Citation: 6B_1501/2022 E. 1

B.a. A.A._________, de nationalité suisse, est né en 1997. Il est célibataire sans enfant. Il est issu d'une fratrie de huit enfants. Il n'a plus de contact avec son frère aîné, ce qui l'affecte beaucoup. Il a suivi l'école primaire et le cycle d'orientation à U._________ puis a commencé un apprentissage d'installateur-électricien, interrompu après un peu moins d'un mois. Il a alors entrepris un nouvel apprentissage d'agent d'exploitation à U._________ (achevé en juillet 2018), dans une caserne militaire, au sein de laquelle il a ensuite été engagé en tant qu'auxiliaire. Il a continué à y travailler jusqu'à la fin de l'année 2018 et a touché entre 800 fr. et 1'200 fr. par mois, après quoi il a bénéficié de prestations de l'assurance-chômage. Au moment des faits, il était à la recherche d'un emploi. Son casier judiciaire suisse est vierge. B.b. A.A._________ et D.B._________ se sont rencontrés dans le sud de V._________ en été 2015. Au début, ils se voyaient durant les week-ends et les vacances puis, en août 2019, D.B._________ a quitté W._________ pour s'installer à U._________ avec son compagnon, dans un appartement au premier étage de l'immeuble sis xx, avenue de X._________ à Y._________ que A.A._________ avait loué notamment pour y vivre avec elle. Leur relation était immature, instable, fusionnelle malgré la distance, et empreinte de jalousie, de possessivité et de chantage au suicide de part et d'autre. Ils avaient ainsi par exemple créé un compte Facebook commun et A.A._________ signait certains documents "DA._________ ". Le chômage de A.A._________ pesait sur la situation financière du couple. Pour sa part, D.B._________ venait de terminer une formation à W._________ et cherchait un emploi, qu'elle avait trouvé, à Z._________, quelques jours avant son décès. Elle devait y débuter en janvier 2020. B.c. Les échanges de messages téléphoniques entre D.B._________ et A.A._________ laissent transparaître des difficultés dans leur couple dès 2017. Les différents témoignages figurant au dossier ainsi que les messages que D.B._________ a échangés avec sa mère, avec A.A._________ et B.A._________ ainsi qu'avec H.H._________ et I.H._________ démontrent que, dès 2018, ces difficultés ont empiré et que le prévenu a commencé à se montrer violent à son égard et à la contrôler, notamment en regardant régulièrement son téléphone, devenant de plus en plus possessif. De nombreuses disputes et ruptures, copieusement parsemées d'insultes, ont été évoquées de part et d'autre, suivies de réconciliations. Le ton et la teneur des messages reflètent peu le changement de la relation du couple survenu avec l'arrivée à U._________ de D.B._________. Néanmoins, la quantité de données diminue et les échanges sont moins fournis; ils consistent souvent en des reproches réciproques. B.d. Plusieurs messages envoyés par D.B._________ à A.A._________ font état de violences subies de la part de celui-ci, étant relevé que A.A._________ a fait des captures d'écran de certains de ces messages. D.B._________ en a parlé également à H.H._________, relatant des coups de façon générale ou en détaillant leur nature (coups au visage; étranglement; jet du duvet au visage et serrement du poignet). Elle s'en est également plainte dans des messages envoyés à B.A._________ et I.H._________ ainsi que, verbalement, auprès de H.H._________ et I.H._________, ou de J._________ (caractère contrôlant de A.A._________). Sans s'en plaindre directement auprès de sa mère, elle lui avait laissé entendre qu'il se passait quelque chose au point que celle-ci craignait qu'elle ne soit séquestrée ou frappée par A.A._________ et envisageait même de déposer une main courante à la police le 17 décembre 2019. D.B._________ a également dit à sa nièce avoir été étranglée et frappée par A.A._________. B.e. Tant D.B._________ que A.A._________ ont tenu des propos à caractère suicidaire. Avant qu'elle ne rejoigne son compagnon à U._________, c'est surtout