Citation: I 628/05 25.08.2006 E. 3

3.1 En principe, le juge ne s'écarte pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références). 3.2 Selon l'expertise du docteur B.________, l'intimée souffre, au sens de la CIM-10, de douleurs somatoformes (à l'exclusion d'un trouble somatoforme douloureux), de dépression, d'anxiété et de trouble de la personnalité. Dans les réponses aux questions (chapitre 6 de l'expertise), sous « diagnostics avec influence essentielle sur la capacité de travail », l'expert retient un trouble dépressif récurrent, épisode actuel léger à moyen et un trouble anxieux « pour le moment non spécifié ». Les limitations dues à ces deux troubles concernent les capacités cognitives (attention, motivation), physiques (fatigue) et comportementales (capacité d'autonomie). Au titre de « diagnostics sans influence essentielle sur la capacité de travail », l'expert évoque un retard mental léger, une dysthymie et un probable trouble mixte de la personnalité (traits passifs-agressifs et borderline). Examinant chacun de ces diagnostics sous l'angle de la répercussion sur la capacité de travail (fin du chapitre 5), l'expert précise que la dysthymie est un état sub-dépressif en principe non incapacitant. Le trouble dépressif récurrent peut entraîner des incapacités de travail temporaires (quelques semaines), partielles ou totales en cas d'épisode dépressif moyen ou sévère, ou parfois des incapacités de longue durée lorsque les épisodes dépressifs résistent au traitement ou laissent peu d'intervalles libres de dépression. Or ce n'était pas le cas ici, l'expertisée n'ayant jamais réellement présenté d'épisode dépressif sévère durable ou résistant au traitement. Le trouble de la personnalité, qui n'est pas en soi invalidant, n'était pas sévère puisqu'à ce jour une seule crise était documentée, celle de 1998, survenue juste avant le mariage de l'assurée. Quant au trouble anxieux, qui était probablement le plus limitant des troubles, il était difficile de le préciser et de le considérer comme invalidant. Pour autant que la patiente accepte de s'investir davantage dans l'exploration de ses troubles et dans leur traitement, il devrait être possible d'en préciser la nature et d'appliquer le traitement approprié. Le refus de l'assurée était dommageable car le traitement proposé pouvait être efficace non seulement sur la dépression mais également sur le trouble anxieux. En tenant compte de l'ensemble des troubles psychiques, des limitations cognitives et comportementales que ceux-ci entraînaient, il paraissait raisonnable à l'expert d'estimer la capacité de travail à 50 %. Avec un traitement bien suivi et bien investi, la capacité de travail pourrait être portée à 100 %. Dans le complément d'expertise requis par la juridiction cantonale du 30 mai 2005, l'expert précise que le trouble dépressif est documenté à partir de mars 2003. Le trouble anxieux était difficile à cerner et à dater car l'anamnèse était floue et la symptomatologie peu documentée. Les répercussions fonctionnelles de la dépression et de l'anxiété étaient dues aux manifestations cognitives et comportementales de ces troubles, communes aux deux affections: fatigue physique et mentale, difficulté de concentration et de mémoire, résistance diminuée aux stress quotidiens, comportement d'évitement; ces facteurs contribuaient à diminuer l'endurance à l'effort et la capacité d'assumer les exigences d'un travail régulier. Le trouble anxieux, en dépit de sa nature non définie, était bien réel et motivait, en tenant compte de l'ensemble des troubles psychiques, une incapacité de travail « actuelle » de 50 %. L'expert n'avait guère de doute quant à l'existence d'un trouble anxieux sérieux, même si la nature exacte du trouble restait à préciser; en revanche, en l'absence de pronostic fondé sur un diagnostic précis, il était hasardeux de considérer le trouble anxieux comme invalidant. A la question de savoir en quoi son appréciation se distinguait de celle du docteur V.________, l'expert a répondu que le trouble dépressif s'était aggravé dans l'intervalle et que son évaluation du trouble anxieux était différente de celle de son confrère. Par ailleurs, tous les diagnostics retenus selon la CIM-10 étaient distincts les uns des autres.