Citation: 5A_878/2024 E. 4

En l'espèce, la Cour de justice a tout d'abord relevé qu'il n'était pas contesté que les conditions permettant l'octroi d'un droit de visite au sens de l'art. 274a CC étaient remplies. Seules les modalités de ce droit de visite devaient donc être analysées. Procédant à cet examen, elle a jugé que s'il était dans l'intérêt des enfants de continuer d'entretenir des relations avec A.________, il résultait toutefois de la procédure que le climat entre les parties était hautement conflictuel depuis 2019 à tout le moins et que les enfants n'étaient pas préservés de ce conflit permanent, dont chacune des parties attribuait la responsabilité à l'autre. Le travail de coparentalité auquel elles avaient été invitées à procéder par ordonnance du 28 novembre 2019 n'avait pas été durablement entrepris, de sorte que cinq ans plus tard, la situation ne s'était nullement améliorée. En particulier, le conflit ne s'était pas apaisé, les parties étaient en désaccord sur les principes éducatifs et les activités des enfants, et s'accusaient mutuellement notamment de violence à leur égard et de ne pas en prendre correctement soin. Le droit de visite fixé dans l'ordonnance du 28 novembre 2019 n'avait pas été respecté par les parties, puisqu'elles avaient organisé une prise en charge des enfants par l'une ou l'autre changeant quotidiennement, D.________ et C.________ étant parfois séparés. Compte tenu de l'absence de collaboration des parties et de leurs désaccords notamment au sujet de l'éducation, il était douteux qu'une telle prise en charge ait pu correspondre à l'intérêt des enfants, ce dont les parties ne semblaient pas se soucier. Le SPMi, dans son rapport du 14 novembre 2023, avait relevé la souffrance des enfants: crises de D.________ au domicile de sa mère, ces crises étant évitées par A.________, qui anticipait les demandes de l'enfant sans se questionner sur ses principes éducatifs; même si C.________ paraissait plus ouvert que son frère, il était pris dans un conflit de loyauté et aussi en souffrance, souffrance que les deux parties ne reconnaissaient pas. Dans un tel contexte, la Cour de justice a considéré qu'il ne pouvait être reproché au TPAE de ne pas avoir confirmé une répartition de la prise en charge aussi erratique et d'avoir privilégié une certaine stabilité, même si les mineurs avaient évoqué leur souhait de passer autant de temps chez A.________ que chez leur mère. Le TPAE avait par ailleurs décidé de solliciter une expertise familiale, de sorte que le droit de visite qu'il avait instauré n'était que provisoire, quand bien même la décision avait été rendue sur le fond. Cette autorité serait donc amenée à revoir les modalités du droit de visite après avoir pris connaissance des conclusions du rapport d'expertise. En définitive, en l'état, la Cour de justice a considéré comme essentiel de cesser de déplacer quotidiennement les enfants d'un domicile à l'autre et de leur permettre de "se poser" chez leur mère, en espérant que cette forme de stabilité retrouvée leur permette de s'apaiser et de moins souffrir du conflit de loyauté dans lequel les plaçait la mésentente entretenue depuis plus de cinq ans par les parties. Le droit de visite réservé à A.________, à savoir du jeudi soir au dimanche à 18h00 une semaine sur deux, ne pouvait être considéré comme dérisoire, et permettrait aux mineurs de continuer de partager avec elle non seulement des moments de loisirs, mais aussi du quotidien.