D.B._________ qui avait mentionné vouloir en finir avec sa vie, en raison de difficultés rencontrées avec sa famille (son père étant handicapé depuis 2016 et sa mère et sa grand-mère lui reprochant, parfois très violemment, sa relation avec A.A._________) et en guise de reproches dans un contexte de jalousie et de possessivité envers son compagnon. Son ton était néanmoins redevenu joyeux et plein de vie, même si elle traversait manifestement une période plus difficile en été-automne 2018. A quelques reprises, les deux ont échangé sur leur suicide respectif. Elle confiait les menus événements de son quotidien à plusieurs amis et exprimait souvent son affection, envers A.A._________ mais aussi ses amis et sa famille. L'impression générale qui en ressort est celle d'un mode de fonctionnement, d'un chantage affectif et d'une posture, sans réel ancrage dans la réalité quotidienne. Il en va de même de la scarification: le 7 décembre 2019, D.B._________ a envoyé une photo à plusieurs correspondants sur laquelle on voyait un bras portant quelques entailles parallèles, légères, sur le poignet, ainsi qu'une lame. Cet envoi a d'ailleurs été compris comme un appel au secours et non comme une tentative de suicide par ceux qui l'ont reçu. Les entailles apparaissaient très légères sur l'image envoyée, et n'avaient laissé que des traces superficielles sur l'avant-bras droit de D.B._________. A.A._________ a également entretenu des idées morbides. Une lettre d'adieu a été retrouvée par la police à son domicile, datée du 20 novembre 2019, dont la teneur est la suivante: " Ma petite famille, il est temps pour moi de partir loin dans un autre monde. Je serai toujours là pour vous dans vos coeurs à jamais. Mon grand frérot (...). Mon amour, merci pour ces quatre années merveilleuses. Je ne t'oublierai jamais !! Je t'aime [signature] Je vous aime très fort!". D.B._________ dit avoir dû batailler avec lui pendant des heures dans la nuit du 6 au 7 décembre 2019, pour l'empêcher de s'ôter la vie. B.f. La cour cantonale a encore relevé deux épisodes ressortant en particulier de la procédure. Le premier est survenu les 16 et 17 novembre 2019. A.A._________ et D.B._________ avaient été invités chez la famille H._________, dans leur résidence secondaire à U1._________. Une dispute semble les avoir opposés dans la journée; A.A._________ ne s'étant pas réveillé de sa sieste, D.B._________ est partie avec H.H._________ et sa copine J._________. A.A._________ a ensuite tenté de joindre D.B._________ par téléphone à 22 reprises. À 00h56, il a envoyé à H.H._________ un message vocal dans lequel il annonçait qu'il n'était pas content, qu'il avait trouvé la maison en V._________ sur Snapchat et qu'il allait venir. Son message se terminait par: " J'en ai rien à foutre, je vais prendre ma voiture et je vais débarquer là-bas et j'en ai rien à foutre de l'heure à laquelle j'arrive et si je fous le bordel là-bas en bas, j'en ai rien à foutre car c'est vraiment un manque de respect. Alors maintenant, j'arrive". À 00h59, il a envoyé le message suivant à D.B._________: " Arrête de jouer à ça je vais virer je vais débarquer je vais tout niquer". À 01h25, il a adressé à H.H._________ le message vocal suivant: " J'en ai rien à foutre, vous vous foutez de ma gueule depuis le début, j'en ai rien à branler. Là tu vois je vais mettre de l'essence et je débarque. Je prends l'autoroute, j'en ai pour deux heures de route et je débarque, j'en ai rien à foutre, parce que c'est un manque de respect, et vous vous foutez de ma gueule depuis toute la journée. Alors maintenant, j'en ai rien à branler, j'arrive "; " Faut pas se mettre en travers parce que je vois noir, j'en ai rien à foutre. J'ai rouge dans la tête et je vais tout défoncer. Et surtout si je vois sa tête, je l'explose (il crie) ". D.B._________ a entendu ce message vocal et s'est mise à trembler. Arrivé sur place à U1._________, A.A._________ a stationné son véhicule à proximité de la maison et y a passé