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**Case Identifier:** 1ba4c2e0-9142-591d-9fec-c345d4f29aec
**Source:** Bundesstrafgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2020-02-24
**Language:** fr
**Title:** Bundesstrafgericht 24.02.2020 SK.2019.56
**Docket/Reference:** SK.2019.56
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BSTG_001_SK-2019-56_2020-02-24

## Full Text

Mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), demande de prononcé d'une mesure (art. 374 et s. CPP);;Mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), demande de prononcé d'une mesure (art. 374 et s. CPP);;Mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), demande de prononcé d'une mesure (art. 374 et s. CPP);;Mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), demande de prononcé d'une mesure (art. 374 et s. CPP)

Jugement du 24 février 2020 
Cour des affaires pénales 

Composition  Les juges pénaux fédéraux David Bouverat, juge 

président, Nathalie Zufferey et Stephan Zenger,     

la greffière Joëlle Fontana  

Parties  MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION, 

représenté par Juliette Noto, Procureure fédérale,  

  

et 

 

la partie plaignante 

 

B., agent de détention, représenté par Maître Xavier 

Diserens, avocat,  

 
contre 

  
A., actuellement détenu, défendu d'office par Maître 

Robert Fox, avocat,  

 

Objet  
Mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), 

demande de prononcé d'une mesure  

(art. 374 et s. CPP) 

B u n d e s s t r a f g e r i c h t  

T r i b u n a l  p é n a l  f é d é r a l  

T r i b u n a l e  p e n a l e  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  p e n a l  f e d e r a l  

 

Numéro du dossier : SK.2019.56 

- 2 - 

SK.2019.56 

  

Faits: 

De la procédure préliminaire 

A. Suite à son arrestation le 23 juin 2017, par la police municipale de V., A. a été 

placé en détention provisoire pour soupçons d’infractions aux art. 260bis et 260ter 

CP et de violation de l’art. 2 de la loi fédérale interdisant les groupes «Al-Qaïda» 

et «Etat islamique» et les organisations apparentées (RS 122). Le Ministère public 

de la Confédération (ci-après: MPC) a repris la procédure en date du 27 juin 2017 

(02-00-0005 ss).  

B. De nombreux objets ont été saisis sur le prévenu et dans la chambre d’hôtel où il 

résidait, suite à des perquisitions effectuées les 23 et 24 juin, ainsi que 7 juillet 

2017 (rubrique 08). A. a été entendu en dates des 3 juillet et 14 septembre 2017 

(13-01-0001 à 0017). 

C. En date du 1er novembre 2017, le MPC a ordonné l’expertise psychiatrique d’A., 

laquelle a été effectuée par la Doctoresse L. et le Docteur M. en date du 19 juin 

2018. Ils ont notamment posé un diagnostic de schizophrénie paranoïde continue, 

constatant l’irresponsabilité du prévenu (11-01-0005 à 0034 et 11-01-0043 à 

0068). 

D. Le 21 septembre 2018, le Ministère public du canton de W. a ouvert une instruction 

à l’encontre d’A., à raison des reproches suivants. Alors qu’il se trouvait en 

détention provisoire à la prison Z., A. s’en serait pris à un agent de détention, B., 

lui assénant «un coup de poing au visage», «avant de se mettre à l’étrangler» (02-

00-0041). Le Parquet du canton de W. a procédé aux auditions de plusieurs agents 

de détention, dont B., et d’un détenu, en dates des 22, 23 et 24 septembre 2018, 

ainsi qu’à l’audition du prévenu, le 20 novembre 2018 (rubrique 12-05 ss et 13-01-

0018 à 0023).  

E. En date du 21 février 2019, la procédure pénale du canton de W. a été jointe à la 

procédure pénale déjà en mains du MPC (v. supra Faits, let. A; 01-01-0001 et s.). 

Par ordonnance du 25 juin 2019, le MPC a étendu la procédure à l’infraction de 

mise en danger de la vie d’autrui, à l’encontre d’A. (01-00-0009). 

F. Le MPC a procédé à de nouvelles auditions du prévenu en dates des 4 mars et 

16 juillet 2019 (13-01-0028 à 0047), ainsi que des agents de détention B. et C., en 

date du 12 juin 2019 (12-05-0022 à 0033 et 12-07-0019 à 0028). 

G. Le 29 août 2019, B. a formulé des conclusions civiles par devant le MPC (15-02-

0018 à 0024). 

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H. En date du 15 octobre 2019, le MPC a rendu une ordonnance de classement des 

chefs d’infractions aux art. 260bis et 260ter CP et de violation de l’art. 2 de la loi 

fédérale interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les 

organisations apparentées, allouant à A. une indemnité de CHF 81'000 à titre de 

réparation pour tort moral pour la détention injustifiée subie entre le 23 juin 2017 

et le 20 septembre 2018. Les frais ont été laissés à la charge de la Caisse fédérale 

(03-02-0016 à 0021). 

I. Le 17 octobre 2019, le MPC a transmis à la Cour des affaires pénales du Tribunal 

pénal fédéral (ci-après: la Cour) une demande de prononcé d’une mesure dans le 

cadre d’une procédure à l’égard de prévenus irresponsables (art. 374 et s. CPP), 

à l’égard d’A., du chef de mise en danger de la vie d’autrui. Il a requis le prononcé 

d’une mesure thérapeutique institutionnelle, telle que préconisée par les experts 

psychiatres, ainsi que la destruction d’une liste d’objets appartenant à A. (03-02-

0001 à 0005 et TPF 14.100.001 à 005).  

J. Le même jour, le MPC a demandé au Tribunal cantonal des mesures de contrainte 

du canton de Berne de placer le prévenu en détention pour motifs de sûreté, ce 

que ledit tribunal a ordonné en date du 24 octobre 2019, pour une durée de trois 

mois, jusqu’au 16 janvier 2020 (06-01-0532 ss; TPF 14.231.7.007 à 015).  

De la procédure de première instance 

K. En date du 31 octobre 2019, la direction de la procédure a ordonné un complément 

d’expertise du prévenu; les experts psychiatres ont remis leur rapport y relatif le 

12 décembre 2019. Ils ont posé un diagnostic de schizophrénie paranoïde en 

rémission incomplète, constatant l’irresponsabilité du prévenu (TPF 14.264.1.002 

ss). 

L. Après avoir informé les parties des preuves administrées d’office et les avoir 

invitées à formuler leurs offres de preuve, la direction de la procédure a rendu une 

ordonnance sur les preuves en date du 10 décembre 2019 et une ordonnance 

complémentaire sur les preuves en date du 6 février 2020 (TPF 14.250.001 à 006). 

Un extrait actualisé du casier judiciaire suisse d’A. du 5 décembre 2019, deux 

certificats de suivi psychiatrique du Service de médecine pénitentiaire Y., deux 

rapports de comportement en détention du prévenu de la Prison Y. des 5 et 

7 novembre 2019, ainsi que des 4 et 12 février 2020, des documents des 6 et 

7 février 2020, reçus de l’Office des poursuites et du Service social de V., un 

formulaire de situation personnelle et financière du prévenu dûment rempli en date 

du 23 novembre 2019 et un avenant du 13 décembre 2019 à l’ordonnance de 

classement du 15 octobre 2019 ont été versés au dossier (TPF 14.231.1.005; 

14.231.7.019 à 022 et 200 à 205; 14.231.3.002 à 005; 14.231.4.4.007 à 009 et 011 

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à 031; 14.510.054 et s.). Les citations et invitations à comparaître ont été dûment 

notifiées aux parties et à l’expert (TPF 14.320.001 et s.; 14.331.001 à 005; 

14.351.001 à 004; 14.371.001 et s). 

M. Initialement prévus les 8 et 9 janvier 2020, les débats ont été annulés, en raison 

de l’incapacité du défenseur d’office à y prendre part (TPF 14.331.021). Les 

nouvelles citations et invitations à comparaître ont été dûment notifiées aux parties 

et à l’expert (TPF 14.320.003 et s.; 14.331.022 à 026; 14.351.014 à 017; 

14.371.003 et s.). À la demande de la Cour, le Tribunal cantonal des mesures de 

contrainte du canton de Berne a prolongé la détention pour motifs de sûreté d’A. 

jusqu’au 16 mars 2020 (TPF 14.231.7.154 à 167). 

N. Les débats ont eu lieu le 17 février 2020, en présence du MPC, du prévenu et de 

la défense. A. a été interrogé. Le Docteur M. a également été entendu en qualité 

d’expert psychiatre (TPF 14.720.001 à 007). 

O. Au terme des débats, le MPC a requis: le prononcé d’une mesure thérapeutique 

institutionnelle au sens de l’art. 59 CP à l’encontre d’A., la restitution ainsi que la 

destruction des objets séquestrés, selon deux listes établies; il a également requis 

que l’Office d’exécution des peines du canton de W. soit chargé de «veiller» à 

placer immédiatement A. dans une institution de soins adaptée, à défaut de quoi 

la prolongation de la détention pour motifs de sûreté jusqu’au moment où A. pourra 

être placé. Il a conclu à la mise à charge d’A. des frais de procédure par 

CHF 3'308.60 (TPF 14.721.013 à 017). 

P. La défense a conclu à l’acquittement d’A., à l’allocation, en application de l’art. 429 

al. 1 let. c CPP, d’un montant de CHF 92'520 au titre de la détention subie du 

21 septembre 2018 au 17 février 2020, soit 514 jours à CHF 180 le jour 

(TPF 14.721.018). 

Du prévenu 

Q. Célibataire, A. est père de deux filles. Avant son placement en détention, le 23 juin 

2017, A. était sans emploi et vivait de l’aide sociale. Il bénéficiait du revenu 

d’insertion pour une personne et d’un logement social (TPF 14.731.002, l. 27 à 

31). Entre 2008 et décembre 2019, il a touché de l’aide sociale à hauteur de 

CHF 112'861.40 (18-02-0004 ss; TPF 14.231.4.011 ss). A. a des poursuites et 

actes de défaut de biens pour CHF 42'267 (CHF 39'873 d’actes de défaut de biens 

et CHF 2'394 de poursuites introduites en 2016 et 2017; TPF 14.231.3.002 à 005). 

En exécution du chiffre 4 du dispositif de l’ordonnance de classement du 

15 octobre 2019, le Service d’exécution des jugements du MPC a versé à A., le 

6 février 2020, la somme de CHF 81'000 à titre de réparation pour le tort moral des 

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suites de la détention injustifiée subie du 23 juin 2017 au 20 septembre 2018 (03-

02-0014; TPF 14.810.010).  

R. Selon l’extrait de son casier judiciaire du 5 décembre 2019, A. a été condamné le 

27 septembre 2016 par le Ministère public de l’arrondissement de V. à une peine 

pécuniaire de 45 jours amende à CHF 30 le jour, avec sursis durant un délai 

d’épreuve de deux ans, ainsi qu’à une amende de CHF 300, pour voies de fait 

(art. 126 al. 2 CP) et menaces (art. 180 al. 2 CP), sur son ex-compagne et mère 

de ses enfants (18-01-0031 à 0033; TPF 14.231.1.005). 

 Dans la mesure où d’autres précisions sont nécessaires au jugement de la cause, 

elles seront apportées dans les considérants qui suivent. 

 

La Cour considère en droit: 

1. Questions préjudicielles et incidentes, procédure 

Questions préjudicielles et incidentes  

1.1 Compétence à raison du lieu et de la matière 

À teneur de la décision de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral du 

7 février 2019 (BG.2018.57), rendue suite à une requête de fixation de 

compétence matérielle du Ministère public du canton de W., les autorités de 

poursuite pénale de la Confédération sont compétentes pour poursuivre et juger 

les infractions reprochées à A. 

1.2 Prescription de l’action pénale 

1.2.1 L'action pénale se prescrit par 30 ans si la peine maximale encourue est une 

peine privative de liberté à vie, par quinze ans si la peine maximale encourue est 

une peine privative de liberté de plus de trois ans, par dix ans si la peine 

maximale encourue est une peine privative de liberté de trois ou par sept ans si 

la peine maximale encourue est une autre peine (art. 97 al. 1 let. a à d CP). 

1.2.2 En l’espèce, l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui est un crime (art. 10 

al. 2 CP), passible d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une 

peine pécuniaire. Les faits se sont déroulés le 21 septembre 2018, de sorte que 

l’action pénale n’est pas prescrite au jour du présent jugement. 

  

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Procédure à l’égard de prévenus irresponsables  

1.3 À teneur de l’art. 374 CPP, si le prévenu est irresponsable et que la punissabilité 

au sens de l’art. 19 al. 4 ou 263 CP n’entre pas en ligne de compte, le ministère 

public demande par écrit au tribunal de première instance de prononcer une 

mesure au sens des art. 59 à 61, 63, 64, 67, 67b ou 67e CP, sans prononcer le 

classement de la procédure pour irresponsabilité du prévenu (al. 1). Pour tenir 

compte de l’état de santé du prévenu ou pour protéger sa personnalité, le tribunal 

de première instance peut: a. débattre en l’absence du prévenu; b. prononcer le 

huis clos (al. 2). Le tribunal de première instance donne à la partie plaignante 

l’occasion de s’exprimer sur la réquisition du ministère public et sur ses 

prétentions civiles (al. 3). Pour le surplus, les dispositions régissant la procédure 

de première instance sont applicables (al. 4).  

1.3.1 Les débats ont eu lieu en présence du prévenu, aucun élément au dossier ou 

soulevé par les parties ne justifiant de déroger à ce principe, en application de 

l’art. 374 al. 2 CPP. Dans leur complément d’expertise du 12 décembre 2019, les 

experts psychiatres ont conclu à l’aptitude d’A. à prendre part aux débats 

(TPF 14.264.1.067).  

