# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1ac86ef1-bbc1-55ab-83cf-7a1c63ebba36
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2012 / 526
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2012---526_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

HN12.020414-120951

281 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
17 août 2012

__________________

Présidence
de               M.             
Creux,
président

Juges             
:              M.             
Colelough et Mme Charif Feller 

Greffière             
:              Mme             
Tchamkerten

 

 

*****

 

 

Art.
553, 554 al. 1 ch. 4, 556 al. 3 CC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
A.R.________,
à Fontvieille (Monaco), requérant, contre la décision rendue le 18 mai 2012 par le Juge
de paix du district de Nyon dans la cause divisant le recourant d'avec
B.R.________,
à Morges, et J.________,
à Edwards (Colorado, Etats-Unis d'Amérique), intimées, la Chambre des recours civile du
Tribunal cantonal voit :

 

             
En fait :

 

 

A.             
Par décision du 18 mai 2012, adressée
pour notification aux parties le même jour, le Juge de paix du district de Nyon a ordonné l'inventaire
conservatoire de la succession de C.R.________, décédé le 6 janvier 2012, par Me M.________,
notaire à Lausanne (I), dit que les frais de cet inventaire seraient mis à la charge de la
succession (II), n'a pas alloué de dépens (III) et a rejeté toutes autres ou plus amples
conclusions (IV). 

 

             
En droit, le premier juge a retenu qu'au vu de l'ampleur de la succession, il y avait lieu de donner
suite à la réquisition d'un des héritiers tendant à ce qu'un inventaire successoral
soit dressé. Le premier juge a par ailleurs considéré que les motifs invoqués par
A.R.________ pour requérir que la succession soit soumise à une administration d'office n'étaient
pas pertinents et a estimé que les dissensions familiales ne constituaient pas un motif devant conduire
à cette mesure.   

 

B.             
Par acte non daté mais adressé à
la Chambre des recours civile sous pli recommandé du 22 mai 2012, A.R.________ a recouru contre
la décision précitée en prenant, avec suite de frais et dépens, les conclusions suivantes
:

 

"A
la forme

 

a.             
Déclarer le présent recours recevable.

 

Au
fond

 

b.             
Annuler le chiffre IV de l'ordonnance de la Justice de paix du district de Nyon du 18 mai 2012 dans le
cadre de la succession de feu C.R.________.

 

Statuant
à nouveau

 

c.             
Ordonner l'administration d'office de la succession de feu C.R.________. 

 

d.             
A cette fin, commettre O.________SA à Lausanne en qualité d'administrateur officiel. 

 

e.             
Ordonner la remise à l'administrateur officiel de l'entier de la documentation ayant été
mise sous scellés et qui lui permettra de mener à bien sa mission, quel que soit le support
de cette documentation, papier ou électronique.

 

f.             
 Mettre tous les frais des mesures conservatoires à la charge de la succession de feu C.R.________."

 

             
A l'appui de son écriture, le recourant a produit un onglet de pièces sous bordereau.

 

             
Dans le délai imparti à cet effet, les intimées B.R.________ et J.________ ont conclu,
avec suite de frais et dépens, principalement au rejet du recours et, subsidiairement, au cas où
l'administration officielle était ordonnée, qu'elles-mêmes et W.________SA à Pully
soient désignées en qualité d'administrateurs officiels de la succession. Les intimées
ont produit un lot de pièces. 

 

 

C.             
La Chambre des recours civile fait sien dans son entier l'état de fait du jugement, complété
par les pièces du dossier, dont il ressort notamment ce qui suit :

 

             
C.R.________, né le [...] 1922, est décédé le 6 janvier 2012 en Floride, son dernier
domicile ayant été Dully, où il vivait depuis 1976. Il a laissé une veuve, G.________,
et trois enfants majeurs, B.R.________, J.________ et A.R.________. 

 

             
Le patrimoine dépendant de la succession est géré depuis de nombreuses années par
un "family office". 

