Citation: 1P.415/2000 07.07.2000 E. 4

4.- Le recourant conteste également l'existence d'un risque de collusion propre à fonder son maintien en détention. a) Une telle mesure peut être justifiée par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36; 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34; 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). b) La cour cantonale a tenu le risque de collusion pour établi sur la base des investigations en cours afin de déterminer la nature et l'ampleur de l'activité délictueuse du prévenu, dont l'issue pourrait être compromise si celui-ci était remis en liberté. Elle n'indique toutefois pas de quelles opérations il s'agit ni par quels moyens le recourant pourrait s'opposer à leur bon déroulement. De ce point de vue, l'arrêt attaqué ne répond pas aux exigences de motivation dégagées par la jurisprudence. Dans son ordonnance du 10 mars 2000, le Juge d'instruction a vu un danger de collusion dans le fait que I.________ avait eu des contacts avec les fournisseurs de M.________ et d'autres personnes impliquées notamment dans le financement de ce trafic et que ces personnes n'avaient pas toutes formellement été identifiées ou interpellées. Or, depuis lors, l'homme qui a fourni les 7 kilos d'héroïne à M.________ et celui qui a avancé la somme de 7'000 fr. pour payer une partie de la drogue ont tous deux été arrêtés. Si un risque concret de collusion, motivé par la possibilité que le prévenu puisse influencer d'une manière ou d'une autre ces personnes, pouvait à la rigueur encore se justifier s'agissant de l'opération pour laquelle il a été arrêté, ce risque a disparu avec leur arrestation et n'existait plus lorsque l'autorité intimée a statué. Le recourant est également soupçonné d'avoir vendu de la drogue à des mineurs qui ont été arrêtés quelques jours avant son interpellation. Pour l'heure, l'instruction ne paraît pas avoir porté sur cet aspect de l'accusation, de sorte qu'il n'est pas possible de définir concrètement le danger de collusion que pourrait impliquer la libération éventuelle du prévenu sur le déroulement de l'enquête. Pour le surplus, il n'est pas établi que le recourant ait des liens avec d'autres personnes impliquées dans le trafic de stupéfiants dans lequel M.________ serait compromis et qui n'ont apparemment à ce jour pas été appréhendées, de sorte qu'en l'absence d'éléments concrets sur ce point, il est exclu de motiver la détention par un risque de collusion. c) L'autorité intimée n'a pas invoqué d'autres motifs de détention à l'appui de son arrêt et il n'appartient pas au Tribunal fédéral de vérifier d'office si de tels motifs existent. La décision attaquée doit dès lors être annulée pour cette raison, sans qu'il y ait lieu d'examiner les autres griefs invoqués. Cela ne signifie pas pour autant que le recourant doive être libéré car il n'est pas exclu que son maintien en détention puisse être ordonné pour des raisons liées aux besoins de l'enquête ou pour d'autres motifs. Il appartiendra au Juge d'instruction de réexaminer cette question sur le vu du résultat des diverses mesures d'instruction entreprises jusqu'à maintenant (cf. ATF 125 I 113 consid. 3 p. 118; 116 Ia 60 consid. 3b p. 64; 115 Ia 293 consid. 5g p. 308; 114 Ia 88 consid. 5d p. 93).