Citation: 1S.1/2004 09.07.2004 E. 6

Le recourant conteste que les conditions de la détention préventive soient remplies. 6.1 Aux termes de l'art. 44 PPF, un mandat d'arrêt ne peut être décerné contre l'inculpé que s'il existe contre lui des présomptions graves de culpabilité. Il faut en outre, soit que sa fuite soit présumée imminente - tel est le cas notamment lorsque l'inculpé est prévenu d'une infraction punie de réclusion ou qu'il n'est pas en mesure d'établir son identité ou n'a pas de domicile en Suisse (ch. 1) -, soit que des circonstances déterminées fassent présumer que l'inculpé veuille détruire les traces de l'infraction ou induire des témoins ou coïnculpés à faire de fausses déclarations ou compromettre de quelque autre façon le résultat de l'instruction (ch. 2). En l'occurrence, le Tribunal pénal fédéral a retenu l'existence de charges suffisantes, ainsi que d'un risque de fuite et de collusion. Le recourant conteste tous les éléments de cette appréciation. 6.2 L'intensité des charges justifiant une détention n'est pas la même aux divers stades de l'instruction pénale. Des soupçons encore peu précis, mais renforcés par des inexactitudes ou des variations dans les déclarations de l'inculpé, peuvent être considérés comme suffisants dans les premiers temps de l'enquête, mais, après l'accomplissement de tous les actes d'instruction envisageables, la perspective d'une condamnation doit apparaître fortement vraisemblable (ATF 116 Ia 144 consid. 3c p. 146). En l'occurrence, la procédure pénale s'inscrit dans le cadre d'une enquête de grande envergure internationale. Le recourant est soupçonné d'être, avec des membres de sa famille, l'organisateur d'un trafic portant sur au moins 400 kg d'héroïne et de cocaïne acheminés du Kosovo dans plusieurs pays d'Europe occidentale, dont la Suisse. Il fait l'objet d'enquêtes conduites par les polices italienne, autrichienne, allemande et suisse, ainsi que par la police judiciaire de la Mission des Nations Unies au Kosovo. La Police fédérale et le Ministère public ont à cette fin demandé l'entraide judiciaire aux autorités kosovares, notamment pour l'interception de conversations téléphoniques. Selon un rapport établi le 26 avril 2004 par la Police fédérale, les investigations menées par les autorités italiennes dans l'enquête dénommée « Triangolo d'Oro » auraient permis de démontrer que le recourant est lié au dénommé C.________, impliqué dans la saisie, le 17 février 2002 à Lucerne, de 31,5 kg d'héroïne, et de 5 kg d'héroïne, le 23 mars 2002 dans le canton de Vaud. Un complice de C.________, D.________, avait appelé le recourant sur son téléphone portable. Un autre comparse parlant à C.________ au téléphone a évoqué le recourant à mots couverts, ainsi que des montants et des quantités (50'000 DEM pour 50 kg) se rapportant clairement à la vente de drogue. Quant aux enquêteurs allemands, ils ont intercepté une conversation entre un dénommé A.________, arrêté en Italie alors qu'il convoyait un chargement de 35 kg d'héroïne, et un destinataire inconnu, qui serait son cousin, soit le recourant, dont le numéro de téléphone figurait dans l'agenda de A.________. Un autre parent du recourant, E.________, a été arrêté à St-Gall le 19 janvier 2003, alors qu'il transportait 12 kg d'héroïne, qu'il a dit avoir reçus de B.________, frère du recourant, en les désignant nommément tous deux comme les organisateurs du trafic. Arrêté le 7 décembre 2003 à Genève en possession de 10,5 kg d'héroïne, le dénommé F.________ a indiqué qu'un revendeur de drogue kosovar établi en Espagne était approvisionné par le recourant. Sur le vu de l'ensemble de ces éléments, il convient d'admettre qu'il existe des charges suffisantes pour maintenir la détention du recourant. Sans doute celui-ci a-t-il constamment nié les faits qui lui sont reprochés, en expliquant vivre du commerce d'automobiles et ne pas posséder de téléphone portable. De même n'est-il mis en cause que de manière indirecte, sur la base d'indices et de déclarations de tiers. Au stade actuel de l'enquête, ces éléments suffisent cependant à accréditer la thèse que le recourant serait le pourvoyeur d'un réseau actif dans plusieurs pays, dont la Suisse, où ont eu lieu différentes saisies de drogue. La suite de l'enquête (qui implique une coordination internationale des recherches et l'exécution de multiples demandes d'entraide à l'étranger) devra confirmer ou infirmer ces soupçons. 6.3 Compte tenu de la durée de la peine qui pourrait être prononcée pour le cas où un verdict de culpabilité serait rendu à l'encontre du recourant, celui-ci pourrait objectivement être tenté de profiter de sa libération provisoire pour se soustraire à l'action de la justice. Le recourant ne le conteste pas sérieusement, au demeurant. Il reproche toutefois au Tribunal pénal fédéral de n'avoir pas envisagé une mesure moins incisive que la détention, comme par exemple le dépôt de sûretés ou des documents d'identité. Il est cependant douteux que de telles mesures soient suffisantes pour parer le danger de fuite. 6.4 De même, on ne saurait sérieusement nier que le recourant, remis en liberté, pourrait chercher à dissimuler ou détruire des éléments de preuve, ou à faire pression sur des témoins, directement ou indirectement. 6.5 En conclusion, il n'y a pas lieu pour le Tribunal fédéral d'intervenir, du moins en l'état de la procédure. Il appartiendra au Ministère public de poursuivre son enquête et de faire effectuer les actes d'instruction encore nécessaires (à l'étranger, notamment), sans désemparer.