Citation: 4P.159/2005 17.11.2005 E. 2

Invoquant l'art. 9 Cst., la recourante se plaint exclusivement d'arbitraire dans l'établissement des faits et dans l'appréciation des preuves. En résumé, elle fait valoir que la cour cantonale a fait montre d'arbitraire en estimant que l'examen du dossier permettait de conclure qu'elle avait été licenciée en raison de plaintes de médecins, alors qu'il s'imposait de constater que l'écrasante majorité des praticiens la tenait en haute estime et qu'elle avait été victime d'une sorte de complot pour la faire renvoyer, ourdi de concert par un collègue et les deux chefs directs auxquels elle avait été successivement subordonnée. 2.1 Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst., ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 131 I 57 consid. 2 p. 61; 129 I 8 consid. 2.1). En ce qui concerne l'appréciation des preuves et la détermination des faits, le juge tombe dans l'arbitraire si, sans raison sérieuse, il omet de prendre en considération un élément de preuve propre à modifier la décision, s'il se fonde sur un moyen manifestement inapte à apporter la preuve, s'il a, de manière évidente, mal compris le sens et la portée d'un moyen de preuve ou encore si, sur la base des éléments recueillis, il en tire des constatations insoutenables. Le grief tiré de l'appréciation arbitraire des preuves ne peut être pris en considération que si son admission est de nature à modifier le sort du litige, ce qui n'est pas le cas lorsqu'il vise une constatation de fait n'ayant aucune incidence sur l'application du droit (ATF 129 I 8 consid. 2.1 et les arrêts cités). Il appartient au recourant d'établir la réalisation de ces conditions en tentant de démontrer, par une argumentation précise, que la décision incriminée est insoutenable (art. 90 al. 1 let. b OJ; ATF 129 I 185 consid. 1.6; 122 I 170 consid. 1c). Enfin, pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 131 I 57 consid. 2 p. 61; 129 I 8 consid. 2.1). 2.2 D'après l'autorité cantonale, dès l'instant où B.________ avait quitté son emploi auprès de la défenderesse en septembre 2000, on ne voit pas comment son comportement a pu jouer un rôle dans le congédiement de la demanderesse que C.________ a signifié à celle-ci au printemps 2001. Il n'y a aucun élément dans le dossier établissant que B.________ était un "ami proche" de C.________. Au contraire ce dernier aurait déclaré sous la foi du serment n'avoir connu B.________ qu'après son engagement et n'avoir travaillé avec lui que pendant deux semaines. Quant à l'identité du collègue de B.________ et C.________ qui aurait collaboré à la mise en oeuvre rapide du licenciement de la demanderesse, elle n'a pas été indiquée par le Tribunal des prud'hommes. En revanche, les six médecins qui se sont plaints de la déléguée médicale ont tous confirmé, lors de leur audition comme témoins en première instance, les propos qu'ils ont tenus par téléphone à C.________, même si certains les ont nuancés. La cour cantonale en a déduit que si les réclamations formulées par les clients de l'intimée n'étaient pas "massives", certains étaient à ce point mécontents du comportement de la recourante qu'ils avaient cessé toute relation d'affaires avec la défenderesse. Il n'importe que la majorité des médecins se soit déclarée satisfaite, voire enchantée, des services de la demanderesse dès lors que les plaintes qui ont été élevées à l'endroit de cette dernière étaient suffisantes pour justifier la résiliation ordinaire de son contrat de travail. 2.3 La recourante soutient que l'autorité cantonale est tombée dans l'arbitraire en retenant, sur la base de ces éléments, que les plaintes de six médecins rendaient non abusif son licenciement. L'argumentation qu'elle présente dans son mémoire de recours a toutefois un caractère appellatoire prédominant, car, sous le couvert de l'arbitraire, elle oppose à l'état de fait dressé par la Cour d'appel sa propre version des événements et sa propre interprétation des circonstances. On peut ainsi sérieusement se demander si les griefs soulevés en vrac dans le recours répondent aux exigences strictes de motivation déduites de l'art. 90 al. 1 let. b OJ (ATF 129 III 727 consid. 5.2.2). Il n'importe du moment que ces critiques sont de toute manière dénuées de tout fondement. 2.3.1 La recourante prétend que C.________ a "construit" un dossier contre elle pour faire confirmer par la direction de l'intimée sa volonté de la congédier. Seuls six médecins - dont deux d'entre eux ne faisaient plus partie de sa clientèle depuis respectivement sept et dix ans - l'ont critiquée non sans apporter des nuances aux propos relevés par C.