Citation: 6B_272/2022 E. 1

B.b. Le prénommé a purgé la totalité de ses peines le 9 février 2007. Diverses demandes de A.________ tendant à sa libération conditionnelle ou à un allégement des modalités de détention ont été rejetées. Par jugement du 9 octobre 2008, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne a ordonné la poursuite de l'internement en application du nouveau droit. A l'échéance de la période de deux ans subséquente, le juge d'application des peines a ouvert une procédure pour le premier examen de la libération conditionnelle. Par jugement du 9 octobre 2009, le Collège des Juges d'application des peines du canton de Vaud a refusé cette libération et dit qu'il n'y avait pas lieu de saisir le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne en vue d'examiner les conditions d'une mesure thérapeutique institutionnelle. Par arrêt du 9 novembre 2009, la Cour de cassation pénale vaudoise a rejeté, autant qu'il était recevable, le recours interjeté par le condamné contre ce jugement. Par arrêt du 14 juin 2010 (6B_102/2010), le Tribunal fédéral a rejeté, autant qu'il était recevable, le recours interjeté par le condamné contre cet arrêt. B.c. Dans le cadre de son internement, le condamné a été soumis à plusieurs expertises psychiatriques. Dans leur rapport du 6 juin 2005, les experts de la Clinique psychiatrique de B.________, à X.________, ont indiqué n'avoir décelé aucun trouble psychique chez l'expertisé. Ils ont toutefois mis en évidence une tendance à la manipulation et une personnalité narcissique accentuée qui se situait à la limite du trouble de la personnalité. Les experts ont conclu à un risque de récidive très élevé. Dans leur rapport d'expertise du 26 juin 2008, les Drs C.________ et E.________ ont conclu, comme les précédents, que l'expertisé ne présentait pas de pathologie psychiatrique au sens des classifications internationales. Ils ont toutefois relevé la dénégation totale, par l'intéressé, de tout acte ou de tout fantasme de nature pédophilique, son désintérêt pour tout travail introspectif, ainsi qu'une absence de désir de changement de son fonctionnement psychique. Ils ont qualifié le risque de récidive d'élevé. Le Dr D.________ a retenu, dans son rapport du 7 décembre 2011 et son complément du 26 février 2012, ainsi que lors de son audition du 29 mai 2012 par le Président du Collège des Juges d'application des peines, un diagnostic de pervers narcissique. L'expert a conclu à un risque de récidive important s'agissant d'infractions contre le patrimoine et nul en matière d'actes d'ordre sexuel. Il a précisé qu'il n'arrivait pas à expliquer le passage à l'acte de l'intéressé en Thaïlande, tant ce dernier était réfractaire à toute introspection et à toute démarche thérapeutique. Il était difficile à concevoir que le condamné puisse évoluer de quelque manière que ce soit. Tout élargissement devait tenir compte du fait que la capacité de l'intéressé à respecter un cadre dépendait de la solidité de celui-ci. Quant au Dr F.________, il a indiqué, dans son rapport du 17 juin 2013, que le prénommé niait toujours les accusations de délits sexuels et maintenait la thèse selon laquelle il aurait été victime d'un acte de jalousie orchestré par un compatriote suisse. Il a diagnostiqué chez l'expertisé une personnalité narcissique et une psychopathie selon la PCL-R (Hare Psychopathy Checklist-Revised). Il a également retenu que "le terme de "pervers narcissique" élaboré par le psychiatre et psychanalyste français Paul-Claude Racamier s'appliquerait également à l'expertisé". Celui-ci était davantage attiré par les enfants de son épouse lorsqu'il l'avait épousée, dès lors qu'il avait le souhait de se marier de préférence avec une fille vierge. Les délits sexuels commis par l'expertisé ne devaient pas être interprétés dans le sens d'une sexualité exclusivement pédophilique mais plutôt comme l'expression d'une sexualité polymorphe en fonction du contexte favorisant dans lequel il se trouvait. Le risque de récidive était élevé aussi pour des actes d'ordre sexuel avec des enfants dans un contexte de familiarité avec ces derniers. En dehors de ce contexte, ce risque pourrait diminuer à un degré modéré et ne plus être imminent. L'analyse de l'expert se fondait notamment sur les éléments suivants: une introspection difficile (dénégations des faits), les attitudes négatives (l'expertise pense que la prostitution des enfants serait mieux tolérée en Thaïlande