Citation: 6B_183/2020 E. 2.4

2.4. A teneur de l'état de fait établi, la recourante n'a pas fait preuve d'une cruauté ou d'une perfidie particulière dans la perpétration de son crime. Il y a également lieu de relever, comme la recourante le souligne, qu'elle a fini par baisser son arme et appeler les secours comme sa fille le lui demandait. Il n'en demeure pas moins que la recourante a manifesté une extrême froideur dans sa façon d'agir. Elle a rédigé ses dernières volontés avec soin et préparé son arme sans précipitation. Elle n'a démontré aucune nervosité particulière devant sa fille qu'elle avait pourtant l'intention de tuer quelques instants plus tard. Aucun élément ne révèle un débat intérieur dénotant de scrupules dans la phase précédant l'homicide. La recourante a profité de la confiance de sa fille pour qu'elle se place dans une position facilitant l'exécution de son acte, c'est-à-dire à genoux et de dos, et elle a fait preuve de lâcheté en lui tirant dessus alors qu'elle lui tournait le dos. Elle avait continué de tirer sur elle alors que celle-ci lui demandait d'arrêter et avait même eu le sang-froid de débloquer l'arme lorsque celle-ci avait eu un problème d'éjection, ce qui révélait un degré certain de détermination. Enfin, son détachement émotionnel a frappé les policiers qui se sont rendus sur les lieux du crime. Cette grande maîtrise de soi dénote une absence particulière de scrupules. La recourante ne conteste pas que son désespoir soit né de ses ambitions déçues (être mariée, femme au foyer avec plusieurs enfants, disposer de moyens financiers importants). Par ailleurs, c'est à juste titre que les premiers juges ont relevé que sa situation n'était pas comparable à celle d'une mère qui envisage de se suicider et préfère tuer ses jeunes enfants pour ne pas les laisser dans une souffrance intolérable, puisque sa fille était une jeune adulte qui avait des ressources (considération reprise dans le jugement attaqué, cf. consid. 4.3.4 p. 24). La recourante savait sa fille heureuse de vivre, ce qui ne l'a pas empêchée, pour des motifs qui ne se rapportaient qu'à sa propre existence, de vouloir lui ôter la vie. En ce sens, s'il n'est certes pas dénué de toute implication émotionnelle, il n'en demeure pas moins que le mobile qui l'a animée était parfaitement égoïste, puisqu'elle a fait de sa fille la victime de sa profonde amertume, celle-ci y étant pourtant totalement étrangère. Le mobile n'était pas non plus dénué de toute futilité, dans la mesure où il découlait des insatisfactions personnelles de la recourante, surtout par rapport à son niveau de vie, lequel n'avait pourtant rien de dramatique. Il importe peu, du reste, que le geste de la recourante n'eût pas été totalement dénué d'affect, dès lors que la responsabilité restreinte ou l'émotion n'excluent pas la qualification d'assassinat (cf. ATF 101 IV 279 consid. 5 p. 284; plus récemment arrêts 6B_507/2020 du 17 août 2020 consid. 1.1; 6B_654/2018 du 5 septembre 2018 consid. 2.3). En définitive, l'appréciation d'ensemble des circonstances externes et internes de l'acte révèle plusieurs éléments typiques de l'assassinat. Mue par ses frustrations personnelles, la recourante a tenté de sacrifier la vie de sa propre fille dont elle n'avait pas eu à souffrir. Son acte demeure absolument incompréhensible à l'aune de critères moraux objectifs. De surcroît, la maîtrise de soi, la détermination et la grande froideur entourant l'acte dénotent d'un total mépris pour la vie d'autrui. La cour cantonale pouvait ainsi, sans violer le droit fédéral, retenir la qualification d'assassinat.