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**Case Identifier:** 1e09b2a1-5665-5799-a5d1-893b1a316d27
**Source:** Bundesstrafgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2012-07-25
**Language:** fr
**Title:** Bundesstrafgericht 25.07.2012 BB.2011.140
**Docket/Reference:** BB.2011.140
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BSTG_001_BB-2011-140_2012-07-25

## Full Text

Compétence ratione materiae (art. 23 al. 1 let. g CPP en lien avec l'art. 264b ss CP/art. 108 et 109 aCPM), art. 393 al. 1 let. a CPP.;;Compétence ratione materiae (art. 23 al. 1 let. g CPP en lien avec l'art. 264b ss CP/art. 108 et 109 aCPM), art. 393 al. 1 let. a CPP.;;Compétence ratione materiae (art. 23 al. 1 let. g CPP en lien avec l'art. 264b ss CP/art. 108 et 109 aCPM), art. 393 al. 1 let. a CPP.;;Compétence ratione materiae (art. 23 al. 1 let. g CPP en lien avec l'art. 264b ss CP/art. 108 et 109 aCPM), art. 393 al. 1 let. a CPP.

Décision du 25 juillet 2012  
Cour des plaintes 

Composition  Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, prési-

dent, Giorgio Bomio et Patrick Robert-Nicoud,  

la greffière Claude-Fabienne Husson Albertoni  

   

Parties  A., représenté par Me Jacques Michod, Me Marc 

Bonnant et Me Magali Buser, avocats, 

recourant 

 

 contre 

   

  MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION, 

1. B. 

2. C. 

représentés tous deux par Me Damien Chervaz, avo-

cat, 

intimés 

 

   

Objet  Compétence ratione materiae (art. 23 al. 1 let. g CPP 

en lien avec l'art. 264b ss CP/art. 108 et 109 aCPM), 

art. 393 al. 1 let. a CPP  

B u n d e s s t r a f g e r i c h t   

T r i b u n a l  p é n a l  f é d é r a l  

T r i b u n a l e  p e n a l e  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  p e n a l  f e d e r a l  

 

 

Numéro de dossier: BB.2011.140 

 

 

 

- 2 - 

 

 

 

Faits: 

 

A. A la suite d’une dénonciation pénale du 19 octobre 2011 émanant de 

l’Association D., par ordonnance du 19 octobre 2011, le Ministère public de 

la Confédération (ci-après: MPC), a ouvert une instruction pénale du chef 

de crimes de guerre (art. 264b ss CP; art 108 et 109 aCPM) à l’encontre de 

A., né le 27 décembre 1937, ressortissant algérien, ancien général major 

de l’armée algérienne et ancien Ministre de la défense. Selon la dénoncia-

tion, A. aurait commis des crimes de guerre dans le cadre du conflit interne 

algérien. L'ex-général major A. occupait le poste de ministre de la défense 

et a été membre de la junte au pouvoir après le coup d'Etat de 1992, année 

qui a marqué le début d'une guerre civile durant laquelle le pouvoir en pla-

ce se serait servi de la torture et des exactions extrajudiciaires à l'appui 

d'une politique d'Etat (MPC 01-00-0001).  

 

 

B. Par courrier du 19 octobre 2011, par l'intermédiaire de son conseil, B. réfu-

gié statutaire en Suisse depuis le 5 juin 1996, a également déposé plainte 

contre A. Il se plaint d'avoir été l'une des nombreuses victimes de la torture 

en 1993 (MPC 05-02-0001; 01-00-0001).  

 

 

C. Par courrier du 20 octobre 2011, C. citoyen algérien résident en Suisse de-

puis 2003 où il est au bénéfice du statut de réfugié, a également déposé 

plainte contre A. pour des actes de torture commis à son encontre à partir 

de 1993 en Algérie. Le plaignant s'est également constitué partie plaignan-

te et a élu domicile auprès d'un avocat genevois (MPC 05-03-0001). 

 

 

D. Informé par l'Association D. ainsi que par les parties plaignantes précitées 

de la présence de A. à l'hôtel E. à Z., le MPC a décerné le  

19 octobre 2011 un mandat d'amener à l'encontre du suspect, lequel a été 

auditionné le 20 octobre 2011 en qualité de prévenu (act. 1.4). A cette oc-

casion, le MPC a renoncé à demander son arrestation. Il s'est toutefois as-

suré de sa présence en Suisse pour une deuxième audition ainsi que 

d'éventuels autres actes d'enquête par le prononcé de mesures de substi-

tution. Lors du complément d'audition du 21 octobre 2011, le MPC a révo-

qué les mesures de substitution et le prévenu s'est déclaré disposé à ob-

tempérer à toute convocation émanant du MPC pour la suite de l'enquête 

(MPC 13-00-0022). 

 

 

- 3 - 

 

 

E. Le 21 novembre 2011, la Direction du droit international public du Dépar-

tement fédéral des affaires étrangères (ci-après: DDIP) a fait parvenir au 

MPC, à la demande de ce dernier, des observations relatives à l'immunité 

de A. Elle estime que ce dernier, en sa qualité d'ancien ministre de la dé-

fense de la République algérienne, continue à jouir d'une immunité de juri-

diction devant les instances helvétiques pour tous les actes qu'il a accom-

plis dans le cadre de ses fonctions officielles, mais que tel n'est pas le cas 

pour les actes qu'il a accomplis à titre privé durant la période de son man-

dat officiel ou pour les actes qu'il a accomplis avant ou après celui-ci 

(act. 1.6). 

 

 

F. Le 23 novembre 2011, A. a requis du MPC qu'il statue dans une décision 

sur la question de sa compétence (MPC 02-00-0001). Par ordonnance du 

1
er
 décembre 2011, le MPC s'est déclaré compétent. Il invoque entre autres 

qu'à partir du 1
er
 janvier 2011 sont soumises à la juridiction fédérale les in-

fractions de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, que 

quiconque commet à l'étranger un des actes précités est punissable s'il se 

trouve en Suisse et qu'il n'est pas extradé ni remis à un tribunal internatio-

nal dont la compétence est reconnue par la Suisse (act. 1.1). 

 

 

G. Par recours du 12 décembre 2011, A. conclut: 

I. Déclarer le présent recours recevable. 

II. Dire que le Ministère public de la Confédération est incompétent pour pour-

suivre Monsieur A., toutes poursuites contre ce dernier étant abandonnées. 

III. Annuler l'Ordonnance du 1
er

 décembre 2011 du Ministère public de la Confé-

dération. 

IV. Débouter le Ministère public de la Confédération de toutes autres ou contrai-

res conclusions. 

Pour motifs, il fait valoir notamment qu'il est au bénéfice d'une immunité de 

juridiction et qu'en dépit de ce que prévoit la norme pénale, le MPC n'a pas 

fait de démarche en lien avec une éventuelle extradition. Il soutient par ail-

leurs que le MPC viole le principe de la non-rétroactivité dans la mesure où 

il est poursuivi pour des faits qui se seraient déroulés entre 1992 et 1999 

en Algérie alors que l'autorité de poursuite entend lui appliquer des normes 

entrées en vigueur le 1
er

 janvier 2011. Selon lui, ce seraient les art. 108ss 

aCPM en vigueur alors qui lui seraient applicables, ce qui fonderait la com-

pétence des autorités militaires et non civiles. Cependant, ces dispositions 

requerraient l'existence d'un lien étroit de l'auteur avec la Suisse, lequel 

n'est en l'occurrence pas donné. En conséquence, selon lui, les tribunaux 

militaires ne seraient pas non plus compétents (act. 1). 

- 4 - 

 

 

H. Dans sa réponse du 9 janvier 2012, le MPC conclut, dans la mesure de la 

recevabilité du recours, à son rejet en tant qu'il demande l'annulation de 

l'ordonnance querellée et l'abandon des poursuites pour cause d'immunité, 

sous suite de frais et dépens. Il s'interroge d'abord sur la possibilité de re-

courir contre l'ordonnance querellée. S'agissant de l'extradition, il invoque 

notamment que les autorités algériennes ne se sont en l'espèce pas mani-

festées et qu'elles n'ont jamais démontré, depuis la fin du conflit armé algé-

rien, une volonté d'enquêter sur les crimes concernés. Par ailleurs, au  

1
er
 janvier 2011, la compétence en Suisse de juger les infractions aux titres 

12
bis

 à 12
quater

 CP est passée à la juridiction civile. Il soutient que le principe 

de la non-rétroactivité ne s'applique pas, ni a fortiori l'exigence du lien 

étroit. Enfin, à toutes fins utiles, il conteste que le recourant puisse se pré-

valoir d'une quelconque immunité (act. 6). 

 

Dans leurs observations du 23 janvier 2012, B. et C. concluent au rejet du 

recours, dans la mesure de sa recevabilité, en tant qu'il demande l'annula-

tion de l'ordonnance du MPC du 1
er
 décembre 2011 et l'abandon des pour-

suites pour cause d'immunité, sous suite de frais et dépens. Ils soutiennent 

entre autres que la question de l'immunité est irrecevable, n'étant pas l'ob-

jet de l'ordonnance querellée et que la Suisse n'avait pas à s'enquérir de 

l'extradition du prévenu dans la mesure où cette requête se serait avérée 

vaine. Ils considèrent en outre que le recourant n'est au bénéfice d'aucun 

type d'immunité et enfin que le MPC est effectivement compétent (act. 9). 

 

Dans sa réplique du 6 février 2012, le prévenu persiste dans ses conclu-

sions. Il fait notamment valoir avoir siégé au Haut Comité d'Etat (ci-après: 

HCE) durant les années 1993 et 1994 (soit au-delà de sa démission du 

poste de ministre de la défense en juillet 1993), instance présidentielle col-

légiale qui avait pour mission de gouverner le pays et de pallier la vacance 

de la présidence. Cet organe disposait de "tous les pouvoirs et attributs dé-

volus par la Constitution au Président de la République". Il est d'avis qu'il 

bénéficie de l'immunité ratione personae et de celle ratione materiae pour 

la période comprise entre le 14 janvier 1992 et le 30 janvier 1994 (act. 12). 

 

Dans une duplique du 2 avril 2012, B. et C. persistent dans leurs conclu-

sions (act. 15). 

 

Le MPC a indiqué, par courrier du même jour, n'avoir aucun commentaire 

complémentaire à formuler (act. 16). 

 

Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront re-

pris, si nécessaire, dans les considérants en droit.  

- 5 - 

 

 

La Cour considère en droit: 

 

1  

1.1 En tant qu'autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein 

pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis (Mes-

sage relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du  

21 décembre 2005, FF 2006 1057, 1296 in fine, ci-après: le Message;  

STEPHENSON/THIRIET, Commentaire bâlois, Schweizerische Strafprozes-

sordnung, n° 15 ad art. 393; KELLER, Kommentar zur Schweizerischen 

Strafprozessordnung [StPO], [Donatsch/Hansjakob/Lieber, éd.; ci-après: 

Kommentar], n 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des schweizerischen 

Strafprozessrechts, Zurich Saint-Gall, n° 1512). 

 

1.2 Dans ses écritures, le MPC met en doute la recevabilité du recours. Il craint 

qu'admettre la possibilité de recourir contre l'ordonnance querellée dans la-

quelle il se déclare compétent équivaudrait à reconnaître, de manière dé-

tournée, la possibilité de recourir contre la décision d'ouverture de la pro-

cédure pénale, ce que le législateur a expressément exclu (art. 309 al. 3 

CPP).  

 

1.2.1 Pour pouvoir diligenter une enquête, l'autorité pénale doit au préalable pro-

céder à l'ouverture d'une instruction. L'art. 309 al. 1 CPP prévoit que le mi-

nistère public procède de la sorte lorsque des soupçons suffisants laissent 

présumer qu'une infraction a été commise. Il n'est pas nécessaire qu'il exis-

te une forte vraisemblance qu'une condamnation soit prononcée à l'issue 

de la procédure, il suffit qu'il existe des indices concrets d'une infraction et 

pas seulement une possibilité indéterminée. La notion est forcement élasti-

que pour que, en pratique, le ministère public puisse ouvrir une instruction 

chaque fois que cela lui semble justifié (CORNU, Commentaire Romand,  

n
o
 8 ad art. 309). S'agissant d'une décision qui a une portée purement in-

terne, l'ordonnance d'ouverture n'a pas a être motivée et par conséquent le 

législateur a logiquement prévu qu'elle n'est pas sujette à recours (Le Mes-

sage; FF 2005 1247). Le prévenu ne dispose que de moyens indirects pour 

faire constater, le cas échéant, l'absence de soupçons suffisants ainsi que 

des conditions à la poursuite.  

 

1.2.2 Dans le cas d'espèce, le MPC a ouvert son enquête car, à la lumière des 

dénonciations qu'il a reçues, il a conclu à l'existence de soupçons suffi-

sants lui permettant de penser que des infractions tombant sous le coup 

des titres 12
bis

 et 12
ter

 du CP ont été perpétrées. Vu le caractère impératif 

de la poursuite, le MPC se devait d'ouvrir une enquête (art. 7 CPP), la ré-

pression des infractions aux titres précités du CP tombant dans sa compé-

http://links.weblaw.ch/BBl-2006-1057

- 6 - 

 

 

tence (art. 23 al. 1 let. g CPP). Si la position du législateur est claire par 

rapport à l'absence de recours à l'encontre de l'ouverture d'une instruction 

(art. 309 al. 3 CPP), il n'est pas d'emblée exclu que, dès les premiers actes 

d'instruction qui font suite à l'ouverture, la personne mise en cause ait un 

intérêt légitime et prépondérant à faire vérifier par une autorité de recours 

la subsistance des conditions de la poursuite. Cela d'autant plus que dans 

le système du CPP l'autorité de poursuite ne peut entreprendre, on l'a vu, 

aucun acte d'instruction avant l'ouverture de l'enquête, le législateur ayant 

renoncé à la possibilité des "investigations préalables". Dans ces condi-

tions, l'autorité de poursuite devra, comme dans le cas d'espèce, agir vite 

sans forcément connaître de façon définitive tous les éléments de l'affaire. 

Ce constat est d'autant plus vrai dans des affaires internationales mettant 

en jeu des notions juridiques complexes. Dans de telles circonstances, il 

serait contraire aux principes de célérité et d'économie de procédure de ne 

pas permettre, dès le commencement de celle-ci, de tirer au clair le plus 

rapidement possible la réalisation des conditions de la poursuite telle celle 

qui concerne la compétence du MPC. Il y a lieu de rappeler à ce titre que 

l'art. 39 al. 1 CPP prescrit notamment que les autorités pénales vérifient 

d'office si elles sont compétentes. Cela s'impose d'autant plus qu'une déci-

sion rendue par une autorité incompétente rationae materiae doit être 

considérée comme entachée d'un vice grave imposant la nullité (ATF 136 II 

23 consid. 3.4). Il importe dès lors de pouvoir examiner au plus vite la déci-

sion prise à ce sujet par l'autorité de poursuite. Dans le cas d'espèce, il faut 

relever encore que l'instruction a été ouverte le 19 octobre 2011 (MPC 01-

00-0001), que le MPC a entendu le prévenu le lendemain et les parties 

plaignantes entre le 21 octobre et le 8 décembre 2011 (MPC rubrique 12); 

la décision querellée date quant à elle du 1
er
 décembre 2011. En consé-

quence, on ne saurait assimiler le recours contre l'ordonnance incriminée à 

un recours dirigé à l'encontre de l'ouverture de l'enquête, étant donné que 

son dépôt n'a, en aucun cas, retardé ou fait obstacle à l'ouverture de celle-

ci ni n'a empêché l'autorité de poursuite de mener ses premières investiga-

tions.  

 

1.2.3 Le MPC n'a donc pas violé la loi en indiquant dans son ordonnance qu'elle 

pouvait faire l'objet d'un recours conformément à l'art. 393 al. 1 let. a CPP.   

 

1.3  

1.3.1 Les décisions du MPC peuvent faire l’objet d’un recours devant la Cour de 

céans (art. 393 al. 1 let. a CPP; art. 37 al. 1 de la loi fédérale sur 

l’organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71] 

en lien avec l’art. 19 al. 1 du règlement sur l’organisation du Tribunal pénal 

fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]). Le recours contre les décisions noti-

- 7 - 

 

 

fiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de 

dix jours, à l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP). 

 

1.3.2 L'ordonnance attaquée ayant été reçue le 2 décembre 2011, le recours dé-

posé le 12 décembre 2011 l'a été en temps utile. 

 

1.3.3 Le recourant, directement touché par l'ordonnance querellée, dispose de la 

qualité pour agir. 

 

1.4 Il y a lieu d'entrer en matière. 

 

2  

2.1 Dans un premier grief, le recourant considère que les conditions nécessai-

res à fonder la compétence universelle de la Suisse pour la répression des 

infractions dont il est question aux titres 12
bis

, 12
ter 

ou à l'art. 264k CP et 

plus spécifiquement à l'art. 264m CP ne sont pas réalisées. Le MPC et les 

parties plaignantes ne partagent pas ce point de vue.  

 

2.2 Au 1
er
 janvier 2011, une modification législative a ancré dans le CP les in-

fractions de crime de guerre (titre 12
ter

) et y a inscrit les dispositions com-

munes pour ce dernier titre ainsi que pour celui relatif aux génocides et 

crimes contre l’humanité (titre 12
quater

 respectivement 12
bis

 CP; RO 2010 

4963; Message relatif à la modification de lois fédérales en vue de la mise 

en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 23 avril 

2008 [ci-après: Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome]; 

FF 2008 3461). A cette occasion, est entré en vigueur notamment  

l'art. 264m CP dont le titre marginal s'intitule "Actes commis à l'étranger". 

Ce dernier prescrit: "Quiconque commet à l’étranger un des actes visés aux 

titres 12
bis

 et 12
ter

 ou à l’art. 264k est punissable s’il se trouve en Suisse et 

qu’il n’est pas extradé ni remis à un tribunal pénal international dont la 

compétence est reconnue par la Suisse (al. 1). Lorsque l’auteur n’est pas 

de nationalité suisse et que l’acte commis à l’étranger n’était pas dirigé 

contre un ressortissant suisse, les autorités peuvent suspendre la poursuite 

pénale ou y renoncer, sous réserve de la conservation des preuves, dans 

les cas suivants: a. une autorité étrangère ou un tribunal pénal international 

dont la compétence est reconnue par la Suisse poursuit l’infraction et 

l’auteur est extradé ou remis à ce tribunal; b. l’auteur ne se trouve plus en 

Suisse et n’y reviendra probablement pas (al. 2). L’art. 7 al. 4 et 5, est ap-

plicable, à moins que l’acquittement, la remise de peine ou la prescription 

de la peine à l’étranger n’aient eu pour but de protéger indûment l’auteur de 

toute peine (al. 3)".  

- 8 - 

 

 

2.3 L'article 264m CP est une disposition spéciale par rapport à l'art. 7 CP. En 

effet, ce dernier permet également à la Suisse, par l'application du principe 

de la compétence universelle subsidiaire, de poursuivre les crimes de gé-

nocide, de guerre et contre l'humanité. Toutefois, l'art. 7 CP prévoit que 

l’acte doit être aussi réprimé dans l’Etat où il a été commis (al. 2 let. b en 

relation avec l’al. 1 let. a), le principe du droit le plus favorable (art. 7 al. 3 

CP) et le principe ne bis in idem (art. 7 al. 4 CP) devant également s'appli-

quer. Or, soumettre sans aucune restriction les crimes très graves dont il 

est question ici à ces règles générales n'aurait pas été opportun, raison 

pour laquelle, une règle spécifique pour les crimes contre l’humanité se jus-

tifiait (Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 

3547).  

