Citation: 4A_301/2010 07.09.2010 E. 5

5. Recours 5.1 Validité des garanties et déclarations Les déclarations ainsi que les garanties mentionnées à l'article 4 du présent contrat resteront en vigueur durant un an à compter de la date de la clôture. (...) Le 10 avril 1997, Y.________ et W.A.________ SA ont établi une note de clôture afin de finaliser la vente du 12 mars 1997. Les certificats d'actions qui correspondent aux 13'300 actions formant la totalité du capital-actions de A.________, ont été remis à Y.________. En décembre 1998, la raison sociale de W.A.________ SA a été modifiée en X.________ SA (ci-après: X.________). A.c C.________ Company Limited (ci-après: C.________) est une société de droit maltais active dans le négoce de céréales. Dans les années 1990, K.________ et L.________ ont été tous deux administrateurs de cette société. Par contrat du 29 décembre 1992, A.________ a vendu à C.________ un avion de type ..., aménagé et équipé, pour le prix total de 17'595'000 USD, soit 15'150'000 USD pour l'avion en configuration «Green» et 2'445'000 USD pour l'aménagement intérieur et des équipements à option dont la réalisation était confiée à D.________. Le paiement intervenait par acomptes. Le prix de l'avion devait être réglé à raison de 500'000 USD le 21 décembre 1992, 2'500'000 USD le 4 janvier 1993 et le solde le 31 mai 1993; le prix de l'aménagement intérieur et des équipements optionnels était payable par 244'500 USD le 4 janvier 1993, 489'000 USD le 15 mars 1993, 489'000 USD le 30 avril 1993 et 1'222'500 USD le 31 mai 1993. L'article 3 du contrat prévoyait ce qui suit: "Les sommes versées par l'acheteur à titre d'acompte correspondent à des arrhes qui seront considérées comme un acompte en cas de bonne et fidèle exécution du contrat. En revanche, en cas d'inexécution par l'acheteur de l'une ou l'autre clause du contrat, les arrhes versées resteront irrévocablement acquises au vendeur". Quant à l'article 4 du contrat, il avait la teneur suivante: "Tout retard de plus de 10 jours dans le paiement par l'acheteur d'un acompte ou du solde du prix sera considéré comme une inexécution du contrat et le vendeur sera en droit de s'en départir immédiatement sans avis ni mise en demeure, et de conserver les arrhes versées conformément à l'article 3 du présent contrat". Le 7 janvier 1993, A.________ a acheté à E.________, constructeur du ..., l'avion faisant l'objet du contrat avec C.________. Le 20 janvier 1993, elle a conclu un contrat avec D.________ pour les travaux d'aménagement intérieur de l'avion. Les 23 décembre 1992, 6 janvier 1993 et 23 mars 1993, C.________ a versé à A.________ les acomptes prévus par le contrat, pour un montant total de 3'733'500 USD. Le 30 avril 1993, C.________ n'a pas versé l'acompte convenu de 489'000 USD. Un délai au 10 mai 1993 lui a alors été accordé; vu le délai de grâce de dix jours stipulé à l'article 4 du contrat, cette somme devait être versée au plus tard le 20 mai 1993. Par télécopie du 19 mai 1993, C.________ a expliqué à A.________ que K.________, habilité à procéder au transfert d'argent, faisait l'objet d'une enquête en Italie et n'était pas en mesure d'opérer le versement à la date convenue; elle demandait un délai supplémentaire pour le versement de l'acompte, confirmant sa volonté d'acquérir l'avion. Par courrier du 25 mai 1993 adressé à C.________, A.________ a constaté que l'acheteur ne s'était pas acquitté du montant de 489'000 USD dû le 10 mai 1993 et payable au plus tard le 20 mai 1993; invoquant les articles 3 et 4 du contrat, elle résiliait la convention avec effet immédiat et relevait que le montant déjà versé de 3'733'500 USD lui restait acquis. Le 24 août 1993, C.________, sous la plume de Me M.________, a contesté la résiliation du contrat intervenue le 25 mai 1993 et a fait savoir à A.________ qu'elle n'était pas légitimée à conserver les paiements déjà effectués; elle déclarait par ailleurs être toujours intéressée à acquérir l'avion. Il n'est pas établi qu'entre cet épisode et le 7 novembre 2002, A.________ et C.________ aient eu des contacts à propos de la vente du ... A la suite de la résiliation par A.________ du contrat conclu avec C.________, le groupe W.________ a repris les contrats de A.________ avec E.________ et D.________. Le 18 octobre 1993, l'avion a été enregistré au registre suisse des aéronefs, W.B.________ SA étant mentionnée comme propriétaire; à cette date, il était grevé d'une hypothèque de 13'000'000 fr. (contre-valeur de 9'000'000 USD) en faveur de E.________. Le 8 novembre 1994, l'avion a été revendu avec l'hypothèque à F.________ SA, dont N.________ était l'actionnaire; W.B.________ SA restait débitrice de la dette hypothécaire. En janvier 1995, E.________ a engagé une poursuite en réalisation de gage à l'encontre de W.B.________ SA et a fait saisir l'avion. N.________ a alors déposé une plainte pénale contre l'un des membres du conseil d'administration de W.B.