Citation: 1B_497/2022 E. 3.5

3.5. Comme le relève l'intimé, le recourant a soutenu lors de ses auditions plusieurs versions des faits, admettant dans un premier temps avoir versé du CDB liquide dans le café destiné à la plaignante pour faire une mauvaise blague. Il a ensuite affirmé avoir fait semblant de mettre quelque chose dans le verre de café par provocation ou par humour noir, pour finalement nier avoir mis quoi que ce soit dans le verre, suggérant que son ex-compagne avait amené avec elle une fiole de GHB pour en verser dans son café. Les analyses de laboratoire ont par ailleurs confirmé la présence de GHB dans le verre de café que le recourant destinait à la plaignante ainsi que dans la fiole et la pipette dont il se serait servi pour ce faire selon la plaignante. Fondés sur ces éléments, l'inspecteur B.________ a conclu sans doute possible dans son rapport d'investigation que le recourant avait versé du GHB dans le verre de la plaignante malgré ses dénégations. Il n'y a pas lieu d'examiner s'il était fondé à conclure, sur la base des premières déclarations du recourant et des résultats des analyses de laboratoire, que celui-ci avait tenté de verser une substance dans le café de son ex-compagne et que cette substance était du GHB. Même si l'on devait admettre que pareille conclusion n'a pas sa place dans un rapport d'investigation et qu'elle outrepassait la mission dévolue à un enquêteur, cela ne signifie pas pour autant que l'inspecteur B.________ serait prévenu à l'encontre du recourant. Comme le relève le Ministère public, il est aisé de faire la part de ce qui relève des faits constatés et de leur appréciation. On peut attendre tant du Ministère public que du juge qu'ils fassent leur propre appréciation de la force probante et de la crédibilité du rapport d'investigation au regard du dossier et qu'ils soient à même de différencier les appréciations subjectives de l'enquêteur des circonstances factuelles objectives (arrêt 1B_218/2016 du 3 novembre 2016 consid. 2.6). Le recourant affirme que l'inspecteur B.________ aurait traité la plaignante de manière différente, en se bornant à faire état de ses aveux quant à sa consommation de drogue et à la commission d'actes de violence physique à l'égard de son ex-compagnon, sans porter d'appréciation ou de jugement de valeur comme il l'aurait fait avec lui. L'intimé a pris position sur ce grief dans sa détermination du 10 mars 2022 sur la demande de récusation en relevant que la consommation de marijuana avouée par la plaignante faisait l'objet d'une amende d'ordre et qu'elle n'amenait pas d'autres actes d'enquête ou commentaires. Il soulignait également avoir immédiatement interrompu l'audition de l'ex-compagne du recourant et fait passer cette dernière de statut de personne entendue à titre de renseignements à celui de prévenue à la suite de ses propos dans lesquels elle reconnaissait avoir fait preuve de violences physiques à l'endroit du recourant. Cela étant, on ne saurait suivre ce dernier lorsqu'il prétend que la plaignante aurait bénéficié d'un traitement de faveur indu de la part de l'intimé qui traduirait une prévention de celui-ci à son égard. Le recourant voit également un indice de partialité de l'inspecteur B.________ à son endroit dans la remarque contenue dans le rapport d'investigation quant au prétendu ascendant psychologique qu'il aurait sur la partie plaignante, notamment lorsqu'il laisse sous-entendre dans les messages qu'il lui a envoyés que celle-ci est sous surveillance téléphonique et qu'il évoque le ras-le-bol quant à la situation délétère dans laquelle vit son enfant et qu'il juge inacceptable. Cette remarque figure dans les conclusions du chapitre du rapport d'investigation consacré à l'extraction des données des téléphones portables. Elle fait suite à une appréciation de l'intimé qui estime délicat de se positionner quant aux accusations respectives des parties et à leurs relations personnelles et familiales. Replacée dans son contexte, elle ne suffit pas pour établir une partialité de l'intimé. Le recourant voit enfin un indice de prévention dans la conclusion faite par l'inspecteur B.________ en violation de la présomption d'innocence, tirée de certains extraits des agendas de la plaignante qui résumaient, selon lui, la relation qu'elle entretenait avec le prévenu et ce qu'elle subissait. Dans la mesure où il était poursuivi pour s'en être pris physiquement à son ex-compagne, l'enquête devait également porter sur cette question et les relations entretenues entre les ex-compagnes. Certes, il aurait été plus avisé de recourir à une formulation moins catégorique. On comprend néanmoins que l'inspecteur entendait mettre en exergue les éléments allant dans le sens des dires de la plaignante, tels qu'il ressortait des notes personnelles prises par celle-ci dans ses agendas. Replacée dans son contexte, la remarque litigieuse ne traduit pas de manière évidente un parti pris en faveur de la plaignante ou en défaveur du recourant.