Citation: 8C_683/2008 03.08.2009 E. 1

Il ressort de ces différents avis médicaux que certaines indices laissent soupçonner une atteinte organique à la santé, quand bien même celle-ci ne peut être démontrée au degré de la vraisemblance prépondérante. Partant, on peut se demander s'il ne faudrait pas appliquer, en l'espèce, la jurisprudence exposée au considérant 3.2 ci-avant pour statuer sur la question du rapport de causalité naturelle entre l'accident assuré et les affections dont souffre le recourant. Il n'y a pas lieu de trancher la question. En effet, même en considérant que les atteintes à la santé du recourant sont exclusivement d'ordre psychique, il faut admettre qu'elles sont en relation de causalité naturelle avec l'accident assuré, comme l'ont admis les premiers juges. 4.3 Le docteur C.________ disposait d'un dossier complet et a eu trois entretiens avec l'assuré. Après un rappel des faits, il a décrit les plaintes actuelles de l'assuré et ses propres observations cliniques, puis a procédé à une « appréciation et discussion ». Il y a exposé de manière plus détaillée, sur sept pages, son analyse et ses constatations relatives à l'état de santé de l'assuré, ainsi qu'à l'origine accidentelle des atteintes à la santé mises en évidence. Il y précise que des atteintes à la santé psychique importantes, et distinctes d'atteintes psycho-organiques plus directement liées au traumatisme cranio-cérébral, sont apparues rapidement après l'accident. Au moment de l'expertise, ces atteintes à la santé psychique dominaient à ce point le tableau clinique qu'il a renoncé à proposer de nouvelles investigations somatiques. En substance, l'expert considère que le recourant avait toujours été en bonne santé avant l'accident, qu'il était assidu au travail, voire hyperactif, s'efforçant depuis son arrivée en Suisse d'afficher un comportement exemplaire et un modèle de « réussite » professionnelle, sociale et économique. L'expert a évoqué dans ce contexte des traits obsessionnels (perfectionnisme, rationalisation) et narcissiques (identité peu assurée en quête de la reconnaissance d'autrui, crainte de l'échec), avec une certaine psychorigidité. Il a ensuite fait un lien entre les événements biographiques décrits et ces traits de personnalité prémorbide, d'une part, et l'accident du 24 décembre 2001 d'autre part. Il a ainsi expliqué que l'accident avait entraîné un coma de quatre à six heures, au sortir duquel l'assuré s'était trouvé confronté à une tétraplégie, devenue progressivement tétraparésie, accompagnée de douleurs et de troubles cognitifs cérébraux. Cet accident, et les circonstances dans lesquelles l'assuré s'est réveillé, ont été vécus comme un cataclysme, entraînant très rapidement un syndrome dépressif anxieux sévère dû à l'effondrement des ressources adaptatives; il en est résulté une désorganisation de la personnalité de l'assuré. De manière inconsciente, celui-ci a progressivement répondu au syndrome dépressif anxieux initial par le développement de troubles somatoformes douloureux et d'un syndrome moteur dissociatif du bras droit. En réponse aux questions posées, l'expert a ajouté que les troubles psychiques entraînaient une incapacité de travail totale, probablement définitive, et qu'ils étaient en relation de causalité naturelle avec l'accident assuré. 4.4 Compte tenu de ce qui précède, l'expertise du docteur C.________ répond en tous points aux exigences posées par la jurisprudence en la matière. On observera en particulier que l'expert ne s'est pas limité à un exposé relativement abstrait de divers mécanismes psychiques, mais qu'il a pris soin de mettre en rapport ses explications d'ordre médical avec des éléments tirés de l'anamnèse. Contrairement à l'opinion de l'intimée et de son médecin-conseil, l'expertise n'apparaît pas incohérente et rien ne permet d'affirmer qu'elle ne reposerait pas sur des données scientifiques, ou que l'expert se serait écarté d'une « evidence based medicine ». Il est vrai que le docteur C.________ n'a pas procédé à une véritable critique du rapport établi précédemment par la doctoresse U.________, bien qu'il s'en soit distancié. Mais d'une part, les premiers juges n'ont formulé aucune question dans ce sens. D'autre part, on comprend bien que le point de vue du docteur C.________ diverge de celui de sa consoeur dès lors qu'il nie, contrairement à elle, l'existence d'un syndrome dépressif avant le 24 décembre 2001. Sur ce point, la doctoresse U.________ s'est appuyée sur des déclarations du docteur I.________ lors d'une conversation téléphonique, déclarations dont ce dernier a par la suite clairement exposé qu'elles avaient mal été interprétées (lettre du 6 avril 2004). Ces précisions apportées par le docteur I.________, ainsi que le poids considérable attribué par la doctoresse U.________, dans son analyse, à l'existence d'un syndrome dépressif avant l'événement du 24 décembre 2001, conduisent à diminuer sérieusement la valeur probante de l'expertise établie par ses soins. Il s'ensuit que les premiers juges s'en sont tenus à juste titre aux constatations et conclusions du docteur C.________ relatives à l'existence d'un rapport de causalité naturelle entre les atteintes à la santé psychique du recourant et l'accident assuré.