# Swiss Caselaw Document

**Case Identifier:** a8b1e75c-5c83-5f83-a06f-6683453d02e2
**Source:** Neuchâtel (NE)
**Court Level:** cantonal
**Decision Date:** 2024-04-29
**Language:** fr
**Title:** Neuchâtel Tribunal Cantonal Autorité de recours en matière pénale 29.04.2024 ARMP.2024.12 (INT.2024.194)
**Docket/Reference:** 
**URL:** https://entscheidsuche.ch/docs/NE_Omni/NE_TC_008_ARMP-2024-12_2024-04-29.html

## Full Text

A.                          
Depuis fin mars 2022, A.________, ressortissant libanais né en 1987,
et B.________, ressortissante espagnole née en 1988, ont entretenu une
relation. Celle-ci a pris fin vers l’automne 2022, après divers incidents et de
manière particulièrement conflictuelle. B.________ est concernée par diverses
procédures pénales ; en bref, il lui est reproché d’avoir emmené sans
droit ses enfants d’Espagne en Suisse au début de l’année 2022, alors qu’elle
reproche au père des enfants et à deux tiers de les avoir enlevés en Suisse
pour les conduire en Espagne, en octobre 2022 ; diverses procédures connexes
sont également en cours.

B.                          
a) Une instruction a été ouverte le 2 mars 2023 contre B.________,
suite à une plainte déposée contre elle par A.________ le 21 décembre 2022, en
particulier pour voies de fait (art. 126 CP), détérioration de données (art.
144bis CP), diffamation (art. 173 CP), calomnie (art. 174 CP), injure (art. 177
CP), menace (art. 180 CP), contrainte (art. 181 CP), faux dans les titres (art.
251 CP) et infraction à l’article 98 LTVA.

                        b) Le même 2 mars 2023, l’instruction a également
été ouverte contre A.________, suite à une plainte déposée contre lui par B.________
le 17 février 2023, en particulier pour lésions corporelles simples (art. 123
CP), voies de fait (art. 126 CP), appropriation illégitime (art. 137 CP),
dommages à la propriété (art. 144 CP), diffamation (art. 173 CP), calomnie
(art. 174 CP), injure (art. 177 CP), séquestration (art. 183 CP), contrainte
(art. 189 CP), viol (art. 190 CP) et abus de la détresse (art. 193 CP).

                        c) En exécution de mandats décernés par le
Ministère public les 3 mars et 27 juin 2023, la police a entendu A.________ en
qualité de plaignant, B.________ en la même qualité, A.________ en qualité de
prévenu et B.________ en la même qualité, opéré des vérifications sur un site
de petites annonces et auprès d’un hôtel C.________ à Z.________, entendu D.________
en qualité de témoin, analysé les conversations WhatsApp entre cette celle-ci
et B.________, procédé à une perquisition au domicile de cette dernière,
entendu E.________ en qualité de témoin, ainsi qu’analysé les téléphones de B.________
et de A.________.

                        d) La police a déposé son rapport le 17 novembre
2023.

                        e) Les parties et leurs mandataires, en
particulier celui de A.________, ont multiplié les interventions en procédure. Celle-ci
a été émaillée de divers incidents, notamment une demande de récusation de la
procureure, déposée par A.________ et rejetée par l’Autorité de céans, une
dénonciation de Me F.________ à l’Autorité de surveillance des avocats, déposée
par le procureur général, et une décision de la procureure en charge de la
cause révoquant le mandat de Me F.________, décision annulée par l’Autorité de
céans. Le dossier comprend ainsi, actuellement, plus de mille pages, alors
qu’il se compose essentiellement, pour ce qui touche au fond de la cause, des
plaintes et du rapport de police et des annexes à celui-ci. B.________
bénéficie d’une défense d’office, Me G.________ étant désignée comme mandataire
le 17 avril 2023.

                        f) Un avis de prochaine clôture a été adressé aux
parties le 21 novembre 2023. Les parties ont déposé diverses déterminations et
pièces. La procureure a refusé d’administrer des preuves complémentaires
proposées par A.________.

C.                          
a) Le 25 janvier 2024, la procureure a décerné une ordonnance pénale
contre A.________, condamnant celui-ci à 20 jours-amende à 90 francs, avec
sursis pendant 2 ans, à une amende de 350 francs comme peine additionnelle et à
une part des frais de la cause, arrêtée à 350 francs, pour une tentative de
contrainte et une contrainte commises le 11 janvier 2023 au préjudice de B.________.
A.________ a fait opposition, le 6 février 2024.

                        b) Le même jour, le Ministère public a décerné
une ordonnance pénale contre B.________, condamnant celle-ci à 40 jours-amende
à 30 francs, avec sursis pendant 2 ans, à une amende contraventionnelle de 900
francs et à une part des frais de la cause, arrêtée à 350 francs, pour avoir
importuné A.________ par des messages entre septembre 2022 et janvier 2023,
soustrait le téléphone portable du même le 28 octobre 2022 et avoir, en
novembre 2022, envoyé à une tierce personne des photographies d’elle-même en
train d’entretenir un rapport sexuel avec A.________ ; il était aussi
reproché à B.________ une infraction à la législation sur la prostitution, pour
avoir publié des annonces proposant des relations sexuelles en échange de
cadeaux. B.________ a fait opposition, le 7 février 2024.

D.                          
Par ordonnance du même 25 janvier 2024, le Ministère public a décidé
le classement de la procédure pour les faits, reprochés à chacun des deux
prévenus, qui ne faisaient pas l’objet des ordonnances pénales, ordonné la
levée du séquestre sur un couteau et la restitution de l’objet à A.________,
laissé les frais à la charge de l’État pour ce volet de la procédure et alloué
une indemnité d’avocate d’office de 4'970 francs à Me G.________, indemnité
remboursable par 1'250 francs, ainsi qu’à Me F.________ une indemnité au sens
de l’article 429 CPP, fixée à 4'700 francs. Les motifs seront repris plus loin,
dans la mesure utile.

