Citation: 9C_487/2022 E. 2.2

2.2. Se référant à un arrêt 8C_165/2007 du 5 mars 2008, les premiers juges ont retenu que la notion de syndrome de sensibilité chimique multiple (SCM), également désigné par l'expression d'intolérance environnementale idiopathique (IEI) est fortement controversée dans la doctrine médicale spécialisée. D'après cette dernière, l'IEI correspond à une description clinique regroupant des symptômes d'étiologie inconnue attribués par les patients à de multiples expositions environnementales, lorsque toutes les autres explications médicales ont été exclues. Selon l'avis médical pris en compte dans l'affaire précitée, il existe de plus en plus de preuves à l'appui de la thèse selon laquelle l'IEI est souvent le résultat de crises de panique provoquées par des stimuli olfactifs conditionnés psychologiquement. Par ailleurs, l'instance précédente s'est référée à une publication, qu'elle a considérée comme sérieuse et exhaustive, de l'Institut national de santé publique du Québec du 29 juin 2021 (Gaétan Carrier [coordinateur]/Marie-Ève Tremblay/Rollande Allard et al., Syndrome de sensibilité chimique multiple, une approche intégrative pour identifier les mécanismes physiopathologiques, Rapport de recherche de la Direction de la santé environnementale et de la toxicologie de l'Institut national de santé publique du Québec, juin 2021 [ci-après: étude québecoise; https://www.inspq.qc.ca/publications/2729, consulté le 21 mai 2024]). Selon cette publication, les altérations observées (altération de l'humeur et des fonctions cognitives, troubles du sommeil, fatigue, perte de motivation et anhédonie) ne sont pas propres au syndrome de sensibilité chimique multiple; elles sont rapportées dans la fatigue chronique, le syndrome de stress post-traumatique, l'électrosensibilité, la fibromyalgie, la dépression, les troubles de somatisation, les troubles phobiques et le trouble panique; tous ces troubles ont en commun la présence d'anxiété chronique, ce qui permet d'expliquer l'ensemble des symptômes du syndrome de sensibilité chimique multiple car les mêmes altérations et dysfonctionnements y sont trouvés et mesurés. Pour la juridiction cantonale, cette recherche autorise à appliquer au syndrome de sensibilité chimique multiple la jurisprudence en matière de syndrome sans pathogenèse ni étiologie claire et sans constat de déficit organique (cf. ATF 141 V 281), ce d'autant que les parties n'ont opposé aucun avis médical contraire à cette étude.