Citation: 5A_433/2020 E. 4.2.3

4.2.3. En sus du revenu tiré de l'activité de location Airbnb, la Juge déléguée a imputé à la recourante un revenu hypothétique de 5'300 fr. à compter du 1er janvier 2020. Dans la mesure où elle prend soin seule de son fils et que son activité de location Airbnb l'occuperait déjà à hauteur de 40%, la recourante soutient qu'il serait arbitraire de lui imputer en sus un revenu hypothétique pour une activité à 40%. Ce faisant, la Juge déléguée aurait exigé d'elle qu'elle travaille à 80%, ce qui serait incompatible avec ses conditions de vie et contraire à la jurisprudence du Tribunal fédéral. Dans la mesure où la Juge déléguée a, à l'instar de la première juge, retenu que cette activité n'était qu'accessoire et que cette appréciation n'a pas valablement été remise en cause par la recourante (cf. supra consid. 4.2.2), la question du temps que dite activité lui laisse pour se consacrer à une activité salariée est sans pertinence, seuls étant en définitive déterminants l'âge de son enfant et le taux d'activité qui peut en conséquence lui être imposé au regard de la jurisprudence applicable en la matière (cf. ATF 144 III 377 consid. 7.1.2 et 7.1.3). Quoi qu'il en soit, il n'apparaît pas que la recourante aurait apporté devant l'autorité précédente des preuves concrètes permettant de retenir que son activité accessoire correspondrait effectivement au taux d'occupation de 40% qu'elle allègue. La recourante reproche à la Juge déléguée d'avoir utilisé le logiciel Salarium pour arrêter le montant du revenu hypothétique qui lui a été imputé. Selon elle, cet outil ne prendrait pas en compte des critères essentiels comme la moyenne des salaires 2020 et les postes de travail disponibles et n'offrirait que des catégories et choix limités pour déterminer le profil de la personne concernée. Il ne permettrait pas non plus de tenir compte des circonstances particulières du cas d'espèce, à savoir notamment son absence du marché du travail pendant six ans, le fait qu'elle ne peut pas effectuer de voyages et ne peut pas accepter un poste à un taux supérieur à 40%. Enfin, les salaires indiqués par cet outil ne correspondraient pas à la réalité du marché suisse. A l'appui de cette argumentation, elle produit une pièce nouvelle, partant irrecevable (cf. supra consid. 2.2), à savoir un échange de courriels avec le Département fédéral de l'intérieur, soit pour lui une adjointe administrative de l'Office fédéral de la statistique, censé attester selon elle du fait que le calculateur " Salarium " ne pourrait pas être utilisé dans le cadre de l'établissement d'un revenu hypothétique. Or, dès lors qu'il est admis de jurisprudence constante que le juge peut se baser sur l'enquête suisse sur la structure des salaires, réalisée par l'Office fédéral de la statistique pour arrêter le montant du salaire, c'est sans arbitraire que la Juge déléguée a eu recours au calculateur de salaires " Salarium ", qui a précisément été élaboré et mis à disposition par ledit office. La recourante critique la catégorie de profil choisie par la Juge déléguée dans le calculateur, à savoir " l'industrie pharmaceutique, directeurs et cadres dirigeants et moyens travaillant à raison de 40 heures/semaines ". Le choix de cette catégorie a été justifié par le fait que la recourante avait occupé différents postes de manager de vente entre 1996 et 2014 ainsi que cela ressortait de son curriculum vitae. En tant que la recourante soutient que ce curriculum vitae a été produit par son mari mais qu'il ne s'agissait que d'un projet incomplet qu'elle lui avait communiqué par courriel pour obtenir son avis, qui comportait des erreurs et qui n'avait jamais été communiqué à des tiers, ses assertions apparaissent peu vraisemblables. En effet, quand bien même il s'agirait d'un projet, on peine à imaginer qu'elle se serait méprise à plusieurs reprises en indiquant une fonction de manager qu'elle n'aurait pas assumée. L'allégation selon laquelle elle n'avait jamais été directrice d'un quelconque département ni