# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 947df937-2b72-5353-afb1-7f66143d499c
**Source:** Jura (JU)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2018-09-19
**Language:** fr
**Title:** Jura Tribunal Cantonal Cour civile 19.09.2018 CC 2018 41
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/JU_Gerichte/JU_TC_002_CC-2018-41_2018-09-19.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DU JURA

TRIBUNAL CANTONAL

COUR CIVILE

CC 41 / 2018

Président :  Jean Moritz
Juges :  Daniel Logos et Philippe Guélat
Greffière :  Nathalie Brahier

ARRET DU 19 SEPTEMBRE 2018

en la cause civile liée entre

Caisse de compensation du canton du Jura, Rue Bel-Air 3, 2350 Saignelégier,
recourante,

et

A.,
intimé,

relative à la décision de la juge civile du Tribunal de première instance du 14 mai 2018 
– mainlevée définitive.

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EN FAIT ET EN DROIT

1. Le 14 mai 2018, la juge civile du Tribunal de première instance a prononcé la 
mainlevée définitive de l'opposition faite par A. au commandement de payer que lui a 
fait notifier la Caisse de compensation pour la somme de CHF 2'220.90, avec intérêts 
à 5 % dès le 24 novembre 2017, plus CHF 16.35 d'intérêts moratoires échus, dans la 
poursuite n° X1 de l’Office des poursuites de U. Les montants en poursuite 
concernaient des acomptes trimestriels de cotisations personnelles AVS/AI/APG du 
débiteur relatif à l'année 2017. La juge civile a en revanche débouté la Caisse de 
compensation de sa réclamation tendant à la mainlevée définitive de l'opposition 
concernant un montant de CHF 70.- correspondant à la taxe de sommation, au motif 
que celle-ci ne ressort pas d'une décision entrée en force. 

2. Par recours interjeté le 25 mai 2018, soit en temps utile, auprès de l'autorité de céans, 
compétente en la matière, la Caisse de compensation demande que la mainlevée 
définitive de l'opposition soit également prononcée pour la somme de CHF 70.-, avec 
intérêts à 5 % dès le 24 novembre 2017. La recourante est d'avis que lorsque le 
pouvoir d'appréciation du juge de la mainlevée est limité par des dispositions légales 
expresses et claires sur les conditions et l'ampleur de la créance d'intérêts ou de celle 

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relative aux frais de sommation, contre lesquelles toute exception ou objection est 
pratiquement exclue, la loi remplace le titre de mainlevée sur ces points, en 
application du principe de l'économie de procédure et de l'intérêt public, selon ce 
qu'admet la doctrine et la jurisprudence cantonale majoritaire. Dès lors que l'article 
34a RAVS définit expressément et clairement les conditions auxquelles une taxe de 
sommation doit être infligée en l'absence de paiement des cotisations facturées dans 
un délai de 10 jours, que la taxe est circonscrite de façon claire et que la marge 
d'appréciation de l'autorité est limitée par une fourchette de CHF 20.- à CHF 200.-, 
l'article 34a RAVS fait office de titre de mainlevée, quand bien même le montant de 
la sommation n'a pas fait l'objet d'une décision exécutoire.

3. Dans sa détermination du 19 juin 2018, la juge civile a confirmé sa décision qui, selon 
elle, s'inscrit dans la pratique du Tribunal de première instance qui consiste à rejeter 
la mainlevée pour les frais de sommation en l'absence d'une décision entrée en force. 
Elle ajoute qu'au cas d'espèce, les frais de sommation prescrits par le RAVS ne sont 
pas clairement définis et constituent plutôt une fourchette.

L'intimé a également pris position, le 24 juin 2018, toutefois sans s'exprimer sur la 
problématique soulevée par le recours.

4. A teneur de l'article 80 LP, le créancier qui est au bénéfice d'un jugement exécutoire 
peut requérir du juge la mainlevée définitive de l'opposition (al. 1) ; les décisions des 
autorités administratives suisses sont assimilées à des jugements (al. 2 ch. 2). 

