Citation: 2C_1084/2017 E. 3.2

3.2. La Cour de justice a d'abord refusé ce changement au motif qu'une domiciliation à l'adresse de B.________ n'était pas compatible avec la condition d'indépendance de l'avocat figurant à l'art. 8 al. 1 let. d LLCA. B.________ n'était pas une étude d'avocats, mais une société de services qui mettait à disposition de l'avocat la plupart des prestations dont il avait besoin pour exercer, à savoir des locaux (un bureau et une salle de conférence), une domotique (imprimante, ordinateur, accès à internet haut débit, photocopieuse, scanner, bibliothèque, documentation juridique, coffre-fort et armoire dédiée), des services de réception, de réception téléphonique, d'ouverture et d'envoi du courrier ouvert. B.________ permettait par ailleurs à l'avocat d'utiliser son logo, de recourir à une adresse électronique se terminant par " @B.ch " et de faire figurer son profil sur son site internet. L'avocat était ainsi dépendant d'un seul partenaire contractuel dans sa pratique quotidienne, de sorte qu'en cas de litige, l'édifice même sur lequel l'avocat a bâti sa pratique pourrait se retrouver en péril. Les CG-occupation et les CG-domiciliation renforçaient le risque de dépendance, en tant qu'elles protégeaient davantage les intérêts de B.________ : l'art. 7 CG-occupation excluait la responsabilité de B.________ pour tous dommages ou pertes qui résulteraient de la défaillance à fournir l'un des services convenus, alors que l'avocat devait renoncer expressément et par avance à toute action à l'encontre de B.________ visant à obtenir des dommages et intérêts pour toute perte directe ou indirecte, notamment la perte du chiffre d'affaires, la perte ou la non-réalisation de profits ou l'économie projetée, des pertes ou dommages relatifs à des données subies par l'avocat, du fait du défaut, de l'erreur, de retard de l'omission ou de la non-disponibilité de l'un ou l'autre des services convenus. B.________ se réservait le droit de mettre fin au contrat de manière anticipée en cas de justes motifs ou de violations graves du contrat par l'avocat, aucun remboursement n'étant alors dû (art. 4 § 2 CG-domiciliation), alors que, selon l'art. 6 § 6 CG-occupation, le manquement à l'une ou l'autre des garanties données par l'avocat constituait une faute grave permettant à B.________ de résilier le contrat avec effet immédiat. Le système mis en place par B.________ plaçait ainsi l'avocat dans une relation de très forte dépendance. L'avocat qui ne choisirait qu'une seule ou quelques-unes des options proposées diminuait certes ce niveau de dépendance, mais il fallait tenir compte du fait que les options proposées pouvaient être modulées à chaque échéance contractuelle, soit théoriquement tous les six mois, et que l'on ne pouvait exiger de la Commission du Barreau qu'elle vérifie à ce rythme si les conditions d'inscription des avocats étaient toujours remplies. Toujours sous l'angle de l'indépendance, la Cour de justice retient aussi que la domiciliation d'un avocat à l'adresse de B.________ était source de confusion pour les justiciables, puisque les apparences créées (mention du nom et des coordonnées de B.________ dans l'adresse professionnelle de l'avocat, jeu de mots formant la raison sociale " B.________ ", susceptible d'évoquer une étude d'avocats; obligation des réceptionnistes de répondre " B.________ bonjour " aux appels sur la ligne fixe, possibilité d'utiliser l'adresse électronique " info@B.ch ") créaient l'impression fausse que l'avocat exerçait dans le cadre d'un groupement d'avocats et sous le couvert d'une société anonyme. La Cour de justice a aussi retenu que B.________ ne permettait pas de garantir le respect du secret professionnel de l'avocat, au sens de l'art. 13 LLCA. Cette disposition imposait à l'avocat d'instruire ses auxiliaires des règles relatives au secret professionnel et de veiller à ce qu'ils les respectent. Or, B.________ n'était pas une étude d'avocats et ses employés ne pouvaient par conséquent pas être considérés comme des auxiliaires au sens de l'art. 13 al. 2 LLCA. Le refus de domicilier professionnellement le recourant à l'adresse de B.________ constituait une restriction à sa liberté économique, mais celle-ci était conforme aux exigences de l'art. 36 Cst.