la nuit, refusant d'en sortir malgré l'insistance de D.B._________, jusqu'à ce que le père de H.H._________ et I.H._________ parvienne à le convaincre de les rejoindre dans la maison. Le second épisode s'est produit entre le 8 et le 9 décembre 2019. A.A._________ et D.B._________ s'étaient rendus à W1._________, en compagnie d'un groupe d'amis au nombre desquels H.H._________ et sa soeur I.H._________. Une dispute est survenue et, après être rentrés à V1._________ où résidaient les H._________, D.B._________ a refusé de rentrer au domicile du couple et souhaité passer la nuit chez I.H._________. A.A._________ a alors décidé de rester sur place à V1._________, dans sa voiture, qu'il a stationnée à proximité du domicile de H.H._________, dans l'intention de s'assurer que celui-ci rentrait bien chez lui et non chez sa soeur. Au cours de la nuit, il a échangé quelques messages avec D.B._________ qui l'a enjoint de rentrer à U._________, en vain. Cette nuit-là, elle a entretenu une relation sexuelle avec H.H._________, qu'elle a cachée à A.A._________, même si celui-ci nourrissait des soupçons à ce sujet; le lendemain, elle est rentrée à Y._________ avec lui. B.g. Le 17 décembre 2019, le couple était invité pour la soirée au domicile des parents H._________ à V1._________. Ce matin-là, A.A._________ a surpris sur le téléphone de D.B._________ un échange de messages tendres entre elle et H.H._________, qu'il a pris en photo. En début d'après-midi, D.B._________ a rapporté à H.H._________ que A.A._________ avait vu cet échange et voulait qu'elle arrête de lui parler. B.g.a. À 16h39, A.A._________ avait appelé son ami K._________ cette conversation avait été enregistrée sur son téléphone. A.A._________ y expliquait à son interlocuteur que D.B._________ lui avait dit avoir des sentiments pour H.H._________ et ne plus savoir où elle en était, que " l'autre " avait " été là pour elle " quand elle en avait eu besoin. Il avait poursuivi en disant qu'il pensait qu'elle allait bientôt le quitter, qu'il ne savait pas quoi faire et il avait mentionné l'échange de messages surpris le matin. Son ami avait cherché à le rassurer et à lui dire que D.B._________ cherchait peut-être à le manipuler pour s'assurer de son affection, mais A.A._________ l'avait contesté et avait dit à plusieurs reprises qu'il ne savait pas quoi faire, D.B._________ exprimant encore des sentiments pour lui. Après 4,26 minutes de conversation, A.A._________ avait dit: " J'te jure K._________ j'vais faire une bêtise bientôt hein ". K._________ lui avait répondu: " une bêtise comment? Lui taper? ". A.A._________: " non, pas avec lui. Avec moi et ma copine ". K._________: " La taper elle? ". A.A._________: " Non pas la taper ". K._________: " La tuer? ". Après deux secondes de silence, A.A._________ avait répondu: " Je sais pas K._________ ". Dans la suite de la conversation, alors que son ami cherchait à le dissuader de prendre les choses aussi gravement (" Arrête tes conneries A.A._________. Il faut pas faire ça. Il faut pas penser à ça mec "), en lui proposant de se voir et en essayant de lui remonter le moral, A.A._________ avait expliqué être invité le soir même chez la famille H._________, qu'il n'avait pas envie d'y aller mais que, s'il n'y allait pas, H.H._________ viendrait alors chercher D.B._________ et que cela allait " partir en couilles ". K._________ l'avait encouragé à se rendre à V1._________ et à parler avec H.H._________ puis D.B._________ pour s'assurer de ses sentiments, en soulignant que, si elle devait le quitter, il souffrirait quelque temps puis s'en remettrait. B.g.b. Pour sa part, D.B._________ avait eu une discussion avec sa mère. Elle l'avait avertie qu'elle allait bientôt venir lui rendre visite et avait des choses à lui dire; on comprend qu'elle voulait lui annoncer qu'elle avait trouvé un emploi mais aussi qu'elle était en train de rompre avec A.A._________. Dans les jours précédents, elle lui avait parlé de sa relation naissante