Citation: 5A_685/2018 E. 5.3.4

5.3.4. La recourante conteste aussi l'effet rétroactif de la modification des contributions d'entretien au 1er avril 2017, reprochant en particulier à l'autorité cantonale d'avoir retenu de manière insoutenable qu'un revenu hypothétique ne pouvait être imputé à l'intimé avant le mois de juin 2017. Elle soutient en substance qu'elle se trouvait au chômage jusqu'à fin mai 2017 et qu'elle ne pouvait compter ni sur une suppression totale des pensions pour les enfants pour avril et mai 2017, ni sur leur diminution dès juin 2017. Ayant utilisé l'intégralité desdites contributions pour payer les charges des enfants, elle ne serait en outre pas en mesure de rembourser quoi que ce soit. 5.3.4.1. De jurisprudence constante, la décision de modification des mesures protectrices ou provisoires ne déploie en principe ses effets que pour le futur, l'ancienne réglementation restant valable jusqu'à l'entrée en force formelle du nouveau prononcé. En matière de contributions d'entretien, la modification peut aussi prendre effet - au plus tôt - au moment du dépôt de la requête (ou à une date ultérieure), l'octroi d'un tel effet rétroactif relevant toutefois de l'appréciation du juge (arrêts 5A_274/2015 du 25 août 2015 consid. 3.5, non publié aux ATF 141 III 376; 5A_745/2015 du 15 juin 2016 consid. 5.2.3). Lorsque le motif pour lequel la modification d'une contribution d'entretien est demandée se trouve déjà réalisé au moment du dépôt de la requête, il ne se justifie normalement pas, du point de vue de l'équité, de faire remonter l'effet de la modification à un autre moment, le créancier de la contribution d'entretien devant tenir compte d'un risque de réduction ou de suppression de la rente dès l'ouverture de la procédure. Selon les circonstances, le juge peut toutefois retenir, même dans ce cas, une date postérieure au dépôt de la requête, notamment lorsque la restitution des contributions accordées et utilisées pendant la durée de la procédure ne peut équitablement être exigée (arrêt 5A_501/2015 du 12 janvier 2016 consid. 4.2 et les références). Cette dernière situation suppose que le crédirentier, sur la base d'indices objectivement sérieux, ait pu compter pendant la durée de la procédure avec le maintien du jugement d'origine; il s'agit ainsi d'un régime d'exception (arrêts 5A_831/2016 du 21 mars 2017 consid. 4.3.1; 5A_894/2010 du 15 avril 2011 consid. 6.2). 5.3.4.2. En tant que la recourante s'écarte de l'état de fait de l'autorité cantonale, sans qu'elle ne se plaigne, de façon suffisamment motivée, d'arbitraire dans la constatation des faits, ou alors que ses griefs en ce sens ont été écartés, sa critique est d'emblée irrecevable (cf. supra consid. 2.2; ATF 140 III 16 consid. 1.3.1). Tel est en particulier le cas lorsqu'elle prétend que l'intimé a décidé de cesser de travailler du jour au lendemain, qu'il a quitté la Suisse sans prévenir ne seraient-ce que son épouse et ses enfants, que les pièces qu'il n'a d'ailleurs produites qu'en appel confirment qu'il n'a pas réellement recherché un nouvel emploi de manière soutenue, en Suisse ou à l'étranger, et qu'en dépit de son manque de transparence, il dispose à l'évidence de ressources qui lui permettent de renoncer à travailler tout en continuant d'assumer ses charges - y compris, jusqu'au mois d'août 2018, les pensions dues aux enfants. Il en va de même dans la mesure où elle affirme que, par son comportement déloyal et son manque de diligence, le mari l'a confortée dans la conviction qu'il n'avait jamais entrepris aucune démarche pour retrouver un emploi, de sorte qu'il disposait manifestement de ressources cachées, et qu'ayant à l'évidence utilisé l'intégralité des contributions pour payer les charges des enfants, elle ne serait pas en mesure de les rembourser. Au surplus, la recourante n'établit aucune circonstance exceptionnelle qui justifierait de déroger aux principes jurisprudentiels susmentionnés (cf. supra consid. 5.3.4.1). En particulier, elle ne démontre pas qu'elle disposait d'indices objectivement sérieux lui permettant d'escompter que les contributions d'entretien fixées par le premier juge seraient maintenues. Dans ces conditions, il ne saurait être reproché à la cour cantonale d'avoir manifestement commis un excès ou un abus de son pouvoir d'appréciation en modifiant les contributions d'entretien dès le mois d'avril 2017, la requête en ce sens ayant été déposée le 16 février précédent et l'arrêt attaqué retenant, sans qu'aucun arbitraire n'ait été établi à ce sujet, que la situation financière globale des parties s'était durablement et significativement modifiée depuis le 1er avril 2017.