# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** d822ed1c-a5cf-57d6-9f17-f70d6b2226f5
**Source:** Bundesgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2003-07-02
**Language:** fr
**Title:** Verwaltungspraxis der Bundesbehörden (1987-2017) Eidgenössische Personalrekurskommission 02.07.2003 JAAC 68.4
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_VB/CH_VB_012_JAAC-68-4--_2003-07-02.pdf

## Full Text

JAAC 68.4

Décision de la Commission fédérale de recours en
matière de personnel fédéral du 2 juillet 2003 dans

la cause A. [CRP 2003-003]

Personnel fédéral. Résiliation des rapports de service. Motifs.
Discrimination. Harcèlement sexuel.

Art. 8 al. 2 let. a et art. 76 al. 2 RE. Art. 4 et 6 LEg.

- Les motifs de la résiliation émanant de l’employeur public doivent
être plausibles («triftige Gründe»). La résiliation ordinaire des
rapports de service n’implique pas nécessairement l’existence de motifs
particulièrement graves. Elle doit se tenir dans les limites du pouvoir
d’appréciation de l’administration et apparaître comme une mesure
raisonnable au vu des prestations et du comportement de l’employé
et compte tenu des composantes personnelles ainsi que des données
particulières du service en cause. L’insuffisance des prestations est un
motif plausible (consid. 3a).

- L’allègement du fardeau de la preuve d’une discrimination prévu
à l’art. 6 LEg n’est pas applicable à la preuve de l’existence du
harcèlement sexuel, laquelle reste soumise à la règle générale de l’art. 8
CC (consid. 3b).

- En l’espèce, les motifs invoqués par le Département fédéral de la
défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) à l’appui
de la décision de licenciement ne sont pas plausibles. La résiliation
des rapports de service ne saurait être justifiée par l’insuffisance des
prestations fournies par la recourante. Il existe de plus des indices
sérieux de harcèlement sexuel sur la personne de la recourante, de sorte
que le DDPS ne saurait reprocher à la recourante d’avoir provoqué des
séances ou formulé des critiques à l’égard de son supérieur direct en
rapport avec un comportement ambigu de ce dernier, ni de n’avoir pas
su s’intégrer dans l’équipe de travail ou d’avoir montré une sensibilité
exacerbée. En outre, l’enquête menée par l’Office fédéral du sport ne

1

constitue pas un élément objectif sur lequel la décision de résiliation
des rapports de service de la recourante pourrait s’appuyer, vu le côté
lacunaire et partial de dite enquête (consid. 4).

Bundespersonal. Auflösung des Dienstverhältnisses. Gründe.
Diskriminierung. Sexuelle Belästigung.

Art. 8 Abs. 2 Bst. a und Art. 76 Abs. 2 AngO. Art. 4 und 6 GlG.

- Bei der Kündigung durch den öffentlich-rechtlichen Arbeitgeber
müssen triftige Gründe vorliegen. Ein besonders wichtiger Grund ist für
die ordentliche Auflösung des Dienstverhältnisses nicht erforderlich.
Die Kündigung muss sich im Rahmen des der Verwaltung zustehenden
Ermessens halten und angesichts der Leistungen und des Verhaltens
des Bediensteten sowie der personellen und sonstigen betrieblichen
Gegebenheiten als vertretbare Massnahme erscheinen. Ungenügende
Leistungen stellen einen triftigen Grund dar (E. 3a).

- Die in Art. 6 GlG vorgesehene Erleichterung des Beweises einer
Diskriminierung gilt nicht bezüglich dem Beweis der sexuellen
Belästigung, welcher der allgemeinen Regel von Art. 8 ZGB unterliegt
(E. 3b).

- Im vorliegenden Fall sind die vom Eidgenössischen Departement für
Verteidigung, Bevölkerungsschutz und Sport (VBS) vorgebrachten
Gründe der Kündigung nicht als triftig anzusehen. Die Auflösung des
Dienstverhältnisses konnte nicht mit ungenügenden Leistungen der
Beschwerdeführerin gerechtfertigt werden. Zudem liegen ernsthafte
Hinweise dafür vor, dass die Beschwerdeführerin sexuell belästigt
worden ist. Damit kann das VBS der Beschwerdeführerin weder
vorwerfen, Besprechungen hervorgerufen oder Kritik an ihrem direkten
Vorgesetzten im Zusammenhang mit dessen zweideutigen Verhalten
geübt zu haben, noch sich im Arbeitsumfeld nicht integriert oder eine
übertriebene Empfindlichkeit gezeigt zu haben. Die Untersuchung
des Bundesamtes für Sport stellt im Übrigen angesichts deren
Lückenhaftigkeit und Parteilichkeit kein objektives Element dar, auf
welches sich die Kündigung hätte stützen dürfen (E. 4).