 

             
Par testament du 12 mars 2010 et codicille du 9 décembre 2011, homologués le 19 mars 2012,
C.R.________ a notamment soumis sa succession à la loi d'Angleterre et du Pays de Galles et a nommé
exécutrices testamentaires ses filles B.R.________ et J.________. Il a également nommé
plusieurs bénéficiaires, dont son fils A.R.________ pour une modeste part.

 

             
Par lettre du 17 avril 2012, A.R.________ a formé opposition aux dispositions testamentaires, qu'il
considère nulles pour incapacité de discernement du testateur, contraires à l'ordre public
et "favorisant de manière outrancière trois personnes dont il estime qu'elles sont indignes
de succéder". Il s'est également opposé à la délivrance du certificat d'héritier.

 

             
Par requête du 19 avril 2012, A.R.________ a requis du Juge de paix du district de Nyon des mesures
d'urgence, soit un inventaire conservatoire, l'apposition de scellés et l'administration d'office
de la succession. 

 

             
Faisant partiellement droit à cette requête, le juge de paix a rendu une ordonnance le 19 avril
2012, par laquelle il a ordonné l'apposition des scellés sur tous les documents concernant
les avoirs de feu C.R.________ en main des sociétés A.________SA et E.________SA, sociétés
agissant en qualité de fiduciaire privée du défunt, et rejeté en l'état toutes
autres et plus amples conclusions. 

 

             
Dans leurs déterminations du 27 avril 2012, B.R.________ et J.________ ont conclu au rejet de la
requête du 19 avril 2012, en ce qu'elle portait sur l'administration d'office de la succession et
sur l'établissement d'un inventaire successoral. Elles faisaient en particulier valoir qu'un inventaire
fiscal mené par le notaire M.________, avec la collaboration de la société W.________SA,
était en cours. 

 

             
A.R.________, assisté de son conseil l'avocat Cédric Aguet, et, pour les exécutrices testamentaires
B.R.________ et J.________, leur avocat, Me François Chaudet, ont été entendus à
l'audience du 24 avril 2012. La récusation de Me Chaudet ayant été requise, l'audience
a été suspendue et reprise le 30 avril suivant, en présence de Me Aguet pour A.R.________
et de l'avocat Jean-Christophe Diserens pour B.R.________ et J.________. 

 

 

             
En droit
:

 

 

1.             
a) L'inventaire successoral et l'administration
d'office de la succession constituent des mesures de sûreté de juridiction gracieuse, régies
par les art. 551 et ss CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907; RS 210).  

 

             
Dès lors que ces dispositions font mention de "l'autorité compétente", les cantons
sont tenus de la désigner et de régler la procédure (art. 54 al. 1 et 3 titre final CC).

 

             
En droit vaudois, ces mesures de sûretés sont régies par les art. 111 et ss CDPJ (Code
de droit privé judiciaire vaudois du 12 janvier 2010; RSV 211.02), ainsi que par les art. 104
à 109 CDPJ, compte tenu des renvois des art. 117 al. 4 et 111 al. 1 CDPJ. Le CDPJ ne prévoit
pas expressément l'application de la procédure sommaire pour les affaires gracieuses. Il faut
cependant admettre que telle a été la volonté du législateur cantonal, si l'on se
réfère à l'exposé des motifs relatif au CDPJ qui indique, s'agissant de l'art. 106
CDPJ, ce qui suit : "Reprenant le régime actuellement applicable à de telles affaires,
le projet lui-même prévoit une procédure sommaire de ce type pour toutes les affaires
gracieuses relevant de la loi cantonale de procédure (art. 108 à 162) […]" (Exposé
des motifs relatif à la réforme de la juridiction civile – Codex 2010 volet "procédure
civile", EMPL CDPJ, mai 2009 n. 198, pp. 76-77). L'application de la procédure sommaire implique
que la voie de droit ouverte est celle de l'art. 109 al. 3 CDPJ, auquel les art. 319 ss CPC
s'appliquent à titre supplétif (art. 104 al. 1 CDPJ).

