Citation: 6B_30/2022 E. 1

A.a.a. Ce jugement repose sur les faits suivants. A.a.b. Le 29 novembre 2008 au matin, à la suite d'une dispute, la compagne de A.________, avec qui il faisait ménage commun, lui a annoncé sa décision de rompre. Celui-ci s'est alors jeté sur elle, l'a prise par le cou et lui a serré la gorge avec les deux mains. Pendant que sa victime s'efforçait de reprendre son souffle, il lui a dit: " Tu penses que je t'ai déjà fait peur. Maintenant, je vais vraiment te montrer comment te faire peur. " La victime a perdu connaissance. Lorsqu'elle a repris conscience, il est venu s'asseoir à ses côtés et l'a enjointe à se préparer à aller au lit; il lui a ôté ses vêtements, l'a mise sous le duvet et lui a dit: " Pourquoi est-ce que tu fais ça? Je ne sais pas m'occuper des malades. " Sa victime tremblant de peur, il lui a frotté les bras et lui a dit qu'elle faisait semblant. Par la suite, il l'a derechef étranglée, lui faisant perdre conscience une seconde fois. Il l'a alors frappée avec une épée de samouraï, lui infligeant plusieurs blessures, notamment à la poitrine et au ventre, atteignant l'estomac, la rate, le diaphragme et le péricarde. Selon les constatations médicales, ces blessures ont mis en danger la vie de la jeune femme, de même que l'étranglement, au vu de la nature des marques que présentait le cou de celle-ci. A.________ a ensuite quitté les lieux, non sans avoir au préalable tenté de couper la ligne téléphonique et caché les téléphones fixe et cellulaire de la victime. Il s'était par le passé déjà montré violent envers des femmes, notamment dans un contexte de jalousie. Une semaine avant les faits, après que la victime lui avait une première fois déclaré qu'elle retournait vivre chez ses parents, il l'avait empêchée physiquement de partir, puis l'avait suivie dans sa voiture; il l'avait poussée sur le siège passager et avait pris le volant, en lui déclarant qu'ils allaient " mourir ensemble "; il avait conduit jusqu'à une route proche très fréquentée, était sorti de la voiture et s'était tenu debout au milieu de la route, jusqu'à ce que, pour le calmer, elle accepte de retourner à l'appartement avec lui. A.b. Incarcéré dans un premier temps en Grande-Bretagne, A.________ a requis le 25 mai 2009 son transfert en Suisse en vue de l'exécution de sa peine. A.b.a. Par jugement du 19 août 2011, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, saisi par l'Office d'exécution des peines (ci-après: OEP), a reconnu et déclaré exécutoire en Suisse le jugement rendu le 21 août 2009 par la Cour d'appel de Londres, a dit que le condamné devrait subir jusqu'à son terme la peine d'emprisonnement minimale de 4 ans et 8 mois, soit jusqu'au 30 novembre 2013, a ordonné son internement au sens de l'art. 64 ch. 1 CP et a dit qu'une libération conditionnelle au sens de l'art. 64 ch. 3 CP ne pourrait être prononcée qu'à partir du 30 novembre 2013. A.________ a été transféré en Suisse le 8 mars 2013 et incarcéré au Pénitencier des Etablissements de la Plaine de l'Orbe (EPO). Le 27 mars 2013, l'OEP a ordonné son transfert à celui de La Stampa, à Lugano, parce qu'il connaissait personnellement un gardien des EPO. A.b.b. Le 2 août 2013, l'OEP a saisi le Collège des Juges d'application des peines en vue d'examiner, conformément à l'art. 64b al. 1 let. b CP, si les conditions d'un traitement thérapeutique institutionnel étaient réunies, préconisant ainsi la mise en oeuvre d'une expertise psychiatrique indépendante au sens de l'art. 56 al. 4 CP. A.b.c. Dans son rapport d'expertise du 12 mars 2014, la psychiatre B.________ a retenu un trouble grave de la personnalité, sous forme d'un trouble mixte à traits narcissiques, paranoïaque et faux-self, propre à entraîner d'importantes altérations dans les interactions sociales, avec un risque de passage à l'acte agressif en cas de perte de contrôle sur l'autre. L'expertisé était susceptible de commettre de nouveaux actes punissables du même genre que ceux pour lesquels il avait été jugé; si ce risque ne pouvait être qualifié d'imminent, il n'en restait pas moins important " dans un contexte de relation sentimentale investie qui se passerait mal avec la menace d'être quitté par la femme qu'il aime ". Ce trouble de la personnalité n'était pas reconnu comme tel par l'intéressé, qui ne reconnaissait pas non plus sa violence et n'avait entamé aucun processus thérapeutique autour de cette question. Selon l'experte, au vu de la gravité du trouble et de la résistance au traitement inhérente à cette pathologie, les perspectives de changement dans le cadre d'une thérapie apparaissaient faibles, mais pas nulles; si l'expertisé décidait d'entrer dans un tel processus, il serait peut-être capable d'évoluer très progressivement, plusieurs années étant toutefois nécessaires pour constater un authentique changement. Il n'était toutefois pas dans un processus de changement, de sorte que les conditions nécessaires à l'instauration d'une mesure thérapeutique n'étaient pas remplies pour espérer par ce biais une diminution du risque de récidive. Il pourrait peut-être bénéficier d'une telle mesure si, dans le futur, il évoluait suffisamment pour être à même de se remettre en question sur son fonctionnement et de vouloir changer. Entendue le 26 août 2014 par le Juge instructeur du Collège des Juges d'application des peines, la praticienne a précisé que les tests projectifs effectués par une psychologue dans le cadre de l'expertise corroboraient ses propres constatations. Ils conduisaient à admettre l'existence d'un soubassement psychotique, mais également de défenses suffisamment bien construites pour que l'on ne parle pas de psychose. Divergeant sur ce point de l'avis de l'un des médecins en charge du suivi du détenu à La Stampa, elle estimait que sa tendance à créer ses propres images et réponses philosophiques constituait une manifestation de sa personnalité narcissique. Le traitement des troubles de la personnalité consistait en une psychothérapie visant une remise en question profonde et authentique des fondements de la personnalité du patient. En l'état, il ne se donnait pas les moyens d'une telle remise en question. Le suivi thérapeutique qu'il avait entrepris dès son arrivée à La Stampa n'était, à ses yeux, destiné qu'à consolider le travail qu'il estimait avoir effectué seul durant son incarcération en Grande-Bretagne et qui suffisait, selon lui, à se prémunir contre un passage à l'acte. La spécialiste indiquait à cet égard que, lorsqu'on l'interrogeait sur ce qu'il avait compris, l'expertisé évoquait sa tendance à réagir de manière impulsive en cas de frustration, mais rien de plus profond, quant aux éléments ayant conduit à son passage à l'acte ou des facteurs qui pourraient constituer un frein vis-à-vis de passages à l'acte futurs. Pour la psychiatre, il existait alors, chez lui, un désir de soin de surface, mais pas de véritable investissement dans une telle démarche. Au demeurant, l'expertisé ne lui avait fourni que peu d'éléments sur la période qui séparait son jugement de son arrivée au Tessin et il avait peu à dire de son passage à l'acte. Évoquant un black-out, il semblait encore inaccessible à une réflexion sur ce point. A.b.d. Par décision du 15 juin 2015, le Collège des Juges d'application des peines a rejeté la demande de libération immédiate ou conditionnelle et a renoncé à saisir le Tribunal d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois en vue de l'examen de la levée de l'internement au profit d'une mesure thérapeutique institutionnelle. Confirmée par la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal vaudois, cette décision a été annulée en instance fédérale. Tout en relevant que l'interné ne pouvait pas prétendre à une libération immédiate définitive et qu'il ne saurait demander une libération conditionnelle fondée sur les art. 86 ss CP, dispositions non applicables lorsque l'internement est précédé de l'exécution d'une peine privative de liberté, le Tribunal fédéral a renvoyé le dossier à la cour cantonale pour qu'elle ordonne la mise en oeuvre d'une expertise judiciaire (arrêt 6B_986/2015 du 23 août 2016). Le 2 février 2017, le Collège des Juges d'application des peines a confié ce mandat au psychiatre C.