Citation: 6P.40/2006 30.08.2006 E. F

Le 7 avril 2000, le juge d'instruction valaisan a chargé les experts D.________ et E.________ de déterminer si les responsables de la sécurité en matière d'avalanches devaient prévoir, sur la base des données dont ils disposaient, que les avalanches du 21 février 1999 atteindraient des zones d'habitations et des voies de communication. Les experts ont déposé leur rapport de base le 15 décembre 2001 ainsi qu'un rapport complémentaire le 15 octobre 2002. De leurs constatations sur place, les experts ont déduit que, si d'autres couloirs voisins étaient très boisés, signe d'aucune activité avalancheuse récente, le couloir du torrent du Bréquet était assez lisse et dégarni, "preuve de passages d'avalanches pas si anciennes que ça". Ils ont également observé un tronc cassé à mi-hauteur, un autre déplumé dans sa partie haute et des troncs couchés, signes qui montreraient qu'il y a eu souffle de poudreuse et pas seulement écoulement au sol. Ils ont estimé que la surface de départ de l'avalanche était de l'ordre de 0,1 km2, précisant que les 4 km de la zone de décrochement, entre le Sasseneire et le Tsaté, n'étaient pas descendus dans le couloir du Bréquet. Considérant qu'il s'agissait d'une pente classique à avalanches, ils ont relevé que, contrairement aux petites avalanches et aux avalanches humides (lourdes), une grande avalanche sèche pouvait arriver jusqu'au fond de la vallée et s'arrêter soit au pied de la dernière barrière rocheuse, soit un peu plus loin au niveau du chalet de M.C.________, soit encore au niveau de la route du fond de la vallée (expertise, p. 3/4). Les experts ont encore effectué une modélisation des avalanches du 21 février 1999, avec pour but de reconstituer le plus objectivement possible leurs effets et de vérifier si les zones rouge et bleue étaient raisonnablement implantées sur les plans de zones de la commune d'Evolène de 1973/1977, respectivement de 1992, à proximité du chalet de M.C.________ et de la route cantonale Evolène - Les Haudères. Ils ont pris différents paramètres et variables, à savoir: l'épaisseur au décrochement, l'épaisseur de la fracture, la période de retour, le coefficient d'intensité des précipitations, l'altitude de rupture, le coefficient de frottement laminaire, le coefficient de frottement turbulent, la largeur au départ et la vitesse initiale. Le coefficient de frottement laminaire dépendait de la fluidité de la neige, elle-même fonction de la température et de l'humidité de la neige, et pouvait osciller entre 0,156 dans une situation de neige extrêmement fluide et 0,35 dans une situation stable. Pour ce paramètre, les experts ont retenu trois valeurs différentes sur le tracé de l'avalanche, à savoir 0,17 dans la zone de départ en altitude, 0,20 dans la zone d'écoulement et 0,22 dans la zone d'arrêt, là où la neige était plus dense. Aux termes de leurs calculs, ils ont conclu qu'une grande avalanche, mais pas de dimension extrême (épaisseur de la fracture de 1 m), calculée pour une période de 30 ans et constituée de neige devenant plus compacte au fur et à mesure de l'écoulement, pouvait raisonnablement arriver jusqu'à la route. Précisant qu'une telle modélisation ne devait pas être prise à la lettre ou au chiffre près, ils ont déclaré que ces hypothèses théoriques aboutissaient à des résultats sous forme d'ordre de grandeur des caractéristiques d'une avalanche pas si éloignée de celle qui était survenue le 21 février 1999 (expertise p. 6/11). Les experts ont répertorié les bulletins d'avalanches qui ont été délivrés du 14 février 1999 au 23 février 1999 par l'IFENA. Ils ont constaté que le jour de l'avalanche, l'IFENA indiquait par erreur un risque de degré 4, à 17h ou 18h30 (2 ou 3 heures avant l'avalanche), risque qu'il a réajusté au degré 5 dans le bulletin du lendemain. Selon les experts, Y.________ a déclaré qu'il aurait neigé entre 30 et 40 cm par jour, les trois ou quatre jours précédant l'avalanche. Relevant que cela ne correspondait pas aux données de la station de Bréona ni aux prévisions constantes des bulletins d'avalanches, les experts ont constaté que cette appréciation de Y.________ correspondait cependant à la réalité dans la zone de décrochement, en raison du vent fort à très fort, qui avait soufflé pendant cette période. Les experts ont conclu que le vent avait été très fort et que de gros transports de neige, et donc de grosses accumulations de neige par dépôt dû au vent, avaient eu lieu dans les 3 à 5 jours précédant l'avalanche sur tout le versant sud-ouest de la crête Sasseneire Pointe du Tsaté (expertise p. 27). Les experts ont relevé que, par définition, dans une zone bleue ou rouge, une avalanche était possible, sinon la zone serait blanche. En revanche, sa prévision ou probabilité dépendait des conditions du moment. Avec un risque faible (1 ou 2), la prévisibilité était faible. Mais, en cas de risque 5, la prévisibilité était très forte (sinon à quoi servirait l'échelle de risque ?). Concrètement, dans le couloir répertorié, l'avalanche était possible, mais il était prévisible qu'elle descende jusqu'en bas seulement en cas de risque 5. Selon les recommandations de l'IFENA, un risque 5 (avec plus de 120 cm de neige) signifiait: "situation catastrophique, même de grosses avalanches rares ou inconnues sont possibles jusqu'au fond de la vallée. Danger maximum pour les habitations et les voies de communication" (expertise p. 14). Enfin, les experts ont relevé qu'un chalet en bois ne résistait guère à plus de 500 kg à 1000 kg par m2. Ils ont donc admis que les avalanches du 21 février 1999 n'avaient sans doute pas atteint trois tonnes par m2 et étaient ainsi restées dans les valeurs appliquées à la zone bleue (expertise p. 16).