Citation: 1C_176/2023 E. 4.3

4.3. En l'occurrence, dans sa décision du 24 novembre 2021, le Service de la circulation routière a subordonné la restitution du permis de conduire à une poursuite de l'abstinence de consommation d'alcool avec contrôles capillaires en avril 2022, octobre 2022 et avril 2023. Compte tenu de l'important pouvoir d'appréciation de l'autorité administrative en la matière, il n'est possible de s'écarter de cet avis qu'en présence de raisons valables et sérieuses (ATF 140 II 334 consid. 3). Or le recourant se contente de rappeler qu'il a respecté la période d'abstinence de six mois imposée par la décision du 28 mai 2021. Cela lui a permis d'obtenir une restitution de son permis mais ne suffit pas à le libérer du contrôle d'abstinence. Le recourant ne conteste d'ailleurs pas, avec raison, que la restitution du droit de conduire après un retrait de sécurité prononcé en raison d'une dépendance à l'alcool puisse être soumise à des conditions. L'art. 17 al. 3 LCR prévoit en effet qu'après un tel retrait, le permis pourra être restitué à son titulaire, passé l'éventuel délai d'épreuve prévu par la loi ou imparti par l'autorité, à certaines conditions. Or, le rapport du 24 novembre 2021, après avoir exposé l'anamnèse (antécédents médico-chirurgicaux, anamnèse par système et médicamentation), l'historique précis et complet de la consommation d'alcool du recourant, les analyses de laboratoire, l'enquête d'entourage et les déclarations du recourant, fait état d'une "forte suspicion de la persistance d'une problématique de consommation d'alcool épisodique et massive" et d'un risque de récidive. Ce rapport se réfère en particulier à un diagnostic de dépendance à l'alcool posé en 2013 et à une preuve biologique d'une consommation chronique et excessive d'alcool durant les cinq mois ayant précédé le 1 er février 2021 (date de l'examen de l'expertisé dans le cadre du premier rapport), alors même que le recourant soutenait pourtant avoir diminué sa consommation à la suite du fait routier du 19 mai 2020 (conduite avec un taux de de 0,47 mg/L) et mentionnait une "consommation légère". Dans ces circonstances, sans oublier qu'en moins de dix ans, le recourant s'est rendu coupable à trois reprises d'ébriété qualifiée, l'on ne saurait reprocher au Service cantonal de la circulation routière, au Conseil d'Etat et au Tribunal cantonal d'avoir considéré, tout en tenant compte d'un changement récent d'attitude du recourant, qu'il convenait de se montrer prudent et de voir si cette tendance allait se confirmer dans les 18 mois par l'intermédiaire d'un suivi biologique d'abstinence. Compte tenu de l'intérêt public lié à la sécurité routière et du danger indiscutable que représente la conduite sous l'influence de l'alcool pour les usagers de la route, le Tribunal cantonal a donc jugé à bon droit que les autorités administratives, qui disposent sur la question de l'abstinence contrôlée d'un important pouvoir d'appréciation avaient pris une mesure appropriée, afin d'éviter une éventuelle rechute. La soumission à trois contrôles capillaires à un intervalle de six mois constitue une mesure qui n'apparaît ni invasive, ni excessive, notamment au regard de la jurisprudence du Tribunal fédéral permettant des périodes de contrôles bien plus longues (cf. arrêts 1C_342/2009 du 23 mars 2010 consid. 2.4 et 6A.77/2004 du 1 er mars 2005 consid. 2.1). Il convient en effet de s'assurer que l'aptitude à la conduite du recourant se maintiendra durablement. Cette solution a aussi le mérite de réadmettre le recourant à la circulation et de ne pas porter trop lourdement atteinte à sa personnalité. Elle n'est en conséquence nullement disproportionnée.