Citation: I 79/04 12.04.2005 E. 1

5.2 Le docteur R.________ a été chargé d'examiner la situation de la recourante après que les docteurs L.________ et H.________ eurent préconisé la mise en oeuvre d'une expertise rhumatologique indispensable, à leurs yeux, pour permettre l'évaluation du degré de la capacité de travail de la recourante. Du point de vue neurologique, la doctoresse L.________ avait indiqué que les investigations neurologiques ne permettaient pas d'expliquer les plaintes de la patiente (douleurs, faiblesse et troubles de la sensibilité) et conclu à l'absence d'une atteinte somatique à la santé, ainsi que de toute incapacité de travail du point de vue neurologique dans l'activité exercée par la recourante jusque là, ou dans une activité adaptée (sans port de charges de plus de 8 kg, ni charges répétitives pour la ceinture scapulaire ou mouvements réitérés des bras au-dessus des épaules). Pour sa part, le docteur H.________ n'avait fait état d'aucune affection psychiatrique qui aurait limité la capacité de travail de A.________. En conséquence, les deux médecins avaient conclu que la recourante ne subissait aucune limitation de sa capacité de travail tant sous l'angle neurologique que psychiatrique. De son côté, le docteur R.________ a diagnostiqué un syndrome douloureux unilatéral (droit) et incomplet, en précisant que l'ensemble complexe des plaintes décrit par l'assurée ne se laissait expliquer, d'un point de vue somatique, ni par l'historique médical, ni par les observations cliniques et radiologiques menées jusqu'alors. Le praticien niait toute restriction de la capacité de travail de la recourante (dans l'activité usuelle ou dans un autre emploi adapté à sa constitution et condition physique) et se ralliait à l'appréciation de ses confrères. En soi, le fait que le docteur R.________ a rendu ses conclusions sans prendre contact avec ses collègues ne leur enlève pas toute pertinence, puisque le rhumatologue a expressément indiqué qu'il renonçait à une discussion avec ceux-ci parce que son évaluation de la capacité de travail concordait avec la leur. De manière optimale, lors d'une expertise pluridisciplinaire, la capacité de travail devrait faire l'objet d'une appréciation globale de synthèse fondée sur un consilium entre les experts, dans lequel les résultats obtenus dans chacune des disciplines sont discutés (Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, namentlich für den Einkommensvergleich in der Invaliditätsbemessung, in: Schaffhauser/Schlauri (éd.), Schmerz und Arbeitsunfähigkeit, St Gall 2003, p. 89; voir aussi Jacques Meine, L'expert et l'expertise - critères de validité de l'expertise médicale, in L'expertise médicale, De la décision à propos de quelques diagnostics difficiles, éd. Médecine & Hygiène, Genève 2002, p. 23). Une telle discussion interdisciplinaire de synthèse ne constitue toutefois pas une condition nécessaire pour la valeur probante de chacun des rapports médicaux particuliers, dans la mesure où les appréciations respectives - effectuées dans les règles de l'art et ne comportant pas en soi de contradictions - sont compatibles les unes avec les autres (arrêt E. du 23 août 2004, I 105/04). Tel est le cas en l'espèce puisque les constatations respectives des docteurs L.________, H.________ et R.________ se recoupent entièrement sur l'évaluation de la capacité de travail de la recourante. 5.3 Cela étant, les autres arguments avancés par la recourante pour contester la valeur probante du rapport du docteur R.________ ne sont pas pertinents. Le fait que le rhumatologue a écarté le diagnostic de fibromyalgie ne constitue pas en soi une «erreur de diagnostic», mais une conclusion divergente de celle de son confrère W.________ qui a retenu cette affection. Par ailleurs, dès lors que le rapport du docteur R.________ se fonde sur un examen de la recourante, ainsi que sur l'ensemble du dossier médical (y compris le résultat des examens d'imagerie médicale), prend en considération les plaintes exprimées par celle-ci, décrit le contexte médical et contient des conclusions motivées, il ne saurait être qualifié de superficiel. En particulier, les constatations du rhumatologue quant à la musculature de la recourante sont en grande partie superposables à celles du docteur G.________ (rapport du 17 décembre 2002), les deux médecins n'observant aucune atrophie musculaire. Ils s'accordent également sur le diagnostic, le docteur G.________ ayant retenu celui de syndrome somatoforme douloureux chronique au sens d'un syndrome douloureux unilatéral droit. Tous deux ont également nié le diagnostic de fibromyalgie, étant donné que la recourante ressentait les douleurs principalement du côté droit de son corps et que les 11 des 18 points sensibles («tender points») nécessaires pour poser ce diagnostic n'étaient pas réalisés. De même, leur appréciation de la capacité de travail de la recourante, estimée à 100 %, concordait-elle. Sur ce point, l'interprétation que fait la recourante des conclusions du docteur R.