Citation: 9C_54/2021 E. 5.2

5.2. Deuxièmement, la recourante estime que la cour cantonale n'a arbitrairement pas retenu que le docteur D.________ s'est fourvoyé dans les périodes de référence à comparer. A bien comprendre l'argumentation de la recourante, cet expert aurait conclu à l'absence de modification du degré d'incapacité dans les travaux ménagers sous l'angle psychique en effectuant une comparaison des situations existant entre 2012 (date de l'expertise de la CRR) et 2018 (date de son propre examen), ce qui était erroné par rapport à ce qui lui était demandé. La recourante en veut notamment pour preuve le passage suivant du rapport d'expertise (en page 19) : "Mais ce qui importe, c'est, selon l'ordonnance du Tribunal fédéral d'évaluer les activités domestiques, sous l'aspect médical, par rapport à sa situation de 01.2012 (évaluation CRR) & d'en apprécier l'imputabilité aux troubles psychiques validés. Tout en nous référant à nos observations & aux déclarations de l'assurée sur ses possibilités de participation aux tâches domestiques, nous relevons que pour la conduite du ménage & l'entretien du logement, l'implication de [Mme] A.________ apparaît semblable/superposable à l'appréciation médicale faite par l'équipe du Dr. H.________ de la CRR en 01.2012 [...]". Or cet intervalle de temps (2012 à 2018) correspondait chez elle à une situation psychique stationnaire après aggravation - celle-ci étant survenue dès mars 2009 en lien notamment avec la maladie puis le décès du beau-père comme attesté à plusieurs reprises par la doctoresse E.________ -, de sorte qu' "il n'y a[vait] donc rien d'étonnant à ce que l'expert conclue que tout est resté inchangé" (page 28 du mémoire). C'est en vain que la recourante tente de démontrer que le docteur D.________ est passé à côté de sa mission d'expertise. La synthèse de la problématique posée en préambule du rapport, les développements contenus dans le corps de l'expertise - même s'ils ne sont pas de lecture aisée - et les réponses données au questionnaire en fin de rapport montrent de manière suffisante que l'expert s'est bien déterminé sur la question indiquée par le Tribunal fédéral. A savoir quel était l'impact des affections psychiques (décompensation du trouble la personnalité dépendante sur un mode dysthymique) constatées à l'époque par les experts de la CRR sur la capacité de la recourante à accomplir son ménage, ceci dans le contexte de la nouvelle demande de prestations présentée en décembre 2010. Cela explique les références du docteur D.________ à l'expertise de la CRR tout au long de son rapport, de même que les termes "par rapport à sa situation de 01.2012 (évaluation de la CRR) ". Par ailleurs, si on lit les considérations du docteur D.________ qui suivent l'extrait cité, on comprend qu'il dit observer encore actuellement chez la recourante des capacités organisationnelles réduites du même ordre que celles qui avaient été rapportées par l'équipe de réadaptation professionnelle de la CRR (évaluation en ateliers professionnels). L'expert souligne néanmoins que si elles contribuent à l'incapacité, elles ne sont pas en rapport avec la problématique dysthymique. Ainsi, il indique par exemple que la recourante confie les travaux administratifs à son mari depuis toujours et que la gestion des repas est liée à la présence ou non de l'époux et/ou du fils même si la recourante conserve sa capacité de préparation culinaire. La critique au sujet d'une confusion des périodes déterminantes est donc infondée. En ce qui concerne la survenue d'une aggravation de l'état psychique de la recourante en mars 2009, le docteur D.________ a précisé, dans son rapport complémentaire du 17 juin 2019, qu'il n'y a pas eu de "continuum d'aggravation" et que "la période 2010-2012 fut un temps d'aggravation maladive désormais révolue". Cette précision, certes donnée dans un deuxième temps par l'expert, n'enlève rien à la valeur probante de son expertise contrairement à ce que prétend la recourante. Il faut dire que sa mission a été rendue difficile par le long intervalle de temps séparant la nouvelle demande de prestations de la recourante et la date de réalisation de son propre examen (2018). La formulation du questionnaire établi par l'intimé n'y a pas aidé non plus [par exemple la question 2.1: "Est-ce que le degré d'incapacité de l'assurée dans l'accomplissement des travaux domestiques en lien avec ses affections psychiques s'est ou non aggravé depuis la décision du 17.11.2010 de l'OAI basée sur l'enquête ménagère du 10.12.2008 (en d'autres termes y a-t-il aggravation depuis 2008) ?", alors que les enquêtes ménagères n'avaient pas été jugées fiables par la Cour de céans, ce que l'expert a bien compris]. Cela étant, on peut relever que l'expertise des médecins de la CRR contient également des éléments dans le sens retenu par le docteur D.________, dès lors qu'il y est mentionné que la recourante assurait (au temps de leur examen) la préparation des repas et qu'elle pouvait également effectuer la plupart du temps le repassage, la lessive et s'occuper du linge, même si elle requérait l'aide de son mari pour ces activités, l'entretien des sols et les travaux les plus lourds étant confiés à une aide ménagère une fois par semaine (page 6 du rapport d'expertise du 16 janvier 2012; voir également le passage du rapport du docteur C.________ dont il ressort que la recourante apparaît capable de faire face aux exigences élémentaires de la vie quotidienne [page 5]). On peut en conclure que l'aggravation survenue en mars 2009 a été passagère.