Citation: 4C.204/2002 09.10.2003 E. A

A.a Le 2 avril 1996, A.________ Limited (ci-après: A.________), société de droit bermudien ayant son siège aux Bermudes, a vendu à B.________ Inc. (ci-après: B.________), société de droit du Delaware ayant son siège au Texas (Etats-Unis d'Amérique), 253'000 barils d'essence normale sans plomb (M2) et 84'000 barils d'essence super sans plomb (R2). Ce contrat a été conclu par téléphone et confirmé le jour même par télécopie envoyée aux deux parties par C.________, intervenu à titre de courtier dans la transaction. Comme la marchandise était destinée au marché nord-américain, elle se référait aux spécifications américaines de la D.________; l'essence vendue devait notamment présenter une certaine teneur en octanes ainsi qu'une valeur RVP ("Reid Vapour Pressure" ou pression vapeur Reid) inférieure à 9.0 psi ("pound per square inch", ou livre par pouce carré). Quant à la méthode de test de RVP, elle devait également répondre à une procédure bien précise, imposée par les spécifications de la D.________ et dénommée ASTM D5191. La télécopie valant confirmation de contrat comportait plusieurs clauses. Dans celle intitulée "Détermination de la qualité", il était prévu que celle-ci serait examinée au port d'embarquement, soit à Coryton (Angleterre) par la branche anglaise de la société internationale d'inspection E.________ . Dans la clause concernant le paiement, il était prévu que celui-ci, qui ferait l'objet de l'ouverture d'un accréditif par l'acheteur, aurait lieu contre présentation, entre autres documents, du rapport d'inspection des quantités et qualités de la marchandise par la branche américaine de E.________. La livraison, prévue pendant la période du 13 au 20 avril 1996, était fixée à New York (Etats-Unis d'Amérique), la cargaison devant être transportée par le navire X.________. Enfin, les Incoterms (édition 1990) pour les contrats "Ex Ship droits acquittés" devaient s'appliquer à tout point non spécifiquement réglé dans le contrat. A.b Entre le 30 mars et le 2 avril 1996, E.________ a procédé à Coryton, selon la méthode ASTM D323, aux analyses du contenu des quatre citernes du bateau X.________ - soit trois citernes d'essence normale (M2) et une citerne d'essence super (R2) - ainsi que d'un mélange effectué à terre représentant un assemblage des trois citernes d'essence normale ("shore composite blend" ou mélange à terre): les résultats relatifs au RVP ont été tous conformes, à l'exception de la citerne "61X4", pour laquelle la société d'inspection a indiqué que la marchandise ne remplissait pas les spécifications (certificat du 2 avril 1996). Dans une télécopie du 4 avril 1996, A.________ a informé B.________, s'agissant des spécifications de l'essence normale (M2), que les valeurs moyennes du mélange à terre présentaient un RVP de 8,22 psi. II n'a pas été fait mention des résultats de chacune des citernes. Cette communication n'a pas appelé de réaction de la part de B.________. Le 11 avril 1996, la banque Y.________, Genève a ouvert, à la demande de B.________, un crédit documentaire irrévocable en faveur de A.________ à concurrence d'un montant maximum de 10'405'409,19 US$ correspondant au paiement de la cargaison. A.c Le navire X.________ est arrivé à New York le 14 avril 1996. Selon les analyses effectuées au moyen de la méthode ASTM D5191 par E.________ USA, la valeur RVP des trois citernes d'essence normale (M2) était comprise entre 9,11 et 9,56 psi. Des contrôles supplémentaires effectués par E.________ USA et la société G.________ ont abouti également à des résultats supérieurs à 9 psi pour l'essence normale. En ce qui concerne l'essence super (R2), l'indice d'octanes était trop bas. Au vu de ces résultats, B.________ a signifié à A.________, le 16 avril 1996, qu'elle refusait de prendre livraison de l'essence normale (M2). A.________ a répondu à B.________ qu'il fallait s'en tenir aux analyses effectuées au port d'embarquement de la marchandise et a informé ladite société, le 22 avril 1996, qu'elle avait donné l'ordre au capitaine du X.________ de décharger la cargaison litigieuse, au nom de l'acheteur, au terminal de IMTT Bayonne. A.d Le 22 avril 1996, B.________ a requis et obtenu du Tribunal de première instance de Genève, à titre préprovisoire et avant audition des parties, le blocage du paiement du crédit documentaire ouvert auprès de la banque Y.________. Pour obtenir cette mesure, B.________ a été contrainte de produire une garantie de 1'300'000 fr. délivrée par une banque genevoise; sur le fond, elle a exposé que soit les certificats établis par E.________ UK étaient des faux, soit ces documents avaient trait à un chargement de pétrole différent de celui convenu avec A.________. A la suite de l'audience contradictoire au cours de laquelle A.________ s'est opposée à la mesure sollicitée, le Tribunal a révoqué sa précédente décision et levé la mesure de blocage le 1er juillet 1996; en revanche, il a maintenu les sûretés à concurrence de 1'300'000 fr. pour le cas où A.________ réclamerait réparation de son préjudice. La banque de A.________ a été immédiatement créditée de la somme de 9'729'925 US$ correspondant au prix de la cargaison. B.________ a finalement accepté la cargaison d'essence super sans plomb (R2). Quant à l'essence normale sans plomb (M2), qui n'a jamais été acceptée, B.________ l'a vendue au titre de "produit de mélange" pour un prix inférieur à celui de l'essence M2, dans le but de réduire les frais d'entreposage de cette marchandise.