Citation: 6P.148/2003 15.01.2004 E. 2

Invoquant une violation de son droit d'être entendu au sens des art. 29 al. 2 Cst. et 6 CEDH, le recourant soutient que la cour cantonale a mal interprété les preuves à disposition. En réalité, le grief tel que soulevé se confond avec celui d'arbitraire dans l'appréciation des preuves. 2.1 Saisi d'un recours de droit public mettant en cause l'appréciation des preuves, le Tribunal fédéral examine uniquement si le juge cantonal a outrepassé son pouvoir d'appréciation et établi les faits de manière arbitraire (ATF 127 I 38 consid. 2a p. 41; 124 I 208 consid. 4 p. 211; 120 Ia 31 consid. 2d p. 37 s.). Selon la jurisprudence, est arbitraire une décision qui méconnaît gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté ou qui heurte de manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité. En d'autres termes, il ne se justifie de l'annuler que si elle est insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, si elle a été adoptée sans motif objectif ou en violation d'un droit certain. Il ne suffit pas que la motivation de la décision soit insoutenable, mais il faut encore qu'elle soit insoutenable dans son résultat (ATF 128 I 273 consid. 2.1 p. 275; 127 I 54 consid. 2b p. 56). Lorsque l'autorité cantonale a forgé sa conviction quant aux faits sur la base d'un ensemble d'éléments ou d'indices convergents, il ne suffit pas que l'un ou l'autre de ceux-ci ou même chacun d'eux pris isolément soit à lui seul insuffisant. L'appréciation des preuves doit être examinée dans son ensemble. Il n'y a pas d'arbitraire si l'état de fait retenu pouvait être déduit de manière soutenable du rapprochement de divers éléments ou indices. De même, il n'y a pas d'arbitraire du seul fait qu'un ou plusieurs arguments corroboratifs soient fragiles, si la solution retenue peut être justifiée de façon soutenable par un ou plusieurs arguments de nature à emporter la conviction. 2.2 Le recourant soutient que le décès est dû aux hémorragies de la victime et qu'il ne lui a porté aucun coup mortel. Il reproche à la cour cantonale de ne pas avoir tranché, ni expliqué que cette dernière souffrait d'une cirrhose du foie et que cet état pathologique avait influencé l'issue fatale, notamment en compliquant la tâche du personnel médical dans leurs interventions hémostatiques. 2.2.1 L'existence d'un rapport de causalité naturelle (cf. ATF 125 IV 195 consid. 2b; 122 IV 17 consid. 2c/aa) est une question de fait qui peut être revue dans un recours de droit public sous l'angle de l'arbitraire, tandis que celle du rapport de causalité adéquate (cf. ATF 122 IV 17 consid. 2c/bb, 115 IV 38 consid. 2) est une question de droit que la Cour de cassation revoit librement dans le cadre du pourvoi en nullité. 2.2.2 Contrairement aux allégations du recourant, la cour cantonale n'a pas ignoré que la victime souffrait d'une cirrhose du foie, qui a eu une influence négative sur l'évolution de son état, cette pathologie ayant pu entraîner des troubles de la coagulation, favorisant ainsi l'hémorragie. Se fondant sur les conclusions des expertises de l'IULM du 21 mai 2001 et du CHUV du 11 juin 2001, elle a toutefois conclu que la victime était décédée des suites de multiples lésions par instrument piquant et tranchant, notamment par les lésions artérielles occasionnées, et qu'aucun élément parlant pour une autre éventualité n'avait été mise en évidence. Elle a relevé que, selon le rapport d'autopsie de l'IULM, la victime avait subi les lésions principales suivantes: deux lésions thoraciques perforantes, à droite, avec ouverture de la cavité thoracique; lésions des artères costales droits, à la hauteur des 3ème et 4ème espaces intercostaux; deux lésions perforantes au niveau de la région épigastrique, avec ouverture de la cavité abdominale; lésion du ligament gastro-colique, section du ligament rond et section partielle du ligament falciforme; lésions séreuses du jéjunum; lésion transfixiante de l'avant-bras gauche et enfin section de l'artère cubitale gauche. Sur la base de ces éléments, la cour cantonale n'est pas tombée dans l'arbitraire en retenant que les coups de couteau infligés par le recourant étaient en lien de causalité naturelle avec le décès de la victime qui s'est vidée de son sang. Quant à savoir s'il existe un rapport de causalité adéquate entre ce comportement et le résultat, il s'agit d'une question de droit, irrecevable dans un recours de droit public. Le grief du recourant est ainsi infondé. 2.3 Le recourant reproche à l'autorité cantonale d'avoir ignoré les expertises relatives à la nature des relations qu'il entretenait avec la victime et les raisons de son ressentiment et d'avoir banalisé cet antagonisme. Ce grief tombe à faux. En effet, la cour cantonale a précisé que les griefs du recourant envers sa victime étaient de trois ordres, à savoir que celle-ci lui aurait appris à cambrioler en 1984, ce qui aurait entraîné sa dégringolade, qu'elle l'aurait dénoncé à la police et frappé et qu'elle se serait régulièrement montrée hautaine, critiquant tout le monde et remettant systématiquement les autres à leur place. Elle a consulté les différents jugements dont les deux intéressés avaient fait l'objet et le journal de la police municipale de Lausanne et tenu compte des auditions du chef de la brigade des stupéfiants ainsi que du médecin traitant et de l'infirmier ayant suivi le recourant entre 1989 et la fin 2000. La cour cantonale s'est également expressément référée à l'expertise psychiatrique de la Dresse C.________ du 18 juillet 2001 selon laquelle le recourant se percevait comme une victime de la malhonnêteté des autres en général, et d'A.________ en particulier, lequel avait joué, dans le passé, un rôle de mentor présentant des points communs avec les aspects structurants du rôle paternel. Elle a conclu, sur la base des expertises, que le recourant avait cristallisé sa rage et sa haine sur sa victime, qu'il percevait comme menaçante et plus puissante que lui, et a relevé le vécu paranoïaque de l'expertisé. Sur le vu de ce qui précède, la cour cantonale a bien tenu compte et précisé la nature des relations du recourant avec sa victime et on ne voit pas, et le recourant ne le précise pas davantage, quels éléments elle aurait omis d'établir à ce sujet. 2.4 Le recourant soutient enfin ne pas avoir eu l'intention de tuer sa victime. Il reproche à la cour cantonale de s'être fondée sur ses premières déclarations, alors qu'il était dans un état d'excitation extrême, sous l'effet d'alcool et de produits stupéfiants et alors qu'il s'était muni d'un couteau dans le but de se protéger au cas où il rencontrerait son agresseur de la matinée. En l'espèce, la cour cantonale a acquis la conviction que le recourant avait l'intention de tuer sa victime, non seulement en se fondant sur ses premières déclarations selon lesquelles "il venait de percer A.________, avait voulu le suriner sec et sonnant et que celui-ci n'avait qu'à crever", mais également en examinant sa manière d'agir. A ce titre, elle a relevé qu'après un premier coup de couteau dans le ventre asséné de la main droite, le recourant, qui était gaucher, avait employé l'autre main pour mieux frapper sa victime. Elle a constaté que le nombre de coups, soit une quarantaine, révélait un acharnement hors du commun, et qu'après la première intervention du voisin, le recourant avait donné une nouvelle série de coups, notamment dans le dos de la victime affaissée et implorante sur la cuvette des WC. Sur la base de ces éléments, il n'était manifestement pas insoutenable de déduire que le recourant avait l'intention de tuer sa victime. Partant, le grief doit être rejeté.