Citation: 5P.76/2006 26.09.2006 E. 2.2

2.2.1 L'autorité précédente a constaté que l'assurée était opposée à rencontrer le Dr B.________ "en raison des expériences malheureuses faites avec ce praticien par une de ses connaissances"; elle a donc adopté un comportement de méfiance à son égard et s'en est tenue à un discours immuable afin d'éviter de se livrer, ce que le psychiatre a interprété comme une absence de volonté de collaborer. Or, au début d'un examen psychiatrique, le médecin doit "penser qu'il doit aborder avec l'assuré ses résistances de façon neutre affectivement pour observer le processus de ses difficultés mentales"; les appréhensions peuvent "mobiliser une résistance contre l'examen et, chez d'autres, conduire à une aggravation". En adoptant une attitude de méfiance, la recourante "n'a fait que manifester ses peurs et ses craintes" envers l'examinateur, lequel n'a "manifestement pas adopté le comportement adéquat à son égard pour vaincre ses résistances". C'est ainsi à tort que le psychiatre a admis une absence de volonté de collaborer. Hormis une référence toute générale - et peu claire - à une opinion doctrinale, on ignore sur la base de quels éléments dûment établis en procédure (pièces du dossier, rapports médicaux, interrogatoires des parties ou de témoins, etc.) l'autorité cantonale a retenu l'inadéquation de l'attitude du praticien. On cherche en vain dans l'arrêt attaqué la moindre précision au sujet des "expériences malheureuses" faites par des "connaissances" de l'intimée. Le rapport du médecin prénommé y consacre cinq lignes (p. 8), en mentionnant que cette dernière n'a "pas voulu expliquer davantage qui étaient ces personnes et d'où elle tenait ses informations"; comme le relève la recourante, l'intimée a suivi la même attitude de méfiance à l'égard des autres médecins qui avaient mis en doute son état pathologique (Drs C.________ et A.________). Dans ces conditions, les magistrats cantonaux ne pouvaient, sans arbitraire, asseoir leur conclusion sur la seule "résistance" de l'intéressée face à l'examinateur. 2.2.2 La cour cantonale a considéré en outre que le Dr B.________ a nié l'existence d'une incapacité de travail en se référant à la jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances en matière d'invalidité. Ce faisant, il a procédé à une "appréciation juridique de l'incapacité de travail" et, partant, dépassé le cadre de sa mission, car l'expert doit s'interdire de répondre à toute question juridique; il s'ensuit que "son appréciation de l'incapacité de travail [de l'assurée] n'est pas pertinente". Il est exact que la résolution des questions juridiques incombe au seul juge, et non pas à l'expert (ATF 132 II 257 consid. 4.4.1 p. 269 et les citations). Toutefois, sur le vu d'un rapport qui ne compte pas moins de 18 pages, on ne trouve que deux références à la jurisprudence: La première (p. 4) vise les exigences touchant à la "qualité" d'une expertise judiciaire (ATF 122 V 157 consid. 1c p. 160); la seconde (p. 11 in fine) rappelle que "les syndromes somatoformes ne sont pas de facto reconnus [par le TFA] pour être en eux-mêmes compatibles avec une incapacité de travail", proposition qui apparaît tout à fait secondaire en regard de l'ensemble du rapport et ne saurait, à elle seule, déprécier celui-ci au point de le rendre inutilisable. Le grief d'arbitraire apparaît ainsi justifié. 2.2.3 Les incidences de la fibromyalgie et des troubles somatoformes douloureux sur la capacité de travail ont été longuement traitées par le Tribunal fédéral des assurances dans un arrêt récent, auquel il y a lieu de se référer (ATF 132 V 65 ss).