Citation: I 494/04 16.03.2006 E. 3

L'appréciation par les premiers juges de l'expertise psychiatrique du professeur I.________ est au centre du litige. 3.1 Les premiers juges ont accordé pleine valeur probante au rapport du professeur I.________ du 31 juillet 2003. Ils ont constaté qu'elle était complète, compte tenu des droits contestés. Le professeur I.________ s'était fondé sur l'étude du dossier de l'assuré, y compris les rapports antérieurs de ses confrères, et il avait établi une anamnèse consciencieuse et approfondie. L'expert avait procédé à une importante série d'examens (tests) de l'intéressé; son appréciation tenait compte des nombreuses affections dont se plaignait celui-ci et des traitements effectués. L'exposé du contexte médical était cohérent, son appréciation de la situation médicale était claire et ses conclusions dûment motivées. 3.2 Contestant que le rapport du professeur I.________ du 31 juillet 2003 ait pleine valeur probante, le recourant fait valoir que l'expertise psychiatrique est imprécise, parfois incompréhensible, souvent contradictoire, et que ses conclusions sont simplistes. Se référant au jugement de renvoi du Tribunal cantonal des assurances du 2 juillet 2003, il relève qu'aucune expertise pluridisciplinaire n'a été réalisée jusque-là et requiert la mise en oeuvre d'une contre-expertise. 3.3 L'expertise du professeur I.________ du 31 juillet 2003 remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Il comprend les éléments anamnestiques, le status, le diagnostic et les conclusions du médecin. Dans son examen médical, le professeur I.________ s'est fondé sur deux consultations des 25 et 30 juillet 2003. Selon ses constatations, l'existence de discordances comportementales inexplicables médicalement conduisent à faire admettre chez le recourant l'absence d'une affection psychiatrique réellement invalidante. Tout se passe comme si le patient ajustait constamment sa conduite à l'image qu'il se fait de lui et qu'il veut en donner. Celui-ci semble imperturbable dans la décision de l'office AI à son sujet, mais paraît susceptible, s'il n'obtient pas ce à quoi il s'attend, de réactions éventuelles, en particulier contre lui-même. Ainsi que cela ressort du rapport d'expertise (I. Questions cliniques, ch. 4 [Diagnostic] et 5 [Appréciation du cas et pronostic]), le professeur I.________ a retenu les diagnostics de « Trouble hypocondriaque » (F45.2), de « Majoration de symptômes physiques pour des raisons psychologiques » (F68.0) et de « Production intentionnelle ou simulation de symptômes ou d'une incapacité, soit physiques, soit psychologiques (trouble factice) » [F 68.1]). L'expertise du professeur I.________ est complète. En particulier, ce praticien s'est exprimé sur l'existence d'une « structure psychotique de la personnalité » (examen du 26 avril 2002 par le psychologue P.________ lors du séjour de l'assuré à l'Hôpital Z.________) ou d'une « personnalité psychotique » (lettre de sortie du 4 juillet 2002). A ce propos, on relèvera que le recourant a bénéficié d'un suivi psychiatrique ambulatoire à l'Hôpital Z.________ entre le 11 mai 2002 et le 4 mars 2003. Depuis le 5 mars 2003, celui-ci est en traitement auprès du Service de consultation psychiatrique de U.________. A la différence du rapport du professeur I.________ du 31 juillet 2003, le rapport médical du 29 avril 2003 des docteurs O.________ et R.________ est un document émanant des médecins traitants de l'assuré, lequel a moindre valeur probante que l'expertise du professeur I.________ en raison du rapport de confiance qui lie le médecin traitant à son patient (ATF 125 V 353 consid. 3b/cc; comp. ATF 124 I 175 consid. 4). 3.4 De l'avis de la majorité des médecins qui ont examiné le recourant, celui-ci présente un syndrome douloureux somatoforme persistant (CIM-10 F45.4). Seul le professeur I.________ a retenu le diagnostic de trouble hypocondriaque (CIM-10 F45.2). Les avis médicaux divergent en ce qui concerne la capacité de travail du recourant d'un point de vue psychique. D'un côté, le docteur M.________, dans son expertise du 12 juin 2001, a nié toute comorbidité psychiatrique et n'a retenu aucune incapacité de travail sur le plan psychiatrique. Tel est également l'avis du professeur I.________, qui déclare dans son expertise du 31 juillet 2003 que la conduite dans laquelle le recourant s'est enfermé l'empêche de reprendre une activité professionnelle, sans que l'on puisse retenir, sur le plan psychique, une incapacité de travail. D'un autre côté, les docteurs G.________ et S.________, dans leur rapport du 4 juin 2002, ont constaté dans leur observation clinique durant l'hospitalisation du 15 avril au 10 mai 2002 que le patient présentait un trouble somatoforme et également un trouble dépressif et que les examens psychologiques avaient évoqué en plus une structure psychotique de la personnalité, avec des défenses obsessionnelles défaillantes, qui ne parvenaient plus à combler l'angoisse. Au vu de ces éléments, ils étaient de l'avis que le recourant présentait une comorbidité psychiatrique invalidante et que cela le rendait incapable de travailler. Selon le rapport du 29 avril 2003 des docteurs O.________ et R.