Citation: I 225/04 06.03.2006 E. 4

Au regard de ce qui précède, les premiers juges étaient fondés à appliquer au cas particulier les principes développés par la jurisprudence sur les troubles somatoformes douloureux. On ne peut pas, en revanche, les suivre dans leur appréciation du caractère exigible ou non d'une reprise du travail de l'intimé. 4.1 En premier lieu, le critère d'une comorbidité psychiatrique ne saurait être retenu. Dans son rapport d'expertise, le docteur R.________ a en effet souligné l'absence d'une pathologie de la personnalité chez l'assuré [pas de phénomènes psychosensoriels, de signes d'automatisme mental, d'atteinte du cours de la pensée, ni état délirant ou comportement histrionique] (voir pages 8 et 10 dudit rapport). A lui seul, l'état dépressif réactionnel léger diagnostiqué par ce médecin ne peut être assimilé à une «comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée» (cf. ATF 127 V 299 consid. 5a). On ne voit pas non plus, à la lumière des considérations des deux experts mandatés par l'office AI, que l'état douloureux de M.________ soit tel qu'il ne permette qu'une reprise d'activité partielle. C'est le lieu de rappeler que les différents critères consacrés par la jurisprudence en matière de troubles somatoformes douloureux ou de fibromyalgie sont un instrument, pour l'expert et l'administration (le cas échéant pour le juge), servant à qualifier la souffrance vécue par un assuré, afin de déterminer si celui-ci dispose ou non des ressources psychiques permettant de surmonter cet état; ces critères ne constituent pas une liste de vérification mais doivent être considérés comme une aide à l'appréciation globale de la situation douloureuse dans un cas concret. Or, en l'espèce, ce qui ressort surtout des constatations des experts est le fait que M.________ est capable de composer avec ses douleurs. Comme le relève le professeur C.________, le prénommé parvient à surpasser son état douloureux lorsqu'il est occupé à des petites tâches qui l'intéressent (aller promener son chien, rendre service à ses voisins, bricoler et aider sa femme dans le ménage et dans les activités bénévoles que celle-ci exerce au Centre Y.________); il mène par ailleurs une vie émotionnelle et sociale pratiquement normale et se déclare satisfait de son sort, n'ayant pas besoin de gagner tellement d'argent pour vivre (voir pages 4 et 5 du rapport d'expertise). Le docteur R.________ a fait des observations similaires à ce sujet, ajoutant que l'assuré serait même prêt à accepter un stage de réadaptation professionnelle et à reprendre une activité lucrative en rapport avec ses capacités, ce dont il n'était pas disposé à faire à l'issue de son examen par le professeur C.________. Tous ces éléments concordants laissent présumer que la fibromyalgie et ses effets peuvent être surmontés par un effort de volonté raisonnablement exigible de la part de l'intimé. Aussi, convient-il de nier une incapacité de travail résultant de ce seul diagnostic et de considérer que l'assuré est encore capable d'exercer à temps complet une activité adaptée (voir la lettre du professeur C.________ du 5 mars 2002 à l'intention de l'office AI dans laquelle ce médecin a maintenu que la profession habituelle de chauffeur de poids lourds était médicalement contre-indiquée). 4.2 La comparaison des revenus hypothétiques déterminants à la date de l'ouverture du droit éventuel à une rente (l'année 2000) conduit à un degré d'invalidité n'ouvrant pas le droit à une rente (cf. art. 28 al. 1 LAI). Pour fixer le revenu d'invalide de l'intimé, il y a lieu de se référer aux données résultant de l'Enquête suisse sur la structure des salaires 2000 publié par l'Office fédéral de la statistique (cf. ATF 126 V 76 consid. 3b/aa et bb, 124 V 322 consid. 3b/aa). Cela donne un montant de 50'076 fr. en tenant compte du niveau de qualification 4 pour les hommes (activités simples et répétitives), d'un horaire hebdomadaire de travail de 41,8 heures (La Vie économique, 12-2002, p. 88, tabelle B 9.2) et d'un abattement du salaire statistique de 10 %. Eu égard au revenu sans invalidité que l'intimé aurait pu obtenir en 2000 s'il n'avait pas dû abandonner son métier pour des raisons de santé (57'854 fr.), il en résulte le taux de 13,4 % [(57'854 - 50'076) x 100 : 57'854].