# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** e6eadeb3-8012-5939-840b-6cf240bf1cc8
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2012-02-13
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 13.02.2012 E-6287/2009
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-6287-2009_2012-02-13.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

Cour V
E­6287/2009

A r r ê t   d u   1 3   f é v r i e r   2 0 1 2

Composition François Badoud (président du collège), 
Gérald Bovier, Bruno Huber, juges,
Chrystel Tornare Villanueva, greffière.

Parties A._______, né le (…), 
Sri Lanka, 
(…),
recourant, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM), 
Quellenweg 6, 3003 Berne,   
autorité inférieure.

Objet Asile et renvoi ; 
décision de l'ODM du 7 septembre 2009 / N (…).

E­6287/2009

Page 2

Faits :

A. 
Le 31  juillet  2007, A._______ a déposé une demande d'asile au centre 
d'enregistrement et de procédure de Bâle.

B. 
Entendu  sommairement  au  dit  centre,  le  3  août  2007  et  plus 
particulièrement sur ses motifs d'asile, lors de l'audition du 18 septembre 
2007, il a déclaré être de nationalité sri­lankaise, d'ethnie tamoule et être 
né à (...), dans la région de Kandy (province du Centre), où il aurait vécu 
une partie de son enfance, puis les deux années précédant son départ du 
pays, à savoir d'avril 2005 à juillet 2007.

En  1995,  l'intéressé  et  sa  famille  se  seraient  installés  à  (…),  dans  la 
région du Vanni (province du Nord). En 2005, l'intéressé aurait quitté (…), 
au motif que  les LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam) recrutaient  les 
gens de force et qu'ils lui auraient demandé de cacher des armes, ce qu'il 
aurait refusé. Son père l'aurait ainsi envoyé chez des parents éloignés à 
(...)  et  lui  aurait  trouvé  un  travail  dans  cette  ville.  En  avril  2005,  à  son 
arrivée à (...), l'intéressé se serait enregistré auprès des autorités.

En septembre 2006, l'intéressé aurait été arrêté, étant donné qu'il venait 
de (…), et détenu durant une semaine à un poste de police. Il aurait été 
interrogé au sujet des LTTE. Il aurait été relâché grâce à l'intervention de 
son  père,  qui  aurait  assuré  que  son  fils  n'était  impliqué  dans  aucun 
mouvement. Après sa libération, la police se serait rendue à deux ou trois 
reprises  sur  son  lieu de  travail  pour  lui  poser des questions.  Le dernier 
interrogatoire aurait eu lieu deux mois avant son départ du pays. 

Craignant d'une part, d'être arrêté par  les autorités, à (...), au cas où un 
attentat surviendrait, et d'autre part, qu'en cas de retour à (…), les LTTE 
n'apprennent qu'il  avait parlé à  la police ou qu'ils exigent son aide pour 
cacher des armes, l'intéressé aurait décidé de s'enfuir.

Il aurait quitté le Sri Lanka, le (…) 2007, par l'aéroport de Colombo, muni 
d'un passeport à son nom, à destination de l'Italie, après avoir transité par 
un pays qui lui était inconnu. Il aurait séjourné (…) jours en Italie avant de 
gagner la Suisse, où il serait entré, en voiture, le 31 juillet 2007. 

E­6287/2009

Page 3

L'intéressé a  remis aux autorités suisses une  traduction de son acte de 
naissance. 

C. 
Par décision du 7 septembre 2009, l'ODM a rejeté la demande d'asile de 
l'intéressé,  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  ordonné  l'exécution  de 
cette  mesure.  Il  a  estimé,  en  substance,  que  les  déclarations  de 
l'intéressé  ne  satisfaisaient  pas  aux  conditions  requises  pour  la 
reconnaissance de la qualité de réfugié selon l'art. 3 LAsi.

S'agissant des conditions de sécurité prévalant dans  la  région du Vanni 
où  l'intéressé craignait  d'être enrôlé par  les LTTE,  l'ODM a estimé que, 
selon  le  principe  de  subsidiarité,  l'intéressé  avait  eu  la  possibilité  de 
trouver refuge à l'intérieur de son pays, en particulier à (...). S'agissant de 
la  détention  et  des  interrogatoires  prétendument  subis  à  (...),  l'ODM  a 
considéré que ceux­ci ne constituaient pas un intense préjudice au sens 
de la LAsi. Il a relevé que le fait que les autorités aient relâché l'intéressé 
après une semaine indiquait qu'elles ne le soupçonnaient pas d'avoir des 
liens avec les LTTE et n'avaient aucun grief à son encontre. Il a souligné 
que  le  fait  que  l'intéressé  ait  pu  travailler  sans  difficulté  à  (...)  pendant 
plus  de  deux  ans  et  également  quitter  son  pays  sans  problème  depuis 
l'aéroport  de Colombo avec un passeport  à  son propre nom démontrait 
que celui­ci n'avait rien à craindre des autorités de son pays. 

