Citation: 1B_491/2021 E. A

A.a. A.________ SA a pour but principal la fabrication et la commercialisation de médailles, pièces commémoratives, insignes, etc. Ses administrateurs sont B.________, président, C.________ et D.________, tous avec signature collective à deux. Parmi les employés de la société figuraient trois cadres disposant également de la signature collective à deux, soit E.________, F.________ et G.________. Les 15 et 19 octobre 2020, A.________ SA a déposé auprès du Ministère public une plainte pénale contre E.________, F.________ et G.________, notamment pour escroquerie, subsidiairement vol et gestion déloyale. Selon cette plainte, les prénommés avaient, à l'insu du conseil d'administration, ouvert le 28 octobre 2019 un compte au nom de A.________ SA auprès de la banque H.________; ils étaient les seuls à disposer de ce compte qui n'avait jamais fait partie de la comptabilité de A.________ SA. Ils avaient ensuite amené des clients de A.________ SA à verser sur ce compte des montants dus à A.________ SA. Ils avaient prélevé de l'argent sur ce compte et avaient consigné 100'000 fr. auprès de la banque I.________ pour libérer le capital d'une nouvelle société (J.________ SA). A.________ SA demandait, au titre de l'urgence, le séquestre du compte H.________, des 100'000 fr. consignés pour la création de cette nouvelle société, des lingots d'or qui se trouveraient chez F.________ et E.________ et d'une carte de crédit de la banque K.________ de A.________ SA utilisée par ce dernier pour des dépenses privées. A.b. Le 23 octobre 2020, le Ministère public a ordonné l'ouverture d'une instruction contre E.________, G.________ et F.________, prévenus d'escroquerie, vol et gestion déloyale, pour avoir, en résumé, ouvert le compte H.________, encaissé sur ce compte des factures établies au nom de A.________ SA, tiré profit de ces sommes, soustrait des déchets aurifères ensuite convertis en or et utilisé une carte de crédit de la société pour des dépenses privées. Le procureur a adressé le 27 octobre 2020 un courriel au mandataire de la plaignante, lui indiquant qu'il avait, le même jour, pris les mesures bancaires urgentes. Le 3 novembre 2020, la police a interpellé et interrogé les prévenus. Les 13 et 17 novembre 2020, la police a également entendu une employée de A.________ SA et B.________. A.c. Le 30 décembre 2020, le Ministère public a formellement ordonné le séquestre du compte ouvert au nom des J.________ SA en formation (solde: 100'000 fr.). Le même jour, il a ordonné le séquestre d'un compte de L.________ Sàrl à la banque I.________ (solde: 101'749.48 fr.), de deux comptes privés de F.________ à la banque K.________ (solde: 9'562.69 fr.) et à la banque M.________ (solde: 20'000 fr.), de deux comptes privés de G.________ à la banque I.________ et à la banque M.________, ainsi que d'un compte privé de E.________ auprès de la banque M.________. A.d. Fin décembre 2020, la plaignante a, par l'intermédiaire de Me N.________, demandé au procureur la levée des séquestres sur les comptes privés des prévenus et le versement à A.________ SA des sommes correspondant aux montants dus. Les trois prévenus ont fait part de leur accord à ce que les fonds se trouvant sur le compte des J.________ SA soient remis à la société plaignante (mais avec une condition, s'agissant de F.________). Le 21 janvier 2021, la plaignante a, par l'intermédiaire de Me N.________, invité le Ministère public à statuer sur les restitutions. Le 29 janvier 2021, le Ministère public a décidé que la somme de 100'000 fr. se trouvant sur le compte de consignation de J.________ SA serait débloquée et versée à A.________ SA. Avec l'accord des intéressés, le procureur a décidé le remboursement à A.________ SA de 79'998.40 fr. à prélever sur le compte à la banque M.________ de G.________ et de 104'200 fr. à prendre sur le compte de la banque I.________ de E.________. Pour le surplus, le séquestre était maintenu sur les comptes privés des prévenus, notamment en couverture des frais et indemnités, étant précisé qu'il n'était pas exclu que d'autres sommes doivent encore être restituées à A.________ SA. Enfin, le dernier compte séquestré de L.________ Sàrl serait libéré par décision séparée. F.________ et L.________ SA ont recouru contre cette décision. Par arrêt du 16 mars 2021, l'Autorité de recours en matière pénale du Tribunal cantonal neuchâtelois (ci-après: le Tribunal cantonal ou l'ARMP) a déclaré irrecevable le recours de L.________ SA et rejeté celui de F.________. Cet arrêt n'a pas fait l'objet d'un recours au Tribunal fédéral et le dossier a été restitué au Ministère public le 12 mai 2021, après l'expiration du délai de recours, prolongé par les féries de Pâques. A.e. Le 7 avril 2021, Me Federico Domenghini a écrit au Ministère public qu'il avait été mandaté par A.________ SA pour la représenter dans la procédure; il sollicitait la consultation du dossier et demandait que le procureur l'appelle pour faire le point. Il a précisé, par téléphone du 13 avril 2021, qu'il défendait désormais les intérêts de A.________ SA sur le plan pénal, Me N.________ restant mandataire de la société pour les aspects civils. Par lettre du 13 avril 2021, le procureur a demandé à Mes N.