# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a5f07c6a-a133-5de9-9507-c0e9a920b9cc
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2016-03-14
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 14.03.2016 E-7033/2015
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-7033-2015_2016-03-14.pdf

## Full Text

B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i f  f éd é r a l  

T r i b u n a l e  am m in i s t r a t i vo  f e d e r a l e  

T r i b u n a l  ad m i n i s t r a t i v  fe d e r a l  

 
 
    
 
 

 

  

 
 Cour V 

E-7033/2015 

 

 
 

 
 A r r ê t  d u  1 4  m a r s  2 0 1 6  

Composition 
 William Waeber (président du collège),  

Gérard Scherrer, Daniel Willisegger, juges, 

Isabelle Fournier, greffière. 

   

Parties 
 A._______, née le (…),  

pour elle-même et ses deux enfants mineurs 

B._______, né le (…),  

C._______, née le (…), 

Turquie,   

représentée par Me Hüsnü Yilmaz, étude d'avocats,   

recourante,  

 
 

 
contre 

 
 Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), 

Quellenweg 6, 3003 Berne, 

autorité inférieure. 

   

Objet 
 Exécution du renvoi (recours réexamen) ; 

décision du SEM du 29 septembre 2015 / N (…). 

 

 

 

E-7033/2015 

Page 2 

Faits : 

A.  

A._______ (ci-après : la recourante) est arrivée en Suisse le 1er décembre 

2014 et y a déposé, le lendemain, une demande d'asile. Elle était 

accompagnée de ses deux enfants mineurs. En substance et pour 

l'essentiel, elle a allégué qu'elle avait, comme ses enfants, fait l'objet de 

violences de la part de son ex-époux et que, même après leur séparation 

et le prononcé du divorce, il continuait à la harceler et à la menacer.  

Par décision du 4 mars 2015, le SEM a refusé de leur reconnaître la qualité 

de réfugié et a rejeté leurs demandes d'asile. Par la même décision, il a 

prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. 

Le recours interjeté le 7 avril 2015 contre cette décision auprès du Tribunal 

administratif fédéral (ci-après : le Tribunal) a été rejeté, le 30 avril 2015. 

B.  

Le 17 septembre 2015, la recourante, agissant pour elle-même et ses 

enfants, a déposé auprès du SEM une demande de reconsidération de sa 

décision du 4 mars 2015, en tant qu'elle ordonnait l'exécution de leur 

renvoi. Elle a allégué qu'elle souffrait de graves troubles psychiques, qui 

n'avaient pas été investigués en procédure ordinaire et qu'elle faisait ainsi 

valoir des faits et moyens de preuve nouveaux. Elle a argué qu'un 

traitement n'était pas envisageable dans son pays d'origine, où elle était 

exposée aux représailles de son ex-mari, et qu'elle n'était pas en état de 

voyager. Elle a également fait valoir qu'il y avait lieu de tenir compte de 

l'intérêt supérieur de ses enfants, étant donné qu'elle ne serait pas en 

mesure d'assumer leur subsistance.  

A l'appui de sa demande, elle a déposé un rapport daté du 7 septembre 

2015, émanant d'un médecin psychiatre chez lequel elle était en traitement 

depuis le 14 août 2015. Ce dernier y posait le diagnostic de trouble 

dépressif sévère récidivant sans symptômes psychotiques (F 33.2), trouble 

post-traumatique (F 43.1) ainsi que modification durable de la personnalité 

après un événement traumatisant (F 62.0). Selon le médecin, sa patiente 

présentait un risque de décompensation pouvant aller jusqu'au suicide et 

nécessitait un traitement psychiatrique pouvant s'étendre sur plusieurs 

années, dont le succès dépendait notamment du fait qu'il puisse être mené 

à terme dans un pays où elle ne se sentait pas en danger.   

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Le 18 septembre 2015, la recourante a fait parvenir au SEM un nouveau 

rapport succinct, daté du 17 septembre 2015, indiquant qu'elle était sous 

traitement médicamenteux antidiabétique. 

C.  

