Citation: 6B_644/2020 E. A

A.________ est titulaire d'une licence en droit et d'un brevet d'avocat valaisan. Il a assumé successivement les charges de greffier d'un tribunal de district (de 1989 à 1991), puis de juge d'instruction pénale (de 1992 à 2001), avant de s'installer comme avocat indépendant. Engagé en politique, il a occupé les fonctions de secrétaire général du parti C.________ du Valais romand (de 2004 à 2008), de député au Grand-Conseil (de 2005 à 2015), puis de Conseiller national (dès 2015). En août 2014, il possédait un compte sur le réseau social Twitter, qui lui permettait d'envoyer gratuitement de brefs messages (140 caractères au plus) sur internet. Ce compte était accessible à toute personne disposant d'un accès internet, sans qu'elle doive nécessairement être titulaire d'un compte du même réseau social. Il disposait en outre d'une " page " dédiée à son activité de politicien sur le réseau social Facebook, laquelle lui offrait la possibilité, notamment, de publier des images, des photos, des vidéos, des fichiers et des documents, ainsi que d'échanger des messages, de rejoindre et de créer des groupes. Il possédait enfin un " profil " personnel accessible à n'importe quel utilisateur de ce réseau social. Entre le 17 juin et le 20 août 2014, A.________ a notamment mis en ligne les messages suivants sur les réseaux précités. - tweet du 17 juin: " Pour combattre l'islam, une seule ligne de défense: pas de laïcité, l'affirmation de convictions chrétiennes "; - publication sur son profil Facebook du 8 août: " [Ç]a va s'arrêter où? En Suisse aussi, il faudra bien organiser la résistance... " et partage d'un lien vers " Belfort: les juges appliquent la charia, B.________ condamnée à 3.000 euros d'amende! I... "; - publication sur son profil Facebook du 9 août: partage d'un lien vers " La France donnerait-elle des gages aux islamistes? ", puis d'un second vers " Haïr l'islam est un acte de salubrité mentale "; - publication sur son profil Facebook du 10 août: partage d'un lien vers " Le scandaleux verdict de Belfort contre B.________ n'a rien d'étonnant I Riposte Laique "; - publication sur son profil Facebook du 11 août: " Tout est dit!! " et partage de deux photographies, l'une de Winston Churchill avec la citation " L'islam est aussi dangereux dans un homme, que la rage dans un chien.", l'autre de François Hollande " l'islam est compatible avec la démocratie. "; - publication sur son profil Facebook du 11 août également: partage d'un lien vers " Invasion par la politique du ventre "; - publication sur son profil Facebook du 12 août: " Quand on voit ce qui se passe en Irak et en Syrie (et ailleurs...) comment ne pas se sentir solidaire de B.________, victime d'un tribunal français qui s'est transformé en tribunal islamique? " et partage d'un lien vers " Jeu-concours de l'été: l'islam est une saloperie - Soutien à B.________ "; - publication sur son profil Facebook du même 12 août: partage d'un lien vers " Un enterrement musulman explosif "; - publication sur son profil Facebook du 13 août: partage d'un lien vers " Ce que je vois en Irak me confirme que l'islam est une saloperie I Riposte Laique "; - retweet [fonction permettant de partager l'un de ses propres tweets ou celui d'un tiers avec tous ses abonnés] - du 13 août: " L'islam est une saloperie soutenue par des salauds traitres et collabos "; - publication sur son profil Facebook du 20 août: partage d'un lien vers " Asile: Des islamistes font régner leur loi dans les structures suisses ". Le vendredi 22 août 2014 à 15h19, un article intitulé " Une fusillade dans une mosquée fait un mort " a été publié dans l'édition numérique du quotidien gratuit d'information générale " 20 minutes ". Cet article avait la teneur suivante: " Un échange de coups de feu a eu lieu vendredi à Winkeln (SG). Un homme est décédé des suites de ses blessures. La police confirme les faits. Un homme a été arrêté. Une fusillade a fait un mort dans une mosquée vendredi après-midi à St-Gall. Une personne a été arrêtée, a indiqué à l'ats Gian Andrea Rezzoli, porte-parole de la police st-galloise. " [Photo de la salle de prière vide de la mosquée concernée, accompagnée d'une légende ainsi formulée: " Selon un témoin, environ 300 personnes se trouvaient à l'intérieur de la salle de prière (photo) au moment des faits. La police n'a pas