Citation: 5A_777/2023 E. 3.2

3.2. La Cour de justice a retenu que le mari était âgé de 55 ans et qu'il ne ressortait pas du dossier qu'il souffrait de problèmes de santé l'empêchant de travailler. Sur le plan professionnel, il avait démissionné en 2010 de son poste de technicien en maintenance biomédicale qu'il occupait depuis près de dix ans; il avait depuis effectué une formation et avait sporadiquement occupé des emplois temporaires. Il alléguait chercher activement un emploi depuis 2018. Titulaire d'un diplôme d'ingénieur en technologies de l'information, il se présentait sous ce titre en tête de son curriculum vitae. Les juges cantonaux ont considéré sur cette base qu'il apparaissait ainsi raisonnable que le mari exerce cette profession à temps plein, celui-ci n'étant pas titulaire de la garde des enfants. Restait à examiner s'il avait la possibilité effective d'exercer cette activité. Contrairement à ce qu'avait retenu le Tribunal, le mari n'avait pas rendu vraisemblable avoir fourni les efforts que l'on pouvait raisonnablement attendre de lui pour trouver un travail à plein temps. En effet, les tableaux produits avaient été établis par ses soins et ne suffisaient pas à démontrer que les recherches qui y étaient indiquées avaient réellement été entreprises. Outre des recherches d'emploi, notamment dans le domaine informatique, ils énuméraient également des activités sans lien avec celles-ci, telles que des recherches de logement, des rendez-vous médicaux ou des activités liées à la présente procédure. Le fait - au demeurant non établi - que ces listes auraient été suffisantes pour percevoir des indemnités de l'assurance-chômage, comme le soutenait le mari, n'y changeait rien, le juge civil n'étant pas lié par l'instruction menée par les autorités administratives. Ces listes, à l'exception d'une d'entre elles, ne correspondaient par ailleurs pas aux tableaux usuels utilisés par l'assurance-chômage, n'étaient pas accompagnées des justificatifs des recherches qui y étaient énumérées et ne portaient pas la validation de l'Office cantonal de l'assurance-chômage. Elles ne revêtaient ainsi pas davantage de valeur probante qu'un simple allégué. En lien avec les recherches qu'il alléguait avoir menées depuis 2018, le mari avait pour le surplus produit huit lettres de motivation, dont on ignorait si elles avaient été envoyées, faute d'accusé de réception, des échanges de courriels de suivi d'un entretien, un courriel de février 2021 indiquant que sa candidature au poste d'informaticien était intéressante et que le processus de sélection était en cours, un courriel attestant d'un rendez-vous avec une conseillère en personnel, un refus d'engagement pour un poste d'enseignant, indiquant que son profil était trop éloigné de l'univers de l'enseignement qui représentait un métier en tant que tel, un courriel l'invitant à une réunion collective d'information en lien avec un poste d'agent de sécurité, une confirmation d'entretien pour un poste d'enseignant d'infrastructure, un accusé de réception de candidature au poste de responsable de l'équipe biomédicale, un courriel de suivi d'entretien ainsi que des courriels relatifs à une candidature au poste de technicien biomédical. Il avait ainsi établi avoir effectué, si on incluait les lettres de motivation, dix-sept recherches en cinq ans, ce qui n'était de loin pas suffisant, en particulier au regard de son obligation d'entretien envers ses enfants mineurs. Il n'avait en particulier effectué que trois recherches depuis le jugement entrepris, soit en l'espace de quatre mois jusqu'à sa réponse à l'appel, et n'avait pas démontré en avoir effectué d'autres dans ses écritures subséquentes, ce qui était révélateur de son état d'esprit après l'obtention en première instance d'une contribution à son entretien et d'une dispense de contribuer à celui des enfants en l'état, étant précisé qu'il n'avait pas établi que les douleurs au genou qu'il alléguait et qui avaient entraîné une incapacité de travail de deux semaines l'avaient empêché d'effectuer davantage de recherches. S'il pouvait certes être difficile pour lui de trouver un emploi compte tenu de son âge et du fait qu'il n'avait pas exercé d'activité régulière depuis 2010, en particulier dans un domaine qui avait beaucoup évolué depuis l'obtention de son diplôme, il ne pouvait être retenu qu'il n'aurait pas la possibilité effective de trouver un emploi dans ce domaine s'il fournissait les efforts qui pouvaient raisonnablement être exigés de lui, étant souligné qu'un potentiel employeur lui avait indiqué relativement récemment que son profil pour un poste d'informaticien était intéressant. Il était par ailleurs parvenu à se faire embaucher pour des remplacements en dépit de son âge et de l'absence d'activité régulière depuis 2010. L'on ne discernait enfin pas en quoi la pandémie de coronavirus l'empêchait de trouver un emploi dans le domaine informatique, comme il le soutenait. Partant, la Cour de justice a jugé que les conditions pour imputer un revenu hypothétique au mari étaient réunies. Toujours selon l'arrêt entrepris, il ressortait du calculateur statistique de salaires Salarium, qu'un informaticien suisse, spécialiste des technologies de l'information, travaillant à temps complet dans la programmation, le conseil ou autre activité informatique au sein d'une entreprise de moins de vingt employés dans la région lémanique, sans fonction de cadre et sans année de service, réalisait un salaire mensuel brut médian de 8'303 fr., 25% gagnant moins de 7'128 fr. et 25% gagnant plus de 9'747 fr. Dans la mesure où la formation du mari datait de dix ans et qu'il n'avait pas acquis une solide expérience dans le domaine de l'informatique depuis, elle a considéré qu'il se justifiait de retenir un revenu hypothétique correspondant à la fourchette inférieure, soit, après déduction de charges sociales de 15%, d'un montant de l'ordre de 6'000 fr. nets. La Cour de justice lui a imputé ce revenu à compter du 1er décembre 2023, jugeant qu'un délai supplémentaire de trois mois était approprié en l'espèce pour que le mari puisse retrouver un emploi. Un délai plus long ne se justifiait pas, dès lors que celui-ci avait déjà bénéficié de plusieurs années pour se réinsérer professionnellement, sans qu'il eût démontré avoir fourni les efforts nécessaires à cet égard, et qu'il devait s'attendre à tout le moins depuis le dépôt de la requête en divorce en juin 2020 à devoir contribuer à l'entretien financier de ses enfants et trouver un emploi dans cette optique.