Citation: 5A_789/2016 E. A

F.B.________ est décédé à U.________ en 2009, laissant pour héritiers ses trois enfants, B.B.________, E.B.________ et C.B.________, et léguant, par testament du 10 octobre 2006, le montant de 50'000 fr. à sa troisième épouse, D.B.________. Par pacte successoral du 17 mai 2006, les époux F.B.________ et D.B.________ avaient renoncé, irrévocablement et réciproquement, à tous leurs droits successoraux dans leur succession respective, y compris à leur réserve héréditaire. A.a. Sur le plan professionnel, F.B.________ avait administré les entreprises industrielles familiales, actives dans la fabrication métallique et plastique. Ces entreprises étaient exploitées au travers de trois sociétés anonymes : G.________ SA, H.________ SA et I.________ SA, dont l'actionnariat était réparti entre certains membres de la famille B.________. S'agissant de la société immobilière G.________ SA, l'évolution précise de l'actionnariat n'a pas toujours été suivie de manière rigoureuse, mais il ressort d'une convocation à une assemblée générale extraordinaire des actionnaires le 12 octobre 1988, que le premier objet était de constater la nouvelle composition de l'actionnariat, à savoir E.B.________ avec 22 actions (44% du capital-actions), F.B.________ avec 19 actions (38%), et deux autres membres de la famille avec respectivement six et trois actions. Selon E.B.________, il avait pu disposer de cette participation prépondérante dans G.________ SA en rachetant les parts de ses grands-parents maternels, mais cette transaction ne fait l'objet d'aucun contrat écrit, ni d'aucune preuve documentaire. En revanche, il ressort de deux documents que les grands-parents maternels de E.B.________ ne détenaient que dix actions. L'actionnariat de G.________ SA a évolué entre octobre 1988 et avril 1989, de sorte que E.B.________ détenait 22 actions (44%), F.B.________ 21 actions (42%) et les deux autres actionnaires, respectivement 4 actions (8%) et 3 actions (6%). E.B.________ a commencé à travailler pour H.________ SA en 1977, à l'âge de 17 ans, pour en devenir plus tard directeur puis administrateur. E.B.________ a aussi travaillé depuis 1977 pour I.________ SA avant d'en devenir administrateur secrétaire en 1987, mais il n'en était pas actionnaire. Le 3 juillet 1987, E.B.________ a obtenu un prêt de 1'500'000 fr. destiné à financer l'acquisition de l'entreprise familiale J.________. E.B.________ a obtenu ce prêt grâce à la mise en gage d'une cédule hypothécaire au porteur de même montant grevant les parcelles propriété de G.________ SA. Le 18 novembre 1987, le prêt à terme concédé à E.B.________ a été augmenté et porté à 1'850'000 fr. et la cédule hypothécaire nantie en garantie par G.________ SA a été augmentée à due concurrence. Lors de l'assemblée générale extraordinaire de G.________ SA du 12 octobre 1988, les actionnaires ont décidé de procéder à une mutation parcellaire puis à l'édification d'un immeuble industriel de quatre étages avec appartement en attique, à des fins de valorisation. La propriété de la parcelle xxxx issue de la mutation parcellaire a été transférée par G.________ SA à un ensemble de propriétaires en main commune " consorts B.________ ", à savoir les actionnaires de G.________ SA, dans les mêmes proportions que leurs parts au capital-actions. Un étage du bâtiment devait être mis à disposition de I.________ SA contre un loyer et l'appartement devait être occupé par F.B.________, également contre le versement d'un loyer. Le bâtiment devait ensuite être divisé en parts de copropriété par étage dont les unités industrielles non utilisées par I.________ SA pourraient être vendues. Cette opération a été réalisée le 1er mai 1989 : la parcelle xxxx a été cédée aux consorts B.________ sans versement d'un prix, ceux-ci s'engageant à reprendre une dette hypothécaire de 4'689'827 fr. 45 contractée par G.________ SA garantie par le nantissement d'une cédule hypothécaire de 16'850'000 fr. Le 6 octobre 1993, J.________ a été radiée du Registre du commerce, sans motif connu, mais apparemment parce que les activités de l'entreprise auraient été intégrées à celles de H.________ SA. Le 25 janvier 1995, le prêt hypothécaire consenti à E.B.________ principalement pour l'acquisition de J.________ en 1987 a été dénoncé au remboursement et l'encours s'élevait à 1'892'868 fr. 90. Le 25 janvier 2000, G.