Citation: 6B_665/2017 E. 2.2.1

2.2.1. S'agissant des faits survenus dans le courant de l'année 1999, la cour cantonale a considéré que les déclarations de l'intimée avaient été globalement cohérentes, précises et constantes. Celle-ci avait toujours affirmé que les faits en question s'étaient produits alors qu'elle était âgée de 11 ans, lorsque son père et sa belle-mère étaient partis en Australie. Elle s'était réfugiée dans sa chambre, à la suite d'une dispute violente entre son frère et le recourant. Elle avait insisté sur le fait qu'elle ne confondait pas avec le voyage de noces de ses parents à Las Vegas, car cela correspondait à la période où son grand frère B.________ venait d'avoir son scooter. Ce dernier devait avoir 14 ans, l'âge auquel cela était autorisé en France. L'intimée ne s'était pas rappelée la raison pour laquelle il y avait eu une dispute entre son frère et le recourant. Il s'agissait peut-être du scooter qu'un copain de son frère voulait essayer. Selon l'autorité précédente, les déclarations de l'intimée comportaient en outre des détails qu'il était difficile d'imaginer s'ils n'avaient pas été vécus. Celle-ci avait ainsi rapporté que lorsque le recourant l'avait violée, il lui avait dit que si elle n'était pas gentille, si elle parlait, il s'amuserait à casser les doigts de son frère, les uns après les autres. Elle s'était souvenue des taches de sang qu'elle avait vues en s'essuyant. Il s'agissait de son premier rapport sexuel avec un homme. Elle avait eu très mal et il y avait eu du sang. Elle n'avait pas encore ses règles à l'époque. Les circonstances dans lesquelles l'intimée avait révélé ces faits ne comprenaient aucune particularité insolite, de nature à faire douter des accusations portées contre le recourant. Celle-ci avait en particulier expliqué d'une manière digne de foi avoir décidé de porter plainte pour "s'enlever" une partie de sa culpabilité. En janvier 2012, elle avait commencé à avoir des "flashs", des souvenirs de plus en plus concrets et à se sentir très mal, très coupable. Selon l'intimée, cela avait commencé après avoir vu à la télévision une petite fille sur un lit et un homme qui lui mettait la main sur la cuisse. Depuis que ces souvenirs lui étaient revenus, l'intimée n'avait plus beaucoup de relations sexuelles avec son mari, car cela la dégoûtait. Elle avait commencé à parler des événements en question à son grand frère et à son mari, puis à sa psychologue. Elle n'avait jamais parlé de ces faits auparavant, en raison de la honte qu'elle éprouvait. L'intimée se sentait coupable, car lorsqu'à 11 ans elle avait écrit une lettre rapportant les agissements du recourant, elle s'était faite disputée et sa mère l'avait contrainte à aller s'excuser le jour-même. Elle avait donc préféré se taire, d'autant que son agresseur était le mari de sa grand-mère et le père de sa belle-mère. Par ailleurs, selon la cour cantonale, il n'était pas étrange que l'intimée eût attendu de nombreuses années avant de dénoncer les faits, car le sentiment de honte et de culpabilité ou la dépendance affective incitait spontanément un enfant victime d'abus sexuels à ne pas les révéler à autrui. L'intimée souffrait en outre de nombreux problèmes de santé et avait été hospitalisée plusieurs fois. Elle avait déclaré s'être mutilée, prendre 15 douches par jour et avoir des problèmes de nourriture. L'intimée avait en outre déclaré avoir eu des problèmes d'agressions sexuelles avec d'autres personnes, soit un ex-copain ou un moniteur de colonie lorsqu'elle avait 17 ans. Le mari de l'intimée, C.________, avait déclaré que son épouse avait commencé à faire des cauchemars et des crises d'angoisse dès 2012. Elle lui avait raconté peu à peu tout ce qu'elle voyait. Cela s'était accumulé en "flashs", jusqu'à ce qu'elle se rappelle de tout. A propos de l'élément déclencheur de ces crises, l'intimée lui avait parlé d'une émission de télévision. Depuis, elle souhaitait s'isoler, faisait des crises de tétanie durant son sommeil, prenait beaucoup de douches, y restait longuement en se frottant, essayait de se faire du mal et s'était fait des marques aux bras. La cour cantonale a en outre relevé que ces problèmes de santé étaient attestés par des