Citation: 1P.259/2000 18.05.2000 E. 3

3.- Le recourant conteste l'existence d'un risque de collusion. Dans sa précédente ordonnance du 9 novembre 1999, la Chambre d'accusation avait seulement évoqué la nécessité d'entendre différents protagonistes. Or, ces auditions ont été effectuées. On ne verrait pas en quoi consiste le risque de collusion, puisque c'est le recourant lui-même qui a donné les indications relatives à la quantité de drogue importée, et que ses déclarations concordent avec celles de ses coïnculpés, d'ailleurs déjà jugés et dont les témoignages portent sur des quantités limitées de drogue. G.________, qui serait son fournisseur, est détenu en Espagne et son avocat a déjà été autorisé à consulter le dossier de la procédure pénale genevoise. a) Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours (cf. art. 34 let. c CPP/GE), notamment lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations (cf. aussi l'art. 34 let. b CPP/GE concernant le danger de collusion). On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours; il doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). b) La Chambre d'accusation ne s'est guère montrée explicite au sujet du risque de collusion, puisqu'elle se borne à estimer que ce risque existe, en dépit de la communication du dossier au Procureur général, en particulier avec les inculpés qui ont déjà été jugés. Avec raison, la Chambre d'accusation n'a pas retenu le risque de collusion à l'égard de G.________, mis en cause par le recourant pour lui avoir fourni, depuis cinq ans, des quantités toujours plus importantes de haschich. Entendu le 10 mars 2000 en Espagne par voie de commission rogatoire, G.________ a nié toute participation à un tel trafic, déclarant même ne pas connaître le recourant. On voit dès lors mal en quoi le recourant pourrait tenter de l'influencer pour obtenir de lui une version des faits qui lui soit favorable. L'avocat de G.________ a d'ailleurs déjà eu accès au dossier de la procédure pénale genevoise, ce qui lui a permis de prendre connaissance de toutes les déclarations du recourant. Le recourant soutient toutefois à tort que la clôture de l'instruction et la communication du dossier au Procureur général, pour renvoi en jugement, ferait cesser le risque de collusion. Même si le recourant s'est déjà largement mis en cause, on peut redouter qu'il ne mette sa liberté à profit pour tenter de se concerter avec ses coïnculpés. Comme le relève le Procureur général sans être sérieusement contredit par le recourant, le réseau mis en place pour la revente de la drogue n'a pas pu être totalement démantelé, le recourant étant resté silencieux à cet égard. Il pourrait donc espérer obtenir le même silence de la part de ses coïnculpés, dans la perspective de l'audience de jugement. Le risque de collusion peut par conséquent être confirmé.