Citation: 5A_612/2019 E. 1

Après une présentation de F.________ et de son parcours, mentionnant notamment qu'il était d'origine turque et russe et qu'il était domicilié à W.________ (ce qui évoquait, selon les termes employés par le journaliste, le fait que l'intéressé avait le " fisc voyageur "), l'article continuait comme suit, après avoir soulevé au passage la question de savoir s'il était un " généreux mécène ou un profiteur " : " Dès 1996, G.________ rachète infrastructures et concessions en Afrique de l'Ouest et au Moyen-Orient. Avec une préférence marquée pour les terrains minés, où le risque et les profits maximaux vont de pair. Pour qui a du flair et la souplesse d'une moyenne structure, guerres et souverainetés contestées sont une bénédiction. F.________ est ainsi le premier à investir au Kurdistan d'Irak, devenu autonome depuis la chute de Saddam Hussein en 2003. Il sait que la plupart des trusts transnationaux n'oseront pas lui disputer ce terrain, de peur d'indisposer Bagdad et se voir barrer les immenses champs pétroliers du sud du pays. Pour naviguer sur ces eaux troubles, le patron de G.________ sait se faire apprécier de pouvoirs locaux. Il n'hésite pas à sortir son chéquier pour bâtir des routes et arroser les communautés en projets de développement. Et s'entoure des personnes les mieux en cour auprès du potentat du moment. Au Congo-Brazzaville et au Sénégal, le Suisse poussera l'idylle jusqu'à obtenir un statut diplomatique! Mais son coup de maître, F.________ le réalise en 1998, à peine deux ans après ses débuts dans la production. G.________ convainc le régime du général K.________ et les sociétés étasunienne L.________ et française M.________ de lui confier quatre blocs offshore pour moins de 50 millions de dollars. Un deal qui fait de la petite société l'un des premiers opérateurs du Nigéria, au côté de géants tels que N.________, O.________, P.________ ou Q.________! Comment une telle pépite a-t-elle pu finir dans les mains de F.________? Pour ses partisans comme pour ses détracteurs, l'affaire résume tout le savoir-faire du Vaudois. "F.________ est capable d'ouvrir les portes et de négocier à son aise ", admire un analyste canadien, cité par Forbes. Pour les autres, le génie des relations humaines et la connaissance de l'Afrique ne suffisent pas auprès des régimes les plus corrompus de la planète. En cinq ans de pouvoir dictatorial, le Nigérian K.________ n'a-t-il pas amassé une fortune estimée à plus de 2 milliards de francs. " G.________ n'a jamais versé de pots-de-vin ", déclarait F.________ au quotidien R.________ en 2010. De fait, en presque quarante ans passés à ferrailler sur les marchés agités du pétrole, le Suisse et ses sociétés n'ont jamais vu la moindre condamnation venir entacher leur réputation1. Mais le vent de la justice n'est pas non plus passé très loin. Plusieurs partenaires et ex-employés ont eu moins de chance, à commencer par le ministre nigérian du Pétrole à l'époque du deal avec L.________, condamné en France en 2007 pour blanchiment aggravé de 15 millions d'euros versés par M.________ contre des marchés pétroliers. Ou encore l'ancien responsable de G.________ au Nigéria, le français S.________, tombé lors du même procès pour " complicité de blanchiment ". Six ans plus tôt, deux ex-cadres de G.________ au Nigéria avaient déjà été condamnés pour le transfert de fonds du clan K.________ vers... V.________. Mais sans incriminer la société. "F.________ s'est entouré de flibustiers dont il était le maître à penser ", décrit T.________, chargé des enquêtes à la Déclaration de Berne. Et de signaler que la dernière génération formée par G.________ s'est récemment illustrée au desk africain de J.________, le négociant russe basé à V.________, rejoint en 2007. Une fine équipe qui est actuellement sous enquête du Ministère public de la Confédération pour une affaire de corruption estimée à 30 millions de dollars. F.________, lui, s'est fait plus discret depuis qu'il a revendu une bonne part de ses activités au chinois A1.________, en 2009. Mais si le parfum de la corruption s'est quelque peu dissipé, les critiques demeurent, désormais dirigées contre ses projets d'agrocarburant en Sierra Leone, l'un des pays les plus pauvres de la planète, où des milliers d'hectares agricoles nourrissent désormais les réservoirs automobiles grâce à la canne à sucre. Affameur, pour les uns, créateur de richesses pour les autres, le débat peut donc se poursuivre. Dès la semaine prochaine au Municipal. 1 A noter que la corruption active d'agent public n'est devenue un délit pénal en Suisse qu'en 1999. " Sur la même page du journal, dans sa version papier, figurait un autre article intitulé : " L 'argent de F.________, chance ou arnaque? ", exposant les avis négatifs de divers partis politiques au sujet du partenariat public-privé envisagé, suivi de l'opinion du directeur du Musée, qui voyait ledit partenariat sous un angle plus positif.