Citation: 7B_600/2023 E. 1

Il ressort du jugement précité qu'en 1994, à K.________ en Thaïlande, A.________ avait commis à plusieurs reprises des attouchements à caractère sexuel sur une fillette alors âgée de dix ans. Il avait entretenu, la même année et au même endroit, dans des hôtels, des relations sexuelles à raison d'une fois par semaine, durant plusieurs mois, avec une autre fillette, alors âgée de douze ans. Le prénommé avait par ailleurs commis, entre les mois de novembre 1994 et juin 1995, à L.________ et M.________, des actes d'ordre sexuel avec une troisième fillette alors âgée de huit ans. B.b. A.________ a purgé la totalité de ses peines le 9 février 2007. Par jugement du 9 octobre 2008, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de L.________ a ordonné la poursuite de l'internement en application du nouveau droit, soit selon l'art. 64 CP. Le recours interjeté contre ce jugement a été rejeté par la Cour de cassation pénale vaudoise le 27 novembre 2008. B.c. Diverses demandes de A.________ tendant à sa libération conditionnelle ou à un allégement des modalités de détention ont été rejetées. En particulier, la libération conditionnelle lui a été refusée par décisions de la Commission de libération du canton de Vaud des 7 octobre 2004, 1 er février 2005 et 28 juillet 2005, le dernier refus ayant été confirmé en dernière instance par le Tribunal fédéral le 8 septembre 2006. Puis, par jugements des 9 octobre 2009, 6 septembre 2013, 7 avril 2015, 31 janvier 2017 et 1 er décembre 2021, le Collège des juges d'application des peines a refusé d'accorder la libération conditionnelle de l'internement. Lesdits jugements ont été confirmés en dernière instance par le Tribunal fédéral (arrêts 6B_102/2010 du 14 juin 2010; 6B_1193/2013 du 11 février 2013; 6B_674/2015 du 16 février 2016; 6B_421/2017 du 3 octobre 2017; 6B_272/2022 du 18 janvier 2023). B.d. Dans le cadre de son internement, le condamné a été soumis à plusieurs expertises psychiatriques. B.d.a. Dans leur rapport du 6 juin 2005, les experts de la Clinique psychiatrique de N.________, à Z.________, ont indiqué n'avoir décelé aucun trouble psychique chez l'expertisé. Ils ont toutefois mis en évidence une tendance à la manipulation et une personnalité narcissique accentuée qui se situait à la limite du trouble de la personnalité. Les experts ont conclu à un risque de récidive très élevé. B.d.b. Dans leur rapport d'expertise du 26 juin 2008, les docteurs B.________ et C.________, médecins spécialistes en psychiatrie et psychothérapie auprès de l'Unité d'expertises du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ont conclu que l'expertisé ne présentait pas de pathologie psychiatrique au sens des classifications internationales. Ils ont toutefois relevé une dénégation totale, par l'intéressé, de tout acte ou de tout fantasme de nature pédophilique, un désintérêt pour tout travail introspectif, ainsi qu'une absence de désir de changement de son fonctionnement psychique. Ils ont qualifié le risque de récidive d'élevé. B.d.c. Dans son rapport du 7 décembre 2011, son complément du 26 février 2012, et lors de son audition du 29 mai 2012 par le Président du Collège des Juges d'application des peines, le docteur D.________, médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, a retenu un diagnostic de pervers narcissique. Il a conclu à un risque de récidive important s'agissant d'infractions contre le patrimoine et nul en matière d'actes d'ordre sexuel. Il a précisé qu'il ne pouvait pas expliquer le passage à l'acte de l'intéressé en Thaïlande, tant ce dernier était réfractaire à toute introspection et à toute démarche thérapeutique. Il était difficile à concevoir que le condamné puisse évoluer de quelque manière que ce soit; tout élargissement devait tenir compte du fait que la capacité de l'intéressé à respecter un cadre dépendait de la solidité de celui-ci. B.d.d. Dans son rapport du 17 juin 2013, le docteur E.________, médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, a indiqué en résumé que A.________ niait toujours les accusations de délits sexuels. Il a diagnostiqué chez l'expertisé une personnalité narcissique et une psychopathie. L'expert a relevé que les délits sexuels commis par l'expertisé ne devaient pas être interprétés dans le sens d'une sexualité exclusivement pédophilique mais plutôt comme l'expression d'une sexualité polymorphe en fonction du contexte favorisant dans lequel il se trouvait. Le risque de récidive était élevé aussi pour des actes d'ordre sexuel avec des enfants dans un contexte de familiarité avec ces derniers. Il était peu probable qu'une modification du cadre ait une quelconque répercussion sur le comportement de l'intéressé et qu'une thérapie puisse à elle seule contribuer à la diminution du risque de récidive. Un cadre socio-judiciaire suffisamment contenant et dissuasif était primordial. L'expert a précisé que l'intéressé était loin d'adhérer à une thérapie. Si la libération conditionnelle devait lui être octroyée, seul entrait en ligne de compte pour la réduction du risque de récidive le fait de l'empêcher de se retrouver dans une situation familière avec des enfants, ou plus généralement de lui imposer une interdiction stricte de côtoyer des enfants. Avec ces précautions, l'expert situait le risque de récidive à un niveau modéré. L'expert a clairement exclu toute mesure institutionnelle selon l'art. 59 CP dans la mesure où l'intéressé pouvait déjà bénéficier d'un suivi psychiatrique ou psychologique dans le cadre de son internement, s'il le souhaitait. B.d.e. A.________ a été soumis à une actualisation de son évaluation criminologique, confiée à l'Unité d'évaluation criminologique du Service pénitentiaire. Dans leur rapport du 10 février 2016, les chargés d'évaluation ont indiqué en résumé que l'intéressé se montrait courtois et entrait en communication sur un mode plus ou moins adéquat. Dans une volonté d'instrumentaliser l'évaluatrice, en la plaçant comme témoin voire comme complice des préjudices subis, il tentait d'imposer à l'autre ses perceptions qu'il considérait être la vérité. En cas de non-adhésion à sa vérité, l'intéressé tendait à discréditer autrui qu'il considérait alors comme incompétent et/ou persécuteur. De manière générale, A.________ adoptait un discours teinté de revendication, de victimisation et de rationalisation. Relativement aux délits, il déniait les incriminations ayant mené à son incarcération. Il tendait à se déresponsabiliser voire à inverser les rôles agresseur-agressé. Il proposait un explicatif de son incarcération basé sur la théorie du complot, s'inscrivant dans une forme de rivalité/jalousie de sa réussite professionnelle. Il ne reconnaissait pas le statut des victimes. Ses capacités de mentalisation, d'introspection et d'empathie semblaient carencées. Les risques de récidive générale et spécifique étaient élevés. Dans une perspective de réinsertion et de diminution du risque de récidive, A.________ devait être davantage proactif relativement à l'exécution de sa peine, notamment dans la construction de projet à court terme (social, professionnel, etc.) réalisable au sein de l'établissement pénitentiaire. Dans la mesure du possible, un suivi socio-thérapeutique devait être privilégié à une psychothérapie dite classique. L'intéressé devait être maintenu dans un environnement cadrant et structurant. B.d.f. Face au refus de A.________ de se soumettre à l'expertise psychiatrique ordonnée le 27 septembre 2018 auprès du docteur F.________, le Président du Collège des Juges d'application des peines y a renoncé. B.d.g. Les 9 et 11 mars 2020, A.________ a refusé de se soumettre à l'évaluation de l'Unité d'évaluation criminologique (UEC) en vue de l'actualisation de sa situation criminologique. B.d.h. Le 25 mai 2020, le docteur G.________, expert spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, et H.