Citation: 6B_1187/2022 E. 2.2

2.2. L'argumentation de la cour cantonale doit être suivie. Concernant l'intérêt du recourant à rester en Suisse, il convient de relever que celui-ci y est né et y a toujours vécu. Néanmoins, son intégration dans ce pays demeure moyenne. Si comme il le relève, il a certes un emploi à plein temps, cet élément n'est toutefois pas suffisant pour retenir une bonne intégration en Suisse. Les contacts sociaux dont il se prévaut restent limités puisqu'ils n'impliquent que ses collègues et d'anciens camarades de classe. De plus, il ressort de l'arrêt attaqué qu'il ne semble pas participer de manière spécialement intense à la vie sociale de son lieu de domicile, ni prendre part à sa vie associative, ce qu'il ne conteste pas. Enfin, les poursuites et actes de défaut de biens dont il fait l'objet révèlent une mauvaise intégration économique dans notre pays et, contrairement à ce qu'il prétend - de manière largement appellatoire - constituent des critères pertinents à prendre en considération dans le cadre de son intégration. Le recourant parle et écrit couramment l'espagnol et dispose d'une expérience professionnelle dans le domaine de l'électricité dans lequel il peut travailler en Espagne. Le fait de ne pas disposer de formation qualifiée ne constitue pas un obstacle majeur s'opposant à sa réintégration en Espagne contrairement à ce qu'il soutient. Cet élément ne l'a en effet pas empêché de travailler dans ce domaine en Suisse et d'y acquérir une solide expérience qu'il pourra mettre à profit dans son pays d'origine, quand bien même ceci impliquerait, comme il le prétend, une réadaptation aux normes électriques de ce pays. Les possibilités de réintégration en Espagne du recourant, où vivent certains membres de sa famille, n'apparaissent donc pas mauvaises. S'agissant de sa vie de famille, le recourant se prévaut de la présence en Suisse de son fils mineur atteint de troubles psychiques et reproche à la cour cantonale de n'avoir pas pris en considération l'ensemble des preuves, en particulier l'expertise psycho-judiciaire du 2 septembre 2020 et, partant, de n'avoir pas examiné de façon adéquate l'intérêt supérieur de l'enfant. Selon lui, une expulsion vers l'Espagne serait préjudiciable au développement et au bien-être de son fils C.A.________ car celui-ci ne pourrait plus bénéficier d'un contact direct, régulier et étroit avec son père. Les experts auraient d'ailleurs préconisé un droit de visite élargi du recourant afin de favoriser le bien-être de son fils, que le tribunal de district lui avait octroyé. En l'espèce, le recourant vit séparé de son fils depuis 2018 et n'en a pas la garde. Il n'entretient actuellement des contacts avec celui-ci que dans le cadre d'un droit de visite qui s'exerce un weekend sur deux et durant les périodes de vacances scolaires, de sorte qu'en cas de renvoi vers l'Espagne, la fréquence des contacts existants pourra aisément être maintenue par des visites dans ce pays et par l'intermédiaire de moyens de communication modernes. L'argument du recourant selon lequel son ex-épouse ne favorisera pas, cas échéant, de tels contacts, est largement appellatoire, le recourant se bornant à tirer ses propres conclusions de l'expertise psycho-judiciaire du 2 septembre 2020. Au demeurant, un curateur est déjà en fonction, de sorte que les contacts pourront assurément être organisés. Par ailleurs, en tant que le recourant prétend que l'expertise précitée révélerait qu'une diminution de ses contacts avec son fils nuirait au développement et au bien-être de celui-ci, il se borne une nouvelle fois à livrer sa propre lecture de l'expertise psycho-judiciaire de son enfant, dont il tire des déductions de manière purement appellatoire. En l'occurrence, d'après l'état de fait cantonal, l'expertise en question a notamment révélé que son fils, qui présente un fonctionnement psychopatique, n'investissait pas le lien sur le plan affectif avec ses parents de sorte qu'il était difficile d'évaluer son attachement pour eux. Il avait néanmoins besoin de ses deux parents auprès desquels il cherchait ses repères et n'avait pas un attachement différencié pour chacun d'eux. Dans sa psyché, les personnes étaient en effet interchangeables. Il ressort en outre de l'expertise en cause (cf. expertise psycho-judiciaire du 2 septembre 2020, p. 63-65, pièces 720-722 du dossier cantonal; art. 105 al. 2 LTF) que le fils du recourant a un potentiel de violence, raison pour laquelle un cadre bienveillant et des limites claires étaient essentiels. Le recourant devait notamment avoir un quotidien plus cadré et être suffisamment rigoureux dans sa manière de prendre en charge les besoins de base de son fils. C'est donc essentiellement dans le but d'améliorer les capacités parentales du recourant que les experts ont préconisé un droit de visite élargi. En récupérant son fils le jeudi soir et en l'emmenant à l'école le vendredi matin, le recourant serait en effet contraint d'avoir un cadre de vie plus adapté et de s'investir davantage dans la vie de son fils, car "plus il sera impliqué dans la vie de son fils, plus il se prendra en charge". Les experts ont par ailleurs