Citation: 6B_449/2015 E. 1

Après avoir fait connaissance en 2007, X.________ et A.________ ont vécu ensemble jusqu'au 24 octobre 2009. Durant cette relation, X.________ a donné naissance à B.________, le 14 mars 2009. Après qu'un curateur a été désigné afin d'établir la filiation paternelle ainsi que faire valoir une créance alimentaire et qu'une expertise a été réalisée, A.________ a reconnu l'enfant au mois d'avril 2010. Aucune contribution alimentaire n'a été fixée, le père bénéficiant d'une aide financière de l'Hospice général. Au mois de janvier 2011, A.________ a déposé une requête en fixation des relations personnelles, à laquelle la mère s'est opposée. Par ordonnance du 15 juin 2011, confirmée le 28 septembre de la même année par la Chambre de surveillance de la Cour de Justice, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (TPAE) a accordé à A.________ un droit de visite sur sa fille, sous surveillance, de deux heures par semaine au Point Rencontre Liotard (Point Rencontre), et instauré une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles. Par jugements des 20 février et 28 novembre 2012, le Tribunal de première instance du canton de Genève (TPI) a ordonné l'exécution de cette ordonnance, sous commination des peines prévues par l'art. 292 CP. Par décision du 21 novembre 2012, le Tribunal tutélaire a rejeté la requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles que X.________ avait déposée afin d'obtenir la suspension immédiate du droit de visite, en invoquant que l'état de santé de B.________ résultait de l'exercice de son droit de visite par A.________. Dans un préavis du 14 décembre 2012, le Service de protection des mineurs (SPMi) a recommandé la suspension du droit de visite pour l'année 2013, indiquant qu'après une année, il était manifeste que le droit de visite ne s'exerçait pas correctement, ce dont B.________ souffrait. Chaque adulte entourant l'enfant portait une part de responsabilité dans cette situation. A ce moment-là, la volonté de A.________ de conquérir sa place paternelle semblait davantage correspondre à son intérêt qu'à celui de sa fille. Par courriers des 4 mars et 25 juin 2013, le SPMi a rappelé à X.________ son devoir de présenter B.________ au lieu défini pour que celle-ci puisse y rencontrer son père. Le 19 août 2013, le TPAE a ordonné l'expertise de B.________. Par ordonnance du 21 août suivant, confirmée le 2 octobre 2013 par la Chambre de surveillance, le TPAE, statuant sur mesures provisionnelles, a accordé à A.________ un droit aux relations personnelles sur sa fille à raison d'une heure par semaine, sous surveillance, au Point Rencontre, en exhortant X.________ à présenter B.________ aux visites, sous la menace de la peine prévue à l'art. 292 CP. La curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles a été maintenue et une mesure de curatelle d'assistance éducative instaurée en faveur de X.________. Cette décision était exécutoire nonobstant recours. Il en ressort que si, selon les rapports des divers professionnels entourant la mineure, celle-ci était perturbée et présentait des symptômes de mal-être, ces mêmes praticiens ne relevaient pas que ces manifestations avaient pour origine l'exercice des relations personnelles avec son père. Il ne pouvait être considéré que l'amélioration de l'état de santé de la mineure était en lien avec la suspension des relations personnelles ni que la suspension du droit de visite était propre à la préserver. Dans l'attente du résultat de l'expertise, il n'existait aucun motif pour suspendre les relations personnelles entre père et fille. Depuis le 16 septembre 2012, A.________ n'a plus revu sa fille B.________, sauf dans le cadre de l'expertise ordonnée par le TPAE. X.________ a fourni plusieurs certificats médicaux pour elle-même (datés des 16 et 25 janvier 2013) ou pour B.________ (datés des 17 et 30 mars, 14 et 28 avril, 12 et 26 mai, 16 novembre, 1eret 14 décembre 2013 ainsi que le 8 février 2014), justifiant l'absence de cette dernière aux visites du Point Rencontre en raison de consultations aux urgences pédiatriques, de maladies, d'incapacité de travail ou d'accident. Du 26 janvier au 20 juin 2013, B.________ a ainsi consulté, à quatre reprises, deux médecins. Selon l'un d'eux, " les symptômes présentés par B.________ [étaient] d'origine indéterminée. Ils [pouvaient] être en rapport avec le stress au vu de la périodicité correspondant aux visites ou en rapport avec des viroses intercurrentes lorsqu'il y [avait] des fièvres associées " (certificat médical du 20 juin 2013 du Dr C.________). X.________ a également adressé différents courriers au SPMi: les 27 juin, 20 décembre 2013, 9 janvier, 12 février, 1eret 11 avril 2014. Elle y faisait part de l'absence de B.________ aux visites des 7 juillet, 18 août et 29 décembre 2013, 23 février et 20 avril 2014 en raison des vacances scolaires, le 12 janvier 2014 " suite à une fête surprise organisée par des amis à l'occasion de l'anniversaire de [son] mari " et le 6 avril 2014 " un week-end surprise [ayant] été organisé par [sa] famille en vue des 5 ans de sa fille B.________ ". Selon le rapport d'information du 19 mars 2014 des intervenants du Point Rencontre, il fallait un temps d'adaptation à B.________ pour réduire la distance et nouer une relation avec son père, par le biais du jeu. Au cours de la visite du 2 septembre 2012, B.________ avait indiqué à plusieurs reprises que sa mère lui avait dit de ne pas jouer avec A.________. Affecté par cette attitude, ce dernier avait quitté le Point Rencontre prématurément. A l'issue de la visite, B.________ avait déclaré à sa mère " j'ai tout fait ", ce à quoi cette dernière lui avait répondu " chut ". Lors de la visite suivante, les intervenants avaient attiré l'attention de X.________ sur le fait que les propos tenus par sa fille pouvaient avoir une incidence sur sa relation avec son père. Durant les visites, les intervenants s'étaient efforcés d'accompagner A.________, voyant que celui-ci était particulièrement affecté par la distance mise par sa fille. Ils étaient favorables à une reprise des droits de visite, à la condition que des entretiens puissent avoir lieu préalablement avec les parents. A.________ a déposé plainte pénale les 10 mai 2013 (plainte complétée le 21 mai suivant) et 13 janvier 2014. En procédure d'appel, X.________ a encore produit copie d'un rapport d'expertise psychiatrique du 20 juin 2014 dont il ressort que A.________ souffre d'un trouble de personnalité borderline, d'un trouble dépressif récurrent, ainsi que de probables troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation de substances psychoactives. Selon les experts, X.________ présente un trouble de personnalité mixte avec traits paranoïaques, narcissiques et rigides. Ses capacités éducatives sont restreintes car elle peine à comprendre les besoins affectifs et relationnels de sa fille. Une psychothérapie individuelle a été préconisée pour une évolution favorable. Pour sa part, B.________ fait preuve d'une réaction aiguë à un facteur de stress, une communication intrafamiliale inadéquate et un modèle altéré de relations familiales. En revanche, il n'y a pas de trouble spécifique de son développement psychologique, ni au niveau intellectuel. Les experts ont conclu que le droit de visite devait être suspendu. Une expertise complémentaire dans un délai d'un an était nécessaire pour évaluer l'évolution de la situation. Par leur comportement, chacun des deux parents de B.________ pouvait mettre en danger le développement psychique et psychologique de leur fille. B.________ n'était pas libre d'exprimer son besoin par rapport au lien avec son père biologique.