Citation: I 506/04 22.02.2006 E. 5

5.1 Les motifs pour lesquels les premiers juges ont écarté l'expertise du COMAI ne sont pas fondés. Il n'est ainsi pas exact de soutenir que les experts du COMAI méconnaissaient l'existence de la fausse-couche de l'intéressée et la dépression qui s'ensuivit. Leur diagnostic a été posé en s'appuyant sur l'ensemble des pièces médicales du dossier, en particulier le rapport du docteur B.________ du 20 mars 1998. Or, ce dernier y faisait état de problèmes obstétricaux avec un enfant décédé peu après la naissance et d'une fausse-couche d'un enfant théoriquement viable. Leur rapport mentionne le diagnostic de ce médecin (trouble somatoforme avec douleurs chroniques sur pathologie de deuil) et retient, dans l'appréciation du cas, l'existence d'antécédents dépressifs en se basant pour cela sur l'anamnèse et les rapports de ce médecin-traitant (p. 2 et 13 du rapport). Ces éléments démontrent ainsi que les experts du COMAI connaissaient l'existence de la fausse-couche et ses conséquences sur l'état de santé psychique de l'intimée. Dès lors et contrairement à l'opinion des juges cantonaux, leur appréciation repose sur une anamnèse complète. Par ailleurs, leur diagnostic résulte d'une discussion pluridisciplinaire à laquelle a notamment participé la psychiatre U.________ . Il ne saurait être remis en cause par le seul fait que, dans sa consultation, le psychiatre C.________ ne mentionne pas la fausse-couche de l'intimée. 5.2 Pour attester un trouble somatoforme indifférencié, une dépression récurrente sévère avec menaces suicidaires exprimées et récent passage à l'acte minimum et une personnalité émotionnellement labile de type borderline, jugée comme un trouble grave de la personnalité, le docteur R.________ , spécialiste en psychiatrie, s'est basé sur quatre consultations qui ont eu lieu aux mois d'avril et mai 2003, une évaluation de la dépression à l'aide de l'échelle de Hamilton à 21 items effectuée le 15 avril 2003, un test de la personnalité Mini-mult de Kincannon (version abrégée du test de la personnalité, Minnesota Multiphasic Personnality Inventory [MMPI]) du 2 mai 2003 et sur le rapport des experts du COMAI (rapport du Dr R.________ du 22 mai 2003). Le test de la personnalité auquel il a soumis l'intimée révèle en particulier qu'elle apparaît coupée de la réalité, repliée sur elle-même, très sensitive et hostile à l'égard des autres. Lors du dernier entretien, sa patiente était plus émue et tremblante et la veille, elle avait voulu attenter à ses jours en prenant cinq comprimés de Ponstan. La situation décrite par ce médecin sur la base de consultations survenues en 2003 diffère de celle qui existait auparavant. Ainsi, selon les experts du COMAI, l'intéressée n'était pas déprimée, elle paraissait même authentiquement souriante par moment et n'avait pas eu d'idées suicidaires. Par ailleurs, elle restait insérée socialement et rencontrait fréquemment des voisins et des amis. Aussi, doit-on admettre que la péjoration de l'état de santé de l'intéressée, à supposer qu'elle soit établie, est sans aucun doute postérieure à la décision du 15 novembre 2002 de l'office recourant. Dans ces conditions, c'est à tort que la juridiction cantonale s'est fondée sur l'appréciation médicale du docteur R.________ dont l'avis, de surcroît, ne s'appuyait pas sur une connaissance complète du dossier. En effet, il incombe au juge des assurances sociales d'apprécier la légalité des décisions attaquées, sous réserve d'exceptions non réalisées en l'espèce, d'après l'état de fait existant au moment où la décision sur opposition litigieuse a été rendue (ATF 121 V 366 consid. 1b; RAMA 2001 n° U 419 p. 101). 5.3 Reste ainsi à examiner, sur la base des constatations des experts du COMAI dont les conclusions sont à tous égards probantes (cf. ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c), le caractère éventuellement invalidant des troubles dont souffre l'intimée. 