Citation: 6B_1404/2021 E. 3.4

3.4. Se fondant sur les déclarations des protagonistes et des témoins, la cour cantonale a retenu qu'il y avait des liens étroits entre l'intimée et son beau-père (marques d'affection, taquineries, chatouilles, jeux de bagarre). Les jeux "physiques" avaient amené le recourant et la victime à une proximité qui avait rendu possibles des attouchements et la prise de conscience pour le recourant d'une certaine "disponibilité" de l'intimée, après avoir remarqué de furtifs frottements contre lui. La cour cantonale a toutefois écarté la version du recourant selon laquelle l'intimée aurait été une tentatrice, dont le premier aurait dû modérer les ardeurs sexuelles. Elle a considéré qu'une fois les premiers attouchements commis, le recourant s'était enhardi et avait été à l'origine d'autres actes à caractère sexuel de plus en plus graves (d'abord des caresses sur les seins et le sexe, des pénétrations digitales, des cunnilingus et finalement des actes sexuels complets). La cour cantonale a considéré que le recourant avait exploité la supériorité que lui conférait son statut d'adulte et exerçait sur l'enfant une autorité quasi paternelle en vivant en union conjugale avec la mère de la victime. En s'occupant de l'adolescente qu'il aidait notamment à faire ses devoirs et en lui permettant de s'adonner à sa passion pour l'équitation, il avait su susciter chez elle des sentiments affectifs et un profond attachement. Il avait acquis la confiance de l'intimée et il en résultait une indéniable dépendance affective. En jouant avec elle à la bagarre et aux chatouilles, le recourant avait organisé des situations de proximité physique, de façon à émousser les barrières intergénérationnelles. Il avait ainsi provoqué des situations équivoques et rendu possibles des gestes déplacés et opportunistes, tout en profitant de façon malsaine de l'éveil de l'enfant à des sensations d'excitation que son infériorité cognitive ne lui permettait pas d'appréhender correctement. Ayant repéré chez l'adolescente un trouble et une "disponibilité" pour certains effleurements, le recourant en avait profité pour commettre des actes à caractère sexuel qui sont devenus de plus en plus graves, sans ménagement pour la victime qui en raison de son infériorité, de sa dépendance émotionnelle et sociale est devenue l'instrument des exigences du recourant. Ce dernier avait exploité l'intimée autant physiquement que mentalement, raison pour laquelle la violence physique n'était pas nécessaire ni envisagée par le recourant. Si l'intimée refusait de se soumettre aux sollicitations sexuelles de son beau-père, elle pouvait légitiment craindre de perdre son affection. A cet égard, la lettre d'excuse du 25 février 2019 retrouvée dans son ordinateur (expliquant se sentir partagée entre l'affection portée à son beau-père et l'amour filial qu'elle devait à son père), montrait à quel point la victime aimait le recourant. Celle-là pouvait également redouter, en perdant l'estime de son beau-père, de voir son accès aux chevaux être limité et de compromettre sa passion pour l'équitation. La peur de perdre la considération et l'affection de son beau-père représentait ainsi une indéniable menace compte tenu de la véritable dépendance affective dans laquelle se trouvait la victime vis-à-vis du recourant. A cela s'ajoutait le fait que si l'intimée révélait ce qui se passait avec le recourant à sa mère, celle-là avait de véritables motifs de craindre la perte de l'amour maternel et de faire voler en éclat tout son univers familial. L'intimée s'était donc retrouvée dans un conflit de conscience qui la paralysait et la mettait hors d'état de résister. La cour cantonale a ainsi considéré que le recourant avait, en instrumentalisant des liens familiaux, exercé sur la victime des pressions psychiques en l'amenant à une situation sans espoir relevant de la violence dite structurelle, laquelle est constitutive d'un moyen de contrainte. Sur le plan subjectif, la cour cantonale a jugé que le recourant ne pouvait pas ignorer qu'il profitait d'une adolescente qui lors des premiers attouchements et lors du premier viol n'était pas encore pubère. Il ne pouvait pas non plus ignorer que pratiquer des actes sexuels réguliers avec sa belle-fille avait pour conséquence de la placer dans un profond conflit de loyauté envers sa mère dont elle devenait, bien malgré elle, la rivale et à qui elle était obligée de taire l'origine de ses difficultés. Enfin, durant les actes sexuels aucun mot n'était échangé selon les déclarations concordantes des intéressés. Selon l'intimée, elle se réfugiait dans sa bulle, en fermant les yeux. Le déroulement de ces relations sexuelles suggère fortement des actes mécaniques imposés à un enfant par un adulte pour son seul plaisir, situation déséquilibrée aisément reconnaissable pour un homme de l'âge du recourant qui était doté d'une expérience de la vie suffisante pour s'en rendre compte. Le recourant ne pouvait donc pas ignorer que sa victime n'était pas consentante et qu'elle agissait sous la contrainte. A tout le moins, en avait-il accepté l'éventualité et avait, du moins par dol éventuel, exercé de la contrainte au préjudice de sa belle-fille pour la soumettre à de nombreux actes sexuels.