Citation: 6B_161/2022 E. 4.6

4.6. Sur la base des constatations de fait dénuées d'arbitraire, la pesée des intérêts opérée par la cour cantonale peut être confirmée. En effet, concernant l'intérêt du recourant à rester en Suisse, il convient de relever que celui-ci y vit depuis 25 ans et disposait, jusqu'au 31 décembre 2021, d'un permis d'établissement valable. Cela étant, il ne ressort pas de l'état de fait cantonal que le recourant entretiendrait des liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec la Suisse. Il a certes travaillé dans le domaine de la maçonnerie, la restauration et comme installateur sanitaire. Néanmoins, il a été au bénéfice de l'aide sociale durant une période s'étendant de février 2017 à juillet 2021. Il est par ailleurs endetté à hauteur de 10'000 francs. En affirmant que sa situation personnelle ne serait pas mauvaise, qu'il ne ferait l'objet d'aucune poursuite et qu'il respecterait l'arrangement de paiement en lien avec la dette contractée auprès d'un proche, il se base pour partie sur des faits qui ne ressortent pas des constatations cantonales et procède pour le reste à sa propre appréciation des preuves dans une démarche purement appellatoire et partant irrecevable. On peut toutefois lui donner acte qu'il a su trouver un emploi d'une durée de 3 mois à sa sortie de prison (cf. pièce 408 dossier cantonal, 105 al. 2 LTF). Le recourant a grandi au Portugal, pays qu'il a quitté à l'âge de 18 ans seulement. Dès lors, on peut supposer que le recourant parle le portugais, quand bien même le jugement cantonal ne contient aucune constatation de fait à cet égard. Depuis son arrivée en Suisse, il affirme n'être retourné que trois fois dans son pays d'origine. Toutefois, sa mère vit encore au Portugal, de même que sa soeur et le reste de sa famille. D'ailleurs, le fils du recourant a séjourné au Portugal chez la mère de celui-ci durant son incarcération (soit durant plus d'un an, cf. pièces 219 et 419 s. du dossier cantonal, 105 al. 2 LTF). On peut donc supposer que le recourant a des contacts réguliers avec sa mère, ce qui ressort d'ailleurs de ses déclarations (cf. pièce 420 du dossier cantonal, 105 al. 2 LTF). Ces éléments devraient faciliter la réintégration du recourant dans le pays qu'il a quitté à l'âge adulte et dans lequel vivent des membres de sa famille proche. En affirmant que ses chances de réintégration au Portugal seraient nulles et en se prévalant de l'absence de contact avec sa famille d'origine, le recourant procède de manière appellatoire. Le recourant a un intérêt à poursuivre sa vie de famille en Suisse. En effet, il a un fils, qui était encore mineur à la date du jugement d'appel (17 ans) et dont il avait la garde, étant précisé que le recourant n'a plus de contact avec la mère de son fils depuis dix ans. Il a également une concubine avec laquelle il fait ménage commun. L'expulsion serait aussi délicate pour sa compagne, qui n'a manifestement pas de lien avec le Portugal. Toutefois, en cas d'expulsion, des contacts resteraient possibles entre le recourant et sa compagne (respectivement entre le recourant et les enfants de celle-ci) par le biais de moyens de communication modernes et rien n'empêchera celle-ci de lui rendre visite au Portugal (cas échéant avec ses enfants). Dans la mesure où le recourant affirme qu'il jouerait le rôle d'un père de substitution pour les enfants de sa compagne, il se base sur des faits qui ne ressortent pas du jugement cantonal, de sorte qu'ils sont irrecevables. S'agissant du fils du recourant, on peut considérer que son jeune âge facilitera son intégration dans un nouveau pays. Il ressort en outre des constatations cantonales qu'il a déjà vécu plus d'un an au Portugal chez sa grand-mère, ce qui devrait contribuer à son intégration. Bien que le recourant affirme que son fils devrait poursuivre sa formation en Suisse, on ne voit pas ce qui l'empêcherait de le faire au Portugal, vu les considérations qui précèdent. A cet égard, il ne ressort pas du jugement entrepris que des démarches concrètes auraient déjà été entreprises en vue d'une formation en Suisse, sans que l'arbitraire de l'omission de ces faits ne soit invoqué. L'expulsion ne conduit ainsi pas nécessairement à la séparation du père et du fils. En tout état, le fils du recourant demeure libre de retourner en Suisse une fois l'âge de la majorité atteint. Au vu de ce qui précède, l'intérêt du recourant à demeurer en Suisse en raison de ses liens familiaux peut être relativisé. Les intérêts présidant à l'expulsion du recourant sont importants, dès lors que celui-ci a déjà été condamné à six reprises entre 2011 et 2019. Le risque de récidive est mis en évidence par ses nombreux antécédents (dont des condamnations à des peines privatives de liberté). Comme l'a relevé, à juste titre, la cour cantonale, si la gravité des premières infractions commises par le recourant étaient moindre, il en allait différemment de celles ayant conduit à la condamnation du 30 octobre 2017 à (notamment) une peine privative de liberté de 21 mois, avec sursis à l'exécution pour 12 mois et un délai d'épreuve de 5 ans (vol, dommages à la propriété, injure, menaces envers son ex-épouse, tentative de contrainte, faux dans les titres, violations des règles de la circulation routière) et de celle faisant l'objet de la présente procédure qui porte sur un montant de plus de 19'000 francs. On peut encore relever que le recourant a commis de nouvelles infractions dans le délai d'épreuve précité, vu ses condamnations ultérieures des 11 janvier 2018 et 28 novembre 2019 pour des infractions à la loi sur la circulation routière et pour abus de confiance. C'est, partant, de manière fondée que l'autorité précédente a considéré que le recourant représentait un danger pour la sécurité publique. En définitive, compte tenu de la gravité des infractions commises et des antécédents du recourant, de l'intégration mitigée du recourant en Suisse et des perspectives qu'il conserve de se réintégrer dans son pays d'origine, ainsi que de la menace qu'il constitue pour l'ordre public, l'intérêt public à l'expulsion du recourant l'emporte en l'espèce sur son intérêt privé à demeurer en Suisse. Si l'expulsion est certes susceptible de porter une atteinte aux relations familiales du recourant, elle ne conduira pas forcément à la séparation du père et du fils et ne l'empêchera pas d'entretenir un contact avec sa compagne, étant relevé que la mesure demeure d'une durée minimale. L'expulsion du recourant s'avère ainsi conforme au principe de la proportionnalité découlant des art. 5 al. 2 Cst. et 8 § 2 CEDH. La seconde condition pour l'application de l'art. 66a al. 2 CP faisant défaut, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en ordonnant l'expulsion du recourant. Infondé, le grief est rejeté.