 

             
b)
L'inventaire successoral et l'administration d'office étant régis par la procédure sommaire,
le recours, écrit et motivé, est introduit dans les dix jours à compter de la notification
de la décision motivée auprès de l'instance de recours (321 al. 1 et 2 CPC), soit, en
l'occurrence, la Chambre des recours civile (art. 73 al. 1 LOJV [loi vaudoise d'organisation judiciaire
du 12 décembre 1979; RSV 173.01]).

 

             
En l'espèce, la décision entreprise a été adressée pour notification aux parties
le vendredi 18 mai 2012 et reçue par le recourant le lundi 21 mai suivant. Mis à la poste le
22 mai 2012, le recours a été formé en temps utile par une partie qui y a un intérêt
digne de protection, de sorte qu'il est recevable.

 

 

2.               
a) Le recours est recevable pour violation du
droit et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).

 

             
b)
L'autorité de recours dispose d'un plein pouvoir d'examen s'agissant de la violation du droit (Spühler,
Basler Kommentar ZPO, Bâle 2010, n. 12 ad art. 319 CPC, p. 1504). Elle revoit librement
les questions de droit soulevées par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux
de l'autorité précédente ou du recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2e éd.,
Berne 2010, n. 2508, p. 452).

 

             
S'agissant de la constatation manifestement inexacte des faits, comme pour l'art. 97 al. 1 LTF, ce grief
ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion se recoupant en définitive avec l'appréciation
arbitraire des preuves (Corboz et al., Commentaire de la LTF, Berne 2009, n. 19 ad art. 97 LTF, p. 941).
Les constatations de fait et l'appréciation des preuves sont arbitraires lorsqu'elles sont évidemment
fausses, contredisent d'une manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité,
reposent sur une inadvertance manifeste ou un abus du pouvoir d'appréciation, par exemple si l'autorité
s'est laissée guider par des considérations aberrantes ou a refusé de tenir compte de
faits ou de preuves manifestement décisifs. Une constatation de fait n'est donc pas arbitraire pour
la seule raison que la version retenue par le juge ne coïncide pas avec celle du recourant. Encore
faut-il que l'appréciation des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante
avec la situation effective, qu'elle repose sur une inadvertance manifeste, ou encore qu'elle heurte
de façon grossière le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 129 I 8 c. 2.1).

 

             
c) Aux termes de l'art. 326 al. 1 CPC, les conclusions,
les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables.

 

             
La pièce n° 6 produite par le recourant et les pièces nos
102 à 106 produites par les intimées
sont irrecevables, dans la mesure où elles ne figuraient pas déjà au dossier de première
instance.

 

             
d) Le recours déploie avant tout un effet
cassatoire. Toutefois lorsque l'instance supérieure admet le recours et constate que la cause est
en état d'être jugée, elle rend une nouvelle décision (art. 327 al. 3 let. b CPC).
Dans ce cas, le recours déploie un effet réformatoire (Jeandin, CPC commenté, Bâle
2011, n. 6 ad art. 327 CPC, p. 1287).

 

 

3.             
a) Dans un premier moyen, énoncé de
manière générale, le recourant considère que la décision attaquée est arbitraire
et viole son droit d'être entendu. Il fait valoir que la version des faits retenue par le premier
juge serait "une version inventée", qui se fonde sur des faits non allégués
et sur d'autres faits non prouvés. Dite décision aurait été prise sans tenir compte
des preuves et des arguments pertinents apportés par le recourant.

 

             
b) Le
droit d'être entendu, garanti par l'art. 29 al. 2 Cst. (Constitution fédérale de la Confédération
suisse du 18 avril 1999; RS 101), comprend notamment le droit pour le justiciable de s'expliquer avant
qu'une décision ne soit prise à son détriment, celui de fournir des preuves quant aux
faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui d'avoir accès au dossier,
celui de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer
à leur propos (ATF 129 II 497 c. 2.2; ATF 127 I 54 c. 2b, JT 2004 IV 96; ATF 126 I 15 c. 2a/aa).

