# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** 62c85dde-e98f-5c67-a942-b07218f20e51
**Source:** Genève (GE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2011-11-28
**Language:** fr
**Title:** Genève Cour de justice (Cour de droit public) Chambre des assurances sociales 28.11.2011 A/3419/2010
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/GE_Gerichte/GE_CJ_014_A-3419-2010_2011-11-28.pdf

## Full Text

Siégeant : Maya CRAMER, Présidente. 

R E P U B L I Q U E  E T  

 

CANTON DE GENEVE 

P O U V O I R  J U D I C I A I R E  

A/3419/2010 ATAS/1131/2011 

ORDONNANCE D’EXPERTISE 

DE LA COUR DE JUSTICE 

Chambre des assurances sociales 

du 28 novembre 2011 

 5ème Chambre 

 

En la cause 

Monsieur S___________, domicilié à Châtelaine, comparant avec 

élection de domicile en l'étude de Maître GABUS Pierre 

 

Recourant 

 

contre 

OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITE DU CANTON DE 

GENEVE, rue de Lyon 97; case postale 425, 1211 Genève 13 

 

Intimé 

 

 

 

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A/3419/2010 

EN FAIT 

1. Monsieur S___________ (ci-après: l'assuré), né en 1977, quitte le Cycle 

d'orientation après avoir redoublé la 9
ème

 année et sans être promu. Il effectue 

ensuite un apprentissage de monteur-électricien chez X__________ SA durant trois 

ans et redouble la troisième année chez Y__________. Puis, il interrompt son 

apprentissage. En 1998 et 1999, il exerce des missions temporaires et, en 1999 et 

2000, un stage professionnel de réinsertion (mesures de l'Office cantonal de 

l'emploi - OCE) comme monteur-électricien à l'aéroport de Genève. 

2. Le 22 février 2000, le médecin responsable et un psychologue-clinicien de la 

Fondation Phénix demandent à la Villa Les Crêts d'admettre l'assuré en entrée 

volontaire pour un sevrage de cocaïne. Ils indiquent que, depuis environ un mois, la 

consommation grandissante de cocaïne de l'assuré interfère gravement avec la 

poursuite de son apprentissage d'électricien. Cette consommation est devenue 

quotidienne et difficilement gérable, entraînant d'importants troubles de l'humeur, 

déjà fragile par ailleurs, et des troubles du sommeil qui ont occasionné un 

absentéisme au travail et d'importantes aboulies et pertes de l'initiative. L'assuré est 

sous traitement de méthadone, d'Efexor 150 mg/j., Stillnox ou Dormicom. 

3. Le 23 février 2000, l'assuré est admis à la Villa Les Crêts au Département de 

psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Dans le résumé de 

séjour du 8 mars 2000, les médecins de cet établissement posent les diagnostics de 

troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation d'opiacés, syndrome de 

dépendance, avec un régime de maintenance ou de substitution, sous surveillance 

médicale, de troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation de dérivés du 

cannabis, de sédatifs ou hypnotiques et de cocaïne, syndrome de dépendance, 

actuellement abstinent, mais dans un environnement protégé, d'épisode dépressif 

moyen et de personnalité émotionnellement labile, type borderline. Dans 

l'anamnèse est mentionné que l'assuré est membre d'une fratrie de deux, connu pour 

un syndrome de dépendance aux opiacés. Depuis un an, il vit seul en appartement et 

bénéficie des prestations du chômage. En 1997, il quitte le domicile familial pour 

vivre avec son amie.  Depuis plusieurs mois, suite à une rupture sentimentale, il 

augmente la consommation d'héroïne et de cocaïne. Depuis trois mois, une 

inappétence apparaît avec une perte pondérale de 3,5 kilos et de troubles de 

l'endormissement. Il évoque une apathie, une asthénie, une aboulie et une 

anhédonie. Il essaie d'entreprendre des démarches pour une réinsertion 

professionnelle depuis plusieurs mois et tente deux sevrages de cocaïne sans succès. 

