Citation: 4P.24/2006 04.05.2006 E. 5

5.1 La recourante se prévaut enfin d'arbitraire dans l'application de l'art. 294 al. 2 let. c CPC/FR. D'après elle, il serait insoutenable de prétendre qu'elle a insuffisamment motivé son recours au sujet de l'existence d'un licenciement abusif. La défenderesse concède qu'elle n'a pas critiqué l'exposé juridique des premiers juges sur ce point de droit. Mais elle invoque le chiffre 12 de son mémoire d'appel, où elle aurait contesté l'interprétation des faits effectuée par la Chambre des prud'hommes et mis en exergue le véritable motif de licenciement, motivation qu'elle estime suffisante au regard de la norme précitée. 5.2 A teneur de l'art. 294 al. 2 let. c CPC/FR, le mémoire d'appel contient les motifs à l'appui des conclusions, notamment les nouvelles allégations et offres de preuves. Le recourant doit s'efforcer de démontrer que les motifs retenus par les premiers juges sont irrationnels ou dénués de pertinence. A défaut de cette démonstration, le recours est irrecevable. Autrement dit, le recourant doit s'en prendre aux motifs juridiques par lesquels le juge de première instance a justifié sa décision (Esseiva/Maillard, op. cit., note ad art. 294 CPC/FR, p. 253 et la référence jurisprudentielle). En l'occurrence, la Chambre des prud'hommes, au considérant 4 de son jugement, a expliqué en détail qu'il résultait des pièces du dossier que la défenderesse avait donné congé au demandeur "primo en raison des réclamations du demandeur concernant les décomptes horaires". Elle a considéré qu'il était déterminant que le travailleur croyait de bonne foi que les prétentions découlant des rapports de travail qu'il avait invoquées lui étaient dues par l'employeur. De plus, les premiers juges ont relevé que la défenderesse avait reconnu, par son passé-expédient, que les prétentions du demandeur relatives au permis poids lourd étaient légitimes. Ils en ont conclu que le licenciement dont a été l'objet le demandeur était abusif au sens de l'art. 336 al. 1 let. d CO, ce qui permettait l'octroi d'une indemnité équivalant à deux mois de salaire brut, par 7'600 fr. Dans son recours en appel, la recourante, sur une page et demie (cf. chiffres 12 à 14 du mémoire), a indiqué que le problème du rattrapage par le demandeur des heures manquantes était la véritable cause du licenciement. Elle a ajouté, en ce qui concernait la sanction du congé abusif, que si une indemnité devait être octroyée au travailleur, cela constituerait une prime à sa paresse et à son manque d'engagement. Il n'est pas besoin de longues explications pour admettre que la motivation étique développée par la défenderesse en appel ne répondait pas aux exigences de motivation requises par la doctrine et la jurisprudence. Sans discuter aucunement les arguments des premiers juges, elle présentait une version des circonstances qui ne s'appuyait que sur une partie des moyens de preuve, laissant de côté les faits susceptibles de la déranger. En jugeant que la recourante avait laissé intacte l'argumentation de la Chambre des prud'hommes à propos du congé abusif, les magistrats fribourgeois n'ont pas consacré une application arbitraire de l'art. 294 al. 2 let. c CPC/FR. Le grief est sans fondement. Il suit de là que le recours doit être rejeté. La procédure fédérale est gratuite puisqu'elle a trait à un différend résultant du contrat de travail dont la valeur litigieuse déterminante, calculée au moment du dépôt de la demande (ATF 115 II 30 consid. 5b p. 42), ne dépasse pas le plafond de 30 000 fr. fixé à l'art. 343 al. 2 CO. Cette disposition ne dispense pas le plaideur qui succombe de verser à son adverse partie une indemnité à titre de dépens (ATF 115 II 30 consid. 5c p. 42).