# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 8b3e04a9-cc3d-5b2a-9f40-c060aff2e9c5
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2011-11-10
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 10.11.2011 E-425/2011
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-425-2011_2011-11-10.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

Cour V
E­425/2011

A r r ê t   d u   1 0   n o v emb r e   2 0 1 1

Composition François Badoud (président du collège), 
Emilia Antonioni, Regula Schenker Senn, juges,
Antoine Willa, greffier.

Parties A._______, né le (…), son épouse 
B._______, née le (…), leurs enfants 
C._______, né le (…), et 
D._______, née le (…), 
Kosovo,
représentés par Me Christophe Tafelmacher, avocat, 
(…),
recourants, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM),
Quellenweg 6, 3003 Berne,   
autorité inférieure.

Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 8 décembre 2010 /
N (…).

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Faits :

A. 
Le  24  août  2009,  A._______  et  sa  famille  ont  déposé  une  demande 
d'asile  auprès  du  centre  d'enregistrement  et  de  procédure  (CEP)  de 
Vallorbe.

B. 
Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a exposé 
qu'il  appartenait,  comme  son  épouse,  à  la  communauté  gorani  et  était 
originaire  de  (...)  [commune  de Dragash].  Il  aurait  exploité  à Vitina  une 
boulangerie­pâtisserie  fondée  par  son  grand­père  sur  un  terrain  alloué 
par  la commune ;  l'intéressé aurait succédé dans  la gestion à son père, 
qui restait propriétaire officiel.

A partir de 2000, le requérant et les siens se seraient trouvés exposés à 
l'animosité de la population albanaise. A._______ aurait été en plusieurs 
occasions la cible d'actes d'extorsion commis par des groupes activistes 
albanais, à qui il aurait dû remettre de fortes sommes, atteignant une fois 
13.000  DM ;  parallèlement,  la  commune  de  Vitina  lui  aurait  infligé 
plusieurs  amendes  injustifiées,  pour  infractions  à  la  législation  sanitaire 
ou d'autres prétextes peu clairs, et fait payer plus cher l'eau et l'électricité. 
En 2002,  la terrasse de son commerce aurait été détruite, sous prétexte 
de mesures d'urbanisme. L'intéressé se serait également vu sanctionné 
abusivement pour des infractions aux règles de circulation. Ses plaintes à 
la police ou à la KFOR n'auraient pas eu de suites.

Le 15  juin 2009,  l'intéressé aurait  reçu une décision de  la commune de 
Vitina  ordonnant  la  destruction  de  son  commerce  pour  le  18  juin,  sous 
prétexte qu'il n'était pas propriétaire du terrain, et que la construction était 
donc illégale. Son frère E._______, qui exploitait  la boulangerie avec lui, 
aurait  aussitôt  requis  du  Tribunal  de  Vitina  une  ordonnance  de 
suspension,  laquelle  aurait  été  rendue  le  17  juin  ;  ce  même  jour 
cependant, donc avant le terme fixé, la police serait intervenue avec une 
pelleteuse et aurait procédé à la destruction prévue.

L'intéressé et son frère, assistés de l'avocat F._______, auraient saisi en 
vain  le  Tribunal  de  Vitina,  puis  tenté  de  se  plaindre  aux  autorités 
européennes  (Eulex),  lesquelles  auraient  refusé  d'intervenir ; 
l'intervention de  responsables de  la  communauté gorani n'aurait  pas eu 

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plus  d'effet.  Avec  sa  famille,  il  serait  alors  revenu  à  (...)  et  se  serait 
installé dans la maison d'un oncle domicilié en Suisse. Le 22 août 2009, il 
aurait  quitté  le Kosovo  et  gagné  la Suisse  avec  sa  famille,  aidé  par  un 
passeur.

A  l'appui  de  ses  motifs,  le  requérant  a  déposé  deux  DVD  montrant  la 
destruction de son commerce, une photographie représentant celle de la 
terrasse,  plusieurs  documents  anciens  attestant  de  la  propriété  de  la 
famille  (…)  sur  le  terrain  litigieux,  une  copie  de  la  demande  de 
suspension  du  15  juin  2009  et  un  extrait  cadastral  du  22  juin  suivant 
indiquant  que  le  terrain  était  désormais  propriété  de  la  commune  ;  il  a 
également  produit  deux  attestations  d'appartenance  à  l'Initiative 
citoyenne  des Goranis  (Gradanska  Inicijativa Gore,  GIG)  pour  lui  et  sa 
femme.

C. 
Egalement  entendue,  B._______  a  dit  être  née  à  Belgrade  et  aussi 
appartenir  à  la  communauté  gorani.  Ayant  épousé  son  mari  contre  la 
volonté de sa famille, elle aurait rompu toutes relations avec celle­ci.

