Citation: 8C_726/2023 E. 6.3.1

6.3.1. À la question de la cour cantonale de savoir s'il était d'accord avec le contenu de l'expertise du CEMed, plus particulièrement avec la partie relative à sa spécialité ainsi que la synthèse finale, les diagnostics posés, les limitations fonctionnelles constatées et l'estimation de la capacité de travail et de rendement retenus par les experts, le professeur P.________ a notamment indiqué que les experts du CEMed ne considéraient pas la gravité de l'accident et ne calculaient pas un score ISS (Injury Severity Score), alors que le traumatisme subi par l'intimé devait être considéré comme gravissime. Il a ajouté que les experts ne prenaient pas en considération les effets psychiques indéniables et bien décrits dans la littérature que provoquait un tel traumatisme, avant de poursuivre en listant d'autres éléments que les experts du CEMed n'avaient pas pris en compte. Ce faisant, l'expert P.________ n'a pas outrepassé son domaine de compétence puisqu'il n'a pas posé un diagnostic psychiatrique. Sa remarque introduit la réponse plus détaillée concernant les diagnostics somatiques retenus par le CEMed. En outre, contrairement à ce que laisse sous-entendre la recourante, ce n'est pas cette soi-disant prise de position sur l'aspect psychique qui avait amené l'expert à conclure dans un premier temps à une totale incapacité de travail dans toute activité professionnelle mais bel et bien les nombreux handicaps et limitations que présentait l'intimé. L'expert P.________ a en effet constaté que le périmètre de marche était limité à 15 minutes, la marche en terrain inégal n'était pas possible, la station debout ou assise prolongée de plus de 15 à 30 minutes n'était pas possible, l'utilisation des escaliers, des échelles et des escabeaux était restreinte ainsi que le port de charges, lequel était limité à 3 kilos. Il a précisé que ces limitations dépendaient des lésions séquellaires au niveau du bassin et du genou droit acquises lors de l'accident du 4 novembre 2012 et que dans ces conditions, il n'était pas réaliste d'exiger une capacité de travail dans une activité adaptée, pour autant qu'il soit possible de trouver une telle activité. L'expert a ajouté que les cervicobrachialgies gauches dont se plaignait l'intimé depuis son réveil aux soins intensifs en novembre 2012 étaient avec une probabilité de plus de 50 % en lien avec l'accident ou avec des séquelles de la prise en charge, vu l'intubation de plus de 10 jours qu'il avait subie sans pouvoir protéger activement sa colonne cervicale. Il était donc probable que ces circonstances aient aggravé l'apparition d'une irritation de la racine C6 suffisamment intense pour provoquer un état douloureux, mais pas assez pour modifier les examens EMG. Les faiblesses et les difficultés de contrôle des mouvements fins contribuaient aussi aux handicaps que présentait l'intimé et diminuaient encore son aptitude à une activité professionnelle lucrative, même adaptée.