Personale federale. Scioglimento dei rapporti di servizio. Motivi.
Discriminazione. Molestie sessuali.

Art. 8 cpv. 2 lett. a e art. 76 cpv. 2 RI. Art. 4 e 6 LPar.

- I motivi di scioglimento invocati dall’ente pubblico datore di lavoro
devono essere oggettivamente fondati («triftige Gründe»). La disdetta
ordinaria dei rapporti di servizio non implica necessariamente
l’esistenza di motivi particolarmente gravi. La disdetta deve rimanere
entro i limiti del potere di apprezzamento dell’amministrazione
ed essere una misura ragionevole, considerate le prestazioni e il

2

comportamento dell’impiegato e tenuto conto degli elementi personali e
degli elementi particolari del servizio in questione. L’insufficienza delle
prestazioni è un motivo oggettivamente fondato (consid. 3a).

- L’alleggerimento dell’onere della prova di una discriminazione,
previsto all’art. 6 LPar, non è applicabile alla prova dell’esistenza
delle molestie sessuali. Per tale prova è applicabile la regola generale
dell’art. 8 CC (consid. 3b).

- Nella fattispecie, i motivi invocati dal Dipartimento federale della
difesa, della protezione della popolazione e dello sport (DDPS) a
sostegno della decisione di licenziamento non sono oggettivamente
fondati. La disdetta dei rapporti di servizio non può essere giustificata
dall’insufficienza delle prestazioni fornite dalla ricorrente. Vi sono
inoltre seri indizi di molestie sessuali nei confronti della ricorrente, per
cui il DDPS non può rimproverarle il fatto di avere chiesto dei colloqui
o di avere formulato critiche al suo superiore diretto riguardo ad un
comportamento ambiguo di quest’ultimo. Il DDPS non può nemmeno
rimproverare alla ricorrente di non aver saputo integrarsi o di avere
dimostrato una sensibilità eccessiva. Inoltre, l’inchiesta condotta
dall’Ufficio federale dello sport non costituisce un elemento oggettivo
sul quale potrebbe basarsi la decisione di disdetta dei rapporti di
servizio, visto l’aspetto lacunoso e parziale di tale inchiesta (consid. 4).

Résumé des faits:

A. A., née le 24 février 1961, fut engagée par l’Office fédéral du sport (OFSPO)
en automne 1996 dans le cadre d’un programme de travail pour chômeurs
comme aide de cuisine et pour une période à l’essai. Le 1er janvier 1997, elle
entra au service (…) de l’OFSPO en tant qu’employée permanente comme aide
de cuisine. Le supérieur direct de A. était B., le suppléant de celui-ci étant C.,
lui-même étant remplacé par D. Le 1er mai 1998, A. fut transférée au service de
nettoyage. Son supérieur direct était E.

B. Dès mars 1997, A. se plaignit de problèmes importants rencontrés avec
ses supérieurs C. et D., ainsi qu’avec ses collègues de travail. Elle expliqua
notamment être moins bien traitée que ses collègues et que ses supérieurs,
notamment C., lui attribuait des tâches qui l’isolaient. Elle déposa vingt-trois
points de critique qui concernaient également les procédures de travail,
l’attribution des tâches et la manière de diriger le travail. Trois entretiens
eurent lieu entre A., son supérieur et l’équipe (…). Les supérieurs de A. lui
reprochèrent d’arriver souvent trop tard au travail et de travailler trop
lentement. Dans une note du 19 janvier 1998, X, chef de division, constata
que la poursuite de la collaboration de A. au sein de l’équipe de cuisine n’était
plus possible, les rapports s’étant dégradés. Par courrier du 30 avril 1998, il
informa A. de son changement définitif au service de nettoyage dès le 1er mai
1998, les conditions d’engagement de celle-ci demeurant inchangées.

