Citation: 6B_58/2016 E. 4.2

4.2. Reste à examiner si le montant fixé par la cour cantonale est conforme au droit fédéral. L'ampleur de la réparation morale dépend avant tout de la gravité des souffrances physiques ou psychiques consécutives à l'atteinte subie par la victime et de la possibilité d'adoucir sensiblement, par le versement d'une somme d'argent, la douleur morale qui en résulte. Sa détermination relève du pouvoir d'appréciation du juge. En raison de sa nature, l'indemnité pour tort moral, qui est destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à une simple somme d'argent, échappe à toute fixation selon des critères mathématiques, de sorte que son évaluation en chiffres ne saurait excéder certaines limites; l'indemnité allouée doit toutefois être équitable (ATF 130 III 699 consid. 5.1 p. 704 s.; 129 IV 22 consid. 7.2 p. 36). Le juge en proportionnera donc le montant à la gravité de l'atteinte subie et il évitera que la somme accordée n'apparaisse dérisoire à la victime. S'il s'inspire de certains précédents, il veillera à les adapter aux circonstances actuelles pour tenir compte de la dépréciation de la monnaie (ATF 129 IV 22 consid. 7.2 p. 36 s. et les arrêts cités). La fixation de l'indemnité pour tort moral est une question d'application du droit fédéral, que le Tribunal fédéral examine donc librement. Dans la mesure où cette question relève pour une part importante de l'appréciation des circonstances, le Tribunal fédéral intervient avec retenue, notamment si l'autorité cantonale a mésusé de son pouvoir d'appréciation en se fondant sur des considérations étrangères à la disposition applicable, en omettant de tenir compte d'éléments pertinents ou encore en fixant une indemnité inéquitable parce que manifestement trop faible ou trop élevée. Comme il s'agit cependant d'une question d'équité -et non pas d'une question d'appréciation au sens strict, qui limiterait son pouvoir d'examen à l'abus ou à l'excès du pouvoir d'appréciation - le Tribunal fédéral examine toutefois librement si la somme allouée tient suffisamment compte de la gravité de l'atteinte ou si elle est disproportionnée par rapport à l'intensité des souffrances morales causées à la victime (ATF 129 IV 22 consid. 7.2 p. 36 s. et les arrêts cités). S'agissant du montant alloué en réparation du tort moral, une comparaison avec d'autres affaires ne doit intervenir qu'avec circonspection, puisque le tort moral ressenti dépend de l'ensemble des circonstances du cas d'espèce. Cela étant, une comparaison n'est pas dépourvue d'intérêt et peut se révéler, suivant les occurrences, un élément utile d'orientation (ATF 138 III 337 consid. 6.3.3 p. 345 et l'arrêt cité). La victime étant majeure et ne vivant pas sous le même toit que son père, la cour cantonale est partie d'un montant de base de 20'000 fr., qui est pertinent. Elle a relevé que le père de la victime avait été très durement touché par le décès soudain et imprévisible de son fils. Le recourant allègue que l'affection paternelle était " particulièrement distante " puisque la victime et son père ne s'étaient plus rencontrés depuis plusieurs années. Il n'en demeure pas moins qu'ils avaient des contacts téléphoniques réguliers à raison d'une ou deux fois par mois, ce qui montre que la relation était bien existante et entretenue par la victime et son père. Par ailleurs, il ressort du jugement attaqué que ce dernier a ressenti très douloureusement le décès de son fils à la suite duquel il a dû augmenter le dosage des tranquillisants qu'il prenait déjà précédemment. Le recourant soutient par ailleurs que le montant de l'indemnité doit être réduit au regard de la différence du coût de la vie entre la Suisse et l'Espagne, pays dans lequel réside le père de la victime. Conformément à la jurisprudence, il n'y a en principe pas lieu de prendre en considération le coût de la vie au domicile de l'ayant droit pour fixer l'indemnité pour tort moral (ATF 125 II 554 consid. 2b p. 556). Il est toutefois possible de déroger à cette règle lorsque le bénéficiaire serait exagérément avantagé en raison de conditions économiques et sociales existant à son lieu de domicile (ATF 125 II 554 consid. 4a p. 559). Ainsi, le Tribunal fédéral a admis une réduction de l'indemnité pour tort moral au motif que le coût de la vie était considérablement plus bas au domicile du bénéficiaire qui résidait à Voïvodine, où le pouvoir d'achat est 18 fois plus élevé qu'en Suisse (ATF 125 II 554 consid. 4a p. 559). Il a en revanche jugé qu'il n'y avait pas lieu de réduire l'indemnité dans un cas où le bénéficiaire vivait au Portugal, pays dans lequel le coût de la vie correspondait à 70 % du coût de la vie suisse (arrêt 1C_106/2008 du 24 septembre 2008 consid. 4.2). Il n'en va pas différemment en l'espèce, le coût de la vie en Espagne n'impliquant aucune réduction de l'indemnité. Compte tenu de ces éléments ainsi que des circonstances particulièrement sordides du décès de la victime, agressée brutalement pour un motif futile puis abandonnée à son sort dans une situation où elle ne pouvait guère espérer de secours, le montant alloué à son père à titre de réparation du tort moral ne viole pas le droit fédéral.