Citation: 4C.66/2007 09.01.2008 E. A

A.a A.________, né en 1945, est médecin, spécialiste FMH en oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale. Jusqu'au 8 avril 1995, il partageait son activité entre le Centre médico-chirurgical Z.________, à ..., et son cabinet de ...; il a été médecin répondant de la Clinique Y.________, à .... A l'époque des faits litigieux, l'état de santé de A.________ n'était pas des meilleurs. Le médecin prenait plusieurs médicaments, dont un tranquillisant lors d'insomnies. Fin 1992 ou début 1993, il avait consulté un psychiatre en raison d'une dépression; la prescription de Quinolorm avait permis de stabiliser son état. Il présentait également un acide urique élevé, traité au moyen de Zyrolic. En outre, il souffrait de constipation chronique. Le 24 février 1995, il avait subi une rectoscopie chez le docteur I.________, qui diagnostiquera une «colite focale de type aphtoïde dans le rectum, anite non spécifique». Dans la nuit du 9 au 10 avril 1995, A.________ a ressenti des douleurs abdominales et des nausées. A 4 heures, il a appelé un médecin qu'il connaissait, B.________, spécialiste FMH en chirurgie; il s'est plaint de douleurs abdominales toujours plus intenses et de vomissements. B.________ a proposé à A.________ de venir au Centre de ..., situé en face du domicile du patient. Après une anamnèse détaillée et un examen clinique complet, le médecin a procédé à une rectoscopie. Il a alors posé le diagnostic suivant: abdomen aigu, occlusion, voire sub-occlusion avec syndrome inflammatoire et souffrance organique au niveau de la fosse illiaque, dilatation colique et gastrique avec résidus. A.________ a été transféré par ambulance à la Clinique Y.________, où D.________, médecin anesthésiologiste, était de garde. A.________ et D.________, qui ont fait leurs études et ont travaillé ensemble, se connaissent depuis de nombreuses années. Ce 10 avril 1995, B.________ a décidé de faire appel en urgence à un confrère plus expérimenté, C.________, spécialiste FMH en chirurgie, qui connaissait également A.________. Les trois médecins ont retenu le diagnostic d'abdomen aigu. Divers examens, notamment radiologiques, ont été effectués. Le tableau clinique du patient évoquait une occlusion colique diffuse avec souffrance de la région caecale, sans qu'une appendicite aiguë puisse être exclue. Assisté de D.________, comme anesthésiste, et de C.________, B.________ a pratiqué le jour même, en urgence, une laparoscopie exploratrice, puis une laparotomie pour tenter une vidange colique, une appendicectomie et enfin une colostomie transverse droite pour décharger le côlon. Le lendemain de l'intervention, l'état de A.________ s'est amélioré. Le patient a enlevé lui-même la sonde gastrique posée au cours de l'opération du 10 avril 1995. Il a insisté pour qu'elle ne soit pas replacée. Les médecins qui le suivaient se sont ralliés à cette option. Dans la matinée du 13 avril 1995, l'état du patient s'est subitement dégradé. D.________ a immédiatement fait appeler B.________, qui est arrivé à la clinique peu après. Il a également fait venir une ambulance en vue d'un transfert à l'hôpital X.________. B.________ a trouvé le patient angoissé, transpirant, dyspnéique avec un ventre ballonné. Il lui a posé une sonde gastrique, qui l'a fait vomir. Une broncho-aspiration a été évoquée. E.________, médecin spécialiste des voies respiratoires, a été appelé en urgence. Il a confirmé l'indication d'une endoscopie bronchique à visée thérapeutique. L'intervention nécessitait d'intuber le patient. D.________ a jugé préférable qu'elle soit exécutée aux soins intensifs. E.________ s'est rangé aux arguments de son confrère à condition que le patient soit transféré en extrême urgence. B.________ a accompagné A.________ à l'hôpital X.________. Après une évolution initiale favorable, les médecins de l'hôpital X.________ ont observé un début de nécrose de la transversostomie de décompression, associée au développement d'un état infectieux. Le 15 avril 1995, le patient a subi une nouvelle intervention, pratiquée par F.________, spécialiste FMH en chirurgie. Le chirurgien a alors découvert d'importants dépôts de fibrine sur le foie dans la région sous-hépatique, sur le ligament duodéno-hépatique et au voisinage du hiatus de Winslow; il a observé également une collection liquidienne cloisonnée ainsi qu'une nécrose pariétale dans toute la zone voisine de la transversostomie. Le Dr F.________ a procédé à une hémicolectomie droite et a réalisé une anastomose iléo-colique termino-terminale. L'état du patient s'est amélioré lentement. Il a encore été victime d'une embolie pulmonaire gauche. Pendant son séjour à l'hôpital X.________, A.________ a reçu les visites de B.________ et de D.________, dont il a loué les soins. Il a également exprimé le désir de réunir le personnel de la clinique Y.________ pour le remercier. Le 8 mai 1995, A.________ a regagné son domicile avec un bon pronostic. L'évolution de son état de santé était tout à fait favorable. Selon le Dr F.________, une reprise du travail à 50 % était prévue pour le 1er juillet 1995. Sur conseil du psychiatre, A.________ a toutefois repris ses activités à 25 %, puis a augmenté son taux d'occupation progressivement jusqu'à 50 %. Malgré ces précautions, des troubles confusionnels sont apparus dès le 15 juillet 1995. A.________ a subi un syndrome de stress post-traumatique majeur à la suite de son séjour aux soins intensifs. Il souffre encore aujourd'hui de troubles du sommeil et de la mémoire ainsi que d'une fatigabilité accrue. En octobre 1995, A.________ a subi une intervention de réfection de la paroi abdominale à l'hôpital de W.________, en raison d'une éventration majeure dont il avait souffert lors de l'opération du 15 avril 1995. Selon le médecin traitant de A.________, ce dernier a été totalement incapable de travailler du 22 juillet 1995 au 15 janvier 1996; sa capacité de travail a ensuite passé à 30 % jusqu'au 1er mai 1996, puis à 50 % depuis lors. A.________ a essayé, sans succès, de reprendre son activité médicale. Il a perdu sa clientèle et fermé son cabinet. A.b A.________ a refusé de payer les notes d'honoraires de C.________, B.________ et D.________, s'élevant respectivement à 1'440 fr., 4'130 fr. et 2'000 fr. Il entendait en effet agir judiciairement contre les deux derniers nommés, dont il estimait la responsabilité engagée à la suite de l'intervention du 10 avril 1995. En février 1996, A.________ a fait notifier à B.________ un commandement de payer la somme de 1'000'000 fr. Le mois suivant, il a également engagé des poursuites pour le même montant contre D.________. Les poursuivis ont formé opposition. En septembre 1996, sur réquisition de D.________, A.________ s'est vu notifier un commandement de payer la somme de 2'000 fr., auquel il a fait opposition.