Citation: I 206/05 02.11.2005 E. 3

3.1 L'appréciation médicale du cas de l'intimée par le docteur R.________ repose pour l'essentiel sur des documents qui ne sont plus d'actualité et qui ne donnent aucune indication quant à l'influence potentielle des atteintes constatées sur la capacité de travail de l'assurée. Par ailleurs, l'état de santé général de cette dernière est décrit de manière plutôt satisfaisante. Outre des détails peu significatifs tels qu'une musculature para-vertébrale crispée, ainsi qu'un ventre et une poitrine qualifiés d'impressionnants, aucun problème particulier n'est signalé. Le médecin traitant indique de surcroît que des mesures professionnelles ne se justifient pas et qu'il n'existe aucune contre-indication dans la profession exercée jusqu'alors. D'une manière laconique, il ajoute que l'atteinte à la santé, sans préciser laquelle, remonte à 1972 et est traitée par homéopathie depuis 1995. Il ne fait état d'aucune incapacité de travail de l'intimée et ne motive aucunement son avis lorsqu'il dit de sa patiente qu'elle espère recevoir une demi-rente, ce qui, en tant que médecin traitant, lui semble justifié. Il n'est enfin pas du tout convaincant lorsqu'il confirme les données de l'opposition, formée par l'intimée contre la décision initiale de l'Office recourant, en terminant sa phrase par «si loin que je peux le savoir». Bien que mentionnant une demi-rente, le rapport du docteur R.________ laisse plutôt à penser que l'intimée ne souffre d'aucune atteinte physique susceptible de diminuer sa capacité de travail. Pour le surplus, les documents déposés par l'intimée à l'appui de son opposition ne contiennent aucune information utile à l'évaluation de la capacité de travail de celle-ci. Il en ressort uniquement que l'assurée a, de manière ponctuelle, suivi des séances de physiothérapie, d'acupuncture, de chiropractie ou une cure thermale. Il apparaît également que seule la présence de dyskinésies vertébrales ont entraîné une brève interruption de travail entre le 24 août et le 3 septembre 2000. 3.2 Le docteur F.________ a reçu l'intimée pour un entretien. Il l'a décrite comme une femme corpulente et euthymique à qui il arrivait de verser une larme en racontant ses déconvenues professionnelles et conjugales, mais dont l'humeur n'était pas fondamentalement dépressive. Il a mentionné des cervico-lombalgies occasionnelles, mais a écarté les problèmes hépatiques, les derniers examens sanguins remontant à 1995. L'intimée se trouvant dans une impasse socio-professionnelle avec un mari réticent à l'entretenir, il la voyait davantage comme un cas social que comme une invalide. 3.3 Dans sont rapport d'expertise, le docteur V.________ reprend les diagnostics posés par le médecin traitant, en y ajoutant notamment celui d'état anxio-dépressif chez une personnalité borderline, et mentionne que l'atteinte à la santé semble correspondre à une incapacité de travail de 50 %, sans plus de précision. Ce type de conclusions, non motivées, ne cadre pas avec les critères fixés par la jurisprudence en matière de force probante des certificats médicaux et n'est pas convaincant, d'autant plus que le travail de l'expert repose sur un examen clinique et des constatations objectives qui tendent à démontrer l'absence de tout problème psychiatrique substantiel. En effet, lors de son examen, le praticien n'a pu relever aucun trouble de l'attention, de la compréhension, de la mémoire ou de l'intelligence, ni de trouble formel de la pensée ou de la perception (lignée psychotique). Il n'a par ailleurs constaté qu'une légère tristesse et une humeur légèrement déprimée, sans symptôme d'un ralentissement psychomoteur, sans idée noire ou suicidaire, sans trouble du sommeil, sans sentiment d'infériorité ou de découragement et sans symptôme parlant en faveur d'un trouble bipolaire (lignée dépressive). Le docteur V.________ a cependant retenu que l'intimée était structurée à la manière d'une personnalité borderline avec une impossibilité à établir des relations stables avec les gens. Au vu de ce qui précède, on notera que l'expert n'a rien remarqué de particulier, y compris dans la lignée dépressive, à l'exception d'une personnalité borderline qui n'a pas forcément un caractère invalidant. Il déduit ladite personnalité des trois mariages et des multiples changements d'emploi de l'assurée. L'intimée explique ce dernier point par le fait qu'elle s'est retrouvée, dans le cadre du chômage, au bénéfice de mesures de crise à cinq reprises et que chacune d'elles avait une durée de six mois, d'où le changement fréquent d'employeurs. 3.4 Si les déductions du médecin traitant et de l'expert ne sont pas motivées et pas concluantes, il n'en demeure pas moins que leurs constatations objectives ne prêtent pas flanc à la critique et ne font ressortir aucun problème physique ou psychique invalidant. Des différents documents figurant au dossier, l'Office recourant pouvait ainsi conclure, au degré de la vraisemblance prépondérante (cf. ATF 126 V 360 consid. 5b, 125 V 195 consid. 2 et les références), qu'aucune atteinte à la santé ne justifiait une incapacité de travail à charge de l'assurance-invalidité, opinion renforcés par les pièces déposées à l'appui de l'opposition et l'avis du docteur F.________. De surcroît, les allégations de l'intimée quant à une dépendance à l'alcool ou à une pharmacodépendance ne sont étayées par aucune pièce médicale. Il en va de même de la personnalité borderline, évoquée par le docteur V.________ et qui sans être qualifiée de trouble, est dans tous les cas réfutée par l'assurée elle-même. Les premiers juges ne pouvaient donc pas reprocher à l'Office recourant d'avoir procédé à une instruction lacunaire.