Citation: 6A.107/2002 23.01.2003 E. 3

La Cour de cassation vaudoise n'a pas remis en cause le bon comportement en détention de la recourante. S'agissant du pronostic, elle a relevé que, selon l'expertise psychiatrique de 1999, un risque de récidive n'était pas exclu et qu'en matière d'abus sexuels commis sur des enfants, un tel risque devait "être particulièrement pris en considération". Elle a au surplus évoqué l'absence de prise de conscience de la recourante. Que le bien juridique menacé soit précieux, comme l'intégrité sexuelle d'enfants, ne dispense cependant pas l'autorité d'une analyse sérieuse pour évaluer le risque de récidive. La réserve exprimée en l'espèce par les experts en 1999 n'est suivie d'aucun développement et paraît donc avoir pour seule portée le rappel qu'une récidive est théoriquement toujours possible. Les experts ont d'ailleurs également indiqué que la recourante ne compromettait pas la sécurité publique et ne risquait pas de mettre en danger autrui en raison de son état mental. En outre, dans l'appréciation du comportement probable en liberté, il ne faut pas négliger que la recourante avait agi comme complice et non comme auteur principal. Or, par rapport au moment des infractions, divers éléments ont changé. Ses filles sont désormais majeures, hormis D.________, qui est sous tutelle et placée dans une famille d'accueil. L'auteur principal est lui-même en détention pour une longue période. Les éléments précités auraient dû être pris en compte. La Cour de cassation vaudoise ne discute pas non plus des effets que pourrait avoir sur un éventuel risque de récidive une libération conditionnelle assortie d'un patronage et de règles de conduites, autrement dit la mise en place d'un encadrement durable. Il est vrai que la recourante n'a pas reconnu sa faute. Une telle reconnaissance n'est cependant pas une condition indispensable pour une existence future sans infraction. Le fait de contester les actes commis peut avoir de nombreux motifs qui ne jouent aucun rôle dans le processus d'émission du pronostic (ATF 124 IV 193 consid. 5b/ee p. 204). La recourante n'a pas non plus de projet professionnel bien arrêté. Elle évoque néanmoins la possibilité de travailler comme cuisinière dans le restaurant d'un ami. Cela constitue déjà un projet pour une personne qui semble avoir toujours dépendu de l'assistance sociale. La Cour de cassation vaudoise n'en traite pourtant pas. La plupart des intervenants, la Commission de libération et la Cour de cassation vaudoise ont signalé l'importance qu'aurait l'avis de la CIC, attendu pour novembre 2002, laquelle devait semble-t-il évaluer notamment la situation de la recourante avec ses filles. Aussi discutable que soit le poids accordé par anticipation à un tel avis, on ne comprend pas pourquoi tant la Commission de libération que la Cour de cassation vaudoise ne se sont pas souciées de l'obtenir dans les meilleurs délais et ont statué sans en être pourvues. Il résulte de ce qui précède que l'analyse menée est insuffisante et que l'instruction est incomplète. Le recours doit par conséquent être admis, la décision entreprise annulée et le dossier renvoyé, à la Commission de libération en l'occurrence (art. 114 al. 2 2ème phrase OJ), pour nouvelle décision. Celle-ci sera rendue à bref délai.