Citation: 5A_174/2022 E. 4.3

4.3. En premier lieu, il convient de constater que la Chambre des curatelles n'a pas clairement nié l'existence de capacités éducatives suffisantes chez la mère puisqu'elle s'est contentée d'affirmer que les éléments mis en exergue dans son arrêt mettaient en doute dites capacités éducatives. A cet égard, elle fait état de courriels de la mère au père laissant craindre que celle-ci n'exerce sur l'enfant des pressions psychologiques tendant à altérer son rapport à la réalité et sa relation à son père et à sa famille paternelle. Un grave conflit de loyauté ne pouvait selon elle être exclu. Or la Chambre des curatelles ne précise pas la teneur des courriels qui l'ont amenée à une telle conclusion et l'existence d'un conflit de loyauté n'a jamais été constatée dans une expertise. Le Dr E.________ a certes estimé, dans une expertise pédopsychiatrique qui remonte désormais à quatre ans, que les capacités éducatives de la mère étaient restreintes. Il avait toutefois posé ce constat en raison de la "forte probable présence d'un trouble psychotique et schizophréniforme" chez cette dernière. Or ce "diagnostic" a été infirmé par les deux spécialistes en psychiatrie et psychothérapie chargé ensuite de procéder à l'expertise de la recourante qui ont indiqué que leur évaluation ne mettait pas en évidence de pathologie mentale constituée au sens de la CIM-10 chez cette dernière. Quant au curateur H.________, il a soutenu, lors de l'audience du 15 mars 2021, ne pas avoir d'inquiétude particulière s'agissant des compétences parentales respectives des parents si ce n'est qu'aucun des deux ne reconnaissait celles de l'autre. La Chambre des curatelles a certes également repris sans plus ample examen le constat de la DGEJ selon lequel la recourante ne percevait pas les besoins de son fils qui se retrouvait ainsi au "niveau 3 «maltraitance» de la mise en danger et de l'exposition aux violences domestiques". Si l'on comprend que la Chambre des curatelles se réfère au Guide de référence pour l'appréciation et l'évaluation du danger encouru par l'enfant et des compétences parentales établi par le SPJ, elle ne motive toutefois aucunement en quoi ledit niveau 3 devrait être retenu s'agissant de l'enfant des parties. Faute de motivation sur ce point, on ne peut en déduire que la recourante serait dépourvue de compétences parentales. Il suit de ce qui précède que la Chambre des curatelles n'apparaît pas avoir clairement nié l'existence de capacités éducatives chez la recourante et, qu'en l'état, aucun élément ne permet de retenir qu'elle en serait privée. Partant, la Chambre des curatelles devait examiner les critères d'attribution de la garde, ce qu'elle a d'ailleurs fait en partie, illustrant ce faisant que la condition de l'existence de capacités parentales chez les deux parents était selon elle donnée. S'agissant desdits critères d'attribution, la Chambre des curatelles s'est concentrée sur le critère de la capacité à collaborer avec l'autre parent dont elle a nié l'existence chez la recourante. A cet égard, il est vrai que les critères d'appréciation pertinents pour décider de l'attribution de la garde sont interdépendants, que leur importance varie en fonction du cas d'espèce et que certains voire l'un ou l'autre des critères d'appréciation peuvent en conséquence justifier l'attribution de la garde exclusive à l'un des parents sans qu'il soit toujours nécessaire d'examiner l'ensemble des critères (cf. arrêt 5A_932/2021 du 22 avril 2022 consid. 3.3). Cela étant, en l'espèce, compte tenu du fait que l'enfant était âgé de sept ans au moment de la reddition de l'arrêt querellé et qu'il a vécu exclusivement avec sa mère à l'exception de sa première année de vie, il apparaît nécessaire de s'interroger également sur le critère de la stabilité et sur le ressenti de l'enfant, lequel devra, compte tenu du fait que son père vit dans un autre canton, changer d'école et se constituer un nouveau cercle d'amis dans l'hypothèse de l'attribution de la garde au père. Or la Chambre des curatelles n'a examiné ni la question de la distance géographique entre les domiciles des parents, ni celle de l'attachement de l'enfant à son cercle social. Elle n'a pas non plus évoqué l'audition du 1 er avril 2021 de l'enfant ni, partant, motivé les raisons pour lesquelles elle estimait devoir s'écarter de la volonté de ce dernier qui avait clairement exprimé son souhait de continuer à vivre avec sa mère et de continuer à fréquenter l'école à V.