Citation: 1P.806/2000 04.09.2001 E. 2

2.- Invoquant le droit d'être entendu, le recourant se plaint de n'avoir pas eu connaissance, avant la notification de la décision attaquée, du contenu de la réponse du Ministère public à son recours à la Chambre d'accusation, ni d'autres déterminations éventuelles de la police cantonale. Il n'a pas pu faire valoir ses arguments à ce propos, alors que la décision attaquée est fondée principalement sur des éléments communiqués par le Substitut du Procureur général. a) Le droit d'être entendu, selon l'art. 29 al. 2 Cst. (qui reprend les garanties déduites de l'art. 4 aCst.), inclut le droit de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à son détriment, de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur la décision, d'avoir accès au dossier, de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos (ATF 126 I 15 consid. 2a/aa p. 16; 126 V 130 consid. 2 p. 131/132; 124 I 49 consid. 3a p. 51 et les arrêts cités). De façon générale, la notion de procès équitable (cf. art. 29 al. 1 Cst. , art. 6 par. 1 CEDH) implique en principe le droit pour les parties de prendre connaissance de toute pièce ou observation présentée aux juges et de la discuter (arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 28 juin 2001 dans l'affaire F.R. c. Suisse, § 36). Le recourant se prévaut des garanties générales de procédure et du droit au procès équitable, mais ce moyen se confond en l'occurrence avec celui tiré du droit d'être entendu. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, on ne saurait déduire de l'art. 29 al. 2 Cst. une obligation générale de transmettre dans tous les cas au recourant la réponse de l'autorité dont la décision est attaquée. Cependant, lorsque cette autorité n'a pas - ou pas suffisamment - motivé sa décision et n'a indiqué en détail les motifs de cette décision que dans sa réponse, l'autorité de recours viole le droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par la Constitution fédérale, en refusant de transmettre au recourant cette réponse pour qu'il puisse répliquer (ATF 111 Ia 3). Plus généralement, l'autorité a l'obligation de communiquer au recourant les écritures de l'intimé, quand ces déterminations contiennent des éléments nouveaux et importants, au sujet desquels le recourant n'a pas pu prendre position (ATF 114 Ia 84 consid. 3 p. 87, 307 consid. 4b p. 314; 101 Ia 298 consid. 4a p. 304). b) La motivation de l'ordonnance de classement est sommaire: le Substitut du Procureur général s'est borné à considérer "qu'il n'y a[vait] pas lieu de donner suite à la plainte contre inconnu pour dommages à la propriété, faute d'acte punissable et de dommages". La réponse de ce magistrat au recours cantonal contient en revanche de nombreux éléments censés justifier l'absence d'acte punissable et de dommage pour le plaignant: il y est fait référence notamment à la pratique de la police lorsqu'elle doit saisir des plants de chanvre - pratique selon laquelle la saisie de plants impliquerait nécessairement leur coupe - et à la valeur économique de ces plants. L'argumentation proposée par le Ministère public dans ses déterminations a été reprise dans l'arrêt attaqué; ces éléments ont donc été considérés comme pertinents. Cette réponse est au reste la seule écriture sur laquelle la Chambre d'accusation s'est fondée, la police cantonale ayant renoncé à déposer directement des observations. Dans ces conditions, il appartenait au Président de la Chambre d'accusation de communiquer préalablement au recourant la réponse du Substitut du Procureur général. Cette communication, destinée à permettre l'exercice du droit d'être entendu, n'était au demeurant pas exclue par les règles de procédure cantonale (cf. art. 223 al. 1 CPP/JU, par renvoi de l'art. 97 al. 3 CPP/JU). Comme la Chambre d'accusation a statué sur le fond sans permettre au recourant d'exercer, le cas échéant, son droit de réplique, elle a violé l'art. 29 al. 2 Cst.