Citation: 5A_1036/2021 E. 3.3

3.3. En l'espèce, la cour cantonale a retenu que l'incapacité de l'épouse à couvrir ses propres charges ne résultait pas de la répartition des tâches durant le mariage, dès lors que l'intéressée avait toujours travaillé à plein temps et qu'aucun enfant n'était issu de l'union des parties. On peut donc en déduire que, sur le principe, l'union conjugale n'a pas durablement marqué de son empreinte la situation de l'épouse au sens de la jurisprudence précitée. L'autorité précédente a néanmoins estimé que la confiance de l'intimée dans la communauté qu'elle formait avec l'époux méritait d'être protégée, dès lors que le mariage avait duré plus de dix ans jusqu'à la séparation et que sa maladie durable s'était déclarée pendant la vie commune, un an avant la séparation. Or, s'agissant de la durée de la vie commune, la juridiction cantonale s'est fondée sur une présomption de durée abstraite qui, comme on l'a vu, ne suffit pas pour admettre un mariage ayant eu un impact décisif sur la vie de l'épouse. En outre, en tant que l'autorité précédente a considéré comme déterminant le fait que la maladie de l'épouse s'était déclarée pendant la vie commune, respectivement un an avant la séparation des parties, elle a méconnu que ce n'était pas l'apparition d'une atteinte à l'état de santé durant le mariage qui permettait de retenir un impact décisif de l'union conjugale sur la vie de l'intéressée, mais que, au contraire, ce n'était que si l'on retenait préalablement un tel impact sur sa situation qu'il convenait, dans un deuxième temps, de tenir compte de son état de santé. Dans la décision entreprise, la cour cantonale a également relevé que l'épouse avait soutenu son conjoint dans son activité indépendante en tenant sa comptabilité. Cet élément n'est toutefois pas déterminant en l'espèce; en effet, selon le jugement de première instance, l'activité déployée par l'intimée dans l'entreprise de l'époux, à hauteur de 15 heures par semaine, l'était en plus de son travail effectué à 100 % comme responsable de blanchisserie. On ne saurait dès lors retenir que cette activité accessoire aurait porté préjudice à l'indépendance économique de l'épouse. En définitive, et au vu des circonstances, le mariage n'a pas eu d'impact décisif sur la vie de l'épouse, ce qui permet d'exclure tout droit au versement d'une contribution d'entretien en sa faveur, sauf à retenir que son atteinte à la santé était liée au mariage (cf. supra consid. 3.2.3). Une telle constatation ne ressort toutefois pas de l'arrêt querellé et l'intimée - qui n'a pas procédé en instance fédérale - ne l'a pas non plus fait valoir. Il s'ensuit que l'autorité cantonale a abusé du pouvoir d'appréciation dont elle disposait en retenant que l'épouse avait droit au versement d'une contribution d'entretien en sa faveur et que le moyen tiré de la violation de l'art. 125 CC doit être admis.