Citation: 1P.135/2000 22.03.2000 E. 4

4.- Le recourant conteste ensuite l'existence des risques de collusion, de fuite et de réitération. a) Le maintien du prévenu en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36, 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34, 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). aa) Le recourant estime que toutes les personnes impliquées ont été largement entendues. L'instruction a été clôturée le 11 février 2000, soit trois jours après le prononcé de l'ordonnance attaquée. On ne pourrait par conséquent invoquer les besoins liés aux actes d'enquête complémentaires; les renseignements relatifs aux antécédents du recourant auraient pu être recueillis depuis longtemps. bb) Les "éventuels actes complémentaires" et la production des antécédents du recourant ne suffisent pas pour admettre le risque de collusion. On ignore en effet en quoi pourraient consister les compléments d'enquête, et surtout en quoi la mise en liberté du recourant pourrait en compromettre le résultat. Il apparaît toutefois, sur le vu des déclarations contradictoires des inculpés, que le recourant pourrait mettre sa liberté à profit pour tenter de faire pression sur l'un ou l'autre des protagonistes. Le 24 septembre 1999, le recourant a écrit dans ce sens à son épouse, la menaçant, ainsi que sa famille, et on ne peut exclure qu'il ne tente des démarches similaires, dans la perspective des débats qui, selon le Procureur général, auront lieu prochainement puisque l'ordonnance de renvoi a été rendue le 3 mars 2000. b) Le risque de fuite ne peut, lui non plus, être écarté. Celui-ci ne doit pas s'apprécier sur la seule base de la gravité de l'infraction, même si la perspective d'une longue peine privative de liberté permet souvent d'en présumer l'existence (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62 et les arrêts cités); il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tel le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le poursuit et ses contacts avec l'étranger (ATF 117 Ia 69 consid. 4 et les arrêts cités). Le recourant, de nationalité suisse, soutient qu'il aurait des attaches suffisantes avec la Suisse: son épouse, sa famille et surtout sa fille, qu'il voyait régulièrement avant son arrestation. Toutefois, la cour cantonale a retenu que le recourant se trouvait dans une situation personnelle instable et qu'il manifestait une propension à voyager malgré une absence apparente de ressources. Or, on ne trouve rien, dans le recours, qui vienne contredire cette appréciation. Compte tenu du récent renvoi en jugement du recourant, la perspective d'une éventuelle condamnation - pour un trafic portant sur une quantité importante de stupéfiants - s'est encore rapprochée, ce qui augmente d'autant le risque de fuite. c) L'affirmation des risques de fuite et de collusion dispense d'examiner s'il existe également un risque de réitération.