Citation: 9C_31/2008 06.10.2008 E. 3

3.1 Il est constant que la capacité de travail de l'intimé est limitée à 50 % dans son activité habituelle d'ébéniste, mais qu'elle est en revanche entière dans une activité adaptée aux limitations fonctionnelles décrites par le docteur M.________ (rapport du 21 décembre 2005). La juridiction cantonale a cependant considéré qu'on ne pouvait raisonnablement exiger de A.________ qu'il changeât de profession. Il ressortait en effet du dossier médical qu'une reconversion professionnelle était contre-indiquée sur le plan psychique. De plus, l'assuré avait travaillé toute sa vie dans la menuiserie/ébénisterie, sans avoir d'expérience professionnelle dans un autre domaine, de sorte qu'il n'avait pratiquement aucune chance de trouver un emploi sur le marché du travail entrant en considération pour lui. Même si une telle possibilité lui était offerte, il était hautement vraisemblable qu'il ne pourrait la saisir, avant tout pour les raisons psychiques énoncées par les doctoresses D.________ et U.________. 3.2 Critiquant la constatation des premiers juges quant à la non-exigibilité de la reprise d'une activité adaptée, le recourant fait tout d'abord valoir qu'elle serait incomplète: la juridiction cantonale a retenu que l'intimé souffrait d'un trouble dépressif récurrent, sans avoir précisé qu'il s'agissait d'un épisode actuel léger (forme la plus légère de cette atteinte). On ne voit cependant pas - et le recourant ne l'explique pas - en quoi cette correction serait susceptible d'influer le sort de la cause (art. 97 al. 1 LTF), de sorte que son grief est mal fondé. 3.3 Le recourant invoque ensuite une violation du principe de la libre appréciation des preuves et reproche à la juridiction cantonale de ne pas s'être fondée sur le rapport du docteur R.________. Contrairement à ce qu'elle a retenu, l'expert psychiatre aurait dûment motivé le diagnostic d'état réactionnel constitué de plaintes dépressives, de sorte qu'elle ne pouvait s'en écarter pour ce motif. 3.3.1 Examinant les rapports psychiatriques au dossier, les premiers juges ont constaté que les avis des docteurs O.________, D.________ et U.________, d'une part, et du docteur R.________, d'autre part, étaient contradictoires sur le point de savoir si une autre activité que celle d'ébéniste était exigible de l'intimé. Ils ont suivi l'appréciation des premiers, parce que le second retenait un trouble de l'adaptation et ne disait pas précisément en quoi le diagnostic de trouble dépressif récurrent retenu par ses confrères était erroné ou prêtait le flanc à la critique. 3.3.2 Dans son rapport du 12 décembre 2005, la doctoresse D.________ est arrivée à la conclusion que pris isolément, le trouble dépressif récurrent ne justifiait pas une incapacité de travail, mais qu'il y avait vraisemblablement lieu de s'attendre à une aggravation de la problématique psychique qui revêtait déjà une composante chronique. Une reconversion professionnelle lui paraissait par ailleurs contre-indiquée, parce que l'assuré ne lui semblait pas psychiquement à même d'affronter une autre orientation en raison notamment de sa problématique narcissique et de ses troubles de la concentration liés à l'état dépressif. Le médecin a encore précisé qu'au vu des capacités adaptatives et des ressources de l'intimé, il existait un risque d'effondrement sur le plan narcissique et un risque accru de dépression s'il était contraint à une autre activité que celle d'ébéniste (avis du 11 septembre 2006). La doctoresse U.________ partageait expressément cette appréciation et faisait état de l'incapacité psychique de son patient à se projeter dans une autre activité que celle qu'il avait toujours exercée, à la suite de son père et de son grand-père. De son côté, le docteur R.________ a diagnostiqué des troubles de l'adaptation avec prédominance de la perturbation d'autres émotions (F43.23) et conclu à l'absence de limitation sur le plan psychique empêchant l'exercice d'une activité adaptée en dehors de la révolte et de l'opposition de l'assuré. En l'espèce, au regard de l'expertise de la doctoresse D.________, les conclusions du docteur R.________ apparaissent, quoi qu'en dise le recourant, insuffisamment motivées. L'expert pose un diagnostic et une évaluation de la possibilité d'une reconversion professionnelle qui divergent de ceux des psychiatres qui se sont exprimés avant lui, sans toutefois expliquer ces différences. Il se réfère certes aux avis psychiatriques antérieurs, mais n'indique pas les raisons pour lesquelles il s'en écarte ou en quoi ils seraient erronés. Il mentionne, au contraire, que l'état de santé psychique de l'assuré ne s'est pas vraiment modifié depuis l'expertise de la doctoresse D.________ du 12 décembre 2005, "seule la manière de l'interpréter ayant pu varier". Faute d'expliquer en quoi son interprétation de la situation serait plus correcte que celle de ses confrères, le docteur R.________ ne motive pas suffisamment son appréciation, de sorte que la juridiction cantonale était en droit de s'en écarter pour suivre l'appréciation de la doctoresse D.________, sans qu'on puisse y voir une violation des règles sur la libre appréciation des preuves. 3.4 Il en va de même de l'appréciation des premiers juges quant à la non exigibilité d'une reconversion professionnelle de l'intimé en tant que telle. Elle est en effet fondée sur les conclusions de la doctoresse D.________, selon lesquelles une reconversion professionnelle paraissait contre-indiquée sur le plan psychique. Contrairement à ce que prétend le recourant, la psychiatre motive le risque d'aggravation de la dépression par la structure et les traits psychiques du recourant (réactivation de sentiments d'échec, traits de caractère [rigidité et absence de souplesse]) et non pas de manière prépondérante par les difficultés d'apprentissage. Par ailleurs, le principe de l'appréciation des preuves selon le degré de la vraisemblance prépondérante n'empêche pas de prendre en considération un pronostic futur, comme l'a fait l'autorité cantonale de recours. Ainsi, il convient d'admettre une incapacité de travail non seulement lorsqu'une personne n'est plus capable d'exercer totalement ou partiellement son activité habituelle en raison d'une atteinte à la santé, mais également lorsqu'une personne ne peut continuer son activité professionnelle qu'au risque d'une aggravation de son état de santé (ATF 130 V 343 consid. 3.1 p. 345 et les références). L'appréciation des premiers juges, qui ont, en plus du risque d'aggravation de l'état de santé du recourant en cas de changement de profession, pris en compte d'autres éléments que le recourant ne remet pas en question (par exemple, absence d'expérience professionnelle dans un autre domaine, atteintes somatiques limitant les possibilités d'engagement futur), n'apparaît ni insoutenable, ni contraire au droit. 3.5 En conséquence de ce qui précède, il n'y a pas à s'écarter de la constatation des premiers juges selon laquelle le recourant n'est plus apte à exercer une autre activité professionnelle que celle d'ébéniste à 50 %.