Citation: 7B_6/2022 E. B

Par arrêt du 23 mars 2022, la Chambre pénale de recours de la Cour de justice de la République et canton de Genève (ci-après: la Chambre pénale de recours) a rejeté le recours formé contre cette ordonnance par A.________ Co et B.________ Corp. Elle a notamment retenu les faits suivants. B.a. Depuis 1998, A.________ Co et B.________ Corp, deux sociétés de droit panaméen, ont confié la gestion de leurs avoirs en Suisse à E.________. B.b. F.________ SA, inscrite au Registre foncier de Genève, a pour but la gestion de fortune. D.________ et C.________ sont administrateurs de cette société qui fait partie du groupe F.________. E.________ a été administrateur de F.________ SA du 18 février 2011 au 5 octobre 2018. Il en a également été actionnaire et employé en qualité de gestionnaire de 2010 à mai 2019. B.c. Lorsque E.________ a rejoint F.________ SA en 2010, A.________ Co et B.________ Corp ont signé un contrat de mandat de gestion discrétionnaire avec F.________ SA. Durant toute sa durée, ce mandat a été assuré par E.________. Bien que le contrat de gestion ait été conclu avec F.________ SA - qui recevait des rémunérations et rétrocessions, dont ont bénéficié ses administrateurs -, la gestion du patrimoine était concrètement confiée à E.________ qui, seul, a conseillé les placements effectués. Au départ de E.________, A.________ Co et B.________ Corp ont résilié le mandat de gestion conclu avec F.________ SA. B.d. Depuis son départ de F.________ SA, en mai 2019, E.________ est en conflit avec ses anciens associés, ce qui a donné lieu à plusieurs procédures pénales en Suisse et à l'étranger. B.e. Entre les mois d'août 2019 et janvier 2020, A.________ Co et B.________ Corp ont formé une demande de reddition de compte auprès de F.________ SA concernant leurs investissements et les rémunérations perçues par leur mandataire, sans recevoir, selon elles, les documents sollicités en retour. B.f. Le 28 février 2020, A.________ Co et B.________ Corp ont déposé plainte pénale contre les dirigeants de F.________ SA, "en particulier" contre C.________ et D.________ pour abus de confiance, escroquerie et gestion déloyale. Elles leur reprochent en substance deux complexes de fait. Les plaignantes soupçonnent premièrement C.________ et D.________ d'avoir investi leurs avoirs dans des fonds "maison" - à savoir des fonds contenant eux-mêmes des parts dans trois autres fonds et dont la structure aurait assuré la ponction de multiples frais et commissions encaissés par le groupe F.________ à leur insu. Deuxièmement, elles leur font grief de la "disparition" de quelque 3'000'000 EUR dans le cadre d'un projet d'investissement, intitulé projet xxx, dans un immeuble de quatorze appartements en Espagne. Les plaignantes ont participé à ce projet conduit par E.________, par le biais d'une entité du groupe F.________. Le projet impliquait l'acquisition de parts de la structure G.________, sise aux îles Vierges britanniques, ce qu'elles avaient fait pour un total de 3'000'000 EUR. Un rendement particulièrement intéressant de 60 % aurait été mis en avant. L'immeuble en question a été acquis le 1 er août 2013 par la structure H.________ SL - dont E.________ était administrateur et directeur - au moyen de prêts intergroupes en cascades. Selon les plaignantes, chaque prêt aurait conduit à la facturation d'intérêts, diminuant d'autant la rentabilité de l'investissement. En définitive, douze appartements auraient été vendus pour la somme de 21'089'387 EUR, seuls 17'631'000 EUR ayant été distribués aux investisseurs. Les plaignantes avaient reçu le remboursement de leur capital, ainsi qu'un rendement de 37 % seulement. Par ailleurs, le produit de la vente des deux derniers appartements aurait été "dirigé vers un établissement bancaire mauricien". B.g. Dans leurs déterminations du 21 décembre 2020, C.________ et D.________ ont indiqué en substance que, selon les contrats, F.________ SA était expressément autorisée à investir les avoirs de A.________ Co et B.________ Corp dans les produits du groupe F.________ et que les rétrocessions étaient une rémunération additionnelle de la société, vu les faibles frais de gestion. Chaque chargé de relation, soit en l'occurrence E.________, était tenu d'informer les clients du type et de l'ampleur des rétrocessions. F.________ SA aurait perçu un total de 31'339,04 USD à titre de rétrocessions en relation avec la gestion des avoirs des plaignantes pendant la durée du mandat; la société se serait d'ailleurs engagée à transférer ce montant aux plaignantes à réception de la confirmation qu'elles n'avaient pas reçu d'information sur les rétrocessions. S'agissant de l'investissement dans le projet xxx, C.________ et D.________ ont exposé que H.________ SL avait déposé une plainte pénale en Suisse contre E.________ et introduit une action civile en Espagne pour lui réclamer plus de 5'000'000 EUR au motif que les lots auraient été vendus à des prix sous-évalués. Les prospectus régissant les fonds proposés par F.________ SA prévoyaient explicitement la création des structures G.________ et H.________ SL et autorisaient la création d'autres structures intermédiaires. Recommandée par des prestataires de service professionnels, une telle organisation présentait des avantages fiscaux importants, permettant d'éviter toute imposition à la source sur les bénéfices des ventes et les profits. A la fin mars 2020, un montant de 18'6000'000 EUR avait été distribué aux investisseurs, qui avaient récupéré leur capital de départ et réalisé un profit de l'ordre de 43 %, le rendement de 60 % invoqué par les plaignantes ne ressortant d'aucun document. La vente des deux derniers appartements devait encore apporter une plus-value supplémentaire. B.h. Donnant suite à l'avis de prochaine clôture, A.________ Co et B.________ Corp ont, en mars 2021, formulé des réquisitions de preuves supplémentaires, à savoir notamment la saisie de la documentation bancaire auprès de I.________ (Suisse) SA, la production de documents comptables et l'audition de plusieurs personnes.