Citation: 4A_303/2017 E. 4

Le recourant fait également grief à la cour cantonale d'avoir retenu un lien de causalité entre ses actes et le dommage, en dépit de la violation grossière des règles de l'art reprochée au maçon. L'arrêt attaqué évoque un avis de l'expert selon lequel « l'apport de remblai sans isolation, directement contre la façade, constitue (...) une violation grossière des règles de l'art de construire». Cela ne signifie pas encore que l'expert ait reproché un tel manquement au maçon et à lui seul, ni que le juge doive reprendre son appréciation sur les fautes respectives de l'architecte et du maçon. La consultation du dossier révèle du reste que dans le même document où est exprimé l'avis précité, l'expert affirme que «l'architecte et l'entreprise [du maçon C.________, réd.] sont condamnables pour avoir fait procéder au remblayage sans que l'étanchéité soit réalisée» (rapport complémentaire du 17 mai 2004, p. 4 réponse 2c). Dans son rapport principal, l'expert a estimé que pour le défaut d'étanchéité, la responsabilité de l'architecte était de 80% et celle du maçon, de 20% (rapport du 4 mars 2004, p. 6 réponses 9a et 10). Le recourant ne saurait donc faire dire à l'expert que la faute grave du maçon reléguait la sienne à l'arrière-plan. Lorsque l'exécution défectueuse d'une construction est imputable à plusieurs responsables, ceux-ci répondent du dommage envers le maître en vertu des règles de la solidarité imparfaite (art. 51 CO; cf. arrêt 4C.380/1998 du 1er avril 1999 consid. 5a, non publié à l'ATF 125 III 223; 119 II 127 consid. 4b; 115 II 42 consid. 1). Le but de la solidarité passive est d'améliorer la situation du lésé (cf. ATF 117 II 50 consid. 5b). Il en résulte que même en cas de solidarité imparfaite, le responsable ne peut généralement pas opposer au lésé qu'un tiers répond également du dommage (cf. ATF 119 II 127 consid. 4b; 114 II 342 consid. 2b). A titre exceptionnel, le fait d'un tiers coresponsable peut libérer le responsable attaqué s'il fait apparaître comme inadéquate la relation de causalité entre le comportement du défendeur et le dommage, ou si et dans la mesure où il atténue la faute dont répond le défendeur (ATF 97 II 339 consid. 3; 93 II 317 consid. 2e; p. 322; 89 II 118 consid. 5a; cf. aussi ATF 41 II 223 p. 228). Cela étant, cette éventualité est considérée comme plutôt théorique. Une limitation de la responsabilité fondée sur la faute concurrente d'un tiers ne doit être admise qu'avec la plus grande retenue, dans des situations tout à fait exceptionnelles; il en irait peut-être ainsi dans l'hypothèse où la faute de l'auteur recherché apparaîtrait si peu grave et tellement disproportionnée par rapport à celle du tiers, qu'il serait manifestement injuste et choquant de faire supporter au défendeur l'entier du dommage en appliquant à la lettre les rigueurs propres à la solidarité (ATF 112 II 138 consid. 4a; arrêt H 207/06 du 19 juillet 2007 consid. 4.2.2, in SVR 2008 AHV 5 n° 13). En l'espèce, le recourant ne saurait se prévaloir d'une telle exception. A supposer même qu'on puisse reprocher au maçon une violation grossière des règles de l'art de construire, le comportement du recourant serait tout aussi grave, sinon davantage. En tant qu'architecte chargé de la direction des travaux et disposant de la vue d'ensemble, il était avant tout dans ses attributions de donner les instructions nécessaires pour que l'étanchéité des murs enterrés soit effectuée. Le grief du recourant tiré d'une rupture du lien de causalité adéquate doit donc être écarté.