Citation: 2C_592/2009 17.02.2010 E. 3

3.1 L'art. 63 al. 1 LEtr. prévoit que l'autorisation d'établissement peut être révoquée lorsque: - les conditions de l'art. 62 let. a ou b sont remplies (let. a); - l'étranger attente de manière très grave à la sécurité et l'ordre publics en Suisse ou à l'étranger, les met en danger ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse (let. b); - lui-même ou une personne dont il a la charge dépend durablement et dans une large mesure de l'aide sociale (let. c). Selon l'art. 62 let. b LEtr., l'autorité compétente peut révoquer une autorisation lorsque l'étranger a été condamné à une peine privative de liberté de longue durée ou a fait l'objet d'une mesure pénale prévue aux art. 64 ou 61 CP. Il n'est pas contesté qu'en l'espèce, le recourant a été condamné à une peine privative de liberté de quatre ans, et qu'il a dû encore exécuter deux peines complémentaire de six mois au total, ce qui constitue une peine de longue durée au sens de l'art. 62 let. b LEtr. (sur cette notion, non définie par la loi, voir ATF 135 II 377 consid. 4.2 p. 379 ss; Andreas Zünd/Ladina Arquint Hill, Beendigung der Anwesenheit, Entfernung und Fernhaltung, in Ausländerrecht, 2ème éd. Bâle 2009, n. 8.28 p. 325/326). L'existence d'un motif de révocation ne suffit cependant pas à prononcer la révocation de l'autorisation, qui doit aussi répondre au principe de la proportionnalité (ATF 125 II 521, consid. 2a p. 523). Comme dans l'ancien droit, il appartient à l'autorité compétente de prendre en considération l'ensemble des circonstances du cas particulier (Andreas Zünd/ Ladina Arquint Hill, op. cit., n. 8.31 p. 328). Dans ce cadre, il y a lieu de procéder à la pesée des intérêts publics et privés en présence, en tenant compte de la situation personnelle de l'étranger et son degré d'intégration (cf. art. 96 al. 1 LEtr.; arrêts 2C_36/2009 du 20 octobre 2009, consid. 2.1 et 2C_793/2008 du 27 mars 2009, consid. 2.1 et les références citées). 3.2 Procédant à la pesée des intérêts en présence, le Tribunal cantonal a estimé que le recourant pouvait certes se prévaloir d'un long séjour en Suisse depuis 1996, bien qu'entrecoupé d'une période de deux ans où il était retourné au Maroc; il avait su aussi tirer profit de son incarcération pour se former et semblait avoir abandonné la voie de la délinquance empruntée pendant son adolescence. Toutefois, il n'avait pas de liens familiaux en Suisse et ne pouvait, en l'état, se prévaloir d'une bonne intégration dans ce pays. Par ailleurs, le recourant devait de toute manière entièrement reconstruire son avenir, que ce soit en Suisse ou au Maroc, de sorte qu'un renvoi dans son pays d'origine, où se trouvait sa famille, notamment sa mère et sa demi-soeur, n'était pas une solution insatisfaisante. De son côté, le recourant reproche au Tribunal cantonal de n'avoir pas tiré les conséquences du fait qu'il s'était amendé en prison et qu'il ne présentait pas de risque de récidive. Il prétend aussi que son absence de famille en Suisse ne l'empêche pas d'y être bien intégré et d'avoir entrepris les démarches possibles pour assurer son avenir professionnel. En outre, contrairement à ce que retient l'arrêt attaqué, il rencontrerait d'importantes difficultés de réintégration en cas de retour au Maroc, car il n'a pratiquement pas de contacts avec les membres de sa famille. 3.3 En sa qualité de ressortissant marocain, arrivé en Suisse à l'âge de douze ans et ayant fréquenté l'école obligatoire pendant moins de trois ans, avant de retourner pratiquement deux ans au Maroc, le recourant ne peut être considéré aussi favorablement qu'un étranger né en Suisse (ATF 130 II 176 consid. 4.4.2 p. 190 et les arrêts cités) ou y ayant passé la plus grande partie de son enfance et adolescence (arrêt 2C_70/2007 du 2 mai 2007, consid. 2.3; Andreas Zünd/Ladina Arquint Hill, op. cit., n. 8.31 p. 329/330). Il ne peut pas non plus bénéficier des garanties découlant de l'art. 8 CEDH, dans la mesure où il n'a pas de famille proche en Suisse. Dans ces conditions, les infractions pénales commises par le recourant depuis son adolescence et poursuivies à l'âge adulte, qui ont abouti à plusieurs condamnations, pèsent d'un poids très lourd pour apprécier l'intérêt public à le renvoyer de Suisse. Il ressort en particulier, du jugement du 21 février 2008, qui l'a condamné à une peine privative de liberté de quatre ans, notamment pour avoir cherché à trois reprises à attaquer une bijouterie, la première fois seul, muni d'un pistolet à billes, puis en compagnie de deux complices, qu'il était alors oisif, buveur et joueur et qu'il avait agi par appât du gain. Ce jugement démontre que le recourant n'a pas été capable de s'intégrer à l'ordre public suisse (sur cette notion, voir ATF 134 II 1 consid. 4 p. 4 ss) et qu'il n'a pas su tirer profit des mises en garde que constituaient ses précédentes condamnations. Il ressort certes du dossier que, depuis le dernier jugement du 21 février 2008, le recourant semble s'être amendé et que le risque qu'il retombe dans la délinquance est considéré comme faible. Par ailleurs, le chef de l'entreprise Z.________ SA, où il accomplissait un stage, a déclaré devant la juridiction cantonale que le recourant s'était facilement intégré à l'équipe en place et qu'il aimerait le garder au sein de l'entreprise, mais il n'est pas certain que ce projet puisse se réaliser, de sorte qu'aucun pronostic sur l'avenir professionnel du recourant en Suisse ne peut être formulé. En outre, il a été retenu que le recourant ne pouvait se prévaloir, ni d'une bonne intégration, ni d'attaches familiales en Suisse. Par conséquent, le seul fait que le recourant risque aussi de rencontrer des difficultés d'adaptation dans son pays d'origine n'est pas un élément suffisant. Dans un tel contexte, il faut admettre que l'intérêt du recourant à demeurer en Suisse pour y pour- suivre son intégration sur des bases nouvelles n'est pas prépondérant par rapport à l'intérêt public à son éloignement. 3.4 Il s'ensuit que le Tribunal cantonal n'a pas violé le droit fédéral, ni abusé de son pouvoir d'appréciation, en confirmant la révocation de l'autorisation d'établissement du recourant sur la base de l'art. 63 al. 1 let. a LEtr.