Citation: 1P.680/1999 17.01.2000 E. 5

5.- Il reste donc à examiner si l'arrêt attaqué respecte l'adage in dubio pro reo, compris comme règle relative à l'appréciation des preuves. a) Consacré à l'art. 6 par. 2 CEDH, le principe de la présomption d'innocence n'exige pas que l'administration des preuves aboutisse à une certitude de culpabilité absolue, mais simplement que l'autorité de jugement renonce à condamner lorsqu'il subsiste un doute sérieux quant à la réalisation des conditions objectives et subjectives de l'infraction. Saisi d'un recours de droit public, le Tribunal fédéral ne revoit la constatation des faits et l'appréciation des preuves que sous l'angle de l'arbitraire; il n'intervient que si l'appréciation des preuves est manifestement insoutenable, soit qu'elle se trouve en contradiction avec la situation effective telle qu'elle ressort clairement du dossier et des débats, soit qu'elle résulte d'une inadvertance manifeste ou qu'elle fasse fi de circonstances objectives et dûment établies qui auraient dû susciter un doute sérieux quant à la culpabilité du condamné. L'art. 32 al. 1 Cst. (entré en vigueur le 1er janvier 2000), qui consacre spécifiquement le principe de la présomption d'innocence, ne fait que reprendre les principes posés dans ce domaine par la jurisprudence (FF 1997 1ss, 188-189). b) Pour le recourant, la Cour de cassation serait muette quant au type de risque dont la probabilité de réalisation a été retenue. S'il s'agissait du risque de décapitation de la victime, celui-ci était nul compte tenu de l'arme utilisée, un sabre "légèrement aiguisé". S'il s'agissait du risque de provoquer un arrêt cardiaque en atteignant la moelle épinière, le recourant soutient qu'il n'avait pas les connaissances nécessaires pour le savoir. L'argument confine à la témérité: le risque retenu tant par la Cour d'assises que par la Cour de cassation est bien entendu le décès de la victime, quelle qu'en soit la cause exacte (lésion de la moelle épinière cervicale, rupture de vaisseaux sanguins, décapitation). Les juridictions ont retenu l'existence d'un tel risque, en raison de la violence du coup, de l'arme utilisée et de la partie du corps atteinte; le recourant ne le conteste d'ailleurs pas. Dans ces conditions, le recourant ne saurait se contenter de prétendre que son ignorance en anatomie et physiologie ne lui permettait pas d'envisager un risque élevé de mort de la victime, même s'il ignorait par quel mécanisme précis un tel décès pouvait survenir. Les considérations de la cour cantonale à ce sujet n'ont rien d'insoutenable. c) C'est dès lors avec raison que la Cour de cassation a retenu que seul un indice contraire pouvait permettre de revenir sur la présomption que l'auteur avait envisagé et accepté la mort de la victime comme résultat de son geste. A ce propos, le recourant reprend les arguments soumis à la cour cantonale: sa connaissance des arts martiaux et du maniement du sabre lui permettait de maîtriser le coup et d'exclure un résultat fatal. Les juridictions genevoises ont toutefois répondu à cette argumentation, que le recourant se contente de reprendre de manière appellatoire. Selon la Cour d'assises, ce n'est pas la maîtrise du recourant, mais des circonstances indépendantes de sa volonté (l'arrêt de la lame par deux structures osseuses, à moins d'un millimètre de la moelle épinière cervicale) qui ont empêché l'issue mortelle. L'instruction avait démontré que lorsque la lame avait commencé de couper, il était impossible de maîtriser son arrêt, en tout cas au millimètre près. La cour cantonale a confirmé cette appréciation. Celle-ci n'est pas non plus arbitraire car même si le recourant possède une maîtrise du maniement du sabre et a pu démontrer qu'il était capable d'arrêter son coup sur la cible, une maîtrise totale du coup - d'ailleurs difficilement compatible avec l'état de fureur dans lequel se trouvait le recourant - était impossible une fois le coup asséné. Même si le recourant n'a pas, par la suite, agi de manière à tuer sa victime (après le premier coup, la lame n'a plus été bougée pour provoquer d'autres blessures, et le second coup n'a pas été porté sur une partie vitale), le raisonnement des juridictions genevoises est entièrement fondé sur les circonstances du coup initial, au sujet duquel le recourant n'est pas parvenu à démontrer son "refus conscient". d) Le recourant reproche enfin à la cour de cassation de ne pas avoir tenu compte de ses mobiles, qui étaient uniquement de donner une leçon à la victime, en la marquant physiquement. Selon la cour cantonale en effet, l'argumentation fondée sur les mobiles pourrait être convainquante s'il s'était agi de dessein, mais pas s'agissant de dol éventuel, car dans ce cas il n'y a pas besoin que l'auteur ait souhaité ou approuvé le résultat, mais seulement qu'il s'en soit accommodé. Sur ce point également, l'appréciation de la cour cantonale est fondée sur la notion juridique de dol éventuel, et l'argumentation du recourant n'aurait sa place que dans un pourvoi en nullité. Il n'était de toute façon pas arbitraire de faire fi des mobiles de l'accusé pour déterminer son intention: les mobiles invoqués sont en effet compatibles avec le fait qu'en portant un violent coup de sabre sur la nuque de sa victime, le recourant s'est, à tout le moins, accommodé d'une issue fatale. e) La cour cantonale n'a par conséquent pas violé la présomption d'innocence en retenant, à l'instar de la Cour d'assises, le dol éventuel.