# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a9cf8497-4711-51bb-b6b6-254458a8c403
**Source:** Bundesverwaltungsgericht ()
**Court Level:** federal
**Decision Date:** 2011-10-13
**Language:** fr
**Title:** Bundesverwaltungsgericht 13.10.2011 E-1904/2008
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/CH_BVGer/CH_BVGE_001_E-1904-2008_2011-10-13.pdf

## Full Text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t

T r i buna l   adm in i s t r a t i f   f édé ra l

T r i buna l e   ammin i s t r a t i vo   f ede ra l e

T r i buna l   adm in i s t r a t i v   f ede ra l

Cour V
E­1904/2008 et E­1906/2008

A r r ê t   d u   1 3   o c t o b r e   2 0 1 1

Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège), 
Thomas Wespi, François Badoud, juges,
Anne­Laure Sautaux, greffière.

Parties A._______, née le (…), 
alias B._______, née le (…),
et son fils,
C._______, né le (…), 
alias D._______, né le (…),
Arménie,   
représentés par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s 
(SAJE), (…),
recourants, 

contre

Office fédéral des migrations (ODM), 
Quellenweg 6, 3003 Berne,  
autorité inférieure. 

Objet Asile et renvoi ; décisions de l'ODM du 21 février 2008 
et du 11 février 2008 / N (…) et N (…).

E­1904/2008, E­1906/2008

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Faits :

A. 
Le 21 novembre 2006, la recourante et son fils ont tous deux déposé une 
demande d'asile en Suisse.

B. 
Lors  de  son  audition  sommaire,  le  24 novembre  2006,  et  lors  de  son 
audition sur ses motifs d'asile en présence de sa mère, le 13 février 2007, 
le  recourant a déclaré, en substance, n'avoir  jamais eu une quelconque 
valeur  aux  yeux  de  ses  compatriotes  en  raison  de  complications 
neurologiques  liées  à  l'utilisation  d'une  ventouse  obstétricale  lors  de 
l'accouchement.  Il  n'arriverait  pas à  se maîtriser  et  serait  parfois  violent 
envers  sa  mère.  Enfant,  il  aurait  fréquemment  vu  son  père  frapper  sa 
mère,  lequel  les  aurait  par  la  suite  abandonnés  tout  en  s'appropriant 
l'argent  de  la  vente  de  leur  maison.  Il  aurait  été  violemment  battu  et 
même  poignardé  par  un  policier  dénommé  E._______  ou  par  ses 
acolytes  (selon  la  version) ;  ce  policier  aurait  essayé  de  lui  soutirer  de 
l'argent dans le métro et lui aurait volé son téléphone portable. Victime de 
violences  lors  de  son  service militaire,  il  aurait  été  hospitalisé  un mois 
après sa conscription et en aurait par la suite été exempté. Il aurait sans 
cesse  été  insulté  par  les  adultes  comme  par  les  enfants.  Il  aurait  été 
soigné  à  Erevan,  à  Téhéran,  à  Leningrad,  à Moscou  et  à  Batoumi.  Le 
24 novembre 2006, à la suite d'une question de l'auditeur  lui demandant 
si sa mère l'avait emmené avec elle en Suisse pour l'y faire soigner,  il a 
répondu  par  l'affirmative.  Le  13 février  2007,  à  la  suite  d'une  question 
portant sur  la raison de sa venue en Suisse,  il s'est révélé  incapable de 
répondre. 

Lors de sa seconde audition, interrogé sur l'établissement qui l'a accueilli 
en Arménie et son suivi médical en Suisse,  il a demandé à l'auditeur de 
questionner sa mère parce qu'il ne se sentait pas en état de répondre sur 
ces points. Sa mère a précisé qu'il  avait  été  scolarisé pendant huit  ans 
avec  beaucoup  d'interruptions  dans  un  pensionnat  à  Erevan  et  qu'il  ne 
parvenait pas à lire. Elle a également déclaré qu'il avait été hospitalisé en 
milieu psychiatrique fin décembre 2006 ou début janvier 2007 suite à une 
troisième tentative de suicide en Suisse et qu'il avait souvent fait de telles 
tentatives en Arménie.

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Il  a  été  noté  au  procès­verbal  de  l'audition  sommaire  que  le  recourant 
avait des difficultés à comprendre les questions qui  lui étaient posées et 
qu'il y répondait avec peine, dans un langage répétitif et décousu. Il a été 
mis un terme à la seconde audition, dès lors qu'il était visiblement malade 
psychiquement et que sa mère allait être interrogée ; la représentante de 
l'œuvre d'entraide a confirmé que l'audition sur les motifs d'asile a dû être 
écourtée en raison des troubles psychiques du recourant.

C. 
Lors  de  ses  auditions,  les  24 novembre  2006  et  13 février  2007,  la 
recourante a déclaré, en substance, avoir séjourné à Erevan depuis 1986 
jusqu'à son départ d'Arménie, le 20 novembre 2006. Elle aurait divorcé le 
(...) 2000 d'avec F._______, dont elle vivait séparée depuis 1995. Son ex­
époux, sans emploi, aurait vécu à ses dépens et  l'aurait battue  tous  les 
jours ;  il  aurait  également  frappé  et  insulté  leur  fils.  Il  aurait  vendu  leur 
maison et  aurait  pris  la  fuite  avec  l'argent  de  la  vente  dont  elle  n'aurait 
rien touché. Il aurait refait sa vie avec une Moldave. 

(…) depuis 1978 environ, elle aurait été licenciée en mai 2006 avec une 
indemnité  de  deux mois  de  salaire,  son  poste  ayant  été  supprimé  pour 
des  raisons  de modernisation  des  installations.  Elle  n'aurait  pas  touché 
d'indemnités de chômage, assurance qui n'existerait pas en Arménie. Elle 
aurait vendu tous ses biens pour payer leur voyage jusqu'en Suisse. Les 
six  mois  ayant  précédé  son  départ  du  pays  ou,  selon  une  seconde 
version,  depuis  2004,  elle  aurait  habité  avec  son  fils  chez  son  père 
malade pour lui prodiguer des soins. Son père serait décédé le (...) 2006. 
Elle  n'aurait  plus  aucune  parenté  dans  son  pays  d'origine  hormis  des 
tantes paternelles et maternelles, son frère et ses deux sœurs séjournant 
tous trois à l'étranger. 

Son  fils  souffrirait  de  retard  mental  consécutif  à  l'utilisation  d'une 
ventouse  lors  de  l'accouchement,  ce  qui  aurait  comprimé  son  cerveau. 
Lorsqu'il  était  encore  enfant,  elle  aurait  consulté  des  médecins  dans 
plusieurs  villes, à  savoir Erevan, Leningrad, Moscou, Minsk, Batoumi et 
Téhéran,  lesquels auraient  tous eu une opinion différente, mais auraient 
unanimement  affirmé,  à  tort,  qu'il  allait  rattraper  son  retard  en 
grandissant. En réalité, il aurait dû changer trois fois d'école en raison de 
ses difficultés à suivre les cours. Son comportement aurait empiré à l'âge 
adulte. En effet, malmené dans la rue, il aurait été violent lorsqu'il rentrait 
à  la  maison :  il  aurait  cassé  des  objets,  aurait  reproché  à  sa  mère  de 
l'avoir mis au monde dans ces conditions, l'aurait régulièrement battue et, 

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parfois,  aurait  également  frappé  son  grand­père  maternel.  Elle  aurait 
constamment craint qu'il soit maltraité et qu'il soit délaissé après sa mort. 
Elle aurait également très peur qu'il la batte, voire la tue. En Suisse, son 
fils aurait continué à  la maltraiter ;  il  l'aurait même frappée si  fort qu'elle 
serait morte sans l'intervention de trois jeunes gens. 

Ses  compatriotes  n'auraient  pas  traité  son  fils  comme  un  être  humain. 
Lors de son service militaire, en (…), celui­ci aurait été violemment battu. 
Après  un  mois  de  service,  son  état  de  santé  se  serait  notablement 
dégradé. Sur  plainte  de  son  grand­père maternel,  il  aurait  été  emmené 
dans  une  clinique  psychiatrique  puis  à  l'hôpital.  Il  aurait  ensuite  été 
exempté  du  service  militaire.  En  outre,  il  aurait  eu  de  mauvaises 
fréquentations qui tentaient de l'utiliser afin de commettre des délits. Des 
"hooligans" se seraient moqués de lui et l'auraient frappé ; il aurait même 
été  poignardé  à  une  occasion.  Des  policiers  lui  auraient  régulièrement 
demandé si son fils était pédophile parce qu'ils l'appréhendaient souvent 
alors qu'il était en compagnie d'enfants. Lorsqu'elle allait  le chercher au 
poste  de  police,  il  aurait  systématiquement  porté  des  traces  de  coups. 
Une fois, on lui aurait ramené son fils "plein de sang" parce qu'il avait été 
poignardé par un policier. Le chef de  la police aurait promis de l'aider si 
elle ne portait pas plainte.

Les médecins arméniens auraient prescrit des médicaments à son fils et 
auraient  conseillé  son  placement  dans  un  établissement  psychiatrique. 
Toutefois,  la  clinique  aurait  refusé  de  le  prendre  en  charge  parce  qu'il 
n'était pas "fou". En outre, aucune occupation ne lui aurait été proposée. 
Il  aurait  ainsi  été  traité  avec  du  Cerebrolizin  depuis  la  survenance  de 
difficultés scolaires à  l'âge de huit ans. Le prix de ce médicament aurait 
représenté  le  triple  de  ce  que  lui  procurait  mensuellement  son  emploi, 
qu'elle aurait au demeurant perdu en mai 2006. Lors d'un dernier contrôle 
en  date  du  15 novembre  2006,  le  médecin  aurait  effectué  une 
tomographie  et  mis  en  évidence  un  kyste  frontal  et  aurait  dit  à  la 
recourante  que  son  fils  ne  pouvait  pas  être  soigné  en  Arménie. 
Suspectant un processus tumoral, elle serait venue en Suisse pour y faire 
soigner son fils et obtenir de l'aide pour le surveiller.

Elle  aurait  voyagé  jusqu'en  Suisse  en  compagnie  de  son  fils  par  voie 
aérienne avec escale à Prague. Le passeur ne lui aurait pas restitué son 
passeport. Pour obtenir un visa, elle aurait fait croire qu'elle appartenait à 
un groupe d'écologistes.

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A  l'appui de sa demande d'asile, elle a  fourni un certificat de naissance 
délivré le 27 février 2007, un certificat de divorce délivré le 20 novembre 
2006, et, sous  forme de copies, un certificat de  travail délivré  le 4 juillet 
2006  et  deux  pages  de  son  passeport  délivré  le  (…)  2004.  Elle  a 
également produit  le certificat de naissance de son  fils délivré  le  (…) et 
un livret militaire délivré à celui­ci le (…).

D. 
Les recourants ont produit un certificat daté du 21 décembre 2007 de  la 
Dresse G._______, psychiatre auprès de H._______ dont il ressort ce qui 
suit : 

Le  recourant est suivi par ce médecin depuis  le 10 juillet 2007. Le bilan 
somatique  et  l'IRM  effectués  en  raison  d'antécédents  de  traumatismes 
suite à des violences subies et d'une suspicion de processus tumoral au 
cerveau,  n'ont  révélé  aucune  pathologie.  Le  bilan  neuropsychologique 
effectué est certes peu fiable en raison de la barrière linguistique et de la 
passation  d'une  partie  des  épreuves  en  russe,  laquelle  n'est  pas 
maîtrisée  par  le  recourant ;  la  conclusion  de  la  psychologue  selon 
laquelle  le  tableau  présenté  correspond  à  des  séquelles  de  psychose 
infantile  avec un niveau de performance  se  situant  au niveau du  retard 
mental moyen n'est toutefois pas exagérée (cf. Let. I in fine ci­après). Un 
retard mental moyen (CIM­10 F71) et une psychose non organique sans 
précision  (F29)  ont  été  diagnostiqués.  Agé  de  (...) ans,  il  a  un 
comportement très immature, enfantin. Il est incapable de vivre seul sans 
sa  mère.  Elle  l'accompagne  à  tous  ses  rendez­vous  et  lui  donne  ses 
médicaments.  Il a déjà  fugué de  l'hôpital psychiatrique pour  la rejoindre, 
avec succès. Sa relation avec elle peut être qualifiée de fusionnelle.

E. 
Par  décision  du  11 février  2008  (notifiée  le  25 février  suivant),  l'ODM  a 
rejeté  la  demande  d'asile  de  la  recourante,  prononcé  son  renvoi  de 
Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. Par décision du 21 février 
2008 (notifiée  le  lendemain),  il a rejeté  la demande d'asile du recourant, 
prononcé son  renvoi de Suisse et ordonné  l'exécution de cette mesure.

L'ODM a estimé que les motifs d'asile allégués par les recourants, d'ordre 
privé,  n'étaient  pas  pertinents  au  sens  de  l'art. 3  LAsi.  Par  ailleurs,  il  a 
considéré  que  l'exécution  de  leurs  renvois  était  licite,  raisonnablement 
exigible et possible.  Il a affirmé que  les  troubles de comportement avec 
un  risque  hétéro­agressif  dont  souffrait  le  recourant  pouvaient  être 

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soignés  en  Arménie,  pays  disposant  de  différents  centres  et  cliniques 
étatiques  assurant  des  traitements  psychiatriques.  Il  a  conclu  que  son 
renvoi en compagnie de sa mère était raisonnablement exigible.

F. 
Par actes du 20 mars 2008, les recourants, représentés par le Bureau de 
Conseils  juridiques  pour  réfugiés  (BCJR),  agissant  par  I._______,  ont 
interjeté  recours  contre  ces  décisions.  Ils  ont  conclu  à  l'annulation  des 
décisions  attaquées  et  au  renvoi  de  leur  cause  à  l'ODM  pour  nouvelle 
décision,  subsidiairement à  l'annulation des décisions attaquées en  tant 
qu'elles prononcent l'exécution de leurs renvois de Suisse et au prononcé 
de leur admission provisoire. Ils ont sollicité l'assistance judiciaire partielle 
et la jonction de leurs causes.

Ils  ont  soutenu  que  le  recourant  ne  disposait  pas  de  la  capacité  de 
discernement  pour  déposer  une  demande  d'asile,  s'exprimer  sur  les 
obstacles à  l'exécution de son renvoi et accomplir personnellement  tous 
les actes de procédure. Par conséquent, la prise d'une décision séparée 
pour chacun d'entre eux ne serait pas conforme au droit, de sorte qu'il y 
aurait lieu de les annuler et de renvoyer leur cause à l'ODM pour nouvelle 
décision.  Subsidiairement,  l'admission  provisoire  devrait  être  prononcée 
dès  lors  que  l'exécution  de  leurs  renvois  serait  inexigible,  eu  égard  au 
grave état de santé du recourant, à l'atteinte à la santé de la recourante 
et à la situation de violences régnant en Arménie.

G. 
Par  ordonnance  du  15 avril  2008,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­
après :  le Tribunal) a prononcé  la  jonction de  la cause de  la  recourante 
avec  celle  de  son  fils,  a  admis  leurs  demandes  d'assistance  judiciaire 
partielle,  et  a  invité  l'ODM  à  déposer  sa  réponse  aux  recours  et  à  se 
déterminer sur douze questions du juge instructeur relatives à la capacité 
de discernement du recourant, à la disponibilité des soins en Arménie, à 
l'existence  de  prestations  d'aide  sociale  dans  ce  pays  et  aux  mesures 
d'accompagnement envisagées en cas d'exécution du renvoi.

H. 
Dans  sa  réponse  du  2 mai  2008,  transmise,  le  14 mai  suivant,  pour 
information aux recourants, l'ODM a proposé le rejet du recours.

I. 
Dans  son  mémoire  complémentaire  du  20 août  2009,  la  nouvelle 

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mandataire a fait valoir que les soins nécessaires et adéquats permettant 
de pallier  le grave état de santé du recourant n'étaient ni disponibles en 
Arménie ni accessibles, faute de moyens financiers, l'Etat arménien ayant 
abandonné en 1997 la gratuité de la prise en charge médicale. En outre, 
elle  a  soutenu  que  l'aide  sociale  pour  les  personnes  souffrant  d'un 
handicap mental étant insuffisante, celles­ci n'ayant pas accès au marché 
du  travail,  que  la  plupart  des  établissements  psychiatriques  étaient 
surchargés  et  ne  disposaient  pas  de  ressources  suffisantes  pour  offrir 
des soins de base et employer du personnel qualifié,  le budget de  l'Etat 
étant insuffisant pour assurer des soins gratuits aux groupes vulnérables 
et  le  personnel  médical  exigeant  un  pot­de­vin  avant  de  prodiguer  des 
soins afin de compléter son maigre revenu. Elle a relevé que la situation 
des  femmes  en  Arménie  était  précaire  et  qu'elles  étaient  souvent 
confrontées au chômage ou à des bas revenus. Enfin, elle a argué qu'en 
cas  de  retour  en  Arménie,  les  recourants  seraient  contraints  d'y  vivre 
durablement  en­dessous  du  minimum  vital  et  donc  conduits 
irrémédiablement à un dénuement complet, exposés à  la  famine, à une 
grave dégradation de  leur état de santé, à  l'invalidité, voire à  la mort,  la 
recourante ne disposant d'aucune fortune ni de source de revenu.

Les  recourants ont  fourni  une prise de position d'Amnesty  International, 
Section  Suisse,  datée  du  23 juillet  2003,  relative  à  la  situation  des 
femmes  et  à  la  situation  socio­économique  en  Arménie.  Selon  ce 
document,  un  système  d'assurance­maladie  étatique  en  état  de 
fonctionnement  fait  défaut  en  Arménie  et  une  péjoration  radicale  de  la 
situation médicale  y  a  eu  lieu,  l'effectif  du  personnel  soignant  dans  les 
secteurs hospitalier et ambulatoire ayant nettement diminué en dix ans et 
les malades devant eux­mêmes prendre en charge les frais médicaux et 
les médicaments en raison de l'abandon, le 1er juillet 1997, de la gratuité 
des soins.

Ils  ont  également  fourni  une  évaluation  du  13 mars  2008  de 
l'ergothérapeute du recourant qui déclare en substance ce qui suit :

Il  est  difficile  au  patient  de  respecter  des  règles  à  défaut  de  bien  les 
comprendre. Il ne parvient pas à apprécier les durées ni à s'orienter dans 
le temps. Il a des difficultés importantes dans la sphère de l'activité ;  il a 
très  peu  de  marge  d'autonomie  possible,  même  dans  une  tâche 
répétitive.  Il  a  des  performances  très  déficitaires  dans  la  sphère 
relationnelle et personnelle, bien qu'un peu meilleures dans  le  rapport à 
autrui et  l'intégration sociale. En conclusion, globalement,  les déficits du 

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recourant sont importants et relativement homogènes. Ils l'entravent dans 
sa capacité d'autonomie, ce qui se  traduit par un handicap sévère. Son 
intégration  au  sein  d'un  atelier  protégé  à  raison  de  deux  jours  par 
semaine  est  préconisée  et  il  est  mis  un  terme  au  traitement  en 
ergothérapie.

Enfin,  les  recourants  ont  fourni  un  rapport  d'examen  portant  sur  quatre 
épreuves,  établi,  le  13 avril  2007,  par  une  psychologue,  qui  déclare  en 
substance ce qui suit :

Le  type d'attitude et de production du recourant  lors des deux épreuves 
projectives  s'observe  d'habitude  lorsque  le  retard mental  s'accompagne 
de  troubles  psychotiques,  dans  le  cadre  par  exemple  de  séquelles  de 
psychose infantile. Une des deux épreuves d'efficience étalonnée à partir 
d'un  quotient  intellectuel  de 45 est  inadaptée,  le  recourant  ne  semblant 
pas atteindre  ce minimum.  Il  résulte de  la  seconde épreuve d'efficience 
que  le  niveau  du  recourant  correspond  très  grossièrement  à  un  âge 
mental de trois ans, ce qui correspond à un quotient intellectuel de 20. Le 
résultat des deux épreuves d'efficience doit  toutefois être  relativisé, dès 
lors  qu'en  l'absence d'un  interprète  de  langue arménienne,  elles  ont  eu 
lieu en russe, langue que le patient ne maîtrise pas. Compte tenu de cet 
obstacle  linguistique,  la  conclusion  raisonnable  est  que  le  tableau 
présenté  correspond  à  des  séquelles  de  psychose  infantile  et  que  le 
niveau d'efficience se situe au niveau du retard mental moyen.

