Citation: 9C_482/2007 16.04.2008 E. 2

2.1 En l'occurrence, le Tribunal cantonal des assurances sociales a expliqué de façon convaincante les raisons pour lesquelles l'état douloureux sans substrat organique objectivable affectant la recourante ne constituait pas dans le cas particulier une atteinte à la santé à caractère invalidant. Elle a notamment procédé à une appréciation complète et rigoureuse de la documentation médicale versée au dossier, en indiquant pourquoi les divers rapports médicaux établis par les médecins traitants de la recourante ne permettaient pas de s'écarter des conclusions de l'expertise réalisée par la Clinique Y.________. 2.2 Les critiques formulées à l'égard de l'expertise - auxquelles la juridiction cantonale a d'ailleurs déjà répondu de manière exhaustive et circonstanciée - ne mettent pas en évidence d'omissions significatives, de contradictions manifestes ou de lacunes évidentes susceptibles d'entacher sérieusement la fiabilité de ce document. 2.2.1 Ainsi, la recourante ne fait pas état de faits objectivement vérifiables démontrant l'existence de troubles rhumatologiques entravant notablement sa capacité de gain ou d'un état dépressif préexistant à l'apparition de la symptomatologie douloureuse. S'il est vrai que le docteur R.________ a mis en évidence l'existence de plusieurs épisodes brefs de dépression dès l'âge de vingt ans, évocateurs d'une fragilité psychologique préexistante à l'apparition de la fibromyalgie, ce médecin a également précisé que l'installation d'un état dépressif chronique constituait en l'occurrence une manifestation réactive de la fibromyalgie elle-même et des difficultés qu'elle entraînait dans la vie quotidienne (rapport du 31 octobre 2003). Pour les motifs évoqués par la juridiction cantonale, les propos à peine nuancés tenus par la suite par le docteur R.________ (rapport du 5 février 2007) ne sauraient emporter la conviction. 2.2.2 Les experts n'ont pas outrepassé leur domaine de compétence en se déterminant sur la capacité de travail de la recourante à la lumière des critères posés par la jurisprudence en matière de troubles somatoformes douloureux. Dans les cas d'une symptomatique douloureuse sans substrat organique objectivable, la mission d'expertise consiste surtout à porter une appréciation sur la vraisemblance de l'état douloureux et, le cas échéant, à déterminer si la personne expertisée dispose des ressources psychiques lui permettant de surmonter cet état. Le Tribunal fédéral a mis en évidence l'existence de facteurs déterminés qui, par leur intensité et leur constance, rendent la personne incapable de fournir cet effort de volonté. Eu égard à la mission qui lui est confiée, l'expert faillirait à celle-ci s'il ne tenait pas compte de ces différents critères dans le cadre de son appréciation médicale (ATF 132 V 65 consid. 4.2 et 4.3 p. 70). 2.2.3 La recourante prétend pour finir que les faits retenus par les experts pour établir la réalité de son retrait social ne correspondent pas aux propos qu'elle a tenu au cours de l'expertise. Elle voit dans le refus par la juridiction cantonale d'ordonner une instruction sur ce point précis une violation de son droit d'être entendue. La violation du droit d'être entendu dans le sens invoqué par l'intéressée est une question qui n'a toutefois pas de portée propre par rapport au grief tiré d'une mauvaise appréciation des preuves. Le juge peut effectivement renoncer à accomplir certains actes d'instruction sans que cela n'entraîne une violation du droit d'être entendu (SVR 2001 IV n° 10 p. 28 consid. 4b) s'il est convaincu, en se fondant sur une appréciation consciencieuse des preuves, que certains faits présentent un degré de vraisemblance prépondérante et que d'autres mesures probatoires ne pourraient plus modifier cette appréciation (sur l'appréciation anticipée des preuves, cf. Ueli Kieser, Das Verwaltungsverfahren in der Sozialversicherung, p. 212 n° 450; Kölz/Häner, Verwaltungsverfahren und Verwaltungsrechtspflege des Bundes, 2e éd., p. 39, n° 111 et p. 117, n° 320; Fritz Gygi, Bundesverwaltungsrechtspflege, 2e éd. p. 274; cf. aussi ATF 122 II 464 consid. 4a p. 469, 122 III 219 consid. 3c p. 223, 120 Ib 224 consid. 2b p. 229, 119 V 335 consid. 3c p. 344 et la référence). En l'occurrence, les premiers juges ont estimé qu'en présence de deux versions différentes et contradictoires, il fallait donner la préférence à celle que la recourante avait donnée en premier, alors qu'elle en ignorait les conséquences juridiques, les explications nouvelles pouvant être - consciemment ou non - le produit de réflexions ultérieures (ATF 121 V 45 consid. 2a p. 47 et les références). En procédant de la sorte, les premiers juges n'ont pas violé le droit fédéral. Au cours de l'expertise, la recourante a été examinée par les docteurs U.________, spécialiste en rhumatologie, et A.________, spécialiste en psychiatrie, lesquels ont rapporté dans leur prise de position respective des constatations similaires quant aux activités de la vie quotidienne et au fonctionnement social de la recourante. Les critiques formulées en instance cantonale, puis reprises en procédure fédérale, consistent en de pures allégations qu'aucun indice sérieux ne vient étayer. La mise en oeuvre d'une mesure d'instruction complémentaire ne s'imposait dès lors pas. Plus généralement, on peine à imaginer que deux experts aient pu retranscrire de manière erronée, mais identique, les propos tenus par la recourante au cours de deux entretiens distincts.