Citation: 2A.210/2000 06.11.2000 E. 6

6.- a) Le recourant a été condamné en 1989 à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis pour participation à une rixe, lésions corporelles simples qualifiées, meurtre par passion et tentative achevée de meurtre par passion, en 1993 à cinq ans de réclusion pour participation à un trafic d'héroïne et en 1996 à neuf mois d'emprisonnement ainsi qu'à l'expulsion du territoire suisse pendant cinq ans assortie du sursis pendant cinq ans pour tentative de lésions corporelles graves. Il ne fait donc pas de doute que le motif d'expulsion au sens de l'art. 10 al. 1 lettre a LSEE est réalisé puisque l'intéressé a été condamné à trois reprises à une durée de détention totale de quatre-vingt-sept mois. Il reste à examiner si la décision entreprise respecte le principe de la proportionnalité. b) Le recourant vit depuis seize ans en Suisse. Il s'est marié en 1988 et sa fille est aujourd'hui âgée de six ans. La naissance d'un deuxième enfant était prévue pour le 20 octobre 2000. La relation conjugale, qui a survécue aux problèmes liés à ses condamnations successives ainsi qu'à sa longue période de détention, paraît stable. Depuis sa remise en liberté, il a retrouvé un emploi et n'a apparemment plus commis d'infraction. Il semble en outre être bien intégré à Châtel-St-Denis. c) Ces éléments favorables à l'intéressé ne contrebalancent cependant pas la gravité des faits qu'il a commis. Ces derniers sont très graves et les condamnations restent suffisamment importantes pour justifier, sauf circonstances exceptionnelles, le refus de renouveler l'autorisation de séjour du recourant, ce d'autant plus que les étrangers qui, comme lui, sont mêlés de près ou de loin au commerce de stupéfiants doivent s'attendre à faire l'objet de mesures d'éloignement de la part des autorités administratives. En effet, la protection de la collectivité publique face au développement du marché de la drogue constitue incontestablement un intérêt public prépondérant justifiant le renvoi de Suisse d'un étranger qui s'est rendu coupable d'infractions graves à la loi fédérale sur les stupéfiants (cf. ATF 122 II 433 consid. 2c p. 436). A cela s'ajoute encore que, du point de vue de la police des étrangers, la faute de celui qui, comme cela semble être le cas de l'intéressé, n'est pas lui-même toxicomane pèse plus lourd dans la balance des intérêts. Le risque de récidive ne peut en outre pas être exclu puisque le recourant a commis des infractions graves à intervalles réguliers, à savoir tous les quatre à cinq ans environ. Ce risque peut d'autant moins facilement être toléré compte tenu de l'intérêt public à écarter de Suisse les étrangers dangereux (cf. Alain Wurzburger, La jurisprudence récente du Tribunal fédéral en matière de police des étrangers, RDAF 53/1997 I p. 267 ss, p. 308/309). Au surplus, et comme l'a relevé à juste titre l'autorité intimée, l'intéressé a agi par dessein de lucre au moment de sa participation au trafic d'héroïne entre décembre 1991 et juillet 1992. En effet, à ce moment, il était déjà marié, vivait avec son épouse, avait un emploi stable et un revenu régulier, ce qui n'a toutefois pas suffi à le détourner de ses activités délictueuses. Même s'il a agi sous l'influence ou la dépendance de son frère, il ne peut faire état de circonstances exceptionnelles qui ne peuvent plus se répéter (cf. l'arrêt du 25 juillet 1995 publié in Die Praxis 85/1996 p. 296 consid. 3b p. 297). Par ailleurs, le recourant a passé la majeure partie de son existence au Kosovo, dont notamment son adolescence et ses premières années d'adulte, et n'est venu en Suisse qu'à l'âge de vingt-deux ans. Son intégration en Suisse n'est que partielle puisqu'il a à plusieurs reprises enfreint l'ordre public de son pays d'accueil et a passé environ la moitié des dix dernières années en détention. Au demeurant, s'il est incontesté qu'on ne peut raisonnablement exiger de sa famille qu'elle quitte la Suisse, cette circonstance n'est pas absolument déterminante en l'espèce. Le non-renouvellement de l'autorisation de séjour de l'intéressé ne signifie toutefois pas la rupture complète des contacts avec sa famille en Suisse, car la relation peut être maintenue par des visites réciproques (cf. ATF 120 Ib 1 consid. 3a p. 4, 22 consid. 4a et b p. 24 ss). Par ailleurs, rien n'empêche que l'épouse et les enfants rejoignent le moment-venu le recourant s'ils le désirent. d) Vu ce qui précède, surtout la gravité du danger représenté pour l'ordre et la sécurité publics par celui qui, comme l'intéressé, se livre au trafic de drogue, il y a lieu d'admettre que l'intérêt public à l'éloigner l'emporte sur son intérêt privé ainsi que sur celui de son épouse et de son enfant à vivre ensemble dans notre pays, même si le lien conjugal entre les époux paraît fort et que la relation familiale semble être vécue. La mesure incriminée respecte ainsi le principe de la proportionnalité. En rendant la décision attaquée, le Département fédéral n'a donc pas violé le droit, en particulier les art. 8 CEDH et 7 al. 1 LSEE, ni pris une une mesure disproportionnée au sens des art. 11 al. 3 LSEE et 16 al. 3 RSEE. 7.- Le recours doit ainsi être rejeté dans la mesure où il est recevable. Succombant, le recourant doit supporter les frais judiciaires (art. 156, 153 et 153a OJ) et n'a pas droit à des dépens (art. 159 al. 1 OJ). Par ces motifs, le Tribunal fédéral :