Tenue à l'écart par la population albanaise de Vitina et fréquemment prise 
à partie, elle aurait cessé de sortir. Elle aurait connu plusieurs ennuis de 
santé durant ses grossesses. Ses enfants auraient également été atteint 
d'affections diverses (eczéma, asthme), qu'elle aurait eu de la difficulté à 
faire  traiter  par  le  personnel  médical  albanophone.  Elle  aurait  constaté 
que son mari était tendu et dépressif, sans en connaître les raisons.

D. 
Le 12 mai 2010, l'ODM a interrogé l'Ambassade de Suisse au Kosovo au 
sujet  des  circonstances  de  la  destruction  du  commerce  du  requérant, 
ainsi que de  l'existence d'une décision officielle de  la commune et de  la 
possibilité d'un recours contre les mesures prises. L'autorité de première 
instance a également interrogé l'ambassade sur la réalité d'un traitement 
discriminatoire  abusif  motivé  par  l'origine  ethnique  de  l'intéressé  et  la 
probabilité de mesures de harcèlement orchestrées par les autorités.

Selon le rapport de l'ambassade, du 23 juin suivant, la maison de famille 
des intéressés se trouvait en effet à (...), où résidaient plusieurs proches. 
Après  plusieurs  années  de  bonnes  relations  avec  la  commune,  le 
commerce  qu'exploitait  l'intéressé  à  Vitina  avait  bien  été  détruit  de 
manière  précipitée  dans  le  cadre  d'un  réaménagement  urbain,  ce  qui 

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laissait la famille sans ressources. Une demande de compensation n'avait 
pas encore donné de résultats, et un arriéré de taxes de 12.000 DM était 
réclamé au requérant. Selon les informations recueillies, la discrimination 
contre  les  Goranis  avait  joué  un  rôle,  tous  les  membres  de  cette 
communauté ayant quitté Vitina. A été  jointe au rapport une copie de  la 
décision du 15  juin 2009 ordonnant  la destruction de  la boulangerie,  vu 
l'absence de titre de propriété valable.

Invité à s'exprimer, A._______ a  rappelé,  le 21 septembre 2009, que  la 
destruction de sa terrasse en 2002, puis de son commerce sept ans plus 
tard,  constituaient  clairement  des  mesures  destinées  à  le  chasser  de 
Vitina en raison de son origine gorani, comme le montrait  la violation de 
l'ordonnance  de  suspension  rendue  par  le  Tribunal.  Le  requérant  a 
déposé une copie de cette dernière, du 17  juin 2009, et de  la demande 
de suspension datée de  l'avant­veille, ainsi que plusieurs photographies 
du  bâtiment  détruit  ;  il  a  précisé  qu'aucune  procédure  d'expropriation 
n'avait  été  engagée,  et  qu'il  n'avait  pu  trouver  aucune  aide  contre 
l'arbitraire commis.

E. 
Par  décision  du  8  décembre  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile 
déposée par  les  intéressés et a prononcé  leur renvoi de Suisse,  tant en 
raison de l'invraisemblance que du manque de pertinence de leurs motifs.

F. 
Interjetant recours contre cette décision, le 12 janvier 2011, les époux (...) 
ont fait valoir leur mauvais état de santé, que l'ODM n'avait pas entrepris 
d'éclaircir, et qui contre­indiquait un retour au Kosovo. Ils ont par ailleurs 
fait  valoir  l'existence  d'une  persécution  motivée  par  des  raisons 
ethniques, abondamment prouvée, le harcèlement infligé sur une longue 
durée ayant laissé chez eux de nombreuses séquelles ; ce comportement 
était symptomatique des conditions de vie que connaissaient les Goranis.

Les  intéressés  ont  encore  relevé  que  le  caractère  arbitraire  de  la 
destruction  de  la  boulangerie  étant  bien  établi,  leur  qualité  de 
propriétaires  étant  incontestable,  cet  acte  avait  en  réalité  pour  objet  de 
les obliger à quitter Vitina ; pour arriver à ce but, les autorités municipales 
n'avaient  pas  hésité  à  violer  une  décision  de  justice.  En  outre,  les 
requérants  n'avaient  pu  trouver  aucun  soutien  des  autorités 
internationales.  Ils  ne  disposaient  pas  non  plus  d'un  réseau  social  et 
familial suffisant en cas de retour, vu  leur état de santé.  Ils ont conclu à 

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l'octroi  de  l'asile  et  au  non­renvoi  de  Suisse,  et  ont  requis  l'assistance 
judiciaire totale.

Ont été joints au recours quatre rapports médicaux relatifs à A._______ ; 
le premier, daté du 16 juillet 2009, est antérieur au départ du Kosovo, les 
trois autres, des 3 septembre 2009, 11 décembre 2009 et 7 janvier 2011, 
ont  été  rédigés  en  Suisse.  De  manière  synthétique,  il  en  ressort  que 
l'intéressé  a  été  en  traitement  médicamenteux  en  janvier  2003  et  juin 
2009 en raison d'un syndrome de stress post­traumatique (PTSD) et de 
son état anxio­dépressif, réactifs aux événements vécus ; ce diagnostic a 
été confirmé après le dépôt de la demande. A partir de décembre 2009, 
le  recourant  a  fait  l'objet  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique, 
associée  à  la  prise  de  médicaments  (antidépresseurs,  anxiolytiques  et 
somnifères).  Un  cadre  sécurisant  étant  indispensable,  un  retour  au 
Kosovo  et  la  consécutive  interruption  du  traitement  entraîneraient  une 
aggravation de l'état et, corrélativement, un danger de suicide ; le renvoi 
était donc "à proscrire".

