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**Case Identifier:** 08508a5a-1c72-51ec-a392-8a182eff258b
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2004-12-17
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de Justice (Cour civile) Chambre des prud'hommes 17.12.2004 C/23553/2002
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_003_C-23553-2002_2004-12-17.pdf

## Full Text

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE  Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/23553/2002-4 
 

POUVOIR  JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* 
 

 

 

 

 
E__________ SA 
Dom. élu : Me Jean-François MARTI 
Quai Gustave-Ador 26 
Case postale 6253 
1211 Genève 6 
 
 
 
 
 
Partie appelante 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’une part 

 
Monsieur 
T__________ 
Dom. élu : Me Shahram DINI 
Rue Saint-Ours 5 
1205 Genève 
 
 
 
 
 
Partie intimée 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’autre part 

 
 
 

 
 

ARRET 
 

du mardi 30 novembre 2004 
 

 
  Mme Renate PFISTER-LIECHTI, présidente 
 
 
  MM. Jean-Dominique ROSSI et Jean-Paul SANTONI, juges employeurs 
 
  MM. Claude CALAME et Yves DELALOYE, juges salariés 
 
 
  M. Philippe GORLA, greffier d’audience 
 
 

 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/23553/2002-4 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

EN FAIT 
 
 

A. A__________ SA, ci-après la société, a été fondée en août 1998, par 

B__________, C__________, D__________ et F________, agissant tous les 

quatre à titre fiduciaire. Au capital social initial de 1'500'000 fr., porté en dernier 

lieu à 3'500'000 fr., la société était active dans le domaine de la gestion de fortune 

en qualité d’indépendant. Selon extrait de la Feuille d’Avis Officielle du 19 juin 

2002, la raison sociale de la société a été modifiée en E__________ SA. 

 

Le 15 février 1999, G________ a été inscrit au Registre du commerce, avec 

signature collective à deux, en qualité de directeur adjoint, puis, dès le 24 janvier 

2002, en qualité d’administrateur secrétaire du conseil d’administration, toujours 

avec signature collective à deux, en remplacement de D__________, décédé. 

Outre G________, la société a eu pour administrateurs, dès cette date, 

H________, I________ et J_________. 

 

Depuis le 26 juin 2002, la société a pour administrateur président K________, 

déjà directeur depuis sa fondation, comme administrateur secrétaire Me 

L________, avocat, nouveau, et comme administrateur M________, également 

nouveau.   

 

 

B. Selon contrat du 22 août 2001, T__________ a été engagé par la société en 

qualité de directeur adjoint, avec effet dès le 1er septembre 2001 et pour une 

durée indéterminée, moyennant un salaire annuel de 160'000 fr. Il a été inscrit au 

Registre du commerce, avec signature collective à deux, en date du 24 janvier 

2002. 

 

 

C. Selon divers certificats versés à la procédure, K________ a dû être 

hospitalisé en milieu psychiatrique à plusieurs reprises, soit du 28 mars au 22 avril 

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2002, du 6 février au 28 février 2003 et du 10 juin au 27 juin 2003. Il a été 

incapable de travailler du 1er août 2002 au 5 février 2003, puis à nouveau à partir 

du 2 août 2003 et pour une durée indéterminée. 

 

Dans ce contexte, les collaborateurs de la société, dont T__________, ont écrit, le 

6 juin 2002, à A. K________, grand-père de K________, le courrier suivant : 

  

«  Cher Monsieur,  

 

La présente vous est adressée en votre qualité d'actionnaire majoritaire ou unique 

de A__________ SA par les employés de cette Société, ainsi que la Société N___ 

& Associés située dans les mêmes locaux, pour vous inviter à remédier à une 

situation dont vous avez connaissance depuis longtemps, entre autres mais qui ne 

saurait perdurer. 

 

Depuis plus de six mois, nous subissons des pressions inadmissibles dans les 

locaux de A__________ de la part de K________. Chaque jour nous apporte son 

lot d'insultes, d'accusations mensongères et de harcèlement psychologique. 

