Citation: U 119/06 23.05.2007 E. 5

5.1 Les médecins ayant examiné l'assurée immédiatement après l'accident du 23 août 2000 n'ont pas fait état d'un traumatisme cranio-cérébrale, mais uniquement d'une fracture de la clavicule gauche et de contusions au pied gauche. Par la suite, le docteur S.________ a précisé, dans un rapport du 26 septembre 2000, que l'assurée avait été victime d'un accident de la circulation (chute de moto) sans perte de connaissance. Il a uniquement mentionné des atteintes à la clavicule gauche et au pied gauche. Le 21 novembre 2000, toutefois, il a adressé l'assurée au docteur A.________ en précisant qu'elle avait été victime d'un accident avec perte de connaissance, sans autre explication quand à ce revirement, si ce n'est l'apparition de troubles de l'attention et de la mémoire, ainsi que de céphalées. Le 19 décembre 2000, les docteurs A.________ et P.________ ont constaté des troubles de l'attention et de la mémoire au travail, ainsi que de discrètes difficultés sur le plan des fonctions exécutives. Selon ces médecins, ce tableau était compatible avec un syndrome post-traumatique modéré. Cette constatation ne permet pas de tenir pour établie, au degré de la vraisemblance prépondérante, la survenance d'un traumatisme cranio-cérébral. Il est vrai que les docteurs A.________ et P.________ ont ajouté que l'étiologie des troubles présentés par l'assurée était partiellement en rapport avec le traumatisme mineur qu'elle avait subi, non sans préciser que les symptômes étaient certainement aggravés par des troubles thymiques et anxieux. Mais on ne saurait en tirer de conclusion précise quand à la survenance effective d'un traumatisme cranio-cérébral. Sur ce point, les docteurs A.________ et P.________ sont en effet simplement partis du principe que l'assurée avait subi une perte de connaissance, comme le leur avait indiqué le docteur S.________ dans sa lettre du 21 novembre 2000. Les docteurs H.________, R.________ et M.________ font également état d'un traumatisme cranio-cérébral, en se fondant essentiellement sur les données de l'anamnèse, qui indiquaient une amnésie circonstancielle de l'assurée. Cette amnésie laissait penser que l'assurée avait perdu connaissance probablement pendant plusieurs minutes après l'accident. Une telle perte de connaissance ne ressort toutefois pas du rapport de police; en particulier, ni les policiers arrivés sur les lieux de l'accident, ni les témoins, ni les personnes impliquées dans l'accident n'en ont fait état. Par ailleurs, si l'assurée n'a pas été interrogée sur les circonstances qui ont immédiatement suivi l'accident, elle a en revanche fait une description très précise de l'accident lui-même, ce qui exclut, en tout cas, une amnésie pour la période qui a précédé l'accident. Enfin, il ressort de la plupart des rapports médicaux figurant au dossier que l'assurée souffre de troubles psychiques importants. En décembre 2000 déjà, les docteurs A.________ et P.________ ont souligné l'influence des troubles thymiques et anxieux de l'intimée. Le docteur M.________ a pour sa part précisé que cette dernière avait vécu l'événement du 23 août 2000 de manière totalement traumatisante, comme un effondrement de l'image de femme forte qu'elle s'était forgée, et qu'elle n'avait pu assimiler tant son accident que ses suites de manière adéquate, en raison de son parcours de vie antérieure et de son manque de repères. Le fonctionnement prémorbide avait été exacerbé par l'accident. Les docteurs D.________, U.________ et L.________, consultés par l'assurée en octobre 2003, au Centre T.________ de l'Hôpital Z.________, ont également insisté sur l'existence d'un trouble dépressif récurrent et précisé que la problématique psychiatrique devait être mise au premier plan (rapport du 18 décembre 2003). Dans ces circonstances, la survenance d'un traumatisme cranio-cérébral lors de l'accident du 23 août 2000 n'est pas établie au degré de la vraisemblance prépondérante. Par ailleurs, même si l'on admettait la survenance d'un tel traumatisme, il conviendrait de considérer que les troubles psychiques développés par l'assurée ont rapidement eu une influence importante sur le tableau clinique et l'évolution des symptômes. Dans les deux cas, il s'ensuit que la question de la causalité adéquate doit être tranchée en distinguant entre les composantes physiques et psychiques des atteintes à la santé de l'assurée, conformément à la jurisprudence exposée au consid. 3.2.1 ci-avant. 5.2 L'intimée se réfère, certes, au rapport établi par le docteur V.________. Cette expertise ne revêt toutefois qu'une valeur probante limitée. Consulté près de cinq ans après l'accident, le docteur V.________ a constaté d'importants troubles de l'attention et de la mémoire, et a été le témoin d'une importante crise douloureuse lors d'un entretien; il en a conclu à un syndrome post-commotionnel, en excluant d'autres troubles psychiques tels qu'un syndrome de stress post-traumatique, ainsi qu'une simulation ou une hystérie de conversion. Mais alors que le docteur M.________ avait accordé beaucoup d'importance à l'état pré-morbide de l'assurée (carences affectives majeures, avec une mésentente de ses parents, divorce et une agression sexuelle par son père, ainsi qu'un manque de repères lié à des déplacements à l'étranger pendant l'enfance et l'adolescence), le docteur V.________ s'est limité à préciser que l'assurée ne présentait aucune pathologie somatique, aucune maladie psychique ou trouble grave de la personnalité avant la survenance de l'accident du 23 août 2000. Lors de son entretien avec l'assurée, celle-ci avait nié toute agression sexuelle par son père, dont elle avait souligné le caractère aimant sensible et généreux. Le docteur V.________, bien qu'il ait constaté une nette tendance de l'assurée à la rationalisation, avec un contrôle obsessionnel de ses actes et de son discours pour ne pas laisser apparaître angoisses et douleurs, a considéré que rien dans ses dires ne lui permettait de douter de ses déclarations. On doit pourtant constater le contraire, l'assurée ayant également déclaré au docteur B.________, en janvier 2003, qu'elle avait été abusé sexuellement par son père, à l'âge de 11 ans, puis qu'elle s'était enfuie à l'étranger. Ces déclarations pour le moins contradictoires aux différents experts et médecins consultés tendent à confirmer l'existence de troubles psychiques importants, contrairement aux constatations du docteur V.________; à tout le moins, elles mettent sérieusement en doute la valeur probante de ces constatations. Si l'on ne peut pas totalement exclure que les symptômes constatés résultent d'un traumatisme cranio-cérébral et de ses suites, au regard de l'expertise établie par ce médecin, force est de constater qu'il ne s'agit là que d'une hypothèse possible, qui n'est pas établie au degré de vraisemblance requis.