# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1a6d8358-2c18-5499-a8de-284823c74382
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2010-09-28
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Cour de droit administratif et public 28.09.2010 FI.2009.0066
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_Omni/VD_TC_031_FI-2009-0066_2010-09-28.html

## Full Text

TRIBUNAL CANTONAL

  COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

  
	
   

  	
  Arrêt du 28
  septembre 2010  

  
	
  Composition

  	
  M. Vincent Pelet, président; M. Robert
  Zimmermann, juge; Mme Lydia Masmejan, juge suppléante .  

  

 

	
  Recourante

  	
   

  	
  A.X.________, à Commugny, représentée par Drys Fiduciaire à Lausanne,  

  

   

	
  Autorité intimée

  	
   

  	
  Administration
  cantonale des impôts,  

  

   

	
  Autorité concernée

  	
   

  	
  Administration
  fédérale des contributions, Division
  principale DAT,  

  

   

 

	
  Objet

  	
       Impôt fédéral direct (sauf soustraction)      

  
	
   

  	
  Recours A.X.________ c/ décision de
  l'Administration cantonale des impôts du 12 mai 2009 (prestation en capital -
  période fiscale 1998 - art. 23 lit. b, 38 et 24 lit. g LIFD)

  

 

Vu les faits suivants

A.                               
Feu M. B.X.________ est décédé le 2 septembre
1998 lors de l’accident survenu au large d’Halifax au cours du vol Swissair 111
New York - Genève. A la suite de ce décès, des prestations d'assurance et des
indemnités ont été versées à ses proches: son épouse, A.X.________ (ci-après:
la recourante) et les deux enfants du couple, C.X.________ et D.X.________. 

Le 3 octobre 2000, l'Office d'impôt
du district de Nyon (ci-après: l'Office d'impôt) a notifié à l'épouse une
première décision de taxation définitive en matière d'impôt fédéral direct,
portant sur les prestations en capital de la prévoyance pour la période fiscale
1998. Le revenu imposable a été arrêté à 992'100 fr., imposé au taux réduit de
l'art. 38 LIFD. 

Le 10 janvier 2003, l'Office
d'impôt a notifié à l'épouse une décision de taxation complémentaire, toujours
en matière d'impôt fédéral direct, portant encore sur les prestations en
capital pour la période 1998. Le revenu imposable a été arrêté à 3'005'200 fr.,
imposé au taux réduit de l'art. 38 LIFD. Ce montant comprend un acompte sur
indemnité de 136'200 fr. et une seconde indemnité de 2'584'146 fr. versée dans
le cadre du règlement d'une procédure ouverte à l'encontre du Groupe Swissair.
Faute de renseignements plus précis, l'autorité de taxation a retenu qu'une
part de 60% de ces montants devait être considérée comme une indemnité pour la
perte de soutien, imposée conformément à l'art. 23 al. 1 let. b LIFD, tandis
que la part restante de 40% correspondait à la réparation du tort moral,
exonérée en application de l'art. 24 al. 1 let. g LIFD. 

Par l'entremise de sa mandataire,
l'épouse a formé le 27 janvier 2003 une réclamation contre cette décision.

B.                              
Par décision sur réclamation du 12 mai 2009,
l'Administration cantonale des impôts a rejeté cette réclamation.

A.X.________ a recouru le 12 juin
2009 auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal
(CDAP), en concluant à l'annulation de la décision attaquée. A l'appui de son
recours, elle soutient principalement que la somme de 2'584'146 fr. versée dans
le cadre du règlement extra-judiciaire constitue dans son intégralité une
indemnité pour la réparation du tort moral. A titre subsidiaire, la recourante
soutient que l'indemnité litigieuse représente une prestation versée en exécution
d'une obligation fondée sur le droit de la famille, soit une prestation qui est
exonérée selon les art. 24 let. e LIFD et 28 let. f LI.

Dans sa réponse du 17 juillet 2009,
l'autorité intimée a conclu au rejet du recours. L'Administration fédérale des
contributions (AFC) s'est déterminée le 7 août 2009, pour conclure également au
rejet du recours.

