Citation: 2C_167/2020 E. 3.6

3.6. Pour apprécier si les expressions litigieuses utilisées par le recourant dans son écriture sont couvertes par la liberté d'opinion de l'avocat, il faut procéder à une interprétation objective selon le sens que le destinataire devait, dans les circonstances d'espèce, lui attribuer. Si celui-ci apparaît ambigu, il y a lieu de retenir l'interprétation qui n'entraîne pas de sanctions. En effet, si une personne devait craindre d'être sanctionnée en exprimant une opinion, alors que les circonstances et la manière dont celle-ci est formulée autorisent également une interprétation ne conduisant pas à des sanctions et que l'intention de cette personne n'était pas de tenir des propos répréhensibles, alors la sanction aurait inévitablement pour conséquence, par effet d'intimidation, de refréner des opinions autorisées, ce qui ne serait pas compatible avec le droit fondamental de la liberté d'expression (cf. l'arrêt de la Grande Chambre de la CourEDH Mor contre France du 15 décembre 2011, § 83 ss; cf. FRÉDÉRIC KRENC, La liberté d'expression vaut pour les propos qui "heurtent, choquent ou inquiètent". Mais encore?, Revue trimestrielle des droits de l'homme [RTDH] 2016 p. 311 ss, 316). En premier lieu, il y a lieu de relever qu'il est notoire que les titulaires du brevet d'avocat, inscrits ou non au barreau, sont appelés "Maître " dans la correspondance entre juristes en Suisse romande. Le fait que le Tribunal cantonal ait utilisé le terme "Maître " pour se référer au client du recourant, nonobstant le fait qu'elle refusait de l'inscrire au barreau valaisan, n'est donc pas en soi contradictoire. Il n'est cependant pas exclu que le recourant ne l'ait pas compris ainsi. On ne saurait donc lui reprocher d'avoir relevé une contradiction dans ces propos. Dès lors que le sens d'une expression reste ambigu, il faut retenir celui qui n'est pas sujet à reproche. Comme l'autorité précédente l'a relevé à bon escient, l'expression litigieuse pouvait être comprise dans le sens où le requérant souhaitait soulever le manque de cohérence d'un raisonnement du tribunal et non pas porter un jugement sur la santé mentale des juges. Compris de cette manière, l'expression "schizophrénie totale" se rapportant à une "situation" reflète certes un mode d'expression un peu outrancier, mais reste admissible. Cela ne remet d'ailleurs pas en cause que le Tribunal fédéral ait à juste titre demandé au recourant de tempérer ses propos. En effet, un tel avertissement n'est pas comparable à une sanction en ce qu'il n'a pas le même effet potentiellement préjudiciable à la liberté d'expression de l'avocat. Seule la sanction disciplinaire comporte, en effet, le risque de porter atteinte à la mission de l'avocat qui est de défendre son client avec toute la détermination nécessaire. En utilisant l'expression "schizophrénie totale" en relation avec une "situation" le recourant n'a en l'occurrence pas manqué au devoir de diligence de l'avocat envers les autorités. Celle-ci reste couverte par la liberté d'expression garantie par l'art. 10 CEDH et l'art. 16 Cst.