Citation: 1P.573/2005 02.12.2005 E. B

Cet arrêt retient, en substance, ce qui suit. B.a Le 4 février 2004 vers 13 h 35, B.________, née en 1996, a appelé l'ascenseur, alors qu'elle quittait l'appartement de l'immeuble où elle habite avec ses parents et où réside également A.________. Pendant qu'elle fermait à clef la porte de l'appartement, sa mère, qui l'accompagnait, a entendu un bruit après l'ouverture de la porte de l'ascenseur. Selon ses dires, elle s'est retournée, a vu "une main (frapper) B.________ au visage" et, s'étant approchée de sa fille, a constaté la présence de A.________ dans l'ascenseur. B.________ s'est plainte d'avoir reçu une gifle de A.________. Un constat médical, établi le 7 février 2004 par son médecin traitant, fait état d'une "très légère ecchymose de la joue droite, sensible à la palpation", en précisant qu'elle "serait due, selon le papa, à une gifle donnée par une voisine sur la joue droite". B.b Le 6 février 2004, C.________ a déposé plainte pénale pour "agression avec lésion corporelle" commise sur sa fille B.________. A cette occasion, C.________ a été interrogée par la police au sujet d'une plainte, déposée le jour même de l'incident qu'elle dénonçait, par A.________, au motif que, deux mois auparavant, le 4 décembre 2004 à 13 h 45, elle avait voulu entrer de force dans l'ascenseur en poussant des deux mains A.________. Faisant référence à la gifle reçue par sa fille, elle a déclaré que la vérité était toute autre et qu'elle avait alors rédigé une lettre valant plainte pénale pour ces faits. La police n'a pas interrogé A.________ sur la teneur de la plainte déposée par C.________. Dans son rapport, elle a conclu que les époux A.________ et C.________ n'étaient vraisemblablement pas faits pour cohabiter mais qu'aucune des deux familles n'avait l'intention de déménager, relevant que le problème durait depuis 8 ans. Selon une attestation établie le 12 mars 2004 par la psychologue D.________, spécialisée dans l'aide aux victimes LAVI et à laquelle B.________ avait été envoyée par le centre de consultation LAVI, celle-ci présentait un état de stress aigu. Depuis lors, son état de santé s'était amélioré, en ce sens qu'elle faisait moins de cauchemars, mais elle conservait des séquelles du traumatisme subi et présentait encore de l'angoisse. Les problèmes dont elle souffrait étaient "une conséquence directe de l'agression". B.c Le Procureur général a initié une médiation, qui n'a pas abouti. Par ordonnance pénale du 14 juin 2004, il a condamné A.________, pour lésions corporelles simples (art. 123 ch. 1 CP), à une amende de 300 fr., radiable dans un délai de 2 ans, estimant que les faits pouvaient être tenus pour établis sur la base du certificat médical et de l'attestation de la psychologue. Sur opposition de A.________, la cause a été portée devant le Tribunal de police. Entendue par le tribunal, A.________ a contesté les faits, soutenant qu'ils avaient été inventés par la mère de l'enfant. Elle a conclu à son acquittement, subsidiairement à une expertise de crédibilité des dires de l'enfant. Egalement entendue, la psychologue D.________ a déclaré, sous la foi du serment, avoir rencontré B.________ à sept reprises, à raison d'environ une heure chaque fois, jusqu'en mai 2004. Elle a confirmé la teneur de son attestation du 12 mars 2004, y compris l'amélioration de l'état de sa patiente au fil des entretiens. Elle a indiqué qu'elle n'avait pas décelé la présence éventuelle d'un autre problème, que l'enfant lui aurait caché en attribuant faussement ses troubles à une agression qui n'aurait pas eu lieu, et qu'elle n'avait pas senti une influence des parents sur celle-ci. Elle a par ailleurs confirmé qu'elle n'était pas intervenue comme experte, expliquant qu'une expertise répond à des critères de validité des dires de l'enfant qu'elle n'avait pas utilisés, car son rôle était d'aider sa patiente à dépasser son traumatisme, non pas de savoir ce qui s'était réellement passé. Elle a néanmoins précisé qu'elle était convaincue par les déclarations de l'enfant. B.d En substance, la cour cantonale a estimé qu'une audition de la victime et sa confrontation avec l'appelante ne s'imposaient pas, tant au regard des critères de l'art. 10b al. 2 LAVI que des principes de proportionnalité et de subsidiarité. S'agissant d'une expertise de crédibilité, qui devait être réservée aux cas dans lesquels il n'existe aucun autre moyen de connaître la vérité quant aux dires d'un enfant, elle devait être refusée, le certificat médical produit et le témoignage de la psychologue étant en l'occurrence suffisants, à plus forte raison au vu de l'enjeu de l'affaire.