________, avec mission de procéder à une nouvelle évaluation du statut psychiatrique du détenu. A.b.e. Dans l'intervalle, le 5 avril 2016, le Secteur d'évaluation criminologique du Service pénitentiaire du canton de Vaud a déposé un rapport. Il y relevait, en bref, que le détenu se situait dans un registre stratégique, adaptant ses explications aux attentes de son interlocuteur, que ses développements au sujet de sa responsabilité demeuraient ambivalents, voulant faire paraître qu'il endossait totalement cette dernière alors que certaines de ses remarques suggéraient davantage qu'il responsabilisait plutôt sa victime. Son apparente volonté de remise en question demeurait questionnable, bien qu'il livrât l'image d'un détenu " modèle " auquel rien ne pouvait être reproché. Il reconnaissait la victime principale de son délit mais livrait un propos peu empreint d'empathie, évoquant difficilement les émotions vécues par la jeune femme ainsi que ses séquelles et faisant état d'une considération restreinte " de l'autre ". Ce qu'il exprimait demeurait passablement teinté de préoccupations égocentrées et il semblait éprouver des difficultés à reconnaître son potentiel de violence, considérant avoir " commis une erreur " à une seule reprise, ce qui allait également dans le sens d'une banalisation de l'acte commis. Le 3 mai 2016, la Commission interdisciplinaire consultative concernant les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique (CIC) a procédé à une évaluation, au terme de laquelle elle préconisait une évolution prudente, estimant opportun d'envisager un éventuel passage de l'intéressé par étapes en secteur ouvert, tout en insistant sur l'importance de se recentrer sur la préoccupation criminologique cruciale, en envisageant à moyen terme une actualisation de l'expertise psychiatrique permettant d'en mesurer l'évolution. A.b.f. Par décision du 10 mai 2017, l'OEP a ordonné le transfert de A.________ aux Etablissements de Bellechasse, à Sugiez, en secteur fermé, à compter du 15 mai 2017, tenant compte de l'évolution prudente préconisée par la CIC ainsi que du souhait du détenu de changer d'établissement et de se rapprocher de sa famille. A.b.g. Le 12 juin 2017, les docteurs D.________ et C.________, respectivement cheffe de clinique adjointe et médecin adjoint auprès du Centre de psychiatrie forensique de V.________, ont déposé un rapport d'expertise psychiatrique. Ils ont conclu à l'existence d'un trouble mental, à savoir d'un trouble mixte de la personnalité à traits narcissique et paranoïaque. Il ressort notamment ce qui suit de ce rapport: - Au niveau du fonctionnement psychique et du passage à l'acte: " Le fonctionnement psychologique de l'expertisé nous paraît très fragile et archaïque. Ceci était déjà relevé par l'examen psychologique de la personnalité, réalisé dans le cadre de la précédente expertise psychiatrique et qui concluait à un " soubassement plus archaïque, signant une structure psychotique de la personnalité " " quelques velléités maniformes, mais surtout une abondance de défenses du registre paranoïaque " avec " au premier plan, une fragile couverture d'allure état-limite, au sens de Bergeret, organisée autour d'éléments narcissiques, faux-self, de petites touches plus passives, d'un intérêt particulier porté à l'objet partiel ". Ainsi, dans un fonctionnement psychique archaïque, l'expertisé ne peut concevoir l'autre, et notamment dans ses relations amoureuses, comme un sujet indépendant. Le partenaire sentimental est perçu comme une prolongation de lui-même, il fait partie de lui et doit avoir la fonction de lui apporter une sécurité affective venant combler des failles narcissiques majeures. Lorsque l'autre échappe à une forme de contrôle, c'est-à-dire lorsque l'autre fréquente d'autres personnes, s'émancipe, travaille avec d'autres personnes, émerge une angoisse massive, combattue par des idées de jalousie. Lorsque le partenaire s'éloigne encore davantage, en cas de séparation notamment, dans certains cas, l'angoisse peut déborder complètement le fonctionnement psychique de l'expertisé, qui se retrouve incapable de gérer les émotions qui le submergent. C'est dans ce contexte que semblent émerger le passage à l'acte violent qui peut être orienté contre des objets, contre lui-même ou contre sa compagne. Dans le cas des faits pour lesquels il a été condamné, il faut aussi relever l'effet favorisant qu'a pu jouer la consommation d'alcool et de testostérone. " - S'agissant de l'appréciation du risque de récidive: " L'évaluation criminologique, datée du mois d'avril 2016, concluait sur la base [de] différents outils [...] à un risque de récidive général moyen et à un risque de récidive spécifique élevé, dans un contexte similaire. Nous souscrivons entièrement à cette évaluation. Le risque de récidive pour des faits de même nature, soit une tentative d'homicide volontaire, nous semble élevé dans le contexte particulier d'une relation sentimentale où sa partenaire mettrait fin à la relation. En effet, l'expertisé a montré à de nombreuses reprises une grande vulnérabilité à ces situations. La stabilité et l'amélioration de son fonctionnement psychique actuel nous semblent avoir été possibles dans un cadre carcéral qui lui a assuré une forme de stabilité environnementale et l'a préservé des frustrations spécifiques liées à la vie de couple. Il n'a pour le moment pas réellement envisagé de manière concrète, un travail centré sur les risques liés à l'établissement d'une nouvelle relation amoureuse. " - S'agissant de l'évolution de l'intéressé et de la mesure préconisée: " Au sein d'un cadre carcéral, l'expertisé semble avoir pu s'adapter et fonctionner de manière adéquate. Il a pu trouver les ressources nécessaires pour gérer des frustrations et des conflits. Il a pu facilement s'adapter, apprendre la langue italienne rapidement et démarrer une formation universitaire dans laquelle il obtient de bons résultats. En l'absence de traits psychopathiques, l'ensemble de ces éléments doit être considéré comme un facteur de bon pronostic, mettant en évidence des ressources intellectuelles et des capacités d'adaptation réelles. Cette réussite dans le cadre carcéral a également