Citation: 1P.784/1999 17.02.2000 E. 2

2.- Le recourant se plaint d'arbitraire. Selon lui, la cour cantonale aurait gravement méconnu le principe de la confiance consacré à l'art. 26 LCR. Ne pouvant se rendre compte de la vitesse du véhicule de R.________, distant de quelque 80 m, il pouvait supposer que ce dernier respectait la limitation de vitesse. Si tel avait été le cas, l'accident aurait été évité, compte tenu du démarrage rapide effectué par le recourant. Ce dernier n'aurait commis aucune imprudence, l'accident étant exclusivement imputable à l'excès de vitesse commis par R.________. En définitive, le recourant devait pouvoir compter sur une attitude réglementaire des autres usagers de la route. Le recourant se plaint aussi d'une appréciation arbitraire des preuves, mais ce grief n'a aucune portée propre par rapport à son argumentation principale. Le recourant aurait dû démontrer en quoi la décision attaquée serait insoutenable sur ce point (art. 90 al. 1 let. b OJ), sans se contenter de reprendre l'argumentation développée devant les instances cantonales. En l'espèce, le recours n'indique pas quelle preuve aurait été arbitrairement appréciée, ou quel fait aurait été retenu de manière insoutenable. Le grief est par conséquent irrecevable. a) Une décision est arbitraire lorsqu'elle viole gravement une règle ou un principe juridique clair et indiscuté, ou lorsqu'elle contredit de manière choquante le sentiment de la justice ou de l'équité. La décision attaquée doit être insoutenable tant dans ses motifs que dans son résultat. Il ne suffit pas qu'une autre solution apparaisse possible, voire préférable à celle qui a été adoptée (ATF 125 I 166 consid. 2a p. 168). b) Déduit de l'art. 26 al. 1 LCR, le principe de la confiance permet à l'usager de la route qui respecte les règles de la circulation d'attendre des autres usagers, aussi longtemps que des circonstances particulières ne doivent pas l'en dissuader, qu'ils se comportent de même (ATF 125 IV 83 consid. 2b p. 87, 124 IV 81 consid. 2b p. 84 et les arrêts cités). Le débiteur de la priorité peut se réclamer de ce principe lorsque le conducteur prioritaire viole les règles de la circulation d'une manière imprévisible pour lui (ATF 120 IV 252 consid. 2d p. 253). En revanche, une prudence particulière s'impose, notamment lorsqu'il apparaît qu'un usager de la route va se comporter de manière incorrecte (art. 26 al. 2 LCR). La probabilité lointaine d'une faute ne suffit pas. c) Le recourant se réfère pour l'essentiel à l'ATF 118 IV 277, selon lequel le débiteur de la priorité qui veut s'engager sur une route principale n'a pas à compter avec la possibilité qu'un conducteur prioritaire survienne à une vitesse largement excessive, même si d'importants dépassements de la vitesse autorisée sont fréquents. Sur les routes principales, on ne doit en général pas compter avec des dépassements de plus de 10 km/h. Le recourant en déduit qu'il n'avait pas, lui non plus, à compter avec le dépassement de quelque 30 km/h commis par R.________. Le recourant perd de vue que cette jurisprudence se rapporte aux intersections où la visibilité n'est pas suffisante. Dans ces cas en effet, il ne serait plus possible de s'engager sur une route prioritaire, lorsque le trafic est intense, s'il fallait tenir compte de l'éventualité de l'apparition soudaine de véhicules circulant à une vitesse excessive (ATF 118 IV 277 consid. 5a p. 283). En l'espèce, l'arrêt attaqué retient, à l'instar du jugement de première instance, que le recourant a aperçu le véhicule de R.________ à une distance de 80 m, et pouvait ainsi se rendre compte que celui-ci roulait à une vitesse largement excessive. Le recourant tente de soutenir qu'il n'a aperçu le véhicule de R.________ que dans les miroirs disposés en face de l'intersection, ce qui ne permettait pas d'apprécier correctement sa vitesse. Les juridictions cantonales ont toutefois retenu que la visibilité était excellente et portait sur 250 m, de sorte que le recourant avait, à tout le moins, la possibilité de se rendre compte que sa manoeuvre n'était pas possible sans gêner le véhicule prioritaire. Cette considération, fondée sur une appréciation des preuves que le recourant ne remet pas en cause, ne saurait être qualifiée d'arbitraire. Le principe de la confiance n'est en effet d'aucune aide pour le recourant qui devait tenir compte, puisqu'il en avait la possibilité, de la vitesse effective et réelle du prioritaire (Bussy, Priorité aux intersections, questions diverses, FJS n° 8a, p. 2). Son démarrage très rapide démontre que le recourant lui-même avait conscience du caractère risqué de sa manoeuvre. En dépit de la faute manifeste commise par R.________ (qui a été sanctionnée), les juridictions cantonales pouvaient donc, sans arbitraire, tenir le recourant pour coupable d'une violation de l'art. 36 al. 2 LCR.