Citation: 5A_823/2014 E. 4.3

4.3. La recourante rappelle que son mari a déclaré passer environ la moitié de son temps auprès de sa nouvelle compagne depuis 2013. Elle en déduit qu'il a quitté la maison, de son plein gré, avant les audiences de mesures protectrices, déménageant par la même occasion ses affaires " professionnelles ", parce qu'il " aimait ailleurs et entendait vivre ailleurs " (cf. constat de domiciliation produit le 13 mai 2014); selon elle, il n'est donc pas parti en raison de tensions existant entre les époux. Partant, il serait arbitraire de considérer qu'il était installé au sous-sol du logement conjugal et qu'il est parti parce qu'elle lui en refuse l'accès. La recourante ajoute que c'est d'autant plus choquant au regard des témoignages de la femme de ménage et de l'enfant C.________, qui n'ont pas même été examinés par la Cour de justice. La femme de ménage, employée de la famille depuis plus de 10 ans, aurait affirmé que l'époux " n'a plus d'affaires personnelles, sauf quelques vêtements qu'il ne touche pas, [et] (...) ne vient plus depuis un bon moment ". Quant à C.________, il aurait indiqué que son père ne vivait plus au domicile familial depuis longtemps; son père lui aurait aussi confié qu'il lui était égal d'obtenir la jouissance de la maison familiale. La recourante soutient qu'il est choquant de retenir le critère de l'utilité du logement comme étant déterminant et, ce faisant, de ne pasexaminer du tout les autres critères, ce qui violerait également l'art. 8 Cst. Il serait en outre insoutenable de considérer que ce critère est rempli par son époux. En effet, celui-ci aurait affirmé ne consacrer que deux heures par mois à son activité de gestion du patrimoine (arrêt querellé, p. 9/15, § 6). Pour démontrer que le logement ne serait d'aucune utilité à son époux, la recourante fait valoir qu'il parvient à faire un bon nombre d'ordres de bourse hors dudit logement à l'aide de son ordinateur portable, de tous les classeurs qu'il a emportés, et d'une connexion internet, ce que démontreraient les pièces 1 à 41 qu'elle a produites, et ce qui serait du reste " notoire " de nos jours vu les moyens technologiques actuel. Elle affirme avoir prouvé que son époux revient ponctuellement dans la villa familiale pour y défaire son lit, afin de faire croire qu'il a dormi sur place (pièce M). Le résultat serait aussi arbitraire, dès lors que la décision a pour effet d'octroyer la jouissance du logement à l'époux qui n'y vit plus, qui a la capacité financière et psychique de se reloger, qui vit une nouvelle relation amoureuse et passe au moins la moitié de son temps au domicile de sa nouvelle compagne. Le résultat serait encore insoutenable en ce qu'il la priverait de son droit de copropriétaire alors même qu'elle entend réclamer, dans le cadre de la procédure de divorce, l'attribution de ce logement en imputation de sa créance matrimoniale, par application de l'art. 205 al. 2 CC; or, selon elle, un déménagement forcé l'empêcherait de faire valoir un tel droit. La recourante ne comprend pas pourquoi la cour cantonale, après avoir pourtant constaté que les enfants sont retournés vivre auprès de leur mère, a retenu que leur retour dans le logement familial n'était pas pertinent pour l'attribution de la jouissance de ce logement, les enfants pouvant d'ailleurs y séjourner tant avec leur père qu'avec leur mère. Elle affirme que les enfants, certes majeurs, sont encore dépendants financièrement de leurs parents et ont des liens très étroits avec elle, puisqu'elle s'en est occupée de manière prioritaire durant le mariage. La cour aurait ainsi arbitrairement retenu que les enfants avaient voulu rejoindre la maison familiale, et non leur mère. En substance, la recourante estime que le logement devrait lui être attribué, vu son état de santé psychique (dépression), qui ne lui permettrait pas de déménager, la maison représentant pour elle un gage de stabilité et ayant pour elle une valeur affective, en particulier au moment où tous ses projets de vie s'effondrent, et où ses enfants, qui vivent avec elle, sont en rupture scolaire; à l'inverse, ce serait pour des motifs essentiellement financiers que l'époux en solliciterait la jouissance.