Citation: 4A_60/2022 E. 1

Ceci dit, il n'était pas en soi primordial de prouver un tel dysfonctionnement. Il suffisait de démontrer que le client C.________ avait émis des ordres inhabituels nécessitant une mise en garde avant leur exécution et qu'un avertissement aurait permis d'infléchir le cours des événements. Les questions factuelles s'entremêlent ici avec les questions juridiques, mais le pouvoir d'examen est le même dans les deux cas, c'est-à-dire restreint à l'arbitraire (consid. 2 supra). La Cour d'appel a relevé pour ce client une augmentation "inhabituelle" de l'effet de levier, qui avait passé de 1.69 à 4.14 entre le 12 et le 13 septembre 2002. La demanderesse objecte que C.________ (ou plus exactement H.________) était coutumier du procédé consistant à cumuler plusieurs opérations d'achat et de vente dans la même journée. Soit. Mais cela n'exclut pas nécessairement le caractère inhabituel de la prise de risque (4.14, pour un plafond de 5). Et l'on ne dispose pas d'une étude plus précise du comportement de ce client qui mette en évidence une habitude de jouer avec des leviers aussi élevés. Concernant les ordres donnés, les décisions cantonales et l'expertise indiquent que ce client a vendu 15'000 puis 10'000 actions T.________, pour ensuite en racheter 25'000, puis cinq fois 10'000. Toutes ces opérations ont porté sur EUR 196'550.- bruts. L'annexe 25 de l'expertise, dont ces données semblent avoir été extraites, révèle en plus que deux séries de 10'000 actions ont été achetées au même cours de 4 EUR l'unité. L'on concédera cependant à la demanderesse que ces éléments n'accréditent pas de façon impérieuse la thèse d'un dysfonctionnement, respectivement d'un comportement inhabituel. Cependant, les experts ont pointé le fait que le nombre de titres détenus en compte était plus élevé que par le passé pour ce client, donnée qui s'ajoute au degré de levier élevé. A défaut de plus amples informations, ces éléments pouvaient faire inférer sans arbitraire que les opérations passées ce jour-là sortaient du champ ordinaire pour le client C.________. Il était loisible à la demanderesse de produire des pièces démontrant qu'au contraire, le client (respectivement son ami) évoluait ce jour-là dans son cadre habituel. Et il importe peu qu'un effet de levier relativement élevé ait été enregistré la veille pour les deux autres clients (3.09 pour B.________ et 3.78 pour le compte joint détenu avec G.________), tant il est vrai que la situation doit s'examiner client par client. Les experts, dans un passage cité par la demanderesse elle-même, ont distingué le cas de C.________ de ceux de B.________ et G.________, en notant que les comptes de ces derniers avaient déjà enregistré des mouvements plus importants que d'ordinaire depuis dix jours.