Citation: I 16/05 13.03.2006 E. 5.3

5.3.1 D'un point de vue psychiatrique, le recourant présente un trouble dépressif récurrent, se manifestant par une thymie fluctuante, des pleurs faciles, une irritabilité, des troubles du sommeil, ainsi qu'une asthénie, présente dès le réveil. Cet état dépressif s'est installé il y a quelques années et, grâce à une médication antidépressive et un soutien très important de la part du médecin traitant, il s'est stabilisé (expertise du COMAI, du 8 octobre 2002). Ainsi, le recourant présente un tableau dépressif modéré, actuellement stabilisé sous médication, sans symptômes psychotiques (consultation de psychiatrie de la doctoresse T.________, du 18 juillet 2002). Selon les communications de la doctoresse V.________ des 19 mai 2003 et 24 février 2004, l'état de santé du patient s'est déstabilisé, celui-ci présentant des idées de persécution et de suicide avec augmentation de l'angoisse quant à ses douleurs, ce qui a motivé une IRM le 20 mai 2003. Le diagnostic de trouble dépressif récurrent, actuellement stabilisé sous traitement (F33.4), ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. En effet, selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mombour/Schmidt [éd.], Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème édition, p. 191), sur laquelle se fonde le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'un tel diagnostic ne saurait être reconnu comme constitutif d'une comorbidité psychiatrique autonome des troubles somatoformes douloureux (ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 et la référence à Meyer-Blaser, op. cit., p. 81 et la note 135). Même si le recourant a présenté des idées de persécution et de suicide avec une augmentation de l'angoisse quant à ses douleurs, la doctoresse V.________, dans sa communication du 24 février 2004, n'évoque pas la présence d'une comorbidité psychiatrique importante par sa gravité, son acuité et sa durée. 5.3.2 Les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail, ne sont pas non plus réalisés. En effet, on ne voit pas que le recourant réunit en sa personne plusieurs de ces critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. Certes, les premiers juges ont admis que le recourant présentait, en sus du syndrome douloureux somatoforme persistant, une affection corporelle chronique ou un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive). On peut toutefois se demander si tel est réellement le cas, étant donné l'appréciation des experts du COMAI. Ceux-ci ont constaté que l'assuré était atteint de lombalgies chroniques, prédominant au niveau cervical et lombaire, avec sciatalgies droites intermittentes, ainsi que de douleurs chroniques de l'épaule droite avec brachialgies, évoluant depuis plusieurs années (expertise médicale du 8 octobre 2002). Ils sont d'avis que cette symptomatologie douloureuse de l'appareil locomoteur, prédominant au niveau du rachis, ne peut entièrement être expliquée par les constatations objectives. L'assuré semble avant tout limité par le vécu douloureux. Selon eux, ce tableau évoque donc en premier lieu un trouble somatoforme douloureux (conclusions rhumatologiques discutées avec le professeur G.________), point sur lequel la Cour de céans n'a ainsi aucune raison de s'écarter. En ce qui concerne l'existence d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie, les premiers juges ont nié que cette condition soit remplie. Ils ont retenu qu'il n'est pas fait mention au dossier de difficultés particulières dans la vie quotidienne du recourant qui est en outre entouré de proches, notamment d'un neveu ainsi que d'un couple d'amis, et que celui-ci a par ailleurs plusieurs autres amis qui l'invitent régulièrement pendant les fins de semaine et le soutiennent beaucoup moralement. Les arguments du recourant ne changent rien à la pertinence des constatations des premiers juges. Certes, dans leur rapport du 8 octobre 2002, les experts du COMAI ont indiqué que le pronostic (de la capacité de travail) était réservé, au vu de l'importance du trouble somatoforme douloureux, de l'absence d'entourage le soutenant et d'éléments non médicaux tels que la longue durée d'interruption de travail. Pour autant, ils n'ont pas fait état d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Il suffit de renvoyer sur ce point aux constatations des premiers juges mentionnées ci-dessus. Enfin, on ne voit pas au dossier que chez le recourant, l'apparition du trouble somatoforme douloureux résulterait d'une libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie). Les premiers juges ont constaté un échec des traitements sur le plan somatique, point qui peut cependant demeurer indécis. De son côté, le recourant fait valoir que son état psychique s'est notablement aggravé et qu'il présente par ailleurs des idées suicidaires, de sorte que la condition d'un état psychique cristallisé sans évolution possible sur le plan thérapeutique devrait être admise. Toutefois, force est de constater qu'aucun des médecins consultés par l'assuré n'évoque un état psychique cristallisé. La Cour de céans n'a ainsi aucune raison de s'écarter des conclusions des experts du COMAI, lesquels ne font mention d'aucune source de conflit intra-psychique ni situation conflictuelle externe permettant d'expliquer le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. Il apparaît ainsi que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail du recourant puisse être raisonnablement exigée de lui. Sa requête tendant à la mise en oeuvre d'une nouvelle expertise psychiatrique doit dès lors être rejetée. 5.4 Parmi les diagnostics avec influence essentielle sur la capacité de travail retenus par les experts du COMAI dans leur rapport du 8 octobre 2002, le recourant présente une probable épicondylite droite. Dans leur évaluation globale de sa capacité de travail, ils ont tenu compte de l'aspect rhumatologique, ce dont on ne saurait donc faire abstraction. Etant donné que le taux de capacité de travail de 50 % retenu par les experts du COMAI n'est pas déterminant en raison du caractère non invalidant des troubles psychiques présentés par le recourant, il se justifie de se fonder sur un taux de capacité de travail de 70 %. En effet, selon les conclusions rhumatologiques des experts du COMAI discutées avec le professeur G.________, le recourant présente d'un point de vue rhumatologique pur, et en tenant compte des répercussions fonctionnelles de la douleur, une capacité de travail pouvant être évaluée à 70 % dans une activité adaptée, en évitant les positions statiques prolongées, le port de charges, ainsi que toute activité impliquant des mouvements répétés d'extension de la nuque ou des mouvements répétitifs des membres supérieurs. Une instruction complémentaire sur ce point n'est dès lors pas nécessaire.