Citation: 1A.333/2005 20.02.2006 E. 5

Les recourants considèrent que la demande d'entraide ne serait toujours pas suffisamment motivée. L'autorité requérante ne ferait état que de conjectures. Le jugement du 31 octobre 2003 serait lui aussi fondé sur de simples suppositions. Les recourants mentionnent à ce propos une décision de classement rendue au Brésil par le Ministère public, ainsi que l'opinion exprimée par un juge d'appel dans une procédure de détention. L'utilisation des renseignements résultant de l'entraide "sauvage" accordée par la Suisse, ainsi que la violation du principe de la spécialité, seraient constitutives de défauts graves au sens de l'art. 2 let. d EIMP. 5.1 Les recourants perdent de vue que la question de leur culpabilité n'a pas à être résolue dans le cadre de la procédure d'entraide. A ce sujet, les art. 28 EIMP et 10 OEIMP, dont la portée est rappelée dans l'arrêt du 15 juillet 2003, imposent simplement à l'autorité requérante d'expliquer en quoi consistent ses soupçons, mais pas de les prouver, ni même de les rendre vraisemblables. L'argumentation à décharge n'a pas sa place dans la procédure d'entraide. 5.2 Cela étant, les soupçons évoqués par l'autorité requérante sont désormais suffisamment précis. Ils sont concrétisés par le jugement de condamnation rendu en première instance, qui précise notamment les différentes sociétés qui auraient bénéficié de traitements fiscaux favorables, moyennant le paiement de pots-de-vin. Ces indications suffisent pour statuer sous l'angle de la double incrimination, et la qualification retenue par le JIF (corruption passive et gestion déloyale des intérêts publics) ne prête pas le flanc à la critique. Les renseignements fournis sur la procédure étrangère permettent également d'évaluer l'utilité potentielle de la documentation bancaire - notamment dans la perspective de la procédure d'appel -, ce que les recourants ne mettent d'ailleurs pas en doute. 5.3 Par ailleurs, en raison de l'effet guérisseur attaché aux décisions d'octroi de l'entraide judiciaire, la violation alléguée du principe de la spécialité dans la procédure étrangère ne saurait constituer un défaut grave au sens de l'art. 2 let. d EIMP. 5.4 Les recourants invoquent également en vain l'art. 76 let. c EIMP: l'attestation prévue par cette disposition n'est en effet pas exigée systématiquement, mais seulement lorsqu'il existe un doute sur la licéité de la mesure dans l'Etat requérant (ATF 123 II 161 consid. 3b p. 166). En l'occurrence, rien ne permet de douter des pouvoirs d'investigation du juge d'instruction étranger à l'égard de comptes bancaires dont disposent les inculpés. Il ressort au contraire du dossier que le Ministère public a requis et obtenu la levée du secret bancaire et fiscal, lorsque cela est apparu nécessaire. Le grief doit également être écarté.