Citation: 9C_209/2022 E. 6.3

6.3. Le recourant soutient avec raison que les premiers juges ont omis de prendre en considération de manière arbitraire certains faits importants, lorsqu'ils ont considéré que le lien de connexité temporelle avait été rompu, en se fondant principalement sur la circonstance que le recourant avait perçu des allocations d'aide au retour à l'emploi sur une longue période entre 2016 et 2017. En premier lieu, on constate que la période pendant laquelle le recourant a travaillé et a été mis au bénéfice d'indemnités de l'assurance-chômage française a été précédée et suivie d'incapacités totales de trav ail. Il a de ce fait perçu des indemnités journalières de l'assurance-maladie qui concernaient "un arrêt de travail en rapport à une affection de longue durée" du 16 novembre 2014 au 20 avril 2016, puis du 30 novembre 2017 au 30 novembre 2018. En deuxième lieu, il apparaît que même durant la période de perception de prestations de chômage d'avril 2016 à novembre 2017, l'assuré n'a pas récupéré durablement une capacité de travail d'au moins 80 % (cf. ATF 144 V 58). En effet, lorsque celui-ci a travaillé du 28 septembre au 30 décembre 2016, il a présenté des incapacités totales de travail ayant donné lieu au versement d'indemnités journalières pour cause de maladie du 23 au 27 novembre 2016, puis du 6 au 19 décembre 2016. Pour cette période, le docteur C.________, médecin-traitant, et la doctoresse D.________, psychiatre-traitante, ont notamment indiqué qu'il présentait à nouveau des troubles du sommeil (consultation du 23 novembre 2016), ne dormait plus qu'une à deux heures par nuit en raison du travail (consultation du 6 décembre 2016), était angoissé, présentait des insomnies et "rechutait" dès qu'il travaillait (consultation du 23 janvier 2017 notes d'entretien du docteur C.________). Si ces indications sont effectivement succintes, comme le relève la juridiction cantonale, elles mettent cependant en évidence que le recourant n'avait pas récupéré une capacité de travail déterminante pendant la période de chômage, puisque la reprise concrète d'une activité lucrative a mené à une nouvelle destabilisation de son état de santé et à une recrudescence des symptômes psychiques avec des arrêts de travail. Les constatations en temps réel ("echtzeitlich") du médecin traitant se recoupent avec ses conclusions du 24 mars 2020, selon lesquelles malgré le fait que l'assuré a "basculé" du régime de l'assurance-maladie dans celui de l'assurance-chômage, la seule tentative de reprise de travail s'était soldée par un échec. Aussi, la reprise du travail pendant une brève période en 2016 doit être tout au plus qualifiée de tentative de réinsertion, sans que le recourant n'ait réussi à réintégrer durablement la vie professionnelle. Dans le même sens, le docteur E.________, médecin examinateur auprès du service médical de l'Assurance-maladie française, a conclu que la composante hypomaniaque du trouble bipolaire de l'assuré - bien qu'elle semblât émerger de temps en temps lors des séjours hospitaliers effectués - avait évolué depuis le début de ses difficultés médicales (en 2014) vers la "chronicisation" des troubles thymiques, formant un noyau symptomatique durable; pour ce praticien, un tableau clinique de dépression sévère persistait sur une période de cinq ans malgré les nombreuses tentatives thérapeutiques (rapport du 4 avril 2019). Dans ces circonstances, il n'apparaît pas que la maladie psychique du recourant ait connu de rémission lui ayant permis de recouvrer une capacité de travail (de plus de 80 % entre avril 2014 à mai 2019), et ce nonobstant l'absence d'hospitalisation durant la période mentionnée par les premiers juges. Les considérations que la juridiction cantonale a tirées d'un rapport du docteur F.________ (pleine capacité de gain de l'assuré en 2018) n'y changent rien. En effet, cette pièce ne figure pas au dossier et a été simplement évoquée par le docteur E.________ (rapport du 4 avril 2019). Or on ignore quelle a été l'anamnèse et quels examens ont été conduits par le docteur F.________, de sorte que la cour cantonale ne pouvait pas, sauf à violer le droit fédéral, en tirer de conclusion quant à la capacité de travail de l'assuré.