Citation: 6B_434/2021 E. 3.4

3.4. La cour cantonale a exposé de manière détaillée le raisonnement des premiers juges qu'elle reprend pour sien dans une large mesure. Elle a estimé, à l'instar des premiers juges, que la culpabilité du recourant était très lourde, imposant une sanction incompatible avec l'octroi d'un sursis. En substance, la cour cantonale a retenu un mobile futile et méprisable, le recourant avait voulu s'enrichir illicitement par cupidité mêlée, le cas échéant, à un besoin d'imiter le luxe dans lequel évoluait la famille qui l'employait. Alors que le premier pas compte, il était symptomatique que le recourant ne se souvienne pas des circonstances de son premier détournement, des scrupules qu'il avait dû vaincre et de la pulsion qui l'avait fait agir. Il s'agissait d'une délinquance crapuleuse à laquelle s'était voué un homme qui réalisait un haut revenu à l'échelle française, soit un salaire mensuel de 12'000 EUR à 14'000 EUR, auquel s'ajoutait une prime annuelle de 150'000 EUR à 200'000 EUR, ce qui aboutissait à un revenu mensuel moyen de 27'000 EUR. Il percevait également des versements ponctuels élevés, à l'instar d'une commission de 500'000 EUR dans le cadre d'une vente. Le recourant avait donc d'autant moins de raisons de s'emparer du bien d'autrui. Cette délinquance, favorisée par la facilité à détourner l'argent, avait été érigée en système. Il avait usé de deux méthodes mettant à profit les procurations générales qui lui avaient été données, soit de transferts créditant ses propres comptes et des prélèvements en espèces. Le fait que les moyens mis en oeuvre n'étaient pas sophistiqués ne constituait à l'évidence pas une circonstance atténuante, au contraire. En outre, la cour cantonale a retenu que le butin atteignait le montant faramineux de 25'000'000 fr., soit durant cinquante et un mois, le recourant avait touché un revenu mensuel moyen de plus de 490'000 francs. Le terme de dérapage, soit une sorte d'accident personnel, n'était pas compatible avec une entreprise criminelle constante étalée sur plus de quatre ans et procurant un tel enrichissement. Le recourant avait étouffé ses scrupules, ignoré les multiples occasions de se reprendre et n'avait pas hésité à encaisser ses boni tout en dépouillant ses bienfaiteurs, ajoutant une trahison affective à sa trahison de travailleur de confiance. La fin des agissements coupables résultait de l'intervention d'un tiers qui avait mis à jour des mouvements suspects en 2009. Ils se seraient poursuivis sans discontinuer sans ces opportuns questionnements. La cour cantonale a confirmé les éléments à charge et à décharge retenus par les premiers juges. Ainsi, la circonstance prévue à l'art. 48 let. e CP a été retenue et une violation du principe de célérité a été écartée (cf. supra consid. 1). Elle a également confirmé que les premiers juges avaient, à bon droit, écarté le repentir sincère, tout en retenant comme éléments à décharge dans l'appréciation générale de la culpabilité la collaboration durant l'enquête, la volonté de réparer, un vrai remord et une prise de conscience effective. Il a encore été pris en compte, à décharge, mais dans une plus faible mesure, l'âge du recourant et ses problèmes de santé. Comme les premiers juges, la cour cantonale a retenu l'aggravante du concours. En sus, elle a retenu que la qualification de gérant de fortune n'avait pas été retenue au stade de la mise en accusation, alors même que l'acte d'accusation du 8 juin 2020, repris dans l'état de fait du jugement, disait que le recourant avait été mandaté pour gérer la fortune et assurer la gestion des avoirs bancaires des parties plaignantes. Ainsi, la cour cantonale a retenu que si une qualification juridique divergente ne pouvait pas être retenue ici (art. 391 al. 2 CPP), rien ne l'empêchait de tenir compte, à charge, d'une activité de gestion des avoirs bancaires. En définitive, la cour cantonale a estimé qu'en tenant compte uniquement des quinze alimentations illicites des comptes à L.________ et des circonstances atténuantes, en particulier celle tirée de l'art. 48 let. 2 CP, la peine devait être fixée à vingt-quatre mois pour le butin de 3'300'000 francs (08.11.2007). Par effet de concours des abus de confiance successifs, il convenait de la majorer à chaque fois de six mois pour les butins de 1'250'000 fr. (11.08 2008), et de deux fois 1'200'000 EUR (31.07.2006 et 07.03 2007), à chaque fois de quatre mois pour les butins de trois fois 1'000'000 EUR (17.04.2007; 22.05.2007 et 12.06.2008), de trois mois pour le butin de 600'000 fr. (28.04.2008), à chaque fois de deux mois pour les butins de 450'000 EUR (22.01.2009), de deux fois 400'000 fr. (17.04.2008 et 05.12.2008) et à chaque fois d'un mois encore pour les butins de 205'000 fr. (16.10.2008), de 200'000 EUR (18.11.2008), de 150'000 EUR (11.09.2008) et de 150'000 USD (24.10.2008), pour un total de soixante-neuf mois (sic) [soixante-sept mois]. La cour cantonale, conformément à l'interdiction de la reformatio in pejus, a constaté qu'elle ne pouvait pas fixer une peine supérieure à celle prononcée par les premiers juges, si bien qu'elle s'en tenait à la peine privative de liberté de quatre ans, quotité incompatible avec l'octroi d'un sursis partiel.