Citation: 4A_277/2021 E. 2.2.2

2.2.2. En l'occurrence, les parties ont simultanément déposé leurs mémoires post-audience le 19 octobre 2020. La recourante a sollicité le 27 octobre 2020, soit dans un laps de temps qui paraît raisonnable, un délai pour répondre à l'écriture du camp adverse. L'arbitre s'y est refusé et la recourante a pris acte de cette décision, non sans dénoncer une violation de son droit d'être entendue. L'arbitre a alors prononcé la clôture de la procédure le 23 novembre 2020, puis rendu sa décision finale le 31 mars 2021. Il paraît difficile de reprocher à la recourante un comportement contraire à la bonne foi, vu le refus ferme exprimé par l'arbitre, et ce quand bien même elle aurait pratiquement disposé du temps nécessaire pour présenter son argumentation avant le prononcé de la sentence finale (sur ce point précis, cf. arrêt précité 4A_247/2017 consid. 5.2). Quoi qu'il en soit, à l'aune des principes rappelés ci-dessus, l'arbitre n'a pas enfreint le droit d'être entendu en procédure contradictoire, tel qu'il est protégé par l'art. 393 let. d CPC, en déniant aux parties un droit de réplique inconditionnel à l'encontre du mémoire post-audience déposé simultanément par l'adversaire (sentence, n. 85 et courriel du 27 octobre 2020, cité par la recourante et par l'arbitre). Un tel droit n'est pas illimité. Au demeurant, il n'apparaît pas que le camp adverse ait brandi, dans son mémoire tenant lieu de plaidoirie écrite, des éléments véritablement nouveaux qui eussent pu surprendre la recourante et justifier une prise de position. On rappellera à cet égard que si le droit de réplique inconditionnel vaut dans les procédures judiciaires sans égard à la nouveauté et à la pertinence de l'argumentation proposée, cette jurisprudence n'est pas transposable telle quelle en cette matière particulière. La recourante aurait voulu discuter des retards accumulés sur le chantier, qui seraient en particulier dus à la géologie du terrain. Or, il appert qu'elle avait elle-même abordé cette question dans son mémoire post-audience, certes brièvement (mémoire Dem. du 19.10.2020, p. 18 s. n. 47, p. 31 n. 71 et p. 39 ss n. 129 ss), mais pas plus succinctement que les défendeurs, qui n'y ont consacré que quelques lignes. D'après ceux-ci, la demanderesse avait beaucoup insisté sur cette question à l'audience; ils ont pointé l'annexe 5 du contrat, imposant à l'entrepreneuse l'obligation de visiter le terrain en précisant qu'elle ne pouvait "en aucun cas [...] argumenter une méconnaissance du lieu" (mémoire Déf. du 19.10.2020, p. 18 n. 81). Après avoir évoqué à l'audience une telle problématique, la demanderesse/recourante devait s'attendre à ce que la partie adverse lui brandisse un tel argument. Qui plus est, elle se garde de préciser quel moyen elle aurait voulu opposer. Sur ce dernier point, elle paraît confondre deux éléments qui sont d'une part la demande d'octroyer un délai de réplique, dans laquelle le requérant n'a effectivement pas à préciser quels éléments il souhaiterait développer en réplique (ATF 146 III 97 consid. 3.4.3, cité par la recourante), d'autre part le moyen de recours tiré du droit d'être entendu, stade auquel le justiciable doit expliquer, si cela n'est pas d'office discernable, en quoi la violation dénoncée pourrait influer sur l'issue de la procédure (arrêt 4A_438/2019 du 23 octobre 2019 consid. 3.2, auquel renvoie l'ATF précité; arrêt 4A_167/2021 du 19 juillet 2021 consid. 4.1.2; ATF 143 IV 380 consid. 1.4.1). Au surplus, la recourante se borne à soutenir que ses adversaires auraient "développé des explications ampoulées" quant aux retards de chantier - qu'elle avait aussi imputés à un manque de collaboration de la constructrice (demande, n. 23-27; réplique, n. 180-186) -, sans indiquer sur quel (s) point (s) précis ils auraient apporté un élément qui eût appelé une réponse de sa part, dont on ignore tout du contenu qu'elle aurait pu revêtir. La recourante se plaint enfin de n'avoir pas pu rétorquer à l'argument selon lequel elle n'avait pas sollicité de prolongation de délai, ou du moins ne l'avait pas suffisamment allégué et prouvé. Il est vrai que les intimés, pour des raisons stratégiques peut-être, n'avaient pas traité cette question dans leurs écritures antérieures. Il n'en demeure pas moins que la recourante avait déjà allégué avoir signalé les retards tout au long du chantier dans de très nombreux documents (réplique, n. 180 et 184; cf. aussi demande, n. 23 ss). Elle était dès lors consciente de la nécessité d'aviser la constructrice des retards. Surtout, elle passe comme chat sur braise sur les armes de défense qui auraient permis de parer à l'argument du camp adverse, lequel repose sur un problème probatoire. Or, à ce stade, on pouvait attendre qu'elle les dévoilât, au moins succinctement. En refusant à la demanderesse/recourante, dans les circonstances d'espèce, la possibilité de répliquer au mémoire post-audience, l'arbitre n'a pas transgressé l'art. 393 let. d CPC.