Citation: 5A_78/2020 E. 4.2

4.2. Concernant les charges de la recourante, celle-ci a établi un budget mensuel pour un montant total de 7'334 fr. 26 renvoyant globalement à un lot de pièces sans lier chaque poste de charge à une ou plusieurs pièces déterminées. A l'examen de ces pièces, il apparaît qu'elles sont toutes datées de la fin de l'année 2017 et de 2018. Par ailleurs, plusieurs des postes de charge allégués ne concernent pas des frais récurrents, à savoir en particulier les frais de dentiste, de réparation des véhicules ou encore de restauration des murs de la terrasse. Enfin, si certaines pièces peuvent être reliées de façon assez évidente aux charges qu'elles sont censées attester, cela n'est pas toujours le cas dans la mesure où la recourante ne se réfère à aucun numéro de pièce déterminé. On peine ainsi notamment à identifier quelles sont les preuves qu'elle a offertes pour démontrer une charge mensuelle de 800 fr. s'agissant de l'" aide d'un tiers pour suivi fosse septique, fauchage, corvée bois " ou encore de 500 fr. pour ses " extras et train de vie ". Quant aux extraits de ses comptes bancaires, qui démontreraient des dépenses courantes moyennes de 4'950 fr. par mois, il apparaît que la Cour d'appel ne s'est pas exprimée sur ce pan de l'argumentation de la recourante. Or, cette dernière ne soulève aucun grief de violation de son droit d'être entendue à cet égard. Quoi qu'il en soit, ces extraits bancaires ne sauraient à eux seuls prouver le train de vie de la recourante. En effet, la nature des charges couvertes n'est pas toujours clairement identifiable, les écritures y figurant étant au demeurant en grande partie intervenues avant la date de séparation alléguée par la recourante sur des comptes bancaires dont l'intimé était titulaire. Ces dépenses ne peuvent donc, sans autre recoupement, être considérées comme ayant bénéficié à la recourante. Compte tenu de ce qui précède, on ne discerne pas d'arbitraire en tant que la cour cantonale a considéré que la recourante avait échoué à établir son train de vie durant la vie commune. En effet, même si l'on ne saurait poser comme condition que les charges soient établies sur plusieurs années pour pouvoir attester d'un certain train de vie, une telle exigence peut toutefois être imposée s'agissant de dépenses qui, de par leur nature, ne se réalisent en principe pas chaque année. Or, en l'espèce, le budget allégué par la recourante contient plusieurs postes de ce type, de sorte que c'est à bon droit que la cour cantonale a considéré que, pour prouver la réalité d'un tel train de vie, elle aurait dû démontrer la récurrence de ces frais afin de dégager une moyenne des dépenses engagées sur une longue période. La recourante reproche encore à la cour cantonale d'avoir retenu arbitrairement qu'elle avait jusqu'alors pu vivre avec le montant de 4'500 fr. alloué mensuellement par l'intimé, de sorte que son train de vie plus élevé devait manifestement être couvert par un autre biais, tout en omettant les nombreuses dettes et poursuites dont elle avait fait l'objet concernant le paiement de ses impôts et ses cotisations AVS ainsi que les emprunts qu'elle avait dû contracter pour assumer ses dépenses courantes. Les pièces produites par la recourante en première instance, auxquelles elle se réfère dans son recours (pièces 2 à 14 du bordereau du 7 septembre 2018), font effectivement état de poursuites pour des arriérés d'impôts et de cotisations AVS. En revanche, on n'y trouve trace d'un quelconque emprunt qu'elle aurait contracté. Les courriers joints échangés entre les mandataires des parties démontrent cependant que ces poursuites sont dues au désaccord des époux quant à la question de savoir à qui il incombait de s'acquitter de ces montants plutôt qu'à un manque de liquidités. Partant, le grief d'arbitraire sur ce point est infondé. Au surplus, la recourante fait à tort grief à la Cour d'appel de ne pas avoir retenu de charge de loyer en sa faveur. En effet, la cour cantonale a relevé que la convention intervenue entre les parties le 22 décembre 2015 et prévoyant le versement en faveur de la recourante d'une pension mensuelle de 4'500 fr. dès le 1er janvier 2016 était muette sur la question des cotisations AVS et des frais de logement de la recourante, de sorte que l'on pouvait considérer que ces frais étaient inclus dans ce montant. Or, en tant que la recourante se contente d'affirmer péremptoirement qu'elle ne sera plus propriétaire du logement conjugal à l'avenir, ce qui justifierait selon elle la prise en compte d'un loyer dans ses charges, et reproche à la cour cantonale d'" oublier " que les époux avaient convenu que l'intimé s'acquitterait de ses cotisations AVS en sus du montant de 4'500 fr., elle ne s'en prend pas valablement à cette motivation. S'agissant plus particulièrement des cotisations AVS, elle renvoie pour preuve aux procès-verbaux d'audience. Or, sur ce point, la cour cantonale a expressément relevé que le fait que les parties soient convenues lors de l'audience du 10 octobre 2018 que l'intimé paierait les cotisations AVS dues par la recourante dès 2012 ne signifiait pas nécessairement que les 4'500 fr. alloués conventionnellement à la recourante en décembre 2015 ne comprenaient pas ce poste. La recourante ne s'en prend pas davantage à cette motivation. Enfin, dans la mesure où elle a retenu à bon droit que la recourante n'était pas parvenue à démontrer son train de vie et que rien n'indique que les poursuites dont elle a fait l'objet sont imputables à son incapacité alléguée d'assumer le train de vie auquel elle prétend, c'est sans arbitraire que la Cour d'appel a considéré que la recourante était manifestement en mesure d'assurer la part de son train de vie non couverte par la contribution de 4'500 fr. par d'autres sources de revenus, à savoir des revenus tirés de sa fortune immobilière composée notamment d'une villa aux Pays-Bas et de terrains en Ardèche. Les développements de la recourante tendant à démontrer que la Cour d'appel a retenu arbitrairement qu'elle réalisait des revenus sur sa fortune immobilière (p. 10 à 12 du mémoire de recours) sont dès lors sans pertinence pour l'issue de la cause et son grief de violation de l'art. 8 CC au motif qu'elle avait bien fourni tous les éléments probants concernant l'existence desdits revenus tombe à faux. Il importe également peu que l'intimé se soit engagé, dans le cadre de la procédure de mesures provisionnelles, à assumer la charge fiscale de la recourante en sus du montant de 4'500 fr. En effet, dans la mesure où un époux ne peut prétendre à une pension que s'il n'est pas en mesure de pourvoir lui-même à son entretien convenable (cf. supra consid. 4.1) et qu'il a en l'espèce été constaté à bon droit que la recourante a été en mesure d'assurer, avec les 4'500 fr. versés mensuellement par son ex-époux, son train de vie, y compris sa charge fiscale, la motivation de la Cour d'appel ne viole pas non plus l'art. 125 CC sur ce point.