Citation: 4A_405/2018 E. 4.6

4.6. Toutes les anomalies qui précèdent, prises dans leur ensemble, suscitent des doutes qui, sauf à verser dans l'arbitraire, vont au-delà des doutes légers dont on pourrait admettre qu'ils n'entament pas la conviction du tribunal. Peut-être les juges cantonaux - ayant relevé l'absence de preuve directe sur les faits topiques - ont-ils appliqué un degré de preuve moindre, eu égard au décès des trois protagonistes concernés. Ce serait toutefois méconnaître les préceptes rappelés ci-dessus (consid. 4.3.1 et 4.4), et le fait que le demandeur a tardé sans explications à faire valoir sa créance. Les juges cantonaux semblent aussi avoir attribué une importance excessive à la comptabilité et à la cohérence des enregistrements comptables, qui concordent en outre avec les déclarations d'impôt. C'est oublier que le comptable X.________ en est l'auteur, et qu'il disposait ainsi d'une vision d'ensemble. La comptabilité peut certes tirer une certaine légitimité des règles gouvernant son établissement (consid. 4.3.2 supra) mais en l'occurrence, il n'est pas établi que les écritures litigieuses soient corroborées par des pièces justificatives qui, encore une fois, eussent été d'autant plus nécessaires que la déclaration de donation plaidait pour une autre version. Le comptable n'a pas fourni d'explications particulières sur le contenu de la déclaration de donation du 10 avril 2005, et sur les divergences d'avec la déclaration d'impôt 2005. Peu importe que son travail ait été supervisé par son employeur qui n'entretenait aucun lien avec la famille P.________; il n'apparaît pas qu'un contrôle précis des écritures comptables - en particulier des écritures litigieuses, dépourvues de pièces justificatives - ait été opéré. Quant au fait que la veuve a signé les déclarations d'impôt 2006 et 2007, il n'est pas davantage décisif, dans la mesure où elle a pu les signer sans se préoccuper de leur contenu, à une époque où elle se fiait au comptable qui avait manifestement été l'homme de confiance de son défunt mari. On ignore ce qu'il est advenu de la reconnaissance de dette originale, mais le demandeur lui-même n'en tire pas argument; on relèvera que le signataire de cette reconnaissance, soit F1.________, disposait bel et bien d'une déclaration de donation écrite signée par ses créanciers, qu'il a présentée à l'autorité de taxation. Enfin, les juges cantonaux n'ont pas pointé les variations du demandeur dans la formulation de sa prétention et ont minimisé le fait qu'il ait attendu le décès des trois protagonistes avant de réclamer le paiement de sa prétendue créance. Il est possible que les parents P.________ aient exprimé leur souci ou leur volonté de ne pas favoriser un de leurs fils au détriment de l'autre. Toutefois, le demandeur s'est placé sur le terrain du droit des contrats. Or, les éléments recueillis, sauf à verser dans l'arbitraire, n'apportent pas la preuve certaine que lors de la donation du 10 avril 2005, P1.________ et P2________ ont convenu avec F1.________ que celui-ci avait désormais une dette de 35'000 fr. à l'égard du demandeur.