Citation: 8C_67/2024 E. 6.3

6.3. Il sied d'emblée de constater, avec la juridiction cantonale, que le rapport d'expertise du 12 novembre 2020 du docteur E.________ a une pleine valeur probante. Ce rapport, élaboré en collaboration avec un spécialiste en radiologie, est complet et contient notamment une anamnèse détaillée, dans laquelle sont en particulier décrites les circonstances de l'accident du 15 décembre 2017, qui correspondent à celles figurant dans la déclaration de sinistre du 21 janvier 2018. En ce qui concerne le type d'implant utilisé en 2011, l'expert a d'abord décrit une "tige sans ciment de type Corail standard" (cf. p. 25 du rapport), ce qui semble concorder avec la tige Corail à col standard dépeinte par le docteur F.________. Plus loin dans son rapport, l'expert a exposé que "la coupe du calcar extrêmement basse a certainement majoré les contraintes internes du fémur au niveau du petit trochanter, pouvant expliquer l'apparition d'une ostéolyse de surcharge comme l'ont fait les tiges High Offset Corail pour le calcar, particulièrement chez une personne jeune et active" (cf. p. 29 du rapport). A la fin de son analyse, il a indiqué que l'implant posé en 2011 était un implant "de type Offset de tige Corail" (cf. p. 38 du rapport). Quand bien même les termes et la formulation utilisés par l'expert dans son rapport sont équivoques, ils rendent plausibles ses explications fournies subséquemment dans son rapport complémentaire du 19 septembre 2022. Au degré de la vraisemblance prépondérante, on peut admettre qu'il a, déjà dans son premier rapport, fondé son appréciation sur un implant muni d'une tige Corail standard, avec toutefois un offset fémoral se rapprochant de celui des tiges High Offset. Le docteur F.________, qui a admis l'existence d'un risque de descellement accru en cas de recours à des tiges de ce type (cf. son rapport du 11 février 2021), a persisté à voir dans l'analyse de son confrère une erreur d'évaluation, en lui faisant grief d'avoir construit une théorie sur la notion d'un "implant de type High Offset" pour compenser son erreur, alors que la tige et la tête fémorale utilisées en 2011 étaient standards (cf. son rapport du 10 octobre 2022). Ce médecin ne conteste toutefois pas les calculs présentés par le docteur E.________ dans son rapport complémentaire, ni son explication selon laquelle la longueur de l'offset fémoral définitif se rapproche de la longueur d'offset de la tige High Offset. Quoi qu'il en soit, l'expert n'a pas fondé son évaluation uniquement sur le type d'implant installé en 2011. Dans son rapport initial, il a avancé plusieurs arguments parlant en faveur d'une lésion à la hanche causée par un phénomène inflammatoire chronique, sans lien de causalité avec l'accident du 15 décembre 2017, à savoir: un traumatisme à basse ou moyenne énergie; l'absence d'impotence fonctionnelle après la chute et des douleurs amenant à consulter un médecin quatre jours plus tard; un bilan radiologique initial sans image pour des fractures ou une migration d'implant, mais avec déjà un liseré bien visible en zone de Gruen 1, et plus modérément visible en zone 7; une scintigraphie osseuse à deux mois de l'accident ne montrant pas de trait linéaire typique de fractures ou de fissures, mais une hyperfixation localisée; une lésion osseuse parlant davantage pour une hyperactivité cavitaire, lésion qui va augmenter au fil du temps de façon progressive, sans aucune déstabilisation de l'implant. L'expert a ainsi estimé que les accidents des 15 décembre 2017 et 27 septembre 2018 avaient causé des contusions simples, et a fixé les statu quo sine en conséquence. Le docteur F.________ a certes émis certaines objections à l'encontre de cette analyse. Il a essentiellement fait valoir que le liséré en zone de Gruen 1, très fin, ne correspondait pas à un signe de descellement, mais qu'il était la conséquence de la souplesse du grand trochanter, et que le lisede Gruen ré en zone 7 n'était pas manifeste avant l'accident. Il a également observé que le type de résorption osseuse que l'on visualisait sur les clichés de 2016 ne correspondait pas à un processus évolutif. Il a par ailleurs insisté sur le fait que le recourant n'avait présenté aucun symptôme à la hanche entre la pose de sa prothèse et l'accident. Ce faisant, il n'a toutefois pas fait état d'éléments objectifs pertinents qu'aurait ignorés l'expert, se limitant à émettre une appréciation divergente de celle de celui-ci, ce qui s'avère insuffisant pour remettre en cause l'expertise. Par ailleurs, bien qu'il ait qualifié l'accident du 15 décembre 2017 de traumatisme violent, le docteur F.________ n'a pas contesté l'absence de fractures et de fissures, d'impotence fonctionnelle et de migration de l'implant dans les suites de l'accident. Dans ces conditions, l'autorité précédente pouvait se dispenser de mettre en oeuvre une expertise judiciaire. Il résulte de ce qui précède que s'agissant de la hanche droite, les juges cantonaux ont retenu à juste titre, sur la base de l'expertise du docteur E.________, que le statu quo sine pouvait être fixé au 13 février 2018 concernant l'accident du 15 décembre 2017 et au 31 décembre 2018 concernant celui du 27 septembre 2018.