Citation: 4C.422/2004 13.09.2005 E. A

A.a La société Y.________ SA (la demanderesse ou Y.________), qui fait partie du groupe de l'industrie graphique Z.________ SA (ci-après: Z.________), a pour but l'exécution de travaux se rapportant aux arts graphiques, à l'édition et à la publicité. Y.________ était membre de l'association patronale de l'industrie graphique F._______. Le Syndicat X.________ (ci-après: X.________ ou défenderesse n° 1), dont le siège est à R.________, est un syndicat géré sous la forme d'une société coopérative, laquelle est organisée en secteurs et régions. A.________ et B.________ (défendeurs n° 2 et n° 3) sont membres du secrétariat central de X.________ à R.________, alors que C.________ et D.________ (défendeurs n° 4 et n° 5) occupent la même fonction au secrétariat régional de Q.________. Les défendeurs n° 2 à n° 5 sont liés à la défenderesse n° 1 par contrats de travail. X.________ est signataire avec F._______ d'une convention collective de travail (CCT), qui est entrée en vigueur le 1er avril 2000. Cette CCT était conclue jusqu'au 30 avril 2004. A.b Par lettre du 15 mai 2000, Y.________ a fait savoir à F._______ qu'elle démissionnait de l'association patronale, avec effet au 31 décembre 2000. Cet acte a suscité la réaction de X.________, qui a tenté d'amener la demanderesse à signer un nouveau contrat collectif. La défenderesse n° 1 a ainsi publié de nombreux articles dans son journal "G.________", distribué des tracts au personnel de Y.________ et fait signer en octobre 2000 une pétition de 93 signatures qui a été remise à un notaire vaudois. En novembre 2000, la demanderesse a avisé son personnel que la direction n'entendait pas donner suite aux démarches de X.________. Y.________ s'est en particulier plainte que les documents émis par la défenderesse n° 1 comportaient des allégations mensongères visant à faire pression et intimider aussi bien le personnel que la direction de l'entreprise, de sorte que cette dernière se réservait de réagir par voie légale. Le 20 décembre 2000, le président du conseil d'administration du groupe Z.________ a rencontré des représentants de X.________. Aucun accord n'a pu être trouvé. Le 29 janvier 2001, la commission d'entreprise de Y.________ a écrit à la défenderesse n° 1 que ses membres, "à l'unanimité, désir(aient) ne plus être interpellés de manière personnelle ou avoir des contacts répétés avec le syndicat, concernant (ladite) commission et les affaires considérées comme internes aux Y.________". Le 30 janvier 2001, le groupe Z.________ a informé X.________ qu'il ne reviendrait pas sur sa décision de retrait de l'association F._______. Le 27 février 2002, les quotidiens "M.________" et "N.________" ont publié les déclarations suivantes de Y.________: "Rien ne prouve que les signataires de la pétition, transmise anonymement par un notaire, soient bien des employés du groupe ... ... Au syndicat du livre et du papier, nous avions en face de nous des professionnels avec lesquels nous pouvions dialoguer. X.________ n'est qu'un parti politique qui ne défend pas les travailleurs. Au contraire, ils sont même intervenus auprès de certains de nos clients pour enlever du travail". Considérant ces propos comme une provocation intolérable de la part de Y.________, X.________, par l'entremise des défendeurs n° 2 à 5, a décidé d'organiser le soir du 18 mars 2001 une manifestation non autorisée devant les locaux de la demanderesse, laquelle consistait à empêcher les employés de celle-ci d'imprimer le numéro à tirage augmenté du quotidien S.________ du 19 mars 2001. A.c Les événements de la soirée du dimanche 18 mars 2001 ont fait l'objet d'un rapport de la police municipale de Q.________, établi le 28 mars 2001. Ils ont également été filmés en vidéo. Il résulte de ce rapport, de l'enregistrement vidéo et de l'audition des témoins que, dès 17 h 30, une quinzaine de membres et sympathisants de X.