Citation: 2A.579/2005 15.02.2006 E. 1

3.3.3 Reste à savoir si, compte tenu de l'écoulement du temps et de l'évolution du recourant, celui-ci s'est véritablement amendé au point qu'il n'existe pas de risque de récidive (ou seulement un risque négligeable). Si tel était le cas, l'intérêt public à l'éloignement de Suisse du recourant devrait le céder face à l'intérêt privé de l'intéressé et de sa famille à y vivre ensemble. Il apparaît que l'autorité intimée n'a pas instruit suffisamment la cause pour pouvoir se prononcer valablement sur ce point. En l'espèce, une instruction plus poussée s'imposait d'autant plus que, dans le cadre de son recours au Tribunal administratif, l'intéressé avait requis la fixation d'une audience pour permettre en particulier l'audition de sept témoins, car il désirait ainsi prouver que son intérêt, privé, devait l'emporter dans la pesée des intérêts en présence. Il incombait à l'autorité intimée d'établir si, indépendamment de l'infraction susmentionnée en matière de police des étrangers, le comportement du recourant était devenu irréprochable, si ses liens familiaux en Suisse étaient spécialement intenses et si son intégration dans ce pays était particulièrement réussie, éléments pouvant tous contribuer à ce que le risque de récidive apparaisse négligeable. En effet, le Tribunal administratif ne pouvait pas déterminer ce risque de récidive en se fondant uniquement sur la gravité - au demeurant pas extrême - des actes ayant entraîné la condamnation précitée du 20 décembre 2001. Compte tenu de l'évolution du recourant depuis la commission de ces actes, il devait aussi prendre en considération que, face à l'intérêt public, il y avait l'intérêt privé important non seulement du recourant, mais encore de sa femme et de leur fille, d'autant qu'il leur serait sinon impossible, du moins extrêmement difficile, de suivre leur mari et père en Albanie. Par conséquent, le Tribunal administratif n'a pas procédé à une instruction assez poussée pour pouvoir effectuer une pesée suffisante des intérêts (condamnation pour des faits d'une gravité certaine, remontant toutefois à plus de six ans, par rapport à une évolution positive et à des intérêts privés importants). Par là même, il a en l'espèce violé le droit d'être entendu du recourant, dans une situation dont la particularité tenait également à la relative ancienneté des faits pénalement punissables.