Citation: 8C_475/2021 E. A

A.a. A.________, née en 1959, a travaillé dès le 1 er avril 2007 en qualité d'auxiliaire, commise administrative 2, pour le Service B.________ du canton de Genève (ci-après: B.________). Selon sa lettre d'engagement, son taux d'activité dépendait des besoins du service; les délais de congé, sous réserve de la résiliation immédiate du contrat pour justes motifs, étaient ceux prévus par la loi générale relative au personnel de l'administration cantonale, du pouvoir judiciaire et des établissements publics médicaux du 4 décembre 1997 (LPAC; RS/GE B 5 05); le salaire horaire brut, fixé à 30 fr. 70, n'était dû que pour autant que la recourante soit présente à son travail; il lui était rappelé que le secret le plus absolu devait être gardé sur les affaires de service. Ensuite de son engagement, l'intéressée a été appelée lors des scrutins organisés par le B.________, en fonction des besoins. A.b. Le 5 février 2019, A.________, ainsi que C.________, également auxiliaire au B.________, ont été entendues par la Cour des comptes. La première nommée a indiqué avoir vu, lors d'élections en 2018, des "nids" de trente bulletins de vote identiques sur une pile de cinquante bulletins. Elle a en outre affirmé que lors d'une votation, deux cents bulletins avaient été trouvés dans la mauvaise urne, et que C.________ lui avait rapporté des actes de fraude électorale, par la manipulation de bulletins de vote, de la part d'un collègue du B.________, D.________. Elle s'est également plainte de la précarité de la situation des auxiliaires au B.________ et de l'environnement toxique qui y régnait, notamment en raison du comportement de D.________. A.c. Le 6 février 2019, le Ministère public a ordonné l'ouverture d'une instruction pénale contre D.________ pour fraude électorale et corruption passive, après que la Cour des comptes lui eut communiqué les comptes rendus des entretiens de A.________ et de C.________. A.d. Par pli du 8 février 2019 adressé à la secrétaire générale adjointe à la Chancellerie d'État, A.________ s'est interrogée sur plusieurs aspects de son contrat de travail, notamment sa qualité d'auxiliaire nonobstant la durée du contrat. Le chef des ressources humaines (RH) lui a répondu le 25 avril 2019. A.e. Le 5 mars 2019, A.________ a été entendue par la police judiciaire. Elle a réitéré ses accusations à l'encontre de son collègue, en précisant qu'elle ne l'avait jamais vu manipuler des bulletins de vote ni faire quoi que ce soit d'illégal et qu'elle rapportait sur ce point les propos de C.________. Le 9 mai 2019, la police judiciaire a procédé à une perquisition du logement de D.________ ainsi que des locaux du B.________, notamment de la place de travail de l'intéressé. Le même jour, ce dernier a été interpellé à son domicile et entendu par la police judiciaire en qualité de prévenu. Le lendemain, il a été entendu par le Ministère public, toujours en qualité de prévenu. A l'issue de cette audition, au cours de laquelle il a été confronté à C.________, le Ministère public a ordonné sa mise en liberté, moyennant des mesures de substitution. Dans le cadre de la procédure pénale, la police judiciaire a en outre auditionné C.________, le chef du B.________ et un adjoint administratif de ce service. Le 13 mai 2019, le procureur général a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a relevé qu'en l'état, la procédure ouverte ne contenait aucun indice qu'une fraude électorale ou que des actes de corruption auraient été commis. A.f. En réponse à A.________, la chancelière d'État l'a informée le 13 septembre 2019 que si elle n'avait pas été convoquée pour le scrutin du 20 octobre 2019, c'était parce que la procédure pénale initiée par ses déclarations était toujours en cours et qu'il était nécessaire d'en attendre la clôture. Le 27 novembre 2019, A.________ a sollicité du président du Conseil d'État l'ouverture d'une procédure administrative, un accès au dossier, la coordination avec la procédure pénale, le constat qu'elle avait été illicitement privée de tout revenu et de son poste depuis le 9 mai 2019, son rétablissement sans délai dans son emploi, une indemnisation pour l'intégralité des revenus dont elle avait été illicitement frustrée depuis le 9 mai 2019 ainsi que la prise en charge de l'intégralité de ses frais de défense. A.g. Entre décembre 2019 et février 2020, la situation de A.