Citation: 4A_82/2023 E. A

A.a. B.________ a commencé une formation d'infirmière auprès de la Haute Ecole de Santé Vaud (HESAV) au mois d'octobre 2002. Ayant échoué au premier cycle, elle a été promue au deuxième cycle au mois d'octobre 2005. A.b. Le 16 janvier 2006, sur une route verglacée, un automobiliste au volant de son véhicule, assuré en responsabilité civile auprès de A.________ SA, a heurté par l'arrière la voiture de B.________ (ci-après: la lésée), laquelle était en train de freiner et tentait de s'immobiliser. L'automobile conduite par la lésée a alors fait un quart de tour sur sa droite et a heurté un véhicule à l'arrêt. La lésée s'est immédiatement plainte de douleurs cervicales et a consulté le même jour le Dr C.________, lequel lui a diagnostiqué une entorse cervicale. Il a attesté une incapacité de travail totale d'une durée de trois à cinq jours. Dans un rapport du 7 juillet 2006, la Dre D.________, médecin généraliste, a attesté une incapacité de travail de 100 % du 19 au 29 janvier 2006 et de 50 % du 30 janvier au 7 mai 2006. Elle a jugé l'évolution de l'état de la lésée favorable et a estimé qu'il ne fallait pas s'attendre à des séquelles. A.c. La lésée a été exmatriculée de la HESAV le 16 novembre 2006. Entendue en cours de procédure, elle a expliqué avoir repris les cours au mois d'avril 2006, mais qu'elle n'avait pas pu terminer son stage de formation pratique en raison de douleurs ressenties à la nuque. Faute d'arrangement avec l'école, elle avait alors renoncé à sa formation au mois de novembre 2006. La lésée a ensuite entrepris une formation auprès de l'Ecole d'études sociales et pédagogiques, à Lausanne, du 18 septembre 2007 au 19 août 2011, date à laquelle elle a obtenu un diplôme en travail social avec orientation en éducation sociale. Depuis le 14 février 2011, la lésée travaille dans une prison vaudoise en tant qu'intervenante socio-éducative en milieu de détention à un taux de 70 %. A.d. La lésée se plaignant de cervicalgies persistantes à la suite de son accident, une IRM cervicale a été réalisée. Dans un rapport du 31 mai 2007, le radiologue E.________ a relevé des "altérations dégénératives débutantes des disques C3-C4, C4-05 et C5-C6" et a conclu à un enfoncement vraisemblablement traumatique du plateau supérieur de C6 dans sa partie antérieure, encore entouré d'une réaction inflammatoire de la vertèbre. A.e. Entre les mois d'avril et octobre 2007, la lésée a consulté à plusieurs reprises la Dre F.________, spécialiste en médecine interne et en maladies rhumatismales, pour des cervico-dorsalgies chroniques. La praticienne a rédigé un rapport le 18 décembre 2007, dans lequel elle relevait notamment que l'IRM réalisée montrait vraisemblablement l'existence d'une petite lésion, non diagnostiquée au départ, du bord supérieur du plateau C6 dans les suites de l'accident survenu le 16 janvier 2006. Elle a également fait état d'un deuxième accident de la circulation dont avait été victime la lésée en juillet 2007 et a indiqué qu'une appréciation neutre pluridisciplinaire lui paraissait souhaitable. A.f. Dans un rapport du 1er février 2008, le Dr G.________, spécialiste en orthopédie chirurgicale, a confirmé le diagnostic d'une fracture C6 type 1.1. A.g. H.________ SA, assureur-accidents obligatoire de la lésée, a confié aux Drs I.________, psychiatre, et J.________, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie de l'appareil locomoteur, au sein de la Clinique K.________, le soin de réaliser une expertise pluridisciplinaire. L'expertise psychiatrique s'est déroulée en présence de la lésée et de son père, lequel s'est montré "parfois un tout petit peu trop participatif à l'examen", répondant à la place de sa fille ou lui posant des questions. Au niveau de l'anamnèse professionnelle, les experts ont notamment relevé, dans leur rapport du 24 avril 2008, que la lésée, qui se destinait à la profession de sage-femme avant d'entamer sa formation en soins infirmiers avait ensuite changé d'avis quant au métier qu'elle souhaitait exercer, l'intéressée désirant désormais travailler dans le secteur psychiatrique. Dans leur rapport, les spécialistes ont relevé que la lésée avait souffert, dès l'âge de 13 ans, de diverses affections allant de la dépression au trouble obsessionnel compulsif, en passant par l'anorexie, et avait une tendance naturelle à vouloir minimiser les troubles psychiques éventuellement présents. lls ont également estimé que la relation de causalité entre l'accident du 16 janvier 2006 et les douleurs cervicales persistantes était vraisemblable, voire certaine. Le cas ne pouvait pas être tenu pour stabilisé et un avis neurochirurgical pour la fracture de C6 était souhaitable. Ledit rapport ne faisait pas état d'une éventuelle incapacité de travail. A la requête de H.________ SA, le Dr L.________, neurologue, a ausculté la lésée le 4 septembre 2008. Après avoir indiqué que l'intéressée avait été percutée par un bus en deux temps, il a relevé une fracture-tassement du bord antérieur du plateau supérieur de C6, ce qui constituait une distorsion cervicale de stade IV selon la Quebec Task Force. A son avis, les cervicalgies déclarées étaient la conséquence probable, voire certaine, de l'accident du 16 janvier 2006. Le rapport dudit spécialiste ne mentionnait aucune incapacité de travail de la lésée. A.h. Dans un rapport établi le 13 novembre 2008, les Drs M.