Citation: 4A_479/2020 E. B

B.a. Le 26 février 2015, A.________ a attrait la banque en conciliation devant le Tribunal des prud'hommes du canton de Genève. Il a ensuite déposé une demande concluant au paiement de divers montants, dont: - CHF 282'428.- d'indemnité pour licenciement abusif, - CHF 200'000.- de tort moral, et - USD 6'810'000.- plus CHF 6'660.- pour les frais inhérents à son futur procès aux Etats-Unis (frais de défense, caution, amende etc.). Il a aussi émis d'autres prétentions fondées notamment sur des pertes de bonus, perte de gain et dommage de rente. L'employé reprochait à la banque d'avoir porté atteinte à sa personnalité (art. 328 CO) en le faisant travailler dans des conditions qui mettaient en danger sa réputation économique et son avenir professionnel. Il dénonçait aussi un congé abusif. Il a produit une directive concernant un "pays X" que la banque aurait élaborée en 1999 ou 2000 à propos des Etats-Unis. Ce document présentait le pays X comme un marché extrêmement difficile avec des risques préoccupants, notamment pour la réputation. Il prodiguait toutes sortes de conseils de prudence pour éviter d'être pris en faute, préconisait une diligence scrupuleuse à l'égard des clients et prônait le strict respect des directives de due diligence émises par la banque. Celle-ci a contesté l'authenticité de cette pièce. Par jugement du 4 avril 2019, le Tribunal des prud'hommes a partiellement accueilli les conclusions de l'employé demandeur et a condamné la banque à payer divers montants, dont une pénalité pour licenciement abusif (CHF 261'854.- nets) et une indemnité pour tort moral (CHF 20'000.- nets). Au surplus, il a astreint la banque à prendre en charge et à avancer tous les frais d'avocat, expertises, voyages, séjours, caution et amende que le demandeur pourrait encourir dans la procédure américaine diligentée contre lui. Sur la base du dossier (en particulier des rapports de voyage, des témoignages et des enquêtes réalisées par la FINMA et par la banque elle-même), le Tribunal a retenu que plusieurs employés du département nord-américain, dont A.________, avaient enfreint à réitérées reprises les directives de la banque, en particulier la directive US Person. Ils avaient démarché des clients aux Etats-Unis et/ou leur avaient donné des conseils en placement. D.3.________, responsable de la super-division "Amériques", avait fixé des objectifs de vente ambitieux et déraisonnables. Quant à D.1.________, chef du département "Amérique du Nord", il avait exercé une pression importante et constante sur les employés pour qu'ils atteignissent ces buts. La banque devait répondre de ces manquements: - Elle avait certes mis en place une réglementation très restrictive concernant les clients US, dispensé des formations pour son personnel et pris des mesures d'organisation interne. Toutefois, elle avait simultanément toléré, voire encouragé certains employés (dont le demandeur) à violer ses propres directives et à aider des clients US à éluder les impôts. Consciente des risques de cette stratégie, elle n'avait pourtant pris aucune mesure de contrôle pour s'assurer du respect de ses directives, préférant fermer les yeux sur certaines pratiques et profiter des revenus de la clientèle américaine. L'affaire X.________ SA l'avait contrainte à revoir sa politique en 2008. La banque avait bel et bien violé son obligation de protéger la personnalité du demandeur (art. 328 CO) en le faisant travailler dans des conditions qui mettaient en danger sa réputation et son avenir économique. Elle devait réparer le dommage occasionné. Le lésé assumait une part de responsabilité dont il fallait tenir compte, mais sa faute concomitante ne remettait pas en cause la responsabilité de la banque. - Le licenciement du demandeur était abusif. La banque l'avait encouragé à enfreindre ses propres directives parce qu'elle voulait développer sa clientèle et ses profits sur le marché nord-américain. Lorsque les Etats-Unis l'avaient poursuivie, elle avait sacrifié ses employés sur l'autel de ses propres intérêts, plaidant qu'un petit groupe de gestionnaires avait commis des manquements à son insu. En licenciant le demandeur au motif qu'il avait violé ses directives, elle n'avait fait qu'exploiter les conséquences de sa propre violation du contrat de travail. La gravité particulière de l'atteinte portée et des souffrances subies par l'employé justifiait de lui allouer une réparation morale (art. 49 CO) en plus de l'indemnité pour congé abusif. B.b. La banque et l'employé ont déféré cette décision à la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice genevoise, laquelle a entièrement rejeté la demande de l'employé. A l'instar des premiers juges, l'instance supérieure a reproché à A.________ et à son équipe - dont il était responsable - d'avoir violé à moult reprises les lois américaines et les directives de la banque, en particulier la directive US Person. Le prénommé avait en particulier prodigué des conseils en placement et suggéré des structures de type trust. Son supérieur direct D.1.________ avait lui aussi commis des manquements, à tout le moins parce qu'il avait fait modifier des rapports de voyage avant de les transférer à la hiérarchie. Pour autant, on ne pouvait reprocher à la banque d'avoir incité ses subordonnés à violer les règles applicables; au contraire, le prénommé leur avait recommandé d'y faire attention. La Cour de justice n'a pas non plus décelé d'indices attestant que la banque, via ses organes ou sa direction générale, aurait incité à violer ses directives ou aurait toléré de tels manquements. En définitive, ni la banque, ni son auxiliaire D.1.________ n'avaient porté atteinte au devoir de protéger la personnalité du demandeur (art. 328 CO). La résiliation n'était pas davantage abusive (art. 336 CO).