Il  a  enfin  indiqué  que  l'exécution  du  renvoi  était  licite,  raisonnablement 
exigible  et  possible,  dans  la  mesure  où  l'intéressé  pouvait  s'installer  à 
(...),  où  il  avait  vécu  une  partie  de  son  enfance  et  où  il  était  retourné 
d'avril  2005  à  juillet  2007.  Il  a  précisé  que  l'intéressé  y  possédait 
forcément un  réseau social et y avait de  la  famille éloignée.  Il a encore 
souligné que l'intéressé avait travaillé à (...) de mai 2005 à juillet 2007 et 
qu'il avait déclaré parler un peu le cinghalais.

D. 
Par recours interjeté, le 5 octobre 2009, l'intéressé a conclu à l'annulation 
de la décision entreprise, à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à 
l'octroi de l'asile, ainsi que, subsidiairement, à l'admission provisoire. Il a 
également requis le bénéfice de l'assistance judiciaire partielle.

Il  a  rappelé,  en  substance,  les motifs  qui  l'avaient  amené  à  quitter  son 
pays et a  reproché à  l'ODM de ne pas avoir assez  tenu compte du  fait 
qu'il avait été libéré essentiellement grâce à l'intervention de son père. Il a 

E­6287/2009

Page 4

réaffirmé  qu'il  ne  serait  en  sécurité  ni  à  (…)  ni  à  (...)  où  il  aurait  des 
problèmes  avec  les  LTTE,  respectivement  avec  la  police.  Il  a  soutenu 
que, contrairement à ce que l'ODM estimait,  la détention d'une semaine, 
durant  laquelle  il  avait  été  interrogé  et  frappé,  constituait  de  sérieux 
préjudices relevant de la LAsi. 

Il a  fait valoir qu'il avait quitté son pays depuis  longtemps et qu'il n'avait 
actuellement plus de contact avec sa famille. Le fait qu'il ne sache pas où 
ceux­ci se trouvaient et s'ils étaient encore en vie avait des répercussions 
sur sa santé.  Il a précisé qu'un renvoi à (...) n'était pas raisonnablement 
exigible,  en  raison  des  problèmes  qu'il  y  avait  rencontrés  avec  les 
autorités et du fait qu'il n'y avait pas de famille. Il a ajouté qu'il ne pouvait 
pas non plus être  renvoyé à Colombo car  il  n'y avait  jamais vécu et ne 
connaissait personne dans cette ville. Enfin, il a précisé craindre pour sa 
sécurité  en  cas  de  renvoi,  en  raison  du  fait  qu'il  était  déjà  connu  des 
autorités  et  qu'ayant  vécu  à  (…)  [région  du  Vanni],  il  serait  considéré 
comme une personne suspecte.

E. 
Faisant suite à l'ordonnance du Tribunal administratif fédéral (le Tribunal) 
du 12 octobre 2009,  l'intéressé a produit,  le 29 octobre 2009, ses fiches 
de salaire des mois de mars à août 2009, une offre d'assurance maladie 
datée du 21 novembre 2008 et un certificat médical du 21 octobre 2009. Il 
ressort  de  ce  dernier  document  que  l'intéressé  n'a  pas  connu  de 
problèmes  de  santé  particuliers  jusqu'à  la  réception  d'une  réponse 
négative  à  sa  demande  d'asile  et  qu'il  souffre  d'un  trouble  d'adaptation 
avec réaction anxieuse (F 43.2). Le médecin relève encore que l'affection 
actuelle est clairement provoquée par la procédure en cours. 

F. 
Dans sa détermination du 4 janvier 2012, l'ODM, estimant que le recours 
ne contenait aucun élément ou moyen de preuve nouveau susceptible de 
modifier son point de vue, a proposé son rejet. Il a considéré, s'agissant 
des motifs d'asile, que les éventuelles persécutions de la part des LTTE 
étaient  désormais  caduques  depuis  la  défaite  du  mouvement  en  mai 
2009  et  que  les  mesures  prises  par  les  autorités  sri­lankaises,  en 
l'occurrence, la détention et les interrogatoires, s'inséraient dans le climat 
d'insécurité et de guerre qui prévalait pendant le période où l'intéressé y a 
vécu,  mais  que  la  situation  avait  désormais  changé.  Il  a  rappelé  qu'il 
considérait  l'exécution  du  renvoi  comme  raisonnablement  exigible, 
soulignant que l'intéressé était jeune et avait travaillé dans une entreprise 

E­6287/2009

Page 5

à  (...).  S'agissant  de  l'état  de  santé  du  recourant,  il  a  relevé  que  les 
problèmes dont il souffrait ne représentaient pas un obstacle à l'exécution 
du  renvoi  et  qu'il  pouvait  solliciter  une  aide  au  retour  sous  forme 
médicale, si nécessaire. 

