Citation: 1P.733/2006 13.02.2007 E. 8

Enfin, le recourant s'en prend à l'expertise. Il soutient qu'elle est inexacte et incomplète. L'experte ne se serait en particulier pas prononcée sur le gain secondaire dont aurait pu bénéficier B.________, à savoir la mise à l'écart de son beau-frère. La victime aurait en outre dû exprimer des réticences à se rendre chez son beau-frère bien avant 2001. Les événements, qui, selon l'experte, auraient poussé la victime à parler, ne seraient pas vraisemblables, cette dernière ayant encore attendu quatre mois supplémentaires pour dénoncer les abus. Le fait que les instituteurs n'aient rien remarqué serait également révélateur. 8.1 S'agissant de l'appréciation du résultat d'une expertise, le juge n'est en principe pas lié par ce dernier (art. 249 PPF). Mais s'il entend s'en écarter, il doit motiver sa décision et ne saurait, sans motifs déterminants, substituer son appréciation à celle de l'expert, sous peine de verser dans l'arbitraire. En d'autres termes, le juge qui ne suit pas les conclusions de l'expert n'enfreint pas l'art. 9 Cst. lorsque des circonstances bien établies viennent en ébranler sérieusement la crédibilité (ATF 129 I 49 consid. 4 p. 57 s.; 128 I 81 consid. 2 p. 86; 122 V 157 consid. 1c p. 160; 119 Ib 254 consid. 8a p. 274; 118 Ia 144 consid. 1c p. 146 s. et les arrêts cités). Tel est notamment le cas lorsque l'expertise contient des contradictions et qu'une détermination ultérieure de son auteur vient la contredire sur des points importants, ou lorsqu'elle se fonde sur des pièces et des témoignages dont le juge apprécie autrement la valeur probante ou la portée (ATF 101 IV 129 consid. 3a in fine p. 130). 8.2 La Cour de cassation a relevé que le recourant n'avait présenté aucun motif sérieux qui aurait dû la conduire à s'écarter des conclusions de l'expertise. L'experte a conclu à une haute crédibilité des déclarations de B.________. Le recourant se méprend s'agissant de l'argument tiré du bénéfice secondaire. Cette question a au contraire été traitée par l'experte, qui a souligné que B.________ était attristée par la souffrance de sa soeur aînée. L'experte a également exposé que les circonstances initiales des déclarations de B.________ étaient significatives quant à leur crédibilité sous deux aspects. D'une part, en mars 2001, B.________ avait été réglée. Malgré ses connaissances plus que limitées dans le domaine de la sexualité, elle savait que, dès lors, elle pouvait se retrouver enceinte, ce qui rendait urgent la nécessité de parler. D'autre part, B.________ se sentait impure. Or, durant son camp scout, elle devait faire sa promesse. Ayant pris cet engagement très au sérieux, elle n'arrivait pas à imaginer comment elle pourrait promettre d'être bonne et pure si elle continuait à être abusée. Elle a donc parlé de son souci à ses amies scout. On ne saurait reprocher à la victime de ne pas avoir parlé plus tôt, vu le conflit dans lequel elle se trouvait. En outre, un délai de quatre mois dès la survenance des règles n'apparaît pas invraisemblable. Enfin, le fait que les notes de B.________ soient restées stables pendant la période critique ne saurait à lui seul entacher la crédibilité de ses déclarations. 8.3 Le recourant mentionne encore incidemment que l'experte n'a eu que deux entretiens avec l'enfant, qui ne lui aurait pas relaté les faits à nouveau. Il s'étonne que la partie "discussion" de l'expertise ne comporte qu'une vingtaine de lignes. Le recourant ne justifie pas la nécessité d'entretiens supplémentaires, que l'experte a du reste niée lors de l'audience du 17 janvier 2006, et ce en particulier au regard de l'art. 10c LAVI (ATF 129 IV 179 consid. 2.4 p. 183 ss). Le recourant n'explique pas davantage pourquoi la victime aurait dû relater à nouveau les faits à l'experte et en quoi l'absence de ce récit rendrait l'expertise inexploitable. Le recourant perd au demeurant de vue que l'élément cardinal d'une expertise de crédibilité consiste en l'analyse des déclarations selon des critères prédéterminés. L'expertise intervient dans une phase de la procédure où l'enfant s'est déjà exprimé sur les faits de la cause. L'expert doit garder à l'esprit que sa manière de se comporter avec l'enfant dans une expertise judiciaire ne peut être identique à une approche clinique. Il doit en général entrer en contact avec l'enfant pour effectuer sa mission, par exemple pour se faire une idée propre quant à l'état physique et psychique de celui-ci ou pour se rendre compte des réactions qu'il a suscitées (ATF 129 IV 179 consid. 2.5 p. 185 s.). Enfin, comme l'a relevé le Ministère public dans ses observations, la concision de la partie "discussion" de l'expertise ne préjuge ni de sa qualité ni de sa pertinence. Il résulte de ce qui précède que tous les griefs relatifs à l'expertise doivent être rejetés.