________, psychologue, ont déposé leur rapport d'expertise. Ils ont mis en évidence un épisode dépressif léger et des caractéristiques de la personnalité de type pervers. De nombreux traits narcissiques étaient également présents, sans qu'un trouble de la personnalité narcissique soit retenu. Selon les experts, les caractéristiques de la personnalité de l'expertisé n'avaient pas évolué depuis l'expertise de 2013. La détention de l'intéressé n'avait pas influencé ou affecté son état mental de manière majeure, contrairement à sa position subjective qui, elle, influençait son état mental et son rapport aux autres. S'agissant du risque de récidive, les experts ont considéré que les caractéristiques de la personnalité du condamné étaient fixées et stables, et qu'elles étaient donc compatibles avec un risque moyen à élevé de mise en acte dans ses rapports avec l'autre. Les experts ont précisé que le risque ne concernait pas automatiquement des actes de nature sexuelle, en dépit du mode de fonctionnement de type pervers de l'expertisé, et que le passage à l'acte était tributaire de l'environnement dans lequel se trouvait le condamné, qui agissait de manière opportuniste. Enfin, le risque était à mettre en relation avec les caractéristiques de la personnalité (position subjective perverse) décrites par les experts. Concernant l'évolution du condamné, les experts étaient d'avis que l'intéressé ne tirait pas avantage de son suivi et ne cherchait aucune prise en charge en rapport avec l'objet de sa condamnation, étant précisé qu'il n'avait pas conscience de son mode de fonctionnement (dénégation et position subjective perverse). Quant à un possible changement de cadre, les experts ont considéré que toute ouverture ou extension de cadre ne pourrait que soulager de la pression induite par une mesure d'internement, précisant que toute ouverture envisagée devrait prendre en considération les caractéristiques de la position subjective du condamné. L'expertisé ne souhaitait pas s'engager dans une thérapie, dès lors qu'il n'en voyait ni l'indication, ni l'intérêt, le refus de soins étant classique dans les paranoïas et les structures perverses. Plus qu'une thérapie, c'était ainsi le contrôle social qui à long terme était indiqué dans la conduite du risque. Concernant un possible élargissement anticipé, les experts ont indiqué que rien dans leur examen clinique et du risque ne soutenait cliniquement ou criminologiquement une libération conditionnelle. Une telle libération, si elle devait être prononcée, n'aurait aucun effet sur les caractéristiques perverses de sa personnalité (aucun effet sur la réduction du risque). S'agissant en particulier d'une éventuelle mesure thérapeutique institutionnelle au sens de l'art. 59 CP, les experts ont considéré qu'en raison des caractéristiques de sa position subjective perverse, le condamné pouvait être susceptible de bénéficier d'une telle mesure, pas directement pour des raisons psychothérapeutiques puisqu'il n'adhérait à aucune idée ou forme de traitement psychique, mais en raison de l'ouverture du cadre qui pourrait lui permettre de construire avec l'office d'application des peines et l'établissement institutionnel des projets de musique. Selon les experts, le contrôle social nécessaire au condamné pour réduire les effets de ses caractéristiques de personnalité était effectif avec la mesure d'internement, mais pourrait également l'être avec une mesure de type art. 59 al. 3 CP, étant précisé que l'indication d'une telle mesure n'était pas la présence d'une maladie psychiatrique mais la présence de caractéristiques de la personnalité fixées dans une position subjective perverse qui nécessitait, faute de demande de soins, un contrôle social à long terme. Enfin, les experts ont précisé que ce n'était pas la durée de la procédure judiciaire et ses aléas, ni la durée de la détention, qui avaient affecté la capacité de l'expertisé à se projeter de manière positive dans une relation thérapeutique, mais sa position subjective, qui l'empêchait d'entrer dans une relation de demande et qui le tenait à l'écart d'un investissement à la fois relationnel et psychothérapeutique. Sur requête de la défense, le docteur G.