Citation: 1P.698/2001 19.11.2001 E. 3

3.- Le recourant ne conteste pas la base légale de sa détention, ni l'existence de charges suffisantes à son encontre. Il nie en revanche la présence d'un risque de récidive et d'un danger de fuite propres à s'opposer à sa relaxation immédiate. a) L'autorité appelée à statuer sur la mise en liberté provisoire d'un détenu peut, en principe, maintenir celui-ci en détention s'il y a lieu de présumer, avec une certaine vraisemblance, qu'il existe un danger de récidive. Elle doit cependant faire preuve de retenue dans l'appréciation d'un tel risque (ATF 105 Ia 26 consid. 3c p. 31). Selon la jurisprudence, le maintien en détention ne peut se justifier pour ce motif que si le pronostic est très défavorable et que les délits dont l'autorité redoute la réitération sont graves (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62, 361 consid. 5 p. 367; 124 I 208 consid. 5 p. 213; 123 I 268 consid. 2c p. 270 et les arrêts cités; voir aussi l'arrêt de la CourEDH dans la cause Clooth c. Belgique, du 12 décembre 1991, Série A vol. 225, § 40). Le principe de la proportionnalité impose en outre à l'autorité qui estime se trouver en présence d'une probabilité sérieuse de réitération d'examiner si l'ordre public pourrait être sauvegardé par d'autres moyens que le maintien en détention, tels que la mise en place d'une surveillance médicale, l'obligation de se présenter régulièrement à une autorité ou l'instauration d'autres mesures d'encadrement (ATF 123 I 268 consid. 2c in fine p. 271 et les arrêts cités). b) En l'espèce, l'autorité intimée a fondé le risque concret de récidive sur la nature des infractions reprochées au recourant et l'absence de moyens de subsistance propres. D.________ est inculpé d'infraction grave à la loi fédérale sur les stupéfiants pour avoir livré, de concert avec A.________, plusieurs dizaines, voire centaines de grammes de cocaïne à S.________. Il admet pour sa part avoir transporté à quatre reprises de la drogue entre Zurich et Genève entre la mi-février et la mi-avril 2001 et d'avoir effectué des transports d'argent à destination de Zurich. Les délits dont l'autorité intimée redoute la réitération sont donc graves. Le recourant ayant agi par appât du gain, il n'est pas exclu que si la nécessité financière devait se faire sentir, il commette à nouveau des actes de même nature. Cette possibilité doit cependant se révéler vraisemblable compte tenu de l'ensemble des circonstances du cas. Le recourant, il est vrai, n'exerce aucune activité lucrative et n'a pas de moyens de subsistance propres; il n'a cependant pas de dettes avérées et peut compter sur l'aide financière conjuguée de son épouse et de sa belle-mère qui serait prête à loger gratuitement le couple; certes, les ressources disponibles, après déduction des charges, seraient proches du minimum vital, mais elles n'excluraient pas de faire vivre un ménage de quatre personnes, si l'on tient compte du frère cadet de N.________, à tout le moins le temps pour le recourant de trouver un emploi. L'absence de ressources propres ne constitue dès lors pas un élément de nature à rendre vraisemblable une récidive, compte tenu des circonstances de l'espèce. Le recourant n'a par ailleurs pas d'antécédents judiciaires en Suisse et en Guinée. Son rôle déclaré dans le trafic de cocaïne auquel il est mêlé s'est limité à des transports de drogue et d'argent pour le compte de ses coïnculpés, sur une période de quelques mois, même si une participation plus importante ne peut en l'état être totalement exclue. En outre, il a semble-t-il cessé toute activité délictueuse depuis son mariage, contracté le 7 mai 2001, sous réserve d'un transport d'argent effectué au mois de juin 2001, et se trouvait en recherche d'emploi lorsqu'il a été arrêté. Enfin le fait que le principal fournisseur de drogue de A.________ ait été arrêté constitue un obstacle sérieux à une éventuelle récidive. Ces circonstances ne permettent pas de poser un pronostic très défavorable quant à la commission de nouvelles infractions à la loi sur les stupéfiants, malgré la gravité des faits reprochés au recourant. Le recours est dès lors bien fondé en tant qu'il porte sur l'existence d'un risque de réitération. Il reste ainsi à examiner ce qu'il en est du danger de fuite. c) Selon la jurisprudence, un tel danger ne doit pas s'apprécier sur la seule base de la gravité de l'infraction même si la perspective d'une longue peine privative de liberté permet souvent d'en présumer l'existence (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62 et les arrêts cités); il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères, tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses liens familiaux, sa situation financière, ses ressources économiques, ses liens avec l'Etat qui le poursuit et ses contacts avec l'étranger, qui font apparaître le risque de fuite non seulement possible, mais également probable (ATF 117 Ia 69 consid. 4 p. 70 et les arrêts cités). Il est sans importance, pour apprécier le risque de fuite, que l'extradition du prévenu puisse être obtenue (ATF 123 I 31 consid. 3d p. 36/37). Par ailleurs, conformément à l'art. 5 § 3 dernière phrase CEDH, le prévenu a le droit d'être libéré s'il lui est possible de fournir des sûretés propres à garantir sa présence aux débats et, s'il y a lieu, sa soumission au jugement, lorsque l'incarcération n'a plus d'autre justification que le seul risque de fuite (cf. art. 155 et 156 CPP gen.). Le montant des sûretés doit alors être apprécié d'après les ressources du prévenu et ses liens avec les personnes appelées à servir, le cas échéant, de cautions: il faut que la perspective de la perte de cette somme agisse sur lui comme un frein suffisant à écarter toute velléité de fuite (cf. arrêts de la CourEDH du 27 juin 1968 dans la cause Neumeister c. Autriche, Série A n° 8, § 14, et du 25 avril 2000 dans la cause Punzelt c. République tchèque, § 86; ATF 105 Ia 186 consid. 4a p. 187). De même, le prévenu peut être astreint à se présenter régulièrement à un office déterminé, à déposer ses papiers d'identité ou à se soumettre à d'autres obligations propres à écarter le risque de fuite (art. 157 CPP gen. ; cf. ATF 51 I 388 consid. 2 p. 392).