Citation: 6B_1290/2022 E. 1.4.2

1.4.2. La cour cantonale a retenu que la tromperie était difficilement décelable pour l'intimé et que l'élément constitutif objectif de l'astuce était rempli en l'espèce. Elle a considéré que le fait que l'escroquerie dite du " wash-wash " était sporadiquement utilisée permettait de conclure à la possibilité de convaincre des dupes de la réalité d'un procédé défiant le bon sens. En particulier, la cour cantonale a considéré que le stratagème des auteurs était habilement pensé et accompagné d'une mise en scène réaliste. Elle a retenu que le recourant et C.________ avaient mis sur pied un plan en plusieurs phases pour tromper l'intimé, se rendant d'abord sur son lieu de travail en mars 2020, le contactant ensuite à maintes reprises, mais au minimum 23 fois, avant d'organiser une rencontre physique pour faire une démonstration du procédé " wash-wash ". Suite à ladite démonstration, E.________ avait poussé l'intimé à aller montrer les deux billets nouvellement colorés à la banque pour qu'elle les authentifie, ce qui était un point particulièrement astucieux. L'employé de banque lui ayant confirmé qu'il s'agissait d'authentiques billets de banque, cette démonstration avait eu un effet décisif sur l'intimé. Rapidement après, E.________ avait invité l'intimé à W.________ pour boire et manger dans un hôtel prestigieux, renforçant ainsi habilement son image de "riche héritier". Le recourant et C.________ avaient délibérément élaboré avec soin toute une histoire plausible d'investissements dans une affaire en Suisse dans le seul but de soutirer de l'argent à l'intimé. Ils avaient multiplié les mensonges, étayés notamment par une démonstration de faux "coloriage" de billets de banque et de faux procédés chimiques. Ce plan devait être qualifié d'astucieux, dès lors qu'il était propre à tromper la vigilance de l'intimé. La cour cantonale a jugé que, s'il était vrai que l'intimé avait fait preuve d'une certaine naïveté en croyant, dans un premier temps, au procédé de "coloriage" des billets et en faisant confiance au recourant, à C.________ et à E.________, ceux-ci avaient exploité cette confiance pour arriver à leurs fins. En effet, le recourant s'était tout d'abord présenté au garage de la famille de l'intimé sous un prétexte plausible, soit l'achat de voitures d'occasion, puis, alors que la famille de l'intimé cherchait à vendre le shop, il s'était déclaré intéressé à cette reprise et avait déclaré qu'il connaissait le fils "illégitime" du président de V.________, qui cherchait justement à reprendre une affaire en Suisse. Dans ces circonstances et au vu des nombreux contacts habilement entretenus par le recourant pendant une longue période, la cour cantonale a jugé qu'on ne pouvait reprocher à l'intimé d'avoir fait confiance au recourant puis à E.________ et C.________ et de ne pas avoir fait preuve de plus de prudence. Le recourant et C.________ avaient tissé un lien de confiance avec l'intimé en lui faisant miroiter une future relation professionnelle pour mieux l'amadouer, à savoir la reprise du shop que la famille de l'intimé cherchait à remettre afin de permettre aux parents de prendre leur retraite. Cette relation avait été "travaillée" pendant près de trois mois avant la première démonstration du procédé de "coloriage" de billets de banque. L'intimé ayant en outre pu choisir le lieu de ladite démonstration, ce qui était de nature à le rassurer, on ne pouvait lui reprocher d'avoir omis de prendre des mesures de prudence élémentaires, ce d'autant moins que l'intimé avait pris la peine, pour des motifs de sécurité, d'écrire l'ensemble des numéros de série des billets remis et était allé vérifier l'authenticité des billets de banque après la première démonstration. L'intimé n'était du reste pas un homme d'affaires aguerri, mais gérait un petit garage familial dans un village. La teneur du contrat rédigé par l'intimé démontrait d'ailleurs manifestement une certaine naïveté. Conformément à la jurisprudence, la punissabilité devait être fondée sur le comportement de l'auteur et non sur celui de la dupe, qui ne saurait traiter tous ses partenaires contractuels quotidiens comme des escrocs présumés. Ainsi, la naïveté de l'intimé ne suffisait-elle pas pour exclure l'astuce dont le recourant et C.________ avaient fait preuve.