C. Dans un courrier du 17 novembre 2000, A. exposa avoir été victime de
harcèlement sexuel de la part de son supérieur direct E. et qu’étant donné
son refus catégorique de céder à ses avances, celui-ci s’était vengé en la

3

martyrisant émotionnellement sous forme d’attaques verbales infondées,
d’accusations, de diffamations et de mensonges. Ce même jour, elle adressa
également un courrier à E., dans lequel elle expliquait que celui-ci avait
«commencé [ses rapports] avec elle sous forme de harcèlement sexuel
(propositions de «coucher» avec lui à plusieurs reprises, petits cadeaux à cet
effet, mots «d’amour», baisers furtifs, yeux doux, etc.)» et que c’était à la suite
de son refus «à toutes ces <suggestions> que ses ennuis avaient recommencé».
Elle ajouta que E. l’avait «frappée émotionnellement en lui donnant à faire
la quasi totalité du travail et comme cela n’était pas encore suffisant, il lui
avait confié encore plus de travail et couvert de remarques […] méprisantes
relatives à son travail, subissant ainsi pendant des mois un stress physique et
moral épouvantable».

Dans un courrier du 27 décembre 2000, l’OFSPO informa A. que son salaire
serait augmenté dès le 1er janvier 2001.

D. Le 14 février 2001, A. fut avertie qu’à la suite d’un entretien notamment
avec E. et compte tenu de son état de santé physique et psychique, elle serait
transférée à l’OFSPO. Le 15 février 2001, A. produisit un certificat médical
indiquant une incapacité de travail à 100% pour la période du 14 février au
8 mars 2001. Le 9 juin 2001, le Dr F., FMH pédopsychiatrie et psychothérapie,
précisa que A. était en incapacité de travail à 100% depuis le 9 mars 2001 et
jusqu’à une date indéterminée en raison de motifs médico-psychologiques.

Au vu des difficultés rencontrées par A., l’OFSPO proposa à celle-ci de changer
de secteur d’activité. Dans une lettre du 22 mars 2001, A. souligna qu’elle
n’accepterait en aucun cas une deuxième mutation et que son souhait était de
réintégrer son poste.

E. Par courrier du 7 juin 2001, l’OFSPO communiqua à A. son intention de
résilier les rapports de service au 31 octobre 2001 et lui accorda le droit d’être
entendu. A. fit usage de ce droit le 29 juin 2001, expliquant qu’elle considérait
comme injuste le licenciement prévu. Par décision du 17 juillet 2001, l’OFSPO
résilia les rapports de service de A. au 30 septembre 2001. A l’appui de sa
décision, il expliqua que le travail fut perturbé de manière sensible au point
de ne plus être assuré correctement déjà en 1997/1998 et de nouveau depuis le
printemps 2000, soulignant que A. ne s’était pas présentée au travail pendant
des périodes relativement longues. Dans ces conditions, il fit valoir qu’il
ne pouvait prendre le risque de maintenir les rapports de service de A., ni
proposer à celle-ci une autre activité à l’OFSPO. A. attaqua cette décision par
courrier du 15 août 2001.

F. Le 8 mars 2002, la Commission spécialisée instituée par la loi fédérale du
24 mars 1995 sur l’égalité entre femmes et hommes (LEg, RS 151.1) remit son
expertise. Elle conclut que A. fut victime d’actes de harcèlement sexuel sur
son lieu de travail et qu’elle avait démontré de manière crédible et suffisante
le harcèlement sexuel qu’elle avait subi. Elle souligna par ailleurs que (…)
l’OFSPO, en sa qualité d’employeur, avait violé son devoir légal de diligence en
n’ayant rien entrepris pour supprimer un état discriminatoire et sexiste connu
au moins depuis 1997 et qu’il s’était même abstenu de prendre des mesures
de sensibilisation et d’information. Elle souligna qu’à son avis, la résiliation

4

des rapports de travail de A. fut dictée principalement par des motifs liés à son
sexe, puisqu’elle fut licenciée après s’être plainte de harcèlement sexuel sur
son lieu de travail.