E.                          
a) Le 8 février 2024, A.________ a déposé un recours contre
l’ordonnance de classement, en tant que la procédure était classée pour
certaines des infractions qu’il reprochait à B.________. Il concluait à
l’annulation de l’ordonnance et au renvoi de la cause au Ministère public, sous
suite de frais et dépens. 

                        b) Dans ses observations du 22 février 2024, le
Ministère public a conclu au rejet du recours.

                        c) Invité à se déterminer sur les observations du
Ministère public, A.________, par son mandataire, a adressé divers courriers à
l’Autorité de céans, le dernier en date étant des observations du 15 avril 2024
sur celles du Ministère public.

                        d) B.________ n’a pas été invitée à se déterminer
sur le recours de A.________.

F.                           
a) Le 8 février 2024, B.________, agissant sans sa mandataire, a
déposé un recours contre l’ordonnance de classement, en tant que la procédure
était classée pour certaines des infractions qu’elle reprochait à A.________.
Elle demandait d’abord la restitution du délai de recours, puis concluait
formellement à l’annulation de l’ordonnance de classement, à l’octroi de
l’assistance judiciaire et à ce qu’il soit ordonné au Ministère public de traiter
la plainte du 17 février 2024, qu’une enquête adéquate et équitable soit
effectuée et qu’un délai lui soit accordé pour présenter des observations sur
les prétentions civiles, avec suite de frais et dépens.

                        b) Dans ses observations du 22 février 2024, le
Ministère public a conclu au rejet du recours.

                        c) A.________ a adressé un écrit spontané à
l’Autorité de céans, le 8 mars 2024.

                        d) Une invitation à se déterminer sur les
observations du Ministère public et le courrier de A.________ a été adressée le
11 mars 2024 à B.________, sous pli recommandé. Le courrier est venu en retour,
car non réclamé à la poste pendant le délai de garde. Il a été renvoyé en
courrier A le 22 mars 2024.

                        e) B.________ a déposé des observations le 25
mars 2024.

                        f) Invités à se déterminer sur ces observations,
le Ministère public et A.________ l’ont fait le 4 avril 2024. Ces
déterminations ont été transmises à la recourante le 5 avril 2024, pour
observations éventuelles dans les dix jours. Le courrier est venu en retour,
car non réclamé à la poste pendant le délai de garde. Il a été renvoyé en
courrier A le 18 avril 2024, la lettre d’accompagnement précisant que cette
transmission ne faisait pas partir un nouveau délai pour observations. La
recourante n’a pas réagi.

C O N S I D É R A N T

1.                           
Les deux recours concernent la même procédure et c’est la
même décision qui est entreprise. Il se justifie de joindre les causes et de
statuer dans un seul et même arrêt (art. 30 CPP).

2.                           
Déposés dans les formes et délai légaux, par des personnes
ayant qualité pour recourir, et motivés de manière suffisante, les deux recours
sont recevables (393 al. 1 let. a et 396 al. 1 CPP). Les pièces produites en
procédure de recours sont admises.

3.                           
a) B.________ demande la restitution du délai de recours,
en exposant que son avocate lui a annoncé le 6 février 2024, soit deux jours
avant l’expiration du délai de recours, qu’elle ne préparerait pas de recours
contre l’ordonnance de classement, qu’elle-même était malade et avait de la
fièvre (certificat médical déposé, faisant état d’une incapacité de travail à
100 % du 5 au 9 février 2024) et que, de toute manière, le délai dont elle
disposait depuis le moment où son avocate lui avait annoncé qu’elle ne
préparerait pas de recours était trop court pour qu’elle puisse faire état de
ses arguments de manière adéquate.

                        b)
Les délais fixés par la loi ou par le juge peuvent être restitués si la partie
qui le demande a été empêchée de les observer et qu'elle est de ce fait exposée
à un préjudice important et irréparable ; elle doit cependant rendre
vraisemblable que le défaut n'est imputable à aucune faute de sa part (art. 94
al. 1 CPP). Une telle demande, dûment motivée, doit être adressée par écrit
dans les trente jours à compter de celui où l'empêchement a cessé, à l'autorité
auprès de laquelle l'acte de procédure aurait dû être accompli et l'acte de
procédure omis doit être répété durant ce délai (art. 94 al. 2 CPP).

                        Selon
la jurisprudence, la restitution d’un délai suppose une demande formelle de
restitution, l'accomplissement de l'acte de procédure omis et la justification
d'un préjudice important et irréparable. Ensuite, il faut que la partie ou son
mandataire ait été empêchée d'agir sans faute dans le délai fixé. Une
restitution de délai n'entre pas en ligne de compte lorsque la partie ou son
mandataire a renoncé à agir, que ce soit à la suite d'un choix délibéré, d'une
erreur ou du conseil – peut-être erroné – d'un tiers (ATF 149 IV 196
cons. 1.1). Elle ne peut en outre intervenir que lorsqu'un événement, par
exemple une maladie ou un accident, met la partie objectivement ou
subjectivement dans l'impossibilité d'agir par elle-même ou de charger une
tierce personne d'agir en son nom dans le délai (arrêt du TF du 13.09.2023
[7B_36/2022] cons. 3.3). La production d’un certificat médical attestant
une incapacité de travail de 100 % pour une certaine période, sans exposer en
quoi le problème de santé aurait pu constituer un motif de restitution dans les
circonstances concrètes, ne suffit pas (cf. notamment arrêt du TF du 04.12.2015
[6B_1110/2015]).

                        c)
En l’espèce, le certificat médical produit atteste seulement d’une incapacité
de travail à 100 % pour la période couvrant la fin du délai de recours ;
la recourante prétend certes qu’elle avait de la fièvre, mais le certificat et
cette déclaration ne suffisent pas pour qu’on puisse en conclure qu’elle aurait
été dans l’impossibilité d’agir, au sens de la jurisprudence fédérale. Disposer
de deux jours ouvrables au moins pour rédiger un mémoire de recours doit par
ailleurs être suffisant, pour une personne qui, comme une partie, connaît le
dossier. La recourante a d’ailleurs fait elle-même la démonstration que, malgré
l’incapacité de travail alléguée, elle pouvait agir, puisqu’elle a déposé dans
le délai de recours un mémoire comprenant onze pages, avec de nombreuses
références juridiques (que celles-ci soient pertinentes ou pas n’est pas la
question ici). Il n’y a pas lieu de restituer le délai de recours à B.________,
respectivement de lui fixer un nouveau délai pour motiver son recours.

