Citation: 5A.6/2004 07.06.2004 E. 3

3.1 L'autorité cantonale retient que le recourant est célibataire et qu'il n'a pas d'autre famille que ses parents âgés; or ceux-ci ne pourraient guère, même s'ils s'installaient à Genève, assurer la prise en charge de l'enfant en dehors des heures scolaires. Si elle ne conteste pas réellement la disponibilité du recourant, elle souligne qu'il devra néanmoins faire appel à un tiers, probablement une femme, pour l'aider à s'occuper de l'enfant, lequel risquerait dès lors de considérer cette personne comme une mère sans que cette situation ne présente la moindre garantie de stabilité. L'autorité cantonale considère en outre que le recourant est déjà âgé pour adopter seul une fillette de moins de cinq ans. Quant à sa motivation - certes généreuse -, consistant à vouloir améliorer le sort d'un enfant défavorisé en lui offrant une situation affective et matérielle "de toute façon" meilleure que dans son pays d'origine, elle ne prend pas suffisamment en compte la complexité inhérente à toute adoption ni les besoins spécifiques de l'enfant adopté. Enfin, l'importance que le recourant semble accorder à l'établissement d'un lien de filiation unique révèle une attente trop lourde pour un enfant, de la part d'un homme qui n'a pas su trouver la fiabilité, la sécurité et la longévité dans une relation de couple. 3.2 Il est vrai qu'en tant que médecin indépendant, le recourant a la possibilité d'organiser son temps de travail; il prétend du reste avoir déjà réduit ses horaires. Son taux d'activité ne résulte cependant pas clairement de la décision attaquée, laquelle indique seulement les heures d'ouverture de son cabinet sans préciser le temps, vraisemblablement plus élevé, qu'il consacre effectivement à sa profession. De plus, le recourant, né le 17 août 1954, a près de 50 ans et souhaite adopter une fille de moins de 5 ans; la différence d'âge serait donc au minimum de 45 ans. Le droit suisse ne prévoit certes pas de limite d'âge supérieure pour l'adoption, mais seulement un âge minimal, fixé à 35 ans révolus en cas d'adoption par une personne seule (art. 264b CC). Toutefois, selon l'art. 11b al. 3 let. a OPEE, l'autorité prendra tout particulièrement en compte l'intérêt de l'enfant lorsque la différence d'âge entre le futur père adoptif ou la future mère adoptive est de plus de 40 ans. Dans le cas particulier, l'intéressé aura près de 60 ans, voire plus, quand la fillette sera adolescente. S'il convient d'éviter tout schématisme à cet égard (cf. ATF 125 III 161 consid. 7a p. 167/168 et les références), une telle différence d'âge ne paraît pas conforme au bien de l'enfant, en l'absence d'entourage familial autre que des grands-parents déjà trop âgés pour s'en occuper. De toute manière, l'autorisation ne peut être délivrée que si les mobiles des futurs parents adoptifs permettent de prévoir que l'adoption servira au bien de l'enfant (art. 11b al. 1 let. b in fine OPEE). Or, ni le désir d'avoir un enfant, ni la perspective d'un avenir meilleur en Suisse, du moins au plan matériel, ne sauraient, à eux seuls, justifier l'autorisation sollicitée (arrêt 5A.29/1988 du 8 mars 1999, consid. 4 et les références). Au demeurant, il résulte des observations du SPJ, et la décision attaquée retient, que le recourant semble placer dans ce projet d'adoption des attentes trop lourdes pour un enfant, faute d'avoir pu établir une relation de couple stable. Au vu de ce qui précède, et compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont jouissent les autorités de placement (cf. notamment: ATF 104 Ib 21 consid. 2 p. 23; 97 I 73 consid. 1 p. 75), la décision attaquée n'apparaît pas contraire au droit fédéral.