Citation: 6B_174/2019 E. 2.5

2.5. Concernant l'art. 127 CP, le recourant conteste que cette disposition ne puisse être envisagée, s'agissant d'une tentative de suicide, qu'en cas d'incapacité de discernement de la victime. Une partie de la doctrine exclut l'application de l'art. 127 CP lorsque le danger auquel est exposé l'intéressé ne provient pas de l'extérieur, notamment en cas de suicide (cf. dans ce sens BERNARD CORBOZ, Les infractions en droit suisse, vol. I, 3e éd. 2010, n° 14 ad art. 127 CP). D'autres auteurs considèrent que cette disposition ne peut être violée lorsque la victime attente à ses jours alors qu'elle est capable de discernement (cf. TRECHSEL/MONA, in Schweizerisches Strafgesetzbuch, Praxiskommentar, 3e éd. 2018, n° 3 ad art. 127 CP; STEFAN MAEDER, in Basler Kommentar, Strafrecht I, 4e éd. 2018, n° 23 ad art. 127 CP; AURÉLIEN STETTLER, in Commentaire romand, Code pénal II, 2017, n° 15 ad art. 127 CP). Cette question peut être laissée ouverte en l'espèce puisque l'application de l'art. 127 CP suppose à tout le moins que la victime se trouve hors d'état de se protéger, c'est-à-dire que, dans une situation concrète, celle-ci n'est pas elle-même en mesure de sauvegarder ou de retrouver son intégrité corporelle ou sa santé, en raison de diverses circonstances telles que, notamment, l'infirmité ou la maladie (cf. arrêt 6B_1098/2017 du 5 avril 2018 consid. 4.3 et les références citées). En l'espèce, la cour cantonale a retenu - sur la base des constats des divers médecins ayant examiné le recourant à l'époque des deux tentatives de suicide - que ce dernier n'était nullement incapable de sauvegarder sa santé mais était au contraire responsable de ses actes. Le recourant soutient que des "doutes quant à son état mental au moment des faits subsistent". Il met en avant, à l'appui de cette assertion, des éléments tendant à confirmer qu'il se trouvait alors dans une situation de "détresse" ou de dépression. Or, on ne voit pas en quoi un tel état pourrait fonder l'existence d'un danger de mort ou d'un danger grave et imminent pour la santé au sens de l'art. 127 CP, ni permettre de retenir que le recourant aurait été hors d'état de se protéger lui-même. L'argumentation de ce dernier reviendrait à admettre que, même en l'absence de toute idéation suicidaire ou indice relatif à une volonté de mourir, un individu dépressif devrait être considéré comme susceptible, de manière imminente, d'attenter à sa vie sans être capable de se protéger lui-même, ou encore qu'après une tentative de suicide, une nouvelle tentative devrait être considérée - nonobstant l'absence de tout indice à cet égard - comme imminente. Une telle interprétation de l'art. 127 CP réduirait pratiquement à néant les éléments constitutifs objectifs du danger imminent ou de l'absence de capacité de protection chez la victime et reviendrait à fonder une sorte de responsabilité objective pour la personne occupant une position de garant. Compte tenu de ce qui précède, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral - en particulier le principe "in dubio pro duriore" - en considérant que le recourant n'était pas, au moment de ses deux tentatives de suicide, hors d'état de se protéger lui-même, ni exposé à un danger de mort ou à un danger grave et imminent pour la santé. En conséquence, l'autorité précédente pouvait, à bon droit, exclure une mise en accusation de l'un ou l'autre des intimés pour exposition.