Citation: U 128/04 11.04.2005 E. 4

Il y a lieu d'examiner en premier lieu si le recourant présente un état préexistant, antérieur aux deux agressions dont il a été victime les 23 décembre 1991 et 8 avril 1996. 4.1 Si l'on se fonde sur le rapport d'examen psychologique du 7 octobre 1996 de la psychologue P.________, l'expertise du docteur R.________ et de la psychologue E.________ du 30 juin 1997 - ainsi que le rapport complémentaire du docteur R.________ du 24 novembre 2001 - et l'expertise du docteur D.________ du 18 décembre 2000, il se justifie d'admettre l'existence d'un état antérieur. En effet, dans son rapport d'examen du 7 octobre 1996, la psychologue P.________ a indiqué que l'analyse des résultats parlait en faveur d'une organisation psychotique de la personnalité d'allure schizophrénique. Dans leur rapport d'expertise du 30 juin 1997, le docteur R.________ et la psychologue E.________ ont constaté que l'assuré présentait une structure de personnalité psychotique. Enfin, dans l'expertise du 18 décembre 2000, le docteur D.________ est d'avis que l'état de stress post-traumatique est survenu dans le cadre d'un fonctionnement de personnalité de type psychotique. Dans ses observations du 24 novembre 2001, le docteur R.________ préfère dire que les événements sont survenus dans le cadre d'un fonctionnement de personnalité de type psychotique et que c'est bien ce fonctionnement qui va être déterminant dans l'évolution post-traumatique. 4.2 D'un autre côté, le docteur A.________, dans l'expertise judiciaire du 11 novembre 2002, considère que le trouble psychique présenté par l'assuré existe depuis plus de deux ans, qu'il n'est imputable ni à un trouble antérieur de la personnalité ni à un autre trouble mental. N'ayant pu mettre en évidence un éventuel trouble de la personnalité antérieur qui ait pu causer le trouble actuel, cet expert est d'avis qu'il s'agit là d'une hypothèse. Selon lui, il n'y a pas d'élément anamnestique qui prouve que l'expertisé présentait un trouble de la personnalité avant les agressions. Comme les tests effectués par la psychologue E.________ l'ont été après l'événement traumatique, il est possible que les résultats soient influencés par l'effet du stress post-traumatique. Etant donné qu'il n'y a pas de tests effectués avant le traumatisme, qui auraient pu confirmer ou infirmer un changement dans la personnalité de l'assuré, les tests en question ne peuvent pas prouver qu'il y ait eu un trouble antérieur de la personnalité. Le trouble psychique que présente l'expertisé est , selon cet avis, uniquement consécutif à l'agression subie en 1991 et à la seconde agression. 4.3 Dans le jugement du 19 février 2004, la juridiction cantonale a indiqué les raisons pour lesquelles il convenait d'admettre un état préexistant. Avec les premiers juges, il y a lieu d'admettre un état préexistant, antérieur aux événements des 23 décembre 1991 et 8 avril 1996, au degré de vraisemblance prépondérante (ATF 126 V 360 consid. 5b, 125 V 195 consid. 2 et les références; cf. ATF 130 III 324 s. consid. 3.2 et 3.3). Ainsi que l'a relevé la juridiction cantonale, tous les médecins reconnaissent que le recourant a eu une enfance difficile, ayant présenté des troubles du comportement. De l'avis du docteur D.________, partagé par le docteur R.________, la survenance de l'état de stress post-traumatique dans le cadre d'un fonctionnement de personnalité de type psychotique s'illustre par le fait que le recourant a de la peine à bien percevoir l'autre comme un être différencié, ayant ses propres besoins, ses propres limites. Ainsi, dans des moments d'excitation ou de stress, celui-ci peut devenir confus, faisant alors mal la part des choses, peinant à raisonner et à réfléchir de manière claire, présentant des troubles de la pensée. Etant donné que sur ce point, le docteur A.________ n'apporte dans l'expertise judiciaire du 11 novembre 2002 aucun démenti aux constatations du docteur D.________, que pour le surplus les docteurs L.________ et C.________ confirment le bien-fondé de ces appréciations de ces experts, la Cour de céans n'a aucune raison de s'écarter de l'opinion des experts R.________ et D.________ sur l'existence d'un état antérieur.