Citation: 4P.114/2001 19.12.2001 E. A

A.- a) A une date non précisée, les sociétés belges N.V. Distrigas (ci-après: Distrigas), en tant qu'affréteur, et N.V. Belgische Scheepvaartmaatschappij-Compagnie Maritime Belge (ci-après: CMB), en qualité de fréteur, ont succédé à deux autres sociétés dans une charte-partie conclue par ces dernières le 31 octobre 1973 et portant sur un navire à construire - le "Methania" - en vue du transport de gaz naturel liquéfié d'Algérie en Belgique. La durée de la charte-partie était fixée à vingt ans à compter de la livraison du navire, qui est intervenue le 30 octobre 1978. A cette date, Distrigas a commencé à effectuer les paiements prévus. Cependant, pour diverses raisons, le navire n'a pas été mis en service avant le mois d'octobre 1982. La clause 52 de la charte-partie prévoyait que tout litige relatif à son interprétation ou à son exécution pouvant survenir entre le propriétaire (CMB) et l'affréteur serait tranché par la voie de l'arbitrage conformément aux règles de la Chambre de Commerce Internationale de Paris, le tribunal arbitral devant siéger à Genève. En vertu d'une autre clause de la charte-partie, celle-ci était régie par le droit belge. b) Le 29 mai 1981, après que des différends avaient surgi entre elles, les parties ont conclu un premier avenant à la charte-partie. L'art. VIII de cet avenant est ainsi libellé (traduction de l'anglais faite par la recourante): "Toutefois, après ladite période de vingt (20) années et si l'affréteur le demande à la fin de la 18e année, le propriétaire et l'affréteur se rencontreront afin de négocier une prolongation de la charte-partie pour une période à convenir par les parties et conformément aux exigences des sociétés de classification et si celles-ci l'autorisent, en tenant compte du fait que l'élément coût du capital (partie de la location fixe: BF 9,5185/m3/jours) sera exclu du prix de location pendant cette période. Tous frais de travaux de classification requis pour permettre l'exploitation du navire après 20 ans seront assumés par l'affréteur. Si un accord n'est pas trouvé concernant les autres conditions de cette prolongation de la chartepartie, l'affréteur aura l'option d'acheter le navire à un prix correspondant à la valeur de mitraille du navire. " c) En 1996, les parties ont entamé des négociations dans l'optique d'une éventuelle prolongation de la charte-partie. Ces négociations ont duré environ deux ans. Elles ont débouché sur un accord portant sur toutes les conditions d'une prolongation de la charte-partie jusqu'en 2014, à l'exception de la clause d'option d'achat que Distrigas souhaitait yinsérer. Le 30 août 1998, Distrigas, considérant que les parties n'avaient pas réussi à s'entendre sur toutes les conditions nécessaires à la prolongation envisagée, a exercé l'option d'achat en se prévalant de l'art. VIII, précité, de l'avenant. Elle a demandé l'aide de CMB pour les démarches à effectuer en rapport avec le transfert de propriété du navire et a cessé de lui payer le loyer. Sur quoi, CMB, qui déniait à Distrigas le droit d'exercer l'option d'achat, lui a retiré le navire, le 26 novembre 1998, en donnant l'ordre au capitaine et à l'équipage qu'elle avait mis à la disposition de l'affréteur de ne plus accepter les instructions de celui-ci. Distrigas a alors intenté une procédure de mesures provisoires devant le président du Tribunal de commerce d'Anvers. Elle a obtenu que le navire soit à nouveau mis à sa disposition dès le 2 décembre 1998 et jusqu'à droit connu dans le litige l'opposant à CMB, contre paiement à cette dernière d'un loyer correspondant au prix du marché.