Citation: 4C.91/2000 23.11.2001 E. A

A.- Le 28 juin 1990, T.________ a été engagé par la commune X.________ comme psychologue à mi-temps, poste qui dépend du service médical de la direction des écoles. Il a été tout d'abord rattaché à l'établissement primaire de A.________. Le 11 septembre 1991, T.________ a obtenu l'autorisation d'exercer à mi-temps une activité accessoire lucrative comme psychothérapeute. En automne 1993, il a été affecté aux établissements de B.__________ et de C.__________. Lors de son entrée en fonctions, en janvier 1994, la conseillère municipale directrice des écoles a donné aux membres du personnel communal la consigne de ne pas faire de déclaration écrite ni orale à la presse sans son consentement préalable. Cette instruction a été communiquée à T.________. Le 21 juin 1994, T.________ a communiqué au chef du Département vaudois de l'instruction publique et des cultes un article qu'il avait rédigé, en l'informant de son intention de le publier dans la presse. Dans ce texte, T.________ a rappelé la réglementation selon laquelle les élèves de cinquième sont orientés, en fin d'année scolaire, vers trois branches distinctes, soit terminale à options, supérieure ou prégymnasiale, et cela en fonction des résultats obtenus. Il y a critiqué en des termes très vifs ce qu'il qualifie de sélection ou de ségrégation. On peut y lire notamment ce qui suit (art. 64 al. 2 OJ): "Les vacances sont finies, vive la rentrée! Il est à douter que ces cris de joie soient de mise dans un secteur de la scolarité vaudoise soumis à une réglementation ségrégationniste. Triste rappel, miniaturisé certes, de ces lois scélérates qui gangrènent - à l'échelle planétaire - les rapports entre communautés ethniquement hétérogènes. Au niveau vaudois, l'apartheid pour raison de faciès a tout simplement été remplacé par la ségrégation du profil (scolaire) (...)." "En définitive, je suis d'avis que la législation en vigueur dans le canton de Vaud pour les classes de 5e constitue un acte grave de maltraitance infantile (...)." Ce texte a été publié par le journal Y.________ du 31 août 1994. L'auteur est présenté comme "psychothérapeute et psychanalyste à X.________"; il n'apparaît nullement comme fonctionnaire communal. T.________ n'a pas avisé de la publication de ce texte son employeur, la commune X.________, ni aucun de ses collègues. La Municipalité de X.________ n'est jamais intervenue pour critiquer l'article rédigé par T.________. Toutefois, la parution de cet article a suscité de vives réactions au sein du corps enseignant de B.__________, où le climat s'est dégradé. Les enseignants se sont sentis visés, non pas personnellement, mais comme représentants d'un système et exécutants d'une tâche; ils ont ressenti péniblement le reproche de ségrégationnisme. Un maître ayant enseigné en cinquième année a fait part de sa réprobation à T.________ dans une lettre du 5 septembre 1994, qui reflétait le sentiment de la plupart des enseignants de cinquième. Le 22 septembre 1994, le chef de la section psycho-pédagogique du service médical des écoles a écrit notamment ce qui suit à T.________: "Je n'entrerai pas en discussion sur le fond de votre texte, vous laissant la liberté et la responsabilité de vos opinions. Cependant, celui-ci me paraît choquant dans sa forme, car il constitue une attaque dont la violence est inacceptable. J'ai reçu des réactions extrêmement négatives de la part du corps enseignant et de directeurs d'établissements secondaires. Elles témoignent d'une grave détérioration de vos relations avec les maîtres de l'école de B.__________, allant jusqu'à leur refus de collaborer avec vous à l'avenir. Un sentiment général de trahison de votre part a été exprimé; en effet, la publication de cet article peu de jours avant les réunions de parents d'élèves de 5e a été ressentie par les enseignants comme un sabotage de leur position face à d'éventuelles critiques des parents. Dans un tel climat, il est légitime de se demander comment vous allez pouvoir continuer à exercer votre fonction, qui nécessite un sentiment de confiance non seulement de la part des élèves et de leurs familles, mais aussi de la part du corps enseignant avec lequel vous êtes amené à collaborer.. " Dès l'automne 1994, les relations entre le directeur de l'établissement secondaire de B.__________ et certains enseignants, d'une part, et T.________, d'autre part, se sont envenimées. Le 24 octobre 1994, T.________ a annoncé qu'il ne participerait pas à une séance du conseil de classe de la 5R (classe à effectif réduit) fixée de longue date au lendemain, à laquelle sa présence était indispensable, car les élèves ne pouvaient pas être orientés vers une classe à effectif réduit sans l'avis du psychologue. Dans une lettre du 26 octobre 1994, T.________ a contesté que l'article paru dans le journal Y.________ soit la cause d'une perte de confiance. Il a imputé au directeur et au corps enseignant de B.__________ une attitude de boycottage à son endroit, qui n'était que la poursuite d'une position ancienne au sein de l'institution. Ces épisodes ont été suivis d'une riche correspondance, dans laquelle divers reproches ont été faits à T.________, lequel a campé sur ses positions. Par lettre recommandée du 14 mars 1995, la commune X.________ a mis fin au contrat de travail de T.________ avec effet au 30 juin 1995. Elle reprochait à l'intéressé d'avoir violé des instructions et détérioré le climat de travail, de sorte que toute collaboration future était impossible.