Par décision du 29 septembre 2015, notifiée le 1er octobre suivant, le SEM 

a rejeté la demande de reconsidération de la recourante, dans la mesure 

où elle était recevable. Il a constaté que les éléments relatifs à sa situation 

personnelle et à l'intérêt de ses enfants avaient déjà été appréciés et qu'il 

n'y avait donc pas lieu d'entrer en matière sur sa requête en tant qu'elle 

faisait valoir de tels motifs. Quant à la détérioration de son état de santé, il 

a considéré qu'elle n'était pas pertinente. Il a relevé qu'il était fréquent de 

constater une aggravation de la santé psychique d'une personne contrainte 

de quitter la Suisse et que, par ailleurs, le suivi médical et le traitement 

médicamenteux nécessaires étaient disponibles en Turquie, soulignant 

encore que les citoyens turcs bénéficiaient d'une assurance maladie et 

qu'enfin l'intéressée pourrait, le cas échéant, bénéficier de l'aide au retour.  

Le SEM a mis un émolument de 600 francs à charge de la recourante. 

D.   

A._______ a interjeté recours contre cette décision par acte du 2 novembre 

2015. Principalement, elle a conclu à l'annulation de la décision du SEM, 

pour établissement inexact de l'état de fait pertinent, arbitraire, et violation 

de son droit d'être entendue, en faisant grief au SEM de n'avoir pas 

examiné le rapport du psychiatre déposé à l'appui de sa demande. 

Subsidiairement, elle a conclu à l'annulation de la décision entreprise et à 

l'octroi de l'admission provisoire, en soutenant qu'elle ne pourrait pas 

bénéficier, en Turquie, d'une prise en charge adéquate de ses troubles 

psychiques. Par ailleurs, elle a fait valoir que le respect du principe de 

l'intérêt supérieur de ses enfants impliquait qu'ils puissent demeurer en 

Suisse, où elle bénéficiait d'un suivi médical et eux du cadre familial et 

scolaire mis en place, car ses chances d'une réinsertion professionnelle 

étaient quasi inexistantes en Turquie où il ne lui était pas possible d'assurer 

le minimum vital de sa famille ainsi qu'un traitement psychiatrique à long 

terme. Elle a encore indiqué que son état s'était aggravé depuis le dépôt 

de sa demande de réexamen et qu'elle avait dû être hospitalisée le 

(…) octobre 2015. 

A l'appui de son recours, elle a déposé une attestation succincte, datée du 

26 octobre 2015, confirmant qu'elle était en traitement depuis le 

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Page 4 

(…) octobre 2015 auprès d'une clinique psychiatrique et n'était 

actuellement pas capable de voyager. 

E.  

Par décision incidente du 12 novembre 2015, le Juge instructeur a 

suspendu l'exécution du renvoi de la recourante et de ses enfants jusqu'à 

droit connu sur la présente cause. Il l'a invitée à préciser, moyens de 

preuve à l'appui, les causes, la nature et la durée prévisible de son 

traitement en clinique et les raisons pour lesquelles le médecin avait conclu 

à une incapacité de voyager. 

F.  

La recourante a répondu par courrier du 23 décembre 2015. Elle a déposé 

un rapport daté du 19 décembre 2015 émanant de son médecin psychiatre, 

ainsi qu'un rapport de sortie de clinique psychiatrique, daté du 

(…) novembre 2015.     

G.   

Invité à se déterminer sur le recours, le SEM en a proposé le rejet, dans sa 

réponse du 12 janvier 2016.   

H.   

La recourante a répliqué le 8 février 2016, en maintenant l'intégralité de 

ses conclusions. Elle a produit un nouveau rapport de son psychiatre, daté 

du 1er février 2016. 

 

Droit : 

1.  

1.1 En vertu de l'art. 31 LTAF, le Tribunal connaît des recours contre les 

décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à 

l'art. 33 LTAF. 

En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent 

être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant le 

Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition 

déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger 

(art. 83 let. d ch. 1 LTF). 

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1.2 La recourante a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans 

le délai prescrits par la loi, le recours est recevable (cf. art. 48 et 52 PA et 

art. 108 al. 1 LAsi). 

2.  