 

Nous avons dépassé depuis longtemps le seuil de la légalité et nous ne pouvons en 

supporter davantage. En effet il n'est plus possible de travailler dans ces 

conditions. Un tel comportement peut avoir de graves conséquences pour la santé 

de celles et ceux qui en sont victimes. De plus, selon les lois en vigueur dans notre 

pays, l'employeur a la responsabilité de maintenir un environnement 

professionnel exempt de telles exactions. Un non-respect de ces règles provoque 

des perturbations importantes au sein des entreprises, avec des conséquences 

néfastes en termes de motivation du personnel et de performance. 

 

En fonction des comportements de K________ et de ses propres dires, on est en 

droit de conclure que K________ se retrouve dans une situation professionnelle 

qui ne lui convient plus. Ce qui est inquiétant c'est qu'il manifeste le mal-être qui 

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le traverse par des actions destructrices vis-à-vis des gens qui l'entourent et 

autodestructrices. 

Il est important de réagir rapidement avant que cette situation atteigne un point 

de non-retour. En effet on pourrait assister rapidement à un véritable éclatement 

de la société, avec un départ massif de ses cadres. On pourrait aussi être témoin 

d'une dégradation dangereuse de l'équilibre psychique de K________. 

 

Il semble que K________ traverse une période de transformation intérieure et 

qu'il désirerait exprimer d'autres aspects et talents de sa personnalité dans sa vie 

active. De surcroît, K________ semble souffrir de ne pas pouvoir donner cette 

nouvelle direction à sa vie. Cette incapacité le place souvent dans des situations 

d'échec qu'il a tendance à projeter sur les autres en utilisant les collaborateurs de 

la société A__________ comme exutoire à sa grande frustration interne. 

Il importe de comprendre que K________ ne désire pas véritablement assumer 

les responsabilités qui lui incombent et qu'il aspire à beaucoup plus de liberté. 

K________ a probablement le sentiment qu'il n'est pas complètement maître de 

son destin. 

De façon criante, les gestes et propos de K________ mettent en scène la situation 

d’isolement intérieur qu’il ressent. Il manifeste cette souffrance par des 

comportements souvent excessifs, violents et irresponsables. Comportements 

qu'on ne peut interpréter que comme des appels à l'aide d'un être en profonde 

détresse. 

 

Il s'agit maintenant de répondre à ces appels. Si rien n'est entrepris, K________ 

serait le grand perdant de ce statu quo qui ne convient à personne. En imposant 

ce statu quo, on ne ferait que prolonger et exacerber le désarroi de K________ et 

des gens qui l'entourent. 

 

Nous espérons vivement qu'une solution rapide soit trouvée dans l'intérêt de tous. 

 

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Regrettant d'avoir à vous confronter à cette difficile réalité, nous tenons 

néanmoins à vous faire part de notre dévouement et de notre sympathie. 

 

Veuillez agréer, cher Monsieur, nos meilleures salutations. » 

 

Une entrevue a eu lieu le 14 juin 2002 entre A. K________ et les signataires de ce 

courrier, soit T__________, G________, O__________, P__________ et 

J_________. A cette occasion, A. K________ a établi une note manuscrite qui dit 

ceci : 

 

« 1) Une fronde contre le président d'une société s'analyse comme une attaque 

directe contre son employeur, cela constitue donc pour les intéressés une faute 

lourde et grave. 

2) Qu'il n'assure qu'un intérim partiel de Monsieur K__________ suivant ses 

demandes et instructions. 

3) La mise à jour d'un bénéficiaire économique, en l'occurrence A. K__________ 

constitue une violation du secret professionnel ; cela est répréhensible en Suisse 

en plan pénal. 

4) Si certains ne sont pas contents de leur sort professionnel, les portes sont 

grandes ouvertes et ils peuvent partir immédiatement. 

5) La société actionnaire a renouvelé sa confiance par une confirmation du 

maintien en fonction en renforçant si nécessaire ses pouvoirs dans tous les cas au 

président administrateur délégué, Monsieur K__________ en exercice, également 

les fonctions de directeur général. 

6) Monsieur K__________ a fait des cahiers des charges des tâches de chacun 

qui doivent être appliqués. Si certains s'y refusent, ils doivent remettre leur 

démission ou seront démis pour faute grave par la société. Cette mise en garde est 

faite sur des remarques de non consultation. 

