Citation: 5A_76/2024 E. 8.2.3

8.2.3. En troisième lieu, la recourante soutient que les nouveaux rapports qu'elle a produits, établis par des professionnels de la santé après renvoi, démontrent qu'il n'est pas dans l'intérêt des enfants d'avoir des liens avec l'intimée. 8.2.3.1. A cet égard, elle fait tout d'abord grief à l'autorité précédente d'avoir sélectionné certains passages du rapport du Professeur H.________ et d'en avoir passé d'autres sous silence, alors qu'ils étaient pertinents pour apprécier l'intérêt des enfants, établissant ainsi les faits de manière arbitraire. En particulier, la Cour de justice aurait omis de mentionner l'élément essentiel de ce rapport, à savoir que "ce qui est l'une des préoccupations les plus importantes pour de très jeunes enfants, c'est la sécurité de leur figure d'attachement. Cette dernière est nécessaire car le nourrisson et le très jeune enfant dépendent de multiples façons de leur figure d'attachement principale, généralement la mère, pour leur survie. C'est cette personne qui assure la sécurité de l'enfant." Il était en l'espèce établi que l'intimée avait été pénalement condamnée à plusieurs reprises pour son comportement à son égard. Il était donc d'autant plus nécessaire de retenir, en fait, les conséquences pour les enfants de l'insécurité que créerait chez leur mère, seule figure d'attachement des enfants, l'octroi d'un droit aux relations personnelles à l'intimée. Reproduisant d'autres passages du rapport du Professeur H.________, la recourante expose que l'appréciation qu'en a faite la Cour de justice est choquante, dénigrante et purement arbitraire. Celui-ci indiquait notamment que les enfants ayant un seul parent biologique ne sont pas moins équilibrés que ceux qui en ont deux, que la réintroduction de la coparentalité après une rupture liée à l'auteur de la violence peut déclencher des souvenirs traumatisants chez le parent qui a été principalement victime de violence, et que l'introduction d'un tiers ayant menacé l'équilibre de la figure primaire d'attachement aurait des répercussions sur les enfants et leur développement. La recourante soutient qu'elle est une victime qui doit être protégée de son agresseur, dans l'intérêt des mineurs. Il serait choquant de lui demander de faire des efforts pour ne pas reporter sa crainte sur eux. En écartant le rapport du Professeur H.________ et en imposant aux enfants d'avoir des relations personnelles avec l'intimée, la Cour de justice aurait violé l'art. 274a CC. La recourante ajoute que si elle a produit une évaluation pédopsychiatrique des trois enfants établie par la Dresse I.________, c'était parce que ceux-ci n'avaient jamais été entendus au cours de la procédure, le SPMi ayant renoncé à le faire et la Cour de justice n'ayant pas sollicité d'expertise. Or, le rapport de la Dresse I.________ avait selon elle été écarté de manière arbitraire. La Cour de justice opposait en effet à ce rapport celui du SEASP, qui avait pourtant été établi avant que les infractions civiles et pénales soient commises par l'intimée, alors que les parties n'avaient été rencontrées qu'une seule fois et que les enfants n'avaient jamais été vus ou entendus. Attribuer plus de poids au rapport du SEASP qu'à un rapport d'expertise établi par une professionnelle qui a rencontré les enfants était insoutenable. Si la Cour de justice ne se satisfaisait pas des deux rapports produits après renvoi, elle devait instruire plus avant, sous peine de violer l'art. 274a CC de manière arbitraire. 8.2.3.2. En l'occurrence, concernant les rapports du Professeur H.________ et de la Dresse I.________, la Cour de justice a retenu à bon droit qu'ils constituaient une allégation de partie dès lors qu'ils ont été établis à la demande de la recourante. Il était donc correct de les apprécier avec circonspection. S'agissant du rapport établi par le Professeur H.________, on ne voit pas en quoi le passage cité par la recourante serait en l'occurrence déterminant pour l'issue du litige. Il faut d'ailleurs souligner que ce professionnel n'a rencontré ni les parties, ni les enfants, mais a simplement répondu par écrit à des questions générales de la recourante. Quant au rapport de la Dresse I.________, la recourante ne conteste pas qu'il a été établi essentiellement sur la base d'informations recueillies auprès d'elle. Il apparaît d'ailleurs, à la lecture de ce rapport, que si cette professionnelle a rencontré A.A.________ et les enfants, elle n'a eu aucun contact avec l'intimée. Contrairement aux affirmations de la recourante, la Cour de justice ne s'est en outre pas limitée à opposer aux conclusions de ce rapport les considérations ressortant de celui du SEASP et n'a pas non plus ignoré l'existence de condamnations de l'intimée. Elle a d'ailleurs expressément souligné que la publication par l'intimée de photos des enfants sur les réseaux sociaux, si elle constituait une atteinte à leur personnalité, ne saurait suffire pour retenir qu'elle chercherait à leur nuire, ce qui n'apparaît pas insoutenable. Quant aux infractions pénales commises par l'intimée, qui ont visé la recourante, et non les enfants, et dont la nature doit également être prise en compte dans l'appréciation, elles datent désormais de plusieurs années. Dans ce contexte, s'il ne s'agit pas ici de nier le ressenti et les inquiétudes exprimées la recourante, les considérations de l'autorité cantonale, selon lesquelles elle pourra recourir à l'aide de professionnels si elle éprouve des difficultés à envisager que l'intimée puisse avoir un contact avec ses enfants, ne prêtent pas le flanc à la critique. A ce stade, on peut légitimement compter sur le fait que les parties parviendront, dans l'intérêt des enfants, à leur épargner leurs tensions. Vu ce qui précède, l'appréciation des deux rapports par la Cour de justice résiste au grief d'arbitraire. En tant que la recourante fait valoir que la Cour de justice devait instruire davantage si elle ne se satisfaisait pas des deux rapports produits, sa critique n'est pas de nature à démontrer que l'appréciation anticipée des preuves à laquelle a procédé cette juridiction - qui s'estimait suffisamment renseignée - serait insoutenable.