Citation: 5A_338/2024 E. 4.3

4.3. La juridiction précédente a retenu que si la recourante avait certes été le parent de référence des filles durant leurs premières années de vie, en particulier lorsqu'elles vivaient toutes les trois en Afrique du Sud alors que l'intimé travaillait au Mozambique, cette situation avait évolué au plus tard lorsque la famille s'était installée en Suisse en septembre 2022. Dès ce moment, le père était à tout le moins aussi impliqué que son épouse dans la prise en charge des enfants, dont il s'occupait en tout cas durant la journée et pour lesquelles il représentait, tout autant que leur mère, une personne de référence. Quant à l'éloignement du père de ses filles depuis la séparation, il ne semblait pas devoir être imputé à un manque de volonté ou d'intérêt de sa part, mais résultait de l'ensemble des circonstances du cas d'espèce, en particulier de l'absence de domicile fixe de l'époux, du fait qu'il n'avait pas d'endroit où accueillir ses filles en Suisse, des difficultés organisationnelles - amplifiées par l'évolution du conflit parental - survenant d'un côté comme de l'autre lorsqu'il s'agissait d'organiser un droit de visite au Luxembourg ou encore des contraintes - en termes d'horaire notamment - qu'impliquaient des échanges par téléphone. Le père avait néanmoins vu ses filles à plusieurs reprises depuis la séparation et les parties s'accordaient à dire que ces rencontres se passaient bien. L'impact que l'éloignement des derniers mois avait pu avoir sur les relations père-filles devait quant à lui être relativisé, compte tenu notamment du caractère plutôt récent de la séparation, du fait que les liens n'avaient jamais été totalement rompus et des vraisemblables facultés d'adaptation des enfants au vu de leur jeune âge, y compris s'agissant de leurs aptitudes linguistiques. Concernant les capacités éducatives du père, aucun élément concret permettant de penser que l'état psychique de celui-ci était incompatible avec la prise en charge de ses filles ne ressortait du dossier ni n'était avancé par l'épouse, ce d'autant plus que l'époux - conscient de ses difficultés - bénéficiait d'un suivi thérapeutique - et médicamenteux lorsque cela était nécessaire - adéquat. L'argument de l'épouse concernant le parcours de vie de son époux et ses difficultés à acquérir une stabilité était quant à lui sans consistance, voire relevait de l'abus de droit, dans le contexte d'une famille qui avait déménagé à cinq reprises, dans cinq pays différents, en l'espace de quatre ans. Le manque d'intégration et les lacunes de connaissances en matière administrative, scolaire ou médicale que la recourante reprochait à son époux devaient être relativisés par la courte durée pendant laquelle l'intimé avait vécu en Suisse, où il avait disposé d'un domicile fixe de septembre 2022 à juillet 2023 seulement. S'agissant de la communication entre les parties, la juridiction précédente a estimé que l'autorité de première instance avait retenu à juste titre que, malgré un conflit parental important, les époux parvenaient à communiquer, au moins par courriels, ce qui laissait présager leur capacité de mettre la priorité sur leurs enfants plutôt que sur leurs difficultés personnelles. Par ailleurs, l'issue de la procédure de mesures protectrices de l'union conjugale et des procédures pénales opposant les parties permettait d'espérer un apaisement de la situation, tout comme la curatelle de surveillance des relations personnelles instaurée par la première juge et le fait que les époux n'auraient plus à organiser des rencontres père-filles entre la Suisse et le Luxembourg. Concernant le logement familial, la juridiction précédente a considéré que son attribution au père permettait la mise en place d'une garde alternée dont les conditions étaient remplies et qui était la meilleure solution pour les enfants, mais qui ne pouvait être instaurée dans un contexte d'incertitude quant à la possibilité du père de trouver un logement adéquat dans la région, respectivement au délai dans lequel il pouvait y parvenir compte tenu de sa situation personnelle, en particulier de son absence d'ancrage en Suisse. L'attribution du logement à celui-ci permettait ainsi d'assurer la praticabilité du mode de garde le plus conforme au bien des enfants. Enfin, le changement que le déménagement de leur mère et le retour de leur père au domicile familial impliqueraient pour les enfants devait être relativisé par le fait que de telles modifications étaient inhérentes à toute situation de séparation. Les enfants avaient en l'occurrence déjà assisté au départ de leur père en juillet 2023 et paraissaient s'y être acclimatées relativement facilement, aucune difficulté d'ordre psychique particulière n'étant rapportée les concernant. Sous l'angle du bien-être des enfants, l'attribution du logement au père avait en outre l'avantage de permettre aux filles de rétablir le lien avec celui-ci, dont elles avaient été quelque peu éloignées durant les derniers mois, dans un cadre qui leur était familier à tous les trois. Le délai d'environ deux semaines laissé par la première juge à la recourante pour trouver un appartement de 4,5 pièces pour un loyer n'excédant pas 1'900 fr. dans la région de U.________ étant difficile à tenir, il convenait de fixer à la mère un nouveau délai au 30 juin 2024 pour quitter la maison familiale et se constituer un nouveau logement, la garde alternée pouvant être mise en oeuvre dès le 1er juillet 2024.