________ et N.________, respectivement chef de clinique et médecin-assistant auprès du service d'angiologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), ont indiqué que la symptomatologie présentée par la lésée pouvait " possiblement " être mis en lien avec un problème au niveau du tunnel carpien. A.i. Par courrier du 1er juillet 2009, le Dr O.________, médecin-conseil de A.________ SA, a interpellé le Dr P.________, spécialiste en chirurgie orthopédique et médecin-conseil de H.________ SA. Selon le Dr O.________, les expertises des spécialistes de la Clinique K.________ et du Dr L.________ présentaient de nombreux éléments incohérents ou incomplets. Par courrier du 14 septembre 2009, le Dr P.________ a répondu au Dr O.________ qu'il s'en tenait aux conclusions des expertises médicales réalisées, en expliquant pourquoi. A.j. Dans un rapport du 28 juillet 2009, la Dre F.________ a fait état de plaintes formulées par sa patiente, laquelle lui avait indiqué qu'elle n'arrivait jamais à participer à une journée complète de cours dans le cadre de sa formation d'éducatrice spécialisée et était empêchée de vivre comme les autres personnes de son âge. A.k. A la demande du conseil de la lésée, le Dr Q.________, spécialiste en neurochirurgie, a examiné l'intéressée. Dans son rapport du 18 février 2010, il a indiqué qu'il y avait, s'agissant de la supposée fracture de C6, "au moins autant d'arguments parlant contre que pour une fracture", qu'une telle fracture était tout sauf acquise et qu'elle devait dans tous les cas être qualifiée de bénigne. Il a constaté que le statu quo sine était intervenu deux ans après le traumatisme, lequel devait être qualifié de traumatisme cervical qui entrait dans la catégorie II à III de la Quebec Task Force. Il considérait qu'à ce stade, il n'y avait plus aucune atteinte en rapport causal avec l'événement du 16 janvier 2006. A.l. Le 5 août 2010, H.________ SA a indiqué au conseil de la lésée qu'elle pouvait procéder au règlement de son dommage permanent sur la base d'un taux d'atteinte à l'intégrité arrêté à 15 %, ce qui représentait 16'020 fr. de prestations à titre LAA et 5'154 fr. 30 à titre de prestations complémentaires LAA. A.m. Insatisfaite des conclusions du Dr Q.________, la lésée a sollicité une nouvelle expertise auprès du service de neurologie du CHUV. Dans leur rapport du 29 août 2011, le Prof. R.________ et la Dre S.________, respectivement médecin-chef et médecin-assistante dudit service, ont estimé que l'intéressée souffrait d'un syndrome cervical très probablement en lien avec l'accident dont elle avait été victime le 16 janvier 2006. Ils ont estimé le taux de capacité de travail de l'intéressée à 70 %, tout en précisant que celui-ci n'était pas définitif et devrait être réévalué une fois que le traitement de neuroréhabilitation propposé serait terminé. Ils ont par ailleurs noté que l'intéressée arrivait à exécuter toutes les tâches ménagères de façon indépendante, à l'exception du lavage des vitres. A.n. Dans son rapport établi le 23 octobre 2012, le Dr T.________, chef de clinique auprès du service de neuropsychologie et de neuroréhabilitation du CHUV, a retenu que la lésée souffrait de cervico-scapulalgies chroniques après traumatisme cervical de type " coup du lapin " survenu le 16 janvier 2006, compliquées d'une fracture du plateau supérieur de C6, de lombalgies chroniques, de sciatalgies droites sur syndrome du muscle pyramidal et d'un déconditionnement physique global. S'agissant de la capacité résiduelle de travail de la lésée, il a préconisé l'exercice d'une activité qui évitait si possible le port de charges. Il a précisé que l'intéressée semblait en mesure de poursuivre sa formation d'éducatrice spécialisée vu l'absence d'atteinte physique ou rachidienne qui contre-indiquerait le port de charges. A.o. Après avoir réglé une première fois son recours contre A.________ SA, H.________ SA a poursuivi son versement des prestations à la suite de la reprise du traitement médical. Le 22 juillet 2013, H.________ SA a adressé à A.________ SA une nouvelle demande de liquidation du recours pour un montant total de 34'489 fr. 45 (pour la part LAA), dont 16'020 fr. pour l'atteinte à l'intégrité déterminée transactionnellement et 7'379 fr. 65 pour des frais d'expertises. A.p. Dans un document intitulé " rapport d'évaluation de l'incapacité dans le travail ménager " et daté du 29 août 2013, U.________, ergothérapeute d'entreprise, a estimé à 14,83 % le taux d'incapacité ménagère de la lésée. A.q. Dans un rapport établi le 19 novembre 2015, le Dr V.________, spécialiste en neurochirurgie, a estimé que le diagnostic de fracture de la sixième vertèbre cervicale était certain et qu'il s'agissait indiscutablement de la conséquence directe de l'accident qui constituait une lésion traumatique sévère. Il a également retenu une incapacité de travail de 30 % de la lésée dans son activité d'éducatrice, directement imputable à l'accident survenu en janvier 2006. Il a en outre retenu des limitations de l'intéressée, estimées à 20 %, dans l'accomplissement de ses activités ménagères.