# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 50ca9161-835e-5e73-aa64-f17709261760
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 1996-05-21
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Cour de cassation pénale 21.05.1996 CCP.1996.6299 (INT.1996.337)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_003_CCP-1996-6299_1996-05-21.html

## Full Text

A.      Par
arrêt de la Chambre d'accusation du 6 juin 1994, C. a été renvoyé devant le
Tribunal correctionnel du district de La

Chaux-de-Fonds
pour tentative de contrainte et de vol d'usage, larcin et

infractions
graves à la loi fédérale sur les stupéfiants. Par la suite, il

a en
outre fait l'objet de trois rapports de police : les 15 février et 28

mai
1995 pour avoir enfreint les articles 19 et 19a LStup et le 5 décembre

1995
pour un vol de peu d'importance (art.139/172ter CPS). Il a accepté

d'être
jugé pour ces infractions également.

 

       
Chargé par le président du Tribunal correctionnel de La Chaux-

de-Fonds
de procéder à l'expertise d'C., le Dr V., psy-

chiatre,
a déposé son rapport le 11 décembre 1995. Il relève en substance

que :

 

       
" C. semble connaître actuellement une période

            de relatif équilibre comparable à
celle qui a suivi le

            jugement de 1990 et représentant
probablement le meilleur

            degré d'adaptation psychosociale
auquel il puisse parvenir

            pour le moment. Même si on a que peu de recul et si la

            dernière "accalmie" n'a
duré qu'un peu plus de deux ans

            (ce qui est tout de même une
période non négligeable)

            l'évolution paraît encourageante.
La poursuite du traite-

            ment ambulatoire entrepris
pourrait permettre à Monsieur

            Corti de consolider ses acquis
mais on ne peut évidemment

            pas exclure, à moyen terme en tout
cas, de nouvelles déri-

            ves susceptibles de s'accompagner
à nouveau d'un comporte-

            ment contraire à la loi, d'autant
plus que tout lien avec

            les toxiques prohibés ne paraît
pas rompu. C.

            n'est pas motivé pour le moment à
se soumettre à un trai-

            tement dans un établissement
spécialisé pour la prise en

            charge de toxicomanes mais il
choisirait cette solution

            dans le cas où il serait condamné
à une peine ferme de

            longue durée. Une telle motivation
"externe" n'implique

            pas de diminution du taux de
succès d'une telle mesure (de

            l'ordre de 30 à 50 % selon les
sources et les critères

            retenus). En cas de réussite, le
pronostic serait évidem-

            ment meilleur que celui qu'on peut
formuler dans le cas de

            la poursuite d'un traitement
ambulatoire. En cas d'échec

            et de retour en prison pour une
longue durée, le pronostic

            pourrait être moins bon qu'en cas
de poursuite du traite-

            ment ambulatoire actuel. On le voit, la question de la

            mesure la plus adéquate comporte
une certaine part d'in-

            certitude. Qu'on le veuille ou
non, elle implique aussi un

            processus de jugement, un des
termes de l'alternative pa-

            raissant plus punitif, plus
répressif que l'autre. "

 

       
Le Dr V. ajoute que le risque de récidive paraît modéré à

court
et moyen terme, mais qu'on ne peut exclure que de nouvelles périodes

de
dérive viennent compliquer l'évolution et favoriser la commission de

nouveaux
délits. Il estime que la poursuite du traitement ambulatoire

actuel
tout comme un éventuel placement dans un établissement pour toxi-

comanes
seraient susceptibles d'influer favorablement sur l'évolution à

long
terme, mais précise que d'un point de vue médical, on ne peut trouver

d'argument
décisif en faveur de l'une ou de l'autre des solutions. Le Dr

V.
souligne en outre qu'un traitement ambulatoire n'aurait pas grand

sens
dans le contexte de l'exécution d'une peine ferme.

