Citation: 6B_64/2021 E. 1

B.a. Le 9 novembre 2011, l'Office fédéral de la police a communiqué au Ministère public de Genève un avis "MROS" visant H.________, I.________ et J.________. En mars 2009, ceux-ci avaient ouvert, auprès de la banque K.________ à W.________, une relation au nom d'une société L.________ dont ils étaient ayants droit économiques. En mars 2011, ce compte avait été crédité de USD 120'000'000.-, en provenance du fonds de placement M.________, Bahamas, qui disposait d'avoirs auprès de la banque N.________, Lituanie, fonds résultant prétendument de la revente d'une participation dans une société russe O.________. Chacun des trois intéressés avait préalablement ouvert, auprès de K.________, un compte au nom d'une société offshore, soit P.________ en avril 2010 pour H.________, Q.________ le 25 janvier 2011 pour I.________ et R.________ en décembre 2010 pour J.________. Trois versements, totalisant chacun USD 34'498'333.30, avaient été exécutés au débit du compte de L.________, les 21, 23 et 30 mars 2011, vers les comptes de ces sociétés offshore. En octobre 2011, à la suite de la demande soudaine de retrait des avoirs en espèces par les ayants droit des comptes, la banque avait procédé à un nouvel examen de la situation, qui avait démontré que O.________ avait une valeur cinq fois moindre que celle annoncée et que les autorités boursières n'avaient pas été informées d'une transaction, alors même que la société était cotée en bourse. Tout portait dès lors à croire que la copie de l'acte de vente fournie pour justifier l'origine des fonds était un faux. B.b. Les 15 novembre 2011 et 12 juillet 2012, S.________ à X.________, holding du groupe bancaire T.________, devenue ensuite D.________, et sa filiale A1.________ à Y.________, devenue par la suite S1.________ puis, en janvier 2018, A.________, ont déposé plainte pénale contre H.________, I.________ et J.________. Il en ressortait, en substance, qu'en novembre 2010, H.________ et J.________, qui travaillaient pour D.________, avaient obtenu du groupe T.________ que I.________ et quatre membres de son équipe, qui travaillaient dans un autre établissement financier londonien, soient engagés par A.________, moyennant le versement d'une prime de USD 25 millions, à partager à parts égales entre eux. Or, H.________, J.________ et I.________ avaient conservé USD 18,9 millions, seul le solde ayant été partagé entre les autres membres de l'équipe. H.________, J.________ et I.________, agissant de conserve avec un dénommé B1.________, avaient par ailleurs amené A.________, en mars 2011, par une machination habile et des manipulations de taux dans le système informatique de la banque, à acquérir, pour un prix d'environ USD 210 millions, des obligations de l'État argentin, en substituant à leur cotation en pesos argentins des dollars américains, d'un cours quatre fois supérieur, et en présentant un faux contrat de revente à six mois à une société tierce - C1.________ - donnant l'impression d'un bénéfice assuré. La perte en ayant résulté pour la banque s'élevait à plus de USD 150 millions, dont USD 120 millions versés sur le compte de L.________ auprès de K.________. B.c. L'enquête menée par le ministère public a notamment permis d'établir que I.________ et son équipe avaient été engagés, sur la foi des recommandations de J.________ et H.________, pour renforcer la filiale londonienne du Groupe T.________. Dans la mesure où le bilan de la société n'était pas suffisant pour payer le montant de la prime d'engagement convenue et où I.________ souhaitait que le paiement passe par le biais d'une société offshoreen raison du statut fiscal de son équipe, ces primes avaient fait l'objet de cinq contrats au nom des intéressés et d'une société D1.________, filiale à 100 % du groupe T.________. Cette prime d'engagement, d'un montant total de USD 25 millions, avait été débitée le 22 novembre 2010, à hauteur de USD 23 millions, d'un compte de D1.________ à Y.________ pour être versée à C.________ SA (anciennement E1.________) sur le compte d'une société incorporée dans les îles Vierges britanniques, F1.________, dont I.________ était l'ayant droit économique. Sur cette somme, un montant de USD 18,9 [millions] avait été transféré, le 17 décembre 2010, sur le compte d'une société panaméenne G1.________ SA, contrôlée par I.________, auprès de E1.________ à Z.________ (Bahamas), pour être ensuite partagée entre ce dernier, J.________ et H.________, lequel avait reçu, le 23 décembre 2010, une somme de USD 5'667'000.- à la banque E1.________, sur le compte d'une société H1.________, dont il était l'ayant droit économique. Une partie de ces fonds - notamment USD 2'660'000.- le 29 décembre 2019 - avait ensuite été débitée du compte de H1.________ au profit du compte de P.________ auprès de K.________. B.d. L'acquisition des bons argentins avait quant à elle été opérée par le truchement d'un négociant en valeurs mobilières bulgare, la société I1.