1.4 Selon l’art. 375 CPP, le tribunal ordonne les mesures proposées ou d’autres 

mesures lorsqu’il considère la participation du prévenu et son irresponsabilité 

comme établies et qu’il tient ces mesures pour nécessaires. Il se prononce 

également sur les prétentions civiles que la partie plaignante a fait valoir (al. 1). 

Le prononcé des mesures et la décision sur les prétentions civiles sont rendus 

sous la forme d’un jugement (al. 2). Si le tribunal considère que le prévenu est 

responsable ou qu’il le tient pour responsable des infractions commises en état 

d’irresponsabilité, il rejette la réquisition du ministère public. L’entrée en force de 

ce prononcé poursuit la procédure préliminaire engagée contre le prévenu (al. 3). 

S’agissant de la participation du prévenu à l’infraction reprochée, les éléments 

constitutifs objectifs et subjectifs de cette infraction doivent être réalisés 

(BOMMER, Commentaire bâlois, 2e éd. 2014, n. 4 ad art. 375 CPP; 

SCHWARZENEGGER, Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung, 

2e éd., n. 2 ad art. 375 CPP). Selon le Tribunal fédéral, une personne totalement 

irresponsable peut agir intentionnellement (arrêts du Tribunal fédéral 

6B_604/2016 du 8 décembre 2016 consid. 2.2.1; 6B_204/2016 du 29 novembre 

2016 consid. 2.4.2). 

1.5 Dans un premier temps, la Cour examine la participation d’A. à l’infraction.  

  

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2. Mise en danger de la vie d’autrui (art. 129 CP) 

2.1 Commet une infraction à l’art. 129 CP, celui qui, sans scrupules, aura mis autrui 

en danger de mort imminent. Cette infraction suppose la réunion de trois 

éléments, à savoir la mise d'autrui dans un danger de mort imminent, la 

conscience de ce fait et l'absence de scrupules (arrêt du Tribunal fédéral 

6B_1297/2017 du 26 juillet 2018 consid. 6.1). Le danger au sens de l'art. 129 CP 

suppose un risque concret de lésion, c'est-à-dire un état de fait dans lequel 

existe, d'après le cours ordinaire des choses, la probabilité ou un certain degré 

de possibilité que le bien juridique soit lésé, sans toutefois qu'un degré de 

probabilité supérieur à 50% soit exigé (ATF 121 IV 67 consid. 2b/aa p. 70). Il doit 

en outre s'agir d'un danger de mort, et non pas seulement d'un danger pour la 

santé ou l'intégrité corporelle (ATF 133 IV 1 consid. 5.1 p. 8). Enfin, il faut que le 

danger soit imminent. La notion d'imminence n'est toutefois pas aisée à définir. 

Elle implique en tout cas, outre la probabilité sérieuse de la réalisation du danger 

concret, un élément d'immédiateté qui se caractérise moins par l'enchaînement 

chronologique des circonstances que par le lien de connexité direct et étroit 

unissant le danger créé et le comportement adopté par l'auteur (ATF 121 IV 67 

consid. 2b/aa p. 70; arrêt 6B_876/2015 du 2 mai 2016 consid. 2.1 non publié in 

ATF 142 IV 245). L'immédiateté disparaît ou s'atténue lorsque s'interposent ou 

surviennent des actes ou d'autres éléments extérieurs qui augmentent de façon 

réellement déterminante la probabilité de la réalisation du danger de mort 

(ATF 106 IV 12 consid. 2a p. 14 et auteur cité; arrêts du Tribunal fédéral 

6B_1297/2017 du 26 juillet 2018 consid. 6.1 et 6B_1321/2017 du 26 avril 2018 

consid. 2.1).  

2.1.1 S'agissant plus précisément de la strangulation, la jurisprudence a admis qu'il 

pouvait y avoir danger de mort lorsque l'auteur étranglait sa victime avec une 

certaine intensité. Ainsi, dans l'arrêt publié aux ATF 124 IV 53, le Tribunal fédéral 

a retenu que l'auteur qui avait étranglé sa victime, sans pour autant lui causer de 

sérieuses lésions et sans qu'elle ait perdu connaissance, pouvait se rendre 

coupable d'une mise en danger de la vie d'autrui (v. aussi arrêts du Tribunal 

fédéral 6B_265/2017 du 9 février 2018 consid. 2.3.3.2; 6B_307/2013 du 13 juin 

2013 consid. 4.1; 6B_87/2013 du 13 mai 2013 consid. 3; 6B_996/2009 du 

15 mars 2010 consid. 3.3). Le danger de mort peut être admis même en 

l'absence de lésions corporelles ou de lésions cérébrales (v. arrêt du Tribunal 

fédéral 6B_1297/2017 du 26 juillet 2018 consid. 6.3). Il importe peu que la 

strangulation n’ait pas laissé de trace visible sur le corps de la victime (v. arrêt 

du Tribunal fédéral 6B_11/2015 du 9 novembre 2015 consid. 5). Il n'est pas 

nécessaire que la victime ait subi des lésions sérieuses. Le fait que le scanner 

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n'ait pas révélé de lésions internes n'est ainsi pas déterminant (arrêt du Tribunal 

fédéral 6B_87/2013 du 13 mai 2013 consid. 3.3). 

2.1.2 Du point de vue subjectif, il faut que l'auteur ait agi intentionnellement (ATF 133 

IV 1 consid. 5.1 p. 8) et que l'acte ait été commis sans scrupules (sur cette 

condition, cf. ATF 114 IV 103 consid. 2a p. 108). L'auteur doit avoir conscience 

du danger de mort imminent pour autrui et adopter volontairement un 

comportement qui le crée (ATF 121 IV 67 consid. 2d p. 75). Celui qui commet 

une violente strangulation avec conscience et volonté veut nécessairement 

mettre la vie de sa victime en danger, à moins qu’il ignore […] qu’un tel acte peut 

être fatal (arrêt du Tribunal fédéral 6B_307/2013 du 13 juin 2013 consid. 4.2). En 

revanche, il ne veut pas, même à titre éventuel, la réalisation du risque, sans quoi 

il s'agirait d'une tentative d'homicide (ATF 107 IV 163 consid. 3 p. 165). Le dol 

éventuel ne suffit pas (ATF 133 IV 1 consid. 5.1 p. 8). Un acte est commis sans 

scrupule au sens de l'art. 129 CP lorsque, compte tenu des moyens utilisés, des 

mobiles de l'auteur et des autres circonstances, parmi lesquelles figure 

également l'état de l'auteur, il apparaît comme contraire aux principes 

généralement admis des bonnes mœurs et de la morale. Il est sans importance 

que l'auteur ait eu conscience de l'atteinte portée par son comportement aux 

valeurs éthiques ou qu'il ait eu la possibilité de se conformer à celles-ci; il suffit 

qu'il ait connu les circonstances à cause desquelles son comportement apparaît 

comme dénué de scrupule au regard des principes généraux de la morale et des 

bonnes mœurs (ATF 114 IV 103 consid. 2a). Le degré de responsabilité est sans 

pertinence au regard de la condition de l'absence de scrupules (arrêt du Tribunal 

fédéral 6P.96/2001/6S.413/2001 du 15 octobre 2001 consid. 6.b; ATF 114 IV 103 

consid. 2a et b). 

2.2 Selon la demande de prononcé de mesure, le 21 septembre 2018, à la prison Z., 

lors de la distribution des plateaux repas du soir par l’agent de détention B. et le 

détenu assistant D., A. a frappé l’agent de détention d’un coup de poing au 

visage, puis l’a étranglé «en claquant des dents et en proliférant des 

incantations». L’intervention des gardiens et de D. a mis un terme à l’évènement. 

A. reconnaît avoir assené un coup de poing à B., affirmant s’être défendu d’abord 

contre les coups de poing de ce dernier. Il conteste «la tentative de 

strangulation». Il témoigne être l’objet de provocations par les gardiens et justifie 

son acte comme étant «une révolte physique» (TPF 14.100.002). 

2.3 Les faits étant contestés, puisque A. nie avoir étranglé l’agent de détention, il 

convient d’arrêter ceux déterminants sur la base de l’ensemble des moyens de 

preuves administrés.  

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2.3.1 Selon le procès-verbal des opérations du Ministère public du canton de W., le 

21 septembre 2018, à 18 heures 26, la procureure de garde a été informée de 

l’agression d’un agent de détention, B., exerçant à la Prison Z., par un des 

détenus, A. «Selon les premiers éléments recueillis, B. apportait un plateau repas 

dans la cellule du détenu [A.] lorsque ce dernier lui a asséné un coup de poing 

au visage, lui a ensuite sauté dessus, le faisant chuter, et s'est mis à l'étrangler. 

Des collègues ont été interpellés par le bruit et ont gagné la cellule. Il a été 

nécessaire qu'ils soient 4 agents pour faire stopper le détenu, qui ne lâchait pas 

prise. En raison de l'opération, [A.] a eu le nez brisé. Quant à l'agent B., il aurait 

dit qu'il était en train de perdre connaissance lorsque ses collègues sont 

intervenus. Il a été emmené à l’hôpital et est hors de danger. Il est en revanche 

extrêmement choqué et ne pourra être auditionné ce jour» (02-00-0304).  

2.3.2 Le 21 septembre 2018, la direction de la Prison Z. a établi un rapport relatant 

l’évènement particulier survenu le jour même. «Le vendredi 21 septembre 2018 

à 16 [heures] 40, lors de la distribution des repas, [B.] se fait violemment agresser 

par [A.] à la cellule 127. Celui-ci lui donne un coup de poing dans le visage à 

l'ouverture de la porte et le prend ensuite en étranglement à l'intérieur de la 

cellule. Le détenu nettoyeur d'étage, [D.], vient à l'aide de [B.]. Il est rapidement 

rejoint par [C.] et [E.]. [A.] est maitrisé par [C.] et les collègues présents. [...] Le 

collègue [B.] est emmené au [Service médical de la prison] dès la fin de 

l'intervention. Ses blessures ne représentent pas un risque vital, toutefois le 

médecin conseille à [B.] de se rendre à l’hôpital pour un contrôle. [B.] est en état 

de choc. Il est accompagné à l’hôpital et ramené à son domicile» (02-00-0119). 

2.3.3 Les images de vidéosurveillance des évènements du vendredi 21 septembre 

2018 à la prison Z. montrent l’agent de détention B., accompagné du détenu D., 

lequel porte le plateau destiné à A., arriver devant la cellule de ce dernier (09-03-

0008). B. ouvre la première porte de la cellule. Juste après l’ouverture de la 

seconde porte par l’agent de détention, le détenu sort de sa cellule et assène un 

coup de poing, de sa main droite, à B. (temps affiché à l’écran: 00:16). Le plateau 

en mains du détenu D. est renversé. Au même moment, A. rentre dans sa cellule; 

B. fait un pas en direction de la cellule de ce dernier, puis y pénètre, le bras droit 

en avant (00:18); le détenu D. le suit. Un premier agent de détention, E., arrive 

devant la cellule, sans y entrer (00:26). Un second agent de détention, C., arrive 

devant la cellule et y pénètre (00:31). Il est suivi d’E. (00:34). Plusieurs agents 

de détention arrivent à leur tour devant la cellule du prévenu, mais aucun n’entre. 

E. ressort (00:41); les autres agents reculent, pour le laisser passer, puis il 

pénètre à nouveau dans la cellule (00:48). Un quatrième agent entre dans la 

cellule (0:57), suivi d’un cinquième (1:24) et d’un sixième (2:10). Le cinquième 

ressort, tenant B. par le bras (2:20). Le sixième agent ressort peu après. Le 

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prévenu sort menotté de la cellule, tête baissée (2:35). Il est ensuite maintenu 

par trois agents de détention; en tout, six hommes l’escortent à travers le couloir 

de la prison. Les noms des différents intervenants ressortent des retranscriptions 

des auditions au dossier, dont les passages pertinents sont reproduits ci-après 

(12-5, 12-7, 12-8, 12-9 et 13-1).  

2.3.4 Selon le procès-verbal des opérations du Ministère public du canton de W., la 

procureure de garde a été informée, à 12 heures 30, le 22 septembre 2018, que 

B. s’était soumis à un examen clinique effectué par la Doctoresse F. Le médecin 

a constaté des «ecchymoses labiales à droite et sur la face interne des lèvres, 

compatibles avec un coup de poing. Au niveau du cou, sont constatées des 

rougeurs très diffuses et des dermabrasions sur le bras gauche. En revanche, il 

n’y a pas d’ecchymoses sur le cou. Des pétéchies ont également été relevées». 

B. n’a pas indiqué avoir perdu connaissance et n’a pas eu de perte d’urine ni de 

selles. Il a précisé que l’agression avait été très floue pour lui. Le médecin l’ayant 

ausculté a indiqué, sur la base de ces constats, que la vie de B. n’avait pas été 

mise en danger lors de l’étranglement. B. a refusé de passer une IRM, en raison 

de sa claustrophobie (02-00-0305). En date du 7 juin 2019, les Doctoresses G. 

et F., du Centre universitaire romand de médecine légale, ont remis leur rapport 

d’examen de B., effectué le 22 septembre 2018, à la demande du Ministère 

public du canton de W., et basé sur les renseignements obtenus de la police du 

canton de W., y compris le procès-verbal d’audition de B. (v. infra consid. 2.3.6), 

le dossier médical de l’hôpital et l’examen clinique de B. (11-02-0002 ss).  

