Citation: 1P.666/2006 26.10.2006 E. 3

3.1 Par collusion, on entend l'activité que l'inculpé peut déployer pour détruire, altérer ou faire disparaître des preuves, notamment par un arrangement complice avec des témoins, des informateurs ou des co-inculpés, voire l'incitation à de fausses déclarations. En cas de risque de collusion la détention préventive vise à empêcher qu'un accusé profite de sa liberté, fût-elle momentanée, pour entraver le cours de la justice. Selon la jurisprudence, un risque théorique de collusion ne suffit pas; il faut qu'il existe des indices concrets d'un tel risque. Le danger de collusion peut être retenu d'autant moins facilement que l'instruction est avancée (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 35; 117 Ia 257 consid. 4b-c p. 260 s. et les références; Peter Albrecht, Die Kollusionsgefahr als Haftgrund, in BJM 1999, p. 3 ss; Gérard Piquerez, Procédure pénale suisse: traité théorique et pratique, Zurich 2000, n. 2348 p. 500). 3.2 En l'occurrence, le Tribunal cantonal n'a pas examiné cette question, affirmant que le recourant ne discutait plus le risque de collusion. Il y a toutefois lieu de constater que ce problème a bien été soumis à l'autorité attaquée, le recourant ayant expliqué que le risque de collusion ne lui était plus opposable sur le vu du déroulement de l'enquête (recours du 14 août 2006 p. 6 in fine). Dans ces circonstances, dès lors que le Juge d'instruction avait lui même estimé qu'il n'était pas nécessaire d'examiner cette question - affirmant seulement que ce risque lui paraissait toujours d'actualité - il est douteux que le maintien en détention du recourant soit suffisamment motivé sur ce point. Quoi qu'il en soit, il y a lieu de constater que le risque de collusion n'est plus réalisé. En effet, si l'on se réfère au motif avancé par le Juge d'instruction à cet égard, il semble que le danger venait du fait qu'il était nécessaire de procéder à de nouvelles auditions des pupilles lésés (détermination du 21 août 2006 devant le Tribunal cantonal). Or, il ressort de la requête de prolongation déposée le 7 septembre 2006 par le Juge d'instruction, certes postérieurement à l'arrêt attaqué, que "l'instruction [...] progresse rapidement ces temps" et qu'il reste "quelques pupilles à entendre, ou à réentendre, avant de pouvoir clôturer cette affaire". L'instruction étant pratiquement achevée et les pupilles concernés ayant presque tous été entendus ou réentendus, il faudrait des indices particulièrement concrets d'un grave danger de collusion pour justifier le maintien en détention du recourant sur cette base. Or tel n'est pas le cas, le Tribunal cantonal se bornant à évoquer la fragilité des lésés, sans expliciter quel risque concret de collusion serait à redouter. Au demeurant, sur le vu de l'instruction poussée qui a déjà été menée, on ne voit pas concrètement en quoi le recourant pourrait influencer les pupilles qu'il resterait à auditionner, si tant est que l'intéressé puisse entrer en contact avec eux. Le risque de collusion est donc pour le moins théorique et ne saurait justifier la prolongation de la détention préventive du recourant.