Citation: I 81/07 08.01.2008 E. 6.1

6.1.1 Ainsi qu'il ressort de la motivation du jugement entrepris, la majeure partie des médecins consultés par le recourant ont diagnostiqué la présence de troubles de l'humeur revêtant un degré plus ou moins important de gravité: état anxiodépressif (rapport du docteur C.________ du 19 septembre 2000); réaction dépressive prolongée (rapport d'expertise du docteur N.________ du 20 septembre 2001); état dépressif avec idéation suicidaire (rapport du 26 septembre 2002 de l'Université V.________); trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère, sans symptômes psychotiques (rapport de la doctoresse D.________ du 4 mars 2003); trouble dépressif, épisode actuel moyen (rapports de l'Hôpital Y.________ des 4 août et 1er novembre 2004). Le SMR a pour sa part nié l'existence d'une comorbidité psychiatrique déterminante au trouble somatoforme douloureux, dans la mesure où l'assuré ne présentait plus de troubles dépressifs ou anxieux lors de l'examen réalisé le 27 juin 2003; à son avis, la symptomatologie régressive (important ralentissement psychomoteur, troubles de l'attention et de la concentration, fatigabilité importante) résultait des effets secondaires sédatifs de la lourde médication psychotrope administrée (Tofranil, Deanxit, Réméron, Saroten, Zyprexa). Moyennant l'adaptation du traitement, le recourant était en mesure de recouvrer une capacité de travail de 100 %. 6.1.2 Sans trancher la question de la qualification des troubles de l'humeur affectant le recourant, les premiers juges ont nié l'existence d'une comorbidité psychiatrique, au motif que le trouble dépressif observé par les médecins précités devait tout au plus être considéré comme réactionnel au trouble somatoforme douloureux. Certes, il est exact que selon la doctrine médicale, sur laquelle se fonde le Tribunal fédéral, les états dépressifs constituent des manifestations (réactives) d'accompagnement des troubles somatoformes douloureux, de sorte qu'ils ne sauraient, en principe, faire l'objet d'un diagnostic séparé. Cela ne saurait être le cas lorsque l'état dépressif présente les caractères de sévérité susceptibles de le distinguer sans conteste d'un tel trouble (ATF 130 V 352 consid. 3.3.1 in fine p. 358). Or, il ne ressort pas du jugement entrepris les raisons pour lesquelles il y avait lieu de conclure, dans le cas d'espèce, au caractère purement réactionnel de la symptomatologie dépressive. Ce nonobstant, il convient d'admettre qu'en l'absence d'un diagnostic précis, consensuel et convaincant quant à la gravité réelle des troubles de l'humeur du recourant, il était particulièrement prématuré de prendre des conclusions quant à l'existence ou non d'une comorbidité psychiatrique relevante. 6.2 Le Tribunal fédéral n'est pas non plus en mesure d'examiner si la juridiction cantonale a apprécié de manière conforme au droit les critères - positifs et négatifs - dégagés par la jurisprudence pour admettre à titre exceptionnel le caractère non exigible d'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de la réintégration dans un processus de travail, dès lors que l'on ignore totalement sur quels éléments concrets du dossier elle se fonde pour estimer que tel critère est réalisé et que tel autre ne l'est pas. 6.3 De manière plus générale, le point de vue défendu par le SMR et repris par le Tribunal cantonal des assurances est le seul qui nie l'impact sur la capacité de travail de la symptomatologie douloureuse et reconnaisse le caractère exigible de la reprise par le recourant d'une activité lucrative. Pour leur part, les médecins consultés par le recourant, qui sont tous, pour la plupart, des spécialistes en psychiatrie et psychothérapie, ont conclu dans leur grande majorité à l'absence de capacité résiduelle de travail chez le recourant. Or, qu'il s'agisse des prises de position du docteur B.________, médecin traitant, ou de la doctoresse E.________, de l'expertise psychiatrique réalisée par le docteur N.________, des rapports de l'Université V.________, de l'Hôpital Y.________ ou encore de l'association Z.________, le tribunal cantonal des assurances n'a pas discuté la portée de ces documents pour l'appréciation du droit litigieux. Dans la mesure où ils en rejetaient - implicitement - le bien-fondé, les premiers juges étaient tenus d'indiquer les raisons pour lesquelles ils estimaient que ces pièces - dont la valeur probante n'a pas été mise en doute - permettaient de considérer, contrairement à leur contenu explicite, que le recourant était encore capable, par un effort de volonté raisonnablement exigible, de mobiliser ses ressources en vue de surmonter les effets de sa symptomatologie douloureuse. En ne tenant pas compte dans leur appréciation de tous les documents à disposition, les premiers juges ont par conséquent violé le principe de la libre appréciation des preuves. A cet égard, il importe peu que la juridiction cantonale ait estimé que les rapports du SMR étaient convaincants et procédaient d'une étude complète du cas, et qu'il convenait par conséquent de leur attribuer une pleine valeur probante au sens de la jurisprudence fédérale. Une telle affirmation, détachée de tout contexte, n'a, en soi, aucune portée juridique particulière (cf. supra consid. 5). 6.4 De ce qui précède, il ressort que la motivation proposée par le Tribunal des assurances du canton de Vaud est nettement insuffisante par rapport à la complexité de la cause à juger. Ce défaut de motivation est constitutif d'une violation du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti à l'art. 29 al. 2 Cst. (cf. ATF 133 III 439 consid. 3.3 p. 445, 130 II 530 consid. 4.3 p. 540). Cette violation ne saurait être réparée devant la Cour de céans en raison de son pouvoir d'examen limité, d'autant plus qu'une instruction complémentaire est de toute évidence nécessaire.