Citation: 6B_745/2022 E. 3.4.2

3.4.2. Il convient d'examiner si l'intérêt privé du recourant à demeurer en Suisse pourrait l'emporter sur les intérêts publics présidant à son expulsion. Cet examen implique en particulier de déterminer si la mesure litigieuse respecte le principe de la proportionnalité découlant des art. 5 al. 2 Cst. et 8 par. 2 CEDH (cf. arrêts 6B_672/2022 précité consid. 2.4.2; 6B_257/2022 précité consid. 3.6; 6B_38/2021 précité consid. 5.3.2). Le recourant a un certain intérêt à demeurer en Suisse compte tenu de la durée relativement longue de son séjour dans ce pays avant son incarcération (11 ans) et du fait que ses 4 enfants mineurs - avec lesquels il n'entretient cependant pas de contacts étroits et effectifs - y vivent. Cela étant, comme susmentionné, le recourant n'a démontré en Suisse aucune intégration socio-professionnelle, puisqu'il était sans emploi, a vécu grâce aux aides dont bénéficiait son ex-épouse et a de nombreux antécédents. En outre, s'agissant de liens avec son pays d'origine, V.________, le recourant ne conteste pas que dans ce pays - avec lequel il a un lien fort, puisqu'il y a rapatrié son ex-épouse et ses enfants entre 2017 et 2018 - résident sa mère et 3 de ses frères et soeurs et qu'il y imagine son avenir. Le recourant ne démontre également pas que sa réintégration à V.________, pays où il a passé notamment son enfance et son adolescence, serait particulièrement compromise. Ses perspectives de réinsertion sont favorisées en l'occurrence par la présence de membres de sa famille, entourage susceptible de l'aider à s'installer lors de son arrivée et ainsi faciliter son intégration. En outre, comme évoqué plus haut, au regard des relations actuelles entre le recourant et ses enfants, les moyens de télécommunications modernes permettront suffisamment de garder des contacts entre eux. Le recourant n'allègue par ailleurs pas que son expulsion vers V.________ l'empêcherait de suivre les entretiens médico-infirmiers et psychothérapeutiques dont il a besoin. Il en va de même des éventuels soins et traitements adaptés à ses problèmes psychiques. Son état de santé ne saurait ainsi faire obstacle à son renvoi. Les intérêts présidant à l'expulsion du recourant sont très importants, compte tenu de la nature et de la gravité des nombreuses infractions commises ainsi que du risque élevé de récidive d'actes de violence qu'il présente. Pour ce qui concerne ses troubles psychiatriques, il faut certes tenir compte des améliorations et de la stabilisation de son état, consécutivement à la prise de son traitement, et du fait qu'il n'y aurait plus eu d'épisode psychotique depuis l'arrêt du traitement, soit depuis septembre 2021. Cependant, comme l'a retenu à juste titre la cour cantonale, bien que le risque de récidive puisse s'avérer amoindri du fait de son évolution favorable, un nouveau passage à l'acte ne peut pas être exclu, en particulier en cas de consommation importante d'alcool et d'autres toxiques et au vu des difficultés que le recourant présente dans le domaine de la cognition sociale (cf. supra Faits let. B.e; rapport de suivi médico-psychologique de novembre 2021). Le fait que le diagnostic posé dans l'expertise psychiatrique du 3 avril 2020 aurait été remis en question par le corps médical ou que la mesure préconisée par les experts serait prochainement levée ne change rien à cette appréciation. C'est en vain que le recourant soutient que les doutes émis par la cour cantonale sur sa guérison "ne reposent sur aucune analyse scientifique, relèvent de simples suppositions posées de manière totalement subjective et vont à l'encontre de l'avis du corps médical". En effet, ceux-ci ressortent du rapport de suivi médico-psychologique établi en mai 2021 - document produit par le recourant lui-même - lequel mentionne clairement que, malgré l'amélioration de l'état clinique du patient après l'introduction du traitement, "la rémission rapide et complète des symptômes psychotiques dans le cadre d'un trouble délirant n'[est] guère habituelle" (cf. supra Faits let. B.e). Par ailleurs, contrairement à ce que le recourant semble penser, sa diminution de responsabilité - qu'elle soit due à un trouble temporaire ou permanent - est loin de pouvoir faire obstacle à son expulsion. En effet, il convient tout d'abord de rappeler que l'art. 66a al. 3 CP contient une énumération exhaustive des circonstances atténuantes permettant de renoncer à une expulsion (ATF 144 IV 168 consid. 1.4.2), un trouble psychique n'y figurant pas. En outre, force est de constater que la peine privative de liberté de 27 mois à laquelle il a été condamné - qui tient compte de la circonstance atténuante de la responsabilité restreinte - dépasse une année, ce qui pourrait permettre une révocation de son autorisation de séjour sur la base de l'art. 62 al. 1 let. b LEI (cf. ATF 139 I 145 consid. 2.1, selon lequel constitue une "peine privative de liberté de longue durée" au sens de l'art. 62 al. 1 let. b LEtr [depuis le 1er janvier 2019: LEI] toute peine dépassant un an d'emprisonnement). Il sied également de relever que les faits reprochés au recourant dans l'arrêt attaqué sont particulièrement graves, puisqu'il s'en est pris aux biens juridiques les plus précieux que sont notamment la vie, l'intégrité physique, psychique et sexuelle ainsi que la liberté, qui plus est notamment celles de son ex-épouse et de ses enfants. On rappelle dans ce contexte que la jurisprudence commande de se montrer particulièrement strict en cas d'actes de violence contre l'intégrité corporelle, psychique et sexuelle (cf. ATF 137 II 297 consid. 3.3; arrêts 6B_672/2022 précité consid. 2.4.2; 6B_629/2021 du 22 septembre 2022 consid. 2.4.1; 6B_1485/2021 du 11 mai 2022 consid. 2.6.2). De tels comportements, couplés en l'espèce à plusieurs autres infractions et à des nombreux antécédents, démontrent un mépris constant et total pour l'ordre juridique suisse et le sentiment de sécurité d'autrui. Le recourant est en effet ancré dans la délinquance, ayant déjà été condamné à 8 reprises par le passé, sans que cela ait eu un quelconque effet dissuasif sur ses comportements.