Citation: 5A_80/2023 E. 5.3

5.3. Il n'apparaît pas, à la lecture de l'arrêt attaqué, que la Cour de justice aurait omis de prendre en considération les éléments mis en exergue par le recourant. Ainsi, la Cour de justice a bien tenu compte des montants que l'intimée avait perçus au titre de sa prévoyance 2ème pilier lors de son premier divorce ainsi que dans le cadre du présent procès et a reproché à l'intimée de ne pas expliquer les raisons pour lesquelles elle ne pourrait pas percevoir de rente à ce titre. Ce faisant, elle a, du moins implicitement, exclu toute part allouée à la constitution d'une prévoyance vieillesse appropriée dans la fixation de la contribution due à son entretien. Il n'en demeure pas moins que la fixation d'une contribution d'entretien au sens de l'art. 125 al. 1 CC vise aussi à permettre à l'époux crédirentier de pourvoir lui-même à son entretien convenable. Le seul fait que l'intimée soit au bénéfice d'une prévoyance professionnelle n'exclut pas qu'elle puisse prétendre à une contribution d'entretien puisque la part allouée à la constitution d'une prévoyance ne représente qu'une partie de la contribution d'entretien arrêtée au sens de l'art. 125 al. 1 CC. Au demeurant, une partie ne peut en principe pas ou du moins pas toujours, puiser librement dans sa prévoyance professionnelle pour couvrir son entretien courant. Le recourant reproche également à tort à la Cour de justice d'avoir totalement omis de tenir compte du fait que l'intimée bénéficiait aujourd'hui d'une fortune personnelle immobilière et mobilière puisqu'elle a arrondi le montant mensuel perçu par l'intimée au titre de sa rente AVS vers le haut précisément pour tenir compte du fait qu'il n'était pas exclu qu'elle puisse tirer des revenus de sa fortune compte tenu des sommes perçues lors de la vente d'immeubles dont les parties étaient copropriétaires ou des sommes qui lui sont dues au terme du présent procès. A cet égard, le recourant qui se contente de se plaindre, à tort, de l'absence de prise en compte de la fortune de l'intimée, ne soutient pas que le montant retenu à ce titre par la Cour de justice serait insuffisant. A toutes fins utiles, il sera rappelé qu'on ne peut attendre du débiteur, comme du créancier d'aliments, qu'ils entament la substance de leur fortune que pour autant que les revenus (du travail et de la fortune) ne suffisent pas à l'entretien des conjoints (cf. arrêt 5A_405/2019 du 24 février 2020 consid. 4.1 et les arrêts cités). Quant aux expectatives successorales également évoquées par le recourant, outre que leur existence n'est aucunement étayée par le recourant, la jurisprudence prévoit expressément qu'elles ne peuvent être prises en compte pour le calcul d'une éventuelle contribution d'entretien fondée sur l'art. 125 al. 1 CC (cf. arrêts 5A_986/2021 du 4 octobre 2022 consid 5.2; 5C.27/2005 du 23 novembre 2005 consid. 2.2 et 2.3, publié in FamPra.ch 2006 p. 427 n° 41). S'agissant du grief du recourant consistant à soutenir que la contribution d'entretien fixée par la Cour de justice permettrait à l'intimée de bénéficier d'un train de vie supérieur à celui qui prévalait durant l'union conjugale et donc au sien en particulier du fait du partage de l'excédent auquel la Cour de justice aurait dû renoncer, il apparaît infondé. Certes, cette dernière a établi les charges correspondant au minimum vital élargi de l'intimée sur la base de sa situation actuelle. Cela étant, si la jurisprudence prévoit bien que le train de vie durant l'union des parties constitue le point de départ ainsi que la limite supérieure du droit à l'entretien, elle relève également que celui-ci doit être calculé sur la base du minimum vital élargi d'un couple séparé auquel s'ajoute la participation à un éventuel excédent réalisé par les parties. Il apparaît donc correct d'établir le montant dont l'intimée nécessite pour couvrir son minimum vital élargi d'épouse séparée sur la base de ses charges actuelles. Cela vaut d'autant que la jurisprudence a notamment justifié l'imposition de la méthode de calcul en deux étapes avec répartition de l'excédent par la difficulté que représentait la méthode en une étape notamment s'agissant de l'apport de preuves par le crédirentier du montant exact de chacun des postes de charges dont les parties s'acquittaient durant l'union conjugale (cf. ATF 147 III 293 précité loc. cit.). Ce faisant, la Cour de justice a donc bien établi le train de vie de l'intimée durant l'union contrairement à ce que soutient le recourant. Au surplus, en tant que le recourant se contente d'affirmer de manière toute générale que la contribution d'entretien allouée à l'intimée lui permettrait de bénéficier d'un train de vie supérieur à celui qui prévalait durant l'union conjugale, son grief est manifestement insuffisamment motivé. En effet, il n'allègue même pas quels seraient les postes de charges actuelles de l'intimée qui n'existaient pas du temps de la vie commune ou qui auraient subi une augmentation que la vie séparée des parties ne permet pas de justifier. Il suit de là que le grief, infondé, doit être rejeté.