Citation: 4P.214/2006 19.12.2006 E. A

La société X.________ S.A. (ci-après: X.________) a pour but de rendre tout type de services dans le domaine de la délivrance du courrier. Elle est dirigée par deux directrices, A.________ et B.________. Y.________ a travaillé pour Z.________ S.A. (ci-après: Z.________) du 1er octobre 1983 au 31 mai 2003. Il a gravi peu à peu les échelons de l'entreprise et a occupé, en dernier lieu, la fonction de "Customer Operations Manager West", pour une rémunération annuelle s'élevant à 132'379 fr., plus le paiement de divers frais. Il était apprécié de chacun et a quitté cette société en excellents termes, de sa propre volonté, après avoir été approché par les deux directrices de X.________, qui lui ont proposé un emploi. Le 7 mars 2003, A.________ a délivré à Y.________ une attestation d'engagement comme "Country manager" auprès de X.________ dès le 1er juillet 2003. Il a été établi que A.________ avait engagé Y.________ alors qu'elle envisageait de réduire son activité professionnelle et qu'elle cherchait un remplaçant, afin de se consacrer à sa vie de famille. Les projets de la directrice ont été perturbés, car, à la fin du mois de juin 2003, elle a vécu une rupture sentimentale assez brutale. Elle a alors décidé de poursuivre son activité professionnelle, sans réduire son temps de travail. Le 1er juillet 2003, lors de l'entrée en fonction de Y.________, A.________ l'a informé qu'il changeait de position dans l'entreprise, et qu'il allait occuper le poste de "Station manager" à la place du poste de "Country manager". Il lui a été demandé de faire part de ses suggestions, afin d'améliorer l'organisation de la société, de développer son activité et de présenter un "business" plan. A.________ négligeait régulièrement les obligations découlant de sa fonction de directrice, déconsidérait ses employés ou procédait par règlements de comptes. Pendant ses premiers mois d'activité, Y.________ n'a reçu ni contrat de travail ni décomptes de salaire. En août 2003, un client potentiel de X.________ que connaissait Y.________ a participé à un déjeuner d'affaires en compagnie de ce dernier et de A.________. A cette occasion, il a été extrêmement surpris de la teneur de propos qu'il a qualifiés de "chauds", à connotation sexuelle, échangés avec la directrice, précisant que Y.________ était plutôt effacé. Après ce repas, il avait déclaré à Y.________ qu'il trouvait son employeur "un peu torride". Il n'a constaté aucune agression sexuelle de la part de A.________ envers Y.________ lors de ce repas. A la fin du mois de septembre 2003, A.________ a soumis à son avocate un projet de contrat de travail annoté par Y.________, mais celui-ci n'a jamais été signé. Il a finalement été retenu que Y.________ avait droit à un salaire de 9'750 fr. payable en 13 mensualités, auquel s'ajoutait la somme de 900 fr. à titre de frais de représentation, ainsi qu'un montant forfaitaire de 1'735,20 à titre de frais de déplacement. Dès septembre 2003, les employés de X.________ ont constaté que des divergences de caractère professionnel opposaient Y.________ à la direction de l'entreprise, mais ils n'ont pas remarqué que ce dernier aurait été victime de harcèlement sexuel. En septembre ou octobre 2003, Y.________ a pris contact avec une spécialiste en ressources humaines pour lui raconter les problèmes qu'il rencontrait avec sa directrice. Il paraissait gêné et hésitait à donner des détails. Il lui a révélé qu'il se sentait agressé, voire harcelé sexuellement; sa directrice tentait de l'embrasser et l'avait une fois plaqué contre le mur à cette fin. Il a également fait état de griffures sur le torse, sans les montrer; il a fait lire à la spécialiste consultée un SMS de sa directrice "à caractère coquin, sexuel". En novembre 2003, lors d'un repas avec des camarades d'études, dont D.________, consultante en ressources humaines, Y.________ leur a expliqué avec difficulté qu'il faisait l'objet de harcèlement de la part de sa directrice, qui lui faisait des avances à caractère sexuel, doublées d'une relation de pouvoir. Il craignait que son refus ne conduise à son licenciement. Entre novembre et décembre 2003, Y.________ a demandé conseil à D.________ pour gérer la situation. D.________, une ancienne collègue de Y.________ chez Z.________, avait accepté de travailler pour X.________ en septembre 2003, mais a quitté sur-le-champ cet employeur, n'ayant pas reçu de contrat écrit, ni d'assurance concernant sa formation lors de son entrée en fonction. Y.________ lui a expliqué, avant d'être licencié, qu'il était victime de harcèlement sexuel et psychologique de la part de sa directrice. Le 28 novembre 2003, X.________ a résilié le contrat de travail de Y.________ avec effet au 31 décembre 2003, le libérant de son obligation de travailler. Il lui était reproché un manque récurrent de communication, un manque d'intérêt pour son travail et le développement de la société, ainsi qu'une attitude négative pour le personnel. Enfin, il n'avait pas mis en pratique les projets annoncés, ne cessant de contredire la direction et créant un climat de collaboration impossible. Y.________ a été incapable de travailler à 100 % du 1er décembre 2003 au 31 décembre 2004, puis à 50 % du 1er janvier 2005 au 31 mars 2005. Le médecin de Y.________ a indiqué que son patient s'était plaint de problèmes de harcèlement sexuel et psychologique de la part de la directrice, qui lui avait d'abord fait des avances qu'il avait refusées, ce qui l'avait amenée à passer à des agressions physiques. Son patient lui avait expliqué qu'elle l'avait plaqué contre le mur ou s'était assise sur lui en mimant une copulation. Le médecin a constaté que Y.________ était dans un état d'agitation peu ordinaire, dépressif et insomniaque. Le 9 décembre 2003, Y.________ s'est opposé à son congé, soutenant qu'il était abusif. Les parties ont ensuite cherché en vain à résoudre leur litige.