Citation: 4A_34/2016 E. 4.5.2

4.5.2. La jurisprudence susmentionnée, concernant l'aspect particulier du droit d'être entendu examiné ici (cf. consid. 4.1.2), ne concerne pas l'établissement des faits. En ce domaine, le droit d'être entendu permet certes à chaque partie de s'exprimer sur les faits essentiels pour la sentence à rendre, de proposer ses moyens de preuve sur les faits pertinents et de prendre part aux séances du tribunal arbitral. Il n'exige pas, en revanche, des arbitres qu'ils sollicitent une prise de position des parties sur la portée de chacune des pièces produites, pas plus qu'il n'autorise l'une des parties à limiter l'autonomie du tribunal arbitral dans l'appréciation d'une pièce déterminée en fonction du but assigné par elle à cet élément de preuve. Aussi bien, si chaque partie pouvait décider par avance, pour chaque pièce produite, quelle sera la conséquence probatoire que le tribunal arbitral sera autorisé à en tirer, le principe de la libre appréciation des preuves, qui constitue un pilier de l'arbitrage international, serait vidé de sa substance (arrêt 4A_214/2013 du 5 août 2013 consid. 4.1 et le précédent cité). En l'occurrence, sur le point contesté, le Tribunal arbitral n'a fait qu'apprécier les éléments de preuve figurant dans son dossier pour calculer le montant du dommage réclamé par Y.________. La tentative des recourantes d'assimiler pareille démarche à une appréciation juridique des faits est d'emblée vouée à l'échec. Déterminer la force probante d'un moyen de preuve (les décisions de la PUA), intrinsèquement ou en relation avec un autre moyen de preuve (le logiciel UCOB), ressortit à l'appréciation des preuves et à la constatation des faits, ce qui n'a rien à voir avec le droit. Vouloir interdire au Tribunal arbitral de prendre en compte un élément de preuve régulièrement introduit dans la procédure au seul motif qu'il ne l'a pas été par la partie à qui il profite est totalement contraire à la jurisprudence qui vient d'être rappelée. Pour le surplus, les conclusions tirées par les arbitres à partir des preuves mises à leur disposition ne peuvent pas être revues par le Tribunal fédéral lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une sentence arbitrale internationale, pas plus que ne peut l'être la manière dont le fardeau de la preuve du dommage a été réparti par eux. En tout état de cause, les explications détaillées fournies par Y.________, avec pièces à l'appui, sous n. 118 de sa réponse au recours (p. 42-48) démontrent clairement que la prise en compte des décisions de la PUA par le Tribunal arbitral pour évaluer le préjudice subi par cette intimée n'avait de toute évidence pas de quoi surprendre les parties litigantes. Aussi l'affirmation contraire des recourantes, sur laquelle repose leur dernier grief, confine-t-elle à la témérité.