Citation: I 622/06 16.05.2007 E. 1

Bien que ce point du jugement ne soit pas critiqué, on notera tout de même que l'argument de l'office recourant, selon lequel la modification de la personnalité n'a pas empêché l'intimée de poursuivre ses activités, n'est pas pertinent dans la mesure où il ne tient aucun compte de l'avis des experts (le stress et le traumatisme auxquels l'intéressée a été exposée étaient tellement intenses qu'elle en ressent encore les conséquences, malgré le fait qu'elle soit parvenue à affronter la vie dans un premier temps; depuis sa sortie de prison, elle souffre d'angoisses, de troubles du sommeil, de cauchemars, de flash back avec retour de scènes d'emprisonnement et de torture accompagnées de voix et d'images quasi-hallucinatoires, ce qui a induit une fragilisation de l'état psychique) et ne renseigne surtout en rien sur l'absence actuelle d'influence sur la capacité de travail. Compte tenu de ce qui précède, le trouble en question pourrait éventuellement constituer une comorbidité à la fibromyalgie. Au regard de l'appréciation catégorique du cas par les experts (plus de ressources psychiques qui permettraient un nouveau départ professionnel, possibilité de faire face aux événements très affaiblie, etc., malgré la volonté démontrée de lutter et de continuer à lutter contre l'adversité), il semblerait en outre que d'un point de vue objectif, la mise en valeur de sa capacité de travail ne pourrait pratiquement plus raisonnablement être exigée de l'intimée, au sens de la jurisprudence citée par la juridiction cantonale et reprise par l'administration, et pourrait exceptionnellement justifier la reconnaissance d'une fibromyalgie invalidante malgré l'absence de comorbidité ou d'autres critères. Ces questions peuvent toutefois restées indécises dès lors que le recours doit être rejeté pour les motifs qui vont suivre. 6.3 Concernant le critère de la perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie, l'office recourant a estimé qu'il n'était pas rempli contrairement aux premiers juges qui ont retenu que le cercle d'amis de l'intéressée s'était restreint ces dernières années, bien que les parents et deux des frères de cette dernière vivaient à Genève, que les activités sociales avaient toutes été abandonnées depuis mai 2004, période à laquelle l'affection sanguine du mari, qui depuis est retourné vivre au Kurdistan, s'était déclarée, que l'intimée n'exerçait aucune activité sportive, ni de loisir, si ce n'est des séances de stretching le matin chez elle ou des promenades de vingt minutes et que les experts avaient constaté un retrait social évident. En ajoutant uniquement aux éléments retenus par la juridiction cantonale que l'intéressée se définissait elle-même comme une personne bien intégrée socialement et qu'elle ait pu maintenir une activité lucrative à hauteur de quelques heures jusqu'en 2004, éléments qui sont du reste connus de l'instance précédente, puis en adoptant une conclusion contraire à celle de cette dernière, l'administration n'a pas explicitement, ni implicitement, fait valoir une constatation manifestement inexacte ou incomplète des faits, ni une violation des règles essentielles de procédure lors de leur établissement, mais a contesté l'appréciation de ceux-ci. Compte tenu de son pouvoir de cognition restreint, la Cour de céans ne peut qu'examiner si ladite appréciation est excessive ou abusive. En l'occurrence, cela n'est nullement le cas dans la mesure où le fait de se déclarer bien intégré socialement et de l'avoir effectivement été durant une certaine période n'empêche pas de subir un retrait social par la suite. Par ailleurs, faire du stretching seul chez soi ou des promenades solitaires ou continuer à voir ses parents âgés de 76 et 80 ans ne saurait en aucun cas être regardé comme des signes d'intégration sociale déterminants. 6.4 Le même raisonnement peut être repris en ce qui concerne le dernier point soulevé par l'administration. La juridiction cantonale a retenu que malgré les traitements somatiques (physiothérapie, sophrologie, magnétisme, acupuncture, kinésiologie, etc.), psychothérapeutiques et médicamenteux («ciprexa» ayant entraîné une diminution des cauchemars au prix d'une prise pondérale de 25 kg) entrepris, une cristallisation de l'état psychique était intervenue. Or, affirmer notamment que l'intéressée dirigeait elle-même la prise de la médication anti-dépressive ou que la fluctuation de l'état dépressif au fil des ans ne permettait pas d'aboutir à une telle conclusion, alors même que les experts et les autres médecins qui se sont prononcés sur le cas attestaient l'existence d'un traitement anti-dépresseur («cipralex», «stilnox» et «xanax» dont la posologie pouvait effective-ment être augmentée de manière autonome lors des crises de panique) ou d'un état dépressif récurrent, dont seule l'intensité de l'épisode en cours fluctuait, ne suffit pas à remettre en question l'appréciation de ce facteur par la juridiction cantonale ou de la faire passer pour excessive ou abusive. On rappellera encore que les experts avaient insisté sur le fait que l'intimée s'était battue pour son avenir, qu'elle avait réussi à travailler grâce à une volonté remarquable et qu'elle avait su se prendre en main malgré les tortures et l'adversité. Ils ont également retenu qu'en dépit de tous les efforts consentis, l'accumulation des événements difficiles avait totalement épuisé les ressources psychiques de l'intéressée. Le recours est donc en tous points mal fondé.