Citation: 1P.416/2000 03.10.2000 E. 2

2.- Le recourant se plaint d'une application arbitraire de l'art. 55 al. 1 let. c LAF aux termes duquel les nouveaux biens-fonds doivent, autant que possible, être de forme régulière et avoir accès à un chemin au moins. a) L'art. 55 al. 1 LAF concrétise sur le plan cantonal le principe de la compensation réelle que la jurisprudence a dégagé de la garantie de la propriété consacrée à l'art. 26 al. 1 Cst. Selon ce principe, les propriétaires intéressés à un remaniement parcellaire ont une prétention à recevoir, dans la nouvelle répartition, des terrains équivalant, en quantité et en qualité, à ceux qu'ils ont cédés, pour autant, naturellement, que le but du remaniement et les nécessités techniques le permettent. S'agissant d'un remembrement agricole qui touche aux bases mêmes de l'existence d'une exploitation, l'autorité doit tenir compte non seulement de l'emplacement des terres, de leur nature et de leur qualité, mais aussi de l'organisation de l'entreprise et de ses particularités. Les autorités chargées de la confection du nouvel état doivent rechercher toutes les solutions objectivement concevables pour résoudre les difficultés techniques susceptibles de compromettre la mise en oeuvre du principe de la compensation réelle (ATF 122 I 120 consid. 5 p. 127; 119 Ia 21 consid. 1a p. 24 et les références citées). Le recourant ne discutant pas la constitutionnalité du droit cantonal, mais uniquement son application dans le cas particulier, le Tribunal fédéral doit se contenter d'examiner si, au regard des éléments de fait allégués par le recourant, l'appréciation du Tribunal administratif quant à la forme de la parcelle no 1590 est arbitraire (cf. ATF 119 Ia 21 consid. 1a in fine p. 25; 112 Ia 198 consid. 1b p. 201 et les arrêts cités). Selon la jurisprudence, une décision est arbitraire lorsqu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté ou lorsqu'elle contredit d'une manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité. Le Tribunal fédéral ne s'écarte ainsi de la solution retenue par l'autorité cantonale de dernière instance que si elle est insoutenable ou en contradiction manifeste avec la situation effective, si elle a été adoptée sans motif objectif ou en violation d'un droit certain. En outre, il ne suffit pas que les motifs de la décision soient insoutenables; encore faut-il que celle-ci soit arbitraire dans son résultat. De même, il ne suffit pas non plus qu'une solution différente de celle retenue par l'autorité cantonale puisse être tenue pour également concevable, ou apparaisse même préférable (ATF 125 I 166 consid. 2a p. 168; 125 II 10 consid. 3a p. 15, 129 consid. 5b p. 134). b) Le recourant reproche au Tribunal administratif d'avoir accordé au principe de la perpendicularité, par rapport à la suppression des "faux-tours", une priorité qui serait préjudiciable à l'exploitation rationnelle de la parcelle n° 1590. A cet égard, la cour cantonale a admis que l'attribution d'une parcelle trapézoïdale empêchait une exploitation agricole optimale; elle a cependant ajouté que l'orientation des trois parcelles offrait l'avantage de sorties perpendiculaires et que la rectification demandée aurait "agronomiquement parlant, un impact nuisible" quant au nombre de retours à effectuer le long du chemin n° 1086 à réaliser sur le versant sud-ouest des parcelles du secteur "A la Croix". Dans la mesure où le Tribunal administratif a repris la position de la Commission de classification quant à l'importance de la perpendicularité des cultures par rapport aux chemins de desserte, dans l'agriculture traditionnelle, cette décision échappe au grief d'arbitraire; et ceci notamment parce que la parcelle n° 1588 a l'inconvénient de présenter une forme irrégulière le long de la route cantonale qui la borde au nord-ouest, de nature à en rendre l'exploitation plus ardue, inconvénient qu'il convient de ne pas aggraver en augmentant la surface de "faux-tours". Certes, l'application stricte du principe de la perpendicularité, qui cause un préjudice au recourant en portant à 120 ares la surface des "faux-tours" sur la limite sud-est de son bien-fonds n° 1590, peut aussi être considérée comme un avantage particulier pour la famille B.________, en ce que les cultures continuent à être exploitées selon l'orientation de leur parcelle n° 971 de l'ancien état qui supporte leur maison d'habitation, leur rural et le jardin attenant et qui constitue le centre de leur nouveau domaine. Le respect de la perpendicularité n'est cependant pas motivé par des raisons d'esthétique ou de convenance personnelle visant à ne pas contrarier l'harmonie des lieux d'habitation érigés sur la parcelle n° 1588, mais par la volonté de ne pas créer davantage de difficultés d'exploitation agricole en ajoutant aux "faux-tours" créés par le voisinage de la route cantonale ceux provenant de la proximité du rural et de ses annexes. La préservation de l'ancienne organisation spatiale, dont bénéficie incontestablement la famille B.________ et qui pourrait être envisagée sous l'angle d'un avantage particulier selon l'art. 82 al. 2 in fine LAF, apparaît ainsi plus comme une conséquence de la décision prise pour des raisons liées aux buts du remaniement parcellaire au sens de l'art. 55 LAF, que comme l'une de ses causes. En ceci, la décision attaquée n'est pas insoutenable.