Citation: 1P.388/2001 28.08.2001 E. 3

3.- Le recourant se plaint enfin d'une violation de la présomption d'innocence. Les avis de médecins, repris dans l'expertise psychiatrique, ne seraient guère péremptoires quant à l'absence de consentement de Y.________. Le Tribunal aurait fait fi de l'existence d'une relation conflictuelle entre Y.________ et ses parents, l'accusation de viol ayant pu être l'occasion d'une réconciliation. Selon N.________, meilleure amie de Y.________, celle-ci avait l'air plutôt contente le lendemain des faits, et avait fixé un rendez-vous avec le recourant, auquel ce dernier ne s'était pas rendu. Le recourant fait aussi référence à un billet écrit par Y.________ peu après les faits, dans lequel elle écrit être "retournée chez le type où X.________ et moi avons baisé". Contrairement à ce que retient la cour d'appel, le billet pourrait être daté du 14 juin 1998 et, indépendamment du fait qu'il ait ou non été remis à sa destinataire, l'emploi du verbe "baisé", d'ailleurs incompatible avec la jeune fille naïve décrite par le tribunal, signifierait que Y.________ n'a pas caché la relation à sa meilleure amie, et qu'elle a en outre cherché à revoir le recourant après les faits. a) Saisi d'un recours de droit public dirigé contre une condamnation pénale, le Tribunal fédéral ne revoit l'appréciation des preuves que sous l'angle de l'arbitraire; il ne lui appartient pas de substituer sa propre appréciation à celle du juge de la cause. A cet égard, la présomption d'innocence, garantie actuellement par l'art. 32 al. 1 Cst. , ne fait que reprendre les principes posés dans ce domaine par la jurisprudence rendue à propos de l'art. 4 aCst. (FF 1997 I 188/189). Le recourant doit démontrer qu'à l'issue d'une appréciation exempte d'arbitraire de l'ensemble des preuves, le juge aurait dû éprouver des doutes sérieux et irréductibles sur sa culpabilité (ATF 124 IV 86 consid. 2a p. 87/88; 120 Ia 31 consid. 2e p. 38 et 4b p. 40). L'art. 6 par. 2 CEDH n'offre pas de protection plus étendue. L'appréciation des preuves est arbitraire lorsqu'elle contredit, d'une manière choquante, le sentiment de la justice et de l'équité. Le Tribunal fédéral n'invalide la solution retenue par le juge de la cause que si elle apparaît insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective ou adoptée sans motifs objectifs. Il ne suffit pas que les motifs de la condamnation soient insoutenables; il faut en outre que l'appréciation soit arbitraire dans son résultat. Il ne suffit pas non plus qu'une solution différente puisse être tenue pour également concevable ou apparaisse même préférable (ATF 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15, 129 consid. 5b p. 134). b) Les objections soulevées par le recourant ont été examinées par la cour cantonale. L'expertise psychiatrique - et son complément du 9 avril 1999 - conclut par la probabilité que Y.________ n'ait pas été consentante. Elle relève surtout le profond traumatisme présenté par celle-ci après les faits: elle était constamment triste, préoccupée et tendue, ne parlait plus à ses parents et négligeait ses tâches scolaires. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide et se serait finalement mieux sentie dès qu'elle a pu révéler ce qui s'était réellement passé. Les sentiments décrits par la victime correspondaient à ce qui est habituel en cas de viol: sentiment de souillure, dégoût de soi et surtout culpabilité. La thèse du recourant, selon laquelle Y.________ l'aurait accusé de viol pour se rapprocher de ses parents avec lesquels elle était en conflit, se heurte à l'ensemble de ces constatations, l'attitude décrite ci-dessus ne pouvant guère avoir été simulée. A cela s'ajoute que la victime n'avait guère de raison d'en vouloir au recourant et que, dans un premier temps, elle s'est même tue pour le protéger. Quant au ton employé par Y.________ pour relater les événements auprès de sa meilleure amie, il peut s'expliquer, comme l'a estimé la cour cantonale, par le fait que dans un premier temps, sans cacher l'existence de la relation sexuelle, elle n'a pas voulu révéler qu'elle avait été forcée. L'attitude apparemment contradictoire de Y.________ peut ainsi s'expliquer par son choix de garder le viol secret. c) Il apparaît ainsi que le tribunal, puis la cour cantonale, se sont livrés à une évaluation consciencieuse des preuves recueillies. Le faisceau d'indices était suffisant pour fonder, sans arbitraire, la déclaration de culpabilité.