# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 1632d0d7-daf8-5ec0-90d1-245c4aae1d7c
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2018-09-06
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 06.09.2018 E-323/2016
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-323-2016_2018-09-06.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 

 Cour V 

E-323/2016 

 

 

 
 A r r ê t  d u  6  s e p t e m b r e  2 0 1 8  

Composition 
 William Waeber (président du collège),  

Hans Schürch, Sylvie Cossy, juges, 

Léa Hemmi, greffière. 

   

Parties 
 A._______, née le (…), son fils 

B._______, né le (…), 

Chine (république populaire),   

représentés par Philippe Stern, 

Service d’Aide Juridique aux Exilé-e-s (SAJE), 

(…), 

recourants,  

 
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Asile et renvoi ; 

décision du SEM du 16 décembre 2015 / N (…). 

 

 

 

E-323/2016 

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Faits : 

A.  

Le (…), A._______ a déposé une demande d’asile en Suisse. 

B.  

Lors de ses auditions des (…) et (…) 2014, l’intéressée a déclaré être 

chinoise, d’ethnie tibétaine, de religion bouddhiste et originaire du village 

de C._______, dans le district de D._______ (province de Kham). Elle y 

aurait vécu avec ses parents et son fils jusqu’à son départ. L’enseignement 

scolaire n’étant dispensé qu’en langue chinoise, elle n’aurait pas fréquenté 

l’école, son père s’étant chargé de lui apprendre à lire et écrire le tibétain. 

Sa carte d’identité, établie en (…), se trouverait chez elle ou, selon une 

autre version, aux mains de son passeur. 

Comme motif d’asile, A._______ a exposé que son cousin avait été tué par 

les autorités chinoises car il détenait des objets de nature religieuse 

bouddhiste. Indignée, elle aurait commis des actes de propagande 

tibétaine en collant des affiches sur les murs de bâtiments administratifs, 

d’une école ainsi que de banques chinoises et en les dispersant sur le sol 

dans la nuit du (…) au (…), accompagnée de quatre amis. Alors que deux 

d’entre eux auraient été pris en flagrant délit et arrêtés, elle serait parvenue 

à s’enfuir et à se cacher chez une voisine. Le lendemain, elle serait rentrée 

expliquer sa situation à ses parents. Craignant pour sa vie, elle aurait quitté 

le jour même son village et, le (…) suivant, son pays. Cachée au Népal, où 

son passeur l’aurait informée que « les choses suite à [s]on action n’étaient 

pas calmées et qu[’elle] ne pouvai[t] pas rentrer », elle aurait poursuivi son 

voyage jusqu’en Suisse. 

C.  

C.a Par décision du 17 mars 2015, le SEM a rejeté la demande d’asile de 

A._______ et a prononcé son renvoi, ainsi que l’exécution de cette mesure 

qu’il a estimée licite, raisonnablement exigible et possible. Le SEM a 

toutefois exclu l’exécution du renvoi de la recourante vers la République 

populaire de Chine. 

C.b L’intéressée a interjeté recours, le 17 avril 2015, auprès du Tribunal 

administratif fédéral (ci-après : le Tribunal). Elle a produit une attestation, 

datée du (…), établie par le E._______ de l’Association bouddhiste suisse 

(…). Selon les dires de celui-ci, la recourante est originaire de la même 

région tibétaine que lui ; il précise que 80% des Tibétains vivant au Tibet 

ne maîtrisent pas le chinois et que la plupart des personnes issues de la 

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région du Kham sont des nomades n’accédant pas à la scolarité et que la 

moitié n’a pas accès à la téléphonie, ce qui justifie que l’intéressée n’ait 

pas été en mesure de citer une seule compagnie téléphonique chinoise 

dans ses auditions. 

C.c Par décision du 7 juillet 2015, le SEM a annulé sa décision pour 

reprendre l’instruction de la cause. 

D.  

