Citation: U 302/06 04.06.2007 E. A

M.________, né en 1947, alors au chômage, a été victime d'un accident de la circulation le 29 novembre 2002. Le conducteur d'un véhicule de livraison qui roulait normalement sur la chaussée s'est arrêté. Il a effectué une marche arrière et a heurté l'avant du scooter conduit par M.________. Ce dernier s'était normalement arrêté derrière le fourgon à quelques 10 à 15 mètres. A la suite du choc, il a chuté sur la chaussée et s'est blessé. Il a déclaré qu'il croyait «s'être évanoui un instant» (rapport de gendarmerie du 30 novembre 2002). Il a reçu les premiers soins à la Division des urgences médico-chirurgicale de l'Hôpital X.________. Les médecins ont posé le diagnostic de traumatisme cranio-cérébral, de contusions de l'épaule et du bras, de contusions des lombes et du bassin et de cervicalgie. L'examen clinique a montré une douleur à la palpation cervicale, lombaire, aux épaules et à la hanche droite, ainsi qu'une légère douleur à la compression thoracique. Le reste du status était dans la norme. Le bilan radiologique (bassin, thorax, épaule droite, cervicales, lombaire) n'a pas révélé de lésions visibles. En raison de la perte de connaissance, les médecins ont proposé une surveillance neurochirurgicale de douze heures, que le patient, lui-même médecin, a refusée. Il est retourné à son domicile après trois heures d'observation (rapport de sortie du 29 novembre 2002). Le patient a ensuite été suivi par le docteur J.________, qui a posé le diagnostic de « status post-contusion du crâne, colonne cervicale, colonne lombaire, bassin; status post-commotion cérébrale (rapport du 17 décembre 2002). La Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (CNA) a pris en charge le cas. Au soir de l'accident, l'assuré a observé un scotome au centre de son champ visuel droit et une impression de baisse de vision des deux côtés. Une angiographie a été pratiquée par le Professeur A.________ du service d'ophtalmologie de l'Hôpital X.________. Il a noté que le patient souffrait d'un léger diabète. Il n'a pas exclu que, durant le traumatisme, l'assuré ait fait un «whiplash maculopathy», du fait de l'adhérence théorique du vitré, entre autre dans la région péri fovéale. Le 5 février 2003, le docteur J.________ a fait état d'une évolution défavorable (perte de mémoire, vertiges, insomnie, raideurs musculaires). Dans une appréciation médicale du 26 juin 2003, le docteur F.________, spécialiste FMH en ophtalmologie et chirurgie ophtalmique, rattaché à la Division de médecine des assurances de la CNA, a fait état d'une rétinopathie diabétique classique. L'aggravation du fait de l'accident pouvait tout au plus être indirecte si la glycémie n'avait pas pu être contrôlée à la suite de l'accident. Sur le plan ophtalmologique, des examens complémentaires ont été pratiqués par le docteur D.________, qui a conclu à la présence d'une rétinopathie diabétique de fond bilatérale et relativement stable dans le temps; il existe également une maculopathie focale des deux côtés, légèrement plus importante du côté droit (rapport du 16 mars 2004). Le 6 mai 2004, l'assuré a consulté le Service de neurologie du comportement de l'Hôpital X.________ en raison de troubles mnésiques. L'examen neurologique a montré une sous-utilisation du membre supérieur droit, sans que l'on puisse mettre en évidence d'autres anomalies nettes. Il existe peut-être de discrets troubles sensitifs de l'hémicorps droit. L'examen neuro-comportemental évoque en premier lieu une amnésie et un trouble du comportement avec une composante psychogène importante. Une prise en charge psychiatrique apparaissait indispensable. Les médecins ont expliqué au patient que ses problèmes étaient probablement liés à un blocage psychologique à la suite de l'accident. Pour l'instant, le patient ne souhaitait toutefois pas une prise en charge psychiatrique (rapport des docteurs N.________ et K.________ du 13 mai 2004). Le 16 juin 2004, le docteur J.________ a rappelé l'existence des troubles mnésiques et mentionné une prise en charge psychiatrique du patient apparemment acceptée par celui-ci (rapport du 16 juin 2004). Le 30 septembre 2004, M.________ a été examiné par le docteur L.________, spécialiste en chirurgie et médecin d'arrondissement de la CNA. Le patient s'est présenté prostré dans son fauteuil, tête penchée en avant avec une collerette autour du cou et une canne à la main gauche. Il a déclaré souffrir d'un manque de mémoire total, d'hallucinations, de vertiges, de cauchemars à répétition pendant la nuit et de maux de tête occasionnés par n'importe quel événement quotidien. L'anamnèse s'est prolongée en raison des difficultés du patient à exprimer avec une voix extrêmement faible un état d'angoisse à la limite des pleurs et le besoin exprimé par le patient de devoir se reposer pour pouvoir reprendre la conversation. Le docteur L.________ a noté que l'examen était décevant, pauvre du point de vue somatique, mais correspondant à l'extinction normale des conséquences de l'accident après deux ans, et qui n'avait entraîné que des contusions au niveau de l'appareil locomoteur, aujourd'hui sans conséquence. Le tableau clinique que présentait le patient était celui d'une invalidation quasi totale d'origine psychique (rapport du 1er octobre 2004). Une IRM cérébrale a été pratiquée le 20 octobre 2004. L'examen n'a pas révélé d'anomalies notables, mais au vu du traumatisme cranio-cérébral, le médecin examinateur ne pouvait pas exclure des lésions à l'échelle cellulaire (rapport du docteur H.________ du 21 octobre 2004). L'assuré a été mis au bénéfice d'une rente entière de l'assurance-invalidité à partir du 1er novembre 2003. Par décision du 24 janvier 2005, la CNA a mis fin à ses prestations (indemnités journalières et frais médicaux) au 15 février 2005. Saisie d'une opposition de l'assuré, elle l'a rejetée par une nouvelle décision, du 13 juillet 2005.