________, qui avait fait le lien entre A.________ et le vendeur M.________, agissant par le biais de la banque J1.________ en Lituanie. Le montant de USD 213'468'750.- versé le 9 mars 2011 par A.________ à I1.________ avait été transféré deux jours plus tard sur le compte de M.________ au sein de la banque J1.________, après déduction d'une commission de USD 495'000.-. M.________ avait ensuite transféré, par des versements successifs, entre les 16 et 30 mars 2011, le produit de la vente sur un autre compte lui appartenant au sein de la banque N.________. De ce compte, entre les 16 et 18 mars 2011, avait enfin été opéré le transfert - justifié auprès de ce dernier établissement par un contrat de prêt conclu le 11 du même mois - d'une somme de USD 120 millions sur le compte de L.________ auprès de K.________, laquelle avait été répartie, quelques jours plus tard, sur les comptes de P.________, Q.________ et R.________. B.e. En mai 2010, B.________, épouse de H.________, a ouvert auprès de K.________ un compte no zzz, destiné à recevoir une somme de l'ordre de CHF 1 million, cadeau de son époux. Elle a déclaré à cette occasion être femme au foyer et sans activité lucrative. Les 18 mai et 28 juin 2011, CHF 14'331'468.- ont été transférés sur ce compte depuis celui de P.________, somme qui a notamment servi à l'acquisition, en mai 2011, d'une villa sise à U.________, d'un prix de CHF 16,5 millions, inscrite au nom de B.________. Celle-ci a certifié à cette occasion qu'elle n'était pas assujettie aux dispositions légales régissant l'acquisition d'immeubles par les étrangers ni n'agissait d'ordre ou pour le compte de personnes domiciliées à l'étranger et que le financement du bien ne provenait pas de personnes ayant leur domicile ou leur siège à l'étranger dans une mesure excédant les normes usuelles en matière civile et commerciale. Un montant de EUR 270'000.- a également été transféré par H.________ sur un compte de son épouse auprès de C.________ SA, fonds utilisés pour le paiement de locations en Espagne (EUR 35'418.- et EUR 35'410.-), d'un véhicule dans ce pays (EUR 34'666.-), d'honoraires d'avocat de H.________ (EUR 35'016.-) et de diverses dépenses (EUR 129'490.-). B.f. Le 23 juin 2011, B.________ a ouvert un compte no yyy auprès de la banque E.________ SA, sur lequel elle a obtenu un crédit hypothécaire de CHF 5,75 millions. Ce dernier a été utilisé pour s'acquitter du solde du prix de la villa de U.________ (CHF 2,75 millions), rénover celle-ci (CHF 402'783.- et CHF 397'698.-), acquérir un portefeuille de titres russes (CHF 1 million) et accorder un prêt de CHF 800'000.- à une société à U1.________ (Lettonie), liée à un ami de H.________, qui a ultérieurement déclaré que ce prêt était fictif et n'avait au demeurant jamais été remboursé, nonobstant les termes du contrat. B.g. En décembre 2011, le ministère public a placé sous séquestre divers avoirs de B.________, dont le compte no xxx auprès de C.________ SA, le compte no yyy auprès de E.________ SA et le produit de la revente de la villa de U.________. Ce séquestre a également porté sur les actions nominatives de F.________ SA, acquises par B.________ le 26 août 2010 pour un prix de CHF 1'250'000.- débité du compte de P.________, ainsi que sur les loyers nets générés par la location de l'appartement auquel donnent droit les actions. Le certificat incorporant ces actions n'a pas pu être localisé (il serait demeuré en mains de l'intéressée) mais le conseil d'administration de la société immobilière s'est engagé à bloquer tout transfert de celui-ci. B.h. Arrêté le 22 novembre 2011 à V1.________ et prévenu d'escroquerie ainsi que de blanchiment d'argent, J.________ a, dans un premier temps, nié les faits qui lui étaient reprochés, affirmant que H.________ et I.________ tentaient de l'impliquer dans une affaire qui ne le concernait pas. Les fonds versés sur le compte de R.________ provenaient de la restitution par les deux précités d'un prêt/investissement que lui-même avait effectué pour le compte de clients, dont il souhaitait taire l'identité. Sa signature sur le contrat de vente d'une participation dans O.________ avait été contrefaite. L'escroquerie aux bons argentins avait été initiée par les dirigeants du groupe T.________, entre autre K1.________, directeur général de D.________ et A.________, ainsi que L1.________, le trader de C1.________. Il a finalement admis tant la fraude aux bons argentins que le fait d'avoir induit en erreur D.________ et A.________ afin de les amener à verser un bonus d'engagement à I.________ et son équipe, bonus que ce dernier avait en réalité partagé pour l'essentiel avec H.________ et lui-même. Les fonds versés sur le compte de R.________ après avoir transité par L.________ résultaient de ces agissements. En dédommagement de leur préjudice et pour solde de tout compte, J.________ a restitué à D.________ et A.________ USD 9'899'440.- déposés sur le compte de R.________, USD 12'493'494.