Citation: 6A.3/2005 02.03.2005 E. B

Par décision du 22 avril 2003, considérant que la question de la libération conditionnelle d'un réclusionnaire à vie réintégré devait être examinée au moins une fois par an, la Commission de libération a décidé d'ordonner la mise en oeuvre immédiate d'une nouvelle expertise psychiatrique par un expert neutre et de solliciter sans délai un nouvel avis de la Commission interdisciplinaire consultative concernant les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique (ci-après: CIC). B.a Le Département universitaire de psychiatrie adulte de l'Etat de Vaud (ci-après: le DUPA) a rendu son rapport d'expertise le 2 décembre 2003. Si X.________ ne présente actuellement pas de dangerosité manifeste par rapport à la population en général, les experts ne peuvent exclure une certaine dangerosité et un risque de passage à l'acte dans certaines circonstances. Les experts citent plusieurs facteurs de risque: une relation de proximité et d'intensité émotionnelle avec une femme; une situation conflictuelle qui réveille un sentiment d'abandon ou de tromperie; une consommation d'alcool, même ponctuelle, qui ajoute de par son effet de désinhibition un facteur de risque supplémentaire par rapport à un passage à l'acte; l'absence de prise de conscience de la part de X.________ de cette zone d'ombre dans son passé infantile et du désir de s'y confronter. S'agissant du risque de récidive, les experts ont mis en lumière deux éléments correspondant à un facteur de risque élevé, soit "la banalisation de l'acte et l'incapacité de discuter, a fortiori de mettre en question, le déterminisme du passage à l'acte meurtrier" et "le refus de toute démarche thérapeutique centrée sur les situations à risque", tout en relevant un certain nombre d'éléments pouvant être considérés comme neutres ou ambigus par rapport à la question de la récidive, ainsi que deux autres éléments plaidant plutôt en faveur d'une diminution du risque de récidive. Les experts ont relevé qu'une approche thérapeutique pourrait avoir un aspect préventif sur le risque de récidive. Ils ont constaté que X.________ ne montrait pas une ouverture spontanée à une thérapie, mais qu'au fil des entretiens, il avait progressivement dépassé des résistances et abordé des thèmes de plus en plus délicats pour lui. Toutefois, l'intéressé persistait dans un refus total, y compris lorsqu'on lui faisait remarquer que cette rigidité manifestait clairement sa fragilité. Les experts ont conclu leur rapport en constatant que X.________ présentait un fonctionnement relationnel et social influencé par sa personnalité narcissique, mais cependant adapté, hormis une dangerosité limitée persistante dans des relations intimes et conflictuelles. Ils précisent que si, actuellement, il n'est pas pris dans une telle situation, on ne peut exclure qu'une situation de ce type se représente à l'avenir. A leur avis, un contrôle externe prenant en compte les facteurs de risque, y compris l'abstinence à l'alcool, peut contribuer à diminuer le risque de récidive, de même que le ferait un accompagnement thérapeutique. B.b Dans sa séance du 9 décembre 2003, la CIC s'est ralliée aux conclusions des experts du DUPA. Elle a toutefois souhaité la mise en oeuvre par le Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires (ci-après: SMPP) d'une évaluation médico-psychologique régulière afin d'éclairer l'analyse clinique du cas du recourant et de préciser les possibilités thérapeutiques. Dans son avis du 2 juillet 2004, elle a constaté qu'il ressortait de l'évaluation de la SMPP que la situation du recourant demeurait inchangée et que "celui-ci persistait dans le déni total de ses problématiques qu'il opposait à toute thérapie, dont il n'était d'ailleurs pas demandeur". En conséquence, elle a estimé que le risque de récidive subsistait en l'état chez X.________. B.c La direction des Etablissements de la plaine de l'Orbe (ci-après: EPO), le Service pénitentiaire et le membre visiteur de la Commission de libération ont proposé de refuser la libération conditionnelle à X.________. En substance, ils ont constaté que celui-ci persistait à se positionner en victime et ne faisait toujours pas preuve d'amendement, qu'il ne voulait entendre parler ni d'un plan de peine ni d'un suivi thérapeutique et que le risque de récidive demeurait supérieur à celui inhérent à tout élargissement anticipé. B.d Par décision du 20 octobre 2004, la Commission de libération a refusé la liberté conditionnelle à X.________. Au vu des avis précités, elle a estimé que seul un suivi thérapeutique serait de nature à diminuer les risques de réitération dans le domaine d'infractions contre l'intégrité corporelle. Comme l'intéressé n'était absolument pas preneur d'une thérapie, la libération conditionnelle était donc exclue.