Citation: 4A_34/2016 E. 4.5.1

4.5.1. Invoquant, ici aussi, une violation de leur droit d'être entendues, les recourantes font grief au Tribunal arbitral d'avoir admis les prétentions élevées par Y.________ malgré le fait que cette dernière, à qui incombait la preuve du dommage allégué par elle, n'avait pas réussi à établir l'existence de celui-ci, i.e. le montant des dépenses supplémentaires ( Additional Fuel Costs) que lui avait occasionnées et que lui occasionnerait l'achat de combustible pour remplacer le gaz naturel que B.________ avait cessé le lui livrer, via X.________, en répudiant le contrat tripartite avant son échéance. Selon elles, Y.________ avait produit, comme unique moyen de preuve de ce dommage, les données extraites d'un logiciel dénommé UCOD utilisé pour ses propres besoins. Or, comme elles, le Tribunal arbitral avait jugé que ce logiciel était une black box ne permettant pas de calculer ces coûts additionnels d'une manière suffisamment fiable. Dès lors, les parties pouvaient s'attendre à ce qu'il rejetât la demande de Y.________ sur ce point, en application de la règle générale de droit anglais touchant le fardeau de la preuve. Au lieu de quoi, le Tribunal arbitral l'a quand même accueillie en s'appuyant sur deux décisions de la Public Utilities Authority of Israel (PUA) - l'autorité de supervision du marché de l'électricité israélien - relatives à l'approbation des tarifs appliqués par Y.________ pour la fourniture d'électricité aux consommateurs israéliens, décisions qui entérinaient le poste tarifaire représenté par les dépenses supplémentaires liées à l'acquisition du combustible de substitution. Pour les recourantes, ce raisonnement serait surprenant à plus d'un titre, à tel point que les parties n'auraient pas pu le prévoir ni, partant, formuler toutes objections utiles contre son adoption. D'abord, Y.________ n'avait pas plaidé que les décisions de la PUA étaient propres à établir son dommage. Ensuite, celles-ci ne permettaient pas d'identifier la part du préjudice découlant des interruptions de fourniture du gaz naturel provenant d'Egypte. Enfin, le Tribunal arbitral n'aurait pas hésité à les utiliser afin de pouvoir calculer les dommages-intérêts dus par elles à Y.________ pour l'année 2013, alors qu'elles concernaient les années 2011 et 2012 et que, pour l'année suivante, aucune des parties n'avait produit une décision de la PUA. Dans ces circonstances, concluent les recourantes, les parties ne pouvaient pas prévoir que le Tribunal arbitral tiendrait un raisonnement juridique aussi éloigné des thèses qu'elles avaient l'une et l'autre soutenues sur le point litigieux.