J. 
Par écrit du 30 juillet 2010,  les recourants ont  informé le Tribunal que le 
recourant travaillait depuis le 3 mai 2010 dans un atelier protégé.

K. 
Par ordonnance du 17 février 2011,  le Tribunal a  invité  les  recourants à 
produire un certificat actualisé concernant chacun d'eux et à l'informer sur 
l'état de la procédure de mise sous tutelle de l'intéressé.

L. 
Le  31 mars  2011,  les  recourants  ont  transmis  au  Tribunal  les  rapports 
requis. 

Dans  son  certificat  du  15 mars  2011,  le  Dr J._______,  (…),  une  unité 
mobile de  liaison spécialisée pour  la prise en charge des personnes en 
situation  d'handicap  mental  avec  des  comorbidités  psychiatriques, 

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déclare en substance ce qui suit :

Le recourant s'est notamment plaint d'avoir des hallucinations auditives et 
visuelles ainsi que des convictions délirantes à teinte persécutoire. Sur le 
plan  anamnestique,  il  aurait  été  hospitalisé  pour  la  première  fois  en 
psychiatrie  à Erevan pour  des  troubles  du  comportement  après  environ 
un mois de service militaire et du Temesta lui aurait alors été prescrit. Il a 
été  hospitalisé  pour  la  première  fois  en  psychiatrie  en  Suisse  du 
29 décembre  2006  au  5 janvier  2007,  en  raison  d'un  tentamen 
médicamenteux et d'auto­mutilations dans un contexte de conflits avec sa 
mère. Il a été conduit à l'hôpital le 8 février 2007 en raison de troubles du 
comportement avec des risques hétéro­agressifs, après avoir menacé sa 
mère avec un couteau. Il a été hospitalisé sur une base volontaire durant 
onze jours à compter du 10 septembre 2007 en raison de menaces auto­ 
et hétéro­agressives de sa part et de l'épuisement de sa mère. A sa sortie 
de  l'hôpital,  il  a  été  mis  au  bénéfice  d'un  traitement  d'ergothérapie  à 
raison  de  deux  fois  par  semaine.  En  raison  des  difficultés  d'intégration 
liées à son sentiment persécutoire et à ses problèmes cognitifs,  il a été 
adressé  par  H._______  à  l'unité  mobile  de  liaison  spécialisée,  laquelle 
assure  son  suivi  depuis  le  3 mars  2010.  Il  a  arrêté  le  traitement  en 
ergothérapie en raison des difficultés d'intégration précitées et a débuté, 
en  mai  2010,  une  activité  à  temps  complet  dans  un  établissement  de 
travail protégé. Il a dû être hospitalisé en octobre 2010 durant dix jours en 
raison  de  troubles  du  comportement  d'une  intensité  et  fréquence 
croissantes.  A  sa  sortie  de  l'hôpital,  nonobstant  une  stabilité  relative  et 
une nette diminution des passages à l'acte hétéro­agressif, son sentiment 
persécutoire  demeure  à  un  niveau  qui  nécessite  une  prise  en  charge 
presque individuelle, ce que l'établissement de travail protégé ne peut lui 
offrir.  Après  une  adaptation  de  son  taux  d'occupation  à  50 %,  cet 
établissement met un terme à sa prise en charge ; il reste par conséquent 
actuellement sans prise en charge socio­éducative adaptée. Il souffre de 
retard mental moyen (F71) et de psychose non organique sans précision 
(F29).  Il  bénéficie  depuis  le  3 mars  2010  d'un  traitement  psychiatrique 
intégré avec une prise en charge interdisciplinaire par un psychiatre et un 
éducateur et, depuis octobre 2010, d'un  traitement médicamenteux dont 
un antipsychotique (injection mensuelle d'Haldol Decanoas) procurant un 
bon  effet  clinique.  Ce  traitement  devra  être  complété  par  une  prise  en 
charge  socio­éducative  rigoureuse  au  sein  d'une  institution  spécialisée 
avec  un  accompagnement  individualisé.  Sans  traitement,  une 
décompensation  psychotique  avec  auto­  ou  hétéro­agressivité  est  très 
probable.  Avec  traitement,  une  diminution  de  la  symptomatologie 

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psychotique  floride  et  une  amélioration  des  troubles  du  comportement 
sont escomptées. Il vit avec sa mère et n'est pas en mesure de vivre seul, 
sauf  s'il  adhère  à  une  institution  spécialisée  pour  son  handicap mental. 
Dans un tel cas, sa mère restera une ressource importante pour lui. 

Les  médecins  de  l'établissement  où  le  recourant  a  été  hospitalisé  du 
25 octobre  2010  au  3 novembre  2010,  déclarent  dans  leur  certificat  du 
8 décembre 2010, en substance, ce qui suit :

Le recourant est suivi par le Dr J._______, par une psychologue et par un 
éducateur. Il a été hospitalisé sur conseil de son médecin en raison d'un 
risque hétéro­agressif dans  le contexte d'une  idéation persécutoire. Une 
diminution  du  traitement médicamenteux  a  provoqué  une  exarcerbation 
des  idées  de  persécution  et  de  l'auto­agressivité,  le  changement  de 
médecin  et  le  départ  en  vacances  de  son  éducateur  ayant  également 
constitué des facteurs de crise. La situation était devenue ingérable à  la 
maison,  où  il  habitait  avec  sa mère  et  l'ami  de  celle­ci,  ainsi  que  dans 
l'établissement de travail protégé qui l'accueillait. Il s'exprime en français 
avec  un  vocabulaire  limité,  ce  qui  rend  son  récit  difficilement 
compréhensible.  Plusieurs  démonstrations  d'agressivité  physique  ont 
conduit  à  son  placement  en  chambre  de  soins  quelques  heures  après 
son hospitalisation. L'Haldol a été introduit après un acte d'agressivité, ce 
qui  a  permis  un  net  apaisement  de  la  symptomatologie  persécutoire  et 
psychotique.  Sur  le  plan  anamnestique,  le  patient  avait  déjà  été 
hospitalisé à plusieurs reprises pour des troubles du comportement avant 
son  arrivée  en  Suisse.  Sa mère,  dans  l'espoir  que  son  fils  puisse  être 
opéré d'une "maladie du cerveau" aurait économisé pour venir en Suisse 
afin  qu'il  puisse  se  faire  opérer  et  devenir  "normal".  Toutefois,  les 
examens  menés  en  Suisse,  y  compris  une  IRM  effectuée  en  2007, 
excluent un substrat somatique pouvant expliquer son état. Le traitement 
médicamenteux prescrit à la sortie a été le suivant : Akineton en réserve, 
Haldol à diminuer progressivement dans les trois mois, Temesta Expidet 
et Haldol Decanoas.

Les médecins  traitants de  la  recourante déclarent dans  leur certificat du 
31 mars 2011 en substance ce qui suit :

La patiente est  suivie depuis  le 27 avril  2007. Elle est  venue en Suisse 
dans le but de faire soigner son fils et a appris qu'il souffrait d'un trouble 
psychiatrique sévère et incurable. Cette nouvelle l'a bouleversée car elle 
était persuadée qu'il allait pouvoir guérir en Suisse. L'agressivité de son 

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fils  est  plus  ou moins  contenue  par  une médication  psychotrope,  voire 
des hospitalisations. Elle s'occupe beaucoup de lui et la maltraitance qu'il 
lui  inflige,  dont  des  violences  d'ordre  sexuel,  entraîne  des  troubles 
importants  chez  elle.  Elle  souffre  d'un  épisode  dépressif  actuellement 
moyen (F32.1), de difficultés d'adaptation à une nouvelle étape de la vie 
(Z60.0) et d'autres difficultés liées à l'entourage immédiat (Z63.8). Malgré 
une légère amélioration périodique de sa thymie, celle­ci reste fluctuante 
et  est  liée  à  ses  préoccupations  de  mère  seule  avec  un  fils  atteint 
psychiquement  et  définitivement.  Elle  bénéficie  d'un  traitement 
psychiatrique  et  psychothérapeutique  intégré  avec  des  consultations 
bimensuelles,  d'un  traitement  médicamenteux  (depuis  novembre  2010 : 
Jarsin, ReDormin, Relaxane) ainsi que d'un suivi psychosocial. En dépit 
de  ce  traitement,  son  état  de  santé  ne  pourra  pas  s'améliorer  tant  que 
son  fils  ne  sera  pas  pris  en  charge  par  une  institution  spécialisée.  En 
l'absence de traitement, un risque de chronicisation de l'état dépressif et 
une possibilité de passage à l'acte auto­agressif sont pronostiqués. 

M. 
Les  autres  faits  déterminants  ressortant  du  dossier  seront  évoqués,  si 
nécessaire, dans les considérants qui suivent.

Droit :

1. 

1.1. Selon  l’art. 31 de  la  loi  du 17 juin 2005 sur  le Tribunal administratif 
fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  le  Tribunal  connaît  des  recours  contre  les 
décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la 
procédure  administrative  (PA, RS 172.021). En particulier,  les  décisions 
rendues par  l’ODM en matière d'asile et de  renvoi  ­ lesquelles n'entrent 
pas  dans  le  champ  d'exclusion  de  l'art. 32  LTAF ­  peuvent  être 
contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33  let. d  LTAF 
(disposition applicable en vertu du renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 
1998 sur l’asile [LAsi, RS 142.31]). Le Tribunal est donc compétent pour 
connaître du présent litige. Il statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d 
ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

1.2.  La recourante a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Il en va de 
même du recourant. En effet, même si, comme allégué, il était dépourvu 

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de l'exercice des droits civils dans le cadre de la procédure d'asile et, par 
conséquent, de son pendant procédural,  la capacité d'ester en  justice,  il 
serait  valablement  représenté  par  sa  mère,  laquelle  aurait  déposé  une 
demande d'asile et recouru également en sa faveur, les demandes d'asile 
ayant  été  déposées  simultanément  et  les  recours  par  le  même 
mandataire et à la même date (cf. consid. 2.2 ci­après). Présenté dans la 
forme (cf. art. 52 PA) et dans le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par 
la loi, les recours sont ainsi recevables.

