Citation: 1C_206/2021 E. 3.4

3.4. En l'occurrence, il convient d'admettre avec l'instance précédente que le recourant a épousé une ressortissante suisse le 8 avril 2006, puis a introduit une demande de naturalisation facilitée le 2 avril 2013. Il a obtenu la nationalité suisse par décision du 26 février 2014 entrée en force le 30 mars 2014, après avoir signé le 2 avril 2013 une déclaration de vie commune confirmant la stabilité de son mariage. L'instance précédente pouvait considérer que le recourant a entretenu une relation extra-conjugale qui a débuté, au plus tard, moins de 4 mois après l'obtention de la nationalité suisse. Nonobstant l'argument avancé par le recourant selon lequel ne figure au dossier aucune donnée précise sur la durée de la relation avec E.________, il faut prendre en considération le fait que le recourant a reconnu entretenir une relation extra-conjugale et être le père de deux enfants conçus hors mariage environ en juillet 2014 et février 2017. Bien qu'il ait qualifié la première naissance comme le fruit d'une aventure et d'un écart, plusieurs éléments du dossier contredisent cette affirmation laissant entrevoir que le recourant menait une liaison parallèle. Ainsi, force est de constater que lorsque qu'en juin 2018 son épouse a eu connaissance de la relation extra-conjugale, le couple constitué par E.________ et le recourant avait déjà donné naissance à un premier enfant de trois ans. Cette relation avait été encore consolidée par la seconde naissance intervenue en 2017. Le caractère durable de ce couple ressort également du courrier anonyme du 4 juin 2018 et du procès-verbal de constatation établi par l'huissier de justice. Le Tribunal administratif fédéral pouvait arriver à la conclusion que cette double vie s'est très vraisemblablement poursuivie durant plusieurs années, parallèlement à son mariage avec son épouse suisse. Cette interprétation est d'ailleurs corroborée par le procès-verbal de constatation du 31 octobre 2018 attestant que E.________ se fait appeler "épouse A.________", qu'elle figure sur des photos dans l'uniforme des festivités s'apparentant à un mariage coutumier, qu'elle y porte un enfant visiblement nouveau-né alors que le recourant et un autre enfant y figurent également. Le Tribunal administratif fédéral pouvait également accorder foi aux déclarations de l'épouse qui a indiqué que, sept ans après leur mariage, le comportement de son époux avait radicalement changé, soulignant qu'il n'avait plus le temps de faire sortir sa femme comme ils en avaient l'habitude; il ne mangeait plus à la maison et trouvait mille et une excuses pour ne pas remplir ses devoirs conjugaux. Certes, comme le relève le recourant, le procès-verbal du 31 octobre 2018 indique que les époux ont vécu le parfait amour jusqu'en 2018. Toutefois, ledit procès-verbal avait pour but d'attester la réalité du compte Facebook de E.________ et non pas de qualifier les relations conjugales entre les époux. Le recourant a lui-même indiqué au SEM que leur relation avait "connu des hauts et des bas" et que "seul l'écoulement du temps les a progressivement éloignés l'un de l'autre", attestant lui aussi des difficultés rencontrées par les époux bien avant le procès-verbal du 31 octobre 2018. L'autorité précédente pouvait ainsi accorder foi aux déclarations de l'épouse sur ce point. Le Tribunal administratif fédéral a également relevé que le SEM avait mentionné à l'encontre du recourant la forte différence d'âge au sein du couple, son épouse étant de vingt-cinq ans son aînée, l'autorité soutenant en outre que cette dernière n'aurait pas le profil type de l'épouse en Côte d'Ivoire. L'autorité précédente a toutefois apprécié cet argument avec prudence car on ne saurait exclure toute union s'écartant un tant soit peu des normes sociales prévalant dans un pays donné. Le recourant soutient que l'autorité inférieure se serait laissée aller à des hypothèses ou des suppositions pour le moins douteuses en affirmant que le recourant aurait eu un désir d'enfant. Il oublie toutefois avoir indiqué précédemment au SEM que, comme dans toute relation, son union avait connu des hauts et des bas et qu'en particulier l'âge plus avancé de son épouse avait eu pour conséquence que le couple n'avait malheureusement pas pu avoir d'enfants ensemble, faisant ainsi transparaître une certaine déception. Dans ce contexte, l'autorité inférieure souligne, à juste titre, qu'on peine à penser que le désir d'avoir des enfants soit intervenu seulement après la clôture de la procédure de naturalisation, d'autant plus que le recourant a conçu un enfant avec sa concubine quelques mois déjà après l'obtention de la naturalisation. Enfin, le Tribunal administratif fédéral pouvait également prendre en considération que l'intéressé a affirmé vouloir poursuivre son mariage formel avec son épouse suisse, tout en ayant parallèlement fondé une famille avec femme et enfants. Il reproche même à son épouse d'être à l'origine de la séparation et de vouloir lui causer du tort en demandant le divorce. L'instance précédente pouvait considérer que la conception du mariage du recourant est incompatible avec celle définie par les dispositions du code civil suisse sur le droit du mariage, à savoir une union contractée en vue de la constitution d'une communauté de vie étroite, au sein de laquelle les conjoints sont prêts à s'assurer mutuellement, fidélité et assistance et qui est envisagée comme durable. Le Tribunal administratif fédéral n'a pas excédé son pouvoir d'appréciation en considérant que les moyens de preuve versés en cause ainsi qu'un faisceau d'indices convergents permettaient de conclure, au niveau de la vraisemblance prépondérante, qu'à tout le moins, lors de l'octroi de la naturalisation facilitée en février 2014, le recourant avait une conception du mariage diamétralement opposée à celle qu'avait en vue le législateur lorsqu'il a créé la naturalisation facilitée. La communauté conjugale formée par le recourant et son épouse ne revêtait ni la stabilité, ni l'intensité requises durant la procédure de naturalisation. Le recourant a dès lors obtenu la naturalisation facilitée sur la base de déclarations mensongères ou d'une dissimulation de faits essentiels. Il en découle que les conditions d'application de l'art. 36 LN sont réunies; le Tribunal administratif fédéral n'a pas violé le droit fédéral en confirmant l'annulation de la naturalisation facilitée octroyée au recourant.