2.3.4.1 Des renseignements médicaux contenus dans le dossier informatisé de l’hôpital 

et rapportés par les Doctoresses G. et F., B. est arrivé aux urgences après une 

agression par un détenu. Selon l'anamnèse recueillie auprès de B., il aurait reçu 

deux coups de poing au niveau de la mâchoire, puis serait tombé avec le détenu 

qui «l'aurait griffé au niveau de la main gauche et entouré avec ses bras, sans 

étranglement mais dans une volonté de le mordre selon le patient». Il n'y a pas 

eu de morsure, ni de perte de connaissance, de nausées ou de vomissements. 

L'examen clinique a mis en évidence une «dermabrasion sur le côté droit de la 

bouche de 2 cm de long environ, petite tuméfaction de la lèvre supérieure avec 

hématome» ainsi qu'une «dermabrasion superficielle érythémateuse de la main 

gauche d'environ 3 cm de long» et une «petite plaie superficielle propre en regard 

du tibia droit». Aucune imagerie n'a été effectuée en raison d'un «status 

rassurant». B. a été autorisé à quitter les urgences avec une antalgie à base de 

DafalganC (paracétamol, antalgique) et d'Irfen® (ibuprofène, anti-inflammatoire; 

11-02-0003).  

2.3.4.2 L'examen clinique a été effectué le 22 septembre 2018 dès 11 heures au Centre 

universitaire romand de médecine légale, à V. Concernant les faits, B. confirme 

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les déclarations faites à la police, mais rapporte une tentative de strangulation 

manuelle, sans pouvoir préciser si elle a été faite avec une ou deux mains. Sur 

question, il ne rapporte pas de perte de connaissance, pas de perte d'urine ou 

de selles. Il ne se plaint pas de douleurs à la déglutition mais rapporte une 

modification de la voix. Il mesure 180 cm et pèse 94 kg (11-02-0004). Lors de cet 

examen, a été constaté la présence d'un érythème diffus du cou, y compris de la 

nuque, et du tiers supérieur du thorax dont B. ignore l'origine et «qui, de par son 

aspect, ne semble pas en lien avec les faits». «De manière générale, toute 

compression au niveau du cou peut laisser des lésions typiques ou ne pas laisser 

de traces. Dans le cas présent, nous n'avons pas constaté de lésion cutanée 

significative. Par ailleurs, [B.] ne rapporte pas de signe de souffrance cérébrale 

objectif sous la forme d'une perte de selles/urine ou d'une perte de connaissance, 

et nous n'avons pas observé de pétéchies. Ainsi, du point de vue médico-légal, 

nous n'avons pas d'argument parlant en faveur d'une mise en danger concrète 

de la vie de [B.]. Un examen du cou par imagerie par résonnance magnétique a 

été proposé à [B.] dans le but de compléter le bilan lésionnel. Ce dernier y a 

renoncé en raison d'une claustrophobie. A noter que certaines lésions ont pu 

disparaître ou ne pas avoir eu le temps d'apparaître entre le moment des faits et 

celui de notre examen et que certains traumatismes ne laissent pas 

nécessairement de traces visibles» (11-02-0009). 

2.3.5 Lors de son audition par la police cantonale du canton de W. (ci-après: police 

cantonale) le 22 septembre 2018, dès 11 heures 30, H. a déclaré que, lorsqu’il 

est arrivé devant la cellule d’A., quelque 10 secondes après E. et C., il a vu ce 

dernier au sol, en train d’immobiliser le prévenu avec une clé de bras. E. tentait 

de lui prêter main forte. B. se trouvait au fond de la cellule, très agité. Ensuite, 

d’autres collègues sont arrivés pour aider à maîtriser A., qui a été menotté et 

emmené en cellule forte. Le médecin présent à l’infirmerie où B. a été emmené 

juste après les évènements a précisé à H. que B. était en état de choc, ce que 

H. a lui-même constaté, ajoutant qu’il était fébrile. H. a demandé à un de ses 

collègues d’accompagner B. à l’hôpital, puis de le ramener chez lui (12-06-0005 

et s.). 

2.3.6 Entendu par la police cantonale le 22 septembre 2018, dès 14 heures 15, B. a 

déclaré ce qui suit. «Lorsque nous sommes arrivés à la cellule 127, soit celle 

d’[A.], j'ai ouvert la première porte, soit celle en bois. C'est une porte standard 

comme celle qui équipe toutes les cellules de la prison Z. Vu qu'il s'agit d'une 

cellule sécurisée, j'ai ensuite ouvert la deuxième porte qui est faite de barreaux 

et de grillage. Pour ce faire, j'ai employé la clé que j'avais sur mon côté droit. Je 

l'avais encore en main lorsque j'ai ouvert la seconde porte. Je précise que celle-

ci s'ouvre vers l'extérieur, comme la première. Pour vous répondre, on ne voit 

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pas très bien à travers la seconde porte mais il me semble qu’[A.] était collé à la 

porte, assis par terre. Lorsque j'ai ouvert la porte, [D.] est arrivé derrière moi avec 

le plateau à la main. En un instant, [A.] m'a donné un fort coup de poing au visage. 

Je ne peux pas vous dire avec quelle main il a frappé mais son coup m'a atteint 

au niveau de la bouche, côté droit et de la base du nez. A ce moment-là, il me 

semble que j'ai juste eu le temps d'esquisser une esquive mais j'ai quand même 

pris le coup. Dans le même temps, par réflexe, j'ai tenté de refermer la porte 

grillagée de la cellule. [A.] est revenu sur moi, j'ai essayé de le repousser avec 

les mains tendues à plat devant moi mais il m'a attrapé un poignet et m'a tiré 

dans la cellule. A cet instant-là, j'ai vu qu'il était déterminé à s'en prendre à moi, 

j'essayais de le repousser avec les mains vers le fond de la cellule mais je n'y 

arrivais pas. Je précise ici que le plateau repas était tombé au sol et celui-ci était 

devenu glissant. Tout d'un coup, dans la lutte, j'ai glissé et je suis tombé à terre, 

côté gauche. J'ai senti qu’[A.] avait une force incroyable, il était sur moi et 

m'empêchait de me retourner ou de prendre une position moins défavorable. 

C'était impossible pour moi de bouger. Dans mon souvenir, le détenu a alors 

essayé de me mordre au niveau des doigts. J'ai d'ailleurs encore une marque au 

dos de la main gauche. Je suis parvenu à éviter la morsure et j'ai pensé à 

actionner le bouton d'alarme qui se trouvait à ma ceinture. Mais c'était 

impossible, je n'arrivais pas à bouger mes bras. J'ai alors pensé à crier mais 

aucun son n'est sorti de ma bouche. C'est là que j'ai compris qu'il était en train 

de m'étrangler. Nous étions tous les deux au sol. Un de ses bras était passé 

depuis derrière autour de mon cou et il serrait. Le creux de son bras était au 

niveau de ma gorge. Dans ma tête, je me disais: "gueule, gueule !" mais je n'y 

arrivais pas. Tout en continuant à m'étrangler, j'ai senti qu’[A.] approchait sa 

bouche pour me mordre, tout d'abord au niveau de l'oreille droite puis au cou 

vers la carotide. À ce moment-là, je me suis dit qu'il allait me mordre et que j'allais 

crever. Le temps m'a paru interminable. J'ai tout d'un coup eu un sursaut et je 

me suis dit à moi-même qu'il fallait que je mette toute mon énergie pour résister 

et ne pas mourir dans cette cellule. J'ai alors trouvé la force de continuer à lui 

résister. Il me semble qu'à ce moment-là, j'ai réalisé que [D.], l'autre détenu, était 

en train d'essayer de faire lâcher prise à [A.]. Ensuite, il me semble que les 

collègues sont arrivés et j'ai soudain senti que la pression se relâchait, que je 

recevais une bouffée d'air. La suite est assez vague. Il me semble que les 

collègues ont maîtrisé [A.] et l'ont mis à l'extérieur de la cellule. Sur le moment, 

j'étais juste content de pouvoir me relever, de pouvoir re-respirer et sortir de la 

cellule». B. a déclaré être très choqué et très marqué par ce qui lui était arrivé. 

En état de choc, il avait envie de pleurer lorsqu’il était à l’infirmerie (12-05-0011 

et s.).  

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2.3.7 Le 22 septembre 2018, B. s’est rendu auprès du centre U., afin de recevoir un 

soutien psychologique suite à l’agression subie. Lors de l’entretien avec I., 

spécialiste en psychologie d’urgence, il a notamment exprimé sa crainte de ne 

pas s'en sortir vivant, ce qui justifiait pleinement une intervention psychologique 

rapide; I. a relevé l'importance de voir B. lors d’un entretien individuel, afin qu'il 

puisse parler ouvertement de certaines craintes qu'il n'aurait pu exprimer devant 

des collègues. Lors de cet entretien individuel, il a montré un état 

d'hypervigilance, exprimé des troubles du sommeil et de la concentration, des 

idées envahissantes et une sensation de revivre l'événement par des flashbacks. 

Il éprouve également de l'anxiété, de la méfiance, de la colère et un sentiment 

de dévalorisation. Ont suivi deux autres entretiens, auxquels C. était également 

présent, en dates des 26 septembre et 9 octobre 2018 (ce dernier «qui est venu 

en aide à la victime lors de l'agression a cru que son collègue était décédé. [B.] 

est reconnaissant envers son collègue qui, selon lui, lui a sauvé la vie»). Le 

2 novembre 2018, un dernier entretien individuel a eu lieu entre I. et B., entretien 

qui «a permis de revenir sur ses réactions de stress aigu citées ci-dessus et de 

constater une diminution de celles-ci. Les troubles du sommeil ont pratiquement 

disparu, les difficultés de concentration, les idées envahissantes et les flashbacks 

ont diminué. L'état d'hypervigilance est toutefois encore présent, autant dans le 

milieu professionnel que dans la vie privée, ce qui est encore un facteur de stress 

important et demanderait à être suivi» (15-02-0023; v. infra consid. 6.3). 

2.3.8 Entendu par la police cantonale le 23 septembre 2018, dès 9 heures, C. a déclaré 

ce qui suit. «II était 16 [heures] 55, soit 5 minutes avant la fin de mon service. J'ai 

entendu un bruit d'assiette cassée. J'ai tourné la tête en direction de la cellule 

127, mais je n'ai vu ni mon collègue ni le nettoyeur d'étage. Les deux portes 

étaient ouvertes. Le nettoyeur d'étage était un détenu, [D.]. Il s'occupe de 

nettoyer l'étage et de distribuer les repas. La seule personne que j'ai vue est [E.] 

qui s'occupait de distribuer les colis à proximité. Je l'ai vu se rendre devant la 

cellule. Ensuite, bras écarté, il semblait hésiter. Je pense qu'il cherchait le bouton 

pressoir pour alarmer. Il n'y a pas eu de cris, alors que, dans cette vieille prison, 

on entend généralement tout. J'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait 

pas. En effet, ce n'était pas normal que [B.] ne crie pas. D'habitude, c'est le cas 

quand il y a une bagarre. Pour moi, c'était clair qu'il y avait une bagarre après 

avoir entendu le bruit de l'assiette. Connaissant le détenu, ce n'est pas la 

première fois qu'il lance une assiette ou un plateau sur les collègues. Je n'ai 

entendu que des incantations à ce moment-là. Je me suis donc précipité vers la 

cellule. J'ai écarté [E.] et j'ai vu [D.] qui tenait le bras droit d’[A.]. En revanche, je 

ne voyais pas mon collègue [B.]. J'ai poussé [D.] pour saisir le bras droit d’[A.] et 

c'est là que j'ai aperçu mon collègue, dont le visage était bleu. [A.] était à genoux 

sur lui et l'étranglait de son bras gauche. Il lui avait mis la tête sur le matelas. Je 

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SK.2019.56 

voyais que mon collègue avait les bras qui commençaient gentiment à tomber. A 

ce moment-là, on a entendu des incantations "Allahu Akbar" et des claquements 

de dents. C'était [A.]. Je l'ai alors saisi avec mon bras droit sous l'aisselle droite 

et j'ai passé mon bras gauche sur l'épaule à gauche. Je l'ai tiré à moi pour le 

renverser afin de libérer mon collègue. Je l'ai amené au sol. J'ai réussi et je l'ai 

immobilisé au sol avec une clé de bras et mon genou sur la nuque. Il était à 

genoux. J'ai demandé de saisir son deuxième bras et c'est un de mes collègues 

qui l'a fait, mais je ne sais plus lequel. Ensuite, nous l'avons entravé avec les 

menottes. J'ai demandé, dans le même temps, à mon chef de faire sortir [B.] de 

la cellule. Celui-ci était à deux doigts de perdre connaissance. Quand je l'ai libéré, 

il était tombé en arrière, sur le dos, au fond de la cellule. Mes collègues se sont 

occupés de le sortir avec [D.]. Ensuite, [J.] est venu me donner un coup de main 

pour sortir [A.] de la cellule et le conduire en cellule forte» (12-07-0009 et s.). 

2.3.9 Entendu par la police cantonale le 23 septembre 2018, dès 14 heures 30, D. a 

déclaré ce qui suit. «Vendredi, j'étais en train de servir les dîners. Le surveillant 

a ouvert les portes de la cellule. Je ne connais ni le nom du détenu ni celui du 

surveillant. J'étais juste à côté du surveillant avec le plateau repas dans les 

mains. Dès qu'il a ouvert la porte, le détenu lui a donné un coup de poing sur le 

visage. Je crois que c'était avec la main droite. Le détenu a pris le surveillant en 

lui passant le bras autour de la gorge et ils sont tombés sur le lit. C'était avec le 

bras gauche, sauf erreur. J'ai jeté le plateau et je me suis jeté sur le détenu en 

lui prenant le bras droit. Je précise qu'entre temps, le détenu m'a donné un coup 

de poing de la main droite dans les parties. Ça fait très mal. J'ai quand même 

continué. Je lui ai donc pris son poignet et je l'ai mis dans son dos. Pendant ce 

temps, il serrait le cou du gardien avec son autre bras. Il serrait tellement fort que 

j'avais peur pour le surveillant. Assez vite, les autres sont arrivés. Je pense que 

ça faisait moins de deux minutes que ça avait commencé. Quand je parle des 

autres, il s'agit des surveillants. Je pense qu'ils étaient 5 ou 6. Ils l'ont menotté et 

emmené au cachot. Quant à moi, je suis sorti et je suis revenu pour nettoyer le 

sol. En ce qui me concerne, je crois plutôt que le détenu voulait que je m'éloigne. 

