Citation: U 295/05 03.05.2006 E. 4

4.1 Dans le cadre de son expertise, le docteur S.________ a analysé les pièces médicales constituant le dossier de l'assureur-accident et soumis l'assuré à divers examens, dont le "Trefftest" qui, selon lui, se révèle être le plus pertinent lorsqu'il s'agit d'évaluer la vision stéréoscopique dans les travaux manuels. Il en est résulté que l'intimé voit parfaitement de l'oeil gauche et que la vision stéréoscopique est suffisante pour effectuer des tâches manuelles requérant peu de précision jusqu'à une précision de moyenne importance (gröbere bis mittlere manuelle Aufgaben). Ce test a en outre mis en exergue une assurance plus importante chez l'assuré dans la saisie d'objets à différentes distances avec une vision binoculaire qu'avec une vision monoculaire. Dans ces conditions, l'expert a estimé que si la diminution de l'acuité visuelle de l'oeil droit ne joue qu'un rôle secondaire dans la détermination de la capacité de travail, il faut en revanche tenir compte du fait que l'oeil lésé étant dominant, il affecte la vision globale des deux yeux. Dès lors, l'assuré doit faire preuve davantage d'attention et de prudence dans l'exercice de sa profession ce qui entraîne un ralentissement du rythme de travail. Aussi a-t-il attesté une incapacité de travail de 15 % dans l'ancienne activité d'installateur sanitaire (il faut entendre ici une diminution de rendement de 15 %). 4.2 Circonstancié, le rapport de cet expert, dont les conclusions sont convaincantes, répond aux réquisits posés par la jurisprudence relative à la valeur probante des documents médicaux (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références), ce qui n'est d'ailleurs pas contesté. Quant aux autres appréciations médicales du dossier, elles ne sont pas de nature à mettre sérieusement en doute l'avis de l'expert. 4.2.1 En particulier, selon le docteur G.________, l'intimé ne peut plus exercer son ancienne profession dès lors qu'elle requiert une bonne vision binoculaire (rapport du 19 mars 1999). Son confrère C.________ parvient à la même conclusion mais en raison d'une quasi absence de vision stéréoscopique (rapport du 1er novembre 2000). Quant au docteur V.________, il a estimé que l'intimé peut travailler en qualité d'installateur sanitaire mais avec un rendement réduit d'environ 20 % pour tenir compte du fait qu'il ne peut plus exécuter certaines tâches nécessitant une parfaite vision stéréoscopique. Contrairement à ces praticiens, l'expert S.________, mandaté en vue d'élucider les divergences issues des divers rapports médicaux recueillis, a effectué des examens, qui ont démontré que l'acuité visuelle de l'intéressé est suffisante pour exercer la profession d'installateur sanitaire. La vision stéréoscopique lui permet d'effectuer des tâches manuelles requérant peu de précision jusqu'à une précision de moyenne importance. Ainsi, les quelques travaux de précision énumérés dans l'enquête effectuée auprès de l'employeur (prises de niveau, petites soudures, finitions diverses) peuvent être exécutés par l'intimé. Cette enquête a d'ailleurs mis en évidence que l'activité de ce dernier demande surtout du savoir-faire et de la force. La prise de mesures et les lignes tracées sur place étant effectuées en général par le contremaître. Dans ces circonstances, l'opinion de ces médecins ne saurait être suivie. 4.2.2 Il en va de même de l'avis de la doctoresse B.________ lorsqu'elle atteste une capacité de travail totale dans l'activité d'installateur sanitaire sur la base des tables de Sachsenweger "Anforderungen an das Sehvermögen im Beruf in der BRD". Ces tables, qui dressent une liste de professions en y indiquant le degré de vision nécessaire pour chaque oeil, tiennent compte du fait que l'oeil dominant est celui qui possède la meilleure vision (cf. rapport d'expertise du docteur S.________ du 22 juillet 2002). Du moment qu'en l'espèce l'oeil dominant de l'intéressé a subi une lésion et ne permet qu'une vision largement inférieure à l'autre oeil, les tables précitées, pour utiles qu'elles soient, ne permettent pas d'apprécier la capacité de l'intéressé à exercer son ancienne profession. 4.2.3 Certes, le dossier contient aussi des rapports à l'attention de l'office AI, attestant d'une incapacité de travail dans l'ancienne profession de l'assuré (cf. rapport de la doctoresse E.________ du 20 avril 1998, rapport AIP du 1er juillet 1999). Toutefois, ce dernier souffrant également d'autres troubles sans lien avec l'accident du 19 juillet 1997, ces documents ne sont pas pertinents dans le cas particulier, dès lors que l'assureur-accident n'en répond pas. 4.3 Cela étant, c'est à tort que les premiers juges se sont distancés des conclusions du docteur S.________. Du moment que l'assuré est capable d'exercer son ancienne profession d'installateur sanitaire (avec un rendement diminué de 15 %), il n'y a pas lieu de déterminer son revenu d'invalide sur la base des statistiques salariales. Dans ce cas, une comparaison des revenus en pour-cent est indiquée (cf. ATF 114 V 313 consid. 3a et les références). Ainsi, le revenu d'invalide que l'intéressé pourrait escompter gagner en mettant à profit sa capacité de travail correspond à 85 % du revenu réalisable sans invalidité en raison de la diminution du rendement estimée à 15 % par l'expert prénommé. Son incapacité de gain doit donc être fixée à 15 %.