Citation: U 290/99 02.05.2000 E. 4

4.- a) La Cour cantonale a retenu l'existence d'une maladie professionnelle au sens de l'art. 9 al. 2 LAA en se fondant sur le rapport d'expertise du docteur Y.________ et sur le fait que celui-ci n'était pas contredit par le rapport du docteur S.________. Or, l'expertise du docteur Y.________ - qui est un spécialiste en rhumatologie et non pas en chirurgie de la main - ne répond pas aux exigences de la jurisprudence relative à la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a) sur le point, ici déterminant, du caractère de maladie professionnelle de l'affection dont souffre l'assuré. b) Contrairement à ce que retient l'expert, on ne saurait affirmer que «la pathologie due aux vibrations comprend souvent des atteintes ostéo-articulaires, notamment la maladie de Kienböck». En effet, il ressort de la brochure N° 16 de la CNA («Troubles de la santé dus aux vibrations», lettres E et G) que les affections dues aux vibrations peuvent être classées en deux groupes : lésions ostéo-articulaires (dont la fréquence varie entre 0,1 à 0,2 % pour les auteurs les plus restrictifs et 20 à 40 % pour les autres) et les atteintes vasomotrices périphériques (atteignant, selon la littérature, 1 % à 94 % des personnes exposées). La maladie du semi-lunaire ou maladie de Kienböck fait partie des lésions ostéo-articulaires que les spécialistes ont pu observer, mais dont certains auteurs ont contesté qu'elle puisse résulter de l'action des vibrations (ad. E 2.1.3.). Il en découle que les conclusions du docteur Y.________ à cet égard relèvent d'une hypothèse peu, voire pas du tout documentée. Par ailleurs, le docteur Y.________ a retenu que l'assuré travaillait parfois huit heures d'affilée au marteau-piqueur, et en tout cas deux à trois fois par jour à la plaque vibrante pour refermer les fouilles, ce qui était apte à favoriser les lésions constatées, au regard de la brochure N° 16 de la CNA (E. 2.1.1). Or cette affirmation est contredite par les déclarations de l'assuré du 14 mars 1996, dont il ressort que, depuis 1977, son activité principale consistait à conduire, pendant huit heures environ, des machines de chantier (notamment une pellemécanique), une neuvième heure étant consacrée à des travaux nécessitant l'utilisation de la pioche, de la pelle et du marteau-piqueur. Au demeurant, il avait abandonné le travail au marteau-piqueur depuis environ deux ans, soit en tout cas une année avant l'apparition des troubles. De surcroît, le docteur Y.________ s'est contenté d'affirmer, sans preuves ou statistiques à l'appui, que la maladie de Kienböck résulte à 75 % au moins de l'activité professionnelle exercée par l'assuré. L'examen aurait pourtant dû porter sur la fréquence des cas de cette affection dans le groupe professionnel auquel appartient J.________ et sur le point de savoir si les atteintes de ce type sont quatre fois plus nombreuses que celles enregistrées dans la population en général (cf. consid. 3 ci-dessus). Dans ces circonstances, c'est à tort que les premiers juges ont retenu que cette affection revêtait le caractère de maladie professionnelle au sens de l'art. 9 al. 2 LAA, sur la base du dossier dont ils disposaient.