Citation: 4P.77/2000 26.07.2000 E. 2

2.- Les recourants se plaignent d'arbitraire dans l'appréciation des preuves et l'établissement des faits. Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst. , ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité; pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 125 I 166 consid. 2a; 125 II 10 consid. 3a, 129 consid. 5b; 124 I 247 consid. 5; 124 V 137 consid. 2b). a) Dans un premier grief, les recourants reprochent aux magistrats genevois de n'avoir pas retenu que le défendeur a mis sur pied une organisation concurrente au Club. Ils se réfèrent à une autorisation délivrée à l'intimé par la Régie fédérale des alcools (ci-après: RFA) ainsi qu'à la déposition de Pierre Egger et à une lettre adressée à ce dernier par l'intimé le 17 janvier 1995. La pièce dont les recourants semblent faire grand cas est une licence, accordée le 22 novembre 1994 au défendeur par la RFA, pour le commerce de gros des boissons distillées, valable en 1995. On ne voit pas en quoi ce document pourrait avoir une quelconque pertinence, puisqu'il est établi, sans que l'arbitraire soit invoqué sur ce point, que CDE S.A. offre en souscription des vins suisses et étrangers et des produits alimentaires. Autrement dit, il ne saurait y avoir aucune compétition économique entre CDE S.A. et le défendeur, à supposer qu'il ait offert à la vente des spiritueux. Quant au témoin Pierre Egger, directeur administratif et financier de PALEXPO, il a déclaré que le défendeur a entrepris des démarches en décembre 1994 afin de retenir un emplacement pour CDE S.A. en décembre de l'année suivante, ajoutant que cette façon d'agir était usuelle dès lors que le Club réservait un emplacement à PALEXPO chaque fin d'année. Dans la lettre du 17 janvier 1995, l'intimé signale à Pierre Egger qu'il a toujours exploité le "Club de l'économie" en raison individuelle et fait état des différents certificats qu'il possède. Tant la déclaration du témoin Egger que l'écriture du 17 janvier 1995 sont ainsi manifestement impropres à établir les faits allégués par les recourants, de sorte que la cour cantonale n'est pas tombée dans l'arbitraire en les écartant. b) Les recourants soutiennent que la cour cantonale a constaté arbitrairement que le défendeur n'était pas le "deux ex machina" des groupements qui ont été créés après son départ du Club. Ils font référence à la déposition du témoin Selim Dogan, qui a affirmé que l'intimé lui a dit qu'il avait fondé avec d'autres un nouveau club. Entendu le 6 octobre 1999 par le juge délégué de la Cour de justice, Selim Dogan, fournisseur de CDE S.A., a exposé qu'après s'être entretenu téléphoniquement avec le défendeur en juillet 1995, il avait eu "le sentiment que le Club Vinalis était animé en partie par M. Cremonini". Ce témoin a encore précisé que depuis lors l'intimé n'est jamais intervenu au nom de "Vinalis Club". Il appert d'emblée qu'il est exclu de déduire de cette déposition que le défendeur était la cheville ouvrière ne serait-ce que du seul "Vinalis Club". Du reste, cette déclaration doit être confrontée avec celle de Roland Conus, secrétaire syndical, qui, entendu par le même magistrat le 12 avril 1999, a reconnu avoir fondé, à la demande des membres des syndicats, le "Club de la Solidarité" et coordonner personnellement l'activité notamment du "Club d'achat Zyma" et de "l'Economie du Chablais", cela sans avoir jamais demandé la collaboration du défendeur. C'est donc sans le moindre arbitraire que l'autorité cantonale a posé la constatation incriminée sur la base de l'appréciation des éléments recueillis. c) A suivre les recourants, la Cour de justice s'est abstenue de manière insoutenable d'apprécier les preuves qu'ils ont apportées au sujet du comportement prétendument déloyal adopté par le défendeur. Ils citent les extraits de déposition de deux témoins et renvoient à un courrier qui leur a été envoyé le 11 octobre 1995. Le témoin Selim Dogan a certes déclaré que le dénommé Bujard, responsable du "Vinalis Club", a insisté pour que les marchandises qui devaient lui être fournies soient de même qualité et présentées dans les mêmes emballages que celles délivrées par ledit témoin à CDE S.A. On cherche toutefois vainement en quoi l'attitude d'un tiers pourrait avoir une quelconque pertinence pour établir que l'intimé a créé des confusions. En ce qui concerne le témoin Pierre Deshayes, maître d'atelier au Centre d'intégration professionnelle, entendu le 20 mars 1998 par le Tribunal de première instance, il a affirmé que le défendeur est venu le trouver au printemps ou en été 1995 en compagnie d'un tiers qu'il a présenté comme son nouveau collaborateur au "Vinalis Club"; l'intimé a souhaité que Pierre Deshayes lui fasse une offre pour l'impression de bons de commande "dans le même style que celle pour le CDE". Cette déposition confirmait un courrier du 11 octobre 1995 que Pierre Deshayes avait adressé à la demanderesse, à la requête de celle-ci. Que le défendeur ait participé au lancement de "Vinalis Club", comme cela semble être le cas, n'a aucune incidence pour déterminer si le défendeur a usé de pratiques illicites au sens du droit de la concurrence. En effet, les recourants n'ont jamais prétendu que l'intimé s'était engagé à ne pas leur faire concurrence. Partant, la simple création d'un club concurrent de celui animé par CDE S.A. ne saurait constituer une manoeuvre déloyale. L'autorité cantonale a donc apprécié les preuves sans arbitraire lorsqu'elle a constaté que ni les témoignages recueillis pendant les enquêtes, ni les pièces produites ne venaient au secours de la thèse précitée des recourants. d) Dans un dernier moyen, les recourants allèguent que la cour cantonale n'a pas retenu deux témoignages qui démontreraient qu'il y a bien eu confusion chez les clients de CDE S.A. entre l'offre de produits de celle-ci et celle d'autres entités. Déterminer s'il y a un risque de confusion - qu'il soit créé par une marque, une raison de commerce ou singulièrement les marchandises et les prestations d'autrui - est une question de droit, qui peut être revue en instance de réforme (ATF 126 III 239 consid. 3a; 122 III 382 consid. 1; 119 II 473 consid. 2c; 117 II 199 consid. 2a; 95 II 456 consid. 1; Poudret, COJ II, n. 4.6.35 ad art. 63 OJ). En vertu de la subsidiarité absolue du recours de droit public, le moyen est donc irrecevable (art. 84 al. 2 OJ).