Citation: 9C_907/2008 05.05.2009 E. 4

Sous l'angle d'une appréciation arbitraire des faits, la recourante reproche aux premiers juges d'avoir substitué sans motif valable leur appréciation à celle de l'expert V.________, en retenant de façon arbitraire qu'elle disposait d'une capacité entière de travail (avec un rendement diminué de 20%), alors que le médecin avait constaté le contraire. 4.1 Lorsque le pouvoir d'examen est limité, le recourant ne peut critiquer les constatations de faits que si ceux-ci ont été établis de manière manifestement inexacte - notion qui correspond à celle d'arbitraire - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF, en particulier en violation de l'interdiction constitutionnelle de l'arbitraire. L'appréciation des preuves est arbitraire lorsqu'elle est manifestement insoutenable, en contradiction avec le dossier ou contraire au sens de la justice et de l'équité ou encore lorsque le juge a interprété les pièces du dossier de manière insoutenable, a méconnu des preuves pertinentes ou s'est fondé exclusivement sur une partie des moyens de preuve (ATF 134 V 53 consid. 4.3 p. 62, 120 Ia 31 consid. 4b p. 40, 118 Ia 28 consid. 1b p. 30). 4.2 En l'occurrence, l'autorité cantonale de recours a fait une interprétation du rapport du docteur V.________ qui n'apparaît pas admissible au regard du contenu de l'expertise. Le médecin a en effet posé un diagnostic (trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen), dont le code de Classification internationale des maladies (F33.10, CIM-10) correspond à un trouble dépressif majeur récurrent, qui a en soi valeur de maladie en raison de sa sévérité, chronicité et persistance (qui le distingue d'un simple trouble dysthymique). Contrairement à ce qu'a retenu la juridiction de première instance, le docteur V.________ a fait état d'un tableau clinique comprenant des éléments psychiatriques pertinents ("symptômes typiques tels qu'une baisse de l'humeur, un sentiment d'épuisement progressif, une perte pondérale et des troubles du sommeil", un sentiment de culpabilité, des angoisses, une sensibilité accrue au bruit, un retrait social), qui justifient, à ses yeux, le diagnostic de trouble dépressif majeur récurrent. Le fait, mis en évidence par les premiers juges, que l'expert inscrit la décompensation périodique (en 1988, 1994 et depuis 2003) de l'atteinte psychique dans un contexte de troubles relationnels et familiaux ou de difficultés d'ordre professionnel ne permet pas d'assimiler le trouble dépressif majeur diagnostiqué à des facteurs psychosociaux ou socioculturels. Le docteur V.________ mentionne les problèmes familiaux et autres auxquels a dû faire face la recourante, afin d'expliquer le cadre dans lequel l'assurée a développé un trouble dépressif récurrent. En assimilant ces éléments à des facteurs psychosociaux et socioculturels en les sortant de leur contexte, tout en faisant totalement abstraction du diagnostic psychiatrique posé selon les règles de l'art par le docteur V.________, la juridiction cantonale a fait une interprétation insoutenable de l'expertise. L'appréciation des preuves à laquelle elle a procédé est par conséquent arbitraire et ne saurait être suivie. 4.3 Cela étant, il ressort de l'expertise du docteur V.________ qu'en raison des troubles psychiatriques qu'il a mis en évidence, la capacité de travail de la recourante dans toute activité est nulle depuis le mois d'avril 2003 (sans perspective d'amélioration notable malgré la reprise d'un traitement psychiatrique et d'un traitement psychotrope adjuvant). Par ailleurs, les conclusions du médecin apparaissent convaincantes et ne sont remises en cause par aucune pièce du dossier. Il n'y a donc pas lieu de s'en écarter. L'incapacité de travail totale de la recourante dans toute activité ainsi retenue se traduit, sur le plan économique, par un degré d'incapacité de gain de 100%, taux qui ouvre le droit à une rente entière de l'assurance-invalidité. En fonction du terme du délai d'attente au sens de l'art. 29 al. 1 let. b LAI (dans sa version en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007), qui doit être fixé au 14 avril 2004 compte tenu de l'incapacité de travail de 100% attestée médicalement depuis le 14 avril 2003 (rapport du docteur V.________, p. 12), le droit à la rente prend naissance le 1er avril 2004 (art. 29 al. 2 LAI, toujours dans sa version en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007). 4.4 Il découle de ce qui précède que le recours se révèle bien fondé et le jugement entrepris, ainsi que la décision sur opposition du 24 juillet 2006 doivent être annulés.