Citation: 5A_612/2019 E. 6.5

6.5. On ne saurait non plus suivre les recourants lorsqu'ils affirment en substance que l'article lu dans son ensemble présenterait les différents points de vue de manière équilibrée, soulignerait clairement les controverses ou débats autour de la personne de F.________ et de G.________ et ne comporterait que des jugements de valeur défendables au vu des faits auxquels ils se rapportent. L'article litigieux porte le titre "F.________ : mécène en eaux troubles ". Il est illustré par une photographie du prénommé portant la légende "F.________, plusieurs fois soupçonné, jamais condamné ". Dans la version papier du journal, un autre article intitulé " L'argent de F.________, chance ou arnaque? " lui est en outre accolé. De tels titres, rédigés en plus grand et en gras ainsi qu'en des termes dépréciatifs, entourant une photo accompagnée d'une légende donnant faussement à penser que le photographié a fait l'objet de plusieurs enquêtes pénales (cf. supra, consid. 6.4.1) frappent spécialement l'attention d'un lecteur moyen et présentent à ce dernier une image d'emblée fausse et négative de la personne désignée. Il est par ailleurs difficile à ce lecteur moyen de se défaire, à la lecture du contenu de l'article - pour autant qu'il y procède (cf. supra, consid. 6.1.2) -, de cette première description de l'intéressé. La phrase d'attaque commence par l'expression " sulfureux trader ". Tout le premier paragraphe consiste à exposer que F.________ est une personnalité controversée dont l'origine de la fortune est par ailleurs douteuse et se termine en laissant entendre que le prénommé a le " fisc voyageur " et que, si sa vie et son oeuvre peuvent tenir du " roman d'aventures ", elles peuvent aussi relever du " polar " soit, en d'autres termes, d'un roman qui prend pour sujet une enquête menée à l'occasion d'un crime ou d'un délit. En plus de ce qui a déjà été relevé ci-devant (cf. supra, consid. 6.4), le journaliste utilise en outre tout au long de son article de multiples assertions à connotation négative (" mécène en eaux troubles "; " profiteur "; " affameur "; " acheteur d'art compulsif ", " flibustier ", etc.) ou d'autres plus imagées à visée ironique (" Vaudois basé sous le doux climat (d'affaires) londonien "; " n'a pas que le fisc voyageur, sa vie, son oeuvre se lisent comme un roman d'aventures. Ou un polar, c'est selon "; " le Suisse poussera l'idylle jusqu'à obtenir un statut diplomatique "; " le vent de la justice ", etc.), qui sont de nature à contester tout honneur à F.________ ou, du moins, à faire fortement douter le lecteur moyen de sa probité et de son sens éthique. Certes, l'article litigieux indique parfois que les propos tenus sont ceux des partisans et détracteurs du prénommé ou interpelle le lecteur par des formulations antagoniques (" affameur, pour les uns, créateur de richesses pour les autres, le débat peut donc se poursuivre. Dès la semaine prochaine au Municipal "; " généreux mécène ou un profiteur "). Vu le nombre et l'intensité des termes dépréciatifs, ces éléments censés avoir un effet pondérateur perdent toutefois toute consistance et finissent par s'effacer au regard du lecteur moyen. L'article se termine enfin sur une note péjorative, le journaliste affirmant que " les critiques demeurent " à l'encontre de F.________, mais " désormais dirigées contre ses projets d'agrocarburant en Sierra Leone, l'un des pays les plus pauvres de la planète, où des milliers d'hectares agricoles nourrissent désormais les réservoirs automobiles grâce à la canne à sucre ". Or, si la publication de jugements de valeur bénéficie de la liberté d'expression, ces derniers ne sauraient laisser entendre un état de fait qui ne correspond pas à la réalité ni contester à la personne concernée tout honneur (cf. supra, consid. 6.1.4).