Citation: 7B_622/2024 E. A

A.a. J.________ (ci-après : le "settlor") a placé l'essentiel de sa fortune, évaluée à plus de USD 500 millions, dans une structure composée de diverses entités. En particulier, en mai 2013, il a constitué un trust irrévocable, K.________ Trust (ci-après : le Trust), lequel a été incorporé à l'étranger (R.________). Dans ce contexte, il a transféré aux "trustees" la propriété de nombre de ses biens pour qu'ils les gèrent de façon discrétionnaire en faveur des membres de sa famille; les bénéficiaires étaient notamment A.________, B.________, C.________, D.________ et E.________ (ci-après : A.________ et consorts). La fonction de "trustee" était exercée conjointement par trois sociétés - également sises à R.________ -, administrées respectivement par G.________, H.________ et I.________. K.________ Trust est l'actionnaire unique de F.M.________ Ltd, laquelle possède la société F.N.________ Company. Ces deux dernières entités - localisées à l'étranger (V.________) et administrées par d'autres personnes que les "trustees" précités - détiennent les comptes bancaires nos xxx et yyy auprès de la banque L.________ SA, en Suisse. A.b. Depuis le décès de J.________, survenu en 2015, les "trustees" du Trust et certains des bénéficiaires de cette entité sont en conflit. En substance, les bénéficiaires reprochent aux "trustees" de ne pas respecter la volonté du "settlor", laquelle serait que sa fortune leur soit distribuée; cette attitude les priverait indûment de leurs droits. Quant aux "trustees", ils soutiennent que l'intention du défunt serait au contraire de soustraire le contrôle de ladite fortune à certains des membres de la famille pour éviter que ces derniers se l'accaparent au détriment des autres ayants droit vu la mésentente existant entre les différents intéressés. A.b.a. En raison de ce litige, les "trustees" et certains bénéficiaires se sont opposés et s'opposent encore dans de nombreuses procédures civiles et pénales, tant en Suisse qu'à l'étranger. En particulier, certains des bénéficiaires, dont B.________, ont déposé, en septembre 2017 à V.________, une demande visant notamment les "trustees". Ils y contestaient le droit des "trustees" de détenir, pour le compte du Trust, l'unique part sociale de F.M.________ Ltd, au motif que ce droit leur conférerait de facto la mainmise sur la quasi-totalité des actifs du Trust. Les "trustees", défendeurs, ont conclu au rejet de cette demande. Des mesures provisoires, applicables durant la procédure, ont été ordonnées : il a ainsi été fait interdiction aux "trustees", dès octobre 2017, de disposer de ladite part sociale; deux administrateurs judiciaires ont été désignés en avril 2018 pour veiller aux intérêts et assurer la gestion indépendante de F.M.________ Ltd et de sa filiale, F.N.________ Company. Par jugement du 9 juin 2023, la plus haute instance de V.________ a définitivement rejeté l'action intentée par les bénéficiaires et a levé les mesures provisoire s. A.b.b. En parallèle, les 11 juin 2018 et 26 mars 2021, les "trustees" ont conclu, en leurs noms personnels, deux accords avec un bailleur de fonds afin de financer l'ensemble des procédures les opposant aux bénéficiaires. Le premier ("Litigation Financing Agreement") accordait aux intéressés une ligne de crédit de USD 27 millions pour leurs frais de procédure ("Claimant Costs") et de conseil ("Advisory Costs"). Quant au second ("Deed of Variation"), il augmentait cette ligne de crédit de USD 10 millions. Ces accords stipulaient que les sommes à rembourser au bailleur de fonds pourraient, dans certaines circonstances, s'élever à 1.8, 2 ou 2.5 fois les montants empruntés. Le second accord ("Deed of Variation") prévoyait en outre que les "trustees" s'engageaient à accorder au prêteur un ou plusieurs droits de gage sur les actifs de F.M.________ Ltd et de F.N.________ Company en garantie de la ligne de crédit; cet engagement était soumis à la condition que les mesures provisoires ordonnées par les juridictions de V.________ soient levées avant la fin du litige devant ces juridictions. A.c. A.c.a. Le 26 mai 2023, A.________ et consorts ont déposé plainte pénale à Genève contre les "trustees" du Trust - représentés par G.________, H.________ et I.