Citation: 4A_100/2010 31.01.2011 E. A

A.a La société V.________ SA (V.________), avec siège à ..., exploitait une manufacture d'horlogerie dans dite localité. Elle fabriquait notamment le calibre ..., un mouvement d'horlogerie bon marché. Afin de réduire les coûts, elle a décidé d'en délocaliser la production en Chine. V.________ s'est adressée à X.________ SA (X.________), une société avec siège à ... active dans les échanges commerciaux entre la Suisse et la République populaire de Chine. X.________ s'est assuré le concours de la fabrique W.________, une entreprise d'État sise à Canton. A.b Le 4 octobre 1988, V.________ et X.________ ont signé une convention dans laquelle la première déclarait être disposée à céder et la seconde à acquérir "une licence d'exploitation, de fabrication et de commercialisation des calibres ...", voire d'autres calibres. V.________ s'engageait à fournir une assistance technique ainsi que les machines nécessaires à la fabrication dans la mesure où celles-ci n'étaient plus en activité chez elle. X.________ s'engageait pour sa part à exploiter la commercialisation de ces calibres uniquement sur le marché interne de la Chine et à livrer une partie de la production à V.________ aux prix du marché chinois à concurrence de quotas fixés annuellement par V.________. L'accord retenait que les brevets de ces calibres étaient tous dans le domaine public et que le droit suisse était applicable en cas de litige. La convention a été précisée par une lettre de V.________ du 22 décembre 1988 contresignée par X.________. Il y était notamment dit que la décision de transfert de technologie du calibre ... se finaliserait dans le courant de janvier 1989 et que ce calibre servirait de test. Par contrat du 27 décembre 1988, X.________ a commandé à W.________ 300'000 calibres ... au prix de quatre dollars américains l'unité. Le contrat était conclu pour une année à partir du 1er janvier 1989. Il y était prévu que X.________ fournissait à W.________ les matières premières, matières secondaires, emballages et pièces ainsi que les équipements et outils de production; W.________ devait en contrepartie transformer ces pièces en calibres .... A.c Le 15 septembre 1989, V.________ a adressé à X.________ une commande portant sur 300'000 mouvements de calibre ... provenant de W.________, à livrer dans le courant de 1990. Il ne s'agissait toutefois que d'une commande cadre pro forma, faite à la demande expresse de X.________. Elle était nécessaire pour obtenir l'appui des autorités chinoises. A.d Le 23 mars 1990, V.________ et X.________ ont signé une nouvelle convention qui, selon son préambule, précisait les accords du 4 octobre 1988 et du 22 décembre 1988. La nouvelle convention prévoyait notamment que V.________ concédait à X.________, pour être transmis à W.________, le droit exclusif de fabriquer par étapes, d'abord sous forme de pièces détachées à titre d'essai, puis dans leur intégralité sous forme de mouvements, les calibres ..., et qu'elle s'engageait notamment à fournir à ses frais son assistance technique à W.________ en vue du lancement de la production. A titre de rémunération des services fournis par V.________, X.________ s'engageait à obtenir de W.________ l'assurance formelle et écrite que W.________ ne vendrait aucun calibre ou partie de calibre à des acheteurs ayant leur domicile ou siège en dehors de la République populaire de Chine. La convention était soumise au droit suisse; elle était conclue pour dix ans et renouvelable tacitement pour cinq ans à chaque échéance. Quelques jours plus tard, X.________ rappelait à W.________ les engagements pris; la lettre a été contresignée par W.________ le 18 avril 1990. Il y était notamment dit que W.________ devait limiter l'utilisation des technologies transmises à la durée de dix ans prévue entre V.________ et X.________, et aux cinq années suivantes si la relation contractuelle entre V.________ et X.________ n'avait pas pris fin après dix ans. Le 23 avril 1990, W.________ a confirmé à X.________ le renouvellement du contrat signé le 27 décembre 1988 (commande de 300'000 calibres ... à livrer dans le courant d'une année) jusqu'au 23 mars 2000. A.e L'exécution des obligations par les divers acteurs impliqués a donné lieu à des difficultés. Le 3 novembre 1992, V.________ a informé X.________ qu'elle avait pris la décision de se consacrer à l'avenir à la production de pièces haut de gamme et qu'elle désirait pour cette raison mettre fin à leurs relations contractuelles; à cette époque, W.________ attendait que V.________ lui passe des commandes fermes pour le calibre ..., selon un plan prévu à l'avance, tandis que V.________ n'entendait passer des commandes qu'en fonction des besoins de ses clients. V.________ et X.________ sont entrées en pourparlers en vue de rechercher les modalités de la rupture de contrat, pourparlers qui ont duré jusqu'en novembre 1993, sans toutefois aboutir; durant cette période, l'exécution des contrats a été suspendue. Le 22 novembre 1993, puis de nouveau ultérieurement, X.________ a mis V.________ en demeure d'exécuter ses obligations découlant de la convention du 23 mars 1990, sans succès. Le 4 juillet 1994, W.________ a réclamé 6'000'000 dollars américains à X.________. Ce montant était censé correspondre au bénéfice net perdu et au manque à gagner découlant du non-transfert de technologie; il était calculé sur la base d'une production annuelle de 300'000 mouvements à 4 dollars l'unité pendant dix ans.