Il a arrêté la consommation de haschich depuis six mois et réduit nettement celle 

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des benzodiazépines pendant les dernières semaines; il ne prend plus que le 

traitement de Dormicom. A l'admission, sa consommation est estimée à 2g de 

cocaïne par jour. Le status d'entrée le décrit comme suit: patient calme, larmoyant, 

sans signe d'intoxication, absence de troubles de la vigilance, bien orienté dans le 

temps et dans l'espace, thymie dépressive avec importants sentiments de culpabilité, 

de dévalorisation, un manque de confiance et des difficultés à se projeter dans 

l'avenir et à essuyer des frustrations. Il n'y a pas d'idées suicidaires. Le 27 février 

2000, l'assuré quitte précipitamment La Villa Les Crêts. 

4. En 2003 est réalisé un bilan CURSUS. Le rapport y relatif comporte le résumé d'un 

entretien téléphonique du 10 octobre 2003 entre un assistant social et le maître de 

réadaptation à Z__________. Il en résulte que l'assuré a été examiné par le Dr 

A__________ et que celui-ci estime qu'il y a encore des consommations de cocaïne 

(rechute) au minimum une fois par semaine. Z__________ demande un entretien à 

trois, avec l'assuré, afin d'éclaircir ce point pour spécifier les conditions de base 

d'une entrée future en stage (être stabilisé dans la consommation de drogue depuis 

six mois). Un rendez-vous est fixé au 24 octobre 2003. Selon l'assistant social, il y a 

eu tout un temps de préparation pour le projet Z__________, afin que l'assuré 

prenne le stage de manière positive. 

5. En juillet 2009, l'assuré requiert des prestations de l'assurance-invalidité en vue 

d'une rente. 

6. Selon le rapport du Dr B__________ du 10 mars 2010, l'assuré présente les 

atteintes suivantes: dépendance aux opiacés depuis 1991, actuellement substitués 

par de la méthadone, toxico-actif à la cocaïne, intraveineuse, dépression de gravité 

moyenne et lombalgies chroniques. A titre de diagnostics sans effet sur la capacité 

de travail, il mentionne une hépatite C et une dépendance aux benzodiazépines 

depuis 1991. L'assuré est en traitement chez le Dr B__________ depuis juillet 

2003. Il manque d'intérêts, présente une fatigue, une tristesse, une perte de 

confiance, des troubles du sommeil et de l'appétit. Le traitement consiste en 

méthadone, Dalmadorm et antidépresseurs. Sa capacité de travail est nulle depuis le 

31 janvier 2006. 

7. Par courrier du 21 avril 2010, le Dr B__________ informe l'Office de l'assurance-

invalidité du canton de Genève (OAI), que son patient est le cadet d'une fratrie de 

trois garçons, qu'il a fait un apprentissage d'électricien, interrompu après trois ans, 

puis des missions temporaires et a travaillé chez Réalise. Depuis 2000, il est 

soutenu par l'Hospice général. En plus de sa dépendance aux opiacés, à la cocaïne 

et aux benzodiazépines, il souffre d'une dépression traitée. Il est actuellement à la 

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recherche d'un psychiatre pour poursuivre et approfondir son traitement pour ses 

troubles psychiques. 

8. Dans son avis médical du 6 mai 2010, le Dr C__________ du Service médical 

régional AI (SMR) indique que les éléments psychiatriques et sociaux en 

possession du SMR parlent en faveur d'une toxicomanie primaire accompagnée 

d'une symptomatologie dépressive. Elle observe que le trouble de la personnalité de 

type borderline n'a pas empêché une scolarité normale jusqu'à quinze ans. Aussi, la 

toxicomanie primaire ne peut pas être prise en charge par l'assurance-invalidité, les 

troubles psychiatriques diagnostiqués ne constituant pas une pathologie 

incapacitante. 

9. Le 8 juin 2010, l'OAI informe l'assuré qu'il a l'intention de lui refuser le droit aux 

prestations de l'assurance-invalidité. 

