Citation: I 353/05 19.07.2006 E. 4

4.1 Le recourant conteste la valeur probante des constatations des docteurs P.________, U.________ et I.________ relatives à la capacité de travail résiduelle de l'intimée, au motif que les critères posés par la jurisprudence pour l'admission du caractère invalidant de troubles somatoformes douloureux ne seraient pas remplis. En particulier, l'intimée ne présenterait pas de comorbidité psychiatrique, ou du moins cette comorbidité ne revêtirait pas l'intensité requise, dès lors qu'elle n'a pas entraîné d'incapacité de travail avant 1994. Un profit primaire tiré de la maladie ne ressortirait pas des explications fournies par les experts, qui n'auraient pas davantage mis en évidence de retrait social net, l'intimée maintenant une relation très étroite avec sa famille. L'affirmation des experts d'après laquelle cette relation avec sa famille constitue le seul soutien de l'intimée, sans lequel elle risquerait de s'effondrer, démontre selon le recourant que toutes ses ressources ne sont pas épuisées, grâce au soutien de son entourage. Enfin, le recourant considère que tous les traitements entrepris n'ont pas échoué, certains d'entre eux ayant apporté une amélioration temporaire, et souligne la mauvaise compliance de l'intimée aux traitements prescrits. 4.2 Les docteurs P.________, U.________ et I.________ ont attesté une incapacité de travail de 70 % en raison notamment de troubles somatoformes douloureux et d'une personnalité borderline de type impulsif. Contrairement à ce que soutient le recourant, ce trouble de la personnalité constitue bien une comorbidité psychiatrique, dont les experts du COMAI ont mis en évidence qu'elle durait depuis de nombreuses années et qu'elle était en l'occurrence relativement marquée, au point de rendre difficile toute relation thérapeutique et de compromettre dans une large mesure les relations entre l'intimée et son entourage social, hormis avec ses deux filles (sur ces difficultés, voir également le rapport du 4 octobre 2000 du docteur L.________). Dans ce contexte, le fait que cette atteinte n'était pas grave, selon le recourant, au point d'entraîner directement une incapacité de travail avant le développement d'un trouble somatoforme douloureux n'est pas un critère pertinent pour exclure désormais, en relation avec ce trouble somatoforme, son influence sur la capacité de travail de l'intimée. Par ailleurs, les conclusions des experts sont corroborées dans une large mesure par les constatations de la psychologue D.________, qui a fait état d'une personnalité pré-psychotique et décrit le mécanisme par lequel les plaintes douloureuses constituent une réponse de l'assurée à sa fragilité psychologique (profit primaire tiré de la maladie). En ce qui concerne les autres critères posés par la jurisprudence relative au caractère invalidant de troubles somatoformes douloureux, on relèvera, quoi qu'en dise le recourant, l'absence d'amélioration significative de l'état de santé de l'assurée depuis de nombreuses années et un retrait social certain, malgré la bonne relation de l'intimée avec ses deux filles. L'intimée a divorcé d'un premier époux en 1993; remariée en 1998, elle a limité ses relations, pour l'essentiel, au cercle familial, mais a progressivement vu ses rapports avec son second époux se détériorer, au point qu'une procédure de divorce était en cours en 2003. C'est dire que le recourant surestime les ressources psychiques que l'intimée puiserait encore dans ses relations familiales. De même attribue-t-il une importance trop importante à la mauvaise compliance médicamenteuse de l'intimée, que les experts ont mis sur le compte du trouble de la personnalité dont elle est atteinte. A cet égard, si une meilleure compliance serait, certes, souhaitable, les médecins n'en attendent manifestement pas une amélioration déterminante de l'état de santé psychique de la recourante. 4.3 Vu ce qui précède, les critiques du recourant à l'encontre du rapport établi par les docteurs P.________, U.________ et I.________ ne suffisent pas à mettre en cause sa valeur probante. Cela vaut d'autant plus qu'aucun des médecins invités par l'Office AI à examiner l'assurée en vue de déterminer sa capacité de travail résiduelle n'a véritablement contredit les constatations de ces praticiens. Le rapport qui s'éloigne le plus de ces conclusions est celui du docteur L.________, qui atteste néanmoins 50 % d'incapacité de travail en raison des troubles psychiques de l'assurée. Vu le caractère notablement plus complet de l'expertise du COMAI, il n'y a pas lieu de s'en écarter.