Citation: U 214/01 15.02.2002 E. 1

d) Il convient, par ailleurs, de tenir compte des objections formulées par le docteur E.________, dans son rapport établi le 29 avril 1998 à la demande de Lloyd's, et dans lequel il conclut que l'événement du 29 octobre 1990 est dissociable de la lésion corporelle constatée en mars [recte : septembre] 1992. Ce médecin expose, avec de nombreuses références à l'appui, que selon les connaissances médicales en la matière, la rupture de la coiffe des rotateurs résulte le plus souvent d'un phénomène de vieillissement naturel et non nécessairement d'une blessure. L'application d'une force sur la région de l'épaule, telle qu'elle s'est produite lors de l'accident de 1990, ne pourrait en principe provoquer le déchirement des tendons des rotateurs, qui nécessiterait un mécanisme indirect sous la forme d'un mouvement passif soudain de l'articulation scapulo-humérale fixée par les muscles dans le sens d'une abduction ou d'une rétroversion. A cela s'ajoute, toujours selon ce praticien que l'assurée n'aurait subi aucune incapacité de travail entre le 14 novembre 1990 et le 4 mars 1992 et qu'elle était alors à un âge auquel 30 % environ de la population est atteinte de formations défectueuses spontanées de la coiffe des rotateurs, hypothèse qui paraîtrait d'autant plus vraisemblable chez l'assurée que lors d'un examen clinique en février 1998 le docteur D.________ avait également constaté un amincissement du tendon du long biceps droit. Les conclusions de cet expert, dans la mesure où elles reposent notamment sur la constatation que la recourante n'aurait subi aucune incapacité de travail entre le 14 novembre 1990 et le 4 mars 1992, n'emportent pas la conviction pour les raisons exposées ci-dessus (consid. 3b). Cela étant, et même si ce médecin semble, par ailleurs n'avoir interprété qu'imprécisément le rapport médical initial du docteur A.________, qui faisait état d'une lésion musculotendineuse probable et non seulement possible, ses conclusions sont néanmoins aptes, notamment en relation avec l'appréciation médico-théorique du déroulement de l'accident, à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions du docteur D.________, ce qui justifie que la cause soit renvoyée aux premiers juges afin qu'ils procèdent à une expertise judiciaire (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références). e) Il ressort, par ailleurs, du dossier médical de l'assurée, produit à la réquisition des premiers juges par le docteur A.________ et dont apparemment ni le docteur D.________ ni le docteur E.________ n'ont eu connaissance, que si la recourante s'est plainte de douleurs à l'épaule droite, pour l'essentiel sans changement depuis la chute de 1990, ce n'est que le 20 janvier 1992, ensuite d'un faux mouvement, que paraissent avoir été constatées des difficultés à mouvoir cette articulation ("Hebeschwäche"). Il conviendra dès lors également de demander à l'expert de se déterminer sur la probabilité que la rupture de la coiffe des rotateurs, si elle ne devait pas être rapportée à la chute de 1990, ne soit survenue qu'en 1992 seulement et, dans cette hypothèse, d'élucider les circonstances de fait entourant cet événement. Il convient de rappeler à cet égard que, selon la jurisprudence, le facteur dommageable extérieur peut être constitué par un événement discret de la vie de tous les jours. Il peut en particulier résulter d'un mouvement du corps, comme se relever de la position accroupie (ATF 116 V 148 consid. 2c, 114 V 301 consid. 3c; RKUV 1988 no 57 p. 374 consid. 4b) ou un shoot manqué lors d'une partie de football (RKUV 1990 no U 112 p. 375 consid. 3), à l'exception toutefois des lésions résultant de sollicitations répétées tel les travaux avec un marteau ou une perceuse (ATFA 1947 9 consid. b; Rumo-Jungo, pp. 28 ss, et les autres exemples cités). f) Il incombera ensuite au Tribunal cantonal des assurances du canton du Valais, statuant d'office sur l'ensemble du litige (art. 108 al. 1 let. c et d LAA) de se prononcer, le cas échéant, avec suffisamment de précision sur le droit éventuel de l'assurée à une prestation d'assurance pour permettre aux parties d'exercer leur de droit de recours en toute connaissance de cause, ce que ne permet pas le dispositif du jugement attaqué, dans la mesure où il se borne à allouer "les prestations légales découlant de la LAA".