Citation: 9C_122/2024 E. 10.2.1

10.2.1. La Cour de justice a tout d'abord analysé la question de savoir si le recourant s'était constitué un nouveau domicile fiscal entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2015 en particulier à Singapour, comme le prétendait le recourant. S'agissant des éléments objectifs, elle a considéré que si le contribuable avait obtenu un titre de séjour singapourien, l'élément déterminant était plutôt le faible nombre de jours pendant lesquels il avait séjourné en moyenne dans ce pays, soit 17,5 par année. À cet égard, la location d'un logement luxueux ainsi que l'achat d'une résidence secondaire ne pouvaient - vu le train de vie extrêmement élevé du recourant - contrebalancer une aussi faible présence à Singapour. Les preuves relatives à la consommation d'électricité ou les factures de télécommunications n'étaient pas déterminantes. S'il est vrai que le recourant avait fait des affaires à Singapour, il ne s'agissait que d'un lieu parmi d'autres (Y.________ ou Genève) et sa faible présence sur place montrait que la capitale asiatique ne constituait pas l'épicentre de ses affaires. D'ailleurs, la centaine de sociétés - la plupart offshore - utilisée par le recourant et ses incessants voyages autour du monde, tout comme ses bureaux dans plusieurs lieux différents ne permettaient pas de désigner un lieu unique ou même privilégié où il aurait mené ses affaires. Du point de vue privé, les juges cantonaux ont retenu une absence quasi-totale de liens affectifs et sentimentaux entretenus à Singapour. En effet, le recourant n'avait allégué aucune relation sentimentale à cet endroit. Au demeurant, ses deux relations affectives concernaient H.________ (à Genève) et K.________ (en France). S'agissant des liens sociaux, les prénommés N.________ et O.________ étaient plutôt des relations d'affaires et tout à fait ponctuelles. D'ailleurs, il arrivait au recourant de les rencontrer ailleurs qu'à Singapour, soit en particulier à Genève. Sur cet aspect, la cour cantonale a considéré que le faible nombre de jours passés à Singapour ne permettait pas au contribuable d'entretenir des liens amicaux d'une grande intensité qui auraient pu contrebalancer les relations affectives et sentimentales qui rattachaient le recourant à Genève, et dans une moindre mesure à Y.________. Quant à la fille de N.________, soit la filleule du recourant, la Cour de justice est parvenue à la conclusion qu'il n'existait pas avec cette enfant (née en 2013) de proximité particulière. De plus, les activités spécifiques de loisirs effectuées entre 2009 et 2015 (yachting, karting et chute libre en soufflerie) n'étaient soit pas documentées, soit n'avaient pas été fréquentes. Sur le plan médical, le recourant avait certes consulté des médecins à Singapour, mais pas plus qu'à Genève ou à Y.________. Sur le plan des éléments subjectifs du domicile, les juges cantonaux sont parvenus à la conclusion que le recourant n'avait pas eu l'intention de s'établir dans un nouveau lieu. S'agissant de Singapour, le recourant avait déclaré vouloir "quitter Genève où il n'avait plus d'avenir". Ce nonobstant, il avait passé en 2009 (soit l'année de son départ officiel de Genève) seulement 23 jours à Singapour; on ne comprenait pas pourquoi quelqu'un qui avait manifesté une pareille disposition d'esprit de quitter la Suisse avait continué de passer pas moins de 229 nuits dans la région genevoise (Genève et V.________) durant l'année 2009, alors que cette tendance à passer presque trois fois plus de journées par année dans cette région qu'à Singapour ne s'était pas inversée jusqu'en 2015, loin s'en fallait. En définitive, le recourant ne s'était pas constitué un nouveau domicile fiscal à Singapour.