Citation: 4C.86/2006 14.07.2006 E. A

A.a Les ressortissants russes X.________ et Y.________ (les demandeurs), tous deux domiciliés à Saint-Pétersbourg (Russie), sont, respectivement, directeur et secrétaire de la société D.________ Holding Inc. (ci-après: D.________), sise aux Iles Vierges Britanniques. En 1995, D.________ a ouvert auprès de la Banque Z.________ SA, (ci-après: la défenderesse ou la banque) un compte commercial destiné à des opérations d'import-export; les ayants droit économiques en étaient les demandeurs, qui avaient chacun un droit de signature individuelle sur ce compte. A.b Dès le début 1996, X.________ et Y.________ ont entretenu des relations d'affaires avec B.________, également de nationalité russe et domicilié en Russie, cela dans le cadre d'un commerce de denrées alimentaires à destination de la Sibérie. Le 23 décembre 1996, X.________ et B.________ se sont rendus dans les locaux de la défenderesse où ils ont été reçus par C.________, qui travaillait depuis le 1er février 1995 comme employé de ladite banque. X.________ a présenté B.________ comme un partenaire commercial de lui-même et de Y.________. B.________ a ouvert à son nom un compte nominatif en dollars américains (US $), avec procuration en faveur de son épouse et de sa fille, géré par C.________. Le formulaire A que B.________ a signé le même jour, exigé en vertu de la Convention de diligence des banques suisses (CDB), indique que le prénommé est le seul ayant droit économique des avoirs. Avec l'accord du titulaire, les relevés du compte ont été périodiquement adressés par la banque aux demandeurs, à charge pour ceux-ci de les remettre au destinataire. Le 10 février 1997, X.________ et Y.________ ont chacun ouvert un compte nominatif en US $ auprès de la défenderesse, géré par C.________. De décembre 1996 à mars 2000, des ordres de virement, signés par X.________ ou Y.________, ont été exécutés par le débit du compte de D.________ en faveur de celui de B.________, pour un montant total de plus de 3 millions US $. Sous la rubrique "Motif du paiement", ces ordres portaient tous la mention "Invoice No" assortie de la date de la facture. Il a été retenu que les demandeurs et B.________ se sont présentés à plusieurs reprises ensemble auprès de la banque pour s'enquérir de la situation du compte de ce dernier. Le 26 mai 1998, B.________, toujours en présence de X.________ et de Y.________, a confié à la défenderesse un mandat de gestion sur son compte nominatif. A.c Le 4 mars 2000, C.________, qui était devenu depuis le 1er janvier 2000 directeur adjoint de la défenderesse, a rencontré X.________ et Y.________ dans un hôtel de Saint-Pétersbourg. A cette occasion, ceux-ci ont déclaré à C.________ que le 60 % des avoirs déposés sur le compte de B.________ leur appartenait, à raison de 30 % chacun. C.________ a alors remis à ses interlocuteurs deux formulaires A, l'un étant vierge, le second mentionnant les noms de B.________, X.________ et Y.________, que les deux derniers devaient remettre pour signature au premier afin que la modification des ayants droit économiques du compte en cause puisse être opérée. C.________ a encore transmis aux demandeurs un formulaire modifiant le profil de gestion du compte de B.________, à faire parapher par celui-ci. Les demandeurs et C.________ se sont entretenus le 20 mars 2000 dans les bureaux de la défenderesse à Genève. Les premiers ont restitué au second le formulaire de profil d'investissement, signé en blanc par B.________, ainsi qu'un formulaire A concernant le compte du susnommé, muni de sa signature authentique. Sur ce document, C.________ a mentionné de sa main le nom du titulaire, le numéro de compte, les ayants droit économiques, à savoir B.________ pour 40 %, X.________ et Y.________ pour 30 % chacun, ainsi que le lieu et la date du 20 mars 2000, avant d'y apposer son paraphe et son timbre humide. C.________ a toutefois informé X.________ et Y.________ que le formulaire A remis était insuffisant pour procéder au partage des avoirs du compte de B.________ et qu'il fallait que l'intéressé ordonne lui-même l'opération. Au cours du même entretien, X.________ et Y.________ ont ouvert auprès de la défenderesse des comptes numériques en US $ et signé des mandats de gestion en faveur de la banque. Puis, C.________ a rédigé le texte suivant sur un extrait du compte de B.________: "Please split my portfolio according to % shares signed on the formulaire «A». 40 % of the portfolio stays under my a/c. The remaining 30 % to Mr X.________, 30 % to Mr Y.________". C.________ a enfin invité X.________ et Y.________ à apposer leur signature sous ce texte; ces derniers se sont exécutés sans délai. A.d Le 24 mars 2000, C.________ a fait opérer le transfert selon les instructions résultant de la pièce signée par les demandeurs. Le compte numérique de chacun de ces derniers a été crédité de 1'015'000 US $, somme correspondant aux 60 % des avoirs qui se trouvaient sur le compte de B.________. Les avis de crédit adressés aux bénéficiaires spécifiaient, sous la rubrique «donneur d'ordre», le nom de B.________ et, à titre de motif du paiement, indiquaient «Split portefeuille visite 21/03/2000». Il a été constaté que C.________ avait conscience que le document qu'il avait fait signer aux demandeurs était dénué de portée juridique, mais qu'il pensait que le titulaire du compte débité approuverait ultérieurement l'ordre de transfert. Le même jour, C.________ a complété le formulaire de «Profil d'investissement» que B.________ avait signé en blanc, puis coché le type de gestion le plus risqué prévu par cette pièce. Les avoirs transférés sur les comptes numériques des demandeurs ont été immédiatement investis en titres. A.e Les relations entre les demandeurs et la défenderesse se sont poursuivies sans incident pendant près de six mois. Le 12 septembre 2000, B.________, après une maladie de six mois, a téléphoné à C.________ pour connaître le solde de son compte. Comme celui-là s'étonnait du montant indiqué, celui-ci a proposé de le rencontrer le lendemain à Moscou. Lors de cette entrevue, C.________ a présenté à B.________ le formulaire A et le «Profil d'investissement» portant la signature de ce dernier. B.________ a alors affirmé n'avoir jamais signé de tels documents. Le 15 septembre 2000, X.________ et Y.________ ont chacun envoyé à la banque par télécopies un ordre de transfert - qui se montait à 1'090'214 US $ pour le premier et à 600'000 US $ pour le second - afin que les fonds déposés sur leurs comptes numériques soient virés en faveur du compte de D.________. Ces ordres de transfert, confirmés par téléphones, puis par télex, n'ont pas été exécutés par la défenderesse. Le 15 septembre 2000, B.________ a envoyé à C.________ un courrier dont la teneur est la suivante: "Depuis (janvier 2000) et jusqu'à mon contact avec vous en août 2000 je n'ai eu aucune prise de contact avec vous. Je ne vous ai donné aucune instruction au sujet de la gestion de mes avoirs. Je n'ai pas donné non plus à personne des pouvoirs de disposer de mes actifs et de mes comptes. Je suis très surpris par les documents que vous m'avez remis. Je les vois pour la première fois de ma vie. Ce sont des faux. Ma signature sur ces documents est faussée illégalement. Votre exécution des opérations avec mes actifs sur mon compte est aussi illégale. (...) je suis l'unique propriétaire des actifs sur le compte __________ conformément à notre échange de documents en janvier 2000. (...) Pour prouver que je n'ai pas signé les documents bancaires datés du 20.03.2000 et du 24.03.2000 et que je ne vous ai donné aucune instruction dans cette période, je vous communique les informations suivantes: