Citation: 6B_720/2017 E. 3.2

3.2. La cour cantonale a exposé que l'intimée avait été entendue par la police lors du dépôt de plainte le 18 janvier 2012, soit à l'approche de ses 20 ans, puis par le ministère public en 2013 ainsi qu'en confrontation avec le recourant lors des débats de première instance. S'agissant de faits qui avaient pu être vécus et constatés par les seuls protagonistes, ces auditions constituaient des éléments de conviction prioritaires. L'autorité précédente a estimé que même si le premier récit livré par l'intimée aux autorités avait été préparé et réfléchi en vue du dépôt de plainte, la version des faits de celle-ci était précise, tout en intégrant le "flou" de certains souvenirs en raison de l'écoulement du temps. Le récit comportait des éléments concrets ressentis et vécus tout en suivant une trame cohérente. L'intimée avait ainsi commencé par évoquer comment son père l'avait compromise en l'immergeant dans un climat de permissivité et de transgression, en l'autorisant puis en l'incitant à fumer des cigarettes, ainsi qu'en l'initiant à la consommation de cannabis et d'alcool. Ces consommations de toxiques à deux étaient présentées à l'enfant comme devant demeurer secrètes. La témoin E.________ avait confirmé qu'alors qu'elle était en cinquième ou en sixième année scolaire, l'intimée, qui dormait chez elle, lui avait confié qu'elle fumait "de l'herbe" avec son père et que ce dernier lui avait donné un joint pour qu'elle le fume avec son amie. La témoin F.________ avait quant à elle déclaré qu'en accompagnant l'intimée lors d'une visite chez son père, celui-ci avait fumé un joint en leur présence. Sur ces points, les déterminations du recourant n'avaient pas été claires. Il avait cependant admis fumer des joints, surtout lors de sa séparation avec sa première épouse. Le recourant minimisait manifestement sa consommation de joints, allant jusqu'à traiter de menteuse la témoin l'ayant vu en fumer un en 2011. Il avait nié avoir remis un ou des joints à sa fille, en dépit des témoignages contraires à cet égard. Selon la cour cantonale, cette consommation de cannabis n'était, à l'époque des faits, pas nécessairement détectable par l'ex-épouse du recourant. Concernant le premier épisode d'abus subis par l'intimée, l'autorité précédente a considéré que la scène avait été décrite avec force détails par l'intéressée, cette dernière ayant évoqué le lieu, la pièce, l'ameublement, les emplacements des deux protagonistes, son habillement, le contact préalable du massage de ses jambes - admis par le recourant -, puis la proposition d'attouchements sexuels formulés par son père sous l'empire du cannabis ou de l'alcool, son propre refus et, par la suite, les premiers attouchements sexuels par-dessus, puis par-dessous les habits, ensuite, le même jour ou plus tard dans le lit conjugal, des pénétrations digitales ainsi qu'un cunnilingus. Ce récit avait été précis et avait été confirmé ultérieurement. Son contenu s'avérait convaincant et sonnait comme vécu. L'abus s'insérait dans un contexte favorisant, impliquant l'intimité, le contact corporel et la désinhibition induite par les toxiques consommés. Il était gradué, le recourant s'enhardissant peu à peu. Selon la cour cantonale, les abus, non dénoncés à l'époque par l'intimée, étaient devenus routiniers. L'intéressée avait livré certains détails, comme sa stratégie d'évitement consistant à feindre le sommeil, les films pornographiques que lui montrait son père, l'épisode où sa belle-mère occupait la chambre voisine et les propos tenus par le recourant après l'abus, les attouchements prodigués dans la voiture, son père se nettoyant le visage après un contact buccal et lui proposant de faire de même à l'entrejambe. L'absence d'assouvissement sexuel du recourant était par ailleurs concevable, dès lors qu'il était parfaitement envisageable que ce dernier n'eût pas voulu commettre d'inceste. Il ressortait en outre des déclarations de l'intimée que son père lui avait proposé de l'associer à des gestes masturbatoires, mais qu'elle s'y était refusée et n'y avait pas été contrainte, conformément au mode opératoire employé. Enfin, selon la cour cantonale, le fait que le recourant eût agi à une reprise dans le salon alors que son épouse dormait dans la chambre voisine constituait, pour celui-ci, une prise de risque plausible et ne permettait pas de douter de la réalité des événements. La cour cantonale a encore exposé que la témoin G.