Citation: 6S.81/2006 12.05.2006 E. A

Par jugement du 20 juin 2005, le Tribunal criminel de l'arrondissement de La Broye et du Nord vaudois a notamment condamné Y.________, pour assassinat, brigandage en bande, lésions corporelles simples, tentative de vol, dommages à la propriété, violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires et contravention à la LStup, à vingt ans de réclusion, sous déduction de la détention préventive. Cette condamnation repose, en bref, sur les faits suivants: A.a De nationalité portugaise, Y.________, né en 1982, est issu de l'union hors mariage d'une mère portugaise et d'un père cap-verdien. Ses parents se sont rencontrés au Portugal où son père, déjà marié, travaillait temporairement. Sa mère avait déjà, d'une précédente union, une fille, qui est décédée il y a quelques années, tuée par son mari. A la fin 1989, alors que Y.________ avait sept ans, son père l'a contraint à vivre au Cap Vert, dans le foyer de sa belle-mère, lui-même travaillant en Suisse. L'enfant a rencontré des difficultés d'intégration. Son père l'a élevé avec une certaine rudesse, n'hésitant pas à lui infliger des châtiments corporels. En décembre 1993, Y.________ est arrivé en Suisse avec sa belle-famille. Il a obtenu un permis de séjour au titre du regroupement familial, régulièrement renouvelé jusqu'en 2002. Fin 1994, il a été scolarisé en classe spéciale pour élèves non-francophones, puis a terminé sa scolarité, à Payerne, en section développement durant trois ans, rencontrant des difficultés dans l'apprentissage du français. Il est resté sans activité de l'été 1998 à juin 1999, puis a commencé un apprentissage de boulanger-pâtissier, formation qu'il a abandonnée au bout de quelques mois après avoir frappé un autre employé avec une plaque de four brûlante. Début 2001, brouillé avec son père qui s'opposait à ce qu'il garde un molosse sous son toit, il a quitté le domicile familial et vécu chez des amis, dormant parfois dehors ou dans les gares, avant d'être détenu du 21 août au 4 octobre 2001. A sa libération, il a logé dans un studio à Payerne que lui a procuré la Fondation vaudoise de probation. Il a perçu l'aide sociale par l'intermédiaire de cette institution avant d'être à nouveau arrêté le 19 mai 2002 et détenu préventivement. La Fondation l'a ainsi soutenu jusqu'en février 2003. Les services sociaux ont ensuite pris le relais lui payant le loyer de son studio et lui remettant mensuellement 1'100 francs. A.b Y.________ a déjà fait l'objet des condamnations suivantes: - le 3 septembre 1996, le Président du Tribunal des mineurs du canton de Vaud l'a condamné à quatre demi-journées de prestations en travail pour vol et recel; - le 5 novembre 1999, la même autorité l'a condamné à une mesure d'assistance éducative, pour lésions corporelles simples, tentative d'extorsion qualifiée, recel et contravention à la loi fédérale sur le transport public; - le 2 mars 2001, le Tribunal des mineurs du canton de Vaud l'a condamné à sept jours d'emprisonnement, pour lésions corporelles simples, dommages à la propriété, violence ou menace contre les autorités ou les fonctionnaires et contravention à la LStup, peine purgée du 27 septembre au 4 octobre 2001; - le 19 décembre 2002, le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois l'a condamné à treize mois d'emprisonnement, avec sursis, pour lésions corporelles simples, voies de fait, recel, vol et vol de faible valeur patrimoniale, dommages à la propriété, faux dans les certificats, violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, opposition aux actes de l'autorité, violation de domicile et contravention à la LStup. A.c Le 6 mai 2003, Y.________, accompagné de deux mineurs, a tenté de forcer un distributeur de nourriture avec un pied de biche. La porte latérale de l'appareil a été abîmée et sa vitre centrale brisée. Mis en fuite par un tiers, les auteurs n'ont rien pu emporter. Le 18 mai 2003, Y.