à de nouveaux
propriétaires, se plaint principalement d'une violation de son droit d'être entendue. Elle
soutient que c'est à tort que la Commission de conciliation en matière de baux à loyer
a rendu une décision d'irrecevabilité de sa demande de révision, sans fixer d'audience,
en procédant à une instruction sans l'en aviser et, par conséquent, sans lui donner l'occasion
de s'exprimer. 

 

             
a) Aux
termes de l'art. 59 al. 1 CPC, le tribunal n’entre en matière que sur les demandes et les
requêtes qui satisfont aux conditions de recevabilité de l’action.

 

             
L'art. 328 al. 1 let. a CPC dispose qu'une partie peut demander la révision de la décision
entrée en force au tribunal qui a statué en dernière instance lorsqu’elle découvre
après coup des faits pertinents ou des moyens de preuve concluants qu’elle n’avait pu
invoquer dans la procédure précédente, à l’exclusion des faits et moyens de
preuve postérieurs à la décision. 

 

             
La révision ne peut être demandée que pour des noviter
reperta, soit des faits ou des preuves préexistants
révélés a posteriori, et non pas pour des faits ou des preuves nés après coup.
Vu la portée temporelle de la chose jugée, les faits survenus après que le tribunal a
statué peuvent faire l'objet d'une procédure nouvelle, et la révision est exclue (cf.
Schweizer, CPC commenté, op. cit., nn. 21-22 ad art. 328, p. 1295). 

 

             
Conformément à l'art. 329 al. 1 CPC, le délai pour demander une révision est de 90
jours à compter de celui où le motif de révision est découvert. 

 

             
b) La
Commission de conciliation en matière de baux à loyer a considéré que la vente de
l'appartement occupé par la recourante avait fait l'objet d'une procédure d'autorisation d'aliénation
d'appartement loué selon la loi 
vaudoise
du 11 décembre 1989 concernant
l'aliénation d'appartements loués (LAAL;
RSV 840.13). Elle a retenu que la décision du 5 décembre 2008 accordant dite autorisation avait
été notifiée notamment à la locataire Z.________. En outre, par courrier du 16 février
2009, G.________ avait informé Z.________ de l'identité des nouveaux propriétaires de
son logement. Fort de ces éléments, la Commission de conciliation a dès lors considéré
la demande de révision tardive, donc irrecevable. 

 

             
c) La
Cour de céans constate que les pièces auxquelles se réfère la décision attaquée
dans son préambule, savoir la décision du SELT du 5 décembre 2008 et la lettre de la régie
G.________ adressée le 16 février 2009 à Z.________, sont apparues subrepticement dans
le dossier, postérieurement à la date de la transaction devant la Commission de conciliation.
Dites pièces sont jointes à la décision, sans autre explication et la recourante n'a fait
que les copier à nouveau pour les joindre à son recours. On ne sait si la copie de la lettre
du 16 février 2009 que le bailleur aurait adressée à la recourante est bien parvenue à
cette dernière. 

 

             
La recourante se plaint dès lors à juste titre du fait de n'avoir pas été entendue
sur ces pièces. Ce vice n'a cependant aucune incidence sur la décision, dans la mesure où
la violation du droit d'être entendu n'a pas porté sur des faits déterminants s'agissant
de la demande de révision. 

 

