Citation: 5A_322/2022 E. 5.1

5.1. La Cour de justice a estimé que c'était à juste titre que le Tribunal avait retenu que les parties étaient séparées depuis plus de deux ans au moment du dépôt de la demande en divorce et qu'elles ne formaient plus une communauté domestique et familiale, malgré le fait qu'elles aient continué à vivre sous le même toit. En substance, elle a retenu que les parties avaient manifesté leur intention de se séparer dès le début de l'année 2018, ce qui ressortait d'un courriel du 26 février 2018 de l'époux (" we agreed that we would separate ", " It is sad that we have agreed to separate but I think it remains the right decision for us "), et qu'elles avaient concrétisé cette intention par le fait que chacune d'elles s'était constituée un avocat et avait, chacune de son côté, introduit une procédure de mesures protectrices de l'union conjugale, qui avait duré près de trois ans et dont le déroulement paraissait peu conciliable avec le maintien d'une communauté de vie. Elle a en outre relevé que, dès le début de 2018 également, les parties avaient organisé une prise en charge séparée des enfants, qui tendait à démontrer leur souhait de ne plus passer de temps ensemble ni partager les moments familiaux privilégiés, l'époux reconnaissant du reste que l'épouse se plaignait du fait qu'il demeurait trop présent lors de ses week-ends de garde, ce qui laissait apparaître une volonté d'indépendance. Par ailleurs, les parties n'avaient plus maintenu de vie sociale commune et les pièces produites à cet égard par l'époux ne démontraient pas qu'ils auraient passé du temps en commun. A cela s'ajoutait que l'organisation des époux sous le même toit ne reflétait pas une communauté domestique et bien que les parties avaient continué à partager leur chambre à coucher et leur salle de bain, alors que la villa disposait d'autres pièces disponibles, elles avaient néanmoins séparé le lit, dormant ainsi sur deux lits distincts, séparés par un matelas installé comme cloison. Il apparaissait ainsi que la volonté de chaque époux de rester dans la chambre à coucher, tout comme de rester dans le domicile familial, était principalement motivée par les revendications prises sur mesures protectrices plus que par une volonté de maintenir une communauté affective. L'autorité cantonale a encore relevé que, sur le plan économique, l'époux ne pouvait pas être suivi lorsqu'il prétendait qu'aucun changement n'était intervenu dans l'organisation financière de la famille et que s'il avait certes continué de prendre en charge l'essentiel des besoins de la famille, cela ne signifiait pas pour autant qu'il s'agissait du maintien de l'ancien modèle de vie, puisque cela résultait de son devoir d'entretien. Par ailleurs, sur le plan des impôts, les parties, à tout le moins l'époux, avaient demandé au mois de janvier 2019 une scission afin de déterminer quelle part découlait de ses propres revenus et quelle part découlait de ceux de son épouse, ce qui dénotait une intention de partager la charge fiscale. Enfin, la volonté des parties de ne plus former une communauté de vie était, d'un point de vue objectif, reconnaissable auprès de tiers, tant auprès de l'expert ayant analysé la situation familiale, que des intervenants contactés dans le cadre de l'expertise, de la curatrice des enfants et de la fiduciaire des époux. Compte tenu des éléments retenus, l'autorité cantonale a considéré que les parties ne formaient plus une communauté de vie complète sur le plan physique, intellectuel, affectif et économique depuis l'introduction des mesures protectrices de l'union conjugale au mois de juin 2018 et que, partant, c'était à bon droit que l'autorité de première instance avait jugé que les conditions de l'art. 114 CC étaient réalisées.