Citation: 4C.195/1999 24.07.2000 E. A

A.- Spécialisée dans la fabrication et le commerce de la bière, la société Brasserie Feldschlösschen S.A. (ciaprès: Feldschlösschen), à Rheinfelden, a signé, le 18 juin 1985, avec Vincent Scarfo, qui exploitait un établissement public à Payerne, un contrat portant sur la livraison de bière. Aux termes de cet accord, Vincent Scarfo s'engageait à ne débiter dans son établissement que des bières Feldschlösschen, la vente d'une bière étrangère à la pression et de bières étrangères en bouteilles étant cependant autorisée; Feldschlösschen s'obligeait de son côté à verser à Scarfo 20'000 fr., ainsi qu'à remplacer à ses frais les installations et accessoires publicitaires. Le 4 mai 1988, les parties ont conclu un contrat de livraison de bière et de prêt d'installations déclaré valable pour quinze ans dès la signature. Vincent Scarfo y a pris l'engagement de s'approvisionner exclusivement auprès de Feldschlösschen pour la totalité de ses besoins en bières de toutes sortes, avec et sans alcool; les installations du "secteur des bières" ne devaient être utilisées que pour des produits Feldschlösschen; Vincent Scarfo se déclarait libre de tout engagement qui serait en contradiction avec le contrat; tous avenants ou modifications éventuels dudit contrat ne seraient valables que s'ils étaient convenus par écrit. Le 10 mai 1988, les parties ont signé un contrat de prêt portant sur 10'000 fr. versés par Feldschlösschen à Vincent Scarfo le 2 juin 1988. Celui-ci a encore reçu de la brasserie une participation à fonds perdus de 10'000 fr. en 1992. Postérieurement au 4 mai 1988, Vincent Scarfo a persisté dans la vente de bières étrangères spéciales en bouteilles et à la pression; celle-ci (tolérée par Feldschlösschen) n'a jamais représenté plus de 7 à 10% de ses ventes de bière. Dans une lettre de 1994, Vincent Scarfo a déclaré débiter au total 270 hectolitres de bière par année. En automne 1994, Vincent Scarfo s'est trouvé dans une situation financière délicate, liée à la baisse de son chiffre d'affaires et à un surcroît de charges en raison de graves problèmes familiaux. Il a sollicité de Feldschlösschen un prêt de 40'000 fr., alors que cette entreprise ne lui proposait verbalement, puis par écrit, à ce titre, que la moitié de ce montant. Il a simultanément recherché - en ne faisant état que du premier contrat avec Feldschlösschen - la conclusion de conventions d'approvisionnement en bières avec des entreprises concurrentes. Par courrier recommandé du 16 novembre 1994, Feldschlösschen a attiré l'attention de Vincent Scarfo sur le fait que, le 4 mai 1988, il s'était lié pour une période de quinze ans et qu'elle n'accepterait en aucun cas une transgression de cet accord. Le 28 novembre 1994, Vincent Scarfo a signifié par lettre à Feldschlösschen qu'il envisageait de rompre le contrat et de s'adresser à une autre brasserie; le 18 janvier 1995, il a annoncé qu'il arrêterait de vendre la bière Feldschlösschen dès le 1er février 1995. De novembre 1994 à février 1995, Vincent Scarfo a débité de la bière à pression blonde de la Brasserie Hürlimann, sans pouvoir maintenir un contrat durable avec celleci, qui, après avoir été informée des obligations de Scarfo à l'endroit de Feldschlösschen, a interrompu ses livraisons en conseillant à Scarfo de s'y conformer. En avril 1995, Vincent Scarfo a sommé Feldschlösschen de lui faire une ristourne de 60'000 fr. sous peine de le voir cesser de vendre des bières produites par celle-ci. Par lettre du 12 mai 1995, la brasserie lui a signifié que le contrat signé le 4 mai 1988 l'obligeait jusqu'au 4 mai 2003 et qu'elle n'en accepterait aucune violation jusqu'à son terme. Elle lui a également rappelé son obligation d'approvisionnement exclusif auprès d'elle pour la totalité de ses besoins en bières de toutes sortes. Le 23 juin 1995, Vincent Scarfo a signé avec la société Distrom S.A. une convention de prêt et de livraison de bière. Il s'engageait à vendre dans son établissement la bière étrangère "Amstel" en fûts et en bouteilles et à mettre tout en oeuvre pour en obtenir une vente importante. Par lettre du 23 août 1995, Feldschlösschen a mis Vincent Scarfo en demeure d'exécuter le contrat du 4 mai 1988, soit de s'approvisionner en bières exclusivement auprès d'elle, par reprise immédiate de ses commandes, avec sommation de ne plus vendre aucune bière d'autres marques et de réinstaller l'enseigne extérieure portant la raison sociale de Feldschlösschen. Vincent Scarfo n'y a donné aucune suite, persistant à débiter de la bière Amstel et ne faisant pratiquement aucune commande à Feldschlösschen.