________ a été entendu par le Président du Collège des Juges d'application des peines le 2 octobre 2020, en présence du Ministère public et du défenseur, le condamné ayant pour sa part refusé de comparaître personnellement. L'expert a fourni des explications complémentaires concernant son rapport d'expertise psychiatrique. S'agissant en particulier des caractéristiques de personnalité de type pervers, pouvant être assimilées à une caractéristique de la personnalité au sens de l'art. 64 CP selon le rapport d'expertise, il a exposé ce qui suit: "Monsieur A.________ a besoin d'être une exception. J'entends son parcours carcéral, ses recours, comme une volonté d'être dans une position d'exception. Il a le savoir. Mais il ne pose pas de question. Il n'a que des réponses et n'a pas de question. C'est assez particulier aux personnalités de type pervers. Je n'entends pas le terme pervers dans le sens sexuel du terme. Je n'ai pas d'élément au dossier qui prouve indiscutablement ce pourquoi il a été condamné". A la question de savoir s'il n'existait pas de traitement spécifique de la structure perverse ou si le condamné n'y était pas accessible, l'expert a répondu ce qui suit: "[C]ela signifie qu'il se donne comme non accessible à un traitement. Nous pouvons rencontrer quelqu'un qui a cette structure mais il faut qu'il y ait un symptôme pour soigner cette personne. S'il n'y a pas de symptôme, il ne peut pas y avoir de traitement. Même ses délits en lien avec les stupéfiants, il en est fier. ll ne s'excuse pas. Il revendique cela. Même cela il n'arrive pas à en faire un symptôme. Il n'est pas accessible à un traitement. Pour vous répondre, ceci est valable aujourd'hui mais cela pourrait changer demain". Interpellé quant aux capacités du condamné à respecter un cadre et à se conformer à des règles à l'extérieur, l'expert a répondu ce qui suit: "[J]usqu'à un certain point, oui. C'est comme en détention, où il a fait un trafic de téléphones et a consulté des films pornographiques. Il a toujours besoin d'être une exception et si pour être cette exception il doit transgresser le cadre, il le fera. Mais il peut aussi respecter le cadre. S'il le transgresse, ce n'est pas par psychopathie. [...] Ce n'est pas pénal et ce n'est pas une maladie psychiatrique. Mais cela peut, dans certains contextes, conduire à certaines transgressions qui seront pénales. Sur le plan thérapeutique, ce qui pourrait l'aider, c'est d'être l'exception de la bonne manière. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé la P.________. Dans le cadre actuel, il serait l'exception de celui qui reste le plus longtemps en prison. A la P.________, il pourra être l'exception en faisant des concerts. C'est une ouverture possible, même si lui dit qu'il souhaite se tirer en Thaïlande". Le docteur G.________ a ensuite exposé les raisons pour lesquelles il n'avait pas retenu de trouble de la personnalité narcissique. Interpellé par le procureur qui lui a demandé s'il préconisait une mesure thérapeutique au sens de l'art. 59 CP, l'expert a répondu: "[N]on dans le sens d'une psychothérapie. C'est une option, cela dépend de lui, s'il peut avoir un symptôme. Une position dépressive signe la perte de quelque chose qui pourrait représenter un symptôme. Ce n'est pas le cas actuellement. [...] Il y a un pari à faire avec cet homme. Mais il faut que M. A.________ soit prêt à prendre ce pari". L'expert a ajouté qu'il n'avait pas de critères cliniques ni criminologiques pour soutenir une mesure d'internement. Il avait pu suivre des personnes qui avaient ce genre de problèmes à O.________ et qui bénéficiaient d'un contrôle social. La P.________ pouvait aussi mettre ça en place. C'était une manière de dire à A.________ qu'il avait quelque chose qui ne tournait pas tout à fait bien chez lui et mener à une prise de conscience; aujourd'hui, il n'était pas dans cette logique-là. Pour l'internement, il fallait une dangerosité pour la collectivité qui soit haute. Dans ce cas, il n'y avait pas les critères pour préconiser un internement. L'expert a précisé que la libération conditionnelle ne pouvait pas intervenir sans encadrement; il recommandait qu'il y ait un placement dans une maison telle que P.