Citation: 1B_138/2023 E. 2.4

2.4. Il est vrai que le recourant tient des propos délirants et que les courriels adressés aux plaignants contenaient des considérations qui pouvaient être ressenties comme des menaces par leur destinataire. La jurisprudence exige cependant un pronostic très défavorable pour que l'on puisse retenir un risque de passage à l'acte. Le recourant n'a aucun antécédent de violence connu. Ses proches ont en outre tous confirmé qu'il n'était pas violent et qu'il n'avait jamais fait usage de la force physique à leur égard. Il n'a fait preuve d'aucune violence ou agressivité lors de son interpellation et de ses auditions par la police et par le Procureur. Il n'a pas davantage adopté de comportement qui permettrait de retenir comme hautement vraisemblable qu'il pourrait porter atteinte à la vie ou à l'intégrité physique des personnes qui ont porté plainte contre lui. Le fait qu'il ait abordé dans la rue des collaborateurs de la banque B.________ et qu'il soit resté une quinzaine de minutes devant les locaux de la banque pouvait certes être ressenti comme dérangeant, voire inquiétant. Il ne ressort toutefois pas de la plainte qu'il aurait adopté à ces occasions une attitude menaçante ou propre à redouter qu'il allait s'en prendre physiquement à des collaborateurs de la banque. Il a au surplus déclaré à la police et au Procureur qu'il n'entendait pas lui-même procéder à l'exécution des "sanctions célestes" évoquées dans ses courriels. Enfin, les armes qu'il détenait à son domicile ont été saisies. Cela étant, on ne saurait partager l'appréciation de la cour, sur la base des éléments actuellement disponibles, quant à l'existence d'un risque très élevé que le recourant s'en prenne à l'intégrité physique des plaignants propre à justifier son placement en détention provisoire, même si l'on ne peut effectivement pas l'exclure au regard de l'état psychique perturbé et des propos tenus dans les mails à l'origine des plaintes. En l'état, le risque de passage à l'acte en lien avec les menaces contre la vie et l'intégrité corporelle pourrait être pallié par des mesures de substitution à la détention provisoire sous la forme d'une interdiction d'acquérir de nouvelles armes, d'une interdiction de prendre contact de quelque façon que ce soit avec les plaignants et d'une interdiction de s'approcher à moins de cinq cent mètres du domicile privé et du lieu de travail des plaignants. La question pourra le cas échéant être revue suivant l'évolution des circonstances et, en particulier, les conclusions de l'expertise psychiatrique du recourant. L'admission du recours sur ce point ne conduit pas encore à libérer le recourant. La Présidente de la Chambre pénale n'a pas tranché la question de savoir si la détention provisoire se justifiait en raison d'un risque de passage à l'acte en lien avec les menaces de destruction ou de diffusion de données informatiques sensibles appartenant à des collectivités publiques. Elle a noté à ce propos que le recourant avait clairement manifesté son intention de détruire les données électroniques en sa possession en se prévalant du droit à l'oubli s'il apprenait que ses clients voulaient mettre un terme à leur relation commerciale; il avait également reconnu n'avoir rien fait pour pallier le blocage du programme "VS-Fire" intervenu en septembre 2022 à la suite d'une mise à jour car son "intuition lui disait de ne pas agir car il n'était pas payé"; il avait en outre conditionné sa collaboration pour procéder aux mises à jour de ce programme, utilisé par l'Office cantonal du feu pour la gestion des corps des sapeurs-pompiers, au fait que la Cheffe du Service de sécurité civile et militaire vienne chez lui pour qu'il puisse lui donner des explications sur la Fondation F.________ et au versement d'une somme de 100'000 francs; il avait également refusé, devant le procureur, de collaborer à la restitution de données en fournissant les accès pour procéder à leur extraction. Le recourant ne saurait nier l'existence d'un risque de passage à l'acte important en lien avec les menaces de diffusion ou de mise hors d'usage de données dont l'Office cantonal du feu et plusieurs communes municipales lui ont confié la gestion au vu des éléments mis en exergue par la Présidente de la Chambre pénale. Le blocage du programme de gestion des corps de sapeurs-pompiers "VS-Fire" et la mise hors d'usage des données du journal de police des communes municipales sont propres à compromettre le bon fonctionnement des services de police et des services du feu des collectivités concernées et à mettre en péril la sécurité publique. Il n'appartient au surplus pas à la Cour de céans d'examiner, en première et unique instance de recours, si un tel comportement pourrait relever de la détérioration de données sous sa forme aggravée et/ou réaliser les conditions d'une extorsion qualifiée ni de vérifier s'il pourrait tomber, le cas échéant, dans le champ d'application de l'art. 221 al. 2 CPP. En l'état, il n'est pas non plus possible d'apprécier si les mesures de substitution proposées par le recourant seraient de nature à pallier un tel risque.