Citation: I 472/05 28.12.2006 E. 5.2

5.2.1 Aussi, convenait-il également en présence d'une fibromyalgie, de poser la présomption que cette affection ou ses effets pouvaient être surmontés par un effort de volonté raisonnablement exigible (cf. ATF 131 V 50). De même qu'en cas de troubles somatoformes douloureux, il y avait toutefois lieu de reconnaître l'existence de facteurs déterminés qui, par leur intensité et leur constance, rendaient la personne incapable de fournir cet effort de volonté. Ces critères permettant de fonder exceptionnellement un pronostic défavorable dans les cas de fibromyalgie étaient les suivants: la présence d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée, un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive), des affections corporelles chroniques, une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie et l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformément aux règles de l'art (même avec différents types de traitement), cela en dépit de l'attitude coopérative de la personne assurée. En présence d'une comorbidité psychiatrique, il y avait également lieu de tenir compte de l'existence d'un état psychique cristallisé résultant d'un processus défectueux de résolution du conflit, mais apportant un soulagement du point de vue psychique (profit primaire tiré de la maladie, fuite dans la maladie). Enfin, comme dans les cas de troubles somatoformes douloureux, il convenait de conclure à l'absence d'une atteinte à la santé ouvrant le droit aux prestations d'assurance, si les limitations liées à l'exercice d'une activité résultaient d'une exagération des symptômes ou d'une constellation semblable (par exemple une discordance entre les douleurs décrites et le comportement observé, l'allégation d'intenses douleurs dont les caractéristiques demeuraient vagues, l'absence de demande de soins, de grandes divergences entre les informations fournies par le patient et celles ressortant de l'anamnèse, le fait que des plaintes très démonstratives laissaient insensible l'expert, ainsi que l'allégation de lourds handicaps malgré un environnement psychosocial intact) (ATF 132 V 70 ss consid. 4.2.1 et 4.2.2). 5.2.2 Par ailleurs, quand bien même le diagnostic de fibromyalgie était d'abord le fait d'un médecin rhumatologue, il convenait aussi d'exiger, comme en cas de troubles somatoformes douloureux, le concours d'un médecin spécialiste en psychiatrie, ce d'autant plus que les facteurs psychosomatiques avaient, selon l'opinion médicale dominante (cf. ATF 132 V 68 s. consid. 3.3), une influence décisive sur le développement de cette atteinte à la santé. Une expertise interdisciplinaire tenant à la fois compte des aspects rhumatologiques et psychiques apparaissait donc en principe la mesure d'instruction adéquate pour établir de manière objective si l'assuré présentait un état douloureux d'une gravité telle - eu égard également aux critères déterminants cités - que la mise en valeur de sa capacité de travail sur le marché du travail ne pouvait plus du tout ou seulement partiellement être exigible de sa part. On peut réserver les cas où le médecin rhumatologue est d'emblée en mesure de constater, par des observations médicales concluantes, que les critères déterminants ne sont pas remplis, ou du moins pas d'une manière suffisamment intense, pour conclure à une incapacité de travail (ATF 132 V 72 consid. 4.3 et la référence). 5.3 La juridiction cantonale a considéré que la fibromyalgie n'entraînait pas de diminution de la capacité de travail de l'assurée, motif pris que le docteur H.________ n'avait fait état d'aucune affection de nature psychique dans son rapport d'expertise judiciaire du 27 juillet 2004. De son côté, la recourante critique ce point de vue en contestant la valeur probante du rapport en question. En particulier, elle fait valoir que celui-ci ne permet pas d'établir les effets de la fibromyalgie sur sa capacité de travail, du moment que les questions posées au docteur H.________ étaient d'ordre tout à fait général et qu'ainsi, l'expert ne s'est pas exprimé quant aux critères permettant de fonder exceptionnellement un pronostic défavorable en ce qui concerne la fibromyalgie. 5.4 Le docteur H.________ n'a pas posé de diagnostic psychiatrique, considérant que l'assurée ne présentait pas de pathologie de cette nature. Certes, la personnalité de l'intéressée a un fonctionnement de type état-limite supérieur, mais sans caractère de maladie. Selon l'expert, l'assurée ne subit donc pas une diminution de sa capacité de travail du point de vue psychiatrique. Même si, comme le relève la recourante, les questions posées à l'expert, d'ordre tout à fait général, ne faisaient aucune référence à la fibromyalgie, il apparaît que le docteur H.________ avait cependant connaissance de ce trouble, puisqu'il mentionne le diagnostic de cette affection posé par le docteur F.________ (rapport du 10 février 2000) et relève les nombreuses douleurs invoquées par l'intéressée. Toutefois, ignorant les facteurs psychosomatiques qui peuvent avoir une influence décisive sur le développement de la fibromyalgie, l'expert est enclin à attribuer ces douleurs à une affection de nature somatique et préconise la mise en oeuvre d'une expertise rhumatologique afin de connaître la capacité de travail de la recourante. Cela étant, le rapport d'expertise du docteur H.________ permet, certes, d'exclure en l'occurrence la présence d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée. En revanche, il ne permet pas de savoir s'il existe d'autres facteurs déterminés qui, par leur intensité et leur constance, rendent la personne incapable de fournir l'effort de volonté nécessaire pour surmonter la fibromyalgie ou ses effets. En particulier, on ignore s'il existe un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive), une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie et l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformément aux règles de l'art (même avec différents types de traitement), cela en dépit de l'attitude coopérative de la personne assurée. On ne sait pas non plus si, au contraire, les limitations liées à l'exercice d'une activité résultent d'une exagération des symptômes ou d'une constellation semblable, ce qui permettrait de conclure à l'absence d'une atteinte à la santé ouvrant le droit à prestations d'assurance. Aussi, convient-il de renvoyer la cause à la juridiction cantonale pour instruction complémentaire sous la forme d'une expertise pluridisciplinaire - dans le cadre de laquelle il incombera aux experts de répondre aux questions soulevées ci-dessus - et nouveau jugement. Partant, le recours se révèle bien fondé.