Il a essayé de me donner plusieurs coups dans ce but. Il s'était surtout focalisé 

sur le gardien» (12-08-0009 et s.). 

2.3.10 Entendu par la police cantonale le 24 septembre 2018, E. a déclaré ce qui suit. 

«Lorsque je suis arrivé au niveau de la cellule 127, j'ai presque glissé à cause 

des débris d'assiette au sol. J'ai alors vu, à l'intérieur de la cellule, une masse 

composée de mon collègue, d’[A.] et du nettoyeur d'étage, soit [D.]. Sur le coup, 

je n'ai pas compris ce qu'il se passait exactement dans la cellule. Voyant que le 

dect ne partait pas, j'ai cherché le bouton pressoir, tout en faisant signe aux 

autres agents présents de venir vers nous. Environ 1 seconde plus tard, [C.] est 

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passé devant moi. L'instant d'après, j'ai vu [C.] qui maintenait [A.] au sol contre 

le plot en béton servant de table. Mon collègue m'a dit de prendre la deuxième 

main d’[A.]. Je précise que le détenu avait son bras droit coincé sous lui. Il était 

recroquevillé, ce qui m'a laissé à penser qu'il avait peut-être un morceau 

d'assiette ou autre chose dans sa main. Après une petite hésitation, j'ai réussi à 

me poser sur lui pour aider mon collègue à le maintenir et lui prendre le bras avec 

l'aide de [J.], arrivé entre-temps. (...) Dans le même temps, j'ai vu au fond de la 

cellule [B.] qui essayait de reprendre son souffle. Il était tout rouge, avec les yeux 

exorbités. Cela m'a choqué car [B.] est quelqu'un de plutôt costaud et je me suis 

dit qu'il s'était vraiment passé quelque chose» (12-09-0004). 

2.3.11 Le 24 septembre 2018, B. est allé consulter son médecin traitant généraliste. Ce 

dernier l’a mis en arrêt de travail complet du 24 septembre au 7 octobre 2018, 

avec reprise à 100% le 8 octobre 2018. Il a en outre constaté ce qui suit. «Les 

répercussions physiques sous forme principalement de cervicalgies avec 

contractures du trapèze gauche persistent avec une amélioration observée en 

date du 05.10.2018 et une nette amélioration notée en date du 30.10.2018. Sur 

le plan psychique, lui-même reste révolté par rapport à sa situation, avec des 

cauchemars toutefois en diminution». Le médecin a fait mention du fait qu’il n’y 

avait pas de séquelle physique susceptible de demeurer de façon permanente 

(15-02-0022). 

2.3.12 Suite à son hospitalisation forcée du 25 septembre au 29 octobre 2018 (17-01-

0009 ss), A. a été entendu par le Ministère public du canton de W. le 

20 novembre 2018 et a déclaré ce qui suit. «A un autre moment, soit le 

21 septembre 2018, ce qui s'est passé, c'est pour punir B. d'avoir fermé la porte 

[il se réfère à sa déclaration préalable selon laquelle, quelques jours plus tôt, le 

12 septembre 2018, B. lui aurait fermé la porte de la cour intérieure de la 

promenade au nez, l’empêchant de sortir de la cour; v. infra consid. 2.6.4.1]. Je 

conteste avoir essayé d'étrangler [B.]. Je lui ai juste donné un coup de poing. Au 

début, il était à l'extérieur de la cellule. Un détenu m'a tendu le plateau qui est 

tombé alors par terre. [B.] est alors entré dans la cellule, il a essayé de me taper 

en me donnant des coups de poing. Pour me défendre, je l'ai alors saisi avec 

mon bras. Pour finir, quelqu'un est venu par derrière et il est venu avec une barre 

en fer pour me tirer en arrière. Sur le choc, je suis tombé par terre. Ma carotide 

était presque écrasée. Ensuite, alors que j'étais à terre, [B.] m'a ensuite asséné 

une dizaine de coups de pied sur les parties génitales. Il y avait un autre 

personnage qui m'a dit que j'allais retourner en cellule d'isolement comme à 

Berne. Je vous assure que j'ai tout fait pour éviter la violence. Toutefois, j'étais 

tellement provoqué que je n'ai pas pu résister. J'admets avoir essayé de mordre 

l'oreille de [B.], car je voulais lui faire mal. Je n'ai pas voulu lui mordre le cou. 

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C'est faux. Je ne peux pas vous dire si je claquais des dents. Pour vous répondre, 

je n'ai rien crié lorsque je me suis battu avec [B.]. Maintenant, avec tout ce qui 

s'est passé, avec des provocations répétées, tous les jours pendant un an, je 

n'en pouvais plus. Je ne peux pas vous dire aujourd'hui que ce que j'ai fait est 

exagéré vu ce que j'ai subi. Je conteste avoir crié Allah Akbar à ce moment-là, je 

ne crois pas avoir crié cela. De toute façon, cela ne changerait rien, car Dieu est 

grand. II m'arrive de le dire parfois. Ici, on fait des amalgames. On pourrait croire 

que j'avais quelque chose derrière la tête». Lorsqu’il lui a été demandé pour 

quelles raisons il s’en était pris à B. et quel était le but de ses actes, A. a répondu 

que ce gardien «faisait le bobet. Il venait vers moi et me parlait comme si j'étais 

débile». Il n’avait rien contre aucun des gardiens. Pourtant, selon ses dires, il 

aimait bien certains d'entre eux, mais ils se sont retournés contre lui et l’ont 

continuellement provoqué, de son point de vue. Il leur a dit «d’arrêter, en vain. 

Comme ils ne comprenaient pas, il ne me restait plus que la révolte physique». 

À propos de la plainte de B. du 5 novembre 2018, relatant une menace de mort 

proférée à son encontre par A. le 14 septembre 2018 («Je vais te niquer ta race, je 

vais te tuer, te choper»), ce dernier nie avoir utilisé les termes en question, admettant 

l’avoir peut-être insulté et dit «qu'il ne perdait rien pour attendre, car il faisait le 

débile»  (13-01-0019 à 21). 

2.3.13 Le 4 mars 2019, A. a été entendu par le MPC, qui lui a demandé de résumer 

brièvement les faits du 21 septembre 2018, lorsqu’il a agressé B. Le prévenu a 

déclaré: «Auparavant, il ne m'a pas laissé sortir de la promenade, alors que 

j'essayais de quitter la promenade parce que des gens me visaient avec une 

balle. [B.] a fermé la porte devant mon nez. Un détenu m'a menacé en me disant 

qu'il voulait m'agresser là où il n'y avait pas de caméra. En fait, je n'ai jamais 

voulu tuer ce gardien: je voulais juste lui donner un coup de poing pour lui faire 

comprendre que quand il y a des bagarres, il faut laisser les gens sortir de la 

promenade. Je lui ai donné un coup de poing; il est parti en arrière. Il est ensuite 

revenu à la charge; il a essayé de me donner un coup de poing, il m'a attrapé par 

les cheveux pour me donner un coup de genou. Le plateau était tombé par terre, 

il a glissé et est tombé dans mes bras. Nous nous sommes agrippés et sommes 

tombés sur le lit. Comme il essayait de me donner des coups de poing derrière 

la tête, je me suis retourné et ai attrapé son bras, que j'ai tenu trois à quatre 

secondes […]. Un détenu est venu, a pris mon bras, m'a maintenu trois à quatre 

secondes aussi le bras derrière mon dos. Le tout a duré dix secondes. Ce n'est 

pas vrai que le gardien était tout bleu et près de perdre connaissance. Il s'est tout 

de suite relevé à l'arrivée de ses collègues et m'a assené dix coups de pied dans 

les parties génitales; ça m'a fait devenir stérile: je n'ai plus de sperme du tout». 

À la question de savoir comment il expliquait que tous les témoins aient déclaré 

qu’il avait tenté d’étrangler B., A. a répondu comme suit. «Ce n'est pas vrai, 

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Madame. Ils ont tous répondu à des questions. Ils ont eu peur pour lui, parce que 

j'essayais de le mordre. Mon bras était derrière sa nuque, sous la nuque du 

gardien. Quand on était debout, je l'avais pris debout pour lui faire une prise de 

judo. Je l'ai fait tomber et en faisant la prise de judo, mon bras s'est retrouvé sous 

sa nuque. Donc, je ne l’étranglais pas. En ayant mon bras en-dessous de sa 

nuque, j'approchais uniquement sa tête de moi, mais je ne l'étranglais pas. 

Ensuite, c'est l'autre qui est arrivé et qui en a déduit que je l'étranglais. Mon bras 

n'était jamais sur sa gorge. Pour étrangler quelqu'un, on ne met pas son bras sur 

la nuque». Et de poursuivre: «On s'est juste bousculés, ensuite ils m'ont entravé, 

m'ont mis par terre et [B.] m'a mis dix coups dans les parties génitales. C'est à 

ce moment-là que, tout doucement, j'ai dit «Allahu Akbar», ce par quoi je voulais 

dire: «Dieu est plus grand que ce que vous pouvez me faire». Et j'ai eu raison de 

le faire, parce qu'ils m'ont rendu stérile, Madame. La police a marqué que j'étais 

en train d'hurler, alors que, tout doucement, j'ai dit Allahu Akbar». A. a admis 

avoir donné un coup de poing à B., mais nié l’avoir touché au niveau du cou et 

l’avoir serré, maintenant avoir eu son bras sur la nuque de B. pendant une 

fraction de seconde (13-01-0031, l. 34 à 45 à -0032, l. 1 à 6, l. 12 à 22 et l. 44 et 

s et -0033, l. 1 à 4 et l. 26 à 39).  

2.3.14 Le 12 juin 2019, B. a déclaré, devant le MPC, avoir été tiré (par A.) dans la cellule, 

dont le sol était glissant. «Au départ, j'étais au sol, sur le côté. Il me semble que 

j'étais sur le ventre et j'ai été étranglé dès que j'étais au sol. Lui se trouvait 

derrière, dessus; il m'étranglait le cou» c’est à ce moment-là que, durant 

quelques secondes, il s’est dit qu’il allait mourir dans la cellule. Il a également 

déclaré avoir vu D. tirer sur le bras d’A., lui permettant de se remettre un peu sur 

le lit, alors qu’il était au sol, soit dans une posture moins difficile, lui faisant ainsi 

gagner quelques secondes. Lorsqu’il était au sol, sur le côté, A. était derrière lui, 

sur lui, en train de l’étrangler. «Sur votre question, pendant quelques secondes, 

ça m'a fait une compression avec la glotte dans le creux de son bras. Il a essayé 

de me mordre les doigts au moment où j'ai tenté de me dégager. Il voulait me 

mordre le côté droit du cou aussi. A ce moment-là, je ne pensais qu'à ne pas me 

faire mordre». «J’ai vu ce que ça fait de se sentir mourir. Si mon collègue n’avait 

pas été là, je ne serais pas là. Par rapport à cet étranglement, il y avait 

détermination dans cette agression» (12-05-0024, l. 13 à 31; -0025, l. 10 à 18; -

0026, l. 30 à 36 et -0028, l. 20 à 33). 

2.3.15 Également entendu par le MPC le 12 juin 2019, C. a déclaré que, lorsqu’il était 

arrivé dans la cellule, B. était à genoux et A. était sur lui, dans une position 

d'étranglement. «Dans la cellule se trouvait également [D.], qui s'occupait de la 

distribution des repas. Sur votre question, les deux étaient à genoux; ils étaient 

appuyés sur le lit». C'est suite à l’intervention de C. que B. s'est trouvé à terre. Il 

- 18 - 

SK.2019.56 

était «bleu comme [son] tee-shirt (bleu marine)». Quand il est entré, A. tenait B. 

et D. tenait la deuxième main d’A. pour empêcher l'étranglement. Quand C. est 

arrivé, il a fait une clé de bras à A. Il a précisé que sans son intervention, B. serait 

décédé sur place (12-07-0021, l. 9 à 26). 

2.3.16 Lors de son audition finale du 16 juillet 2019, devant le MPC, A. a continué de 

nier avoir étranglé B. «C'est faux, je vous le jure sur la tête de mes deux enfants. 