7) Une assemblée générale extraordinaire se tiendra avant la fin du mois et 

prendra les décisions qu'il convient pour la pérennité de la société. C’est 

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Monsieur K__________ qui la présidera en sa qualité d'administrateur de la 

maison mère de A__________. 

8) Un C.A. sera convoqué par son président, Monsieur K__________,  après cette 

A.G.E. pour décider des mesures internes à la société. 

9) C'est la première et dernière réunion qui sera acceptée par A. K__________ 

avec les personnes présentes, quels que soient les cas qui pourraient se poser. 

10) Sur les suggestions de T__________ de créer une filiale de A__________ 

hors de Suisse, A. K__________ réplique, que c’est du seul ressort de l’A.G.E. 

sur éventuelle proposition du C. A. ou de son président ! Mais certainement pas 

sur celle d'un collaborateur de surplus, c'est une hypothèse hors de propos. 

 

A. K__________ met fin à la réunion 15 minutes après son début en précisant que 

les « violons » ou le mal-être et les maladies contractées par les collaborateurs 

devraient s'arrêter ou seraient rompus. » 

 

 

D. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 26 juin 2002, reçue le 

2 juillet suivant, A__________ SA, sous la signature de K________ et de 

M________, a informé T__________ de la résiliation de son contrat de travail, 

avec effet au 31 juillet 2002.  

 

Par courrier du 25 juillet 2002, T__________ a fait savoir à la société, par avocat 

interposé, qu'il contestait ce licenciement, considéré comme abusif au sens de 

l'article 336 alinéa 1 lit. d CO, mais que, compte tenu de sa mise à pied par 

K________, il élevait d'ores et déjà des prétentions financières totalisant 

135'008.80 fr. 

 

 

E. Par acte déposé au greffe du Tribunal des prud'hommes le 15 octobre 

2002, T__________ a assigné la société en paiement de 79'998 fr. avec intérêt à 

5% dès le 31 août 2002, 40'000 fr., avec intérêt à 5% dès le 31 août 2002 et 

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31’130 fr., avec intérêt à 5 % dès le 31 août 2002, respectivement à titre 

d’indemnité pour résiliation abusive, indemnité pour tort moral et solde des 

vacances non prises.  

 

La société s'est opposée à cette demande. 

 

Celle-ci a été instruite parallèlement à la demande formée par G________. 

 

 

F. Par jugement du 6 novembre 2003, notifié le 5 mars 2004, le Tribunal des 

prud'hommes a condamné la société à payer à T__________ le montant brut de 

2’813.80 fr. avec intérêts à 5 % dès le 31 août 2002, à titre de compensation pour 

vacances non prises, a invité la partie qui en avait la charge à procéder aux 

déductions sociales requises, a condamné la société à payer à T__________ le 

montant brut de 80'000 fr., avec intérêts à 5 % dès le 31 août 2002, à titre 

d'indemnités pour résiliation injustifiée (40'000 fr.) et pour tort moral subi 

(40'000 fr.) et a débouté des parties de toutes autres conclusions. 

 

 

G. Par acte déposé au greffe de la juridiction des prud'hommes le 5 avril 

2004, la société a appelé de ce jugement, dont elle requiert l'annulation, concluant 

à ce qu’il lui soit donné acte de ce qu'elle s'en rapportait à justice s'agissant de 

l'éventuelle indemnité pour vacances non prises, due à son ancien collaborateur, 

mais au maximum à concurrence de 2’813.30 fr. en capital, et au déboutement de 

T__________ de toutes autres conclusions. 

 

Dans sa réponse à l'appel du 28 mai 2004, T__________ a conclu, préalablement, 

qu'il soit ordonné à la société de produire son courrier du 9 août 2002 adressé à 

Q_________ par lequel elle a délégué la gestion des portefeuilles de ses clients à 

cet établissement, principalement, au rejet de l'appel et à la confirmation du 

jugement. 

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L'argumentation des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile. 

