Citation: 5A_74/2024 E. 3

La Cour de justice, examinant s'il se justifiait d'octroyer à l'intimé un droit aux relations personnelles sur l'enfant, a tout d'abord relevé que le Tribunal de protection n'avait pas erré en retenant que les liens qu'entretenaient les deux intéressés étaient comparables à une relation parent-enfant, puisqu'il ressortait du rapport d'évaluation sociale du 8 février 2023 rédigé par le SEASP que l'intimé représentait pour l'enfant une figure d'attachement importante, qu'elle l'appelait "papa" et que leurs liens étaient de nature filiale. C'était également à tort que la recourante faisait grief au Tribunal de protection d'avoir omis de déterminer la réelle place qu'occupait l'intimé dans la vie de l'enfant. En effet, les nombreux reproches qu'elle adressait à son époux en lien avec la prise en charge quotidienne de l'enfant, son éducation, son soutien émotionnel, ou son suivi scolaire et médical n'étaient pas de nature à justifier une "limitation" de ses relations personnelles avec l'enfant : même à supposer que l'implication de l'intimé se soit limitée, comme le soutenait la recourante, à des activités ludiques (jeux, activités sportives et loisirs), le lien qu'il avait créé avec l'enfant apparaissait, au regard dudit rapport, bénéfique à cette dernière et à son bon développement. Quant au reproche fait au Tribunal de protection de ne pas avoir suffisamment instruit la question de l'implication de l'intimé dans le processus d'adoption de la mineure, la Cour de justice a relevé qu'il était vrai qu'elle avait adopté seule l'enfant et que l'intimé ne semblait pas s'être pleinement impliqué dans ce projet. Toutefois, cet élément ne permettait pas, à lui seul, d'exclure tout intérêt de l'enfant à maintenir des liens avec l'intimé. Même si ce dernier n'avait pas, à l'origine, souhaité participer au projet d'adoption comme le soutenait la recourante, il n'en demeurait pas moins qu'il avait, au fil du temps et de sa relation avec la recourante, tissé des liens avec l'enfant qui, comme on l'a vu, étaient de nature filiale et qui faisaient apparaître qu'il était dans l'intérêt de celle-ci de maintenir les relations qu'elle avait avec l'intimé. C'était également à tort que la recourante faisait grief au Tribunal de protection d'avoir omis d'examiner si l'intimé disposait de compétences parentales et éducatives et de n'avoir en particulier pas tenu compte des " attestations " émises par sa mère, son beau-père, sa soeur et une voisine de W.________, faisant état de la nature exclusivement ludique des relations de l'intimé avec l'enfant (assimilables selon elle à celles de deux enfants plus qu'à celles d'un parent avec un enfant), des accès de colère incontrôlés effrayant l'enfant et suscitant chez elle des accès similaires par mimétisme, des comportements inadéquats comme la mise en danger dans la conduite de véhicules ou d'activités de bricolage, de l'attitude culpabilisante de l'intimé envers l'enfant à propos de son poids ou de son énurésie nocturne, de l'attitude dénigrante envers la mère comme figure d'autorité, ou encore des sollicitations excessives de l'intimé après la séparation, sous forme de lettres, d'appels ou de visites non annoncées à l'école. La Cour de justice a estimé que ces appréciations émanant de proches de la recourante et d'une voisine en conflit avec l'intimé n'étaient pas de nature à remettre en cause l'évaluation effectuée par les intervenants professionnels et neutres du SEASP, qui avaient, dans leur rapport du 8 février 2023, relevé n'avoir aucune crainte s'agissant des compétences parentales de l'intimé. Il en allait de même du grief que la recourante tirait du prétendu alcoolisme de l'intimé, non pris en compte par le Tribunal de protection, étant donné que le SEASP avait à cet égard relevé que le médecin de l'intimé n'avait constaté aucun signe d'alcoolisme chronique chez son patient et que le taux de gamma GT relevé correspondait à une consommation quotidienne et dans la norme. La Cour de justice a ainsi considéré que le Tribunal de protection n'avait pas à exiger des examens médicaux et analyses par un professionnel spécialisé en addictologie ou alcoologie. Enfin, elle a estimé qu'il apparaissait que l'intimé et l'enfant avaient créé des liens de nature filiale, que l'intimé représentait une figure d'attachement importante pour l'enfant, qui lui était très attachée, et qu'il était dans l'intérêt de celle-ci de maintenir ses relations avec son beau-père. Sur la base de ces éléments, la Cour de justice a retenu l'existence de circonstances exceptionnelles justifiant d'accorder un droit de visite à l'intimé au sens de l'art. 274a CC. Elle a également indiqué que rien ne permettait de retenir que ce droit devait être limité ou soumis à des modalités particulières; partant, il n'y avait pas lieu de limiter son exercice (présence de tiers ou milieu protégé).