Citation: 6B_474/2022 E. 1.2.2

1.2.2. Le recourant fait valoir que les déclarations de l'intimée ne seraient pas constantes, au vu des importantes variations qu'elles contiendraient. Ainsi, elle aurait tout d'abord affirmé avoir été contrainte sexuellement de fin 2013 à mars 2019, puis se serait rétractée en disant qu'elle se serait laissée faire jusqu'en 2017, ce qui aurait d'ailleurs conduit les premiers juges à réduire la période pénale; ses déclarations auraient également varié quant à la nature des actes et à leur fréquence, ne parlant initialement que de pénétrations vaginales pour ensuite mentionner des fellations, puis enfin se plaindre de sodomies forcées. Enfin, la chronologie des événements imposerait également un doute insurmontable dès lors que l'intimée n'aurait formulé ses accusations qu'après que lui-même l'ait accusée de l'avoir contraint à des relations sexuelles et en réaction seulement à cette accusation, ce qu'elle aurait admis; de plus, elle n'aurait parlé, au CHUV, des contraintes subies qu'en date du 27 novembre 2019 et à sa médecin traitant qu'en mars 2020. Le recourant estime en bref qu'il devrait être acquitté en application du principe in dubio pro reo. L'argumentation du recourant se concentre, en somme, sur la constance des déclarations de l'intimée et sur sa crédibilité. Il livre toutefois sa propre appréciation des déclarations successives de l'intimée, dans une démarche strictement appellatoire, partant irrecevable. Autrement dit, il ne parvient pas à démontrer, ni même ne tente de démontrer, que l'appréciation des preuves opérée par la cour cantonale serait arbitraire. Au demeurant, contrairement à ce qu'affirme le recourant, la cour cantonale a tenu compte, dans son appréciation, de l'évolution des déclarations de l'intimée et l'a expliquée par la difficulté de l'intimée à évoquer ses relations intimes en raison de ses croyances religieuses, de sa virginité, ainsi que de la pudeur et la honte ressenties, corroborées par différents témoignages dont ceux de ses médecins. A cet égard, il ressort de l'arrêt attaqué que tant H.________, une amie du couple, que les médecins traitants de l'intimée, en particulier le Dr I.________ et la Dre G.________, ont tous les trois attesté des prises de conscience progressivement réalisées par l'intimée. H.________ a déclaré qu'elle avait fait comprendre à l'intimée, qu'en Suisse, elle avait des droits et au fil du temps, celle-ci avait ouvert les yeux; après une séance chez son psychiatre, l'intimée avait confié que son époux la forçait sexuellement et qu'elle venait de comprendre qu'il s'agissait d'un viol (arrêt attaqué, consid. B./i.e.). Le Dr I.________ a noté que sa patiente avait réalisé au fil de son suivi que ce qu'elle avait vécu n'était pas normal; elle présentait un état anxieux généralisé de forte intensité, avec la présence de symptômes post-traumatiques, lesquels avaient diminué après le départ de son époux du domicile conjugal (arrêt attaqué, consid. B./i.b.c.). La Dre G.________ a indiqué que l'intimée s'était ouverte peu à peu sur les violences sexuelles subies, soit un mois après le début du suivi. Elle a en outre explicitement affirmé que le post-traumatic stress disorder (PTSD) diagnostiqué chez l'intimée pouvait être mis en relation avec la répétition de situations de violences physiques, sexuelles et psychiques durant plusieurs années (arrêt attaqué, consid. B./i.b.d.b.). La cour cantonale a ainsi retenu que ce n'était par ailleurs que grâce au cadre thérapeutique dont l'intimée bénéficiait qu'elle avait fini par prendre conscience, durant la procédure d'appel, que son rôle d'épouse ne l'obligeait pas à tout accepter. En d'autres termes, la cour cantonale a retenu que l'intimée a peu à peu précisé ses allégations, en même temps qu'elle effectuait certaines prises de conscience. Le recourant ne démontre pas en quoi cette appréciation serait arbitraire, se contentant de pointer les différences dans les déclarations. S'agissant de la période des faits, il ressort de l'arrêt attaqué que l'intimée avait déclaré qu'aucune relation sexuelle n'était consentie depuis 2013 et que, si durant les premières années, il lui était arrivé de se faire manipuler et de se laisser faire, ce n'était pas le cas durant les deux dernières années. Selon l'arrêt attaqué, les juges de première instance avaient limité la période pénale aux deux dernières années de vie commune dans la mesure où ils n'avaient tenu compte que de la contrainte physique, faisant abstraction - à tort selon les juges cantonaux qui ont exposé faire application de l'interdiction de la reformatio in pejus - de la contrainte psychique. Contrairement à ce que soutient le recourant, l'intimée ne s'est ainsi pas rétractée. Bien plutôt, elle a distingué les périodes où elle s'était parfois faite manipuler, c'est-à-dire où elle avait été contrainte psychiquement, de celle où le recourant n'exerçait plus qu'une contrainte physique lors de leurs rapports sexuels. Ainsi, le recourant ne démontre pas en quoi il était manifestement insoutenable de retenir que cet élément n'entachait pas la crédibilité de l'intimée. En outre, s'il est certes exact, comme le relève le recourant, que l'intimée a révélé les abus sexuels dont elle était victime lorsqu'elle a elle-même été accusée par celui-ci de l'avoir contraint à entretenir des relations sexuelles, il ne démontre pas en quoi il serait arbitraire de retenir que l'explication fournie par l'intimée à cet égard - selon laquelle elle n'acceptait pas qu'il s'approprie son vécu et qu'elle avait réalisé à cette occasion qu'elle ne pourrait plus faire l'économie d'exposer sa vie intime au grand jour - était parfaitement sensée. Au vu de ce qui précède, il n'était pas manifestement insoutenable de retenir que la prétendue tardiveté de la dénonciation pénale faite par l'intimée et ses révélations par étapes s'expliquaient par les éléments mis en avant par la cour cantonale (en particulier croyances religieuses, virginité, pudeur, honte, prise de conscience progressive) et que ses déclarations étaient crédibles. Par conséquent, en donnant la préséance à la version des faits avancée par l'intimée et en retenant que cette dernière avait été psychiquement et physiquement contrainte par le recourant à subir des actes sexuels à tout le moins durant les deux dernières années de vie commune, la cour cantonale n'a pas établi les faits de manière arbitraire ni violé le principe in dubio pro reo. Les critiques du recourant doivent être rejetés dans la mesure où elles sont recevables.