Citation: 2C_439/2023 E. 7.4.3

7.4.3. Les arguments soulevés par la recourante ne suffisent pas à infirmer ce constat. Au contraire de ce qu'elle prétend, le fait qu'elle ait assaini sa situation financière et mis les registres des salons à jour, ne permet pas de considérer que le but poursuivi par le législateur serait déjà atteint ou que des mesures moins incisives pourraient être couronnées de succès. Bien au contraire, dans la mesure où c'est F.________ qui accomplissait les tâches principales et essentielles liées à l'exploitation des trois établissements en cause, alors que son insolvabilité était caractérisée, force est de constater que l'assainissement de la situation financière de la recourante n'est nullement de nature à remplir l'exigence de solvabilité imposée à l'exploitant par les art. 10 let. c et 17 let. c LProst/GE. En outre, en s'annonçant comme la personne responsable des deux salons et de l'agence d'escorte en cause, alors que l'exploitation de ces établissements était essentiellement assurée par F.________ (cf. supra consid. 5.3), la recourante a accepté de fonctionner comme prête-nom et ainsi de contourner les art. 12 let. g et 19 let. f LProst/GE. En définitive, dès lors que les établissements en cause étaient en réalité exploités par une personne durablement endettée, à qui la recourante servait de prête-nom, on ne voit pas quelle mesure moins incisive que la fermeture définitive des établissements prononcée en l'espèce eût été apte à rétablir une situation conforme au droit. Dans son argumentation sur la pesée des intérêts, la recourante souligne la gravité de l'atteinte portée à ses intérêts économiques et indique que la mesure l'exposerait à retourner dans la précarité en tant que travailleuse du sexe. A cet égard, l'instance précédente a retenu, à juste titre, que l'interdiction en cause ne la privait pas de la possibilité d'exercer toute activité économique autre que celle de responsable de salon ou d'agence d'escorte. Elle est également libre d'utiliser les locaux dont elle est devenue locataire conformément à leur affectation et à d'autres fins que la prostitution. Ainsi, c'est à bon droit que la Cour de justice a fait primer les intérêts publics poursuivis par les dispositions légales réglementant l'exploitation de salons et d'agences d'escorte (cf. supra consid. 7.3) sur ceux de la recourante. Le résultat inverse conduirait à tolérer une situation illégale consistant en la gestion effective des établissements en cause par une personne durablement endettée, faisant fi du respect de la loi et peu scrupuleuse de la protection de la santé et de la personnalité des travailleuses du sexe. En effet, la recourante perd de vue que des problèmes d'hygiène importants ont été relatés par deux travailleuses du sexes du salon " C.________" à l'association ASPASIE en janvier 2023. Il convient ainsi de souligner, s'agissant du sort des travailleuses du sexe évoqué par la recourante, qui prétend qu'elles auraient été mieux traitées par elle que dans d'autres lieux, qu'elles sont libres d'exercer leur activité dans les salons gérés par des exploitants solvables et soucieux du respect de la loi et de leur santé ou d'ouvrir leur propre salon dans le respect des conditions légales.