Citation: 6B_1124/2023 E. 2.2

2.2. En l'espèce, la cour cantonale a tenu les faits du 4 septembre 2018, tels que décrits par l'intimée, comme établis, sur la base d'une appréciation circonstanciée de nombreux éléments de preuves. Elle a notamment tenu compte du nombre et de la localisation des lésions présentées par l'intimée, des certificats médicaux, des aveux partiels du recourant, des déclarations et de la déposition très claires de l'intimée et de la voisine lors de leur audition par la police, et des contradictions et incohérences dans le récit du recourant et sa tendance à minimiser les faits. La cour cantonale s'est également fondée sur les constatations du médecin qui a examiné la victime et les photographies produites par cette dernière d'un important hématome au bras droit et de lésions à l'épaule et à l'avant-bras gauche. La cour cantonale a retenu qu'il existait un contexte de violence conjugale exercée tout au long de l'union, au vu des nombreux éléments soutenant les dires de l'intimée sur ce point. Elle a tenu compte des déclarations de leur fils D.A.________, relevant des coups de ceinture, et le témoignage d'une amie, témoin direct d'une altercation entre les époux (alors qu'ils vivaient au Kenya), lors de laquelle le recourant était allé chercher un couteau à la cuisine menaçant son épouse, au sol, de la tuer. Des attestations de la police kényane portaient sur des violences conjugales. La cour cantonale a également pris en compte les attestations et le témoignage du psychiatre qui s'est vu référer l'intimée en raison de la gravité de ses symptômes et a relevé de multiples épisodes de violence, posant un diagnostic de stress post traumatique complexe. La cour cantonale a établi les faits survenus dans la nuit du 4 au 5 février 2018, tels qu'ils ressortent de l'acte d'accusation, après avoir soigneusement confronté la crédibilité du recourant à celle de l'intimée au moyen de très nombreux indices. L'intimée avait déjà évoqué l'étranglement lors de son audition à la police et la raison de la confusion sur la date était tout à fait plausible (choc des événements de septembre 2018, assistance d'un interprète, peu d'intervalle temporel dans la confusion, état de détresse psychologique). L'évocation tardive du viol au moyen d'un récit écrit plutôt que lors de sa première audition trouvait plusieurs explications (propre initiative d'élargir le champ de la question, honte, crainte ancrée dans un contexte de violence durable), ce moyen étant cohérent avec le sentiment de honte évoqué et fréquemment rencontré chez les victimes de viol. Lors de l'audience portant sur cet aspect, l'intimée avait décrit les événements par un récit cohérent et détaillé, riche d'éléments circonstanciels immédiats. Le récit de l'intimée était ainsi intrinsèquement crédible. Des éléments extrinsèques venaient asseoir cette crédibilité. Alors que l'intimée avait indiqué que sa plainte n'avait pas pu être recueillie le lendemain des faits (le 5 février 2018), au poste de police de W.________ (situé à proximité immédiate de son lieu de travail) car l'agente ne maîtrisait pas l'anglais, elle avait produit des photos des affiches de prévention contre la violence conjugale datant du 5 février 2018 à 8h51 depuis la localisation "work". La cour cantonale a tenu compte du récit produit à l'audience du 2 octobre 2018, dont l'intimée indiquait qu'il avait été rédigé aussitôt après son départ du poste de police et son arrivée au bureau de police. Elle a écarté les questions d'authenticité soulevées par le recourant quant aux propriétés de ce fichier (date de création le 5 février 2018; dernière modification le 7 février 2018), doutant que l'intimée maîtrisât l'informatique au point de modifier les propriétés d'un fichier et relevant la cohérence d'une seconde date ultérieure, ce qui révélait que le document avait été retravaillé. En outre, il résultait du témoignage de F.________, dont la crédibilité a été soigneusement examinée, que les deux amies avaient discuté de la rédaction du document ce jour-là, étant rappelé que le listing des appels révélait trois entretiens téléphoniques les 5 et 6 février 2018. Ce témoignage très crédible corroborait non seulement le récit de l'intimée sur la rédaction du document évoquant l'étranglement et le viol ou encore la tentative avortée de déposer plainte puis la soudaine apparition du recourant à la sortie du bureau de sa femme, mais aussi sur la réalité-même des faits reprochés, l'intimée s'étant confiée très rapidement. Selon la cour cantonale, la déposition du psychiatre corroborait la crédibilité globale du récit de l'intimée sur son vécu conjugal et attestait des conséquences lourdes qu'elle avait subies. La théorie du recourant selon laquelle l'intimée aurait porté ces accusations de viol pour se débarrasser de lui ou pour le détruire se heurtait à la timidité du processus de dévoilement et à des incohérences de dates (à l'audience, il était déjà éloigné du domicile), l'intimée n'ayant aucun bénéfice secondaire à une fausse accusation. La crédibilité du recourant, dont les explications concernant les événements étaient incohérentes, était bien moindre que celle de l'intimée. En définitive, la cour cantonale a considéré que les faits tels qu'établis étaient constitutifs de viol, de lésions corporelles simples aggravées (deux coups de poing, double étranglement et frappes au moyen du meuble à chaussures le 4 septembre 2018), de contrainte (intimée saisie à l'avant-bras, après plusieurs actes de violence, afin de la contraindre à se déplacer dans la chambre à coucher), de tentative de lésions corporelles simples aggravées (étranglement avant le viol), au sens des art. 190 al. 1, 181, 123 ch. 1 et 2 al. 3 CP ( cum art. 22 CP).