Citation: 4C.298/2006 19.12.2006 E. A

A.a En mars 2000, X.________ a acheté une cafetière à filtre de marque V.________ dans un magasin G.________, à Genève. Elle n'a conservé ni l'emballage, ni le mode d'emploi de l'appareil. En 1999, Y.________ AG (ci-après: Y.________) avait importé en Suisse environ 15'000 cafetières du même modèle auprès de B.________ Ltd, à Hong-Kong. Désignées sous les marques V.________ ou W.________, elles étaient absolument identiques et portaient à l'origine la même référence, U.________; elles étaient fabriquées en Chine par A.________ Co Ltd. Les cafetières de la marque V.________ étaient livrées de Chine directement chez G.________ alors que celles de la marque W.________ étaient envoyées chez Y.________. Un mode d'emploi rédigé en allemand, en français et en italien était joint aux cafetières vendues par G.________; il contenait les «consignes de sécurité et avis importants» suivants: «Evitez de faire tomber l'appareil ou de l'exposer à des chocs violents. Ne posez jamais la carafe sur une surface froide ou mouillée lorsqu'elle est encore chaude, car le verre risquerait de se briser. Lorsque la poignée commence à se détacher de la carafe - ou si le verre est endommagé - remplacez la carafe immédiatement par un modèle équivalent.» Avant de procéder à l'exportation du modèle U.________, à la fin 1996, le fabricant l'avait soumis à des contrôles de qualité en relation avec la directive 89/336/EEC. Les tests ont été effectués par la société spécialisée C.________, en Allemagne, qui a certifié la conformité de l'appareil avec les exigences de qualité requises. A.b Le 8 juin 2001, X.________ a invité à dîner E.________ ainsi que les époux D.________. A la fin du repas, elle s'est rendue à la cuisine pour préparer du café au moyen de la cafetière précitée; les invités sont restés dans la salle à manger. Selon ses explications, elle a posé la carafe en verre contenant le café tiré sur le plan de travail en stratifié et y a placé le couvercle; le pot a alors explosé et elle a été sérieusement blessée à la main gauche. Conduite immédiatement à l'Hôpital cantonal de Genève, X.________ a subi une intervention chirurgicale. De retour chez elle le lendemain, elle a constaté que les invités avaient nettoyé la cuisine et jeté les débris de verre à la poubelle. Le compte-rendu opératoire fait état d'une plaie par verre de la paume de la main gauche avec section sub-totale du muscle fléchisseur profond et section du nerf collatéral radial de l'annulaire entraînant des troubles de la sensibilité au niveau de ce doigt. X.________ a vu sa main immobilisée par une attelle de protection pendant six semaines. Par la suite, la patiente, qui est gauchère, a consulté plusieurs médecins pour tenter de remédier aux douleurs et handicaps ressentis lors de l'usage de sa main gauche; elle a également suivi des séances de physiothérapie, d'ergothérapie ainsi qu'une thérapie neurale. Quelques jours après l'accident, X.________ s'est rendue au magasin G.________ pour se plaindre du défaut de la cafetière; elle a rapporté ce qu'il restait de l'appareil. G.________ l'a invitée à s'adresser directement au fournisseur, auquel elle a fait suivre les restes de la cafetière. Interpellée, Y.________ a transmis l'affaire à son assureur responsabilité civile. Après un échange de correspondance qui s'est poursuivi du 18 octobre 2001 au 12 mai 2003 et un rapport d'un de ses inspecteurs de sinistre, l'assureur a refusé de prendre en charge le préjudice, car il considérait que le dommage provenait d'une mauvaise utilisation de la cafetière, et non d'un défaut.