Citation: 7B_143/2024 E. 5.4.2

5.4.2. Il faut en effet tenir compte du fait que les quelques relations et contacts reprochés à la juge intimée, essentiellement épisodiques et remontant tous à plusieurs années, s'inscrivent dans un contexte professionnel. Or l'existence de tels liens ne constitue pas encore une circonstance extraordinaire ou insolite dans le milieu judiciaire et politique des cantons suisses, d'autant moins s'agissant d'une personne qui exerce, dans son canton, une activité de magistrate judiciaire professionnelle depuis plus de vingt ans. On rappellera en particulier que, si les magistrats judiciaires doivent à l'évidence faire preuve d'une grande retenue dans les propos qu'ils expriment publiquement et dans les contacts qu'ils entretiennent hors du strict cadre professionnel avec des personnes susceptibles d'être intéressées à des dossiers qu'ils traitent, il n'en est pas moins inévitable, dans les dimensions réduites d'un canton suisse, que les juges du siège et les avocats, mais également les procureurs et les membres des autorités législative et exécutive, aient été amenés à se rencontrer et à se fréquenter par le passé, que ce soit dans le contexte de leur formation scolaire ou universitaire, dans celui d'une activité professionnelle commune, mais également dans celui d'événements publics ou privés auxquels ils participent. Aussi, à l'inverse de qui prévaut dans d'autres États, la Suisse ne connaît pas de cursus de formation spécifique pour les magistrats judiciaires professionnels - sur le modèle d'une école de la magistrature -, ceux-ci étant généralement élus à leurs fonctions par l'autorité législative cantonale ou par le peuple directement, après avoir préalablement mené, dans le canton dans lequel ils sont établis, des carrières d'avocat au barreau, de greffier auprès d'instances judiciaires ou encore de juriste dans l'administration publique ou dans le secteur privé. De même, il est fréquent dans certains cantons - notamment dans le canton de Genève - que les magistrats siégeant à l'autorité de première instance ou à la juridiction d'appel aient préalablement exercé la fonction de procureur au sein du Ministère public cantonal. En tout état, les exigences en matière d'apparence objective d'impartialité entre juges et représentants des parties ne sauraient à cet égard être poussées à un point tel que le fonctionnement normal de la justice en soit entravé (cf. arrêts 7B_937/2023 du 27 décembre 2023 consid. 3.2; 1B_436/2021 du 6 janvier 2022 consid. 4.2 et les arrêts cités).