10. Par décision du 19 août 2010, l'OAI confirme ce projet de décision. 

11. Le 3 septembre 2010, l'OAI communique au conseil de l'assuré une nouvelle 

décision qui annule et remplace la précédente. Dans la motivation, il est indiqué 

que l'incapacité de gain de l'assuré est due avant tout à une toxico-dépendance et 

qu'il ne s'agit pas d'une invalidité au sens de la loi. 

12. Le 7 octobre 2010, l'assuré interjette recours contre cette décision, par 

l'intermédiaire de son conseil, en concluant à son annulation et à l'octroi d'une rente 

d'invalidité entière, sous suite de dépens. Préalablement, il conclut à la mise en 

œuvre d'une expertise psychiatrique. Il fait essentiellement valoir être affecté de 

troubles psychiques, indépendants de la toxicomanie, qui le rendent incapable de 

travailler. 

13. Le 12 octobre 2010, l'intimé transmet au Tribunal de céans, à sa demande, les 

résultats de la recherche concernant un recommandé 98.32.11.3948.10152739, 

lequel a été distribué le 6 septembre 2010. 

14. Dans son avis médical du 19 octobre 2010, la Dresse D__________ du SMR 

constate que l'assuré n'a jamais présenté de maladie psychiatrique incapacitante et 

préexistante à la toxicomanie. Pour preuve d'un trouble de la personnalité non 

décompensé, elle tient le résumé du séjour du recourant, en milieu hospitalier pour 

sevrage de cocaïne, avec la description d'une évolution favorable et d'un assuré qui 

maîtrise ses comportements impulsifs. Par ailleurs, elle expose que la prise de 

toxiques entraîne des symptômes dépressifs qui peuvent atteindre le diagnostic de 

troubles dépressifs majeurs d'intensité variable, mais qui disparaissent à l'arrêt de la 

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prise de toxiques. Le médecin traitant évoque aussi en premier lieu une toxicomanie 

et indique qu'il n'y a aucun suivi psychiatrique régulier. 

15. Dans sa détermination du 22 octobre 2010, l'intimé conclut au rejet du recours. Il 

relève que la dépendance n'est prise en compte par l'assurance-invalidité que si 

celle-ci est la cause ou la conséquence d'une atteinte à la santé elle-même 

invalidante. Il ne suffit pas de constater que l'assuré présente des troubles 

psychiques, même graves. Ceux-ci doivent être de nature à provoquer une 

diminution permanente ou de longue durée de sa capacité de gain. En outre, la seule 

référence à la personnalité borderline ne permet pas de conclure à l'existence d'une 

telle maladie. La comorbidité psychiatrique à une dépendance doit être présente à 

un degré de gravité et d'acuité suffisant pour justifier une diminution de la capacité 

de travail, ou être de nature à entraîner l'émergence d'une dépendance ou 

contribuer, dans des proportions considérables, à cette dépendance. En outre, les 

signes et symptômes psychiatriques sont généralement induits par la dépendance et 

s'amendent spontanément par l'arrêt de la consommation dans les semaines qui 

suivent le sevrage. Par conséquent, ils ne peuvent faire l'objet d'un diagnostic 

psychiatrique séparé. Dans le cas de l'assuré, le trouble de la personnalité ne l'a pas 

empêché d'accomplir un début de scolarité sans difficultés particulières. L'échec de 

sa formation n'est, dès lors, pas lié à une maladie au sens de l'assurance-invalidité, 

mais plutôt à une dépendance. Le trouble de la personnalité n'a pas non plus 

présenté une gravité et une acuité suffisantes pour être considéré comme atteinte 

ayant valeur de maladie. Quant à la symptomatologie dépressive, elle accompagne 

la dépendance et devrait s'amender avec l'arrêt de toute consommation de produits 

toxiques. Enfin, l'intimé souligne que l'assuré n'a aucun suivi psychiatrique régulier. 

Il estime que si l'assuré n'était pas toxicomane, sa capacité de gains serait entière. 

16. Le 26 octobre 2010, le recourant conteste que la décision querellée aurait été 

distribuée en date du 6 septembre 2010 et indique que, selon l'avis de réception 

apposé par l'Etude de son conseil, ce courrier a été reçu le 10 septembre 2010. 

