Citation: 4A_118/2019 E. A

A.a. B.________ SA (ci-après : la banque, la défenderesse, l'intimée) est une société de droit suisse sise à Genève dont le but est l'exploitation d'un établissement bancaire. A.________ (ci-après : le client, le demandeur, le recourant) est un homme d'affaires kazakh domicilié à C.________, Kazhakstan. En décembre 2007, il a vendu sa participation dans la société D.________ pour environ 160 millions de livres sterling (GBP). E.________ est une conseillère du demandeur ayant agi en tant qu'intermédiaire entre lui et la banque. Employée de banque parlant l'anglais, elle devait notamment aider le demandeur à comprendre le language bancaire utilisé par la banque. A.b. Après avoir demandé à E.________ de le mettre en relation avec des banques étrangères, le demandeur a décidé de confier à la défenderesse une partie de sa fortune. Les modalités de gestion ont été décidées au cours d'une première rencontre en janvier 2008 entre le demandeur, E.________ et F.________, gérant de fortune actif à l'époque auprès de la défenderesse. Les parties ont convenu de l'ouverture d'un compte qui serait divisé en quatre sous-comptes ou portefeuilles distincts, à savoir : - Le portefeuille " Standard ". Il était prévu que ce portefeuille détienne 40% des avoirs, 20% en dépôt bancaire dans l'attente d'opportunités d'investissement et 20% en produits structurés et autres produits stratégiques à capital garanti. Ce portefeuille devait servir au client de compte courant mais aussi de compte d'investissement sur une base de gestion conseillée (" Advisory "), ce qui signifiait que la banque conseillait et proposait au client des opérations mais que toutes les décisions finales d'achat et de vente étaient de la responsabilité du client. Ce sous-compte servait également à financer les trois autres portefeuilles du client auprès de la banque. - Le portefeuille " Fundinvest Managed a/c FCOS " (ci-après " Fundinvest "). Ce portefeuille devait détenir approximativement 40% des fonds et avait pour but l'investissement de ceux-ci dans des placements dits alternatifs, notamment de type " hedge funds ". L'option d'investissement choisie par le demandeur était de type " Single Managers Portofolio ", avec un profil d'investissement conservateur. La banque devait disposer sur ce sous-compte d'un mandat de gestion discrétionnaire, c'est-à-dire que la responsabilité de la gestion des opérations lui revenait et qu'elle prenait des décisions d'achat et de vente en accord avec les paramètres définis, sans devoir consulter le client au préalable. - Le portefeuille " Asset Management - Asia ". Ce sous-compte, sur lequel la banque disposait d'un mandat de gestion discrétionnaire, devait détenir 10% des fonds afin d'effectuer des investissements en dollars américains sur les marchés asiatiques. - Le portefeuille " Actively managed portofolio service ". Il était prévu qu'environ 10% des fonds soient affectés à ce compte avec un profil d'investissement " Active 1 " avec un montant d'investissement initial de 2 millions de dollars américains. La banque disposait d'un mandat de gestion discrétionnaire sur ce portefeuille. Aux alentours du 10 avril 2008, le demandeur a signé différents documents relatifs à l'ouverture d'un compte personnel auprès de la défenderesse, soit notamment une demande d'ouverture de compte pour personnes physiques, un mandat pour dépôts fiduciaires, une confirmation de réception de la brochure sur les risques spéciaux dans les transaction sur titres, un mandat de gestion discrétionnaire, un mandat de gestion spécifique pour placements alternatifs et un profil d'investissement relatif au mandat de gestion spécifique pour placements alternatifs. Aussi bien la demande d'ouverture de compte que le profil d'investissement mentionnaient le dollar américain (USD) comme monnaie de référence. A.c. Les parties avaient convenu que les relevés de compte et les relevés de portefeuille devaient être établis en dollars américains sur une base trimestrielle. La correspondance bancaire était conservée en " banque restante ". La documentation signée par le demandeur ainsi que les conditions générales applicables à l'ouverture du compte personnel prévoyaient que, dans le cadre d'un compte tenu en banque restante, les communications de la banque étaient considérées comme ayant été notifiées au client le jour où elles avaient été distribuées. Conformément aux conditions générales applicables à la relation bancaire en question, il était considéré que le client avait approuvé le contenu des relevés de compte et de portefeuille en l'absence d'une réclamation adressée à la banque dans un délai d'un mois dès la date de notification. Le compte bancaire bénéficiait des services de consultation électronique proposés par la banque permettant un accès à distance aux informations bancaires. Selon les conditions générales applicables à ce service, celui-ci était considéré comme un moyen complémentaire de notification de la documentation. Son contenu était tenu pour approuvé en l'absence d'une réclamation adressée à la banque par le client dans un délai d'un mois dès la mise en ligne. E.