Citation: 4P.255/2004 17.03.2005 E. A

X.________ SA (ci-après: X.________) a son siège à Genève; son but est notamment le commerce international de biens, en particulier entre l'Europe et l'Asie. Z.________ SRL a son siège en Italie. Cette société fabrique du «cefoperazone sodium sterile»; destiné à la manufacture du médicament, ce produit a une durée de vie limitée et doit être constamment réfrigéré. Dans le but d'exporter du cefoperazone en Chine, X.________ a invité Z.________ à lui faire une offre pour la vente de ce produit. La société italienne n'a pas souhaité avoir un rapport direct avec X.________, qu'elle ne connaissait pas. Ainsi, elle a demandé à la société suisse d'adresser sa commande à Y.________ B.V. (ci-après: Y.________). Société néerlandaise active dans le domaine du commerce international de matières premières pour l'industrie chimique et médicale, Y.________ a une succursale à Lugano. Le 12 novembre 1998, X.________ a commandé à Y.________ 2000 kg de cefoperazone, à 445 USD le kilo; la marchandise devait être livrée franco à Milan à fin janvier 1999 (premier lot de 1000 kg) et à fin février 1999 (deuxième lot de 1000 kg). Ces lots devaient être accompagnés de l'IDP (Import Drug Permit), indispensable pour l'importation en Chine de produits pharmaceutiques. Les deux lots ont été livrés à Milan, respectivement le 2 février 1999 et le 15 mars 1999. A l'époque, X.________ ne s'est plainte d'aucun retard de livraison. Le 18 janvier 1999, X.________ a commandé à Y.________, aux mêmes conditions, un troisième lot de 1000 kg à livrer fin mars 1999 et un quatrième lot à l'échéance de fin avril 1999. Cette commande était conditionnée à la livraison du premier lot de 1000 kg pour fin janvier 1999. Le troisième lot a été livré le 31 mars 1999; X.________ l'a assuré auprès de la Compagnie d'assurances A.________. Le 26 avril 1999, X.________ a indiqué à Y.________ que son client chinois entendait reporter en septembre 1999 l'expédition des troisième et quatrième lots, en raison d'un ralentissement du marché intérieur et d'une disponibilité limitée en devises. A la demande de Y.________, Z.________ a accepté de retarder quelque peu la livraison du quatrième lot de 1000 kg et accordé un rabais de 20 USD sur ce lot. Celui-ci a été livré à Milan le 3 juin 1999. X.________ l'a assuré «pro bono pacis», en indiquant être déliée de toute responsabilité pour sa vente. Le troisième lot a été écoulé par X.________ sur le marché chinois en deux sous-lots de 500 kg. Pour le second sous-lot, elle a obtenu de Y.________ et du fabricant italien un rabais, le prix étant fixé à 370 USD le kilo. Pour cette transaction, Y.________ a adressé à X.________, le 1er décembre 1999, une facture de 185 000 USD. Après avoir sollicité en vain une nouvelle réduction de prix, X.________ n'a payé à sa créancière que 122 500 USD en date du 16 mai 2000; elle justifiait cette diminution unilatérale du prix de 62 500 USD par le fait que son client chinois avait retenu un montant égal au 30% de sa propre facture, au motif que le second sous-lot contenait des déchets en plastique, provenant en réalité de la corde de fermeture des sacs. Le 29 février 2000, Z.________ a informé Y.________ qu'elle acceptait de reprendre le quatrième lot de 1000 kg moyennant le paiement de la différence entre le prix facturé et le prix du marché, du coût du retraitement du produit et de celui de la perte de matière causée par ce dernier (160 kg). Le 14 mars 2000, Y.________ a restitué le quatrième lot à Z.________, puis celle-ci a notifié à celle-là quatre factures portant sur les montants suivants: - 51 200 USD pour la perte de 160 kg de cefoperazone; - 63 000 000 LIT pour le retraitement des 840 kg restants; - 46 200 000 LIT pour la lyophilisation de ces 840 kg; - 90 500 USD à titre d'indemnité pour la dépréciation du cefoperazone sur le marché. Le 14 mars 2000 également, X.________ a exposé à Y.________ que la première commande avait été exécutée imparfaitement; elle faisait valoir que les délais de livraison n'avaient pas été respectés et que l'IDP n'avait été fourni qu'à la dernière minute par le producteur italien. En mai et juin 2000, Y.________ a adressé à X.________ quatre factures identiques à celles qu'elle avait reçues de Z.________ pour le retraitement du quatrième lot. Par courrier du 7 juillet 2000, Y.________ a mis X.________ en demeure de payer, d'une part, 62 500 USD à titre de solde de la facture du 1er décembre 1999 relative au troisième lot et, d'autre part, les montants des quatre factures précitées. X.________ n'a pas donné suite à la mise en demeure. Le 9 novembre 2001, la société italienne a ouvert action contre Y.________ devant un tribunal italien pour le paiement des quatre factures susmentionnées.