Citation: 1P.462/2006 03.10.2006 E. 1

2.2 En l'espèce, le recourant reproche à l'autorité attaquée d'avoir omis d'examiner divers moyens qu'il aurait pourtant valablement présentés devant le Tribunal cantonal. 2.2.1 Le recourant fait d'abord grief à l'autorité attaquée de n'avoir pas traité le moyen qu'il avait soulevé à propos du "caractère contestable de l'évidence" (recours cantonal p. 4 ss) sur laquelle les premiers juges auraient fondé sa condamnation pour blanchiment d'argent. Dans son mémoire de recours cantonal du 26 octobre 2005, celui-ci réfutait en effet que la provenance criminelle de l'argent qui lui était remis fût évidente, prétendant qu'il ne suivait pas l'actualité et qu'il ne connaissait donc rien du trafic de stupéfiants et de ses acteurs (recours cantonal p. 5 s.). Cette question a cependant été traitée au considérant 2.3 de l'arrêt attaqué, le Tribunal cantonal mentionnant les aveux du recourant - rétractés par la suite - et le manque de crédibilité de ses déclarations selon lesquelles les sommes importantes qu'il transportait sur lui ou qu'il transférait en Guinée-Conakry n'étaient que les économies d'étudiants et de requérants d'asile. Par ailleurs, le Tribunal cantonal a rappelé à plusieurs reprises que la condamnation du recourant reposait sur un ensemble d'indices et d'éléments concordants (cf. arrêt attaqué consid. 3.2/a, 4.2 et 5.1). Le recourant était donc suffisamment renseigné sur les fondements de l'arrêt querellé et il était à même de contester ces considérants en invoquant la présomption d'innocence ou en déposant un pourvoi en nullité devant la Cour de cassation du Tribunal fédéral (art. 268 ss PPF). Dans ces conditions, il ne saurait se plaindre d'un défaut de motivation sur ce point. 2.2.2 Dans un deuxième moyen, le recourant reproche au Tribunal cantonal de n'avoir rien dit sur le fait qu'il contestait avoir formulé des aveux. Il affirme avoir émis des critiques à cet égard dans son recours cantonal, mais rien de tel ne ressort de la lecture de ce mémoire. Devant l'autorité cantonale, le recourant procédait du reste à une critique différente; il contestait avoir complètement rétracté ses aveux (recours cantonal n. 5.1 p. 18). Dans ces circonstances, on ne saurait reprocher à l'autorité attaquée d'être restée muette sur une prétendue remise en cause des aveux en question. 2.2.3 Dans un troisième moyen, le recourant se plaint du fait que le Tribunal cantonal n'a pas répondu à ses critiques relatives à la manière dont les policiers ont manipulé les billets de banque saisis lors de son arrestation; ces manipulations auraient faussé les résultats de l'expertise qui avait établi un taux de contamination à la cocaïne largement supérieur à la norme (recours cantonal p. 6 ss). Or, l'autorité attaquée a clairement répondu à ce grief au considérant 3 de son arrêt, précisant que l'expertise n'était qu'un indice parmi d'autres et que les premiers juges n'avaient pas fait preuve d'arbitraire dans l'analyse de sa portée (arrêt attaqué consid. 3.2/a). De plus, le Tribunal cantonal a précisé que si les critiques du recourant devaient être comprises comme une remise en cause de la validité de l'expertise, elles devraient être écartées dans la mesure où il s'agirait d'une irrégularité de procédure antérieure à la clôture de l'enquête (arrêt attaqué consid. 3.2/b). La simple affirmation du recourant selon laquelle ces dernières considérations sont "totalement hors de propos" (recours p. 8) et les griefs formulés à cet égard ne répondent manifestement pas aux exigences minimales de motivation d'un recours de droit public (cf. supra consid. 1.3), de sorte qu'il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur ce point. 2.2.4 Le recourant reproche également à l'autorité attaquée de n'avoir pas répondu à ses critiques relatives au défaut d'instruction concernant les trafiquants qui lui auraient remis les montants litigieux (recours cantonal p. 10 ss; recours de droit public p. 12). S'il est vrai que le Tribunal cantonal n'a pas examiné en détail chacun des arguments développés sur plus de quatre pages par le recourant, il a considéré que les premiers juges avaient constaté, de manière motivée, "un nombre suffisant d'éléments concordants accablants" sans qu'il soit nécessaire d'obtenir encore la version des trafiquants de drogue (arrêt attaqué consid. 4.2). La réponse certes succincte du Tribunal cantonal peut être considérée comme suffisante au regard des exigences de motivation posées par la jurisprudence; le recourant pouvait en effet saisir les motifs qui ont guidé l'autorité et attaquer sa décision à bon escient sur cette base. 2.2.5 A bien vouloir le comprendre, le recourant reproche aussi à l'autorité attaquée d'avoir violé son droit d'être entendu en omettant de lui répondre sur la question du "droit de se taire" (recours de droit public p. 17). Il y a lieu de relever à cet égard que l'écriture de recours devant le Tribunal cantonal ne contenait pas de grief clair à ce sujet. Le recourant a certes écrit dans ce mémoire: "le Tribunal [correctionnel] oublie que le prévenu a le droit de se taire", mais il fait cette affirmation dans un passage où il conteste être revenu sur ses aveux, sous le titre "divers et considérations finales" (recours cantonal p. 18). Dans ces circonstances, on ne saurait reprocher à l'autorité attaquée d'avoir ignoré cet argument, dès lors qu'il ne lui appartenait pas de rechercher, au milieu d'une écriture prolixe et peu structurée, un grief qui n'est pas présenté comme tel. 2.2.6 Enfin, le recourant estime que la réponse donnée par l'autorité attaquée à son grief relatif à la confiscation des objets et avoirs saisis viole également son droit d'être entendu (recours de droit public p. 18; recours cantonal p. 15 s.). Le Tribunal cantonal s'est pourtant clairement exprimé sur ce point, considérant que le grief était irrecevable et qu'au demeurant la confiscation avait été ordonnée à juste titre (arrêt attaqué consid. 6a et 6b). Cette réponse respecte elle aussi les exigences de motivation découlant du droit d'être entendu, le recourant étant à même de la comprendre et de la contester. 2.2.7 Il y a donc lieu de constater que le droit d'être entendu du recourant n'a pas été violé, dans la mesure où celui-ci a pu s'exprimer sur tous les éléments pertinents et dès lors que le Tribunal cantonal a donné des réponses suffisamment motivées aux griefs valablement soulevés et qu'il a examiné les questions décisives pour l'issue du litige.