Citation: 4A_531/2014 E. 2.2

2.2. Si une partie veut mettre fin au contrat pour de justes motifs, il est indispensable que le destinataire de la manifestation de volonté puisse comprendre qu'il ne s'agit pas d'une résiliation ordinaire; l'allégation de justes motifs ultérieurement dans la procédure ne saurait remédier au fait que l'auteur du congé, au moment d'exercer son droit formateur, n'a pas exprimé une telle volonté. Le juge a certes la faculté de convertir le congé dans certaines hypothèses, mais il ne peut suppléer une volonté qui n'a pas été manifestée en convertissant un congé ordinaire en un congé extraordinaire qui n'a pas été donné (cf. ATF 135 III 441 consid. 3.3). En l'espèce, le congé a été donné sans aucune référence à l'art. 266g CO, et sans qu'il soit question de justes motifs ou de résiliation extraordinaire; il était tout simplement indiqué que l'immeuble, à cause de son état général, serait démoli, sans précision qu'une telle opération serait urgente. De surcroît, la résiliation respectait le terme contractuel fort éloigné. Dans ces circonstances, les intimés devaient penser à un congé ordinaire, rien ne leur permettant d'inférer une volonté de donner un congé extraordinaire (cf. arrêt précité 4A_594/2010 consid. 2.3). Pour cette raison aussi, une résiliation pour justes motifs devait être rejetée. La recourante objecte que l'autorité précédente la sanctionne alors qu'elle a adopté un comportement favorable à la locataire, puisque le délai de congé jusqu'au terme contractuel était plus long que le délai de congé prévu en cas de résiliation pour justes motifs (cf. art. 266g CO). A défaut d'urgence d'évacuer le bâtiment et, partant, de justes motifs pour une résiliation extraordinaire, l'objection est sans fondement. En définitive, la recourante a donné le congé durant la période de protection, sans qu'il n'existe de justes motifs; ce congé était partant annulable (art. 271a al. 1 let. e et al. 3 let. e CO). Le fait que la recourante aurait pu attendre quelques mois et donner un congé ordinaire pour le même terme une fois la période de protection échue est sans pertinence (cf. DAVID LACHAT, Le bail à loyer, 2008, p. 751 s.; PETER HIGI, Zürcher Kommentar, 1996, n° 271 ad art. 271a CO). La recourante doit supporter les conséquences de la réglementation légale et ne saurait reprocher aux intimés de s'en prévaloir.