Citation: 5A_388/2020 E. 4.1

4.1. La Juge déléguée a retenu que le recourant avait été en incapacité de travail à compter du 19 février 2019. Cette incapacité concernait spécifiquement l' activité de chauffeur poids lourds. G.________ SA, l'assurance perte de gain maladie intervenue pour verser les indemnités journalières, avait toutefois fait procéder à une expertise dont il résultait qu'il était apte à reprendre le travail dans la même activité à 100% avec une diminution de rendement de 20%et lui avait en conséquence versé des indemnités perte de gain jusqu ' au 4 août 2019. Le 5 août 2019, le recourant ne s 'était pas rendu au travail et a vait été licencié avec effet immédiat par son employeur. Le même jour, il avait débuté une mesure d ' intervention précoce organisée par l' Office AI, qui avait été informé de son incapacité de travail. P arallèle ment à cette mesure, la Caisse de chômage lui avait versé des indemnités à compter du 6 août 2019 mais y a vait mis fin le 4 septembre 2019, estimant que la capacité de travail du recourant était inférieure à 20%, de sorte qu ' il appartenait à l' Office AI de prendre la relève. Le recourant per cevaiten outre le revenu d ' insertion depuis le 1 er septembre 2019. La mesure d ' intervention précoce se termin ait le 24 janvier 2020. La Juge déléguée a considéré que, a u stade de la vraisemblance, il conven ai t de se fier en priorité à l'expertise effectuée par G.________ SA qui avait une plus forte valeur probante que les certificats médicaux produits par le recourant. Par ailleurs, dans son formulaire d ' inscription au chômage du 5 août 2019 et dans son courrier du 3 octobre 2019 au Service de l'emploi, le recourant a vait lui-même indiqué qu ' il était en mesure de retrouver du travail à temps plein. La mesure d ' intervention précoce dont il a vait bénéficié ne permet tait pas de renverser cette appréciation. En effet, selon l' art. 7d LAI, l' intervention précoce était destinée aux personnes dont la capacité de travail est totalement ou partiellement restreinte pour des raisons de santé, c 'est-à-dire à celles qui ont perdu, totalement ou partiellement, leur aptitude à accomplir dans leur profession ou leur domaine d ' activité le travail qui peut raisonnablement être exigé d 'elles. Ces mesures avaient donc pour but de soutenir aussi rapi dement que possible les personnes en arrêt de travail afin de garder intactes leurs chances de reprendre un emploi et visaient au maintien du poste actuel de la personne. Aussi, en octroyant cette mesure au recourant, l' Office AI estimait vraisemblablement qu ' il y avait une possibilité pour celui-ci de reprendre un emploi ou une activité compa rable. La Juge déléguée a en outre relevé que la mesure d ' intervention précoce a vait été organisée avant la décision de G.________ SA de suspendre ses prestations sur la base de l'expertise, dont rien n' indiqu ait que l' Office AI a vait reçu un exemplaire. De même, le fait que la Caisse de chômageeû t interrompu le versement des indem nités chômage au motif que la capacité de travail du recourant était inférieure à 20% n'était pas déterminant puisqu 'elle s 'était selon toute vraisemblance fondée sur les certificats médicaux fournis par le recourant, soit ceux de son médecin traitant. En conséquence, sur la base des éléments au dossier, et en particulier du rapport d 'expertise de G.________ SA, la Juge déléguée a considéré que le recourant étaiten mesure de travailleret a de ce fait établi son revenu hypothétique à l'aide du calculateur de salaire du Secrétariat d ' État à l' économie disponible sur le site de l' administration fédérale. Elle a pris en compte le salaire mensuel moyen d ' une personne de trente-deux ans, sans formation profes sionnelle complète, avec six années de service au sein de l'entreprise (de 2012 à 2018), sans fonction de cadre, à savoir 6'450 fr. bruts, soit environ 5'290 fr. nets, pour un poste de " conducteur de véhicule et d 'engins lourds de levage et de manoeuvre " pour 48 heures de travail hebdomadaire dans le canton de Vaud. Elle a également relevé que la branche économique des chauffeurs ne subi ssait actuellement pas de récession et que rien ne sembl ait indiquer qu ' il serait particulièrement compliqué de trouver un emploi dans ce milieu. Il ne se justifi ait pas d 'entrer en matière sur la prétendue limitation d ' activité imposée par les certificats médicaux des 19 et 22 mars 2019 du médecin traitant du recourant selon lequel l'i ncapacité concernait spécifiquement l' activité de chauffeur poids lourds puisque, d ' une part, ces pièces avaient été considérées non probantes au stade de la vraisemblance et que, d ' autre part, elles étaient antérieures à l'expertise privée établie par G.________ SA. Compte tenu des conclusions du dit rapport d 'expertise, dont il résultait que le recourant pouvait reprendre le travail à 100% avec une diminution de rendement de 20%, il conven ai t de retenir qu'il pouvait réaliser 80% du salaire moyen net arrêté ci-dessus, de sorte qu'il convenait de lui imputer un revenu hypothétique mensuel de 4'231 fr. 20 (80% x 5'290 fr.). Quant au délai d ' adaptation, la Juge déléguée a tenu compte du fait que le contrat du recourant auprès de son précédent employeur a vait pris fin le 5 août 2019, indépendamment de la validité ou non de la résiliation. Dès lors que le recourant ne prétend ait pas chercher à réintégrer son ancien poste,elle a estimé qu'il aurait dû songer à trouver un nouvel emploi à compter de cette date. A cet égard,elle a estimé que la mesure d ' intervention précoce organisée par l' Office AI n'empêchait pas le recourant de travailler ou à tout le moins de chercher un emploi, dès lors que ces mesures étaient justement mises en place en général pendant que l' assuré travaill ait (art. 7d al. 1 LAI). En conséquence,elle a pris en compte un délai d ' adaptation de six moiset lui a imputé le revenu hypothétique susmentionné à compter du 1 er janvier 2020. Avant cette date,elle a tenu compte des montants effectivement perçus par le recourant à titre d ' indemnités chômage et de revenu d ' insertion.