[…] J'étais couché sur le lit, avec le creux de mon bras sur sa nuque et non sur 

sa glotte. Le prévenu montre le geste qu'il a fait en prenant Me R. Fox pour 

exemple. Le creux de mon bras était sur la nuque de [B.]. Je peux vous dire aussi 

qu'il avait toute sa tête jusqu'à la fin de l'altercation et qu'il n'était pas bleu. Il ne 

s'étouffait pas. Il dit lui-même à un moment, dans son audition, «la seule chose 

à laquelle je pensais était de ne pas me faire mordre». Si quelqu'un nous 

étrangle, on pense d'abord à respirer et non pas à ne pas se faire mordre. Ce qui 

prouve que je ne l'étranglais pas et qu'il ne s'étouffait pas; ça prouve aussi qu'il 

avait toute sa tête jusqu'à la fin. J'ai essayé de lui mordre l'oreille à la fin de 

l'altercation. Nous n'étions pas sur le sol, il était couché sur le lit; je ne l'étranglais 

pas; j'étais face à lui et non derrière lui; il n'était pas bleu». Il a maintenu lui avoir 

donné un coup de poing dans la bouche (parce que B. ne l’avait pas laissé sortir 

de la promenade alors qu’A. essayait d'éviter une bagarre). Il a ensuite reconnu 

se sentir très mal parce qu’il n’aurait pas dû lui donner ce coup de poing. A. nie 

avoir «essayé de tuer un homme», maintenant «avoir essayé de faire en sorte 

qu'il ne puisse pas [l]e frapper». «Je tenais son bras derrière mon dos. Ensuite, 

un détenu est arrivé et a tenu mon bras dans mon dos. Je me débattais entre 

deux personnes et on dit que je maîtrisais complètement [B.]. C'est impossible» 

(13-01-0043, l. 21 à -0044, l. 16 et l. 28 à 35 ; -0045, l. 1 à 8 et l. 39 à 42). 

2.3.17 Dans ses nombreuses lettres à la Procureure fédérale, écrites entre janvier et 

août 2019, A. a, sans désemparer, maintenu les déclarations faites au cours de 

ses auditons devant le Parquet fédéral, quant au déroulement de l’altercation 

avec B., et confirmé avoir donné un coup de poing à B., ne pas l’avoir étranglé 

et n’avoir pas voulu le tuer (pièces comprises entre les cotes 16-05-0025  et 

0093). 

2.4 Les déclarations concordantes de B., D. et C., présents dans la cellule, de H. et 

E., ainsi que les images de la vidéosurveillance permettent d’établir sans 

ambiguïté qu’il y a eu strangulation d’une certaine intensité, durant plusieurs 

secondes, dans les circonstances suivantes. 

Après que B. a ouvert la seconde porte de la cellule, A. lui a immédiatement 

asséné un coup de poing, puis est rentré dans sa cellule. B. est à son tour entré 

dans la cellule d’A., entraîné par le prévenu, qui le tenait par le poignet. D. les a 

- 19 - 

SK.2019.56 

suivis. Le plateau repas tenu par D. destiné à A. ayant été renversé suite au coup 

de poing, B. a glissé et est tombé à terre. Le prévenu s’est alors positionné 

derrière B., a passé son bras gauche autour du cou du précité et a serré. Le 

creux du bras d’A. se trouvait au niveau de la gorge de B., lui comprimant la 

glotte. Autrement dit, A. étranglait B. avec son bras gauche. Tout en l’étranglant, 

A. essayait de mordre l’oreille droite, ainsi que le cou de B. D. a saisi le bras droit 

d’A. et l’a maintenu derrière le dos de ce dernier, ce qui a permis à B. de se 

redresser un peu, prenant appui sur le lit, sans toutefois faire lâcher prise à A. 

C. est arrivé. Il a poussé D. pour voir ce qui se passait. B. et A. étaient tous deux 

à genoux, appuyés sur le lit. A. se trouvait derrière B., à genoux, et l’étranglait de 

son bras gauche. D. tenait le bras droit d’A. Saisissant le bras droit d’A., C. est 

parvenu à lui faire lâcher prise et à l’immobiliser au sol, libérant ainsi son collègue 

(v. supra consid. 2.3.5, 2.3.6, 2.3.8, 2.3.9, 2.3.10, 2.3.12 à 2.3.16). 

2.5 Au cours de ses auditions successives, A. a admis avoir asséné un coup de poing 

à B., mais a toujours nié l’avoir étranglé. Il a, en revanche, livré des versions 

toujours différentes, incohérentes et confuses du déroulement des faits à 

l’intérieur de la cellule, lesquelles, pour peu qu’elles soient intelligibles, 

contredisent clairement la version des autres témoins directs de l’événement. 

2.5.1 Ainsi, tout en soutenant avoir voulu se défendre de l’attaque de B., qui essayait 

de lui donner des coups de poing, il a, dans un premier temps, lors de son 

audition du 20 novembre 2018, déclaré avoir saisi ce dernier avec son bras, 

avant que quelqu’un ne vienne avec une barre de fer pour le «tirer en arrière» (v. 

supra consid. 2.3.12). A l’exception d’A., aucune autre des personnes entendues 

lors de l’instruction n’a évoqué l’usage d’une barre de fer lors de l’altercation. Il 

ne ressort pas non plus des images de la vidéosurveillance de la prison que l’un 

des agents ayant pénétré dans la cellule aurait été muni d’un tel objet. De 

surcroît, A. n’a plus fait mention d’une barre de fer durant ses auditions 

successives, que ce soit au cours de l’instruction ou des débats, ce qui permet 

de sérieusement douter de la véracité de ses explications au sujet de l’usage de 

cet objet au moment des faits. 

2.5.2 Lors de ses auditions des 20 novembre 2018 et 4 mars 2019, A. a affirmé que B. 

lui aurait asséné une dizaine de coups de pied dans les parties génitales, après 

l’intervention des agents de détention. A l’image de ce qu’il a soutenu au sujet de 

la barre de fer, ses allégations relatives aux coups de pied de B. ne trouvent 

aucun appui dans les déclarations des autres intervenants directs; B. a contesté 

de tels gestes (12-05-0025, l. 3 à 7). Les affirmations d’A. en la matière sont donc 

fortement sujettes à caution. 

- 20 - 

SK.2019.56 

2.5.3 S’agissant du déroulement de l’altercation entre A. et B., le prévenu a soutenu, 

dans un premier temps, lors de son audition du 4 mars 2019, que B., après avoir 

glissé, serait tombé dans ses bras; tous deux seraient tombés sur le lit et, pour 

éviter les coups de poing que B. aurait voulu lui donner derrière la tête, il se serait 

retourné et aurait attrapé son bras, qu’il aurait maintenu durant quelques 

secondes. Au cours de cette audition, A. a ensuite soutenu, en contradiction avec 

ses premières explications, que c’était à la suite d’une prise de judo qu’il avait 

effectuée que B. serait tombé. Pour cette raison, son bras se serait retrouvé 

derrière la nuque de B., qui plus est, selon ses dires, durant une fraction de 

seconde seulement. Le 16 juillet 2019, il a fourni une version différente, en 

affirmant ne pas s’être trouvé derrière B., mais face à lui et avoir tenu dans son 

dos la main de B. (v. supra consid. 2.3.13 et 2.3.16). Interrogé aux débats, A. a 

confirmé avoir donné un coup de poing dans la bouche de B.; il a maintenu n’avoir 

jamais étranglé ce dernier (TPF 14.731.005, l. 12 à 19), avant de fournir une 

version encore nouvelle sur le déroulement de l’altercation. Il a affirmé que, pour 

éviter le coup de poing que B. s’apprêtait à lui donner, il aurait levé son bras et 

l’aurait ensuite passé derrière la nuque de B., pour lui faire une prise de judo pour 

le faire tomber sur le lit (TPF 14.731.005, l. 32 à 39 et 006, l. 15 à 31 et 007, l. 6 

à 11). B., D. et C. auraient, de son point de vue, mal interprété les faits, croyant 

à tort qu’il étranglait B., alors qu’il aurait eu son bras sous sa nuque, durant toute 

l’altercation (TPF 14.731.005, l. 21 à 39). 

2.5.4 Partant, les déclarations successives d’A., en tant qu’elles manquent 

singulièrement de crédibilité, ne peuvent être retenues en sa faveur (v. ATF 127 

I 38 consid. 2a p. 41 et les arrêts cités).  

2.6 Les faits étant arrêtés et la strangulation établie (v. supra consid. 2.4), il s’agit 

d’examiner si elle réalise les éléments constitutifs de l’infraction prévue à 

l’art. 129 CP. 

2.6.1 Les éléments qui suivent établissent de manière suffisante que la strangulation 

a été d'une force, d’une durée et d’une violence propres à entraîner un danger 

concret pour la vie de B. 

2.6.1.1 S’agissant de la durée de l’altercation, treize secondes se sont écoulées entre le 

moment où B. et A. se sont retrouvés dans la cellule de ce dernier et celui de 

l’arrivée de C. (v. supra consid. 2.3.3). Le temps pour ce dernier de prendre la 

mesure de la situation et d’agir, après avoir écarté D., on peut raisonnablement 

admettre que deux secondes se sont encore écoulées avant que C. ne puisse 

intervenir et faire lâcher prise à A. Partant, sur les quinze secondes qu’a duré 

l’altercation, en tenant compte de la chute de B. et du fait que la prise en 

étranglement d’A. a été exécutée rapidement, vu, notamment, l’absence de cri 

- 21 - 

SK.2019.56 

de la part de B., il y a lieu de retenir que l’étranglement aura duré au minimum 

cinq et au maximum dix secondes. Les difficultés respiratoires et l’aspect 

cyanosé du visage de B., relevés par E. et C., confirment la durée de 

l’étranglement (v. supra consid. 2.3.8, 2.3.10 et 2.3.15). La cyanose, soit une 

diminution de la concentration d’oxygène des globules rouges, visible sous forme 

de coloration bleuâtre des muqueuses et de la peau, est une manifestation 

externe d’une entrave du flux sanguin veineux de la zone de la tête provoquée 

par une pression exercée sur la partie avant du cou (BURKHARD MADEA, Praxis 

Rechtsmedizin, 3e éd. 2015, p. 267 et 273).  

2.6.1.2 L’aspect cyanosé du visage de B. témoigne également de la violence et de 

l’intensité de l’étranglement. B. a expliqué qu’A. avait une force incroyable, que, 

lorsqu’il était sur lui, il lui était impossible de bouger. Il a alors voulu crier, mais 

aucun son n’est sorti de sa bouche. C’est à ce moment-là qu’il a compris qu’il se 

faisait étrangler. Il a pensé qu’il allait mourir dans la cellule. Le temps lui a paru 

interminable. Ensuite, il a soudain senti que la pression se relâchait et qu’il 

recevait une bouffée d’air. Il a été content de pouvoir respirer à nouveau. B. a 

relevé la détermination d’A. lors de l’agression subie (v. supra consid. 2.3.6 et 

2.3.14). D. a déclaré qu’A. serrait tellement fort qu’il a eu peur pour B. (v. supra 

consid. 2.3.9). Relevant l’absence de cri, «dans cette vieille prison», où «on 

entend généralement tout», C. a estimé qu’il n’était pas normal que B. ne crie 

pas, puisque d'habitude, c'est le cas quand il y a une bagarre. Lorsqu’il a aperçu 

B., celui-ci était bleu et avait les bras «qui commençaient gentiment à tomber». 

Il était à deux doigts de perdre connaissance. Après que C. l’a libéré, B. est tombé 

en arrière, sur le dos (v. supra consid. 2.3.8). De l’avis de C., sans son 

intervention, B. serait décédé sur place (v. supra consid. 2.3.15). Intervenu après 

C., une fois que le prévenu avait lâché sa prise sur B., E. a déclaré avoir vu au 

fond de la cellule son collègue «tout rouge, avec les yeux exorbités», qui essayait 

de reprendre son souffle; cela l’a choqué, B. étant quelqu'un de plutôt costaud 

(v. supra consid. 2.3.10). Au lendemain des faits, B. a également rapporté une 

modification de sa voix (v. supra consid. 2.3.4.2). 

2.6.1.3 Immédiatement après l’agression, B. se trouvait en état de choc; il avait envie de 

pleurer (v. supra consid. 2.3.1, 2.3.2, 2.3.4, 2.3.5, 2.3.6 et 2.3.10). Lors de ses 

consultations avec la psychologue, B. a exprimé sa crainte de ne pas s'en sortir 

vivant. Il a fait état d’anxiété, de troubles du sommeil, de la concentration, d’idées 

envahissantes et d’une sensation de revivre l'événement par des flashbacks. 

L’état d'hypervigilance constaté par I. au lendemain des faits a perduré jusqu’en 

novembre, soit plus d’un mois après le 21 septembre 2018 (v. supra consid. 

2.3.7). Trois jours après les faits, B. a consulté son médecin généraliste, lequel 

a constaté qu’il souffrait de cervicalgies avec contractures du trapèze gauche et 

- 22 - 

SK.2019.56 

l’a mis en arrêt de travail durant deux semaines (v. supra consid. 2.3.11). Par 

devant le MPC, B. a déclaré avoir vu ce que cela faisait de se sentir mourir et 

reconnu être en vie grâce à C. (v. supra consid. 2.3.14). 

2.6.2 Quant à l’imminence, soit au lien de connexité directe entre la strangulation et la 

mise en danger, c’est bien la strangulation qui a engendré le danger de mort, 

sans intervention d’autre élément extérieur. Le danger de mort a pris fin avec la 

fin de la strangulation.  

2.6.2.1 L’examen clinique auquel s’est soumis de B. le 22 septembre 2018 n’a pas révélé 

de lésion cutanée significative, de pétéchie ou de signe de souffrance cérébrale 

(perte d’urine, de selle ou de connaissance). Les médecins légistes ont ainsi 

conclu n’avoir pas d’argument parlant en faveur d’une mise en danger concrète 

de la vie de B. d’un point de vue médico-légal, tout en mentionnant que «de 

manière générale, toute compression au niveau du cou peut laisser des lésions 

typiques ou ne pas laisser de traces»; «certaines lésions ont pu disparaître ou 

ne pas avoir eu le temps d'apparaître entre le moment des faits et celui de notre 

examen et que certains traumatismes ne laissent pas nécessairement de traces 

visibles» (v. supra consid. 2.3.4.2; 12-02-0009). Dix-huit heures s’étaient alors 

écoulées entre ces deux moments. 

