Citation: 4A_34/2016 E. 4.2.3

4.2.3. La Cour de céans a cherché en vain, dans la sentence attaquée, et singulièrement dans la partie de celle-ci réservée à la relation de la position adoptée par B.________ sur la question de la force majeure (n. 607-631), la formulation, même réduite à sa plus simple expression, de l'argument censé avoir échappé à la connaissance du Tribunal arbitral. Il va de soi que la seule allégation, pièces à l'appui, de l'existence du prétendu accord conclu entre X.________ et Y.________ concernant la manière de traiter l'attaque terroriste du 5 février 2011 dans les rapports entre ces deux parties ne saurait équivaloir à la présentation de pareil argument en bonne et due forme. Il appartenait aux recourantes d'indiquer aux arbitres en quoi elles considéraient que le prétendu accord passé entre X.________ et Y.________ était susceptible d'influer sur leurs propres obligations à l'égard de X.________ et de Y.________ découlant du GSPAet du Tripartite Agreement, autrement dit pourquoi cette res inter alios acta aurait dû être prise en compte à l'égard d'une tierce partie, par exception au principe de la relativité des contrats. Ne l'ayant pas fait, elles ne peuvent s'en prendre qu'à elles-mêmes si cet argument virtuel n'a pas été traité par le Tribunal arbitral. Qui plus est, les explications qu'elles fournissent pour la première fois sur ce point dans leur réplique, outre le fait qu'elles n'apparaissent guère plus explicites, sont de toute façon irrecevables (cf. consid. 2.2, 1er §). En tout état de cause, il faut admettre, avec les intimées, que les motifs énoncés dans la sentence entreprise sont incompatibles avec la thèse soutenue par les recourantes, de sorte qu'ils incluraient un rejet implicite de cette thèse par le Tribunal arbitral, si tant est qu'elle lui ait été valablement soumise. En effet, sous n. 931 de leur sentence, les arbitres, après avoir mentionné la déclaration de force majeure adressée par X.________ à Y.________ conformément à l'art. 12.8 du sous-contrat de fourniture, poursuivent en ces termes: " Y.________ has confirmed that it did not accept X.________'s force majeure déclaration ". Sur le vu de cette constatation, on peine à imaginer que ces mêmes arbitres, après avoir retenu que la société israélienne n'avait pas accepté l'avis de force majeure que sa cocontractante égyptienne lui avait communiqué, aient néanmoins pu conclure, sans se contredire, à l'existence d'un accord par lequel ces deux sociétés se seraient entendues pour considérer les circonstances formant l'objet de l'avis refusé comme des cas de force majeure. De surcroît, la prise en compte de l'accord litigieux et l'opposabilité de celui-ci à X.________, avec effet libératoire pour les recourantes, dans le cadre du GSPA, rendraient vaine toute l'argumentation que le Tribunal arbitral a développée dans sa sentence afin de dénier à B.________ le droit de se prévaloir du moyen tiré de la force majeure, faute pour elle d'avoir agi comme un RPPO. Dès lors, de deux choses l'une: soit, hypothèse la plus vraisemblable, les recourantes, alors représentées par d'autres avocats, n'ont pas suffisamment expliqué aux arbitres en quoi le prétendu accord conclu par X.________ et Y.________ au sujet de la force majeure était propre à entraîner leur libération de ce chef, quand bien même elles auraient méconnu leur devoir de diligence dans la surveillance de leur pipeline et de ses installations; soit elles l'ont fait, mais sans réussir à convaincre le Tribunal arbitral, ce qui ressort implicitement des motifs exposés dans la sentence attaquée. Dans l'un et l'autre cas de figure, les recourantes se plaignent sans raison valable d'une violation de leur droit d'être entendues.