préconisé des visites impromptues de la part d'un assistant social ou d'un éducateur dans un but de contrôle. Compte tenu de ce qui précède, on ne saurait déduire des résultats de l'expertise un risque particulier pour le développement et le bien-être de son fils en cas de diminution de la fréquence de ses contacts directs avec son père. L'intérêt du recourant à demeurer en Suisse en raison de ses liens familiaux peut ainsi être relativisé. Quoi qu'en dise le recourant, les intérêts présidant à son expulsion sont importants. Si, comme il le relève, la gravité de l'infraction commise antérieurement à la présente procédure (conduite d'un véhicule automobile en incapacité de conduire) était moindre, il en va différemment de la tentative de lésions corporelles graves commise la nuit du 7 au 8 juin 2019. Il ressort en effet des faits établis par la cour cantonale - qui lient le Tribunal fédéral (art. 105 al. 1 LTF) et que le recourant ne conteste pas - que cette nuit-là, le recourant s'est acharné sur l'homme avec lequel il se bagarrait en lui assénant de nombreux coups de poing. Alors que son adversaire était au sol, il lui a encore donné un coup de poing puis trois coups de pied et, même après avoir constaté qu'il ne bougeait plus, lui a envoyé un coup de pied dans le dos, un coup de poing à la tête, puis onze coups de pied, toujours au niveau de la tête, tout en s'approchant pour constater son état. Ce faisant, le recourant a porté atteinte à un bien juridique essentiel, à savoir l'intégrité corporelle. La gravité des faits a conduit au prononcé d'une peine privative de liberté de 13 mois, avec sursis pendant 4 ans. Or en droit des étrangers, une révocation de l'autorisation de séjour est prévue en cas de peine privative de liberté de longue durée, c'est-à-dire toute peine privative de liberté supérieure à un an (cf. art. 63 al. 1 let. a cum 62 al. 1 let. b LEI; cf. ATF 139 I 145 consid. 2.1 p. 147), résultant d'un seul jugement pénal, qu'elle ait été prononcée avec ou sans sursis (cf. ATF 139 I 16 consid. 2.1 p. 18). On peut également relever que le recourant avait fait l'objet de trois avertissements entre 1999 et 2001 de la part de la police des étrangers, condition dont il est généralement admis qu'elle doit être observée pour révoquer l'autorisation de séjour d'un étranger issu de la deuxième génération (cf. ATF 144 IV 332 consid. 3.3.3; arrêt 6B_724/2018 du 30 octobre 2018 consid. 2.3.3 et les références citées), c'est-à-dire d'un étranger dont l'expulsion doit en principe - au regard de l'art. 66a al. 2, 2e phrase CP - être prononcée avec davantage de retenue. De surcroît, après la tentative de lésions corporelles graves, le recourant a commis une violation de domicile au préjudice de son ex-épouse, alors même qu'il savait que son expulsion allait être réexaminée. Quand bien même cette dernière infraction était de moindre gravité, elle dénote un mépris pour l'ordre juridique suisse et démontre par ailleurs que le conflit qui l'oppose à son ex-épouse, - à l'origine de la colère l'ayant conduit, selon ses dires, à commettre les deux infractions précitées -, est toujours très vif, ce qui laisse craindre un comportement futur incertain. C'est donc de manière fondée que l'autorité cantonale a considéré que le recourant représentait un danger pour la sécurité publique. A cet égard, le recourant ne saurait tirer aucun parallèle des arrêts qu'il cite (ATF 144 IV 332 et 6B_627/2018). Dans le premier arrêt auquel il se réfère, l'appréciation de la dangerosité de l'intéressé était différente et, en comparaison avec la police des étrangers, le comportement de celui-ci n'aurait pas mené à la révocation de son autorisation de séjour, contrairement au recourant. De surcroît, dans cette affaire, les possibilités d'intégration de l'intéressé dans son pays d'origine étaient mauvaises. Dans le deuxième arrêt cité, le recourant souligne lui-même les différences avec son cas, s'agissant d'un délinquant primaire et d'un jeune âge, étant précisé que le pronostic le concernant était favorable. En définitive, compte tenu de la gravité de l'infraction commise par le recourant ayant porté atteinte à un bien juridique essentiel, de son casier judiciaire, de son intégration moyenne en Suisse et des perspectives qu'il conserve de se réintégrer dans son pays d'origine, ainsi que de la menace qu'il constitue pour l'ordre public, l'intérêt public à son expulsion l'emporte en l'espèce sur son intérêt privé à demeurer en Suisse. Si l'expulsion est certes susceptible de porter atteinte aux relations entre le recourant et son fils, il convient de relever que cette mesure reste d'une durée limitée et qu'elle n'empêchera pas le recourant d'entretenir des contacts réguliers avec lui par des visites en Espagne et par le biais de moyens de télécommunication modernes. L'expulsion du recourant pour la durée (minimale) de 5 ans s'avère ainsi conforme au principe de la proportionnalité découlant des art. 5 al. 2 et 8 par. 2 Cst. La seconde condition pour l'application de l'art. 66a al. 2 CP n'étant pas réalisée, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en ordonnant l'expulsion du recourant.