Citation: 1P.778/2003 26.01.2004 E. 6

Pour réfuter l'appréciation litigieuse concernant le risque de fuite, le recourant fait valoir qu'il est citoyen suisse et qu'il vit dans notre pays, avec son père et d'autres parents, depuis l'âge de sept ans. Il se dit fiancé avec une suissesse dont il a un enfant âgé de deux ans. Il affirme encore qu'il lui serait impossible de se reconstituer une situation en Bosnie et Herzégovine, pays dont il a aussi la nationalité, parce qu'il n'y conserve plus de relations familiales proches, que les conditions de vie y sont très défavorables et qu'il risquerait, là également, d'être arrêté et jugé pour les événements survenus à Courrendlin. Interrogé le 1er janvier 2003 par la police de son lieu de domicile, soit immédiatement avant son incarcération, le recourant a indiqué qu'il avait été fiancé trois ans auparavant et qu'un enfant était issu de cette relation, celui-ci vivant avec sa mère; il avait depuis une autre amie, mais sans ménage commun avec elle. Cette amie, de même que l'ancienne fiancée, a demandé l'autorisation de rendre visite au détenu. Dans sa réplique aux observations des autorités intimées, celui-ci explique toutefois qu'il a renoué avec cette précédente compagne et qu'elle vient régulièrement le voir; en annexe, il produit une déclaration qu'elle a établie pour les besoins de la présente procédure, attestant de leurs projets de vie commune, de mariage et d'un deuxième enfant. Le recourant a une formation de peintre en carrosserie mais lors de l'interrogatoire précité, il était chômeur et son dernier emploi, en automne 2002, avait duré trois mois. Avant sa privation de liberté, il n'avait donc pas de situation familiale et professionnelle stable. Dépourvu d'économies, il avait au contraire des dettes pour un total d'environ 55'000 fr.; selon des explications ultérieures à la police jurassienne, le 3 janvier 2003, il les avait contractées pour des achats de voitures ou des locations d'appartements. Il avait d'ailleurs deux véhicules immatriculés à son nom dans son canton de domicile, dont une Jaguar. Le 16 mai 2003, il a encore expliqué au Juge d'instruction que pour lui, l'apparence est importante, en particulier quant à ses vêtements. En décembre 2002, il a fait ouvrir un compte postal dans l'espérance que, même sans provision, il puisse retirer de l'argent. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de mettre en doute l'appréciation que le Juge d'instruction a consignée dans son ordonnance rejetant la demande de mise en liberté, selon laquelle le recourant attribue une importance excessive à son aspect extérieur et lui consacre des moyens financiers sans rapport avec ses ressources effectives. Or, une personne qui pratique ce mode de vie n'est généralement pas disposée à envisager sereinement l'éventualité d'entrer en prison pour de longues années. A fin 2002, selon ses déclarations du 3 janvier suivant, le recourant s'est rendu durant une semaine et demie dans son pays d'origine, à la suite du décès de sa grand-mère. Cela dénote qu'en dépit de ses affirmations, il conserve vraisemblablement des relations assez étroites en Bosnie et Herzégovine. Compte tenu de son âge - il a vingt-cinq ans - et de la gravité de la peine entrant en considération, ainsi que de l'ensemble des circonstances précitées, on doit prévoir que s'il était remis en liberté, le recourant serait sérieusement tenté de prendre la fuite dans ledit pays plutôt que se soumettre à la justice suisse. Ainsi, les autorités jurassiennes évaluent le risque de fuite d'une façon conforme à l'art. 31 al. 1 Cst.