Citation: U 13/02 11.03.2003 E. 2

La contestation a trait à la causalité. 2.1 Examinant la question de la causalité naturelle (à ce sujet, voir ATF 126 V 322 consid. 5a, 122 V 417 consid. 2c, 119 V 337 consid. 1), les premiers juges, se fondant sur une prise de position du docteur C.________ du 14 avril 2000, ont considéré que ce praticien apportait des éléments permettant de douter des conclusions du docteur O.________. En effet, le recourant n'avait jamais présenté de pathologie psychiatrique avant la survenance de l'accident, ayant mené à satisfaction une double activité d'artiste et de travailleur manuel, ce qui nécessitait un solide équilibre psychique. En outre, l'expert s'était appuyé sur des observations faites au mois de mai 1999, époque postérieure de presque un an à l'accident incriminé. La juridiction cantonale a retenu que la décompensation psychique passagère après l'accident n'aurait très vraisemblablement pas eu lieu sans cet événement traumatique et que les troubles psychiques étaient ainsi en relation de causalité naturelle avec celui-ci. Il en résulte que la juridiction cantonale a admis la causalité naturelle sur la base de l'appréciation du docteur C.________ (avis complémentaire du 4 février 1999 et prise de position du 14 avril 2000). Dès lors le reproche du recourant, selon lequel l'expertise du docteur O.________ du 31 mai 1999 semble avoir eu plus de poids que l'opinion de son médecin traitant, est mal fondé. 2.2 Le droit à des prestations de l'assurance-accidents suppose en outre un rapport de causalité adéquate (sur cette notion, cf. ATF 125 V 461 consid. 5a et les références; RAMA 2002 n° U 470 p. 531 consid. 4a) entre l'accident du 23 juin 1998 et l'incapacité de travail d'origine psychique survenue dès le 29 juillet 1998. 2.2.1 Les premiers juges ont nié toute relation de causalité adéquate, ce que conteste le recourant, qui affirme avoir vécu l'accident incriminé comme un profond drame, puisque son rêve de devenir pianiste professionnel s'effondrait. 2.2.2 De manière implicite, les premiers juges ont admis que l'événement du 23 juin 1998 peut être qualifié d'accident de gravité moyenne au sens de la jurisprudence (RAMA 2002 n° U 449 p. 54 consid. 4a). 2.2.3 La question de savoir si le critère de la gravité ou de la nature particulière des lésions physiques - compte tenu notamment du fait qu'elles sont propres, selon l'expérience, à entraîner des troubles psychiques -, est à prendre en considération en matière d'accidents de la main ou des mains a reçu des réponses diverses dans la jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances. Ainsi dans un arrêt non publié M. du 13 juin 1996 (U 233/95), un serrurier avait eu la main droite coincée dans une machine avec comme résultat une amputation totale du pouce, de l'index, du majeur et de l'auriculaire et partielle de l'annulaire. Le tribunal avait admis la causalité adéquate avec les suites psychiques survenues quinze mois plus tard; il avait considéré que cet accident se situait à la limite supérieure des accidents de moyenne gravité et que, notamment, le critère de la nature particulière de la blessure était donné dès lors que la main dominante, déterminante pour cette profession, avait été lésée, que l'accident obligeait à un changement de profession et que les blessures portaient atteinte au fondement de l'existence. L'arrêt non publié K. du 14 novembre 1996 (U 5/94) concernait un scieur dont la main gauche avait été prise dans la chaîne de la machine; l'auriculaire avait été amputé, alors que l'annulaire douloureux ne pouvait plus être utilisé et qu'une atrophie des autres doigts persistait. La causalité adéquate entre cet accident de moyenne gravité et les suites psychiques avait été niée, l'application du critère de la nature particulière de la blessure étant écartée. Les mêmes conclusions ont été retenues dans l'arrêt non publié K. du 17 décembre 1996 (U 185/96). Un aide-serrurier avait subi un accident avec une scie entraînant l'amputation des extrémités de deux doigts à la main droite et de trois doigts à la main gauche. Enfin l'arrêt I. du 23 mars 1999 (RAMA 1999 n° U 346 p. 428) concernait un aide-scieur dont la main gauche avait été atteinte par la machine, lui occasionnant une amputation du petit doigt, de la moitié de l'annulaire et des deux-tiers de l'index. L'accident étant considéré comme de gravité moyenne à la limite supérieure, la causalité adéquate avec les suites psychiques avait été admise. Le critère de la nature particulière de la blessure avait été retenu dès lors que l'atteinte touchait la main d'ouvrier manuel, organe qui lui permettait l'exercice de sa profession et que la perte pratiquement de cet organe signifiait la perte de l'indépendance économique. Ainsi que cela ressort de ces arrêts, l'application de ce critère dépend pour une bonne part aussi des circonstances du cas, si bien que l'on ne saurait, de manière générale et définitive, en admettre ou au contraire en exclure l'application dans le cas des accidents de la main. Il n'en demeure pas moins que pour être retenu, ce critère postule d'abord l'existence de lésions physiques graves ou, s'agissant de la nature particulière des lésions physiques, d'atteintes à des organes auxquels l'homme attache normalement une importance subjective particulière (cf. dans ce sens Murer/Kind/Binder : Kriterien zur Beurteilung des adäquaten Kausalzusammenhanges bei erlebnisreaktiven (psychogenen) Störungen nach Unfällen, in SZS 1993, p. 142). En outre, l'appel à l'expérience a pour but de distinguer la simple relation de causalité naturelle entre ces lésions physiques et les suites psychiques éventuelles de la relation de causalité adéquate, seules les conséquences qualifiées pouvant être retenues à ce titre (RAMA 2002 n° U 449 précité, p. 54 s. consid. 4b). 2.2.4 En l'occurrence, le recourant a subi une subamputation pulpaire au niveau de la troisième phalange de l'index de la main droite. Il présente une hyposensibilité de l'extrémité pulpaire et une diminution de la mobilité de l'articulation interphalangienne distale. Considéré comme de gravité moyenne, l'accident a entraîné des blessures à la main droite de gravité relative. Certes l'atteinte touche un organe important pour un chauffeur-livreur dont la deuxième activité est d'être musicien (pianiste et compositeur), mais la nature de la blessure, au vu de ses conséquences purement physiques, n'est cependant pas telle que, selon l'expérience, ce critère puisse être in casu retenu. Les précédents évoqués ci-dessus ne permettent au demeurant pas d'aboutir à d'autres conclusions. Par ailleurs, le traitement médical n'a pas été particulièrement long. Aucune erreur médicale ne ressort du dossier. L'existence de difficultés apparues au cours de la guérison et d'une longue période d'incapacité de travail due aux lésions physiques doit être niée, dès lors que les troubles psychiques ont eu assez tôt une influence déterminante sur les plaintes de l'assuré. A cet égard, on ne peut tout de même pas faire abstraction du fait, attesté par le docteur C.________ dans son avis du 3 décembre 1998, que rapidement après la prise en charge du cas par l'assureur-accidents, le patient a présenté une symptomatologie dépressive modérée avec symptômes somatiques. Mal fondé, le recours doit dès lors être rejeté.