G. Par décision sur recours du 16 décembre 2002, le Département de la
défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) rejeta le recours
déposé par A. le 15 août 2001. S’agissant du problème de harcèlement, il
releva que dans ses premiers reproches, A. ne fit pas état de discrimination
à caractère sexuel et qu’elle ne précisa pas de manière concrète en quoi
consistaient les avances faites par C. Il soutint que A. n’avait pas rendu
vraisemblable le fait que C. l’ait harcelée et la manière dont cela s’était produit.
S’agissant de E., il fit valoir que l’on se trouvait dans une situation «de parole
contre parole». Il observa que A. ne mentionna que tardivement les avances à
caractère sexuel faites par E. Il remit en question la crédibilité des déclarations
de A. compte tenu également du fait que ni G., ni H. ne confirmèrent avoir
été importunées par E. Quant au baiser reproché à E., le DDPS expliqua que
E. n’avait pas eu l’intention d’embrasser A. sur la bouche, mais seulement
sur la joue. Il releva encore que A. avait refusé avec véhémence un nouveau
transfert dans un autre service et qu’elle souhaitait poursuivre son travail
auprès de E., ce qui selon le DDPS, contredirait les allégations de harcèlement
sexuel. Il exposa que A. ne formula ses reproches de harcèlement sexuel à
l’égard de ses deux chefs qu’au moment où ces derniers remirent en question
la qualité de son travail et sa capacité d’intégration dans une équipe. Il
remarqua que depuis son engagement, A. s’était sentie écartée et chicanée
par tous ses collègues et par ses supérieurs directs. Quant à l’expertise
rendue par la Commission spécialisée instituée par la LEg, le DDPS expliqua
que l’expertise ne se prononçait pas sur l’existence ou non de preuves qui
viendraient corroborer les faits et que le résultat de l’expertise aurait été
influencé par le fait qu’en dépit de déclarations réitérées de harcèlement
sexuel, l’employeur n’aurait fait que licencier la recourante. En outre, le DDPS
soutint que le licenciement de A. était justifié pour les raisons suivantes. Il
observa tout d’abord que cette dernière avait perturbé le déroulement normal
des activités de l’entreprise en provoquant un grand nombre de réunions et en
raison des reproches formulés à l’égard de ses collègues et de ses supérieurs. Il
reprocha également à A. de ne pas avoir su s’intégrer dans l’équipe de travail.
Il ajouta qu’aucun des chefs de service n’était plus en mesure, ni même disposé
à prendre A. dans son équipe et que celle-ci n’acceptait pas un deuxième
transfert, alors que E. avait refusé de continuer à collaborer avec elle et que
pendant toute la période de son engagement, A. avait montré une sensibilité
exacerbée dans d’autres domaines que celui purement sexuel, ce qui avait
rendu pratiquement impossible une bonne collaboration avec elle.

H. Par acte du 29 janvier 2003, A. (ci-après: la recourante) a interjeté un
recours auprès de la Commission fédérale de recours en matière de personnel
fédéral (ci-après: la Commission de recours ou de céans) contre cette décision.
Elle conclut à l’annulation de dite décision, sous suite de frais. Elle conteste
avoir perturbé l’organisation du travail en 1997/1998 et avoir été responsable
de son premier transfert, se basant sur le certificat de travail qui lui a été
délivré le 10 octobre 1998 qui attestait qu’elle était de caractère agréable,
faisait preuve de collégialité et qu’elle donnait entière satisfaction. Elle ajoute
qu’après son transfert, elle a donné satisfaction, puisqu’elle a reçu deux
augmentations de salaire avec effet au 1er janvier 1999 et 1er janvier 2001

5

et que toujours en 1999, elle a bénéficié d’une prime spéciale, concluant
ainsi que ses prestations de travail ne sauraient souffrir d’aucune critique.
Elle relève que E. a admis l’avoir embrassée sur la bouche lors de la fête
du personnel et qu’elle s’est ainsi vue imposer un baiser par un supérieur
hiérarchique. Elle ajoute qu’en raison des agissements de E., H. s’était adressée
à ses supérieurs et que E. avait dû lui présenter des excuses, ce qui confirme,
selon elle, que le comportement de E. est manifestement inadéquat vis à
vis du personnel féminin. Elle se base sur l’expertise du 8 mars 2002 de la
Commission spécialisée instituée par la LEg qui conclut qu’elle a été victime
de harcèlement et que son licenciement est intervenu pour la seule et unique
raison qu’elle s’est plainte.

I. Invité à présenter ses observations, le DDPS a, par courrier du 26 février
2003, proposé à la Commission de céans de rejeter le recours. Il répète que
s’agissant de C., la recourante a formulé ses reproches très tardivement et
qu’elle n’a pas rendu vraisemblable le harcèlement sexuel soi-disant subi. Il
fait remarquer que les prestations fournies par la recourante ne sauraient
être considérées comme excellentes, le certificat de travail du 10 octobre 1998
étant antérieur de plus de trois ans à la résiliation des rapports de service et le
versement d’une prime spontanée étant lié à l’accomplissement d’un travail
ponctuel de peinture. Quant à l’expertise, il soutient qu’elle laisse ouverte la
question de savoir si les faits se sont effectivement déroulés comme l’a déclaré
la recourante.

J. La recourante a demandé l’organisation de débats publics. Ceux-ci ont eu
lieu le 22 mai 2003. A cette occasion, I., G., H., X. et J. ont été entendus comme
témoins. Un questionnaire établi par la recourante a en outre été soumis à
K. qui y a répondu par écrit. En outre, E. a été entendu comme tiers pouvant
donner tout renseignement utile.

