Citation: 4P.59/2004 29.06.2004 E. 6

La Chambre d'appel a tenu pour établi que l'employeur avait manifesté son mécontentement au sujet de l'activité du travailleur s'agissant aussi bien du respect des règles de sécurité destinées à prévenir des infractions que de retards dans le traitement de commandes. Le collaborateur avait été invité au moins une fois et peut-être plusieurs fois à modifier son comportement sous peine de perdre son emploi. Il n'avait toutefois pas été démontré avec une certitude suffisante qu'une mise en garde claire lui aurait été adressée, lui signifiant que le prochain manquement se traduirait par un licenciement immédiat. Aucun avertissement écrit ne lui avait par ailleurs été notifié. Sur la base du dossier, spécialement des divers témoignages, la cour a estimé qu'il n'avait pas été démontré que l'employé avait utilisé de manière déraisonnable la ligne de téléphone à des fins privées, qu'il avait eu une attitude désobligeante à l'égard de collègues de travail, qu'il aurait exprimé des critiques infondées sur l'activité au sein de l'entreprise ou qu'il se serait trop souvent absenté sans justification, même s'il était arrivé à l'employeur de manifester son énervement de ne pas le trouver sur place. A quelques occasions, il était en effet arrivé au travailleur d'assurer des livraisons pour le compte de l'entreprise; son activité d'horloger l'avait aussi amené à visiter des fournisseurs. S'agissant des règles de sécurité, toutes les précautions requises n'avaient peut être pas été prises, après que l'entreprise avait été l'objet de deux brigandages; il arrivait fréquemment que des objets de valeur restent dans l'atelier durant la journée plutôt que d'être aussitôt replacés dans des coffres. Des médailles en or avaient été retrouvées après le départ de l'intimé dans un local - fermé à clé - partie de l'atelier, affecté à un entreposage de cartons, ainsi que des déchets d'or, dont le témoin qui les avait découverts n'avait en premier lieu pas compris qu'il s'agissait de métal précieux. Il était peut-être arrivé à l'employé de commander trop de pièces horlogères. Devant la cour, l'employeur avait prêté à son ex-collaborateur des desseins suspects liés à ces commandes prétendument inutiles. Aucun élément précis et convaincant n'était cependant venu corroborer son allégation. Subsistaient en définitive les retards apportés dans l'exécution du travail et du traitement des commandes, suivis de l'altercation du 4 octobre 2002, après la découverte dans le bureau du collaborateur de cadrans vainement attendus pour une fabrication urgente, que l'employé avait affirmé n'avoir jamais reçus. L'intéressé avait cependant rappelé qu'il avait été malade entre le 30 septembre et le 2 octobre; il se pouvait donc, à la rigueur, que les cadrans aient été livrés en son absence et placés à son insu dans son meuble de bureau.