Citation: 4P.46/2000 16.06.2000 E. 3

3.- a) La recourante se plaint d'arbitraire dans l'appréciation des preuves, reprochant aux autorités cantonales de s'être fondées sur un document qu'elle qualifie de "suspect" pour admettre que les frais d'accréditif se sont élevés à 40 000 US$. Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst. , ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité; pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 125 I 161 consid. 2a; 123 I 1 consid. 4a; 122 I 61 consid. 3a; 122 III 130 consid. 2a; 120 Ia 369 consid. 3a). b) Pour prouver ses frais d'accréditif, la partie demanderesse a produit un décompte émanant d'une banque turque, assorti d'une traduction officielle. Ce document émane d'un tiers à la procédure. Comme il mentionne le nom des parties et le prix de la transaction (à savoir 2 070 000 US$), il n'est pas douteux qu'il se rapporte au contrat en cause. Il en ressort clairement qu'il a été mis à la charge de la demanderesse un montant de 40 000 US$ à titre de commission. En présence de ce document, la recourante n'a pas tenté d'en démontrer la fausseté, par exemple en déposant une plainte pénale ou en faisant entendre des témoins. Elle a au contraire expressément renoncé à faire citer des témoins. Elle se borne à soulever trois arguments. Tout d'abord, elle fait valoir que le document est daté du 18 septembre 1996, alors que la demanderesse invoquait déjà des frais de 40 000 US$ en juillet 1996. Cette objection ne démontre rien. Il est parfaitement possible que la demanderesse ait connu les frais de l'accréditif, par exemple en ayant demandé le renseignement par téléphone, alors que le décompte n'a été établi que sensiblement plus tard. La recourante observe que le document ne mentionne aucune date de valeur. Que la banque turque, dans son décompte, ait indiqué la somme due sans mentionner une date d'exigibilité ne permet en rien de déduire que le document n'émanerait pas de la banque en question ou qu'il serait faux quant au montant indiqué. Enfin, la recourante se prévaut, pour démontrer que les frais seraient excessifs, d'une télécopie que lui a envoyée une autre banque. D'après ce que l'on comprend à la lecture de ce document, il a été envisagé un accréditif à l'intérieur d'un même groupe bancaire, émis par Finansbank en Turquie et confirmé par Finansbank (Suisse). Cette hypothèse est déjà sensiblement différente du cas d'espèce, puisqu'il résulte des explications de la recourante que trois banques distinctes sont intervenues dans l'opération litigieuse: la banque turque, le Crédit Commercial de France à Paris et la Banque Nationale de Paris à Bâle. Il est donc fort probable que les frais soient différents. De surcroît, la télécopie produite par la recourante contient la mention suivante: "l'estimation ci-dessus mentionnée est indicative et sujette à changement sans préavis en fonction des modifications des conditions du marché concerné". Il en résulte que le coût d'un accréditif est sujet à variations. Or, le document invoqué par la recourante date du 20 février 1998 et il est donc impropre à établir les conditions qui régnaient en mai 1996. La recourante ne parvient donc pas à démontrer qu'il était insoutenable de croire à la véracité du décompte produit par la demanderesse.