Citation: 6S.250/2006 28.09.2006 E. B

Pour l'essentiel, la condamnation de X.________ repose sur les faits suivants: B.a Né en 1973, X.________ a vécu avec ses parents à Vufflens-la-Ville et a suivi sa scolarité à Bussigny. Dès 1987, il a souffert d'une anorexie grave, qui a compromis sa formation professionnelle. En 1991, il a abandonné un premier apprentissage de menuisier. Par la suite, il a commencé une formation de constructeur de bateaux, puis une formation d'ébéniste, qu'il a également interrompues. Dès le printemps 1999, il a fait l'objet d'une enquête en interdiction civile et en placement à des fins d'assistance devant la Justice de paix du cercle de Romanel. Sa situation s'est cependant un peu stabilisée à la suite de très nombreux séjours en milieu psychiatrique, de sorte que l'enquête a abouti à une simple mesure de tutelle volontaire le 21 novembre 2000. B.b Par jugement sur relief rendu le 16 décembre 2004, le Tribunal de police de l'arrondissement de Lausanne a condamné X.________ à trois mois d'emprisonnement avec sursis pendant deux ans pour voies de fait, dommages à la propriété, menaces, violation de domicile et infraction à la loi fédérale sur les armes (RS 514.54). Cette condamnation faisait suite à divers épisodes conflictuels où X.________ s'en était pris, notamment, à ses voisins de l'époque, à l'amie de son père, à l'ami de sa mère et à son ancienne tutrice. Dans le cadre des enquêtes ayant abouti à la condamnation du 16 décembre 2004, X.________ a été soumis à une expertise psychiatrique confiée au Dr A.________. Dans son rapport d'expertise du 22 avril 2000, le Dr A.________ excluait tout internement ou hospitalisation au sens de l'art. 43 CP. Il préconisait la mise en place de structures telles que la tutelle, la recherche d'un lieu de vie adéquat, un suivi ambulatoire au Groupe romand d'accueil et d'action psychiatrique (GRAAP) avec une possibilité de travailler. Malgré le cadre mis en place autour de lui, X.________ a persisté à commettre des infractions et à entretenir des relations conflictuelles avec autrui. En outre, il a déménagé plus d'une fois pour des conflits avec ses voisins. B.c En 2004, il s'est installé dans un appartement que les assistants sociaux lui avaient trouvé à Lucens. C'est à la fin 2004 qu'il s'est mis dans la tête que ses voisins s'étaient ligués pour lui rendre la vie impossible, soit en faisant du bruit pour l'empêcher de dormir, soit en pénétrant clandestinement dans son logement pour commettre des déprédations. En novembre 2004 et janvier 2005, il s'est rendu coupable de voies de fait, injure, menaces, violation de domicile et dommages à la propriété à l'égard de ses voisins. Il a agressé son voisin de palier, âgé de 63 ans et handicapé de la vue. Il a également lacéré, voire percé, des pneumatiques de vélo et de voitures appartenant à d'autres voisins. En outre, il a agressé, injurié et menacé deux infirmières travaillant au Centre psychiatrique du Nord vaudois où il avait lui-même demandé son hospitalisation volontaire en avril 2005. B.d En cours d'enquête, X.________ a été soumis à une nouvelle expertise psychiatrique confiée aux Drs B.________ et C.________. Dans leur rapport du 20 juin 2005, les Drs B.________ et C.________ ont déclaré que "le diagnostic était à la fois lourd et difficile à traiter, car des éléments d'une fixation caractérielle (troubles de la personnalité) jouent tout aussi bien un rôle comme la partie schizophréniforme". Ils ont souligné le problème de l'"anosognosie diagnostique", c'est-à-dire "l'impossibilité partielle du recourant de reconnaître ses propres difficultés et atteintes". Ils ont relevé que celui-ci "ne pouvait à aucun moment entrer dans une reconnaissance des faits ni de son comportement, rejetant tout agir et toute responsabilité sur ses victimes, des personnes d'autorité interposées (gardiens, juge d'instruction, personnel soignant, policiers, etc.) et la société en général". Ils ont précisé que "même s'il n'y avait aucun délire ni symptomatologie positive (productive) d'une schizophrénie, son système de pensée était totalement fermé, impénétrable de l'extérieur et immuable par lui-même". Ils ont en outre relevé la présence chez le recourant d'une grande souffrance, mais qu'il ne pouvait pas reconnaître. Ils ont ajouté que si les actes commis, pris séparément, n'étaient pas d'une gravité extrême, leur cumul, leur répétition, leur persistance dans le temps, mais aussi leur côté imprévisible et menaçant pour autrui, étaient plus qu'inquiétants (expertise, p. 19-20). Les experts ont constaté que X.________ était malade et qu'il devait être traité. Ils sont d'avis qu'il a besoin d'un encadrement linéaire et ferme. Selon les experts, il devrait être placé dans une unité carcérale et thérapeutique, que la canton avait projetée, mais que la population a pour le moment refusée. A défaut de telle structure, les experts préconisent un placement dans un hôpital psychiatrique avant une application ambulatoire bien contrôlée et durable (expertise, p. 21-22).