Citation: I 278/04 29.03.2006 E. 6

En l'espèce, le diagnostic principal posé chez l'assurée est une fibromyalgie. Au regard de ce qui précède (consid. 5 supra), les premiers juges étaient donc fondés à appliquer au cas particulier les principes développés par la jurisprudence sur les troubles somatoformes douloureux. En revanche, on doit constater que le rapport d'expertise du COMAI (du 1er novembre 2001), auxquels ils ont accordé pleine valeur probante, est insuffisant pour juger du caractère exigible ou non d'une reprise de travail par l'intimée. 6.1 Si l'on peut certes déduire dudit rapport d'expertise que D.________ ne présenterait pas de comorbidité psychiatrique grave (le docteur I.________, psychiatre, estime qu'«il n'y a pas de maladie psychiatrique proprement dite mais des troubles de l'adaptation avec des composantes dépressives et sociales [...]»), il ne renferme que peu de données permettant de faire application des autres critères jurisprudentiels en la matière. Mais surtout on comprend mal comment les médecins du COMAI ont pu parvenir à la conclusion que l'assurée manquait de ressources au point d'être totalement inapte à travailler et à assumer ses tâches ménagères. Tout d'abord, il apparaît contradictoire de nier la présence d'une affection psychique pour affirmer tout de suite après que «du point de vue psychiatrique, cette assurée est dans une incapacité de travail de 100 % depuis 1997» (voir le compte-rendu de l'évaluation du docteur I.________ en page 6 in fine et 7 du rapport d'expertise). Ensuite, au chapitre «degré de la capacité de travail», les médecins du COMAI ont exprimé des réserves quant à l'exactitude de l'anamnèse et à la crédibilité du handicap décrit (pages 8 et 9); ils ont également manifesté leur incompréhension face au choix de l'assurée de mettre au monde un second enfant alors que celle-ci se plaignait d'une fatigue si importante qu'elle devait déléguer tous les travaux à son mari ou à d'autres membres de sa famille. Alors que ces observations méritaient d'être examinées de façon plus approfondie et d'un regard critique, les experts - dont la mission consiste avant tout, dans les cas d'une symptomatique douloureuse, à porter une appréciation sur la vraisemblance de l'état douloureux et, le cas échéant, à déterminer si la personne expertisée dispose des ressources psychiques lui permettant de surmonter cet état -, se sont contentés d'indiquer qu'ils suspectaient là «un vécu non exploré ou non explorable» de la personnalité de l'assurée (page 8 in fine). A cela s'ajoute qu'ils se sont fondés essentiellement sur la manière dont D.________ elle-même ressent et assume ses facultés de travail. Or, il y a lieu d'établir la mesure de ce qui est raisonnablement exigible d'un assuré le plus objectivement possible. En définitive, il reste trop de points obscurs, voire contradictoires pour que le juge puisse se convaincre ici d'une limitation de longue durée de la capacité de travail pouvant conduire à une invalidité au sens de l'art. 4 aLAI. Cela étant, on ne saurait non plus conclure que l'intimée jouit d'une pleine capacité de travail excluant tout droit à des prestations de l'assurance-invalidité comme le soutient l'office recourant. Il existe tout de même sur le vu de l'expertise du COMAI un doute à ce sujet (voir également le rapport du 31 octobre 2003 du docteur R.________, psychiatre et médecin traitant de l'assurée). Il convient par conséquent de renvoyer la cause à l'administration pour qu'elle ordonne une nouvelle expertise interdisciplinaire comprenant un rhumatologue et un psychiatre (voir arrêt S. précité, consid. 4.3). Il appartiendra en particulier aux experts désignés de déterminer aussi objectivement que possible la capacité de travail de l'assurée à la lumière des présents considérants. Dans cette mesure, le recours est bien fondé.