Citation: 4A_534/2015 E. B

B.a. Par citation en conciliation du 25 août 2010, la promotrice a actionné les deux propriétaires devant le Tribunal de première instance du canton de Genève. Dans ses conclusions après enquêtes, elle requérait d'une part le paiement de 1'021'932 fr. à titre d'indemnisation pour le dommage causé par la résiliation du mandat, d'autre part la mainlevée définitive des oppositions dans les poursuites en cours. Le 23 mai 2011, le tribunal a procédé à l'audition de C.________, architecte et administrateur-président (avec signature individuelle) du bureau Z.________ SA. Ce témoin a déclaré que le bureau n'avait accompli que 24% du travail sur les 58,5% prévus, qui auraient donné droit au montant de 650'000 fr.; les honoraires s'élevaient donc à 266'666 fr. plus 7,6% de TVA, soit au total 324'932 fr. (sic!), exigibles depuis fin 2009. Le bureau avait renoncé à facturer la pénalité pour résiliation du mandat en temps inopportun. Il n'avait pas encore formellement établi de facture pour ces 266'666 fr., mais la promotrice lui avait confirmé qu'ils étaient dus. Statuant le 2 février 2012, le Tribunal de première instance a entièrement rejeté la demande. Le 30 novembre 2012, la Cour de justice a réformé cette décision, admettant la demande à concurrence de 286'932 fr. 60 plus intérêts et prononçant la mainlevée définitive des oppositions dans cette mesure. Le raisonnement de la Cour est succinctement présenté ci-dessous. Les deux propriétaires étaient liés à la promotrice par un contrat de mandat notamment, qu'ils avaient résilié en temps inopportun. En effet, après avoir refusé les plans présentés par la promotrice, ils l'avaient empêchée de les adapter à leurs souhaits et de déposer en temps utile une demande d'autorisation de construire, ce qui lui eût permis de recouvrer ses frais. En vertu de l'art. 404 al. 2 CO, les propriétaires répondaient du dommage causé par cette résiliation. Concrètement, ils devaient supporter le coût des honoraires du bureau d'architectes. Celui-ci, d'après le témoignage de C.________, avait effectué 24% du travail, ce que les propriétaires ne contestaient pas. L'art. 6 du contrat d'architecte n'impliquait pas une renonciation à toute rémunération jusqu'à la délivrance du permis de construire; tout au plus précisait-il que le premier acompte devait être versé dès réception de l'autorisation de construire. En bref, les propriétaires devaient répondre du dommage à hauteur de 266'666 fr. plus 7,6% de TVA, soit au total 286'932 fr. 60, et non pas 324'932 fr. comme indiqué par le témoin. En revanche, les propriétaires n'avaient pas à supporter le coût d'une étude de terrain facturée 5'000 fr. par un bureau d'ingénieurs civils. L'associé gérant de ce bureau avait en effet précisé qu'il n'entendait pas réclamer le montant dû si la promotrice n'obtenait pas gain de cause. Celle-ci ne démontrait donc pas qu'elle avait subi ou subirait un dommage en relation avec cette facture. De même, aucun dommage ne pouvait être retenu du fait de la facturation d'une commission de courtage. La promotrice avait conclu en février 2009 une convention par laquelle elle octroyait 226'000 fr. à un tiers pour avoir agi comme intermédiaire entre elle et les deux propriétaires. L'intéressé avait établi une facture pro forma de même montant, dont il avait précisé qu'elle ne devait être payée qu'à l'issue de la procédure. La prétention n'avait pas de lien avec l'exécution du mandat confié à la promotrice. B.b. Les propriétaires ont saisi le Tribunal fédéral d'un recours en matière civile dans lequel ils concluaient au rejet de l'action en paiement. Entre autres, ils reprochaient à la Cour de justice d'avoir retenu à tort l'existence d'un dommage alors que la promotrice n'avait pas démontré encourir des frais découlant du contrat d'architecte; la Cour aurait dû retenir que la promotrice avait tout au plus promis une indemnité au bureau d'architectes si elle gagnait son procès contre les propriétaires, à l'instar des accords passés avec d'autres mandataires tels que le bureau d'ingénieurs civils. Par arrêt du 31 juillet 2013 (4A_46/2013), la cour de céans a partiellement admis le recours, annulé l'arrêt attaqué et renvoyé la cause à l'autorité précédente pour nouvelle décision. Les considérants topiques sont succinctement rappelés ci-dessous. L'arrêt cantonal du 30 novembre 2012 ne dit pas pour quel motif le bureau d'architectes n'a émis aucune facture, ni exigé à aucun moment que la promotrice paie ses honoraires. Les recourants posent à juste titre la question de savoir si, à l'instar du bureau d'ingénieurs, le bureau d'architectes entend en fait percevoir des honoraires uniquement dans l'hypothèse où ceux-ci seront économiquement assumés par les recourants. Dans cette perspective, l'on peut aussi s'interroger sur la raison d'être de l'art. 6 du contrat SIA selon lequel le premier acompte ne doit être perçu qu'après l'obtention du permis de construire. Ces éléments importent, l'enjeu étant de savoir si le patrimoine de la promotrice est grevé avec certitude d'une obligation de rémunération contraignante en faveur du bureau d'architectes. A supposer qu'elle retienne une obligation contraignante, la Cour de justice devra encore déterminer si le montant de 266'666 fr. articulé par le témoin C.