Citation: 6B_1441/2019 E. 1.2

1.2. La cour cantonale a exposé que la clientèle du recourant était essentiellement composée d'hommes d'origine africaine. Il résultait des observations de la police relatées dans un rapport que de nombreux trafiquants africains fréquentaient le commerce de l'intéressé. Ce dernier fréquentait d'ailleurs ces trafiquants à l'extérieur de son magasin, puisqu'il avait été contrôlé à plusieurs reprises en compagnie de trafiquants nigérians. Son numéro de téléphone était apparu dans la téléphonie de dix trafiquants africains déférés pour trafic de cocaïne depuis 2014. Par ailleurs, le 31 décembre 2012, un homme d'origine africaine fuyant un contrôle de police s'était précisément réfugié dans ce local commercial pour y dissimuler le montant de 8'450 fr. dont il était porteur. Les surveillances policières des 18 et 25 mars 2015 avaient permis de voir, à la première date, qu'en deux heures, durant l'après-midi, vingt personnes africaines - dont quatre identifiées comme étant des vendeurs de cocaïne - s'étaient rendues dans le magasin du recourant, pour en ressortir les mains vides pour la plupart. A la seconde date, l'après-midi, durant environ quatre heures, trente personnes africaines étaient entrées, dont cinq connues comme vendeurs de drogue en plus de celles déjà identifiées comme tels auparavant. L'une d'elles était ensuite allée livrer une boulette de cocaïne, tandis qu'une autre en avait vendu une devant l'établissement du recourant. Selon la cour cantonale, l'utilisation d'agences de transfert de fonds par des trafiquants africains pour exporter leurs revenus illicite était notoire, de même que les restrictions administratives qui étaient imposées aux exportateurs d'argent qui ne pouvaient pas se légitimer. L'enquête avait également révélé que des trafiquants africains rémunéraient parfois des prête-noms, le plus souvent des toxicomanes, pour effectuer des transferts internationaux de leur argent selon leurs instructions. Les transferts concernés étaient caractérisés par les irrégularités dans le suivi de la procédure et par la clandestinité. Il s'était agi, pour le recourant, d'occulter l'identité réelle du détenteur et expéditeur de l'argent, soit en y substituant sa propre identité ou celle de son épouse, soit en utilisant l'identité d'un tiers. Une telle manoeuvre n'avait de sens que pour contourner les contrôles mis en place afin d'éviter la confiscation de fonds d'origine criminelle. De surcroît, certains clients du recourant déposaient leurs effets personnels dans le commerce de celui-ci. Ces objets - en particulier les téléphones cellulaires - étaient susceptibles d'incriminer leur propriétaire en cas de contrôles de police. Le recourant avait expliqué cette pratique, dans son commerce, de la manière suivante : "[...] quand ils déposent un natel, ils mettent les téléphones dans un sachet et notent leur nom dessus. Des fois, ils les déposent le matin et reviennent le soir. Parfois, ils les déposent pendant plusieurs jours. Je ne sais absolument pas pourquoi ils laissent leurs natels chez moi." Le dépôt systématique et insolite de ces appareils, compte tenu des autres indices pointant l'existence d'un trafic de stupéfiants, ne pouvait se comprendre que comme une mesure prise par des trafiquants pour déjouer les contrôles de police. La vente à la même clientèle de cartes de téléphone et d'abonnements de téléphone attribués à de fausses identités constituait un élément supplémentaire confirmant l'implication des personnes concernées dans le commerce de stupéfiants. L'enquête effectuée n'avait au demeurant révélé aucune source licite s'agissant des sommes d'argent transférées. Il ne s'agissait pas du produit de l'exercice d'activités lucratives licites. Il n'existait pas non plus d'indice pointant d'autres activités illicites que le commerce de stupéfiants. S'agissant de l'intention du recourant, la cour cantonale a exposé que ce dernier avait notamment opéré des transferts malgré les indices révélant un trafic de stupéfiants impliquant ses clients. Il avait effectué de telles opérations vers des pays de destination à risques, principalement le Nigéria. La fréquentation au quotidien de sa clientèle ainsi que l'implication active et flagrante de l'intéressé dans la mise en échec des règles de diligence en matière de transferts de fonds à l'étranger permettaient d'exclure ses dénégations relatives à sa connaissance de l'origine des montants concernés.