Citation: 4C.169/2001 22.08.2001 E. 2

2.- La recourante reproche tout d'abord à l'autorité cantonale d'avoir commis de nombreuses inadvertances manifestes, qu'il conviendrait de redresser. a) La jurisprudence n'admet l'existence d'une inadvertance manifeste, susceptible d'être rectifiée d'office par le Tribunal fédéral en application de l'art. 63 al. 2 OJ, que lorsque l'autorité cantonale a omis de prendre en considération une pièce déterminée, versée au dossier, ou l'a mal lue, s'écartant par mégarde de sa teneur exacte, en particulier de son vrai sens littéral (ATF 115 II 399 consid. 2a; 109 II 159 consid. 2b). Tel est le cas lorsque l'examen d'une pièce du dossier, qui n'a pas été prise en considération, révèle une erreur évidente dans les constatations de fait. L'absence de mention d'une pièce dans le cadre de l'appréciation des preuves ne signifie pas encore qu'il y ait inadvertance, qui plus est inadvertance manifeste: il faut que ladite pièce n'ait pas été examinée, même implicitement, en d'autres termes que le juge n'en ait pas pris connaissance ou l'ait purement et simplement laissée de côté. L'autorité cantonale s'écarte, par mégarde, de la teneur exacte d'une pièce, par exemple, lorsqu'elle commet une erreur de lecture, ou lorsqu'elle ne remarque pas l'existence d'une faute d'écriture ou lorsqu'elle ne prend pas en considération la relation évidente existant entre différentes pièces du dossier. Cependant, l'inadvertance manifeste ne saurait être confondue avec l'appréciation des preuves. Dès l'instant où une constatation de fait repose sur l'appréciation, même insoutenable, d'une preuve, d'un ensemble de preuves ou d'indices, une inadvertance est exclue (Poudret, COJ II, n. 5.4 ad art. 63 OJ). Il ne peut en effet être remédié à une mauvaise appréciation des preuves par la voie prévue à l'art. 55 al. 1 let. d OJ (ATF 96 I 193 consid. 2; Poudret, op. cit. , n. 1.6.3 ad art. 55 OJ; cf. également ATF 118 IV 88 consid. 2b). Au demeurant, la rectification n'a lieu que si la constatation erronée porte sur un fait pertinent pour l'issue de la querelle (Corboz, op. cit. , p. 66). Le moyen tiré de l'inadvertance manifeste n'est recevable que si l'acte de recours contient l'indication exacte de la constatation attaquée et de la pièce du dossier qui la contredit (art. 55 al. 1 let. d OJ; ATF 110 II 494 consid. 4 et les arrêts cités). b) La recourante voit une première inadvertance manifeste dans le fait que la cour cantonale a retenu, prétendument en contradiction avec les allégations du demandeur dans ses conclusions responsives du 29 mai 2000, que celui-ci a requis et obtenu une avance de salaire de son futur employeur. Il résulte du document en cause que l'intimé a déclaré avoir bénéficié de deux avances sur salaire de la part de Y.________ en février et mars 1999, lesquelles lui ont été allouées sans aucune contre-prestation de sa part et ont été par la suite déduites de sa rémunération du mois de mai 1999. On cherche ainsi vainement où réside l'inadvertance invoquée. c) Pour la recourante, qui se réfère à nouveau aux conclusions responsives du 29 mai 2000 précitées, ce serait par mégarde que la Cour d'appel n'aurait pas mentionné que le demandeur était absent le 24 février et la matinée du 25 février 1999. Cette circonstance importe peu, dès lors que ce n'est pas à ces dates, mais postérieurement, soit le 26 février 1999, que la recourante prétend que l'intimé aurait abandonné son poste. L'inadvertance alléguée ne saurait donc avoir aucun caractère causal. d) La recourante fait valoir que, par inadvertance, les magistrats genevois ont procédé à une citation tronquée du témoignage de V.________, duquel il ressortirait clairement, d'une part, que tant C.________ que ledit témoin ont compris le départ du demandeur comme étant définitif et, d'autre part, que le travailleur a quitté le bureau alors que son employeur lui demandait de ne pas le faire. L'autorité cantonale n'a nullement ignoré la déposition de V.