qu'en Occident), la résistance au traitement (volonté clairement exprimée de l'expertisé de ne pas se soumettre à une psychothérapie car il n'y voyait aucune utilité), l'exposition à des facteurs déstabilisants (projet de retour en Thaïlande, où il pourrait facilement se retrouver dans un contexte favorisant chez lui le libre cours à son mode de fonctionnement pervers) et l'inobservation des mesures curatives (très faible probabilité que l'expertisé adhère à une quelconque thérapie également dans le futur). S'agissant d'un éventuel changement de cadre, l'expert a retenu qu'au vu des caractéristiques de la personnalité de l'expertisé, il était peu probable qu'une modification du cadre ait une quelconque répercussion sur son comportement. ll a relevé que l'expertisé n'était pas pris en charge actuellement et qu'il était peu probable qu'une thérapie puisse à elle seule contribuer à la diminution du risque de récidive. ll a souligné qu'un cadre socio-judiciaire suffisamment contenant et dissuasif était primordial, ce qui devait être pris en considération dans tout processus d'allégement du cadre. L'expert a encore précisé que l'intéressé était loin d'adhérer à une thérapie. Si la libération conditionnelle devait lui être octroyée, l'expert a retenu que seul entrait en ligne de compte pour la réduction du risque de récidive le fait de l'empêcher de se retrouver dans une situation familière avec des enfants, ou plus généralement de lui imposer une interdiction stricte de côtoyer des enfants. Avec ces précautions, l'expert situait le risque de récidive à un niveau modéré. L'expert a clairement exclu toute mesure institutionnelle selon l'art. 59 CP dans la mesure où l'intéressé pouvait déjà bénéficier d'un suivi psychiatrique ou psychologique dans le cadre de son internement s'il le souhaitait. B.d. Le 7 avril 2015, dans le cadre de la procédure d'examen annuel de la libération conditionnelle de l'internement, le Collège des Juges d'application des peines a refusé celle-ci. Sur recours du prénommé, cette décision a été confirmée, le 5 mai 2015, par la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal vaudois, dont l'arrêt a lui-même été confirmé par le Tribunal fédéral (arrêt 6B_674/2015 du 16 février 2016). B.e. Le 22 janvier 2016, l'Office d'exécution des peines a saisi le Collège des Juges d'application des peines d'une proposition de refus de la libération conditionnelle de l'internement du condamné. Sa motivation était la suivante: "Dans son rapport du 3 novembre 2015, la Direction de G.________ émet un préavis défavorable à la libération conditionnelle de A.________. Il ressort dudit rapport que le prénommé adopte un comportement adéquat en détention, qu'une tendance à trianguler est toutefois à mettre en évidence, qu'il persiste à nier les infractions d'ordre sexuel pour lesquelles il a été condamné et qu'il n'a entamé aucune démarche introspective. Par ailleurs, l'intéressé a refusé le suivi psychothérapeutique proposé par le Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires mais a accepté des entretiens de soutien qui n'auraient pas vocation à aborder son affaire judiciaire. Force est de constater que la situation de A.________ n'a pas évolué favorablement depuis le dernier examen de la libération conditionnelle par votre Autorité en date du 7 avril 2015. Dès lors, au vu de l'expertise psychiatrique du 17 juin 2013, laquelle mentionne un risque de récidive élevé en matière d'infraction à caractère sexuel envers des enfants, de l'avis de la Commission interdisciplinaire consultative concernant les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique (CIC) du 6 mai 2014 considérant qu'aucun élargissement de régime n'est à envisager, de l'absence de réflexion chez le prénommé quant à sa problématique délictuelle et de l'importance du bien juridiquement protégé, l'OEP considère que la libération conditionnelle est à ce jour largement prématurée". B.f. A.________ a été soumis, en prévision de cet examen, à une actualisation de son évaluation criminologique, confiée à l'Unité d'évaluation criminologique du Service pénitentiaire. Dans leur rapport du 10 février 2016, les chargés d'évaluation ont synthétisé leur analyse dans les termes suivants: "M. A.________ se montre courtois et entre en communication sur un mode plus ou moins adéquat. Dans une volonté d'instrumentaliser l'évaluatrice, en la plaçant comme témoin voire comme complice des préjudices subis, M. A.