Citation: 5C.14/2000 08.06.2000 E. 4

4.- La recourante se plaint d'une violation de l'art. 142 al. 1 aCC. Elle reproche à la cour cantonale d'avoir considéré que le lien conjugal n'est pas ruiné au point que la désunion serait insurmontable. a) Aux termes de l'art. 142 al. 1 aCC, chacun des époux peut demander le divorce lorsque le lien conjugal est si profondément atteint que la vie commune est devenue insupportable. Saisi d'une action fondée sur cette norme, le juge doit examiner si les faits prouvés révèlent une atteinte profonde au lien conjugal et, dans l'affirmative, si cette atteinte est d'une gravité telle que la continuation de la vie commune ne peut pas être raisonnablement exigée des époux (cf. la version italienne de l'art. 142 al. 1 aCC). La résolution de cette dernière question dépend, d'une part, du degré et de la forme sous laquelle se manifeste la désunion et, d'autre part, de la personnalité des époux. A cet égard, selon les dispositions d'esprit et les circonstances individuelles d'un conjoint, le même fait permettra ou empêchera d'imposer à celui-ci la continuation de la communauté conjugale (ATF 116 II 15 consid. 2 p. 16-17). Face à des dissensions même sérieuses, chaque conjoint doit, de bonne foi, faire des efforts pour maintenir le lien matrimonial et surmonter les difficultés. Le mariage impose en effet le devoir de persévérer dans l'union conjugale. Ce n'est que si, eu égard aux circonstances concrètes, la somme de volonté, d'indulgence et d'abnégation nécessaire au maintien de celle-ci dépasse la mesure que l'on peut raisonnablement exiger des époux que le juge doit prononcer le divorce (ATF 98 II 337 consid. 2 p. 337/338 et les références). Il suffit toutefois que cette condition soit réalisée pour le seul époux demandeur (ATF 116 II 15 consid. 2 p. 17 et l'arrêt cité). Le point de savoir si la poursuite de la vie commune peut, d'après les faits constatés, être raisonnablement exigée des parties relève du droit. Les constatations de l'autorité cantonale portant sur les facteurs de désunion, sur leur rôle de cause à effet dans la rupture du lien conjugal et sur son degré ressortissent en revanche au fait et lient dès lors le Tribunal fédéral en instance de réforme (ATF 117 II 13 consid. 3 p. 14/15; 113 II 252 consid. 4b/bb p. 258 ab initio; ATF 98 II 337 consid. 2 p. 337-338; 92 II 137 consid. 2 p. 140 et les références). b) En l'espèce, si l'autorité cantonale a constaté que le lien conjugal est profondément atteint, elle a nié que cette atteinte soit d'une gravité telle que la continuation de la vie commune ne puisse être raisonnablement exigée des époux. Au regard des circonstances du cas d'espèce, cette opinion viole cependant le droit fédéral. Selon l'arrêt entrepris, la cause initiale et première de la mésentente conjugale réside dans le conflit qui oppose l'intimé à la fille de la recourante. Leurs relations n'ont en effet pas été bonnes dès avant la conclusion du mariage. On ne saurait toutefois reprocher à la recourante de ne pas avoir eu une attitude conforme à sa situation de conjoint, dès lors qu'elle a pris le parti de son mari contre sa fille et s'est même disputée avec cette dernière au sujet du comportement de son époux. La recourante a donc fait les efforts nécessaires pour préserver le lien conjugal menacé par ce conflit extérieur au couple. Par ailleurs, dans la mesure où l'intimé n'était qu'occasionnellement en état d'ébriété, on ne saurait considérer qu'il souffrait d'un alcoolisme qui aurait impliqué un effort particulier de la part de la recourante. Enfin, il ne faut pas négliger la portée du comportement du mari qui, depuis le mariage en 1995, n'accompagne plus sa femme chez leurs amis communs, ne participe pas aux repas d'anniversaire de celle-ci, sort seul, rentre tard et ne dit pas où il va. Il serait déraisonnable d'imposer à la recourante qu'elle poursuive la vie commune avec un être qui, en la délaissant et en se détournant manifestement d'elle, a adopté durablement une attitude de solitaire à l'opposé de l'esprit communautaire qui fonde l'union conjugale. La somme de volonté, d'indulgence et d'abnégation qui y serait nécessaire dépasserait la mesure de ce que l'on peut humainement exiger de l'épouse. L'intimé ne saurait simultanément laisser celle-ci à l'abandon et réclamer le maintien de l'union. c) En vertu du principe de l'unité du jugement de divorce, le juge qui prononce le divorce doit, dans le même jugement, régler également les effets accessoires. La liquidation du régime matrimonial peut toutefois être renvoyée à une procédure séparée, lorsque le règlement des autres effets accessoires n'en dépend pas (ATF 113 II 97 consid. 2 p. 98 et les références). Tel est bien le cas en l'espèce, dans la mesure où les parties n'ont pas d'enfant commun et n'ont pas conclu à l'allocation d'une rente d'entretien ou d'assistance. Vu ce qui précède, le recours doit être admis et l'arrêt entrepris réformé en ce sens que le mariage des époux X.________ est dissous par le divorce et la liquidation du régime matrimonial renvoyée ad separatum.