Citation: 6B_435/2023 E. B

Par jugement du 27 février 2023, la Cour pénale II du Tribunal cantonal du Valais a rejeté l'appel de A.________ et a partiellement admis l'appel joint du ministère public. Elle a réformé le jugement du 25 février 2022 en ce sens que A.________ a été reconnue coupable de deux tentatives de meurtre, de tentatives de lésions corporelles graves et de lésions corporelles simples et condamnée à une peine privative de liberté de 6 ans, sous déduction de la détention avant jugement et des mesures de substitution à la détention. La cour cantonale a également prononcé l'expulsion de A.________ pour une durée de 6 ans et a ordonné le signalement de l'expulsion dans le système d'information Schengen (SIS). Elle a confirmé le jugement pour le surplus. Il en ressort les faits suivants: B.a. A.________ et B.________ ont entretenu une relation amoureuse depuis le début de l'été 2020, sans faire toutefois ménage commun. Chacun disposait de son propre logement, à U.________ pour elle et à V.________ pour lui. Jusqu'en décembre 2020, cette relation semble s'être déroulée sans problème particulier, les intéressés ayant même des projets de vie commune et de mariage. Elle s'est ensuite dégradée pour des raisons financières, voire de jalousie "vis-à-vis d'autres femmes", selon B.________, en raison de leur consommation d'alcool excessive aux dires de A.________. Deux altercations opposant les intéressés sont survenues, sans aucun témoin, les 22 et 26 décembre 2020. B.b. Durant la soirée du 22 décembre 2020, au domicile de B.________, une dispute a éclaté entre celui-ci et A.________, laquelle s'est emparée, à un moment donné, d'un couteau de boucher de couleur rouge à lame lisse et pointue non aiguisée d'environ 19 cm, dans le but d'effrayer son compagnon. Tenant ce couteau par le manche, elle a soudainement fait un geste en piqué en direction de celui-ci et l'a atteint dans la région pectorale gauche, par-dessus son t-shirt. Lors de l'impact, le manche du couteau s'est désolidarisé de la lame qui est tombée au sol, A.________ a fondu en larmes et s'est excusée. Aux dires de B.________, ils se sont ensuite réconciliés et ont entretenu une relation intime. B.c. Les rapports d'examen clinique, établis les 28 décembre 2020 et 11 janvier 2021 par des médecins du Service de médecine légale de l'Hôpital du Valais, attestent que B.________ présentait au moment où il a été examiné - soit dans la matinée du 27 décembre 2020 - en région pectorale gauche, à proximité de la racine du bras, une zone ecchymotique brune à brun violacé, à périphérie jaune, de 8 cm de grand axe, au centre de laquelle se trouvait un halo rosé et jaune, comportant une croûte brune punctiforme, lésion aspécifique mais néanmoins compatible avec le mécanisme proposé par l'examiné, à savoir un coup de couteau porté dans cette région de son corps alors qu'il portait un t-shirt. Ces mêmes experts ont expliqué, dans le rapport d'expertise du 18 octobre 2021, que, "en fonction de la sévérité du coup porté, [ce dernier] [pouvait] être de nature à entraîner des lésions cutanées et/ou sous-cutanées et/ou une atteinte du plexus brachial et/ou une perforation de la cavité pleurale et/ou un pneumothorax, tout ceci pouvant s'accompagner d'une hémorragie (...) et d'une dysfonction respiratoire si [le couteau] [avait] pénétré dans la cavité pleurale". En d'autres termes, en fonction de la force et de la profondeur du coup porté avec le couteau de boucher utilisé, les lésions subies par la victime pouvaient "être aussi bien sans conséquence (atteinte des tissus mous), [que] potentiellement mortelles ou mortelles (par exemple, lors de la perforation du coeur) ". Toutefois, dans le cas particulier, "seule une lésion cutanée superficielle [avait] été observée", laquelle n'avait pas nécessité de "soins particuliers". B.d. Durant la soirée du 26 décembre 2020, toujours au domicile de B.