Citation: 8C_580/2019 E. 5.2

5.2. En l'espèce, les conditions posées par la jurisprudence pour mettre à la charge de l'assureur-accidents les frais de l'expertise judiciaire sont réalisées. Contrairement à ce que soutient la recourante, le rapport d'expertise du docteur E.________ du 27 septembre 2016 ne peut se voir accorder une pleine valeur probante. C'est bien pour cette raison que la cour cantonale a été contrainte d'ordonner des mesures d'instruction complémentaires, lesquelles ont d'ailleurs mis en exergue une erreur du docteur E.________ sur le modèle de prothèse implantée, alors que ce médecin se prévalait du fait que le modèle en cause entraînait la production de débris contribuant à la formation du granulome ayant induit la zone de faiblesse osseuse. On notera également que dans ses prises de position subséquentes, ce médecin s'en est pris aux rapports de ses confrères en leur reprochant de multiples contradictions qui ne sont pas fondées et en tenant des propos ironiques et à connotation dépréciative à leur égard ainsi qu'à celui de l'intimé, traitant notamment ce dernier de fumeur impénitent qui, malgré une mauvaise vascularisation du fémur nécessitant la pose d'une prothèse, continue néanmoins son tabagisme (rapport du 5 mars 2019 p. 2). En tout état de cause, même avant l'ouverture de la procédure de recours cantonale, laquelle a permis d'écarter la thèse soutenue par la recourante, celle-ci ne pouvait pas s'en tenir au rapport d'expertise du docteur E.________. Comme l'ont relevé les premiers juges dans leur ordonnance du 3 octobre 2018, le docteur E.________ s'est évertué à démontrer le rôle exclusif qu'aurait joué l'état antérieur - soit un granulome - sur la survenance de la fracture, en faisant fi de la chute dont a été victime l'intimé le 14 janvier 2016. Pour étayer l'origine de la fracture, soit une traction répétée par la musculature, le docteur E.________ indiquait en outre qu'au moment de l'événement, les muscles de l'intimé déployaient une grande force pour marcher sur un sol gelé, alors que l'intimé avait uniquement indiqué qu'il avait glissé sur une plaque d'égout un jour de neige. Enfin, lorsque l'intimé a transmis à la recourante les avis de ses médecins traitants, spécialistes en chirurgie orthopédique, lesquels s'opposaient à la thèse d'une rupture spontanée en se référant à la documentation radiologique (rapports du docteur F.________ du 28 novembre 2016 et du docteur B.________ du 31 mars 2017), la recourante les a écartés sans même les soumettre au docteur E.________. Dans ces conditions, l'instruction était lacunaire, de sorte que les frais de l'expertise judiciaire pouvaient être mis à sa charge.