Citation: 6B_1045/2021 E. 2.2

2.2. Alors que le Tribunal de police avait acquis la conviction que l'intimé avait bien commis les actes qui lui étaient reprochés, les juges cantonaux se sont écartés de cette appréciation. Pour ce faire, ils ont relevé qu'ils comprenaient mal l'explication de la recourante dans le courrier du 12 avril 2019 demandant la réouverture de l'enquête. A sa lecture, on pouvait selon eux imaginer que la recourante ne savait pas, lors de la première enquête, que sa soeur avait vu les faits parce qu'elle-même ne l'avait pas vue. Or cela n'était pas compatible avec les déclarations faites par la soeur dans sa déposition. En effet, il en ressortait que celle-ci était assise par terre devant le canapé sur lequel se trouvait la recourante; les deux filles regardaient la télévision, C.A.________ étant de biais. Aussi la recourante savait-elle parfaitement que sa soeur était à un mètre d'elle. Par ailleurs, une condamnation impliquerait d'admettre que l'intimé avait sciemment commis des actes de nature sexuelle sous les yeux d'un potentiel témoin, que lors du dévoilement, la recourante avait oublié la présence de sa soeur et que lorsque l'affaire avait été dénoncée la première fois, les deux soeurs n'en avaient pas parlé. Toujours selon les juges cantonaux, on ne pouvait par ailleurs pas suivre le premier juge lorsqu'il retenait que C.A.________ ne paraissait pas avoir de litige particulier avec l'intimé, ni d'intérêt à le charger. A la lecture des déclarations de la jeune femme, force était de retenir que leur relation était tout sauf harmonieuse, l'intéressée entretenant à l'évidence un fort ressentiment contre ce dernier, tout comme la recourante. Le climat familial délétère était d'ailleurs confirmé par la recourante elle-même qui avait expliqué, à l'audience d'appel, qu'elle ne supportait plus la situation au point qu'elle avait choisi de quitter le domicile familial pour vivre dans un foyer. Les juges cantonaux ont également relevé l'absence de toute mention des attouchements dénoncés dans le journal intime de la recourante et le fait que les déclarations des deux soeurs divergeaient sur la description des faits (une ou deux mains dans la culotte) et sur le moment où la recourante avait été informée par sa soeur du fait que celle-ci avait vu les faits (fin 2010-2011 ou 2015). En outre, les enquêteurs de la Brigade des moeurs, pourtant rompus à l'exercice d'enquêter dans des affaires "parole contre parole", étaient parvenus à la conclusion qu'en l'absence de témoin objectif des faits dénoncés, il n'était pas possible de privilégier l'une ou l'autre version. Quant à la mère de la recourante, elle avait exprimé des doutes sur le bien-fondé des accusations et n'avait constaté aucune modification dans le comportement de sa fille après les événements dénoncés, étant rappelé que celle-ci était suivie pour des troubles psychiques depuis sa tendre enfance. Il était également possible que la jeune fille eût connaissance de l'expérience de sa tante qui avait accusé à tort son père de lui avoir "mis un doigt" alors qu'elle était âgée de 13 ans. Enfin, les juges cantonaux ont relevé que l'intimé avait constamment nié les faits dont il était accusé et qu'on ne pouvait pas lui reprocher quelques imprécisions (notamment s'il avait ou non passé la nuit à U.________ ou bu de l'alcool ce jour-là) à propos d'une journée où il ne s'était selon lui rien passé de spécial, surtout après tant d'années.