Citation: 8C_616/2023 E. 5.1.2

5.1.2. Dans son complément d'expertise du 6 mars 2023, il est vrai que l'expert F.________ est parti du principe que l'intimé avait eu un choc à la tête lors de son accident (cf. p. 2 du complément d'expertise: "Dans notre cas, il y a eu un choc à la tête...", et en p. 3: "Nous sommes donc face à un jeune, sans autres problèmes de santé, sans facteur de risque et qui a eu un choc à la tête, suivi par une occlusion de la veine centrale de la rétine"). Pour nier la survenance d'un choc à la tête, la recourante se fonde essentiellement sur les déclarations de l'intimé du 7 janvier 2021, lequel a dit qu'il n'avait "pas cogné [s]a tête au sol". Celui-ci a cependant également mentionné qu'il avait été "projeté par-dessus le capot" et qu'il s'était "réceptionné sur [s]es deux avant-bras", qu'il se souvenait "avoir eu le réflexe de protéger [s]a tête (pas casquée) en mettant [s]es avant-bras en avant" et que par la suite, il avait eu "un trou noir mais je ne sais pas combien de minutes", s'étant "réveillé avec plein de monde autour de [lui]", précisions que la recourante se garde bien de mentionner. Au vu notamment de ces déclarations, on doit tenir pour établi, au degré de la vraisemblance prépondérante, que l'intimé avait subi un choc à la tête lors de sa chute, la survenance d'une commotion - soit un traumatisme crânien mineur - étant hautement vraisemblable compte tenu de la brève perte de connaissance, voire de l'amnésie passagère qui s'en est suivie, d'une part, et du fait que l'intimé ne portait pas de casque au moment de sa chute. L'absence de choc direct entre la tête et le sol - l'intimé s'étant protégé de ses mains et avant-bras qui, en quelque sorte, ont fait office de casque - n'exclut aucunement un traumatisme crânio-cérébral. Quant aux autres pièces mentionnées par la recourante, à savoir les rapports médicaux initiaux de l'Hôpital C.________ et le rapport de police, s'ils ne mentionnent pas un choc à la tête au moment de la chute, ils ne sont pas non plus une preuve de l'absence de choc puisque ni la police, ni les médecins de l'Hôpital C.________ n'étaient présents au moment de la chute et qu'une commotion n'entraîne pas forcément de lésions apparentes sur la tête ou le visage pouvant être constatées après-coup. Il découle donc de ce qui précède que l'argumentation de la recourante pour nier la survenance d'un choc (direct ou indirect) à la tête de l'intimé au moment de son accident n'est pas pertinente et qu'en retenant la réalisation d'une telle hypothèse, l'expert F.________ n'est pas parti d'une prémisse erronée. Par ailleurs, contrairement à ce qu'affirme la recourante, l'expert a motivé sa conclusion selon laquelle la déshydratation n'était en l'occurrence pas à l'origine de l'occlusion de la veine centrale de l'oeil de l'intimé. Ce praticien ne s'est en effet pas contenté de dire que "si la déshydratation provoquait des occlusions veineuses, nous en aurions tous", mais il a précisé que la déshydratation pouvait effectivement précipiter une occlusion veineuse, à condition qu'il existe beaucoup de facteurs de risque chez la personne concernée, ajoutant qu'une déshydratation ne pouvait pas provoquer à elle seule une occlusion chez une personne jeune et en bonne santé comme l'intimé. Du reste, si le docteur I.________, spécialiste en médecine interne à l'Hôpital C.________, avait mentionné le 29 juillet 2021 que les problèmes à l'oeil gauche étaient possiblement en rapport avec la déshydratation, il s'est ravisé plus tard et a indiqué, le 20 mai 2022, qu'au vu du rapport reçu ultérieurement par le service d'ophtalmologie de l'Hôpital J.________, il lui semblait évident que l'occlusion de la veine centrale rétinienne était secondaire à l'accident et non pas à une possible déshydratation initialement évoquée par les ophtalmologues. A cela s'ajoute qu'il ressort même des pièces au dossier que l'intimé avait acheté une bouteille d'eau dix minutes avant l'accident. Là encore, la recourante se contente de critiquer l'avis de l'expert, sans rendre vraisemblable que la déshydratation puisse constituer une cause indépendante et suffisante d'occlusion. Enfin, si l'expert a certes constaté maladroitement que le lien de causalité avec l'accident était statistiquement l'hypothèse la plus probable, alors que ses constatations reposent davantage sur une analyse des circonstances du cas d'espèce que sur des études statistiques, cela ne suffit pas à mettre en doute leur valeur probante.