Citation: 1P.750/2004 21.01.2005 E. 6

En vertu du principe de la proportionnalité, le prévenu doit être libéré lorsque la durée de son incarcération se rapproche de la peine privative de liberté qui sera éventuellement prononcée. Cette dernière doit être évaluée avec la plus grande prudence, car il faut éviter que le juge du fond ne soit incité à prononcer une peine excessive pour la faire coïncider avec la détention préventive à imputer (ATF 126 I 172 consid. 5a p. 176/177). L'incarcération est disproportionnée en cas de retard injustifié dans le cours de la procédure pénale (ATF 128 I 149 consid. 2.2 p. 151; 125 I 60 consid. 3d p. 64; 124 I 208 consid. 6 p. 215 et les arrêts cités). Toutefois, n'importe quel retard n'est pas suffisant pour justifier l'élargissement du prévenu. Il doit s'agir d'un manquement particulièrement grave, faisant au surplus apparaître que l'autorité de poursuite n'est plus en mesure de conduire la procédure à chef dans un délai raisonnable. En cas de retard de moindre gravité, des injonctions particulières peuvent être données, comme par exemple la fixation d'un délai de détention maximum; c'est au surplus au juge du fond qu'il appartient, le cas échéant par une réduction de peine, de tenir compte d'une violation de l'obligation de célérité (ATF 128 I 149 consid. 2.2 p. 151/152). En l'occurrence, la recourante était détenue depuis deux mois et demi au moment de la décision attaquée. L'infraction d'escroquerie est passible de la réclusion pour cinq ans au plus ou de l'emprisonnement. Compte tenu des antécédents de la recourante et de la pluralité des enquêtes ouvertes à son encontre - la somme en jeu pouvant s'élever, à ce stade de l'instruction, à 300'000 fr. -, il n'apparaît pas que la durée de la détention préventive se rapprocherait de la peine privative de liberté susceptible d'être prononcée. Pour le surplus, il ressort du dossier que l'instruction a été menée avec une diligence suffisante: les diverses mesures, telles que l'édition de comptes et extraits de poursuites et faillite, les visites domiciliaires et les auditions de témoins se sont déroulées à un rythme soutenu.