Citation: 1P.304/2003 10.06.2003 E. 4

Il en va de même du risque de fuite. Le recourant s'est certes présenté spontanément en connaissant l'existence d'une procédure pénale. Mais cette dernière a peut-être pris un tour qu'il ne soupçonnait pas au départ, l'autorité d'instruction n'ayant pas donné crédit à ses explications. La nationalité française du recourant et son domicile en France sont autant d'éléments qui, au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, et en particulier des importants montants qui ont disparu, permettent de retenir un risque concret de fuite. 4.1 Le recourant soutient qu'une libération aurait dû être ordonnée moyennant le versement d'une caution de 100'000 fr., obtenue par la libération de sa prestation de libre-passage, qui représenterait ses seules économies. La cour cantonale n'aurait pas jugé que ce montant était insuffisant. Le recourant perd de vue que le refus de mise en liberté est fondé principalement sur le risque d'entrave à l'enquête, de sorte qu'une libération sous caution ne pouvait pas entrer en ligne de compte. Il apparaît de toute façon que la caution proposée par le recourant n'est pas propre non plus à pallier le risque de fuite. 4.2 Selon l'art. 155 CPP/GE, la mise en liberté du prévenu peut être accordée moyennant sûretés ou obligations. Cette disposition correspond à l'art. 5 par. 3 dernière phrase CEDH, selon lequel la mise en liberté peut être subordonnée à une garantie assurant la comparution de l'inculpé à l'audience, ainsi qu'à la liberté personnelle (art. 10 al. 2 et 31 Cst.) qui, en vertu du principe de la proportionnalité, exige de substituer à la détention tout autre moyen moins contraignant propre à atteindre le même but. L'importance de la garantie doit être appréciée au regard des ressources de l'intéressé, de ses liens avec des personnes pouvant servir de caution, et à la confiance qu'on peut avoir que la perspective de perdre le montant fourni agira comme un frein suffisant pour écarter toute velléité de fuite. Le montant de la caution doit être évalué de manière prudente, en particulier lorsque l'intéressé s'abstient de fournir des renseignements sur sa situation patrimoniale. 4.3 Dans le cas d'une instruction pénale relative à des détournements de fonds importants, dont une grande partie n'a pas pu être récupérée, l'autorité chargée de fixer une caution doit faire preuve d'une grande prudence, car il est toujours à craindre que le prévenu ne profite de sa mise en liberté pour tenter de récupérer le produit de l'infraction soustrait à la justice. L'autorité ne peut donc pas faire abstraction du montant des sommes détournées et fixer la caution en ne tenant compte que de la situation actuelle du prévenu, indépendamment des agissements délictueux (cf. notamment CourEDH, arrêt du 25 avril 2000 dans la cause Punzelt c/ République Tchèque, § 85ss). 4.4 Selon l'ordonnance attaquée, les abus de confiance reprochés au recourant portent sur environ 13 millions de francs. La trace de ces fonds n'a pas pu être retrouvée, et le recourant n'a pas fourni d'explications crédibles sur ce point. Au regard des montants disparus, la somme de 100'000 fr., ne paraît manifestement pas constituer une garantie suffisante.