Citation: 4A_321/2007 03.12.2007 E. A

A.a X.________ SA (ci-après: X.________ ou le maître de l'ouvrage) est une société de services financiers, comptables et administratifs, qui compte, au nombre de ses administrateurs, A.________, de nationalité saoudienne, et l'avocat genevois W.________. Le 23 janvier 2001, X.________, après un appel d'offres mené par l'architecte C.________, a conclu un contrat d'entreprise générale avec Y.________ SA (ci-après: Y.________ ou l'entrepreneur) portant sur la rénovation d'un immeuble à Genève, propriété de B.________. Le prix de l'ouvrage était arrêté au montant forfaitaire de 5'391'125 fr, toutes charges comprises, lequel incluait un budget de 500'000 fr. hors taxes, pour la variante intégrée de climatisation qui était définie au point CFC 240 du descriptif des travaux annexé au contrat. Ce point, sous l'intitulé « Variante intégrée pour climatisation », prévoyait notamment ce qui suit: Après l'obtention par (Y.________) de l'autorisation auprès des Services de l'Énergie (OCEN): Rénovation ou démontage et remplacement de la chaudière existante au gaz, chauffage par un système de ventilo-convecteurs chaud et froid situés sous les allèges des fenêtres existantes du 1er aux combles. Rénovation du réseau de chauffage au rez-de-chaussée. Pose d'une machine frigorifique en sous-sol et d'un aéro-refroidisseur en sur-combles, compris grilles extérieures. Installation d'un nouveau système de production d'eau chaude au sous-sol. Raccordement électrique des machines en sous-sol, sur-combles et terminaux du 1er aux combles. Sujétion pour surpuissance nécessitée par la climatisation et les tableaux correspondants. Habillage de chaque ventilo-convecteur par un cache finition chêne équipé de grilles en alu. Récupération des condensats de terminaux vers le réseau d'eaux usées. Frais de bureau d'étude». Les Conditions générales pour le contrat d'entreprise générale (CGC) de l'Association suisse des entrepreneurs généraux (ASEG), édition 1995, étaient intégrées au contrat; ces CGC renvoyaient à leur tour à la norme SIA 118. A.b Lors d'une réunion de chantier du 9 avril 2001, le maître de l'ouvrage a fait part de son souhait d'avoir la possibilité de faire régner une température de 16°C la nuit dans la chambre principale de chacun des appartements de l'immeuble. Il a été constaté qu'à Genève la législation prohibe en principe la climatisation, sauf exceptions soumises à autorisation. L'entrepreneur a sollicité de l'OCEN une autorisation de climatisation qui lui a été accordée le 19 juin 2001; dans cette requête, les températures indiquées par Y.________ étaient celles qui sont usuelles, à savoir de 21°C à 23°C. Le 21 septembre 2001, les parties contractantes ont signés deux avenants au contrat d'entreprise générale. Le premier avait trait à des prestations complémentaires notamment en matière d'électricité et de climatisation, pour un coût estimé à 1'095'189 fr., hors taxes; quant au second, il concernait la décoration et devait générer un coût supplémentaire de 3'804'811 fr., sans les taxes. Lors de réunions de chantier tenues les 6 août et 3 septembre 2002, A.________, au nom de X.________, a énuméré des points restant à régler; il a parlé de la question de la température ambiante, qui devait être de 16°C dans les chambres à coucher et de 20°C dans les autres pièces. Le 26 septembre 2002, les représentants du maître de l'ouvrage et de l'entrepreneur ont procédé à la vérification commune de l'ouvrage. Les parties contractantes ont ensuite signé un procès-verbal de réception. La mention «Acceptation de l'ouvrage achevé» ayant été cochée, il en résultait que l'ouvrage était reçu, sous réserve d'une liste de retouches de 84 pages annexée au procès-verbal. Il a été retenu que cette liste ne faisait pas état de défauts de la climatisation. Le 19 décembre 2002, les parties ont signé un document intitulé «Décompte final», d'après lequel le montant final dû par X.