Citation: 4A_357/2015 E. 4.2

4.2. Les signes propres à induire en erreur ne peuvent bénéficier de la protection accordée aux marques et ne peuvent donc pas être inscrits au registre (art. 2 let. c de la loi fédérale du 28 août 1992 sur la protection des marques et des indications de provenance [LPM; RS 232.11]). Il est de jurisprudence que la version allemande de cette règle, dont la lettre est plus restrictive (" irreführende Zeichen "), doit être comprise comme les versions française (" les signes propres à induire en erreur ") et italienne (" i segni che possono indurre in errore "), celles-ci, faisant référence à un risque abstrait de tromperie, exprimant de manière plus précise la volonté du législateur (cf. arrêt 4A.8/1994 du 25 août 1995 consid. 2b (2e par.) publié in PMMBl 1996 I p. 25; LORENZ HIRT, Der Schutz schweizerischer Herkunftsangaben, 2003, p. 63 s. et les références). Au stade de l'enregistrement de la marque - soit devant l'Institut qui ne dispose d'aucune information sur l'usage (effectif ou futur) du signe déposé (cf. ATF 132 III 770 consid. 3.2 p. 775) -, cela signifie qu'un signe est exclu de l'enregistrement (art. 2 let. c LPM) s'il contient une indication de provenance qui est propre à induire en erreur (cf. ATF 135 III 416 consid. 2.1 p. 418; 132 III 770 consid. 2.1 p. 772; 128 III 454 consid. 2.2 p. 460; 56 I 469 consid. 2 p. 475 et l'arrêt cité). C'est le cas s'il existe un risque abstrait qu'elle soit utilisée de manière inexacte dans le commerce, c'est-à-dire pour des produits qui proviennent d'un autre lieu (art. 47 al. 3 let. a LPM). A défaut d'une limitation adéquate (dès que l'indication de provenance est identifiée dans le signe), ce risque est automatiquement admis (ATF 132 III 770 consid. 3.2 p. 775 s.), raison pour laquelle, pour obtenir l'enregistrement de sa marque, le déposant est tenu de limiter sa liste des produits à des objets provenant du lieu auquel il est fait référence (ATF 132 III 770 consid. 3.2 p. 775 s.; 117 II 327 consid. 2b p. 332). Concrètement, il est précisé dans le registre, en rapport avec la marque concernée, que les produits revendiqués sont " de provenance X [pays mentionné dans le signe] ". L'exigence de la limitation, qui concrétise la volonté du législateur de renforcer la protection des indications de provenance (ATF 132 III 770 consid. 3.3 p. 777), a, d'une part, un effet préventif et diminue, de facto, le risque (abstrait) de tromperie. D'autre part, la limitation, qui apparaît dans le registre, a un effet direct sur le champ de protection ( Schutzumfang) de la marque. Celui-ci est en effet intimement lié aux produits enregistrés (cf. art. 11 al. 1 LPM), soit à des produits de la provenance désignée (pays mentionné dans le signe), et l'usage effectif de la marque en rapport avec des produits provenant d'un autre pays n'équivaut pas à un usage permettant d'éviter la perte du droit à la marque (cf. art. 12 al. 1 LPM). A noter encore que, pour qu'une indication de provenance inexacte soit prohibée (à défaut de limitation), il n'est pas nécessaire que la production au lieu indiqué jouisse d'un prestige particulier (ATF 128 III 454 consid. 2.2 p. 461). Dès lors qu'un lien de provenance est plausible, il n'est pas indispensable qu'il y ait effectivement une production concurrente au lieu indiqué (ATF 135 III 416 consid. 2.5 p. 420).