Citation: 4A_314/2017 E. A

A.a. La Fédération Internationale de Motocyclisme (ci-après: la FIM), une association au sens des art. 60 ss du Code civil suisse (CC; RS 210) ayant son siège à Mies (canton de Vaud), est l'autorité internationale suprême et unique en matière de sport motocycliste. A ce titre, elle est habilitée à contrôler toutes les activités sportives motocyclistes internationales organisées dans le monde entier sous son égide et agit comme tribunal suprême dans le règlement des différends pouvant résulter de l'organisation de ces activités, sous réserve de ceux qui sont susceptibles d'être déférés au Tribunal Arbitral du Sport (TAS) (art. 3 al. 2 des statuts de la FIM; ci-après: les Statuts). La FIM est composée des Membres affiliés et des Membres associés. Les premiers sont les Fédérations Motocyclistes Nationales (FMN) qui, de l'avis de la FIM, constituent des associations à but non lucratif contrôlant d'une manière représentative les activités motocyclistes dans leurs propres pays, étant précisé que seule une FMN par nation peut devenir membre de la FIM ( Ein-Platz-Prinzip) (art. 11.1.1 des Statuts); les seconds sont des organisations motocyclistes internationales ou nationales que la FIM juge représentatives dans le domaine du motocyclisme, telles qu'un organe de l'industrie du motocycle ou un promoteur de manifestations motocyclistes (art. 11.2.1 des Statuts). Seules les FMN ont le droit de vote à l'Assemblée Générale (AG) qui est l'autorité suprême de la FIM (art. 12.1 al. 1 et art. 12.1.2 al. 1 des Statuts). Conformément aux art. 11.1.3 et 15 des Statuts, la procédure d'admission d'une FMN en tant que Membre affilié de la FIM et de l'Union Continentale (CONU) correspondante est définie par le Conseil de Direction (CD) et décrite dans le Règlement Intérieur (RI) de la FIM approuvé par l'AG, organe qui a la compétence d'accepter de nouvelles FMN et d'exclure des FMN existantes (art. 12.1.7 let. e des Statuts). Pour devenir Membre affilié de la FIM, une FMN doit adresser à l'administration de cette association une demande d'admission accompagnée d'une série de documents énumérés à l'art. II.1) al. 1 du RI. Doit y figurer, notamment, une déclaration par laquelle la candidate s'engage à respecter et à faire respecter par ses membres et titulaires de licence les Statuts, règlements et décisions de la FIM (art. II.1) al. 1 let. f du RI). La demande d'admission est traitée en premier lieu par le CD qui peut procéder à tout complément d'enquête pour vérifier si la FMN candidate remplit les conditions d'admission à la FIM et, si tel n'est pas le cas, rejeter la demande; dans l'hypothèse inverse, l'admission devient effective au plus tôt le 1er janvier de l'année qui suit son acceptation par l'AG (art. II.1) al. 3 à 5 du RI). En vertu de l'art. 4 al. 1, 3ème phrase, des Statuts, "[l]e statut légal de la FIM relève du droit suisse qui régit tout litige de la FIM avec ses organes ou ses membres, ainsi qu'avec des organisations ou individus associés ou liés, notamment avec les coureurs licenciés". L'art. 4 al. 2 des Statuts fixe à Genève le for pour toute contestation contre la FIM qui n'est pas couverte par la clause arbitrale. Insérée à l'art. 5 des Statuts et reprise quasiment mot pour mot à l'art. 9 du Code Disciplinaire et d'Arbitrage (CDA) ainsi qu'à l'art. 3 al. 2 du Code Sportif (CS), version 2012, ladite clause énonce ce qui suit: "Tout recours aux tribunaux ordinaires est exclu contre des décisions définitives rendues par les organes juridictionnels ou l'AG de la FIM. Pareilles décisions doivent être exclusivement soumises à la compétence du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) qui tranchera définitivement le litige, suivant le Code de l'Arbitrage en matière de sport. " Les organes juridictionnels auxquels la clause arbitrale renvoie sont énumérés à l'art. 12 des Statuts. Il s'agit de la Cour Disciplinaire Internationale (CDI), du Tribunal International d'Appel (TIA) et du Tribunal d'Arbitrage et de Consultation (TAC) dont les compétences respectives sont indiquées aux art. 3.3.2, 3.4.2 et 3.5.2 du CDA. A.b. Le Kuwait International Automobile Club (KIAC) est, depuis 1980, la FMN reconnue par la FIM comme Membre affilié pour l'Émirat du Koweït (ci-après: le Koweït). Le Kuwait Motor Sports Club (ci-après: KMSC) est une entité à but non lucratif de droit koweïtien qui a été validée, le 18 octobre 1997, par l'Autorité Publique pour la Jeunesse et les Sports (APJS) du Koweït. Par courrier du 16 septembre 2009, le KMSC a fait part, pour la première fois, à la FIM de sa volonté de devenir membre de celle-ci. Informé de cette démarche, le KIAC s'y est opposé, en janvier 2010, en se prévalant du soutien de l'APJS. Le 1er novembre 2011, le KMSC a relancé la FIM, en se prévalant, lui aussi, du soutien de l'APJS. Interpellé derechef, le KIAC a maintenu son opposition à la demande d'affiliation du KMSC. Invité par la FIM à donner son avis à ce sujet, l'Automobile & Touring Club of the United Arab Emirates (UAEMC), par lettre du 14 février 2012 de son président, M. A.________, lui a répondu que l'APJS avait reconnu trois clubs de sports motorisés au Koweït, dans l'ignorance de la règle limitant l'affiliation à la FIM à une seule FMN par pays. Aussi suggérait-il à la FIM de maintenir la fédération nationale déjà reconnue, soit le KIAC. Suivant ce conseil, l'association faîtière a informé l'APJS et le KMSC que le KIAC demeurerait son Membre affilié pour le Koweït. Le 7 mai 2013, le KMSC a déposé une nouvelle demande d'adhésion à la FIM par l'intermédiaire de son conseil de l'époque. Il y exposait, notamment, les raisons pour lesquelles il estimait que le KIAC ne pouvait demeurer membre de la FIM et y représenter le Koweït. Relancée le 9 août 2013 par le conseil du KMSC, la FIM a adressé un courrier à celle-ci, de même qu'au KIAC et à l'APJS, pour leur indiquer qu'elle avait nommé un médiateur en la personne de M. A.________, susmentionné, aux fins d'évaluer la possibilité, pour toutes les entités impliquées, de travailler ensemble dans l'intérêt de l'avenir du sport motocycliste au Koweït. Cependant, par courrier du 3 octobre 2013, le KMSC a rejeté l'offre de médiation, laquelle ne tenait pas compte, selon lui, de sa volonté de devenir l'unique fédération koweïtienne affiliée à la FIM; il s'opposait, en outre, à la nomination du président de l'UAEMC comme médiateur, ce dernier ayant déjà exprimé son soutien au KIAC, et proposait la mise en place d'une procédure de médiation à conduire par une personne neutre selon le règlement du TAS. Sans réponse de la FIM, le conseil du KMSC lui a adressé une lettre de relance le 25 novembre 2013. A la même époque, une procédure judiciaire impliquant le KMSC et le KIAC était pendante au Koweït. Le 3 décembre 2013, une cour d'appel koweïtienne a rendu une décision reconnaissant apparemment le KMSC comme seule entité habilitée à organiser le sport motocycliste au Koweït et enjoignant le KIAC à cesser toute activité dans ce domaine. Fort de ce jugement, le KMSC a réitéré sa demande d'affiliation par lettre du 20 décembre 2013 à laquelle il a annexé le dispositif de cette décision. En janvier 2014, le KIAC a recouru contre le jugement du 3 décembre 2013 devant la Cour de cassation koweïtienne. Les 4 février, 5 mars et 14 avril 2014, le conseil du KMSC a relancé la FIM. Par lettre du 5 mai 2014, cette dernière l'a informé que son CD traiterait de la situation du KIAC lors de sa réunion du mois de juin 2014 et qu'elle lui fournirait des explications après cette réunion. Le 9 mai 2014, M. B.________, membre du CD, a adressé un bref rapport à la FIM, par courrier électronique, au sujet de la situation au Koweït. Il y relevait, en particulier, que le KIAC organisait des événements sportifs en motocyclisme et concluait au maintien de celui-ci comme Membre affilié de la FIM. Ce rapport était basé sur des documents fournis par le président et CEO du KIAC, M. C.________. Lors de la réunion du CD de la FIM le 27 juin 2014 à Copenhague, la question du KMSC a été brièvement évoquée, sans toutefois qu'une décision ait été prise sur la requête d'affiliation de l'intéressé. L'APJS semble avoir rendu, le 18 mars 2015, une décision visant à la constitution d'un Motor Sports Organizing Committee incluant, entre autres personnes, un membre du KIAC et un membre du KMSC. Cette décision mentionne en passant que le KIAC " is the only authorized body to licence motor sports activities and responsible for road safety in the state of Kuwait ". Le 9 juillet 2015, M. B.________ a adressé à la FIM une copie d'un courrier que l'AJPS avait envoyé le 30 juin 2015 au président et CEO du KIAC. Aux dires de M. B.________, ce courrier " clarifies that the KIAC is the acknowledged Federation in Kuwait by the government in Automobile and Motorcycle ". Au cours d'échanges durant l'été 2015, les conseils du KMSC ont informé la FIM que leur client n'acceptait pas de pas être reconnu comme fédération affiliée à la FIM pour le Koweït et qu'une requête d'arbitrage serait déposée devant le TAS. Le 5 octobre 2015, la Cour de cassation koweïtienne a rendu sa décision sur le recours formé par le KIAC contre le jugement du 3 décembre 2013. De cette décision, qui a admis partiellement le recours du KIAC, même si elle a apparemment retenu, dans ses considérants, que cette association est une entité à but lucratif qui ne devrait pas pouvoir être regardée comme une organisation sportive, il semble néanmoins ressortir, d'une part, que le KMSC n'est plus reconnu comme la seule entité autorisée à organiser le sport automobile et motocycliste au Koweït et, d'autre part, que le KIAC a le droit de poursuivre ses activités dans ce même domaine.