Citation: 2C.2/1999 26.03.2004 E. 4.3

4.3. A cet égard, on peut simplement relever que si le lien de causalité naturelle entre l'activité du groupe d'accompagnement et le préjudice subi par le demandeur peut être retenu, le lien de causalité adéquate fait en revanche défaut (sur cette notion, cf. ATF 129 II 312 consid. 3.3; 123 III 110 consid. 3a et les arrêts cités). A dire d'expert, la grave décompensation dépressive et anxieuse survenue en janvier 1997 et qui a entraîné l'invalidité totale du demandeur serait directement liée au déroulement et au contenu des deux dernières séances du groupe d'accompagnement (expertise F.________) ou du moins cette hypothèse peut tout à fait être retenue (expertise G.________). L'existence d'un rapport de causalité adéquate doit cependant être appréciée sous l'angle juridique; elle doit être tranchée par le juge seul et non par les experts médicaux (cf. ATF 96 II 392 consid. 2 p. 397; 107 V 173 consid. 4b). Or, en l'espèce, il y a lieu de retenir que le comportement des membres du groupe d'accompagnement n'était pas propre, d'après le cours ordinaire des choses et l'expérience générale de la vie, à entraîner le résultat du genre de celui qui s'est produit chez le demandeur, soit une grave dépression aboutissant à une incapacité totale de gain. La Cour de céans a acquis la conviction qu'il est extrêmement peu probable qu'une personne sans prédisposition constitutionnelle marquée eût réagi pareillement si elle avait été placée dans la même situation que le demandeur. A cet égard, on peut noter que le demandeur se trouvait déjà dans un état anxio-dépressif avant le début des séances du groupe d'accompagnement et qu'il était suivi pour ces troubles par le Dr B.________ depuis juin 1996 (cet état d'épuisement psychique remontait à un an et demi avant la consultation). Les deux experts médicaux ont en outre fait état de prédispositions liées au caractère du demandeur. L'expert F.________ relève les aspects phobiques et obsessionnels de l'intéressé. Quant à l'expert G.________, il observe chez le demandeur, qu'il qualifie "d'écorché vif", l'existence d'une phobie sociale, sous la forme d'une hypersensibilité à la critique et au rejet, doublée d'une timidité largement au-dessus de la moyenne et d'un certain entêtement. On doit donc admettre que le demandeur présentait une certaine "fragilité" aggravée par ses traits de caractère qui préexistait à sa dépression de janvier 1997. L'activité du groupe n'aurait pas eu sur une personne ne présentant pas une telle prédisposition les conséquences qu'elle a eues sur le demandeur. Dans ces circonstances, il est vraisemblable que, même si le demandeur n'avait pas suivi les séances du groupe, il aurait, tôt ou tard, présenté une incapacité de travail totale.