Citation: I 645/04 26.09.2005 E. 5

5.1 Les premiers juges ont nié que la condition d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée soit remplie dans le cas particulier. D'autre part, ils ont considéré que les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise de travail, n'étaient pas non plus réalisés. Dès lors il y avait lieu de s'écarter de l'appréciation de la capacité résiduelle de travail du recourant faite par les experts du COMAI. Pour autant, il ne se justifiait pas d'ordonner un complément d'expertise. Il convenait de retenir qu'il n'existe pas d'élément d'ordre psychique, relevant de l'assurance-invalidité qui empêcherait l'assuré d'exercer en plein une activité légère, après une période de réentraînement au travail (le cas échéant), vu la longue période d'inactivité qu'il présente. 5.2 Le recourant reproche aux premiers juges de n'avoir pas posé aux experts psychiatres les questions pertinentes permettant de savoir si les critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise de travail, étaient remplis dans son cas. Il est d'avis que l'expertise psychiatrique ne permet pas de répondre à ces questions et qu'elle doit être complétée sur ce point. 5.3 On ne saurait faire grief à la juridiction cantonale de n'avoir pas procédé sur ce point à une instruction complémentaire. En effet, le but de l'expertise pluridisciplinaire est d'obtenir une collaboration entre différents praticiens et d'éviter les contradictions que pourraient entraîner des examens trop spécialisés, menés indépendamment les uns des autres. En l'occurrence, il convient de s'attacher à la discussion globale menée par les experts du COMAI plutôt qu'aux rapports forcément sectoriels et limités des différents spécialistes consultés en cours d'expertise (arrêt T. du 4 juillet 2005 [I 228/04]). A cet égard, l'expertise du COMAI du 24 juillet 2003 est suffisante pour trancher la question de savoir si le recourant présente une atteinte à la santé psychique entraînant une invalidité au sens de la loi, sans que cela nécessite un complément d'instruction. 5.4 Le diagnostic de dépression atypique (F 32.8 selon CIM-10) ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. En effet, selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mombour/Schmidt [éd.], Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème édition, p. 191), sur laquelle se fonde le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'un tel diagnostic ne saurait être reconnu comme constitutif d'une comorbidité psychiatrique autonome des troubles somatoformes douloureux (ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 et la référence à Meyer-Blaser, op. cit., p. 81 et la note 135). Selon les docteurs O.________ et R.________, la dépression atypique s'exprime par la prépondérance de troubles dits « somatiques » comme la diminution de l'intérêt et du plaisir pour des activités agréables, la fatigue, les troubles du sommeil et les perceptions de douleurs, symptômes qui coexistent avec des signes dépressifs plus typiques qui sont également présents, mais qui ne sont évoqués par le patient qu'en deuxième ligne. A cet égard, les troubles thymiques comportent chez le recourant un abaissement de l'humeur, une diminution de l'énergie, des difficultés de concentration, des difficultés à se projeter positivement dans le futur, des ruminations et des idées noires. Ces symptômes typiques de la lignée dépressive n'apparaissent qu'en deuxième plan face aux symptômes dépressifs dits « somatiques » qui sont à côté des douleurs persistantes, notamment la fatigue, une diminution de l'intérêt et du plaisir et des troubles du sommeil qui amènent vers le diagnostic d'une dépression atypique (rapport des psychiatres du 18 mars 2003). Tenant compte de ce qui précède, les experts du COMAI, dans leur rapport du 24 juillet 2003, ont pris en considération les difficultés psychiques réelles du patient. Pour autant, ils n'évoquent pas la présence d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée. Même si, dans leur rapport du 18 mars 2003, les docteurs O.________ et R.________ indiquent que le patient paraît incapable de pouvoir à nouveau s'adapter à un cadre professionnel, même souple et exigeant, en raison de l'importance du syndrome douloureux somatoforme persistant et de la comorbidité psychiatrique associée, il n'en demeure pas moins que le diagnostic de dépression atypique retenu par les psychiatres ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. 5.5 Il reste à examiner les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail. On ne voit pas que le recourant réunit en sa personne plusieurs de ces critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. En effet, celui-ci ne présente pas, en sus du syndrome douloureux somatoforme persistant, une affection corporelle chronique ou un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive). A cet égard, s'agissant des douleurs lombaires, les experts du COMAI indiquent qu'une part des douleurs peut actuellement être attribuée aux séquelles des interventions chirurgicales, mais que le trouble somatoforme semble jouer un rôle prépondérant. D'autre part, le fait que, comme le relèvent les docteurs O.________ et R.________ dans leur rapport du 18 mars 2003, des perturbations majeures au niveau comportemental sont en particulier présentes en raison du trouble de la personnalité du patient - de l'avis de ces médecins, la difficulté d'être conscient et à l'écoute des symptômes dépressifs paraît favorisée par le trouble de la personnalité de type paranoïaque qui amène le patient non seulement vers une distorsion de la relation avec son entourage, mais également vers des troubles de comportement et des difficultés d'adaptation à la réalité externe -, ne permet pas non plus de parler d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Selon les constatations des premiers juges sur ce point, qui se fondent sur les éléments retenus par le professeur P.________ et le docteur B.________ dans leur appréciation du cas (rapport du 24 juillet 2003), l'environnement social du recourant est conservé, ce que celui-ci ne conteste pas. Par ailleurs, les experts du COMAI indiquent que le recourant se présente comme ayant des ressources psychiques. Ainsi que l'ont constaté les premiers juges, celui-ci a de nombreux centres d'intérêts et de nombreuses ressources. Dès lors on ne saurait parler pour le moment d'un état psychique cristallisé, sans évolution possible sur le plan thérapeutique, le patient se montrant capable de pouvoir suivre un traitement médicamenteux par neuroleptique à faibles doses prescrit par son médecin généraliste (rapport du 18 mars 2003 des docteurs O.________ et R.________). On ne voit pas au dossier que chez le recourant, l'apparition du trouble somatoforme douloureux résulterait d'une libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie). Même si, dans leur rapport du 18 mars 2003, les docteurs O.________ et R.________ indiquent que le patient paraît incapable de pouvoir à nouveau s'adapter à un cadre professionnel, même souple et peu exigeant, en raison de l'importance du syndrome douloureux somatoforme persistant et de la comorbidité psychiatrique associée, il n'en demeure pas moins qu'ils ne font mention d'aucune source de conflit intra-psychique ni situation conflictuelle externe permettant d'expliquer le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. 5.6 Sur le vu de ce qui précède, il apparaît que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail du recourant puisse être raisonnablement exigée de lui.