 

Dans la mesure où le principe de la non-rétroactivité de la norme pénale 

posé par l'art. 2 al. 1
er
 CP ne s'applique pas aux règles de procédure, no-

tamment aux dispositions réglant les compétences (TPF 2006 221 consid. 

1.1.2 et référence citée; ATF 117 IV 369 consid. 4d; GAUTHIER, Commen-

taire Romand CP I [ci-après: Commentaire CP I], Bâle 2009, n
o
 37 

ad art. 2), de manière générale, les nouvelles règles de procédure sont ap-

plicables aux procédures pendantes lors de leur entrée en vigueur (arrêt du 

Tribunal fédéral 2A.448/2003 du 3 août 2004). Dès lors, l'art. 264m CP 

trouve application dans le cas d'espèce et c'est à l'aune de ce dernier qu'il 

convient d'examiner si la Suisse est compétente pour poursuivre le recou-

rant, ce que ce dernier conteste. 

 

3 Dans son mémoire de recours et, de façon plus détaillée, dans sa réplique 

(act. 12), le recourant conteste les conditions d'applicabilité de la norme 

précitée. En particulier, il nie avoir un quelconque lien étroit avec la Suisse 

hormis le seul fait qu'il se trouvait dans ce pays le 20 octobre 2011, jour de 

son interpellation. En outre, selon lui, l'impossibilité de son extradition ferait 

en l'occurrence également défaut. 

 

3.1 S'agissant du lien avec la Suisse, le législateur a effectivement fait de la 

présence de l'auteur présumé dans notre pays une condition essentielle de 

la conduite d'une procédure en Suisse concernant un acte commis à 

l'étranger (art. 264m al. 1 CP; Message relatif à la mise en œuvre du Statut 

de Rome; FF 2008 3547). Cette condition doit être réalisée au moment de 

l'ouverture de la procédure. Quant à la question de savoir si cette présence 

doit s'étendre à toutes les phases de cette dernière, la jurisprudence affé-

rente aux articles 5 et 6 aCP excluait un jugement in absentia si l'auteur 

quittait la Suisse avant son procès (ATF 108 IV 145). Ainsi que relevé par 

- 9 - 

 

 

la doctrine, cette jurisprudence mérite toutefois d'être remise en question 

dans le sens que si la poursuite est engagée lorsque l'auteur se trouve en 

Suisse, son départ ultérieur n'éteint pas forcément la compétence juridic-

tionnelle de ce pays (HENZELIN, Commentaire CP I, n
o
 26 ad art 6 CP). 

Rapportée au cas d'espèce, cette interprétation semble d'ailleurs être éga-

lement celle de la lettre de l'art. 264m CP. En effet, l'art. 264m al. 2 let. b 

CP, ne prescrit-il pas d'emblée le renoncement à la poursuite mais, lorsque 

ni l'auteur ni la victime sont de nationalité Suisse, il laisse à l'autorité de 

poursuite la possibilité de décider si elle veut suspendre ou renoncer à la 

poursuite lorsque l'auteur ne se trouve plus en Suisse et n'y reviendra pro-

bablement pas. Il en va de l'efficacité de la poursuite d'infractions particuliè-

rement graves, qui par leur nature, sont commises à l'étranger par des 

étrangers qui ne se rendent qu'occasionnellement ou ne font que transiter 

par la Suisse. Sous cet angle, une interprétation trop stricte de la condition 

de la présence sur sol suisse reviendrait à laisser décider l'auteur de l'in-

fraction de la poursuite de celle-ci. Ce n'est pas ce qu'a voulu le législateur 

en adaptant son droit national pour permettre à la Suisse de participer effi-

cacement à l'effort international dans la répression de la violation des droits 

humains.  

 

En conséquence, la présence en Suisse du recourant lors de son interpel-

lation par le MPC suffit. Le fait qu'à l'heure actuelle il ne se trouve plus 

dans notre pays ne saurait, à lui seul, faire obstacle à la procédure ouverte 

par le MPC. 

 

3.2 Le recourant critique également la compétence du MPC sous l'angle de la 

personnalité passive. La nationalité algérienne des parties plaignantes au 

moment des faits exclurait tout rattachement, même passif, avec la Suisse. 

 

Dans l'ancien droit, le principe de la personnalité passive (crime ou délit 

commis à l'étranger contre un Suisse) était régi à l'art. 5 aCP tandis que le 

principe de la personnalité active (crime ou délit commis à l'étranger par un 

Suisse) à l'art. 6 aCP. L'art. 7 CP, entré en vigueur le 1er janvier 2007, 

s'applique dorénavant tant dans le cas d'un auteur suisse que dans celui 

d'une victime suisse (Message concernant la modification du code pénal 

suisse [dispositions générales, entrée en vigueur et application du code 

pénal] et du code pénal militaire ainsi qu'une loi fédérale régissant la condi-

tion pénale des mineurs du 21 septembre 1998; FF 1999 1804; HENZELIN, 

op. cit., n
o
 4 ad art. 7). En ce qui concerne le moment déterminant de la na-

tionalité de l'auteur et de la victime, la doctrine n'est pas unanime. Pour une 

partie de celle-ci, tant la victime que l'auteur doivent avoir la nationalité 

suisse au moment de l'infraction (LOGOZ, Commentaire du code pénal suis-

- 10 - 

 

 

se, Partie générale, Neuchâtel Paris 1955, p. 45, n
o
 2, p. 49, n

o
 2, DUPUIS 

ET AL., Petit Commentaire, Code pénal [ci-après: PC CP], Bâle 2012, n
o
 2 

ad art. 7). Pour une autre partie de la doctrine (POPP/LEVANTE, Basler 

Kommentar, Berne 2007, ad art. 7, n
o
 12 et 13 et doctrine citée), la nationa-

lité de l'auteur se détermine au moment du jugement; en revanche, la 

condition de la nationalité de la victime s'apprécie au moment de l'acte. 

Quant à la jurisprudence, sous l'empire de l'ancien droit (art. 6 aCP), le Tri-

bunal fédéral considérait que l'auteur devait être traité comme un Suisse s'il 

avait acquis la nationalité suisse après la commission de l'infraction à 

l'étranger (ATF 117 IV 369 consid. 6). A la lumière de cette jurisprudence et 

compte tenu de l'esprit de la dernière modification de l'art. 7 CP qui consis-

te à ne plus faire de différence selon les cas de personnalité active ou pas-

sive, désormais réunis dans une seule disposition, il paraît peu compré-

hensible que la nationalité de la victime ne s'apprécie pas selon les mêmes 

critères que ceux utilisés pour déterminer la nationalité de l'auteur (nationa-

lité suisse au moment du jugement). Dans le cas d'espèce, cette question 

ne doit toutefois pas être analysée plus avant puisque l'art. 7 CP n'est pas 

applicable et la compétence du MPC est de toute façon donnée en vertu de 

l'art. 264m al. 1 CP (infra consid. 3.3 ss). 

 

Mal fondé, ce grief doit être rejeté. 

 

3.3 Le recourant conteste ensuite le bien-fondé de la compétence helvétique 

en invoquant le fait qu'il n'a aucun lien étroit avec notre pays. Cet élément 

est lui aussi sans pertinence dans le cas d'espèce.  

 

3.3.1 L'exigence du lien étroit de l'auteur avec la Suisse avait été introduite à 

l'art. 9 aCPM au 1
er

 juin 2004 (Message relatif à la mise en œuvre du Statut 

de Rome; FF 2008 3493 à 3496 et 3546 à 3547). Cet article est resté en 

vigueur jusqu'au 31 décembre 2010. En 2008, lors des travaux législatifs 

concernant l'introduction dans le CP de la disposition pénale topique per-

mettant de fonder la compétence helvétique de poursuivre les crimes de 

génocide et des crimes de guerre contre l'humanité selon le principe de la 

compétence universelle de substitution (compétence universelle limitée), le 

législateur a renoncé à cette condition. HENZELIN relève de surcroît que le 

critère du lien étroit n'est pas prévu par la Convention de 1948 contre le 

génocide (RS 0.311.11), ni par les quatre Conventions de Genève 

(RS 0.518.1; RS 0.518.23; RS 0.518.42; RS 0.518.51) de sorte que cette 

condition a créé, tant qu'elle a été applicable, une contradiction entre le 

droit suisse et ces instruments de droit international, raison pour laquelle el-

le n'a pas été reprise dans les dispositions du CP en vigueur depuis le 

1
er
 janvier 2011 (op. cit., n

o
 37 ad art. 7). Cette exigence, qui ne figure donc 

http://www.admin.ch/ch/f/rs/0_311_11/index.html

- 11 - 

 

 

pas à l'art. 264m CP, a été abrogée notamment pour trois raisons: l'impré-

cision juridique, la limitation excessive de la compétence répressive natio-

nale alors qu'il s'agit précisément de poursuivre des crimes d'une extrême 

gravité et son contour trop restrictif par rapport aux solutions retenues en la 

matière par d'autres Etats d'Europe occidentale (Message relatif à la mise 

en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 3493 à 3496). A la lumière de la vo-

lonté clairement exprimée par le législateur, l'absence d'un lien étroit entre 

le recourant et la Suisse ne saurait donc empêcher la poursuite en cours.  

