Citation: 1B_143/2022 E. 3

La recourante dénonce également une motivation insuffisante de l'arrêt attaqué violant l'art. 112 al. 1 let. b LTF. La Chambre pénale de recours aurait, dans un premier temps de son raisonnement, repris les observations du Ministère public sans prendre position à leur sujet ou les faire siennes et sans se prononcer sur les arguments qu'elle avait développés pour les réfuter. Elle se serait ensuite fondée sur les prétendus soupçons articulés par les autorités angolaises selon lesquels B.________ aurait détourné plus de 4 milliards USD au détriment de la société étatique E.________, en s'estimant liée par les faits avancés dans la procédure angolaise malgré les graves irrégularités qui l'entachaient et en reprenant à son compte les accusations infondées figurant dans cette procédure, pour retenir la vraisemblance d'une infraction de gestion déloyale sans procéder à une analyse des arguments pour réfuter ces accusations. Cette motivation sommaire ne satisferait pas les exigences requises en la matière et devrait conduire à annuler l'arrêt attaqué et à renvoyer la cause à l'autorité précédente pour qu'elle rende une nouvelle décision motivée. Si la Cour de justice avait procédé à sa propre analyse des soupçons articulés en Angola, elle aurait constaté que les accusations des autorités angolaises étaient vides de tout contenu concret, lacunaires et contradictoires. La Chambre pénale de recours a relevé que, depuis son précédent arrêt, la commission rogatoire en Angola avait été exécutée et que les soupçons à l'encontre de B.________ s'étaient aggravés de manière substantielle. Jusqu'alors, ils portaient sur des transferts de fonds des sociétés du groupe A.________, dont D.A.________ SA appartenant pour 10 % à la société étatique E.________, sur des comptes en Suisse dont le prévenu était le seul ayant droit économique et ensuite sur son compte personnel. Depuis lors, la procédure angolaise ayant conduit à la mise en détention de B.________ avait mis au jour des soupçons de détournement de fonds à hauteur de USD 4 milliards au détriment de E.________, dont la participation à la holding F.A.________ était passée de 100% à 10%, le prévenu devenant ainsi actionnaire largement majoritaire du capital de D.A.________ SA. Sur cette suite, le Procureur a précisé qu'il considérait que l'infraction préalable à celle de blanchiment d'argent était celle de gestion déloyale, laquelle est punissable tant en Suisse qu'en Angola. Au stade du séquestre, les faits mis en avant par les autorités angolaises permettaient de retenir la vraisemblance de la commission d'une telle infraction. Enfin, les transferts des fonds litigieux, dont l'origine est liée à de la gestion déloyale, sur divers comptes hors d'Angola des sociétés du groupe A.________, sises notamment aux Bermudes, avant d'être crédités sur des comptes en Suisse, dont B.________ est l'unique ayant droit économique, et de les transférer, ou tenter de le faire, à Singapour, pouvaient être considérés comme des actes propres à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation des valeurs patrimoniales concernées. Tel qu'il est motivé, l'arrêt attaqué permet de comprendre les éléments de fait qui ont amené la Chambre pénale de recours à retenir l'existence d'indices de la commission d'une infraction pénale de blanchiment d'argent suffisants pour justifier le maintien du séquestre des avoirs de la recourante auprès de la banque C.________ SA. La Chambre pénale de recours n'a pas ignoré que les autorités angolaises avaient répondu de manière contradictoire en l'espace d'un mois à la demande d'entraide du Ministère public sur l'existence d'une procédure pénale contre B.________ mais elle a considéré qu'il ne lui appartenait pas, en tant que juge du séquestre, de porter de jugement sur le système judiciaire en Angola et qu'à ce stade, les faits mis en avant par les autorités angolaises permettaient de retenir la vraisemblance d'une infraction de gestion déloyale, punissable tant en Suisse qu'en Angola. Sur ce point, la décision attaquée est suffisamment motivée même si la recourante ne partage pas l'appréciation de l'autorité précédente. La Chambre pénale de recours n'a certes pas expressément pris position sur les autres arguments de la recourante. On ne saurait pour autant dire qu'elle aurait violé son obligation de motiver ses décisions, sachant que pour respecter cette exigence, il suffit que l'autorité mentionne au moins brièvement les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision et se prononce sur les questions décisives pour l'issue du litige, sans qu'elle soit tenue d'exposer et de discuter tous les faits, moyens de preuve et griefs invoqués par les parties (ATF 146 II 335 consid. 5.1; cf. aussi ATF 147 IV 249 consid. 2.4). La motivation de l'arrêt attaqué apparaît ainsi suffisante au regard des exigences requises en la matière.