# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** aabb6f0b-2ad9-570b-a7b3-ed7d2789e758
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2021 / 158
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2021---158_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

CO05.005114-210301

55 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
24 février 2021

____________________

Composition
:               M.             
Sauterel,
juge présidant

             
              M.             
Winzap et Mme Courbat, juges

Greffière
:              Mme             
Bourqui

 

 

*****

 

 

Art.
319 let. b ch. 2 CPC

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par O.________,
[...] (Grèce), demanderesse, contre la décision rendue le 19 février 2021 par le Juge
instructeur de la Cour civile du Tribunal cantonal dans la cause divisant la recourante d’avec
X.________
et M.________,
tous deux à [...] (Grèce), défendeurs, la Chambre des recours civile du Tribunal cantonal
considère :

 

             
En fait et en droit :

 

 

1.

1.1             
Un procès ouvert devant la Cour civile du
Tribunal cantonal (ci-après : la Cour civile) par demande du 4 février 2005 divise O.________,
demanderesse, d’avec X.________ et M.________, défendeurs.

 

1.2             
Par citation à comparaître du 2 octobre
2020, le Juge instructeur de la Cour civile a cité les parties à comparaître personnellement
à ses audiences particulières des 3, 4, 9, 10, 11 et 31 mars, 1er,
6, 7 et 8 avril 2021 pour l’instruction préliminaire du procès O.________ c/ X.________
et M.________. Un délai au 11 février 2021 a été fixé à O.________ pour
faire parvenir au greffe de la Cour civile la liste de ses témoins, avec l’indication des
allégués sur lesquels ces témoins devaient être entendus, ses propositions de questionnaires
pour les auditions par voie de commission rogatoire et ses propositions d’experts. O.________ a
été astreinte, au dépôt, avant l’audience, de la somme de 50'000 fr. pour assurer
les frais de l’office.

 

1.3             
Par courrier du 10 février 2021, O.________ a requis le renvoi des audiences fixées du 3 mars
au 8 avril 2021 pour l’instruction préliminaire, le délai pour l’avance de frais
étant reporté en conséquence. Elle a en outre requis la prolongation du délai fixé
au 11 février 2021 pour faire parvenir au greffe la liste de ses témoins, avec l’indication
des allégués sur lesquels ces témoins devaient être entendus, ses propositions de
questionnaires pour les auditions par voie de commission rogatoire et ses propositions d’experts.
A l’appui de sa requête, elle a notamment exposé qu’un voyage en Suisse paraissait
compromis en raison de la situation sanitaire actuelle.

 

             
Par courrier du 15 février 2021, X.________ et M.________ ont acquiescé à la dispense
de comparution personnelle de la demanderesse et ont requis une telle dispense pour eux-mêmes pour
les mêmes motifs tenant aux restrictions sanitaires.

 

             
Par courrier du 18 février 2021, O.________ s’est déterminée en ce sens qu’elle
souhaitait comparaître à l’audience préliminaire mais requérait son renvoi.

 

2.             
Par décision du 19 février 2021, le
Juge instructeur de la Cour civile a maintenu l’audience préliminaire appointée du 3
mars au 8 avril 2021 et a dispensé de comparution personnelle à cette audience la demanderesse
O.________ et le défendeur M.________, qui résident en Grèce, ainsi que la défenderesse
X.________, dont le siège se situe également en Grèce.

 

3.             
Par acte du 23 février 2021, O.________ a interjeté un recours contre cette décision en
concluant, avec suite de frais et dépens, à sa réforme en ce sens que l’audience
préliminaire appointée du 3 mars au 8 avril 2021 dans la cause CO05.005114 ne soit pas maintenue
aux dates et heures prévues par la citation à comparaître du 2 octobre 2020, que l’audience
préliminaire en question soit renvoyée à une date ultérieure qui sera fixée
d’office par le juge, que la durée de l’audience préliminaire soit limitée
à trois jours consécutifs, que la dispense de comparaître personnellement accordée
aux parties soit annulée, qu’un nouveau délai soit fixé à la demanderesse pour
faire le dépôt de la somme de 50'000 fr. pour assurer les frais de l’office et qu’un
nouveau délai soit fixé à la demanderesse pour faire parvenir au greffe de la Cour civile
du Tribunal cantonal la liste de ses témoins avec l’indication des allégués sur
lesquels ces témoins doivent être entendus, ses propositions de questionnaires pour les auditions
par voie de commission rogatoire et ses propositions d’experts. O.________ a en outre requis qu’un
effet suspensif soit accordé à son recours en ce sens que sa demande de renvoi de l’audience
préliminaire ne soit pas rejetée et que des mesures provisionnelles soient ordonnées,
à savoir que l’audience préliminaire prévue dès le 3 mars 2021 soit renvoyée,
que le délai fixé pour faire un dépôt de 50'000 fr. pour assurer les frais de l’office
soit suspendu et qu’un nouveau délai pour l’avance de frais préalable à l’audience
préliminaire soit fixé à la demanderesse lorsqu’il aura été statué
sur les conclusions de son recours.

