Citation: 1P.716/2006 10.11.2006 E. 4

Même si elle relativise l'importance des faits qui lui sont reprochés, en prétendant n'avoir eu qu'un rôle secondaire par rapport à B.________, la recourante ne conteste pas l'existence de charges suffisantes. Elle estime toutefois que sa détention ne serait plus justifiée par les besoins de l'instruction, compte tenu de l'ordonnance de mise en liberté rendue le 3 août 2006. Le risque de collusion retenu par la Chambre d'accusation serait totalement abstrait. Les locaux de la société ont été évacués et l'intégralité des dossiers clients a été saisie. La recourante se dit dans l'impossibilité de donner des explications sur l'acheminement des fonds, ceux-ci ayant été perdus par dans une opération aux Comores. La recourante n'aurait pas activement participé à cette opération. 4.1 Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 128 I 149 consid. 2.1 p. 151, 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). 4.2 Dans son ordonnance du 21 septembre 2006, la Chambre d'accusation a relevé que, selon certains témoignages, le rôle de la recourante ne se serait pas limité à celui d'un exécutant; la recourante serait apparue comme l'associée de , intervenant activement, en particulier dans les relations avec un établissement bancaire. En dépit des nombreux témoignages faisant apparaître la recourante comme dépourvue de pouvoir de décision, il demeure de sérieuses incertitudes sur la question, déterminante pour la recourante, de son degré de participation dans les détournements. L'ordonnance du 21 septembre 2006 relève aussi que toutes les personnes concernées n'ont pas pu être entendues de manière contradictoire. Ainsi, même si tous les documents relatifs aux clients ont été saisis dans les bureaux de la société, il subsiste un risque que la recourante ne profite d'une mise en liberté pour tenter d'influencer les témoins afin qu'ils présentent une version des faits qui lui soit plus favorable. Il existe également un risque de collusion en ce qui concerne les fonds détournés: la recourante, qui prétend ne rien savoir à ce sujet, est tout de même l'amie intime de B.________ avec qui elle travaillait; ce dernier affirme que l'ensemble des fonds détournés aurait été perdu dans un investissement aux Comores, mais cela reste à vérifier. Il existe donc également un risque que la recourante ne tente, en cas de libération, d'entraver la recherche des sommes détournées. Le risque de collusion apparaît suffisamment concret. 4.3 Toutefois, si la détention préventive devait se prolonger encore, il appartiendra à la Chambre d'accusation de se montrer plus explicite à propos du risque de collusion, et de tenir compte au plus près des résultats de l'instruction. La simple référence à de nouvelles plaintes, sans précisions quant à leur incidence sur la situation de la recourante, et le renvoi à des précédentes décisions qui peuvent avoir perdu une partie de leur actualité, pourraient ne plus suffire. Dans sa décision du 8 août 2006, la Chambre d'accusation a aussi estimé que le risque de fuite ne pouvait être écarté, compte tenu de la nationalité française de la recourante. Le Juge d'instruction retient lui aussi ce risque dans son ordonnance du 15 septembre 2006. En revanche, dans son ordonnance du 21 septembre 2006, la cour cantonale a renoncé à examiner cette question. Compte tenu de la motivation par renvois successifs, il n'est pas possible de savoir si le risque de fuite est encore d'actualité ou s'il a été définitivement écarté. En cas de nouvelle prolongation, il serait souhaitable que l'autorité se montre plus explicite à ce propos également.