Citation: 4C.298/2000 21.12.2000 E. A

A.- La société Edouard Dubied & Cie S.A. (ci-après: Dubied) était une société anonyme dont le siège se trouvait à Couvet (NE), active depuis 1895 notamment dans la fabrication et le commerce de machines à tricoter; la société avait un capital-actions de 15 millions de francs divisé en 60 000 actions nominatives d'une valeur nominale de 250 fr., ainsi qu'un capital de bons de participation de 5 millions, constitué de 20 000 bons de participation de 250 fr. chacun (art. 64 al. 2OJ). Jeannine Eckenstein était actionnaire de Dubied, dont elle détenait 389 actions. Dès 1974, Dubied a rencontré des difficultés dans la marche de ses affaires. Le 9 décembre 1987 s'est tenue une séance entre des représentants de quatre établissements bancaires, dont la Banque Cantonale Neuchâteloise (ci-après: BCN), et des dirigeants de Dubied (art. 64 al. 2 OJ), à l'occasion de laquelle lesdites banques ont refusé d'entrer en matière sur l'octroi de nouveaux crédits à Dubied et bloqué le financement au niveau qu'il avait atteint; à cette séance était présent en particulier Jean-François Krebs, tout à la fois directeur de la BCN et membre du conseil d'administration de Dubied. Cette limitation de crédit a contraint Dubied, le 15 décembre 1987, à solliciter un sursis concordataire, qui lui a été octroyé le 22 décembre 1987 pour une durée de quatre mois. Le 22 février 1988, la durée du sursis a été prolongée de deux mois, son échéance étant ainsi repoussée au 22 juin 1988. Le 20 juin 1988, le conseil d'administration de Dubied a adressé une circulaire aux actionnaires, qui contenait la phrase suivante: "Ainsi que nous vous l'exposons dans notre communication du 20 février, l'homologation du concordat par abandon d'actifs a pour conséquence que le capital social est entièrement perdu". Par jugement du 30 juin 1988, la Cour civile du Tribunal cantonal Neuchâteloise a homologué le concordat par abandon d'actif proposé par Dubied à ses créanciers. Par publication officielle du 4 juillet 1990, les liquidateurs ont informé les créanciers de Dubied en liquidation concordataire, d'une part, qu'ils renonçaient à faire valoir les droits de la masse contre les organes de cette société et, d'autre part, qu'ils leur offraient la cession de ces prétentions conformément à l'art. 260 aLP (art. 316 l aLP). Cinq personnes, dont Jeannine Eckenstein, ont demandé et obtenu la cession de ces droits en leur qualité d'actionnaires; les cessionnaires n'ont toutefois pas introduit de procès en responsabilité dans le délai qui échéait au mois de février 1992. Une assemblée générale des actionnaires de Dubied en liquidation concordataire a eu lieu le 9 mars 1995. Au cours de cette séance, le liquidateur, après avoir fait rapport sur les événements survenus depuis l'homologation du concordat par abandon d'actif, a fait savoir que le résultat de la liquidation avait permis de désintéresser l'ensemble des créanciers, lesquels s'étaient encore vu attribuer des intérêts sur les sommes dues, et qu'il restait encore un montant à disposition après la liquidation. L'assemblée générale a décidé que ce surplus serait réparti entre les actionnaires et les porteurs de bons de participation. Ainsi, Jeannine Eckenstein a reçu, à titre de participation au solde de liquidation, 50 fr.90 pour chaque action du débiteur concordataire qu'elle possédait.