certificats médicaux, faisant notamment état d'idées suicidaires et de scarifications. Les diagnostics de syndrome dépressif réactionnel et d'état de stress post-traumatique avaient été posés. Pour l'autorité précédente, les déclarations de l'intimée concordaient de surcroît avec divers témoignages, qui avaient par ailleurs laissé apparaître que le comportement du recourant était "étrange", notamment sur le plan sexuel. Aucun motif sérieux ne permettait de douter de la sincérité de ces témoignages, qui émanaient de personnes n'entretenant pas toutes entre elles des liens étroits et réguliers, si bien qu'il n'était pas crédible qu'elles eussent pu se concerter pour accabler le recourant : - Le frère de l'intimée, B.________, avait déclaré qu'à une reprise sa grand-mère D.________ et le recourant étaient venus les garder, lui et l'intimée, durant plusieurs jours, alors que son père était en vacances avec son épouse. Selon B.________, il devait alors avoir 14 ans, l'âge de la rébellion. Sa soeur restait cloîtrée dans sa chambre. Il avait eu quant à lui une grosse altercation avec le recourant à propos des sorties. Il avait retrouvé sa soeur en pleurs, dans sa chambre. Elle était refermée sur elle-même en position foetale, sur son lit. B.________ avait encore déclaré que sa soeur lui avait raconté que le recourant voulait souvent entrer dans la salle de bain lorsqu'elle se douchait étant enfant. Il faisait de même quand sa cousine Johanna était là. B.________ ne se souvenait pas que le recourant entrait dans la salle de bain lorsque lui ou sa soeur s'y trouvait. Il se rappelait en revanche qu'à une reprise, alors qu'il avait 14 ans, le recourant l'avait fait sortir de sa chambre d'invité et s'y était enfermé afin de visionner une vidéo pornographique. - E.________, fille du recourant et ex-épouse du père de l'intimée, avait indiqué que les infractions reprochées au recourant avaient pu se produire lorsque ce dernier et sa femme étaient venus garder les enfants durant son voyage en Australie. E.________ avait également déclaré se souvenir vaguement d'une lettre que l'intimée avait écrite, et du fait que sa mère l'avait découverte et s'était fâchée. - F.________, cousine de l'intimée, avait confirmé les déclarations de celle-ci selon lesquelles le recourant essayait toujours d'entrer dans la salle de bain lorsque, âgées de 8 à 10 ans, elles prenaient leur bain. - E.________ avait également rapporté ces faits, ajoutant qu'elle-même et le père de l'intimée disaient au recourant d'arrêter d'aller "embêter" les filles dans la salle de bain. Elle avait indiqué que son père avait un côté dominant et pouvait être violent. Elle et son mari ressentaient de la gêne à son égard. Lorsqu'elle était enfant, le recourant entrait toujours dans la salle de bain quand elle se lavait et lui interdisait de fermer la porte à clé. E.________ se hâtait donc et utilisait beaucoup de mousse dans le bain pour éviter que le recourant ne la voie nue. Elle avait vu plusieurs fois le recourant se promener nu et cela la gênait. Selon elle, le recourant lui avait expliqué que lorsqu'elle était petite, elle prenait son sexe dans la main et que c'était normal. Son père n'avait cependant jamais eu de comportement déplacé envers elle. Elle n'avait jamais dit à l'intimée que le recourant l'avait touchée. Elle lui avait en revanche indiqué que sa mère avait surpris celui-ci à la cave avec sa cousine, alors âgée de 14 ans, qui s'embrassaient. Le recourant lui avait par ailleurs parlé à diverses reprises de sa sexualité. - G.________, mère de l'intimée, avait indiqué que, lorsqu'elle était elle-même âgée de 12 ans, le recourant lui avait demandé si elle était d'accord de lui montrer ses seins s'il lui payait un jean que sa mère ne voulait pas lui acheter. Tandis qu'elle prenait une douche, âgée de 12 à 13 ans, le recourant s'était permis d'entrer à deux reprises et elle avait dû le mettre dehors. La troisième fois, elle avait dit à sa mère que si celui-ci recommençait, elle lui mettrait son "poing sur la gueule". G.________ avait déclaré avoir le sentiment que le recourant venait dans la salle de bain pour la regarder. Selon elle, ce dernier s'était également promené nu dans l'appartement, même si cela n'avait pas duré longtemps. - H.