Citation: 6P.155/2005 17.03.2006 E. 1.2

1.2.1 Le 7 février 2000, C.________ a avoué à sa mère que son père lui avait demandé de se déshabiller, l'avait embrassée depuis le cou jusqu'au sexe, qu'il lui avait introduit des doigts dans le sexe et qu'il lui avait léché le sexe, tout en mimant le geste de l'introduction de l'index et du pouce dans son sexe. Le 9 février 2000, la fillette a répété ses dires à son pédiatre, lui précisant que les faits s'étaient déroulés à la cuisine, son frère étant occupé au salon. Le 10 février 2000, elle s'est encore confiée à une gynécologue. Ces deux consultations se sont déroulées en présence de la mère. En revanche, lors de son audition par la police le 10 février 2000, effectuée sans la présence de la mère, la fillette a fait des déclarations hésitantes. En résumé, elle a confirmé que son père lui avait fait des bisous sur le ventre, le long des jambes et à l'entrejambes; cela s'était passé au salon sur des lits superposés; ils étaient tous les deux sur le lit d'en haut; elle était restée habillée; son père lui avait fait des bisous sur les pieds après avoir ôté chaussures et chaussettes; il lui avait retiré son pull pour lui faire des bisous sur le ventre et dans le dos. A la question de savoir si son père l'avait des fois déshabillée, elle a répondu par l'affirmative, mais uniquement pour aller à la douche. Vers la fin de l'entretien, utilisant le pronom féminin "elle", l'enfant a encore dit "qu'elle lui avait fait des bisous sur les genoux et qu'elle lui avait fait mal." Il ressort de la retranscription de cette audition que C.________ n'a finalement confirmé les abus, à savoir l'introduction de doigts dans le sexe, qu'à la suite de questions suggestives posées par l'inspecteur de police. De plus, elle a encore précisé qu'elle avait gardé son pantalon lors de ces faits, ce qui est contradictoire par rapport aux infractions décrites antérieurement. Lors de sa seconde audition par la police, le 18 février 2000, toujours hors présence de la mère, l'enfant a avoué que son père lui avait fait des bisous, qu'il était descendu, sans pouvoir fournir d'autres explications. 1.2.2 L'expert n'a pas ignoré les déclarations faites par la fillette à la police les 10 et 18 février 2000. A ce sujet, il a relevé qu'en quelques jours, C.________ avait été interrogée et amenée à faire le récit des abus subis, par trois adultes différents, en différents lieux, ceci venant constituer une forme de contrainte et d'intrusion de l'enfant dont on pouvait comprendre qu'à certains moments elle pût tenir des propos différents ou même éviter de répondre aux questions. Il a ajouté que l'enfant était pris dans un conflit de loyauté vis-à-vis de ses parents, en l'occurrence dans la situation d'examen clinique et d'interrogatoire vis-à-vis de son père, que son hésitation pouvait être qualifiée de normale, l'enfant dénonçant un parent étant aussi conscient des conséquences quant à la possible désagrégation des liens familiaux qu'une telle révélation pouvait entraîner. Il a rappelé qu'un enfant éprouvait des sentiments de culpabilité, ce qui pouvait expliquer ses hésitations. Il a encore relevé que le scénario qui se laissait repérer dans le discours de l'enfant était toujours le même.