Citation: U 263/05 24.04.2006 E. 4

4.1 En l'occurrence, si tous les médecins consultés s'accordent sur le fait que le recourant a été atteint d'une thrombose de l'artère poplitée gauche, ils émettent des thèses différentes au sujet de son étiologie. En particulier, le docteur G.________, spécialiste FMH en chirurgie et médecin-conseil de la CNA, a évoqué l'existence d'un entrapment-syndrom et de troubles de la coagulation (cf. rapport du 9 mai 2003, p. 7). De son côté, l'expert M.________ a suspecté la maladie de Bürger. Quant à leur confrère A.________, il a estimé que la thrombose résultait d'une dissection de la paroi de l'artère poplitée provoquée par la distorsion de la cheville. Cette seule circonstance n'empêche toutefois pas la Cour de céans de statuer, dès lors que le dossier médical est suffisamment instruit pour exclure, au degré de vraisemblance requis, tout lien de causalité entre la distorsion de la cheville gauche et l'affection précitée. En effet, appelé à se déterminer sur l'existence d'un rapport de cause à effet entre l'accident du 22 mars 2002 et le trouble diagnostiqué, le docteur H.________, qui a participé à la prise en charge de l'assuré lors de son hospitalisation en urgence le 31 mars 2002, l'a qualifié de peu probable. De son côté, le docteur B.________, chirurgien orthopédique auprès de Y.________ qui a opéré l'intéressé, atteste n'avoir jamais constaté, au cours de sa carrière, d'accident thrombotique aigu après une banale entorse de la cheville (rapport du 12 août 2002). De même, le docteur E.________ a indiqué que sur les dix mille cas de distorsion du pied annoncés par année à la CNA, aucun n'a entraîné une affection similaire à celle du recourant. Quant à l'expert M.________, il a relevé que si la distorsion de la cheville gauche a pu entraîner une sédentarité accrue ainsi qu'une augmentation de la consommation d'alcool et de tabac durant l'arrêt de travail, elle ne peut en revanche pas, en tant que telle, être immédiatement responsable de la thrombose artérielle poplitée gauche. Enfin, il ressort de l'appréciation médicale du docteur G.________ du 5 avril 2004 qu'un rapport de cause à effet entre l'immobilisation d'une extrémité et l'obturation d'une artère n'apparaît tout au plus que possible. 4.2 Les premiers juges ont simplement ignoré le certificat médical du docteur A.________, produit pourtant en procédure cantonale. L'appréciation de ce médecin selon laquelle il est certain que la thrombose artérielle poplitée est la conséquence du traumatisme subi, se fonde sur la double hypothèse que l'entorse aurait entraîné une dissection de la paroi artérielle qui aurait à son tour pu causer une thrombose du vaisseau. De telles considérations ne trouvent toutefois appui ni dans les pièces du dossier ni, comme l'ont attesté les docteurs E.________ et B.________ (cf. consid. 4.1), dans l'expérience médicale. Le docteur A.________ admet d'ailleurs qu'une dissection de l'artère poplitée est rarement causée par une entorse de la cheville, sans qu'il puisse au demeurant citer de tels cas. Son opinion, isolée par rapport à celle de ses cinq confrères, ne saurait dès lors être suivie. On doit plutôt en déduire qu'il s'agit tout au plus, selon les principes applicables en matière de causalité naturelle, d'une cause possible. Dans ces circonstances, on ne saurait admettre, au degré de vraisemblance requis en matière de preuve, l'existence d'un lien de causalité naturelle entre l'accident du 22 mars 2002 et les troubles artériels subis par le recourant, si bien que la caisse intimée était en droit de refuser d'allouer ses prestations au-delà du 20 mai 2002. Le dispositif du jugement entrepris n'est dès lors pas critiquable.