Citation: 6B_852/2024 E. 2.3

2.3. Il est constant qu'aucune explosion n'a eu lieu en l'espèce, de sorte que l'infraction à l'art. 223 ch. 1 CP n'est pas consommée. Selon les faits arrêtés par la cour cantonale, qui lient le Tribunal fédéral (cf. art. 105 al. 1 LTF), la recourante s'est accroupie sur une bonbonne de gaz dans un local fermé (sis au pied d'un immeuble) et a tenté d'en ouvrir la vanne, tout en tenant un briquet allumé devant. Il n'est pas contesté que pareil comportement, impliquant une substance expressément prévue par l'art. 223 ch. 1 CP, est propre à provoquer la libération d'une énergie de pression à effet destructeur (cf. supra consid. 1.1.1), en fonction de la quantité de gaz libéré (cf. rapport d'expertise du 23 décembre 2021 p. 5 s., qui fait état d'effets de souffle, voire d'explosion). Les conséquences ("dévastatrices") d'une telle explosion, telles qu'admises par la cour cantonale, ne sont pas davantage remises en cause (cf. rapport d'expertise du 23 décembre 2021 p. 5 s., selon lequel, dans l'hypothèse la plus grave, " la force exercée sur les parois du local peut alors être suffisante pour les desceller, les briser, voire les projeter vers l'extérieur " et dossier photographie de l'immeuble et des locaux [pièces 32 et 14/2]; art. 105 al. 2 LTF; cf. en ce sens ATF 110 IV 68 consid. 1 et arrêt 1B_195/2016 du 8 juin 2016 let. A et consid. 2.1). Il en résulte que, dans la configuration d'espèce, au vu des constatations cantonales ressortant du jugement sur renvoi, la consommation de l'infraction n'était pas manifestement impossible. D'une part, la provocation d'une explosion dépendait de la quantité de gaz libéré de la bonbonne avant l'apport d'une flamme. D'autre part, deux des personnes présentes sur place se sont précipitées sur la recourante "pour la stopper et éviter une explosion" (cf. supra let. C.b). Ainsi, le moyen utilisé ne saurait être considéré comme d'emblée impropre à provoquer une explosion qui aurait mis en danger l'intégrité corporelle des personnes et la propriété d'autrui. Par conséquent, l'infraction d'explosion n'était pas absolument impossible au sens de l'art. 22 al. 2 CP. Au vu de ce qui précède, les griefs que soulève la recourante en lien avec cette dernière disposition, circonscrite à la tentative sous forme de délit/crime impossible, sont sans objet. Il n'en demeure pas moins que la recourante, qui ne remet pas en cause les éléments cognitifs et volitifs retenus notamment sur la base de ses exclamations (cf. art. 105 al. 1 LTF; " tout faire sauter " " tout faire exploser et ainsi empêcher que le local soit reloué "), a sciemment voulu provoquer une explosion et mettre en danger à tout le moins la propriété d'autrui (locaux du restaurant sis au pied d'un immeuble). En tentant d'ouvrir la vanne de la bonbonne de gaz, tout en tenant un briquet allumé devant, elle a accompli l'une des démarches ultimes et décisives vers la consommation de l'infraction. Les agissements de la recourante s'inscrivent dans une proximité spatio-temporelle avec la réalisation de l'infraction d'explosion. Compte tenu des éléments constitutifs subjectifs et des critères objectifs retenus, la tentative d'explosion au sens des art. 223 al. 1 cum 22 al. 1 CP doit être retenue en l'espèce, conformément au dispositif du premier jugement d'appel du 26 juin 2023 (cf. ATF 146 IV 88 consid. 1.3.2; arrêts 6B_1319/2023 du 23 avril 2024 consid. 3.3 et 6B_912/2022 du 7 août 2023 consid. 5.5 concernant la substitution de motifs). Cette conclusion n'a guère d'influence sur le sort de la cause, dans la mesure où la faculté du juge d'atténuer la peine demeure inchangée (cf. supra consid. 2.1) et faute de toute argumentation de la recourante en lien avec d'autres facteurs d'atténuation ou avec la fixation de la peine en général. En fin de compte, que le dispositif du jugement attaqué condamne la recourante pour crime impossible d'explosion au lieu de tentative d'explosion au sens de la même disposition, demeure sans incidence pratique, étant relevé que la recourante ne conteste d'aucune manière la peine en lien avec le degré de réalisation de l'infraction. Elle n'a dès lors pas d'intérêt juridique à l'annulation du jugement attaqué sous cet angle (cf. ATF 127 IV 97 consid. 1b), l'autorité de jugement n'étant au demeurant plus tenue de mentionner dans sa décision la forme de tentative retenue (cf. STRATENWERTH/ BOMMER, op. cit., § 12 n. 37; TRECHSEL/GETH, op. cit., n° 1 ad art. 22 CP, HURTADO POZO/ILLANEZ, op. cit., n° 68 ad art. 22 CP; NIGGLI/MAEDER, op. cit., n° 29 ad art. 22 CP; jugement de la CAP TPF SK.2015.4 du 18 mars 2015 consid. 2.1.2a).