Citation: 6B_50/2020 E. 1.4.2

1.4.2. En l'espèce, les intérêts présidant à l'expulsion du recourant sont importants. Outre l'escroquerie à l'assistance sociale, il s'est livré à un trafic portant sur des grandes quantités de stupéfiants, étant précisé à cet égard que la Cour européenne des droits de l'Homme estime que, compte tenu des ravages de la drogue dans la population, les autorités sont fondées à faire preuve d'une grande fermeté à l'encontre de ceux qui contribuent à la propagation de ce fléau (cf. arrêts CourEDH K. M. c. Suisse du 2 juin 2015 [requête n° 6009/10] § 55; Dalia c. France du 19 février 1998, Recueil CourEDH 1998-I 76 § 54; cf. aussi arrêt 6B_1299/2019 du 28 janvier 2020 consid. 3.4.8). Le recourant ne saurait rien déduire en sa faveur de la nature des stupéfiants en question, compte tenu de la très grande quantité en cause, l'infraction qualifiée à la LStup étant réalisée. En outre, la peine privative de liberté à laquelle a été condamné le recourant dépasse largement une année, ce qui aurait, cas échéant, pu permettre une révocation de l'autorisation de séjour ou d'établissement sur la base de l'art. 62 al. 1 let. b LEI, respectivement de l'art. 63 al. 1 let. a LEI (cf. ATF 139 I 145 consid. 2.1 p. 147, selon lequel constitue une " peine privative de liberté de longue durée " au sens de l'art. 62 al. 1 let. b LEtr [depuis le 1er janvier 2019: LEI] toute peine dépassant un an d'emprisonnement). Par ailleurs, parmi les antécédents du recourant, plusieurs sont spécifiques en matière de trafic de stupéfiants, étant relevé qu'au fil des années, la gravité de ses actes et l'importance de son trafic n'a fait que grandir, laissant présager un risque concret de récidive. Ses précédentes condamnations et la naissance de ses deux enfants ne l'ont pas empêché de persister dans le trafic de stupéfiants et dans la délinquance de manière générale, ce qui révèle un défaut de prise de conscience ainsi qu'un mépris persistant de l'ordre juridique suisse. Contrairement à ce que prétend le recourant, l'intérêt de ses enfants à maintenir un contact avec lui ne relève pas de l'intérêt public. Concernant l'intérêt du recourant à pouvoir demeurer en Suisse, il y a lieu de tenir compte de ses liens familiaux dans ce pays, en particulier avec son épouse ainsi que ses jeunes enfants, avec lesquels il entretient des contacts réguliers. L'expulsion du recourant serait également délicate pour ces derniers. Ces éléments doivent toutefois être relativisés notamment du fait que le recourant s'est rendu coupable de lésions corporelles sur son épouse et de violation d'une obligation d'entretien par le passé. Selon ses propres déclarations, les relations avec son épouse étaient devenues difficiles à sa sotie de prison en 2015, de sorte qu'il avait sous-loué un appartement qu'il partageait avec une autre fille (arrêt attaqué let. B.e p. 6 et B.h p. 8). En outre, il ne ressort pas de l'arrêt attaqué qu'il aurait un droit de garde sur ses enfants, le premier étant placé dans un foyer depuis l'âge de quatre ans et ne rentrant que les week-ends. En tout état, des contacts resteraient possibles avec sa famille par le biais des moyens de communication modernes et rien n'empêcherait celle-ci de lui rendre visite en Algérie ou dans un autre pays (cf. ATF 144 I 91 consid. 5.1 p. 96 s. et les références citées), étant relevé que dix voyages ont été effectués entre mars 2016 et avril 2018 dans différents pays, selon les relevés de carte de crédit du couple. Pour le surplus, l'intégration socio-professionnelle du recourant est mauvaise, puisque l'intéressé n'a jamais eu d'activité professionnelle déclarée, hormis quelques stages réalisés dans le cadre de son suivi par l'Hospice général, organisme qu'il a escroqué. Il est endetté et émarge de l'aide sociale (en partie indument) depuis plusieurs années. On ne voit pas ce qui ferait obstacle à sa réintégration en Algérie, son pays d'origine, dès lors qu'il y a grandi, y a travaillé dans la carrosserie, y a de la famille et en maîtrise la langue. Le recourant ne saurait faire siens les intérêts de ses enfants à maintenir un contact avec lui, dans la mesure où, contrairement à l'étranger qui doit quitter le territoire suisse en y laissant sa famille, les membres de la famille de l'étranger expulsé ne subissent pas une atteinte à leur droit au respect de la vie familiale en raison de la décision d'expulsion, mais éventuellement par effet réflexe, s'ils font le choix de ne pas suivre l'expulsé dans son pays d'origine (ATF 145 IV 161 consid. 3.2 p. 165). En outre, leur propre droit au respect de la vie familiale garanti par les art. 13 al. 1 Cst. et 8 CEDH est indirectement pris en considération dans le cadre de la décision d'expulsion du prévenu (ATF 145 IV 161 consid. 3.4 p. 166). A cet égard, le recourant est malvenu de déplorer que son interpellation aurait interrompu le processus de stabilité familiale qu'il aurait pu apporter (en vue d'entrevoir un retour des enfants au domicile conjugal), alors même qu'il en est seul responsable. Compte tenu de la gravité des infractions commises, notamment en matière de trafic de stupéfiants, du risque de récidive, de la mauvaise intégration professionnelle du recourant en Suisse et des possibilités qu'il conserve de se réintégrer dans son pays d'origine - où il ne sera pas privé de toute relation familiale -, l'intérêt public à l'expulsion l'emporte sur l'intérêt privé de l'intéressé à demeurer dans ce pays. L'expulsion portera certes une atteinte aux relations entre le recourant, son épouse et ses enfants, mais il convient de relever que cette mesure reste d'une durée limitée et ne l'empêchera pas d'entretenir un contact avec ceux-ci. L'expulsion, ordonnée pour une durée de cinq ans, s'avère conforme au principe de la proportionnalité découlant des art. 5 al. 2 Cst. et 8 par. 2 CEDH.