Citation: 4C.88/2004 02.06.2004 E. A

A.a Depuis 1986, A.________ est suivi par le Dr C.________ qui, consulté en 1987 pour des douleurs à l'estomac, l'a adressé au Dr B.________. Gastro-entérologue, spécialiste FMH en médecine interne - maladies des voies digestives, celui-ci est médecin-adjoint de gastro-entérologie à l'Hôpital X.________ et exploite également à titre indépendant un cabinet médical situé en ville de Z.________. Le 18 juin 1988, A.________ s'est rendu à une première consultation chez le Dr B.________. A cette occasion, ce praticien a diagnostiqué une gastrite chronique superficielle avec légère poussée aiguë et a prescrit à A.________ un traitement antacide par prise de Tri-OM gel, lui précisant que la présence de Campylobacter pylori avait été constatée. Dans un rapport au Dr C.________ du 20 juin 1988, le Dr B.________ a notamment précisé que le Tri-OM pouvait être poursuivi indéfiniment et sans danger. Le 7 novembre 1990, A.________ est retourné en consultation chez le Dr B.________. Celui-ci a posé le diagnostic de gastrite chronique active, avec présence d'Helicobacter pylori. Cette bactérie est la même que celle détectée chez A.________ en 1988, mais qui a été entre-temps rebaptisée. Le Dr B.________ a prescrit à A.________ du Zantic (Ranitidine) en complément au Tri-OM gel. A.________ est revenu à la consultation du Dr B.________ les 14 novembre et 12 décembre 1990. Sous la date du 14 novembre 1990, la fiche médicale de A.________, établie par le Dr B.________, mentionne la prise de De Nol quatre fois par jour, ainsi que du Zantic deux fois par jour. Il y est encore précisé que A.________ va bien. Lors de la consultation du 12 décembre 1990, A.________ a déclaré qu'il allait bien avec les médicaments prescrits, mais s'est plaint toutefois de brûlures épigastriques. Au début du mois de janvier 1991, les symptômes de gastrite se sont à nouveau manifestés, de sorte que A.________ a encore consulté le Dr B.________ le 10 janvier 1991. Celui-ci a posé le diagnostic d'ulcère angulaire de l'estomac d'aspect bénin et a prescrit de l'Antra. Sur la fiche médicale de A.________, relative à cette consultation, figure la mention d'une prescription de Zantic. Le Dr B.________ n'ayant pas spécifiquement recherché la présence d'Helicobacter pylori, il n'a rien mentionné à ce sujet. Le 18 janvier 1991, A.________ est retourné à la consultation du Dr B.________ pour connaître le résultat des analyses effectuées le 10 janvier 1991. A cette occasion, il a déclaré aller de mieux en mieux. Le praticien lui a proposé un contrôle endoscopique, prévu pour le 20 février 1991. Le 14 février 1991, A.________ a téléphoné au secrétariat du cabinet du Dr B.________ pour l'informer que, suite à un contretemps, il annulait le rendez-vous pour le contrôle prévu le 20 février suivant. A.________ n'a pas repris de rendez-vous et ne s'est plus manifesté. A.b Au mois de mai 1992, A.________ a consulté le Dr D.________, qui a diagnostiqué un adénocarcinome gastrique, nécessitant une résection gastrique. Il s'en est suivi un traitement par chimiothérapie, au cours duquel la pose d'un cathéter a entraîné l'apparition d'une thrombose, laquelle a nécessité une hospitalisation d'urgence. Depuis lors, A.________ doit être suivi médicalement de manière régulière et prendre quotidiennement des médicaments destinés à le soulager des effets d'une gastrite biliaire sévère, pour laquelle il a été opéré le 15 décembre 1998. Cette nouvelle opération a généré des complications, particulièrement une très grave pancréatite. A.c En 1996, A.________ a saisi le Bureau d'expertises extrajudiciaires de la FMH. Dans son rapport, le Professeur E.________, désigné en qualité d'expert hors-procès, a notamment relevé que le contrôle endoscopique d'un ulcère gastrique d'aspect bénin n'était pas habituellement considéré comme une situation grave, mais bien un cas de routine diagnostique, et ne comportait pas de caractère d'urgence. Il a également noté que tant en 1988, qu'en 1990 et qu'au moment du dépôt du rapport d'expertise hors-procès, le niveau de preuves scientifiques était insuffisant pour recommander l'éradication d'Helicobacter pylori chez un malade atteint de gastrite chronique en dehors d'essais thérapeutiques et que cette règle souffrait de rares exceptions, parmi lesquelles les formes familiales de cancers gastriques, ce qui n'était pas le cas de A.________. En conclusion, l'expert hors-procès a déclaré qu'il n'avait pas identifié de faute du Dr B.________ dans les procédures diagnostiques proposées, dans l'interprétation de ces procédures et dans les traitements proposés à A.________. Il a ajouté qu'il avait identifié la possibilité d'un retard au diagnostic de carcinome gastrique chez A.________ et que cette possibilité, faible mais non nulle, résidait dans le fait que A.________ ne s'était pas rendu à l'endoscopie de contrôle à laquelle il avait été convoqué pour le 20 février 1991. Il a encore précisé qu'il n'était pas établi que, si un diagnostic avait été posé, les modalités thérapeutiques du carcinome gastrique auraient été différentes et que l'état actuel de la santé du patient en aurait été amélioré. Dans une lettre du 31 janvier 1996 adressée à A.________, qui le consultait depuis 1988, le Dr F.________ a confirmé que les recherches sur l'éradication de l'Helicobacter pylori n'étaient pas très avancées entre 1988 et 1990, qu'elles étaient toujours en cours et que les protocoles variaient encore. A.d Par déclaration du 20 juillet 1998, le Dr B.________ a renoncé à se prévaloir de l'exception de prescription jusqu'au 31 juillet 1999.