Citation: 5A_112/2022 E. 4.2

4.2. On peine à discerner l'intérêt pratique des recourants à contester, dans la présente cause, la capacité de discernement de leur défunt père. Certes, les actes de celui qui est incapable de discernement n'ont pas d'effets juridiques (art. 18 CC) et sont frappés de nullité absolue, de par la loi et ex tunc, et ce, même si l'incapacité était inconnue du cocontractant (ATF 55 II 157; STEINAUER/FOUNTOULAKIS, Droit des personnes physiques et de la protection de l'adulte, 2014, no 268). Contrairement à ce que semblent penser les recourants, la nullité absolue des procurations litigieuses n'empêcherait pas l'intimée de " se prévaloir de son secret professionnel d'avocat ". La conclusion d'un contrat de mandat n'est pas une condition nécessaire à la naissance de l'obligation de secret; il suffit que l'avocat reçoive la confidence en sa qualité d'avocat (cf. ATF 101 Ia 10 consid. 5c; BENOÎT CHAPPUIS/JÉRÔME GURTNER, La profession d'avocat, 2021, p. 183, no 681). Par ailleurs, la nullité ex tunc des procurations et mandats litigieux ne conduirait pas à l'admission pure et simple de la demande en reddition de compte que les recourants fondent expressément sur l'art. 400 al. 1 CO, mais entraînerait son rejet, faute de tout fondement contractuel. Contrairement à ce que semblent penser les recourants, les règles sur la gestion d'affaires (art. 419 ss CO) qu'ils invoquent, alternativement, à l'appui de leur droit aux renseignements (sur l'application de l'art. 400 al. 1 CO dans ce cadre : ATF 112 II 450 consid. 5; arrêt 5A_436/2011 du 12 avril 2012 consid. 11.1) ne pourraient trouver application. En l'état de la jurisprudence, ne gère pas les affaires d'autrui au sens de l'art. 419 ss CO, tant celui qui gère les affaires d'autrui en croyant par erreur y être tenu par un mandat valable (ATF 75 II 225; arrêt 4C.66/1992 du 29 septembre 1992 consid. 3a, publié in SJ 1993 p. 189) que celui qui n'a pas l'intention d'agir sans mandat (ATF 99 II 131 consid. 2; arrêt 4C.66/1992 précité, ibidem; contra, parmi plusieurs auteurs, pour une application des art. 419 ss CO à celui qui agit sur la base d'un contrat nul dès l'origine : OSER/WEBER, in : Basler Kommentar, Obligationenrecht I, 7e éd., 2020, no 16 ad art. 419-424 CO; LACHAT/CHAPPUIS, in : Commentaire romand, Code des obligations I, 3e éd., 2021, no 12 ad intro aux art. 419-424 CO en lien avec no 16 ad art. 419 CO; SCHMID, in : Zurcher Kommentar, 1993 nos 69 ss ad art. 419 CO, et la doctrine citée; TERCIER/BIERI/CARRON, Les contrats spéciaux, 5e éd., 2016, no 5315). Cela étant, il n'appert pas que les recourants - qui ne le démontrent pas plus avant - aient un intérêt pratique et concret à contester la capacité de discernement de leur défunt père dans la mesure où ils entendent se prévaloir d'un droit aux renseignements fondé sur l'art. 400 al. 1 CO, question dont ils ont au demeurant paradoxalement affirmé dans leur recours qu'elle aurait pu rester ouverte et n'était pas déterminante. Il n'y a dès lors pas lieu d'entrer en matière sur les griefs qu'ils soulèvent sur ce point.