Citation: I 305/05 06.06.2006 E. 4

4.1 Si l'on compare la situation de la recourante telle qu'elle se présentait au moment où elle a été mise au bénéfice d'une demi-rente puis d'une rente entière (décision du 15 juillet 1997) avec celle qui prévalait au moment où le droit à la rente a été supprimé (décision sur opposition du 20 août 2003), on constate que sur le plan purement somatique, les principaux diagnostics posés sont quasiment superposables (lombalgies chroniques avec sciatalgies droites aiguës, hernie discale médiane en L5-S1, avec canal lombaire étroit aggravé d'une protrusion discale en L4-L5 [rapport du docteur M.________, du 6 janvier 1997]; début de discopathie L4-L5 et L5-S1 sans syndrome de compression [rapport du docteur G.________, du 12 septembre 2002], syndrome vertébral lombaire douloureux chronique avec irradiation pseudo-radiculaire dans les membres inférieurs [rapport du docteur R.________, du 20 septembre 2002] et syndrome vertébral lombaire chronique sur troubles statiques et dégénératifs avec protrusion discale L4-L5 et petite hernie discale médiane L5-S1, cervicarthrose avec tendomyose cervico-scapulaire [rapport du docteur W.________, du 18 février 2003]), de sorte qu'en l'absence de changement notable, il n'y a pas matière à réviser la rente selon l'art. 17 LPGA. Sous ce même aspect somatique, il existe des éléments qui permettraient d'admettre - comme l'ont retenu de manière plus ou moins explicite les premiers juges - que les conditions d'une reconsidération étaient remplies. C'est ainsi que la rente entière a été allouée sur la base de la seule attestation du docteur M.________. A cette époque, une reprise du travail était envisagée (à 50 pour cent au moins) dans un délai de six mois. Le médecin indiquait que la patiente devait éviter le port de charges, l'exposition au stress, au froid et à l'humidité. A l'époque déjà, l'assurée était donc certainement apte à exercer une activité légère, au moins à temps partiel. Les motifs pour lesquels le médecin envisageait une reprise différée d'activité dans un emploi mieux adapté que celui de couturière n'étaient pas vraiment explicités. L'Office AI ne pouvait donc, sans autres mesures d'instruction, en particulier sans même demander l'avis d'un spécialiste, conclure à une incapacité totale de travail, au demeurant non motivée par le médecin traitant. La rente entière a donc été accordée de manière hâtive, sans véritable examen quant à l'exigibilité de la reprise d'une activité professionnelle, même à temps partiel. Le point de savoir si la décision précédente était manifestement erronée et donc si les premiers juges pouvaient opérer, implicitement tout au moins, par substitution de motifs peut toutefois demeurer indécis, car, comme on le verra, un complément d'instruction apparaît nécessaire. 4.2 Sur le plan psychique, la situation paraît avoir évolué défavorablement. Dans son rapport du 6 janvier 1997, le docteur M.________ mentionnait un état anxio-dépressif, qui ne paraissait toutefois pas avoir d'influence sur la capacité de travail. Un état dépressif était signalé par les docteurs G.________ et W.________. En procédure d'opposition, l'assurée a produit une attestation - certes non motivée - du Service psycho-social Y.________ (SPS) du 8 juillet 2003, qui concluait à une incapacité de travail de 100 pour cent. Une nouvelle attestation du SPS du 12 février 2004 a été produite en procédure cantonale. Suivant l'avis de son service médical, l'OAI a alors proposé d'adresser un questionnaire au SPS. Par la suite, le SPS a fourni à la demande de l'assurée des informations supplémentaires. Il a indiqué que l'assurée était suivie régulièrement depuis le 3 juin 2003, à raison d'une consultation par semaine. Posant le diagnostic d'état dépressif majeur d'intensité moyenne et d'anxiété généralisée, il a relevé qu'au vu de cette problématique psychiatrique, la patiente bénéficiait d'une psychothérapie de soutien, d'un traitement médicamenteux antidépresseur, anxiolytique et somnifère ainsi que d'une approche infirmière visant la détente par la relaxation. Selon le SPS, le pronostic était réservé, la pathologie évoluant de façon chronique avec une réponse médiocre au traitement instauré. Enfin, les médecins du SPS ont conclu à une incapacité de travail globale de 100 pour cent pour des raisons tant physiques que psychiques et ce, pour une durée indéterminée (cf. rapport du 17 décembre 2004). Cette pièce a été communiquée à l'OAI pour information. Celui-ci n'a pas réagi, bien que son service médical eût lui-même demandé des renseignements complémentaires afin d'être en mesure de se déterminer. 4.3 Dans sa réponse au recours de droit administratif, l'OAI produit une appréciation du docteur A.________, psychiatre et psychothérapeute et médecin-conseil de l'OAI, du 20 juin 2005. Ce médecin note en substance que le rapport du SPS du 17 décembre 2004 ne répond pas aux exigences requises pour emporter la conviction. D'un autre côté, il ne s'estime pas en mesure de prendre position sous l'angle psychiatrique, laissant entendre que la situation n'a pas été suffisamment élucidée. Il préconise, pour le cas où une nouvelle expertise devait être mise en oeuvre, que celle-ci porte à la fois sur l'aspect psychique et sur la problématique des douleurs dorsales («Rückenproblematik»). 4.4 Sur la base de ces éléments, on doit admettre que les indices d'une affection psychique propre à entraîner une incapacité de travail étaient suffisants pour justifier un complément d'instruction. On notera que le rapport du SPS du 17 décembre 2004, bien que postérieur à la décision sur opposition, porte sur des faits antérieurs à celle-ci, de sorte qu'il doit être pris en considération dans la présente procédure (cf. ATF 130 V 140 consid. 2a, 121 V 366 consid. 1b). Il convient donc de renvoyer la cause aux premiers juges pour qu'ils mettent en oeuvre une expertise psychiatrique, voire pluridisciplinaire (par exemple dans un COMAI).