Citation: K 62/04 07.04.2006 E. 2

2.1 Pour le dentiste-conseil de la caisse, le docteur Z.________, l'existence d'un lien de causalité entre l'abrasion des dents du maxillaire inférieur constatée chez l'assuré en 1999 et la radiothérapie à laquelle que celui-ci s'était soumise en 1992 devait être nié; une réhabilitation complète telle qu'effectuée par la doctoresse K.________ n'était au demeurant ni nécessaire, ni économique (rapport du 3 novembre 2000). Le docteur T.________, également dentiste-conseil de l'intimée, partageait cet avis. Selon lui, le dommage provenait principalement du fait que le maxillaire supérieur de P.________ était couronné de canine à canine; il observait d'ailleurs que le coefficient d'abrasion des dents antérieures était nettement plus faible que celui des dents de la mandibule; enfin, des constatations similaires pouvaient aussi être posées chez des patients n'ayant pas suivi de chimio- et de radiothérapie (rapport du 16 janvier 2001). 2.2 L'expert judiciaire, le docteur W.________, a émis les considérations résumées ci-après. En ce qui concerne la qualité de la supervision depuis la fin du traitement de radiothérapie, il ne voyait pas qu'on pût faire des reproches à la doctoresse K.________; les soins prodigués par celle-ci et l'usage de gouttières de fluoration par l'assuré lui-même avaient permis d'éviter le développement de caries de collet, atteintes généralement admises comme étant la conséquence directe d'une irridiation de la région buccale (à cause de la destruction, provoquée par les rayons, du parenchyme des glandes salivaires). Il était également d'avis que l'état d'abrasion des dents de P.________ ne nécessitait pas un assainissement total du maxillaire inférieur comme cela avait été fait, mais qu'une restauration homogène demandait en tout cas la mise en place de couronnes sur les dents 36, 46 et 47; à cet égard, le choix de mettre en place des restaurations fixes et non pas amovibles (traitement plus économique) se révélait être la mesure la plus appropriée et efficace, car que le prénommé avait subi, à la suite de son cancer, une résection des muscles et des tissus mous l'empêchant d'ouvrir la bouche plus de 1,5 cm. Vu la documentation lacunaire dont il disposait (radiographies trop anciennes ou absentes), il ne lui était en revanche pas possible de déterminer si, compte tenu de l'état antérieur des dents de P.________ [présence d'obturations, de prothèses et de couronnes sur le maxillaire supérieur], la vitesse de dégradation des dents inférieures était supérieure à la normale en raison du traitement oncologique. Certaines études indiquaient la probabilité d'un endommagement de la structure dentaire dû à une radiothérapie. Tout en regrettant la manière dont le litige s'était noué entre les parties, il concluait ainsi : «le traitement cancéreux [...] a gravement endommagé les muscles masticatoires de P.________; dès lors, indépendamment de l'origine de la destruction de [ses] dents, une optimisation de l'efficacité masticatoire [...] demandait une réhabilitation fixe». L'assuré avait donc droit à une « large participation » de la part de la caisse.