Citation: 5C.94/2001 26.07.2001 E. 3

3.- La cour cantonale a, en substance, rejeté l'action pour le motif que les demandeurs n'étaient porteurs d'"aucun acte de défaut de biens, provisoire ou définitif". a) Il ressort des constatations de la décision attaquée que, dans le cadre de la continuation de la poursuite dirigée contre D.________, les recourants ont obtenu, le 9 septembre 1994, un procès-verbal de saisie. Or, celui-ci peut tenir lieu d'acte de défaut de biens provisoire même s'il ne le mentionne pas expressément (ATF 75 IV 106 consid. 1 p. 110 in fine) et, partant, conférer aux créanciers le droit d'agir en révocation selon les art. 285 ss aLP (art. 115 al. 2 aLP; cf. infra, let. b); c'est au juge civil qu'il appartient de le qualifier pour les besoins de la cause (arrêt non publié de la Chambre des poursuites et des faillites du 26 novembre 1937, in: SJ 1938 p. 365). Lorsque, après avoir été saisi pendant une année, le produit de la saisie de salaire se révèle insuffisant pour désintéresser les poursuivants, l'office doit leur délivrer un acte de défaut de biens; une saisie complémentaire ou une reprise de la saisie de salaire dans la même poursuite sont prohibées (Mathey, La saisie de salaire et de revenu, thèse Lausanne 1989, p. 98 ss et les citations). Or, vu les sommes en poursuite et la retenue imposée par l'office (cf. supra, let. A/a et c), force est d'admettre que le procès-verbal de saisie revêt, en l'espèce, la valeur d'un acte de défaut de biens provisoire (cf. ATF 103 III 97 consid. 1 p. 104). b) L'action en contestation de revendication peut être motivée par le fait que le tiers a acquis l'objet litigieux au moyen d'un acte juridique susceptible d'être révoqué, pour autant que le demandeur soit titulaire d'un acte de défaut de biens conformément à l'art. 285 al. 2 ch. 1 aLP (ATF 107 III 118 consid. 3 et les références citées; Schüpbach, op. cit. , N 69, 211 et 225 ad art. 285 LP, avec d'autres citations). Le créancier qui, comme en l'occurrence, n'est porteur que d'un acte de défaut de biens provisoire doit obtenir la délivrance d'un acte de défaut de biens définitif avant qu'intervienne le jugement sur l'action révocatoire, soit sur la base d'une réquisition de vente présentée par lui, soit ensuite de réalisation sur requête d'un autre poursuivant (ATF 103 III 97 consid. 1 p. 103 et les arrêts cités). Toutefois, lorsque le caractère révocable d'un acte juridique doit être tranché à l'occasion d'un procès en revendication - donc à un stade où le créancier n'est pas en mesure de demander la réalisation et d'obtenir un acte de défaut de biens définitif -, il faut qu'il soit possible, sur la base de l'acte de défaut de biens provisoire, non seulement d'exciper de la révocation, mais encore de conduire le procès jusqu'au jugement (ATF 115 III 138 consid. 2b p. 142; 103 III 97 consid. 1 p. 104). Si le créancier n'est pas dispensé de produire un acte de défaut de biens définitif, ce n'est plus l'admission de l'action, mais la réalisation de l'objet litigieux qui dépend alors de la délivrance d'un tel acte dans la poursuite pendante (ATF 115 III 138 consid. 2c p. 143; A. Staehelin, in: Kommentar zum SchKG, vol. III, N 31 ad art. 285 LP). Il s'ensuit que, contrairement à l'avis des magistrats précédents, les recourants avaient qualité pour se prévaloir de la révocabilité de l'attribution dont a profité l'intimée, lors même qu'ils n'étaient pas porteurs d'un acte de défaut de biens définitif.