Citation: 4C.27/2003 26.05.2003 E. A

A.a Dame A.________, née en 1928, qui exerçait la profession de chimiste avant de prendre sa retraite, a une grande passion pour les chats. Au début des années 1980, elle fit la connaissance de dame B.________, avec laquelle elle sympathisa rapidement en raison de leur attachement commun pour la gent féline. Dame B.________ avait créé l'association Y.________ (ci-après: l'association), dont le but statutaire est de prendre soin des chats abandonnés; la prénommée, qui recueillait chez elle ou au domicile de son amie dame E.________ en permanence environ 200 chats, présidait l'association, dont elle s'occupait seule de tous les aspects financiers. Dame B.________ n'a jamais tenu aucune comptabilité pour l'association, dont le découvert dû à l'entretien des animaux se montait annuellement à environ 150 000 fr. En 1987, dame A.________ entra au comité de l'association, acceptant parallèlement d'apporter son aide bénévole pour l'accueil des animaux. En 1989 ou 1990, un tiers légua un immeuble à l'association. Le bien-fonds fut vendu peu après à l'Etat de Genève, ce qui permit à l'association d'encaisser plus de 560 000 fr. Ces fonds, qui devaient servir à la construction d'un refuge, furent en grande partie utilisés par dame B.________ pour régler des factures afférentes à l'hébergement des chats recueillis. Le comité de l'association ne fut pas informé de ces opérations. A.b Au printemps 1990, dame A.________ ouvrit auprès de la banque Z.________, devenue par la suite la Banque X.________ (ci-après: X.________ ou la banque), divers comptes de dépôts de titres et d'épargne, sur lesquels elle plaça l'essentiel de son patrimoine, soit environ 900 000 fr. représentant son capital de prévoyance professionnelle; dame F.________, conseillère à la clientèle de X.________, s'occupa des comptes précités, dont elle savait qu'ils constituaient les économies de la cliente. Dame A.________, qui n'avait signé aucun mandat de gestion, passait voir dame F.________ en moyenne une fois par mois, afin de vérifier les résultats obtenus et solliciter parfois des conseils à propos de nouveaux placements. Au début 1991, comme dame B.________ avait évoqué avec dame A.________ la nécessité pour l'association de disposer d'un compte bancaire, celle-ci lui présenta dame F.________. Un compte au nom de l'association fut ainsi ouvert auprès de X.________, dont une signature individuelle fut conférée à dame B.________. Par la suite, dame F.________, qui appréciait également les animaux de compagnie, adhéra à l'association. Dans le courant de 1991, l'Etat de Genève ayant mis à disposition de l'association un immeuble, le projet d'y aménager un refuge pour animaux prit corps. Un architecte fut mandaté, qui établit un projet de rénovation estimé à 500 000 fr. Dame B.________ s'occupa seule du chantier au niveau financier. En mars 1992, dame B.________ demanda à dame A.________ de mettre ses avoirs en garantie d'un prêt de 300 000 fr., remboursable dans les six ou huit mois, qu'elle entendait solliciter de X.________ en faveur de l'association, afin de couvrir un prétendu dépassement du coût des travaux d'aménagement du refuge; dame B.________ indiqua notamment à son interlocutrice que l'association allait bénéficier prochainement de deux importantes donations consenties, d'une part, par la Loterie Romande, d'autre part par dame E.________. Après avoir consulté dame F.________, qui se déclara convaincue que le prêt serait rapidement remboursé, dame A.________ signa le 12 mars 1992 au profit de X.________ un acte de nantissement général portant sur ses comptes. La demande d'emprunt de l'association fut examinée par le chef de l'agence bancaire; celui-ci estima insensée l'idée d'investir autant d'argent pour des chats, mais considéra qu'il n'avait pas à intervenir. Par lettre du 10 avril 1992, contresignée par dame A.________, X.