________ et de sa collègue C.________ a été évoquée par plusieurs médias en Suisse romande, à savoir la chaîne de télévision E.________, le magazine "F.________", les journaux "G.________" et "H.________", ainsi que la chaîne de télévision locale "I.________". Dans un article de "F.________" du (......), intitulé "Les lanceuses d'alerte qui font trembler Genève, c'est nous", la recourante a notamment déclaré, sous un nom d'emprunt: "En nous privant [...] d'argent, je suis sûre que l'État fait le calcul que l'on reviendra [...] sur nos déclarations. On essaie de nous étrangler financièrement [...]. Avec Cécile [nom d'emprunt de C.________], nous ne sommes inculpées de rien mais déjà condamnées". Dans le même article, sa collègue a affirmé, également sous un nom d'emprunt: "Le récit précis de tout ce qu'on a vu, on le réserve à la justice. Mais en onze ans, je n'ai pas vu une élection ou une votation où le résultat était exact. Vous ne vous rendez pas compte du nombre de bulletins qui se baladaient ou partaient en vacances". Le même jour, l'avocat de A.________ a, sur le plateau de "I.________", dénoncé la manière dont sa cliente était traitée par son employeur depuis ses déclarations sur les dysfonctionnements au sein du B.________. A.h. Le 27 février 2020, le procureur général a ordonné le classement de la procédure pénale ouverte contre D.________ pour fraude électorale et corruption passive, mais a condamné ce dernier aux frais de procédure. Ce même jour, il a publié un communiqué de presse annonçant le classement de cette procédure, motif pris que les investigations n'avaient pas confirmé les allégations des deux collaboratrices du B.________. Le 27 février 2020 encore, la Cour des comptes a rendu son rapport n° xxx intitulé "Audit de légalité et de gestion - Traitement du vote par correspondance dans les locaux du B.________". Dans ce rapport, qui faisait suite aux déclarations de C.________ et de A.________, la Cour des comptes indiquait avoir adressé neuf recommandations sur le fonctionnement et l'organisation du B.________ à la chancellerie d'État et trois autres recommandations à la commission électorale centrale, qui avaient toutes été acceptées. A.i. Le 30 mars 2020, A.________ a sollicité du président du Conseil d'État sa réintégration immédiate à son poste de travail. Le même jour, elle a fait cette même demande au vice-chancelier, exigeant aussi de recevoir son traitement depuis le début de sa suspension ainsi que la prise en charge de ses frais de défense. Le 2 juillet 2020, le chef du service des RH lui a remis son dossier, lequel comprenait notamment l'ordonnance de classement du 27 février 2020. Certaines déclarations de D.________ et des informations le concernant, qui figuraient dans l'ordonnance de classement, étaient caviardées et le chef du service des RH n'a pas donné suite à la requête subséquente de la recourante tendant à se faire remettre cette pièce non caviardée. A.j. Le 15 juillet 2020, A.________ a été convoquée à un entretien de service, agendé au 6 août 2020, en vue d'être entendue sur ses déclarations auprès de diverses autorités ainsi que dans la presse dénonçant des irrégularités au sein du B.________, en particulier l'existence de fraudes électorales; les faits en cause, s'ils étaient avérés, constituaient un manquement aux devoirs du personnel et étaient susceptibles de conduire à la résiliation de ses rapports de service. Le compte rendu de l'entretien de service, auquel la recourante ne s'est pas présentée, lui a été adressé le 6 août 2020 avec des annexes contenant les faits qui lui étaient reprochés et la détermination de l'employeur. La recourante a fait part de ses observations le 14 septembre 2020. A.k. Par décision du 11 août 2020, le président du Conseil d'État a dit que la non-convocation de A.________ depuis le 9 mai 2019 était licite et confirmée, que l'absence d'indemnisation pour les heures non travaillées était également licite et qu'il ne lui était accordé aucune indemnité pour ses frais de défense. Par décision du 19 octobre 2020, la chancelière d'État a résilié les rapports de service de A.________ avec effet au 31 janvier 2021 et a dit que dans l'intervalle, elle ne serait pas convoquée pour effectuer des heures rémunérées et n'avait pas droit au traitement.