Citation: 1C_33/2014 E. 1

Les recourants font ensuite valoir que l'intérêt public prétendument lésé en l'espèce ne serait pas de nature à justifier le dommage que la démolition leur causerait. La Section Monuments et Sites a délivré l'autorisation spéciale requise au sens des art. 17 et 51 LPNMS, estimant qu'en dépit du caractère particulièrement massif de l'ouvrage, celui-ci ne portait pas une atteinte grave au site. L'arrêt attaqué les contraindrait à démolir un côté de la véranda, à en évacuer les déchets et à les priver de l'utilisation de leur jardin d'hiver à une époque où les gelées sont encore fréquentes. Leur droit à pouvoir terminer une construction qui a été autorisée aurait dû l'emporter sur des considérations subjectives et abstraites relatives au degré de légèreté de la construction. Enfin, il ne serait nullement établi que la façade est de la véranda soit véritablement et uniquement la cause de l'aspect massif qui leur a été reproché. Ces objections revêtent un caractère largement appellatoire et ne sont pas de nature à faire apparaître l'arrêt attaqué comme arbitraire ou disproportionné. Il existe en effet un intérêt public important au respect des conditions posées dans le permis de construire initial visant à ce que la véranda soit construite de manière la plus légère possible afin de limiter l'impact de cet ouvrage sur les anciens remparts du Bourg-Neuf, même si la façade est de la véranda ne participe que pour une partie relativement peu importante à l'atteinte portée à cet objet au vu des dimensions de l'ouvrage. Au demeurant, la décision attaquée se justifie également par l'intérêt privé prépondérant de l'intimé. Les recourants contestent à cet égard que l'on puisse reprocher à la Municipalité de Lutry de ne pas avoir procédé à une balance des intérêts des parties en présence dans le cadre de la demande de permis de construire complémentaire. Il leur suffirait d'installer un simple rideau pour que l'impact visuel soit encore plus fort pour leur voisin dans la mesure où les briques en verre translucide laissent au moins passer la lumière. Le grief tiré de l'art. 11 al. 1 du règlement communal sur les constructions et l'aménagement du territoire (RCAT) aurait dû être examiné au moment du permis de construire délivré en décembre 2006 et non pas sept ou huit ans plus tard. La décision attaquée serait d'autant plus difficile à accepter que les ouvertures opérées dans le mur de leur voisin l'ont été sans droit, élément qui aurait dû être pris en compte dans la pesée des intérêts. Il est manifeste que la façade est de la véranda en son état actuel, composée d'un mur de briques translucides enchâssé dans une importante structure en béton de plusieurs centimètres d'épaisseur, cause un préjudice important pour l'intimé, comme cela ressort de la photographie versée au dossier. Seule une vitre intégrée dans une structure légère, comme l'exigeait le permis de construire initial, précisé par l'arrêt cantonal du 2 septembre 2008, et comme l'avait admis D.________, permettrait de considérer l'atteinte portée à l'intimé par l'implantation de la véranda dans les distances aux limites comme supportable au regard de l'art. 39 al. 4 RLATC. Il importe peu à cet égard que les recourants puissent arriver au même résultat en posant un rideau à l'intérieur de leur véranda. La cour cantonale ne saurait par ailleurs se voir reprocher d'avoir examiné la légalité du mur litigieux faisant l'objet de la demande de régularisation au regard de l'art. 39 RLATC, auquel renvoie l'art. 11 al. 1 RCAT évoqué par les recourants. Nul ne conteste que la véranda est une dépendance de peu importance, au sens de ces dispositions, qui, pour être autorisée dans les espaces réglementaires entre bâtiments et limites de propriété, ne doit entraîner aucun préjudice pour les voisins. Dans son arrêt du 2 septembre 2008, elle a constaté que la construction d'un mur en dur en façade est de la véranda ne faisait pas l'objet d'un permis de construire. Ainsi, si la véranda en tant que telle ne saurait être contestée, il n'en va pas de même de sa façade est qui devait faire l'objet d'une autorisation délivrée au terme d'une procédure régulière et dans le respect des exigences légales et réglementaires. Il ne ressort enfin ni de l'arrêt attaqué ni du dossier que les ouvertures pratiquées dans le mur ouest de la maison de l'intimé et donnant sur la façade est de la véranda litigieuse l'auraient été sans droit. Sur ce point, les recourants s'écartent des faits retenus dans l'arrêt attaqué sans que les conditions pour ce faire soient réunies (cf. art. 105 al. 2 LTF).