Citation: 4A_81/2018 E. 5.3

5.3. On trouve, dans des affaires où la banque a exécuté les instructions de tiers non autorisés agissant dans un but frauduleux, la mention selon laquelle la banque doit prouver l'exécution régulière du contrat (ATF 111 II 263 consid. 1b; arrêt 4C.253/1991 du 14 février 1992 consid. 2 in fine), c'est-à-dire établir les faits permettant de déduire une telle conclusion juridique. Il s'agit d'une application du principe selon lequel le créancier/demandeur doit prouver l'existence de sa prétention contractuelle, tandis que le débiteur/défendeur doit établir qu'il a exécuté correctement son obligation et éteint de ce fait la créance (arrêt 4A_625/2015 du 29 juin 2016 consid. 5.1; ATF 125 III 78 consid. 3b). En l'occurrence, la cliente agit en restitution de fonds confiés à la banque, qui oppose une créance en remboursement des frais encourus pour l'exécution régulière de son mandat, soit l'exécution des deux ordres de transfert reçus en décembre 2013. S'il est avéré que la banque a agi sur la base d'ordres transmis et vérifiés conformément aux modalités convenues, il incombe bel et bien à la cliente de prouver qu'un tiers a usurpé d'une manière ou d'une autre son identité ou le moyen de télécommunication utilisé. Si cette preuve est rapportée, et seulement dans cette hypothèse, doivent être examinées les questions de savoir qui supporte le risque du défaut d'identification de la supercherie, respectivement si la banque a manqué à un devoir de vérification accru (cf. supra consid. 3 in fine), qui serait né de circonstances propres à susciter des soupçons. La Cour de justice n'a donc pas méconnu l'art. 8 CC en considérant que la cliente devait apporter la preuve d'une fraude d'un tiers malveillant, du moment qu'il était avéré que la banque avait agi sur la base d'instructions en se conformant aux modalités convenues (sur ce point, cf. consid. 6 infra). Concernant le degré de preuve requis, la cour cantonale a considéré qu'il fallait s'en tenir à la preuve stricte, en ajoutant ensuite que même sous l'angle d'une vraisemblance prépondérante, la fraude ne serait pas établie. La recourante n'a formulé aucune critique quant à l'exigence d'une preuve stricte. Il faut donc s'en tenir à celle-ci (cf. consid. 2.1 supra).