________ ou O.________ avec un contrôle social d'une mesure thérapeutique. B.e. A.________ a été incarcéré dans plusieurs établissements pénitentiaires au fil des années. Le 10 avril 2019, il a été transféré au sein de l'Établissement pénitentiaire de Q.________. Le 19 novembre 2019, la Direction de cet établissement a requis le transfert urgent du condamné; la prise en charge de celui-ci devenait de plus en plus problématique, compte tenu notamment de son absence de collaboration à sa prise en charge, de ses relations conflictuelles avec les intervenants de l'établissement pénitentiaire et de ses plaintes incessantes mettant en avant l'incompétence du personnel. L'intéressé ne respectait en outre pas les directives limitant la propagation du COVID-19 et, par son comportement général, entravait la bonne marche de l'établissement. Par décision du 25 novembre 2020, l'OEP a ordonné le transfert du condamné à la Prison R.________, dès le 27 novembre 2020, pour une durée provisoire maximale de trois mois, soit jusqu'au 27 février 2021. B.f. En ce qui concerne le parcours personnel, judiciaire et carcéral de A.________, il y a lieu de relever, en résumé, les éléments suivants. B.f.a. Le 22 janvier 2021, la Fondation vaudoise de probation (FVP) a établi un rapport. Il en ressort notamment que A.________ ne reconnaissait pas les faits à raison desquels il avait été condamné, qu'il semblait ne pas avoir de problème à l'idée de maintenir un contact avec ses victimes et qu'il se disait entièrement innocent de tout acte pédophile. A la question de savoir ce qu'il ferait en cas de libération, l'intéressé avait indiqué vouloir retourner en Thaïlande, en tout cas pour un temps. Par contre, il assumait relativement facilement les autres condamnations qu'il avait eues par le passé, notamment pour trafic de stupéfiants. Lors du dernier entretien avec la FVP, il avait évoqué sa dernière expertise et avait mentionné sa volonté d'intégrer à terme, et sous condition d'une ouverture de cadre, un établissement médico-social psychiatrique. Néanmoins, il niait avoir besoin d'un quelconque suivi thérapeutique et ne voyait, dans le fait d'intégrer un établissement médico-social, qu'une façon de retrouver plus de liberté. En conclusion, la FVP a rappelé que le condamné avait eu l'occasion, depuis le début de sa détention, de passer par un nombre conséquent d'établissements. Ce fait, combiné avec la durée de sa détention, ne semblait malheureusement pas lui avoir permis d'entamer un travail d'amendement, ni même de s'investir dans un suivi thérapeutique. Selon la FVP, à l'heure actuelle, un allégement de cadre de sa détention par un passage dans un foyer de type établissement psycho-social médicalisé était totalement prématuré, l'intéressé n'y adhérant que pour l'ouverture du cadre qu'un tel passage représenterait et non pour bénéficier du suivi thérapeutique. Les conditions en vue d'un éventuel placement institutionnel n'étaient ainsi pas remplies. B.f.b. Lors de sa séance du 19 février 2021, la Commission interdisciplinaire consultative concernant les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique (CIC) a examiné la situation du condamné. Elle a exposé en substance qu'après avoir pris connaissance des nouvelles pièces au dossier, en particulier de l'expertise psychiatrique déposée le 25 mai 2020 et du procès-verbal d'audition de l'expert du 2 octobre 2020, elle n'y discernait aucun élément nouveau qui l'amènerait à préconiser l'octroi d'une libération conditionnelle ou un changement de mesure. Elle a observé que l'expertise confirmait d'une part la persistance d'un risque moyen à élevé de récidive sexuelle et d'autre part l'inaccessibilité de A.