Citation: 6B_330/2019 E. 1.3

1.3. La question à trancher en l'espèce n'est pas de savoir si la décision de levée de la mesure de placement et d'exécution du reste de la peine privative de liberté de sept ans (art. 62 c al. 1 let. c et al. 2 CP) était justifiée. Une telle question aurait dû faire l'objet d'un recours contre la décision du 20 juin 2017. Le recourant ne remet pas en cause que sa détention a été ordonnée selon les voies légales. Il s'agit exclusivement de déterminer si la cour cantonale a violé l'art. 5 par. 1 let. e CEDH en considérant que la détention était " régulière " jusqu'au 2 novembre 2016, à savoir 9 mois après la prise de connaissance par l'OSAMA, du prononcé de la mesure. Pour ce faire, il convient d'examiner les différents intérêts en cause. En substance, le cas d'espèce concerne un jeune adulte ayant commis des crimes graves, peu accessible à un traitement psychothérapeutique et présentant un risque élevé de récidive. Une peine privative de liberté de sept ans a été prononcée et n'a pas été purgée jusqu'aux deux tiers au moment du prononcé de la mesure (art. 61 CP). Le placement, recommandé avec réserve par les experts, visait tant l'éventuelle resocialisation du recourant que la sécurité, étant précisé qu'il devait avoir lieu dans un milieu cadrant et initialement fermé. Dans ces circonstances, il y a lieu d'admettre un lien évident entre le motif justifiant la privation de liberté, d'une part, et le lieu de détention, d'autre part, et a fortiori le cadre et le régime que cela implique. Par ailleurs, il y a lieu de relever les efforts fournis par l'OSAMA pour trouver une place dans un établissement approprié ainsi que le changement de politique d'accueil du centre de Pramont, pendant le délai d'attente (cf. ordonnance attaquée consid. 3.3.2.1 p. 10; décision du TAPEM du 20 juin 2017 consid. 3 p. 6 et 7, à teneur de laquelle, au moment de la condamnation du recourant, il y avait notoirement la possibilité de placer des jeunes adultes à Pramont, possibilité qui a disparu depuis que ce centre accueille des mineurs astreints à une mesure). Contrairement aux affaires de la CourEDH Brand c. Pays-Baset Morsink c. Pays-Bas, l'autorité d'exécution a été confrontée à une situation nouvelle et imprévue. Aussi, il ne s'agit pas d'un contexte dans lequel un manque structurel de capacité des établissements aurait été identifié depuis de nombreuses années (cf. arrêts CourEDH Brand c. Pays-Bas du 11 mai 2004; [requête n° 49902/99] § 58 ss et Morsink c. Pays-Bas du 11 mai 2004; [requête n° 48865/99] § 61 ss). Il est d'ailleurs relevé que, dans les affaires concernant la Suisse, la CourEDH n'a jamais conclu à l'existence d'un problème structurel dans la prise en charge des personnes délinquantes souffrant de troubles mentaux (arrêt CourEDH Papillo c. Suisse du 27 janvier 2015 [requête n° 43368/08], § 46; cf. arrêts 6B_154/2017 du 25 octobre 2017 consid. 2.5; 6B_705/2015 du 22 septembre 2015 consid. 1.4.2). Si l'ordonnance entreprise ne fait pas mention d'un soutien socio-éducatif ou thérapeutique ou d'une formation pendant la détention du recourant, ce dernier ne soutient pas que de telles mesures auraient été nécessaires, ni qu'il les aurait requises, au contraire (cf. supra consid. 1.2.1: indication qu'une mesure au sens de l'art. 61 CP ne servait strictement à rien). Ainsi, le cas du recourant n'apparaît pas comparable à ceux traités dans les arrêts précités concernant les Pays-Bas (arrêts du 11 mai 2004; [requête n° 49902/99] § 58 ss et [requête n° 48865/99] § 61 ss), dans lesquels les requérants avaient purgé leur peine. En outre, dans ces affaires, la mesure thérapeutique visait principalement leur resocialisation, de telle sorte que la détention transitoire dans une maison d'arrêt réduisait d'autant la durée du traitement et ses perspectives de succès.