________. Il n'y avait donc pas de "réclamations massives de clients-médecins" comme le mentionne le pli du 10 mai 2001. L'allégation que C.________ a "construit" un dossier contre la demanderesse n'est étayée par aucun élément. Celui-ci n'a fait que rapporter par écrit les doléances de six médecins, que ceux-ci ont confirmées, certes avec des nuances, lorsque le Tribunal des prud'hommes les a entendus comme témoins. Peu importait que deux praticiens n'étaient plus en relations avec la recourante depuis plus de 5 ans, car l'intimée avait ignoré jusqu'en avril 2001 que ces derniers avaient été fort mécontents de la déléguée médicale. Il est vrai que le courrier du 10 mai 2001, qui faisait état de "réclamations massives", était pour le moins exagéré. Il n'en demeure pas moins que plusieurs médecins étaient à ce point irrités par la demanderesse qu'ils ne souhaitaient plus la recevoir. On ne voit donc pas où résiderait l'arbitraire invoqué. 2.3.2 S'agissant des critiques portées par le Dr I.________, la recourante déclare qu'elles relèveraient d'une histoire d'apéritif que la demanderesse avait organisé dans la permanence médicale de ce praticien et auquel presque personne ne serait venu, ce qu'elle avait vivement déploré. La recourante conteste encore avoir eu des divergences avec l'épouse du Dr I.________, également médecin. Entendu le 17 septembre 2003, le Dr I.________ a déclaré qu'étant bloqué en France et privé de réseau pour son téléphone portable, il n'avait pas été en mesure d'avertir la recourante qu'il ne viendrait pas à l'apéritif en cause, ce que cette dernière avait ressenti comme un affront. Il a ajouté qu'au point où était arrivée cette relation, il ne voulait plus voir la demanderesse, avec laquelle il avait des problèmes personnels. A considérer cette déposition, il n'était en tout cas pas insoutenable de retenir que le Dr I.________ avait fait part à C.________ de l'attitude désagréable de la recourante. Quant à l'épouse du Dr I.________, il n'a pas été constaté qu'elle ait émis une critique contre la déléguée médicale. 2.3.3 A suivre la recourante, elle a été victime des manoeuvres déloyales et de l'animosité du trio composé de B.________, C.________ et du délégué médical K.________, lesquels se rencontraient dans le privé. Il a été retenu, sans que l'arbitraire soit invoqué, que B.________ ne travaillait plus pour la défenderesse dès septembre 2000 et que C.________ n'avait fait sa connaissance qu'après avoir été engagé par l'intimée. Il n'apparaît donc pas qu'il y ait pu avoir une quelconque connivence entre eux. Et on ne trouve aucune constatation quant au rôle joué par le dénommé K.________ dans le licenciement litigieux. 2.3.4 La recourante insinue que B.________ se serait préparé à son audition devant le Tribunal des prud'hommes en lisant les procès-verbaux des audiences précédentes. La recourante n'explique en quoi la lecture du procès-verbal du 23 octobre 2002 aurait pu influencer la déposition de B.________, lequel, comme on vient de le voir, n'était plus au service de l'intimée depuis plus de six mois au moment où le Dr E.________ s'est plaint de la demanderesse, événement qui a déclenché l'enquête menée par C.________ auprès de divers médecins. 2.3.5 La recourante affirme qu'elle a rempli correctement sa mission en tançant le Dr E.________ du fait que, lors d'une conférence financée par l'intimée, il n'avait pas parlé d'un médicament vendu par cette dernière. Elle ajoute qu'il était compréhensible qu'il n'ait pas été enchanté par cette remarque. Ces allégations ne rendent pas arbitraire la constatation que la demanderesse a été trop agressive avec ce praticien. Il lui est d'ailleurs reproché non le contenu de sa remarque, mais le manque de tact avec lequel elle l'a présentée. Elle feint d'oublier que le Dr E.________ n'était pas son subordonné. 2.3.6 La recourante insiste sur le fait qu'elle était très appréciée par l'immense majorité des médecins qu'elle visitait. Elle se réfère à cet égard aux dépositions de la Dresse L.________ et des Drs M.________ et N.________, lesquels la tenaient en haute estime. La cour cantonale n'a pas ignoré que beaucoup de médecins étaient satisfaits des services de la demanderesse. Mais cela n'enlève rien au fait que plusieurs d'entre eux en étaient suffisamment mécontents pour ne plus désirer avoir la moindre relation avec elle. Les dépositions invoquées ne permettent aucunement de taxer d'arbitraire cette constatation.