Citation: 1C_297/2023 E. 2.2

2.2. La Chambre administrative a déclaré le recours irrecevable car les recourants ne démontraient pas quel dommage irréparable, au sens de l'art. 57 let. c de la loi genevoise sur la procédure administrative du 12 septembre 1985, ils encourraient. Ils se contredisaient en alléguant tout à la fois qu'il était peu probable que le Département ordonnerait une remise en état, ce qui leur causerait un dommage, pour soutenir en fin de recours que la remise en état leur causerait des nuisances et donc un dommage. De surcroît, les travaux intérieurs ne leur occasionnaient aucun dommage irréparable, à l'instar de la première étape des travaux extérieurs, consistant en la démolition d'un étage. Enfin, même si l'autorisation de construire devait être caduque, les travaux pourraient être arrêtés et une nouvelle autorisation demandée, laquelle serait très probablement octroyée aux dires du Département. Statuant au fond, la Chambre administrative a estimé qu'au vu des pièces du dossier, le Tribunal administratif de première instance n'avait pas mal appliqué la loi ou excédé son pouvoir d'appréciation en considérant que les chances de succès du recours n'apparaissaient pas évidentes. La pesée des intérêts à laquelle il avait procédé en faveur de l'intérêt public au respect de décisions entrées en force et des intérêts de l'intimée était au surplus conforme à la loi et ne relevait pas davantage d'un abus du pouvoir d'appréciation. La décision attaquée repose ainsi sur une double argumentation (irrecevabilité du recours à titre principal et rejet du recours au fond à titre subsidiaire) que les recourants devaient contester pour respecter les réquisits de motivation dégagés par la jurisprudence (cf. ATF 142 III 364 consid. 2.4). Ils s'en prennent certes, selon les formes requises, à la motivation retenue par la Chambre administrative pour considérer qu'ils ne subissaient pas de préjudice irréparable en cas d'exécution immédiate des travaux faisant l'objet de l'autorisation de construire DD 105'827 et déclarer leur recours irrecevable; ils n'émettent en revanche aucun grief à l'encontre de l'argumentation développée pour confirmer au fond l'appréciation du Tribunal administratif de première instance quant aux chances de succès de leur recours et la pesée des intérêts à laquelle cette autorité a procédé et qui l'ont amenée à rejeter la requête de mesures provisionnelles. Les recourants partent à tort du principe qu'ils ne seraient pas en droit de remettre en cause le fond du litige au motif que l'autorité inférieure aurait déclaré leur recours irrecevable. Il est vrai que les conclusions sur le fond ne sont en principe pas admissibles contre une décision d'irrecevabilité (ATF 143 I 344 consid. 4). Cette jurisprudence s'applique uniquement dans les cas où l'autorité précédente se borne à déclarer le recours irrecevable sans entrer en matière sur le fond. Tel n'est pas le cas en l'occurrence où la Chambre administrative a examiné par surabondance la cause au fond. Dans ce cas de figure, il appartient à la partie recourante de s'en prendre aux deux motivations, sous peine d'irrecevabilité, ce que les recourants ne font pas.