Citation: 5P.166/2002 27.05.2002 E. 4

4.1 Le recourant émet toute une série de critiques à l'encontre de l'appréciation par la cour cantonale des éléments évoqués ci-dessus. En premier lieu, le passage, établi seulement par pièce, du véhicule Honda à la douane de Terespol le 2 juillet 1997 n'a pas été confirmé par témoignage, et la prémisse selon laquelle V.________ n'aurait pu entreprendre son trajet de retour que le 3 juillet 1997 (cf. consid. 3.2 supra) serait totalement farfelue et arbitraire. Si la cour cantonale avait pris la peine de consulter les organismes spécialisés, elle aurait pu retenir que le trajet par la Tchéquie et l'Autriche représente une distance de 1890 km, dont 1025 km d'autoroute, et que ce trajet peut être parcouru, compte tenu des spécificités du parcours et à vitesse normale, en 20 heures et 40 minutes, de sorte qu'il était parfaitement possible à V.________ de rapatrier le véhicule à Genève entre le 2 et le 4 juillet 1997 dans l'après-midi. L'impossibilité d'entendre comme témoin V.________, dans laquelle les juges cantonaux ont vu un doute supplémentaire accréditant la thèse de la défenderesse (cf. consid. 3.3 supra), ne saurait être imputée sous cette forme au demandeur, qui n'avait aucun moyen de contraindre son ami à se déplacer à Genève et ne saurait souffrir des retards inhérents à l'entraide judiciaire internationale. Par ailleurs, on comprend mal l'intérêt de la réflexion de la cour cantonale selon laquelle il est étrange que le demandeur ait accepté de prêter le véhicule dont il a besoin quotidiennement pour se rendre à son travail (cf. consid. 3.3 supra): en admettant, comme la cour cantonale et les parties en cause, que le véhicule Honda était bien à Terespol le 2 juillet 1997, soit ce véhicule avait bel et bien été prêté à V.________, auquel cas on comprend mal la réflexion de la cour, soit il avait été soustrait au demandeur sans son accord, auquel cas la défenderesse aurait à répondre de sa disparition à la date du 2 juillet 1997. En ce qui concerne la présence du véhicule Honda au garage Z.________ le 4 juillet 1997, il n'y a rien d'insolite à ce qu'un tiers, en l'occurrence la secrétaire du père du demandeur, ait pris elle-même rendez-vous, pour le compte du demandeur, avec le garage Z.________ pour un petit service, le seul fait que ce véhicule ait été antérieurement en possession d'un tiers, en l'occurrence V.________, n'étant pas de nature à remettre en cause cette réalité (cf. consid. 3.4 supra). En outre, la présence de ce véhicule au garage Z.________ le 4 juillet 1997 est attestée par la facture de Pneus Y.________ et par le témoignage de Z.________ (cf. consid. 3.6 supra), de sorte qu'il est insoutenable de la remettre en cause. Enfin, les témoignages de R.________ et de M.________ ont confirmé le départ du demandeur pour la région lyonnaise au volant du véhicule Honda le samedi 5 juillet 1997; ces témoignages ne sauraient être écartés pour le seul motif qu'il se serait passé quelque deux ans entre les faits et la déposition des témoins (cf. consid. 3.6 supra), d'autant plus que si la cour cantonale avait eu réellement des doutes fondés quant à la qualité des témoignages en question, elle aurait dû dénoncer le cas au Procureur général, ce qu'elle n'a pas fait. 4.2 Selon l'art. 90 al. 1 let. b OJ, l'acte de recours de droit public doit contenir un exposé succinct des droits constitutionnels ou des principes juridiques violés, précisant en quoi consiste la violation. Il s'ensuit que celui qui forme un recours de droit public pour arbitraire ne peut se borner à critiquer la décision attaquée comme il le ferait en procédure d'appel, où l'autorité de recours jouit d'un libre pouvoir d'examen (ATF 117 Ia 10 consid. 4b; 110 Ia 1 consid. 2a; 107 Ia 186 et la jurisprudence citée). En particulier, il ne peut se contenter d'opposer sa thèse à celle de l'autorité cantonale, mais doit démontrer, par une argumentation précise, que la décision attaquée repose sur une application de la loi ou une appréciation des preuves manifestement insoutenables (ATF 125 I 492 consid. 1b; 120 Ia 369 consid. 3a; 86 I 226). Or en l'espèce, l'argumentation du recourant est à plusieurs égards purement appellatoire. Il en va notamment ainsi lorsqu'il se contente d'opposer sa propre thèse à celle de l'autorité cantonale pour exposer comment le véhicule Honda conduit par V.________ pouvait parfaitement être à Terespol le 2 juillet 1997 et à Genève le 4 juillet 1997 dans l'après-midi, lorsqu'il soutient que l'impossibilité d'entendre V.________ ne saurait jouer en sa défaveur ou lorsqu'il critique l'appréciation par l'autorité cantonale des circonstances dans lesquelles rendez-vous aurait été pris auprès du garage Z.________ pour le vendredi 4 juillet 1997 en deuxième partie d'après-midi. Mais surtout, le recourant ne s'en prend aucunement à l'argumentation centrale que l'autorité cantonale tire de la grave incohérence des déclarations du recourant (cf. consid. 3.5 supra). Il est en effet constant qu'interrogé le 16 septembre 1997 par l'intimée, le recourant a indiqué qu'il utilisait sa voiture quotidiennement pour se rendre à son travail à l'ONU et que mis à part un moment où elle avait été en réparation le 20 juin 1997, il ne s'en était jamais dessaisi. Or selon la thèse soutenue deux mois plus tard par le recourant, celui-ci se serait dessaisi pendant pas moins de six jours du véhicule Honda qu'il a prêté à V.________, dont il est prouvé qu'il a été contrôlé le 2 juillet 1997 au poste frontière polono-russe de Terespol. Il est ainsi inexplicable que le recourant ait oublié avoir prêté sa voiture pendant une semaine à V.________ quelques jours seulement avant qu'elle ne lui soit dérobée à Vaulx-en-Velin, alors qu'il s'est souvenu que ce véhicule avait été en réparation le 20 juin 1997 et alors qu'il en avait besoin quotidiennement pour se rendre à son travail, au point de louer un véhicule de remplacement pendant les deux jours où son véhicule Audi 100 a été immobilisé au garage en septembre 1997 (cf. consid. 3.3 et 3.5 supra). L'ensemble des éléments de preuve présentés par le recourant en ce qui concerne la présence du véhicule Honda à Genève les 4 et 5 juillet 1997 aurait peut-être pu suffire, si ces éléments avaient été considérés indépendamment des circonstances qui viennent d'être rappelées, à faire apparaître vraisemblable la thèse du vol commis le 5 ou 6 juillet 1997 à Vaulx-en-Velin. Cependant, au regard précisément desdites circonstances et compte tenu du fait que, pour les raisons qu'elle a exposées et dont l'argumentation développée dans le recours ne démontre pas le caractère insoutenable, les éléments relatifs à la présence du véhicule Honda à Genève les 4 et 5 juillet 1997 ne constituent pas des preuves absolues, la cour cantonale pouvait sans arbitraire retenir que le demandeur avait échoué dans l'établissement de la vraisemblance du sinistre.