Citation: I 520/05 28.12.2006 E. 4

4.1 En l'espèce, il est établi que, sur le plan strictement somatique, la recourante présente des troubles vertébraux dégénératifs discrets l'empêchant d'exercer son ancien métier. Par contre, aucune des pièces médicales versées au dossier n'atteste d'incapacité de travail dans une activité lucrative adaptée à ces derniers (cf. rapports des 5 avril 2004 de la doctoresse O.________, 13 janvier 2003 du docteur H.________ et 16 septembre 2002 des docteurs B.________ et M.________). C'est donc essentiellement en raison d'une affection psychique que l'office AI a alloué à l'intéressée une rente entière dès le 1er juin 2003. Selon les spécialistes, elle présente un trouble douloureux associé à des facteurs psychologiques (F 45.4), un trouble de l'adaptation avec anxiété et humeur dépressive (F 43.22), un trouble de la personnalité non spécifié (F 60.9), des traits de personnalité fruste et psychosomatique entraînant une incapacité totale de travail depuis le mois de juin 2002 au moins (rapport du 12 août 2003 du docteur G.________; voir également rapport du 11 mars 2006 de la doctoresse A.________, document recevable dans la présente procédure dans la mesure où il se réfère à des constatations médicales qui sont étroitement liées à l'objet du litige et de nature à en influencer l'appréciation au moment où la décision attaquée a été rendue [ATF 99 V 102 et les arrêts cités]). 4.2 Parmi les atteintes à la santé psychique, qui peuvent, comme les atteintes physiques, provoquer une invalidité au sens de l'art. 4 al. 1 LAI, on doit mentionner - à part les maladies mentales proprement dites - les anomalies psychiques qui équivalent à des maladies. On ne considère pas comme des conséquences d'un état psychique maladif, donc pas comme des affections à prendre en charge par l'assurance-invalidité, les diminutions de la capacité de gain que l'assuré pourrait empêcher en faisant preuve de bonne volonté; la mesure de ce qui est exigible doit être déterminée aussi objectivement que possible. Il faut donc établir si et dans quelle mesure un assuré peut, malgré son infirmité mentale, exercer une activité que le marché du travail lui offre, compte tenu de ses aptitudes. Le point déterminant est ici de savoir quelle activité peut raisonnablement être exigée dans son cas. Pour admettre l'existence d'une incapacité de gain causée par une atteinte à la santé mentale, il n'est donc pas décisif que l'assuré exerce une activité lucrative insuffisante; il faut bien plutôt se demander s'il y a lieu d'admettre que la mise à profit de sa capacité de travail ne peut, pratiquement, plus être raisonnablement exigée de lui, ou qu'elle serait même insupportable pour la société (ATF 102 V 165; VSI 2001 p. 224 consid. 2b et les références; cf. aussi ATF 127 V 298 consid. 4c in fine). En l'occurrence, aucune des pièces médicales ne permet de se convaincre que l'on se trouve en présence d'une affection psychique invalidante, en particulier d'un trouble somatoforme douloureux invalidant au sens de la jurisprudence récente (cf. ATF 130 V 353 consid. 2.2.2. sv.). Au vu des diagnostics ayant valeur de maladie aux yeux des experts, il y a lieu de nier l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée suffisamment importantes pour admettre qu'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de réintégrer un processus de travail, n'est pas exigible de la part de la recourante. En particulier, il convient d'observer que selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mombour/Schmidt [Hrsg.], Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème édition, p. 191) sur laquelle s'appuie le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs constituent généralement des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'ils ne sauraient faire l'objet d'un diagnostic séparé (ATF 130 V 356 consid. 3.3.1 in fine; Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunfähigkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, in: Schmerz und Arbeitsunfähigkeit, St. Gall 2003, p. 81, note 135), sauf à présenter les caractères de sévérité susceptibles de les distinguer sans conteste d'un tel trouble (arrêt J. du 2 mai 2003 [I 521/02]; voir également Fauchère, A propos de l'article de Jean Pirrotta « Les troubles somatoformes douloureux du point de vue de l'assurance-invalidité », in SZS/RSAS 2006 p. 135). Tel n'est toutefois pas le cas en l'occurrence. Par ailleurs, on ne voit pas que la recourante réunisse en sa personne les critères jurisprudentiels susceptibles de fonder un pronostic défavorable quant à l'exigibilité, au plan psychique, d'une reprise de l'activité professionnelle. Certes, la recourante présente des troubles dégénératifs discrets; cependant ceux-ci ne peuvent être assimilés à une affection corporelle distincte du trouble somatoforme au sens de la jurisprudence. En outre, l'assurée est jeune et elle bénéficie d'une vie de couple et de famille harmonieuse. Elle sort quotidiennement pour effectuer des promenades et reçoit occasionnellement des visites. Elle n'a donc à l'évidence pas épuisé toutes ses ressources adaptatives, de même qu'elle ne subit pas de perte d'intégration sociale. Enfin, rien au dossier ne permet de conclure à l'existence d'un état psychique cristallisé, sans évolution possible au plan thérapeutique ou à l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art. Au contraire, de l'avis de l'expert psychiatre, elle présente une forte motivation qui autorise un pronostic favorable et il serait prématuré de conclure à l'épuisement de toute possibilité thérapeutique. A la lumière de ce qui précède, les troubles psychiques litigieux ne se manifestent pas avec une telle sévérité que, d'un point de vue objectif, ils excluent toute mise en valeur de la capacité de travail de la recourante. En tant qu'elle s'écarte ainsi des conclusions des docteurs G.________ et A.________, la Cour de céans rappelle qu'en l'absence de comorbidité psychiatrique, l'incapacité de travail résultant de troubles somatoformes douloureux s'évalue à la lumière de critères jurisprudentiels et non plus en regard des seules conclusions médicales dont il est dès lors possible de s'écarter. 4.3 Sur le vu de ce qui précède, il y a lieu de déterminer le degré d'invalidité de l'assurée en regard d'une capacité entière de travail dans une activité lucrative adaptée aux seuls troubles vertébraux dégénératifs, à savoir de type industriel léger.