 

Il convient de relever au surplus que la notion de lien étroit - qui n'existait 

au demeurant pas dans les articles topiques du CPM en vigueur à l'époque 

des faits incriminés (de 1992 à 1999) - constituait, ainsi que le relèvent les 

intimés, une condition de l'exercice de l'action pénale et non pas un élé-

ment constitutif de l'infraction ou de quotité de la peine. En conséquence, il 

n'y a pas lieu d'appliquer à cette question les principes de non-rétroactivité 

et de lex mitior (DUPUIS ET AL., PC CP, n
o
 8 ad art. 2). A titre complémentai-

re, on relèvera que le principe de la lex mitior exige une comparaison du 

droit applicable au moment du jugement avec celui en vigueur au moment 

de la réalisation de l'infraction (art. 2 al. 2 CP). Dès lors que le droit en vi-

gueur à l'époque des faits ne prévoyait pas l'exigence d'un lien étroit, invo-

quer la lex mitior n'est d'aucun secours pour le recourant. Son argumenta-

tion n'est donc pas fondée. 

 

3.3.2 Dans sa réplique, le recourant invoque encore que si la notion du lien étroit 

n'existait pas dans les textes légaux au moment de la réalisation des faits 

qui lui sont reprochés, elle relevait cependant du droit coutumier; selon lui, 

il convient à ce titre de la prendre en considération. 

 

Parmi les sources du droit international figure en effet le droit coutumier. Il 

est fondé selon la doctrine dominante sur une pratique constante, uniforme 

et générale des sujets de droit accompagnée d'une conviction que cette 

pratique possède une force juridiquement obligatoire (KOLB, Droit interna-

tional pénal, Bâle 2008, p. 57; La relation entre droit international et droit in-

terne, Rapport du Conseil fédéral en réponse au postulat 07.3764 de la 

Commission des affaires juridiques du Conseil des Etats du 16 octobre 

2007 et au postulat 08.3765 de la Commission des institutions politiques du 

Conseil national du 20 novembre 2008 du 5 mars 2010, point 4.3). 

 

La notion de lien étroit qui figurait à l'art. 9 aCPM a été introduite dans la loi 

par les Chambres fédérales en 2003 (BO 2003 N 1989; 2003 E 941). Il res-

sort des débats aux Chambres que cette modification a eu pour origine la 

situation de la Belgique à l'époque dont la loi sur les criminels de guerre, 

- 12 - 

 

 

datant des années 1993 et 1999, posait le principe de la compétence uni-

verselle sans en subordonner l'application à la condition que le prévenu soit 

arrêté dans ce pays. Cela a eu pour conséquence que la justice belge s'est 

vue confrontée à des plaintes déposées contre des dirigeants, des politi-

ques et des généraux étrangers qui ont soulevé des questions de compé-

tence très délicates et ont été jusqu'à provoquer des conflits avec d'autres 

Etats (Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 

3491). Or, c'est précisément pour éviter une situation similaire que les dé-

putés ont choisi d'introduire la condition du lien étroit dans la loi (BO 2003 E 

940, 941; BO 2003 N 1984 ss; KOLB, op. cit., p. 228; VEST, Die Bunde-

srechtliche Botschaft zur Umsetzung der Vorgaben des IStGH-Status – ei-

ne kritische Bestandsaufnahme, 2009, p. 423, 426). Si le besoin d'ancrer 

cette exigence dans la loi s'est imposé, c'est bien qu'il n'existait auparavant 

aucune obligation, découlant du droit coutumier, de la prendre en considé-

ration pour poursuivre dans notre pays un étranger soupçonné de crime de 

guerre (BO 2003 N 1987). Du reste, KOLB souligne à cet égard que "La 

condition du "lien étroit" ne codifie pas une ancienne pratique comme cela 

a été prétendu; elle intègre une exigence restrictive nouvelle" (KOLB, 

op. cit., p. 228). D'ailleurs, le critère du lien étroit est fonctionnellement 

étranger au domaine des crimes internationaux. En effet, dans ce domaine 

délégué par le droit international, il s'agit d'exercer une compétence ré-

pressive dans l'intérêt de la communauté internationale – afin d'assurer un 

minimum de répression et d'éliminer les save havens (KOLB, op. cit., 

p. 230). De surcroît, l'exigence du lien étroit entraîne un conflit avec les 

Conventions de Genève de 1949 dont la Suisse est dépositaire. En effet, 

cette condition peut amener à violer l'obligation conventionnelle de poursui-

vre pénalement les infractions graves si la personne accusée se trouve sur 

le territoire d'un Etat partie (KOLB, ibidem; GRANT in Droit international pé-

nal, op. cit., p. 470). Aucun auteur ne soutient le contraire (POPP, Kommen-

tar zum Militärstrafgesetz, Besonderer Teil, St-Gall 1992, chiffre marginal 5 

des remarques préliminaires concernant les art. 108 ss; HAURI, Militärstraf-

gesetz, Kommentar, Berne 1983, ad art. 9).  

 

Enfin, ainsi que le relèvent les parties plaignantes avec pertinence  

(act. 15 p. 6 et 7), la jurisprudence ne fait aucunement état de la prise en 

compte de cette notion de lien étroit avant son introduction dans le CPM en 

2004. Il ressort ainsi du jugement du 5 septembre 1997 du Tribunal militaire 

de cassation que le Tribunal militaire de division 1 ne s'est jamais interrogé 

sur sa compétence alors même que la personne soupçonnée était de pas-

sage en Suisse et sans aucun autre lien avec notre pays (consid. b et 3b). 

En outre, dans une décision de 2004, le Département fédéral de la défen-

se, chargé d'examiner si une poursuite pénale pouvait être ouverte contre 

- 13 - 

 

 

un auteur étranger pour génocide, n'a pour sa part examiné cette question 

qu'en prenant en considération l'exigence de la présence de l'auteur en 

Suisse. Il n'a fait aucune mention de l'existence d'une autre condition, telle 

que l'existence d'un lien étroit (JAAC 68.50). 
 

Compte tenu des éléments qui précèdent, l'argument du recourant quant à 

l'exigence de prendre en considération l'existence d'un lien étroit en vertu 

du droit coutumier tombe à faux. 

 

3.4 Le recourant soutient ensuite que la condition de l'art. 264m CP relative au 

fait que la personne ne puisse pas être extradée n'est en l'occurrence pas 

remplie. 

 

Le Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome précise à cet 

égard que l'auteur ne doit pas pouvoir être extradé, même s’il a commis 

une infraction pouvant donner lieu à extradition. En posant cette réserve 

pour ce qui est des personnes qui n’ont pas la nationalité suisse, le législa-

teur marque la préférence accordée à l’ouverture d’une procédure pénale 

dans l’Etat sur le territoire duquel l’acte a été commis (principe de territoria-

lité) ou dans l’Etat d’origine de l’auteur de l’acte (principe de la personnali-

té). Lorsque l’extradition peut être envisagée, et sous réserve d’autres obs-

tacles, la justice suisse est donc compétente seulement si l’autre Etat re-

nonce expressément ou implicitement à engager une procédure pénale. Le 

Message précise cependant que l'on rejettera également la demande 

d’extradition si l’on a des indices concrets permettant de penser que l’Etat 

requérant n’a pas la volonté de poursuivre sérieusement l’auteur ou n’est 

pas en mesure de le faire, ou qu’en cas d’extradition il ne sera pas 

condamné à une juste peine. Si, dans un cas de ce genre, l’Etat dans le-

quel le crime a été commis ne requiert pas l’extradition, les autorités suis-

ses peuvent exceptionnellement renoncer à lui adresser une demande ex-

presse (Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 

3492). Ces développements reprennent et confirment ce que le Tribunal 

fédéral avait déjà spécifié dans un ATF 121 IV 145 selon lequel s'il existe 

des indices concrets permettant de penser que l'Etat où le crime a été 

commis n'a pas la volonté de poursuivre sérieusement l'auteur ou le 

condamner à une peine équitable, si les intérêts de victimes suisses ne 

sont ainsi pas protégés et s'il ne requiert pas l'extradition, les autorités 

suisses peuvent exceptionnellement renoncer à lui adresser une demande 

expresse (consid. 2 cc). Dans la jurisprudence relative à l'art. 19 ch. 4 

LStup - à laquelle on peut se référer (PC CP ad art. 6 n
o
 5) dans la mesure 

où cette disposition fait également référence à la notion "qu'il n'est pas ex-

tradé" – le Tribunal fédéral avait précisé d'une part que la compétence des 

- 14 - 

 

 

autorités helvétiques existe lorsque l'extradition n'est pas possible, même si 

aucune demande n'a été formulée par l'Etat étranger; le fait qu'une éven-

tuelle demande d'extradition serait rejetée suffit à obliger la Suisse à se 

charger de la poursuite et du jugement en application de l'adage "aut dede-

re aut judicare" (SJ 1991 p. 143; act. 6.1). D'autre part, le Tribunal fédéral a 

indiqué que, dans ce contexte, il faut entendre l'expression "et qu'il n'est 

pas extradé" comme le simple fait que l'auteur n'est pas transféré, indé-

pendamment des raisons pour lesquelles il ne l'est pas (ATF 137 IV 33 

consid. 2.1.3; 116 IV 244 consid. 4a). Le juge suisse doit certes s'assurer, 

lorsque l'extradition n'est pas exclue, qu'elle ne sera pas requise (ATF 116 

IV 244 consid. 4a). Cependant, dans un arrêt plus ancien, la Haute Cour 

avait également précisé que le juge peut exceptionnellement se dispenser 

de ce renseignement s'il est impossible d'obtenir le point de vue de l'Etat 

concerné dans un délai raisonnable (arrêt du Tribunal fédéral 1S.1/2004 

consid. 5 et références citées). Ce principe n'est donc pas intangible.  

