Citation: 4C.371/1999 08.03.2000 E. 2

2.- a) aa) En cas d'inexécution, le créancier peut réclamer des dommages-intérêts positifs; il doit être replacé dans la situation patrimoniale qui aurait été la sienne si le contrat avait été exécuté (ATF 123 III 16 consid. 4b p. 22 et les références). Le dommage réside dans la diminution involontaire de la fortune nette. Il peut consister dans une réduction de l'actif, une augmentation du passif ou un gain manqué; il correspond à la différence entre le montant actuel du patrimoine et le montant que celui-ci aurait atteint si l'événe- ment dommageable ne s'était pas produit (ATF 120 II 296 consid. 3b p. 298). Pour déterminer l'intérêt positif, il convient d'avoir recours à la théorie de la différence, en vertu de laquelle le créancier est dispensé d'effectuer sa propre prestation et peut en imputer la valeur sur les dommages-intérêts dus; cette méthode s'applique aussi, en principe, à la vente ordinaire (ATF 120 II 296 consid. 3b p. 299, 65 II 171 consid. 2 p. 174 s.; Giger, Commentaire bernois, n. 19 à 21 ad art. 191 CO et n. 26 à 32 ad art. 215 CO; Cavin, La vente, l'échange, la donation, in Traité de droit privé suisse, tome VII, 1, p. 58 à 60; Guy Stanislas, Le droit de résolution dans le contrat de vente, Genève 1979, p. 93 à 96). Peu importe, au demeurant, de savoir si le vendeur aurait remis son commerce à un autre acheteur ou s'il en aurait poursuivi l'exploitation (voir ATF 120 II 296 consid. 3b p. 300). En cas de demeure du débiteur, le créancier, qu'il soit l'acheteur ou le vendeur, n'a pas l'obligation d'acquérir une nouvelle chose ou de revendre celle qui a été vendue; il s'agit d'un droit dont il est libre d'user ou non et dont le non-exercice ne le prive aucunement de la faculté de faire état de son dommage selon les principes posés par les art. 107 ss CO (ATF 65 II 171 consid. 2 p. 173). En outre, le moment déterminant en vue d'établir le dommage résultant de l'inexécution est, en principe, celui où le vendeur a renoncé à l'exécution ou encore, dans le cas d'une vente commerciale, le terme fixé pour l'exécution (cf. ATF 120 II 296 consid. 3b p. 300). bb) Pour le vendeur, le dommage peut consister en la différence existant entre le prix contractuel et celui auquel il a revendu la chose de bonne foi, voire, lorsqu'il s'agit d'une marchandise cotée en bourse ou ayant un prix courant, en la différence entre le prix du contrat et le cours de la marchandise en bourse ou le prix courant. Ces éléments sont réputés correspondre à la valeur de la prestation du créancier (ATF 65 II 171 consid. 2 p. 174 s.). Le principe est que le vendeur impute sur le prix convenu l'avantage que lui procure le fait qu'il conserve la disposition de la chose, l'indemnité devant correspondre au préjudice réellement subi (Cavin, op. cit., p. 60). Si le vendeur ne peut ou ne veut pas revendre la chose, mais que celle-ci conserve une valeur d'usage ou une valeur marchande, cette valeur doit alors être imputée sur l'indemnité. cc) Il incombe au vendeur d'établir les éléments concrets de son dommage conformément à l'art. 42 al. 1 CO auquel renvoie l'art. 99 al. 3 CO (cf. ATF 123 III 16 consid. 4d p. 24, 120 II 296 consid. 3b p. 299). Il en va de même dans l'hypothèse de l'art. 42 al. 2 CO. Cette disposition, à laquelle l'autorité cantonale pouvait se référer (cf. ATF 120 II 296 consid. 3b p. 299 s.), a pour but d'alléger le fardeau de la preuve, mais elle ne dispense pas le lésé d'alléguer et d'établir, dans la mesure où cela est possible et que l'on peut l'attendre de lui, toutes les circonstances qui militent pour la survenance d'un dommage et qui permettent de l'évaluer. Ainsi, les circonstances alléguées par le lésé devront être de nature à établir suffisamment l'existence du dommage et à rendre perceptible son ordre de grandeur, l'allocation de dommages-intérêts supposant que la survenance du dommage ne constitue pas une simple possibilité mais une quasi-certitude (ATF 122 III 219 consid. 