Citation: 4A_81/2018 E. 6

6. Erreurs de transmission Dès lors que la Banque a agi avec la diligence requise, tout dommage lié à l'utilisation des services postaux, ou de ceux des services de courrier, de l'utilisation du téléphone, du téléfax, d'autres moyens de transmission (par exemple le courrier électronique), et causé notamment par des retards, pertes, erreurs, malentendus, double expédition, etc...., est à la charge du titulaire du compte. [...]» A.e. Entre le début des relations bancaires en 2005 et le 31 décembre 2013, les deux sociétés ont procédé à des transactions entrantes et sortantes pour un montant de quelque 1'355'462'000 francs suisses. 107 transactions ont été inscrites au débit des comptes de B.________ SA et 793 au débit de ceux de A.________ SA. Les transactions ordonnées par les deux sociétés ont à plusieurs reprises porté sur des montants supérieurs à un million de dollars. Au cours des dernières années, les comptes se sont trouvés vides à plusieurs reprises. Les transactions étaient réalisées avec des tierces parties situées en Angola, en Autriche, en Belgique, à Chypre, à Dubaï, à Hong Kong, en Israël, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Russie et en Suisse. Les ordres de transfert électroniques avaient par ailleurs les caractéristiques suivantes: - différentes adresses électroniques étaient utilisées par les représentants des deux sociétés dans le cadre de leurs communications avec la banque. Lorsque D.________ adressait des ordres de transfert à la banque, il utilisait l'adresse électronique D.________@...ru. Son adresse @gmail.com a aussi régulièrement été utilisée pour les communications électroniques des deux sociétés avec la banque; - A.________ SA et B.________ SA faisaient généralement parvenir à la banque des versions numérisées d'ordres de transfert signés, en annexe à leurs courriers électroniques. Toutefois, certains n'étaient pas signés; - les ordres de paiement adressés à la banque par courrier électronique étaient généralement confirmés par fax, sans que cela soit systématiquement le cas; - les instructions de transfert signées par D.________ comprenaient habituellement les éléments suivants:  le sujet de l'ordre de transfert portait la mention «Re: »;  l'ordre était rédigé comme suit: « In accordance with [la cause du paiement] we hereby instruct you to transfer the amount of [monnaie du paiement en abrégé] [montant à transférer] with value [date d'exécution] from our account # [n° du compte ou n° de la relation bancaire] to the account of [nom du bénéficiaire] with the following bank details [...]»; - certains ordres faisaient parfois l'objet de différences de vocabulaire et de mise en page. Ainsi, la banque du bénéficiaire était parfois désignée par les mentions « Bank », « Account with », ou « Bank of the beneficiary »; - à plusieurs reprises, D.________ a ordonné dans le même courrier électronique des transferts visant tant A.________ SA que B.________ SA; - à quelques reprises, peu fréquentes, des ordres ont été donnés sur le papier à en-tête de B.________ SA pour A.________ SA, ou vice-versa. A.f. Le 17 décembre 2013, les deux collaborateurs bancaires X.________ et Y.________ ont reçu un courrier électronique émanant de l'adresse @gmail.com, qui exigeait d'effectuer un transfert de 600'000 USD. A la fin du courriel figuraient les mentions suivantes: «D.________, C.________, [...] D.________@...ru [...]». En annexe au message électronique figuraient les instructions suivantes, rédigées sur le papier à en-tête de B.________ SA: « Please transfer USD 600,000 [...] from out [recte: our] account # (n° de portefeuille de A.________ SA, réd.) to M.________ with the following bank details: Company Name: M.________ Company Add: [...] SEOUL, (...) Rep. of KOREA Account No: [...] Bank name [...]: [...] [...] Swift code: [...] [...] Yours sincerely, [signature] D.________ [tampon de B.________ SA] Managing Director » La signature de l'ordre susvisé correspondait au spécimen connu de la banque. Certaines parties de cet ordre étaient rédigées dans une police différente de celle habituellement utilisée par D.________. Suite à une interpellation de Y.________, il lui a été répondu par l'adresse @gmail.com que le paiement était destiné à l'achat d'actions et une facture non signée établie par M.________ Ltd à l'attention de B.________ SA a été jointe en annexe. Y.________ s'est fait confirmer qu'il s'agissait bien d'acheter des participations dans la société destinataire du paiement. Toujours ce 17 décembre 2013, l'employé précité a confirmé que le paiement avait été effectué, en joignant un avis de débit du compte de A.