G. 
Dans  sa  réplique  du  18  janvier  2012,  se  référant  à  des  rapports 
internationaux, l'intéressé a fait valoir que, malgré la défaite des LTTE, le 
gouvernement  continuait  à  exercer  des  actes  de  violence  et  une 
surveillance accrue des personnes d'ethnie  tamoule sur  tout  le  territoire 
du pays. Il a indiqué qu'en raison de sa détention, il craignait d'être arrêté 
à son retour au Sri Lanka. Il a rappelé qu'il ressortait du rapport médical 
du 21 octobre 2009 qu'il  souffrait  d'anxiété qui  l'empêchait  de dormir  et 
que  l'éventualité  d'un  retour  dans  son  pays  l'angoissait,  car  il  craignait 
pour  sa  vie.  Il  a  estimé  que  les  mesures  et  les  agissements  du 
gouvernement envers les personnes proches des LTTE constituaient des 
traitements  inhumains.  Il  a ajouté qu'il  vivait  en Suisse depuis plusieurs 
années et qu'il y était très bien intégré. Il a fait valoir qu'il ne pouvait être 
renvoyé ni à (...), car il n'avait pas de lien avec cette ville, ni à (…) [région 
du Vanni], dans la mesure où cette région était encore en crise et qu'il y 
avait des violations des droits de l'homme. Enfin,  il a souligné qu'en tant 
que personne d'ethnie tamoule ayant demandé l'asile à l'étranger, il serait 
considéré comme un traître par le gouvernement sri­lankais. A l'appui de 
son  courrier,  l'intéressé  a  produit  un  rapport,  tiré  d'Internet,  de  la 
Commission  de  l'immigration  et  du  statut  de  réfugié  du  Canada  du 
12 juillet  2011,  intitulé  "Sri  Lanka :  information  indiquant  s'il  y  a  eu 
augmentation  de  la  surveillance  et  du  nombre  d'arrestations  et  de 
détentions des Tamouls depuis février 2011", un communiqué de presse 
de  l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du  3  novembre 
2011,  intitulé  "Sri  Lanka :  changement  de  pratique  prématuré"  et  un 
rapport  de  l'OSAR du  22  septembre  2011,  intitulé  "Sri  Lanka :  situation 
des Tamouls originaires du Nord et de l'Est du pays vivant à Colombo et 
situation des personnes de retour".

H. 
Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire, 
dans les considérants en droit ci­dessous.

E­6287/2009

Page 6

Droit :

1. 

1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de 
la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS 
173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la 
loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA, 
RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.

En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent 
être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 
(LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement, 
sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche 
à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal 
fédéral [LTF, RS 173.110]).

1.2. L'intéressé a qualité  pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  dans 
les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 
108 al. 1 LAsi).

2. 

2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans 
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 
ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 
de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou 
de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de 
sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou 
de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression 
psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite 
spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi).

2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins 
rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est 
vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement 
probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 
des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont 
contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de 
manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 
LAsi). 

E­6287/2009

Page 7

3. 

3.1. En l’occurrence, l'intéressé a allégué avoir été détenu durant environ 
une  semaine,  en  septembre  2006,  et  interrogé  au  sujet  des  LTTE.  Il 
aurait été  libéré grâce à  l'intervention de son père.  Il soutient également 
qu'il  craint de subir des préjudices de  la part des LTTE,  respectivement 
des autorités sri­lankaises, en cas de retour dans ce pays. 

3.2. L'intéressé n'a toutefois pas démontré à satisfaction de droit que les 
exigences  légales  requises  pour  la  reconnaissance  de  la  qualité  de 
réfugié et  l'octroi de  l'asile étaient  remplies. Son recours ne contient sur 
ces points ni arguments ni moyens de preuve susceptibles de remettre en 
cause le bien­fondé de la décision querellée.

