Citation: 8C_604/2023 E. 4.3

4.3. En l'occurrence, il y a lieu d'admettre, avec la recourante, que le raisonnement des premiers juges prête le flanc à la critique à plusieurs égards et ne peut être suivi. Premièrement, les juges cantonaux ont considéré qu'un statut mixte correspondait aux besoins de la famille sans procéder à des constatations sur la situation financière du ménage. Or comme le relève la recourante, le fait qu'elle a débuté une activité professionnelle lorsque son mari s'est retrouvé en incapacité de travail ne suffit pas à retenir comme hautement vraisemblable qu'elle se serait contentée, dix ans plus tard, d'un emploi à temps partiel sans atteinte à la santé. En effet, il importe de tenir compte de l'évolution de la situation, cela jusqu'au prononcé de la décision administrative litigieuse (cf. consid. 3.3 supra). On peut ainsi aisément comprendre l'exercice d'une activité à temps partiel en octobre 2010, lorsque ses enfants étaient âgés de 20, 17, 14 ans et le dernier d'à peine une année, et la prise d'un emploi à 100 % en juin 2022, alors que seul son quatrième enfant, âgé de 12 ans, était encore à la maison. A noter également que la juridiction cantonale a considéré comme établie l'indigence de la recourante lors de l'octroi de l'assistance judiciaire. Ensuite, l'absence de tout empêchement médical qui se serait opposé à la recherche d'un emploi à 100 % lors de l'inscription au chômage en 2016 ne peut être confirmée. En effet, la constatation des premiers juges selon laquelle le dossier ne faisait état d'aucune incapacité de travail à cette période est manifestement erronée. Dans son rapport du 10 juin 2016 à l'office intimé, le docteur B.________ (spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, psychiatre traitant) a attesté d'une incapacité de travail de 50 % depuis le 15 janvier 2015, et jusqu'au 25 février 2020. En outre, si le docteur B.________ a retenu une incapacité de travail totale dès février 2020, la recourante avait été antérieurement hospitalisée au Centre C.________ (la première fois en janvier 2018), pour cause de décompensation dépressive, décompensation thymique, péjoration de l'humeur avec des idées suicidaires. Ces éléments ressortent également de l'anamnèse de l'expertise du CEMEDEX, dont la pleine valeur probante a été reconnue par les juges cantonaux (cf. consid. 5.1 infra). Au final, on ne voit aucun motif de s'écarter des déclarations de la recourante faites au début de la procédure administrative, selon lesquelles, en bonne santé, elle aurait exercé une activité à 100 %. Compte tenu des naissances successives de ses 4 enfants, dont le premier à l'âge de 18 ans, des besoins financiers de la famille, des atteintes à la santé qui restreignent la recourante dans l'exercice d'une activité à plein temps depuis au moins 2015, les premiers juges ne pouvaient pas retenir, sans faire preuve d'arbitraire, que rien ne permettait d'étayer les déclarations pourtant constantes et non contradictoires de la recourante. Les éléments au demeurant retenus par l'enquêtrice pour retenir un statut mixte (exercice concret d'activités à taux réduit, absence de permis de conduire, rareté des offres d'emploi à plein temps) relèvent d'un procédé consistant à entériner la situation effective, ce qui est contraire à l'évaluation hypothétique exigée sous l'angle juridique (cf. arrêt 9C_612/2023 du 3 avril 2024 consid. 8). Il convient ainsi de reconnaître à la recourante un statut de personne active à plein temps et il n'y a donc pas lieu d'examiner ses griefs relatifs à l'accomplissement des tâches ménagères.