Citation: I 137/04 13.01.2005 E. 5.1

5.1.1 Le revenu sans invalidité se détermine en règle générale d'après le dernier salaire que l'assuré a obtenu avant l'atteinte à la santé, en tenant compte de l'évolution des salaires jusqu'au moment du prononcé de la décision (ATF 129 V 224 consid. 4.3.1). On ne saurait s'écarter d'un tel revenu pour le seul motif que l'assuré disposait, avant la survenance de son invalidité, de meilleures possibilités de gain que celles qu'il mettait en valeur et qui lui permettaient d'obtenir un revenu modeste (ATF 125 V 157 consid. 5c/bb et les arrêts cités); il convient toutefois de renoncer à s'y référer lorsqu'il ressort de l'ensemble des circonstances du cas que l'assuré, sans invalidité, ne se serait pas contenté d'une telle rémunération de manière durable (cf. RCC 1992 p. 96 consid. 4a; arrêts P. du 6 mars 2003 [I 419/02] consid. 5.1, L. du 4 septembre 2002 [I 774/01] consid. 3, M. du 4 avril 2002 [I 696/01] consid. 4). Si l'assuré exerçait une activité lucrative indépendante avant la survenance de son handicap, il convient de prendre en considération le développement probable que son entreprise aurait eu s'il n'avait pas dû y mettre un terme en raison de son invalidité (RCC 1985 p. 662 consid. 3a). 5.1.2 Le résultat d'exploitation de l'entreprise de la recourante pour l'année 1993 ne permet pas de fixer de manière fiable le revenu qu'elle aurait pu réaliser en 2002, sans invalidité. Il est notoire, en effet, que les personnes qui se mettent à leur compte ne réalisent pas, au début de leur nouvelle activité, les mêmes revenus que des entrepreneurs établis depuis plusieurs années, et qu'elles consentent souvent des sacrifices financiers importants durant cette période. En l'occurrence, le commerce exploité par la recourante depuis 1990 n'avait très probablement pas encore atteint son plein rendement en 1993, compte tenu notamment des investissements initialement réalisés et de la nécessité de se constituter progressivement une clientèle. Dans le cas contraire, la recourante aurait vraisemblablement réduit les horaires d'ouverture de son commerce, de manière à pouvoir exercer une autre activité à temps partiel, ou abandonné purement et simplement son activité indépendante, plutôt que de poursuivre l'exploitation à plein temps d'un commerce ne lui procurant qu'un revenu annuel de 20'709 fr. 15, de manière durable. 5.1.3 A défaut de pouvoir disposer de renseignements concrets fiables sur le revenu qu'aurait pu réaliser la recourante, sans invalidité, au moment de la décision administrative litigieuse, il convient de se référer aux données salariales ressortant de l'Enquête suisse sur la structure des salaires 2002, publiée par l'Office fédéral de la statistique (ci-après : ESS) (cf. ATF 126 V 76 sv. consid. 3b/bb). Il en ressort un salaire mensuel brut (valeur médiane) de 4'743 fr. pour les femmes disposant de connaissances spécialisées (toutes branches économiques confondues), à l'instar de la recourante. Il convient de rectifier ce salaire mensuel, dès lors que les salaires bruts standards sont calculés par rapport à un horaire de travail de 40 heures par semaine (ESS, p. 12), soit une durée inférieure à la moyenne hebdomadaire dans les entreprises en 2002 (41.7 heures : Annuaire statistique de la Suisse 2004, tableau 3.2.3.5, p. 200). Cette adaptation conduit à retenir un revenu sans invalidité de 59'335 fr. en 2002. L'attestation établie par l'Association Suisse de l'Optique ne permet pas de retenir un revenu sans invalidité supérieur à ce montant, dès lors que l'on ignore tout des fondements statistiques sur lesquels elle repose. 5.2 Contrairement à ce qu'elle soutient, la recourante ne met pas en valeur toute sa capacité de travail résiduelle en travaillant quelques heures par semaine pour l'Association E.________, pour un salaire annuel net de 8'400 fr. Il convient par conséquent de s'écarter de ce salaire et d'établir le revenu que pourrait réaliser la recourante dans une activité adaptée en se fondant sur les données salariales de l'ESS. D'après ces données, le salaire mensuel brut (valeur médiane) des femmes exerçant une activité simple et répétitive (toutes branches économique confondues) était de 3'820 fr. en 2002. Plusieurs adaptations sont toutefois nécessaires, afin de prendre en considération, d'une part, la durée moyenne du travail dans les entreprises en 2002 (41.7 heures; cf. consid. 5.1.3), et d'autre part, les circonstances personnelles de nature à limiter les perspectives salariales de l'assurée (cf. ATF 126 V 78 ss consid. 5). Les circonstances personnelles ne justifient pas en l'espèce une déduction supérieure à celle appliquée par la juridiction cantonale (15 %). Après avoir procédé aux adaptations nécessaires, on obtient un revenu hypothétique de 20'310 fr. par an, pour une activité exercée à mi-temps. 5.3 Une comparaison entre ce dernier montant et le revenu sans invalidité retenu précédemment (consid. 5.1.3) conduit à un taux d'invalidité de 66 %. L'assurée peut donc prétendre à une demi-rente d'invalidité dès le 1er août 2003.