2.6.2.2 Il importe peu que la strangulation n’ait pas laissé de trace visible sur le corps de 

B. La conclusion des médecins légistes et le fait que B. n’ait pas passé d’IRM ne 

sont pas déterminants compte tenu du comportement dangereux d’A. et du fait 

que le danger de mort peut être admis même en l'absence de lésions corporelles 

ou de lésions cérébrales (v. supra consid. 2.1.1).  

2.6.3 Sur le plan subjectif, A. a admis avoir voulu punir B. et lui donner une leçon, sans 

pour autant avoir voulu le tuer. Il se sentait persécuté par les gardiens. Comme 

ceux-ci ne comprenaient pas, il ne lui restait plus que la révolte physique. 

S’agissant de B., A. a admis lui avoir dit, quelques jours avant le 21 septembre 

2018, «qu’il ne perdait rien pour attendre, car il faisait le débile» (v. supra consid. 

2.3.12). A. avait l’intention de s’en prendre physiquement à B. et est passé à 

l’acte. Ainsi, après l’avoir frappé au visage, il l’a étranglé avec force. Il est notoire 

que le fait d’étrangler une personne crée un danger de mort imminent. En 

étranglant violemment B., A. était conscient que celui-ci risquait de mourir et a 

voulu l’exposer à un tel risque. Si A. a fait preuve d’une grande détermination, lui 

permettant d’immobiliser un homme mesurant 1 mètres 80 et pesant 94 kg, il y a 

toutefois lieu d’admettre qu’il ne voulait pas tuer B.  

2.6.4 A. est une personne impulsive, capable d’actes de violence imprévisibles. Cela 

résulte du dossier de la cause et, en particulier de l’expertise psychiatrique de 

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SK.2019.56 

juin 2018 et du complément de décembre 2019 (11-01-0065 et TPF 

14.264.2.060, 063, 065 et s.).  

2.6.4.1 Ainsi que cela ressort des images de vidéosurveillance de la prison, quelques 

jours avant les faits, le 12 septembre 2018, dans la cour de la promenade, A. 

faisait de l’exercice, alors que d’autres détenus jouaient au football. L’un d’eux a 

tiré la balle qui est passée près de l’endroit où se trouvait A. Ce dernier a cessé 

ses exercices et s’est dirigé vers la porte de sortie de la cour. Le gardien a 

refermé la porte avant qu’A. n’arrive. Le prévenu a alors donné plusieurs coups 

de pied dans la porte. Il s’est ensuite éloigné de la porte, pour se diriger vers le 

détenu qui avait tiré la balle dans sa direction et lui a asséné un coup de poing. 

L’affrontement qui a suivi entre eux a duré jusqu’à l’intervention des gardiens. A. 

a été sorti de la cour de la promenade par les gardiens (09-03-0008). 

2.6.4.2 Le 12 avril 2016, lors d’une violente dispute avec sa concubine de l’époque et 

mère de ses enfants, il a giflé et jeté à terre cette dernière en l’insultant, ensuite 

de quoi il l’a menacée de mort avec un couteau de cuisine, qu’il a brandi vers 

elle. Il a été condamné à raison de ces faits par ordonnance pénale du 

27 septembre 2016 (18-01-0030 à 0033, v. supra Faits, let. R). 

Il ressort également du dossier de la cause que, le 15 août 2006, A. a été 

condamné par le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord-Vaudois 

notamment pour mise en danger de la vie d’autrui; au cours d’une bagarre avec 

une autre personne, il avait utilisé un nunchaku, pour frapper son adversaire à la 

tête à plusieurs reprises (18-01-0006 à 0023).  

Selon l’ordonnance de classement du 10 novembre 2014, le 25 janvier 2014, lors 

d’une dispute avec son ancienne compagne, A. a saisi cette dernière par les 

cheveux et l’a giflée, alors qu’elle portait leur fille d’un an dans ses bras. Il a 

ensuite saisi sa partenaire au cou, tout en lui tirant les cheveux. Après qu’elle eut 

manifesté son désir de le quitter, il l’a également violemment giflée, puis, alors 

qu’elle s’était réfugiée dans la cuisine et munie d’un couteau pour se protéger, il 

l’a menacée d’un pistolet et poursuivie dans les escaliers. Il a effectué un 

mouvement de charge avec l’arme, sans toutefois la pointer sur elle. Sa 

compagne de l’époque a retiré sa plainte; la mise en danger de la vie d’autrui 

ayant été jugée trop peu caractérisée pour être poursuivie, la procédure a été 

classée (18-01-0028 à 0030).  

2.6.5 Le mobile d’A., soit punir, donner une leçon à B., qui ne l’avait pas laissé sortir 

de promenade, doit être moralement désapprouvé. Quant à l’étranglement, il 

s’agit d’un acte clairement contraire aux principes généralement admis des 

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SK.2019.56 

bonnes mœurs et de la morale. Compte tenu du mobile et du moyen utilisé, il y 

a lieu de retenir qu’A. a agi sans scrupules. 

2.6.6 Au vu de ce qui précède, la participation d’A. à l’infraction de mise en danger de 

la vie d’autrui réprimée à l’art. 129 CP est établie tant objectivement que 

subjectivement. Ses actes ne sont justifiés ni par la légitime défense, ni par l’état 

de nécessité (art. 15 et 16 CP). 

3. Irresponsabilité  

3.1 Au sens de l'art. 19 al. 1 CP, l'auteur n'est pas responsable et donc pas 

punissable si, au moment d'agir, il ne possédait pas la faculté d'apprécier le 

caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation.  

3.1.1 Sur le plan strictement médical, l’irresponsabilité suppose une altération grave, 

telle qu’une psychose particulière, comme la schizophrénie (TRECHSEL/JEAN-

RICHARD, in: Trechsel/Pieth (édit.), Schweizerisches Strafgesetzbuch, 3e éd. 

2018, n. 7 ad art. 19 CP; BOMMER/DITTMANN, Commentaire bâlois, 4e éd. 2019, 

n. 30 et 32 ad art. 19 CP; MOREILLON, Commentaire romand, 2009, n. 23 ad 

art. 19 CP). 

3.1.2 La faculté d’apprécier le caractère illicite de l’acte traduit «la capacité 

intellectuelle d’un individu de connaître ses devoirs, de se rendre compte de son 

insertion dans l’ordre social et juridique et de comprendre les exigences de la 

société à son égard (respect réciproque, nécessité de répression des violations 

des normes sociales)» (HURTADO POZO, Partie générale, Nouvelle édition 

refondue et augmentée, 2008, n. 860, p. 281; DUPUIS ET AL., Petit commentaire 

du Code pénal, n. 9 ad art. 19 CP). On parle alors de capacité cognitive; l’auteur 

doit apparaître capable de réaliser que son comportement est contraire à l’ordre 

juridique (MOREILLON, op. cit., n. 15 ad art. 19 CP; BOMMER/DITTMANN, op. cit., 

n. 37 ad art. 19 CP). La faculté de se déterminer d’après son appréciation 

concerne la volonté. Il ne s’agit pas d’admettre le libre arbitre, mais plutôt de 

reconnaître à la personne consciente de ses devoirs une capacité d’agir selon 

ses propres motivations. Cette faculté n’intervient ni comme une entité abstraite, 

ni comme une fonction purement psychologique, mais constitue la ressource 

potentielle de volonté minimale qui permet à un individu de contrôler son 

comportement concrètement et effectivement selon les normes généralement 

admises dans la société (HURTADO POZO, op. cit., n. 861, p. 282). Seule compte 

ici la possibilité psychologique qu’avait l’auteur (pleinement responsable) ou 

n’avait pas (irresponsable) ou n’avait que partiellement (responsabilité restreinte) 

de résister à la sollicitation à agir contrairement à l’ordre juridique (DUPUIS ET AL., 

- 25 - 

SK.2019.56 

op. cit., n. 9 ad art. 19 CP). Il s’agit, dans ce cas, de la capacité volitive 

(MOREILLON, op. cit., n. 16 ad art. 19 CP). Les conditions de l’art. 19 al. 1 CP ne 

sont pas cumulatives: l’auteur doit être privé de l'une au moins des deux facultés 

nécessaires (à savoir la conscience et la volonté) pour que ne soit pas reconnue 

sa responsabilité. L’auteur ne pouvait réaliser qu’il commettait l’infraction ou 

n’était pas apte à décider par un acte de volonté libre. Il n’était pas capable de 

commettre une faute (DUPUIS ET AL., op. cit., n. 8 ad art. 19 CP). L’irresponsabilité 

au sens de l’art. 19 al. 1 CP est relative: elle ne doit pas être appréciée dans 

l’abstrait, mais concrètement par rapport à un acte déterminé, et doit exister au 

moment des actes incriminés (TRECHSEL/JEAN-RICHARD, op. cit., n. 4 ad art. 19 

CP; BOMMER/DITTMANN, op. cit., n. 41-42 ad art. 19 CP). L’état dans lequel se 

trouvait le prévenu au moment des actes est une question de fait (ATF 115 IV 

180 consid. 3c; arrêt du Tribunal fédéral 6B_725/2009 du 16 novembre 2009 

consid. 2.2; BOMMER/DITTMANN, op. cit., n. 52 ad art. 19 CP).  

3.2 L'art. 20 CP prévoit que l'autorité d'instruction ou le juge ordonne une expertise 

s'il existe une raison sérieuse de douter de la responsabilité de l'auteur. 

3.2.1 L’autorité doit ordonner une expertise non seulement lorsqu’elle éprouve 

effectivement des doutes quant à la responsabilité, mais aussi lorsque, d’après 

les circonstances du cas particulier, elle aurait dû en éprouver, c’est-à-dire 

lorsqu’elle se trouve en présence d’indices sérieux propres à faire douter de la 

responsabilité pleine et entière de l’auteur au moment des faits (arrêt du Tribunal 

fédéral 6B_987/2017 du 12 février 2018 consid. 1.1 et arrêts cités). La ratio legis 

veut que le juge, qui ne dispose pas de connaissances spécifiques dans le 

domaine de la psychiatrie, ne cherche pas à écarter ses doutes lui-même, fût-ce 

en se référant à la littérature spécialisée, mais que, confronté à de telles 

circonstances, il recoure au spécialiste. Constituent de tels indices, une 

contradiction manifeste entre l’acte et la personnalité de l’auteur, le 

comportement aberrant de celui-ci, un séjour antérieur dans un hôpital 

psychiatrique, une interdiction prononcée en vertu du code civil, une attestation 

médicale, l’alcoolisme chronique, la dépendance aux stupéfiants, la possibilité 

que la culpabilité ait été influencée par un état affectif particulier ou l’existence 

de signes d’une faiblesse d’esprit ou d’un retard mental (ATF 116 IV 273 

consid. 4a p. 274; arrêt 6B_987/2017 précité consid. 1.1). 

3.2.2 Selon la jurisprudence, le juge apprécie en principe librement une expertise 

(v. art. 10 al. 2 CPP) et n’est pas lié par les constats ou les prises de position de 

l’expert (ATF 141 IV 369 consid. 6.1 p. 372). Toutefois, il ne peut s’en écarter 

que pour des motifs déterminants, lorsque des circonstances ou des indices 

importants et bien établis en ébranlent sérieusement la crédibilité; il est alors tenu 

de motiver sa décision de ne pas suivre le rapport d’expertise (ATF 142 IV 49 

- 26 - 

SK.2019.56 

consid. 2.1.3 p. 53; arrêts du Tribunal fédéral 6B_1243/2017 du 13 mars 2018 

consid. 1.1; 6B_35/2017 du 26 février 2018 consid. 7.2.1). Inversement, si les 

conclusions d’une expertise judiciaire apparaissent douteuses sur des points 

essentiels, le juge doit recueillir des preuves complémentaires pour tenter de 

dissiper ses doutes. A défaut, en se fondant sur une expertise non concluante, il 

pourrait commettre une appréciation arbitraire des preuves et violer l’art. 9 Cst. 

(ATF 142 IV 49 consid. 2.1.3 p. 53; arrêt 6B_35/2017 précité consid. 7.2.1). 

3.3 L’expertise psychiatrique du 19 juin 2018 et son complément du 12 décembre 

2019 (11-01-0043 ss et TPF 14.264.1.046 ss) ont été établis par la Doctoresse 

L. et le Docteur M., spécialistes en psychiatrie et psychothérapie FMH, à la 

demande de la direction de la procédure (soit le MPC, puis la Cour; v. supra 

Faits, let. C et K). 

3.3.1 A. ayant refusé de s’entretenir avec les experts, le rapport du 19 juin 2018 se 

fonde essentiellement sur les éléments du dossier transmis par le MPC, ainsi que 

sur une entrevue avec un policier fédéral. Y sont relatés avec soin les faits 

déterminants du dossier pénal, soit ceux pour lesquels avait été ouverte la 

procédure classée par ordonnance du 15 octobre 2019 (v. supra Faits, let. H). 

Grâce aux nombreux écrits d’A. saisis, les experts ont procédé à une anamnèse 

approfondie, en abordant le parcours de vie du prévenu sous les angles médical, 

familial, affectif, professionnel et religieux; ils ont fait état de ses antécédents 

judiciaires et analysé, de manière fouillée, le comportement et la pensée d’A. Les 

experts ont posé leurs diagnostics, en exposant les motifs pour lesquels ceux-ci 

devaient être retenus. Ils ont fourni des réponses limpides et parfaitement 

cohérentes aux questions posées par le MPC au regard des considérations faites 

préalablement. 

