Citation: I 642/03 30.06.2004 E. 3

3.1 Le recourant conteste toute valeur probante à l'expertise de la Clinique romande de réadaptation du 17 septembre 2001 qui, selon lui, ne répond pas à toutes les exigences posées par la jurisprudence en la matière. En effet, le docteur A.________, dans son expertise psychiatrique, n'a pas « investigué » le diagnostic de trouble somatoforme douloureux, dont les symptômes peuvent pourtant être proches du diagnostic qu'il a retenu de majoration de symptômes physiques pour des raisons psychologiques. Il reproche à ce spécialiste de n'avoir pas indiqué pourquoi il avait retenu ce diagnostic plutôt que celui de trouble somatoforme douloureux. En outre, il fait valoir qu'à aucun moment la problématique socioculturelle qui est la sienne n'a été évoquée dans l'expertise comme étant la cause de son incapacité de travail et de gain. L'expert aurait donc dû, ce qu'il n'a pas fait, chercher à justifier pour quel motif le diagnostic de majoration de symptômes physiques pour des raisons psychologiques, qui figure dans la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision (CIM-10) de l'Organisation Mondiale de la Santé, n'entraîne dans son cas aucune invalidité. 3.2 Le juge doit examiner de manière objective tous les moyens de preuve, quelle qu'en soit la provenance, puis décider si les documents à disposition permettent de porter un jugement valable sur le droit litigieux. Si les rapports médicaux sont contradictoires, il ne peut liquider l'affaire sans apprécier l'ensemble des preuves et sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une opinion médicale et non pas sur une autre. C'est ainsi qu'il importe, pour conférer pleine valeur probante à un rapport médical, que les points litigieux aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale soient claires et enfin que les conclusions de l'expert soient dûment motivées. Au demeurant, l'élément déterminant pour la valeur probante n'est ni l'origine du moyen de preuve ni sa désignation comme rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 125 V 352 consid. 3a et les références; VSI 2001 p. 108 consid. 3a). Ces principes, développés à propos de l'assurance-accidents, sont applicables à l'instruction des faits d'ordre médical dans toutes les branches d'assurance sociale (Spira, La preuve en droit des assurances sociales, in : Mélanges en l'honneur de Henri-Robert Schüpbach - Bâle, 2000, p. 268). 3.3 Quoiqu'en dise le recourant, l'expertise de la Clinique romande de réadaptation du 17 septembre 2001 remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Elle repose sur une étude complète et circonstanciée de la situation médicale du patient, ne contient pas d'incohérences et aboutit à des conclusions motivées. Le docteur U.________ fonde son rapport sur un examen clinique complet. Celui-ci a été établi en pleine connaissance du dossier médical, des plaintes exprimées par l'assuré et de l'anamnèse. Les considérations médicales sont clairement exprimées et bien motivées. Enfin, les conclusions du rapport, qui se basent notamment sur l'avis orthopédique du docteur M.________ et sur l'expertise psychiatrique du docteur A.________, sont dûment motivées. Tous ces documents sont datés de septembre 2001 et, contrairement à l'avis du recourant, étaient encore actuels pour apprécier sa situation médicale au moment déterminant. Reste à examiner le diagnostic de majoration de symptômes physiques pour des raisons psychologiques. Celui-ci a été posé par le docteur U.________ sur la base de l'expertise psychiatrique du docteur A.________, lequel se fonde sur un examen de l'assuré du 18 septembre 2001 et retient ce diagnostic en se référant expressément au code F68.0 (CIM-10). Comme l'indique le docteur U.________ dans son rapport du 17 septembre 2001, le docteur A.________ est d'avis qu'il n'y a aucun trouble patent du thymisme, aucune pathologie psychotique ni aucune atteinte de la sphère neuropsychologique. Celui-ci retient une majoration des symptômes physiques pour des raisons psychologiques, diagnostic qu'il motive en s'appuyant sur la description du CIM-10, parfaitement applicable à l'assuré. Pour l'expert psychiatre, il ne s'agit pas là d'une singularité psychique amputant significativement la capacité de travail.