Citation: I 182/03 30.01.2004 E. 3

Est litigieux le point de savoir si l'état de santé du recourant s'est aggravé depuis la décision de suppression de son droit à la rente. 3.1 Pour pouvoir calculer le degré d'invalidité, l'administration (ou le juge, s'il y a eu un recours) a besoin de documents que le médecin, éventuellement aussi d'autres spécialistes, doivent lui fournir. La tâche du médecin consiste à porter un jugement sur l'état de santé et à indiquer dans quelle mesure et pour quelles activités l'assuré est incapable de travailler. En outre, les données médicales constituent un élément utile pour déterminer quels travaux on peut encore, raisonnablement, exiger de l'assuré (ATF 125 V 261 consid. 4, 115 V 134 consid. 2, 114 V 314 consid. 3c, 105 V 158 consid. 1). Dans l'assurance-invalidité, l'instruction des faits d'ordre médical se fonde sur le rapport du médecin traitant destiné à l'Office AI, les expertises de médecins indépendants de l'institution d'assurance, les examens pratiqués par les Centres d'observation médicale de l'AI (ATF 123 V 175), les expertises produites par une partie ainsi que les expertises médicales ordonnées par le juge de première ou de dernière instance (VSI 1997, p. 318 consid. 3b; Spira, La preuve en droit des assurances sociales, in : Mélanges en l'honneur de Henri-Robert Schüpbach - Bâle, 2000, p. 270; Stéphane Blanc, La procédure administrative en assurance-invalidité, thèse Fribourg 1999, p. 142). 3.2 Les premiers juges ont considéré que les différents rapports établis par le docteur A.________, spécialiste en rhumatologie, n'étaient pas aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des conclusions auxquelles avait abouti le professeur B.________ dans son expertise du 2 octobre 2001, le docteur A.________ octroyant en effet une place importante aux considérations subjectives du patient, auxquelles il accordait un large crédit. De plus, ce praticien fondait le degré d'incapacité retenu, outre sur l'état de santé de l'assuré, également sur le fait que celui-ci était demeuré inactif durant une vingtaine d'années, élément qui était étranger à son invalidité et expliquait, au moins partiellement, pourquoi l'appréciation du docteur A.________ divergeait de celle de ses confrères. Contestant ce qui précède, le recourant reproche à la juridiction cantonale de n'avoir pas constaté de manière exhaustive les faits et d'avoir abusé de son pouvoir d'appréciation. Selon lui, au vu des constantes remarques du docteur A.________ soutenant que seules la consultation d'une IRM et la pratique des tests de Jobe, palm up et lift off étaient de nature à démontrer l'existence d'une tendinite chronique, ces examens auraient dû faire l'objet d'une expertise, ou, à tout le moins, d'un complément d'expertise. Aussi requiert-il le renvoi de la cause à l'intimé pour instruction complémentaire dans ce sens. 3.3 Dans sa lettre du 4 décembre 2001, le docteur A.________ a indiqué qu'il y avait des signes évidents de tendinite de la coiffe des rotateurs, avec des épreuves de Jobe, palm up et lift off positives qui n'avaient pas été testées d'après la description du professeur B.________, avec radiologiquement sur une IRM de 1999 des remaniements inflammatoires tendineux confirmant une atteinte de l'épaule, dont il n'était absolument pas fait mention dans l'expertise. Une radiographie récente montrait des signes d'un discret conflit sous-acromial (selon la description). Il est clair que cette pathologie d'épaule jouait un rôle sur l'incapacité de travail du patient, notamment dans un travail nécessitant des ports de charges, quels qu'ils soient. Ces douleurs avaient d'ailleurs été exacerbées après une tentative de reprise d'activité l'année dernière. Contrairement à l'avis du professeur B.________, le docteur A.________ pense qu'il y a des éléments objectifs permettant d'expliquer les douleurs de l'épaule et qu'il ne s'agissait pas uniquement d'un trouble somatoforme douloureux. 3.4 L'expertise du professeur B.________ se fonde sur des examens auxquels ont procédé les médecins le 24 septembre 2001. Ce jour-là, des radiographies de la colonne lombaire face et profil, de l'épaule droite de face et de la colonne cervicale de profil ont été effectuées par les médecins du Service de radiodiagnostic et radiologie interventionnelle du Z.________. Selon le rapport du 24 septembre 2001 de la doctoresse D.________, la description de l'épaule droite de face indiquait la présence de discrets troubles dégénératifs au niveau du trochiter pouvant témoigner d'un conflit postéro-supérieur. En revanche, il n'y avait pas de pincement de l'espace sous-acromial, ni de calcification des tendons de la coiffe des rotateurs. Dans son rapport du 2 octobre 2001, sous la rubrique relative aux examens complémentaires fondant les constatations objectives, l'expert a indiqué que selon les radiographies actuelles, l'épaule droite présentait des signes de discret conflit sous-acromial (pas de déminéralisation, pas de calcification péri-articulaire). Il a posé le diagnostic de troubles somatoformes douloureux touchant le membre supérieur droit et la région lombo-fessière droite. 3.5 Lorsque des spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références; arrêt non publié P. du 5 octobre 2001 [I 236/01]). Dans sa lettre du 2 mars 2003, le docteur A.________ ne pense pas qu'on puisse simplement retenir le diagnostic seul de troubles somatoformes douloureux touchant le membre supérieur droit et la région lombo-fessière chez un patient qui présente cliniquement des signes évidents de tendinite de la coiffe des rotateurs avec conflit sous-acromial. Selon ce spécialiste, le fait que le professeur B.________ ne s'est pas référé à l'IRM lui semble une erreur, puisqu'il faut savoir que toutes les lésions tendineuses de l'épaule, à l'exception des calcifications, ne sont pas visibles sur les radiographies standards et qu'il est absolument nécessaire de se baser sur une IRM pour avoir des arguments précis pour juger de l'état d'une telle articulation. Les examens mis en oeuvre par l'expert ont porté précisément sur les douleurs de l'épaule droite, ainsi que cela ressort du rapport du 24 septembre 2001 du Service de radiodiagnostic et radiologie interventionnelle du Centre Z.________. Selon le professeur B.________, celle-ci présente des signes de discret conflit sous-acromial. Les examens cliniques effectués dans le cadre de l'expertise ont indiqué que la pression de l'épaule droite était douloureuse dans toute sa partie supérieure, que la distance pouce-C7 était de 28 cm à droite, de 24 cm à gauche, mais qu'il n'y avait pas de signe de rupture tendineuse des tendons de l'épaule. L'ensemble de ces éléments explique pourquoi l'expert a posé le diagnostic de troubles somatoformes douloureux touchant le membre supérieur droit, mais n'a pas retenu d'incapacité de travail en ce qui concerne l'épaule droite. La Cour de céans n'a aucune raison de s'écarter des constatations objectives de l'expertise du 2 octobre 2001. Ainsi que l'a exposé avec raison la juridiction cantonale, l'expertise du professeur B.________ repose sur une étude complète et circonstanciée de la situation médicale du recourant, ne contient pas d'incohérences et aboutit à des conclusions motivées. Cela confère pleine valeur probante au rapport du 2 octobre 2001 (ATF 125 V 352 consid. 3a et les références; VSI 2001 p. 108 consid. 3a). Il n'y a pas lieu, dans ces conditions, d'ordonner une nouvelle expertise.