Citation: 1P.43/2004 16.02.2004 E. 1

3.1 Selon la jurisprudence, le risque de fuite ne peut s'apprécier sur la seule base de la gravité de l'infraction même si, compte tenu de l'ensemble des circonstances, la perspective d'une longue peine privative de liberté permet souvent d'en présumer l'existence (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62); il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le poursuit ainsi que ses contacts à l'étranger (ATF 117 Ia 69 consid. 4 et les arrêts cités). 3.2 Contrairement à ce que soutient la recourante, les éléments sur lesquels la cour cantonale s'est fondée apparaissent comme des critères déterminants. Pour savoir s'il existe un lien suffisant avec la Suisse, l'autorité doit d'abord s'interroger sur l'existence de relations familiales et professionnelles avec ce pays. En l'occurrence, la recourante est célibataire, arrivée en Suisse en 1999 où elle a obtenu le statut de réfugiée, assorti d'un permis B; sans aucune activité professionnelle, elle bénéficie d'une aide sociale du canton de Berne, de 600 fr. par mois. Seule sa fille aînée se trouve en Suisse, dans une famille d'accueil à Winnigen (BE); la recourante tente de démontrer qu'elle se trouverait mieux en Suisse qu'au Rwanda ou en Ouganda, pays où elle a subi diverses atrocités. Ses possibilités de fuite ne sont toutefois pas limitées à ces deux pays; par ailleurs, la situation, déjà précaire, de la recourante en Suisse, s'est encore dégradée en raison de la procédure pénale dont elle fait l'objet, et de ses conséquences possibles, en particulier sur le plan administratif. On peut aussi relever, à l'instar de la cour cantonale, que l'attitude de la recourante n'est pas dénuée d'ambiguïté puisque, d'une part, elle prétend craindre un retour en Afrique et que, d'autre part, elle y a séjourné plusieurs mois en 2002. De plus, elle clame son angoisse d'avoir laissé sa fille cadette au Rwanda, ce qui pourrait constituer une motivation supplémentaire de quitter la Suisse. Ce sont là autant d'éléments suffisants pour affirmer l'existence d'un risque concret de fuite. L'arrêt attaqué ne souffre, sur ce point, d'aucun arbitraire, et ne viole pas non plus la garantie de la liberté personnelle. 3.3 La recourante invoque enfin les principes de proportionnalité et de subsidiarité, concrétisés par l'art. 110 al. 1 CPP/FR. Elle reproche aux instances cantonales de n'avoir pas examiné la possibilité d'une mesure moins sévère telle que la saisie de documents ou un contrôle judiciaire. Toutefois, comme le relève la recourante elle-même, l'argument est soulevé pour la première fois devant le Tribunal fédéral. Certes, un nouveau moyen est recevable à l'encontre d'une autorité disposant d'un libre pouvoir d'examen et censée appliquer le droit d'office, comme cela semble être le cas de la cour cantonale (art. 116 et 206 CPP/FR). Le grief ainsi soulevé doit toutefois être suffisamment motivé (art. 90 al. 1 let. b OJ). En l'occurrence, si la recourante tient la mesure de détention pour disproportionnée, il lui appartenait de fournir une démonstration à ce propos, en indiquant une mesure de substitution adéquate, et en démontrant son effet dissuasif. Or, la recourante se contente de reprocher à la Chambre pénale de ne pas avoir examiné la possibilité d'une mesure moins sévère. Le grief n'est donc pas motivé sur le fond, ce qui entraîne son irrecevabilité.