Citation: 4A_10/2022 E. 1

B.b. Le 20 juillet 2020, l'athlète a contesté cette décision auprès de la Chambre arbitrale d'appel du TAS. La Formation désignée par le TAS, composée de trois arbitres, laquelle a tenu une audience par vidéoconférence le 25 février 2021, a rejeté l'appel par sentence du 23 novembre 2021. Les motifs qui sous-tendent cette décision peuvent être résumés comme il suit. B.b.a. Après avoir relaté les faits pertinents à ses yeux (sentence, n. 5-12), décrit la procédure telle qu'elle a été conduite devant les deux instances du TAS (sentence, n. 13-36), exposé de manière détaillée les arguments avancés par les parties (sentence, n. 37-41), constaté sa compétence et la recevabilité de l'appel (sentence, n. 42-50) et réglé la question du droit applicable au litige (sentence, n. 51-55), la Formation en vient à l'examen des mérites (sentence, n. 56-170). B.b.b. La Formation précise, à titre liminaire, que la charge de la preuve de l'infraction à la réglementation antidopage incombe à World Athletics et, pour ce qui est du degré de la preuve, qu'il appartient à l'association précitée d'établir, à la satisfaction confortable des arbitres, que l'athlète a commis la violation spécifique des règles antidopage qui lui est imputée (sentence, n. 56-59). La Formation observe que World Athletics, pour étayer ses accusations à l'égard de l'athlète, se fonde sur: - le fait que cinq échantillons de l'intéressé figurent dans les " Moscow Washout Schedules " et indiquent que celui-ci utilisait trois substances interdites; - l'existence d'un courrier électronique envoyé le 2 août 2013 par le Dr Rodchenkov au sujet d'un échantillon de l'athlète collecté le 31 juillet 2013 mentionné dans les " Moscow Washout Schedules "; - la circonstance selon laquelle un échantillon positif de l'athlète prélevé lors des Championnats du monde 2013 de Moscou aurait été remplacé par un autre échantillon. La Formation précise qu'elle appréciera, dans un premier temps, la crédibilité des déclarations du Dr Rodchenkov, puis qu'elle examinera l'authenticité ainsi que la fiabilité des " Moscow Washout Schedules " et du courrier électronique précité, avant de se pencher sur le supposé échange d'échantillons (sentence, n. 63-66). Procédant à l'examen du témoignage du Dr Rodchenkov, entendu au cours de l'audience arbitrale, la Formation juge, de manière générale, ses propos crédibles, en tant qu'ils concernent le programme de dopage soutenu par l'État russe et les méthodes utilisées dans le cadre de celui-ci. Tout en relevant que le Dr Rodchenkov a fourni peu de détails au sujet des accusations visant spécifiquement l'athlète, elle souligne que l'ancien directeur du Laboratoire de Moscou a indiqué se souvenir avoir procédé à l'échange d'un échantillon " sale " de l'intéressé prélevé lors des Championnats du monde de Moscou 2013 afin de le " sauver " et d'éviter qu'il ne fasse l'objet d'un contrôle positif. La Formation considère que le témoignage du Dr Rodchenkov n'est pas suffisant pour retenir que l'athlète s'est dopé, raison pour laquelle cet élément doit être apprécié à la lumière de l'ensemble des moyens de preuve disponibles (sentence, n. 70 s.). Poursuivant son analyse, la Formation estime que les " Moscow Washout Schedules " et les données figurant dans ledit document sont fiables. Elle considère, en outre, que les indications mentionnées dans les " Moscow Washout Schedules ", selon lesquelles trois échantillons de l'athlète datés des 25, 31 juillet et 17 août 2013 ont révélé la présence d'une substance interdite (méthastérone), sont corroborées par les données du système informatique du Laboratoire de Moscou (LIMS) fournies par un lanceur d'alerte le 30 octobre 2017 (sentence, n. 74-105). Dans la foulée, la Formation aboutit à la conclusion que le courrier électronique litigieux du 2 août 2013 constitue un élément de preuve supplémentaire du lien entre l'athlète et l'usage de substances interdites (sentence, n. 106-115). En dernier lieu, les arbitres se penchent sur la question d'un éventuel échange de l'échantillon n. 5 prélevé sur l'athlète lors des Championnats du monde de Moscou 2013 visant à remplacer son contenu " sale " par de l'urine " propre ". Après avoir examiné les rapports d'expertise produits par les parties, notamment ceux du Professeur L.________, et procédé à l'audition de leurs experts respectifs, la Formation considère que les rayures observées sur le flacon B de l'échantillon n. 5 précité ont été causées par un outil métallique conçu pour ouvrir le flacon sans le briser et permettre de le refermer. Sur la base de l'ensemble des preuves disponibles, elle aboutit à la conclusion que l'échantillon n. 5 a été " sauvé " par le Laboratoire de Moscou et que son contenu a bel et bien été remplacé (sentence, n. 116-144). Au terme de son examen, la Formation estime que les éléments de preuve présentés par World Athletics, considérés individuellement, sont suffisamment fiables. Pris ensemble, ceux-ci sont particulièrement probants (" the evidence is particularly forceful "; sentence, n. 146), car ils se complètent et renforcent ainsi l'ensemble des éléments de preuve à l'encontre de l'athlète. La Formation considère, ainsi, que l'intéressé a utilisé trois substances interdites entre le 8 juillet et le 17 août 2013 en vue des Championnats du monde de Moscou 2013, et, partant, qu'il s'est dopé (sentence, n. 145-151). B.b.c. Se penchant, en dernier lieu, sur la question de la sanction à infliger à l'athlète, la Formation estime qu'il y a lieu, compte tenu de l'existence de circonstances aggravantes (programme de dopage sophistiqué et utilisation de trois substances interdites) de le suspendre pour une période de quatre ans. Au surplus, tous les résultats obtenus par l'intéressé entre le 8 juillet 2013 et le 7 juillet 2017 doivent être disqualifiés (sentence, n. 152-170).