Citation: 4A_221/2024 E. A

A.a. Le 24 juin 2005, le Ministère des transports turc a procédé à un appel d'offres en vue de la modernisation d'un réseau de lignes ferroviaires dans la région d'Istanbul (ci-après: le projet Marmaray). Le projet en question prévoyait notamment la conclusion d'un contrat ayant pour objet la construction d'un tunnel immergé traversant le détroit du Bosphore ainsi que la réalisation d'une ligne ferroviaire à deux voies, de tunnels d'approche et de quatre stations. Il impliquait également la signature d'un contrat dont l'objet portait sur la construction de lignes ferroviaires, en surface, à trois voies, et de dépôts, gares et systèmes associés desservant les deux rives du Bosphore (ci-après: le contrat CR1). A.b. Le 6 février 2006, la société de droit français A.________, l'entité japonaise B.________ et l'entreprise turque C.________ ont conclu un contrat de consortium (ci-après: l'accord ou le contrat de consortium), soumis au droit suisse, aux fins d'établir une offre commune dans le cadre du projet Marmaray et, le cas échéant, d'exécuter le contrat CR1 qui serait conclu à la suite de cette mise au concours dans l'hypothèse où leur proposition serait retenue. Selon les termes de l'accord de consortium, A.________ revêtait le rôle de leader. A.c. Le consortium composé de A.________, B.________ et C.________ (ci-après: le consortium) a remporté l'appel d'offres et signé le contrat CR1 le 28 mars 2007, lequel était régi par le droit turc. Pour divers motifs, les membres du consortium ont connu des problèmes lors de l'exécution des travaux. En raison des difficultés rencontrées et des retards accumulés dans l'avancement du projet de construction, le consortium a envisagé la possibilité de renégocier le contrat CR1 à partir de 2008. En février 2010, A.________ a décidé, à l'interne, d'entamer des démarches en vue de dénoncer le contrat CR1, même contre l'avis des autres membres du consortium. Elle a fait part de sa nouvelle stratégie à ses deux partenaires et les parties en ont débattu au cours des mois de février et mars 2010. Aucun accord unanime n'a pu être trouvé entre les membres du consortium. Le 16 mars 2010, A.________, qui prétendait faire usage des pouvoirs qui lui revenaient en tant que leader du consortium, a adressé au Ministère des transports turc un avis de résiliation du contrat CR1, sans en informer préalablement B.________ et C.________. Aux fins de justifier cette démarche, elle a invoqué l'art. 16.2 (c) du contrat CR1, lequel autorisait le constructeur à mettre un terme à la relation contractuelle, moyennant le respect d'un préavis de 14 jours, dans l'hypothèse où le maître de l'ouvrage avait failli de manière substantielle à ses obligations contractuelles. Après l'envoi de cette lettre de résiliation, A.________ en a informé les deux autres membres du consortium. Des négociations ont eu lieu entre les partenaires du consortium et les autorités turques ainsi que leurs représentants mais elles n'ont finalement pas abouti. Le 6 juillet 2010, le Ministère des transports turc a demandé le paiement de la garantie à première demande qui avait été émise par le consortium le 9 avril 2007. Le 7 juillet 2010, les membres du consortium ont saisi un tribunal turc aux fins d'empêcher la libération de ladite garantie. L'autorité judiciaire a fait droit à cette requête, mais a exigé du consortium qu'il initie une procédure d'arbitrage sur la base du contrat CR1 et qu'il fournisse une garantie supplémentaire visant à couvrir d'éventuels dommages causés au Ministère des transports turc. A.d. Le 13 juillet 2010, les membres du consortium ont introduit une procédure d'arbitrage à l'encontre du Ministère des transports turc aux fins notamment de faire constater la validité de la résiliation du contrat CR1 (ci-après: la procédure d'arbitrage CR1). Le même jour, les trois demanderesses ont signé un document, intitulé " Heads of Agreement ", dans lequel elles reconnaissaient que la participation de B.________ et de C.________ à la procédure d'arbitrage ne pouvait pas être interprétée comme une renonciation de leur part aux prétentions qu'elles pourraient éventuellement faire valoir à l'encontre de leur partenaire A.________ sur la base de l'accord de consortium. Le tribunal arbitral saisi de l'affaire (ci-après: le Tribunal arbitral CR1) a rendu plusieurs décisions datées respectivement des 11 décembre 2014 (" Partial Final Award "), 7 septembre 2019 (" Second Partial Final Award "), 23 décembre 2019 (" Decision and Addendum to Second Partial Final Award "), 15 juillet 2020 (" Third Partial Final Award "), et 12 novembre 2020 (" Addendum and Decision to Third Partial Final Award "). En substance, il a considéré que la résiliation du contrat CR1 n'était pas valide, mais que celui-ci avait pris fin, en vertu du droit turc, le 27 avril 2010. Il a estimé que les membres du consortium devaient verser à leur adversaire un montant correspondant à environ 84 millions d'euros, tandis que le Ministère des transports turc était tenu de leur payer un montant équivalant à approximativement 57 millions d'euros. Après compensation des créances réciproques, le Tribunal arbitral CR1 a jugé que les membres du consortium devaient payer au Ministère des transports turc, solidairement entre elles, un montant correspondant à environ 27 millions d'euros pour le préjudice causé par la résiliation injustifiée du contrat CR1. Le 3 décembre 2020, les membres du consortium ont unanimement confirmé que les parties concernées avaient droit aux montants suivants en vertu des sentences rendues dans la procédure d'arbitrage CR1: - 24'929'059 euros au profit de A.________; - 23'633'924 euros au bénéfice de B.________; - 8'550'960 euros en faveur de C.________. Le consortium a également reconnu à l'unanimité que les prétentions de ses trois membres s'éteindraient par compensation, eu égard à la somme d'environ 84 millions d'euros due au Ministère des transports turc.