             
En effet, les faits invoqués par Z.________ à l'appui de sa demande de révision, à
savoir la vente de l'immeuble abritant les locaux qu'elle loue à un tiers, sont de toute manière
des faits nés après coup et non des faits préexistants révélés a posteriori.
La communication de G.________ dans sa lettre du 8 janvier 2008 à la recourante du fait que le propriétaire
de l'immeuble souhaitait reprendre son bien pour son usage personnel, si tant est qu'il ait joué
un rôle déterminant dans la transaction intervenue, ne valait pas renonciation de sa part à
l'aliéner dans un avenir plus ou moins proche. En tous les cas, le procès-verbal de la séance
de conciliation du 10 juin 2008 n'y fait nulle allusion et la recourante ne démontre d'aucune manière
qu'elle aurait pu croire, de bonne foi, à la thèse qu'elle soutient aujourd'hui. Au demeurant,
la question du "besoin urgent du bailleur" d'utiliser lui-même les locaux ne se pose qu'en
ce qui concerne le droit du locataire de demander une prolongation du bail après la résiliation
de celui-ci (art. 272 al. 2 let. d CO [Code des obligations du 30 mars 1911; RS 220]). Or, en obtenant
une prolongation de son bail pour une durée unique de quatre ans, soit le maximum autorisé
par la loi (cf. art. 272b CO), la recourante a vu en l'occurrence ses intérêts dûment
pris en compte, de sorte qu'il n'apparaît pas qu'elle aurait subi un préjudice. Lorsque l'immeuble
est vendu, comme en l'espèce, c'est le besoin de l'acquéreur qui doit être pris en compte
dans le cadre de la prolongation accordée (cf. Lachat, Le bail à loyer, chap. 30, p. 779).
Par la transaction intervenue en juin 2008, le bailleur a lui-même supporté le risque d'imposer
la continuation du bail à l'éventuel nouveau propriétaire bailleur de l'immeuble (cf.
Lachat, op. cit., chap. 27, p. 687). Là encore, on ne voit pas en quoi la recourante aurait été
lésée par la transaction. 

 

             
d)
Au vu de ce qui précède, la violation du droit d'être entendu de la recourante n'a pas
porté sur des faits de nature à influer sur le jugement, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'annuler
la décision litigieuse pour ce motif (cf. Haldy, CPC Commenté, op. cit., n. 20 ad art. 54 CPC,
p. 147). En réalité, la Commission de conciliation aurait dû non pas déclarer irrecevable
pour tardiveté mais rejeter la demande de révision, celle-ci se fondant sur des faits survenus
après coup. 

 

             
En conclusion, Z.________ n'ayant pas d'intérêt à voir l'irrecevabilité de sa demande
modifiée en rejet de la demande, il y a lieu de rejeter son recours, par substitution de motifs.

 

 

4.             
Z.________ a demandé à bénéficier de l'assistance judiciaire s'agissant des frais
de procédure, produisant les pièces permettant d'établir son indigence. 

 

             
Nonobstant l'issue du recours, celui-ci n'était pas dépourvu de chance de succès, de sorte
qu'il y a lieu donner suite à cette demande (TF 4A_195/2012 du 23 août 2012; TF 5D_181/2011
du 11 avril 2012 c. 4.1, in RSPC 2012 p. 303). Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés
à 400 fr., (art. 69 al. 1 et 6 al. 3 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010 ;
RSV 270.11.5]), sont dès lors laissés à la charge de l'Etat. 

 

             
Z.________ est tenue au remboursement des frais judiciaires mis à la charge de l'Etat dans la mesure
de l'art. 123 CPC. 

 

             
L'intimée ne s'étant pas déterminée dans le cadre de la procédure de recours
(art. 322 al. 1 CPC), elle n'a pas droit à des dépens de deuxième instance. 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
La décision est réformée d'office en ce sens que la demande de révision est rejetée.

 

             
III.             
La requête d'assistance judiciaire de la recourante est admise.

 

             
IV.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 400 fr. (quatre cents francs),
sont laissés à la charge de l'Etat. 

 

             
V.             
La bénéficiaire de l'assistance judiciaire est, dans la mesure de l'art. 123 CPC, tenue au
remboursement des frais judiciaires mis à la charge de l'Etat. 

 

             
VI.             
L'arrêt motivé est exécutoire. 

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

 

Du
21 janvier 2013

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme Z.________,

‑             
G.________.

 

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 15'000
 francs.

 

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Commission de conciliation en matière de baux à loyer du district de Nyon.

 

             
La greffière :