aidé à renforcer un narcissisme fragile. Ainsi, le rôle du cadre n'est pas à négliger dans l'évolution favorable de l'expertisé, au regard de son fonctionnement psychique précédemment décrit. Actuellement, et au cours de son suivi, l'expertisé a pu prendre en considération certains mécanismes de son fonctionnement et semble avoir pu démarrer un travail exploratoire concernant certains aspects de son fonctionnement psychique. Il a également pu établir une bonne alliance thérapeutique avec son psychiatre qui fait état d'une évolution favorable au cours du suivi. Nous relevons qu'il s'agissait d'un suivi volontaire et qu'un travail centré sur le passage à l'acte n'a été abordé qu'au début du suivi. Lors de notre évaluation, l'expertisé semble accepter l'idée d'un dysfonctionnement personnel avant le passage à l'acte, lorsqu'il explique " à l'époque je n'étais pas capable de gérer mes émotions, c'était un problème ". Cependant nous avons relevé un manque de prise de conscience des risques que pourrait susciter l'établissement d'une nouvelle relation sentimentale, dans laquelle il serait à nouveau confronté à des conflits difficiles à gérer. Au vu de la bonne évolution clinique de l'expertisé, au vu de son mode de fonctionnement psychique précédemment décrit et au regard de la nécessité d'approfondir un travail thérapeutique en lien avec le passage à l'acte, nous préconisons la mise en place d'un traitement psychiatrique et psychothérapeutique institutionnel. Celui-ci devrait revêtir un caractère obligatoire, en raison notamment du manque d'adhésion de l'expertisé à un tel type de traitement, celui-ci ne reconnaissant pas la nécessité de soins institutionnels. " - Les experts ont répondu comme suit aux questions posées: " - Nous retenons chez l'expertisé le diagnostic de trouble mixte de la personnalité, à traits narcissique et paranoïaque [...]. - Ce trouble s'exprime par un besoin excessif d'être valorisé et admiré, ainsi qu'une tendance à percevoir certaines interactions sur un mode persécutoire et des idées récurrentes de jalousie dans les relations sentimentales. Ces comportements ont pour fonction de colmater un fonctionnement psychique fragile et archaïque. - Le risque de récidive pour des faits de même nature peut être qualifié d'élevé dans un contexte similaire, c'est-à-dire dans une situation de couple où l'expertisé risquerait d'être quitté. En revanche, ce risque ne peut être qualifié d'imminent. - Actuellement, et au cours de son suivi, l'expertisé a pu prendre en considération certains mécanismes de son fonctionnement et semble avoir pu démarrer un travail exploratoire concernant certains aspects de son fonctionnement psychique. Il est à noter que le suivi thérapeutique était effectué sur un mode volontaire. Mais nous avons relevé chez l'expertisé un manque de prise de conscience des risques que pourrait susciter l'établissement d'une nouvelle relation sentimentale, dans laquelle il serait à nouveau confronté à des conflits difficiles à gérer. Nous pensons que la poursuite d'un travail psychothérapeutique, comportant un travail centré sur le passage à l'acte, pourrait apporter une plus-value au soin psychique. Le cadre du suivi n'est pas à négliger. Au vu de son mode de fonctionnement qui demeure fragile, actuellement, seul un cadre institutionnel pourrait permettre un tel travail. - Dans l'hypothèse de modifications du cadre dans lequel s'exécute la sanction, il faudrait veiller à une ouverture progressive du régime, par étapes, en évaluant régulièrement l'évolution de l'expertisé après chaque étape. - Une libération conditionnelle actuelle et immédiate, sans période conséquente de préparation à la sortie, risquerait de déstabiliser le fonctionnement psychique fragile de l'expertisé. Une majoration de l'angoisse et de la tension interne pourrait être observée, réduisant ses capacités d'adaptation et de réinsertion sociale et professionnelle. La mise en place d'une assistance de probation et des règles de conduite pourraient réduire ce risque, mais dans une mesure bien moindre que la mise en place d'une mesure thérapeutique institutionnelle. - Au regard du fonctionnement psychique précédemment décrit de l'expertisé, au regard de son évolution clinique au sein d'un cadre carcéral et au regard du risque de récidive précédemment décrit, nous estimons que l'expertisé pourrait bénéficier d'une mesure thérapeutique institutionnelle. Il me semble important de relever l'importance que revêt le cadre institutionnel dans l'évolution favorable de l'expertisé. Ainsi, les modifications de celui-ci devraient se faire de manière progressive, par étapes, afin de ne pas déstabiliser son état psychique. C'est dans un cadre structurant que l'expertisé devrait encore pouvoir bénéficier d'une prise en charge centrée sur le passage à l'acte, afin de poursuivre le travail psychothérapeutique. - Une attention devrait également être portée à un maillon important du cadre que constituent les projets de formation professionnelle de l'expertisé, lesquels offrent une base solide pour sa stabilité psychique. " A.b.h. Dans son rapport du 26 septembre 2017 sur le suivi psychothérapeutique entre 2015 et mi-mai 2017, alors que le patient était interné à La Stampa, le Dr E.________ indiquait que si, dans un premier temps, les réponses à l'interprétation du thérapeute étaient de nature oppositionnelle, l'apparition de réponses collaboratives, puis créatives, avait pu être observée au fil du temps. Selon la terminologie de ce praticien, " la conscience a[vait] contribué à atténuer l'influence destructrice de ses sentiments agressifs primaires ". La thérapie avait renforcé la capacité du patient à comprendre les motivations et les significations de ses expériences subjectives, des relations interpersonnelles et du comportement des autres. Il avait été sensibilisé à ces mécanismes intrapsychiques, améliorant ainsi sa capacité à faire face aux pressions constantes de la vie. A.b.i. Lors de son audition du 22 mars 2018 par le Juge instructeur du Collège des Juges d'application des peines, l'expert C.________ a largement commenté son propre rapport. Confirmant que, de son point de vue, la libération conditionnelle de l'internement apparaissait prématurée, dès lors qu'un risque de récidive spéciale ne devait pas être sous-estimé en cas d'exposition à une situation psychoaffective similaire, il préconisait pour le reste sans réserve un changement de mesure, au bénéfice de celle prévue à l'art. 59 CP, l'envisageant de préférence dans une institution ouverte, que l'expertisé pourrait rejoindre, toujours de son point de vue, pratiquement avec effet immédiat. Cet expert a notamment précisé: " [...] quand nous préconisons un 59, nous n'envisageons pas absolument que A.