Citation: 5A_513/2023 E. 6.1

6.1. En l'occurrence, le Tribunal avait imputé un revenu hypothétique à l'épouse à compter du 1er juin 2023. Après avoir constaté que celle-ci avait appris le 30 mai 2022 que la société de son mari ne lui verserait plus de salaire dès le 1er août 2022, le 14 septembre 2022 qu'elle n'aurait pas droit aux prestations de l'assurance-chômage et le 28 novembre 2022, date de la réception de la décision entreprise, qu'elle se trouverait dépourvue de contribution d'entretien dès le 1er juin 2023, la Cour de justice a considéré que, même si l'épouse avait théoriquement bénéficié d'un délai d'une année pour trouver un travail (du 1er juin 2022 au 1er juin 2023), c'était dans les faits un délai de six mois qui lui avait été accordé à compter du moment où elle avait su qu'elle se retrouverait sans aucune ressource. Selon les juges cantonaux, il était notoire que le marché du travail dans le domaine bancaire, pour un poste de cadre nécessitant une formation de niveau supérieur, est compétitif et que les exigences des employeurs sont élevées. En matière de compliance bancaire, aux termes tant des attestations produites par l'épouse que de celle fournie par le mari, la mouvance de la réglementation avait pour effet la nécessité d'être à jour pour ceux qui la pratiquent, que ce soit par des formations externes ou internes à la banque, préalables à l'emploi ou en cours d'emploi. Sans compter les trois mois d'essai insignifiants effectués en 2018 avant son licenciement, l'épouse avait arrêté d'exercer sa profession de base depuis sept ans, pour se consacrer tout d'abord à sa famille et à son ménage, puis à l'activité professionnelle de son mari, dans un domaine complètement différent. Ce parcours avait pour effet que l'épouse, âgée de 43 ans, se verrait préférer, si ce n'est des candidats plus jeunes, des candidats toujours en poste ou qui venaient de perdre leur emploi. L'attestation produite par le mari ne contredisait pas ce constat, au contraire. Tout d'abord, l'on ignorait s'il s'agissait bien du profil de l'épouse sur lequel se prononçait son auteure. Ensuite, même si ce profil y était qualifié d'" attractif ", il en ressortait surtout qu'une opportunité d'emploi se présenterait seulement " parfois ", ceci d'autant plus à temps partiel. Le fait que l'épouse soit trilingue n'y changeait rien. La maîtrise de plusieurs langues était une compétence attendue de tout candidat à un poste de cadre en matière bancaire. L'atout dont elle pourrait se prévaloir du fait de son expérience dans des entités réputées perdrait de sa force du fait qu'elle avait été licenciée lors de ses deux derniers emplois en banque, la première fois avec un certificat de travail peu élogieux et la seconde après le temps d'essai. Le fait que l'épouse avait repris son activité dans un autre domaine d'activité et qu'elle avait au surplus travaillé pour son mari risquait enfin de se révéler doublement pénalisant. Dans ces circonstances, il n'était pas réaliste de retenir que l'épouse avait la possibilité effective de trouver un emploi de cadre inférieur à 50% dans le domaine des services financiers en six mois. Cela était d'ailleurs confirmé par les attestations qu'elle avait produites, dont il ressortait en outre que le délai de recrutement à lui seul pouvait prendre jusqu'à quatre mois. Même si ces pièces émanaient d'amies de l'épouse, leur contenu était convaincant et rien ne justifiait de s'en écarter au stade de la vraisemblance. Dans l'attestation fournie par le mari, il était constaté la possibilité d'une réinsertion, sans précision sur la difficulté et le délai nécessaire pour y parvenir. La Cour de justice a également relevé que la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité (LACI; RS 837.0) accordait des prestations durant deux ans dès leur licenciement aux personnes dont il était reconnu que, du fait de leur âge, elles devraient faire face à des difficultés dans leurs recherches d'emploi. Or, tel était le cas de l'épouse, même si les difficultés la concernant résultaient d'autres circonstances, exposées plus haut. De plus, les exigences de réinsertion à son égard n'étaient pas aussi élevées qu'envers un débirentier à qui incombait une obligation de contribuer à l'entretien d'un enfant mineur. Il s'agissait de statuer, au stade des mesures protectrices de l'union conjugale, sur la contribution destinée à l'entretien d'une épouse dont le conjoint avait été d'accord, durant les années de vie commune précédant la séparation, de l'entretenir en lui versant une part de son bénéfice tiré de l'activité de sa société. Par ailleurs, même en tenant compte de frais supplémentaires adaptés résultant de la séparation, le mari disposait de moyens financiers qui lui permettaient, conformément au principe de solidarité applicable entre époux tant que dure le mariage, de continuer à contribuer à l'entretien de l'épouse. Il avait lui-même décidé de se montrer solidaire de son épouse en lui versant 12'000 fr. en novembre 2022. Au vu de ces éléments, la Cour de justice a accordé à l'épouse un délai de réinsertion de deux ans à partir du moment où le mari lui avait annoncé qu'il la " licenciait ", à savoir jusqu'au 31 mai 2024.