D'ailleurs, le document produit par l'intimé ne permet pas de déterminer de quel pli 

recommandé il s'agit. 

17. Le 24 novembre 2010, le Tribunal entend le recourant. Celui-ci déclare ce qui suit : 

« Je suis toujours dépendant de la cocaïne. J'en consomme à peu près 

deux fois par semaine. 

Lorsque j'ai commencé à consommer des drogues, je pense que, 

inconsciemment, les fréquentes disputes entre mes parents me pesaient. 

Toutefois, j'avais des bonnes relations avec eux. Je suivais plus ou moins 

bien à l'école et j'ai pu commencer un apprentissage d'électricien que je 

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n'ai toutefois pas terminé en raison de la toxicomanie. Les problèmes de 

dépendance ont aussi perturbé ma relation avec mon amie de l'époque, 

ainsi qu'avec la famille. En fait, il est difficile d'expliquer avec des mots 

pourquoi j'ai commencé à me droguer. Peut-être, que je n'avais pas la 

force de faire face aux exigences quotidiennes sans me réfugier dans la 

drogue. Je n'avais pas de suivi psychologique à l'époque. 

J'ai été suivi à la Rue Verte. Puis, on m'a obligé d'avoir un suivi 

psychologique à la Fondation Phénix où je suis resté environ quatre ans. 

En 2000, j'ai été hospitalisé à la Villa les Crêts en vue d'un sevrage. Je 

suis parti avant la fin de cette cure, mais tout au plus un jour avant. En 

effet, cette cure ne devait pas durer plus d'une semaine. On ne propose 

pas de sevrage à long terme pour la cocaïne. J'ignore pour quelles 

raisons. Par la suite, les médecins ne m'ont pas proposé d'autres cures de 

sevrage. J'admets, par ailleurs, que j'ai de la peine à m'y décider, dès lors 

qu'il est difficile pour moi de me trouver enfermé avec d'autres personnes 

dans la même situation. Je trouvais pénible aussi, dans la Villa les Crêts, 

que les patients sevrés de la méthadone parlaient sans arrêt de la drogue 

et ne pensaient qu'à la sortie pour récidiver. Déjà à la Villa les Crêts, 

j'étais sous méthadone. Je le suis toujours (200 mg. par jour). Je ne 

connais personne qui arrive à travailler en étant sous traitement de 

méthadone, à un dosage aussi élevé. Avant mon hospitalisation à la Villa 

les Crêts, j'avais essayé d'arrêter la méthadone par mes propres forces. 

Cela m'a plongé dans une dépression, alors que je n'avais pas connu des 

états dépressifs précédemment. La méthadone provoque des effets 

secondaires, à savoir une fatigue, une diminution de la sensibilité 

émotionnelle et de l'énergie. Je prends aussi régulièrement des 

antidépresseurs et des somnifères. Quant à l'effet de la cocaïne, il est 

euphorique à court terme. 

Pendant quatre ou cinq mois, j'ai été suivi par le Dr F__________ au 

Centre de distribution de la méthadone à la Place de la Navigation. 

Malheureusement, ce médecin a arrêté de travailler dans ce Centre. 

J'avais un très bon contact avec lui. Maintenant, je suis suivi par la 

Dresse G__________ à la Permanence du Lignon; elle est psychologue 

ou psychiatre. Elle me suit depuis peu de temps, quelques mois, à raison 

d'une séance par semaine. Je précise, à cet égard, qu'il est difficile de 

trouver des psychiatres ou psychologues disposés à traiter les 

toxicomanes. 

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Je ne saurais dire si je pourrais travailler si j'étais abstinent de toute 

drogue. Par ailleurs, je n'ai aucune idée de ce que je pourrais faire pour 

devenir abstinent et quelle cure serait la plus adéquate. Je suis assez 

pessimiste, vu mes échecs précédents, quant à la possibilité de devenir 

abstinent, même si j'ai profondément la volonté de m'en sortir. 