________ tente d'imposer à l'autre ses perceptions qu'il considère être la vérité. Dès lors, en cas de non-adhésion à sa vérité, l'intéressé tend à vitupérer, à discréditer et à disqualifier son interlocutrice (et plus généralement autrui) qu'il considère alors comme incompétente et /ou persécutrice. De manière générale, M. A.________ adopte un discours teinté de revendication, de victimisation et de rationalisation. Relativement aux délits, il dénie les incriminations ayant mené à son incarcération. Outre la présence de liens de causalité erronés, l'argumentaire de l'intéressé oscille entre la verbalisation d'une certaine amoralité et d'une conscientisation de son besoin manifeste de choquer l'autre. L'intéressé tend à se déresponsabiliser voire à inverser les rôles agresseurs-agressé. Il propose un explicatif de son incarcération basé sur la théorie du complot, s'inscrivant dans une forme de rivalité/jalousie de sa réussite professionnelle, et sur un ensemble de "petites vérités", faisant souvent l'objet de malentendus, d'après ses dires. De plus, M. A.________ ne reconnaît pas le statut des victimes. Ainsi, ses capacités de mentalisation, d'introspection et d'empathie, semblent carencées. Les risques de récidive générale et spécifique sont qualifiés d'élevés. Dans une perspective de réinsertion et de diminution du risque de récidive, il nous paraît pertinent que M. A.________ soit davantage proactif relativement à l'exécution de sa peine, notamment dans la construction de projet à court terme (social, professionnel, etc.) réalisable au sein de l'établissement pénitentiaire. De plus, nous sommes d'avis, dans la mesure du possible, qu'un suivi socio-thérapeutique soit privilégié à une psychothérapie dite classique. Enfin, il nous parait opportun que l'intéressé soit maintenu dans un environnement cadrant et structurant". B.g. Un "bilan de phase et proposition de la suite du plan d'exécution de sanctions" élaboré courant avril 2016 par le Service pénitentiaire, avalisé par l'OEP le 20 mai 2016, a été versé au dossier de la cause. Selon ce bilan, la synthèse des éléments favorables était la suivante: "Le comportement de M. A.________ au sein de G.________ est dans l'ensemble adéquat. De plus, la qualité de son travail au sein de l'atelier brochage a pu être mise en exergue. Il a également été relevé que l'intéressé accepte désormais de rencontrer le SMPP quelques fois par année, bien que les entretiens ne visent pas à un quelconque travail introspectif en lien avec les délits". La synthèse des éléments défavorables était la suivante: "Le discours que tient l'intéressé au sujet de ses délits et l'absence d'évolution quant à cet aspect reste inchangé. Il est par conséquent impossible à ce jour de modifier la préconisation faite par la CIC lors de sa séance des 28 et 29 avril 2014 qui indiquait "qu'en raison de la constance des distorsions relationnelles déjà maintes fois signalées ainsi que du refus de M. A.________ de toute démarche d'examen des implications et des conséquences de ses déviances sexuelles", elle estimait qu'aucun élargissement du régime de détention actuel de M. A.________ n'était à envisager. Nous rappelons par ailleurs que l'expertise psychiatrique du 17 juin 2013 indiquait qu'"un cadre socio-judiciaire suffisamment contenant et dissuasif est primordial et cela devrait être pris en considération dans tout processus d'allégement du cadre". De plus, selon les outils d'évaluation criminologique employés par l'UEC, le risque de récidive tant spécifique que général est qualifié d'élevé. Il est enfin relevé que le risque de fuite est considéré comme présent (moyen à élevé) ". B.h. Le 22 novembre 2016, la CIC a communiqué son avis du 18 octobre 2016. Elle a indiqué qu'elle souscrivait aux considérations et conclusions énoncées en particulier par l'évaluation criminologique du 10 février 2016 et par le bilan de phase avalisé le 20 mai 2016. Elle a constaté que le risque de récidive générale et spécifique demeurait élevé, et que celui de fuite était moyen à élevé. Si le comportement de l'intéressé était globalement adéquat, le discours qu'il tenait au sujet de ses délits demeurait inchangé. B.i. Par décision du 31 janvier 2017, le Collège des Juges d'application des peines a refusé à A.