Citation: 1P.89/2002 11.03.2002 E. 4

Tout en admettant l'existence de charges suffisantes, le recourant soutient que sa détention ne serait pas justifiée par les besoins de l'enquête. Il aurait reconnu l'essentiel des faits qui lui sont reprochés, et on ne verrait pas en quoi la réalisation de l'expertise psychiatrique nécessiterait son maintien en détention. Aucun acte d'instruction n'aurait été effectué depuis la fin du mois de décembre 2001. Le risque de récidive serait inexistant s'agissant d'actes isolés, le recourant n'ayant pas d'antécédents judiciaires. 4.1 Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). En l'occurrence, la cour cantonale n'explique guère en quoi la libération du recourant pourrait compromettre ou compliquer la réalisation de l'expertise psychiatrique ordonnée le 30 novembre 2001. S'il était à craindre que le recourant ne tente de s'y soustraire, il s'agirait alors plutôt d'un risque de fuite. La cour cantonale évoque également les recherches en cours afin de déterminer si le prévenu a porté atteinte à l'intégrité sexuelle d'autres enfants. Par ailleurs, le recourant est mis en cause par son épouse pour des violences commises sur ses propres enfants. Il pourrait, en cas de libération, être tenté d'induire au silence d'éventuelles autres victimes, ou d'influencer des témoins et, en particulier, ses propres enfants ou son épouse qui l'a fortement chargé. Même si l'arrêt cantonal n'est pas particulièrement explicite sur ce point, il existe dans cette mesure un risque de collusion qui ne peut être écarté à ce stade. 4.2 Selon la jurisprudence, le maintien en détention préventive n'est admissible que si le pronostic de récidive est très défavorable et si les délits à craindre sont de nature grave. La simple possibilité, hypothétique, de commission de nouvelles infractions de même nature, ou la vraisemblance que soient commises des infractions mineures, sont des motifs insuffisants (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62). La jurisprudence se montre moins sévère dans l'exigence de vraisemblance lorsqu'il s'agit de délits de violence graves, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est alors considéré comme trop important (ATF 123 I 268 consid. 2e p. 271). Autant que possible, l'autorité doit tenter de substituer à la détention toute autre mesure moins incisive propre à atteindre le même résultat (ATF 123 I 268 consid. 2c et e p. 270/271 et les arrêts cités). Les infractions reprochées au recourant sont certes graves, et pourraient justifier que l'on se montre moins exigeant quant à la possibilité d'une réitération. Toutefois, comme le relève la cour cantonale, seule l'expertise psychiatrique serait à même d'établir l'intensité du risque de réitération. Dans l'attente du résultat d'une telle expertise, l'autorité devrait disposer d'un minimum d'indices à ce propos. Le Ministère public relève que le recourant n'aurait pas pris conscience de la gravité de ses gestes, ce qui permettrait de suspecter un cas de pédophilie pour lequel il y a habituellement récidive. Compte tenu des circonstances particulières dans lesquels le recourant a admis avoir agi (il aurait profité des absences de sa femme pour abuser d'une enfant confiée à cette dernière), il n'est pas certain que les considérations du Ministère public permettent d'admettre, à ce stade, un risque suffisant de récidive. La question souffre de demeurer indécise, car le risque de fuite suffit en l'état à lui seul pour justifier le maintien en détention.