Citation: 4A_484/2022 E. 6.4

6.4. Considérées à la lumière de ce ce qui précède, dans le cadre prédéfini du pouvoir d'examen dont jouit la Cour de céans, les critiques formulées par le recourant ne suffisent pas à établir que le résultat auquel a abouti la Formation dans la sentence querellée serait incompatible avec l'ordre public matériel. Sous la rubrique de sa sentence intitulée " Are the sanctions imposed on the Player disproportionate? " (n. 297-329), la Formation a examiné, par le menu, la gravité de la sanction infligée à l'intéressé. A cet égard, elle a souligné qu'il convenait de prendre en considération toute une série de critères afin d'apprécier ce point. Or, elle a estimé, de manière tout à fait défendable et non choquante, que lesdits critères plaidaient majoritairement en défaveur du recourant, puisqu'elle a notamment retenu que: - le recourant était un joueur de tennis international de haut niveau et très expérimenté (sentence, n. 305); - l'intéressé avait déjà été sanctionné pour une infraction mineure au TACP (sentence, n. 306); - le recourant n'avait exprimé aucun remords (sentence, n. 307); - le joueur de tennis avait maintenu des contacts avec des parieurs (" Gambling Syndicate ") durant au moins quatre années, en discutant régulièrement de la manipulation de rencontres (sentence, n. 308); - le recourant avait joué un rôle décisif dans le processus de corruption, puisque le trucage du match litigieux n'aurait pas pu aboutir sans son intervention (" « Without the horse before the cart, the Gambling Syndicate cannot be pulled ». The Player was the horse "; sentence, n. 309); - l'intéressé était l'instigateur des faits de corruption, puisqu'il avait corrompu au moins un autre joueur en la personne de B.________ (sentence, n. 310). La Formation n'a en outre pas négligé d'éventuelles circonstances atténuantes, puisqu'elle a expressément reconnu qu'il n'était pas établi que le recourant avait retiré un gain de la manipulation de la rencontre disputée le 19 avril 2011. Les preuves disponibles ne permettaient pas davantage de retenir que l'intéressé avait reçu des paiements de la part des parieurs avant le match en question. La Formation a aussi souligné que, s'il était prouvé que le recourant avait discuté du trucage de matchs durant plusieurs années, il n'existait toutefois qu'un seul cas avéré de manipulation de rencontres auquel avait pris part l'intéressé (sentence, n. 311-314). Sur la base d'une appréciation de l'ensemble de ces divers éléments, la Formation a abouti à la conclusion que l'interdiction à vie faite au recourant de participer à tout événement organisé par l'ITF, le Conseil d'administration des Grands Chelems, l'ATP et la WTA, était adéquate et proportionnée (sentence, n. 315). S'agissant de l'amende infligée à l'athlète, la Formation a jugé le montant de 250'000 USD disproportionné, dès lors qu'il n'était pas établi que l'intéressé aurait retiré un gain personnel du trucage du match disputé le 19 avril 2011. Cela étant, elle a souligné que le recourant avait touché des sommes importantes grâce à ses résultats dans les divers tournois de tennis auxquels il avait pris part durant sa carrière, puisqu'il avait gagné environ 1'800'000 USD. Par ces agissements, le recourant avait en outre terni l'image du tennis aux yeux du public dans un dessein d'enrichissement personnel. Au vu de ces éléments, la Formation a estimé qu'il convenait de réduire le montant de l'amende infligée au recourant à concurrence de 103'500 USD (sentence, n. 316-321). A l'encontre de cette argumentation détaillée, le recourant se borne, dans une large mesure, à reprocher à la Formation de n'avoir pas procédé à une véritable pesée des différents intérêts en présence respectivement de n'avoir pas précisé le poids accordé aux différents critères pris en compte pour fixer la sanction litigieuse. En procédant de la sorte, l'intéressé ne fait en réalité rien d'autre que s'en prendre au raisonnement tenu par les arbitres sans toutefois parvenir à démontrer en quoi le résultat auquel ceux-ci ont abouti serait incompatible avec l'ordre public matériel visé par l'art. 190 al. 2 let. e LDIP. C'est le lieu du reste de souligner que le recourant ne remet pas véritablement en question les éléments à charge retenus par le TAS pour justifier la sanction qui lui a été infligée, l'intéressé se contentant tout au plus d'affirmer, de façon guère convaincante, que la sentence souffrirait d'une contradiction interne. Les comparaisons opérées par le recourant de sa propre situation avec des décisions rendues dans d'autres affaires de manipulations de rencontres ne permettent pas davantage d'établir que la sanction qui lui a été infligée serait incompatible avec l'ordre public matériel, étant précisé que les causes qu'une partie tient pour similaires à la sienne doivent être appréciées avec circonspection, dès lors que l'autorité juridictionnelle jouit d'un large pouvoir d'appréciation, de sorte qu'établir une casuistique en se focalisant sur des éléments isolés du dossier, sortis de leur contexte, n'apparaît pas significatif. A cet égard, la Cour de céans estime que la Formation n'a pas abusé de son large pouvoir d'appréciation ni rendu une sentence dont le résultat serait manifestement injuste ou conduirait à une iniquité choquante, du seul fait qu'elle a infligé une sanction plus sévère au recourant qu'à son ancien partenaire de double B.________. Il ressort, en effet, des constatations opérées par la Formation que le recourant, contrairement à son ancien partenaire de double, a joué un rôle clé dans le trucage du match disputé le 19 avril 2011 et qu'il était l'instigateur des faits de corruption. Pour le reste, il convient de tempérer l'affirmation du recourant selon laquelle la sanction qui lui a été infligée s'apparenterait à une forme de boycott mettant véritablement son existence économique en péril. La sanction litigieuse l'empêche certes de prendre part aux événements organisés par l'ITF, le Conseil d'administration des Grands Chelems, l'ATP et la WTA et de prodiguer des conseils aux joueurs de tennis lors de tels événements. Cela étant, elle ne le prive pas de la possibilité d'exercer une activité professionnelle dans le monde du tennis, puisque l'intéressé reste libre d'offrir ses services en tant qu'entraîneur de tennis sans prendre part aux compétitions sus-visées. Qui plus est, il conserve le droit de prendre part, en tant que joueur ou en qualité d'entraîneur, aux événements gérés par la yyy. L'affirmation péremptoire du recourant selon laquelle " on voit mal comment il pourrait (...) retrouver un jour de l'embauche " dans le monde du tennis est dès lors manifestement inexacte. Les intimés allèguent du reste dans leur réponse, sans être contredits par leur adversaire, que ce dernier entraîne des joueurs de tennis dans l'Etat.... Au vu de ce qui précède, force est ainsi de relever que le recourant échoue à démontrer que les arbitres auraient violé de manière crasse leur pouvoir d'appréciation et ne parvient pas à établir que la sanction qui lui a été infligée serait contraire à l'ordre public matériel visé par l'art. 190 al. 2 let. e LDIP.