Citation: 5A_864/2024 E. 3.3

3.3. La recourante soutient que les conditions pour déroger à la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent ne seraient pas réalisées. Elle fait valoir que cette méthode aurait tout son sens ici car elle permettait d'équilibrer la disparité de la situation financière des époux. Selon la recourante, la Cour de justice n'avait pas motivé son refus d'appliquer dite méthode en raison du revenu élevé de l'intimé mais parce qu'une part importante des revenus de celui-ci n'était pas dépensée. Or le fait que les époux avaient constitué de l'épargne durant la vie commune montrait qu'ils avaient mené un train de vie plus modeste que celui que leurs moyens leur auraient permis. Ainsi, malgré le salaire élevé de l'intimé, la situation n'était pas exceptionnelle au point de s'écarter de la méthode préconisée par la jurisprudence. Tous les éléments nécessaires à l'application de la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent étaient réunis. Le fait que les revenus de l'intimé fluctuaient d'une année à l'autre n'était pas un problème, cette situation étant courante. D'ailleurs, le Tribunal de première instance avait facilement établi son salaire à 80'407 fr. 15 par mois, en procédant à une moyenne des revenus sur plusieurs années mentionnés dans les déclarations d'impôts et les certificats de salaire. Il n'était pas non plus admissible de renoncer à cette méthode au motif que la quote-part d'épargne était difficilement déterminable, ce d'autant que l'intimé avait établi que cette quote-part s'élevait à 15'650 fr. par mois en 2021 et 2022. Dès lors qu'il incombait à l'intimé d'alléguer et de prouver la part d'épargne, il devait supporter les conséquences de l'absence de preuve (art. 8 CC) d'une quote-part dépassant ce dernier montant. Enfin, la charge fiscale de la famille, que la Cour de justice avait arbitrairement omise de prendre en compte, pouvait être arrêtée, sur la base des pièces produites par l'intimé, à 21'632 fr. 40 par mois pour 2022 et 2023. La Cour de justice avait dès lors abusé de son pouvoir d'appréciation (art. 4 CC) en appliquant la méthode qui lui semblait la moins difficile à appliquer. Concrètement, la renonciation à l'application de la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent avait amené la Cour de justice à fixer ses charges à 9'204 fr., celles de l'enfant C.A.________ à 1'853 fr. et celles de l'enfant D.A.________ à 1'916 fr., soit au total à 12'973 fr. Un train de vie de ce montant n'était pas exceptionnel par rapport à d'autres familles, a fortiori celles domiciliées dans une ville comme Genève. Il ne pouvait donc pas être assimilé à une situation "particulièrement favorable". La méthode du train de vie appliquée par la Cour de justice aboutissait à un résultat "inique". Durant la vie commune, l'intimé avait financé toutes ses charges d'un montant global se situant entre les 9'204 fr. retenus dans l'arrêt entrepris et les 25'825 fr. 70 qu'elle avait allégués. Or, avec l'arrêt entrepris, l'intimé n'assumerait que les frais mentionnés dans le dispositif, soit dès février 2025, uniquement les frais de logement. Une réduction aussi drastique du soutien financier de l'intimé dans le cadre d'une procédure de séparation était excessivement lourde et violait de manière crasse les art. 163, 176 et 276 CC, qui exigeait que le dernier standard de vie soit maintenu durant la séparation. L'arrêt entrepris ne tenait ni compte de ses besoins ni de la situation financière de l'intimé, dont la capacité contributive était dix fois supérieure à la sienne. Il lui imposait d'être totalement autonome financièrement alors que les parties étaient toujours mariées. Par ailleurs, les enfants pouvaient certes bénéficier d'un excédent, mais implicite et laissé à la discrétion de l'intimé; celui-ci aurait en effet les moyens pour assumer des charges plus importantes pour ceux-ci que celles retenues dans l'arrêt entrepris, notamment en leur offrant de belles vacances, des activités supplémentaires, de beaux habits, des jouets de luxe, un taxi pour aller à l'école et à leurs activités, des aides à domicile, etc. La renonciation au partage de l'excédent contrevenait en outre au principe jurisprudentiel selon lequel l'excédent ne devait pas servir à constituer de l'épargne, l'intimé étant en mesure d'augmenter son épargne. En définitive, la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent devait être appliquée et devait conduire, compte tenu de la garde alternée sur les enfants et du fait que l'intimé assumait l'entier de l'entretien des enfants, à allouer des contributions d'entretien, dès décembre 2024, de 4'695 fr. en sa faveur après déduction des frais mentionnés dans le ch. 8 du dispositif du jugement de première instance, et de 1'666 fr. en faveur de chaque enfant, allocations familiales en sus, la contribution en faveur de C.A.________ étant augmentée à 1'866 fr dès juin 2026.