A également été déposé un rapport médical concernant B._______, daté 
du 7 janvier 2011, qui pose chez elle, outre celui d'une anémie ferriprive, 
le  diagnostic  de  PTSD  et  d'un  état  dépressif  sévère  ;  ce  dernier  a  été 
aggravé  du  fait  d'une  fausse  couche  survenue  en  juillet  2010. 
L'intéressée  a  été  hospitalisée  en  psychiatrie  du  16  au  24  décembre 
2010. Le traitement est analogue à celui de son époux, et les risques en 
cas de retour sont les mêmes.

Enfin,  les  recourants  ont  également  produit  :  une  attestation  du 
20 décembre 2010 signée de l'avocat G._______, selon qui le Tribunal de 
Vitina  n'a  toujours  pas  statué  sur  la  plainte  déposée  à  la  suite  de  la 
destruction  du  commerce,  les  autorités  internationales  se  déclarant  par 
ailleurs incompétentes ; des copies des autorisations de séjour délivrées 
par les autorités françaises, le 16 décembre 2010, à l'oncle du recourant 
H._______  et  à  son  épouse,  au  titre  de  l'asile  ;  14  reçus  remis  au 
recourant,  entre  2000  et  2005,  par  une  organisation  du  nom  de MMK, 
pour des sommes de divers montants.

G. 
Par  ordonnance  du  20  janvier  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le 
Tribunal)  a  rejeté  la  requête d'assistance  judiciaire  totale, mais  accordé 
l'assistance judiciaire partielle.

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H. 
Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans 
sa réponse du 9 mai 2011, les intéressés pouvant recevoir au Kosovo le 
traitement nécessaire.

Faisant usage de leur droit de réplique, le 17 juin suivant, les recourants 
ont  fait valoir que  l'ODM n'avait pas  instruit suffisamment  la question de 
leur  état  de  santé  ;  or  ce  dernier  indiquait  clairement  l'existence  d'un 
traumatisme  dérivant  d'une  persécution  de  nature  ethnique.  A  ce  sujet, 
les  époux  ont  fait  grief  à  l'ODM  de  n'avoir  pas  tenu  compte  de  la 
reconnaissance,  par  l'autorité  française,  de  la  qualité  de  réfugié  de 
H._______.

Un retour était donc contre­indiqué, d'abord en raison des problèmes que 
continuerait  de poser aux  intéressés  leur origine, et ensuite à cause de 
l'impossibilité  de  recevoir  au  Kosovo  les  soins  nécessaires,  vu 
l'insuffisance  des  infrastructures  de  santé  ;  l'époux  n'y  avait  d'ailleurs 
jamais  été  pris  adéquatement  en  charge,  mais  avait  reçu  un  simple 
traitement  par  médicaments.  Le  seul  retour  au  Kosovo  serait  donc  de 
nature  à  aggraver  l'état  des  recourants,  leur  traumatisme  risquant  dans 
une telle hypothèse de se retrouver réactivé.

Requérant  une  nouvelle  fois  l'assistance  judiciaire  totale,  les  intéressés 
ont  déposé  deux  attestations  de  la GIG  de  janvier  2011,  dépeignant  la 
situation  des  Goranis  et  les  risques  pesant  sur  eux­mêmes.  Deux 
rapports médicaux  relatifs  à B._______,  des 17  février  et  28 mai  2011, 
confirment  le  diagnostic  d'un  état  anxio­dépressif  sévère,  et  retiennent 
l'existence  de  troubles  de  la  personnalité  ;  l'intéressée  ayant  été  la 
victime  de  divers  épisodes  infectieux,  et  se  trouvant  également  atteinte 
d'une  anémie  et  d'hyperthyroïdie,  son  état  peut  être  tenu  pour  "très 
précaire",  si  bien  qu'un  retour  au  Kosovo  aurait  des  "conséquences 
dramatiques".

Enfin,  un  rapport médical  détaillé  du 16  juin  2011,  concernant  les  deux 
époux,  retient  que  l'état  de  la  recourante  est  "extrêmement  fragile  et 
inquiétant",  son  état  ayant  connu  une  "évolution  catastrophique"  ;  le 
PTSD  persistant,  l'intéressée  manifeste  une  tendance  aux  troubles 
paranoïdes et montre des signes d'idéations suicidaires, au point qu'une 
nouvelle  hospitalisation  est  envisagée.  Quant  au  mari,  son  état  est 
qualifié  de  "très  inquiétant"  et  s'accompagne  également  d'idées 
suicidaires. Un retour au Kosovo apparaît dès lors exclu, ce d'autant plus 

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qu'aucune prise en charge correcte des deux époux ne peut y avoir lieu. 
En effet, les traitements entrepris au Kosovo, où les traumatismes ont été 
vécus, n'auraient "aucune chance d'aboutir", les thérapeutes se déclarant 
dans une telle hypothèse "inquiets pour la survie même du couple".