________ à un soin susceptible de réduire ce risque du fait de sa structuration psychopathologique inamovible. Dans ces conditions, elle a considéré qu'aucune amélioration ni réduction de risque n'était à espérer d'un changement des modalités de détention, déjà maintes fois tenté, de sorte que le "pari" évoqué par l'expert en conclusion de son travail était "mal étayé" tant criminologiquement que cliniquement, et s'avérerait "aveugle et inutilement risqué". B.g. Le 29 juin 2021, la Direction de Y.________ a retenu une lettre de l'intéressé du même jour, par laquelle il menaçait de mort deux femmes en Thaïlande et menaçait l'une d'elles d'enlever ses deux enfants pour les vendre "dans un bordel au T.________ pour les soldats de T.________ (sic) ". Le 21 juillet 2021, une instruction pénale a été ouverte par le Ministère public de l'arrondissement du Nord vaudois contre A.________ pour avoir tenté de contraindre par de graves menaces des ressortissants thaïlandais à lui remettre un livre. Dans ce cadre, une perquisition de la cellule du condamné a été ordonnée et l'ordinateur loué à Y.________ séquestré. Le 19 novembre 2021, il a été décidé de l'extension de l'instruction pénale contre A.________ pour avoir détenu un écrit pédopornographique dans l'ordinateur de Y.________. Par courrier du 9 décembre 2021 adressé à la Direction de Y.________, A.________ s'est en substance expliqué sur l'enquête en cours, en déclarant ce qui suit: "[...] ce que ce connard de I.________ qualifie de fichier pédopornographique est en réalité un livre autobiographique relatant Ia vie de ma fille, et rédigé par ses soins, (ses mémoires) [...] quant à divers petits projets de scénario pour d'éventuels documentaires; je rappelle que, selon le droit, dans l'intimité de ma cellule j'écris ce qui me plais [...]". B.h. Dans le cadre de l'exécution de la mesure, A.________ a écrit à la Direction de Y.________ pour indiquer qu'il ne collaborerait pas à l'entretien en vue de la réalisation d'un bilan de phase, précisant qu'il acceptait des interactions uniquement avec le Juge d'application des peines. Pour "tout ce qui touchait à S.________", il ne voulait pas recevoir de courrier pour la simple raison qu'il n'avait aucun respect pour les autorités vaudoises. Il a ajouté qu'il ne suivrai, ni ne respecterait aucune des décisions ou souhaits le concernant. Par courrier du 15 novembre 2021, la Direction de Y.________ a indiqué à l'intéressé qu'elle avait pris note de sa renonciation à l'entretien, l'avisant néanmoins qu'une rencontre interdisciplinaire se tiendrait le 7 décembre 2021 et qu'une restitution aurait lieu en sa présence, afin qu'il soit notamment informé de la planification envisagée. B.i. Un bilan de phase 1 et suite du Plan d'exécution de sanctions (PES) a été élaboré durant le mois de janvier 2022 et avalisé par l'OEP le 9 mars 2022. Il en ressort qu'aucun intervenant n'avait pu s'entretenir avec le condamné en vue de la rédaction de ce document, celui-ci n'ayant pas souhaité participer aux entretiens. Il est relevé que depuis son retour au sein du pénitencier de S.________, le 26 janvier 2021, A.________ avait respecté les règles en vigueur, qu'il n'avait fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire et qu'il avait su garder une abstinence aux produits prohibés. A l'atelier buanderie, où il avait été incorporé, l'intéressé, bien que solitaire, adoptait une attitude correcte et aucune problématique n'avait été observée. Il pratiquait régulièrement le piano dans sa cellule, ce qui lui permettait de rythmer son quotidien. Il était également mentionné que le condamné adoptait une attitude régulièrement procédurière, oppositionnelle et revendicatrice envers les intervenants de l'établissement carcéral avec lesquels il refusait toute collaboration dans le cadre de sa prise en charge. Il peinait à accepter leurs remarques et décisions lorsqu'elles n'allaient pas dans son sens et se disait "séquestré de manière illicite depuis des années par le canton de Vaud". A.