Citation: I 87/06 31.01.2007 E. 4

4.1 Sur le plan psychique, les premiers juges ont retenu que le recourant ne présente pas de graves atteintes à la santé de ce chef. En conséquence, le trouble somatoforme diagnostiqué ne peut pas être réputé affection invalidante, déjà parce qu'il n'est pas accompagné d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante, ensuite, parce que les autres critères posés par la jurisprudence ne sont pas réalisés à satisfaction de droit. En effet, bien que des affections corporelles chroniques ou un processus maladif s'étendant sur plusieurs années, sans rémission durable, existent, il n'y a pas de perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie, ni d'état psychique cristallisé, sans évolution possible au plan thérapeutique, marquant simultanément l'échec et la libération du processus de résolution du conflit psychique (profit primaire tiré de la maladie), ni d'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art et de mesures de réhabilitation, cela en dépit de la motivation et des efforts de la personne assurée pour surmonter les effets des troubles somatoformes douloureux. A cet égard, les premiers juges ont relevé que l'assuré n'avait pas observé les traitements médicaux. Accordant pleine valeur probante à l'expertise psychiatrique du docteur S.________, ils se sont ralliés aux conclusions de ce spécialiste, selon lesquelles, du point de vue psychiatrique, la capacité de travail du recourant était entière. Pour sa part, le recourant se réfère aux conclusions des docteurs R.________ et O.________ dans leur rapport médical du 4 avril 2003. Il fait valoir qu'il souffre d'un trouble dépressif récurrent sévère, d'une personnalité paranoïaque et qu'il n'a plus aucune capacité de travail en raison de ses troubles psychiatriques. Il reproche aux premiers juges de n'avoir pas indiqué les raisons pour lesquelles ils n'avaient pas retenu les conclusions de ces médecins et leur avaient préféré les conclusions du docteur S.________ et celles des médecins de l'office AI dans le rapport SMR du 3 octobre 2003. Etant donné qu'il existe de profondes divergences médicales sous cet angle, ils auraient dû ordonner une expertise psychiatrique. 4.1.1 Il est constant que le recourant présente un trouble somatoforme indifférencié selon le DSM IV ou un syndrome douloureux somatoforme persistant selon le CIM-10 (F45.4). Ainsi que cela ressort du dossier, tel est l'avis de la majorité des médecins. En effet, dans l'expertise psychiatrique du 20 novembre 2001, le docteur S.________ et la psychologue C.________ ont posé le diagnostic selon le DSM IV de trouble somatoforme indifférencié associé à des plaintes pseudo-neurologiques d'allure hystériforme avec sursimulation. Selon eux, on se trouve dans le cas d'un trouble somatoforme douloureux sans comorbidité psychiatrique cliniquement significative. Dans leur rapport médical du 4 avril 2003, les docteurs R.________ et O.________ ont diagnostiqué selon le CIM-10 un trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère sans symptômes psychotiques (F33.2), un syndrome douloureux somatoforme persistant (F45.4), des anesthésies dissociatives et atteintes sensorielles (F44.6) et une personnalité paranoïaque (F60.0). Enfin, dans le rapport SMR du 3 octobre 2003, les médecins de l'office AI ont retenu le diagnostic de trouble dépressif et anxieux mixte (F41.2) chez une personnalité émotionnellement labile à traits narcissiques et de trouble douloureux chronique. 4.1.2 Les avis médicaux divergent en ce qui concerne la capacité de travail du recourant sous l'angle psychique. D'un côté, le docteur S.________ et la psychologue C.________, dans leur rapport du 20 novembre 2001, ont considéré qu'il ne présentait pas de troubles majeurs de la personnalité et que l'on se trouvait dans le cas d'un trouble somatoforme douloureux avec sursimulation sans comorbidité psychiatrique cliniquement significative, de sorte qu'une incapacité de gain due à la santé mentale devait être niée. Tel est également l'avis des médecins du SMR qui, dans leur rapport du 3 octobre 2003, ont estimé qu'en l'absence de limitation fonctionnelle majeure sur le plan psychiatrique, la capacité de travail devait être maintenue au sens de l'évaluation dans le rapport d'examen du 14 mars 2002 et fixée à 75 % dans une activité adaptée. D'un autre côté, les docteurs R.________ et O.________, dans leur rapport médical du 4 avril 2003, sont de l'avis qu'aucune activité n'est plus exigible de la part du recourant. En effet, celui-ci souffre d'une maladie psychiatrique chronique et évolutive qui a amené une inexorable dégradation de son état psychique et somatique. Actuellement, sa résistance et sa tolérance au stress sont nulles, malgré un traitement approprié. Il apparaît ainsi que l'expert S.________ et les médecins du SMR ont un avis différent que les médecins traitants en ce qui concerne la capacité de travail du recourant sur le plan psychique. 4.1.3 Le diagnostic de trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère sans symptômes psychotiques (F33.2) retenu par les docteurs R.