Citation: 4A_219/2021 E. 6.2

6.2. Aux termes de l'art. 134 al. 1 ch. 3 CO, la prescription ne court point et, si elle avait commencé à courir, elle est suspendue à l'égard des créances des époux l'un contre l'autre, pendant le mariage. La prescription commence à courir, ou reprend son cours, dès l'expiration du jour où cessent les causes qui la suspendent (art. 134 al. 2 CO). La recourante et l'intimé étaient mariés lors de l'accident du 29 mai 1999. Le délai de prescription n'a dès lors commencé de courir qu'à partir du jour où le jugement de divorce est devenu définitif et exécutoire, soit le 29 mai 2012. Est en jeu le délai de prescription extraordinaire applicable aux créances découlant d'actes punissables, calculé selon l'art. 60 al. 2 CO dans sa version en vigueur jusqu'au 31 décembre 2019. Par exception aux principes posés à l'art. 60 al. 1 aCO, l'art. 60 al. 2 aCO prévoit que, si les dommages-intérêts dérivent d'un acte punissable soumis par les lois pénales à une prescription de plus longue durée, cette prescription s'applique à l'action civile. Le droit pénal ne sert qu'à déterminer le point de départ et la durée de la prescription de la prétention civile; pour le reste, les règles du droit civil s'appliquent (cf. art. 127 ss CO) (ATF 101 II 321 consid. 3). En l'espèce, le délit de lésions corporelles graves par négligence (art. 125 al. 2 CP) retenu par le juge pénal à l'encontre de l'intimé se prescrivait par cinq ans selon l'ancien art. 70 CP, applicable en vertu de la lex mitior dès lors que l'infraction avait été commise avant l'entrée en vigueur de la nouvelle version de cette disposition le 1er octobre 2002. Si la recourante et l'intimé n'avaient pas été mariés, le délai de cinq ans, déterminant pour la prescription de l'action civile, aurait commencé de courir à partir du jour de l'accident. C'est donc ce délai qui, au sens de l'art. 134 al. 1 et 2 CO, a été " empêché " de s'écouler durant le mariage et qui a pris son cours dès que le jugement de divorce est devenu définitif et exécutoire. L'art. 60 al. 2 aCO tend à harmoniser la prescription du droit civil avec celle du droit pénal, dans l'idée qu'il serait choquant que le lésé ne puisse plus agir contre le responsable à un moment où celui-ci demeure exposé à une poursuite pénale (ATF 137 III 481 consid. 2.3; 131 III 430 consid. 1.2; 127 III 538 consid. 4c). Eu égard à ce but, il n'y a certes, comme l'intimé le fait observer, aucune nécessité de faire partir un délai pénal de plus longue durée à un moment où la prescription pénale est acquise. Le Tribunal fédéral l'a reconnu en jugeant que les actes interruptifs de prescription au sens des art. 135 ou 138 CO survenant après l'expiration de la prescription pénale ne pouvaient faire partir que le délai de prescription de droit civil de l'art. 60 al. 1 CO (ATF 131 III 430 consid. 1.4). Cependant, la jurisprudence constante, fondée sur l'interprétation littérale de l'art. 60 al. 2 aCO, a été maintenue sur le principe lorsque l'acte interruptif se produit avant que la prescription de l'action pénale soit acquise: l'interruption de la prescription fait partir, en vertu de l'art. 137 CO, un nouveau délai égal à la durée initiale prévue par le droit pénal (ATF 131 III 430 consid. 1.2; 127 III 538 consid. 4c et 4d). Mutatis mutandis le même raisonnement peut être tenu en l'espèce. La condamnation pénale de l'intimé et la prescription pénale absolue intervenues pendant la durée du mariage sont sans incidence sur le délai de prescription applicable dès la fin de la cause de suspension, puisque la durée de ce délai est déterminée au jour de l'acte punissable, soit à un moment par définition antérieur à l'acquisition de la prescription pénale. C'est dès lors bien un délai de cinq ans qui a commencé de courir à partir du 29 mai 2012, de sorte que la recourante a interrompu la prescription en déposant une réquisition de poursuite le 13 avril 2017. L'argumentation de l'intimé est mal fondée.