Citation: 5A_495/2024 E. 4.3

4.3. En l'espèce, la cour cantonale a notamment retenu que la collaboration entre les parents était loin d'être fluide. En effet, les parties continuaient de solliciter l'intervention des autorités judiciaires sur des problèmes qu'elles devaient pouvoir être en mesure de résoudre par elles-mêmes. Ainsi en allait-il, par exemple, de leur différend quant à la présence de la mère au spectacle de fin d'année des enfants, ou encore, et c'était plus grave, quant au suivi psychologique de C.________ et à la scolarisation de D.________. L'intervenante de l'OPE indiquait d'ailleurs à raison, dans son complément d'enquête, que l'instauration d'une garde alternée nécessitait que les parents travaillent sur leur coparentalité, cas échéant avec l'aide d'un médiateur. Le régime de garde alternée supposait en effet une bonne collaboration entre les parents, laquelle n'était pas acquise en l'espèce. La juridiction précédente a par ailleurs considéré que l'éloignement géographique des domiciles des parties devait également être pris en compte. En l'occurrence, la mère concluait principalement à l'instauration d'une garde alternée à R.________, alors que le père, domicilié en Suisse, n'avait pas l'intention de s'établir en Espagne. Les motifs pour lesquels celui-ci souhaitait rester en Suisse étaient sans importance, dès lors qu'ils ne reposaient à l'évidence pas sur une volonté d'éloigner les enfants de leur mère. En effet, l'époux était établi en Suisse depuis 2016, soit bien avant la séparation des parties et la naissance des enfants, dont il était d'ailleurs prévu, du temps de la vie commune, qu'ils soient domiciliés en Suisse et y poursuivent leur scolarité. Les parents et le frère du mari, ainsi que la famille de celui-ci, vivaient également en Suisse. Contrairement à ce que semblait croire la mère, le fait que l'époux ait maintenu des liens importants avec son pays d'origine, qu'il y ait une (ou plusieurs) propriété (s) et qu'il y retourne régulièrement, même pour des longues périodes, n'était pas de nature à modifier cette appréciation. Bien qu'il n'exerce aucune activité professionnelle en Suisse et dispose d'une grande liberté dans son emploi du temps, le mari ne pouvait être forcé de s'établir en Espagne, au même titre d'ailleurs qu'on ne pouvait contraindre l'épouse à quitter ce pays. Cette dernière, qui avait certes évoqué la possibilité de revenir en Suisse pour se rapprocher de ses enfants, n'avait toutefois ni permis de séjour, ni logement en Suisse, et n'avait ébauché à ce jour aucun projet réel d'installation en Suisse. La distance géographique entre les domiciles des deux parents rendait ainsi impossible, de facto, l'instauration d'une garde alternée. La cour cantonale en a conclu que c'était par conséquent à juste titre que l'autorité de première instance avait considéré que la garde des enfants devait être attribuée exclusivement à l'un des parents. La cour cantonale a ensuite examiné la question de savoir à qui la garde exclusive des enfants devait être attribuée. Elle a constaté que les deux parents disposaient de capacités éducatives adéquates et que, les enfants ayant été pris en charge de manière plus ou moins égale par chacun des parents, la situation de départ était neutre. Entre autres points, la cour cantonale a considéré que le maintien des enfants en Suisse se justifiait au regard de ce qui suit. Depuis le 4 juin 2022, les enfants vivaient à nouveau dans la maison familiale de T.________ et fréquentaient une école, respectivement la crèche préscolaire de cette même école, en Valais. De l'avis de l'intervenante de l'OPE, les enfants avaient retrouvé une situation stable en termes de scolarité, de domicile, de suivi médical, d'activités extrascolaires et de rythme au sens large. Elle estimait qu'il était dans l'intérêt de ceux-ci de poursuivre leur scolarité en Valais et d'y rester domiciliés. Dans le même sens, la juge de district avait considéré que le critère de la stabilité devait être privilégié en l'espèce, même si les enfants étaient encore jeunes et que le noyau qu'ils avaient construit en Suisse était relativement récent. Il n'y avait aucune raison de s'écarter de ce raisonnement, qui tenait correctement compte du bien des enfants. Ceux-ci avaient déjà subi deux fois un changement radical et soudain de leur cadre de vie, lorsque leur mère s'était opposée à leur retour en Suisse, puis lorsque ce retour avait été ordonné par les autorités espagnoles. Contrairement à ce qu'affirmait la recourante, ce nouveau lieu de vie ne leur avait pas été imposé par l'intimé, mais avait été mis en place au retour des enfants en Suisse ordonné par la justice espagnole, étant du reste rappelé qu'il était prévu, avant la séparation des parties, que les enfants seraient domiciliés et scolarisés en Valais. Bien que les enfants aient un attachement particulier à l'Espagne, leur imposer un nouveau déménagement à l'étranger, à leurs âges et avec leur vécu, de surcroît dans le cadre de mesures provisoires, mettrait en péril l'équilibre et la stabilité indispensables à leur développement harmonieux. On pouvait d'ailleurs s'interroger sur le cadre de vie qui serait offert aux enfants en Espagne compte tenu de la situation personnelle, professionnelle et financière de la mère. Si cette dernière avait décrit de manière détaillée ses ambitions s'agissant de son lieu de vie et de sa profession, celles-ci étaient demeurées à l'état de projet, si bien qu'elle n'avait actuellement, et depuis son retour en Espagne, ni son propre logement - elle vivait chez sa mère - ni d'emploi ou de fortune, étant du reste précisé qu'elle ne percevait aucune contribution d'entretien. Sans nier que les enfants devaient pouvoir maintenir des relations équilibrées avec chacun de leurs parents, leur besoin de stabilité l'emportait, en l'espèce, sur un rapprochement géographique avec la mère, dans la mesure où celui-ci entraînerait nécessairement un nouveau bouleversement de leur cadre de vie qu'il convenait d'éviter au stade des mesures provisoires. Partant, l'attribution de la garde au père devait être confirmée.