Citation: I 272/03 23.06.2004 E. 5

5.1 En l'espèce, l'existence d'une comorbidité psychiatrique manifeste doit être niée dans le cas du recourant. Certes, les médecins du COMAI ont-ils fait état, à côté du diagnostic principal de trouble somatoforme douloureux persistant, d'un trouble non spécifique de la personnalité (personnalité de type psychosomatique). Comme tel, ce trouble ne saurait toutefois être assimilé à une véritable atteinte à la santé psychique ayant valeur de maladie; les médecins précités l'ont d'ailleurs aussi spécifié dans leur rapport d'expertise [en haut de la page 19], parlant à cet égard plutôt d'un «facteur de vulnérabilisation» qui, en cas de conflit intra-psychique, empêche une élaboration des problèmes et conduit à des somatisations. Or, cette prédisposition mise à part, laquelle - comme on vient de le voir - n'a pas en soi valeur de maladie, le recourant ne présente pas d'affection psychique dont la reconnaissance constituerait, par rapport au trouble somatoforme douloureux, une comorbidité psychiatrique d'une certaine gravité; selon la doctoresse N.________, en effet: «hormis cette pauvreté du monde émotionnel, cet accrochage à la réalité et au corps et ces manifestations anxieuses bâtardes, nous ne relevons pas d'autre symptomatologie psychiatrique notamment pas de trouble du cours ni du contenu de la pensée et non plus des symptômes florides de la lignée psychotique»[page 14 du rapport d'expertise]. On ne peut dès lors suivre les médecins du COMAI lorsqu'ils constatent «deux affections psychiatriques formant chez le recourant une comorbidité psychiatrique: des troubles non spécifiques de la personnalité et un syndrome somatoforme douloureux persistant». 5.2 On ne voit pas non plus que le recourant réunit en sa personne plusieurs des autres critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) consacrés par la jurisprudence qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. Il a été souligné à plusieurs reprises dans le rapport d'expertise que la symptomatologie de O.________ ne l'empêche pas d'accomplir ses activités habituelles (presque) normalement, et que son état de santé a peu d'impact sur sa vie sociale qui est restée similaire à celle qu'il avait pour habitude de mener quand il exerçait encore une activité lucrative (voir l'anamnèse psychosociale et le descriptif des occupations journalières de l'assuré [p. 8 ss du rapport d'expertise]). En ce sens, on peut constater un vécu douloureux sélectif en fonction des domaines de la vie - l'assuré surmonte apparemment ses douleurs quand il s'agit d'assurer sa propre subsistance au quotidien et de maintenir une vie sociale, alors qu'il s'estime dans le même temps incapable d'y faire face dans l'exercice d'une quelconque activité professionnelle -, circonstance plaidant en défaveur de la reconnaissance d'une incapacité de travail de longue durée (voir Meyer-Blaser, op. cit. p. 84). En tout état de cause, une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie (2) fait manifestement défaut. On peut également douter que chez l'intéressé, l'apparition du trouble somatoforme douloureux résulte d'une libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie) (3). En effet, les experts n'ont fait mention d'aucune source de conflit intra-psychique ni situation conflictuelle externe - tout au plus un possible conflit de travail avec le supérieur hiérarchique à cause de rendements insuffisants - permettant d'expliquer le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative; des facteurs comme l'émigration ainsi que le faible degré de scolarisation et de formation professionnelle ont certes été évoqués, mais de façon si vague et si générale qu'il est impossible d'en apprécier la portée dans le cas de O.________ qui, d'après les informations recueillies, vit depuis plus de 20 ans en Suisse sans difficultés d'intégration particulières. En revanche, les experts ont émis la supposition que le prénommé suit un «modèle de coping» dans son entourage, composé en partie de personnes déjà au bénéfice de prestations AI, qui l'aurait fait évoluer vers une invalidité. C'est là un indice laissant plutôt apparaître un profit secondaire tiré de la maladie (le désir subjectif de se voir indemniser par une rente), ce qui doit, en règle générale, conduire au refus des prestations (voir Meyer-Blaser, op. cit. p. 86). Enfin, il y a lieu de relativiser l'échec des traitements ambulatoires et des mesures de réhabilitation (4) entrepris par le recourant. En particulier, on ne saurait tirer des conclusions définitives des résultats médiocres du stage d'observation que celui-ci a accompli au COPAI. D'une part, ces résultats se trouvent par trop en contradiction avec la prise de position (du 18 avril 1997) de son médecin traitant, le docteur D.________, qui avait préconisé un changement d'activité sans effort ni position debout ou assise prolongée et, à cet effet, insisté sur la nécessité de mettre rapidement en oeuvre des mesures professionnelles. D'autre part, les responsables de la réadaptation ont clairement indiqué que le mauvais rendement de O.________ procédait bien plus d'un manque de motivation de sa part qu'à des empêchements rencontrés sur le plan fonctionnel (rapport du 12 février 1998). Quant aux médecins du COMAI, ils ont toujours encore confirmé l'existence d'un potentiel de réinsertion professionnelle [p. 21 du rapport d'expertise]. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et en dépit du caractère chronique et durable des douleurs (1) de l'assuré, on doit nier - d'un point de vue juridique - qu'une mise en valeur de sa capacité de travail, jugée complète au plan somatique dans une activité adaptée, ne puisse pratiquement plus raisonnablement être exigée de lui ou qu'elle serait même insupportable pour la société. A l'instar des premiers juges, il y a dès lors lieu de s'écarter des conclusions des médecins du COMAI et de retenir que le recourant est en mesure de reprendre une activité professionnelle dans le cadre des contre-indications formulées par le docteur H.________. Il s'ensuit que le rejet de la demande de prestations par l'office AI n'est pas critiquable.