Citation: 8C_192/2024 E. 5.2.2

5.2.2. Sur le fond, le raisonnement des juges cantonaux ne peut en revanche pas être confirmé. Ils n'ont pas pris la mesure du fait que les deux expertises ordonnées par l'intimée sont en contradiction s'agissant du lien de causalité entre les atteintes du recourant et l'accident du 31 mars 2005. Dans le volet neurochirurgical de l'expertise de C.________ du 19 octobre 2015, le docteur F.________ a qualifié de vraisemblable (≥ 51 %) la causalité naturelle entre la déchirure ligamentaire en C3-C4 et l'instabilité avec antélisthésis d'une part, et l'accident d'autre part. Il était probable qu'une rupture des moyens d'union soit passée inaperçue au moment de l'accident et que la situation ait évolué vers un antélisthésis. Au vu de l'examen scanographique actuel, il était difficile d'imaginer que cette affection fût uniquement en lien avec une cervicarthrose, à savoir une pathologie dégénérative évolutive. La rupture ligamentaire avait progressivement accéléré la dégénérescence cervicale pour aller vers la constitution d'un antélisthésis. Dès lors qu'il s'agissait d'une rupture ligamentaire modérée, il était tout à fait plausible que l'examen clinique initial ait retrouvé une mobilité cervicale normale. Seules des radiographies standards avaient été effectuées, or des radiographies dynamiques auraient pu permettre de mettre en évidence la rupture ligamentaire initiale. La recrudescence des céphalées en avril-mai 2014 pouvait, comme les douleurs cervicales, en partie s'expliquer par l'instabilité avec antélisthésis de C3 sur C4, et donc par l'accident. Si le recourant souffrait également d'atteintes dégénératives (cervicarthrose), cette part n'était pas déterminante dans l'ensemble du tableau clinique car la dégénérescence multi-étagée ne primait pas dans la symptomatologie. Dans leur évaluation consensuelle, les experts de C.________ ont retenu que la causalité entre l'instabilité avec antélisthésis de C3 sur C4, provoquée par une rupture ligamentaire, et l'accident du 31 mars 2005 était "plus que vraisemblable". La diminution de la mobilité cervicale qui en résultait expliquait en partie les plaintes persistantes de céphalées et cervico-scapulaires. Dans son rapport d'expertise du 23 juillet 2019, le docteur E.________ a objecté qu'il était très peu probable que les évolutions intervenues plus de dix ans après l'accident fussent en lien de causalité avec l'accident. Une déchirure ligamentaire était décrite pour la première fois en même temps que l'antélisthésis en C3-C4 en 2014 et la radio pré-opératoire indiquait une nette dégénérescence étagée. Cette lésion ligamentaire était l'une des causes fréquentes d'instabilité dégénérative. Les experts de C.________ avaient retenu une déchirure ligamentaire [initiale] qui n'avait pas été démontrée. En outre, une telle atteinte ne pouvait pas être interprétée correctement sur la base d'un examen radiologique ou de clichés dynamiques. Il était possible - mais pas prouvé - que l'accident ait été à l'origine d'une lésion ligamentaire partielle passée inaperçue pendant une longue période et de l'antélisthésis en C3-C4. À cet égard, on manquait d'informations et d'examens pertinents dans les dix ans ayant suivi l'accident. L'expert a fixé le statu quo sine entre six et douze mois après cet événement. Il a confirmé son point de vue dans son rapport complémentaire du 8 juillet 2021.