Citation: 8C_50/2023 E. 6.1

6.1. Le professeur E.________ a fondé son rapport d'expertise du 16 mars 2022 sur l'anamnèse et l'examen clinique de l'intimé, sur les pièces au dossier et sur une analyse de 134 articles médicaux. Il a posé les diagnostics avec répercussion sur la capacité de travail de status après agression par un tiers, de réaction aiguë à un facteur de stress post-traumatique avec persistance de symptômes somatiques d'épisode dépressif léger apparu le 8 mai 2018, de choc émotionnel avec syndrome dépressif post-traumatique, de contusion du côté gauche de la face, de contusion de la main et du poignet droits, de contusion dorso-cervicale, de traumatisme lombaire, de spondylolyse isthmique bilatérale L5 apparue antérieurement et probablement activée le 8 mai 2018, d'antélisthésis L5 de grade 1 sur spondylolyse isthmique bilatérale apparu antérieurement, de discopathie L5-S1 par dessiccation apparue antérieurement et de discopathie L5-S1 par rupture de l'annulus fibrosus probablement apparue antérieurement. Une aggravation de la lyse isthmique bilatérale ou de l'antélisthésis L5-S1 n'était pas attendue. S'agissant des lombalgies, la situation évoluait mais on pouvait s'attendre à une amélioration progressive en poursuivant le traitement. Sur le plan des contusions, la situation était stabilisée une année après l'accident. Les contusions du poignet, de la main, de la région cervico-dorsale et de la face s'étaient largement amendées et n'entraînaient plus d'incapacité de travail. On pouvait admettre que la spondylolyse, présente de manière asymptomatique chez 6 % de la population, était un état antérieur; l'accident l'avait réactivée, sans l'avoir causée. La littérature admettait qu'un traumatisme, même léger, pouvait entraîner une symptomatologie douloureuse persistante dans le cas d'une spondylolyse ou d'un spondylolisthésis préexistants. Dans le cas de l'intimé, il était indéniable qu'un traumatisme avait eu lieu sur le dos en situation de spondylolyse avec spondylolisthésis, ce qui entraînait stress et contraintes sur le rachis et avait ainsi pu durablement rompre l'équilibre de la charnière lombo-sacrée. Des phénomènes inflammatoires locaux pouvaient aboutir à des douleurs importantes et invalidantes. L'accident avait probablement décompensé un état préexistant, à savoir la spondylolyse L5, le spondylolisthésis L5-S1 de stade 1 et la discopathie L5. Le décours de cette lésion activée se caractérisait par son caractère persistant sur plusieurs années, comme le révélait la littérature. La notion de statu quo sine ne s'appliquait pas en l'occurrence, puisque la spondylolyse isthmique n'avait dans la règle pas d'évolution aggravée irréversible. L'expert a qualifié la causalité de certaine s'agissant du status après agression, de la réaction aiguë à un facteur de stress post-traumatique, de l'épisode dépressif léger, du choc émotionnel avec syndrome dépressif post-traumatique, des contusions du côté gauche de la face, de la main et du poignet droits, et de la contusion dorso-cervicale. Le lien de causalité était probable (plus de 50 %) en ce qui concernait l'activation de la spondylolyse isthmique bilatérale L5. Il n'y avait pas de lien de causalité entre l'accident et l'antélisthésis et la discopathie L5-S1 par dessiccation. La discopathie L5-S1 par rupture de l'anneau fibreux était en lien de causalité possible (moins de 50 %) avec l'accident. S'agissant de la capacité de travail, la contusion lombaire avait entraîné une situation douloureuse et invalidante, qui aurait duré six à neuf mois au plus sans spondylolisthésis. Le statu quo n'était pas atteint s'agissant du status après agression, de la réaction aiguë à un facteur de stress post-traumatique avec persistance de symptômes somatiques, ou de l'épisode dépressif léger. Il n'était pas atteint non plus pour le traumatisme lombaire, l'activation de la spondylolyse isthmique bilatérale L5, l'antélisthésis L5 grade 1, la discopathie L5-S1 par dessiccation ni pour la discopathie L5-S1 par rupture de l'annulus fibrosus. Pour les contusions, il était atteint six mois après l'accident. Les limitations fonctionnelles liées aux lombalgies étaient les suivantes: pas de travail penché en avant ou en arrière, pas de rotations du tronc, pas de port de charges de plus de 10 kg, pas de position debout statique, et alternance de position toutes les heures. Il fallait éviter les échelles et les échafaudages. La capacité de travail, compte tenu des seules atteintes en lien de causalité au moins probable avec l'accident, était nulle dans l'activité de chauffeur-livreur. L'expert a repris les limitations fonctionnelles au plan psychologique retenues par l'assurance-invalidité. Dans une activité adaptée, la capacité de travail était de 50 % et pouvait être augmentée progressivement selon l'évolution. S'agissant de l'amélioration que l'on pouvait attendre du traitement, le professeur E.________ a retenu que le traitement médicamenteux, la physiothérapie et la psychothérapie devaient être poursuivis. Les composants sociaux jouaient un rôle important dans le décours des lombalgies, et un environnement social et économique défavorable aurait des répercussions néfastes sur l'efficacité du traitement. Une meilleure intégration, notamment par l'apprentissage du français et un reclassement, en optimiserait les effets. À défaut, le traitement seul avait peu de chances d'aboutir à une réintégration professionnelle. Avec ces mesures, on pouvait raisonnablement s'attendre, après une période qui se comptait en mois, voire en années, à une amélioration permettant un retour à la vie active. Les lésions du recourant ne devraient pas empêcher un retour à la vie professionnelle dans une activité adaptée. L'expert s'est en outre prononcé sur l'atteinte à l'intégrité, sur les différents rapports médicaux au dossier et sur d'autres facteurs: S'agissant de la gravité des lésions, les contusions n'étaient pas graves. La spondylolyse, le spondylolisthésis de grade I de L5 sur S1, la dessiccation du disque L5-S1 et la rupture de l'annulus fibrosus n'avaient en soi aucun caractère de gravité. La déstabilisation, à la suite du traumatisme, d'un équilibre de la colonne lombaire était de nature à entraîner les troubles douloureux et fonctionnels décrits. Ces lésions étaient graves, en ce sens qu'elles entraînaient un handicap important. Le "Oswestry Low back pain score" de 66/100 de l'intimé s'observait dans les handicaps sévères. Le pronostic était lentement favorable.