# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1b8120b9-f06c-5ed2-9c54-07bdded04ec8
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2005-11-07
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 07.11.2005 GE.2005.0163
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_GE-2005-0163_2005-11-07.html

## Full Text

CANTON DE VAUD

  TRIBUNAL
  ADMINISTRATIF

  
	
   

  	
  Arrêt du 7 novembre 2005

  
	
  Composition

  	
  M. Pierre-André Marmier, président; MM. Jean-Daniel
  Henchoz et Jean-Claude Favre, assesseurs; Mme Patricia Gomez-Lafitte,
  greffière.

  

 

	
  recourant

  	
   

  	
  X._______, à 1._______, 

  

   

	
  autorité intimée

  	
   

  	
  Département des institutions et des
  relations extérieures, Service juridique et législatif,  

  

   

	
  autorité concernée

  	
   

  	
  Service de l'application des peines
  et mesures,  

  

   

 

	
   

  	
  Recours X._______ c/ décision du Département des
  institutions et des relations extérieures du 5 septembre 2005 (refus d'effet
  suspensif à une demande de grâce)

  

 

Vu les faits suivants

A.                        
Le recourant X._______, né le 8 octobre 1967, originaire
de 2._______, a effectué un apprentissage d’employé de commerce dans une entreprise
d’import-export. Il a ensuite occupé divers emplois dans les domaines de la
banque et des assurances notamment. Dès 1991, il s’est lancé dans le commerce
de voitures, en qualité de salarié puis d’indépendant. Le 12 juillet 1996, il
s’est marié et un enfant est issu de cette union le 5 décembre 1998.

B.                        
Le recourant a été condamné en Suisse pour violation des
règles de la circulation en 1989, 1993 et 1994 (respectivement 15 jours
d’arrêts et 1'500.- fr. d’amende avec sursis pendant un an ; 45 jours
d’arrêts et 100.- fr. d’amende ; 48 jours d’arrêts) et pour escroquerie en
1991 (un mois d’emprisonnement avec sursis pendant 2 ans, sursis prolongé).

C.                       
Le 30 septembre 2003, le Tribunal correctionnel de la
Broye et du Nord vaudois a condamné le recourant pour abus de confiance,
escroquerie, faux dans les titres, faux dans les certificats et induction de la
justice en erreur, à la peine de douze mois d’emprisonnement, sous déduction de
13 jours de détention préventive, les faits sanctionnés ayant été commis en 2000
et 2001. Ce jugement a été confirmé par la Cour de cassation pénale du Tribunal
cantonal le 2 avril 2004.

                   Le casier judiciaire du recourant
mentionne au demeurant une condamnation française en 2003 à six mois
d’emprisonnement pour infraction sur l’ordonnance de la loi étrangère remontant
à 2001.

D.                              
Le Service de l’application des peines et mesures de
Genève a convoqué X._______ à purger la peine prononcée selon jugement du
Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois pour le 6 septembre 2005
aux Etablissements de Crêtelongue en Valais. Le recourant a alors déposé une
demande de grâce, le 26 août 2005. L’effet suspensif qu’il a requis par télécopie
du 2 septembre 2005 lui a été refusé par décision du 5 septembre 2005 du
Département des institutions et des relations extérieures (DIRE). 

E.                              
X._______ a recouru contre cette décision par acte adressé
au Tribunal administratif le 25 septembre 2005.

F.                               
Le Tribunal administratif a requis la production du
dossier, puis il a statué conformément à la procédure sommaire de l’art. 35 a
LJPA.

Considérant en droit

1.                 L’art. 487 al. 2 CPP prévoit que le
Département de justice et police (devenu Département des institutions et
relations extérieures) instruit les demandes de grâce et peut ordonner la
suspension de l'exécution de la peine. En vertu de la clause générale
d'attribution de compétence prévue à l'art. 4 al. 1er LJPA, le Tribunal
administratif a admis qu'il était compétent pour statuer sur un recours dirigé
contre le refus de cet effet suspensif (arrêt du 22 mars 1995 dans la cause GE
1995/0005).

2.                Déposé en temps utile et selon les formes
requises, le recours est recevable. Il y a lieu d’entrer en matière sur le
fond.

