Citation: 4A_138/2024 E. 3.2

3.2. La cour cantonale a retenu que, nonobstant la référence contenue dans le contrat de travail à des critères objectifs, il n'était pas possible de déterminer à sa lecture quels motifs précis pouvaient justifier une suppression ou une réduction de la prime de sécurité et, le cas échéant, dans quelle proportion. De même, si le respect des règles de la circulation routière était, d'après les juges cantonaux, en soi un critère objectif, le contrat, par l'emploi du critère imprécis de violation "répétée" desdites règles de circulation, laissait à l'interprétation de l'employeuse la réduction ou la suppression de la prime dans le cas de leur violation. À cet égard, la cour cantonale, prenant appui sur le contexte général, a relevé qu'il n'était pas possible de comprendre pour quelle raison la prime avait été entièrement supprimée à la suite de la non-observation d'un feu rouge, plutôt que réduite dans une certaine proportion, par exemple. En outre, selon l'instance précédente, la notion de "critères objectifs de professionnalisme et de qualité" était sujette à interprétation et, nécessairement, à appréciation de l'employeuse. La cour cantonale a pris sur ce point en considération les nombreuses réductions de la prime de sécurité intervenues en cours d'emploi en raison d'arrêts maladie de l'intimé. On peinait en effet, selon elle, à voir un lien entre le fait que le travailleur fût malade et la qualité de son travail, son professionnalisme, le respect de normes quelconques ou, plus généralement, des exigences de l'employeuse en matière de sécurité. De plus, si la prime de sécurité pouvait être réduite en cas de maladie, cela constituait un indice fort qu'elle ne faisait pas partie du salaire, puisque le salaire aurait été dû en cas de maladie du travailleur et que la défenderesse n'avait jamais prétendu que les absences pour cause de maladie auraient dépassé la durée pendant laquelle le salaire devait être versé en vertu de l'art. 324a CO. Aussi, faute d'être objectivement déterminable et puisque sujette à l'appréciation de l'employeuse, la prime de sécurité devait être qualifiée de gratification.