 

B.      Par
jugement du 15 février 1996, le Tribunal correctionnel du

district
de La Chaux-de-Fonds a condamné C. à 15 mois d'em-

prisonnement,
sous déduction de 99 jours de détention préventive, pour

larcin,
vol de peu d'importance, tentative de contrainte, tentative de vol

d'usage
et infraction aux articles 19 ch.2 et 19a LStup. Pour fixer la

peine,
le tribunal a tenu compte en particulier du fait que C.

avait
acquis, consommé et vendu des quantités importantes d'héroïne, qu'il

avait
déjà été condamné à cinq reprises et avait qualité de récidiviste

(art.67
CP), et qu'à dire d'expert sa responsabilité n'était pas diminuée.

Le
tribunal a refusé d'octroyer le sursis à C. compte tenu de

ses
antécédents et du risque de récidive qu'il présentait. Il a également

refusé
de suspendre la peine au profit d'un traitement ambulatoire, esti-

mant
que C. en avait déjà bénéficié à la suite du jugement du

Tribunal
correctionnel de La Chaux-de-Fonds du 29 novembre 1990 et que ce

traitement
s'était soldé par un échec. Le tribunal a par ailleurs consi-

déré
que, vu le manque de motivation du prévenu, il était inutile de lui

imposer
un placement dans une institution spécialisée pour le traitement

des
toxicomanes, précisant cependant qu'il pourrait toujours demander la

suspension
de la peine conformément à l'article 44 ch.6 al.2 CPS.

 

C.      C.
recourt contre ce jugement. Son pourvoi est di-

rigé
contre le choix de la sanction prononcée. Il estime que le tribunal a

violé
arbitrairement le droit fédéral en refusant de le mettre au bénéfice

d'un
traitement ambulatoire, motif pris qu'il en a déjà bénéficié précé-

demment
et que les nouvelles infractions commises excluent ipso facto de

prononcer
un nouveau traitement ambulatoire. Il souligne que le risque de

récidive
est peu important, étant donné qu'il n'a commis que des délits

mineurs
au cours des deux dernières années et aucune infraction au cours

des
neuf derniers mois. Il ajoute qu'il est traité à la méthadone depuis

septembre
1995 et suit scrupuleusement la cure. Il considère que les pre-

miers
juges se sont arbitrairement écartés des conclusions de l'expert

V., qui
estime que la poursuite du traitement en cours serait la meil-

leure
solution. Il conclut dès lors à la cassation du jugement entrepris

et
principalement à la suspension de la peine au profit d'un traitement

ambulatoire,
subsidiairement au renvoi du dossier à l'autorité intimée

pour
qu'elle statue dans le sens des considérants. Le recourant requiert

par
ailleurs la suspension du jugement entrepris, à savoir sa mise en li-

berté
provisoire immédiate, et l'octroi à son mandataire d'une équitable

indemnité
LAJA.

 

D.      Le
président du Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds et

le
représentant du ministère public concluent au rejet du recours et re-

noncent
à formuler des observations.

 

                          C O N S I D E R A N
T

                              e n  d r o i t

 

1.     
Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le

pourvoi
est recevable.

 

2.      a)
Selon l'article 44 ch.1 al.1 et ch.6 al.1 CPS, le juge peut

ordonner
un traitement ambulatoire ou interner un délinquant toxicomane

dans un
établissement approprié si les infractions qu'il a commises sont

en
rapport avec son état et que la mesure paraît propre à prévenir de nou-

veaux
crimes ou délits. L'article 43 ch.2 CPS prévoit qu'en cas d'interne-

ment,
le juge suspendra l'exécution d'une peine privative de liberté. En

cas de
traitement ambulatoire, il pourra suspendre l'exécution de la peine

si
celle-ci n'est pas compatible avec le traitement.

 

       
Pour savoir si un traitement ambulatoire est compatible ou non

avec
l'exécution d'une peine, le juge doit recueillir l'avis d'un expert.