avec H.H._________, ce qui avait suscité l'ire de sa mère puisque cela signifiait qu'elle allait rester éloignée d'elle. B.g.c. A.A._________ et D.B._________ se sont effectivement rendus ensemble au domicile de la famille H._________ le 17 décembre 2019 au soir. Ils y ont dîné avec H.H._________, sa soeur I.H._________ et leurs parents, ainsi qu'avec une connaissance, L._________. Tous les convives entendus en cours de procédure - à l'exception de A.A._________ lui-même - ont décrit ce dernier comme particulièrement renfermé et froid ce soir-là. Alors que D.B._________ se trouvait sur le balcon avec I.H._________, il avait saisi son téléphone, l'avait consulté et constaté la présence de messages échangés avec H.H._________ (déclaration d'amour) et se les était envoyés sur son propre téléphone. A.A._________ avait certes contesté avoir effectué cet envoi, mais il était établi par les déclarations de I.H._________ et la proximité immédiate de cet envoi avec une note qu'il avait laissée à l'attention de D.B._________ dans laquelle il lui faisait part de son désarroi: "... tu es toute ma vie je ne peux pas me permettre de te perdre... je suis vraiment perdu sans toi et je ne veux pas qu'on se perde ". Peu après, A.A._________ avait discuté avec H.H._________ dans une pièce séparée, lui reprochant de lui voler sa copine. Cette discussion avait été interrompue par une crise de panique de la mère de H.H._________; peu après, vers 23h15, A.A._________ et D.B._________ avaient quitté les lieux. A.A._________ avait enregistré sur son téléphone le départ du domicile des H._________. On y entendait notamment la mère l'enjoindre de se calmer, H.H._________ lui avait proposé de poursuivre leur discussion, ce qu'il avait refusé et D.B._________ avait dit que ça allait. B.g.d. Peu après le départ de D.B._________ et A.A._________, à 22h53, H.H._________ avait contacté la centrale d'urgence de la police (117) pour faire part de son inquiétude au sujet du couple. Il avait mentionné des actes de violence de A.A._________ à l'encontre de sa compagne, que celle-ci aurait été séquestrée et ne pouvait pas téléphoner à sa guise, que son copain était toujours collé à elle et qu'il menaçait de se suicider. Il avait fait part de ses craintes au sujet d'un couteau que A.A._________ lui avait montré: " Ça m'fait juste peur parce que le jour où il lui met le couteau sous la gorge, un exemple, ben y a rien de prévu. J'l'aurai dit à l'avance mais la loi n'aura rien fait avant ". B.g.e. La suite des événements s'est déroulée en huis-clos au domicile du couple, soit un logement de 28 m2 sis au premier étage (deux volées d'escaliers) et comprenant une pièce principale de 19 m2, une cuisinette (non équipée) de 3.2 m2, un hall et une salle de bains de 2.9 m2. Les lieux étaient très encombrés d'objets divers et ne comportaient presque aucun meuble à l'exception d'un lit double, d'un canapé, d'un petit meuble de rangement et d'un meuble à télévision. La cour cantonale a souligné, dans ce contexte, le caractère souvent contradictoire des nombreuses déclarations de A.A._________ et indiqué que les faits avaient pu être reconstitués par l'exploitation des téléphones portables de ce dernier, de H.H._________ et de D.B._________, soit par les messages qu'ils s'étaient échangés ainsi que les données enregistrées en arrière-plan par les appareils retrouvés dans l'appartement (notamment les déplacement enregistrés par l'appareil de D.B._________). Le couple est arrivé au domicile à 00h24, après avoir stationné le véhicule de A.A._________ à environ cinq minutes à pied. À partir de 06h43, D.B._________ avait échangé régulièrement avec H.H._________. Les messages échangés jusqu'à 01h05 n'ont été retrouvés que sur le téléphone de ce dernier, ayant été supprimés de celui de D.B._________. À partir de 01h41, les messages envoyés par H.H._________ n'avaient plus été lus; ils figuraient néanmoins sur leurs deux téléphones. D.B._________ l'avait informé être bien