Citation: I 665/04 29.11.2005 E. 6

6.1 Si l'on se fonde sur le rapport d'expertise du COMAI du 27 janvier 2003, dans lequel les docteurs P.________ et C.________ ont retenu un trouble somatoforme douloureux persistant, il y a lieu, comme l'ont considéré les premiers juges, de nier l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. Reste à examiner les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail. Les premiers juges sont d'avis que les critères de la chronicité et de la durée des douleurs sont présents. Ils ont retenu un pronostic « très sombre », l'extrême faiblesse des ressources tant psychiques qu'intellectuelles, l'épuisement des moyens thérapeutiques, la cristallisation de l'état psychique (traitement sans effets), et une tentative de reprise de travail soldée par un échec. Il convient, toutefois, de se fonder sur les critères consacrés par la jurisprudence (ATF 131 V 50 s. consid. 1.2). On ne voit pas que l'intimé réunit en sa personne plusieurs de ces critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. En effet, celui-ci ne présente pas, en sus du trouble somatoforme douloureux persistant, une affection corporelle chronique ou processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive). A cet égard, les experts du COMAI indiquent dans leur appréciation du cas que les investigations extensives qui ont eu lieu n'ont pas mis en évidence de pathologie somatique significative en rapport avec les douleurs du patient. Selon eux, l'évaluation clinique n'a pas mis en évidence de lésion significative neurologique ni ostéo-articulaire chez le patient qui ne présente aucune limitation fonctionnelle objectivable. Ainsi, ont-ils retenu avant tout la présence d'un trouble somatoforme douloureux persistant. D'autre part, l'extrême faiblesse des ressources tant psychiques qu'intellectuelles du patient n'est pas en soi un critère déterminant. Les experts du COMAI ont constaté un manque de ressources du patient qui leur paraît très frustre, avec une intelligence probablement limite. A aucun moment, toutefois, ils ne parlent d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Selon l'anamnèse psychosociale figurant dans leur rapport du 27 janvier 2003, la vie de famille actuelle est décrite comme relativement bonne, deux filles vivent encore avec le patient et son épouse; celui-ci connaît quelques amis, avec lesquels il a des contacts relativement superficiels. A cet égard, comme cela résulte de la consultation de psychiatrie du 17 septembre 2002, l'assuré a déclaré à la doctoresse G.________ qu'il avait une vie relativement retirée, passant beaucoup de temps à la maison, mais qu'il avait toutefois gardé un certain réseau d'amis portugais qui venaient le voir ou auxquels il rendait visite. Enfin, on ne voit pas au dossier que chez l'intimé, l'apparition du trouble somatoforme douloureux résulterait d'une libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie). Ainsi que le relève l'OFAS dans son préavis, il y a eu rémission des douleurs lors des traitements de physiothérapie ainsi que lors de l'utilisation de Seropram, il n'y a pas eu d'échec des traitements ceux-ci n'ayant pas été poursuivis et l'état psychique de l'assuré n'est pas cristallisé. Même si, dans leur rapport du 27 janvier 2003, les experts du COMAI indiquent que c'est en tenant compte de la situation globale qu'ils ont retenu une capacité de travail de l'ordre de 20 % dans un emploi adapté, taux significativement plus faible que celui retenu par le rhumatologue consultant, il n'en demeure pas moins qu'ils ne font mention d'aucune source de conflit intra-psychique ni situation conflictuelle externe permettant d'expliquer le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. Il apparaît ainsi que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail de l'intimé puisse être raisonnablement exigée de lui. 6.2 D'un autre côté, si l'on se fonde sur le rapport d'examen clinique pluridisciplinaire du Service médical régional AI, du 23 septembre 2003, l'intimé présente une capacité de travail exigible de 100 % dans une activité adaptée sur le plan biomécanique. Contrairement à l'avis des premiers juges, on ne voit pas en quoi l'examen auquel a procédé le SMR serait partial et incomplet. Au regard du déroulement de l'examen clinique du 7 juillet 2003 et du contenu du rapport du 23 septembre 2003, on ne relève aucune circonstance particulière propre à faire naître un doute sur l'impartialité des docteurs E.________, F.________ et V.________, tous trois médecins au SMR. Il s'est agi d'un examen rhumatologique et psychiatrique, conduit en présence d'une traductrice agréée. Le docteur F.________, spécialiste FMH en médecine interne-rhumatologie, a examiné l'intimé dans les services du SMR. Lors de cet examen, le docteur V.________, psychiatre FMH, n'a pas relevé de pathologie psychiatrique invalidante (rapport d'examen SMR du docteur E.________, du 9 octobre 2003). La remarque des premiers juges, selon laquelle l'analyse semble avoir été purement rhumatologique, bien qu'un psychiatre ait participé à l'examen, est contredite par l'analyse du status psychiatrique de l'assuré effectuée par le docteur V.________, telle qu'elle est consignée dans le rapport du SMR du 23 septembre 2003. Le rapport d'examen clinique pluridisciplinaire du SMR, du 23 septembre 2003, remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Les docteurs E.________, F.________ et V.________ ont rendu leurs conclusions sur la base d'un examen complet. Les plaintes de l'intimé ont été prises en considération. Le rapport a été établi en pleine connaissance de l'anamnèse. Quant à la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale, elles sont claires et les conclusions des médecins sont dûment motivées. Les médecins du SMR ont procédé à une appréciation consensuelle du cas, laquelle tient compte des aspects somatiques et psychiques. Les trois médecins, dont un rhumatologue et un psychiatre, sont arrivés à la conclusion que l'intimé disposait d'une capacité de travail exigible de 100 % dans une activité adaptée sur le plan biomécanique. Les limitations fonctionnelles au plan rachidien sont définies en estimant qu'il doit exister une certaine fragilité biomécanique du rachis dorso-lombaire: nécessité de pouvoir alterner la position assise et la position debout environ 1x/h., pas de soulèvement régulier de charges d'un poids excédant 15 kg, pas de port régulier de charges d'un poids excédant 25 kg, pas de travail en porte-à-faux prolongé du tronc. 6.3 Dès lors, il convient de s'en tenir aux conclusions des médecins du SMR en ce qui concerne la capacité résiduelle de travail de l'intimé. C'est à tort que les premiers juges, admettant implicitement qu'il ne pouvait être exigé de celui-ci qu'il réintègre le processus du travail, ont retenu qu'il présentait une incapacité de travail issue d'un trouble somatoforme douloureux.