Citation: I 794/03 09.08.2004 E. 4

4.1 Au regard des principes qui viennent d'être exposés, on doit constater que le rapport d'expertise de la clinique médicale X.________ ne permet pas de statuer à satisfaction de droit sur le caractère invalidant ou non de l'affection psychique présentée par le recourant. Dès lors qu'à l'issue de leurs examens (voir aussi la consultation rhumatologique du professeur G.________), les docteurs P.________ et F.________ de la clinique médicale X.________ sont parvenus à la conclusion que la pathologie de l'assuré était essentiellement marquée par la douleur sans corrélation avec un état clinique patent [p. 7 du rapport d'expertise], ils ne pouvaient renoncer, comme ils l'ont fait, à s'adjoindre les services d'un médecin-psychiatre. Car dans un tel cas de figure, la question décisive est celle de savoir si l'assuré concerné possède suffisamment de ressources psychiques pour faire face à ses douleurs et réintégrer le circuit économique. Or, les docteurs P.________ et F.________ n'ont pas porté leur examen sur cette question, ce qui peut s'expliquer par le fait qu'ils ne disposent pas de connaissances spécifiques dans le domaine de la psychiatrie. Cela rend toutefois leur appréciation incomplète. On ajoutera que les raisons qui ont amené ces médecins à se distancer de l'appréciation du professeur G.________ sur la capacité de travail de R.________ - notamment la longue période d'inactivité du prénommé et l'absence de formation professionnelle [voir p. 8 du rapport d'expertise] - ne sont pas, en tant que telles, déterminantes du point de vue de l'assurance-invalidité pour juger de l'exigibilité ou non d'une reprise d'activité professionnelle. Sur un plan strictement somatique, il y a dès lors lieu d'admettre que R.________ conserve une capacité de travail entière dans une activité adaptée. 4.2 Le rapport d'expertise du docteur S.________, en revanche, outre qu'il répond aux exigences jurisprudentielles relatives à la valeur probante des documents médicaux (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références), contient toutes les informations utiles pour trancher le litige. Les critiques soulevées par le recourant à son égard sont mal fondées. Il est vrai que l'expert-psychiatre a fait état sur l'axe IV d'illettrisme; cette constatation doit cependant être relativisée dans la mesure où celui-ci a également précisé que l'assuré sait lire le français simple et que ses difficultés concernent avant tout l'écrit (ce point est corroboré par les maîtres de stage du centre ORIPH dans leur rapport du 8 mars 1999). On ne voit dès lors pas de motif sérieux de mettre en doute la fiabilité des tests psychométriques qu'il a effectués, lesquels ont aussi été partiellement réalisés dans la langue maternelle de l'assuré. En ce qui concerne le reproche de partialité que lui adresse le recourant, il ne repose sur aucun fondement sérieux. Le simple fait que le docteur S.________ a évoqué, à la lumière des résultats obtenus par les tests mais aussi des entretiens personnels qu'il a menés, une amplification des symptômes par l'assuré ne permet pas de conclure à sa partialité. Il s'agit en effet d'une appréciation médicale que l'expert-psychiatre a dûment motivée. Pour terminer, on relèvera qu'il a expressément discuté l'avis des médecins de la clinique médicale X.________ en plusieurs endroits de son rapport d'expertise [voir p. 3, 8, 16 et 19]. Cela étant, on peut inférer de l'ensemble des considérations médicales du docteur S.________ que l'assuré ne réunit pas les conditions auxquelles il convient d'admettre une invalidité découlant de troubles somatoformes douloureux. En premier lieu, quand bien même l'expert-psychiatre aurait observé chez R.________ une réactivité émotionnelle anxieuse plus importante que la moyenne - réactivité qu'il a d'ailleurs qualifiée de «réaction psychologique normale» face à la situation économique et professionnelle dans laquelle se trouve le prénommé -, il a pu exclure l'existence d'une comorbidité psychiatrique grave. En particulier, il n'a pas trouvé de signe ou de symptôme évoquant un état dépressif majeur ou mineur (pas d'humeur triste, pas de perte d'intérêt pour toute activité durant plus de deux semaines consécutives; appétit normal; libido conservée); il a également écarté la présence d'un trouble anxieux, que ce soit sous la forme d'une anxiété généralisée ou d'un état de stress post-traumatique. En second lieu, parmi les autres critères consacrés par la jurisprudence qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle, il ressort du rapport expertise du docteur S._______ qu'un seul apparaît ici réalisé, à savoir celui du caractère chronique et durable des douleurs (1). L'expert-psychiatre n'a en effet constaté aucun dysfonctionnement personnel, social ou relationnel dans le cas de l'assuré, soulignant par contre une tendance à l'amplification volontaire des plaintes. A titre d'exemples, il a cité le fait que R.________ n'a émis aucun signe algique en demeurant assis pendant toute la durée de l'expertise, tandis qu'il a déclaré ne pas pouvoir s'asseoir plus de 10 minutes, ou encore qu'il a décrit des douleurs irradiant dans la jambe droite cependant qu'il boitait en décharge avec la jambe gauche [p. 9 et 15 du rapport d'expertise]. Or, ce sont là des indices laissant plutôt apparaître un profit secondaire tiré de la maladie (le désir subjectif de se voir indemniser par une rente), ce qui doit en règle générale conduire au refus des prestations (voir Meyer-Blaser, op. cit. p. 86). Quant au certificat médical (du 28 novembre 2003) du Centre de consultation Z.________ que le recourant a produit en instance fédérale, il n'apporte aucun élément décisif qui justifierait de douter du bien-fondé de l'appréciation médicale du docteur S.________ si les psychologues et médecins de ce centre font certes mention d'une souffrance psychologique résultant de la situation précaire de l'assuré, ils relèvent également que c'est avant tout un défaut de formation qui rend la reconversion professionnelle de l'intéressé difficile, circonstance dont l'assurance-invalidité n'a pas à répondre. A l'instar de l'office AI et des premiers juges, il y a dès lors lieu de retenir - d'un point de vue juridique - que le recourant est en mesure, nonobstant ses douleurs, de reprendre à 100% une activité professionnelle adaptée qui ménage son dos. Il s'ensuit que le rejet de la demande de prestations par l'office AI n'est pas critiquable. Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances prononce: