Citation: 2A.180/2000 14.08.2000 E. 4

4.- Les recourants reprochent à l'autorité intimée d'avoir nié que l'état de santé psychique de V.________, entrée dans l'adolescence, constituait un fait nouveau. Ils se plaignent aussi que le Département fédéral n'ait pas considéré comme un fait nouveau leur intégration "exemplaire". a) La demande de réexamen est adressée à une autorité administrative en vue d'obtenir l'annulation ou la modification d'une décision qu'elle a prise. Elle ne doit cependant pas servir à remettre continuellement en question des décisions administratives, ni à éluder les dispositions légales sur les délais de recours (ATF 120 Ib 42 consid. 2b p. 47; 109 Ib 246 consid. 4a p. 250). Aussi sa recevabilité est-elle soumise à des conditions bien déterminées. En dehors des causes légales de révision (art. 66 PA, 136 et 137 OJ), l'autorité administrative n'est tenue de se saisir d'une demande de réexamen que si les circonstances se sont modifiées dans une mesure notable depuis la première décision, ou si le requérant invoque des faits et des moyens de preuve importants qu'il ne connaissait pas lors de la première décision, ou dont il ne pouvait pas se prévaloir ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (ATF 124 II 1 consid. 3a p. 6; 120 Ib 42 consid. 2b p. 46/47; André Grisel, Traité de droit administratif, vol. II, Neuchâtel 1984, p. 948/949). b) On ne saurait suivre les recourants quand ils parlent de fait nouveau à propos de l'état de santé psychique de V.________, qui est entrée dans l'adolescence. Quand le Département fédéral a pris sa décision précitée du 5 juin 1998, il avait en mains deux certificats établis les 11 juin 1996 et 3 septembre 1997 par le Dr Y.________ au sujet de V.________. Ces deux certificats médicaux contenaient déjà les éléments essentiels qui ont été repris en détail dans les certificats médicaux des 17 mars et 5 juillet 1999 ainsi que du 12 avril 2000. Dans le certificat médical susmentionné du 3 septembre 1997, on parlait notamment de l'état anxio-dépressif de V.________. Il était aussi indiqué qu'elle était envahie par les larmes et les sentiments de culpabilité chaque fois que le retour en Equateur était évoqué. Il y était également fait état des répercussions dramatiques qu'un tel retour pourrait avoir sur l'intéressée à l'adolescence. Tous ces éléments étaient déjà connus du Département fédéral le 5 juin 1998. Quant à la réaction de stress post-traumatique, elle n'est pas non plus nouvelle; elle existe depuis le retour du voyage effectué en Equateur en mai 1997 et est donc antérieure au certificat médical précité du 3 septembre 1997, qui aurait dû la mentionner. Au demeurant, l'entrée dans l'adolescence de V.________, soit dans une période cruciale pour le développement de la personnalité, n'est pas non plus un fait nouveau. C'est un élément qui était prévisible et qui a d'ailleurs déjà été pris en compte dans le certificat médical susmentionné du 3 septembre 1997. Au surplus, on relèvera que CE.________ et ME.________ ont choisi de vivre dans l'illégalité, avec le risque inhérent à cet état d'être découverts tôt ou tard. C'est parce que leur fille V.________ s'est perdue à Lausanne au printemps 1996 que les autorités ont appris leur situation. Depuis lors, cette enfants se culpabilise, mais il appartient à ses parents de la décharger en lui expliquant leur propre responsabilité, quand bien même le Dr Y.________ déclare dans le certificat médical précité du 12 avril 2000: "Par ailleurs, d'un point de vue psychologique, une éventuelle conscience de la responsabilité parentale vis-à-vis de sa situation actuelle ne serait en tout cas pas plus bénéfique pour elle; car elle détruirait l'image positive qu'elle a de ses parents, image positive qui a été certainement le facteur prépondérant de son évolution relativement positive compte tenu des circonstances.. " c) L'argument que les recourants tirent de leur intégration qu'ils estiment exemplaire n'est pas pertinent. Les intéressés relèvent qu'ils n'ont jamais été "à la charge des services sociaux ou du chômage" et qu'ils n'ont pas de dettes. En effet, CE.________ et ME.________ ont toujours réussi entre les deux à gagner suffisamment d'argent pour toute leur famille. Toutefois, il n'y a rien là de nouveau, notamment pour ce qui est de leur intégration professionnelle. Quant au fait que CE.________ ait entamé des études de français, il résulte de l'évolution normale des choses. Il en va de même de la poursuite de la scolarité de V.________ et de la scolarisation de son frère ainsi que du développement des contacts sociaux (paroisse, sport). Les recourants - sous réserve du fils cadet - étaient en Suisse depuis environ cinq ans lorsque le Département fédéral a pris la décision précitée du 5 juin 1998. Les quinze mois et demi qui se sont écoulés entre cette décision et la demande de réexamen susmentionnée du 21 septembre 1999 n'ont pas permis une progression déterminante de l'intégration des intéressés. Or, le simple écoulement du temps et une évolution normale de l'intégration en Suisse ne constituent pas des faits nouveaux (cf. l'arrêt non publié du 25 février 1999 en la cause Tafa, consid. 2b). Au demeurant, l'intégration invoquée n'est pas un fait important, de nature à entraîner une modification en faveur des recourants de la décision dont ils ont demandé le réexamen. d) C'est donc à juste titre que l'autorité intimée a rejeté le recours des intéressés contre la décision d'irrecevabilité de l'Office fédéral du 22 octobre 1999.