Ainsi que le relève la juge civile, une décision administrative ne peut valoir titre de 
mainlevée définitive que si elle satisfait à des exigences spécifiques, à l'instar d'une 
décision judiciaire, à savoir un dispositif clair, la garantie du droit d'être entendu dans 
la procédure administrative, l'indication des voies de droit, la preuve que l'autorité est 
habilitée à prendre une décision, une notification régulière et l'attestation du caractère 
exécutoire (cf. Message relatif au Code de procédure civil suisse, FF 2006 p. 6991). 
Lorsque l'une ou l'autre de ces exigences n'est pas satisfaite, soit on ne se trouve pas 
en présence d'une décision, soit la décision est frappée de nullité si le défaut dont elle 
est affectée est particulièrement grave, ce qui peut être constaté d'office en tout 
temps, y compris dans la procédure de mainlevée d'opposition. Constituent en 
particulier des motifs de nullité, l'incompétence qualifiée, matérielle ou fonctionnelle 
de l'autorité ayant statué, l'incompétence à raison du lieu de l'autorité, si elle est 
absolue et manifeste, de graves violations des règles de procédure et de graves vices 
de forme (cf. sur les motifs de nullité, ABBET/VEUILLET, La mainlevée de l'opposition, 
2017, p. 54 et 55). Une simple facture ne peut servir de titre à la mainlevée définitive, 
en particulier une facture pour le recouvrement d'une taxe (ABBET/VEUILLET, op. cit., 
no 132 ad art. 80 ; PETER, Edition annotée de la loi fédérale sur la poursuite pour 
dettes et la faillite, 2010, p. 351 ; tous deux avec références). Sur la base de la 
jurisprudence cantonale, une partie de la doctrine admet toutefois que la mainlevée 
de l'opposition doit être accordée pour les intérêts de retard, les frais de sommation 
et d'introduction de la poursuite, même en l'absence d'un prononcé de l'autorité sur 
ceux-ci, pour autant que les dispositions légales sur ces points soient suffisamment 

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précises (MARCHAND, Précis de droit des poursuites, 2ème éd. 2013, p. 63 et réf. cit.), 
c'est-à-dire que le principe et le montant des frais soient fixés dans la réglementation 
applicable (ABBET/VEUILLET, op. cit., n. 140 ad art. 80 et réf. cit.). S'agissant des 
intérêts moratoires, la jurisprudence cantonale admet, majoritairement, que la 
mainlevée définitive peut être prononcée même en l'absence d'indications à leur sujet 
dans le dispositif de la décision, à condition toutefois qu'ils puissent être calculés de 
manière simple et que sur la base de l'état de fait, le retard puisse être clairement 
établi, à défaut de quoi l'autorité administrative doit rendre une décision sur ce point, 
contre laquelle le débiteur pourra recourir (STAEHELIN, BSK SchKG I, 2ème éd., 2010, 
n. 134 ad art. 80 et réf. cit.). 

La doctrine est beaucoup plus catégorique en ce qui concerne les autres accessoires 
(en particulier les frais, émoluments et débours de l'autorité), les sommations 
antérieures à la décision, notamment la taxe de sommation prévue à l'article 34a al. 
2 RAVS, ainsi que les intérêts ayant couru avant le prononcé de la décision ; la 
mainlevée ne peut être accordée que si celle-ci les met expressément à la charge de 
l'administré et en chiffre le montant (ABBET/VEUILLET, n. 140 ad art. 80 ; STAEHELIN, 
op. cit., n. 134a ad art. 80 et réf. cit.). Le Tribunal cantonal a, par exemple, considéré 
que les frais de procédure mis à la charge du requérant dans une procédure 
administrative doivent être indiqués dans le dispositif de la décision, sinon celle-ci ne 
peut fonder la mainlevée de l'opposition (RJJ 1993, p. 280 consid. 2 et 3). 

5. Pour fonder sa prétention, la recourante s'appuie sur un arrêt du Tribunal cantonal 
valaisan du 6 octobre 1999. Dans cet arrêt, la Cour de cassation civile a jugé que la 
mainlevée définitive de l'opposition doit être accordée pour les intérêts de retard, les 
frais de sommation et d'introduction de la poursuite relatifs à une créance d'impôts 
cantonaux directs en force, même en l'absence d'un prononcé de l'autorité sur ceux-
ci, car les dispositions légales sur ces points sont suffisamment précises (RVJ 2000, 
p. 188). Toutefois, dans cet arrêt qui concernait des frais accessoires à une créance 
d'impôt, le Tribunal cantonal a précisé, en référence à un arrêt précédent (RVJ 1999, 
p. 228), que l'opposition aux frais de sommation relatifs aux contributions 
personnelles AVS/AI/APG/AC ne peut être définitivement levée sur la base de l'article 
37 al. 2 RAVS, puisque cette disposition légale-cadre, qui renferme une fourchette 
allant de CHF 10.- à CHF 200.-, n'est pas suffisamment précise (RVJ 2000 précité, 
consid. 3a p. 190 et réf. cit.). 

