Citation: 4A_29/2018 E. 4.2.2

4.2.2. La recourante conteste que l'intimée soit, dans quelque mesure que ce soit, handicapée dans l'exécution de tâches ménagères. Elle distingue fondamentalement deux périodes, à savoir celle précédant l'expertise judiciaire du 18 juillet 2015 et celle subséquente. Cette subdivision apparaît assez artificielle et n'a d'ailleurs pas été adoptée par la cour cantonale. Aussi le Tribunal fédéral examinera-t-il tout d'abord les critiques dirigées contre la prise en compte de l'expertise. 4.2.2.1. La recourante estime que ladite expertise ne fait état que des plaintes de l'intimée, sans que celles-ci soient objectivées. Il ne peut lui être donné raison sur ce point. Il résulte de l'arrêt cantonal que l'expert judiciaire a notamment constaté chez l'intimée une discrète hypertrophie de la main droite, une discrète tuméfaction du pouce droit, indolore à la palpation, une discrète tuméfaction de l'ensemble des doigts de la main droite, une pince pollici-digitale réduite de 20% à droite et une force de serrage digito-palmaire pratiquement réduite de moitié. Si les tuméfactions sont certes qualifiées de discrètes, la diminution de la force de serrage digito-palmaire est importante puisqu'elle avoisine les 50%. Il s'agit là d'une constatation objective, et non de l'évocation d'une plainte subjective. La recourante objecte que l'intimée pourrait parfaitement simuler ce paramètre. Rien dans l'expertise judiciaire ne permet toutefois de penser que son auteur aurait éprouvé un quelconque doute à ce sujet. Dans son rapport, l'expert judiciaire fait encore état des douleurs évoquées par l'intimée, sans pouvoir en retracer l'origine exacte. Selon ce document, "il persiste des douleurs dont l'origine nerveuse a été exclue par l'examen neurologique des 27 et 30.04.2012 du Dr D.________ et l'origine algoneurodystrophique par la scintigraphie osseuse du 08.11.2013"; par ailleurs, "l'examen angiographique du 17.06.2015 a permis d'exclure un trouble circulatoire susceptible d'expliquer la tuméfaction du membre supérieur droit"; enfin, "aucune pathologie n'ayant pu être objectivée, aucun traitement spécifique ne peut en effet être proposé ". Il est donc exact - comme la recourante l'affirme - que ces douleurs n'ont pas pu être objectivées par les examens précités, ce que la cour cantonale n'a pas méconnu. Cela étant, l'expert a également indiqué pouvoir affirmer que la main droite de l'expertisée était douloureuse, réduisant sa force de moitié, et que cette douleur augmentait lors d'activités manuelles, diminuant d'autant son endurance. Il n'y a rien d'arbitraire de prendre en compte cet élément, contrairement à ce que la recourante soutient. Quant aux plaintes que la recourante estime discordantes, ce point de vue ne saurait être partagé. Certes, l'intimée n'a - semble-t-il - pas mentionné systématiquement la difficulté qu'elle éprouvait à effectuer certaines tâches ménagères aux médecins consultés durant sa convalescence, à savoir le Dr E.________ et la Dresse G.________. Il n'empêche que les douleurs ressenties par l'intéressée sont suffisamment évoquées dans les rapports successifs de ces praticiens et que ses plaintes n'apparaissent en rien discordantes. En outre, il n'apparaît pas qu'on puisse faire grief à l'intimée de ne pas avoir énoncé par le menu les tâches domestiques qu'elle avait de la peine à exécuter à cette époque, alors qu'il s'agissait non pas d'évaluer ce poste du dommage, mais de guérir ses blessures. La recourante s'en réfère par ailleurs à la demande en justice pour souligner que l'intimée avait prétendu éprouver une limitation fonctionnelle s'agissant de sa main gauche également, alors que l'expert judiciaire n'a rien constaté de tel; elle se serait également plainte de crampes qui ne résulteraient pas de ce rapport d'expertise; il n'en irait pas autrement des difficultés rapportées par l'intimée concernant l'exécution de mouvements fins, l'ergothérapeute ayant même relevé, dans son bilan des gestes de la vie quotidienne du 10 juin 2015, qu'elle présentait de bonnes performances quant à la préhension fine et à la manipulation d'objets fins avec les deux membres supérieurs. A vrai dire, voilà bien la preuve que l'expert judiciaire - à l'instar de l'ergothérapeute - n'a pas suivi servilement le discours de l'intimée et a procédé à un examen indépendant. Ses constatations relatives à la diminution de la force de préhension de la main droite de l'intimée n'en ont que plus de poids. Il s'ensuit que la cour cantonale n'a pas versé dans l'arbitraire en suivant les conclusions de l'expert judiciaire relatives à l'état de santé de l'intimée. 4.2.2.2. La recourante est d'avis que l'expertise judiciaire n'est pas probante s'agissant de la période allant du 25 avril 2011 au 18 juillet 2015. Rien ne permettrait à cette époque de fonder le constat d'une diminution de moitié de la force de préhension de la main droite par rapport à celle de la main gauche. Cette force avait été mesurée à 20 kg selon les rapports du Dr E.________ du 22 août 2011 et du 21 octobre 2013 et se situait encore à 16 kg contre 18 kg à gauche le 19 mai 2014. Dans son rapport du 26 avril 2012, la Dresse G.________ aurait de surcroît mesuré une force pouce index de 6 kg à droite, soit une force supérieure à celle relevée par l'expert judiciaire pour la main gauche. A ce sujet, la recourante perd de vue que l'état des mains de l'intimée ne s'est stabilisé que tardivement. Elle ne saurait se focaliser sur la diminution de la force digito-palmaire de la main droite qui ne représente que l'un des aspects du tableau clinique. Ainsi, selon le rapport du Dr E.________ du 22 août 2011 déjà cité, l'évolution a été difficile, en particulier au niveau de l'auriculaire de la main droite avec un accolement de tendons limitant très fortement la mobilisation; la patiente restait gênée par des douleurs en flexion forcée et à l'appui à la base des doigts dans la paume de la main. Selon le rapport du même praticien du 13 février 2012, après une infiltration effectuée en août 2011, les plaintes sont revenues au fil des mois avec une situation similaire à celle du mois d'août; la radiographie mettait en évidence une dystrophie osseuse qui, associée à l'oedème persistant et aux douleurs, évoquait une forme d'algoneurodystrophie; la situation n'étant pas encore stabilisée, la patiente nécessitait toujours un traitement. Le rapport de la Dresse G.________ du 26 avril 2012, également cité par la recourante, mentionnait que la patiente se plaignait d'avoir une sensation de main enflée, engourdie et raide le matin, avec parfois des fourmillements, que le test de Phalène faisait rapidement apparaître les plaintes spontanément décrites par l'intéressée. Dans son rapport du 21 octobre 2013, le Dr E.________ indiquait que l'intimée ressentait, depuis quelques semaines, à nouveau des douleurs plus intenses, en particulier au niveau des articulations interphalangiennes des deux pouces et qu'elle continuait à être gênée par des douleurs au niveau des 3ème, 4ème et 5ème doigts de la main droite et, à la main gauche, par un engourdissement global et une douleur des deux doigts cubitaux. Un rapport du même praticien du 19 mai 2014 relevait que la patiente continuait à être gênée par un ténosynovite des fléchisseurs des 3ème, 4ème et 5ème doigts de la main droite avec un oe dème des articulations IPP des 3ème et 4ème doigts; de surcroît, la force de préhension était faible, mesurée à 16 kg contre 18 kg pour la main gauche. Au regard de ces éléments, il apparaît que les plaintes de l'intimée