Citation: 4C.74/2006 12.05.2006 E. B

B.a Le 10 février 2005, Y.________ AG (ci-après: la demanderesse) a saisi la Commission de conciliation d'une requête en évacuation pour défaut de paiement du loyer. La tentative de conciliation n'a pas abouti et la cause a été portée devant le Tribunal des baux et loyers en date du 11 avril 2005. De son côté, X.________ (ci-après: la défenderesse) a contesté le congé extraordinaire par requête du 9 mai 2005. Les deux procédures ont été jointes. Lors de l'audience de comparution du 13 juin 2005, la défenderesse a sollicité des enquêtes. La demanderesse s'y est opposée et a précisé que la locataire n'avait plus d'arriérés. L'affaire a été gardée à juger à l'issue de cette audience. Par jugement du 24 juin 2005, le Tribunal des baux et loyers a rejeté la requête en évacuation. Admettant que le congé litigieux remplissait les conditions de l'art. 257d al. 1 CO, il a cependant considéré que, dans le cas particulier, la bailleresse abusait de son droit en persistant à vouloir maintenir la résiliation du bail d'une personne qui n'avait pas versé son loyer en raison d'une absence momentanée de liquidités dont elle ne s'était pas rendu compte, alors qu'il n'existait a priori pas de risque, étant donné les circonstances, que le loyer demeurât impayé à l'avenir. B.b Saisie par la demanderesse, la Chambre d'appel en matière de baux et loyers du canton de Genève, statuant par arrêt du 16 janvier 2006, a annulé le jugement de première instance et condamné la défenderesse à évacuer immédiatement l'appartement en cause. Les juges d'appel ont estimé, en résumé, que les conditions d'application de l'art. 257d CO étaient réalisées en l'espèce. Selon eux, la bailleresse n'avait pas abusé de son droit de résiliation dès lors que le loyer impayé se montait à 1'689 fr. - dans l'hypothèse la plus favorable à la locataire - et que la défenderesse avait attendu plus de deux mois avant de verser cette somme. La Chambre d'appel a encore souligné le manque de vigilance de la locataire en rapport avec la question de l'ordre de paiement donné à sa banque. Elle a exposé, en outre, en quoi les circonstances du précédent cité par le Tribunal des baux et loyers n'étaient pas comparables avec celles de la présente cause. Rappelant, par ailleurs, que des motifs humanitaires n'ont pas à être pris en considération pour déterminer si le comportement d'un bailleur est abusif ou non, la cour cantonale a constaté, pour terminer, que la défenderesse n'avait pas repris, dans son mémoire de réponse à l'appel, son argumentation selon laquelle le congé serait également abusif au motif que la bailleresse n'entendait en réalité que récupérer les locaux afin de majorer le loyer, cet allégué n'étant du reste "pas documenté".