Citation: 4A_72/2024 E. B

B.a. Après une tentative de conciliation infructueuse, A.________ a déposé une demande simplifiée contre l'EMS le 20 septembre 2021, devant l'autorité prud'homale du canton de Genève. Il réclamait en substance 27'331 fr. 85 bruts, plus intérêts moratoires à 5 % l'an dès le 25 février 2021, lendemain du jour où il disait avoir reçu la lettre de son congé, ainsi qu'un certificat de travail "complété". Il prétendait grosso modo à un solde salarial de 751 fr. 30, respectivement à une indemnité de 14'228 fr. 45 pour le salaire perdu jusqu'au terme ordinaire de congé, ainsi qu'à une indemnité de 12'352 fr. 10 pour licenciement immédiat injustifié. Il plaidait notamment que les rapports de travail avaient pris fin le 25 février 2021; il contestait avoir eu une attitude physiquement violente à l'encontre d'une collègue, de sorte que son licenciement immédiat, fondé sur un motif "mensonger", n'était pas justifié à ses yeux. L'EMS a déposé une demande reconventionnelle; il cherchait à être dédommagé (2'399 fr.) pour les frais de l'entreprise de sécurité. Par jugement du 12 septembre 2022, le Tribunal des prud'hommes du canton de Genève a accueilli la demande formée par l'employé, en ce sens qu'il a condamné l'EMS à verser 18'077 fr. 40 bruts, sous déduction de 3'207 fr. 90 nets, intérêts moratoires à 5 % l'an en sus dès le 25 février 2021 (ch. 4 du dispositif), a fixé le terme "ordinaire" de congé au 31 mai 2021, a invité la partie qui en avait la charge à opérer les "déductions sociales et légales usuelles" (ch. 5), respectivement a condamné l'EMS au versement de 1'778 fr. nets plus intérêts moratoires (ch. 6), et à remettre à l'employé un certificat de travail selon le considérant 8 topique de sa décision motivée (ch. 7). Cette même autorité a en revanche débouté l'EMS de sa demande reconventionnelle (ch. 8), et, plus largement, les parties de "toute autre conclusion" (ch. 9). Dite autorité a notamment considéré que le licenciement immédiat n'était pas justifié: une enquête plus rigoureuse aurait dû être faite; l'employé n'avait pas été préalablement entendu. La décision de le licencier avec effet immédiat avait été prise dans la précipitation. Cependant, une "faute concomitante" devait être retenue à son encontre: il avait porté atteinte à la personnalité de l'aide-soignante E.________. Aussi une somme restreinte à deux semaines de salaire, soit 1'778 fr. nets, devait-elle être allouée, à titre d'indemnité pour licenciement immédiat injustifié (art. 337c al. 3 CO). B.b. Statuant le 11 décembre 2023 sur appel de l'EMS, la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice genevoise a réformé cette décision, en ce sens qu'elle a annulé les chiffres 4 à 6 du dispositif entrepris; statuant à nouveau, elle a condamné l'EMS à verser à l'employé 4'495 fr. 70 bruts, sous déduction de 3'207 fr. 90 nets, plus intérêts au taux de 5 % l'an à compter du 25 février 2021. L'autorité d'appel a invité la partie qui en avait la charge "à opérer les déductions sociales et légales usuelles", et a débouté "les parties de toutes autres conclusions". En substance, la cour d'appel cantonale a d'abord rappelé les principes théoriques, puis a estimé que le premier tribunal avait nié à tort l'existence de justes motifs fondant le licenciement immédiat: après avoir reçu un avertissement formel en mai 2020 pour avoir envoyé un WhatsApp grossier à une collègue, l'employé demandeur avait ensuite eu une attitude irrespectueuse à l'égard d'une collègue (H.________) en janvier 2021, l'attrapant par la queue de cheval et lui demandant en riant "si elle aimai[t] ça", respectivement avait tenu à son égard, parfois devant des tiers, des propos dénigrants et/ou moqueurs sur sa personnalité et son physique. L'intéressée en avait retiré honte et crainte: elle évitait d'être seule avec l'employé, et le fuyait lorsque cela était possible. Un tel comportement revêtait "un caractère de gravité certain"; il dénotait "une absence de considération pour ses collègues", malgré l'avertissement consécutif au message WhatsApp "grossier", de même qu'une non-prise de conscience des conséquences susceptibles d'en découler. Son physique était "impressionnant", au moins pour ses collègues de sexe féminin, et ses remarques, "dénigrant[es]". On pouvait certes douter qu'il revête à lui seul un degré de gravité suffisant pour pouvoir être qualifié de "juste motif" de congé au sens de l'art. 337 al. 2 CO. Cependant, une fois son licenciement ordinaire signifié et ses motifs exposés, l'employé aurait pu contester une telle mesure ou la réalité de ces motifs, lors de l'entretien ou par la suite; au lieu de cela, il avait immédiatement attribué la responsabilité de ce congé à deux de ses collègues - soit F.________ et E.________ -, et était monté dans les étages plutôt que de se rendre dans les vestiaires, dans le but manifeste de dire à ses supposées "dénonciatrices" ce qu'il pensait de leur comportement; la restitution de son téléphone de service n'était qu'un prétexte dénué de toute crédibilité. Admettant lui-même être "agité", l'employé avait créé un "vent de panique", à tel point que plusieurs collaboratrices, dont certaines en pleurs, s'étaient enfermées dans un bureau en attendant un "retour à la normale". L'employé avait surtout porté atteinte à la personnalité de l'aide-soignante E.________, en lui demandant de le suivre dans un bureau, puis en se plaçant devant la porte pour l'empêcher de sortir, tout en lui assénant des reproches véhéments et injustifiés, provoquant chez elle un état de désarroi et d'insécurité l'ayant conduite à pleurer. Ce comportement revêtait une "gravité particulière"; il montrait que l'employé restait "imperméable aux demandes répétées de sa hiérarchie", se croyant en droit de répondre aux injustices dont il pensait être victime en s'en prenant directement aux collègues qu'il tenait pour responsables, qui plus est en jouant de son physique imposant. Aussi la décision de lui signifier son congé avec effet immédiat était-elle justifiée in casu. Il importait peu qu'un congé ordinaire eût déjà été communiqué à l'employé avec libération de l'obligation de travailler: son comportement "impulsif" et "vindicatif" était de nature à détruire définitivement la relation de confiance entre les parties; et l'EMS pouvait légitimement craindre que si l'employé restait membre du personnel jusqu'au terme du délai de congé, il intervienne à nouveau, d'une manière ou d'une autre, auprès de ses collègues. Les considérants de l'arrêt sur appel seront encore précisés dans la mesure nécessaire à la discussion des griefs. Une "opinion séparée" a été émise, d'après laquelle l'"impact émotionnel" causé par les agissements de l'employé, qui avait ressenti un "sentiment d'injustice" suite à son licenciement ordinaire, aurait dû être relativisé, et le contexte ("nervosité ambiante" due à la maladie du COVID), davantage pris en compte. Autrement dit, la décision de première instance aurait dû être confirmée.