# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 6dbb2402-d4ae-592f-9115-080b44dcde0a
**Source:** Vaud (VD)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2021-01-01
**Language:** fr
**Title:** Vaud Tribunal cantonal Chambre des recours civile HC / 2017 / 410
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/VD_FindInfo/VD_TC_010_HC---2017---410_nodate.html

## Full Text

TRIBUNAL
CANTONAL

	
 

 

 

 

JY17.016620 

169 

 

 

CHAMBRE
DES RECOURS CIVILE

_________________________________________

Arrêt du
10 mai 2017

__________________

Composition
:               Mme             
Courbat,
présidente

             
              M.             
Winzap et Mme Crittin Dayen, juges

Greffière
:              Mme             
Egger Rochat

 

 

*****

 

 

Art.
25 al. 1, 30 et 31 LVLEtr

 

 

             
Statuant à huis clos sur le recours interjeté par
C.________,
alors détenu dans les locaux [...], à [...], contre l’ordonnance rendue le 19 avril 2017
par le Juge de paix du district de Lausanne dans la cause le concernant, la Chambre des recours civile
du Tribunal cantonal considère :

             
En fait et en droit :

 

 

1.             
Par ordonnance du 19 avril 2017, le Juge de paix
du district de Lausanne a ordonné la détention dès le 19 avril 2017 pour une durée
de 6 semaines, d’C.________, né le [...] 1980, originaire d’Erythrée, alors détenu
dans les locaux [...], Rte [...], [...], [...].

 

             
Par décision du 24 avril 2017, Charles Fragnière, avocat à Montreux, a été désigné
en qualité de conseil d’office d’C.________.

 

             
Par écriture du 26 avril 2017, C.________ a interjeté recours, en concluant, avec suite de
frais, principalement à la réforme de l’ordonnance précitée en ce sens que
sa libération immédiate soit ordonnée et, subsidiairement, à son annulation et au
renvoi de la cause au premier juge pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Il
a produit des pièces sous bordereau.

 

             
Par décision du 1er mai 2017,
le Juge délégué de la Chambre des recours civile a refusé l’effet suspensif
requis dans le recours par C.________.

 

             
Par décision du 1er
mai 2017, le Service de la population, Secteur Départs et mesures (ci-après : SPOP), a
ordonné la libération immédiate de C.________ conformément aux art. 80 al. 6 let.
a LEtr et 22 al. 2 ch. 1 LVLEtr.

 

2.             
Selon l'art. 30 LVLEtr (loi du 18 décembre
2007 d'application dans le Canton de Vaud de la LEtr ; RSV 142.11), le recours au Tribunal cantonal
est ouvert contre la décision du juge de paix ordonnant la détention administrative. Il est
de la compétence de la Chambre des recours civile (art. 71 et 73 al. 1 LOJV [loi d'organisation
judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01] et art. 18 al. 3 let. c ROTC [règlement
organique du Tribunal cantonal du 13 novembre 2007 ; RSV 173.31.1]) et la procédure est régie
par l'art. 31 LVLEtr, qui renvoie pour le surplus aux dispositions de la loi sur la procédure administrative
du 28 octobre 2008 (LPA-VD ; RSV 173.36).

 

3.             
En l’espèce, le SPOP a ordonné
la libération immédiate du recourant par décision du 1er mai 2017,
de sorte que le recours qu’il avait déposé le 26 avril 2017 est devenu sans
objet. Il convient dès lors d'en prendre acte et de rayer la cause du rôle.

 

4.

4.1             
A l’appui de son recours, C.________ a invoqué
une violation de l’art. 5 par. 1 CEDH (Convention du 4 novembre 1954 de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ; RS 0.101) s’agissant de la détention prononcée
par le premier juge.

 

4.2             
Selon la jurisprudence, lorsqu’un étranger
mis en détention administrative a invoqué la violation de l’art. 5 CEDH, il incombe à
l’autorité judiciaire d’examiner la licéité de la détention, même
si l’étranger a été libéré dans l’intervalle (ATF 137 I 296 ;
CREC 1er
février 2016/35 ; CREC 11 décembre 2013/425).

 

             
L’art. 5 § 1 CEDH prévoit que nul ne peut être privé de sa liberté, sauf
dans certains cas particuliers et selon les voies légales, notamment s’il s’agit de
la détention régulière d’une personne contre laquelle une procédure d’expulsion
est en cours (let. f). Il faut dès lors déterminer si la détention administrative du recourant
est intervenue selon les voies légales.

 

             
Aux termes de l’art. 76a LEtr (loi fédérale sur les étrangers ; RS 142.20)
entré en vigueur le 1er
juillet 2015, afin d'assurer son renvoi dans l'Etat Dublin responsable, l'autorité compétente
peut mettre l'étranger en détention sur la base d'une évaluation individuelle, lorsque
des éléments concrets font craindre que l'étranger concerné n'entende se soustraire
au renvoi (al. 1 let. a) ; lorsque la détention est proportionnée (al. 1 let. b) ;
et lorsque d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être appliquées de manière efficace
(al. 1 let. c). 