Chez Z__________, j'ai mis des publicités sous enveloppe, alors qu'il y a 

aussi depuis novembre 2010 un atelier de couture et un d'informatique. Si 

on ne m'a pas proposé un stage par la suite, je suppose que c'est parce que 

je n'ai pas réussi à me passer de drogues. Cependant, je ne me rappelle 

plus très bien. 

Ce qui m'empêche le plus de travailler, c'est la fatigue et le manque 

d'entrain. J'ai de la peine à me lever le matin et de me rendre à un travail 

ou à un rendez-vous. Ma vie est très pauvre. Je regarde essentiellement la 

télévision et dors. Je sors uniquement pour les courses et des démarches 

administratives. Je n'ai plus de copine depuis dix ans et il ne me reste que 

peu d'amis. Je vois mes parents une fois par semaine et ils me sont d'un 

grand réconfort. » 

18. Le 14 avril 2011, Madame E__________, psychologue, répond aux questions 

posées par la Cour de céans. Elle indique qu’elle a vu le recourant en mai 2010 à 

deux reprises et que celui-ci vient régulièrement à sa consultation depuis novembre 

2010, en moyenne une à deux fois par semaine. Le traitement de méthadone à forte 

dose a un effet important sur l’humeur et les affectes. Néanmoins, elle pense que le 

recourant souffre de dépressions depuis de nombreuses années, ce qui l’a amené à 

la consommation de stupéfiants. Il s’agit d’un trouble dépressif induit par un 

environnement familial instable marqué par des relations très conflictuelles avec les 

parents et aggravé par une rupture amoureuse à l’entrée de la vie adulte. Quant au 

pronostic, il dépendra de la prise en charge et de l’encadrement institutionnel qui 

pourrait se mettre en place pour aider et soutenir le recourant.  

19. Par écritures du 29 avril 2011, le recourant fait valoir que l’ensemble de ses 

psychiatres ou médecins traitants ont unanimement posé le diagnostic de troubles 

mentaux et du comportement, tout en soulignant l’existence d’un état dépressif. 

Selon la Dresse E__________, c’est ce dernier trouble qui l’a amené à la 

consommation de stupéfiants. Ainsi, l’incapacité de travail et de gain actuelle 

trouve sa cause dans une atteinte à la santé mentale. Il persiste ainsi dans ses 

conclusions. 

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20. Dans un avis médical du 9 mai 2011, le Dr C__________ du SMR fait observer que 

Mme T__________ ne peut se prononcer de manière certaine. L’hypothèse avancée 

d’un état dépressif antérieur, préexistant à la toxicodépendance, ne peut ainsi être 

confirmée par un élément objectif. 

21. Se prévalant de cet avis médical, l’intimé maintient ses conclusions, par écriture du 

11 mai 2011. 

22. Convoqué à une audience de comparution personnelle des parties en date du 22 juin 

2011, le recourant fait défaut, sans s’en excuser. Son mandataire explique qu’il n’a 

plus revu son mandant depuis avril 2011 et qu’il va l’interpeller concernant ses 

démarches en vue d’une cure de désintoxication. Quant à l’intimé, il s’oppose à la 

mise en œuvre d’une expertise psychiatrique. 

23. Par courrier du 31 octobre 2011, la Cour de céans informe les parties qu’elle a 

l’intention de mettre en œuvre une expertise psychiatrique et de la confier à la 

Dresse H_________, psychiatre à Genève. Elle leur communique également la liste 

des questions à poser à l’experte. 

24. Dans son avis médical du 7 novembre 2011, le SMR ne fait valoir aucun motif de 

récusation à l'encontre de l’experte pressentie, tout en notant que sa spécialité 

psychiatrique est le suivi de personnes âgées. Le SMR désire également que la 

mission d’expertise soit complétée. Par écriture du 9 novembre 2011, l’intimé fait 

sien cet avis du SMR. 

25. Le 15 novembre 2011, le recourant accepte la nomination de l’experte pressentie et 

la mission d’expertise proposée. 

