Citation: 4A_548/2020 E. B

B.a. Le 5 mars 2010, A.________ a cité D.________ et B.________ SA en conciliation devant le juge de commune de U.________ puis, le 30 mars 2010, au bénéfice d'un acte de non-conciliation, il a porté sa demande devant le Tribunal de district de U.________, concluant au paiement par les défendeurs, solidairement entre eux, de 200'000 fr. avec intérêts à 5 % dès le 2 décembre 2005. Dans le cadre de l'instruction, le juge a confié une expertise à J.________, ingénieur de l'EPFL et en sécurité CFST (Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail). Dans son rapport, l'expert a exposé que le travail au sein de B.________ SA était, à l'époque des faits, organisé géographiquement et par métiers au sein de la halle. Il n'y avait pas de procédures écrites, ce qui était alors courant. Le droit suisse ne contenait que peu de règles techniques concernant la sécurité au travail, de sorte que les spécialistes s'appuyaient sur les directives édictées par la CFST, les documents édictés par la SUVA et la pratique dans les entreprises. A l'époque de l'accident, la MSST n'était pas encore entrée en vigueur et n'avait pas encore été mise en oeuvre chez B.________ SA. La norme française NF EN 1677-5 entrée en vigueur en 2001 et régissant notamment l'ouverture des crochets ne s'appliquait pas. Le stockage vertical des pièces métalliques ne posait pas nécessairement problème. Un stockage horizontal ne faisait pas partie des recommandations de l'inspection cantonale du travail. Tout dépendait du poids et de l'équilibre des IPN. Se référant au calcul de l'ingénieur K.________ déposé en cause par le demandeur, il a exposé qu'il fallait une force de 171 kg répartie régulièrement sur toute la longueur pour renverser l'IPN, ce qui nécessiterait 14 personnes positionnées tous les mètres poussant avec une force supérieure à 12,2 kg. Les bastaings en bois permettaient de pallier les éventuels manques de linéarité du sol. Ce mode de faire correspondait à l'état de la technique de l'époque. Par ailleurs, la nature du sol paraissait en l'occurrence adéquate. D'autres mesures de sécurisation pour stabiliser les IPN n'étaient à son avis pas de mise. Dans l'hypothèse où le palan avait été déplacé latéralement avec des chaînes descendant en-dessous du niveau supérieur du profilé, il existait, de son point de vue, un risque de heurt entre les chaînes/crochets et les pièces métalliques stockées à proximité. Une telle utilisation du palan n'aurait alors pas correspondu aux règles de la technique. Il a jugé peu probable, sur la base des informations recueillies au dossier, que les crochets aient été positionnés en-dessous de l'IPN avant la mise en marche du palan, puis se soient fortuitement accrochés dans l'aile de cette pièce et l'aient fait tomber, version présentée par le demandeur lors de la vision locale organisée par l'expert. La cause de l'accident pouvait être la manipulation des chaînes à une hauteur inférieure à l'élément à élinguer, avec un risque de crocher les chaînes/crochets dans celui-ci lors du déplacement latéral du palan. Il a indiqué qu'à l'heure actuelle, l'utilisation du palan requiert une formation qui peut être réalisée à l'interne, d'une durée d'environ un jour, selon la norme SUVA 33081.f de 2014. A l'époque des faits, l'usage du pont roulant et de son palan devait faire l'objet d'une information et d'instructions de la part de l'employeur, mais pas d'une formation proprement dite. Au vu de la longue expérience professionnelle du demandeur, dans des domaines d'activité où des pièces de taille importante sont manipulées très régulièrement, il a estimé que les manoeuvres d'élingage et de levage des pièces étaient courantes pour lui et qu'il était probable que ses connaissances correspondaient aux règles de l'art. L'expert a exposé que les normes relatives à la déformation des crochets tendaient à éviter les risques de décrochage lors de l'élévation, mais non à pallier le risque d'accrochage ou d'aspiration lié à l'utilisation même du palan. Partant, l'éventuelle déformation de l'un des crochets, estimée à 9 mm, n'avait pas pu à elle seule entraîner la chute de l'IPN. Il a reconnu qu'un espacement plus grand entre chaque IPN diminuait le risque de heurt d'un ouvrier. Un espacement inférieur à la hauteur de l'IPN (92 cm) ne permettait pas à l'ouvrier de l'éviter en cas de basculement. Cela étant, la cause directe de l'accident provenait du fait qu'un IPN s'était renversé et il n'était pas établi qu'avec une distance plus grande entre les IPN - par exemple de 2 m comme proposé par l'inspecteur du travail - l'accident aurait pu être évité. Partant, la distance de 80 cm existant entre les IPN stabilisés ne présentait pas de risque avéré. Par jugement du 8 juin 2018, le juge de district a retenu que la créance que le demandeur prétendait avoir à l'encontre de B.________ SA était prescrite. L'action dirigée contre D.________ devait, quant à elle, être examinée au regard de l'ancien art. 44 al. 2 LAA, en vigueur jusqu'au 1er janvier 2003. Estimant, sur la base du rapport de l'expert judiciaire, qu'on ne pouvait reprocher à D.________ aucune négligence grave, il a considéré qu'il était exonéré de toute responsabilité vis-à-vis de son employé qu'il avait assuré conformément à la LAA. Il a donc rejeté la demande. B.b. Saisie d'un appel du demandeur, la Cour civile du Tribunal cantonal du canton du Valais a confirmé le premier jugement. Ses motifs seront exposés dans la partie en droit du présent arrêt, dans la mesure utile à la discussion des griefs du recourant.