Citation: 4A_486/2022 E. 7.4

7.4. Considérées à la lumière de ce ce qui précède, dans le cadre prédéfini du pouvoir d'examen dont jouit la Cour de céans, les critiques formulées par le recourant ne suffisent pas à établir que le résultat auquel a abouti la Formation dans la sentence querellée serait incompatible avec l'ordre public matériel. Sous la rubrique de sa sentence intitulée " Are the sanctions imposed on the Player disproportionate? " (n. 289-310), la Formation a examiné, par le menu, la gravité de la sanction infligée à l'intéressé. A cet égard, elle a souligné qu'il convenait de prendre en considération toute une série de critères afin d'apprécier ce point. Or, elle a estimé, de manière tout à fait défendable, que lesdits critères plaidaient majoritairement en défaveur du recourant, puisqu'elle a notamment retenu que: - le recourant était un joueur de tennis international de haut niveau et très expérimenté (sentence, n. 296); - l'intéressé avait déjà été sanctionné pour une infraction mineure au TACP (sentence, n. 297); - le recourant n'avait exprimé aucun remords (sentence, n. 298). La Formation n'a en outre pas négligé d'éventuelles circonstances atténuantes, puisqu'elle a expressément reconnu qu'il n'était pas établi que le recourant avait retiré un gain de la manipulation de la rencontre disputée le 19 avril 2011. Elle a aussi souligné que l'intéressé n'avait pas été l'instigateur des faits reprochés, raison pour laquelle sa responsabilité était moins lourde que celle de B.________ (sentence, n. 300-304). Sur la base d'une appréciation de l'ensemble de ces divers éléments, la Formation a abouti à la conclusion que la durée de la suspension infligée au recourant était adéquate et proportionnée (sentence, n. 305). S'agissant de l'amende infligée à l'athlète, la Formation a jugé le montant de 100'000 USD disproportionné, dès lors qu'il n'était pas établi que l'intéressé aurait retiré un gain personnel du trucage du match disputé le 19 avril 2011. Cela étant, elle a souligné que le recourant avait touché des sommes importantes grâce à ses résultats dans les divers tournois de tennis auxquels il avait pris part durant sa carrière, puisqu'il avait gagné environ 3'100'000 USD. Par ces agissements, le recourant avait en outre terni l'image du tennis aux yeux du public dans un dessein d'enrichissement personnel. Au vu de ces éléments, la Formation a estimé qu'il convenait de réduire le montant de l'amende infligée au recourant à concurrence de 50'000 USD (sentence, n. 306-310). A l'encontre de cette argumentation détaillée, le recourant se borne essentiellement à soutenir que la sanction qui lui a été infligée nuit gravement aux droits de sa personnalité en tant qu'elle ternit sa réputation et affecte sérieusement sa liberté économique. Ce faisant, il ne remet nullement en question les éléments à charge retenus par le TAS pour justifier la sanction qui lui a été infligée. Force est du reste d'observer que l'atteinte grave dénoncée par le recourant à son honneur et à sa réputation professionnelle doit être appréciée avec la plus grande circonspection, puisque l'intéressé reconnaît avoir d'ores et déjà reçu plusieurs offres de joueurs de tennis professionnels qui souhaiteraient recourir à ses services en tant qu'entraîneur (recours, n. 126). Quoi qu'il en soit, sur le vu de la gravité des faits constatés souverainement par les arbitres, la Cour de céans estime que la Formation n'a pas abusé de son large pouvoir d'appréciation ni rendu une sentence dont le résultat serait manifestement injuste ou conduirait à une iniquité choquante, en prononçant une suspension de dix ans à l'encontre du recourant et en lui infligeant une amende de 50'000 fr. En tout état de cause, il convient de tempérer l'affirmation du recourant selon laquelle il serait privé du droit d'exercer " toute activité en lien avec le tennis et donc d'avoir une activité lucrative pour une période de dix ans ". La sanction litigieuse prononcée par le TAS l'empêche certes de prendre part, en quelque qualité que ce soit, aux événements organisés par l'ITF, le Conseil d'administration des Grands Chelems, l'ATP et la WTA et, partant, de prodiguer des conseils aux joueurs de tennis lors de tels événements. Cela étant, elle ne le prive pas de la possibilité d'exercer une activité professionnelle dans le monde du tennis, puisque l'intéressé reste libre d'offrir ses services en tant qu'entraîneur sans prendre part aux compétitions sus-visées. Qui plus est, le recourant conserve le droit de prendre part, en tant qu'entraîneur, aux événements gérés par la yyy. Quoi que soutienne le recourant, sa situation n'est ainsi pas comparable à celle du joueur professionnel Matuzalem, suspendu de toute activité footballistique tant qu'il n'aurait pas payé une dette supérieure à 11 millions d'euros, intérêts en sus, à son ancien club (ATF 138 III 322). Contrairement au footballeur précité, le recourant peut en effet continuer à déployer une activité professionnelle - certes limitée - dans le secteur du tennis et en tirer ainsi des revenus. La sanction infligée au recourant n'est pas davantage comparable à celle qui a été prononcée à l'encontre de Michel Platini, puisque celle-ci consistait en une interdiction de toute activité en lien avec le football au niveau national et international. C'est également à tort que l'intéressé se plaint de ce qu'il n'a pas bénéficié de garanties institutionnelles et procédurales suffisantes. En l'espèce, le recourant a en effet pu contester la sanction qui lui avait été infligée par le Commissaire anticorruption de l'UIT auprès du TAS, soit un tribunal spécialisé véritablement indépendant et impartial disposant d'un plein pouvoir d'examen en fait et en droit (arrêt 4A_406/2021 du 14 février 2022 consid. 4.2). La Formation du TAS a rendu une sentence circonstanciée, ne comportant pas moins de 74 pages, dans laquelle elle a procédé à une analyse minutieuse des faits litigieux et a tenu compte de tous les éléments à charge et à décharge ressortant du dossier pour fixer la durée de la suspension et le montant de l'amende infligée au recourant. Au vu de ce qui précède, il appert que le recourant a échoué à démontrer que la sanction qui a été prononcée à son encontre serait incompatible avec l'ordre public matériel visé par l'art. 190 al. 2 let. e LDIP.