________ avait relaté le contenu de la conversation téléphonique entre le recourant et l'intimée, entendue lorsque cette dernière était hospitalisée à la fin 2011. La témoin avait rapporté la conversation de la manière suivante : "[L'intimée] lui a dit que sa mère était au courant. Quand il l'a appris, il ne s'est pas énervé, il paniquait, il lui a demandé pourquoi elle avait dit ça, dit que sa mère allait déposer plainte et que toute la famille serait au courant. [...] Il n'a pas crié. Après, elle lui a dit que ce qu'il avait fait était dégueulasse. Elle lui a demandé pourquoi il avait fait ça et qu'elle était mal à cause de ça. Il lui a répondu qu'il ne pensait pas que cela allait la faire souffrir. Il lui a dit aussi qu'ils auraient pu en parler ensemble et se faire soigner les deux. [...][L'intimée] lui a dit, tu te rappelles quand ta femme est partie, tu te souviens ce que tu as fait, j'étais jeune. [...] Il a dit qu'il se rappelait, mais il n'a pas précisé de quoi." La cour cantonale a estimé que les dénégations du recourant à l'égard de ce témoignage n'étaient pas convaincantes. Ce dernier n'avait en effet pas nié avoir eu cet entretien téléphonique avec sa fille. Il avait par ailleurs confirmé que celle-ci lui avait alors déclaré "tu sais ce que tu m'as fait". De son propre aveu, il avait su que sa fille l'accusait de l'avoir abusée. Le recourant avait ainsi admis l'essentiel des déclarations de la témoin. Cet échange constituait un indice supplémentaire qui authentifiait la version de l'intimée. Cette dernière avait ainsi cherché la confrontation avec le recourant, tandis que l'intéressé, qui n'avait pas nié connaître le sujet de la discussion, n'avait pas contesté les accusations alors portées contre lui par sa fille. L'autorité précédente a en outre exposé que l'intimée s'était confiée à différents tiers, bien avant de déposer plainte. Elle avait expliqué avoir, entre 2006 et 2007, confié à son petit ami de l'époque qu'elle n'aimait pas son père car celui-ci l'avait violée. Lorsque le petit ami en question avait répété à un ami la confidence de l'intimée, cette dernière avait, par gêne, prétendu qu'il s'agissait d'un mensonge. Entre 2007 et 2010, soit lorsqu'elle avait entre 15 et 18 ans, l'intimée avait en outre confié à H.________, conducteur de bus de I.________, qu'entre ses 11 et 14 ans, son père avait abusé d'elle durant environ deux ans, tout en demandant à l'intéressé de ne rien dire à sa mère, soit parce que cette dernière aurait tué son père, soit parce qu'elle aurait trouvé louche qu'elle ne veuille plus aller chez le recourant. En 2011, lorsqu'elle effectuait son stage dans un EMS, l'intimée avait raconté à F.________ qu'elle avait été "violée" à plusieurs reprises par son père lorsqu'elle avait 12-13 ans ou 13-14 ans, sans donner des détails, sauf ceux relatifs au premier épisode, en précisant que ces actes avaient été fréquents. En juin 2011, lors d'une consultation à J.________ auprès de la psychologue K.________, l'intimée avait encore mentionné avoir subi des abus de la part de son père à l'âge de 12 ans, évoquant des attouchements, indiquant qu'elle en parlait pour la première fois et qu'elle ne se sentait pas prête à en dire davantage. La thérapeute avait expliqué que l'intimée avait résolu de révéler les abus à sa famille et de porter plainte dans le cadre de sa thérapie et de son hospitalisation. En 2011, lors d'une consultation chez son médecin traitant, l'intimée avait parlé des abus commis par son père durant son enfance. En novembre ou décembre 2011, à la suite d'une tentative de suicide, elle avait encore parlé des abus subis à sa mère, à son oncle et à son grand-père paternels, à son père ainsi qu'à plusieurs amies, dont E.________ et G.________. Ces deux dernières, de même que les témoins H.________ et F.