________ soit dans un environnement fermé [...] Le fait que l'expertisé aille mieux et que le milieu carcéral y contribue ne veut pas dire qu'il doive rester en milieu fermé. [...] Mon intime conviction d'évaluateur me fait arriver à la conclusion que la collectivité ne serait pas menacée s['il] passait directement à une mesure 59 al. 2 CP. Ce qui est important, c'est qu'il y ait un cadre bien défini. Ses relations avec la [gent] féminine devraient être bien contrôlées. On pourrait donc parfaitement imaginer un placement dans un foyer ouvert [...] le fait que l'expertisé soit au début d'un processus thérapeutique et soit actuellement détenu en milieu fermé n'est pas incompatible avec une ouverture directe en foyer ouvert. [...] Une prise en charge ambulatoire me semble ainsi prématurée. Il convient en effet selon moi de commencer par une approche de type traitement institutionnel avant toute chose. [...] Cela pourrait poser un problème en termes de débouchés. Mais actuellement, ce n'est pas la priorité, dès lors que la formation entreprise correspond à son choix et participe à son équilibre. Au demeurant, un diplôme universitaire en philosophie permet de s'orienter vers de nombreux autres domaines. Je pense qu['il] a les compétences de se vendre auprès d'un employeur. Pour moi, la formation entreprise n'est pas un problème au point de la remettre en question. C'est un renforcement positif pour lui. Je ne préconise pas une réorientation ". A la question " Vous avez vu A.________ il y a presque un an. Votre rapport date de juin 2017. Est-ce qu'il serait souhaitable que la situation de l'expertisé évolue maintenant à un rythme soutenu? ", l'expert a répondu: " Oui, je pense qu'il faut que les choses avancent vite mais aussi d'une façon prudente. Il ne faut pas qu'il revienne en arrière. C'est pour cela que je soutiens sa formation universitaire. Pour vous répondre, le passage en foyer ouvert doit pouvoir être entrepris immédiatement. " A.b.j. Aussitôt après cette audition de l'expert, le Juge instructeur du Collège des Juges d'application des peines a procédé à celle de l'expertisé. Celui-ci a exprimé le souhait de voir sa situation évoluer, l'incertitude liée à la durée de son incarcération lui étant très difficile à gérer. Il sollicitait sa libération conditionnelle et se disait favorable à un placement institutionnel dans un foyer ouvert, exprimant davantage de réserve à propos d'une structure fermée. A.b.k. Le 23 mars 2018, donnant suite à la demande de la direction de l'Etablissement de Bellechasse, l'OEP a ordonné la poursuite de l'internement au sein de l'Etablissement d'exécution des peines de Bellevue, à Gorgier, dès le 26 mars 2018. A.b.l. Le 6 avril 2018, la direction de l'Etablissement de Bellechasse a produit un rapport. Le comportement général était bon, le détenu était décrit comme poli et respectueux à l'égard de ses responsables, mais de nature quémandeuse, pouvant se montrer moins courtois et parfois hautain lorsqu'il était confronté à des refus. Il recevait les visites d'amies et d'amis et semblait entretenir de bonnes relations avec sa mère. A.b.m. Durant son séjour à Bellechasse, A.________ a été suivi par une psychiatre consultante, cheffe de clinique adjointe. Libérée du secret médical par son patient, elle a déposé un rapport le 16 mai 2018. Elle y expliquait que son patient avait demandé un suivi psychiatrique de soutien volontaire dès son arrivée dans cet établissement. Comme il s'agissait d'un internement sans obligation thérapeutique, il était plutôt question d'une psychothérapie de soutien pour l'aider à travailler notamment sur les difficultés rencontrées dans son quotidien carcéral. L'alliance thérapeutique n'avait pas été bonne, l'intéressé se montrant passablement procédurier et verbalisant constamment un fort sentiment d'injustice vis-à-vis de son internement, qu'il jugeait par ailleurs caduc depuis le début. Il n'avait jamais adhéré à un traitement médicamenteux et avait de lui-même mis fin à son suivi thérapeutique, disant que les séances ne lui apportaient pas d'aide. A.b.n. A la suite de l'audition de l'expert psychiatre du 22 mars 2018 (v. supra consid. A.b.i), le Juge instructeur du Collège des Juges d'application des peines a sollicité un nouvel avis de la CIC qui a déposé un rapport le 10 septembre 2018 dont le contenu était le suivant: " A la reprise de cet examen, la commission constate que, sur le fond, la situation de A.________ demeure dominée par des troubles patho logiques de l'adaptation et du comportement, repérés le 12 juin 2017 par l'expert comme de même nature que ceux diagnostiqués dans l'expertise psychiatrique du 12 mars 2014. Il s'agit de troubles mixtes de la personnalité à traits narcissique et paranoïaque. Le risque de récidive spécifique violente, dans un contexte similaire aux faits condamnés est toujours apprécié comme élevé dans la dernière expertise. Le suivi thérapeutique, pour autant que l'intéressé s'y soit conformé, est resté partiel, celui-ci évitant toute confrontation aux composantes narcissiques, disqualifiantes ou emprisantes, impulsives et violentes, ayant marqué non seulement le contexte et les faits condamnés, mais aussi ses comportements en détention, ainsi que ses modes relationnels avec son entourage. [...], la commission tient en premier lieu à rappeler les conclusions de son avis des 16 et 17 mars 2015 qui préconisait " le maintien de la mesure d'in ternement, charge laissée à A.________ de s'engager à son gré dans une thérapie. C'est l'effectivité de cet engagement et des résultats qui en découleraient qui pourraient dans le futur fonder un changement de mesure ". Au vu du parcours accompli depuis par l'intéressé, la commission constate que ce dernier est loin d'avoir satisfait de manière probante à cette indication. Elle estime donc que, aussi bien sur le plan clinique d'un travail psychothérapeutique que sur le plan médicolégal d'une prise en charge en psychiatrie forensique, les éléments dont elle dispose ne lui permettent pas, du moins pour l'heure, de déterminer si les troubles psychopathologiques de A.________ peuvent être significativement améliorés par un soin, au sens des attentes de l'art. 59 CP. De ce point de vue, elle réitère sa recommandation de 2015, en attendant de l'intéressé qu'il apporte les preuves de sa capacité et de sa volonté de s'engager, autrement que par pur conformisme, dans le processus thérapeutique de confrontation à sa propre violence qui est attendu. C'est alors seulement que le bien-fondé d'un changement de mesure pourrait être sérieusement argumenté. Par ailleurs, quand bien même il y aurait un changement de mesure, la com mission considère qu'un passage direct et immédiat de A.