Citation: 5A_520/2023 E. A

A.a. Courant 1980, Yoko Ono Lennon, veuve de feu John Lennon, de nationalité japonaise et domiciliée à New York (USA), a acquis une montre de marque Patek Philippe, modèle xxx, or jaune 18 Carats, numéro de mouvement yyy, numéro de boîtier zzz, auprès de B.________ à New York (ci-après: la Montre). Yoko Ono Lennon y a fait graver au dos l'inscription " (Just like) Starting Over Love Yoko 10.9.1980 N.Y.C " en référence à la première chanson " Starting Over " de l'album "Double Fantasy" que le couple avait composée en commun après une période de séparation. Yoko Ono Lennon a offert cette montre à feu John Lennon le 9 octobre 1980 pour son 40ème anniversaire. Le 8 décembre 1980, soit deux mois plus tard, feu John Lennon a été assassiné devant son domicile à New York. L'ensemble des biens de feu John Lennon a fait l'objet d'un inventaire de près de mille pages, établi par C.________ et relié en deux volumes datés de janvier 1982. Le texte introductif de cet inventaire précise que les biens ont été réunis dans des cartons et sacs, scellés et numérotés, dont le contenu a été répertorié en 1981. La Montre a été répertoriée sous numéro 23 de l'inventaire, comprenant une autre montre en or et divers bijoux, et a été placée par le notaire dans une boîte à code. Le texte introductif précise, en outre, qu'un mois après que l'inventaire a été dressé, Yoko Ono Lennon a souhaité récupérer la Montre, laquelle lui a été remise, cet objet étant le seul dont elle a autorisé le retrait. Suite à la liquidation de la masse successorale de feu John Lennon, la montre est devenue propriété de Yoko Ono Lennon. Yoko Ono Lennon est propriétaire de deux appartements (n° (...) et (...)) dans le Dakota Building à New York, ainsi que d'un bureau situé au rez-de-chaussée de cet immeuble. Elle vit dans l'appartement n° (...), où se trouve une chambre fermée à clef avec ses objets personnels et ceux provenant de la succession de feu John Lennon. Les journaux intimes et les montres sont, soit dans des armoires verrouillées, soit sur des étagères ouvertes dans cette pièce verrouillée. Les affaires de feu John Lennon ayant moins de valeur se trouvent dans le bureau. La plupart des employés de Yoko Ono Lennon avaient accès au bureau au rez-de-chaussée. Seuls deux ou trois employés avaient, en revanche, accès à l'appartement, dont seule Yoko Ono Lennon avait les clefs. A.b. D.________, de nationalité turque, a été le chauffeur privé de Yoko Ono Lennon de 1995 à 2006. Une relation de confiance existait entre eux et il avait accès aux pièces de l'appartement. Courant 2006, D.________ a menacé de divulguer une prétendue relation amoureuse avec Yoko Ono Lennon, si elle ne lui versait pas de l'argent. Suite à cela, il a été condamné aux Etats-Unis pour extorsion, puis expulsé vers la Turquie, compte tenu de l'expiration de son visa. A.c. En 2010, D.________ a remis la Montre à un certain E.________, de nationalité turque également. Il lui a remis de même 86 objets ayant appartenu à feu John Lennon. A.d. En août 2013, E.________ s'est adressé à la maison de vente aux enchères F.________ AG (précédemment G.________ AG, ci-après: G.________) à Berlin (Allemagne), pour la mise en vente de la Montre. G.________ a estimé la valeur de la Montre à EUR (...), précisant toutefois que sa provenance ainsi que la gravure, promettaient une valeur potentiellement extrêmement élevée car ces caractéristiques en faisaient une pièce unique qui pouvait attirer des amateurs en dehors des seuls collectionneurs de montres. Sa valeur devait croître en conséquence de manière significative. Le 21 octobre 2013, à la demande de G.________, D.________ a signé, devant un notaire de Berlin, une attestation selon laquelle il avait reçu la Montre de Yoko Ono Lennon au mois de novembre 2005, ce dont H.________ (son épouse) pouvait témoigner. Il précisait avoir vendu et remis la montre à E.________ en mai 2010 en Turquie. Par la suite, devant un notaire le 23 janvier 2017, D.