Citation: 8C_46/2018 E. 4.4

4.4. On relèvera tout d'abord qu'en cas de référence aux statistiques de l'ESS dans leur version révisée à partir de 2012, il y a lieu d'appliquer le tableau TA1_skill_levels et non pas TA1_b (ATF 142 V 178; arrêt 8C_228/2017 du consid. 4.2.2). C'est donc à juste titre que la cour cantonale ne s'est pas référée au tableau TA1_b à l'instar de la recourante. Le fait qu'elle ne s'est pas fondée sur le salaire statistique d'une branche économique particulière n'est pas non plus critiquable. Cela étant, on ne saurait partager ni le point de vue de la recourante ni celui de la cour cantonale en ce qui concerne le choix du niveau de compétence dans lequel il convient de placer l'assuré. La version 2012 de l'ESS a introduit quatre niveaux de compétences définis en fonction du type de travail, de la formation nécessaire à la pratique de la profession et de l'expérience professionnelle (MARGIT MOSER-SZELESS, in Commentaire romand, Loi sur la partie générale des assurances sociales, 2018, n. 35 ad art. 16 LPGA). Le niveau 1 est désormais le plus bas et correspond aux tâches physiques et manuelles simples, tandis que le niveau 4 est le plus élevé et regroupe les professions qui exigent une capacité à résoudre des problèmes complexes et à prendre des décisions fondées sur un vaste ensemble de connaissances théoriques et factuelles dans un domaine spécialisé (on y trouve par exemple les directeurs/trices, les cadres de direction et les gérant[e]s, ainsi que les professions intellectuelles et scientifiques). Entre ces deux extrêmes figurent les professions dites intermédiaires (niveaux 3 et 2). Le niveau 3 implique des tâches pratiques complexes qui nécessitent un vaste ensemble de connaissances dans un domaine spécialisé (notamment les techniciens, les superviseurs, les courtiers ou encore le personnel infirmier). Le niveau 2 réfère aux tâches pratiques telles que la vente, les soins, le traitement des données, les tâches administratives, l'utilisation de machines et d'appareils électroniques, les services de sécurité et la conduite de véhicules (voir les pages 11 et 12 de l'ESS 2012 consultable sur le site internet de l'OFS). L'accent est donc mis sur le type de tâches que l'assuré est susceptible d'assumer en fonction de ses qualifications mais pas sur les qualifications en elles-mêmes (voir arrêt 9C_901/2017 du 28 mai 2018 consid. 3.3). En l'occurrence, le type de travail encore à la portée de l'assuré en fonction de son niveau de formation justifie qu'il soit placé au niveau de compétence 2. En effet, on ne saurait exiger de lui qu'il effectue des tâches pratiques complexes du niveau 3 qu'il n'a jamais fait et pour lesquelles il ne possède au demeurant pas les qualifications. Par ailleurs, contrairement à l'instance précédente, la seule circonstance que l'intimé n'a pas été en mesure de poursuivre son activité de gérant de magasin après son accident ne signifie pas que le champ des activités exigibles de sa part serait désormais restreint à des tâches manuelles simples relevant du niveau de compétence 1, soit à des emplois non qualifiées. Au vu de sa formation et de son parcours professionnel dans le domaine de la vente, ainsi que du résultat de l'expertise psychiatrique du BEM - d'après laquelle il n'y a pas de perturbation des fonctions cognitives liée à l'accident -, on ne voit pas ce qui imposerait de retenir une telle limitation dans le type de travail qui lui reste accessible. Il s'ensuit que le salaire de référence est celui que peuvent prétendre des hommes au niveau de compétence 2, soit 5'633 fr. par mois (TA1_skill_level, ligne Total, ESS 2012, p. 35). Après les adaptations usuelles, on aboutit à un revenu d'invalide annuel de 64'441 fr. 40 en 2014 pour un taux d'activité de 90 %. En ce qui concerne la prise en compte d'un abattement de 5 % lié aux années de service, il est vrai, comme le dit la recourante, qu'elle ne se justifierait pas dans le cadre du choix du niveau de compétence 1 de l'ESS 2012, l'influence de la durée de service sur le salaire étant peu importante dans cette catégorie d'emplois qui ne nécessitent ni formation ni expérience professionnelle spécifique (voir 8C_103/2018 du 25 juillet 2018 consid. 5.2). Il en va toutefois différemment à partir du niveau de compétence 2 s'agissant d'emplois qualifiés dans lesquels l'expérience professionnelle accumulée auprès d'un même employeur est davantage valorisée. Il y a donc lieu d'admettre que l'intimé subit un désavantage salarial à ce titre par rapport aux autres employés qualifiés du niveau de compétence 2 dans la mesure où il se trouve en situation de réintégration professionnelle après plus de 35 ans de service auprès du même employeur. Un abattement de 5 % à ce titre apparaît approprié. Cela donne un revenu d'invalide annuel de 61'219 fr. 30. Il en résulte un degré d'invalidité (arrondi) de 31 % ([88'515 fr. - 61'219 fr. 30] : 88'515 fr. x 100). L'intimé a donc droit, à compter du 1er mai 2014, à une rente d'invalidité LAA fondée sur un taux d'incapacité de gain de 31 %.