Citation: 4A_38/2022 E. 5.3

5.3. Au moment où il s'est agi de déterminer la voie de droit adéquate, car c'est bien ce moment qui est déterminant, la recourante craignait que son mari ne saisisse le premier un tribunal à l'étranger et voulait figer une litispendance matrimoniale en Suisse. Elle n'affirme pas que ce fait, constaté souverainement par la Cour cantonale, serait arbitraire, ce qui clôt le débat. Comme l'arrêt cantonal le souligne, cette crainte a d'ailleurs été exprimée très explicitement dans la demande en divorce que la recourante a relue attentivement - à en juger par le nombre de questions qu'elle a posées à sa mandataire au sujet de son contenu - avant le dépôt de ce mémoire en justice. Et cette inquiétude pouvait aisément se concevoir, sachant que les époux avaient quitté S.________ quelques années auparavant et que le mari avait récemment mis en vente la villa de Genève, comme cela était exposé dans la demande. L'enjeu était manifestement d'une certaine importance, si l'on se représente notamment qu'une juridiction étrangère aurait pu avoir une vision fort différente de l'entretien que l'un des conjoints doit à l'autre en cas de séparation et si l'on considère les sommes en jeu. L'avocate pouvait dès lors légitimement en tenir compte, ce d'autant que - si la requête de mesures provisionnelles ne devait point aboutir, pour un motif lié à la demande en divorce à laquelle elle était adossée ou au refus de l'époux de consentir au principe du divorce - elle pouvait aisément lui substituer une requête de mesures protectrices de l'union conjugale, l'art. 173 al. 3 CC lui permettant dans ce contexte de réclamer des contributions d'entretien non seulement pour l'avenir, mais également pour l'année qui précède l'introduction de la requête (possibilité également donnée en cas de vie séparée dans le cadre de l'art. 176 CC; ATF 115 II 201; arrêt 5A_454/2017 du 17 mai 2018 consid. 4.1 non publié in ATF 144 III 377).