Citation: 5A_683/2021 E. 4.3

4.3. En tant que la recourante se plaint d'une appréciation anticipée arbitraire des preuves, il est douteux que sa critique soit suffisamment détaillée au regard des exigences de motivation requises par l'art. 106 al. 2 LTF (cf. supra consid. 2.1 et 2.2), la recourante n'exposant en particulier pas scrupuleusement en quoi chaque pièce requise permettrait d'établir quel fait pertinent pour l'issue du litige, mais se limitant à soutenir que la production de " pièces comptables plus détaillées " aurait permis d'établir les faits qu'elle allègue. Cette question peut toutefois demeurer ouverte au vu des considérations qui vont suivre. Certes, comme le relève à juste titre la recourante, lorsqu'il existe une unité économique entre une société anonyme et un actionnaire unique ou principal, il peut se justifier, dans les procès du droit de la famille, de déterminer la capacité contributive du débirentier qui maîtrise économiquement la société en application des règles relatives aux indépendants, autrement dit, de tenir compte du bénéfice de la société. En effet, si, en vue de la procédure, un époux se laisse soudainement employer par la société qu'il maîtrise économiquement à un salaire largement inférieur à celui qu'il réalisait auparavant, sans que cette diminution soit justifiée du point de vue de l'entreprise, il doit être considéré comme s'il avait intentionnellement diminué son revenu (arrêt 5A_392/2014 du 20 août 2014 consid. 2.2 et les références). Dans un tel contexte, il se justifierait de s'écarter des fiches de salaire au moment de fixer le revenu pris en compte pour calculer les contributions d'entretien, notamment en tenant compte du bénéfice de l'entreprise. Ainsi, il est vrai que la cour cantonale se méprend lorsqu'elle retient que pour déterminer le revenu de l'époux - pertinent pour savoir s'il convient d'entrer en matière sur la requête de modification, puis le cas échéant, pour recalculer les pensions - l'évolution de la situation financière des sociétés qu'il maîtrise est, en soi, sans influence sur l'issue du litige. La plupart des arrêts cités par l'intimé dans sa réponse pour dénier l'application du principe de la transparence sont à cet égard dénués de pertinence, dès lors qu'ils ont trait aux principes applicables en matière de LP, notamment de séquestre, non pas à ceux qui prévalent en droit de la famille. Ce nonobstant, la recourante n'établit pas qu'il était arbitraire, dans les circonstances particulières du cas d'espèce, de s'en tenir aux fiches de salaire de l'époux pour établir le revenu de celui-ci, dès lors qu'il a rendu vraisemblable que sa diminution de salaire était en l'occurrence justifiée du point de vue de la situation financière délicate de ses sociétés. Elle ne démontre pas non plus qu'en rejetant les mesures d'instruction litigieuses, la cour cantonale aurait procédé à une appréciation anticipée des preuves arbitraire. En particulier, en tant que la recourante affirme que l'effectivité de l'augmentation des coûts des employés temporaires et de la main d'oeuvre externe de F.________ SA en 2019 n'était corroborée que par les déclarations de son époux qui évoquait un chantier d'envergure, dont la réalité n'avait selon elle jamais été démontrée, elle omet qu'en réalité, il ressort de l'arrêt cantonal (p. 12-13) que l'expert-comptable L.________, entendu en qualité de témoin, avait lui aussi indiqué que le résultat négatif des deux dernières années était notamment dû à un chantier pour lequel il avait fallu engager beaucoup de personnel temporaire. Celui-ci avait d'ailleurs également évoqué d'autres éléments qui permettaient d'expliquer l'état de surendettement de la société, à savoir notamment une pression sur les prix entraînant une diminution des marges, l'emprunt d'argent pour créer une nouvelle usine, ainsi que la situation liée au Covid. En tant que la recourante fait valoir que L.________ avait dit ne pas être en mesure de fournir plus d'informations sur le poste employés temporaires en 2019 sans avoir les documents requis, elle méconnaît que ce témoin a également relevé, selon les faits retenus dans l'arrêt cantonal - qui lient le Tribunal fédéral (cf. supra consid. 2.2) - que toutes les informations à cet égard figuraient toutefois dans les comptes et qu'il ne pensait pas que ce poste avait été surévalué ou que le fait de disposer du grand livre permettrait d'en savoir plus sur la situation de la société. Par ailleurs, ce témoin avait aussi indiqué qu'il était réviseur de F.________ SA depuis 9 ou 10 ans et qu'il ne lui semblait pas possible que l'époux ait volontairement créé la situation de surendettement de cette société (arrêt cantonal, p. 15). Quant au témoin I.________, il avait certes estimé qu'il serait utile d'avoir les grands livres 2019 à 2020 et ceux du premier trimestre 2021, ainsi que les carnets de commande 2021 et les justificatifs de salaires envoyés à l'AVS, mais avait toutefois précisé qu'il lui semblait que le réviseur des comptes avait bien fait son travail et qu'il avait dû examiner les mêmes questions dans le cadre de l'évaluation des actifs de la société aux valeurs de liquidation (arrêt cantonal p. 14). On relèvera au demeurant que parmi les pièces requises par la recourante, il ne semble pas que figurent les grands livres 2020 et du premier trimestre 2021, pas plus que les carnets de commande 2021, et la recourante ne soutient d'ailleurs pas expressément que tel serait le cas. Il sera enfin souligné que dans sa réponse, l'intimé fait valoir qu'il a en réalité produit les pièces requises 151 à 157 et 159 à 167 - ce que la recourante ne conteste pas dans sa réplique - et que des pièces portant ces numéros figurent effectivement au dossier. En définitive, par sa critique, la recourante ne démontre pas, conformément aux exigences de l'art. 106 al. 2 LTF, que l'appréciation anticipée des preuves à laquelle s'est livrée la cour cantonale pour rejeter ses réquisitions de production de pièces était insoutenable.