________ la libération conditionnelle de l'internement ordonné par le jugement du Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne du 11 octobre 2001. Cette décision a été confirmée, sur recours du condamné, par arrêt rendu le 16 février 2017 par la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal du canton de Vaud. Par arrêt du 3 octobre 2017, le Tribunal fédéral a rejeté, dans la mesure où il était recevable, le recours interjeté par le condamné contre l'arrêt cantonal (arrêt 6B_421/2017). B.j. Dans son rapport relatif à la libération conditionnelle du 10 novembre 2017, la Direction de G.________ a émis un préavis défavorable à la libération conditionnelle du condamné. Elle a relevé que, faute pour l'intéressé d'avoir collaboré avec le Secteur social pour l'élaboration de son préavis, elle ne disposait d'aucune information quant à la manière dont il envisage d'organiser son avenir. Elle a considéré que les risques mentionnés dans l'évaluation criminologique du 10 février 2016 pouvaient être considérés comme étant toujours d'actualité. B.k. Dans son rapport du 14 novembre 2017, le Service de psychiatrie et médecine pénitentiaire (SMPP) a exposé que le condamné refusait tout contact avec les psychologues et psychiatres. Le SMPP a précisé ne pas être délié du secret médical et n'avoir aucun élément quant à l'évolution de la situation. B.l. Le 5 décembre 2017, l'OEP a saisi le Collège des Juges d'application des peines d'une proposition de refus de la libération conditionnelle de la mesure d'internement au sens de l'art. 64 CP ordonnée à l'encontre du condamné, motif pris que la situation de l'intéressé n'avait pas évolué favorablement depuis le dernier examen de la libération conditionnelle et que les constats posés en 2017 demeuraient d'actualité. B.m. Entendu par le Président du Collège des Juges d'application des peines le 26 avril 2018, en présence de son défenseur d'office, le condamné a conclu à sa libération conditionnelle de la mesure d'internement. Il a fait valoir que son risque de réitération était nul. B.n. Interpellé par G.________ quant à son éventuelle participation à un entretien en vue d'une rencontre interdisciplinaire, le condamné a indiqué, par courrier du 14 juin 2018, ce qui suit: "jamais, ni aujourd'hui, ni même dans 20 ans, je ne collaborerai avec vos services, ni aucun autres intervenants de G.________ ni autorité vaudoise quelle qu'elle soit !". Un bilan de phase 1 et proposition de la suite du Plan d'exécution de sanctions (PES) a été élaboré en juin 2018 et avalisé le 12 juillet 2018 par l'OEP. Il en ressort notamment qu'aucun intervenant n'a pu s'entretenir avec le condamné en vue de la rédaction de ce document, l'intéressé n'ayant pas souhaité participer aux entretiens. L'objectif "être abstinent à toute consommation d'alcool ou de stupéfiants" a été atteint. L'objectif "adopter un bon comportement répondant aux exigences du règlement de l'institution et adopter un comportement adéquat sur le plan relationnel" a quant à lui été atteint partiellement. Enfin, les objectifs "commencer à élaborer une réflexion quant à sa problématique délictuelle", "poursuivre la collaboration avec le SMPP", "collaborer avec le service FAST afin de s'investir dans une activité proposée par l'établissement ou d'élaborer un projet à court terme en lien avec ses intérêts qui devra être validé par la Direction de l'établissement" et "entamer le remboursement des frais de justice" n'ont pas été atteints. S'agissant ensuite des conditions générales, il ressort du PES que, si la condition consistant à se soumettre à des contrôles d'abstinence à l'alcool et aux stupéfiants a été respectée, cela n'a pas été le cas de la condition "n'avoir aucun comportement transgressif au sens du règlement sur le droit disciplinaire" ni de la condition "collaborer avec les différents intervenants et adopter un comportement respectueux et adéquat à leur égard". B.o. Par mandat d'expertise du 27 septembre 2018, le Président du Collège des Juges d'application des peines a désigné en qualité d'expert le Dr H.________ et l'a chargé de répondre aux questions soumises. Par courrier du 29 octobre 2018, le condamné a fait part au Président du Collège des Juges d'application des peines qu'il ne se soumettrait plus à aucune expertise psychiatrique, à moins que celle-ci ne soit confiée au Dr I.________. Face au refus du condamné de se soumettre à l'expertise confiée au Dr H.