Citation: 2C_802/2018 E. 6

Pour les étrangers qui, comme en l'espèce, séjournent légalement en Suisse depuis moins de quinze ans, l'art. 63 al. 1 let. a LEtr prévoit que l'autorisation d'établissement peut notamment être révoquée aux conditions de l'art. 62 al. 1 let. a LEtr, à savoir si l'étranger ou son représentant légal a fait de fausses déclarations ou a dissimulé des faits essentiels durant la procédure d'autorisation (art. 62 al. 1 let. a LEtr). En l'occurrence, il ressort des faits retenus, non arbitrairement, par le Tribunal cantonal que le recourant savait qu'il était marié en Algérie lors de la délivrance de son autorisation d'établissement et qu'il a tu ce fait aux autorités helvétiques. Or, la bigamie est considérée comme étant contraire à l'ordre public suisse, même lorsqu'elle n'est pas sanctionnée pénalement (cf. art. 215 CP; RS 311.0), en cas de mariage coutumier par exemple (arrêts 2C_465/2007 du 25 janvier 2008 consid. 4.2; 2C_702/2007 du 22 janvier 2008 consid. 5.2; tous deux, rendus sous l'empire de l'aLSEE). Il s'agit à l'évidence d'un fait essentiel au sens de l'art. 62 al. 1 let. a LEtr qui devait être communiqué aux autorités (cf. ATF 142 II 265 consid. 3.2 p. 267; arrêt 2C_702/2007 du 22 janvier 2008 consid. 5.2), ce qui, par ailleurs, n'empêchait pas le recourant de faire valoir ses arguments concernant les éventuels vices affectant le mariage en question. Au demeurant, la polygamie est semble-t-il autorisée, à certaine condition, en Algérie. Le recourant n'allègue pas le contraire et les tribunaux algériens ont confirmé l'homologation du mariage coutumier du 23 avril 2010, alors que l'intéressé ne leur avait pas caché qu'il était déjà marié à une Suissesse (cf. notamment, opposition au jugement d'homologation du 27 mars 2014 et plainte du 4 février 2016; art. 105 al. 2 LTF). On ne peut donc pas retenir que le mariage coutumier célébré le 23 avril 2010 était nul, car contraire à l'ordre public algérien, et que, partant, celui-ci n'avait pas à être annoncé par le recourant. Le motif de révocation de l'art. 63 al. 1 let. a LEtr, en lien avec l'art. 62 al. 1 let. a LEtr, est partant donné.