Citation: 2C_507/2007 20.11.2007 E. 3.2

3.2.1 En l'espèce, le recourant soutient en premier lieu que la relation nouée avec ses enfants doit être qualifiée de prépondérante au sens de la jurisprudence. Titulaire de l'autorité parentale, il a tenté à plusieurs reprises de les faire venir en Suisse, il se rend régulièrement au Kosovo pour les rencontrer, il a maintenu des contacts téléphoniques réguliers et il subvient à leur entretien. S'il n'est pas contestable que le recourant a gardé des contact étroits avec ses enfants, en dépit de la séparation, les liens ainsi établis ne sauraient être qualifiés de prépondérants au regard de ceux tissés par les enfants dans leur pays d'origine. C.________ et D.________ n'étaient pas encore nés lorsque le recourant a émigré en Suisse. Ses enfants ont été élevés et éduqués par leur mère et leurs grands-parents paternels. Les titulaires de la garde des enfants n'ont pas failli dans leur tâche, de sorte que le recourant n'a pas dû se substituer à eux pour assurer le bien-être des enfants. En particulier, c'est leur mère qui a pris les mesures adéquates pour les emmener en Turquie, en 1999, afin de les préserver des conséquences du climat de guerre civile régnant au Kosovo. Le recourant n'établit d'ailleurs pas qu'il aurait dû garder la haute main sur l'éducation et le développement de ses enfants en raison d'une carence de leur prise en charge au Kosovo. C.________ est désormais adulte et D.________ aura 17 ans le 14 janvier 2008. Ils ont vécu pendant toute leur existence auprès de leur mère et de leurs grands-parents, de sorte que leurs liens familiaux prépondérants, tant au plan affectif que social, se trouvent dans leur pays d'origine. Cette constatation n'enlève d'ailleurs rien à l'amour de leur père et à son souci d'assurer à ses enfants une formation professionnelle et un avenir de qualité. Elle n'empêche pas non plus les intéressés de maintenir les liens familiaux qu'ils ont su conserver malgré l'absence de vie commune. 3.2.2 Le recourant fait également valoir que la demande de regroupement familial déposée ne saurait être constitutive d'un abus de droit dans la mesure où il a tenté en vain, à plusieurs reprises, de faire venir ses enfants à ses côtés pour regrouper sa famille. Sa demande n'était pas tardive et n'avait pas pour but premier d'assurer à ses enfants de meilleures perspectives d'avenir. Il sied de rappeler que l'autorité intimée n'a pas retenu formellement l'existence d'un abus de droit mais a considéré que le recourant s'était placé dans une situation proche d'un tel abus, en déposant une demande de regroupement familial alors que ses enfants étaient adolescents, voire adulte pour ce qui concerne sa fille aînée. Le recourant a été en mesure de solliciter le regroupement familial en faveur de ses enfants dès le 20 juillet 1998, date de l'obtention d'une autorisation de séjour consécutive à son remariage en Suisse. Bien qu'il ait sollicité et obtenu l'autorité parentale sur ses enfants le 21 août 1998, ce n'est que le 11 mai 2005, soit près de 7 ans plus tard, que le recourant a requis la réunification durable de ses trois enfants à Genève. Le jugement du 21 août 1998 faisait d'ailleurs état de meilleures conditions de vie des enfants auprès de leur père, compte tenu des possibilités financières de celui-ci, de sorte que l'on pouvait s'attendre à une demande de regroupement familial relativement rapide. A cet égard, il faut relever que la demande du recourant du 11 mai 1999 visait l'obtention d'une autorisation pour un séjour temporaire en raison de la situation au Kosovo et incluait la mère des enfants, venue qui, au demeurant, aurait été très mal supportée par l'épouse du recourant. Quant à la demande de visa du mois de févier 2000, elle concernait également un séjour temporaire en faveur de C.________, pour des motifs médicaux au sujet desquels le recourant n'a jamais fourni les précisions requises. Par la suite, les demandes présentées le 24 janvier 2001 en faveur de C.________ et le 21 août 2003 en faveur de celle-ci et de sa soeur B.