Citation: 1P.544/2000 14.12.2000 E. 3

3.- Le recourant voit également une violation de l'art. 29 al. 2 Cst. dans le refus de la cour cantonale d'ordonner son audition personnelle en confrontation avec celle du gendarme qui a procédé à sa fouille corporelle. Cette mesure d'instruction aurait permis d'établir si cette opération s'était ou non déroulée dans le respect des prescriptions de l'art. 20 LPol. a) Selon cette disposition, les fonctionnaires de police peuvent fouiller les personnes qui sont arrêtées ou mises à disposition d'un officier de police en vue de leur arrestation, ainsi que celles retenues aux fins de vérification d'identité, si des raisons de sécurité le justifient. Lorsqu'elle s'avère nécessaire, la fouille doit être adaptée aux circonstances et être aussi prévenante et décente que possible, les directives de la hiérarchie de la police précisant qu'elle doit être effectuée en deux temps, soit d'abord le haut du corps, puis le bas du corps, de manière à ce que la personne fouillée ne soit pas entièrement dénudée. Le recourant prétend s'être trouvé complètement nu devant l'agent qui a procédé à sa fouille pendant deux minutes. Le Chef de la police relève dans ses observations du 31 mai 1999 à l'attention du Procureur général que, compte tenu des circonstances exceptionnelles dans lesquelles s'est passée la rétention, il n'est pas exclu que quelques personnes interpellées se soient trouvées dévêtues un bref instant, ce qui n'entraînerait pas, à son avis, une violation de la loi sur la police. Dans sa réponse au recours de droit public, il ne conteste pas le fait que le recourant soit resté nu pendant deux minutes en présence du gendarme, avant de relever dans son argumentation juridique que la fouille a été pratiquée de la manière la plus prévenante possible et en conformité avec les instructions de service. Se fondant sur le rapport de renseignements établi le 20 mars 1999 par la gendarmerie genevoise à la demande du Chef de la police, la Chambre d'accusation a retenu que la fouille avait eu lieu selon les prescriptions réglementaires, partageant au surplus, au terme d'une appréciation anticipée des preuves, l'avis du Procureur général suivant lequel, avec l'écoulement du temps, il ne serait très vraisemblablement pas possible que le gendarme concerné puisse se rappeler des circonstances exactes de la fouille du recourant vu le nombre important d'interpellations intervenues pendant le week-end en question. Enfin, à supposer que le recourant se soit trouvé nu pendant deux minutes devant le gendarme procédant à la fouille, elle a considéré que ce désagrément ne constituait pas, dans les circonstances exceptionnelles de l'espèce, une violation des art. 16 à 22 LPol. Il résulte de ces constatations et déclarations que quelques personnes ont été fouillées en une seule opération, et non pas en deux temps, et qu'aucun élément du dossier ne permet de dire que le recourant ne figurait pas dans le petit groupe de ceux qui se sont trouvés complètement nus, contrairement aux instructions de police explicitant l'art. 20 al. 3 LPol. Dans ces conditions, la cour cantonale ne pouvait retenir, sur la foi d'un rapport de renseignements établi près d'une année après les faits incriminés sur la base de l'enquête, que la fouille du recourant s'était passée de manière réglementaire sans procéder à une instruction plus complète des faits; elle devait soit retenir la version des faits du recourant et considérer que la fouille s'était déroulée en violation de l'art. 20 LPol, même si elle estimait qu'une telle atteinte aux droits de l'intéressé n'impliquait pas de réparation au sens de l'art. 114B al. 3 et4 CPP gen. , soit convoquer le gendarme ayant procédé à la fouille corporelle du recourant pour contribuer à élucider cet élément de fait. Il n'est certes pas exclu que cette mesure d'instruction ne donne aucun résultat en raison du temps écoulé depuis les faits et du nombre de personnes que le gendarme en cause a dû fouiller. Toutefois, dans la mesure où l'autorité intimée entendait ne pas retenir la version des faits du recourant, une telle mesure s'imposait. b) En refusant d'ordonner l'audition du gendarme ayant procédé à la fouille du recourant, au terme d'une appréciation anticipée arbitraire des preuves, et en concluant directement à l'absence de violation de l'art. 20 LPol, la Chambre d'accusation a par conséquent violé l'art. 29 al. 2 Cst.