Citation: 6B_6/2015 E. 3.3

3.3. Enfin, la recourante assimile le comportement de l'intimé à " un système totalitaire de l'époque hitlérienne ". Cette comparaison avec le régime hitlérien vise l'activité professionnelle de l'intimé. En principe, les attaques qui mettent en cause les aptitudes professionnelles d'une personne ne sont pas constitutives d'atteinte à l'honneur. En l'espèce, la critique émise par la recourante dépasse toutefois la réputation professionnelle et touche l'honneur de l'intimé. Comme le relève la cour cantonale, le régime hitlérien est connu pour avoir pratiqué la censure, la manipulation des masses et la propagande, et ce dans le but de soutenir l'idéologie national-socialiste et les atrocités de ce régime. Compte tenu des horreurs bien connues dont le régime hitlérien a été responsable, la référence au nazisme et à Hitler éveille un sentiment de mépris. En comparant les méthodes de gestion de l'intimé à celles de l'époque hitlérienne, la recourante a donc rabaissé l'intimé en tant qu'homme (et non pas seulement en tant que directeur de théâtre). Elle a ainsi porté atteinte à son honneur. C'est toutefois à juste titre que la recourante soutient qu'elle a émis un jugement de valeur et qu'elle n'a pas allégué un fait. Par la référence au régime hitlérien, elle ne fait pas de lien factuel entre la personne de l'intimé (ses actes, ses convictions, ses sympathies politiques) et le régime nazi. En particulier, elle ne reproche pas à l'intimé d'employer des " méthodes nazies " ni de soutenir l'idéologie national-socialiste et les atrocités commises par ce régime. Dans ce sens, le présent cas se distingue de l'ATF 137 IV 313, où l'accusé reprochait à une personnalité politique d'avoir de la sympathie pour le régime nazi. Dans la mesure où la recourante a émis un jugement de valeur et n'a pas allégué un fait, toute diffamation est exclue. Le recours doit dès lors être admis sur ce point, l'arrêt attaqué annulé et la cause renvoyée à la cour cantonale afin qu'elle rende un nouveau jugement. Il incombera toutefois à la cour cantonale d'examiner si ce comportement peut être puni pour injure (cf. consid. 2.2, 4e paragraphe), notamment au regard de l'acte d'accusation (cf. arrêt 6B_702/2013 du 26 novembre 2013).