Citation: I 355/01 12.10.2001 E. 2

2.- Il n'est pas contesté que l'intimée souffre d'une infirmité congénitale (rétinoblastome, n° 421 OIC). Seul est litigieux le point de savoir s'il existe un lien de causalité adéquate entre l'affection secondaire de l'assurée, soit ses troubles du comportement et cette infirmité congénitale, de manière à ouvrir le droit aux mesures médicales. a) En l'espèce, dans son rapport d'expertise du 27 juin 2000, le Professeur D.________ arrive à la conclusion qu'il ne peut pas déterminer l'existence d'une étroite connexion entre le trouble d'ordre psychique spécifique de l'enfant (trouble de la personnalité narcissique) et les symptômes de l'infirmité congénitale. Toutefois, il constate que les troubles psychiques de l'intimée ne sont apparus qu'après l'infirmité congénitale et qu'aucun "élément pathologique anamnestique" n'était présent avant le diagnostic de rétinoblastome. L'expert a également expliqué que l'opération avait provoqué une perte du champ visuel avec pour conséquence une limitation très importante dans l'évolution physique et psychique de A.________ (sentiments d'insécurité, de dévalorisation de sa propre image, limitations importantes, difficultés dans les relations interpersonnelles). De même, selon lui, face à la perte de l'organe et de sa fonction, l'enfant a présenté des troubles du comportement (agitation, crises de colère) en rapport causal avec cette perte. Ces observations confirment l'avis de la doctoresse C.________ (rapport du 28 juin 1996, avis complémentaire du 6 juillet 1998), selon lequel les troubles psychiques de l'enfant sont en relation directe avec la pathologie oculaire et ses conséquences. Enfin, l'expert confirme qu'après toute intervention mutilante, le "deuil" de la fonction s'accompagne d'une réaction dépressive, variable en profondeur et en durée. Elle peut nécessiter un traitement spécialisé, associant parfois une intervention psychothérapeutique à un traitement médicamenteux. Sur le vu de ces constatations médicales, on doit admettre que le lien de causalité naturelle est établi au degré de la vraisemblance prépondérante, même s'il devait s'avérer que l'infirmité congénitale et le traitement chirurgical qu'elle a nécessité ne sont pas la cause unique des troubles psychiques dont souffre l'assurée (ATF 121 V 329 consid. 2a et les arrêts cités; comp. ATF 100 V 42 consid. 1b). b) Quant à la condition d'un lien de causalité adéquate "qualifiée" postulée par la jurisprudence, elle est également réalisée en l'espèce. En effet, il ressort des constatations de l'expert qu'il existe une connexion étroite entre l'opération (énucléation) - extrêmement mutilante pour toute personne et a fortiori pour un enfant en bas âge - nécessitée par le traitement de l'infirmité congénitale et les troubles psychiques sévères présentées par l'assurée. Il faut, à cet égard, admettre qu'il est dans le cours ordinaire des choses et conforme à l'expérience de la vie qu'une fillette de cet âge, absolument pas préparée à une telle mutilation puisque l'intervention a dû avoir lieu très rapidement après la découverte de la maladie, subisse un traumatisme psychique propre à entraîner des troubles de la personnalité tels que ceux qui ont été diagnostiqués par le médecin traitant et l'expert. c) Il est d'autre part incontesté que des séances de thérapie psychomotrice, - qui peut être assimilée à une mesure médicale (ATF 121 V 14 consid. 3b et les références) - telles que suivies par l'assurée, constituent une mesure adéquate pour traiter les troubles du comportement dont elle souffre. L'expert confirme d'ailleurs que la rééducation psychomotrice peut être utilisée dans la prise en charge de graves troubles du comportement, indépendamment de l'âge du patient. C'est donc à bon droit que les premiers juges ont prescrit la prise en charge du traitement psychomoteur de l'intimée. Le recours est dès lors mal fondé.