Citation: 5P.239/2000 03.10.2000 E. 3

3.- La recourante fait tout d'abord grief à la Cour des poursuites et faillites d'avoir arbitrairement retenu que la banque intimée avait acquis en pleine propriété, et non en nantissement, la cédule hypothécaire sur laquelle se fonde la poursuite; elle soutient, en outre, que l'autorité cantonale a violé son droit à une décision motivée. Ce dernier moyen, pris de la violation d'une garantie de nature formelle découlant du droit d'être entendu (ATF 126 I 15 consid. 2a/aa p. 17 et la jurisprudence citée), doit être examiné préalablement (ATF 124 V 389 consid. 1) et avec une libre cognition (ATF 121 I 54 consid. 2a p. 57). a) La cédule hypothécaire est un papier-valeur, en ce sens que les droits qu'elle incorpore ne peuvent être exercés ni transférés, si ce n'est au moyen du titre (art. 868 al. 1, 869 al. 1 CC et art. 965 CO). Lorsque, comme en l'espèce, la cédule est constituée au porteur (art. 859 CC), aucune forme particulière n'est exigée pour son transfert, qui intervient par la simple remise du titre. L'effet du transfert est que l'acquéreur devient titulaire de la créance incorporée dans la cédule, avec le droit de gage immobilier qui la garantit, ou, en cas de constitution d'un droit réel limité, titulaire du droit de gage mobilier grevant la cédule (Steinauer, Les droits réels, vol. III, 2e éd., N. 2926 ss et 2992 ss, ainsi que les références citées). La question de savoir à quel titre le créancier détient la cédule hypothécaire peut se révéler délicate, puisque la seule tradition est suffisante aussi bien pour le transfert de la propriété (art. 714 al. 1 CC) que pour la constitution d'un droit de gage (art. 901 al. 1 CC); pour la résoudre, le juge doit ainsi rechercher la réelle et commune intention des parties (art. 18 al. 1 CO; Staehelin, Betreibung und Rechtsöffnung beim Schuldbrief, AJP 1994, p. 1257/1258). Le porteur peut, néanmoins, se prévaloir de la présomption de l'art. 930 al. 1 CC, à teneur duquel le possesseur d'une chose mobilière en est présumé propriétaire; il incombe alors au débiteur de renverser cette présomption (Staehelin, op. cit. , p. 1258 et les références citées; Favre/Liniger, Cédules hypothécaires et procédure de mainlevée, SJ 117/1995, p. 106 litt. e, avec d'autres citations), en rendant à tout le moins vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP; à ce sujet: Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, 2e éd., § 26 et les citations). En tant qu'elle dénonce une répartition arbitraire du fardeau de la preuve, la recourante ne peut dès lors être suivie. C'est, en revanche, avec raison qu'elle se plaint d'une violation de son droit à une décision motivée. En effet, pour admettre que la "banque doit [...] être considérée, au stade de la mainlevée, comme propriétaire de la cédule", l'autorité inférieure s'est contentée d'affirmer que les "pièces produites par la poursuivie ne permettent pas de renverser cette présomption (de l'art. 930 al. 1 CC)". Or, le Tribunal fédéral a jugé à maintes reprises - principe qui demeure valable sous l'empire de la constitution révisée (FF 1997 I 183) - qu'une telle motivation ne répond manifestement pas aux exigences posées par l'art. 29 al. 2 Cst. (ATF 123 I 31 consid. 2c p. 34 et les arrêts cités; arrêt non publié de la IIe Cour civile dans la cause 5P.387/1997, consid. 3b), ce d'autant plus que la cour cantonale a souligné elle-même la teneur ambiguë du commandement de payer, et que la recourante a allégué n'avoir jamais signé le formulaire de "transfert de propriété à titre de sûreté", contestant de surcroît l'avoir reçu. b) Le droit d'obtenir une décision motivée participant de la nature formelle du droit d'être entendu (ATF 104 Ia 201 consid. 5g p. 214), l'arrêt déféré doit être annulé, indépendamment des chances de succès du recours sur le fond (ATF 124 V 180 consid. 4a et les arrêts cités). Cela étant, il devient superflu de connaître des autres moyens de la recourante.