Citation: 2A.131/2003 19.08.2003 E. 3.2

Il est constant qu'aucune circonstance exceptionnelle n'a contraint les parents de la recourante à quitter la Suisse. Ceux-ci ont agi de leur plein gré, en prenant une décision qui engageait la recourante, mineure à cette époque. Or, le fait que la recourante n'est pas partie de son propre chef mais qu'elle a dû suivre ses parents ne saurait à lui seul constituer une circonstance exceptionnelle au sens de la jurisprudence précitée (arrêts 2A.300/2002 consid. 2.2 et 2A.429/1998 consid. 3a). A cet égard, quoi qu'en dise la recourante, l'affaire traitée par le premier arrêt cité est bel et bien similaire au cas présent, puisqu'il s'agissait d'un ressortissant chilien ayant passé son enfance et son adolescence en Suisse qui, à l'âge de 19 ans, soit lorsqu'il était encore mineur (l'ancien art. 14 CC en vigueur jusqu'au 31 décembre 1995 fixait alors la majorité à 20 ans), avait dû suivre ses parents qui quittaient volontairement la Suisse, après un séjour de près de 13 ans, pour retourner au Chili. Revenu en Suisse six ans plus tard, il s'était vu refuser une exemption des mesures de limitation, décision qui a été confirmée par le Tribunal fédéral. Par ailleurs, d'un côté, il n'est pas contesté que la recourante a passé près de 12 ans en Suisse (de quatre ans et demi à seize ans), années importantes puisqu'elle y a suivi l'essentiel de sa scolarité, et qu'elle a conservé des attaches dans notre pays. D'un autre côté, force est de constater, avec le Département fédéral, qu'elle a vécu dans son pays d'origine durant près de dix ans (de seize à vingt-cinq ans), qu'elle y a donc passé la fin de son adolescence, qu'elle y a achevé ses études et y a travaillé. S'agissant des raisons pour lesquelles elle n'est pas revenue en Suisse plus tôt, la recourante ne fait plus valoir, comme en procédure devant l'autorité intimée, qu'elle a dû venir en aide à sa mère après que son père eut abandonné le domicile conjugal; de toute manière, cette argumentation était inopérante dès lors qu'il n'était pas établi que l'état de sa mère fût grave au point de justifier sa présence constante à ses côtés. En revanche, elle allègue que compte tenu des revenus très bas obtenus au Chili, elle a dû attendre de disposer de moyens financiers suffisants pour revenir en Suisse. Elle produit à cet égard un courrier de l'ambassade de Suisse au Chili d'où il ressort que le salaire moyen d'une personne âgée d'environ vingt-quatre ans sans diplôme universitaire est, dans ce pays, de l'ordre de 230 à 480 fr. Toutefois, elle ne donne aucune information sur sa propre situation patrimoniale, notamment sur ses ressources. Elle n'indique pas, ni ne démontre, le montant qu'elle a dû épargner et le temps qu'il lui a fallu pour cela. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la nécessité de rassembler les fonds nécessaires constitue la raison pour laquelle la recourante n'est revenue en Suisse qu'en 2001. En ce qui concerne le fait - nouvellement allégué dans le recours au Tribunal fédéral mais pouvant être pris en compte dans la présente procédure (cf. consid. 1.2 ci-dessus) - que le frère de la recourante a entrepris les mêmes démarches qu'elle, il n'est pas déterminant. La recourante ne prétend en effet pas que ces démarches aient abouti dans le sens où l'intéressé a été mis au bénéfice d'une exception aux mesures de limitation du nombre des étrangers. Dans ces conditions, il convient de rejeter, comme étant dénuée de pertinence, la requête tendant à l'édition du dossier administratif relatif à Y.________. Quant à la présence en Suisse de la recourante, elle-même n'indique pas d'autres raisons que son attachement à notre pays, dont elle a adopté la mentalité et la culture. Un tel motif, pour respectable et louable qu'il soit, ainsi que les circonstances évoquées ci-dessus ne suffisent cependant pas à démontrer l'existence d'une situation de détresse personnelle, ce d'autant que la recourante ne prétend pas que son retour dans son pays d'origine ne puisse être exigé d'elle. Vu ce qui précède, il y a lieu de retenir que le Département fédéral n'a pas violé le droit fédéral ni abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant d'exempter la recourante des mesures de limitation.