Citation: 5P.93/2002 23.05.2002 E. 2

2.- Le recourant se plaint d'abord d'une violation de son droit à une décision motivée découlant du droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst.). Exposant avoir contesté en instance cantonale l'inclusion d'un "revenu" fiscal théorique de 606'083 fr. dans ses revenus annuels de 1998 (taxation 1999) ainsi que du loyer théorique de la villa occupée par son épouse (9'871 fr.) dans ceux de 1997, 1998, 1999 (taxations 1998, 1999, 2000), il reproche à la Cour de justice de ne pas avoir statué sur ces griefs, au demeurant mentionnés dans l'arrêt cantonal. a) Comme le droit d'être entendu a un caractère formel et que sa violation entraîne l'admission du recours, ainsi que l'annulation de la décision attaquée indépendamment des chances de succès du recours sur le fond (ATF 126 V 130 consid. 2b p. 132 et les références), il convient d'examiner ce grief en premier. Le recourant ne se référant à aucune disposition de procédure cantonale, son moyen doit être examiné à la lumière de la seule garantie constitutionnelle et avec un plein pouvoir d'examen (ATF 126 I 15 consid. 2a p. 16 et les arrêts cités). La jurisprudence, rendue sous l'empire de l'art. 4 aCst. et qui s'applique également à l'art. 29 al. 2 Cst. , a déduit du droit d'être entendu le devoir pour l'autorité de motiver sa décision, afin que le destinataire puisse la comprendre, l'attaquer utilement s'il y a lieu et que l'autorité de recours puisse exercer son contrôle. Pour répondre à ces exigences, il suffit que le juge mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidé et sur lesquels il a fondé sa décision, de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause (ATF 126 I 97 consid. 2b p. 102; 124 V 180 consid. 1a p. 181; 123 I 31 consid. 2c p. 34). b) En l'espèce, si la Chambre civile a certes relevé, à la page trois de son arrêt, que le recourant a reproché au Tribunal de première instance d'avoir "inclus dans son revenu annuel la somme de 606'803 fr. [recte: 606'083 fr.], correspondant à un revenu fiscal non réel, [...] et le loyer théorique fiscal pour la villa de l'intimée", elle n'a effectivement pas statué sur ces griefs. Après avoir dénié toute valeur probante aux comptes de l'année 2000 produits pour la première fois en instance d'appel, elle s'est en effet contentée de relever qu'"à défaut de documents plus précis" fournis par l'intéressé, il convenait "de se baser sur les chiffres retenus par le premier juge, à savoir les revenus de [l'époux] figurant dans les déclarations fiscales des trois dernières années" (1997, 1998 et 1999). Certes, l'autorité n'a pas l'obligation d'exposer et de discuter tous les moyens soulevés par les parties, mais elle se doit en revanche de traiter les questions décisives (ATF 126 I 97 consid. 2b p. 102/103; 124 V 180 consid. 1a in fine p. 181 et la jurisprudence citée; 122 IV 8 consid. 2c p. 14/15 et l'arrêt mentionné). Or, dans le cas particulier, les griefs litigieux avaient trait à la détermination des ressources du recourant pour les années 1997, 1998 et 1999. Dès lors que la quotité des contributions d'entretien dépend de la capacité contributive du débirentier (cf. ATF 123 III 1 consid. 3b/bb p. 4), il s'agissait là d'éléments qui étaient - au vu des montants en jeu - manifestement pertinents. En omettant de statuer sur ces points ou, à tout le moins, d'exposer brièvement les motifs qui l'auraient incitée à ne pas entrer en matière sur ceux-ci, la Cour de justice a violé le droit du recourant à une décision motivée.