Citation: 6B_1078/2023 E. 2.3.1

2.3.1. La recourante reproche à la cour cantonale d'avoir apprécié arbitrairement les déclarations de l'intimé. Elle met en exergue les différents récits de ce dernier lors de ses auditions et relève des contradictions au sujet notamment de sa présence à U.________ la nuit des faits reprochés, ainsi que de son état d'ivresse. Dans ses déterminations, l'intimé se rallie aux considérations du jugement entrepris sur ce point. Lors de son audition du 3 septembre 2019, l'intimé a indiqué qu'il buvait beaucoup, ces temps-là en particulier, et qu'il lui arrivait d'être ivre. À la question de savoir s'il avait pu être dans un tel état qu'il ne pût pas se rendre compte de ses actes sur ses belles-filles, l'intimé a répondu " Peut-être, mais pas ce jour-là, car je me suis bagarré avec sa mère " et il a précisé ne pas avoir dormi à U.________ (PV d'audition n° 3 du 3 septembre 2019, réponse 8, p. 3 s.). Dans le cadre de cette même audition, interrogé sur la journée à U.________, il a fait état d'une dispute, lors de laquelle il était " bourré " et le lendemain ils étaient allés à la piscine, admettant avoir dormi une nuit là-bas. Interpellé sur le fait qu'il avait parlé de " ce jour-là ", l'intimé a répondu qu'il parlait du jour où il était " bourré " (PV d'audition n° 3 du 3 septembre 2019, réponse 16, p. 5). Évoquant à nouveau le déroulement de la journée, il a répondu à l'inspecteur qu'il n'était pas " bourré " ce jour-là (PV d'audition n° 3 du 3 septembre 2019, réponse 17, p. 6). Lors des débats de première instance tenus le 12 novembre 2020, l'intimé a nié avoir bu beaucoup d'alcool à l'époque, indiquant qu'il buvait raisonnablement car il travaillait. Il a indiqué qu'à la maison il était parfois ivre mais qu'à U.________ il n'avait pas bu puisqu'il était arrivé en voiture. Il a confirmé n'avoir rien bu lors du " séjour " dans cette station en 2003, étant arrivé tout seul l'après-midi et reparti le jour-même (jugement du 12 novembre 2020, p. 8). Il résulte de ce qui précède que les déclarations de l'intimé sont clairement contradictoires concernant la durée du séjour à U.________ ainsi que son état d'ébriété " ce jour-là ". Ces contradictions, portant sur des éléments essentiels dans l'établissement des faits, ne sauraient, sans arbitraire, être qualifiées de simples imprécisions, étant relevé que la question à laquelle l'intimé a répondu " ce jour-là " était de portée générale. En outre, la cour cantonale fonde en partie son raisonnement sur la nature des relations - qualifiées d'extrêmement conflictuelles - entre l'intimé et ses belles-filles lors de la cohabitation, et en déduit un fort ressentiment persistant des deux filles à l'encontre de l'intimé. Or, comme le relève la recourante, lors de l'audition de l'intimé au moment de la cohabitation, il indiquait que tout allait bien avec les filles de sa compagne (PV d'audition du 12 juillet 2006, réponse 4, p. 4), le 3 septembre 2019, il avançait que sa relation avec D.________ était " très bien " (PV d'audition n° 3 du 3 septembre 2019, réponse 5, p. 3) et, le 12 novembre 2020, qu'il n'y avait pas eu de souci particulier avec cette dernière (jugement du 12 novembre 2020, p. 8). La cour cantonale a ainsi omis d'apprécier les déclarations de l'intimé sur un élément qu'elle tient pour décisif et de les confronter aux différentes déclarations, avant d'en examiner la crédibilité. Par ailleurs, la cour cantonale fonde son raisonnement notamment sur le contenu d'un journal intime de la recourante en possession de l'intimé (pièce 44), à l'exclusion de celui qu'elle a elle-même produit (pièce 43/3). Ce faisant, elle omet de confronter les différentes déclarations quant à la possession du journal produit sous pièce 44 et quant aux faits ayant donné lieu à la condamnation de l'intimé pour injure et utilisation abusive d'une installation de télécommunication (cf. pièce 43/2: ordonnance pénale du 28 octobre 2011 condamnant l'intimé; PV d'audition n° 1 du 28 juin 2019, réponse 6, p. 5: " Concernant le vols d'affaires intimes, il s'agit du journal intime de mes 15 ans. Il l'a toujours. D'ailleurs, quand il me harcelait au téléphone, il me lisait des pages de ce journal "; PV d'audition de D.________ n° 2 du 28 juin 2019, réponse 9, p. 6: " il lui avait confisqué son téléphone. Il lui avait aussi pris son journal intime "; PV d'audition de l'intimé n° 3 du 3 septembre 2019, question 4, p. 2 s. et n° 5 du 3 juillet 2020, p. 2: " Elle m'avait aussi accusé d'avoir volé son journal intime. Ce sont des mensonges. C'est sa mère qui avait tout jeté par la fenêtre y compris son journal, ce n'est donc pas moi qui l'ai volé "; jugement du 12 novembre 2020, p. 8: " S'agissant du journal, je l'ai retrouvé il y a 2-3 semaines dans un sac poubelle à la cave"). Or ces éléments sont pertinents pour apprécier la crédibilité des déclarations des protagonistes, respectivement le contenu des pièces produites. Enfin, sans autre explication, la cour cantonale fait fi du contenu de la première audition de l'intimé du 12 juillet 2006, alors confronté à la plainte déposée par son ex-compagne au nom de sa fille, cette plainte étant pourtant essentielle pour l'appréciation de l'évolution des déclarations des intéressés. En omettant de tenir compte des importants éléments précités pour apprécier les déclarations de l'intimé, la cour cantonale a fait preuve d'arbitraire.