Citation: 2A.383/2004 12.01.2005 E. 5

5.1 Se fondant sur l'état de fait qu'elles estiment conforme au dossier, les recourantes soutiennent que les conditions auxquelles est soumis un regroupement familial sont remplies en l'espèce. Le décès de la grand-mère de B.________, C.________ et D.________ aurait été un événement à la fois grave et imprévisible qui aurait anéanti le dispositif mis en place par A.X.________ et nécessité le transfert en Suisse des enfants précitées. De plus, la prise en charge de ces enfants par un prêtre, après le décès de leur grand-mère, ne pouvait, par la force des choses, être que provisoire. La venue en Suisse des deux cadettes, encore très jeunes, se serait dès lors imposée. Quant à l'aînée, B.________, qui avait disparu depuis 1997, elle aurait été traumatisée par des expériences catastrophiques subies durant cette disparition. La constatation, à son retour, de la mort de sa grand-mère et du départ de ses deux soeurs aurait donc justifié qu'elle aussi rejoigne sa famille en Suisse. 5.2 Il est admis que les recourantes ont violé la législation en matière de police des étrangers, puisque A.X.________ n'a pas déclaré l'existence de ses filles lorsqu'elle est arrivée en Suisse ni par la suite et que ses filles sont entrées en Suisse sans passeport ni visa. En outre, lorsque A.X.________ a quitté sa patrie en juin 1990, elle a confié à sa mère ses trois filles qui avaient respectivement un an et demi, un peu plus de trois ans et un peu moins de cinq ans. Elle a gardé quelques contacts avec sa mère, mais n'a entretenu aucune relation avec ses enfants. C'est donc la grand-mère des enfants qui a assumé la relation prépondérante, si ce n'est exclusive, avec B.________, C.________ et D.________. Ce point n'est pas contesté. C'est notamment sur la base de ces éléments que le Tribunal administratif a estimé que le regroupement familial litigieux visait en réalité à faire bénéficier B.________, C.________ et D.________ de conditions de vie plus favorables et à leur assurer une formation et un avenir professionnel meilleurs que dans leur pays d'origine, ce qui ne correspond pas au but de l'art. 17 al. 2 LSEE. En l'état du dossier, on ne saurait toutefois exclure que A.X.________ ait vraiment voulu reconstituer une cellule familiale avec ses trois filles, alors âgées de quatorze à dix-sept ans environ, qui se retrouvaient absolument seules dans leur patrie après avoir vécu des événements pénibles, voire traumatisants pour l'aînée. La version des recourantes laisse cependant subsister bien des questions sur lesquelles l'autorité intimée aurait dû faire porter son instruction avant de statuer. Avant de se prononcer sur le bien-fondé du regroupement familial en cause ici, il conviendra donc de compléter le dossier sur différents points, dont les plus importants figurent ci-dessous. L'instruction complémentaire devra permettre d'établir avec certitude la filiation de B.________, C.________ et D.________. Le fait que A.X.________ n'ait pas révélé l'existence de ses trois filles non seulement aux autorités suisse, mais encore à son propre mari qui n'en aurait été informé que peu avant l'arrivée des intéressées en Suisse inspire des doutes quant au rapport de parenté existant entre les recourantes. Dans sa décision du 29 août 2003 le Service cantonal avait d'ailleurs retenu que le lien de filiation des trois enfants précitées demeurait incertain. Un complément d'instruction s'impose aussi pour vérifier si les recourantes n'ont vraiment plus aucune famille en République démocratique du Congo. On ne sait pas notamment ce qu'est devenue la seconde soeur de A.X.________. En effet, le 14 juin 1990, dans le cadre d'une procédure d'asile, A.X.________ a déclaré avoir deux soeurs et deux frères dans sa patrie. En revanche, dans la demande de regroupement familial, elle n'a mentionné que deux frères et une soeur. En outre, on ne sait rien de la famille un peu plus éloignée (oncles, tantes, cousins, etc.). Des recherches pourraient être entreprises avec l'aide des représentations suisses en République démocratique du Congo. Il faudra aussi procéder à une instruction complémentaire sur la situation familiale et matérielle (par exemple, le logement) des recourantes en Suisse (ATF 119 Ib 81 consid. 2c p. 86/87).