Citation: 1C_14/2023 E. B

Le 22 octobre 2020, A.________ SA a déposé une demande de permis de construire un immeuble de 14 logements et un parking souterrain sur deux niveaux. Le bâtiment projeté serait implanté du côté ouest de la parcelle n° 959, sur le front de la rue des Marchands, avec un accès au parking souterrain prévu à l'est, par la ruelle Fontaine Martin. Il compterait huit niveaux, dont cinq seraient dégagés au nord-ouest, visibles depuis la rue des Marchands, et six au sud-est, visibles depuis la ruelle Fontaine Martin. Le dernier niveau prendrait place dans la toiture. La façade sud-ouest serait borgne. Deux colonnes de balcons d'une surface de 20 mètres carrés et d'une profondeur de 2,50 mètres, sur quatre niveaux, depuis le rez supérieur, sont prévues sur les façades sud-est et nord-est. Sur ces mêmes façades, il est également prévu de créer de larges fenêtres à trois ventaux. Soumis à l'enquête publique du 6 novembre au 7 décembre 2020, le projet de construction a fait l'objet de 416 oppositions, lesquelles faisaient valoir que, selon l'ISOS, la parcelle n° 959 faisait partie de l'échappée dans l'environnement EE I et devait ainsi rester libre de construction. Les opposants demandaient que la Municipalité procède à un contrôle préjudiciel du plan d'affectation, qui inscrivait la parcelle n° 959 en zone constructible, et que, dans l'intervalle celle-ci soit placée en zone réservée. Ils critiquaient en outre l'architecture du bâtiment projeté, qu'ils trouvaient trop haut et volumineux et qui ne respectaient pas le périmètre d'implantation. Ils dénonçaient enfin les accès prévus, impropres à permettre le passage de véhicules supplémentaires, des camions de chantier et des véhicules des pompiers. La Direction générale des immeubles et du patrimoine du canton de Vaud (DGIP) a émis un préavis négatif. La parcelle n° 959 se situait dans les abords d'autres monuments protégés au titre de l'art. 46 al. 2 de la loi cantonale sur la protection de la nature, des monuments et des sites du 10 décembre 1969, dont certains, à l'instar du temple et de la cure protestante, étaient classés. Le projet étonnait au premier abord par une évidente démesure, ne cherchant pas seulement à se comparer à son voisinage, mais à le surpasser au profit de sa situation topographique et une architecture particulièrement peu adaptée à un bourg ancien (mouvements de terre, balcons, mur borgne, etc.) jurant avec son environnement. La réalisation de ce projet porterait atteinte aux abords des objets classés et inscrits à l'inventaire cantonal des monuments historiques non classés, ainsi qu'à un site d'importance nationale, dont le caractère non bâti est à préserver de toute évidence. La Commission consultative d'urbanisme et d'architecture (CCUA) a émis un préavis défavorable au projet, fin février 2021. Le périmètre de l'ensemble du bourg rencontrait le périmètre de l'environnement dit du Vallon de l'Aubonne au droit de la parcelle n° 959. Cette parcelle appartenait à la pénétrante verte du vallon dans le bourg. Les vues aériennes et les vues prises depuis le coteau de Lavigny montraient une césure verte dans le milieu bâti, dont l'intention était claire et ceci vraisemblablement dès les origines de la Ville. Ce qui apparaissait également, c'est le caractère achevé du bourg, y compris notamment celui qui s'exprime par la présence du bâti au nord-ouest et au sud-ouest de la parcelle n° 959, soit deux pignons pour clore les îlots en présence. Ces constats et considérations l'amenaient à conclure que la parcelle n° 959 n'était pas constructible, que la réglementation actuelle était adéquate et qu'elle ne justifiait pas qu'un permis soit accordé. Le Commandant du Service de défense contre l'incendie et de secours a émis diverses remarques en lien avec le projet le 4 mars 2021.