Citation: 6B_749/2022 E. 8.3

8.3. En substance, en référence au rapport d'expertise privée, l'argumentation du recourant consiste à dire qu'il a agi sous le coup de la souffrance et de l'humiliation vécues durant la vie commune, lesquelles l'auraient mené à un état dépressif, puis à la commission du double homicide dont il est question. Pour étayer son propos, il cite des extraits du rapport précité, faisant notamment état d'un " vécu anxio-dépressif caractérisé ", ou encore d'une " tristesse en lien avec ses difficultés avec son épouse et son fils ". Il fait également référence au rapport d'expertise privée, duquel il ressort qu'il " semble ne pas avoir accès à une élaboration psychique approfondie ou à son monde émotionnel ". En définitive, le recourant compare sa situation à celle examinée par le Tribunal fédéral dans les arrêts 6B_23/2012 et 6B_46/2012 du 1er novembre 2012, et estime qu'une prise en compte par la cour cantonale des circonstances émotionnelles qui ont entouré l'acte aurait dû la conduire à nier la qualification d'assassinat. Il est vrai que les éléments psychologiques qui n'ont pas valeur d'un trouble mental peuvent être pris en considération sous l'angle moral objectif, dans la qualification de l'acte (arrêts 6B_23/2012 et 6B_46/2012 précités consid. 4.4), étant précisé qu'ils n'excluent toutefois pas la qualification d'assassinat (ATF 101 IV 279 consid. 5; arrêts 6B_654/2018 du 5 septembre 2018 consid. 2.3; 6B_35/2017 du 26 février 2018 consid. 6.2). Dans le cas d'espèce, on peut donner acte au recourant de ce qu'il a pu se sentir humilié par son épouse du temps de la vie commune, des difficultés conjugales rencontrées durant cette période, mais encore de son enfance difficile (cf. supra consid. 1.2.2). Toutefois, indépen-damment du comportement adopté par E.________, la cour cantonale a relevé que la séparation remontait à près de 10 mois et que, depuis lors, c'est uniquement le recourant qui la sollicitait, se rendait à son domicile et la jalousait, alors qu'elle était positive, conciliante et qu'elle cherchait à pacifier la relation. Si l'on peut concevoir que le recourant, le jour des faits, ait encore pu être touché par sa séparation et les difficultés conjugales qui l'ont précédée, on ne décèle pas pour autant d'éléments entourant l'acte (que ce soit avant, pendant ou après celui-ci) révélant une dimension émotionnelle particulièrement marquée. Au contraire, que le recourant ait prémédité les homicides, qu'il ait fait preuve de contrôle au moment d'exécuter son épouse et son fils, et la manière dont il s'est comporté après les faits, sont autant d'éléments qui excluent qu'il ait agi sous le coup de fortes émotions incontrôlables. Contrairement à ce que soutient le recourant, les observations qui précèdent ne sont pas contraires aux rapports d'expertises privée et judiciaire, qui ne font qu'état d'un " vécu anxio-dépressif caractérisé " et " d'une tristesse " généralisée, et non d'une dimension émotionnelle particulièrement marquée spécifiquement avant, pendant ou après les faits. En cela déjà, il y a lieu de constater que la cour cantonale n'a pas violé l'art. 112 CP en reconnaissant le recourant coupable d'assassinats, dans le mesure où il ne critique pas, à juste titre, le reste du raisonnement cantonal. Même s'il avait fallu dire qu'au moment d'agir, le recourant se trouvait ballotté par des émotions qu'il ne pouvait ni lire ni intégrer (selon la formulation utilisée dans les arrêts 6B_23/2012 et 6B_46/2012 précités), il convient de rappeler qu'il ne s'agit que d'un des éléments à apprécier dans la qualification de l'acte, et non d'une preuve libératoire comme on pourrait l'entendre au sens de l'art. 173 ch. 2 CP. Or, dans le cas d'espèce, l'alléguée dimension émotionnelle dans laquelle se trouvait prétendument le recourant est insignifiante en comparaison avec les éléments relevés congrûment par la cour cantonale (relatés supra au consid. 8.2). En d'autres termes, les buts et mobiles particulièrement odieux poursuivis par le recourant et sa façon d'agir tout autant odieuse dénotent une absence particulière de scrupules au sens de l'art. 112 CP, qui relègue à un rang très accessoire les éventuelles émotions qu'il a pu ressentir. Pour le surplus, le recourant ne peut rien tirer en sa faveur des arrêts 6B_23/2012 et 6B_46/2012 précités, les circonstances du cas d'espèce différant très largement, en particulier s'agissant du mobile, de la façon d'agir, et du comportement adopté après les homicides.