La recourante a déposé un mémoire
complémentaire, confirmant ses conclusions, le 30 septembre 2009. L'AFC et
l'ACI, respectivement les 17 et 20 novembre 2009, se sont encore déterminées
sur ce mémoire complémentaire, en maintenant leurs conclusions tendant au
rejet. Interpellée en dernier lieu, la recourante a renoncé à déposer de
nouvelles déterminations. 

C.                              
Au cours de la procédure de réclamation, les
héritiers du défunt ont produit divers documents:

a) Un accord sur paiement préalable
conclu en 1999 entre la société Swissair, société anonyme pour la navigation
aérienne, et les héritiers (désignés dans l'accord comme les proches). Selon ce
document, la compagnie d'aviation s'engage à verser un acompte d'une valeur
convertie en francs suisses de 194'600 fr., à répartir entre les proches (ch. 1
et 2 de l'accord). 

La part sur cet acompte revenue à
la recourante s'est élevée à 136'200 fr. (selon le tableau
récapitulatif des prestations imposées à l'art. 38 LIFD).

b) Un document intitulé
"General Release of All Claims", conclu le 24 novembre 2000 entre les
héritiers du défunt et diverses sociétés d'aviation dont la société Swissair,
Swiss Air Transport Company Ltd (toutes sociétés citées dans les actes de
procédure sous l'appellation Groupe Swissair). On transcrit ci-dessous les deux
passages suivants de la convention:

"This General Release of All
Claims includes, but is not limited to, any and all claims, damages, losses,
remedies, actions, and causes of action alleged or brought, or which could have
been alleged or brought under the laws, treaties and statutes of any and all
State, Federal, foreign, local or territorial jurisdictions.

Further, this General Release of all
Claims extends and applies to, and also covers and includes, all unknown,
unforeseen, unanticipated, and unsuspected injuries damages, losses and
liabilities, and the consequences thereof, as well as those now disclosed and
known to exist.

…

We further agree that the sum of $
222,255 will be deducted by Swissair from the settlement paid to us and that
this sum will be used to pay the claim of GroLa Group made against Swissair in
the Commercial Court of the Canton of Zurich, Switzerland.

We further understand and agree
that the payment of the aforesaid sum in full and final settlement of this
matter is the compromise of a doubtful and disputed claim or claims and that
the payment made is not to be construed as an admission of liability on the
part of any and all parties and entities hereby released, by whom liability is
expressly and without limitation denied". 

c) Une lettre du 13 décembre 2000 du
conseil américain de la recourante, qui établit le décompte des prestations
reçues par les héritiers (sous déduction des frais). Ce décompte arrête le
montant net dû à la recourante à 1'529'080,99 US $. Au titre des déductions,
figure notamment le poste suivant:

"Less money held in escrow by
Swissair for GroLa Group: 222'255.00 US $".

d) Une lettre du 26 janvier 2001 du
notaire Dominique Burnier à la Commission d'impôt, confirmant que le montant
net versé à la recourante s'élève à 1'529'080,99 US $.

Il convient de préciser ici que cette indemnité
de 1'529'080,99 US $ (versée par chèque reçu le 18 décembre 2000), représente
au cours de 1,69 - selon la liste des cours AFC au 1er janvier 2001
- un montant de 2'584'146 fr. (annexe à la déclaration d'impôt 2001-2002, ch.
7; tableau récapitulatif des prestations imposées à l'art. 38 LIFD).

Considérant en droit

1.                               
Déposé dans le délai de trente jours prévu par
l'art. 140 de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct
(LIFD; RS 642.11), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus
recevable en la forme.

2.                               
Le recours porte sur l'imposition en matière
d'impôt fédéral direct d'une indemnité en capital reçue par la contribuable,  à
la suite du décès de son mari lors du vol Swissair 111 New York - Genève, le 2
septembre 1998. La recourante conteste la totalité de l'assiette d'impôt, en
tant qu'elle porte sur la part de 60% des deux indemnités respectivement de
136'200 fr. et de 2'584'146 fr. Les montants reçus ne sont en eux-mêmes pas
contestés.

3.                               
a) Les dispositions légales invoquées par la
recourante et l'intimée figurent en droit fédéral aux art. 23 et 24 LIFD:

Art. 23

Sont également
imposables:

a. tout revenu
acquis en lieu et place du revenu d’une activité lucrative;

b. les sommes
uniques ou périodiques obtenues ensuite de décès, de dommages

corporels
permanents ou d’atteinte durable à la santé;

[…]

f. la pension
alimentaire obtenue pour lui-même par le contribuable divorcé ou

séparé
judiciairement ou de fait, ainsi que les contributions d’entretien obtenues

par l’un des
parents pour les enfants sur lesquels il a l’autorité parentale.

