Citation: 5C.136/2001 07.01.2002 E. 3

3.- a) En vertu de l'art. 841 al. 1 CC en liaison avec l'art. 8 CC, il incombe au demandeur d'établir que le créancier gagiste antérieur pouvait prévoir que son comportement impliquerait le risque que certains artisans et entrepreneurs subiraient un préjudice. Savoir si une prétention déduite du droit fédéral est suffisamment alléguée en procédure par une partie est une question de droit fédéral (ATF 123 III 183 consid. 3e p. 188). Les exigences quant à la motivation en fait de la prétention découle du droit matériel, plus précisément des éléments de fait constitutifs de la norme ou de la jurisprudence invoquée, ainsi que du comportement procédural de la partie adverse. Lorsque cette dernière conteste les arguments avancés par la partie à qui incombe la charge de l'allégation, celle-ci ne peut se limiter à exposer les faits pertinents globalement; elle est tenue de les alléguer de manière complète, détaillée et claire de sorte qu'ils puissent être prouvés (ATF 127 III 365 consid. 2b p. 368 et les arrêts cités). La charge de l'allégation des faits incombe en général à la partie qui a la charge de la preuve, dès lors que l'omission de l'allégation d'un fait a la même conséquence que l'absence de sa preuve (Max Kummer, Commentaire bernois, n. 39 ad art. 8 CC). b) En l'espèce, le défendeur a contesté avoir pu prévoir que l'inégalité de traitement des artisans et entrepreneurs causerait un préjudice à certains d'entre eux. Il incombait dès lors à la recourante d'alléguer de manière complète, détaillée et claire les faits dont le juge aurait pu déduire que l'intimé pouvait, au moment où il a favorisé certains entrepreneurs au détriment d'autres, reconnaître que cette inégalité de traitement engendrerait un préjudice pour certains entrepreneurs. La recourante a allégué les difficultés de paiement du maître de l'oeuvre et le retard dans les paiements, mais ne les a pas situés dans le temps. Le jugement attaqué montre par ailleurs que la recourante a dépassé d'environ 100'000 fr. le devis initial (246'000 fr.) Il n'est toutefois pas allégué à quel moment ont débuté les dépassements, ni si - et, le cas échéant, à partir de quand - le créancier gagiste les connaissait ou aurait dû les connaître. Les allégués de la recourante ne permettent pas d'établir à quel moment se sont produits ces faits de nature à inciter le défendeur à observer strictement le principe de l'égalité de traitement des artisans et entrepreneurs. Il est dès lors exclu de déterminer si l'intimé a violé ce principe uniquement avant la survenance desdits faits, ce qui engendrerait le rejet de l'action fondée sur l'art. 841 CC, ou s'il l'a ignoré encore ultérieurement. Dans ces conditions, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en rejetant l'action pour insuffisance de motivation en fait de la prétention.