Extrait des considérants:

1.a./b. (…)

2. (…)

3.a. La résiliation ordinaire des rapports de service des employés permanents
est réglée à l’art. 8 al. 2 let. a et l’art. 76 al. 2 du règlement des employés du
10 novembre 1959 (RE, RO 1959 1221). Les rapports de service peuvent être
résiliés pour la fin du troisième mois qui suit celui où le congé a été donné, si
les rapports de service ont duré moins de cinq ans. La résiliation doit être faite
par écrit avec indication des motifs. Il s’agit ici d’une résiliation ordinaire.

En droit de la fonction publique, la résiliation émanant de l’employeur public
constitue une décision au sens technique du terme. L’autorité compétente
bénéficie d’un libre pouvoir d’appréciation. Cependant, les motifs de
résiliation doivent être plausibles («triftige Gründe»). Hänni enseigne que
«le fait que les motifs de la résiliation soient liés à la fonction occupée par
la personne ou bien à la personne elle-même ne joue aucun rôle. Dans cette
mesure, la faute de l’employé n’est pas déterminante» (Peter Hänni, La fin des
rapports de service en droit public, in Revue de droit administratif et de droit
fiscal [RDAF] 1995, p. 419; le même, Das öffentliche Dienstrecht der Schweiz,
Zurich 2002, p. 511 ss. avec une abondante casuistique).

6

La résiliation ordinaire des rapports de service n’implique pas nécessairement
l’existence d’un motif particulièrement grave. Elle doit se tenir dans les
limites du pouvoir d’appréciation de l’administration et apparaître comme
une mesure raisonnable au vu des prestations et du comportement de
l’employé et compte tenu des composantes personnelles ainsi que des données
particulières du service en cause (ATF 108 Ib 210; décision non publiée de la
Commission fédérale de recours en matière de personnel fédéral du 25 avril
2001, en la cause B. [CRP 2000-019], consid. 4, décision de la Commission
fédérale de recours en matière de personnel fédéral du 8 juin 1995 [JAAC 60.74
consid. 5a]; Tobias Jaag, Das öffentliche Dienstverhältnis im Bund und im
Kanton Zürich - ausgewählte Fragen, in Schweizerisches Zentralblatt für Staats-
und Verwaltungsrecht [ZBl] 95/1994, p. 463; Hermann Schroff/David Gerber, Die
Beendigung der Dienstverhältnisse in Bund und Kantonen, St-Gall 1985, p. 80).

L’insuffisance des prestations, c’est-à-dire la quantité et la qualité du
travail accompli, mais également le comportement sur le lieu de travail,
la collaboration avec les collègues, l’attitude vis-à-vis de la clientèle, est un
motif plausible (ATF 118 Ib 184, traduit au Journal des Tribunaux [JdT] 1994
I 242; JAAC 60.74 consid. 5a [juriste licencié en raison de l’insuffisance tant
quantitative que qualitative de ses prestations], JAAC 59.1 consid. 2b, JAAC
53.21 consid. 3a [manque de dynamisme et d’intégration de l’employé dans
une entreprise sujette à l’évolution technique; peu importe que l’employé ait
reçu auparavant plusieurs promotions], JAAC 51.3 consid. 2 [dégradation des
prestations due à un abus de l’alcool, prestations de travail insatisfaisantes et
pure simulation d’une cure de désintoxication que l’employé s’est engagé à
suivre]).

La résiliation constitue un acte juridique important, car elle met fin aux
rapports de service. C’est pourquoi, avant d’en arriver là, il y a lieu, en vertu
du principe de la proportionnalité, d’examiner si l’intéressé ne peut pas être
affecté ailleurs. Tout dépend ici des circonstances ayant conduit l’autorité
à intervenir, car le raisonnement n’est pas le même selon que l’on est en
présence d’un problème de santé, d’un manque de travail correspondant
aux qualifications de l’agent, d’une prestation insuffisante ou encore d’une
suppression de poste. Lorsque le motif réside dans la prestation de travail,
on peut concevoir un déplacement si malgré un engagement sans faille,
un agent ne parvient pas à fournir une quantité ou une qualité de travail
suffisante alors que tel ne serait pas le cas s’il occupait un autre poste de
moindre importance. Si c’est le comportement et les rapports avec un ou
plusieurs collègues qui sont en cause, une affectation à un autre lieu de travail
n’est envisageable que dans la mesure où on a l’assurance que le changement
de lieu de travail permet effectivement de résoudre des problèmes d’ordre
relationnel.

