Citation: 8C_286/2024 E. 7

En l'occurrence, dans son rapport d'expertise du 25 juin 2021, le professeur D.________ a exclu l'existence d'une algoneurodystrophie ou d'un CRPS (Complex Regional Pain Syndrome) à défaut pour le recourant d'en réunir les critères. Il a qualifié l'imagerie de normale, n'a constaté aucune déminéralisation à la radiographie, et a déclaré que l'absence de réponse aux traitements prodigués, y compris aux infiltrations par corticoïdes pour réduire une éventuelle réaction inflammatoire, parlait en défaveur du diagnostic de CRPS. Il a attribué les symptômes trophiques observés au genou droit à une application excessive de la glace par le recourant sur son membre inférieur (au moins 5 fois par jour), ce qui était totalement contre-indiqué. Par ailleurs, l'expert a clairement répondu "non" à la question de savoir si les plaintes du recourant étaient objectivées. Ainsi, il n'a relevé aucun signe objectif au niveau du genou droit hormis les séquelles d'une ancienne maladie Osgood-Schlatter. On notera également que l'expert a fait état d'une incohérence significative entre le comportement du recourant qui disait n'être mobile qu'au moyen de béquilles et la constatation d'un diamètre musculaire symétrique, soulignant qu'il lui semblait impossible que la musculature de la cuisse concernée ne s'atrophiât pas en cas de position de repos permanente, sans toutefois commenter plus avant ce fait. Enfin, il a émis un bon pronostic en ce qui concerne les troubles trophiques et le flexum du genou - qui était réversible s'agissant d'une résistance musculaire antalgique -, tout en précisant qu'il existait une composante psychosociale importante dans le cas d'un syndrome douloureux chronique comme celui-ci; son impression globale était que ce syndrome était fortement influencé par la situation assécurologique actuelle du recourant. Il y a lieu d'inférer de l'ensemble de ces considérations médicales que le tableau clinique présenté par le recourant se caractérise par des douleurs sans cause organique objectivable. En dépit du fait que le professeur D.________ évoque des symptômes et des limitations fonctionnels d'ordre physique dans ses réponses complémentaires, force est de constater qu'il n'a identifié aucun diagnostic somatique précis pouvant expliquer les plaintes du recourant. On ne saurait donc reprocher aux juges cantonaux d'avoir interprété le rapport d'expertise à leur convenance et de s'être substitué à l'expert judiciaire rhumatologue en retenant que la situation médicale qu'il a décrite entrait dans la catégorie des syndromes sans pathogenèse ni étiologie claires et sans constat de déficit organique. On relèvera, à l'instar du SMR, que le code R52 du CIM-10 correspond à une douleur non classée ailleurs, de sorte que le diagnostic R52.2 (autres douleurs chroniques) retenu ultérieurement par le professeur D.________ ne permet pas d'invalider cette conclusion. Contrairement à ce que dit le recourant, on ne voit pas qu'une nouvelle expertise rhumatologique pourrait apporter d'autres d'éclaircissements à cet égard. Déjà l'expert en orthopédie du CEMEDEX avait exposé que l'atteinte initiale de 2016 avait été minimale et ne se retrouvait plus sur l'imagerie de 2017 et que les douleurs étaient "mal explicables et mal compréhensibles" (page 16 du rapport d'expertise du 20 avril 2020). On peut relever qu'à l'époque le recourant ne présentait pas non plus d'amyotrophie du membre inférieur. Au regard du caractère non objectivable des troubles en cause, c'est sans arbitraire que la cour cantonale n'a pas simplement repris à son compte les conclusions rendues par le professeur D.________ sur la capacité de travail du recourant, mais a complété l'instruction médicale par une expertise psychiatrique. Non seulement elle était fondée à suspecter une composante psychique chez le recourant mais surtout le dossier ne contenait jusque-là aucun avis médical ayant appréhendé le cas en fonction de la grille d'évaluation normative et structurée développée par la jurisprudence pour apprécier le caractère invalidant des atteintes psychiques ou de troubles qui leur sont assimilés (ATF 143 V 409; 143 V 418; 141 V 281). Or, comme on l'a dit (voir consid. 3 supra), cette méthode d'évaluation est aussi applicable aux syndromes sans pathogenèse ni étiologie claires et sans constat de déficit organique. En l'espèce, le recourant ne critique pas les conclusions de l'expertise judiciaire psychiatrique ni d'ailleurs la manière dont la cour cantonale a appliqué les indicateurs jurisprudentiels pertinents. Certes, il n'y a pas eu, à tort, de processus consensuel entre l'expert rhumatologue D.________ et l'expert psychiatre F.________. On ne saurait cependant en inférer une appréciation arbitraire de preuves par la cour cantonale conduisant à un résultat arbitraire. Le fait que l'expert psychiatre n'a constaté aucune pathologie psychiatrique autorisait déjà la cour cantonale à conclure que le syndrome douloureux présenté par le recourant n'avait pas de caractère invalidant, ce syndrome n'étant pas suffisamment prégnant pour atteindre un seuil diagnostique. Malgré cela, elle a tout de même procédé à l'examen des indicateurs et le résultat de son analyse - à savoir que les indicateurs de gravité ne sont pas réunis dans le cas du recourant - n'apparaît pas critiquable, étant rappelé que le caractère invalidant des atteintes soumises à cette grille d'évaluation procède d'un examen global des éléments susceptibles de fonder une limitation des capacités fonctionnelles de la personne assurée dans l'exercice d'une activité lucrative et ceux pouvant les compenser (ressources). En effet, on peut considérer, à la suite de la cour cantonale, que le pronostic négatif tiré de l'échec définitif d'un traitement réalisé lege artis en dépit d'une coopération optimale n'est pas donné, le recourant adoptant un comportement aggravant son état de santé comme l'utilisation constante de béquilles et l'application excessive de glace sur son genou droit alors qu'il est conscient que ces gestes sont contre-indiqués; il en va de même du poids effectif des souffrances, qui est à relativiser, puisque le recourant n'exprime aucun sentiment de détresse malgré l'intensité de ses plaintes douloureuses; enfin, celui-ci dispose de bonnes ressources en raison de son intelligence, de sa motivation et de son énergie, ne présente aucun trouble psychique (anxieux, dépressif ou de la personnalité) et est bien soutenu et entouré par sa famille ainsi que par son réseau social. A cela, on peut encore ajouter l'incohérence relevée sans explication par l'expert rhumatologue entre l'inutilisation du membre inférieur droit par le recourant et la constatation d'une musculature des cuisses totalement symétrique. Il s'ensuit que la cour cantonale n'a pas fait preuve d'arbitraire en statuant sans instruction médicale complémentaire et en retenant, sur le vu des deux expertises judiciaires des docteurs D.________ et F.________, que le recourant ne présente pas d'atteinte à la santé invalidante lui ouvrant le droit à une rente d'invalidité. Le recours, mal fondé, doit être rejeté.