 

Au surplus, ce sont les conventions applicables qui déterminent quel prin-

cipe l'emporte entre la poursuite ou l'extradition (HENZELIN, op. cit., n
o
 32 ad 

art. 6). Or, les quatre Conventions de Genève de 1949, auxquelles tant la 

Suisse que l'Algérie sont parties, prévoient une priorité de la poursuite sur 

la remise ou l'extradition de l'auteur (art. 49 CG I; art. 50 CG II; art 129 CG 

III; art. 146 CG IV). Il en résulte que les Etats parties à ces Conventions 

doivent rechercher si des auteurs potentiels de crimes de guerre se trou-

vent dans leur sphère de puissance et ouvrir des procédures à leur en-

contre (Mesures complémentaires dans le domaine du droit pénal néces-

saires à la mise en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale internatio-

nale, avant-projet et rapport explicatif, p. 37). Il en découle également que 

si un Etat suspecte qu'un criminel de guerre pourrait venir prochainement 

sur son territoire, il doit enquêter alors même qu'aucune demande d'extra-

dition ne peut encore être formulée. Il ne peut exciper de l'absence suppo-

sée de cette personne sur son territoire pour nier sa compétence a priori 

(HENZELIN, op. cit., n
o
 7 ad art. 6).  

 

Dans la présente affaire, l'Algérie, informée de l'interpellation du recourant 

le 20 octobre 2011, s'est manifestée le jour même auprès du DFAE  

tant à Alger qu'à Berne afin "d'exprimer sa sérieuse préoccupation à cet 

égard" (act. 1.6 p. 1). Depuis, à la connaissance de la Cour, elle n'est plus 

intervenue auprès des autorités helvétiques. Par ailleurs, le recourant ne se 

trouve plus en Suisse. En effet, après avoir été entendu par le MPC, il a 

quitté le territoire pour retourner en Algérie où aucune procédure n'a sem-

ble-t-il été ouverte contre lui depuis. Il n'est du reste pas vraisemblable 

qu'une telle éventualité se produise. En effet, aucune poursuite n'a jamais 

- 15 - 

 

 

été entreprise contre les dirigeants en charge à l'époque critique. De plus, il 

ressort de l'ordonnance n
o
 06-01 du 27 février 2006 portant mise en œuvre 

de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale algérienne que 

l'art. 44 stipule que les citoyens qui, par leur engagement et détermination, 

ont contribué à sauver l’Algérie et à préserver les acquis de la Nation, ont 

fait acte de patriotisme. L'art. 45 spécifie pour sa part: "Aucune poursuite 

ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des élé-

ments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes com-

posantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection 

des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préser-

vation des institutions de la République algérienne démocratique et popu-

laire. Toute dénonciation ou plainte doit être déclarée irrecevable par 

l’autorité judiciaire compétente". Enfin, l'art. 46 précise qu'est "puni d’un 

emprisonnement de trois à cinq ans et d’une amende (…) quiconque qui, 

par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les 

blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la 

République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à 

l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de 

l’Algérie sur le plan international." Compte tenu de ces dispositions, il ap-

pert qu'aucune poursuite ne peut être entreprise aujourd'hui en Algérie 

contre les hauts responsables qui étaient en place lors des évènements à 

l'origine de la présente procédure: elles seraient illégales. Toute demande 

d'extradition de la part de l'Algérie concernant le recourant est donc impos-

sible. Il en découle que le MPC disposait suffisamment d'éléments concrets 

pour considérer qu'aucune demande d'extradition visant le recourant ne se-

rait présentée à la Suisse.  

 

La condition posée à l'art. 264m CP selon laquelle l'auteur doit ne pas être 

extradé est donc également remplie. 

 

3.5 Le recourant invoque encore qu'en l'espèce, la Suisse se rend coupable 

d'ingérence dans les affaires intérieures algériennes et porte atteinte à la 

souveraineté de cette nation.  

 

En droit international, il existe certes un principe de non-ingérence selon 

lequel un Etat ne saurait intervenir dans ce qu’on appelle généralement les 

affaires intérieures ou la compétence nationale réservée ou encore exclu-

sive d’un autre Etat. Ce principe est consacré à l'art. 3 du Protocole addi-

tionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection 

des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole II). Cette 

norme précise en effet "aucune disposition du présent Protocole ne sera 

invoquée en vue de porter atteinte à la souveraineté d’un Etat ou à la res-

- 16 - 

 

 

ponsabilité du gouvernement de maintenir ou de rétablir l’ordre public dans 

l’Etat ou de défendre l’unité nationale et l’intégrité territoriale de l’Etat par 

tous les moyens légitimes (paragraphe 1)". Depuis l'arrêt rendu par la Cour 

internationale de justice (ci-après: CIJ) le 27 juin 1986 concernant le Nica-

ragua (arrêt CIJ, Recueil 1986 p. 14), il est admis que le choix d’un sys-

tème politique, économique ou social relève du noyau de la compétence 

exclusive d'un Etat. Cependant, actuellement, cela n’est plus aussi évident. 

D’abord, dès que des normes internationales spéciales posent des exi-

gences de démocratie - normes de plus en plus nombreuses -, la compé-

tence des Etats auxquels elles sont opposables n’est plus nationale et une 

prise de position étrangère ne peut plus s’analyser comme une ingérence. 

En outre, il convient d’admettre que l’énonciation de droits de l’homme de-

vient un vecteur de pénétration dans la manière dont un Etat gouverne et 

gère sa population (MARTINGE, Les révolutions et le principe de non-

ingérence, article du 4 mars 2011, www.affaires-stratégiques.info). Par ail-

leurs, selon l'arrêt précité de la CIJ, l'intervention d'un Etat tiers est illicite 

lorsqu'à propos de choix qui doivent demeurer libres, il utilise des moyens 

de contrainte, notamment la force, soit sous la forme directe (action mili-

taire) soit sous une forme indirecte (soutien à des activités subversives à 

l'intérieur d'un autre Etat). Or, en l'espèce, aucun de ces cas de figure n'est 

réalisé. Enfin, selon le Commentaire du CICR (ci-après: Le Commentaire) 

relatif à l'art. 3 du Protocole II, il appert que réserver totalement l'autorité de 

l'Etat aurait risqué de vider le Protocole II de sa substance et même de le 

rendre sans objet; c'est pourquoi il était capital de préciser dans la norme 

précitée que seuls "des moyens légitimes" peuvent être utilisés. Les impé-

ratifs de la sécurité de l'Etat ne sauraient donc être invoqués pour justifier 

des violations des règles du Protocole II. Un Etat, en ratifiant le Protocole II 

ou en y adhérant, en accepte les termes dans le libre exercice de sa sou-

veraineté. L'obligation de respecter les règles qu'il contient ne saurait, par 

conséquent, être ultérieurement considérée comme une atteinte à la sou-

veraineté de l'Etat signataire, le champ d'action du gouvernement ne se 

trouvant limité que par des obligations qu'il a lui-même contractées (cf. Le 

Commentaire n
o
 4501).  

 

Dès lors, l'Algérie, en ratifiant les Conventions précitées ainsi que le Proto-

cole II, s'est elle-même soumise aux obligations qui en découlent et a ainsi 

librement consenti à voir ses ressortissants suspectés d'avoir commis des 

crimes de guerre poursuivis en dehors de ses frontières. On ne saurait 

donc suivre le recourant sur ce point. 

 

- 17 - 

 

 

3.6 Il importe enfin, pour que l'art. 264m CP puisse s'appliquer que l'auteur ne 

soit pas remis à un tribunal pénal international dont la compétence est re-

connue par la Suisse.  

 

Pour la remise à un tribunal pénal international, il suffit que la Suisse re-

connaisse ledit tribunal et que la remise ait été demandée (Message relatif 

à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 3546). En l'espèce, ainsi 

que le relève le MPC, il n'existe pas de tribunal international spécial pour 

l'Algérie. Par ailleurs, selon l’art. 12, par. 2, du Statut de Rome, la Cour pé-

nale internationale (ci-après: CPI) peut exercer sa compétence uniquement 

si l’Etat sur le territoire duquel a été commis un crime de génocide, un cri-

me contre l’humanité ou un crime de guerre, ou dont l’auteur du crime a la 

nationalité, est partie au Statut de Rome. En d’autres termes, la CPI n’est, 

par principe, pas compétente lorsqu’un crime a été commis sur le territoire 

d’un Etat qui n’est pas partie au Statut et par le ressortissant d’un Etat qui 

n’est pas, lui non plus, partie au Statut (Message relatif à la mise en œuvre 

du Statut de Rome; FF 2008 3491). Or, l'Algérie n'en n'est pas partie. La 

CPI ne pouvant dès lors être saisie de la présente affaire, la dernière condi-

tion d'application de l'article précité est, elle aussi, réalisée. 

 

3.7 Au vu des considérations qui précèdent, contrairement à ce que soutient le 

recourant, rien en l'espèce n'empêche l'application de l'art. 264m CP. 

 

4 Le recourant considère ensuite qu'étant poursuivi pour des crimes de guer-

re commis entre 1992 et 1999, soit avant le 1
er
 janvier 2011, la poursuite 

devrait être basée sur les art. 108 et 109 aCPM et incomber ainsi à la juri-

diction militaire. 

 

Jusqu'au 31 décembre 2010, les violations du droit humanitaire étaient ef-

fectivement sanctionnées par les art. 108 et 109 aCPM et soumises de ce 

fait à la juridiction militaire. Toutefois, ainsi que précisé supra (consid. 3), 

au 1
er
 janvier 2011, une modification législative a eu pour effet de confier la 

poursuite des crimes des titres 12
bis

 (génocide) et 12
ter

 (crimes de guerre) 

CP au droit pénal ordinaire, ce que consacre d'ailleurs également l'art. 7 

al. 2 CPM. Le 1
er
 janvier 2011, est par ailleurs entré en vigueur l'art. 23 al. 1 

lit. g CPP aux termes duquel sont soumises à la juridiction fédérale les in-

fractions visées aux titres 12
bis

 et 12
ter

 CP précités et à l'art. 264k CP. Il ré-

sulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient le recourant, 

c'est bien la juridiction fédérale ordinaire qui est en l'occurrence compéten-

te. Il appartient donc au MPC de connaître de la présente affaire. 

