Citation: 4C.437/1999 03.03.2000 E. A

A.- W.________ S.A. (ci-après: W.________), devenue par la suite Y.________ S.A., pratique le commerce des bijoux. Son fournisseur est la maison V.________. Celle-ci livrait les bijoux commandés par W.________ à X.________ S.A. (ci-après: X.________), qui était chargée par W.________ de les conserver au port franc de Genève, jusqu'au moment où W.________ lui donnait pour instruction de les expédier à des destinataires finaux, clients de W.________. Pour être en mesure de répondre dans les plus brefs délais à des commandes, W.________ disposait toujours d'un stock dans l'entrepôt de X.________ à Genève. La durée de stockage variait de quelques jours à plusieurs mois. Lorsque X.________ a commencé à recevoir des bijoux susceptibles de rester un certain temps dans ses locaux, elle a discuté avec W.________ de la manière dont ils seraient conservés. W.________ était d'accord qu'ils soient entreposés au port franc dans un lieu sûr, mais elle n'a pas donné d'instructions particulières à ce propos. Les parties n'ont pas prévu de rémunération pour les frais d'entreposage, notamment en raison du fait que W.________ chargeait X.________ de l'expédition de toutes ses marchandises. Ainsi, X.________ n'a jamais facturé l'entreposage des bijoux, quelle que fût sa durée. Elle adressait régulièrement à W.________ une liste détaillée du stock, tenue à jour. Les 12 avril, 14 juin et 5 juillet 1996, X.________ a reçu dans ses locaux au port franc six paquets scellés contenant des bijoux, envoyés par V.________ à l'intention de W.________. Le 17 juillet 1996, un employé de X.________ s'est rendu dans le dépôt et a constaté la disparition des paquets, ainsi que d'autres bijoux en stock. S'agissant des conditions dans lesquelles les bijoux étaient entreposés, il a été constaté qu'ils étaient rangés dans une armoire en bois non fermée et sur une étagère, dans un local en sous-sol auquel on pouvait accéder au moyen de deux clés, qui étaient conservées dans une boîte non fermée se trouvant dans un bureau administratif de X.________. Tous les employés de X.________ avaient accès à ces deux clés. Un client de X.________ a même pu rester seul pendant environ deux heures dans le local du sous-sol, où il entreposait un stock de chaussures. A l'issue de l'enquête pénale, le Ministère public a constaté qu'il y avait un "invraisemblable va-et-vient dans ce sous-sol, où l'on semble entrer comme dans un moulin". A la suite de cette affaire, X.________ a adopté des directives internes prévoyant que tout objet de valeur devait être conservé dans un coffre-fort chez Swissair; elle a instruit ses collaborateurs de toujours rester dans le local d'entrepôt lorsqu'une personne n'appartenant pas à la société s'y trouvait; par ailleurs, le directeur a été licencié.