rentrée mais que A.A._________ " [allait] faire une connerie je crois " (00h46), que c'était fini avec lui et qu'il était en train de tout supprimer, de faire du vide " de partout " (00h53). On comprenait de ces échanges que D.B._________ craignait que A.A._________ ne s'en prît à lui-même, tandis que H.H._________ craignait que A.A._________ ne cherchât à manipuler D.B._________ pour la garder à ses côtés. À 01h32, D.B._________ avait indiqué " J'ai juste dit que nous deux c'est fini. Pour le moment j'ai réussi à le calmer parce que j'ai le couteau mais voilà... demain je parlerai à son père. Et moi je me taille quelque part ". Selon les explications de A.A._________, peu après leur arrivée dans l'appartement ils avaient parlé de leur relation, de H.H._________ et du fait que D.B._________ voulait, selon les termes de A.A._________, " faire une pause ". À un moment donné, elle s'était emparée d'un couteau qui se trouvait sur le canapé pour le déposer, selon lui, à proximité du lit, du côté du mur. Ces éléments étaient en partie corroborés par les messages envoyés par D.B._________. Toujours selon A.A._________, D.B._________ s'était allongée dans le lit peu après et n'en était plus sortie; lui-même avait dit l'y avoir rejointe à un moment indéterminé après s'être déshabillé. B.g.f. A 01h08, A.A._________ a copié, dans le presse-papier de son téléphone, le message qu'il enverra à son père à 02h01: "Papa, m'en voulez pas mais maintenant je dois faire un choix et c'est pas facile. Je suis désolé, je reste à jamais dans vos coeurs. Je laisse la clé sous le tapis mais rentre toi en premier... Mon Opel est garée dans une place visiteur à côté de l'entrée de mon parking de l'Audi. Les cartes grises sont dans la boîte à gants de l'Opel. Prenez soin de mes hamsters ils sont adorables. Si jamais le code de ma carte Poste (xxxxxx). Mon PC a déjà plus le code, mon téléphone pareil. Si jamais il faut d'autres codes faut essayer (xxx, xxxxxx, D.B._________xxxx, D.B._________xxxxxx, DA._________, BxxxxBxxxx). Je serai toujours là pour vous. Si un jour mon grand frère vous montre la petite, faite lui un bisou de ma part. Je vous aimes fort fort fort. Ah oui. L'Audi, à un soucis de bobines mais il y a tout derrière mon sièges pour y réparer, Sinon le reste je vous laisse vous en occupé. Encore une fois désolé pour tout". A.A._________ a procédé aux actes qu'il annonçait dans ce message. Ainsi, sans qu'il soit possible de déterminer à quel moment, il a désolidarisé la clé de l'appartement de son trousseau; elle sera retrouvée dans la serrure de la porte d'entrée. Entre 00h42 et 00h57, il a supprimé le mot de passe de son ordinateur ainsi que certains fichiers, notamment des photos intimes de D.B._________ et lui. A 01h26, il a modifié ou supprimé le mot de passe de son téléphone. Après l'envoi du message à son père à 02h01, le téléphone de A.A._________ n'a plus été utilisé entre 02h04 et 02h14. Pendant ce laps de temps, entre 02h10 et 02h14, le téléphone de D.B._________ a été déplacé d'une quinzaine de mètres l'application WhatsApp et les réglages ont été consultés, sans que les messages de H.H._________ revus peu auparavant ne soient lus. À 02h14, le téléphone de D.B._________ a appelé celui de A.A._________, qui n'a pas décroché; la mention de l'appel en absence a été effacée du téléphone de A.A._________ et l'application WhatsApp utilisée pendant 13 secondes. Les deux appareils sont restés inactifs entre 02h15 et 02h50, à l'exception de connexions automatiques. A 02h57, A.A._________ a appelé sa soeur C.A._________; leur conversation a duré un peu plus de cinq minutes. Selon leurs déclarations, qui sont concordantes, sinon identiques, il l'a informée que D.B._________ était gravement blessée, voire morte selon les versions. A.A._________ affirme lui avoir dit que D.B._________ " s'était planté un couteau ", ce que sa soeur n'a pas déclaré initialement avant de le confirmer. Leur père a interrompu la conversation, prenant