- qui avaient été transférés à sa soeur, une villa en Espagne payée EUR 4 millions et trois véhicules de luxe, estimés au total à USD 440'000.-. Par jugement du 19 avril 2013, le Tribunal correctionnel l'a condamné, dans le cadre d'une procédure simplifiée disjointe de la présente procédure, pour escroquerie et blanchiment d'argent simple - étant précisé que l'acte d'accusation se référait à l'infraction de blanchiment aggravé, telle que requalifiée en audience, avec l'accord des parties plaignantes, afin d'éviter un éventuel problème de compétence juridictionnelle -, à une peine privative de liberté de 36 mois, avec sursis partiel - quote-part suspendue de 20 mois - d'une durée de 5 ans. B.i. La procédure a également été disjointe et la poursuite pénale déléguée aux autorités anglaises, s'agissant de I.________, qui a été condamné, le 27 janvier 2017, par le Tribunal criminel de Y.________, pour les faits précités, des chefs d'escroquerie et de blanchiment d'argent, à une peine privative de liberté de 12 ans, L1.________ étant, quant à lui, condamné à 7 années de prison pour sa participation à la fraude aux bons argentins. B.j. La procédure s'est poursuivie à W.________ contre H.________, B1.________ - auquel il était reproché d'avoir joué un rôle clé dans la fraude aux bons argentins en entretenant la confusion entre USD et pesos argentins - et M1.________, mère de ce dernier, dont la société N1.________ SA avait bénéficié de fonds litigieux transférés par J.________. B.k. B.________, qui réside en Israël sous le nom de O1.________, n'a jamais été entendue dans le cadre de la procédure. Par l'intermédiaire de son avocat, elle a contesté toute infraction, objecté que les parties plaignantes n'avaient jamais expliqué de quelle manière elles auraient été lésées en relation avec le bonus d'engagement, d'une part, et avec les bons argentins, d'autre part. B.l. Parallèlement à la procédure pénale, le groupe T.________ a entamé diverses procédures civiles en Angleterre. D1.________ a ainsi obtenu, le 11 octobre 2011, sur mesures provisionnelles, le blocage d'une somme de USD 23 millions au préjudice de I.________. Une procédure au fond a ensuite été initiée par D1.________, D.________ et A.________, tant concernant la prime d'engagement de USD 23 millions versée que la fraude aux bons argentins. Elles ont obtenu, dans ce cadre, selon un jugement rendu par défaut le 27 septembre 2012 par la High Court of Justice de Y.________, la condamnation de J.________ à leur verser USD 183 millions en capital, au titre du préjudice causé par les agissements rappelés ci-dessus, avec intérêt à 3 % l'an jusqu'à la date du jugement puis 8 % au-delà. D1.________, A.________, D.________, P1.________ et Q1.________ ont par ailleurs initié à Y.________ une procédure contre dix-neuf défendeurs, dont H.________ et B.________. Au terme de celle-ci - dans le cadre de laquelle H.________ et B.________ ont été entendus par visioconférence depuis Israël - la High Court of Justice de Y.________ a, par jugement des 10 février et 14 mars 2014, notamment condamné I.________ et H.________, au titre d'escroquerie au bonus d'engagement et aux bons argentins, à payer aux parties demanderesses, pour le premier, USD 137'092'490.- et pour le second, USD 134'861'787.- en capital. B.________ a quant à elle été condamnée, pour "assistance malhonnête et recel", à leur verser CHF 14'720'000.-, EUR 1'450'000.- et USD 528'861.- en capital, en raison des sommes transférées en sa faveur du compte de P.________. A la demande de A.________, le Tribunal de première instance du canton de Genève a, par jugement du 18 mai 2015, déclaré le jugement du 14 mars 2014 exécutoire en Suisse. B.m. D.________ et A.________ sont également entrées en pourparlers avec la banque K.________, en lien avec le règlement de l'ensemble des prétentions civiles élevées contre cette dernière. Le 7 février 2014, elles ont informé le ministère public être parvenues à un accord, sans toutefois jamais donner suite aux nombreuses demandes et ordre de dépôt du ministère public leur demandant de produire la convention y relative, estimant que celle-ci ne présentait aucun intérêt pour l'instruction. B.n. Le 28 juin 2019, le ministère public a informé les parties de son intention, s'agissant de B.________, de rendre une ordonnance de classement relative à l'infraction de blanchiment d'argent (vu la prescription de l'action pénale) et de confiscation, vu les ordonnances pénales qu'il entendait prononcer concernant H.________, B1.________ et M1.________. B.o. Finalement, en date du 23 avril 2020, le ministère public a, par voie d'ordonnance pénale, reconnu H.________ coupable d'escroquerie, blanchiment d'argent aggravé et faux dans les titres pour les faits énoncés ci-dessus. Diverses mesures de confiscation et dévolution à l'État ont été prononcées à cette occasion. Cette ordonnance, de même que celles rendues à l'encontre de B1.________ et de sa mère, ont été frappées d'opposition.