Citation: 4A_293/2017 E. 2.4

2.4. Cette analyse ne peut être suivie, pour les motifs exposés ci-dessous. Il ressort de l'arrêt attaqué que lorsque les maîtres ont rédigé leur courrier du 15 avril 2011, ils ne connaissaient pas l'origine du premier glissement de terrain survenu le 12 janvier 2011. Objectivement, ils ne pouvaient déduire avec certitude l'existence d'un défaut imputable aux entrepreneurs, dans la mesure où cet événement isolé pouvait apparaître comme le résultat d'un phénomène naturel; il était en effet notoire que dans une région d'altitude comme..., l'alternance de gel et de dégel pouvait provoquer des éboulis. Les constatations relatives à la connaissance effective des maîtres de l'ouvrage relèvent du fait et lient la cour de céans dans la mesure où aucun grief n'a été émis (cf. consid. 1.3 supra). En revanche, la question de savoir si les maîtres, selon les règles de la bonne foi, auraient pu et dû identifier plus tôt l'existence d'un défaut dû à une mauvaise exécution de l'ouvrage, relève du droit. En l'occurrence, la cour cantonale a nié un tel manquement en se fondant sur un fait notoire et des circonstances locales que les entrepreneurs intimés ne discutent pas. Sur cette base, il n'y a effectivement pas matière à retenir une attitude contraire à la bonne foi - et du reste les entrepreneurs ne le plaident pas. Il est ainsi acquis qu'au moment d'envoyer leur courrier du 15 avril 2011, le délai pour donner l'avis des défauts cachés n'avait pas encore commencé à courir, faute pour les maîtres de pouvoir constater avec certitude que le glissement de terrain était un défaut de l'ouvrage imputable aux entrepreneurs, et non pas un phénomène naturel. Dans le courrier en question, les maîtres écrivent en substance que le 12 janvier 2011, le talus à l'arrière de leur bien-fonds a cédé et glissé contre la maison. A leur avis, le talus n'a pas été sécurisé avant, pendant et après la construction de l'immeuble. Les maîtres exigent de l'ingénieur chargé de la construction une information claire sur la sécurisation du talus, avec une garantie. Ils souhaitent savoir à quel point le talus est sûr en l'état actuel, et comment il se comportera à l'avenir. S'il n'existe pas déjà une expertise géologique, les maîtres en exigent une immédiatement. Ils déclinent toute responsabilité en cas de nouveaux glissements du talus et de dommages au bâtiment. Avec l'autorité précédente, il faut admettre que ce courrier, à lui seul, ne constitue pas un avis des défauts. Si les maîtres de l'ouvrage soupçonnent un manque de sécurisation du talus pendant et après la construction, ce qui sous-entend une responsabilité des entrepreneurs, ils demandent encore à être renseignés sur la situation géologique du terrain, en particulier sur la stabilité actuelle et future de cette partie de terrain - et donc sur d'éventuelles mesures de sécurisation. Les entrepreneurs ont attendu un peu plus de trois mois pour adresser, sous pli du 26 juillet 2011, un devis pour un mur de protection avec remblai. Les maîtres ont alors signifié par missive du 9 août 2011 qu'ils tenaient les entrepreneurs pour responsables de l'effondrement du terrain et refusaient de payer pour un aménagement de sécurité qui aurait dû être prévu selon les règles de construction en vigueur. Force est d'admettre qu'à eux deux, les courriers des 15 avril et 9 août 2011 constituent un avis des défauts valable. Les maîtres de l'ouvrage - dont rien n'indique qu'ils disposent de connaissances juridiques et techniques particulières - font comprendre qu'ils jugent le talus derrière leur bâtiment non conforme au contrat d'entreprise, étant donné qu'il aurait dû être contenu par un mur de sécurité, « selon les règles de construction en vigueur»; ils mettent expressément en cause la responsabilité des entrepreneurs dans le glissement de terrain et refusent de payer le mur de soutènement qui doit remédier au caractère non conforme du talus.