Il en va de même dans la présente espèce. L'article 34 al. 3 RAVS sur la base duquel 
la recourante fonde sa prétention ne permet pas au juge de la mainlevée de chiffrer 
précisément le montant des frais de sommation. Ceux-ci ne sont pas clairement 
définis dans la base légale, puisque celle-ci prévoit une fourchette de CHF 20.- à 
CHF 200.- et laisse dès lors une certaine marge d'appréciation à l'autorité 
administrative qui ne peut être concrétisée qu'au moyen d'une décision exécutoire, 
seule de nature à fonder le prononcé de la mainlevée définitive. Une simple facture 
ne suffit pas, puisque le débiteur ne peut s’y opposer, contrairement à une décision 
contre laquelle le recours est ouvert (cf. STAEHELIN, op. cit., n. 134a ad art. 80). 

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6. En l'occurrence, l'intimé s'est vu notifier, le 10 janvier 2017, une décision portant sur 
des acomptes de cotisations personnelles pour un montant de CHF 2'220.90. Il n'a 
pas fait usage des moyens de droit dont il a été informé pour contester cette décision, 
laquelle est dès lors entrée en force et est devenue exécutoire. Ce n'est qu'en 
novembre 2017 qu'il a reçu la sommation de payer la somme de CHF 2'220.90, ainsi 
que la taxe de sommation de CHF 70.-. Cette facture ne présente aucune des 
caractéristiques d'une décision ; elle n'indique en particulier pas de voie de droit 
(opposition), de sorte que le montant fixé par appréciation de la recourante sur la 
base de l'article 34a RAVS, dont on a vu qu'il n'était pas suffisamment précis pour se 
substituer à l'absence d'une décision exécutoire, ne peut être requis par la voie de la 
mainlevée définitive. 

7. Cela étant, le recours doit être rejeté, frais à la charge de la recourante qui succombe 
(art. 106 CPC). Aucune indemnité de dépens n'est allouée à l'intimé qui n'était pas 
représenté et qui n'en demande pas.

PAR CES MOTIFS 

LA COUR CIVILE

rejette

le recours ;

met

les frais de la procédure à la charge de la recourante par CHF 450.- et les prélève sur l'avance 
effectuée ;

dit

qu'il n'est pas alloué de dépens ;

informe

les parties des voies et délai de recours selon avis ci-après ;

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ordonne

la notification du présent arrêt aux parties ainsi qu’à la juge civile.

Porrentruy, le 19 septembre 2018 

AU NOM DE LA COUR CIVILE
Le président : La greffière :

Jean Moritz Nathalie Brahier

Communication concernant les moyens de recours :

1) Un recours en matière civile peut être déposé contre le présent jugement auprès du Tribunal fédéral, 
conformément aux dispositions de la loi sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), en particulier aux art. 42, 
72 ss. et 90 ss. LTF, dans un délai de 30 jours à partir de la date où ce jugement vous a été notifié (art. 100 
LTF). Ce délai ne peut pas être prolongé (art. 47 al. 1 LTF). Le recours est toutefois recevable uniquement dans 
la mesure où "la contestation soulève une question de principe" (art. 74 al. 2 litt. a LTF).

Le mémoire de recours sera adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Il doit indiquer les conclusions, 
les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Le recourant doit exposer succinctement en quoi l'acte attaqué 
viole le droit; il faut exposer en quoi l'affaire constitue une question juridique de principe (art. 42 al. 2 LTF). Le 
recourant ne peut critiquer les constatations de fait que si les faits ont été établis de façon manifestement 
inexacte ou en violation du droit au sens de l’art. 95, et si la correction du vice est susceptible d’influer sur le 
sort de la cause (art. 97 al. 1 LTF).

Le présent jugement et les pièces invoquées comme moyens de preuve en possession du recourant doivent 
être joints au mémoire (art. 42 al. 3 LTF).

2) Un recours constitutionnel subsidiaire peut également être déposé contre le présent jugement pour violation 
des droits constitutionnels (art. 113ss LTF), dans un délai de 30 jours à partir de la date où ce jugement vous 
a été notifié (art. 100 et 117 LTF). Ce délai ne peut pas être prolongé (art. 47 al. 1 LTF). 

Le recours constitutionnel doit indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Le 
recourant doit exposer succinctement en quoi l'acte attaqué viole le droit (art. 42 al. 2 LTF).

Le présent jugement et les pièces invoquées comme moyens de preuve en possession du recourant doivent 
être joints au mémoire (art. 42 al. 3 LTF).

3) Si une partie forme simultanément un recours en matière civile et un recours constitutionnel subsidiaire,  elle 
doit déposer les deux recours dans un seul mémoire (art. 119 al 1 LTF).