Citation: 4A_445/2021 E. 5.4

5.4. La cour cantonale a confirmé le jugement par substitution partielle de motifs. Premièrement, elle a retenu que l'avis de droit du 12 janvier 2009 faisait suite au souhait du client, qu'il avait été établi d'entente entre celui-ci et l'avocat et qu'il devait être considéré comme un document de base pour la discussion entre ceux-ci, de sorte qu'il y avait lieu de " nuancer le fait qu'il serait dû exclusivement à l'initiative de l'[avocat] ". Deuxièmement, elle a jugé qu'on ne saurait pas non plus exclure d'emblée toute chance de succès de l'action en responsabilité litigieuse, dès lors qu'elle est en principe admise lorsque le plaideur agit de manière illicite, qu'il convenait de se placer au moment où l'action avait été introduite en 2009, que D.________ avait alors adopté un comportement singulier dans le contexte de l'action en annulation du testament qu'elle avait introduite, faisant défaut à deux reprises et ne procédant pas au paiement de l'avance de frais (cf. supra consid. A.b) et que ce comportement permettait à tout mandataire consciencieux, placé dans la même situation, d'envisager une action en responsabilité civile, ce d'autant plus qu'il n'était pas établi que l'avocat et le client eussent eu connaissance, au moment du dépôt de l'action en responsabilité, de la situation personnelle du conseil de D.________ et que le client s'était par la suite opposé à toute négociation. Troisièmement, elle a considéré (1) que le raisonnement du jugement entrepris n'était pas clair s'agissant de la connaissance des parties, au moment de la préparation de l'action litigieuse, quant à la capacité de discernement de la défunte mais que ce qui était déterminant était que l'action en annulation du testament n'avait alors pas été tranchée au fond suite au comportement procédural singulier de D.________, ce qui permettait, pour un mandataire consciencieux placé dans la même situation, de déduire que D.________ doutait fortement de la pertinence de son argument quant à l'incapacité de discernement de la défunte pour obtenir l'annulation du testament et que son action ne visait qu'à exercer une pression sur le client pour l'amener à accepter un arrangement, (2) que le client considérait lui-même que D.________ s'était rendue compte que sa requête n'était pas du tout fondée et que sa proposition transactionnelle n'était qu'une démarche désespérée, (3) qu'on ne saurait dès lors s'appuyer sur le jugement du Tribunal civil, comme l'avait fait le client, pour en déduire que l'avocat avait alors déjà connaissance des doutes quant à la capacité de discernement de la défunte et qu'il était ainsi indéniable que l'action en annulation n'était pas vouée à l'échec et, donc, abusive, (4) que cela était d'autant plus vrai que la justice de paix avait, en s'écartant de l'opposition formée par D.________, autorisé l'administrateur officiel à procéder à toutes les opérations en vue de la location de l'appartement litigieux, et (5) que le contexte de l'époque était donc favorable au dépôt de l'action en responsabilité, auquel s'ajoutait encore la détermination du client à agir en justice. Quatrièmement, s'agissant de la légitimation active du client, la cour cantonale a jugé (1) qu'il y avait lieu de rappeler que l'action en responsabilité avait été introduite après le partage de la succession, (2) que le Tribunal civil avait retenu, au sujet des loyers réclamés, que le client n'avait pas clairement établi le montant de son dommage, dès lors qu'une partie des loyers revenait à l'autre héritière, mais que cela ne " rev[enait] pas à remettre en cause fondamentalement sa légitimation active ni à imposer une consorité nécessaire ", comme le soutenait le client, (3) que le Tribunal cantonal avait relevé que le client n'avait pas la légitimation active pour l'ensemble des postes de dommage réclamés, les loyers étant dus à la succession et l'attribution au client des revenus avant partage étant une question d'interprétation de la règle de partage testamentaire devant être réglée entre les cohéritiers, et (4) qu'il y avait lieu de rappeler que la défunte avait désigné le seul client comme héritier de l'appartement litigieux. Cinquièmement, la cour cantonale a considéré que c'est le client qui avait, en toute connaissance de cause, décidé de faire appel, en indiquant qu'il agissait en mémoire de la défunte ainsi que pour lui-même et la notaire ayant instrumenté le testament contesté par D.________ quand bien même l'avocat lui avait indiqué (1) qu'il lui était difficile de se prononcer sur les chances de succès de l'appel, (2) que, selon son expérience, les cas d'appels qui étaient admis étaient inférieurs à ceux qui étaient rejetés, (3) qu'il y avait deux points de vue quant à l'argumentation juridique et (4) qu'il comprendrait parfaitement la renonciation du client à faire appel. Dès lors, la causalité naturelle était ici dépassée.