Citation: 4A_88/2019 E. 3.2.2

3.2.2. Les arguments soulevés par la recourante ne permettent pas d'aboutir à une conclusion contraire. C'est en vain qu'elle tente de faire un parallèle avec le cas, relevant du droit du bail, traité dans l'ATF 126 III 69 et qu'elle insiste sur le fait que, lorsqu'un profit est réalisé au moyen du patrimoine d'autrui, il doit revenir au titulaire de ce patrimoine, et non à l'auteur de l'acte (consid. 2b p. 73). La recourante feint d'ignorer que lorsque le Tribunal fédéral parle d'" immixtion illicite ", il se réfère au comportement du locataire - gérant d'affaires du bailleur - qui a commis un acte illicite en sous-louant la chose louée après l'extinction du bail principal. La relation à l'origine de ce précédent est celle qui lie le gérant (locataire) au maître (le bailleur) et on ne saurait en tirer d'emblée des enseignements pour une relation différente, comme celle examinée ici, nouée entre le gérant (le défendeur) et des tierces personnes (les clients lésés) victimes d'une escroquerie commise par le gérant. On ne peut suivre la recourante lorsqu'elle tente d'expliquer que le dommage causé aux clients résulte exclusivement de la violation des droits d'auteur de la recourante et que l'escroquerie n'est pas en soi un fait exceptionnel qui romprait le lien de causalité entre l'atteinte aux droits de la recourante et le profit retiré par le défendeur. Comme on l'a vu, il ne s'agit en l'espèce pas de déterminer, dans le cadre d'un concours de causes (" atteinte combinée "), laquelle des causes est déterminante, et la critique est dès lors dénuée de fondement. La recourante souligne encore que l'art. 423 CO a pour but essentiel d'éviter que l'auteur de l'ingérence ne profite de celle-ci et n'en conserve les profits. Elle suggère ainsi la fonction punitive de la règle. O n ne saurait toutefois justifier ainsi l'attribution au maître également des gains illicites réalisés par le gérant. Cela reviendrait à ériger la simple fonction (descriptive) d'une règle en un critère décisif (comme si celui-ci découlait de la règle légale) et à ignorer l'existence des deux fondements juridiques - déterminants - qui ont été rappelés plus haut (la violation du droit d'auteur et l'enrichissement sans cause) qui impliquent chacun une prétention distincte au bénéfice de créanciers différents. La recourante évoque encore un " fort sentiment d'injustice " en soulignant que la décision rendue par les juges précédents a pour résultat de laisser le défendeur, qui s'est enrichi, s'en sortir sans aucune sanction civile, ce qui encouragerait et légitimerait des actes malveillants. On ne saurait la suivre. En l'occurrence, le défendeur a été condamné pénalement. Sur le plan civil, il appartient aux clients lésés de réclamer la restitution du montant payé indûment. Il serait pour le moins inapproprié que la demanderesse puisse bénéficier du produit de l'infraction commise par le défendeur, alors même qu'elle n'est pas lésée et qu'une telle solution, si elle était admise, aurait pour effet de priver les véritables lésés de toute indemnisation, les montants dont les clients ont été spoliés étant crédités sur le compte de la demanderesse. A ce constat, on ne saurait opposer le fait que l'on ignore si tous les clients lésés vont effectivement réclamer le montant qu'ils ont payé sans cause. Cela reviendrait à nier l'existence d'une prétention au motif que celle-ci ne serait pas exercée par son créancier, ce qui ne saurait raisonnablement se concevoir. Le moyen se révèle infondé et il est superflu d'examiner les griefs d'arbitraire (art. 9 Cst.) que soulève la recourante, qui reposent sur la prémisse - incorrecte - selon laquelle le défendeur gérant serait tenu de reverser au maître le produit d'une infraction pénale commise au détriment d'une tierce personne.