Citation: 5A_864/2024 E. 5.1

5.1. La Cour de justice a retenu que les circonstances du cas d'espèce ne permettaient pas de déroger au principe selon lequel chacun des époux doit contribuer, selon ses facultés, aux frais supplémentaires engendrés par toute séparation. Le fait que le mari bénéficiait de revenus très confortables, ainsi que la répartition des tâches convenue durant la vie commune, n'était en soi, pas des motifs suffisants pour que l'épouse considère qu'elle n'avait pas à obtenir de revenus propres après la séparation. Cette appréciation était d'ailleurs cohérente avec le fait que l'épouse elle-même prônait le principe de l'indépendance financière des époux après la séparation. Il fallait au demeurant relever que, d'après les retranscriptions de SMS versées au dossier, le mari avait d'emblée demandé à l'épouse, peu après la séparation (soit déjà avant le dépôt de la requête en mesures protectrices de l'union conjugale) de se réinsérer sur le marché de l'emploi. L'épouse, âgée de 43 ans (40 ans au moment de la séparation), était en bonne santé et parlait couramment le russe, l'anglais et le roumain; elle disposait en outre de bonnes connaissances en français et en allemand. Elle possédait divers diplômes et bénéficiait de quatorze années d'expérience professionnelle dans différents domaines. Par ailleurs, les parties allaient partager la garde de leurs enfants (âgés de 8 et 6 ans), de sorte que ceux-ci ne seraient pris en charge par l'épouse que durant la moitié de la semaine. Les enfants étaient en outre tous deux scolarisés et fréquentaient le restaurant scolaire deux jours par semaine. Pour le surplus, une nounou était présente à plein temps au domicile de l'épouse. Compte tenu de ces éléments, il pouvait raisonnablement être attendu de celle-ci de reprendre un emploi à 70%, notamment en qualité d'employée de bureau au sein d'une banque, correspondant à la dernière activité qu'elle avait exercée. L'épouse n'ayant déposé aucune candidature à ce stade, aucun élément concret (pas même son éloignement du marché du travail depuis huit ans) ne permettait de retenir qu'elle ne pouvait pas obtenir un emploi dans ce domaine en fournissant sérieusement les efforts pouvant être attendus d'elle. D'après le calculateur de salaire du SECO, le salaire médian d'une employée de bureau dans le secteur financier, sans fonction de cadre, titulaire d'une formation universitaire, dans la région lémanique s'élevait à 6'410 fr. bruts pour un taux d'activité à 70%, soit à 5'450 fr. nets après déduction de 15% de charges sociales. L'épouse serait réputée réaliser le revenu susmentionné à compter du mois de février 2025. Ce court délai depuis la reddition du présent arrêt apparaissait justifié en l'espèce, dans la mesure où elle n'avait effectué aucune recherche en vue de trouver un emploi afin de participer, selon ses facultés, aux frais supplémentaires engendrés par la vie séparée, alors qu'elle ne pouvait ignorer depuis début 2022 qu'il pouvait être attendu d'elle qu'elle retrouve un emploi mieux rémunéré que l'activité de photographe qu'elle exerce ponctuellement (et souvent même gratuitement, selon ses dires).