________ d'un milieu fermé à une institution ouverte n'est pas réaliste, car il ne tiendrait aucun compte de la fragilité narcissique de l'intéressé ainsi que de ses troubles de l'adaptation, relevés par tous les cliniciens ayant eu à le connaître. La progressivité dans toutes les étapes contrôlées d'ouverture doit être scrupuleusement respectée pour les motifs détaillés précisément par l'expert à la page 24 de son rapport. " A.b.o. Par décision du 19 novembre 2018, le Collège des Juges d'application des peines a refusé la libération conditionnelle de l'internement et a saisi le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois en vue de l'examen de la levée de cette mesure au profit d'une thérapie institutionnelle. A.b.p. Dans un rapport de situation du 14 janvier 2019 émanant de l'Etablissement de Bellevue, la direction expliquait que l'intéressé poursuivait son internement, qu'il avait pu s'exprimer de manière constructive avec la criminologue et que la collaboration s'était nettement améliorée. Il avait accepté, cette fois, de répondre aux questions et s'était montré plus authentique. Au chapitre des observations en détention, il apparaissait résigné et passablement déprimé; une baisse de moral importante avait été observée; il avait fait part d'idées suicidaires, en aurait averti sa famille et aurait commencé à vider sa cellule de ses effets personnels, ne parvenant plus à s'accrocher à un quelconque projet. Pour le surplus, il semblait bien s'entendre avec ses codétenus. Il avait demandé à faire partie de la " Commission des détenus ", organisme faisant le lien entre les doléances des détenus et la direction; il ne sortait pas en promenade mais pratiquait une activité sportive régulière ( cross fit, cardio, musculation); il donnait de nombreux conseils en matière sportive à ses codétenus; il recevait la visite de sa mère; il s'investissait pleinement dans les tâches qui lui étaient confiées à l'atelier " sous-traitance "; il exécutait un travail de qualité; il ne posait pas de problème au sein de l'établissement; il avait tendance à cacher ses émotions; sa baisse de moral et sa perte totale de confiance dans le système avaient créé une brèche émotionnelle et il avait su montrer, à certains collaborateurs choisis, une nouvelle facette de sa personnalité celle d'un homme qui souffrait de sa situation pénale, qui avait perdu l'espoir et qui, par conséquent, ne parvenait plus à s'accrocher à un quelconque projet. A.b.q. Le 4 février 2019, un psychologue du Centre neuchâtelois de psychiatrie ayant suivi l'interné à une fréquence hebdomadaire entre août et novembre 2018, a déposé un rapport dans lequel il exposait que l'intéressé s'était retrouvé dans des dispositions favorables à " l'amorce d'un travail thérapeutique ", qu'il s'était ouvert au traitement en envisageant la poursuite d'une psychothérapie, qu'il s'était montré respectueux du cadre thérapeutique et qu'il avait su investir la relation, ainsi qu'accorder " une certaine confiance " à son thérapeute ou encore que l'alliance thérapeutique avait pu prendre forme. A.c. Par jugement du 14 février 2019, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a ordonné la levée de l'internement prononcé le 19 août 2011 au profit d'une mesure thérapeutique institutionnelle. Considérant qu'il serait hautement hasardeux de brûler les étapes, le tribunal a préavisé en faveur d'un traitement institutionnel en milieu fermé, faisant ainsi siens les avis de la CIC et du ministère public, qui estimaient qu'un passage immédiat à une institution ouverte était irréaliste et prématuré car il ne tiendrait pas compte de la fragilité narcissique et des troubles d'adaptation du condamné qui n'avait plus du tout été confronté à la vie libre depuis dix ans. A.c.a. Le 15 mars 2019, l'OEP a ordonné le transfert du détenu à la Colonie fermée des EPO dès le 18 mars 2019, décision confirmée par arrêt de la Chambre des recours pénale vaudoise du 30 avril 2019. A.c.b. Dans un rapport du 31 mai 2019, l'Unité d'évaluation criminologique indiquait que A.________ " appartenait actuellement à une catégorie d'individus pour laquelle les niveaux de risque de récidive générale et violente peuvent être qualifiés de faibles ". Dans un courrier du 14 juin 2019, la cheffe de l'unité a précisé que les différences relevées entre l'évaluation de 2016 et celle de 2019 ne concernaient en fait que trois points (inversion des rôles auteur-victime moins marquée, meilleure compréhension de certains mécanismes de fonctionnement et gestion adéquate, en détention, des frustrations et des conflits) et que les cotations différentes sur ces trois items avaient permis au condamné de passer de la catégorie " risque moyen ", dans laquelle il se trouvait en 2016, mais dans la tranche inférieure, à la catégorie " risque faible ", dans la tranche supérieure de ce score cette fois-ci. A.________ " présentait ainsi très peu de besoins criminogènes, autrement dit peu d'axes sur lesquels il serait concrètement nécessaire qu'il travaille en détention ". A.c.c. Un bilan des phases 1 et 2 du plan d'exécution de la sanction (PES) a été établi en juin 2019. A ce moment-là, le détenu avait atteint tous les objectifs, à l'exception de celui lié à la formation universitaire, qualifié de partiellement atteint dès lors que celle-ci avait été interrompue en raison des transferts de l'intéressé. Pour les criminologues, aucun élément défavorable à l'élargissement du régime ne pouvait être relevé, si ce n'est qu'il convenait de garder une certaine prudence, compte tenu du fait qu'il n'avait pas été confronté à la vie extérieure depuis de très nombreuses années. Au terme de ce bilan, les criminologues prévoyaient une phase 3 sous la forme d'un passage à la Colonie ouverte des EPO, sous réseve de la validation du bilan de phase et de l'avis de la CIC qui devait intervenir en juin 2019, puis une phase 4, sous la forme d'un régime de conduites sociales (une tous les deux mois au maximum), à intervenir après six mois passés en secteur ouvert à la Colonie. A.c.d. Dans un avis du 1er juillet 2019, la CIC constatait que le comportement de A.________ s'était amélioré tant dans ses interactions avec l'environnement que dans son engagement thérapeutique. La commission souscrivait pour le surplus à la planification envisagée par le bilan de phases 1 et 2, tout en indiquant partager la position exprimée dans le jugement du 14 février 2019, selon laquelle l'intéressé représentait " un cas problématique, un individu potentiellement dangereux qui a bien du travail à faire et qui n'a plus été confronté à la vie libre depuis de nombreuses années ". Enfin, la commission disait conserver une marge d'appréciation future sur le risque de récidive violente liée aux défaillances narcissiques identifiées. A.d. Par décision du 9 juillet 2019, l'OEP a autorisé le transfert en secteur ouvert à la Colonie des EPO. Le détenu a intégré cet établissement le 24 juillet 2019. A.d.a. En août et septembre 2019, il a respectivement obtenu l'accord de l'Université de Lugano en vue de la reprise de sa formation et l'aval de l'OEP pour une participation financière à cette formation. Des aménagements d'horaires ont été prévus en janvier 2020, afin de lui permettre de consacrer davantage de temps à ses études. A.d.b. Le 24 janvier 2020, A.________ a bénéficié d'une première conduite, de 10h30 à 16h30 en ville de U.________, où il s'est rendu dans plusieurs magasins, avant de dîner avec ses proches. Son attitude a été qualifiée d'appropriée, respectueuse et positive. Une deuxième conduite était prévue au mois de mars 2020. Elle a toutefois dû être annulée en raison des conditions sanitaires liées à la pandémie de COVID-19. La rencontre interdisciplinaire initialement prévue le 12 mai 2020 a été annulée pour les mêmes raisons. A.e. Par décision du 6 avril 2020, le Collège des Juges d'application des peines a refusé la libération conditionnelle de la mesure thérapeutique institutionnelle, précisant qu'en l'absence de préparation, le retour brutal à la condition d'homme libre ferait courir un risque d'autant plus insupportable à la société que le suivi thérapeutique, propre à la nouvelle mesure, était récent et devait être encore consolidé. A.e.a. Selon le point de situation établi le 25 mai 2020 par l'Unité d'évaluation criminologique, les conclusions du rapport de mai 2019 et de son complément du 14 juin 2019 demeuraient d'actualité. Deux éléments nouveaux méritaient néanmoins d'être soulignés, à savoir le projet de la mère de l'intéressé d'aller s'établir durablement au Portugal et l'existence d'une relation sentimentale naissante avec une personne faisant partie de son ancien cercle d'amis, en Angleterre. Les criminologues soulignaient l'importance qu'il reste investi dans son projet professionnel et l'opportunité qu'il puisse continuer à bénéficier de l'accompagnement de professionnels dans ses démarches. A.e.b. Dans un rapport du 27 mai 2020, la docteure du Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires (SMPP) en charge du suivi de A.________ faisait état d'une alliance thérapeutique satisfaisante et de la poursuite d'un travail introspectif. A.e.c. En juillet 2020, un bilan des phases 3 et 4 du PES a été établi. Il a été avalisé par l'OEP le 11 août 2020. Il en ressort notamment que le détenu a fait l'objet de quatre sanctions disciplinaires en mars, juin et juillet 2020 pour avoir tenu des propos insultants envers un agent de détention et des responsables de l'atelier, pour inobservation des règlements et directives et pour fraude et trafic. Sous cette réserve, les autres objectifs et conditions fixés dans le cadre des phases 3 et 4 étaient considérés comme atteints, respectivement respectés. Dans le chapitre consacré à la progression dans l'exécution de la sanction, l'objectif principal demeurait de prévoir des étapes graduelles en vue de la réinsertion après plusieurs années passées en détention, mais aussi des fragilités encore présentes dans le mode de fonctionnement de l'intéressé et dans sa manière d'interagir avec autrui, du fait que seule une conduite sociale avait pu être réalisée et enfin des différents avis au dossier. Le PES préconisait la poursuite de la phase 4 sous forme de conduites sociales lui permettant de reprendre contact avec la réalité extérieure et de tester ses capacités à gérer son retour en dehors du cadre carcéral; après quatre conduites sociales réussies, une phase 5 pourrait être envisagée, sous la forme du " régime de congés ". A.e.d. A.________ a fait une tentative de suicide en juillet 2020. Durant la même période, il s'est séparé de sa compagne. A.e.e. Faute de date annoncée pour la passation des examens universitaires, son temps d'étude en cellule a été suspendu le 17 août 2020, avec effet immédiat. A.e.f. Le 25 août 2020, il a demandé son transfert dans l'établissement ouvert " Lo Stampino ", au Tessin. A l'appui de sa requête, il faisait en particulier valoir divers changements intervenus dans sa situation personnelle, notamment le départ de sa mère au Portugal, ainsi que celui de ses frères du canton de Vaud, la suspension de ses études ou encore la séparation d'avec sa compagne. Selon lui, les avantages d'un transfert au Tessin étaient notamment liés à la poursuite de ses études (proximité de l'Université de Lugano) ainsi qu'à la présence dans ce canton de F.________, qu'il considère comme une seconde mère, susceptible de l'aider et de l'accueillir tout au long de sa phase de congés, ce qu'elle a confirmé dans un courrier joint à la demande. Par courrier du 28 août 2020, la soeur de A.________ a appuyé cette demande en expliquant que ses deux autres frères allaient quitter la Suisse romande pour des raisons personnelles et qu'il pourrait, au Tessin, bénéficier du soutien de la personne précitée, terminer sa formation universitaire et envisager son retour dans la société. A.e.g. Le 3 septembre 2020, l'Unité d'évaluation criminologique a établi un avenant au rapport du 25 mai 2020. A.________ appartenait à nouveau à une catégorie d'individus pour laquelle les niveaux de risque de récidive générale et violente (y compris de violence conjugale) pouvaient être qualifiés de " moyens " (limite inférieure du score). Le niveau des facteurs de protection pouvait également être apprécié comme moyen, alors que celui du risque de fuite demeurait faible (y compris dans l'éventualité d'un passage au sein d'un établissement plus ouvert). Concernant la péjoration du risque de récidive - jugé " faible " en 2019 -, les criminologues expliquaient que cette évolution était à mettre en lien avec les transgressions commises en détention (quatre sanctions disciplinaires), la distension des liens familiaux et la rupture sentimentale, notamment. Ils indiquaient toutefois que: " ce facteur de risque pourrait [...] diminuer significativement si le concerné avait la possibilité d'entretenir plus régulièrement des liens avec ses amis installés, pour la plupart, au Tessin ", faisant ensuite expressément référence au bénéfice du soutien que pourrait lui apporter la personne précitée qu'il y connaît. Pour les criminologues, il importait également de mettre toutes les chances du côté de A.________ pour qu'il puisse reprendre et finaliser au plus vite ses études universitaires en philosophie, ce projet étant d'un point de vue criminologique, susceptible de renforcer l'intéressé dans l'adoption, sur le long cours, d'un mode de vie conventionnel. A.e.h. A la suite de sa séance des 7 et 8 septembre 2020, la CIC a rendu un avis le 14 septembre 2020, dont les conclusions étaient les suivantes: " Dans cette situation non dénuée de préoccupations et d'incertitudes, le [PES] préconise un parcours de réinsertion par étapes progressives concrètes, conjointes à la conduite du suivi thérapeutique. Des phases de conduites et de congés devraient permettre à A.________ de reprendre contact avec la réalité extérieure et aux intervenants d'observer ses capacités à gérer les contraintes ou les aspects frustrants de cette confrontation. La commission souscrit à cette orientation qui, à ses yeux, n'est pas encore compatible avec le lieu de détention plus ouvert sollicité, et ne saurait être compromise par la prolongation de son séjour aux Etablissements de la plaine de l'Orbe, avec la poursuite du programme d'élargissements et de réinsertion en cours. Elle souligne que, parallèlement à son engagement dans la psychothérapie, il est indispensable que l'intéressé puisse s'inscrire dans un projet personnel détaillé d'acquisitions successives de points d'ancrage professionnels, affectifs et sociaux, susceptibles de soutenir une autonomie aussi bien de subsistance que relationnelle. En ce sens, la commission recommande à A.________ de ne pas s'en remettre uniquement à son projet de réalisation universitaire, aussi honorable soit-il. " A.e.i. Par courrier du 9 septembre 2020, la direction des EPO a donné un préavis favorable à la demande de transfert, estimant qu'elle faisait sens au regard des raisons invoquées. L'accès à Internet n'était pas possible à la Colonie ouverte et il était à craindre que cela n'engendre des difficultés quant au bon déroulement des études entreprises. A.e.j. Par décision du 13 octobre 2020, l'OEP a rejeté cette demande. A la requête de A.