Citation: 6P.133/2006 10.10.2006 E. 3

Le recourant soutient que l'autorité cantonale a fait une appréciation arbitraire des éléments de preuve dont elle disposait. Une décision est arbitraire et donc contraire à l'art. 9 Cst. lorsqu'elle viole clairement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté ou contredit de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité. Le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue par l'autorité cantonale de dernière instance que si sa décision apparaît insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, adoptée sans motifs objectifs ou en violation d'un droit certain (voir ATF 132 I 175 consid. 1.2). En outre, il ne suffit pas que les motifs de la décision soient insoutenables, il faut encore que celle-ci soit arbitraire dans son résultat (ATF 129 I 49 consid. 4 p. 58). A cet égard, il ne suffit pas non plus qu'une solution différente de celle retenue par l'autorité cantonale apparaisse également concevable ou même préférable (ATF 128 II 259 consid. 5 p. 280; 127 I 54 consid. 2b p. 56, 60 consid. 5a p. 70; 124 IV 86 consid. 2a p. 88 et les arrêts cités). En matière d'appréciation des preuves et d'établissement des faits, une décision est entachée d'arbitraire lorsqu'elle ne prend pas en compte, sans raison sérieuse, un moyen de preuve propre à modifier la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement sur le sens et la portée d'un tel élément, ou encore lorsqu'elle tire des déductions insoutenables à partir des éléments recueillis (ATF 129 I 8 consid. 2.1; 127 I 38 consid. 2a p. 41; 124 I 208 consid. 4a). 3.1 Le recourant s'en prend en premier lieu, par une critique de nature largement appellatoire, à l'appréciation faite par l'autorité cantonale de quelques témoignages. Selon lui, elle aurait ignoré certaines parties de ces témoignages, notamment à propos d'un éventuel changement de comportement de la victime à la suite des faits litigieux. Il y a lieu de relever d'emblée que l'un des témoins a fait la connaissance de la victime après le début des actes imputés au recourant et ne pouvait donc pas constater de changement liés à une éventuelle modification de personnalité induite par ceux-ci. Par ailleurs, à une seule exception près, les témoins en question relèvent tous que la victime était une jeune fille triste, malheureuse et angoissée, qui dégageait une impression de souffrance. Peu importe que ces traits de caractère se soient déjà manifestés avant les abus, ce qui peut au demeurant assez aisément s'expliquer par le sentiment d'avoir été abandonnée par ses parents dans sa prime jeunesse, de l'être encore par sa mère et de vivre avec un père rigide et dur envers elle. En outre, tous les témoins invoqués par le recourant ont relevé expressément que la victime était une personne honnête et sincère, qui n'avait aucune tendance au mensonge, de sorte que si elle avait dénoncé des abus c'est qu'elle les avait effectivement subis. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, les témoignages invoqués par le recourant ne sont manifestement pas de nature à faire apparaître comme arbitraire l'appréciation des preuves faite par l'autorité cantonale. 3.2 Le recourant reproche d'autre part à l'autorité cantonale d'être tombée dans l'arbitraire en refusant de prendre en considération les contradictions de la victime quant à la période à laquelle ont cessé les abus qu'elle a dénoncés. L'autorité cantonale n'a pas méconnu ces divergences. Elle a clairement exposé les raisons pour lesquelles elle retenait que les actes imputés au recourant avaient duré jusqu'au moment où sa fille a quitté définitivement le domicile familial pour s'installer avec son ami. Cette motivation est suffisamment convaincante pour échapper au grief d'arbitraire. En effet, comme l'a relevé l'autorité cantonale, il ressort de l'ensemble des déclarations de la victime que celle-ci a toujours situé la fin des actes en question à ce moment-là. Cette constatation concorde par ailleurs avec un certain nombre de déclarations crédibles de la victime ayant trait à des faits postérieurs à un déménagement effectué en 1998 ou au début 1999 (dossier cantonal p. 8 i. f.), à sa volonté de prendre une chambre peu avant l'hiver 1998-1999 pour échapper à son père et éviter qu'il n'abuse d'elle (dossier cantonal p. 9), à un épisode, que la victime situe dans le courant 1999, où le recourant ivre est entré dans la chambre de sa fille en lui montrant deux préservatifs avant de s'endormir sur son lit (dossier cantonal p. 10) ou encore aux cas dans lesquels son père l'a contrainte à le masturber le week-end alors que sa compagne se rendait à son travail vers 7 h., faits qu'elle situe dans les derniers mois qui ont précédé son départ du domicile familial (dossier cantonal p. 11). Certes, l'âge de 18 ans, voire de 16 ans a été articulé par la victime. Comme le relève l'autorité cantonale, il s'agit dans un cas au moins d'une inadvertance évidente puisque dans sa plainte la victime écrit "lorsque je suis partie de la maison définitivement (18 ans) ..." alors qu'il est établi et nullement contesté que cet événement a eu lieu peu avant son vingtième anniversaire. Dans ces circonstances, cela ne suffit pas pour que l'on doive considérer comme insoutenable l'appréciation de l'autorité cantonale qui repose sur suffisamment d'éléments concordants.