Citation: 1A.111/2001 08.08.2001 E. 3

3.- La recourante invoque ensuite le principe de la proportionnalité. L'opération de compensation à laquelle elle s'est prêtée aurait servi à la création de la société A.________ (Espagne), un montant équivalent ayant été reversé en liquide à l'avocat madrilène. Les autres mouvements de compte s'inscriraient exclusivement dans le cadre de l'activité de cet avocat. Subsidiairement, la recourante conclut à la seule transmission des documents d'ouverture - sans mention du bénéficiaire -, du relevé de compte au 31 décembre 1998 - sans mention des destinataires ou donneurs d'ordres - et de l'avis justificatif du versement de 25'900'000 ptas - sans mention du nom de l'avocat précité. Le fait que l'émission du chèque de 50'000'000 ptas ait précédé de peu le versement mentionné dans la demande ne justifiait pas la transmission de renseignements à ce sujet, la recourante ayant expliqué la raison de ce mouvement, soit la vente d'un appartement. L'identité du bénéficiaire de la recourante et le relevé de compte n'intéresseraient pas l'enquête menée en Espagne. La recourante, qui se prétend étrangère à toute infraction, craint une utilisation des renseignements à des fins fiscales. a) Le principe de la proportionnalité empêche d'une part l'autorité requérante de demander des mesures inutiles à son enquête et, d'autre part, l'autorité d'exécution d'aller au-delà de la mission qui lui est confiée (ATF 121 II 241 consid. 3a). L'autorité suisse requise s'impose une grande retenue lorsqu'elle examine le respect de ce principe, car elle ne dispose pas des moyens qui lui permettraient de se prononcer sur l'opportunité de l'administration des preuves. Saisi d'un recours contre une décision de transmission, le juge de l'entraide doit lui aussi se borner à examiner si les renseignements à transmettre présentent, prima facie, un rapport avec les faits motivant la demande d'entraide. Il ne doit exclure de la transmission que les documents n'ayant manifestement aucune utilité possible pour les enquêteurs étrangers (examen limité à l'utilité "potentielle", ATF 122 II 367 consid. 2c p. 371). La jurisprudence admet qu'on peut interpréter une commission rogatoire de manière extensive, s'il apparaît que cela correspond à la volonté de son auteur et permet de prévenir une éventuelle demande complémentaire (ATF 121 II 241 consid. 3a in fine). Il faut toutefois qu'ainsi comprise, la mission que se reconnaît l'autorité d'exécution satisfasse aux conditions posées à l'entraide judiciaire (même arrêt). b) Dans sa demande initiale, le parquet spécial expose la relation existant, par l'entremise de C.________, entre les sociétés A.________, G.________ et P.________, tous deux poursuivis pour trafic de drogue et recyclage d'argent. L'objet de la demande est de déterminer la provenance des fonds transférés par A.________ (Investment) et les relations de cette société avec les personnes précitées. Présumant que le compte originaire du versement était détenu par A.________ (Investment), elle en demandait la documentation complète, les relevés des opérations portant sur plus de 500'000 ptas et toutes informations susceptibles de déterminer l'origine des fonds. Dans son complément, elle précise que l'ordre de virement a été fait au nom de la société, mais vraisemblablement à partir d'un compte dont elle n'est pas titulaire. Elle désire obtenir les mêmes renseignements sur ce compte. En raison des soupçons évoqués par l'autorité requérante, soit l'existence d'actes de blanchissage, il apparaît à tout le moins utile de lui fournir l'intégralité des renseignements demandés. Ceux-ci doivent pouvoir lui permettre d'établir, ou d'exclure avec certitude, l'existence de liens entre l'auteur du versement et les personnes soupçonnées. Seuls des relevés complets permettront d'opérer les recoupements nécessaires; les titulaires et bénéficiaires du compte concerné font partie des renseignements essentiels sur ce point. Les restrictions à la transmission voulues par la recourante ne se justifient donc pas. L'opération portant sur 50'000'000 ptas peut, par son importance, intéresser les enquêteurs espagnols, à l'instar du versement mentionné dans la demande. Elle dépasse de beaucoup la limite de 500'000 ptas au-delà de laquelle l'autorité requérante considère qu'un mouvement pourrait l'intéresser. Il n'y a pas, en définitive, de violation du principe de la proportionnalité et le rappel de la règle de la spécialité, dont sera assortie la transmission, est à même de prévenir toute utilisation illicite des renseignements transmis.