Citation: 1C_208/2023 E. 2.3

2.3. Les recourants soutiennent que l'examen de variantes serait tout simplement absent du projet. L'expert mandaté par la CDAP a en effet regretté que les documents techniques initiaux n'aient pas proposé d'étude de variantes approfondies ni retranscrit l'examen des variantes possibles (cf. ch. 5.4.1 de l'expertise). Comme relevé par les juges précédents, les réserves émises par l'expert portent cependant sur la méthodologie choisie par l'ECF qui aurait pu présenter une comparaison synthétique des solutions et emplacements envisagés dans un souci de pédagogie et de transparence afin d'améliorer la compréhension du projet. Cela étant, sur la base des différents documents à sa disposition, l'expert a été en mesure de reconstituer les alternatives envisagées. Il est ainsi revenu de manière détaillée sur les différentes autres solutions techniques qui auraient pu être envisagées, mais a néanmoins considéré que le projet litigieux restait le plus réaliste et opérationnel. L'expert a d'abord considéré qu'une intervention en tête du bassin, visant à favoriser l'infiltration de l'eau, à ralentir les écoulements et à limiter l'érosion, serait peu significative et insuffisante pour la protection complète de la ville de Rolle. Il a ensuite relevé qu'une implantation en amont de la forêt du Bigaire impliquerait également des atteintes biologiques et paysagères importantes, en plus d'empiéter sur une parcelle privée, et serait en outre moins avantageuse au niveau technique, foncier et financier que le projet de l'ECF. Contrairement à ce que prétendent les recourants, l'expert a également étudié la variante d'une dérivation d'une partie des eaux via un autre axe d'écoulement ("le Torrent"), mais a jugé que cette solution présentait une forte complexité technique pour une efficacité qui devait encore être confirmée. Du fait de leur caractère peu satisfaisant au vu des désavantages présentés, ces variantes pouvaient être écartées sans qu'un examen plus approfondi ne s'imposât (cf. ATF 139 II 499 consid. 7.3.1). De même, un élargissement du Famolens, qui devrait intervenir sur la quasi-totalité du tronçon en sous-capacité (environ 650 m), n'apporterait pas un bénéfice notable sur le débit de pointe ou le volume de la crue. Une telle alternative, qui impliquerait des travaux très conséquents selon l'expert, pouvait également être écartée au terme d'une analyse sommaire, compte tenu de son caractère d'emblée disproportionné. La même conclusion s'impose pour un endiguement du cours d'eau, dont la réalisation ne pourrait sérieusement entrer en ligne de compte, au vu des contraintes bâties riveraines et de l'absence d'intégration paysagère possible en pleine ville de Rolle. Enfin, une revitalisation du cours d'eau (cf. art. 38a de la loi fédérale sur la protection des eaux [LEaux; RS 814.20]) ne serait également pas adaptée à une perspective de protection contre les crues du ruisseau litigieux. Selon l'expert, une telle mesure, visant à rétablir les fonctions naturelles du cours d'eau (cf. art. 4 let. m LEaux), n'aurait aucun effet de rétention notable dans un cours d'eau torrentiel comme le Famolens et pourrait uniquement être utile en complément à un élargissement de son lit, variante qui a cependant été écartée compte tenu de son caractère disproportionné. Par ailleurs, le projet litigieux ne vise pas à revitaliser le cours d'eau du Famolens (au sens de l'art. 38a LEaux), mais à construire un bassin de rétention dans un but de protection contre les crues (cf. art. 37 al. 1 let. a LEaux), reléguant dès lors au second plan les impératifs de renaturation du ruisseau (cf. Christophe Fritzsche, in Commentaire de la loi sur la protection des eaux et de la loi sur l'aménagement des cours d'eau, 2016, n° 13 ad art. 38a LEaux). Dans ces conditions, les différentes variantes pouvant entrer en ligne de compte ont fait l'objet d'une étude suffisante par l'expert qui a toutefois considéré qu'elles n'étaient pas sérieusement envisageables compte tenu des désavantages présentés. Bien qu'il ait indiqué que son analyse comportait des limites, l'expert a néanmoins clairement validé la solution choisie par l'intimée. Du reste, sur la base des études hydrologiques réalisées et des données du portail cartographique, il a pu prendre connaissance des informations historiques disponibles sur les précédentes crues et dès lors évaluer avec une fiabilité suffisante les hydrogrammes de ces crues ainsi que leurs débits caractéristiques (cf. ch. 5.3.1 et 5.3.3 de l'expertise). Par conséquent, l'appréciation anticipée des moyens de preuve à laquelle s'est livrée la CDAP, en refusant de faire produire d'autres pièces relatives à l'historique des crues de la ville de Rolle, n'est pas empreinte d'arbitraire (cf. ATF 146 III 73 consid. 5.2.2 et 144 II 427 consid. 3.1.3). Elle n'avait en outre aucune raison de se distancer de l'expertise de S.________ SA et pouvait valablement conclure que la variante sélectionnée était la plus appropriée, ce qui a aussi été confirmé par l'OFEV. Le grief est par conséquent rejeté.