Citation: I 123/04 06.07.2004 E. 4.2

4.2.1 Le Tribunal fédéral des assurances a déjà considéré que la fibromyalgie peut être assimilée à un trouble somatoforme, plus particulièrement au syndrome douloureux somatoforme persistant (arrêt P. du 10 mars 2003, I 721/02; cf. P. A. Buchard, «Peut-on encore poser le diagnostic de fibromyalgie?», in: Revue médicale de la Suisse romande 2001, p. 443 ss, spécialement p. 446; cf. aussi Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, namentlich für den Einkommensvergleich in der Invaliditätsbemessung, in : Schaffhauser/Schlauri [éd.], Schmerz und Arbeitsunfähigkeit, St-Gall 2003, p. 64 n. 93). 4.2.2 Selon la jurisprudence, des troubles somatoformes douloureux peuvent, dans certaines circonstances, conduire à une incapacité de travail (ATF 120 V 119 consid. 2c/cc; RAMA 1996 n° U 256 p. 217 ss consid. 5 et 6). Un rapport d'expertise attestant la présence d'une atteinte psychique ayant valeur de maladie - tels des troubles somatoformes douloureux - est une condition juridique nécessaire, mais ne constitue pas encore une base suffisante pour que l'on puisse admettre qu'une limitation de la capacité de travail revêt un caractère invalidant. En effet, selon la jurisprudence, les troubles somatoformes douloureux persistants n'entraînent pas, en règle générale, une limitation de longue durée de la capacité de travail pouvant conduire à une invalidité au sens de l'art. 4 al. 1 LAI (arrêt N. du 12 mars 2004, I 683/03, destiné à la publication, et les nombreuses références de jurisprudence et de doctrine). Une exception à ce principe est admise dans les seuls cas où, selon l'estimation du médecin, les troubles somatoformes douloureux se manifestent avec une telle sévérité que, d'un point de vue objectif, la mise en valeur de sa capacité de travail ne peut, pratiquement, plus raisonnablement être exigée de l'assuré ou qu'elle serait même insupportable pour la société (ATF 102 V 165; VSI 2001 p. 224 s. consid. 2b et les références; arrêt N. précité et les arrêts cités; cf. aussi ATF 127 V 298 consid. 4c in fine). Admissible seulement dans des cas exceptionnels, le caractère non exigible d'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de la réintégration dans un processus de travail suppose, dans chaque cas, soit la présence manifeste d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importantes, soit le cumul d'autres critères présentant une certaine intensité et constance. Ce sera le cas (1) des affections corporelles chroniques ou d'un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable, (2) d'une perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie, (3) d'un état psychique cristallisé, sans évolution possible au plan thérapeutique, marquant simultanément l'échec et la libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie), ou enfin (4) de l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art et de mesures de réhabilitation, cela en dépit de la motivation et des efforts de la personne assurée pour surmonter les effets des troubles somatoformes douloureux (VSI 2000 p. 155 consid. 2c; arrêt N. précité, et les références). 4.3 Dans le cadre de l'expertise réalisée par le SAM, la recourante a fait l'objet de consultations spécialisées. Selon le docteur E.________, psychiatre, l'existence de toute pathologie de nature psychiatrique doit être niée. Par ailleurs, bien que l'intéressée présente certains signes d'anxiété et de préoccupation en raison de sa situation personnelle, l'expert est d'avis qu'elle est une personne intelligente, différenciée et bien consciente de sa situation. Il conclut que l'assurée dispose, du point de vue psychique, d'une stabilité suffisante pour réagir de manière adéquate en dépit de ses difficultés. Sur le vu de cette appréciation médicale - qui n'est contredite par aucune pièce médicale versée au dossier - on peut sérieusement se demander si un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de réintégrer la vie professionnelle n'est pas exigible de la part de la recourante. En effet, non seulement la présence d'une comorbidité psychiatrique doit être niée, mais l'exigence du cumul d'autres critères présentant une certaine intensité et constance n'est pas réalisée. En particulier, le fait que l'intéressée dispose de ressources morales suffisantes pour réagir de manière adéquate en dépit de ses difficultés permet de nier l'existence d'un état psychique cristallisé marquant simultanément l'échec et la libération du processus de résolution du conflit psychique. Il faut également exclure la présence d'un processus maladif s'étendant sur plusieurs années sans rémission durable, du moment que, selon les experts du SAM, les plaintes ne s'expliquent plus par des altérations objectivables. En particulier, les nerfs médian et cubital - dont le dysfonctionnement avait motivé l'octroi de la rente entière - n'entraînent plus un handicap significatif. Quoi qu'il en soit, le point de savoir si un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de réintégrer la vie professionnelle n'est pas exigible peut rester indécis en l'occurrence. Même en admettant l'existence d'une diminution de rendement de 25 % due au syndrome douloureux au niveau huméro-scapulaire, force est de constater que ce handicap n'est pas de nature à entraîner, dans l'activité professionnelle précédemment exercée, une diminution de gain suffisante pour justifier le droit à une rente d'invalidité.