Citation: 5P.71/2005 21.03.2005 E. 3

3.1 La cour cantonale a considéré que la recourante avait démontré par son propre comportement qu'il n'y avait pas d'urgence à agir, parce qu'elle avait attendu le 24 novembre 2004 pour requérir des mesures provisoires, alors que rien ne l'aurait empêchée de le faire dès le 19 février 2004, date à laquelle les droits de la masse en faillite lui avaient été cédés. En outre, la recourante avait reconnu que l'intimée était toujours inscrite comme propriétaire des immeubles litigieux et que la perspective d'une aliénation n'était pas très grande, en raison notamment du risque pénal qu'une vente ferait courir à l'administratrice de l'intimée, au notaire qui instrumenterait l'acte et éventuellement à l'acheteur. Ne faisant ainsi valoir aucun motif qui permît d'envisager que l'intimée aurait pris des mesures en vue d'aliéner les immeubles litigieux ou qu'elle se serait apprêtée à les vendre, la recourante ne justifiait pas, d'après la cour cantonale, d'un besoin de protection immédiate du bien juridique en cause. Les conditions des mesures provisoires posées à l'art. 327 du code de procédure civile du canton du Jura du 9 novembre 1978 (RS/JU 271.1; ci-après: CPC/JU) n'étaient dès lors pas réunies. Il pouvait par conséquent être exigé de la recourante qu'elle procède par la voie ordinaire, l'art. 159 al. 3 CPC/JU protégeant l'objet du litige. 3.2 A l'appui de son recours de droit public, la recourante se prévaut de l'art. 4 aCst. et de l'art. 9 Cst. et, par suite, d'application arbitraire des art. 159 al. 3 CPC/JU et 327 al. 1 ch. 1 CPC/JU. Dans ses motifs, après quelques considérations sur l'inapplicabilité de la jurisprudence genevoise citée par la cour cantonale, sur l'évolution du CPC jurassien, qui s'éloigne de plus en plus du CPC bernois, et sur les pratiques respectives de la Cour d'appel du canton de Berne et de la Cour civile du Tribunal cantonal jurassien, la recourante se borne à soutenir qu'elle ne pouvait pas être renvoyée à agir en procédure ordinaire (p. 9 in fine), parce qu'elle a requis les mesures après le début de la litispendance. Puis, se basant sur la doctrine, elle fait valoir qu'elle aurait droit aux mesures provisoires requises, que le juge devait appliquer le droit d'office et qu'au vu de ce qui précède, il ne serait pas douteux que le refus de mesures provisoires en raison d'une prétendue tardiveté serait constitutif d'arbitraire, plus précisément qu'il violerait de manière arbitraire les art. 159 al. 3 et 326 al. 1 ch. 1 CPC/JU. 3.3 De nature purement appellatoire, cette critique est irrecevable. Elle ne s'en prend nullement à la motivation de la cour cantonale, qui a considéré que la recourante n'avait pas démontré qu'il y avait urgence à ordonner l'annotation d'une restriction du droit d'aliéner. La recourante ne conteste ni avoir attendu neuf mois pour agir, ni avoir reconnu que le risque d'une aliénation était peu grand. Elle ne critique pas davantage l'interprétation que la cour cantonale a donnée de l'art. 327 CPC/JU, en particulier l'exigence qu'il y ait urgence à prendre des mesures. Il s'ensuit que son recours doit être déclaré irrecevable, pour défaut de motivation au sens de l'art. 90 al. 1 let. b OJ.