encore pu confirmer cette information "]. " La police a été informée à 14h00 que des coups de feu avaient été tirés dans la mosquée, a indiqué le porte-parole de la police. Arrivés sur place, les agents ont trouvé un homme mort. Un autre, tenant une arme de poing, a été arrêté. La police n'a pas donné d'information sur l'identité de la victime et du tireur présumé. L'enquête est en cours, a précisé le porte-parole. Les enquêteurs ne savent pas encore si d'autres personnes se trouvaient dans la mosquée au moment de la fusillade. D'importants effectifs de police ont été déployés dans le quartier. Toute la zone a été bouclée. Une voisine a indiqué à l'ats avoir entendu au moins deux coups de feu. Le tireur présumé a été arrêté et emmené par la police avec un sac sur la tête. Toujours selon la voisine, des gens se réunissent trois fois par jour dans la mosquée pour prier. Un témoin a raconté à nos collègues de «20 Minuten» qu'environ 300 personnes se trouvaient à l'intérieur de la mosquée au moment des tirs: «J'ai quitté la mosquée cinq minutes avant les faits, mais ma famille est restée encore un peu. J'ai peur que la personne décédée ne soit un membre de ma famille.» Des membres de la communauté musulmane pensent qu'il s'agit d'un acte de vengeance. La victime aurait tué le frère du tueur présumé il y a 18 ans. La mosquée El-Hidaje est le centre de la communauté albanaise de la ville de St-Gall. Créé en 1992, il est installé depuis 2010 dans un quartier industriel à l'est de la ville. La communauté El-Hidaje compte environ 350 membres, selon les informations publiées sur le site de l'imam Fehim Dragusha. " A 16h01 ce même 22 août, en lien avec l'article de presse reproduit ci-dessus, A.________, qui participait à ce moment-là à une réunion du comité central suisse du parti C.________ à Unterägeri/ZG, a posté le message suivant sur Twitter: " On en redemande ! ". Il a également publié ce même commentaire sur Facebook, en partageant un lien vers l'article de presse en question. A 16h14, après que sa publication sur Facebook eut donné lieu aux deux commentaires suivants: " 300 personnes dans la mosquée, fusillade 1 mort... c'est une blague " (à 16h10) et " Encore et encore! " (à 16h11), A.________ a publié le message suivant sur ce même réseau social: " Mon ironie a-t-elle été bien comprise? ", puis, plus tard sur Twitter: " Et les victimes qui s'en soucie? " et à 17h12 " Manifestement, tout le monde ne comprend pas l'ironie... ". Interpellé par e-mail le dimanche 24 août 2014 par un journaliste du quotidien " 20 minutes ", A.________ lui a notamment répondu ce qui suit: " Je répète que les termes utilisés ne doivent pas être pris au 1er degré (ou à la lettre) et que je n'ai évidemment jamais eu l'intention d'appeler à quoi que ce soit. Mon tweet doit être interprété uniquement comme une réaction d'humeur à un événement inquiétant: des étrangers qui viennent régler leurs comptes chez nous. J'ai simplement voulu attirer l'attention, sans doute d'une manière polémique, sur un événement qui, encore une fois, est inquiétant (peut-être est-ce de cela, d'ailleurs, qu'il faudrait parler plus que d'un tweet?). Attirer l'attention sur un événement inquiétant lié à l'immigration, est-ce pénal? Je ne le crois pas. Ce que je regrette? c'est d'avoir été mal compris (c'est-à-dire que certains lecteurs n'aient pas compris l'ironie des mots que j'ai utilisés). Je n'ai pas à regretter d'avoir lancé un appel à je ne sais quoi que je n'ai jamais eu l'intention de lancer. " Le 25 août 2014, le D.________ a dénoncé pénalement A.________ auprès du Ministère public du canton du Valais pour discrimination raciale (art. 261bis CP) et provocation publique au crime ou à la violence (art. 259 CP). Le 9 novembre 2015, l'E.________ en a fait de même pour " incitation à la haine et menaces ". Par acte d'accusation du 13 juillet 2016, le procureur a renvoyé A.________ devant le Tribunal du district de Sion afin qu'il réponde de l'accusation de discrimination raciale. Par jugement du 23 mai 2017, le juge de district a reconnu A.________ coupable de discrimination raciale (art. 261bis al. 1 CP) et l'a condamné à 60 jours-amende à 300 fr. le jour, avec sursis pendant deux ans, ainsi qu'à 3000 fr. d'amende (peine de substitution de 10 jours de privation de liberté), frais judiciaires à charge de l'intéressé.