 

             
L’alinéa 2 de la disposition précitée définit les critères relatifs au
risque de passage à la clandestinité (cf. let. a à i). Il s’agit là d’indices
concrets relevés au cas par cas justifiant de craindre que la personne concernée n’entende
se soustraire à l’exécution du renvoi. Ces critères s’apparentent aux motifs
déjà existants de détention en phase préparatoire ou de détention en vue du
renvoi définis aux 
art. 75 et 76 LEtr
(Message du Conseil fédéral du 7 mars 2014 relatif à l’approbation et à la
mise en œuvre des échanges de notes entre la Suisse et l’UE concernant la reprise des
règlements (UE) n. 603/2013 et n. 604/2013, FF 2014 2614).

 

             
Les éléments concrets suivants font craindre que l'étranger n’entende se soustraire
à l'exécution du renvoi : lorsque dans le cadre de la procédure d'asile ou de renvoi,
l'étranger n'observe pas les instructions des autorités, notamment en refusant de décliner
son identité, enfreignant ainsi l'obligation de collaborer visée à l'art. 8 al. 1
let. a, LAsi (loi fédérale sur l’asile du 26 juin 1998 ; RS 142.31), ou ne
donne pas suite à une convocation, à réitérées reprises et sans raisons valables
(al. 2 let. a) ; lorsque son comportement en Suisse ou à l'étranger permet de conclure
qu'il refuse d'obtempérer aux instructions des autorités (al. 2 let. b) ; lorsqu’il
dépose plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes (al. 2 let. c) ;
lorsqu’il quitte la région qui lui est assignée ou pénètre dans une zone qui
lui est interdite en vertu de l'art. 74 (al. 2 let. d) ; lorsqu’il franchit la frontière
malgré une interdiction d'entrer en Suisse et ne peut pas être renvoyé immédiatement
(al. 2 let. e) ; lorsqu’il séjourne illégalement en Suisse et y dépose une
demande d'asile dans le but manifeste d'empêcher l'exécution d'un renvoi (al. 2 let. f) ;
lorsqu’il menace sérieusement d'autres personnes ou met gravement en danger leur vie ou leur
intégrité corporelle et fait l'objet d'une poursuite pénale ou a été condamné
pour ce motif (al. 2 let. g) ; lorsqu’il a été condamné pour crime (al. 2 let.
h) ; lorsqu’il nie, face à l'autorité compétente, posséder ou avoir possédé
un titre de séjour ou un visa délivré par un Etat Dublin ou y avoir déposé une
demande d'asile (al. 2 let. i). 

 

             
A compter du moment où la détention a été ordonnée, l'étranger peut être
placé ou maintenu en détention pour une durée maximale de six semaines pour assurer l'exécution
du renvoi entre la notification de la décision de renvoi ou d'expulsion ou après l'expiration
de l'effet suspensif d'une éventuelle voie de droit saisie contre une décision de renvoi ou
d'expulsion rendue en première instance et le transfert de l'étranger dans l'Etat Dublin responsable
(al. 3 let. c).

 

             
En ce qui concerne le risque de fuite induit par
les comportements décrits à l’art. 76a al. 2 let. a et b LEtr, la jurisprudence rendue
en application de l’art. 76 al. 1 let. b ch. 3 et 4 LEtr, dont la teneur est similaire, considère
qu’il existe notamment lorsque l'étranger a déjà disparu une première fois
dans la clandestinité (ATF 140 II 1 consid. 5.3), lorsqu'il tente d'entraver les démarches
en vue de l'exécution du renvoi en donnant des indications manifestement inexactes ou contradictoires
ou encore s'il laisse clairement apparaître, par ses déclarations ou son comportement, qu'il
n'est pas disposé à retourner dans son pays d'origine (ATF 130 II 56 consid. 3.1 ;
TF 2C_1139/2012 du 21 décembre 2012 consid. 3.2 ; TF 2C_984/2010 du 20 janvier 2011
consid. 2 ; TF 2C_206/2009 du 29 avril 2009 consid. 4.1). Il faut qu'il existe des éléments
concrets en ce sens (TF 2C_256/2013 du 10 avril 2013 consid. 4.2 ; TF 2C_142/2013 du 1er
mars 2013 consid. 4.2).

 

             
Selon l’art. 80 al. 4 LEtr, l’autorité judiciaire tient compte de la situation
familiale de la personne détenue lorsqu’elle examine la décision de détention.