________ SA. A.g. Le 20 décembre 2013, le prénommé et X.________ ont reçu un nouvel ordre de transfert de 900'000 USD émanant de l'adresse électronique @gmail.com. En annexe figuraient les instructions suivantes, établies sur le papier à en-tête de B.________ SA: « This will stand as authorization to transfer USD 900,000 [...] from our account # to M.________ with the following bank details: Company Name: M.________ Company Add: [...] SEOUL, [...] Rep. of KOREA Account No: [...] Bank name [...]: [...] Bank Add: Swift code: [...] [...] [signature] [tampon de A.________ SA] Managing Director A.________ SA » La signature de l'ordre correspondait au spécimen de signature de D.________ connu de la banque, reproduit électroniquement. Certaines parties du courriel précité étaient rédigées dans une police différente de celle habituellement utilisée par le prénommé. Etait également annexée une facture non signée établie par M.________ Ltd à l'attention de B.________ SA, mentionnant l'achat d'actions pour un montant total de 900'000 USD. Y.________ a fait remarquer que les instructions mentionnaient B.________ SA tandis que le numéro de compte était celui de A.________ SA. Il lui a été répondu, toujours par l'adresse @gmail.com, qu'il fallait débiter le compte de A.________ SA. L'ordre a été exécuté le 20 décembre 2013 et inscrit au débit du compte de A.________ SA. A.h. Le 24 décembre 2013, D.________ a téléphoné à Y.________ en indiquant qu'il venait d'apprendre via les accès e-banking l'existence d'un transfert au sujet duquel il sollicitait des informations. Aucune connexion par l' e-banking aux comptes des deux sociétés n'a eu lieu après le 4 décembre 2013. Le collaborateur précité lui a indiqué que le premier paiement faisait suite à un ordre de transfert de sa part et qu'un second transfert pour un montant de 900'000 USD était intervenu. Il a envoyé à l'adresse D.________@...ru les courriels qu'il avait reçus de l'adresse @gmail.com concernant les deux ordres de transfert. D.________ a contesté en être l'auteur, affirmant que son adresse électronique avait été piratée. Par courriel du 27 décembre 2013, D.________ a exigé de la banque qu'elle crédite le compte de A.________ SA des montants de 600'000 USD et 900'000 USD. La banque a conseillé à A.________ SA de contacter les autorités de police compétentes. A.________ SA a encore exigé par courrier du 6 janvier 2014 que la banque restitue les 1'500'000 USD transférés indûment. A.i. La banque a saisi les autorités pénales coréennes. Sur la suggestion de son conseil en Corée du Sud, la banque a demandé le 10 janvier 2014 à A.________ SA de lui remettre une déclaration notariée dans laquelle elle devait certifier ne pas avoir demandé les transferts litigieux et n'avoir aucun motif de le faire vu l'absence de relation avec la titulaire du compte récipiendaire en Corée. Le document devait également comprendre une déclaration de dépôt de plainte pénale. Relancée par la banque, A.________ SA a fourni une déclaration non notariée qui ne mentionnait pas l'absence de toute relation avec la récipiendaire des fonds, ni ne confirmait le dépôt d'une plainte pénale. Le 3 février 2014, la banque a invité A.________ SA à faire confirmer par les autorités suisses que les transferts étaient intervenus à la suite d'un piratage, ou du moins sans l'accord du titulaire du compte, et à confirmer l'absence de lien avec la titulaire du compte récipiendaire en Corée. A.________ SA n'a pas donné suite. A.j. Le 17 mars 2014, la banque a déposé une plainte pénale contre inconnu auprès du Ministère public genevois. La procédure a été classée sans suite, faute d'éléments de prévention suffisants. A.k. Le 7 avril 2014, le conseil coréen de la banque a écrit à celle-ci que de son point de vue, la possibilité que l'associé ou l'affilié de A.________ SA soit impliqué dans le crime ne pouvait être exclue. Dans un tel cas, la police coréenne adoptait généralement une approche prudente et discrète dans son enquête et évitait de divulguer trop d'informations concernant le processus d'investigation (traduction libre de la version originale en anglais, réd.). Les autorités coréennes ont fait bloquer des comptes auprès de la banque destinataire des fonds versés et ont délivré un mandat d'arrêt à l'encontre d'un dénommé.... La banque n'a toutefois pas obtenu la restitution des fonds versés lors des transferts litigieux. A.l. A.________ SA a fait notifier deux commandements de payer à la banque, correspondant à la contre-valeur de 600'000 USD et 900'000 USD. La banque a fait opposition.