Citation: 9C_720/2019 E. 5.2

5.2. Le grief de l'administration est fondé. Le tribunal cantonal a en l'espèce jugé en des termes non équivoques que le rapport d'expertise du docteur F.________ était probant et convaincant mais s'en est tout de même distancié. Pour ce faire, il a établi une distinction entre la période antérieure et la période postérieure à l'expertise. Pour la période antérieure, il a notamment considéré en des termes plus équivoques que les attestations d'incapacité de travail de la doctoresse C.________ ne pouvaient être ignorées dans la mesure où, en sa qualité de thérapeute, ce praticien était le mieux à même de connaître l'état de santé de son patient. Pour la période postérieure, il s'est contenté de constater que l'avis de l'expert était très contesté. On peut au préalable douter de l'utilité de distinguer les deux périodes mentionnées dès lors que, quel que soit le diagnostic retenu par les médecins traitants et la doctoresse E.________ ou l'expert, l'incapacité de travail en découlant a fait l'objet d'une controverse constante. Quoi qu'il en soit, les motifs évoqués par les premiers juges pour justifier leur appréciation ne suffisent de loin pas à établir le caractère plus convaincant des avis des médecins traitants et de la doctoresse E.________ par rapport à celui du docteur F.________ et à tenir pour hautement vraisemblable les faits qu'ils constatent. En effet, même s'il peut constituer un indice à cet égard, le nombre d'avis médicaux concordants n'est pas un critère admis par la jurisprudence pour apprécier la valeur probante d'un rapport médical ni ne paraît un indice suffisant à lui seul pour remettre en cause le rapport du docteur F.________ dès lors que cet avis divergent est dûment motivé. La juridiction cantonale a par ailleurs omis de préciser dans son raisonnement que chaque médecin ou expert consulté a correctement motivé ses propos, a eu connaissance d'une manière ou d'une autre de l'avis de ses confrères et a pu défendre son point de vue ou critiquer le point de vue contraire, certains (comme la doctoresse C.________) même à plusieurs reprises. Malgré ces échanges de vues ou cette "querelle d'experts" comme l'appelle le tribunal cantonal, tous ont maintenu leur position respective en en expliquant les raisons de manière circonstanciée. Les premiers juges qualifient cette situation de problématique et reprochent à l'office recourant une instruction défectueuse. Cette critique n'est toutefois pas entièrement fondée. L'administration n'a certes pas procédé à l'analyse de la situation à la lumière de l'ATF 141 V 281, dont les principes ont été étendus à l'ensemble des troubles psychiques et psychosomatiques (cf. arrêt 9C_618/2019 du 16 mars 2020 consid. 7.1 et les références), ni elle-même ni par l'intermédiaire du SMR (cf. avis des 20 novembre 2017 et 20 mars 2018). Elle a quand même recueilli des documents médicaux pertinents et en a tiré avec l'aide de son service médical des conclusions quant au droit à des prestations. Dans de telles circonstances où l'évaluation de l'influence de pathologies d'ordre psychiatrique sur la capacité de travail est discutable, il appartient en principe au juge saisi d'un recours contre la décision administrative d'en examiner le bien-fondé et de procéder à l'appréciation définitive de la capacité de travail de l'assuré à l'aune de l'ATF 141 V 281. Une telle appréciation fait totalement défaut dans le cas particulier, la juridiction cantonale s'étant focalisée sur les critères non pertinents mentionnés précédemment. Si le Tribunal fédéral peut certes compléter d'office des lacunes dans l'état de fait ou rectifier des erreurs manifestes qui en ressortent (cf. consid. 2 supra), il ne lui appartient cependant pas de pallier l'absence totale de constatation portant sur l'appréciation de la capacité de travail d'un assuré souffrant d'un trouble psychique. Cette raison suffit déjà pour annuler le jugement entrepris et renvoyer la cause au tribunal cantonal. On ajoutera que, si les premiers juges ne s'estimaient pas en mesure d'apprécier le caractère incapacitant des troubles psychiques diagnostiqués en raison notamment de la motivation convaincante des avis contradictoires, ils devaient éclaircir la situation au besoin en ordonnant une expertise judiciaire. Contrairement à l'avis de la juridiction cantonale, le fait d'ordonner une expertise, judiciaire de surcroît, ne saurait être considéré comme une solution inadéquate. L'écoulement de plus de six années depuis la décision initiale n'est en l'espèce pas pertinent dès lors que l'expert judiciaire serait amené à trancher entre deux points de vue certes divergents quant aux diagnostics retenus et leur influence sur la capacité de travail de l'intimé mais motivés de façon détaillée et bien documentés tout au long de la période à considérer. De plus, la conviction du tribunal cantonal, selon laquelle "la réalisation d'une énième expertise serait contreproductive en ce sens qu'elle risquerait de fragiliser davantage l'état psychique du recourant [...]" n'est pas fondée dès lors qu'elle ne repose sur aucune pièce médicale qui démontrerait un risque de fragilisation pour l'assuré et paraît au demeurant contradictoire puisque cette autorité préconise elle-même une nouvelle expertise en invitant l'office recourant à la mettre en oeuvre. Ces circonstances justifient également l'annulation du jugement attaqué et le renvoi de la cause au tribunal cantonal pour qu'il apprécie correctement le caractère incapacitant des troubles psychiques dont souffre l'assuré, au besoin après avoir mis en oeuvre une expertise judiciaire, et rende un nouveau jugement.