________, le Président du Collège des Juges d'application des peines a, par courrier du 23 novembre 2018 adressé à la défense, renoncé à la mise en oeuvre d'une expertise. B.p. Le 6 décembre 2018, le ministère public a indiqué qu'il renonçait à émettre un préavis et qu'il se ralliait à la proposition de l'OEP. B.q. Dans ses déterminations du 11 avril 2019, le condamné a conclu préalablement à ce que soit ordonnée une expertise psychiatrique, à ce que soit ordonnée la nomination de l'expert proposé par lui et à ce que soit ordonnée l'élaboration d'un nouveau rapport de la CIC; principalement, à ce que soit ordonnée la levée de la libération conditionnelle du condamné, à ce qu'il soit libéré immédiatement, à ce que le ministère public et l'office d'exécution des peines soient déboutés de leurs conclusions et, subsidiairement, à ce que l'OEP soit enjoint à le transférer immédiatement dans un établissement non pénitentiaire. B.r. Le condamné a été transféré au sein de l'Établissement pénitentiaire de J.________ en date du 10 avril 2019. Un plan d'exécution de la sanction (Vollzugsplan) a été élaboré par cet établissement le 17 avril 2019. Il en ressort que différents objectifs ont été fixés dans les domaines suivants: comportement lors de l'exécution de la peine en général, santé, lieu d'exécution de la peine, travail, thérapie traitant des infractions commises, réparation financière, éducation et formation, loisirs, finances, relations avec le monde extérieur, étapes de progression dans l'exécution de la sanction et préparation à la sortie. Le 9 août 2019, la Direction de l'Établissement pénitentiaire de J.________ a établi un rapport de comportement, duquel il ressortait que le condamné s'était tout d'abord opposé à son transfert au sein de cet établissement et qu'il s'était mal intégré dans le secteur "Normalvollzug", son intégration dans son travail à l'atelier s'étant toutefois mieux déroulée. B.s. B.s.a. Par mandat d'expertise psychiatrique du 3 janvier 2020, le Président du Collège des Juges d'application des peines a désigné en qualité d'expert le Dr K.________ et l'a chargé de répondre aux questions soumises. B.s.b. Par courrier du 9 mars 2020 adressé à l'OEP, l'Unité d'évaluation criminologique (UEC) a indiqué qu'elle n'était pas en mesure de fournir un point de situation criminologique. En effet, alors que les chargés d'évaluation devaient rencontrer le condamné les 9 et 11 mars 2020 et bien qu'il ait été rendu attentif aux enjeux qu'une absence de collaboration pourrait induire sur la suite de son parcours pénal, l'intéressé les a informés, par l'intermédiaire d'un intervenant de l'Établissement pénitentiaire de J.________ en charge de son suivi, qu'il n'avait pas l'intention de collaborer à la démarche d'évaluation. B.s.c. Le Dr K.________, expert psychiatre, et L.________, psychologue, ont déposé leur rapport d'expertise le 25 mai 2020. Les experts ont mis en évidence un épisode dépressif léger et des caractéristiques de la personnalité de type pervers. De nombreux traits narcissiques sont également présents, sans qu'un trouble de la personnalité narcissique ne soit retenu. Selon eux, les caractéristiques de la personnalité de l'expertisé n'ont pas évolué depuis l'expertise de 2013. La détention de l'intéressé n'a pas influencé ou affecté son état mental de manière majeure, contrairement à sa position subjective qui, elle, influence son état mental et son rapport aux autres. S'agissant du risque de récidive, les experts ont considéré que les caractéristiques de la personnalité du condamné étaient fixées et stables, et qu'elles étaient donc compatibles avec un risque moyen à élevé de mise en acte dans ses rapports avec l'autre. Les experts ont précisé que le risque ne concernait pas automatiquement des actes de nature sexuelle, en dépit du mode de fonctionnement de type pervers de l'expertisé, et que le passage à l'acte était tributaire de l'environnement dans lequel se trouvait le condamné, qui agit de manière opportuniste. Enfin, le risque est à mettre en relation avec les caractéristiques de la personnalité (position subjective perverse) décrites par les experts. Concernant l'évolution du condamné, les experts sont d'avis que ce dernier ne tirait pas avantage de son suivi et ne cherchait aucune prise en charge en rapport avec l'objet de sa condamnation, étant précisé qu'il n'avait pas conscience de son mode de fonctionnement (dénégation et position subjective perverse). Quant à un possible changement de cadre, les experts ont considéré que toute ouverture ou extension de cadre ne pourrait que soulager de la pression induite par une mesure