le téléphone de sa fille pour enjoindre A.A._________ d'appeler immédiatement le 144 pour porter secours à D.B._________. Au moment de cet appel. A.A._________ était dans sa voiture dans la rue où elle avait été stationnée. Il a regagné son domicile au volant du véhicule. C.A._________, pour sa part, a pris son scooter pour venir à l'appartement. Lorsqu'il y est arrivé, A.A._________ n'a pas pu entrer dans l'immeuble, ayant laissé la clé de la porte de l'allée dans l'appartement. Il a sonné chez son voisin qui est descendu lui ouvrir et auquel il a expliqué, en remontant à l'étage, s'être disputé avec sa copine (" pris la tête et engueulé "). L'appel au 144 n'a eu lieu qu'à 03h09 (soit environ sept minutes après la fin de la discussion avec C.A._________) et a duré un peu plus de dix minutes. Sur l'enregistrement, on entend A.A._________, essoufflé, commencer par donner son adresse à l'opérateur avant de dire "avec ma copine on s'est pris la tête, mais c'est grave, elle s'est planté un couteau et elle bouge plus elle est blanche". Il a répondu aux questions de l'opérateur de façon relativement cohérente. L'opérateur s'est étonné lorsque A.A._________ lui a dit qu'il avait enlevé le couteau, avant de lui dire qu'il fallait procéder à un massage cardiaque. Lorsque l'opérateur lui a demandé si elle saignait, il a répondu "c'est sec". À partir de ce moment-là, A.A._________ sanglotait et a répété à plusieurs reprises "elle est blanche", "elle ne bouge plus", qu'il avait "paniqué" et qu'il ne se passait rien. L'opérateur a continué à l'instruire sur le massage cardiaque. Après environ 7 minutes 30 secondes on entend C.A._________ arriver, crier "D.B._________" et prendre en charge le massage cardiaque jusqu'à l'arrivée des ambulanciers quelques minutes plus tard. Ces derniers ont tenté en vain de réanimer D.B._________, dont le décès a été officiellement constaté sur place à 03h50. B.g.g. A.A._________ a maintenu tout au long de la procédure que D.B._________ avait pris le couteau pour l'empêcher, lui, de s'en emparer, lui disant de ne pas faire une bêtise sinon elle en ferait une. Elle avait enfoncé le couteau dans son torse sans rien dire. Lors de sa toute première audition par la police, il a hésité sur la question de savoir s'il avait poussé ou enlevé le couteau, avant de s'en tenir à la position maintenue par la suite. Il a également expliqué de façon constante qu'après ce geste de D.B._________, il avait enlevé le couteau, posé un coussin sur la plaie et lui avait fait un bisou avant de s'habiller et de quitter les lieux. Selon le rapport d'autopsie et son complément ainsi que les déclarations en audience des médecins légistes, D.B._________ présentait une plaie au thorax de 4,5 x 2,4 cm causée par l'introduction d'une lame à un seul tranchant. Elle présentait également, sur la paume de la main droite, une plaie linéaire superficielle de 5 cm, ayant également les caractéristiques d'une lésion provoquée par un instrument tranchant; le couteau retrouvé par la police sur les lieux pouvait être à l'origine de ces plaies. La plaie thoracique a entraîné les lésions décrites dans l'acte d'accusation [La lame a pénétré dans la région thoracique supérieure paramédiane gauche, à une profondeur de 11.6 cm, touchant notamment l'aorte thoracique descendante, l'artère pulmonaire gauche et le poumon gauche], nécessairement mortelles à brève échéance et qui ont provoqué une incapacité d'agir quasi-immédiate. L'heure exacte de survenue du coup de couteau ayant entrainé le décès n'a pas pu être établie avec certitude par les experts et se situait entre 23h20 et 3h50. Les constatations effectuées par les médecins légistes étaient compatibles tant avec la thèse d'une hétéro-agression qu'avec celle d'une auto-agression. En cas d'hétéro-agression, la plaie secondaire à la main pouvait être considérée comme une lésion défensive et, en cas d'auto-agression, elle pouvait avoir été provoquée lors d'une manipulation du couteau par la