Citation: 1P.114/2001 02.03.2001 E. 4

4.- L'arrêt attaqué retient "qu'en dépit des dénégations du recourant, il existe des présomptions suffisantes de culpabilité à son encontre, compte tenu de l'ensemble du dossier (P. 76, pp. 4 ss; PV d'audition nos 11, 19, 20, 23, 24 et 25)". a) Il ressort des procès-verbaux d'audition ainsi désignés, établis par la police judiciaire, que la correspondance téléphonique du recourant avait été surveillée et que celui-ci avait effectué ou reçu de nombreux appels au contenu sibyllin ou incompréhensible, notamment avec des correspondants en Tchéquie; ces appels avaient réellement pour objet, de l'avis des enquêteurs, un trafic d'héroïne en provenance de ce pays. Dans des communications semblables intervenues entre d'autres suspects, les correspondants paraissaient faire allusion, notamment, au recourant. Celui-ci a d'abord prétendu qu'il ne connaissait pas l'un des interlocuteurs en cause, puis il s'est rétracté. Longuement interrogé au sujet de chacune des conversations interceptées, il n'a fourni aucune indication plausible quant à leur sens. Il s'est borné à affirmer de façon répétitive qu'il ignorait lui aussi la signification des communications auxquelles il n'avait pas personnellement pris part (par exemple: "je ne vois pas ce que mon frère veut dire lorsqu'il dit qu'il a discuté avec moi"), et qu'il ne se rappelait pas le motif des propos qu'il avait lui-même tenus ou écoutés, ou que ces propos étaient même dépourvus de tout sens (par exemple: "il m'a appelé juste comme ça pour me dire bonjour"; "je ne sais pas ce qu'il voulait"; "je ne sais pas pourquoi je l'ai rappelé car je n'ai aucun contact ou lien avec cette personne"; "tout ce que je raconte à G.________, ce sont des [sottises] et il n'y a rien de vrai"). Par ailleurs, il ressort d'un procès-verbal des opérations et décisions (pièce n° 4) que l'un des interlocuteurs a été arrêté en Italie, en février 1999, alors qu'il détenait plusieurs kilos d'héroïne et de cocaïne, et qu'un autre - le frère du recourant - possédait un véhicule dans lequel les enquêteurs ont découvert des caches aménagées dans le plancher. En raison du contexte et de l'ampleur de cette étrange correspondance téléphonique, les autorités d'instruction peuvent légitimement soupçonner le recourant de s'être livré à un important trafic de stupéfiants. Certes, il n'a pas été surpris en flagrant délit, aucun tiers ne l'accuse et la quantité écoulée est très difficile à évaluer; cela ne suffit toutefois pas à exclure sa culpabilité. Contrairement à son argumentation, celle-ci n'est pas non plus exclue par la déposition d'un fonctionnaire de police thurgovien (procès-verbal d'audition no 14) à laquelle il se réfère; il est vrai que cette déposition ne le met pas sérieusement en cause, mais elle ne comporte non plus aucun élément à décharge. b) La pièce n° 76, également mentionnée dans l'arrêt attaqué, est un rapport de la police judiciaire que le Juge d'instruction a reçu et joint au dossier le 28 décembre 2000, alors que le prévenu avait déjà déposé son recours à l'intention du Tribunal d'accusation, dirigé contre l'ordonnance de refus de mise en liberté du 20 décembre. Ce tribunal a donc pris en considération, notamment, un document sur lequel le recourant n'avait eu aucune occasion de prendre position, ce qui est en principe contraire au droit d'être entendu. La référence à cette pièce n'apparaît toutefois pas déterminante, puisque les éléments disponibles déjà auparavant, connus du recourant et de son conseil, suffisaient à justifier le soupçon de culpabilité. Le rapport n'apporte d'ailleurs guère d'éléments nouveaux et importants du point de vue de la décision concernée; il s'agit d'une synthèse de l'ensemble des recherches effectuées. Pour le surplus, la motivation de l'arrêt attaqué permet de reconnaître clairement, par référence précise aux procès-verbaux d'audition pertinents, les indices de culpabilité retenus à la charge du recourant; bien que laconique, elle satisfait donc aux exigences de l'art. 29 al. 2 Cst. c) Le recourant ne met pas en doute qu'il puisse être tenté de prendre la fuite, à l'étranger, afin de se soustraire à la poursuite pénale. A l'issue de celle-ci, en cas de verdict défavorable, le recourant pourrait vraisemblablement être condamné à une peine de plusieurs années de réclusion, notamment sur la base de l'art. 19 ch. 2 let. b LStup (trafic de stupéfiants commis en bande). Il se plaint donc à tort d'une détention préventive exagérément longue. Le recours de droit public se révèle en tous points mal fondé, ce qui entraîne son rejet.