Citation: 4A_56/2017 E. 3.2.2

3.2.2. Sous le titre "La demanderesse avait accepté l'absence d' Earn-out ", la recourante explique qu'elle avait souligné à réitérées reprises, tout au long de la procédure arbitrale, le caractère artificiel de la demande de l'intimée, circonstance qui justifiait à ses yeux le rejet intégral de cette demande. De fait, l'intimée avait attendu plus d'un an entre le moment où la recourante, répondant le 31 juillet 2013 à sa requête du 24 juillet 2013 tendant au versement d'un earn out pour 2012, lui avait indiqué qu'il n'y avait pas matière à pareil versement dès lors que le compte de résultat certifié par M.________ laissait apparaître une perte pour cet exercice-là, et le 29 août 2014, date à laquelle elle lui avait réclamé soudainement le Proposed Earn-out Statementet le Proposed Business Earn-out Amount pour les années 2012 et 2013. A en croire la recourante, cette dernière démarche n'était qu'une mesure de rétorsion que l'intimée avait prise à son encontre après que la société suisse U.________, actionnaire de Z.________, s'était vu notifier, en juillet 2014, une sentence arbitrale la condamnant à payer l'équivalent de six millions de francs suisses à A.________. Or, le Tribunal arbitral, nanti de ces remarques qui démontraient pourtant la nature "fabriquée" des prétentions relatives à l' earn out élevées par l'intimée, n'en avait fait aucun cas, méconnaissant derechef le droit d'être entendu de la recourante. Semblable argumentation tombe à faux. Une remise de dette, au sens de l'art. 115 CO, peut certes résulter d'un accord tacite conclu par le créancier et le débiteur. Cependant, l'existence d'une offre de remise de dette par actes concluants de la part du créancier ne doit être admise qu'avec la plus grande circonspection. A cet égard, le temps plus ou moins long que le créancier laisse s'écouler avant de procéder au recouvrement de sa créance n'établit pas à lui seul la remise de dette, mais constitue tout au plus un indice (arrêt 4C.55/2007 du 26 avril 2007 consid. 4.2 et les références). En l'occurrence, il était exclu, étant donné les circonstances, de considérer que l'intimée avait renoncé à ses créances, qui n'étaient du reste pas toutes échues à ce moment-là, du seul fait qu'elle n'avait pas répondu à la lettre de la recourante du 31 juillet 2013 l'informant de la perte subie par A.________ en 2012. Outre le fait qu'une perte n'excluait pas nécessairement l'existence d'une créance au titre de l' earn out pour cet exercice-là (cf. sentence, n. 318; voir aussi l'ex. cité sous let. B.b.a ci-dessus), il était d'emblée exclu d'admettre que l'intimée avait abandonné ses prétentions envers la recourante au seul motif qu'elle avait attendu un peu plus d'une année avant de la relancer. Non seulement la créancière n'avait pas à justifier son relatif atermoiement, la prescription constituant en principe la seule limite à l'exercice de ses droits, mais encore n'avait-elle pas à rendre compte des raisons, fussent-elles revanchardes, qui l'avaient poussée à actionner sa débitrice. C'est dire que le Tribunal arbitral pouvait écarter implicitement, comme il l'a fait, sans se voir imputer une violation du droit d'être entendu de la recourante, l'argument singulier voulant que l'intimée se fût résignée à accepter de ne point toucher d' earn outet de se contenter d'un euro en contrepartie de la vente des actions de A.________.