4.                           
L'Autorité de recours en
matière pénale jouit d'un plein pouvoir d'examen, en fait, en droit et en
opportunité (art. 393 CPP), sans être liée par les motifs invoqués par les
parties, ni par les conclusions de celles-ci (art. 391 CPP).

5.                           
a) D’après l’article 319 al. 1 CPP, le ministère public ordonne notamment le classement
de tout ou partie de la procédure lorsqu'aucun soupçon justifiant une mise en
accusation n'est établi (let. a) ou lorsque les éléments constitutifs d'une
infraction ne sont pas réunis (let. b).

                        b) Selon
la jurisprudence, la décision de classer la procédure doit être prise en
application du principe in dubio pro duriore. Ce principe vaut également
pour l'autorité judiciaire chargée de l'examen d'une décision de classement. Il
signifie qu'en règle générale, un classement ou une non-entrée en matière ne
peut être prononcé par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement
que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite
pénale ne sont pas remplies. Le ministère public et l'autorité de recours
disposent, dans ce cadre, d'un pouvoir d'appréciation que le Tribunal fédéral
revoit avec retenue. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation
apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités
d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en
présence d'une infraction grave. En effet, en cas de doute s'agissant de la
situation factuelle ou juridique, ce n'est pas à l'autorité d'instruction ou
d'accusation mais au juge matériellement compétent qu'il appartient de se
prononcer. Dans les procédures où l'accusation repose essentiellement sur les
déclarations de la victime, auxquelles s'opposent celles du prévenu et
lorsqu'il n'est pas possible d'estimer que certaines dépositions sont plus
crédibles que d'autres, le principe in dubio pro duriore impose en règle
générale que le prévenu soit mis en accusation. Cela vaut en particulier
lorsqu'il s'agit de délits commis typiquement « entre quatre
yeux », pour lesquels il n'existe souvent aucune preuve objective. Il
peut toutefois être renoncé à une mise en accusation lorsque la partie
plaignante fait des dépositions contradictoires, rendant ses accusations moins
crédibles, ou encore lorsqu'une condamnation apparaît au vu de l'ensemble des
circonstances a priori improbable pour d'autres motifs. Face à des versions
contradictoires des parties, il peut être exceptionnellement renoncé à une mise
en accusation lorsqu'il n'est pas possible d'apprécier l'une ou l'autre version
comme étant plus ou moins plausible et qu'aucun résultat n'est à escompter
d'autres moyens de preuve (arrêt du TF du 12.10.2023 [7B_5/2022] cons. 4.1).

6.                           
A.________ ne reproche
au Ministère public que d’avoir classé la procédure pour deux contextes de
faits, dont il soutient qu’ils seraient constitutifs de contrainte et devraient
être poursuivis.

6.1.                  a) Se rend coupable
de contrainte selon l'article 181 CP
celui qui, en usant de violence envers une personne ou en la menaçant d'un
dommage sérieux, ou en l'entravant de quelque autre manière dans sa liberté
d'action, l'aura obligée à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte.

                        b)
Outre l'usage de la violence ou de menaces laissant craindre la survenance d'un
dommage sérieux, il peut ainsi également y avoir contrainte lorsque l'auteur
entrave sa victime « de quelque autre manière » dans sa
liberté d'action. Cette formule générale doit être interprétée de manière
restrictive. N'importe quelle pression de peu d'importance ne suffit pas. Il
faut que le moyen de contrainte utilisé soit, comme pour la violence ou la
menace d'un dommage sérieux, propre à impressionner une personne de sensibilité
moyenne et à l'entraver d'une manière substantielle dans sa liberté de décision
ou d'action. Il s'agit donc de moyens de contrainte qui, par leur intensité et
leur effet, sont analogues à ceux qui sont cités expressément par la loi (arrêt
du TF du 18.01.2021
[6B_693/2020] cons. 4.1, qui se réfère notamment à ATF 141 IV 437
cons. 3.2.1).

6.2.                  a) Concernant des
faits survenus le 18 novembre 2022 (et non 2023, comme mentionné par erreur
dans la décision entreprise) au domicile du recourant, le Ministère public a
considéré – après avoir constaté que A.________ avait signé une renonciation à
porter plainte, comme B.________, lors de l’intervention de la police, ce qui
entraînait que d’éventuelles menaces et injures ne pouvaient pas être
poursuivies – que des menaces au moyen d’un couteau ne pouvaient pas être
constitutives de contrainte, au sens de l’article 181
CP : le fichet de communication de la police au sujet de l’incident
indiquait qu’un couteau avait été retrouvé vers la prévenue, mais que celle-ci
ne s’en était pas servie, la prévenue ayant en outre contesté les faits lors de
son audition par la police.

                        b)
Si on comprend bien le recourant, celui-ci soutient que la prévenue a admis
s’être servie d’un couteau, lors de son audition, que ce couteau n’était pas un
simple couteau à beurre et qu’obtenir quelque chose de quelqu’un en pénétrant
sans droit à son domicile puis en se saisissant d’un couteau est constitutif de
contrainte : la prévenue était venue chez le recourant et avait commencé à
hurler ; une altercation avait suivi ; la prévenue admettait s’être
saisie d’un couteau et s’être enfermée à la salle de bains, pendant que le
recourant appelait la police ; la contrainte est réalisée par le fait que
la prévenue voulait empêcher le recourant d’appeler la police ; le fichet
de communication de la police, qui mentionne que la prévenue ne s’est pas
servie du couteau, ne peut pas être déterminant ; il faut retenir au moins
la tentative de contrainte, réalisée quel que soit le cas de figure : ou
bien la prévenue a saisi le couteau pour attenter à sa personne dans les
toilettes et accuser le recourant d’être responsable des blessures qu’elle se
serait infligées, ou bien elle voulait utiliser le couteau contre le
recourant ; il est aussi indubitable qu’on trouve un élément de contrainte
dans le fait que la prévenue s’est enfermée dans la salle de bains ; le
recourant a préféré sortir de chez lui ; l’appel du recourant au 117
montre clairement quelle était la situation.

                        c)
Il est vrai que la prévenue a admis avoir pris un couteau, un soir où elle
s’était rendue chez le recourant, mais ses explications sont tout à fait
claires sur le fait que, pour elle, il ne s’agissait pas de s’en prendre à lui,
ni de le contraindre à quoi que ce soit. La simple lecture de la description
que la prévenue a faite des événements ne permet pas, en elle-même, de retenir
qu’elle aurait pris un couteau dans un autre but que celui de se procurer un moyen
de défense, au moment où elle est allée s’enfermer dans la salle de bains parce
que, selon elle, le recourant était énervé et lui faisait peur. De ces
déclarations, on ne peut tirer aucun argument à la charge de la prévenue.
Celle-ci a contesté avoir voulu se faire du mal. Enfermée dans une salle de
bains, elle pouvait difficilement empêcher le recourant d’appeler la police, ou
même penser qu’elle pourrait l’en empêcher. Il a d’ailleurs procédé à l’appel.
Ce qu’il a dit à cette occasion ne peut pas être déterminant. Sa version n’est
en tout cas pas plus crédible que celle de la prévenue. À son arrivée, la
police n’a pas constaté quelque chose qui irait dans le sens d’une contrainte
ou tentative de contrainte. Elle a pris acte du fait que les deux intéressés ne
souhaitaient pas déposer de plainte et, selon les agents, tous deux ont signé
une renonciation à déposer plainte (que la renonciation qui aurait été signée
par le recourant n’ait pas été jointe au dossier ou ne l’ait été qu’avec retard
est sans importance ici). Le recourant n’a pas été contraint à faire, ne pas
faire ou laisser faire quelque chose et la prévenue n’a pas tenté de l’y
contraindre. Le recours est mal fondé – c’est un euphémisme – sur ce point.

6.3.                  a) Il est question de
messages qui ont été envoyés par B.________ au recourant, alors que celui-ci se
trouvait, en compagnie d’une amie, dans un hôtel C.________ à Z.________, dans
la nuit du 7 au 8 décembre 2022, à un moment où la prévenue pensait être
enceinte de lui et que leur relation n’était pas forcément terminée. Le
Ministère public a retenu que les analyses des téléphones des prévenus, des
démarches auprès de l’hôtel C.________ et l’audition de témoins n’avaient pas
permis de démontrer la réalisation des éléments constitutifs d’une infraction.

                        b)
Le recourant reproche au Ministère public de ne pas avoir tenu compte des
messages. Là aussi, on peine à comprendre son raisonnement, qui mêle des
éléments concernant ces faits précis à d’autres sans lien avec ceux-ci, dans
une tentative de démonstration dont la clarté n’est pas la qualité principale.
Il semble cependant que le recourant voit une contrainte dans le fait qu’un
message aurait eu pour but d’obtenir de lui « qu’il continue de
financer un certain nombre d’activités puisqu’il est fait mention d’un fils (le
fils commun imaginaire de B.________ avec A.________) et qu’elle a rendez-vous
avec le gynécologue le lendemain ». Le recourant voit aussi une
contrainte dans le fait que la prévenue a écrit un message lui disant : « après
avoir discuté avec de nombreuses personnes qui vous connaissent, j’ai
suffisamment de matériel pour démontrer le type de personne que vous êtes au
tribunal, alors dans les prochains jours, vous recevrez des nouvelles de mon
avocat » ; selon le recourant, la prévenue aurait ainsi poursuivi
le but « de continuer d’être financée ». D’après le recourant,
la procureure a en outre omis de prendre en compte des messages WhatsApp
envoyés par la prévenue, « où il […] est rappelé [au recourant] qu’il
est en train de dormir avec une femme, et que l’intéressée utilisera ces
informations respectivement chez le gynécologue dans le cadre du fils
imaginaire qu’elle espérait avec A.________ respectivement pour entreprendre
des démarches judiciaires devant les tribunaux » ; le recourant y
voit une contrainte. Le recourant conclut en ces termes : « le
seul fait d’avoir, comme l’a fait B.________, indiqué au recourant qu’elle
allait se servir de la nuit passée dans cet hôtel pour obtenir de l’argent dans
le cadre d’un fils en en parlant à un gynécologue et en prenant un avocat pour
salir l’intéressé devant un tribunal l’infraction de contrainte est
réalisée ». En réplique, le recourant ajoute que la prévenue n’est en
fait pas allée voir un gynécologue, le jour où elle disait avoir
rendez-vous ; selon lui, le fait de le faire culpabiliser à deux heures du
matin en sachant où il se trouvait démontre une manière très particulière de le
suivre ; ces éléments n’ont pas été instruits ; le Ministère public
ne s’est pas prononcé sur l’intention qu’avait la prévenue pour envoyer les
messages dont il est question ; il est probable que la prévenue a profité
du fait qu’elle avait pu se saisir – à un moment que le recourant ne précise
pas – du téléphone du recourant pour activer la géolocalisation et il
conviendrait d’instruire une éventuelle infraction à l’article 143 bis CP.

                        c)
Au dossier, on trouve un message WhatsApp adressé par B.________ à A.________,
alors que celui-ci se trouvait à l’hôtel C.________. Il dit : « L’Hôtel
C.________ va-t-il bien ? C’est joli ? Maintenant que vous le
fréquentez, pourriez-vous me dire si vous le recommandez… C’est trop loin et
n’en vaut pas la peine… Le lac est très beau, j’emmènerai mon fils quand
j’aurais l’usage de la raison et pourrai lui dire quel genre de personne est
son père », puis « Pour le moment, pendant que vous en baisez
d’autres, j’ai rendez-vous chez le gynécologue demain, j’espère que la vidéo
vous plaira ! Passez un Joyeux Noël et soyez très heureux, si votre
conscience le permet un jour ». Apparemment tout de suite après, B.________
a envoyé le message disant : « Après avoir discuté avec de nombreuses
personnes qui vous connaissent, j’ai suffisamment de matériel pour démontrer le
type de personne que vous êtes au tribunal, alors dans les prochains jours,
vous recevrez des nouvelles de mon avocat ». La simple lecture de ces
messages amène à la conclusion qu’ils ne sont pas constitutifs de contrainte ou
de tentative de contrainte. En particulier, le fait d’aviser quelqu’un du fait
qu’il va recevoir « des nouvelles » d’un avocat ne signifie
pas que le destinataire du message devrait s’attendre à des agissements
contraires au droit ; c’est même plutôt l’inverse qu’on peut en déduire,
dans la mesure où, très généralement, les avocats s’abstiennent de démarches
qui pourraient en elles-mêmes réaliser une infraction pénale ; dans le
contexte particulier d’un important litige entre les parties, l’annonce de
démarches par un avocat n’était pas de nature à contraindre le recourant, de
manière contraire au droit, à faire, ne pas faire ou laisser faire quelque
chose. La situation est tout aussi claire pour le premier des messages cités,
dans lequel on ne voit rien qui aurait pu avoir pour objectif d’amener le
recourant à faire, ne pas faire ou laisser faire quelque chose ; la
prévenue ne dit notamment pas qu’elle parlerait de quoi que ce soit à son
gynécologue et évoque seulement une vidéo qui pourrait être enregistrée à
l’occasion du rendez-vous (sans doute une vidéo d’un éventuel fœtus, observé au
cours de l’examen médical). Dans aucun des deux messages susmentionnés, il
n’est indiqué ou même sous-entendu par la prévenue qu’elle entendrait soutirer
de l’argent au recourant. Qu’elle fasse des allusions plus ou moins claires à
une éventuelle grossesse ne peut pas avoir un caractère pénal : pour le
recourant, si son ex-amie était enceinte de lui, puis donnait naissance à un
enfant, il pouvait risquer de se voir réclamer une contribution d’entretien, ce
qui n’aurait rien eu d’illicite ; si elle n’était en fait pas enceinte,
comme le recourant le présumait, il ne risquait rien à cet égard. Le recours
est mal fondé.

                        d)
Quant à une éventuelle infraction à l’article 143 bis CP, le recourant ne
prétend pas que l’infraction aurait été traitée dans la procédure devant le
Ministère public, ni qu’il aurait déposé une plainte à ce sujet (l’infraction à
l’article 143 bis CP ne se poursuit que sur plainte). La remarque relative à
cette infraction, dans un écrit déposé en procédure de recours, ne peut pas
valoir plainte pénale. Si le recourant entend que l’infraction éventuelle soit
poursuivie, il lui appartiendra de déposer une plainte auprès du Ministère
public, à ses risques et périls.

6.4.                  Vu ce qui précède,
d’autres investigations au sujet des faits dont il est question ne sont ni
nécessaires, ni même utiles. En particulier, on ne voit pas quelle utilité
auraient des investigations en rapport avec le couteau qui a été pris par la
prévenue lors de l’un des épisodes ci-dessus (que l’objet ait été un couteau à
beurre, un couteau de cuisine ou un autre couteau ne joue aucun rôle dans
l’appréciation), ni en quoi des éléments recueillis en Espagne, auprès de
personnes qui n’ont été mêlées en aucune manière aux faits dont il est
question, pourraient changer quoi que ce soit aux conclusions ci-dessus. Il n’y
avait donc pas lieu à administration de preuves complémentaires.

7.                           
B.________ s’oppose au
classement prononcé au sujet des faits qu’elle reproche à A.________. Dans un
exposé général, elle indique avoir rencontré l’intéressé en mars 2022. Ils ont
noué une relation, qui a évolué vers une cohabitation. A.________ avait promis
d’offrir un emploi à la recourante et il a pris en charge les dépenses communes
de leur entretien. Il a exercé un contrôle sur elle. Elle a découvert ses multiples
infidélités, y compris des relations avec des prostituées sans préservatif, et
qu’il menait une vie parallèle, cohabitant en même temps avec une autre femme.
C’est dans un contexte de peur et de précarité que A.________ a pu commettre
les infractions qui lui sont reprochées.

7.1.                  a) Le Ministère public a considéré
qu’il n’y avait pas eu ménage commun entre la recourante et le prévenu. Le
second se rendait régulièrement chez la première. Selon lui, c’était en juin
2022 que la relation s’était dégradée et qu’ils s’étaient séparés, lorsque la
recourante lui avait proposé d’emménager chez elle ; d’après la
recourante, le prévenu dormait presque tous les soirs chez elle, mais ils
parlaient régulièrement d’emménagement et la relation s’était détériorée en
juillet 2022, lorsqu’elle avait découvert qu’il fréquentait d’autres femmes. Le
couple s’était ainsi rencontré en mars 2022 et séparé durant l’été 2022. Leur
relation ne constituait pas une communauté domestique stable, assimilable au
mariage. Cela avait pour conséquence que certaines infractions qui ne se
poursuivaient que sur plainte, en particulier les coups et injures antérieurs
au 17 novembre 2022, ne pouvaient pas être poursuivies, la plainte ayant été
déposée le 17 février 2023.

                        b) Selon la recourante, le
prévenu n’a jamais nié qu’il y a eu ménage commun. Elle a demandé au Ministère
public d’enquêter pour le corroborer. Dans sa propre plainte, le prévenu a
admis qu’il payait le loyer ; un témoin a déclaré qu’il vivait chez la recourante
et qu’il payait tout. Une témoin, D.________, a dit que le prévenu avait cessé
de dormir chez lui depuis vers fin mars 2022, mais qu’il allait parfois chercher
des affaires, prendre une douche et « parfois dîner avec eux ».
Il y avait un projet de vie commune et on peut voir des conversations où A.________
parle de mariage à la recourante. La relation ne s’est pas terminée en juillet,
mais à la mi-novembre 2022. Par ailleurs, que la plainte ait été tardive était « en
grande partie imputable à la crainte de menaces ».

