Citation: 6B_143/2022 E. B

Statuant par arrêt du 12 novembre 2021, la Cour d'appel pénal du Tribunal cantonal fribourgeois a partiellement admis l'appel formé par A.________ contre le jugement du 24 août 2018. Elle l'a réformé en ce sens que A.________ était condamnée pour tentative d'assassinat à une peine privative de liberté de 9 ans et qu'elle était astreinte à suivre le traitement psychothérapeutique ambulatoire préconisé par le Dr E.________, expert-psychiatre. En substance, la cour cantonale a retenu les faits suivants. B.a. B.a.a. A.________, ressortissante portugaise née en 1986, et C.________, ressortissant belge né en 1970, se sont mariés le 6 octobre 2013 au Portugal, après qu'ils s'étaient rencontrés en décembre 2012 dans un établissement hospitalier du canton de Fribourg au sein duquel ils travaillaient respectivement comme médecin-assistante auprès du service d'obstétrique et comme médecin-adjoint et responsable de ce même service. En décembre 2013, alors domiciliés à U.________ (FR), les époux ont commencé à rencontrer des difficultés, leur relation étant devenue conflictuelle notamment en raison du fait que A.________ souhaitait s'établir au Brésil pour y poursuivre sa formation. Après être finalement partie seule au Brésil, A.________ est rentrée au domicile conjugal en mars 2014 accompagnée de son amant D.________, ressortissant brésilien né en 1986, dont elle avait imposé la présence à son époux, le présentant faussement comme un ami homosexuel désireux de trouver du travail en Suisse. B.a.b. Le 14 avril 2014, C.________, ses deux enfants (issus d'une relation antérieure), ainsi que A.________ et D.________ se sont rendus tous ensemble au Portugal pour des vacances auprès de la famille de A.________. Lors du trajet en voiture, ponctué de disputes conjugales, A.________ a adressé de nombreux messages inquiétants aux proches de son époux, leur expliquant notamment qu'il avait un comportement suicidaire et violent à son égard. Alertés par ces messages, la mère des enfants de C.________ ainsi que le frère de ce dernier sont partis pour le Portugal. Après avoir constaté, à leur arrivée dans ce pays le 17 avril 2014, que C.________ allait bien, ils se sont néanmoins immédiatement dirigés au domicile des parents de A.________ pour récupérer les enfants et rentrer chez eux. Lorsque A.________ s'est aperçue que son époux s'apprêtait également à partir, elle est entrée dans une colère noire et l'a menacé. Le 18 avril 2014, à la suite du départ de C.________, A.________ et D.________ se sont rendus à Lisbonne (Portugal) en emportant avec eux un fusil appartenant au père de A.________. Quelques jours plus tard, le 21 avril 2014, alors que C.________ venait d'informer son épouse qu'il demandait définitivement le divorce, cette dernière et D.________ ont loué une voiture pour rentrer en Suisse. Ils se sont munis de l'arme à feu qu'ils avaient dérobée, ont pris la route et ont ensuite acheté des gants en latex, de l'insecticide et de la mort-aux-rats (rodenticide), produits qu'ils prévoyaient de faire avaler à C.________ sous la menace d'un fusil, pour ainsi le tuer et faire passer sa mort pour un suicide. B.a.c. Le 23 avril 2014, vers 1 heure 30, après avoir parcouru les quelque 2'000 km séparant Lisbonne de U.________, A.________ et D.________ ont stationné leur véhicule à proximité de l'immeuble où vivait C.________. Les deux amants, ont sonné à la porte de l'immeuble, munis de gants, du fusil ainsi que d'une mixture composée de jus de fraises, d'insecticide et de mort-aux-rats. A.________ ayant expliqué à son époux être accompagnée de son beau-frère, C.________ leur a ouvert la porte de l'immeuble, puis de l'appartement. Les amants sont alors entrés dans le logement et ont mis leur plan à exécution. D.________ a ainsi pointé le canon du fusil contre la tempe de C.________, A.________ ayant aussitôt expliqué à son époux qu'il s'agissait d'une arme véritable. Elle l'a ensuite enjoint à boire la mixture, faute de quoi il recevrait une balle dans la tête. C.________ a alors ingurgité le liquide rosâtre, puis s'est écroulé cinq minutes plus tard. Conscients que la préparation conduirait au décès de C.________, qui restait immobile en essayant de " faire le mort ", les deux comparses l'ont observé pendant trente minutes, ayant régulièrement pris son pouls durant cette période. Perdant peu à peu patience, D.________ a proposé d'accélérer le processus, ce que son amante a refusé pour que la thèse du suicide reste plausible. Laissé quelques instants sans surveillance, C.________ a profité de l'occasion pour se lever et prendre la direction de la porte de l'appartement, tentative de fuite que D.________ a aussitôt contrecarrée en le faisant tomber à terre, puis en l'étranglant avec ses jambes. Reprenant ses esprits après avoir perdu connaissance, C.