- 18 - 

 

 

5  

5.1 Dans un dernier grief, le recourant se prévaut de l'immunité de juridiction. 

Selon lui, les accusations du MPC portent sur des crimes de guerre qu'il 

aurait commis dans le cadre de sa fonction de Ministre de la défense du-

rant les années 1992 et 1993. Par ailleurs, il bénéficierait également, en 

tant qu'ancien membre du HCE, d'une immunité de juridiction pleine et en-

tière pour la période soumise à l'enquête du MPC. Cette dernière autorité, 

pour sa part, s'interroge tout d'abord sur la recevabilité de ce grief à ce sta-

de de la procédure dans la mesure où cette question ne fait pas l'objet de 

la décision attaquée. Elle conclut à son rejet au cas où la Cour de céans 

devait entrer en matière sur le grief en question. Les parties plaignantes, 

quant à elles, concluent au défaut de l'immunité de juridiction. 

 

5.2 Une fois constatée la compétence du MPC de se saisir de l'affaire, le prin-

cipe d'économie de procédure impose à la Cour de céans de se pencher 

sur la question de savoir s'il existe un obstacle procédural découlant de la 

qualité du prévenu qui empêche l'autorité d'exercer son pouvoir juridiction-

nel alors même qu'elle en aurait la compétence (Rapport de la Commission 

du droit international, 63
ème

 session, 26 avril-3 juin et 4 juillet-12 août 2011, 

document de la 66
ème

 Assemblée générale de l'ONU A/66/10, n
o
 163 ss [ci-

après: Rapport ONU 2011]; arrêt de la CIJ du 14 février 2002 relatif au 

mandat d'arrêt du 11 avril 2000, n
o
 46 [ci-après: arrêt CIJ du 14 février 2002 

relatif au mandat d'arrêt ou affaire Yerodia]). Contrairement à l'avis du 

MPC, la question de l'immunité du prévenu doit être analysée déjà aux tous 

premiers stades de la procédure. Il serait en effet incompréhensible qu'une 

procédure soit ouverte et poursuivie alors que des doutes subsisteraient 

quant à la condition de la poursuite liée à l'immunité du prévenu. Outre à 

être contraire au principe d'économie précité, une telle démarche pourrait 

également entraîner des conséquences dans les relations internationales 

de la Suisse. Il y a donc lieu d'entrer en matière sur ce grief. 

 

5.3 La jurisprudence a déjà eu l'occasion de préciser que dans le domaine de 

l'immunité de la juridiction pénale, les principes du droit des gens font partie 

intégrante du droit interne suisse. Les chefs d'Etat sont absolument exemp-

ts, "ratione personae", de toute contrainte étatique et de toute juridiction 

d'un Etat étranger en raison d'actes qu'ils auraient commis, où que ce soit, 

dans l'exercice des fonctions officielles (ATF 115 Ib consid. 5b et doctrine 

citée). Selon ces principes, l'immunité des chefs d'Etats est une institution 

de droit international coutumier. Elle dérive de l'immunité et de la souverai-

neté de l'Etat (Avis de droit de la DDIP du 22 février 2001, RSDIE 2004, 

p. 684). Les anciens chefs d'Etat continuent, quant à eux, à bénéficier de 

l'immunité de juridiction pénale pour les actes accomplis dans l'exercice de 

- 19 - 

 

 

leurs fonctions. Ladite immunité est analogue à ce que prévoit, pour les 

agents diplomatiques, l'art. 39 al. 2 de la Convention de Vienne du 18 avril 

1961 sur les relations diplomatiques (RS 0.191.01) lequel stipule que l'im-

munité de juridiction subsiste - après la fin des fonctions diplomatiques - en 

ce qui concerne les actes accomplis par l'agent diplomatique dans l'exerci-

ce de ses fonctions comme membre de la mission (Communication du 

15 janvier 2009 de la DDIP à l'OFJ, citée dans BESSON, Droit international 

public, Berne 2011, pp. 94-95). La question de l'immunité après la cessa-

tion de la fonction de chef d'Etat ne fait cependant plus l'unanimité notam-

ment de la doctrine internationale et de la jurisprudence rendue à ce sujet 

dans plusieurs pays (infra consid. 5.3.3 à 5.3.6).  

 

5.3.1 Dans le domaine de l'immunité, deux notions sont généralement distin-

guées: l'immunité personnelle (ratione personae) et l'immunité fonctionnelle 

(ratione materiae). La nécessité d'améliorer la coopération internationale a 

conduit à faire bénéficier les chefs d'Etat et de gouvernements, ainsi que 

les ministres des affaires étrangères (communément désignés par le terme 

de Triade) de l'immunité personnelle (ratione personae) durant l'accomplis-

sement de leurs fonctions couvrant l'ensemble de leurs actes y compris 

ceux privés. Le droit international public coutumier a reconnu de tels privi-

lèges ratione personae aux chefs d'Etat autant pour tenir compte de leurs 

fonctions et du symbole de souveraineté qu'ils portent qu'en raison de leur 

caractère représentatif dans les relations interétatiques (ATF 115 Ib 496 

consid. 5b). L'immunité de juridiction pénale doit en particulier éviter que 

les activités gouvernementales ne soient paralysées par des accusations 

de nature pénale formulées pour des raisons politiques à l'encontre de 

hauts agents officiels étrangers (ATF 130 III 136 consid. 2.1). L'immunité 

ratione personae couvre les actes accomplis par un représentant de l'Etat à 

la fois à titre officiel et privé, avant et pendant la période où il occupe ses 

fonctions. Liée à la fonction de son titulaire dans l'administration publique, 

l'immunité est de nature temporaire, elle prend effet avec l'entrée en fonc-

tion du responsable et cesse de s'appliquer le jour où ses fonctions pren-

nent fin (Rapport préliminaire sur l'immunité des représentants de l'Etat de 

la juridiction pénale étrangère, Commission du droit international, 60
ème

 

session, 2008, A/CN.4/601, n
o
 79 [ci-après: Rapport préliminaire 2008]). 

Dans l'affaire Yerodia, la CIJ a précisé que sont au bénéfice de cette im-

munité les représentants qui occupent des positions élevées dans la hié-

rarchie. Tel est notamment le cas du ministre des affaires étrangères en 

exercice qui jouit, à l'égard de la juridiction d'autres Etats, d'une immunité 

absolue. 

 

- 20 - 

 

 

5.3.2 En ce qui concerne l'immunité fonctionnelle (ratione materiae), il est admis 

que les représentants des Etats étrangers autres que les membres de la 

Triade et les fonctionnaires qui ne jouissent pas d'autres immunités en tant 

que membres du corps diplomatique ou consulaire ou en tant que fonction-

naires d'une organisation internationale couverts par l'accord du siège de 

cette organisation internationale ou de droit national, bénéficient en princi-

pe de l'immunité de juridiction et d'exécution dans les autres Etats. Cette 

immunité découle des actes accomplis dans l'exercice des fonctions offi-

cielles (ZIEGLER, Introduction au droit international public, Berne 2011, 

p. 293, n
os

 659, 660). Le but de l'immunité fonctionnelle est tout à la fois de 

protéger le fonctionnaire étranger des conséquences des actes imputables 

à l'Etat pour lequel il a agi et d'assurer par là même le respect de la souve-

raineté de l'Etat. Il est généralement admis que cette immunité continue 

pour les actes officiels accomplis pendant la durée de la fonction même 

après la fin de celle-ci (Rapport préliminaire 2008, n° 80). En revanche, cet-

te immunité fonctionnelle, plus communément désignée avec le terme 

d'immunité résiduelle, ne saurait protéger l'ancien fonctionnaire d'une pour-

suite pénale pour des faits pénalement relevant commis avant et après la 

fin de sa fonction officielle ou pour des infractions pénales commises dans 

la période de sa fonction officielle mais en dehors des tâches relevant de 

son ancienne fonction (CASSESE/ACQUAVIVA/FAN/WHITING, International 

Criminal Law, Oxford 2011, p. 76 et 77).  

 

5.3.3 Pour ce qui a trait à l'immunité résiduelle des chefs d'Etat et, plus généra-

lement des membres de la Triade, la CIJ relève que dès lors qu'une per-

sonne a cessé d'occuper la fonction de ministre des affaires étrangères, el-

le ne bénéficie plus de la totalité des immunités de juridiction que lui accor-

dait le droit international dans les autres Etats. A condition d'être compétent 

selon le droit international, un tribunal d'un Etat peut juger un ancien minis-

tre des affaires étrangères d'un autre Etat au titre d'actes accomplis avant 

ou après la période pendant laquelle il a occupé ces fonctions, ainsi qu'au 

titre d'actes qui, bien qu'accomplis durant cette période, l'ont été à titre pri-

vé. Dans le même arrêt, la CIJ a également souligné que l'immunité de ju-

ridiction dont jouit le ministre des affaires étrangères en exercice ne signifie 

pas qu'il bénéficie d'une impunité au titre des crimes qu'il aurait pu commet-

tre, quelle que soit leur gravité. L'immunité de juridiction peut certes faire 

obstacle aux poursuites pendant un certain temps ou à l'égard de certaines 

infractions, mais elle ne saurait exonérer la personne qui en bénéficie de 

toute responsabilité pénale (arrêt CIJ du 14 février 2002 relatif au mandat 

d'arrêt, n
os

 60 et 61). 

