Citation: 9C_754/2013 E. 5.2

5.2. En l'espèce, il y a lieu de constater que les expertises des docteurs I.________ et E.________, dont les conclusions relative à la capacité de travail de l'assuré sont diamétralement opposées, remplissent toutes deux les conditions formelles exigées pour avoir pleine valeur probante. Pour retenir une incapacité totale de travail, la juridiction cantonale a fait sienne l'appréciation de l'expert E.________ et du médecin traitant. Elle a donné la préférence aux avis de ces médecins plutôt qu'à celui de l'expert I.________ sur la base de considérations d'ordre médical. En effet, elle a nié l'existence chez l'assuré d'un trouble mixte de la personnalité (immature, dépendant, anxieux), retenu par l'expert E.________, estimant que l'explication de celui-ci était "un peu courte" et qu'un tel trouble ne pouvait effectivement pas être déduit sans autre de l'anamnèse. Elle a malgré tout retenu l'existence d'une anxiété ayant une répercussion sur la capacité de travail, alors que l'expert l'avait incluse dans le trouble mixte de la personnalité, qui n'est plus retenu par la juridiction cantonale. L'expert E.________ avait diagnostiqué un épisode dépressif moyen (F 32.1 selon CIM-10) et la juridiction cantonale a admis qu'il convenait de reconnaître que les symptômes constatés par le docteur E.________ correspondaient à un épisode dépressif sévère. Pour retenir des hallucinations et un délire en rapport avec les esprits "djinns", les premiers juges se sont ralliés à l'avis de l'expert E.________ en précisant que celui de l'expert I.________ ne paraissait pas convaincant. Pour justifier cette appréciation, ils se sont référés à l'entretien entre l'expert E.________ et le docteur R.________, au cours duquel celui-ci avait admis l'existence d'hallucinations, alors que le même médecin avait précisé, lors d'un entretien avec l'expert I.________, qu'il n'avait pas observé de signes en faveur d'hallucinations ou d'attitude d'écoute. Rien dans le dossier ne permet toutefois de dire que les formes sous lesquelles se sont manifestés les esprits "djinns" ont varié depuis les constats du docteur M.________. De plus, la juridiction cantonale, qui n'a pas retenu la totalité des diagnostics de l'expert E.________, ne s'est pas posé la question de l'impact de cette modification sur l'évaluation de la capacité de travail. L'expert E.________ a retenu comme limitations fonctionnelles, un manque d'énergie vitale, une fatigabilité, une impossibilité de supporter un effort de concentration continu, un manque d'estime de soi et le fait de se sentir honteux, isolé et inadapté socialement. Il en a déduit une incapacité totale de travail pour des motifs psychiatriques sans préciser comment et dans quelles mesures ces limitations influençaient la capacité de travail. Enfin, l'expert I.________ a admis que l'assuré pouvait bénéficier d'un changement d'antidépresseur afin d'atteindre une rémission complète de ses symptômes anxieux et dépressifs. Ce constat n'a fait l'objet d'aucune appréciation par l'expert E.________ qui s'est limité à dire que le traitement antidépresseur était adéquat. En présence de contestations de la part du recourant, la juridiction cantonale a considéré qu'aucune question n'avait été posée à l'expert E.________ à ce sujet et que de toute façon, selon le docteur R.________, l'intimé avait déjà refusé une augmentation ou un changement de traitement.