Citation: I 244/06 20.06.2007 E. 1

6.2 Dans leur rapport du 15 novembre 1989, les docteurs T.________ et E.________ font état d'une superposition entre le fonctionnement psychique du recourant - à savoir celui d'un homme fragile présentant un système de défense paranoïaque mal structuré - et la réalité sociale de ce dernier - soit celle d'un ressortissant étranger se prétendant poursuivi dans son pays d'origine et tentant de trouver sa place dans un environnement dépourvu de ses repères habituels - . Ils expliquent qu'en réponse à une personnalité particulièrement insécurisée et à un système de défense paranoïaque mal structuré, l'assuré tente de combler son insécurité socio-professionnelle par somatisation en vue d'obtenir des avantages assécurologiques. Ils recommandent une prise en charge psychothérapeutique ainsi qu'une assistance sur le plan social afin de favoriser la réinsertion socio-professionnelle de l'intéressé. De son côté, le docteur Q.________ décrit un expertisé confronté à de multiples facteurs de stress psychosociaux ainsi qu'à des conflits émotionnels dont il n'a vraisemblablement conscience que partiellement et qu'il refoule en partie. En particulier, ce médecin souligne le fait que l'assuré ne s'est jamais réellement intégré en Suisse; qu'il n'est pas parvenu à stabiliser sa situation professionnelle; que ses relations sociales ne s'étendent pas au-delà de son cercle familial; qu'au terme de sa peine d'emprisonnement, il sera probablement expulsé du territoire suisse au risque d'être, pour la seconde fois dans sa vie, déraciné et séparé de sa famille contre son gré. Enfin, l'expert précise que même si le recourant a manifesté une attitude méfiante au cours de l'entretien, celle-ci se justifie indiscutablement au regard des épreuves subies dans son pays d'origine et de sa mauvaise intégration en Suisse. Pour autant, il ne considère pas que ce dernier souffre de stress post-traumatique, ni qu'il présente des traits paranoïaques ou pré-psychotiques ou encore un trouble de la personnalité. Il considère qu'une capacité de travail de 50 % est raisonnablement exigible et s'avérerait même bénéfique du point de vue thérapeutique. Il estime en revanche qu'un traitement psychothérapeutique n'entraînerait guère de rémission au syndrome de somatisation (rapport du 5 juillet 1999). Cela étant, aucune des pièces médicales ne permet de se convaincre que l'on se trouve en présence d'un trouble somatoforme douloureux invalidant au sens la jurisprudence précitée - ou de celle publiée aux ATF 130 V 352 mais inapplicable en l'espèce conformément aux principes évoqués supra (cf. consid. 2.1) - . Au vu des diagnostics ayant valeur de maladie aux yeux des spécialistes, il y a lieu de nier l'existence d'une co-morbidité psychiatrique d'une acuité suffisamment importante pour admettre qu'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de réintégrer un processus de travail, n'est pas exigible de la part du recourant. En outre, ce dernier n'a pas épuisé ses ressources adaptatives. En particulier, il n'est pas établi qu'il subisse une perte d'intégration sociale telle qu'il ne puisse réintégrer un processus de travail; au contraire, le docteur Q.________ considère qu'une réinsertion professionnelle s'avérerait favorable sous l'angle thérapeutique et les docteurs S.________ et E.________ recommandent expressément une assistance sociale en ce sens. L'intéressé ne présente pas non plus un état psychique cristallisé sans évolution possible au plan thérapeutique. Il n'y a pas lieu non plus de conclure à l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art. 6.3 Au regard des critères présidant à l'examen du caractère invalidant de troubles somatoformes douloureux, il n'apparaît pas que ceux-ci se manifestent in casu avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, ils excluent la mise en valeur de la capacité de travail du recourant. De surcroît, les experts imputent l'incapacité de travail qu'ils constatent essentiellement aux difficultés socio-culturelles rencontrées en Suisse par l'assuré. Or, de telles difficultés constituent des facteurs dont l'assurance-invalidité n'a pas à répondre (ATF 107 V 21; RCC 1991, p. 332 ss consid. 3c).