Droit :

1. 

1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le 
Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours 
contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 
1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les 
autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 
être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 
(LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement, 
sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche 
à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 
fédéral [LTF, RS 173.110]).

1.2. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et 
dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 
PA et 108 al. 1 LAsi).

2. 

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 
ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 
de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 
de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de 
sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 
de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression 
psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite 
spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi).

Quiconque demande  l’asile  (recourant) doit prouver ou du moins  rendre 
vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable 

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lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas 
vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels, 
ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne 
correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur 
des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi).

3. 

3.1. En  l’occurrence,  les  intéressés n'ont  pas été en mesure d'établir  la 
pertinence de leurs motifs.

3.2.  Au  vu  des  éléments  de  preuve  figurant  au  dossier  (documents 
fonciers,  décisions  administratives,  actes  judiciaires,  photographies),  le 
Tribunal admet que  le  récit est, dans ses grandes  lignes, conforme à  la 
vérité. Il est ainsi établi que le recourant et sa famille exploitaient depuis 
longtemps  une  boulangerie  à  Vitina,  et  que  celle­ci  a  été  détruite  par 
décision  de  la  commune,  en  dépit  des  démarches  entamées  par 
l'intéressé et ses proches auprès de l'autorité judiciaire.

Malgré les confusions qui marquent l'étendue et les limites des droits de 
propriétés  au  Kosovo,  relevées  par  l'ODM,  le  Tribunal  considère 
cependant comme plausible que la destruction du commerce exploité par 
A._______  ait  trouvé  son  origine  dans  son  appartenance  à  la 
communauté  gorani,  et  non  dans  un  simple  litige  foncier.  En  effet,  il 
apparaît que  la  famille  (...) détenait un droit d'usage, sinon de propriété 
en  bonne  et  due  forme,  sur  le  terrain  et  le  commerce  en  cause  ;  par 
ailleurs,  la  manière  dont  les  autorités  communales  ont  agi,  en 
n'avertissant  les  intéressés  que  trois  jours  avant  la  destruction  du 
magasin, puis en procédant à celle­ci avant même la fin de ce très court 
délai,  au  mépris  d'une  décision  de  justice,  permet  d'admettre  qu'il  ne 
s'agissait  pas en  l'occurrence,  comme  l'affirme  l'ODM, d'un  simple  litige 
de propriété. Dès lors, dans le contexte kosovar,  il est probable que ces 
mesures  aient  été  inspirées  par  des  motifs  en  rapport  avec  l'origine 
ethnique des recourants.

Plaident dans le même sens les manœuvres d'extorsion dont A._______ 
semble avoir été la victime depuis 2000, et ceci bien que les éléments de 
preuve  produits  soient  très  antérieurs  à  son  départ  ;  en  effet,  il  a  été 
constaté  en  de  nombreuses  occasions  que  les  organisations 
autonomistes  albanaises  se  livraient  à  ce  type  d'actes  de  racket  contre 
les membres  des minorités  ethniques  du Kosovo.  Le  rapport  provenant 

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de  la  représentation  diplomatique  suisse,  même  s'il  ne  répond  pas 
précisément  aux  questions  posées  par  l'ODM,  n'exclut  pas  non  plus  la 
possibilité d'un harcèlement ourdi par les autorités communales et motivé 
par des motifs ethniques, même s'il ne permet aucune conclusion claire.

3.3.  Les  époux  (...)  n'ont  cependant  pas  été  menacés  de  manière 
pressante dans  leur  vie ou  leur  intégrité  corporelle,  les préjudices subis 
se  limitant  à  des  dommages matériels  (la  destruction  du magasin)  et  à 
des marques d'animosité de  la population (art. 3 al. 2 LAsi)  ;  il ne s'agit 
donc pas de préjudices directs, qu'on pourrait qualifier de graves au sens 
de la loi.

Dans  le  cas d'espèce,  il  n'est  certes pas exclu que  les  intéressés aient 
été  les  victimes  d'une  pression  psychique  insupportable,  à  savoir  telle 
qu'elle aurait rendu quasi impossible la poursuite d'une vie conforme à la 
dignité  humaine,  si  bien  que  la  seule  issue  aurait  été  la  fuite  (cf. 
Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en 
matière d’asile  [JICRA] 1993 n°10 consid. 5e p. 65 ; 1996 n° 29 consid. 
2h p. 282) ; leur état de santé tend à renforcer cette hypothèse. Vu ce qui 
suit, cette question toutefois peut rester indécise.

3.4. En effet, pour plusieurs raisons, il n'apparaît pas que les événements 
traversés par les recourants ne leur aient laissé d'autre issue que la fuite, 
ni ne constituent une persécution au sens de la loi.

