Citation: 6B_45/2007 08.07.2007 E. 5

5.1 Le recourant conteste l'expertise de crédibilité et prétend, comme il l'avait déjà fait en instance cantonale, que le travail de l'expert ne respecte pas les bases méthodologiques relatives à une évaluation adéquate de la crédibilité d'un témoignage et ne pouvait constituer un élément pertinent d'appréciation de la réalité des faits dénoncés. L'expert n'aurait pas procédé à l'analyse des critères concernant la relation entre les déclarations de l'enfant et d'autres informations détenues en la cause. Plus loin, le recourant se plaint que l'expert n'aurait pas tenu compte des témoignages des deux ex-amis de la victime, ni du fait que celle-ci n'avait souffert d'aucun trouble comportemental jusqu'à son adolescence, qu'elle n'avait révélé les faits qu'à la suite d'une fugue alors qu'elle était en conflit ouvert avec ses parents, que le nom du recourant lui avait été suggéré par son père, que ni ses grands-parents, chez qui la victime était rentrée après les faits, ni ses parents n'avaient remarqué quoi que ce soit. Enfin, il prétend que l'expert est parti de l'idée que les faits étaient vrais et s'est contenté de trouver des explications plausibles aux circonstances permettant d'en douter. Le recourant allègue par ailleurs que l'expert se serait distancé de ses conclusions écrites lors de son audition aux débats, ce qui ne permettrait pas de retenir l'expertise. La cour cantonale a procédé à une analyse de l'expertise et a conclu que celle-ci respectait les règles méthodologiques posées par la jurisprudence, qu'elle apparaissait complète. Elle a admis que l'expert n'était pas parti de l'idée que les faits dénoncés étaient vrais, mais qu'il s'est efforcé de rechercher quelle crédibilité pouvait être accordée aux révélations de la plaignante et que c'est au travers de son analyse qu'il est arrivé à certifier la crédibilité de la jeune fille. La cour cantonale a en outre considéré que les déclarations de l'expert en audience sont en phase avec son analyse, de sorte que l'expertise constitue un élément d'appréciation fiable, les éléments qui, selon le recourant, seraient de nature à sérieusement ébranler la crédibilité de la victime étant soit traités par l'expert soit étayés d'aucune manière. 5.2 Le juge peut nommer des experts. A l'instar des autres moyens de preuve, il apprécie librement la force probante de l'expertise. Cette liberté trouve sa limite dans l'interdiction de l'arbitraire. Si le juge n'est en principe pas lié par les conclusions de l'expert, il ne peut s'en défaire, sous peine de violer l'art. 9 Cst., qu'en exposant les motifs déterminants et les circonstances bien établies qui lui commandent d'agir de la sorte. En se fondant sur une expertise non concluante, le juge pourrait violer l'art. 9 Cst. Tel serait le cas si des motifs suffisants ou de sérieux indices lui faisaient douter de l'exactitude d'une expertise (ATF 129 I 49 consid. 4 p. 57 s.; 118 Ia 144 consid. 1c p. 146). Pour l'examen de la crédibilité des déclarations d'un enfant se disant victime d'abus sexuels, la jurisprudence récente a rappelé un certain nombre d'exigences méthodologiques (ATF 129 I 49 consid. 6 p. 59 ss; 128 I 81). Pour examiner la validité d'un témoignage, la méthode dite de l'analyse du témoignage s'est imposée. Suivant cette méthode, on sait que les témoignages relevant d'événements factuels réellement vécus sont qualitativement différents de déclarations qui ne sont pas fondées sur l'expérience vécue. Dans un premier temps on examinera si la personne interrogée, compte tenu des circonstances, de ses capacités intellectuelles et des motifs de dévoilement, était capable de faire une telle déposition même sans un véritable contexte expérientiel. Cette procédure complexe est une sorte de mise à l'épreuve d'hypothèses dans le cadre de l'analyse de contenu (critères d'analyse appelés aussi axes d'orientation) et de l'évaluation de la genèse de la déclaration et du comportement complétée par l'analyse des caractéristiques du témoin, de son vécu, de son histoire personnelle, de sa constellation systémique et de divers éléments extérieurs. Lors de l'expertise de la validité d'un témoignage, il faut toujours avoir à l'esprit que la déclaration peut ne pas être fondée sur la réalité. Lorsqu'on arrive à la conclusion que l'hypothèse que les allégations sont fausses (hypothèse nulle) ne correspond pas aux faits constatés, on la rejette. On accepte alors l'hypothèse alternative qui dit que la déclaration est vraie. Dans ce contexte, on procédera aussi à l'analyse de l'origine et du développement du témoignage (genèse du témoignage). On séparera strictement la crédibilité qui concerne la personne et la validité qui se rapporte aux déclarations proprement dites et qui est en soi l'objet de l'expertise psychologique du témoignage (ATF 129 I 49 consid. 5; 128 I 81 consid. 2 et les références citées). 