Citation: 1P.50/2001 29.05.2001 E. 3

3.- Le recourant se plaint d'arbitraire dans les constatations de fait et l'appréciation des preuves, en faisant valoir qu'il n'a été condamné que parce qu'il se trouvait par coïncidence dans le même train qu'un compatriote transportant de la drogue et qu'il était lui-mêmeen possession d'un téléphone portable. Il reproche à la Chambre pénale d'avoir insuffisamment motivé son jugementau sujet du caractère probant de chaque élément à chargeet il se plaint à ce propos d'une violation du droit d'être entendu. a) Le grief de violation du droit d'être entendu est présenté de manière peu explicite. Or, en vertu de l'art. 90 al. 1 let. b OJ, l'acte de recours doit contenir un exposé succinct des droits constitutionnels ou des principes juridiques violés et préciser en quoi consiste la violation; le Tribunal fédéral n'examine ainsi que les griefs exposés de manière suffisamment claire et détaillée (cf. ATF 126 III 534 consid. 1b p. 536; 125 I 492 consid. 1b p. 495). La question de la recevabilité du recours, de ce point de vue, peut néanmoins demeurer indécise. Le droit d'être entendu, garanti à l'art. 29 al. 2 Cst. , oblige notamment le juge à indiquer dans son prononcé les motifs qui l'ont conduit à sa décision. Il n'est pas tenu de discuter de manière détaillée tous les arguments soulevés par les parties et il peut se limiter à l'examen des questions décisives, pour autant que le justiciable puisse apprécier correctement la portée de la décision et l'attaquer en connaissance de cause (ATF 126 I 15 consid. 2a/aap. 17; 125 II 369 consid. 2c p. 372; 124 II 146 consid. 2a p. 149). Dans le cas particulier, il ne s'agissait pas d'exposer en quoi chaque élément à charge, pris séparément, était probant, mais au contraire d'apprécier un faisceau d'indi-ces permettant globalement au juge pénal de se forger une conviction. L'arrêt attaqué est à l'évidence suffisamment motivé à ce propos, de sorte que le grief de violation du droit d'être entendu est mal fondé. b) Le recourant prétend qu'il était insoutenable, et partant arbitraire (sur la notion d'arbitraire, cf. ATF 126 I 168 consid. 3a p. 170; 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15, 129 consid. 5b p. 134 et les arrêts cités), de retenir qu'il suivait Y.________ sur le quai de la gare de Genève lors de l'interpellation par la police. Or cette constatation repose sur les déclarations de l'inspecteur de police Z.________, entendu par le Tribunal de première instance, qui a procédé à cette interpellation. Le fait que les deux intéressés étaient proches l'un de l'autre à ce moment-là n'est du reste pas sérieusement contesté. Sur ce point, les faits n'ont donc pas été établis de manière arbitraire. c) Le recourant fait valoir qu'il était arbitraire de retenir contre lui, pour prouver son rôle de "superviseur", sa présence dans une voiture d'un train où avait également pris place une personne transportant de la drogue. La Chambre pénale aurait déduit à tort de cette coïncidence qu'on se trouvait face à un cas correspondant au "scénario" habituel décrit par la police. En outre, même si dans ce scénario, le "superviseur" est muni d'un téléphone portable, on ne voit pas en quoi la possession d'un tel appareil est un élément probant dans le cas particulier. Le recourant relève par ailleurs que, dans l'arrêt attaqué, les circonstances de l'acquisition de ce téléphone portable - acheté à Genève huit jours avant l'interpellation, à une époque où il ne bénéficiait plus de subsides publics en tant que requérant d'asile - et de son utilisation - le recourant avait appelé à diverses occasions un bureau de poste en Albanie, notamment à deux reprises en quittant Zurich, et ce bureau était situé dans la localité d'où provenait Y.________ - sont retenues sans motifs comme des éléments à charge, car rien n'indique que ce téléphone a été utilisé dans le cadre d'un trafic de drogue; le contenu des conversations avec l'interlocuteur en Albanie n'a du reste pas été transcrit. Ces critiques ne sont pas concluantes. Il ressort des divers interrogatoires du recourant qu'il a menti, à plusieurs reprises, sur des points importants. Aussi la Cour cantonale pouvait-elle retenir qu'il avait fourni des versions "fantaisistes" des raisons de son déplacement à Zurich. En ce qui concerne plus spécialement l'acquisitionet l'utilisation du téléphone portable, les explicationsdu recourant se sont révélées mensongères ou vagues, alors que des pièces - quittance d'achat, listing des appels - donnaient des indications précises. On peut, sans arbitraire, en déduire une volonté du recourant de dissimuler des indices permettant de mettre en évidence une organisation préméditée du transport de drogue. Par ailleurs, plusieurs indices démontrent que le recourant et Y.________ agissaient de concert: les billets de train ont été achetés au même moment; l'interlocuteur du recourant en Albanie - une personne qu'il présentait comme son oncle - se trouvait au lieu d'origine de Y.________; le recourant a admis avoir déjà croisé Y.________ à Genève et donc qu'il ne lui était pas entièrement inconnu. La Chambre pénale a encore retenu d'autres indices d'une participation au trafic de drogue, notamment l'absence d'explication crédible quant à la provenance des ressources dont le recourant disposait pour divers achats. En définitive, aucun des arguments présentés par le recourant ne parvient à mettre en évidence une erreur flagrante dans l'appréciation des preuves, qui aurait dû conduire le juge à éprouver des doutes sérieux et irréductibles sur sa culpabilité. Il apparaît bien plutôt que les éléments à charge sont critiqués de façon inconsistante, par de simples dénégations ou allégations, le recourant cherchant ainsi à exploiter les quel-ques incertitudes subsistant sur des points secondaires. Le grief d'arbitraire, ou de violation de la présomption d'innocence, est en conséquence mal fondé.