Citation: 5A_23/2023 E. 3.2.3

3.2.3. Etant ainsi admis que la situation de départ est neutre, c'est à juste titre que la Cour de justice a ensuite examiné les critères pertinents pour l'attribution de la garde afin de déterminer quelle solution correspondait le mieux à l'intérêt de l'enfant. En tant que la recourante reprend individuellement les critères appréciés par la cour cantonale et lui reproche de ne pas avoir examiné certains autres critères selon elle pertinents, elle oublie que les critères d'appréciation précités sont interdépendants et que leur importance varie en fonction du cas d'espèce (cf. supra consid. 3.1.3). L'essentiel de l'argumentation de la recourante afférente à l'appréciation du critère de la stabilité tend à démontrer que l'enfant serait parfaitement accueilli au Portugal puisque tout avait été prévu d'un point de vue logistique, qu'il connaissait les lieux puisqu'il s'agissait de la ville d'origine de ses parents, qu'il était déjà accoutumé au nouveau compagnon de sa mère et à la langue qu'il parlait avec ses deux parents et que ses grands-parents paternels vivaient aussi sur place. Ce faisant, elle ne parvient toutefois pas à démontrer que le principe de la stabilité serait mieux garanti si l'enfant devait la rejoindre au Portugal que s'il restait auprès de son père en Suisse. Au contraire, dès lors qu'il est établi que la situation de départ est neutre et qu'aucun autre critère d'appréciation justifiant le départ de l'enfant ne révèle une importance prépondérante, il faut admettre que les juges cantonaux n'ont pas excédé leur pouvoir d'appréciation en considérant que la stabilité de l'enfant sera mieux préservée s'il demeure dans le cadre de vie qu'il connaît déjà auprès de personnes qui s'occupent de lui quotidiennement et auxquelles il est habitué et attaché, à savoir en l'occurrence son père, ses grands-parents maternels, sa tante et sa maman de jour. Partant, il n'est pas nécessaire de se pencher sur les critiques de la recourante relatives à l'appréciation de la cour cantonale selon laquelle elle ne serait pas en mesure d'offrir les mêmes gages de stabilité à l'enfant que son père compte tenu de l'absence de perspective concrète d'emploi sur son nouveau lieu de vie et du fait qu'elle n'avait jamais vécu avec son nouveau compagnon avant son départ. En effet, quand bien même elle pourrait garantir une situation stable à l'enfant s'agissant des aspects cités par la Cour de justice, il n'en demeure pas moins que le fait de sortir un enfant de cet âge du cadre de vie auquel il est habitué et de le séparer des personnes qu'il fréquente au quotidien est de nature à créer une instabilité qui ne peut se justifier que si elle est dans son intérêt en application des autres critères d'appréciation pour l'attribution de la garde. S'agissant des personnes qui s'occupent de son fils, la recourante soutient que l'enfant a régulièrement changé de nounou depuis sa naissance, le dernier changement étant intervenu en août 2022. Hormis qu'il ne s'agit là que de l'une des personnes que la Cour de justice a citées comme faisant partie de l'entourage auquel l'enfant est habitué, la pièce n° 79 citée par la recourante à l'appui de ses déclarations, soit, selon la traduction libre qu'elle a produite, une déclaration de l'institut des registres et du notariat établie le 29 août 2022 à V.________ attestant du fait qu'une carte d'identité au nom de l'enfant avait été délivrée à sa mère le 30 décembre 2019, n'apparaît pas pertinente pour prouver les faits allégués par la recourante. Pour ce qui est de la possibilité pour chaque parent de s'occuper personnellement de l'enfant, il est vrai que l'on peine à comprendre d'où la Cour de justice a déduit que l'intimé travaillait à un taux de 80 % puisque son contrat de travail indique une durée hebdomadaire au poste de travail de 45 heures. En revanche, contrairement à ce que soutient la recourante, la même pièce ne permet aucunement d'infirmer le fait que l'intimé termine ses journées de travail à 16h00. Quoi qu'il en soit, le taux de travail de l'intimé n'apparaît pas être un élément déterminant puisqu'il ressort de l'arrêt querellé que la recourante a déclaré avoir l'intention de reprendre une activité professionnelle au Portugal dès la fin de son congé-maternité et que l'enfant serait placé à la crèche à ce moment-là. Certes, elle a également déclaré vouloir exercer une activité à temps partiel mais, comme l'a relevé à juste titre la Cour de justice, cette affirmation constitue une simple allégation de partie étant donné qu'elle n'a apporté aucun élément concret attestant de son organisation future. C'est ainsi sans arbitraire que les juges cantonaux ont retenu que la recourante n'était pas parvenue à démontrer qu'elle serait à l'avenir plus disponible que l'intimé pour s'occuper personnellement de l'enfant. Par ailleurs, on rappellera que lorsqu'il n'est pas pris en charge par son père, l'enfant est actuellement gardé par des personnes qu'il connaît et auxquelles il est attaché, ce qui ne sera pas le cas s'il devait déménager auprès de sa mère. S'agissant de la capacité à favoriser les contacts avec l'autre parent, la Cour de justice a retenu que les reproches formulés par la recourante à l'encontre de l'intimé paraissaient inconsistants et démontraient plutôt que celui-ci se conformait au cadre fixé alors qu'elle n'avait pour sa part proposé aucune planification tenant compte des besoins de l'enfant. La recourante se prévaut du fait que l'intimé avait refusé à plusieurs reprises ses appels entrants alors que les horaires avaient été définis au préalable. A l'appui de ses allégations, la recourante produit des captures d'écran qui attestent d'appels manqués sur trois jours seulement, ce qui ne saurait être illustratif d'appels refusés " à plusieurs reprises depuis avril 2022" comme elle le soutient. Il ressort de surcroît des pièces en question que la recourante admet elle-même dans un message à l'intervenante en protection de l'enfant du Service d'évaluation et d'accompagnement de la séparation parentale (SEASP) avoir appelé en-dehors des horaires convenus, ce qui va dans le sens du constat de la Cour de justice. Quant aux allégations selon lesquelles ses messages pour organiser les vacances d'été étaient également restés lettre morte et que l'intimé ne lui donnait pas de nouvelles au sujet de l'enfant, elles reposent sur des échanges de messages en portugais dont aucune traduction ne figure au dossier et dont le Tribunal de céans ne peut par conséquent vérifier la teneur. Au demeurant, le fait qu'elle ait dû déposer des requêtes de mesures provisionnelles afin de pouvoir venir voir son fils en Suisse ne démontre pas un manque de volonté de l'intimé de favoriser les liens mère-enfant comme elle le soutient mais peut également illustrer le désaccord du père quant à l'absence de planification proposée par la mère telle qu'elle a été mise en évidence par la Cour de justice. Enfin, il est vrai que l'appartenance à une fratrie constitue l'un des critères d'appréciation à prendre en compte en ce sens qu'on évitera en principe de séparer les fratries. Ce critère revêt toutefois une importance moindre en l'espèce dès lors que C.________ n'a jamais vécu avec son demi-frère, celui-ci étant né au Portugal après le départ définitif de la recourante pour ce pays. En définitive, il résulte de ce qui précède que la Cour de justice n'a pas excédé son pouvoir dans l'appréciation des critères déterminants pour l'attribution de la garde et que c'est donc à bon droit que l'intimé s'est vu attribuer la garde exclusive sur l'enfant C.________ et que la recourante s'est donc vu refuser le droit de déplacer le lieu de résidence de l'enfant au Portugal.