________ était autorisée à accéder au service bancaire en ligne ainsi qu'aux données du compte disponibles sur cette plateforme et disposait du droit de demander et recevoir des renseignements sur la relation bancaire. La communication entre les parties s'est principalement faite au travers d'entretiens téléphoniques et d'échanges de courriers électroniques entre E.________ et F.________. A.d. Par courrier électronique du samedi 17 mai 2008 adressé à F.________, E.________ a confirmé que 100 millions de dollars américains seraient transférés à la défenderesse le lundi. Le mardi suivant, F.________ a indiqué à E.________ qu'il n'avait encore rien reçu, ce à quoi E.________ a répondu le jour suivant : " the transfers to B.________ SA covers [sic] the following currencies and amounts : USD 35.4 Mio and GBP 32.8 Mio. ". Dans un courriel adressé le 15 janvier 2009 au service juridique de la défenderesse, F.________ explique que l'intention initiale du demandeur était de transférer 100 millions de dollars américains avant de changer d'avis et de transférer des livres sterling. Selon cet e-mail, le demandeur aurait demandé à F.________ et à son collègue G.________ si la défenderesse pouvait gérer des livres sterling (" could manage in GBP "). Dans un courrier électronique envoyé le 26 mai 2008, E.________ demandait à F.________ de confirmer les montants reçus, précisant ce qui suit : " we have to estimate with you what is the US dollar equivalent so that we know the beginning balance. It should be close to $ 100 million usd. Just send me the currencies in which you ve [sic] got the money and exact amount ". Par courriel du même jour, F.________ a répondu : " 32799990 G 35399980 U ". À la date du 27 mai 2008, les montants de 35'399'980.55 USD et 32'799'990.20 GBP ont été portés en compte sur le portefeuille " Standard ". Dès l'arrivée des fonds sur le portefeuille " Standard ", la banque les a distribués aux divers sous-comptes et a commencé la gestion. Sur l'ensemble de la relation, les montants suivants ont été alloués depuis le portefeuille " Standard " aux autres portefeuilles: - " Fundinvest " : 20.25 millions de livres sterling en mai 2008; - " Asset Management - Asia " : 5 millions de dollars américains de juin 2008 à novembre 2009; - " Actively managed portofolio service " : 6 millions de dollars américains en juin et juillet 2008. Les investissements du portefeuille " Standard " ont été par la suite principalement effectués en livres sterling et en dollars américains. Les investissement du portefeuille " Fundinvest ", intégralement financé en livres sterling, se faisaient quant à eux exclusivement en dollars américains. La banque a par ailleurs opéré sur les avoirs détenus dans ce portefeuille une couverture du risque de change (" hedging ") visant à se prémunir du risque d'une dépréciation du dollar américain par rapport à la livre sterling. Le recourant devait ainsi profiter du résultat, exprimé en livres sterling, des investissements, effectués en dollars américains, sans être exposé au risque de change. A.e. A une date inconnue, F.________ a apposé sur la demande d'ouverture de compte la mention " GBP " comme monnaie de référence. Peu après l'ouverture du compte, le demandeur a souhaité que son épouse devienne co-titulaire de celui-ci. Chacun des époux a ainsi signé un nouveau jeu de formulaires d'ouverture de compte transmis par la banque. La monnaie de référence du compte n'y était pas mentionnée. Lorsque les fonds en livres sterling ont été transférés sur le sous-compte " Fundinvest ", une employée de la défenderesse chargée des mandats discrétionnaires investis en " hedge funds " s'est enquise auprès de F.________ de savoir s'il fallait changer les livres sterling en dollars américains. Par courrier électronique du 27 mai 2008, F.