Citation: 1P.334/2004 23.06.2004 E. 4

L'intensité des charges justifiant une détention n'est pas la même aux divers stades de l'instruction pénale. Des soupçons encore peu précis mais renforcés par des inexactitudes ou des variations dans les déclarations de l'inculpé peuvent être considérés comme suffisants dans les premiers temps de l'enquête, mais, après l'accomplissement de tous les actes d'instruction envisageables, la perspective d'une condamnation doit apparaître fortement vraisemblable. Il faut donc examiner si les soupçons qui pèsent sur le recourant sont étayés par des faits concrets et précis (ATF 116 Ia 143 consid. 3c p. 146). Pour la Chambre d'accusation, il existerait des soupçons fondés que le recourant aurait cherché à dissimuler le montant de 360'000 fr. en le remettant à Y.________, et que ce montant proviendrait des activités délictueuses du recourant. Le recourant le conteste, en exposant avoir expliqué que ces fonds constitueraient le produit de la vente de biens immobiliers qui lui appartenaient. Cet argument n'est pas déterminant. Comme l'a souligné le Juge d'instruction dans sa décision du 29 avril 2004, les investigations au sujet de la gestion des fonds détenus ou contrôlés par le recourant sont toujours en cours, au point de faire naître le soupçon que les faits délictueux sont plus anciens que le recourant ne voudrait le faire croire. Dans ce contexte, les allégations du recourant quant aux modalités du financement de l'acquisition des biens remis à Y.________ devront être vérifiées. Pour le surplus, les témoins A.________ et B.________ ont confirmé que le recourant, dès sa libération provisoire du 20 octobre 2003, a cherché à récupérer le montant qu'il avait remis à Y.________. Ils ont également confirmé, lors de leur audition du 3 mars 2004, s'être mis à disposition pour servir d'intermédiaires entre le recourant et Y.________ pour le recouvrement du montant en question. Sur le vu de ces éléments - dont les circonstances exactes devront être éclaircies - la Chambre d'accusation pouvait sans arbitraire tenir pour peu crédibles les dénégations du recourant à ce sujet. Il existait ainsi un soupçon de blanchiment d'argent, chef duquel le Juge d'instruction a inculpé formellement le recourant, le 28 novembre 2003. Au stade actuel de l'enquête, les charges sont suffisantes pour justifier la détention préventive.