3.4.1. En premier lieu, selon la jurisprudence du Tribunal, qui a repris sur 
ce  point  celle  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière 
d’asile  (CRA),  la  Mission  internationale  des  Nations  Unies  au  Kosovo 
(MINUK, remplacée en avril 2009 par  la mission EULEX) et  la Force de 
maintien  de  la  paix  au Kosovo  (KFOR)  ont  la  volonté  et  la  capacité  de 
protéger  les  minorités  ethniques  au  Kosovo  et  il  n'existe  aucune 
persécution systématique de celles­ci (cf. notamment arrêts D­6827/2010 
du 2 mai 2011 et  réf.  citées, ainsi que JICRA 2002 n° 22 consid. 4d/aa 
p. 180).

Cette  jurisprudence  reste  d'actualité,  même  après  la  déclaration 
d'indépendance  du  Kosovo  (cf. arrêts  du  Tribunal  D­3685/2009  du 
20 août  2009  p. 5  et  6, D­3694/2006  du  18  novembre  2008  consid. 3.2 
p. 6 et D­4220/2008 du 24 octobre 2008 p. 5), les autorités du nouvel Etat 
ne  renonçant  pas  à  poursuivre  les  auteurs  d'actes  pénalement 
répréhensibles  et  offrant  donc,  en  principe,  une  protection  appropriée 

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pour  empêcher  la  perpétration  d'actes  illicites,  quelle  que  soit 
l'appartenance  ethnique  des  auteurs  et  des  victimes  de  ces  atteintes 
(cf. notamment  UK  Home Office,  Operational  Guidance  Note  :  Kosovo, 
22 juillet  2008,  spéc.  par.  3.11.10  à  3.11.12  et  sources  citées ;  idem, 
Kosovo, octobre 2009, p. 16­17).

Dès  lors,  il  incombait  aux  intéressés  de  saisir  les  instances 
internationales  en  charge  de  l'ordre  public  au  Kosovo,  ce  qu'ils 
n'apparaissent ne pas avoir  fait  ;  il n'en ont en  tout cas déposé aucune 
preuve. De même,  il  ressort de  leur  récit que  le Tribunal de Vitina avait 
donné  suite  à  leur  demande  de  suspension,  et  qu'une  plainte  déposée 
par le recourant, semble­t­il contre la commune, est toujours en suspens 
devant  cette  instance  ;  les  intéressés  ne  peuvent  donc  prétendre  qu'ils 
étaient démunis de tout moyen de défense contre l'acte d'arbitraire qui les 
a  frappés.  On  ne  peut  dès  lors  parler,  dans  le  cas  particulier,  d'une 
persécution menée par l'entier de l'appareil d'Etat ou avec sa connivence, 
le cas échéant par des tiers bénéficiant de sa tolérance (cf. JICRA 2006 
n° 18 consid.10.2­10.3, p. 202­204).

Le Tribunal ne peut tirer aucune conclusion du statut de réfugié reconnu 
à  l'oncle  du  recourant  par  les  autorités  françaises,  les  motifs  de  cette 
décision étant inconnus ; il incombait, le cas échéant, à l'intéressé de les 
faire valoir.

3.4.2.  Par  ailleurs,  il  apparaît  que  les  problèmes  rencontrés  par  les 
recourants se sont limités à la localité de Vitina. Ils n'ont pas rencontré de 
difficultés  lors  de  leur  séjour  à  (...),  dans  la  commune  de  Dragash, 
d'ailleurs  peuplée  par  un  grand  nombre  de  Goranis  ;  comme  ils  l'ont 
affirmé  et  l'a  confirmé  le  rapport  d'ambassade,  plusieurs  proches  de 
l'époux y résident depuis leur départ de Vitina.

La  jurisprudence  a  admis  que  les  musulmans  slaves  du  Kosovo,  en 
particulier  les  Goranis,  ne  couraient  pas  de  risques  dans  les 
circonscriptions de Dragash, Prizren, Gjakove et Pej  (JICRA 2002 n° 22 
p. 177ss,  arrêts  du  Tribunal  D­6827/2010  et  réf.  citées).  Cette 
jurisprudence  est  toujours  d'actualité,  la  situation  des  musulmans 
serbophones s'étant même améliorée depuis lors, au point que ce constat 
est dorénavant valable dans son principe sur tout le territoire du Kosovo, 
à l'exception de la région de Mitrovica.

