Citation: 8C_559/2024 E. 5.2

5.2. Dans son écriture, la recourante se livre à sa propre appréciation médicale, en comparant les expertises du docteur B.________ et de la doctoresse C.________ pour en déduire que l'état de santé de l'intimé a évolué très favorablement entre 2001 et 2023 et qu'il dispose désormais d'une pleine capacité de travail sur le plan psychique. Ce faisant, elle perd de vue que c'est la tâche du médecin - et non de l'assureur ou du juge - de porter un jugement sur l'état de santé, en particulier d'indiquer dans quelle mesure celui-ci a évolué et pour quelles activités l'assuré est incapable de travailler (ATF 140 V 193 consid. 3.2; 125 V 256 consid. 4). Or la doctoresse C.________ a sans ambiguïté constaté que l'état de santé de l'intimé n'avait pas évolué du point de vue psychiatrique, l'assuré étant apte à travailler à 100 % depuis mars 1998 déjà. Dans leur évaluation consensuelle, les experts de CEMEDEX ont également souligné l'absence d'évolution sur ce plan. Comme retenu à juste titre par la cour cantonale, la doctoresse C.________ a apprécié de manière divergente une situation médicale ne s'étant pas modifiée de manière sensible, en se distançant du diagnostic posé en 2001 par le docteur B.________ et en estimant, contrairement à celui-ci, que l'intimé avait une capacité de travail complète depuis mars 1998. Les extraits des rapports d'expertise cités hors de leur contexte par la recourante ne permettent pas d'admettre l'existence d'un motif de révision au sens de l'art. 17 al. 1 LPGA. En particulier, le fait que l'intimé accomplisse quelques heures par semaine des travaux de jardinerie et de conciergerie pour son logeur à l'étranger, sans contrepartie en espèces, ne permet pas de constater une modification notable de son état de santé ni d'admettre qu'il aurait recouvré une capacité de travail qu'il pourrait mettre en valeur dans une activité salariée. Le fait qu'il ait réorganisé sa vie autour de la gestion de ses douleurs ne permet pas davantage de constater qu'il ne serait plus exclusivement centré sur lui-même, contrairement à ce que soutient la recourante. Celle-ci conteste les difficultés dans les relations sociales mises en évidence par les premiers juges et fait valoir que l'intimé a des amis à l'étranger, "voire à tout le moins de bonnes connaissances qu'il rencontre et avec qui il échange", qu'il entretient une relation d'entraide avec ses voisins et qu'il a gardé des contacts avec des amis en Suisse par le biais des réseaux sociaux. Toutefois, à l'époque de l'expertise établie par le docteur B.________ déjà, l'intimé aidait les personnes âgées de son immeuble et passait ses soirées chez des amis. Il reste que comme l'ont relevé à juste titre les juges cantonaux, l'intimé vit en réalité depuis plusieurs années de manière solitaire, ce qui le met en grande partie à l'abri de situations problématiques avec autrui. Celles-ci surviennent néanmoins, comme en atteste l'incident l'ayant opposé à un individu "voulant en découdre avec lui". Si l'intimé semble satisfait de n'avoir pas répondu physiquement, il n'en reste pas moins que cet incident faisait suite à une remarque de sa part à l'individu en question et que d'autres personnes présentes ont dû s'interposer "pour le protéger". Enfin, les circonstances qui ont pu, à l'époque, conduire le docteur B.________ à constater un trouble de la personnalité narcissique paraissent toujours présentes, l'intimé ayant notamment exposé qu'une personne au sein de l'assurance-invalidité souhaitait sa mort afin de ne plus lui verser de rente. La doctoresse C.________ réfute ce diagnostic en soulignant que le trouble de la personnalité aurait dû apparaître durant l'enfance ou l'adolescence déjà et que l'assuré a pu travailler durant 17 ans en milieu ordinaire, puis se reconstruire une vie à la suite d'un accident majeur. Cette argumentation traduit toutefois davantage une divergence d'appréciation diagnostique que le constat d'une amélioration de l'état de santé depuis la précédente expertise, étant précisé dans ce contexte que si l'intimé s'est certes reconstruit une vie après l'accident, celle-ci reste manifestement à la limite de la marginalité.