Citation: 4A_440/2021 E. 7.3

7.3. Celui-ci brandit des objections de principe, fondées derechef sur la jurisprudence concernant l'assurance-accidents. Celle-ci s'en remet essentiellement à la médecine pour savoir si l'accident de type "coup du lapin" présente un lien de causalité naturelle avec l'état de santé de l'assuré incapable de travailler (consid. 5.1 supra). Si ce lien est retenu, le juge s'interroge alors sur la causalité adéquate. Il tient compte du degré de gravité de l'accident (faible, moyen ou élevé) et, lorsqu'il est d'importance moyenne, inclut d'autres critères (voir par ex. arrêt précité 8C_21/2021 consid. 4.1; 8C_522/2011 du 6 juillet 2012 consid. 4.2.1; ATF 134 V 109 consid. 10, spéc. 10.1; cf. aussi arrêt 1C_152/2020 du 8 septembre 2020 consid. 3.3.2). C'est en principe à ce stade qu'entrent en considération les expertises biomécaniques. Cette jurisprudence n'empêche pas pour autant le juge civil de tenir compte des résultats d'une telle analyse lorsqu'il étudie la causalité naturelle. La cour de céans l'a déjà précisé dans un arrêt qui n'a pas échappé aux juges jurassiens (cf. arrêt 4A_540/2010 du 8 février 2011 consid. 1.3.2, qui renvoie à ALFRED BÜHLER, Beweismass und Beweiswürdigung bei Gerichtsgutachten [...], in Jusletter du 21 juin 2010 p. 17 n. 108 s., ainsi qu'à MAX BERGER, Unfallanalytik und Biomechanik - beweisrechtliche Bedeutung, in RSJ 2006 p. 31-33). En médecine aussi, on reconnaît que ces données ont quelque utilité, sans être décisives (cf. SCHNIDER/ANNONI ET ALII, op. cit., in Bulletin des médecins suisses 2001 p. 289 ad question 9, resp. 2000 p. 2220 pour la version allemande). Il paraît dès lors difficile de leur dénier toute signification dans l'établissement de la causalité naturelle. Le recourant pointe aussi des arrêts affirmant qu' "en droit de la responsabilité civile, il ne se justifie pas de tenir compte de la gravité (ou de la légèreté) de l'accident lors de l'examen du rapport de causalité (...). La faible intensité de la cause du dommage (...) peut toutefois, en combinaison avec d'autres facteurs, être prise en compte au moment de calculer l'indemnité" (arrêts 4A_695/2016 du 22 juin 2017 consid. 2.1; 4A_45/2009 du 25 mars 2009 consid. 3.3.2; cf. aussi arrêt précité 1C_152/2020 consid. 3.3.3). Il faut lire cette formule ramassée en gardant à l'esprit que le juge soupèse l'intensité respective des différentes causes du dommage au stade de la causalité adéquate. Or, une rupture de causalité n'est que rarement admise; la faible intensité d'une cause constituera le plus souvent un facteur de réduction (voir par ex. ATF 146 III 387 consid. 6.3.1 et 6.3.2; 116 II 519 consid. 4b; arrêt 4A_329/2019 du 25 novembre 2019 consid. 10.2.1). Il faut aussi rappeler que les possibilités de réduire les prestations sont plus souples en droit de la responsabilité civile qu'en matière d'assurance-accidents et que la ratio legis n'est pas la même en ces deux domaines. Cela étant, il n'est pas nécessaire de disserter davantage sur cette jurisprudence et les critiques qu'elle suscite (voir par ex. les exposés de GUYAZ/GRAND, Coordination des régimes indemnitaires: quelques problèmes actuels, in L'indemnisation du préjudice corporel, [DUPONT/MÜLLER ÉD.] 2019, p. 38-42; PIERRE ANGELOZZI, La dualité de la causalité adéquate en assurance accidents et en responsabilité civile [...], in SJ 2009 II 215 ss). Tout au plus faut-il absoudre les juges jurassiens de tout reproche d'arbitraire, en tant qu'ils ont pris en compte le degré de gravité de l'accident comme l'un des indices pertinents dans l'examen de la causalité naturelle. Diverses circonstances peuvent en effet influencer aussi bien cette question que celle de la causalité adéquate.