Citation: 4A_466/2022 E. B

Sous la plume de son conseil, la demanderesse a interjeté appel auprès du Tribunal cantonal valaisan. Son mémoire daté du 17 juin 2022 précisait au chapitre de la recevabilité: "Remis ce jour par pli recommandé à un bureau de poste suisse à l'attention de l'autorité de céans (...), le présent appel est déposé en temps utile". Le pli est parvenu au Tribunal cantonal valaisan le mardi 21 juin 2022. Le Juge délégué auprès de la Cour civile II a consulté le site Internet de La Poste Suisse pour reconstituer le cheminement de cet envoi prioritaire et recommandé ("PRI + SI" = PostPac Priority/Maxilettre + Signature, selon les "Abréviations des prestations et des offres" de La Poste, publiées en ligne). Le traçage indiquait comme première prise en charge postale le tri de l'envoi au centre postal de Daillens (VD), le 20 juin 2022 à 07 h 12 du matin. Le Juge délégué s'est alors adressé à l'avocate de la demanderesse le 22 juin 2022 en ces termes: "Selon les informations recueillies sur le site internet de Poste CH SA (...), ledit envoi a été 'trié' (en vue de sa distribution), le (lundi) 20 juin 2022. La date et l'heure de son dépôt n'y sont en revanche pas indiquées. Cela étant, il vous est imparti le délai de 30 jours pour établir (par titre) que l'envoi en question a bien été remis à la poste le (vendredi) 17 juin 2022." La mandataire professionnelle s'est expliquée comme il suit le 4 juillet 2022: (...) votre correspondance m'a profondément surprise, étant donné que mon écriture d'appel datée du 17 juin 2022 a bel et bien été déposée auprès de la poste principale de Vevey le 17 juin 2022, aux alentours de 17 h 00. Il semblerait en revanche que mon colis n'ait été pris en charge que le lundi 20 juin au matin pour des raisons que la poste suisse ne parvient toujours pas à m'expliquer à ce jour, et ce même après ma réclamation formelle. Néanmoins, j'ai pu obtenir de leur part le traçage de mon badge client commercial qui permet de déposer son courrier à un guichet spécial situé à l'arrière de la poste principale, avenue Général-Guisan à Vevey. Comme vous pourrez le lire, mon assistante, Mme M.________, s'est servie de cette carte d'accès magnétique le vendredi 17 juin 2022, à 16 h 57 et 18 secondes pour y déposer tout le courrier du jour, y compris le colis contenant l'écriture d'appel. À cette occasion, elle était accompagnée de son compagnon qui a également pu attester du dépôt le 17 juin 2022. Je vous joins en ce sens leur[s] attestations, accompagnées de leurs cartes d'identité. De plus, M. P.________ avait son téléphone portable avec lui, lequel démontre grâce à sa géolocalisation qu'il se situait à 17 h 00 à la poste de Vevey, en compagnie de Mme M.________. Pour finir, je vous prie de trouver ci-joint copie des avis de transmission aux parties adverses et le courriel destiné à mon client (...) qui ont été établis le 17 juin 2022, à 16 h 50, juste avant que Mme M.________ ne quitte l'Etude pour se rendre à la poste déposer le colis en question. (...) " En annexe à ces déterminations figuraient: - une copie d'un badge numéroté estampillé "La Poste" destiné au "point clientèle commerciale" de l'office veveysan, ainsi qu'un relevé des accès (autorisés ou refusés) à ce secteur le 17 juin 2022. Il en ressort que le numéro de badge en question a été utilisé à 16 h 57 min 18 sec; - deux attestations du 1er juillet 2022 signées par Mme M.________ et M. P.________, lesquels confirment la version présentée par l'avocate et fournissent une copie de leur pièce d'identité; - un traçage de provenance indéfinie indiquant une présence à l'étude de l'avocate le 17 juin 2022 entre 16 h 25 et 16 h 54, puis à "La Poste" (sans précision temporelle), enfin à Monthey à 17 h 36 après un trajet en voiture; - une copie de deux courriers d'accompagnement datés du 17 juin 2022, portant l'adresse des conseils respectifs des défendeurs, précédée de la mention "par pli simple", et enfin, - une copie d'un courrier électronique envoyé par Mme M.________ au représentant de la société demanderesse le 17 juin 2022 à 16 h 50, intitulé "Votre litige c/ Y.________ SA et Z.________", dans lequel la prénommée le prie de trouver en annexe une "copie de l'envoi qu'[elle] adresse ce jour au Tribunal cantonal valaisan". Le 14 septembre 2022, le Juge délégué a déclaré l'appel irrecevable au motif qu'il était tardif (cf. au surplus consid. 3 infra). Il a fondé sa compétence de juge unique sur l'art. 20 al. 1 let. b LOJ (Loi valaisanne sur l'organisation de la Justice, RS/VS 173.1), qui l'autorise à statuer comme tel "en cas d'irrecevabilité manifeste".