3.3. Force est tout d'abord de constater que rien dans les déclarations du 
recourant  ne  laisse  transparaître  un engagement  politique particulier  ou 
un  comportement,  voire  une  activité,  qui  aurait  pu  être  perçu,  par  les 
autorités sri­lankaises, comme un soutien actif aux LTTE ;  il a  lui­même 
déclaré  ne  pas  être  impliqué  dans  des  mouvements  ou  activités 
politiques, ne jamais avoir fait partie des LTTE et qu'aucun membre de sa 
famille, mis à part des cousins et/ou un oncle de sa mère, n'appartenait à 
ce groupe (cf. p­v d'audition du 18 septembre 2007 p. 9 s.). Dès lors, il n'y 
a  pas  lieu  d'admettre  que  les  autorités  pourraient  avoir  nourri  des 
soupçons particuliers à son encontre.

3.4. Cela précisé,  le Tribunal constate également que l'intéressé n'a pas 
établi  la  crédibilité  des  événements  qu'il  a  rapportés  et  sur  lesquels  il 
fonde sa demande d'asile.

En effet, les craintes alléguées ne constituent que de simples affirmations 
de  sa  part  et  ne  sont  étayées  par  aucun  commencement  de  preuve 
pertinent.

De plus,  le récit de  l'intéressé est  imprécis et manque considérablement 
de  substance  de  sorte  qu'il  ne  satisfait  pas  aux  conditions  de 
vraisemblance de l'art. 7 LAsi.

A  titre  d'exemple,  l'intéressé  est  resté  vague  quant  au  nombre 
d'interrogatoires qu'il aurait subis après sa  libération, à savoir, selon  les 
versions trois ou quatre (cf. p­v d'audition du 3 août 2007 p. 5) ou deux ou 
trois  (cf. p­v  d'audition  du  18  septembre  2007  p.  8)  et  quant  aux  dates 
auxquelles  ceux­ci  se  seraient  déroulés  (cf.  p­v  d'audition  du 

E­6287/2009

Page 8

18 septembre  2007  p. 8).  En  outre,  ses  déclarations  concernant  les 
circonstances et les raisons de son arrestation ainsi que de sa détention 
sont  floues  et  dépourvues  des  détails  significatifs  d'une  expérience 
vécue.  En  effet,  lors  de  la  première  audition,  il  a  déclaré  qu'il  avait  été 
arrêté parce qu'il venait de  (…)  [région du Vanni] et que "tout ça était à 
cause  de  l'argent"  (cf.  p­v  d'audition  du  3  août  2007  p.  5).  Lors  de  la 
deuxième  audition,  il  a  indiqué  que  les  gens  venant  de  (…)  [région  du 
Vanni]  étaient  considérés  comme  des  personnes  douteuses  car  elles 
pouvaient  avoir  des  liens  avec  les  LTTE  et  qu'il  avait  été  lui­même 
appréhendé en raison de l'arrestation, à (...), d'une personne soupçonnée 
d'avoir aidé les LTTE (cf. p­v d'audition du 18 septembre 2007 p. 7 et 12). 
Enfin, dans son recours,  l'intéressé a allégué qu'il avait été arrêté, alors 
qu'il  revenait de  (…)  [région du Vanni], où  il était allé  rendre visite à sa 
famille, et que  la police  le soupçonnait d'avoir eu des contacts avec  les 
LTTE à cette occasion (cf. mémoire de recours du 5 octobre 2009 p. 2). 
Ces  imprécisions  qui  portent  sur  des  points  importants  laissent  penser 
qu'il  n'a  pas  vécu  les  événements  tels  qu'invoqués  à  l'appui  de  sa 
demande.

S'agissant de sa prétendue détention, indépendamment de la question de 
sa vraisemblance,  il y a  lieu de relever que  le  fait que  l'intéressé ait été 
libéré  après  une  semaine  démontre  bien  que  les  autorités  sri­lankaises 
ne considéraient pas qu'il était impliqué dans des actions militaires ou des 
actes de terrorisme menés par les LTTE. En effet, si tel avait été le cas, il 
n'aurait pas été remis en liberté, surtout dans le contexte de l'époque, en 
raison des  seules  suppliques de son père. En  tout  état  de  cause,  cette 
prétendue détention et les interrogatoires qui auraient suivi sont à mettre 
dans  le  contexte  de  l'époque,  où  l'armée  retenait  souvent  de  jeunes 
Tamouls  afin  d'obtenir  des  renseignements  et  sont  ainsi  typiques  des 
opérations  de  sécurité  et  de  lutte  contre  le  terrorisme  menées  en  ce 
temps­là.

Par  ailleurs,  au  vu  du  contexte  décrit  et  des  risques  prétendument 
encourus,  il  n'est  pas  vraisemblable  que  l'intéressé,  s'il  se  sentait 
réellement menacé, ait continué à vivre à son domicile ainsi qu'à travailler 
normalement et ait attendu près d'un an après sa détention et deux mois 
après son dernier interrogatoire pour quitter le pays.

