Citation: 4A_63/2024 E. B

B.a. Le 9 avril 2015, la locataire a saisi la commission de conciliation en matière de baux et loyers aux fins de contester la validité du congé. Par lettre du 23 avril 2015, le bailleur a, sur requête de la locataire, motivé la résiliation du bail en invoquant son souhait de procéder à un " changement d'affectation des surfaces " et son désir de les relouer " à un loyer égal à ceux du quartier ". Le 14 septembre 2015, les parties se sont rencontrées pour tenter de trouver une solution amiable. A l'issue de cette réunion, il a été convenu que le bailleur transmettrait à la locataire une proposition de bail prévoyant de nouvelles conditions financières. Le bailleur n'ayant rien entrepris, la locataire l'a relancé. Après une nouvelle séance tenue le 11 février 2016, elle a suggéré au bailleur de conclure un nouveau bail d'une durée de quinze ans avec une augmentation du loyer annuel à 80'000 fr., soit une hausse de près de 30 %. Le bailleur n'a donné aucune suite à cette proposition. Après l'échec de la procédure de conciliation, la locataire, en date du 26 octobre 2016, a saisi le Tribunal des baux et loyers genevois d'une demande visant notamment à obtenir l'annulation du congé. Subsidiairement, elle a sollicité l'octroi d'une prolongation de bail de six ans. A titre préalable, elle a requis qu'il soit ordonné au bailleur de produire les pièces permettant d'établir un calcul de rendement en vue de démontrer qu'un loyer plus élevé serait abusif. Dans sa réponse du 24 novembre 2017, le bailleur a conclu au déboutement de la demanderesse. Il a notamment exprimé le souhait que son fils, lequel avait vécu durant plus de seize ans dans l'immeuble concerné, puisse réintégrer celui-ci. Après diverses péripéties procédurales, l'autorité de première instance a tenu une audience le 29 septembre 2020 au cours de laquelle le conseil du bailleur a indiqué que le motif premier de la résiliation était le changement d'affectation des locaux, l'adaptation aux loyers du quartier revêtant un caractère subsidiaire. Le 18 décembre 2020, la locataire a persisté à solliciter la production des documents permettant de réaliser un calcul de rendement, celui-ci étant réalisable dans la mesure où l'immeuble concerné avait été acquis il y a moins de trente ans avant la résiliation. Le 25 février 2021, le bailleur a soutenu qu'un tel calcul n'était pas possible car il n'était plus en mesure de retrouver certains documents au vu de l'écoulement du temps, raison pour laquelle il convenait à son avis de se baser sur les loyers usuels du quartier. Il a également produit des courriers afin de démontrer qu'il s'était adressé à des tiers pour tenter d'obtenir, sans succès, des documents supplémentaires. L'intéressé a tout de même effectué un calcul de rendement avec les pièces en sa possession au terme duquel il arrivait à un loyer admissible de 91'178 fr. par année. Le 19 avril 2021, la locataire a contesté le calcul de rendement opéré par son adversaire et continué à exiger la production des documents manquants. Entendue en cours de procédure, D.________, collaboratrice du service des monuments et sites genevois, a indiqué que l'immeuble concerné était protégé par la réglementation cantonale. Le règlement spécial édicté protégeait la salle elle-même dont l'espace ne pouvait pas être réaménagé et les éléments du décor faisant partie de l'aménagement d'origine lesquels ne pouvaient pas être modifiés. La salle avait une valeur historique et l'office cantonal compétent ne pouvait qu'approuver le maintien d'une activité en adéquation avec l'aménagement d'origine. Si la réglementation applicable ne limitait pas l'affectation des locaux et ne s'opposait pas à ce que la salle devienne un lieu d'événements, cela dépendait toutefois du projet de réaménagement lequel serait examiné " de manière très serrée, vu la valeur historique du bâtiment ". Le 3 mars 2022, l'autorité de première instance a procédé à une inspection locale, en présence des parties. Par jugement du 12 septembre 2022, le Tribunal des baux et loyers genevois a annulé le congé litigieux. En bref, il a considéré que le motif lié à la modification de l'affectation des locaux remis à bail n'était qu'un prétexte, le congé étant en réalité motivé par des raisons économiques. Or, le bailleur n'avait pas fourni d'éléments établissant qu'il était en droit de majorer le loyer des locaux loués, étant donné qu'il n'avait pas produit les documents nécessaires afin d'établir un calcul de rendement malgré les injonctions du tribunal. Il n'avait par ailleurs pas produit cinq exemples de loyers comparatifs admissibles. B.b. Saisie d'un appel du bailleur, la Chambre des baux et loyers de la Cour de justice du canton de Genève, statuant par arrêt du 18 décembre 2023, l'a rejeté et a confirmé le jugement entrepris. Les motifs qui étayent cette décision seront examinés plus loin dans la mesure utile à la compréhension des griefs dont celle-ci est la cible.