Citation: I 481/05 08.06.2006 E. 5

Que l'on se réfère au diagnostic de fibromyalgie posé par le rhumato-logue ou à celui de trouble somatisation (qui fait partie des troubles somatoformes) mentionné par le psychiatre, il est constant que M.________ souffre d'un état douloureux sans substrat clairement objectivable. Les investigations pratiquées n'ont en effet révélé chez elle aucune atteinte somatique significative (pas de hernie discale; status neurologique normal). Il convient donc d'examiner si les rapports médicaux, sur lesquels l'office intimé s'est fondé pour rendre sa décision, permettent de statuer à satisfaction de droit sur le caractère invalidant de cet état douloureux à la lumière des principes exposés ci-dessus. 5.1 A l'issue de son examen clinique du 24 juillet 2002, le docteur A.________ a retenu que M.________ présentait un trouble de somatisation (CIM-10 : F.45) découlant d'une surcharge psychogène. Il ne lui était toutefois pas possible, devant l'attitude défensive et rigide de la prénommée, de déterminer les facteurs psycho-sociaux sous-jacents pouvant être à l'origine du développement et de l'évolution chronique de cette atteinte à la santé psychique. Préoccupée par son corps et tournée vers le concret, l'assurée n'avait qu'un accès limitée à ses fantaisies et à son monde émotionnel interne, mais le médecin n'observait aucun trouble formel de la pensée. Les douleurs - quotidiennes - occasionnaient des troubles du sommeil, une perte d'énergie et des troubles de l'humeur, ce qui le conduisait à poser aussi le diagnostic d'état dépressif léger (CIM-10 : F32.0). L'assurée elle-même ne s'estimait plus capable de reprendre une activité professionnelle tout en n'excluant pas de pouvoir retravailler un jour, et signalait une réduction de ses activités sociales à cause de son état douloureux (elle n'allait plus au théâtre, avait diminué le sport, faisait appel à l'aide d'une femme de ménage pour les travaux lourds et évoquait des rapports sexuels rendus plus difficiles). Le psychiatre était néanmoins d'avis que l'assurée possédait en elle suffisamment de ressources psychiques pour exercer son activité habituelle ou toute autre activité légère à un taux de 80 % (rapport du 31 juillet 2002). De son côté, le docteur H.________ a constaté la présence de 12 points douloureux et attesté à ce titre une incapacité de travail de 50 %, sans motiver plus avant son appréciation ni préciser quelles étaient éventuellement les limitations fonctionnelles qu'entraînait la fibromyalgie chez l'assurée. Tout bien considéré, le docteur Z.________ a fixé la capacité de travail résiduelle à 50 %. Invités à déterminer si une aggravation de la situation était intervenue depuis leur dernier examen respectif comme l'alléguait M.________, les docteurs A.________ et H.________ ont noté une extension des symptômes douloureux et une légère intensification de l'état de fatigue (cf. rapports des 17 juillet et 20 juillet 2003). Cela a amené le psychiatre à admettre, d'un point de vue psychiatrique, un taux d'incapacité de travail légèrement supérieur à avant (30 à 40 %), tandis le rhumatologue a maintenu sa précédente évaluation. Lors d'un échange téléphonique, ces praticiens sont toutefois parvenus à la conclusion que le taux d'activité exigible restait inchangé à 50 %. 5.2 En l'espèce, on ne saurait reprocher à l'administration une instruction insuffisante du cas. A juste titre, l'assurée a été examinée aussi bien par un médecin spécialisé en rhumatologie que par un psychiatre. Il en résulte une appréciation globale de sa situation douloureuse telle que l'exige la jurisprudence dans les cas de fibromyalgie ou de troubles somatoformes. En soi, le fait que l'office AI n'a pas derechef soumis les avis médicaux recueillis au docteur Z.________ n'enlève rien à la pertinence des conclusions des docteurs A.________ et H.________, puisque ceux-ci ont pris contact l'un avec l'autre pour confronter leurs observations et évaluer si l'état de santé de l'assurée justifiait, le cas échéant, une modification du taux d'activité exigible. Dès lors que l'atteinte à la santé de M.________ ne prête pas à discussion et que ses conséquences ont fait l'objet d'un examen circonstancié de la part de spécialistes reconnus, on ne voit pas, dans ce contexte, ce qu'une nouvelle expertise pourrait apporter de plus, si ce n'est une appréciation médicale supplémentaire. On ajoutera que les docteurs A.________ et H.________ ont examiné l'assurée deux mois après que celle-ci s'est soumise à une intervention gynécologique (hystérectomie et ovariectomie) et qu'ils ont donc pu intégrer ce fait nouveau dans leur évaluation médicale. Il ressort certes du dossier que M.________ a encore été hospitalisée du 30 au 31 octobre 2003 au Centre hospitalier W.________. Selon le rapport (du 3 novembre 2003) y relatif, la prénommée s'est présentée à l'hôpital pour une douleur thoracique qui a été qualifiée d'«atypique» par les médecins; l'épreuve d'effort réalisée à cette occasion s'est révélée négative et elle a pu rentrer chez elle avec une recommandation de contrôle chez un cardiologue. Cet épisode n'a apparemment pas eu de suite. Dans son recours de droit administratif, la recourante, qui se réfère toujours au même rapport, n'en fait pas état, si bien qu'on peut partir de l'idée qu'il s'est agi là d'un événement isolé sans conséquence significative qui justifierait une investigation supplémentaire. Cela étant, les considérations médicales des docteurs A.________ et H.________ laissent présumer que l'assurée est capable de fournir l'effort de volonté nécessaire pour réintégrer le monde du travail, à tout le moins à temps partiel. Une telle appréciation de l'exigibilité d'une reprise d'activité se révèle même assez généreuse. Il convient en effet de nier la présence d'une comorbidité psychiatrique dans son cas - selon la jurisprudence, les états dépressifs ne constituent en principe pas une comorbidité psychiatrique grave et durable à un trouble somatoforme (ATF 130 V 356 consid. 3.3.1 in fine; Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, in : Schmerz und Arbeitsunfähigkeit, St Gall 2003, p. 81, note 135) -, tandis que les autres critères déterminants ne se trouvent pas réunis en sa personne dans une mesure telle qu'il faille admettre une invalidité supérieur à 50 %. Par exemple, si l'on peut retenir une certaine perte d'intégration sociale, elle est encore modérée. Le recours se révèle mal fondé.