Citation: 1P.648/2006 16.10.2006 E. 2

Le recourant conteste la présence d'un risque de récidive propre à justifier son maintien en détention préventive. Il se plaint d'une violation des art. 29, 30 et 31 Cst., ainsi que des art. 5 et 6 CEDH. 2.1 Les art. 31 al. 1 Cst. et 5 ch. 1 CEDH prévoient que nul ne peut être privé de sa liberté si ce n'est dans les cas et selon les formes prévus par la loi. Il s'agit d'un corollaire de la garantie de la liberté personnelle, consacrée par les art. 10 al. 2 Cst. et 5 CEDH, qui ont la même portée. Une limitation de cette garantie n'est admissible que si elle repose sur une base légale claire, est ordonnée dans l'intérêt public et respecte le principe de la proportionnalité (art. 36 al. 1-3 Cst.; ATF 123 I 268 consid. 2c p. 270). Pour répondre à un intérêt public, une privation de liberté doit être justifiée par les besoins de l'instruction, un risque de fuite ou un danger de collusion ou de réitération (ATF 124 I 336 consid. 4c p. 340). Préalablement à ces conditions, il doit exister à l'encontre de l'intéressé des charges suffisantes (ATF 116 Ia 143 consid. 3 p. 144). Le Tribunal fédéral examine librement si ces conditions sont réalisées, sous réserve des constations de fait et de l'appréciation des preuves, qu'il ne revoit que sous l'ange de l'arbitraire (ATF 123 I 31 consid. 3a p. 35, 268 consid. 2d p. 271). Selon l'art. 59 du code de procédure pénale vaudois (CPP/VD), le prévenu à l'égard duquel il existe des présomptions suffisantes de culpabilité peut être mis en détention préventive s'il présente un danger pour la sécurité ou l'ordre publics (ch.1), si sa fuite est à craindre (ch. 2) ou si sa liberté offre des inconvénients sérieux pour l'instruction (ch.3). Dès que les motifs justifiant la détention préventive n'existent plus, le juge ordonne la mise en liberté (art. 59 al. 2 CPP/VD). 2.2 Avec raison, le recourant ne conteste pas l'existence de charges suffisantes à son encontre. Il dénonce uniquement l'inexistence d'un risque de récidive. L'autorité appelée à statuer sur la mise en liberté provisoire d'un détenu peut, en principe, maintenir celui-ci en détention s'il y a lieu de présumer, avec une certaine vraisemblance, qu'il existe un danger de récidive. Elle doit cependant faire preuve de retenue dans l'appréciation d'un tel risque (ATF 105 Ia 26 consid. 3c p. 31). Selon la jurisprudence, le maintien en détention ne peut se justifier pour ce motif que si le pronostic est très défavorable et que les délits dont l'autorité redoute la réitération sont graves (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62; 361 consid. 5 p. 367; 124 I 208 consid. 5 p. 213; 123 I 268 consid. 2c p. 270 et les arrêts cités). La jurisprudence se montre toutefois moins stricte dans l'exigence de la vraisemblance lorsqu'il s'agit de délits de violence graves ou de délits sexuels, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est alors considéré comme trop important (ATF 123 I 268 consid. 2e p. 271). 2.3 En l'espèce, pour admettre l'existence d'un risque de récidive, l'autorité cantonale a fait siennes les considérations de l'arrêt du 13 septembre 2006 du Président de la Cour de cassation. Elle a précisé qu'elle se ralliait à l'expertise psychiatrique qui pose le diagnostic de "pédophilie - trouble de la personnalité de structure psychotique" et qui conclut à une responsabilité pénale entière ainsi qu'à un risque de récidive hautement probable. Les experts ont en effet retenu que le risque de récidive était hautement probable, citant quatre motifs pour lesquels ils estimaient que la situation présentait une haute dangerosité. Ils ont souligné que le recourant, à 19 ans déjà, avait eu un comportement de pédophile et qu'il avait choisi avec une précaution consciente et calculée le cadre dans lequel il pouvait opérer sans être surpris. Ils ont également mis en évidence la très faible réaction extérieure, en particulier de ses parents; l'existence d'un contact proche avec de jeunes enfants (le recourant est entraîneur dans un club d'athlétisme), dès lors qu'il est connu que les pédophiles recherchent la proximité des enfants afin d'installer un cadre propice à des abus sexuels; et enfin, sa très faible perception des limites et de la valeur des interdits, révélée lors des tests psychologiques. A cela s'ajoute le fait que, ainsi que cela a été relevé par le Président de la Cour de cassation, les actes reprochés au recourant sont d'une incontestable gravité et que le bien juridiquement protégé est très important. Qui plus est, il ressort effectivement du dossier que le recourant banalise ses actes et reporte la responsabilité sur ses victimes. Le recourant soutient au contraire, de la même manière que devant les instances précédentes, qu'il a eu un comportement irréprochable depuis la commission des faits. Il explique également qu'à l'époque de son arrestation, il suivait un traitement auprès du Dr B.________, psychiatre, lequel a déclaré que le risque de récidive n'était pas important. Il se prévaut également de son intégration sociale, à savoir de sa place d'apprentissage et de sa liaison amoureuse avec une jeune fille de son âge. Or, ainsi que cela ressort du dossier et du jugement du Tribunal correctionnel, le recourant ne saurait prétendre avoir sérieusement entrepris un traitement. Quant à ses attaches professionnelles, elles sont minces, et les liens avec son amie ne peuvent pas être retenus comme assurément et longuement stables. Dans ces conditions, on ne peut pas reprocher à l'autorité cantonale d'avoir privilégié les conclusions de l'expertise, contre laquelle le recourant ne dirige au demeurant aucune critique. Le risque de récidive pouvait dès lors être admis sans arbitraire.