Citation: 1P.625/2005 18.10.2005 E. 3

La recourante reproche à l'autorité attaquée d'avoir fait preuve d'arbitraire en considérant que la décision de libération provisoire rendue par le Juge d'instruction était insoutenable. Elle allègue en outre que le risque de récidive est inexistant. Au vu de la gravité de l'atteinte à la liberté personnelle que constitue la détention préventive ce dernier grief sera examiné librement par le Tribunal fédéral, sous réserve toutefois de la constatation des faits et de l'appréciation des preuves, revues sous l'angle de l'arbitraire (ATF 123 I 268 consid. 2d p. 271). 3.1 Dans le canton du Valais, la libération provisoire est régie par l'art. 75 du Code de procédure pénale du 22 février 1962 (CPP/VS; RS 312.0). Aux termes du chiffre premier de cette disposition, le prévenu arrêté doit être mis en liberté dès que le maintien de la détention n'est plus nécessaire pour l'instruction ou justifié par les circonstances. Selon l'art. 72 CPP/VS, la détention préventive peut être ordonnée lorsque le prévenu est fortement soupçonné d'un crime ou d'un délit et que, compte tenu des circonstances, il est sérieusement à craindre qu'il ne se dérobe à la procédure ou à la sanction attendue en prenant la fuite (let. a), qu'il ne compromette la procédure en influençant des personnes, en brouillant des pistes ou en perturbant des preuves (let. b) ou qu'il ne commette de nouvelles infractions graves (let. c). Selon la jurisprudence, le maintien en détention se justifie s'il y a lieu de présumer, avec une certaine vraisemblance, qu'il existe un danger de récidive. Il convient de faire preuve de retenue dans l'appréciation d'un tel risque: le maintien en détention ne peut se justifier pour ce motif que si le pronostic est très défavorable et que les délits dont l'autorité redoute la réitération sont graves (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62, 361 consid. 5 p. 367; 124 I 208 consid. 5 p. 213; 123 I 268 consid. 2c p. 270 et les arrêts cités). La jurisprudence se montre toutefois moins stricte dans l'exigence de vraisemblance lorsqu'il s'agit de délits de violence graves ou de délits sexuels, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est alors considéré comme trop important (ATF 123 I 268 consid. 2e p. 271). 3.2 En l'espèce, la recourante a mis en danger la vie de B.________ en tirant sur lui au moyen d'une arme à feu; elle a donc commis une infraction qui peut manifestement être qualifiée d'objectivement grave. Elle a en outre préparé cet acte particulièrement violent pendant plusieurs mois: elle a fait publier une annonce sur internet afin de se procurer l'arme, s'est rendue à Lausanne pour l'acheter, l'a chargée quelques jours plus tard, l'a dissimulée en attendant l'occasion d'en faire usage contre son époux et a attiré ce dernier à la maison par l'intermédiaire de son fils. La recourante a tiré sur son mari par surprise, au cours d'une brève discussion qui n'était pas particulièrement conflictuelle. A ce stade de l'instruction, les raisons qui l'ont poussée à commettre cet acte ne sont pas clairement établies, l'intéressée expliquant seulement qu'elle attachait beaucoup d'importance à la famille et que, bien qu'ayant vécu des années difficiles avec son époux, elle l'aimait toujours et voulait le "secouer" pour qu'il revienne vivre avec elle et leur enfant. Sur le vu de ces éléments, c'est en tout cas sans arbitraire que le Tribunal cantonal a qualifié le comportement de la recourante de "dérive psychologique". A cet égard, comme le relève l'autorité attaquée, les accusations de B.________ - qu'il conviendra de vérifier - selon lesquelles la recourante aurait tenté de l'empoisonner et aurait envoyé à sa maîtresse une lettre contenant des menaces de mort, sont de nature à renforcer l'existence d'une telle dérive. En outre, ainsi que l'indique justement la décision querellée, la recourante ne semble pas avoir fait le deuil de son mariage, dans la mesure où elle a déclaré, après son arrestation, qu'elle aimait toujours très fort son mari et qu'elle souhaitait le voir revenir à la maison. De plus, bien que l'intéressée ait dit à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas l'intention de tuer son époux mais qu'elle voulait seulement l'effrayer, il n'apparaît pas qu'elle regrette particulièrement son acte ni qu'elle ait véritablement pris conscience de la gravité de son geste, le qualifiant seulement d'"idée bête". Enfin, les déclarations écrites à la demande de la recourante par son employeur et par son médecin-traitant ne sont pas pertinentes s'agissant de l'appréciation du risque de réitération. Dans ces circonstances, on ne peut nier l'existence d'un risque sérieux que la recourante mette à nouveau la vie de son époux ou d'un tiers en danger, que ce soit pour le "secouer" ou pour une autre raison. S'il est vrai qu'un tel risque est particulièrement difficile à évaluer, il convient de se montrer prudent en l'espèce: compte tenu de la gravité de l'infraction commise par la recourante, la vraisemblance du danger de récidive doit être considérée comme suffisante pour justifier son maintien en détention. Pour le surplus, l'expertise psychiatrique qui a été ordonnée permettra probablement de mieux comprendre le geste de la recourante et d'apprécier plus précisément le risque de récidive. C'est donc à bon droit que le Tribunal cantonal a considéré que le maintien en détention de la recourante était justifié par les circonstances et que, par conséquent, les conditions de la libération provisoire au sens de l'art. 75 CPP/VS n'étaient pas remplies.