Citation: 4C.90/2000 05.07.2000 E. 2

2.- a) La recourante soutient que le contrat conclu entre les parties doit être qualifié de contrat d'entreprise (art. 363 CO), et non de contrat de vente (art. 184 CO). La cour cantonale a retenu que le matériel livré par l'intimée n'avait pas été spécialement fabriqué pour la recourante. Il s'agit là d'une constatation de fait, qui lie le Tribunal fédéral saisi d'un recours en réforme (art. 63 al. 2 OJ). Sur la base d'un tel état de fait, on ne voit pas de violation du droit fédéral à retenir l'existence d'un contrat de vente (cf. Pierre Engel, Contrats de droit suisse, 2e éd., p. 435 s.; Theodor Bühler, Commentaire zurichois, n. 136 ad art. 363 CO; Alfred Koller, Commentaire bernois, n. 108 ss ad art. 363 CO). Au demeurant, la notion de défaut, décisive en l'espèce, est la même pour les deux contrats. b) Une prestation est défectueuse s'il manque des caractéristiques essentielles convenues entre les cocontractants (ATF 121 III 453 consid. 4a p. 455); il y a défaut lorsqu'elle s'écarte du contrat dans un sens défavorable au destinataire, qu'elle n'a pas les propriétés promises ou auxquelles le destinataire s'attendait et pouvait s'attendre selon le principe de la bonne foi. Pour dire s'il y a ou non défaut, il faut donc examiner le contenu concret du contrat (ATF 114 II 239 consid. 5a/aa; Hans Giger, Commentaire bernois, n. 52 ad art. 197 CO; Heinrich Honsell, Commentaire bâlois, 2e éd., n. 2 ad art. 197 CO; Pierre Tercier, Les contrats spéciaux, 2e éd., n. 370, p. 48). c) Savoir si le matériel livré était ou non défectueux est fonction de la prestation qui était convenue, qu'il convient de déterminer en interprétant le contrat. Pour déterminer l'objet et le contenu d'un contrat, le juge doit recourir en premier lieu à l'interprétation dite subjective, c'est-à-dire qu'il doit rechercher la réelle et commune intention des parties, le cas échéant sur la base d'indices (cf. art. 18 al. 1 CO). Dans cette recherche, le juge ne doit pas s'arrêter aux expressions ou dénominations inexactes dont les parties ont pu se servir (art. 18 al. 1 CO). La priorité de l'interprétation subjective est un principe dont la violation peut être invoquée dans un recours en réforme. Lorsque la cour cantonale parvient à la conclusion qu'elle peut ou ne peut pas déterminer la réelle et commune intention des parties, elle procède à une appréciation des preuves, laquelle ne saurait être remise en cause dans un recours en réforme (ATF 125 III 305 consid. 2b et les nombreuses références). Si cette volonté ne peut pas être établie, le juge doit rechercher la volonté présumée des parties en interprétant leurs déclarations de volonté selon le principe de la confiance; cette interprétation dite objective consiste à rechercher le sens que chacune des parties pouvait et devait raisonnablement prêter aux déclarations de volonté de l'autre, en tenant compte des termes utilisés ainsi que du contexte et de l'ensemble des circonstances dans lesquelles elles ont été émises; il s'agit d'une question de droit qui peut être revue librement dans un recours en réforme (ATF 126 III 25 consid. 3c, 59 consid. 5b; 125 III 305 consid. 2b p. 308; 123 III 165 consid. 3a). Pour trancher cette question de droit, il faut cependant se fonder sur le contenu de la déclaration et les circonstances, lesquels relèvent du fait et sont constatés souverainement par la cour cantonale (ATF 124 III 363 consid. 5a; 123 III 165 consid. 3a). d) Pour déterminer la volonté présumée des parties sur le point litigieux, la cour cantonale s'est fondée sur le contenu de l'offre et de l'acceptation. Il n'est pas établi qu'il y aurait eu d'autres communications entre les parties à ce sujet avant la conclusion et le Tribunal fédéral est lié par l'état de fait retenu (art. 63 al. 2 OJ). Il a été constaté en fait que l'acceptation ne comportait aucune précision utile, de sorte qu'elle devait être comprise en ce sens que la recourante acceptait l'offre telle qu'elle lui était présentée. Selon les constatations cantonales, le texte de l'offre ne prévoyait pas que le matériel à livrer serait conforme aux normes API en général ou à la norme API 5B en particulier. La seule référence à cette norme apparaît dans les termes "forme des filets selon API 5B". Mais la forme des filets n'a évidemment aucun rapport avec la question d'un éventuel traitement "anti-galling". Les magistrats genevois ont encore constaté qu'il n'était nullement dit que les manchons seraient traités "anti-galling" ou qu'ils seraient de façon générale conformes à la norme API 5B. Partant, il n'est pas possible de déduire des constatations cantonales qu'il va sans dire, dans la branche concernée, que le matériel est traité "anti-galling"; il semble au contraire parfaitement possible de conclure un contrat portant sur la livraison de matériel non traité. Ainsi, la recourante n'a reçu aucune assurance que le matériel serait traité "anti-galling", elle n'en a pas demandée et elle ne pouvait pas s'attendre, sur la base du contenu de l'offre, à ce que ce traitement soit implicite. Autrement dit, en lisant l'offre dans les circonstances d'espèce, la recourante ne pouvait pas escompter que le matériel proposé soit traité "anti-galling". Du moment qu'elle a accepté l'offre sans formuler aucune exigence sur ce point, la recourante a manifesté son accord avec la prestation telle qu'elle lui était proposée. En retenant qu'il n'avait pas été convenu que les manchons devaient être traités "anti-galling", la cour cantonale n'a pas violé le principe de la confiance. Et, comme le matériel livré était conforme au contrat, il n'y a pas de défauts, si bien que la cour cantonale n'a pas enfreint le droit fédéral en rejetant la demande fondée sur la garantie des défauts. e) Dès lors qu'il n'y a pas de défauts, il est superflu d'examiner les autres conditions de l'action (vérification, avis des défauts, causalité naturelle et adéquate, existence et quotité du dommage). Hormis la question du défaut, la recourante ne conteste pas le prix du matériel livré; il est ainsi inutile de revenir sur cette question.