Citation: 2C_1009/2018 E. 3.5

3.5. En l'occurrence, la situation a ceci de spécifique que la fille du recourant est, depuis mai 2016, orpheline de mère. Le recourant est seul détenteur de l'autorité parentale, qui ne lui a pas été retirée. A teneur de la décision du 7 juillet 2016, le droit de garde du recourant n'a par ailleurs pas été formellement limité, contrairement à ce que l'arrêt entrepris mentionne (cf. art. 105 al. 2 LTF). L'enfant a toutefois été placée, avec l'accord de son père, chez sa grand-mère maternelle, qui a confirmé vouloir prendre en charge sa petite fille au quotidien (cf. art. 105 al. 2 LTF). On ne se trouve donc pas dans une situation où l'enfant suisse vivrait avec le parent étranger, de sorte que le refus d'autorisation de séjour entraînerait le départ de Suisse de l'enfant. Toutefois, il se justifie d'appliquer les critères moins restrictifs développés pour ces cas de figure (cf. supra consid. 3.4.2) lorsque, comme en l'espèce, l'autre parent est décédé et l'enfant placé (cf. arrêt 2C_972/2011 du 8 mai 2012 consid 4.2). En effet, contrairement aux procédures de mesures protectrices de l'union conjugale et de divorce, dans lesquelles le soutien financier ainsi que le désir de conserver des relations affectives étroites avec l'enfant résultent en premier lieu de la volonté du parent auquel le juge a accordé un droit de visite, les circonstances d'un placement d'enfant ainsi que l'organisation des relations entre le parent naturel et cet enfant ne dépendent pas en premier lieu de la volonté du parent naturel, mais de celle de l'autorité (cf. arrêt 2C_972/2011 du 8 mai 2012 consid. 4.2). Par ailleurs, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, la prise en charge d'un enfant à des fins d'assistance est une mesure temporaire à suspendre dès que la situation s'y prête et l'Etat doit prendre les mesures propres à réunir les parents et l'enfant concerné (arrêt de la CourEDH, Johansen c. Norvège du 7 août 1996, Recueil CourEDH 1996-III, p. 979 § 78). Ces particularités liées à la situation des enfants dans les procédures de placement doivent être prises en compte dans la pesée des intérêts de l'art. 8 par. 2 CEDH à effectuer en droit des étrangers. Dans toute la mesure du possible, il s'agit ainsi de prendre des décisions qui ne ferment pas définitivement la porte au but ultime qui consiste à unir à nouveau le parent naturel et l'enfant, en particulier en Suisse lorsque, comme en l'espèce, cet enfant est de nationalité suisse. Partant, seule une atteinte d'une certaine gravité à l'ordre et à la sécurité publics du parent prétendant à une autorisation de séjour peut l'emporter sur le droit de l'enfant suisse faisant l'objet d'une mesure de placement de pouvoir un jour vivre à nouveau avec son parent naturel en Suisse (cf. arrêt 2C_972/2011 du 8 mai 2012 consid. 4.2).