________, au vu de la structure psychotique de la personnalité de l'assuré, avec des défenses obsessionnelles effondrées, de l'alexithymie qui l'empêche d'avoir accès à ses émotions et entraîne un très grave tableau clinique du type trouble somatoforme douloureux persistant et de l'évolution chronique, il est clair que la capacité de travail du recourant est nulle et ceci de manière probablement durable. Il apparaît ainsi que les experts ont un avis différent que les médecins traitants en ce qui concerne la capacité de travail du recourant. 3.5 Dans son expertise du 31 juillet 2003, le professeur I.________ a discuté le diagnostic de structure psychotique de la personnalité et de personnalité psychotique retenu par le psychologue P.________ et les médecins de l'Hôpital Z.________. Il convient dès lors d'examiner si les avis des médecins de l'Hôpital Z.________ et du Centre de consultation psychiatrique de U.________ sont propres à mettre en doute les conclusions de l'expert I.________. Dans le rapport médical du 29 avril 2003, les docteurs O.________ et R.________ ont retenu le diagnostic de structure psychotique de la personnalité, diagnostic qui avait été évoqué par les examens psychologiques effectués lors du séjour du recourant à l'Hôpital Z.________ (examen du psychologue P.________ du 26 avril 2002, rapport médical des docteurs G.________ et S.________ du 4 juin 2002). Dans la lettre de sortie de l'Hôpital Z.________ du 4 juillet 2002, les docteurs G.________ et S.________ avaient retenu le diagnostic de personnalité psychotique. Selon les docteurs O.________ et R.________, le recourant présente depuis une dizaine d'années un trouble somatoforme douloureux persistant qui se greffe sur une structure psychotique de la personnalité. Celui-ci souffre d'alexithymie. La recherche de symptômes dépressifs relève donc de la quadrature du cercle et l'on doit considérer sa symptomatologie somatique comme étant la seule manière pour lui d'exprimer ses angoisses. Il s'agit donc d'une maladie psychiatrique grave (rapport médical du 29 avril 2003). Il n'est toutefois pas établi au degré de la vraisemblance prépondérante que, du point de vue médical, le recourant soit atteint d'une maladie psychiatrique grave (sur le terme « psychotique », cf. les explications du professeur I.________ dans son expertise du 31 juillet 2003). Si l'on s'en tient aux seules constatations des docteurs O.________ et R.________ mentionnées ci-dessus, il est difficilement compréhensible que le patient présente une maladie psychiatrique grave. A tout le moins, on ne comprend pas comment ces médecins sont arrivés à une telle conclusion. 3.6 Il est établi au degré de la vraisemblance prépondérante que le recourant présente un syndrome douloureux somatoforme persistant (CIM-10 F45.4). Même si le professeur I.________ a retenu le diagnostic de production intentionnelle ou simulation de symptômes ou d'une incapacité, soit physique soit psychologique [trouble factice] (CIM-10 F68.1), la Cour de céans s'en tient sur ce point à l'avis du docteur M.________. Dans son expertise du 12 juin 2001, ce spécialiste a retenu le diagnostic de syndrome somatoforme douloureux persistant sans comorbidité psychiatrique significativement invalidante, tout en rappelant qu'il ne s'agissait en aucun cas d'une production intentionnelle de symptôme pour des motifs conscients qui renverrait alors au diagnostic très rare de « simulation ». Ainsi, il convient d'examiner les critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail (ATF 131 V 50 s. consid. 1.2 déjà cité). D'emblée, on relèvera que le docteur B.________, dans son expertise médicale du 6 octobre 2003, a constaté que l'examen clinique ne permettait aucune appréciation objective, le comportement de l'assuré étant incohérent. Le recourant annonçait en effet des douleurs systématiques ou s'opposait à tout mouvement par des contractions musculaires volontaires, ce qui ôtait à l'examen toute pertinence. Finalement, si l'on faisait abstraction du comportement ostensiblement douloureux, si l'on admettait que l'examen était parasité par une collaboration très imparfaite, on devait admettre qu'il existait une disproportion énorme entre les plaintes et les éléments dont on pouvait juger objectivement. Dans tous les cas, on pouvait affirmer que le socle somatique était insuffisant à soutenir l'édifice des plaintes, raison pour laquelle on retenait le diagnostic de trouble somatoforme douloureux. Au nombre des situations envisagées permettant de conclure à l'absence d'une atteinte à la santé ouvrant le droit à des prestations d'assurance, figure la discordance entre les douleurs décrites et le comportement observé (ATF 131 V 51 consid. 1.2). D'un autre côté, on ne saurait non plus faire abstraction des conclusions du docteur B.________. Dans son rapport d'expertise du 6 octobre 2003, ce praticien a indiqué que si l'on prenait en compte le caractère chronique de l'état douloureux sans rémission durable, la durée de plusieurs années avec des symptômes qui sont allés s'aggravant et l'échec de tous les traitements, on devait admettre que le pronostic était très sombre et, comme tous les médecins avant lui, il avait la conviction que l'assuré ne reprendrait plus d'activité professionnelle. Pour sa part, le docteur B.________ avait l'impression que le recourant avait épuisé ses ressources et qu'il existait un trouble de la personnalité relativement grave, traduit par les diagnostics de trouble hypocondriaque et autre trouble de la personnalité par le professeur I.________.