 

 

H. L’instruction de la cause a fait ressortir les faits pertinents suivants : 

 

a) D’après les explications de P__________, secrétaire de la société entre le 

1er septembre 1999 et le 30 septembre 2002, le dirigeant officieux de la société 

était A. K________ qui, selon sa compréhension, en était le propriétaire 

économique. Lorsque K________ était tombé malade, c'était A. K________ qui 

avait donné des instructions au personnel. Elle avait fini par donner son congé, car 

elle avait peur de rester dans les mêmes locaux que K________, lequel était 

devenu extrêmement violent verbalement, agressif et insultant. Il lui avait même 

arraché une fois le téléphone alors qu'elle était en conversation avec une banque 

ou un client. Il était ainsi impossible de travailler normalement. De plus, 

K________ l’avait dénigrée auprès de tout le monde. À plusieurs reprises, 

G________ avait dû s'interposer, car K________ était devenu menaçant. Elle 

avait vu le bureau de K________ complètement fracassé par ce dernier. Il avait 

également apporté des armes à feu au bureau; ces armes se trouvaient dans une 

mallette qu'il avait ouverte devant elle. Elle s'était confiée à A. K________ 

concernant le comportement de K________. A. K________ l’avait rassurée en 

disant que son petit-fils était « peu bien » mais qu'il n'était pas dangereux et qu'il 

fallait être compréhensif. Elle avait signé la lettre du 6 juin 2002 adressée à A. 

K________. Suite à ce courrier, ce dernier s'était fâché, car il considérait que les 

collaborateurs avaient sali son petit-fils. Ses collègues avaient par la suite été 

licenciés. Ce courrier avait été adressé à A. K________, parce qu'il tenait les rênes 

de la société. 

 

J_________, entendu en qualité de témoin assermenté, a expliqué qu’il avait 

occupé un bureau dans les locaux de la société à partir de la fin de l'année 2001. Il 

avait rencontré en conséquence quotidiennement le personnel de la société. Il 

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avait assisté à des agressions verbales de K________ vis-à-vis des collaborateurs. 

À partir de janvier 2002, la santé de ce dernier s'était détériorée. Il avait des 

attitudes anormales. Il avait par exemple jeté du mobilier contre G________ et 

son bureau ressemblait à un champ de bataille. Lui-même avait personnellement 

tenté de s'interposer pour interrompre l'agressivité de K________. Il s'était senti 

menacé par le comportement de K________ et avait constamment le numéro de 

téléphone du poste de police le plus proche à portée de main. Il avait constaté que 

K________ passait au bureau avec des armes à feu, ce qui l’avait choqué. À un 

moment donné, il était devenu tellement inquiet qu’il évitait de recevoir ses 

clients dans son bureau et il était arrivé qu'il soit interrompu dans des 

conversations téléphoniques par les éclats de voix de K________. Comme A. 

K________ était très souvent au bureau et se mêlait de tout, il avait discuté de la 

situation de K________ avec lui. Sur demande d’A. et de K________, il avait 

même accepté d'entrer provisoirement au conseil d'administration, car il n'y avait 

plus assez d’administrateurs suisses. Il n'avait toutefois jamais été convoqué à un 

conseil ou à une réunion et n'avait reçu aucune information concernant les 

activités de la société. Il était évident à ses yeux que K________ et A. K________ 

étaient les seuls vrais administrateurs de la société. Il avait signé le courrier du 6 

juin 2002, car il se sentait solidaire des collaborateurs de la société et il était 

personnellement angoissé et souffrait de la folie de K________. A. K________ 

s'était montré offusqué par cette lettre, du fait que les employés s'étaient permis de 

mettre en cause l'état de santé de K________. Selon lui, les collaborateurs avaient 

été licenciés pour avoir écrit ce courrier. Il avait demandé à A. K________ de 

convoquer une réunion pour discuter de la situation de K________ avec lequel il 

était devenu impossible de collaborer. A. K________ avait été son unique 

interlocuteur et il lui avait d’ailleurs demandé de s'adresser à lui pour toutes les 

questions concernant la direction de la société durant l'absence de son petit-fils. 

 

L’ex-épouse de K________, R_________, a expliqué qu'en janvier 2002, son 

époux avait perdu le contrôle de lui-même, un soir vers 21 heures, en cassant tout. 

