Citation: I 731/99 02.05.2000 E. 1

caractère invalidant de troubles somatoformes. Sur le plan psychiatrique, l'expert doit poser un diagnostic dans le cadre d'une classification reconnue et se prononcer sur le degré de gravité de l'affection. Il doit évaluer le carac- tère exigible de la reprise par l'assuré d'une activité lucrative. Ce pronostic tiendra compte de divers critères, tels une structure de la personnalité présentant des traits prémorbides, une comorbidité psychiatrique, des affections corporelles chroniques, une perte d'intégration sociale, un éventuel profit tiré de la maladie, le caractère chronique de celle-ci sans rémission durable, une durée de plusieurs années de la maladie avec des symptômes stables ou en évo- lution, l'échec de traitements conformes aux règles de l'art. Le cumul des critères précités fonde un pronostic défavorable. Enfin, l'expert doit s'exprimer sur le cadre psychosocial de la personne examinée. Au demeurant, la re- commandation de refus d'une rente doit également reposer sur différents critères. Au nombre de ceux-ci figurent la divergence entre les douleurs décrites et le comportement observé, l'allégation d'intenses douleurs dont les caracté- ristiques demeurent vagues, l'absence de demande de soins, les grandes divergences entre les informations fournies par le patient et celles ressortant de l'anamnèse, le fait que des plaintes très démonstratives laissent insensible l'expert, ainsi que l'allégation de lourds handicaps malgré un environnement psychosocial intact. b) En l'occurrence, les critiques adressées par le recourant au rapport d'expertise du docteur S.________ sont justifiées. aa) En premier lieu, l'examen psychiatrique qui a présidé à l'établissement dudit rapport apparaît effecti- vement insuffisant : de l'aveu même de l'expert, ses cons- tatations se fondent presque exclusivement sur le dossier médical, car l'assuré, de langue maternelle serbo-croate, s'exprime "dans un français très élémentaire" rendant la communication avec lui particulièrement difficile (p. 2 et 6 de l'expertise; voir aussi un rapport d'entretien télé- phonique du 5 décembre 1997, aux termes duquel l'expert aurait déclaré à l'office intimé qu'il "ne pourra (ait) pas faire une expertise psychiatrique sérieuse", mais seulement "une lettre explicative"). Or, si l'on peut concevoir qu'un examen purement documentaire puisse, le cas échéant, per- mettre à un expert de se prononcer en connaissance de cause sur des affection d'ordre somatique, on peine à imaginer qu'il puisse en aller de même quand il s'agit de porter un jugement sur des troubles d'origine psychique. Cela d'autant plus lorsque, comme c'est le cas en l'espèce, l'expert pose un diagnostic et tire des conclusions qui s'écartent des avis des psychiatres qui traitent le patient. bb) En deuxième lieu, les conclusions du docteur S.________ ne sont pas claires en ce qui concerne l'inci- dence des troubles psychiques sur la capacité de travail du recourant. Selon lui, cette dernière est en effet nulle depuis l'accident de 1994 en raison de la fixation de l'assuré sur son invalidité (p. 13 de l'expertise); en outre, cette fixation s'expliquerait, d'une part, par la recherche d'un bénéfice secondaire et, d'autre part, par le sentiment "d'avoir droit" à un dédommagement de la société (p. 9 et 17). Aussi bien l'expert en déduit-il que le recourant pourrait, d'un point de vue théorique, exercer son activité habituelle (p. 15), "seulement que lui-même ne pense pas que l'on est en droit d'attendre de lui (qu'il fasse cet effort) et c'est lui qui attend "réparation", justement dans le cadre du fonctionnement de type "avoir droit"" (p. 18). Ces considérations ne renseignent pas suffisamment sur le point de savoir si l'incapacité de travail de l'assuré procède seulement d'un manque de volonté de sa part ou si, au contraire, la mise à profit de sa capacité de travail théorique ne peut, pratiquement, plus être raisonnablement exigée de lui ou serait même insupportable pour la société. Or, si le recourant ne peut prétendre des prestations de l'office AI dans le premier cas, le caractère invalidant de son atteinte à la santé psychique doit lui être reconnu dans le second (cf. ATF 102 V 15; VSI 1996 p. 318 con- sid. 21, p. 321 consid. 1a, p. 324 consid. 1a; RCC 1992 p. 182 consid. 2a et les références). cc) En troisième et dernier lieu, alors que le docteur S.________ retient le diagnostic de troubles somatoformes douloureux, il ne discute pas à satisfaction de droit les critères énoncés par la jurisprudence et la doctrine (supra consid. 3a) pour déterminer le caractère exigible de la reprise d'une activité lucrative par le recourant. c) En conséquence, le litige ne saurait être tranché, quant à l'incidence des troubles psychiques sur l'état de santé du recourant, à la lumière des conclusions du docteur S.________. Quant aux rapports émanant des Institutions psychia- triques du Valais romand, ils sont insuffisamment motivés pour qu'on puisse leur accorder pleine valeur probante au sens où l'entend la jurisprudence. En outre, les critiques que le docteur S.________ a formulées à l'encontre de leurs conclusions, même si elles ne reposent pas sur des examens assez approfondis pour emporter la conviction, méritent d'être prises en considération et sont en tout cas de nature à faire douter de leur bien-fondé. Aussi convient-il de renvoyer la cause à la juridic- tion cantonale pour qu'elle complète l'instruction par une nouvelle expertise psychiatrique, qui se prononcera en particulier sur le caractère exigible d'une reprise du travail par le recourant et, le cas échéant, sur le moment à partir duquel une telle reprise du travail est devenue exigible.