Citation: I 539/04 16.08.2005 E. 5

5.1 Le diagnostic de « trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen » ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence. En effet, selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mombour/Schmidt [éd.], Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème édition, p. 191), sur laquelle se fonde le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'un tel diagnostic ne saurait être reconnu comme constitutif d'une comorbidité psychiatrique autonome des troubles somatoformes douloureux (ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 et la référence à Meyer-Blaser, op. cit., p. 81 et la note 135). Selon les experts du COMAI, dont l'avis n'est pas contesté, l'état dépressif est apparu progressivement et de façon réactionnelle au syndrome somatoforme douloureux, somatisations et trouble hypocondriaque, qui relèvent plutôt de la sphère psychotique. Aussi sont-ils d'avis que le retentissement négatif au niveau de la capacité de travail de l'état dépressif doit être relativisé. 5.2 Il reste à examiner les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise de travail. Dans le cas particulier, ainsi que cela ressort de l'expertise du COMAI du 12 mars 2002, l'intimée se considère pratiquement totalement incapable de travailler dans tout emploi et à tout taux d'occupation en évoquant surtout les difficultés à rester assise longtemps ainsi que la nécessité de se rendre 6 à 7 fois par jour aux toilettes. Sur le plan psychique, elle évoque sa crainte de présenter un jour un cancer intestinal, en dépit des conclusions rassurantes qui lui on été communiquées par les différents médecins intervenants. On ne voit pas, toutefois, que l'intimée réunit en sa personne plusieurs des critères consacrés par la jurisprudence (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. En effet, celle-ci ne présente pas, en sus du trouble somatoforme douloureux persistant, une affection corporelle chronique ou un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable (symptomatologie inchangée ou progressive). Sur le plan somatique (et notamment rhumatologique), les experts du COMAI ont conclu à l'absence de lésion organique significative en mesure d'expliquer les plaintes de la patiente. Seule une discopathie C5-C6 avec protrusion discale doit être mentionnée: il s'agit d'une constatation devant être considérée somme toute comme banale pour l'âge de la patiente et sans répercussion significative au niveau de la capacité de travail. Le fait que les symptômes de somatisations s'accompagnent d'une perturbation du comportement et conduisent à une altération du fonctionnement social et familial ne permet pas non plus de parler d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Du reste, selon l'expertise du COMAI, l'assurée ne décrit aucun conflit conjugal familial; au contraire, elle se dit bien entourée sur le plan familial. On ne voit également pas au dossier que chez l'intimée, l'apparition du trouble somatoforme douloureux résulterait d'une libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie). Même si, dans leur rapport du 12 mars 2002, les médecins du COMAI indiquent qu'il leur paraît illusoire de penser que la patiente puisse reprendre un jour une quelconque activité professionnelle, il n'en demeure pas moins qu'ils ne font mention d'aucune source de conflit intra-psychique ni situation conflictuelle externe permettant d'expliquer le développement du syndrome douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. 5.3 Sur le vu de ce qui précède, il apparaît que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail de l'intimée puisse être raisonnablement exigée d'elle. C'est dès lors à tort que les premiers juges, admettant implicitement qu'il ne pouvait être exigé de l'intimée qu'elle réintègre le processus du travail, ont retenu qu'elle présentait une incapacité de travail issue d'un trouble somatoforme douloureux ainsi que d'une fibromyalgie.