Citation: 5C.274/2006 18.12.2006 E. 3

La défenderesse se plaint en outre d'une violation de l'art. 277 al. 2 CC; en substance, elle prétend qu'elle ne saurait être astreinte à payer une contribution d'entretien, vu la rupture des relations personnelles entre les parties, dont la responsabilité échoit aux seuls demandeurs. 3.1 Selon l'art. 277 al. 2 CC, si, à sa majorité, l'enfant n'a pas encore de formation appropriée, les père et mère doivent, dans la mesure où les circonstances permettent de l'exiger d'eux, subvenir à son entretien jusqu'à ce qu'il ait acquis une telle formation, pour autant qu'elle soit achevée dans des délais normaux. L'une des circonstances à prendre en compte pour juger si le paiement d'une contribution d'entretien peut être exigé du parent recherché est la qualité des relations personnelles entre les parties (art. 272 CC). L'inexistence de ces relations attribuée au seul comportement du demandeur d'aliments peut ainsi justifier le refus de toute prestation (ATF 120 II 177 consid. 3c p. 179 et les arrêts cités). Toutefois, une réserve particulière s'impose lorsqu'il s'agit d'un enfant de parents divorcés; il faut prendre en considération les vives émotions que le divorce des parents peut faire naître chez l'enfant et les tensions qui en résultent normalement, sans que l'on puisse lui en faire le reproche; néanmoins, si l'enfant, devenu majeur, persiste dans l'attitude de rejet adoptée lors du divorce, cette attitude inflexible lui est imputable à faute (ATF 120 II 127 consid. 3b p. 130; 113 II 374 consid. 4 p. 378 ss; cf. aussi: ATF 129 III 375 consid. 4.2 p. 379/380). En ce domaine, le juge jouit d'un large pouvoir d'appréciation (art. 4 CC; Hegnauer, Berner Kommentar, 4e éd., n. 89 ad art. 277 CC). Le Tribunal fédéral n'intervient qu'en cas d'excès ou d'abus de ce pouvoir, à savoir lorsque la décision attaquée repose sur une appréciation insoutenable des circonstances, qu'elle est inconciliable avec les règles du droit et de l'équité, qu'elle omet de tenir compte de tous les éléments propres à fonder la décision ou, au contraire, prend en considération des facteurs dénués de pertinence (cf. notamment: ATF 132 III 49 consid. 5.2 p. 57, 97 consid. 1 p. 99 et la jurisprudence citée). 3.2 En l'occurrence, comme on l'a dit (cf. supra, consid. 2.1), la Cour de justice a constaté que la rupture des relations personnelles entre les parties incombait aussi bien aux demandeurs qu'au nouveau mari de la défenderesse, sans qu'il faille rechercher lequel des protagonistes y avait contribué de façon prépondérante, en sorte que la responsabilité de la désunion était partagée. Il s'ensuit que l'autorité précédente n'a pas appliqué faussement l'art. 277 al. 2 CC en tant qu'elle a reconnu le droit à l'entretien. La question de savoir si une réduction de la pension serait envisageable (cf. ATF 111 II 413 consid. 5a p. 419) n'a pas à être tranchée; la défenderesse n'a pas abordé cette problématique (art. 55 al. 1 let. c OJ; ATF 116 II 745 consid. 3 p. 748/749), ni n'a formulé de conclusions - chiffrées (art. 55 al. 1 let. b OJ; Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, t. II, n. 1.4.1.2 ad art. 55 OJ et les arrêts cités) - sur ce point. Lorsqu'elle qualifie "d'insoutenable cette appréciation" et affirme que la rupture réside "exclusivement" dans le comportement de ses enfants, la défenderesse discute les constatations souveraines des magistrats cantonaux, ce qui est prohibé dans un recours en réforme (cf. supra, consid. 1.2). Il ne résulte pas non plus de la décision attaquée qu'elle aurait toujours exprimé "clairement sa volonté de rétablir des relations personnelles avec ses fils, lesquels s'y [seraient] toujours refusés". Le recours est dès lors irrecevable à cet égard.