Citation: 2C_101/2024 E. 6.4

6.4. En ce qui concerne l'intérêt privé du recourant à rester en Suisse, on relèvera tout d'abord que celui-ci y séjourne depuis huit ans, ce qui ne saurait être qualifié de très long. Il possède sa propre entreprise et est donc intégré sur le plan professionnel. En revanche, contrairement à ce qu'il semble croire, on ne saurait considérer qu'il est intégré socialement: le viol commis et les circonstances entourant cet acte démontre un mépris absolu des valeurs de l'ordre public suisse. Sur le plan familial, il faut tenir compte de la santé de l'épouse de l'intéressé, qui souffre de troubles de l'adaptation, a besoin du soutien du recourant selon une attestation médicale, s'est trouvée en incapacité de travail d'août 2020 à février 2021 et doit faire face au cancer dont sa mère est atteinte. Il est certain que celle-ci, mère de trois jeunes enfants, fera face à des difficultés de différents ordres en cas de renvoi de son époux. Cela étant, elle est assistante de direction dans un bureau d'architecte et sera à même de pourvoir à l'entretien de ses enfants. Elle pourra également compter sur l'aide de son père, puisque ses parents sont domiciliés en Suisse. On constate également que les problèmes psychiques rencontrés par l'épouse du recourant étaient notamment la conséquence des actes commis par celui-ci et de la procédure pénale qui s'en est suivie, comme le relève l'intéressé lui-même dans son mémoire. Cet élément ne saurait ainsi plaider en faveur du recourant. En ce qui concerne les trois filles du couple, on ne saurait minimiser l'impact que la séparation de la famille, en cas de renvoi du recourant, aura sur celles-ci. L'importance de la présence d'un père dans le développement des enfants est évident. Cela étant, à l'instar des juges précédents, on peut également relativiser cette importance, au regard des motifs de la condamnation du recourant, à savoir le viol d'une jeune femme enlevée et séquestrée en raison d'une relation amoureuse avec une personne d'une autre culture. Le maintien d'une relation familiale restera, de toute façon, possible, même en cas de renvoi au Kosovo, au regard de la distance raisonnable séparant ce pays et la Suisse et des moyens de communication actuels. Compte tenu de ces circonstances, une séparation de la famille, dans la mesure où l'épouse du recourant choisirait de rester en Suisse avec ses trois filles, ne contreviendrait pas excessivement à l'intérêt supérieur des enfants garanti aux art. 3 et 6 CDE. En outre, la famille pourrait certainement suivre l'intéressé au Kosovo, quand bien même son épouse possède la nationalité suisse. Celle-ci, si elle est née et a grandi en Suisse, est originaire du Kosovo et le recourant ne prétend pas qu'elle ne pourrait pas y séjourner légalement. Certes, comme souligné dans le mémoire, la place des femmes dans la société n'y correspond pas à celle dont elles peuvent bénéficier en Suisse. Il est toutefois à la limite de la témérité de se prévaloir de la place de la femme dans la société au Kosovo, qualifiée d'"archaïque", pour s'opposer à un renvoi, compte tenu des faits pénaux de la présente affaire. Un déménagement de la famille permettrait à l'épouse du recourant de ne pas se séparer de celui-ci, dans la mesure où elle estimerait que cette présence lui est effectivement nécessaire. Quant aux filles du couple, vu leur très jeune âge, elles ne devraient pas rencontrer de problèmes d'adaptation et d'intégration. Finalement, on constate que le recourant, âgé de quarante ans, a passé les 32 premières années de sa vie au Kosovo, pays où il a conservé des attaches familiales, sociales et culturelles. Il ne rencontrera pas d'obstacle majeurs à un retour dans ce pays. Il n'en fait d'ailleurs pas état dans son écriture.