Citation: M 1/03 07.12.2004 E. 1

Il ressort de la littérature médicale que l'étiologie de la fibromyalgie n'est pas connue: plusieurs hypothèses ont été élaborées au cours des années pour expliquer la physiopathologie de la fibromyalgie, parmi lesquelles les hypothèses endocriniennes, biochimiques, infectueuses et, enfin, traumatiques, la plupart de ces théories étant fondées sur des données isolées, non confirmées et dans certains cas purement anecdotiques (Marcia Genta/Cem Gabay, op. cit., p. 557). En d'autres termes, il ne se dégage pas de consensus au sein de la communauté scientifique quant aux mécanismes pathogéniques exacts de la fibromyalgie (Jean-Marc Burgat, La fibromyalgie in: L'expertise médicale, éd. Médecine & Hygiène, Genève 2002, p. 67 ss, 70). Dans ces circonstances, il n'est pas possible de considérer comme établie, au degré de la vraisemblance prépondérante, l'existence d'un lien de causalité naturelle entre la fibromyalgie et l'affection assurée en l'espèce. En effet, compte tenu de l'état actuel de la science médicale, l'existence d'une telle relation de causalité ne constitue qu'une hypothèse possible parmi d'autres, ce qui ne suffit pas, en droit des assurances sociales (cf. ATF 126 V 322 consid. 5a et les références), pour tenir ce fait pour le plus vraisemblable, soit pour celui qui présente un degré de vraisemblance prépondérante. 3.2.2 Contrairement à ce que voudrait le recourant, l'expertise établie par le docteur B.________ et la psychologue C.________, ne permet pas d'admettre une autre solution, faute de revêtir une valeur probante suffisante en raison des contradictions qu'elle contient. L'essentiel de l'expertise a pour objet le diagnostic de trouble somatoforme indifférencié que le docteur B.________ retient, à côté de la schizophrénie résiduelle, à titre d'atteintes psychiques présentées par le recourant. Le psychiatre examine tout d'abord les critères diagnostiques de la somatisation posés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) que sont: A. Antécédents de plaintes somatiques multiples et variables, pendant au moins deux ans, ne pouvant être expliquées par un trouble somatique identifiable; B. Les symptômes sont à l'origine d'un sentiment persistant de détresse et amènent le sujet à demander des consultations et des investigations répétées auprès de médecins généralistes ou de spécialistes; C. Refus persistant d'accepter les conclusions des médecins concernant l'absence de toute cause organique pouvant rendre compte des symptômes somatiques; D. Présence d'au moins six symptômes parmi ceux d'une liste établie de symptômes gastro-intestinaux, cardio-vasculaires, génito-urinaires, cutanés et douloureux; E. Critères d'exclusion: le trouble ne survient pas uniquement dans le cadre d'une schizophrénie ou d'un trouble apparenté, d'un trouble de l'humeur affectif ou d'un trouble panique. L'expert arrive à la conclusion que suffisamment de critères sont remplis pour retenir le diagnostic de syndrome douloureux somatoforme indifférencié. Quant à l'origine des douleurs, il les explique du point de vue psychanalytique en affirmant que l'atteinte somatique est un moyen de protection contre le morcellement psychique de la schizophrénie, qu'elle est finalement l'évolution de la psychose, soit une forme de «guérison psychique» et que la somatisation «tient donc lieu d'une actualisation de la schizophrénie». Au terme de son analyse, le docteur B.________ conclut que selon les trois domaines d'explication (médical, phénoménologique et psychanalytique), A.________ souffre bien d'un trouble somatoforme indifférencié. A la lecture de l'analyse des critères de somatisation passés en revue par le psychiatre, on constate toutefois que son appréciation repose sur une contradiction et n'est pas suffisamment motivée pour emporter la conviction. Tout d'abord, il admet que le critère B est rempli parce que le recourant demanderait des consultations répétées auprès des médecins généralistes ou des spécialistes, dans la mesure où ce dernier se rendrait tous les 15 jours chez son médecin traitant et parfois chez d'autres spécialistes. En revanche, l'expert ne fait pas état d'un «sentiment persistant de détresse» chez le recourant, comme le requiert le critère B de somatisation. Par ailleurs, s'il ressort du dossier que l'assuré se rend régulièrement chez son psychiatre pour suivre une psychothérapie de soutien, il n'apparaît pas qu'il ait consulté d'autres praticiens ou spécialistes que la doctoresse S.________ pour les troubles fibromyalgiques. Le docteur B.________ n'étaye du reste pas son affirmation par la mention de consultations médicales précises, si bien que son appréciation ne saurait être suivie. Quant au point C, l'expert indique lui-même que le recourant n'oppose pas un refus persistant d'accepter les conclusions des médecins concernant l'absence de toute cause organique, ce qui devrait conduire au rejet de ce critère. Il conclut pourtant à l'admission du critère, au motif que l'assuré aurait sollicité des examens d'imagerie médicale. Cet argument ne convainc pas. En effet, on ne voit pas en quoi le fait de demander un examen médical complémentaire reviendrait à refuser les conclusions des médecins; ce d'autant plus que le recourant, loin de refuser d'admettre l'absence de cause organique à ses troubles, a clairement accepté le diagnostic posé par la doctoresse S.________ pour s'en prévaloir à l'égard de l'intimé. Enfin, dans l'analyse des symptômes sous le critère D, alors qu'il retient exactement la présence de trois symptômes (sensations désagréables au niveau de la zone sexuelle, douleurs diffuses dans les membres et les articulations, ainsi qu'engourdissements désagréables particulièrement au réveil; p. 31 de l'expertise), le docteur B.________ conclut cependant qu'«au total, Monsieur A.________ présente bien 6 des symptômes parmi ceux de la liste ci-dessus, appartenant aux différents groupes». A défaut d'une analyse correcte et convaincante des critères mentionnés, on ne saurait se fonder sur les conclusions du docteur B.________ pour admettre le diagnostic de trouble somatoforme indifférencié. Au demeurant, celles-ci sont en contradiction avec l'avis du médecin traitant du recourant, selon lequel le diagnostic de syndrome douloureux somatoforme persistant ne se pose que lors de douleur psychogène ne survenant pas au cours d'une schizophrénie (certificat du 29 avril 2003). En conséquence, ni la démonstration du docteur B.________ quant à l'origine des douleurs dont souffre le recourant, ni la conclusion formulée en-tête de l'expertise selon laquelle «il existe un rapport de causalité naturelle entre les troubles psychiques de l'assuré et les symptômes fibromyalgiques» ne peuvent être suivies. Au demeurant, cette conclusion prête à confusion, dès lors que le médecin ne précise pas quels sont les troubles psychiques envisagés et ne replace ensuite pas son affirmation dans le contexte de son analyse et des explications ultérieures faisant l'objet de la seconde partie de l'expertise. 3.3 Comme les rapports médicaux au dossier suffisent pour exclure, le lien de causalité naturelle entre les troubles invoqués par le recourant et l'affection assurée, et que la mise en oeuvre d'une expertise complémentaire, demandée par le recourant, ne modifierait selon toute vraisemblance pas cette appréciation, il n'y a pas lieu d'ordonner un complément d'instruction.