Citation: 1B_255/2007 24.01.2008 E. 2

Sur le fond, les recourants consacrent la majeure partie de leur argumentation à la question de la reconnaissance de leur qualité de parties civiles, alors qu'ils ne peuvent, à ce stade, que critiquer le refus d'entrer en matière sur leur recours cantonal. A ce sujet, les recourants se plaignent d'une violation de leur droit d'être entendus, en reprochant à la Chambre d'accusation, d'une part, de ne pas avoir suffisamment motivé sa décision et, d'autre part, de ne pas avoir tenu compte de leur situation particulière, notamment de leur participation active à toute l'instruction et de l'analogie existant avec une décision de classement. Ils se plaignent également d'arbitraire, en estimant que la décision d'écarter une partie civile de la procédure pénale - et de la priver ainsi des droits reconnus aux art. 23, 25 et 190 CPP/GE - devrait pouvoir être soumise à une autorité cantonale de recours. 2.1 Le droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst.) comporte notamment l'obligation pour le juge de motiver sa décision, afin que ses destinataires et toutes les personnes intéressées puissent la comprendre et l'attaquer utilement en connaissance de cause s'il y a lieu, et que l'instance de recours soit en mesure, si elle est saisie, d'exercer pleinement son contrôle (cf. ATF 126 I 15 consid. 2a/aa, 97 consid. 2b; 125 II 369 consid. 2c; 124 II 146 consid. 2a; 124 V 181 consid. 1a). Cette exigence est pleinement réalisée en l'espèce. L'irrecevabilité du recours cantonal est en effet motivée par la référence à l'art. 190A CPP/GE, qui énumère de manière exhaustive les cas de recours à la Chambre d'accusation, et par la considération que les décisions du Procureur général sur la reconnaissance de la qualité de partie civile ne font pas partie de cette énumération. La cour cantonale a encore retenu que la décision du Procureur général ne pouvait être assimilée à un classement, dans la mesure où des réquisitions avaient été déposées. Cette motivation permet de connaître les raisons ayant conduit au prononcé attaqué et d'en contester le bien-fondé. Les autres arguments liés à la situation particulière des recourants et aux prérogatives attachées à la qualité de partie civile, sont manifestement sans pertinence dans le cadre de l'application de l'art. 190A CPP/GE, de sorte qu'ils ne nécessitaient pas de motivation particulière. Les griefs d'ordre formel doivent donc être écartés. 2.2 Selon la jurisprudence, il y a arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst., lorsque la décision attaquée viole gravement une règle ou un principe juridique clair et indiscuté ou lorsqu'elle contredit d'une manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité. Le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue par l'autorité cantonale de dernière instance que si elle est insoutenable ou en contradiction évidente avec la situation de fait, si elle a été adoptée sans motif objectif ou en violation d'un droit certain. Par ailleurs, il ne suffit pas que les motifs de la décision attaquée soient insoutenables, encore faut-il que celle-ci soit arbitraire dans son résultat (ATF 131 I 57 consid. 2 p. 61 et la jurisprudence citée), ce qu'il appartient au recourant de démontrer en vertu de l'art. 106 al. 2 LTF (ATF 133 I 149 consid. 3.1 p. 153 et la jurisprudence citée). Selon l'art. 190A CPP/GE, les parties peuvent recourir à la Chambre d'accusation contre les décisions du Procureur général fondées sur les art. 32 (mandat d'amener), 90 (suspension de la poursuite), 96 (frais et dépens en cas de classement), 110 al. 1 (prélèvement, prise de sang et examens médicaux), 112A (autopsie), 114B (décision sur plaintes concernant les interventions de la police), 115A (saisie et ordre de production), 116 et 198 (classement), 161ss (sûretés), 179 al. 3 et 182 (perquisition et saisie). Aucune de ces dispositions ne concerne la reconnaissance ou l'exclusion d'une partie à la procédure. Il est d'ailleurs douteux que le Procureur général, lui-même partie à la procédure (art. 24 CPP/GE; Poncet, Le nouveau code de procédure pénal genevois annoté, Genève 1978, p. 269), ait la compétence pour rendre des décisions séparées sur ce point, quand bien même sa lettre du 23 mai 2007 pouvait prêter à confusion. Conforme à la lettre de la loi (qui énumère limitativement les cas de recours), la décision attaquée n'est pas arbitraire dans ses motifs. Les recourants ne sauraient se plaindre de l'absence de tout contrôle judiciaire. Leur éviction en tant que parties civiles n'est en effet que la conséquence des décisions par lesquelles le Juge d'instruction a tout d'abord refusé d'étendre l'inculpation (décision confirmée par la Chambre d'accusation), puis communiqué la procédure sans nouvelles inculpations (décision contre laquelle le recours était également ouvert en vertu de l'art. 190 al. 1 CPP/GE). Comme le relève le Procureur général, la qualité de parties civiles pourra d'ailleurs encore être discutée à l'occasion du renvoi, puis, le cas échéant, devant la juridiction de jugement. La décision attaquée n'est donc pas arbitraire dans son résultat.