d'internement, précisant que toute ouverture envisagée devra prendre en considération les caractéristiques de la position subjective du condamné. L'expertisé ne souhaite pas s'engager dans une thérapie, dès lors qu'il n'en voit ni l'indication, ni l'intérêt, le refus de soins étant classique dans les paranoïas et les structures perverses. Plus qu'une thérapie, c'est ainsi le contrôle social qui à long terme est indiqué dans la conduite du risque. Concernant un possible élargissement anticipé, les experts ont indiqué que "rien dans [leur] examen clinique et du risque ne soutient, que ce soit cliniquement ou criminologiquement, une libération conditionnelle. Une telle libération, si elle devait être prononcée, n'aurait aucun effet sur les caractéristiques perverses de sa personnalité (aucun effet sur la réduction du risque) ". S'agissant en particulier d'une éventuelle mesure thérapeutique institutionnelle au sens de l'art. 59 CP, les experts ont considéré qu'en raison des caractéristiques de sa position subjective perverse, le condamné pouvait être susceptible de bénéficier d'une telle mesure, "mais pas directement pour des raisons psychothérapeutiques puisqu'il n'adhère à aucune idée ou forme de traitement psychique mais, en raison de l'ouverture du cadre qui pourrait lui permettre de construire avec l'office d'application des peines et l'établissement institutionnel des projets de musique, autres". Selon les experts, le contrôle social nécessaire au condamné pour réduire les effets de ses caractéristiques de personnalité est effectif avec la mesure d'internement, mais pourrait également l'être avec une mesure de type art. 59 al. 3 CP, étant précisé que l'indication d'une telle mesure n'est pas la présence d'une maladie psychiatrique mais, la présence de caractéristiques de la personnalité fixées dans une position subjective perverse qui nécessite, faute de demande de soins, un contrôle social à long terme. Enfin, les experts ont précisé que ce n'étaient aucunement la durée de la procédure judiciaire et ses aléas, ni la durée de la détention, qui avaient affecté la capacité de l'expertisé à se projeter de manière positive dans une relation thérapeutique, mais sa position subjective, qui l'empêchait d'entrer dans une relation de demande et qui le tenait à l'écart d'un investissement à la fois relationnel et psychothérapeutique. A la réquisition de la défense, le Dr K.________ a été entendu par le Président du Collège des Juges d'application des peines le 2 octobre 2020, en présence du ministère public et du défenseur, le condamné ayant pour sa part refusé de comparaître personnellement. L'expert a fourni des explications complémentaires concernant son rapport d'expertise psychiatrique. Concernant en particulier les caractéristiques de personnalité de type pervers, pouvant être assimilées à une caractéristique de la personnalité au sens de l'art. 64 CP selon le rapport d'expertise, il a exposé ce qui suit: "Monsieur A.________ a besoin d'être une exception. J'entends son parcours carcéral, ses recours, comme une volonté d'être dans une position d'exception. Il a le savoir. Mais il ne pose pas de question. Il n'a que des réponses et n'a pas de question. C'est assez particulier aux personnalités de type pervers. Je n'entends pas le terme pervers dans le sens sexuel du terme. Je n'ai pas d'élément au dossier qui prouve indiscutablement ce pourquoi il a été condamné". A la question de savoir s'il n'existait pas de traitement spécifique de la structure perverse ou si le condamné n'y était pas accessible, l'expert a répondu ce qui suit: "[C]ela signifie qu'il se donne comme non accessible à un traitement. Nous pouvons rencontrer quelqu'un qui a cette structure mais il faut qu'il y ait un symptôme pour soigner cette personne. S'il n'y a pas de symptôme, il ne peut pas y avoir de traitement. Même ses délits en lien avec les stupéfiants, il en est fier. ll ne s'excuse pas. Il revendique cela. Même cela il n'arrive pas à en faire un symptôme. Il n'est pas accessible à un traitement. Pour vous répondre, ceci est valable aujourd'hui mais cela pourrait changer demain". Interpellé quant aux capacités du condamné à respecter un cadre et à se conformer à des règles à l'extérieur, l'expert a répondu ce qui suit: "[J]usqu'à un certain point, oui. C'est comme en détention, où il a fait un trafic de téléphones et a consulté des films pornographiques. Il a toujours besoin d'être une exception et si pour être cette exception il doit transgresser le cadre, il le fera. Mais il peut aussi respecter le cadre. S'il le transgresse, ce n'est pas par psychopathie.