Citation: 5A_178/2022 E. 3.2

3.2. En l'espèce, il n'est pas contesté que le délai relatif d'un an prévu par l'art. 256c al. 1 CC était échu lorsque l'intimé a introduit action. L'autorité cantonale a cependant considéré que les motifs retenus par les premiers juges - en particulier le fait que le demandeur ignorait la nécessité d'agir en désaveu et qu'il n'ouvrait plus son courrier en raison d'un blocage psychologique, de sorte qu'il n'avait pas pris connaissance des enjeux de la naissance de l'enfant exposés dans les lettres que lui avait adressées le conseil de la mère - constituaient de justes motifs de restitution au sens de l'art. 256c al. 3 CC. Ce n'était qu'à l'audience de conciliation du 24 avril 2018, lorsqu'un avocat d'office lui avait été désigné "pour qu'il puisse faire le point de la situation avec son conseil, notamment la question de la filiation de l'enfant [...]", qu'il avait pu compter sur l'aide dudit conseil, comprendre les enjeux de la naissance de l'enfant et agir. Ayant ouvert action le 16 mai 2018, soit dans les trois semaines suivant l'audience de conciliation, ou la fin de la cause du retard, il avait agi avec toute la diligence et la célérité requise. Enfin, les premiers juges avaient considéré à bon droit, compte tenu des circonstances de l'espèce, qu'il était dans l'intérêt de l'enfant que sa situation juridique corresponde à la réalité des faits. La recourante prétend que l'autorité cantonale a retenu de façon manifestement inexacte que l'intimé avait connu, dès 2016, une situation de blocage psychologique qui l'avait empêché d'ouvrir son courrier et de s'occuper de toute démarche administrative, de sorte qu'il n'avait pas été en mesure de comprendre les enjeux de la naissance de l'enfant et, par conséquent, d'agir en désaveu de paternité. Elle soutient qu'à l'exception des déclarations de son ancienne compagne, aucun élément de preuve, en particulier aucun rapport médical ni aucune attestation d'un quelconque suivi thérapeutique, ne vient corroborer un tel blocage. Celui-ci serait-il établi qu'il ne pourrait de toute manière pas être considéré comme un juste motif au sens de l'art. 256c al. 3 CC. Quoi qu'il en soit, même en admettant que l'intimé n'ait eu connaissance de son lien de filiation juridique avec l'enfant et du délai d'un an pour ouvrir action en désaveu qu'en recevant copie - au plus tard le 21 mars 2018 - du courrier du 19 mars 2018 adressé par son avocat au tribunal de première instance, il n'aurait pas fait preuve de la célérité requise en agissant le 16 mai 2018, soit près de deux mois plus tard. Enfin, l'appréciation de l'intérêt de l'enfant serait erronée.