 

Chapitre 2 Revenus
exonérés

Art. 24

Sont exonérés de
l’impôt:

a. les
dévolutions de fortune ensuite d’une succession, d’un legs, d’une donation ou
de la liquidation du régime matrimonial;

b. les versements
provenant d’assurances de capitaux privées susceptibles de rachat, à
l’exception des polices de libre-passage. L’art. 20, al. 1, let. a, est
réservé;

[…]

e. les
prestations versées en exécution d’une obligation fondée sur le droit de la
famille, à l’exception des pensions alimentaires et des contributions
d’entretien mentionnées à l’art. 23, let. f;

[…]

g. les versements
à titre de réparation du tort moral;

[…].

b) Sont imposables au sens de
l'art. 23 let. b LIFD, les sommes uniques ou périodiques obtenues à la suite de
décès, de dommages corporels ou d'atteinte durable à la santé, qui ne
constituent pas un revenu acquis en compensation de l'activité lucrative selon
l'art. 23 let. a LIFD, un revenu de prévoyance au sens de l'art 22 LIFD, ou un
revenu exonéré selon l'art. 24 LIFD. Ainsi que le relève le Tribunal fédéral (ATF
2A.743/2005 consid. 2.3 à 2.5 du 4 juillet 2006), l'art. 23 let. b LIFD vise
essentiellement les prestations versées en cas d'invalidité et de décès
provenant des assurances de responsabilité civile et des assurances contre les
accidents (ATF 2A.743/2005 du 4 juillet 2006 consid. 2.3 à 2.5; ATF 131
I 409 =RDAF 2006 II 35 consid. 5.5.4; Yersin/Noël, commentaire LIFD, ad art. 23
lit. b, n. 11). Il comprend donc aussi l'indemnité pour perte
de soutien versée, lorsque, à la suite d'un décès, d'autres personnes ont été
privées de leur soutien (art. 49 CO).

c) Parmi les prestations
d'assurances versées à la suite de décès, de dommages corporels permanents ou
d'atteintes durable à la santé, il convient cependant de distinguer les
indemnités exonérées de celles qui sont assujetties à l'impôt sur le revenu
selon l'art. 23 let. b LIFD. 

Les indemnités pour dommages
matériels qui sont destinées à la réparation de l'atteinte portée au
patrimoine, ne constituent pas un revenu: elles indemnisent le contribuable des
frais qu'il n'aurait pas dû supporter si l'évènement dommageable ne s'était pas
produit (Rivier, Droit fiscal suisse, L'imposition du revenu et de la fortune,
2ème éd, Lausanne 1998, p. 417). Relèvent de tels dommages matériels
notamment les frais funéraires remboursés, ainsi que par exemple la
participation aux frais d'avocat. 

Les versements à titre de
réparation du tort moral sont en outre exonérés selon l'art. 24 let. g LIFD (Yersin/Noël, commentaire LIFD, ad art. 23 lit. b, n.
10).

4.                               
En l'espèce, la recourante soutient précisément
que la prestation versée par le groupe Swissair constitue une indemnité à titre
de réparation du tort moral, qui doit être exonérée de l'impôt. Elle n'a
toutefois fourni aucun document à l'appui de son allégation; en particulier, aucune
pièce émanant de Swissair ou de son assurance ne qualifie expressément cette
prestation. 

a) Pour examiner le traitement
fiscal de cette indemnité versée en réparation d'un préjudice par une assurance
responsabilité civile, "il convient de s'en tenir aux distinctions
usuelles en droit suisse qui distingue selon que le bien avait une valeur
patrimoniale (actuelle ou virtuelle) et que l'atteinte subie consiste en un
dommage corporel, en un dommage matériel ou en un autre dommage ou qu'il avait
une valeur personnelle, l'atteinte portée consistant en une diminution du
bien-être de la victime, désignée comme tort moral" (Hugo Casanova, Indemnisation
et droit fiscal, version légèrement modifiée du rapport présenté aux Journées
du droit de la circulation routière Fribourg 1990, organisées par le Séminaire
de droit privé de la Faculté de droit de l'Université de Fribourg, in Archives
59, p. 649, 661). 

