Citation: 7B_779/2023 E. A

A.a. Depuis le 21 janvier 2021, le Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après : le Ministère public) conduit une instruction pénale contre A.________, ressortissante U.________ née en 1974 et appartenant la communauté rom, pour traite d'êtres humains (art. 182 al. 1 et 2 CP) et blanchiment d'argent (art. 305bis CP; cause P/16205/2021). Dans ce cadre - à la suite également de la nouvelle mise en prévention du 25 octobre 2022 -, celle-ci est soupçonnée d'avoir recruté ou "acheté", à tout le moins entre 2020 et 2021 dans son pays d'origine U.________, notamment de concert avec son fils B.________, des ressortissants de ce pays - appartenant pour la plupart à la communauté rom - de condition économique très précaire, soit notamment C.________, D.________ et E.________. Depuis ce pays ou la Suisse, elle aurait aussi organisé leur transfert à destination de la Suisse où, dans les cantons de Genève et de Vaud, ils mendiaient pour son compte, sous sa surveillance et selon ses indications. Elle se serait fait remettre la totalité ou la quasi totalité de leurs gains, qu'elle aurait acheminés dans son pays, physiquement ou par courrier avec l'intermédiaire d'agences de transfert de fonds, en vue de financer des travaux dans sa maison ou de faire des achats en espèce, empêchant ainsi la découverte de la provenance de ces fonds et leur confiscation. A.b. Le 8 juin 2021, le Ministère public a ouvert une instruction pénale contre F.________, G.________ - son mari -, H.________ et I.________, leurs fils. Il les soupçonne d'avoir fait venir de U.________ à Genève des ressortissants de ce pays appartenant à la communauté rom dans le but qu'ils mendient pour leur compte, sous leur surveillance et selon leurs indications (cause P.________117). L'instruction P.________117 a été étendue, le 18 août 2021, à B.________ et, à cette même date ainsi que le 23 novembre 2021, à J.________. Il est reproché au premier précité de s'être fait remettre, notamment de concert avec A.________ et G.________, entre 2020 et 2021, la totalité des gains des mendiants - à qui ils promettaient un pécule à leur retour à U.________ - et d'avoir utilisé ces gains pour subvenir à leurs besoins. Quant au second, il est soupçonné d'avoir "acheté", fin mai 2021 à U.________, K.________, ressortissante de ce pays, dans le but de la faire mendier en Suisse en la contraignant à lui remettre la totalité de ses gains. A.b.a. Le 18 août 2021, G.________ et H.________ ont été interpellés et placés, le 20 août 2021, en détention provisoire. Il en a été de même de J.________ le 25 novembre 2021. Ces mesures ont été ensuite régulièrement prolongées. A.b.b. Le 18 août 2021, la police a procédé à l'interpellation et à l'audition de plusieurs mendiants actifs à Genève et à Lausanne. Il ressort de ces auditions - dont certaines ont été effectuées par la police vaudoise -, ainsi que de celles réalisées ultérieurement notamment par le Ministère public, les éléments suivants : - C.________, ressortissant de U.________ mendiant à Genève, a déclaré avoir été emmené par A.________ - veuve du frère de G.________ - et par B.________ à Genève, où il avait été pris en charge par G.________; A.________ décidait des emplacements où il devait mendier et B.________ récupérait le pécule. Confronté à des photographies des mendiants contrôlés à Genève, il a déclaré en substance que E.________ et D.________, fille adoptive de A.________, se trouvaient dans la même situation que lui; quant aux autres personnes photographiées, trois d'entre elles mendiaient pour G.________, une autre pour la fille de A.________ et les autres pour leur propre compte ou celui de leur famille. - Selon E.________, B.________ avait organisé son voyage à Genève, l'avait emmené dans un camp en forêt - où il le ramenait aussi en fin de journée - et subvenait à ses besoins. - Quant à D.________, elle a indiqué être venue en Suisse avec B.________ au moyen d'un billet d'avion acheté par A.________; G.________ gérait trente mendiants pour son compte, mais tel n'était pas son cas, ni celui de B.________. Elle a affirmé gérer seule sa nourriture et être libre d'utiliser son argent comme elle le désirait. Eu égard aux personnes mendiant pour G.________, elle a déclaré que le rôle de A.________ se limitait à organiser leur déplacement vers la Suisse. - L.________, se présentant comme l'épouse de B.________, a indiqué que A.________ lui avait payé son billet d'avion; elle-même lui remettait l'argent de la mendicité, car sa belle-mère était la responsable de la famille. - Les vingt-trois autres personnes entendues n'ont pas mentionné A.________. - Le 19 août 2021, B.________ a déclaré dormir dans le même campement que G.________, lequel respectait sa belle-soeur, A.________, sans qu'il y ait d'autre lien entre eux. Il a confirmé que A.________ - qui, antérieurement, venait régulièrement en Suisse - gérait des gens travaillant pour elle et qu'en son absence, lui-même s'en chargeait. Il a affirmé connaître C.________ et E.________; ces deux derniers et D.________ - qui lui remettait ses gains - avaient été emmenés en Suisse par ses soins ou ceux de sa mère; cette dernière ne gérait personne d'autre. - Le 27 septembre 2021, I.________ a confirmé que sa tante, A.________, de concert avec son fils, gérait deux personnes travaillant pour eux, soit "C.________" et E.________. - Lors de l'audition de confrontation du 31 janvier 2022 entre G.________ et B.________, le second a confirmé que le premier ne gérait pas l'activité de C.________, de E.________ et de D.________; leurs gains ne lui étaient donc pas remis. A.c. Par ordonnance du 11 août 2022, le Ministère public a disjoint les faits reprochés à B.________ - ceux-ci faisant dès lors l'objet de la cause P.