Citation: 6B_251/2014 E. 2.3.2

2.3.2. En l'espèce, le jour du drame, des parois devaient être amenées par hélicoptère et posées à un emplacement précis. Après avoir été libérées de leurs élingues, elles ne pouvaient toutefois être vissées immédiatement, le downwash - soit la colonne de vent verticale générée par le mouvement des pales qui va de haut vers le bas (jugement attaqué, p. 6 ch. 3) - provoqué par l'hélicoptère se trouvant au-dessus de la construction l'empêchant. Le vissage devait en revanche intervenir juste après que l'hélicoptère s'était éloigné. Entre le moment où les élingues étaient enlevées et celui où la paroi était vissée, le souffle de l'hélicoptère rendait possible le basculement de la paroi vers l'extérieur, seul côté non sécurisé (idem, p. 9 ch. 5.4). Les sangles libérées ne devaient ainsi être récupérées qu'une fois la paroi fixée (idem, p. 13 ch. 7.3.2). Le jour du drame, E.________ SA, chargée d'amener par hélicoptère les éléments préfabriqués, avait délégué sur place quatre assistants de vol. C'est dire que cette manière de construire posait des questions techniques que les personnes sur le chantier, dont le recourant, ne pouvaient apparemment résoudre seules. N.A.________ était le chef d'équipe délégué par E.________ SA. Il était à la tête des autres assistants de vol. Conformément au ch. 9.14.7 du Flight Operation Manual de E.________ SA (jugement attaqué, p. 8), en tant que chef d'équipe, N.A.________ était compétent pour effectuer une reconnaissance sur le lieu d'un chantier et instruire le client par rapport aux mesures de sécurité ainsi qu'aux préparations du transport et des charges (ch. 9.14.7.1). Avant le vol, il était compétent pour coordonner la préparation des charges et pour donner des directives aux assistants de vol, de même que pour instruire les ouvriers des mesures de prudence et de sécurité à prendre (ch. 9.14.7.2). Pendant le vol, le chef d'équipe était compétent pour maintenir la sécurité sur la place de travail. C'est lui qui réglait les problèmes de coordination (ch. 9.14.7.5; pièces 326 ss; jugement de première instance, p. 4 let. b). N.A.________ pouvait seul donner des instructions au pilote, notamment celle de descendre un peu pour libérer les élingues puis celle de repartir chercher les éléments suivants. Dans le cas d'espèce, l'autorité précédente a retenu que N.A.________ savait qu'une fois posées et libérées des élingues, les parois n'étaient pas vissées mais uniquement tenues à la main, grâce notamment aux employés de E.________ SA, jusqu'au départ de l'hélicoptère (jugement entrepris, p. 13 ch. 7.3.2). N.A.________ n'a dès lors pas pu croire, au signal donné par le recourant, alors qu'il se trouvait à l'angle sud-ouest du bâtiment avec B.________ prêt à visser la paroi sud-ouest, que celle-ci était définitivement fixée (jugement entrepris, p. 13 ch. 7.3.2). S'écartant de cet état de fait, les intimés soutiennent que N.A.________ ignorait que les parois n'étaient pas arrimées ni ne pouvaient être fixées définitivement avant que les élingues ne soient enlevées. Selon eux, soutenir le contraire serait affirmer que N.A.________ aurait voulu sa propre mort. Or aucun élément dans sa vie n'allait dans ce sens (déterminations, p. 7). Une telle argumentation n'établit pas le caractère arbitraire du fait retenu. Au demeurant, N.A.________ avait aidé B.________ à fixer les six premiers éléments dès que l'hélicoptère s'était éloigné (jugement entrepris, p. 13 ch. 7.3.2). Il savait donc que les parois n'étaient pas fixées avant le départ de l'hélicoptère. L'autorité précédente a également retenu que N.A.________ avait conscience du risque du downwash (jugement entrepris, p. 13 ch. 7.3.2). Il pouvait aussi se rendre compte qu'avec la pose de la paroi sud, l'effet du brassage d'air était renforcé par la fermeture partielle de la construction et qu'aucun moyen ne prévenait une chute de la paroi vers l'extérieur (idem, p. 13 consid. 7.3.2). Lorsque le recourant a fait signe à N.A.________ de donner instruction au pilote de descendre un peu pour pouvoir détacher les élingues et ainsi libérer la paroi, N.A.________ se trouvait à l'angle extérieur sud-ouest de la construction. Il se trouvait donc en sécurité, hors de la zone de basculement possible de la paroi. Compte tenu des risques de chute que N.A.________ connaissait et de l'absence de mesure de protection dont il avait également conscience, il apparaît complètement inattendu que lui, chef d'équipe de E.________ SA, compétent pour maintenir la sécurité sur la place de travail, ait dans le même temps donné à l'hélicoptère l'ordre de descendre pour que la paroi soit libérée des élingues et quitté la zone de sécurité où il se trouvait pour se déplacer, à l'extérieur, sous la paroi désormais en équilibre. Ce comportement est surprenant, l'autorité précédente constatant notamment que le recourant pouvait compter que N.A.________ respectât les impératifs de sécurité dans le transport des charges (jugement attaqué, p. 9 ch. 5.4). C'est de manière complètement inattendue, alors que N.A.________ venait de donner au pilote, par radio, l'ordre de repartir, manoeuvre qui provoque pendant un court instant un souffle plus important, qu'il est allé se placer, à l'extérieur, sous la paroi, qu'il savait toujours non fixée. Le jour du drame, le recourant aurait certes pu à nouveau rendre les intervenants au chantier attentifs au risque de basculement de la paroi dans le court laps de temps entre l'enlèvement des élingues et le vissage et leur interdire l'accès à la zone de basculement. Comme le retient le jugement entrepris, le recourant pouvait toutefois s'attendre à ce que N.A.________ respecte les impératifs de sécurité dans le transport des charges (jugement attaqué, p. 9 ch. 5.4) et ne se mette pas en danger comme il l'a fait. Le fait totalement inattendu de la part de N.A.________, chargé de la sécurité durant le vol de l'hélicoptère, de se mettre sous la paroi qu'il savait en équilibre tout en donnant à l'hélicoptère l'ordre de repartir, manoeuvre qui implique un souffle plus important, constitue un comportement propre à reléguer à l'arrière-plan l'omission du recourant - omission que l'on pouvait également reprocher à N.A.________ - de surveiller que personne ne se trouve jusqu'au départ de l'hélicoptère et au vissage des parois dans la zone de basculement. Dût-on admettre une omission coupable du recourant dans la sécurisation du chantier, un éventuel rapport de causalité adéquate entre celle-ci et le décès de N.A.________ devrait être considéré comme interrompu par le comportement de ce dernier. Dans ces circonstances, une condamnation du recourant pour homicide par négligence est exclue. Ce qui précède rend sans objet les autres griefs du recourant.