Citation: I 129/02 29.01.2003 E. 4

La juridiction cantonale s'est fondée sur les avis des experts rhumatologues et des experts psychiatres pour admettre que l'assuré disposait d'une pleine capacité de travail dans une activité adaptée, l'état dépressif léger diagnostiqué par le docteur X.________ ne constituant pas une atteinte de gravité suffisante pour qualifier d'invalidants les troubles somatoformes douloureux présentés par l'intéressé. 4.1 Sur le plan somatique, les docteurs O.________, V.________ et A.________ ont fait état de gonalgies droites, status après distorsion du genou droit et quatre interventions chirurgicales, cervicalgies chroniques, lombalgies basses. Ils ont fixé la capacité de travail de l'assuré à 40 % dans son ancienne occupation de serrurier et à 100% dans une activité adaptée à sa pathologie. Ces conclusions revêtent entière valeur probante au sens de la jurisprudence précitée. 4.2 Sur le plan psychique, les experts rhumatologues ont mentionné un état dépressif modéré, qui n'aurait pas d'influence sur la capacité de gain de l'assuré. De leur côté, les experts psychiatres ont diagnostiqué un syndrome douloureux somatoforme persistant et un trouble de l'adaptation avec réaction dépressive prolongée - correspondant respectivement aux affections F 45.4 de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision (CIM-10) de l'Organisation Mondiale de la Santé et F 43.21 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) de l'Association des psychiatres américains (American Psychiatric Association) - et fixé l'incapacité de travail du recourant à 50 % pour les deux années consécutives à leur rapport, «sans pouvoir exclure a priori une évolution psychopathologique, ce qui imposera une réévaluation du cas après ce délai». En présence de ces deux appréciations divergentes aussi bien quant à l'inventaire des troubles psychiques et à l'incapacité de travail en découlant, il convient d'accorder entière valeur probante aux conclusions des docteurs X.________ et D.________ - dont la psychiatrie est la spécialité - qui répondent en tous points aux exigences de la jurisprudence (cf. consid. 2 ci-dessus). 4.3 Dans ce contexte, l'appréciation du 27 novembre 2000 du docteur C.________, médecin traitant généraliste - postérieure à la décision administrative litigieuse - faisant état d'une aggravation des affections psychiques et fixant à 60-70% le taux global d'incapacité de travail du recourant pour les troubles physiques et psychiques n'est pas apte à mettre en doute l'appréciation des experts rhumatologues et psychiatres, pour les motifs indiqués par les premiers juges. Au demeurant, les médecins du Centre psycho-social neuchâtelois avaient expressément mentionné les deux évolutions possibles de l'état psychique du recourant et préconisé une réévaluation de son cas dans un délai de deux ans dès la date de son rapport (1er septembre 1999). 4.4 Contrairement à ce qu'ont considéré les premiers juges, le recourant ne présente pas uniquement un syndrome somatoforme douloureux, mais également un autre trouble psychique bien défini relevant d'une classification internationale reconnue. Par ailleurs, il ne ressort nullement de la jurisprudence citée au consid. 3.1 ci-dessus que seuls les troubles somatoformes douloureux liés à une comorbidité psychiatrique grave seraient susceptibles d'entraîner une invalidité au sens de la LAI, comme le retient le jugement entrepris. Une telle comorbidité constitue tout au plus l'un des critères, certes important, à prendre en considération dans le cadre d'une évaluation globale de la situation médicale. A cet égard, la signification donnée par la juridiction cantonale à la jurisprudence publiée dans la revue Pratique VSI 2000 p. 156 n'est pas exacte : dans l'arrêt en question, le Tribunal fédéral des assurances avait nié l'existence d'une incapacité de travail fondée sur des troubles somatoformes douloureux; il s'était notamment référé à un rapport psychiatrique excluant une comorbidité psychiatrique grave, mais ce document ne faisait que corroborer les conclusions d'une expertise psychiatrique complète, sur laquelle reposait la conviction du tribunal. En l'espèce, sont réunis un certain nombre de critères permettant d'apprécier le caractère invalidant du trouble somatoforme, conformément à la jurisprudence (comorbidité psychiatrique, affections corporelles chroniques, perte d'intégration sociale, caractère chronique de la maladie sans rémission durable). De surcroît, les éléments du dossier ne permettent pas de retenir une exagération des symptômes ou une simulation. Au contraire, selon les experts, l'aspect volontaire ne joue qu'un faible rôle en comparaison avec les mécanismes inconscients et les défenses mises en jeu que l'assuré ne maîtrise pas. 4.5 Par ailleurs, ces praticiens attribuent les difficultés psychiques du recourant exclusivement aux deux troubles diagnostiqués, soit à un substrat médical pertinent au sens de l'arrêt ATF 127 V 294, et non à pas des facteurs de nature socioculturelle, ethnique ou familiale. Ils expliquent essentiellement la présence des troubles psychiques par le fait que l'atteinte physique a représenté pour le recourant une perte incommensurable et produit une cassure qu'il n'a pas pu réparer dans son mode de fonctionnement sans le retour d'une image de lui valide et performante. De l'avis des experts, les affections psychiques dont souffre le recourant sont, à elles seules, de nature à entraver sa capacité de travail à raison de 50 %, soit de manière importante selon la jurisprudence précitée. 4.6 Ces constatations médicales sont suffisantes pour qu'on puisse se convaincre, en accord avec les critères dégagés par la jurisprudence citée au consid. 3, du caractère invalidant du trouble somatoforme douloureux associé au trouble de l'adaptation avec réaction dépressive prolongée, cela au moins pour les deux ans qui suivent la date du rapport d'expertise, une réévaluation de la situation s'imposant après cette cette période, selon les termes mêmes des experts pour lesquels le tableau psychopathologique présenté par l'assuré à la date de leur rapport était sujet à deux évolutions possibles, soit une éventuelle réintégration du monde du travail, soit une aggravation progressive de l'invalidité faisant obstacle à la reprise d'une activité lucrative. 4.7 Conformément aux conclusions des experts, il y a lieu de retenir que le recourant, même dans une activité adaptée à sa pathologie, présentait une incapacité de travail de 50 %, au plus tard à partir du mois de septembre 1999. Il convient en conséquence de renvoyer la cause à l'administration pour qu'elle détermine les incidences de l'incapacité de travail du recourant sur sa capacité de gain, en procédant à une comparaison des revenus, et statue à nouveau sur son droit à la rente.