________, le SMPP a indiqué, dans un courrier daté du 20 octobre 2020, qu'il ne voyait pas d'élément clinique qui puisse contre-indiquer le transfert sollicité, voire même que l'évolution clinique pourrait " ressentir de l'effet de facteur différent " [sic], soit le rapprochement avec un cadre où le patient avait pu accomplir une partie de son parcours de reconstruction personnelle à une certaine époque, le rapprochement de certaines figures de repère de son réseau socio-affectif et la poursuite des études débutées. Il ressortait encore du rapport du SMPP qu'il avait pu être travaillé avec le patient sur les enjeux du changement de prise en charge rendu nécessaire par le départ définitif imminent de sa thérapeute d'alors; il semblait conscient qu'une nouvelle alliance thérapeutique devrait se construire avec le nouvel intervenant. A.e.k. Par courriel du 21 octobre 2020, la mère de A.________ a informé l'avocat de celui-ci qu'elle entendait s'établir durablement au Tessin, notamment pour être près de son fils. A.f. Par arrêt du 9 novembre 2020, confirmé par le Tribunal fédéral (arrêt 6B_1483/2020 du 15 septembre 2021), la Chambre des recours pénale vaudoise a confirmé la décision de l'OEP rejetant la demande de transfert. Il ressortait en particulier de cette décision cantonale les éléments suivants: " Toutefois, au vu du préavis positif de la direction des EPO, de l'absence de contre-indication relevée par le SMPP, du changement de thérapeute à inter venir et des modifications qui devraient se concrétiser dans la proximité du cercle social du condamné, il y a lieu de donner acte au recourant du fait qu'un éventuel transfert de son lieu d'exécution de mesure au Tessin pourrait apparaître pertinent à court ou moyen terme, tout en précisant que celui-ci devrait alors s'envisager dans un établissement répondant aux mêmes normes sécuritaires que celles de la Colonie ouvert e des EPO. " A.f.a. La formation universitaire de A.________ a pu reprendre aux EPO le 19 octobre 2020. A.f.b. Le 20 novembre 2020, le détenu a bénéficié d'une quatrième conduite sociale lors de laquelle il a passé du temps avec sa mère et une amie, Mme G.________, officialisant ainsi un début de relation sentimentale. A.f.c. Dans un courriel du 14 décembre 2020, la Directrice adjointe en charge de la réinsertion aux EPO, invitée à s'exprimer sur la situation sentimentale de A.________, a exposé qu'au début 2020, il était en couple avec H.________, domiciliée en Pologne, avec qui il souhaitait entretenir une relation sérieuse. Celle-ci n'ayant finalement pas eu la patience d'entretenir une relation dans les conditions dans lesquelles il se trouvait, le couple s'était séparé, conduisant A.________ à attenter à ses jours par voie médicamenteuse. Puis il avait souhaité nouer une nouvelle liaison amoureuse avec I.________ (qu'il avait pu rencontrer lors de la conduite du 17 septembre 2020), mais cette relation s'était dissoute au bout de quelques jours, à cause de l'incertitude liée à sa mesure pénale. Après cette deuxième rupture, il avait repris contact avec G.________, une amie de longue date vivant en Italie, qui avait été conviée à la conduite du 20 novembre 2020, date à laquelle ils avaient décidé de débuter une relation de couple et de se fiancer par la même occasion. Le 4 décembre 2020, A.________ avait indiqué que son amie souhaitait suspendre la procédure jusqu'à sa libération. Il n'évoquait pas de rupture mais faisant part du fait qu'elle n'était pas conviée à la prochaine conduite. Selon la directrice, il s'investissait de façon importante et non mesurée dans ses différentes affaires amoureuses, ce qui avait un impact émotionnel important pouvant créer une certaine instabilité et générer des propositions et des projets jugés précipités. Elle pointait ainsi la nécessité de réapprendre à gérer ses émotions. A.f.d. Lors d'une fouille cellulaire, le 5 janvier 2021, le détenu a été retrouvé une seconde fois en possession d'un téléphone portable. Il a été sanctionné, le 13 janvier 2021, de 5 jours d'arrêts disciplinaires pour fraude et trafic (récidive). A.f.e. Le 20 janvier 2021, l'OEP a refusé d'accorder une nouvelle conduite sociale au vu de la sanction disciplinaire prononcée, soit le non-respect des conditions du PES avalisé le 11 août 2020. A.f.f. Le suivi thérapeutique du patient a été interrompu d'octobre 2020 à février 2021. La reprise, avec un nouveau thérapeute, a été relativement compliquée, celui-là ayant pu se montrer hautain et revendicateur envers celui-ci. A.g. A.________ a bénéficié d'une nouvelle conduite sociale le 5 mars 2021 en présence de sa mère. Il a adopté une bonne attitude. L'objectif de la conduite était aussi d'obtenir des informations actualisées sur sa situation sentimentale, mais il n'a pas souhaité s'exprimer à ce sujet, expliquant que cela appartenait à son intimité. A.g.a. Par décision du 16 mars 2021, l'OEP a refusé un congé à A.________. Le 21 avril 2021, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal vaudois a rejeté le recours de l'intéressé contre cette décision. Il ressortait en particulier ce qui suit de cet arrêt: " La progression de la resocialisation du recourant n'est pas seulement conditionnée à la réussite des conduites sociales, mais aussi aux éléments centraux que constituent son comportement en détention, ainsi que ses situations familiale et sentimentale. En l'état, force est de constater qu'il n'a pas démontré que son attitude en détention le rendait digne de la confiance accrue nécessaire à l'octroi du régime de congés, ni que ses situations familiale et sentimentale représentaient des facteurs de protection suffisants. Le besoin de protection de la collectivité prime avant toute chose, ce qui scelle définitivement le sort du recours. " A.g.b. Dans un courrier adressé à l'OEP le 7 juin 2021, l'avocat de A.________ a donné des informations sur la relation qu'entretenait celui-ci avec sa nouvelle compagne J.________. Il en ressortait en particulier que la relation sentimentale à distance avait débuté en décembre 2020 et que les deux partenaires ne s'étaient pas encore rencontrés physiquement. A.________ avait toutefois insulté et proféré des menaces graves à son encontre le 12 juin 2021 lors d'un appel vidéo Skype. Il a été sanctionné, le 17 juin 2021, de 5 jours d'arrêts disciplinaires pour atteinte à l'honneur, menaces et inobservation des règlements et directives. Il ressort également des écoutes opérées par les EPO qu'il a régulièrement insulté sa compagne par téléphone, lui ayant notamment tenu les propos suivants: " Profite bien de ta vie en ce moment parce que quand je te trouve, je te ferai du mal ", " Je ne te respecte pas, je te tue ", " tu verras comme je te respecte moi, fille de pute de merde, t oi, ta famille, tes parents et tout le monde, je te tue pour l'humiliation, pour tout. Salope, pute de merde, prostituée que tu es, salope ", " tu n'as pas idée du danger dans lequel tu es. Je n'ai jamais été aussi fâché que là. Je me fais peur. Tu as dépassé les limites. J'étais saoul, mais aujourd'hui je suis lucide. Maintenant c'est la vengeance ". A.g.c. Au terme de la rencontre interdisciplinaire du 22 juin 2021, il a été décidé de prendre des mesures conservatoires et d'extrême urgence, le retour en milieu fermé apparaissant nécessaire. Il