Citation: I 215/05 11.11.2005 E. 1

La doctoresse F.________ a mentionné l'existence d'un trouble obsessionnel compulsif pour la première fois le 3 novembre 2003. Dans un rapport du 18 novembre 2003, elle a ajouté que ce trouble était présent depuis 1990 et que des rituels de rangement, de lavage et d'alignement étaient apparus en 1992. Elle a précisé avoir confié son patient à un pédo-psychiatre, en 1992, et à un psychologue, en 1996, mais ne pas avoir eu connaissance du traitement prescrit, ni de la durée de celui-ci. Selon elle, les problèmes psychiques sont très importants et handicapent l'intéressé dans son travail d'apprenti cuisinier, ainsi que dans ses relations familiales et extra-familiales. Les docteurs M.________ et G.________, psychiatres, ont diagnostiqué un trouble obsessionnel-compulsif avec comportements compulsifs (rituels obsessionnels) au premier plan, estimant qu'il s'agissait d'une affection psychique grave et particulièrement invalidante, présente de longue date et ayant perturbé S.________ dans ses études et son apprentissage. Ils soutiennent que le trouble nuit à la productivité et au rendement du recourant qui ne peut s'investir dans ses études, ses capacités cognitives étant diminuées par les idées obsédantes. Outre une psychothérapie et une aide médicamenteuse, ils recommandent un placement en milieu institutionnel, non anxiogène et non renforçateur de rituels obsessionnels (rapport du 4 mars 2004). Dans leurs constatations objectives, ils décrivent toutefois l'intéressé comme une personne calme, collaborante, euthymique, dont le discours est fluide, cohérent et informatif, sans déceler une quelconque manifestation liée au trouble obsessionnel compulsif. 2.1.2 Au regard des éléments médicaux relevés, les médecins consultés ont un avis concordant quant aux limitations engendrées par les problèmes de santé du recourant. On notera cependant qu'ils s'expriment d'une manière générale, aucun d'eux n'ayant observé concrètement les effets des handicaps diagnostiqués. De surcroît, les développements étayant leurs conclusions ne reposent que sur les déclarations de leur patient. La doctoresse F.________, selon ses propres déclarations, n'a jamais traité le trouble obsessionnel compulsif elle-même, mais a toujours confié S.________ à des spécialistes sans avoir été informée en retour. Elle ne connaît donc pas le diagnostic posé à l'époque, ni le traitement entrepris, la durée de celui-ci ou son résultat. Quant à l'expertise des docteurs M.________ et G.________, elle ne repose que sur les plaintes subjectives de l'intéressé et n'incorpore aucune observation extérieure comme celles qu'auraient pu faire les parents ou les professeurs de celui-ci. Pour cette raison déjà, les conclusions des praticiens sont affaiblies. Elles sont par ailleurs en grande partie infirmées, comme on va le voir, par les constatations des personnes ayant côtoyé quotidiennement le recourant. 2.2 Les handicaps mentionnés n'ont effectivement que peu gêné S.________ dans son parcours scolaire et professionnel. 2.2.1 Bien que faible, l'intéressé a suivi une scolarité obligatoire normale. Il n'a redoublé que la première année d'école primaire et n'a intégré une classe d'observation qu'en dernière année du Cycle d'orientation. Ses professeurs ont indiqué que l'assuré rencontrait alors des difficultés, particulièrement en français et en mathématiques, mais ils ont ajouté que son cas ne différait pas de celui de plusieurs élèves de la région. L'hypoacousie n'avait pas encore été décelée. L'année de pré-apprentissage s'est déroulée sans problème notoire. Même si les résultats de S.________ à un test d'intelligence se sont révélés inférieurs à la moyenne, ses notes, son attitude au travail et son aptitude professionnelle ont été qualifiées de moyennes à bonnes (rapport AI du 29 août 2000 et compte rendu d'entretien du 14 février 2001). Le futur employeur du recourant, auprès duquel ce dernier avait effectué un stage, a également mentionné que le jeune homme se débrouillait bien au niveau pratique et qu'il était apte à recevoir une formation complète (compte rendu d'entretien du 9 mars 2001). Le recourant a par ailleurs affirmé que grâce aux appareils dont il était doté, il ne se sentait pas réellement gêné par sa surdité. La première année d'apprentissage s'est soldée par un échec. Le recourant était toujours jugé bon en pratique, même s'il était un peu dissipé sur le lieu de travail et qu'il fallait parfois le recadrer. Ses notes étaient par contre insuffisantes. S.________ a expliqué son échec par un manque de travail. Celui-ci voulait en fait changer de profession, mais ses parents le lui ont interdit, ce qui, outre un manque de motivation, a engendré de graves problèmes familiaux. L'employeur estimait toujours que l'intéressé avait les capacités pour suivre une formation complète et ne devait pas se contenter d'une formation élémentaire (comptes rendus d'entretien des 28 novembre 2001, 13 juin et 22 juillet 2002). Au cours de sa deuxième année d'apprentissage, les résultats scolaires du recourant se sont améliorés. En revanche, son comportement sur le lieu de travail s'est fortement dégradé. Toujours en conflit avec ses parents, il se montrait insubordonné, tenait des propos racistes et n'accomplissait plus les tâches qu'il n'appréciait pas. Cependant, il s'investissait beaucoup dans sa carrière sportive et pratiquait le hockey à un haut niveau (comptes rendus d'entretien des 26 novembre 2002, 17 février et 24 septembre 2003). Lors de son séjour au foyer pour jeunes travailleurs, les éducateurs ont constaté que l'intéressé s'impliquait dans des tâches telles que le travail pratique ou le hockey, mais pas suffisamment dans son travail scolaire. Ils estimaient que malgré son impulsivité, son obstination, son manque de maturité et de motivation, l'assuré avait le potentiel pour mener à terme son apprentissage. Ils mentionnaient que celui-ci ne portait pas assez ces appareils acoustiques, même si sa surdité passait inaperçue, qu'il refusait de prendre tout médicament, mais qu'il se rendait régulièrement chez le docteur G.________ sans toutefois tirer grand profit de la thérapie. Aucun problème particulier lié au trouble obsessionnel compulsif n'a pu être observé durant cette période. L'ordre en chambre était le seul indice qui pouvait laisser à penser qu'il en souffrait (rapports de synthèse des 27 janvier, 24 mars et 16 juin 2004). 2.2.2 Il apparaît dès lors que personne n'a jamais constaté de manifestations du trouble obsessionnel compulsif chez le recourant. Il n'est nulle part fait mention de rituels obsessionnels, sauf dans les propos de l'intéressé rapportés par les médecins. Il en va de même pour la surdité qui n'était pas une gène dans l'accomplissement de son apprentissage, puisqu'il portait des appareils acoustiques parfaitement tolérés et adaptés. Ces deux handicaps n'ont donc pas interféré dans la formation de S.________. Bien encadré, ce dernier était tout à fait apte à effectuer un bon travail, tant pratique que scolaire. 2.3 Au regard de ce qui précède, on constate donc que l'hypoacousie et le trouble obsessionnel n'ont pas joué un rôle essentiel dans les difficultés survenues au cours de l'apprentissage du recourant. Celles-ci sont le fait d'un manque de motivation et de maturité de l'intéressé et concordent avec l'apparition des problèmes familiaux. En conséquence, c'est à juste titre que les premiers juges ont nié le droit à la prise en charge des frais de logement découlant de son placement dans le foyer des jeunes travailleurs de Y.________, les handicaps constatés ne justifiant pas la mesure de placement.