________ avaient trait à des séjours touristiques, la première d'une durée de trois mois, et la seconde, pour la période des vacances scolaires. Enfin, la demande de regroupement familial déposée en 2003 ne concernait que les filles du recourant et précisait que D.________ achèverait sa scolarité primaire au Kosovo avant de rejoindre ses soeurs à Genève. Ce rappel des faits démontre que le recourant a tenté à plusieurs reprises de faire venir ses enfants à Genève, soit pour parer à l'une ou l'autre difficulté passagère, soit pour leur faire découvrir son cadre de vie, mais qu'il n'envisageait un regroupement familial complet qu'après que tous ses enfants auraient achevé leur scolarité de base dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, c'est sans violer le droit fédéral que le Tribunal administratif fédéral pouvait considérer que la demande de regroupement familial était tardive et qu'elle visait avant tout à offrir aux enfants, parvenus au terme de leur scolarité, des perspectives d'avenir meilleures en Suisse qu'au Kosovo. Bien que ce souci soit légitime et digne de considération, il ne correspond pas au but premier du regroupement familial, qui reste la reconstitution de la cellule familiale dans les meilleurs délais afin de garantir une intégration optimale des enfants. 3.2.3 Le recourant affirme enfin que l'examen d'ensemble de la situation de ses enfants plaide en faveur de l'octroi des autorisations de séjour requises. Il a gardé des contacts étroits avec eux, il dispose des moyens financiers pour pourvoir à leur entretien, les enfants maîtrisent les bases d'une conversation en français, ils pourraient fréquenter une école bilingue, dès lors qu'ils parlent également l'anglais, et ils pourraient ainsi s'intégrer aisément en Suisse. Agés aujourd'hui de 18 ans et 3 mois, respectivement de 16 ans et 10 mois, C.________ et D.________ ont vécu au Kosovo depuis leur naissance. Ils ont leurs attaches culturelles et sociales dans leur pays d'origine. C.________ est désormais adulte et peut se prendre en charge, avec l'aide de sa famille restée au pays et le soutien matériel de son père. D.________ est entré dans l'adolescence, période de la vie au cours de laquelle se forge la personnalité. Il a donc besoin des repères qui ont toujours été les siens jusqu'ici. On ne saurait donc minimiser les difficultés d'intégration des enfants dans une culture différente, en particulier celle liée à la maîtrise de la langue. Certes, le recourant expose qu'il a fait venir ses enfants en Suisse en 1994 et en 1995 et qu'ils ont pu ainsi se familiariser avec la langue française. Ils n'étaient toutefois âgés que de 5 et 6 ans, respectivement 3 et 4 ans, de sorte qu'il est douteux qu'ils aient pu acquérir des connaissances suffisantes du français pour pouvoir s'exprimer correctement dans cette langue plus de dix ans après. Indépendamment de l'adaptation à un nouveau mode de vie, les enfants seraient vraisemblablement confrontés également à certaines épreuves au plan de leurs études ou de leur formation professionnelle, de sorte que leur venue en Suisse pourraient être vécue comme une forme de déracinement socio-culturel. Par ailleurs, il faut constater que la demande de regroupement familial du 11 mai 2005 ne correspond à aucun changement notable de circonstances dans la prise en charge des enfants au Kosovo. Certes, les ressources personnelles des parents du recourant sont-elles peut-être quelque peu émoussées, mais les enfants, compte tenu de leur âge, sont capables de se prendre en charge et n'ont plus besoin d'être soutenus et entourés comme par le passé. En outre, leur mère ne les a pas abandonnés et ils peuvent assurément s'adresser à elle s'ils en éprouvent le besoin. Aucun intérêt familial prépondérant n'imposait donc le transfert de la garde des enfants au recourant, sinon le souhait compréhensible d'un père de se rapprocher de ses enfants. Le Tribunal administratif fédéral a donc retenu à juste titre que l'examen d'ensemble de la situation des enfants, en particulier au regard de leurs liens familiaux, culturels et sociaux, devait conduire au rejet de la demande de regroupement familial présentée.