Citation: 2C_215/2023 E. 6.4

6.4. Tel que motivé, le raisonnement du Tribunal cantonal ne saurait être suivi. Il découle certes de l'arrêt attaqué que le recourant 2, qui est âgé de treize ans aujourd'hui, vit depuis sa naissance au Kosovo et ne parle pas le français. En ce sens, il est clair qu'un regroupement familial partiel avec son père en Suisse, avec lequel il n'a résidé que quelques années au début de sa vie, impliquerait un déracinement social et culturel, dont on peut se demander s'il est vraiment souhaité par le principal intéressé. Soulignons à cet égard que l'enfant est représenté par son père dans le cadre de la présente procédure, lequel défend son intérêt à pouvoir vivre avec son fils, sans que l'on sache quelle est la véritable position de ce dernier s'agissant de ce projet. Cela étant dit, sur la base des constations du Tribunal cantonal, il faut admettre qu'il n'est pas exclu que le recourant 2 puisse avoir un intérêt à venir en Suisse, dès lors qu'il ressort de l'arrêt attaqué qu'il est actuellement gardé par sa mère qui est malade, situation qui est en soi propre à influer négativement sur son développement et qu'il convient également de ne pas perdre de vue. Quant aux difficultés - notamment linguistiques - auxquelles l'intéressé devrait faire face en cas de déménagement en Suisse à l'âge de treize ans, après avoir attendu trois ans l'issue de la présente procédure au Kosovo conformément à la loi, elles doivent être relativisées sur le plan juridique, dès lors qu'un certain déracinement est inhérent à tout regroupement familial, comme l'a déjà souligné la jurisprudence (cf. supra consid. 6.1), que la maîtrise d'une langue nationale ne constitue pas une condition au regroupement familial s'agissant d'enfants de moins de dix-huit ans (cf. art. 44 al. 3 LEI) et que le système des délais prévus à l'art. 47 LEI autorise le regroupement familial quel que soit l'âge de l'enfant. Ainsi, en l'état, aucun élément constaté dans l'arrêt attaqué ne permet de conclure que le recourant 2 serait véritablement incapable de s'intégrer en Suisse et qu'un déménagement en Suisse interviendrait manifestement contre son intérêt. Il n'en va pas autrement de la séparation de la fratrie qu'entraînerait la venue du recourant 2 en Suisse, aspect dont le Tribunal cantonal fait très grand cas dans son arrêt, à nouveau sans avoir recueilli l'avis du principal intéressé. Cet élément ne saurait être décisif sans une audition du recourant 2. Relevons à ce stade qu'un déménagement en Suisse permettrait à l'enfant de vivre auprès de son père, avec lequel il a toujours gardé contact au cours des années malgré la distance, et que ce dernier est susceptible d'apporter un soutien au moins aussi important que celui d'un frère de 18 ans.