Citation: 6B_383/2024 E. 10.4

10.4. Le raisonnement de la cour cantonale est conforme au droit fédéral. Pour cause, sous l'angle du droit au respect de la vie privée, il ressort du jugement attaqué (v. consid. 1.1, 1.2, 2 et 10.3) que le recourant est arrivé en Suisse à l'âge de 24 ans, après avoir grandi, étudié et travaillé en Turquie, où il a encore des liens familiaux. Si ce qui précède implique qu'il a vécu 10 ans en Suisse, il n'en demeure pas moins qu'il a été placé en détention depuis le 24 juin 2018, soit 4 ans seulement après son arrivée. Durant ses périodes de liberté, le recourant a travaillé à plein temps comme livreur pour l'entreprise G.________, puis comme livreur pour différentes entreprises, étant précisé qu'il a rencontré des difficultés à trouver ses marques en Suisse, tant sur le plan professionnel que sur le plan social. Dans ces conditions, il n'apparaît pas qu'il dispose de liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec la Suisse, ce qu'il ne conteste pas. En ce qui concerne l'atteinte à sa vie familiale, c'est en vain que le recourant invoque ses relations avec sa fille. Pour cause, il ressort du jugement attaqué (v. consid. 1.1, 1.2, 2 et 10.3) qu'il n'a pas la garde sur celle-ci et qu'il ne s'acquitte pas des contributions d'entretien qui lui sont dues. En tant qu'il soutient qu'il est particulièrement attaché à sa fille et qu'il a assumé un rôle majoritaire dans le cadre de sa prise en charge du temps de la vie commune, le recourant invoque des éléments qui n'ont pas été retenus dans le jugement attaqué sans démontrer l'arbitraire de leur omission, de sorte que son argumentation est irrecevable. De telles affirmations semblent quoi qu'il en soit contraires à l'état de fait cantonal, puisqu'il est établi que le recourant a vécu tout au plus deux ans avec sa fille avant d'être incarcéré et que durant cette période, en marge d'un emploi à plein temps, ses relations avec l'intimée ont toujours - ou presque - été empreintes de disputes, reproches, voir d'une certaine violence. Dès son incarcération, le recourant n'a vu sa fille qu'une fois par mois, puis durant l'été 2020 à raison d'un week-end sur deux. Ainsi, la fille du recourant, aujourd'hui âgée de huit ans environ, n'a plus partagé concrètement la vie de son père depuis au moins six ans. Quant à la peine de prison que le recourant soutient devoir purger en cas d'expulsion en Turquie, pour autant qu'effective, elle implique tout au plus que les contacts avec sa fille seront limités dans une même mesure qu'ils le sont actuellement, mais en aucun cas qu'ils seront réduits. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que l'expulsion du recourant le placerait dans une situation personnelle grave, au regard de son droit au respect de sa vie familiale, au sens de la jurisprudence (cf. supra consid. 10.2). En tout état de cause, et quand bien même la cour cantonale n'a pas eu à trancher cette question, il apparaît que l'intérêt public à l'éloignement du recourant l'emporte sur son potentiel intérêt privé à demeurer en Suisse. Pour cause, compte tenu de la nature et de la gravité des infractions commises par ce dernier, qui s'en est pris à réitérées reprises à l'intégrité physique, sexuelle et psychique de son épouse atteinte dans sa santé, les intérêts publics présidant à son expulsion sont importants. À cela s'ajoute que le recourant n'a jamais présenté d'excuses à son épouse et n'a fait preuve d'aucun remords, persistant à rejeter la faute sur la précitée et à nier les faits reprochés. En outre, la peine privative de liberté de cinq ans à laquelle il a été condamné dépasse largement une année et constitue dès lors une "peine privative de liberté de longue durée" au sens de l'art. 62 al. 1 let. b LEI, avec tout ce que cela implique en matière d'autorisation d'établissement. Au contraire, l'intérêt privé du recourant à demeurer en Suisse est faible, compte tenu notamment de la courte durée de son séjour en liberté et de son intégration limitée dans ce pays, du fait que son expulsion ne conduira pas à un éclatement du noyau familial, ou encore de la durée limitée de son expulsion. Dans ces conditions, les contacts avec sa fille pourront être maintenus par l'intermédiaire des moyens de communication modernes, voire par de brefs séjours dans le pays d'origine du recourant (l'intimée ayant confirmé être prête à se plier à un tel exercice, de l'aveu même du recourant, en p. 23 de son mémoire de recours). À cela s'ajoute finalement que le recourant ne devrait pas rencontrer trop de difficultés à se réintégrer et à retrouver un emploi dans son pays d'origine, dont il parle couramment la langue et où il a vécu et étudié jusqu'à ses 24 ans. Le fait qu'il doive ou non encore y purger une peine de prison de plusieurs années ne saurait mener au constat contraire, que ce soit sous l'angle de sa réinsertion, qui n'y sera pas plus compliquée qu'en Suisse, ou sous l'angle de ses relations avec sa fille, d'ores et déjà conditionnées par sa détention.