Citation: 6P.18/2007 20.03.2007 E. B

Cet arrêt retient, en résumé, ce qui suit: B.a Le 5 juillet 2005, vers 17 heures 30, A.Y.________ a demandé par téléphone l'intervention urgente de la police au domicile de ses parents, expliquant qu'elle s'était enfermée dans la villa à la suite d'une agression, qu'elle qualifiait de tentative de viol, par un employé d'une société chargée de l'entretien de la piscine. B.b Selon les déclarations faites au juge d'instruction par la gendarme dépêchée sur place, elle avait trouvé la victime tremblante, visiblement choquée et agitée tant dans son attitude que dans son verbiage. Elle n'avait en revanche rien constaté qui puisse donner à penser que celle-ci était sous l'effet de l'alcool ou d'autres produits. La victime lui avait montré les lieux et l'avait conduite au bord de la piscine. En substance, elle avait expliqué que l'employé chargé de l'entretien de la piscine l'avait giclée alors qu'ils se trouvaient au bord de celle-ci. N'ayant pas trouvé cela drôle, elle avait voulu s'éloigner, mais il l'avait touchée aux seins. Il l'avait ensuite prise par les hanches, plaquée contre le mur de la maison et "pelotée" sur tout le corps, lui disant "je sais que toi aussi tu en as envie", à quoi elle avait répondu qu'elle était fiancée et que cela ne l'intéressait pas. Elle avait pu se dégager et se réfugier dans la maison. L'employé était resté devant la porte, frappant et sonnant à réitérées reprises pendant une dizaine de minutes, avant de s'en aller. La gendarme a précisé qu'étant occupée au téléphone avec ses collègues pour connaître la suite des opérations, elle n'avait pas demandé de détails. B.c Le lendemain, comme convenu, A.Y.________ a déposé plainte pénale. Elle a expliqué que, la veille, elle se trouvait au domicile de ses parents, qui étaient en vacances. Vers 15 heures, deux employés de la société chargée de la maintenance de la piscine étaient venus et s'étaient affairés autour de celle-ci, avant que l'un ne parte en lui indiquant que l'autre terminerait le nettoyage. Elle avait quitté les lieux pendant une quinzaine de minutes pour faire une course. A son retour, elle avait reçu un appel téléphonique de son père, qui lui avait demandé de se renseigner au sujet du changement du filtre. A cette fin, elle avait rejoint l'employé au bord de la piscine. Il lui avait expliqué comment procéder, puis lui avait signalé que la piscine manquait d'eau, ce pourquoi elle était allée chercher un tuyau d'arrosage. Alors qu'ils étaient tous deux agenouillés au bord de la piscine, il lui avait montré une marque indiquant le niveau d'eau idéal et, à ce moment, l'avait giclée, ce qu'elle n'avait pas trouvé drôle. Elle s'était levée. Il avait fait de même, puis l'avait immédiatement saisie au sein gauche avec la main droite. Elle lui avait demandé ce qu'il faisait et il avait répondu "mais rien". Elle s'était alors dirigée vers la maison pour ouvrir le robinet d'arrosage, mais il l'avait suivie et saisie aux deux seins par derrière. Elle s'était retournée et, haussant la voix, lui avait dit qu'il n'avait pas à la toucher et qu'elle était fiancée. Elle était allée jusqu'au robinet, qu'elle avait ouvert, mais il l'avait suivie et saisie par le bras. Elle avait réussi à se dégager. Il l'avait toutefois rattrapée et plaquée contre le mur, lui avait touché les seins et les fesses, puis avait tenté de lui caresser le sexe. Elle s'était débattue et était parvenue à se réfugier à l'intérieur de la maison, où elle s'était enfermée. II avait sonné pendant une quinzaine de minutes. Elle n'avait pu bouger qu'après qu'il avait cessé et avait alors appelé son père, puis la police. B.d Les investigations menées ont rapidement révélé que l'employé était X.________, qu'il ne bénéficiait pas d'une autorisation de séjour et n'était pas officiellement employé, mais travaillait souvent sur appel. X.________ a confirmé s'être rendu au domicile des parents de A.Y.________ avec le chef technicien, qui lui avait montré comment faire, puis était parti. Peu après, A.Y.________ était sortie de la maison avec un téléphone à la main et lui avait dit que son père souhaitait qu'elle se fasse expliquer le fonctionnement de la pompe de la piscine. Alors qu'il était agenouillé près de la pompe, elle s'était appuyée contre lui et avait posé sa main sur son épaule. Elle s'était éloignée après qu'il lui avait montré le fonctionnement. Un peu plus tard, elle lui avait apporté une bouteille d'eau et s'était à nouveau éloignée. Une fois le nettoyage terminé, il l'avait appelée pour lui dire qu'il devait remplir la piscine. Elle avait alors pris le tuyau d'arrosage et l'avait mis dans la piscine. Questionné au sujet du niveau d'eau, il lui avait montré une marque dans la piscine. A cette fin, ils s'étaient tous deux agenouillés au bord de celle-ci. A ce moment, A.Y.________ s'était frottée contre lui avec son épaule et avait posé sa main sur sa jambe pour se tenir. X.