Lors de l’examen des motifs de résiliation des rapports de service, des facteurs
comme l’existence de circonstances atténuantes ou de motifs dignes de
considération (motifs d’opportunité ou de commisération) ne doivent jouer
aucun rôle. La situation familiale ou personnelle de l’agent ne peut être prise
en compte que dans le contexte de la proportionnalité (Schroff/Gerber, op. cit.,
p. 83 ch. 106). En tant que principe général du droit constitutionnel, le principe
de la proportionnalité exige que le moyen choisi par l’autorité soit propre et
nécessaire à atteindre le but d’intérêt public poursuivi. De plus, l’intervention
ne doit pas être plus grave que ne l’exige le but de la mesure. En conséquence,

7

http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_108_Ib_210&resolve=1
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150003179.pdf?ID=150003179
http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=BGE_118_Ib_184&resolve=1
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150003179.pdf?ID=150003179
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150002570.pdf?ID=150002570
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150000941.pdf?ID=150000941
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150000941.pdf?ID=150000941
https://www.amtsdruckschriften.bar.admin.ch/viewOrigDoc/150000446.pdf?ID=150000446

l’administration agit de manière proportionnelle lorsqu’elle choisit parmi les
mesures appropriées celle qui est la moins dure pour la personne concernée
(Pierre Moor, Droit administratif, vol. I, 2e éd., Berne 1994, p. 419 ss.; Blaise
Knapp, Précis de droit administratif, Bâle et Francfort-sur-le-Main, 1991,
n° 534 ss.; Ulrich Häfelin/Georg Müller, Allgemeines Verwaltungsrecht, 4e éd.,
Zurich, 2002, ch. 581 ss.).

b. La LEg est entrée en vigueur le 1er juillet 1996. Le principe d’égalité dans
les rapports de travail instauré par la LEg s’applique tant aux rapports
de travail régis par le Code des obligations du 30 mars 1911 (CO, RS 220)
que par le droit public fédéral, cantonal ou communal (art. 2 LEg). La LEg
définit le comportement discriminatoire par tout comportement importun
de caractère sexuel ou tout autre comportement fondé sur l’appartenance
sexuelle, qui porte atteinte à la dignité de la personne sur son lieu de travail,
en particulier le fait de proférer des menaces, de promettre des avantages,
d’imposer des contraintes ou d’exercer des pressions de toute nature sur une
personne en vue d’obtenir d’elle des faveurs de nature sexuelle (art. 4 LEg).
L’existence d’une discrimination est présumée pour autant que la personne
qui s’en prévaut la rende vraisemblable. L’art. 6 LEg énumère les domaines
auxquels s’applique cet allègement du fardeau de la preuve. Il ressort de
cette énumération que l’art. 6 LEg n’est en particulier pas applicable à la
preuve de l’existence du harcèlement sexuel. Ce cas reste donc soumis à la
règle générale de l’art. 8 du Code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC, RS
210; Anne-Marie Barone, Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes:
règles spéciales de procédure, Revue de l’avocat 5/2003, p. 158 ss.; Kathrin
Klett, Das Gleichstellungsgesetz, Schweizerisches Zentralblatt für Staats-
und Verwaltungsrecht, 98/2, p. 62; Sabine Steiger-Sackmann, Der Beweis in
Gleichstellungsprozessen, in «Das Bundesgesetz über die Gleichstellung von
Frau und Mann», St-Gall 1996, Editeur Ivo Schwander/René Schaffhauser,
p. 116).

4. En l’espèce, la recourante considère que la résiliation de ses rapports de
service est intervenue, car elle avait dénoncé un cas de harcèlement sexuel
et qu’aucun fait pertinent ne justifie en outre une résiliation ordinaire des
rapports de service. De son côté, le DDPS soutient que la recourante n’a pas
rendu crédibles ses accusations de harcèlement sexuel. Il ajoute également
que le licenciement de la recourante était justifié en raison du fait que
celle-ci avait fortement perturbé le déroulement normal des activités de
l’entreprise par les reproches faits au personnel et à ses supérieurs et en
provoquant un grand nombre de réunions, qu’elle n’avait pas su s’intégrer
dans une équipe et accepter les critiques qui lui avaient été faites, qu’il y
avait impossibilité de placer la recourante à un autre poste de travail dans
l’entreprise, qu’en attaquant ses supérieurs lorsque ceux-ci avaient critiqué
son style de travail et ses capacités de coopération, la recourante avait rendu
pratiquement impossible une bonne collaboration avec elle, que le fait que
l’époux de la recourante s’était activement immiscé dans les problèmes avait
également rendu pratiquement impossible toute collaboration fructueuse et
efficace. Le DDPS souligne dès lors qu’au vu de ces éléments, l’OFSPO n’a pas
outrepassé son pouvoir d’appréciation en résiliant les rapports de service de la
recourante.

