Citation: 1B_267/2009 05.01.2010 E. 2

La recourante soutient que son incarcération violait les art. 5 CEDH et 31 al. 3 Cst., car le Juge d'instruction aurait omis d'examiner l'enregistrement vidéo, alors qu'il s'agissait du seul élément à charge. L'examen de cette pièce aurait permis de conclure que la recourante n'avait pas l'intention de voler, car elle n'aurait pas vu le sac à main accroché au caddie où la victime l'avait auparavant laissé. 2.1 Selon l'art. 5 par. 3 CEDH, toute personne arrêtée ou détenue préventivement doit être aussitôt traduite devant un juge ou un autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires et a le droit d'être jugée dans un délai raisonnable, ou libérée pendant la procédure. L'art. 31 al. 3 Cst. contient une garantie similaire. Le juge de la détention - qui peut être un juge d'instruction; ATF 131 I 36 et 66 - doit être indépendant et impartial, et doit vérifier soigneusement, en fait et en droit, les charges retenues, l'existence des motifs d'incarcération, ainsi que le respect du principe de la proportionnalité (ATF 133 I 270 consid. 3.5.1 p. 283). 2.2 Le Juge d'instruction n'a pas failli à cet examen. Lorsqu'il a ordonné le placement de la recourante en détention préventive, il disposait du rapport de police, dans lequel il est expliqué que la recourante avait été filmée alors qu'elle s'emparait du caddie sur lequel la plaignante avait oublié son sac. Informée de ce fait lors de son audition avec un interprète espagnol, la recourante avait refusé de s'expliquer à ce sujet. Lorsque le Juge d'instruction l'a entendue, également avec un interprète espagnol, elle a répondu qu'elle ne comprenait pas ce que le juge voulait dire. Au moment de décider d'une mise en détention, le magistrat compétent ne peut pas forcément vérifier l'ensemble des éléments recueillis au cours de l'enquête de police. S'agissant de l'établissement des faits, le rapport de police constitue en principe une synthèse fiable, sur laquelle le magistrat doit pouvoir s'appuyer dans un premier temps, sans être tenu de procéder à d'autres actes d'instruction, hormis l'audition de la personne prévenue comme l'exige l'art. 71 al. 3 CPP/VS. En l'occurrence, le Juge d'instruction disposait des informations essentielles sur l'existence de l'enregistrement vidéo, ainsi que sur son contenu. Lors de ses interrogatoires, la recourante n'a d'ailleurs jamais contesté qu'elle s'était rendue dans le supermarché et avait agi de la manière relatée dans le rapport de police. Le Juge d'instruction pouvait dès lors se limiter à ces éléments de preuve qui constituaient des éléments à charge suffisants, sans avoir à visionner lui-même les enregistrements dont on ignore du reste s'ils figuraient déjà au dossier. 2.3 La recourante soutient en vain qu'un visionnement des images vidéo aurait dû conduire le Juge d'instruction à renoncer à une mise en détention. L'enregistrement montre la victime oubliant son sac sur un caddie apparemment coincé; la recourante arrive et prend ce caddie sur lequel on distingue clairement le sac resté accroché; elle se dirige ensuite vers le parking souterrain, sans avoir rien acheté ni déposé dans le caddie; elle en revient quelques minutes plus tard sans le caddie, mais avec un sac plastique, puis elle quitte le magasin. Quelles qu'en soient les explications, ce comportement pouvait légitimement attirer les soupçons sur la recourante, dont le refus de s'expliquer n'a pas contribué à les dissiper immédiatement. 2.4 La recourante se plaint aussi de l'absence d'un interprète russe lors de ses auditions du 17 juillet 2009. Il apparaît que lors de sa première audition par la police avec un interprète en langue espagnole (langue de son lieu de domicile), la recourante a été à même d'exposer son emploi du temps ainsi que sa situation personnelle. Elle a en revanche refusé de s'expliquer sur les faits qui lui étaient reprochés, sans prétendre que cela était dû à des difficultés de compréhension ou d'expression particulières. Entendue le même jour par le Juge d'instruction avec un interprète espagnol, elle a déclaré qu'elle ne confirmait pas ses déclarations à la police, et qu'elle ne comprenait pas "ce que vous [le juge d'instruction] voulez dire". Rien ne permet d'affirmer que la recourante n'avait pas compris l'accusation portée contre elle, et qu'elle n'aurait pas été en mesure de s'expliquer, si elle l'avait voulu. Comme le relève l'Autorité de plainte, les auditions effectuées ultérieurement avec un interprète russe n'ont d'ailleurs pas fait ressortir de contradiction par rapport aux premières déclarations. Le fait que la recourante n'a pas pu contacter les autorités consulaires, susceptibles de lui trouver un interprète, est donc lui aussi sans incidence sur le maintien en détention. 2.5 La mise en détention satisfaisait dès lors, sur la forme et le fond, aux conditions des art. 5 par. 3 CEDH et 31 al. 3 Cst. L'Autorité de plainte pouvait donc, sans arbitraire, considérer que la plainte devait vraisemblablement être rejetée, de sorte que sa décision sur les frais et dépens échappe à toute critique. 2.6 La recourante soutient enfin que l'absence de contrôle de la détention durant le week-end serait "profondément inadmissible". Elle semble ainsi invoquer les art. 5 par. 4 CEDH et 31 al. 3 Cst., selon lesquels toute personne privée de sa liberté a le droit d'introduire un recours devant un tribunal afin qu'il statue à bref délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa libération si la détention est illégale. Dans la mesure où il est recevable (cf. consid. 1.3 et 1.4 ci-dessus), l'argument doit être rejeté: l'Autorité de plainte saisie était, même compte tenu du week-end, manifestement en mesure de statuer dans un délai de quelques jours, ce qui satisfait au principe de célérité (cf. ATF 117 Ia 372; 115 Ia 56; 114 Ia 88).