Citation: 9C_541/2022 E. 6.2

6.2. En ce qui concerne ensuite l'appréciation de la juridiction cantonale quant au statut mixte de la recourante, on doit considérer, avec l'assurée, qu'elle ne peut pas être confirmée pour les motifs suivants. En premier lieu, l'autorité cantonale de recours a constaté qu'il n'était pas contesté que la recourante exerçait une activité lucrative à temps partiel et s'occupait de son ménage avant la survenance de son invalidité et "qu'il en serait demeuré ainsi jusqu'au jour de la décision contestée", de sorte que le taux d'invalidité devait être établi en application de la méthode mixte (consid. 7.1 de l'arrêt entrepris). Les premiers juges ont donc déduit le statut de la recourante de la seule circonstance que celle-ci travaillait à temps partiel avant la survenance de l'invalidité. Ce faisant, ils n'ont manifestement pas pris en considération l'ensemble des éléments déterminants pour répondre à la question de savoir ce que l'assurée aurait fait si l'atteinte à la santé n'était pas survenue (consid. 4.3 supra). En second lieu, en concluant que la recourante a manqué de démontrer "qu'elle aurait travaillé plus de 26 heures hebdomadaires après sa chute le 13 février 2009", la juridiction cantonale perd de vue que le statut de la recourante doit être déterminé de façon hypothétique, en fonction de la situation sans atteinte à la santé, soit comme si elle n'avait pas subi les conséquences de la chute du 13 février 2009. Or, comme le relève la recourante, elle a dès le début de la procédure déclaré qu'elle aurait travaillé à plein temps si les circonstances le lui avaient permis. Lors de l'entretien initial avec l'office AI, elle a indiqué avoir travaillé par le passé, avant de faire un arrêt pour s'occuper de ses enfants (nés en 1994 et 1998), puis de reprendre une activité lucrative en 2005; elle a également émis le souhait de retravailler à temps plein (rapport d'évaluation du 29 octobre 2009). Par la suite, elle a indiqué lors de l'enquête économique sur le ménage, effectuée le 21 juin 2010, qu'elle aurait aimé travailler à temps plein mais avait accepté ce qu'on lui proposait parce qu'elle ne trouvait pas de travail au début de ses recherches. Elle a également mentionné avoir recommencé à travailler (après la naissance de ses enfants) en raison des difficultés financières rencontrées à la suite de l'accident de son mari. Il ressort par ailleurs de l'anamnèse psychosociale de l'expert psychiatre mandaté en cours de procédure (rapport de l'Unité d'expertises médicales du Centre universitaire de médecine générale et santé publique, Lausanne, du 8 janvier 2020) que l'assurée avait déclaré avoir travaillé à plein temps pendant une longue période, puis avoir progressivement diminué à mi-temps avant de s'investir dans les tâches ménagères et éducatives. Elle a alors exposé à l'expert qu'au moment de l'accident de son mari, en 2006, elle aurait voulu retrouver un travail à plein temps, mais n'avoir pas trouvé un poste correspondant, de sorte qu'elle avait accepté l'emploi auprès de B.________ SA à 60% avec la promesse que cette activité augmenterait progressivement. A ce sujet, l'ancien employeur de la recourante a indiqué en cours de procédure cantonale qu'il ne pouvait pas répondre aux questions de savoir si la recourante avait demandé à augmenter son temps d'activité et si une augmentation lui avait été accordée, faute d'une trace écrite à cet égard et en raison de l'écoulement du temps. Il a cependant aussi mentionné qu'en 2009 et durant les années suivantes, il aurait été envisageable pour l'entreprise d'augmenter les heures de travail d'un membre du personnel à court ou moyen terme (courrier du 24 août 2022). Les déclarations constantes de la recourante quant à l'exercice d'une activité lucrative à plein temps si elle n'avait pas été atteinte dans sa santé doivent par ailleurs être mises en relation avec l'évolution de sa situation familiale depuis 2009. Comme elle le fait valoir de manière convaincante, à partir de 2009, ses deux filles avaient atteint un âge qui lui aurait permis de travailler à plein temps en plus d'assumer ses tâches éducatives, alors que la situation financière de la famille était devenue plus difficile en raison des problèmes de santé de l'époux (invalidité de 50%). De plus, selon ses déclarations corroborées par la lettre précitée du 24 août 2022 de son ancien employeur, ce dernier aurait pu envisager, pour 2009 et les années postérieures d'augmenter le taux d'activité de ses employés. En définitive, un examen précis et complet de la situation personnelle et économique de l'assurée aurait dû conduire la juridiction cantonale à reconnaître le statut de personne active à 100% à la recourante.