 

EN DROIT 

1. Conformément au principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des 

assurances sociales (cf. art. 43 LPGA), l'administration est tenue d'ordonner une 

instruction complémentaire lorsque les allégations des parties et les éléments 

ressortant du dossier requièrent une telle mesure. En particulier, elle doit mettre en 

oeuvre une expertise lorsqu'il apparaît nécessaire de clarifier les aspects médicaux 

du cas (ATF 117 V 283 consid. 4a; ATFA non publié du 19 mars 2004, I 751/03 

consid. 3.3, RAMA 1985 K 646 p. 240 consid. 4). 

2. A teneur de la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, une dépendance comme 

l’alcoolisme, la pharmacodépendance ou la toxicomanie ne constitue pas en soi une 

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invalidité au sens de la loi. En revanche, elle joue un rôle dans l’assurance-

invalidité lorsqu’elle a provoqué une atteinte à la santé physique ou mentale qui 

nuit à la capacité de gain de l’assuré, ou si elle résulte elle-même d’une atteinte à la 

santé physique ou mentale qui a valeur de maladie (ATF 99 V 28 consid. 2 ; 

VSI 2002 p. 32 consid. 2a, 1996 p. 319 consid. 2a). Notre Haute Cour a à cet égard 

précisé que la situation de fait doit faire l'objet d'une appréciation globale incluant 

aussi bien les causes que les conséquences de la dépendance, ce qui implique de 

tenir compte d'une éventuelle interaction entre dépendance et comorbidité 

psychiatrique. Pour que soit admise une invalidité du chef d'un comportement 

addictif, il est nécessaire que la comorbidité psychiatrique à l'origine de cette 

dépendance présente un degré de gravité et d'acuité suffisant pour justifier, en soi, 

une diminution de la capacité de travail et de gain, qu'elle soit de nature à entraîner 

l'émergence d'une telle dépendance et qu'elle contribue pour le moins dans des 

proportions considérables à cette dépendance. Si la comorbidité ne constitue qu'une 

cause secondaire à la dépendance, celle-ci ne saurait être admise comme étant la 

conséquence d'une atteinte à la santé psychique. S'il existe au contraire un lien de 

causalité entre l'atteinte maladive à la santé psychique et la dépendance, la mesure 

de ce qui est exigible doit alors être déterminé en tenant compte de l'ensemble des 

limitations liées à la maladie psychique et à la dépendance (arrêt du Tribunal 

fédéral 9C_395/2007, consid. 2.2). 

Le Tribunal fédéral a aussi exposé qu'en matière de dépendance à l'alcool, la 

science médicale distingue les troubles psychiatriques induits (secondaires à la prise 

d'alcool) des troubles psychiatriques indépendants (associés à la consommation 

d'alcool). La démarche diagnostique est délicate, dans la mesure où les effets d'une 

consommation abusive d'alcool affectent inévitablement le tableau clinique. En 

règle générale, les signes et symptômes psychiatriques sont induits et s'amendent 

spontanément par l'arrêt de la consommation dans les semaines qui suivent le 

sevrage. Dès lors, ils ne sauraient par conséquent faire l'objet d'un diagnostic 

psychiatrique séparé. En revanche, si à l'issue d'une période d'abstinence suffisante, 

les éléments réunis sont suffisants, il y a lieu de retenir l'existence d'une 

comorbidité psychiatrique. L'anamnèse, notamment l'historique de la 

consommation d'alcool depuis l'adolescence, peut constituer un instrument utile 

dans le cadre de la détermination du diagnostic, notamment s'agissant de la 

préexistence d'un trouble indépendant (arrêt du Tribunal fédéral 9C_395/2007, 

consid. 2.3 et réf. y citées, à savoir THONNEY/GAMMETER, Alcool: problèmes 

psychiatriques courants. « La boîte à outils du praticien », Revue médicale de la 

Suisse romande, 2004; 124: p. 415 ss; Roland GAMMETER, Comorbidités 

psychiatriques associées à la dépendance à l'alcool, Forum Med Suisse, 2002; 23: p. 

562 ss; SHIVANI/GOLDSMITH/ANTHENELLI, Alcoholism and psychiatric 

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disorder: diagnostic challenges, Alcohol Research & Health, 2002; 26(2): p. 90 ss; 

Christine DAVIDSON, Identification et traitement des comorbidités psychiatriques 

associées à l'alcoolodépendance, Praxis 1999; 88: p. 1720). 

