Citation: 1P.453/2000 31.07.2000 E. 3

3.- Le recourant admet l'existence de charges suffisantes. Il conteste en revanche les besoins de l'instruction, ainsi que les risques de collusion et de fuite retenus par la cour cantonale. S'agissant des besoins de l'enquête, il relève que l'instruction contradictoire a été suspendue durant plus de deux mois pour prévenir toute collusion, et que le juge d'instruction a eu tout le loisir de procéder aux investigations nécessaires. La Chambre d'accusation évoque la nécessité d'entendre les plaignants, mais aucun d'entre eux n'a été entendu durant trois mois et demi; le montant du préjudice pourrait déjà être déterminé avec précision sur le vu des pièces comptables saisies, éventuellement avec l'aide d'un expert. Quant au mode opératoire, il serait clairement défini, abstraction faite des contestations de S.________ pour certains faits qui le concernent. On ne verrait pas, dès lors, en quoi les besoins de l'instruction justifieraient son maintien en détention. Il n'y aurait pas de risque de collusion avec les plaignants, ni avec J.________; s'agissant de ce dernier, le risque de collusion a été nié à l'égard de S.________ par la Chambre d'accusation dans son ordonnance de libération provisoire, au motif que J.________ était en fuite et que son arrestation était incertaine à brève échéance. On ne verrait pas ce qui justifierait une solution différente en ce qui concerne le recourant. a) Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours (cf. art. 34 let. c CPP/GE), notamment lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations (cf. aussi l'art. 34 let. b CPP/GE concernant le danger de collusion). On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours; il doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). b) Les éléments retenus par la Chambre d'accusation ne paraissent pas suffisants pour reconnaître un risque de collusion à l'égard des plaignants. En effet, le recourant a admis, dès son inculpation, l'essentiel des charges qui lui sont reprochées. Il a apporté de nombreuses indications quant au fonctionnement de ses sociétés, aux raisons de ses agissements et au mode d'opérer. L'autorité intimée relève que le montant du préjudice n'a pas encore été arrêté, mais elle ne prétend pas que les indications du recourant sur ce point ne correspondraient pas aux différents montants articulés dans les plaintes pénales. On ne voit d'ailleurs pas - et la Chambre d'accusation ne l'explique pas - de quelle manière le recourant pourrait tenter d'intervenir auprès des nombreux plaignants afin d'entraver les investigations, ou d'obtenir des revirements. Le recourant a certes tenté de se débarrasser des documents comptables des sociétés, mais il n'est pas contesté que les pièces essentielles ont été retrouvées en main des banques. Rien n'indique au surplus que la libération du recourant pourrait présenter un risque supplémentaire de disparition de preuves. Le risque de collusion n'est pas non plus évident entre le recourant et J.________. Ce dernier est actuellement en fuite, avec une partie du butin. La Chambre d'accusation a toutefois considéré, à l'occasion de la mise en liberté de S.________, qu'une arrestation de J.________ à brève échéance était incertaine. Si J.________ ne peut être interpellé, on peut douter de l'intérêt du recourant à tenter d'obtenir de sa part des déclarations qui lui soient favorables. En revanche, si la fuite de J.________ n'est pas déterminante sous l'angle du risque de collusion, elle l'est en ce qui concerne le risque de fuite du recourant.