Citation: 4A_95/2022 E. 1

Les deux hommes ont été actionnés en responsabilité par des créanciers cessionnaires de la masse en faillite, le premier en tant qu'organe formel, le second en qualité d'organe de fait. Le 8 octobre 2009, le Tribunal cantonal neuchâtelois a jugé les deux administrateurs solidairement responsables au sens des art. 754 et 759 CO et les a condamnés à dédommager les créanciers demandeurs. Les prénommés ont recouru au Tribunal fédéral. Le 18 février 2010, ils ont conclu une convention avec la société Z.________ SA, qui appartenait à B.________ et des membres de sa famille. Les ex-administrateurs s'engageaient à consigner chacun 150'000 fr. sur un compte ouvert auprès d'une notaire. Cette somme (300'000 fr.) devait servir à régler l'affaire pendante devant le Tribunal fédéral. Elle serait débloquée en faveur des créanciers reconnus par cet arrêt et répartie dans la mesure fixée par cette autorité. A.b. Le 3 mai 2010, le Tribunal fédéral a partiellement admis les recours des administrateurs et renvoyé la cause à l'autorité cantonale pour qu'elle complète l'état de fait et rende une nouvelle décision. A.c. B.________ a entrepris de faire déconsigner le montant versé auprès de la notaire. Le 11 novembre 2010, X.________, administrateur de Z.________ SA, a adressé à B.________ et A.________ un courrier ayant la teneur suivante: "[...] La présente a pour but de permettre la déconsignation de la somme de CHF 150'000.- versée par B.________ et actuellement consignée auprès d['une] notaire à Neuchâtel. De manière à garantir les droits de chacun, en lieu et place de la consignation des CHF 150'000.- de B.________ qui reste bien évidemment entièrement lié par la convention du 18 février 2010, [...] la société Z.________ SA se porte fort des engagements de B.________ découlant de la convention du 18 février 2010, au sens de l'article 111 du Code des obligations. -..] La présente promesse de porte-fort rentrera [sic!] en vigueur au moment où la somme de CHF 150'000.- consignée par B.________ aura été déconsignée par la notaire [...]". Le 12 novembre 2010, le mandataire de B.________ a écrit à son confrère défendant les intérêts de A.________ que ce document offrait une garantie désormais suffisante. Il le priait d'intervenir directement auprès de la notaire pour demander la libération des 150'000 fr. Ce à quoi le confrère a répondu le 16 novembre 2010: "L a garantie offerte est insuffisante et A.________ n'est pas disposé à accepter une quelconque libération du montant consigné ". A.d. Le 17 mai 2011, deux conventions ont été passées, dont aucune n'évoquait le porte-fort proposé le 11 novembre 2010. La première résumait la stratégie que A.________ et B.________ entendaient adopter dans le procès en responsabilité: leur avocat commun devait convaincre les créanciers d'accepter une offre transactionnelle dont le plafond était fixé à 90'000 fr. L'un et l'autre acceptaient la libération immédiate des 300'000 fr. consignés chez la notaire et s'engageaient à redéposer 50'000 fr. chacun afin de couvrir la proposition transactionnelle et les frais judiciaires. Selon la seconde convention, les deux prénommés s'engageaient à assumer pour moitié chacun le montant fixé par le tribunal ainsi que les frais de justice, au cas où la procédure initiée par les créanciers de la faillie "se solderait par un montant à devoir aux créanciers". Les montants bloqués chez la notaire ont été déconsignés, chacun récupérant en fin de compte 150'000 fr. Ils ont l'un et l'autre reconsigné 50'000 fr. A.e. Le 9 septembre 2016, le capital-actions de Z.________ SA a été entièrement vendu à un tiers. La convention ne mentionnait aucun engagement de porte-fort. A.f. Le Tribunal civil ressaisi de la cause a statué le 12 juin 2017. A.________ et B.________ répondaient solidairement du dommage causé pour avoir tardé à aviser le juge du surendettement de la société. Ils ont été condamnés à verser 213'013 fr. 85 à quatre créanciers. Les frais et dépens totalisant 90'001 fr. ont été intégralement mis à leur charge. S'y sont ajoutés 34'000 fr. pour les frais et dépens de l'appel consécutif, qui a été rejeté. A.g. Le 16 mai 2018, A.________ et B.________ ont conclu un accord avec les quatre créanciers. Le premier s'engageait à leur verser 300'000 fr. et le second 60'000 fr. En outre, les sûretés déposées auprès du greffe (9'000 fr.) devaient être libérées en leur faveur. Les créanciers recevaient ainsi 369'000 fr. pour solde de tout compte. Les versements devaient intervenir au plus tard le mercredi 30 mai 2018, faute de quoi la convention serait caduque. De fait, aucun versement n'a été effectué à la date fixée. A.h. Le 1 er juin 2018, A.________ a négocié un nouvel arrangement avec les créanciers. En substance, il s'engageait à leur verser 300'000 fr. pour solde de tout compte et à retirer le recours qu'il avait déposé au Tribunal fédéral. Ce qu'il a fait le 8 juin 2018, suivi de peu par B.________. Le 26 juin 2018, A.________ a réclamé à B.________ 120'000 fr. au titre de la liquidation de leurs rapports internes. Les 11 et 25 janvier 2019, il a interpellé Z.________ SA à titre de porte-fort pour le montant de 120'000 fr.