Citation: 4C.387/2001 10.09.2002 E. 7

7.1 La demanderesse a conclu principalement à l'irrecevabilité du recours en réforme, subsidiairement au rejet du recours dans la mesure où il est recevable et à la correction de l'inadvertance manifeste commise par la Cour de justice "sous point 4 de son arrêt en condamnant A.________ SA à payer à la B.________ SA 9 960 985 fr.55 avec intérêts à 5% dès le 18 octobre 1996 au lieu de 9 731 125 fr.55 retenus par la Cour", ou, "si mieux n'aime le Tribunal fédéral, au rejet du recours dans la mesure où il est recevable et à la confirmation de l'arrêt attaqué", le tout avec suite de frais et dépens. La question se pose dès lors de savoir si elle a intenté un recours joint, au sens de l'art. 59 al. 2 OJ. 7.2 Selon la jurisprudence, lorsque l'intimé prend des conclusions, même partielles, qui vont au-delà de la confirmation de la décision attaquée, son écriture ne doit pas seulement être considérée comme une réponse au recours en réforme, mais bien comme un recours joint en vertu de l'art. 59 al. 2 OJ (ATF 121 III 420 consid. 1 p. 423). Dans ses conclusions principales, la demanderesse propose l'irrecevabilité du recours, ce qui ne lui laisserait pas place pour intenter un recours joint, puisque ce dernier devient caduc dans la mesure où le Tribunal n'entre pas en matière sur le recours principal, à teneur de l'art. 59 al. 5 OJ. Dans ses conclusions subsidiaires, postulant le rejet du recours dans la mesure où il est recevable, elle demande la correction d'une inadvertance manifeste commise par la Cour de justice "sous point 4 de son arrêt". Cette référence est ambiguë. Le dispositif de l'arrêt cantonal attaqué ne contient aucun "point 4". Quant aux motifs, le considérant 4 de l'arrêt entrepris est consacré au refus d'une expertise et ne traite pas du nombre des montres commandées, livrées ou consignées, et de leur paiement. En cela, la réponse de la demanderesse ne contient, à strictement parler, pas les indications exactes de la constatation attaquée, même si elle s'appuie par ailleurs sur deux pièces qu'elle a versées au dossier, n. 204 et 228. En réalité, il faut comprendre que par "point 4" de l'arrêt de la Cour de justice, la demanderesse entend combattre une différence de calcul dans l'établissement du poste de son dommage faisant l'objet du ch. 4 du dispositif du jugement du Tribunal de première instance du 1er septembre 2000. Cependant, outre cette imprécision, qui peut être corrigée par référence au texte de la réponse, les conclusions prises et rappelées ci-dessus ne révèlent pas une volonté univoque de rectifier le montant de l'indemnité que la cour cantonale a fixé en faveur de la demanderesse. Même si l'on peut admettre qu'un recours joint soit formé à titre conditionnel, ou plutôt éventuel, c'est-à-dire pour le cas où le recours principal serait admis en tout ou en partie (Poudret, op. cit., ad art. 59 et 61 OJ, n. 2.4.3, p. 481), les conclusions alternatives prises par la demanderesse sont irrecevables, dans la mesure où sa volonté procédurale ne peut être déterminée de manière décisive. Dans ces conditions, il n'est pas nécessaire de vérifier si, par le biais d'une inadvertance manifeste, la demanderesse entend plutôt remettre en cause l'appréciation des preuves, ces deux notions étant exclusives l'une de l'autre (arrêt du 5 décembre 1995, 4C.149/1995, publié in SJ 1996, p. 353/354 et les références). Au demeurant, la seconde ne peut être invoquée que dans le cadre d'un recours de droit public, que la demanderesse n'a pas estimé utile d'interjeter.