________ a fait une déclaration " sous serment " dans laquelle il disait avoir pris possession des 86 objets confiés à G.________ en 2006, avec le consentement de Yoko Ono Lennon, soutenant qu'elle lui avait demandé de les mettre en sécurité. Il avait dû ensuite quitter les Etats-Unis et avait alors emmené les objets avec lui. Il a précisé qu'à aucun moment Yoko Ono Lennon ou qui que ce soit d'autre ne lui avait demandé de restituer ces objets. Il en avait conclu qu'il pouvait les conserver et qu'il en était le propriétaire. A.e. Le 14 novembre 2013, E.________ a signé avec G.________ un contrat de consignation, attestant de la remise de la Montre. Le prix d'achat initial était évalué à EUR (...) et le prix de vente "limite" était arrêté à EUR (...). Le même jour, E.________ a signé avec G.________ un contrat intitulé Side Letteret accord de garantie. Aux termes de ce contrat, les parties prévoyaient que, dans le cas où Yoko Ono Lennon ou un tiers titulaire de droits faisait valoir des prétentions, G.________ procéderait au paiement soit du prix d'estimation dans le cas où la vente était annulée, soit du prix de vente, déduction faite de la commission. Lors de la remise de la montre à G.________, l'avocat de E.________ avait précisé, par courrier du 4 novembre 2013, que celui-ci ne pouvait donner de garantie d'un droit de propriété avec droit de disposition illimité, précisant que "les détails sont connus". G.________ et E.________ ont convenu alors dans leur contrat du 14 novembre 2013, que E.________ confirmait son droit de disposer sur la base des déclarations faite par D.________ devant notaire le 21 octobre 2013. Ledit contrat prévoyait toutefois expressément la possibilité d'une revendication de la propriété par Yoko Ono Lennon. Le 22 novembre 2013, G.________ a obtenu de la maison Patek Philippe une attestation relative à l'authenticité de la Montre. A.f. Par lettre d'intention datée du 29 décembre 2013 et signée le 25 janvier 2014, G.________ s'est engagée à vendre la Montre au prix de EUR (...) à A.________, collectionneur de montres et professionnel de longue date du secteur, se qualifiant d'" autorité mondiale dans le domaine des garde-temps ", de nationalité italienne et domicilié à Hong Kong. La lettre d'intention précise que " la vente est soumise à l'acceptation écrite du propriétaire actuel. Une fois que cette acceptation aura été reçue, un contrat de vente formel et une facture seront préparés. Le contrat de vente sera signé par G.________ et l'acheteur et contiendra des informations plus détaillées sur la transaction et la montre elle-même, spécifiquement sur le fait que Yoko Ono Lennon n'a pas confirmé la provenance de la montre, fait connu de toutes les parties impliquées dans cette transaction " (ch. 2). " Une fois que la vente de la Montre aura été conclue, l'acheteur remettra à G.________ sa collection privée d'au moins 40 différentes montres anciennes I.________ en vue d'une vente spéciale auprès de G.________ " (ch. 3). " Une fois que la vente de la montre aura été conclue, G.________ prendra contact avec Yoko Ono Lennon pour obtenir une confirmation qu'elle a offert cette montre à John Lennon. Lorsque cette confirmation aura été reçue par écrit, la montre sera remise par l'acheteur à G.________ pour être vendue dans le cadre d'une future vente aux enchères de montres avec un prix de réserve net de EUR (...) et une commission totale du vendeur de 10 % " (ch. 4). Le 2 mars 2014, A.________ a acquis la Montre auprès de G.________ au prix de EUR (...). A.g. Le 26 juin 2014, A.________ a remis la Montre à J.________ SA à Genève afin d'en faire estimer la valeur. En septembre 2014, K.________, avocat de Yoko Ono Lennon, a été informé par J.________ de ce que la Montre se trouvait dans ses locaux. Par courrier du 8 septembre 2014, K.________ a informé J.________ que la Montre était mentionnée dans l'inventaire des biens de feu John Lennon dressé après son décès et était restée en la possession de Yoko Ono Lennon. Cette dernière n'avait pas eu conscience du fait que la Montre n'était plus en sa possession jusqu'à ce que L.