Citation: U 314/02 21.10.2003 E. 4

En l'espèce, le cas du recourant a fait l'objet d'une étude approfondie à la Clinique V.________ où l'intéressé a séjourné du 14 au 17 mars 2000 et où il été soumis à l'examen de plusieurs médecins spécialistes dans diverses disciplines. Le médecin-chef du service psychosomatique de cette clinique, le docteur E.________, a établi rapport le 16 mars 2000, relevant en particulier ce qui suit : «(...) Les difficultés majeures commencent avec les suites d'une auto-mutilation, le 24.08.1993, où l'assuré s'était tailladé la face palmaire de l'avant-bras gauche. A l'époque, l'évaluation psychiatrique avait relevé l'état limite (personnalité borderline) sans retenir d'invalidité psychiatrique significative. Je pense, quant à moi, qu'il s'agissait d'une appréhension tout à fait justifiée de l'état psychique de l'époque. La suite est une succession d'événements dramatiques. Le premier est un deuxième accident en novembre 1997 où l'assuré est happé par le train, alors qu'il portait secours à un automobiliste. En 1998, son épouse a été victime d'une hémorragie cérébrale avec suites gravement invalidantes. Les modifications du fonctionnement familial expliqueraient le départ mal accepté de la cadette vers une tante dans le Haut-Valais. Enfin, en automne 1999, l'assuré a dû reconnaître le corps d'un proche, tué par le train, ce qui a été vécu comme extrêmement traumatique. (...) A mon avis, il est aujourd'hui tout à fait juste d'admettre une invalidité psychiatrique significative dans ce cas. Je la chiffre à 50 % et pas moins. Quant à moi, elle remonte à l'automne 1998, dans les suites de l'hémorragie cérébrale de l'épouse de l'assuré. (...)» Dans leur rapport complémentaire du 15 septembre 2000, les docteurs E.________ et C.________ ont apporté les précisions suivantes à l'intention de Lloyd's qui les interrogeait notamment sur le lien de causalité naturelle entre l'accident du 14 novembre 1997 et l'incapacité de travail de l'assuré : «(...) L'évaluation de cette situation ne paraît pas poser de problème particulier. Sur le plan psychiatrique, ont été retenus les diagnostics d'état dépressif majeur (degré sévère), de personnalité borderline et d'abus d'alcool. En règle générale, ces troubles n'ont pas la spécificité de ce qu'on s'attend naturellement à avoir après un événement traumatique. En particulier, il n'a jamais été relevé de signes et symptômes d'un trouble de l'adaptation post-traumatique (TAP) ou d'état de stress post traumatique (ESPT). L'état dépressif remonte vraisemblablement au mois de septembre 98, dans la foulée de la maladie grave de l'épouse de l'assuré et des conséquences qu'elle a eues sur la situation sociale, familiale et économique du couple. Rien n'indique qu'il y ait eu un état dépressif significatif et en tout cas invalidant avant cette période. Si l'accident du 14.11.97 a aussi pu avoir un rôle défavorable, il n'a, en tout cas pas, de valeur prépondérante pour l'émergence de cet état dépressif sévère. Celui-ci relève avant tout de la maladie grave de l'épouse et des difficultés qu'a rencontrées le couple par la suite. Il procède aussi d'un fond de personnalité pathologique retrouvé à l'examen clinique et aux tests psychologiques projectifs. L'abus d'alcool peut remonter à de nombreuses années. Il procède aussi essentiellement d'un contexte psychosocial particulier et de la pathologie de personnalité. Rien n'indique que l'accident du 14.11.97 l'ait aggravé de façon significative. Là encore, si l'accident en cause a pu avoir un rôle défavorable, il ne peut en tout cas pas être retenu comme un élément prépondérant dans le maintien ou l'aggravation d'un abus d'alcool qui évolue probablement depuis de très nombreuses années. Enfin, le trouble de la personnalité remonte, comme c'est la règle, au début de l'âge adulte. Il s'est manifesté par des variations de l'humeur ayant probablement pris occasionnellement la valeur d'un véritable état dépressif. Il explique une certaine instabilité, une difficulté dans les relations interpersonnelles, l'abus d'alcool, l'impulsivité (tentative de suicide). Ce trouble structurel ne peut en aucun cas être relié à l'événement traumatique du 14.11.97. Rien n'indique non plus que celui-ci ait pu en aggraver les manifestations cliniques.» De ces renseignements médicaux clairs et cohérents, on ne saurait tirer la conclusion que, selon une vraisemblance prépondérante, si l'accident en cause n'était pas survenu, le recourant n'aurait pas subi d'atteinte invalidante à sa santé psychique. L'événement accidentel en question n'apparaît donc pas comme la condition sine qua non de cette atteinte. Contrairement à ce que soutient le recourant, le fait qu'il ait été confronté à des difficultés financières et décidé, déjà avant la maladie de son épouse, de remettre l'hôtel qu'il exploitait n'est pas de nature à faire douter de la pertinence des conclusions des experts médicaux. En effet, celles-ci se fondent en particulier sur l'absence de troubles de l'adaptation ou d'état de stress post traumatique chez l'intéressé après l'accident du 14 novembre 1997. Que les experts n'aient pas examiné le recourant entre cet événement et l'hémorragie cérébrale qui a frappé son épouse n'est pas non plus déterminant. Durant cette période en effet, l'assuré a consulté le docteur F.________. Or, ce médecin traitant, dont le dossier a été joint aux actes de la présente procédure, n'a jamais fait état de difficultés d'ordre psychique dans les diverses attestations qu'il a rédigées avant que l'épouse du recourant tombe gravement malade (cf. écritures des 4 mars, 23 juin et 28 août 1998). Par ailleurs, dans le rapport du docteur A.________ du 9 décembre 1998, il n'est nullement fait mention d'un quelconque signe de dépression. Au demeurant, le fait que l'expert B.________, mandaté en 1996 par l'administration de l'AI pour examiner le recourant, n'ait pas décelé à cette époque chez ce dernier d'atteinte invalidante à la santé psychique ne saurait donner d'indication déterminante sur l'existence d'un lien de causalité naturelle entre l'accident du 14 novembre 1997 et l'état dépressif constaté en mars 2000.