Citation: 6B_264/2022 E. 2.7

2.7. En substance, le recourant soutient que les lésions constatées lors de l'altercation en tant que telle seraient toutes situées sur les jambes, zone qui ne serait pas réputée pour comporter un risque potentiel pour la vie. Il souligne que s'il avait réellement voulu attenter à la vie de l'intimé, il aurait visé le torse. Or lorsqu'il n'y a pas d'atteinte au torse, il ne serait pas possible d'arriver, sans autre examen, à la conclusion que l'auteur a accepté une blessure mortelle même en cas d'utilisation d'un couteau. Tout d'abord, le recourant s'écarte des faits constatés - sans qu'il n'en ait démontré l'arbitraire - lorsqu'il soutient que les lésions subies se situeraient toutes dans les jambes. En effet, l'un des coups de couteau a été porté au niveau du cou de l'intimé, la version du recourant, selon laquelle celui-ci aurait été accidentellement blessé par le couteau dans la chute, ayant été écartée par la cour cantonale. Contrairement à ce qu'affirme le recourant, la jurisprudence n'a pas limité la tentative de meurtre à celui qui vise le torse de sa victime. La jurisprudence a également retenu qu'une tentative d'atteindre le cou de la victime impliquait un risque élevé de réalisation de l'infraction, c'est-à-dire la mort de la victime, risque reconnaissable à tout un chacun, et pouvait donc conduire à retenir que l'auteur ne pouvait ignorer le risque d'atteinte à la vie, risque qu'il acceptait (cf. par ex. arrêts 6B_1035/2021 du 16 décembre 2021 consid. 2.4.2; 6B_935/2017 du 9 février 2018 consid. 1.3; 6B_234/2016 du 5 août 2016 consid. 3.3; 6B_977/2013 du 4 juillet 2014 consid. 2.3; 6B_548/2011 du 14 mai 2012 consid. 1.3; 6B_741/2010 du 9 novembre 2010 consid. 2.2.1). Ainsi, le recourant ne saurait prétendre avoir ignoré qu'en donnant un coup de couteau causant une plaie de 15 cm au cou de l'intimé - au moyen d'un couteau dont il avait lui-même relevé qu'il coupait "comme un rasoir" -, il pouvait potentiellement mettre les jours de celui-ci en danger. En effet, sur la base des faits retenus et en tenant compte de la présence, au niveau du cou, de l'artère carotide et de l'hémorragie très grave qui peut résulter d'une atteinte à ce vaisseau par un coup de couteau muni d'une lame longue de 15 cm et acérée, le risque d'une issue mortelle ne pouvait échapper au recourant, particulièrement dans le cadre d'une altercation où les deux protagonistes bougeaient. Par ailleurs, si les six autres coups de couteau portés à l'intimé ne l'ont effectivement pas atteint au torse - l'intimé ayant été touché au bras, aux cuisses et au genou -, le recourant perd toutefois de vue qu'une tentative par dol éventuel ne suppose pas une certitude quant à la réalisation de l'élément objectif de l'infraction, en l'espèce la mort, mais le risque de la survenance du résultat de l'infraction reprochée, tel qu'il apparaît à la lumière des circonstances et de l'expérience générale de la vie. Or en portant plusieurs coups avec un couteau affuté et dont la lame mesure 15 cm, dans le cadre d'une altercation où les protagonistes sont en mouvement, au sol, le recourant a pris le risque - qu'il ne pouvait pas calculer et doser (cf. ATF 133 IV 1 consid. 4.5; 131 IV 1 consid. 2.2; arrêt 6B_924/2017 du 14 mars 2018 consid. 1.4.3) - d'atteindre l'intimé dans une zone vitale. Que les deux seuls coups pénétrants se situent sur les jambes de l'intimé et que la plus profonde des deux plaies soit de 3,6 cm - étant rappelé que c'est ce coup qui a conduit à la section complète de l'artère fémorale, partielle de la veine fémorale et quasi complète des muscles abducteurs mettant concrètement la vie de l'intimé en danger - n'est à cet égard pas non plus déterminant. Là encore, ce n'est pas la lésion concrète qui est déterminante mais le risque connu et accepté par le recourant. Or, même à supposer qu'il ait pu viser les jambes et maitriser cette visée dans le cadre d'une altercation dynamique, il ne pouvait maîtriser la force et la profondeur de la plaie qu'il infligeait face à une victime en mouvement. Il est notoire qu'en portant un coup pénétrant dans le haut des jambes, dont la profondeur ne peut être maitrisée, il existe un risque concret et hautement vraisemblable de section de vaisseaux sanguins importants, tels l'artère fémorale, et donc d'hémorragie abondante pouvant entraîner rapidement la mort. Au vu de l'ensemble de ce qui précède, en portant sept coups au moyen d'un couteau acéré dont la lame mesure 15 cm, dont l'un au cou de l'intimé (causant une plaie de 15 cm de long), siège de l'artère carotide, et deux pénétrants dans les cuisses de l'intimé, siège de l'artère fémorale, lors d'une altercation dynamique, le risque de toucher une zone vitale et, par conséquent, d'une issue mortelle ne pouvait échapper au recourant. C'est donc sans violer le droit fédéral que la cour cantonale a considéré que le recourant avait envisagé une telle issue, s'en était accommodé pour le cas où elle interviendrait et lui a imputé une tentative de meurtre par dol éventuel.