2. 

2.1. Les recourants ont d'abord conclu à l'annulation des décisions et au 
renvoi  des  causes  à  l'ODM  pour  qu'il  prenne  une  décision  unique  les 
concernant,  parce  que  le  recourant  serait,  à  leur  avis,  incapable  de 
discernement.

2.2. Les causes ayant été jointes en raison non seulement de l'existence 
d'une  vie  familiale  effective,  le  recourant,  aujourd'hui  âgé  de  32 ans, 
vivant  en  ménage  commun  avec  sa  mère,  mais  encore  de  l'état  de 
dépendance  comparable  à  celui  qui  unit  les  parents  à  leurs  enfants 
mineurs,  dans  lequel  il  se  trouve  envers  elle  en  raison  de  son  grave 
handicap mental  (le code F71 de  la CIM­10 correspondant à un Q.I. de 
35 à 49), la question de savoir s'il a la capacité de discernement dans la 
procédure d'asile et peut donc en son propre nom déposer une demande 
d'asile,  nommer  un mandataire  et  former  recours  contre  la  décision  de 
l'ODM  le  concernant  peut  demeurer  indécise.  En  tout  état  de  cause,  la 
demande  d'asile  s'inscrivant  dans  le  cadre  de  la  défense  de  droits 
strictement  personnels  relatifs,  s'il  fallait  admettre,  comme  allégué,  qu'il 
est  incapable  de  discernement  dans  la  procédure  d'asile,  il  faudrait 
également  retenir  qu'il  est  valablement  représenté  par  sa mère  tout  au 
long  de  celle­ci,  à  défaut  d'avoir  été  pourvu  d'un  tuteur  en  Suisse 
(cf. art. 5  de  l'ordonnance  1  sur  l'asile  du  11  août  1999  [OA 1 ;  RS 
142.311] ;  voir  également  JICRA  1996  no 5  consid. 4 c­g).  Dans 
l'hypothèse  d'une  incapacité  de  discernement  de  sa  part,  la  décision  le 
concernant qui lui a été notifiée l'aurait certes été de manière irrégulière, 
à défaut de  l'avoir été à son représentant. Ce vice ne lui aurait  toutefois 
porté aucun préjudice, dès  lors que  le  recours a été déposé à  temps et 
que la notification a atteint son but en dépit de son éventuelle irrégularité 
(cf. art. 38 PA). Par conséquent, même s'il est incapable de discernement 
dans la procédure d'asile, question comme déjà dit laissée indécise, une 
notification  irrégulière  ne  constituerait  pas  un  motif  d'annulation  de  la 

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décision attaquée. En outre, les décisions de refus d'asile et de renvoi ont 
été prises de manière coordonnée, de sorte qu'elles ne sauraient violer le 
principe de l'unité de la famille prévu à l'art. 44 al. 1 LAsi (cf. JICRA 1999 
no 1). Le fait que les décisions portent des dates différentes et fixent des 
délais  de  départ  distincts  est  en  effet  uniquement  dû  à  l'échec  de  la 
notification  de  la  décision  du  11 février  2008  concernant  le  recourant, 
l'ODM  l'ayant  alors  annulée  et  remplacée  par  sa  décision  du  21 février 
2008. En définitive, la prise de décisions distinctes, mais coordonnées ne 
viole pas le droit fédéral,  indépendamment de la question de savoir si  le 
recourant est ou non capable de discernement dans la procédure d'asile. 
Il y a toutefois  lieu d'admettre que les recourants forment une famille au 
sens  des  art. 8  par. 1  de  la  Convention  du  4 novembre  1950  de 
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH, 
RS 0.101), 13 al. 1 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse 
du 18 avril 1999 (Cst., RS 101), 44 al. 1 LAsi, de sorte que leur renvoi en 
ordre dispersé n'est en principe pas admissible  (cf. l'exception prévue à 
l'art. 34 al. 1 OA 1 en  cas de non­respect  du délai  de départ  imparti).  Il 
appartiendra  donc  à  l'ODM  de  fixer  un  délai  de  départ  commun  aux 
recourants.

2.3. Au vu de ce qui précède,  les conclusions tendant à l'annulation des 
décisions attaquées et  au  renvoi  des  causes à  l'ODM pour qu'il  prenne 
une décision unique concernant les recourants sont rejetées. 

3. Les recourants n'ont pas pris de conclusions en matière d'asile et sur 
le principe de  leur  renvoi, ni motivé  leurs recours s'agissant du refus de 
reconnaissance de leur qualité de réfugiés et du rejet de leurs demandes 
d'asile.  Dans  leur  mémoire  complémentaire  du  20 août  2009,  ils  ont 
confirmé  leurs  conclusions  visant  au  seul  prononcé  d'une  admission 
provisoire  en  Suisse.  Dans  ces  circonstances,  après  le  rejet  de  leurs 
conclusions  tendant  à  l'annulation  des  décisions  attaquées,  seule  la 
question de l'exécution de leur renvoi (chiffre 4 des dispositifs) est encore 
litigieuse.

4. Aux termes de l'art. 44 al. 1 LAsi, lorsqu’il rejette la demande d’asile ou 
qu’il  refuse  d’entrer  en  matière  à  ce  sujet,  l'office  prononce,  en  règle 
générale,  le  renvoi de Suisse et en ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte 
du principe de l’unité de la famille. 

5. Si  l’exécution du  renvoi n’est pas possible, est  illicite ou ne peut être 
raisonnablement  exigée,  l’office  règle  les  conditions  de  résidence 

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conformément  aux  dispositions  de  la  loi  fédérale  du  16 décembre  2005 
sur  les  étrangers  (LEtr,  RS 142.20)  concernant  l’admission  provisoire 
(art. 44  al. 2  LAsi).  A  contrario,  l'exécution  du  renvoi  est  ordonnée 
lorsqu'elle est licite, raisonnablement exigible et possible.

6. 

6.1. L'exécution n'est  pas  licite  lorsque  le  renvoi  de  l'étranger dans son 
Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux 
engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art. 83  al. 3 
LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que 
ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa 
liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à l'art. 3 al. 1 LAsi, 
ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays 
(art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou 
traitements  inhumains  ou  dégradants  (art. 3  CEDH).  Aucun  Etat  partie 
n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat 
où  il  y  a  des motifs  sérieux  de  croire  qu'elle  risque d'être  soumise  à  la 
torture (art. 3 de la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et 
autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants 
[Conv. torture, RS 0.105]).

6.2. L'exécution du renvoi est  illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons 
de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre 
dans  un  pays  donné  ou  qu'aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du 
non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l'accueillir ;  il  s'agit  d'abord  de 
l'étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d'exclusion  de 
l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un 
traitement  prohibé  par  l'art. 3  CEDH  ou  encore  l'art. 3  Conv. torture 
(cf. Message 90.025 du 25 avril 1990 à  l'appui d'un arrêté  fédéral  sur  la 
procédure  d'asile  [APA]  et  d'une  loi  fédérale  instituant  un Office  fédéral 
pour les réfugiés, FF 1990 II 537 spéc. p. 624).

6.3. En l'occurrence,  l’exécution du renvoi des recourants ne contrevient 
pas  au  principe  de  non­refoulement  de  l’art. 5  LAsi  puisqu'ils  n'ont  pas 
contesté  le  refus de reconnaissance de  leur qualité de réfugiés au sens 
de l'art. 3 LAsi.

6.4. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du 
droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui 
interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application 

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dans  le  présent  cas  d'espèce.  Il  conviendra  d'examiner  d'abord  la 
situation  du  recourant  (cf. consid. 6.5.  et  6.6  ci­après),  puis  celle  de  la 
recourante (cf. consid. 6.7 ci­après).

Si  l'interdiction  de  la  torture,  des  peines  et  traitements  inhumains  (ou 
dégradants)  s'applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la 
qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une 
extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des 
violations  de  l'art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple 
possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au 
contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à 
satisfaction  qu'il  existe  pour  elle  un  risque  réel,  fondé  sur  des  motifs 
sérieux  et  avérés,  d'être  victime  de  tortures  ou  encore  de  traitements 
inhumains ou dégradants en cas de  renvoi dans son pays.  Il en  ressort 
qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves 
ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne 
suffit  en  principe  pas  (hormis  des  cas  exceptionnels  de  violence  d'une 
extrême  intensité) à  justifier  la mise en œuvre de  la protection  issue de 
l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement 
probable qu'elle serait visée personnellement ­ et non pas simplement du 
fait  d'un  hasard  malheureux ­  par  des  mesures  incompatibles  avec  la 
disposition  en  question  (cf. JICRA  1996  n° 18  consid. 14b  let. ee 
p. 186 s. ; Cour européenne des droits de l'homme [ci­après : CourEDH], 
arrêt F.H. c. Suède, n° 32621/06, 20 janvier 2009, CourEDH, arrêt Saadi 
c. Italie, n° 37201/06, 28 février 2008).

6.5. 

6.5.1.  En  l'occurrence,  le  recourant  s'est  d'abord  plaint  des  mauvais 
traitements  qui  lui  ont  été  infligés  en  (…) dans  le  cadre de  son  service 
militaire. Ceux­ci sont toutefois anciens et ne risquent pas de se répéter 
puisqu'il a été libéré de ses obligations militaires. A défaut d'actualité,  ils 
ne sont donc pas pertinents. 