3a et les références). La fixation du préjudice est une question de fait qui relève exclusivement de la compétence du juge cantonal. Statuant comme juridiction de réforme, le Tribunal fédéral examine uniquement si la notion juridique de préjudice a été méconnue ou si des notions de droit quant au calcul du dommage ont été violées (ATF 123 III 241 consid. 3a, 120 II 296 consid. 3b p. 298, 119 II 249 consid. 3a). Il en va de même en cas de recours à l'art. 42 al. 2 CO. Le pouvoir d'estimation élargi que confère cette disposition au juge du fond ne procède pas d'un pouvoir d'appréciation juridique au sens de l'art. 4 CC, susceptible d'être sanctionné dans le cadre d'un recours en réforme (ATF 122 III 219 consid. 3b p. 222). b) Selon la cour cantonale, le fardeau de la preuve incombait à la recourante. Or, celle-ci n'avait pas présenté les éléments pertinents permettant de déterminer son préjudice. Par conséquent, elle devait être déboutée des fins de sa demande reconventionnelle. Considérée à la lumière des principes juridiques rappelés ci-dessus, une telle argumentation ne viole ni l'art. 8 CC ni l'art. 42 CO. Le parallèle que la recourante voudrait tirer avec l'art. 337c al. 2 CO n'est pas de mise, car il aboutirait à un renversement du fardeau de la preuve, incompatible avec les principes sus-indiqués. Les juges précédents ont admis, à juste titre, que le moment déterminant pour apprécier le dommage était celui où la recourante avait déclaré renoncer à l'exécution du contrat (octobre 1995), de sorte qu'il ne pouvait pas être tenu compte de la situation existant en 1997 du point de vue de la valeur du commerce. Or, relativement à son préjudice, la recourante s'est limitée à se référer à l'avis de l'expert dont les constatations sur la valeur du commerce en 1997 ne pouvaient pas être prises en considération en vue de la détermination du dommage. S'il est vrai qu'il fallait prendre en compte le prix de vente de 160 000 fr., encore était-il nécessaire de connaître, en application de la théorie de la différence, la valeur de la prestation dont la recourante était dispensée. Comme cette dernière avait dû continuer d'exploiter sa boutique, mais dans d'autres conditions, il convenait de déterminer quelle en était la valeur d'usage ou la valeur marchande, afin de pouvoir l'imputer sur l'indemnité due par l'intimée. Toutefois, la recourante n'a présenté aucun élément de fait qui aurait pu permettre d'estimer cette valeur résiduelle et, partant, de cerner son dommage. Elle ne soutient du reste pas, dans son recours en réforme, que les premiers juges n'auraient pas pris en considération ses allégations ni qu'ils auraient omis de faire porter l'administration des preuves sur ces points. D'ailleurs, les constatations de la cour cantonale ne renferment aucune donnée chiffrée au sujet de la poursuite de l'exploitation du commerce après la déclaration d'option faite le 6 octobre 1995 par la recourante. Cela étant, les premiers juges, en l'absence d'éléments probants, devaient trancher les points de fait restés douteux ou non établis dans un sens défavorable à la recourante, qui avait la charge de la preuve (cf. Corboz, Le recours en réforme au Tribunal fédéral, in SJ 2000 II p. 1 ss, 39), et admettre que l'intéressée n'avait pas établi un dommage supérieur à l'acompte de 15 000 fr. versé par l'acheteur, l'application de l'art. 42 al. 2 CO étant exclue pour le surplus, faute d'indications précises. En conséquence, la Cour civile n'a enfreint aucun principe de droit fédéral et n'a pas méconnu la notion juridique du dommage en considérant que le préjudice allégué par la recourante n'avait pas été établi. 3.- Le recours ne peut dès lors qu'être rejeté avec suite de frais (art. 156 al. 1 OJ), ce qui entraîne la confirmation du jugement attaqué. L'intimée ne s'étant pas déterminée sur le recours, il n'y a pas lieu de lui allouer des dépens.