Citation: I 820/04 06.02.2006 E. 3

3.1 Les premiers juges ont considéré que la cause n'était pas en état d'être jugée, attendu que les rapports médicaux figurant au dossier, notamment ceux établis par le docteur I.________ et les neurologues du Centre hospitalier Y.________, seraient totalement contradictoires. S'agissant du docteur I.________ et du professeur B.________, tous deux spécialistes, le premier avait retenu une incapacité de travail pleine et entière et le second une capacité de travail à 70 % dans les activités de sommelière ou de coiffeuse. De l'avis de la juridiction cantonale, si l'on pouvait imaginer que l'assurée était en mesure d'exercer une activité professionnelle, compte tenu de son atteinte à la santé, et qu'il fallait peut-être relativiser l'avis du docteur I.________ à cet égard, il paraissait en revanche difficilement envisageable qu'elle travaille précisément comme sommelière ou comme coiffeuse, étant donné qu'elle présentait une limitation fonctionnelle à utiliser ses mains dans les activités manuelles exigées par ces deux métiers. Les premiers juges relevaient que les spécialistes du Centre hospitalier Y.________ étaient à l'origine à la fois de l'estimation de sa capacité résiduelle de travail et que c'était également eux qui admettaient une limitation fonctionnelle de ses mains dans les deux activités en question. Les gants de contention évoqués ne paraissaient pas adaptés aux métiers de sommelière et de coiffeuse, en contacts réguliers avec l'eau, notamment l'eau chaude, et avec la clientèle. 3.2 Lorsque des spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références; arrêt T. du 14 septembre 2005 [I 634/04]). 3.3 Les déclarations du docteur I.________, médecin traitant de l'intimée, ont cependant une moindre valeur probante que l'expertise du professeur B.________ et de la doctoresse S.________ en raison du rapport de confiance qui lie le médecin traitant à son patient (ATF 125 V 353 consid. 3b/cc; comp. ATF 124 I 175 consid. 4). 3.3.1 Dans son rapport médical du 10 avril 2002, le docteur I.________ a retenu une incapacité de travail de 100 % dans la profession exercée jusque-là (service hôtelier), d'une durée indéterminée. Toutefois, ce spécialiste a pris acte que les douleurs neuropathiques, accentuées par l'activité, l'effleurement (etc.) rendaient l'intimée incapable de travailler, mais il n'a fourni aucune explication sur son appréciation de la capacité de travail de l'assurée. Sur ce point, les conclusions du docteur I.________ ne sont pas dûment motivées. Les communications ultérieures du docteur I.________ des 11 février et 20 mars 2003, produites dans la procédure d'opposition contre la décision du 10 février 2003 de rejet de la demande, n'y changent rien. En effet, la lettre de ce praticien du 11 février 2003 concerne l'évolution de la situation médicale, en particulier les propositions thérapeutiques des neurologues du Centre hospitalier Y.________. D'autre part, la lettre du docteur I.________ du 20 mars 2003, dans laquelle ce spécialiste se déclare surpris par les résultats de l'expertise des neurologues du Centre hospitalier Y.________ et considère qu'une contre-expertise est indispensable, ne supplée pas au défaut de motivation de son rapport médical du 10 avril 2002. 3.3.2 L'expertise neurologique du 12 décembre 2002 remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Elle repose sur un examen clinique complet et prend en considération les plaintes exprimées par l'assurée. Le rapport du 12 décembre 2002 a été établi en pleine connaissance de l'anamnèse et du dossier médical. La description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale sont claires. L'expertise ne contient pas non plus d'incohérences. Dans leur rapport complémentaire du 14 janvier 2003, le professeur B.________ et la doctoresse S.________ ont indiqué que l'intimée présente une allodynie des mains des deux côtés (sensation douloureuse au moindre stimulus) et des dysesthésies des membres inférieurs à partir de la mi-cuisse des deux côtés (sensation anormale). On ne voit aucune contradiction de leur part entre le fait de constater que l'assurée présente une limitation fonctionnelle à utiliser ses mains dans les activités manuelles exigées par son activité de coiffeuse ou de sommelière et le fait de constater qu'elle présente une capacité de travail exigible de 70 %. Les experts ont évoqué une limitation et non une impossibilité fonctionnelle à exercer une activité. Dans leur expertise, les neurologues du Centre hospitalier Y.________ ont proposé l'application de gants de contention comme traitement possible des troubles dont est atteinte l'intimée. Pour autant, contrairement à ce que semblent croire les premiers juges, cette proposition ne vise pas l'exercice d'une activité déterminée, mais le cas où des anesthésiants locaux sont utilisés, ainsi que cela ressort du rapport du 12 décembre 2002. Cela étant, on ne se trouve pas dans la même situation que dans l'arrêt P. du 5 octobre 2001 (I 236/01) cité par les premiers juges. Certes, l'office AI n'a pas invité le professeur B.________ et la doctoresse S.________ à s'exprimer sur les motifs pour lesquels ils ne partageaient pas l'avis de leur confrère I.________ quant à l'exercice d'une activité dans le service hôtelier. Cependant, les neurologues du Centre hospitalier Y.________ ont été invités par le médecin-conseil de l'office AI à répondre à un questionnaire complémentaire, ce qu'ils ont fait dans leur rapport du 14 janvier 2003, dont les conclusions sont dûment motivées (supra, consid. 2.2). 3.4 Dès lors, les premiers juges n'avaient aucune raison de s'écarter des conclusions du professeur B.________ et de la doctoresse S.________, la tâche de ces experts étant précisément de mettre leurs connaissances spéciales à la disposition de l'administration ou de la justice sur les aspects médicaux d'un état de fait. Comme on l'a vu, les précisions du docteur I.________, d'une valeur probante moindre et motivées sommairement, ne justifiaient pas de s'écarter des conclusions des experts. Une instruction complémentaire comportant une nouvelle expertise médicale n'est dès lors pas nécessaire. Sur la base de l'expertise du professeur B.________ et de la doctoresse S.________ des 12 décembre 2002 et 14 janvier 2003, il convient de retenir que l'intimée, atteinte d'une sclérose en plaques probable, présente une allodynie des mains des deux côtés (sensation douloureuse au moindre stimulus) et des dysesthésies des membres inférieurs à partir de la mi-cuisse des deux côtés (sensation anormale). Elle présente une limitation fonctionnelle à utiliser ses mains dans les activités manuelles exigées par son activité de coiffeuse ou de sommelière. La capacité de travail exigible est de 70 % comme coiffeuse, sommelière ou gérante. 3.5 C'est donc à tort que les premiers juges ont renvoyé la cause à l'office AI pour instruction complémentaire comportant une nouvelle expertise médicale. Cela étant, il se justifie d'annuler le jugement attaqué et de renvoyer la cause à la juridiction cantonale pour qu'elle statue sur le fond de la contestation. A ce stade de la procédure, il n'y a pas lieu d'examiner plus avant les arguments du recourant et de l'intimée.