6.5.2.  Il  s'est  également  plaint  d'avoir  été  frappé  et  poignardé  par  un 
policier. Le recours récurrent à la force et aux mauvais traitements sur les 
personnes arrêtées et  détenues dans  les postes de police arméniens a 
certes été dénoncé (cf. European commission high representative of  the 
European union for foreign affairs and security policy, Joint staff working 
paper,  Implementation  of  the  European  Neighbourhood  Policy  in  2010, 
Country  report:  Armenia  {COM(2011)  303},  Brussels,  25/05/2011, 

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SEC(2011) 639, p. 6 ; European Committee  for  the prevention of  torture 
and  inhuman  or  degrading  treatment  or  punishment,  Report  to  the 
Armenian  Government  on  the  visit  to  Armenia  carried  out  by  the 
European  Committee  for  the  Prevention  of  Torture  and  Inhuman  or 
Degrading Treatment or Punishment (CPT) from 15 to 17 March 2008, 19 
March 2010, CPT/Inf (2010) 7, par. 14 ; Assemblée générale, Conseil des 
droits de l'homme des Nations Unies, Rapport du Groupe de travail sur la 
détention  arbitraire,  Additif,  Mission  en  Arménie,  17 février  2011, 
A/HRC/16/47/Add.3,  par. 61  et  95).  Toutefois,  les  déclarations  du 
recourant et celles de sa mère relatives à l'agression à l'arme blanche de 
la part d'un policier  corrompu ne sont nullement circonstanciées. Aucun 
indice  ne  permet  de  penser  que  ces  événements  sont  récents  et  qu'ils 
risquent de se répéter, ce d'autant moins si le recourant est hospitalisé en 
psychiatrie  à  son  retour  en  Arménie  (cf. consid. 6.6.3.3  et  6.7.2  ci­
dessous).  En  outre,  on  ne  saurait  admettre  sur  la  seule  base  des 
déclarations  de  sa  mère,  selon  lesquelles  il  aurait  systématiquement 
porté des traces de coups lorsqu'elle allait le chercher au poste de police, 
qu'il ait été sujet à des violences répétées de la part des forces de l'ordre, 
ce  d'autant  moins  qu'il  souffre  d'un  délire  persécutoire  y  compris  à 
l'encontre  du  personnel  soignant  en  Suisse  et  de  troubles  avec  des 
comportements  hétéro­agressifs  et  qu'on  ignore  les  circonstances  dans 
lesquelles il aurait été amené au poste. Partant, il n'a pas été démontré à 
satisfaction de droit  qu'il  existait  pour  le  recourant un  risque  réel,  fondé 
sur des motifs sérieux et avérés, d'être exposé à des mauvais traitements 
par les forces de l'ordre en cas de retour au pays. 

6.5.3. Le recourant s'est en outre prévalu d'une souffrance psychologique 
parce  qu'il  se  sentait  méprisé  par  ses  compatriotes.  En  raison  de  son 
handicap mental, il aurait été régulièrement insulté, parfois battu et même 
poignardé.  Il  existe  certes  en  Arménie  une  certaine  stigmatisation  des 
personnes  souffrant  de  troubles  mentaux  avec  un  risque  d'exclusion 
sociale (cf. World Health Organization and Republic of Armenia, Ministry 
of  Health,  WHO­AIMS  Report  on  Mental  Health  System  in  Armenia, 
Yerevan,  Armenia,  2009,  p. 24 ;  Country  of  Return  Information  Project, 
fiche  pays  Arménie,  janvier  2009,  p. 98 ;  European  Observatory  on 
Health Systems and Policies, Health Systems  in Transition, Vol. 8 No. 6 
2006, Armenia Health system  review, p. 123 s.). On ne saurait  toutefois 
en  déduire  que  ces  personnes,  particulièrement  lorsqu'elles  sont 
hospitalisées, soient soumises à des mauvais traitements. S'agissant de 
l'attaque  à  l'arme  blanche  et  des  autres  agressions  physiques  dont  il 
aurait été victime de la part de particuliers, rien n'indique que les autorités 

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arméniennes  n'auraient  pas  poursuivi  les  coupables  en  cas  de  plainte, 
l'Arménie  étant  du  reste  présumée  respecter  ses  obligations  tirées  de 
l'art. 3  CEDH,  convention  qu'elle  a  ratifiée  (s'agissant  de  cette 
présomption,  cf.  CourEDH,  décision Haroutioun  Harutioenyan  et  autres 
c. Royaume­Uni, no 43700/07, 1er septembre 2009, par. 26). 

6.5.4. Au vu de ce qui précède, il n'a pas été démontré à satisfaction de 
droit  qu'il  existait  pour  le  recourant  un  risque  réel,  fondé  sur  des motifs 
sérieux  et  avérés,  d'être  victime  de  torture  ou  encore  d'un  traitement 
inhumain ou dégradant au sens de l'art. 3 CEDH de la part des forces de 
l'ordre  ou  de  tierces  personnes  en  cas  d'exécution  du  renvoi  dans  son 
pays d'origine.

6.6. Le  véritable motif  ayant  amené  le  recourant  à  quitter  l'Arménie  est 
manifestement l'espoir de sa mère de voir son fils soigné en Suisse suite 
à  la  suspicion  d'une  tumeur  au  cerveau  et  d'arriver  à  une  guérison 
définitive.  Il  convient  donc  d'examiner  si  l'exécution  du  renvoi  du 
recourant emporte ou non violation de l'art. 3 CEDH eu égard à son état 
de santé.

6.6.1.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical,  la  CourEDH  a 
certes  appliqué  l'art. 3  CEDH,  compte  tenu  de  son  importance 
fondamentale, dans des situations qui n'engageaient pas, directement ou 
indirectement,  la  responsabilité  des  autorités  publiques  du  pays  de 
destination ou qui pris isolément, n'enfreignaient pas par eux­mêmes les 
normes de cet article. Cependant, dans ce type de contexte, la CourEDH 
soumet à un examen rigoureux toutes les circonstances de l'affaire. Elle a 
en particulier  jugé que  lorsque  l'affaire n'engageait pas  la  responsabilité 
directe  de  l'Etat  partie  à  la  CEDH  à  raison  du  tort  causé,  par  exemple 
lorsque  l'état  de  santé  du  requérant menacé  d'expulsion  était  grave,  le 
seuil pour admettre un risque suffisamment réel d'un traitement contraire 
à  l'art.  3  CEDH  était  élevé.  Les  étrangers  qui  sont  sous  le  coup  d'une 
décision de  renvoi ne peuvent en principe  revendiquer un droit  à  rester 
sur  le  territoire  d'un  Etat  contractant  afin  de  continuer  à  bénéficier  de 
l'assistance et des services médicaux, sociaux ou autres  fournis par cet 
Etat. Le fait qu'en cas de renvoi de l'Etat contractant l'étranger concerné 
connaîtrait une dégradation importante de sa situation, et notamment une 
réduction significative de son espérance de vie, n'est pas en soi suffisant 
pour  emporter  violation  de  l'art.  3  CEDH.  La  décision  de  renvoyer  un 
étranger atteint  d'une maladie physique ou mentale grave vers un pays 
où les moyens de traiter cette maladie sont inférieurs à ceux disponibles 

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dans  l'Etat  contractant  est  susceptible  de  soulever  une  question  sous 
l'angle  de  cette  disposition,  mais  seulement  dans  des  cas  très 
exceptionnels,  lorsque  les  considérations  humanitaires  militant  contre 
l'expulsion  sont  impérieuses.  Dans  l'affaire  D.  c. Royaume­Uni,  les 
circonstances  très exceptionnelles  tenaient au  fait que  le  requérant était 
très  gravement malade  et  paraissait  proche  de  la mort,  qu'il  n'était  pas 
certain qu'il pût bénéficier de soins médicaux ou infirmiers dans son pays 
d'origine  et  qu'il  n'avait  là­bas  aucun  parent  désireux  ou  en mesure  de 
s'occuper de  lui ou de  lui  fournir ne  fût­ce qu'un  toit ou un minimum de 
nourriture  ou  de  soutien  social.  La  CourEDH  n'a  pas  exclu  qu'il  puisse 
exister d'autres cas très exceptionnels où les considérations humanitaires 
seraient  tout  aussi  impérieuses.  Toutefois,  elle  a  estimé  qu'elle  devait 
conserver  le seuil élevé fixé dans  l'arrêt D. c. Royaume­Uni no 30240/96 
du 2 mai 1997 et appliqué dans sa jurisprudence postérieure, étant donné 
que,  dans  ces  affaires,  le  préjudice  futur  allégué  proviendrait  non  pas 
d'actes ou d'omissions intentionnels des autorités publiques ou d'organes 
indépendants de l'Etat, mais bien d'une maladie survenant naturellement 
et de l'absence de ressources suffisantes pour y faire face dans le pays 
de  destination.  Ainsi,  l'art. 3  CEDH  ne  fait  pas  obligation  à  l'Etat 
contractant  de  pallier  les  disparités  socio­économiques  entre  Etats,  en 
particulier  dans  les  niveaux  de  traitements  médicaux  disponibles,  en 
fournissant  des  soins  de  santé  gratuits  et  illimités  à  tous  les  étrangers 
dépourvus du droit de demeurer sur son  territoire ; conclure  le contraire 
ferait  peser  une  charge  trop  lourde  sur  les  Etats  contractants 
(cf. CourEDH,  arrêt  N.  c. Royaume­Uni,  no26565/05,  27 mai  2008 ; 
cf. aussi CourEDH, arrêt Bensaid c. Royaume­Uni,  requête no 44599/98, 
6 février  2001).  Enfin,  le  fait  qu'une  personne  dont  l'éloignement  a  été 
ordonné émet des menaces de suicide n'astreint pas l'Etat contractant à 
s'abstenir  d'exécuter  la  mesure  envisagée  s'il  prend  des  mesures 
concrètes pour en prévenir  la  réalisation  (cf. CourEDH, décision Dragan 
et  autres  c. Allemagne,  no 33743/03,  7 octobre  2004,  par. 2a ; 
JICRA 2005 no 23 consid. 5.1 p. 212). 