________ et Domenghini de confirmer par écrit la répartition des tâches entre eux et de préciser si Me Domenghini pouvait désormais être seul convoqué aux actes d'enquête dans la procédure pénale. Le procureur ajoutait qu'une procédure distincte (MP.2020.5975) avait été ouverte afin de déterminer si des infractions avaient été commises par les organes de A.________ SA en lien avec l'obtention d'indemnités RHT et l'emploi d'un prêt Covid-19. Me Domenghini était invité à préciser s'il intervenait également dans cette procédure. A.f. Le 16 avril 2021, Me Domenghini a demandé au Ministère public une confirmation concernant la restitution des montants séquestrés en faveur de sa cliente, en relevant que, concernant les prévenus E.________ et G.________, rien ne s'opposait à une restitution immédiate, mais que, s'agissant du prévenu F.________, il convenait d'attendre l'expiration du délai de recours contre l'arrêt rendu le 16 mars 2021 par l'ARMP. Me Domenghini relevait qu'il n'avait pas encore eu accès au dossier. Il requérait une liste des séquestres et demandait si le procureur avait envisagé une détention provisoire de E.________, du fait que celui-ci avait, en cours d'enquête, essayé de prendre contact avec des employés de A.________ SA. Par lettre du 22 avril 2021, Me Domenghini a insisté sur l'urgence des versements demandés. Il constatait qu'il n'avait pas encore eu accès au dossier et demandait qu'une décision formelle soit rendue en cas de refus de cette consultation. Il s'est encore plaint, le lendemain, du fait que les biens séquestrés des prévenus G.________ et E.________ n'avaient pas encore été libérés. Le 28 avril 2021, Me Domenghini a annoncé au Ministère public qu'il déposerait un recours si le procureur ne répondait pas dans les heures à venir aux demandes formulées dans ses courriers précédents. Le même jour, le procureur a écrit à Me Domenghini. Il exposait que le mandataire de F.________ avait refusé d'indiquer si un recours serait déposé contre l'arrêt du 16 mars 2021. Comme le délai de recours n'était pas encore échu, c'était un montant de 234'200 fr. - donc sans les 50'000 fr. de F.________ - qui allait pouvoir être versé à A.________ SA, les décisions de virement étant en voie de finalisation. Le Ministère public précisait que le dossier de la cause se trouvait encore à l'ARMP et ne reviendrait qu'à l'expiration du délai de recours, soit dès le 6 mai 2021. Dès réception, le dossier serait numérisé afin de faciliter la consultation par les parties. S'agissant d'un éventuel placement en détention, le procureur relevait qu'un risque de collusion ne saurait raisonnablement être retenu, bon nombre d'auditions ayant déjà eu lieu. Les paiements annoncés ont été effectués et ont été crédités à A.________ SA entre le 30 avril et le 12 mai 2021. A.g. Le 28 avril 2021, le procureur a demandé à A.________ SA, dans le cadre de la procédure MP.2020.5975 (Covid-19), de lui fournir les décomptes mensuels de son personnel pour mars 2020 à mars 2021. Me Domenghini a répondu le 29 avril 2021. Il relevait que si le Ministère public avait certes indiqué que le dossier MP.2020.5564 se trouvait encore à l'ARMP, il ignorait en revanche les questions concernant le dossier Covid-19; il demandait au Procureur d'indiquer la date à partir de laquelle le dossier MP.2020.5564 pourrait être consulté et précisait que A.________ SA restait dans l'attente de réponses au sujet de la procédure Covid-19 (MP.2020.5975). Dans une lettre du 6 mai 2021, le Ministère public a fait remarquer à Me Domenghini que, le 13 avril 2021, il lui avait demandé d'indiquer si son mandat portait aussi sur la deuxième procédure (MP.2020.5975), mais qu'il n'avait pas répondu à cette demande. Le procureur considérait toutefois que le courrier du 29 avril 2021 équivalait à une déclaration de mandat pour cette procédure également. Il précisait qu'il statuerait sur la consultation du dossier après avoir reçu les décomptes demandés dans sa lettre du 28 avril 2021. Le 18 mai 2021, le Ministère public a accusé réception des décomptes transmis par A.________ SA le 10 mai 2021. Il précisait au mandataire de A.________ SA que le dossier concernant la procédure ouverte pour déterminer si des infractions pénales avaient été commises par les organes de A.________ SA, en lien avec l'obtention d'indemnités RHT et l'emploi d'un prêt Covid-19 n'était, pour le moment, pas consultable, les auditions de B.________ et E.________ devant encore avoir lieu; il rappelait que le dossier était consultable au plus tard après la première audition par le Ministère public et l'administration des preuves principales (art. 101 al. 1 CPP). Par courrier du 25 mai 2021, A.________ SA a fait savoir au procureur que la caisse de compensation avait suspendu le traitement des demandes d'indemnités RHT dans l'attente de l'issue de la procédure pénale MP.2020.5975. A.________ SA demandait quand les auditions de B.________ et E.________ étaient programmées et rappelait sa situation difficile et la nécessité de recevoir des indemnités RHT. Le 25 mai 2021 également, A.________ SA a réitéré sa demande de consulter le dossier MP.2020.5564.