Par décision du 16 décembre 2015, le SEM a rejeté la demande d’asile de 

A._______ aux motifs que celle-ci n’avait rendu vraisemblables ni les 

risques de persécutions dont elle se prévalait ni sa provenance. 

Le SEM a d’abord constaté que l’intéressée n’avait produit aucune pièce 

de légitimation, s’étant même contredite sur le sort de sa carte d’identité, 

restée chez elle ou confisquée par le passeur, selon les versions. 

En raison du manque de connaissances de l’intéressée sur son prétendu 

pays d’origine, le SEM a ensuite estimé qu’elle n’avait ni vécu, ni séjourné 

au Tibet, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une analyse LINGUA 

pour le démontrer. Selon le SEM, la recourante n’avait aucune notion de la 

langue chinoise, pourtant largement répandue au Tibet ; elle serait la 

langue de communication entre les Tibétains, les différents dialectes étant 

fort différents. Elle n’aurait pas non plus été en mesure de nommer la 

devise chinoise, pourtant utilisée par les Tibétains, et n’aurait mentionné 

que 6 des 9 coupures en circulation. Elle n’aurait pas non plus cité le 

numéro de téléphone de ses parents ni même l’indicatif téléphonique 

chinois, indispensable pour contacter ses proches au pays, ou le nom de 

la compagnie de téléphonie chinoise auprès de laquelle ses parents 

s’étaient abonnés, soulignant que le fait d’avoir souscrit un tel abonnement 

était en contradiction avec ses dires selon lesquels sa famille vivait isolée. 

La recourante n’aurait en outre démontré que des connaissances 

générales, vraisemblablement acquises pour les besoins de la cause, de 

la géographie de son lieu d’origine allégué. 

Son lieu de socialisation n’étant pas le Tibet, le SEM en a conclu que ses 

motifs d’asile étaient d’emblée sujets à caution. En outre, l’intéressée 

n’aurait pas fait valoir, lors de sa première audition, les motifs l’ayant 

poussée à organiser une campagne d’affichage. Le SEM a également 

relevé des divergences quant à la durée de cette action. 

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Le SEM a, par ailleurs, prononcé le renvoi de A._______ et a ordonné 

l’exécution de cette mesure, qu’il a estimée licite, raisonnablement exigible 

et possible. Il a exclu l’exécution du renvoi de la recourante vers la 

République populaire de Chine. 

E.  

Dans son recours interjeté le 15 janvier 2016, A._______ a conclu à 

l’annulation de la décision susmentionnée et à la reprise de la procédure 

de première instance pour complément d’instruction. A titre incident, elle a 

demandé l’assistance judiciaire totale. 

Selon elle, le SEM, n’ayant pas respecté les exigences jurisprudentielles 

minimales pour renoncer à ordonner une expertise linguistique, n’était pas 

fondé à nier sa socialisation au Tibet. En effet, il aurait  écarté ses réponses 

correctes et se serait basé principalement sur sa méconnaissance du 

chinois, et ce malgré la jurisprudence admettant que certains Tibétains ne 

maitrisent pas cette langue (cf. arrêt du Tribunal E-5846/2014 du 4 août 

2015). Le SEM aurait estimé qu’elle n’avait pas cité la devise chinoise, 

ignorant toutefois qu’elle parlait de « pesha » pour désigner l’argent et 

qu’elle connaissait les billets en circulation ainsi que les prix de certains 

moyens de transport et de certaines marchandises. Le SEM lui aurait 

également reproché, à tort, de ne pas connaître la compagnie de 

téléphonie chinoise, ignorant les éclaircissements apportés par le 

E._______. Il n’aurait relevé que des contradictions d’ordre chronologique 

dans le récit de ses motifs d’asile, aisément justifiables par les deux ans 

écoulés entre ses deux auditions. 

En tout état de cause, la recourante a fait valoir que, n’ayant pas été en 

mesure de contester les différents éléments retenus par le SEM en 

première instance, son droit d’être entendu avait été violé, la décision 

n’étant pas dûment motivée. 

