Citation: I 574/04 06.04.2006 E. 5.2

On ne peut pas en dire autant en ce qui concerne le status psychique du recourant. 5.2.1 Pour rendre ses conclusions, le docteur M.________ s'est appuyé sur l'ensemble du dossier médical de l'assuré et a effectué deux entretiens avec lui. Selon ce médecin psychiatre, S.________, venu en Suisse dans l'idéal d'entreprendre des études universitaires et se trouvant contraint, faute de moyens, à exercer des emplois peu valorisants, «blessé narcissiquement», voulait donner l'image d'un homme malade, souffrant de troubles aussi bien physiques que psychiques, lui permettant d'obtenir une quelconque reconnaissance; le tableau était «hyperdémonstratif et discordant» sans qu'il pût mettre en évidence de symptomatologie psychiatrique. En particulier, le docteur M.________ ne relevait aucun élément de la lignée psychotique, dépressive ou anxieuse (ni abrasement affectif, ni appauvrissement du langage, pas de barrages idéo-moteurs ou encore de regard se perdant dans le vague, réponses cohérentes), mais surtout des «traits caractériels et manipulatoires». Malgré que l'assuré se plaignît de difficultés de concentration et de troubles mnésiques, il lui apparaissait bien plutôt que celui-ci gardait délibérément pour lui la plupart de ses données personnelles (au premier entretien, certaines dates étaient très précises tandis qu'elles demeuraient dans le flou ensuite). Enfin, S.________ conservait la capacité de sourire et sa mimique ne concordait pas à ses propos les plus sombres (notamment quand le prénommé abordait le décès de son père qui représentait apparemment pour lui le point de départ de son repli social et de ses sentiments de détresse, mais dont il ne se souvenait toutefois plus de la date). 5.2.2 De son côté, la doctoresse B.________ a vu l'assuré à quatre reprises, pris contact avec les médecins traitants de celui-ci, et s'est adjointe les services d'une psychologue; elle a également eu à disposition les documents médicaux produits devant la juridiction cantonale. A l'issue de son examen, l'experte judiciaire a retenu un «état dépressif sévère chez une personnalité de structure psychotique évoluant progressivement sur un mode paranoïaque». Elle a constaté chez l'assuré une attitude prostrée, un regard fuyant, des sentiments de désespoir et d'impuissance qu'elle qualifiait d'«authentiques» et qui avoisineraient par moments une «décompensation psychotique». S.________, au départ bien adapté en Suisse, aurait vu sa situation et son état de santé se dégrader progressivement à la suite de son premier divorce et de ses échecs professionnels répétés, qui constituaient des blessures narcissiques très mal supportées. Toujours selon la doctoresse B.________, il n'y aurait pas d'intention chez le prénommé de tromper ses interlocuteurs mais une difficulté à appréhender sa propre situation et à accepter ses échecs. L'aspect démonstratif de sa souffrance - irritante pour beaucoup de personnes - indiquait des traits manipulateurs et pervers (cf. les résultats de l'examen psychologique), mais cette manière de vivre et d'interagir avec les autres s'inscrivait dans une logique paranoïaque. Tous ces éléments amenaient l'experte à conclure qu'actuellement et depuis vraisemblablement une dizaine d'années, l'assuré était incapable de travailler, même dans une activité légère, en raison de ses troubles psychiques. 5.2.3 En l'espèce, on peut difficilement, à la seule analyse des considérations médicales de chacun des psychiatres, départager leurs conclusions tant les diagnostics posés sont incompatibles l'un avec l'autre. Il est d'autant plus malaisé de se convaincre du bien-fondé de l'un ou l'autre de ces avis que les déclarations et le comportement de l'assuré ont fait l'objet d'une interprétation fondamentalement différente par les docteurs M.________ et B.________. On peut certes convenir avec les premiers juges que le rapport d'expertise judiciaire est, à certains égards, insatisfaisant : l'experte judiciaire ne s'est en effet pas véritablement prononcée sur les motifs qui l'ont conduite à se distancer de l'appréciation faite par son confrère, appréciation pourtant à l'origine de la décision de la juridiction cantonale de mettre en oeuvre une expertise. C'est le lieu toutefois de rappeler que selon la jurisprudence, le juge ne s'écarte pas sans motifs sérieux des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné (voir ATF 125 V 352 ss consid. 3b). Or, le fait que les premiers juges ont estimé nécessaire de recourir à un expertise judiciaire montre bien qu'ils avaient un doute sur la fiabilité du diagnostic de simulation retenu le docteur M.________. Comme l'experte judiciaire a abouti à des conclusions diamétralement opposées, on voit mal qu'ils aient pu, sans autres investigations, trancher le litige en se fondant sur le rapport du docteur M.________. A tout le moins auraient-ils dû poser des questions complémentaires à l'experte judiciaire ou alors ordonner une surexpertise. C'est ce qu'il convient de faire ici dans la mesure où les pièces médicales au dossier ne permettent pas de statuer sur la question litigieuse. Il s'impose donc de renvoyer la cause à la juridiction cantonale afin qu'elle mette en oeuvre une surexpertise psychiatrique. En ce sens, le recours est bien fondé.