Citation: 2C_54/2022 E. 7.4.3

7.4.3. En l'occurrence, il ressort de l'arrêt attaqué que le recourant souffre de schizophrénie paranoïde, maladie pour laquelle il suit un traitement médical depuis 2000 et qui l'a conduit à effectuer près de 20 séjours hospitaliers pour décompensation psychotique en Suisse jusqu'en 2016. Placé en 2013 en institution avec logement protégé après une énième hospitalisation, l'intéressé vit depuis 2014 dans son propre appartement dans le village de V.________, dans le canton de Berne, mais continue d'être pris en charge par le personnel de ladite institution. Le Tribunal administratif a constaté que celle-ci contrôlait et coordonnait sa prise de médicaments et informait le personnel médical en cas de suspicion de décompensation. D'après l'arrêt attaqué, c'est une adaptation continue de la médication du recourant et la mise en place d'un cadre adapté à sa maladie - consistant en une occupation dans un atelier protégé et logement protégé - qui ont permis de stabiliser psychiquement l'intéressé depuis 2016. Sur la base des rapports médicaux en sa possession, l'autorité précédente a ainsi retenu que, si la situation médicale du recourant s'était quelque peu détendue ces dernières années, ce dernier avait toujours besoin d'un accompagnement quotidien et d'une prise en charge globale, faute de quoi sa vie pourrait être mise en danger. Le Tribunal administratif a admis que, dans la mesure où le recourant nécessitait des structures de jour ordonnées et constantes et une prise en charge globale, son renvoi au Maroc, qui constituerait un arrachement à son environnement habituel, pourrait conduire à une nouvelle décompensation psychique nécessitant une nouvelle hospitalisation ainsi qu'à une détérioration (au moins temporaire) de son état de santé, de sorte que son retour devrait en tous les cas être préparé sur le plan thérapeutique et organisationnel par des personnes de référence (médicales). En définitive, il ressort des constatations de fait du Tribunal administratif qu'un renvoi du recourant au Maroc pourrait conduire à une détérioration rapide de sa santé mentale, laquelle serait susceptible de mettre sa vie en danger. Partant, au regard de la souffrance pouvant résulter d'une telle rechute et du risque que celle-ci pourrait faire peser sur la vie du recourant, il faut admettre - comme l'a d'ailleurs déjà admis la CourEDH dans une affaire similaire impliquant la Suisse (cf. arrêt de la CourEDH Tatar contre Suisse, précité, § 46) - qu'il existe des raisons sérieux de penser qu'en cas de renvoi, le recourant pourrait, s'il n'obtenait pas de traitement adéquat, être exposé à une réduction significative de son espérance de vie ou, alors, à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses. Pour savoir si un tel risque est contraire ou non à l'art. 3 CEDH, il a cependant encore lieu d'examiner si le recourant pourrait bénéficier d'un traitement médical pour son état de santé dans son pays de destination, soit au Maroc.