Citation: 6B_1199/2023 E. 2.2

2.2. La cour cantonale a considéré qu'il existait un intérêt public important à l'expulsion du recourant, compte tenu de la peine prononcée, des atteintes répétées à des biens juridiques particulièrement importants et de la nature des infractions. L'autorité précédente a relevé que l'intérêt privé du recourant était également important. Il vivait en Suisse depuis plus de 15 ans et ses trois premiers enfants vivaient également dans ce pays, dont ils détenaient la nationalité par leur mère. Le recourant jouissait d'un emploi qui lui permettait de subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa nouvelle famille vivant en Bosnie; il ne contribuait toutefois plus à l'entretien de ses trois aînés depuis la naissance d'un premier enfant en Bosnie. S'il vivait en Suisse depuis plus de dix ans, son intégration ne pouvait être considérée comme complète dans la mesure où il ne parlait toujours que très imparfaitement le français et avait eu besoin de recourir aux services d'un interprète tout au long de la procédure. Il n'avait pas non plus établi de liens particuliers avec la Suisse en dehors de son cercle professionnel et familial. La cour cantonale a souligné que le recourant avait exprimé à plusieurs reprises le souhait de retourner vivre en Bosnie. Quand bien même son divorce avait été prononcé, ce qui lui permettrait de se prévaloir du regroupement familial pour faire venir sa nouvelle famille en Suisse, celle-ci vivait toujours dans ce pays où il lui rendait visite chaque mois. Enfin, s'il n'avait pas été dépendant de l'assistance sociale, il ne subvenait néanmoins pas aux besoins de sa famille, puisque son ancienne épouse pourvoyait seule (par le truchement de prestations de l'AI dont elle était bénéficiaire) à l'entretien de leurs trois enfants. On ne pouvait dès lors pas parler d'une indépendance financière complète. De surcroît, le recourant avait été condamné pour des infractions commises au détriment de ses trois premiers enfants de façon répétée et ne disposait que d'un droit de visite limité avec eux. Son rôle de figure paternelle était compromis par les infractions commises et la longue séparation qui s'en était suivie. Dans ces conditions, il n'était pas habilité à se prévaloir de l'art. 8 CEDH pour rester en Suisse. Les liens du recourant avec la Bosnie, où vivent ses deux derniers enfants et sa nouvelle compagne, étaient ainsi tout aussi voire plus forts et entraient en concurrence avec ses liens en Suisse. Il y disposait d'un logement et de la possibilité d'y exercer une activité lucrative aux côtés de son père. Son intérêt à rester en Suisse semblait bien plus lié aux possibilités d'y réaliser un revenu plus confortable, comme il l'avait expliqué en déclarant sans vergogne vouloir "profiter du chômage". Ainsi, la cour cantonale a estimé que si la relation avec trois de ses cinq enfants et les perspectives professionnelles du recourant en Suisse constituaient certes un intérêt privé au maintien de son droit de séjour en Suisse, cet intérêt devait être relativisé au vu de ses liens forts avec son pays d'origine et, surtout, il n'était pas prépondérant par rapport à l'intérêt public qui commandait de prononcer son expulsion. La cour cantonale a encore indiqué que les filles du recourant avaient exprimé, par la voix de leur curateur, leurs objections au prononcé de cette mesure. Elle a cependant considéré que celles-ci étaient soumises à un important conflit de loyauté et que, compte tenu de leur âge, elles pouvaient, comme leur frère, maintenir les liens avec leur père par les moyens de communication modernes. Leurs objections n'étaient ainsi pas de nature à faire obstacle au prononcé de l'expulsion mais il en était tenu compte dans la fixation de la durée de l'expulsion, arrêtée au minimum légal de trois ans (arrêt entrepris, consid. 4.4 pp. 29-31).