Citation: I 652/04 03.04.2006 E. 3

Au regard des principes qui ont été développés, il s'agit d'examiner si les rapports figurant au dossier permettent de statuer à satisfaction de droit sur le caractère invalidant de la fibromyalgie diagnostiquée. 3.1 Il ressort desdits rapports que la recourante souffre, sans qu'une exagération des symptômes n'ait jamais été constatée, de douleurs aux vertèbres cervicales et lombaires, de céphalées, de troubles dysthymiques endoréactionnels, d'une personnalité instable, de troubles compulsifs du comportement alimentaire (crises boulimiques), d'un état dépressif chronique d'intensité moyenne à légère, de troubles du sommeil et de phobie sociale. Les investigations médicales pratiquées n'ont révélé aucune atteinte somatique pouvant expliquer cet état de santé (absence de pathologie osseuse, des tissus mous et de hernies discales). Cette symptomatologie douloureuse sans substrat organique objectivable a amené la très grande majorité des médecins consultés, y compris le docteur I.________, à poser le diagnostic de polyinsertionite ou de fibromyalgie. On notera que ce diagnostic n'a pas varié depuis le dépôt de la demande et que les médecins n'ont constaté aucun changement, sur le plan physique en tout cas (modifications vertébrales dégénératives mineures; pour le surplus, examens neurologiques, radiologiques et de laboratoire dans les normes), à l'exception de périodes de crise et de rémission. On ne possède par ailleurs que peu d'informations sur la vie sociale de l'intéressée. Il apparaît malgré tout que la vie familiale quotidienne est qualifiée de bonne globalement et que l'entente est plus que satisfaisante. Enfin, si la recourante a adopté une attitude coopérante, il n'en demeure pas moins, selon le docteur J.________, qu'elle reste dans l'attentisme passif d'une guérison qui tarde à venir, vivant sa condition, si ce n'est avec complaisance, en tout cas avec une parfaite intégration; elle manque de détermination à mettre tout en oeuvre afin de reprendre une activité compatible avec son état et de poursuivre l'effort raisonnable en vue de recouvrer sa capacité de gain (cf. ATF 123 V 233 consid. 3c, 117 V 278 consid. 2b, 400 consid. 4b et les arrêts cités). 3.2 Les médecins du COMAI, sans qu'il ne soit possible de mettre en doute leur objectivité ou de suspecter une éventuelle prévention à l'égard de l'intéressée (cf. ATF 124 V 175; arrêt B. du 26 juillet 2002 [I 19/02]), ont retenu une incapacité d'au plus 30 % tant dans l'ancien métier d'employée de banque que dans l'activité de ménagère. Le rapport d'expertise prend en considération les plaintes de la recourante; il a été établi en pleine connaissance de l'anamnèse; la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale sont claires; les conclusions sont dûment motivées (cf. ATF 125 V 352 consid. 3a). Les experts ont relevé que l'intéressée présentait une pathologie centrée sur des troubles rhumatologiques (limités, sans grande évolution depuis 1995 et clairement sous influence psychique) et psychiatriques (dépression réactionnelle, n'ayant jamais atteint le niveau de gravité le plus élevé). Outre la présence de tous les «tender points» nécessaires pour diagnostiquer une fibromyalgie, ils ont aussi noté la quasi normalité de tous les examens (neurologiques, radiographiques et de laboratoire) pratiqués et l'existence de périodes de rémission durant lesquelles la recourante ne présentait pas de psychopathologies invalidantes particulières. Tous les autres médecins consultés, antérieurement ou postérieurement à l'établissement du rapport d'expertise COMAI, ont abouti à des diagnostics identiques. Seules divergent leurs conclusions se rapportant à l'évaluation de la capacité de travail. Cette différence, étant donné la concordance de la totalité des avis émis sur les autres points, ne justifie pas d'écarter l'un ou l'autre rapport au motif que sa valeur probante serait inférieure. Cependant, dans la mesure où la grande majorité des praticiens consultés directement par l'intéressée, dont on sait, par expérience, qu'ils sont enclins à prendre parti pour leur patient en raison de la relation de confiance qui les unit (cf. ATF 125 V 353 consid. 3b/cc), s'est contentée de retenir une incapacité totale de travail, voire de 50 %, sans motiver plus avant leurs conclusions, il n'y pas lieu de prendre en considération leurs opinions à ce sujet (cf. notamment les rapports des docteurs P.________, U.________, Z.________ et F.________, ainsi que L.________ des 3 et 15 août 1995, 16 juillet et 29 décembre 1996 et 19 septembre 2000). On retiendra de surcroît que le docteur J.________ admettait, en 1995 déjà, qu'au vu des rachialgies et céphalées incontestables, mais aussi de l'absence de causes anatomiques et de la psychothérapie en cours, une capacité résiduelle de travail d'au moins 50 % (dès le 15 janvier 1996), pouvant aller jusqu'à 100 % ultérieurement (dès le 15 février 1996), était exigible; seul un état dépressif majeur aurait été susceptible de justifier un taux inférieur à 50 %, ce qui n'était pas le cas et ne l'a jamais été. Le docteur L.