Citation: 4A_292/2022 E. 7.2.4

7.2.4. En quatrième et dernier lieu, les sociétés recourantes reprochent aux instances cantonales de n'avoir pas retenu certains faits ressortant de l'administration des preuves, en particulier de l'interrogatoire de l'administrateur intimé. A cet égard, elles font valoir que les art. 3.1 et 3.3 du projet de convention d'actionnaires négocié en 2011 entre E.________ et l'administrateur intimé confirmait l'existence de divergences importantes entre ceux-ci. Lors de son interrogatoire, ce dernier avait du reste indiqué qu'une convention d'actionnaires avait été négociée sans toutefois aboutir. Les sociétés recourantes estiment dès lors que ces éléments auraient dû être pris en considération par la cour cantonale. Pareille argumentation n'apparaît pas convaincante. En cas d'allégations insuffisantes, il est inutile d'objecter que, selon certains auteurs, le tribunal peut tenir compte de faits non allégués, mais prouvés par la procédure probatoire, si ces faits se situent dans le cadre de ce qui a été allégué. En effet, en cas d'allégations insuffisantes, ce cadre n'est précisément pas suffisamment défini (arrêt 4A_601/2020 du 11 mai 2021 consid. 4.4). La prise en compte de faits non allégués ne peut dès lors pas avoir pour but de réparer unilatéralement les négligences procédurales d'une partie au détriment de l'autre (sur la problématique des faits non allégués résultant de l'administration des preuves, parfois qualifiés de " faits exorbitants ", cf. arrêts 4A_195/2014 et 4A_197/2014 du 27 novembre 2014 consid. 7.2 non publié aux ATF 140 III 602; 4A_601/2020, précité, consid. 4.4). En l'espèce, les sociétés recourantes ont uniquement allégué ce qui suit dans leur demande du 21 avril 2015 en ce qui concerne le projet de convention d'actionnaires précité: " 3. M. E.________ a formellement été directeur de la société D.________ de sa fondation jusqu'au 29 février 2012. En réalité, ses tâches étaient celles d'un administrateur, la convention d'actionnaires prévoyant que M. E.________ « acts as the Company director and ensures full control of the Company independently ». Pièce 1: Extrait du registre du commerce pour D.________ SA Pièce 6: Projet de convention d'actionnaires Pièce 7: Organigramme de la faillie Interrogatoire des défendeurs ". Cette allégation avait ainsi trait exclusivement au rôle joué par E.________ dans la gestion de D.________. Les intéressées n'ont jamais allégué dans leur demande que le projet de convention d'actionnaires en question (pièce 6) faisait état de divergences entre E.________ et l'administrateur intimé ni qu'il révélait des dissensions entre les deux hommes ayant poussé ce dernier à démissionner de son poste d'administrateur de D.________. Elles ont certes cherché à compléter leurs allégations lacunaires en invoquant de tels faits dans le cadre de leurs plaidoiries finales du 31 janvier 2019, en faisant notamment valoir, pour la première fois, qu'il ressortait clairement du projet de convention que l'administrateur était conscient de la mauvaise situation financière de la société au vu des articles 3.1 à 3.3 et des articles 4 et suivants dudit projet. Une telle démarche visant à pallier des allégations lacunaires était toutefois vouée à l'échec dès lors qu'elle ne respectait nullement les exigences procédurales applicables. En tout état de cause, si les intéressées considéraient les faits nouvellement allégués dans leur mémoire de plaidoiries finales comme des nova improprement dits dont elles auraient eu connaissance lors de l'interrogatoire des parties et des auditions de témoins, elles auraient alors dû les invoquer " sans retard " conformément à l'art. 229 al. 1 CPC, ce qui n'est manifestement pas le cas en l'espèce, puisque les sociétés demanderesses ont attendu le 31 janvier 2019 pour les faire valoir alors que l'ouverture et la clôture des débats principaux remontaient respectivement au 11 décembre 2015 et au 9 octobre 2018. Leurs tentatives ultérieures de remédier, au stade de l'appel ainsi que dans leurs déterminations postérieures à l'arrêt fédéral de renvoi, à leurs propres négligences procédurales, en cherchant à introduire toute une série d'éléments non allégués dans le respect des règles procédurales, étaient également vouées à l'échec.