Citation: I 96/05 03.03.2006 E. 4.1

4.1.1 Dans leur rapport du 10 octobre 2002, les experts du COMAI ont relevé la présence chez l'assurée d'un épisode dépressif actuellement de degré moyen, qui s'intégrait dans un contexte de trouble dépressif récurrent depuis 1998. Ce contexte dépressif, associé aux douleurs chroniques, avait certainement rendu l'assurée incapable de reprendre une activité professionnelle après son licenciement en décembre 1995. Au titre des facteurs aggravants, les experts ont indiqué le départ en 1998 du foyer familial de son fils unique, un conflit de couple centré autour de la maladie, ainsi que l'impossibilité pour l'assurée de pouvoir s'occuper de sa petite-fille. La douleur avait pris une place centrale dans la vie de l'assurée qui vivait repliée sur elle-même. Malgré une importante démonstrativité lors de l'examen clinique, les experts étaient convaincus de l'authenticité du vécu douloureux de l'assurée et de l'importance des conséquences fonctionnelles négatives des troubles sur sa vie quotidienne. Les signes de non-organicité relevés à l'examen clinique étaient à interpréter dans le sens de manifestations inconscientes et aucun élément ne permettait d'envisager une simulation. Le recul survenu depuis 1998 démontrait en outre que l'assurée avait épuisé ses ressources adaptatives et qu'elle n'avait pas été en mesure de retrouver une activité professionnelle en raison de ses atteintes à la santé. 4.1.2 Bien que l'assurée se plaignît par moment d'une humeur triste, les docteurs P.________ et V.________ ont considéré que les signes cliniques mis en évidence n'atteignaient pas un degré d'intensité suffisant pour poser le diagnostic de trouble dépressif majeur, mais correspondaient tout au plus au diagnostic de trouble dysthymique. Cette affection ne jouait pas de rôle déterminant en terme de comorbidité à son trouble douloureux. L'assurée, qui ne présentait par ailleurs pas de trouble de la personnalité pouvant constituer un caractère prémorbide à son status algique, restait certes le plus clair de son temps chez elle. Elle gardait cependant une vie sociale satisfaisante, recevant des amies et sa petite-fille, et ne montrait pas de signes d'une surconsommation médicale. Selon ces experts, la capacité de travail exigible était complète, dès lors que ni l'évaluation somatique ni l'évaluation psychiatrique ne permettaient de mettre en évidence une atteinte à la santé objectivement et significativement limitative. 4.2 Au regard des principes exposés ci-dessus (consid. 3), ni le rapport d'expertise du COMAI ni celui du SMR ne permettent de statuer à satisfaction de droit sur le caractère invalidant ou non du trouble somatoforme douloureux présenté par l'assurée. 4.2.1 Bien que les experts du COMAI se soient déclarés convaincus de l'authenticité du vécu douloureux de l'assurée et de l'importance des conséquences fonctionnelles négatives sur sa vie quotidienne, plusieurs aspects liés à l'évaluation du caractère invalidant du trouble somatoforme douloureux de l'assurée n'ont pas été mis en perspective ni discutés de manière suffisamment détaillée et approfondie pour que l'on puisse se convaincre du bien-fondé des conclusions retenues par les experts. Ceux-ci ont en effet relevé, sans plus ample développement, un certain nombre d'éléments qui pouvaient constituer autant d'indices plaidant dans le sens d'une exagération des symptômes et de l'absence d'une atteinte à la santé ouvrant le droit à des prestations d'assurance. La consultante en rhumatologie, la doctoresse E.________, a ainsi fait état d'importantes auto-limitations qui ont rendu très difficiles, sinon impossibles, les évaluations et rapporté certaines observations qui étaient en contradiction avec les limitations déclarées. Des tests sanguins ont également révélé une observance médiocre, voire nulle, du traitement antidépresseur prescrit à l'assurée. L'expertise ne laisse pas non plus transparaître de conflit intrapsychique majeur ni situation conflictuelle externe - tout au plus le départ du fils unique du domicile familiale - qui expliquerait le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. En revanche, les experts ont indiqué, sans s'y attarder, que l'assurée espérait obtenir une rente de la part de l'AI comme compensation financière à ses problèmes de maladie (exprimant ainsi le désir subjectif de se voir accorder une rente). 4.2.2 Quant aux médecins du SMR, ils ont motivé l'existence d'une capacité de travail entière principalement par le fait qu'ils n'ont pas pu mettre en évidence de comorbidité psychiatrique significative. Si ce critère est d'importance, il n'est pas exclusif. En présence d'une symptomatologie douloureuse, il appartient en effet aux experts de fournir au juge tous les éléments permettant à ceux-ci de déterminer avec précision l'incidence de l'état douloureux sur la capacité de travail de l'assuré, eu égard aux critères dégagés par la jurisprudence pour admettre à titre exceptionnel le caractère non exigible d'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de la réintégration dans un processus de travail. Or, l'expertise du SMR demeure, quoi que puisse en penser l'office recourant, particulièrement sommaire dans son volet psychiatrique. Elle n'examine notamment que très superficiellement les critères jurisprudentiels relatifs au caractère invalidant d'un trouble somatoforme, de sorte qu'on ne saurait se faire une opinion sur l'existence ou non de circonstances susceptibles, exceptionnellement, de fonder un pronostic défavorable. 4.3 Au vu de ce qui précède, il apparaît donc nécessaire de mettre en oeuvre une nouvelle expertise psychiatrique. L'office AI ayant déjà requis deux rapports d'expertise, qui, on l'a vu, ne permettent pas de trancher le litige, il convient d'ordonner une expertise judiciaire et de renvoyer la cause à la juridiction cantonale pour ce faire. Dans cette mesure, le recours se révèle bien fondé.