Citation: 6S.752/2000 06.12.2000 E. 3

3.- Selon la recourante, la menace de déposer plainte pénale contre elle contenue dans le courrier du 22 novembre 1999 aurait dû conduire la Chambre pénale à admettre l'existence d'une tentative de contrainte. Selon l'art. 181 CP, se rend coupable de contrainte celui qui, en usant de violence envers une personne ou en la menaçant d'un dommage sérieux, ou en l'entravant de quelque autre manière dans sa liberté d'action, l'aura obligée à faire, à ne pas faire ou à laisser faire un acte. Pour que soit réalisée la menace d'un dommage sérieux au sens de l'art. 181 CP, il faut non seulement que le dommage apparaisse sérieux (ATF 122 IV 322 consid. 1a p. 324/325; 120 IV 17 consid. 2a/aa p. 19 et les arrêts cités), mais encore que la contrainte soit illicite (ATF 122 IV 322 consid. 2 p. 326; 120 IV 17 consid. 2a/bb p. 20 et les arrêts cités). La menace d'une plainte pénale peut constituer un dommage sérieux (ATF 120 IV 17 consid. 2a/aa p. 19). Selon la jurisprudence, une contrainte est illicite lorsque le moyen ou le but est contraire au droit ou lorsque le moyen est disproportionné pour atteindre le but visé ou encore lorsqu'un moyen de contrainte conforme au droit utilisé pour atteindre un but légitime constitue, au vu des circonstances, un moyen de pression abusif ou contraire aux moeurs. Menacer de déposer une plainte pénale (lorsque l'on est victime d'une infraction) constitue en principe un acte licite. L'illicéité n'apparaît que si le moyen utilisé n'est pas dans un rapport raisonnable avec le but visé et constitue un moyen de pression abusif; tel est le cas en particulier si l'objet de la plainte est sans rapport avec la prestation demandée ou si la menace doit permettre d'obtenir un avantage indu (ATF 120 IV 17 consid. 2a/bb p. 20). La question de savoir si, dans le cas concret, la menace d'une plainte pénale représentait un dommage sérieux peut rester ouverte. En effet, le moyen employé apparaît de toute façon licite. Il ressort du courrier litigieux que la menace de déposer plainte pénale a uniquement été formulée dans l'hypothèse où la recourante parlerait de nouveau de la relation adultérine. E.________ a donc voulu empêcher la répétition de propos désobligeants sur son compte. En outre, comme on l'a vu plus haut, elle était de bonne foi, c'est-à-dire qu'elle a véritablement cru que la recourante l'avait accusée d'une relation adultérine, sans qu'il importe ici de savoir si les propos prêtés à la recourante ont véritablement été tenus ou non. Certes, l'adultère n'est plus réprimé pénalement. Il n'en reste pas moins qu'accuser une personne d'adultère peut, suivant les circonstances, attenter à son honneur en jetant sur elle le soupçon d'avoir eu un comportement méprisable. Dès lors que E.________ a cru qu'une telle accusation avait été proférée et a cherché à éviter qu'elle le soit de nouveau, rien ne permet de conclure, dans de telles circonstances, que sa menace visait l'obtention d'un avantage indu ou était abusive. Pour le reste, la recourante s'écarte des faits constatés, ce qui n'est pas admissible dans un pourvoi, lorsqu'elle affirme que la menace devait permettre à E.________ d'obtenir une lettre d'excuses. En tant qu'il est recevable, le grief est infondé.