Citation: 6S.28/2007 23.03.2007 E. 5

Le recourant critique tout d'abord sa condamnation pour lésions corporelles par négligence (art. 125 al. 1 CP). Il ne nie pas avoir heurté la victime avec son rétroviseur, ni l'existence des lésions ou leur importance. Il conteste en revanche avoir commis une faute ainsi que l'existence du lien de causalité. 5.1 Le recourant soutient en substance qu'il a maintenu une distance de l'ordre de 1 mètre avec le véhicule qu'il a dépassé, à très faible allure (5 km/h environ) et qu'il ne pouvait se déporter plus sur la gauche en raison de la présence de deux femmes sur le bord gauche de la route. Le pourvoi n'est pas recevable sur ce point, l'arrêt cantonal constatant de manière à lier la cour de céans une distance de sécurité largement inférieure (de l'ordre de 10 cm par rapport au piéton accoudé à la voiture) et ne constatant, en outre, ni que le recourant aurait roulé à très faible allure, ni la présence de deux personnes sur le bord de la route. 5.2 Le recourant soutient ensuite que compte tenu de la hauteur au sol de son rétroviseur (94 cm), il serait impossible que le choc avec le poignet de la victime ait pu causer les lésions de l'épaule, 30 centimètres plus haut. Il souligne avoir vu dans son rétroviseur que la victime s'était retournée de 180° dans sa direction, que ce dernier était debout accoté à la Mercedes et lui a fait des signes menaçants, alors que la Mercedes, dont le rétroviseur se situe 15 à 20 centimètres plus haut que ceux de son propre véhicule, démarrait en trombe. Le recourant en déduit que c'est le rétroviseur de la Mercedes, également endommagé durant les faits, qui a blessé la victime. Sur ce point, le Tribunal cantonal a retenu que le recourant a heurté l'avant-bras droit de la victime et que c'est ce heurt directement et/ou la projection du piéton contre la Mercedes, qui a provoqué la contusion de son épaule droite. Ces constatations ont trait à la causalité naturelle. Elles relèvent du fait (ATF 122 I consid. 2c/aa p. 23) et ne peuvent donc être rediscutées dans le pourvoi en nullité. Le grief est irrecevable. 5.3 Le recourant allègue encore divers reproches à l'adresse du conducteur de la Mercedes (mauvais stationnement de son véhicule, comportement agressif durant la poursuite, utilisation du klaxon, appels de phares) et de la victime qui se tenait au milieu de la route. Il souligne qu'il a lui-même dû subir un alcootest alors qu'aucun contrôle n'a été effectué en ce qui concerne les deux autres personnes impliquées. Le recourant n'indique toutefois pas ce qu'il entend déduire en sa faveur de ces différents éléments, qui ne ressortent au demeurant pas tous de l'état de fait de l'arrêt cantonal. On peut se limiter à relever que dans la mesure où les faits allégués sont postérieurs au choc, ils sont sans pertinence quant à la responsabilité du recourant au regard de l'art. 125 CP. Par ailleurs, comme l'a relevé à juste titre la cour cantonale, le recourant ne peut rien déduire non plus en sa faveur d'une éventuelle faute du conducteur de la Mercedes et du piéton, liée à leur position sur la route. En effet, en vertu du principe selon lequel, en droit pénal, les fautes ne se compensent pas, une éventuelle faute concomitante de la victime ou d'un tiers n'intervient dans l'analyse de la causalité que lorsqu'elle est si extraordinaire et imprévisible que l'enchaînement des faits en perd sa portée juridique. Encore faut-il que cet acte ait une importance telle qu'il s'impose comme la cause la plus probable et la plus immédiate de l'événement considéré, reléguant à l'arrière-plan tous les autres facteurs qui ont contribué à l'amener et notamment le comportement de l'auteur (ATF 125 IV 17 consid. 2c/bb p. 23 et les arrêts cités). En l'espèce, la situation de la Mercedes et du piéton existaient à l'arrivée sur les lieux du recourant, qui a ralenti, dans un premier temps pour permettre le croisement d'un autre véhicule. Cette situation, de même que le fait que le piéton a pu se redresser et se retourner au passage du véhicule du recourant, ne sont ni extraordinaires, ni imprévisibles. Le grief est infondé, dans la mesure où il est recevable. 5.4 Le recourant reproche encore à la cour cantonale de s'être fondée essentiellement sur les déclarations de la victime, qui ne seraient pas crédibles, et de n'avoir pas constaté que le rétroviseur de la Mercedes avait été endommagé. Ce faisant, le recourant remet en cause les constatations de fait et l'appréciation des preuves de la cour cantonale. Le grief est irrecevable dans le pourvoi en nullité. 5.5 Cela étant, la cour cantonale a reproché au recourant de n'avoir pas observé une distance de sécurité suffisante au moment de dépasser le véhicule à côté duquel se trouvait la victime (art. 34 al. 4 et 35 al. 3 LCR) et a imputé à négligence le fait de n'avoir pas pris deux précautions élémentaires au cours de cette manoeuvre (conserver une vitesse réduite et observer une distance de sécurité suffisante), alors que la configuration des lieux aurait permis une marge de sécurité bien plus grande. L'existence des lésions subies par la victime n'est pas contestée. Enfin, la cour cantonale a retenu que sans la manoeuvre intempestive du recourant la victime n'aurait pas été blessée (causalité naturelle) et qu'il entrait dans le cours ordinaire des choses que le fait de dépasser un piéton en accélérant et sans respecter une marge latérale suffisante était propre à entraîner un résultat du genre de celui qui s'est produit (causalité adéquate). Sur la base des faits établis souverainement par la cour cantonale, son raisonnement ne prête pas le flanc à la critique. A son terme, la cour cantonale pouvait, sans violer le droit fédéral, conclure que le recourant s'est rendu coupable de lésions corporelles par négligence.