Citation: 6B_396/2022 E. 6.8

6.8. En tout état de cause - et contrairement à ce que semble penser le recourant -, l'intérêt public à l'expulsion du recourant l'emporte sur son intérêt privé à demeurer en Suisse. En ce qui concerne l'intérêt privé du recourant à demeurer en Suisse, la cour cantonale a constaté, à juste titre, qu'il pouvait être relativisé. Le recourant avait séjourné en Suisse environ seize ans. Il était inséré dans la vie économique, jusqu'à ce qu'il soit victime d'un accident professionnel. Il avait conservé de très importants liens avec son pays d'origine, dans lequel il retournait régulièrement. Il était perçu comme un véritable bienfaiteur dans son village natal où l'association dont il était l'un des fondateurs gère notamment un centre de santé comprenant un dispensaire, une maternité et un dépôt pharmaceutique. Rien ne permettait donc de penser que sa réinsertion professionnelle et sociale au Burkina Faso serait difficile. Il y avait d'ailleurs passé la majeure partie de sa vie, y avait travaillé et y avait encore de la famille proche, en particulier un fils adoptif. Il faisait officiellement ménage commun avec sa compagne actuelle, depuis la naissance de leur fils commun, en 2020. Compte tenu de l'âge de cet enfant et de l'intérêt qu'éprouvait sa compagne pour les projets qu'il entendait encore mener à bien au Burkina Faso, leur intégration dans ce pays n'apparaissait pas d'emblée problématique. Sa compagne pouvait s'attendre à devoir vivre sa vie de couple ou de famille à l'étranger puisqu'elle avait commencé à fréquenter le recourant en juillet 2017 et qu'à ses dires, ils se confiaient tout. En tous les cas, lorsqu'elle avait fondé une famille, elle avait connaissance des faits reprochés à l'intéressé et n'ignorait donc pas qu'il était menacé d'expulsion. Quant à sa fille E.A.________, sur laquelle le recourant bénéficiait d'un droit de visite, des contacts pourront, le cas échéant, être maintenus par l'intermédiaire des moyens de communication modernes ainsi que par d'éventuels séjours dans le pays d'origine du recourant, ce qui était d'autant plus envisageable que la mère de l'intéressée s'était d'ores et déjà rendue dans ce pays à plusieurs reprises par le passé. S'agissant de l'intérêt public présidant à l'expulsion du recourant, il y a lieu d'admettre, comme l'a retenu la cour cantonale, qu'il s'avère très important, compte tenu de la nature et de la gravité des infractions commises. En droit des étrangers, l'autorité compétente peut révoquer une autorisation d'établissement, notamment dans le cas où l'étranger a été condamné à une "peine privative de liberté de longue durée" (cf. art. 62 al. 1 let. b LEI), c'est-à-dire toute peine privative de liberté supérieure à un an (cf. ATF 139 I 145 consid. 2.1). Le recourant, qui a été condamné à une peine privative de liberté de 5 ans, pourrait donc voir son autorisation d'établissement révoquée dans les mêmes circonstances en vertu de la LEI. Le recourant ne saurait être suivi lorsqu'il affirme qu'il ne représenterait pas un danger pour l'ordre public et juridique suisse faute d'antécédents et de casier judiciaire tant dans son pays d'origine qu'en Suisse. A cet égard, il faut souligner que le recourant a persisté à nier l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés, démontrant un défaut de prise de conscience. Ainsi, c'est à juste titre que la cour cantonale a retenu que s'agissant d'une personne arrivée à l'âge adulte en Suisse, qui avait été condamnée à une peine relativement lourde, notamment pour des infractions contre l'intégrité sexuelle commises au détriment de sa propre fille, l'intérêt public à l'expulsion l'emportait sur l'intérêt privé du recourant à demeurer en Suisse, ce d'autant plus que ce dernier pouvait être relativisé. La seconde condition de l'art. 66a al. 2 CP n'étant pas réalisée, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral ou international, en ordonnant l'expulsion du recourant.