________ à Y.________ se montait à 11'298'000 fr., selon le calcul suivant: contrat de base du 23 janvier 2001: 5'015'000 fr. + avenant du 21 septembre 2001: 4'900'000 fr. + travaux supplémentaire liés au contrat de base: 316'000 fr. + travaux supplémentaires liés à l'avenant: 764'000 fr. - moins-values pour prestations non réalisées au 3ème étage: 345'000 fr. - pénalités forfaitaires pour retard de livraison: 150'000 fr. ___________ Total décompte final hors taxes 10'500'000 fr. + TVA (7,6%): 798'000 fr. ___________ Total décompte final, toutes taxes comprises 11'298'000 fr. Compte tenu du montant total dû, par 11'298'000 fr., et des acomptes déjà versés, par 9'647'443 fr. 30, X.________ restait devoir une somme de 1'650'566 fr. 70. X.________ a versé à Y.________ 538'000 fr. en janvier 2003, puis 500'000 fr. le 10 juillet 2003. Le maître de l'ouvrage s'est refusé à payer le solde, malgré des rappels et mises en demeure de l'entrepreneur. X.________ a fait valoir que l'ouvrage livré était défectueux, principalement en ce qui concernait la climatisation, pas assez performante, mais aussi en raison d'autres défauts, qui n'étaient pas spécifiés; le maître a déclaré à l'entrepreneur qu'il entendait faire usage de son droit à obtenir une réduction du prix de l'ouvrage. A.c Par courrier du 15 mai 2003, l'entreprise D.________ a informé le maître de l'ouvrage que l'installation de la climatisation qu'elle souhaitait était assimilable à une climatisation industrielle, si bien qu'elle n'était pas conforme aux règles légales en vigueur à Genève. A.d Après avoir fait notifier une poursuite à X.________, frappée d'opposition, Y.________ a ouvert action contre cette dernière le 9 janvier 2004 devant le Tribunal de première instance de Genève. La demanderesse a requis que sa partie adverse soit condamnée au paiement de 612'565 fr. 20 plus intérêts à 5% dès le 31 janvier 2003, libre cours étant laissé à la poursuite précitée. La défenderesse a conclu principalement à ce que le montant réclamé soit compensé à due concurrence avec sa propre créance en réduction du prix de l'ouvrage et en dommages-intérêts pour défauts de celui-ci, qu'elle déduit essentiellement de l'absence d'une qualité promise quant à la climatisation (possibilité de réfrigérer les chambres à coucher à 16°C); elle invoque encore la compensation de la somme demandée avec une créance en paiement d'une rémunération de 10'596 fr. Subsidiairement, elle prend les mêmes conclusions mais entend compenser sa dette avec une nouvelle créance en dommages-intérêts pour violation d'un devoir de renseigner. Plus subsidiairement, elle conclut à sa totale libération en se prévalant du dol dont elle aurait été victime lors de la passation du contrat du 23 janvier 2001. X.________ a encore requis l'exécution d'une expertise judiciaire pour que soient déterminés en particulier le coût de la réduction du prix de l'ouvrage et les dommages-intérêts dus pour les défauts et la prétendue violation de l'obligation de renseigner. Dans le cadre des enquêtes, de nombreux témoins ont été entendus. Le tribunal a également ordonné une commission rogatoire le 22 décembre 2005 pour l'audition, en France, du témoin E.________, ancien superviseur des travaux de la demanderesse. Cette commission rogatoire comportait notamment des questions sur les exigences de température du maître. Elle est revenue non exécutée, car l'adresse du témoin était erronée. Par ordonnance du 6 juin 2006, le tribunal a renoncé à l'audition de ce témoin et déclaré les enquêtes closes. Par jugement du 30 novembre 2006, le Tribunal de première instance a condamné la défenderesse à payer à la demanderesse la somme de 612'565 fr.20 plus intérêts à 5% dès le 23 mars 2003 et déclaré non fondée, à due concurrence, l'opposition formée au commandement de payer par la poursuivie.