Citation: 4A_137/2022 E. 4.6.2

4.6.2. En revanche, la recourante conteste de manière conforme aux exigences de motivation prévalant devant le Tribunal fédéral la réalisation de la seconde condition, laquelle comprend deux volets (cf. consid. 4.3 ss supra). 4.6.2.1. En premier lieu, les juges cantonaux ont admis une communication de pouvoirs de représentation par la défenderesse, maîtresse de l'ouvrage, à la demanderesse. Ils ont souligné que le contrat du 30 septembre 2009 avait été signé par un représentant de la demanderesse et un représentant de C.________ SA en tant que " direction des travaux ", au nom de la défenderesse en sa qualité de " maître de l'ouvrage ". Les juges cantonaux ont reproché à la défenderesse sa passivité à plusieurs égards, attitude qui pouvait être comprise par la demanderesse comme la confirmation des pouvoirs de représentation mentionnés sur ce document. 4.6.2.1.1. La recourante soutient qu'elle n'a pas adopté un comportement duquel l'intimée pouvait déduire que C.________ SA agissait en tant que son représentant. Elle fait valoir que la présence de E.________ à la séance de chantier du 23 octobre 2009 ne permettait pas d'inférer qu'elle était représentée par C.________ SA. Quant à l'indication selon laquelle la recourante participait à cette séance en tant que maître de l'ouvrage, elle était exacte car la recourante revêtait cette qualité vis-à-vis de C.________ SA, laquelle avait rédigé le procès-verbal. On ne saurait ainsi lui reprocher de ne pas avoir réagi à ce procès-verbal ou de ne pas avoir contrôlé chaque disposition prise par C.________ SA, sauf à méconnaître l'intérêt pratique du contrat d'entreprise générale. La recourante allègue encore l'existence de nombreux éléments de fait plaidant contre l'apparence de pouvoirs de représentation en faveur de C.________ SA. En particulier, c'était à C.________ SA que l'intimée avait soumis son devis et c'est celle-ci qui lui avait adressé une offre pour un montant de 59'583 fr. 50. L'adjudication avait été faite par C.________ SA sans intervention de la recourante. En outre, l'intimée avait adressé toutes ses correspondances à l'adresse physique de C.________ SA et non à la recourante. C'est C.________ SA qui s'était renseignée sur les factures encore ouvertes, puis qui avait adressé l'avis des défauts le 30 avril 2010. S'agissant des courriers des 22 mars et 28 mai 2010, c'était C.________ SA qui avait répondu, ou son conseil, mais pas la recourante. Les paiements avaient été effectués par C.________ SA, au moyen de son propre compte bancaire. Le contrat du 30 septembre 2009 n'a pas été contresigné par la recourante et l'instruction n'avait pas permis d'établir que la recourante avait eu connaissance de ce document. Les juges cantonaux ne pouvaient lui reprocher de ne pas avoir démenti une apparence qu'elle n'avait pas contribué à créer et dont il n'avait pas pu être établi qu'elle en ait eu connaissance. Si elle n'avait pas démenti de lien contractuel avec l'intimée avant la procédure au fond, c'est parce qu'elle n'avait aucune raison de soupçonner avant cette procédure qu'il y avait un malentendu sur ce point. A l'exception de la séance de chantier précitée, il n'y avait eu aucun contact direct et réciproque entre la recourante et l'intimée. Enfin, même s'il fallait admettre une communication des pouvoirs de représentation, celle-ci ne serait pas intervenue du chef de la recourante, mais de C.________ SA. 4.6.2.1.2. Toutefois, les griefs de la recourante ne permettent pas de remettre suffisamment en cause l'appréciation de la cour cantonale. En particulier, même si l'intimée a soumis son devis à C.________ SA et que l'adjudication a été faite sans la participation de la recourante, l'offre établie le 9 octobre 2008 par C.________ SA indiquait explicitement cette dernière comme direction des travaux et la recourante comme maître de l'ouvrage. La recourante apparaissait également en cette qualité sur plusieurs avis et ordres de paiement, même si les versements ont été effectués par C.________ SA. Surtout, le contrat du 30 septembre 2009 la mentionnait expressément en tant que maître de l'ouvrage, représentée par C.________ SA en qualité de direction des travaux. La recourante ne peut rien déduire du fait qu'elle n'a pas contresigné ce contrat, dès lors que l'intimée pouvait objectivement comprendre qu'une signature de la recourante n'était pas nécessaire, puisqu'il était explicitement indiqué que C.________ SA agissait en tant que représentant de la recourante. Pour la même raison, il importe peu que les contacts directs et réciproques entre la recourante et l'intimée ont été très limités. Si c'est certes C.________ SA qui a adressé l'avis des défauts du 30 avril 2010 à l'intimée, elle a précisé que tant le maître de l'ouvrage que la direction des travaux refusaient entièrement les travaux. De même, si C.