________, employé de J.________ à New York, prenne contact avec K.________. Il lui avait indiqué que la Montre avait été acquise par A.________ d'une personne qui l'avait acquise elle-même de D.________, qui affirmait que Yoko Ono Lennon la lui avait offerte. Or, à aucun moment Yoko Ono Lennon n'avait fait don de cette Montre. Celle-ci était un objet particulier, l'un des derniers cadeaux qu'elle avait offerts à John Lennon. Elle ne l'aurait, en aucun cas, donnée à un tiers. Dès lors, dans la mesure où cette Montre avait été soustraite à l'insu de Yoko Ono Lennon, elle en requérait la restitution. A.h. Après avoir entrepris d'infructueuses démarches aux Etats-Unis, Yoko Ono Lennon, par l'entremise de son conseil genevois, a revendiqué, le 23 octobre 2015, auprès de A.________, la propriété de la Montre, exposant que celle-ci lui avait été volée. Le 16 octobre 2015, A.________ a contesté toutes prétentions de Yoko Ono Lennon sur la Montre. En date du 17 décembre 2015, les parties et J.________ ont conclu une convention de consignation-séquestre aux termes de laquelle la Montre serait consignée auprès de Me Albert Rey-Mermet, conseil de A.________, jusqu'à accord ou droit jugé sur sa propriété, Me Rey-Mermet ne pouvant disposer de la Montre " qu'en mains du propriétaire désigné par le jugement du tribunal étatique compétent ". Parallèlement, D.________ et E.________ avaient remis à G.________, en octobre 2014, 86 objets ayant appartenu à feu John Lennon. A.i. Suite à la faillite de G.________ en 2017 à Berlin et à la découverte des objets personnels ayant appartenu à feu John Lennon, consignés par E.________ auprès d'elle, des poursuites pénales pour fraude et recel ont été engagées en Allemagne à l'encontre de D.________ et de E.________. Au cours de la procédure allemande, Yoko Ono Lennon, entendue comme témoin, a déclaré qu'elle n'avait pas donné la Montre à D.________. En effet, celle-ci revêtait une signification particulière pour elle. Elle a précisé que, suite au décès de feu John Lennon, elle avait souhaité donner quelque chose lui appartenant à ceux qui avaient travaillé de manière très fidèle pour elle. Ainsi, elle avait dit à D.________ de prendre une montre. Elle possédait, en effet, beaucoup de montres. D.________ avait donc pris une montre mais ce n'était en aucun cas la Montre offerte à feu John Lennon, objet du litige. Il avait pris quelque chose qui n'était pas important pour elle. Dans leur "rapport final provisoire", les enquêteurs allemands ont précisé qu'au cours de l'enquête, E.________ avait jugé possible que la Montre ait été le fruit d'un vol et l'avait accepté. Il avait d'ailleurs tenté de la vendre, en premier lieu, à un restaurateur, qui l'avait mis en contact avec G.________. En août 2017, la Montre a été enregistrée au Registre international des biens volés sur requête de la police berlinoise. Des négociations étaient en cours, parallèlement, entre les parties auxquelles le conseil de A.________ a mis un terme en date du 20 décembre 2018. En date du 27 février 2019, le Tribunal de district de Tiergarten à Berlin a reconnu E.________ coupable de recel et l'a condamné à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis, retenant qu'il avait pris la décision de céder à G.________ 86 objets différents issus de la succession de feu John Lennon obtenus par D.________ via un vol ou un détournement commis dans l'appartement de Yoko Ono Lennon à New York, dans le but de les vendre aux enchères et d'avoir déclaré à G.________ que D.________ les avait reçus en sa qualité d'ancien chauffeur de la part de Yoko Ono Lennon, alors qu'il savait que cela ne correspondait pas à la réalité. S'agissant de D.________, il était en fuite. Le Parquet de Berlin avait émis un mandat d'arrêt à son encontre le 20 novembre 2017. Un mandat d'arrêt EUROPOL avait, en outre, été émis à son encontre le 13 septembre 2019, notamment pour des faits relatifs au vol de la Montre.