3.                En vertu de l'art. 36 litt. a et c LJPA,
le Tribunal administratif contrôle la validité des décisions qui lui sont
déférées sous l'angle de la légalité, qui comprend l'abus et l'excès du pouvoir
d'appréciation, à l'exclusion de tout examen en opportunité, sauf si une
disposition légale expresse en dispose autrement, ce qui n'est pas le cas en
l'espèce. Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir
d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues
par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou
étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en
violation des principes généraux du droit administratif (interdiction de
l'arbitraire, égalité de traitement, bonne foi et proportionnalité; ATF 110 V
365 cons. 3b in fine; 108 Ib 205 cons. 4a).

4.                En matière de grâce, le Conseil d'Etat du
canton de Vaud a posé dans sa pratique antérieure à l'entrée en vigueur de la
LJPA le principe selon lequel l'effet suspensif devait être refusé dans quatre
cas :

a)  si le requérant
présente un danger pour la sécurité publique,

b)  si les actes
reprochés au requérant sont graves,

c)  si la fuite est à
craindre,

d)  si la peine est
supérieure à six mois.

 

                   Le Conseil d'Etat a précisé que seules
des circonstances véritablement exceptionnelles permettraient à l'autorité de
première instance de s'écarter de ces conditions (décision CE, du 18 janvier
1989, R1 625/88). Le Tribunal administratif a jugé (GE 95/0005 du 22.03.1995)
qu’il fallait s’en tenir au principe ainsi défini qui, en dépit d'un caractère
inévitablement schématique, permet de traiter tous les cas en garantissant une
certaine égalité de traitement, et correspondent d'ailleurs aux intentions du
législateur (voir BGC print. 1967, p. 943; sur la notion même de pratique
administrative, voir Knapp, Précis de droit administratif, 4ème éd. No
402; RDAF 1986 p. 279).

5.                En l’espèce, le refus de l’effet suspensif
est fondé sur le fait que la peine à subir est de plus de six mois, le
département constatant qu’aucune circonstance exceptionnelle ne justifie que
l’on renonce à l’exécution du jugement en force, d’autant que le Grand Conseil 
pourra  se prononcer sur le fond lors d’une prochaine session, soit bien avant
que le recours en grâce ne soit vidé de son objet par l’écoulement du temps.

                   Il n'y a rien à redire à cette manière de
voir, qui ne relève en aucun cas de l'abus du pouvoir d'appréciation. La grâce
est une mesure de faveur par laquelle l'autorité interfère pour des motifs
d'équité avec l'exécution normale des jugements pénaux, mesure qui s'écarte
ainsi de la fonction normale du droit pénal et rompt avec ses principes (sur
tous ces points, voir ATF 118 Ia 104 c. 2 b). Il en résulte qu'il doit s'agir
d'un acte tout à fait exceptionnel, justifié par des circonstances sortant
elles aussi de l'ordinaire. Or, le recourant ne peut en l'espèce rien invoquer
de tel. Les faits qui ont motivé la condamnation ne sont pas très anciens.
Quant aux bouleversements de la situation familiale et professionnelle induits
par l’entrée en détention, qui sont d’ailleurs fréquemment invoqués par les
requérants en grâce, ils sont inhérents à toute privation de liberté et ne
peuvent pas être considérés comme des circonstances particulières (arrêts TA,
GE 04/0102 du 27 octobre 2004 avec les références citées et GE 05/0107 du 22
juillet 2005 ; ainsi que décision CE, du 18 janvier 1989, R1 625/88, déjà
citée). On ne saurait dès lors en aucun cas voir un abus du pouvoir
d'appréciation dans le refus du département de retarder l'exécution d’une peine
dans l'attente d'une mesure de grâce forcément aléatoire. La décision du
Département se comprend d’autant mieux que le Grand Conseil pourra vraisemblablement
statuer lors d’une session de l’automne 2005.

6.                Manifestement et en tous points mal fondé,
le recours doit dans ces conditions être rejeté, aux frais de son auteur débouté
(art. 55 LJPA) et selon la procédure simplifiée de l’art. 35 a LJPA.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.                                  
Le recours est rejeté.

II.                                
La décision rendue le 5 septembre 2005 par le Département
des institutions et des relations extérieures est confirmée.

III.                               
Un émolument de justice de 200 (deux cents) francs est mis
à la charge du recourant.

 

Lausanne, le 7 novembre 2005/san

 

Le président:                                                                                             La
greffière:

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de
l'avis d'envoi ci-joint.