Citation: 4A_322/2015 E. 4.3

4.3. En premier lieu, la recourante expose que le Tribunal arbitral a calculé le dommage résultant du défaut de livraison de la quantité résiduelle due en vertu du contrat de 1978 à compter du 5 mars 1979, date à laquelle les livraisons de pétrole auraient pu reprendre à la fin de la période de force majeure, tout en fixant au 28 juin 1979 la date à laquelle Z.________ avait répudié le contrat de 1978, en violation de ses obligations. Selon elle, semblable argumentation recèlerait une contradiction irréductible, impossible à prévoir pour les parties. Aussi le Tribunal arbitral aurait-il dû l'interpeller pour lui permettre de fournir un calcul du dommage basé sur l'hypothèse d'une date de livraison (le 28 juin 1979) postérieure à la date de la violation contractuelle (le 5 mars 1979), calcul qui eût révélé un préjudice deux fois plus élevé que celui retenu par les arbitres majoritaires. Bien qu'elle s'en défende et comme les intimées le soulignent à bon droit, la recourante simplifie à l'excès, sinon déforme, le raisonnement tenu par le Tribunal arbitral lorsqu'elle affirme que celui-ci a retenu que Z.________ aurait dû livrer la quantité résiduelle afférente au contrat de 1978 en mars et avril 1979 déjà, tout en constatant par ailleurs qu'elle n'avait aucune obligation de le faire avant qu'elle ne violât ledit contrat, le 28 juin 1979, en le répudiant. Il suffit de lire le résumé de la sentence, tel qu'il a été effectué ci-dessus, pour s'en convaincre. De surcroît, la recourante fait fi de l'expression " at latest " précédant l'indication de la date du 28 juin 1979 dans le passage précité du n. 203 de la sentence. Quoi qu'il en soit, sous l'angle du droit d'être entendu, peu importe de savoir si le Tribunal arbitral s'est contredit ou non dans l'argumentation qu'il a retenue, ce qui ne suffirait d'ailleurs pas non plus à fonder le grief de violation de l'ordre public au sens de l'art. 190 al. 2 let. e LDIP, eût-il été invoqué (arrêt 4A_150/2012 du 12 juillet 2012 consid. 5.2.1). Fût-elle insoutenable, la motivation de la sentence sur ce point échapperait du reste aussi à toute sanction. Seule est, dès lors, déterminant son éventuel caractère imprévisible dans l'acception restrictive donnée à cet adjectif par la jurisprudence fédérale susmentionnée. Or, sans être sérieusement contredites par l'intéressée, les intimées démontrent de façon convaincante, sous n. 66 à 74 de leur réponse, que le raisonnement du Tribunal arbitral prend appui sur les propres affirmations de la recourante. Il appert, en particulier, de cette démonstration que la recourante elle-même avait vu dans le 28 juin 1979 la date à laquelle le refus de Z.________ de lui livrer la quantité résiduelle du contrat de 1978 avait été définitivement établi. En tout état de cause, c'est en vain qu'elle plaide l'effet de surprise sur ce point. Que le Tribunal arbitral retînt l'une ou l'autre des différentes dates qui étaient susceptibles d'entrer en ligne de compte en l'espèce n'avait, au demeurant, rien d'insolite, s'agissant d'une affaire complexe et d'une durée peu ordinaire qui commandait aux parties d'examiner tous les scénarios envisageables. A cet égard, on est bien loin ici des situations dans lesquelles la jurisprudence a admis l'argument tiré de l'imprévisibilité (cf., par ex., l'ATF 130 III 35 consid. 6.2 et l'arrêt 4A_400/2008 du 9 février 2009 consid. 3.2).