Citation: I 236/05 22.06.2006 E. 4

4.1 La recourante soulève diverses objections à propos de l'appréciation des médecins du SMR, aussi bien quant au diagnostic psychiatrique (l'importance du trouble dépressif et son évolution dans le temps) que sur l'incidence de cette affection psychique sur sa capacité de travail. Pour cela, elle se réfère aux avis des docteurs P.________ (rapport du 3 septembre 2003), B.________ et C.________. Il n'y a toutefois pas lieu d'ordonner de plus amples investigations psychiatriques, car le rapport d'expertise psychiatrique du SMR remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante de tels documents (cf. ATF 125 V 352 consid. 3a) et est convaincant. Par ailleurs, les avis médicaux que la recourante invoque ne remettent pas en cause le diagnostic psychiatrique du SMR (à l'exception de l'intensité du trouble dépressif que le docteur C.________ qualifie de moyen), mais l'incidence de cette affection psychique sur la capacité de travail (que les docteurs C.________ et B.________ estiment être totale). Or, pour les motifs qui vont suivre, l'appréciation des docteurs C.________ et B.________ ne peut être suivie. 4.2 Les atteintes à la santé psychique peuvent, comme les atteintes physiques, entraîner une invalidité au sens de l'art. 4 al. 1 LAI en liaison avec l'art. 8 LPGA. On ne considère pas comme des conséquences d'un état psychique maladif, donc pas comme des affections à prendre en charge par l'assurance-invalidité, les diminutions de la capacité de gain que l'assuré pourrait empêcher en faisant preuve de bonne volonté; la mesure de ce qui est exigible doit être déterminée aussi objectivement que possible (ATF 102 V 165; VSI 2001 p. 224 consid. 2b et les références; cf. aussi ATF 127 V 298 consid. 4c in fine). La reconnaissance de l'existence d'une atteinte à la santé psychique, soit aussi de troubles somatoformes douloureux persistants, suppose d'abord la présence d'un diagnostic émanant d'un expert (psychiatre) et s'appuyant lege artis sur les critères d'un système de classification reconnu (ATF 130 V 398 ss consid. 5.3 et consid. 6). Comme pour toutes les autres atteintes à la santé psychique, le diagnostic de troubles somatoformes douloureux persistants ne constitue pas encore une base suffisante pour conclure à une invalidité. Au contraire, il existe une présomption que les troubles somatoformes douloureux ou leurs effets peuvent être surmontés par un effort de volonté raisonnablement exigible. Le caractère non exigible de la réintégration dans le processus de travail peut résulter de facteurs déterminés qui, par leur intensité et leur constance, rendent la personne incapable de fournir cet effort de volonté. Dans un tel cas, en effet, l'assuré ne dispose pas des ressources nécessaires pour vaincre ses douleurs. La question de savoir si ces circonstances exceptionnelles sont réunies doit être tranchée de cas en cas à la lumière de différents critères. Au premier plan figure la présence d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée. D'autres critères peuvent être déterminants. Ce sera le cas des affections corporelles chroniques, d'un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive), d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie, d'un état psychique cristallisé, sans évolution possible au plan thérapeutique, résultant d'un processus défectueux de résolution du conflit, mais apportant un soulagement du point de vue psychique (profit primaire tiré de la maladie, fuite dans la maladie), de l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art (même avec différents types de traitement), cela en dépit de l'attitude coopérative de la personne assurée (ATF 130 V 352). Plus ces critères se manifestent et imprègnent les constatations médicales, moins on admettra l'exigibilité d'un effort de volonté (Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, in: Schmerz und Arbeitsunfähigkeit, St. Gall 2003, p. 77). Si les limitations liées à l'exercice d'une activité résultent d'une exagération des symptômes ou d'une constellation semblable, on conclura, en règle ordinaire, à l'absence d'une atteinte à la santé ouvrant le droit à des prestations d'assurance. Au nombre des situations envisagées figurent la discordance entre les douleurs décrites et le comportement observé, l'allégation d'intenses douleurs dont les caractéristiques demeurent vagues, l'absence de demande de soins, les grandes divergences entre les informations fournies par le patient et celles ressortant de l'anamnèse, le fait que des plaintes très démonstratives laissent insensible l'expert, ainsi que l'allégation de lourds handicaps malgré un environnement psychosocial intact (voir Kopp/Willi/Klipstein, Im Graubereich zwischen Körper, Psyche und sozialen Schwierigkeiten, in: Schweizerische Medizinische Wochenschrift 1997, p. 1434, avec référence à une étude approfondie de Winckler et Foerster; voir sur l'ensemble du sujet ATF 131 V 49). On ajoutera encore que dans un arrêt récent ayant trait à la fibromyalgie, le Tribunal fédéral des assurances est parvenu à la conclusion qu'il existait des caractéristiques communes entre cette atteinte à la santé et le trouble somatoforme douloureux. Celles-ci justifiaient, lorsqu'il s'agissait d'apprécier le caractère invalidant d'une fibromyalgie, d'appliquer par analogie les principes développés par la jurisprudence en matière de troubles somatoformes douloureux (ATF 132 V 65). 4.3 En l'espèce, la recourante présente des troubles thymiques (légère tristesse, selon les médecins du SMR) avec des symptômes de la lignée dépressive que les doctoresses A.________ et M.________ qualifient d'intensité légère. Ce trouble dépressif ne suffit toutefois pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. En effet, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'un tel diagnostic ne saurait être reconnu comme constitutif d'une comorbidité psychiatrique autonome des troubles somatoformes douloureux (ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 et la référence à Meyer-Blaser, op. cit., p. 81 et la note 135). Au demeurant, même si une nouvelle expertise devait confirmer le diagnostic d'état dépressif moyen, comme le fait le docteur C.________, cela ne changerait rien à l'issue du litige, car on ne serait pas non plus en présence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante (cf. arrêt V. du 27 avril 2006, I 42/05, consid. 4.4.1). Quant aux autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail, ils ne sont pas non plus réalisés. En effet, on ne voit pas que la recourante réunit en sa personne plusieurs de ces critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. En particulier, l'intimé relève à juste titre que la recourante conserve une vie sociale normale; l'expertise psychiatrique du SMR révèle que l'intéressée, mère de famille, a beaucoup d'amis qu'elle voit régulièrement et qui s'occupent d'elle. Les médecins n'évoquent pas un état psychique cristallisé, mais notent plutôt la présence de bénéfices secondaires de la maladie liés au statut d'invalide (cf. rapport du SMR du 7 mars 2003). Il apparaît ainsi que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail de la recourante puisse être raisonnablement exigée d'elle. On peut d'ailleurs même se demander si l'allocation d'une rente temporaire était justifiée dans ce cas, compte tenu de la jurisprudence susmentionnée. On renoncera toutefois à envisager une réforme du jugement attaqué au détriment de la recourante. Le recours est ainsi mal fondé. Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances prononce: