Citation: 5A_712/2019 E. 4.2

4.2. La recourante fait grief à la Cour de justice d'avoir considéré que la lacune de prévoyance qu'elle invoquait était suffisamment prise en compte par l'octroi d'une rente non limitée dans le temps. D'une part, la contribution d'entretien de 13'000 fr. par mois était identique à celle fixée sur mesures protectrices de l'union conjugale et couvrait son train de vie durant la vie commune. Or, en mesures protectrices, les questions d'éventuelles lacunes de prévoyance ou de (re) constitution d'une telle prévoyance vieillesse ne rentraient pas en ligne de compte et il n'en avait jamais été question. D'autre part, une rente servait à couvrir les besoins courants du créancier, également sur la question de la constitution d'une prévoyance vieillesse appropriée après le divorce et jusqu'à ce que ce besoin s'actualise au moment de la retraite. Ainsi, une partie de la rente allait en l'occurrence être consacrée à la constitution d'une petite prévoyance vieillesse après le divorce et jusqu'à l'âge de la retraite, puis servirait à assurer les besoins courants. Cela étant, seule l'allocation d'un capital au sens de l'art. 126 al. 2 CC permettait de combler l'importante lacune de prévoyance née durant le mariage, lacune que le service d'une contribution non limitée dans le temps ne pourrait couvrir. Arguant que l'application de l'art. 126 al. 2 CC ne saurait être réservée au cas de jeunes époux, elle expose que même si le risque de prédécès du conjoint débiteur n'était pas suffisant pour admettre l'application de cette disposition, l'autorité cantonale ne pouvait se contenter d'une appréciation lapidaire, mais aurait dû considérer ce risque "avec toutes les autres particularités du cas d'espèce". Elle souligne à cet égard que l'hypothèse du prédécès du demandeur, qui n'avait pas été "dûment examinée" par la Cour de justice, n'était pas abstraite et que si elle devait se réaliser, elle perdrait l'ensemble de ses droits à l'entretien, de même que ceux sur la fortune du débiteur, qui serait alors dévolue à ses héritiers. Selon la recourante, il en résulterait pour elle de longues années de vie précaire. Sa créance en entretien était par ailleurs "de nature relative", dans la mesure où son exécution ne dépendait que de la personne du demandeur, du vivant de celui-ci, et aucunement de sa fortune sur laquelle le principe et la quotité de la contribution étaient pourtant fondés. Lorsque le versement en capital venait combler une lacune de prévoyance, il permettait également de "résoudre" - en donnant une indépendance au créancier - cette "hypothèse naturelle" du prédécès, dont il atténuait les conséquences. Dans le cas contraire, la recourante estime que sa situation, en cas de prédécès du demandeur, serait "anéantie d'un jour à l'autre sans aucune sorte de possibilité de préserver ses droits".