8

Il convient dès lors d’examiner si les motifs invoqués par le DDPS à l’appui de
la décision de licenciement de la recourante sont plausibles.

a. S’agissant des prestations fournies, la Commission de céans observe que
le 2 février 2000, la recourante a fait l’objet d’un entretien d’appréciation
et de développement du personnel, entretien mené par E. Il ressort de cette
évaluation que s’agissant de sa personnalité, la recourante est coopérative,
ouverte face aux changements, très engagée face à son travail, réceptive face
aux critiques et sociable. Quant à l’appréciation des prestations du point
de vue du métier, le rapport souligne que la recourante est structurée dans
ses connaissances professionnelles, expéditive dans sa méthode de travail,
consciencieuse dans son travail et coopérante dans son attitude face aux tiers.
Le rapport ne mentionne donc pas une éventuelle difficulté de la recourante
de travailler en équipe et le fait que celle-ci n’accepterait pas la critique, deux
griefs soulevés par le DDPS pour fonder la résiliation des rapports de service.
La qualité des prestations fournies par la recourante a d’ailleurs donné lieu à
une prime spontanée en 1999 et à une augmentation de salaire avec effet au
1er janvier 2001. En outre, on ne saurait reprocher à la recourante, qui avait
présenté un certificat médical, les effets de son absence due à la maladie sur le
déroulement du travail. Certes, il est possible que cette absence ait perturbé
l’organisation du travail. Toutefois, cette conséquence résulterait du droit pour
l’employée malade de rester à la maison pour se soigner et n’est pas imputable
à celle-ci. Dans ces conditions, la résiliation des rapports de service ne saurait
être justifiée par l’insuffisance des prestations fournies par la recourante.

b. Quant au problème du harcèlement sexuel soulevé par la recourante, il y
a lieu tout d’abord de relever que la Commission spécialisée instituée par la
LEg a conclu, dans son rapport du 8 mars 2002, que la recourante avait été
victime d’actes d’harcèlement sexuel sur son lieu de travail. Toutefois, elle
a clairement indiqué qu’elle ne se prononçait pas sur le problème des faits,
car, selon elle, il s’agit là d’une question qui doit être tranchée par l’autorité
de recours. C’est dire qu’il y a lieu de déterminer ici si les faits allégués par la
recourante sont prouvés.

Lors de l’audience publique du 22 mai 2003, plusieurs témoins ont été
entendus, dont notamment G., laquelle travaillait avec la recourante, sous
les ordres de E. Elle a expliqué que, par rapport à la recourante, ce dernier
n’avait pas la même attitude à son égard et qu’en particulier il lui faisait
moins de compliments. Elle s’est rappelée que E. complimentait la recourante
notamment sur sa chevelure. A bien y voir, le fait de formuler plus de
compliments à une personne qu’à une autre n’est pas en soi un élément
constitutif d’un harcèlement sexuel. Tout dépend de l’objet de ces compliments,
de la manière dont ils ont été exprimés ou encore de leur fréquence. Or,
aucune précision de ce genre n’a été apportée en l’espèce. C’est pourquoi
on ne saurait retenir l’existence d’un harcèlement sexuel sur la base de ces
faits. Quant au compliment sur la chevelure, il n’est pas soutenable d’y voir un
harcèlement sexuel. Dire qu’une personne a de beaux cheveux n’est pas en soi
une atteinte au sens de l’art. 4 LEg.

S’agissant du baiser reproché à E., le seul moyen de preuve est l’aveu
de celui-ci, car aucun témoin n’était présent au moment des faits. Or, le
procès-verbal de la séance du 8 mars 2001 est à ce point lacunaire qu’on peine
à y trouver un élément pouvant étayer la version de la recourante ou celle

9

de l’intéressé. A l’audience, ce dernier a confirmé la version défendue par
l’autorité intimée, c’est-à-dire une bise sur la joue qui a malencontreusement
atterri sur la bouche de la recourante au moment où celle-ci a tourné la tête.
A vrai dire, les circonstances dans lesquelles ces faits se sont produits ne sont
pas très claires. Même si objectivement le baiser sur la bouche est admis, on
ne saurait en tirer la conclusion d’un harcèlement sexuel, dans la mesure où
l’intention de E. n’est pas suffisamment établie. Quoi qu’il en soit, ce point peut
rester indécis pour les raisons qui suivent.