________ mais a au contraire mentionné, au considérant L de la partie "En fait" de l'arrêt déféré, que ce témoin a confirmé que l'intimé était parti de son propre chef et n'avait pas été "chassé". Le moyen relève en réalité de l'appréciation des preuves, qui ne peut être remise en cause par le moyen de l'art. 55 al. 1 let. d OJ. e) D'après la recourante, la Cour d'appel aurait commis une nouvelle inadvertance en retenant que le courrier de l'assurance de protection juridique du demandeur, daté du 4 mars 1999, ne se référait pas à la lettre de X.________ du 1er mars précédent "qui n'était pas encore reçue lors de l'envoi de la correspondance de l'assurance". La défenderesse invoque les déclarations du demandeur du 25 septembre 2000, qui a affirmé notamment que l'assurance Z.________ a "répondu" le 4 mars 1999 au courrier de X.________ du 1er mars 1999. Quand bien même l'assurance Z.________ aurait eu connaissance de l'écriture de la défenderesse du 1er mars 1999 lorsqu'elle a écrit à X.________ le 4 mars 1999, il n'en demeure pas moins que ce courrier du 4 mars 1999 ne fait pas référence à la lettre de l'employeur du 1er mars 1999. On ne voit toutefois pas en quoi cette prétendue inadvertance pourrait avoir une quelconque influence sur le sort du litige. f) La recourante soutient que la cour cantonale n'a pas retenu, par inadvertance, qu'il résulterait de deux témoignages et d'une lettre du conseil de X.________ du 8 mars 1999 que C.________ avait insisté dès le 26 février 1999, en vain, pour que le demandeur lui remette des dossiers relatifs à la clientèle. L'inadvertance alléguée n'existe pas. La Cour d'appel a de fait expressément retenu, au considérant E in fine de la partie fait de l'arrêt critiqué, que, par courriers des 4 et 8 mars 1999, le conseil de X.________ a sommé le demandeur de communiquer à l'employeur des informations au sujet de son activité avec une liste de ses clients. La cour cantonale n'a enfin pas constaté que le demandeur aurait déféré à ces sollicitations pressantes. g) A suivre la recourante, l'autorité cantonale n'a pas relevé que le Tribunal des prud'hommes a rendu le 11 août 1999 une ordonnance préparatoire ordonnant au demandeur de produire ses rapports d'activité ainsi que les contrats d'assurance qu'il avait établis au nom de X.________ et que, les 31 août 1999 et 20 décembre 1999, l'intimé a finalement déposé les documents en question, soit "dès mois après la demande de C.________". La circonstance que la cour cantonale n'a pas fait état de l'ordonnance préparatoire du 11 août 1999 n'a aucune pertinence quant au sort du recours. S'agissant des divers documents auxquels elle fait allusion, la recourante ne prétend pas que la Cour d'appel les aurait ignorés. Et le manque d'empressement du demandeur à déposer lesdites pièces n'a pas échappé à l'autorité cantonale qui a retenu, en page 14 de son arrêt, que le demandeur "a montré quelques réticences à fournir les renseignements souhaités par son employeur". h) La recourante est d'avis que l'autorité cantonale a omis l'intégralité des allégués et éléments de preuve qu'elle a avancés en vue de démontrer le dommage que le travailleur lui aurait causé et qu'elle fait valoir en compensation de la créance du demandeur en paiement de son salaire du mois de février 1999. Et de reproduire in extenso 33 des 106 allégués de la partie "en fait" de son mémoire d'appel du 20 avril 2000. Sous le couvert de l'inadvertance manifeste, la recourante s'en prend à l'appréciation des preuves opérée par la cour cantonale, qui a conduit celle-ci à considérer que l'existence du préjudice dont se prévaut la défenderesse était sujette à caution. De toute manière, cette constatation n'est pas décisive, dès l'instant où les juges cantonaux ont encore admis que le demandeur ne pouvait pas se voir reprocher une violation contractuelle susceptible d'engager sa responsabilité au sens de l'art. 321e CO.