6.6.2. Les services médicaux payants ont été  introduits officiellement en 
Arménie en  tant que concept de 1997 à 2005.  Ils ont été appliqués aux 
soins médicaux et aux services prodigués hors du cadre des programmes 
de  soins  de  santé  financés  par  le  budget  d’Etat.  En  2006,  le 
gouvernement  a  apporté  des  changements  très  importants  au  système 
des soins de santé en mettant en service des policliniques ambulatoires 
gratuites  financées  par  les  caisses  de  l’Etat.  Ainsi,  les  soins 
psychiatriques font partie des soins médicaux primaires gratuits pour tous 

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les  citoyens  arméniens.  Le  système  des  soins  de  santé  arméniens  est 
toutefois  sujet  à  des  paiements  officieux  (pots­de­vin  ou  bakchich).  Un 
certain  nombre  de  médicaments  psychotropes  (dont  l'Haloperidol 
[Injection  liquide  5 mg/ml  et  tab.  2 mg,  5 mg])  sont  fournis,  en  principe 
gratuitement,  aux  patients  souffrant  de  troubles  mentaux,  sur 
présentation  d'une  ordonnance  établie  par  un  psychiatre  et  après 
enregistrement  du  patient  dans  un  registre  public  (à  Erevan,  dans  le 
dispensaire neuro­psychologique Avan). Les personnes qui  souffrent de 
problèmes  de  santé mentale  sont,  pour  la  plupart,  enregistrées  comme 
appartenant à un groupe d'handicaps et peuvent donc, conformément à 
la  législation  arménienne,  sur  présentation  d'un  certificat,  bénéficier  de 
certains droits et privilèges et recevoir la pension allouée aux personnes 
handicapées,  laquelle  est  toutefois  en  règle  générale  trop  basse  pour 
garantir un niveau de vie minimum. Elles peuvent avec ce certificat avoir 
accès  gratuitement  à  une  offre  complète  de  services  gratuits  tant  en 
hôpital  qu'en  soins  ambulatoires,  hormis  l'accès  à  des  technologies 
"poussées" et coûteuses. Les demandes de certificats d'appartenance à 
un groupe d'handicaps  doivent  être  présentées  aux bureaux  territoriaux 
des comités d'examen médico­social,  lesquels examinent  les requérants 
et prennent une décision dans un délai d'un mois suivant l'examen quant 
à leur handicap et à leur degré d'invalidité. Il n'existe pas de foyers pour 
personnes  souffrant  de  retard  mental  en  Arménie ;  le  Vardenis  Neuro­
Psychiatric Internat (home de soins sociaux) y est le seul établissement à 
accueillir  des  personnes  souffrant  de  maladies  mentales  chroniques 
nécessitant des soins. Il a été créé pour les Arméniens de plus de 18 ans 
qui souffrent de  troubles ou  retards mentaux chroniques, ainsi que pour 
les  personnes  âgées  seules,  atteintes  de  psychoses  gériatriques  ou  de 
graves  scléroses.  Les  patients  peuvent  y  être  placés  sur  renvoi  du 
Ministère du Travail et des Affaires Sociales. En outre, il existe à Erevan 
plusieurs  dispensaires  et  hôpitaux  (des  institutions  publiques  financées 
par  le budget d’Etat)  offrant des services psychiatriques aux Arméniens 
(Nubarashen  Hospital,  Nork  Health  Center,  Yerevan  Neuropsychiatric 
Dispensary, Yerevan Narcological Dispenser et Stress Center) ainsi qu'un 
centre  de  jour  placé  sous  la  surveillance  de  la  Fondation  de  la  santé 
mentale.  A  noter  que  les  patients  hospitalisés  en  milieu  psychiatrique 
souffrent  pour  la  plupart  d'entre  eux  de  schizophrénie.  La  réadaptation 
psychosociale est  sous­représentée dans  les hôpitaux psychiatriques et 
peu  de  patients  ont  bénéficié  d'interventions  psychosociales  en  2008. 
Suite à une visite par sa délégation de  l'Hôpital psychiatrique de Sevan 
en avril 2006, le Comité européen pour la prévention de la torture et des 
peines ou traitements inhumains ou dégradants a d'ailleurs recommandé 

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aux autorités arméniennes de prendre des mesures dans cet hôpital pour 
renforcer  considérablement  l'équipe  de  spécialistes  qualifiés  pour  offrir 
des  activités  thérapeutiques  et  de  réhabilitation  (psychologues, 
ergothérapeutes,  etc.).  Les  patients,  qu'ils  soient  hospitalisés  ou  traités 
ambulatoirement, ont néanmoins accès à un  traitement médicamenteux, 
tous  les  établissements  psychiatriques  disposant  d'au  moins  un 
médicament psychotrope de chaque classe thérapeutique (médicaments 
antipsychotiques,  antidépresseurs,  stabilisateurs  de  l'humeur, 
anxiolytiques et antiépileptiques). Une surcapacité en nombre de lits et en 
personnel  dans  les  hôpitaux  psychiatriques  conduit  à  l'admission  inutile 
de patients chroniques qui seraient traités de manière plus appropriée de 
manière  ambulatoire.  La  majorité  des  patients  est  toutefois  traitée  en 
ambulatoire  (1311.5  pour  100000 habitants).  Le  taux  de  patients  traités 
en  hôpital  psychiatrique  (229  pour  100000 habitants)  est  nettement 
inférieur parce qu'il s'agit surtout de patients hospitalisés à long terme. Il 
n'existe que cinq structures offrant des soins psychiatriques ambulatoires, 
lesquelles  sont  toutes  dépendantes  sur  le  plan  organisationnel  des 
hôpitaux psychiatriques, dont deux à Erevan (Psychiatric Medical Centre 
et  Stress  Center).  Sont  principalement  traités  dans  ces  structures  des 
patients  souffrant  de  schizophrénie,  de  trouble  schizotypique  et  de 
troubles  délirants.  En  outre,  trois  établissements  de  santé  mentale 
fournissent  des  soins  de  jour,  aux  adultes  exclusivement  (cf. World 
Health Organization and Republic of Armenia, Ministry of Health, op. cit. ; 
Country  of  Return  Information  Project,  op. cit.,  p. 12 ss,  72  ss,  84 ss, 
93 ss ;  European Observatory  on Health  Systems  and  Policies,  op. cit., 
p. 33  ss,  p. 58  et  p. 123 s. ;  World  Health  Organization,  Mental  Health 
Atlas 2005, Armenia ; European Committee for the Prevention of Torture 
and Inhuman or Degrading Treatment or Punishment [CPT], Report to the 
Armenian  Government  on  the  visit  to  Armenia  carried  out  by  the 
European  Committee  for  the  Prevention  of  Torture  and  Inhuman  or 
Degrading  Treatment  or  Punishment  [CPT]  from  2  to  12  April  2006, 
Strasbourg,  13 December  2007,  CPT/Inf  (2007)  47,  par. 111  à  116). 

6.6.3.  En  l'espèce,  le  recourant  souffre  d'un  handicap  en  tant  que  tel 
incurable,  un  retard  mental  moyen  (CIM­10  F71),  et  d'une  maladie  de 
longue durée, une psychose non organique sans précision (CIM­10 F29) 
éventuellement  d'allure  schizophrénique.  Il  bénéficie  actuellement  d'un 
traitement psychiatrique avec une prise en charge interdisciplinaire par un 
psychiatre et un éducateur et d'un  traitement médicamenteux  instauré à 
l'occasion de son hospitalisation en octobre 2010  (Akineton en  réserve, 

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Haldol à diminuer progressivement dans les trois mois, Temesta Expidet 
et Haldol Decanoas). Une prise en charge socio­éducative rigoureuse au 
sein d'une  institution spécialisée avec un accompagnement  individualisé 
est  par  ailleurs  préconisée,  l'intensité  de  son  sentiment  de  persécution 
nécessitant  une  prise  en  charge  presque  individuelle  ayant  entraîné 
après sa sortie de l'hôpital, le 3 novembre 2010, la perte de la place qu'il 
occupait depuis mai 2010 dans un atelier protégé. Une diminution de  la 
symptomatologie psychotique floride et une amélioration des troubles du 
comportement  sont  escomptés  avec  le  traitement,  tandis  qu'une 
décompensation  psychotique  avec  auto­  ou  hétéro­agressivité  très 
probable est pronostiquée sans traitement.

6.6.3.1  Son  renvoi  sous  la  contrainte  en  Arménie  augmenterait  sans 
doute  le  risque  d'une  dégradation  de  son  état  de  santé,  avec  une 
probable  exacerbation  des  idées  de  persécution  et  de  l'auto­  et/  ou 
hétéro­agressivité.  Il  en  va  de  même  des  changements  qui  pourraient 
survenir dans le soutien personnel et l'accès au traitement. Il y a toutefois 
lieu d'observer qu'il risque une rechute même s'il reste en Suisse puisque 
sa maladie  est  de  longue  durée  et  exige  un  suivi  constant,  ce  d'autant 
plus  que  la  barrière  linguistique  complique  le  traitement  intégré  en 
Suisse ; cela a d'ailleurs été le cas notamment en octobre 2010 lors d'un 
changement  thérapeutique  (la  diminution  du  traitement médicamenteux, 
le  changement  de médecin  et  le  départ  en  vacances de  son éducateur 
ayant alors constitué des facteurs de crise). 

6.6.3.2  Il  n'en  reste  pas  moins  qu'il  peut  prétendre  à  un  traitement 
médical  en Arménie.  En  effet,  il  ressort  du  dossier  qu'il  était  déjà  traité 
pour  des  troubles  psychiques  avant  son  départ  du  pays :  il  aurait  alors 
bénéficié d'un traitement médicamenteux (dont le prix aurait représenté le 
triple du salaire mensuel de sa mère, selon les déclarations de celle­ci) ; il 
se serait déjà vu prescrire l'anxiolytique Temesta et aurait été hospitalisé 
à  plusieurs  reprises  en  raison  de  troubles  du  comportement.  Ce  n'est 
d'ailleurs  pas  un  défaut  de  traitement  pour  les  troubles  psychiques  en 
Arménie qui aurait déterminé la recourante à l'emmener en Suisse, mais 
la  nécessité  d'un  examen  IRM  suite  à  une  suspicion  d'une  tumeur  au 
cerveau, celle­ci ayant pensé, à tort, qu'un substrat somatique expliquait 
son  état  et  qu'il  pourrait  guérir  en  Suisse.  A  cela  s'ajoute  que 
l'antipsychotique  Halopéridol  (dont  le  nom  commercial  est  Haldol  en 
Suisse)  est  en  principe  délivré  gratuitement  en  Arménie.  Le  recourant 
pourra  donc  vraisemblablement  poursuivre  son  traitement 
médicamenteux actuel. En tout état de cause, même si les médicaments 

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qui lui sont actuellement prescrits n'étaient pas disponibles en Arménie, il 
y  aurait  lieu  de  retenir  que  l'accès  à  un  traitement  médicamenteux 
approprié  et  conforme  aux  standards  de  son  pays  d'origine  est 
vraisemblablement  garanti,  les  hôpitaux  psychiatriques  disposant  d'au 
moins  un  médicament  psychotrope  de  chaque  classe  thérapeutique.  A 
noter  qu'un  traitement  en  milieu  hospitalier  constitue  une  solution 
préférable à un traitement ambulatoire, dès lors qu'il ne peut pas vivre de 
manière indépendante et que le maintien d'un domicile commun avec sa 
mère  à  leur  retour  au  pays  est  contre­indiqué  (cf. par. ci­après  et 
consid. 6.7.2). Ainsi,  il est censé pouvoir accéder en Arménie aux soins 
psychothérapeutiques  ou  psychiatriques  et  aux  médicaments 
psychotropes  dont  il  a  besoin,  compte  tenu  également  de  leur  gratuité 
(sous réserve d'un bakchich) et de son appartenance vraisemblable à un 
groupe d'handicaps. Cela étant, compte tenu des carences en matière de 
réadaptation  psychosociale  pour  les  patients  hospitalisés,  il  ne  pourra 
vraisemblablement pas prétendre en Arménie à une prise en charge, sur 
les plans psychologique et socio­éducatif, aussi intensive que celle dont il 
a  pu  bénéficier  en  Suisse,  certes  avec  des  difficultés  inhérentes  à  la 
barrière  linguistique  et  à  son  handicap  mental.  Ce  point  n'est  toutefois 
pas décisif. En effet, ni l'existence d'un standard de soins psychiatriques 
plus élevé en Suisse qu'en Arménie ni le fait qu'en Arménie il puisse par 
conséquent se trouver dans une situation moins favorable que celle dont 
il  jouit en Suisse ne sont déterminants du point de vue de  l'art. 3 CEDH 
(cf. CourEDH,  arrêt  N.  c. Royaume­Uni,  no 26565/05,  27 mai  2008, 
par. 29 à 45). Au vu de ce qui précède,  le  risque que  le  recourant  voie 
son état de santé se dégrader de manière rapide,  importante et durable 
en  cas  de  renvoi  en  Arménie  et  qu'il  ne  reçoive  pas  alors  des  soins 
adéquats relève de la conjecture. 

6.6.3.3 Cela  étant,  dès  lors  qu'il  faut  prendre  très  au  sérieux  le  risque 
élevé d'hétéro­ et/ou d'auto­agressivité du  recourant,  il appartiendra aux 
autorités  chargées  de  l'exécution  du  renvoi  de  prévoir  un 
accompagnement par une personne ayant une formation adéquate et/ou 
par  une  escorte  policière  pour  tout  le  voyage  de  retour  (cf. art. 93  al. 1 
let. d LAsi et art. 58 al. 2 et al. 3 de l'ordonnance 2 sur l'asile du 11 août 
1999  [OA 2,  RS  142.312]).  Pour  empêcher  une  éventuelle  rupture  du 
traitement  psychiatrique  et  prévenir  les  risques  sérieux  de  suicide  et 
d'hétéro­agressivité durant  le voyage et à  l'arrivée sur sol arménien, qui 
pourraient  être  liés  aux  changements  thérapeutiques  comme  cela  s'est 
déjà  produit  en  Suisse  en  octobre  2010,  il  appartiendra  également  aux 
autorités  fédérales  et  cantonales  chargées  de  l'exécution  du  renvoi  de 

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s'assurer que  les autorités arméniennes soient  informées de  la situation 
médicale du recourant et de sa potentielle dangerosité, en particulier pour 
sa mère, et qu'elles  le prennent en charge de manière adéquate dès sa 
descente  d'avion  en  Arménie  en  milieu  psychiatrique.  Selon  les 
informations  fournies  par  l'ODM  dans  une  autre  affaire  (cf. arrêt  du 
Tribunal  E­8075/2010  du  14 février  2011),  une  hospitalisation  dès 
l'arrivée à Erevan peut être mise en œuvre,  sur demande des autorités 
chargées  de  l'exécution  du  renvoi,  par  le  biais  de  l'Organisation 
internationale pour les migrations (OIM).

6.6.4.  En  définitive,  la  présente  espèce  n'est  pas  marquée  par  des 
circonstances  très  exceptionnelles  comme  celles  qui  caractérisaient 
l'affaire  D. c.  Royaume­Uni  (cf. consid. 6.6.1  ci­avant)  et  l'exécution  du 
renvoi du recourant n'emporte pas violation de l'art. 3 CEDH en dépit de 
son grave état de santé,  les autorités chargées de  l'exécution du renvoi 
étant  toutefois  tenues de prendre  des mesures  concrètes  pour  prévenir 
les  risques  de  suicide  et  d'hétéro­agressivité  durant  le  voyage  et  à 
l'arrivée sur sol arménien.

6.7.  La  recourante  souffre  quant  à  elle  d'un  épisode  dépressif 
actuellement  moyen  (F32.1),  de  difficultés  d'adaptation  à  une  nouvelle 
étape de la vie (Z60.0) et d'autres difficultés liées à l'entourage immédiat 
(Z63.8).  En  Suisse,  elle  bénéficie  d'un  traitement  psychiatrique  et 
psychothérapeutique  intégré  avec  des  consultations  bimensuelles  et  de 
prescriptions  médicamenteuses  (depuis  novembre  2010 :  Jarsin, 
ReDormin, Relaxane) ainsi que d'un suivi psychosocial.

6.7.1.  Elle  peut  vraisemblablement  prétendre  à  un  traitement 
psychiatrique  et médicamenteux  pour  les  troubles  psychiques  dont  elle 
est atteinte en Arménie, eu égard également à leur gratuité (sous réserve 
d'un bakchich).  Il est à noter en outre que ses  troubles psychiques sont 
liés  à  sa  situation  de  mère  seule  avec  un  fils  atteint  mentalement  de 
manière définitive, ainsi qu'aux épisodes de maltraitance que celui­ci lui a 
infligés.  L'évolution  de  son  état  de  santé  dans  un  sens  favorable 
dépendra de  la  façon dont elle pourra être déchargée de  la surveillance 
de son fils. La question de la licéité de l'exécution du renvoi sous l'angle 
de  l'art. 3  CEDH  se  pose  donc  exclusivement  en  rapport  avec  la 
protection qui doit  lui être offerte pour contrer  l'agressivité de son fils en 
cas de retour au pays. Au vu de ses antécédents (violences domestiques, 
décompensation  psychotique  ayant  conduit  à  son  hospitalisation  en 
2010), une  récidive de  la part du  recourant est probable à bref délai en 

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cas  de  retour  en  Arménie.  En  effet,  son  agressivité,  symptôme  de  la 
maladie  psychotique,  est  plus  ou moins  contenue actuellement  par  une 
médication  psychotrope,  voire  des  hospitalisations.  Les  modifications 
thérapeutiques  à  son  retour  en  Arménie  risquent  sérieusement 
d'exacerber les idées de persécution et l'auto­ et/ ou l'hétéro­agressivité. 
Par  conséquent,  comme  cela  a  déjà  été  relevé  au  consid. 6.6.3.3,  il 
appartiendra aux autorités chargées de  l'exécution du renvoi de prendre 
toutes  les  mesures  auxquelles  elles  peuvent  raisonnablement  avoir 
recours pour empêcher toute agression contre sa mère durant le voyage 
et  à  l'arrivée  sur  sol  arménien,  en  s'assurant  d'un  accompagnement 
approprié  et  de  la  prise  en  charge  du  recourant  par  les  autorités 
arméniennes  dès  son  arrivée  à  Erevan  dans  un  établissement 
psychiatrique.  Avec  de  telles  précautions,  l'exécution  du  renvoi  de  la 
recourante n'emporte pas violation de l'art. 3 CEDH.

6.7.2. Dans  une  vision  à  plus  long  terme,  il  y  a  lieu  de  souligner  qu'il 
appartiendra à la recourante d'entreprendre les démarches utiles auprès 
des  autorités  arméniennes  pour  que  son  fils  soit  placé  (à  long  terme) 
dans  un  établissement  psychiatrique,  comme  cela  aurait  d'ailleurs  été 
conseillé  par  les  médecins  arméniens  avant  leur  départ  du  pays,  par 
exemple  à  l'Internat  de  Vardenis,  pour  parer  à  d'éventuelles  nouvelles 
violences  domestiques.  Il  y  a  en  effet  lieu  de  considérer  qu'il  est 
raisonnablement  exigible  de  sa  part  qu'elle  sollicite  la  protection  des 
autorités  locales,  un  accès  concret  à  des  institutions  psychiatriques  à 
même de prendre en charge durablement son  fils et de  la mettre par  la 
même  occasion  à  l'abri  d'éventuelles  violences  domestiques  existants 
dans  son pays d'origine. A noter  que  ses déclarations,  selon  lesquelles 
"la clinique" aurait refusé de le prendre en charge "parce qu'il n'était pas 
fou",  sont  vagues  et  imprécises  et  qu'elles  ne  permettent  pas  de 
convaincre que son fils qui souffre de problèmes cognitifs, de troubles de 
la  lignée  psychotique  (éventuellement  d'allure  schizophrénique)  et  d'un 
important  sentiment  de  persécution  ne  puisse  être  placé  dans  un 
établissement psychiatrique arménien.

6.8.  Au  vu  de  ce  qui  précède,  l'exécution  du  renvoi  des  recourants 
n'emporte  pas  violation  de  l'art. 3  CEDH,  les  autorités  qui  en  sont 
chargées étant toutefois tenues de prendre des mesures concrètes pour 
prévenir les risques tant de suicide que d'hétéro­agressivité de la part du 
recourant, durant le voyage et à l'arrivée sur sol arménien.

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6.9.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  des  recourants  sous  forme  de 
refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du 
droit  international,  de  sorte  qu’elle  s’avère  licite  (cf. art.  44 al.  2  LAsi  et 
art. 83 al. 3 LEtr).

7. 

