Citation: 6B_1250/2021 E. 2.5

2.5. La cour cantonale a retenu que le recourant avait un intérêt à rester en Suisse, son épouse et leur fille vivant à U.________. Son expulsion était de nature à le placer dans une situation personnelle grave (cf. jugement attaqué, p. 20 s.). En revanche, la cour cantonale ne pouvait retenir les déclarations du recourant selon lesquelles il aurait quitté la Gambie au motif qu'il était accusé d'être homosexuel. Ses explications à cet égard n'étaient intervenues que lors des débats de première instance et paraissaient de circonstances, au regard de la situation du couple du recourant, marié et père d'un enfant. En appel, le recourant avait produit des pièces censées prouver qu'il était recherché par la police dans son pays en raison de son homosexualité (P 84/1 et 84/2). Or il ressortait de ces documents qu'il mesurerait 1 m 56 - lui-même ayant confirmé lors de l'audience d'appel qu'il faisait "1 m 50 et quelque chose" -, ce qui ne correspondait pas à ce que la cour cantonale avait pu constater lors de l'audience d'appel, celui-ci étant de taille supérieure. Selon ces mêmes pièces, il serait né à V.________, alors qu'il avait confirmé lors de l'audience d'appel être né à W.________, ce qui ressortait aussi des documents figurant au dossier de première instance, notamment de son passeport, de l'extrait de l'acte de mariage et de son certificat de famille. Le recourant n'était pas crédible lorsqu'il prétendait avoir reçu ces pièces de sa mère, qui vivait en Gambie, après l'audience de première instance du 22 février 2021, raison pour laquelle il n'aurait pas pu les produire avant. En effet, il ressortait du courrier du Secrétariat d'Etat à l'économie (SEM) du 21 avril 2021 adressé à son épouse qu'il "aurait déposé en Italie une demande d'asile le 13 décembre 2016 en invoquant des persécutions", soit vraisemblablement liées à son homosexualité (cf. aussi sa "demande de protection internationale" du 9 février 2021, P 51/2); or, à supposer que cela fût vrai - ce qui n'était pas établi -, il lui aurait été loisible de produire dans la présente procédure copie des documents attestant de sa demande d'asile de l'époque, ce qu'il n'avait pas fait. A l'audience d'appel, le recourant avait d'abord déclaré qu'il n'avait fait aucune demande d'asile en Suisse, avant de préciser qu'il en avait déposé une "en raison de [s]on homosexualité", sans toutefois l'établir, la demande de février 2021 (P 51/2) concernant une procédure de regroupement familial. Déjà lors de la procédure ayant conduit à sa précédente condamnation par les autorités genevoises en décembre 2020, il avait expliqué sa présence en Suisse uniquement par le fait qu'il avait une compagne à Genève et que celle-ci était, à l'époque, enceinte de trois mois. Tous ces éléments faisaient penser que les pièces produites en appel à l'appui de ses allégations en relation avec sa prétendue homosexualité et la persécution qu'il risquerait de subir en Gambie pour ce motif (P 84/1 et 84/2) étaient des faux, l'une d'entre elles étant d'ailleurs datée du "29 février 2013", date qui n'existait pas puisque 2013 était une année non bissextile. La cour cantonale a ensuite examiné si les intérêts publics l'emportaient sur l'intérêt privé du recourant à demeurer en Suisse. Elle a retenu que le recourant n'était pas intégré en Suisse. Il parlait très mal le français. Il avait produit une promesse d'embauche, provenant du meilleur ami de son épouse. Le recourant s'était livré à son trafic alors que, selon ses propres dires, il était au bénéfice de deux formations (agriculture et cuisinier) et travaillait à l'époque au noir en France, voire en Suisse. Il percevait des revenus. Il avait suivi la scolarité, puis des formations dans son pays d'origine. Il y avait travaillé et sa famille s'y trouvait encore. La cour cantonale ne voyait pas en quoi sa réintégration en Gambie pourrait être problématique. Même dans son pays, il pourrait communiquer avec sa fille en Suisse par les moyens techniques modernes. Le recourant s'était livré à un commerce de stupéfiants alors qu'il venait d'avoir un enfant. Il avait expliqué aux débats de première instance qu'il avait continué à dealer après 2019 et l'obtention d'une autorisation dans le but d'avoir un peu d'argent pour sa fille. Or, il travaillait au noir et venait d'obtenir une autorisation en raison de son mariage. A l'audience d'appel, il avait ajouté qu'il s'était adonné à ce trafic illégal "pour soutenir [s]a famille en raison du covid" alors qu'il ressortait des faits non contestés qu'il avait commencé son activité délictueuse en décembre 2019, avant que des mesures soient prises en Suisse face au coronavirus en mars 2020. Son casier judiciaire suisse comportait cinq inscriptions, une nouvelle procédure étant encore pendante dans le canton de Genève. Selon son casier judiciaire il avait notamment été reconnu coupable à deux reprises d'infractions à la LStup au sens de l'art. 19 al. 1 LStup, ce qu'il tentait de minimiser en affirmant n'avoir été condamné que pour sa propre consommation. La procédure à Genève avait été ouverte pour des faits du 12 avril 2019, ce qui ne l'avait pas empêché de poursuivre ses activités illicites. Au regard de ces éléments, l'intérêt public à l'expulsion l'emportait. La mesure d'expulsion devait être confirmée, ainsi que sa durée fixée à 8 ans, qui se révélait parfaitement proportionnée.