Citation: 8C_453/2016 E. 3.1

3.1. La première consultation médicale de l'assuré pour troubles psychiques remonte au 26 octobre 2011. Lors de celle-ci, du Deprivita® lui a été prescrit. Le défunt avait demandé des soins à plusieurs autres médecins pour ses problèmes psychiques, avant de débuter un traitement auprès du docteur H.________ dès le mois de janvier 2012. S'il avait respecté la prescription médicale, il aurait dû être sous Escitalopram (Cipralex®) lors du décès et non pas sous Citalopram. Le défunt souffrait d'un épisode dépressif sévère sans symptômes psychotiques selon la dénomination de la CIM-10 (classification internationale des troubles mentaux et du comportement) ou d'un trouble dépressif majeur, épisode isolé, état actuel sévère, sans caractéristique psychotique selon la terminologie du DSM IV (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Bien que le dossier ne permette pas de répertorier l'entier des éléments ayant conduit à poser le diagnostic d'épisode dépressif sévère, l'expert se dit convaincu d'un tel diagnostic au vu des explications données par le médecin psychiatre traitant. Le trouble dépressif avait été suffisamment grave pour justifier une attestation d'incapacité de travail du 7 au 14 mai 2012. Même en souffrant d'un tel trouble, il était tout à fait possible que le défunt fût à même de sauver la face dans certaines situations et même d'avoir un rendement proche de la normale au travail s'il ne présentait pas de ralentissement marqué, ni d'importantes difficultés à penser et à se concentrer. Le dossier rapporte des fluctuations de la thymie et, par conséquent, des légers mieux de plus ou moins longue durée. Statistiquement, 10 à 15 % des patients ayant présenté un épisode dépressif majeur modéré ou sévère au cours de leur vie allaient mourir par suicide. D'autres facteurs de risque doivent être pris en considération, en l'occurrence le sexe masculin. Dans les facteurs de risque généraux et indépendants de la dépression, il faut retenir en l'espèce la séparation et le divorce, les problèmes familiaux et la probabilité de difficultés professionnelles. Il ne semblait pas que l'assuré ait eu une compagne. Le rôle de la médication psychotrope devrait être écarté dès lors que le taux sérique mesuré lors de l'autopsie était inférieur à la zone thérapeutique et que ce type de problème se posait ordinairement une dizaine de jours après l'introduction de l'antidépresseur. En revanche, on peut se poser la question de l'observance de la prescription médicamenteuse et d'une diminution de la posologie dans les jours ou la semaine précédant le décès, ce qui aurait aussi pu constituer un facteur de risque suicidaire supplémentaire. La présence d'un yaourt et d'une cuillère à côté du corps n'exclut pas l'éventualité d'un suicide. Dans un contexte de désespoir et de ruminations suicidaires, ces objets ont pu être jetés préalablement au sol avant le passage à l'acte ou être gardés à la main lorsque l'assuré s'est précipité dans le vide.