Citation: 1P.688/2006 21.12.2006 E. 4

En l'espèce, la recourante ne fait valoir plus qu'un seul argument. Elle rappelle que, lors du dépôt de sa plainte le 9 décembre 2001, le gendarme qui recueillait ses déclarations aurait appelé le numéro litigieux et aurait reçu une réponse injurieuse. Selon elle, l'autorité cantonale aurait refusé à tort de tenir compte de cet élément, qui serait de nature à remettre en question l'appréciation de l'ensemble des autres preuves. Sur ce point, le Tribunal cantonal a considéré que si ce fait était certes à première vue troublant, il n'était toutefois pas documenté à satisfaction, parce que le rapport du 14 mai 2002 qui relate cet incident, au demeurant cinq mois plus tard, n'émane pas du policier qui a recueilli la plainte le 9 décembre 2001. Ce dernier n'aurait par ailleurs pas même évoqué cet épisode, pourtant peu banal, dans son propre rapport. Selon la recourante, au moment du dépôt de sa plainte, elle n'était cependant pas encore soupçonnée d'être l'auteur des actes en cause. Il n'était donc pas surprenant qu'un tiers réponde à l'appel téléphonique. C'est pour cette raison que cet élément a pu sembler anodin au gendarme. Ce raisonnement est peu convaincant. En effet, s'il est vrai que la recourante n'était pas soupçonnée à cette époque, il n'en demeure pas moins que l'identification de l'auteur des messages et des appels litigieux revêtait une importance primordiale. Il est donc difficilement compréhensible que le policier n'en ait pas fait mention. Il aurait en effet pour le moins pu déterminer le sexe de l'interlocuteur. A cela s'ajoute le fait que cet épisode n'est relaté que cinq mois plus tard, qui plus est par un tiers. Par ailleurs, il est surprenant de lire dans une communication du 4 octobre 2002, soit postérieure seulement de quelques mois au rapport contesté, émanant de Willy Zürcher de la police cantonale bernoise, que "dans le courant de la soirée de jeudi 3 octobre 2002, le soussigné a tenté à plusieurs reprises, de joindre l'utilisateur du téléphone portable 076.403.20.49 et ce entre 20h40 et 22h20, au moyen d'un portable dont le numéro n'était pas masqué. L'interlocuteur n'a jamais répondu. Les appels partaient sur la boîte vocale. Tout laisse à penser que cette personne n'utilise ce téléphone cellulaire que pour les messages litigieux et ne répond pas aux autres appels". Lors de l'audition de F.________ le 15 octobre 2002, les agents de police ont demandé à ce dernier s'il avait également appelé les numéros inconnus et dans l'affirmative, si une voix féminine ou masculine lui avait répondu. F.________ a expliqué qu'il avait essayé d'appeler plusieurs fois, sans jamais obtenir de réponse. Cela est confirmé par le rapport final du 18 février 2003, qui constate que "Avec notre accord, M. F.________ a tenté d'entrer en contact avec ce mystérieux correspondant, mais sans succès. L'échange s'est résumé à quelques SMS et quelques appels, sans réponse". Ainsi, si les faits rapportés dans le rapport du 14 mai 2002 étaient avérés, il aurait été inutile d'interroger F.________ sur le sexe de l'interlocuteur, puisque cette information aurait déjà dû être connue. Ces contradictions sont de nature à faire naître des doutes à ce sujet sur le contenu du rapport du 14 mai 2002. Dans ces circonstances, le Tribunal cantonal pouvait considérer sans arbitraire que le fait n'était pas suffisamment documenté et qu'il ne revêtait pas une importance primordiale. Quoi qu'il en soit, il existe de nombreux indices qui étayent la culpabilité de la recourante. Cette dernière ne les conteste d'ailleurs plus dans son recours de droit public. Le Tribunal cantonal a en effet retenu que vu le contenu des messages, leur auteur devait être un proche de F.________ et de sa famille. Il a également constaté que l'ensemble des SMS et des appels litigieux provenait de la région neuchâteloise, région dans laquelle la recourante est la seule proche à être domiciliée. Il a également tenu compte que la recourante avait passé aux aveux, qu'elle avait certes aussitôt rétractés. Le Tribunal cantonal a en outre relevé que l'une des cartes SIM litigieuses s'était retrouvée dans le téléphone portable de la recourante et que la carte SIM de l'une de ses filles avait été introduite dans le portable en cause. Il a par ailleurs observé que lors de la perquisition au domicile de la recourante, les policiers avaient discrètement fait des appels au numéro litigieux et que ces derniers avaient été relevés sur le portable de la recourante sous forme d'appels en absence, ce qui supposait que la fonction de renvoi d'appels avait été activée. Sur la base des renseignements fournis par le DETEC, le Tribunal cantonal a estimé que l'on ne pouvait pas exclure que les SMS aient été pré-programmés, ce qui expliquerait pourquoi la recourante aurait reçu des messages alors qu'elle était notamment en présence de F.________. Enfin, le Tribunal cantonal a pris - avec prudence - la personnalité de la recourante en considération. Selon l'expertise psychiatrique, cette dernière avait en effet eu tendance à l'affabulation à une époque de sa vie. Au vu de l'ensemble de ces indices non contestés par la recourante, et au vu des contradictions qui entourent le fait relaté dans le rapport du 14 mai 2002, ce dernier ne saurait à lui seul faire naître des doutes irréductibles quant à la culpabilité de l'intéressée. Les griefs tirés d'une appréciation arbitraire des preuves ainsi que d'une violation du principe de la présomption d'innocence doivent donc être rejetés.