Elle avait dû appeler un médecin ainsi que G________ auquel elle avait 

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antérieurement demandé de l’aide. Elle s'était adressée à G________, car ce 

dernier faisait partie de la société et devait être au courant de l'état de santé de son 

époux depuis septembre ou octobre 2001. De plus, son époux avait confiance en 

G________. K________ pouvait être très violent verbalement et il lui arrivait 

d'être menaçant. Il détenait des armes à feu à la maison. Elle avait compris que, 

parfois, il prenait ses armes sur son lieu de travail. À partir de janvier 2002, il 

avait porté ses armes sur lui en permanence, dans une petite mallette, car il se 

sentait agressé par le tout le monde. Elle avait eu des craintes par rapport à cette 

situation. Le père et le grand-père de son époux lui avaient demandé de cacher ces 

armes. A. K________ l'avait informée des craintes des employés de la société. Il 

s'était montré compatissant à leur égard, mais ne supportait pas que son petit-fils 

soit attaqué. Alors même qu'il était en arrêt de travail en mars 2002, son époux 

s’était rendu au bureau. Elle avait essayé de l'en empêcher, car elle ne voulait pas 

qu'il se montre dans cet état, mais il n’avait fait qu'à sa tête. Certains jours, sa 

maladie était visible pour l'entourage, d'autres jours pas, notamment grâce aux 

médicaments qu’il prenait. Entre janvier et mai 2002, l'état de santé de son époux 

s'était considérablement aggravé, au point qu'elle avait quitté le domicile conjugal, 

car elle s'était sentie en danger. Elle avait entendu son mari dire qu'il voulait tuer 

des gens. Il pensait que tout le monde était contre lui et qu'elle aussi faisait partie 

du complot. Concernant le rôle d'A. K________ dans la société, il la gérait 

indirectement, car il l’avait créée. C'était lui qui prenait toutes les décisions et en 

déléguait l'exécution à son petit-fils. Elle avait eu l'impression qu'il ne voulait pas 

apparaître dans la société. Lorsqu'il était à Genève, A. K________ passait presque 

tous les matins dans les bureaux de la société. 

 

H________, entendu en qualité d’ancien administrateur de la société, a déclaré 

qu'il n'avait pas assisté à des scènes de violence de la part de K________ à l’égard 

des employés. Ces derniers lui avaient rapporté que K________ connaissait des 

sautes d'humeur. Lui-même n'avait pas travaillé au sein de la société et n'avait été 

administrateur que pour une séance, de sorte qu'il ne savait pas ce qui se passait 

précisément dans les locaux. G________ n'avait pas sollicité de réunion du 

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conseil d'administration, mais une réunion hors conseil avait eu lieu au printemps 

2002, au cours de laquelle il avait été discuté de la marche des affaires. 

G________ ne lui avait pas demandé d'intervenir en qualité d'administrateur en 

rapport avec le comportement de K________ dont il savait qu'il possédait des 

armes mais ignorait s'il les portait avec lui. S'il avait entendu que ce dernier 

menaçait les employés avec des armes, il aurait fallu prendre des mesures. Son 

mandat d'administrateur avait été résilié par les actionnaires. 

 

G________ et T__________ ont été longuement entendus au sujet de cette 

situation. T__________ a notamment expliqué qu'il avait sollicité à de 

nombreuses reprises, oralement, des entretiens avec A. K________, car la 

situation était devenue intenable, mais sans succès. Ce nonobstant, il avait tenté de 

gérer les comptes des clients correctement. G________ a expliqué que les troubles 

du comportement avaient commencé vers novembre ou décembre 2001, avec une 

agressivité croissante envers tous les gens et un pic en janvier 2002. Il avait même 

été appelé en pleine nuit par l'épouse de K________ car ce dernier était devenu 

fou furieux et cassait tout au domicile familial. Elle l'avait appelé car elle savait 

qu'il connaissait bien son mari depuis une dizaine d'années. Il avait appelé SOS 

Médecins et le praticien venu sur place lui avait fait des injections et avait 

ordonné son hospitalisation immédiate. Celle-ci n'avait pas pu se faire, car aucun 

membre de la famille n'avait voulu prendre cette décision. K________ était resté 

quelques jours à son domicile puis était revenu au bureau où il insultait en 

permanence et quotidiennement le personnel. Tous les employés essayaient de 

garder « la façade » et il avait appelé A. K________ au secours, car ce dernier 

était le seul qui pouvait intervenir et qui était présent tous les jours. A. K________ 

n'était jamais intervenu et semblait se cacher la vérité. Fin février 2002, 

K________ avait finalement été interné en clinique psychiatrique sur demande 

d’A. K________. Durant l'absence de K________, les ordres étaient donnés par 

A. K________; toutefois, K________ téléphonait depuis la clinique et donnait des 

ordres contradictoires. Les employés étaient à bout de nerfs, certains pleuraient. 