________, une nouvelle dispute a éclaté entre celui-ci et A.________, alors que tous deux étaient sous l'influence de l'alcool. Le ton est monté entre eux et, sous le coup de la colère, A.________ a notamment cassé un vase et lancé une assiette contre un mur. Elle a ensuite tenté d'agripper son compagnon et l'a griffé au niveau du cou. Celui-ci I'a repoussée avec ses deux mains en lui demandant de quitter son appartement. Ensuite, alors qu'il était en train de composer le numéro de la police municipale de V.________ sur son téléphone portable, sa compagne s'est approchée de lui et lui a asséné un coup sur la tête au moyen d'une réplique du trophée doré de la Coupe du monde de football d'un poids légèrement inférieur à 2 kg, le blessant en région pariétale droite. S'étant protégé avec sa main gauche, l'intéressé a été heurté au bras et au coude par ledit trophée. Remarquant qu'il saignait à la tête, il s'est ensuite rendu dans la salle de bain sise à côté de la cuisine pour observer sa blessure. Puis, énervé et souhaitant que son amie quitte les lieux, il l'a rejointe dans la cuisine et a constaté qu'elle tenait dans sa main droite un couteau de cuisine de couleur verte dont la lame lisse et pointue mesurait environ 13 cm. Alors qu'il se trouvait à environ un mètre de sa compagne, celle-ci a fait un geste en piqué avec ledit couteau en direction de son abdomen. Il a réussi à parer le coup en se protégeant avec sa main gauche et en saisissant partiellement la lame du couteau, ce qui lui a occasionné une blessure à l'index gauche. Dans la foulée, A.________ lui a déclaré: "Je te coupe les coucougnettes" et a tenté de le frapper avec ce même couteau à la hauteur de ses parties génitales. Par réflexe, il a fait un pas en arrière, si bien que seul son slip a été coupé, à l'horizontale, par ledit couteau sur une longueur de 2,5 cm. Il a réagi en donnant un coup de pied sur la main avec laquelle son amie tenait le couteau. Ce dernier est tombé au sol et B.________ l'a ensuite éloigné avec son pied. Il a en outre asséné un deuxième coup de pied sur la hanche de A.________, ce qui a provoqué sa chute. Elle a gesticulé avec ses bras et ses jambes en essayant de frapper son ami, lequel, poursuivant l'objectif de la faire sortir de son appartement, lui a saisi la nuque avec sa main droite et un bras ou une jambe avec l'autre main. Elle lui a alors mordu le pouce droit et l'a blessé. Il s'est défendu en lui assénant des coups avec sa main gauche derrière sa tête et a réussi à lui faire lâcher son emprise sur son doigt. Comme elle s'était un peu calmée, il l'a saisie et fait sortir de l'appartement avant de verrouiller la porte d'entrée derrière elle. Elle a tenté d'y revenir en frappant notamment avec un objet indéterminé - un caillou, selon les suppositions de B.________ - et de manière violente contre la poignée de ladite porte. B.e. Selon le rapport d'expertise médico-légale du 18 octobre 2021, le coup porté par A.________ à la tête de B.________ au moyen du trophée "Coupe du monde" pouvait, théoriquement, provoquer des atteintes de la peau ou des "tissus mous" recouvrant la boîte crânienne, mais également une fracture de cette dernière ou une atteinte du cerveau, telles une commotion, des hémorragies intracrâniennes, des "foyers de contusions cérébrales", des "lacérations cérébrales", un oedème cérébral, "le tout associé le plus souvent à des symptômes neurologiques (tels que vomissements, perte de connaissance, coma, dysfonction respiratoire, voire décès) ". De surcroît, de manière générale, en fonction de la force déployée ainsi que des caractéristiques propres de l'objet utilisé, les lésions pouvaient être "superficielles (atteinte des tissus mous), potentiellement mortelles ou mortelles (par exemple, atteinte du tronc cérébral, hémorragie diffuse cérébrale avec oedème cérébral massif) ". Toutefois, dans le cas particulier, le coup asséné par A.