Citation: 6B_1006/2023 E. 1.2

1.2. En substance, la cour cantonale a retenu que le recourant avait admis avoir attendu le retour de sa victime qui avait conduit son épouse au travail en voiture pour s'en prendre à lui dès son retour. Il avait agi avec préméditation et il ne s'agissait pas d'un acte irréfléchi commis sous le coup de l'émotion, de la surprise ou encore de la panique. La présence du recourant sur les lieux durant plus de dix minutes ne pouvait s'expliquer autrement que par son intention de se confronter à sa victime, en attendant le retour de celle-ci, et en réalité, il n'avait jamais été question pour lui d'accompagner ses enfants à une quelconque activité le jour en question. Sa présence à cet endroit et à ce moment précis ne dépendait en rien du hasard, puisqu'il admettait lui-même connaître toutes les habitudes de sa victime. La cour cantonale a donc retenu que le recourant avait manifestement planifié son expédition et qu'il n'avait aucun projet familial le matin en question. Du reste, il avait lui-même expliqué qu'il était en conflit avec la victime depuis plusieurs jours. Sur les trois coups de feu tirés par le recourant, deux balles avaient atteint la victime au niveau des jambes, l'une au mollet droit et l'autre à la cuisse droite. Le recourant avait attendu un bref instant avant chaque coup de feu, ce qui excluait la précipitation, tout comme le fait qu'il avait déclaré avoir chargé l'arme après avoir vu l'intimé revenir. Le fait de tirer plusieurs fois avec une arme à feu sur une personne située à environ un mètre en la touchant à deux reprises, écartait la seule volonté d'effrayer sa victime. La probabilité de provoquer la mort était très importante et la violation du devoir de prudence particulièrement grave. Le recourant avait déclaré qu'au deuxième coup de feu il lui était égal de toucher sa victime. Il ressortait des déclarations du recourant que celui-ci avait eu conscience d'avoir atteint sa victime lors du deuxième coup de feu avant de tirer une troisième fois. Il n'était pas contesté qu'il avait tiré au niveau des jambes et non de la cage thoracique ou de la tête, ce qui excluait le dessein de tuer. Il n'était pas non plus contesté qu'il aurait pu tirer une quatrième fois sur sa victime, ce qu'il n'avait pas fait, éjectant la dernière cartouche au moment de quitter les lieux avant de se débarrasser du pistolet qu'il venait d'utiliser. Certes, les balles pouvaient traverser les parties du corps atteintes sans causer de préjudice grave à la victime, comme cela avait été miraculeusement le cas en l'occurrence. Toutefois, il était bien plus probable que ces mêmes balles provoquent des lésions irréversibles, respectivement mortelles, en sectionnant une artère ou une veine fémorale. Le recourant avait en outre tiré sur une personne en mouvement dont il ne pouvait prévoir les réactions. Un risque d'atteinte mortelle était donc possible et même probable, et non pas inexistant, ce qui était suffisant pour retenir le dol éventuel. Le fait qu'il ressortait du rapport du CURML que les blessures subies par l'intimé n'avaient pas mis concrètement sa vie en danger dans le cas d'espèce, ou que la trajectoire des balles ait été descendante, n'y changeait rien. Du reste, après avoir tiré le coup de feu qui avait blessé sa victime au mollet, le recourant n'avait pas pour autant interrompu ses agissements puisqu'il avait tiré à nouveau, l'atteignant cette fois à un niveau plus élevé du corps, soit à la cuisse. Le tir de plusieurs coups de feu au niveau des jambes était de nature à provoquer des lésions dont les suites pouvaient s'avérer mortelles. Les trois coups de feu tirés attestaient donc de l'intensité avec laquelle le recourant avait voulu ou s'était accommodé d'exposer sa victime à un danger de mort imminent. Celui-ci n'avait par ailleurs jamais possédé la faculté de déterminer l'étendue des blessures infligées à sa victime en lui tirant dessus, étant précisé que chacun des coups de feu avait la capacité d'être mortel. Quant à la victime, celle-ci n'avait jamais eu la possibilité d'échapper aux tirs du recourant qui lui faisait directement face. Le recourant avait donc clairement pris le risque de tuer sa victime et en avait accepté l'éventualité, s'accommodant d'un tel résultat pour le cas où celui-ci devait survenir. En outre, après son acte, le recourant avait quitté les lieux en courant, conscient de laisser sa victime blessée derrière lui, sans se préoccuper des conséquences de ses actes. Ainsi, la cour cantonale a condamné le recourant pour tentative de meurtre, à tout le moins par dol éventuel.