Citation: 7B_366/2023 E. A

A.a. En février 2018, I.________ SA, compagnie pétrolière appartenant à l'État sud-américain Y.________, a déposé plainte pénale auprès du Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après : le Ministère public) contre différentes personnes - dont A.________, D.________ et J.________ -, employés ou prestataires de services pour le groupe B.________, pour corruption d'agents publics étrangers (art. 322septies CP) et blanchiment d'argent (art. 305bis CP), respectivement soustraction de données (art. 143 CP). Selon I.________ SA, les montants corruptifs perçus auprès de sociétés de négoce pétrolier auraient été reversés à ses "employés en moyenne une semaine après la réception des fonds sur les comptes de B.________ ou des sociétés Z.________ contrôlées par A.________ et D.________ ", les transferts intervenant depuis ces mêmes comptes. La société plaignante a notamment mis en cause l'un de ses cadres supérieurs, L.________ - alias "L.L.________" -, ainsi que M.________, trader chez N.________. I.________ SA a déclaré se constituer partie plaignante exclusivement au pénal. Ce statut a été remis en cause à deux reprises au cours de la procédure. Par arrêt du 7 juin 2019 (cause 1B_554/2018), le Tribunal fédéral a confirmé la validité de la constitution de partie plaignante de I.________ SA eu égard aux pouvoirs de l'organe la représentant (cf. consid. 2.2 et 3.2), respectivement à la procuration de l'avocat suisse institué (cf. consid. 3). Par arrêt du 10 mars 2020 (causes jointes 1B_549/2019, 1B_550/2019 et 1B_553/2019), le Tribunal fédéral a déclaré irrecevable les recours de J.________, de D.________ et de A.________ visant à refuser le statut de partie plaignante à la société I.________ SA, faute de préjudice irréparable (cf. consid. 2.4). A.b. Mis en prévention le 23 novembre 2020, A.________ et D.________ ont affirmé n'avoir jamais payé de pot-de-vin à quiconque chez I.________ SA pour obtenir des informations confidentielles. A.________ a notamment expliqué que le litige - "exploité" par des individus avec lesquels il était en conflit personnel - relevait d'intérêts privés. Il avait fait connaissance de D.________ - actif dans le négoce pétrolier - après avoir quitté I.________ SA, société pour laquelle il avait brièvement travaillé jusqu'en juin 2004. Il a indiqué avoir acquis une société "dormante préconstituée" ("shelf company"), H.________ Inc., dont il avait ensuite laissé la moitié des parts à D.________; ce dernier avait fait de même avec sa propre société "dormante", F.________ SA; ils avaient ensuite acquis B.________ Inc., laquelle était vouée au négoce international de pétrole et qu'ils étaient parvenus à faire enregistrer auprès de I.________ SA; quant à H.________ Inc. et F.________ SA, elles se consacraient à la "consultance dans ce domaine". A.________ et D.________ avaient recruté J.________; l'arrivée de celle-ci, qui avait longtemps travaillé pour I.________ SA, chez B.________ Inc. avait marqué l'essor de l'activité de négoce; sa rémunération (salaire, bonus et participation) était parfois versée sur le compte de la société dont elle était l'ayant droit économique (O.________ Inc.) par le débit des comptes de H.________ Inc. ou de F.________ SA. Aux dires de A.________, ils avaient constitué B.________ Ltd, en raison du développement des affaires; cette nouvelle société avait ouvert une succursale à Genève et ces trois entités formaient le "groupe B.________", dont B.________ Inc. était la "holding". Les deux prévenus n'ont pas été interrogés sur leurs liens avec L.________ ou M.________. A.c. Les auditions du comptable externe de B.________ Inc., de l'animatrice du bureau genevois - où des saisies de fichiers informatiques ont été effectuées - et du représentant à Genève de B.________ Ltd, ainsi que les commissions rogatoires internationales effectuées en Espagne et aux Etats-Unis, n'ont pas amené d'éléments immédiatement utiles. La police et le Ministère public ont également entendu un détective privé mis en oeuvre aux Etats-Unis et "indirectement" mandaté par I.________ SA après que l'ex-épouse de A.________ l'avait laissé accéder à un ordinateur du précité. Le détective a déclaré que D.________ et A.________ étaient à l'origine de la fraude; il avait fourni toute la documentation utile - sous forme de fichiers électroniques et d'une "combinaison d'informations et de renseignements" -, qui devrait permettre au Ministère public de déterminer s'il "y avait un cas pénal important". Au printemps 2018, le Ministère public a reçu un support en lien avec le serveur informatique utilisé par le comptable de B.________ Inc. aux Etats-Unis (ci-après : le serveur US). Par ordonnance du 27 août 2018, le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : le TMC) a partiellement levé les scellés apposés sur ce support. Au 20 juin 2023, ce support et les fichiers - dont ceux saisis à Genève en février 2018 (cf. art. 105 al. 2 LTF]) - rendus accessibles par les différentes ordonnances du TMC n'avaient pas encore été exploités. A.d. Par courrier du 24 juin 2021, le Ministère public a prié I.