Citation: U 59/03 23.01.2004 E. 4

4.1 En l'espèce, on peut retenir des constatations médicales initiales que l'assuré a été heurté au niveau de la tête puis de l'épaule par un sac de riz de 50 kg, tombé d'une hauteur d'un mètre environ. Il n'a pas perdu connaissance mais a subi une entorse/contusion cervicale entraînant des douleurs cervicales et dorsales (rapport médical initial LAA du 23 mars 2000). Les examens médicaux effectués par la suite n'ont pas mis en évidence de déficit neurologique ou moteur objectivable, ni de lésion morphologique post-traumatique. Les médecins de la Clinique Y.________, les docteurs D.________ et C.________, ont constaté que sur le plan médical le syndrome vertébral était minime et relevé une discordance entre une mobilité active de la nuque normale et d'importantes limitations lors du testing passif du côté droit. Selon eux, il n'existait aucun élément objectif contre-indiquant la reprise du travail et proposaient une reprise à 50 % (rapports des 20 juillet et 8 août 2000). Par ailleurs, il ressort des rapports médicaux subséquents que le recourant a développé, à côté du status de contusion cervicale, des troubles psychiques. Ainsi, le docteur B.________, en plus d'observations identiques à celles des médecins de la Clinique Y.________ (absence de déficit sensible ou moteur, mobilisation cervicale spontanée normale et indolore), a fait état d'une chronicité, sans corrélat morphologique pouvant expliquer les plaintes subjectives importantes du patient; selon lui, des problèmes autres que les séquelles post-traumatiques pouvaient jouer un rôle décisif dans l'évolution de l'état de santé (rapport du 29 septembre 2000). Il a constaté ensuite, dans un rapport du 18 décembre 2000, que l'état subjectif du recourant empirait continuellement, «surchargé probablement par un état dépressif», puis a requis une appréciation psychiatrique de la part du docteur G.________ de la Clinique Y.________. Posant le diagnostic d'état dépressif majeur (degré léger), ce psychiatre a également évoqué «la question du diagnostic additionnel de syndrome douloureux somatoforme persistant», l'écartant toutefois à l'époque, dès lors que les plaintes du patient portaient avant tout sur des vertiges et qu'une partie de l'aggravation des plaintes douloureuses pouvait être mise sur le compte du simple état dépressif. Il a en outre estimé nécessaire que le recourant se soumette à un traitement psychothérapeutique, tout en précisant l'absence de motivation de celui-ci pour ce faire (rapport du 25 juin 2001). Appelé à se prononcer spécifiquement sur l'atteinte à la santé psychique du recourant dans le cadre de la procédure de l'assurance-invalidité, le docteur H.________ a diagnostiqué un syndrome douloureux persistant dont l'existence pouvait remonter, selon les éléments du dossier, à l'an 2000, avec traits de personnalité narcissique, histrionique et passive-agressive, ainsi qu'un syndrome dépressif moyen persistant présent certainement depuis juin 2001, mais peut-être déjà dans les suites précoces de l'accident de mars 2000. Il observait que le trouble somatoforme a pour caractéristique que les symptômes physiques persistent en dépit des bilans négatifs répétés et l'absence de substrats organiques expliquant l'intensité des troubles décrits par l'assuré. Par ailleurs, le psychiatre n'excluait pas la présence d'une névrose d'assurance ou de revendication s'ajoutant aux diagnostics posés. Selon lui, le recourant disposait d'une capacité de travail en grande partie intacte, mais qu'il n'arrivait pas à mettre en valeur en raison de son statut psychique. Le rapport du psychiatre, bien qu'établi le 8 juillet 2002, soit après la décision sur opposition, permet d'apprécier les circonstances au moment où celle-ci a été rendue, de sorte qu'il peut être pris en compte (ATF 99 V 109 et les arrêts cités). 4.2 Il résulte de ces constatations que l'existence d'un rapport de causalité adéquate entre les troubles dont souffre l'assuré et l'accident du 20 mars 2000 doit être examinée au regard des critères développés par la jurisprudence pour l'analyse de la causalité adéquate en relation avec des troubles psychiques, sans qu'il soit nécessaire, pour le surplus, d'examiner plus en détail si l'accident subi peut être assimilé à un traumatisme de type «coup du lapin» et si le recourant en présente le tableau clinique typique. En effet, à la suite de l'accident et durant toute la phase de l'évolution, depuis celui-ci jusqu'à la date du prononcé de la décision litigieuse, les troubles psychiques dont est atteint le recourant ont joué un rôle prépondérant, reléguant les problèmes physiques à l'arrière-plan. A cet égard, le fait que le recourant a retrouvé assez rapidement une capacité de travail entière sur le plan physique après l'accident - aucun élément objectif ne contre-indiquant une reprise du travail dès le mois de juillet 2000 -, tandis que sa capacité de travail était limitée à 50% sur le plan psychique à partir du mois de juin 2001 en tout cas (cf. rapport du docteur H.________ du 8 juillet 2002) apparaît également déterminant. Il en va de même de la circonstance qu'un traitement psychiatrique pourrait améliorer la santé psychique du recourant comme sa capacité de travail (rapport médical précité), alors qu'il n'y a plus, en été 2001, d'indication pour la poursuite du traitement physiothérapeutique qui n'est plus susceptible d'apporter un bénéfice à long terme (rapport du docteur F.________ du 21 juin 2001). Au demeurant, il convient de relever que l'application de cette jurisprudence ne présuppose pas, comme le fait valoir implicitement le recourant - et comme indiqué de manière imprécise par le regeste en français de l'ATF 123 V 98 - la «préexistence» de troubles psychiques. Il suffit que les lésions appartenant spécifiquement au tableau clinique des séquelles d'un accident de type «coup du lapin» à la colonne cervicale, bien qu'en partie établies, soient reléguées au second plan en raison de l'existence d'un problème important de nature psychique («... die Beeinträchtigungen zwar teilweise gegeben sind, im Vergleich zur vorliegenden ausgeprägten psychischen Problematik aber ganz in den Hintergrund treten», ATF 123 V 99 consid. 2a).