Citation: 4A_386/2016 E. 2.4.3

2.4.3. A l'instar de la cour cantonale, force est d'admettre que ces divers éléments, considérés dans leur ensemble, et en particulier les divergences avec le comportement normal du demandeur, tel que la défenderesse avait pu l'observer dans les rapports entretenus jusqu'alors, auraient dû éveiller chez celle-ci, respectivement chez son auxiliaire, des doutes sur la légitimation du donneur d'ordre, doutes qui auraient dû à tout le moins la conduire à procéder à des vérifications supplémentaires avant d'exécuter les instructions reçues, par exemple en invitant le demandeur à prendre contact par téléphone. Contrairement à ce que soutient la défenderesse (cf. consid. 2.1 supra), les juges cantonaux n'ont pas versé dans la contradiction en concédant que la défenderesse ne pouvait pas reconnaître "avec un quelconque degré de certitude" le piratage de l'adresse électronique C.________@hotmail.com, tout en lui reprochant de ne pas avoir nourri des doutes sur la légitimation du donneur d'ordre et de ne pas avoir effectué des vérifications supplémentaires. Il n'est pas reproché à la défenderesse d'avoir méconnu que les instructions reçues le 14 juin 2012 n'émanaient pas de leur auteur apparent, mais d'avoir ignoré tout un faisceau d'éléments qui auraient dû la conduire à douter de la légitimation du donneur d'ordre, et partant à procéder aux vérifications propres à lever ces doutes. La Cour de justice a ainsi retenu à juste titre que la défenderesse avait manqué de diligence en omettant de procéder à des vérifications alors qu'elle était confrontée à une accumulation de circonstances insolites. La gravité de cette faute doit être appréciée au regard de la diligence que le demandeur pouvait légitimement attendre d'un établissement bancaire en tenant compte, notamment, des clauses du contrat et des usages professionnels. Comme l'ont exposé les juges cantonaux, la défenderesse devait être en mesure d'identifier le caractère insolite, et donc potentiellement suspect, d'instructions rédigées différemment des communications usuelles du client et présentant des traits inhabituels aussi bien au regard de la manière dont les fonds avaient été utilisés jusque-là que par rapport aux intentions exprimées peu auparavant par le demandeur. Eu égard aux usages bancaires et aux attentes concrètes que le demandeur pouvait nourrir, les manquements de l'auxiliaire de la défenderesse, qui n'a pas relevé ces divergences et n'a pas conçu de doutes sur la légitimité des instructions, respectivement a conçu des doutes mais les a fait taire, sont constitutifs de négligence grave.