Citation: 4C.257/2002 28.08.2003 E. A

A.a Du 7 au 9 mars 1991, X.________ SA a organisé pour la classe de première gymnasiale scientifique un camp de retraite facultatif à l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. Les activités prévues comprenaient des périodes de réflexion et des randonnées à ski avec peaux de phoque, notamment pour accéder à l'Hospice qui est situé à 2469 mètres d'altitude. Dix élèves de cette classe, dont D.________ né le 25 juillet 1975, ont participé à cette retraite; certains d'entre eux n'avaient jamais pratiqué le ski à peaux de phoque. Le groupe se trouvait sous la responsabilité du chanoine Z.________: sans être ni professeur de ski ni guide patenté, ce dernier était considéré comme un bon montagnard, qui connaissait en particulier la région du Grand-Saint-Bernard pour être monté chaque week-end pendant une année à l'Hospice. A.b Le 8 mars 1991, Z.________ a décidé d'effectuer l'après-midi une excursion à peaux de phoque avec ses élèves jusqu'à la selle du Petit-Mont-Mort, située 500 mètres en aval du sommet. Ce jour-là, les conditions météorologiques étaient mauvaises: le vent soufflait à 45 km/h avec des rafales fréquentes à 75 km/h et il neigeait. La veille, il était tombé entre 10 et 20 centimètres de neige fraîche sur la crête principale des Alpes, dont le Col du Grand-Saint-Bernard fait partie. Selon le bulletin de l'Institut fédéral pour l'étude de la neige et des avalanches (IFENA) du 7 mars 1991, le risque local d'avalanches était important au-dessus de 1500 mètres; le bulletin du 8 mars 1991 parlait de grand danger local d'avalanches sur le versant sud et la crête principale des Alpes. La course effectuée par le chanoine Z.________ et son groupe de skieurs est techniquement facile; elle dure entre 45 minutes et deux heures, retour compris, pour un dénivelé de 130 mètres environ. L'itinéraire est protégé sur toute sa longueur, à l'exception du dernier tronçon, par la grosse moraine qui sert aussi d'abri naturel à l'Hospice; il ne coupe à aucun moment un couloir d'avalanche. De mémoire humaine, le trajet en question n'avait jamais été pris sous une avalanche avant le 8 mars 1991 et cette course était et est toujours considérée par les guides et les montagnards locaux comme un "parcours de mauvais temps", sûr pratiquement en toutes circonstances. Z.________ avait effectué cette randonnée entre 50 et 100 fois. A.c Le 8 mars 1991 vers 14 h 00, Z.________ est parti avec ses élèves auxquels s'étaient joints deux autres jeunes. Les élèves étaient correctement équipés. Malgré certaines réticences, tous les élèves ont pris part à la course de leur plein gré. Seul Z.________ était porteur d'un appareil de détection en cas d'avalanche (barryvox), ce qui était conforme aux usages en vigueur en 1991. Vers 14 h 15, à 300 mètres environ de leur but, Z.________ et ses skieurs ont croisé un autre groupe mené par le prieur de l'Hospice qui, parti à 13 h 40 environ, redescendait du Petit-Mont-Mort. Le prieur n'avait discerné aucun danger sur l'itinéraire. Vers 14 h 30, le groupe de Z.________ progressait dans une petite cuvette longue de 20 à 30 mètres qu'il ne faut pas plus d'une minute pour traverser à peaux de phoque. A cet instant, s'est déclenchée une avalanche dont la zone de rupture se trouvait dans un compartiment de terrain séparé de la cuvette par une crête, à un kilomètre en amont. La masse neigeuse, qualifiée de très importante, est descendue, pour l'essentiel, dans la Combe-des-Morts, soit derrière la moraine protégeant l'avancée du groupe et l'Hospice. Cependant, un cône de neige, d'une largeur de 4 à 5 mètres et d'une hauteur de 3 mètres à 3 mètres 50, s'est détaché de l'avalanche, a quitté le cheminement normal de celle-ci et a été projeté par-dessus la crête. Ce cône est alors arrivé verticalement sur le groupe; comme les skieurs avançaient en colonne, leurs skis distants de dix à vingt centimètres les uns des autres, la masse de neige les a ensevelis sur un espace très limité. Le skieur en queue de colonne a pu se dégager seul et donner l'alerte à 14 h 45 à l'Hospice. Les secours ont été rapides et efficaces, mais seuls trois élèves et un participant extérieur ont pu être dégagés en vie; les six autres élèves, au nombre desquels figurait D.________, ainsi que Z.________ étaient tous décédés, semble-t-il par suffocation immédiate. A.d A la suite de l'accident du 8 mars 1991, une instruction pénale a été ouverte contre le prieur de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. Elle a conduit à un non-lieu. Quant à la dénonciation visant le recteur de X.________ S.A., le Juge d'instruction a décidé de ne pas y donner suite. Ces décisions sont définitives et exécutoires. A.e X.________ SA a accepté de renoncer à se prévaloir de la prescription jusqu'au 31 décembre 1993. Sur réquisition du 31 décembre 1993, rédigée notamment au nom des hoirs de D.________, un commandement de payer lui a été notifié le 6 janvier 1994 avec la mention "dommages-intérêts et interruption de la prescription". La date de remise de la réquisition de poursuite à l'office compétent ou à la poste n'a pas été établie.