Citation: 6B_690/2022 E. 1.6

1.6. En l'occurrence, s'agissant de la libération conditionnelle, plusieurs intervenants - le ministère public, l'OEP - ont émis un préavis négatif concernant une éventuelle libération de la recourante et plusieurs autorités - dont la CIC également - préconisent un programme prudent d'ouverture du cadre débutant, selon le plan d'exécution de la sanction approuvé par l'OEP, par la réalisation de conduites. Quant à la dernière expertise du 28 mai 2021, basée sur des examens pratiqués le 29 mars et le 19 mai 2021, force est de constater que ses conclusions positives se fondent sur des changements très récents chez la recourante - la première mention d'une amélioration de celle-ci figurant dans le rapport intermédiaire établi le 22 janvier 2021 par la direction de la prison F.________, établissement au sein duquel la condamnée était détenue depuis le mois de juillet 2019, alors que l'expert B.________ l'avait vue le 22 janvier 2020. Ainsi, comme l'a relevé à juste titre la cour cantonale, l'évolution positive mise en exergue dans le dernier rapport d'expertise ne remontait qu'à un à deux ans au moment du jugement attaqué. En 2019-2020, tant l'expert B.________ que la CIC avaient préconisé la mise en place d'une mesure d'internement au sens de l'art. 64 CP, dès lors que la recourante refusait toujours de progresser et de se soigner, prenait de haut tous les intervenants et ne faisait preuve d'aucune compliance (jugement attaqué, p. 18). En effet, après de longues années pendant lesquelles elle avait refusé tout traitement psychotrope, un traitement sous contrainte avait été institué mais les effets avaient été jugés peu satisfaisants dans la mesure où le comportement de l'intéressée ne s'était pas modifié. Par ailleurs, l'expert C.________ relève lui-même dans son rapport d'expertise que la recourante présente encore une pathologie psychiatrique sévère qui est en rémission incomplète et que ce sont la médication actuelle ainsi que le suivi psychiatrique qui "devraient permettre d'empêcher une décompensation susceptible de provoquer une libération de violence". Il reconnaît également qu'après plus de vingt ans d'incarcération, il est difficile de prévoir quelles seront les capacités d'adaptation de la recourante dans le cadre préconisé, soit un foyer. Il ressort d'ailleurs de l'évaluation criminologique - rendue après le rapport d'expertise du Dr C.________ - que si la recourante affirme ne pas remettre en question les diagnostics psychiatriques établis, elle n'est pas en mesure de faire le lien entre son trouble mental et ses actes délictueux, étant dans l'impossibilité d'expliquer son geste (pièce 55 du dossier cantonal, p. 2). Le rapport relève également qu'elle ne bénéficie pas en Suisse d'un entourage susceptible de la soutenir et de l'influencer positivement (pièce 55 du dossier cantonal, p. 3). En outre, la CIC a également considéré, dans une évaluation ultérieure au rapport d'expertise du Dr C.________, que le changement dans le parcours de la recourante était "inattendu" et devait être saisi comme "l'amorce d'un changement durable permettant d'ouvrir un modeste processus de resocialisation". Enfin, compte tenu notamment de la longue période de détention durant laquelle le pronostic de la recourante était très défavorable, l'OEP a relevé à juste titre qu'il y avait lieu de tester la recourante par le biais d'élargissements de régime très progressifs et avec un encadrement adapté à ses besoins avant d'envisager l'octroi de la libération conditionnelle (cf. pièce 60 du dossier cantonal; art. 105 al. 2 LTF). A cet égard, on relèvera qu'il ressort du plan d'exécution de la mesure, approuvé par l'OEP le 7 octobre 2021, que trois axes de travail sont envisagés, soit le maintien de la compliance médicamenteuse et thérapeutique, la poursuite d'une activité occupationnelle et le maintien des relations familiales (moyennent une surveillance des contacts avec sa soeur et coauteur). Il en ressort également qu'au vu du très long parcours carcéral de la recourante et de sa problématique sur le plan psychiatrique, il est apparu prématuré d'envisager un placement, par exemple dans un foyer, comme préconisé dans l'expertise du 28 mai 2021, dans le cadre de cette planification. Ainsi, le plan prévoyait que la première phase serait un régime de conduites sociothérapeutiques avec une conduite tous les deux mois dès novembre 2021 et un point de situation à effectuer en juin 2022. L'objectif est d'observer le comportement de la recourante à l'extérieur du cadre carcéral et dans ses interactions avec autrui (cf. pièce 53 du dossier cantonal; art. 105 al. 2 LTF). On relèvera qu'au moment du jugement attaqué, la recourante avait effectué une première sortie accompagnée (cf. pièces 62 et 64 du dossier cantonal; art. 105 al. 2 LTF). Compte tenu de ce qui précède et au vu des éléments du dossier, les juges cantonaux pouvaient retenir qu'une libération conditionnelle, même assortie de règles de conduite, respectivement d'un placement en foyer, constituait une transition précipitée. En tant que la recourante dénonce une violation du principe de proportionnalité à cet égard, il est rappelé que l'atteinte à sa personnalité est atténuée puisqu'elle bénéficie d 'allègements du cadre institutionnel.