Citation: 5A_85/2015 E. 4.3

4.3. En l'espèce, que la recourante soit l'épouse du débiteur fait présumer qu'elle était au courant de la mauvaise situation financière de ce dernier, présomption naturelle qu'il lui appartenait de renverser en rendant vraisemblable des indices propres à l'affaiblir (sur le fonctionnement de la présomption de fait: Fabienne Hohl, Procédure civile, Tome I, 2001, p. 185 s., nos 961 ss). Or, force est de relever qu'il ressort de l'arrêt entrepris - qui n'est pas critiqué sur ces points - que la recourante a elle-même affirmé qu'elle avait dû pourvoir seule aux besoins de la famille en 2005, ainsi qu'en 2006 et 2007, soit pendant trois ans, en raison des difficultés financières que son époux rencontrait dans l'exploitation de son étude d'avocat. Elle a en outre déclaré que le mandat de celui-ci comme administrateur spécial de la faillite, dont il tirait des honoraires, avait été révoqué en octobre 2003, décision confirmée par le Tribunal fédéral le 12 août 2004. Elle a également admis, lors de son interrogatoire, que le but du projet de contrat de mariage prévoyant une séparation de biens, qui leur avait été adressé le 19 septembre 2006, était d'éviter que les créanciers ne saisissent son salaire en raison des problèmes financiers de son mari. De tels éléments, loin d'affaiblir la présomption naturelle susmentionnée, la renforçaient et permettaient à l'autorité cantonale de retenir sans arbitraire que, lors de la cession des bouteilles de vin litigieuse, le 1er octobre 2006 (date de la signature du contrat de bail de la cave), la recourante connaissait les difficultés financières de son époux et, vu sa formation (licence universitaire en mathématiques et postgrade en statistiques), pouvait en mesurer l'ampleur et le caractère durable. De ce point de vue, pour autant que l'on considère ce fait comme établi (cf. supra, consid. 3.2.2 in fine), la demande de prêt personnel de la recourante à la Banque B.________, laquelle avait, du propre aveu de l'intéressée, pour but de " solder rapidement une dette d'impôts ", apparaîtrait plus comme un indice à charge qu'à décharge et ne permettrait pas, à lui seul, de faire douter sérieusement du fait qu'elle connaissait la situation obérée de son conjoint. Dans ces circonstances, c'est à juste titre que l'autorité cantonale a retenu que la recourante savait son mari aux abois au moment de la cession litigieuse et, partant, a considéré qu'elle a su que cette opération aurait pour conséquence de porter préjudice à d'éventuels créanciers.