Citation: 6P.140/2006 10.11.2006 E. A

A.a X.________, née en 1964, et Y.________, né en 1963, se sont mariés en 1987. Au début des années 1990, ils se sont installés en Valais, dans le voisinage immédiat des parents du mari, puis, dès 1996, à Chamoson. Quatre enfants sont issus de leur union: A.________, né en 1989, B.________, née en 1990, C.________, née en 1992, et D.________, né en 1997. Dès la naissance du premier enfant, X.________ a cessé toute activité professionnelle. Originaire de Belgique, elle s'est peu intégrée dans la communauté chamosarde, où elle ne comptait qu'une amie proche. Administrateur de diverses sociétés, Y.________ a rencontré de sérieuses difficultés dès l'an 2000. En avril 2001, il s'est rendu une première fois au Vietnam. Depuis lors, il a multiplié les déplacements à destination de ce pays. Il laissait entendre à sa famille qu'il cherchait là-bas un emploi dans le domaine du tourisme tout en s'intéressant à la promotion des vins. En novembre 2001, il a persuadé X.________ de prêter à l'une de ses sociétés une somme de 200'000 fr., prélevée sur la vente d'immeubles en Belgique, pour financer un projet qui devait le relancer en Suisse. À la même époque, il s'est porté acquéreur, par tiers interposé, d'une maison d'habitation à Hô Chi Minh-Ville, dont l'achat et la rénovation ont été financés par des prélèvements sur un compte bancaire suisse de X.________. Dès cette acquisition, Y.________ a passé de plus en plus de temps au Vietnam, au point de paraître de passage quand il revenait en Valais. Cette évolution a été mal ressentie par X.________, qui devait en supporter les conséquences sur le plan des responsabilités familiales et se trouvait directement exposée aux démarches toujours plus pressantes des créanciers de son mari ou des sociétés exsangues de celui-ci. Elle s'alarmait de voir fondre ses moyens financiers personnels pour des démarches au Vietnam, quand le revenu mensuel fixe de la famille se limitait aux 5'000 fr. d'indemnités de chômage perçues par le mari. En été 2002, Y.________ a annulé au dernier moment des vacances familiales prévues en Ardèche. Il a aussi décidé d'emmener pour quelque temps le petit D.________ au Vietnam. Durant toute la durée du séjour, il n'a pas autorisé son épouse à parler au téléphone avec l'enfant, de peur, disait-il, que celui-ci ne s'ennuie de sa mère. De plus, alors qu'il était convenu que l'enfant serait de retour pour la rentrée scolaire, à la mi-août, Y.________ n'a ramené l'enfant qu'au début du mois de septembre. Pendant ce séjour, X.________ a commencé à éprouver des doutes sur les activités de son mari à Hô Chi Minh-Ville. Non seulement il y avait acheté une maison d'habitation, mais il avait menti à propos de l'achat d'un bijou et d'un téléphone portable. Divers bruits couraient à Chamoson au sujet d'une maîtresse que son mari aurait au Vietnam. Le 21 août 2002, X.________ a répondu pour son mari à une convocation de l'office des poursuites de Conthey. Un substitut du préposé l'a interrogée et constaté que les revenus de Y.________ ne couvraient pas le minimum vital de la famille. Le 9 septembre 2002, X.________ a pris un emploi à 80% dans un établissement médico-social. Au bout de cinq jours de travail, constatant qu'elle ne parviendrait pas à concilier ses obligations professionnelles avec ses charges familiales, elle a donné son congé. Elle a mal vécu cet échec. À la même époque, le compte bancaire qu'elle utilisait pour subvenir aux besoins du ménage a fait l'objet d'une saisie. Le 17 septembre 2002, elle s'est présentée une nouvelle fois à l'office des poursuites de Conthey en remplacement de son mari. Au cours de l'entretien avec le substitut, il est apparu que le compte n'aurait pas dû être entièrement bloqué. Le nécessaire a été fait pour que la banque verse à X.________ une somme de 8'500 fr., qui lui a permis de régler les factures courantes du ménage et de conserver un solde en liquide à la maison. Le lendemain, 18 septembre 2002, X.________ s'est rendue chez un notaire pour la liquidation des relations d'affaires entre son mari et l'un de ses associés. À cette occasion, elle a compris que la société à laquelle elle avait prêté 200'000 fr. en novembre 2001 ne serait jamais en mesure de les lui rembourser. A.b En raison de ces événements, X.________ s'est sentie à bout, moralement et physiquement. Sans avoir cherché d'aide auprès de ses beaux-parents ou de l'amie dévouée qu'elle avait à Chamoson, elle a jugé sa situation si désespérée et insupportable qu'elle s'est mise à envisager le suicide comme solution définitive à ses problèmes. Pensant que la vie sans leur mère leur serait insupportable et ne pouvant admettre de les abandonner à un sort qu'elle voyait tout de souffrances intolérables, X.________ a alors conçu le projet de donner la mort à ses enfants avant de se suicider. La noyade dans le Rhône lui a d'emblée paru la meilleure façon de faire, sauf pour le cadet, qu'elle a prévu de noyer à la maison. Elle a décidé de passer à l'acte le jeudi 19 septembre 2002, mais la vue de ses enfants pleins de vie au retour de l'école l'a, ce jour-là, détournée de son projet. Dans l'après-midi du vendredi 20 septembre 2002, après avoir reçu la visite de ses beaux-parents et un appel téléphonique de son mari, X.