Citation: 4A_230/2021 E. A

A.a. L'entreprise vaudoise A.________ SA est consacrée statutairement à l'isolation. B.________ travaille à son service depuis 2002 en tant que chapeur, profession qu'il exerce depuis 1993. Au moment des faits litigieux, la société employait aussi un travailleur intérimaire. En 2004, elle s'est vu confier des travaux d'isolation à effectuer dans une villa en construction à... (VD). Le copropriétaire de l'immeuble C.________, associé gérant d'un atelier d'architecture, assumait la direction des travaux. Le chauffagiste indépendant Z.________ (ci-après: le chauffagiste), né en 1949, avait été chargé par une entreprise tierce d'installer le chauffage au sol en tant que sous-traitant. Les travaux de gros oeuvre ont pris fin à la mi-février 2004. La villa comptait trois niveaux. Le corridor du rez-de-chaussée et celui du premier étage (d'une largeur comprise entre 1 et 2 mètres) surplombaient un vide où devaient être installés les escaliers d'accès. Avant le 15 mars 2004, des planches de protection bordaient le couloir du premier étage et des panneaux de coffrage servant de faux plancher recouvraient le vide. Une ouverture avait été laissée au bord de la dalle pour permettre le passage d'un homme par l'échelle; en forme de demi-lune, elle mesurait environ 1 mètre de diamètre. Le 15 mars 2004, B.________ (ci-après: l'employé chapeur, ou l'employé) devait poser l'isolation sur le sol du premier étage. Il a demandé au maçon de démonter les panneaux de coffrage pour pouvoir installer l'isolation le lendemain, ce qu'il a finalement réalisé le jour même. A la fin de la journée, il avait posé une première couche d'isolation. C.________ a demandé la pose d'une seconde couche d'isolation, ce qui n'avait pas été prévu. Le 16 mars 2004, le chauffagiste Z.________ s'est rendu sur le chantier à 7 heures pour installer le chauffage au sol dans une pièce du premier étage. Il a été suivi de peu par le collaborateur intérimaire de l'entreprise précitée, qui devait travailler dans une autre pièce au même étage. Est ensuite arrivé l'employé chapeur venu poser la seconde couche d'isolation. Bien qu'ayant constaté la dangerosité des conditions de travail - il n'y avait alors ni barrière, ni panneaux de coffrage au-dessus de la cage d'escaliers -, l'employé chapeur a jugé qu'il devait faire ce qu'on lui avait demandé. Vers 8 heures 15, alors qu'il était seul dans le couloir mais conscient de la présence des deux autres ouvriers, il a déroulé un rouleau de sagex sur toute la longueur du corridor, recouvrant ainsi le trou en demi-lune. Il s'est attelé à fixer cette couche isolante au moyen d'une bande adhésive, en commençant par l'autre extrémité du couloir. Alors qu'il était occupé par cette tâche, tourné vers le mur, le chauffagiste est sorti de la pièce où il travaillait et a traversé le corridor. Oubliant l'existence du trou qui était recouvert par la couche de sagex, le malheureux a marché dessus. La couche a cédé et le chauffagiste a fait une chute d'environ cinq mètres. Dépêché sur les lieux par la CNA (Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents/Suva), D.________ a constaté des manquements au niveau de la coordination et de l'organisation; il a fait installer une barrière de protection et une planche sur l'ouverture. Peu avant l'accident, il avait inspecté l'entreprise d'isolation et décelé des possibilités d'amélioration au niveau de l'analyse des risques et des dangers encourus sur les petits chantiers; un rapport du 21 juin 2004 s'en est fait l'écho. A.b. La vie du chauffagiste a été gravement mise en danger. Ses douleurs physiques ont été intenses. Souffrant d'un nombre élevé de fractures, il a été hospitalisé durant 49 jours et n'a plus jamais pu exercer d'activité professionnelle. Des troubles physiques ont subsisté de façon permanente, sous la forme notamment d'une perte de l'odorat, de troubles de la déglutition, de la mémoire et de l'attention ainsi que de maux de tête récurrents, sans compter une dépression réactionnelle. A.c. L'entreprise a signé plusieurs déclarations selon lesquelles elle renonçait à se prévaloir de la prescription. A.d. L'employé chapeur a été poursuivi pénalement. Par jugement du 1er décembre 2009, le Tribunal correctionnel de... l'a libéré de l'accusation de lésions corporelles par négligence. Le chauffagiste, qui était intervenu comme plaignant, a reçu acte de ses réserves civiles.