Citation: U 347/06 22.08.2007 E. 3

Il ressort du dossier que le recourant souffre de nucalgies chroniques au niveau des cervicales moyennes et inférieures, et dans une moindre mesure de douleurs cervicales hautes, de céphalées, ainsi que de lombalgies. 3.1 Dans son analyse de la question de la causalité naturelle, le docteur F.________ a opéré une distinction entre les douleurs affectant la partie haute de la colonne cervicale de l'assuré et celles localisées dans sa partie basse. Il a attribué les premières à un dysfonctionnement cervical supérieur et les secondes, de loin les plus invalidantes, à la présence d'une chondromatose inflammatoire périvertébrale C6-C7 (type Modic I) qu'il décrit comme étant un processus inflammatoire progressif. Pour l'expert judiciaire, l'événement du 3 février 2000 était la cause directe du dysfonctionnement cervical supérieur, tandis qu'il n'était que la cause partielle de la chondromatose, le "traumatisme axial" initial ayant à cet égard joué un rôle déclenchant. Il est parvenu à ces conclusions en se fondant sur les éléments suivants : premièrement, l'accident assuré avait impliqué la colonne cervicale; deuxièmement, le choc avait été d'une certaine importance; troisièmement, les douleurs cervicales hautes avaient répondu au traitement par dénervation effectué par le professeur R.________ au niveau des facettes articulaires cervicales supérieures (C2 à C4); enfin, on ne pouvait pas parler d'un intervalle totalement asymptomatique entre février 2000 et avril 2001, les déclarations de l'assuré à l'inspecteur de la CNA au sujet de l'évolution de ses douleurs devant être relativisées au regard d'autres pièces au dossier. S'agissant plus particulièrement de la chondromatose, en référence à un article scientifique selon lequel ce type de lésion serait dû à des micro-traumatismes répétés entraînant des micro-lésions paradiscales et paravertébrales, l'expert judiciaire a déclaré que l'événement du 3 février 2000 pouvait être considéré en quelque sorte comme "la goutte qui fait déborder le vase" ou le "énième traumatisme au niveau cervical inférieur déclenchant un processus [...] progressivement symptomatique au cours de l'année 2000 et [...] totalement invalidant depuis 2001" (page 17 du rapport d'expertise). Quant aux autres atteintes à la santé présentées par M.________, à savoir le syndrome lombo-vertébral chronique sur discopathie L5-S1 et les discopathies dégénératives en C5-C6 et en C6-C7, elles ne découlaient pas de l'accident assuré. 3.2 Les docteurs I.________ et L.________ de la CNA ne partagent pas cet avis (appréciations médicales des 28 mai 2004 et 9 mars 2006). L'expert judiciaire aurait dû faire preuve d'une plus grande retenue dans l'appréciation de l'anamnèse de l'assuré. Une chondromatose se caractérisait par la présence d'altérations du signal IRM localisées dans la moelle osseuse de plateaux vertébraux adjacents à un disque intervertébral dégénératif. Or, il n'était nullement établi par la littérature scientifique que ces altérations s'inscrivaient dans un contexte post-traumatique, ni même qu'elles étaient à l'origine de symptômes cliniques particuliers. Généralement les douleurs facettaires et discogènes s'inscrivaient bien plutôt dans un contexte maladif. Le fait qu'elles se développaient après la survenance d'un accident ne permettait pas de déduire de leur origine traumatique. Une étiologie traumatique ne pourrait être soutenue qu'en présence d'un traumatisme adéquat provoquant immédiatement des douleurs cervicales particulièrement invalidantes suivies d'un rapide syndrome radiculaire. 3.3 L'expert a maintenu sa prise de position. Il avait discuté les éléments de fait l'ayant amené à ne pas retenir un intervalle libre entre l'accident et la rechute. Ses conclusions reposaient sur une interprétation soutenable de la littérature médicale. Il en voulait pour preuve la parution récente d'un autre article scientifique qui venait, selon lui, documenter le caractère progressif des modifications de type Modic I ainsi que la nette tendance à l'aggravation des douleurs chez les patients dont les images radiologiques montraient également une dégradation du processus.