A l’appui de son recours, elle a produit un ruban (ou foulard) de sa mère et 

la lettre qu’il protégeait, accompagnés de l’enveloppe par laquelle ses 

parents les auraient fait acheminer. Selon elle, il s’agirait d’une lettre de 

menaces de sa commune d’origine à la suite de sa participation à une 

campagne d’affichage anti-gouvernementale. 

F.  

Par décision incidente du 17 février 2016, le Tribunal a octroyé l’assistance 

judiciaire totale à la recourante et a désigné Philippe Stern en qualité de 

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mandataire d’office. Il a invité l’intéressée à lui faire parvenir une traduction 

de la lettre produite à l’appui de son recours. 

G.  

Par courrier du 4 mars 2016, la recourante a fait parvenir la traduction 

requise. Selon celle-ci, le bureau du district de la commune de D._______ 

a, par courrier du (…), informé ses parents qu’elle avait manifesté son 

opposition au gouvernement, le (…) précédent, et avait disparu depuis lors. 

Le bureau les aurait invités à se présenter dans les dix jours sous réserve 

d’avoir à en subir les conséquences. 

L'intéressée a sollicité que le ruban produit à l’appui du recours, revêtant 

pour elle une importance sentimentale, lui soit restituée. 

H.  

Invité à se prononcer sur le recours, le SEM en a préconisé le rejet dans 

sa détermination du 17 août 2017, considérant les éléments rassemblés 

durant la procédure d’instruction suffisamment probants pour renoncer à 

une expertise LINGUA. La lettre produite au stade du recours était, elle, 

aisément falsifiable, et ne modifiait en rien son appréciation. 

I.  

Dans sa réplique du 4 septembre 2017, la recourante a réitéré ses 

précédentes allégations, précisant n’avoir pas été entendue sur les 

éléments retenus pour nier sa socialisation au Tibet. En outre, le SEM 

n’aurait pas cité les « éléments flagrants » permettant de discréditer ses 

propos. Il ne se serait pas non plus prononcé sur plusieurs réponses 

convaincantes données par elle, notamment la durée du trajet entre 

C._______ et D._______ (trois à quatre heures en shoté), respectivement 

entre E._______ et C._______ (une demi-heure en shoté), le coût de ce 

trajet, les rivières adjacentes à son village d’origine ainsi que le coût d’un 

champignon-chenille. L’intéressée conteste encore le caractère facilement 

falsifiable du document produit à l’appui de son recours. Selon elle, une 

audition complémentaire serait nécessaire afin de déterminer son lieu de 

provenance. 

J.  

Par courrier du 30 octobre 2017, l’intéressée a fait parvenir au Tribunal une 

attestation médicale, datée du 13 octobre 2017, selon laquelle elle était 

suivie depuis le 20 juin 2017 par une psychologue, en raison des 

traumatismes subis dans son pays d’origine ainsi que la longue attente du 

sort de sa procédure d’asile en Suisse. 

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K.  

Le (…), la recourante a donné naissance à un fils, B._______, inclus dans 

sa procédure. 

 

Droit : 

1.  

1.1 Le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les 

décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à 

l'art. 33 LTAF. 

1.2 En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile 

peuvent être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant 

le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition 

déposée par l'Etat dont la personne requérante cherche à se protéger 

(cf. art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 

1.3 Les recourants ont qualité pour recourir. Présenté dans la forme et 

dans le délai prescrits par la loi, le recours est recevable (cf. art. 48 al. 1 et 

52 PA et art. 108 al. 1 LAsi). 

2.  

2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans 

le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices 

ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de 

leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de 

leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux 

préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la 

liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique 

insupportable. Il y lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux 

femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 

consid. 5.2-5.6). 

