Citation: 1C_91/2018 E. 2.2

2.2. Les recourants reprochent à l'instance précédente d'avoir ignoré toute une série de faits notoires qu'ils énumèrent et qui portent sur les controverses liées à l'installation de l'oeuvre d'art litigieuse. Ainsi, ils affirment entre autres qu'il serait notoire que cette construction opposerait irréductiblement la communauté arménienne qui militerait pour celle-ci à la Fédération des associations turques de Suisse qui y serait farouchement hostile, mais également que la direction de l'Organisation des Nations Unies (ONU) se serait opposée avec succès à sa construction dans le parc de l'Ariana jugé trop proche de son siège. Serait également notoire le fait que l'Etat turc, le DFAE et le Conseil d'Etat seraient intervenus afin d'empêcher la construction dans le parc précité et que la Ville de Genève et le Conseil d'Etat se seraient affrontés sur le sujet. Il serait également de notoriété publique que le parc de Trembley représenterait la troisième tentative de localisation pour installer cette oeuvre, que la virulence des débats sur cette question serait forte entre les partis politiques et que de nombreuses personnes craindraient que le projet n'attise de " vieilles haines ". Les intéressés produisent diverses pièces à l'appui de leurs griefs, en particulier des extraits d'articles de presse censés démontrer le caractère notoire des faits précités. Ils se réfèrent également à un jugement de la Cour d'appel administrative de Jönsköping (Suède). A l'aune de la jurisprudence précitée et contrairement à ce que prétendent les recourants, les événements précités tirés d'articles de presse (Le Temps, La Tribune de Genève, le Matin, le 20 minutes, etc.), de lettres de lecteurs, de courriers d'un avocat ou de la Fédération des associations turques de Suisse romande, et encore d'un extrait d'une question écrite d'un député au Grand-Conseil ne constituent manifestement pas des faits notoires. Le fait que certains événements concernant l'installation de cette oeuvre d'art à Genève aient été relayés par la presse locale ne permet pas en soi de les qualifier de notoires. Par ailleurs, les recourants se contentent d'exposer les faits précités de manière appellatoire, sans démontrer, conformément aux exigences de l'art. 106 al. 2 LTF, en quoi ils seraient pertinents pour l'issue du présent litige, soit en particulier pour admettre l'existence d'un intérêt digne de protection à recourir. Quant au fait que la Turquie et l'Arménie sont intervenues devant la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'homme dans l'affaire Perinçek c. Suisse au sujet de la qualification des événements survenus en 1915 " dont le monument est l'affirmation ", on ne voit pas non plus en quoi il serait déterminant dans le cas d'espèce. En effet, la Grande Chambre de la CourEDH y a retenu que rien ne prouvait qu'au moment où les propos incriminés avaient été tenus [2005] le climat en Suisse était tendu et risquait de générer de graves frictions entre les Turcs et les Arméniens qui y vivaient; elle a ajouté " que le grave désaccord entre la communauté arménienne et la communauté turque en Suisse quant à qualification juridique à donner aux événements précités n'avait pas eu d'autres conséquences qu'un procès " (arrêt Perinçek c. Suisse du 15 octobre 2015, no 27510/08, § 244). Le grief de constatation inexacte des faits est dès lors irrecevable, faute de satisfaire aux exigences précitées de motivation. Il n'y a dès lors pas lieu de compléter l'état de fait de l'arrêt entrepris. Les pièces nouvelles produites par les recourants à l'appui de leur grief sont par ailleurs irrecevables (cf. art. 99 al. 1 LTF). Enfin, basés sur la prémisse erronée que les faits précités seraient notoires, les griefs des recourants tirés des violations de la maxime d'office et de leur droit d'être entendus tombent à faux et doivent être écartés. Quoi qu'il en soit, conformément à une jurisprudence constante, il incombait aux recourants d'alléguer devant les autorités cantonales, sous peine d'irrecevabilité, les faits qu'ils considéraient comme propres à fonder leur qualité pour recourir (cf. ci-dessous consid. 3.1 in fine).