Citation: 6B_5/2022 E. 3.3.1

3.3.1. Dans un premier grief, le recourant fait valoir que, selon les travaux préparatoires et une partie de la doctrine, les objectifs de prévention spéciale peuvent constituer des circonstances extraordinaires au sens de l'art. 86 al. 4 CP. Il reproche dès lors à la cour cantonale de s'être bornée à constater que ses conditions de vie socio-professionnelles n'étaient pas méritoires, sans examiner en quoi ces conditions de vie pourraient être altérées par sa réincarcération au point que le risque de récidive s'avérerait plus important en cas de refus de la libération conditionnelle selon l'art. 86 al. 4 CP. Certains auteurs proposent d'appliquer l'art. 86 al. 4 CP dans une perspective de prévention spéciale: il conviendrait, selon eux, d'octroyer une libération conditionnelle à mi-peine lorsque des "circonstances extraordinaires tenant à la personne du détenu" excluent dans une large mesure le risque de récidive et qu'il y a lieu de craindre que l'exécution de la peine au-delà de la moitié de la peine aient des effets négatifs sur l'aptitude du condamné à vivre sans commettre d'infractions après sa libération (KILIAS/KUHN/DONGOIS, Précis de droit pénal, 4e éd., Berne 2016, n° 1423; CORNELIA KOLLER, Basler Kommentar, Strarecht I, 4e éd. 2019, n° 18 ad art. 86 CP; TRECHSEL/AEBERSOLD, Schweizerisches Strafgesetzbuch, Praxiskommenatr, 4e éd., 2021, n° 1). D'autres auteurs mettent toutefois en garde contre une renonciation trop large à la peine, qui pourrait s'opposer à des besoins de rétribution, qui ne peuvent être restreints qu'à des conditions très strictes; selon eux, une libération anticipée à mi-peine ne peut apparaître comme "juste" que dans des situations exceptionnelles (CHRISTOPH URWYLER, Die Praxis der bedingten Entlassung aus dem Strafvollzug, 2019, p. 87; STRATENWERTH/BOMMER, Schweizerisches Strafrecht, Allgemeiner Teil II: Strafen und Massnahmen, 3e éd., 2020, § 3, n° 95). En l'espèce, quoi qu'il en soit, des objectifs de prévention spéciale ne sauraient justifier l'octroi de la libération conditionnelle à mi-peine. En effet, le recourant fait valoir qu'il est marié et qu'il a un travail. Ces seuls éléments ne sauraient constituer des "circonstances extraordinaires" au sens de l'art. 86 al. 4 CP. Il est vrai que le recourant pourrait perdre son emploi à la suite de l'exécution de la peine. C'est toutefois le cas de tous les condamnés qui ont un emploi et qui doivent exécuter leur peine. Si l'on devait suivre le recourant, on élargirait à l'excès le champ d'application de l'art. 86 al. 4 CP, qui doit rester l'exception, et on risquerait de mettre en péril les besoins de rétribution liés à l'exécution de la peine.