Citation: 4P.42/2001 15.05.2001 E. 3

3.- a) La recourante invoque également l'interdiction de l'arbitraire. Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst. , ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité; pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 126 I 168 consid. 3a; 125 I 166 consid. 2a; 124 I 247 consid. 5; 124 V 137 consid. 2b; 122 I 61 consid. 3a). On ne voit pas comment la recourante pourrait déduire une protection supplémentaire de l'art. 196 de la loi genevoise de procédure civile, puisque cette disposition ne fait que proclamer le principe de la libre appréciation des preuves. b) S'agissant de l'absence de préjudice, la recourante reproche à la cour cantonale de ne pas avoir ordonné l'apport des comptes de sa partie adverse. Ce grief relève du droit d'être entendu, et non de l'arbitraire. En effet, la jurisprudence a déduit du droit d'être entendu notamment le droit pour le justiciable de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision (ATF 126 I 15 consid. 2a/aa; 124 I 49 consid. 3a; 124 I 241 consid. 2; 124 II 132 consid. 2b, 124 V 180 consid. 1a; 124 V 372 consid. 3b; 123 I 63 consid. 2a; 123 II 175 consid. 6c). L'autorité a l'obligation de donner suite aux offres de preuves présentées en temps utile et dans les formes requises, à moins qu'elles ne soient manifestement inaptes à apporter la preuve ou qu'il s'agisse de prouverun fait sans pertinence (ATF 115 Ia 8 consid. 2b; 114 Ia 97 consid. 2a; 106 Ia 161 consid. 2b). Cela n'empêche toutefois pas le juge de refuser une mesure probatoire si, en appréciant d'une manière non arbitraire les preuves déjà apportées, il parvient à la conclusion que les faits pertinents sont établis et qu'un résultat même favorable au recourant de la mesure probatoire sollicitée ne pourrait plus modifier sa conviction (ATF 121 V 150 consid. 5a; 115 Ia 101). En l'espèce, la cour cantonale a constaté - sans que la recourante n'invoque à ce sujet l'arbitraire - que l'établissement de cette dernière était fréquenté par des jeunes qui souhaitent une alimentation bon marché, servie même à une heure tardive. On ne peut pas imaginer que cette clientèle préfère prendre un moyen de transport et se rendre à Genève, pour le seul motif qu'il y aurait dans cette ville un autre établissement ayant la même enseigne. La recourante n'est pas parvenue à établir, par ses comptes, une baissede son chiffre d'affaires pendant la période où l'autre établissement était ouvert à Genève. Les témoins entendus n'ont constaté, pendant cette période, ni baisse de la clientèle à Lausanne ni hausse de la clientèle à Genève. Il ne ressort pas non plus des témoignages que l'établissement de Lausanne ait été connu à Genève, de telle sorte que l'on puisse imaginer que l'enseigne soit de nature à attirer des clients résidant dans cette ville. Sur cette base, la cour cantonale est parvenue à une conviction qui ne peut être qualifiée d'arbitraire. Elle n'a donc pas violé le droit d'être entendu en refusant d'ordonner une mesure probatoire qui, en fonction d'une appréciation des preuves non arbitraire, ne lui paraissait pas de nature à modifier sa conviction. c) La recourante se plaint enfin de ce que la cour cantonale aurait arbitrairement déterminé le sens du mot "Movida", la compréhension qu'en a le public en Suisse, ainsi que le cercle de ses clients. L'ensemble de ces griefs concerne l'argument selon lequel le mot "Movida" appartiendrait au domaine public. La décision attaquée est cependant fondée également sur une motivation alternative, qui est en elle-même suffisante pour la justifier. La cour cantonale a en effet constaté que la recourante ne pouvait se prévaloir d'aucun préjudice et d'aucun intérêt à agir. En ce qui concerne cette motivation alternative, la recourante ne prétend pas ici - en tout cas d'une manière répondant aux exigences de l'art. 90 al. 1 let. b OJ - que les faits auraient été établis arbitrairement. En conséquence, il n'y a plus lieu d'entrer en matière sur les griefs concernant la première motivation, puisque, même si l'arbitraire était retenu sur l'un ou l'autre des points invoqués par la recourante, cela ne serait plus de nature à modifier le dispositif, de sorte que, de toute manière, la décision n'apparaît pas arbitraire dans son résultat.