Citation: 5A_103/2024 E. 3.3

3.3. L'écriture de recours se concentre essentiellement sur la question de la capacité de discernement de la recourante et sur la manière dont les preuves produites ont été appréciées pour trancher cette question. Or, contrairement à ce que semble penser la recourante, l'absence de capacité de discernement n'est pas une condition à l'instauration d'une curatelle de représentation et de gestion du patrimoine. Seules sont déterminantes les questions de savoir si la recourante souffre d'une déficience mentale, de troubles psychiques ou d'un autre état de faiblesse qui affecte sa condition personnelle au point qu'elle est au moins partiellement empêchée d'assurer elle-même la sauvegarde de ses intérêts et si elle a besoin d'aide pour accomplir certains actes, à savoir en l'espèce pour gérer son patrimoine. Sur ce point, la Chambre de surveillance a constaté que, si les parties et les intervenants à la procédure s'opposaient sur la question de la capacité de discernement de la recourante, ils ne contestaient en revanche pas le fait qu'elle n'était pas en mesure de s'occuper seule de la gestion de ses affaires administratives. De surcroît, son médecin traitant depuis 2017 avait constaté que la recourante présentait, depuis quelques années, des signes progressifs de déclin cognitif, notamment des troubles de la mémoire, ainsi qu'une perte d'autonomie. Elle n'était plus capable d'assumer la gestion de ses affaires administratives et financières. La recourante se plaint de l'absence de prise en compte des certificats médicaux établis par la Dre I.________. Or, si cette dernière affirme que la capacité de discernement de la recourante reste préservée, elle fait également état de troubles mnésiques et ne nie pas son besoin de protection puisqu'elle relève que la recourante évalue correctement son besoin d'être aidée pour ses affaires courantes. Compte tenu du consensus des professionnels de la santé ayant examiné la recourante quant à l'état de faiblesse et au besoin de protection de la recourante, on ne saurait reprocher à la Chambre de surveillance d'avoir refusé d'ordonner une expertise médicale à l'endroit de l'intéressée. Seule reste ainsi litigieuse la question de savoir si la représentation de la recourante doit être confiée à une personne tierce ou si l'aide dont elle nécessite peut continuer à lui être fournie par les membres de sa famille. A cet égard, la Chambre de surveillance a rappelé que la gestion des affaires administratives de la recourante avait été essentiellement assumée par sa fille D.________ et par le mari de celle-ci après le décès de son époux et que les membres de la fratrie étaient tous au bénéfice d'une procuration sur le compte de leur mère, de sorte que l'aide apportée à la recourante paraissait à première vue suffisante. Or, D.________ avait clairement exprimé son souhait que la gestion des affaires de sa mère soit désormais assumée par un tiers extérieur à la famille, ne se mettant à disposition pour être désignée curatrice qu'à titre subsidiaire. E.________ et F.________ avaient quant à eux émis des critiques virulentes à l'encontre de la manière dont leur soeur assumait la tâche de gestion des affaires administratives et financières de leur mère, alléguant notamment le fait que celle-ci favoriserait des membres de sa propre famille à leur propre détriment et celui de leurs proches. E.________ avait par ailleurs fait état de certaines "irrégularités". La Chambre de surveillance a déduit de ce qui précède que la situation actuelle, source de désaccords et de tensions au sein de la famille, ne pouvait perdurer. Sur ce point, la recourante se contente d'affirmer que ses enfants lui apportent déjà l'aide nécessaire aux actes courants de gestion et d'administration et qu'il lui appartient de désigner la ou les personnes auxquelles elle entend confier la gestion de ses affaires, compte tenu de sa pleine capacité de discernement. Ce faisant, elle ne s'en prend pas valablement à la motivation cantonale et n'expose notamment pas comment elle entend pallier le risque de blocage total et l'impossibilité de prendre des décisions la concernant mis en évidence par la Chambre de surveillance. La recourante ne conteste en effet pas le constat des juges précédents selon lequel la procédure n'avait eu de cesse de démontrer le désaccord constant des membres de la fratrie sur l'ensemble des questions relatives à leur mère. Partant, même si l'on s'écartait de la solution prévue dans le mandat pour cause d'inaptitude du 2 novembre 2022 qui prévoyait des tandems entre ses enfants chargés de lui fournir une assistance personnelle, de gérer son patrimoine, de la représenter dans ses rapports juridiques avec les tiers et de s'entretenir avec les médecins au sujet des soins à lui administrer, avec droit de décider en son nom, le risque que les décisions prises par un membre désigné soient systématiquement remises en question par les autres est patent, ce qui nuirait inévitablement aux intérêts de la recourante. En conséquence, même à admettre la capacité de discernement de la recourante sur cette question, c'est à juste titre que la Chambre de surveillance a considéré que le besoin de protection de la recourante ne pouvait être satisfait pas les membres de sa famille. Le principe de subsidiarité n'a donc pas été violé.