 

- 21 - 

 

 

5.3.4 La doctrine, en se fondant à la fois sur l'émergence des nouvelles conven-

tions et instances internationales consacrées au respect du jus cogens 

humanitaire et sur les jugements rendus par des tribunaux internationaux et 

surtout nationaux en la matière, a mis en exergue l'émergence d'un pro-

cessus tendant à accroître les causes d'exception à l'immunité juridiction-

nelle (cf. notamment BELLAL, Immunités et violations graves des droits hu-

mains, Bruxelles 2011, spécialement p. 214 ss; VAN ALEBEEK, The Immuni-

ty of States and Their Officials in International Criminal Law and Internatio-

nal Human Rights Law, Oxford, 2008, spécialement p. 200 ss; TOMUSCHAT, 

L'immunité des Etats en cas de violations graves des droit de l'homme, 

RGDI, 2005, pp. 51-74; BIANCHI, L'immunité des Etats et les violations gra-

ves des droits de l'homme, RGDIP, 2004, pp. 64-101). Exceptions qui vi-

sent l'immunité ratione personae des chefs de l'Etat en exercice et l'immu-

nité ratione materiae des anciens chefs ou hauts fonctionnaires de l'Etat en 

cas de violation grave des droits humanitaires car l'immunité ratione mate-

riae dépend des actes en cause et non plus de la personne officielle de son 

titulaire, dont la fonction s'est éteinte (BESSON, op. cit., p. 93; CANDRIAN, 

L'immunité des Etats face aux droits de l'Homme et à la protection des 

biens culturels, Zurich 2005, p. 484). Il est fréquemment fait état dans la 

doctrine d'une érosion progressive de l'immunité devant les juridictions na-

tionales (GAETA, Immunity of States and State Officials: A Major Stumbling 

Block to Judicial Scrutiny? In Realizing Utopia [CASSESE éd.], Oxford, 2012, 

p. 229; BESSON, op. cit., p. 96; BIANCHI, op. cit., p. 90). 

 

5.3.5 Si certaines dérogations de droit conventionnel à l'immunité des chefs 

d'Etats existaient déjà depuis 1984 (art. IV de la Convention pour la préven-

tion et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 

[RS 311.11; ci-après: Convention contre le génocide]; cf. ég. les art. 1 et 5 

de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, 

inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 [RS 0.105; ci-après: 

Convention contre la torture]), il est indéniable qu'il existe une tendance 

manifeste sur le plan international à vouloir restreindre l'immunité des (an-

ciens) chefs d'Etat en cas de crimes relevant du jus cogens. En relèvent et 

sont du droit impératif, l'interdiction du génocide et des crimes contre l'hu-

manité dont l'interdiction de la torture; Message relatif à la mise en œuvre 

du Statut de Rome; FF 2008 3474). La création de tribunaux internatio-

naux, notamment la CPI et les tribunaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwan-

da en sont l'exemple le plus parlant. Régie par le Statut de Rome, la CPI 

est la première cour pénale internationale permanente créée pour permet-

tre de mettre fin à l'impunité des auteurs, sans égard à leur qualité officielle, 

pour les crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale 

et qui sont, de ce fait reconnus comme faisant partie du jus cogens. A ce ti-

- 22 - 

 

 

tre, la CPI concrétise les aspirations de la communauté internationale, la-

quelle, dans sa grande majorité, a trouvé au fil du temps, un consensus sur 

l'impérieuse nécessité de poursuivre les actes de génocide, les crimes 

contre l'humanité et les crimes de guerre. A cette fin, l'art. 27 du Statut de 

Rome stipule que la qualité officielle de chef de l'Etat ou de gouvernement 

n'exonère en aucun cas de la responsabilité pénale et que les immunités 

qui s'attachent à la qualité officielle d'une personne n'empêchent pas la CPI 

d'exercer sa compétence (SCHILLER, Die völkerrechtliche Immunität amtie-

render Staatsoberhäupter als Verfahrenshindernis vor dem Internationalen 

Strafgerichtshof, Journal of International Law of Peace and Armed Conflict, 

2011, pp. 30-38). En parallèle à cette tendance, au niveau national s'est 

inscrite cette même volonté de mettre un terme à l'impunité en matière des 

crimes les plus graves. Une évolution sensible de la pratique internationale 

est perceptible dès les années 1990. A titre d'exemple, il faut relever les ar-

rêts rendus dans cette même période par la Chambre des Lords au sujet 

de l'ancien président chilien Augusto Pinochet. Lors de cette affaire, l'auto-

rité britannique a jugé à trois reprises que l'immunité de l'ancien dictateur 

ne pouvait être opposée à sa responsabilité pénale pour des violations des 

droits humains commises hors de ses fonctions de chef d'Etat (cf. BESSON, 

op. cit., p. 94; WISE/PODGOR/CLARK, International Criminal Law: Cases and 

Materials, San Francisco 2009, p. 379-398). Dans l'affaire Pinochet, les 

Lords ont estimé que la Convention contre la torture ne pouvait pas coexis-

ter avec le principe de l'immunité ratione materiae pour les actes de torture 

que l'ancien président chilien aurait pu commettre pendant sa période de 

fonction. Depuis cette affaire notamment, les immunités ratione materiae 

des anciens chefs d'Etat ne sont plus garanties automatiquement face à la 

responsabilité individuelle en matière pénale, même pour les actes commis 

durant leurs activités officielles. 

 

5.3.6 La question relative à la portée de l'immunité de juridiction pénale étrangè-

re d'un représentant de l'Etat occupe depuis quelques années la Commis-

sion du droit international de l'ONU (ci-après: CDI). Le Rapport préliminaire 

sur l'immunité des représentants de l'Etat de la juridiction pénale étrangère 

a été rendu en 2008 (Rapport préliminaire 2008) et très récemment, la CDI 

a publié le Rapport CDI 2011. Même si les travaux de la CDI sur ce sujet 

ne sont pas terminés, il se dégage des discussions tenues dans cette en-

ceinte des thèses opposées. En résumé, à la position représentée par le 

rapporteur spécial de la Commission, axée exclusivement sur la lege lata et 

tendant à considérer l'immunité comme la norme qui ne souffrirait aucune 

exception (Rapport ONU 2011, n° 121), s'est opposé un courant qui a qua-

lifié de tendancieuse la position du rapporteur puisque ne prenant pas en 

considération les évolutions en cours du droit international concernant, en 

- 23 - 

 

 

particulier, la question des crimes graves de droit international (Rapport 

ONU 2011, n° 117). Quoiqu'il en soit, des travaux en cours de la CDI, il 

semblerait ressortir une position dominante concernant la reconnaissance 

de l'immunité ratione personae absolue des membres de la Triade en exer-

cice, car toute brèche dans ce domaine empêcherait les intéressés en 

fonction de s'acquitter de leurs tâches. En ce qui concerne en revanche 

l'immunité ratione materiae, des exceptions dans le contexte de la commis-

sion de crimes de droit international pourraient être pertinentes (Rapport 

ONU 2011, n° 113). Sur ce point, il est proposé d'exclure l'immunité suivant 

la nature des actes tels que les actes privés, ultra vires, ou illicites. Dans 

ces cas, l'agent étatique n'agirait guère dans le cadre de sa fonction (Rap-

port ONU 2011, notamment n
os

 113, 134, 135). Il ressort enfin de ce rap-

port, la préoccupation de la commission d'aborder prudemment la question 

de l'immunité afin de parvenir à un équilibre acceptable entre la nécessité 

d'assurer la stabilité des relations internationales et celle d'éviter l'impunité 

des auteurs de crimes graves de droit international (Rapport ONU 2011, 

n°119). 

 

5.4 L'appréciation du cas d'espèce nécessite un rapide survol de la situation 

algérienne pendant la période en cause (1991-1993). Après l'interruption 

du processus électoral de décembre 1991, processus qui avait vu le Front 

islamique de salut (ci-après: FIS) remporter les élections législatives de juin 

1990, l'Algérie a connu une période de grande instabilité politique et socia-

le. Craignant la perte du pouvoir et l'établissement d'une république islamis-

te, le gouvernement annula immédiatement les élections après le premier 

tour. Le 11 janvier 1991, à la suite d'un coup de force de l'armée, le prési-

dent F. a quitté le pouvoir après que l'armée l'ait contraint à dissoudre l'As-

semblée nationale pour éviter l'intérim (IMPAZAGLIO/GIRO, Algeria in ostag-

gio, Milan 1997, pp. 40-41). Le pouvoir présidentiel fut désormais exercé 

par une structure collégiale instituée le 14 janvier 1992 dénommée HCE. 

G., un des chefs du Front de Libération Nationale (ci-après: FLN) a été 

choisi pour présider le HCE (ZIREM, Algérie. La guerre des ombres, Bruxel-

les 2002, p. 10). Les autres membres du HCE étaient: A. (ex-général), H. 

(recteur de la mosquée de Paris, rappelé d'urgence en Algérie depuis la 

France), I. (président d'une organisation pour les droits humains), et J. 

(chef de l'association des Moudjahidin, ex-combattants de la libération)  

(IMPAZAGLIO/GIRO, op. cit., p. 41). L'état d'urgence a été décrété le 9 février 

1992 et le FIS a été dissous par une décision administrative le 4 mai 1992 

(ZIREM, op. cit., p. 49). L'assassinat de G., le 29 juin 1992, a marqué le dé-

but d'une période de guerre civile qui a duré environ 10 ans. Le gouverne-

ment a poursuivi une politique d'action systématique contre les islamistes, 

qui ont formé des groupes armés et monté des attaques terroristes qui se 

- 24 - 

 

 

sont progressivement répandus dans toutes les régions du pays. Depuis le 

début des combats, les organisations non gouvernementales et l'ONU 

avaient exprimé une vive préoccupation quant à la militarisation du pays, à 

l'usage indiscriminé de la violence par les forces de l'ordre, aux arrestations 

arbitraires, aux déportations, aux disparitions, aux exécutions sommaires, à 

la torture et aux mauvais traitements. Il a été estimé que les combats en 

Algérie pendant cette période ont coûté la vie à 200'000 personnes et le 

nombre des disparus est évalué entre 4000 et 7000 personnes (cf. notam-

ment, DEL MINISTRO, Algeria. Dalla Guerra civile alla Riconciliazione, Bo-

logna 2009, p. 88. Commission On Human Rights, 59
ème

 session, 9 janvier 

2003, United Nation, Economic and Social Council, E/CN.4/3003/66/Add.1, 

n
os

 19, 20). Pour ce qui concerne plus particulièrement le recourant, il est 

souvent mis en cause dans les études consacrées à l'Algérie de cette pé-

riode comme faisant partie du courant des "éradicateurs" opposé au cou-

rant des "réconciliateurs" (ZIREM, op. cit., p. 10), le premier étant suspecté 

d'être responsable de massacres dans les prisons (DEL MINISTRO, op. cit., 

p. 121, note de bas de page n° 5). 

