Citation: 4C.186/2001 05.11.2001 E. 1

1.- Aux termes de l'art. 57 al. 5 OJ, il est sursis en règle générale à l'arrêt sur le recours en réforme jusqu'à droit connu sur le recours de droit public. La jurisprudence déroge toutefois à cet ordre de priorité dans des situations particulières, qui justifient l'examen préalable du recours en réforme. Il en va notamment ainsi lorsque la décision sur le recours de droit public n'a aucune incidence sur le sort du recours en réforme (ATF 123 III 213 consid. 1; 122 I 81 consid. 1; 120 Ia 377 consid. 1), ce qui sera notamment le cas lorsque le recours en réforme apparaît irrecevable (ATF 117 II 630 consid. 1a) ou, inversement, si le recours en réforme paraît devoir être admis même sur la base des constatations de fait retenues par l'autorité cantonale et critiquées dans le recours de droit public (ATF 120 Ia 377 consid. 1; 114 II 239 consid. 1b; 112 II 330 consid. 1), le cas échéant après rectification d'office d'une inadvertance manifeste. Dans ce dernier cas, le recours de droit public devient alors sans objet. Il en va de même lorsqu'une constatation de fait critiquée est dénuée de pertinence en droit (ATF 120 Ia 377 déjà cité). Il faut alors en débattre préjudiciellement dans l'examen du recours en réforme. Le recours de droit public peut perdre, dans cette mesure, son intérêt (ATF 112 II 337 consid. 1 p. 340; 85 II 580 consid. 2 p. 585). Il peut également arriver que telle constatation critiquée dans le recours de droit public, fût-elle arbitraire, n'est pas décisive et n'empêche point que la décision déférée repose sur d'autres faits qui entraînent le rejet du recours en réforme (ATF 117 II 630 consid. 1a in fine). Enfin, il convient de déroger à l'ordre de priorité précité lorsque le recourant, à l'appui de son recours de droit public, invoque une violation du droit fédéral qui pourrait être retenue dans l'examen du recours en réforme, de sorte que le premier recours perdrait son objet (ATF 107 II 499 consid. 1; 99 II 297 consid. 1). En l'espèce, il appert que le recours de droit public déposé parallèlement au présent recours est dirigé contre des constatations de fait qui ne sont pas décisives pour la solution du litige. En effet, il n'importe que l'axe des deux planches posées par la défenderesse ait été dirigé vers le renfoncement se trouvant au bout de la rampe d'accès, comme le voudrait la recourante, ou que cet axe ait eu une autre orientation, comme l'a retenu la cour cantonale dans l'arrêt critiqué, du moment que ce n'est pas au cours du déplacement de la demanderesse en marche arrière sur la rampe que le fauteuil s'est renversé, mais lorsque la recourante a entrepris de retourner l'engin après être arrivée au bas de la rampe. Il n'est pas non plus déterminant que lesdites planches aient été fixées ou non entre elles et sur le sol, puisque l'accident est survenu sur la rampe d'accès, soit après que la demanderesse a traversé l'obstacle constitué par les planches. Quant au moyen du recours de droit public consistant à reprocher à la Cour de justice d'avoir retenu qu'un tiers se tenant à côté de la chaise roulante aurait pu signaler à temps à la recourante que la trajectoire qu'elle suivait risquait de la conduire dans le renfoncement dangereux, il a trait à la question de la faute concomitante de la victime au sens de l'art. 44 al. 1 CO, laquelle est soulevée dans le recours en réforme. Enfin, l'autorité cantonale ne faisant désormais plus grief à la recourante de n'avoir pas cherché une autre issue que la porte no 41 pour quitter le bâtiment E, il est sans importance que les magistrats cantonaux n'aient pas donné suite à une offre de preuves de dame S.________ portant sur un fait - l'inexistence d'une autre voie de sortie adéquate pour les handicapés - qui n'exerce désormais plus aucune influence sur le sort du différend. Partant, en dérogation à la règle de l'art. 57 al. 5 OJ, le recours en réforme doit être examiné avant le recours de droit public.