Citation: 5A_945/2022 E. 6.2

6.2. Selon les constatations de l'autorité cantonale, l'épouse a travaillé en qualité de secrétaire de 1993 à 1995, d'employée de commerce au bureau des salaires de F.________ de 1995 à 1998, puis d'assistante en ressources humaines jusqu'à la naissance de sa fille, en 2003, cette activité consistant essentiellement dans la gestion des salaires et d'autres tâches de secrétariat. Sa dernière expérience professionnelle dans le secteur envisagé par le Tribunal civil remontait donc à une vingtaine d'années, ce qui représentait à l'évidence un désavantage par rapport à la majorité des autres candidats potentiels à des places de travail dans ce domaine. De plus, le métier d'employée de bureau ne faisait pas partie de ceux connus pour manquer actuellement de personnel, comme par exemple les métiers dans la restauration et l'hôtellerie ou certains postes dans l'enseignement, la santé et les transports publics. L'épouse n'avait pas non plus la possibilité effective d'accroître ses re-venus en exerçant une autre activité lucrative, notamment en augmentant son temps de travail en qualité d'esthéticienne, métier auquel elle s'était formée durant la vie commune et qu'elle exerçait depuis 2017 à un taux entre 30 et 50%. En premier lieu, son état de santé ne lui permettait pas de travailler actuellement plus qu'à mi-temps. Il ressortait en effet des pièces déposées en appel que depuis le 3 septembre 2021, elle bénéficiait, en raison d'un état anxieux-dépressif, d'un suivi psychiatrique intégré consistant en une consultation hebdomadaire et un traitement médicamenteux. Selon le certificat médical établi le 3 février 2022 par la Dresse G.________, psychiatre et psychothérapeute, l'épouse n'était pas en mesure de rechercher un autre travail que celui qu'elle exerçait à 50% compte tenu de son état psychique. Le 15 mars 2022, l'intéressée avait en outre contracté le covid et, à la suite de cette infection, elle avait présenté des troubles somatiques (maux de tête chroniques, hypersomnie, fatigue, perte de cheveux, troubles de la vision, essoufflement au moindre effort) qui l'avaient totalement empêchée de travailler jusqu'au 27 mars 2022, son incapacité passant à 20% dès le 28 mars 2022. La situation s'était toutefois dégradée par la suite puisque selon le certificat de son médecin traitant, daté du 29 juin 2022, sa capacité de travail n'était alors plus que de 50%, "pour une durée de 2 mois à réévaluer ultérieurement". Pour l'autorité cantonale, il n'y avait pas lieu de remettre en question ces constatations médicales. L'épouse ne faisait pas preuve de mauvaise volonté puisque lorsqu'elle en était encore capable, soit entre 2018 et 2020, elle s'était procuré des revenus complémentaires comme vendeuse et avait effectué des postulations dans le secteur de l'esthétique, ainsi que dans celui des ressources humaines, pour augmenter son taux d'activité. De même, le fait que son incapacité de travail soit passée de 100 à 20% le 28 mars 2022, pour ensuite augmenter à 50%, montrait qu'elle ne cherchait pas à obtenir un certificat de complaisance, mais au contraire à pouvoir exploiter au maximum sa capacité de gain, et que son état de santé l'avait contrainte à revoir ses ambitions. Elle était du reste actuellement suivie à la consultation du covid long auprès d'Unisanté à Lausanne. Tant les psychothérapeutes responsables de la thérapie familiale que l'intervenante de l'office de protection de l'enfant avaient déjà décelé ses fragilités sur le plan psychique et les avaient signalées à plusieurs reprises au Tribunal civil. Il n'y avait donc pas lieu de douter de la véracité des certificats médicaux déposés par l'épouse, dont les fragilités constituaient un handicap de plus pour trouver ou conserver une place de travail. En second lieu, non seulement il n'était pas établi qu'elle aurait pu être engagée à un taux supérieur à 50% par l'institut de beauté qui l'employait, mais il était au contraire vraisemblable que cette activité ne pouvait pas s'inscrire dans la durée, compte tenu d'une conjoncture défavorable. En effet, le 14 février 2022, l'institut précité avait dû se résoudre à résilier le contrat de travail de l'épouse avec effet au 30 avril 2022, reporté au 30 juin 2022 en raison d'un arrêt maladie. Aucun revenu hypothétique ne pouvait dès lors être imputé à celle-ci. Constatant que l'épouse s'était inscrite au chômage le 23 juin 2022, l'autorité cantonale a pris en considération, dès le 1er juillet 2022, un revenu mensuel (effectif) de 1'264 fr. correspondant au 80% de son ancien salaire d'esthéticienne. Compte tenu de ses faibles chances de trouver du travail comme assistante en ressources humaines ou comme employée de commerce, ainsi que d'une conjoncture économique défavorable pour les instituts d'esthétique, les juges précédents ont considéré que la crédirentière pourrait vraisemblablement retrouver un emploi dans ce dernier domaine qui lui procurerait un revenu équivalent à celui de 1'580 fr. par mois qu'elle réalisait avant son licenciement, et ce dans un délai d'environ un an suivant la date de celui-ci, soit dès le 1er février 2023.