________ s'était opposé à la démarche évaluative avec l'UEC, ne permettant pas aux intervenants concernés de réactualiser sa situation d'un point de vue criminologique. Il ne participait en outre à aucun cours et ne souhaitait toujours pas bénéficier d'un suivi psychothérapeutique volontaire auprès du Service de psychiatrie et médecine pénitentiaire (SMPP), refusant même de rencontrer un psychiatre dans le cadre d'un premier entretien, malgré plusieurs tentatives du corps médical. Il n'avait pas non plus entamé le remboursement de ses frais de justice. Les divers intervenants ont considéré que A.________ devait se rendre compte qu'il était le principal acteur de sa mesure d'internement et qu'il était le seul à pouvoir sortir de l'impasse dans laquelle il était, en travaillant sur ses idées rigides ancrées depuis plusieurs années et en tâchant de modifier sa perception vis-à-vis des missions des intervenants. Dans ces conditions, seul le maintien de A.________ au pénitencier de S.________ avait été envisagé dans le but notamment de tenter la mise en place d'un suivi psychothérapeutique volontaire avec le SMPP et d'attendre du condamné qu'il s'investisse dans des activités structurées au quotidien. B.j. Par courrier du 8 juin 2022, les médecins du SMPP ont informé l'OEP que A.________ refusait tout suivi psychiatrique. B.k. Dans son rapport relatif à la libération conditionnelle du 14 juin 2022, la Direction de Y.________ a émis un préavis défavorable, considérant qu'un élargissement était largement prématuré, reprenant à cet égard les éléments mentionnés dans le bilan de phase 1 et constatant l'absence d'évolution de A.________ dans sa situation. Elle a aussi relevé que celui-ci avait comme nouveau projet de rejoindre U.________ et de vivre de sa musique en tant que compositeur. B.l. Le 6 juillet 2022, A.________ a été sanctionné disciplinairement pour avoir proféré des menaces ( "salope, je vais te planter, je te retrouverai dans les douches, ne m'adresse plus la parole sale pute") envers un co-détenu les 22 et 23 juin 2022. B.m. B.m.a. Le 25 juillet 2022, l'OEP a saisi le Collège des juges d'application des peines d'une proposition de refus de la libération conditionnelle de l'internement de A.________, faisant en substance valoir que la situation de celui-ci n'avait absolument pas évolué depuis le dernier examen opéré le 1 er décembre 2021, dont les constats demeuraient valables. Il adoptait toujours une attitude revendicatrice et oppositionnelle envers la Direction de Y.________ et refusait de collaborer avec la plupart des intervenants impliqués dans sa prise en charge. Aucun élément nouveau ne permettait à ce stade de relativiser sa dangerosité, laquelle demeurait bien réelle, et l'internement se justifiait encore pleinement compte tenu du risque de récidive, des caractéristiques de sa personnalité de type pervers et de l'importance du bien juridique à protéger, à savoir l'intégrité sexuelle des enfants. Il a également été rappelé que le condamné faisait l'objet d'une nouvelle enquête pénale par le Ministère public de l'arrondissement du Nord vaudois après que l'analyse de son ordinateur avait révélé la présence de fichiers au contenu pédopornographique ainsi que des écrits menaçants qui faisaient état de projet, de "supprimer" des personnes. Ainsi, l'OEP a considéré l'octroi d'une libération conditionnelle comme étant largement prématuré, estimant qu'il n'y avait pas non plus lieu de saisir le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de L.________ en vue d'examiner si les conditions d'une mesure thérapeutique institutionnelle étaient réunies, une telle mesure n'ayant assurément aucune chance de succès dès lors que A.________ ne souhaitait toujours pas se soumettre à une thérapie. L'OEP a ajouté qu'une nouvelle rencontre interdisciplinaire aurait lieu à l'automne 2023. Une nouvelle évaluation criminologique serait requise et la CIC réexaminerait la situation du condamné dans le courant du dernier trimestre 2023. B.m.b. Lors de l'audience du 25 octobre 2022 de la Présidente du Collège des juges d'application des peines, A.