Citation: 1P.416/2000 03.10.2000 E. 3

3.- Le recourant voit ensuite une violation de son droit à l'égalité de traitement consacré à l'art. 8 Cst. dans le fait que la Commission de classification a imposé, dans le secteur contigu "En Meilloret", des parcelles en forme de parallélogrammes, éliminant les "faux-tours", au détriment de la recherche de sorties strictement perpendiculaires aux chemins de desserte. a) L'autorité cantonale doit veiller à une répartition équitable entre les membres du syndicat, dans la mesure du possible, des bénéfices et des risques de l'opération de remaniement: c'est là une exigence qui découle du droit à l'égalité de traitement. Ce droit, qui n'a en général qu'une portée restreinte en matière d'aménagement du territoire (cf. ATF 118 Ia 151 consid. 6c p. 162 et les arrêts cités), a un poids plus important dans le domaine des améliorations foncières, où les investissements des collectivités publiques créent des plus-values substantielles (ATF 119 Ia 21 consid. 1b p. 25/26 et les arrêts cités). Le droit à l'égalité est toutefois relativisé en tant que, selon le cours ordinaire des choses, il est rarement possible d'assurer à chacun des propriétaires touchés une participation proportionnellement identique à l'enrichissement collectif. Pour le Tribunal fédéral qui, saisi d'un recours de droit public, n'a pas à substituer son appréciation à celle des autorités cantonales, il suffit que les disparités relevées à ce propos à l'issue de la confection du nouvel état ne soient pas manifestes ou choquantes (ATF 119 Ia 21 consid. 1b in fine p. 26 et l'arrêt cité). S'il apparaît que la situation faite à un propriétaire dans le nouvel état n'est pas totalement insoutenable, mais qu'elle est pourtant clairement insatisfaisante, parce que les autorités cantonales ont omis des éléments essentiels dans la confection du nouvel état (par exemple, les particularités de l'exploitation) ou parce qu'elles ont négligé d'utiliser tous les moyens techniques à disposition pour améliorer cette situation, la décision cantonale doit alors être annulée pour déni de justice formel au sens de l'art. 30 al. 1 Cst. Pour déterminer si la situation d'un propriétaire est insatisfaisante, le Tribunal fédéral fait preuve de retenue dans l'examen de questions qui relèvent des circonstances locales, voire d'aspects techniques, que les autorités cantonales sont censées mieux connaître que lui (ATF 119 Ia 21 consid. 1c p. 26 et les arrêts cités; cf. aussi ATF 125 II 86 consid. 6 p. 98). b) En l'occurrence, le Tribunal administratif n'a pas examiné spécifiquement le grief d'inégalité de traitement entre les parcelles situées dans le secteur "A la Croix" et celles se trouvant immédiatement à l'ouest, au lieu-dit "En Meilloret". Toutefois, le moyen tiré d'une violation de l'art. 8 Cst. consiste essentiellement en ce que le principe de perpendicularité a été appliqué dans le premier secteur, alors que la Commission de classification s'en est écartée dans le second, dans l'intention d'éliminer les "faux-tours". Ainsi, dans ce sens, le grief tiré de la violation du droit à l'égalité de traitement se confond avec celui d'une application arbitraire de l'art. 55 al. 1 LAF, écarté ci-dessus. Pour les mêmes raisons, la Commission de classification n'a pas excédé son pouvoir d'appréciation en donnant la forme de parallélogrammes aux nouvelles parcelles du secteur "En Meilloret"; la configuration générale de cette zone, qui se présente elle-même comme un vaste parallélogramme, sous réserve de son extrémité nord-ouest, occupée par une parcelle triangulaire entourée par la route cantonale et deux chemins, pouvait en effet raisonnablement induire un tel choix. De même, il n'était ni arbitraire, ni contraire au principe de l'égalité de traitement, de ne pas prolonger vers l'est, dans le secteur contigu "A La Croix", l'orientation des cultures donnée aux biens-fonds sis "En Meilloret", à cause des particularités propres à ce secteur, et notamment en raison de l'influence du tracé de la route cantonale sur ce dernier et du nombre restreint de propriétaires concernés. Ainsi, malgré leur proximité, les deux secteurs voisins présentent certains aspects topographiques permettant de justifier l'option prise par la Commission de classification et confirmée par le Tribunal administratif. L'autorité cantonale pouvait donc sans faire preuve d'arbitraire ou contrevenir à l'égalité de traitement entre propriétaires recourir à des principes différents pour déterminer l'orientation des cultures dans les deux secteurs en cause, précisément pour tenir compte de leurs particularités spatiales. Il est vrai que, du point de vue du recourant, ce changement d'orientation peut sembler illogique sous l'angle de l'exploitation de son domaine, puisque ses terrains se suivent en longeant la limite sud-est des deux secteurs "En Meilloret" et "A la Croix", et qu'il aurait eu avantage à ce que l'intégralité de son exploitation reçoive la forme d'un parallélogramme, dès lors qu'il dispose de l'équipement nécessaire pour pratiquer la culture en ligne oblique. Toutefois, la question ne doit pas s'apprécier uniquement pour le domaine du recourant, mais pour chacun des périmètres dans lesquels des parties de son exploitation agricole sont situées. En ce sens, le grief d'inégalité de traitement doit être rejeté, le recourant ne se plaignant d'ailleurs pas - ou à tout le moins pas dans les formes requises par l'art. 90 al. 1 let. b OJ - de la gêne éventuelle engendrée par la différence d'orientation (perpendicularité et alignement oblique), mais seulement de la perte de rendement du triangle de "faux-tours" occupant, sur 120 ares, l'extrémité sud-est de la parcelle n° 1590.