Citation: 4A_329/2023 E. A

A.a. Le 13 juin 2016, A.________, en sa qualité d'acheteuse (ci-après: la demanderesse), et C.________ SA, en sa qualité de propriétaire venderesse, ont conclu un acte de vente par-devant notaire portant sur le feuillet n o xxx de la commune de U.________, pour un prix de 211'570 fr., auquel s'ajoutaient des frais de mise en valeur d'un montant de 150'735 fr. A.b. En parallèle, la demanderesse a signé le même jour avec B.________ SA (ci-après: la défenderesse) un contrat d'entreprise totale portant sur la construction du lot (...), soit un appartement d'environ 89,2 m 2, une place de parking en sous-sol et une cave pour un prix forfaitaire de 587'695 fr. L'article 4.1 de ce contrat prévoyait la mise à disposition du lot de propriété dans les meilleurs délais, soit au plus tard vingt mois après le début des travaux constaté par le document d'ouverture de chantier. Selon l'article 3.3, la défenderesse était responsable du respect des délais convenus pour autant qu'aucune " circonstance extraordinaire " de sa responsabilité ne vienne perturber le bon déroulement des travaux. Une liste exemplative en était dressée. Si de semblables circonstances devaient survenir, il était prévu que la demanderesse en serait informée par courrier. A.c. Le chantier a débuté le 16 février 2016, de sorte que la livraison de l'ouvrage devait intervenir au plus tard le 16 octobre 2017. A.d. Par lettre du 30 janvier 2017 adressée à la demanderesse et à son époux chez leur notaire, avec mention manuscrite que cette lettre était envoyée par fax à ladite notaire le 31 janvier 2017, la défenderesse a fait état d'intempéries en début d'année qui avaient empêché les ouvriers de travailler. Un retard de dix jours ouvrables était annoncé et la réception des travaux était repoussée à fin novembre 2017. A.e. Le 3 novembre 2017, la demanderesse a reçu un courriel du directeur technique de la défenderesse qui se référait à un courriel du 30 janvier 2017 et expliquait qu'en raison d'une défaillance de l'une des entreprises en charge des travaux, qu'il s'efforçait de remplacer, la date de la livraison était reportée, sans qu'il ne soit encore possible de la fixer. Il proposait une rencontre sur place le 9 novembre suivant pour discuter plus en détail de la situation. La demanderesse lui a répondu, par courriel du même jour, ne jamais avoir été informée précédemment du retard en question; elle avait besoin de se loger dans l'appartement qui aurait dû être terminé et entendait séjourner à l'hôtel, aux frais de la défenderesse, jusqu'à sa livraison. A.f. A l'issue de leur entrevue du 22 novembre 2017, les parties ont signé un document manuscrit par lequel la défenderesse s'engageait à rembourser à la demanderesse plusieurs sommes au titre de coût de la cuisine, plus-value comprise, auxquelles s'ajoutait une " indemnité de retard " de 14'545 fr. correspondant aux frais de logement de la demanderesse jusqu'au 23 février 2018. La livraison de l'appartement était dorénavant prévue entre le 19 et le 23 février 2018. A.g. Le 8 décembre 2017, la défenderesse a conditionné le paiement de cette indemnité à la conclusion d'un " protocole d'accord " prévoyant que la demanderesse renonce à " intenter par devant [sic] toute juridiction, commission, organisme ou autre, tous recours, instances ou actions, contre la société [défenderesse] ou l'une des structures du groupe, ou encore contre l'un de ses dirigeants ou mandataires sociaux, qui trouverait sa cause dans toutes problématiques liées aux retards du chantier ". La demanderesse a refusé de signer ce document. A.h. Par courriel du 15 février 2018, la demanderesse a interpellé la défenderesse en ces termes: " I have a new buyer for my appartment and wanted to ask if the buyer can change the parkets and bathroom? He is not in a hurry to got [sic] the keys. " A.i. Par courrier du 28 février 2018, la défenderesse lui a communiqué la liste des travaux à achever consécutivement à l'arrêt de ceux-ci, à la demande de la demanderesse, pour