Citation: 2D_19/2022 E. 4.2

4.2. En l'espèce, l'autorité précédente a procédé à une pesée correcte des intérêts en présence. S'agissant de l'intégration sociale et professionnelle du recourant en Suisse, il ressort des faits retenus sans arbitraire par l'arrêt attaqué et qui lient par conséquent le Tribunal fédéral (cf. supra consid. 2.2; art. 105 al. 1 LTF) que, malgré un séjour en Suisse de près de 30 ans, l'intégration de l'intéressé est demeurée très superficielle, pour ne pas dire inexistante. Au-delà de l'absence de relations familiales dans ce pays, l'intéressé ne s'est pas constitué de relations sociales hors de la communauté turque, ce qu'il admet au demeurant dans son recours. Il n'a exercé une activité lucrative que de 2004 à 2010. Dès 2013, il a bénéficié d'une rente pour une invalidité complète. Cette dernière a toutefois été supprimée en juillet 2018, une expertise psychiatrique du 28 juin 2018 ayant retenu que la capacité de travail du recourant était "entière depuis bien longtemps, en tout cas depuis les faits pénaux qui lui [étaient] reprochés", à savoir son activité de faussaire déployée depuis 2012 (art. 105 al. 2 LTF). Le fait que le recourant émarge à l'aide sociale depuis la suspension de sa rente n'est pas excusable, dans la mesure où il est censé avoir recouvré une pleine capacité de travail. Sa dette sociale s'élevait ainsi à 43'715 fr. au 14 novembre 2019 et il présentait des actes de défaut de biens pour 56'407 fr. au 19 avril 2018. Enfin, et surtout, l'intéressé a été condamné en 2017 à une longue peine privative de liberté de 36 mois, sanction qui reflète la gravité des actes commis. Au surplus, les condamnations du recourant en 1992 et en 2000 à des peines totalisant 12 mois d'emprisonnement - tel que cela ressort des faits définitivement établis dans l'arrêt du Tribunal cantonal du 10 janvier 2020 (art. 105 al. 1 LTF) - même si elles doivent être fortement relativisées compte tenu de l'écoulement du temps, ne sauraient devoir être totalement ignorées lors de l'appréciation globale de l'intégration de l'intéressé, ce d'autant lorsque celui-ci a commis de nouvelles infractions pénales, et ce nonobstant leur radiation du casier judiciaire (cf. arrêt 2C_276/2021 du 28 juin 2021 consid. 4.4 et l'arrêt cité). Il s'ensuit que, si le recourant a vécu presque la moitié de sa vie en Suisse, il n'a jamais su s'y intégrer ni y tisser des liens forts, mais a au contraire adopté à plusieurs reprises un comportement délictueux. La longue durée de son séjour ne peut ainsi contrebalancer les éléments susmentionnés, qui plaident en faveur de son éloignement. Quant à sa réintégration en Turquie, s'il n'est pas douteux que celle-ci ne se fera pas sans difficultés en raison de son état de santé (élément qui est examiné ci-après [consid. 5]), elle n'apparaît pas insurmontable. En effet, le recourant a vécu jusqu'à ses 33 ans en Turquie, de sorte qu'il connaît bien ce pays et en maîtrise la langue. On peut ainsi présumer qu'il y a conservé des attaches culturelles et sociales, ce d'autant plus qu'il y est retourné à plusieurs reprises durant son séjour en Suisse. Il pourra par ailleurs compter sur le soutien de sa mère et de ses trois soeurs et deux frères, qui y résident encore. On rappellera enfin que le simple fait que la personne étrangère doive retrouver des conditions de vie qui sont usuelles dans son pays de provenance ne saurait suffire à maintenir son titre de séjour, même si ces conditions de vie sont moins avantageuses que celles dont cette personne bénéficie en Suisse (cf. arrêt 2D_49/2021 du 29 mars 2022 consid. 5.6 et les arrêts cités).