Citation: 5P.355/2005 05.01.2006 E. 3

Se référant au principe dit du "clean break", le recourant soutient que la cour cantonale a fait preuve d'arbitraire en estimant qu'on ne saurait exiger de l'épouse qu'elle augmente son taux d'activité de 50 à 80%. A l'appui de ce grief, il expose en bref que les parties vivent séparées depuis avril 1998, que l'intimée n'a que 36 ans et qu'elle bénéficie d'une formation d'assistante vétérinaire; leurs deux filles, âgées de 12 et 14 ans, seraient par ailleurs quasiment autonomes. 3.1 Le juge de première instance a considéré qu'il ne se justifiait pas d'obliger l'épouse - qui exerçait depuis septembre 2003 une activité professionnelle à 50% pour un revenu mensuel de 1'500 fr. - à augmenter son taux de travail tant qu'elle devait assurer la garde des deux filles du couple, ou à tout le moins jusqu'à ce que l'aînée eût atteint l'âge de 16 ans. Pour l'autorité cantonale, cette décision n'était pas arbitraire au regard, notamment, de l'âge des enfants, ainsi que de l'effort déjà fourni par l'intéressée, qui avait acquis une formation professionnelle et occupait un emploi à mi-temps. Il se justifiait d'autant moins d'interférer sur la marge d'appréciation du juge de première instance que la cause avait donné lieu à de nombreuses audiences, qui avaient permis à ce magistrat de mieux connaître les parties que la Cour de cassation. 3.2 Cette opinion n'apparaît pas critiquable; en tout cas, le recourant, dont l'argumentation est essentiellement appellatoire, ne démontre pas que tel serait le cas (art. 90 al. 1 let. b OJ). Autant qu'il est suffisamment motivé, son grief est en effet fondé sur une mauvaise compréhension de la jurisprudence relative à la détermination de la contribution d'entretien au sens de l'art. 125 al. 1 CC: d'une part, celle-ci ne repose pas seulement sur le principe de la rupture nette des liens matrimoniaux ("clean break"), mais aussi sur celui de la solidarité, qui implique que les époux sont responsables l'un envers l'autre des effets que le partage des tâches adopté durant le mariage a pu avoir sur la capacité de gain d'un époux, ainsi que des autres motifs qui empêcheraient celui-ci de subvenir lui-même à son entretien (ATF 129 III 7 consid. 3.1 p. 8); d'autre part, la contribution doit être fixée de manière à garantir à chaque époux le maintien du train de vie mené durant le mariage (ATF 129 III 7 consid. 3.1.1 p. 8 s.). Lorsque, comme en l'espèce, l'époux qui a assuré la prise en charge des enfants pendant le mariage continue de le faire après la séparation, ses perspectives de gain se trouvent sensiblement limitées de ce fait. C'est pourquoi la loi prévoit (art. 125 al. 2 ch. 6 CC), comme déjà la jurisprudence sous l'ancien droit (ATF 115 II 6 consid. 3c p. 9/10), que cet élément doit être pris en considération pour apprécier dans quelle mesure on peut raisonnablement attendre de lui qu'il pourvoie lui-même à son entretien convenable, y compris à la constitution d'une prévoyance vieillesse appropriée (art. 125 al. 1 CC). Dans le cas particulier, il n'était certainement pas insoutenable de considérer que l'intimée, qui doit assurer la prise en charge de deux enfants nés respectivement en 1991 et 1993, ne peut être contrainte de travailler à plus de 50% (cf. arrêts 5P.12/2004 du 1er avril 2004, consid. 2.3; 5C.48/2001 du 28 août 2001, consid. 4b et l'auteur cité), d'autant qu'elle a acquis une formation professionnelle à la suite de la séparation des parties et qu'elle a obtenu son premier emploi en septembre 2003. Il convient aussi de relever que la durée du mariage est un des critères figurant à l'art. 125 al. 2 CC (ch. 2). Les époux s'étant en l'occurrence mariés en 1990, leur union a duré plus de cinq ans, de sorte que malgré leur séparation survenue en 1998, il ne s'agit pas d'un mariage de courte durée (arrêt 5P.52/2005 du 10 mai 2005, consid. 2.2 et les auteurs cités). Enfin, les critiques du recourant visant les considérations de la cour cantonale relatives à une meilleure connaissance des époux par le président du Tribunal de district que par la Cour de cassation n'apparaissent pas décisives.