Citation: 6B_566/2024 E. 2.3.1

2.3.1. La cour cantonale a relevé que la victime, âgée de 82, puis de 83 ans, au moment des faits, se trouvait dans une situation de détresse, due en particulier à la profonde solitude qu'elle ressentait. Elle a également relevé que son état de santé sur le plan cognitif avait évolué de manière défavorable depuis 2017. En effet, en janvier 2022, la victime présentait des troubles neurocognitifs majeurs et, lors de l'entretien avec l'experte le 29 avril 2022, dans le cadre de la réalisation de l'expertise requise par la Justice de paix (cf. supra Faits B.b), elle était incapable de discernement s'agissant de la gestion de ses affaires administratives et financières. La cour cantonale a précisé qu'il n'était pas déterminant que le recourant ait été en mesure d'apprécier l'étendue de la capacité de discernement de la victime. Elle a jugé que ce qui importait, sous l'angle de l'escroquerie, c'était qu'il ait perçu l'état de détresse et la vulnérabilité de cette dernière, puis qu'il ait exploité cette situation en vue de se faire remettre d'importantes sommes d'argent ou des avantages en nature. Selon la cour cantonale, la perception de l'état de détresse et de vulnérabilité de la victime par le recourant ressortait notamment des déclarations de K.________ qui a indiqué ce qui suit: " Pendant le voyage, j'ai commencé à comprendre que quelque chose ne jouait pas avec [la victime]. [Elle] répétait beaucoup de choses et je voyais que [le recourant] ne voulait pas que je le sache. J'ai compris que quelque chose n'était pas clair avec sa personnalité. [...] Il m'a dit qu'on lui avait proposé certaines choses, dont des filles. Je lui ai dit que nous n'étions pas là pour des filles, mais pour du business. Ce fût-un peu l'élément déclencheur pour moi. [...] Pendant le vol, j'essayais de comprendre ce qu'il se passait, mais j'avais l'impression que [la victime] changeait de discours et n'était pas toujours très clair[e]." "Je précise à votre demande que c'est durant le voyage au Kosovo avec [le recourant] et [la victime] que j'ai réalisé que [J.________] et [le recourant] étaient complices. C'est également lorsque je me suis retrouvé seul avec [la victime] que j'ai fait cette constatation. Déjà, mettre une personne si âgée dans un trajet pendant 17h, c'est une catastrophe. [...] [La victime] m'a dit que [J.________] et [le recourant] lui avaient promis des filles. J'ai dit à [la victime]: "qu'est-ce que c'est cette histoire de filles ?" [La victime] était fatigué[e]. [...] Durant ce trajet de retour, j'ai compris que [la victime] était manipulé[e] et qu'on lui avait dit de payer des sommes d'argent pour les douaniers ou les policiers pour faire venir des filles. [Le recourant] ou [J.________], je ne sais pas, a dit à [la victime] que cela coûtait environ 50'000 francs." "Pour moi, par moment c'est visible que [la victime] n'a pas toute sa tête et parfois, ça l'est moins." " Après le voyage, j'en ai parlé avec [le recourant] et [J.________], je leur ai dit que [la victime] avait tendance à oublier les choses et qu'[elle] ne sait pas ce qu'[elle] fait. Pour moi c'était problématique, mais pas pour [le recourant] et [J.________]. Ces derniers me répondaient que ce n'était pas grave. Ils m'ont fait comprendre que c'était pratique, voir[e] utile pour eux, que [la victime] perde la tête. Cela leur permettait d'amasser plus d'argent sans que [la victime] ne s'en rende compte." À cela, s'ajoute le fait que le recourant a lui-même reconnu avoir perçu la faiblesse et la vulnérabilité de sa victime dès lors qu'il a déclaré lors des débats de première instance: " [la victime] m'appelait à plusieurs reprises, la journée, la nuit ou le matin. Il me disait qu'il se sentait seul et qu'il envisageait de mettre fin à ses jours. Il pleurait au téléphone. Il me parlait de sa mère qui lui manquait. Il me disait aussi qu'il parlait avec sa mère à travers un pendule. Il me disait des fois: "elle m'a téléphoné, je suis sûr qu'elle m'a téléphoné ma mère ". Selon la cour cantonale, le recourant, qui a donc perçu chez la victime un profond état de détresse et de vulnérabilité, a exploité cette situation pour obtenir de l'argent ou des avantages en nature. Il comptait sur le fait que la victime n'était plus en mesure de se méfier de lui, compte tenu non seulement de l'altération de ses fonctions psychiques, de son âge avancé et de ses difficultés de mémoire à court terme, mais également de sa dépendance psychique due à l'extrême solitude qu'il éprouvait, ce qui constitue précisément l'une des caractéristiques de l'astuce. De plus, le recourant s'est assuré un contrôle total sur les opérations financières de la victime et s'est attelé à isoler socialement cette dernière. La cour cantonale a relevé à cet égard qu'à partir du moment où elle a rencontré le recourant et son comparse, elle a cessé d'avoir des contacts avec des amis qu'elle connaissait depuis une dizaine d'années.