Citation: 4A_352/2019 E. 4.2

4.2. A la lumière de ces explications, le Tribunal de première instance, puis la Cour de justice genevoise ont effectué en substance l'analyse juridique suivante: - La "note de crédit" établie par la grossiste Z.________ SA était une pièce comptable réduisant la dette de la commerçante zurichoise envers la prénommée pour un retour de marchandise intervenu avant la faillite. Elle ne représentait pas un actif de la commerçante. En produisant cette "note de crédit" à A.________, la fournisseuse avait en réalité annulé la facture relative à la marchandise récupérée. Il importait peu de savoir si Z.________ SA était en droit de récupérer la marchandise et d'émettre une telle "note de crédit", cette question concernant uniquement les relations entre la fournisseuse et la commerçante. - A réception de cette "note de crédit", A.________ avait prélevé 76'087 fr. 70 sur les comptes d'autres commerçantes qui devaient également de l'argent à Z.________ SA. Au lieu de reverser cette somme à Z.________ SA en exécution des factures produites, A.________ l'avait utilisée pour réduire le découvert du compte de la commerçante zurichoise, réduisant de ce fait la dette de celle-ci envers A.________. En réalité, A.________ aurait simplement dû réduire de 76'087 fr. 70 le poste des factures impayées que Z.________ SA avait produites à l'encontre de la commerçante zurichoise. - Par ce procédé, A.________ s'était enrichie puisqu'elle avait récupéré une partie de sa propre créance envers la commerçante zurichoise; elle l'avait fait aux dépens de Z.________ SA, laquelle n'avait pas été entièrement rémunérée pour la marchandise vendue à des commerçantes tierces, alors que les comptes courants de celles-ci avaient été débités du montant des factures produites. Le rapport de causalité entre l'enrichissement et l'appauvrissement était établi. L'enrichissement était en outre dépourvu de cause légitime. L'autorisation de débit octroyée par la commerçante zurichoise permettait à A.________ de débiter son "compte courant", mais pas de prélever le montant de la note de crédit sur d'autres montants dus à Z.________ SA par des commerçantes tierces. A.________ et Z.________ SA n'étaient pas liées par une relation de compte courant. Il ne pouvait y avoir de compensation ex iure tertii. Le processus de recouvrement automatique mis en place n'y changeait rien. En maintenant volontairement et en connaissance de cause une situation erronée générée par son processus automatique, A.________ avait agi sans cause légitime. Toutes les conditions de l'art. 62 CO étaient ainsi réalisées.