Citation: 4P.118/2005 06.09.2005 E. A

A.a X.________ S.A. et Y.________ S.A. sont deux sociétés genevoises actives dans le commerce de bijoux. Selon le contrat liant les parties, X.________ S.A. remettait des articles de bijouterie à Y.________ S.A. pour qu'elle les présente à des acheteurs potentiels à l'étranger. Celle-ci avait le choix d'en payer le prix ou de les restituer. Conformément à la procédure usuelle en la matière, le transfert des marchandises (ainsi que des risques) s'opère dans les locaux du consignataire, lequel se charge des formalités douanières. En 1996, A.________, l'administrateur et président de X.________ S.A., contrairement à la pratique habituelle, se chargeait des formalités douanières et exigeait de remettre, ainsi que de reprendre les bijoux confiés à Y.________ S.A. dans la zone de transit de l'aéroport. En outre, il n'acceptait, pour signer les bons de consignation et de retour, qu'une seule personne digne de sa confiance, à savoir C.________, administrateur et président de Y.________ S.A. La restitution de la marchandise intervenait toujours dans un délai très court d'une à deux semaines, immédiatement au terme de sa présentation à l'étranger. A.________ est décrit comme une personne très exigeante en affaires, en particulier s'agissant du retour des marchandises. Comme l'a souligné X.________ S.A., les transactions étaient vérifiées avec soin, tant par A.________ que par C.________. Lorsque des bijoux étaient emportés en voyage, A.________ téléphonait plusieurs fois par jour. Il est cependant arrivé qu'un bon de retour ne soit pas signé, bien que la marchandise ait été restituée. A.b Le 15 janvier 1996, A.________ a remis en consignation à Y.________ S.A., dans la zone transit de l'aéroport, une parure en or jaune sertie de diamants et de perles de culture, composée d'un collier et d'une paire de boucle d'oreilles, d'une valeur de 65'000 US$. Le bon de consignation portait la signature de C.________. Le même jour, deux employés de Y.________ S.A. se sont rendus à Abu Dhabi pour présenter plus de 200 bijoux, dont la parure précitée. Aucun des bijoux n'ayant été vendu, ceux-ci ont été ramenés en Suisse. X.________ S.A. a affirmé par la suite que la parure de 65'000 US$ n'avait jamais été restituée par Y.________ S.A. Sur les bulletins de consignation de X.________ S.A., les conditions générales préimprimées indiquent que les articles consignés sont placés sous la responsabilité de Y.________ S.A. pour tous risques pouvant surgir pendant le voyage, notamment accident, perte ou vol. S'agissant de la parure litigieuse, il était ajouté que "l'assurance de ce voyage est couverte par la maison X.________ S.A.". Durant l'année 1996, Y.________ S.A. n'a effectué qu'une seule vente portant sur une pièce de 552'000 fr., parmi les nombreux bijoux que X.________ S.A. lui avait remis en consignation. A.c X.________ S.A. a admis n'avoir avisé de façon informelle son assureur, Z.________ S.A., de la non-restitution de la parure de 65'000 US$ qu'à fin 1998 ou début 1999. Elle s'était également inquiétée de savoir si le sinistre avait été annoncé par Y.________ S.A., qui avait le même assureur. Le 6 mai 1999, Y.________ S.A., qui entendait changer d'assureur, a indiqué par télécopie à Z.________ S.A. : "Comme vous le savez, une parure de M. B.________ a été égarée. Nous sommes encore actuellement en train de la rechercher, mais nous tenions d'ores et déjà à vous informer que si cette parure ne devait pas être retrouvée, elle ferait également l'objet d'une déclaration de perte". Par courrier du 27 mai 1999, Y.________ S.A. a affirmé à X.________ S.A. avoir restitué la parure litigieuse au retour du voyage et a invité cette dernière société à annoncer le sinistre à son assurance. X.________ S.A. a contesté avoir reçu ce courrier. Les deux sociétés ayant la même assurance, une solution transactionnelle a été recherchée et, en mars 2000, Y.________ S.A. a proposé à X.________ S.A. de partager par moitié le dommage, ce que cette dernière a refusé, ne s'estimant pas responsable de la perte de la parure et n'entendant pas déclarer le sinistre sous sa propre police. Finalement, la couverture d'assurance a été considérée comme caduque, X.________ S.A. ayant attendu plus de deux ans après la survenance de l'événement litigieux avant de le déclarer à l'assureur.