Citation: 9C_36/2018 E. 4.3.2

4.3.2. Ensuite, l'argument avancé par le recourant selon lequel il a mis en oeuvre des mesures tendant à adapter son activité à ses capacités résiduelles et partant, à se réadapter par lui-même et à diminuer son dommage, ne permet pas de nier le caractère raisonnablement exigible du changement d'occupation professionnelle préconisé par l'office intimé et confirmé par la juridiction cantonale. L'assuré a certes entrepris les démarches nécessaires à la réorientation de son domaine agricole et celles-ci ont été fructueuses puisqu'il ne subit plus de perte de gain depuis l'automne 2016. Cela étant, le point de savoir ce qui est exigible de l'assuré afin de satisfaire à l'obligation de diminuer le dommage est un élément qui doit être examiné sur la base des circonstances existant après la survenance de l'invalidité sans attendre de voir si le résultat escompté se réalise effectivement. L'analyse doit ainsi être effectuée de manière pronostique et non pas rétrospective (cf. arrêt 9C_156/2008 du 18 novembre 2008 consid. 3.1; ATF 124 V 108 consid. 3b p. 111 s.; 110 V 99 consid. 2 p. 102). En l'espèce, il faut admettre qu'aucun élément ne permettait d'inférer que la restructuration allait permettre de juguler l'invalidité du recourant. Il ressort en effet du rapport d'enquête agricole du 13 octobre 2014 qu'une perte de revenu de 43 % était attendue après réorganisation du travail. Par ailleurs, selon le docteur E.________, spécialiste en médecine interne générale, une restructuration de l'exploitation n'était pas de nature à permettre une amélioration notable de la capacité de travail de l'assuré ("quoiqu'il en soit il reste limité dans son travail pour le moins à 50 %"; rapport du 29 avril 2014). Quant à l'argumentation relative à l'attachement subjectif et personnel qui lie un agriculteur à son entreprise, elle ne suffit pas non plus pour conclure à l'absence d'exigibilité d'un changement d'occupation professionnelle. Si la Cour de céans a déjà eu l'occasion de constater que le passage du statut d'agriculteur indépendant à celui de salarié constitue, dans les faits, une profonde remise en question socio-professionnelle, qui présuppose des facultés d'adaptation considérables d'un point de vue subjectif, elle a cependant aussi, dans la situation alors jugée, attaché de l'importance à la circonstance que les perspectives de revenus offertes par un changement d'activité n'étaient que légèrement plus élevées que celles liées au revenu obtenu dans l'activité agricole (cf. arrêt 9C_578/2009 du 29 décembre 2009 consid. 4.3.2), ce qui n'est précisément pas le cas en l'occurrence compte tenu du salaire d'invalide déterminé par la juridiction cantonale en fonction d'une activité adaptée dans l'industrie légère. Par ailleurs le Tribunal fédéral a également jugé, à plusieurs reprises, que l'attachement au domaine familial ne saurait avoir pour conséquence de nier le caractère exigible d'un changement de profession lorsque celui-ci induit une meilleure valorisation économique de la capacité de travail de l'assuré (arrêts 8C_413/2015 du 3 novembre 2015 consid. 3.3.2; 9C_834/2011 du 2 avril 2012, consid. 4 et les références). A cet égard, on relèvera au demeurant que l'exigibilité de la réinsertion dans une nouvelle activité n'oblige pas, en tant que telle, l'intéressé à quitter son domaine. Il demeure en effet libre de poursuivre son activité agricole; dans ce cas, toutefois, il ne saurait prétendre des prestations à la charge de l'assurance-invalidité (cf. arrêt 8C_413/2015 du 3 novembre 2015 consid. 3.3.2).