________, mère de E.________, qui avait été l'épouse du recourant entre 1969 et 1973, avait relaté avoir surpris sa cousine, I.________, alors âgée de 13 à 14 ans, dans la cave, en train d'embrasser le recourant. Après ces faits, elle n'avait plus accepté aucun enfant chez elle, car elle n'était pas "tranquille". Elle ne laissait pas non plus sa fille au recourant. H.________ avait par ailleurs rapporté que le recourant était "maso" et que, lorsqu'elle était enceinte de E.________, elle l'avait surpris avec un autre homme. Le recourant aurait aimé faire l'amour à "plusieurs personnes" et se faire "taper avec un martinet". H.________ n'avait cependant jamais vu le recourant toucher sa fille. - I.________, cousine de H.________, avait déclaré que lorsqu'elle s'était rendue chez celle-ci, âgée de 17 à 18 ans, le recourant l'avait suivie à la cave et avait tenté de l'embrasser. Elle l'avait repoussé puis était remontée à l'étage, non sans avoir eu "un peu peur". - J.________, cousine de l'intimée, avait indiqué qu'à une occasion, lorsque le recourant l'avait vue, il avait déclaré : "Comme elle a changé la petite J.________, elle est devenue femme", avant de lui lancer "viens faire pouet pouet camion". Comme elle connaissait la blague, dont la suite aurait consisté à ce que le recourant lui pince les seins, elle avait refusé. J.________ avait par ailleurs décrit le recourant comme quelqu'un de "très joueur et blagueur". Selon la cour cantonale, le fait que l'intimée n'eût parlé à sa psychologue que des faits de 2003 ne remettait pas en cause la crédibilité de l'intéressée s'agissant des événements survenus lorsqu'elle avait 11 ans. Il était, pour l'autorité précédente, dans l'ordre des choses, compte tenu d'un sentiment de honte, du conflit de loyauté et de la peur des réactions familiales, que la victime d'abus sexuels ne révèle pas d'emblée les actes subis. Selon l'autorité précédente, le recourant s'était quant à lui contenté de nier catégoriquement les faits reprochés, de dénigrer l'intimée et de qualifier les témoins à charge de "crapules", en se présentant comme la victime d'une cabale visant à lui soutirer de l'argent. Il avait ainsi allégué avoir gardé l'intimée et son frère lors du voyage de noces de leurs parents à Las Vegas, en 1996, et non lors d'un séjour en Australie. Il avait contesté tous les comportements "déplacés" rapportés par l'intimée et par plusieurs autres femmes. En particulier, il avait nié avoir tenté d'entrer dans la salle de bain lorsque l'intimée et F.________ se douchaient à V.________, lorsque G.________, petite, faisait de même, ou lorsque E.________, étant jeune, prenait son bain. Il avait également nié avoir demandé à G.________ de lui montrer ses seins lorsqu'elle était âgée de 12 ans, ou avoir embrassé I.________ dans sa cave. Il avait également contesté avoir fait à J.________ la "blague" rapportée par celle-ci, ou avoir déclaré à E.________ que, lorsqu'elle était petite, elle prenait son sexe dans sa main. Le recourant avait par ailleurs dénigré l'intimée, déclarant qu'elle avait inventé ses accusations pour obtenir de l'argent de sa part. La cour cantonale a cependant considéré que, contrairement aux allégations de l'intéressé, aucun esprit de haine et de rancoeur n'avait déterminé l'intimée à porter de fausses accusations contre le recourant après tant d'années. En outre, le dévoilement de ces faits avait précisément plongé l'intimée dans la dépression, de sorte qu'aucune dénonciation calomnieuse ne pouvait être suspectée. Pour le reste, selon l'autorité précédente, le témoignage de D.________ devait être relativisé, compte tenu de son lien conjugal avec le recourant. Celle-ci avait également dénigré l'intimée, en lui imputant un comportement provocateur, consistant par exemple à porter un décolleté. Enfin, contrairement à ce qu'avait allégué le recourant, les circonstances dans lesquelles les faits avaient pris place, soit au domicile du père de l'intimée alors que D.________ pouvait être présente, n'étaient pas insolites. Selon la cour cantonale, il était notoire que les abus sexuels n'étaient pas exclus par le fait que d'autres membres de la famille vivent à proximité.