Citation: 6A.107/2002 23.01.2003 E. B

Le terme de la peine infligée à X.________ est fixé au 7 juin 2004 et les deux tiers de celle-ci ont été exécutés le 7 octobre 2002. Dans le cadre de la procédure pénale, X.________ a fait l'objet d'une expertise psychiatrique, datée du 30 avril 1999. Selon les experts, au moment d'agir, X.________ n'était pas atteinte d'une maladie mentale, de faiblesse d'esprit ou d'une grave altération de la conscience; en revanche, un état mental incomplet ou un trouble de la santé mentale sous la forme d'un trouble de l'adaptation ne pouvait être écarté; un risque de récidive n'était pas exclu, mais X.________ ne compromettait pas gravement la sécurité publique et ne risquait pas de mettre en danger autrui en raison de son état mental; il ne se justifiait pas de l'interner ni de la soumettre à un traitement, le cas échéant, ambulatoire; elle était accessible à la sanction pénale. Dans un avis du 14 mai 2001, la Commission interdisciplinaire consultative concernant les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique (ci-après: CIC) relève que la situation socio-familiale de X.________ est suffisamment grave pour mériter une investigation approfondie à l'extérieur. Dans un rapport du 26 novembre 2001, la Fondation vaudoise de probation (ci-après: FVP) constate que X.________ ne formule guère de demandes à caractère social et ne s'est pas inscrite dans une démarche visant à bénéficier d'un soutien psychothérapeutique; la situation familiale de X.________ est complexe et l'autorité devra être très attentive à toute décision afin de protéger ses filles. Le rapport mentionne encore les craintes de la tutrice de l'enfant D.________, qui préconise un accompagnement pour toute rencontre entre l'enfant et X.________. Dans un avis du 21 décembre 2001, la CIC souligne la grave carence de capacité parentale de X.________, constate son absence d'évolution quant à sa dénégation des dommages causés par les infractions commises sur ses filles et recommande la plus grande vigilance si de nouvelles visites des enfants mineurs auprès de leur mère devaient être autorisées. La CIC souhaite certaines investigations sociales, qu'elle juge opportun, d'après un avis complémentaire du 27 février 2002, de confier à la FVP. Le 16 mai 2002, le Service pénitentiaire du Département de la sécurité et de l'environnement du canton de Vaud a informé X.________ que la question d'un premier congé ne pourrait être résolue qu'à la suite d'un réexamen de son cas par la CIC à une date prévue en automne 2002. Dans un rapport complémentaire du 6 juin 2002, la FVP répond aux investigations requises par la CIC. Elle indique par ailleurs que X.________ envisage pour sa future sortie de travailler comme cuisinière dans le restaurant d'un ami, sans autre précision. Selon le rapport du 12 juin 2002 de la Direction de la prison de La Tuilière, le comportement de X.________ en détention est tout à fait adéquat. Travaillant à la cuisine, elle est décrite comme une personne ayant un fort caractère à tendance dominante; elle n'a bénéficié d'aucun élargissement de régime; elle affiche sa haine à l'égard de l'auteur principal des infractions; elle ne se rend chez le psychiatre ou le psychologue que sur convocation et a dit envisager, lors de son audition relative à sa libération conditionnelle, la possibilité d'un suivi psychothérapeutique; ses projets consistent à trouver un travail et un appartement (dans un premier temps elle pourrait loger chez sa fille B.________, à Lausanne). La direction ne peut garantir qu'il n'y aura pas de récidive, mais considère que X.________ est sincère par rapport à ses projets. Elle précise qu'il lui est difficile de préaviser positivement, en l'absence de congés accordés à X.________ et dans l'attente de la prise de position de la CIC en novembre 2002. Elle propose d'accorder la libération conditionnelle avec un délai d'épreuve de deux ans, un patronage et un suivi sous forme de thérapie de famille. Dans sa proposition du 26 juin 2002, le Service pénitentiaire rappelle les éléments essentiels du dossier et souligne le fait que X.________ doit de nouveau être soumise à l'examen de la CIC en novembre 2002. Dans ces conditions, il s'oppose à la libération conditionnelle. Le membre visiteur de la Commission de libération du Département de la sécurité et de l'environnement du canton de Vaud a entendu X.________ le 28 juin 2002. Dans son rapport, il relève notamment qu'une réelle introspection ne fait pas partie des priorités de X.________; à aucun moment, elle n'est parvenue à s'exprimer sur les horreurs que ses filles ont subies; son attitude est dictée par une quasi-impossibilité de se mettre à la place de l'autre; elle préfère imaginer qu'elle sera à l'avenir entourée de ses filles et qu'avec leur consentement, un trait sera tiré sur ces événements douloureux; elle n'a rien entrepris sur le plan personnel (un soutien thérapeutique), ni pour son avenir économique. Le membre visiteur conclut qu'une libération conditionnelle est prématurée.