Or, en principe, une indemnité
versée par une assurance responsabilité civile, à la suite d'un décès comprend
notamment, sinon pour l'essentiel, une indemnité pour perte de soutien lorsque,
comme en l'espèce, l'événement survenu prive des proches de leur soutien. 

L'épouse et
ses enfants pour qui la victime constituait un soutien financier pouvaient effectivement
prétendre à une indemnité pour perte de soutien fondée sur l'art. 45 al. 3 CO,
ainsi qu'à une indemnité pour tort moral, prévue à l'art. 47 CO. Dans le cas
présent, le groupe Swissair assumait une responsabilité civile de
"première ligne", indépendante des assurances contractuelles du
défunt, ce qui implique que les indemnités d'assurance payées aux survivants en
vertu de contrats d'assurances sur la vie ou contre les accidents ne sont pas
imputées sur le dommage causé par la perte de soutien (Roland Brehm, La
réparation du dommage corporel en responsabilité civile, Berne, 2002, n. 204,
p. 102). Dès lors, l'indemnité convenue le 24 novembre 2000 devait couvrir
forfaitairement la perte de soutien et le tort moral, aux fins d'exclure toutes
actions futures de la recourante en dommages-intérêts. Tel est précisément le
but de l'accord intitulé "General release of All
claims" qui s'étend à toute forme de préjudice: "…any and all
claims, damages, losses, remedies, actions…". On ne saurait dès lors
conclure des termes de cet accord qu'il porte exclusivement sur la réparation
du tort moral (le terme de "losses" irait au contraire dans le
sens de l'intimée). Le document "General
release of All claims" signé à St-Gall précise d'ailleurs expressément
que le droit suisse est applicable pour l'interprétation de la convention ("This
release and the interpretation of the terms thereof shall be governed by the
laws of Switzerland"). Les autres documents
produits ne viennent pas d'avantage servir la thèse de la recourante.

b) La recourante expose que les
assurances sociales et privées du défunt avaient déjà largement permis de
couvrir l'éventuelle perte de soutien. Cette allégation n'est pas étayée par
les pièces produites. De plus, la recourante relève
l'importance des indemnités pour tort moral versées aux Etats-Unis; cet élément
ne suffit pas davantage à établir que la prestation litigieuse constitue en
totalité une indemnité pour tort moral. Selon une
jurisprudence bien établie, la règle générale de l'art. 8 du Code Civil suisse
du 10 décembre 1907 (CC; RS 210) est applicable par analogie en droit public
(ATF 106 Ib 265 consid. 2/aa). Comme le rappelle l'AFC, chaque partie doit, si
la loi ne prescrit pas le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en
déduire son droit. On admet ainsi qu'il incombe à l'administration de prouver
les faits qui entraînent des conséquences fiscales, de démontrer l'existence
des éléments imposables, tandis que le contribuable supporte le fardeau de la
preuve des faits qui réduisent ou éteignent son obligation fiscale (Archives
64, 493, 499 = RDAF 1996 423, 427; StE 1990 B 13.1 n. 8; StE 1986 B. 72.14.2 n.
5).

c) Quant au versement de 222'255 US
$ effectué par le groupe Swissair à GroLa Group - qui serait un fonds de
prévoyance professionnelle du défunt (mais ce point n'est pas établi) – il a
été porté en déduction de l'indemnité convenue par l'accord du 24 novembre
2000. Selon les termes de cet accord, la somme a été versée pour mettre
fin à l'action judiciaire ouverte à Zurich par cette assurance contre le groupe
Swissair (cf "General Release of All claims":
"We further agree that the sum of $ 222,255 will be deducted by
Swissair from the settlement paid to us and that this sum will be used to pay
the claim of GroLa Group made against Swissair in the Commercial Court of the
Canton of Zurich, Switzerland"; p. 3, 3ème paragraphe). La recourante laisse supposer ainsi que le versement constitue l'objet
d'une action récursoire d'un fonds qui aurait couvert la perte de soutien. Ces
allégations – à supposer même qu'elles soient établies – ne prouveraient pas
encore que les assurances de prévoyance conclues par le défunt aient
entièrement couvert la perte de soutien. On rappellera encore à ce propos que
ce versement n'a bien évidemment pas été pris en compte dans l'assiette de
l'impôt puisqu'il a été déduit de l'indemnité finale (cf lettre et décompte du
13 décembre 2000 du conseil américain de la recourante).

