Citation: 1C_708/2020 E. 4.2

4.2. En l'espèce, on comprend des intentions des autorités cantonales qu'elles entendent protéger le Château et ses abords au vu de l'intérêt particulier qu'ils représentent, dans leur ensemble, au niveau architectural et historique. Or, le classement, en tant qu'il concerne ces biens à sauvegarder, permet aux autorités cantonales responsables de la protection du patrimoine d'intervenir sur les choix de traitement architecturaux d'éventuels futurs travaux, ce pour une durée illimitée (cf. art. 27 et 54 LPNMS) et quels que soient les propriétaires ou les circonstances. En l'occurrence, comme l'a indiqué le Tribunal cantonal, l'intérêt à la sauvegarde du patrimoine pourrait se trouver en contradiction avec les intérêts architecturaux et économiques des recourants ou futurs propriétaires. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit dans le cadre des projets de transformations du Château soumis par les recourants, alors que le bien est inscrit à l'inventaire cantonal. Sans discussion entre les parties, ni le règlement communal sur le plan général d'affectation et la police des constructions (en particulier son art. 8.4) ni les autres mesures de protection prévues par la réglementation cantonale ne permettaient d'empêcher la réalisation de travaux portant atteinte aux biens protégés. Dans ces circonstances, l'appréciation de l'autorité précédente consistant à dire que seul le classement global est apte à atteindre le but de protection nécessaire à garantir la préservation du domaine n'apparaît pas critiquable. Par ailleurs, le Chef du DFIRE relève dans sa décision du 20 janvier 2020 levant les oppositions au projet de classement que la mesure de protection litigieuse n'empêchera pas que des travaux de rénovation soient effectués sur le bâtiment. L'arrêt attaqué souligne en outre que la collaboration mise en place concrètement pour les travaux intérieurs donnant lieu à la procédure de classement s'est apparentée à celle qui devrait s'opérer en cas de classement. On ne distingue dès lors pas, avec l'autorité précédente, en quoi la situation des recourants serait dans les faits péjorée par la décision entreprise. Quant aux futures restrictions de police des constructions, respectivement mesures de protection qui découleront du classement, leur légitimité pourra toujours faire l'objet d'un contrôle dans le cadre de la délivrance - cas échéant d'un refus - d'une autorisation de construire. S'agissant enfin de l'incidence du classement sur " la valeur vénale et l'aliénabilité de l'objet " qui serait " objectivement difficilement contestable ", les recourants ne fournissent guère d'explications précises à l'appui de leur propos, se limitant à des déclarations générales. Contrairement à ce qu'ils allèguent, l'instance précédente a pris le soin d'opposer la mesure litigieuse à leurs intérêts économiques, relevant que le classement ouvrira la voie à des subventions et qu'il sera donc potentiellement favorable. Elle a en outre noté qu'il ne ressortait ni du dossier ni des déclarations des recourants que les travaux récemment effectués auraient fait l'objet de coûts supplémentaires si le bâtiment avait été classé. Quant à la perte de rendement, elle n'était aucunement objectivée, les recourants n'ayant pas allégué que le rendement actuel ou en cas de classement serait insuffisant à en assurer l'entretien régulier ou à en tirer un revenu raisonnable. Les recourants ne fournissent ainsi aucun élément qui commanderait de remettre en cause la pondération des intérêts opérée par le Tribunal cantonal. Ils n'allèguent pas non plus que les coûts de rénovation ou encore la réduction du nombre de logements de leur projet initial les empêcherait d'obtenir un rendement suffisant de leur investissement; quoi qu'il en soit, la seule diminution des expectatives de rendement que pourrait entraîner le classement n'est en elle-même pas suffisante à empêcher la mesure de protection litigieuse, l'intérêt privé à une utilisation financière optimale de l'immeuble devant en principe céder le pas devant l'intérêt public lié à la protection des monuments et des sites bâtis (cf. ATF 126 I 219 consid. 2c; arrêt 1C_72/2017 du 14 septembre 2017 consid. 7.3.2).