Citation: I 195/05 20.12.2006 E. 1

4.4 Cela étant, si l'expertise du docteur K.________ n'est pas convaincante, elle comporte cependant un certain nombre d'éléments propres à mettre en doute l'évaluation du docteur E.________. Les conclusions des deux psychiatres sont en effet diamétralement opposées, l'expert mandaté par l'intimé concluant à une capacité de travail entière du point de vue psychiatrique, celui mandaté par l'assuré retenant, à l'inverse, une incapacité de travail totale. Au stade du diagnostic déjà, les avis divergent fortement puisque le docteur K.________ retient un retard mental léger et un trouble de la personnalité anxieuse et évitante là où son confrère observe qu'il n'y a pas d'éléments en faveur d'un grave trouble de la personnalité atteignant le seuil diagnostic. A cet égard, le docteur K.________ relève qu'un certain nombre de données concernant la famille du recourant (maladies familiales, handicap et actes violents du père, traitement psychiatrique et tentatives de suicide de l'épouse du recourant) ne figurent pas dans l'anamnèse établie par le docteur E.________, en précisant que «l'expertisé présente une faille narcissique majeure et tient à se présenter le plus 'normal' possible (...)», ce qui fausse la récolte des informations. Les explications fournies par le docteur E.________ le 3 décembre 2003, selon lesquelles les divergences entre les conclusions de son expertise et celles de son confrère relèveraient pour l'essentiel de la «confusion des mandats d'expertise et de traitement», ainsi que d'hypothèses fondées sur «le postulat de sincérité», ne suffisent pas à lever les contradictions entre les deux évaluations psychiatriques. En ce qui concerne en particulier la mission de l'expert médical, le docteur E.________ indique qu'«il ne s'agit pas seulement de faire des constatations, d'établir un diagnostic, de procéder à une appréciation générale, mais de traduire ces données de manière normative sur un plan juridique» (p. 4 de sa détermination). Cette affirmation laisse supposer que le psychiatre mandaté par l'office intimé attribue à «l'expert médical» un rôle qui dépasse celui du spécialiste en sciences médicales appelé à se prononcer en raison de ses connaissances spécifiques dans ce domaine. On rappellera cependant que l'expert médical a précisément - et uniquement - la mission d'effectuer un examen objectif de la situation médicale de la personne expertisée, de rapporter les constatations médicales qu'il a faites de façon neutre et circonstanciée et de rendre des conclusions qui s'appuient sur des considérations médicales. S'il est souvent appelé à se prononcer sur l'état de santé d'une personne au regard de notions juridiques, l'expert n'a cependant pas pour mission de «traduire des données (médicales) sur un plan juridique», mais de fournir les données techniques qui permettront d'établir les faits sur la base desquels sera prise la décision de l'administration ou du juge. Il incombe donc à l'expert de répondre exclusivement à des questions techniques médicales de son ressort et non à des questions de droit, lesquelles relèvent du domaine de compétence et du pouvoir décisionnel de l'administration et du juge (voir à ce sujet, Jacques Meine, L'expert et l'expertise - critères de validité de l'expertise médicale, in: L'expertise médicale, éd. Médecine & Hygiène, Genève 2002, p. 1 sv.). Enfin, il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur la controverse soulevée par le docteur E.________ quant à la validité des tests projectifs réalisés par son confrère K.________ par rapport à celle des tests psychométriques qu'il a fait effectuer - dont l'objectivité est du reste remise en question par certains psychiatres parce qu'ils relèveraient somme toute d'un registre proche de celui du «postulat de sincérité» (Ulf Schroeter, Problèmes d'objectivité en expertises psychiatriques et utilisation du système AMDP, in: L'expertise médicale, vol. 2, éd. Médecine & Hygiène, Genève 2005, p. 73).