5.                               
En définitive, le montant versé par le groupe
Swissair constitue une prestation versée en cas de décès, provenant d'une
assurance de responsabilité civile et appelée à couvrir l'ensemble des dommages
causés par le décès de la victime, dont notamment la perte de soutien. La
question qui se pose dès lors est de savoir quelle part représentait
respectivement l'indemnité pour perte de soutien et l'indemnité pour tort
moral. 

Comme cela a été souligné plus
haut, la recourante n'a produit aucune pièce, ni non plus démontré que
l'indemnité relevait exclusivement de la réparation du tort moral. La
recourante relève par ailleurs l'importance des indemnités versées à ce titre
aux Etats-Unis, sans commune mesure avec celles qui sont allouées par les
tribunaux suisses. Ce point n'est pas contesté: le tort moral qui correspond
aux souffrances physiques ou psychiques que ressent le lésé à la suite d'une
atteinte à la personnalité est un dommage purement immatériel, qu'il est
difficile d'estimer en argent (Brehm, Berner Kommentar, ch. 9 ss, ad art. 47 CO ;
cf. l’arrêt du Tribunal administratif fédéral, ATAF, Skyguide A-845/2007 du 17
février 2010, consid. 10.2). Pour la perte d'un époux, la jurisprudence a fixé
les indemnités dues à des montants de l'ordre de 30'000 à 75'000 fr. (SJ 1994
589, cons. 10a; cf. Hütte/Ducksch/Guerrero, Die Genugtuung, Eine
tabellarische Uebersicht über Gerichtsentscheide aus den Jahren 1990-2005, II.
Genugtuung bei Verlust eines Ehegatten, 3ème éd.,
Genève-Zurich-Bâle, actualisée en août 2005). Compte tenu de
ces éléments, et en l'absence de document permettant de mieux qualifier
l'indemnité versée, l'autorité intimée a retenu qu'une part de 60% de la
prestation constituait une indemnité pour perte de soutien et une part de 40% une
réparation du tort moral. Cette répartition apparaît équitable et le tribunal
s'y ralliera, même si elle a pour effet que la part exonérée dépasse les
montants généralement alloués en droit suisse pour le tort moral en cas de perte
du conjoint. 

6.                               
La recourante soutient subsidiairement que la
prestation litigieuse constitue une prestation versée en exécution d'une obligation
fondée sur le droit de la famille, qui est exonérée de l'impôt conformément à
l'art. 24 let. e LIFD.

Le tribunal s'est déjà prononcé sur
ce point dans un récent arrêt du 14 avril 2010 (FI 2008.0120). L'exonération
invoquée par la recourante est le corollaire du fait que le contribuable ne
peut déduire ni ses dépenses d'entretien, ni celles de sa famille (art. 34 let.
a LIFD art. 38 let. a LI); il n'est pas non plus en droit de déduire les
prestations qu'il verse en exécution d'une obligation d'entretien ou
d'assistance fondée sur le droit de la famille (art. 33 al. 1 let. c in fine
LIFD; art. 37 let. c in fine LI); en conséquence, du côté du bénéficiaire, les
prestations obtenues en exécution d'une obligation fondée sur le droit de la
famille sont exonérées conformément aux dispositions invoquées par la
recourante. Représente donc l'exception à cette règle d'exonération,
l'imposition de la pension alimentaire obtenue pour lui-même par le
contribuable divorcé ou séparé judiciairement ou de fait, ainsi que des
contributions d'entretien obtenues par l'un des parents pour les enfants sur
lesquels il a l'autorité parentale. En contrepartie, les prestations
correspondantes versées par le débiteur sont déductibles de son revenu
(Yersin/Noël, commentaire LIFD, ad art. 24, n. 30-32).

Les art. 24 let. e LIFD (28 let. f
LI) s'appliquent ainsi essentiellement: aux prestations versées pour
l'entretien d'enfants majeurs en formation, fondées sur l'art. 277 al. 2 CC, aux aliments en faveur des parents en ligne directe ascendante et
descendante qui, à défaut, tomberaient dans le besoin (art. 328 CC relatif à la
dette alimentaire) et à l'éventuelle contribution équitable de l'enfant à son
entretien selon l'art. 323 al. 2 CC (Yersin/Noël, commentaire LIFD, ad art. 24,
n. 33-35).

