Citation: 2C_1023/2019 E. 12

Quoi qu'en dise le recourant, la pesée des intérêts effectuée par le Tribunal cantonal n'est pas critiquable. Il ressort d'abord des faits constatés que le recourant a été condamné, le 13 mars 2018, à une peine privative de liberté de 46 mois pour avoir agi comme revendeur au sein d'une bande qui s'adonnait à un grave trafic de stupéfiants comprenant de la cocaïne, de l'héroïne et de la MDMA. La gravité de la faute du recourant se reflète par la quotité de la peine et par le fait que les actes qu'il a commis sont constitutifs de crimes selon l'art. 19 al. 2 let a LStup (grande mise en danger de la santé), et selon l'art. 19 al. 2 let. b LStup (commis en bande). Il existe donc un intérêt public digne de protection à mettre fin au séjour du recourant afin de préserver l'ordre public et de prévenir de nouveaux actes délictueux. Le Tribunal cantonal a dès lors correctement appliqué la jurisprudence précitée en considérant que le comportement fautif du recourant était un élément primordial pour la pesée des intérêts. Il n'y a dès lors pas lieu d'examiner le grief du recourant en tant qu'il reproche au Tribunal cantonal d'avoir souligné, en citant l'ATF 131 II 329 consid. 4.3, qu'en cas de peine privative de liberté de deux ans, l'intérêt public à l'éloignement prime en général toute considération liée à la proportionnalité. A cela s'ajoute le fait qu'hormis des infractions à la LStup, le recourant a aussi notamment commis des lésions corporelles simples, une agression et des infractions à la LCR, dont une conduite d'un véhicule automobile en état d'incapacité, ce qui dénote une absence de considération pour la santé et l'intégrité physique d'autrui. Le recourant a en outre continué à exercer une activité délictuelle malgré le sursis partiel qui lui a été accordé en décembre 2014, lors de sa quatrième condamnation, et l'avertissement qu'il a reçu du Service cantonal en février 2015, ce qui dénote un mépris de l'ordre juridique et des autorités. Ce mépris s'illustre aussi par le fait qu'il a également été condamné pour violence et menace contre les autorités et pour avoir induit la justice en erreur (cf. les condamnations des 30 juin 2010 et 9 décembre 2014). Ensuite, on ne peut pas reprocher aux juges précédents d'avoir estimé que les circonstances ne permettaient pas de conclure à une absence de risque de récidive. L'activité délictuelle du recourant n'a cessé ni après les premières condamnations pénales qui lui ont été infligées alors qu'il était mineur, ni à la suite de son accession à la majorité. Elle n'a pas non plus cessé après l'avertissement que lui a signifié le Service cantonal en février 2015; au contraire, c'est à ce moment-là que le recourant a commis les infractions les plus graves, qui ont conduit à sa dernière condamnation. En lien avec cette condamnation, le fait que le recourant ait reconnu ses actes et ait ainsi bénéficié de la procédure pénale simplifiée n'est pas suffisant pour retenir une absence de risque de récidive, pas plus le fait qu'il vive, selon les faits constatés, prétendument mal son incarcération. En outre, un comportement correct en prison n'est pas relevant, une telle attitude étant attendue de tout délinquant (cf. ATF 139 II 121 consid. 121 consid. 5.5.2 p. 128). De même, on ne peut pas reprocher aux juges précédents de ne pas avoir fait grand cas du fait qu'à sa sortie de prison, le recourant serait réengagé par l'entreprise de son frère et vivrait au domicile familial, puisque, comme ils l'ont relevé, ces circonstances ne l'avaient pas éloigné de la délinquance par le passé. S'agissant du risque de récidive, le recourant se limite à opposer de manière appellatoire sa propre appréciation à celle des juges précédents, ce dont le Tribunal fédéral ne tient pas compte (cf. supra consid. 6). L'intérêt du recourant à rester en Suisse résulte d'abord du fait qu'il vit en Suisse depuis qu'il a trois ans et demi et que sa famille proche, dont ses parents et ses frères et soeurs, y réside aussi. Le recourant n'a toutefois pas d'enfant et il s'est séparé (ou a divorcé) en avril 2018 de la ressortissante macédonienne qu'il avait épousée en février de la même année. L'arrêt attaqué relève en outre qu'il ne se prévaut pas de liens sociaux spécialement intenses avec la Suisse. Sous l'angle professionnel, le recourant ne peut pas se targuer non plus d'une forte intégration, puisqu'il n'a pas terminé l'apprentissage de monteur en chauffage qu'il avait commencé et qu'il n'a travaillé que durant sept mois entre 2009 à 2012, en enchaînant divers emplois, avant d'être engagé dans l'entreprise de son frère en mars 2013. Du point de vue financier, sa situation est par ailleurs obérée, puisqu'il faisait l'objet, au 23 novembre 2018, de poursuites pour 33'138 fr. 98, qu'il a accumulé des actes de défaut de biens pour 81'315 fr.05 et que, selon les faits constatés, une grande partie de ces dettes a été réalisée alors que le recourant n'était pas en détention. Malgré l'intégration faible du recourant en Suisse, il n'est pas douteux qu'un retour en Serbie représentera un défi et lui demandera des efforts d'adaptation conséquents, comme l'ont aussi reconnu les juges précédents. Le recourant est toutefois en bonne santé et a un âge qui lui permettra de s'habituer à un nouvel environnement, où il pourra profiter de l'expérience professionnelle acquise en Suisse. Albanais de Serbie, il maîtrise la langue albanaise à tout le moins oralement et pourra retourner dans sa localité d'origine, majoritairement albanophone. L'arrêt attaqué constate en outre qu'il semble avoir des parents au pays, chez qui il séjournait lors de vacances d'été. Enfin, le lien avec sa famille en Suisse pourra en outre être maintenu, nonobstant la distance et la séparation. Compte tenu de l'ensemble des circonstances, en particulier de la gravité et de la multiplicité des infractions commises, de l'importance de certains des biens juridiques compromis, du risque de récidive, de l'absence d'intégration réussie et de la possibilité de s'intégrer en Serbie, il n'apparaît pas qu'en faisant primer l'intérêt public à éloigner le recourant sur l'intérêt privé de celui-ci à pouvoir vivre en Suisse, le Tribunal cantonal a méconnu les art. 96 LEI, 5 al. 2 Cst. et 8 par. 2 CEDH. Bien que la révocation de l'autorisation d'établissement d'un étranger qui a passé l'essentiel de sa vie en Suisse présente une mesure sévère, l'appréciation des autorités cantonales est dans les limites prévues par le droit fédéral et par l'art. 8 CEDH.