Citation: 4A_397/2015 E. B

B.a. A.________ SA (demanderesse) a ouvert action contre B.________ (défenderesse) par requête de conciliation déposée le 12 décembre 2013. Après échec de la conciliation et délivrance d'une autorisation de procéder, la demanderesse a saisi le 16 juin 2014 le Tribunal de première instance de Genève, concluant à ce qu'il soit constaté l'inexistence de la créance de 60'750 fr. déduite en poursuite, l'office devant procéder à l'annulation du commandement de payer n° xxx. La demanderesse a soutenu qu'en dehors de trois jours d'activité à la fin juin 2012, qui ont été rémunérés à bien plaire, la défenderesse ne lui a fourni aucune prestation. Le 17 septembre 2014, la défenderesse a formé une demande reconventionnelle; elle a conclu au paiement de 60'750 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 8 mars 2013 et à la mainlevée définitive de l'opposition à la poursuite n° xxx, la demanderesse étant déboutée de toutes autres ou contraires conclusions. Au sujet des services rendus à la société, la défenderesse a exposé lui avoir formulé des propositions pour accroître sa présence sur le marché chinois, avoir organisé pour elle une visite d'une prestigieuse usine d'automobiles, obtenu en faveur de la mandante un contrat de courtage portant sur une villa en Italie d'une valeur de 55 millions d'euros et avoir participé à une importante transaction sur l'or en prenant contact avec des clients de la société. La défenderesse a produit la liste des courriels échangés du 27 juin au 18 octobre 2012 depuis son adresse " ... .com ", lesquels ont été effacés sur son ordinateur par l'informaticien de la société. Le contenu de ces messages n'est plus disponible, seuls étant connus leur nombre et, pour les courriels entrants, leur objet. Lors de l'audience de débats d'instruction et de premières plaidoiries tenue le 26 janvier 2015, la société demanderesse et la défenderesse ont requis l'audition de cinq, respectivement de six témoins. Cette dernière a également requis la production par la société de tous les courriels, y compris leur contenu, reçus à l'adresse " ... .com " du 27 juin au 18 octobre 2012, répertoriés par la défenderesse (sous pièce cotée 4) au nombre de 653 au total, ainsi que de tous les courriels envoyés au moyen de la même adresse durant cette période, répertoriés par la défenderesse (sous pièce cotée 5) au nombre de 107 au total. La défenderesse a expliqué que ces échanges de correspondance ainsi que leur nombre permettent de rendre compte de l'activité réelle qu'elle a déployée en faveur de la société. La demanderesse s'est opposée à la production de ces titres, invoquant le secret des affaires et exprimant la crainte que sa partie adverse communique à des tiers les informations confidentielles contenues dans ces courriels. La défenderesse a déclaré être prête, en tant que de besoin, à signer une déclaration écrite selon laquelle elle s'engageait à respecter son devoir de confidentialité. B.b. Par ordonnance de preuve au sens de l'art. 154 CPC rendue le 19 février 2015, le Tribunal de première instance a notamment autorisé l'audition de trois des cinq témoins proposés par la demanderesse (chiffre 2), imparti à la demanderesse un délai au 23 mars 2015 pour produire sur support papier (en deux exemplaires et muni d'un bordereau) les courriels, y compris leur contenu, concernés par les pièces cotées 4 et 5 de la défenderesse (chiffre 5) et attiré expressément, en tant que de besoin, l'attention de la défenderesse sur le fait qu'elle restait tenue de ne pas divulguer les informations confidentielles contenues dans ces e-mails (chiffre 6). La demanderesse a formé un recours (art. 319 CPC) contre le chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance sur preuve en tant qu'il n'admettait pas l'audition de deux témoins dont elle avait requis la convocation, et contre le chiffre 5 du dispositif de la même ordonnance en tant qu'il lui ordonnait de produire des documents contenant des données sensibles relatives au savoir-faire qu'elle a développé pour répondre aux besoins d'une clientèle fortunée. Par arrêt du 19 juin 2015, la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genève a déclaré irrecevable le recours contre le chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance et rejeté le recours formé contre le chiffre 5 du dispositif de ladite ordonnance. S'agissant des documents dont la production est requise, la cour cantonale a retenu que la société n'a pas établi que son intérêt au maintien du secret l'emporte sur l'intérêt de la défenderesse à établir des faits pertinents pour étayer sa reconvention.