Citation: 4C.106/2000 13.09.2000 E. A

A.- Gérard Blohorn et Patrick Hubscher, fondateurs de la société de gestion de fortune Stokors SA, ont créé, en 1996, Stokims Sàrl (ci-après: Stokims), dont le siège est à Genève. Le but social de cette seconde société consistait, aux termes de l'inscription au registre du commerce, à effectuer "des opérations dans les domaines financiers et commercial, notamment représentation en Suisse de courtiers établis à l'étranger et établissement de relations d'affaires entre ses clients et ses courtiers, gestion de portefeuilles, conseil et gestion de patrimoine, octroi de prêts à des tiers, prise de participation dans d'autres sociétés ainsi qu'opérations s'y rapportant". Le nom "Stokims" fait référence à Stokors SA, ainsi qu'à Kim Eng, courtier dans le sud-est asiatique. L'unique employé de Stokims était un ressortissant philippin établi à Genève, Hortencio "Buddy" Brillantes. Selon le registre du commerce, il était directeur avec signature collective à deux, aux côtés d'un gérant en la personne d'un avocat genevois. En réalité, Brillantes agissait seul et de manière autonome pour Stokims. Envers les clients de la société, il avait l'habitude de se présenter comme l'un de ses fondateurs et associés, parfois même en présence de Patrick Hubscher, qui ne le contredisait pas. Il vantait également la qualité des "autres" associés du groupe. Toujours en 1996, Brillantes a été présenté au courtier Bruno Gaussen, qui était intéressé à investir, pour son propre compte, en valeurs asiatiques. Après avoir fait l'éloge des qualités des fondateurs de Stokims et des siennes, Brillantes a évoqué la possibilité de créer un fonds de placement et même de fonder une nouvelle banque. Il a remis à Gaussen de la documentation sur un fonds philippin déjà existant et assez performant, ainsi que des documents sur Kim Eng et sa propre carte de visite portant les indications: "Hortencio M. Brillantes III, Courtier d'affaires, Stokims Sàrl". Brillantes a fini par convaincre Gaussen de lui remettre en gestion 100'000 US$. Compte tenu de la confiance régnant entre courtiers genevois, Bruno Gaussen ne s'attendait pas obtenir une confirmation de leur accord, mais uniquement à recevoir régulièrement des traces écrites de son investissement. Il n'a donc pas prêté une attention particulière au document préparé par Brillantes sur papier sans en-tête et intitulé simplement "accord", aux termes duquel Brillantes devait agir comme "conseiller d'investissement" et "gérer" la somme de 100'000 US$, son unique rémunération pour ce service étant une participation de 50 % sur les commissions usuelles prélevées par Kim Eng. Ce document a été signé le 2 décembre 1996 et, le 10 décembre 1996, Gaussen a fait virer 100'000 US$ sur un compte de Kim Eng à Manille (Philippines), avec la référence "TAB", sans savoir que cette abréviation signifiait "The account Brillantes", soit le compte personnel de Brillantes auprès de Kim Eng. Brillantes a effectué plusieurs transactions au moyen de l'argent versé par Gaussen, en utilisant le papier de Stokims et la relation de cette société avec Kim Eng. Ce dernier a rétrocédé à Stokims une partie de ses commissions sur ces affaires. Brillantes n'a jamais essayé de les encaisser personnellement. Ne recevant aucune trace écrite des transactions effectuées au moyen de son investissement, Gaussen s'est inquiété et a fini par obtenir l'aveu de Brillantes que celui-ci avait progressivement utilisé l'argent pour rembourser une partie de ses dettes personnelles. Le 22 avril 1997, Brillantes a signé une reconnaissance de dette en faveur de Gaussen, promettant le remboursement de l'argent détourné jusqu'au 7 mai 1997 au plus tard. Le 30 avril 1997, Hubscher, qui avait été informé des agissements de Brillantes et qui avait lu l'accord du 2 décembre 1996, a fait signer à Brillantes une déclaration aux termes de laquelle ce dernier affirmait n'avoir traité avec Gaussen qu'en son nom propre et pour son compte personnel, au su de Gaussen et en parfait accord avec celui-ci. Le même jour, Stokims a résilié le contrat de travail de Brillantes; le lendemain, la société a fait savoir à Gaussen qu'elle ne se sentait pas concernée par les malversations de Brillantes, reprochant par ailleurs à tous deux l'accord "privé" qu'ils avaient conclu, en violation des devoirs de loyauté et de fidélité de Brillantes à l'égard de son employeur. Brillantes a été condamné pénalement pour abus de confiance. Une poursuite pour dettes engagée par Gaussen à son encontre s'est soldée par un acte de défaut de biens.