Citation: I 535/03 12.07.2004 E. 5

5.1 Pour rendre ses conclusions, le docteur P.________ s'est appuyé sur l'ensemble du dossier médical de l'assurée, ainsi que sur un entretien personnel avec elle (en partie en présence de son mari). L'expert commence par rappeler la situation de l'assurée sur le plan familial (ressortissante de la Macédoine, mère de trois enfants, mari instituteur à l'époque, venue en Suisse du mari en 1986 et de l'assurée deux ans plus tard, émigration du reste de la famille en 1990, exploitation par le mari, dès 1995, d'un petit magasin à Vevey). Au chapitre des observations cliniques, l'expert constate que l'assurée ne présente aucune défaillance psycho-organique ou autre perturbation majeure et psychotique. En revanche, elle recherche l'approbation de son mari qui semble la dominer et déterminer son comportement (tout au long de l'entretien). Sur le plan physique, la mobilité est donnée dans tous les axes sans limitations fonctionnelles, ni limitation par la douleur. L'assurée semble, cependant, consommer des substances psychotropes analgésiques et présenter une forme d'accoutumance à ces produits (affection iatrogène). Elle souffre aussi d'une dépendance boulimique, qui traduit l'existence de conflits psychiques; celle-ci s'est accentuée en 1995, suite au changement professionnel de son mari. A partir de cette date, ce dernier semble exiger de son épouse qu'elle gagne de l'argent. Sous son influence, elle a été amenée à déclarer fictivement qu'elle a travaillé à 50 % voire à 100 % au magasin de Vevey dans le but d'obtenir des prestations d'assurance pour la famille, alors qu'en réalité elle a continué à exercer ses tâches ménagères même après 1995. Pour l'expert, l'assurée se trouve aux prises d'un conflit conjugal majeur, ainsi que d'un conflit d'intégration socio-économique dont son mari est responsable. Si elle laisse volontairement à ce dernier le soin de déterminer la marche à suivre dans le but visible (commun) d'obtenir des prestations assécurologiques, il n'en reste pas moins qu'elle fait preuve de sursauts d'honnêteté, en contredisant, même devant son mari, certaines déclarations destinées à l'administration. L'expert conclut son analyse en constatant que l'atteinte à la santé (notamment dysthimie et névrose d'angoisse avec somatisations) n'entraîne aucune incapacité de travail: l'assurée est apte à exercer à 100 % non seulement les tâches ménagères qui sont sa véritable occupation, mais également tout autre activité de son choix.