Citation: 5A_910/2021 E. 6.1

6.1. La cour cantonale a, en substance, retenu que l'expert judiciaire avait confirmé l'existence chez la défunte d'un trouble délirant persistant avec des idées de persécution et de grandeur, sans phénomène hallucinatoire, depuis à tout le moins 1968, date de sa première hospitalisation documentée. Cet état de déséquilibre mental se manifestait selon un cycle répétitif, en ce sens qu'il devenait plus aigu par périodes et nécessitait alors une hospitalisation, puis il s'atténuait, sans toutefois jamais disparaître totalement. Ce constat était corroboré aussi bien par le parcours de vie de la de cujus que par les différents rapports médicaux la concernant et les témoignages recueillis. S'agissant de l'impact de cette pathologie sur la capacité de discernement de la testatrice, la cour cantonale a relevé que, s'il était évident que celle-ci perdait tous ses moyens et toute capacité d'agir raisonnablement lors des phases aiguës de décompensation, au point d'adopter des comportements délirants et confusionnels alarmants susceptibles de la mettre en danger, la situation était plus délicate en ce qui concernait les périodes d'atténuation ou de stabilisation. La de cujus avait vécu, en dehors des hospitalisations, de manière autonome, faisant elle-même ses courses, conduisant sa voiture et accomplissant tous les gestes du quotidien. Cela étant, sa capacité à se gérer elle-même au quotidien n'excluait pas une altération de ses capacités intellectuelles. Le rapport d'expertise judiciaire précisait à cet égard que le trouble dont souffrait la défunte altérait de façon constante sa perception de la réalité par un mécanisme interprétatif, avec des idées de persécution centrées principalement sur la personne de son ex-mari, y compris après le décès de celui-ci, ainsi que sur différents persécuteurs présumés. Ces conclusions étaient corroborées par de nombreux éléments de la procédure. L'attitude adoptée par la testatrice s'inscrivait ainsi dans un contexte pathologique altérant sa perception quant aux intentions des tiers, puisqu'elle craignait, dans sa logique, que ceux-ci soient des profiteurs ou abuseurs qui en voulaient à ses biens ou à son argent. Il convenait encore de relever que ses idées interprétatives se manifestaient essentiellement autour des questions liées à l'argent, étant elle-même envahie par la crainte d'en manquer. L'intensité de ce trouble était certes variable, mais il affectait néanmoins de manière continue sa perception de la réalité et, en conséquence, sa capacité à se déterminer et à agir raisonnablement, en particulier en relation avec la gestion de ses biens et son argent. Il y avait donc lieu de retenir que la pathologie dont souffrait la disposante altérait ses facultés d'esprit. Au moment de la rédaction de ses premières dispositions testamentaires, au mois de juillet 1999, la de cujus était sous l'emprise de son trouble délirant depuis plusieurs années. La rédaction des dispositions litigieuses se situait quelques mois avant son admission à l'hôpital G.________ en raison d'une nouvelle crise de délire, laquelle revêtait une certaine gravité. Selon l'expert judiciaire, le processus de décompensation était progressif, s'étant déroulé sur plusieurs mois et était déjà amorcé en juillet 1999, de sorte que la testatrice se trouvait à cette période en phase de rupture psychique en cours d'aggravation. Par ailleurs, selon les éléments du dossier, la disposante n'était à cette période ni suivie ni médicamentée. Elle se trouvait ainsi, au moment de tester, dans un état de fragilité lié à ses troubles psychiques. Quant aux dispositions prises en 2005, la défunte était sous tutelle depuis plus d'une année après qu'une expertise médicale avait constaté qu'elle était incapable de gérer ses affaires en raison de son trouble psychique. Au vu de ces éléments, la testatrice devait être présumée incapable de discernement au moment de la rédaction des dispositions litigieuses. Le recourant n'avait pour sa part pas démontré l'existence d'indices d'un intervalle de lucidité durant les périodes de rédaction des dispositions litigieuses.