Citation: 1P.71/2000 07.03.2000 E. 3

3.- Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). a) La cour cantonale a admis le risque de collusion en indiquant les actes d'instruction en cours. Il s'agit des recherches auprès des banques genevoises et vaudoises, des investigations sur les programmes d'investissements à haut rendement, et des renseignements qui devraient parvenir de Saint-Petersbourg (à propos d'un trafic de drogue auquel le recourant pourrait être mêlé), du FBI et de ICC. b) Le recourant conteste point par point ces motifs. Il relève que les banques ont déjà répondu - négativement - à la circulaire du juge d'instruction. Il estime s'être entièrement expliqué au sujet des programmes d'investissements à haut rendement et on ne verrait pas quelles preuves pourraient être détruites ou altérées sur ce point. Les renseignements en attente de Saint-Petersbourg ne concerneraient que B.________. La libération du recourant n'entraverait pas la fourniture des renseignements que le FBI possède déjà, et les enquêteurs vaudois auraient déjà eu accès à la banque de données de ICC. La gravité et l'ampleur des délits ne justifierait pas son maintien en détention dès lors que sur huit personnes arrêtées, six ont déjà été relâchées. Contrairement à ce que retient la cour cantonale, les faits reprochés au recourant seraient identiques à ceux imputés à P.________ et C.________, lesquels se trouvent en liberté provisoire. Après plus de six mois d'enquête, le risque de collusion serait devenu inexistant. c) Ces objections ne suffisent pas à nier tout risque de collusion. La lecture du dossier fait apparaître que les agissements reprochés au recourant sont de nature très diverses (usage de fausses garanties bancaires et escroqueries, actes de recyclage et trafic de stupéfiants), et présentent diverses ramifications internationales qui ont nécessité l'envoi de commissions rogatoires, non seulement aux Etats-Unis et et à Saint-Petersbourg, mais aussi en Italie, en France et à Vienne. On ne saurait à ce stade exclure que le recourant soit mêlé au trafic de drogue reproché à B.________, compte tenu des liens existant entre les deux hommes. Un représentant d'ICC s'est certes déjà rendu en Suisse le 20 janvier 2000, mais d'autres actes constitutifs d'escroqueries pourraient avoir été commis, et ICC devait fournir un rapport écrit plus complet, sur la base des documents recueillis en Suisse. On voit certes mal comment le recourant pourrait influer sur les renseignements que doivent prochainement transmettre les diverses autorités étrangères. Il se pourrait toutefois qu'une fois fournis, ces renseignements permettent d'orienter les recherches dans une direction jusqu'alors inconnue et que le recourant mette sa liberté à profit pour tenter de dissimuler ou d'altérer, à l'avance, les preuves nécessaires. Le recourant relève que sur les huit personnes arrêtées, six ont déjà été relâchées, parmi lesquelles C.________ et P.________; s'agissant du risque de collusion, il ne parvient toutefois pas à démontrer que les besoins de l'enquête seraient identiques dans chaque cas. En l'état de l'enquête, il apparaît que le recourant est, avec B.________, tenu pour l'un des principaux protagonistes, ce qui peut justifier un traitement particulier. Certes, le risque de collusion diminue en principe à mesure que l'enquête progresse; on ne saurait toutefois considérer, comme le fait le recourant, que l'instruction est suffisamment avancée à son sujet pour dénier tout risque de collusion. Le recourant se plaint aussi, sur certains points, de la lenteur de l'instruction. Certaines investigations auraient pu, selon lui, être effectuées depuis longtemps. A la lecture du procès-verbal des opérations, on ne décèle toutefois aucun arrêt notable dans le déroulement de la procédure; l'enquête paraît au contraire être menée sans désemparer. Pour autant qu'il soit pertinent au regard du risque de collusion, le grief doit être écarté. Le risque de collusion ne peut, par conséquent, être nié.