Citation: 5A_170/2016 E. 4.3.6

4.3.6. En l'occurrence, bien que les revenus (du travail et de la fortune) des époux ne suffisent pas à couvrir leur minimum vital respectif et que le capital du mari soit vraisemblablement composé de son avoir de prévoyance professionnelle, partant, qu'il pourrait en principe, selon la jurisprudence rappelée ci-dessus ( cf. consid. 4.3.5), être appelé à l'utiliser pour assurer l'entretien des époux après leur retraite, la Juge déléguée n'a pas astreint l'époux à entamer la substance de sa fortune pour servir une contribution d'entretien à son épouse après le 1 er janvier 2015 ( cf. supra consid. 4.1). La magistrate cantonale a jugé que le capital de l'époux avait été pris en compte dans sa capacité contributive, que le principe de la prise en considération du rendement de cet avoir de prévoyance dans les revenus du mari n'avait pas été contesté par les parties, et qu'il n'était pas possible de tenir compte à la fois du capital et du revenu généré par ce même capital, en sorte que le raisonnement du premier juge - consistant à prendre en compte uniquement le revenu du capital, dès lors que le partage des avoirs de prévoyance professionnelle intervient au moment de la liquidation du régime matrimonial - pouvait être confirmé ( cf. supra consid. 4.1). Ce faisant, l'autorité précédente n'a certes pas suivi certaines solutions retenues par la jurisprudence dans d'autres affaires, mais elle a expliqué, sur la base de critères objectifs tirés du cas d'espèce ( cf. supra consid. 4.3.4), les motifs justifiant de s'en écarter. Il s'ensuit que le raisonnement de l'autorité précédente ne saurait être taxé d'arbitraire (art. 9 Cst.; cf. supra consid. 4.3.4). Par ailleurs, la recourante ne discute nullement le raisonnement de la juge cantonale, conforme à la jurisprudence ( cf. supra consid. 4.3.5), consistant à retenir le revenu généré par la fortune plutôt que la substance du capital de prévoyance vieillesse, dès lors que le juge des mesures protectrices de l'union conjugale ne doit pas statuer sur des questions qui font l'objet du procès en divorce, tel le partage des avoirs de prévoyance professionnelle. Dans cette mesure, le grief d'application arbitraire de la jurisprudence (art. 9 Cst.) est irrecevable, faute de motivation (art. 106 al. 2 LTF; cf. supra consid. 2.1). De surcroît, une décision n'est pas arbitraire (art. 9 Cst.), et donc annulée, du seul fait que la solution inverse consistant à astreindre l'époux à entamer la substance de sa fortune, aurait été préférable. Encore faut-il que la recourante démontre à suffisance de droit (art. 106 al. 2 LTF; cf. supra consid. 2.1) que l'arrêt déféré est insoutenable dans son résultat (art. 9 Cst.; cf. supra consid. 4.3.4). Or, la recourante se limite en l'espèce à soutenir que la justification de la Juge déléguée est " incongru[e] ", à affirmer que la juge cantonale s'est posée la mauvaise question, et à conclure que l'arrêt entrepris " crée une grave inégalité de traitement entre les époux " ( cf. supra consid. 4.3.1 in fine). La recourante n'explicite pas plus avant ses allégations, singulièrement elle omet d'expliquer, a fortiori de démontrer, en quoi l'arrêt querellé engendrerait une distinction juridique entre elle et son époux qui ne se justifierait par aucun motif raisonnable au regard de la situation de fait, dont il ressort que ni elle, ni son mari ne sont en mesure de couvrir leur minimum vital ( cf. supra consid. 4.1). Faute de motivation suffisante (art. 106 al. 2 LTF; consid. supra 2.1), le grief d'inégalité de traitement entre époux (qui se confond ici avec l'arbitraire dans le résultat; cf. supra consid. 4.3.3 in fineet 4.3.4), est irrecevable. Dans ces circonstances, il ne s'impose pas de traiter le grief soulevé par l'intimé dans sa réponse ( cf. supra 4.3.2), aux termes duquel la juge cantonale n'aurait arbitrairement pas tenu compte du fait que la recourante dispose désormais d'une fortune immobilière, à la suite du décès de son père, survenu avant la décision de première instance. Enfin, le recours de l'épouse est irrecevable (art. 106 al. 2 LTF; cf. supra consid. 2.1), en tant qu'elle prétend à une contribution d'entretien lui permettant de maintenir son train de vie antérieur à la séparation, dès lors qu'elle n'a jamais remis en cause, singulièrement dans le présent recours, la méthode dite "du minimum vital", déjà appliquée par le premier juge ( cf. supra consid. 4.1). En définitive, le grief d'arbitraire (art. 9 Cst.) relatif à l'obligation du mari d'entamer son capital de prévoyance professionnelle pour servir une contribution d'entretien à la recourante est mal fondé, dans la mesure où il est recevable.