Citation: 4A_12/2019 E. B

B.a. Le 11 mars 2016, Z.________ a déposé une requête d'arbitrage contre A.________ auprès de la Swiss Chambers' Arbitration Institution (SCAI), via la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève. Un Tribunal arbitral composé de trois membres s'est constitué et son siège a été fixé à Genève. Ce même tribunal a été appointé pour le litige divisant Z.________ d'avec la société... SA à propos du café C.________. Les procédures ont été jointes, étant entendu que des sentences distinctes seraient rendues. Le Règlement suisse d'arbitrage international dans sa teneur de 2012 ( Swiss Rules 2012) a été déclaré applicable. Selon les dernières conclusions prises par Z.________ le 30 juin 2017, A.________ devait être condamnée à payer les montants de 252'735 fr. et de 133'895 fr. à Z.________, plus la somme de 2'868'335 fr. à Z.________ Switzerland (subsidiairement à Z.________ elle-même). La défenderesse A.________ a d'emblée contesté que la juridiction arbitrale fût compétente pour connaître des conclusions de Z.________ concernant le dommage prétendument subi par sa filiale Z.________ Switzerland. Au surplus, elle a conclu au rejet des conclusions dans la mesure où elles relevaient de la juridiction arbitrale. A.________ a refusé de payer la part d'avance de frais qui lui était normalement dévolue, invoquant notamment le fait que la majeure partie des conclusions échappaient à la compétence du Tribunal arbitral. B.b. Statuant par sentence finale du 23 novembre 2018, le Tribunal arbitral a condamné A.________ à payer à Z.________ les montants de 252'735 fr., 133'895 fr. et 1'604'042 fr., intérêts en sus. Le Tribunal arbitral a tout d'abord déterminé s'il était compétent pour connaître de la conclusion tendant au paiement de 2'868'335 fr. en mains de Z.________ Switzerland, subsidiairement en mains de Z.________. Celle-ci avait plaidé la stipulation pour autrui, figure juridique qui s'appliquait effectivement au cas concret. Aussi avait-elle le droit direct d'exiger de A.________ qu'elle compense le dommage prétendument occasionné à sa filiale Z.________ Switzerland pour avoir violé les droits exclusifs concédés dans le contrat de licence. Le Tribunal arbitral était compétent y compris pour ce chef de conclusion. Le Tribunal s'est ensuite penché sur la violation alléguée du contrat de licence. La défenderesse ne contestait pas en tant que tels les droits exclusifs conférés à Z.________, mais elle soutenait que l'exclusivité avait pris fin dans les conditions prévues par l'art. 3 de l'amendement signé en 2013, respectivement que Z.________ avait rompu le lien de causalité entre la prétendue violation contractuelle et le dommage revendiqué. Le Tribunal a rejeté l'un et l'autre argument. Dans ce cadre, il a notamment constaté que le litige était consécutif à une soumission générale lancée par l'aéroport pour les concessions relatives à la restauration, et non à une décision qu'aurait prise Z.________ de cesser l'exploitation du bar. A.________ objectait vainement que Z.________ aurait renoncé au renouvellement de la concession comme elle ne souhaitait pas exploiter le bar sur un mode autonome ( on a standalone basis), après avoir perdu d'autres surfaces commerciales dans l'aéroport. La décision de l'aéroport d'exclure Z.________ de l'exploitation était intervenue à la mi-juin 2015; à cette date, A.________, de son propre aveu, avait déjà débuté les négociations pour la concession. Le fait que A.________ avait négocié directement avec l'aéroport ne constituait pas une violation des droits exclusifs conférés à Z.________. La violation résidait dans le fait que la première avait présenté faussement la situation concernant les droits exclusifs de Z.________, et cet élément avait provoqué la décision prise le 15 juin 2015 par l'aéroport. Si A.________ avait présenté clairement les droits exclusifs, l'aéroport n'aurait pas exclu Z.________ de l'exploitation du bar. Le directeur commercial de l'aéroport avait admis qu'il suivait en principe les recommandations du titulaire de la marque lorsque celui-ci proposait un certain opérateur. De surcroît, l'aéroport n'avait jamais exprimé le moindre mécontentement quant à la manière dont Z.________ exploitait le bar. Le Tribunal a par ailleurs exclu que Z.________ ait commis un abus de droit en se prévalant de ses droits exclusifs. En définitive, Z.________ avait droit à la réparation du dommage causé par la violation de ses droits exclusifs. Celui-ci comprenait 252'735 fr. correspondant aux redevances et royalties que la sous-licence aurait rapportés à Z.________ si le bar B.________ avait pu être exploité entre le 1 er septembre 2015 et le 31 août 2020. S'y ajoutaient 133'895 fr. pour les frais de défense engagés entre octobre 2014 et novembre 2015. Enfin, la perte de gain de Z.________ Switzerland, qui constituait une prétention directe de Z.________, s'élevait à 1'604'042 fr. L'un des trois arbitres a rédigé une opinion dissidente.