 

             
D'autre part, en matière d'appréciation des preuves, il y a arbitraire lorsqu'une autorité
ne prend pas en compte, sans raison sérieuse, un élément de preuve propre à modifier
la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement sur le sens et la portée d'un tel élément,
ou encore lorsqu'elle tire des constatations insoutenables des éléments recueillis. Le grief
tiré de l'appréciation arbitraire des preuves ne peut être pris en compte que si son admission
est de nature à modifier le sort du litige, ce qui n'est pas le cas lorsqu'il vise une constatation
de fait n'ayant aucune incidence sur l'application du droit (ATF 127 I 38 c. 2a, JT 2004 IV 65).

 

             
c)
En l'espèce, le recourant se réfère à des décisions jurisprudentielles relatives
aux principes qui précèdent, sans en tirer concrètement des moyens susceptibles de remettre
en cause la décision attaquée. Il se borne à apporter des compléments et des corrections
à l'état de fait sans démontrer en quoi ces modifications seraient pertinentes pour l'issue
de la cause. Ses critiques relatives à des faits non allégués et à l'appréciation
des preuves sont de nature purement appellatoire et dénuées de tout fondement.

 

             
Mal fondé, ce premier moyen doit être rejeté.

 

 

4.             
a) Dans un deuxième moyen,
le recourant se plaint d'une violation de l'art.
8 CC, considérant que le premier juge a retenu, à l'appui de la décision attaquée,
des faits non prouvés. Il lui reproche en particulier d'avoir retenu que le patrimoine dépendant
de la succession était "géré depuis de nombreuses années par une Family Office
[sic] et que, d'autre part, les exécutrices testamentaires, choisies par le défunt, s'entourent
des professionnels nécessaires". Selon le recourant, ces faits ne sont pas prouvés; ils
seraient en outre incompatibles avec le statut fiscal du défunt, qui était établi en Suisse
depuis 1976 au bénéfice d'un forfait, ce qui impliquait qu'il lui était impossible d'exercer
une activité professionnelle dans notre pays; puisqu'il présidait le conseil d'administration
de son "family office", il était impossible, de l'avis du recourant, que les sociétés
dont le défunt avait la gestion fussent gérées en Suisse ou depuis la Suisse. Par ailleurs,
le recourant paraît, de manière particulièrement elliptique, considérer que le fait
que ses sœurs soient des mères de famille exclurait qu'elles aient les compétences pour
gérer les sociétés en jeu.

 

             
b) Aux termes de l'art. 8 CC, chaque partie doit,
si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en déduire son droit.
Cette règle, qui s'applique à toute prétention fondée sur le droit fédéral
(ATF 125 III 78 c. 3b, SJ 1999 I 385), répartit le fardeau de la preuve (ATF 122 III 219 c. 3c,
JT 1997 I 246) et détermine qui doit assumer les conséquences de l'échec de la preuve
(ATF 126 III 189 c. 2b). Cette disposition ne dicte cependant pas comment le juge doit former sa conviction.
Ainsi, lorsque l'appréciation des preuves le convainc qu'une allégation de fait a été
établie ou réfutée, la répartition du fardeau de la preuve devient sans objet. L'art.
8 CC ne saurait être invoqué pour faire corriger l'appréciation des preuves qui ressortit
au juge du fait (ATF 127 III 248 c. 3a; ATF 128 III 271 c. 2b, JT 2003 I 606). Pour le surplus, le juge
établit sa conviction par une libre appréciation des preuves administrées (art. 157 CPC).