________ - pour gestion déloyale (art. 158 CP). Ils se sont constitués parties plaignantes, dès lors que les "trustees", en tant que propriétaires du patrimoine du Trust, ne pouvaient pas être à la fois les lésés et les auteurs de l'infraction dénoncée, ce qui justifiait que les intérêts du Trust puissent être défendus par ses bénéficiaires. Il ressort de cette plainte que les mis en cause, ayant choisi de livrer une "guerre judiciaire" contre les bénéficiaires, dilapideraient indûment la fortune du "settlor" plutôt que de la leur remettre; pour financer cette "guerre", ils auraient conclu deux accords ("Litigation Financing Agreement" et "Deed of Variation") à des conditions usuraires; la dette contractée par les "trustees" s'élèverait - selon les renseignements obtenus - à USD 118 millions, somme que les précités entendraient rembourser au moyen des valeurs déposées sur les comptes bancaires nos xxx et yyy de F.M.________ Ltd et de F.N.________ Company; les mis en cause se seraient en outre engagés à nantir ces fonds au profit du bailleur de fond. Selon les parties plaignantes, de tels actes mettraient manifestement en danger le patrimoine du Trust, de sorte qu'ils porteraient atteinte aux intérêts aussi bien de cette entité que de ses bénéficiaires. Les parties plaignantes venaient également d'apprendre que les juridictions de V.________ s'apprêteraient à lever les mesures provisoires ordonnées en faveur de F.M.________ Ltd et de F.N.________ Company; les mis en cause récupéreraient donc bientôt la libre disposition des fonds de ces sociétés, avoirs qu'ils affecteraient au paiement du montant précité. Il convenait donc, selon les parties plaignantes, d'ordonner le séquestre des deux comptes bancaires précités afin d'éviter que la mise en danger évoquée se concrétise. A.c.b. Le 31 mai 2023, le Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après : le Ministère public) a ouvert une instruction pénale contre G.________, H.________ et I.________ pour gestion déloyale. Il a également ordonné le séquestre des relations bancaires ouvertes par F.M.________ Ltd et F.N.________ Company auprès de L.________ SA. A.c.c. Par lettres des 14 juillet et 23 octobre 2023, F.M.________ Ltd et F.N.________ Company ont demandé la levée de ces séquestres, estimant que les conditions matérielles d'une future confiscation ou créance compensatrice n'étaient pas réalisées ou susceptibles de le devenir : les valeurs saisies leur appartenaient et les bénéficiaires du Trust ne jouissaient d'aucune prérogative (directe) sur celles-ci; les valeurs étaient d'origine licite, provenant de la fortune du "settlor"; ces fonds n'étaient pas non plus impliqués dans la conclusion des accords "Litigation Financing Agreement" et "Deed of Variation" ou dans les faits reprochés aux prévenus; entre avril 2018 et juin 2023, les actifs saisis avaient été gérés par des administrateurs judiciaires indépendants, de sorte qu'ils n'avaient pas pu faire l'objet d'une utilisation illicite; quant aux conditions de l'art. 158 CP, elles n'étaient pas réunies puisque les mis en cause n'avaient pas eu d'autre choix, au vu des mesures provisoires ordonnées par les juridictions de V.________, que de faire appel à un bailleur de fonds pour financer leur défense devant ces juridictions et semblaient avoir négocié l'obtention du financement litigieux aux meilleures conditions possibles. A.c.d. À la suite du courrier du 14 juillet 2023 susmentionné, A.________ et consorts se sont opposés à la levée des séquestres. Ils ont relevé que, si les fonds n'étaient pas d'origine illicite, leur gestion par les "trustees" l'était et il importait dès lors peu que F.M.________ Ltd et F.N.________ Company - de facto gérées et instrumentalisées par les mis en cause - ne soient pas impliquées dans les faits dénoncés, leurs actifs étant l'objet d'une infraction "en cours" de commission. Selon les parties plaignantes, les prévenus auraient violé l'art. 158 CP en contractant une dette personnelle - critiquable tant dans son principe que dans sa quotité - qu'ils entendaient faire supporter au Trust; elles pourraient en conséquence prétendre, à la fin de la procédure, à se voir restituer les fonds séquestrés en rétablissement de leurs droits. A.________ et consorts n'ont pas déposé d'autres déterminations à la suite du courrier du 23 octobre 2023 de F.M.________ Ltd et de F.N.________ Company. A.c.e. Par ordonnance du 7 novembre 2023, le Ministère public a levé les séquestres portant sur les comptes nos xxx et yyy ouverts au nom respectivement de F.M.________ Ltd et de F.N.________ Company auprès de la banque L.________ SA, en Suisse. Il a considéré qu'il n'existait pas de lien de connexité entre les valeurs saisies et les faits imputés aux prévenus, à défaut pour ces avoirs d'être le produit d'une infraction, respectivement d'avoir servi - ou de devoir servir de manière imminente - à en commettre une.