Citation: 4A_160/2021 E. 3

3. Si, malgré une contraception très rigoureuse, vous devenez enceinte au cours du traitement par Roaccutan ou dans le mois suivant son arrêt, ou même si vous soupçonnez une grossesse, vous devez immédiatement en informer votre médecin, qui prendra les mesures nécessaires (...) ». La notice d'emballage d'Isotretinoïne-mepha contient des indications similaires; celles-ci y figurent en rouge. Sur les plaquettes de comprimés de Roaccutane, de même que sur celles d'Isotretinoïne-mepha, figure la mention en rouge et dans les trois langues nationales: « Attention : respecter strictement les précautions ». L'information destinée aux professionnels de santé, publiée dans le compendium suisse (version de novembre 2007), précise notamment que l'Isotrétinoïne-mepha, médicament tératogène, est contre-indiqué chez la femme en âge de procréer, à moins que soient remplies toutes les conditions qu'elle énumère, notamment en matière de prévention de la grossesse (protocole de prescription). A.c. Le 7 janvier 2003, la demanderesse a requis la délivrance d'une nouvelle prescription de Roaccutane, ayant perdu la dernière. Dans la mesure où l'état de la patiente avait empiré, la doctoresse lui a prescrit un traitement de Roaccutane à raison de 20 mg/jour. A.d. Le 2 septembre 2005, la demanderesse a consulté à nouveau son médecin traitant en raison de la réapparition de son acné. La doctoresse a noté dans le dossier médical ce qui suit: « Gênée par éruption cutanée dos-visage. Néomercazol, 4x 1 jour;. Nouvelle poussée acné qqs sem. Acné Ad Roaccutane 20 j. Contrôle tests hep 1x par mois Co ! » L'abréviation « Co » signifie « contraception orale ». Selon les déclarations en justice de la doctoresse, la patiente lui a affirmé, lors de cette consultation, être sexuellement inactive. La demanderesse a contesté avoir tenu de tels propos, mais a admis, devant le Tribunal de première instance, que ceci correspondait alors à la réalité: elle n'avait eu qu'un seul partenaire depuis 2005, pour un seul rapport sexuel en 2006, avec le père de son fils B.________. La demanderesse a retiré une boîte de 30 comprimés de Roaccutane à la pharmacie le 2 septembre 2005, puis une boîte de 100 comprimés le 31 octobre 2005, ainsi que les 28 février et 15 juin 2006. Elle a été examinée par la doctoresse les 6 septembre, 31 octobre 2005, 5 janvier, 28 février, en mars et le 14 juin 2006. Durant son traitement, elle a suivi régulièrement les tests hépatiques prescrits par son médecin traitant, qui avaient pour but de prévenir d'éventuels problèmes de foie, un des effets secondaires possibles de Roaccutane. La patiente a été sous traitement de Roaccutane jusqu'au 20 septembre 2006 environ. A.e. Le 10 octobre 2006, la demanderesse s'est rendue à la Policlinique de gynécologie des HUG pour un dépistage annuel, ayant présenté par le passé des antécédents de dysplasie du col. Selon le rapport de consultation, les dernières règles remontent au 26 septembre 2006 et la patiente n'utilise pas de contraception hormonale, mais un préservatif. La demanderesse n'a pas annoncé avoir été sous traitement de Roaccutane. Il n'a par ailleurs pas été constaté qu'elle était enceinte. A.f. Le 26 octobre 2006, la demanderesse a consulté pour la première fois D.________, gynécologue. Lors de cette consultation, elle a déclaré avoir eu ses dernières règles le 28 août 2006 et a fait état d'un test de grossesse positif deux semaines et demie auparavant, soit autour des 9-10 octobre 2006. La grossesse a été évaluée à 8 semaines et 4 jours à l'ultrason avec un terme prévu le 4 juin 2007. La patiente n'a alors pas dit qu'elle avait été traitée au Roaccutane. Elle a été suivie par cette gynécologue jusqu'au 3 mai 2007. Le 15 juin 2007, la demanderesse a donné naissance à B.________. L'enfant est né avec des malformations du pavillon des deux oreilles. Lorsqu'il a atteint quatre mois, sa pédiatre a mis en évidence une suspicion de cataracte droite, sans strabisme. A l'âge de six mois, il a présenté une hypotonie axiale importante; il ne suivait pas la lumière avec les yeux. A cette époque, les médecins ont découvert l'existence d'un traitement de la mère par Roaccutane en début de grossesse. Une IRM cérébrale effectuée le 22 janvier 2008 a mis en évidence un aspect atrophique des vermis supérieur et moyen du cervelet avec présence d'une communication entre l'espace sous-arachnoïdien dans la fosse postérieure et dans le quatrième ventricule. Selon un rapport d'évaluation neurologique établi le 16 avril 2008, le diagnostic de retard de développement, de troubles oculomoteurs et de foetopathie sur prise d'acide rétinoïque a été posé. L'enfant présente les séquelles suivantes: - retard général du développement; - microtie (malformation de l'oreille); - malformation du système nerveux central sous forme d'atrophie du vermis supérieur et moyen du cervelet en présence d'une communication entre l'espace sous-arachnoïdien dans la fosse postérieure et dans le 4ème ventricule; - apraxie du regard en lien avec l'atteinte du système nerveux central; - épilepsie dans le contexte d'un syndrome de Lennox Gastaut. A.g. La défenderesse n'a appris qu'en 2010, par le biais du Service de recours de l'assurance-invalidité, que la demanderesse était tombée enceinte et qu'elle avait donné naissance à B.________. A.h. La demanderesse bénéficie d'une rente entière de l'assurance-invalidité. Elle déclare souffrir de dépressions chroniques depuis la découverte du handicap de son fils.