Citation: 5P.112/2000 22.05.2000 E. 2

2.- Le recourant reproche au Président de la Chambre des recours d'avoir fait preuve d'arbitraire en attribuant Sebrine à l'intimée, bien que cette dernière ait subitement disparu avec l'enfant sans donner de nouvelles, abandonnant ainsi ses deux fils. Il soutient qu'on ne saurait dans ces conditions lui reconnaître les qualités nécessaires pour obtenir la garde sur sa fille, ni affirmer que celle-ci ne serait pas en danger avec elle. De plus, l'ordonnance attaquée lui reprocherait à tort de n'avoir pris aucune disposition concrète en vue d'accueillir convenablement ses enfants, dans la mesure où il a été mis du jour au lendemain devant le fait accompli. Le droit de garde sur Sebrine devrait par conséquent lui être attribué, subsidiairement confié au Service de protection de la jeunesse. a) Pour la durée de la procédure de divorce, les enfants doivent, en règle générale, être confiés au parent qui est à même de prendre soin d'eux personnellement dans une large mesure et au sein du milieu dans lequel ils ont vécu jusqu'alors. A ce stade de la procédure, il n'y a pas encore à déterminer chez quel parent le droit des enfants à des soins et à une éducation optimums est le mieux assuré pour l'avenir. Cette question ne devra être tranchée que dans le jugement au fond (ATF 111 II 223 consid. 3). b) Le juge des mesures provisoires a considéré qu'avant leur séparation, les deux parents s'étaient montrés remarquables dans leur tâche de père et de mère de triplés, les élevant avec soin et dévouement. Par la suite, l'intimée, seule, s'était bien occupée des trois enfants. S'agissant de sa prétendue activité de prostituée, alléguée par le mari, ni les déclarations de témoin, ni les photographies figurant au dossier ne permettaient de tirer une quelconque conclusion à ce sujet. Les deux parents étaient donc en principe aptes à s'occuper de leurs enfants. Certes, on ignorait tout des conditions dans lesquelles la mère, qui ne s'était pas présentée à l'audience du 25 janvier 2000, vivait et élevait sa fille Sebrine; on ne savait pas non plus où elle résidait, ni si elle travaillait. Quant au père, il n'avait jusque-là pris aucune disposition concrète afin d'être en mesure d'offrir un cadre sécurisant à ses enfants. En conséquence et en l'état, il convenait d'attribuer la garde sur Salem et Samir au Service de protection de la jeunesse; considérant qu'en procédure de mesures provisionnelles, il fallait régler des situations concrètes, le juge a estimé qu'il serait illusoire de retirer à la mère la garde sur sa fille Sebrine, qui ne semblait du reste pas en danger. c) Cette solution n'apparaît pas insoutenable; du moins, le recourant ne le démontre pas (art. 90 al. 1 let. b OJ). Il se contente d'abord de rappeler que le principe de l'attribution des enfants en bas âge à la mère souffre des exceptions, lorsque leur développement semble mieux assuré auprès du père: on ne voit cependant pas en quoi la décision attaquée contreviendrait à ce principe, dès lors qu'elle retient que le père n'est actuellement pas en mesure d'offrir un cadre sécurisant à ses enfants. Le recourant critique vainement cette constatation, se bornant à dire qu'il n'a pas eu le temps de s'organiser; or, le but des mesures provisionnelles est de régler la situation dans l'immédiat. Quant à l'argument selon lequel on ne doit, en règle générale, pas séparer une fratrie, il se révèle sans pertinence du moment que le recourant ne demande pas l'attribution de ses fils, mais seulement de sa fille. Compte tenu de l'ensemble des circonstances, la décision de confier Sebrine à sa mère, essentiellement pour des motifs d'ordre pragmatique, n'apparaît pas insoutenable. Contrairement à ce que prétend le recourant, rien ne permet de dire que l'intimée, dont les qualités de mère ont été reconnues, ne soit désormais plus apte à s'en occuper. Il en va de même lorsque le recourant soutient que sa femme se livrerait à la prostitution: le juge des mesures provisoires a estimé, sur la base des preuves administrées, qu'aucune conclusion ne pouvait être déduite en ce sens; or, le recourant ne démontre pas que cette appréciation serait arbitraire. Le grief se révèle ainsi mal fondé, dans la mesure où il est recevable.