Citation: I 639/04 17.01.2006 E. 3

3.1 A l'issue de ses investigations, l'enquêtrice a fixé à 51 % l'empêchement global dans les activités habituelles (rapport d'enquête économique du 5 mars 2002). Les médecins qui ont examiné l'intimée sont en revanche parvenus à une appréciation différente. D'un point de vue rhumatologique, ces affections entraînent tout au plus une limitation globale de 10 à 20 % dans les tâches ménagères (rapport de la doctoresse G.________ du 14 octobre 2002), tandis que la pathologie psychiatrique de l'intimée ne justifie pas de perturbation au-delà de 10 % (rapport des doctoresses V.________ et L.________, du 5 décembre 2002; rapport complémentaire du 11 décembre 2002). En cas de divergences entre les conclusions médicales et celles de l'enquête économique, il y a lieu, en règle générale, de se fonder sur les premières, conformément aux principes qui viennent d'être exposés. Pour cela, il faut bien sûr que les rapports médicaux en cause aient valeur probante au sens de la jurisprudence, à savoir notamment que les points litigieux aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que les rapports se fondent sur des examens complets et que les conclusions des experts soient dûment motivées (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). 3.2 En ce qui concerne les affections physiques et leur influence sur la capacité de travail de l'intimée, la doctoresse G.________ a expliqué de façon complète, détaillée et convaincante ce qui l'a conduite à s'écarter de l'appréciation de l'enquêtrice. Ainsi que la juridiction cantonale de recours l'a admis à juste titre, son rapport d'expertise du 14 octobre 2002 a valeur probante. Les premiers juges ont en revanche considéré qu'il était difficile d'admettre, avec les médecins du SMR, que les troubles psychiques n'affectent pratiquement pas la capacité de travail de l'intimée au sein du ménage, alors que dans le même temps ces problèmes entraînent une incapacité totale de travailler dans le circuit économique. A cet égard, le Tribunal cantonal reproche à l'expert de n'avoir pas justifié les raisons pour lesquelles les limitations fonctionnelles psychiatriques (anxiété, surmenage, fatigue, tristesse, évolution chronique de la maladie, déconditionnement, fragilité psychologique), entièrement invalidantes dans une activité lucrative, ne le seraient quasiment pas dans ses tâches ménagères. L'appréciation psychiatrique serait par ailleurs incomplète dans la mesure où l'aide de l'époux dans l'accomplissement des tâches ménagères n'a pas été abordée dans le rapport d'expertise, que l'époque à laquelle auraient débuté les différentes incapacités de travail reste inexpliquée (100 % dès 1982 dans toute activité professionnelle, 10 % dès 1990 dans les travaux ménagers), d'autant qu'il n'est pas fait état d'une aggravation de l'état de santé. Par ailleurs, la juridiction cantonale estime que le rapport d'expertise n'aborde pas de manière approfondie la question des troubles somatoformes et qu'il n'indique pas s'ils sont ou non invalidants dans l'accomplissement des tâches ménagères. En conséquence, le Tribunal des assurances a renvoyé la cause à l'office AI afin qu'il fasse élucider ces points par une expertise psychiatrique de l'assurée. 3.3 Dans leur rapport du 5 décembre 2002, les doctoresses V.________ et L.________ justifient l'incapacité totale de travailler de l'intimée dans une activité lucrative par diverses limitations fonctionnelles psychiatriques qu'elles énumèrent comme suit : anxiété, surmenage, fatigue, tristesse, évolution chronique de la maladie, déconditionnement, fragilité psychologique. En revanche, les prénommées ne discutent pas le rôle que ces mêmes facteurs pourraient avoir, le cas échéant, sur l'étendue de la capacité de travail de l'intimée dans ses tâches ménagères. L'office recourant tente de combler cette lacune en alléguant que dans un cadre familier, l'intimée peut accomplir ses travaux sans stress ni exigence de productivité, sans subir de contrainte de délai, en avançant à son rythme. Cette explication, qui paraît défendable à premier abord, ne repose toutefois pas sur une appréciation médicale. Or ce n'est pas à l'administration mais au médecin qu'il incombe de porter un jugement sur l'état de santé et d'indiquer dans quelle mesure et pour quelles activités l'assuré est incapable de travailler, les données médicales constituant un élément utile pour déterminer quels travaux on peut encore, raisonnablement, exiger de l'assuré (ATF 125 V 261 consid. 4, 115 V 134 consid. 2, 114 V 314 consid. 3c, 105 V 158 consid. 1). A cet égard, les médecins du SMR ont uniquement laissé entendre, sans l'attester, que les limitations psychiatriques invalidantes à l'exercice d'une activité lucrative n'entravent que très marginalement l'accomplissement des tâches ménagères. Leurs explications du 5 décembre 2002 sont donc insuffisantes, comme les premiers juges l'ont admis à juste titre. Quant au trouble somatoforme, on en ignore l'acuité, pas plus qu'on ne sait si l'intimée dispose de suffisamment de ressources pour surmonter ses douleurs, la psychiatre du SMR n'ayant pas abordé cet aspect pourtant décisif du dossier. Ce point devra donc faire l'objet d'un nouvel examen psychiatrique afin de pouvoir appliquer correctement la jurisprudence (cf. ATF 130 V 352). En d'autres termes, l'aspect psychiatrique du dossier n'a pas été abordé à satisfaction, si bien que le complément d'enquête ordonné était justifié. Comme la cause n'est pas en état d'être jugée, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'aborder plus avant les différents éléments que l'office AI aborde dans son recours, notamment l'état d'anxiété et de tristesse, la fragilité et la fatigue psychologique, ainsi que le déconditionnement psychique de l'intimée.