________ est allée à l'arrêt du bus scolaire attendre D.________, décidée à mettre son plan à exécution. De retour à la maison, elle a joué quelque temps avec l'enfant, avant de lui proposer de prendre un bain, ce qu'il a accepté volontiers. Vers 16h.15, X.________ a installé son fils dans la baignoire. Après l'avoir laissé jouer un peu dans l'eau, elle l'a mis sur le ventre. L'enfant s'est laissé faire, car il avait confiance. X.________ lui a alors maintenu la tête sous l'eau jusqu'à ce qu'il cesse de se débattre. Elle a ensuite sorti de la baignoire le corps sans vie du petit garçon. Elle l'a essuyé, elle l'a déposé sur son lit, avant de le couvrir, de l'embrasser tendrement et de l'entourer de ses peluches préférées. Elle était en larmes et triste. Elle a ensuite rédigé un mot d'adieu. Aux environs de 17h.00, ses trois autres enfants sont rentrés à leur tour de l'école. Après le goûter, ils ont joué puis dîné vers 19h.00. X.________ leur a déclaré que leur petit frère était en visite jusqu'au lendemain chez un copain. À la nuit tombante, X.________ leur a proposé d'aller jouer à cache-cache dans le noir, près du Rhône. Malgré leurs réticences et les mauvaises conditions météorologiques, elle a su les motiver. Elle projetait, conformément à son plan, de les précipiter dans le fleuve depuis le pont de Riddes. Elle les a conduits en voiture près de l'ouvrage. À l'arrivée, elle leur a fait comprendre qu'ils devaient, pour respecter les règles du jeu, sortir du véhicule avec elle, l'un après l'autre. C.________ est venue la première et a suivi sa mère jusqu'au milieu du pont. Là, sa mère lui a demandé d'enjamber le parapet. L'enfant s'est écriée "t'es folle", avant de lui demander de lui tenir la main et de ne surtout pas la lâcher. Pour vaincre les inquiétudes de sa fille, X.________ lui a tenu la main. Une fois l'enfant de l'autre côté, elle l'a lâchée et l'a poussée dans l'eau. Contrairement aux prévisions de sa mère et à l'insu de celle-ci, C.________ est parvenue à regagner la berge quelque 300 m en aval, souffrant d'une plaie superficielle et d'éraflures. Elle a été prise en charge par un automobiliste. X.________ a répété le même scénario avec son fils A.________, qui a eu le temps de l'appeler au secours pendant sa chute, puis elle a recommencé avec B.________. Mais, alors qu'elle se trouvait avec celle-ci au milieu du pont, A.________ est réapparu tout mouillé et lui a demandé pourquoi elle l'avait poussé. B.________ a alors paniqué et couru vers la voiture. Dans cette situation imprévue, X.________ a invité ses deux enfants à reprendre place dans le véhicule. Avant de monter, A.________ lui a demandé de jurer qu'elle ne ferait "plus de bêtises". X.________ le lui a promis. Toutefois, déterminée à en finir, elle n'a pas regagné Chamoson. Elle s'est engagée sur l'autoroute, qu'elle a quittée à St-Maurice. Elle a ensuite circulé sur une route cantonale vaudoise. À Bex, vers 21h.00, elle a aperçu une station-service sur le côté opposé de la route. L'ayant dépassée, elle a fait demi-tour et dirigé sa voiture à vive allure (100 à 120 km/h) sur l'installation, endommageant une colonne à essence, une des poutrelles métalliques soutenant la marquise et trois véhicules d'occasion parqués à proximité. À l'emplacement de la colonne, un début d'incendie s'est déclaré. Grâce à l'intervention d'un automobiliste, le feu ne s'est pas propagé. B.________ a subi divers hématomes et éraflures superficielles. Assis sur le siège du passager avant, A.________ a souffert de fractures du fémur et du tibia proximal antérieur droit. En attendant les secours, X.________, tétanisée et désespérée, s'est inquiétée de savoir quand l'ambulance allait arriver pour son fils. A.c X.________ a été soumise à une expertise psychiatrique. Le spécialiste désigné par le juge d'instruction a considéré que les actes homicides de l'expertisée étaient sous-tendus par un élément contextuel, consistant dans un trouble de l'adaptation avec humeur dépressive et anxieuse (F 43.22 selon la classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10ème éd. 1993 [ci-après CIM-10] établie par l'Organisation Mondiale de la Santé [OMS]), et par un élément dynamique, consistant dans un trouble mixte de la personnalité (F61.0 CIM-10) avec des traits de personnalité paranoïaque et dépendante. Ce dernier élément était assimilable à un développement mental incomplet, qui n'empêchait pas X.________ d'apprécier le caractère illicite de ses actes mais réduisait sa faculté de se déterminer en fonction de cette appréciation. En raison de l'interaction de ce trouble de la personnalité avec un contexte très défavorable, la diminution de responsabilité qui en découlait était d'un degré faible à moyen. X.________ a chargé un expert privé de faire une contre-expertise. Le spécialiste qu'elle a mandaté a conclu à une diminution de responsabilité d'un degré grave.