Citation: 5A_268/2023 E. 3.2

3.2. Il résulte de l'arrêt attaqué que les enfants n'ont plus revu leur père depuis son départ du domicile conjugal, le 17 mai 2021, celui-ci ayant refusé d'exercer son droit de visite tel que fixé par la décision de mesures provisionnelles du 2 juin 2021 aussi longtemps que l'autorité judiciaire ne constaterait pas expressément que l'épouse se montre inadéquate et qu'elle a déjà gravement manqué à ses devoirs de mère. Face à cette situation, la curatrice a tenté de mettre en place des visites au Point Rencontre, au cours d'un entretien qui a eu lieu le 29 juin 2021. Après avoir d'abord accepté, le père a toutefois, au terme de l'entretien, maintenu sa position de ne plus avoir de relations avec ses enfants jusqu'à ce que d'autres mesures soient entreprises, et a par la suite refusé de se rendre au Point Rencontre pour organiser les visites. Durant l'été 2021, la curatrice a également proposé des prises de contacts par téléphone, lesquelles ont échoué, le père ayant tenu des propos dénigrants à l'égard de la mère, ce qui a fortement ébranlé les enfants. En novembre 2021, l'intéressé a demandé au SEJ de pouvoir les revoir. La curatrice lui a alors proposé de mettre en place des rencontres en présence d'une intervenante de l'AEMO, proposition à laquelle il n'a pas souhaité donner suite, les conditions d'organisation des visites ne lui convenant pas. Se fondant sur les éléments du dossier et, en particulier, sur le rapport d'enquête sociale du SEJ, la cour cantonale - qui relève qu'il n'est pas contesté en appel que la rupture des contacts entre le père et les enfants constitue un fait nouveau justifiant de modifier la décision de mesures provisionnelles du 2 juin 2021 - considère que le père n'a pas la disponibilité psychologique de s'engager dans des discussions et des démarches constructives pour le bien des enfants, voire même d'en comprendre la nécessité, et qu'il ne semble pas capable d'ajuster ses agissements et/ou ses propos dans l'intérêt et en fonction de leurs besoins. Compte tenu en outre de son imprévisibilité, de son impulsivité et de la virulence dont il peut faire preuve, l'autorité précédente estime qu'on peut légitimement douter qu'il puisse se montrer adéquat dans la relation avec ses enfants et leur offrir un cadre sécurisant lors de leurs contacts. En effet, rien ne permet de garantir actuellement, dans l'hypothèse où une nouvelle tentative de réinstaurer un droit de visite réussirait, qu'il ne tiendra pas des propos inadéquats devant ou à l'égard des enfants, qu'il ne les mêlera pas au conflit conjugal, et qu'il ne s'emportera pas ou n'usera pas de violence à leur encontre. Autrement dit, dans les circonstances présentes, l'intégrité tant physique que psychique des enfants est, selon l'autorité cantonale, vraisemblablement menacée par la présence de leur père, de sorte qu'il n'est pas dans leur intérêt d'entretenir des relations personnelles avec lui, cela aussi longtemps qu'il ne démontrera pas avoir une disponibilité psychique et émotionnelle suffisante pour se comporter de manière adéquate et sécurisante avec eux. Toujours selon les juges précédents, ces considérations valent aussi concernant un droit de visite médiatisé. Même à supposer qu'un ou plusieurs intervenants surveillent les relations personnelles, il n'est en effet pas envisageable qu'ils puissent assurer une présence ininterrompue et une écoute continue lors des rencontres entre les enfants et leur père, ni qu'ils puissent intervenir à tout moment pour recadrer celui-ci, voire mettre fin à la visite en cas de propos inadéquats ou de débordements. Il n'est pas non plus exclu qu'à la première contrariété, le père s'emporte directement contre les intervenants devant les enfants. Rien ne permet en outre d'être sûr qu'il ne fera pas à nouveau marche arrière s'il n'est pas d'accord avec les conditions de reprise du droit de visite proposées par les intervenants, ni de garantir qu'il collaborera désormais avec ceux-ci, étant rappelé qu'il estime que la plupart d'entre eux sont incompétents et qu'il les tient en partie pour responsables des problèmes de ses enfants. C'est donc à bon droit que le Président a suspendu provisoirement le droit de visite du père.