Citation: 8C_780/2008 03.06.2009 E. 3.3

3.3.1 En présence d'avis médicaux contradictoires, le juge doit apprécier l'ensemble des preuves à disposition et indiquer les motifs pour lesquels il se fonde sur une appréciation plutôt que sur une autre. A cet égard, l'élément décisif pour apprécier la valeur probante d'une pièce médicale n'est en principe ni son origine, ni sa désignation sous la forme d'un rapport ou d'une expertise, mais bel et bien son contenu. Il importe, pour conférer pleine valeur probante à un rapport médical, que les points litigieux importants aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale soit claire et enfin que les conclusions de l'expert soient dûment motivées (ATF 125 V 351 consid. 3a p. 352 et les références; VSI 2001 p. 106, I 128/98 consid. 3a). 3.3.2 En ce qui concerne l'atteinte à la santé physique, les médecins de Z.________ sont d'avis que la neuropathie est au deuxième plan et que les douleurs qui en découlent sont localisées et peu handicapantes. En revanche, ils indiquent une extension d'un syndrome douloureux associé à des contractures musculaires diffuses, à un trouble du sommeil et à une grande fatigabilité. Ces douleurs d'ordre insertionnel se manifestent principalement au niveau sacro-iliaque et lombaire, ainsi qu'aux genoux. Toutefois, ces douleurs ne sont pas liées à l'atteinte de nature somatique découlant de l'accident. Quant aux autres douleurs qui résultent de la section du nerf musculo-cutané, les experts indiquent qu'elles sont atténuées au moment de l'examen grâce à la thérapie neurale. Dès lors, ils sont d'avis que l'incapacité de travail existant au moment de l'examen n'est pas due aux douleurs découlant de la neuropathie mais au syndrome douloureux étranger à la section du nerf musculo-cutané (rapport du 20 décembre 2005). De son côté, le docteur S.________ indique qu'une section nerveuse sensitive, surtout par axonotmèse complète peut entraîner, outre la perte ou la diminution des sensibilités, des douleurs très intenses par un mécanisme de déafférentation (ou désafférentation), lesquelles dépassent souvent le territoire anatomique concerné avec hyperpathie et allodynie. Or, selon l'expert, les douleurs décrites par l'assurée correspondent à celles qui sont invoquées par les victimes de telles atteintes neurologiques. Dans le cas particulier, le docteur S.________ est d'avis que la thérapie neurale n'a pas permis de réduire les douleurs découlant de la section nerveuse sensitive de façon à permettre une reprise de travail à plus de 25 % (rapport du 28 août 2007). 3.3.3 En l'occurrence, l'intimée ne conteste pas que la recourante subit toujours une incapacité de travail de 75 % après le 31 décembre 2005, puisqu'elle lui a alloué, à partir du 1er février 2006 (soit à l'expiration d'un délai d'attente de 31 jours), une indemnité journalière d'un taux correspondant, au titre de la couverture de la perte de gain en cas de maladie. En revanche, elle nie l'origine neurologique de cette incapacité de travail en se fondant sur l'avis des médecins du Z.________, selon lequel les douleurs à l'origine de cette incapacité ne découlent pas de l'atteinte neurologique mais sont liées à un syndrome douloureux sans rapport avec la section du nerf musculo-cutané. Au contraire, le docteur S.________ est d'avis que ces douleurs invalidantes sont dues à la lésion neurologique. Or, les experts de Z.________ ont indiqué que les douleurs neurogènes, momentanément atténuées lors de l'examen, pouvaient devenir très handicapantes, dès lors qu'une évolution est difficile à prévoir dans ce genre de lésions. Ils sont du reste d'avis qu'une nouvelle évaluation de la capacité de travail devrait avoir lieu dans ce cas. Quoi qu'il en soit, tant les experts de Z.________ que le docteur S.________ expliquent les plaintes et le handicap important qui en résulte par l'extension du syndrome douloureux à d'autres régions anatomiques que le pied droit, à savoir tout le membre inférieur droit, y compris la cuisse, la région sacro-iliaque, la hanche, la région lombaire, ainsi que les deux genoux. Si, comme l'indique le docteur S.________, il est possible qu'une section nerveuse sensitive entraîne une extension des douleurs au-delà de la région anatomique concernée, son avis ne contient aucune motivation permettant d'inférer que, dans le cas particulier, le déclenchement de douleurs dans des parties du corps aussi éloignées du lieu de l'atteinte est dû vraisemblablement à la lésion neurologique. Dès lors, l'existence d'un rapport de causalité naturelle entre l'extension du syndrome douloureux et la lésion neurologique n'apparaît pas établie au degré de la vraisemblance prépondérante, généralement appliquée à l'appréciation des preuves dans le domaine des assurances sociales (ATF 129 V 177 consid. 3.1 p. 181, 402 consid. 4.3 p. 406). Aussi, dans la mesure où elle résulte essentiellement de l'extension du syndrome douloureux dans d'autres parties du corps, l'incapacité de travail attestée après le 31 décembre 2005 n'est-elle pas en relation avec l'atteinte à la santé physique découlant de l'accident du 10 juillet 2002 et de ses suites opératoires. 3.3.4 Par ailleurs, il n'y a pas lieu de mettre en cause le point de vue de la juridiction cantonale selon lequel la recourante ne souffre pas d'une atteinte à la santé psychique ensuite de l'accident en cause. Au demeurant, la recourante n'allègue pas d'incapacité de travail d'origine psychiatrique. 3.3.5 Vu ce qui précède, l'intimée était fondée, par sa décision sur opposition du 25 octobre 2007, à supprimer le droit de l'assurée à l'indemnité journalière à compter du 1er janvier 2006 et à nier son droit à une rente d'invalidité.