Citation: 1C_474/2023 E. 2.4

2.4. La villa construite en 1962 sur la parcelle n° 6510 a été évaluée d'intérêt secondaire par le Service de l'inventaire des monuments et d'arts, respectivement par la Commission scientifique de suivi du recensement architectural du canton, en raison des transformations qui lui ont été apportées et qui lui ont fait perdre sa substance d'origine. Cette évaluation n'est toutefois pas partagée par l'historien de l'art R.________. Dans le dossier historique consacré à la villa en février 2023, ce dernier relève la valeur architecturale intrinsèque du bâtiment, représentative d'une certaine forme de l'architecture moderne des années 1960 qui se caractérise par un retour aux grands pans de toit et l'usage de matériaux traditionnels, comme le bois et la brique. La villa a certes subi plusieurs modifications au cours du temps, notamment le percement de la façade nord par de nouvelles ouvertures, le déplacement de l'entrée principale et la redistribution intérieure des pièces. La volumétrie générale et les autres façades n'ont en revanche pas subi d'altération. Il recommande des mesures de protection permettant d'en conserver la volumétrie et les trois façades demeurées inchangées. Le moyen des recourants pris de l'intérêt patrimonial de la villa repose ainsi sur l'avis circonstancié d'un historien de l'art qui ne saurait de prime abord être tenu pour insignifiant au point de leur dénier d'emblée la qualité pour recourir. Dès lors que les recourants avaient rendu vraisemblable la valeur architecturale particulière de la villa vouée à disparaître, ils devaient se voir reconnaître un intérêt digne de protection à contester l'autorisation de la démolir. Au stade de l'entrée en matière, il ne saurait être question de restreindre la portée du droit de recours des voisins contre une autorisation de démolir aux seuls objets classés ou portés à l'inventaire. La Chambre administrative aurait ainsi dû constater que les recourants disposaient d'un intérêt particulier digne de protection à s'opposer à la démolition de la villa en raison de sa valeur patrimoniale et leur reconnaître pour ce motif la qualité pour recourir. Il importe peu à cet égard que l'élément décisif pour étayer leur point de vue soit apparu en cours de procédure, respectivement qu'au stade du recours devant le Tribunal administratif de première instance, la situation n'était pas la même et qu'il eût certainement été justifié de ne pas leur reconnaître la qualité pour agir. On observera au demeurant que les autorités compétentes n'ont pas encore rendu de décision dans la procédure de mise à l'inventaire de la villa, contre laquelle les recourants auraient pu recourir.