Citation: 4C.324/2005 05.01.2006 E. 4

4.1 Dans un dernier grief, les défendeurs se plaignent d'une mauvaise application de l'art. 44 al. 1 CO. Les fautes du demandeur consistant à monter sur une échelle malgré l'instabilité de sa cheville gauche et à effectuer des travaux pénibles en utilisant systématiquement son côté gauche, ainsi que les prédispositions constitutionnelles en cause auraient dû conduire la cour cantonale à réduire le montant des dommages-intérêts dans une proportion plus importante que 35%. 4.2 Aux termes de l'art. 44 al. 1 CO, le juge peut réduire les dommages-intérêts ou même n'en point allouer notamment lorsque des faits dont le lésé est responsable ont contribué à créer le dommage ou à l'augmenter. La mesure de la réduction repose largement sur le pouvoir d'appréciation du juge au sens de l'art. 4 CC (ATF 128 III 390 consid. 4.5. p. 399; 127 III 453 consid. 8c p. 459). Le Tribunal fédéral ne revoit qu'avec réserve la décision d'équité prise en dernière instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'écarte sans raison des règles établies par la doctrine et la jurisprudence en matière de libre appréciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun rôle, ou encore lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'éléments qui auraient absolument dû être pris en considération; il sanctionnera en outre les décisions rendues en vertu d'un pouvoir d'appréciation lorsqu'elles aboutissent à un résultat manifestement injuste ou à une iniquité choquante (ATF 128 III 390 consid. 4.5 p. 399 et les arrêts cités). 4.3 Au titre des faits à charge du lésé, la cour cantonale a retenu une fracture de la jambe gauche antérieure à l'agression, une lésion de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche intervenue avant janvier 1994, l'activité professionnelle particulièrement astreignante du demandeur ainsi que le fait que l'épaule gauche n'avait pas été blessée lors du passage à tabac. A bon droit, elle n'a pas imputé de fautes concomitantes à l'agriculteur. En effet, on ne saurait considérer comme une faute le simple fait de monter sur une échelle, même en connaissant l'état instable de l'une de ses chevilles. Quant à la sollicitation accrue du côté gauche du corps pour des travaux pénibles, elle est comprise dans le facteur de réduction lié à l'activité professionnelle spécialement contraignante du demandeur. La cour cantonale n'a donc pas omis de prendre en compte des éléments qui auraient dû l'être absolument. Cela étant, la Cour civile II a réduit la prétention en dommages-intérêts du demandeur dans une mesure de plus d'un tiers. Une telle proportion est relativement importante et, sur la base des facteurs de réduction considérés, ne consacre ni un résultat injuste, ni une iniquité choquante. En définitive, la réduction opérée par les juges précédents peut être confirmée.