Citation: 4C.379/2002 22.04.2003 E. A

X.________ & Cie SA exploite le magasin «Z.________», à Genève. Dès le 12 juillet 1995, A.________ a travaillé dans ce commerce en qualité de vendeuse en parfumerie au stand W.________. Elle percevait un salaire mensuel brut de 3700 fr., ainsi que deux primes annuelles correspondant, l'une, aux 35 % d'un salaire mensuel brut et, l'autre, au 0,33 % du chiffre d'affaires réalisé par la vendeuse; la maison W.________ lui versait également une commission en fonction du chiffre d'affaires. Le 3 janvier 1996, X.________ & Cie SA a résilié le contrat de travail pour le 29 février 1996. Le lendemain, elle a indiqué par écrit à la travailleuse que le motif du licenciement résidait en une «incompatibilité d'humeur avec son chef hiérarchique», B.________. Le certificat de travail, établi par l'employeur le 29 février 1996, est libellé ainsi: «Mademoiselle A.________ est au bénéfice d'excellentes connaissances en cosmétique et en parfumerie et a su ainsi satisfaire une clientèle très exigeante, qu'elle a su fidéliser grâce à ses contacts privilégiés.» B. Le 8 février 1996, A.________ s'est inscrite auprès de l'agence de placement Y.________ SA. Son dossier a été traité par C.________, puis, en 1997, par D.________. En reprenant le cas, l'employée de Y.________ SA a été avertie que A.________ n'avait pu être placée à la suite de renseignements négatifs donnés par «Z.________». D.________ a d'abord contacté une autre agence de placement; celle-ci a refusé le dossier, les références au sujet de A.________ étant mauvaises. La collaboratrice de Y.________ SA a également eu un entretien téléphonique avec B.________. Le contenu de cette conversation sera examiné plus loin. Sur la base des informations obtenues, D.________ a refusé de poursuivre les démarches de placement. Le 7 juillet 1997, elle a rendu son dossier à A.________, en lui expliquant que ses connaissances professionnelles et linguistiques n'étaient pas en cause, mais que les références négatives de son dernier employeur la pénalisaient. Parallèlement, dès avril 1996, A.________ a bénéficié des services de l'office cantonal de l'emploi. Son dossier était traité par H.________. Ce dernier a présenté la candidature de A.________ notamment à la pharmacie U.________, qui cherchait une vendeuse expérimentée. Après avoir mis beaucoup de temps à se déterminer, la cheffe du personnel a refusé, le 8 septembre 1997, d'engager A.________; gênée, elle a déclaré au conseiller en placement que sa décision était motivée par des mauvaises références dont elle n'a pas précisé la source; les compétences professionnelles et la présentation de la candidate n'étaient pas en cause. Toutes les démarches entreprises par H.________ pour trouver un emploi à A.________ sont demeurées vaines. La «feuille de route» tenue par le conseiller en placement fait état, notamment, d'offres de sa cliente dans le secteur de la vente et auprès d'agences de voyage; il y est indiqué que de nombreux postes ont échappé à la postulante en raison de mauvais renseignements donnés par son ancien employeur. Selon H.________, A.________ était très motivée et très sociale. Il a déclaré ne pas comprendre pourquoi elle ne trouvait pas d'emploi; à son sens, il était évident qu'il y avait eu problème et que «quelqu'un a[vait] dû donner un renseignement qui a[vait] fait bloc». Par courrier du 26 février 1997, A.________ est intervenue auprès de X.________ & Cie SA afin de faire cesser les propos diffamatoires tenus à son sujet par son ancienne cheffe lors de contacts avec des employeurs potentiels. Le 18 mars 1997, X.________ & Cie SA a répondu que B.________ n'avait en aucun cas tenu des propos pouvant porter préjudice à son ancienne subordonnée et qu'elle avait été invitée à ne plus donner de renseignements sur celle-ci. Le 19 septembre 1997, A.________ est à nouveau intervenue auprès de son dernier employeur, par l'intermédiaire du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (ci-après: SIT). Une première rencontre a réuni E.________, administrateur de X.________ & Cie SA, F.________, chef du personnel du magasin «Z.________», G.________, représentant le SIT, et B.________; celle-ci a reconnu à cette occasion avoir donné, une fois, des renseignements négatifs au sujet de son ancienne subordonnée. Une seconde réunion a eu lieu le 16 avril 1998, en présence de A.________. Ayant épuisé ses droits à l'assurance-chômage le 20 juin 1996, A.________ a occupé un emploi temporaire à l'Université de Genève jusqu'au 20 décembre 1996. Par la suite, elle a perçu à nouveau des indemnités de chômage jusqu'en décembre 1998.