Citation: 1A.278/1999 17.01.2001 E. 2

2.- Les recourants soutiennent que la parcelle n° 1824 de l'intimée se trouvait auparavant hors de la zone à bâtir et qu'on ne pourrait pas y autoriser de constructions sans respecter les exigences de l'art. 24 LAT. En adoptant un plan partiel d'affectation permettant la réalisation du projet Lémanparc sans dérogation selon l'art. 24 LAT, les autorités cantonales auraient violé cette disposition; en outre, les conditions pour pareille dérogation ne seraient pas remplies. a) En vertu du principe de l'art. 22 al. 2 let. a LAT, une construction ne peut être autorisée que si elle est conforme à l'affectation de la zone. L'art. 24 LAT permet de déroger à ce principe, pour de nouvelles constructions hors de la zone à bâtir, si leur implantation est imposée par leur destination et si aucun intérêt prépondérant ne s'y oppose (sur ce point, le texte de l'art. 24 LAT, selon la novelle du 20 mars 1998 entrée en vigueur le 1er septembre 2000 [RO 2000 p. 2042], correspond à celui de l'ancien art. 24 al. 1 LAT). L'application de l'art. 24 LAT est cependant d'emblée exclue pour les projets dont les dimensions ou les incidences sur la planification locale ou l'environnement sont si importantes qu'ils doivent être prévus dans les plans d'aménagement (cf. art. 2 al. 1, 6 ss, 14 ss LAT). Il faut donc en principe délimiter, dans les plans d'affectation, les zones nécessaires à la réalisation de ces projets, qu'il s'agisse de zones à bâtir au sens de l'art. 15 LAT ou d'autres zones selon l'art. 18 al. 1 LAT (ATF 124 II 252 consid. 3 p. 255, 391 consid. 2a p. 393; 120 Ib 207 consid. 5 p. 212; 119 Ib 439 consid. 4a p. 440 et les arrêts cités). Cette obligation d'aménager (cf. titre de l'art. 2 LAT) s'applique en règle générale aux installations importantes soumises à une étude de l'impact sur l'environnement (ATF 124 II 252 consid. 3 p. 255; 119 Ib 439 consid. 4b p. 441). b) Le projet Lémanparc (complexe commercial, hôtelier, sportif et de loisirs) est important par ses effets sur l'organisation du territoire et sur l'environnement dans la région concernée. Il est, à un double titre (parking et centre commercial), soumis à une étude de l'impact sur l'environnement, les seuils des ch. 11.4 et 80.5 de l'annexe OEIE étant clairement dépassés. Il ne s'agit donc pas, de ce point de vue, d'un cas limite (cf. ATF 124 II 252 consid. 4d/cc p. 258). En outre, pour les centres commerciaux dont la surface de vente excède 2'000 m2, l'adoption d'un plan d'affectation spécial est prévue à l'art. 47 al. 2 ch. 11 de la loi cantonale sur l'aménagement du territoire et les constructions (LATC). Dans ces circonstances, la délimitation d'une zone à bâtir spéciale, de plusieurs hectares et contiguë à d'autres secteurs déjà bâtis, ne pouvait être assimilée à la création d'une "petite zone à bâtir" isolée, contraire au but de l'aménagement du territoire consistant à empêcher la dispersion des constructions (cf. ATF 124 II 391 consid. 2c et 3 p. 394). La solution retenue par les autorités communales et cantonales, conforme à l'art. 2 LAT, s'imposait et une simple dérogation fondée sur l'art. 24 LAT n'entrait manifestement pas en considération. Aussi ces autorités n'ont-elles pas éludé l'art. 24 LAT en choisissant d'adapter la planification en fonction du projet litigieux. Ce premier grief du recours de droit administratif est en conséquence mal fondé.