Citation: 8C_195/2015 E. 2.3.1

2.3.1. Après avoir retranscrit dans les grandes lignes le témoignage du docteur D.________ en audience du 28 mai 2013, les premiers juges considèrent que le sentiment de perte de contrôle et les fluctuations d'humeur exprimées par l'assuré constituent des symptômes classiques d'un état dépressif et que l'on ne saurait y voir des indices d'une absence de capacité de discernement. Alors que B.________ n'avait pas souffert de dépression avant de perdre son emploi et menait une vie professionnelle et familiale stable et harmonieuse, il avait exprimé une perte de repères et ne s'était plus senti lui-même face aux fluctuations d'humeur et à l'impression, parfois, de ne plus avoir la force de poursuivre ses efforts en vue de retrouver un emploi. Dans ce contexte, la perte de contrôle et le sentiment d'étrangeté dont il avait fait part à son médecin ne se rapportaient pas, selon les premiers juges, à la capacité de discernement de l'assuré mais bien au fait que celui-ci ne parvenait pas à maîtriser ces fluctuations d'humeur caractéristiques de sa maladie. Par ailleurs, les premiers juges relèvent que l'assuré a eu un comportement relativement cohérent le 15 mars 2012. Son attitude traduisait la volonté, déjà manifestée auprès de son médecin traitant, de préserver ses proches autant que possible. En effet, il avait emporté son arme démontée, encore emballée dans des sachets en plastique, et avait quitté le domicile familial en voiture jusqu'à un lieu isolé. Là, il y avait monté son arme et mis fin à ses jours en se couchant sur son fusil. Cette manière de procéder dénotait le souci d'épargner à sa famille la découverte de son corps en rentrant du travail ou de l'école. La position du corps comme celle du fusil, soit une arme proche de la tête, avaient probablement été dictées par la volonté de garantir que le tir fût précis, pour être sûr d'être mortellement atteint. Pour la juridiction cantonale, ces éléments sont difficilement compatibles avec l'hypothèse d'une incapacité de discernement. Dans ce contexte également, le fait que l'assuré n'avait pas annulé des rendez-vous qu'il avait dans la journée du 15 mars 2012 ou dans les jours suivants, ou encore le fait d'avoir planifié des vacances et acheté des billets d'avion ainsi que réservé une voiture de location pour ces vacances, le 6 mars 2012, reflétaient le caractère fluctuant de l'humeur de l'assuré pendant la période ayant précédé son décès, mais ne traduisaient pas une incohérence indiquant que son suicide eût été commis en l'absence de capacité de discernement. L'envoi de son curriculum vitae à deux employeurs entre 7h et 8h le matin même du 15 mars 2012 permettait tout au plus de conclure qu'il n'avait pas encore, à ce moment-là, alors qu'il était encore entouré des siens ou que ces derniers venaient de partir, d'idées suicidaires. Qu'il ait ensuite subi, dans la matinée, une baisse de moral qui l'a conduit à mettre fin à ses jours ne permettait pas, toujours selon les premiers juges, de conclure à un acte commis en l'absence de toute capacité de discernement.