Citation: 4A_386/2016 E. 2.5.1

2.5.1. Entre l'exécution du premier ordre frauduleux (15 juin 2012) et celle du deuxième (31 juillet 2012), la défenderesse a reçu de nombreuses communications, provenant essentiellement des pirates, mais aussi du demandeur. La cour cantonale a relevé les éléments suivants: - en réponse à sa demande d'un justificatif pour l'achat d'un bien immobilier, la défenderesse a reçu un "rapport d'évaluation sommaire" concernant un immeuble en Malaisie ainsi qu'une déclaration relative aux risques liés à la peinture au plomb. Outre le fait qu'ils ne répondaient pas à la question posée, les documents remis comportaient plusieurs anomalies: le nom du demandeur y était mal orthographié; une société apparaissait comme experte dans le premier document et comme vendeuse dans le second, lequel semblait dépourvu de lien avec la vente d'un immeuble sis en Malaisie. Nonobstant ces incohérences, la défenderesse n'a pas demandé d'explications ou de justificatifs complémentaires; - après avoir requis un ordre de virement signé, la défenderesse a reçu le 26 juin 2012 un document comportant un paraphe - soit le prénom "C.________" calligraphié - dépourvu de tout rapport avec le spécimen de signature en possession de la banque. De surcroît, ledit paraphe ne correspondait en rien au type de signature couramment utilisé en Occident, tel qu'on pouvait l'attendre de la part d'un citoyen américain exerçant une profession juridique; malgré cette anomalie, la défenderesse n'a entrepris aucune démarche de vérification, se bornant à inviter le demandeur à lui adresser un nouvel ordre muni d'une signature correspondant au spécimen en sa possession. Les demandes répétées et insistantes de virement reçues par la défenderesse à la suite de ce refus ont certes éveillé la méfiance de la gestionnaire du compte du demandeur, mais ne l'ont pas conduite à effectuer des investigations complémentaires; - par courriel du 12 juillet 2012, le demandeur a posé un certain nombre de questions à la défenderesse, mentionnant au passage son intention future de convertir en francs suisses le montant de 400'000 USD viré sur son compte le 30 avril 2012; or, à cette date, l'avoir disponible en dollars ne s'élevait plus qu'à 279'926.13 USD en raison du virement de 120'000 USD intervenu le 15 juin 2012; la défenderesse n'a pas relevé cette incohérence.