Citation: I 758/04 08.11.2005 E. 3

3.1 Se fondant sur le rapport d'expertise du 28 novembre 2002 de la doctoresse D.________, les premiers juges ont considéré que la présence d'affections psychiques avérées - état dépressif moyen et état de stress post-traumatique - entraînait une incapacité de travail de 70 % depuis le 28 avril 1998 et de 100 % à partir du mois d'août 1998, laquelle justifiait l'octroi d'une rente entière d'invalidité dès le 1er avril 1999. Selon la doctoresse D.________, l'assuré souffrait d'un trouble douloureux somatoforme persistant (F 45.4), d'un épisode dépressif moyen (F 32.1) et d'un état de stress post-traumatique (F 43.1), chacune de ces affections pouvant à elle seule induire une incapacité de travail totale. A l'appui du diagnostic de trouble somatoforme douloureux, l'expert a expliqué que dans le contexte culturel de l'assuré, les conflits intra-psychiques ne devaient surtout pas s'exprimer en paroles, mais à travers le corps, de sorte que les seules plaintes exprimées étaient d'ordre somatique. Pourtant, aucun de ces conflits n'était en l'espèce réellement grave ou incurable, mais ils perturbaient néanmoins gravement la vie professionnelle et les activités quotidiennes. En raison d'un état de tristesse, des troubles du sommeil, une baisse de l'appétit avec perte de 11 kg, une anhédonie, une baisse de l'estime de soi, un sentiment de culpabilité, ainsi que des troubles de la mémoire et de la concentration, l'assuré présentait également les signes d'un épisode dépressif, dont l'intensité pouvait être qualifiée de moyenne, vu l'absence d'envies suicidaires. Dans ce contexte, le tremblement de terre, auquel avait été confronté l'assuré durant ses vacances en Turquie au mois d'août 1999, avait trouvé un terrain fragilisé, propice à l'installation d'un syndrome de stress post-traumatique, toujours actif actuellement. 3.2 Contrairement à ce qu'ont estimé les premiers juges, l'expertise de la doctoresse D.________ ne saurait constituer une base suffisante pour conclure à une incapacité partielle, puis totale de travailler. Certes a-t-elle expliqué que l'assuré ne pouvait plus assumer aucune activité en raison des troubles de la concentration et de la mémoire, ainsi que des angoisses de mort et des flashbacks qui envahissaient son quotidien et empêchaient la réalisation des tâches domestiques mêmes les plus simples (réponse à la question n° 6 posée par l'office AI à l'expert). Au regard des conditions posées par la jurisprudence (ATF 125 V 352 consid. 3a; voir également Meyer-Blaser, Das medizinische Gutachten aus sozialversicherungsrechtlicher Sicht, in Siegel/Fischer [éd.], Die neurologische Begutachtung, Schweizerisches medico-legales Handbuch, tome 1, Zurich 2004, p. 96 ss), une telle motivation demeure toutefois insuffisante. Une expertise ne saurait se limiter, comme en l'espèce, à l'exposé des diagnostics retenus, à leur justification clinique et à une motivation de quelques lignes à peine. Il y a lieu au contraire de se montrer exigeant quant à la motivation qui doit figurer dans un rapport d'expertise, en particulier lorsque l'expert met en évidence des facteurs limitatifs de nature psychique à la capacité de travail d'un assuré. Les conclusions auxquelles parvient finalement l'expert doivent être le résultat d'une discussion détaillée et approfondie, qui s'appuie sur des considérations médicales, et non des jugements de valeur ou des éléments étrangers à l'invalidité (notamment des facteurs psychosociaux et socioculturels). Celle-ci doit faire ressortir de manière claire et convaincante les raisons pour lesquelles les troubles diagnostiqués sont de nature à fonder un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité de la poursuite, ou de la reprise, d'une activité lucrative par l'assuré, la mesure de ce qui est exigible devant être déterminée aussi objectivement que possible. En l'occurrence, l'expertise ne permet pas d'expliquer pourquoi le trouble somatoforme douloureux ne pourrait pas être surmonté par un effort de volonté raisonnablement exigible, d'autant plus que les conflits intra-psychiques à l'origine de cette affection ne seraient pas, selon l'expert, réellement graves ou incurables. Malgré le caractère non contestable de l'existence des signes cliniques d'un état de stress post-traumatique, l'expertise demeure silencieuse sur la fréquence et l'acuité des troubles ressentis, ainsi que sur l'incidence de cette affection sur la capacité de travail de l'assuré dans les activités qui s'offrent à lui sur un marché du travail équilibré. Font également défaut des données précises sur la vie sociale de l'assuré avant et après 1998 (niveau d'intégration, vie familiale, cercle d'amis) et les traitements médicaux suivis depuis qu'il a cessé de travailler. Au regard de ces insuffisances, les premiers juges ne pouvait conférer pleine valeur probante aux conclusions de la doctoresse D.________.