Citation: 8C_430/2008 20.11.2008 E. 4

4.1 Cela étant, il reste à examiner si l'assureur intimé répond des affections présentées par la recourante au-delà du 3 février 2006, à savoir principalement des contractures musculaires douloureuses cervico-brachiales gauches et des paresthésies intermittentes du membre supérieur gauche. L'expert M.________ a apprécié comme suit la situation de la recourante au 3 février 2006: «Actuellement, il n'existe plus de relation de causalité directe avec l'accident nous occupant. En effet, elle a présenté initialement une discrète amélioration de son état, comme en témoignent les rapports du docteur E.________. L'aggravation progressive de son état plusieurs semaines après l'accident n'est pas à mettre en relation avec l'accident. Ce jour, l'examen neurologique met en évidence une discrète souffrance du nerf médian au niveau du tunnel carpien, éléments confirmés par l'électroneuromyographie. Actuellement, il n'existe pas de stigmates objectifs, cliniques ou anamnestiques soutenant l'existence d'un syndrome radiculaire notamment C6 gauche. Les anomalies dégénératives constatées au niveau de la colonne cervicale témoignent de l'existence d'une pathologie antérieure demeurée asymptomatique et qui n'ont du reste actuellement aucun rapport avec ses plaintes. En reprenant sa situation de façon plus globale, elle a progressivement développé un état de vulnérabilité auquel il convient de rattacher une labilité émotionnelle, une asthénie, des troubles de l'attention, des troubles du sommeil psycho-physiologique et enfin une diminution de son seuil de sensibilité à la douleur. Du reste, elle reconnaît que les activités physiques lui font du bien témoignant ainsi de l'inexistence d'une lésion traumatique significative.» A cet avis, la recourante oppose celui de son médecin traitant, le docteur E.________, qui, dans un rapport médical circonstancié du 15 juin 2006, a discuté le point de vue du docteur M.________ en ces termes: «La présence de paresthésies intermittentes de membre supérieur gauche pouvant faire craindre une compression d'une racine nerveuse, ceci m'a incité à demander l'avis d'un neurochirurgien et dans cette perspective le docteur D.________ a été consulté. Celui-ci a vu la patiente tout d'abord en juin 2005, puis en novembre 2005. Selon son appréciation, les symptômes neurologiques (paresthésies) sont probablement en rapport avec une irritation de la racine C6 gauche. Cette irritation a pour cause une compression extrinsèque par une déformation arthrosique préexistante décompensée par l'accident. (?) Selon lui, les symptômes cliniques (troubles de la sensibilité) semblent parfaitement en rapport avec la compression de la racine nerveuse concernée (rapport du 21 [recte:25] novembre 2005). (?) «Pour ce qui est de l'accident actuel, les plaintes de la patiente consistent essentiellement en des céphalées, des contractures musculaires douloureuses cervico-brachiales gauches et des paresthésies intermittentes du membre supérieur gauche. Pour l'essentiel ces symptômes sont subjectifs, mais l'examen clinique met en évidence une contracture musculaire para-vertébrale gauche et le docteur D.________ a mis en évidence une hypoesthésie du dermatome (territoire) C6 gauche. Ces faits pourraient constituer des arguments objectifs. Pour ma part j'ai tendance à penser que les symptômes paresthésiques du membre supérieur gauche sont probablement en rapport avec le traumatisme et secondaires à une compression d'une racine nerveuse par une déformation vertébrale arthrosique qui était toutefois préexistante et qui a été décompensée par le traumatisme. Le tableau clinique me paraît plus compatible avec ce diagnostic qu'avec un syndrome du tunnel carpien. En effet les tests (test de Phaten et de Tinel) que j'ai pu réaliser à mon cabinet ne parlent pas pour ce diagnostic. L'on doit mentionner cependant que lors d'un syndrome du tunnel carpien la symptomatologie peut être aussi atypique et se manifester proximalement. Cependant, chez notre patiente les symptômes semblent prédominants au niveau du bras et de l'avant-bras. (?) «Mon appréciation à la lecture de l'expertise, qui par ailleurs fait preuve d'un sérieux certain, est que le docteur M.________ malgré tout minimise les atteintes objectives tel que le rétrécissement du canal rachidien concerné et la possible voire probable compression au moins partielle de la racine nerveuse correspondante. (?) Pour ma part, je considère que le tableau clinique (paresthésies, contractures et douleurs cervico-brachiales) est plus en rapport avec le traumatisme cervical et une possible (voire probable) compression nerveuse qu'avec un syndrome du tunnel carpien pour lequel les éléments objectifs (et notamment fournis par l'EMG) font nettement défaut. Globalement l'appréciation du cas reste malgré tout difficile l'essentiel des symptômes étant subjectifs comme c'est souvent le cas (je l'ai mentionné initialement) dans les suites de ce type d'atteintes traumatiques souvent compliquées par des symptômes non spécifiques et le stress (aggravé par des contestations avec l'assurance).» Après avoir pris connaissance de l'appréciation du docteur E.________, l'expert M.________ a estimé que différents éléments relevés par ce dernier confirmaient le fait que la symptomatologie neurologique n'est pas survenue dans le cadre immédiat de l'accident mais bien de façon différée et a conclu: «De plus, le docteur D.________ a aussi relevé des stigmates le dirigeant vers un syndrome du tunnel carpien et ce n'est qu'à la vue des examens neuroradiologiques et d'une asymétrie de réflexe (plus retrouvée le jour de l'expertise) qu'il a pensé qu'il s'agissait d'une atteinte cervicale. Il ne s'agit donc là que d'une hypothèse sans preuve péremptoire. Dans le cadre de mon expertise, j'ai relevé de très discrets stigmates cliniques et neurophysiologiques allant dans le sens d'un syndrome du tunnel carpien, pauci symptomatique. Mais aucun élément allant dans un sens radiculaire n'a été confirmé à l'électromyographie. En conséquence, sans nier le fait qu'il aurait pu exister une irritation radiculaire C6 gauche initiale, le jour de mon expertise, les stigmates étaient ceux d'un syndrome du tunnel carpien du même côté, sans atteinte radiculaire surajoutée. L'examen neurologique et électro-neuromyographique révélait des éléments confirmant cette hypothèse mais soulignant leurs caractères bénins. Tant les documents radiologiques que l'apparition secondaire des troubles neurologiques ne nous permettent pas d'établir une relation de causalité avec l'accident » (rapport du 8 mai 2007). 4.2 Toutes les considérations de l'expert qui précèdent découlent d'une étude circonstanciée des points litigieux et des pièces du dossier, après examen de la personne de la recourante et en tenant compte de ses plaintes. Les rapports du docteur M.________ comportent en outre une description du contexte médical et une appréciation de la situation médicale claires. Ses conclusions et celles de son complément sont dûment motivées. Par conséquent, elles remplissent toutes les conditions posées par la jurisprudence pour que leur soit reconnue, en principe, pleine valeur probante (v. ATF 125 V 351 consid. 3a p. 252). D'ailleurs, le docteur E.________ reconnaît lui-même le sérieux du travail de l'expert. Son appréciation découle elle aussi d'une étude approfondie du cas de la recourante. Elle est cependant fort circonspecte en présence d'un cas reconnu délicat. En pareilles circonstances, il est admis de jurisprudence constante que, le médecin traitant étant généralement enclin, en cas de doute, à prendre parti pour son patient en raison de la relation de confiance qui l'unit à ce dernier, il convient de donner la préférence aux conclusions de l'expert (ATF 125 V 351 consid. 3a p. 352, 122 V 157 consid. 1c et les références p. 160).