Citation: 1P.24/2005 31.03.2005 E. 3

3.1 C'est à juste titre que la recourante tient les SMS d'amour expédiés pour impropres à infirmer les violences alléguées, en dépit de la sincérité de ces messages. En effet, les brutalités infligées par un partenaire ne mettent pas nécessairement fin à tout sentiment amoureux chez la victime. Il n'est pas même exclu que de telles violences puissent susciter, dans un but lénifiant, une intensification de déclarations amoureuses, d'autant plus lorsque l'agresseur parvient à engendrer chez la victime le sentiment - erroné - d'avoir commis une "faute", partant d'avoir mérité les "punitions" infligées. De même, la recourante conteste à raison que son inaction du 1er juillet 2002 au 30 octobre 2003 démentirait sa version des faits. Suivant une étude récente (Martin Killias/Mathieu Simonin/Jacqueline De Puy, Violence experienced by women in Switzerland over their lifespan, Berne 2005, p. 83 ss), moins d'un tiers des femmes victimes de violences de la part de leur partenaire s'adressent à la police, un quart s'en ouvrant à leur médecin. Une telle passivité peut s'expliquer, entre autres motifs, par la peur de représailles, la honte, la culpabilité, le manque d'estime de soi, l'espoir d'une amélioration, la crainte de se heurter à l'incrédulité ou à la banalisation, etc. (cf. Claudia Meyer, Limites de l'aide aux femmes victimes de violences conjugales ou de traite, in: Aide aux victimes en Suisse, Berne 2004, p. 63 ss). 3.2 Pour le surplus en revanche, la recourante ne réussit pas à démontrer que le Tribunal d'accusation aurait arbitrairement écarté ses allégués relatifs aux violences de toutes natures qu'elle aurait régulièrement subies pendant la vie commune depuis juin 2002. La force probante du certificat médical du 22 juin 2004 n'est guère élevée. Médecin généraliste, son auteur a certes vu la recourante le 1er juillet 2002, mais il n'a ensuite plus été consulté jusqu'au 15 mai 2004, soit plus de six mois après la séparation. Hormis les blessures directement constatées deux ans auparavant, il fonde ainsi son présent diagnostic exclusivement sur les dires de sa patiente. Or, les déclarations de la recourante sont précisément sujettes à caution. En effet, celles relatives aux circonstances ayant entouré la signature de la reconnaissance de dette précitée sont entachées d'incohérences, voire de contradictions, au point de jeter le discrédit sur l'ensemble de ses dires. Ainsi en premier lieu, la recourante a affirmé le 4 novembre 2003 que la reconnaissance de dette lui avait été présentée - pour signature - en août 2003. Le 22 mars 2004 cependant, elle a expressément reconnu la véracité de la date du 5 mai 2003, figurant au pied de la reconnaissance de dette entre-temps produite en copie par l'intimé. Deuxièmement, le motif avancé par la recourante à l'appui du versement de deux fois 1'000 fr., soit le remboursement des sommes perçues dans la caisse de l'intimé, apparaît fort douteux, puisqu'à ses dires du 4 novembre 2003, celles-ci ascendaient à 400 fr. seulement. Ce n'est en effet que le 19 janvier 2004 (procès-verbal de ce jour, R. 2 et 12) qu'elle a admis, en substance, avoir prélevé un montant total de l'ordre de 2'000 fr. Enfin, la recourante a non seulement prétendu avoir été contrainte de signer la reconnaissance en cause, mais a contesté encore l'authenticité de la pièce déposée par l'intimé d'abord en copie, puis en original le 24 mars 2004 (cf. procès-verbal du 21 avril 2004). A bien la suivre, l'intimé l'aurait ainsi forcée à signer un document déterminé avant d'en créer un autre, faux, ce qui paraît peu crédible. 3.3 Reste à examiner les griefs tenant à la fracture du nez subie en juin 2002. Le Tribunal d'accusation n'a pas tranché de manière définitive la question de la réalisation de cette infraction. Il a considéré en effet que celle-ci ne pourrait de toute façon pas être poursuivie, faute de plainte déposée à temps, le coup reçu en juin 2002 ne s'inscrivant pas dans une série de lésions commises durant toute la période de vie commune. La recourante conteste les faits sur lesquels l'autorité intimée fonde, en droit, ladite tardiveté. En ce sens, elle prétend non seulement avoir subi des violences régulières, mais encore avoir été empêchée de déposer plainte à temps en raison d'une contrainte exercée par l'intéressé. Il ressort toutefois du consid. 3.2 supra que de tels allégués ont été écartés sans arbitraire par l'autorité cantonale. Il n'y a dès lors pas lieu d'examiner plus avant la version de l'altercation avancée par la recourante. 3.4 Vu ce qui précède, le Tribunal d'accusation pouvait écarter sans arbitraire, faute d'indices suffisants ou de plainte déposée à temps, les griefs de la recourante relatifs aux violences physiques et psychiques qu'aurait exercées l'intimé à son encontre. Pour les mêmes motifs, il en va pareillement des accusations d'injure, de contrainte et d'extorsion. Dans ces conditions, l'autorité intimée n'est pas davantage tombée dans l'arbitraire en estimant, au terme d'une appréciation anticipée des preuves, que les trois témoins proposés par la recourante ne suffiraient pas à modifier sa conviction, d'autant moins que la recourante ne prétend pas qu'ils auraient eux-mêmes directement constaté la réalisation de l'une des infractions évoquées.