Citation: U 4/06 19.06.2006 E. 5

5.1 En l'occurrence, les médecins s'accordent sur le fait que le recourant souffre d'une broncho-pneumopathie chronique obstructive. La terminologie légèrement différente employée par les divers médecins consultés, pour désigner, au fond, une même affection, peut en effet être regroupée sous ce diagnostic. 5.2 En sus de cette maladie, le docteur K.________ a aussi attesté un asthme bronchique (irritant induced asthma). Des divers rapports établis par ce médecin, il ressort que son appréciation repose essentiellement sur trois points qu'il y a lieu d'examiner successivement. 5.2.1 D'abord, l'apparition d'une insuffisance respiratoire globale à l'âge de 52 ans intervient trop tôt pour une broncho-pneumopathie chronique obstructive classique chez un travailleur de force. A cet égard, il explique - se référant au rapport du docteur C.________ du 30 décembre 2003 - que cette affection a été diagnostiquée en 1999 et qu'en janvier 2000, l'assuré présentait déjà une insuffisance respiratoire, impliquant une rétention de gaz carbonique. A son avis, l'apparition de cette insuffisance respiratoire au moment de la première manifestation de la broncho-pneumopathie chronique obstructive est inhabituelle, dès lors que les travailleurs manuels ressentent des dyspnées d'effort et sont soumis à des examens bien avant l'apparition d'une rétention de CO2. Pourtant, il ressort de l'anamnèse établie par les médecins de l'Institut universitaire Y.________ - non remise en cause par le docteur K.________ -, que les premières manifestations respiratoires à type de toux et expectorations matinales associées à une dyspnée d'effort (monter les escaliers, porter des charges) sont apparues déjà en 1995, soit cinq ans et non un an avant une insuffisance respiratoire impliquant une rétention de gaz carbonique. 5.2.2 Ce médecin estime ensuite que la baisse annuelle moyenne du VEMS chez le recourant - soit 100 ml/an - est nettement supérieure à celle d'un fumeur souffrant d'une broncho-pneumopathie chronique obstructive, laquelle se situe en général entre 50 et 90 ml/an. Pour parvenir à cette conclusion, le docteur K.________ a tenu compte d'une valeur théorique du VEMS en 1966 - puis en 1969 (cf. complément d'expertise du 15 juillet 2004) - estimée à 120 % des normes admises. Il justifie la prise en considération d'une valeur théorique supérieure à la norme d'une part en se référant au phénomène dénommé "the healthy worker effect" mentionné dans des études de la médecine du travail, selon lequel les travailleurs manuels en général et en particulier ceux travaillant dans des environnements poussiéreux, ont des fonctions pulmonaires supérieures à la norme quand ils débutent leur profession. D'autre part, il constate qu'en 1969, le recourant ne se plaignait d'aucun symptôme respiratoire - lors de son examen auprès du docteur R.________ - et appartenait dès lors certainement à la catégorie des travailleurs précités. Il ne s'agit cependant que d'hypothèses dont on ne saurait déduire au degré de vraisemblance prépondérant requis que, dans le cas particulier, le recourant disposait de fonctions pulmonaires supérieures de 20 % à la norme chez des travailleurs manuels. Par ailleurs, on ne saurait omettre le fait que le recourant fumait quarante cigarettes par jour depuis 1967 et qu'en moyenne, cette consommation de cigarettes a été maintenue durant trente ans (cf. rapports du docteur T.________ du 24 octobre 2003, p. 2 et du 26 mai 2004, p. 2). Or, en tenant compte de la norme usuelle (100 %), on observe que la perte moyenne du VEMS (81,8 ml/an) se situe dans la tranche usuelle pour les fumeurs souffrant d'une broncho-pneumopathie chronique obstructive (cf. appréciation médicale du docteur T.________ du 26 mai 2004). 5.2.3 Le docteur K.________ observe enfin que les mesures spirométriques effectuées entre 1999 et 2004 sont inhabituellement variables pour une broncho-pneumopathie chronique obstructive. Ainsi, pour l'année 2000, il a comparé deux valeurs spirométriques après broncho-dilatateur obtenues à des jours différents (18 janvier: 1.88 l/sec et 27 juin: 1,48 l/sec), soit une variation de 27 %. En 2003, il a comparé deux autres valeurs sans broncho-dilatateur obtenues également à des jours différents (3 mars: 1,36 l/sec et 16 mai: 0,82 l/sec), soit une variabilité de 66 %. En 2004, il a pratiqué trois spirométries et a comparé des valeurs sans et avec broncho-dilatateur obtenues lors de la même journée. Les variations étaient de 27 % le 3 février, de 11 % le 17 février et de 41 % le 2 mars. Selon ce médecin, la broncho-pneumopathie chronique obstructive est caractérisée par une obstruction bronchique relativement stable en ce sens que la variabilité du VEMS est inférieure à 15 % après l'administration d'un médicament broncho-dilatateur. Lorsque la variabilité dépasse 20 %, le diagnostic d'asthme peut être posé. Ainsi, le respect de ce principe - controversé en l'espèce dès lors que selon le docteur T.________ "les choses ne sont en réalité pas aussi clairement tranchées" (appréciation médicale du 26 mai 2004, p. 2) - impliquait que l'on compare des valeurs avant et après absorption d'un médicament broncho-dilatateur, ce qui n'a pas été le cas dans l'analyse du docteur K.________, hormis pour l'année 2004. Suivant la règle exposée par ce médecin, on observe en fait une variation des valeurs spirométriques inférieures à 20 % pour les années 1999 à 2003 (cf. rapport du docteur T.________ du 26 mai 2004, p. 2). Il en va différemment pour les spirométries pratiquées les 3 février (27 %) et 2 mars 2004 (41%) qui révèlent des taux supérieurs. Toutefois, la dernière n'est pas déterminante, dès lors que le recourant était, à ce moment-là, sous traitement de prédnisone. Quant à la spirométrie du 3 février, mettant en évidence un taux légèrement supérieur à la limite des 20 %, elle ne saurait suffire, à elle seule, à étayer la thèse du docteur K.________, d'autant que quelques jours plus tard, la variabilité était de 11 % seulement (spirométrie du 17 février 2004). 5.3 Au degré de vraisemblance requis en matière d'assurances sociales (cf. ATF 126 V 360 consid. 5b, 125 V 195 consid. 2 et les références), il y a dès lors lieu d'admettre, comme le soutient en particulier le docteur T.________, que le recourant souffre d'une unique affection respiratoire, soit une broncho-pneumopathie chronique obstructive. Les explications du docteur K.________, y compris celles fournies postérieurement au jugement entrepris (cf. commentaire du jugement cantonal du 9 décembre 2005), ne permettent pas de mettre en doute cet avis.