Il ressort des pièces du dossier que la recourante a décrit de manière détaillée
et constante le comportement de E. Elle a exposé que celui-ci lui avait proposé
de faire de belles choses ensemble, alors qu’ils étaient seuls occupés à
travailler dans une chambre de l’hôtel. Elle a en outre prêté à son supérieur
hiérarchique plusieurs déclarations, à savoir: «un cœur pour mon cœur»,
«c’est pour te montrer mon amour pour toi», «tu sais j’ai le sang très chaud,
si tu essaies avec moi, tu peux fondre comme une glace» ou encore «tu m’as
bien dit que tu m’aimais, n’est-ce pas?». Interpellé sur la question de savoir
s’il a bien formulé ce genre de propos, E. a nié, sous prétexte qu’il ne maîtrise
pas suffisamment le français pour construire de telles phrases. Or, selon
G., qui le côtoie fréquemment dans le cadre de son activité professionnelle,
l’intéressé connaît suffisamment le français et est tout à fait capable de tenir
les propos litigieux. C’est dire que E. n’est pas crédible, lorsqu’il se retranche
derrière sa prétendue faible connaissance du français. D’un autre côté,
la maîtrise de la langue ne signifie pas encore qu’il a réellement fait ces
déclarations à la recourante. Tout au plus peut-on soutenir que les griefs
formulés par celle-ci à l’encontre de son supérieur constituent des indices
suffisamment sérieux et troublants pour exiger de l’autorité de première
instance une réaction adéquate, à la hauteur de la gravité de la situation. Cette
impression est corroborée par le fait que dans un courrier du 18 octobre
2001, L., formatrice spécialisée dans les ateliers mobbing et harcèlement
sexuel au travail, explique que la recourante s’était adressée à elle pour
partager une situation professionnelle douloureuse et que lors des derniers
contacts qui ont eu lieu dans le courant de l’année 2001, la recourante a décrit
un enchaînement continu d’actes d’humiliation. D’autre part, il y a lieu de
relever que J., collaboratrice au service de médiation pour le personnel de
la Confédération, a également précisé que les déclarations de la recourante
étaient sérieuses. Force est cependant d’admettre que l’enquête de l’OFSPO
a été menée de manière lacunaire et partiale. A la suite de la séance du
8 mars 2001, J. et K. ont dû compléter le procès-verbal tenu à cette occasion.
Ce document omettait notamment de mentionner l’épisode du baiser de
E. En outre, ce dernier n’a fait l’objet d’aucune enquête administrative ou
disciplinaire en raison des griefs formulés par la recourante. Ce manque de
réactions de l’OFSPO peut ainsi laisser croire que cet office donne d’emblée
plus de crédit aux dires de E. qu’à ceux de la recourante. Dans ces conditions, il

10

n’est pas admissible de reprocher à la recourante d’avoir provoqué un grand
nombre de réunions ou d’avoir perturbé le déroulement normal des activités
du service et de justifier ainsi la résiliation des rapports de services.

c. Au vu de ce qui précède, la décision de résiliation des rapports de service de
la recourante viole le droit fédéral. En effet, elle ne repose pas sur des motifs
objectivement fondés. Elle doit également être qualifiée d’inopportune et de
disproportionnée. Par conséquent, le recours bien fondé doit être admis et la
résiliation des rapports de travail pour le 31 octobre 2001 est annulée.

5. (…)

Informations générales sur la Commission fédérale de recours en matière de
personnel fédéral

11

http://www.admin.ch/ch/f/cf/ko/index_130.html
http://www.admin.ch/ch/f/cf/ko/index_130.html

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften

Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées

Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

JAAC 68.4 - Décision de la Commission fédérale de recours en matière de personnel fédéral

du 2 juillet 2003 dans la cause A. [CRP 2003-003]

In Verwaltungspraxis der Bundesbehörden
Dans Jurisprudence des autorités administratives de la Confédération
In Giurisprudenza delle autorità amministrative della Confederazione

Jahr 2004
Année

Anno

Band 68
Volume

Volume

Seite ---
Page

Pagina

Ref. No 150 006 554

Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv und die Bundeskanzlei konvertiert.

Le document a été digitalisé par les Archives Fédérales Suisses et la Chancellerie fédérale.

Il documento è stato convertito dall'Archivio federale svizzero e della Cancelleria federale.

	Décision de la Commission fédérale de recours en matière de personnel fédéral du 2 juillet 2003 dans la cause A. [CRP 2003-003]