Citation: 4A_548/2020 E. A

A.a. Par contrat du 2 avril 1999, B.________ SA (ci-après également: l'entreprise locataire de services) a loué à C.________, entreprise individuelle active dans le placement de personnel (ci-après également: l'employeur), les services de A.________ (ci-après: l'employé) pour un emploi de soudeur MAG. Cette mission a débuté le 26 avril 1999, au terme d'une phase test de vingt jours. A.________ était titulaire d'un CFC de soudeur mixte. Il avait suivi une formation dans les domaines de la soudure à électrode enrobé pour les soudures de pipeline, la soudure oxyacétylénique pour les conduites de chauffage, la soudure sur inox, sur l'acier, sur l'aluminium et la soudure MAG pour les grosses charpentes métalliques. Entre 1974 et 1985, il avait travaillé en qualité de soudeur spécialisé pour diverses entreprises françaises comme E.________, dans l'aéronautique ou dans des sociétés de chimie, puis, entre 1986 et 1998, comme soudeur poseur en Suisse notamment auprès de F.________, G.________ SA et H.________. Un second contrat a été signé le 1er juillet 1999 avec effet au 5 juillet suivant, pour une durée indéterminée. Tant dans le cadre de la première que de la seconde mission, l'employé a régulièrement utilisé le palan pour déplacer des objets métalliques, sans avoir reçu une formation au sein de l'entreprise locataire de services. A.b. Le 12 juillet 1999, A.________ était affecté à un travail de soudure sur des pièces métalliques de grande taille dans la halle principale de B.________ SA. Il s'agissait de pièces métalliques IPN (ci-après: IPN) ajourées, de 14 m de long sur 92 cm de hauteur, stockées à l'horizontale, mais posées sur leur largeur de 30 cm. Elles reposaient sur des bastaings en bois. Avant de le souder, A.________ devait déplacer l'IPN au moyen d'un pont roulant actionné par télécommande, depuis son emplacement à l'autre extrémité de la halle. Le sol en béton de celle-ci était lisse, plat et maintenu propre. Au moment de l'accident, il se trouvait sur l'allée centrale, large de 2,8 m, où circulait le chariot sur rail. Avant d'actionner le palan, il n'a pas attaché les crochets à leur fixation, mais a laissé traîner les chaînes par terre. Ce alors que le chef d'atelier donnait pour instruction, aux ouvriers travaillant sous ses ordres, de ne pas laisser pendre les chaînes, sauf pour les déplacements jusqu'à 1 m. L'un des crochets reliés au palan par une élingue présentait une déformation. Au cours de la manoeuvre, l'IPN a basculé en direction de A.________. Celui-ci a reculé et la pièce est tombée sur ses deux avant-pieds. Il n'y a pas eu de témoin du basculement de l'IPN dont la cause exacte n'a pas pu être élucidée. A.c. L'inspection cantonale du travail a été alertée et a dressé un constat de l'accident. Il a proposé que l'IPN travaillé soit espacé de 2 m des autres IPN, afin qu'il y ait un espace de dégagement en cas de renversement de la pièce. L'inspecteur a transmis son dossier à la SUVA compétente pour les entreprises de la branche de la construction métallique. Celle-ci a renoncé à établir un rapport d'accident estimant qu'il n'y avait pas eu de faute ou de négligence grave de la part de l'employeur. A.d. L'employé a été transporté à l'hôpital où il a été opéré en urgence. Les rayons X de contrôle ayant montré une bonne évolution des lésions osseuses, il a pu quitter le service d'orthopédie le 24 août 1999. Le 4 mai 2001, il a fait une chute dans les escaliers, à la suite de laquelle il a subi une nouvelle opération chirurgicale, en septembre 2001, afin de tenter d'améliorer l'architecture du pied. Cette opération fut un échec dans la mesure où il a immédiatement développé une algodystrophie du pied gauche. Le 17 juin 2002, il a annoncé un nouvel accident consécutif à une chute. A.e. L'employé a obtenu une rente de la SUVA et de l'assurance-invalidité, ainsi qu'une indemnité pour atteinte à l'intégrité de la SUVA. A.f. Il a chargé I.________, spécialiste MSST, d'examiner si toutes les prescriptions de sécurité requises avaient été respectées sur sa place de travail. Le prénommé a délivré son rapport en septembre 2002, en se fondant sur les déclarations de l'employé ainsi que sur le dossier de l'inspection cantonale du travail. Il y relève les lacunes suivantes: l'entreprise locataire de services n'avait pas établi un cahier des charges ou autre information sur les activités présentant des dangers particuliers; elle n'avait pas mis à disposition de l'ouvrier un équipement de protection individuel, l'employé devant prendre ses propres souliers de protection; aucun schéma d'alarme ou autre indication en cas d'urgence n'était affiché sur la place de travail; elle n'avait pas instruit l'employé aux travaux présentant des dangers particuliers, en particulier à l'utilisation du pont roulant et aux autres engins de levage; elle n'avait pas davantage assuré sa surveillance; elle n'avait pas mis à disposition de l'employé la notice du fabriquant du pont roulant; la pièce sur laquelle l'employé travaillait obstruait le passage; l'un des deux crochets du dispositif de levage présentait une déformation et ne correspondait plus à une norme française entrée en vigueur en 2001 seulement (NF EN 1677-5), mais qui aurait succédé à une norme similaire datant de 1986. Dans un rapport complémentaire d'août 2004, il explique que le crochet déformé présentait une ouverture de 105 %, ce qui outrepassait la limite de tolérance de 95 % fixée par la norme française en question. Un crochet présentant une telle ouverture, associé à l'absence de linguet de sécurité, augmenterait fortement sa tendance à l'aspiration des divers éléments se trouvant à sa portée. Dans un second rapport complémentaire, daté du 23 octobre 2006, il relève encore que la position verticale des IPN entreposés n'était pas conforme aux prescriptions de sécurité: selon lui, ils auraient dû être posés sur les deux pattes du " H " formé par la pièce (c'est-à-dire sur leur hauteur de 92 cm) et non sur la plus petite surface (de 30 cm).