Citation: 6P.155/2005 17.03.2006 E. 1.3

1.3.1 Il ressort du dossier que, le 1er novembre 1997, soit deux ans avant les faits, le recourant s'est rendu au Chuv avec sa fille. Son amie, assistante médicale, suspectait une blessure vaginale, qui, dans le contexte de la séparation des parents, a fait naître l'inquiétude d'un possible abus sexuel et motivé cette consultation. Lors de celle-ci, le recourant a signalé aux médecins que son ex-épouse négligeait leurs deux enfants et qu'il était frappé par le comportement de ceux-ci depuis leur séparation (intérêt de C.________ pour la sexualité, apparition d'une incontinence secondaire pour les selles, comportement agressif du frère). L'examen génital n'a rien relevé. Le médecin-assistant a toutefois proposé une évaluation pédopsychiatrique de C.________ en raison de son comportement peu habituel, la fillette ne respectant pas de distance par rapport à l'examinateur. Lors de son audition, la mère de C.________ a relevé que, dans le courant 1998, elle avait reçu un appel téléphonique de l'amie du recourant qui lui avait demandé si quelqu'un de son entourage pouvait abuser de l'enfant, celle-ci étant rouge au niveau du sexe. Le soir même, elle avait examiné sa fille et effectivement constaté des rougeurs. Elle avait d'ailleurs remarqué que l'enfant présentait de telles rougeurs en revenant de chez son père et, il y a trois mois, sa mère lui avait dit que C.________ lui avait confié que son père lui avait fait des attouchements. En cours d'instruction, la grand-mère maternelle de C.________ a expliqué avoir remarqué, en septembre 1999, que sa petite-fille se touchait le sexe, avec trois doigts, à travers son t-shirt et sa culotte, et avoir trouvé ces gestes inhabituels pour une enfant de son âge. Elle a mentionné qu'à l'occasion d'une douche, elle lui avait dit que personne n'avait le droit de toucher son petit "culcul" et que la petite lui avait alors immédiatement demandé: "et papa A.________ non plus ?". Elle a encore précisé que C.________ lui avait dit que son frère la touchait sur le sexe. Il ressort également du dossier que la police est intervenue le 17 janvier 2000, soit quelques jours avant les faits litigieux, sur dénonciation d'un voisin, au domicile de B.________, celle-ci laissant souvent seuls ses enfants durant la nuit. Lors de cette intervention, C.________ a expliqué qu'elle faisait souvent des cauchemars, qu'elle n'arrivait pas à dormir et que, de ce fait, elle passait une grande partie de la nuit devant la télévision, son frère faisant en général de même. 1.3.2 Concernant les possibles influences, l'expert a souligné qu'au cours d'un entretien, alors qu'il avait dû interrompre momentanément la consultation pour répondre à un téléphone urgent et que la fillette était retournée vers sa mère à la salle d'attente avec du papier et des crayons pour dessiner, B.________ avait alors influencé le dessin de sa fille, en dictant en particulier le texte. Il a précisé que le dessin en question reprenait le scénario mémorisé par l'enfant. Il a enfin relevé que, dès la première rencontre, B.________ avait voulu décrire ce que son enfant avait subi, ce qui n'est pas le propos au cours d'un premier entretien d'expertise, puisqu'il s'agit de créer un climat de confiance avec l'enfant. Ce faisant, le psychiatre s'est prononcé sur les influences de la mère au cours de l'expertise effectuée deux ans après les faits incriminés. Il ne s'est en revanche pas prononcé sur la possible suggestibilité de C.________ à l'époque des abus, soit en février 2000. Il n'a pas examiné si, à cette époque déjà, la mère ou la grand-mère auraient pu fausser la perception des choses chez l'enfant et influer sur les révélations litigieuses, alors que selon les pièces du dossier, elles ont toutes deux suspecté le recourant et posé des questions induites à la fillette. Il n'a pas non plus analysé l'influence de la télévision sur l'enfant, alors que celle-ci pouvait la regarder sans contrôle parental durant la nuit. Il ne s'est pas non plus avancé sur les possibles influences exercées par l'entourage proche jusqu'à son expertise, ni examiné si l'enfant avait pu mémoriser un scénario précis des faits litigieux. Or, selon le Dr H.________, pédiatre hospitalier, entendu au cours de l'enquête, l'expertise pédopsychiatrique devrait tenir compte des éventuelles influences qui auraient pu intervenir depuis les faits. Ce médecin a également affirmé, après lecture des procès-verbaux des auditions de la fillette à la police, que les déclarations de C.________ lui apparaissaient révélatrices d'une mémoire de scénario typique. 1.4 Sur le vu de ce qui précède, le rapport d'expertise de crédibilité est insuffisant quant à l'analyse du contenu et de la genèse des déclarations de la fillette, quant aux divergences lors de ses premières auditions et quant aux possibles influences sur ses aveux. Le recours de droit public est donc admis et l'arrêt attaqué annulé, ce qui rend superflu l'examen du second grief soulevé par le recourant.