Citation: 4A_88/2019 E. 3.1.1

3.1.1. Cette disposition vise l'hypothèse de la gestion d'affaires imparfaite de mauvaise foi (ATF 129 III 422 consid. 4 p. 425). La gestion d'affaires est qualifiée d'imparfaite lorsque le gérant, qui intervient illicitement dans les affaires du maître, agit non pas dans l'intérêt de ce dernier, mais dans son propre intérêt ou celui d'un tiers. L'art. 423 CO a pour but essentiel d'éviter que le gérant, auteur de l'ingérence, ne profite de celle-ci et qu'il n'en conserve les profits (arrêts 4A_594/2012 du 28 février 2013 consid. 2.1.1; 6B_819/2013 du 27 mars 2014 consid. 6.1 et l'auteur cité). La doctrine en infère que la remise de gain remplit aujourd'hui également une fonction préventive (ou punitive) et plus seulement une fonction de rééquilibrage (TERCIER/BIERI/CARRON, Les contrats spéciaux, 5e éd. 2016, p. 799 n. 5435). Le maître, qui dispose d'une créance tendant à la restitution du profit réalisé par le gérant, peut faire valoir l'" action en remise de gain " (entre autres auteurs : TERCIER/BIERI/CARRON, op. cit., p. 796 n. 5417). Pour que la règle de l'art. 423 CO trouve application, trois conditions cumulatives doivent être réalisées: 1) Une atteinte illicite aux droits d'autrui (fondement juridique). L'intervention du gérant est illicite si elle a lieu sans cause, c'est-à-dire qu'elle ne repose ni sur un contrat ni sur la loi (TERCIER/BIERI/CARRON, op. cit., p. 794 s. n. 5407; TISSOT/KRAUS/SALVADÉ, Propriété intellectuelle, 2019, n. 1212 p. 396). En matière de droit d'auteur, toute utilisation non autorisée des droits appartenant à des tiers est considérée comme une intervention illicite (JÖRG SCHMID, Die Geschäftsführung ohne Auftrag, 1992, p. 332 n. 1040 et les auteurs cités; RALF SCHLOSSER, in Commentaire romand, Propriété intellectuelle, de Werra/Gilliéron [éd.], 2013, no 93 ad art. 62 LDA). 2) La volonté du gérant, auteur de l'ingérence, de gérer l'affaire exclusivement ou de manière prépondérante dans son propre intérêt (arrêts 4C.326/2003 du 25 mai 2004 consid. 3.5.1; 6B_819/2013 déjà cité consid. 6.1 qui, dans la perspective du droit pénal, se réfère à la " conscience et à la volonté " du gérant). 3) La mauvaise foi du gérant (ATF 129 III 422 consid. 4 p. 425; 126 III 69 consid. 2a p. 72). Il agit de mauvaise foi s'il sait ou doit savoir (art. 3 al. 2 CC) qu'il s'immisce dans la sphère d'autrui sans avoir de motif pour le faire (ATF 126 III 69 consid. 2a p. 72; arrêt 4A_594/2012 du 28 février 2013 consid. 2.1.1).