________ SA. Dans le cadre de la procédure pénale ouverte à Genève, deux classeurs ont été saisis dans les locaux de A.________; ils contenaient les pièces liées à la vente du ... à C.________, dont la lettre de Me M.________ du 24 août 1993. L'avion et l'hypothèque ont été définitivement radiés du registre des aéronefs le 19 novembre 1995. Le 4 novembre 1997, le Procureur général du canton de Genève a informé A.________ que la procédure pénale était terminée et que les pièces saisies pouvaient être restituées, ce qui a été fait au début 1998, à une date indéterminée. Y.________ allègue n'avoir pris connaissance des deux classeurs susmentionnés qu'à fin 2002. A.d Le 7 novembre 2002, C.________ a réclamé à A.________ la restitution des acomptes versés entre le 21 décembre 1992 et le 15 mars 1993, à titre de dommages-intérêts pour la résiliation abusive du contrat. Elle qualifiait le comportement de A.________ de contraire à la bonne foi dans la mesure où son partenaire contractuel savait pertinemment qu'elle n'était pas en mesure de payer l'acompte à temps en raison de l'incarcération des seules personnes habilitées à ordonner le paiement, soit K.________ et L.________. En outre, C.________ a invité A.________ à lui remettre une déclaration de renonciation à la prescription. Le 20 novembre 2002, A.________ a signé une déclaration de renonciation à l'exception de prescription, pour autant que les prétentions de C.________ ne soient pas déjà prescrites. La veille, Y.________ avait envoyé un courrier recommandé à X.________ pour l'informer de la prétention de C.________ et pour s'étonner de n'avoir été tenue au courant de ce litige ni lors de la procédure de due diligence, ni dans la Disclosure Letter. Par lettre du 28 novembre 2002, Y.________ a avoué à X.________ qu'elle ne comprenait pas pourquoi le montant des acomptes n'avait pas été comptabilisé en 1993, ce qui avait eu un impact sur les bilans de 1995 et de 1996, lesquels avaient été pourtant garantis par le contrat de vente du 12 mars 1997. Y.________ a déclaré que si C.________ devait obtenir gain de cause, elle tiendrait X.________ pour responsable de la totalité du dommage. A la demande de Y.________, X.________ a établi le 5 décembre 2002 une déclaration de renonciation à la prescription valable jusqu'au 31 décembre 2003, pour autant que la prescription ne soit pas déjà acquise. Elle a renouvelé sa déclaration par courrier du 27 avril 2005 jusqu'au 31 janvier 2006, puis par lettre du 10 avril 2006 jusqu'au 31 décembre 2007. A.e Le 18 novembre 2003, K.________ et L.________, auxquels C.________ avait cédé sa créance, ont ouvert action contre A.________ en paiement de 3'733'500 USD avec intérêts à 5% dès le 6 août 1993. Au terme de la procédure, après plusieurs recours dont l'un a abouti à un arrêt du Tribunal fédéral du 13 février 2006 (cause 4C.296/2005; ATF 132 III 226), le Tribunal fédéral a, par arrêt du 15 mars 2007 (cause 4C.374/2006), réformé l'arrêt du 15 septembre 2006 de la Cour de justice genevoise en ce sens que A.________ était condamnée à payer aux demandeurs, avec solidarité entre eux, le montant de 1'974'000 USD, plus intérêts à 5% dès le 6 août 1993. En substance, le Tribunal fédéral a jugé que les acomptes conservés par A.________ à la suite de la résiliation du contrat constituaient une peine conventionnelle manifestement excessive, qu'il se justifiait de réduire à 10% du prix total de l'avion, soit à 1'759'500 USD; A.________ devait ainsi restituer un montant de 1'974'000 USD (3'733'500 - 1'759'500). Le recours de droit public formé parallèlement a été rejeté dans la mesure où il était recevable (arrêt du 15 mars 2007 dans la cause 4P.282/2006). A.f Le 4 avril 2007, Y.________ a fait notifier à X.________ un commandement de payer les montants suivants: - 2'467'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 6 août 1993, contre-valeur de 1'974'000 USD, à titre de dommages-intérêts; - 16'400 fr. avec intérêts à 5% dès le 15 mars 2007, représentant les frais et dépens à la suite de l'arrêt du Tribunal fédéral du 15 mars 2007 (recours en réforme); - 42'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 15 mars 2007, représentant les frais et dépens à la suite de l'arrêt du Tribunal fédéral du 15 mars 2007 (recours de droit public); - 10'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 13 février 2006, représentant les frais et dépens à la suite de l'arrêt du Tribunal fédéral du 13 février 2006; - 200'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 1er janvier 2005, représentant les frais d'avocat, les frais de justice et les dépens au niveau cantonal. X.________ a formé opposition. En date du 4 avril 2007, Y.________ a vendu les actions de A.________ à Z.________ pour un prix non connu. L'article 5.3 du contrat prévoit notamment que Y.________ continuera de mener, à ses frais et risques, certaines procédures en cours, dont l'affaire C.________.