Citation: 5A_49/2008 19.08.2008 E. 7.1

7.1.1 Le recourant se plaint avant tout de la violation des art. 8 CC, 29 et 9 Cst. Il soutient que le niveau de vie des ex-époux ne ressort pas de l'arrêt attaqué, que la constatation selon laquelle un montant mensuel de 2'000 fr. permettrait à l'épouse de jouir d'un niveau de vie comparable à celui qu'elle a connu jusqu'à ce jour est arbitraire et que c'est un niveau de vie imaginaire qui a été retenu, sans référence à aucune pièce ni aucun allégué. Le recourant estime qu'il appartenait à l'intimée d'alléguer que son niveau de vie après la séparation était moindre que celui qu'elle avait durant la vie commune. Il relève qu'au contraire, l'intimée a vu son revenu augmenter après la séparation et dispose ainsi de moyens plus importants actuellement que durant leur vie commune. Le recourant indique par ailleurs que le solde mensuel de 2'000 fr. a été établi en violation de son droit à la preuve, ou, du moins, de façon arbitraire, en violation de son droit d'être entendu. Il soutient enfin que l'instance précédente aurait dû retenir que l'intimée n'a jamais cessé de travailler, que la répartition des tâches n'a pas diminué sa capacité de gain à elle, mais bien plutôt la sienne puisqu'il a renoncé à travailler sur les marchés américains, plus rémunérateurs et valorisants pour sa carrière professionnelle. 7.1.2 La Cour de justice a estimé qu'une contribution de 2'000 fr. permettra à l'épouse de jouir d'un niveau de vie comparable à celui qu'elle a connu jusqu'à ce jour. L'instance cantonale n'a pas chiffré dans son arrêt le montant correspondant au niveau de vie des époux durant le mariage. Elle a seulement conclu qu'une contribution de 2'000 fr., ajoutée à un solde disponible de 2'000 fr. - à savoir 4'000 fr. en sus du minimum vital élargi aux impôts - permettra à l'épouse de maintenir le niveau de vie mené durant la vie commune. Il s'agit là d'une constatation de fait, que le recourant devait critiquer selon les exigences du principe d'allégation (art. 106 al. 2 LTF; cf. consid. 2 ci-dessus). Or le recourant ne démontre pas en quoi cette appréciation de la cour cantonale serait arbitraire. Il ne conteste pas que son revenu est de l'ordre de 40'000 fr. par mois (45'000 fr. en 2005), ni que sa fortune s'élève à plus de 2 millions de francs et que son disponible, avant paiement des contributions, se chiffre à 25'000 fr. Il ne fournit pas le moindre élément de fait dont on pourrait déduire qu'avec de telles ressources, le niveau de vie de l'épouse aurait été inférieur à celui admis par la Cour de justice. Dès lors que la contribution nécessaire au maintien du train de vie antérieur a été fixée en fait, la question du fardeau de la preuve (art. 8 CC) que semble vouloir soulever le recourant lorsqu'il soutient qu'il appartenait à l'intimée d'alléguer que son niveau de vie était désormais moindre, est sans objet (ATF 130 III 591 consid. II/5.4 et les arrêts cités). 7.2 Le recourant se plaint enfin de la violation de l'art. 125 CC. 7.2.1 Quand le mariage a concrètement influencé la situation financière de l'époux qui a besoin d'une contribution d'entretien ("lebensprägende Ehe"), l'art. 125 CC lui donne droit au maintien du niveau de vie mené durant la vie commune. Lorsqu'il n'est pas possible, en raison de l'augmentation des frais qu'entraîne l'existence de deux ménages distincts, de conserver le niveau de vie antérieur, le créancier d'entretien peut prétendre au même train de vie que le débiteur d'entretien (ATF 129 III 7 consid. 3.1.1 p. 8 s. et les citations). Le mariage est présumé avoir eu une influence concrète lorsqu'il a duré plus de dix ans, durée à calculer jusqu'à la date de la séparation des parties (ATF 132 III 598 consid. 9.2). La jurisprudence considère également qu'indépendamment de sa durée, un mariage influence concrètement la situation des conjoints lorsque ceux-ci ont des enfants communs (5C.278/2000 du 4 avril 2001, consid. 3a; 5C.149/2004 du 6 octobre 2004, consid. 4.3, publié in FamPra 2005, p. 352; 5A_167/2007 du 1er octobre 2007, consid. 4). 7.2.2 La cour cantonale a retenu que le mariage a été de longue durée, à savoir un peu plus de dix ans, et que l'épouse devra assumer la garde des trois enfants pendant plusieurs années, tout en continuant à exercer une activité lucrative. Elle est donc en droit de conserver le niveau de vie qui était le sien jusqu'à ce jour. Le devoir de solidarité entre époux doit donc prévaloir durant un certain temps, du moins pendant la durée nécessaire à l'éducation des enfants et jusqu'à leur majorité. La cour a ainsi estimé qu'une rente de 2'000 fr. par mois représente une contribution équitable dans la mesure où elle permettra à l'intimée de jouir d'un niveau de vie comparable à celui qu'elle a connu jusqu'à ce jour. 7.2.3 Le recourant soutient que, puisque l'intimée dispose d'un solde de 2'000 fr., elle peut épargner ce montant mensuellement. N'ayant pas été en mesure d'épargner un montant supérieur durant la vie commune, elle n'a donc pas droit à une contribution d'entretien et est donc manifestement en mesure de subvenir elle-même à son entretien. Ce grief est infondé. Il convient tout d'abord de préciser que, sous réserve de la constitution d'une prévoyance appropriée (art. 125 al. 1 in fine CC), la contribution d'entretien n'est pas destinée à constituer une épargne. Le recourant confond ensuite manifestement la couverture du minimum vital (élargi aux impôts) et le maintien du niveau de vie antérieur garanti par l'art. 125 al. 1 CC. A titre superfétatoire, le recourant soutient que, puisque la répartition des tâches durant le mariage n'a pas amoindri la capacité de gain de l'épouse, il n'y a pas lieu de déterminer un entretien convenable sur la base du niveau de vie durant la vie commune. Seuls les besoins concrets nécessaires de l'épouse sont déterminants. Cette critique est infondée: l'art. 125 CC garantit à l'épouse, dont le mariage a concrètement influencé la situation, le maintien de son niveau de vie antérieur. Quant au fait que le mariage n'a pas amoindri la capacité de gain de l'épouse, il s'agit d'une pure affirmation du recourant, qui ne suffit pas à renverser la présomption de fait tirée de la durée du mariage supérieure à 10 ans, admise par la jurisprudence.