Citation: 4A_331/2023 E. A

A.a. A.________ Inc. (ci-après: la demanderesse ou la recourante) est une société sise aux Îles Caïmans. Son directeur général avec signature individuelle est le gestionnaire de fortune E.________, ressortissant israélien domicilié à Genève. Ce dernier dispose d'une procuration (« power of attorney ») pour gérer les comptes bancaires de cette société, dont il s'est déclaré à plusieurs reprises l'ayant droit économique. A.________ Inc. détenait l'entier du capital-actions de F.________ SA, société anonyme sise à Genève (radiée depuis lors), dont le but était la gestion de patrimoines privés ou institutionnels et le directeur avec signature individuelle était E.________. G.________ est une fondation de droit liechtensteinois. A.b. B.________ et C.________ sont domiciliés en Israël. Ils sont associés dans le cadre de diverses affaires commerciales, tant en Israël qu'à l'étranger. D.________ est l'épouse de C.________ (ci-après cités, ensemble avec B.________: les défendeurs ou les intimés). Le 11 août 1998, les époux C.________ ont ouvert un compte dans les livres de H.________ SA à Genève. Selon leurs indications, ils ont, de 1999 à 2003, confié à E.________, respectivement à F.________ SA, 250'000 USD aux fins de gestion. Le 14 juin 2002, B.________ a également ouvert un compte dans les livres de H.________ SA à Genève. A tout le moins dès le 6 janvier 2003, il a donné un pouvoir général de gestion de ses avoirs déposés auprès de H.________ SA à F.________ SA, représentée par E.________. B.________ a confié la gestion de 1'160'000 USD à F.________ SA. Cette somme lui avait été prêtée, ainsi qu'à C.________, par un groupe de personnes proche de son frère. La valeur des portefeuilles des époux C.________ et de B.________ a commencé à chuter à partir du deuxième trimestre 2003. A.c. Le 15 juillet 2004, les intimés ont signé un mandat spécifique de gestion en faveur de F.________ SA, l'instruisant d'investir leurs avoirs en financial futures, options et tous autres produits financiers dérivés. Selon le profil client, ils déclaraient vouloir maximiser leurs profits et accepter que ce type de transactions implique des risques importants de pertes. Le 26 novembre 2004, les intimés ont signé en faveur de F.________ SA une procuration pour la gestion de leurs avoirs auprès de H.________ SA. Les avoirs des intimés ont continué de perdre de la valeur, de sorte qu'à fin juin 2005, il ne restait plus que 150'000 USD environ sur les 1'160'000 USD confiés à la gestion de F.________ SA par B.________, respectivement 100'000 USD sur les 250'000 USD investis par les époux C.________. Selon les explications des intimés, ils avaient besoin de disposer de liquidités pour rembourser une partie des fonds qui leur avaient été prêtés. Toujours selon leurs déclarations, qui sont demeurées constantes tout au long de la procédure, ils ont menacé E.________ d'agir en justice contre lui en indemnisation. A.d. C'est dans ce contexte qu'en juin 2005, E.________ a présenté aux intimés la société « A.________ SA » - qui n'existe en réalité pas en tant que société anonyme de droit suisse - comme une société avec laquelle il n'avait aucun lien et qui était disposée à leur consentir un prêt de 500'000 USD. La conclusion d'un contrat de prêt entre « A.________ SA » et les intimés était conditionnée à la signature d'une décharge en faveur de E.________ et F.________ SA pour la gestion des fonds précédemment confiés. A.e. En juin 2005, les intimés ont signé avec F.________ SA et E.________ une convention rédigée en anglais et intitulée « final discharge and release ». Par la signature de cette convention, ils s'engageaient à donner pleine décharge et libération à E.________ et F.________ SA pour leur activité de gestion ainsi qu'à renoncer à toutes réclamations et prétentions à leur encontre concernant la gestion des fonds confiés, à la condition que la société « A.________ SA » accepte de leur octroyer simultanément une facilité de crédit de 500'000 USD. Cette convention était soumise au droit suisse et comportait une prorogation de for en faveur des tribunaux genevois. E.________ a précisé par l'intermédiaire de son mandataire, lors d'une audition de police, que cette décharge "a (vait) été établie à la demande de (s) on client afin que la situation soit clarifiée et que tout soit mis à plat avant de passer au prêt". Interrogé par le Ministère public sur cette affirmation et la question de savoir dans l'intérêt de qui A.________ Inc. voulait mettre les choses à plat et obtenir une décharge avant la signature du prêt, E.________ a répondu que cela était "dans (s) on intérêt. Également dans l'intérêt de tout le monde, pour clarifier les choses". A.f. Parallèlement à la signature de la décharge, les intimés ont signé, le 28 juin 2005, avec la société « A.________ SA » un contrat rédigé en anglais et intitulé « Credit facility and management agreement ». Cette convention - qui désignait les intimés comme « le client » ou « l'emprunteur » et « A.________ SA c/o (...) Geneva » comme « le prêteur » ou « A.________ SA » - spécifiait notamment: "1) Le Client transférera le solde d'approximativement 150'000 USD de son compte auprès de H.________ SA [compte de B.________] vers le sous-compte spécial de A.________ SA (ci-après : « Le Compte »). De plus, le Client nantira 100'000 USD du montant déposé auprès de H.________ SA sur le compte [des époux C.________] en faveur du Compte. 2) En échange de ce paiement de 150'000 USD, A.________ SA accordera une facilité de crédit de 500'000 USD au Client qui sera utilisée dans le seul but de rembourser le Prêteur. 3) A.________ SA se verra confier la gestion, avec un droit de substitution, du Compte et son pouvoir de gestion restera en vigueur pendant toute la période de validité de ce contrat. 4) Afin de dissiper tout doute, le Client n'a aucun droit sur le Compte et le Client ne tiendra pas A.________ SA responsable d'une quelconque perte qui se produirait, et le Client n'est pas non plus autorisé à attendre quelque compensation que ce soit de la part de A.________ SA ni de qui que ce soit d'autre dans l'éventualité d'une perte. 5) A.________ SA gérera les avoirs crédités sur le Compte pour une période maximale de cinq ans à partir du 1er juillet 2005. A la fin de chaque année civile, A.________ SA fournira au Client une copie d'un extrait du Compte. A.________ sera autorisée à déduire de la valeur des avoirs un montant égal à 0,5 % à titre de frais de gestion. 6) A la fin du délai de cinq ans (la date de Remboursement), le Client remboursera la facilité de crédit de 500'000 USD conformément aux règles suivantes : a) Si la valeur nette du Compte s'élève à 625'000 USD au moins, le montant total du Compte sera conservé par A.________ SA en remboursement du capital et des intérêts courus de sa facilité de crédit de 500'000 USD. b) Si, à la date du Remboursement, la valeur nette du Compte excède 625'000 USD, il est convenu que A.________ SA gardera 625'000 USD en remboursement du capital et des intérêts courus de sa facilité de crédit de 500'000 USD. Le montant en sus des 625'000 USD sera réparti équitablement entre A.________ SA et le Client. c) Si, à la date du Remboursement, la valeur nette du Compte est inférieure à 500'000 USD, le Client s'engage à rembourser la facilité de crédit dès la première demande en couvrant la différence entre 500'000 USD et approximativement 150'000 USD versés comme capital initial par le Client à A.________ SA selon le présent contrat. En d'autres termes, le Client reconnaît son devoir de rembourser en tous les cas le montant du capital de la facilité de crédit de 500'000 USD à la fin du délai de cinq ans. A.________ SA sera habilitée à utiliser les fonds à hauteur de 100'000 USD déposés sur le compte (...) auprès de H.________ SA qui avaient été nantis en faveur du Compte pour couvrir tous montants dus à celui-ci en vertu de cette section 6 (c). 7) Sous réserve de la signature à la même date que cet accord d'une décharge finale et d'une libération en faveur de F.________ SA et son gestionnaire général, et sous réserve que les obligations mentionnées ci-dessus soient exécutées par chacune des parties contractantes, chacune des parties contractantes reconnaît qu'elle n'a pas d'autres prétentions à faire valoir l'une contre l'autre. 8) Toutes relations entre le Client et A.________ SA sont soumises au droit suisse. Le lieu d'exécution et de recouvrement des dettes pour le Client domicilié ou résidant hors de Suisse, ainsi que le for exclusif pour toutes les procédures, sans tenir compte du domicile ou du lieu de résidence du Client est à Genève, Suisse." Cette convention, rédigée par Me I.