________, quant à lui, ne voyait pas de contre-indications professionnelles dues spécifiquement à la fibromyalgie et à la dépression chronique, mais estimait qu'en raison du retrait prolongé du monde du travail, critère économique et non médical dont l'assurance-invalidité n'a pas à répondre, on s'acheminait vers une invalidité totale (sur le rôle du médecin, cf. ATF 125 V 261 consid. 4, 115 V 134 consid. 2, 114 V 314 consid. 3c, 105 V 158 consid. 1). Au regard de ce qui précède, il n'existe donc aucun motif permettant de s'écarter de l'évaluation de la capacité de travail faite par les experts du COMAI. 3.3 La recourante reproche encore à la juridiction cantonale de ne pas avoir pris en considération la péjoration de son état de santé survenue depuis la fin de l'année 1999 («aucun fait nouveau sur le plan médical n'est postérieur au 3 mai 2001 [...] il ne s'agit que de l'aggravation inexorable des éléments constatés depuis longtemps déjà»). Son argumentation est une nouvelle fois erronée. Le rapport du 15 janvier 2003 de la doctoresse S.________ fait certes référence à des éléments antérieurs à la décision litigieuse (diagnostics), connus et admis par ses confrères, mais il est avant tout axé sur les plaintes existantes au moment de son établissement, sur des examens physiques et de laboratoires actuels et sur l'évolution des handicaps depuis le mois d'octobre 2002 (état dépressif marqué et syndrome fibromyalgique «dans une phase douloureuse importante»). Les mêmes remarques sont valables pour le rapport du 24 avril 2002 du docteur L.________; si le diagnostic posé est bel et bien identique à celui figurant dans son rapport du 19 septembre 2000, il mentionne toutefois expressément que la capacité de travail de l'intéressée est nulle, «pour le moment», et qu'une reprise de l'activité est quasi insurmontable en raison de l'arrêt de travail conséquent. Les appréciations apportées par les deux médecins dans leur rapport respectif constituent donc des faits dont il ne peut être tenu compte. En effet, le Tribunal fédéral des assurances apprécie la légalité des décisions attaquées, en règle générale, d'après l'état de fait existant au moment où elles ont été rendues (ATF 121 V 366 consid. 1). Les faits survenus postérieurement et qui ont modifié la situation doivent normalement faire l'objet d'une nouvelle décision administrative (ATF 117 V 293 consid. 4). Quant au rapport du 28 mai 2001 de la doctoresse V.________, il fait effectivement référence à la période antérieure à la décision litigieuse (amélioration, puis péjoration de l'état dépressif et des troubles alimentaires), mais n'apporte aucun élément qui ne soit déjà connu; les médecins du COMAI parlait également de périodes de rémission et de périodes de crise. En définitive, les rapports médicaux produits entre la date de l'expertise et la décision litigieuse n'établissent pas de péjoration de l'état de santé, mais laissent penser, au contraire, que la situation est restée stable, tout comme elle l'était depuis 1995. Le seul élément nouveau est le trouble du comportement alimentaire, présent depuis quinze ans aux dires de la doctoresse V.________ et dont il est fait mention pour la première fois dans le rapport du 30 août 2000 de la division de psychiatrie de liaison de l'Hôpital X.________. La doctoresse V.________, qui a suivi la recourante en 1992 et 1993, puis à partir de 1999, n'a pas jugé utile de le mentionner auparavant. Au regard de ce qui précède, rien ne permet de dire que l'état de santé se soit dégradé de manière telle qu'il ne corresponde plus, au moment de la décision litigieuse, à celui qui avait été constaté au moment de l'expertise. 3.4 L'intéressée critique encore l'évaluation de son invalidité. Reconnaissant certes l'influence réciproque de la fibromyalgie et des troubles psychiques, mais constatant que les médecins mandatés par le COMAI avaient oeuvré de manière totalement indépendante et que chacun d'eux avait retenu un taux d'incapacité de l'ordre de 20 à 25 %, elle soutenait que son incapacité globale ne pouvait être que bien supérieur au taux retenu, même si selon les experts, les incapacités de travail ne pouvaient pas simplement s'additionner. Cette argumentation est erronée dans la mesure où ce sont d'autres médecins qui ont fait une pondération des examens pratiqués par les docteurs E.________ et M.________. Bénéficiant d'une vision globale, ils ont intégré les différentes informations (troubles rhumatologiques limités, sans grande évolution depuis 1995 et clairement sous influence psychique, dépression n'ayant jamais atteint le niveau de gravité le plus élevé, etc.) pour aboutir au taux de 25 à 30 % d'incapacité de travail. Au regard de tout ce qui précède, on ne saurait dès lors tenir pour établi, au degré de la vraisemblance prépondérante (cf. ATF 126 V 360 consid. 5b, 125 V 195 consid. 2 et les références), que les affections dont souffre la recourante sont d'une intensité telle qu'elles entraînent, globalement, une incapacité de travail - et de gain - de 40 % ou plus, ouvrant droit à une rente, un abattement approprié tenant suffisamment compte des limitations liées aux handicaps de l'intéressée étant déjà compris dans cette évaluation.