Citation: M 1/03 07.12.2004 E. 2

2.1 Les premiers juges ont exposé de manière convaincante pour quelles raisons les conditions d'application de l'art. 5 LAM n'étaient pas remplies, dès lors que les troubles invoqués par le recourant et annoncés à l'intimé en décembre 1999 ne se sont ni manifestés, ni n'ont été annoncés ou constatés de toute autre façon pendant le service, ce que celui-ci ne conteste au demeurant pas. On peut donc renvoyer à leurs considérants sur ce point. 2.2 Comme en instance cantonale, le recourant fait valoir que les troubles fibromyalgiques qu'il présente font partie du complexe de symptômes de la schizophrénie résiduelle, et doivent, en conséquence, être pris en charge en tant que manifestation de celle-ci, en application de l'art. 5 LAM. 2.2.1 La schizophrénie résiduelle présentée par le recourant et ses conséquences ont été prises en charge par l'assurance militaire à titre d'affection annoncée pendant le service au sens des art. 4 et 5 aLAM (cf. jugement de la Cour de justice du canton de Genève du 29 février 1996, consid. 3b). Dans la mesure où les troubles fibromyalgiques diagnostiqués en novembre 1999 feraient partie du cercle des symptômes de cette affection psychique, il s'agirait alors d'un même cas d'assurance et il y aurait lieu d'examiner la responsabilité de l'assurance militaire sous l'angle des règles de preuve appliquées pour l'atteinte à la santé initiale, soit celles prévues à l'art. 5 LAM (sur ce point, voir Jürg Maeschi, Kommentar zum Bundesgesetz über die Militärversicherung [MVG] vom 19. Juni 1992, Berne 2000, ad art. 5-7 [remarques préliminaires], n° 41 ss et ad art. 6 LAM, n° 11 ss et 22 ss). 2.2.2 Le diagnostic de fibromyalgie a été posé pour la première fois par la doctoresse S.________, le 11 novembre 1999. La rhumatologue a fait état de douleurs cervico-dorso-lombaires chroniques, aux coudes et aux genoux et relevait que tous les points de fibromyalgie étaient positifs (16/18). Selon la doctrine médicale, la fibromyalgie est un syndrome d'origine inconnue, définie comme une constellation de symptômes caractérisée par des douleurs musculo-squelettiques diffuses, souvent associées à de la fatigue et des troubles du sommeil. Dans la pratique, d'autres symptômes supplémentaires sont souvent évoqués par les patients, tels que maux de tête, sensation d'engourdissement et de fourmillement aux mains et aux pieds, syndrome de Raynaud, sécheresse buccale, syndrome du côlon et de la vessie irritable, augmentation de l'acuité des sens ou encore une sensibilité accrue aux odeurs, à la lumière et au bruit (Marcia Genta/Cem Gabay, La fibromyalgie, Revue Médecine & Hygiène 2004, n° 2473, p. 554 ss). En ce qui concerne l'affection assurée, l'expert judiciaire mandaté par la Cour de justice genevoise, le docteur V.________, expliquait que le trouble de base de la schizophrénie consistait en un manque d'unité, en une fragmentation ou un clivage de la pensée, du ressentir, de la volonté et du sentiment subjectif de la personnalité; il a précisé que les symptômes de base de cette affection sont des troubles de la pensée, de l'affectivité et de l'élan (en premier lieu, la dispersion, l'ambivalence et l'autisme), et pouvaient être accompagnés de symptômes secondaires qui n'étaient pas typiques de la maladie, tels que délire, hallucinations et troubles catatoniques (rapport du 4 juillet 1995). Dans son rapport du 24 mai 2004, établi à la suite de l'expertise du docteur B.________ et de la psychologue C.________, le docteur N.________ a indiqué que la schizophrénie paranoïde du recourant avait progressivement évolué au fil des années vers une schizophrénie résiduelle, c'est-à-dire que l'affection psychiatrique était présente, mais ne comportait plus d'idées délirantes, d'hallucinations, de discours ou de comportement grossièrement désorganisés; toutefois, les symptômes négatifs étaient toujours présents sous la forme d'une persistance de l'isolement social, d'un émoussement affectif, d'une absence de vie affective ou sentimentale et globalement d'une absence de moments de plaisir ou de joie. Au vu de ces observations médicales, il n'apparaît pas, au degré de la vraisemblance prépondérante, que les manifestations des troubles fibromyalgiques puissent être assimilées aux symptômes de la schizophrénie et considérées comme un état pathologique unique, dès lors que les symptômes respectifs des deux atteintes en cause ne correspondent nullement. Les deux seuls avis médicaux à évoquer une telle relation entre ces affections ne permettent au demeurant pas de retenir une autre conclusion. La simple affirmation du docteur Z.________, selon laquelle «les douleurs doivent être considérées comme faisant partie du tableau clinique de [l]a pathologie psychique de base et reconnue par l'expertise» (certificat du 29 avril 2003), n'est pas motivée et son avis ne revêt ainsi pas une valeur probante suffisante. De leur côté, les experts mandatés par le recourant se limitent à répondre positivement à la question de savoir si les symptômes douloureux fibromyalgiques dont est atteint l'assuré font partie du cercle des symptômes des troubles psychiques, (tels que la schizophrénie, les troubles dépressivo-anxieux et les troubles du sommeil), sans préciser exactement lesquels, ni motiver davantage leur affirmation. Ils indiquent certes que «les symptômes douloureux fibromyalgiques font partie des troubles dépressivo-anxieux et sont secondaires à la schizophrénie résiduelle». Dans la partie «observations directes» de leur expertise, ils concluent en revanche que les symptômes dépressifs présentés par l'assuré sont disparates et ne forment pas en eux-mêmes une entité ou un trouble de l'humeur et qu'il ne souffre d'aucune anxiété générale psychique et physique. On ne voit dès lors pas sur quelles observations se fondent l'affirmation initiale des experts selon laquelle le recourant présenterait des troubles dépressivo-anxieux (dont feraient partie les symptômes douloureux fibromyalgique). Au vu de cette incohérence et en l'absence de motivation claire et substantielle, ces conclusions ne suffisent pas à démontrer que les symptômes fibromyalgiques relèveraient d'un même état pathologique que l'affection assurée.