________ a répondu comme suit : " le mandat de Single Managers du compte xxx va être en GBP mais comme la monnaie va être couverte il faudra ouvrir en GBP et en USD ". A.f. Au vu du fait que la majorité du versement a été effectuée en livres sterling et que le portefeuille " Fundinvest " a été intégralement financé dans cette monnaie mais devait servir à effectuer des investissements en dollars américains, la banque a opéré une couverture du risque de change GBP/USD afin de préserver la valeur de la livre sterling contre le dollar. Le 30 mai 2008 a été conclu le premier contrat Forex portant sur 11'853'869.50 livres sterling. A.g. Les rapports du portefeuille " Fundinvest " ont été envoyé par F.________ à E.________ de juin 2008 à mai 2011, sauf pour les mois de septembre 2008, mai 2009 et juin 2010. Ces rapports étaient d'abord présentés en dollars américains pour les mois de juin et juillet 2008, en dollars américains et livres sterling en août 2008, puis uniquement en livres sterling à partir d'octobre 2008. Le service bancaire en ligne a été activé le 5 mai 2008. La première visite d'E.________ sur cette plateforme a été enregistrée le 12 juin 2008. Après avoir égaré son mot de passe, elle en a demandé un nouveau le 8 septembre 2008. Elle s'est connectée sur la plateforme bancaire en ligne le 22 septembre 2008 puis ne l'a plus fait avant le 2 octobre 2008. Dès le 10 octobre 2008, elle a consulté le service en ligne quotidiennement. Le service bancaire en ligne donnait accès aux informations du compte, soit notamment aux soldes des sous-comptes, aux informations des transactions des trois derniers mois, ainsi qu'aux relevés de compte et de portefeuilles trimestriels. Les relevés de compte consolidés au 30 juin 2008 indiquaient sous le poste intitulé " Distribution by Currency " que le portefeuille était constitué à 64,95% de livres sterling et à 34,79% de dollars américains, un graphique montrant par ailleurs la proportion majoritaire de livres sterling. Les relevés de compte consolidés et celui lié au " Fundinvest " présentaient également sous le poste intitulé " Distribution by Type of Assets ", respectivement sous la rubrique " Forex Exchange Transactions ", des opérations de couverture de change pour le portefeuille " Fundinvest ". Les relevés de comptes consolidés au 30 septembre 2008 présentaient une proportion de 62,46% de livres sterling et de 37,05% de dollars américains, cette répartition étant également illustrée par un graphique. Les opérations de couverture de change figuraient aussi sur les relevés de compte courant. Tous ces relevés étaient également disponibles en banque restante. A.h. Durant la deuxième partie de l'année 2008, les indices de références MSCI World Index et HFRI Index ont chuté en raison de la crise financière mondiale. A partir de début août 2008, la livre sterling s'est effondrée face au dollar américain, perdant 16.8% de sa valeur pendant la durée du mandat " Fundinvest ", soit entre le 27 mai 2008 et le 31 mai 2011. Dans un courrier électronique du 9 septembre 2008 adressé à E.________, F.________ a notamment indiqué que les marchés étaient turbulents et que la situation allait encore empirer avant de s'améliorer. L'élément principal du fléchissement évoqué étant la chute du cours de la livre sterling, il estimait approprié d'examiner lors de leur prochaine rencontre s'il se justifiait de conserver cette devise ou s'il fallait au contraire opérer une diversification. Par courriel du 13 octobre 2008, E.________ a demandé à F.________ des explications sur chacune des opérations ayant été effectuées et sur la répartition des pertes entre pertes de change et pertes de gestion. Après qu'une réunion a eu lieu entre le demandeur, E.________ et F.________ le 16 octobre 2008 à C.________, la banque a fait parvenir le 27 octobre 2008 à E.________ un document montrant l'impact de la perte de change sur le compte. Selon la banque, la " perte virtuelle " due à la chute du cours de l'indice GBP/USD était alors de 13'857'996 USD sur une " perte totale " de 14'484'513 USD. Par la suite, E.________ et F.________ se sont échangés de nombreux courriels dans lesquels la première demandait des explications quant à la situation financière, notamment à la couverture du risque de change GBP/USD, et dans lesquels le second proposait de nouvelles stratégies pour combattre la chute de la livre sterling face au dollar. A.i. Le 17 mai 2011, le demandeur a ordonné à la banque de clôturer l'ensemble de ses comptes et de verser le solde à un établissement tiers. Par courrier du 20 mai 2014, le demandeur a mis en demeure la défenderesse de payer un montant total de 14'087'500 dollars américains.