Citation: 6B_1162/2014 E. 2.5

2.5. Quant au pronostic en particulier, en soulignant l'absence d'introspection du recourant, sa tendance à minimiser les faits et à avancer une version non retenue par l'autorité de jugement, la difficulté à obtenir du recourant des informations détaillées sur la victime et le type des liens partagés, la cour cantonale fonde, en grande part, son pronostic défavorable sur le refus du recourant d'avouer purement et simplement les faits tels qu'ils ont été retenus par l'autorité de jugement. La jurisprudence a, toutefois, de longue date, constaté que le refus d'aveux n'autorisait pas, à lui seul, cette conclusion (ATF 124 IV 193 consid. 5b/ee p. 204). Celle-ci s'impose encore moins d'elle-même dans le cas concret. En effet, il n'est pas contesté que le recourant avait, dans l'ensemble, reconnu (déjà au stade du jugement) tant l'homicide que les infractions contre le patrimoine. Il s'ensuit que le reproche formulé par la cour cantonale ne porte guère que sur les motifs et les circonstances dans lesquelles l'homicide a été commis (le caractère prémédité de l'acte en particulier) et qu'il ne peut être reproché au recourant un déni total de ses actes. Il convient aussi de souligner, dans ce contexte, que les faits se sont déroulés en 1994, soit il y a plus de 20 ans. L'argumentation du recourant, qui impute, pour une part tout au moins à cette longue période, le flou de ses souvenirs et une certaine distance émotionnelle, respectivement une empathie limitée pour la victime, ne peut être purement et simplement écartée, sans une discussion plus approfondie. Ces deux décennies, ont, de surcroît, pour conséquence que le recourant, âgé de 49 ans environ au moment des faits, a désormais atteint l'âge de 70 ans, élément qui, d'expérience, suggère plutôt une diminution de la tendance aux actes de violence (ATF 124 IV 193 consid. 5b/ee p. 204). En discutant, de manière toute générale, le risque présenté par le recourant, la cour cantonale n'a pas recherché plus précisément comment ce risque pourrait se concrétiser dans le cadre de congés, soit durant des périodes de liberté de courte durée. En se référant à l'appréciation de la Commission d'examen de la dangerosité, estimant le « risque contenu », pour en déduire que ce risque ne serait « pas inexistant », la cour cantonale ne démontre pas en quoi le risque résiduel présenté dans l'absolu par le recourant ne serait pas justifiable dans le cadre strict de congés. Elle n'explique d'aucune manière pourquoi ce cadre ne suffirait pas à contenir le risque. La cour cantonale s'est bornée à souligner la difficulté d'identifier un contexte situationnel pouvant amener le recourant à agir. Or, l'homicide pour lequel le recourant a été condamné apparaît comme un événement isolé dans son existence et les éléments de la personnalité du recourant ressortant du plan d'exécution de la sanction, du préavis de la Commission d'examen de la dangerosité et de l'analyse criminologique ne font pas apparaître le recourant comme un individu ordinairement impulsif et violent. Il convient aussi de rappeler qu'il n'a pas été reproché au recourant d'avoir assassiné sa victime avec l'intention de se faire passer pour elle et de percevoir ses rentes, mais que si la préméditation a été retenue sur la base des déclarations du témoin F.________, le mobile paraît avoir tenu à l'existence de dettes du recourant envers sa victime qui se montrait vindicative et pressante (arrêt de la Cour de cassation du 3 septembre 2008, consid. E.b p. 10 et consid. 2.4.4 p. 18; dossier cantonal, pièce 2c). On recherche en vain dans les considérants de l'autorité précédente ce qui fonderait désormais la crainte d'un acte inopiné, impulsif ou irréfléchi. La cour cantonale n'expose pas plus en quoi le recourant pourrait se trouver actuellement dans une situation comparable à celle qui prévalait au moment des faits, moins encore ce qui permettrait de penser qu'un risque similaire (homicide prévu et préparé de longue date; arrêt de la Cour de cassation du 3 septembre 2008, consid. E.b p. 11 et consid. 4.2 p. 21; dossier cantonal, pièce 2c) pourrait se réaliser dans le cadre de périodes de liberté de courte durée. Cela étant, le fait qu'un contexte situationnel déclencheur ne puisse être identifié précisément ne permet pas de conclure que le risque pourrait se réaliser partout et en tout temps en liberté, moins encore durant de brèves périodes de congé. Du reste, de jurisprudence constante, le risque de récidive d'actes de violence apparaît moindre qu'en cas d'infractions contre le patrimoine (ATF 125 IV 113 consid. 2c p. 115 s.; 124 IV 193 consid. 3 p. 195; plus récemment: arrêt 6B_1003/2014 du 13 janvier 2015 consid. 3.1). On ne peut ignorer non plus qu'à ce jour le recourant n'a pas fait un usage critiquable des espaces de liberté qu'il a recouvrés dans le cadre de l'exécution de sa peine (passage en secteur ouvert de la Colonie; conduites). Enfin, la cour cantonale a certes aussi pris en considération les déclarations du recourant au sujet de F.________, qui « ne permettaient pas d'apprécier le risque d'une atteinte à l'intégrité de cette personne ». Ce risque, s'il ne peut être apprécié, demeure toutefois, en l'état, totalement indéterminé et l'on peine à y voir un élément objectif concret permettant de justifier le refus d'un congé. Au demeurant, à supposer que ce risque puisse être objectivé, il aurait encore incombé à la cour cantonale d'examiner si, sous l'angle de la proportionnalité, des mesures concrètes (obligation de demeurer en présence d'un proche durant le congé; interdiction de périmètre, etc.) permettraient de l'endiguer.