Citation: 4P.44/2005 21.06.2005 E. 3.2

3.2.1 Les recourantes font grief à l'autorité intimée d'avoir violé l'art. 9 Cst. dans l'appréciation des faits et des engagements juridiques résultant des pièces 17 et 25 à 27. Selon elles, il était insoutenable de considérer, comme l'a fait la Chambre des recours, que la preuve du paiement intégral des quatre premiers vols n'avait pas été rapportée par la production de ces pièces. A tout le moins eût-il fallu retenir, sauf à verser dans l'arbitraire, que D.________ avait reconnu, de manière à se lier, que sa créance résiduelle du chef des dix premiers vols ne se montait plus qu'à 60'122 US$ au 16 juin 2002. Dès lors, si l'on en croit les recourantes, il tomberait sous le sens que le créancier qui a déjà été désintéressé, ou qui admet n'être titulaire que d'une créance de 60'122 US$, et qui cherche à appeler la garantie pour un montant de 300'000 US$, commet un abus de droit manifeste et ne mérite pas la protection de la loi, même en matière de mesures provisionnelles et de garantie bancaire à première demande. L'autorité intimée se voit encore reprocher une application arbitraire de l'art. 147 CO. Selon les recourantes, l'avenant du 16 juin 2002 ne constituerait pas une transaction au sens du second alinéa de cette disposition, contrairement à l'avis des juges cantonaux, mais la preuve de l'extinction partielle de la dette par l'un des débiteurs solidaires entraînant la libération des autres débiteurs jusqu'à concurrence de la portion éteinte, en vertu du premier alinéa de la même disposition. Les recourantes contestent, par ailleurs, l'argument de la cour cantonale d'après lequel les faits résultant des pièces 17 et 25 à 27 ne seraient pas nouveaux par rapport à la première procédure de mesures provisionnelles, dans la mesure où il ne serait pas établi qu'elles n'avaient pas eu connaissance du contenu de ces pièces lors de cette première procédure déjà. A leur avis, cette dernière affirmation résulterait d'une violation de leur droit à la preuve garanti par l'art. 29 Cst., en ce sens qu'il n'aurait pas été donné suite à leur offre de preuve régulièrement formulée à ce sujet. Enfin, selon les recourantes, peu importe que les pièces susmentionnées portent sur des faits qui auraient déjà été allégués dans le cadre de la première procédure de mesures provisionnelles, à savoir qu'elles prétendaient déjà que la dette de 300'000 US$ était éteinte. En effet, une modification du statut provisionnel pourrait et devrait aussi intervenir si le juge saisi dans le cadre de la première instance de mesures provisionnelles s'est fondé sur des circonstances erronées. Ce serait précisément le cas ici, sur le vu desdites pièces. Les juges cantonaux auraient ainsi appliqué de manière arbitraire l'art. 108 al. 3 CPC vaud. 3.2.2 De l'avis des recourantes, l'autorité intimée aurait encore méconnu cette disposition en écartant les pièces censées établir que la garantie bancaire litigieuse ne couvrait que les vols postérieurs à sa date d'émission, en particulier le courrier du 14 août 2003 dans lequel C.________ avait admis cet état de choses. Contrairement à l'opinion de la cour cantonale, la nouveauté du fait ne résiderait pas dans l'affirmation des recourantes à cet égard - elles avaient, en effet, toujours soutenu le même point de vue quant à la portée dans le temps de la susdite garantie - mais bien dans le fait que C.________ reconnaisse enfin, après avoir changé d'opinion à ce sujet, que la garantie émise par elle à la demande des recourantes ne couvrait pas les vols antérieurs à sa date d'émission. Sans doute cette reconnaissance est-elle intervenue tardivement, mais les recourantes, qui le concèdent, estiment que ce n'est pas à elles d'en subir les conséquences. 3.3 Dans sa réponse au recours, D.________ se contente, pour l'essentiel, d'emboîter le pas à l'autorité intimée, s'agissant de la prétendue nouveauté des faits allégués par les recourantes à l'appui de leur seconde requête de mesures provisionnelles. En ce qui concerne l'avenant du 16 juin 2002, D.________ soutient que l'établissement d'un contrat ne prouve pas de facto l'exécution de celui-ci, de sorte que l'on ne pourrait en tout cas pas reprocher à la Chambre des recours d'avoir fait preuve d'arbitraire en considérant que l'avenant et le tableau y annexé ne constituaient pas une preuve de paiement. L'intimée rappelle, par ailleurs, que la notion d'abus manifeste doit être interprétée dans un sens très restrictif en matière de garantie bancaire. A son avis, les pièces produites ne suffiraient pas à établir l'existence d'un tel abus. D.________ conteste, enfin, que les recourantes puissent se plaindre d'une violation de l'art. 147 CO dans le cadre d'un recours de droit public. Pour elle, l'avenant du 16 juin 2002 constituerait, au demeurant, un accord dans lequel chaque partie fait des concessions réciproques.