Citation: 1P.58/2000 20.06.2000 E. 2

2.- a) Saisi d'un recours de droit public, le Tribunal fédéral ne substitue pas son appréciation à celle du juge du fond, même s'il considère, à la différence de celui-ci, qu'un certain doute est possible; il ne statue en effet que sous l'angle de l'arbitraire (ATF 124 IV 86 consid. 2a p. 87/88; 120 Ia 31 consid. 2e et 4b p. 38 et 40). Selon la jurisprudence, une décision est arbitraire lorsqu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté, ou lorsqu'elle contredit d'une manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue par l'autorité cantonale de dernière instance que si elle apparaît insoutenable ou en contradiction manifeste avec la situation effective, si elle a été adoptée sans motifs objectifs et en violation d'un droit certain. En outre, il ne suffit pas que les motifs de la décision soient insoutenables; encore faut-il que celle-ci soit arbitraire dans son résultat (ATF 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15 et les arrêts cités). La présomption d'innocence consacrée par les art. 32 al. 1 Cst. et 6 § 2 CEDH se rapporte tant à l'appréciation des preuves qu'au fardeau de la preuve. Lorsque, comme en l'espèce, seule l'appréciation des preuves est critiquée en référence avec la présomption d'innocence, celle-ci n'a pas une portée plus large que l'interdiction de l'arbitraire découlant de l'art. 9 Cst. également invoqué. La maxime "in dubio pro reo" est violée lorsque l'appréciation objective de l'ensemble des éléments de preuve laisse subsister un doute sérieux et insurmontable quant à la culpabilité de l'accusé; il ne doit pas s'agir de doutes abstraits ou théoriques, qui sont toujours possibles parce qu'une certitude absolue ne peut être exigée (ATF 124 IV 86 consid. 2a p. 87/88; 120 Ia 31 consid. 2e et 4b p. 38 et 40). b) En l'absence de preuves matérielles, les premiers juges ont admis la culpabilité de la recourante sur la base d'un faisceau d'indices issus du dossier de l'instruction, de l'audition de l'inspecteur de police chargé de l'enquête et de l'expertise psychiatrique de la prévenue effectuée par le Dr François Vuille. Les objections formulées par la recourante, dont le caractère appellatoire est difficilement compatible avec les exigences de motivation de l'art. 90 al. 1 let. b OJ (ATF 125 I 492 consid. 1b p. 495), n'autorisent pas à mettre en doute le verdict de culpabilité auquel sont parvenus les premiers juges. Ceux-ci ci pouvaient sans arbitraire retenir que l'absence du mari, le soir du premier incendie, avait facilité la commission du crime imputé à la recourante en donnant la possibilité à cette dernière de quitter la chambre à coucher sans risquer de se faire remarquer. Par ailleurs, l'affirmation selon laquelle elle aurait presque immanquablement été vue gagnant le nord de la villa avec des bidons d'essence si elle avait effectivement été l'auteur du premier sinistre est en contradiction avec les faits, puisque personne n'a remarqué l'incendiaire. Les premiers juges ont aussi vu un élément à charge dans le fait que la recourante avait déplacé le soir même du sinistre deux bâches en matière plastique qui se trouvaient sous les sacs de "pives" auxquels le feu a été bouté ou à proximité de ceux-ci et qu'elle avait commencé à sortir des objets de sa villa par la porte-fenêtre donnant du côté opposé au sinistre, sans avoir préalablement cherché à savoir où ce dernier s'était déclaré; ils ont également retenu un indice supplémentaire de culpabilité dans le fait que ni les menaces, dont la recourante aurait fait l'objet et ni le téléphone anonyme qu'elle aurait reçu à minuit le même soir, n'étaient établis, même si les recherches effectuées n'ont pas porté sur d'éventuels appels en provenance de l'étranger. Ces circonstances ne suffiraient certainement pas à elles seules à retenir que cette dernière était à l'origine du premier sinistre; en revanche, examinées dans leur ensemble, elles pouvaient fonder de manière soutenable un verdict de culpabilité. Le second incendie imputé à la recourante s'est déclaré dans un débarras sis au premier étage de la villa où celle-ci s'était rendue peu auparavant pour chercher des vêtements qui y étaient entreposés depuis le premier sinistre. Elle a déclaré s'être éclairée à l'aide d'une bougie qu'elle aurait toutefois éteinte avant de partir. Les premiers juges n'ont pas tenus ces explications pour crédibles parce que les enquêteurs n'ont retrouvé aucune trace de cette bougie, alors qu'elle aurait mesuré dix centimètres de hauteur et sept à huit centimètres de diamètre, ni aucun résidu de cire dans les décombres; le feu ayant pris à 1,50 mètre de l'endroit où la chandelle aurait été posée, cette dernière n'aurait pas pu être à l'origine du sinistre. La recourante se borne à réaffirmer s'être éclairée d'une bougie sans chercher à démontrer en quoi les motifs retenus pour écarter ses allégations seraient arbitraires. Sur ce point, le recours ne répond manifestement pas aux exigences de l'art. 90 al. 1 let. b OJ. Le fait que le sinistre se soit déclaré peu après qu'elle ait quitté la maison avec son plus jeune fils tend à affaiblir l'éventualité qu'un tiers se soit introduit dans la maison pour bouter le feu précisément dans la pièce qu'elle venait de quitter. Compte tenu enfin des troubles psychiques dont souffre la recourante, les premiers juges pouvaient sans arbitraire voir dans le fait qu'elle venait d'apprendre, peu de temps avant le premier incendie, qu'elle resterait définitivement à O.________ dans un voisinage qui lui est hostile, un élément permettant d'expliquer les raisons de ses actes. c) En définitive, la recourante ne parvient pas à démontrer qu'un examen objectif de l'ensemble des éléments de la cause aurait dû inciter les premiers juges à douter de sa culpabilité, ni, partant, que ces derniers auraient violé sous cet angle la maxime "in dubio pro reo" en rendant contre elle un jugement de condamnation, ni enfin que la cour cantonale aurait elle-même violé ce principe en confirmant ce jugement.