Citation: 6B_1364/2023 E. 1

S'agissant du risque de récidive, les experts ont indiqué qu'il n'était pas formellement quantifiable, mais que si A.________ était reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés, sa personnalité dysfonctionnelle pouvait faire craindre la récidive d'actes de violence en lien avec sa lutte contre des sentiments d'injustice. En outre, ils ont indiqué qu'il ne se montrait pas accessible à un traitement psychiatrique visant à diminuer le risque de récidive et qu'un tel traitement n'était pas indiqué, en relevant qu'il consisterait en une approche essentiellement psychothérapeutique, laquelle ne pouvait être efficace que moyennant une collaboration de la personne concernée. Invités à se prononcer sur l'éventuelle application de mesures spécifiques aux jeunes adultes, les experts ont indiqué que A.________ présentait une perturbation sévère de sa constitution caractérologique, mais pas de l'ordre d'un retard dans ses acquis éducatifs ou professionnels susceptible d'être amélioré par une telle mesure. Dans la partie " discussion " de leur rapport, les experts ont en outre indiqué ce qui suit: " Chez Monsieur A.________, on observe un tableau clinique atypique, dysharmonieux, peu habituel chez un jeune adulte de 20 ans. Il y a chez lui tout à la fois des aspects immatures d'un jeune homme d'apparence frêle, un peu perdu, qui semble se plier avec bonne volonté à ce qui lui est demandé, aspects qui contrastent fortement avec d'autres, très rigides, déterminés, suradaptés, ancrés autour d'une problématique perverse et paranoïaque. Comme le pressentait Madame J.________ qui a observé Monsieur A.________ depuis son arrivée en Suisse, nous observons que la fragilité en mouvance qu'elle lui attribuait a laissé place à une rigidification de la pensée et de l'interprétation de son environnement sur un modèle d'injustice et de persécution avec des velléités de toute-puissance. Monsieur A.________ supporte mal ce qui peut ternir l'image qu'il renvoie, ayant une haute estime de lui-même. Il interprète les intentions d'autrui comme dirigées contre lui, il est soupçonneux, rancunier, revendicateur par rapport à ce qu'il estime être de son droit, supportant mal de ne pas obtenir ce qu'il veut. Et pour donner raison à sa manière de percevoir le monde, il réaménage la réalité ou renverse les rôles en fonction de ses perceptions, avec une tendance à préserver son image pour être soit celui qui est victime des autres, soit celui qui sauve les autres. Dans ce sens, il accuse Madame B.________ d'avoir violenté sa fille, en annihilant le fait que lui est accusé de l'avoir tuée. Dans l'interaction à autrui, comme nous avons pu l'observer dans le cadre de notre mandat, Monsieur A.________ ne se laisse jamais impressionner; il se montre posé, très déterminé à convaincre son interlocuteur qu'il n'a pas tué son amie, avec une froideur et un mépris par moments marqués. Il se montre très rigide dans la relation, campe sur ses positions, avec un calme et une détermination qui contrastent beaucoup avec son jeune âge ". Les experts ont également relevé ce qui suit: " Monsieur A.________ peut faire preuve d'une grande maîtrise de lui-même, il ne souffre pas de problèmes d'impulsivité. De plus, si le Tribunal prend en compte le fait qu'il a admis avoir emmené la cordelette avec laquelle il aurait étranglé la victime, son acte pourrait alors avoir été anticipé et ne serait pas, dans cette hypothèse, le résultat d'un débordement émotionnel subit ". Dans la partie " antécédents médicaux " de leur rapport, les experts ont relevé que A.________ avait souffert de crises d'angoisse en novembre 2015 et qu'il avait présenté des épisodes de scarification, des idées suicidaires, des troubles du sommeil et des troubles sexuels. Ils ont également fait état de sa prise en charge de janvier à mars 2016 en raison d'idées suicidaires et de mutilations, de son hospitalisation à l'Hôpital K.________ du 29 novembre au 18 décembre 2018 pour une décompensation psychotique avec idées délirantes, de son hospitalisation dans cette même structure du 20 au 24 décembre 2018 pour mise à l'abri d'un geste suicidaire à la suite de sa rupture d'avec son amie et de l'éloignement de sa famille, de son hospitalisation à G.________ du 7 au 9 janvier 2020 pour mise à l'abri d'un geste auto-agressif, mais encore de son transfert à H.________ où il a été hospitalisé jusqu'au 24 mars 2020, période marquée par des attitudes d'opposition et de menaces auto-agressives en lien avec une mauvaise gestion des émotions et des frustrations. De l'assassinat de F.B.________ B.b. A.________ et F.B.________, née en 2002, entretenaient une relation amoureuse depuis le début de l'année 2016. La famille de F.B.________, notamment sa mère, B.B.________, n'approuvait pas cette relation en raison de leur différence d'âge et de leur ethnie et de leur culture différentes. La relation entre les précités était par conséquent compliquée et entrecoupée de nombreuses ruptures, le couple devant vivre son histoire de façon cachée. Lors d'un contact téléphonique qu'ils ont eu dans la nuit du 26 au 27 décembre 2019, A.