________ et O.________ dans leur rapport du 4 avril 2003 ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée importante au sens de la jurisprudence (supra, consid. 3.3). Certes, ces médecins indiquent que le pronostic paraît extrêmement mauvais. Dans une lettre du 21 février 2005, produite devant la juridiction cantonale, ils déclarent avoir pu voir «flamber» littéralement le trouble paranoïaque ces derniers mois, fortement aggravé par l'état dépressif sévère, qui répond mal au traitement. Ils signalent une crise clastique dans leur service, le risque d'une nouvelle décompensation violente et une possibilité de passage à l'acte auto- ou hétéro-agressif en dépit de l'important réseau mis en place. Pour autant, les docteurs R.________ et O.________ n'évoquent pas la présence d'une comorbidité importante par sa gravité, son acuité et sa durée. La Cour de céans n'a aucune raison de s'écarter sur ce point de l'avis des médecins de l'office AI, selon lequel les troubles psychiatriques présentés par le recourant ne peuvent être considérés comme une comorbidité déterminante à son trouble douloureux chronique. En effet, dans le rapport SMR du 3 octobre 2003, les docteurs V.________ et A.________ indiquent que l'aménagement de sa personnalité ne peut constituer un caractère prémorbide à son status algique. Sur le plan de la personnalité, celui-ci n'apparaît pas comme interprétatif ou délirant, ce qui correspondrait au diagnostic d'une personnalité paranoïaque. Ils ont privilégié le diagnostic d'une personnalité émotionnellement labile à traits narcissiques, l'assuré manifestant des angoisses à type anaclitique à l'idée de perdre un ami âgé. Celui-ci présente une recrudescence des troubles anxieux, suite à un accident de la circulation dans lequel il avait été impliqué le 8 mai 2003. Avec les premiers juges, il y a donc lieu de nier toute comorbidité importante par sa gravité, son acuité et sa durée. 4.1.4 Les autres critères consacrés par la jurisprudence, dont l'existence permet d'admettre le caractère non exigible de la reprise du travail, ne sont pas non plus réalisés. On ne voit pas que le recourant réunit en sa personne plusieurs de ces critères (ou du moins pas dans une mesure très marquée) qui fondent un pronostic défavorable en ce qui concerne l'exigibilité d'une reprise d'activité professionnelle. Le point de savoir si, comme l'ont admis les premiers juges, des affections corporelles chroniques ou un processus maladif s'étendant sur plusieurs années, sans rémission durable, existent, peut demeurer indécis. En effet, on ne saurait tout de même faire abstraction du discours revendicateur du recourant, qui fait porter la responsabilité de tous ses maux sur l'assurance-invalidité et le corps médical (rapport d'expertise psychiatrique du 20 novembre 2001). Que ce soit le docteur S.________ dans le rapport précité ou les médecins du SMR dans leurs rapports des 14 mars 2002 et 3 octobre 2003, tous concordent à relever la mauvaise observance du traitement par le patient et concluent à un syndrome d'exagération de symptômes somatiques. Il n'y a pas de perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Ainsi que cela ressort du rapport SMR du 3 octobre 2003, le recourant a gardé une vie sociale, même si cette dernière est restreinte, en raison de son irritabilité. Aucun des médecins n'a constaté un état psychique cristallisé. Les premiers juges en ont nié l'existence. On ne voit pas au dossier que chez le recourant, l'apparition du trouble somatoforme résulterait d'une libération du processus de résolution du conflit, mais apportant un soulagement du point de vue psychique (profit primaire tiré de la maladie, fuite dans la maladie). Les explications des docteurs R.________ et O.________ ne font pas mention d'une source de conflit intrapsychique ni d'une situation conflictuelle externe permettant d'expliquer le développement du trouble somatoforme douloureux et son aboutissement jusqu'à une interruption totale de toute activité lucrative. Il apparaît ainsi que le trouble somatoforme douloureux ne se manifeste pas avec une sévérité telle que, d'un point de vue objectif, seule une mise en valeur limitée de la capacité de travail du recourant puisse être raisonnablement exigée de lui. On ne saurait dès lors reprocher aux premiers juges de n'avoir pas procédé à une expertise psychiatrique. Le recours est mal fondé de ce chef. 4.2 Sur le plan physique, les premiers juges se sont ralliés à l'estimation de la capacité de travail du recourant par le docteur M.________, étant donné que l'expert H.________, dans son évaluation de la capacité résiduelle de travail, a pris en considération d'autres paramètres (résultant notamment de problèmes psychologiques) que les seules entraves orthopédiques. En effet, les éléments d'ordre psychiatrique ne doivent pas être retenus dans l'évaluation de son incapacité de travail, ce qu'il y a lieu de confirmer pour les motifs exposés ci-dessus (supra, consid. 4.1.3 et 4.1.4). Avec les premiers juges, il faut retenir que le recourant présente une capacité de travail de 75 % dans une activité adaptée.