Citation: 1P.536/2000 03.01.2001 E. 3

3.- Le recourant voit une violation de son droit d'être entendu et de l'art. 6 CEDH propre à remettre en cause sa condamnation pour recel dans le fait qu'à l'exception de I.________, qui s'est rétracté, il n'a pas été confrontéà ses accusateurs. a) La jurisprudence rendue en application de l'art. 4 aCst. , qui garde toute sa validité sous l'empire de l'art. 29 al. 2 Cst. , reconnaît à tout accusé le droit d'interroger ou de faire interroger les témoins à charge et d'obtenir la convocation et l'interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge (ATF 125 I 127 consid. 6b p. 133; 124 I 274 consid. 5b p. 284; 121 I 306 consid. 1b p. 308 et les arrêts cités). Les éléments de preuve doivent en principe être produits en présence de l'accusé lors d'une audience publique, en vue d'un débat contradictoire (ATF 125 I 127 consid. 6b p. 132). Cette règle tend à assurer l'égalité des armes entre l'accusateur public et la défense (ATF 121 I 306 consid. 1b p. 308; 104 Ia 314 consid. 4b p. 316). Il n'est toutefois pas exclu de tenir compte des dépositions recueillies durant la phase de l'enquête, pour autant que l'accusé ait disposé d'une occasion adéquate et suffisante de contester ces témoignages à charge et d'en interroger ou d'en faire interroger les auteurs (ATF 125 I 127 consid. 6b p. 132/133 et les arrêts cités). Exceptionnellement, le juge peut prendre en considération une déposition faite au cours de l'enquête alors que l'accusé n'a pas eu l'occasion d'en faire interroger l'auteur, en particulier s'il n'est plus possible de faire procéder à une audition contradictoire en raison du décès ou d'un empêchement durable du témoin (ATF 125 I 127 consid. 6c/dd p. 136; 105 Ia 396 consid. 3b p. 397; Tomas Poledna, Praxis zur EMRK, Zurich 1993, no 696, p. 166). S'il n'est pas possible d'organiser une confrontation avec les témoins à charge, l'accusé doit avoir la possibilité de faire poser par écrit des questions complémentaires à ces témoins (ATF 124 I 274 consid. 5b p. 286; 118 Ia 462 consid. 5a/aa p. 469 et les arrêts cités). Tel est en particulier le cas lorsque ceux-ci se trouvent à l'étranger et qu'ils ne peuvent être entendus que par le biais d'une commission rogatoire (ATF 125 I 127 consid. 6c/ee p. 137; 118 Ia 462 consid. 5a/bb p. 470 et les arrêts cités). L'exercice du droit à l'interrogatoire des témoins est soumis aux dispositions de la loi de procédure applicable, qui peut poser des conditions de forme et de délai; il peut aussi être renoncé, expressément ou tacitement, à ce droit; une telle renonciation ne rend pas nulles les dépositions recueillies en cours d'enquête et ne donne aucun droit àce qu'elles soient répétées (ATF 125 I 127 consid. 6c/bbp. 134; 121 I 306 consid. 1b p. 309 et les arrêts cités). La volonté de l'accusé de renoncer à son droit d'être confronté aux témoins à charge ne doit pas être admise trop facilement, en particulier lorsque celui-ci ne maîtrise pas la langue de la procédure et qu'il n'est pas assisté d'un défenseur et d'un interprète, mais doit être établie de manière non équivoque et s'entourer d'un minimum de garanties correspondant à sa gravité (ATF 121 I 30 consid. 5fp. 37/38). La question de savoir si le droit d'interroger ou de faire interroger les témoins à charge garanti à l'art. 6 § 3 let. d CEDH est respecté doit en conséquence être examinée dans chaque cas en fonction de l'ensemble de la procédure et des circonstances concrètes de l'espèce. b) En l'occurrence, le recourant avait sollicité, par acte du 1er octobre 1999, l'audition des quatre personnes qui le mettaient en cause. Le 11 octobre 1999, le Tribunal correctionnel du district d'Echallens a convoqué I.________ à son audience du 1er novembre 1999; il a renoncé à assigner aux débats les trois autres personnes, qui étaient retournées en Serbie. A la suite du renvoi de l'audience, ces témoins ont été cités à comparaître à l'audience de jugement du 31 janvier 2000, par lettre du 4 janvier 2000. Cette convocation est cependant restée sans suite. Il ne résulte par ailleurs pas du dossier que le recourant aurait demandé le report de l'audience afin de procéder à une nouvelle assignation des témoins ou d'entendre ces derniers par voie rogatoire. Celui-ci reconnaît au demeurant avoir renoncé à procéder par la voie incidente pour exiger la présence des autres témoins aux débats car il avait appris que ces derniers avaient regagné leur pays d'origine, le principal témoin étant même décédé. Dans ces conditions, l'autorité intimée pouvait sans arbitraire admettre que A.________ avait renoncé à exercer son droit d'interroger les témoins à charge; elle n'a pas non plus violé le droit d'être entendu du recourant en statuant sur la base de déclarations de témoins auxquels celui-ci n'avait pas été confronté. Pour le surplus, le recourant n'indique pas sur quels points pertinents pour apprécier sa culpabilité du chef d'accusation de recel ces derniers se seraient contredits. Il ressort au contraire clairement du dossier que les déclarations des différents témoins à charge concordent pour l'essentiel, s'agissant de l'achat de cigarettes et de la montre-bracelet volées. Enfin, il n'était pas arbitraire de tenir compte des déclarations initiales de I.________ mettant en cause le recourant dans le cadre du recel et corroborées par les autres témoignages recueillis durant l'enquête et de faire abstraction de ses rétractations ultérieures. Pour autant qu'il soit exprimé selon les exigences de motivation de l'art. 90 al. 1 let. b OJ (ATF 125 I 492 consid. 1b p. 495), le grief tiré d'une appréciation arbitraire des preuves est mal fondé en tant qu'il a trait au chef d'accusation de recel.