Citation: 4A_577/2008 31.03.2009 E. 5

Invoquant l'art. 9 Cst., les recourants sont d'avis qu'en choisissant de se fonder sur l'expertise B.________ plutôt que sur l'expertise C.________, les juges valaisans se sont livrés à une appréciation arbitraire des preuves. Le coût de l'ouvrage calculé par le second expert (301'541 fr.65) est en effet plus proche des estimations des architectes D.________ (150'000 fr.), E.________ (165'000 fr.) et F.________ (142'000 fr.), ainsi que des évaluations du même expert selon les m2 (305'748 fr.) et les m3 (301'713 fr.). Par ailleurs, d'après les recourants, la cour cantonale ne pouvait pas s'écarter de la réduction de 5 % opérée par l'expert C.________ sur certaines offres obtenues par l'expert B.________ parce qu'il s'agissait, d'une part, d'une question technique et, d'autre part, d'une approche pragmatique tenant compte d'un marché concurrentiel. 5.1 En matière d'appréciation des preuves et d'établissement des faits, l'autorité verse dans l'arbitraire lorsqu'elle ne prend pas en compte, sans raison sérieuse, un élément de preuve propre à modifier la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement sur son sens et sa portée ou encore lorsque, en se fondant sur les éléments recueillis, elle en tire des constatations insoutenables (ATF 134 V 53 consid. 4.3 p. 62; 129 I 8 consid. 2.1; 118 Ia 28 consid. 1b). Lorsque l'autorité cantonale juge une expertise concluante et en fait sien le résultat, le Tribunal fédéral n'admet le grief d'arbitraire que si l'expert n'a pas répondu aux questions posées, si ses conclusions sont contradictoires ou si, d'une quelconque autre façon, l'expertise est entachée de défauts à ce point évidents et reconnaissables, même sans connaissances spécifiques, que le juge ne pouvait tout simplement pas les ignorer. Il n'appartient pas au Tribunal fédéral de vérifier si toutes les affirmations de l'expert sont exemptes d'arbitraire; sa tâche se limite bien plutôt à examiner si l'autorité intimée pouvait, sans arbitraire, se rallier au résultat de l'expertise (arrêt 4P.283/2004 du 12 avril 2005 consid. 3.1, in RDAF 2005 I p. 375; arrêt 4P.263/2003 du 1er avril 2004 consid. 2.1). Si l'autorité cantonale est confrontée à plusieurs expertises judiciaires et qu'elle se rallie aux conclusions de l'une d'elles, elle est tenue de motiver son choix. Dans un tel cas, le Tribunal fédéral n'admet le grief d'appréciation arbitraire des preuves que si cette motivation est insoutenable ou si le résultat de l'expertise qui a eu la préférence de l'autorité cantonale est arbitraire pour l'un des motifs susmentionnés (arrêt 4P.205/2003 du 22 décembre 2003 consid. 2.1). 5.2 Conformément à l'art. 374 CO, le prix effectif de l'ouvrage devait être fixé en l'espèce d'après la valeur du travail et les dépenses de l'entrepreneur. En d'autres termes, il s'agissait de déterminer les coûts effectifs, en matériel et en personnel, qu'un entrepreneur diligent aurait engagés pour une exécution soignée de l'ouvrage, abstraction faite des coûts inutiles et de la valeur de l'ouvrage (cf. ATF 96 II 58 consid. 1 p. 61; CHAIX, op. cit., n° 9 ad art. 374 CO; GAUCH, op. cit., n° 946 à n° 949, p. 279 ss; n° 964 et n° 965, p. 283 ss). Deux experts se sont penchés sur cette question. L'expert B.________ a tout d'abord recensé les factures à prendre en considération; il a abouti à un total de 335'606 fr.70, repris par l'expert C.________. De ce montant, l'expert B.________ a retranché 1'064 fr.75 correspondant à deux factures qui devaient être écartées. Après correction, le total des factures qui correspondent, selon les experts, aux travaux exécutés s'élève à 334'541 fr.95. Ceci posé, l'expert B.