                        c) Pour certaines infractions,
comme par exemple les lésions corporelles simples, la poursuite a en principe
lieu sur plainte, mais l’infraction est notamment poursuivie d’office si
l’auteur est le partenaire hétérosexuel ou homosexuel de la victime, pour
autant qu’ils fassent ménage commun pour une durée indéterminée et que
l’atteinte ait été commise durant cette période ou dans l’année qui a suivi la
séparation (art. 123 ch. 2 CP). La loi vise une situation de concubinage qui crée
une communauté domestique assimilable au mariage ou au partenariat enregistré (Dupuis
et al., Petit commentaire CP, 2e éd., n. 23 ad art. 123).

                        d) En l’espèce, on ne peut pas
parler, pour le couple que formaient les parties, d’une communauté domestique
assimilable au mariage ou au partenariat enregistré. En effet, A.________ avait
une autre relation, avec D.________, depuis 2017 ; ils vivaient
ensemble à W.________ ; selon D.________, en mars 2022, l’intéressé lui
avait dit qu’il devait dormir temporairement chez des amis ou chez son patron,
pendant le déménagement vers un nouveau bureau, à Y.________ ; il
s’absentait donc régulièrement ; depuis lors, il passait quelques jours
chez lui, puis était absent quelques jours ; des fois, il passait
seulement pour se doucher et manger, puis repartait ; même pendant ses
absences, il restait toujours en contact, par téléphone et SMS ; le 20
août 2022, B.________ avait envoyé un message WhatsApp à D.________, lui disant
qu’elle-même était la petite amie de A.________ et se faisait du souci car elle
ne n’avait pas de nouvelles de lui (le message mentionnait que D.________ était
une colocataire de A.________) ; D.________ avait interrogé A.________,
qui avait prétendu n’avoir couché qu’une ou deux fois avec B.________ ;
elle avait fini par se rendre compte que ce n’était pas vrai et sa relation
avec l’intéressé s’était terminée en octobre 2022. Quant au témoin E.________,
ami assez proche de A.________, il a déclaré, en substance, que celui-ci et B.________
ne se voyaient pas tous les jours ; quand on lui a demandé s’ils étaient
en couple, il a répondu « Oui et non, il vivait plus ou moins
avec » ; comme A.________ était quelqu’un de très généreux, il
payait « plein de choses » à B.________, par exemple son
loyer, et lui laissait son téléphone et sa carte. Contrairement à ce que
soutient la recourante, des investigations ont ainsi été effectuées pour
déterminer ce qu’il en était. La description que la recourante a elle-même
faite dans sa plainte ne va pas non plus dans le sens d’une relation aussi
stable que ce que la loi exige, mais bien plutôt d’une cohabitation non
permanente, émaillée d’incidents et de ruptures plus ou moins passagères. Des
éléments recueillis, on ne peut pas déduire que la recourante et le prévenu
formaient une communauté assimilable à un mariage ou à un partenariat enregistré,
même si leur relation était sans doute réelle, s’ils passaient passablement de
temps ensemble et si A.________ assumait certaines des dépenses de la
recourante. Le classement était ainsi justifié pour les faits punissables sur
plainte uniquement et survenus antérieurement au 17 novembre 2023.

7.2.                  a) Pour les faits poursuivables sur
plainte et qui seraient survenus après le 17 novembre 2022 (lésions corporelles
simples, voies de fait, dommages à la propriété, injures, utilisation abusive
d’une installation de télécommunication), le Ministère public a retenu que les
versions des parties étaient contradictoires, que le prévenu contestait les
faits (ayant au surplus déposé lui-même plainte pour dénonciation calomnieuse),
qu’aucun moyen de preuve n’avait été déposé par la plaignante et que l’analyse
des téléphones des parties ne démontrait pas la commission des infractions.

                        b) Si on comprend bien, la
recourante expose qu’en parlant de complicité, elle faisait référence à
l’implication possible du prévenu dans l’enlèvement de ses enfants (il savait
où se trouvait la clé de chez elle, connaissait les horaires des enfants,
etc.). Dans sa plainte initiale, elle a expliqué que le prévenu avait insisté
pour qu’elle se prostitue parce qu’il devait faire des paiements, afin de ne
pas perdre son entreprise. Une fois, il l’avait enfermée dans son bureau, où il
l’avait prise à la gorge ; elle lui avait dit d’aller voir un médecin et
avait appelé de l’aide par la fenêtre. Plusieurs agressions étaient mentionnées
dans la plainte. Le prévenu était entré chez la recourante alors qu’elle avait
insisté sur le fait qu’elle ne voulait plus le voir.

