Citation: I 157/01 16.01.2002 E. 2

2.- Se fondant sur les rapports d'expertise du docteur B.________ du 1er juin 1999 et du docteur S.________ du 8 août 2000, les premiers juges ont retenu que le recourant, sur le plan physique et psychique ou mental, ne présente pas une atteinte à la santé invalidante susceptible d'ouvrir le droit aux prestations de l'assurance-invalidité. Le litige porte sur l'évaluation de sa santé psychique. a) Le recourant allègue qu'il existe au dossier nombre d'éléments permettant d'exclure toute simulation de sa part et que les conclusions du docteur S.________ sont sans pertinence, ce médecin ayant accordé beaucoup trop d'importance aux déclarations que son épouse a faites sous le coup de la colère et dans le but de se venger de son mari, sur lesquelles celle-ci est pourtant revenue. Il reproche à l'expert de n'avoir pas tenu compte des rétractations de sa femme et à la juridiction cantonale de n'avoir retenu que les conclusions de ce spécialiste. b) Le juge des assurances sociales doit examiner de manière objective tous les moyens de preuve, quelle qu'en soit la provenance, puis décider si les documents à disposition permettent de porter un jugement valable sur le droit litigieux. Si les rapports médicaux sont contradictoires, il ne peut liquider l'affaire sans apprécier l'ensemble des preuves et sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une opinion médicale et non pas sur une autre. C'est ainsi qu'il importe, pour conférer pleine valeur probante à un rapport médical, que les points litigieux aient fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la situation médicale soient claires et enfin que les conclusions de l'expert soient dûment motivées. Au demeurant, l'élément déterminant pour la valeur probante n'est ni l'origine du moyen de preuve ni sa désignation comme rapport ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 125 V 352 consid. 3a et les références). Ces principes, développés à propos de l'assurance-accidents, sont applicables à l'instruction des faits d'ordre médical dans toutes les branches d'assurance sociale (Spira, La preuve en droit des assurances sociales, in Mélanges en l'honneur de Henri-Robert Schüpbach, Bâle 2000, p. 268). c) Selon les premiers juges, la prise de position du Centre Y.________ de N.________ n'est pas convaincante. D'une part, elle n'est pas fondée sur un examen complet du dossier médical et ne fait pas état d'investigations très approfondies. D'autre part, on y trouve des appréciations formulées de manière très prudente, évoquant des tests psychologiques qui n'ont en définitive pas été effectués. Enfin, ils ont relevé que la situation personnelle et familiale de l'assuré n'avait pas été établie de manière correcte : alors que l'intéressé entretient depuis plusieurs années une liaison extraconjugale, ce qui a eu une influence déterminante selon l'expert S.________ sur l'aspect psychique du cas, le centre Y.________ indique simplement dans le rapport du 18 août 1999 qu'il n'y a "pas de conflit conjugal, pas de souci relatif à la famille restée au pays" et, dans le rapport du 24 mai 2000, il est indiqué seulement que, "au niveau relationnel, M. F. partage la vie d'une femme qui, malgré de nombreuses années passées en Suisse, ne parle toujours pas le français, témoin d'un manque d'adaptation patent dû probablement à un manque de ressources important". Pour ces raisons, la juridiction cantonale considère que l'avis des médecins du centre Y.________ n'est pas apte à remettre en cause les conclusions du docteur S.________. d) Les diagnostics des médecins du centre Y.________, qui excluent expressément l'existence d'une simulation des symptômes, et de l'expert laissent subsister des divergences, spécialement quant aux conséquences sur la capacité de travail du recourant. Certes, l'avis du docteur S.________ remplit pour l'essentiel les conditions posées par la jurisprudence sur le caractère probant d'une expertise. Il n'en demeure pas moins qu'il manque une détermination de sa part sur les rapports des médecins du centre Y.________ comme il subsiste une divergence au sujet des troubles somatoformes douloureux, au point que le juge n'est pas véritablement en mesure de trancher entre les opinions de ces spécialistes. Dès lors il se justifie de renvoyer la cause à l'office intimé pour qu'il procède à une instruction complémentaire sur le point de savoir si l'existence d'une simulation des symptômes ou d'un trouble factice doit être exclue, et, si et dans quelle mesure, au moment déterminant, le recourant subissait une diminution de sa capacité de travail en raison de problèmes d'ordre psychique. Dans ce dernier cas, et si le diagnostic de troubles somatoformes douloureux venait à être confirmé, leur caractère éventuellement invalidant devrait être examiné à la lumière des critères développés dans l'arrêt K. du 19 janvier 2000 (VSI 2000 p. 154).