2.1 La demande de réexamen (aussi appelée demande de 

reconsidération), définie comme une requête adressée à une autorité 

administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise et 

qui est entrée en force, est prévue par la loi, en matière d'asile, depuis 

l'entrée en vigueur de la modification de la LAsi du 14 décembre 2012 

(cf. art. 111b et 111d LAsi). La jurisprudence et la doctrine l'avaient 

auparavant déduite de l'art. 4 de la Constitution fédérale du 29 mai 1874 

(aCst), qui correspond, sur ce point, à l'art. 29 al. 2 de la Constitution 

fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101), et de l'art. 66 PA, qui prévoit le 

droit de demander à certaines conditions la révision des décisions.  

2.2 Le SEM n'est tenu de se saisir d'une demande de réexamen que 

lorsqu'elle constitue une demande d'adaptation, à savoir lorsque le 

requérant se prévaut d'un changement notable de circonstances postérieur 

au prononcé de sa décision ou, en cas de dépôt d'un moyen de preuve 

postérieur portant sur des faits antérieurs à un arrêt sur recours ou, en cas 

d'absence de recours ou de décision d'irrecevabilité du recours interjeté 

contre cette décision, lorsque le requérant invoque un des motifs de 

révision prévus à l'art. 66 PA, applicable par analogie (cf. ATAF 2013/22, 

2010/27 consid. 2.1 p. 367 s.). 

2.3 Selon la jurisprudence et la doctrine en matière de révision (applicable 

en matière de réexamen), les faits nouveaux et preuves nouvelles au sens 

de l'art. 66 PA ne peuvent entraîner la révision que s'ils sont importants et 

décisifs, c'est-à-dire que les faits doivent être de nature à influer - ensuite 

d'une appréciation juridique correcte - sur l'issue de la contestation, et les 

moyens de preuve offerts propres à les établir (ATF 127 V 353 consid. 5a 

p. 358; 118 II 199 consid. 5 p. 205; ATAF 2014/39 consid. 4.5 et réf. cit.; 

cf. également KARIN SCHERRER, Praxiskommentar zum Bundesgesetz 

über das Verwaltungsverfahren, 2009, art. 66 PA no 25 p. 1306 et réf. cit.; 

YVES DONZALLAZ, Loi sur le Tribunal fédéral, Commentaire, 2008, no 4704 

p. 194 s. et réf. cit.). En outre, une demande de réexamen ne saurait servir 

à remettre continuellement en cause des décisions administratives entrées 

en force de chose jugée et à éluder les dispositions légales sur les délais 

de recours (cf. ATF 136 II 177 consid. 2.1 p. 181 et jurisp. cit.). En 

conséquence et par analogie avec l'art. 66 al. 3 PA, il y a lieu d'exclure le 

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réexamen d'une décision de première instance entrée en force lorsque le 

requérant le sollicite en se fondant sur des moyens qu'il aurait pu invoquer 

par la voie de recours contre cette décision au fond. 

2.4 A teneur de l'art. 111b al. 1 LAsi, la demande de réexamen dûment 

motivée est déposée par écrit auprès du SEM dans les 30 jours qui suivent 

la découverte du motif de réexamen. Pour le surplus, la procédure est régie 

par les art. 66 à 68 de la PA.  

3.    

3.1 En l'espèce, le SEM a considéré que la demande de réexamen n'était 

pas recevable en tant que la recourante faisait valoir des faits déjà jugés 

en procédure ordinaire, à savoir sa situation de femme divorcée, les 

menaces de son ex-mari et la situation de ses enfants. Son prononcé est, 

sur ce point, parfaitement justifié.  

3.2  Cela dit, le SEM est, à bon droit, entré en matière sur la demande dans 

la mesure où l'intéressée invoquait des problèmes médicaux faisant 

obstacle à l'exécution de son renvoi. La recourante n'a pas clairement 

précisé, dans sa demande qui faisait état de troubles "non investigués" en 

procédure ordinaire, si elle invoquait une péjoration de son état de santé 

psychique (donc une modification des circonstances) ou des faits 

"nouveaux" anciens, cas dans lequel il lui aurait appartenu de démontrer 

qu'elle n'aurait pas pu s'en prévaloir en procédure ordinaire. Quoi qu'il en 

soit, il ressort du rapport médical produit à l'appui de sa demande qu'elle 

n'est suivie que depuis le 14 août 2015 par un psychiatre (le médecin 

mentionne une fois, par erreur, la date du 14 août 2014), consulté en 

urgence ("notfallmässig") et que son état s'est encore aggravé puisqu'elle 

a dû être hospitalisée durant un mois. On peut donc admettre l'invocation 

d'une modification notable des circonstances.  