A  cela  s'ajoute  que  l'intéressé  a  quitté  le  Sri  Lanka  par  l'aéroport  de 
Colombo muni, selon ses déclarations (cf. p­v d'audition du 18 septembre 
2007 p. 3), d'un passeport à son nom, ce qui démontre qu'il ne craignait 

E­6287/2009

Page 9

pas d'être  arrêté. Partant,  rien  ne permet  de penser  qu'il  pourrait,  dans 
les  circonstances  présentes,  attirer  l'attention  des  autorités  sur  sa 
personne,  vu  le  contexte  d'apaisement  qui  prévaut  désormais  au  Sri 
Lanka.

Enfin, les rapports produits par l'intéressé, dans le cadre de la procédure 
de recours, ne sont pas déterminants dans  la mesure où, d'une part,  ils 
sont de portée générale et ne  le concernent pas directement et, d'autre 
part, ils ne sont pas de nature à démontrer ses motifs d'asile.

3.5. En définitive, c'est à bon droit que  l'ODM a retenu que  le recourant 
n'avait  pas  rendu  vraisemblable  qu'il  avait  été  victime  de  persécutions 
ciblées  contre  sa  personne,  pour  des  motifs  pertinents  au  regard  de 
l'art. 3 LAsi ou qu'il avait des raisons objectivement  fondées de craindre 
une telle persécution en cas de retour dans son pays d'origine, au regard 
de la situation actuelle au Sri Lanka.

3.5.1.  En  effet,  dans  son  arrêt  de  principe,  destiné  à  publication, 
E­6220/2006 du 27 octobre 2011,  le Tribunal a procédé à une nouvelle 
analyse circonstanciée de la situation au Sri Lanka, eu égard à l'évolution 
de la situation dans le pays depuis la fin officielle du conflit militaire entre 
l'armée sri­lankaise et  les LTTE. Il a constaté que la situation sécuritaire 
s'était  nettement  améliorée  et  stabilisée.  Les  LTTE  ont  été  vaincus 
militairement et ne commettent plus d'actes de persécution. En revanche, 
la situation sur le plan des droits de l'homme s'est aggravée, notamment 
à  l'égard  des  personnes  suspectées  d'opposition  politique,  comme  les 
partisans  de  Fonseka  (ou  personnes  supposées  l'être),  les  journalistes 
critiques  envers  le  gouvernement,  ou  encore  les  personnes  témoins  de 
graves violations des droits de l'homme durant le conflit, susceptibles de 
vouloir  apporter  leur  témoignage.  En  outre,  certains  Tamouls  de  retour 
d'exil, dont  les autorités pourraient penser qu'ils ont été en contact avec 
la  diaspora  active  à  l'étranger  dans  l'opposition,  peuvent,  selon  les 
circonstances,  avoir  une  crainte  objectivement  fondée  de  subir  des 
préjudices.

3.5.2.  Le  recourant  n'a  cependant  pas  rendu  vraisemblable  l'existence 
d'éléments attestant de son appartenance à un groupe à risque. Comme 
il l'a lui­même allégué, il n'a jamais été actif sur le plan politique, il n'a pas 
prétendu non plus être proche de milieux critiques au gouvernement ou 
impliqués dans l'opposition active au pouvoir en place, ni au Sri Lanka ni 
en Suisse. Il ne présente ainsi aucun profil particulier susceptible de faire 

E­6287/2009

Page 10

naître des soupçons à son encontre de la part des autorités de son pays 
d'origine. 

3.5.3. Quant à la crainte du recourant d'être victime de représailles de la 
part  des  LTTE,  au  motif  qu'ils  le  soupçonneraient  d'avoir  divulgué  des 
informations à leur sujet, lors de sa détention, force est de constater que 
celle­ci n'apparaît plus comme fondée, dans le contexte actuel, au vu de 
la défaite de ce mouvement. 

3.6. Au vu de ce qui précède, la décision de l'ODM, en tant qu'elle refuse 
de  reconnaître  la qualité de  réfugié du  recourant et  rejette  sa demande 
d'asile, s'avère bien fondée. Il s’ensuit que le recours doit être rejeté sur 
ces points.

4. 

4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière 
à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 
ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 
(art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de 
l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 
RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 
séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision 
d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2 
de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).

4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en 
l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette 
mesure.

5. 

5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement 
exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 
réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par 
l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, 
RS 142.20).

5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son 
Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 

E­6287/2009

Page 11

ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 
LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un 
tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des 
peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention 
du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés 
fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 
guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

6. 