5.3 Il ressort de l'expertise que cette dernière a porté sur trois aspects particuliers, soit la crédibilité générale du témoin, sa crédibilité concernant les faits incriminés et sa crédibilité concernant l'auteur de ceux-ci. Pour répondre à ces questions, l'expert a relaté l'anamnèse personnelle et psychosexuelle de la victime, puis a analysé l'enregistrement vidéo de la première déposition de la victime à la gendarmerie le 6 septembre 2004 en s'inspirant dans les grandes lignes de la méthode d'analyse de la validité de la déclaration d'un dénommé John Yuille, et a procédé à la discussion de la crédibilité qu'on peut attribuer aux révélations de la victime pour parvenir à la conclusion que la crédibilité de la victime sur les trois plans susmentionnés ne faisait aucun doute. Le recourant fait reproche à l'expert de ne pas s'être interrogé sur la réalité même du viol et de ne pas avoir procédé à une analyse propre à exclure que les déclarations de la victime ne correspondraient pas à la réalité. Ce grief ne résiste à l'évidence pas à l'examen. L'expert s'est efforcé clairement de rechercher quelle crédibilité pouvait être accordée aux révélations de la plaignante, qu'il ne tenait pas objectivement pour des faits avérés. Le recourant fait également grief à l'expert de ne pas avoir tenu compte de tous les critères développés par John Yuille auquel il se réfère, soit ceux concernant la relation entre la déclaration de l'enfant et d'autres informations détenues en la cause, notamment les évidences médicales, les autres déclarations faites par l'enfant, les témoins, les évidences matérielles ou comportementales. Motivé de façon aussi générale, ce grief ne peut qu'être rejeté. En effet, l'expert a exposé lui-même que l'entretien filmé correspondait à une adaptation de la situation d'analyse de la validité de la déclaration selon John Yuille, ce qui permettait d'appliquer les critères de validité éprouvés dans les grandes lignes. On constate immédiatement à la lecture de cette analyse (p. 6 et 7 de l'expertise) que l'expert a confronté les premières déclarations de la victime à celles qu'elle a faites ultérieurement, y compris devant l'expert ainsi qu'à différentes informations détenues dans la cause. Faute de savoir à quels témoins, évidences médicales ou matérielles ou encore indices comportementaux, le recourant fait allusion, il n'y a pas lieu d'examiner plus avant son grief. On ne s'attardera pas sur la critique manifestement mal fondée du recourant qui reproche à l'expert de ne consacrer que onze lignes à la discussion relative à la crédibilité de la plaignante, alors que la discussion sur la crédibilité porte sur trois pages. Quant au reproche du recourant fait à l'expert de ne pas avoir tenu compte des témoignages des deux ex-amis de la victime ou encore d'une soi-disant erreur de celle-ci quant à la voiture du recourant, on observera que la cour cantonale a apprécié ces éléments desquels il ne ressort, selon elle, aucune tendance à l'affabulation de la part de la victime, appréciation dont le caractère arbitraire n'a pas été établi par le recourant. Dans ces conditions, on ne voit pas en quoi ces éléments auraient dû créer le doute chez l'expert. On ne s'attardera pas davantage au grief du recourant selon lequel l'expert n'aurait pas examiné si la victime aurait pu faire de telles déclarations sans un contexte expérientiel ni dans quel contexte les déclarations de la victime étaient intervenues, l'expert ayant traité ces différents points dans son expertise. Il en est de même du reproche fait à l'expert de ne pas avoir tenu compte du fait que c'est le père de la victime qui aurait suggéré le nom du recourant à celle-ci, alors que ce point est mentionné dans l'expertise, précision faite que le père a suggéré parmi d'autres le nom du recourant. Dès lors, les premiers juges et la cour cantonale ne sont pas tombés dans l'arbitraire en tenant compte d'une telle expertise, qui apparaît complète et conforme aux critères développés dans la jurisprudence. Le recourant essaie encore de qualifier d'arbitraire l'appréciation des juges cantonaux, qui ne pouvaient se fonder sur l'expertise au motif que l'expert se serait très clairement distancé de ses conclusions écrites lors des débats. Cependant, son grief ne répond pas aux exigences de motivation rappelées ci-dessus, dans la mesure où le recourant ne fait que reprendre ce grief déjà exposé en instance cantonale, sans démontrer en quoi la cour cantonale l'aurait rejeté à tort. Au demeurant, on peut se référer à la motivation de cette dernière. Finalement, il en est de même des reproches du recourant faits aux instances cantonales d'avoir ignoré certains éléments de nature à mettre sérieusement en doute la réalité des faits dénoncés, soit le développement psycho-affectif de la victime, qui ne correspondrait pas selon le recourant à celui d'une victime de viol, ou le fait que la victime ait pu dissimuler les faits à ses proches ou encore qu'elle ait fait état du viol dans le cadre d'un conflit qu'elle vivait avec ses parents pour qu'ils lui prêtent attention et alors que le recourant faisait déjà la une des journaux. En effet, comme relevé par l'autorité cantonale, soit ces éléments ont été traités par l'expert, soit ils ne reposent sur rien de concret, et faute pour le recourant de motiver l'arbitraire de telles appréciations, il n'y a pas lieu de les examiner.