Citation: C 12/03 10.07.2003 E. 4

Il est constant que l'assuré a fait face, dès la fin de l'année 1999, à d'importantes difficultés dans l'accomplissement de ses tâches professionnelles au service de X.________ SA. En sa qualité de chef comptable, il a ainsi dû négocier des délais de paiement avec les fournisseurs de la société à une époque où celle-ci rencontrait des problèmes de trésorerie, tout en sachant qu'elle ne tiendrait pas ses engagements en temps voulu. Par ailleurs, le directeur de la société se désintéressait de ses activités, ce qui plaçait l'intimé dans la position de «principal interlocuteur disponible» à l'égard des créanciers, comme l'a exprimé l'administrateur de Y.________ SA, l'un des fournisseurs de X.________ SA. En l'occurrence, ces éléments démontrent que l'intimé occupait une position délicate au sein de la société, en ce sens qu'il se trouvait directement confronté au mécontentement des créanciers de son employeur et devait mener des négociations difficiles avec eux. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à rendre inexigible la continuation des rapports de travail, du moins jusqu'au moment où T.________ aurait été assuré d'obtenir un autre emploi. Le fait qu'une société n'arrive pas à faire face à ses obligations financières entraîne souvent des répercussions négatives sur le climat de travail, tant pour les employeurs que pour les employés. La situation inconfortable que peuvent alors subir les salariés, notamment dans leurs rapports avec les créanciers de leur employeur, - telle celle qu'a connue l'intimé - ne justifie cependant pas, au regard du devoir des assurés d'entreprendre tout ce qu'on peut raisonnablement exiger d'eux pour éviter le chômage prévu à l'art. 17 al. 1 LACI, qu'ils quittent leur poste sans en avoir retrouvé un autre. En particulier, on ne voit pas en quoi, comme l'a retenu la juridiction cantonale, la réputation professionnelle de l'intimé risquait d'être mise en cause, dans la mesure où il agissait en qualité d'employé de X.________ SA et non pas en son propre nom. Aux yeux des créanciers, c'est bien la société qui ne remplissait pas ses engagement à leur égard, ce qui ressort des déclarations de l'un des administrateurs de Y.________ SA selon lesquelles l'intimé «occupait une position particulièrement inconfortable, de part sa fonction de tampon entre la direction de X.________ et ses nombreux créanciers» (cf. courrier de Y.________ SA du 8 juillet 2002). Au demeurant, ce créancier a également confirmé en procédure cantonale que les promesses de paiement données par l'intimé avaient toujours été finalement honorées, même si c'est avec un retard important (cf. courrier de Y.________ SA du 18 juillet 2002). En soi, le fait de négocier des délais de paiement avec les fournisseurs, ce qui est susceptible de provoquer certaines tensions entre les interlocuteurs, n'a rien d'exceptionnel pour un chef comptable, fonction qu'occupait l'intimé et dont il s'est acquitté à la satisfaction de son ancien employeur (cf. certificat de travail du 29 mai 2000). Par ailleurs, les difficultés financières de la société ne suffisent pas en tant que telles à justifier la dénonciation du contrat de travail par l'intimé avant d'avoir trouvé un autre poste. Même si, comme l'ont retenu les premiers juges, les problèmes de trésorerie pouvaient impliquer un risque de faillite pour la société, une résiliation sans assurance préalable d'obtenir un nouvel emploi se justifiait d'autant moins qu'en cas d'insolvabilité de la société, l'intimé aurait eu droit à une indemnité pour ce motif aux conditions posées par les art. 51 ss. LACI (voir arrêt non publié S. du 24 janvier 1994, C 96/93). En outre, selon ses propres déclarations (cf. procès-verbal d'audience du 17 juin 2002), l'intimé n'a entrepris des démarches en vue de retrouver un emploi qu'après avoir résilié son contrat de travail à la fin du mois d'avril 2000, ce qui permet de douter que la situation fût devenue «intenable», comme il l'exprime, au début de cette année. Dans ces conditions, on doit constater qu'on pouvait exiger de l'intimé qu'il conservât son emploi au sein de la société jusqu'à ce qu'il fût assuré d'avoir obtenu un nouveau travail. C'est donc à juste titre que l'administration a prononcé une suspension à son égard en application des art. 30 al. 1 let. a LACI et 44 al. 1 let. b OACI.