La situation s'était encore aggravée lorsque K________ avait commencé à s'en 

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prendre physiquement aux employés qu'il menaçait notamment avec un 357 

magnum et un 38 spécial magnum qu'il exhibait et brandissait. 

 

b) Une Assemblée générale extraordinaire de la société a eu lieu le 20 juin 

2002, avec pour objet à l’ordre du jour la révocation des administrateurs et 

l’élection d’un nouveau conseil d’administration. Cette assemblée a été présidée 

par K________, le secrétaire étant Me L________, à l’exclusion de tout autre 

participant. Selon le procès-verbal de cette assemblée, toutes les actions étaient 

présentes ou représentées.   

 

Les mandats d’administrateurs de K________, de I________, de G________, de 

J_________ et de H________ ont été révoqués, de même que le mandat de 

directeur adjoint de T__________. Sur proposition d’un actionnaire (sic), 

l’Assemblée générale, après une brève discussion, a nommé, à l’unanimité, 

K________ en qualité de président, Me L________ et M________ en qualité 

d’administrateurs. Aucune autre décision n’a été prise, notamment concernant  

l’avenir de la société. 

 

Par courrier du 24 juillet 2002, S_________, consultant en comptabilité selon 

contrat du 3 janvier 2000, a attiré l'attention du conseil d'administration de la 

société sur le fait que, suite au licenciement de tous les cadres, celle-ci n'avait plus 

aucun support ni aucune structure, de sorte qu'il n'était plus en mesure d'assurer 

les tâches prévues par son cahier des charges. Il se voyait en conséquence dans 

l'obligation de résilier son contrat avec effet immédiat et sollicitait décharge pour 

son activité. 

 

Par courrier du 9 août 2002, la société, faisant suite à différents entretiens, a 

délégué temporairement, mais au maximum jusqu’au 31 décembre 2002, à 

Q_________ SA l'exécution des mandats de gestion à elle confiés par sa clientèle, 

au motif qu'elle n'était plus en mesure d'assurer cette gestion en raison des 

impératifs de restructuration de son activité. Cette délégation a par la suite été 

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prorogée jusqu’au 30 juin 2003. Par courrier du 10 février 2003, Q_________ SA 

a confirmé que la société n'était plus gérant externe des avoirs déposés auprès de 

son établissement depuis le 9 août 2002. 

 

Selon décision du conseil de l'Association suisse des gérants de fortune du 

24 mars 2003, la société a été exclue de ladite association. 

 

Le 12 mai 2003, la société a pris à bail des bureaux situés au deuxième étage de 

l'immeuble rue U______ à Genève, pour une durée de cinq ans dès le 1er juin 

2003, moyennant un loyer de 47'400 fr. par année, indexé. Ces locaux 

remplaçaient les bureaux précédemment occupés par la société dans l'immeuble 

rue V______ au loyer annuel de 86'496 fr. 

 

 

EN DROIT 

 

1.  L'appel est recevable pour avoir été déposé dans les forme et délai prévus 

par la loi (art. 59 de la loi sur la juridiction des prud'hommes). 

 

 

2.  Aucun débat ne s’est élevé à propos des conditions posées par l’article 

336b CO qui sont dès lors tenues pour réunies.  

 

 

3. a. Le Tribunal des prud'hommes a estimé, en substance, que le licenciement 

de l'intimé violait l'article 336 lit. d CO, car qu'il s'agissait d'un congé représailles, 

consécutif aux plaintes émises par l’employé en rapport avec le comportement du 

directeur de l’appelante. 

 

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S’agissant des conditions d’application de cette disposition légale, la Cour d’appel 

fait siens les développements pertinents des premiers juges. 

