Citation: 2A.447/2006 30.10.2006 E. 5

5.1 Dans le cas particulier, le recourant ne saurait se prévaloir d'une durée de séjour en Suisse particulièrement longue. Son intégration socioprofessionnelle peut être considérée comme réussie et, hormis une arrivée clandestine dans le pays, son comportement a toujours été irréprochable. Il a fréquenté, entre 2002 et 2005, les cours dispensés par le Service genevois des classes d'accueil et d'insertion. Il résulte du dossier, et plus particulièrement des pièces produites à l'appui du présent recours, qu'il a réalisé une rapide, importante et, pour l'essentiel, constante progression, que ses maîtres ont unanimement saluée. Dans cette mesure, il ne peut être exclu que son parcours revête un caractère, sinon exceptionnel, du moins quelque peu supérieur à la moyenne. L'intéressé a également effectué avec succès deux stages en entreprise, dont l'un dans une menuiserie. Celle-ci a par la suite demandé et obtenu de pouvoir l'engager jusqu'à droit connu sur sa demande d'autorisation de séjour et se dit entièrement satisfaite de son travail. De même, il est établi que X.________ participe aux activités de diverses sociétés locales où il est apprécié. On ne saurait toutefois considérer, comme l'a justement retenu le Département fédéral, que cette intégration, ainsi que les connaissances acquises, l'évolution professionnelle et les liens créés avec la Suisse, seraient à ce point exceptionnels qu'ils suffiraient à justifier une exception aux mesures de limitation. Le recourant objecte que, réduit par son père à la condition de souffre-douleur, il n'a pas eu la possibilité de développer et de forger sa personnalité, comme c'est normalement le cas pendant l'adolescence, et que ce n'est finalement que depuis son arrivée en Suisse qu'il a été en mesure de le faire et qu'il a connu son véritable épanouissement. Les années vécues ici étaient donc décisives à cet égard, et, partant, un renvoi dans son pays d'origine constituait une rigueur excessive au sens de l'art. 13 lettre f OLE. Cette version des faits apparaît cependant sujette à caution. Il ressort en effet du dossier que le recourant avait entrepris dans son pays un apprentissage de bijoutier pour lequel il était bien motivé et qu'il n'avait été empêché de l'achever qu'en raison de la guerre qui avait éclaté en 2001. Par ailleurs, ce n'est qu'en 2000 qu'il a, pour la première fois, exprimé le désir de rejoindre sa mère en Suisse (lettre à I'Office fédéral du 5 mars 2002). Or, cette dernière a constamment affirmé avoir, dès le début de son séjour en Suisse, entretenu des contacts téléphoniques réguliers avec son fils. Il est dès lors invraisemblable que, entre le départ de sa mère et sa venue en Suisse, le recourant se soit trouvé dans un état d'abandon moral et matériel tel que son développement normal en aurait été entravé. 5.2 Il est probable que le recourant connaîtra des difficultés non négligeables à se réinstaller dans son pays d'origine. II démontre de manière convaincante ne pouvoir compter sur l'appui ni de son père, ni des membres de la famille de sa mère (grand-mère, oncles maternels) résidant au Kosovo. Âgé maintenant de presque vingt-deux ans et demi, en parfaite santé et faisant preuve de grandes qualités d'adaptation et de persévérance, il devrait toutefois être en mesure de surmonter ces difficultés initiales. A cela s'ajoute qu'il est désormais en possession d'un métier, celui de menuisier, qu'il pratique à l'entière satisfaction de ses employeurs et qui, dans un pays en voie de reconstruction, devrait faire l'objet d'une importante demande. Il pratique également deux langues étrangères, le français et l'anglais. On ne peut dès lors admettre qu'il se trouvera, à son retour, dans une situation sensiblement plus difficile que celle de ses compatriotes contraints, comme lui, de regagner leur pays d'origine. 5.3 Alléguant les «faux espoirs» suscités par les autorités cantonale et fédérale quant à ses chances d'être mis au bénéfice d'un regroupement familial, le recourant invoque le principe de la bonne foi. Il est vrai qu'un certain flou a longtemps régné sur la manière de traiter son dossier. Il a d'abord été question d'appliquer l'art. 36 OLE. Cette idée a été abandonnée lorsqu'il a été constaté que, au moment où il avait déposé sa demande, le recourant était encore mineur. Les autorités ont alors envisagé l'application de l'art. 38 OLE, puis se sont ravisées lorsqu'elles ont appris que la mère de l'intéressé n'était plus au bénéfice d'une autorisation de séjour, mais était passée à un statut d'admission provisoire. A partir de ce moment-là, le dossier a été traité exclusivement sous l'angle de l'art. 13 lettre f OLE. Même si ces tergiversations ont pu engendrer, dans l'esprit du recourant et de sa famille, l'espoir d'une issue favorable, à aucun moment l'autorité fédérale, seule compétente à cet effet en tant qu'autorité d'approbation, ne leur a donné une assurance dans ce sens. De plus, même conforté, à tort ou à raison, dans un tel espoir, le recourant n'allègue pas avoir pris sur cette base des dispositions sur lesquelles il pourrait difficilement revenir. 5.4 Le recourant se plaint enfin d'inégalité de traitement. Sa mère a caché aux autorités suisses l'existence de ses deux enfants, X.________ et Z.________; ce fait, qui est interprété en défaveur de l'intéressé, n'a pas cependant empêché Z.________ d'être admis provisoirement en Suisse. Le silence observé par la mère de X.________ quant à son existence ne constitue qu'un argument parmi d'autres, et sans doute pas le plus décisif, à l'appui du rejet de la demande d'exception aux mesures de limitation. Il saute par ailleurs aux yeux que le cas de l'intéressé diffère, sur des points essentiels, de celui de sa mère et de son demi-frère. Il s'agit non seulement de la durée du séjour en Suisse et de l'âge de Z.________, mais également du fait qu'un retour de la mère se heurterait, selon toute probabilité, à des difficultés infiniment plus graves que celles d'un homme dans la force de l'âge et bénéficiant des atouts qui sont ceux du recourant. 5.5 C'est également en vain que le recourant invoque l'art. 8 CEDH. Outre que, s'agissant exclusivement d'une éventuelle exemption des mesures de limitation, cette disposition n'est pas directement applicable (arrêt 2A.145/2001 du 7 mai 2001, consid. 2c, et les arrêts cités), les conditions auxquelles elle peut fonder un droit à obtenir une autorisation de séjour ne sont de toute manière manifestement pas remplies. Le recourant ne saurait en effet invoquer la protection de la vie de famille garantie par cette disposition, dans la mesure où sa mère ne dispose pas, en Suisse, d'un droit de présence consolidé (ATF 130 II 281 consid. 3.1 p. 285). Quant à la protection de la vie privée également garantie par cette disposition, le droit à une autorisation de séjour ne peut en être déduit qu'à des conditions extrêmement restrictives, le requérant devant entretenir en Suisse des relations d'ordre privé d'une intensité toute particulière (ATF 126 II 377, consid. 2c/aa p. 384/385). Or, pour les raisons déjà indiquées, tel n'est manifestement pas le cas du recourant. 5.6 En confirmant le refus de l'Office fédéral de mettre le recourant au bénéfice des mesures de limitation de l'art. 13 lettre f OLE, le Département fédéral n'a dès lors pas excédé ni abusé de son pouvoir d'appréciation et a correctement appliqué le droit fédéral.