Citation: U 222/99 16.02.2000 E. 3

3.- Pour l'essentiel, la recourante soutient que les conclusions de l'expertise du docteur H.________ ne peuvent être suivies, au motif que l'incapacité de travail dont elles font état n'est pas en relation avec des séquelles somatiques objectives résultant des accidents assurés. Elle nie par ailleurs que ceux-ci s'inscrivent dans un rapport de causalité adéquate avec les troubles psychiques présentés par l'intimé. a) En principe, le juge ne s'écarte pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judi- ciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 118 V 290 consid. 1b, 112 V 32 sv. et les références). En ce qui concerne, par ailleurs, la valeur probante d'un rapport médical, ce qui est déterminant c'est que les points litigieux importants aient fait l'objet d'une étude fouillée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées, qu'il ait été établi en pleine connaissance du dossier (anamnèse), que la description des interférences médicales soit claire et enfin que les conclusions de l'expert soient bien motivées (ATF 122 V 160 consid. 1c et les références). b) Selon l'expert H.________, les accidents des 7 avril et 23 août 1989 ont causé, pour le premier, des contusions sévères dans la région de l'épaule gauche et la nuque et, pour le second, une lacération du scalp (ayant nécessité des points de suture) et un impact sévère sur le crâne. Comme troubles qui peuvent être objectivés, l'expert constate, d'une part, que la musculature, la mobilité et la force de l'épaule gauche sont moins développées qu'à droite et que, d'autre part, la colonne cervicale présente une rotation moins bonne vers la gauche (45°) que vers la droite (70°). A ses yeux, ces troubles sont en relation causale avec les accidents assurés, car «tous les médecins consultés reconnaissent l'existence d'une part des accidents et, deuxièmement, des troubles que ces accidents ont causé, tout du moins dans leur phase initiale». En ce qui concerne la persistance des douleurs dont se plaint l'assuré, l'expert relève qu'une contusion importante du genre de celle que ce dernier a subi peut engendrer des troubles fonctionnels de la mobilité ainsi que des douleurs primaires, qui elles-mêmes peuvent se transformer en douleurs secondaires lorsque le traitement est jugé inadéquat par celui qui en bénéficie. Selon l'expert, ces douleurs secondaires sont alors susceptibles d'évoluer et de devenir indépendantes, ce qui peut expliquer les plaintes de l'assuré lors même qu'il n'y a pas d'atteinte majeure, notamment au niveau de l'électromyogramme (EMG). Au terme de son rapport, l'expert conclut que l'assuré jouit d'une capacité de travail théorique de 50 %, mais qu'on ne peut exiger de lui, pour l'heure, qu'il la mette à profit vu son état psychique causé la douleur secondaire. c) Les conclusions du docteur H.________ ne sont pas convaincantes. En effet, les seuls troubles que l'expert a pu objectiver (diminution de la mobilité et de la force de l'épaule gauche et de la motilité de la colonne cervicale en rotation vers la gauche), outre qu'ils présentent une composante subjective par le fait qu'ils dépendent de l'anamnèse, de la coopération et de l'effort fourni par l'assuré (cf. à ce sujet la détermination du docteur X.________ du 9 mars 1998), ne permettent pas de conclure à une incapacité de travail. Car si l'assuré n'a pas repris son travail, ce n'est pas tant à cause de limitations fonctionnelles qui l'auraient gêné dans ses mouvements et gestes - il a du reste continué à travailler pendant plus de deux ans après ses accidents - mais en raison de la persistance, voire de l'exacerbation, d'une symptomatologie douloureuse. Or, bien que l'expert concentre également la discussion et ses conclusions sur les douleurs de l'assuré, il n'est pas en mesure de démontrer l'origine somatique de celles-ci, un diagnostic étant même selon lui impossible à poser. On ne voit dès lors pas sur quoi il se fonde pour, d'une part, considérer que ces douleurs sont invalidantes et, d'autre part, les mettre en relation de causalité avec les accidents assurés. A cet égard, comme le fait pertinemment remarquer la recourante, le principe «post hoc, ergo propter hoc» que l'expert fait en réalité implicitement sien, n'est pas suffisant pour établir de tels faits (cf. ATF 119 V 341 sv. consid. 2b/bb; RAMA 1999 no U 341 p. 408 sv. consid. 3b).