________ SA de verser au dossier la liste (1) des transactions présumées reposer sur la corruption, (2) des courtiers et sociétés de négoce avec lesquels I.________ SA était toujours en relation d'affaires, (3) des sociétés de négoce qui avaient accédé à son serveur, (4) du personnel qui avait été licencié à la suite des faits dénoncés et (5) des personnes autorisées en son sein à adjuger les appels d'offre. Ce même 24 juin 2021, le Président du conseil d'administration de I.________ SA a rappelé au Ministère public que la société n'était constituée partie plaignante qu'au pénal, expliquant que les intérêts civils avaient été confiés à un cabinet d'avocats américains; il a également assuré le Ministère public de sa volonté de coopérer et qu'il promettait de produire le plus vite possible la documentation sollicitée. I.________ SA s'est exécutée partiellement le 23 août 2021; la liste des entreprises ayant remporté des appels d'offres, celle relative aux dirigeants les ayant adjugées et les pièces étayant l'intrusion informatique suivraient. Elle a également précisé que le calcul du dommage n'était pas encore possible et dépendrait de démarches ultérieures du cabinet américain. Au printemps et à l'automne 2021, les représentants de I.________ SA ont été entendus, renvoyant en substance aux explications déjà données ou à celles que leur enquêteur apporterait. Ils ont évoqué la taille relativement petite de B.________ Inc. par rapport à ses concurrents; malgré cela, elle avait réussi à se faire enregistrer officiellement auprès de I.________ SA, habilitation qui avait été traitée par un service de l'entreprise spécialement consacré à ces questions. Ils ont déclaré n'avoir pas entendu parler d'un serveur "clone" installé au sein de I.________ SA ou de recherches menées à ce sujet. Selon les représentants entendus, l'intervention des prévenus, après avoir quitté l'entreprise, relevait de la concurrence déloyale en matière d'appels d'offres. A.e. Le 10 février 2022, I.________ SA a adressé au Ministère public une copie des contrats de travail relatifs à L.________ (entre 2003 et 2018) et à sa femme (entre 2003 et 2017); leurs salaires étaient - au mieux - équivalent à USD 2'500.- par mois, mais F.________ SA leur aurait versé sur le compte de Q.________ Inc. - société dont L.________ est l'ayant droit économique - en 2011 un montant unique de USD 100'000.-, puis USD 20'000.- par mois en 2014, à titre de consultant, ce qui constituerait les paiements corruptifs. Les 21 et 22 février 2022, L.________ a été entendu en tant que prévenu de corruption d'agent publics étrangers, de blanchiment d'argent et de soustraction de données. Il lui est notamment reproché de s'être vu offrir des avantages indus alors qu'il était employé de I.________ SA "et/ou" pour avoir offert, promis ou octroyé de tels avantages à des employés de cette société. L.________ a notamment soutenu que, dans le cadre de son travail pour I.________ SA - qu'il avait commencé en 2003 et dont il avait démissionné en 2018 -, il n'exerçait pas de fonction dirigeante, recevant tout au plus les appels d'offres et informant les gagnants du choix du comité de sélection, auquel il n'appartenait pas; il ne pouvait rien influencer; ses contacts avec R.________ n'étaient pas différents de ceux qu'il entretenait avec d'autres négociants; quant à son épouse, elle exerçait son activité pour I.________ SA dans les services administratifs. Il ignorait l'existence d'un serveur "clone" dissimulé chez I.________ SA. Il a en substance expliqué avoir utilisé la société "offshore" S.________ Corp. - constituée avec l'aide de A.________, avec qui il avait développé dès 2003 des liens d'amitié - pour ses opérations de change liées à la gestion du patrimoine de son père (USD 3'500'000.-) en raison de l'inflation galopante à Y.________; dans ce cadre, A.________ lui fournissait, via H.________ Inc. et F.________ SA, des dollars; il en allait de même des fonds reçus en Suisse par Q.________ Inc. de la part de F.________ SA. Les références mentionnées sur d'autres transferts ne lui évoquaient rien de précis. Il avait tout au plus entendu parler de D.________. Confronté à des courriels de 2005, L.________ a affirmé ne pas savoir qui était "L.L.________" et, en l'absence d'éléments notamment chiffrés, il ne voyait dans les termes évoquant des effacements ou des suppressions qu'une volonté de discrétion dans un pays exerçant un contrôle des changes; il avait d'ailleurs quitté Y.________ en raison de la situation générale de ce pays. Pour le surplus, il a refusé de répondre à toutes les questions de I.________ SA. A.f. Le 24 février 2022, M.________ a été entendu en tant que personne appelée à donner des renseignements. Il a refusé de répondre à la quasi totalité des questions, en se référant au V e amendement de la Constitution des Etats-Unis. A.g. Le 22 [recte 28] novembre 2022, A.________ et D.________ ont requis le classement de la procédure. Dans deux ordonnances du 25 mai 2023, le Ministère public a ordonné le versement au dossier des fichiers et documents pour lesquels les scellés avaient été levés en 2018.