________168 - de ceux examinés dans la procédure P.________117 dans la mesure où G.________, H.________, F.________, J.________ et I.________ n'y avaient pas participé. Par jugement du 3 février 2023 - rendu en procédure simplifiée -, le Tribunal correctionnel de la République et canton de Genève a reconnu B.________ coupable de traite d'êtres humains par métier (art. 182 al. 1 et 2 CP) et de blanchiment d'argent (art. 305bis ch. 1 CP). Il l'a condamné à une peine privative de liberté de trente mois - sous déduction des 535 jours de détention avant jugement subis -, peine sans sursis pour 15 mois et assortie du sursis partiel pour le surplus, le délai d'épreuve étant fixé à trois ans, ainsi qu'à une peine pécuniaire de 60 jours-amende, à 30 fr. le jour-amende, avec sursis pendant trois ans. A.d. A.d.a. Dans le cadre de l'instruction de la cause P/16205/2021, une requête d'entraide judiciaire a été adressée le 11 octobre 2022 aux autorités de U.________ en lien avec les agissements reprochés à A.________; elle visait notamment à l'audition en tant que témoin de l'épouse de C.________, à l'établissement de l'éventuelle fortune de ce couple et à l'identification de M.________, "vendeur" présumé de C.________ à A.________, puis à son audition. Le Ministère public a précisé que sa requête d'entraide pouvait être exécutée en même temps et selon les mêmes modalités que celle formée le 26 septembre 2022 en lien avec la cause P.________117. A.d.b. Appréhendée le 8 janvier 2023 par les autorités de U.________ à la suite d'un mandat d'arrêt international émis le 11 février 2022, A.________ a été extradée à Genève le 2 février 2023. Le 5 février 2023, elle a été placée en détention provisoire, laquelle a été ensuite régulièrement prolongée. A.d.c. A.________ a été entendue le 3 février 2023, puis le 27 avril 2023 par le Ministère public, ainsi que le 17 mars 2023 par la police. En lien avec D.________, A.________ a en substance déclaré l'avoir accompagnée et avoir acheté ses billets d'avion pour ses voyages en Suisse. Si elle a tout d'abord contesté l'avoir forcée à mendier, elle a ensuite reconnu que D.________ mendiait pour elle, car elles vivaient ensemble depuis neuf ans et qu'elle subvenait à ses besoins. Elle a expliqué avoir versé d'importantes sommes d'argent - soit le produit de leur activité de mendicité - dans son pays d'origine en faveur de ses deux enfants, dont B.________. Elle a déclaré avoir également transféré de l'argent, à son nom mais pour le compte de G.________ - lequel l'accompagnait alors - en faveur de ce dernier. S'agissant de E.________ et de C.________, A.________ a contesté les déclarations faites par I.________ au cours de la procédure P.________117, à savoir que ceux-ci auraient mendié pour son compte, affirmant qu'ils le faisaient pour B.________. Elle a également remis en cause les propos tenus dans la procédure P.________117 par H.________, contestant en particulier avoir "acheté" C.________ et D.________ ou présenté à G.________ un homme au pied coupé dans le but que celui-ci l'exploite. A.d.d. Lors de l'audience du 18 juillet 2023 - à laquelle A.________ et son avocate assistaient -, J.________ a été confronté aux déclarations qu'il avait faites le 20 juin 2023 dans le cadre de la cause P.________117; il les a confirmées, à savoir que A.________ et son défunt mari avaient "acheté" à un certain "M.________" N.________ et C.________; ces deux derniers avaient ensuite mendié pour le compte de A.________. Au cours de cette même audition, I.________ a confirmé ces affirmations, ainsi que le fait que D.________ mendiait - voire se prostituait - pour le compte de A.________. Entendu une nouvelle fois le 8 août 2023 - également en présence de A.________, assistée par sa mandataire -, il a affirmé qu'une dénommée O.________ était venue mendier en Suisse de septembre à novembre 2019 pour la prévenue et son mari. A.d.e. Le 8 août 2023, le Ministère public a étendu l'instruction dirigée contre A.________ aux faits suivants : - en 2019 et 2020, de concert avec son défunt mari, elle aurait organisé les voyages à Genève de N.________ - qu'elle savait avoir été "loué" par son mari à un dénommé "M.________" de U.________ -, lui aurait fourni un hébergement à Genève ainsi qu'en France afin qu'il mendie pour leur compte selon leurs instructions et se serait fait remettre la totalité ou quasi-totalité de ses gains; - en 2021, à U.________, elle aurait "acheté" au dénommé "M.________" C.________ pour qu'il mendie pour son compte ainsi que selon ses instructions, aurait organisé ses voyages à Genève, lui aurait fourni un hébergement et se serait fait remettre la totalité de ses gains; - entre 2018 et 2021, elle aurait hébergé et organisé les voyages de D.________ - qu'elle savait avoir été "achetée" par son mari - pour que celle-ci mendie pour leur compte ainsi que selon leurs instructions et pour qu'elle se prostitue, à Genève et à l'étranger, également selon leurs instructions, étant précisé qu'elle aurait pris les contacts avec les clients et encaissait le produit de son activité; - en 2019, de concert avec son défunt mari, elle aurait recruté et organisé les voyages, ainsi que fourni un hébergement à O.________ pour que celle-ci mendie pour leur compte et selon leurs instructions et se serait fait remettre, à tout le moins, la moitié de ses gains; - en 2019, de concert avec B.________, elle aurait recruté, amené à Genève, ainsi que fourni un hébergement à E.________ dans le but qu'il mendie pour leur compte ainsi que selon leurs instructions et se serait fait remettre tout ou une partie de ses gains. A.d.f. A une date inconnue, des copies de procès-verbaux d'auditions de la procédure P.________117 ont été versées au dossier de la cause P/16205/2021.