Citation: 4C.210/2004 24.08.2004 E. A

A.a Banque X.________ SA (ci-après: la Banque) est un établissement bancaire genevois. Dans le courant de l'année 2000, la Banque, souhaitant développer ses activités dans le domaine de la gestion de fortunes, a approché, puis finalement engagé, par contrats du 4 septembre 2000, cinq personnes provenant d'un autre établissement bancaire, au nombre desquelles figuraient Y.________ et Z.________. Le premier a été désigné en qualité de responsable des relationship managers (i.e les gestionnaires), avec titre de directeur adjoint; le second, subordonné directement au prénommé, s'est vu attribuer la fonction de gestionnaire et le titre de vice-directeur. Ces deux employés, qui oeuvraient de concert, avaient notamment pour mission d'amener une nouvelle clientèle private banking, d'améliorer les méthodes de travail de la Banque et de promouvoir l'image de marque de celle-ci et de ses produits. Dans l'accomplissement de ces tâches, ils s'engageaient à respecter les règles internes de fonctionnement, en particulier celles ayant trait à la prévention et à la lutte contre le blanchiment de capitaux. Le salaire annuel brut était de 260'000 fr. pour Y.________ et de 180'000 fr. pour Z.________. Les employés avaient droit, en sus et durant deux ans, à un bonus minimum de 100'000 fr., respectivement 50'000 fr., sous réserve d'une résiliation immédiate de leur contrat de travail pour de justes motifs. Y.________ et Z.________ sont entrés en fonction le 1er janvier 2001. Eu égard aux clauses topiques de leur contrat, les rapports de travail ne pouvaient s'éteindre que le 30 juin 2003 au plus tôt, sauf résiliation immédiate justifiée. A.b Le 12 mars 2001, Z.________ a procédé à l'ouverture d'un compte (ci-après: compte A) au nom d'une cliente qui lui avait été présentée, ainsi qu'à Y.________, par un collaborateur de la Banque. Le rapport d'ouverture de compte indiquait que cette cliente, domiciliée à Genève, était administratrice et directrice d'une société faisant le commerce de téléphones mobiles; que sa fortune était estimée entre 1 et 5 millions de francs suisses; que le montant des fonds à transférer sur ledit compte, et provenant de la banque genevoise G., s'élevait à quelque 100'000 fr.; que l'intéressée réfléchissait à l'opportunité d'ouvrir également un compte pour une société offshore en relation avec une banque genevoise et possédant des avoirs de plus d'un million de francs suisses; enfin, que la cliente était identifiée comme étant l'ayant droit économique des fonds qui allaient être déposés sur le compte A. Le 18 avril 2001, Z.________ a procédé à l'ouverture d'un autre compte (ci-après: compte B) pour une cliente qui lui avait été présentée, ainsi qu'à Y.________, par la titulaire du compte A. Le rapport d'ouverture de compte précisait que la cliente était une retraitée, d'origine française, domiciliée en Corse, dont la fortune globale, provenant de l'épargne, était évaluée entre 0 et 0,5 million de francs suisses; que ledit compte allait être crédité d'un montant de 1,3 million de francs français, en deux versements provenant de la banque genevoise G., susmentionnée; enfin, que la cliente était identifiée comme étant l'ayant droit économique des fonds qui allaient être déposés sur le compte B. Y.________ a été tenu au courant de l'ouverture de ces deux comptes et la Banque a été chargée de gérer les fonds déposés sur ceux-ci. En mars et mai 2001, le compte A a été crédité d'environ 140'000 euros virés depuis une banque genevoise. Selon un rapport de visite du 10 juillet 2001, 305'000 euros avaient été crédités sur le même compte, en provenance d'une structure offshore. Quant au compte B, il a été crédité, le 12 juillet 2001, de 458'000 euros en provenance d'une autre banque genevoise (banque H). En été 2001, Z.