Citation: 1C_377/2023 E. 4.6

4.6. En refusant d'accorder des mesures provisionnelles tendant à faire interdiction à l'intimée de procéder à tout sciage à l'intérieur ou à l'extérieur de son installation, la cour cantonale a pris en compte tous les éléments pertinents. En regard des intérêts des recourants à être protégés dans leur santé, l'interruption complète des activités de l'intimée apparaît lourde de conséquence pour l'entreprise elle-même et pour la filière valaisanne du bois: dans cette mesure, faire prévaloir l'intérêt économique à la survie de l'intimée sur celui particulier des recourants peut encore - dans le cadre d'un examen restreint par l'art. 98 LTF - être considéré comme n'étant pas absolument déraisonnable ou choquant. Pour les mêmes motifs, une fermeture de l'installation fondée sur l'art. 16 al. 4 LPE pouvait encore, sans arbitraire, être écartée. Dans le cadre de l'examen du présent cas particulier, on ne saurait néanmoins faire complètement abstraction du fait que, de l'aveu même de la cour cantonale, la présente situation de gêne des voisins remonte à près de vingt ans et que la procédure d'assainissement en cours est destinée à s'étendre sur une longue période. Certes, la pondération des intérêts entre, d'une part, l'interruption complète des activités d'une entreprise installée depuis plusieurs dizaines d'années et, d'autre part, la santé des voisins peut encore pencher en faveur de l'activité économique locale pendant une brève période nécessaire à un assainissement. En revanche, tel ne peut plus être le cas si cette dernière procédure tend à perdurer (cf. SCHAUB, op. cit, p. 71). Dans une telle situation, et eu égard au dépassement manifeste des valeurs limites d'immission, il appartient à l'autorité d'examiner d'office, dans le cadre du pouvoir de décision que lui reconnaît l'art. 79 LJPA, si des mesures moins incisives, telles qu'une restriction des horaires d'activités de la scierie, une interdiction d'utiliser certaines machines, leur déplacement sur le site ou toute autre mesure technique, constructive ou d'exploitation propre à diminuer le bruit, seraient à même, dans la durée, de protéger la santé des recourants (cf. art. 11 al. 2, 12 al. 1 let. b et c et 16 al. 4, première phrase, LPE; ATF 130 II 32 consid. 2.1; arrêt 1C_84/2017 du 18 août 2017 consid. 5). Il n'appartient cependant pas au Tribunal fédéral de statuer lui-même, en première instance, sur de telles questions qui impliquent la prise en compte des particularités du cas d'espèce. Il convient d'annuler l'arrêt attaqué et de renvoyer la cause à l'instance précédente pour qu'elle examine ces questions et statue à nouveau, respectivement qu'elle renvoie leur examen à l'autorité qu'elle estime compétente pour ce faire.