Citation: 2A.618/2003 15.03.2004 E. 1

4.4 Pour la pesée des intérêts, l'intensité du lien conjugal constitue un critère très important. Plus ce lien est intense, plus le refus de délivrer une autorisation de séjour doit être prononcé avec retenue (Alfred Kohler, Die Reneja-Praxis des Bundesgerichts, in ZBl 86/1985 p. 513 n. 4 p. 517; arrêt du 21 mars 1997 (2A.284/1996) en la cause S., non publié). Or, en l'espèce, l'intensité du lien conjugal du recourant n'est pas de nature à favoriser l'octroi d'une autorisation de séjour. En effet, le recourant ne vit pas en communauté avec sa femme et ses enfants. Lors de ses différentes auditions par la police, il a régulièrement déclaré qu'il séjournait, au gré des circonstances, auprès de différents amis, dont il ne communiquait jamais l'adresse. Ses explications selon lesquelles il ne vivait pas auprès des siens pour éviter à ses enfants les traumatismes des intrusions policières sont pour le moins surprenantes; s'il menait une existence régulière, hors du milieu de la drogue, le recourant ne ferait pas l'objet d'interventions policières et ses enfants n'auraient pas à être préservés des "visites" des forces de l'ordre. Rien ne s'opposerait à ce que le recourant et les siens vivent une vraie vie de famille, comme ils déclarent y aspirer, si le recourant était capable de s'abstenir de consommer et de vendre des produits stupéfiants et d'être ainsi mêlé au milieu lié à ce trafic. En l'absence de vie commune, la relation du recourant avec ses enfants ne peut pas être qualifiée d'étroite. Etant sans domicile fixe, le recourant n'a pas la possibilité de les rencontrer dans des conditions propices à l'épanouissement de liens paternels stables. Selon les déclarations de sa femme - au demeurant non établies par pièces - le recourant contribue à l'entretien de ses enfants en fonction de ses moyens. En réalité, la situation du recourant est assimilable à celle d'un père exerçant un droit de visite limité et s'acquittant occasion- nellement d'une contribution alimentaire. Quant à l'intérêt privé d'un étranger à obtenir une autorisation de séjour, lorsqu'il dispose d'un simple droit de visite sur ses enfants bénéficiant du droit de résider en Suisse, il faut rappeler que le parent peut en principe l'exercer même s'il vit à l'étranger, au besoin en aménageant les modalités de ce droit quant à sa fréquence et à sa durée. A la différence de ce qui se passe en cas de vie commune, il n'est pas indispensable que le parent au bénéfice d'un droit de visite et les enfants vivent dans le même pays (ATF 120 1 b 22 consid. 4a p. 25). Sur le plan personnel, le recourant a démontré, au travers de l'accumulation des infractions et par son comportement général, qu'il n'entendait pas réellement s'intégrer dans le canton de Genève. Le recourant n'y a d'ailleurs aucun lien, en dehors des relations familiales avec sa femme et ses enfants, desquels il s'est volontairement distancé pour mener l'existence marginale qu'il a choisie. Son mariage et la naissance de ses enfants n'ont pas eu d'influence sur son mode de vie et ne l'ont pas incité à exercer une activité professionnelle stable, lui permettant d'entretenir complètement sa famille. Compte tenu de l'inadaptation sociale du recourant, le risque de récidive en matière d'infractions et de délits pénaux est élevé. II y a lieu également de relever que le recourant n'a pas manifesté le moindre signe d'une volonté de changement et impute à son absence de statut la situation précaire dans laquelle il se complaît. Sa condamnation en août 2003, pour des faits remontant au printemps 2003, est à cet égard révélatrice: alors même que la procédure liée à l'autorisation de séjour sollicitée était en cours et qu'il ne pouvait pas ignorer que son comportement était décisif en vue de cet octroi, le recourant n'a pas renoncé à ses activités délictueuses. 4.5 Compte tenu de l'ensemble des circonstances, l'intérêt privé du recourant à rester en Suisse et à maintenir les relations ténues qu'il entretient avec sa femme et ses enfants ne l'emporte pas sur l'intérêt public à l'éloigner. Le recourant a en effet démontré qu'il n'entendait pas respecter l'ordre établi et n'a fourni aucune garantie quant à un changement de comportement dans l'avenir. Ainsi, l'autorité intimée a procédé à une pesée des intérêts en présence qui n'est pas critiquable au regard des art. 7 LSEE et 8 CEDH et elle a respecté le principe de la proportionnalité, en confirmant le refus de prolonger l'autorisation de séjour.