Citation: I 525/06 01.05.2007 E. 3

Le recourant reproche essentiellement aux premiers juges de s'être écartés de l'expertise du docteur I.________ selon laquelle il présenterait une comorbidité psychiatrique, contrairement à ce qu'ont retenu les médecins du SMR. Ce grief est mal fondé puisque, comme l'a retenu à juste titre la juridiction cantonale, l'appréciation du docteur I.________ n'apparaît pas convaincante sur plusieurs points. 3.1 D'une part, le psychiatre pose à titre de comorbidité psychiatrique le diagnostic de trouble dépressif majeur, épisode isolé, en rémission partielle, d'intensité actuelle mineure, avec caractéristiques psychotiques (F 32.4), qu'il déduit des résultats de l'hétéro-évaluation au moyen de l'échelle de Hamilton (p. 13 sv. de l'expertise). Ces résultats font toutefois apparaître un score de 13 points, «révélateur d'un état dépressif mineur», sans que le médecin explique pourquoi il s'écarte du diagnostic d'état dépressif moyen sans syndrome somatique posé antérieurement tant par les docteurs S.________ et R.________ que par les médecins du SMR. Or, comme le relève la doctoresse V.________ (cf. avis du 25 juillet 2005), l'état du recourant est resté stationnaire depuis l'examen effectué par ces médecins, sous réserve des éléments hétéro-agressifs relevés par le docteur I.________ qui ne correspondent cependant pas à des symptômes dépressifs. A défaut de motivation suffisante, on ne saurait dès lors retenir que le recourant présente un état dépressif d'une intensité telle qu'il ne constituerait plus une manifestation (réactive) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux (cf. ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 in fine; Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, in: Schmerz und Arbeisunfähigkeit, St.-Gall 2003, p. 81, note 135). En ce qui concerne, d'autre part, le diagnostic différentiel posé par le médecin, il doit également être écarté parce que les constatations y relatives n'apparaissent nullement convaincantes. Le docteur I.________ déduit en effet de la seule mention, par l'assuré, d'hallucinations acoustico-verbales, la possibilité d'une schizophrénie de type paranoïde (p. 14 de l'expertise), alors qu'il ne s'agit là que d'un symptôme parmi nombre d'autres qui permettent de poser un tel diagnostic. Entre autres caractéristiques de cette atteinte, dont la présence est expressément niée en l'occurrence par le médecin (p. 11 de l'expertise), on peut mentionner le délire, les troubles perceptifs et le trouble formel de la pensée (American psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 4ème éd., traduction française par J.-D. Guelfi et al., Paris 1996, p. 344 ss). L'avis du docteur I.________ ne peut pas non plus être suivi lorsque le médecin explique que les traits prémorbides de type limite-abandonique de l'assuré devraient être pris en compte à titre de comorbidité de la personnalité, parce que ces caractéristiques de la personnalité n'atteignent pas le seuil d'un trouble de la personnalité. 3.2 D'autre part, à la lecture de l'expertise du docteur I.________, on ne saurait retenir la présence de critères dont le cumul permet, en l'absence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante, d'admettre, à titre exceptionnel - surtout quand il s'agit, comme en l'espèce, de jeunes assurés (cf. Meyer-Blaser, op. cit., p. 87) - le caractère invalidant des troubles somatoformes douloureux. Compte tenu des douleurs chroniques au dos diagnostiqués dont a notamment fait état le docteur G.________ (lombalgies chroniques non spécifiques persistantes liées notamment à des troubles statiques et dégénératifs rachidiens; rapports des 5 mars et 9 avril 2001), on peut tenir l'existence d'affections corporelles chroniques comme étant établie en l'espèce. On ne peut en dire de même, en revanche, du facteur de la perte d'intégration sociale. Si le docteur I.________ mentionne certes que l'assuré décrit un repli et un retrait importants, avec des contacts familiaux restreints au strict nécessaire, le médecin fait cependant état d'un cadre familial conservé (p. 16 de l'expertise), l'assuré pouvant en particulier compter sur l'aide de sa soeur qu'il voit du reste régulièrement une fois par semaine, de même que ses frères (p. 9 de l'expertise). Quant à l'absence de loisirs et d'une activité occupationnelle, qui dénoterait également selon l'expert la perte d'intégration sociale, cet élément n'apparaît pas pertinent, puisque le recourant n'a jamais indiqué avoir été contraint d'abandonner d'éventuels loisirs ou activités exercés par le passé en raison de ses problèmes de santé. Par ailleurs, dès lors que le docteur I.________ parvient à la conclusion qu'une prise en charge psychiatrique à laquelle le recourant semble vouloir souscrire (p. 19 de l'expertise) et un traitement antidépresseur seraient indiqués, il n'y a pas lieu de conclure à l'existence d'un état psychique cristallisé, sans évolution possible au plan thérapeutique ou à l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art. Selon le psychiatre, le recourant disposerait en outre de ressources résiduelles qu'il pourrait encore mettre à profit (dans le sens d'une réhabilitation progressive), ce qui constitue également un indice que celui-ci n'a pas épuisé toutes ses ressources psychiques. Enfin, les autres éléments relevés par le docteur I.________ (sous le titre «critères de refus de rente de Mosimann») en faveur de l'acceptation d'une rente n'apparaissent pas plausibles au regard des autres pièces médicales au dossier. Ainsi l'expert nie-t-il une divergence entre les informations données par le patient et celles ressortant de l'anamnèse, alors que le médecin traitant (rapport du docteur C.________ du 1er juin 2004) et les médecins du SMR (rapport du 18 décembre 2003) ont mentionné une discordance (majeure) entre les plaintes de l'assuré et les constatations objectives. Par ailleurs, le docteur I.________ note la motivation de l'assuré à suivre des mesures de placement, alors que le collaborateur de la division administrative de l'office AI indiquait, dans son rapport du 22 mars 2004 une «motivation professionnelle devenue quasi inexistante»; l'assuré s'était certes déclaré prêt à se soumettre à un processus d'aide au placement, mais avait souligné qu'il serait contraint de mettre en évidence le caractère invalidant de son atteinte dorsale en présence d'un employeur potentiel, adoptant par ailleurs une attitude fortement démonstrative. 3.3 Dans ces circonstances, on doit nier - d'un point de vue juridique - qu'une mise en valeur de la capacité de travail du recourant, jugée complète au plan somatique dans une activité adaptée, ne puisse plus entièrement être exigée de lui. On précisera encore à cet égard qu'il n'y a pas lieu de prendre en considération les nouveaux avis médicaux produits par le recourant après l'échéance du délai de recours, en dehors de toute mesure d'instruction complémentaire ou échange d'écritures ordonnés par le Tribunal de céans; ceux-ci ne constituent pas un fait nouveau ou une preuve concluante au sens de l'art. 137 let. b OJ (cf. ATF 127 V 357 consid. 4), mais une nouvelle appréciation médicale d'une situation déjà connue.