3.3.2 Le complément du 12 décembre 2019 décrit avec soin les faits pertinents, 

postérieurs au 21 septembre 2018, tels qu’ils ressortent du dossier pénal et des 

entretiens des experts avec A. Ces derniers ont établi une anamnèse complète, 

portant sur la situation carcérale et les antécédents médicaux du prévenu. Les 

experts ont posé leur diagnostic; ils se sont livrés à une discussion sur sa 

justification, ont mis en relation celui-ci avec les faits ayant donné lieu à la 

demande de prononcé d’une mesure, puis se sont exprimés sur la responsabilité 

pénale et le risque de récidive, tenant compte de dix items, historiques et 

dynamiques. Les experts ont décrit les besoins du prévenu (en termes de suivi 

et de traitement), établi un pronostic basé sur l’évolution symptomatologique 

observée et décrit les mesures thérapeutiques à entreprendre. Ils ont répondu 

de manière claire et précise aux questions de la Cour.   

- 27 - 

SK.2019.56 

3.3.3 Dans leurs rapports, les experts ont procédé à une étude de l’ensemble des 

éléments pertinents du dossier mis à leur disposition et procédé à l’examen 

clinique d’A. Les diagnostics successifs sont clairs et résultent de discussions 

approfondies. Les raisonnements initial et complémentaire sont cohérents et 

convaincants. Ils ne sont entachés d’aucune lacune, contradiction ou imprécision 

qui en affecteraient la crédibilité. Plus généralement, les rapports rédigés par les 

experts ne comprennent aucun manquement justifiant qu’on s’en écarte ou que 

des preuves complémentaires soient recueillies. Entendu aux débats, le Docteur 

M. a confirmé la teneur du complément d’expertise du 12 décembre 2019 (TPF 

14.771.002, l. 16 à 18). 

3.3.4 Partant, la Cour attribue pleine valeur probante aux rapports des 19 juin 2018 et 

12 décembre 2019. 

3.4 Le diagnostic principal posé le 18 juin 2018 et confirmé le 12 décembre 2019, 

selon les critères de la classification statistique internationale des maladies et 

des problèmes de santé connexes, publiée par l’Organisation mondiale de la 

santé et reconnue mondialement (CIM-10; ATF 140 IV 49 consid. 2.4.1), est celui 

d’une psychose paranoïde continue (F.20.00), laquelle était en rémission 

incomplète (F.20.04) au 12 décembre 2019 (11-01-0059 à 061 et TPF 

14.264.1.057).  

3.4.1 À l’occasion du complément d’expertise, les experts ont précisé qu’il s’agissait 

d’un trouble mental grave, qui n’était pas traité au moment des faits, qui évoluait 

depuis des années, ayant une origine génétique mais aussi possiblement 

traumatique (TPF 14.264.1.062). Ils ont reconduit leur diagnostic de juin 2018, 

dès lors que le prévenu avait confirmé la présence des symptômes qui avaient 

été alors décrits. Au moment où les experts ont rencontré l’intéressé – soit les 15 

et 20 novembre 2019 –, la pathologie pouvait «être considérée comme étant en 

rémission incomplète en raison de l’amendement quasi complet de la 

symptomatologie floride suite à l’introduction du traitement médicamenteux». En 

revanche, le 21 septembre 2018, le trouble du prévenu n’était pas compensé et 

la symptomatologie psychotique était très présente. Le passage à l’acte était 

intimement lié à la conviction délirante d’A. que les gardiens voulaient lui nuire. 

Cette thématique délirante laissait une place importante à la haine, mais 

également à des moments de désespoir, le prévenu se sentant poussé à bout et 

indiquant à diverses reprises que la seule solution restante était le combat. 

L’intéressé montrait ainsi qu’il n’était pas en mesure de se déterminer par rapport 

aux actes commis. Le délire qu’il présentait l’amenait à ne pas considérer comme 

légitimes les lois en vigueur dans la société et le conduisait à ne pas s’y sentir 

tenu, quand bien même il était en mesure de les comprendre. Il apparaissait ainsi 

que si la capacité de comprendre le caractère illicite de ses actes était préservée, 

- 28 - 

SK.2019.56 

sa capacité à se déterminer était abolie en raison de la dynamique du délire 

(TPF 14.264.1.057 et s.). Tant dans l’expertise de juin 2018 que dans le 

complément de décembre 2019, les experts ont considéré la responsabilité 

pénale d’A. nulle en raison du trouble psychiatrique sévère présenté (11-01-0061 

et TPF 14.264.1.058).  

3.4.2 Ainsi, selon les experts, le 21 septembre 2018, A. était «capable d’apprécier le 

caractère illicite de ses actes. Sa capacité à se déterminer était, elle, abolie, en 

raison du dynamisme délirant dans lequel l’expertisé se trouvait. D’un point de 

vue psychiatrique, [A.] était en état d’irresponsabilité pénale» (TPF 14.264.1.063 

et TPF 14.771.003, l. 28 à 33). 

3.4.3 Au vu de ces considérations, ainsi que de la pleine valeur probante des rapports 

d’expertise des 19 juin 2018 et 12 décembre 2019 (v. supra consid 3.3), le 

prévenu était irresponsable, au sens de l’art. 19 al. 1 CP, lors de la survenance 

des faits décrits dans la demande de prononcé de mesures du 17 octobre 2019, 

dès lors qu’il était atteint d’une schizophrénie paranoïde non traitée, qui 

l’empêchait de se déterminer d’après le caractère illicite de son acte. 

3.5 À teneur de l’art. 374 al. 1 CPP, le prononcé d’une mesure est en outre 

subordonné à la condition que la punissabilité, au sens de l’art. 19 al. 4 CP ou 

263 CP, n’entre pas en considération. 

3.5.1 Selon l’art. 19 al. 4 CP, si l’auteur pouvait éviter l’irresponsabilité ou la 

responsabilité restreinte et prévoir l’acte commis en cet état, les alinéas 1 à 3 ne 

sont pas applicables. Cette norme vise celui qui se met intentionnellement ou par 

négligence en état d’irresponsabilité ou de responsabilité restreinte (MOREILLON, 

op. cit., n. 28 ad art. 19 CP). Selon l’art. 263 al. 1 CP, celui qui, étant en état 

d’irresponsabilité causée par ivresse ou intoxication dues à sa faute, aura 

commis un acte réprimé comme crime ou délit sera puni d’une peine pécuniaire. 

3.5.2 En l’espèce, les conditions de l'art. 19 al. 4 CP ne sont pas réalisées. A. n’a pas 

provoqué la schizophrénie paranoïde dont il était atteint le 21 septembre 2018 et 

dont les symptômes ont commencé à se manifester en 2012 déjà (11-01-0058). 

Il ne s’est donc pas mis, intentionnellement ou par négligence, en état 

d’irresponsabilité, au sens de l’art. 19 al. 4 CP. L’application de l’art. 263 CP 

n’entre pas en ligne de compte, dès lors que l’irresponsabilité d’A. n’a été causée 

ni par une ivresse, ni par une intoxication. 

3.6 A. n'étant pas responsable pénalement, il n'est donc pas punissable. 

- 29 - 

SK.2019.56 

4. Mesure 

4.1 Aux termes de l’art. 56 CP, une mesure doit être ordonnée si une peine seule ne 

peut écarter le danger que l'auteur commette d'autres infractions (al. 1, let. a), si 

l'auteur a besoin d'un traitement ou que la sécurité publique l'exige (al. 1, let. b) 

et si les conditions prévues aux art. 59 à 61, 63 ou 64 CP sont remplies (al. 1, 

let. c). Le prononcé d'une mesure suppose que l'atteinte aux droits de la 

personnalité qui en résulte pour l'auteur ne soit pas disproportionnée au regard 

de la vraisemblance qu'il commette de nouvelles infractions et de leur gravité 

(al. 2). Le juge se fonde sur une expertise qui se détermine sur la nécessité et 

les chances de succès d'un traitement (let. a), la vraisemblance que l'auteur 

commette d'autres infractions et la nature de celles-ci (let. b), ainsi que sur les 

possibilités de faire exécuter la mesure (let. c; al. 3). En règle générale, le juge 

n'ordonne une mesure que si un établissement approprié est à disposition (al. 5). 

L'expert devra se prononcer, en particulier, sur la forme du traitement et la 

mesure qui lui semble la plus appropriée (sous l'ancien droit: ATF 101 IV 124 

consid. 3b p. 128; plus récemment arrêt du Tribunal fédéral 6B_371/2016 du 

10 février 2017 consid. 1.1.4), étant toutefois gardé à l'esprit qu'il incombe au 

juge de déterminer si une mesure doit être ordonnée et, cas échéant, laquelle. 

En effet, ce n'est pas à l'expert, mais bien au juge qu'il appartient de résoudre les 

questions juridiques qui se posent, dans le complexe de faits faisant l'objet de 

l'expertise (arrêts du Tribunal fédéral 6B_39/2018 du 5 juillet 2018 consid. 1.1.1 

et 1.1.2; 6B_1160/2017 du 17 avril 2018 consid. 2.1 et les références citées).   

4.2 Selon l'art. 59 al. 1 CP, un traitement thérapeutique institutionnel peut être 

ordonné en faveur d'une personne souffrant d'un grave trouble mental si elle a 

commis un crime ou un délit en relation avec ce trouble (let. a) et s'il est à prévoir 

que cette mesure la détournera de nouvelles infractions en relation avec ce 

trouble (let. b). En règle générale, le traitement institutionnel s'effectue dans un 

établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d'exécution des 

mesures (art. 59 al. 2 CP). L'art. 59 al. 3 CP prévoit que, tant qu'il existe un risque 

de fuite ou de récidive, le traitement doit être exécuté dans un établissement 

fermé; il peut aussi être effectué dans un établissement pénitentiaire au sens de 

l'art. 76 al. 2 CP, dans la mesure où le traitement thérapeutique nécessaire est 

assuré par du personnel qualifié (art. 59 al. 3, 2e phrase, CP). La mesure 

thérapeutique vise avant tout un «impact thérapeutique dynamique» (et donc tout 

d’abord une amélioration du pronostic légal) et non la simple administration 

statique et conservatoire » de soins (Message du Conseil fédéral concernant la 

modification du code pénal suisse du 21 septembre 1998, in FF 1999 1787, 

p. 1883; ATF 134 IV 315 consid. 3.6, JdT 2009 IV 79). L'art. 59 al. 3 CP 

subordonne le traitement dans un établissement fermé à un risque de fuite ou de 

- 30 - 

SK.2019.56 

récidive. Selon la jurisprudence, il doit s'agir d'un risque qualifié, puisque toutes 

les mesures supposent un risque de récidive (art. 56 al. 1 let. b CP). Le risque 

est qualifié quand il est concret et qu'il est hautement probable que le condamné 

commette d'autres infractions dans l'établissement ou en dehors de celui-ci. Il 

s'agit d'un danger qui ne peut être combattu que par le placement dans un 

établissement fermé. Conformément au principe de la proportionnalité, 

l'exécution de la mesure dans un établissement fermé suppose une sérieuse 

mise en danger de biens juridiques essentiels (arrêt du Tribunal fédéral 

6B_1243/2017 du 13 mars 2018 consid. 1.1 et les arrêts cités). La privation de 

liberté entraînée par le traitement institutionnel ne peut en règle générale excéder 

cinq ans. Si les conditions d'une libération conditionnelle ne sont pas réunies 

après cinq ans et qu'il est à prévoir que le maintien de la mesure détournera 

l'auteur de nouveaux crimes ou de nouveaux délits en relation avec son trouble 

mental, le juge peut, à la requête de l'autorité d'exécution, ordonner la 

prolongation de la mesure de cinq ans au plus à chaque fois (art. 59 al. 4 CP; 

arrêt du Tribunal fédéral 6B_39/2018 du 5 juillet 2018 consid. 1.1.3).  

4.2.1 Une mesure thérapeutique institutionnelle présuppose, en premier lieu, que 

l’auteur est susceptible de profiter d’un traitement. Il faut ensuite qu’il soit à 

prévoir que cette mesure le détournera de nouvelles infractions. Partant, lorsque 

l’auteur souffre d’un grave trouble mental, le juge peut ordonner une mesure, au 

sens de l’art. 59 CP, si, au moment de la décision, il est suffisamment 

vraisemblable que le traitement institutionnel entraînera dans les cinq ans de sa 

durée normale une réduction nette du risque de récidive (ATF 140 IV 1 

consid. 3.2.4 p. 9; 134 IV 315 consid. 3.4.1 p. 321, JdT 2009 IV 79).  

4.2.2 La question de savoir si le placement doit s'effectuer en milieu fermé ou non 

relève de la compétence de l'autorité d'exécution. Cela étant, si un placement en 

milieu fermé apparaît déjà nécessaire au moment du prononcé du jugement, le 

juge peut et doit l'indiquer dans les considérants en traitant des conditions de 

l'art. 59 al. 3 CP (ATF 142 IV 1 consid. 2.4.4 et 2.5). Dans ces circonstances, il 

est souhaitable que le tribunal s'exprime dans les considérants de son jugement 

- mais non dans son dispositif - sur la nécessité d'exécuter la mesure en milieu 

fermé et recommande une telle modalité d'exécution, de manière non 

contraignante, à l'autorité d'exécution (ATF 142 IV 1 consid. 2.5; arrêts du 

Tribunal fédéral 6B_1144/2017 du 21 mars 2018 consid. 3.1; 6B_371/2016 du 

10 février 2017 consid. 2.1; 6B_1040/2015 du 29 juin 2016 consid. 3.1.1). 

4.3 Selon les conclusions de l’expertise psychiatrique du 19 juin 2018 et de son 

complément du 12 décembre 2019, A. souffre de schizophrénie paranoïde 

continue, soit d’un grave trouble mental, selon l’art. 59 al. 1 CP, évoluant depuis 

- 31 - 

SK.2019.56 

des années (11-01-0059; TPF 14.264.1.057, 061 et 062; TPF 14.771.003; v. 

supra consid. 3.4).  

