Citation: 4P.141/2000 17.10.2000 E. A

A.- Passionné par les fauves, Alain Gross détient plusieurs de ces animaux qui lui ont été confiés contre bons soins. Médecin-vétérinaire, Alain Guerne exploite, à Bellevue/Genève, une clinique vétérinaire édifiée sur une parcelle dont il est propriétaire. En 1995, Gross et Guerne envisagèrent d'héberger les fauves du premier nommé sur le terrain de Bellevue. Dans les grandes lignes, le projet consistait en la mise à disposition par Guerne d'une partie de sa parcelle sur laquelle Gross construirait à ses frais un abri ainsi que deux places clôturées pour les tigres et les lions; Gross assurerait également la garde et l'entretien des animaux. Après avoir dessiné l'ouvrage projeté, Gross mandata Alexandre Corazzini, architecte, notamment afin d'engager la procédure d'autorisation de construire. En mai 1996, Corazzini déposa auprès du Département des travaux publics une demande, signée par Guerne, dont l'objet portait sur l'"agrandissement clinique vétérinaire secteur stationnaires". Le projet ne rencontra pas d'opposition et l'autorisation de construire fut délivrée le 2 septembre 1996. Entre-temps, Gross avait obtenu de l'Office vétérinaire cantonal l'autorisation de détenir des animaux sauvages dangereux dans un refuge privé. Le 2 octobre 1996, Gross se rendit chez Me Pierre Christen, notaire, afin de clarifier la situation juridique. Dans les six mois qui suivirent, le notaire eut des entretiens téléphoniques avec les deux parties. Il leur conseilla notamment la constitution d'un droit de superficie en faveur de Gross, non immatriculé comme droit distinct et permanent. Par ailleurs, il demanda à Gross de lui fournir un plan de géomètre officiel afin de pouvoir déterminer l'assiette de la servitude. Durant la troisième semaine de juillet 1997, Corazzini, à la demande de Gross, chargea l'entreprise Leitao de procéder à des sondages; ceux-ci étaient nécessaires pour dresser le plan de géomètre en raison de la présence d'un gazoduc. A l'issue de ces travaux, des canalisations furent posées. Guerne reprocha alors à Gross sa précipitation et lui demanda d'interrompre le chantier. Les parties se retrouvèrent chez Me Christen le 31 juillet 1997. A cette occasion, elles ne purent toutefois se mettre d'accord et le notaire ne fut pas en mesure de rédiger le contrat de superficie. Le 20 août 1997, Gross et Guerne eurent une nouvelle entrevue qui ne permit pas de débloquer la situation. Par lettre du 8 septembre 1997, l'avocat de Gross soumit à Guerne l'alternative suivante: soit octroyer à son client le droit de superficie "convenu" pour une durée de trente ans; soit payer la totalité des frais déjà engagés et une indemnité pour le dommage causé, représentant ensemble près de 130 000 fr.; un délai de quatre jours était imparti à Guerne pour se déterminer. Dans sa réponse du 17 septembre 1997, l'avocat de Guerne n'entra pas en matière sur le choix proposé à son mandant. A son avis, Gross avait gravement violé ses devoirs précontractuels en ouvrant le chantier sans consulter Guerne, alors qu'aucun contrat de servitude n'avait été conclu et que les questions relatives à la responsabilité civile et aux modalités de fonctionnement de l'installation n'avaient pas été réglées. En conclusion, le mandataire de Guerne déclarait mettre un terme aux pourparlers en raison de la rupture définitive du lien de confiance. Le 12 janvier 1998, Gross fit notifier à Guerne un commandement de payer la somme de 128 938 fr.65 avec intérêts à 5% dès le 29 septembre 1997. Le poursuivi forma opposition.