Citation: 5P.87/2005 07.06.2005 E. 2

2.1 Après avoir posé que la recourante devait rendre vraisemblables tous les éléments de sa prétention en dommages-intérêts (l'existence d'un acte illicite, le dommage subi, le lien de causalité et l'imputabilité de l'acte à faute au débiteur), la Cour de justice a retenu, en bref, que les intimés n'avaient fourni aucune explication justifiant le transfert en cause, de sorte que leur implication, à un titre ou à un autre, dans les agissements délictueux dénoncés apparaissait vraisemblable. Elle a estimé, en revanche, que l'intéressée n'avait pas rendu vraisemblable l'existence d'une créance. S'il est vrai qu'un dommage futur peut faire l'objet d'une demande de réparation, pourvu que sa survenance relève du domaine de la certitude, il est constant ici que la recourante n'a pas encore versé aux héritiers de feu X.________ la somme qu'ils lui réclament, à savoir la contre-valeur de la transaction litigieuse opérée sur le compte du défunt; en l'état, elle ne peut donc se prévaloir d'un dommage actuel, n'ayant subi aucune diminution de son patrimoine à raison des faits incriminés. L'augmentation du passif invoquée par la recourante implique l'existence d'une dette; or, la banque, niant que sa responsabilité soit engagée, conteste précisément être redevable de dommages-intérêts en faveur des héritiers précités, exigible à compter de l'exécution défectueuse de l'obligation contractuelle; l'introduction d'une action en paiement à son encontre, dont l'issue est loin d'être établie et qui ne saurait être préjugée, ne suffit pas à démontrer à ce stade que la créance est fondée, entraînant ainsi un dommage futur susceptible de se réaliser de façon certaine. 2.2 La recourante reproche, en substance, à la cour cantonale d'avoir retenu une conception arbitraire du dommage; elle fait valoir que la seule existence d'une dette grevant le patrimoine du «lésé» (recte: du responsable) constitue bien un préjudice, que cette dette soit payée ou non. La créance des héritiers de feu X.________ à son encontre est née le 25 septembre 2002, et c'est ce jour-là que la banque a subi le préjudice invoqué; le dommage n'est donc pas futur, mais actuel. La décision attaquée est, en outre, contradictoire: l'autorité cantonale ne pouvait déclarer à la fois que B.________ avait vraisemblablement commis un acte illicite et que l'issue de l'action introduite par les hoirs X.________ contre la banque était «loin d'être établie et ne saurait être préjugée»; si le bénéficiaire n'avait aucun droit sur les fonds, l'action civile contre elle-même serait destinée à prospérer, puisque des actes illicites et des agissements délictueux ont été commis, qui ont conduit au débit injustifié du compte de feu X.________. Enfin, la position des magistrats cantonaux conduit à des résultats choquants; il est trop simple pour les intimés de se défendre en alléguant que la banque ne subit aucun préjudice tant qu'elle s'oppose aux prétentions des hoirs X.________, alors que, si elle ne le faisait pas, B.________ - qui n'a pas indemnisé ces derniers - lui reprocherait de les avoir remboursés trop rapidement et d'avoir ainsi créé son propre préjudice.