Citation: 5P.383/2006 20.12.2006 E. 2

La recourante se plaint d'arbitraire. En premier lieu, elle reproche à la juridiction cantonale d'avoir retenu «d'ores et déjà, pour une pension débutant le 1er décembre 2005, des charges hypothétiques non effectives et non prouvées, qui ne débuteront qu'en décembre 2006, voire postérieurement». En second lieu, elle affirme qu'il est insoutenable de n'avoir imputé qu'une capacité contributive de 2'500 fr. à l'intimé, alors même que celui-ci aurait déclaré pouvoir réaliser 4'000 fr. par mois en travaillant à mi-temps pour l'EPFL. 2.1 D'après la jurisprudence, une décision est arbitraire lorsqu'elle est manifestement insoutenable, méconnaît gravement une norme ou un principe juridique clair et incontesté, ou heurte le sentiment de la justice et de l'équité; il ne suffit pas qu'une solution différente soit concevable, voire préférable; une telle décision n'est de surcroît annulée que si elle se révèle arbitraire, non seulement dans ses motifs, mais aussi dans son résultat (ATF 132 III 209 consid. 2.1 p. 211 et les arrêts cités). 2.2 Le Tribunal d'arrondissement a retenu que l'intimé, qui avait «fait preuve d'une volonté hors norme durant sa détention», notamment en parvenant à maintenir «son entreprise à flot, pourtant en grande difficulté», avait un minimum vital «strict» de 1'700 fr. par mois (montant de base pour personne seule: 1'100 fr.; frais de semi-détention: 250 fr.; assurance-maladie: 350 fr.). Toutefois, ce montant ne comprend pas les «frais du droit de visite» qui sera repris, les frais de véhicule pour «démarcher et livrer ses clients» et les «nombreux frais», en particulier de relogement, inhérents à sa libération conditionnelle. Ces frais se rapportent donc à des périodes futures, à savoir celles de semi-détention (août-décembre 2006) et de libération conditionnelle (à partir de décembre 2006). Or, non seulement leur estimation apparaît largement aléatoire et dépourvue de base factuelle, mais les magistrats précédents les ont en outre pris en considération pour supprimer toute pension afférente à la période antécédente, c'est-à-dire celle comprise entre les mois de décembre 2005 et juillet 2006, durant laquelle l'intimé versait mensuellement 500 à 600 fr. à sa fille aînée, sans supporter de toute évidence les frais en question. Le Tribunal d'arrondissement semble attacher une certaine importance au fait que, durant sa détention, l'intimé a versé 500 à 600 fr. par mois à sa fille aînée pour ses dépenses courantes. Cependant, il s'agit là d'une prestation volontaire que l'intéressé a octroyée à une personne de son choix et qui, pour ce motif déjà, ne pouvait se substituer à ses obligations légales; en admettant même que les conditions d'application de l'art. 277 al. 2 CC soient réalisées, l'obligation découlant de cette disposition ne saurait l'emporter sur celle à l'égard de l'épouse et de la fille mineure (cf. ATF 132 III 209 et la doctrine citée). Cet argument est ainsi dénué de pertinence. 2.3 Il résulte de ces motifs que le Tribunal d'arrondissement aurait dû s'en tenir aux éléments qui lui étaient connus au moment où il a statué et renvoyer, le cas échéant, l'intimé à demander une modification de la décision conformément à l'art. 179 al. 1 CC. En jugeant comme il l'a fait, il a commis arbitraire, en sorte que le recours doit être admis pour ce motif déjà.