Citation: I 703/02 04.07.2003 E. 5

Pour modifier une décision administrative passée en force dans le cadre d'une révision au sens de l'art. 41 LAI ou par le biais d'une reconsidération, il faut se placer au moment où cette décision a été rendue. L'administration ne peut pas faire abstraction des éléments à la base de celle-ci comme si elle statuait pour la première fois sur les droits de l'assuré, et modifier la situation juridique de ce dernier à la lumière exclusivement de circonstances existant à la date de sa nouvelle prise de décision. En l'occurrence, l'office AI semble reconnaître qu'une révision de sa décision initiale de rente ne se justifie pas, ce qu'il y a lieu de confirmer sans autres développements vu les constatations claires du docteur B.________ au sujet de l'évolution de l'état de santé de l'assuré. Cela étant, on ne saurait pas non plus admettre qu'il existe un motif de reconsidération de cette décision, qui plus est dans le sens d'une suppression totale des prestations. Que les troubles dorsaux invoqués par S.________ à l'appui de sa demande AI n'auraient jamais dû, aux yeux de l'expert, conduire à la reconnaissance, par l'assurance-invalidité, d'une incapacité de travail entière n'est à cet égard pas décisif. Car c'est à l'aune de la situation que l'office AI avait instruite à l'époque uniquement, qu'il y a lieu de juger de l'existence d'un motif de reconsidération. Or, les pièces au dossier s'y rapportant ne permettent pas de considérer que l'octroi d'une rente entière était alors manifestement erronée vu, d'une part, l'incapacité de travail totale dans l'activité d'aide-jardinier attestée par le docteur A.________ et, d'autre part, l'échec, pour raisons de santé, des mesures de réadaptation mises en oeuvre par l'office AI au cours de l'année 1992 (voir le rapport du 24 décembre 1992). Comme le seul avis médical au dossier émane du médecin traitant de S.________, il aurait sans doute été opportun de soumettre le prénommé, au terme de son stage de réadaptation, à un examen médical circonstancié auprès d'un médecin indépendant. L'office AI y a renoncé, sans que l'on puisse toutefois considérer que l'instruction menée était lacunaire à tel point qu'il n'a pas satisfait à ses obligations légales en la matière (art. 57 LAI et 69 RAI). Or, s'il apparaît ultérieurement, à la suite d'une nouvelle analyse de la situation, que l'appréciation médicale du cas à l'époque était critiquable, cela ne rend pas pour autant la décision prise sur cette base comme étant manifestement erronée. En l'absence d'un motif de révision ou de reconsidération de la décision du 10 mai 1993, la rente d'invalidité entière accordée à l'intimé doit être maintenue. Le recours se révèle ainsi mal fondé.