________, assisté de son défenseur d'office, a exposé en substance, s'agissant du déroulement de l'exécution de son internement depuis son retour à Y.________, qu'il travaillait à mi-temps à l'atelier d'imprimerie, que cela se passait bien, qu'il n'y avait pas beaucoup de choses à faire et qu'il occupait ses journées avec la télévision et le piano. Il a ajouté que cela se passait également bien avec les gardiens et ses co-détenus, précisant avoir insulté un co-détenu qui était venu s'installer près de lui en mettant une de ses jambes entre les siennes, ce qu'il n'avait pas apprécié. Questionné sur son refus de collaborer avec |es intervenants pénitentiaires tels que le SMPP et l'UEC, le condamné a répondu qu'il n'avait "rien à leur dire", qu'il avait essayé de collaborer par le passé, mais que les criminologues étaient des "filles très jeunes sans expérience de la vie" qui interprétaient ses paroles de manière négative. Il a en outre déclaré se sentir "séquestré" depuis vingt-six ans en prison et avoir payé vingt fois ce à quoi il avait été condamné. Depuis qu'il était en prison, il avait fait six ou sept expertises psychiatriques et jamais un expert n'avait diagnostiqué un trouble mental ni recommandé un travail thérapeutique. S'il était convaincu d'avoir un problème psychique, il voudrait s'améliorer mais là, ce n'était pas le cas. Il a en outre indiqué que ce qu'il avait retenu de l'expertise psychiatrique du 25 mai 2020 était la proposition de le faire sortir du milieu carcéral pour qu'il puisse reprendre sa carrière musicale, précisant au sujet du risque de récidive retenu par les experts que les actes d'ordre sexuel avec des mineurs ne l'intéressaient pas, qu'il n'était pas plus malhonnête qu'un autre et qu'il n'était pas violent. S'agissant de ses projets d'avenir, il a mentionné qu'il avait l'espoir de pouvoir un jour remonter sur scène et se voyait vivre à U.________. Confronté à la proposition négative de la Direction de l'OEP, A.________ a déclaré qu'il ne pouvait pas expliquer sa position, exposant qu'elle le considérait comme un procédurier car à chaque fois qu'il estimait que ses droits étaient bafoués, il l'attaquait. Il estimait que les prisonniers avaient plus de devoirs que de droits et que le peu de droits qu'ils avaient leur étaient repris petit à petit. Il a déclaré avoir beaucoup de mal à être sympathique avec les gens du Service pénitentiaire. Enfin, il a enfin observé qu'après 26 ans de prison, on pourrait le laisser sortir; non seulement on lui avait brisé sa vie, mais on lui avait aussi cassé sa santé. B.m.c. Par courrier du 26 octobre 2022, A.________ est revenu sur certains éléments de son audition de la veille. Il a joint à l'appui de son courrier diverses pièces, dont notamment un témoignage du 20 février 2001 d'un chef des ateliers de Y.________ en sa faveur, un rapport de comportement de la Direction du pénitencier de V.________ du 20 août 2010, le témoignage d'un colonel originaire de thaïlandais du 21 novembre 2005 "concernant son innocence" ainsi que la copie du courrier du 15 septembre 2022 qu'il avait adressé à W.________ faisant état de sa situation et exposant en substance que la justice vaudoise avait totalement détruit sa vie et sa santé et que l'internement était "la peine du désespoir". Le 15 novembre 2022, A.________ a demandé une actualisation de l'expertise du docteur G.________; le 28 novembre 2022, la Présidente du Collège des juges d'application des peines a indiqué qu'elle n'entendait pas donner suite à cette requête. B.m.d. Par courrier du 30 novembre 2022, le Procureur du Ministère public central, division affaires spéciales, a exposé qu'il renonçait à déposer un préavis, se ralliant à la proposition formulée par l'OEP de refuser la libération conditionnelle. B.m.e. A.________ a déposé des déterminations le 13 décembre 2022. Il a conclu principalement à la levée de la mesure d'internement prononcée à son endroit, subsidiairement à sa libération conditionnelle. A défaut, il a requis une nouvelle expertise, avant toute décision négative.