Citation: 1C_362/2023 E. 4.2.2

4.2.2. S'agissant de l'atteinte portée au site, elle est double. D'une part, l'installation de l'antenne litigieuse sur un édifice existant nécessite une intervention dans la substance du bâtiment, notamment pour la fixation des éléments nécessaires. Comme l'a relevé l'Office fédéral de la culture, cette atteinte demeure minime. D'autre part, l'impact visuel de l'installation sur le site figurant à l'inventaire ISOS représente une autre atteinte. Dans un document publié le 22 juin 2018 et intitulé "Les installations de téléphonie mobile et la protection des monuments", la Commission fédérale des monuments historiques indique que les installations de téléphonie mobile posées sur des monuments ne doivent pas être visibles, ou alors être à peine perceptibles, depuis le domaine public ou depuis les lieux accessibles au public. Elle ajoute qu'il faut éviter de porter atteinte aux perspectives depuis ou vers le monument. À cet égard, la cour cantonale a considéré qu'il n'était pas contesté que l'antenne litigieuse sera visible depuis l'espace public; au vu de la structure imposante de l'antenne et de sa hauteur de plus de 4 m, son impact visuel sur le site sera important et péjorera ses qualités esthétiques. Elle a ajouté que le seul fait que le bâtiment litigieux soit plus élevé que les bâtiments alentour ne saurait lui enlever tout intérêt architectural. La fiche n° 15, dans sa version antérieure, indiquait d'ailleurs que le bâtiment se fondait sans problème dans le paysage. L'instance précédente a jugé que l'installation litigieuse porterait au site une atteinte grave au sens de la jurisprudence; ce constat était par ailleurs renforcé par le préavis négatif de la CMNS qui a considéré que le projet nuirait au caractère architectural du bâtiment et du site protégé. La recourante soutient au contraire que la présence de l'antenne ne portera aucune atteinte notable, et en aucun cas une atteinte grave, à l'objet protégé eu égard aux objectifs de protection poursuivis. Elle relève que dans la mesure où l'antenne est démontable sans porter atteinte à la substance du patrimoine protégé, le caractère irréversible de l'atteinte fait défaut, ce qui exclut de la qualifier de grave; le projet litigieux ne porterait en outre aucune atteinte; l'impact visuel du projet serait minime, car l'antenne se trouvera en haut d'un immeuble de 23.4 m et en retrait de 8 à 10 m de chaque façade. La recourante ajoute que cet immeuble construit plus tard dans les années 1930 ne fait pas partie de l'ensemble de bâtiments visés par l'inventaire ISOS. Elle affirme encore que ni les vues offertes depuis le domaine public sur les hôtels particuliers et autres immeubles de luxe, ni les perspectives le long des alignements d'arbres et autour des squares ne seront perturbées d'une quelconque manière par l'antenne. Elle fait valoir que l'antenne sera ainsi "à peine perceptible" et ne portera aucune atteinte aux perspectives vers le monument. Les efforts entrepris par la recourante pour minimiser la visibilité de l'antenne litigieuse, réduisant les dimensions de l'installation technique et choisissant comme emplacement le milieu de la toiture du bâtiment concerné, de 8 à 10 m en retrait de chaque façade, sont à relever. La recourante confirme cependant que l'antenne litigieuse sera visible depuis le domaine public. Comme l'ont relevé le TAPI, la cour cantonale et l'Office fédéral de la culture, cela représente une intervention parasite supplémentaire dans cette partie de site figurant à l'inventaire ISOS pour ses hautes qualités spatiales. De plus, le bâtiment sur lequel devrait être installée l'antenne litigieuse est haut, ce qui est susceptible de renforcer la visibilité de l'antenne, accroissant de fait son impact visuel. S'ajoute à cela que l'immeuble en question est doté d'un toit à la Mansart et que ce type de toit constitue une caractéristique expressément relevée par l'inventaire ISOS (voir supra consid. 4.2.1). L'antenne litigieuse sera donc bien visible (et non pas "à peine perceptible" comme le fait valoir la recourante), depuis le domaine public ou depuis les lieux accessibles au public, de sorte qu'elle portera atteinte au site protégé.