________ a une nouvelle fois tenté de sortir de l'appartement. Il s'est toutefois fait rattraper par D.________ dans le hall de l'immeuble, ce dernier lui ayant asséné de nombreux coups de poing au visage avant de le pousser en bas de l'escalier. C.________, tentant désespérément de prendre la fuite, a ensuite remonté les marches avant de se voir immédiatement intercepté et immobilisé par D.________ en haut de l'escalier. A.________, soucieuse de faire passer pour un suicide le décès de l'homme qu'elle s'évertuait à éliminer, a aussitôt entaillé le poignet gauche de C.________ au moyen d'un couteau de cuisine avant de placer son manche dans la main de celui-là. Constatant des saignements importants, elle a alors ordonné à son amant de relâcher C.________ et décidé d'attendre qu'il se vide de son sang, tout en condamnant les issues qu'il était susceptible d'emprunter pour prendre la fuite. Néanmoins libre de ses mouvements, C.________ est parvenu à s'enfuir dans l'appartement, encore en construction, situé en-dessus du sien. Une fois dans cet appartement, il s'est rendu sur le balcon et est descendu par le chéneau, avant de chercher de l'aide auprès d'un voisin. A 2 heures 46, l'intervention de la police a été sollicitée sur les lieux. C.________ a été hospitalisé. B.a.d. Pour leur part, A.________ et D.________ sont parvenus à prendre la fuite en voiture. A l'occasion de brefs arrêts au restoroute de la Gruyère, puis à un parking de l'aéroport de Genève, ils se sont débarrassés de divers objets, tels que le couteau ayant servi à blesser C.________ ainsi que l'insecticide et la mort-aux-rats. Ils ont ensuite pris la route en direction de l'aéroport de Paris-Orly (France), où ils sont arrivés à 10 heures 15. Après avoir passé la journée à l'aéroport, ils ont embarqué, à 20 heures 15, sur un vol à destination de Madrid (Espagne), d'où ils ont pris une correspondance pour Rio de Janeiro (Brésil), où ils ont finalement atterri le 24 avril 2014, vers 17 heures, heure locale. B.a.e. Entre le 26 avril 2014 et le 29 juin 2014, A.________ a repris contact à au moins cinq reprises avec C.________, notamment pour lui dire qu'elle l'aimait encore. Le 11 juin 2014, elle a par ailleurs consulté un avocat fribourgeois, celui-ci ayant par la suite entrepris des démarches auprès de l'Office fédéral de la justice en vue de la mise en oeuvre d'un retour volontaire en Suisse. A.________ a été arrêtée le 20 juillet 2014 dans la banlieue de Rio de Janeiro, après qu'elle s'était violemment disputée avec D.________, ce dernier l'ayant fait tomber au sol et l'ayant frappée avec un bâton en pleine rue. A.________ a été extradée vers la Suisse le 9 septembre 2015. B.b. B.b.a. En cours d'instruction, A.________ a été soumise à une expertise psychiatrique, réalisée par le Dr B.________, médecin-adjoint auprès du Centre de psychiatrie forensique du Réseau fribourgeois de santé mentale. Dans son rapport du 9 mars 2016, complété le 22 juin 2016, l'expert a relevé que A.________ était atteinte d'un trouble bipolaire de type II et qu'elle présentait des traits de personnalité impulsive. Il a estimé que la responsabilité pénale de cette dernière était, tout au plus, légèrement diminuée, le trouble dont elle souffrait n'étant pas suffisant à lui seul pour expliquer les actes délictueux qu'elle avait commis. L'expert a par ailleurs estimé que la probabilité d'une récidive était faible, étant observé qu'en l'occurrence, la victime faisait partie de son cercle proche. Il a enfin préconisé une exécution de peine classique, doublée d'une mesure ambulatoire selon l'art. 63 CP. B.b.b. Lors de la procédure d'appel, A.________ a été soumise à une seconde expertise psychiatrique, réalisée cette fois par le Dr E.________, médecin responsable du Centre d'expertises de l'Institut de psychiatrie légale du CHUV. Dans son rapport du 15 janvier 2021, l'expert a mis en évidence que A.________ souffrait d'un trouble bipolaire de type I, qui pouvait être considéré comme sévère. A son avis, au moment des faits, l'expertisée était pleinement capable d'apprécier le caractère illicite de ses actes, mais sa capacité à se déterminer d'après cette appréciation était altérée par la phase maniaque qu'elle traversait, plus particulièrement par les processus psychopathologiques qu'elle présentait. Ainsi, d'une point de vue psychiatrique, l'expert a estimé que la responsabilité pénale de A.________ était diminuée de manière importante. En outre, en l'absence de traitement, elle était à risque de commettre de nouvelles infractions, celles-ci pouvant être de natures diverses dans l'hypothèse d'une décompensation maniaque. Néanmoins, la probabilité de récidive d'actes de même nature apparaissait comme faible. Une mesure de traitement ambulatoire au sens de l'art. 63 CP était par ailleurs préconisée.