Cependant, l'existence d'une comorbidité psychiatrique ne constitue pas encore un 

fondement suffisant pour conclure sur le plan juridique à une invalidité en raison 

d'une dépendance. L'affection psychique mise en évidence doit contribuer pour le 

moins dans des proportions considérables à l'incapacité de gain de l'assuré. Une 

simple anomalie de caractère ne saurait à cet égard suffire (RCC 1992 p. 180, 

consid. 4d). En présence d'une pluralité d'atteintes à la santé, l'appréciation 

médicale doit décrire le rôle joué par chacune des atteintes à la santé sur la capacité 

de travail et définir à quel taux celle-ci pourrait être évaluée, abstraction faite des 

effets de la dépendance. Si l'examen médical conduit à la conclusion que la 

dépendance est seule déterminante du point de vue de l'assurance-invalidité, il n'y a 

pas lieu de distinguer entre les différentes atteintes à la santé (arrêt du Tribunal 

fédéral 9C_395/2007, consid. 2.4). 

3. En l’espèce, le recourant n’a jamais fait l’objet d’une expertise, de sorte qu'il 

subsiste un doute sur l’existence d'atteintes psychiatriques préexistantes, 

notamment d’un trouble de la personnalité émotionnellement labile, type 

borderline. En effet, ce diagnostic a été posé lors de l’hospitalisation du recourant 

en 2000. Par ailleurs, il ne peut pas être exclu qu’un tel diagnostic puisse être 

confirmé en dépit de la toxicomanie du recourant. 

Cela étant, il s’avère nécessaire de soumettre le recourant à une expertise 

psychiatrique.  

4. Celle-ci sera confiée à la Dresse H_________, psychiatre. 

Quant à la mission d’expertise, elle sera complétée, conformément aux conclusions 

prises par l’intimé. 

  

*** 

 

 

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PAR CES MOTIFS, 

LA CHAMBRE DES ASSURANCES SOCIALES : 

Statuant préparatoirement 

 

A. Ordonne une expertise judiciaire médicale. 

B. La confie à la Dresse H_________. 

C. Dit que la mission de ce médecin sera la suivante : 

- Prendre connaissance du dossier médical de M. S___________. 

- Examiner personnellement l'expertisé. 

- Prendre tous renseignements utiles, notamment auprès des médecins 

ayant eu connaissance du cas de l'expertisé, en particulier des médecins 

traitants. 

- S'adjoindre tout spécialiste requis au titre de consultant. 

- Etablir un rapport écrit et répondre notamment aux questions suivantes : 

1. Quels sont vos diagnostics sur le plan psychiatrique ? 

2. Indépendamment des diagnostics ayant trait à la toxicomanie, peut-

on admettre que les autres atteintes éventuellement constatées sont 

indépendantes de la consommation abusive de substances toxiques, 

au degré de la vraisemblance prépondérante ? 

3. Quelles sont, au degré de la vraisemblance prépondérante, les 

atteintes psychiatriques préexistantes à la toxicomanie commencée 

en 1991 ? 

4. Au degré de la vraisemblance prépondérante, la toxicomanie de M. 

S___________ est-elle induite par une atteinte psychiatrique 

indépendante et, le cas échéant, laquelle ? 

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5. Doit-on considérer que, même sans toxicomanie, les autres atteintes 

psychiatriques empêcheraient le recourant de travailler et, dans 

l’affirmative, à quel pourcentage ? 

6. Le recourant présent-il des séquelles psychiatriques irréversibles, 

consécutives à la polytoxicomanie, et, dans l’affirmative, lesquelles ? 

7. Quel est votre pronostic ? 

D. Invite la Dresse H_________ à déposer le plus rapidement possible un rapport en 

trois exemplaires à la Cour de céans. 

E. Réserve le fond. 

 

 

La greffière 

 

 

 

Diana ZIERI 

 La Présidente 

 

 

 

Maya CRAMER 

 

Une copie conforme du présent arrêt est notifiée aux parties le