permettre aux nouveaux acquéreurs d'opérer des changements. A.j. Le 15 mars 2018, la défenderesse et les nouveaux acquéreurs ont conclu un protocole d'accord à teneur duquel, moyennant la signature de l'acte de vente, les droits et obligations de la demanderesse passaient aux nouveaux acquéreurs. L'article 1 spécifiait: " [La demanderesse] vend son bien non encore achevé [aux nouveaux acquéreurs] qui deviennent dès signature de l'acte de vente [...] le nouveau maître d'ouvrage ce qui est accepté par [la défenderesse]. [La demanderesse] ne peut plus prétendre [sic] aucun droit sur ce contrat d'entreprise à l'encontre de la société [défenderesse] " (complètement selon l'art. 105 al. 2 LTF). Les nouveaux acquéreurs prenaient acte des travaux encore à accomplir (listés à l'article 2) représentant un total de 58'769 fr. 50 sans plus-value, tandis que la défenderesse s'engageait à terminer les travaux et livrer l'appartement dans les six semaines suivant la réception des matériaux de finition sur le chantier, mais au plus tard le 31 mai 2018. L'article 3 de ce protocole confirmait le règlement par la demanderesse de la totalité du prix de 587'695 fr. A.k. Par courriel du 26 mars 2018, les nouveaux acquéreurs ont fait savoir à la défenderesse, avec copie au conseil de la demanderesse, qu'ils savaient qu'un litige opposait la demanderesse à la défenderesse concernant d'éventuelles compensations liées au retard de livraison de l'appartement. Bien que le protocole signé en leur faveur mentionnât que le prix de vente avait été payé en intégralité par la demanderesse et qu'ils reprenaient la relation pour les travaux restants, ils souhaitaient que la défenderesse les assure qu'en aucune manière le litige en cause ne pouvait avoir une quelconque incidence sur eux. En d'autres termes, si ce litige devait se prolonger, en aucune manière la défenderesse ne leur demanderait des compensations ou un versement supplémentaire. Cette assurance devait impérativement être donnée avant la vente prévue le 3 avril 2018. A.l. Par courriel du 28 mars 2018 aux nouveaux acquéreurs, avec copie au mandataire de la demanderesse, la défenderesse leur a répondu que le différend qui l'avait opposée à la demanderesse portait sur le délai de livraison de son logement. Cette livraison n'était plus un sujet puisque la demanderesse avait revendu ce logement. Il n'y avait donc aucune raison pour qu'un litige subsistât avec elle. Quand bien même un différend existerait encore pour des raisons inconnues, il opposerait toujours la demanderesse à la défenderesse et ne saurait impliquer les nouveaux acquéreurs. A.m. Par acte de vente à terme du 5 avril 2018, la demanderesse a cédé aux nouveaux acquéreurs sa part de copropriété immatriculée au feuillet n o xxx de la commune de U.________ pour un prix de 1'060'000 fr. payable d'ici au 11 avril 2018. Une clause de l'acte intitulée " Travaux " mentionnait expressément la signature, le 15 mars 2018, par la défenderesse et les nouveaux acquéreurs, d'un protocole relatif aux travaux à terminer, aux termes duquel ces derniers reprenaient les droits découlant du contrat d'entreprise, devenant ainsi les nouveaux maîtres de l'ouvrage, la demanderesse étant libérée de toute responsabilité par la défenderesse. La clause " Exclusion de garanties " prévoyait que la vente avait lieu sans garantie pour l'état des lieux, vices de construction apparents ou cachés, vétusté ou autres défauts quelconques. Les nouveaux acquéreurs déclaraient savoir qu'ils seraient ainsi privés, envers la demanderesse, des garanties légales du Code des obligations, soit des actions en résolution du contrat, en réduction du prix ou en dommages-intérêts. La demanderesse attestait qu'il n'existait aucun litige ou procès en cours en lien avec l'immeuble, ni convention limitant d'une quelconque manière la valeur de ce dernier, autre que celles qui apparaissaient au registre foncier, sous réserve du litige l'opposant à la défenderesse que les nouveaux acquéreurs déclaraient connaître.