Citation: 4A_32/2018 E. A

A.a. L.________ est locataire depuis 1995 d'un appartement de deux pièces d'une surface d'environ 45 m 2, au deuxième étage d'un immeuble situé... à Lausanne. Le loyer mensuel net est de 775 fr. B.________ est devenu propriétaire de l'immeuble en 2003. A.b. Le 28 mars 2014, la locataire a adressé le courrier suivant à la gérance en charge de l'immeuble: (...) Suite à notre entretien téléphonique, je vous écris afin de solliciter votre aide. Le bruit fait par certains voisins est insupportable. Il existe un règlement qui précise les heures de respect, de silence et de repos pour la bonne santé de tout le monde. Voulez-vous s'il vous plaît le rappeler aux personnes concernées. Votre voix ne peut qu'être entendue. (...) » La locataire a envoyé une nouvelle missive à la gérance le 1 er novembre 2014: «Concerne: le bruit (...) Suite à notre entretien téléphonique, je vous envoie la présente lettre. Il est toujours question de bruit aux heures du sommeil (déplacement des meubles, douches et bains à des décibels insupportables)... Certes, le savoir-vivre n'est pas acquis par tout le monde mais les règles doivent être respectées. Après appel à la police, signalement du fait auprès du concierge qui ne peut s'imposer se trouvant face à ses compatriotes qui m'a dit de régler ces problèmes moi-même sur votre Conseil (étrange non ?) Je ne sais pas ce qui se trame mais les dit-on parlent de leur volonté de me faire partir afin que la fille du concierge bénéficie de mon appartement. Comprenez-vous, je signale ces problèmes car ils existent même si je passe pour la méchante aux yeux des concernés. Je vous demande de bien vouloir faire respecter les lois qui sont celles de la cohabitation surtout la nuit. (...) » A.c. La locataire s'est rendue régulièrement au poste de police pour se plaindre du bruit occasionné par ses voisins. Aucune plainte n'a été enregistrée formellement. A.d. Le 25 novembre 2014, M.________, compagnon de N.________, elle-même locataire d'un appartement situé sous celui de L.________, a adressé à la gérance la lettre qui est reproduite ci-dessous avec les erreurs de plume: (...) Solicité par Mme L.________ et Mme N.________, de vous communiquer leurs doléances au vu des événements intolérables en rélation avec l'immeuble de location cité ci-haut, en résumé: 1- bruits claquements très forts, 3-4 fois par nuits, env. heures 3-4-5-6, reveil par sursauts. constat: M.________, L.________, N.________ et autres locataires (technique immeuble ??) 2- déplacement de meubles et bruits par travaux, durant la nuit et le jour constat: L.________, N.________ 3- façon de «mobing» (pression) par un clan de locataires contre Mme L.________, pour détruire la qualité d'utilisation de l'appartement. constat: une façon de prendre emprise sur l'appartement pour une tierce personne de son clan!! 4- les interventions de la police n'ont pas donné d'amélioration, une haine contre Mme L.________ par un clan de copropriétaires est manifeste. Les dires de la conciergerie sont très brouillons et contreverses! Une lettre recommande de Mme L.________ a la gérance est restée à ce jour sans reponse! En fini, Mme L.________ est en bout de rupture et il faut craindre pour sa santé, de suite elle est sous soins médicale. Mme N.________, est au vue des événements, de prendre le même chemin de rupture. Il est urgent et du devoir de la gérance, de prendre la main sur cette situation intolerable, car une vie normale entre colocataires en dépend! (...) » Par courrier du 26 novembre 2014, la gérance a informé L.________ qu'une circulaire serait transmise à tous les locataires dans les plus brefs délais pour leur rappeler les Règles et usages locatifs du canton de Vaud. A.e. La locataire précitée a séjourné 25 nuits dans un hôtel de luxe cinq étoiles à Vevey (VD) entre le 27 novembre et le 26 décembre 2014. Dans un certificat médical du 1 er décembre 2014, le Dr X.________, spécialiste FMH en psychiatrie et médecine du sommeil, a constaté ce qui suit: (...) Mme L.________ présente d'importants troubles du sommeil, avec difficultés d'endormissement et de réendormissement lors des éveils nocturnes. Selon les dires de la patiente, ces troubles du sommeil sont en rapport avec des bruits venant de son voisinage. Ils ont un retentissement sur l'état général de la patiente, avec une anxiété majeure. La patiente précise que, lorsqu'elle peut dormir en dehors de son domicile, par exemple à l'hôtel, son sommeil s'avère alors satisfaisant, ce qui permet alors d'améliorer son état général, en diminuant également son anxiété. Du fait de ces troubles du sommeil, Mme L.