Citation: 6P.156/2005 24.03.2006 E. 2

2.1 En l'espèce, la cour cantonale s'est fondée sur quatre arguments pour privilégier les aveux de la recourante au détriment de ses rétractations: Dans un premier temps, la cour cantonale a examiné les circonstances dans lesquelles l'aveu était intervenu. Interpellé par le magistrat instructeur, l'inspecteur de police qui avait interrogé la recourante le 6 juin 2002 a confirmé avoir pris contact avec le juge d'instruction - ce dont ce dernier se souvenait - pour connaître la suite à donner concernant la prévenue. Il n'a en aucun cas menacé de garder celle-ci en détention faute d'aveu, mais lui a simplement dit qu'il prendrait contact avec le juge d'instruction pour savoir ce que celui-ci déciderait (arrêt p. 8). La cour cantonale a en outre souligné que les aveux étaient intervenus assez tôt, l'interrogatoire ayant commencé à 14h et s'étant terminé à 15h45, de sorte que l'heure à laquelle avait pris fin l'audition ne pouvait pas laisser sérieusement craindre à la recourante de devoir passer la nuit éloignée de son fils (arrêt p. 10). La cour cantonale a ensuite relevé que, contrairement à ses déclarations, la recourante n'avait pas pris contact avec l'inspecteur de police qui l'avait interrogée immédiatement après la séance du 6 juin 2002 pour pouvoir rectifier ses déclarations, mais plus d'un mois après, soit le 11 juillet 2002. Après que l'inspecteur lui a expliqué que le dossier avait été transmis au juge, elle a encore attendu quatre mois et sa convocation au tribunal pour se rendre chez un avocat (arrêt p. 9). De plus, la cour cantonale a souligné que la recourante avait su affirmer avec force qu'elle n'avait commis que de petits détournements avec les tickets pour la somme de 2'000 francs environ, contestant vivement être responsable des importants mancos de caisse et des vols de numéraires, sur lesquels portait l'enquête. Or, selon la cour cantonale, une personne prise de panique aurait admis toutes les accusations portées à son égard pour échapper à un risque d'incarcération (arrêt p. 9 in fine). Enfin, la cour cantonale a constaté que les déclarations de la recourante avaient passablement varié, celle-ci n'ayant présenté pas moins de quatre versions, de sorte que l'on ne pouvait se fier à ses déclarations. Les juges cantonaux ont expliqué que la recourante avait vraisemblablement varié dans ses explications, mettant en scène l'ex-amant D.________, parce qu'elle craignait que les détails donnés à la police sur E.________ permettent de le retrouver alors que la vague identité de D.________ restait invérifiable. 2.2 La recourante tente en vain de démontrer l'arbitraire du raisonnement de la cour cantonale: C'est ainsi à tort qu'elle reproche à la cour cantonale de ne pas avoir tenu compte de la gestion lacunaire de l'Hôtel X.________, dans la mesure où sa condamnation ne concerne que les montants qu'elle a avoué avoir encaissés et gardés en réutilisant des tickets de caisse pour un montant total estimé à 2'000 francs et ne porte pas sur les mancos de l'Hôtel X.________ (cf. arrêt p. 8). La recourante soutient que le mode opératoire qui lui est reproché ne serait pas crédible, car il ne serait, selon elle, pas possible de prélever un tel montant avec la "repasse" de six tickets dans un si modeste établissement. Il faut cependant constater que la recourante aurait procédé de la sorte pendant deux ans, à raison d'un jour par semaine. Sur un total d'environ 90 jours (24 mois x 4), elle aurait ainsi détourné 20 à 30 francs par jour, ce qui paraît tout à fait plausible. Pour la recourante, ses déclarations - qui ne seraient pas si contradictoires qu'elles n'y paraissent - s'expliqueraient par la volonté de taire le nom de son ex-ami, en raison de la jalousie maladive de son mari. De la sorte, la recourante ne fait qu'opposer sa propre version - en soi vraisemblable - à celle de la cour cantonale, mais ne démontre pas que la version de la cour cantonale serait insoutenable. Le fait que les tickets de caisse étaient situés dans une partie privée de la bourse de la recourante n'a aucune signification. Contrairement à ce que semble croire la recourante, cela n'implique pas, en particulier, qu'elle ait eu l'intention de rembourser ces tickets. La recourante soutient que si elle avait eu une quelconque intention de vol, elle n'aurait jamais ajouté 50 francs le 19 octobre 2001, de sa propre poche, pour compléter son fond de bourse. Cet élément n'est pas non plus déterminant, dans la mesure où la recourante se créait ainsi de la monnaie pour la journée et qu'elle récupérait les 50 francs à la fin de la journée. Enfin, la recourante fait valoir qu'elle a été considérée comme une employée modèle, comme cela ressort de ses quatre précédents certificats de salaire. Cette circonstance ne saurait cependant prouver son innocence. 2.3 En conclusion, la lecture de l'arrêt attaqué permet de suivre facilement le raisonnement adopté par la cour cantonale. Les juges cantonaux ont d'abord constaté que les aveux de la recourante n'étaient pas intervenus sous la contrainte, puis ils se sont ensuite penchés sur les raisons et les circonstances des rétractations. Ils ont à cet égard retenu que les rétractations étaient intervenues, contrairement à ce que prétend la recourante, plus de cinq mois après son interrogatoire, et surtout que la recourante avait su contester avec force qu'elle n'était pas responsable des importants mancos de caisse et des vols de numéraires, dénoncés par ses employeurs, ce qui montrait que la recourante n'était pas prise de panique comme elle voulait bien le faire croire. Ce raisonnement n'est à tout le moins pas arbitraire. La recourante n'apporte du reste pas d'élément propre à démontrer que la version retenue par la cour cantonale serait insoutenable. En conséquence, il faut admettre que la cour cantonale n'a pas violé le principe de la présomption d'innocence ni établit les faits de manière arbitraire en retenant que la recourante avait conservé à réitérées reprises des tickets de caisse non déchirés afin de les présenter plusieurs fois à des clients et soustrait ainsi à ses employeurs une somme de l'ordre de 2'000 francs en deux ans, soit d'octobre 1999 à octobre 2001. Le recours de droit public doit ainsi être rejeté aux frais de son auteur (art. 156 al. 1 OJ).