Citation: 2A.260/2006 18.12.2006 E. 7

7.1 En l'espèce, la recourante est venue en Suisse, en 1998, pour des raisons économiques. Elle a laissé ses deux enfants, alors âgés de six ans et une année, à la charge de sa mère, chez laquelle ils ont toujours vécu. Depuis lors, elle a vécu séparément de ses enfants et ne les a plus jamais revus. En fait, cette situation consacre une rupture profonde des liens familiaux et permet de douter de l'intensité de ceux-ci, ce d'autant que l'intéressée a attendu jusqu'en 2005 avant de formuler une demande de regroupement familial pour ses enfants, alors qu'elle pouvait déjà se prévaloir d'un droit au regroupement familial dès 2000, sur la base de l'art. 8 CEDH. Certes, la recourante a eu des contacts téléphoniques réguliers avec ses enfants et a envoyé chaque mois de l'argent pour subvenir à leurs besoins. Le maintien de ces contacts n'a toutefois rien que de très naturel et ne saurait, à lui seul, suffire à donner à cette relation familiale le caractère prépondérant exigé par la jurisprudence. Les enfants, âgés aujourd'hui de quatorze et neuf ans, ont par contre entretenu des relations quotidiennes avec leur grand-mère et ont ainsi tissé les liens les plus étroits avec leur aïeule. 7.2 Il reste à examiner si des changements de circonstances rendent nécessaire la venue des enfants en Suisse. La recourante soutient que sa mère, atteinte dans sa santé, ne peut plus s'occuper des enfants et que ces derniers sont gardés par une tierce personne. Même si la maladie de la grand-mère maternelle était établie, le fait que la recourante ait dû engager une tierce personne pour s'occuper des enfants ne constitue pas, en tant que tel, un changement de circonstances imposant la venue des enfants en Suisse. En effet, elle a pu organiser une prise en charge sur place et rien n'indique que les enfants sont livrés à eux-mêmes et qu'ils n'ont pas d'autres contacts familiaux dans leur pays. Il sied de relever ici que la recourante n'a plus fait valoir devant l'autorité de céans que son fils était gravement malade, ce qui, selon elle, nécessitait sa venue en Suisse. Par ailleurs, il n'est pas établi qu'une émigration vers la Suisse répondrait mieux aux besoins spécifiques des enfants, même si ceux-ci maîtrisent la langue française. La venue en Suisse d'enfants en âge scolaire, dans un environnement culturel et scolaire complètement différent du leur, constituerait un déracinement social et familial qui les exposerait certainement à des difficultés d'intégration. En plus de ces éléments qui ne plaident pas en faveur d'un regroupement familial, la situation financière de la recourante est précaire, ce que confirme sa demande d'assistance judiciaire. Le couple A.A.________ et D.________, qui doit encore rembourser ses dettes auprès des services sociaux, vit principalement grâce à la demi-rente AI de D.________ et aux allocations de chômage de la recourante. Si le montant de 1'000 fr. que prétend verser régulièrement la recourante pour ses enfants au Cameroun suffit largement à couvrir leurs besoins dans ce pays, ce même montant ne suffirait pas en Suisse et il se justifie, comme l'a relevé à juste titre le Tribunal administratif, de ne pas ajouter au déracinement des conditions de vie précaires, défavorables au développement des enfants. 7.3 La recourante invoque le principe de l'égalité de traitement en faisant valoir, sans l'établir, qu'une de ses compatriotes domiciliée à Yverdon-les-Bains aurait bénéficié d'un traitement plus favorable que le sien. Or, les particularités de chaque cas d'espèce sont déterminantes dans l'appréciation des intérêts en présence. Au surplus, la recourante ne saurait se prévaloir du principe de l'égalité de traitement en invoquant, à l'encontre de l'arrêt attaqué rendu par une autorité judiciaire, une pratique prétendument plus généreuse des autorités administratives d'un autre canton. Le moyen apparaît donc lui aussi mal fondé. 7.4 Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances, l'autorité intimée n'a violé ni l'art. 17 al. 2 3ème phrase LSEE, ni l'art. 8 CEDH ainsi que les art. 9 et 10 de la Convention de New York, en refusant de délivrer une autorisation d'entrée et de séjour en faveur des deux enfants de la recourante.