Citation: 4A_588/2017 E. B

B.a. Le 16 novembre 2012, A.________, toujours domicilié au Liechtenstein, a attrait C.________ et D.________ devant la Chambre patrimoniale du canton de Vaud par requête de conciliation. Le 18 mars 2013, il a déposé une demande concluant au paiement de 100'000 euros et de 9'105 fr. ainsi qu'à la mainlevée des oppositions formées dans les poursuites en cours. Il a allégué que les défendeurs étaient domiciliés à M.________ (CH). Ceux-ci ont conclu à l'irrecevabilité de la demande et, sur le fond, à son rejet. Ils ont invoqué l'incompétence ratione loci de l'autorité saisie dès lors qu'ils étaient domiciliés aux Pays-Bas. B.b. Les défendeurs sont de nationalité néerlandaise. Un extrait du registre administratif de la commune de... aux Pays-Bas daté du 16 janvier 2013 atteste qu'ils sont domiciliés à Z.________ (NL) au n° 13 de la rue... depuis le 1er décembre 2003. Ils n'ont pas de raccordement téléphonique à cet endroit et ne figurent pas dans l'annuaire. Ils paient leurs impôts et leur assurance-maladie aux Pays-Bas et possèdent un véhicule immatriculé et assuré dans ce pays. Ils n'ont pas d'assurance immobilière ou d'assurance-ménage couvrant des objets à l'adresse précitée. D.________ a atteint l'âge légal de la retraite. Il touche une rente vieillesse de l'institution étatique des Pays-Bas à laquelle il a cotisé pendant sa vie active. Il continue de travailler pour une société de bioscience basée à... aux Pays-Bas, activité pour laquelle il est assujetti à la TVA néerlandaise. B.c. Les défendeurs fréquentent depuis de nombreuses années la station de montagne de M.________ (CH) où ils ont noué des relations amicales, notamment avec le demandeur et son frère. Depuis 1979, D.________ est propriétaire de deux parcelles sises sur cette commune. Quant à C.________, il était propriétaire d'un chalet dénommé... situé dans cette même localité, mais il l'a vendu le 7 novembre 2012. Tous deux sont inscrits comme résidents secondaires au contrôle des habitants de M.________ (CH). D.________ dispose d'un raccordement téléphonique à M.________ (CH) dont le numéro apparaît sur le site Internet «local.ch». Les factures d'électricité du chalet... pour la période du 1er novembre 2009 au 31 mai 2012 révèlent une consommation annuelle moyenne de 15'186 kWh. Quant aux factures d'eau couvrant l'intervalle du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012, elles mettent en évidence une consommation annuelle moyenne de 180 m3 ou 180'000 litres, soit 493,15 litres par jour. D'après le site Internet des services cantonaux romands de l'énergie et de l'environnement, un ménage de deux ou trois personnes consomme en moyenne entre 3'000 et 4'000 kWh par an, électricité pour l'eau chaude et le chauffage non comprise. En outre, selon le site Internet d'organismes officiels du canton de Vaud, une personne consomme en moyenne 160 litres d'eau par jour. B.d. Sur les cartes de visite des défendeurs figurent quatre adresses: celle de Z.________ (NL), directement sous leurs noms, et un peu plus bas celle du chalet... à M.________ (CH); au verso se trouvent une autre adresse à M.________ (CH) et une à N.________ en France. Sont mentionnés un numéro de téléphone et un fax raccordés à M.________ (CH), un numéro de téléphone portable avec l'indicatif des Pays-Bas et une adresse e-mail se terminant par «bluewin.ch». B.e. Plusieurs témoignages ont été recueillis, dont l'arrêt du 29 juin 2017 (let. B.g infra) livre en substance les résumés suivants: - T1.________, frère cadet de D.________ âgé de 65 ans, a déclaré être propriétaire d'une ferme rénovée située à l'adresse précitée à Z.________ aux Pays-Bas (let. B.b supra). Cette maison de onze pièces sur une superficie d'environ 8'000 m2 comprend deux entrées (recte: une entrée, cf. consid. 