Citation: 1C_204/2022 E. 3.2.2

3.2.2. En l'occurrence, la cour cantonale a en substance considéré que la parcelle litigieuse était située en dehors du périmètre de centre défini par le plan directeur cantonal, dans une frange de la zone à bâtir en zone agricole, le secteur étant excentré et relativement éloigné des principaux éléments d'équipement, que le terrain n'était pas bâti, et que le coteau de vigne était prépondérant par rapport à l'urbanisation, de sorte que la parcelle ne se trouvait pas dans un environnement largement bâti. Il n'était donc pas d'emblée exclu que celle-ci puisse être concernée par le remaniement de la zone à bâtir, ce qui justifiait son intégration dans une zone réservée. Les recourants contestent cette appréciation. Ils font valoir que la parcelle se trouve dans une zone largement bâtie et relèvent l'aspect urbanisé et compact du quartier. Ils se réfèrent aux plans figurant au dossier pour faire valoir que les abords de leur parcelle sont tous construits, hormis la zone agricole située au nord, au-delà d'un mur et d'une route carrossable. La lecture des plans ne permet pas de confirmer l'appréciation des recourants. Le terrain litigieux constitue en effet l'angle nord-ouest d'un quartier certes entièrement bâti, mais qui est déjà lui-même excentré et séparé du reste de l'agglomération par une importante bande de terrains non construits à l'est, dont la surface est telle qu'ils ne constituent a priori pas une brèche dans le milieu bâti. En outre, la parcelle est non-seulement attenante à la zone agricole en son côté nord - l'existence d'un mur et d'une route carrossable n'étant pas de nature à remettre en cause la contiguïté à cette zone -, mais elle est aussi très proche de vastes terrains non construits au sud-ouest, dont elle n'est séparée que par une seule construction. En fait, il semble que seul le sud de ce secteur, par-delà la voie de chemin de fer et la route principale, présente véritablement les caractéristiques d'un territoire largement bâti. Quant au quartier situé à l'ouest de la parcelle litigieuse, il n'est relié au territoire bâti que par quelques constructions sur les parcelles nos 643 et 647 et présente ainsi les caractéristiques d'une presqu'île de la zone constructible. A cela s'ajoute la composante paysagère relevée par la cour cantonale. Les premiers juges ont en effet observé que la vigne est encore présente à plusieurs endroits et demeure prépondérante par rapport à l'urbanisation. Ils précisaient encore que les caractéristiques du coteau dans lequel s'inscrit la parcelle litigieuse confèrent un intérêt paysager à ce secteur. Il n'y a pas lieu de s'écarter de cette appréciation. Vu les constatations opérées ci-dessus à la lecture des plans, les recourants, se bornant à affirmer que le secteur est largement bâti et urbanisé, échouent à démontrer l'absence d'intérêt paysager de ce coteau dont certaines parties sont encore en vignes. Il s'ensuit que la localisation, les caractéristiques et les environs du terrain ne permettent pas d'affirmer de façon catégorique que celui-ci appartient au territoire largement bâti. Dans le cadre de l'établissement de la zone réservée, cet élément à lui seul suffit à justifier l'incorporation du terrain litigieux à cette zone. Les autres arguments des recourants peuvent certes être entendus, mais, alors qu'ils pourront être décisifs au stade de l'adoption du nouveau plan d'affectation, ils ne permettent pas en l'état de définitivement sceller le sort de la parcelle. Tel est le cas de la relative proximité des transports publics - pour lesquels les temps de parcours à pied sont simplement allégués et non démontrés - ou de la préexistence d'une route de desserte sur la parcelle, construite pour équiper d'autres bien-fonds déjà bâtis. Il en va de même des spécificités alléguées du centre urbain de la commune, qui revêtirait une complexité particulière en tant qu'il regroupe une zone de centre historique, une zone de protection des eaux, une zone de protection des rives du lac et subit les contraintes d'aménagement liées aux installations ferroviaires ainsi qu'à une importante activité industrielle. Ces aspects nécessitent une analyse fine des possibilités d'aménagement qui, dans la mesure où ils ne ferment pas d'emblée et manifestement la porte à toute densification du centre, ne justifie pas de définitivement exclure de la zone réservée des terrains à la localisation et aux caractéristiques de celui des recourants. A juste titre, les recourants soulignent que leurs intentions de construire la parcelle sont réelles, dans la mesure où ils ont déjà élaboré un projet qui a pu être mis à l'enquête (et refusé, sur intervention du canton); cet élément pourra également présenter une certaine pertinence lors de la délimitation de la zone constructible, mais, s'agissant d'un critère parmi d'autres dont il y aura lieu de tenir compte pour une appréciation d'ensemble, il ne saurait faire assurément obstacle à tout déclassement et n'est donc pas décisif en l'état. Enfin, c'est de façon purement appellatoire que les recourants font valoir qu'une utilisation agricole ou viticole de leur terrain se heurterait à des problèmes de voisinage ou serait incompatible avec la pente. La parcelle a selon toute vraisemblance pu être exploitée jusqu'ici et les recourants n'apportent aucun élément qui démontrerait que la pente entraverait outre mesure cette exploitation. Ils ne démontrent en particulier pas que la pente serait telle que même la culture de vignes serait inadéquate. Pour le reste, les recourants se réfèrent à leur propre correspondance à la commune, ce qui ne permet pas de démontrer quelque problème de voisinage que ce soit. Cela étant, même s'il devait s'avérer que l'exploitation du terrain agricole ou viticole était véritablement problématique, cela ne constituerait quoi qu'il en soit pas un motif faisant obstacle à un déclassement, un terrain sans vocation agricole pouvant, selon les circonstances, faire l'objet d'une telle mesure (cf. arrêt 1C_267/2019 du 5 mai 2020 consid. 3.3).