________ SA a répondu au courrier du 28 mai 2010 de K.________, elle a relevé, dans sa missive du 4 août 2010, qu'elle pouvait faire procéder aux réparations indispensables au nom et pour le compte du maître de l'ouvrage. Par ailleurs, étant donné que C.________ SA assurait la direction des travaux, la cour cantonale était fondée à retenir qu'il n'était pas déterminant que l'intimée lui ait envoyé divers documents, et non à la recourante, ce d'autant plus qu'ils ont été adressés à " A.________ SA, p. a. C.________ SA ". La recourante se prévaut encore du fait que le contrat du 30 septembre 2009 n'aurait pas été porté à sa connaissance. Ce point n'est pas déterminant, puisqu'il s'agit d'analyser ici la situation en lien avec ce qui aurait pu être objectivement compris par l'intimée. La cour cantonale a relevé à juste titre que la recourante n'avait notamment pas réagi à la suite de la lettre du 22 mars 2010 de l'intimée, par laquelle cette dernière a transmis un bulletin de versement au moyen duquel le montant de 69'825 fr. 90 devait être payé. La recourante ne s'est pas non plus manifestée après le courrier du 28 mai 2010 précité lui impartissant un délai pour régler ce montant. Il n'est pas ici question de vérifier chaque acte de C.________ SA, comme le déplore la recourante, mais de s'opposer à une facture que l'on estime adressée à tort. Ainsi, les juges cantonaux ont reproché à la recourante de ne pas s'être montrée suffisamment attentive au vu des circonstances et de ne pas avoir réagi, raison pour laquelle ils ont retenu une communication de pouvoirs par la recourante, même sans communication expresse (cf. consid. 4.3.1 supra). La mesure de l'attention exigée par les circonstances est une notion soumise à l'appréciation du juge (art. 4 CC). Au vu de la réserve que s'impose le Tribunal fédéral en la matière, il ne peut que constater que la cour cantonale n'a pas abusé de son pouvoir d'appréciation. Enfin, lorsque la recourante allègue que les administrateurs de la recourante et de l'intimée se connaissent personnellement, elle se fonde sur un élément qui n'a pas été constaté par la cour cantonale. Il en va de même lorsqu'elle soutient que les autres intervenants sur le chantier ayant participé à la séance de chantier du 23 octobre 2009 n'avaient pas déduit qu'ils avaient contracté avec la recourante. En définitive, il y a lieu d'admettre que la cour cantonale a retenu à bon droit que l'intimée pouvait objectivement comprendre le comportement (passif) de la recourante comme une communication de pouvoirs. Une telle communication est imputable à la recourante même si telle n'a pas été sa volonté intime. 4.6.2.2. S'agissant de la condition de la bonne foi de l'intimée, les juges cantonaux ont retenu qu'elle pouvait inférer de bonne foi des circonstances que C.________ SA avait le pouvoir de représenter la recourante et d'engager cette dernière par sa signature. La recourante allègue que les circonstances entourant les échanges en lien avec le chantier auraient dû faire douter l'intimée quant à l'identité de son cocontractant. Or, la constatation de la bonne foi de l'intimée relève du fait (cf. consid. 4.3.2 supra; arrêt 4A_562/2019 précité consid. 6.4.2). La recourante ne parvient pas à démontrer l'arbitraire de cette constatation, et n'invoque d'ailleurs même pas l'arbitraire à cet égard. Au demeurant, comme on l'a vu, il importe peu que la recourante n'ait jamais elle-même porté explicitement à la connaissance de l'intimée un pouvoir de représentation, puisqu'une telle communication peut avoir lieu tacitement. La quasi absence de contacts directs entre la recourante et l'intimée n'est pas non plus propre à remettre en cause ce qui précède. 4.6.2.3. Dès lors, c'est à bon droit que la cour cantonale a jugé que les conditions de l'art. 33 al. 3 CO étaient remplies, et que C.________ SA avait ainsi valablement représenté la recourante pour la conclusion d'un contrat d'entreprise avec l'intimée. Partant, la cour cantonale était fondée à retenir que ce contrat obligeait la recourante. 4.6.2.4. La recourante fait encore valoir, en quelques phrases, que ce n'est qu'exceptionnellement que le représenté peut se voir opposer un acte conclu sans pouvoir de représentation par un prétendu représentant. Elle soutient qu'en l'occurrence, les faits ne permettent pas de parvenir à la conclusion que les conditions de l'art. 33 al. 3 CO sont réalisées. Selon la recourante, prétendre le contraire, comme l'a fait l'instance précédente, reviendrait à procéder à un renversement du fardeau de la preuve et donc à une violation de l'art. 8 CC. Or, les brèves explications de la recourante, pour autant qu'elles soient recevables, ne permettent pas de retenir une quelconque violation du droit.