3.3 Enfin, la demande a été déposée dans le délai d'un mois prévu par 

l'art. 111b al. 1 LAsi. Le rapport médical est daté du 7 septembre 2015 et, 

dans ces circonstances, on ne saurait considérer qu'elle n'a pas agi dans 

le délai d'un mois dès la découverte du motif de réexamen.   

4.    

4.1  La recourante a fait valoir, dans son recours, que le SEM n'avait 

procédé à aucune analyse du rapport médical de son médecin psychiatre, 

du 7 septembre 2015, produit à l'appui de sa demande de réexamen. Elle 

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a soutenu qu'il n'avait pris en considération que le rapport médical produit 

par courrier du 18 septembre 2015, faisant état d'un problème de diabète. 

Elle lui a ainsi reproché une violation de son droit d'être entendue, sous 

forme d'absence de motivation, voire sous forme d'une absence de prise 

en considération de faits déterminants allégués. Il convient d'examiner 

préliminairement ce grief formel. 

4.2 Force est d'admettre avec la recourante que le SEM ne mentionne pas 

expressément le rapport médical du 7 septembre 2015 dans la partie "faits" 

de sa décision et qu'il n'en cite aucun passage dans sa motivation en droit. 

Cela dit, on ne saurait suivre la recourante lorsqu'elle affirme que la 

décision du SEM se limite à l'examen de la question du diabète. 

A l'évidence, tel n'est pas le cas. En effet, la motivation en rapport avec le 

cas d'espèce commence, à la p. 3 de la décision, par la phrase suivante : 

"il faut d'emblée souligner qu'il est fréquent de constater une aggravation 

de la santé psychique d'un étranger contraint de quitter la Suisse". Le 

rapport du 17 septembre 2015, concernant le diabète, est le seul cité dans 

l'état de fait figurant à la première page de la décision parce qu'il a été 

produit postérieurement au dépôt de la demande de réexamen, par courrier 

du 21 septembre 2015. Cependant, le SEM relève que, dans sa requête 

du 18 septembre 2015, la recourante a invoqué en particulier une 

"détérioration de son tableau clinique", ce qui se réfère incontestablement 

aux problèmes psychiques certifiés par le rapport du psychiatre, produit 

avec la demande de reconsidération.  

4.3 Cela dit, le Tribunal peut laisser indécise la question de savoir si la 

motivation de la décision du SEM, du 29 septembre 2015, constituée pour 

une très grande partie de considérations générales sur les conditions 

d'octroi de l'admission provisoire pour motifs médicaux et d'une 

subsomption au cas particulier rédigée, elle aussi, en termes généraux, est 

suffisante pour répondre aux exigences de la jurisprudence relatives au 

droit d'être entendu. En effet, des précisions et des moyens de preuve 

complémentaires ont de toute façon dû être exigés de la recourante au 

stade du recours, concernant l'hospitalisation et l'aggravation de l'état de 

santé alléguées. Son courrier du 23 décembre 2015 et les rapports 

médicaux produits ont été communiqués au SEM, qui s'est déterminé de 

manière plus complète et concrète dans sa réponse du 12 janvier 2016. 

Dans ces conditions, renvoyer la cause au SEM pour une nouvelle décision 

reviendrait à une formalité inutile.   

 

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Page 8 

5.   

5.1 Sur le fond, le SEM a considéré que l'aggravation de l'état psychique 

de la recourante était une réaction fréquemment observée chez les 

personnes faisant l'objet d'une décision de renvoi, et qu'elle n'était pas 

pertinente pour justifier le réexamen de la décision entrée en force. Il a 

relevé, dans sa réponse au recours, que la recourante n'avait pas fait valoir 

de troubles dépressifs ou psychiques en procédure ordinaire et qu'elle 

n'aurait pas été confrontée aux difficultés psychiques qu'elle rencontre 

actuellement si elle s'était conformée à la décision de refus d'asile et de 

renvoi prise à son encontre. Il a considéré qu'il lui appartenait, avec l'aide 

des médecins, d'accepter l'idée d'un retour dans son pays et de s'y 

préparer, soulignant en outre que la Turquie disposait des structures 

médicales nécessaires pour une prise en charge appropriée. 

5.2 La recourante conteste cette appréciation, qu'elle estime non fondée et 

en contradiction avec les moyens de preuve déposés. Elle a fourni, avec 

sa réplique du 8 février 2016, un nouveau rapport de son psychiatre, qui 

qualifie de très mauvais ("sehr schlecht") son état actuel, note la 

persistance d'un risque de suicide et affirme qu'elle n'est toujours pas en 

état de voyager. Elle qualifie d'arbitraire la décision du SEM, qui la 

considère comme responsable de son état actuel, et ce sans égard au 

diagnostic posé par des spécialistes.  

5.3 Le Tribunal considère que la décision du SEM est justifiée au regard 

des moyens de preuve déposés. A cet égard, il y a lieu de prendre en 

compte non seulement les rapports du médecin psychiatre qui suit la 

recourante depuis le 14 août 2015, mais également le rapport de sortie de 

la clinique psychiatrique, du (…) novembre 2015. 

5.3.1 Les rapports déposés font en effet clairement apparaître un lien entre 

l'aggravation des troubles et la décision de renvoi. Il paraît, d'ailleurs, 

significatif à cet égard que la recourante a consulté un psychiatre à 

l'époque où elle a été convoquée pour un entretien en vue de son départ. 

Le rapport de sortie des médecins de la clinique où elle a séjourné durant 

un mois mentionne qu'elle a été hospitalisée volontairement, à un moment 

où elle se sentait sous la menace de l'exécution de son renvoi et ressentait 

des troubles accrus. Son état s'est amélioré par la suite, notamment avec 

le dépôt de la demande de réexamen: "Bei Aufnahme zeigte sich Frau 

A._______ ängstlich, verzweifelt, berichtete über Schlafstörungen, 

Kopfschmerzen und Suizidgedanken mit konkreten Pläne (Medikamente), 

falls sie in die Türkei rückgeführt werden sollte" (…) Der Anwalt der 

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Patientin legte Rekurs gegen den Rückführungsentscheid ein (…) und nun 

der Asylantrag erneut geprüft wird. Dies entlastete die Patientin. (…) Von 

Suizidalität konnte sie sich seither glaubhaft distanzieren". (…).  

Les médecins de la clinique ont posé à la sortie le diagnostic d'épisode 

dépressif sévère sans symptôme psychotique (F32.2) et de difficultés liées 

à l'environnement social (Z60), les difficultés étant mises en rapport avec 

le rejet de la demande d'asile (Psychosoziale Belastung bei negativem 

Asylentscheid). Ils précisent ainsi leur diagnostic : "diagnostich gehen wir 

aufgrund des Schweregrads der Symptomatik von einer schweren 

depressiven Episoden als Reaktion auf den negativen Asylentscheid aus". 

Dans ce sens, on peut admettre avec le SEM que l'épisode dépressif 

sévère qu'a connu la recourante, comme l'apparition chez elle d'idées 

suicidaires scénarisées, sont une réaction à la décision négative reçue. 

Dès lors, la modification de l'état de fait alléguée ne constitue pas un 

obstacle durable à l'exécution du renvoi. En effet, une préparation 

adéquate du départ et un travail de la recourante et de son médecin quant 

à l'acceptation de la décision reçue devraient permettre d'éviter un nouvel 

épisode sévère.  

5.3.2 Dans son dernier rapport, daté du 1er février 2016, le psychiatre 

affirme que la capacité de la recourante de voyager est fortement altérée 

(sehr beeinträchtigt). Cette affirmation est cependant liée aux menaces de 

suicide de la patiente ; elle n'a pas trait à une contre-indication médicale 

au transport en tant que tel. Le Tribunal n'entend pas sous-estimer les 

appréhensions que la recourante peut ressentir face à la perspective d'un 

renvoi dans son pays d'origine. Il n'en reste pas moins que l'on ne saurait, 

de manière générale, prolonger indéfiniment le séjour d'une personne au 

seul motif que la perspective d'un retour exacerbe un état psychologique 

perturbé. Le SEM a d'ailleurs mentionné qu'il prendrait les mesures 

adéquates et adapterait, le cas échéant, le délai de départ. Comme il l'a 

relevé, les risques ou menaces de suicide ne représentent pas, en soi, un 

obstacle dirimant à l'exécution du renvoi du moment que les autorités 

suisses prennent des mesures concrètes pour en prévenir la réalisation 

(cf. décision du 7 octobre 2004 de la Cour européenne des droits de 

l'Homme en l'affaire Sanda Dragan et autres c. Allemagne, requête 

n°33743/03 consid. 2a).  

