Citation: 6B_780/2022 E. 1.4.1

1.4.1. La cour cantonale a estimé que le Dr S._________ ne pouvait pas être suivi en tant qu'il était parvenu à la conclusion que les souvenirs de l'intimée étaient le fruit d'hallucinoses, voire d'hallucinations ou d'illusions, cet expert s'étant livré dans le cadre de son analyse à des suppositions factuelles qui étaient clairement contredites par les actes de la cause (cf. jugement attaqué, consid. 4.17.3 p. 35). 1.4.1.1. Le Dr S._________ avait ainsi tablé sur une consommation toxicophilique de zolpidem par l'intimée, qualifiée de très excessive, voire d'une consommation récréative et festive par un usage détourné de cette substance. Cela allait toutefois à l'encontre des conclusions de l'expertise toxicologique réalisée par le Dr P._________ et R._________, ceux-ci n'ayant en effet mis en évidence qu'une consommation habituelle de zolpidem par l'intimée, de surcroît décroissante au cours des trois mois qui avaient précédé le prélèvement de ses cheveux. Il n'y avait du reste pas lieu de s'écarter de ces analyses effectuées par des spécialistes en la matière, dont les conclusions avaient reçu l'aval du Dr K._________ et de la Dresse T._________. Cette dernière s'était d'ailleurs très clairement distanciée de celles prises par le Dr S._________, excluant l'extrapolation sur la posologie excessive faite par celui-ci sur la base de la quantité de zolpidem décelée sur les segments de cheveux analysés, de même que sur l'augmentation de la quantité de cette substance retrouvée entre les deux segments de cheveux les plus récents. Ainsi, selon la Dresse T._________, les seules données concrètes à retenir étaient une concentration sanguine et urinaire de zolpidem indétectable 4 jours après les faits, compatible avec une consommation de doses recommandée et d'un processus d'élimination standard. Cet avis d'expert était convaincant, en tant qu'il avait le mérite, outre de coller aux conclusions des analyses toxicologiques versées en cause, de mieux correspondre aux explications fournies par l'intimée lors de son dernier interrogatoire, et confirmées lors des débats d'appel. Celle-ci n'avait en effet fait état que d'une consommation occasionnelle de zolpidem, qui était fonction principalement de ses nombreux déplacements professionnels à l'étranger et de la nécessité pour elle de ne pas subir les effets du décalage horaire, consommation qui avait cessé selon elle après l'été 2014 (cf. jugement attaqué, consid. 4.17.3.1 p. 36). 1.4.1.2. Quant à l'état "confusionnel et crépusculaire" de l'intimée au matin du 24 octobre 2014, il avait été retenu par le Dr S._________ sur la base de certaines déclarations faites par l'intimée qu'il avait estimées incohérentes. Il s'était néanmoins également fondé, à cet égard, soit sur des suppositions, soit sur une mauvaise appréhension des faits de la cause. Il en allait notamment ainsi lorsque l'expert s'était prévalu de la différence d'environ une heure entre le moment où l'intimée avait indiqué s'être réveillée et celui où elle avait envoyé son premier message à I._________, omettant de tenir compte du décalage horaire (de 1 heure) entre l'Estonie et l'Autriche. De même, l'expert n'avait envisagé la possibilité d'une amnésie traumatique qu'en lien avec la chute du lit décrite par l'intimée, écartant du reste cette hypothèse par le fait que le sol de la chambre était recouvert d'une moquette. Or, ce dernier point ne consacrait qu'une simple supposition, qui était de surcroît contredite par les éléments au dossier en sa possession à ce moment-là, à savoir en particulier les déclarations du recourant, selon lesquelles il n'y avait que du parquet sur le sol de sa chambre d'hôtel (cf. jugement attaqué, consid. 4.17.3.2 p. 36 s.). 1.4.1.3. L'expert ayant, comme indiqué, écarté la possibilité d'une amnésie traumatique, en lien avec une chute du lit, il en avait déduit que le blackout dont l'intimée avait été victime résultait à l'évidence d'une amnésie toxique découlant de la combinaison de zolpidem et d'alcool. A aucun moment cependant, il n'avait discuté l'éventualité d'une amnésie traumatique en lien avec un syndrome de stress post-traumatique, alors qu'il avait pourtant reconnu que la possibilité de souvenirs par bribes était compatible avec une amnésie traumatique, différant en cela grandement de l'amnésie induite par la prise de zolpidem (amnésie toxique), laquelle était globale (cf. jugement attaqué, consid. 4.17.3.3 p. 37). 1.4.1.4. Ces différents éléments dénotaient soit des extrapolations injustifiées de l'expert (prise excessive de zolpidem et état confusionnel et crépusculaire au matin du 24 octobre 2014), soit un parti pris de ce dernier que rien au dossier ne permettait de justifier. Aussi, les développements contenus dans l'expertise de la Dresse T._________ quant à la possibilité de souvenirs par bribes à la suite d'une amnésie, devaient être privilégiés. Ayant reconnu que tant le zolpidem que l'alcool pouvaient être à l'origine d'un blackout et que le risque était encore augmenté par leur association, cette experte avait confirmé, à la suite du Dr S._________, qu'une amnésie antérograde d'origine médicamenteuse, renforcée par la prise concomitante d'alcool, conduisait plutôt à une absence définitive de souvenirs, les souvenirs qui revenaient par bribes n'étant pas le propre de telles amnésies, mais plutôt de celles d'origine multifactorielle, notamment post-traumatique. Cela étant, contrairement au Dr S._________, elle avait estimé d'une manière convaincante qu'il était impossible d'identifier si le blackout vécu par l'intimée était d'origine médicamenteuse ou d'origine multifactorielle, à défaut d'éléments précis permettant une telle identification, tels les doses de zolpidem et d'alcool ingérés ainsi que l'existence ou non chez l'intimée d'un syndrome de stress post-traumatique, en sorte que la probabilité qu'elle avait pu avoir des bribes de souvenirs plutôt qu'un blackout complet ne pouvait pas être déterminée (cf. jugement attaqué, consid. 4.17.3.3 p. 37 s.). 1.4.1.5. Par ailleurs, l'expertise pharmacologique privée, qui avait été réalisée le 17 mars 2020 par le Dr A1._________, chimiste diplômé et ancien directeur de l'Unité de pharmacogénétique et pharmacologie clinique du Département de psychiatrie de l'Hôpital de Cery, n'était d'aucun secours au recourant. Certes, l'expert mandaté par ses soins était parvenu à la conclusion, travaux scientifiques pharmacologiques à l'appui, que les souvenirs qui revenaient après une amnésie antérograde partielle ou fragmentaire, de type de celle vécue par l'intimée étaient souvent le produit d'une haute suggestibilité, surtout lorsque, comme en l'espèce, il existait de nombreux indices pouvant l'induire. Néanmoins, cette conclusion n'avait été opérée que dans la perspective d'une amnésie causée par une consommation élevée d'alcool, mieux documentée au dossier selon lui, qu'une ingestion importante de zolpidem.