 

4.

4.1

4.1.1             
Aux termes de l’art. 405 al. 1 CPC (Code
de procédure civile du 19 décembre 2008 ; RS 272), les recours sont régis par
le droit en vigueur au moment de la communication de la décision aux parties. Toutes les décisions
communiquées en 2011, y compris les décisions incidentes et les décisions d’instruction,
sont soumises aux voies de droit du nouveau droit, même si elles ont été rendues dans
le cadre d’une procédure qui se poursuit selon l’ancien droit en vertu de l’art.
404 CPC (ATF 138 III 41 ; ATF 137 III 424 consid. 2.3, RSPC 2011 p. 489 avec note de Tappy ;
TF 5A_9/2012 du 30 avril 2012 consid. 2.2 ; TF 4A_668/2011 du 11 novembre 2011, SJ 2012 I 159).

 

4.1.2             
Selon l'art. 319 let. b CPC, le recours est ouvert
contre les ordonnances d'instruction et les décisions autres que finales, incidentes ou provisionnelles
de première instance, dans les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu'elles peuvent causer
un préjudice difficilement réparable (ch. 2) (Jeandin, in
Bohnet et al., Commentaire romand, Code de procédure civile [cité ci-après : CR-CPC],
2e
éd., Bâle 2019, n. 12 ad art. 319 CPC).

 

4.1.3             
Le recours dirigé contre une décision
relative à une dispense de comparution personnelle ou contre une décision relative au renvoi
d’une audience, qui constituent des ordonnances d’instruction, n’est pas prévu
par la loi. Sa recevabilité est ainsi soumise à la condition du préjudice difficilement
réparable au sens de l’art. 319 let. b ch. 2 CPC (CREC 5 octobre 2018/300 ; CREC 6 mars
2017/86 et CREC 6 juillet 2012/244 s’agissant des décisions relatives à la dispense de
comparution personnelle ; CREC 14 juin 2016/212 et CREC 27 janvier 2012/36 s’agissant des
décisions relatives au renvoi de l’audience).

 

             
La notion de préjudice difficilement réparable de l'art. 319 let. b ch. 2 CPC est plus large
que celle de dommage irréparable de l'art. 93 al. 1 let. a LTF (Loi sur le Tribunal fédéral
du 17 juin 2005 ; RS 173.110), puisqu'elle vise non seulement un inconvénient de nature juridique,
mais aussi les désavantages de fait (JdT 2014 III 121 consid. 2.3 et les références citées ;
JdT 2011 III 86 consid. 3 ; Jeandin, op. cit., n. 22 ad art. 319 CPC). La question de savoir s'il
existe un préjudice difficilement réparable s'apprécie par rapport aux effets de la décision
incidente sur la cause principale, respectivement la procédure principale (ATF 137 III 380 consid. 1.2.2 ;
cf. aussi TF 4A_560/2011 du 11 janvier 2012 consid. 2.2). Ainsi, l'art. 319 let. b ch. 2 CPC ne
vise pas seulement un inconvénient de nature juridique, imminent, mais également toute incidence
dommageable, y compris financière ou temporelle, pourvu qu'elle soit difficilement réparable.
Il y a toutefois lieu de se montrer exigeant, voire restrictif, avant d'admettre la réalisation
de cette condition, sous peine d'ouvrir le recours à toute décision ou ordonnance d'instruction,
ce que le législateur a clairement exclu (CREC 22 mars 2012/117 ; Jeandin, op. cit., n. 22
ad art. 319 CPC et les références citées). En outre, un préjudice irréparable
de nature juridique ne doit pas pouvoir être ultérieurement réparé ou entièrement
réparé par une décision finale favorable au recourant (ATF 134 III 188 consid. 2.1 et
2.2).

 

             
Est notamment irrecevable le recours contre la dispense accordée à la partie intimée de
comparaître personnellement à l'audience de conciliation, au vu de son domicile à l'étranger
(CREC 6 mars 2017/86 ; CREC 6 juillet 2012/244).

