Citation: 8C_374/2007 14.11.2007 E. A

A.a B.________, marié, travaillait comme chef de département au service de la société X.________ SA. Le 25 juillet 1970, alors qu'il cueillait des cerises, il a perdu l'équilibre en descendant de l'échelle sur laquelle il était monté. Il a fait une chute d'une hauteur de plusieurs mètres. Il a été atteint de paraplégie consécutivement à une fracture et une dislocation de la vertèbre D12. La Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (CNA) a pris en charge le cas. Entre autres prestations, elle a alloué à son assuré une rente d'invalidité. L'assuré a par la suite été contrôlé régulièrement à l'Hôpital Y.________, puis au Centre Z.________. Au mois d'octobre 2002, il a été opéré à l'Hôpital Y.________ pour un adénocarcinome de l'oesophage T2 N1 de pronostic réservé. Le 8 février 2005, il a de nouveau été hospitalisé dans ce même établissement en raison d'une récidive locale d'un adénocarcinome avec plusieurs implantations au niveau de la paroi gastrique et des micro-métastases pulmonaires. Il y est décédé le 9 mars 2005. A.b Le 26 mars 2005, sa veuve, A.________, a demandé à la CNA de lui allouer une rente de veuve. A la demande de la CNA, le docteur C.________, médecin-chef adjoint à la clinique de chirurgie de l'Hôpital Y.________ a indiqué que les suites de la première opération avaient été relativement difficiles en raison du handicap du patient. Cependant, celui-ci avait surmonté courageusement la situation et avait bien récupéré. Avec les années, le handicap de paraplégie était devenu toujours plus difficile à gérer, le patient, devenu plus âgé, ayant plus de difficultés à se déplacer. Il avait présenté plusieurs aggravations liées notamment aux états infectieux sur son hydronéphrose bilatérale sur vessie neurologique. Avant la seconde hospitalisation, le patient ne s'alimentait plus de manière suffisante. Il restait relativement grabataire à domicile, malgré le stimulus positif de sa famille. C'est dans ce contexte que les médecins ont investigué la situation carcinomateuse et ont pu constater qu'il existait une récidive locale gastrique de son adénocarcinome oesophagien, mais sans situation occlusive. Le patient s'était progressivement éteint, malgré une alimentation entérale complémentaire (rapport du 13 avril 2005). Par décision du 28 avril 2005, la CNA a refusé d'allouer une rente de veuve à A.________, au motif que le décès n'était dû ni à un accident ni à une maladie professionnelle. A.c A.________ a formé opposition. Dans une nouvelle lettre, du 25 juillet 2005, le docteur C.________ a exprimé l'avis que le décès était plus lié à l'état dépressif en relation avec le handicap du patient que secondaire à une cachexie tumorale à un stade de récidive encore débutant. Il a rapporté qu'en septembre 2003, le patient présentait des ulcérations sur la jambe qui avaient conduit à constater une ischémie nécessitant un pontage fémoro-poplitéo-tibial gauche. Bien que le patient eût lutté de manière courageuse, les suites opératoires n'avaient pas été simples et les alitements répétés avaient toujours été suivis d'une baisse de la mobilité. Plusieurs séjours au Centre Z.________ avaient été nécessaires pendant cette période, notamment pour des problèmes d'infection urinaire et de réhabilitation. Par la suite, tant le médecin traitant que la famille avaient constaté une baisse de courage et une démotivation du patient, avec diminution du plaisir d'être en contact avec les autres et diminution du plaisir de manger. Le médecin traitant avait constaté en mai 2005 (recte : probablement en 2004) un état dépressif qui n'était pas connu au préalable et l'avait mis au bénéfice d'un traitement. A l'occasion de l'hospitalisation du 8 février 2005, les médecins avaient constaté une récidive locale d'un adénocarcinome avec plusieurs implantations au niveau de la paroi gastrique et des micro-métastases pulmonaires. Cependant, de l'avis du docteur C.________, aucune de ces lésions n'était en elle-même vraiment responsable d'une gêne alimentaire ou d'un subiléus. Le docteur C.________ relevait que le patient avait nettement baissé les bras à partir de la fin 2004. Le dernier séjour au Centre Z.________ (du 5 octobre 2004 au 26 novembre 2004) l'avait laissé sans courage. La capacité de mobilité et d'indépendance se limitait progressivement du fait de l'âge et non en raison de la tumeur. Le patient mentionnait surtout une inappétence et son désir de ne plus lutter car il n'arrivait plus à assumer ce qu'il avait pu faire à ce jour. Le médecin concluait son rapport en ces termes: « Son décès dans un contexte de micro-métastases et de récidive locale non occlusive n'est pas dû directement à sa tumeur oesophagienne récidivée, mais bien plus au sentiment d'être un poids pour son entourage, de ne plus arriver à assumer le minimum nécessaire à pouvoir rester dans sa famille et en fin de compte d'une dépression réactionnelle. Nous avons alors constaté un patient qui a cessé de s'alimenter de manière normale, qui s'est fermé sur lui-même, tout en restant extrêmement collaborant avec le personnel médical et qui s'est éteint en présence des siens le 3 (recte : 9) mars 2005. Je suis conscient que le lien de causalité naturelle, considéré dans ce type de situation, est difficile à déterminer. C'est bien parce que l'évolution et le décès de ce patient nous ont beaucoup surpris que nous pensons que le décès est plus lié à l'état dépressif en relation avec son handicap plutôt que secondaire à une cachexie tumorale à un stade de récidive encore débutant.» Après avoir pris l'avis du docteur M.________ de sa division de médecine des assurances (rapport 14 septembre 2005), la CNA a rendu une nouvelle décision, le 20 octobre 2005, par laquelle elle a rejeté l'opposition.