Citation: 4C.62/2000 15.05.2000 E. 5

5.- a) Le recourant voit une nouvelle violation de l'art. 8 CC dans le fait que la cour cantonale a admis le besoin effectif du bailleur d'occuper les locaux litigieux en se fondant sur les seules déclarations du défendeur. A l'en croire, ce serait davantage la Régie Tournaire Frères S.A. - Le Forum Immobilier (ci-après: la Régie), laquelle est installée au rez-de-chaussée de l'immeuble du quai Gustave-Ador, qui aurait besoin de l'appartement que l'étude d'avocats où le défendeur a le statut d'associé. Enfin, la Chambre d'appel aurait méconnu, par inadvertance, d'une part un extrait de la Feuille d'avis officielle faisant état de l'acquisition par la Régie de surfaces de bureaux dans un immeuble de la rue Muzy à Genève, d'autre part une publication de la Feuille officielle suisse du commerce signalant la constitution de la société FMK Group S.A. (ci-après: FMK) domiciliée dans les locaux précités de la rue Muzy, dont l'intimé et l'un de ses associés ou collaborateurs sont administrateurs. Pour le recourant, la constatation que la cour cantonale a posée en accordant foi aux explications de l'intimé, d'après laquelle FMK n'a rien à voir avec l'étude Tournaire et Associés, serait le fruit de ces inattentions. b) La jurisprudence n'admet l'existence d'une inadvertance manifeste, susceptible d'être rectifiée d'office par le Tribunal fédéral en application de l'art. 63 al. 2 OJ, que lorsque l'autorité cantonale a omis de prendre en considération une pièce déterminée, versée au dossier, ou l'a mal lue, s'écartant par mégarde de sa teneur exacte, en particulier de son vrai sens littéral (ATF 115 II 399 consid. 2a; 109 II 159 consid. 2b; cf. arrêt du 5 décembre 1995 dans la cause 4C.149/1995 consid. 3a, publié in SJ 1996 p. 353 ss). Tel est le cas lorsque l'examen d'une pièce du dossier, qui n'a pas été prise en considération, révèle une erreur évidente dans les constatations de fait. L'absence de mention d'une pièce dans le cadre de l'appréciation des preuves ne signifie pas encore qu'il y ait inadvertance, qui plus est inadvertance manifeste: il faut que ladite pièce n'ait pas été examinée, même implicitement, en d'autres termes que le juge n'en ait pas pris connaissance ou l'ait purement et simplement laissée de côté. Tout d'abord, il convient de souligner que le grief d'inadvertance manifeste est téméraire, dès lors que l'autorité cantonale a retenu, au considérant C in fine de la partie fait de son arrêt, que l'intimé, dans le cadre de son activité au sein de la Régie, avait procédé à la création de FMK et que cette société avait loué des locaux à la rue Muzy. Conformément à l'art. 272 al. 2 let. d CO, la Chambre d'appel s'est conformée à son devoir de soupeser les intérêts opposés des plaideurs en mettant dans un plateau de la balance les besoins du bailleur. Le recourant, confronté aux explications circonstanciées de sa partie adverse au sujet du nombre de personnes travaillant dans l'étude d'avocats et du lieu où celles-ci exercent leur activité juridique, n'a pas démontré qu'on lui ait refusé le droit à la contre-preuve, c'est-à-dire la faculté d'établir l'existence de faits susceptibles d'infirmer le bien-fondé des allégations formant l'objet de la preuve principale (cf. ATF 120 II 393 consid. 4a p. 397; 115 II 305). Comme le demandeur n'est pas parvenu à ébranler la conviction des magistrats genevois quant à la réalité du besoin invoqué par le bailleur, aucune violation de l'art. 8 CC n'est susceptible d'entrer en ligne de compte, puisque cette disposition ne dicte pas au juge comment il doit former sa conviction. Le moyen, sous toutes ses facettes, est dénué de fondement.