Citation: 5P.320/2005 31.08.2006 E. 4

4.1 La recourante reproche enfin aux juges cantonaux d'avoir violé son droit d'être entendu, au sens rappelé plus haut (cf. consid. 3.2 supra), pour avoir considéré, s'agissant des griefs ciblés sur l'expertise judiciaire (cf. lettre D in fine supra), que la Cour civile n'avait pas à indiquer les raisons pour lesquelles elle tenait ces griefs pour dénués de fondement, et qu'elle aurait même été en droit de ne faire état ni desdits griefs ni de leur caractère considéré comme sans fondement, dès lors que la libre appréciation des preuves (art. 5 al. 3 CPC/VD) excluait l'obligation pour le juge de donner les motifs de sa conviction, sous réserve des cas prévus à l'art. 300 al. 2 CPC/VD. La recourante relève que si cela était vrai, il faudrait alors constater que l'art. 5 al. 3 CPC/VD violerait l'art. 29 al. 2 Cst. et l'obligation de motiver qui en découle. 4.2 Les affirmations précitées de la Chambre des recours sont assurément difficilement conciliables avec la jurisprudence relative à l'art. 29 al. 2 Cst., que les juges cantonaux ont eux-même rappelée immédiatement auparavant dans leur arrêt. Il convient toutefois de ne ne pas s'arrêter à cette formulation malheureuse. En effet, il appert que la Chambre des recours n'en a pas moins dûment vérifié la motivation du jugement de première instance, pour constater que celle-ci était claire et suffisante et qu'elle permettait du reste à la Coopérative - de même qu'à la Commune - de l'attaquer en la critiquant de manière détaillée. Dans ces conditions, on ne saurait parler de violation de l'art. 29 al. 2 Cst. 4.3 La Chambre des recours a par ailleurs examiné les griefs d'arbitraire soulevés par la recourante à l'encontre de l'expertise judiciaire. Après avoir résumé ces griefs, elle a exposé que l'expert fixait les montants des dommages, à la page 7 de son rapport, en se référant aux diverses annexes, qui constituaient en quelque sorte le corps de l'expertise; il s'agissait là d'un rapport qui n'avait rien de sommaire et qui était motivé de manière détaillée par les annexes qui en faisaient partie intégrante, de sorte qu'il n'était nullement arbitraire de la part de la Cour civile de tenir cette expertise pour probante et de suivre ses conclusions. Dans son recours de droit public, la recourante, sans discuter cette motivation, reproche à la Chambre des recours d'être tombée dans le même travers que la Cour civile pour s'être fiée sans aucun esprit critique à un rapport d'expertise "lacunaire et non convaincant". Ce sont cependant les griefs de la recourante qui se révèlent peu convaincants. Ainsi, tant pour le poste de 145'000 fr. (frais de remise en état des aménagements extérieurs endommagés) que pour celui de 160'000 fr. (indemnité pour la moins-value liée à la présence d'ancrages permanents), la recourante reproche à l'expert d'avoir évalué lui-même le montant du dommage, sans se fonder sur "un document neutre et objectif émanant d'un tiers professionnel en la matière". Elle ne démontre toutefois en rien pourquoi l'expert, choisi pour ses connaissances spéciales lui permettant de certifier l'existence et la quotité du dommage allégué (cf. art. 220 CPC/VD), aurait dû faire appel à d'autres experts pour étayer ses conclusions. Quant à l'argument selon lequel le principe même d'un dommage lié à la présence d'ancrages ne pouvait pas être retenu, dès lors qu'il n'était pas établi que la présence desdits ancrages portait atteinte à la propriété de la demanderesse en l'entravant dans ses possibilités d'utiliser et d'exploiter son bien-fonds, il ne porte pas sur l'appréciation des preuves, mais sur l'application du droit. Or celle-ci doit être critiquée non par la voie du recours de droit public, qui se révèle irrecevable à cet égard, mais par celle du recours en réforme, ce que la recourante a d'ailleurs fait. La question sera donc examinée dans le cadre du recours en réforme.