Citation: 4A_382/2018 E. 1

Toujours selon le recourant, la manière avec laquelle la Formation a procédé relèverait aussi de l'effet de surprise, étant donné que l'intimé lui-même n'avait pas contesté la pertinence du programme de dopage russe, mais s'était efforcé de démontrer que l'existence de ce programme n'était pas établie. L'effet de surprise serait d'autant plus marqué que l'approche procédurale décidée par la Formation avait donné l'impression que l'existence dudit programme était au centre de l'affaire. Et le recourant de mentionner la possibilité qui avait été accordée aux parties d'adresser au TAS des écritures communes touchant l'ensemble des appelants, la décision de tenir des audiences en commun et la demande de la Formation, faite aux parties en cours d'arbitrage et acceptée par elles, de procéder à des délibérations en commun non seulement sur les questions intéressant l'ensemble des athlètes russes, comme cela avait été prévu au départ, mais encore sur celles ne concernant que l'intimé à titre individuel. Aux dires du recourant, s'il avait pu se douter que la Formation allait ignorer purement et simplement la question de l'existence d'un programme institutionnel de dopage, y compris quant à sa pertinence sur l'appréciation des preuves relatives à l'implication des appelants russes en général et de l'intimé en particulier, il n'aurait pas accepté que les deux Formations délibèrent ensemble, à savoir avec deux arbitres nommés par les appelants russes et un seul arbitre nommé par lui. Au demeurant, la surprise apparaît d'autant plus frappante au recourant, rétrospectivement, que la Formation avait tenu à préciser, notamment sous n. 867 de sa sentence, qu'il existait des preuves significatives que le programme de dopage russe, dont elle refusait de constater l'existence, fonctionnait bel et bien. Le recourant se défend encore de tenter d'obtenir un réexamen de la manière dont la Formation a apprécié les preuves pertinentes, mais affirme se plaindre du fait que les preuves concernant l'existence du programme de dopage russe ont été ignorées. En bref, il reproche à la Formation d'avoir traité la présente affaire comme s'il s'agissait d'un cas de dopage "classique", alors qu'elle s'insérait dans le contexte de ce qu'il nomme le plus gros scandale de dopage de tous les temps démontrant un niveau de sophistication sans précédent, notamment dans la dissimulation des preuves. Selon lui, la Formation a ainsi privé le droit d'être entendu des parties de sa substance pour avoir refusé de trancher la question de l'existence du programme de dopage russe et s'être interdit, par là même, d'en tirer les conséquences qui s'imposaient quant à la preuve de l'implication des athlètes individuels dans ce système illicite. En dernier lieu, le recourant se réfère à l'argument subsidiaire par lequel la Formation a précisé, s'agissant de la violation de la règle antidopage consistant en l'usage d'une substance interdite, que, même si l'existence du programme de dopage russe était établie, elle n'en serait pas convaincue pour autant de l'implication de l'appelant dans la violation de ladite règle. Se référant à l'arrêt 4A_730/2012 du 29 avril 2013 consid. 3.3.2, il qualifie cet argument subsidiaire de "formule de style" impropre à exclure la violation du droit d'être entendu.