Citation: 5A_156/2023 E. 4.1

4.1. Sous couvert de ces divers griefs, qui se recoupent très largement, le recourant se plaint en substance de ce que le Tribunal cantonal a refusé que deux incidents de procédure étroitement liés, à savoir la récusation de la Juge itinérante et l'incapacité de postuler de l'avocat d'un défendeur à la procédure dont est chargée dite magistrate, soient traités en même temps par le juge fonctionnellement compétent, à savoir en l'occurrence la Présidente suppléante de première instance (art. 4 al. 1 CPC; art. 18 al. 2 let. b et 22 al. 1 de la loi fribourgeoise sur la justice du 31 mai 2010 [LJ; RSF 130.1]). Selon le recourant, ces deux questions devaient être impérativement traitées en même temps et dans la même procédure, soit dans le cadre de la procédure de récusation. Il n'était pas possible de statuer uniquement et de manière séparée sur la capacité de postuler d'un avocat alors qu'une demande de récusation avait, comme en l'espèce, été formulée préalablement à la décision sur la capacité de postuler et était encore pendante. Tout comme la Juge itinérante, le Tribunal cantonal n'était donc pas compétent fonctionnellement pour examiner cette question; l'autorité cantonale aurait dû suspendre la procédure de recours (art. 126 al. 1 CPC) et constater que la compétence pour statuer sur les deux incidents litigieux revenait exclusivement à la Présidente suppléante. En ne le faisant pas, de surcroît sans motiver suffisamment leur décision au vu notamment du revirement du Président de la Cour qui avait dans un premier temps opté pour la suspension de la procédure de recours, les juges cantonaux avaient arbitrairement donné un avantage aux autres parties ainsi qu'à la Juge itinérante, qui tentait d'éluder les règles en matière de récusation pour favoriser ses intérêts personnels et ceux des autres parties. En effet, dite magistrate avait " abus[é] de son droit de manière arbitraire " en rendant une décision, d'emblée partiale, qui lui évitait de se déterminer auprès de sa suppléante sur la demande de récusation. Les juges cantonaux avaient également violé les principes de célérité, d'économie de procédure et de sécurité du droit dans la mesure où ils avaient retardé de manière inadmissible une décision sur ladite demande de récusation. Le recourant considère en outre que, dès lors qu'elle faisait préalablement l'objet d'une demande de récusation, la Juge itinérante ne pouvait pas continuer à mener la procédure et rendre une décision sur la capacité de postuler de l'avocat représentant la partie ayant demandé sa récusation. Elle aurait dû laisser le soin à sa suppléante de diligenter avec célérité la procédure de récusation. Au lieu de cela, elle avait elle-même mené " tambour battant " une instruction sur la seule question de la capacité de postuler de l'avocat en cause et avait très rapidement rendu une décision niant une telle capacité, aux fins d'éluder les règles sur la récusation. Une telle décision, rendue par une magistrate juge et partie, était donc entachée d'un très grave vice, susceptible d'entraîner son annulation en application de l'art. 51 al. 1 CPC. Il était donc évident qu'il convenait bien de statuer d'abord sur la demande de récusation, ce que le Président de la Cour avait dans un premier temps correctement identifié avant de revenir sur sa décision, dès lors qu'une admission de cette demande pourrait conduire à l'annulation des décisions prises par la Juge itinérante, y compris la décision litigieuse du 13 juin 2022, qui serait entachée d'un vice très grave pouvant entraîner sa nullité absolue ainsi que celle des " arrêts fondés sur [cette] décision illicite ". A cet égard, c'était à tort que les juges cantonaux avaient refusé d'examiner les conditions de la nullité, alors qu'elles étaient remplies. La très grave partialité de la Juge itinérante, qui avait abusé de sa position de magistrate aux fins d'évincer un avocat et d'éviter de " subir " une procédure de récusation, était en effet un motif de nullité absolue de sa décision du 13 juin 2022. Un juge récusé ne saurait valablement rendre une décision à son avantage sans que celle-ci soit entachée des vices les plus graves. Le recourant ajoute que la constatation de la nullité ne mettrait pas sérieusement en danger la sécurité du droit mais rétablirait l'équité et la justice et éviterait le risque de décisions contradictoires. A défaut, d'autres magistrats pourraient systématiquement dénier la capacité de postuler de l'avocat aux fins de se défaire d'une procédure de récusation, ce qui engendrerait de nombreuses procédures inutiles et coûteuses.