2.2 Quiconque demande l'asile doit prouver ou du moins rendre 

vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable 

lorsque l'autorité estime que celle-ci est hautement probable. Ne sont pas 

vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, 

ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne 

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correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur 

des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 

3.  

3.1 Il convient en l’espèce de se pencher sur la provenance alléguée par 

A._______.  

3.2 En ce qui concerne la détermination de la provenance des personnes 

requérantes d’asile se prétendant tibétaines, le Tribunal a, dans un arrêt 

de principe du 6 mai 2015 (ATAF 2015/10), fixé les conditions dans 

lesquelles le changement entrepris par le SEM à partir de 2014 pouvait 

être admis. Suite à ce changement de pratique, un collaborateur du SEM 

(et non un spécialiste externe indépendant, contrairement à la pratique en 

matière d’analyse LINGUA) est habilité à procéder, soit dans le cadre de 

l’audition sommaire soit celle sur les motifs d’asile, à une audition 

approfondie portant sur les connaissances du pays d’origine allégué et sur 

la vie quotidienne au Tibet, afin de déterminer la crédibilité 

(en allemand : plausibilität) du lieu de provenance allégué (ATAF 2015/10 

consid. 4 et 5.2.1). 

Afin de satisfaire aux exigences de la maxime inquisitoire ainsi qu’à celles 

du droit d’être entendu, et pour que le Tribunal puisse exercer correctement 

son pouvoir de contrôle, celui-ci a considéré, dans l’arrêt de principe 

précité, qu’à l’issue de l’audition entreprise par le SEM, les informations 

récoltées devaient être consignées de manière complète et transparente, 

dans un document versé au dossier. Cela inclut les questions posées au 

requérant, les réponses fournies par celui-ci et celles qui étaient attendues 

par le SEM (consid. 5.2.2.1 et 5.2.2.2). Le Tribunal a également retenu que 

les réponses attendues, ainsi que les informations fournies par le SEM, 

devaient être de qualité comparable aux standards posés dans le cadre 

des « Country of Origin Informations (COI) » et que l’autorité était tenue 

d’expliquer concrètement les raisons pour lesquelles la personne 

requérante était censée fournir l’information exacte et pourquoi les 

réponses données étaient erronées (consid. 5.2.2.2, 5.2.2.4 et 6.2.1).  

Par ailleurs, le Tribunal a rappelé dans cet arrêt que le droit d’être entendu 

garanti par l’art. 29 al. 2 Cst., au même titre que le droit d’accès au dossier 

qui en découle, devaient, dans les limites posées par l’art. 27 PA, être 

respectés, en ce sens que le document préparé par le SEM, comportant 

les éléments essentiels mentionnés ci-avant, devait être soumis à la 

personne requérante pour détermination, avant qu’il ne soit statué sur sa 

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demande. Le Tribunal a estimé que la personne requérante d’asile devait 

avoir accès aux éléments retenus par le SEM dans le cadre de l’analyse 

de son origine et pouvoir s’exprimer, par oral ou par écrit, sur ces éléments 

d’information (consid. 3.3, 5.2.2.3, 5.2.2.4 et 6.2.2). Il ne suffit donc pas 

que les conclusions du SEM soient transmises à l’intéressée sous forme 

d’un résumé général, sans que celle-ci n’ait connaissance de manière 

détaillée de ses réponses erronées (consid. 5.2.2.4).  

Dans les cas où il appert au stade du recours que les standards minimaux 

du droit d’être entendu n’ont pas été respectés par le SEM, il convient en 

principe d’annuler la décision attaquée et de renvoyer la cause à l’autorité 

inférieure, sauf s’il ressort du dossier que les déclarations de la personne 

recourante sont à ce point inconsistantes – en raison notamment de leur 

caractère indigent ou contradictoire – qu’une instruction complémentaire 

n’apparaît pas utile (cf. ATAF précité, consid. 5.2.3.1 ; cf. par exemple 

l’arrêt du Tribunal E-7298/2016 du 19 avril 2017). 

