Citation: 5A_528/2021 E. 6.1

6.1. En l'espèce, c'est à juste titre que la Chambre de surveillance a jugé que, s'agissant d'une créance résultant d'un contrat de prêt liant le défunt et un tiers non membre de l'hoirie, il n'y avait pas lieu de déroger au principe de l'unanimité, de sorte que la poursuite devait en principe être introduite conjointement par tous les membres de la communauté héréditaire (cf. supra consid. 5.2.1). Ce point n'est d'ailleurs pas remis en cause par les parties. Il reste à déterminer si B.B.________ était habilitée à agir comme représentante de l'hoirie en raison d'une situation d'urgence (cf. supra consid. 5.2.2), ainsi que l'a jugé la Chambre de surveillance. Il sera au passage relevé que l'on ne saurait critiquer la décision de l'Office de donner suite à la réquisition de poursuite, puisque celui-ci ne devait refuser de le faire que s'il était manifeste que le critère de l'urgence ne paraissait pas réalisé (ATF 144 III 277 consid. 3.3.4 en lien avec l'ATF 140 III 175 consid. 4.1), ce qui n'était pas le cas en l'espèce au vu des informations dont il disposait, en particulier des indications figurant dans la réquisition de poursuite du 3 décembre 2019 selon lesquelles la créance mise en poursuite serait prescrite au 31 décembre 2019, soit moins d'un mois plus tard. Ce nonobstant, lorsqu'un commandement de payer a été notifié au poursuivi en dépit de la cause de nullité dont il est affecté, il incombe à l'autorité de surveillance de constater la nullité de cet acte, au terme d'une procédure contradictoire, régie par la maxime inquisitoire (art. 20a al. 2 ch. 2 LP), néanmoins tempérée par l'obligation de collaborer des parties (ATF 140 III 175 consid. 4.3). En l'occurrence, au terme de l'instruction, la Chambre de surveillance a pu établir que B.B.________ était au courant depuis longtemps de l'existence du prêt sur lequel reposait la créance mise en poursuite, constatation de fait qui lie le Tribunal fédéral dès lors qu'elle n'est pas remise en cause par les parties (cf. supra consid. 2.2). Dans un tel contexte, il apparaît que le consentement de l'ensemble des héritiers aurait pu être recueilli à temps ou qu'à défaut, la nomination d'un représentant de la communauté héréditaire aurait pu être obtenue en temps utile (cf. sur ce point supra consid. 5.2.2, 2e §; cf. aussi NICOLAS ROUILLER, in Commentaire du droit des successions, Eigenmann/ Rouiller [éd.], 2012, nos 69-70 ad art. 602 CC [cité in ATF 144 III 277 consid. 3.2.2], selon lequel la durée du processus menant à la désignation d'un représentant de l'hoirie peut en principe être estimée entre un et trois mois, la période totale pendant laquelle un héritier peut ainsi agir comme représentant pouvant parfois être de l'ordre de cinq à six mois). B.B.________ ne pouvait donc se prévaloir d'une situation d'urgence pour introduire seule la réquisition de poursuite au nom de l'hoirie afin d'interrompre la prescription. Quant aux considérations de l'autorité cantonale selon lesquelles l'urgence découlerait du fait que B.B.________ avait retrouvé le contrat de prêt du 7 novembre 2004 peu avant l'échéance du délai de prescription, elles ne résistent pas à l'examen. En effet, il est de jurisprudence constante que le droit suisse permet d'ouvrir une poursuite pour des créances qui ne se basent sur aucun jugement, sur aucun document public, pas même sur un titre privé (Message concernant le projet de loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, du 6 avril 1886, in : FF 1886 II 1, spéc. p. 61; ATF 134 III 115 consid. 4.1; 132 III 140 consid. 4.1.1 p. 141; arrêt 5A_890/2012 du 5 mars 2013 consid. 5.3). B.B.________ le reconnaît d'ailleurs dans sa réponse, lorsqu'elle indique que " s'il n'est pas douteux qu'une poursuite [puisse] être requise sans produire de titres, on comprend que, dans le contexte particulier - l'intimée et l'épouse du poursuivi sont soeurs -, la poursuivante ait voulu s'assurer de l'existence d'un titre de créance avant d'entamer des poursuites. " La date à laquelle le contrat de prêt a été retrouvé est ainsi sans influence sur l'issue du litige. Vu ce qui précède, la poursuite est entachée de nullité dès lors qu'elle n'a pas été exercée au nom de tous les membres de la communauté héréditaire désignés individuellement (cf. supra consid. 5.1, 2e §) et que B.B.________ n'était par ailleurs pas habilitée à représenter l'hoirie faute de situation d'urgence (cf. supra consid. 5.2.2). La décision entreprise doit ainsi être annulée et réformée en ce sens que la nullité de la poursuite n° xx xxxxxx x est constatée - indépendamment du respect du délai de plainte de l'art. 17 al. 2 LP (art. 22 al. 1 LP; ATF 128 III 104 consid. 2) -, en tant qu'elle émane de B.B.________ agissant comme représentante de l'hoirie. Il ne s'impose dès lors pas de traiter les autres griefs soulevés par le recourant sur ce point.