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In casu,  les  recourants viennent de  la commune de Dragash, où  ils ont 
vécu  avant  leur  départ  et  ont  toujours  leurs  racines.  Selon  les 
informations  dont  dispose  le  Tribunal  (cf. notamment  Kosovo 
Communities  profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in 
Europe [OSCE], Mission in Kosovo, 02/2011), la municipalité de Dragash 
est constituée d'une majorité d'Albanais, avec une  très  forte minorité de 
Goranis.  Les  membres  de  la  communauté  gorani  dans  la  région  ne 
connaissent  pas  de  problèmes  particuliers  pour  se  déplacer,  s'exprimer 
dans  leur  langue auprès de  l'administration, ou encore pour avoir accès 
aux services publics, aux soins médicaux, à l'éducation, à l'aide sociale et 
à  la propriété. Concernant  plus particulièrement  la  ville de Dragash,  les 
Goranis  de  retour  au  pays  peuvent  bénéficier  d'une  aide  à  la 
reconstruction  d'habitations,  de  l'aide  sociale  et  d'une  aide  alimentaire. 
Ces aides sont notamment fournies par des organisations internationales, 
comme le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) 
et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Dans  ces  conditions,  le  Tribunal  considère  donc  que  la  région  de 
Dragash  remplit  les  conditions  strictes  mises  par  la  jurisprudence  à  la 
reconnaissance  d'une  alternative  de  refuge  interne  (JICRA  1996  n° 1 
p. 1ss)  :  en  effet,  les  intéressés  y  seraient  non  seulement  totalement  à 
l'abri  des  persécutions,  directes  ou  indirectes,  pouvant  les  menacer  à 
Vitina ou dans les autres régions du Kosovo, mais n'y risqueraient pas d'y 
être  renvoyés. De  plus,  ils  ne  courraient  pas,  sur  ce  lieu  de  refuge,  un 
risque  de  persécution  d'origine  cette  fois  locale,  ou  de  pressions  de 
nature  à  leur  rendre  la  vie  quotidienne  si  difficile  qu'ils  ne  pourraient 
résider  dans  la  région  de  manière  durable  (ibidem  consid.  5c  p.  6­7 ;      
cf. également MARIO GATTIKER, La procédure d'asile et de  renvoi, 3e 
éd., Berne 1999, p. 70­71 ; OSAR, Manuel de la procédure d'asile et de 
renvoi, Berne 2009, p. 189­191).

Comme  on  le  verra  plus  bas,  la  question  du  refuge  interne  doit  être 
distinguée de celle de  l'exécution du  renvoi  :  en effet,  il  est  concevable 
qu'une  telle mesure ne puisse s'effectuer en direction du  lieu de  refuge 
théorique  ainsi  déterminé,  dans  le  cas  où  les  conditions  de  vie  qui 
règnent  dans  ce  lieu  rendraient  cette  exécution  illicite,  non 
raisonnablement exigible ou impossible dans le cas particulier.

3.5. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit 
être rejeté.

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Page 12

4. 

4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 
à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 
(art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de 
l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 
RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 
séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision 
d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2 
de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en 
l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 
mesure.

5. 

5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 
exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par 
l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 
RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a 
remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le 
séjour et l’établissement des étrangers (LSEE).

5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son 
Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 
ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 
LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un 
tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des 
peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention 
du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 
fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 

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guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

6. 

6.1. Il convient de noter à titre préliminaire que les trois conditions posées 
par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité, 
inexigibilité et  impossibilité) sont de nature alternative  :  il suffit que  l'une 
d'elles soit réalisée pour que le renvoi soit inexécutable

6.2.  L’exécution  du  renvoi  des  personnes  en  traitement  médical  en 
Suisse ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou 
de provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir 
les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence ; 
par soins essentiels,  il  faut entendre  les soins de médecine générale et 
d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine. 
L'art.  83  al.  4  LEtr  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme 
conférant  un droit  général  d'accès  en Suisse  à  des mesures médicales 
visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que 
l'infrastructure hospitalière et le savoir­faire médical dans le pays d'origine 
ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on 
trouve en Suisse (JICRA] 1993 n° 38 p. 274s.). 

Ainsi,  si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le 
pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  l'exécution  du 
renvoi  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de 
l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement 
adéquat,  l'état de santé de  l'intéressé se dégraderait  très rapidement au 
point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de 
sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de 
son intégrité physique (JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.).

A  ce  sujet,  le  Tribunal  constate  que  les  troubles  de  santé  touchant  les 
recourants  sont  suffisamment  documentés  et  qu'aucune  instruction 
complémentaire n'est  nécessaire  ;  les griefs articulés par  les  intéressés 
sur ce point sont donc sans pertinence.

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6.3. Le système de santé publique du Kosovo étant toujours en phase de 
reconstruction  depuis  la  fin  de  la  guerre,  son  niveau  laisse  encore  à 
désirer.

6.3.1.  Selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal  (cf. notamment 
OSAR,  Kosovo :  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],  Berne, 
1er septembre  2010),  le  pays  n'a  pas  à  l'heure  actuelle  de  système 
d'assurance­maladie  publique,  de  sorte  que  seuls  des  contrats  privés 
peuvent  assurer  l'accès  à  l'ensemble  des  prestations  hospitalières  et 
ambulatoires.  Cela  étant,  les  services  de  santé  sont  théoriquement 
fournis  gratuitement  par  les  institutions  de  santé  publique  à  certains 
groupes spécifiques, comme par exemple les enfants jusqu'à 15 ans, les 
élèves et étudiants jusqu'à la fin de leur formation de base, ou encore les 
bénéficiaires de l'assistance sociale et leur famille proche. Dans les faits, 
en  raison  des  contraintes  financières  et  matérielles  ne  permettant  pas 
toujours de faire face à la demande, les patients concernés sont toutefois 
parfois amenés à payer une partie des frais générés, voire leur intégralité. 