4.  

4.1 En l’occurrence, pour déterminer si A._______ avait rendu 

vraisemblable, au sens de l’art. 7 LAsi, sa socialisation au Tibet, le SEM a 

renoncé à ordonner une analyse LINGUA, méthode qui consiste à 

examiner, avec l’aide d’experts externes et indépendants, si la requérante 

d’asile a effectivement été socialisée dans le lieu où elle prétend provenir, 

grâce à des tests se basant sur une analyse linguistique et sur une 

évaluation des connaissances sur le pays de provenance allégué. 

4.2 Le SEM a reproché à bon droit à la prénommée de n’avoir produit 

aucun document susceptible d’établir son identité. En effet, la recourante 

a déclaré d’abord avoir laissé sa carte d’identité à son domicile, précisant, 

sans autres explications, ne pas être en mesure de la récupérer ; elle a 

ensuite affirmé que celle-ci lui avait été confisquée par le passeur. 

Néanmoins, au-delà de cette divergence, elle a fourni une description 

détaillée de ce dernier document (cf. audition sur les motifs, question 22 

p. 3). 

4.3 De plus, le SEM a considéré que la méconnaissance du chinois 

constituait un indice majeur selon lequel l’intéressée n’avait pas été 

socialisée au Tibet. Il convient toutefois de relever que la recourante a 

employé, sans qu’il ne puisse être établi si elle en avait conscience, 

plusieurs termes en chinois (cf. audition sur les motifs, questions 18-19 

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p. 3, 33 p. 4, 46 p. 5, 72 p. 8 et 142 p. 14), ce dont le SEM n’a pas fait 

mention. 

4.4 Le SEM a également estimé que A._______ aurait dû connaître 

l’indicatif téléphonique de son pays, la compagnie de télécommunication 

de ses parents, le nom de la devise chinoise ainsi que les 9 coupures en 

circulation, la recourante n’en ayant mentionné que 6. S’il s’agit bien là 

d’éléments allant à l’encontre de la reconnaissance de l’origine alléguée, il 

en est d’autres, non évalués par le SEM, et qui restent sans réponse 

actuellement. 

Force est ainsi de constater que le SEM n’a fait aucune mention de 

nombreux éclaircissements apportés par la recourante. Celle-ci a 

notamment précisé au sujet de son village d’origine où elle cultivait l’orge, 

le blé et les petits pois avec sa famille, qu’environ 40 à 50 ménages y 

vivaient, que l’électricité avait été installée depuis 6 ou 7 ans, que les routes 

n’étaient pas revêtues d’asphalte et que les rivières « F._______ » et 

« G._______ » bordaient le village (cf. audition sur les motifs, questions 

40-42 p. 5 et 53 p. 6). Elle a également indiqué que son village était situé 

dans le district de D._______, dans la province de Kham, précisant que 3 

à 4 heures de shoté étaient nécessaires pour parvenir à la ville de 

D._______, alors qu’une demi-heure suffisait pour accéder à E._______, 

au prix de 20-21 en monnaie chinoise (cf. audition sur les motifs, questions 

32-35, 38-39 p. 4 et 43-45 p. 5). Un champignon-chenille de qualité 

moyenne coûterait entre 18 et 20 en monnaie chinoise et entre 30 et 40 en 

cas de très bonne qualité (cf. audition sur les motifs, question 55 p. 6). La 

recourante a ajouté s’être fréquemment rendue au monastère H._______, 

traversant pour ce faire les localités de I._______, J._______ et K._______ 

(cf. audition sur les motifs, questions 36 p. 4, 148 et 152 p. 15). Elle a 

encore mentionné que l’indicatif téléphonique local était 895, sans 

connaître l’indicatif national dont elle n’avait pas besoin, le numéro de 

téléphone de sa famille étant enregistré dans son téléphone (cf. audition 

sur les motifs, questions 9-12 p. 2). 

