Citation: 8C_628/2024 E. 4

La cour cantonale a exprimé des doutes sur la valeur probante de l'expertise du SMEX SA. Sur le plan psychiatrique, elle a relevé que l'évaluation de l'expert psychiatre quant à l'amélioration de l'état psychique de l'intimée semblait influencée par les effets positifs de ses récentes semaines d'hospitalisation (du 30 novembre 2021 au 10 janvier 2022 et du 8 au 28 février 2022). Pour autant, dans la lettre de sortie du dernier séjour, les scores de dépression et d'anxiété, s'ils s'étaient certes améliorés, faisaient encore état d'une dépression sévère (selon l'inventaire de dépression de Beck [BDI-II]; score de 29) et d'une anxiété modérée mais proche du palier de l'anxiété sévère (échelle de Hamilton; score de 23). La conclusion de l'expert, selon laquelle l'intimée avait recouvré une capacité de travail durable de 50 % dès la fin de sa dernière hospitalisation ne convainquait pas, dès lors que cet expert faisait état, de décembre 2019 à février 2022, d'une évolution trop chaotique et de périodes d'amélioration trop courtes ou trop fluctuantes pour attester d'une amélioration pérenne. De plus, l'anamnèse dressée par l'expert psychiatre indiquait des difficultés dans le classement des archives des anciens clients de l'intimée, difficultés qui avaient également été relevées lors de l'enquête économique effectuée en août 2022, soit près de cinq mois plus tard. La juridiction cantonale a encore souligné que la psychiatre traitante avait attesté d'une incapacité totale de travail de l'intimée depuis qu'elle la suivait (octobre 2022). En ce qui concernait l'aspect somatique, le constat du rhumatologue quant à l'absence de répercussion sur la capacité de travail des différents troubles affectant l'intimée (fibromyalgie, syndrome lombo-vertébral chronique sur dysbalance musculaire avec insuffisance de la sangle abdominale, obésité, déconditionnement physique, probable syndrome du canal carpien à gauche) n'était pas argumenté de façon suffisante. En outre, sur la base de son anamnèse et sans autre explication, il était difficile de comprendre la conclusion de l'expert selon laquelle il n'y avait aucun signe de gravité incapacitant au sens médico-théorique dans tous les domaines de la vie. Enfin, le diagnostic de fibromyalgie, singulièrement son éventuel impact sur la capacité de travail, n'avait pas été abordé par l'expert psychiatre conformément à la jurisprudence, ni lors de l'évaluation consensuelle. Cela étant, la cour cantonale a considéré qu'il n'était pas indispensable de compléter l'instruction. Se fondant sur les limitations fonctionnelles retenues par l'expert psychiatre, elle a constaté que l'intimée présentait des difficultés à mobiliser ses ressources pendant un long moment, gérait mal son stress, présentait une fatigabilité et des difficultés de concentration, d'attention et de mémoire de travail. Le bilan neuropsychologique réalisé lors de l'expertise mettait par ailleurs en évidence des atteintes cognitives considérées comme moyennes sur des activités contraignantes nécessitant notamment de bonnes compétences attentionnelles et de planification. La cour cantonale en a conclu que l'activité de comptable, qui requérait notamment de bonnes facultés de concentration et d'attention, n'était pas la mieux adaptée aux limitations fonctionnelles de l'intimée et qu'une profession moins exigeante sur le plan intellectuel correspondait mieux aux aptitudes de cette dernière. Il convenait ainsi de procéder par la méthode ordinaire de comparaison des revenus pour fixer le degré d'invalidité, plutôt que par la méthode de comparaison en pour-cent comme l'avait fait à tort le recourant. À l'issue de son analyse, la cour cantonale est parvenue à la conclusion que l'intimée avait toujours droit à une rente entière d'invalidité après le 1 er mars 2022. En substance, elle a évalué le revenu d'invalide à l'aide de l'Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) 2020, table TA1_tirage_skill_level, ligne "total", appliquant le niveau de compétences 1 puis le niveau 2, et tenant compte d'une capacité de travail de 50 % "en partant de l'hypothèse que les conclusions des experts [...] au sujet de la capacité de travail [...] soient probantes". Elle a conclu que dans toutes les hypothèses, le taux d'invalidité n'était pas inférieur à 70 %.