supervisé ou géré une équipe ne l'exclut au demeurant pas de facto de la catégorie des managers, dirigeants et cadres supérieurs, contrairement à ce qu'elle soutient. En tant qu'elle allègue que son niveau de français serait uniquement de " B1 " et qu'elle a une expérience de seize ans et non de dix-neuf ans, elle ne fait qu'opposer de manière irrecevable sa propre appréciation des faits à celle de la juge cantonale sans pour autant en démontrer l'arbitraire. Elle relève qu'il serait impensable, en tant que cheffe d'une famille monoparentale et seule responsable d'un enfant âgé de 6 ans qu'elle accepte un poste similaire à ceux qu'elle avait occupés par le passé qui l'avaient amenée à voyager à l'étranger à raison de 60% de son temps en moyenne et à passer parfois deux à trois semaines loin de son domicile. Or, rien n'indique que la catégorie professionnelle prise en compte par la Juge déléguée pour établir le revenu de la recourante dans le calculateur " Salarium " implique forcément des voyages comme auprès de ses précédents employeurs, étant par ailleurs précisé que la Juge déléguée a constaté à juste titre que la première juge avait déjà tenu compte de la situation particulière de la recourante et du fait qu'elle devait assumer totalement seule la prise en charge de l'enfant en réduisant le taux d'activité qui pouvait être exigé d'elle de 50 à 40%. Enfin, en tant qu'elle soutient qu'il serait notoire qu'un poste de supérieur/dirigeant à un taux de 40% est très difficile voire impossible à obtenir, la recourante se méprend manifestement sur la notion de faits notoires (cf. sur cette notion: ATF 143 IV 380 consid.1; 135 III 88 consid. 4.1; 130 III 113 consid. 3.4), de sorte que cette seule affirmation est impropre à démontrer l'arbitraire dans l'appréciation de la Juge déléguée sur ce point. Pour ce qui est du délai d'adaptation, la Juge déléguée l'a ramené au 1er janvier 2020 au motif que le délai initialement fixé par la première juge au 1er mai 2020 était trop long. Les parties étaient en effet séparées depuis le 25 juillet 2017 et l'enfant scolarisé depuis le mois de septembre 2018, de sorte que la recourante devait compter avec l'absence d'une reprise de la vie conjugale et mettre sa capacité contributive à disposition pour participer à la couverture de ses charges et de celles de l'enfant. A cet égard, la recourante relève à juste titre que la jurisprudence du Tribunal fédéral selon laquelle il pouvait nouvellement être attendu du parent se consacrant à la prise en charge de l'enfant qu'il recommence à travailler en principe à 50% dès l'entrée du plus jeune enfant à l'école obligatoire, et non plus lorsque ce dernier aurait atteint l'âge de 10 ans révolus, date du 21 septembre 2018 (cf. ATF 144 III 481), de sorte que durant la première année de séparation elle ne pouvait raisonnablement pas s'attendre à devoir retrouver un emploi rémunéré aussi tôt. Cela étant, la recourante passe sous silence que la Juge déléguée ne s'est précisément pas fondée uniquement sur la date de séparation des parties mais a également pris en compte la date de scolarisation de l'enfant puisqu'elle a expressément constaté qu'un délai au 1er janvier 2020 apparaissait adéquat dès lors qu'il correspondait à un laps de temps de plus d'une année depuis l'entrée à l'école de l'enfant. La date à laquelle la nouvelle jurisprudence du Tribunal de céans a été rendue n'a aucune incidence sur ce constat et n'est donc d'aucun secours pour la recourante. Par ailleurs, on ne perçoit pas en quoi le fait qu'elle ne pouvait pas prévoir que l'intimé ne reviendrait plus en Suisse et qu'elle devrait prendre soin de son fils seule devrait avoir une incidence sur le délai d'adaptation à lui octroyer. En effet, quand bien même l'intimé vivrait en Suisse, le taux d'activité qui aurait été attendu d'elle en sa qualité de bénéficiaire exclusive de la garde sur son fils scolarisé à l'école obligatoire serait le même, de sorte qu'elle n'aurait aucunement été affranchie de son obligation de retrouver du travail.