Citation: 2C_612/2024 E. 5.6

5.6. En l'espèce, il convient de souligner, avec la recourante, que celle-ci exerce actuellement un emploi, qu'elle a entamé une formation et qu'elle subvient seule à ses besoins (cf. art. 58a al. 1 let. d LEI). Toutefois, s'agissant du critère relatif au respect de la sécurité et de l'ordre publics au sens de l'art. 58a al. 1 let. a LEI, il ressort de l'arrêt entrepris que la recourante a été condamnée en 2023 pour de nombreuses infractions, à savoir pour escroquerie, tentative d'escroquerie, banqueroute frauduleuse et fraude dans la saisie, diminution effective de l'actif au préjudice des créanciers, violation de l'obligation de tenir une comptabilité, avantages accordés à certains créanciers, faux dans les titres, blanchiment d'argent ainsi que détournement de cotisations par l'employeur au sens de la loi fédérale sur l'assurance-vieillesse et survivants. L'activité délictueuse de la recourante s'est déroulée entre janvier 2018 et février 2021, alors qu'elle était gérante d'un magasin de jouets. Durant cette longue période, elle a enfreint la loi à de nombreuses reprises, faisant fi de ses obligations liées à son statut d'employeur ainsi qu'envers ses créanciers, en établissant une fausse demande pour percevoir des indemnités de chômage, pour un montant de 69'061 fr. 45, et en annonçant un faux chiffre d'affaires pour obtenir un crédit Covid-19, pour un montant de 220'000 fr. Par ailleurs, la recourante n'a cessé ses agissements que lorsqu'elle a été interpellée par la police. 5.7 Ces actes ont entraîné une condamnation principale de la recourante en 2023 à une peine privative de liberté de vingt-quatre mois avec sursis, soit une peine de longue durée au sens de l'art. 62 al. 1 let. b LEI qui pourrait théoriquement justifier la révocation de l'autorisation d'établissement (cf. art. 63 al. 1 let. a LEI). En effet, selon la jurisprudence, constitue une peine privative de longue durée toute peine dépassant un an d'emprisonnement, indépendamment du fait qu'elle soit ou non assortie du sursis (ATF 146 Il 321 consid. 3.1 et les arrêts cités). Toutefois, dans son jugement du 15 mai 2023, le Tribunal pénal de première instance a expressément renoncé à prononcer l'expulsion de la recourante en application de l'art. 66a al. 2 CP. Cette circonstance empêche l'autorité administrative de prononcer une révocation sur la seule base des infractions pour lesquelles un juge pénal a renoncé à prononcer une expulsion. (cf. art. 62 al. 2 LEI; arrêt 2C_657/2020 du 16 mars 2021 consid. 2.2). En revanche, elle ne l'empêche pas de prononcer une rétrogradation lorsque les conditions en sont remplies (cf. supra consid. 5.3). En l'espèce, il faut ainsi admettre qu'une condamnation d'une telle gravité, qui concerne des faits ayant débuté avant le 1er janvier 2019 mais s'étant poursuivis après cette date (cf. supra consid. 5.5), suffit en principe à elle seule pour retenir que la recourante ne peut pas se prévaloir d'un comportement respectueux de la sécurité et de l'ordre publics suisses, et donc d'une intégration réussie au sens de l'art. 58a LEI (cf. arrêt 2C_1053/2021 du 7 avril 2022 consid. 5.5.1). 5.8 À cela s'ajoute que la recourante a encore fait l'objet de deux autres condamnations, certes l'une en 2011, mais l'autre en 2023 (condamnation pour détournement de cotisations par l'employeur). En outre, elle présente un important endettement, à savoir des poursuites pour 199'770 fr. 90 et des actes de défaut de biens pour 254'865 fr. 30. Il est vrai qu'une partie de ces dettes sont anciennes. Toutefois, selon la jurisprudence, il peut également être tenu compte des dettes antérieures au 1er janvier 2019, dans la mesure où elles existent toujours et que leur montant reste conséquent, ceci quand bien même la recourante s'emploie à les rembourser (cf. arrêt 2C_ 1053/2021 du 7 avril 2022 consid. 5.2.2). 5.9 Au regard de l'ensemble des éléments précités, et en particulier de l'importante condamnation pénale de la recourante en 2023, il convient d'admettre que l'intéressée ne remplit pas le critère du respect de la sécurité et de l'ordre publics et présente un déficit d'intégration actuel d'une certaine importance. L'examen global de l'autorité précédente niant l'intégration réussie au sens de l'art. 58a al. 1 LEI ne prête ainsi pas le flanc à la critique.