Citation: I 450/03 25.11.2004 E. 4

4.1 En l'occurrence, à l'issue de deux entretiens, d'un examen psychiatrique et de tests psychométriques, le docteur S.________ retient, d'un côté, le diagnostic «par exclusion» de trouble douloureux associé à la fois à des facteurs psychologiques et à une affection médicale générale chronique d'intensité très légère, affirmant que l'assuré ne présente aucun trouble de l'humeur ou anxieux, ni trouble de somatisation, hypocondrie, trouble de conversion ou trouble factice, ni encore de troubles majeurs de la personnalité, en particulier d'élément psychotique. Il observe qu'il y a une discordance importante entre l'atteinte somatique objective et les plaintes subjectives, ainsi que le handicap fonctionnel allégué par le recourant, celui-ci ne présentant du reste aucune position antalgique ou des signes algiques manifestes sur son visage durant l'entretien; l'importance des plaintes annoncées n'ont, selon lui, pas de répercussion émotionnelle notable, en particulier de type anxieux ou dépressif. Par ailleurs, le fonctionnement psycho-social hors professionnel de l'assuré est parfaitement conservé, les éléments biographiques montrant que celui-ci n'a présenté aucune souffrance ou dysfonctionnement personnel, professionnel et social. L'expert arrive à la conclusion que le recourant ne présente aucun trouble qui puisse diminuer sa capacité de travail et peut exercer à plein temps et avec un plein rendement une activité adaptée à ses problèmes ostéo-articulaires. De son côté, après avoir effectué un examen psychologique avec tests projectifs et s'être entretenu avec le recourant, le docteur G.________ fait état d'un syndrome douloureux somatoforme persistant et d'un épisode dépressif moyen, l'examen clinique ayant mis en évidence des répercussions des plaintes somatiques sur la sphère émotionnelle, en particulier sur le mode dépressif. Selon lui, l'assuré présente une personnalité de structure de type psychotique, impliquant «une angoisse de morcellement que peut venir réveiller une altération de nature organique même légère», la discordance entre les plaintes et les lésions somatiques décelables s'expliquant par le fait que l'atteinte même minime dont l'assuré a fait l'objet est venue déstabiliser son mode de fonctionnement psychique, auparavant compensé. Enumérant plusieurs critères fondant un mauvais pronostic, telle la structure de la personnalité du recourant, une comorbidité psychiatrique (épisode dépressif moyen), une affection corporelle chronique (les douleurs), une perte d'intégration sociale et professionnelle, ainsi que des échecs répétés de traitements conformes aux règles de l'art, il retient que celui-ci dispose d'une capacité de travail résiduelle théorique d'environ un tiers. 4.2 A la lecture des deux expertises en cause - toutes deux assorties d'une valeur probante au sens de la jurisprudence (cf. ATF 125 V 352 consid. 3a et 3b) -, on constate que les conclusions des docteurs S.________ et G.________ ne concordent ni sur le diagnostic, ni sur la gravité de l'affection psychique. Alors que le premier ne retient aucun trouble thymique, le second pose le diagnostic d'épisode dépressif moyen sur la base des constations cliniques qu'il a effectuées. Par ailleurs, le médecin du Département X.________ estime que les douleurs ressenties par le recourant et ses répercussions sur sa sphère émotionnelle trouvent une explication sur le plan psychique, tandis que son confrère n'y voit aucune cause psychique. Selon l'expert mandaté par l'intimé, le recourant a un fonctionnement psycho-social conservé (hormis sur le plan professionnel), tandis que l'expert privé fait état d'une perte d'intégration sociale et professionnelle. Enfin, les conclusions des psychiatres quant à la répercussion de l'atteinte à la santé sur la capacité de travail de l'assuré sont contradictoires. 4.3 Cela étant, sans entrer en matière sur le différend qui oppose les deux médecins notamment sur la notion de diagnostic psychiatrique et la valeur respective des tests psychométriques (effectués par le docteur S.________) et prospectifs (effectués par le docteur G.________), on constate que le trouble somatoforme dont est affecté le recourant ne présente pas un caractère invalidant au regard des principes jurisprudentiels rappelés ci-avant (consid. 1.3). 4.3.1 Tout d'abord, le diagnostic d'«épisode dépressif moyen» retenu par le docteur G.________ ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importantes au sens de la jurisprudence. En effet, selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mobour/Schmidt (éd.), Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème éd., p. 191) sur laquelle se fonde le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'ils ne sauraient faire l'objet d'un diagnostic séparé (ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 in fine; Meyer-Blaser, op. cit., p. 81, note 135). 4.3.2 Reste à examiner la présence éventuelle d'autres critères, dont le cumul permet d'apprécier le caractère invalidant des troubles somatoformes douloureux. Le critère des affections corporelles chroniques peut être tenu pour établi. En revanche, il n'apparaît pas à la lecture des deux expertises psychiatriques que le recourant subirait une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Le docteur G.________ relève ainsi que le recourant a toujours eu de bonnes relations avec sa famille, alors que sur le plan social, il entretient de bons rapports avec quelques amis italiens et suisses, anciens collègues de travail (p. 3 de son expertise); il n'a jamais connu de conflit professionnel, ni avec ses collègues, ni avec ses différents employeurs. Au vu de ces éléments, on ne voit pas ce qui justifie la conclusion finale du médecin, selon laquelle «M.________ a plusieurs caractères de mauvais pronostic, tel (...) une perte d'intégration sociale et professionnelle». A défaut de motivation, cette affirmation ne saurait être suivie, ce d'autant plus qu'elle est contredite par l'appréciation du docteur S.________, selon lequel le fonctionnement psycho-social de l'assuré est parfaitement conservé. Par ailleurs, on peut douter que le recourant présente un état psychique cristallisé marquant une libération du processus de résolution du conflit, puisqu'aucun élément psychotique, aucune souffrance ou dysfonctionnement personnel, professionnel et social, ni encore des traits d'une personnalité dissociée, ne peuvent être retenus aux dires du docteur S.________. Sur ce point, le docteur G.________ se limite à émettre «l'hypothèse que l'atteinte même minime dont [le recourant] a été objectivement l'objet est venue destabiliser son mode de fonctionnement psychique auparavant compensé» et donner des explications d'ordre général sur «une structure de personnalité de type psychotique», sans les mettre en relation au cas particulier du recourant. Cette appréciation - au demeurant fort peu intelligible aux non spécialistes - n'amène aucun élément permettant d'expliquer en l'espèce le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative, si bien qu'elle ne convainc pas. Enfin, les experts n'excluent pas que le recourant puisse se soumettre à des mesures de réadaptation professionnelle, après avoir bénéficié d'un suivi psychiatrique (cf. rapports du docteur G.________, p. 9 et du docteur S.________, p. 23). Dans ces circonstances, on retiendra que les troubles somatoformes douloureux ne se manifestent pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, la mise en valeur à plein temps de la capacité de travail du recourant ne peut plus être raisonnablement exigée de lui.