Citation: 4A_699/2012 E. A

A.a. Le 8 décembre 2004 à 7 h.10, sur un tronçon parfaitement rectiligne de la route de Veyrier (GE), la voiture automobile, de marque Citroën Xantia, conduite par A.________, né en 1971, dont la responsabilité civile de détenteur était assurée par compagnie d'assurances P.________ (devenue en 2005 X.________, Compagnie d'Assurances SA; ci-après: X.________), est entrée en collision avec le motocycle, de marque Husqvarna, piloté par H.Y.________, né le 6 juin 1956, ressortissant français alors domicilié à Annemasse (France). Ledit motocycle, ayant une cylindrée de 124 cm3 et immatriculé en France, était assuré en responsabilité civile auprès de l'assureur français V.________. La route de Veyrier, qui relie la commune éponyme à la ville de Carouge, est un axe d'entrée dans cette ville pour les nombreux frontaliers français qui y travaillent, de sorte qu'il y a beaucoup de trafic aux heures de pointe. La vitesse maximale autorisée est limitée à 60 km/h. Sur la route en question, à environ 35 mètres au-delà du lieu de l'accident débouche perpendiculairement, sur la gauche dans la direction de Carouge, une voie secondaire menant à des quartiers d'habitations. Au moment de l'accident, les véhicules roulant en direction de Carouge avançaient en colonne, très lentement et par à-coups. La route bénéficiait d'un éclairage artificiel émis par des lampadaires, situés sur le côté gauche de la chaussée pour celui qui roulait vers Carouge; la chaussée était sèche. Circulant dans cette colonne fortement ralentie, A.________ a décidé, à la hauteur d'une entrée de propriété privée sur sa gauche, de faire demi-tour. Il a alors enclenché son clignotant gauche et contrôlé si des usagers arrivaient en face ou depuis derrière. Ne voyant arriver personne, il a obliqué à gauche et a coupé la route à H.Y.________, qui était en train de dépasser, normalement selon un témoin, la colonne de voitures. Il a été retenu que H.Y.________ a vu le clignotant gauche de la voiture enclenché par A.________; à cet instant, le motocycliste dépassait la voiture d'un témoin, laquelle était séparée par une autre voiture de celle de A.________. Aucune trace de freinage n'a été relevée. La vitesse à laquelle H.Y.________ dépassait les voitures en colonne n'a pas été constatée. La voiture conduite par A.________ a été endommagée sur son flanc gauche, alors que le motocycle de H.Y.________ l'a été sur son avant et son flanc droit. Par ordonnance de condamnation du 12 avril 2005, désormais définitive, A.________ a été déclaré coupable de lésions corporelles simples par négligence (art. 125 al. 1 CP) et condamné à une amende de 1'200 fr. ainsi qu'aux dépens de H.Y.________. Se fondant sur le rapport d'accident de la police, le Procureur général genevois a reproché à A.________ d'avoir été inattentif lors de sa manoeuvre pour n'avoir pas vraiment contrôlé si des usagers arrivaient en face ou depuis derrière. A.b. H.Y.________ a subi une fracture des os de l'avant-bras gauche, de la malléole du pied gauche et du pouce de la main droite. Le jour même de l'accident, il a été opéré du bras gauche avec implantation de matériel d'ostéosynthèse; un plâtre a été posé à ce bras. Une semaine plus tard, une douleur au bras est apparue, accompagnée d'un phénomène de « main tombante ». H.Y.________ a été réopéré le 6 février 2006 afin que soit injecté un produit favorisant la consolidation osseuse. L'ablation du matériel de synthèse a été effectuée le 18 septembre 2007. Du 8 décembre 2004 au 4 mai 2008, H.Y.________, qui exerçait la profession d'ébéniste, a été totalement incapable de travailler. Selon un rapport médical établi le 23 avril 2008 par la Clinique romande de réadaptation, à Sion (VS), la « fracture de l'avant-bras ... s'est compliquée par une atteinte sévère du nerf radial et une non- consolidation des deux os de l'avant bras qui a nécessité une cure de pseudarthrose en février 2006 avec une bonne consolidation de l'ulna, une consolidation incomplète du radius mais suffisante pour une fonction normale de l'avant-bras », alors que « les fractures de la malléole externe et du pouce ont été traitées conservativement avec une évolution favorable ». Ces médecins ont estimé qu'il n'y avait aucune contre-indication à ce que le lésé reprenne le travail à 100% dès le 5 mai 2008. Le 16 mai 2008, le Dr B.________, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique et médecin d'arrondissement de la SUVA, a estimé à 5% l'invalidité théorique de H.Y.________, compte tenu des limitations discrètes observées au niveau des deux membres supérieurs. A.c. Avant l'accident, le lésé travaillait comme ébéniste chez W.________ Sàrl, à ..., où il percevait un salaire annuel net de 58'391 fr.45, payé treize fois l'an par 4'491 fr.65. Il s'ajoutait à ce salaire des allocations familiales genevoises de 440 fr. par mois pour ses enfants. Le 30 juin 2005, cette société l'a licencié pour des raisons économiques, avec effet au 31 juillet 2005, non sans attester ses qualités de très bon ébéniste. Ladite société est tombée en faillite le 18 juin 2007. En été 2005, l'épouse de H.Y.________, qui s'occupait des tâches ménagères, l'a quitté pour aller vivre dans le sud de la France avec un de leurs enfants, encore mineur, et un ami du prénommé. Une procédure de divorce a été introduite en août 2005. En décembre 2005, les époux Y.________ ont vendu leur maison avec piscine à Annemasse. H.Y.________ a ensuite vécu chez sa soeur, puis dans un mobilhome. En 2009, il a acheté une ferme à ... (Haute-Savoie/France); il a commencé à y monter un atelier de menuisier. Le 21 mai 2008, la SUVA a alloué au lésé une indemnité pour atteinte à l'intégrité de 5'340 fr. Du 11 décembre 2004 au 4 mai 2008, cette assurance lui a en outre versé un total d'indemnités journalières se montant à 201'808 fr. Le 3 juillet 2008, l'office cantonal de l'assurance-invalidité a estimé que H.Y.________ avait droit à une rente d'invalidité de 100% du 8 décembre 2005 au 31 mai 2008, de sorte qu'un montant de 65'317 fr. lui était dû. Il a été retenu que X.________ a versé en faveur de H.Y.________ par l'intermédiaire du Bureau international de règlement des sinistres, mandaté par l'assureur français V.________, 19'792 fr.50 à titre de perte de gain, ainsi que 10'000 fr. le 17 octobre 2005 « à valoir sur l'ensemble du dommage ». Un litige est survenu avec X.________ au sujet de l'indemnisation de la victime de l'accident. Les négociations qui ont été menées entre les parties en 2008 n'ont pas abouti.