4.4 L’infraction de mise en danger de la vie d’autrui commise par A. le 21 septembre 

2018 constitue un crime, au sens de l’art. 10 al. 2 CP, en tant qu’elle est passible 

d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus (art. 129 CP; v. supra consid. 

2.6.6). De l’avis des experts, les faits, qualifiés d’infraction à l’art. 129 CP, sont 

en rapport avec le trouble mental dont souffre A. Le 21 septembre 2018, soit au 

moment des faits, objet de la demande de prononcé de mesure du 17 octobre 

2019, le trouble dont souffre A. n’était pas traité; «la symptomatologie 

psychotique était très présente au moment des faits. Son passage à l’acte est 

intimement lié à la conviction délirante [...] que les gardiens voulaient lui nuire». 

(TPF 14.264.1.058, 062 et 064; TPF 14.771.003, l. 20 à 26). La condition posée 

à l’art. 59 al. 1 let. a CP est réalisée. 

4.5 Dans leur complément d’expertise du 12 décembre 2019, les experts évaluent le 

risque de récidive présenté par A. sur la base de dix items (problèmes de 

toxicomanie, maladie mentale grave, trouble de la personnalité, introspection 

difficile, attitudes négatives, impulsivité, résistance au traitement, plans 

irréalistes, exposition à des facteurs déstabilisants et au stress, ainsi que soutien 

personnel). Ils considèrent que, lorsqu’A. «est symptomatique, le délire qu’il 

présente est extrêmement dynamique et il s’adapte à l’environnement. Ainsi, le 

potentiel de violence apparaît dans n’importe quel contexte et la ou les victime(s) 

susceptible(s) d’être variée(s), comme par exemple dans le cadre des violences 

conjugales, autour de l’Imam de sa mosquée, des passants dans la rue 

(potentiels agents de la CIA), des gardiens en prison, etc.» (TPF 14.264.1.060). 

Sans traitement adapté, il faut ainsi s’attendre à des actes de violence 

indifférenciés. Avec un traitement adapté et sans symptôme psychotique, le 

risque de récidive est faible; cependant, si la symptomatologie psychotique 

réapparaît, le risque est à nouveau élevé et imprévisible (TPF 14.264.1.063). 

Compte tenu de l’évolution symptomatologique observée, le pronostic des 

experts est favorable pour autant que le prévenu adhère au suivi et au traitement 

(TPF 14.264.1.061). Au vu de la fragilité de l’équilibre psychique dans lequel se 

trouve le prévenu (en décembre 2019), ils préconisent un traitement 

institutionnel. S’il est suffisamment vraisemblable qu’une telle mesure puisse 

entraîner dans les cinq ans une diminution nette du risque de récidive, il est en 

revanche nécessaire de consolider cette évolution et d’éviter de nouvelles 

rechutes de la maladie (TPF 14.264.1.064 et s.). Afin de diminuer le risque de 

récidive, la poursuite du traitement médicamenteux est indispensable, ainsi que 

la mise en place d’un suivi psychiatrique-psychothérapeutique qui permette à A. 

une meilleure connaissance de son trouble et de la gestion de celui-ci, ainsi que 

- 32 - 

SK.2019.56 

de la gestion des facteurs stressants. Une prise en charge tenant compte des 

éléments décrits dans l’évaluation du risque de récidive est également importante 

(TPF 14.264.1.061). L’existence et la nécessité d’un traitement institutionnel 

adapté, susceptible de détourner A. de la commission de nouvelles infractions, 

sont établies. Au demeurant, vu le risque élevé et imprévisible que le prévenu 

commette des actes de violence indifférenciés, dans n’importe quel contexte, si 

la symptomatologie psychotique réapparaissait, la sécurité publique exige 

également un traitement (art. 56 al. 1 let. b et 59 al. 1 let. b CP). La question de 

la subsidiarité ne se pose pas dans le cas présent (art. 56 al. 1 let. a CP, en 

relation avec l’art. 374 et s. CPP). 

4.6 S’agissant de la question de la proportionnalité au sens étroit (art. 56 al. 2 CP, 

v. supra consid. 4.1), la mesure préconisée par les experts n’apparaît pas d’une 

sévérité exagérée au regard du but poursuivi. La restriction de liberté qu’entraîne 

une mesure institutionnelle apparaît proportionnée au regard de la dangerosité 

que présente A., sans traitement adapté (v. supra consid. 4.5). Et le risque d’arrêt 

du traitement neuroleptique, actuellement administré sur une base volontaire, est 

élevé, dans la mesure où A. se considère aujourd’hui guéri (TPF 14.264.1.057, 

059 et 066; TPF 14.771.005, l. 29 ss et TPF 14.731.007, l. 34 à 14.731.008, l. 1). 

L’arrêt du traitement neuroleptique implique un risque de réapparition de la 

symptomatologie très élevé, dans le cas d’A. (TPF 14.771.0054, l. 16 ss). Les 

experts estiment qu’A. a besoin d’une prise en charge par une équipe 

pluridisciplinaire dans un milieu de soins adapté et contenant, sous forme de 

mesure institutionnelle, également en raison des nombreuses incertitudes dans 

son existence, aux plans familial, professionnel et social, lesquelles constituent 

des facteurs de stress, susceptibles de venir influer sur la prise de son traitement 

(TPF 14.264.1.065; TPF 14.771.006, l. 7 ss). Dans ces conditions, le prononcé 

d’une mesure institutionnelle respecte l’exigence de proportionnalité au sens 

étroit, d’autant que le cadre (ouvert ou fermé) sera adaptable, en fonction de 

l’évolution de la symptomatologie que présentera A. et de ses besoins 

(TPF 14.264.1.065 et s.; TPF 14.771.006, l. 15 ss). 

4.6.1 La possibilité d’un traitement ambulatoire (art. 63 CP) a été écartée par les 

experts, afin d’éviter les facteurs de stress auxquels A. pourrait être confronté, 

s’il se retrouvait seul «dehors», avec pour unique but d’aller voir son psychiatre 

toutes les deux semaines ou tous les mois. Vu les incertitudes dans le cadre de 

son existence actuelle, tous les éléments de sa vie doivent pouvoir faire l’objet 

d’un suivi, dans le cadre d’une prise en charge institutionnelle (TPF 14.264.1.065 

et TPF 14.771.006, l. 5 à 13 et l. 29 à 31 ; v. supra consid. 4.6).  

4.6.2 S’agissant des autres mesures (art. 56 al. 1, let. c CP), celle de l’art. 60 CP 

n’entre pas en ligne de compte, car A. n’est pas toxico-dépendant, ni ne souffre 

- 33 - 

SK.2019.56 

d’aucune addiction. L’art. 61 CP ne trouve pas application, au motif qu’A. n’avait 

pas moins de 25 ans au moment des faits faisant l’objet de la présente procédure. 

L’internement (art. 64 CP) n’entre pas non plus en ligne de compte, l’instruction 

n’ayant pas établi qu’A. ait porté ou voulu porter gravement atteinte à l'intégrité 

physique, psychique ou sexuelle d'autrui.  

4.7 De l’avis des experts, X. constitue l’établissement approprié susceptible 

d’accueillir A. (art. 59 al. 5 CP). 

4.8 Au vu de ce qui précède, A. a actuellement besoin d’un suivi quotidien, dans un 

cadre institutionnel, afin d’assurer la prise de son traitement médicamenteux et 

le suivi psychiatrique et psychothérapeutique et éviter tout risque de réapparition 

des symptômes et de récidive. Partant, la Cour ordonne le prononcé d’une 

mesure thérapeutique institutionnelle, en application de l’art. 59 CP.  

4.9 Les autorités du canton de W. sont compétentes pour l’exécution de la mesure 

thérapeutique (art. 74 LOAP).  

5. Sort des objets séquestrés 

5.1 À teneur de l'art. 69 CP, alors même qu'aucune personne déterminée n'est 

punissable, le juge prononce la confiscation des objets qui ont servi ou devaient 

servir à commettre une infraction ou qui sont le produit d'une infraction, si ces 

objets compromettent la sécurité des personnes, la morale ou l'ordre public 

(al. 1). Le juge peut ordonner que les objets confisqués soient mis hors d'usage 

ou détruits (al. 2). Il appartient au juge de garantir la proportionnalité de la 

mesure, c'est-à-dire de l'ordonner en se conformant aux critères de la nécessité 

et de l'opportunité et en établissant un rapport raisonnable entre le but et le 

moyen. Le juge doit renoncer à confisquer si le danger a été complètement écarté 

ou si une mesure moins grave que la confiscation suffit pour atteindre le but visé 

(ATF 123 IV 55 consid. 1.5). L’art. 267 al. 1 CPP prévoit que si le motif du 

séquestre disparaît, le tribunal lève la mesure et restitue les objets et valeurs 

patrimoniales à l’ayant droit. La restitution à l’ayant droit des objets et valeurs 

patrimoniales séquestrés qui n’ont pas été libérés auparavant, leur utilisation 

pour couvrir les frais ou leur confiscation sont statuées dans la décision finale 

(art. 267 al. 3 CPP).  

5.2 Au terme de son réquisitoire, le MPC a renvoyé, s’agissant du sort des objets 

séquestrés, à ses conclusions du 14 février 2020 (v. supra Faits, let. O). Au chiffre 

2, il y dresse la liste des objets séquestrés les 23 et 24 juin 2017, ainsi que 7 juillet 

2017, à restituer à A. en tant qu’ils lui appartiennent. Au chiffre 2.1 desdites 

- 34 - 

SK.2019.56 

conclusions, il dresse la liste des objets séquestrés aux dates précitées, à 

détruire. Il s’agit des objets suivants (suivis du numéro d’inventaire): quatre 

bouteilles en verre, vides (10.01.0005), quatre cailloux (10.01.0006), trois 

chiffons (10.01.0007), une bouteille de 1,5 L de coca, vide (10.01.0011), un 

couteau noir RUI (10.01.0017), deux bouteilles vides de vin “Lavaux” (09.01.0048 

et 09.01.0049), une bouteille de Grappa vide (09.01.0050), une bouteille de Blue 

Moon vide (09.01.0051), une bouteille vide de “Chardonnay” (09.01.0052), ainsi 

qu’une enveloppe vide avec des inscriptions manuscrites concernant les 

différentes façons de tirer des obus (09.02.0007).  

5.3 Invitée à se déterminer, à l’occasion de sa plaidoirie, sur la possibilité de détruire 

les objets dont le MPC requérait la destruction, dans ses conclusions, la défense 

ne s’y est pas opposée (TPF 14.720.005).  

5.4 Partant, la Cour prononce la destruction des objets énumérés au chiffre 2.1 des 

conclusions du MPC du 14 février 2020. Les autres objets séquestrés sont 

restitués à leurs ayants droit (art. 267 al. 1 et 3 CPP). 

5.5 La Cour relève que le sort des objets séquestrés aurait dû être réglé dans le 

cadre de l’ordonnance de classement du 15 octobre 2019 (en application des 

art. 81 al. 4 let. e et 320 al. 2, 2e phrase CPP), en tant qu’il en va d’objets saisis 

suite aux perquisitions effectuées les 23, 24 juin et 7 juillet 2017 dans le cadre 

de l’arrestation du prévenu à raison des soupçons d’infractions aux art. 260bis et 

260ter CP et de violation de l’art. 2 de la loi fédérale interdisant les groupes «Al-

Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations apparentées (RS 122). 

6. Conclusions civiles 

6.1 À teneur de l’art. 375 al. 1, 2e phrase CPP, le tribunal se prononce également sur 

les prétentions civiles que la partie plaignante a fait valoir. Pour ce faire, il faut 

que toutes les conditions de l’art. 375 al. 1, 1ère phrase soient remplies, soit que 

la participation à l’infraction (éléments constitutifs et illicéité) et l’irresponsabilité 

soient établies (BOMMER, op. cit., n. 11 ad art. 375 CPP).  

6.1.1 On entend par lésé toute personne dont les droits ont été touchés directement 

par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). La personne contre laquelle a été commise 

une infraction de mise en danger est lésée, à tout le moins lorsqu’il s’agit d’une 

infraction de mise en danger concrète, comme celle de l’art. 129 CP 

(MAZZUCCHELLI/POSTIZZI, Commentaire bâlois, 2e éd. 2014, n. 30 ad art. 115 CP). 

Selon l’art. 118 CPP, on entend par partie plaignante le lésé qui déclare 

expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au 

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SK.2019.56 

pénal ou au civil (al. 1). Une plainte pénale équivaut à une telle déclaration (al. 2). 

La déclaration doit être faite devant une autorité de poursuite pénale avant la 

clôture de la procédure préliminaire (al. 3). 

6.1.2 En qualité de partie plaignante, le lésé peut faire valoir des conclusions civiles 

déduites de l’infraction par adhésion à la procédure pénale (art. 122 al. 1 CPP). 

L’action civile devient pendante dès que le lésé a fait valoir des conclusions 

civiles en vertu de l’art. 119 al. 2 let. b CPP (art. 122 al. 3 CPP). L'art. 122 CPP 

consacre le principe de l'action civile jointe, laquelle permet au lésé de prendre 

des conclusions civiles dans le cadre de la procédure pénale. Dans la mesure où 

l’action civile n’est pas réglementée par le CPP, les principes régissant la 

procédure civile s’appliquent (JEANDIN/FONTANET, op. cit., n. 1 et s. ad art. 122 

CPP et les références citées). Conformément au texte légal de cette disposition, 

les prétentions civiles formulées doivent trouver leur fondement dans les faits 

desquels l'autorité de poursuite pénale déduit l'infraction poursuivie. Les 

conclusions