Citation: BGE 149 IV 57 E. 1.5.5

Cette appréciation doit être suivie. Certes, comme l'a relevé la cour cantonale, il n'est guère discutable que le voyage avait eu une dimension officielle. Il était d'ailleurs crédible que A. l'avait d'abord envisagé comme s'inscrivant dans la continuité de son accompagnement de la délégation économique genevoise au mois de mai 2015, l'idée ayant d'ailleurs été lancée à ce moment-là. Avant son départ, A. avait contacté le DFAE et il s'était entretenu sur place avec l'Ambassadrice de Suisse. Il avait en outre visité un centre de vidéo-surveillance, puis rencontré le prince héritier F.U. Cette dernière rencontre avait certes été fortuite, mais elle n'avait été acceptée par le prince héritier et voulue par A. qu'en raison de leurs fonctions respectives. Pour autant, ces seules activités soulignaient le caractère "très léger" de l'agenda officiel du voyage, qui avait pourtant duré quatre à cinq jours. Aussi, comme A. le reconnaissait lui-même, la dimension privée du voyage avait été prépondérante, l'intéressé l'ayant envisagé, au plus tard dès la mi-juin 2015, comme une "expédition en famille", avec ses amis B. et C., et l'avait ensuite présenté comme tel à N., alors Président du Conseil d'Etat. La nature des activités BGE 149 IV 57 S. 68 accomplies durant le voyage, par la description qui en avait été faite par C. (lequel avait à cet égard évoqué la formule "hôtel, piscine, cigares et Grand Prix"), était d'ailleurs propre à conforter ce constat. En ce qui concerne B., celui-ci avait relevé que, pour sa part, le voyage était purement privé, expliquant qu'à cette époque, il vivait une période difficile sur le plan personnel et que ce projet avait été comme un "ballon d'oxygène". Il est par ailleurs constant que le voyage, tous frais payés (soit 50'000 fr. au moins pour A. et sa famille, et 10'000 fr. au moins pour B.), avait une valeur considérablement supérieure à celle que les deux agents publics étaient susceptibles d'accepter, ne s'agissant pas d'un simple présent de faible importance, qui serait conforme aux usages sociaux. En début de législature, le Président du Conseil d'Etat avait ainsi rappelé à ses collègues, dont A., la règle coutumière prévalant dans le canton de Genève, selon laquelle un Conseiller d'Etat ne pouvait pas accepter un cadeau d'une valeur de plus de 100 à 150 fr. Quant à la participation de B. au voyage, elle était contraire, par la nature et la valeur de l'avantage accordé, au prescrit de l'art. 25 RPAC.