Citation: I 698/03 28.07.2004 E. 4

4.1 Expert mandaté par l'office AI pour se prononcer sur la capacité de travail de l'assuré, le docteur E.________ l'a examiné à trois reprises et complété le dossier mis à sa disposition par l'apport de nombreux comptes rendus de consultations médicales antérieures, y compris les bilans radiologiques pratiqués depuis 1986; il a également pris contact avec les médecins traitants de l'intéressé, dont notamment les docteurs A.________ et J.________. Au terme de ses investigations, l'expert a retenu les diagnostics de cervico-dorso-lombalgies d'évolution chronique rentrant dans le cadre de troubles somatoformes douloureux, de petite hernie discale médiane L4-L5, ainsi que de syndrome rotulien gauche avec chondropathie rotulienne et kystes synoviaux dans la partie supéro-interne du genou et postérieur au tendon du demi-membraneux. Le handicap fonctionnel perçu par l'assuré était en nette discordance avec les constatations cliniques et para-cliniques qu'il avait faites: les troubles objectifs du dos étaient somme toute assez discrets et l'examen clinique des genoux normal; la boiterie de décharge que l'assuré présentait depuis de nombreuses années ne trouvait par exemple aucune justification médicale. Aussi bien le docteur E.________ a-t-il estimé que, sur un plan strictement somatique, S.________ était apte à exercer sa profession d'employé de bureau - idéale pour son état de santé - à un taux d'activité compris entre 80 % et 100 %. Il a cependant ajouté qu'une «souffrance psychologique» influait probablement sur la chronicité des plaintes douloureuses, si bien qu'en complément de son expertise somatique, un examen psychiatrique était indiqué (rapport du 5 juillet 2001). Motivé de manière convaincante, rendu au terme d'examens cliniques approfondis ainsi que d'une étude particulièrement fouillée du dossier médical, et prenant en considération les plaintes de l'assuré, ce rapport remplit toutes les exigences auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (voir consid. 2 supra). Avec les premiers juges, on doit convenir que les avis exprimés par les docteurs A.________ et J.________ sur demande du juge-instructeur cantonal (rapports établis respectivement les 11 mars et 17 avril 2003) ne justifient pas que l'on s'en écarte. D'une part, ceux-ci n'ont fait état d'aucune affection physique qui n'ait été prise en compte et discutée par l'expert. D'autre part, leurs conclusions semblent aussi se rapporter à un éventuel problème d'ordre psychique chez l'assuré sur lequel le docteur E.________ n'avait pas à se prononcer. Il faut dès lors admettre que la situation médicale de S.________ est suffisamment élucidée en ce qui concerne ses troubles physiques et que ce nonobstant, il conserve une capacité de travail entière. 4.2 On ne peut en dire autant en ce qui concerne l'aspect psychique de l'état de santé du recourant. Au regard des conclusions du docteur E.________, la démarche de l'office AI de faire examiner l'assuré par un psychiatre, en l'occurrence le docteur V.________ du SMR, était assurément nécessaire. Force est de constater toutefois que le rapport d'examen psychiatrique (du 21 décembre 2001) de ce médecin est insuffisant, sous un angle aussi bien formel que matériel, pour qu'on puisse se convaincre à satisfaction de droit que l'aptitude à travailler de l'assuré n'est pas entravée de manière significative sur un plan psychique. Tout d'abord, il est impossible pour le lecteur de savoir sur quelle base le docteur V.________ s'est forgé son opinion (entretien personnel, tests psychologiques, dossier médical etc.?); ni le contexte médical de l'assuré, ni l'objet de la mission d'expertise ne sont décrits à suffisance et les conclusions rendues ne sont guère plus motivées. Ensuite, le psychiatre n'a pas du tout pris position sur le diagnostic de troubles somatoformes douloureux évoqué par le docteur E.________, alors que c'est principalement l'inadéquation entre le status clinique observé et l'importance des douleurs ressenties par l'assuré qui a amené ce médecin à préconiser la mise en oeuvre d'une expertise psychiatrique. Certes, le docteur V.________ est-t-il parvenu à la conclusion que S.________ ne présentait pas de comorbidité psychiatrique. On précisera cependant que si des troubles somatoformes douloureux persistants n'entraînent pas, en règle générale, une limitation de longue durée de la capacité de travail pouvant conduire à une invalidité au sens de l'art. 4 al. 1 LAI, l'absence d'une comorbidité psychiatrique grave ne suffit pas encore à l'exclure; d'autres critères entrent également en ligne de compte pour trancher la question de savoir si on peut exiger d'un assuré qu'il mette en oeuvre toute sa volonté pour surmonter ses douleurs et réintégrer le monde du travail (sur ces critères voir l'arrêt N. du 12 mars 2003 destiné à la publication, I 683/03; également l'arrêt O. du 23 juin 2004, I 272/03). Or, le rapport du docteur V.________ ne contient pas les informations utiles pour statuer sur ce point. On ne peut rien inférer non plus de la réponse (du 2 avril 2003) de la doctoresse W.________ dans la mesure où cette dernière s'est limitée à déclarer qu'en raison de l'attitude rigide du recourant, un travail psychologique sur la douleur était pour l'heure impossible, de sorte qu'elle n'était pas en mesure de se prononcer sur son aptitude à travailler. Il en va de même de la prise de position du docteur L.________ (du SMR) du 6 mai 2003 produite par l'office intimé en procédure cantonale. 4.3 Il convient par conséquent de renvoyer la cause à l'intimé afin qu'il mette en oeuvre une expertise psychiatrique qui réponde aux réquisits précisés par la jurisprudence concernant la valeur probante d'un rapport médical (voir consid. 2 supra). Au cas où le diagnostic posé par le docteur E.________ devrait se confirmer, il appartiendra à l'expert psychiatre de fournir à l'office AI tous les éléments permettant à ce dernier de déterminer avec précision l'incidence des troubles somatoformes douloureux sur la capacité de travail de l'assuré à la lumière de la jurisprudence récente de la Cour de céans en la matière (voir les arrêts cités au consid. 4.2 supra). Après quoi, l'office AI rendra une nouvelle décision. Le recours se révèle ainsi bien fondé. Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances prononce: