Citation: 5A_687/2014 E. A

A.a. E.________, née en 1936, a été privée de l'exercice de ses droits civils et placée sous tutelle le 18 décembre 2003 par décision de la Chambre pupillaire de la commune municipale de Z.________ (ci-après la Chambre pupillaire). Son frère, F.________, a été désigné tuteur. Durant l'exercice de son mandat, F.________ a collaboré avec A.________, fille et unique héritière de E.________. A.________ s'est ainsi occupée de recevoir le courrier de sa mère, d'établir, avec l'aide de son époux, un inventaire de ses biens, de se rendre aux assemblées générales des communautés de propriétaires d'étages auxquelles appartenait sa mère, de s'occuper de l'encaissement des revenus locatifs, et de suivre les placements financiers de l'intéressée. En raison du fait que F.________, domicilié à Y.________, avait toujours dit ne vouloir assumer sa tâche que pour un temps limité ainsi que des tensions survenues avec A.________, celle-ci a demandé à la Chambre pupillaire de procéder à un changement de tuteur. A.b. Le 12 septembre 2005, la Chambre pupillaire a désigné un nouveau tuteur en la personne de B.________, l'intéressé disposant d'une formation bancaire et fiduciaire et collaborant déjà avec les autorités pupillaires pour d'autres mandats de tuteur. La reprise effective de la tutelle est intervenue au mois d'octobre 2006 et B.________ a exercé ses fonctions jusqu'à sa relève par la Chambre pupillaire, le 17 février 2009. E.________ est décédée le 13 juillet 2009. A.c. Lors de sa désignation en tant que tuteur, B.________ était employé à 40% par la société de gestion de fortune C.________ SA (ci-après C.________). Sur la base d'un contrat oral, il percevait un salaire de 2'500 fr. bruts par mois, versé mensuellement, auquel s'ajoutait une rémunération pour l'apport de nouveaux mandats. C.________ est affiliée à l'Association suisse des gérants de fortune. Suite à la prise de fonction de B.________, A.________ lui a apporté les dossiers de sa mère directement dans les locaux de C.________. Elle lui a alors fait part de son désir de ne voir aucune prise de risques dans la gestion du portefeuille. B.________ lui a certifié que, pour chaque chose importante, il devait demander la permission de la Chambre pupillaire et qu'il ne " fer[ait] rien sans [la] consulter, de toute façon ". Il ignorait cependant que sa pupille était atteinte d'une pathologie la condamnant à disparaître à court, voire très court terme. A.d. Au début de son mandat, B.________ n'a pas reçu de directives spécifiques concernant la manière de gérer la fortune de E.________, laquelle sortait de l'ordinaire en comparaison de ses autres mandats. Le 26 février 2007, par l'entremise de B.________ en sa qualité de tuteur, E.________ a signé un contrat de " mandat de gestion B " avec C.________. Le 26 février 2007 également, B.________, agissant toujours en tant que tuteur de E.________, a signé le document annexé au contrat, document relatif au mode de détermination de la rémunération prévue en faveur de C.________. Il en résultait que cette société pouvait prétendre à des frais de gestion sous la forme d'une commission de performance s'élevant à 10%, calculée sur les gains en capital et intérêts de valeur moyenne annuelle des avoirs en compte, mais au minimum à 1% par année. B.________ percevait une commission sur les frais de gestion facturés par C.________ (3'849 fr. 75 en 2007 et 2'955 fr. 55 en 2008). Toujours à la même date et en qualité de tuteur de E.________, B.________ a enfin signé le formulaire de la Banque cantonale du Valais intitulé " pouvoir d'administration ", confiant à C.________ le droit, en tant que représentante, " d'exercer tous les droits dévolus au représenté à l'exception d'actes de disposition ", donc le droit de " clôturer ou ouvrir de nouvelles prestations dans le cadre de la gestion des avoirs du représenté ". A.e. Interrogé sur les motifs l'ayant amené à mandater C.________ pour gérer les avoirs de sa pupille, B.________ a expliqué être au bénéfice d'une formation bancaire, mais " dans des secteurs administratifs de la banque, à savoir le trafic des paiements, cash service, etc. ". Il connaissait de longue date le président de C.________, D.________, et le tenait en estime pour son professionnalisme et son expérience dans le domaine de la gestion de patrimoine. En effectuant l'inventaire d'entrée (infra consid. A.f.a), B.________ s'était rendu compte que les placements en actions effectués par l'ancien tuteur représentait un trop grand risque, qu'il convenait de corriger. Les besoins de E.________ étaient par ailleurs couverts par sa rente AVS et ses revenus locatifs, de sorte que B.________ a estimé devoir placer les sommes en liquide afin qu'elles génèrent un rendement intéressant, tout en restant attentif " aux risques liés au placements financiers, d'où une répartition du portefeuille de 70% en obligations et 30% en actions ". D.________ a quant à lui affirmé avoir intégré dans ses réflexions concernant la gestion de fortune de E.________ le fait que celle-ci était placée sous tutelle. Après avoir constaté que les besoins courants de l'intéressée étaient couverts par sa rente AVS et ses revenus locatifs, D.________ et B.________ ont fixé à 50'000 fr. la réserve pour les imprévus, à conserver sous la forme d'épargne sur le compte privé. Le solde pouvait être placé en se basant " sur une gestion type caisse de pension avec une large diversification ". Les membres de la Chambre pupillaire ont de leur côté déclaré ne pas avoir été préalablement informés que B.________ avait conclu un contrat de gestion de fortune pour le compte de sa pupille, ni qu'il percevait à ce titre une commission; il n'avait pas davantage demandé à l'autorité pupillaire l'autorisation de prélever sur le compte épargne la quasi-totalité des montants pour procéder aux divers placements. A.f. A.f.a. Le 30 septembre 2006, B.________ a dressé un inventaire d'entrée des biens de E.________. Sa fortune se chiffrait à 1'323'207 fr. 95, dont 1'036'635 fr. 95 de valeurs mobilières et 286'572 fr. de valeurs immobilières (valeur cadastrale). A.f.b. Lorsque C.________ a débuté son mandat le 10 avril 2007, la fortune de E.________ se composait de valeurs mobilières - sous la forme d'épargne et de titres - et de deux immeubles. Les valeurs mobilières représentaient 413'920 fr. 05, les titres 636'556 fr. 06 et les immeubles 1'216'852 fr. (valeur vénale), à savoir une fortune globale de 2'267'328 fr. 11. Les immeubles - soit deux appartements sis à X.________ et à Z.________ - étaient en location et procuraient un revenu locatif, versé tous les trois mois sur la base de décomptes. E.________ percevait ainsi annuellement 46'200 fr. de revenus locatifs, auxquels s'ajoutaient encore 8'700 fr. de revenus de titres, ainsi qu'une rente AVS mensuelle de 2'864 fr., soit un montant total de 89'268 fr., permettant de couvrir tous ses besoins courants. A.f.c. Au 31 décembre 2007, la fortune gérée par C.________ - parc immobilier non compris - se chiffrait à 990'441 fr., dont 914'398 fr. de titres, 11'501 fr. d'intérêts courus et 64'542 fr. de liquidités. Ce patrimoine était composé de 36% d'actions, de 20% de " reverse ", de 17% d'obligations, de 10% d'immobilier ainsi que d'autres postes (alternatif, capital garantie, autres). La moins-value indiquée par rapport au 31 décembre 2006 s'élevait à 76'042 fr. (- 7,13%). A.f.d. Au 31 décembre 2008, la fortune gérée par C.________ se montait à 666'748 fr., dont 568'779 fr. de titres, 1'929 fr. d'intérêts courus et 96'040 fr. de liquidités. Ce patrimoine était composé de 34% d'actions, de 12% de " reverse ", de 17% d'obligations, de 14% d'immobiliers ainsi que d'autres postes. La moins-value indiquée par rapport au 31 décembre 2007 s'élevait à 298'961 fr. (- 30,96%). A.f.e. En définitive, les fonds de E.________ sont passés de 1'036'635 fr. 95 à la reprise des comptes par B.________ en automne 2006 à 654'478 fr. 83 lors de la reddition des comptes par le prénommé le 17 février 2009, à savoir une baisse de 382'157 fr. 12. A.g. Il ressort du rapport d'expertise et de son complément que le portefeuille initialement géré par F.________ comprenait 45% d'actions, dont 42,2% d'actions UBS. Il était ainsi mal diversifié, la concentration de près de la moitié dudit portefeuille sur un seul titre allant à l'encontre de toutes les règles de prudence. La décision de C.________ de vendre une partie des titres UBS et de rééquilibrer le portefeuille était ainsi parfaitement conforme aux règles de l'art, sous réserve des décisions d'investissement en remploi qui se sont concentrées de manière excessive sur le secteur bancaire et financier. Lors du début effectif du mandat de gestion par C.________, le 10 avril 2007, l'expert a relevé que la fortune de E.________ était constituée de 16,4% de liquidités, de 29,9% de titres et de 52,7% d'immobilier. Le spécialiste a qualifié cette répartition de raisonnable, tout en notant la répartition " quelque peu étonnante " du portefeuille (notamment: proportion d'actions trop élevée et presque intégralement investie sur le marché suisse, lourde sur-représentation du secteur financier, proportion des obligations trop faible et intégralement investie en monnaie étrangère). L'expert a également noté que, si les niveaux atteints par les bourses en 2007 ne pouvaient qu'inciter à la plus grande circonspection, il n'en demeurait pas moins que ni l'ampleur ni les conséquences de la crise n'étaient prévisibles. Au regard des directives professionnelles, l'expert a par ailleurs répondu par l'affirmative à la question de savoir si les placements effectués par C.________ étaient conformes à la pratique bancaire courante. S'agissant toutefois des 15 types de titres acquis par C.________ durant son mandat et qui, selon les affirmations de A.________, présentaient un risque particulier, l'expert a estimé que douze des positions l'étaient réellement, soit en raison du manque de diversification, soit en raison de leur caractère trop spéculatif dans un portefeuille de type classique ou prudent. Se référant ensuite à l'indice LPP de Pictet & Cie, l'expert a estimé qu'une baisse du portefeuille de titres de l'ordre de 15 à 25% aurait été normale. La baisse accusée par le portefeuille était donc nettement supérieure à celle que l'on aurait pu attendre d'une gestion conforme aux principes appliqués dans les fonds de prévoyance. Le spécialiste a néanmoins précisé que, d'une part, C.________ avait dû reprendre la gestion du portefeuille très déséquilibré et que, compte tenu des modifications nécessaires, il était difficile de lui reprocher d'avoir agi dans la précipitation; d'autre part, nombre de fonds de pension avaient enregistré des baisses " nettement supérieures à celles des indices Pictet & Cie ", mais que, dans ces cas, les pertes étaient consécutives à des spéculations parfaitement discutables de certains gérants.