Citation: 5A_844/2023 E. 3.1

3.1. Les premiers juges ont constaté que l'exercice du droit de visite du père s'était avéré compliqué et difficile à mettre en oeuvre dès le plus jeune âge de l'enfant, notamment en raison des réticences de la mère, que l'enfant avait toujours manifesté des troubles divers liés à des angoisses importantes en lien avec l'exercice du droit aux relations personnelles et que le droit de visite du père avait été entièrement suspendu entre 2015 et 2017 en rapport avec la procédure pénale qui s'était soldée par un acquittement. Ils ont également retenu qu'à plusieurs reprises, les parents avaient soit été enjoints soit s'étaient montrés favorables à entreprendre le travail thérapeutique préconisé afin notamment de travailler sur les angoisses de séparation de l'enfant pour qu'elle puisse développer un lien plus sécurisant avec son père et lui permettre de se développer harmonieusement malgré le conflit parental, la méfiance et les peurs traumatiques de la mère envers le père, et qu'à cet égard, un impressionnant réseau composé de thérapeutes (à tour de rôle ou simultanément: pédopsychiatre, psychologue, thérapeutes des [...], pédiatre, art-thérapeute, kinésiologue), d'assistantes sociales de la DGEJ et de curatrices avait été mis en place durant douze ans. Les premiers juges ont considéré que si, à plusieurs occasions, cet étayage avait semblé fonctionner - les parents donnant même l'impression d'arriver à dépasser leurs peurs et reproches respectifs pour le bien de leur fille en signant des conventions judiciaires à six reprises -, cette prise en charge au long cours n'avait pas permis à l'enfant de développer une relation avec son père, ni même seulement l'envie d'en entretenir une. Ils ont souligné que, selon les professionnels entourant l'enfant, celle-ci présentait toujours une très importante anxiété et une grande souffrance en lien avec les rencontres avec son père ou à l'idée de telles rencontres, de sorte que le droit de visite avait des effets négatifs sur son développement. Ils ont estimé qu'après autant d'années, il n'était pas déterminant de comprendre les raisons de cette impossibilité mais qu'il était indispensable d'en prendre la mesure afin d'éviter de maintenir l'enfant dans cette souffrance. Ainsi, malgré le fait que la présence d'un père semblait nécessaire à sa construction et que l'enfant avait pu montrer, à quelques reprises et dans un plus jeune âge, un certain plaisir à interagir avec lui, les premiers juges ont décidé de retirer au père le droit d'entretenir des relations personnelles avec sa fille, aucune autre mesure de protection n'étant susceptible d'apporter à l'enfant la protection dont elle avait en l'état besoin. Par ailleurs, les premiers juges ont indiqué que la jeune fille continuerait à bénéficier d'une prise en charge psychothérapeutique individuelle, ce qui lui permettrait peut-être, à terme, de créer une relation avec son père. Ils ont précisé que la mesure de surveillance judiciaire était maintenue, à la demande de la DGEJ, pour à tout le moins s'assurer du suivi thérapeutique individuel de l'enfant auprès d'un pédopsychiatre, étant précisé que les parents ne s'y étaient pas opposés.