Citation: I 27/01 09.11.2001 E. 2

2.- a) Le jugement attaqué se fonde sur le ch. m. 1015 de la circulaire de l'OFAS concernant l'invalidité et l'impotence dans l'assurance-invalidité (CIIAI), selon lequel les troubles psychiques qui sont provoqués principalement par des circonstances extérieures telles que les particularités comportementales de nature socio-culturelle, ethnique ou familiale ainsi que les difficultés psychiques causées en premier lieu par l'émigration (déracinement et acclimatation), n'ont, en eux-mêmes, pas valeur d'invalidité. Celles-ci peuvent toutefois constituer des facteurs aggravants d'importance variable selon les individus et favoriser l'apparition de troubles psychogènes. Dans le cas particulier, le premier juge a considéré que les troubles d'ordre psychique du recourant, dans la mesure où ils apparaissent essentiellement liés à des problèmes d'adaptation, ne constituent pas une atteinte invalidante au sens de l'art. 4 LAI. b) En ce qui concerne les facteurs psychosociaux ou socioculturels et leur rôle en matière d'invalidité, le Tribunal fédéral des assurances, dans un arrêt B. du 5 octobre 2001 (I 724/99, destiné à la publication), a précisé sa jurisprudence relative aux atteintes à la santé psychique. Dans chaque cas d'invalidité, il doit y avoir un diagnostic médical pertinent d'après lequel, à dire de spécialiste, la capacité de travail (et de gain) est diminuée de manière importante. Plus les facteurs psychosociaux et socioculturels sont au premier plan dans l'anamnèse, plus il est essentiel que le diagnostic médical précise s'il y a atteinte à la santé psychique qui équivaut à une maladie. En effet, il ne suffit pas que le tableau clinique indique qu'il y a diminution de la capacité de travail et que celle-ci a sa source dans des facteurs socioculturels, mais encore faut-il qu'il prenne en compte le diagnostic médical sur le plan psychiatrique, par exemple qu'il fasse clairement la différence entre l'humeur dépressive dont se plaint l'assuré et l'état dépressif au sens médical ou qui lui est assimilable. Si le diagnostic médical retient une atteinte à la santé psychique entraînant une diminution de la capacité de travail (et de gain), les facteurs socioculturels sont relégués à l'arrière-plan. Tel n'est pas le cas, en revanche, quand l'expert admet que le diagnostic médical ne suffit pas pour expliquer l'incapacité de travail, imputable essentiellement aux difficultés psychosociales ou socioculturelles de l'assuré (VSI 2000 p. 155 consid. 3). D'un autre côté, à partir du moment où il est établi qu'il y a atteinte à la santé psychique ayant valeur de maladie, il est décisif de savoir si et dans quelle mesure, en cas de traitement médical adéquat, l'assuré peut, malgré son infirmité mentale, mettre à profit sa capacité de travail et de gain en exerçant, éventuellement dans un cadre de travail protégé (Pra 1997 n° 49 p. 255 consid. 4b), l'activité qui peut raisonnablement être exigée dans son cas (Hans-Jakob Mosimann, Somatoforme Störungen : Gerichte und [psychiatrische] Gutachten, in : SZS 1999 p. 1 ss et 105 ss, en particulier p. 15 ss et les références; Jacques Meine, L'expertise médicale en Suisse : satisfait-elle aux exigences de qualité actuelles?, in : Schweizerische Versicherungszeitschrift [SVZ] 67/1999 p. 37 ss). c) En l'occurrence, les médecins du centre psycho-social font état dans le rapport du 13 janvier 1999, sous la rubrique consacrée au diagnostic, des circonstances personnelles et familiales qui expliquent, selon eux, l'exacerbation des symptômes psychiatriques. Ils ont posé le diagnostic de trouble de l'adaptation et de personnalité de type paranoïaque. Il apparaît ainsi que les difficultés psychosociales de l'assuré sont au premier plan. Conformément à la jurisprudence exposée ci-dessus sous let. b, il est dès lors nécessaire de savoir si le diagnostic médical permet à lui seul d'expliquer l'incapacité de travail de 75 % attestée par ces médecins, ou si celle-ci est imputable essentiellement aux facteurs psychosociaux. En conséquence, il y a lieu d'annuler le jugement attaqué et de renvoyer la cause à la juridiction cantonale pour qu'elle procède à une instruction complémentaire sur ce point, comportant une expertise. Il convient d'établir si et dans quelle mesure la capacité résiduelle de travail (et de gain) du recourant, qui était jusque-là de 60 %, a subi une diminution en raison de la survenance de troubles d'ordre psychique ayant valeur de maladie, ou si la diminution est imputable essentiellement à ses difficultés psychosociales.