Citation: 4C.60/2001 28.06.2001 E. 2

2.- a) Il résulte des constatations cantonales - qui lient le Tribunal fédéral saisi d'un recours en réforme (art. 63 al. 2 OJ) - que les deux sociétés intimées ont décidé d'unir leurs efforts en vue d'exécuter le contrat que le défendeur entendait passer avec elles; elles ont donc formé une société simple (art. 530 al. 1 CO). Le recourant a conclu avec les deux sociétés anonymes intimées, constituées en société simple, un contrat par lequel elles s'engageaient, en qualité d'architectes professionnels, à établir des plans et à diriger les travaux pour les constructions projetées, moyennant une rémunération que le recourant s'obligeait à leur payer. On se trouve donc en présence d'un contrat d'architecte global. Selon la jurisprudence, lorsqu'un architecte est chargé d'établir des plans, des soumissions ou des projets de construction, il se conclut un contrat d'entreprise (art. 363 CO); s'il est chargé des adjudications et de la surveillance des travaux, il s'agit d'un mandat (art. 394 CO); si sa mission englobe des activités relevant des deux catégories, le contrat est mixte et relève, suivant les prestations, du mandat ou du contrat d'entreprise (ATF 114 II 53 consid. 2b; 110 II 380 consid. 2; 109 II 462 consid. 3c et 3d). Dans le cas du contrat complet (comme celui d'espèce), la jurisprudence a admis qu'il fallait appliquer les règles du mandat en tout cas pour ce qui concerne la faculté de mettre fin à la relation contractuelle (ATF 110 II 380 consid. 2; 109 II 462 consid. 3d); elle a admis la même solution en ce qui concerne la responsabilité de l'architecte pour une mauvaise évaluation du coût des travaux (cf. ATF 119 II 249 consid. 3b). La doctrine récente préconise de soumettre entièrement aux règles du mandat le contrat d'architecte global (cf. Peter Gauch, Le contrat d'entreprise, adaptation française par Benoît Carron, n° 58 ss et les références citées, p. 19 s.). Il n'y a pas lieu d'approfondir cette question en l'occurrence, dès lors que le différend porte exclusivement sur la rémunération due aux architectes. A cet égard, les parties sont clairement convenues, dans leur contrat écrit, que les prestations des architectes seraient rémunérées. b) La question qui reste litigieuse devant le Tribunal fédéral porte exclusivement sur l'interprétation de la clause fixant la rémunération des architectes. Le recourant reproche à la cour cantonale d'avoir violé les règles du droit fédéral sur l'interprétation des manifestations de volonté selon le principe de la bonne foi. aa) Pour déterminer l'objet et le contenu d'un contrat, il incombe au juge de recourir en premier lieu à l'interprétation dite subjective, c'est-à-dire de rechercher la volonté réelle et commune des parties, le cas échéant sur la base d'indices, sans s'arrêter aux expressions ou dénominations inexactes dont elles ont pu se servir, par erreur ou pour travestir la nature véritable de la convention (art. 18 al. 1 CO). Ce faisant, il procède à une appréciation des preuves, qui ne peut pas être remise en cause dans un recours en réforme. Lorsque la volonté réelle et concordante des parties ne peut être établie, le juge doit rechercher leur volonté présumée en interprétant leurs déclarations de volonté selon le principe de la confiance; cette interprétation, dite objective ou normative, consiste à établir le sens que chacune des parties pouvait et devait raisonnablement prêter aux déclarations de volonté de l'autre, en tenant compte des termes utilisés ainsi que du contexte. Il s'agit là d'une question de droit qui peut être revue librement en instance de réforme (ATF 126 III 25 consid. 3c, 59 consid. 5b, 375 consid. 2e/aa; 125 III 305 consid. 2b p. 308; 123 III 165 consid. 3a). Pour trancher cette question de droit, il faut cependant se fonder sur le contenu de la manifestation de volonté et sur les circonstances, lesquelles relèvent du fait (ATF 126 III 375 consid. 2e/aa; 124 III 363 consid. 5a; 123 III 165 consid. 3a). bb) En l'espèce, l'autorité cantonale a constaté que les parties étaient convenues clairement, à l'art. 7 de leur contrat, d'une rémunération forfaitaire de 1 280 000 fr. Elle s'est ensuite demandé si cette formulation claire correspondait à la réelle intention des plaideurs et ne procédait pas de l'emploi d'une dénomination inexacte. S'entourant de l'avis d'un expert sur le mécanisme du formulaire SIA utilisé, elle est parvenue à la conviction que les chiffres mentionnés à l'art. 16 avaient pour seul but d'expliquer sur quelles bases les parties avaient fixé le montant forfaitaire; quant au plan de paiement de l'art. 17, la cour cantonale a été convaincue qu'il était compatible avec l'idée d'une rémunération forfaitaire, en tenant compte surtout du fait que les architectes avaient déjà effectué une part importante de leurs prestations. Constatant ensuite que les témoignages étaient contradictoires - comme le recourant lui-même l'admet -, la Cour civile en a déduit que ceux-ci ne venaient pas infirmer cette analyse. Les lettres ultérieures échangées entre les parties corroborent également qu'elles avaient à l'esprit une rémunération forfaitaire. Appréciant l'ensemble de ces éléments de preuve, la cour cantonale a conclu, à la page 36 du jugement attaqué, "que la réelle et commune volonté des parties était de convenir d'un mode de rémunération forfaitaire arrêté à 1 280 000 fr." Il n'est donc pas douteux que l'autorité cantonale, en procédant à une appréciation des preuves, est parvenue à une conviction quant à la réelle et commune intention des parties. Comme on l'a vu, sa constatation sur la volonté des parties relève du fait et lie le Tribunal fédéral en instance de réforme. Le recourant se réfère au témoignage de dame M.________ alors que ce témoignage a été écarté pour le motif que cette personne est la nièce du recourant. L'examen de la crédibilité de cette déposition est une pure question d'appréciation des preuves, qui ne peut être examinée dans un recours en réforme. Le recourant cite également le témoignage de dame V.________, qui n'est même pas mentionné dans l'état de fait souverain; savoir si cette déposition est crédible et apporte ou non une information utile est à nouveau une question d'appréciation des preuves, qu'il est impossible de revoir dans un recours en réforme. Dès lors que la cour cantonale est parvenue à déterminer la réelle intention des parties, elle n'avait pas à appliquer, à titre subsidiaire, le principe de la confiance (ou de la bonne foi) ou une autre règle interprétative, en particulier "in dubio contra stipulatorem". Les principes juridiques invoqués par le recourant n'étant pas applicables, ils ne sauraient avoir été violés.