Citation: 6B_644/2020 E. 2.3.2

2.3.2. Il est vrai que le recourant fait état, dans ses écritures de recours, de son hostilité " envers l'islam en tant qu'idéologie ", " à l'islam perçu comme un danger pour les traditions européennes, et respectivement à l'islamisme politique " (mémoire de recours, nos 60 et 64 p. 14). Il est vrai également que la doctrine considère que la simple expression de craintes quant à la disparition des sociétés ayant leurs racines dans le christianisme ne constitue pas encore une incitation à la haine raciale (NIGGLI, op. cit., no 708 p. 221). Point n'est toutefois besoin d'approfondir ces questions en l'espèce. Les distinguos opérés par le recourant dans son recours ne transparaissent, en effet, que très peu dans ses publications sur les réseaux sociaux, qui, sous réserve de celles du 17 juin (affirmation de convictions chrétiennes pour combattre l'islam) et du 20 août 2014 (relative au comportement d' islamistes dans les structures d'asile), parlent d'un combat, respectivement de " haine " contre " l'islam ", sans mention d'idéologie ou de dérives violentes. Comme l'a déjà constaté le Tribunal fédéral, une telle manière de s'exprimer contribue à entretenir des amalgames, par exemple entre musulmans et islamistes terroristes (v. arrêt 6B_267/2018 du 17 mai 2018 consid. 3.3) et plus généralement entre des comportements individuels et des reproches attentatoires à la dignité humaine adressés aux membres de communautés tout entières (v. p. ex.: arrêt 6B_620/2018 du 9 octobre 2018 consid. 3.2.2). Contrairement à ce que soutient le recourant, l'affirmation " l'islam est une saloperie ", relayée de diverses manières dans ses communications des 12 et 13 août 2014 sur Twitter et Facebook, va bien au-delà d'une simple critique d'une religion, empreinte d'un zeste d'ironie ou d'exagération. On comprend aisément, nonobstant l'ambiguïté recherchée par la référence à la religion, que cette affirmation (qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales en l'espèce) contient un reproche adressé à tous les musulmans (cf. à propos du recours apparent à des catégories politiques, sociales et juridiques en matière d'antisémitisme pour viser les personnes à raison de leurs croyances: DORRIT SCHLEIMMINGER METTLER, in Basler Kommentar Strafrecht, no 20 ad art. 261bis CP; NIGGLI, Rassendiskriminierung, nos 758 ss) de pratiquer " une saloperie ", autrement dit une religion digne de mépris, une saleté, une abjection ou une déchéance morales (Grand Larousse de la langue française ad Saloperie, consulté en ligne à l'adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1200556r/f604.image.r=Saloperie ?rk=21459;2 la dernière fois le 25 septembre 2020; Trésor de la langue française, même entrée, consulté en ligne sur le site https://www.cnrtl.fr/definition/Saloperie la dernière fois le 25 septembre 2020). On comprend également qu'en s'affirmant solidaire de la personne ayant émis cette affirmation (publication Facebook du 12 août 2014), le recourant, islamophobe revendiqué, ne laisse planer aucun doute sur le sens de ses partages sur les réseaux sociaux, dont le cumul, en plus de l'absence de toute prise de distance, manifeste nécessairement une forme d'adhésion (cf. ATF 146 IV 23 consid. 2.2.3 p. 27 s.). Le texte retweeté le 13 août 2014 " L'islam est une saloperie soutenue par des salauds traitres et collabos " n'est pas sans évoquer, en sus, par l'usage du terme " collabos ", un parallèle entre islam et occupant nazi (Grand Larousse de la langue française, sous les entrées collaboet collaborateur no 3, consulté en ligne à l'adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1200533r/f59.image.r=collabocollabos%20collabo%20collabos la dernière fois le 25 septembre 2020). On retrouve un tel amalgame, ainsi que d'autres thèses complotistes dans d'autres articles partagés par le recourant (voir la publication Facebook du recourant, du 13 août 2014, renvoyant au site https:// ripostelaique.com/ce-que-je-vois-en-irak-me-confirme-que-lislam-est-u ne-saloperie.html, consulté la dernière fois le 23 septembre 2020; v. aussi la publication " Invasion par la politique du ventre " partagée sur Facebook le 11 août 2014, https://lesobservateurs.ch/2014/08/11/inva sion-politique-du-ventre/ consulté la dernière fois le 24 septembre 2020). Le recourant ne peut rien déduire en sa faveur, dans ce contexte, du jugement rendu le 18 décembre 2014 dans l'affaire B.________ par la Chambre des Appels correctionnels de la Cour d'appel de Besançon, auquel il se réfère. En effet, indépendamment de sa portée territoriale, ce jugement ne dit d'aucune manière que le substantif " saloperie " appliqué à l'islam ne tomberait pas sous le coup de la loi pénale française, mais bien que cette qualification aurait pu constituer une " injure " ou une " diffamation raciste " ne faisant toutefois pas l'objet de la poursuite pénale. Par ailleurs, le fait que l'intéressée s'était exprimée à l'adresse d' "un interlocuteur hostile revendiquant son appartenance à la religion musulmane " (et non à des partisans, à la foule ou à un public déterminé) ne permettait pas de retenir l'intention d'inciter autrui à la haine ou à la discrimination raciale (dossier cantonal, p. 88 et 89). Ces dernières considérations seraient évidemment sans pertinence si était en cause la publication sur un réseau social de ces mêmes propos. Dans la présente cause, cette décision judiciaire n'a donc manifestement pas la portée que voudrait lui conférer le recourant.