Citation: I 545/02 17.08.2005 E. 3

3.1 En l'espèce, l'état de santé de l'intimée et les circonstances économiques ne se sont pas modifiées depuis l'année 1992, si bien qu'il n'y a effectivement pas matière à réviser la rente selon l'art. 41 aLAI. Comme on ne se trouve pas non plus en présence d'un cas de révision procédurale, il convient d'examiner si les conditions d'une reconsidération étaient remplies, en d'autres termes de savoir si l'octroi à l'intimée d'une rente entière d'invalidité était manifestement erroné, ainsi que le recourant le soutient. On précisera à cet égard que l'était de fait déterminant est celui qui prévalait en 1992, car le droit à la rente entière qui avait été reconnu à cette époque a été confirmé à l'occasion de plusieurs révisions successives (ATF 105 V 30). Lorsqu'elle a rendu sa décision de rente, le 14 septembre 1992, l'AI disposait des rapports des docteurs S.________ et P.________ (du 19 décembre 1990) et T.________ (du 25 janvier 1991). Elle était ainsi suffisamment informée sur la nature des troubles subis par l'intimée (une allergie au nickel, en particulier), ainsi que de leurs conséquences sur sa capacité de gain dans un emploi d'ouvrière d'horlogerie. L'administration n'a cependant pas cherché à savoir, comme elle aurait dû le faire (cf. art. 28 al. 2 LAI), si des mesures d'ordre professionnel étaient indiquées chez une assurée âgée de vingt-huit ans à l'époque (à propos de la priorité de réadaptation sur la rente, voir ATF 108 V 212 ss, 99 V 48). Cette démarche s'imposait pourtant dès lors que le docteur T.________ avait expressément préconisé un reclassement professionnel sous l'égide de l'AI et que ses confères S.________ et P.________ n'avaient attesté une incapacité de travail que pour une activité d'ouvrière dans l'horlogerie. Quant à la comparaison des revenus dont il est question à l'art. 28 al. 2 LAI, elle n'a simplement pas eu lieu, si bien qu'on ignore comment le taux de d'invalidité a pu être arrêté à 100 %. En d'autres termes, non seulement la question de la priorité de la réadaptation sur la rente n'a pas été examinée en 1992, mais encore la méthode d'évaluation de l'invalidité de l'intimée, appliquée à cette époque, n'était pas conforme à la loi. A la lumière de ce qui précède, la décision initiale de rente du 14 septembre 1992 apparaît manifestement erronée. 3.2 Conformément aux principes qui ont été rappelés ci-avant au consid. 1.3, il convient maintenant de déterminer le taux d'invalidité de l'intimée au moment où la décision litigieuse du 25 mars 2001 a été rendue. 3.2.1 Les avis médicaux recueillis durant la procédure de révision s'accordent à considérer que l'intimée est notablement entravée dans l'exercice de nombreuses tâches en raison de ses allergies (cf. rapports des docteurs P.________, des 1er février et 18 juin 1999, et L.________, des 21 décembre 2000 et 21 février 2001). En effet, elle ne peut pas accomplir de travaux impliquant un contact avec des instruments métalliques, de la monnaie, des produits de nettoyage, du caoutchouc, notamment, et elle doit porter fréquemment des gants de protection doublés de coton. Par ailleurs, dans son rapport du 21 décembre 2000, le docteur L.________ a fait état de la réapparition de douleurs cervico-dorso-lombaires lors du stage d'observation, justifiant une capacité de travail réduite à 50 % pour une durée indéterminée dans l'activité d'aide-soignante que sa patiente avait entreprise, en raison seulement des problèmes rachidiens. Sur la base de ces éléments, une capacité de travail de 50 % dans une activité adaptée apparaît crédible et correspond mieux à la réalité que l'appréciation du docteur A.________, médecin-conseil de l'AI. Ce dernier s'est d'ailleurs exprimé de façon très sommaire, le 26 février 2001, sans avoir examiné personnellement l'intimée, comme le lui avait pourtant suggéré le docteur L.________. Le fait que ce dernier avait en outre préconisé une expertise, dans sa lettre du 21 février 2001, tend à démontrer qu'il avait des doutes pour le moins sérieux sur l'avis du médecin-conseil de l'AI quant à une pleine capacité de travail dans une activité adaptée. 3.2.2 En l'espèce, la comparaison des revenus doit se faire au regard de la situation existant en 2001 (cf. ATF 129 V 222). Dans la décision litigieuse, l'office recourant est parti d'un gain annuel sans invalidité de 53'846 fr. Ce salaire n'est pas contesté en tant que tel et ne paraît pas critiquable. Il sera donc retenu pour appliquer l'art. 28 al. 2 LAI. Si l'on arrête le revenu avec invalidité à la lumière des statistiques salariales ressortant de l'enquête suisse sur la structure des salaires 2000 publiée par l'Office fédéral de la statistique (cf. ATF 126 V 75, 124 V 321), il faut partir d'un gain déterminant, selon la table TA1 (p. 31), toutes activités confondues dans le secteur privé, de 3'658 fr. par mois (valeur standardisée) pour des travaux simples et répétitifs (niveau 4) exercés par une femme. Ce salaire mensuel hypothétique de 3'658 fr. doit être adapté à l'évolution des salaires pour l'année 2001 (+ 2,5 %; Annuaire statistique 2004, p. 211, T3.4.3.1), soit 3'749 fr. 45; comme il se base sur une durée hebdomadaire de travail de 40 heures, inférieure à la moyenne usuelle dans les entreprises, il y a lieu de l'ajuster à 41,7 heures par semaine (Annuaire statistique 2004, p. 200, T3.2.3.5), soit un salaire mensuel de 3'908 fr. 80, ou annuel de 46'905 fr. 60 fr. Pour une activité à mi-temps, cela représente 23'452 fr. 80. En procédant à un abattement de 10 %, approprié en l'espèce, on obtient 21'107 fr. 50. Il en résulte un taux d'invalidité arrondi de 61 % (21'107 / 53'846). 3.3 En retenant un taux d'incapacité de travail de 100 % et un degré d'invalidité correspondant, la décision initiale était manifestement erronée. Sur la base de l'incapacité de travail existant au moment de la décision de révision litigieuse, le droit à une demi-rente restait acquis. Il s'ensuit que le jugement du 28 mai 2002 et la décision du 25 mars 2001 seront réformés en ce sens. Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances prononce :