6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons 
de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre 
dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du 
non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de 
l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de 
l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un 
traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du 
10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements 
cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du 
Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile 
[APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624).

6.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­
refoulement de  l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut  (cf. consid. 3),  le 
recourant n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays 
d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi.

6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 
droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui 
interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application 
dans le présent cas d’espèce.

E­6287/2009

Page 12

6.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou 
dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la 
qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une 
extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des 
violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple 
possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au 
contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à 
satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux 
d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en 
cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de 
guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave 
accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier 
la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la 
personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait 
visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard 
malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en 
question  (Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de 
recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1996  n° 18  consid. 14b  let. ee 
p. 186s).

6.5. En l’occurrence, le Tribunal estime, pour les mêmes motifs que ceux 
exposés  au  considérant  3,  que  le  dossier  ne  fait  pas  apparaître 
d'éléments  dont  il  y  aurait  lieu  d'inférer  que  le  recourant  pourrait  être 
victime,  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine,  de  torture  ou  de 
traitements  prohibés.  S'agissant  de  son  départ,  comme  déjà  relevé, 
l'intéressé a déclaré avoir quitté Colombo par avion, muni d'un passeport 
à son nom et n'a pas rapporté avoir rencontré des problèmes pour sortir 
du  pays  ou  pour  entrer  en  Italie.  Dans  ces  conditions,  on  ne  saurait 
considérer  qu'il  a  quitté  son  pays  dans  des  circonstances  et  d'une 
manière  propres  à  le  rendre  particulièrement  suspect  aux  yeux  des 
autorités.  Rien  ne  permet  non  plus  d'affirmer  que  le  recourant,  s'il 
coopère  activement  à  l'exécution  du  renvoi,  serait  astreint  à  un  retour 
contraint  dans  son  pays  d'origine,  de  nature  à  susciter  des  soupçons 
particuliers à son encontre de la part des autorités sri­lankaises. Le seul 
fait d'avoir déposé une demande d'asile à  l'étranger, en  l'occurrence en 
Suisse,  ne  l'expose  pas,  en  soi,  à  des  traitements  prohibés.  De  plus, 
comme déjà évoqué,  il ne présente aucun profil politique particulier et  le 
dossier  ne  fait,  en  l'espèce,  apparaître  aucun  élément,  relatif  à  des 
contacts  que  le  recourant  aurait  pu  avoir,  durant  son  séjour  en Suisse, 
avec  des  milieux  de  l'opposition,  pouvant  constituer  un  indice  concret 

E­6287/2009

Page 13

d'une  crainte  objectivement  fondée  ou  d'un  risque  réel  à  cet  égard 
(cf. ATAF E­6220/2006 précité consid. 8.4 et 10.4).

6.6.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de 
refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du 
droit  international, de sorte qu’elle s’avère  licite  (art. 44 al. 2 LAsi et 83 
al. 3 LEtr).

7. 

7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être 
raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son 
pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par 
exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou 
de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux 
"réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les 
conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas 
personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de 
guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour 
qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger, 
notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles 
ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque 
cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle 
se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du 
renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse 
(ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF 
2007/10 consid. 5.1).

7.2. S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical 
en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour 
dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles 
pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des 
conditions minimales d'existence. Par soins essentiels, il faut entendre les 
soins  de médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la 
garantie  de  la  dignité  humaine  (GABRIELLE STEFFEN,  Droit  aux  soins  et 
rationnement, Berne 2002, p. 81s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition 
exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne 
saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait 
un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse 
à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou la maintenir, au 
simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical 

E­6287/2009

Page 14

dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le 
standard élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274s.).

Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de 
l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes 
suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer 
ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles 
psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves.

Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays 
d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec 
d'autres  médications  que  celles  prescrites  en  Suisse,  l'exécution  du 
renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement  exigible. 
Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art.  83  al.  4  LEtr  si,  en  raison  de 
l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de 
l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une 
manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte 
sérieuse,  durable  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité  physique 
(cf. JICRA 2003 n° 24 p. 154 ss).

