Citation: 7B_96/2023 E. 4.2

4.2. Comme le relève le recourant, les rapports du CNP et les procès-verbaux du colloque d'exécution des peines établis postérieurement à l'expertise réalisée le 30 avril 2021 font état d'une évolution positive de celui-ci, lequel est désormais impliqué et investi dans le processus thérapeutique. Cette progression ne fait pas pour autant apparaître l'expertise comme étant obsolète. En effet, lors de son établissement, dite expertise précisait déjà qu'un suivi de soutien avait débuté en février 2020, mais que celui-ci n'avait pas particulièrement contribué à améliorer les traits de la personnalité du recourant ni sa problématique sexuelle; son discours par rapport à ses actes avait peu changé depuis la précédente expertise et la prise de conscience de la gravité des faits était partielle. Selon les experts, les objectifs exprimés, en lien avec ce suivi, paraissaient en décalage avec la réalité des faits et son trouble de la personnalité; une éventuelle ouverture du cadre, comme dans le contexte d'une libération conditionnelle, le mettrait à risque d'un envahissement pulsionnel qu'il ne serait pas capable de gérer car il ne l'envisageait aucunement et n'avait pas travaillé ce sujet en thérapie. Les experts ont conclu que la poursuite de la mesure d'internement était nécessaire et qu'un changement de mesure, en particulier une ouverture, n'était en l'état pas souhaitable, ce d'autant que les perspectives et projets du recourant ne paraissaient pas réalistes; le fait qu'il ne soit pas parvenu à travailler et réfléchir sur les éléments ayant pu contribuer aux précédents passages à l'acte dans le but d'y remédier était inquiétant et l'exposait, en cas d'ouverture, à ce qu'il se retrouve dans un contexte et un environnement sans soins, sans suivi propice à une récidive sexuelle. Les experts ont en outre recommandé la poursuite du suivi psychothérapeutique, soulignant qu'il existait néanmoins de nombreux obstacles à ce que ledit suivi puisse permettre une baisse du risque de récidive, au vu de la personnalité pathologique du recourant avec des traits et un fonctionnement bien ancré, des distorsions cognitives fortes et anciennes et le maintien ancien du positionnement vis-à-vis des condamnations. Le courriel et le rapport de l'Etablissement de Bellevue des 14 février et 12 juillet 2022, s'ils précisent que le recourant se montre très impliqué dans le suivi thérapeutique - lequel porte désormais aussi sur les infractions commises et la sexualité -, et qu'il reconnaît désormais les infractions pour lesquelles il a été condamné, relèvent toutefois que son discours semblait "appris": il ajoutait en effet être conscient que, dans le cas contraire, cela constituait un élément en sa défaveur; il regrettait en outre l'absence de caméras lors des faits, lesquelles auraient permis de "rétablir la vérité", à savoir qu'il était tombé par hasard sur cette personne et avait profité de cette opportunité pour tenter d'abuser d'elle; il n'avait pas réalisé l'absence de consentement de la victime, et ce malgré le fait qu'il était porteur d'un couteau, qu'il avait utilisé "juste pour lui faire peur" et éviter qu'elle lui résiste. D'après ces mêmes documents, le recourant minimisait les infractions commises, précisant que d'autres personnes incarcérées pour des délits plus graves avaient passé moins de temps en détention que lui. Quant à l'audition du recourant le 10 novembre 2022 par le TAPEM, la cour cantonale a relevé qu'elle ne faisait que conforter les facteurs déjà identifiés par les experts, à savoir sa persistance à considérer qu'il n'avait pas adopté le comportement violent lors de la commission des infractions ainsi que sa tendance à minimiser les faits et à ne pas parvenir à expliquer - et donc à comprendre - les raisons de ses passages à l'acte. Il avait en effet indiqué, en particulier s'agissant du premier viol qui avait eu lieu en 1987, que la "personne [avait] été surprise de nuit. [Il] n'[avait] fait que mettre son bras autour de son cou et elle s'[était] déshabillée toute seule. Cela étant, cela [restait] un viol", car elle avait eu peur, même s'il ne savait pas de quoi. C'était "le choix qu'elle [avait] fait. Mais cela [restait] un viol car elle n'était pas consentante". La prise de conscience du recourant concernant les infractions commises apparaît, dans ce contexte, très relative.