Citation: 4A_121/2022 E. 8.2

8.2. Certaines remarques distillées par l'expert le confondraient. L'intéressé a cru devoir s'expliquer sur le rôle de ces associations. Cette démarche était en soi superflue après l'arrêt de renvoi. La SIA est bien connue des tribunaux. Quant à l'UIA, des renseignements avaient déjà été recueillis. Pour la cour de céans, l' affiliation même à ces entités n'était pas litigieuse; tout au plus subsistait-il un doute quant aux fonctions spéciales exercées par l'expert, sur lesquelles celui-ci n'avait pas eu l'occasion de s'exprimer. Ceci dit, on ne saurait tout bonnement ignorer les commentaires, superflus ou non, qu'il a effectués sur ces entités. La recourante fustige certains propos concernant la SIA, qui aurait une fonction "quasi souveraine" dans l'établissement de "normes" pour le secteur de la construction, serait "quasiment organisée sur une base paritaire", ou dont le comité d'honneur, qualifié de "petit club", ne saurait être assimilé à un "cercle douteux d'architectes susceptibles de corruption". L'expert, sans doute un peu candide au début de la procédure, a dû penser que la recourante se méprenait sur le rôle et le fonctionnement de ces entités et a cru devoir lever les soupçons découlant de son affiliation, quitte à utiliser des termes forts. Mais il n'a certainement pas créé l'apparence d'une prévention et n'a pas fait "allégeance sans réserve" à la SIA, comme le lui reproche la recourante. Celle-ci prend ombrage du fait qu'il mentionne certains membres du comité d'honneur; elle semble oublier que leurs noms avaient été cités dans l'arrêt de renvoi (consid. 5.3.2) pour démontrer qu'il n'y avait a priori aucun motif de prévention lié à cette fonction. On ne voit pas non plus en quoi le fait de signaler un problème d'infiltration dans l'UIA - par des services de renseignements nationaux cherchant à instrumentaliser des ONG - dénoterait une prévention de l'expert. Celui-ci s'est effectivement demandé s'il était "admissible que ce travail d'expertise soit confié à un architecte". Cette interrogation doit évidemment être prise au second degré. L'expert a bien cerné le problème: le litige pose des questions techniques que doit trancher un architecte, soit un pair de l'intimée. Cet écueil incontournable est apparemment source d'inquiétude pour la recourante. Pour autant, elle ne saurait postuler que tout expert serait de facto prévenu puisque appartenant au même corps de métier que l'intimée (qui a de surcroît suggéré le nom de l'expert). L'appartenance à la SIA est une chose courante dans la profession, et la recourante ne saurait refuser systématiquement tout expert affilié à cette entité. De même, elle ne saurait indéfiniment tirer prétexte du fait que la COMCO a désavoué une méthode de calcul élaborée par la SIA. La recourante critique aussi le dernier paragraphe des déterminations, consacré aux raisons qui ont conduit l'expert à accepter d'accomplir une telle mission. Elle met en exergue le contact qu'il admet avoir eu avec la Juge instructrice du Tribunal civil. Or, il n'a pas été fait mystère de cet élément: l'arrêt de renvoi (sous let. A) précise que la magistrate a contacté tous les experts proposés pour savoir si une désignation était envisageable. La recourante reproche à l'expert son aveu selon lequel "cela ne [l]e dérangerait pas" de ne pas être désigné. Réaliser une expertise est loin d'être une sinécure, et les circonstances d'espèce parlent d'elles-mêmes.