________ avait causé "deux lésions des tissus mous" dans la région pariétale droite et dans celle de l'oreille droite de son ami, "sans élément alarmant mis en évidence par les cliniciens le 26 décembre 2020 (absence de symptômes neurologiques en particulier), et sans nécessiter la réalisation d'investigations complémentaires". Il s'agissait dès lors "d'un traumatisme crânien léger". Les experts ont par ailleurs affirmé que le coup de couteau porté par A.________ en piqué, en direction de l'abdomen de B.________, était susceptible de lui causer des lésions qui dépendaient de la force utilisée, de la présence d'habits ainsi que la localisation et de la direction du coup donné. En particulier ces lésions pouvaient "être aussi bien sans conséquence (atteinte des tissus mous), potentiellement mortelles ou mortelles (par exemple, section de l'aorte abdominale) ". Dans le cas d'espèce, en fonction de sa "sévérité" et de la "région visée", le coup de couteau en question était "de nature à entraîner des lésions cutanées et/ou sous-cutanées et/ou une atteinte de tous les organes intra-abdominaux et de leur réseau vasculaire, ceci pouvant s'accompagner d'une hémorragie (...) voire se compliquer d'une infection". L'examen clinique médico-légal réalisé peu après les faits n'avait cependant révélé aucune lésion cutanée pouvant être la conséquence d'un tel coup de couteau. S'agissant finalement du coup porté par A.________, avec le même couteau, au niveau des parties génitales de B.________, les experts ont précisé qu'il était à même de provoquer, en fonction notamment de la force utilisée et de sa profondeur, des lésions pouvant "être aussi bien sans conséquence, potentiellement mortelles ou mortelles (par exemple, en cas d'hémorragie sans prise en charge médicale rapide) ". Dans le cas particulier, le coup de couteau en question, en fonction de sa "sévérité", pouvait "être de nature à entraîner des lésions cutanées et/[ou] des tissus mous et/ou une atteinte des structures constituant le pénis et les testicules, notamment les vaisseaux et le système urinaire et reproducteur". L'examen médico-légal réalisé peu après les faits n'avait cependant révélé aucune lésion cutanée pouvant découler dudit coup de couteau. B.f. Ressortissante de Guinée-Conakry, A.________ est arrivée en Suisse en 2001 à l'âge de 23 ans. Elle a bénéficié d'un permis de séjour de type B jusqu'au 27 septembre 2022 et la procédure de renouvellement de ce permis est actuellement toujours en cours. Divorcée à deux reprises de citoyens suisses, elle est mère de deux enfants, C.________, née en 2009, et D.________, né en 2011 - dont les pères ne sont pas ses ex-maris -, qui ont été placés en famille d'accueil dès 2012 et sur lesquels elle possède cependant toujours l'autorité parentale. Depuis février 2022, elle exerce son droit de visite dans le cadre du Point-Rencontre de W.________, à raison de deux fois par mois durant deux heures. Elle n'a plus exercé d'activité professionnelle depuis le 1er janvier 2012 et, à partir du 1er mars 2019, elle a perçu une rente entière d'invalidité, laquelle s'est élevée à 1'049 fr. par mois dès le 1er juillet 2022. B.g. A.________ fait l'objet de trois inscriptions au casier judiciaire suisse. - Le 23 juillet 2015, elle a été condamnée par le Tribunal de police de Lausanne, pour injure ainsi que pour violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, à une peine pécuniaire de 100 jours-amende à 20 fr. par jour, avec sursis pendant 3 ans (lequel a été révoqué le 4 juillet 2017), de même qu'à une amende de 100 francs. - Le 4 juillet 2017, le Tribunal de police de Lausanne l'a condamnée pour le même type d'infractions à une peine pécuniaire de 120 jours-amende à 10 fr. par jour. - Le 17 août 2020, le Ministère public de l'arrondissement de l'Est vaudois l'a condamnée pour lésions corporelles simples et injure à une peine privative de liberté de 120 jours.