victime. Interrogés plus spécifiquement sur la question de l'acte auto- ou hétéro-agressif, les légistes ont précisé que dans la présente cause, il n'y avait pas de coups d'essai, qui sont des indices d'auto-agression; la personne qui se blesse mortellement commence, le plus souvent, à s'infliger des blessures et, suivant la douleur provoquée, elle s'arrête puis recommence: on constate alors l'existence de blessures plus superficielles à côté de celle ayant causé la mort. Dans les cas d'hétéro-agression à l'arme blanche, on retrouve le plus souvent des lésions défensives aux extrémités, qui peuvent être très profondes. La plaie présentée par la victime à la main droite pouvait être interprétée comme une telle lésion, mais était atypique dans la mesure où elle était superficielle. La plaie mortelle pouvait avoir été causée par un geste sans élan dans la mesure où aucun os n'avait été touché et où le cartilage d'une femme aussi jeune était une structure souple n'opposant pas de résistance particulière. S'il fallait une certaine détermination pour causer une telle plaie, une fois la barrière cutanée passée, les autres structures n'opposaient pas de résistance particulière. Il avait fallu " une certaine force mais pas une force certaine ". Selon leur opinion, l'arme n'avait vraisemblablement pas été enfoncée jusqu'à la garde. Dans leur expérience, en cas d'auto-agression à l'arme blanche, les légistes n'avaient pas le souvenir de cas particuliers avec des lésions superficielles comme celle située dans la paume de D.B._________. Les suicides de femmes à l'arme blanche sont particuliers et atypiques, celles-ci recourant plus souvent à des intoxications médicamenteuses, à des pendaisons et à des chutes dans le vide, et le taux de suicide étant deux à trois fois plus élevé pour les hommes que pour les femmes. Le taux de suicides à l'arme blanche se situe entre 1,6 % et 3 %, hommes et femmes confondus dans d'autres pays que la Suisse, chiffres qui devaient toutefois être pris " avec des pincettes "; de telles données n'existaient pas en Suisse. L'office fédéral de la statistique classait les moyens de suicide, mais les armes blanches ne faisaient pas l'objet d'une catégorie et entraient donc dans celle des " autres moyens " qui représentait en 2017 5.6 % chez les femmes et 4.8 % chez les hommes. Les cas d'homicides au sein du couple surviennent le plus souvent au domicile et le moyen le plus souvent utilisé dans ces cas est l'arme blanche. B.g.h. A.A._________ a fait l'objet d'un examen par des médecins légistes le 18 décembre 2019, lesquels n'ont constaté aucune lésion, quand bien même il leur avait déclaré qu'après que D.B._________ s'était planté le couteau dans la poitrine, il avait repris cette arme et pensé à la retourner contre lui-même mais ne l'avait pas fait. B.g.i. Selon le rapport d'expertise psychiatrique, A.A._________ possédait au moment des faits la faculté d'apprécier le caractère illicite de ses actes et de se déterminer d'après cette appréciation, sa responsabilité étant pleine et entière. Il présentait un profil psychologique mettant en évidence une certaine anxiété ainsi qu'un retrait social, ce qui allait dans le sens de traits de personnalité évitante et des aspects défensifs de type opposition passive. Les experts n'ont pas retrouvé de signes cliniques en faveur d'un état de stress post-traumatique suite aux événements. A.A._________ présentait, au moment des faits, un épisode dépressif caractérisé d'intensité moyenne qui se traduisait par une humeur triste et des idées suicidaires. Aucun diagnostic psychiatrique n'a été retenu pour la période faisant immédiatement suite au coup de couteau, au cours de laquelle l'expertisé faisait état d'une sidération et d'un état de choc. Le risque de récidive en lien avec des infractions contre la vie et l'intégrité corporelle d'autrui a été évalué de moyen à élevé, pour le cas où il aurait commis les faits reprochés; aucune mesure n'était toutefois préconisée.