Citation: 6B_375/2022 E. 3.4.3

3.4.3. Sous l'angle de la causalité dite hypothétique, il convient de se poser la question de savoir si l'installation par l'intimé de protections latérales ou de mesures de protection équivalentes aurait, selon le cour ordinaire des choses et l'expérience de la vie, évité que le recourant emprunte volontairement ce passage et, conséquemment, chute. Il est précisé que le but des normes de protection contre les chutes est d'assurer la sécurité des postes de travail et des passages (art. 8 al. 2 let. a aOTConst), et pas seulement de prévenir les chutes involontaires découlant d'un comportement initial involontaire lui aussi. Si des prescriptions strictes ont été édictées, c'est justement pour tenir compte du caractère éminemment dangereux de toute activité de construction et de la propension naturelle de toute personne y travaillant de prendre occasionnellement des risques, volontairement ou non, pour autant que ces risques n'apparaissent pas à ce point extraordinaires et inattendus qu'ils justifient l'interruption du lien de causalité adéquate. Si l'intimé avait installé des protections latérales ou des mesures de protection équivalentes, le recourant n'aurait eu d'autre choix que de franchir ces installations avant de pouvoir emprunter le passage dont il est question, ce qui aurait nécessairement pris du temps. Que le recourant ait initialement déclaré ne pas penser que la présence de barrières de sécurité l'aurait empêché de sortir du bâtiment par l'ouverture en façade, déclaration qu'il a immédiatement corrigée à la relecture du procès-verbal d'audition, n'y change rien. En effet, la simple présence de protections latérales ou de mesures de protection équivalentes aurait, à tout le moins, eu pour effet de porter son attention sur les risques inhérents à la manoeuvre envisagée et l'aurait très vraisemblablement décidé à emprunter la sortie réglementaire. Il résulte de ce qui précède que la causalité adéquate doit être admise. On doit encore se demander si le comportement du recourant est à ce point extraordinaire et inattendu qu'il relègue à l'arrière-plan les manquements de l'intimé. Comme relevé précédemment, travailler sur un chantier est en soi une activité dangereuse, raison pour laquelle des normes de sécurité strictes s'appliquent à cette activité. En particulier, l'OTConst et l'OPA contiennent de nombreuses prescriptions visant à prévenir les chutes (cf. supra consid. 3.1.2), précisément parce qu'il n'y a rien de surprenant à ce qu'un ouvrier, pour gagner du temps ou pour toute autre raison, prenne des risques pouvant conduire à une chute involontaire. Le comportement du recourant était d'autant moins inattendu que la voie d'accès prescrite impliquait un détour. Pour ce qui est de la manoeuvre réalisée par le recourant, elle était certes périlleuse, mais pas au point de pouvoir la qualifier d'insensée pour une personne disposant d'une longue expérience dans le domaine de la construction. Pour cause, elle impliquait un saut compris entre 40 et 113 cm, en fonction de la position de départ du recourant (cf. supra consid. B.c.a). À cela s'ajoute que, bénéficiant également d'une longue expérience professionnelle, l'intimé pouvait s'attendre à ce que le non-respect de normes élémentaires de sécurité conduise à la survenance d'un accident. En cela, le comportement du recourant ne s'impose pas comme la cause la plus probable et la plus immédiate de l'événement considéré, reléguant à l'arrière-plan les manquements de l'intimé. La cour cantonale a violé le droit fédéral en retenant une rupture du lien de causalité due au comportement du recourant.