________ a établi le descriptif des travaux relevant des différents corps de métier, puis le cahier des charges pour chacun d'eux. Il a ensuite demandé à des entreprises de confiance un calcul des coûts correspondants, tenant compte des prix moyens en 2002 et de la situation de l'ouvrage; les entrepreneurs ont examiné l'ouvrage terminé. Sur la base des offres fournies a posteriori et en incluant divers coûts supplémentaires liés notamment à des modifications de commande, l'expert B.________ a fixé le prix de l'ouvrage à 372'913 fr.65. Pour sa part, l'expert C.________ a confirmé le bien-fondé du procédé adopté par l'expert B.________. ll a établi ses propres soumissions pour la maçonnerie, la charpente, la menuiserie et le revêtement en bois. Sur la base des offres des entrepreneurs sollicités, il a retenu, sur ces postes, des coûts inférieurs à ceux figurant dans l'expertise B.________. Pour le coût des travaux émanant d'autres corps de métier, l'expert C.________ a repris les offres obtenues par l'expert B.________, en les réduisant d'un taux de 5 %, ce qui lui permettait d'aboutir, selon lui, «aux prix que l'on pourrait probablement obtenir avec des appels d'offres ouverts». Il a fixé le prix de l'ouvrage à 301'237 fr.95. La cour cantonale a considéré l'expertise B.________ plus convaincante que l'expertise C.________. Sur cette base, elle a retenu que l'intimé avait fourni aux recourants une prestation valant au moins 334'541 fr., soit le prix facturé après correction. Les juges précédents ont motivé leur choix de la manière suivante: d'une part, contrairement aux offres figurant dans l'expertise C.________, les offres prises en compte dans l'expertise B.________ ont été faites après inspection de l'ouvrage par les entrepreneurs sollicités, en présence de l'expert; d'autre part, la réduction de prix de 5 % opérée systématiquement par l'expert C.________ était fondée sur une simple probabilité. Cette motivation n'a rien d'insoutenable. Les offres présentées par l'expert B.________ pouvaient être tenues pour plus précises dès lors qu'elles émanaient d'entrepreneurs ayant vu l'ouvrage terminé et les travaux exacts que sa réalisation impliquait. Par ailleurs, la cour cantonale n'a pas motivé de manière arbitraire la non-prise en considération de la réduction linéaire de 5 %. En effet, l'expert C.________ reconnaît lui-même qu'il s'agit là d'une probabilité, et non d'une certitude; de plus, il admet dans son rapport que les prix retenus par l'expert B.________ sont «plutôt situés au milieu de la fourchette des prix» et qu'ils ne sont donc pas surfaits. Pour le reste, les recourants ne démontrent pas que le résultat de l'expertise B.________ serait arbitraire. Ils ne font état d'aucun défaut manifeste qui entacherait le rapport du 25 octobre 2004 et que les juges cantonaux n'auraient pu ignorer. A cet égard, la comparaison avec le coût de 150'000 fr. estimé par l'architecte V.________ sur la demande d'autorisation de construire n'est manifestement pas propre à faire apparaître comme arbitraire le résultat d'une expertise judiciaire fondée sur des offres précises, après examen approfondi des travaux exécutés. Il en va de même des estimations effectuées par des architectes et déposées par une partie. Enfin, les évaluations au m2 et au m3 auxquelles l'expert C.________ a procédé à titre superfétatoire ne permettent en aucun cas d'établir le caractère insoutenable du résultat de l'expertise B.________. En effet, les experts judiciaires devaient rechercher le prix selon la valeur du travail et la dépense de l'entrepreneur, alors que les deux estimations susmentionnées consacrent un mode de calcul totalement différent, fondé sur des statistiques de coût de construction au m2 ou au m3. En conclusion, le moyen tiré d'une violation de l'art. 9 Cst. se révèle mal fondé.