7.1. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée 
si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 
provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 
guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité 
médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

7.2.  Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la 
violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas  les conditions de  la 
qualité de  réfugié parce qu'ils  ne sont pas personnellement persécutés, 
mais qui  fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence 
généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les 
mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'objectivement,  au 
regard des circonstances d'espèce, elles seraient, selon toute probabilité, 
conduites  irrémédiablement  à  un  dénuement  complet,  exposées  à  la 
famine,  et  ainsi  à  une  dégradation  grave  de  leur  état  de  santé,  à 
l'invalidité, voire à la mort (cf. ATAF 2009/52 consid. 10.1, ATAF 2007/10 
consid. 5.1 ;  JICRA  2003  no 24,  JICRA  2002  n° 11  consid. 8a).  En 
revanche,  les difficultés socio­économiques qui sont  le  lot habituel de  la 
population  locale,  en  particulier  en matière  de  pénurie  de  logements  et 
d'emplois,  ne  suffisent  pas  en  soi  à  réaliser  une  telle  mise  en  danger 
(cf. ATAF  2010/41  consid.  8.3.6,  ATAF  2009/52  consid. 10.1,  ATAF 
2008/34  consid. 11.2.2 ;  JICRA  1994  no 19  consid. 6).  L'autorité  à  qui 
incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas  confronter  les  aspects 
humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger 
concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public 
militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (cf. ATAF  2009/52 
consid. 10.1 ; JICRA 1999 n° 28 et jurisp. cit., JICRA 1998 n° 22).

7.3. S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical 
en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour 
dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles 
pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des 
conditions minimales  d'existence  ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre 
les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à 

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la garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins 
et  rationnement,  Berne  2002,  pp 81 s.  et  87).  L'art. 83  al. 4  LEtr, 
disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du 
renvoi,  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme  une  norme  qui 
comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­même  induit  par  un  droit  général 
d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à recouvrer  la santé 
ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le 
savoir­faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé 
n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on  trouve en Suisse  (cf. ATAF 2009/2 
consid. 9.3.2 ; JICRA 1993 n° 38).

7.3.1. Ce qui compte ce sont, d'une part,  la gravité de l'état de santé et, 
d'autre part, l'accès à des soins essentiels.

Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les 
troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de 
graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités de 
traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très 
rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière  certaine  à  la  mise  en 
danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et 
notablement plus grave de son intégrité physique.

De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès à 
des  soins essentiels,  au  sens défini  ci­dessus,  est  assuré dans  le pays 
d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de  soins 
alternatifs  à  ceux  prodigués  en Suisse,  qui  ­ tout  en  correspondant  aux 
standards  du  pays  d'origine ­  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de 
l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une  efficacité  de  terrain 
(ou  clinique)  et  d'une  utilité  (pour  la  qualité  de  vie) moindres  que  ceux 
disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux 
(par exemple constitués de génériques) d'une génération plus ancienne 
et  moins  efficaces,  peuvent,  selon  les  circonstances,  être  considérés 
comme adéquats.

7.3.2.  Cela  dit,  il  sied  de  préciser  que  si,  dans  un  cas  d'espèce,  le 
mauvais état de santé ne constitue pas en soi un motif d'inexigibilité sur 
la  base  des  critères  qui  précèdent,  il  peut  demeurer  un  élément 
d'appréciation dont  il convient alors de  tenir compte dans  le cadre de  la 
pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant  trait  à  l'examen  de 
l'exécution du renvoi (cf. JICRA 2003 n° 24 consid. 5b).

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7.4.  En  l'espèce,  il  est  notoire  que  l'Arménie  ne  connaît  pas,  sur 
l'ensemble de son  territoire, une situation de guerre, de guerre civile ou 
de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment 
des circonstances du cas d’espèce – de présumer, à propos de tous les 
ressortissants  du  pays,  l’existence  d’une  mise  en  danger  concrète  au 
sens de l’art. 83 al. 4 LEtr.

7.5.  Il  reste  à  examiner  si  l'exécution  du  renvoi  des  recourants  est 
raisonnablement exigible compte tenu de leur situation personnelle. 

7.5.1. Le recourant peut prétendre en Arménie à un traitement essentiel 
de  ses  graves  troubles  psychotiques,  éventuellement  d'allure 
schizophrénique, accompagnant son retard mental. Il suffit de renvoyer à 
la motivation figurant aux consid. 6.6.2 et 6.6.3 ci­avant, étant précisé que 
l'existence  d'un  standard  de  soins  psychiatriques  plus  élevé  en  Suisse 
qu'en Arménie et le fait qu'en Arménie il puisse par conséquent se trouver 
dans  une  situation moins  favorable  que  celle  dont  il  jouit  en Suisse  ne 
sont  pas  non  plus  déterminants  du  point  de  vue  de  l'exigibilité  de 
l'exécution du renvoi (cf. la jurisprudence exposée au consid. 7.3). 

7.5.2. La recourante peut également prétendre à un traitement essentiel 
de ses troubles psychiques en Arménie, eu égard également à sa gratuité 
(sous réserve d'un bakchich). En outre, une amélioration de son état de 
santé  psychique  peut  être  escomptée  en  cas  de  placement  de  son  fils 
dans  un  établissement  psychiatrique  en  Arménie,  mesure  qu'il  lui 
appartiendra  de  requérir  auprès  des  autorités  arméniennes.  Renvoi  est 
fait sur ce point au consid. 6.7.2. 

7.5.3. On  peut  attendre  de  la  recourante  qu'elle  dépose  une  demande 
auprès  du  bureau  régional  compétent  des  comités  d'examen  médico­
social arméniens en faveur de son fils afin qu'ils  l'examinent et prennent 
une décision quant à son handicap et à son degré d'invalidité, pour autant 
que son appartenance à un groupe d'handicaps de durée illimitée n'aient 
pas  déjà  été  décidée  par  le  passé  (cf. Country  of  Return  Information 
Project,  op. cit.,  p. 12 s.).  Compte  tenu  de  l'état  de  santé  du  recourant, 
une décision favorable peut être escomptée lui donnant notamment droit 
à une pension d'invalidité. Nonobstant ce qui précède, au vu de son état 
de  santé  qui  l'empêche  de  vivre  de  manière  indépendante  et  de  sa 
potentielle  dangerosité,  il  pourra  vraisemblablement  compter  sur  son 
placement  dans  un  établissement  psychiatrique  aux  frais  de  l'Etat 
arménien,  étant  rappelé  que  la  recourante  a  la  charge  d'entreprendre 

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toutes  les  démarches  utiles  auprès  des  autorités  arméniennes 
(cf. consid. 6.7). 

7.5.4. En conclusion,  l'état de santé des recourants ne constitue pas en 
soi un obstacle rendant inexigible l'exécution de leur renvoi.

7.5.5. Pour  le surplus,  la  recourante a vécu et  travaillé  les vingt années 
ayant  précédé  son  départ  d'Arménie  dans  la  capitale  de  ce  pays  à  un 
poste  exigeant,  ayant  requis  un  niveau  d'instruction  supérieur  à  la 
moyenne.  Il y a donc tout  lieu de penser qu'en cas de retour dans cette 
ville, elle sera assez rapidement en mesure de retrouver  les moyens de 
subvenir à ses besoins, voire à ceux résiduels de son fils pour le cas où 
elle  déciderait  de  le  garder  avec  elle  en  dépit  des  contre­indications 
médicales  et  sécuritaires.  Compte  tenu  de  son  licenciement  cinq  mois 
avant  son  départ  du  pays  et  de  ses  déclarations  selon  lesquelles  elle 
n'aurait pas  touché d'allocation de chômage par  le passé et sur  la base 
des informations à disposition du Tribunal datant de juin 2009 (cf. Country 
of Return Information Project, op. cit., p. 42, 44 et 72), il lui appartiendra à 
son retour d'introduire une demande d'indemnité de chômage auprès du 
Ministère du Travail et des Affaires Sociales. 

7.5.6.  Pour  faciliter  leur  réinstallation  (cf. art. 93  al. 1  let. d  LAsi),  les 
recourants pourront, aux conditions prévues à l'art. 73 OA 2, solliciter des 
services  cantonaux  compétents  l'octroi  du  forfait  maximum  consacré  à 
l'aide au  retour  individuelle prévu à  l'art. 74 al. 1 et 2 de  l'ordonnance 2 
sur  l'asile  du  11 août  1999  (OA 2,  RS 142.312).  Le  cas  échéant, 
conformément  à  l'art. 77  al. 2 OA 2,  les  services  cantonaux  compétents 
pourront  encore  demander  à  l'ODM  l'octroi  d'une  aide  complémentaire 
matérielle  consistant  en  des  mesures  individuelles  prises  notamment 
dans  les  domaines  du  travail,  de  la  formation  et  du  logement  selon 
l'art. 74 al. 3 et 4 OA 2.

7.6. En définitive,  les  recourants n'ont pas  rendu vraisemblable au sens 
de  l'art. 7  LAsi  que  l'exécution  de  leur  renvoi  les  conduirait 
irrémédiablement à un dénuement complet, les exposerait à la famine, et 
ainsi à une dégradation grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à 
la  mort.  Par  conséquent,  ils  n'ont  pas  établi  qu'un  retour  en  Arménie 
reviendrait à les mettre concrètement en danger au sens de l'art. 83 al. 4 
LEtr.  L’exécution  du  renvoi  doit  donc  être  considérée  comme 
raisonnablement exigible (cf. art. 44 al. 2 LAsi et art. 83 al. 4 LEtr).

E­1904/2008, E­1906/2008

Page 29

8. 

8.1. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter 
la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 
tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

8.2. En  l'occurrence,  les  recourants  sont  en  possession  de  documents 
suffisants  pour  rentrer  dans  leur  pays  ou,  à  tout  le  moins,  sont  tenus 
d’entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de 
leur  pays  d’origine  en  vue  de  l’obtention  de  documents  de  voyage  leur 
permettant de quitter la Suisse. L’exécution du renvoi ne se heurte donc 
pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère 
également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12).

9. 
Au  vu  de  ce  qui  précède,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée 
conforme aux dispositions légales.

10. 
Il  s’ensuit  que  les  recours,  en  tant  qu’ils  contestent  l'exécution  de  leur 
renvoi, doivent être rejetés.

11. 
Vu l’issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la 
charge des recourants, conformément à l'art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 
let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et 
indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF, 
RS 173.320.2).  Leurs  demandes  d'assistance  judiciaire  partielle  ayant 
toutefois été admises, il n'est pas perçu de frais de procédure (cf. art. 65 
al. 1 PA).

(dispositif : page suivante)

E­1904/2008, E­1906/2008

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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :

1. 
Les recours sont rejetés, au sens des considérants.

2. 
Il n'est pas perçu de frais de procédure.

3. 
Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, à l’ODM et à 
l’autorité cantonale compétente.

Le président du collège : La greffière :

Jean­Pierre Monnet Anne­Laure Sautaux

Expédition :