Si,
après expertise, le juge admet que le traitement ambulatoire serait

sérieusement
entravé par l'exécution immédiate de la peine, il appréciera

si
l'exécution de la peine doit être suspendue en tenant compte de toutes

les
circonstances, en particulier des chances de succès du traitement, des

effets
que l'on peut escompter de l'exécution de la peine, ainsi que du

besoin
ressenti par le corps social de réprimer les infractions (ATF 116

IV 101;
RJN 1992 p.123). Lorsqu'un traitement est déjà en cours, il s'agit

d'apprécier
les chances de succès de sa poursuite (ATF 115 IV 87 - JT 1990

IV 98).
La suspension de l'exécution n'est qu'une faculté laissée au juge;

le
législateur a ainsi conféré un large pouvoir d'appréciation au juge et

la Cour
de cassation ne peut intervenir, en considérant le droit fédéral

comme
violé, qu'en cas d'abus ou d'excès du pouvoir d'appréciation (ATF

120 IV
1 - JT 1995 IV 103; 119 IV 309, 116 IV 101). Un traitement ambula-

toire
ne saurait être ordonné pour éviter l'exécution d'une peine ou la

différer
indéfiniment. La suspension de la peine doit s'imposer médica-

lement
(ATF 120 IV 1 - JT 1995 IV 103 et les références citées).

 

       
b) En l'espèce, les premiers juges n'ont pas fait preuve d'arbi-

traire
en considérant que la poursuite du traitement ambulatoire apparais-

sait
inutile. En effet, C. a bénéficié d'un traitement ambu-

latoire
suite au jugement du 29 novembre 1990. Ce traitement n'a pas été

suivi
régulièrement. Le recourant a été formellement averti à deux re-

prises
par le président du tribunal correctionnel. Il a par ailleurs été

condamné
à trois reprises par le Tribunal de police de La Chaux-de-Fonds

avant
de commettre les infractions retenues dans le jugement entrepris.

Durant
l'instruction, il a à nouveau à plusieurs reprises violé la loi sur

les
stupéfiants. Il a également commis un vol en novembre 1995. Bien que

son
état se soit relativement stabilisé ces derniers temps, il n'en de-

meure
pas moins que, selon le Dr V., tout lien avec les toxiques pro-

hibés
ne paraît pas rompu. Force est dès lors de constater que le traite-

ment
ambulatoire ordonné en 1990 n'a pas empêché C. de con-

tinuer
de se droguer et de commettre de nombreuses infractions. Par ail-

leurs,
contrairement à ce que soutient le recourant, le Dr V. ne dit

pas que
la poursuite du traitement ambulatoire en cours est la meilleure

solution.
Il est d'avis que d'un point de vue médical, il n'y a pas d'ar-

gument
décisif en faveur de la poursuite du traitement ambulatoire ou du

placement
en institution. Il précise que le choix entre les deux mesures

implique
un processus de jugement qu'il lui paraît important de laisser à

la
compétence du tribunal. Il ajoute que le recourant n'accepterait un

placement
que s'il était condamné à une longue peine de prison ferme.

 

       
Les premiers juges ont estimé que le placement dans un établis-

sement
pour toxicomanes constituerait la mesure appropriée pour soigner le

recourant
et éviter qu'il commette de nouvelles infractions. Cependant,

constatant
qu'il était inutile d'imposer un placement en institution à une

personne
qui n'est pas motivée, le tribunal a condamné C. à

une
peine ferme, en lui laissant toutefois la possibilité de demander la

suspension
de l'exécution de la peine au profit d'un placement dans un

établissement
spécialisé. En refusant de suspendre la peine au profit d'un

traitement
ambulatoire, le tribunal n'a pas excédé son large pouvoir d'ap-

préciation.

 

3.      Mal
fondé, le pourvoi doit être rejeté et les frais mis à la

charge
du recourant. Il y a lieu de fixer l'indemnité d'avocat d'office de

Me X.
compte tenu de la nature de l'affaire, de sa difficulté,

du
temps consacré par le mandataire d'office et de la responsabilité assu-

mée.
Quant à la requête d'effet suspensif, le présent arrêt, rendu sur le

fond de
la cause, la rend sans objet.

 

                             Par ces motifs,

                       LA COUR DE CASSATION
PENALE

 

1.
Rejette le recours.

 

2.
Arrête les frais de justice à 550 francs et les met à la charge du re-

   courant.

 

3. Fixe
à 500 francs l'indemnité due à Me X., mandataire d'of-

   fice du recourant.

 

 

 

Neuchâtel,
le 21 mai 1996