________ et F.B.________ se sont donnés rendez-vous le lendemain à W.________, alors qu'ils ne se parlaient plus depuis trois semaines. F.B.________ voulait définitivement rompre, invoquant un ras-le-bol de devoir vivre en permanence une relation cachée, et en avait fait part à A.________, qui lui avait proposé une rencontre et avait prétexté vouloir lui offrir un cadeau. A.________ refusait cependant catégoriquement la fin de cette relation, dont il tenait pour responsable B.B.________. Ne pouvant accepter que F.B.________ puisse en aimer un autre et considérant que sa mère devait en subir les conséquences, A.________ a décidé de mettre fin aux jours de F.B.________ en l'étranglant. Afin de mettre à exécution son plan macabre, il a quitté son domicile le 27 décembre 2019 vers 12h15 en emportant un lien constitué de deux lacets blancs identiques qu'il avait noués entre eux à leurs deux extrémités, de manière à ne former qu'un seul lien double solide. Le 27 décembre 2019, F.B.________ était chargée de s'occuper de ses petites soeurs, D.B.________ et E.B.________. Arrivées en train à W.________ à 13h08, F.B.________ a emmené celles-ci ainsi qu'une amie de sa soeur cadette à L.________. Elle a payé l'entrée à E.B.________ et à son amie, avant de partir avec D.B.________. Les deux soeurs se sont ensuite séparées, F.B.________ lui expliquant qu'elle partait seulement quelques minutes pour rencontrer A.________. À 13h23, F.B.________ a rejoint le précité à l'arrêt X.________. Ils ont cheminé en direction du lac en continuant sur la rue X.________, puis ont bifurqué sur la rue Y.________ (direction Z.________) et ont emprunté le chemin longeant le bois M.________. Arrivés au niveau du pont enjambant N.________, A.________ et F.B.________ ont tourné à droite jusqu'à l'embouchure de N.________ et se sont installés vers un banc, aux alentours de 13h40. Ne voyant pas sa soeur revenir de son rendez-vous, D.B.________ l'a appelée à deux reprises, à 13h45 et à 13h56. Cette dernière lui a répondu qu'elle reviendrait sous peu. B.B.________, qui venait d'arriver à la gare de W.________, a également téléphoné à F.B.________ à 14h01 pour savoir ce que ses enfants faisaient. À 14h06, D.B.________ a à nouveau téléphoné à sa soeur. La communication a eu lieu mais D.B.________ n'a entendu que des bruits et les premiers sons de la voix de F.B.________, incompréhensibles et saccadés. Après ces appels, avant que F.B.________ parte, A.________ a fait croire à celle-ci qu'il voulait lui passer un collier portant un pendentif en forme de [...] autour du cou, ce collier étant le cadeau évoqué lors de leur téléphone nocturne. Il s'est positionné derrière elle, qui regardait en direction du lac, et a pris le lien constitué des deux lacets qui était dans sa poche. Il a saisi ce lien par les extrémités, une dans chaque main, l'a passé autour du cou de F.B.________ et a serré fortement jusqu'à ce qu'elle perde connaissance et tombe à terre. Il s'est ensuite mis à califourchon sur le corps de sa victime et a continué à l'étrangler. Il a fait quatre tours de lacet très serrés autour du cou puis a finalement fait un double noeud au niveau de la nuque de F.B.________ afin d'empêcher que le lien se défasse. A.________ a ensuite caché le corps de F.B.________ dans le marais à proximité du banc. Il l'a positionnée face contre terre, dans l'eau. Il a plié des roseaux sur son cadavre, puis a placé sur ceux-ci la veste de la victime, rendant ainsi son corps sans vie quasiment invisible. Puis il s'est débarrassé de son sac à main en le jetant dans les roseaux bordant le lac, depuis l'extrémité de la jetée bétonnée. Entre 14h11 et 14h38, heure de la dernière connexion du téléphone portable de F.B.________ à une antenne, D.B.________ a tenté 43 fois de joindre sa soeur. A.________ a quitté les lieux, en prenant le soin d'emporter le téléphone portable de F.B.________. Il est remonté le long du canal N.________, a emprunté un pont pour rejoindre l'autre rive du canal puis a rejoint la rivière O.________ qu'il a remontée. Peu avant les lignes de chemins de fer, il s'est débarrassé du téléphone portable de sa victime en le jetant dans O.________. Il a ensuite rejoint l'avenue Z.________, où il a été filmé à la hauteur du garage P.________ à 14h42, et a cheminé en direction du centre-ville de W.________ jusqu'à la gare, où il a emprunté un taxi qui l'a conduit à la gare de U1.________. Dans cette localité, il a pris le train pour V1.________-W1.________ à 15h37. La disparition de F.B.________ a été annoncée à la police par sa mère le 27 décembre 2019, vers 17h30. Pour sa famille, la jeune femme avait disparu vers 13h30 après avoir payé l'entrée à L.________ à ses soeurs. Un avis de recherche a été diffusé dans la presse le 30 décembre 2019. Au cours d'une battue, le corps sans vie de F.B.________ a été retrouvé le 6 janvier 2020, dans le marais où A.________ l'avait dissimulé.