En revanche, les prestations
d'assurance versées à la suite d'un décès ne tombent pas sous le coup de ces
dispositions dont le champ d'application est limité aux prestations d'entretien
acquises en vertu du droit de la famille et qui ne sont pas déductibles par
celui qui pourvoit à l'entretien.

7.                               
Se pose encore la question de l'application de
l'art. 38 LIFD, qui prévoit une imposition séparée des prestations en capital
selon l'art. 22 LIFD, ainsi que des sommes versées à la suite de décès, de
dommages corporels permanents ou d'atteinte durable à la santé. En matière
d'impôt fédéral direct, l'impôt est calculé sur la base de taux représentant le
cinquième des barèmes inscrits à l'art. 36 LIFD (art. 38 al. 2 LIFD).  

Les prestations en capital sont
soumises au régime particulier de l'art 37 LIFD quand le revenu comprend des
versements de capitaux remplaçant des prestations périodiques: l'imposition se
fait dans ce cas au taux qui serait applicable si une prestation annuelle était
servie en lieu et place de la prestation unique. L'hypothèse vise le cas des
versements de rattrapage de rentes en matière d'assurances sociales ou de
pensions alimentaires restées impayées; l'allègement du taux ne se justifie en
revanche pas lorsque le versement de la prestation en capital en lieu et place
des prestations périodiques et le moment du versement dépendent des parties
(ATF du 20 septembre 2005, 2A.100/2005, cons. 3.1 = RDAF 2005 II 21, spéc. p.
25). En l'espèce, l'art. 37 LIFD n'entre pas en considération.

Le champ d'application de l'art. 38
LIFD s'étend aux prestations en capital provenant de la prévoyance au sens
large du terme, soit aux prestations de la prévoyance selon l'art. 22 LIFD (2ème 
pilier, 3ème  pilier A et assurances de rente viagère du 3ème 
pilier B), aux prestations de l'employeur qui ont un caractère de prévoyance au
sens de l'art. 17 al. 2 LIFD, mais également aux prestations des autres
assurances sociales et des assurances privées versées en cas de décès, de
dommages corporels permanents ou d'atteinte durable à la santé selon l'art. 23
let. b LIFD (Yersin/Noël, commentaire LIFD, ad art. 38, n. 3 ss; Yersin
Danielle, l'imposition des revenus provenant de la prévoyance dès 1995, in RF
1996 p. 219, 529), ce qui comprend essentiellement les prestations en capital
en cas de décès ou d'invalidité provenant d'une assurance-accident ou d'une
assurance responsabilité civile. Les versements en capital effectués par
l'employeur à son employé au sens de l'article 17, 2e alinéa LIFD sont
également imposables comme les prestations provenant de la prévoyance (cf. ad
art. 17, 2e al. et n. 4 ad art. 37; Agner/Jung/Steinmann, Commentaire LIFD,
Complément, ad art. 38 LIFD).

La prestation litigieuse provient
en l'espèce d'une assurance responsabilité civile et a été versée ensuite d'un
décès. Elle doit donc incontestablement être considérée comme une prestation
provenant de la prévoyance, au sens de l'art. 38 LIFD. Cette prestation entre
bel et bien dans le champ d'application de cette disposition que l'autorité
intimée a correctement appliquée.

8.                               
Les considérants qui précèdent conduisent au
rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. La recourante,
qui succombe, supportera  les frais de justice. Elle n'aura pas droit à
l'allocation de dépens.

 

Par ces motifs

 la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

 

I.                                  
Le recours est  rejeté.

II.                                
La décision sur réclamation
de l'Administration cantonale des impôts du 12 mai 2009 est confirmée.

III.                               
Un émolument de 2'000 (deux mille) francs est
mis à la charge de la recourante.

IV.                             
Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 28 septembre 2010 

 

                                                          Le
président:                                   

 

 

                                                                                                                  

Le présent arrêt est communiqué aux
destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente
jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en
matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du
17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours
constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,
indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.
Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.
Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,
pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la
décision attaquée.