Citation: U 152/06 10.04.2007 E. 3

3.1 On est en présence d'appréciations médicales diamétralement opposées en ce qui concerne la capacité résiduelle de travail du recourant. Selon le docteur B.________, cette capacité est inexistante, vu la persistance des algies intenses et non simulées. Même des mesures d'ordre professionnel ne sont pas indiquées (« Le patient est beaucoup trop algique et handicapé pour pouvoir fréquenter un stage d'évaluation (et) même dans une activité adaptée et légère la capacité de travail de ce patient peut être également considérée comme voisine de zéro »). Les auteurs du rapport de la Clinique Z.________ parviennent quant à eux à la conclusion que l'assuré est en mesure, à tout le moins, d'exercer une activité très légère à plein temps. 3.2 Il n'y a pas de raison d'écarter d'emblée l'expertise du docteur B.________ au profit des conclusions de la Clinique Z.________. Certes, celle-ci a mis en évidence un manque de coopération de l'assuré. Mais cet élément, à lui seul, ne suffit pas à motiver le choix opéré par les premiers juges en faveur de ces conclusions. Le mandat confié à la clinique de réhabilitation n'avait pas pour but la mise en oeuvre d'une nouvelle expertise médicale. Il s'agissait, comme cela ressort de la remarque préliminaire qui figure dans le rapport de la clinique, d'évaluer la capacité fonctionnelle de l'assuré (système Isernhagen, d'après les directives du Groupe Suisse de Travail pour la Réadaptation). Un éventuel manque de collaboration de l'assuré dans ce contexte n'est pas apte, comme tel, à renverser les conclusions d'une expertise médicale antérieure. Par ailleurs, les médecins de la clinique ont procédé par comparaison, en ce sens qu'en l'absence de tests pouvant être considérés comme fiables, ils ont, de manière théorique et en référence à des situations semblables, conclu à une capacité de travail résiduelle entière dans une activité très légère. Cette conclusion se fonde sur des données tirées de l'expérience médicale en général, qui ne saurait sans plus supplanter les constatations médicales d'un expert fondées principalement sur un examen clinique approfondi. On notera que le médecin-conseil de la CNA, qui a aussi pratiqué un examen clinique détaillé, préconisait une activité légère permettant des pauses prolongées avec la possibilité pour l'intéressé de se dégourdir; il n'envisageait donc certainement pas une activité à plein temps ou du moins pas avec un plein rendement. 3.3 Les motifs invoqués par les premiers juges en faveur des conclusions de la Clinique Z.________ ne sont pas déterminants. S'il est vrai que cette clinique et la Clinique X.________ ont fait état de signes de non-organicité, le docteur B.________ a pour sa part constaté l'absence de tels signes. Quant au fait que les médecins de la Clinique X.________ ont été confrontés à un patient très algique, fixé sur ses douleurs et incapable de reconnaître l'amélioration objective progressive de son état, il n'est pas non plus décisif : cet élément était connu du docteur B.________, qui l'a dûment pris en considération. Il en va de même en ce qui concerne la constatation du docteur G.________, chirurgien-chef à l'hôpital U.________, qui a noté dans un rapport du 12 octobre 2001 « une situation algique lombaire relativement diffuse qui ne trouve pas d'explication nette au niveau du squelette et des structures neurales vertébrales ». Cet avis était également connu de l'expert; il ne contient au demeurant aucune appréciation relative à la capacité de travail du patient. 3.4 Si le rapport de la Clinique Z.________ est de nature à jeter un doute sur le bien-fondé des conclusions du docteur B.________, il n'emporte pas la conviction que l'assuré est à même de travailler à plein temps dans une activité légère et sans limitation de rendement. En l'absence d'élément probant et décisif qui permettrait de départager les avis opposés en présence, il se justifie d'annuler le jugement attaqué, ainsi que la décision sur opposition, et de renvoyer la cause à la CNA pour qu'elle mette en oeuvre une nouvelle expertise et rende une nouvelle décision.