Citation: 1B_103/2009 18.05.2009 E. 4

Le recourant remet d'abord en cause l'existence d'un risque de récidive, en se prévalant d'une psychothérapie mise en place durant ces derniers mois et d'une prise en charge relative à ses problèmes liés à la consommation d'alcool. 4.1 Selon la jurisprudence, le maintien en détention se justifie s'il y a lieu de présumer, avec une certaine vraisemblance, qu'il existe un danger de récidive. Il convient de faire preuve de retenue dans l'appréciation d'un tel risque: le maintien en détention ne peut se justifier pour ce motif que si le pronostic est très défavorable et que les délits dont l'autorité redoute la réitération sont graves (ATF 133 I 270 consid. 2.2 p. 276; 125 I 60 consid. 3a p. 62, 361 consid. 5 p. 367; 124 I 208 consid. 5 p. 213; 123 I 268 consid. 2c p. 270 et les arrêts cités). La jurisprudence se montre toutefois moins stricte dans l'exigence de vraisemblance lorsqu'il s'agit de délits de violence graves ou de délits sexuels, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est alors considéré comme trop important; en pareil cas, il convient de tenir compte de l'état psychique du prévenu, de son imprévisibilité ou de son agressivité (ATF 123 I 268 consid. 2e p. 271). Autant que possible, l'autorité doit tenter de substituer à la détention toute autre mesure moins incisive propre à atteindre le même résultat (ATF 123 I 268 consid. 2c et e p. 270 s. et les arrêts cités). 4.2 La Chambre d'accusation retient implicitement un risque de récidive, puisqu'elle renvoie à une précédente ordonnance du 17 octobre 2008 qui retenait un tel risque. Cette ordonnance se référait elle-même à une expertise psychiatrique, qui concluait à un risque de récidive non négligeable en raison de la dangerosité de l'intéressé et du manque de critique et d'introspection de celui-ci. Elle évoquait également "une très ancienne condamnation en France pour des faits analogues". Cette dernière référence a un antécédent ancien - ne figurant pas aux casiers judiciaires suisse et français de l'intéressé - n'est pas compatible avec la jurisprudence récente en la matière, qui rappelle que le juge de l'arrestation doit également respecter l'art. 369 CP, ce qui a pour conséquence que les peines antérieures éliminées du casier judiciaire ne doivent en principe pas être prises en compte lors de l'examen du risque de récidive (ATF 135 I 71 consid. 2.11 p. 76 s.). Par ailleurs, le recourant allègue que sa situation a évolué depuis le 17 octobre 2008. Il a en effet entrepris un suivi psychothérapeutique, centré à la fois sur "ses passages à l'acte" et sur "sa problématique d'alcool". En réponse à cet argument, la Chambre d'accusation se borne à dire que les motifs de maintien en détention sont "toujours valables à ce jour cela même si l'inculpé a entrepris en détention une thérapie qui semble évoluer de façon favorable". 4.3 En l'occurrence, les actes reprochés au recourant sont objectivement graves, s'agissant d'agressions très violentes. Il est en particulier reproché à l'intéressé d'avoir tenté d'étrangler trois prostituées et de les avoir fait tomber au sol. Il aurait à chaque fois agressé ses victimes par surprise, après avoir entretenu un rapport sexuel complet avec celles-ci. L'une d'entre elles se serait fait soulever, se retrouvant suspendue par le cou alors que ses pieds ne touchaient plus terre. Les deux autres se seraient évanouies. L'inculpé aurait en outre menacé de mort une de ses victimes et il en aurait frappé une autre d'un coup de poing au visage. Le rapport d'expertise psychiatrique du 2 octobre 2008 concluait que le risque de récidive était "non négligeable". Lors de son audition du 3 octobre 2008 l'expert a indiqué qu'une prise en charge psychothérapeutique, avec un axe sur la problématique alcoolique, pouvait diminuer sensiblement ce risque. Il a néanmoins précisé que le degré de dangerosité de l'intéressé était en l'état très haut en cas de "mise en liberté avec consommation ultérieure d'alcool" et que le risque de récidive subsistait dans une moindre mesure même sans consommation d'alcool. Il est vrai que le recourant a par la suite entrepris un suivi thérapeutique et qu'un certificat du 16 mars 2009 relève qu'il "se montre très motivé dans le travail thérapeutique et effectue une réelle remise en question" et qu'il "semble avoir pris conscience de ses difficultés et de leur lien avec ses délits sexuels". Il faut en prendre acte, mais il n'en demeure pas moins que l'intéressé, qui se décrit lui-même comme une "cocotte minute", ne parvient pas encore à s'expliquer pourquoi il a "explosé", de sorte qu'un travail sur la gestion des émotions a été commencé avec lui. L'auteur du certificat en question conclut d'ailleurs que "la poursuite d'une prise en charge psychothérapeutique est nécessaire afin de poursuivre et approfondir l'analyse de ses passages à l'acte". Enfin, le document précité évoque un "travail sur la problématique d'alcool" assuré par une équipe infirmière, sans donner davantage d'informations sur le sujet. Dans ces conditions, compte tenu des conclusions de l'expert psychiatre et de la gravité particulière des actes reprochés au recourant, les démarches thérapeutiques entreprises par celui-ci n'apparaissent en l'état pas suffisantes pour parer un risque de récidive. Aussi louables que soient les efforts de l'intéressé et sa motivation pour résoudre ses problèmes, le risque encouru par des victimes potentielles apparaît encore trop grand pour permettre sa mise en liberté, même accompagnée d'un suivi ambulatoire. S'il poursuit sur cette voie, le recourant aura cependant l'occasion de faire valoir devant l'autorité de jugement d'éventuels progrès enregistrés dans les thérapies en question. 4.4 Par conséquent, le maintien en détention du recourant est encore justifié par un danger de réitération, de sorte qu'il n'est pas nécessaire d'examiner s'il peut aussi être motivé par un risque de fuite, comme le retient la décision attaquée.