Citation: 1B_598/2022 E. 1

Le recourant soutient que c'est le cumul d'attitudes systématiquement "soutenantes à l'égard de la prévenue" et à son détriment qui traduirait la partialité du juge intimé; on peut admettre ce faisant qu'il critique l'irrecevabilité partielle des motifs de récusation. Il n'y a toutefois pas lieu d'examiner si c'est à tort au regard de la jurisprudence précitée (cf. arrêt 1B_42/2022 du 14 juin 2022 consid. 2.1) que la Chambre des recours pénale a déclaré irrecevables les griefs tirés des propos tenus dans la lettre adressée aux parties le 19 mai 2022 et au procès-verbal de l'audience du 28 juin 2022 dès lors qu'elle a par surabondance admis qu'ils ne justifiaient pas la récusation de l'intimé. Il est douteux que la simple reprise de l'ensemble des comportements imputés au Président Pierre Bruttin comme autant de motifs de récusation permette de considérer que le recours soit suffisamment motivé au regard des exigences des art. 42 al. 2 et 106 al. 2 LTF. Peu importe. Le courrier de l'intimé du 19 mai 2022 répond à ceux reçus des parties à la procédure et ne traduit aucune apparence évidente de partialité du juge à l'égard du recourant même si celui-ci n'adhère pas à la manière dont l'instruction est menée. Sur ce point, l'appréciation de la Chambre des recours pénale peut être partagée. On ne voit en particulier pas que la volonté de l'intimé de tenter absolument la conciliation à l'audience du 28 juin 2022 puisse objectivement laisser transparaître une apparence de prévention à l'égard du recourant dès lors que l'art. 332 al. 2 CPP l'autorise à procéder de la sorte. Le fait qu'il ait entendu les témoins de la défense ne saurait davantage passer pour une erreur grossière vu la latitude que l'art. 331 al. 1 et 3 CPP lui reconnaît dans l'appréciation de la pertinence des réquisitions de preuves. L'intimé est parfaitement apte à faire la part des choses et à séparer parmi les déclarations recueillies celles qui sont utiles pour statuer sur la plainte du recourant de celles qui ne le sont pas ou qui tendraient à remettre en cause la procédure pénale initiée à son encontre par la prévenue et close par une ordonnance de classement définitive. Il a certes fait protocoler au procès-verbal de l'audience du 28 juin 2022 que le recourant avait choisi délibérément de ne pas se présenter, attitude qu'il déplorait et jugeait pour le moins désinvolte, alors que le conseil du recourant avait informé la cour que ce dernier s'était rendu le matin même aux urgences. Il s'est expliqué à ce propos dans ses déterminations sur la demande de récusation, reconnaissant avoir manifesté quelque humeur en constatant que le plaignant n'était pas présent sans en avoir averti la cour, rendant ainsi inopérante toute conciliation. Ces explications permettent d'exclure une éventuelle prévention de l'intimé à l'égard du recourant. Ce dernier voit un motif de récusation dans les aménagements consentis dans un premier temps par le Président Bruttin pour que la prévenue puisse être entendue seule, ce à quoi elle s'est refusée, puis dans le fait qu'il a admis qu'elle puisse, en lieu et place, lui présenter un rapport écrit sur la base des questions qui lui seraient posées. Comme le relève la Chambre des recours pénale, la procédure de récusation ne doit pas servir à remettre en cause la manière dont l'instruction est menée, en particulier lorsque le requérant peut s'en plaindre et sauvegarder ses droits en utilisant les voies de recours à sa disposition (ATF 143 IV 69 consid. 3.2). L'application de l'art. 145 CPP au prévenu n'est pas exclue devant le Tribunal de première instance même si elle doit être faite avec retenue et ne pas entraîner une restriction des droits de partie (cf. arrêt 6B_835/2014 du 8 décembre 2014 consid. 2.2; 6B_663/2014 du 22 décembre 2017 consid. 11.2.3, cité par THORMANN/MÉGEVAND, in Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2 e éd., 2019, n. 3 ad art. 145 CPP). Il n'y a pas lieu d'examiner si l'intimé était fondé à faire application de la procédure écrite au motif que la prévenue s'était opposée à son audition sous quelque forme que ce soit, pour des raisons médicales attestées en dernier lieu par un certificat du 10 mai 2022. Vu les circonstances et la latitude reconnue au juge sur ce point, la Chambre des recours pénale pouvait exclure l'éventualité d'une erreur grossière ou d'une violation crasse des devoirs de sa charge qui aurait justifié sa récusation. Cela étant, le recours est mal fondé en tant qu'il s'en prend au refus des juges précédents de récuser le Président du Tribunal de police Pierre Bruttin.