Citation: 5A_178/2022 E. 3.3.3

3.3.3. A cet égard, l'autorité précédente a confirmé l'appréciation des premiers juges selon laquelle il était dans l'intérêt de l'enfant que sa situation juridique corresponde à la réalité des faits. Elle a d'abord considéré qu'il n'existait pas de lien affectif entre cet enfant et le père juridique, qui ne s'était jamais intéressé à sa vie, ni n'avait pris de ses nouvelles de sa propre initiative. Avec le curateur de l'enfant, il fallait admettre qu'il avait démontré ne pas souhaiter avoir la qualité de père de l'enfant, que ce soit sous l'angle juridique ou affectif. S'il avait ouvert action tardivement, il avait requis la restitution du délai dans le but de ne plus être inscrit comme père à l'état civil. En outre, l'enfant savait qu'il n'était pas son géniteur et le désignait comme le papa de ses frères, ce dont elle ne souffrait pas. En accord avec le curateur, il fallait ainsi retenir qu'il n'était pas favorable au bon développement de cet enfant d'avoir un père légal inscrit qui ne soit pas son père biologique et qui ne tisse aucun lien affectif avec elle, contrairement au reste de la fratrie, parce qu'il ne voulait pas d'elle. Il n'était certes pas exclu que l'aboutissement de l'action en désaveu implique un changement de nom de famille pour l'enfant, en ce sens qu'elle prendrait le nom de célibataire de sa mère. Cet élément n'était toutefois pas décisif sous l'angle de l'intérêt de l'enfant, compte tenu des circonstances du cas d'espèce et, en particulier, de son jeune âge, un enfant de quatre ans n'attachant aucune importance à son nom de famille. Aussi, le seul fait qu'elle porte un patronyme différent de celui de ses frères, dont elle savait qu'ils n'avaient pas le même père, ne serait pas préjudiciable à son développement. Actuellement, il n'était pas rare qu'en cas de familles recomposées, les enfants d'une même fratrie ne portent pas le même nom. La cour cantonale a de plus estimé que, comme le relevait le curateur, le versement d'une contribution d'entretien pour l'enfant concerné ne représenterait pas un intérêt financier important, la situation du mari étant précaire sur ce plan depuis 2014. Il ressortait en outre de la procédure matrimoniale qu'en raison de la conjoncture, il lui était particulièrement difficile de trouver un emploi dans ses domaines de compétence, soit la photographie ou le journalisme, et que s'il orientait ses recherches dans un autre secteur, comme le commerce de détail, le revenu mensuel net qu'il serait en mesure de réaliser pouvait être estimé à 3'650 fr. Compte tenu de ses charges, de 1'962 fr., son disponible serait tout au plus de 1'688 fr., ce qui, divisé entre quatre enfants, représenterait une contribution de 430 fr. par mois. Comme le relevait le curateur, le versement d'une telle contribution d'entretien en faveur de l'enfant viendrait du reste en déduction de celles dues pour les deux fils que le mari avait eus avec l'épouse. De plus, il n'était pas établi que celui-ci aurait des expectatives successorales. S'il avait déposé une demande AI en 2020, il ne bénéficiait par ailleurs pas, en l'état, de prestations de cette assurance. Une rente AI pour l'enfant restait donc parfaitement hypothétique et n'avait aucun poids dans la pesée des intérêts en présence. Enfin, pour les motifs convaincants exposés par le tribunal de première instance, l'intérêt d'un père juridique protecteur face à un danger supposé qui émanerait du père biologique de l'enfant ne l'emportait pas.