Citation: 4P.343/2006 26.04.2007 E. 4.2

4.2.1 En l'espèce, l'arrêt attaqué ne contient aucun état de fait. Il se borne à se référer dans son intégralité à celui dressé par le jugement du 27 juillet 2005, lequel ne comporte pas moins de 21 pages. De plus, il est vrai que le jugement en question renvoie à son tour aux faits retenus dans le jugement rendu par le Tribunal d'arrondissement le 3 octobre 2003, qui étaient développés sur 13 pages. Il est possible pour l'autorité cantonale de se référer en bloc aux circonstances de fait des premiers juges, si le jugement de première instance satisfait aux exigences de l'art. 51 al. 1 let. c OJ (cf. ATF 119 II 478 consid. 1d; Poudret, COJ II, n. 1 ad art. 51 OJ, p. 361). Contrairement aux affirmations de la recourante, il n'a pas échappé aux juges cantonaux que le jugement du 27 juillet 2005 avait fait sien l'état de fait du jugement du 3 octobre 2003, dès lors que cette circonstance est évoquée au considérant 3c de l'arrêt déféré. En revanche, on doit concéder à la demanderesse qu'il eût été logique de faire figurer le complètement des faits pris en compte par la cour cantonale dans la partie "en fait", et non dans la partie "en droit" de l'arrêt cantonal. Il en va de la cohérence du raisonnement juridique. 4.2.2 Il n'en demeure pas moins que si l'ensemble des constatations de fait auxquelles se réfère l'arrêt attaqué étaient contradictoires, le Tribunal fédéral ne serait pas en mesure de statuer sur le litige, de sorte que l'arrêt cantonal devrait être annulé d'office en application de l'art. 52 OJ, la cause étant alors retournée à l'autorité cantonale (Poudret, op. cit., n. 4 ad art. 51 OJ, p. 365). La recourante affirme que les dépositions résumées dans les jugements des 3 octobre 2003 et 27 juillet 2005 seraient contradictoires. Elle a tort. En effet, seuls cinq témoins ont été entendus deux fois, à savoir C.________, D.________, E.________, F.________ et G.________. Or, le jugement du 3 octobre 2003 ne fait pas état des dépositions de C.________ et D.________, de sorte que toute contradiction avec le second jugement est ipso facto exclue. G.________ a expressément confirmé son premier témoignage lors de son audition du 22 juin 2005 (cf. p. 20 in medio du jugement du 27 juillet 2005), ce qui n'est évidemment pas antinomique. Quant à F.________, il résulte du jugement du 3 octobre 2003 qu'il a rappelé avoir accordé des rabais spéciaux à certains clients (cf. p. 10 in medio dudit jugement), alors que le second jugement rapporte les déclarations du témoin relatives à la mauvaise ambiance de travail et au manque de livreurs affectés par la demanderesse à son dépôt de M.________ (cf. p. 18, 20 et 21 du jugement du 27 juillet 2005). Il n'y a rien là de contradictoire. Enfin, en ce qui concerne le témoin E.________, ses déclarations ont été relatées aux p. 4, 8, 9 et 11 du jugement du 3 octobre 2003 et aux pages 11, 14 et 20 et 21 du second jugement. Dans de telles conditions, il aurait appartenu à la recourante de montrer où résideraient les prétendues contradictions des dires de ce témoin. La recourante confond manifestement le Tribunal fédéral en instance de recours de droit public avec une autorité de recours à même de revoir la cause librement en fait, ce qu'il n'est nullement comme on l'a rappelé ci-dessus. 4.2.3 Cela dit, le nouveau procédé utilisé par la Chambre des recours, consistant à renvoyer aux faits retenus par le premier juge sans plus se donner la peine de décrire dans son arrêt les faits pertinents, pose manifestement problème. Outre qu'il rend nettement plus difficile la tâche du Tribunal fédéral, comme la Cour de céans l'a déjà indiqué récemment à la cour cantonale (arrêts 4C.166/2004 du 16 septembre 2004, consid. 2, et 4P.147/2004 du 15 décembre 2004, consid. 2.2), il suscite une grande insécurité juridique et l'incompréhension des justiciables. La Chambre des recours du Tribunal cantonal vaudois est de plus la seule instance romande à adopter ce mode de rédaction judiciaire, lequel semble uniquement dicté par des considérations tenant à la liquidation accélérée des procès pendants devant ladite Cour. Si louable puisse être ce but en tant que tel, il pourrait faire obstacle au contrôle judiciaire des arrêts vaudois par la juridiction fédérale, ce qui constituerait une entorse au droit à un procès équitable (art. 29 al. 1 Cst.). Le Tribunal fédéral enjoint donc la Chambre des recours à revenir à son ancienne pratique et à relater désormais dans ses arrêts les éléments de fait pertinents pour la cause à juger.