Le système kosovar des soins de santé comprend trois niveaux, à savoir 
les niveaux primaire (centres médicaux situés dans chaque municipalité), 
secondaire  (hôpitaux  au  niveau  régional)  et  tertiaire  (Centre  Clinique 
Universitaire et institutions spécialisées à Pristina). De manière générale, 
les  Kosovars  peuvent  se  faire  soigner  dans  des  cabinets  et  cliniques 
publics  et  privés,  les  prix  étant  plus  élevés  dans  le  secteur  privé.  Les 
pharmacies  sont  elles  aussi  publiques  ou  privées.  Seuls  certains 
médicaments de base sont distribués gratuitement.

La commune de Dragash, d'où sont originaires les recourants, propose la 
gratuité des soins médicaux à certains groupes de personnes, comme les 
bénéficiaires  de  l'aide  sociale.  La  ville  dispose  par  ailleurs  d'un  centre 
médical  susceptible  d'intervenir  en  cas  d'urgence  médicale,  par  l'envoi 
d'une  ambulance  notamment  (cf. à  ce  propos  Kosovo  Communities 
profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in  Europe  [OSCE], 
Mission in Kosovo, Kosovo Gorani, 02/2011, p. 11s.).

Concernant  l'accès  aux  soins  médicaux,  les  membres  des  groupes 
minoritaires  gorani  et  bosniaque  ne  connaissent  en  principe  pas  de 
problèmes particuliers.  Il arrive certes que  le personnel albanais montre 
une certaine réticence à leur venir en aide, comme cela peut se produire 
avec d'autres minorités. Néanmoins,  les améliorations dans ce domaine 

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sont  constantes  (cf. Kosovo :  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],       
op. cit. p. 18).

6.3.2. En ce qui concerne le système de santé mentale, sa réhabilitation 
est l'une des priorités du Ministère de la santé. Les besoins en la matière 
sont  en  effet  importants,  de  nombreux  Kosovars  souffrant  de  troubles 
d'origine  psychique,  et  les  moyens  pour  y  faire  face  étant  encore 
insuffisants.  Le  pays manque de professionnels  qualifiés,  et  le  système 
actuel de formation est sous­développé, particulièrement en dehors de la 
capitale Pristina. Ainsi, en 2009, il n'y avait encore qu'un psychiatre pour 
90'000 habitants, un employé du secteur de la santé mentale pour 40'000 
habitants,  cinq  psychologues  cliniciens  et  un  faible  nombre  d'assistants 
sociaux.  Dès  lors,  les  moyens  les  plus  utilisés  pour  faire  face  à  la 
demande  sont  l'administration  de  médicaments  et  l'hospitalisation, 
lorsque le manque de lits ne s'y oppose pas.

Cela  étant,  il  existe  au  Kosovo  sept  centres  de  traitement  ambulatoire 
pour  les  maladies  psychiques  (Centres  Communautaires  de  Santé 
Mentale),  dont  un  à  Prizren.  En  outre,  certains  hôpitaux  généraux 
disposent d'espaces réservés à la neuropsychiatrie pour le traitement des 
cas  de  psychiatrie  aiguë,  ce  qui  est  le  cas  également  à  Prizren. 
Finalement, grâce à la coopération internationale, de nouvelles structures 
appelées  "Maisons  de  l'intégration"  ont  vu  le  jour  dans  certaines  villes, 
dont Prizren. Ces établissements peuvent  loger des personnes atteintes 
de troubles mineurs de la santé mentale dans des appartements protégés 
et  leur  proposer  un  soutien  thérapeutique  et  socio­psychologique 
(cf. Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit. p. 12ss).

6.4.  Dans  ce  contexte,  il  n'est  pas  du  tout  assuré  que  les  intéressés 
seront  en  mesure  de  recevoir  le  traitement  nécessaire.  En  effet,  si  la 
fourniture  de  médicaments  ne  devrait  pas  poser  de  problèmes 
insurmontables,  il  ressort des différents  rapports médicaux déposés que 
les  deux  époux  ont  besoin  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique 
intensive  et  d'un  suivi  constant,  vu  la  gravité  des  troubles  qu'ils 
manifestent  (une  nouvelle  hospitalisation  de  l'épouse  reste  envisagée) ; 
leur état ayant tendance à s'aggraver, la nécessité de cette assistance ne 
pourra qu'augmenter, et ceci à court terme.

