Citation: 4C.9/1999 16.03.2000 E. A

A.- La société X.________ (défenderesse) a toujours confié l'exploitation de sa buvette de sport à un couple qui, à chaque fois, a d'abord oeuvré au bénéfice d'une patente provisoire en attendant d'obtenir le certificat de capacité. Par contrat de travail signé le 12 mars 1990, conclu pour durer du 1er avril 1990 jusqu'au 31 mars 1991 et renouvelable tacitement d'année en année, la défenderesse a engagé les époux R.________ (demandeurs) en qualité d'employés responsables du club-house et de l'ensemble de ses installations sportives. Les diverses tâches des demandeurs faisaient l'objet d'un cahier des charges précis, formant partie intégrante du contrat. L'horaire de travail quotidien prévu dans celuici allait de 7h. 45 à 23 h. Durant les périodes de 11h. 30 à 14h. 30 et de 18h. 30 à 20h. 30, la présence de deux personnes était requise. La défenderesse a attiré l'attention des demandeurs sur les conditions à remplir pour obtenir la patente. Ceux-ci lui ont dissimulé le fait qu'ils étaient débiteurs de 17 actes de défaut de biens. Au cours des mois qui ont suivi leur engagement, les demandeurs se sont notamment plaints de leur horaire de travail. En dehors des tournois et autres manifestations, la défenderesse a toujours refusé de tenir compte d'heures supplémentaires, considérant que les demandeurs n'avaient qu'à s'organiser entre eux. A cet égard, l'inspecteur de l'office cantonal de l'emploi a précisé que le contrat lui-même générait des heures supplémentaires constantes. Par la suite, la défenderesse a émis des critiques sur le travail exécuté par les demandeurs, mais n'a fait aucune réserve au sujet de leur situation financière, malgré la saisie opérée sur le salaire de sieur R.________ dont elle était au courant (art. 64 al. 2 OJ). Par lettre du 19 octobre 1990, les demandeurs ont notam- ment requis le paiement de certaines heures supplémentaires. Par courrier séparé, daté du même jour, ils ont sollicité l'intervention de l'inspecteur de l'office cantonal de l'emploi et ont exprimé leur souhait de "faire cesser cette situation et par là même rompre le contrat". L'inspecteur est intervenu sur place le 26 octobre 1990 et a constaté de très nombreuses infractions de la défenderesse notamment à la législation sur le travail. Il a précisé que les demandeurs ne voulaient pas continuer à travailler dans ces conditions et entendaient s'en aller s'ils n'obtenaient pas des conditions normales. Dans son rapport d'enquête il a écrit ce qui suit: "Il n'y a plus aucun rapport de confiance. Les par- ties conviennent de trouver un accord amiable et de rompre le contrat aussitôt que possible. (......) M. L.________ [président de la défenderesse] doit en référer à son comité et proposera une date de rupture tenant compte des intérêts de l'établisse- ment et de M. R.________ qui doit sans tarder se mettre en recherche de travail! (.....)" Les demandeurs ont quitté leur travail et rendu les clés le 29 octobre 1990. Il n'a pas été établi qu'ils ont offert de continuer à travailler. Le conseil de la défenderesse leur a adressé une lettre, datée du 29 octobre 1990, dont la teneur est la suivante: "........, je me vois contraint de vous confirmer l'avis mutuellement exprimé par les parties, mani- festant réciproquement vouloir mettre un terme au contrat qui les lie, avec effet immédiat. Ma cliente déclare avoir adhéré à cette résolution commune, dans la mesure notamment où elle a dû constater - contre toute attente - que vous ne rem- plissiez (ni l'un ni l'autre) les conditions per- sonnelles requises par la loi, pour l'obtention de la patente nécessaire à l'exploitation de la buvet- te. La confiance mutuelle que présuppose l'exécu- tion régulière du contrat, exécution rendue impos- sible par des faits nouveaux inhérents à vos per- sonnes, rend incompatible la poursuite de cette relation. En foi de quoi et compte tenu de la résiliation im- médiate intervenue d'accord entre parties, il con- vient d'arrêter mutuellement les comptes à la date de cette résiliation. (.......) D'ores et déjà, j'observe que votre contrat de tra- vail est lié à l'usage d'un logement qui est mis à votre disposition et à vos frais, par ma cliente. Compte tenu de la résiliation du contrat principal, cela entraîne également celui ayant trait au loge- ment, qu'il vous appartient d'évacuer à votre plus proche convenance et au plus tard à l'échéance du 30 novembre 1990. (.......)" Les demandeurs ont admis en cours de procédure que le contrat de travail a pris fin le 29 octobre 1990, soit sept mois après leur engagement. Par courrier du 31 octobre 1990, leur conseil a contesté que la résiliation immédiate soit intervenue d'entente entre les parties. Le 16 novembre 1990, la défenderesse a notamment précisé que le contrat de travail, dénoncé pour justes motifs, est de surcroît entaché de nullité pour erreur essentielle et de dol. Selon elle, les demandeurs savaient dès le départ qu'ils n'étaient pas habilités à occuper le poste en raison des actes de défaut de biens, dont ils lui ont caché l'existence. B.- Le 14 décembre 1990, les demandeurs ont assigné la défenderesse en paiement de 80 000 fr., avec intérêts, à titre de salaires jusqu'au 31 mars 1991 ainsi que de diverses indemnités pour vacances, heures supplémentaires, jours fériés, congés non pris et en cas de grossesse. La Caisse publique cantonale vaudoise de chômage, intervenante, a conclu au paiement par la défenderesse de la totalité des indemnités versées aux demandeurs du 1er novembre au 31 mars 1991, somme qui sera imputée sur le montant de 70 000 fr., alloué à ceux-ci. La défenderesse a conclu à ce que les demandeurs et l'intervenante soient déboutés de toutes leurs prétentions. Elle a déclaré opposer en compensation une créance de 2841 fr.30, correspondant à des montants versés en trop aux demandeurs. Par jugement du 12 mai 1998, la Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Vaud a condamné la défenderesse au paiement de 9473 fr.50, avec intérêts, sous déduction des charges sociales et de la somme de 5251 fr.50, allouée à l'intervenante. Par arrêt du 1er juillet 1999, la Chambre des recours du Tribunal cantonal du canton de Vaud a rejeté le recours en nullité des demandeurs contre le jugement de la Cour civile et rejeté dans la mesure où il est recevable celui de la défenderesse.