Citation: 4A_424/2018 E. 5.7

5.7. A la lecture du passage précité de la sentence (n. 212), force est toutefois d'admettre, avec la recourante, que la Formation a effectivement tenu compte de faits postérieurs à l'audience, sans avoir préalablement interpellé les parties sur ce point. Les termes utilisés par le TAS dans le passage précité (The Athlete who was not provisionally suspended and no longer ineligible to compete was free to compete as of 3 October 2017, and won prizes and advanced in the ranking which would have been disqualified for the period of backdating [passage souligné par le Tribunal fédéral]) établissent qu'il a pris en compte les résultats et gains obtenus par l'athlète après le 3 octobre 2017, et au-delà du 9 novembre 2017. La recourante relève à juste titre qu'elle ne pouvait pas se douter que le TAS statuerait aussi tardivement, soit sept mois après l'audience du 9 novembre 2017. Si elle a certes eu la possibilité de s'exprimer sur la question du backdating lors de l'audience, elle ignorait alors les résultats et les gains qu'elle réaliserait jusqu'au moment où la sentence serait rendue. En revanche, lors du prononcé de la sentence, l'intéressée pouvait savoir ce qu'une sanction rétroactive impliquerait concrètement pour elle en termes sportif et économique. Au moment de fixer le point de départ de la sanction, la Formation a estimé qu'un éventuel backdating n'était pas nécessairement moins pénalisant pour l'athlète, au vu des performances sportives récentes de celle-ci. En procédant ainsi, c'est-à-dire en appréciant les intérêts de la recourante et les résultats qu'elle avait obtenus après l'audience du 9 novembre 2017 sans lui offrir au préalable la faculté de se déterminer sur cette question, le TAS a porté atteinte au droit d'être entendu de l'athlète. La motivation du TAS apparaît sur ce point critiquable. Cependant, comme le droit d'être entendu ne constitue pas une fin en soi, il n'y a pas lieu d'annuler la sentence attaquée lorsqu'on ne discerne pas quelle influence sa violation a pu avoir sur la procédure (cf. consid. 5.2.2 supra). Or, la Cour de céans ne voit pas quelle influence cette violation a pu avoir sur le sort du litige. Si elle avait été interpellée par la Formation avant que celle-ci ne rende sa sentence, la recourante aurait certes pu alléguer que ses performances sportives avaient été, à ses yeux, globalement négatives au cours des mois précédents et qu'un backdating serait moins dommageable pour elle. Cela n'aurait cependant rien changé au fait qu'il était impossible de prédire les résultats futurs de l'athlète. En outre, il ne faut pas perdre de vue que la possibilité de faire débuter la période de suspension à une date antérieure à celle de la sentence est laissée à l'entière discrétion des arbitres, et constitue comme telle l'exception. Par conséquent, il n'est pas démontré que la violation du droit d'être entendu de l'athlète ait pu avoir la moindre incidence sur la solution adoptée par le TAS.