________ prend régulièrement des traitements à visée hypnotique. Elle utilise également des bouchons auriculaires afin d'atténuer les bruits venant du voisinage. Ces mesures thérapeutiques n'ont toutefois qu'une efficacité partielle. Une démarche thérapeutique adaptée repose bien évidemment sur une disparition des bruits provenant du voisinage. Compte tenu du retentissement et de l'intensité des symptômes d'épuisement observés lors de la consultation, j'ai recommandé à Mme L.________, dans l'attente d'une solution définitive à ce problème de bruits, de ne pas dormir dans son domicile, dans la mesure du possible, afin d'améliorer son sommeil. (...) » A.f. Le 5 décembre 2014, la locataire s'est adressée à la gérance en ces termes: «Défaut à la chose louée Mesdames, Messieurs, Vous avez maintes fois fait l'objet de plaintes quant au comportement de certains de mes voisins, démarches qui se sont révélées vaines à ce jour. Votre inertie me conduit donc à vous impartir un ultime délai au 25 janvier 2015 pour éliminer définitivement le défaut soulevé, à savoir les bruits divers émanant d'autres logements, et ce à toute heure du jour et de la nuit. En cas d'inexécution, je consignerais [sic!] mon loyer auprès de l'office compétent, étant précisé que j'émets les plus vives réserves quant au dédommagement exigible, pouvant découler notamment des frais médicaux et d'hôtel. L'ASLOCA me lit en copie. Dans l'espoir d'avoir cette fois-ci été prise au sérieux, je vous présente, Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.» Par avis du 12 décembre 2014, la gérance a informé tous les locataires de l'immeuble que divers comportements inappropriés avaient été constatés dans l'immeuble et leur a rappelé qu'en vertu de l'art. 10a des Règles et usages locatifs vaudois, le locataire doit éviter les bruits excessifs qui peuvent incommoder les voisins et respecter leur repos de 22 heures à 7 heures. A.g. La locataire a derechef séjourné 27 nuits dans l'hôtel de luxe veveysan entre le 29 janvier et le 1er mars 2015. A.h. Dans une attestation du 30 janvier 2015, le Dr Y.________, médecin traitant de L.________, a exposé ce qui suit: (...) Cette patiente signale depuis octobre 2014 des bruits constants jour et nuit dans son immeuble dans un but de malveillance, qui sont difficilement supportables le jour, insupportables la nuit. Bruits de meubles déplacés constants assourdissants qui rendent son sommeil totalement impossible. Avec en conséquence des troubles neurologiques sévères, troubles de la mémoire, de la concentration et de l'attention, angoisse majeure épuisement, fatigue qui mettent en cause son intégrité mentale. Les médicaments sont incapables de résoudre ce problème. Seul un séjour où le repos nocturne est assuré, peut résoudre actuellement cette situation, lui permettre de recouvrer son état de santé, solution proposée par lui [sic!]. La patiente signale que hors de cet immeuble elle dort normalement.» A.i. La locataire a consigné le loyer dû pour le mois de février 2015 auprès de la banque.... Elle a saisi l'autorité de conciliation par requête du 13 février 2015 (cf. au surplus let. B.a infra). A.j. La locataire a encore séjourné à l'hôtel de luxe veveysan 2 nuits du 19 au 21 mars 2015, 1 nuit du 27 au 28 mars 2015 et 6 nuits entre le 2 et le 10 avril 2015. Le 7 avril 2015, son médecin traitant a établi un nouveau certificat dont il ressortait que la patiente s'était présentée à sa consultation le 1er avril 2015 dans un état avéré d'épuisement neurologique; elle se plaignait toujours de bruits incessants dans son immeuble qui l'empêchaient de dormir et se voyait contrainte de se rendre dans un autre logement (hôtel, etc...) afin de pouvoir se reposer. Ce médecin a opéré les mêmes constatations lors de sa consultation du 24 avril 2015. La locataire a encore séjourné à l'hôtel 10 nuits entre le 29 avril et le 10 mai 2015, puis 5 nuits entre le 28 mai et le 2 juin 2015. Tous ces séjours en hôtel, dont le coût total atteignait 21'865 fr. 50, ont été financés par S.________, soeur de la locataire.