Citation: 6P.157/2001 16.01.2002 E. 2

2.- Le recourant nie l'importance du trafic de drogue mis à sa charge. Les juges cantonaux se sont fondés sur un bénéfice total de 92'500 fr., soit de 9 fr. par gramme, pour lui imputer un trafic portant sur plus de 10 kg de produits stupéfiants. Or, il est selon lui arbitraire de considérer cette somme de 92'500 fr. comme un bénéfice: il ne s'agit que du produit de la vente de stupéfiants qu'il a reconnue, destiné comme tel en grande partie à ses fournisseurs. Du reste, contrairement à ce qu'a retenu l'autorité intimée, le dossier n'indique nullement qu'il aurait chargé son amie d'expédier cette somme - en tant que bénéfice - à l'étranger. a) Certes, le jugement attaqué est arbitraire dans la mesure où il considère que le recourant a chargé dame E.________ d'envoyer à l'étranger les 92'500 fr. en cause. En effet, comme le relève le recourant, celle-ci n'a jamais fait état d'une telle mission et ses relevés de versements postaux figurant au dossier sont insuffisamment probants à cet égard (cf. rapports des 26 novembre 1999, n° 7.4). Toutefois, cela ne signifie pas qu'il soit arbitraire d'imputer au recourant un trafic portant sur plus de 10 kg de produits stupéfiants ainsi qu'un bénéfice de 92'500 fr. tiré de ce commerce. En effet, les autorités cantonales ne se sont pas bornées à se fonder sur ce montant pour établir l'étendue du trafic mis à sa charge. b) aa) Tout d'abord, les autorités cantonales ont étayé leur conviction sur les dires de l'amie du recourant. Celle-ci a notamment affirmé que son appartement avait servi au recourant et à ses comparses à recevoir et conditionner 4 kg d'héroïne au moins, cette quantité correspondant en outre, selon le dossier (auditions 3, 16 et 17 auxquelles se sont expressément référées les autorités cantonales), au stade avant mélange. bb) Puis, les autorités cantonales ont relevé les liens du recourant avec les frères C.________ et D.________ ainsi qu'avec A.________. Or, les frères C.________ et D.________ ont été condamnés le 19 octobre 2000 par le Tribunal correctionnel d'arrondissement de la Côte pour un trafic de stupéfiants portant, selon ce jugement figurant au dossier, sur la vente d'au moins 5 kg d'héroïne, le recourant apparaissant en outre comme leur principal fournisseur (jugement, p. 15 et 23). S'il est vrai que le recourant n'a admis leur avoir livré, en une fois, que 300 g d'héroïne, cette affirmation est dès lors sujette à caution. De même, A.________ a été condamné le 26 avril 2000 par le Tribunal correctionnel du district de Cossonay (jugement confirmé le 5 juillet 2000 par la Cour de cassation pénale du Tribunal cantonal puis le 1er février 2001 par le Tribunal fédéral [1P. 790/2000]), pour avoir acquis et vendu 6,8 kg d'héroïne dont une partie avait été obtenue, selon le jugement figurant au dossier, à Bâle, Zurich ou Genève en compagnie du recourant (jugement, p. 6). De plus, le recourant a admis aux débats avoir joué le rôle d'intermédiaire en prenant les commandes d'héroïne en particulier pour A.________. cc) Troisièmement, les juges cantonaux se sont fondés sur les rapports des dénonciateurs du 26 novembre 1999 et sur leurs déclarations aux débats. Comme l'a souligné la décision attaquée, ceux-ci ont réalisé "un travail très fouillé et méticuleux". En particulier, ils ont tiré des communications téléphoniques des protagonistes un graphique - non contesté -, constituant pour le moins un indice important de la dimension réelle de l'activité du recourant. Enfin, ils ont indiqué que le relevé du téléphone cellulaire du recourant comptait 3'848 appels entre le 18 septembre 1998 et le 25 février 1999, ce qui s'avère tout aussi significatif à cet égard. dd) Ensuite, les juges cantonaux se sont référés aux témoignages des consommateurs. Certes, selon les détails donnés par l'arrêt querellé (p. 9), les quantités achetées par ceux-ci (hormis B.________) au recourant sont comparativement basses, soit au total 60 g d'héroïne, 15 g de cocaïne et 5 boulettes de ce même stupéfiant, ainsi que 40 à 45 g d'héroïne rémunérant huit à neuf transports. Toutefois, dès lors que ces voyages servaient au trafic de stupéfiants, leur fréquence, ainsi que la nature de la rétribution, constituent un indice supplémentaire de l'importance de ce commerce. ee) Enfin, les autorités cantonales se sont appuyées sur la "pièce 55". Selon le Tribunal cantonal, ce document consiste en un rapport de gendarmerie résumant une conversation téléphonique entre B.________ et son amie dame F.________, dont il ressort que B.________, alors en Italie, a contacté téléphoniquement la gendarmerie vaudoise par l'intermédiaire de son amie et a spontanément reconnu s'être procuré 2,5 kg d'héroïne auprès du recourant. Plus précisément, d'après cette pièce figurant au dossier, c'est dame F.________ qui a appelé en Italie, du poste de gendarmerie, son ami désireux de contacter la police. Oeuvrant au surplus comme interprète, c'est elle aussi qui a répété les propos en cause de B.________. Ainsi que le relève le recourant, ce document est sujet à une certaine caution. D'une part en effet, il repose finalement sur les seuls dires de dame F.________. D'autre part, il contredit les déclarations de B.________ aux débats, où celui-ci a reconnu n'avoir acquis du recourant que 200 à 350 g d'héroïne. Toutefois, on ne voit pas pourquoi dame F.________ aurait menti; de même, il est aisément concevable que B.________ se soit rétracté une fois en main de la justice suisse, aux fins de protéger ses propres intérêts. Par ailleurs, la pièce 55 n'a été utilisée qu'à titre de renseignement, parmi d'autres éléments, de sorte que sa prise en considération dans ces limites ne viole pas le droit d'être entendu, contrairement à ce que prétend le recourant. ff) Quant au chiffre de 92'500 fr. lui-même, il ressort du dossier, soit des auditions précitées de dame E.________ selon laquelle cette somme provenant du trafic de stupéfiants lui a été donnée "à garder" par son ami, en plusieurs fois (30'000, 20'000, 15'000, 18'000, 5'000 et 4'500). Or, conformément à ce que retient le Tribunal cantonal, la thèse soutenue par le recourant, selon laquelle les 92'500 fr. représentaient le prix d'achat que lui-même devait verser à ses fournisseurs, n'est pas crédible: d'une part, il est invraisemblable que ceux-ci l'aient laissé, livraisons après livraisons, accumuler une telle dette; d'autre part, il ressort de la décision attaquée et du dossier (rapports du 26 novembre 1999, nos 2.2.2 et 2.2.5) que le recourant contribuait à l'entretien des siens en Albanie, voire entendait leur acheter une maison, ce qui nécessite des fonds importants. Par ailleurs, à supposer même que ces sommes n'aient pas été expédiées en Albanie, mais aient successivement servi à des achats ultérieurs de stupéfiants, cela ne favoriserait en tout cas pas la cause du recourant. c) Dans ces conditions, même si aucun des éléments précités ne permet en soi de conclure à un trafic portant sur plus de 10 kg de cocaïne et générant un bénéfice de 92'500 fr., leur prise en considération dans leur ensemble autorise d'admettre un tel résultat sans violer le principe de la protection contre l'arbitraire.