________, avaient tous déclaré que l'intimée était crédible. Le médecin traitant de l'intéressée n'avait pas non plus remis en doute ses affirmations. Par ailleurs, selon la cour cantonale, l'emploi du terme "viol" par l'intimée auprès de deux personnes ne permettait pas de douter de sa sincérité, compte tenu de la portée qu'avait ce terme dans le langage courant. Il était en outre compréhensible que l'intimée ne fût pas entrée dans tous les détails intimes et gênants lorsqu'elle avait brièvement évoqué les faits. Selon l'autorité précédente, le contexte du dévoilement des faits était ainsi établi et cohérent. L'intimée avait éprouvé des difficultés à révéler les faits, se confiant d'abord à son copain avant de se rétracter, puis à ses proches et enfin à sa thérapeute ainsi qu'à son médecin traitant. Finalement, elle avait déposé plainte, après que son père, confronté à ses accusations, n'eut pas assumé sa responsabilité. Pour la cour cantonale, ce cheminement rendait l'intimée particulièrement crédible. Son ressentiment était par ailleurs bien compréhensible et ne permettait pas de douter de sa sincérité. Concernant le traumatisme subi par l'intimée, la cour cantonale a indiqué que la psychiatre et le psychologue soignant celle-ci avaient notamment posé le diagnostic d'état de stress post-traumatique en lien avec les abus subis. S'agissant du trouble dépressif, le caractère causal des abus n'avait pas été affirmé par l'infirmier qui suivait l'intéressée. En revanche, sa psychologue avait décrit en novembre 2016 des angoisses sur le plan relationnel et des préoccupations qui se rattachaient manifestement aux abus subis, notamment des difficultés à faire confiance à autrui, des craintes d'agressions corporelles, ainsi que des craintes d'être dominée ou utilisée par autrui. En outre, lorsque l'intimée était adolescente, elle avait développé une singularité sur le plan sexuel, consistant à s'intéresser à des hommes âgés de plus de 40 ans, ce qui, selon la cour cantonale, constituait l'indice d'une orientation déviée par une initiation sexuelle transgénérationnelle et non la démonstration d'une compensation d'un sentiment d'abandon paternel. Par ailleurs, les thérapeutes de l'intimée n'avaient suspecté aucun faux souvenir chez celle-ci et les symptômes décrits par elle ainsi que le diagnostic posé plaidaient pour l'authenticité des faits. Selon la cour cantonale, rien ne soutenait l'hypothèse d'une fabulation de la part de l'intimée, découlant d'un trouble psychique. Il n'était pas non plus vraisemblable que l'intimée eût dénoncé son père par simple rancoeur contre ce dernier, au vu du prix affectif familial - soit la réprobation, l'isolement, les humiliations et l'angoisse - qu'une telle vengeance eût supposé. Une éventuelle vengeance n'était de surcroît pas compatible avec les confidences faites aux tiers, avec la souffrance endurée ni avec l'écrit - rédigé à l'occasion d'une très sérieuse tentative de suicide en juillet 2012 - dans lequel l'intimée manifestait le souhait que le procès engagé contre le recourant soit poursuivi après sa mort. Le recourant, ayant appris l'intention de sa fille de le dénoncer, avait pour sa part mis en oeuvre une stratégie consistant non seulement à nier les faits, mais surtout à accuser celle-ci de mensonge, à exploiter ses faiblesses et son parcours de vie tourmenté ainsi qu'à gagner à sa cause ses proches pour mieux l'isoler. De manière générale, le recourant se présentait comme un père irréprochable, ce qu'il n'était manifestement pas. Son attitude défensive l'avait d'ailleurs poussé à révéler qu'il n'était pas un père aimant et bienveillant, lorsqu'il avait indiqué que sa fille avait "soi-disant" fait une tentative de suicide, ou encore que l'intéressée avait reçu des coups de sa mère "mais exagéré la dose". Il avait encore prétendu "qu'il voulait trouver un droit chemin pour qu'elle aille bien", alors que les graves difficultés de sa fille n'avaient jamais provoqué un réel soutien de sa part. Enfin, la cour cantonale a estimé que le fait que l'intimée eût refusé la consultation de son dossier médical relatif à son hospitalisation de 2007 ne pouvait faire naître un doute concernant la réalité de ses accusations, dès lors que le dossier en question portait sur d'autres éléments intimes que celle-ci n'avait pas souhaité révéler. Selon l'autorité précédente, une victime d'abus, en situation de crise, avait le droit au respect de sa vie privée, d'autant que l'intimée s'était suffisamment expliquée sur tous les éléments pertinents concernant l'affaire. En définitive, la cour cantonale a ainsi retenu que le recourant avait bien commis les actes sexuels dont il était accusé.