Citation: 1C_452/2016 E. C

Le 1 er octobre 2012, B.________ et A.________ ont adressé une demande de permis de construire et un dossier d'enquête à la Direction des travaux de la Commune de Lausanne (ci-après: la direction des travaux) portant sur la démolition de leur villa locative et la construction d'un immeuble locatif de neuf appartements comprenant un parking souterrain de neuf places. Le projet prévoit en particulier la construction d'un bâtiment de quatre niveaux coiffé d'un toit plat avec une hauteur de 11,20 m. Occupant la plus grande partie de la parcelle, la construction projetée avec son garage souterrain implique la disparition de la quasi-totalité du jardin et des murets séparant la propriété du domaine public. Après quelques modifications portant sur la conformité du projet à la LDTR, celui-ci a été mis à l'enquête publique du 4 juin au 4 juillet 2013. Plusieurs oppositions, dont celles de soixante-et-un propriétaires, respectivement habitants du quartier, ont été déposées. Les opposants se prévalaient notamment de la procédure de plan partiel d'affectation déjà initiée, expliquant que le projet litigieux introduirait un élément discordant dans la typologie du quartier en cause, en totale opposition avec le caractère homogène des autres constructions. Ils demandaient également à la Municipalité de Lausanne d'établir un plan partiel d'affectation de quartier, tendant à préserver les caractéristiques du secteur. Par courrier du 7 janvier 2014, la municipalité a notamment indiqué aux intéressés ne pas avoir l'intention de lier la demande d'ouverture d'une procédure de plan de quartier à la procédure d'autorisation de construire concernant la parcelle n oeee, mais d'envisager de la traiter de manière indépendante. Elle indiquait par ailleurs qu'en raison de l'ampleur de la tâche, il n'était plus envisagé d'identifier dans le cadre de la révision du plan directeur communal les secteurs à protéger, raison pour laquelle l'intérêt à préserver l'ensemble bâti du quartier de la Gottettaz n'était pas encore démontré; elle avait partant décidé d'ouvrir une procédure de plan de quartier en réservant toutefois la mise sous protection du secteur aux résultats d'une étude patrimoniale, qui devrait être pilotée par le service de l'urbanisme. Le choix du mandataire chargé de cet étude devrait de plus être confirmé par la déléguée communale à la protection du patrimoine bâti. Sur proposition du comité de riverains constitué dans le cadre de cette procédure, l'étude patrimoniale a été confiée à l'historienne en architecture C.C.________. Le 15 septembre 2014, la Centrale des autorisations en matière d'autorisations de construire (CAMAC) a transmis à la direction des travaux sa synthèse concernant le projet litigieux. En substance, les différentes autorisations spéciales étaient octroyées, sous réserve du respect de certaines conditions impératives relatives notamment au contrôle administratif des loyers d'une durée de dix ans en application de la LDTR. Le 29 janvier 2015, le comité de riverains a communiqué au service de l'urbanisme le rapport établi en janvier 2015 par C.C.________; ledit service en a accusé réception le 9 février 2015. Au chapitre des conclusions, le rapport d'expertise indique notamment ce qui suit: "Le quartier se développe donc en quatre phases - les principales ayant lieu en 1913 et durant l'entre-deux-guerres - suivant un parcellaire établi en 1913 et certaines restrictions imposées à cette époque. Plusieurs types d'habitations (villas, villas locatives et deux immeubles d'habitation) y voient le jour. Malgré la relative diversité typologique et stylistique du bâti qui résulte de cette urbanisation progressive, plusieurs éléments contribuent à donner au secteur une certaine unité: en premier lieu, les villas y sont largement majoritaires et possèdent des gabarits similaires. Munies de toits à pans couverts en tuiles, elles présentent souvent des variantes du style régionaliste. Elles sont l'oeuvre d'architectes divers, mais l'un d'entre eux, René Bonnard, se démarque par son activité prépondérante: il est non seulement probablement l'auteur, avec son associé Jean Picot, du plan de parcellement de 1913, mais aussi, de manière certaine, de sept bâtiments du quartier. Ces réalisations qui s'étendent de 1913 à 1933 forment un ensemble intéressant, au travers duquel on peut suivre les différentes phases stylistiques traversées par cet architecte dans le domaine de la construction privée. René Bonnard, qui est une figure importante de l'architecture lausannoise d'avant et surtout d'entre-deux-guerres, était d'ailleurs lié personnellement à cette partie de la ville (il est propriétaire et habite au chemin du Levant), ce qui explique sans doute son implication dans le développement du plateau de Béthusy et particulièrement du secteur de la Gottettaz. L'aménagement de l'espace non bâti contribue également à donner une certaine unité et une identité propre au quartier, sans parler de son apport pour la qualité de vie : les jardins privés y ont une place importante, bien perceptible depuis l'espace public, qui est lui-même doté d'un parc. Enfin, la présence généralisée de murets bordant les propriétés, encore parfois d'origine, contribue également à donner un aspect d'ensemble au quartier. Ces divers éléments devraient être pris en compte dans le cadre de toute opération de reconstruction ou de transformation importante touchant les bâtiments du secteur". Lors de sa séance 26 février 2015, la municipalité a pris la décision d'octroyer, sous réserve de certaines charges et conditions, le permis de construire et de lever les oppositions.