Citation: 9C_363/2016 E. 5.3.2

5.3.2. Le revenu d'invalide doit être évalué avant tout en fonction de la situation professionnelle concrète de la personne assurée. Lorsque l'activité exercée après la survenance de l'atteinte à la santé repose sur des rapports de travail particulièrement stables, qu'elle met pleinement en valeur la capacité de travail résiduelle exigible et que le gain obtenu correspond au travail effectivement fourni et ne contient pas d'éléments de salaire social, c'est le revenu effectivement réalisé qui doit être pris en compte pour fixer le revenu d'invalide. En l'absence d'un revenu effectivement réalisé - soit lorsque la personne assurée, après la survenance de l'atteinte à la santé, n'a pas repris d'activité lucrative ou alors aucune activité normalement exigible -, le revenu d'invalide peut être évalué sur la base de salaires fondés sur les données statistiques résultant de l'Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) (ATF 135 V 297 consid. 5.2 p. 301; 129 V 472 consid. 4.2.1 p. 475). Ainsi, lorsqu'un assuré ne met pas à profit sa capacité de travail restante après l'atteinte à la santé, son revenu d'invalide doit être calculé sur une base théorique et abstraite. Ce faisant, on ne saurait se fonder sur une seule activité déterminée ou sur un tout petit nombre seulement - quand bien même cette activité serait parfaitement adaptée aux limitations en cause - dès lors que rien ne permet de penser que ce revenu serait représentatif de celui que l'assuré pourrait obtenir sur le marché du travail équilibré entrant en considération pour lui (cf. ATF 129 V 472 consid. 4.2.2 p. 480). Pour que le revenu d'invalide corresponde aussi exactement que possible à celui que l'assuré pourrait réaliser en exerçant l'activité que l'on peut raisonnablement attendre de lui (cf. ATF 128 V 29 consid. 1 p. 30), l'évaluation dudit revenu doit nécessairement reposer sur un choix large et représentatif d'activités adaptées au handicap de la personne assurée. En l'occurrence, le revenu mensuel de 3'250 fr. ne peut être retenu à titre de gain d'invalide, car il ne correspond pas à ce qui est exigible de la part du recourant qui dispose d'une capacité de travail de 80 %. En outre, la prise en compte de cet unique revenu serait inconciliable avec le principe général de l'obligation de l'assuré de réduire le dommage (cf. ATF 138 I 205 consid. 3 p. 208), dès lors qu'il correspond - selon les propres déclarations du recourant, au demeurant invérifiables - à une durée quotidienne de travail de deux à trois heures. En l'absence d'une mise en valeur de toute l'étendue de la capacité de travail disponible, il y a lieu de s'appuyer sur les statistiques salariales comme le prévoit la jurisprudence précitée. Les nouvelles tables de l'ESS 2012 sont applicables puisque le taux d'invalidité n'avait pas été fixé sur la base de données statistiques lors de l'octroi de la rente et que la révision de cette prestation ne résulte pas exclusivement du recours à ces tables (à ce sujet, voir ATF 142 V 178 consid. 2.5.8.1 p. 189 sv.) mais d'une modification des circonstances personnelles du recourant (changement d'activité dans l'entreprise). Dans ce contexte, les qualifications professionnelles du recourant et les tâches de direction qu'il accomplit actuellement justifient de retenir le niveau de compétences 3 de l'ESS 2012, table TA1_skill_level (p. 34), pour un homme. Il faut ainsi partir d'un gain déterminant de 7'204 fr. (valeur standardisée), qui doit être adapté à 7'338 fr. pour l'année 2015, compte tenu de l'évolution des salaires nominaux (103,7 points en 2015, 101,8 en 2012). Comme ce gain est basé sur une durée hebdomadaire de travail de 40 heures, inférieure à la moyenne annuelle dans les entreprises, il y a lieu de l'ajuster à 41,7 heures par semaine, ce qui donne un salaire mensuel de 7'650 fr., ou annuel de 91'804 fr. Compte tenu d'une capacité de travail de 80 %, le gain annuel est de 73'443 fr. Il convient ensuite d'examiner si un facteur de réduction au gain annuel statistique de 73'443 fr. doit être appliqué (cf. ATF 126 V 75). Comme la mise en oeuvre de la capacité résiduelle de travail du recourant sur le marché équilibré du travail ne dépend pas d'activités légères, simples et répétitives (au regard desquelles la jurisprudence sur la réduction du salaire d'invalide déterminé selon les ESS a été développée [ATF 126 V 75]) et que le recourant est en mesure d'exercer des activités requérant des connaissances professionnelles spécialisées avec une limitation temporelle peu importante, il n'y a pas lieu de prendre en considération une réduction du salaire statistique, résultant d'un large éventail d'activités à portée du recourant, en fonction également de son expérience professionnelle (arrêts 9C_607/2015 du 20 avril 2016 consid. 5.3.2, I 16/98 du 15 février 1999 consid. 3b in SVR 2000 IV n° 1 p. 2).