________ - dont faisaient partie A.________, C.________ et D.________ - ont bloqué les différents accès de Y.________. Les manifestants, qui portaient tous des chasubles en papier portant l'inscription "Touche pas à mon contrat collectif", ont apposé deux banderoles sur la façade sud du bâtiment. Une première patrouille de police a été dépêchée sur les lieux. Vers 19 h, environ 60 personnes, dont un cameraman de la Télévision Suisse Romande, se trouvaient sur les lieux. Une tente a été dressée, où se trouvaient à disposition de la nourriture, des boissons alcoolisées et du café. Durant cette phase de la manifestation, l'atmosphère était décontractée. Lorsque les premiers employés de Y.________ se sont présentés sur leur lieu de travail, les défendeurs n° 2, n° 4 et n° 5 leur ont expliqué la nature de l'action. Gardant une attitude neutre, les employés se sont alors retirés dans un établissement public voisin. Des négociations ont été entreprises vainement entre les défendeurs n° 2, n° 4 et n° 5, le directeur de Y.________ et le directeur du quotidien S.________. Vers 20 h 45, le Syndic d'alors de la ville de Q.________, V.________, accompagné de l'ancien Directeur de la sécurité publique et des affaires sportives W.________, sont arrivés sur les lieux pour faire oeuvre de médiateurs. Sans résultat, si bien que l'autorité politique, par l'entremise de ces deux magistrats, a décidé l'évacuation forcée des manifestants. Un détachement de 16 policiers est ainsi entré en action vers 22 h 20. Les manifestants ont tenté de résister en formant une chaîne humaine devant la porte n° 2 de l'entreprise. Il s'en est suivi quelques échauffourées entre forces de l'ordre et manifestants, dont plusieurs sont tombés au sol. Dans la mêlée, un manifestant a reçu un coup au niveau de l'abdomen. Le système de fermeture de la porte d'entrée du bâtiment a été brisé. Une brèche a néanmoins pu être ouverte et l'accès aux locaux de la demanderesse a été assuré au personnel ouvrier. Aux alentours de 23 h., les manifestants se sont progressivement rassemblés devant la porte n° 2 pour empêcher toute personne de sortir du bâtiment. Ils ont été rejoints par plusieurs personnes du milieu alternatif lausannois, qui ont adopté un comportement agressif. Comme les premiers sacs de journaux étaient prêts à être livrés, une stratégie a été mise en place par la police, désormais assistée par des agents de la société I.________, laquelle avait été mandatée par Y.________ pendant la soirée du jour en question pour les raisons qui seront indiquées ci-dessous. Elle consistait à créer une diversion sur l'une des entrées extérieures sud de l'immeuble, pendant que d'autres policiers se déplaçaient au nord pour réduire une barricade formée de containers et de pavés. Les ouvriers de Y.________ ont pu sortir les sacs par cette issue, vers 1 h du matin le 19 mars 2001, en les posant dans la rue, où un taxi commandé par l'entreprise devait les prendre en charge. Alertés toutefois par des guetteurs, les manifestants, dont certains étaient sous l'influence de l'alcool, se sont déplacés en masse. Des bagarres assez violentes ont éclaté entre ces derniers et les forces de l'ordre. Quelques personnes se sont retrouvées au sol. Des vitres situées au sud du bâtiment ont été brisées par des jets d'objets. Vers 1 h 20, les opposants du milieu autogéré, ainsi qu'une dizaine de syndicalistes, ont quitté les lieux. Dix minutes plus tard, un camion de livraison est arrivé à la rue H.________ pour prendre livraison d'un stock plus important de journaux. A ce moment, les manifestants qui restaient ont tenté d'empêcher le déroulement de cette opération, ce qui a provoqué de vives algarades et de nombreuses bousculades. Certains des participants se sont couchés devant le camion, alors que d'autres ont tenté de frapper le chauffeur. Les policiers, faisant usage de la force, ont permis au véhicule de repartir avec son chargement. Certains ouvriers de Y.