Citation: 6B_557/2015 E. 3

En l'espèce, la réalisation des conditions objectives de l'infraction n'est pas contestée. Le recourant a en effet reconnu qu'il avait téléchargé sur un disque dur externe, à partir de sites internet, des vidéos à caractère pédopornographique. Seule reste donc litigieuse la question de l'intention délictuelle. La cour cantonale a retenu que le recourant maîtrisait l'informatique, en particulier les outils de navigation sur internet. Ensuite, s'agissant du contrôle des fichiers effectué avant les téléchargements litigieux, il n'en avait pas parlé avant les débats de première instance, ce qui laissait planer de sérieux doutes à cet égard. En toute hypothèse, contrairement à ce qu'avait retenu la première instance, les mesures de vérification étaient plus qu'insuffisantes. Eu égard au nombre important de fichiers résultant des recherches et aux mots-clés choisis, la seule vérification de quelques intitulés en tête de liste apparaissait dérisoire, voire inutile, si l'on considérait le risque réel et sérieux de trouver, parmi les propositions offertes, des images ou vidéos relevant de la pornographie enfantine. Cela était d'autant plus vrai que les mots-clés utilisés, en particulier "teen", "girl" et "sex", n'étaient pas univoques s'ils étaient associés pour la recherche. Le recourant avait déjà pu constater, en utilisant ces mots-clés et le même mode opératoire que des fichiers illégaux avaient été téléchargés. Il ne pouvait dès lors qu'être parfaitement conscient que les résultats proposés présentaient un risque élevé d'inclure de tels fichiers. En procédant dans ces conditions à des téléchargements massifs sans véritable vérification, il s'était clairement accommodé de la réalisation du risque dont il était conscient. Le recourant allègue en vain que les mots-clés utilisés n'avaient pas de connotation de pédopornographie. En effet, le mot "teen", associé à une recherche à caractère pornographique, est clairement univoque et induit un risque plus que certain de tomber sur de la pédopornographie. A plusieurs reprises, le recourant rappelle qu'il n'a jamais voulu télécharger de tels fichiers et qu'il n'avait aucun mobile de le faire; cela ne lui a cependant jamais été reproché, les autorités ayant toujours reconnu qu'il n'avait pas volontairement téléchargé de tels fichiers. Il relève également que le risque de télécharger des fichiers pédopornographique était faible (une vingtaine de fichiers suspects sur des centaines de milliers de fichiers téléchargés) et que la vérification systématique de l'intitulé de chaque fichier préconisée par la cour cantonale était utopique. Comme l'a mentionné à juste titre l'autorité précédente, le recourant ne peut toutefois pas se retrancher derrière l'ampleur des contrôles qu'il aurait dû effectuer en raison du nombre de fichiers téléchargés; l'auteur qui procède, comme lui, à des téléchargements à grande échelle ne saurait être mieux traité que celui qui le ferait dans une mesure plus modeste et s'accommode d'autant plus du risque d'importer des fichiers illégaux. A cela s'ajoute que le recourant avait déjà constaté qu'en utilisant les mots-clés précités des fichiers illégaux avaient été importés sur son ordinateur. Il devait par conséquent s'attendre, avec une grande probabilité, qu'en laissant son ordinateur télécharger des fichiers durant son absence à l'armée, des images ou vidéos à caractère pédopornographique allaient être inclues; dans ces circonstances, son comportement ne peut être interprété raisonnablement que comme une acceptation de ce résultat. Partant, en reconnaissant le recourant coupable, par dol éventuel, de pornographie au sens de l'art. 197 ch. 3 aCP, la cour cantonale a correctement appliqué le droit fédéral.