Citation: 1P.232/2001 28.06.2001 E. 2

2.- Une décision est arbitraire, donc contraire à l'art. 9 Cst. , lorsqu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté, ou contredit d'une manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité. Le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue par l'autorité cantonale de dernière instance que si sa décision apparaît insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, adoptée sans motifs objectifs ou en violation d'un droit certain. En outre, il ne suffit pas que les motifs de la décision soient insoutenables; encore faut-il que celle-ci soit arbitraire dans son résultat. A cet égard, il ne suffit pas non plus qu'une solution différente de celle retenue par l'autorité cantonale puisse être tenue pour également concevable, ou apparaisse même préférable (ATF 126 I 168 consid. 3a p. 170; 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15, 129 consid. 5b p. 134). a) Lors de son premier interrogatoire par le Juge d'instruction, le 3 avril 1997, E.________ a déclaré qu'il avait lâché le plaignant "devant la porte d'entrée" et que ce dernier était "tombé en arrière sur la rampe d'entrée". Réentendu le 6 mai 1998, il a précisé l'endroit où il avait lâché le plaignant, à l'extérieur des locaux, et déclaré que celui-ci avait alors "vacillé quelques instants"; il ne l'avait pas vu "directement tomber", mais seulement "partir en arrière". Il a, semble-t-il, confirmé cette deuxième version aux débats du 20 juillet 2000. Le Tribunal correctionnel a considéré que le plaignant n'était en tous cas pas tombé dans la rampe d'entrée - il s'agit d'un couloir en légère pente - parce que cela n'aurait pas échappé aux deux témoins qui se trouvaient l'un dans ce couloir, l'autre à la caisse; il en a conclu que ladite version devait correspondre à la vérité. Contrairement à l'opinion développée à l'appui du recours de droit public, le tribunal a ainsi indiqué pourquoi il se référait à la deuxième version plutôt qu'à la première. L'opinion selon laquelle les témoignages ainsi mentionnés contredisent la version retenue n'est pas non plus fondée: l'un des témoins n'a pas vu ce qui s'est passé à l'extérieur; l'autre à vu E.________ lâcher le plaignant puis revenir en arrière et, "presque immédiatement", il a vu le plaignant au sol. Sur la base de ces éléments, le Tribunal correctionnel pouvait retenir sans arbitraire que personne n'avait vu l'accusé frapper, pousser ou bousculer le plaignant après qu'il l'avait lâché. b) Le recourant soutient avec raison que si E.________ n'était pas intervenu sur sa personne pour l'éloigner des clientes qu'il importunait, il aurait connu un destin différent; de ce point de vue, c'est effectivement à tort que les précédents juges nient l'existence d'un lien de causalité naturelle entre ce comportement de l'accusé, d'une part, et la lésion corporelle subie par le plaignant, d'autre part. Néanmoins, le simple fait d'avoir lâché ce dernier, debout et apparemment en état de marcher, n'a manifestement pas pu entraîner à lui seul cette lésion. L'instruction et les débats n'ont mis en évidence aucun acte réellement agressif ou dommageable de l'accusé; dans ces conditions, le Tribunal correctionnel a dûment respecté la présomption d'innocence en prononçant l'acquittement. Dans la mesure où le recourant prétend que E.________ avait un devoir de prudence particulier à son égard, compte tenu de son ébriété, ce grief porte sur l'application du droit fédéral (cf. ATF 127 IV 34 consid. 2a p. 38/39, 127 IV 62 consid. 2d p. 65) et il est donc irrecevable dans la procédure du recours de droit public. c) Enfin, le recourant reproche au Tribunal correctionnel d'avoir retenu arbitrairement qu'il était tombé face contre terre. Il est exact qu'à première vue, cette constatation ne repose sur aucun indice concluant. Toutefois, en tant que la chute du plaignant n'est pas imputable à l'intimé, le grief élevé sur ce point est impropre à faire apparaître que le verdict d'acquittement soit arbitraire dans son résultat. Ce verdict apparaît au contraire compatible avec l'art. 9 Cst. , de sorte que le Tribunal cantonal n'a aucunement violé cette disposition constitutionnelle en rejetant le recours dirigé contre lui. Le recours de droit public doit, par conséquent, lui aussi être rejeté.