Citation: 1C_474/2023 E. 2.3

2.3. Les recourants sont tous de proches voisins de la parcelle n° 6510 et de la villa dont ils contestent la démolition. La proximité avec l'objet du litige ne permet cependant pas à elle seule de conférer au voisin la qualité pour recourir contre la délivrance d'une autorisation de construire et a fortiori contre une autorisation de démolir. Celui-ci doit en outre retirer un avantage pratique de l'annulation ou de la modification de l'arrêt contesté qui permette d'admettre qu'il est touché dans un intérêt personnel se distinguant nettement de l'intérêt général des autres habitants de la commune (cf. ATF 144 I 43 consid. 2.1; 137 II 30 consid. 2.2.3 et 2.3). Les recourants se prévalent notamment de la valeur patrimoniale de la villa vouée à disparaître pour s'opposer à sa démolition. Ils se réfèrent à ce propos à l'avis émis en février 2023 par l'historien de l'art R.________, lequel dirige l'un des bureaux chargés du recensement architectural du canton de Genève. Il n'est pas exclu de reconnaître la qualité pour recourir des voisins pour un tel motif (cf. arrêt 1C_27/2018 du 6 avril 2018 consid. 1.2). La Cour de céans a reconnu au voisin direct la qualité pour recourir contre une décision de retirer un immeuble de la liste des bâtiments classés à l'inventaire car elle aurait pour effet de permettre une utilisation plus intensive de la parcelle et, partant, d'engendrer des inconvénients plus importants pour le voisinage (arrêt 1C_355/2011 du 26 octobre 2011 consid. 1.2). Le maintien de la villa, s'il devait être reconnu en raison de sa valeur patrimoniale, ferait obstacle au projet de construction d'habitat groupé prévu sur la parcelle n° 6510 et conférerait ainsi aux recourants un intérêt pratique à s'opposer à sa démolition. La Chambre administrative a constaté que la valeur patrimoniale de la villa ne pouvait pas être retenue en l'état parce qu'elle ne faisait l'objet d'aucune mesure de protection, qu'elle avait été évaluée comme étant d'un intérêt secondaire par les services compétents en raison des transformations subies et qu'aucune mesure de protection n'était en cours ou envisagée. Le Tribunal administratif de première instance avait ainsi à bon droit dénié aux voisins de la parcelle en cause la qualité pour recourir. Les recourants soutiennent que la Chambre administrative aurait retenu arbitrairement que la villa n'avait aucune valeur patrimoniale pour le simple motif que le Service des monuments et des sites s'est déclaré non concerné. Ils n'auraient eu de cesse de défendre l'intérêt patrimonial du bâtiment et l'arrêt attaqué ferait fi de la demande de mise sous protection actuellement pendante. En tout état de cause, la valeur patrimoniale de la villa n'avait pas à être examinée au stade de l'analyse de la qualité pour recourir. Conformément à la théorie des faits de double pertinence, la Chambre administrative devait se limiter à constater leur implication à protéger la villa et la vraisemblance quant à l'existence d'une valeur patrimoniale particulière. En présence d'un point de droit qui influence non seulement la recevabilité, mais aussi le fond, il suffit, au stade de la recevabilité, que le recourant rende vraisemblable que, sur la question litigieuse, les conditions fondant la compétence du tribunal sont remplies, le point de savoir si tel est effectivement le cas étant ensuite tranché, pour autant que les autres conditions de recevabilité propres à la matière soient réunies, avec l'examen de la cause au fond (ATF 147 III 159 consid. 2; 141 II 14 consid. 5.1).