 

5.4.1 A. est soupçonné d'avoir commis des crimes de guerre durant les années 

1992 à 1999 (MPC 01-00-0001, 13-00-0005); il est également suspecté 

d'avoir commis des actes de torture en Algérie en 1993 sur plusieurs per-

sonnes, notamment sur B. et C. Il ressort de ses déclarations que A., mili-

taire de carrière, a fait toute sa formation en Algérie. En début de carrière, il 

était officier de l'armée française, de laquelle il a déserté pendant la guerre 

d'Algérie. En 1988, il a été commandant des forces terrestres sous la pré-

sidence de F., ultérieurement adjoint et chef d'état-major (MPC 13-00-

0006). Après la chute du président F. (11 janvier 1991), depuis fin 1991 

début 1992 jusqu'au 10 juillet 1993, il confirme avoir été ministre de la dé-

fense. Pendant cette période, il ne conteste pas avoir également été mem-

bre du HCE (MPC 13-00-0007). Le HCE a été en fonction pendant deux 

ans (début 1992 - fin 1993). Ainsi que déclaré lors de son audition du 

20 octobre 2011, le recourant a indiqué que pendant ces deux ans d'appar-

tenance au HCE, il a fait partie de la gouvernance collégiale qui dirigeait le 

pays. Toujours selon ses déclarations, la politique et la conduite du pays 

étaient dans les mains du HCE, il n'y avait pas d'autres instances telles 

qu'une assemblée. Le HCE était là pour suppléer la présidence et en as-

sumer les fonctions; il prenait les décisions concernant le pays et ensuite le 

gouvernement les exécutait (MPC 13-00-0008). En tant que membre du 

HCE et Ministre de la défense le recourant avait la double casquette de 

membre d'un gouvernement collégial et de responsable des forces armées. 

Selon ses déclarations, il aurait quitté ces deux fonctions le 10 juillet 1993 

(MPC 13-00-0008). Contrairement à ce qui est notamment indiqué dans la 

- 25 - 

 

 

réplique du 6 février 2012, où il est mentionné que le recourant aurait siégé 

au HCE durant les années 1993 et 1994 (supra let. H), lors de son audition 

le recourant a été catégorique en affirmant que sa fonction au sein de cette 

autorité s'est terminée avec la fin de son mandat de ministre de la défense 

(MPC 13-00-0011). Il n'est pas clair, en l'état actuel du dossier et des dé-

clarations du prévenu lui-même, si celui-ci a, après cela, continué d'exercer 

des rôles institutionnels, directs ou indirects, dans la conduite de l'armée 

ou, plus généralement du pays. Quoiqu'il en soit, toujours selon ses dires, 

bien qu'il n'aurait pas eu de fonctions officielles (MPC 13-00-0011), il serait 

encore resté proche du pouvoir et aurait fait nommer K., son successeur, 

comme Ministre de la défense (MPC 13-00-0008). 

 

5.4.2 Eu égard aux principes de droit international rappelés ci-dessus (supra 

consid. 5.3.1), l'appartenance de A. au gouvernement collégial (HCE) de-

vrait suffire pour qu'on lui reconnaisse l'immunité ratione personae pendant 

sa période de fonction. Cette question ne mérite cependant pas de plus 

amples éclaircissements puisque selon l'interprétation large fournie par la 

CIJ dans l'affaire Yerodia, interprétation suivie par certains tribunaux natio-

naux (cf notamment COSNARD et NOUVEL, Jurisprudence française en ma-

tière de droit public, RGDIP 2011, p. 593-604, commentaire de l'arrêt de la 

Cour de cassation de la Chambre criminelle du 19 janvier 2010; association 

des familles victimes du naufrage du Jola et autres où l'immunité ratione 

personae du ministre de la défense a été admise) et par la CDI (Rapport 

2011, n° 192), l'immunité ratione personae durant la période de la fonction 

ne concerne pas exclusivement la Triade. Le ministre de la défense en 

fonction jouit également de cette immunité. A ce titre déjà, A. bénéficiait 

pendant la période où il exerçait cette fonction de l'immunité ratione perso-

nae. Cette dernière est aujourd'hui éteinte. 

 

5.4.3 En l'espèce, la question est dès lors de savoir si, après la cessation des 

fonctions officielles, le recourant continue de bénéficier de l'immunité à 

d'autres titres. Il a d'emblée été exclu, après consultation du DFAE par le 

MPC, que A. est au bénéfice d'un statut diplomatique ou d'une accrédita-

tion en Suisse le mettant à l'abri d'une procédure pénale et vérifié que le 

document en possession du précité n'attribue que des privilèges de trans-

port (MPC 13-00-0005). Il reste à décider si l'immunité ratione materiae ré-

siduelle couvre tous les actes commis pendant sa fonction et prévaut sur la 

nécessité de dégager les responsabilités éventuelles du recourant sur de 

prétendues violation graves des droits humains. Selon les principes qui 

ressortent des courants de doctrine et de jurisprudence exposés plus haut 

(supra consid. 5.3.3 à 5.3.6), une réponse affirmative à cette question ne 

fait plus l'unanimité. Il est en effet généralement reconnu que l'interdiction 

- 26 - 

 

 

des crimes graves contre l'humanité, notamment en cas de torture, a un ca-

ractère coutumier. Cette approche est partagée par le législateur suisse, 

pour qui "l'interdiction du génocide, des crimes contre l'humanité et des 

crimes de guerre est de nature impérative (jus cogens)". Selon ce même 

législateur, "les Etats sont tenus de faire respecter cette interdiction indé-

pendamment de l'existence de règles conventionnelles et de leur validité. 

Ce devoir vise à préserver les valeurs fondamentales de l'humanité et doit 

être accompli indépendamment de l'attitude des autres Etats (erga omnes)" 

(Message relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 3474). Eu 

égard à la valeur fondamentale du bien juridique protégé, le législateur 

suisse a décidé "d'assurer une répression sans faille de ces actes" (Mes-

sage relatif à la mise en œuvre du Statut de Rome; FF 2008 3468). Or, il 

serait à la fois contradictoire et vain si, d'un côté, on affirmait vouloir lutter 

contre ces violations graves aux valeurs fondamentales de l'humanité, et, 

d'un autre côté, l'on admettait une interprétation large des règles de l'im-

munité fonctionnelle (ratione materiae) pouvant bénéficier aux anciens po-

tentats ou officiels dont le résultat concret empêcherait, ab initio, toute ou-

verture d'enquête. S'il en était ainsi, il deviendrait difficile d'admettre qu'une 

conduite qui lèse les valeurs fondamentales de l'ordre juridique internatio-

nal puisse être protégée par des règles de ce même ordre juridique. Une 

telle situation serait paradoxale et la politique criminelle voulue par le légi-

slateur vouée à rester lettre morte dans la quasi-totalité des cas. Ce n'est 

pas ce qu'il a voulu. Il en découle qu'en l'espèce le recourant ne saurait se 

prévaloir d'aucune immunité ratione materiae. 

 

5.5 Pour ce qui concerne les actes accomplis avant la prise de fonction de A. 

en tant que Ministre de la défense de la République algérienne ainsi que 

pour les actes accomplis après la fin de cette fonction, aucune immunité ju-

ridictionnelle ne saurait entrer en ligne de compte. 

 

6 Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté. 

 

7  

7.1 Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans 

la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé (art. 428 al. 1 

CPP). Ainsi, en application des art. 5 et 8 al. 1 du règlement du Tribunal 

pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procé-

dure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162), ils seront fixés à 

CHF 1’500.-- et mis à la charge du recourant. 

 

- 27 - 

 

 

7.2 La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les dépen-

ses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure 

(art. 436 al. 1 en lien avec l'art. 429 al. 1 let. a CPP). Selon l'art. 12 al. 1 

RFPPF, les honoraires sont fixés en fonction du temps effectivement 

consacré à la cause et nécessaire à la défense de la partie représentée. 

Selon l'al. 2 de cette même disposition, lorsque l’avocat ne fait pas parvenir 

le décompte de ses prestations dans la procédure devant la Cour des 

plaintes, avec son unique ou sa dernière écriture, le montant des honorai-

res est fixé selon l’appréciation de la cour. En l'espèce, une indemnité d'un 

montant de CHF 1'500.-- (TVA incluse) en faveur des parties plaignantes 

paraît équitable pour le travail déployé.   

 

- 28 - 

 

 

Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 

 

1. Le recours est rejeté. 

 

2. Un émolument de CHF 1'500.-- est mis à la charge du recourant. 

 

3. Une indemnité de CHF 1'500.-- (TVA comprise) est allouée aux parties plai-

gnantes à la charge du recourant. 

 

 

Bellinzone, le 30 juillet 2012 

 

Au nom de la Cour des plaintes 

du Tribunal pénal fédéral 

 

Le président: La greffière:  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Distribution 

 

- Me Jacques Michod, Me Marc Bonnant et Me Magali Buser, avocats 

- Ministère public de la Confédération, Laurence Boillat, Procureure fédérale 

- Me Damien Chervaz, avocat 

 

 

 

 

Indication des voies de recours 

Il n'existe pas de voie de recours ordinaire contre la présente décision.