Citation: 4A_458/2022 E. A

A.a. En 2007, B.________ Ltd, société ayant son siège aux Bahamas, qui exploite notamment les sites internet "..." et "...", a lancé l'application "..." permettant l'organisation et la gestion de tâches multiples. A.________ SA, société inscrite au registre du commerce genevois ayant pour but la fourniture de services internet, de réalisations graphiques et d'applications mobiles, a souscrit un abonnement à l'application précitée en juin 2014. A.b. Par la suite, B.________ Ltd a entrepris le développement d'une nouvelle application, dénommée "...", permettant de gérer des conversations et des échanges d'informations au sein d'une équipe notamment dans le domaine du télétravail. Le 28 janvier 2016, B.________ Ltd a déposé la marque "..." aux États-Unis d'Amérique pour divers services de la classe 42. Selon un extrait du registre des marques américain relatif à la marque "..." n...., celle-ci a été utilisée pour la première fois dans le commerce le 17 janvier 2017. Après la sortie d'une version test de l'application "..." en janvier 2017, celle-ci a fait l'objet d'un lancement officiel public en juin 2017. L'application "..." est accessible par trois canaux différents: - (1) téléchargement via des appareils mobiles fonctionnant sous les systèmes d'exploitation iOS et Android; - (2) téléchargement sur des ordinateurs disposant des systèmes d'exploitation macOS, Windows et Linux à partir du site internet "...", lequel est accessible sans restriction (absence de système de "geoblocking") depuis la Suisse et disponible en dix-huit langues; - (3) utilisation de l'application web, sans restriction géographique (absence de système de "geoblocking"), directement sur le site internet "..." sans qu'il soit nécessaire de procéder à un téléchargement. A.c. Le 10 décembre 2013, A.________ SA a conclu avec C.________ une convention intitulée "contrat de cession de droit et marque". A teneur dudit contrat, C.________ était le propriétaire intellectuel et légal de la solution commercialisée depuis 2007 qu'il souhaitait "revendre". Il assurait qu'il était le seul bénéficiaire des droits légaux sur les solutions "..." et sur la base logicielle "...". Il n'était toutefois au bénéfice d'aucun enregistrement des marques "..." ou "..." à la date de la signature du contrat précité. A teneur d'un communiqué de presse du 27 novembre 2017, C.________ avait créé l'outil "..." en novembre 2007. A.d. Le 15 mai 2017, A.________ SA, qui prétendait utiliser la marque "..." en 2013 déjà, a sollicité l'enregistrement du signe "..." en tant que marque suisse. La marque suisse "..." n.... a été enregistrée le 2 novembre 2017 pour les classes 9 ("logiciels; applications logicielles informatiques téléchargeables; logiciel téléchargeable via smartphones, téléphones mobiles, terminaux mobiles ou autres applications d'ordinateurs portables et de bureau; logiciels d'intégration d'applications et de bases de données; logiciels de conception/fabrication assistées par ordinateur; logiciels de communication; logiciel de commerce électronique permettant aux utilisateurs d'effectuer des transactions commerciales par voie électronique par le biais d'un réseau informatique mondial; logiciels de bioinformatique; logiciels d'application") et 42. A.________ SA est également titulaire de la marque "A.________ SA" (n....) et d'une marque figurative reprenant son logo (n....) depuis le 15 mai 2017 pour les classes 9 et 42 ainsi que d'une autre marque figurative depuis le 18 mai 2017 pour la classe 9. A.e. Le 12 décembre 2017, A.________ SA s'est plainte auprès d'Apple de l'utilisation de la marque "..." par B.________ Ltd via son application disponible sur l'AppStore. Le 3 janvier 2018, B.________ Ltd a fait savoir à Apple et à A.________ SA qu'elle avait procédé à l'enregistrement de la marque "..." aux États-Unis d'Amérique. A.________ SA a dès lors précisé que sa plainte concernait l'Union européenne et la Suisse, où elle utilisait le signe "..." pour des services de communication depuis 2010. Le 8 mars 2018, B.________ Ltd a proposé d'acquérir les droits de A.________ SA sur sa marque en Suisse. Jugeant disproportionné le prix de 220'000 euros articulé par A.________ SA, elle lui a répondu qu'elle n'était pas disposée à lui offrir plus de 5'000 euros. A.________ SA a décliné cette proposition. A la suite des discussions infructueuses menées par les parties, A.________ SA a invité Apple à retirer l'application litigieuse de l'AppStore, ce que cette dernière a fait le 18 mai 2018. Après une intervention de B.________ Ltd, l'application litigieuse a été réintroduite sur l'AppStore, à l'exclusion du marché suisse, quelques jours après. B.________ Ltd a par la suite supprimé l'application litigieuse du store GooglePlay pour la Suisse. A.f. En parallèle, B.________ Ltd et A.________ SA ont déposé une demande d'inscription de la marque "..." pour l'Union européenne en avril 2018. Considérant que B.________ Ltd jouissait d'un droit prioritaire sur la marque en question, A.________ SA a limité la liste des produits et services visés par sa demande pour en exclure, par requête du 10 septembre 2018, les logiciels ou applications permettant des communications aisées et interactives dans des environnements personnels et professionnels, cette limitation excluant, à son avis, toute atteinte aux droits de marque de B.________ Ltd au sein de l'Union européenne.