Citation: 1P.821/2006 21.02.2007 E. 5

5.1 En l'espèce, la recourante reproche en substance à la Chambre pénale d'avoir violé le principe de la présomption d'innocence et d'avoir fait preuve d'arbitraire en retenant l'existence d'un faisceau d'indices de culpabilité suffisant et en privilégiant la version de la victime à la sienne. Elle prétend que l'autorité intimée a passé sous silence des éléments déterminants et qu'elle a procédé à une interprétation arbitraire des déclarations et des pièces figurant au dossier. De plus, elle estime que tant l'expertise et les déclarations du Prof. E.________ que les constatations du Dr D.________ laissaient planer un doute quant à la réalité des faits qui lui étaient reprochés. Elle allègue enfin que les déclarations de l'intimée présentaient de nombreuses contradictions. 5.2 Il convient de relever que les juges de la Chambre pénale ont forgé leur opinion sur la base de l'ensemble du dossier. Ils ont en particulier pris en compte le certificat médical du Dr C.________ du 26 mars 2002 constatant les lésions physiques subies par l'intimée et le rapport du 12 avril 2002 du Dr D.________ - établi notamment sur la base de six entretiens avec l'intimée - mentionnant des troubles "symptomatiques d'un syndrome de stress post-traumatique" résultant d'une grave agression. Ils se sont également fondés sur un rapport de la psychologue F.________ et sur le rapport d'expertise remis le 15 juillet 2005 par le Prof. E.________, qui a considéré que la probabilité que les lésions constatées soient consécutives à une chute sur un évier ou une cuisinière était faible, rejoignant sur ce point l'opinion exprimée par le Dr D.________ lors de ses auditions. S'il est vrai que cette dernière n'a pas pu exclure totalement l'hypothèse d'une chute accidentelle, elle a très nettement privilégié la version de l'agression, de sorte que c'est en vain que la recourante se plaint d'une appréciation arbitraire des preuves à cet égard. De même, il n'était pas insoutenable de se fonder sur les conclusions nuancées du Prof. E.________, qui a certes considéré qu'il n'était pas possible d'exclure formellement que la lésion la plus importante ait été provoquée par une chute (point 6 de l'expertise), mais qui a également relevé que l'ensemble des lésions constatées résultaient de plusieurs coups (point 4) et que la version de la recourante était peu compatible avec ces constatations (point 5). De plus, tous les intervenants médicaux - y compris le Dr C.________, cité dans l'expertise susmentionnée (point 2) - privilégient la version de l'agression à celle de la chute accidentelle, le Dr D.________ ayant en outre déclaré que l'état de l'intimée était impressionnant, même pour une ancienne médecin-légiste (audition du 2 avril 2004) et le Prof. E.________ n'ayant jamais constaté, en vingt-cinq ans d'expérience, que de telles lésions n'aient pas été provoquées par des coups (audition du 21 novembre 2005). Par ailleurs, se référant aux déclarations de témoins présents dans le bar, les juges ont estimé que la recourante n'était pas crédible lorsqu'elle affirme ne pas s'être aperçue des lésions subies par l'intimée; une autre employée du bar a en effet déclaré avoir vu cette dernière sortir de la cuisine le visage en sang, alors qu'un client a constaté qu'elle avait les dents cassées. Quoi qu'en dise la recourante, l'appréciation de la Chambre pénale n'apparaît pas insoutenable sur le vu de ces témoignages et des constations médicales figurant au dossier. C'est également en vain qu'elle s'en prend aux déclarations de l'intimée. En effet, les quelques nuances - au demeurant mineures - relevées par la recourante sont tout à fait normales compte tenu du temps écoulé entre les diverses déclarations de la victime, qui s'échelonnent de mars 2002 à septembre 2005; elles peuvent également s'expliquer par la nature de l'agression. La Chambre pénale pouvait donc sans arbitraire qualifier ces déclarations de constantes. Quant aux autres critiques formulées par la recourante, elles portent sur des éléments qui n'apparaissent pas déterminants au regard du faisceau d'indices exposés ci-dessus. Il est en effet sans importance qu'un ancien employeur de l'intimée ait relevé qu'elle avait des "mouvements d'humeur" ou que la recourante ait reconnu qu'il y avait bien eu une bagarre et qu'elle affirme avoir fui parce qu'elle en craignait les conséquences. A cet égard, on ne voit pas en quoi il serait "contraire aux pièces" de retenir que la recourante affirme s'être bornée à se défendre, cette thèse ressortant précisément des déclarations citées dans le recours. L'interprétation faite par la Chambre pénale de l'attitude de l'époux de la recourante - qui a, selon des témoignages concordants, fait plusieurs offres à l'intimée et à la propriétaire du bar afin d'éviter le dépôt d'une plainte pénale - n'est pas non plus déterminante, les juges n'ayant à l'évidence pas accordé une importance décisive à cet élément, qui est au demeurant troublant. Enfin, le fait que personne n'ait vu la recourante "tenir un objet contondant" peut s'expliquer aisément par le déroulement de l'agression et par l'absence de témoin dans la pièce où elle a été commise. 5.3 Dans ces circonstances, il y a lieu de constater que la Chambre pénale genevoise n'a pas usé de son large pouvoir d'appréciation des preuves de manière arbitraire. Dès lors qu'au terme de cette appréciation des preuves exempte d'arbitraire il ne subsiste pas de doute sérieux et irréductible quant à la culpabilité de la recourante, le grief tiré de la violation de la présomption d'innocence doit être rejeté.