Citation: I 691/01 10.07.2002 E. 4

4.- a) F.________ souffre indéniablement de troubles dorsaux d'origine dégénérative. Selon les docteurs B.________ et C.________ les douleurs dont il se plaint s'expliquent par une surcharge mécanique et une sollicitation constante des muscles dorsaux dans sa profession d'étancheur, activité qui impose régulièrement des positions contraignantes pour le rachis (se pencher en avant, se mettre à genoux, se baisser, porter des charges). A leurs yeux, cette situation engendre un mal chronique peu susceptible d'amélioration justifiant la reconnaissance dès le 1er mai 1996 d'une capacité de travail n'excédant pas 50 % (rapports des 4 mai 1996 et 14 novembre 1997). Ces médecins ont par ailleurs confirmé la légitimité de l'arrêt de travail de 100 % prescrit par le docteur A.________ du mois de novembre 1995 au mois juin 1996. En revanche, le docteur D.________ estime que les altérations mises en évidence chez l'assuré sont plutôt modestes. Constatant d'autre part plusieurs signes de non-organicité et une résistance exagérée de la part de l'expertisé à toute manipulation du dos, il en déduit une incapacité de travail de tout au plus 25 % comme étancheur; dans une activité légère sans port régulier de charges de plus de 15 kg, aucune (rapport du 16 mars 2000). b) S'agissant de l'évaluation de la capacité de travail de l'assuré dans sa profession, on ne voit aucun motif sérieux d'écarter les rapports des docteurs B.________ et C.________ au profit de celui de l'expert commis par l'office. En effet, les conclusions des médecins prénommés se fondent sur une étude circonstanciée de la situation médicale de l'assuré et sont dûment motivées; par ailleurs, l'expert y substitue sa propre appréciation du cas sans toutefois exposer en quoi l'estimation de ses confrères serait trop généreuse. Sur ce point, on doit convenir avec le recourant que l'expertise du docteur D.________ ne convainc pas. Pour déterminer le degré d'invalidité de F.________, on ne saurait toutefois s'en tenir aux seuls avis des docteurs B.________ et C.________. Mandatés par l'assureur perte de gain de l'employeur, ces derniers se sont limités à apprécier la capacité de travail de l'assuré dans sa profession actuelle. Or, conformément à son obligation de diminuer le dommage, l'assuré est tenu d'atténuer par tous les moyens les effets de son invalidité, en tirant partie de sa capacité de travail résiduelle, au besoin en changeant de profession (ATF 123 V 96 consid. 4c, 113 V 28 consid. 4a; Meyer-Blaser, Bundesgesetz über die Invalidenversicherung (IVG), 1997, ad. art. 28 LAI p. 221). A cet égard, les conclusions auxquelles est parvenu l'expert commis par l'AI sont suffisamment crédibles. Les docteurs B.________ et C.________ ont en effet souligné que c'est avant tout en raison des mouvements exigés par son activité d'étancheur que F.________ rencontre des difficultés à assumer un travail à plein temps. On peut dès lors admettre que sa capacité de travail résiduelle reste entière dans une activité adaptée ne nécessitant pas le port de charges de plus de 15 kg, ni de sollicitations importantes et répétées au niveau du dos. c) Cela étant, tant l'office intimé que les premiers juges ne pouvaient retenir, comme ils l'ont fait - c'est-à-dire sans même procéder à une évaluation chiffrée de l'invalidité de l'assuré -, que celui-ci ne subissait, vu la mesure de sa capacité de travail résiduelle, aucune incapacité de gain et, partant, n'était pas invalide. C'est méconnaître la notion légale de l'invalidité qui est avant tout économique (art. 28 al. 2 LAI). Quand bien même un assuré jouit-il d'une capacité de travail totale dans une activité adaptée à son atteinte à la santé, cela ne signifie pas encore qu'il ne subit aucune diminution de sa capacité de gain. Dans tous les cas, les éléments particuliers déterminants pour la fixation du degré d'invalidité (comme les revenus hypothétiques sans invalidité ou d'invalide ainsi que les limitations dans les différents domaines d'activité) doivent être établis très soigneusement (ATF 127 V 129). Rien de tel ne figure pourtant au dossier de l'office. En l'absence de toute enquête économique documentée, il n'est ainsi pas possible de déterminer si le degré d'invalidité du recourant atteint en l'espèce le seuil ouvrant droit à des prestations de l'AI (le cas échéant des mesures de réadaptation, voire une rente d'invalidité). Dans ces conditions, il s'impose d'annuler le jugement entrepris et de renvoyer la cause à l'office pour qu'il complète l'instruction sur le plan économique; après quoi, ledit office statuera à nouveau sur le droit aux prestations de l'assuré. En ce sens, le recours se révèle bien fondé.