Comme  on  l'a  vu,  l'état  des  ressources  de  la  médecine  psychique  au 
Kosovo est encore rudimentaire, une prise en charge complète n'étant à 
la  rigueur  possible  qu'à  l'hôpital  universitaire  de  Pristina  (clinique 

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neuropsychiatrique), mais dans une mesure que les possibilités pratiques 
rendent  très  limitée,  et  d'un  accès  difficile  (cf.  OSAR,  Kosovo­Etat  des 
soins  de  santé,  juin  2007).  Il  est  dès  lors  très  improbable  que  les 
recourants aient accès aux soins indispensables, en tout cas rapidement, 
ce d'autant plus qu'ils seraient en pratique contraints de s'installer à (...), 
et continueraient à assumer la charge de leurs enfants.

La question en se limite cependant pas à la disponibilité d'une éventuelle 
prise en charge : selon les thérapeutes en charge des époux (...), qui ont 
insisté sur ce point (cf. avant tout le rapport du 16 juin 2011), il existe un 
risque grave et pressant pour  la survie même des  intéressés en cas de 
retour au Kosovo. Dans une telle hypothèse, il y aurait en effet un danger 
aigu de réactivation des traumatismes subis dans  la passé, qui pourrait, 
avec  une  grande  probabilité,  entraîner  chez  tous  deux  une  réaction 
suicidaire.  Le  Tribunal  ne  peut  écarter  sans  raisons  solides  les 
avertissements  réitérés  des  praticiens  en  charge  des  recourants, 
particulièrement  de  l'épouse,  qui  mettent  en  lumière  les  risques  très 
sérieux, voire vitaux, qu'entraînerait l'exécution du renvoi.

Dès lors, vu ces carences des infrastructures médicales, un risque grave 
et sérieux de dégradation de l'état psychique des intéressés existe dans 
l'hypothèse d'un retour au Kosovo. A cela s'ajoute que leurs perspectives 
de  réinsertion  professionnelle  sont  mauvaises,  le  mari  ayant  perdu  le 
commerce  qui  le  faisait  vivre,  et  l'aide  de  ses  proches  restés  à  (...)  ne 
pouvant guère suppléer à cette perte de  revenu  ;  les époux ne seraient 
donc  pas  non  plus  en  mesure  d'assumer  les  frais  d'un  éventuel 
traitement.

6.5. Dans  ce  contexte,  l'exécution  du  renvoi  doit  donc  être  considérée 
comme  inexigible.  Dès  lors,  au  vu  de  la  conjugaison  de  facteurs 
défavorables  affectant  les  intéressés  et  leurs  enfants,  il  y  a  lieu  de 
prononcer  leur  admission  provisoire  ;  celle­ci,  en  principe  d’une  durée 
d’un an (art. 85 al. 1 LEtr), renouvelable si nécessaire, apparaît mieux à 
même d’écarter les risques sérieux qu'ils courent actuellement en cas de 
retour.

7. 

7.1. En conséquence,  le recours doit être admis, en tant qu'il conclut au 
prononcé  de  l'admission  provisoire,  et  la  décision  attaquée  annulée  sur 

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ce  point.  L'autorité  de  première  instance  est  donc  invitée  à  prononcer 
l'admission provisoire des la recourants et de leurs enfants.

8. 

8.1. L'assistance judiciaire partielle ayant été accordée, il n'est pas perçu 
de frais (art. 65 al. 1 PA).

8.2. Conformément à l'art. 64 al. 1 PA, l'autorité de recours peut allouer, 
d'office ou sur requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain 
de  cause,  une  indemnité  pour  les  frais  indispensables  et  relativement 
élevés qui lui ont été occasionnés.

8.3.  En  l'espèce,  le  Tribunal  ne  voit  pas  de  raison  de  revenir  sur  sa 
décision du 20  janvier 2011 et d'accorder aux recourants  le bénéfice de 
l'assistance  judiciaire  totale,  dans  la  mesure  où  l'intervention  d'un 
mandataire d'office ne paraît pas plus indispensable qu'alors.

Dès lors,  il fixe le montant de l'indemnité, sur la base de la note de frais 
du  11  octobre  2011  (art.  14  al.  2  du  règlement  du  11  décembre  2006 
concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal 
administratif  fédéral [FITAF, RS 173.320.2]), à  la somme de Fr. 5624,70 
(frais  postérieurs  au  dépôt  du  recours).  L'admission  du  recours  étant 
partielle,  les  dépens  sont  arrêtés  à  la  moitié  de  cette  somme,  soit 
Fr. 2812,35.

(dispositif page suivante)

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Le recours est rejeté, en tant qu'il porte sur l'asile et le renvoi.

2. 
Le recours est admis, en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi.

3. 
L'ODM est  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  des  intéressés  et  de 
leurs  enfants  conformément  aux  dispositions  sur  l'admission  provisoire 
des étrangers.

4. 
Il n'est pas perçu de frais.

5. 
L'ODM  versera  aux  recourants  la  somme  de  Fr.  2812,35  à  titre  de 
dépens.

6. 
Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité 
cantonale compétente.

Le président du collège : Le greffier :

François Badoud Antoine Willa

Expédition :