Citation: 4A_572/2018 E. 2.4

2.4. Subsiste le reproche formulé à l'égard des juges vaudois de n'avoir pas mis en oeuvre d'office une expertise, notamment sur la question du préjudice. A teneur de l'art. 183 al. 1 première phase CPC, le tribunal peut, à la demande d'une partie ou d'office, demander une expertise à un ou plusieurs experts. Le Message du Conseil fédéral préconise de distinguer, pour l'expertise comme pour l'inspection locale, selon qu'elle constitue un moyen de preuve classique ou un simple instrument facilitant la compréhension des faits. En tant que moyen de preuve, l'expertise est subordonnée à la demande d'une partie, conformément à la maxime des débats (Message du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse, FF 2006 6932 ad art. 178 et 180). Cette distinction peut susciter quelques interrogations. Il est en tout cas certain que dans les procédures régies par la maxime des débats, le juge ne peut qu'exceptionnellement demander d'office une expertise. Ce pouvoir ne doit pas priver la maxime des débats de toute portée. Il est en quelque sorte une alternative au devoir d'interpellation du juge prévu à l'art. 56 CPC, lequel ne doit pas contrevenir au devoir d'impartialité (arrêt 5A_723/2017 du 17 décembre 2018 consid. 6.5 et les auteurs cités, spéc. consid. 6.5.3 et 6.5.4). En l'occurrence, il appert qu'au début du mois de juillet 2014, la promotrice bénéficiait déjà d'un conseil juridique. Elle a ensuite agi en justice par l'entremise d'un avocat et était assistée à l'audience du 1er février 2016 lorsqu'elle a renoncé à la preuve par expertise. De la même manière que le juge n'avait pas, dans une telle constellation, à interpeller cette partie sur les insuffisances de ses allégations et offres de preuves relatives au préjudice, de même n'avait-il pas à mettre en oeuvre d'office une expertise. Il est patent que l'art. 183 al. 1 CPC ne saurait suppléer à de telles lacunes. Au passage, on relèvera que ce grief paraît aussi infondé en tant qu'il vise la preuve du lien de causalité. L'expertise privée - qui, contrairement à ce que semble accroire la recourante, n'est pas dépourvue de toute portée (cf. arrêts 4A_578/2018 du 25 novembre 2019 consid. 3; 4A_85/2017 du 4 septembre 2017 consid. 2.3; 4D_71/2013 du 26 février 2014 consid. 2.5) - révélait des éléments plaidant pour un problème d'humidité du terrain indépendamment de la fuite d'eau s'écoulant de la conduite défectueuse; elle concluait que des investigations supplémentaires seraient nécessaires pour chiffrer l'incidence des différentes causes. Le juge n'avait pas à revenir sur les choix de la demanderesse en ordonnant d'office une expertise. Quoi qu'il en soit, les griefs relatifs à la preuve du préjudice doivent être rejetés dans la mesure de leur recevabilité, ce qui prive d'objet les moyens concernant le lien de causalité.