Citation: 4A_312/2022 E. A

A.a. A.________ (ci-après: l'athlète), ancienne athlète russe de niveau international née en 1981, est une spécialiste des disciplines du 400 mètres et du 400 mètres haies. Elle a notamment remporté plusieurs médailles lors des Jeux Olympiques de Londres 2012 et des Championnats du monde d'athlétisme 2011 à Daegu. Elle a mis un terme à sa carrière sportive en février 2017. World Athletics (anciennement: International Association of Athletics Federations), association ayant son siège à Monaco, est l'instance dirigeante de l'athlétisme au niveau mondial. A.b. A la suite de la diffusion sur une chaîne de télévision allemande d'un documentaire concernant l'existence alléguée d'un programme de dopage étendu, secret et institutionnel au sein de la Fédération russe d'athlétisme, l'Agence Mondiale Antidopage (AMA) a nommé, en date du 16 décembre 2014, une commission indépendante de trois membres pour enquêter sur cette allégation. Dans son rapport du 9 novembre 2015, la commission indépendante a notamment identifié des manquements systémiques imputables aux autorités russes ayant eu pour effet d'entraver la lutte antidopage. Le 19 mai 2016, l'AMA a chargé le Professeur Richard H. McLaren de mener une enquête indépendante sur l'existence alléguée d'un plan de dopage sophistiqué mis en place en Russie. Dans un premier rapport daté du 18 juillet 2016, le Prof. McLaren est arrivé à la conclusion qu'un programme visant à dissimuler des cas de dopage et à manipuler des résultats d'analyses antidopage avait été mis en oeuvre sur le territoire russe. Le second rapport du Prof. McLaren, daté du 9 décembre 2016, a identifié une série d'athlètes russes susceptibles d'avoir été impliqués dans le cadre dudit programme ou d'en avoir bénéficié. Selon le Prof. McLaren, le Laboratoire de Moscou opérait, pour la protection des athlètes russes dopés, dans le cadre d'un système dicté par l'État, désigné sous l'appellation de Méthodologie de Dissimulation Positive ( Disappearing Positive Methodology). Un système d'échange d'échantillons unique, consistant en la mise à disposition des athlètes russes d'une banque d'urine leur permettant d'y stocker par avance des échantillons d'urine propre, fournis par eux, qui seraient échangés le jour du contrôle venu avec les échantillons contenant des substances interdites, avait été mis en place. Selon le Prof. McLaren, des programmes, intitulés " Washout Testing ", avaient été mis en oeuvre avant certains événements sportifs majeurs tels les Jeux Olympiques de Londres 2012 ou les Championnats du monde d'athlétisme de Moscou 2013 pour déterminer si un athlète participant à un programme de dopage était susceptible d'être contrôlé positif, ce qui impliquait de prélever des échantillons, à intervalles réguliers, afin de surveiller l'évolution des quantités de substances interdites dans l'organisme de l'athlète concerné, de manière à ce que celui-ci ne fasse pas l'objet d'un contrôle positif en compétition. Le Laboratoire de Moscou a donc élaboré des documents, désignés sous le nom de " Moscow Washout Schedules ", pour assurer le suivi des athlètes soumis à de tels programmes. Le 2 décembre 2017, une Commission d'enquête nommée par le Comité International Olympique (CIO), présidée par l'ancien président de la Confédération suisse, Samuel Schmid, a rendu un rapport qui confirmait, en substance, l'existence et l'étendue du programme de dopage en Russie. Le 5 décembre 2017, le CIO a suspendu le Comité Olympique Russe avec effet immédiat. A.c. Le 31 mai 2019, l'Unité d'intégrité de l'athlétisme (UIA) a reproché à l'athlète de s'être dopée, ce que cette dernière a contesté. Les accusations portées à l'encontre de l'athlète reposaient sur les deux rapports établis par le Prof. McLaren et, en particulier, sur le fait que quatre échantillons de l'intéressée prélevés entre le 30 juin et le 25 juillet 2013, censés contenir diverses substances interdites, apparaissaient dans les " Moscow Washout Schedules ".