________. A cet égard, si le juge peut certes s'écarter de la volonté de l'enfant, en particulier lorsque, comme en l'espèce, il ne dispose pas encore de la capacité de discernement s'agissant des questions soumises au juge (cf. arrêts 5A_131/2021 du 10 septembre 2021 consid. 3.2; 5A_547/2017 du 26 octobre 2017 consid. 3.2.2), on peut toutefois s'attendre à ce qu'il en motive les raisons, ce qui n'a pas été fait en l'espèce. S'agissant du critère de la stabilité qui revêt une importance certaine compte tenu du temps passé par l'enfant exclusivement sous la garde de sa mère, la Chambre des curatelles l'écarte au motif que le père semble mieux disposé à entreprendre tous les suivis préconisés pour l'enfant et avoir une meilleure communication avec les différents intervenants. Or, à cet égard, la recourante rappelle avoir produit des attestations émanant de l'ancienne logopédiste de l'enfant, de sa pédiatre et d'une enseignante de l'enfant qui attestaient le contraire. La Chambre des curatelles a estimé que ces documents devaient être appréciés avec retenue dans la mesure où le contexte de leur obtention était inconnu et qu'ils ne portaient aucunement sur la capacité de la recourante à favoriser le droit de visite du père ni à donner une bonne image de ce dernier. Elle n'expose toutefois pas clairement pour quel motif elle nie tout caractère probant à des attestations émanant de professionnels de la santé et d'une enseignante se trouvant selon toute vraisemblance et sauf indication contraire non mentionnée dans l'arrêt querellé dans une situation neutre à l'égard des parents, de sorte qu'ils ont été écartés arbitrairement. S'agissant des capacités respectives des parents à entreprendre tous les suivis préconisés pour l'enfant et à collaborer avec les intervenants qui a été considérée par la Chambre des curatelles comme un élément déterminant primant le principe de la stabilité en l'espèce, la recourante a également produit devant la Cour de céans un courrier que la Justice de paix s'est vue adresser le 1 er octobre 2021 par l'unité J.________ du CHUV, lequel figure au dossier et dont il ressort qu'ils ont été sollicités par la recourante suite à l'audience du 8 juillet 2021 où elle avait été exhortée à effectuer un suivi auprès de cette unité dans le cadre de la surveillance judiciaire de l'enfant C.B.________. Or dans la mesure où la Chambre des curatelles a repris telle quelle la con statation de la DGEJ selon laquelle la recourante n'avait pas effectué les démarches pour la mise en oeuvre du suivi auprès de dite unité imposée par le chiffre XVIII exécutoire de la décision de première instance du 16 juin 2021, cette pièce apparaît déterminante et n'a arbitrairement pas été prise en compte dans son appréciation. Toujours sous l'angle de la capacité respective des parties à entreprendre les suivis préconisés pour l'enfant et à collaborer avec les intervenants, la recourante relève qu'il ressort de l'état de fait cantonal que, dans un courriel du 4 octobre 2021 du Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent du CHUV, figurant également au dossier, ce dernier, interpellé par la mère qui souhaitait que son fils rencontre un pédopsychiatre, lui avait répondu que le père de l'enfant ne l'avait pas contacté, de sorte que le dossier restait en attente dans la mesure où l'accord de celui-ci était nécessaire pour fixer un rendez-vous. Or rien n'indique que cet élément aurait été pris en compte par la Chambre des curatelles dans son appréciation. Il suit de ce qui précède que la Chambre des curatelles n'a pas examiné l'ensemble des critères pertinents dans le cas d'espèce pour déterminer auquel des parents la garde devait être attribuée, respectivement qu'elle a apprécié certains desdits critères de manière arbitraire. Par conséquent, l'arrêt querellé doit être annulé sur ce point et la cause renvoyée à la Chambre des curatelles afin qu'elle procède à une nouvelle appréciation des critères d'attribution de la garde de l'enfant, cas échéant, après un complément d'instruction, et qu'elle statue à nouveau sur cette question.