Citation: 1B_207/2015 E. 2.2

2.2. En l'espèce, le recourant soutient que le déni de justice formel commis par la magistrate intimée fonde une apparence de prévention. Il voit aussi un motif de récusation de la magistrate dans le fait qu'elle a écarté de la procédure, sous couvert de l'interdiction de l'abus de droit, plus de cent pages de la requête de mise en liberté. L'arrêt précité du Tribunal fédéral du 7 avril 2015 a en effet constaté que la Juge prénommée n'avait pas examiné les arguments développés par le recourant dans son mémoire pour contester l'existence de charges suffisantes justifiant la détention; elle s'était contentée de se référer à un arrêt de la Chambre pénale de recours de la Cour de justice du canton de Genève datant de la fin avril 2013, sans prendre en compte que la cause avait évolué en presque deux ans d'instruction; en omettant d'examiner l'argumentation du recourant relative aux sérieux soupçons de culpabilité et en écartant de la procédure 102 pages de son mémoire au motif que le recourant ne pouvait "ignorer que sa demande de mise en liberté était vouée à l'échec", l'instance précédente avait commis un déni de justice formel prohibé par l'art. 29 al. 1 Cst. Les deux erreurs relevées par l'arrêt susmentionné ne sont cependant pas suffisamment graves au sens de la jurisprudence précitée pour fonder objectivement une suspicion de partialité de la Juge concernée. D'une part, se référer à un arrêt datant de plus de deux ans pour retenir l'existence de soupçons suffisants est une erreur de motivation qui ne préjuge pas de l'examen des arguments de fond que fera la magistrate prénommée lorsque la cause lui sera renvoyée. Le recourant ne démontre d'ailleurs pas que la magistrate professionnelle, lorsqu'elle a effectivement repris la cause et statué par ordonnance du 17 avril 2015, n'a pas été capable de répondre objectivement à l'argumentation de fond qu'il avait développée. D'autre part, écarter de la procédure une centaine de pages de la requête de mise en liberté pour des motifs d'abus de droit n'est, en l'occurrence, pas susceptible de faire objectivement redouter une quelconque partialité de la part de la Juge intimée. La Cour de justice a exposé à cet égard qu'il "sautait aux yeux, simplement en tournant les pages de la déclaration d'appel écartée et celles de la demande de mise en liberté, que la teneur des pages 3 à 105 en était pour l'essentiel identique jusqu'à la numérotation marginale; dans ces circonstances, il n'était pas grossièrement faux de penser que le requérant avait conçu de verser son mémoire d'appel à la procédure, sous couvert d'une demande de mise en liberté, pas plus qu'il n'était grossièrement faux d'estimer qu'il fallait sanctionner une telle manoeuvre, étant rappelé que l'interdiction de l'abus de droit s'applique également aux justiciables". Les motifs qui ont conduit la Juge intimée à rendre l'acte de procédure vicié ne permettent pas de suspecter un parti pris à l'encontre du prévenu. L'instance précédente peut être suivie sur ce point. Si cet acte d'instruction n'a pas été confirmé par le Tribunal fédéral, la Juge intimée n'en a pas pour autant commis une erreur si lourde qu'elle fonderait une apparence de partialité. L'acte de procédure vicié a d'ailleurs été rectifié par le Tribunal fédéral, qui a ordonné la réintégration au dossier des pages 3 à 105 de la requête de mise en liberté; la Juge intimée a par la suite pris en compte les griefs contenus dans ces pages et y a répondu dans son ordonnance du 17 avril 2015.