Citation: 8C_406/2012 E. 5

En l'occurrence, le recourant a déjà été soumis à des examens pluridisciplinaires et à une évaluation globale de sa situation lors de son séjour à la Clinique Z.________. Le rapport y relatif contient une description détaillée de toutes les séquelles accidentelles qu'il présente, ainsi que des limitations fonctionnelles qui en résultent pour l'exercice d'une activité professionnelle. On retrouve les mêmes constatations cliniques et répercussions fonctionnelles de celles-ci dans les rapports ultérieurs des docteurs R.________ et U.________. Sur ces aspects médicaux, sur lesquels il existe une unanimité d'opinion, une instruction complémentaire ne se justifie pas. On ne peut pas en dire autant, en revanche, du taux d'activité exigible dans une activité adaptée. Si, au terme de leurs investigations, les médecins de la Clinique Z.________ ont certes retenu qu'une activité adaptée avec un horaire de travail à temps complet était à la portée de l'assuré, ils ont toutefois laissé ouverte la question du rendement exigible. Or, on doit convenir avec le recourant que la CNA n'a pas examiné cette question avec la précision nécessaire. Dans son rapport du 16 janvier 2008, le docteur R.________ a déclaré que l'assuré "pourrait vraisemblablement mettre en valeur une capacité de travail proche de 100 %", précisant quelques lignes plus loin que "si l'on ten[ait] également compte de la fatigabilité et du déconditionnement, l'activité professionnelle devrait permettre l'introduction de pauses fréquentes". Dans une appréciation complémentaire, le médecin d'arrondissement a réitéré le fait que l'introduction de pauses fréquentes serait vraisemblablement nécessaire, ajoutant qu'il "[était] cependant probable qu'après un certain temps de reconditionnement, les pauses pourraient être espacées". Dans ce contexte, il a admis la "possibilité d'une diminution probablement passagère du rendement dans une activité adaptée sur le plan physique mais qui ne permettrait pas l'introduction de pauses fréquentes". Ces considérations ne suffisent pas pour admettre que le recourant est apte à assumer un plein rendement pour un horaire de travail complet. Elles laissent bien plutôt suggérer qu'une certaine diminution de rendement n'est pas à exclure chez l'assuré puisque l'éventualité d'un rendement de 100 % est conditionnée non seulement à une période de transition (dont la durée n'a pas été précisée par le médecin d'arrondissement) mais également à des temps de pause plus fréquents que la normale, ce qui rend le pronostic très hypothétique. De plus, on ne comprend pas vraiment le sens de la dernière phrase du docteur R.________. Indépendamment de ces imprécisions, on peut relever que la tenue d'un rythme de travail régulier avait été la difficulté principale rencontrée par l'assuré lors du premier essai de reclassement par l'AI et qu'un rendement diminué apparaît tout à fait vraisemblable compte tenu du polytraumatisme subi. Il s'ensuit qu'en l'état du dossier et contrairement à l'opinion des premiers juges, l'évaluation de l'invalidité par la CNA, qui a retenu un salaire complet au titre revenu d'invalide, ne saurait être confirmée. En revanche, on ne peut suivre le recourant lorsqu'il fait valoir que son degré invalidité devrait être déterminé en fonction du salaire qu'il réalise à mi-temps comme cuisinier-serveur. Cette activité est en effet manifestement inadaptée à son état de santé au vu des limitations fonctionnelles mises en évidence à l'occasion de la présente procédure. La cause sera par conséquent renvoyée à la CNA afin qu'elle procède à une nouvelle évaluation du rendement exigible du recourant à l'aune des séquelles physiques constatées et des limitations qu'elles entraînent, le cas échéant en demandant au docteur R.________ de clarifier et de combler les lacunes contenues dans ses appréciations médicales. Après quoi, l'intimée rendra une nouvelle décision sur le droit à la rente. Dans cette mesure, le recours est bien fondé.