________, associé en l'Etude (...) a été signée à Genève par ce même avocat au nom de A.________ SA, de façon illisible et sans indication d'un rapport de représentation ou d'une fonction d'organe, et en Israël par C.________ ainsi que son épouse, de même que par B.________, auxquels E.________ avait remis le contrat. Me I.________ agissait dans ce cadre au bénéfice d'une procuration signée à Genève le 11 avril 2005 par E.________ au nom de la société A.________ Inc., c/ (...), Caiman Islands. Le contrat de prêt et la décharge en faveur de E.________ et F.________ SA ont été signés en même temps. A.g. Le 30 juin 2005, B.________ a signé un document manuscrit en anglais instruisant H.________ SA de clôturer son compte et d'en transférer le solde de 107'762,57 USD sur le compte de « A.________ SA », à savoir un sous-compte ouvert en vue du prêt accordé aux intimés. L'argent a été crédité sur le numéro de compte indiqué dans l'ordre de transfert - qui était celui de A.________ Inc. - valeur au 5 juillet 2005. De son côté, C.________ a transmis à E.________ les coordonnées bancaires d'une société nommée J.________ Ltd, en lui indiquant que la somme prêtée de 500'000 USD devait être versée sur le compte de cette société. J.________ Ltd était une société liée au groupe de personnes qui avaient prêté de l'argent à B.________ et C.________. Toujours en date du 30 juin 2005, G.________ a versé 500'000 USD sur le compte principal de A.________ Inc. E.________ s'est annoncé comme étant l'ayant droit économique de ce montant, selon le « formulaire A » relatif au crédit de cette somme sur le compte de A.________ Inc. A la même date, la somme de 500'000 USD a été virée du compte principal de A.________ Inc. sur le compte à Chypre de J.________ Ltd auprès de la banque K.________, selon un ordre de transfert rédigé par E.________. A.h. Le 30 juin 2010, soit à l'échéance du prêt, les parties sont entrées en pourparlers concernant son remboursement. S'agissant de la valeur du compte à la date du remboursement, A.________ Inc. a fait savoir que la crise des marchés financiers de 2008 avait, en dépit de ses efforts, provoqué la perte de la totalité des actifs des emprunteurs. Ainsi, au 31 décembre 2009, il ne restait plus rien. Dans le cadre des négociations entre parties, E.________ a fait parvenir à C.________ un projet de convention de règlement entre les intimés et A.________ Inc. Cette convention spécifiait que les emprunteurs reconnaissaient leur obligation de rembourser au prêteur, le 30 juin 2010, 250'000 USD avec intérêts à 5 % dès cette date, correspondant au solde net dû au prêteur après déduction du compte qui avait été mis en gage. Ce document n'a jamais été signé par les intimés malgré les nombreuses sollicitations de E.________. A.i. En octobre 2010, C.________ a prié E.________ de lui transmettre tous les relevés d'activité, respectivement tous les relevés bancaires de toutes les années passées, tant pour lui-même que pour B.________, afin qu'ils puissent les vérifier. A.j. Par courrier du 18 janvier 2011, C.________ a fait savoir à E.________ que B.________ et lui-même avaient appris peu auparavant - dans le cadre d'une procédure judiciaire menée devant le Tribunal de Haïfa (Israël) par un tiers contre E.________ - et à "leur grande surprise", l'existence de liens étroits entre F.________ SA, A.________ et E.________, en particulier le fait que la société A.________ détenait l'ensemble du capital-actions de F.________ SA, contrairement à ce que E.________ et A.________ avaient affirmé à plusieurs reprises. Les investisseurs, qualifiant la situation de grave, estimaient avoir été trompés par E.________. B.________ envisageait de prendre des mesures alors que C.________ priait son correspondant de préciser les relations qu'il entretenait avec les sociétés F.________ et A.________ Inc. et lui demandait des comptes sur la gestion des sommes confiées à A.________ Inc. Ce courrier est demeuré sans réponse. A.k. Le 25 juin 2012, les époux C.________ et B.________ ont déposé à Genève une plainte pénale à l'encontre de E.________, A.________ SA, A.________ Inc. et F.________ SA pour escroquerie, gestion déloyale et abus de confiance. Cette plainte sera classée par le Ministère public le 28 avril 2023.