Citation: 8C_388/2023 E. 9.4.3

9.4.3. 9.4.3.1. Le docteur G.________ reproche essentiellement à son confrère d'avoir fondé son appréciation sur une simple hypothèse non vérifiée, à savoir l'existence de dégâts cartilagineux consécutifs aux fractures subies lors de l'accident, alors qu'une lésion cartilagineuse n'aurait été mise en évidence qu'en août 2021, près de sept ans après le traumatisme. Il ressort effectivement de l'expertise judiciaire que le lien de causalité - qualifié de probable voire très probable par l'expert - entre l'accident et la coxarthrose se fonde sur le présupposé d'une atteinte cartilagineuse, provoquée par la violence de l'impact lors de l'accident. Le docteur H.________ n'a toutefois pas fait état d'une telle atteinte avant l'IRM du 25 août 2021, qui a révélé des zones étendues d'amincissement du cartilage articulaire de la surface portante et de la portion antérieure de l'articulation, avec réseau kystique sous-chondral du toit du cotyle. Les résultats des examens d'imagerie pratiqués antérieurement, tels que reproduits dans le rapport d'expertise, ne font en effet pas mention de dégâts cartilagineux. Le rapport d'un SPECT-CT réalisé le 24 juin 2016 révélait déjà une arthrose discrète du pied de l'articulation sacro-iliaque gauche, avec sclérose sous-chondrale prédominant sur le versant iliaque et ostéophytose en miroir, sans référence toutefois à une quelconque lésion du cartilage. Le rapport de l'IRM du 22 juin 2017 indiquait déjà une coxarthrose bilatérale, plus marquée à gauche, ainsi qu'une arthrose au niveau de la symphyse pubienne et des articulations sacro-iliaques bilatérales dans leurs parties antéro-supérieures, également plus marquée à gauche, avec un remaniement oedémateux sous-chondral, mais sans mention d'une atteinte du cartilage. 9.4.3.2. Le tribunal cantonal n'a pas invité le docteur H.________ à répondre aux objections circonstanciées et motivées du docteur G.________, qui mettent pourtant en doute la pertinence de son appréciation sur la question controversée du rapport de causalité entre l'accident et la coxarthrose. Le doute apparaît d'autant plus sérieux que selon les résultats d'imagerie de 2016, une arthrose était déjà visible, et selon ceux de 2017, il était déjà question d'une coxarthrose, qualifiée de bilatérale, bien que plus marquée à gauche. Par ailleurs, contrairement à ce qu'ont constaté les premiers juges, les douleurs et les gênes occasionnées par la coxarthrose sont, selon l'expert, les seuls troubles persistants à l'origine des limitations fonctionnelles de l'intimée, les urgences urinaires et les douleurs neurologiques s'étant améliorées. Le question du lien de causalité entre l'accident et la coxarthrose, qui fait l'objet de deux appréciations médicales divergentes, apparaît donc centrale et doit faire l'objet d'une instruction complémentaire. 9.4.3.3. On ajoutera que l'évaluation, par le docteur H.________, de la capacité de travail de l'intimée dans une activité adaptée n'est pas très claire. Interpellé sur cette question, ce médecin s'est limité à qualifier ladite capacité de travail de "très limitée", en s'opposant à la "recommandation de retrouver une activité à 100 %". Plus loin dans son rapport, il a indiqué que les restrictions fonctionnelles n'étaient pas compatibles avec une activité lucrative. On peut donc se demander s'il a vraiment estimé que la capacité de travail dans une activité adaptée était nulle, comme l'a retenu implicitement la juridiction cantonale en allouant une rente entière d'invalidité à l'intimée. Dès lors qu'un complément d'instruction concernant la question du lien de causalité entre l'accident et la coxarthrose s'impose, il conviendra dans le même temps de clarifier celle - qui lui est de toute manière liée - de la capacité de travail dans une activité adaptée, compte tenu des seules atteintes imputables à l'accident. 9.4.3.4. Au vu de ce qui précède, il convient de renvoyer la cause à la cour cantonale pour qu'elle complète l'instruction médicale et rende un nouvel arrêt. La situation médicale de l'intimée ayant trait à des aspects non seulement orthopédiques, mais également neurologiques et psychiatriques, une expertise pluridisciplinaire sur ces trois volets - comprenant une appréciation consensuelle - devra être ordonnée.