7.3. Actuellement, le Sri Lanka ne connaît pas une situation de guerre, de 
guerre civile ou de violence généralisée sur  l'ensemble de son  territoire 
qui  permettrait  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  requérants 
ressortissants  de  cet  Etat,  et  indépendamment  des  circonstances  de 
chaque cas particulier, l'existence d'une mise en danger concrète au sens 
de la disposition légale précitée. Dans son arrêt de principe E­6220/2008 
précité,  le  Tribunal  est  arrivé  à  la  conclusion  qu'il  convenait,  vu  en 
particulier l'amélioration de la situation sécuritaire depuis la fin officielle du 
conflit  militaire  entre  l'armée  sri­lankaise  et  les  LTTE,  en mai  2009,  de 
modifier sa pratique en matière d'exécution du renvoi vers le nord et l'est 
du  Sri  Lanka,  telle  que  définie  dans  la  jurisprudence  publiée  (cf.  ATAF 
2008/2). Il considère désormais que l'exécution du renvoi est, en principe, 
exigible dans toute la région de la province de l'Est (cf. consid. 13.1­13.2). 
S'agissant  de  la  province  du Nord,  l'exécution  du  renvoi  est  également 
considérée comme, en principe,  raisonnablement exigible ­ à  l'exception 
de  la  région  du  Vanni,  longtemps  restée  sous  contrôle  des  LTTE  et 
présentant  des  infrastructures  particulièrement  détruites  et  des  régions 
minées ­ étant précisé qu'il s'impose, s'agissant de personnes provenant 
de cette province, d'évaluer avec soin les critères d'exigibilité individuels, 
en  particulier,  lorsque  l'intéressé  a  quitté  la  région  depuis  longtemps 
(cf. consid. 13.2).  Lorsque  l'exécution  du  renvoi  vers  cette  province 

E­6287/2009

Page 15

n'apparaît  pas  comme  raisonnablement  exigible  en  fonction  de 
circonstances  personnelles  particulières  ou  en  raison  d'une  provenance 
du  Vanni,  il  convient  d'examiner  s'il  existe,  pour  les  personnes 
concernées,  une  possibilité  de  refuge  interne  dans  une autre  région  du 
Sri Lanka ; celle­ci sera admise en présence de facteurs particulièrement 
favorables (cf. consid. 13.2.2 et 13.2.2.3 i.f.).

7.4.  En  l'espèce,  le  recourant  est  né,  selon  ses  déclarations,  à  (...) 
[province  du  Centre]  où  il  a  vécu  une  partie  de  son  enfance.  Il  aurait 
ensuite habité (…), dans la région du Vanni, de 1995 à 2005, puis aurait 
séjourné  à  (...)  [province  du Centre]  durant  les  deux  années  précédant 
son départ du pays. En conséquence, il y a lieu d'examiner l'exécution du 
renvoi  par  rapport  à  (...)  [province  du  Centre],  étant  donné  que  le 
requérant y a vécu et travaillé durablement avant son départ. Le Tribunal 
relève  que,  conformément  aux  développements  susmentionnés 
(cf. consid. 7.3) l'exécution du renvoi, dans la région de (...) [province du 
Centre] est en principe raisonnablement exigible  (cf. ATAF E­6220/2006 
consid. 13.3). 

7.5.  Cela  dit,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait 
inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger 
concrète du  recourant. Certes,  le Tribunal est conscient qu'un  retour au 
Sri  Lanka  après  plus  de  quatre  ans  d'absence  ne  sera  pas  exempt  de 
difficultés. Toutefois, même dans ces conditions, une  réinstallation dans 
la  région  de  (...)  [province  du  Centre]  –  que  le  recourant  connaît  bien 
puisqu'il y a, selon ses propres dires, vécu une partie de son enfance puis 
les  deux  ans  précédant  son  départ  du  pays  –  est  raisonnablement 
exigible. De plus, l'intéressé est jeune et sans charge de famille. En outre, 
bien qu'il n'ait appris aucun métier, il dispose tout de même d'une certaine 
expérience professionnelle. En effet, il a exercé pendant les deux ans où 
il a vécu à  (...) une activité  lucrative  (cf. p­v d'audition du 18 septembre 
2007  p.  5)  et  il  a  par  ailleurs  travaillé  en  Suisse  dans  la  restauration. 
Partant, il devrait, au moins à moyen terme, pouvoir trouver un emploi. A 
cela  s'ajoute  qu'ayant  vécu  plus  de  deux  ans,  à  (...),  il  y  dispose 
assurément  d'un  réseau  social.  Il  pourra  également  retourner  habiter, 
dans  un  premier  temps,  chez  les  parents  éloignés  qui  l'avait  déjà  logé 
avant  son  départ.  Enfin,  bien  que  cela  ne  soit  pas  déterminant  en 
l'espèce,  les allégations du recourant, selon lesquelles il n'aurait plus de 
contact avec sa famille ne sont pas crédibles. En effet, il ne s'agit là que 
de simples affirmations de sa part nullement étayées et contraires à toute 
logique, dans  la mesure notamment où  le contact avec sa  famille aurait 

E­6287/2009

Page 16

été maintenu  jusqu'au mois d'avril 2009 (six mois avant  le dépôt de son 
recours [cf. mémoire de recours du 5 octobre 2009 p. 3 et 6]), autrement 
dit  durant  la  période  de  guerre  régnant  au  Sri  Lanka,  mais 
paradoxalement rompu alors que la situation dans le pays s'améliorait. 