5.3.3  Contrairement à ce que semble retenir le SEM dans sa réponse du 

12 janvier 2016, on ne saurait considérer, au vu des rapports médicaux 

produits, que les problèmes psychiques de la recourante ont leur origine 

dans la seule situation d'incertitude, de déracinement et de précarité dans 

E-7033/2015 

Page 10 

laquelle elle se trouve aujourd'hui en Suisse à la suite du rejet de sa 

demande d'asile. Il ressort, certes, de ces rapports que l'exacerbation de 

ces troubles et l'épisode sévère qui ont donné lieu à son hospitalisation 

sont une réaction à la décision négative reçue. Dans son rapport du 

7 septembre 2015, le psychiatre notait toutefois un état dépressif 

chronique, à mettre en relation avec les violences et menaces subies de la 

part de son ex-mari. Ni le SEM ni le Tribunal n'ont, en procédure ordinaire, 

mis en doute les faits allégués sur ce point par la recourante. Celle-ci a 

d'ailleurs exprimé, dans la procédure ordinaire, qu'elle n'allait pas bien 

psychiquement, et cela depuis de très nombreuses années. On pourrait 

ainsi admettre que les troubles dépressifs allégués constituent un fait 

nouveau antérieur à la décision sur recours, dont elle n'avait pas pu se 

prévaloir plus tôt, n'ayant jamais consulté un médecin. Cependant, ils ne 

sont pas de nature à justifier une admission provisoire, au sens de 

l'art. 83 al. 4 LEtr (RS142.20) et de la jurisprudence en la matière. Il sied 

de souligner ici qu'il ne s'agit pas d'apprécier si l'environnement dans lequel 

elle vit actuellement est plus favorable à la recourante et ses enfants, mais 

uniquement si l'exécution de son renvoi est de nature à la mettre 

concrètement en danger, au sens strict à donner à la disposition précitée. 

Sur ce point, il peut être renvoyé à la décision du SEM et à la jurisprudence 

citée. On relèvera également que la recourante a vécu plusieurs années 

en Turquie après la séparation de son époux en 2012, avec les troubles 

dépressifs découlant de son vécu personnel. Elle a reçu l'appui de sa 

famille et il n'y a aucune raison de croire qu'elle en serait désormais privée. 

Sans nier ses troubles, on peut raisonnablement exiger d'elle qu'elle 

surmonte les difficultés inhérentes à sa situation. Comme l'a relevé le SEM 

avec raison, les troubles dépressifs peuvent être soignés en Turquie. Il sied 

encore de relever que, contrairement au psychiatre traitant, les thérapeutes 

de la clinique n'ont pas relevé d'indice de troubles post-traumatiques. 

L'affirmation du psychiatre, selon lequel un retour en Turquie serait 

"médicalement contre-indiqué" en raison des traumatismes vécus, ne se 

base pas sur des observations cliniques.  

5.4 Au vu de ce qui précède, la décision du SEM est fondée en tant qu'elle 

rejette, dans la mesure où elle est recevable, la demande de réexamen de 

la recourante et met un émolument à sa charge. 

5.5 Partant, le recours doit être rejeté.  

6.   

Vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge 

de la recourante, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du 

E-7033/2015 

Page 11 

règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités 

fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2).  

 

(dispositif page suivante)   

E-7033/2015 

Page 12 

Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 

1.  

Le recours est rejeté. 

2.  

Les frais de procédure, d'un montant de 600 francs, sont mis à la charge 

de la recourante. Ce montant est entièrement couvert par l'avance de frais 

de 600 francs, versée le 19 novembre 2015.  

3.  

Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, au SEM et à 

l'autorité cantonale. 

 

Le président du collège : La greffière : 

  

William Waeber Isabelle Fournier