Citation: 7B_96/2023 E. 5.3

5.3. En l'espèce, il n'est pas contesté ni contestable que le recourant souffre d'un grave trouble mental ainsi que d'un trouble du développement psychosexuel en lien avec la tentative de viol avec cruauté pour lequel il a été condamné le 3 novembre 1998. Reste donc à déterminer s'il était suffisamment vraisemblable, au moment où la décision attaquée a été rendue, qu'un traitement institutionnel entraînerait, dans les cinq ans de sa durée normale, une réduction nette du risque que l'intéressé commette de nouvelles infractions en lien avec ce trouble. Comme déjà relevé (cf. consid. 4.2 supra), les experts ont, en substance, retenu que le discours du recourant par rapport à ses actes avait peu changé depuis la précédente expertise, que la prise de conscience de la gravité des faits était partielle, qu'il était toujours dans une position de victime et que le suivi de soutien, débuté en février 2020, n'avait pas particulièrement contribué à améliorer les traits de sa personnalité ni sa problématique sexuelle. Ils en ont conclu qu'une mesure d'internement était nécessaire. Entendu devant le TAPEM le 14 octobre 2021, l'expert C.________ a confirmé que la prise de conscience limitée, voire faible, du recourant et son absence d'évolution ne militaient pas en faveur d'un changement de mesure; la poursuite du suivi avec la psychologue était un élément positif, sans toutefois modifier les conclusions de l'expertise, dès lors que celui-ci concernait la dynamique familiale et non les faits pour lesquels il était interné; ces soins étaient utiles mais insuffisants pour traiter l'affection du recourant, car ils n'abordaient pas les infractions poursuivies et pour lesquelles il avait été condamné ainsi que les liens entre son histoire personnelle et les infractions. L'expert a ajouté que bien que lesdits soins puissent faire partie du processus pour aboutir au traitement des questions "centrales", la thérapie, débutée un an et demi auparavant, n'avait pas encore permis l'évocation des thématiques "principales". De telles conclusions ne permettent pas de prévoir qu'un traitement institutionnel serait susceptible de détourner le recourant de nouvelles infractions au sens de l'art. 59 al. 1 let. b CP. Le fait que l'expertise indique que c'est en raison du niveau de risque de récidive que le maintien du recourant doit se faire dans un établissement fermé, respectivement le fait que l'expert C.________ ait ajouté lors de son audition le 14 octobre 2021 qu'il ne lui appartenait pas en tant qu'expert de prendre position sur des questions sécuritaires, ne permettent pas d'en déduire, comme le fait le recourant, qu'une mesure thérapeutique institutionnelle devrait être ordonnée. En effet, l'expertise conclut clairement que le changement de mesure, en particulier une ouverture, n'est en l'état pas souhaitable, ce d'autant que les perspectives et projets du recourant ne paraissaient pas réalistes. Certes, le recourant s'est désormais engagé dans un travail thérapeutique portant sur ses troubles psychiques et sexuels ainsi que sur les infractions commises. Si cette évolution doit être saluée, force est de constater, avec l'autorité précédente, que l'amorce de ce travail date du 24 février 2022, soit plus de vingt ans après son incarcération, et ce malgré les nombreux suivis ponctuels entrepris, puis arrêtés, durant sa détention (cf. arrêt entrepris p. 11). De plus, à la lecture des déclarations du recourant lors de son audition du 10 novembre 2022 devant le TAPEM, on ne saurait reprocher à l'autorité précédente d'avoir considéré qu'elles ne faisaient que conforter les facteurs déjà identifiés par les experts. Dès lors, au vu de ces éléments et de ceux déjà évoqués (cf. consid. 4.2 supra), l'évolution favorable du recourant constatée postérieurement à l'expertise réalisée en avril 2021, n'apparaît pas suffisante pour modifier, au moment de l'arrêt attaqué en mars 2023, les conclusions de dite expertise quant aux troubles graves dont le recourant souffre, au risque de récidive élevé constaté et à l'existence de nombreux obstacles à ce que le suivi thérapeutique - même s'il demeure nécessaire - puisse permettre une baisse du risque de récidive. Il en va de même de l'âge du recourant; on ne distingue pas, avec la cour cantonale, en quoi cette circonstance diminuerait le risque de récidive, dans la mesure notamment où il n'a pas hésité, par le passé, à utiliser un couteau pour parvenir à ses fins (cf. arrêt entrepris, p. 4 et 12). A ces éléments s'ajoute le préavis négatif du 11 août 2022 du SAPEM quant au remplacement de l'internement par une mesure thérapeutique institutionnelle. En outre, ni les rapports du CNP des 24 février et 12 juillet 2022 ni celui de l'Etablissement de Bellevue du 12 juillet 2022 ni les procès-verbaux du colloque d'exécution des peines des 25 octobre 2021 et 25 avril 2022 n'ont conclu qu'il était suffisamment vraisemblable qu'un traitement thérapeutique institutionnel entraînerait, dans les cinq ans, une réduction nette du risque que le recourant ne commette en raison de son trouble mental un crime prévu à l'art. 64 CP. Le Ministère public a également conclu au maintien de la mesure d'internement, considérant que le pronostic pénal du recourant demeurait défavorable et que les conditions d'un changement de mesure n'étaient pas réalisées.