Citation: 6B_1199/2020 E. A

A.a. A.________ a occupé le poste d'assistante de direction du Pr B.________, doyen de la Faculté de C.________ de l'Université de Genève, à compter du 15 mai 2017. Son contrat de travail était de durée déterminée, soit jusqu'au 31 août 2019. Pendant cette période administrative, D.________ était administratrice et responsable des ressources humaines de la faculté. A.b. Le vendredi 2 mars 2018, aux alentours de 7h30, A.________ a quitté son domicile pour se rendre au travail. Les trottoirs étant gelés, elle a glissé et est tombée. Son époux l'a aussitôt emmenée en voiture aux urgences d'une clinique. Selon un rapport de consultation établi le même jour, des examens radiologiques ont permis de constater une fracture du poignet droit. Une opération chirurgicale a été prévue pour le lendemain matin. La fracture n'a pas été réduite et une attelle antébrachiale provisoire a été mise en place. La patiente était paniquée, dans un état de stress important et exprimait son désarroi et la peur de perdre son emploi, eu égard à ce diagnostic et à l'incapacité de travail qu'il engendrait. A 8h47, A.________ s'est entretenue téléphoniquement avec B.________ pour l'informer de l'accident. A 10h15, elle a rappelé ce dernier pour lui confirmer souffrir d'une fracture du poignet droit et qu'une opération était fixée au lendemain matin. A.c. Après avoir quitté les urgences vers 11h10, A.________ s'est rendue au décanat de la Faculté de C.________ avec son époux. Elle y est restée jusqu'à 16h30 environ. Selon les certificats médicaux produits, elle a été mise au bénéfice d'une incapacité de travail totale du 2 mars au 13 mai 2018, puis partielle du 14 mai au 3 juin inclus. A.d. Le 16 octobre 2019, A.________ a déposé plainte pénale contre D.________ et B.________ pour lésions corporelles graves et contrainte. En substance, elle reprochait à celui-ci de lui avoir ordonné, le 2 mars 2018, de passer le voir au décanat dès qu'elle sortirait de la clinique, sous prétexte de régler des questions d'assurance-accident. Lorsqu'elle s'était présentée dans le bureau de D.________ pour lui annoncer l'accident et ses suites, elle avait été surprise par son manque d'empathie. Elle s'était ensuite rendue dans son bureau, où le doyen l'avait rejointe. Elle lui avait expliqué son passage aux urgences ainsi que la mise en place d'une attelle provisoire. B.________ avait examiné les radiographies de la fracture avec attention. En raison des chutes de neige, elle souhaitait se rendre à la cafétéria du Centre médical universitaire pour y passer l'après-midi en attendant son rendez-vous préopératoire de 17 heures. Son mari, qui s'était absenté, n'était revenu que peu après 16h30, compte tenu des routes enneigées. Durant l'absence de ce dernier, B.________ lui avait confié des tâches urgentes à effectuer. En raison de son état émotionnel, elle n'avait pas été en mesure de s'opposer aux ordres de son supérieur. Sous la pression de celui-ci, elle avait ainsi travaillé de 11h40 à 16h30, sans pause déjeuner. L'accomplissement de ces tâches avait inévitablement lésé les tissus environnants de son poignet et risqué d'endommager gravement les nerfs, tendons et ligaments. En lui ordonnant de travailler alors qu'elle était victime d'une fracture au poignet, B.________ avait aggravé sa blessure et sérieusement mis en danger sa santé physique. Les mêmes reproches pouvaient être adressés à D.________, qui travaillait dans le bureau adjacent et s'était volontairement abstenue d'intervenir, alors qu'en sa qualité d'administratrice et de responsable RH, elle avait le devoir d'agir afin de la protéger et de mettre fin à cette situation. L'infraction de contrainte était réalisée, dans la mesure où, du fait du harcèlement psychologique dont elle était victime depuis des mois de la part de son supérieur hiérarchique, de D.________ et de la responsable " secteur RH ", il existait, le 2 mars 2018, une menace réelle et implicite de représailles, susceptibles de porter atteinte à son avenir et sa réputation professionnelle, en cas de désobéissance aux ordres du doyen. Elle avait également entrepris des démarches sur le plan administratif, compte tenu des violations par son employeur de ses obligations en droit du travail, précisant qu'elle avait été informée, fin mai 2018, que son contrat n'allait pas être renouvelé à l'échéance. A.e. A l'appui de sa plainte, A.________ a notamment produit le rapport de consultation précité du 2 mars 2018 ainsi qu'une analyse de ses prestations établie par B.________ le 30 mai 2018, indiquant qu'ils n'étaient pas parvenus à établir un rapport de confiance, la poursuite de la collaboration n'étant ainsi pas envisageable. Pour la division des ressources humaines, la collaboration et la confiance semblaient faire complètement défaut et un rattachement auprès d'une autre unité ou hiérarchie était, à ce stade, une bonne solution. Il ressort enfin du rapport médical établi le 6 août 2019 par le Dr E.