________ en sont venus aux mains avec les syndicalistes. Après que le Directeur W.________ se fut derechef rendu sur place, les manifestants se sont finalement retirés. A 2h. du matin, un nouveau camion a pris le reste du chargement de journaux. Un inconnu a toutefois crevé un pneu du véhicule. Aucun incident ne s'est déroulé par la suite. Il n'a été procédé à aucune interpellation au cours de cette soirée, laquelle a nécessité l'engagement d'un effectif de 39 policiers. A.d Il a été constaté qu'aucun des membres et sympathisants de X.________ présents lors de la manifestation précitée ne faisait partie du personnel de Y.________. A.e Le responsable des opérations de police a déclaré le soir du 18 mars 2001 que les forces de l'ordre n'interviendraient plus en cas de nouveau conflit du travail chez Y.________ et que celle-ci devait à l'avenir assurer sa sécurité par le truchement d'une société privée. C'est ainsi que la demanderesse a donné mandat à la société I.________ pour surveiller les alentours de l'entreprise. I.________ a établi une première facture d'un montant de 7'929 fr. 10 pour le contrôle effectué aux portes d'accès de Y.________ entre le 18 et le 20 mars 2001. La distribution du journal S.________ a été perturbée le 19 mars 2001, tous les journaux n'ayant pu être livrés en temps utile. Par convention du 8 novembre 2001, l'éditeur de ce journal et la demanderesse sont convenus d'arrêter à 12'500 fr. le préjudice subi, pour solde de tout compte et prétention. A.f Le 19 mars 2001, X.________ a saisi l'Office cantonal de conciliation en cas de conflit collectif. Lors d'un vote à bulletins secrets organisé en automne 2002 sous l'égide de cet office, les employés de Y.________ ont choisi d'adopter un contrat-cadre plutôt que d'adhérer à la CCT dont est signataire F._______. Par lettre du 23 mars 2001 adressée à la défenderesse n°1 ainsi qu'à V.________ et W.________, la commission d'entreprise de la demanderesse a expliqué que la démission de celle-ci de F._______ avait suscité la réaction des représentants du personnel. Comme la direction garantissait l'application des clauses du contrat collectif individuellement, le personnel, consulté à ce sujet, avait accepté majoritairement les propositions de la direction. A.g A la suite des événements du 18 mars 2001, le Premier Juge d'instruction de l'arrondissement de Lausanne a ouvert d'office une enquête pénale. Entendu le 26 avril 2001 par le magistrat instructeur, C.________ a déclaré que les défendeurs ayant participé à l'action menée devant les portes de la demanderesse s'étaient rendus coupables de contrainte. Il a en outre admis que les manifestants initiaux avaient été débordés au cours de la soirée lorsqu'ils avaient été rejoints par des squatters lausannois. Les défendeurs n° 2 à n° 5 ont été inculpés notamment de contrainte (art. 181 CP). A.h Dans plusieurs parutions de son journal "G.________", X.________ a fait savoir qu'elle "n'abandonnerait pas le combat pour la CCT" ou encore que "le combat pour la CCT et pour le respect des droits des salarié/e/s continue". Le 17 mai 2001, X.________ a perturbé la cérémonie de remise des clés de la capitale olympique (i.e. Lausanne) à l'ancien président du Comité International Olympique (CIO) T.________, au motif que l'avocat E.________, alors directeur du CIO, est président de Y.________. Au vu des retombées de la manifestation du 18 mars 2001, I.________ a été chargée par la demanderesse de contrôler l'accès aux portes sud et nord du bâtiment. Cette surveillance, qui s'est exercée de moins en moins intensivement entre le 21 mars et le 31 juillet 2001, a donné lieu à l'établissement de cinq factures représentant un total de 39'401 fr. 40.