Citation: 1B_347/2019 E. 3.3

3.3. Il ressort du dossier que le risque de fuite n'a pas été sérieusement invoqué à l'encontre de la recourante dans les décisions rendues jusqu'ici: l'arrêt du Tribunal fédéral du 12 février 2018 ordonnant la libération de la recourante n'examine ainsi que la question du risque de collusion. Le risque de fuite a notamment été retenu à l'encontre de la recourante à l'issue des débats et le Tribunal criminel a ordonné, le 29 mai 2019, sa mise en détention pour des motifs de sûreté jusqu'à la lecture du jugement, au vu de l'importance de la peine requise par le Ministère public, de l'absence d'activité professionnelle en Suisse et des attaches à l'étranger. Il a ensuite ordonné son maintien en détention dans son jugement. Si la recourante a toujours nié avoir participé à l'homicide de sa mère, la prévention d'assassinat a d'emblée été retenue contre elle; ni les réquisitions du Ministère public, ni le prononcé de première instance ne constituent donc des éléments inattendus; il faut en outre donner acte à la recourante qu'elle n'a jamais tenté de se soustraire à la justice tout en connaissant la gravité des charges retenues contre elle. Il est cependant indéniable que sa position, qui consiste à nier toute participation à l'homicide pour plaider une peine "clémente" s'est considérablement compliquée dès lors que le jugement de première instance retient effectivement sa participation à un assassinat et la condamne à une peine particulièrement lourde de vingt ans de privation de liberté, plutôt que de la condamner pour atteinte à la paix des morts à une peine n'excédant pas trois ans de privation de liberté. Quand bien même le jugement de première instance n'est pas définitif, la recourante est désormais confrontée à la perspective concrète de passer une très longue période en prison. On peut dès lors aisément concevoir qu'une fuite, même dans des conditions inconfortables, serait préférable à une incarcération de très longue durée. Née en 1978, la recourante est mariée à un ressortissant suisse. Le couple n'a pas d'enfants. Elle présente divers troubles de santé mais ceux-ci ne nécessitent que la prise de médicaments, et non une prise en charge ou un suivi particulier en milieu hospitalier. Sa situation financière est mauvaise: sans emploi, elle perçoit le revenu d'insertion et a diverses dettes. Lors des débats, son mari était lui aussi sans emploi. En outre, il ressort du jugement de première instance que la recourante a, comme son père, démontré une énergie peu commune et un fort caractère pour faire disparaître le corps de sa mère et les traces de l'homicide dans la villa familiale, selon des modalités - escamotage du corps, travaux de rénovation de la villa et mise sur pied d'un stratagème tendant à accréditer la thèse d'un suicide de la victime - que la recourante et son père ont décrit à l'audience de jugement (jugement p. 23-25 et p. 84-86). Elle a ainsi pris à cet égard une série de mesures pratiques par lesquelles elle a fait la preuve de sa détermination et de sa capacité à agir pour se soustraire aux conséquences pénales de ses actes. Cela étant, elle n'a certes que peu d'attaches à l'étranger hormis sa demi-soeur domiciliée en France, mais sa seule attache avec la Suisse est son mari qui, compte tenu de sa situation précaire, pourrait le cas échéant décider de prendre la fuite avec elle. Susceptible d'avoir l'énergie de prendre des décisions radicales non conforme au droit, elle est désormais confrontée à l'éventualité sérieuse de subir une très longue peine de privation de liberté. Dans ces circonstances, elle présente un risque concret de fuite.