Citation: 1C_242/2019 E. 4.2

4.2. La cour cantonale s'est référée au relevé complémentaire des altitudes effectué par un géomètre à la demande de la commune. Ce relevé prend en considération les angles du rez inférieur (à savoir à l'entrée des commerces), soit au niveau du terrain aménagé. Il en résulte, selon l'appréciation des premiers juges, que la hauteur de 9,50 m prescrite par l'art. 10 RPE, calculée conformément à l'art. 73 al. 2 RPE, est respectée par rapport à l'altitude moyenne du terrain naturel. La recourante fait valoir une application arbitraire du droit cantonal à plusieurs titres: Les juges cantonaux auraient tout d'abord considéré à tort que le calcul de la hauteur prévu par l'art. 73 al. 2 RPE devait se faire de la même manière que celui de l'art. 73 al. 1 RPE. La recourante se réfère de façon purement appellatoire à la formulation des deux dispositions pour affirmer que chaque façade doit être appréciée séparément et non dans leur ensemble - comme l'a fait la cour cantonale -, s'agissant du calcul de la hauteur par rapport au terrain aménagé. Alors que rien dans la formulation de la disposition réglementaire ne laisse entendre que chaque façade doive être prise en considération individuellement (l'expression "hauteur moyenne des façades" n'apportant aucun indice en ce sens), la recourante ne fait en réalité qu'opposer sa propre interprétation de la norme à celle de la cour cantonale. Elle échoue ainsi à démontrer l'arbitraire dans l'application du droit communal de ce point de vue. La CDAP aurait ensuite erré en retenant que le relevé de cotes d'altitude complémentaire prenait en compte les altitudes au niveau du terrain aménagé. Les cotes retenues pour définir le terrain aménagé feraient l'objet d'une erreur, à l'instar de l'exemple donné par la recourante pour l'angle sud-est du bâtiment: sur le relevé complémentaire, au niveau du rez supérieur, l'altitude indiquée est à 578,80 m et celle du rez inférieur à 577,62 m, soit seulement 1,12 m plus bas, alors que le terrain aménagé à cet angle du bâtiment apparaît à hauteur du sol de ce rez inférieur. Les plans de coupe laisseraient à juste titre apparaître que le niveau du rez supérieur est à 579,80 m et celui du rez inférieur à 575,80. Les chiffres retenus par la cour cantonale, savoir ceux du relevé complémentaire, seraient donc erronés. Avec la recourante, on peut effectivement constater que les deux documents auxquels elle se réfère présentent des contradictions. Le Tribunal fédéral pourrait rectifier l'état de fait d'office (art. 105 al. 2 LTF) mais ne saurait procéder pour la première fois sur la base de ces chiffres au contrôle de la hauteur du bâtiment, opération qui implique le choix d'une méthode de calcul précisément contestée en l'espèce. Cela étant, cette question, pour les motifs qui suivent, peut demeurer indécise. En effet, dans une motivation exhaustive, mais qu'elle a conclue en indiquant la laisser indécise, la cour cantonale a considéré que l'appréciation de la municipalité selon laquelle la hauteur doit être calculée en deux étapes n'apparaissait pas abusive. La cour cantonale s'est référée à sa jurisprudence pour rappeler que la détermination d'une hauteur maximum en référence au terrain naturel ou aménagé en déblai a pour but spécifique de maintenir l'effet visuel d'une certaine hauteur pour l'observateur. Vu les spécificités du cas d'espèce, à savoir le décalage de plusieurs mètres entre le niveau des commerces et les habitations, il était possible que l'aspect visuel de la construction, pour un observateur se trouvant au niveau inférieur qui donne sur la route des Deux-Villages, ne soit pas celle d'une façade d'un seul tenant, mais d'un premier corps de bâtiment suivi d'un second corps de bâtiment en retrait. De l'avis des premiers juges, compte tenu de la configuration actuelle du terrain naturel qui surplombe de plusieurs mètres la route, la hauteur d'une construction sur cette parcelle, sans aménagement en déblai, aboutirait d'ailleurs à une hauteur semblable. Cette appréciation apparaît soutenable, et la recourante ne démontre pas le contraire. Celle-ci se réfère à deux arrêts cantonaux publiés respectivement en 1969 et 1975 pour faire valoir une "jurisprudence constante" selon laquelle lorsque qu'un bâtiment comprend plusieurs corps successifs étagés dans la pente, l'ensemble de ces éléments doit être pris en considération pour mesurer la hauteur des façades. Particulièrement anciens, ces arrêts ne sauraient être décisifs pour taxer d'arbitraire l'arrêt querellé. De même, le photomontage auquel la recourante se réfère n'est pas suffisant pour considérer que l'observateur ne peut déceler que l'on a affaire à deux corps de bâtiments distincts. L'oeil de l'observateur est facilement attiré par l'angle sud-est du bâtiment qui, dans la perspective présentée, permet clairement d'y voir le décrochement évoqué par la cour cantonale. Cet effet devrait au demeurant être plus flagrant dans la réalité que sur un photomontage en deux dimensions. En outre, en balayant du regard ce photomontage de gauche à droite, vu le décalage des trois corps de façades sud, le décrochement en cause se fait plus important au fur et à mesure que le rez inférieur est plus apparent, l'un compensant en quelque sorte l'autre. Enfin, la recourante ne discute pas l'avis de la cour cantonale selon lequel une construction qui aurait été réalisée sans aménagement en déblai aurait quoi qu'il en soit pu aboutir à une élévation semblable. Aussi, la cour cantonale, qui a visité les lieux, n'a-t-elle en définitive pas fait preuve d'arbitraire en tolérant la hauteur du bâtiment, examinée à la lumière du règlement communal, ce en dépit d'éventuelles erreurs de relevés d'altitude.