________ voyageait sans titre de transport dans un train circulant d'Yverdon-les-Bains à Fribourg. Lors du contrôle effectué par M.________ et N.________, il a déclaré n'avoir ni billet, ni argent, ni pièce d'identité. Il leur a donné une fausse identité et a tergiversé pour remplir une formule de renseignements. A l'arrêt du train à Payerne, il s'est levé et a bousculé M.________, celui-ci l'ayant attrapé par l'épaule et l'invitant à demeurer assis; il l'a poussé à terre et lui a asséné un coup de poing au visage. Comme N.________ se trouvait sur son passage à la sortie du wagon, il lui a aussi donné un coup à la tête, lui causant un hématome à la tempe gauche. Le 20 mai 2003, Y.________ a voyagé en train avec B.________ et A.________. B.________ a demandé à un voyageur, O.________, né le 4 janvier 1984, de lui prêter son téléphone portable pour essayer sa carte SIM. O.________ s'est exécuté. A l'arrivée du train à Yvonand, ce dernier a essayé de reprendre son objet. Y.________ l'a alors immobilisé en le serrant par derrière avec son bras, A.________ lui a donné un coup de poing au visage et B.________ un coup de pied. Les comparses l'ont ensuite expulsé du train. A.d Le 1er juin 2003, X.________ et A.________ remontaient le train circulant entre Yvonand et Yverdon pour aller rejoindre leurs amis, dont Y.________, installés en compartiment fumeur. Ils sont passés à côté de Z.________, né en 1984, qui avait posé son lecteur CD sur une tablette. X.________ s'est emparé de cet objet, avant de poursuivre son chemin. Z.________ est descendu du train à Yverdon. Comme X.________ et A.________ s'en prenaient physiquement à lui, il a blessé superficiellement ce dernier à la cuisse droite avec son couteau. X.________, Y.________ et B.________ se sont alors déchaînés contre lui, le frappant en alternance, sans relâche et avec une extrême violence, au moyen des poings, des pieds, d'une sacoche, ainsi qu'en lui lançant des pierres, ceci pendant environ deux minutes. Dès le début des assauts conjugués des comparses, la victime, âgée de presque 19 ans, n'a plus esquissé le moindre geste défensif. Elle s'est tassée sous les coups, a perdu toute mobilité et est demeurée totalement inerte, cherchant uniquement à protéger sa tête. Alors que B.________ et X.________ avaient cessé leurs assauts et que Z.________ demeurait inerte, Y.________ s'est emparé du couteau de la victime et l'a poignardé sauvagement au flanc droit, le touchant au poumon et au foie. La lame a pénétré dans le corps sur une profondeur de 15 à 17 cm. Y.________ a ensuite apporté le poignard ensanglanté à A.________ pour l'inviter à aller à son tour se venger, offre que ce dernier a déclinée. Il a ensuite dissimulé le poignard sur un caisson mural de la gare et a rejoint son amie avec laquelle il est allé manger. Tout en présentant une apparence calme, il a discuté avec des connaissances auxquelles il a fait comprendre qu'il avait vengé son copain. Il a ensuite fait récupérer le poignard par un ami et a regagné Payerne avec cet objet tout en prenant des précautions pour ne pas être incriminé avec cette preuve en cas d'arrestation. Chez lui, il a lavé cette arme, l'a désinfectée et l'a dissimulée dans la cuisine. Dans la soirée, il a raconté les événements à deux amis, leur confiant qu'il rêvait depuis longtemps d'expérimenter le fait de poignarder quelqu'un. Z.________ est décédé le 6 juin 2003. Selon le rapport d'autopsie, le décès est survenu suite à des lésions provoquées par un objet contondant ayant frappé la tête ou contre lequel la tête s'est heurtée. La lésion provoquée par le coup de couteau qui a, entre autres, transpercé le foie, aurait été mortelle sans intervention médicale rapide et a pu jouer un certain rôle dans l'enchaînement fatal. A l'audience, l'un des experts a précisé que les lésions cérébrales mortelles provenaient d'une contusion directe pouvant aussi bien résulter d'un seul coup très violent que de plusieurs coups assénés soit avec une pierre, soit avec la sacoche, soit encore avec les poings ou les pieds.