Citation: I 524/04 28.06.2005 E. 3

3.1 L'administration et, en cas de recours, le juge attendent de l'expert médecin, dont la mission diffère ici clairement de celle du médecin traitant, notamment qu'il procède à un examen objectif de la situation médicale de la personne expertisée, qu'il rapporte les constatations qu'il a faites de façon neutre et circonstanciée, et que ses conclusions s'appuient sur des considérations médicales et non pas des jugements de valeur (voir à ce sujet Jacques Meine, L'expert et l'expertise - critères de validité de l'expertise médicale, p. 1 ss, ainsi que François Paychère, Le juge et l'expert - plaidoyer pour une meilleure compréhension, page 133 ss, in : L'expertise médicale, éditions Médecine & Hygiène, 2002; également ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Dès lors, les médecins mandatés en qualité d'expert ne sauraient être liés par les conclusions retenues par des confrères. 3.2 En outre, le juge ne s'écarte en principe pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références). En ce qui concerne, par ailleurs, la valeur probante d'un rapport médical, ce qui est déterminant c'est que les points litigieux aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale soient claires et enfin que les conclusions de l'expert soient dûment motivées. Au demeurant, l'élément déterminant pour la valeur probante n'est ni l'origine du moyen de preuve ni sa désignation comme rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). 3.3 Ainsi que l'office recourant le souligne à juste titre, le rapport du docteur S.________ se fonde sur des examens complets et prend en considération les plaintes exprimées par l'intimée. Il a été établi en pleine connaissance de l'anamnèse et du dossier médical. Les points litigieux ont fait l'objet d'une étude circonstanciée. La description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale sont claires. Bien que sommaires, les conclusions de l'expert sont dûment motivées et convaincantes. En particulier, elles ne s'opposent pas à celles du docteur R.________, comme retenu à tort par les premiers juges suivis en cela par l'intimée. Se référant expressément à l'avis de l'expert psychiatre pour poser le diagnostic de trouble somatoforme douloureux, le docteur R.________ constate que l'affection psychique de l'intimée constitue une réaction psychologique à des circonstances adverses (douleurs physiques, difficultés conjugales), soit que la première résulte des secondes. Aussi l'avis du docteur S.________ n'est-il pas contraire mais complémentaire à celui du docteur R.________. De même n'y a-t-il pas lieu de s'écarter des conclusions du docteur S.________ au motif qu'elles s'opposent à celles formulées par les doctoresses T.________ (rapport du 5 avril 2004), K.________ (rapport du 5 avril 2004) et L.________ (rapport du 8 avril 2004). Recevables dans la présente procédure dans la mesure où ils se réfèrent à des constatations médicales qui sont étroitement liées à l'objet du litige et de nature à en influencer l'appréciation au moment où la décision attaquée a été rendue (ATF 99 V 102 et les arrêts cités), ces documents sont en effet dépourvus de valeur probante pour les motifs suivants. D'une part, ils ne contiennent aucune motivation. D'autre part, en tant que par courrier du 14 février 2000, la doctoresse L.________ indique ne plus compter l'intimée au nombre de ses patients - et que rien au dossier n'atteste depuis lors du contraire -, son rapport du 8 avril 2004 n'est pas crédible; il l'est d'autant moins que son contenu ne corrobore pas celui qu'elle a établi le 6 mars 2000 et dans lequel elle n'a fait état d'aucune incapacité de travail. Enfin, la jurisprudence admet que le médecin traitant est généralement enclin, en cas de doute, à prendre parti pour son patient en raison de la relation de confiance qui l'unit à ce dernier (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références).