Citation: I 310/06 16.04.2007 E. 5

5.1 Les médecins du COMAI n'ont trouvé aucune corrélation organique aux plaintes du recourant (céphalées, vertiges et toux), concluant ainsi à des somatisations multiples. Sur le plan psychique, ils ont mis en évidence une comorbidité psychiatrique, soit un trouble dépressif récurrent dont l'épisode actuel était sévère. L'état dépressif s'inscrivait dans le contexte d'une personnalité très fragile, mal structurée, correspondant à un réel trouble de la personnalité. Ce trouble de la personnalité ne pouvait cependant pas être décrit plus précisément selon le psychiatre consultant en raison de l'importance de l'état dépressif se trouvant au premier plan et masquant le reste. Or, c'était ce trouble de la personnalité qui diminuait fortement la capacité de travail en raison des limitations liées à une rigidité, une méfiance. Globalement, l'atteinte à la santé était mixte, somatique et psychique, importante, évolutive, s'aggravant au cours des années malgré un suivi médical régulier et représentait une importante limitation quant à la capacité de travail raisonnablement exigible de la part du recourant, laquelle était estimée à 20 % au maximum, dans une activité de type plutôt occupationnel. Les experts du COMAI ajoutaient que vu le jeune âge du patient, une évaluation de l'atteinte à la santé psychique et physique pouvait être refaite dans deux ans. Ils restaient toutefois pessimistes quant au pronostic de la capacité de travail au vu de l'importance de l'atteinte à la santé psychique, en particulier de l'état dépressif dans le contexte des troubles de la personnalité qui rendaient le patient peu accessible aux traitements psychiatriques. 5.2 Au vu de l'importance donnée par les médecins du COMAI, dans leur appréciation globale du cas, à la composante psychiatrique de l'atteinte à la santé du recourant, on est étonné de voir à quel point le rapport de consultation psychiatrique du docteur C.________ est succinct. Par ailleurs, ses conclusions, selon lesquelles il paraissait illusoire de penser que l'assuré puisse reprendre un jour une activité professionnelle ou même envisager une réadaptation, ne sont pas étayées par des constatations cliniques objectives mais se fondent uniquement sur les plaintes subjectives du recourant. En effet, après un bref rappel anamnestique, le psychiatre consultant fait état du status du recourant en ces termes: «M. B.________ est un homme qui parle extrêmement bien le français. Il est collaborant, différencié, mais frappe par un faciès triste, un ton de voix monotone et un important ralentissement psychomoteur. Le sommeil est très mauvais, ponctué de cauchemars. Il se réveille tous les matins avec des maux de tête et une fatigue intense. Son appétit est selon lui extrêmement variable. M. B.________ dit avoir un très mauvais moral, souffrir d'une tristesse permanente. Il est pessimiste, centré sur ses problèmes de santé, il est incapable de se projeter dans l'avenir, présente une importante anhédonie, un retrait social, une intolérance au bruit et à la foule. Il présente une fatigue chronique, une fatigabilité augmentée, un apragmatisme majeur. Toutefois, il dit ne pas présenter de baisse de l'estime de lui-même, ni d'idéations suicidaires. M. B.________ se sent en permanence nerveux et tendu. Il se culpabilise de ne pas s'être assez soucié de lui-même et de sa santé par le passé. L'expertisé vit dans l'angoisse de faire un malaise, mais supporte toutefois d'être seul durant la journée ». Vu ce qui précède, on comprend que l'examen psychiatrique du docteur C.________ ait été estimé insuffisant par l'administration et qu'elle ait jugé nécessaire de soumettre l'assuré à un examen psychiatrique plus approfondi. 5.3 L'expert S.________ a constaté quant à lui que le recourant souffrait de dysthymie ou éventuellement d'un état dépressif de gravité légère tout au plus. Il a relevé que cette différence d'appréciation avec le COMAI s'expliquait en grande partie par la personnalité de l'assuré, lequel avait un comportement très démonstratif, souvent de façon consciente, théâtrale et qui était très suggestible. Au demeurant, l'assuré avait tendance à majorer ses difficultés comme cela semblait attesté par les tests psychométriques ainsi que par de multiples autres éléments du dossier. Cette remarque confirme les doutes exprimés par les médecins du COMAI à l'égard de la très importante démonstrativité qu'ils avaient eux-mêmes observée chez le recourant lors de l'examen clinique. Par ailleurs, ils avaient également relevé un certain nombre de discordances assez manifestes au cours de l'expertise. L'expert S.________ a estimé qu'on était en droit, dans cette situation, d'affirmer qu'il existait des éléments qui sortaient du champ médical pour expliquer le comportement et les affirmations de l'assuré. Selon lui, c'était d'ailleurs une des hypothèses de l'expertise du COMAI, auxquelles celle-ci n'avait pas pu clairement répondre, vu l'insuffisance de l'investigation psychiatrique. 5.4 Compte tenu par ailleurs du fait que l'expertise S.________ répond en tous points aux critères jurisprudentiels pour lui accorder pleine valeur probante (ATF 125 V 351 consid. 3a p. 352), ce que ne conteste pas le recourant, c'est à juste titre que tant l'administration que la juridiction cantonale ont donné la préférence aux conclusions de l'expert S.________, lesquelles sont convaincantes, plutôt qu'à celles des experts du COMAI. Contrairement à ce que prétend le recourant, on n'est donc pas, en l'espèce, dans une situation où deux expertises également convaincantes aboutissent à des conclusions contradictoires, de sorte que seule une surexpertise permettrait de les départager.