Citation: 4P.205/2002 08.01.2003 E. 2

2.1 Selon la jurisprudence, une décision est arbitraire lorsqu'elle est manifestement insoutenable, méconnaît gravement une norme ou un principe juridique clair et indiscuté, ou encore heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité. Il ne suffit pas que sa motivation soit insoutenable; encore faut-il que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat. A cet égard, le Tribunal fédéral ne s'écarte de la solution retenue que si celle-ci apparaît insoutenable, en contradiction manifeste avec la situation effective, adoptée sans motif objectif et en violation d'un droit certain. Il n'y a pas arbitraire du seul fait qu'une autre solution paraît également concevable, voire même préférable (ATF 128 I 81 consid. 2, 177 consid. 2.1; 128 II 259 consid. 5 p. 280). 2.2 L'art. 158 al. 1 let. c CPC/FR prévoit que la demande contient les conclusions. La jurisprudence cantonale a relevé que les conclusions doivent être claires et précises. Si elles sont entachées d'obscurité ou d'incertitude et que ce défaut n'est pas redressé au cours de l'instruction, le juge ne peut pas juger, parce que le dispositif de sa sentence doit nécessairement, lui aussi, être clair et précis. La partie condamnée doit, en effet, sans doute possible, savoir à quoi elle est condamnée (Extraits 1958, p. 95). Dans les actions en paiement d'une somme d'argent, les conclusions doivent contenir l'indication chiffrée du montant réclamé, règle qui souffre un certain nombre d'exceptions, par exemple lorsque le demandeur n'est pas en mesure de formuler le montant exact de sa prétention ou qu'on ne peut l'exiger de lui, la somme litigieuse ne pouvant être connue qu'après l'administration des preuves. Dans ce genre de cas, le demandeur est autorisé à attendre la fin de la procédure probatoire pour articuler des conclusions chiffrées (Fabienne Hohl, Procédure civile, Tome I, Berne 2001 p. 60 et 61 n. 213 et 218; Vogel/Spühler, Grundriss des Zivilprozessrechts, 7e éd., p. 189 n. 5e; Guldener, Schweizerisches Zivilprozessrecht, 3e éd., p. 193 n. II/ 2; Kellerhals, Güngerich, Berger, Bernisches Zivilprozessrecht, Berne 2002, p. 138; Frank/Sträuli/Messmer, Kommentar zur zürcherischen Zivilprozessordnung, 3e éd., p. 287 n. 25b et 27; Pius Markus Huber, Zivilprozessrecht, p. 198 n. 4; Michel Ducrot, Le droit judiciaire privé valaisan, Martigny 2000, p. 220). 2.3 En l'espèce, la demanderesse a chiffré ses conclusions relatives aux défauts des façades à l'introduction de l'instance, avant de les modifier deux fois au cours de cette dernière. Elle a requis finalement le paiement d'un montant "fixé à dire d'expert" pour les frais de réparation et de moins-value des façades. Ce montant a été articulé par l'homme de l'art devant les parties à l'audience du 26 janvier 2000 à la valeur de 123'500 fr.; il a ensuite été confirmé à l'audience du 29 novembre 2000, au cours de laquelle une imputation a été admise, et la procédure probatoire clôturée. Aussi, pour suivre la lettre de l'art. 158 al. 1 let. c CPC/FR et les principes dégagés par la doctrine rappelée ci-dessus, quant à l'admission d'une exception au caractère chiffré de la demande, l'intimée aurait-t-elle dû faire inscrire au procès-verbal du 26 janvier 2000 ou à celui du 29 novembre 2000 qu'elle réclamait le paiement de la somme énoncée par l'expert, soit 123'500 fr. Elle aurait pu également déposer dans le délai imparti une écriture allant dans ce sens. Toutefois, dans les circonstances particulières, il était manifeste pour le premier juge, ainsi que pour les deux parties, que le montant de la prétention relative à la suppression des défauts des façades s'élevait au chiffre avancé par l'expert, soit exactement 123'500 fr. En se référant expressément à la déclaration de l'expert, qui était univoque et précise, l'intimée a demandé le montant formulé par l'homme de l'art, même si, par la suite, elle n'a pas recouru contre l'estimation opérée à la baisse par le premier juge. Se rapportant à la déclaration de l'expert, l'intimée a implicitement déterminé un montant précis et ne s'est pas contentée de demander au Tribunal de le fixer lui-même, procédé inadmissible sanctionné par l'irrecevabilité d'une telle conclusion, singulièrement sous l'angle de l'art. 55 al. 1 let. b OJ (ATF 119 II 333 consid. 3 p. 334 et les références). C'est en vain que la recourante fonde son argumentation sur cette jurisprudence, qui traite de la situation d'une partie demanderesse se déchargeant sur le juge de son devoir de fixer sa prétention, alors que dans le cas présent la détermination du montant litigieux découle du renvoi exprès à la déclaration précise (123'500 fr.) de l'expert. Dans ce sens, la conclusion est suffisamment déterminée pour que sa recevabilité soit reconnue, ce que la cour cantonale a fait sans verser dans l'arbitraire. 2.4 Enfin, la recourante ne démontre pas que le Tribunal civil de l'arrondissement de la Sarine ou la Ire Cour d'appel du Tribunal cantonal eussent été matériellement incompétents à teneur de l'art. 55 al. 2 CPC/FR à cause de la détermination de la conclusion n° 3 de l'intimée par référence à la déclaration de l'expert. Faute de motivation suffisante au sens de l'art. 90 al. 1 let. b OJ, ce moyen est irrecevable. Quant au sort des dépens cantonaux, réglés par l'art. 111 CPC/FR, il n'intervient qu'après le jugement, et la recourante, alors défenderesse, pouvait se déterminer à leur sujet en présentant sa défense sur le fond. Ces considérations amènent le rejet du recours de droit public, dans la mesure où il est recevable.