Citation: 6B_435/2023 E. 5.3

5.3. La cour cantonale a considéré que si la recourante vivait effectivement en Suisse depuis longtemps, soit environ 22 ans, et y avait travaillé, elle avait cependant cessé toute activité professionnelle il y a plus de dix ans et était à la charge des assurances sociales depuis lors. Elle ne disposait en outre plus de permis de séjour dans notre pays depuis le 27 septembre 2022, la procédure de renouvellement de celui-ci étant en effet toujours en cours, vraisemblablement dans l'attente de l'issue de la présente procédure. Elle faisait également l'objet d'actes de défaut de biens pour plus de 20'000 fr. et devait bénéficier d'une curatelle pour la soutenir dans la gestion de ses affaires administratives. Divorcée, les seuls membres de sa famille vivant en Suisse étaient ses deux enfants, actuellement âgés de 12 et 13 ans, sur lesquels elle disposait toujours de l'autorité parentale, mais dont elle vivait toutefois séparée depuis plus de dix ans en raison de leur placement en famille d'accueil. Son droit de visite s'exerçait actuellement au sein du Point Rencontre de W.________, chaque quinze jours durant deux heures, étant précisé que, par le passé, des tentatives de droits de visite exercés à domicile avaient échoué en raison des angoisses ressenties alors par ses enfants et qu'une reprise de tels droits n'était pas d'actualité. De surcroît, de l'avis des professionnels de l'enfance en charge de la garde des enfants, "l'ancrage sécuritaire et affectif" de ces derniers "se trouvait clairement au sein de leur famille d'accueil". La recourante n'avait, par ailleurs, jamais fait état de liens sociaux particuliers noués dans notre pays et semblait avoir adopté un mode de vie en marge de la société, même s'il était vrai qu'elle exerçait une "activité occupationnelle" auprès de E.________ à raison de deux demi-journées par semaine et envisageait d'intégrer, à terme, un emploi protégé au sein de F.________ à X.________. La cour cantonale a également relevé que, dans les cinq ans avant les faits objets de la présente procédure, la recourante avait été condamnée pénalement à pas moins de trois reprises. La cour cantonale a considéré que, compte tenu de tous ces éléments, il n'était pas possible d'admettre qu'elle bénéficiait d'une bonne intégration professionnelle et sociale en Suisse. En outre, quand bien même son expulsion entrainerait un éloignement de ses enfants et serait susceptible de constituer une atteinte à ses droits garantis par l'art. 8 par. 1 CEDH, la seule présence en Suisse de ceux-ci ne suffisait encore pas à faire obstacle à son renvoi dans son pays d'origine dans la mesure où elle ne faisait pas ménage commun avec eux depuis fort longtemps, n'entretenait pas des relations personnelles très étroites avec eux et ne représentait pas pour eux un "ancrage sécuritaire et affectif". De surcroît, un éloignement du territoire suisse ne serait pas de nature à modifier fondamentalement sa relation avec ses enfants, lesquels devraient en outre pouvoir disposer de titres de séjour en Suisse indépendamment du statut de leur mère (cf. art. 30 al. 1 let. c LEI), puisqu'elle pourrait continuer à entretenir des contacts périodiques avec eux par l'intermédiaire des moyens de communication modernes. Il n'apparaissait ainsi pas que son expulsion la placerait dans une situation personnelle grave au sens de l'art. 66a al. 2 CP, si bien que la première condition cumulative prévue par cette disposition n'est pas satisfaite. S'agissant de ses possibilités de réinsertion dans son pays d'origine, il ressortait du dossier qu'une partie importante de sa famille proche, soit sa mère et ses six frères, y résidait toujours. C'était en outre dans ce pays qu'elle était née, avait passé son enfance et sa jeunesse, avait effectué sa scolarité, puis avait entrepris des formations professionnelles, notamment comme coiffeuse. Elle ne l'avait ensuite quitté qu'à l'âge adulte de 23 ans, si bien qu'il fallait admettre qu'elle était familiarisée avec son mode de vie, sa culture, sa langue et son monde du travail, même si elle ne s'y était plus rendue, selon ses dires, depuis treize ans. Par ailleurs, même si elle percevait une rente Al, elle souhaitait néanmoins reprendre prochainement une formation dans le domaine de la coiffure et obtenir, à terme, un certificat professionnel dans ce domaine puis y travailler, de sorte que l'on ne voyait pas ce qui l'empêcherait d'en faire de même en Guinée-Conakry si elle devait y retourner. || apparaissait ainsi que ses perspectives de réinsertion dans son État de provenance n'étaient pas inexistantes; même s'il était vrai qu'elle nécessiterait sans nul doute un soutien matériel de sa famille - dont rien n'indiquait cependant qu'il serait exclu - car, en l'absence de convention de sécurité sociale liant cet État à la Suisse, elle ne pourrait plus percevoir sa rente Al suisse. Par ailleurs, les infractions pour lesquelles elle était condamnée, en particulier en tant qu'elles avaient visé à ôter la vie d'autrui, étaient très graves et sa culpabilité était lourde. Elle avait en particulier fait preuve, en quelques jours, d'une très grande violence physique et d'un acharnement certain à l'encontre de son compagnon de l'époque. Un tel comportement, couplé à ses mauvais antécédents judiciaires et à une absence de prise de conscience de la gravité de ses actes, ce qui n'augurait véritablement rien de bon pour le futur, les experts judiciaires retenant d'ailleurs un risque de récidive de comportements violents qualifié de modéré, démontrait un mépris constant et bien enraciné de l'ordre juridique suisse et d'autrui. Par ailleurs, même si son évolution personnelle paraissait favorable, elle demeurait néanmoins encore fragile et empêchait encore tout pronostic franchement favorable. Compte tenu de tous ces éléments, il fallait dès lors admettre que la recourante représentait toujours une sérieuse menace pour l'ordre et la sécurité de notre pays et que l'intérêt public à son expulsion était dès lors très important. Dans ces circonstances, les premiers juges avaient considéré à juste titre que cet intérêt public l'emportait sur celui privé de la recourante à demeurer en Suisse. La seconde condition cumulative posée par l'art. 66a al. 2 CP n'était ainsi pas non plus satisfaite. Pour le surplus, la durée de la mesure d'expulsion qu'ils avaient retenue, soit six ans, était légèrement supérieure au minimum légal et paraissait tout à fait proportionnée, si bien qu'elle ne prêtait pas le flanc à la critique et pouvait être confirmée.