Citation: 4C.14/2001 26.03.2001 E. 1

1.- a) La défenderesse reproche à la cour cantonale d'avoir violé le droit fédéral en admettant que les demandeurs n'ont pas renoncé à leur treizième salaire pour les années 1995 à 1998. Elle soutient non pas que le contrat de travail aurait été modifié définitivement, mais que les demandeurs auraient renoncé, chaque année, au treizième salaire, à l'occasion de réunions avec la direction. En effet, cette dernière a informé chaque année les salariés de ce que le paiement du treizième salaire n'était pas possible et leur a indiqué que les travailleurs qui n'étaient pas contents étaient libres de donner leur congé. b) La remise de dette est un contrat aux termes duquel les parties conviennent d'annuler une créance; elle n'est soumise à aucune prescription de forme, même lorsque la créance découle d'un contrat écrit (art. 115 CO). Le créancier ne peut pas renoncer unilatéralement à la créance; la remise de dette suppose un accord entre le créancier et le débiteur (ATF 126 III 375 consid. 2d et les références doctrinales). On peut douter que l'information donnée par la défenderesse - selon laquelle il ne lui était pas possible de verser le treizième salaire - ait dû être comprise de bonne foi par leurs destinataires comme l'offre, formulée par elle, de conclure un accord en vertu duquel les demandeurs renonçaient définitivement, chaque année, à ce treizième salaire. En effet, la défenderesse s'est bornée à donner une information unilatérale; elle ne s'est point comportée comme si elle présentait une proposition. Si tant est que des offres aient été formulées, il incomberait à la défenderesse de prouver qu'elles ont été acceptées. Sauf circonstances particulières, le silence du destinataire ne saurait être considéré comme valant acceptation; le simple fait que le créancier laisse s'écouler une longue période sans faire valoir ses droits ne signifie pas qu'il y renonce (Gauch/Schluep/Schmid/Rey, Schweizerisches Obligationenrecht, Allgemeiner Teil, nos 3204/3205, p. 226; Gonzenbach, Commentaire bâlois, 2e éd., n. 6 ad art. 115 CO). En particulier, l'employeur qui demande une remise de dette à son salarié ne saurait admettre que cette remise est acceptée si ce dernier s'abstient de démissionner; il incombe à l'employeur, en l'absence d'acceptation, de prendre lui-même l'initiative de la résiliation du contrat (arrêtdu 18 mai 1982, consid. 3, publié in: SJ 1983 p. 94 ss et résumé in: Aubert, Quatre cents arrêts sur le contrat de travail, no 47, p. 36-37). En l'occurrence, la défenderesse a d'emblée laissé entendre qu'elle ne tiendrait pas compte d'un refus, puisqu'elle indiquait que les salariés mécontents étaient li-bres de donner leur démission. Elle ne saurait donc tirer de l'absence de manifestation d'un refus, de la part des salariés, la conclusion que ceux-ci acceptaient la proposition. De plus, dès lors qu'ils étaient au bénéfice d'un contrat prévoyant le paiement d'un treizième mois, la défenderesse ne pouvait pas escompter que les intéressés donnent leur démission pour manifester leur refus. Dans de telles circonstances, il faut admettre, avec la cour cantonale, que la défenderesse n'a pas prouvé la renonciation des demandeurs au paiement des treizièmes mois afférents aux années 1995 à 1998, de sorte que le grief doit être rejeté.