Citation: 1P.864/2005 24.01.2006 E. 4

Selon le recourant, sa détention serait également injustifiée en raison du fait qu'il n'existe pas de risque de collusion. Les reproches formulés à son encontre pourraient en effet être vérifiés sur la seule base d'une analyse de documents écrits. De plus, il ne voit pas comment il pourrait influencer ses pupilles, dans la mesure où ceux-ci ont un "intérêt prépondérant" à s'expliquer sur les agissements dont ils seraient victimes. 4.1 Par collusion, on entend l'activité que l'inculpé peut déployer pour détruire, altérer ou faire disparaître des preuves, notamment par un arrangement complice avec des témoins, des informateurs ou des co-inculpés, voire l'incitation à de fausses déclarations. En cas de risque de collusion la détention préventive vise à empêcher qu'un accusé profite de sa liberté, fût-elle momentanée, pour entraver le cours de la justice. Selon la jurisprudence, un risque théorique de collusion ne suffit pas; il faut qu'il existe des indices concrets d'un tel risque. Le danger de collusion peut être retenu d'autant moins facilement que l'instruction est avancée (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 35; 117 Ia 257 consid. 4b-c p. 260 s. et les références; Peter Albrecht, Die Kollusionsgefahr als Haftgrund, in BJM 1999, p. 3 ss; Gérard Piquerez, Procédure pénale suisse: traité théorique et pratique, Zurich 2000, n. 2348 p. 500). 4.2 En l'occurrence, c'est à tort que le recourant allègue que l'examen de documents écrits serait suffisant pour établir les faits. L'audition de témoins sera au contraire nécessaire pour vérifier les soupçons pesant sur lui. Les déclarations de ses pupilles seront par exemple utiles pour déterminer l'utilisation qui a été faite des sommes prélevées sur leurs comptes, notamment à titre de dépenses personnelles. A cet égard, le Tribunal cantonal a relevé à juste titre que le recourant se trouve dans une position particulière en raison de sa fonction de tuteur. La remarque du recourant au sujet de "l'intérêt prépondérant" de ses supposées victimes à dire la vérité n'est pas pertinente, dans la mesure où le fait qu'elles sont l'objet de mesures tutélaires laisse craindre qu'elles ne soient pas toutes pleinement conscientes de la situation et des enjeux de l'instruction. Le risque existe donc que le recourant n'use de son autorité sur ses pupilles pour tenter de les influencer. Par ailleurs, la nature des infractions dénoncées commandait également d'éviter que le recourant ne soit en mesure de dissimuler des documents ou qu'il puisse influencer d'autres témoins importants - tels que ses proches ou ses collègues de travail - avant leur audition par les enquêteurs. Ce risque devait être admis d'autant plus facilement que l'instruction venait de débuter. C'est donc à bon droit que l'autorité attaquée a retenu que la détention était justifiée par un danger de collusion, étant précisé que l'existence de ce risque devra être examinée avec plus de rigueur au fur et à mesure de l'avancement de l'instruction.