Citation: 6B_183/2020 E. 2.2

2.2. La cour cantonale a admis que l'acte n'était pas prémédité, s'écartant ainsi des constatations des premiers juges. Elle a en effet considéré que lorsque la recourante avait rencontré sa fille, le jour en question, qui lui avait demandé de monter chez elle pour discuter au sujet des comptes de l'immeuble, elle n'avait pas encore élaboré de plan mûrement réfléchi ou machiavélique pour abattre la victime. Il semblait bien plutôt qu'elle avait saisi l'occasion qui lui était offerte de monter dans l'appartement de sa fille afin d'accomplir le geste mortel. En rapport avec la façon d'agir, la cour cantonale a constaté que le jour des faits, la recourante avait fait preuve d'une très grande lucidité en rédigeant ses dernières volontés avec soin et en plaçant le texte là où il serait facilement découvert. Elle avait ensuite pris et chargé son arme, visiblement sans aucune précipitation puisqu'elle avait soigneusement remis la boîte qui la contenait dans le vaisselier dont elle avait même refermé les portes. Elle avait ensuite dissimulé l'arme dans son sac et quitté son appartement pour se rendre chez sa fille, à l'étage supérieur. La recourante se trouvait dans un état normal lors de son arrivée chez sa fille, sans jamais faire état de signes d'agitation ou de nervosité. Dans le but manifeste de se retrouver dans un endroit et une position lui permettant de mettre sa fille à sa merci et de mener à bien son funeste projet, elle lui avait assez rapidement demandé de voir le lapin de son colocataire, qui se trouvait dans une cage posée par terre dans la chambre de ce dernier. La victime s'était alors dirigée dans le couloir jusqu'à la chambre en question, suivie par sa mère, et s'était penchée en avant, genoux pliés en direction du sol, pour prendre l'animal dans sa cage, tournant ainsi le dos à sa mère. A ce moment-là, la recourante s'était emparée de l'arme qu'elle avait dans son sac et avait lâchement tiré un premier coup dans le dos de sa fille. A la suite du choc ressenti en raison de la pénétration de cette première balle, l'intimée s'était retournée vers sa mère, en levant les bras, les mains ouvertes, à hauteur d'épaule, en lui demandant ce qu'elle faisait. Loin de se laisser émouvoir, la recourante, fixant sa fille du regard, mâchoire tendue, l'arme dans les deux mains, avait encore tiré deux ou trois coups supplémentaires sur elle. Ce n'était que lorsque l'intimée s'était effondrée au sol, ses jambes ne répondant plus, et s'était mise à ramper en direction du sac de sa mère - que celle-ci avait lâché entretemps - dans l'espoir de parvenir à prendre son téléphone, que cette dernière avait posé son arme et appelé le 117. Selon la cour cantonale, la recourante avait ainsi clairement voulu procéder à l'exécution pure et simple de sa fille en faisant preuve d'une très grande maîtrise, d'une froideur extrême et d'une détermination sans faille. C'était d'ailleurs ce même détachement émotionnel saisissant et choquant que les inspecteurs de la sûreté avaient encore constaté lorsqu'ils étaient intervenus dans l'appartement. En ce qui concerne le mobile, la cour cantonale a constaté que si les relations entre la recourante et sa fille pouvaient être tumultueuses et empreintes d'agressivité, l'intéressée ne nourrissait cependant aucun ressentiment envers sa fille. Considérant que la recourante avait expliqué avoir voulu se suicider et ne pas laisser sa fille seule, la cour cantonale a observé que la victime aurait manifestement disposé de toutes les aptitudes et ressources nécessaires pour surmonter sans trop de difficultés le décès de sa mère, ce que cette dernière ne pouvait clairement pas ignorer. Comme déjà évoqué plus haut (consid. 1.2), la cour cantonale a retenu, en se référant à l'analyse des experts psychiatres, qu'il fallait rechercher l'origine de ce geste dans l'accumulation de déceptions et de frustrations qui rongeaient la recourante depuis de nombreuses années. Il découlait en effet de ses déclarations que le déroulement de son existence ne s'était pas passé comme elle l'aurait souhaité, ses rêves ne se réalisant pas et son niveau de vie ne correspondant pas à ses aspirations ni à ce qu'elle semblait avoir goûté durant son enfance. À plusieurs reprises, la recourante avait effectivement expliqué son état dépressif par le fait qu'elle aurait voulu avoir un mari, plusieurs enfants, rester à la maison et surtout disposer de plus d'argent. La recourante n'avait en définitive aucune raison objective de vouloir mettre un terme aux jours de sa fille. Cette dernière avait uniquement fait les frais de son amertume et de sa rage devenue destructrice. C'était ainsi dans un but parfaitement égoïste, parce que la vie ne lui avait pas donné tout ce qu'elle espérait, que la recourante avait décidé de sacrifier la vie de sa propre fille. En définitive, la cour cantonale a conclu que la recourante avait cherché à exécuter sa fille en faisant preuve d'une totale froideur, d'une parfaite maîtrise d'elle-même, d'une détermination sans faille et sans la moindre raison objective. Il s'ensuivait que la recourante avait manifestement agi avec une absence particulière de scrupules en faisant preuve d'un mépris absolu pour la vie de sa fille, de sorte qu'il convenait de retenir la qualification de tentative d'assassinat (jugement attaqué, consid. 4.3 p. 21 ss).