Citation: 4A_321/2020 E. 5.3

5.3. Les recourantes se plaignent également d'une violation des art. 127 et 128 ch. 3 CO. Il faut observer que l'on ne se situe pas, ici, dans une situation où les distinctions seraient tangentes. Les travaux assumés par l'entreprise de menuiserie frappent tout d'abord par leur ampleur qui recouvre, selon l'expression utilisée par les juges cantonaux, " toute la panoplie des travaux de menuiserie intérieure ". La Cour d'appel a souligné qu'ils s'inscrivaient dans la reconstruction totale d'un chalet dont seul le sous-bassement en béton armé ainsi qu'une ou deux portes avaient pu être récupérés. L'intimée avait effectué un travail d'une grande ampleur sur une surface (448 m²) et un volume (1354 m3) importants. Une telle approche est adéquate, sachant que le travail de l'artisan se distingue en particulier par l'ampleur réduite de l'activité fournie, ce qui n'est pas le cas ici. Les recourantes vouent cette argumentation aux gémonies. Selon elles, " à aucun moment il ne s'est agi pour l'intimée de procéder à des travaux de gros oeuvre, ou de réaliser toutes la menuiserie, charpentes extérieure et intérieure du chalet ". Elle se serait chargée de " simples travaux de lambourdages, de lambrissage, de fourniture et pose de cache-radiateurs, de corniches moulurées, d'embrasures de fenêtres et de tablettes, de cadres de miroirs avec moulures, de portes et portillons, (...) ". Ses travaux ne sauraient être qualifiés " de grande ampleur ". Cette vision qui se veut réductrice ne convainc toutefois pas. Les travaux de l'intimée se sont étalés entre 2007 et 2008 et ont mobilisé seize de ses employés, certes probablement à des périodes diverses. Que ces travaux aient ou non porté sur le gros oeuvre - comme d'ailleurs sur le revêtement des sols en bois - ne change rien à leur large éventail. Il n'y a pas ici matière à discussion: ils n'ont rien d'une activité réduite, ce que les recourantes ne vont d'ailleurs pas jusqu'à affirmer. Pour le surplus, leur grief s'articule essentiellement autour de la nature spécifique des travaux en cause, qui aurait été méconnue: à les suivre, les ouvrages exécutés par l'entreprise de menuiserie auraient été spécialement conçus et réalisés pour elles, dans le respect de la tradition des chalets suisses. Chaque élément en bois aurait fait l'objet d'un plan détaillant par des cotes précises les longueurs, largeurs et épaisseurs nécessaires à sa conception. Ce qui les conduit à affirmer que le savoir-faire d'artisan se trouverait placé au premier plan. Cette tentative se révèle toutefois vaine. D'une part, les faits évoqués par les recourantes ne ressortent pas du jugement cantonal et n'apparaissent pas avoir été allégués régulièrement en procédure; du moins ne démontrent-elles pas le contraire. D'autre part, quand bien même le tour de main de l'intimée aurait été crucial pour la bienfacture de certains travaux (moulures, rosaces, cadres, etc.), il n'en demeure pas moins que l'ampleur du chantier impliquait d'elle des tâches de planification et de coordination particulières. Les dénégations des recourantes selon lesquelles l'intimée n'avait pas la charge de coordonner les travaux ni la responsabilité du chantier n'y changent rien. Dans une telle situation, il ne saurait être question de travail artisanal, et la cour cantonale ne s'y est pas trompée. Le point n'est donc pas de savoir si l'intimée s'est servie de grosses machines et a fait usage de technologies spéciales, ou si elle a bien plutôt utilisé des outils " fort simples ", comme les recourantes l'affirment. Car de toute manière, l'élément manuel - indiscutablement présent dans son travail - ploie devant l'importance des mesures de planification et de coordination qu'elle a dû mettre en oeuvre, dans un chantier d'une telle ampleur. Finalement, les recourantes brocardent le retard de facturation de l'intimée ainsi que les erreurs qui émaillaient les documents successifs en tenant lieu. Il est vrai qu'il est peu habituel de voir une facture d'un tel montant adressée quatre ans après la fin d'un chantier. Faut-il pour autant considérer que la créance était soumise à la prescription quinquennale de l'art. 128 ch. 3 CO? A l'évidence, non. La désorganisation, si c'est elle qu'il faut incriminer ici, n'est pas un critère pertinent, s'agissant de distinguer ce qui représente une activité artisanale au sens de cette disposition légale. Le grief de violation des art. 127 et 128 ch. 3 CO se révèle tout aussi infondé que le précédent.