Citation: 4A_446/2013 E. 1

Cette double critique ne peut pas être retenue. D'une part, comme l'intimée le souligne avec raison, la recourante n'a jamais soumis à l'arbitre unique l'argument tiré de l'art. 118 al. 3 COT qu'elle qualifie aujourd'hui de "question juridique essentielle". Et, contrairement à ce qu'elle avance sous le n. 106 de son recours, le seul fait d'avoir invoqué expressément, pendente lite, la compensation des créances réciproques des parties, n'équivalait nullement à la présentation de cet argument particulier. Aussi est-elle malvenue de reprocher après coup à l'arbitre unique de ne pas avoir traité cette question. D'autre part, l'intéressée soutient à tort avoir été prise au débotté. L'intimée, en effet, avait invoqué expressément la prescription de la créance fondée sur l'enrichissement illégitime, en se référant à l'art. 66 COT, dans son mémoire après audience du 8 février 2013 (p. 105 et 106; cf. sentence, n. 242). A réception de cette écriture, la recourante aurait donc dû logiquement se demander comment elle pourrait écarter l'exception de prescription, ce qui l'eût amenée à envisager d'opposer à celle-ci l'objection fondée sur l'art. 118 al. 3 COT. Elle aurait alors pu avancer spontanément un argument tiré de cette disposition, voire, étant donné que l'instruction de la cause touchait à sa fin, demander à l'arbitre unique qu'il lui donnât la possibilité de le faire. En revanche, elle ne pouvait pas demeurer sans réaction et se réserver de revenir ultérieurement à la charge dans l'hypothèse où l'arbitre unique jugerait sa prétention reconventionnelle prescrite (cf. arrêt 4A_150/2012 du 12 juillet 2012 consid. 4.2). 6.2.2.2. La recourante se plaint en outre, dans la deuxième branche du grief considéré, du fait que l'arbitre unique aurait "matériellement statué infra petita ", violant ainsi l'art. 190 al. 2 let. c LDIP, "en ne traitant pas cet aspect de la demande reconventionnelle" (recours, n. 109). Le moyen ne saurait prospérer. Aussi bien heurte-t-il de front une jurisprudence solidement établie, touchant la disposition citée, selon laquelle le grief tiré de l'art. 190 al. 2 let. c LDIP ne permet pas de faire valoir que le tribunal arbitral a omis de trancher une question importante pour la solution du litige (ATF 128 III 234 consid. 4a p. 242 et les références). 6.2.2.3. En dernier lieu, la recourante relève, par surabondance, que l'arbitre a violé l'adage iura novit curiaet, partant, l'ordre public procédural en s'abstenant d'appliquer l'art. 118 al. 3 COT (recours, n. 110). La motivation de l'ultime grief de la recourante, qui se limite à cette remarque surabondante, est sujette à caution. Du reste, la critique tombe à faux. Point n'est besoin d'examiner plus avant, en l'espèce, la question de savoir si le susdit adage, dans la signification que lui donne la recourante, fait partie ou non de l'ordre public procédural au sens de l'art. 190 al. 2 let. e LDIP et de la jurisprudence y relative (ATF 132 III 389 consid. 2.2.1). Certains auteurs paraissent le nier en s'appuyant sur des précédents qui n'abordent toutefois pas directement la question du point de vue théorique (cf. par ex.: Berger/Kellerhals, International and Domestic Arbitration in Switzerland, 2e éd. 2010, n° 1611, p. 466, lesquels citent les arrêts 4P.242/2004 du 27 avril 2005 consid. 7.3 et 4P.119/1998 du 13 novembre 1998 consid. 1b/bb). Quant aux auteurs mentionnés dans le recours (Kaufmann-Kohler/Rigozzi, Arbitrage international, Droit et pratique à la lumière de la LDIP, 2e éd. 2010, n° 843), qui semblent plutôt de l'avis contraire, ils soulignent néanmoins que la maxime iura novit curia n'est pas violée lorsque le tribunal arbitral s'inspire de l'art. 16 LDIP pour mettre la preuve du contenu du droit applicable à la charge des parties (ibid., avec une référence au premier arrêt précité). Dans le même ordre d'idées, un autre auteur, se fondant sur le second arrêt susmentionné, exclut une violation de l'ordre public si le tribunal arbitral ne recherche pas une règle de droit étranger applicable, alors qu'aucune des parties ne l'a invoquée (Bernard Corboz, in Commentaire de la LTF, 2009, n° 173 ad art. 77 LTF). La situation évoquée par ce dernier auteur est précisément celle qui prévaut dans le cas concret. L'arbitre unique n'a pas examiné l'application de l'art. 118 al. 3 COT parce que cette disposition n'avait pas été invoquée devant lui. A plus forte raison n'y a-t-il pas lieu de le lui reprocher sous l'angle de l'art. 190 al. 2 let. e LDIP, si tant est que cette disposition soit applicable, qu'au chiffre 10 de l'acte de mission du 4 mai 2012, il avait été convenu, s'agissant du droit turc applicable, que les parties devraient en prouver le contenu (" The parties shall prove the content of the applicable law ").