 

4.1.4             
Le délai de recours est de dix jours pour
les décisions prises en procédure sommaire et les ordonnances d’instruction, à moins
que la loi n’en dispose autrement (art. 321 al. 2 CPC).

 

4.2             
La recourante soutient que sa dispense de comparution
personnelle à l’audience préliminaire, de même que la décision du refus de
renvoi de cette audience lui causerait un préjudice difficilement réparable. Elle souhaiterait
participer à l’audience préliminaire, toutefois, pour des raisons sanitaires, elle est
dans l’impossibilité de comparaître et de participer aux dix journées d’audience
s’échelonnant sur un mois qu’elle juge au demeurant disproportionnées. Selon elle,
la priver de participer à cette audience, ainsi que dispenser ses parties adverses de comparution
personnelle, violerait son droit d’être entendue, ainsi que la garantie d’un procès
équitable au sens de l’art. 6 CEDH.

 

4.3             
Comme le rappelle la recourante, la présente
cause comporte quelques 1400 allégués dont il appartiendra notamment au juge instructeur lors
de l’audience préliminaire de fixer les faits contestés et admis (art. 280 CPC-VD) et
discuter avec les parties des preuves offertes (art. 281 CPC-VD). On relèvera que ces opérations
nécessitant du temps et que le juge instructeur disposait en l’état d’un large
pouvoir d’appréciation quant à la fixation de l’audience préliminaire. Les
parties ont par ailleurs été citées à comparaître cinq mois avant l’audience,
à une période où la situation sanitaire n’était pas différente de celle
d’aujourd’hui.

 

             
En l’espèce, la recourante est valablement représentée dans le cadre de la procédure
en cours, de sorte que son mandataire, au bénéfice d’une procuration, est susceptible
de se déterminer sur les faits de la cause et les moyens de preuves, voire même de transiger,
étant précisé que les défendeurs ont exclu toute transaction. La recourante ne risque
par conséquent pas de se voir reprocher un défaut et les conséquences de celui-ci au sens
de l’art. 306 CPC-VD. On ne distingue par ailleurs pas en quoi la présence de la recourante
à l’audience préliminaire serait absolument indispensable, d’autant que les intimés
seront également absents.

 

             
L’audience préliminaire étant
en substance principalement destinée à épurer les faits et à tenter la conciliation,
les parties pourront toujours faire valoir des compléments d’instruction ainsi que l’administration
des preuves dans le cadre de l’audience de jugement (art. 291 et 292 CPC-VD). La recourante ne
subit dès lors pas de préjudice difficilement réparable en étant dispensée de
comparution à l’audience préliminaire puisqu’elle pourra faire valoir tous ses
moyens dans le cadre de l’audience de jugement en présence du Tribunal in
corpore.

 

             
Compte tenu de ce qui a été exposé, la recourante échoue à démontrer l’existence
d’un préjudice difficilement réparable en cas de dispense de comparution personnelle
à l’audience préliminaire, ou à défaut de renvoi de cette audience.

 

5.             
En définitive, le recours doit être
déclaré irrecevable selon le mode procédural de l’art. 322 al. 1 in
fine CPC, ce qui rend sans objet la requête
d’effet suspensif présentée par la recourante.

 

             
Le présent arrêt peut être rendu
sans frais judiciaires de deuxième instance (art. 11 TFJC [Tarif des frais judiciaires civils du
28 septembre 2010 ; BLV 270.11.5]).

 

             
Il ne sera pas alloué de dépens de deuxième instance dès lors que les intimés
n’ont pas été invités à se déterminer.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

en
application de l'art. 322 al. 1 CPC,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est irrecevable.

 

             
II.             
La requête d’effet suspensif est sans
objet.

 

             
III.             
L’arrêt, rendu sans frais, est exécutoire.

 

 

Le
juge présidant :              
La greffière :

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Christian Fischer (pour O.________),

‑             
Me Jean-Christophe Diserens (pour X.________ et M.________).

 

             
La Chambre des recours civile considère que la valeur litigieuse est supérieure à 30’000
francs.

 

             
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière civile devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral –
RS 173.110), cas échéant d'un recours constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF.
Dans les affaires pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de droit
du bail à loyer, à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins que la contestation ne soulève
une question juridique de principe (art. 74 LTF). Ces recours doivent être déposés devant
le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la présente notification (art. 100
al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Juge instructeur de la Cour civile du Tribunal cantonal.

 

             
La greffière :