 

             
c)
En l'espèce, les considérants critiqués par le recourant et auxquels il se réfère
résultent de l'instruction de la cause.  Le rôle exercé par le "family office"
du défunt découle d'une part des propres allégations du recourant, en particulier des
allégués 29 à 41 de sa requête du 19 avril 2012 au premier juge, dans lesquels il
démontre, pièces à l'appui, que ce "family office" est domicilié en Suisse,
qu'il est dans les faits administré par l'homme de confiance du défunt, sous la supervision
de ce dernier de son vivant, et qu'il suit depuis des années les investissements du défunt,
ses activités et les structures de détention d'actifs créées pour lui. Quant au fait
que les exécutrices testamentaires s'entourent des professionnels nécessaires, on en trouve
notamment la confirmation dans le courrier du notaire M.________ au conseil des intimées, du 30
avril 2012, qui indique qu'il accomplit le mandat qui lui a été confié par les intimées
d'établir l'inventaire successoral en collaboration avec W.________SA.

 

             
Pour le surplus, les allégations du recourant sur la prétendue incompétence des intimées
sont sans fondement. Ce dernier ne fait valoir aucun élément qui permette de retenir en quoi
les intimées ne seraient pas capables d'assumer leur fonction.

 

             
Il découle de ce qui précède que le premier juge n'a pas fait preuve d'arbitraire dans
l'établissement des faits et l'appréciation des preuves, en considérant d'une part que
le patrimoine dépendant de la succession était géré depuis des années par un
"family office", et que d'autre part les intimées s'étaient entourées des professionnels
nécessaires. 

 

             
Mal fondé, le moyen doit être écarté.

 

 

5.             
a) Le recourant se plaint également d'une
violation des art. 554 al. 1 ch. 4 et 556 al. 3 CC.  Son moyen porte sur l'administration d'office
de la succession et la désignation d'un administrateur. Invoquant la jurisprudence, il considère
que, dans le cas d'espèce, compte tenu de sa qualité d'héritier légal demandant l'administration
d'office d'une part et du conflit d'intérêts l'opposant aux intimées d'autre part, le
premier juge avait l'obligation d'ordonner l'administration d'office. En outre, il considère qu'au
vu de ce même conflit d'intérêts, il est exclu d'envisager que les intimées puissent
assumer le mandat d'administrateur officiel.

 

             
b)
L'administration d'office de la succession constitue une des mesures de sûreté  que le
juge ordonne  pour assurer la dévolution de l'hérédité (art. 551 al. 1 et 2
CC). Les cas d'administration d'office d'une succession sont énumérés par l'art. 554
al. 1 CC. Selon cette disposition, une telle mesure doit être ordonnée en cas d'absence prolongée
d'un héritier qui n'a pas laissé de fondé de pouvoirs, si cette mesure est commandée
par l'intérêt de l'absent (ch. 1), lorsque aucun de ceux qui prétendent à la succession
ne peut apporter une preuve suffisante de ses droits ou s'il est incertain qu'il y ait un héritier
(ch. 2), lorsque tous les héritiers du défunt ne sont pas connus (ch. 3) et dans les autres
cas prévus par la loi (ch. 4), soit notamment celui de l'art. 556 al. 3 CC. Selon cette disposition,
dès qu'un testament est remis à l'autorité compétente, celle-ci doit soit envoyer
les héritiers légaux en possession provisoire, soit ordonner l'administration d'office de la
succession. 

 