4.2.1) et deux niveaux d'habitation. Le témoin a déclaré y vivre avec son épouse et, entre 2003 et la mi-2014, avec son frère D.________ et le partenaire de celui-ci (i.e. C.________), qui y habitaient environ six mois par an; il n'est pas inhabituel de partager un grand logement aux Pays-Bas. Le reste du temps, les défendeurs étaient à M.________ (CH), en Espagne chez un neveu ou en France, où vit un autre frère de D.________. Les défendeurs ne payaient pas de loyer au témoin car cela ne fonctionnait pas ainsi dans la famille de D.________; les frais de nourriture étaient autant que possible partagés. Les défendeurs possédaient des meubles, des vêtements, des livres et des articles de toilette dans la maison du témoin. Ce dernier venait en moyenne une fois par an à M.________ (CH) avec son épouse et certains de ses enfants; ils étaient logés gracieusement. - T2.________, domicilié aux Pays-Bas, a affirmé que les défendeurs habitaient dans la ferme de T1.________, laquelle était un grand logement avec des étages. Ils voyageaient beaucoup, en Belgique, à Barcelone, à Thonon, en Allemagne et à M.________ (CH). T2.________ venait environ trois ou quatre fois par an à M.________ (CH). - T3.________, T4.________ et T5.________ ont déclaré que les défendeurs étaient souvent absents de M.________ (CH) et voyageaient beaucoup. Tant le chalet que l'appartement dont ils étaient propriétaires à M.________ (CH) étaient très souvent occupés par d'autres personnes que les défendeurs, notamment des membres de leurs familles ou des amis. T3.________ a précisé que lorsque des invités venaient dans l'appartement, les défendeurs n'y étaient pas; en revanche, il était possible qu'ils soient aussi présents lorsque des invités logeaient dans le chalet. Il y avait des semaines où tant le chalet que l'appartement étaient occupés (recte: inoccupés, cf. consid. 4.2.3). - T6.________ a déclaré ne pas voir souvent les défendeurs à M.________ (CH), T7.________ et T5.________ indiquant même qu'ils n'étaient que très rarement dans cette localité. T7.________ les croisait peut-être une fois par an. Selon T3.________, ils venaient trois ou quatre fois pendant l'hiver et un peu moins souvent l'été. T8.________ n'a pu que rapporter des propos du demandeur selon lesquels celui-ci aurait vu les défendeurs à M.________ (CH) pratiquement tous les week-ends de l'année 2011 et du début de l'année 2012. - Selon T3.________ et T5.________, les défendeurs n'avaient pas tous leurs effets personnels à M.________ (CH); ils y laissaient certaines affaires afin d'éviter de faire de gros bagages. B.f. Par jugement du 8 juillet 2016, la Chambre patrimoniale vaudoise a déclaré la demande irrecevable. En substance, elle a considéré qu'au moment de l'ouverture de l'action le 16 novembre 2012, le domicile des défendeurs - tel que défini par l'art. 20 al. 1 let. a LDIP (RS 291), applicable par renvoi de l'art. 59 ch. 1 CL (Convention de Lugano concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale; RS 0.275.12) - se trouvait aux Pays-Bas. Le for général de l'art. 2 CL (domicile du défendeur) ne se trouvait donc pas en Suisse. Tel n'était pas non plus le cas du for alternatif de l'art. 5 ch. 1 let. a CL, soit le lieu d'exécution de l'obligation servant de base à la demande; le lieu du remboursement du prêt se situait en effet au Liechtenstein. La Chambre était dès lors incompétente. B.g. Statuant par arrêt du 29 juin 2017, le Tribunal cantonal vaudois a rejeté l'appel du demandeur en confirmant cette analyse. Il a précisé que le lieu d'exécution au sens de l'art. 5 ch. 1 let. a CL était déterminé par le droit du Liechtenstein (§ 907a ABGB, par renvoi de l'art. 117 LDIP), qui le fixait au domicile du créancier, soit au Liechtenstein.