Citation: 6B_1039/2023 E. 6.2

6.2. La cour cantonale a constaté que les versions des parties s'opposaient diamétralement, si bien qu'il convenait d'examiner la crédibilité des déclarations de chacune. Les explications de l'intimé paraissaient en elles-mêmes crédibles. Il s'était montré clair et constant devant les médecins et les autorités pénales, ne variant que sur des détails périphériques, tels que la question de savoir s'il avait fermé à clé la porte du café le soir de l'agression, si son agresseur lui avait saisi le cou avec la main droite et frappé avec celle de gauche, combien de fois il avait été frappé au visage ou encore comment il avait été battu une fois au sol. Ces contradictions s'expliquaient aisément par la brièveté des faits et son état de choc, qu'il avait décrit à des multiples reprises et qui ressortait du témoignage de G.________. Cela renseignait également sur les raisons qui avaient poussé l'intimé à ne pas mentionner les menaces durant son premier interrogatoire par la police, celui-ci étant vraisemblablement encore bouleversé et focalisé par les coups brutaux et douloureux qu'il venait de recevoir. La cour cantonale soulignait que, de manière générale, les propos rapportés sur le déroulement des faits par le corps médical n'avaient qu'une faible force probante, compte tenu des conditions dans lesquelles ils avaient été recueillis et du rôle du médecin. A la mise en cause constante de l'intimé s'ajoutait la mesure des propos de l'intimé, puisqu'il avait refusé que la police se déplaçât le jour des faits, alors même que selon le témoin G.________, il était en sang. Il n'avait porté plainte que le lendemain et avait également demandé à être dispensé de comparaître à l'audience de jugement, attitude qui concordait mal avec le mobile avancé par le recourant, à savoir que la procédure pénale appuyait la procédure civile, étant encore rappelé que l'action civile était postérieure au dépôt de la plainte pénale. S'agissant de la présence du recourant le jour des faits litigieux, la cour cantonale retenait que les propos du témoin G.________ sur ce point avaient tellement varié qu'ils ne pouvaient, à eux seuls, emporter conviction. Ils renseignaient néanmoins sur l'existence d'une altercation (bruits de heurt, blessures visibles, état de choc), également confirmée par E.D.________, qui avait conduit son époux à l'hôpital le soir-même. Par ailleurs, l'altercation telle que décrite par l'intimé concordait non seulement avec les lésions établies par le constat médical, et non médico-légal, étant relevé que le recourant ne soutenait en l'occurrence pas qu'elles seraient incompatibles avec les faits qui lui étaient reprochés, mais également avec l'état de stress post-traumatique de l'intimé relevé par différents thérapeutes, qui l'avait conduit à entamer un suivi moins de trois mois après les faits. Quant aux différents conflits commerciaux détaillés par l'intimé, s'ils ne concernaient pas à proprement parler les faits reprochés au recourant, ils apportaient néanmoins un éclairage sur leur origine. Les différends relatifs aux décomptes de loyers et au prix de la place de stationnement avaient été confirmés tant par C.A.________ que par E.D.________. L'absence de quittances pour les mois de janvier et février 2019 dans le chargé de pièces produit à l'appui de l'action en réduction de fermage et validation de consignation du fermage tendait également à accréditer la version de l'intimé, étant précisé que cela entrait chronologiquement en lien avec l'agression survenue début mars 2019. Le litige concernant la date de fin du contrat de bail était admis par le recourant et ressortait des différentes actions civiles introduites par les parties. Enfin, la visite de la mère et l'épouse du recourant à E.D.________ quelques jours après les faits, laquelle n'était en soi pas contestée par les premières citées, renforçait encore le récit de l'intimé. Les excuses pour le comportement violent du recourant qu'elles auraient présentées à la femme de l'intimé étaient confortées par les déclarations extrêmement mesurées du témoin K.________, lesquelles devaient néanmoins être appréhendées avec réserve compte tenu de ses liens avec l'intimé. Il résultait de cette analyse que l'intimé jouissait d'une très forte crédibilité, nonobstant les quelques incohérences relevées. La cour cantonale a relevé que dans la mesure ou le recourant niait globalement les faits, sa propre crédibilité était plus difficile à déterminer. Plusieurs éléments interpellaient la cour cantonale, au premier rang desquels figurait le prétendu alibi du recourant. Outre le fait qu'il n'était corroboré ni par les pièces produites, ni par le témoignage de son épouse, il n'avait été présenté que tardivement à l'audience de jugement. Il était par ailleurs peu vraisemblable, comme il le soutenait, que sa mère ne l'avait jamais informé des conflits commerciaux existants avec les époux D.________, alors même qu'ils étaient établis et que les parties étaient voisines d'arcades. Enfin, hormis un avantage dans la procédure civile ou des dettes considérables et une addiction aux jeux, lesquelles ne trouvaient toutefois aucune assise dans le dossier, il n'avait donné aucune explication crédible au fait que l'intimé l'aurait faussement accusé. En définitive, si elle n'était pas mauvaise, sa crédibilité n'était pas différente de celle de tout prévenu qui contestait l'accusation et dont l'intérêt à nier les faits (bénéfice primaire) était manifeste. Elle ne l'emportait en tout cas pas sur celle de l'intimé. En conclusion, la cour cantonale retenait que les faits reprochés par l'intimé, tels que résumés dans l'acte d'accusation, étaient établis.