7.6.  Quant  aux  motifs  de  santé  invoqués,  ils  ne  sont  pas  non  plus 
déterminants. Selon le rapport médical du 21 octobre 2009,  le recourant 
souffrait d'un trouble d'adaptation avec réaction anxieuse provoqué par la 
réception d'une réponse négative à sa demande d'asile. Compte tenu de 
ces  informations,  force  est  de  constater  que  l'affection  diagnostiquée 
n'est pas d'une gravité  telle qu'elle mettrait  la  vie ou  l'intégrité physique 
ou psychique du recourant en danger au point de constituer un obstacle à 
l'exécution  de  son  renvoi  au  sens  de  la  jurisprudence  citée  plus  haut 
(consid. 7.2).  En  outre,  il  n'est  pas  inhabituel  qu'une  personne,  dont  la 
demande  d'asile  a  été  rejetée,  tombe  dans  un  état  dépressif, 
spécialement  lorsque  la  perspective  de  son  retour  devient  imminente, 
mettant  en  péril  son  projet  de  construire  une  nouvelle  existence  en 
Suisse, nettement meilleure que celle qu'il a voulu abandonner en quittant 
son  pays  d'origine.  Si  le  Tribunal  n'entend  pas  sous­estimer  les 
appréhensions  que  pourrait  ressentir  le  recourant  à  l'idée  d'un  renvoi 
dans son pays d'origine, il relève que l'on ne saurait de manière générale 
prolonger indéfiniment  le séjour de personnes en Suisse au motif que la 
perspective  d'un  retour  exacerbe  un  état  dépressif,  dès  lors  que  des 
mesures  d'accompagnement  peuvent  de  surcroît  être mises  en œuvre, 
afin de prévenir tout risque concret et sérieux d'atteinte à la santé.

Au  demeurant,  les  troubles  observés  précédemment  chez  l'intéressé 
(trouble d'adaptation avec réaction anxieuse) peuvent être pris en charge 
au Sri Lanka. En effet, d'après les informations en possession du Tribunal 
(cf. notamment  Country  of  Origin  Information  Report :  Sri  Lanka,  Home 
Office  UK,  18.02.2010),  le  pays  dispose  de  structures  médicales,  en 
particulier de plusieurs institutions qui prodiguent des soins en matière de 
santé  mentale  (National  Institute  of  Mental  Health  et  Colombo  South 
Teaching Hospital). Des organisations non gouvernementales présentes 
dans  le  pays  proposent  également  des  aides  dans  le  domaine  de  la 
psychiatrie.  Par  ailleurs,  les  médicaments  sont  délivrés  gratuitement  et 
les  substances  non  disponibles  dans  le  pays  peuvent  facilement  être 
importées depuis l'Inde voisine (cf. ATAF D­412/2009 du 23 janvier 2012 
consid.  8.6.3).  Ainsi,  même  dans  le  cas  où  l'intéressé  présenterait  une 
résurgence de ses symptômes après être rentré au Sri Lanka, il pourrait 

E­6287/2009

Page 17

avoir  accès  à  un  traitement  sur  place,  de  sorte  qu'une mise  en  danger 
concrète de sa vie est à exclure.

7.7. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme 
raisonnablement exigible.

8. 

Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour 
rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre 
toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays 
d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de 
quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des 
obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également 
possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515).

9. 

9.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux 
dispositions légales.

9.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi 
et son exécution, doit être également rejeté.

10. 

Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de 
procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 
2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens 
et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 
173.320.2).  Toutefois,  l'intéressé  ayant  déposé  une  demande 
d'assistance judiciaire partielle, il convient de l'admettre dès lors qu'au vu 
des  fiches de salaire produites,  il doit être considéré comme  indigent et 
qu'au  moment  du  dépôt  du  recours,  ses  conclusions  n'étaient  pas 
d'emblée  vouées  à  l'échec  (art. 65  al.  1  PA).  En  conséquence,  il  est 
statué sans frais.

(dispositif : page suivante)

 

E­6287/2009

Page 18

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Le recours est rejeté.

2. 
La demande d'assistance judiciaire partielle est admise.

3. 
Il n'est pas perçu de frais.

4. 
Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité 
cantonale compétente.

Le président du collège : La greffière :

François Badoud Chrystel Tornare Villanueva

Expédition :