________ inclut les nouveaux plans établis en février 2010, ainsi que les plans pour l'aménagement de la parcelle adjacente appartenant à un tiers; les propriétaires n'ont en effet pas à supporter de tels frais. B.c. Par décision du 24 janvier 2014, la Cour de justice a renvoyé la cause au Tribunal de première instance pour instruction et nouvelle décision. L'administrateur-président du bureau d'architectes, soit C.________, a été réentendu le 23 mai 2014. Il a confirmé que la promotrice lui devait 266'666 francs. Il n'avait pas encore établi de facture car l'associé gérant de la promotrice lui avait dit être en désaccord avec les propriétaires. Ils avaient alors convenu d'attendre l'issue de la procédure pour facturer les prestations effectuées. Le témoin avait accepté au vu de leurs bonnes relations; son bureau avait notamment un autre mandat qui lui avait été donné par un groupe de promoteurs dont faisait partie X.________ Sàrl. Il n'était pas question de faire cadeau d'un montant aussi important. Le témoin entendait être payé, peu importe par qui; il avait accepté de reculer la date de paiement, mais pas de renoncer purement et simplement aux honoraires. Un rabais assez conséquent avait déjà été accordé; en fonction de la rapidité de paiement, un rabais supplémentaire pourrait encore être accordé. Le témoin ignorait si une provision ou autre créance ouverte contre la promotrice avait été inscrite dans les comptes 2012 ou 2013 du bureau d'architectes. Le témoin a proposé d'établir une facture si le tribunal le jugeait utile. Il a alors été convenu que le témoin ferait parvenir un tel document au bureau d'architectes. Le témoin a encore précisé que les honoraires de 266'666 fr. ne couvraient pas les plans concernant la parcelle voisine propriété d'un tiers, ni les nouveaux plans établis en février 2010, l'usage étant d'offrir quelques modifications relevant plutôt de l'évolution ou de l'optimisation du projet. Enfin, les conditions de paiement prévues à l'art. 6 du contrat étaient dues au fait qu'il faut généralement une autorisation de construire pour obtenir un crédit de construction, raison pour laquelle le paiement de la première facture est repoussé jusqu'à l'obtention du crédit; cela ne signifiait pas que l'ayant droit renonçait au paiement des premiers honoraires. Lorsque la demande d'autorisation de construire n'était pas déposée, des honoraires étaient néanmoins réclamés pour les prestations déjà effectuées. Le 30 mai 2014, le témoin, au nom du bureau d'architectes, a adressé à la promotrice une note d'honoraires de 267'000 fr. plus 8% de TVA, soit au total 288'360 francs. Dans ses conclusions après enquêtes du 28 octobre 2014, la promotrice a conclu au paiement de 286'932 fr. 60 plus intérêts à 5% dès le 29 juin 2010, respectivement à la mainlevée définitive des oppositions. Les propriétaires ont conclu au rejet de l'action. B.d. Statuant le 12 janvier 2015, le Tribunal de première instance a admis les dernières conclusions de la promotrice, ordonnant la mainlevée définitive des oppositions à concurrence du montant précité. Constatant l'inexistence d'un accord identique à celui conclu avec le bureau d'ingénieurs, le tribunal a conclu que le patrimoine de la demanderesse "sembl[ait] bien grevé d'une obligation de rémunération contraignante" en faveur du bureau d'architectes; en conséquence, les propriétaires devaient la dédommager pour les honoraires dudit bureau. B.e. Le 28 août 2015, la Cour de justice a partiellement réformé cette décision en ce sens que les propriétaires sont condamnés au paiement de 286'932 fr. 60 sans intérêts. La promotrice n'ayant pas établi devoir des intérêts au bureau d'architectes, elle ne pouvait réclamer une indemnité correspondante aux propriétaires. Pour le surplus, le grief de violation de l'art. 8 CC était infondé; le tribunal avait certes utilisé une expression peu heureuse en constatant que le patrimoine de la promotrice "semblait" grevé d'une obligation de rémunération contraignante, mais le jugement montrait que le tribunal avait clairement exprimé sa conviction.