Citation: 1P.472/2000 22.09.2000 E. 2

2.- a) Dans un grief qu'il convient d'examiner en premier lieu, le recourant soutient que la composition du Tribunal extraordinaire chargé de statuer sur sa demande de prise à partie ne satisferait pas aux exigences d'indépendance et d'impartialité. Ses membres, choisis par le Parlement jurassien, occuperaient des postes de la magistrature de district, et seraient organiquement et hiérarchiquement subordonnés aux juges cantonaux qui font l'objet de la prise à partie, de sorte que l'indépendance et l'impartialité ne seraient pas assurées. Le mode de désignation du Tribunal extraordinaire ne serait pas régulier. La demande de récusation et la prise à partie devaient être soumises à deux Tribunaux extraordinaires différents, au sens des art. 39 ch. 13 et 40 al. 3 CPP/JU; le Tribunal désigné par le Parlement n'était en l'espèce compétent que pour statuer sur les demandes de récusation et de déport. En statuant également sur la demande de prise à partie, il aurait cédé aux injonctions du Parlement, ce qui mettrait également en doute son indépendance. b) Les contestations relatives à la composition de l'autorité doivent être définitivement tranchées aussitôt que possible, pour permettre la poursuite de la procédure sur des bases sûres (cf. ATF 124 I 255 consid. 1b/bb p. 259 et les arrêts cités). Il découle en particulier du principe de la bonne foi que la partie qui entend mettre en doute l'impartialité et l'indépendance de l'autorité doit, en règle générale, utiliser sans délai les voies de droit disponibles (cf. Jean-François Egli, La protection de la bonne foi dans le procès, in: Juridiction constitutionnelle et juridiction administrative, Zurich 1992 p. 240); à défaut, elle est forclose (cf. notamment ATF 121 I 225 consid. 3 p. 229 et les arrêts cités). c) En l'espèce, le recourant connaissait la composition de l'autorité appelée à statuer sur sa demande de mise à partie. Ses avocats ont en effet été informés en recevant copie de la lettre adressée aux juges désignés le 17 mai 2000 par le Parlement. Dès cette date, la composition de l'autorité lui était connue, et on ne voit pas ce qui empêchait le recourant de soulever, par la voie de la récusation, les objections qu'il fait valoir dans son recours de droit public. En laissant procéder sans réserve devant le Tribunal extraordinaire, il a laissé son droit se périmer. d) Sur le fond, on ne voit pas en quoi les juges de première instance seraient hiérarchiquement subordonnés aux magistrats du Tribunal cantonal au point de rendre douteuse leur impartialité. Quant à la compétence du Tribunal extraordinaire pour juger de la prise à partie, elle ne découle pas d'une injonction donnée par le Parlement, mais de la décision du 19 juin 2000 sur les demandes de déport et de récusation. Le Tribunal extraordinaire s'est chargé de statuer, sur la base de l'art. 40 al. 3 CPP/JU, après avoir constaté que le Tribunal cantonal était privé de la majorité de ses membres, et que le quorum n'était pas atteint. Rien ne permet de soupçonner une quelconque allégeance au Parlement.