[...] Ce n'est pas pénal et ce n'est pas une maladie psychiatrique. Mais cela peut, dans certains contextes, conduire à certaines transgressions qui seront pénales. Sur le plan thérapeutique, ce qui pourrait l'aider, c'est d'être l'exception de la bonne manière. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé M.________. Dans le cadre actuel, il serait l'exception de celui qui reste le plus longtemps en prison. A M.________, il pourra être l'exception en faisant des concerts. C'est une ouverture possible, même si lui dit qu'il souhaite se tirer en Thaïlande". Le Dr K.________ a ensuite exposé les raisons pour lesquelles il n'avait pas retenu de trouble de la personnalité narcissique. Interpellé par le procureur qui lui a demandé s'il préconisait une mesure thérapeutique au sens de l'art. 59 CP, l'expert a répondu ce qui suit: "[N]on dans le sens d'une psychothérapie. C'est une option, cela dépend de lui, s'il peut avoir un symptôme. Une position dépressive signe la perte de quelque chose qui pourrait représenter un symptôme. Ce n'est pas le cas actuellement.[...] Il y a un pari à faire avec cet homme. Mais il faut que A.________ soit prêt à prendre ce pari". L'expert a ajouté ce qui suit: "Je n'ai pas de critères cliniques ni criminologiques pour soutenir une mesure d'internement. Pour répondre à [la défense], j'ai aussi pu suivre des personnes qui avaient ce genre de problèmes à N.________ et qui bénéficiaient d'un contrôle social. M.________ peut aussi mettre ça en place. C'est une manière de dire à A.________ qu'il a quelque chose qui ne tourne pas tout à fait bien chez lui. Cela peut mener à une prise de conscience. Aujourd'hui, il n'est pas dans cette logique-là. Pour l'internement, il faut une dangerosité pour la collectivité qui soit haute. Dans ce cas, il n'y a pas les critères pour préconiser un internement. Pour répondre à [la défense] qui se réfère à la p. 69 au troisième paragraphe, je précise que la libération conditionnelle ne peut pas intervenir sans encadrement. Je recommande qu'il y ait un placement dans une maison telle que M.________ ou N.________ avec un contrôle social d'une mesure thérapeutique". B.s.d. Par courrier du 19 novembre 2019 adressé à I'OEP, la Direction de l'Établissement pénitentiaire de J.________ a requis le transfert urgent du condamné. A l'appui de sa demande, elle relevait que sa prise en charge devenait de plus en plus problématique, compte tenu notamment de son absence de collaboration à sa prise en charge, de ses relations conflictuelles avec les intervenants de l'établissement pénitentiaire et de ses plaintes incessantes mettant en avant l'incompétence du personnel. Elle a en outre indiqué que l'intéressé ne respectait pas les directives limitant la propagation de la COVID-19 et que, par son comportement général, il entravait la bonne marche de l'établissement. Par décision du 25 novembre 2020, l'OEP a ordonné le transfert du condamné à O.________, dès le 27 novembre 2020, pour une durée provisoire maximale de trois mois, soit jusqu'au 27 février 2021. Dans son rapport du 23 décembre 2020, la Direction de l'Établissement pénitentiaire de J.________ a exposé en substance que si, au début, le condamné était plus ou moins capable de s'adapter au sein de cet établissement, il s'était montré de plus en plus exigeant. Si ses demandes recevaient une réponse négative, il menaçait d'impliquer un avocat ou de déposer plainte, utilisant cela comme moyen de pression. La Direction a mentionné également les sanctions disciplinaires dont l'intéressé avait fait l'objet durant son séjour dans l'établissement. Elle a exposé encore que le condamné n'avait pas entrepris de thérapie axée sur les délits commis, lesquels n'avaient ainsi pas pu être abordés. Enfin, il n'avait pas versé d'indemnités en faveur des victimes. Par décision du 6 janvier 2021, l'OEP a ordonné le transfert du condamné à G.________ dès le 26 janvier 2021. Dans son rapport établi le 22 janvier 2021, la Direction de O.