Citation: 6B_748/2022 E. 2.4

2.4. Il convient de se déterminer sur le caractère public des propos de l'intimé au regard des circonstances concrètes. Si la distance entre l'intimé et ses deux accompagnants n'a pas été clairement déterminée, il n'est pas contesté que le journaliste - qui se trouvait au dernier rang de la salle - avait entendu distinctement les propos. Les paroles étaient donc suffisamment audibles jusqu'au dernier rang, et par là même pour les autres tiers se trouvant déjà dans la salle. En dehors des deux accompagnants, il n'est pas établi que l'intimé connaissait la dizaine de personnes présentes, ni le journaliste, de sorte qu'il ne se trouvait pas dans un environnement de relations personnelles ou empreint d'une confiance particulière. L'intimé qui se décrit lui-même comme "un homme public" (cf. dossier cantonal, PV d'audition du prévenu du 17 février 2021, p. 3; art. 105 al. 2 LTF) était présent à l'évènement en qualité d'orateur. De manière générale, le public assistant à une conférence est précisément là pour écouter le conférencier et lui accorder une attention spéciale, et ce, avant même le début de l'exposé proprement dit. Il est dès lors indifférent que le journaliste puisse avoir été à la recherche d'un "scoop". De même, on ne peut lui reprocher d'avoir écouté l'intimé, celui-ci s'étant exprimé à intelligible voix pour l'entier de l'assistance. Le fait d'avoir dit: "je le dis avant que la caméra ne tourne", montre bien que l'intimé avait conscience du caractère problématique de ses propos et qu'il ne souhaitait pas qu'ils soient enregistrés. Toutefois, cela ne permet en rien d'écarter le caractère public des propos litigieux au sein de la salle de conférence et vis-à-vis du public présent. D'autant plus qu'une telle locution est intrinsèquement de nature à éveiller la curiosité et l'attention de l'assistance. Le recourant critique la cour cantonale qui, se référant aux termes du journaliste, retient que les propos ont été tenus "en aparté". A cet égard, le journaliste a décrit un "aparté qui n'en était pas un" (cf. dossier cantonal, PV d'audition de témoin du 30 mars 2021, p. 3; art. 105 al. 2 LTF). Quoi qu'il en soit, la configuration de la salle de conférence, le statut d'orateur de l'intimé et le fait que ses paroles ont été prononcées de telle sorte qu'elles soient perçues jusqu'au dernier rang et donc par là même, sans difficulté, par les autres tiers déjà présents, suffisent à nier le caractère privé des déclarations. L'intimé ne pouvait qu'en être conscient au moment de s'exprimer. Au regard de ce qui précède, l'élément constitutif relatif à la publicité était réalisé. Le recours doit être admis, le jugement entrepris annulé et la cause renvoyée à la cour cantonale pour nouvelle décision.