a également été décidé de mettre en oeuvre une nouvelle expertise psychiatrique afin d'évaluer l'évolution de la prise de conscience de son trouble psychiatrique. Un nouveau point de situation criminologique a été établi le 22 juin 2021. Selon ce rapport, le niveau de risque de récidive générale pouvait être qualifié de moyen et celui de risque de violence conjugale comme élevé. Le niveau des facteurs de protection demeurait moyen, comme le risque de fuite. A.g.d. Le 23 juin 2021, le Collège des Juges d'application des peines a refusé la libération conditionnelle, jugée prématurée. L'intéressé était vivement encouragé à poursuivre avec assiduité son suivi psychiatrique, à collaborer de façon optimale avec les autorités pénitentiaires dans la mise en place des prochains élargissements de régime qui lui seraient accordés et à continuer à s'investir dans ses études. A.g.e. Le 29 juin 2021, il a requis son transfert dans le canton du Tessin, le cas échéant, dans un premier temps, en secteur fermé au sein du Pénitencier de La Stampa. A.h. Le 6 juillet 2021, l'OEP a révoqué sa décision du 9 juillet 2019, ordonné le placement institutionnel au sein du Pénitencier des EPO avec effet rétroactif au 22 juin 2021 et refusé le transfert au Tessin. A.h.a. Les 6, 7 et 9 juillet 2021, par son avocat, A.________ a requis du SMPP une attestation médicale se prononçant sur l'opportunité de ce transfert. A.h.b. Le 10 juillet 2021, il a fait une nouvelle tentative de suicide. Le personnel de surveillance rapporte cet événement au souhait exprimé par sa compagne de mettre un terme à leur relation après qu'il avait à nouveau tenté de la joindre à de très nombreuses reprises. Hospitalisé au CHUV puis à Curabilis du 12 juillet au 19 août 2021, il a ensuite été réincarcéré aux EPO, dans la même cellule, en dépit des nombreuses demandes contenues dans différents courriers adressés à l'OEP par son avocat et tendant à éviter absolument un retour aux EPO. A.h.c. Le 10 août 2021, la direction des EPO a donné un préavis défavorable au transfert à La Stampa au vu, en particulier, de la gravité et de la violence des propos tenus à l'endroit de sa compagne et de la révocation de son placement en secteur ouvert. A.h.d. Le 20 août 2021, son avocat a requis derechef son transfert immédiat au Tessin, estimant que la situation était intolérable, aucune mesure n'ayant été prise pour s'assurer de l'absence de danger pour sa vie depuis son retour aux EPO. A.h.e. Selon un rapport du 27 août 2021 du SMPP, A.________ investissait le cadre thérapeutique et acceptait de réfléchir à sa problématique. L'alliance thérapeutique décrite comme encore en construction apparaissait cependant bonne. Les objectifs thérapeutiques consistaient en la reprise du suivi initié par le précédent thérapeute, le fait d'offrir un espace de parole et de soutenir l'intéressé dans l'évolution de sa peine. A.h.f. Un bilan des phases 4 et 5 a été établi en août 2021 et avalisé par l'OEP le 23 août 2021, au terme duquel seule était envisagée, en phase 6, la réintégration en secteur fermé en vue de prévenir tout risque éventuel de récidive ou de fuite et de maintenir l'intéressé dans un cadre contenant, le temps d'évaluer la suite à donner à l'exécution de sa mesure pénale, notamment à réception de l'expertise psychiatrique à intervenir. A.h.g. Au terme d'une consultation d'urgence, la CIC a rendu un avis le 10 septembre 2021. Invitée à se déterminer sur les événements survenus au mois de juin 2021 et ayant eu pour conséquence la révocation du placement en secteur ouvert et le transfert au Pénitencier des EPO, ainsi que sur le bilan de phase avalisé le 23 août 2021 par l'OEP préconisant une réintégration en milieu fermé, la commission a indiqué que les événements de juin 2021 confirmaient la gravité et la profondeur de l'inscription pathologique des troubles structurels de personnalité de l'intéressé dans le comportement et les distorsions cognitives qu'il manifestait lors de ceux-ci. Elle a ajouté que le retour en milieu fermé était alors justifié et demeurait indispensable. S'agissant du transfert à La Stampa, elle a relevé que: " [cette] perspective [...] ne repos[ait] sur aucun motif criminologique ou thérapeutique actuel, et relev[ait] de la question de l'opportunité d'un changement de lieu de détention qui pourr[ait] si besoin être examinée dans la prochaine expertise ". Enfin, s'agissant de l'expertise à intervenir, elle a indiqué que celle-ci aurait " à explorer le sens et la dynamique des récents événements, et à déterminer quels seraient les éléments structurants positifs sur lesquels appuyer la suite de la prise en charge, notamment l'adéquation entre le cadre carcéral, voire Curabilis, et les possibilités thérapeutiques ". A.h.h. Par courrier du 10 septembre 2021, l'avocat de A.________ a demandé le placement immédiat de son client à Curabilis au vu de sa grande détresse. A.h.i. Le 14 septembre 2021, la compagne de A.________, J.________, lui a adressé une lettre d'amour dans laquelle elle disait comprendre que ses mots avaient dépassé sa pensée lors de la dispute du 12 juin 2021 qui a donné lieu à la sanction disciplinaire du 17 juin 2021. Elle a signé cette lettre " ta J.________ ". A.h.j. A.________ a été hospitalisé du 22 septembre 2021 au 6 octobre 2021 à Curabilis. A.h.k. Il a fait l'objet d'une nouvelle sanction disciplinaire de 3 jours d'arrêts, prononcée le 21 octobre 2021 pour refus d'obtempérer, s'étant opposé, en date du 22 septembre 2021, à une analyse toxicologique et éthylométrique. A.h.l. Selon un courrier du SMPP du 22 octobre 2021, depuis son retour de Curabilis, il avait refusé de se rendre aux entretiens proposés. Lors de son hospitalisation dans cet établissement, il avait présenté un très faible engagement dans les soins, limitant ainsi fortement les possibilités de soutien et d'aide à son égard. Selon les médecins, des mesures de protection contre le risque suicidaire avaient été prises. Le service médical a une nouvelle fois rappelé qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur un éventuel transfert dans un autre établissement. A.h.m. A.________ a, quant à lui, indiqué qu'il ne se rendait plus aux repas et restait dorénavant dans sa cellule toute la journée. A.i. Par décision du 27 octobre 2021, l'OEP, se ralliant à l'avis de la CIC du 10 septembre 2021, a refusé le transfert à La Stampa, estimant que cela ne se justifiait pas en l'état et que des démarches seraient prochainement effectuées afin de mettre en oeuvre une nouvelle expertise psychiatrique, laquelle permettrait notamment d'apprécier l'évolution de l'intéressé s'agissant de la reconnaissance de son trouble, le bénéfice escompté de la thérapie, le risque de récidive ainsi que le lieu de détention le plus adapté à ses besoins. Le 10 novembre 2021, A.________ a été amené aux urgences du CHUV par ambulance puis à l'Unité hospitalière et psychiatrique (UHPP) de Curabilis. Il ressort d'un courrier de son avocat, du 24 novembre 2021, qu'il aurait à nouveau attenté à ses jours. Le 16 novembre 2021, l'OEP a fixé un délai au 30 novembre 2021 à l'avocat de A.________ pour se déterminer sur le choix de l'expert et le questionnaire qui lui serait soumis.