Citation: 4A_126/2014 E. A

A.a. La commune de Lausanne était propriétaire de la parcelle xxx située à la rue ... à Lausanne. B.________ SA, désormais en liquidation, était propriétaire de la parcelle contiguë yyy, sur laquelle était édifié un bâtiment d'habitation. En 1986, la société J.________ ingénieurs-conseils SA a été chargée d'effectuer une étude géotechnique sur la parcelle de la commune. Dans son rapport du 31 octobre 1986, elle a fait entre autres les constatations suivantes: (...) Terrassement Le terrassement en partie haute du terrain sous l'actuel mur de soutènement peut conduire à de graves difficultés à cause de la présence des remblais et de la moraine argileuse. Les bords de l'excavation devront être soutenus par un système de paroi ancrée dans la molasse gréseuse. (...) Il est à noter que ce mur montre des signes de mouvement (...) et qu'en conséquence on devra s'assurer de sa stabilité avant de commencer des travaux à son pied. Pour l'ancrage de la paroi, une reconnaissance complémentaire sous les terrains mitoyens sera nécessaire pour déterminer le profil de la molasse gréseuse. (...) " La commune a proposé à la société coopérative K.________, dont elle possédait 100 % des parts sociales, de construire des immeubles sur sa parcelle. L'administrateur-président de cette entité, qui était architecte, a refusé de s'engager parce qu'il existait un rapport géologique faisant ressortir que le terrain était délicat et qu'il serait trop cher de construire des logements subventionnés. Il a concédé qu'il aurait de toute façon rejeté le projet car il entretenait des rapports difficiles avec l'architecte proposé par la commune, soit A.A.________. Le rapport J.________ de 1986 se trouvait dans le dossier remis par la commune. Après ce refus, la commune a proposé le projet dès 1993 à une autre coopérative de logements à loyers modérés, soit C.________ société coopérative (ci-après: la constructrice). Le chef du Service du logement a présenté le dossier à la constructrice sans aborder les problèmes liés à la nature du terrain. Il n'est pas prouvé que la commune ait transmis le rapport J.________ à la constructrice. La constructrice, qui était très désireuse de bâtir à Lausanne, a accepté sans autre les conditions de la commune, en particulier quant à l'architecte A.A.________, imposé par l'entremise du chef du Service du logement. Les deux hommes avaient travaillé ensemble à la direction des travaux, dans l'administration communale. Lors d'une séance du 23 novembre 1994 réunissant des représentants de la commune et de la constructrice, l'architecte a précisé qu'un rapport géotechnique signalait la présence de molasse rouge à moins de cinq mètres, ce qui engendrerait vraisemblablement des complications. La constructrice a signé le 3 janvier 1995 un contrat d'architecte global avec l'atelier d'architecture A.________ SA, société dont l'architecte A.A.________ était l'administrateur-président. Le 17 octobre 1995, elle a passé un contrat d'ingénieur avec D.________ SA. Dite société (ci-après: le bureau d'ingénieurs) devait en particulier effectuer les travaux préparatoires et de terrassement sur la parcelle appartenant à la commune. Le 17 juin 1996, l'atelier d'architecture et la constructrice ont donné mandat à E.________ SA d'effectuer des travaux d'étude et d'assistance géotechniques pour la construction de deux immeubles. Dans son rapport du 30 juillet 1996, cette société (ci-après: le bureau d'études géotechniques) a mis en évidence une couche de limon sableux et graveleux d'origine morainique, à quelque 11 mètres de profondeur; la molasse sous-jacente était arrivée à cet emplacement par une instabilité probablement très ancienne. Le rapport J.________ était évoqué. Le bureau préconisait diverses mesures de sécurisation en relation avec les travaux projetés. En particulier, il recommandait la pose d'ancrages avant le début des terrassements pour assurer la stabilité des murs de soutènement des bâtiments existants sur les parcelles voisines. Il proposait aussi d'installer un système d'inclinomètres et extensomètres pour contrôler d'éventuels mouvements susceptibles de se propager jusqu'à 2-3 fois la hauteur des terrassements. L'atelier d'architecture a reçu cette étude et l'a transmise au bureau d'ingénieurs, mais pas à la constructrice. Le 17 octobre 1996, le bureau d'ingénieurs a soumis à l'atelier d'architecture un plan de situation avec des points de nivellement qu'il proposait de faire relever par le géomètre. Il préconisait en outre d'installer deux inclinomètres au pied du mur de soutènement. A.b. Par acte notarié du 7 janvier 1997, la commune a octroyé à la constructrice un droit de superficie sur la parcelle xxx à titre de droit distinct et permanent pour une durée maximale de 99 ans, moyennant une redevance annuelle de 114'960 fr. qui pouvait être augmentée. La commune n'assumait aucune garantie quant à la nature du sol (art. 14 al. 3 du contrat). La constructrice prenait à sa charge toutes les obligations de droit privé et assumait toute responsabilité de droit privé incombant à la commune en sa qualité de propriétaire du terrain grevé (art. 19). La constructrice a conclu une assurance pour la responsabilité civile du maître d'ouvrage avec effet au 14 janvier 1997. La partie cocontractante était G.________, laquelle a ultérieurement été reprise par F.________ SA (ci-après: la compagnie d'assurance). La somme assurée était de 2 millions de francs, avec une franchise de 5'000 fr. A.c. Les travaux d'excavation ont débuté le 12 février 1997. Les 2 et 3 mars 1997, des fissures sont apparues sur les bâtiments voisins de la fouille, dont celui appartenant à B.________ SA. Les travaux de terrassement ont été interrompus le 4 mars 1997. Le 7 mars 1997, les fissures se sont encore élargies. Un remblayage d'urgence (1'500 m3 de terre) a dû être exécuté. La couche de terre qui stabilisait l'ancienne masse de glissement située sous le bâtiment propriété de B.________ SA a été déblayée sans être remplacée par un dispositif d'ancrages. L'ancienne masse de glissement a recommencé à se déplacer en se fracturant, tout d'abord lentement durant le mois de février 1997, puis brusquement les 2 et 3 mars 1997. Le bâtiment situé sur cette parcelle yyy s'est progressivement dégradé, au point que ses occupants ont dû être évacués en juillet 1997; il était devenu inhabitable. Sa solidité était moindre et sa durabilité diminuée. La meilleure solution était de le détruire et d'en reconstruire un nouveau, ce qui a été fait. La cause directe de ce glissement de terrain est due à l'absence de sécurisation préalable des travaux d'excavation.