________ confirma à l'association l'octroi d'un prêt en compte courant de 300 000 fr., moyennant des intérêts débiteurs de 8,5 % l'an plus une commission trimestrielle de 0,25 %. A.c En avril 1992, dame B.________ déclara à dame A.________ qu'elle avait besoin d'argent pour les dépenses courantes de l'association entraînées par la nouvelle exploitation du refuge; la présidente de l'association fit savoir à son amie qu'elle avait l'intention de demander un nouveau crédit de 300 000 fr. à X.________, prêt qui ne devait toutefois pas être entièrement utilisé. Dame A.________ accepta de nantir ses avoirs en garantie de l'augmentation du prêt sur la foi notamment que l'association devait bientôt recevoir d'une fondation un don de 200 000 fr. à 300 000 fr. Dame A.________ ne réclama aucun document comptable concernant le refuge. Dame F.________, à qui dame A.________ avait annoncé son intention d'intervenir pour l'association, se montra réservée et n'entreprit rien pour l'encourager dans son projet. Par courrier du 5 juin 1992, X.________ confirma à l'association son accord de porter le crédit en compte courant à 600 000 fr. aux mêmes conditions que précédemment, moyennant le nantissement des avoirs de dame A.________; cette dernière contresigna l'écriture pour accord. A.d Durant l'automne 1992, dame A.________ apprit que la ligne de crédit accordée à l'association avait été entièrement épuisée, que les intérêts débiteurs demeuraient impayés et que les donations qui étaient espérées n'avaient pas eu lieu. Pour couvrir les intérêts échus et éviter la réalisation des valeurs gagées, le prêt fut porté par X.________, avec l'assentiment de dame A.________, à 650 000 fr. en janvier 1993, puis à 680 000 fr. en juin 1993. Au printemps 1994, alors que dame B.________ était hospitalisée, dame A.________ se rendit au domicile de dame E.________ pour s'enquérir de la libéralité importante que cette dernière, au dire de la présidente de l'association, devait accorder à l'association. Dame E.________ indiqua à dame A.________ qu'elle attendait en fait le remboursement d'un montant de 600 000 fr. qu'elle avait prêté, pour les besoins du refuge, à dame B.________. Les deux femmes comprirent alors que dame B.________ les avait dupées et déposèrent à son encontre une plainte pénale. L'information pénale ouverte à Genève permit d'établir que tant les fonds retirés par dame B.________ à X.________ que ceux mis à la disposition de la première par dame E.________ avaient entièrement disparu, alors que des factures pour les frais courants de l'association demeuraient en souffrance pour un total de 132 000 fr. Le 30 septembre 1995, X.________ réalisa la majeure partie des avoirs de dame A.________ et les affecta, à concurrence de 728 882 fr.45, au remboursement du crédit, en capital et intérêts, accordé à l'association. A l'automne 1998, dame B.________ fut renvoyée, sous prévention d'escroqueries et de faux dans les titres, devant la Cour correctionnelle avec jury du canton de Genève. Cinq jours avant l'audience de jugement de ladite Cour, soit le 3 décembre 1999, les époux B.________ et dame A.________, chacun assisté d'un avocat, signèrent une convention à teneur de laquelle cette dernière acceptait le versement de 325 000 fr. en contrepartie du retrait de sa plainte et de sa constitution de partie civile. C'est sieur B.________ qui fit l'effort financier nécessaire (art. 64 al. 2 OJ). L'art. 4 de l'accord précisait ce qui suit: "Moyennant bonne et fidèle exécution de la présente convention, Madame A.________ reconnaît n'avoir plus aucune prétention civile ou pénale à l'encontre de Madame B.________ à quelque titre que ce soit, et quelle que soit l'issue de la procédure pénale. Madame A.________ reconnaît également n'avoir aucune prétention, à quelque titre que ce soit, envers Monsieur B.________ et ses fils C.________et D.________". Par arrêt du 10 décembre 1999, la Cour correctionnelle condamna dame B.________, pour escroqueries et faux dans les titres commis notamment au préjudice de dame A.________, à quinze mois d'emprisonnement avec sursis.