Citation: 1P.133/2001 23.03.2001 E. 2

2.- a) S'agissant de la constatation des faits et de l'appréciation des preuves, la maxime "in dubio pro reo" est violée lorsque l'appréciation objective de l'ensemble des éléments de preuve laisse subsister un doute insurmontable sur la culpabilité de l'accusé (ATF 120 Ia 31 consid. 2cp. 37). Une constatation de fait n'est pas arbitraire pour la seule raison que la version retenue par le juge ne coïncide pas avec celle de l'accusé; encore faut-il que l'appréciation des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective, qu'elle constitue la violation d'une règle de droit ou d'un principe juridique clair et indiscuté, ou encore qu'elle heurte de façon grossière le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 118 Ia 28 consid. 1b p. 30; 117 Ia 133 consid. 2cp. 39, 292 consid. 3a p. 294). Saisi d'un recours de droit public ayant trait à l'appréciation des preuves, le Tribunal fédéral examine seulement si le juge cantonal a outrepassé son pouvoir d'appréciation et établi les faits de manière arbitraire (ATF 124 I 208 consid. 4 p. 211; 120 Ia 31 consid. 2d p. 37/38; 118 Ia 28 consid. 1b p. 30 et les arrêts cités). L'art. 32 al. 1 Cst. , entré en vigueur le 1er janvier 2000, qui consacre spécifiquement la notion de la présomption d'innocence, ne fait que reprendre les principes posés dans ce domaine par la jurisprudence (FF 1997 I 1 ss, notamment p. 188/189). b) En l'espèce, le recourant argumente en perdant de vue qu'il a été condamné par le Tribunal de police du canton de Genève pour avoir servi d'intermédiaire entre B.________ et C.________ dans la vente d'une quantité de 30 g de cocaïne. Ni les juges de première instance ni les juges d'appel n'ont considéré qu'il était impliqué dans un vaste trafic de drogue ou qu'il organisait de manière systématique l'acheminement de la cocaïne apportée par B.________ ou d'autres personnes à des revendeurs, requérants d'asile guinéens ou maliens. Le fait qu'aucune trace de drogue n'ait été découverte dans l'appartement et le véhicule du recourant ou que le niveau de vie des époux A.________ corresponde à leur situation professionnelle est ainsi dénué de pertinence. Il résulte par ailleurs du dossier que C.________ a été arrêté le 14 avril 2000, alors qu'il revendait 28,6 g de cocaïne à un agent infiltré. De plus, B.________ a été interpellé en possession de 8'815 francs suisses en petites coupures, contaminées à plus de 80% avec de la cocaïne, ce qui excluait une contamination accidentelle. La date exacte de la remise d'environ 30 g de cocaïne au début avril 2000 par B.________ et A.________ à C.________ n'a certes pas pu être déterminée avec précision; de plus, ce dernier a varié dans ses déclarations à ce sujet en indiquant successivement avoir reçu la drogue un soir au domicile du recourant, puis ensuite dans la rue, avant de revenir à ses premières déclarations. Ces circonstances ne revêtent cependant pas une importance décisive pour déterminer si le recourant avait effectivement joué un rôle d'intermédiaire; en effet, C.________ a toujours précisé que B.________ était présent, ce qui était l'élément capital, puisque c'est ce dernier qui amenait de la cocaïne de Hollande, via l'Allemagne où il était domicilié. Il découle de ces dépositions que C.________ ne pouvait avoir accès à la drogue livrée par B.________, qui ne connaissait pratiquement personne à Genève, que par l'intermédiaire de son voisin et ami, A.________. Or, d'après les déclarations de l'épouse du recourant et de C.________, ce dernier avait rencontré B.________ au domicile des A.________ à deux ou trois reprises entre les 4 et 7 avril 2000, lui donnant ainsi la possibilité d'effectuer la transaction. Dans ces conditions, la cour cantonale pouvait sans arbitraire retenir que A.________ avait à tout le moins servi d'intermédiaire entre B.________ et C.________ dans la vente d'une quantité de 30 g de cocaïne, les déclarations de C.________ étant confortées par les indices matériels réunis dans la procédure, soit l'analyse des sommes d'argent saisies sur B.________ et la quantité de drogue vendue à l'agent infiltré le 14 avril 2000. L'antipathie de A.________ à l'égard de D.________ et l'intention qu'il avait manifestée de révéler à l'épouse de C.________ queson mari était un consommateur, voire un trafiquant de drogue, ne suffisent pas pour admettre que les deux hommes auraient mensongèrement impliqué le recourant dans une livraison de cocaïne à laquelle il était totalement étranger. Au contraire, il ressort du dossier que A.________, qui connaissait B.________ et qui l'avait reçu deux fois lors de ses déplacements d'Allemagne à Genève, était le seul à pouvoir faire le lien avec son voisin et ami C.________, comme ce dernier l'a déclaré d'une telle façon que le défaut de précision sur l'heure exacte et le lieu de la remise de la drogue ne permettait pas d'infirmer. Ainsi, même sans tenir compte des déclarations de D.________, qui confirment celles de C.________, la cour cantonale pouvait, sans porter atteinte aux droits constitutionnels du recourant, tenir les faits qui lui étaient reprochés pour établis, les autres allégations concernant un trafic de drogue d'une certaine ampleur n'étant pas prises en considération et ne ressortant pas du dossier cantonal soumis au Tribunal fédéral. En définitive, le recourant ne parvient pas à démontrer que le jugement attaqué reposerait sur une appréciation arbitraire des preuves, qui serait en contradiction avec les déclarations des témoins ou des coïnculpés, étayées par les quelques indices matériels rassemblés par la police et le Juge d'instruction.