________, selon laquelle sa capacité de travail serait limitée de 20 à 30 % est erronée. Le praticien s'est en effet contenté d'expliquer que même si le diagnostic de fibromyalgie devait être admis, seule une restriction de la capacité de travail de tout au plus 20 à 30 % pour cause de rendement réduit pourrait être retenue. Cette remarque ne modifie en rien la conclusion principale du médecin selon laquelle la recourante disposait d'une capacité de travail entière. En conséquence, il y a lieu de reconnaître une pleine valeur probante au rapport du docteur R.________, dont l'appréciation est confirmée par celui du docteur G.________ et complète celles des docteurs L.________ et H.________. 5.4 Contrairement à ce que fait valoir la recourante, le rapport du docteur W.________ ne permet pas de faire douter de ces conclusions. Ce médecin a posé le diagnostic de fibromyalgie associé à un syndrome douloureux généralisé; il a attesté d'une incapacité de travail totale, même pour des travaux légers, ainsi que d'une réduction de la capacité à accomplir des travaux ménagers de 33,33 %. Il ressort de la lecture de son rapport, ainsi que de ceux de ses confrères R.________ et G.________, que les trois rhumatologues ont, dans une large mesure, fait état de plaintes identiques de la patiente (douleurs avant tout dans la région droite au niveau de la nuque, du bras, et de la main; douleurs lombaires et douleurs généralisées dans l'ensemble du corps en cas d'efforts plus importants), même si le docteur W.________ a davantage insisté sur le caractère généralisé des douleurs et déduit que les critères diagnostiques de la fibromyalgie étaient remplis de manière certaine. Toutefois, comme l'ont à juste titre retenu les premiers juges, la question du diagnostic exact - syndrome douloureux unilatéral droit ou syndrome douloureux généralisé avec fibromyalgie - importe peu en définitive, puisque du point de vue de l'assurance-invalidité, sont seuls déterminants les effets de l'atteinte à la santé sur la capacité de travail et, partant, sur la capacité de gain, de l'assurée. En soi, un diagnostic ne signifie pas encore qu'il existe une atteinte ayant valeur de maladie et des effets sur la capacité de travail et de gain (cf. ATF 127 V 298 consid. 4c). Sur ce point, le docteur W.________ fonde ses conclusions sur les douleurs accrues observées à la pression, l'insuffisance musculaire massive et le déconditionnement avérés, ainsi que les indications - crédibles à ses yeux - de la recourante, selon lesquelles des travaux ménagers moyennement lourds à lourds n'étaient plus exigibles. Dans la description des examens neurologiques et rhumatologiques, le praticien se borne toutefois à mentionner que la force de l'extrémité droite («rechte obere Extremität», p. 4 du rapport) est limitée, sans indiquer pour le surplus d'éléments en faveur d'une atrophie musculaire, que ses confrères R.________ et G.________ avaient exclue. Quant aux tests de force isométriques (au niveau des extenseurs lombaires et cervicaux), le docteur W.________ se contente de commenter la courbe obtenue («recht physiologischer Kurvenverlauf, deutlich bis massiv unterhalb der unteren 5 % Perzentile [...]» et «recht harmonischer Kurvenlauf, massiv unterhalb der unteren 5 % Perzentile [...]»), sans plus amples explications sur l'interprétation qui peut en être donnée. La conclusion qu'il en tire ultérieurement (déconditionnement musculaire), dans les réponses aux questions posées, n'apparaît ainsi pas suffisamment étayée pour justifier l'incapacité totale d'exécuter une quelconque activité. Elle ne permet pas non plus de retenir, au degré de la vraisemblance prépondérante, qu'on ne saurait raisonnablement exiger de la recourante qu'elle mette en oeuvre toute sa volonté pour surmonter ses douleurs et réintégrer le monde du travail. En outre, étant donné que l'appréciation du médecin quant à la capacité de travail se fonde dans une très large mesure sur les seules plaintes et indications - non vérifiées - de la recourante, elle ne suffit pas pour emporter la conviction. A cet égard, on rappellera que compte tenu des difficultés, en matière de preuve, à établir l'existence de douleurs, les simples plaintes subjectives de l'assuré ne suffisent pas pour justifier une invalidité (entière ou partielle) (ATF 130 V 353 consid. 2.2.2). 5.5 La mise en oeuvre d'une expertise complémentaire, demandée par la recourante, n'apporterait selon toute vraisemblance aucune constatation nouvelle, mais uniquement une appréciation médicale supplémentaire sur la base d'observations identiques à celles des médecins déjà consultés sur l'atteinte à la santé de la recourante et les répercussions sur la capacité de travail. Il apparaît dès lors superflu d'administrer d'autres preuves et la conclusion subsidiaire de la recourante doit être rejetée (sur l'appréciation anticipée des preuves; cf. ATF 122 II 469 consid. 4a, 122 III 223 consid. 3c, 120 Ib 229 consid. 2b, 119 V 344 consid. 3c et la référence).