________ a précisé que, dès le début, il avait trouvé que la jeune femme était "bizarre, comme si elle avait bu de l'alcool". Il a ajouté qu'il était entré dans son jeu, avait pris un peu d'eau et l'avait versée sur l'épaule de la jeune femme. Elle s'était relevée, lui disant "non", mais sans se fâcher, et il s'était excusé. Alors qu'ils s'approchaient de la maison pour ouvrir le robinet, il lui avait proposé de plonger dans la piscine, ce qu'elle avait refusé, toujours sans se fâcher et semblant jouer. Il lui avait proposé un massage, en montant ses deux mains à hauteur des seins de la jeune femme, mais sans la toucher. Elle lui avait demandé de ne pas lui toucher les seins et avait accepté. Avant de partir, il l'avait encore touchée au bras et elle lui avait répondu "non merci, je ne m'ennuie pas toute seule", avant de rentrer dans la maison, pendant qu'il se dirigeait vers le portail. Il était toutefois revenu surs ses pas, s'étant souvenu qu'il devait lui demander de le fermer. Il avait donc sonné deux fois brièvement et, n'ayant pas reçu de réponse, était reparti au bout d'une ou deux minutes. X.________ a dit avoir été extrêmement surpris lorsque son employeur l'avait contacté en lui demandant ce qui s'était passé avec la jeune femme. Il a contesté tout geste inapproprié. Il a maintenu ses déclarations tout au long de la procédure. B.e L'employeur de X.________, A.C.________, a confirmé à la police que celui-ci lui avait dit qu'il n'y avait eu qu'un jeu de séduction entre lui et la jeune femme et que cette dernière n'était pas dans un état normal. Lorsqu'il lui avait téléphoné pour lui dire que l'un de ses employés avait molesté sa fille, B.Y.________ lui avait d'ailleurs précisé qu'elle venait de sortir de l'hôpital. Il connaissait de vue la fille de son client, pour l'avoir croisée à maintes reprises au domicile de ses parents. Il lui avait semblé qu'elle n'allait pas bien, qu'elle se trouvait peut-être sous l'effet de stupéfiants. Lorsqu'il s'était rendu sur place après les faits, il avait trouvé qu'elle avait beaucoup changé. Elle fumait beaucoup, avait l'air fatiguée et avait de la peine à rester debout. Elle se comportait un peu comme quelqu'un qui avait trop bu ou était sous l'inflence de "quelque chose". Elle parlait en sautant du coq à l'âne et ses interlocuteurs avaient un peu de peine à suivre ses propos. B.f B.C.________, le chef technicien qui avait accompagné X.________ sur place, a aussi déclaré que A.Y.________ n'était pas comme d'habitude, qu'elle avait un comportement étrange, comme si elle avait bu de l'alcool. Selon lui, il arrivait de temps en temps que des clientes fassent des avances. D'ailleurs, le patron avait averti oralement les employés qu'ils devaient rester professionnels et ne jamais faire d'avances ou en accepter, sous peine d'être renvoyés. B.g Devant le Tribunal de police, A.Y.________ a, pour l'essentiel, maintenu ses déclarations à la police et au juge d'instruction. Sur quelques points, son récit a toutefois varié. Ainsi, elle a déclaré que X.________ l'avait arrosée et touchée au sein gauche avant qu'elle ne se lève, alors que, selon ses déclarations à la police, il l'avait fait après qu'elle se fût levée. De même, elle a déclaré être partie en courant vers la maison aussitôt après ce premier geste et avoir alors été rattrapée, plaquée contre le mur et touchée aux seins, alors qu'à la police, elle avait dit avoir été touchée aux seins lorsque X.________ avait surgi derrière elle pendant qu'elle se dirigeait vers le robinet. Elle a en outre déclaré que X.________ frappait à la porte pendant qu'elle téléphonait à la police, alors que précédemment elle avait dit n'avoir téléphoné qu'après qu'il avait quitté les lieux. A.Y.________ a par ailleurs précisé que, le jour des faits, elle avait pris des antidépresseurs, prescrits par son médecin, à l'exclusion de toute autre substance. B.h B.Y.________ a expliqué que, depuis quelques mois, sa fille était boulimique, ce qui l'avait inquiété. Hormis cela, elle allait bien. Elle était fiancée et heureuse dans sa relation. Elle avait un emploi, mais se trouvait en arrêt maladie. Plus généralement, elle ne lui avait jamais causé de soucis, notamment quant à une quelconque consommation d'alcool. B.i A.Y.________, qui a dit avoir été fortement choquée par les faits, a produit un certificat médical du 21 juillet 2005, attestant que, suite aux événements, elle présentait un syndrome post-traumatique. Elle a indiqué être passée au cabinet de son médecin le lendemain pour prendre des médicaments. B.j Sur la base d'une appréciation des preuves, la Chambre pénale a acquis la conviction que les faits s'étaient déroulés de la façon décrite par A.Y.________. En substance, elle a observé que, malgré quelques variations, qui étaient compréhensibles, les déclarations de la victime étaient dans leur ensemble cohérentes et détaillées. L'état de choc qu'elle alléguait était au demeurant confirmé par les déclarations de la gendarme, qui n'avait par ailleurs constaté aucun signe d'alcoolisation, ainsi que par le certificat médical produit. Face à ces éléments, les déclarations des témoins à décharge n'étaient en revanche pas convaincantes, notamment parce qu'elles étaient contredites par les constatations et déclarations de la gendarme.