Citation: 8C_768/2023 E. 6.3

6.3. En l'espèce, les juges cantonaux ont repris le raisonnement de l'intimée. Estimant que le lien de causalité adéquate entre les accidents et les affections psychiques du recourant faisait défaut, ils n'ont pas statué sur la causalité naturelle. Leur motivation n'apparaît toutefois pas convaincante. Pour qualifier la gravité de l'événement du 27 juin 2016, ils se sont focalisés sur ses conséquences somatiques pour le recourant et non sur les forces générées par l'accident, ce qui est contraire à la jurisprudence du Tribunal fédéral (cf. arrêts 8C_565/2022 du 23 mai 2023 consid. 4.2.2; 8C_418/2022 du 1 er mars 2023 consid. 4.4 et les arrêts cités). En tout état de cause, c'est à tort qu'ils ont considéré que cet accident était insignifiant ou de peu de gravité, compte tenu en particulier de la force non négligeable exercée par un objet de 50 kilos chutant sur la main du recourant. Au vu de la jurisprudence concernant des accidents ayant occasionné des lésions de la main (cf. notamment arrêts 8C_394/2022 du 8 novembre 2022 consid. 6.1; 8C_816/2021 du 2 mai 2022 consid. 5.2.2 et 5.2.3; 8C_600/2020 du 3 mai 2021 consid. 4.1.4 [casuistique] et 4.1.5), cet événement accidentel doit plutôt être assimilé à un accident de gravité moyenne, soit stricto sensu, soit à la limite des accidents de peu de gravité. Or, plusieurs critères jurisprudentiels, qui pourraient être remplis, méritent un examen approfondi, en particulier les douleurs physiques persistantes, les difficultés apparues au cours de la guérison et les complications importantes, ainsi que le degré et la durée de l'incapacité de travail due aux lésions physiques. Si l'accident devait être qualifié de gravité moyenne stricto sensu, la réunion de ces trois critères serait déjà suffisante pour admettre la causalité adéquate. Conformément à la jurisprudence précitée (cf. consid. 6.2 supra), il est toutefois prématuré que le Tribunal fédéral se prononce sur la causalité adéquate. Il convient d'abord de trancher la question de la causalité naturelle, laissée indécise tant par le tribunal cantonal que par l'intimée. A cet égard, le docteur F.________ a diagnostiqué un épisode dépressif sévère sans symptômes psychotiques, causé par les accidents et à l'origine d'une incapacité de travail totale dans toute activité. Même si ce psychiatre a fait état de facteurs étrangers aux accidents jouant un rôle dans la persistance et l'aggravation des troubles psychiques (annonce de l'interruption des prestations par l'intimée, sentiment de non-reconnaissance et d'injustice), il a également relevé que les plaintes du recourant étaient en lien avec un sentiment d'incurabilité des douleurs physiques et l'impotence fonctionnelle qu'il endurait. Il ressort en outre des pièces médicales au dossier que le recourant a ou a eu recours à un traitement par antidépresseurs. Le docteur E.________ - qui n'est du reste pas psychiatre - ne s'étant pas attardé sur la composante psychique, il y a lieu de renvoyer la cause à l'intimée en vue de la mise en oeuvre d'une expertise psychiatrique pour déterminer si le recourant souffre de troubles psychiques incapacitants provoqués par les accidents des 27 juin 2016 et 15 décembre 2018. En fonction du résultat de cette instruction, l'intimée se prononcera sur le lien de causalité naturelle, et éventuellement adéquate, et rendra une nouvelle décision sur le droit aux prestations du recourant.