Citation: 5A_268/2023 E. 2.2

2.2. Selon l'arrêt attaqué, il ne fait aucun doute que le conflit opposant les époux est intense au vu des diverses interventions de la police au domicile familial en mai 2021 pour des violences domestiques, de l'expulsion du mari dudit domicile pour une durée de 10 jours le 16 du même mois, à la suite de menaces et d'injures proférées envers l'épouse, et des déclarations effectuées par les parties en première instance. Lors de l'audience du Président du 3 mai 2022, le mari a en effet fait état d'une impossibilité absolue de communiquer avec l'épouse, même à propos des enfants, déclarant qu'il ne voulait même plus la voir ni l'entendre, ce dont il l'avait informée par courrier recommandé. L'épouse a pour sa part confirmé que les conjoints n'avaient plus de contacts directs depuis le mois de juin 2021, à l'exception de courriels qu'elle envoyait de temps en temps au mari concernant les enfants, courriels auxquels celui-ci a admis qu'il ne répondait pas. L'autorité cantonale relève qu'aucune amélioration à cet égard n'a été alléguée en appel. Elle souligne qu'ainsi, force est de constater que le conflit est non seulement important et persistant, mais qu'il empêche durablement toute communication entre les époux, ce qui entraîne inévitablement des conséquences négatives sur le bien des enfants. Les parents ne sont en effet pas en mesure de coopérer un minimum s'agissant des questions relatives à ceux-ci, ce qui provoque des blocages lorsqu'il s'agit de prendre des décisions relevant de l'autorité parentale conjointe. Ils ont certes accepté, lors de l'audience du 1er juin 2021, que certaines prérogatives de l'autorité parentale soient confiées à un tiers curateur, ladite autorité étant conséquemment restreinte. Cette limitation ne concerne cependant que les décisions portant sur le suivi psychologique et logopédique des enfants et n'empêche donc pas la survenance de blocages à propos d'autres questions relevant de l'autorité parentale, comme celles en lien avec le suivi médical, la scolarité ou le placement des enfants. L'inscription du cadet dans une nouvelle garderie a ainsi dû être autorisée par décision de mesures superprovisionnelles, le père ayant refusé de signer le formulaire y relatif par crainte de devoir en assumer les frais si la mère ne les payait pas. Il a même menacé, s'il le fallait, d'en appeler à justice à chaque fois qu'il ne serait pas d'accord avec une décision prise par l'épouse. Dans ces conditions, le risque de blocage des décisions à prendre pour le bien des enfants, essentiellement imputable au mari, qui reste ancré dans cette position, est donc véritablement à craindre en cas d'autorité parentale conjointe. Selon le rapport d'enquête du SEJ, la mère est soucieuse de favoriser le bien-être et le bon développement des enfants. Si elle présente certaines fragilités sur le plan éducatif, qui nécessitent un accompagnement, elle est ouverte à recevoir des conseils et se donne les moyens de les appliquer. Rien ne laisse penser qu'elle chercherait à prétériter le lien entre les enfants et leur père, se montrant au contraire soucieuse des répercussions que la rupture de leurs contacts a sur eux. En revanche, le père peine à collaborer avec les professionnels agissant dans l'intérêt des enfants et son implication à propos des discussions et des soutiens proposés en faveur de ceux-ci apparaît très ambivalente. Il est de surcroît incapable de distinguer ce qui relève du conflit conjugal de ce qui concerne la relation père-enfants, de sorte qu'il risque de les prendre à partie et de chercher à les rallier à sa cause au détriment de la mère. Pour l'autorité cantonale, dans la mesure où ces différents constats reposent sur l'expérience des intervenants du SEJ avec les parents et sur leurs échanges directs avec chacun d'eux (soit des entretiens, y compris téléphoniques, et des échanges de courriels), il n'y a pas lieu de les mettre en doute, ce d'autant qu'ils ont été confirmés en audience par la curatrice. Compte tenu de ces éléments, les juges précédents considèrent que l'attribution exclusive de l'autorité parentale à la mère s'impose afin d'éviter de retarder la prise de décisions importantes pour le bien des enfants et, par conséquent, de sauvegarder leur intérêt. Cette solution se justifie d'autant plus, selon eux, du point de vue de la stabilité des enfants, puisque la mère est détentrice de leur garde. Le père a quant à lui suffisamment démontré qu'il n'est pas disposé à exercer l'autorité parentale conjointe dans l'intérêt des enfants, ce qui exclut de lui accorder un temps supplémentaire pour faire ses preuves durant la procédure de mesures protectrices de l'union conjugale. Cela ne signifie pas, cependant, qu'il soit impossible de restaurer l'autorité parentale conjointe dans le futur.