Citation: 1B_528/2022 E. 5.3.3

5.3.3. En l'espèce, de telles hypothèses n'entrent cependant pas en considération (sur ces problématiques, voir notamment MARTIN KERN, Anwaltliche Tätigkeit und Geldwäschereibekämpfung, in Revue de l'avocat 2/2022 p. 81-87; TEICHMANN/GERBER, Le blanchiment d'argent en lien avec l'activité de l'avocat, in Jusletter 25 avril 2022; ALAIN MACALUSO, Séquestre et confiscation des provisions et honoraires d'avocat : comment interpréter l'exigence jurisprudentielle de la persistance de la bonne foi au moment de la contre-prestation adéquate ?, in ZStrR/RPS 1/2013 p. 28-55; ANGELO SOLE, Confiscation du produit de l'infraction et honoraires d'avocat, in Revue de l'avocat 4/2012 p. 181-192). En effet, la Cour des plaintes a considéré que l'origine illicite des fonds détenus auprès de la Banque de E.________ par la recourante B.________ Limited n'était pas étayée (cf. consid. 2.4 p. 11), appréciation qui ne prête pas le flanc à la critique. Certes, au vu de l'infraction examinée (blanchiment d'argent) et des circonstances ayant amené le séquestre des avoirs des recourantes (instruction pénale contre leur ayant droit économique), on ne saurait reprocher à leurs avocats une certaine prudence quant à l'origine des fonds dont disposent leurs mandantes. Cela étant, le seul fait que les fonds détenus en Suisse pourraient être d'origine illicite ne suffit pas pour considérer que tel serait nécessairement le cas de l'ensemble des autres avoirs que pourraient détenir les recourantes, notamment à l'étranger. Elles n'apportent en outre aucun élément qui permettrait de remettre en cause la constatation effectuée par l'autorité précédente. Ainsi, les recourantes ne prétendent pas qu'une procédure pénale serait ouverte à E.________ à leur encontre et/ou contre leur ayant droit économique. Elles ne soutiennent pas non plus que les fonds dont la recourante B.________ Limited dispose dans ce pays feraient l'objet d'une mesure de blocage assimilable à un séquestre pénal suisse. Ces avoirs sont en outre détenus sur un compte auprès de la Banque de E.________, soit la lésée supposée des infractions examinées dans la procédure pénale suisse à l'encontre de l'ayant droit économique des deux recourantes; cela paraît réduire ou à tout le moins limiter le risque que l'ensemble des fonds déposés dans cet établissement soient d'une origine criminelle. Cette relation a également été alimentée courant 2021, soit ultérieurement à l'ouverture de la procédure pénale en Suisse (octobre 2020), laquelle instruit de plus des faits datant de 2002; les recourantes n'apportent d'ailleurs aucune information sur ces versements de 2021 (motifs, origines, etc.) qui permettrait d'appuyer leurs affirmations. En l'état, on ne saurait donc présumer de l'illicéité des fonds - en particulier dans leur totalité - détenus à E.________, lesquels, au jour de l'arrêt attaqué, étaient toujours à la libre disposition de la recourante B.________ Limited. Au regard des versements de 2021 (USD 3 millions), les factures litigieuses en l'espèce (deux montants de 16'155 fr. et la somme de 1'375 fr.) paraissent pouvoir être couvertes par les avoirs détenus sur cette relation. Si les recourantes relèvent encore que les séquestres ont été levés pour le paiement des frais administratifs courants, ainsi que des impôts alors qu'il s'agirait des mêmes fonds illicites, l'objet du litige ne concerne pas ces éléments et l'appréciation émise à leur égard - notamment en substance quant à leur caractère indispensable pour l'existence des recourantes - ne saurait être revue dans la présente cause. Vu le compte détenu à E.________ et les remarques susmentionnées, il appartiendra en outre vraisemblablement aux recourantes d'étayer d'éventuelles demandes ultérieures. Au regard de ces circonstances très particulières, la Cour des plaintes n'a donc pas violé le droit fédéral ou procédé de manière arbitraire en refusant la levée partielle de cette mesure pour les trois factures d'avocats litigieuses.