Citation: 5A_480/2023 E. 5.2.1

5.2.1. Sur ce point, concernant en particulier le chiffre d'affaires attendu pour 2023, la recourante soutient que la cour cantonale a versé dans l'arbitraire, au regard des éléments dont elle disposait, en retenant que l'on " peut sérieusement douter de l'évolution des rentrées depuis avril 2023". C'était arbitrairement qu'elle niait que des rentrées puissent intervenir (par exemple ensuite du salon "D.________") à V.________, l'autorité cantonale se fondant en outre sans le motiver sur les chiffres d'affaire prévus " lors de mois creux (janvier à mars) pour conclure arbitrairement à ce qu'on puisse douter que celui-ci augmente le reste de l'année ". Elle faisait aussi preuve d'arbitraire en indiquant qu'il " convient d'être prudent au moment d'apprécier [les] transactions [émanant de la société A.________ SA] puisque (...) la société recourante ne semble pas considérer les relations avec les sociétés qui lui sont apparentées comme des relations avec des partenaire non-apparentés". D'une part, elle ne tirait aucune conclusion de cette assertion. D'autre part, son arrêt était contradictoire puisqu'il lui reprochait d'avoir "omis d'indiquer" les engagements vis-à-vis des sociétés apparentées dans le compte de ses passifs et en concluait sans fondement qu'elle ignorerait ces engagements (consid. 4.3) mais constatait plus loin (consid. 6.1 p. 20) que les revenus réalisés provenaient d'une société soeur (A.________ SA) et que des versements avaient lieu. Se référant à HUNKELER (op cit., n° 18 ad art. 293 LP), la recourante expose qu'elle devait seulement démontrer qu'il peut être compté de manière réaliste avec quelques chances d'assainissement, même si la vraisemblance d'un tel assainissement est clairement moindre que la vraisemblance d'un échec. Partant, la juridiction précédente ne pouvait pas rejeter sa requête de sursis provisoire sous prétexte que les éléments allégués seraient peu plausibles. Elle affirme avoir satisfait à ses obligations en alléguant les éléments nécessaires et en produisant les pièces permettant de rendre largement vraisemblable le fait que l'on pouvait compter sur des perspectives d'assainissement. Concernant en particulier la perspective d'une prise de participation d'un investisseur, du montant à récupérer ensuite d'une procédure d'arbitrage ou encore des retombées positives à venir du salon "D.________" à V.________, l'autorité cantonale ne pouvait donc lui reprocher de n'avoir pas fourni de " preuves supplémentaires " et rejeter ses allégations en retenant qu'elles restaient " purement hypothétiques ", que l'on ne pouvait pas " d'emblée les admettre " et qu'elles étaient " peu plausibles ". Selon elle, la présente cause permettrait au Tribunal fédéral de clarifier sa jurisprudence, en particulier s'agissant du degré de vraisemblance auquel est tenu le débiteur pour démontrer qu'il n'existe pas manifestement aucune perspective d'assainissement, ce d'autant que l'institution de l'ajournement de faillite a été intégrée dans la procédure concordataire depuis le 1er janvier 2023, ce qui nécessiterait de dégager des principes jurisprudentiels clairs en lien avec cette modification législative. L'arrêt cantonal serait particulièrement sévère à son égard, sachant que dans un arrêt récent (ARMC.2018.83 du 14 décembre 2018), la même autorité rappelait à quel point le sursis provisoire devait être admis largement, et l'avait donc accordé, dans un cas où la situation était bien plus grave que la sienne. Dans cette affaire, il avait été retenu qu'il n'était pas possible d'établir le bilan précis de la société en cause ni le compte de ses poursuites, que les pièces fournies devaient être considérées avec circonspection et qu'un "chiffre d'affaires équivalant à 2,5 fois le chiffre d'affaires actuel devrait être réalisé pour atteindre un équilibre entre les charges et les produits"; malgré tous ces éléments, qui traduisaient selon elle manifestement une situation bien plus grave que la sienne, l'autorité cantonale avait rappelé que la pratique en matière d'octroi du sursis provisoire, afin d'éviter de prononcer la faillite quand un espoir (même très mince) subsiste qu'un tel sursis permette à la société de préparer un assainissement qui pourrait peut-être la sauver.