________ a exposé que le comportement du condamné pouvait être globalement qualifié d'adéquat. ll a été affecté à l'atelier "évaluation", où il adopte un comportement adéquat. Toutefois, des difficultés de gestion de la frustration ont été mises en exergue, l'intéressé ayant pu se montrer impulsif lors de retours défavorables à ses demandes ou lorsqu'il estimait ne pas recevoir une attention suffisante de la part de sa responsable. Il a par la suite été affecté à l'atelier buanderie, où il s'est rendu de manière régulière. S'agissant des rapports avec ses codétenus, il est mentionné qu'il se mélange très peu à eux, restant pour l'essentiel de son temps en cellule. Concernant son attitude face au personnel de surveillance, il est noté que le condamné est poli et adéquat, mais qu'il peut se révéler exigeant dans le traitement de ses demandes et se montrer très procédurier s'il estime que celles-ci ne sont pas traitées dans un délai très rapide. B.s.e. La Fondation vaudoise de probation (FVP) a établi un rapport le 22 janvier 2021. Il en ressort notamment que A.________ ne reconnaît pas les faits à raison desquels il a été condamné, qu'il semble ne pas avoir de problème à l'idée de maintenir un contact avec ses victimes et qu'il se dit entièrement innocent de tout acte pédophile. A la question de savoir ce qu'il ferait en cas d'une libération, l'intéressé a indiqué vouloir retourner en Thaïlande, en tout cas pour un temps. Par contre, il assume relativement facilement les autres condamnations qu'il a eues par le passé, notamment pour trafic de stupéfiants. Lors du dernier entretien avec la FVP, il a évoqué sa dernière expertise et a mentionné sa volonté d'intégrer à terme et sous conditions d'une ouverture de cadre, un établissements médico-social psychiatrique (EPSM). Néanmoins, il a nié avoir besoin d'un quelconque suivi thérapeutique et ne voit dans le fait d'intégrer un établissement médicaux-social qu'une façon de retrouver plus de liberté. En conclusion, la FVP a rappelé que le condamné avait, depuis le début de sa détention, eu l'occasion de passer par un nombre conséquent d'établissements. Ce fait, combiné avec la durée de sa détention, ne semblait malheureusement pas avoir permis à l'intéressé d'entamer un travail d'amendement, ni même de lui permettre de s'investir dans un suivi thérapeutique. Selon la FVP, à l'heure actuelle, un allégement de cadre de sa détention par un passage dans un foyer de type EPMS est totalement prématuré, l'intéressé n'y adhérant que pour l'ouverture du cadre qu'un tel passage représenterait et non pour bénéficier du suivi thérapeutique. Selon elle, les conditions en vue d'un éventuel placement institutionnel n'étaient ainsi pas remplies. B.s.f. La CIC a examiné la situation du condamné lors de sa séance du 19 février 2021. Elle a retenu ce qui suit: "Ayant examiné l'expertise psychiatrique déposée le 25 mai 2020 ainsi que le procès-verbal d'audition de l'expert du 2 octobre 2020, la commission n'y discerne aucun élément nouveau qui l'amènerait à préconiser l'octroi d'une libération conditionnelle ou un changement de mesure. En particulier, elle observe que cette expertise confirme d'une part la persistance d'un risque moyen à élevé de récidive sexuelle, et d'autre part l'inaccessibilité de A.________ à un soin susceptible de réduire ce risque, du fait de sa structuration psychopathologique inamovible. Dans ces conditions, aucune amélioration ni réduction de risque n'est à espérer d'un changement des modalités de détention déjà maintes fois tenté, et la commission considère en conséquence que le "pari" évoqué par l'expert, en conclusion de son travail, est mal étayé tant criminologiquement que cliniquement et, s'avérerait ainsi aveugle et inutilement risqué". B.s.g. Le 12 mars 2021, le Ministère public central, Division affaires spéciales, a émis un préavis négatif à la libération conditionnelle de la mesure d'internement, motif pris de l'expertise psychiatrique du 25 mai 2020. B.s.h. La Direction de G.________ a retenu une lettre de l'intéressé du 29 juin 2021, par laquelle il menaçait de mort deux femmes en Thaïlande et menaçait l'une d'elles d'enlever ses deux enfants pour les vendre "dans un bordel à Y.________ pour les soldats y.________". B.s.i. Dans ses déterminations du 12 août 2021, le condamné, agissant par son défenseur d'office, a conclu, principalement à la levée de la mesure d'internement ordonnée à son encontre, subsidiairement à l'octroi de la libération conditionnelle et, plus subsidiairement, à ce que cette mesure soit transformée en une mesure thérapeutique institutionnelle au sens de l'art. 59 al. 3 CP. B.s.j. Le Collège des Juges d'application des peines a rendu la décision précitée sous let. A du 1er décembre 2021.