Citation: 4P.192/2000 13.11.2000 E. A

A.- Le notaire T.________ était en relation d'affaires avec G.________ depuis 1982. Celui-ci a reçu un héritage se composant principalement d'une fondation Z.________, établie au Liechtenstein. G.________ a mandaté T.________ pour une opération tendant à l'acquisition d'une villa et à la conclusion d'un contrat de crédit. Le 25 février 1991, T.________ a constitué la S.I. X.________, qui avait pour administrateur unique M.________, le clerc de son Étude. G.________ était le seul actionnaire de cette société. Le 28 février 1991, la SI X.________ a acquis la propriété d'une villa sise à Blonay pour un prix de 2'650'000 fr. G.________ n'est pas intervenu et M.________ n'a agi que comme intermédiaire de T.________. Le 22 mars 1991, T.________ a rencontré W.________ et C.________, respectivement directeur et sous- directeur auprès de la Banque Y.________ (ci-après: la Banque). G.________ n'a pas assisté à cet entretien et T.________ a informé la Banque qu'il agissait en vertu d'une procuration générale signée en sa faveur par G.________. La Banque a reçu la procuration au plus tard par courrier du 13 juin 1991. Il ressort notamment de la note d'entretien rédigée par C.________ que l'opération devait être gérée par Maître T.________, que l'immeuble de Blonay était le logement de G.________, actionnaire de la SI X.________, et que celui-ci touchait une rente successorale annuelle d'un million de francs provenant d'une fondation au capital de 38 millions; un financement de deux millions était envisagé, moyennant le nantissement de cédules en premier et deuxième rangs, ainsi que du capital actions de la SI X.________; les débiteurs seraient la SI X.________ et G.________. Il a été retenu que ces derniers avaient l'intention d'utiliser rapidement la somme prêtée à des fins qui étaient soit fiscales, soit de nature à permettre le remboursement de l'avance faite par la fondation à la SI X.________. Le 29 mai 1991, la Banque a transmis à G.________ et à la SI X.________, pour adresse T.________, la confirmation de l'octroi de deux avances fermes en premier et second rangs, de 1'600'000 fr. et de 400'000 fr. A cet envoi étaient joints les pièces d'ouverture de compte qui prévoyaient expressément que la correspondance devait être adressée "p.a. Maître T.________", l'acte de nantissement et deux cartons de signatures. L'un comportait le nom dactylographié de G.________, l'autre celui de G.________ et de la SI X.________. Les cases subséquentes des deux cartons n'étaient ni préparées ni tracées. Le 12 juin 1991, G.________ et M.________ ont signé ces documents, sans biffer sur les cartons de signatures les cases suivant leurs signatures respectives. T.________ y a apposé la sienne. Sur la demande d'ouverture de compte de G.________, la rubrique "conditions éventuelles" permettant d'exiger "aucun retrait sans l'accord écrit de (nom et adresse)" n'a pas été cochée. Tous ces documents ont été transmis à la Banque le 13 juin 1991 par T.________, accompagnés de photocopies conformes de la procuration générale conférée par G.________ en faveur de M.________ et de T.________. Ce dernier a également signalé qu'il priait son confrère P.________ d'autoriser la Banque à lui délivrer le montant du prêt. Le 14 juin 1991, P.________ a confirmé à la Banque que celle-ci était inscrite au registre foncier en tant que porteur des deux cédules hypothécaires et il l'a priée de transférer le montant du prêt conformément aux instructions qui allaient être données par T.________. Le 25 juin 1991, les deux comptes ont été débités respectivement de 1'600'000 fr. et de 400'000 fr. pour couvrir un chèque de 2'000'000 remis par la Banque à T.________, qui l'a encaissé. Par la suite, le notaire a fait un usage contesté des fonds obtenus. M.________ a régulièrement reçu les avis d'intérêts relatifs aux deux comptes débités. Pendant plusieurs mois, M.________ et G.________ n'ont pas réagi aux relevés de compte. Au printemps 1992, T.________ a quitté Genève et, sur demande de la Banque, M.________ a déposé pour nantissement, en juin 1992, le certificat d'actions de la SI X.________. Ni l'administrateur M.________ ni le conseil de G.________ n'ont contesté immédiatement le retrait de deux millions opéré par le notaire, mais ils se sont inquiétés du mode d'exécution et de l'utilisation des fonds.