             
A défaut d'héritiers légaux à qui la gestion des biens puisse être confiée,
ou lorsque la gestion par les héritiers légaux présente des risques, en particulier pour
les héritiers institués, l'autorité ordonnera donc l'administration d'office (TF 5A_502/2008
du 4 mars 2009 c. 2; TF 5P.352/2006 du 19 février 2007 c. 4 et les réf. citées).
Selon certains auteurs, il ne serait toutefois pas toujours obligatoire d'ordonner une administration
d'office. Ainsi, lorsqu'un exécuteur testamentaire a été désigné par le défunt,
il ne serait pas nécessaire d'y procéder, la gestion de la succession par l'exécuteur
testamentaire offrant en général une sécurité suffisante (Steinauer, Le droit des
successions, 2006, ch. 889, p. 435; Karrer, Commentaire bâlois, éd. 2011, n. 28 in fine
ad art. 556 CC). Par ailleurs, lorsque l'administration d'office est ordonnée, l'autorité désigne
en règle générale l'exécuteur testamentaire comme administrateur d'office (art. 554
al. 2 CC; Steinauer, op. cit., ch. 889, note 66). Autrement dit, l'administration d'office est une mesure
conservatoire et elle droit être prononcée lorsque la gestion provisoire par l'exécuteur
testamentaire présente des risques pour la délivrance des biens aux héritiers institués
(TF 5A_502/2008 du 4 mars 2009 c. 2; TF 5P.352/2006 du 19 février 2007 c. 4 et les réf.
citées).

 

             
Pour une partie de la doctrine, l'administration d'office doit être ordonnée chaque fois que
l'un des héritiers légaux au moins - réservataire ou non - est exclu de la succession
et qu'il existe au moins un héritier institué (Piotet, Droit successoral, in: Traité de
droit privé suisse, t. IV, 1975, § 92 I, p. 657). Cette opinion n'est pas partagée par
une majorité d'auteurs, pour lesquels le risque d'atteinte à la la dévolution de l'hérédité
que présente la gestion de la succession par l'exécuteur testamentaire ou par des héritiers
légaux est déterminant (Karrer, ibidem; Steinauer, op. cit.,  ch. 888, p. 435 et les auteurs
cités en note 65 ; Schuler-Buche, L'exécuteur testamentaire, l'administrateur officiel
et le liquidateur officiel, thèse Lausanne 2003, p. 25 et les réf. citées en note 135).
La décision de l'autorité compétente dépend donc de la confiance qu'elle a en les
héritiers légaux ou en l'exécuteur testamentaire. 

 

             
c)
En l'espèce, le recourant ne fait qu'alléguer les éléments qui fonderaient le risque
justifiant la désignation d'une administration d'office, mais n'apporte aucune preuve à l'appui
de ces éléments. Le premier juge a, au contraire, considéré qu'au vu des dispositions
prises (maintien de la gestion par un "family office" habitué à le faire, recours
à des professionnels aux côtés des exécutrices testamentaires), un tel risque n'existait
en l'état pas ou n'était pas démontré. Cette appréciation n'est ni erronée,
ni arbitraire et doit être confirmée.

 

             
Mal fondé, le moyen doit être écarté.

 

             
Au vu de ce qui précède, il n'est pas nécessaire d'examiner les moyens soulevés par
le recourant pour s'opposer, en cas d'administration d'office, à la désignation des intimées
pour assumer ce mandat.

 

 

6.             
En conclusion, le recours doit être rejeté
et la décision attaquée confirmée.

 

             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 2'000 fr. (art. 74 TFJC [tarif
des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]) sont mis à la charge du recourant
qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).

 

             
Des dépens, arrêtés à 3'000 fr. et mis à la charge du recourant, sont accordés
aux intimées à titre de participation aux honoraires de leur conseil.

 

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

statuant
à huis clos,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est rejeté.

 

             
II.             
La décision est confirmée.

 

             
III.             
Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 2'000 fr. (deux mille francs),
sont mis à la charge du recourant.

 

             
IV.             
Le recourant A.R.________ doit aux intimées B.R.________ et J.________, solidairement entre elles,
la somme de 3'000 fr. (trois mille francs), à titre de dépens de deuxième instance.

             

             
V.             
L'arrêt motivé est exécutoire.

 

Le
président :               La greffière
:

 

 

Du
17 août 2012

 

             
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés.

 

             
La greffière :

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Me Cédric Aguet, avocat (pour A.R.________),

‑             
Me Jean-Christophe Diserens, avocat (pour B.R.________ et J.________).

 

             

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
Mme le Juge de paix du district de Nyon.

 

             
La greffière :