Citation: 4A_288/2023 E. 5.3

5.3. Les intimées rétorquent que la demande de révision formée par leur adversaire s'inscrit dans le cadre de sa stratégie consistant à faire obstacle à la procédure arbitrale et à vouloir la faire "dérailler", par tous les moyens, aux fins d'échapper à sa responsabilité contractuelle. Selon les intimées, la demande de révision est irrecevable, à un double titre. Premièrement, les intéressées soutiennent que la requérante n'a pas prouvé la date à laquelle elle a effectivement eu connaissance du motif de récusation invoqué, le prétendu "affidavit" de son propre directeur juridique n'étant qu'une simple allégation de partie n'ayant aucune valeur probante. L'absence de preuve documentaire est, à leur avis, pour le moins révélatrice et suggère qu'il est plus que probable que la requérante a eu connaissance des faits sur lesquels elle fonde sa demande de révision bien avant la date alléguée par elle. Si les investigations qui lui ont permis d'avoir connaissance de ces éléments avaient véritablement eu lieu après le 11 février 2023, comme la requérante le prétend, il eût été aisé pour elle de l'établir par des preuves contemporaines. Les intimées relèvent, par ailleurs, que leur adversaire a indiqué, dans son courriel du 18 février 2023, avoir procédé à des investigations supplémentaires en raison de la nature et du contenu des révélations faites par l'arbitre mis en cause en septembre 2022 ("The Respondent has now undertaken further investigations, prompted by the content and unparticularised nature of the Disclosures..."). Selon elles, ce n'est qu'après coup, dans le cadre de la procédure de récusation introduite auprès de la CCI, que la requérante a fait référence, pour la première fois, à l'épisode du 11 février 2023 qui l'aurait incitée à entreprendre des investigations supplémentaires. Les intimées exposent en outre que divers documents provenant de l'arbitrage CCI n...., qui ont permis d'étayer la demande de récusation formée auprès de la CCI, ont été publiés le 14 mars 2023 sur le site internet d'une revue juridique consacrée à l'arbitrage international ("Global Arbitration Review"; ci-après: la revue GAR), à la suite de fuites anonymes. De l'avis des intimées, de telles fuites ne peuvent avoir été orchestrées qu'à l'instigation de la requérante, ce qui confirmerait que celle-ci avait en réalité déjà eu accès aux documents concernés auparavant. Secondement, les intimées soutiennent que la requérante aurait pu et dû découvrir bien plus tôt le motif de récusation allégué, si elle avait respecté son devoir de curiosité. Dans son courriel du 27 septembre 2022, l'arbitre mis en cause avait en effet indiqué que l'utilisateur final des biens visés par le contrat de vente objet de l'arbitrage CCI était une société de télécommunication iranienne. Elles estiment que la requérante aurait dû procéder à des investigations supplémentaires à réception dudit courriel, au lieu d'attendre près de cinq mois avant de réagir.