 

b. C’est à juste titre que les premiers juges ont retenu que A. K________, en 

tout cas durant la période considérée, a agi comme organe de fait de la société, dès 

lors qu’en sa qualité d’actionnaire majoritaire, voire unique de A__________, il 

pouvait agir à sa guise. Il est manifeste, au vu des éléments recueillis au cours des 

enquêtes, que A. K________, présent quasi quotidiennement dans les locaux de la 

société, était parfaitement au courant de l’incapacité de son petit-fils d’assumer 

son rôle de directeur tout comme des difficultés rencontrées par tous les employés 

pour faire face à la problématique psychiatrique de K________. Il doit également 

être tenu pour établi que tant G________, qui connaissait K________ depuis de 

nombreuses années, que T__________ ont entrepris les démarches qu’ils 

allèguent afin que A. K________ intervienne de manière sérieuse, ce que ce 

dernier n’a manifestement pas fait, avant l’envoi du courrier du 6 juin 2002. La 

note d’A. K________ établie suite à l’entrevue du 14 juin 2002 représente 

typiquement la réaction du patriarche contrarié et doit être mise en rapport avec la 

convocation de l’Assemblée générale extraordinaire de la société du 20 juin 2002, 

lors de laquelle tous les anciens administrateurs, à l’exception de K________, ont 

été révoqués, étant rappelé que le procès-verbal indique que toutes les actions 

étaient présentes ou représentées, alors même que seul K________ et Me 

L________ y ont assisté. L’appelante s’est bien gardé de produire les 

convocations à (aux) actionnaire(s), les délais statutaires n’ayant très 

vraisemblablement pas été respectés. Cela montre, si besoin était, que les organes 

statutaires n’assumaient que des fonctions de pure forme, étant rappelé qu’à 

teneur de l’acte de constitution de la société, les quatre personnes apparaissant 

comme les actionnaires fondateurs agissaient à titre fiduciaire.  

 

Il ne saurait être reproché, dans de telles circonstances, au personnel de la société 

et en particulier à G________ et à T__________ de s’être adressés par écrit à A. 

K________, de surcroît appuyés par J_________, administrateur. L’audition de ce 

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 Cause n° C/23553/2002-4 

15 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

dernier a d’ailleurs révélé à quel point le conseil d’administration, présidé par 

K________, n’assumait pas ses fonctions, aucune réunion n’ayant eu lieu entre la 

fin de l’année 2001 et le printemps 2002.  

 

La note rédigée par A. K________, consécutivement à la réunion du 14 juin 2002, 

est édifiante quant à la suite qu’il entendait donner à la requête des collaborateurs 

de la société, respectivement quant aux mesures qu’il entendait prendre à l’endroit 

de ces collaborateurs. 

 

Si l’on considère donc que la démarche du personnel a été faite le 6 juin 2002, que 

l’entrevue avec A. K________ a eu lieu le 14 juin 2002, que tous les 

administrateurs ont été révoqués le 20 juin 2002 et que l’intimé a été licencié le 

26 juin 2002, il ne fait pas de doute que ce licenciement est la conséquence directe 

de cette démarche.  

 

Dans de telles circonstances, l’argumentation de l’appelante relative à de 

prétendus problèmes économiques et financiers n’est pas crédible. De tels 

problèmes n’apparaissent au demeurant pas dans les pièces produites par 

l’appelante, sauf dans un rapport de révision établi un an après le licenciement de 

l’intimé. Il est également surprenant que l’appelante n’ait produit aucun document 

valant décision de son conseil d’administration de suspendre ses activités.  

 

En présence d’éléments aussi manifestes en faveur d’un congé représailles, la 

Cour d’appel se doit d’être particulièrement stricte dans l’appréciation des pièces 

susmentionnées. 

 

La Cour d’appel parvient ainsi à la conclusion que les activités de la société ont 

été simplement mises en veilleuse, la banque Q_________ SA reprenant la 

gestion des avoirs de la clientèle de l’appelante, ce que confirme la conclusion 

d’un nouveau contrat de bail au printemps 2003, pour une durée de cinq ans et un 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/23553/2002-4 

16 
 * COUR D’APPEL * 

 

 

loyer annuel de  47'400 fr. par année, ce qui est loin d’être négligeable pour une 

société qui se trouverait à court de liquidités. 

