Citation: 4D_62/2022 E. 3.1

3.1. Dans un premier temps, en ce qui concerne l'allégation des faits, la cour cantonale a retenu que c'était à tort que le tribunal avait jugé que la demanderesse avait échoué dans le fardeau de l'allégation. Au vu du caractère limité des contestations de la défenderesse, elle a considéré qu'il fallait admettre que les faits allégués par la demanderesse, qui se référaient tant à l'existence d'une relation contractuelle qu'aux factures et aux bons de commande produits, étaient suffisamment motivés. Dès lors qu'une facture ou un décompte détaillé peuvent être considérés comme probants si la partie défenderesse n'en conteste pas précisément la teneur, ces faits permettaient a priori de faire droit à la demande, à supposer qu'ils fussent démontrés ou admis. En substance, la cour cantonale a notamment constaté que la demanderesse avait produit l'ensemble des factures litigieuses et des bons de commande y relatifs, allégué que lesdits bons de commande avaient été remplis par les employés ou par le responsable de la défenderesse, donné la liste des différents prénoms qui y figuraient et conclu, à titre préalable, à ce qu'il fût ordonné à la défenderesse de fournir les noms complets et les adresses des personnes concernées. Se contentant d'indiquer qu'elle excipait de compensation, la défenderesse avait persisté à soutenir qu'elle ignorait tout des factures et des bons de commande, contestant que ceux-ci eussent été remplis par ses soins, mais n'avait pas contesté que le prénom de son responsable apparaissait à quinze reprises sur lesdits bons ou que la demanderesse lui eût effectivement adressé les factures litigieuses ni soutenu que les bons eussent été établis par la demanderesse pour les besoins de la procédure ou que lesdites factures ne lui permettaient pas de comprendre le détail des prétentions invoquées. La cour cantonale a jugé que, compte tenu du caractère péremptoire et laconique des dénégations de la défenderesse, le tribunal ne pouvait pas retenir que la demanderesse n'avait pas suffisamment allégué les faits à l'appui de ses prétentions. Elle a considéré qu'on ne voyait pas comment la demanderesse aurait pu apporter davantage d'éléments à propos des commandes litigieuses, seul élément concrètement contesté par la défenderesse, au vu notamment du fait que celle-ci s'opposait à donner de quelconques informations sur les noms et les coordonnées de ses employés susceptibles de confirmer ou d'infirmer les allégués de la demanderesse, si celle-ci les citait comme témoins. En outre, le tribunal avait ignoré que l'appelante avait allégué que la défenderesse s'était acquittée de factures analogues en 2019, basées sur des commandes similaires, en produisant plusieurs pièces à ce sujet. Dans un second temps, en ce qui concerne la preuve des faits allégués, la cour cantonale a retenu que les sommes réclamées par la demanderesse étaient dues et que le refus de la défenderesse de s'en acquitter n'était motivé que par la volonté de celle-ci d'en compenser le montant avec la créance qu'elle estimait avoir à l'encontre de la demanderesse. Dans la mesure où la défenderesse avait finalement renoncé à invoquer cette compensation, elle a jugé qu'il convenait de faire droit aux conclusions en paiement de la demanderesse. En substance, la cour cantonale a tenu pour établi le fait que les parties avaient entretenu des relations contractuelles dans le contexte de divers chantiers et que la défenderesse avait notamment reconnu avoir " travaillé " avec la demanderesse. Les prestations de la demanderesse avaient fait l'objet de plusieurs factures et la défenderesse s'était opposée à leur paiement au motif qu'elle n'aurait pas effectué ces commandes. La défenderesse n'avait toutefois pas contesté que lesdites factures lui avaient été adressées, n'avait pas réagi à leur réception et n'avait pas soulevé une telle objection lorsque la demanderesse l'avait mise en demeure de s'en acquitter. En effet, elle avait alors uniquement opposé en compensation une facture qu'elle avait précédemment adressée à la demanderesse. La cour cantonale a retenu que les factures litigieuses et leur absence de contestation spécifique par la défenderesse suffisaient à établir que les montants facturés étaient effectivement dus. La défenderesse n'avait en outre déclaré qu'elle ignorait de quoi il s'agissait qu'après avoir exposé qu'elle refusait de s'acquitter des factures litigieuses parce que sa propre facture adressée à la demanderesse demeurait impayée. Elle n'avait de plus pas contesté que le prénom de son responsable figurait sur une quinzaine de bons de commande produits par la demanderesse. À aucun moment la défenderesse n'avait soutenu que les objets concernés par les factures ne lui auraient pas été livrés ou contesté la quotité des montants facturés. Les factures analogues et les autres documents produits par la demanderesse indiquaient également qu'il était conforme à l'usage convenu entre les parties que la défenderesse remplît un bon de commande pour toute prestation de la demanderesse et qu'elle s'était encore acquittée de factures correspondantes en 2019, ce qui contredisait ses affirmations selon lesquelles elle aurait cessé de se fournir auprès de la demanderesse après le refus de celle-ci de régler sa facture du 28 février 2018.