Citation: 6B_926/2022 E. 2.4

2.4. Pour justifier son intérêt privé à demeurer en Suisse, le recourant fait valoir qu'il aurait construit toute sa vie d'adulte en Suisse, qu'il y travaillerait, qu'il parlerait français et se débrouillerait en Suisse allemand. Il reproche à la cour cantonale d'avoir retenu qu'il n'aurait pas tissé de liens avec la Suisse et soutient que la naissance prochaine de son enfant le confronterait au système suisse de prise en charge de celui-ci puis de scolarité. Ce faisant, le recourant se borne à livrer sa propre appréciation de la situation, sans parvenir à démontrer le caractère insoutenable des constatations de la cour cantonale quant à son niveau d'intégration en Suisse. Strictement appellatoire, cette démarche est irrecevable. Au demeurant, bien qu'il ait été retenu que le recourant bénéficie d'une intégration professionnelle relativement bonne, on ne voit pas en quoi il était critiquable de considérer que son intégration se limitait à ce seul fait - faute d'intégration sociale - et de la qualifier d'ordinaire. Il convient de relever que l'épouse du recourant est également d'origine érythréenne. Elle a par conséquent la possibilité de le suivre dans leur pays d'origine, accompagnée de leur enfant à naître, la question de la scolarisation n'entrant pas en jeu à ce stade. Dans cette mesure, l'intérêt du recourant à demeurer en Suisse en raison de ses liens familiaux peut être relativisée. Le recourant affirme qu'un renvoi en Érythrée l'exposerait vraisemblablement à des actes de torture, ainsi qu'à un enrôlement forcé de durée illimitée. En invoquant l'interdiction de la torture selon l'art. 3 CEDH, il aurait dû exposer les circonstances qui constitueraient un "risque réel" et s'opposeraient à son renvoi (arrêt de la CourEDH J.K. contre Suède du 23 août 2016, [requête 59166/12], § 91 ss; arrêt 6B_555/2020 du 12 août 2021 consid. 1.4 et les références citées), ce qu'il n'a pas fait. Cela étant, la cour cantonale a relevé que le Service d'état aux migrations n'avait pas mentionné d'éléments qui feraient apparaître une expulsion comme problématique du point de vue du droit international public impératif, ce que le recourant ne remet pas en cause. Au demeurant, les ressortissants érythréens ont désormais la possibilité de régulariser leur situation face au régime, moyennant paiement d'une taxe de 2 % imposée à la diaspora et la signature d'une lettre de regrets pour avoir offensé le gouvernement en n'ayant pas accompli le service national (cf. arrêt 6B_908/2019 du 5 novembre 2019 consid. 2.1.4 et la référence à l'affaire CourEDH M.O. contre Suisse du 20 juin 2017 [requête 41282/16] § 43, 48, 52 [ch. 333 s]). En ce qui concerne pour le surplus les liens du recourant avec son pays d'origine, il ressort du jugement cantonal qu'il y est né et y a vécu toute son enfance ainsi que le début de sa vie d'adulte. Il en maîtrise par conséquent la langue et en connaît les us et coutumes. La cour cantonale pouvait donc retenir que les possibilités de réintégration du recourant dans son pays d'origine n'étaient pas moindres que son intégration actuelle en Suisse.