Citation: 6B_1307/2020 E. 1.3

1.3. La cour cantonale a considéré que, malgré la fin officielle de la thérapie, il existait entre la recourante et l'intimé un lien de dépendance si fort que la capacité de décision de ce dernier en ce qui concernait l'acte d'ordre sexuel était considérablement restreinte. A ce titre, il convenait de relever, en particulier, le lien de confiance profond qu'avait établi l'intimé avec la recourante qui était sa thérapeute depuis 2013 et avec laquelle il avait fait des grands progrès, la fragilité de l'intimé qui souffrait du syndrome d'Asperger, le fait qu'ils avaient continué à se voir régulièrement et à échanger des messages après la fin de la thérapie, qu'elle lui donnait encore des conseils thérapeutiques, le fait qu'elle se montrait disponible en permanence pour l'intimé, qu'elle était la seule avec qui il arrivait à parler puisque les discussions étaient compliquées même avec sa famille, et qu'elle était sa personne de référence, sa confidente. Elle avait également pris une place particulièrement grande dans sa vie, en se rendant nécessaire pour lui, en lui facilitant son existence et en lui donnant de l'importance: elle lui offrait régulièrement des cadeaux, l'avait engagé pour donner des cours d'appui de français à son fils, lui demandait de corriger ses rapports et autres courriers confidentiels concernant ses autres patients, lui proposait de rédiger des comptes rendus des séances de groupe à l'hôpital, l'avait enrôlé dans la rédaction en commun d'un livre, lui avait proposé d'entamer une formation de secrétaire médical pour qu'il puisse ensuite travailler avec elle dans son futur cabinet, lui avait proposé d'emménager dans le même immeuble qu'elle, et avait proposé au Service de l'enfance et de la jeunesse les services de l'intimé qu'elle avait présenté comme l'un de ses stagiaires. Elle avait en outre demandé à l'intimé qu'il ne parle pas de certaines choses à sa maman, l'isolant et le rendant encore davantage dépendant d'elle. Elle lui avait également dit à plusieurs reprises qu'elle était amoureuse de lui et avait fait part de ses sentiments envers l'intimé aux amis de ce dernier, dont elle était aussi la thérapeute. De plus, elle mettait une pression psychologique sur l'intimé en lui disant qu'elle allait mal et qu'elle avait besoin de lui. Elle s'adressait en outre à lui, par messages, sur un ton dominateur et moralisateur (p. ex : "Je crois que je dois vous expliquer comme à un enfant ce qui se passe") et lui mettait la pression par rapport à ses sentiments envers lui ou à ses envies sexuelles. Il ressortait également des messages échangés par les parties, le 13 mars 2016, concernant le projet de fellation, que même si la proposition avait été faite par l'intimé, c'est bien la recourante qui avait ensuite tenté de le convaincre de le faire et qui avait insisté pour que la fellation ait lieu dans les plus brefs délais ( "on se voit quand", " rapide. Je vais mourir autrement", "qu'est-ce que vous voulez de A.________? la femme? la cheffe?", "moi, je veux vous gouter", "j'ai ENVIE", "demain?", où?, quand?"), alors que l'intimé était quant à lui davantage sur la réserve, se demandant même si la recourante ne faisait pas un contre-transfert ("you really want that?", "Are you sure? Is it not reflection off me?"). Elle avait ensuite ordonné à l'intimé de se taire concernant la fellation qui avait eu lieu ( "By the way, par rapport aux attouchements: mon cher, c'est une crainte hystérique féminine, ne l'exprimez plus jamais devant les femmes... ça donne un air... rose, ET je ne vous ai PAS touche, si jamais... soyez moins schizo, quand même!"), ce qui démontrait que les parties ne se trouvaient pas sur un pied d'égalité, mais que la recourante avait bel et bien une emprise sur l'intimé de part sa position de médecin du prénommé et la relation de confiance et de dépendance qui s'était construite au fil des années entre eux. La mère de l'intimé avait également constaté l'influence que la psychiatre avait sur son fils. Plus la recourante se rapprochait de l'intimé, plus sa relation avec elle était difficile à gérer pour lui et il était mal à l'aise. Il ne voulait pas être aussi proche d'elle mais se sentait dans un conflit de loyauté. En effet, l'intimé avait déclaré qu'il avait le sentiment d'être redevable envers la recourante pour le temps qu'elle lui consacrait. Il avait un "sentiment de dette" à son égard, avait l'impression de lui devoir une certaine loyauté en raison de cette écoute et de cette présence. Il avait même déclaré s'être senti "violé psychologiquement". Il avait d'ailleurs indiqué qu'il n'a jamais réussi à définir sa relation avec la recourante, indiquant que "c'était [sa] thérapeute, mais plus proche". Par ailleurs, l'intimé, en raison des troubles psychiques dont il souffrait, était une personne psychologiquement fragile et vulnérable, ce que savait la recourante et qui lui permettait d'avoir une emprise d'autant plus importante sur ce dernier. La cour cantonale a retenu que le consentement de l'intimé avait été altéré par le lien de dépendance qu'il avait envers la recourante, dont celle-ci avait consciemment tiré profit pour obtenir un acte d'ordre sexuel. La recourante avait donc réalisé les éléments constitutifs de l'abus de la détresse (arrêt entrepris, p. 8-11).