Citation: I 299/03 29.06.2004 E. 4

4.1 Selon la juridiction cantonale, le rapport d'expertise établi par le docteur S.________ est incomplet, dès lors qu'il ne traite que de l'aspect psychique des douleurs présentées par l'assurée, sans se prononcer sur les conséquences d'éventuelles atteintes à sa santé physique. Une expertise «de type COMAI» serait donc nécessaire. Le recourant conteste ce point de vue, en faisant valoir que le médecin traitant de l'assurée a lui-même posé un diagnostic psychiatrique (troubles somatoformes douloureux et somatisations), sans faire état d'atteintes durables à la santé physique. L'office AI ajoute que l'octroi d'une demi-rente d'invalidité, dès le 1er février 2001, est plutôt favorable à l'assurée : d'abord, son taux d'invalidité aurait été déterminé en considérant qu'elle travaillerait à 100 % si elle était en bonne santé, alors qu'elle n'exerçait une activité lucrative qu'à 60 % depuis près de 20 ans; ensuite, les affections psychiques diagnostiquées par le docteur S.________ seraient légères et n'apparaîtraient pas réellement invalidantes au sens de l'assurance-invalidité. 4.2 L'argumentation de l'office AI ne convainc pas du caractère suffisant de l'instruction menée jusqu'à présent, mais fait plutôt ressortir un certain malentendu entre cet office et le docteur S.________ quant à la capacité de travail résiduelle de l'assurée, ainsi que l'imprécision du rapport d'expertise sur ce point : le docteur S.________ s'est prononcé sur la capacité de l'assurée à reprendre son activité professionnelle dans la même mesure qu'auparavant, soit à un taux de 60 % («d'un point de vue psychiatrique, il n'y a pas de contre- indication à une reprise d'activité professionnelle à 60 %»); il n'a pas clairement indiqué, en revanche, si T.________ pourrait ou non exercer cette profession, ou une autre activité, à plein temps et plein rendement. Pour sa part, l'office AI est parti du principe, dans la décision administrative litigieuse, que l'assurée exercerait une activité professionnelle à 100 % si elle ne subissait pas une atteinte à la santé entraînant une incapacité de travail - et de gain - de 40 %, en se fondant sur ce point sur l'expertise réalisée par le docteur S.________; à défaut, il n'aurait pas appliqué la méthode générale d'évaluation de l'invalidité par comparaison de revenus, mais la méthode mixte applicable aux personnes exerçant une activité lucrative à temps partielle. Il ne pouvait toutefois admettre une telle incapacité de travail sans demander un complément d'expertise, vu l'ambiguïté des constatations du docteur S.________ sur ce point. A cela s'ajoute que l'expert a expressément indiqué ne pas avoir à se prononcer sur l'existence d'éventuelles atteintes à la santé physique et leur influence sur la capacité de travail de l'assurée. Or, on ne saurait nier d'emblée l'existence des atteintes successives décrites par le docteur D.________, ni leur influence sur la capacité de travail de l'assurée, pour le seul motif que ce praticien leur attribue une cause essentiellement psychique. Sur ce point, les premiers juges étaient fondés à considérer qu'une instruction complémentaire était nécessaire. Compte tenu de l'état de santé psychique de l'assurée, c'est également à juste titre qu'ils ont exigé une expertise pluridisciplinaire, de manière notamment à ce que les médecins appelés à se prononcer sur l'état de santé physique et psychique établissent si leurs constatations respectives quant à la capacité de travail se recouvrent partiellement ou totalement. Cette expertise pourra être réalisée dans un centre d'observation médicale de l'assurance-invalidité ou par d'autres experts, une certaine marge d'appréciation devant être laissée au recourant sur ce point, afin de tenir compte notamment de la charge de travail des praticiens qui seront consultés. 4.3 Le recourant semble suggérer, en instance fédérale, que l'application de la méthode mixte d'évaluation de l'invalidité serait appropriée, plutôt que la méthode générale de comparaison de revenus appliquée initialement. Il est toutefois prématuré de se prononcer sur ce point avant la mise en oeuvre de l'instruction complémentaire requise par la juridiction cantonale, dont le résultat pourrait contenir des indices importants en faveur de l'une ou l'autre méthode d'évaluation. Il appartiendra par conséquent à l'office AI de réexaminer cette question, et, s'il devait opter pour une évaluation de l'invalidité selon la méthode mixte, de vérifier la capacité de l'assurée à effectuer ses activités habituelles compte tenu de son état de santé.