Citation: I 171/04 01.04.2005 E. 4

4.1 Dans un second moyen, l'office recourant soutient que la juridiction cantonale lui «ordonne de procéder à une comparaison de revenus en appliquant une méthode contraire à la jurisprudence constante». Selon lui, en matière d'assurance-invalidité, le revenu d'invalide doit être évalué d'après les données économiques statistiques issues de l'Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS). En ce qui concerne le cas de S.________, celui-ci serait en mesure réaliser au minimum le revenu annuel d'un homme exerçant une activité simple et répétitive, soit 53'681 fr. (ESS 1998, TA1, p. 25); en admettant même un abattement du revenu statistique de 5 % pour tenir compte de la perte de certains avantages liés à son ancienne activité, son taux d'invalidité ne dépasserait pas 29 % [(71'819 - 50'997) : 71'819 x 100]. 4.2 L'argumentation de l'office recourant ne saurait être suivie. A conditions de respecter certaines exigences de procédure, la détermination du revenu d'invalide sur la base de données salariales concrètes est un procédé admis par le Tribunal fédéral des assurances au même titre que le recours aux données statistiques économiques (voir ATF 129 V 472); contrairement à ce que semble croire le recourant, il n'y a pas de hiérarchie entre ces deux méthodes. Il est vrai que la Cour de céans fait souvent recours aux valeurs statistiques pour fixer le revenu d'invalide. Cette méthode concerne toutefois avant tout des assurés qui ne peuvent plus accomplir leur ancienne activité parce qu'elle est physiquement trop astreignante pour leur état de santé, mais qui conservent néanmoins une capacité de travail importante dans des travaux légers. Pour ces assurés, le salaire statistique est en effet suffisamment représentatif de ce qu'ils seraient en mesure de réaliser en tant qu'invalides dès lors qu'il recouvre un large éventail d'activités variées et non qualifiées compatibles avec des limitations fonctionnelles peu contraignantes. La situation de S.________ diffère cependant de ces cas puisqu'il a bénéficié d'un reclassement dans une profession bien précise, à savoir dessinateur en bâtiment. C'est dans cette profession qu'il est en mesure d'atténuer au mieux les conséquences économiques de son état de santé, ce qui pas contesté par l'office recourant. Or il n'y aurait aucun sens, lorsqu'un assuré invalide est réadapté avec succès dans une nouvelle profession, à se référer aux valeurs statistiques issues de l'ESS, d'autant moins que celles-ci sont établies par branche d'activité et non pas par profession. En l'espèce, il ressort du dossier que S.________ travaille déjà comme dessinateur en bâtiment à un taux d'occupation de 55 % depuis le 1er avril 2001. Bien que ce taux soit inférieur à ce qui est exigible de sa part (voir consid. 3.2 supra), on peut se demander s'il n'aurait pas été opportun de retenir, à titre de revenu d'invalide, le salaire perçu au service son employeur actuel rapporté à un taux d'activité de 75 %. Faute d'éléments de comparaison, on ignore toutefois si ce salaire est conforme aux usages professionnels. Aussi, ne saurait-on reprocher aux premiers juges d'avoir estimé la mise en oeuvre d'une enquête économique nécessaire ou du moins appropriée pour établir le revenu d'invalide de l'intimé. Sur ce point, leur jugement n'est pas critiquable. En revanche, c'est à tort que les premiers juges prescrivent à l'office recourant d'opérer au besoin une réduction du salaire qui résultera de l'enquête économique. La déduction globale maximale de 25 % que la jurisprudence autorise afin de tenir compte des différents éléments qui peuvent influencer le revenu d'une activité lucrative ne concerne que les salaires statistiques (ATF 126 V 75). En présence de salaires réels une telle déduction ne se justifie pas (cf. ATF 129 V 482 consid. 4.2.3).