Citation: 4A_558/2009 05.03.2010 E. 3

Le recourant soutient que l'appréciation des preuves opérée par l'autorité cantonale et l'établissement des faits qui en est résulté dans l'arrêt critiqué sont entachés d'arbitraire et constitutifs d'une violation de l'art. 8 CC. Le demandeur prétend ainsi que la cour cantonale a glissé dans l'arbitraire en retenant, sur la base de deux témoignages indirects, qu'il aurait dénigré son ancien employeur après que le congé ordinaire du 12 octobre 2004 lui a été signifié. Il fait valoir que les moyens de preuve administrés ne permettent pas de retenir qu'il aurait appelé le témoin B.________ pour dire du mal de son employeur. D'une part, celui-ci a déclaré ne pas se souvenir d'avoir eu un contact téléphonique avec le demandeur; d'autre part, il résulterait du courriel du 8 novembre 2009 (recte: 2004), sur lequel s'est appuyée la cour cantonale en page 32 de l'arrêt déféré, que ce ne serait pas B.________, mais la société U.________ SA qui aurait été contactée par le demandeur. Quant au témoignage de Maria Tochtermann, il serait largement insuffisant pour apporter la preuve du dénigrement qui lui est reproché, dès l'instant où cette dernière a déclaré ne plus se souvenir exactement des propos tenus par le travailleur, si ce n'est qu'il quittait la défenderesse; et le recourant de s'en rapporter à ce sujet à la page 2 du procès-verbal d'audience du 10 juillet 2008. En outre, la lettre envoyée le 22 décembre 2004 par la précitée à l'intimée ne permettrait pas de déterminer les paroles effectivement tenues par le recourant. Le demandeur se réfère encore à la vingtaine de témoins qui ont été entendus dans l'enquête pénale diligentée à son encontre à la suite de la plainte déposée par l'intimée, lesquels contrediraient les deux témoignages en cause. 3.1 Selon la jurisprudence, une décision est arbitraire, au sens de l'art. 9 Cst., lorsqu'elle est manifestement insoutenable, méconnaît gravement une norme ou un principe juridique clair et reconnu, ou encore heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité. Il ne suffit pas que sa motivation soit insoutenable; encore faut-il que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat. A cet égard, le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue que dans la mesure où celle-ci apparaît insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, adoptée sans motif objectif et en violation d'un droit certain. Il n'y a pas arbitraire du fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou serait même préférable (ATF 133 I 149 consid. 3.1; 132 III 209 consid. 2.1). En matière d'appréciation des preuves et d'établissement des faits, l'autorité verse dans l'arbitraire lorsqu'elle ne prend pas en compte, sans raison sérieuse, un élément de preuve propre à modifier la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement sur son sens et sa portée, ou encore lorsqu'elle tire des conclusions insoutenables à partir des éléments recueillis (ATF 134 V 53 consid. 4.3; 129 I 8 consid. 2.1). 3.2 Le courriel du 8 novembre 2004 (cote 214 du bordereau du 7 mars 2005 de l'intimée produit devant le Tribunal des prud'hommes) a été adressé par B.________ à A.________, alors propriétaire de la fiduciaire V.________ SA. Dans cet e-mail, B.________ affirme que sa société U.________ SA a été contactée par le recourant, qui a prétendu avoir spontanément quitté l'intimée, en compagnie de quatre autres employés, de sorte que ne resterait chez la défenderesse qu'une seule employée pour faire 60 déclarations fiscales en retard. Quoi qu'en pense le recourant, il est sans importance qu'il ait pris contact avec U.________ SA plutôt qu'avec B.________ in personam, dès l'instant où cette personne morale était cliente de la défenderesse, à l'instar d'ailleurs de Jaeger lui-même, comme l'a clairement déclaré B.________ devant la Cour d'appel le 12 mars 2009: « J'avais confié la comptabilité de mon entreprise U.________ SA, ainsi que ma comptabilité personnelle, à la Fiduciaire V.________, puis à Y.________ lorsqu'elle a repris cette fiduciaire ». Certes, le témoin a déclaré n'avoir pas le souvenir d'avoir eu un contact téléphonique avec le demandeur. Peu importe, car ce dernier a fort bien pu téléphoner à un employé de U.________ SA. Ce qui est déterminant, c'est que B.________, lors de son audition, a confirmé la teneur du courriel susrappelé, dans lequel le recourant annonce à une cliente de l'intimée que tout le personnel de celle-ci la quitte en même temps, hormis une seule employée, totalement submergée par les tâches à accomplir et ainsi susceptible de ne pas pouvoir respecter les délais imposés par le fisc. Il n'y avait donc nul arbitraire à retenir, sur cette base, que le demandeur a dénigré la défenderesse auprès d'un client en novembre 2004. La page 2 du procès-verbal d'audience du 10 juillet 2008, à laquelle renvoie le recourant à propos du témoignage de Maria Tochtermann, renferme ses propres déclarations, et nullement celles de la précitée. On peut donc douter que ce pan du grief, ainsi présenté, soit suffisamment motivé au regard de l'art. 106 al. 2 LTF. Entendue le 12 mars 2009 par la cour cantonale, Maria Tochtermann a exposé ne plus se souvenir exactement, cinq ans après, de ce que le demandeur lui a dit par téléphone en octobre 2004, mais elle a confirmé intégralement le texte de la lettre qu'elle a adressée à la défenderesse le 22 décembre 2004. Dans ce pli (cote 215 du bordereau susmentionné de l'intimée), dame Tochtermann annonçait à la défenderesse qu'elle allait lui retirer son dossier pour la fin 2004, au motif que le demandeur, après avoir reçu son congé ordinaire, avait dit « énormément de mal au sujet de (l'intimée) », ce qui avait « beaucoup déstabilisé » le témoin. On cherche vainement ce qu'il y a d'arbitraire à constater que cette déclaration et ce pli prouvent que le recourant a dénigré, après avoir été licencié le 12 octobre 2004, son ancien employeur envers un second client de celui-ci. Le recourant ne dit rien de précis au sujet des déclarations qu'auraient faites différents témoins, qui ne sont du reste pas nommément désignés, lesquels ont été entendus dans une autre procédure et dont il n'a pas prétendu avoir exigé l'audition dans le présent procès. Il n'y avait rien d'indéfendable à ne pas en tenir compte. Le recourant se réfère enfin vainement à l'art. 8 CC, puisque cette norme ne dit pas comment le juge doit forger sa conviction, ni de quelle manière il doit apprécier les preuves (ATF 128 III 22 consid. 2d p. 25). L'entier du moyen doit être rejeté dans la mesure de sa recevabilité.