Citation: I 626/05 07.11.2006 E. 3.2

3.2.1 En l'absence d'autres constatations médicales claires, l'Office AI semble en réalité s'être surtout fondé sur les appréciations émises par son médecin conseil, le docteur E.________. Après le jugement du 8 décembre 2000 du Tribunal administratif du canton de Neuchâtel, celui-ci a notamment pris position comme suit, le 12 décembre 2000 : «Pour autant que je me souvienne, F.________ a des lombalgies sans notable substrat organique, ce qui a motivé à juste titre le Dr C.________ a émettre un avis de spécialiste quant à la pleine exigibilité de l'activité antérieure [...]. Or, les conclusions [de ce médecin] tiennent compte aussi bien de la symptomatologie, de l'atteinte physique objective, [...] et des perspectives aléatoires de mesures professionnelles considérées comme le 'deus ex machina' par des thérapeutes mis en échec par une symptomatologie d'autant plus réfractaire au traitement qu'elle est garante de bénéfices secondaires. Le TA a le tort de confondre dans ce cas symptomatologie et maladie, exigibilité [...] et inaptitude revendiquée par un assuré et confirmée en vertu d'un lien de clientélisme.» A réception de l'expertise réalisée par le docteur O.________, le docteur E.________ s'est encore exprimé comme suit, le 23 mai 2001 : «[...] la symptomatologie de F.________ n'a pas seulement évolué vers la chronicité même au repos, mais elle a pris de l'ampleur, des cervicalgies et des douleurs de l'épaule droite venant s'ajouter aux lombalgies chez un sujet ne travaillant plus que de manière symbolique. Dans ce contexte, la nouvelle 'expertise' du Dr O.________ vient encore apporter de l'eau au moulin de l'assuré par un ramassis de considérations incohérentes où la quasi absence d'anomalies organiques objectives d'une certaine importance et de notable limitation fonctionnelle fait bon ménage avec le diagnostic de 'syndrome somatoforme douloureux chronique' et une curieuse proposition de reclassement professionnel que tout psychiatre tant soit peu avisé considérerait avec le plus grand scepticisme [...]». Enfin, dans une prise de position du 27 août 2002, le docteur E.________ a ajouté : «L'expertise du Dr B.________ est à la fois simpliste et incomplète dans la mesure où elle relève une symptomatologie quasiment 'sine materia' (simple hyperlordose lombaire sans notables troubles dégénératifs avec signes de Waddell positifs) à laquelle il est attribué une valeur invalidante, alors même qu'un syndrome somatoforme douloureux chronique est annoncé [...]. Prétendre reclasser sous l'égide de l'AI un tel assuré équivaut en effet à vouloir faire boire un âne qui n'a pas soif. Cette démarche à laquelle l'AI a été induite à l'instigation du TA s'est révélée un échec et cela était prévisible [...]». 3.2.2 Ces différentes prises de position du médecin conseil de l'Office AI témoignent de sa conviction personnelle de l'absence d'incapacité de travail de l'assuré en raison d'atteintes à la santé physique, mais ne convainquent pas. A cet égard, il est utile de préciser que le médecin conseil d'un office de l'assurance-invalidité doit procéder à un examen objectif des documents médicaux qui lui sont présentés et se déterminer de façon neutre et circonstanciée, en s'appuyant sur des constatations d'ordre médical plutôt que sur des jugements de valeur. D'un point de vue formel, il fera preuve d'une certaine retenue dans ses propos, nonobstant les controverses qui peuvent exister dans le domaine médical sur l'un ou l'autre sujet : par exemple, s'il est tenant de théories qui ne font pas l'objet d'un consensus, il est attendu de lui qu'il le signale et en tire toutes les conséquences quant à ses conclusions. Enfin, ses déterminations seront rédigées de manière sobre et libre de toute qualification dépréciante ou, au contraire, de tournures à connotation subjective (cf. arrêt S. du 26 juin 2003, I 671/02, consid. 5.2 et les références). A la lecture des déterminations du docteur E.________, force est de constater qu'elles ne remplissent pas ces exigences et ne permettent donc pas de se forger une conviction sur la réalité des atteintes à la santé physique de l'intimé, ni sur sa capacité de travail résiduelle.