Citation: I 125/04 14.02.2005 E. 3

3.1 L'office recourant conteste la valeur probante de l'expertise des médecins du Département universitaire de psychiatrie Y.________ du 30 mai 2003. Il met en exergue un certain nombre de contradictions. 3.2 En principe, le juge ne s'écarte pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références). En ce qui concerne, par ailleurs, la valeur probante d'un rapport médical, ce qui est déterminant c'est que les points litigieux aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale soient claires et enfin que les conclusions de l'expert soient dûment motivées. Au demeurant, l'élément déterminant pour la valeur probante n'est ni l'origine du moyen de preuve ni sa désignation comme rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). 3.3 Interpellés par les premiers juges en tant que médecins qui avaient traité le recourant et invités à répondre à différentes questions, les médecins du Département universitaire de psychiatrie Y.________ ont décidé de procéder à une expertise sur la personne du recourant de leur propre chef. Cette initiative paraît difficilement conciliable avec les règles de procédure et les garanties d'ordre formel dont bénéficient les parties dans une procédure judiciaire. Cette question peut cependant demeurer ouverte, de même que celle de l'adéquation entre les rôles d'expert et de superviseur d'une démarche thérapeutique déléguée. 3.4 Les médecins du Département universitaire de psychiatrie Y.________ ont retenu, sur la base des examens pratiqués en 2000 que l'assuré était euthymique et ont posé le diagnostic de trouble de l'adaptation, réaction dépressive prolongée. A aucun moment ils n'ont signalé en particulier la présence de cauchemars ou de reviviscences de l'accident de circulation du 11 octobre 1996. Trois ans plus tard, ils décrivent l'assuré comme euthymique et discrètement tendu et anxieux. Ils évoquent des cauchemars itératifs où l'intéressé revit la scène de l'accident. Abandonnant le diagnostic de trouble de l'adaptation, ils font état d'un stress-post-traumatique en rémission partielle, qui se manifeste principalement par les troubles de la concentration et la présence d'un trouble somatoforme indifférencié (p. 10 in fine de l'expertise). Ainsi que le fait pertinemment remarquer l'office recourant, il paraît surprenant qu'un état de stress post-traumatique ait échappé aux psychiatres du Département universitaire de psychiatrie Y.________ lors du consilium de l'été 2000, ce d'autant plus que la démarche diagnostique et thérapeutique s'est étendue sur une période de six semaines, et qu'elle a abouti à une amélioration spontanée, sans traitement médicamenteux. Si l'état de stress post-traumatique avait revêtu l'importance que lui prêtent trois ans plus tard les mêmes psychiatres, agissant cette fois à titre d'experts, ils n'auraient pas manqué de le diagnostiquer et d'administrer à l'assuré un traitement adéquat. A l'inverse, la disparition du trouble mixte de la personnalité borderline et paranoïaque, pourtant bien documenté lors du consilium de 2000, surprend le lecteur, habitué à la conception d'un aménagement de la personnalité s'établissant depuis l'enfance et peu susceptible de se modifier par la suite. Sur ces deux points, ni les explications des experts, ni l'argumentation de la juridiction cantonale ne permettent d'écarter les contradictions résultant de la confrontation des deux appréciations rendues à trois ans d'intervalle par les médecins du Département universitaire de psychiatrie Y.________. L'ensemble de ces éléments met sérieusement en cause la valeur probante de l'expertise. De toute manière, dès lors que le diagnostic de troubles somatoformes douloureux ne suffit pas pour justifier un droit à des prestations d'assurance sociale, il eût incombé aux premiers juges d'examiner plus soigneusement si et dans quelle mesure l'intimé dispose de ressources psychiques qui - eu égard également aux critères mentionnés par la jurisprudence - lui permettent de surmonter ses douleurs et d'exercer une activité sur le marché du travail, malgré les douleurs qu'il ressent (cf. ATF 130 V 354 ss consid. 2.2.3 et 2.2.4; cf. aussi ATF 130 V 396 et sur l'ensemble du sujet consid. 1.2. destiné à la publication de l'arrêt J. du 16 décembre 2004, I 770/03). Il s'ensuit que la problématique psychique de l'intimé n'a pas été suffisamment élucidée. 3.5 Par ailleurs, il ressort du rapport du 8 avril 2002 du docteur F.________ que l'assuré présente des lombo-cruralgies bilatérales et des cervico-scapulagies gauches susceptibles de limiter la capacité de travail de l'assuré, dans une mesure non quantifiée. Cette question mérite également d'être approfondie.