Citation: 1P.371/2000 22.09.2000 E. 2

2.- Dans une motivation subsidiaire, la Cour de droit public a retenu que pour respecter l'art. 13 LEx/VS, "un seul et même dommage ne peut être indemnisé cumulativement comme terrain à bâtir et comme terrain agricole"; elle a considéré que les terrains de la zone artisanale différée avaient été estimés au prix de la zone à bâtir et que, dans ces conditions, il pouvait être fait abstraction des autres préjudices subis par les exploitants agricoles. Les recourants, qui invoquent la protection contre l'arbitraire, qualifient ce raisonnement d'insoutenable. a) Une décision est arbitraire et, partant, contraire à l'art. 9 Cst. , lorsqu'elle méconnaît gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté ou lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité. Le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue en dernière instance cantonale que si elle est insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, si elle a été adoptée sans motif objectif ou en violation d'un droit certain. Il ne suffit pas que la motivation de la décision soit insoutenable; encore faut-il qu'elle soit arbitraire dans son résultat (ATF 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15, 129 consid. 5b p. 134; 124 V 137 consid. 2b p. 139; 124 IV 86 consid. 2a p. 88 et les arrêts cités). b) Comme l'estimation de la valeur vénale du terrain exproprié n'a jamais été contestée (cf. supra, consid. 1b), le dossier de la cause ne contient aucune indication sur le niveau des prix des parcelles en zone à bâtir à Fully, en particulier dans les zones artisanales. La Cour de droit public a simplement déduit de la comparaison entre le prix retenu par la première commission d'estimation pour la zone sans affectation spéciale (18 fr./m2) et pour la zone artisanale différée (40 fr./m2) que cette dernière valeur correspondait au prix du marché pour le terrain à bâtir. Une telle conclusion, sans autre élément d'appréciation ni de comparaison, est insoutenable quand elle a pour effet d'exclure un examen des prétentions à une indemnité pour d'autres préjudices, liés aux pertes d'exploitation. Il n'est en effet pas possible de déterminer si, globalement et compte tenu de la règle de l'unité de l'indemnité d'expropriation (cf. consid. 2a de l'arrêt attaqué), les montants alloués correspondent au maximum des différentes estimations, suivant que l'on se fonde sur la nature constructible du terrain ou sur son utilisation agricole (cf. Jean Quinodoz, De quelques problèmes touchant le recours en nullité contre les taxes d'expropriation et la fixation de ces taxes, RVJ 1970 p. 325). A cela s'ajoute que ce raisonnement est dénué de toute pertinence en ce qui concerne la parcelle n° 6039, dont la valeur vénale a précisément été estimée à 18 fr./m2, et non pas à 40 fr./m2. L'arrêt attaqué se révèle donc arbitraire sur ce point.