________ avait reçu séparément les clientes titulaires des comptes A et B. Celles-ci lui avaient expliqué, de manière concordante, que B, qui était la mère de la meilleure amie de A, avait avancé des fonds à A pour financer son commerce de téléphonie mobile. Pour la rembourser, il était prévu de liquider l'offshore et de verser par moitié le produit de cette liquidation sur les comptes A et B. Ces explications ont été portées à la connaissance de Y.________, avant d'être confirmées par la cliente A à l'occasion d'une entrevue avec les deux employés de la Banque. Ceux-ci n'ont pas établi de rapport de visite à ce sujet et ils n'ont pas davantage effectué de démarches en vue de modifier le "profil-client" des clientes A et B et d'y mentionner l'existence d'une relation d'affaires entre elles. A une date qui ne ressort pas du dossier, ils ont sollicité l'avis d'un autre gestionnaire, relativement à ces deux comptes, lequel n'a rien constaté d'anormal. Les 24 juillet, 6, 16, 27 et 31 août, 7 et 17 septembre 2001, les comptes A et B ont été crédités de montants identiques, totalisant 875'220 euros, chaque fois en provenance de la banque H., sur ordre de l'offshore précitée. Le 19 septembre 2001, le compte B a encore été crédité de 500'000 euros, selon la même procédure. La moitié de ce montant a été virée, le 18 octobre 2001, sur le compte A, conformément à un ordre écrit de la titulaire du compte B. A.c Le 17 janvier 2002, Y.________ a eu un entretien avec la titulaire du compte B, qui avait déjà rencontré Z.________ le 17 octobre 2001. Selon le rapport de visite établi lors de cette entrevue, la cliente a confirmé à son interlocuteur son besoin de liquidités pour acquérir un terrain en Corse. Y.________ lui a alors proposé l'octroi d'un crédit lombard à des conditions préférentielles, afin de réduire le montant du retrait en argent liquide. Cette proposition devait être soumise au Comité de crédit et la cliente devait revenir le 23 du même mois pour finaliser l'opération; elle remettrait ensuite à la Banque une copie de l'acte d'achat notarié. Y.________ a informé V.________ - le compliance officer de la Banque, qui était chargé de conseiller la direction et les employés dans l'application des règles de diligence - de ce qui précède. Ayant consulté les documents et relevés relatifs aux comptes A et B, ce dernier a demandé, le 22 janvier 2002, à Y.________ et à Z.________ des renseignements précis concernant ces deux comptes et, plus particulièrement, quant aux raisons expliquant le parallélisme parfait des sept versements opérés sur ceux-ci entre le 24 juillet et le 17 septembre 2001. Les deux employés ont fourni des explications écrites en date du 23 janvier 2002. A sa demande, ils lui ont encore transmis, le 1er février 2002, divers documents en relation avec l'activité de la cliente A. Le 2 février 2002, V.________ et W.________, directeur général de la Banque, se sont déclarés insatisfaits des renseignements fournis et ont invité les deux employés à informer les clientes A et B que la Banque avait décidé de clôturer leurs comptes. Puis, par note interne du 5 février 2002, ils ont reproché à Y.________ et à Z.________ d'avoir commis des fautes graves consistant à n'avoir pas éclairci, de façon sérieuse et documentée, les nombreux transferts insolites réalisés de manière parallèle sur les comptes de deux titulaires totalement distincts. Les employés visés ont contesté ces griefs au cours d'un entretien qu'ils ont eu le lendemain avec W.________. D'entente avec les autres membres du conseil d'administration, le directeur général a signifié oralement leur congé immédiat à Y.________ et à Z.________ en date du 11 février 2002. Par courrier recommandé du même jour, reprenant les reproches formulés dans la note interne du 5 février 2002, la Banque a confirmé aux deux employés la résiliation immédiate de leurs rapports de travail. En mars 2002, la Banque a mis fin à ses relations avec les clientes A et B. Elle n'a procédé à aucune dénonciation au titre de la loi sur le blanchiment d'argent (LBA). Le 1er mars 2004, ni Y.________ ni Z.________ n'avaient retrouvé du travail.