Citation: 4C.59/2002 18.06.2002 E. 3

3.- a) En droit suisse, la reconnaissance de dette abstraite a pour objet une obligation causale (cf. art. 17 CO; ATF 105 II 183 consid. 4a p. 187; 119 II 452 consid. 1d p. 455). C'est dire que le débiteur peut toujours se prévaloir de l'inexistence de la dette et soulever toutes les exceptions fondées sur le rapport juridique à la base de la reconnaissance. Le seul effet de la reconnaissance de dette abstraite est de renverser le fardeau de la preuve: il n'appartient pas au créancier de prouver la cause de sa créance, mais bien au débiteur qui conteste sa dette d'établir la cause de l'obligation et de démontrer que cette cause n'est pas valable ou ne peut plus être invoquée (ATF 105 II 183 consid. 4a p. 187). Le débiteur peut également soulever des exceptions relatives à la reconnaissance de dette elle-même (Schmidlin, Commentaire bernois, n. 52 ad art. 17 CO), en particulier quant à l'authenticité du titre (Jäggi, Commentaire zurichois, n. 20 ad art. 17 CO, p. 600). Conformément à ces principes, dès lors que le demandeur avait versé au dossier une reconnaissance de dette, c'est à la défenderesse qu'il incombait de justifier son refus de payer la somme mentionnée dans ce titre en établissant soit qu'il s'agissait d'un faux, soit que l'obligation souscrite par elle était inexistante ou inexigible. Aussi les juges d'appel n'ont-ils pas violé le droit fédéral en faisant supporter à la défenderesse l'échec de la preuve à cet égard. Ils l'ont fait après avoir apprécié les preuves dont ils disposaient. Cette appréciation échappe à la connaissance de la juridiction fédérale de réforme et il a été constaté, dans l'arrêt sur le recours de droit public, qu'elle résistait au grief d'arbitraire. b) La défenderesse souligne enfin que, dans son arrêt 4P.203/2000 du 27 mars 2001, le Tribunal fédéral "a confirmé la justesse de la théorie de Yung". Selon cet auteur (La théorie de l'obligation abstraite et la reconnaissance de dette non causée en droit suisse, Genève 1930, p. 149 ss), la tâche du débiteur quant à la preuve du défaut de la cause de la reconnaissance de dette est facilitée, lorsque le créancier adopte une attitude équivoque au mépris de la bonne foi. Si le créancier a le droit de garder le mutisme sur la cause de sa prétention au moment où il la fait valoir, il n'a plus ce droit lorsque le débiteur a dévoilé la cause. Le créancier doit alors approuver ou contester les allégations du débiteur. Si le créancier reconnaît que la cause indiquée par le débiteur est juste, celui-ci est dispensé de la prouver autrement. Si le créancier prétend au contraire que l'obligation a une autre cause, il doit indiquer laquelle. Il ne peut se cantonner dans l'expectative absolue que s'il rend vraisemblable qu'il ignore la cause. A suivre la défenderesse, le demandeur aurait adopté une attitude équivoque, contraire à la bonne foi, propre à la faire bénéficier d'une preuve facilitée, tandis que la cour cantonale lui avait imposé une contre-preuve stricte, violant ainsi le droit fédéral.