Citation: 6B_1247/2021 E. 3.2

3.2. Rappelant que l'expertise de crédibilité était une preuve parmi d'autres éléments du dossier et n'avait pas vocation de servir à établir la matérialité des faits (cf. consid. 2.4 supra), les juges cantonaux ont indiqué ne pas être parvenus à asseoir leur intime conviction que les faits décrits dans l'acte d'accusation étaient conformes à la réalité matérielle, ou autrement dit que les "flashs" décrits par la plaignante - dont ils ne doutaient pas de l'existence - correspondaient à ce qui s'était vraiment passé. Le visionnement de l'audition LAVI du 19 mai 2017 de A.A.________ et la lecture de la retranscription de ses déclarations, lesquelles avaient été versées au dossier, ne permettaient pas d'étayer certains éléments retenus dans l'acte d'accusation. Ainsi A.A.________ n'avait pas dit au policier qui l'entendait que "G.________" l'aurait frappée, touchée sur ses parties génitales ou obligée à le lécher, ni qu'il aurait éjaculé devant elle. Elle parlait seulement de "flashs" répétitifs et envahissants dans lesquels elle apparaissait ainsi que l'auteur des prétendus attouchements et qui s'évanouissaient au moment où celui-ci était sur le point d'adopter un comportement sexuel explicite (D. 285, voir vidéo aux 10:43 et D. 286, voir vidéo entre 13:07 et 16:48). Durant son audition, A.A.________ ajoutait elle-même ceci: "en fait, c'est des flashs alors je ne sais pas si ça s'est directement passé comme ça ou pas" (D. 285, voir vidéo entre 10:43 et 12:42). Lors de son audition devant la police, A.A.________ avait également été dans l'impossibilité de préciser si les faits qu'elle dénonçait s'étaient produits une ou plusieurs fois, imaginant toutefois qu'ils s'étaient produits à plusieurs reprises. Les juges cantonaux ont ainsi relevé que la plaignante n'avait pas livré une description précise des faits décrits dans l'acte d'accusation, lequel reprenait bon nombre d'éléments ressortant des déclarations de témoins indirects, soit de personnes à qui A.A.________ s'était confiée. A cet égard, il ressortait du dossier que cette dernière avait parlé pour la première fois des faits de la cause à sa mère (D. 45), qu'elle en avait ensuite parlé à son amie I.________ (D. 65) et qu'elle s'en était aussi ouverte à son ami J.________ (D. 81 ss). Elle avait encore parlé d'abus sexuels en décembre 2017 à son médecin, le Dr K.________, mais de façon très évasive, sans précision, sans souhaiter en parler plus longuement (D. 243). Il n'était pas possible de savoir ce que A.A.________ avait dit à ces personnes, lesquelles avaient fourni des versions divergentes et qui s'écartaient des déclarations de l'enfant lors de son audition LAVI. La mère de la plaignante relatait ainsi que "G.________" aurait frappé sa fille, l'aurait touchée entre les jambes et que des choses sortaient de son sexe (D. 47). De son côté, I.________ avait évoqué des coups que A.A.________ aurait reçus de "G.________" et avait aussi raconté que A.A.________ lui aurait dit qu'elle ne savait pas si elle était toujours vierge, que "G.________" l'aurait touchée sur le sexe sans être capable de dire jusqu'où il était allé, expliquant qu'il y avait eu plusieurs épisodes (D. 68). Enfin, selon J.________, A.A.________ se serait fait violer à 11 ou 12 ans; en fait, l'auteur aurait essayé de la violer et lui aurait baissé son pantalon et baissé le sien (D. 83). Lors de son audition par la police, A.A.________ n'avait jamais dit que "G.________" aurait été violent avec elle, qu'il lui aurait touché le sexe, qu'il aurait enlevé ses pantalons, qu'elle aurait dû le lécher, ni qu'il aurait éjaculé (D. 282 ss). Même si certaines variations dans les déclarations de témoins indirects étaient toujours possibles, il ne pouvait pas être exclu que A.A.________ ait pu fournir plusieurs versions différentes des faits qu'elle avait dénoncés, ce qui amoindrissait assez considérablement la force de conviction de son récit. A cet égard, l'expertise admettait que l'existence de plusieurs versions "affaiblissait quelque peu la crédibilité", mais estimait finalement que l'explication apportée par l'enfant A.A.________ lors de l'expertise psychiatrique "sembl[ait] se tenir", en retenant qu'il était plausible que la jeune fille se souvienne de plus d'éléments que ce dont elle avait parlé aux policiers, mais qu'elle cherchait activement à éviter d'en parler, ce qui apparaissait "compréhensible dans le cadre de souffrances liées au trauma psychologique" (D. 361). Les juges cantonaux ont estimé que comme l'expertise de crédibilité visait uniquement à déterminer si les déclarations de l'enfant se tenaient et pouvaient être exploitables sur le plan judiciaire, elle échappait à la critique en tant qu'elle admettait la crédibilité des déclarations de l'entant malgré l'existence de plusieurs versions. Cela dit, ils ont souligné qu'en retenant que la coexistence des différentes versions de l'enfant ne permettait pas de se persuader de la vérité matérielle des faits décrits dans l'acte d'accusation, ils se prononçaient sur l'existence desdits faits, en estimant que ceux-ci n'étaient pas suffisamment établis pour que l'on puisse les retenir.