Citation: 8C_591/2022 E. 4.3

4.3. A juste titre, la cour cantonale n'a pas écarté d'emblée le rapport du docteur J.________ du 6 février 2022 bien qu'il soit postérieur à la décision sur opposition litigieuse du 16 mars 2021. En tant que le médecin précité y a posé le diagnostic d'une re-déchirure du tendon du sus-épineux dont il a fait remonter l'origine au 18 juin 2018 à la suite d'un port de charges excessives, ce rapport doit être pris en considération dans la présente procédure au vu de la jurisprudence citée ci-dessus (cf. consid. 3.3 supra). Cela étant, il y a lieu d'admettre avec le recourant que la cour cantonale a jugé à tort que les considérations émises, dont elle n'a fait qu'une lecture partielle, n'amenaient rien qui remettait en question l'appréciation médicale du cas par l'intimée. Alors que, selon le docteur E.________, la rechute annoncée en juin 2018 a consisté en une (simple) récidive douloureuse des suites de l'intervention du 14 novembre 2017 suivie d'une stabilisation de l'état de santé du recourant au 1er février 2020, le docteur J.________ apporte dans son rapport du 6 février 2022 un tout autre éclairage sur la situation médicale du recourant. Il retient la survenue, le 18 juin 2018, d'une nouvelle lésion au tendon opéré dont l'évolution vers une aggravation au fil du temps a justifié l'indication de la seconde intervention du 29 octobre 2021. Les éléments qu'il a mis en exergue sont l'inadéquation des recommandations du médecin de la CNA s'agissant du port de charges par rapport à l'état post-opération du recourant et aux indications du premier chirurgien opérateur (le docteur C.________), le soulèvement par le recourant d'un poids excessif lors de la reprise de l'activité habituelle, l'examen IRM réalisé quelques jours après montrant une anomalie évocatrice d'une fissure profonde, la cohérence de l'imagerie ultérieure avec une rupture d'abord partielle puis transfixiante du tendon du sus-épineux et la médiocre évolution clinique tout au long de la période considérée. Or cette appréciation rétrospective de l'état de santé du recourant - dont on peut inférer qu'au moment de la décision sur opposition litigieuse, l'atteinte initiale n'était ni guérie ni stabilisée en raison de l'aggravation progressive d'une nouvelle lésion au même tendon - est de nature à faire naître un doute sur la fiabilité de l'avis final du docteur E.________ (du 16 février 2021) dans lequel celui-ci a confirmé que l'état du recourant était stabilisé. Tout d'abord, les examens radiologiques effectués depuis la rechute ne permettent pas d'écarter l'éventualité d'une nouvelle lésion. Sur la base de l'IRM réalisé le 10 juillet 2018, le docteur C.________ a seulement écarté l'hypothèse d'une rupture transfixiante. En connaissance de l'arthro-IRM/CT du 10 juillet 2020 montrant une fissure traumatique sur 2 cm, le docteur E.________ a certes nié l'existence d'une nouvelle atteinte, mais sans motiver davantage son avis. Quant au docteur I.________, il a soulevé la question d'une nouvelle atteinte mais sans y répondre. En définitive, aucun des médecins dont l'appréciation a servi à fonder la décision de l'intimée ne s'est exprimé sur les éléments avancés par le docteur J.________. Ensuite, le fait que le recourant a été opéré en octobre 2021 pour une révision et suture du tendon du sus-épineux tend à renforcer l'appréciation émise par le docteur J.________ que l'état de recourant n'était pas stabilisé.