L’argument du SEM, soutenant que l’intéressée avait vraisemblablement 

acquis certaines connaissances géographiques, comme la localisation de 

son village d’origine ou le nom des villages environnants, pour donner 

l’impression qu’elle provenait de cette région, ne suffit pas dans le cas 

présent pour nier toute période de vie au Tibet. 

4.5 Quoiqu’il en soit, les informations données par la recourante sur le Tibet 

lors de ses différentes auditions n’ont été ni analysées ni documentées ni 

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même communiquées à cette dernière par le SEM selon la méthodologie 

mise en avant par le Tribunal dans l’arrêt de principe mentionné ci-avant. 

Partant, il n’est en l’état pas possible pour le Tribunal d’en vérifier 

l’exactitude ainsi que le bien-fondé et, par conséquent, d’établir si la 

recourante a rendu sa provenance vraisemblable au sens de l’art. 7 LAsi. 

Dès lors, il y a lieu d’annuler la décision du SEM, pour établissement 

inexact et incomplet de l’état de fait pertinent, et de lui renvoyer la cause 

pour complément d’instruction et nouvelle décision (art. 106 al. 1 let. b LAsi 

et art. 61 al. 1 in fine PA). 

5.  

5.1 Avant de rendre une nouvelle décision, le SEM devra ainsi ordonner 

des mesures d’instruction complémentaires, afin de déterminer le lieu de 

provenance de l’intéressée. Il veillera en particulier à clarifier et dissiper 

tout doute sur des éléments décisifs en lien avec les origines de 

A._______, notamment par le biais de questions détaillées et ciblées, ou 

procéder à une analyse LINGUA. 

Dans un deuxième temps, après avoir consigné dans un document les 

réponses données par la recourante, celles attendues et les raisons pour 

lesquelles l’intéressée aurait dû être en mesure de répondre de telle 

manière, le SEM devra lui donner la possibilité de s’exprimer sur ces 

éléments (par oral ou par écrit), en application du droit d’accès au dossier 

et du droit d’être entendu.  

Enfin, tant les informations retenues par l’autorité que la détermination de 

la recourante devront apparaître dans le dossier du SEM, permettant cas 

échéant au Tribunal de pouvoir se prononcer sur le lieu de socialisation de 

l’intéressée en toute connaissance de cause.  

5.2 Dans le cadre de la nouvelle décision qu’il prendra, le SEM est en outre 

invité à développer une argumentation circonstanciée au sujet du lieu de 

provenance de la recourante qu'il tiendra pour vraisemblable, de ses motifs 

d’asile (cf. ATAF 2014/12 consid. 5.8 à 5.10) et du pays vers lequel 

l'exécution du renvoi sera ordonnée (consid. 6). 

6.  

6.1 Vu l’issue de la cause, il n’est pas perçu de frais de procédure 

(cf. art. 63 al. 1 et 2 PA). 

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6.2 Ayant obtenu gain de cause, la recourante a droit à des dépens pour 

les frais nécessaires causés par le litige (cf. art. 64 al. 1 PA et art. 7 al. 1 

du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités 

fixés par le Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). Ceux-ci 

sont fixés à 900 francs en prenant compte du décompte de prestations du 

mandataire de la recourante, du 15 janvier 2016, et de ses interventions 

ultérieures. Cette indemnité couvre celle due au mandataire d’office. 

 

(dispositif page suivante) 

  

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est admis. 

2.  

La décision du SEM du 16 décembre 2015 est annulée. 

3.  

La cause est renvoyée au SEM pour complément d’instruction et nouvelle 

décision. 

4.  

Il n'est pas perçu de frais de procédure. 

5.  

Le SEM versera à la recourante 900 francs à titre de dépens. 

6.  

Le présent arrêt est adressé aux recourants, au SEM et à l'autorité 

cantonale. 

 

Le président du collège : La greffière : 

  

William Waeber Léa Hemmi 

 

 

Expédition :