Citation: I 53/03 19.08.2003 E. 6

6.1 Il est vrai que le rapport de la doctoresse D.________, rendu à l'issue de sa consultation psychiatrique du 9 novembre 2000, n'aborde pas l'ensemble des critères permettant de fonder un diagnostic favorable ou défavorable dans le cas d'un trouble somatoforme douloureux. Ainsi, le rapport ne fait-il pas mention des ressources psychiques permettant à l'assuré de faire face aux douleurs ou de conserver une capacité à exercer une activité sur le marché du travail nonobstant les douleurs (à cet égard, voir le consid. 4.2 de l'arrêt S. du 26 juin 2003, I 671/02). Les premiers juges ont cependant oublié que l'intimé avait fait l'objet d'une expertise pluridisciplinaire. Dans ce cadre, il importe de s'attacher à la discussion globale menée par le collège des experts, plutôt qu'aux rapports forcément sectoriels et limités des différents spécialistes consultés en cours d'expertise. Ainsi, la problématique des ressources psychiques de l'intimé, ainsi que les autres critères propres à fonder une incapacité de travail invalidante, ont été abordés, discutés et tranchés par le collège des experts, auquel la doctoresse D.________ appartenait, lors de la discussion du 20 décembre 2000 (voir les pp. 15 à 17 du rapport du 25 avril 2001). A cette occasion, les experts ont constaté que l'assuré ne s'était plus senti en mesure de poursuivre son métier de maçon et qu'il demeurait passif, au point de rester souvent assis et couché sur son canapé. Les experts ont relevé que l'assuré conservait néanmoins un rythme de vie, vaquait à certaines activités et ne semblait pas vivre dans un état de régression extrême, ni nécessiter de suivi médical très rapproché. En outre, sa trajectoire professionnelle montrait qu'il avait toujours été en mesure de trouver par lui-même des emplois adaptés, raison pour laquelle une aide au placement devrait lui être proposée. En conclusion, si le manque de formation et de confiance de l'intimé constituaient des facteurs négatifs à une reprise du travail, les experts ont fait état d'éléments autorisant un bon pronostic, tels que sa régularité au travail, son adaptabilité et sa capacité reconnue à surveiller des travaux de nettoyage, à quoi s'ajoute un bon soutien familial et social. Il s'ensuit que le complément d'instruction d'ordre psychiatrique ordonné par les premiers juges est superflu. 6.2 En l'espèce, les experts ont posé les diagnostics de syndrome douloureux somatoforme persistant et d'épisode dépressif de degré léger à moyen. A l'examen des rapports de consultations spécialisées, il ressort que le premier de ces diagnostics a été posé par exclusion, dès lors que les cervico-lombalgies chroniques n'avaient pas d'origine organique significative (pp. 12 et 13 du rapport du 25 avril 2001). Plusieurs critères, dont le cumul permettrait d'apprécier le caractère invalidant des troubles somatoformes, conformément à la jurisprudence, font en l'occurrence défaut. Ainsi, le second diagnostic retenu par les experts est constitué par un épisode dépressif de degré léger à moyen, soit un état passager ne présentant pas le caractère d'une comorbidité ou d'une atteinte psychiatrique grave. En outre, la structure de personnalité de l'intimé ne présente pas de traits prémorbides. Quant à l'anamnèse psychosociale, elle ne fait pas état d'une perte d'intégration et la situation conjugale paraît favorable. Le critère de la chronicité et de la durée des douleurs, qui serait susceptible de fonder un pronostic défavorable à propos de l'exigibilité d'une reprise de l'activité professionnelle, apparaît certes réalisé; toutefois, il n'est à lui seul pas suffisant au regard de la jurisprudence pour justifier du caractère invalidant d'une incapacité de travail en raison d'un trouble somatoforme douloureux. A cet égard, les experts ne donnent aucune explication convaincante, sur la base de laquelle il faudrait inférer que la capacité de travail de l'intimé ne serait pas entière dans une activité adaptée, malgré ses douleurs, mais seulement de 40 à 50 %. A cela, il convient d'ajouter que le collège des experts, de même que la doctoresse D.________, ont tenu compte de critères qui ne sont pas déterminants pour apprécier le caractère invalidant de troubles somatoformes, à l'instar du début précoce de l'activité lucrative de l'intimé et du départ de son père à l'étranger lorsqu'il était enfant. En effet, à défaut d'une maladie psychique grave dûment établie (notamment un trouble dépressif grave), de tels facteurs ne sont pas en soi invalidants (cf. VSI 2000 p. 161 consid. 4b). En bref, les critères déterminants consacrés par la jurisprudence en cette matière (cf. VSI 2000 p. 154) ne se manifestent pas chez l'assuré avec un minimum de constance et d'intensité, de sorte que l'office recourant était fondé à s'écarter du taux d'incapacité de travail auquel étaient parvenus les experts (voir le consid. 3.2 de l'arrêt D. du 20 septembre 2002, I 759/01, cité par l'office AI, ainsi que le consid. 5 de l'arrêt V. du 18 octobre 2002, I 141/02). 6.3 C'est donc à juste titre que le recourant a admis que l'intimé serait à même de reprendre une activité lui permettant de réaliser un revenu n'ouvrant pas droit à des prestations de l'assurance-invalidité. Le recours est bien fondé. Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances prononce: