Citation: U 144/05 27.12.2005 E. 6

Au regard du déroulement et des blessures qu'il a provoquées, l'accident survenu le 23 janvier 1996 n'appartient ni à la catégorie des accidents insignifiants ou de peu de gravité, ni à celle des accidents graves, mais doit être considéré comme un accident de gravité moyenne. Cela étant, et dans la mesure où le recourant n'a pas été victime d'un accident de type « coup du lapin », le caractère adéquat du lien de causalité entre les affections psychiques présentées et l'accident en cause doit être examiné à la lumière des critères énumérés aux ATF 115 V 140 consid. 6c/aa et 409 consid. 5c/aa. En l'espèce, si la chute d'une échelle d'une hauteur de 4,5 mètres a pu subjectivement revêtir chez l'intéressé un caractère relativement impressionnant, le déroulement de l'accident n'apparaît pas d'un point de vue objectif, seul déterminant en l'espèce, particulièrement dramatique, dans la mesure où l'événement litigieux fait partie des risques auxquels un employé de la construction ou du génie civil est généralement exposé. C'est pourquoi on ne saurait ranger l'accident litigieux dans la catégorie des accidents de gravité moyenne à la limite de la catégorie des accidents graves. Il importe dès lors que plusieurs des critères consacrés par la jurisprudence se trouvent réunis ou revêtent une intensité particulière pour que l'accident du 23 janvier 1996 soit tenu pour la cause adéquate des troubles psychiques dont souffre le recourant. Or, tel n'est pas le cas en l'espèce. Les lésions organiques subies par le recourant (fractures des deux calcaneums) ne sauraient être qualifiées objectivement de graves et propres, selon l'expérience, à entraîner des troubles psychiques. Certes, l'évolution thérapeutique ne s'est pas avérée idéale; elle n'a toutefois pas pris un cours qui sur le plan médical peut être qualifié d'anormal, tant au niveau de son déroulement que de sa durée, compte tenu du traumatisme subi. Rien ne permet en outre de retenir qu'il y aurait eu une erreur dans le déroulement du traitement médical. Si l'apparition subséquente d'une ostéïte au pied droit, laquelle a nécessité l'ablation prématurée du matériel d'ostéosynthèse et une antibiothérapie intraveineuse, a pu retarder le processus de guérison, une telle complication n'a cependant pas prolongé d'une manière anormalement longue la durée du traitement médical. A partir du mois d'avril 1997, l'état de santé du recourant était en effet suffisamment stabilisé pour lui permettre d'entreprendre une reconversion professionnelle (voir les rapports des docteurs J.________ du 29 mai 1997, S.________ du 17 juin 1997 ou G.________ du 21 novembre 1997). Reste que le recourant continue encore à ce jour à se plaindre de douleurs persistantes en relation avec l'accident - principalement au pied droit - qui l'empêchent de reprendre une activité lucrative. L'importance de ces douleurs doit toutefois être relativisée, dans la mesure où celles-ci sont entretenues par la problématique psychique. Différents rapports relèvent en effet une discordance importante entre les plaintes décrites par le recourant et la situation objective (rapports des docteurs G.________ du 9 juillet 1998 et C.________ du 7 mai 1999). Corroborant dans son expertise l'existence d'une telle divergence, le docteur E.________ a ajouté que la demande de soins était peu importante, tout comme la consommation de médicaments antalgiques, un dosage sérique effectué lors de l'expertise ayant donné des valeurs non détectables. D'après lui, ces éléments démontraient que le recourant se restreignait lui-même et qu'il n'était pas prêt à aller jusqu'à la limite de ses capacités fonctionnelles (rapport du 5 octobre 2001).