Citation: 8C_757/2023 E. 9.2.2

9.2.2. En l'occurrence, le docteur J.________ a certes posé initialement le diagnostic de syndrome emphysème-fibrose avec, pour la composante fibrose, une fibrose pulmonaire idiopathique et une bronchiolite respiratoire avec pneumopathie interstitielle (RB-ILD), sur la base notamment de la biopsie vidéo-chirurgicale du 25 mai 2016 (rapport du 7 février 2017; cf. également rapport du 9 janvier 2014). Toutefois, dans un rapport médical daté du 22 mai 2020, il a expliqué qu'à la lumière de l'analyse minéralogique de la biopsie pulmonaire du 30 avril 2018, ce diagnostic initial devait être revu, la fibrose et la RB-ILD pouvant être rattachées à une asbestose. Au vu de la présence de très nombreuses fibres d'amiante, ce diagnostic était même plus probable qu'une fibrose pulmonaire idiopathique et qu'une bronchiolite respiratoire avec pneumopathie interstitielle. Le jeune âge du patient ne cadrait d'ailleurs pas avec un diagnostic de fibrose pulmonaire idiopathique, qui touchait en général des personnes de plus de 70 ans. Le 5 octobre 2020, le docteur J.________ a exposé qu'il avait rediscuté des biopsies pulmonaires en colloque interne de pathologie; selon la doctoresse Q.________, experte en pathologie pulmonaire et cardiovasculaire à l'Hôpital K.________, l'image histopathologique était compatible avec une asbestose sans toutefois que ce diagnostic puisse être affirmé uniquement sur cette seule base, raison pour laquelle, en cas de recherche d'asbestose, l'examen était complété par une analyse minéralogique. Il a également ajouté que, dès lors, le service de pneumologie de l'Hôpital K.________ avait prié ses collègues de l'Institut de santé du travail de convoquer le recourant pour une nouvelle consultation afin d'évaluer si l'exposition professionnelle pouvait expliquer la survenue d'une asbestose pulmonaire (ce qui a été fait ultérieurement par les doctoresses L.________ et M.________, cf. ci-après consid. 10.2.1). Dans un rapport du 24 novembre 2021, le docteur J.________ a indiqué que le recourant avait été hospitalisé à R.________ du 11 au 22 octobre 2021 pour traiter une infection à Pseudomonas par antibiothérapie. Il existait un lien de causalité entre l'hospitalisation et l'asbestose pulmonaire dont souffrait le recourant. La surinfection à Pseudomonas était due à l'existence de bronchiectasies, qui étaient elles-mêmes la conséquence de l'asbestose pulmonaire qui déformait et dilatait les structures bronchiques par le biais de la fibrose du tissu pulmonaire. Il n'y avait en outre pas d'argument pour penser qu'il existait chez l'intéressé une maladie primaire des bronches indépendante de l'asbestose, ajoutant que sur un scanner de 2010, où l'asbestose était très peu avancée, il y avait également très peu de dilatation des bronches. Dans son rapport du 17 octobre 2022, ce même praticien a critiqué de manière détaillée l'appréciation du docteur O.________ du 12 septembre 2022. Il a expliqué que des doses de 0.1 à 1 million de fibres par gramme de tissu sec étaient admises comme doses minimales pouvant provoquer une asbestose. En l'espèce, l'analyse minéralogique du tissu pulmonaire du recourant avait relevé une quantité de 9.6 millions de fibres par gramme de tissu sec, soit une quantité largement en dessus de ces seuils. L'analyse minéralogique ne témoignait donc pas seulement du fait que l'assuré avait été exposé à l'amiante, comme l'avait estimé le docteur O.________, mais révélait également que cette exposition était suffisamment importante pour provoquer une asbestose. Par ailleurs, l'analyse minéralogique ne pouvait pas donner d'indication sur les circonstances de l'exposition, comme le voudrait le médecin de travail de la CNA; c'était l'anamnèse professionnelle qui fournissait cette information. À l'argumentation du docteur O.________, d'après laquelle l'analyse minéralogique ne permettait pas de poser un diagnostic médical, l'asbestose étant diagnostiquée sur des bases radiologiques, le docteur J.________ a répondu que la radiologie fournissait certes des informations pour suggérer ce diagnostic, mais que s'il existait une biopsie pulmonaire, celle-ci devait absolument être prise en considération. Elle était même l'étalon-or pour déterminer si des anomalies à l'imagerie étaient attribuables à une asbestose. Cette biopsie pulmonaire avait mis notamment en évidence des aspects de pneumopathie interstitielle commune. Celle-ci était une forme de fibrose pulmonaire qui pouvait avoir différentes causes, dont l'exposition à l'amiante, ou être sans cause connue. En l'espèce, la forte exposition à l'amiante fournissait l'explication la plus plausible pour cette pneumopathie interstitielle commune, et aucun autre facteur causal ne pouvait expliquer ce processus pathologique. C'est pourquoi le docteur J.________ avait considéré qu'en présence d'une forte exposition à l'amiante attestée par l'analyse minéralogique et en présence d'une fibrose pulmonaire d'aspect compatible avec celui observé dans une asbestose, les critères diagnostiques d'une asbestose étaient réunis. L'affirmation du médecin du travail de l'intimée, selon laquelle la pneumopathie interstitielle commune n'avait pas de relation de causalité démontrée avec l'amiante était donc erronée et contredite par des experts de l'asbestose. Le docteur J.________ a conclu qu'il était illogique de considérer qu'il existait chez le recourant une cause avérée de fibrose pulmonaire en quantité suffisante pour provoquer une telle fibrose (soit l'exposition à l'amiante) mais que la fibrose pulmonaire du recourant était sans cause connue.