5.3.1 Le diagnostic de trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen avec syndrome somatique ne suffit pas à établir l'existence d'une comorbidité psychiatrique d'une acuité et d'une durée suffisamment importantes pour admettre qu'un effort de volonté en vue de surmonter la douleur et de réintégrer un processus de travail, n'est pas exigible de la part de l'intimée. En effet, selon la doctrine médicale (cf. notamment Dilling/Mombour/Schmidt [Hrsg.], Internationale Klassifikation psychischer Störungen, ICD-10 Kapitel V [F], 4ème édition, p. 191) sur laquelle s'appuie le Tribunal fédéral des assurances, les états dépressifs ne constituent en principe pas une comorbidité psychiatrique grave et durable à un trouble somatoforme douloureux, dans la mesure où ils ne sont en règle générale qu'une manifestation réactive ne devant pas faire l'objet d'un diagnostic séparé (ATF 130 V 356 consid. 3.3.1 in fine; Meyer-Blaser, op. cit. p. 81, note 135). Quant à la structure de la personnalité - personnalité à traits immatures - , elle n'est pas, selon les experts, une entrave à l'exercice d'une activité lucrative, si bien que l'on ne saurait y voir une comorbidité psychiatrique déterminante. 5.3.2 Se pose dès lors la question de la présence éventuelle d'autres critères, dont le cumul permet d'apprécier le caractère invalidant du trouble somatoforme douloureux. Selon le rapport d'expertise pluridisciplinaire du 27 juin 2002, l'intimée présente, depuis 1985, des douleurs au rachis, plus particulièrement cervical et à la région thoracique. Malgré ces affections corporelles chroniques, l'intéressée a été à même de travailler pendant plus de dix ans, comme elle demeure en mesure d'effectuer un certain nombre de tâches ménagères (en particulier la préparation des repas, les emplettes légères), des promenades avec des amies qu'elle voit fréquemment et de maintenir des contacts sociaux avec sa famille vivant en Espagne. D'ailleurs, aux dires même de l'intimée, ses douleurs s'atténuent très fortement lorsqu'elle se rend en Espagne auprès de sa famille. On doit en conclure qu'elle n'a pas épuisé toutes ses ressources adaptatives de même qu'elle ne subit pas de perte d'intégration sociale dans toutes les manifestations de la vie. Il n'y a pas davantage lieu de retenir l'existence d'un état psychique cristallisé sans évolution possible au plan thérapeutique ou à l'échec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux règles de l'art, dès lors que l'intimée n'a pas suivi de traitement psychiatrique durable, qu'elle ne juge d'ailleurs pas utile. Par ailleurs, les experts ont attesté une mauvaise compliance médicamenteuse et ont recommandé la poursuite de la médication anti-dépressive afin d'éviter une recrudescence des symptômes dépressifs. 5.3.3 Sur le vu de ce qui précède, les troubles psychiques présentés par l'intimée ne se manifestent pas avec une telle sévérité que, d'un point de vue objectif, ils excluent toute mise en valeur de la capacité de travail de celle-ci. Au contraire, il y a lieu d'admettre le caractère exigible d'un effort de volonté de sa part en vue de surmonter la douleur et de se réinsérer dans un processus de travail. Dès lors, c'est à tort que les premiers juges ont considéré qu'elle présentait une totale incapacité de travail en raison de troubles psychiques. 5.4 A défaut de restrictions psychique et somatique de sa capacité de travail dans les métiers qu'elle exerçait préalablement, l'assurée n'encourt donc pas de perte de gain susceptible d'ouvrir droit aux prestations de l'assurance-invalidité. Aussi, le recours de l'office AI se révèle-t-il bien fondé. La recourante a néanmoins la possibilité de saisir l'administration d'une nouvelle demande de révision, si elle estime que, postérieurement à la décision du 15 novembre 2002, son invalidité s'est modifiée de manière à influencer ses droits. En effet, les faits survenus postérieurement et qui ont modifié la situation doivent faire l'objet d'une nouvelle décision administrative (ATF 117 V 293 consid. 4).