Citation: 5C.254/2005 20.03.2006 E. 4

Le demandeur soutient en outre que l'autorité cantonale a violé l'art. 28 CC en niant le caractère insoutenable de l'affirmation selon laquelle il en voulait "toujours un peu trop". 4.1 Selon la Cour de justice, cette assertion constitue un jugement de valeur, de sorte qu'il y a lieu de tenir compte du contexte dans lequel elle a été émise. En l'occurrence, la question posée visait à connaître l'opinion des défendeurs sur les prétentions élevées par le demandeur dans la procédure arbitrale; en répondant que celui-ci "en voulait toujours un peu trop", ils ont laissé entendre que ses revendications étaient excessives, ce qui est compréhensible et admissible compte tenu du litige qui les opposait. Pour les juges cantonaux, l'opinion des défendeurs doit en outre être mise en relation avec les accusations portées par le demandeur contre Z.________ selon lesquelles celle-ci l'aurait forcé à vendre ses actions à un prix dérisoire, accusations parues dans la presse peu avant l'interview litigieuse. Enfin, si le Tribunal arbitral a rééquilibré les conditions financières des contrats signés entre les parties, il n'a pas alloué au demandeur le plein de ses conclusions puisqu'il a refusé d'annuler les conventions de 1994 et 1996. Les défendeurs étaient ainsi admis à qualifier d'exagérées les prétentions du demandeur, en déclarant que celui-ci en voulait toujours un peu trop. 4.2 L'affirmation selon laquelle le demandeur "en voulait toujours un peu trop" ne doit pas être considérée isolément, mais doit être mise en relation avec le reproche d'avoir voulu développer la Banque trop vite. Contrairement à ce que prétend le demandeur, l'affirmation en cause, replacée dans le cadre de l'interview, ne le fait pas apparaître comme quelqu'un de cupide, mais comme une personne (trop) ambitieuse qui a voulu faire croître la Banque trop rapidement; elle concerne par conséquent le domaine professionnel et non personnel ou éthique. Compte tenu du contexte, la phrase en question ne peut être comprise que comme une opinion en rapport avec le litige opposant les parties à propos des contrats de 1994 et 1996. Que le demandeur ait obtenu partiellement gain de cause dans cette affaire ne permet pas de considérer que les défendeurs auraient tenu des propos insoutenables ou inutilement blessants. Vu les circonstances (apparemment déjà passablement relatées dans la presse), l'opinion certes négative des défendeurs ne pouvait constituer, aux yeux d'un observateur moyen, un jugement propre à entacher la réputation du demandeur.