________ SA a été déclarée en faillite à l'issue de la procédure de recouvrement du prêt concédé à E.B.________ et à la réalisation forcée des immeubles. La créance de la banque s'élevait à 2'647'183 fr. le jour de la vente forcée des immeubles de G.________ SA. Le prix de réalisation forcée s'est élevé à 1'710'000 fr. et a permis de réduire par compensation le montant de la dette de E.B.________ à 1'126'368 fr. 95. H.________ SA a été déclarée en faillite le 30 avril 2007 et radiée le 15 avril 2010. A.b. A la suite du décès de leur père, E.B.________ et C.B.________ ont requis le bénéfice d'inventaire le 9 juillet 2009. Un projet d'inventaire a été établi par un notaire le 8 avril 2010, concluant qu'au vu des dispositions pour cause de mort prises par feu F.B.________, hormis un legs de 50'000 fr. en faveur de sa troisième épouse, la succession - qui présentait un actif net de 606'267 fr. 66 - était dévolue à ses trois enfants à parts égales. B.B.________ a contesté cet inventaire. A.c. Le 17 décembre 2010, B.B.________ a introduit une action en partage à l'encontre de E.B.________, C.B.________ et de la troisième épouse de feu son père devant le Tribunal de première instance du canton de Genève, concluant au partage de la succession de feu F.B.________ à concurrence d'un tiers pour chacun des enfants des actifs la composant après rapport des avances d'hoirie. A titre préalable, il a conclu au rapport, par E.B.________ à la succession, de divers avancements d'hoirie : d'une part, la contre-valeur, à concurrence de 46% de la valeur vénale des immeubles de G.________ SA mis en gage dans le cadre de l'emprunt de 1'850'000 fr. et, d'autre part, de toutes les sommes perçues par E.B.________ lors de la répartition du bénéfice réalisé sur la vente des lots de propriété par étage de la parcelle xxxx qui excéderaient ses droits de copropriétaire et qui ont été perçus au détriment de feu F.B.________. E.B.________ s'est opposé au rapport. A.d. Par jugement incident du 6 juin 2013, le Tribunal de première instance a ordonné à E.B.________ le rapport à la succession de feu F.B.________ d'un montant de 65'118 fr. 75 (ch. 1), ordonné le partage de la succession de feu F.B.________ (ch. 2) et ajourné les débats à une audience de plaidoirie portant sur les modalités du partage (ch. 3). Le Tribunal de première instance a retenu que la libéralité prétendument sujette à rapport émanait de G.________ SA, non de feu F.B.________ et que la réalisation forcée des immeubles avait eu un impact sur la fortune de cette société - qui avait consenti à nantir des garanties -, non sur celle du de cujus personnellement, même si indirectement il avait subi une diminution de son patrimoine. En revanche, le Tribunal de première instance a retenu comme un aveu de E.B.________ que son droit au bénéfice de l'opération immobilière effectuée sur la parcelle xxxx était de 1'146'175 fr., alors que B.B.________ produisait une pièce émanant de feu F.B.________ à teneur de laquelle 1'233'000 fr. avaient été versé à E.B.________, de sorte que E.B.________ avait perçu un montant de 86'825 fr. en sus de ce à quoi il avait droit dans cette opération. Dès lors que ce montant avait forcément été perçu en déduction des droits des trois autres consorts, la part provenant de feu F.B.________ représentait la somme de 65'118 fr. 75, laquelle devait être rapportée à la succession comme libéralité. A.e. Par acte du 11 juillet 2013, E.B.________ a interjeté appel de cette décision, concluant à ce qu'il ne doive rien rapporter à la succession. Par réponse du 19 septembre 2013, B.B.________ a conclu au déboutement de E.B.________ et a formé un appel joint tendant à ce que E.B.________ soit principalement condamné à rapporter à la succession la contre-valeur, à concurrence de 42%, de la valeur vénale des immeubles de G.________ SA mis en gage dans le cadre de l'emprunt de 1'850'000 fr., subsidiairement à rapporter à la succession 42% de la somme de 1'710'000 fr, à savoir le montant de la vente forcée des immeubles de G.________ SA le 17 octobre 2003. Statuant par arrêt préjudiciel du 28 février 2014, la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genève a modifié le jugement du 6 juin 2013, partant ordonné le rapport à la succession de feu F.B.________ par E.B.________ d'un montant de 718'200 fr. et renvoyé la cause au Tribunal de première instance pour effectuer le partage de ladite succession. La Chambre civile de la Cour de justice a jugé qu'en se fondant sur le décompte de l'opération immobilière de la parcelle xxxx établi par feu F.B.________, le bénéfice de cette opération devait être réparti entre les consorts B.________ proportionnellement à leur quote-part de propriété commune respective, en sorte que la part de E.B.________ devait s'élever à 44% de 2'789'896 fr. 75, à savoir un montant de 1'227'554 fr. 55, mais qu'il avait effectivement reçu 1'146'175 fr. Ainsi, aucune libéralité sujette à rapport ne pouvait résulter de cette opération. En revanche, le gage immobilier formellement constitué par G.________ SA constituait un acte d'attribution indirect de la part du de cujus, dès lors que celui-ci et E.B.________ étaient seuls administrateurs et actionnaires majoritaires (62% du capital-actions à eux deux) à l'époque des faits. L'autorité précédente a considéré que cette attribution indirecte possédait un caractère de dotation car il n'est guère vraisemblable que le de cujus n'ait pas eu conscience de favoriser son fils E.B.________ en lui permettant délibérément de bénéficier d'un droit de gage immobilier en garantie de son emprunt pour acquérir un fonds de commerce. La cour cantonale a estimé que le caractère de dotation de l'octroi de cette garantie hypothécaire était en outre confirmé par les événements ultérieurs, savoir la réalisation forcée des immeubles de G.________ SA, puisqu'à ce moment-là, F.B.________ aurait eu l'opportunité de faire valoir les droits de la société à l'encontre de E.B.________, ce qui n'a pas été le cas. Aussi, la Cour de justice a fixé le montant du rapport à 42% (part du de cujus au capital-actions de G.________ SA dès mai 1989) de 1'710'000 fr. (résultat de la vente forcée des immeubles de G.________ SA), à savoir 718'200 fr. A.f. Par jugement du 22 décembre 2015, le Tribunal de première instance, statuant sur renvoi, a dit que le montant de 718'200 fr. devant être rapporté à la succession par E.B.________, selon arrêt de la Cour de justice du 28 février 2014, serait imputé sur la part de ce dernier dans la succession de feu F.B.________ (ch. 1); dit et constaté que le montant de l'actif net partageable de la succession s'élevait, en l'état et sous réserve d'un remboursement de l'administration fiscale, à 1'505'234 fr. 70 (ch. 2); ordonné le partage de la succession, sous réserve du remboursement à venir de l'administration fiscale et d'honoraires de notaire, à hauteur de 22'792 fr. 25 pour E.B.________, de 740'992 fr. 25 pour B.B.________ et de 741'450 fr. 20 pour C.B.________ (ch. 3); et a commis Me L.________, notaire, aux fins de procéder au partage de la succession (ch.4). Par acte du 1 er février 2016, E.B.________ a formé appel contre ce jugement, concluant principalement à l'annulation de l'arrêt de renvoi rendu le 28 février 2014 par la Cour de justice en tant qu'il lui ordonnait de rapporter à la succession de feu son père un montant de 718'200 fr., au constat qu'il ne doit rien rapporter à la succession de feu son père et au partage de ladite succession, à hauteur de 501'515 fr. 95 pour lui-même, de 501'515 fr. 95 pour B.B.________ et de 502'202 fr. 80 pour C.B.________. E.B.________ a requis, à titre préalable, l'audition de K.________, en qualité de témoin afin d'établir qu'il n'est pas tenu au rapport. A.g. Statuant par arrêt du 9 septembre 2016, communiqué par pli recommandé du 16 septembre 2016, la Chambre civile de la Cour de justice a rejeté l'appel interjeté par E.B.________ le 1 er février 2016 et confirmé le jugement rendu le 22 décembre 2015 par le Tribunal de première instance. La Chambre civile de la Cour de justice a retenu que les griefs formulés par l'appelant avaient uniquement pour objet le rapport ordonné à son préjudice par la Cour de justice dans son arrêt de renvoi du 28 février 2014, partant des questions qu'elle avait elle-même définitivement tranchées dans cet arrêt et qu'elle ne pouvait pas être l'autorité de recours de ses propres décisions. L'appel ne contenant aucune critique à l'encontre des points nouvellement tranchés par le Tribunal de première instance, la Chambre civile de la Cour de justice a confirmé la décision entreprise.