Citation: 1P.666/2006 26.10.2006 E. 4

4.1 Quant au risque de fuite, il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le poursuit ainsi que ses contacts à l'étranger, qui font apparaître ce risque non seulement possible, mais également probable (ATF 117 Ia 69 consid. 4a p. 70 et la jurisprudence citée). La gravité de l'infraction ne peut pas, à elle seule, justifier la prolongation de la détention, même si elle permet souvent de présumer un danger de fuite en raison de l'importance de la peine dont le prévenu est menacé (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62; 117 Ia 69 consid. 4a p. 70, 108 Ia 64 consid. 3 p. 67). Le fait que l'extradition du prévenu puisse être obtenue n'est pas déterminant (ATF 123 I 31 consid. 3d p. 36 s.). 4.2 En l'occurrence, l'autorité attaquée estime qu'un risque de fuite existe en raison du fait que l'intéressé est double national, que son avenir professionnel en Suisse serait gravement compromis et qu'il a une soeur et un fils en Turquie, où il possède des biens et où il s'est rendu régulièrement ces dernières années. Elle passe toutefois sous silence les éléments qui dénotent l'attachement du recourant à la Suisse, notamment le fait qu'il y a vécu et travaillé durant trente-trois ans, que son épouse et trois de ses enfants y vivent et que l'un de ses enfants souffre d'autisme et bénéficie de soins spécifiques dans notre pays. Ces faits sont pourtant établis et l'attachement du recourant à sa famille en Suisse n'est pas remis en doute. Il ressort d'ailleurs d'un courrier du 3 septembre 2006 que le recourant a tenté de transmettre clandestinement à son épouse et dont le contenu apparaît d'autant plus crédible qu'il n'était pas censé être porté à la connaissance des autorités (dossier cantonal p. 1835 ss). Cela étant, l'importance de la peine encourue par le recourant fait craindre qu'il ne fasse certains sacrifices pour échapper à la justice. S'il est vrai que ses liens avec la Turquie apparaissent plus ténus que ceux qui le lient à notre pays, ils n'en sont pas moins réels, de sorte qu'il ne paraît pas déraisonnable pour lui d'envisager de vivre dans son pays d'origine, où il possède au moins une résidence secondaire. De plus, comme l'a relevé l'autorité attaquée, les perspectives professionnelles du recourant en Suisse sont effectivement réduites, l'intéressé évoquant de surcroît lui-même une prochaine retraite anticipée. Dans ces conditions, on peut admettre l'existence d'un risque de fuite. Il convient toutefois d'examiner si ce risque peut être paré par des mesures moins restrictives que la détention, telles que l'obligation de se présenter à un office déterminé, la saisie de papiers d'identité ou le dépôt de sûretés, ce que le recourant avait d'ailleurs proposé. En effet, le 22 mai 2006 déjà, celui-ci demandait au Juge d'instruction quelles mesures de sûreté seraient envisageables (dossier cantonal p. 1120 s.). Il évoquait à nouveau cette question dans sa requête de mise en liberté du 24 juillet 2006. Le Juge d'instruction lui ayant simplement répondu que le dépôt d'une caution ne lui paraissait pas suffisant, le recourant s'est plaint, devant le Tribunal cantonal, d'un manque de motivation à cet égard. Cette dernière autorité n'a cependant pas examiné ce grief dans l'arrêt attaqué, de sorte que c'est à juste titre que le recourant invoque - certes succinctement - une violation de son droit d'être entendu. Au demeurant, la détention préventive constituant une grave restriction de la liberté personnelle, il s'imposait de procéder d'office à un examen des moyens alternatifs permettant de pallier le danger de fuite, d'autant que la détention préventive subie apparaît désormais en soi comme relativement longue. En omettant de traiter cette question, le Tribunal cantonal a donc manqué à son devoir de motivation, de sorte qu'il y a lieu d'annuler l'arrêt attaqué et de renvoyer la cause à cette autorité afin qu'elle examine si le risque de fuite peut être paré par des mesures moins restrictives que la détention préventive.