Citation: 8C_344/2024 E. 4.1

4.1. Les griefs du recourant à l'encontre du jugement entrepris, en tant qu'il reconnaît une pleine valeur probante à l'expertise bi-disciplinaire ordonnée par l'intimé, sont fondés dans une large mesure. Dans la partie "résumé médico-assécurologique commun", en particulier, cette expertise mentionne le rapport final de l'Orif du 19 juillet 2021 en indiquant que le rendement du recourant y était évalué entre 50 et 60 %. Comme le souligne le recourant, elle omet de préciser que ce rendement limité n'était obtenu que sur une activité exercée à 60 %, ce qui entraîne une présentation erronée de la capacité de travail effective du recourant constatée par l'Orif (30 à 36 %, et non 50 à 60 %). Certes, l'expert-psychiatre et l'expert-neurologue mentionnent ensuite que la précédente activité était exercée à raison de quatre heures par jour seulement. Toutefois, l'ambiguïté demeure, dès lors qu'ils font état d'une capacité de travail de 40 à 60 % dans cette activité sans discuter des constatations effectuées lors des stages professionnels, relatives à une capacité de travail notablement inférieure et qui sont à peine évoquées. L'expert-psychiatre n'expose par ailleurs pas comment il aboutit pour sa part au constat d'une capacité de travail globale de 40 à 60 % dans cette activité, tout en admettant une performance globale réduite dans la même mesure sur un temps de présence limité à quatre heures par jour, ce qui paraît contradictoire. Enfin, au regard de la capacité de travail tout de même très limitée constatée lors de stages sous l'égide de l'assurance-invalidité dans un environnement déjà très bienveillant, les constatations de l'expert-psychiatre relatives à une capacité de travail de 70 à 80 % dans une activité exercée à plein temps, divergent manifestement de celles effectuées par l'Orif, même si l'on prend en considération les limitations mentionnées par l'expert, relatives à la nécessité d'un employeur présentant une bienveillance supérieure à la norme, ainsi que d'éviter autant que possible le regard des autres et les impératifs d'interaction sociale régulière, de même que les contacts avec les collègues ou la clientèle aussi restreints que possible, même par téléphone. L'expert-psychiatre ne pouvait passer purement et simplement sous silence ces divergences. Selon les premiers juges, l'expert-psychiatre a estimé de manière convaincante que les troubles psychiques du recourant ne sont que faiblement incapacitants, en mettant en relief les ressources conséquentes dont il disposait. Il avait ainsi pu terminer sa scolarité et obtenir un certificat fédéral de capacité, disposait de très bonnes compétences en informatique, apprenait rapidement, était consciencieux, discipliné et réaliste, mais aussi méthodique, analytique et orienté vers les détails. Il pouvait également compter sur le soutien de sa famille. En outre, toujours selon la Cour cantonale, l'expert-psychiatre avait considéré que la capacité de travail du recourant pouvait encore être améliorée par une prise en charge plus serrée et spécifique des troubles d'anxiété sociale, avec une intensification de la médication. Sur ce dernier point, on doit toutefois constater que l'expert-psychiatre a évoqué un probable syndrome d'Asperger, en laissant ce diagnostic ouvert dès lors qu'il devrait être confirmé par de plus amples investigations. Or il est pour le moins prématuré de se prononcer sur les possibilités de prise en charge médicale et d'amélioration des symptômes ainsi que de la capacité résiduelle de travail, notamment par un traitement médicamenteux, sans préalablement vérifier la pertinence du diagnostic de syndrome d'Asperger, comme le relève à juste titre le recourant. Par ailleurs, en ce qui concerne les ressources de l'assuré, les premiers juges, comme l'expert-psychiatre, ont dans une large mesure retranscrit la description qu'en faisait lui-même le recourant dans son curriculum vitae. Cela prête à discussion et il aurait convenu d'en vérifier la pertinence, ou du moins de l'étayer par les observations faites lors des stages professionnels. Enfin, le recourant a produit en instance cantonale un rapport du 12 mai 2023 de la Fondation D.________, qui constate l'échec de toutes les tentatives d'insertion professionnelle de l'assuré pendant un accompagnement de six mois et recommande une activité auprès d'un employeur bienveillant non pas sur le premier marché du travail, mais sur le "deuxième marché du travail", autrement dit dans un milieu protégé. Les premiers juges ont totalement passé sous silence ces conclusions, qui paraissent, comme les constatations de l'Orif, difficilement compatibles avec la capacité résiduelle de travail de 70 à 80 % constatée par l'expert-psychiatre sur le marché primaire de l'emploi, même auprès d'un employeur bienveillant et en limitant autant que possible tous contacts sociaux.