Citation: 1P.209/2003 23.04.2003 E. 5

Sans contester l'existence de charges suffisantes, telles qu'elles figurent en particulier dans l'ordonnance d'inculpation, le recourant soutient que sa détention ne serait pas justifiée par les besoins de l'enquête. Le recourant se plaint à ce sujet d'une violation de son droit d'être entendu, mais le grief est manifestement mal fondé: en retenant que l'enquête relative à la violation de la LStup est "restée en l'état", la cour cantonale n'a pas ignoré l'existence de l'ordonnance d'inculpation; elle a clairement mentionné les moyens de preuve complémentaires susceptibles d'être proposés par les parties dans le délai fixé à cet effet par le juge d'instruction. Le grief soulevé par le recourant est bien davantage de nature matérielle. 5.1 Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 128 I 149 consid. 2.1 p. 151, 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). 5.2 L'arrêt cantonal satisfait à ces exigences. Certes, le juge d'instruction a rendu une ordonnance d'inculpation, ce qui signifie qu'il estime l'enquête suffisante (cf. art. 58 al. 1 CPP). Par ailleurs, les différentes personnes mêlées au trafic de stupéfiants ont déjà pu donner leur version des faits, en précisant la quantité de drogue achetée auprès du recourant. Il n'en demeure pas moins que l'attitude du prévenu après sa mise en liberté provisoire - qui lui a valu une inculpation complémentaire des chefs notamment de contrainte, chantage et menaces - fait sérieusement craindre une intervention de celui-ci afin d'obtenir des revirements de la part de ceux qui le mettent en cause. Selon l'ordonnance d'inculpation, le recourant a reconnu un trafic portant sur environ 215 g de cocaïne, alors qu'il est mis en cause pour environ 327 g de drogue. Sur ce point, la situation n'est plus comparable à celle qui a conduit à une première libération le 23 septembre 2002. A cette époque, le juge d'instruction ne pouvait soupçonner, en dépit des divergences dans les déclarations recueillies, que le prévenu se livrerait à des pressions, voire des menaces systématiques et des agressions, en bénéficiant d'interventions de tiers. Le risque de collusion peut également s'étendre aux nouvelles accusations relatives aux faits survenus après la libération du recourant. La cour cantonale pouvait ainsi exclure une libération, en tout cas tant que l'instruction n'est pas définitivement close. Même si cela dépend dans une certaine mesure des actes d'enquête complémentaires que pourront requérir les autres parties, il n'en résulte pas une délégation inadmissible de compétence en faveur de ces dernières: c'est au juge d'instruction qu'il appartiendra de statuer sur l'utilité des éventuels compléments proposés (art. 58 al. 3 CPP).