concernant les douleurs éprouvées et la sensation de mains enflées, engourdies, et de raideurs, concernant surtout la main droite, ont été constantes et qu'elles n'ont pas été mises en doute par les différents praticiens qui se sont penchés sur son cas, ce que la cour cantonale a d'ailleurs relevé pertinemment. Il n'y a par ailleurs rien d'extraordinaire à ce que la force de préhension ait été mesurée dans un premier temps à des niveaux plus élevés. En effet, il n'est pas rare que l'état de santé évolue en dents de scie et que certains paramètres se péjorent au fil du temps, en dépit des traitements entrepris. Ni le Dr E.________ ni, par la suite, l'expert judiciaire ne s'en sont d'ailleurs étonnés. On relèvera également que, d'après le rapport du Dr E.________ du 19 mai 2014, la force de préhension était - à cette époque déjà - qualifiée de faible à droite. Cette diminution n'est dès lors pas subitement apparue lors de la mise en oeuvre de l'expertise judiciaire. D'après la recourante, les rapports médicaux précités feraient surtout état des plaintes de l'intimée, ce qui ne serait pas suffisant; il importerait surtout que les douleurs provoquent une limitation fonctionnelle qui ferait ici défaut. Il est toutefois faux d'affirmer que les plaintes de l'intimée n'étaient pas objectivées; preuve en est notamment le rapport du Dr E.________ du 13 février 2012 déjà cité, évoquant un oedème persistant, une dystrophie osseuse ainsi qu'un état inflammatoire chronique. Si l'on suit la recourante, l'intimée se serait trouvée dans l'incapacité de vaquer à certaines tâches ménagères, ce jusqu'au 24 avril 2011 -date jusqu'à laquelle elle l'a dédommagée de son préjudice ménager -, avant de recouvrer sa pleine capacité d'exécuter les tâches en question. Puisque la recourante échoue à remettre en cause l'expertise judiciaire, il faudrait également considérer que l'intimée a perdu à nouveau cette capacité à compter du 18 juillet 2015. Un tel scénario n'emporte guère la conviction au regard des éléments sur lesquels la cour cantonale a fondé sa décision et qui échappent à tout grief d'arbitraire. Quant aux déclarations du mari et de la fille aînée de l'intimée, qui auraient dû être écartées d'après la recourante, elles ne font que conforter les déductions tirées des rapports médicaux au dossier. C'est vainement que la recourante s'ingénie à trouver des contradictions entre les déclarations de l'intimée et celles de sa fille aînée. La réflexion de la cour cantonale relative à la prise de médicaments anti-inflammatoires et antidouleurs s'inscrit également dans cette perspective. La recourante reproche enfin à l'autorité précédente d'avoir méconnu que l'intimée aurait accepté dans un premier temps l'indemnisation qu'elle lui avait proposée, à raison de deux heures de ménage par semaine, admettant de la sorte qu'elle ne subissait plus alors qu'un léger ralentissement dans l'accomplissement des tâches ménagères. Cela étant, les juges précédents ont écarté cet argument pour des motifs que la recourante ne discute pas du tout. Elle ne remet pas non plus en question les motifs pour lesquels l'autorité cantonale n'a pas jugé déterminant, pour l'appréciation du dommage domestique, le fait que l'intimée ait repris son activité d'aide en pharmacie à mi-temps depuis le 21 février 2011 et à 70%, comme avant l'accident, depuis le 1 er mars 2011. Faute d'être suffisamment motivés, ces griefs sont irrecevables. Au vu des éléments qui précèdent, il n'y a rien d'arbitraire à retenir que la demanderesse se trouvait dans l'incapacité de vaquer aux tâches ménagères déjà décrites, ce depuis le 25 avril 2011, alors même que le bilan établi par l'ergothérapeute ainsi que l'expertise judiciaire sont intervenus bien après, soit les 10 juin 2015 et 18 juillet 2015.