Citation: 4A_174/2008 10.07.2008 E. A

A.a Médecins Sans Frontières (ci-après: MSF) est un mouvement associatif international regroupant de nombreuses sections nationales autonomes, dont quelques-unes exploitent des centres opérationnels. La première section nationale a été fondée en France, en 1971, par des médecins et des journalistes. La section nationale suisse (ci-après: MSF Suisse), fondée en 1981, est une association de droit suisse avec siège à Genève, où elle est inscrite au Registre du commerce. MSF Suisse gère l'un des centres opérationnels du mouvement international. Le but de MSF est d'apporter des soins aux personnes en situation précaire, en particulier dans les zones de conflit ou de catastrophe naturelle à l'étranger, et de sensibiliser le public à cette situation, en dénonçant ouvertement, au besoin, les manquements aux conventions internationales. Pour atteindre ce but, MSF recrute des personnes (dénommées volontaires) appelées à intervenir sur le terrain. A.b Le 11 avril 2002, MSF Suisse a engagé un citoyen néerlandais en qualité de chef de mission au Daghestan, République caucasienne de la Fédération de Russie limitrophe de la Tchétchénie, en vue de porter assistance aux populations tchétchènes réfugiées dans cette région. L'engagement s'est fait sur la base d'un contrat de travail de droit suisse. Dans la nuit du 12 août 2002, lors d'un déplacement d'ordre privé, cette personne a été enlevée dans les environs de Makhachkala, capitale du Daghestan. Immédiatement après l'enlèvement, l'ambassadeur des Pays-Bas à Moscou a demandé aux autorités russes de tout entreprendre afin d'obtenir la libération de l'otage, mais en évitant de mettre en danger la vie de celui-ci. Par la suite, les autorités néerlandaises sont restées directement en contact avec les autorités russes, y compris les services secrets (ci-après: le FSB), et les autorités locales au Daghestan. La position affichée par l'Etat des Pays-Bas, durant toute la crise, a été d'exclure le paiement d'une rançon. MSF a adopté officiellement la même position que celle de l'Etat des Pays-Bas. Cependant, à mesure que la détention de son employé se prolongeait, MSF Suisse est devenue plus pragmatique et a envisagé de dédommager des intermédiaires, ce qui équivalait à choisir une solution médiane entre la libération par le truchement d'amis et la libération contre paiement d'une véritable rançon. Des preuves de vie de l'otage ont été transmises aux autorités néerlandaises au début de l'année 2003. Durant ladite année, diverses solutions ont été envisagées pour obtenir la libération de l'otage, mais elles se sont soldées par autant d'échecs. En particulier, MSF a conclu un accord avec les vétérans des services secrets russes (ci-après; les vétérans) à cette fin et sa cellule de crise, à Genève, a fait parvenir un montant de 250'000 euros dans une enveloppe fermée à l'ambassade des Pays-Bas à Moscou. Les autorités néerlandaises, tant à La Haye qu'à Moscou, ont déduit de cet acte et des propos tenus par un responsable de MSF Suisse que MSF était d'accord de payer pour obtenir la libération de son employé, nonobstant son refus officiel d'envisager le paiement d'une rançon. Dans le même temps, MSF a organisé des campagnes de presse pour dénoncer ce qu'elle considérait comme un manque d'empressement des autorités russes à mener l'enquête et comme une inertie du gouvernement néerlandais. Les relations entre MSF et les autorités néerlandaises se sont alors tendues et celles-ci ont annoncé à celle-là qu'elles ne partageraient plus avec elle les informations opérationnelles obtenues des autorités russes. A.c Le jeudi 8 avril 2004, à la veille des fêtes de Pâques en Suisse et aux Pays-Bas, l'ambassadeur des Pays-Bas en Russie a reçu un appel téléphonique d'un colonel du FSB l'informant que la libération de l'otage était possible à condition de réunir un million d'euros en espèces dans un délai de vingt-quatre heures. L'ambassadeur a fait appel à une banque néerlandaise à Moscou qui, au bout d'une heure, s'est déclarée prête à fournir immédiatement, sur place, les fonds nécessaires. Des contacts ont alors été pris avec MSF Suisse, à Genève, pour savoir si elle était d'accord de rembourser l'intégralité du montant précité. Le directeur de l'association n'est pas entré en discussion à ce sujet, tout en invitant son interlocuteur à ne pas arrêter l'opération, mais, au contraire, à "donner le feu vert". Une rencontre a eu lieu le 9 avril 2004 à l'ambassade des Pays-Bas à Moscou. L'ambassadeur a mis sur la table deux paquets préparés par la banque et contenant chacun 500'000 euros en espèces, dont les vétérans ont pris possession en présence du chef de la mission de MSF Suisse à Moscou. Par ailleurs, ce dernier a prélevé, à ce moment ou ultérieurement, 20'000 euros sur les 250'000 euros toujours déposés à l'ambassade, dans l'enveloppe, afin d'indemniser des intermédiaires. Le 11 avril 2004, l'otage a été libéré au Daghestan, puis conduit à Moscou avant de rentrer aux Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais a organisé tous les transports. A.d Après la libération de son employé au moyen des fonds empruntés à la banque par les autorités néerlandaises, MSF Suisse a décidé de ne pas payer intégralement le million d'euros. Son directeur général en a informé un responsable néerlandais, lors d'une rencontre organisée le 3 mai 2004, et lui a proposé, en substance, de partager les frais par moitié, l'Etat des Pays-Bas pouvant conserver le contenu de l'enveloppe restée à Moscou et MSF Suisse s'engageant à lui verser un montant supplémentaire de 250'000 euros. Par courriel du lendemain, le responsable néerlandais a communiqué au directeur général de MSF Suisse les références du compte bancaire sur lequel l'Etat des Pays-Bas souhaitait recevoir les 250'000 euros promis la veille, tout en réaffirmant qu'il demeurait convaincu d'avoir obtenu, avant la libération de l'otage, un engagement ferme de MSF Suisse de rembourser l'intégralité de la rançon. MSF Suisse a répondu, par lettre du 12 mai 2004 adressée directement au Ministre néerlandais des affaires étrangères, qu'elle était d'accord de partager les charges par moitié et que, dans cet esprit, elle cédait formellement au gouvernement néerlandais la somme de 250'000 euros (en réalité, les 230'000 euros restants) déposée à l'ambassade des Pays-Bas à Moscou et qu'elle s'apprêtait à payer, le 15 juin 2004, un montant additionnel de 250'000 euros sur le compte indiqué par l'Etat des Pays-Bas. La représentation internationale du mouvement MSF, à Bruxelles, s'est toutefois immédiatement distanciée de la section suisse et a tenté, sans succès, de négocier un accord direct, d'ordre plutôt politique, avec l'Etat des Pays-Bas. A.e Le 19 mai 2004, l'ambassade des Pays-Bas à Moscou a versé le montant de 230'000 euros, resté dans l'enveloppe, à la banque néerlandaise de cette ville. Le 28 du même mois, elle a remboursé à cette banque le solde du prêt, soit 770'000 euros. Par courrier non daté adressé à MSF Suisse, les autorités néerlandaises ont refusé le partage par moitié et exigé un paiement supplémentaire de 770'000 euros jusqu'au 15 juin 2004 au plus tard. Dans sa réponse du 22 juin 2004, l'association suisse a non seulement refusé de verser quoi que ce soit, mais encore réservé son droit de réclamer la restitution du montant s'étant trouvé dans l'enveloppe à Moscou.