Citation: 4A_329/2023 E. 6.3

6.3. Pour le cas où ce premier grief venait à être écarté, la recourante soutient que l'interprétation objective serait viciée elle aussi: le contrat d'entreprise pourrait s'apparenter à un contrat de durée, ce qui serait précisément le cas ici, de sorte qu'il faudrait retenir que l'intérêt des nouveaux acquéreurs était d'obtenir uniquement les droits et obligations nés après la cession. Ce transfert limité ne les priverait pas de faire valoir les droits à la garantie pour les défauts de l'ouvrage qui ne verraient le jour qu'une fois l'ouvrage livré, soit ici après le transfert du contrat d'entreprise. Le Tribunal fédéral ne peut davantage suivre la recourante sur ce chapitre. Le laps de temps nécessaire pour réaliser l'ouvrage en cause ne signifie pas qu'il s'agit d'un contrat de durée (ATF 129 III 604 consid. 2.2; 98 II 299 consid. 4a). Le contrat d'entreprise a pour objet le résultat du travail, et non pas le travail comme tel (ATF 98 II 299 consid. 4a; 59 II 263). L'exécution de la prestation promise intervient au moment de la livraison et ne s'étire donc pas dans le temps. Il faut également voir que, dans un contrat de durée, le nouvel acquéreur a intérêt à restreindre le transfert dans le temps pour éviter de devoir supporter les éventuels risques liés à une situation antérieure. Le contrat d'entreprise ne l'expose pas à de tels risques, en tout cas pas ici où il n'y a pas de livraisons successives. Par ailleurs, la défenderesse et les nouveaux acquéreurs ont changé le délai de livraison de l'ouvrage: dans leur protocole d'accord du 15 mars 2018, ils l'ont fixé à six semaines suivant la réception des matériaux de finition sur le chantier, mais au plus tard au 31 mai 2018. Les nouveaux acquéreurs avaient tout intérêt à conserver le droit de réclamer des dommages-intérêts si ce délai n'était pas tenu. Et contrairement à ce que la recourante semble croire, ce droit n'est pas distinct de celui qu'elle prétend toujours détenir, fondé sur le délai de livraison qui avait été déterminé initialement. Il s'agit d'un seul et même ouvrage qui doit être livré à une date donnée qui peut être modifiée d'un commun accord. L'interprétation objective mise en oeuvre par la cour cantonale ne prête donc pas le flanc à la critique et la conclusion qui en découle, à savoir que la recourante ne dispose pas de la légitimation active, s'impose de manière implacable.