Citation: 5A_513/2023 E. 6.3.3

6.3.3. En l'occurrence, il sera d'abord relevé que l'on ne saurait reprocher à la Cour de justice d'avoir examiné les perspectives d'emploi de l'épouse dans le domaine bancaire, dès lors que celle-ci jouit d'une formation et d'une expérience longue de plus d'une dizaine d'années dans ce domaine. La critique du recourant à ce propos ne satisfait du reste pas le principe de l'épuisement matériel des instances (cf. supra consid. 2.4), dès lors qu'il ressort de l'arrêt entrepris que le Tribunal avait tenu compte d'une activité dans les services financiers pour arrêter le revenu hypothétique de l'épouse, sans qu'il apparaisse que le recourant aurait contesté ce point en appel. Par ailleurs, le taux d'activité auquel il peut être exigé que l'épouse travaille et le montant du revenu hypothétique retenus dans l'arrêt entrepris ne sont pas contestés devant le Tribunal fédéral. Cela étant, l'on peine avec le recourant à comprendre pour quelle raison la Cour de justice s'est référée à la LACI - loi citée de manière générale sans référence à une disposition particulière -, dès lors qu'elle constate elle-même que l'épouse s'était vu refuser le droit à des indemnités de chômage et que le délai de deux ans prévu dans cette " loi " afin de tenir compte des difficultés des personnes ayant atteint un certain âge dans les recherches d'emploi ne la concerne pas. Selon les principes susrappelés (cf. supra consid. 6.3.2.1), l'obligation pour les époux de subvenir à ses propres besoins par la reprise ou l'extension d'une activité lucrative existe déjà à partir du moment de la séparation, lorsqu'il n'y a plus de perspective raisonnable de reprise de la vie conjugale. En l'occurrence, les parties ne soutiennent pas qu'une reprise de la vie conjugale pouvait être raisonnablement envisagée, à tout le moins depuis le 20 mai 2022 lorsque le mari a quitté le domicile conjugal pour s'installer dans un nouveau logement. Dans ce contexte, si l'on ne saurait faire grief à l'épouse de ne pas avoir cherché un nouvel emploi de manière anticipée, avant la communication de son licenciement, l'on pouvait attendre d'elle qu'elle entreprenne des recherches pour un nouvel emploi dès la connaissance de la date de fin de ses rapports de travail avec la société E.________ SA en juin 2022. Celle-ci en est d'ailleurs consciente puisqu'elle a allégué en appel, sans toutefois l'établir, avoir entrepris en vain dès juin 2022 des démarches en vue de trouver un emploi dans le domaine de la compliance bancaire. Selon l'arrêt entrepris, l'épouse a produit des " exemples de candidatures " documentés en décembre 2022 seulement. C'est également en décembre 2022 que les services de compliance de deux banques ont rédigé les deux attestations produites par l'épouse mentionnant qu'une formation de plusieurs mois au minimum était nécessaire pour un candidat ayant quitté un poste dans ce domaine. Quand bien même l'appréciation de la Cour de justice sur la compétitivité du domaine bancaire et sur la nécessité d'être à jour en matière de compliance n'apparaît en soi pas insoutenable, il ne résulte pas de l'arrêt entrepris (art. 105 al. 1 LTF) que l'épouse aurait entrepris des démarches en vue de mettre à jour ses connaissances à compter de la fin de ses rapports de travail avec E.________ SA et, ainsi, augmenter ses chances de retrouver un emploi. Dans sa réponse au recours, l'épouse ne fait pas valoir qu'elle aurait été empêchée d'entreprendre de telles démarches; la simple perspective de se voir allouer une contribution de prise en charge de la part de son mari comme elle l'allègue dans sa réponse ne saurait constituer un motif l'en dispensant, ce d'autant lorsque, comme en l'espèce, les deux enfants sont tous deux scolarisés et que l'épouse exerce déjà une activité lucrative (cf. supra consid. 6.2.2). À cet égard, les développements que celle-ci apporte dans sa réponse, à savoir que son mari n'était jamais parvenu à démontrer qu'elle exerçait une activité professionnelle en Suisse et en France pour les sociétés de médecine esthétique durant la vie commune et qu'elle n'avait pas pu aider dans la gestion de la société en France n'apparaissent pas déterminants; elle admet en effet de manière contradictoire que la Cour de justice a retenu à juste titre qu'elle avait aidé son mari dans le cadre de ses activités professionnelles et il est constaté dans l'arrêt entrepris (art. 105 al. 1 LTF) qu'elle avait allégué aider son mari depuis mars 2020 à hauteur de 50% de son temps dans la gestion de F.________ SAS. Certes, la jurisprudence admet que des délais transitoires plus longs peuvent être indiqués lorsque cela permet au crédirentier de suivre une formation améliorant son autonomie financière (cf. supra consid. 6.3.2.2 et 6.3.2.3). Toutefois, l'arrêt attaqué n'apporte aucune précision sur le type de formation (formation préalable à l'emploi ou en cours d'emploi) que l'épouse pourrait et devrait suivre pour améliorer sa compétitivité sur le marché du travail ni sur la durée d'une telle formation. Selon l'arrêt entrepris, l'épouse prétendait en appel qu'une " formation de mise à niveau d'une année lui serait nécessaire avant d'être employable, telle que le CAS en compliance bancaire proposé par l'Université de Genève ". Il en résulte que l'octroi d'un délai transitoire de deux ans pour permettre à l'épouse d'entreprendre une formation et de retrouver un emploi n'est pas justifié. Ce délai, excessivement long, est arbitraire eu égard aux circonstances du cas d'espèce, en particulier de l'âge de l'épouse (44 ans), de sa maîtrise de plusieurs langues, de sa formation, de son expérience longue de plus d'une dizaine d'années dans le domaine bancaire et de l'absence d'adaptation nécessaire dans la prise en charge des enfants par rapport à la situation qui prévalait avant qu'elle ne soit licenciée par son mari. Le fait que l'épouse avait aussi été licenciée de ses deux derniers emplois n'est pas susceptible de remettre en cause cette appréciation, dans la mesure où l'arrêt entrepris ne précise pas pour quelles raisons elle avait été licenciée et que le constat selon lequel un de ses certificats ne serait " pas bon " apparaît fondé sur les seuls allégués de l'épouse. Il en va de même de la considération de la Cour de justice sur le caractère pénalisant d'avoir travaillé pour son mari, dès lors qu'elle n'est étayée par aucun élément concret. Au vu de ce qui précède, il y a lieu de fixer au 1er septembre 2023 l'imputation d'un revenu hypothétique à l'épouse comme soutenu dans le recours, l'épouse échouant à prouver que ce délai ne serait pas suffisant pour lui permettre de mettre à jour ses connaissances et de retrouver un emploi. La cause sera renvoyée à la Cour de justice afin qu'elle procède à un nouveau calcul des contributions d'entretien en faveur de l'épouse et des enfants qui tienne compte de l'imputation d'un revenu hypothétique en faveur de l'épouse de 8'200 fr. à compter du 1er septembre 2023 au lieu du 1er juin 2024.