________ qu'en sollicitant sa main droite pour travailler l'après-midi même de sa fracture, la patiente avait contribué à l'aggravation de l'état de son poignet, qu'elle s'était exposée à divers risques de complications et qu'elle avait présenté, en postopératoire, des fourmillements dans les premiers doigts de la main droite, qui avaient disparu au profit d'une perte de sensibilité. A.f. Entendue par la police le 23 janvier 2020, D.________ a contesté les faits qui lui étaient reprochés. Le 2 mars 2018, A.________ avait effectivement appelé B.________ pour lui annoncer l'accident. Aux alentours de 12h00, l'employée était venue de son propre chef au travail, accompagnée de son mari, car elle avait du travail à terminer et avait à coeur de l'avancer. L'administratrice savait elle-même que le poignet de l'intéressée était fracturé mais ne lui avait dit ni de travailler, ni de ne pas le faire, partant du principe que A.________ était à même de savoir ce qu'elle était en mesure d'effectuer. Elle n'avait pas non plus entendu B.________ contraindre A.________ à demeurer au travail. A aucun moment celle-ci n'était venue à sa rencontre, que ce soit pour solliciter son aide ou dire qu'elle n'y arrivait pas. Selon ses souvenirs, A.________ était en état de choc, mais ne semblait pas en état de détresse. Elle n'avait pas vu la plaignante pleurer ou " quelque chose du genre " qui lui aurait fait dire de rentrer chez elle. Le rapport de confiance entre A.________ et B.________, primordial pour ce poste, n'avait jamais pu s'établir. Après plusieurs entretiens de service et analyse de prestations, dont la dernière fois au mois de mai 2018, il avait été décidé de mettre un terme à leur collaboration. Un autre poste avait été trouvé pour la plaignante à l'Institut universitaire de médecine légale, mais A.________ n'avait pas pu y débuter en raison d'une fracture du pied qui avait entraîné une incapacité de travail de trois mois. Par la suite, une troisième possibilité de placement avait été trouvée mais A.________ n'avait pas pu honorer le rendez-vous en raison d'un nouvel arrêt de travail de novembre 2018 à fin août 2019, soit jusqu'à la fin de son contrat. A.g. Entendu par la police le 6 février 2020, B.________ a également contesté l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés. A.________ était au bénéfice d'un contrat de durée déterminée dont l'échéance était prévue le 31 août 2019, dans la mesure où lui-même partait à la retraite le 15 juillet 2019 et ne souhaitait pas imposer une assistante à son successeur. La plaignante n'avait pas donné satisfaction, ce qui avait été relevé dans deux rapports d'évaluation et un entretien de service entre l'automne 2017 et mai 2018, le dernier rapport concluant à une rupture du lien de confiance. La jour de l'accident, A.________ était venue de sa propre initiative au bureau, accompagnée de son mari. Il avait été surpris de la voir, ayant été informé de sa fracture du poignet, mais A.________ lui avait dit qu'elle préférait attendre dans son bureau la consultation avec le chirurgien. Il l'avait rassurée en lui proposant de chercher un chirurgien de sa connaissance aux HUG et avait entrepris de vérifier la couverture d'assurance-accident employeur dont elle disposait à l'Université de Genève. D.________ et d'autres membres de l'administration du décanat étaient passés lui rendre visite et avaient tenté de la réconforter. De sa propre initiative et peut-être avec l'aide de son époux, A.________ avait envoyé quelques courriers électroniques pour rendre service. A aucun moment, elle ou son époux ne s'étaient plaints de la façon dont elle avait été traitée. A.________ l'avait remercié des démarches qu'il avait effectuées. En fin d'après-midi, elle avait quitté d'elle-même le décanat pour retourner à la clinique. Après l'opération, il avait pris de ses nouvelles. A.________ lui avait assuré que tout s'était bien passé et que son chirurgien était " enchanté ". A aucun moment, il n'avait exercé la moindre contrainte à l'encontre de l'intéressée. Le 2 mars 2018, aucune tâche n'avait été exigée d'elle et tout ce qu'elle avait fait l'avait été de sa propre initiative. A.h. Par ordonnance du 21 avril 2020, le Ministère public de la République et canton de Genève a refusé d'entrer en matière sur la plainte, après avoir constaté que les déclarations des parties étaient contradictoires, qu'aucun élément probant ne permettait d'accréditer la version des faits de la plaignante et que les parties s'opposaient dans un contexte conflictuel de droit du travail.