                        c) Il est clair – et pas
contesté par la recourante – que les versions des parties sont contradictoires,
que A.________ conteste ce que la recourante lui reproche, qu’aucun témoin
entendu n’a pu confirmer ou infirmer les accusations de la recourante et que le
dossier ne contient pas de preuves matérielles des infractions dont il est
question. Il faut donc se demander s’il est possible d’accorder plus de
crédibilité aux déclarations de B.________ qu’à celles de A.________,
respectivement si une possibilité existe qu’un tribunal puisse envisager une
condamnation du second sur la base des déclarations de la première. Ce n’est
pas le cas. En effet, la plainte a été déposée, le 17 février 2023, à un moment
où, après avoir entretenu une relation depuis fin mars 2022, les parties
avaient mis fin à celle-ci ; la recourante avait découvert que le prévenu
lui était infidèle ; en juillet 2022, elle avait su qu’il fréquentait des
prostituées, puis en août 2022 qu’il avait en fait une relation stable avec une
autre femme, depuis cinq ans ; cela avait entraîné des scènes assez
violentes, apparemment de part et d’autre, mais la relation ne s’était pas
arrêtée immédiatement, les intéressés continuant à se voir plus ou moins
régulièrement ; en octobre 2022, les enfants de la recourante ont été pris
par l’ex-compagnon de la recourante, qui voulait les emmener ; cela a
entraîné une avalanche de procédures judiciaires ; la recourante se
pensait enceinte du prévenu (selon elle, test de grossesse positif le 23
novembre 2022, mais la grossesse n’est apparemment pas arrivée à plus de trois
mois) ; en novembre 2022, elle avait appris qu’il menait encore une autre
relation, depuis plusieurs années, en parallèle à celle qu’elle connaissait
déjà ; en décembre 2022, elle avait su qu’il se trouvait dans un hôtel à Z.________
et lui avait envoyé des messages (cf. plus haut) ; les relations avaient
ensuite été de plus en plus tendues ; une procédure civile avait opposé
les parties, A.________ demandant et obtenant que des mesures d’éloignement
soient imposées à B.________, pour qu’elle cesse de l’importuner ; le
premier avait déposé une plainte pénale contre la seconde, l’accusant d’une
multitude d’infractions, en décembre 2022 ; des litiges financiers opposaient
les intéressés. Dans un tel contexte, l’hypothèse d’une plainte pénale déposée
comme la vengeance d’une femme qui se sentait flouée ne peut pas être écartée.
On peut aussi être surpris que si le prévenu avait, depuis août 2022 déjà,
commis les actes que la recourante lui reprochait, elle n’ait pas déposé
plainte plus tôt, soit au moins depuis le moment où elle voyait que sa relation
avec l’intéressé n’avait pas d’avenir (même si elle peinait visiblement à se
résoudre à cette issue), soit au plus tard début décembre 2022. La plainte en
elle-même laisse transparaître une certaine absence de retenue, voire une
tendance à l’exagération et à l’aménagement des faits (par exemple : « un
cauchemar aux proportions stratosphériques » ; « il y a
des milliers de preuves que c’est le cas » ; « je peux
vous fournir les numéros de téléphone de plus de 100 femmes qui ont eu des
relations avec lui » ; « le tribunal m’a condamnée à
payer les frais, et m’a ordonné de payer son avocat, alors que la plainte est
totalement calomnieuse et très facile à prouver (sic). Il n’y a pas de plus
grande humiliation et insulte que de devoir payer l’avocat de l’homme qui a
enlevé mes enfants [NB : A.________ n’est pas poursuivi,
contrairement à d’autres, pour ce qui pourrait être un enlèvement] » ;
etc.). Un certain esprit de vengeance qui paraît avoir animé la recourante
ressort aussi de certains actes de celle-ci, comme par exemple quand elle a
transmis à D.________ des conversations qu’elle avait eues avec A.________, ce
qui ne pouvait viser qu’à mettre celui-ci dans l’embarras, même si elle a dit
avoir agi par solidarité avec une autre femme trompée. Dans ces conditions, le
renvoi de A.________ devant un tribunal ne pourrait aboutir qu’à son
acquittement, au moins au bénéfice du doute, même si on ne peut pas dire que la
crédibilité des déclarations du prévenu serait elle-même particulièrement
élevée. Un tribunal serait en effet confronté aux versions des deux intéressés
et ne pourrait, en fonction de celles-ci, pas considérer que la culpabilité du
prévenu serait établie au-delà de tout doute raisonnable. Une condamnation
n’apparaît ainsi pas suffisamment vraisemblable pour justifier la poursuite de
la procédure.

7.3.                  Pour les mêmes raisons, le
classement se justifie s’agissant d’éventuelles infractions d’appropriation
illégitime et de séquestration.

7.4.                  a) Le Ministère public a classé la
procédure pour les infractions de viol, contrainte sexuelle et abus de la
détresse que la recourante reprochait au prévenu. Il a retenu que la plaignante
indiquait avoir subi des actes sexuels de manière non consentie, mais, pour
certains actes, elle ne décrivait pas de menaces, de violences, de pressions
psychiques, de mises hors d’état de résister ou d’abus de détresse survenus au
préalable. On ne pouvait donc pas retenir une contrainte. S’agissant d’actes
subis en raison de violences, de la menace faite à la plaignante de lui prendre
ses enfants ou commis en profitant de la détresse, les versions des parties
étaient contradictoires, les actes étaient contestés par le prévenu (celui-ci
ayant d’ailleurs déposé plainte pour dénonciation calomnieuse) et aucun moyen
de preuve figurant au dossier ne permettait de démontrer une contrainte en
matière sexuelle.

                        b) La recourante soutient que
sa plainte « contient une description assez précise, y compris une
proposition de témoins ». Elle a « un rapport d’expert qui
prouve les faits, ainsi qu’un rapport de l’hôpital de V.________ de l’unité
pour les victimes de violences sexuelles ». Elle n’a été entendue
qu’une seule fois par la police, « sans que [s]on témoignage soit
enregistré pour éviter une nouvelle victimisation ». Elle avait pensé « qu’il
y avait encore beaucoup de chemin à parcourir pour [qu’elle] puisse être
entendue, afin de pouvoir rapporter plus en détail ces événements ».
Le Ministère public n’a pas effectué une enquête approfondie, ni appliqué le
principe in dubio pro duriore.

                        c) On ne voit pas à quel « rapport
d’expert », ni à quel « rapport de l’hôpital de V.________ »
la recourante fait allusion. Dans les observations que sa mandataire avait
adressées à la procureure le 15 janvier 2024, elle se référait, s’agissant des
infractions aux article 189 et 190 CP, à un constat médical établi le 29
novembre 2022 à l’hôpital de Y.________, où la recourante s’était rendue six
jours plus tôt en vue d’une plainte à déposer « pour coups et
blessures » ; la patiente avait alors notamment expliqué qu’elle avait
« été obligée d’avoir des relations sexuelles non consenties avec une
femme (sic) », « avoir eu des relations sexuelles non
consenties mais datant pour le plus récent de la semaine précédente »
et qu’un test de grossesse aurait été positif ; aucune constatation n’a
été faite, qui pourrait renforcer la thèse d’abus sexuels commis par le prévenu.
La mandataire évoquait aussi des « propos ressortant de l’échange de
messages », sans autres précisions, mais on ne voit pas au dossier de
messages qui pourraient constituer des indices d’abus de la part du prévenu. Au
cours de l’instruction, la recourante a pu s’exprimer librement dans sa
plainte ; elle a ensuite été entendue en qualité de plaignante, l’audition
ayant en particulier porté sur les violences sexuelles qu’elle alléguait ;
on ne voit pas ce qu’une audition supplémentaire aurait pu apporter ; la
mandataire de la recourante n’a d’ailleurs pas demandé une telle audition, au
moment de se déterminer après l’avis de prochaine clôture. Par ailleurs, il
faut se référer à ce qui a été dit plus haut au sujet de la crédibilité des
parties. En ce qui concerne plus spécifiquement les violences sexuelles, on
doit constater aussi que la description des faits que l’on trouve dans la
plainte ne correspond que partiellement à ce que B.________ a déclaré
lorsqu’elle a été entendue par la police, en qualité de plaignante. Dans ces
conditions, un renvoi du prévenu devant un tribunal ne pourrait aboutir qu’à
son acquittement, au moins au bénéfice du doute. Le classement se justifiait et
le recours est donc mal fondé sur ce point.

7.5.                  a) Enfin, en rapport avec une
éventuelle dénonciation calomnieuse, le Ministère public a relevé qu’il n’avait
pas pu déterminer, pour chacune des deux parties, si certaines des infractions
avaient été commises. La fin de la relation des parties avait été mauvaise et
compliquée ; chacune des parties avait, à un moment donné, tenté sans
succès de reconquérir l’autre. Sur le plan subjectif, on ne pouvait pas retenir
que A.________ aurait, avec conscience et volonté, dénoncé faussement B.________.

                        b) La recourante soutient que
l’infraction est démontrée, « en prouvant qu’il [le prévenu] [l]’a[vait]
effectivement menacée pendant des mois de le faire », ce qui
constituait un moyen coercitif. Les versions du prévenu sont contradictoires,
ne sont étayées par aucun témoin et ne sont pas fondées. Si les enquêtes que la
recourante avait proposées avaient été menées, les faits auraient été
clarifiés.

                        c) De la même manière que le
Ministère public a considéré à juste titre qu’il ne pouvait être établi que B.________
aurait commis une dénonciation calomnieuse au préjudice de A.________, même si
un classement était prononcé pour certains des infractions dont elle l’avait
accusé (classement que A.________ ne conteste pas par la voie du recours), il
faut retenir que le prévenu ne s’est pas non plus rendu coupable de cette
infraction, ou en tout cas qu’aucun tribunal ne pourrait arriver à la
conclusion que cela serait le cas. Comme on l’a vu, les parties s’affrontent
dans le contexte d’une relation qui a duré quelques mois, a été émaillée de
divers incidents causés notamment par les infidélités de l’un et le caractère
apparemment impétueux de l’autre et s’est terminée difficilement, avec
notamment à la clé une procédure civile initiée par A.________ pour
l’éloignement de la recourante. Les deux intéressés ont sans doute exagéré les
problèmes qu’ils ont connus pendant leur relation. Ils ont déposé des plaintes
pour des faits qu’il était en partie difficile de prouver, comme il serait à
peu près impossible de prouver qu’ils ne s’étaient pas produits. Dans ces
conditions, poursuivre A.________ pour dénonciation calomnieuse ne se justifie
pas et il n’y a rien à redire au classement prononcé.

7.6.                  Aucune des preuves proposées par la
recourante dans sa plainte, plus tard dans la procédure ou encore dans son
mémoire de recours ne peut changer quelque chose à ce qui précède. Il n’y avait
donc pas lieu à administration d’autres preuves.

8.                           
Il résulte de ce qui
précède que les recours doivent être rejetés, aux frais des recourants. L’assistance
judiciaire ne peut pas être accordée à B.________ pour la procédure de recours,
faute de chances de succès et à défaut d’une nouvelle demande accompagnée de
justificatifs (art. 136 al. 3 CPP), sans parler encore de l’éventuelle
inutilité de l’intervention d’un mandataire professionnel, la recourante ayant
pu elle-même rédiger un mémoire de recours qui permettait de comprendre ce
qu’elle demandait. La même n’a pas droit à une indemnité de dépens, car elle
n’obtient pas gain de cause avec son recours et n’a pas été appelée à se
déterminer sur celui de A.________. Ce dernier n’a pas non plus droit à une
indemnité en rapport avec son propre recours, puisque celui-ci doit être
rejeté ; il a par contre droit à une indemnité de dépens du fait qu’il a
été appelé à se déterminer sur le recours de B.________ et obtient gain de
cause à cet égard ; il réclame 600 francs ; c’est trop, au vu des
observations déposées, qui sont en partie hors sujet et, pour le surplus, se
limitent à quelques considérations assez générales ; l’indemnité sera
fixée à 300 francs et mise à la charge de B.________, puisque c’est elle qui a
initié la procédure de recours en question.

Par ces motifs,

L'AuTORITé DE RECOURS EN MATIèRE PéNALE

1.    Ordonne la
jonction des causes ARMP.2024.12 et ARMP.2024.15.

2.    Rejette la
demande de restitution de délai formulée par B.________.

3.    Rejette les
recours et confirme la décision entreprise.

4.    Dit que B.________
n’a pas droit à l’assistance judiciaire pour la procédure de recours.

5.    Met les frais de
la procédure de recours, arrêtés à 1’600 francs, pour 800 francs à la charge de
A.________, qui les a avancés, et 800 francs à la charge de B.________.

6.    Alloue à Me F.________,
pour la procédure de recours, une indemnité de 300 francs, à la charge de B.________.

7.    Notifie le
présent arrêt à A.________, par Me F.________, à B.________ et au Ministère
public, à La Chaux-de-Fonds (MP.2022.6725).

Neuchâtel, le 29
avril 2024