 

Quant à l'argumentation de l'appelante, fondée sur la qualité de cadre de l'intimé, 

soit le reproche fait à ce dernier de n'être pas intervenu auprès du conseil 

d'administration, elle n’est pas fondée. Comme dit plus haut, il n’y a pas de raison 

de mettre en doute les explications de l'intimé concernant ses demandes répétées 

ainsi que celles de G________ adressées à A. K________ de prendre des mesures 

en vue du remplacement de K________ dans ses diverses fonctions. D'autre part, 

toute demande dans ce sens adressée directement à K________ était non 

seulement vouée à l'échec, mais risquait d'aggraver l’état psychologique de ce 

dernier.  

 

Le jugement entrepris sera en conséquence confirmé sur ce point. 

 

 

4. En accordant à T__________ une indemnité pour résiliation abusive 

représentant trois mois de salaire, le Tribunal des prud’hommes n’a pas outrepassé 

le pouvoir d’appréciation que la loi lui confère, l’indemnité maximale étant de six 

mois de salaire (art. 336a al. 2 CO).  

 

Ce montant se justifie eu égard aux circonstances exceptionnelles dans lesquelles 

l'intimé a dû travailler durant les six à huit mois précédant son licenciement. La 

Cour d'appel se réfère à cet égard au résumé des déclarations recueillies au cours 

de l'instruction en première instance et qui montrent que les employés de la 

société, l'intimé en particulier, ont dû travailler dans des conditions totalement 

inacceptables, dès lors que leur intégrité physique et psychique a été mise en 

danger et que, malgré les interventions répétées notamment de l'intimé, la seule 

personne qui avait le pouvoir de prendre une décision face à un président du 

conseil d'administration et directeur privé de ses capacités mentales, à savoir A. 

 Juridiction des prud’hommes 
 Cause n° C/23553/2002-4 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

K________, actionnaire unique ou largement majoritaire de la société, par ailleurs 

grand-père de K________, a laissé aller. 

 

 

5. Au regard de la jurisprudence la plus récente du Tribunal fédéral (SJ 2001, 

555/6), l’indemnité pour tort moral fixée par le Tribunal des prud’hommes est en 

revanche excessive. L’intimé a certes vécu plusieurs mois de tensions intenses en 

raison des troubles graves du comportement que K________ a présentés et il est 

particulièrement difficile de comprendre pourquoi A. K________, témoin direct 

de ces comportements ainsi que de leurs effets sur les collaborateurs de la société, 

n’a pris aucune mesure pour y mettre fin, alors que lui seul avait le pouvoir de le 

faire, ainsi que la Cour d’appel l’a déjà relevé plus haut. 

 

Cela étant, un montant de 40'000 fr. correspond à une atteinte à l’intégrité 

physique ou psychique sensiblement plus grave que celle subie par l’intimé, 

lequel s’est par ailleurs vu accorder une indemnité équivalant à trois mois de 

salaire suite à la résiliation abusive de son contrat de travail.  

 

Tenant compte de l’ensemble des circonstances, la Cour d’appel fixe cette 

indemnité à 20'000 fr., de sorte que l’indemnité totale due par l’appelante s’élève 

à 60'000 fr. nets. 

 

 

6. Concernant l’indemnité pour vacances non prises, la Cour d’appel fait 

sienne l’argumentation du Tribunal des prud’hommes, le nombre de jours 

litigieux étant de 4,59. L’appelante n’a d’ailleurs pas sérieusement contesté ce 

poste de la demande. 

 

 

7. Les frais de la procédure seront laissés à la charge de l'appelante, qui 

succombe très largement. 

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 * COUR D’APPEL * 

 

 

 

PAR CES MOTIFS 

 

La Cour d'appel des Prud'hommes, groupe 4 

 

 

A la forme :  

 

Déclare recevable l'appel interjeté par E__________ SA contre le jugement du 

Tribunal des prud'hommes du 6 novembre 2003 dans la cause C/23553/2002-4. 

 

Au fond :  

 

Confirme ce jugement, sauf en ce qui concerne le montant des indemnités pour 

résiliation abusive et tort moral accordées à T__________. 

 

Statuant à nouveau sur ce point : 

 

Condamne E__________ SA à verser à T__________ le montant de 60'000 fr. 

nets avec intérêts à 5% dès le 31 août 2002.  

 

Met les frais de la procédure d'appel à la charge de E__________ SA. 

 

Déboute les parties de toutes autres conclusions. 

 

 

La greffière de juridiction La Présidente