Citation: 5A_844/2017 E. 3.4.1

3.4.1. Pour juger de l'état de faiblesse affectant le recourant, la cour cantonale a ordonné une nouvelle expertise psychiatrique en date du 28 juillet 2016. Dans leur rapport du 17 janvier 2017, les experts sont parvenus aux mêmes conclusions que celles précédemment formulées, à savoir, en substance, que le recourant ne souffrait d'aucun trouble psychique mais présentait des difficultés manifestes à gérer ses affaires financières et administratives qui nécessitaient qu'il continue à bénéficier d'une mesure de protection adaptée. Le recourant reproche par conséquent à tort à la cour cantonale de s'être fondée sur des faits antérieurs à l'instauration de la curatelle et de ne pas avoir pris des mesures d'instruction pour évaluer l'évolution de sa situation. Par son argumentation, le recourant se contente au demeurant d'opposer sa propre appréciation de sa situation à celle retenue par la cour cantonale sur la base des deux rapports d'expertise rendus à son égard. Ce faisant, alors qu'il lui incombe de présenter une argumentation motivée sur ce point (cf. arrêt 5A_547/2017 du 26 octobre 2017 consid. 3.1.2 et la jurisprudence citée; cf. aussi ATF 133 II 384 consid. 4.2.3; 130 I 337 consid. 5.4.2), il ne soutient pas que les experts n'auraient pas répondu aux questions, que leurs conclusions seraient contradictoires ou que l'expertise serait, de quelque autre manière, entachée de défauts. Au lieu de soulever un grief d'appréciation arbitraire de l'expertise, il se contente d'affirmer que les difficultés incontestables dont les experts avaient fait état s'agissant de la gestion de ses affaires financières et administratives n'avaient pas été constatées par eux-mêmes et qu'ils avaient admis " leur incompétence en matière immobilière et financière ". Il oppose également au constat des experts relatifs à ses difficultés cognitives liées à l'avancée en âge et au vieillissement physiologique que celles-ci n'avaient été révélées par aucun test et qu'il avait obtenu un résultat de 30/30 à l'évaluation cognitive globale par le MoCA (Montreal Cognitive Assessment) effectué au CHUV dans le cadre d'un examen neuropsychiatrique pour le renouvellement de son permis de conduire. Or, les experts ont précisément relevé dans leur dernier rapport que les difficultés cognitives constatées chez le recourant étaient trop fines et spécifiques pour être mises en évidence par des tests neuropsychologiques standardisés, de sorte que l'affirmation du recourant n'est pas pertinente. Le recourant reproche en outre à tort aux experts de ne pas avoir indiqué quels étaient les intérêts personnels qui étaient menacés. Ces derniers ont en effet fait état d'une nette banalisation par le recourant de ses manquements sur le plan de la gestion de ses affaires ainsi qu'une claire minimisation de la gravité de sa situation, notamment sur le plan des impayés et de la gestion de ses biens immobiliers, constat auquel le recourant ne s'en prend pas. On ne saurait par ailleurs exiger d'un psychiatre et d'un psychologue qu'ils aient des connaissances approfondies en matière immobilière et financière, de sorte que les conclusions de leurs rapports d'expertise ne peuvent être remises en doute pour ce motif. On ne perçoit au demeurant pas en quoi le fait que la Justice de paix n'ait pas informé les auteurs de l'expertise psychiatrique d'une erreur de comptabilisation commise par le curateur - et l'absence de mention de cet élément par la Chambre des curatelles - serait déterminant quant à l'évaluation de l'existence d'un état de faiblesse chez le recourant. S'agissant de l'allégation de ce dernier selon laquelle l'état de faiblesse constaté par les experts ne l'empêcherait pas d'assurer lui-même la sauvegarde de ses intérêts ou de désigner un représentant pour gérer ses affaires, celle-ci repose à nouveau sur sa propre appréciation de son état sans qu'il s'en prenne pour autant à la motivation de l'autorité cantonale puisqu'il se contente d'affirmer avoir la pleine capacité de discernement, avoir une compréhension appropriée des problèmes, jouir d'une bonne instruction et d'expérience, être vif et alerte, pouvoir parler, lire, écrire, se mouvoir et savoir choisir et mettre en oeuvre des mandataires et d'autres auxiliaires. Le recourant se méprend enfin lorsqu'il soutient que, selon la doctrine, un état de faiblesse au sens de l'art. 390 al. 1 CC n'est donné que si l'intéressé souffre d'une affection semblable à un handicap mental ou à des troubles psychiques, ce qui ne serait pas son cas. L'auteur auquel se réfère le recourant ainsi que la doctrine topique citent de nombreux exemples d'affections qui peuvent entrer dans la définition d'un état de faiblesse au sens de l'art. 390 al. 1 CC (HELMUT HENKEL, in Basler Kommentar, Zivilgesetzbuch I, 5e éd. 2014, n° 13 ad art. 390 CC; PHILIPPE MEIER, in FamComm, Protection de l'adulte, 2014, n° 17 ad art. 390 CC; BIDERBOST/AFFOLTER-FRINGELI, Beistandschaft, in Christina Fountoulakis et al. [éd.], Fachhandbuch Kindes- und Erwachsenenschutzrecht, 2016, ch. 8.149 p. 230). Outre les exemples cités par le recourant, ils font notamment mention de cas extrêmes d'inexpérience, de gaspillage et de mauvaise gestion, à savoir précisément ce qui lui est reproché. Force est en définitive de constater que le recourant ne parvient pas à mettre à mal les constatations des experts. C'est par conséquent à bon droit que la Chambre des curatelles s'est fondée sur leurs rapports pour retenir l'existence d'un état de faiblesse chez le recourant.