 

4.3             
En l’espèce, le recourant fait l’objet
d’une décision définitive et exécutoire de renvoi de Suisse rendue le 11 novembre
2016 par le Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM), entrée en force le 29 novembre 2016,
et assortie d’un délai de départ de l’intéressé au plus tard le jour
suivant l’échéance du délai de recours, faute de quoi il s’expose à des
moyens de contrainte. Selon un rapport de contrôle sur le départ rendu par le SPOP, le recourant
et son épouse, accompagnée de leur fille née le 31 octobre 2016, ont refusé de quitter
la Suisse le 15 mars 2017. Assigné à résidence par ordonnance du juge de paix du 4 avril
2017, le recourant, accompagné de son épouse et de sa fille, a à nouveau refusé de
quitter la Suisse alors qu’il devait embarquer sur le vol à destination de Brindisi en Italie
en date du 19 avril 2017. Entendu à l’audience du même jour, le recourant a
confirmé son refus de quitter la Suisse pour aller en Italie, même si son épouse et sa
fille venaient avec lui, ainsi que son refus de collaborer à son départ. Compte tenu de ces
faits, l’existence d’éléments concrets faisant craindre que le recourant se soustraie
au renvoi est avérée. La mise en détention, prononcée pour une durée de six
semaines, respectait d’ailleurs le principe de la proportionnalité.

 

             
Au demeurant, le rapport médical du 18 avril 2017, établi par un médecin de l’Hôpital
de l’enfance à l’attention du SEM et invoqué par le recourant dans ses déterminations
du 19 avril 2017, concerne uniquement l’état de santé de sa fille et ne dit
rien sur l’état de santé de son épouse, respectivement mère de l’enfant.
S’il ressort des remarques éventuelles qu’« une situation de stress psychologique
pourrait de nouveau casser sa courbe de croissance et mettre en danger son développement »,
on ne peut pas pour autant en déduire qu’une mesure de contrainte prononcée à l’égard
du recourant aurait un tel effet sur sa fille, et encore moins sur sa mère. Dès lors, la situation
familiale du recourant ne saurait être pertinente.

 

             
Quant au rapport médical du CHUV établi le 25 avril 2017 au sujet de de la mère de la
fille du recourant – selon lequel la mère présente un risque suicidaire élevé
justifiant son hospitalisation avec sa fille en milieu psychiatrique dès le 25 avril 2017 –,
il est postérieur à la décision rendue par le premier juge. Partant, même s’il
est recevable en deuxième instance (art. 31 al. 2 LVLEtr), il ne saurait être pris en
considération pour apprécier la licéité de la détention administrative ordonnée
par le premier juge dans l’ordonnance du 19 avril 2017.

 

             
En définitive, la détention administrative est intervenue dans le respect du cadre légal
et le recourant n’a pas été détenu illégalement en violation de l’art. 5
§ 1 let. f. CEDH.

 

5.             
Le présent arrêt peut être rendu
sans frais judiciaires (art. 50 LPA-VD).

 

             
S’agissant des dépens de deuxième instance, il ne se justifie pas d’en allouer
au recourant, dans la mesure où le SPOP ne saurait être considéré comme la partie
qui succombe au sens de l’art. 55 al. 2 LPA-VD. En effet, le SPOP a rendu la décision
du 1er
mai 2017 en application de l’art. 80 al. 6 let. a LEtr, lequel prévoit la levée
de la détention lorsque le motif de celle-ci n’existe plus ou l’exécution du renvoi
ou de l’expulsion s’avère impossible pour des raisons juridiques ou matérielles.
Il ressort ainsi implicitement de cette décision que le SPOP a ordonné la libération immédiate
du recourant dès qu’il a eu connaissance du rapport médical du CHUV établi le 25 avril 2017
susmentionné, lequel est postérieur à sa requête de mise en détention administrative
déposée le 19 avril 2017.

 

             
Selon l’art. 25 al. 1 LVLEtr, lorsque la personne détenue est indigente, le conseil d’office
reçoit une indemnité à la charge de l’Etat, les dispositions relatives à la
rémunération des défenseurs d’office en matière pénale étant applicables.

 

             
Au regard de la liste d'opérations produite le 4 mai 2017 par Me Charles Fragnière, conseil
du recourant, il y a lieu d'admettre qu'il a consacré un total de 7 heures et 18 minutes à
l'accomplissement de son mandat. Au tarif horaire de 180 fr., son indemnité de conseil d'office
s'élève à 1'419 fr. 10, TVA par 8 % et débours compris.

 

 

 

Par
ces motifs,

la
Chambre des recours civile du Tribunal cantonal,

prononce
:

 

             
I.             
Le recours est sans objet.

 

             
II.             
La cause est rayée du rôle.

 

             
III.              L'indemnité
d'office de Me Charles Fragnière, conseil d’office du recourant, est arrêtée à
1'419 fr. 10 (mille quatre cent dix-neuf francs et dix centimes), TVA et débours compris.

 

             
IV.              L'arrêt,
rendu sans frais, est exécutoire.

 

 

La
présidente :               La greffière
:

 

 

 

 

Du

 

             
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :

 

‑             
Me Charles Fragnière (pour C.________,

‑             
Service de la population, Secteur départs.

 

Le
présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de droit public devant le Tribunal
fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral -
RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1 LTF).

 

             
Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à :

 

‑             
M. le Juge de paix du district de Lausanne.

 

             
La greffière :