Citation: 2C_657/2020 E. 3.2

3.2. Le recourant a été condamné à sept reprises entre 2012 et 2019. Il a d'abord fait l'objet de cinq ordonnances pénales prononçant des peines pécuniaires allant de 20 jours-amende à 40 fr. à 180 jours- amende à 20 fr., puis d'une peine privative de liberté de seize mois, complétée par une peine de huit mois. Les actes qui lui sont reprochés comprennent des lésions corporelles simples, agression, vols, violations de domicile, dommage à la propriété, recel, utilisation frauduleuse d'un ordinateur, détournement de valeurs patrimoniales mises sous main de justice, injures, menaces, dénonciation calomnieuse, brigandage, infractions à la loi sur l'assurance-vieillesse et survivants et à la loi sur la circulation routière. Les lésions corporelles, ainsi que le brigandage doivent être qualifiés de graves. Cela étant, il est constaté que la première peine privative de liberté prononcée à l'égard du recourant en date du 5 juin 2018 a été celle qui lui a également valu la révocation de son autorisation d'établissement, puisqu'avant celle-ci seules des peines pécuniaires lui avaient été infligées dans le cadre d'ordonnances pénales. En outre, on ne saurait considérer que celui-ci n'a pas tiré les leçons de cette condamnation, puisque la peine privative de liberté de 8 mois infligée subséquemment résulte d'un jugement complémentaire du 21 février 2019 sanctionnant des actes qui avaient été perpétrés en 2015. C'est d'ailleurs durant cette année-là que l'intéressé s'est rendu coupable des actes les plus graves (lésions corporelles et brigandage) qui lui sont reprochés. Ainsi, même s'il est vrai que rien ne prouve que ces peines privatives de liberté auraient fait naître une prise de conscience chez le recourant, puisque il a été placé en détention du 15 mars au 6 juillet 2017, puis du 6 février 2018 au 5 mars 2019, pour être réincarcéré en janvier 2020, lesdits faits remontent tout de même à cinq ans (et les plus récents au printemps 2017, sans qu'apparemment l'intéressé se soit rendu coupable de nouveaux actes répréhensibles depuis lors). De plus, rien ne prouve non plus que les mois de détention ne lui ont pas fait réaliser la nécessité d'un changement drastique de comportement. Il convient également de souligner que, sans les minimiser, ces infractions ont été commises alors que l'intéressé était jeune, puisqu'il entrait dans l'âge adulte. Le recourant est né en Suisse et y a passé toute son enfance, sa jeunesse et vie de jeune adulte, à savoir 26 ans. Il y a donc suivi toute sa scolarité et y a commencé un apprentissage d'installateur-chauffagiste. Ses parents et ses frères et soeur sont domiciliés dans notre pays. Compte tenu de ces éléments, la présente affaire constitue un cas limite, étant mentionné que les qualités de travailleur de l'intéressé ont été reconnues par le juge pénal (art. 105 al. 2 LTF). Dans un tel contexte, il est plus que regrettable que l'autorité administrative de droit des étrangers n'ait pas adressé un avertissement au recourant qui, comme relevé à juste titre par la mandataire de celui-ci, n'avait pas forcément conscience de l'implication de son activité délinquante sur son droit de séjourner en Suisse. Si un avertissement ne constitue pas un préalable nécessaire à la révocation d'une autorisation d'établissement, il est généralement admis qu'il doit en être adressé un aux étrangers issus de la deuxième génération qui ont commis plusieurs infractions, mais pour qui les condamnations n'ont pas (encore) constitué un cas de révocation, ceci afin d'éviter les mesures mettant fin à leur séjour en Suisse; un avertissement peut également être donné lorsque les conditions de révocation sont certes réunies, mais que le retrait de l'autorisation apparaît comme étant une mesure disproportionnée (cf. arrêts 2D_37/2017 du 8 février 2018 consid. 6.2; 2C_27/2017 du 7 septembre 2017 consid. 4.1; 2C_94/2016 du 2 novembre 2016 consid. 3.4). C'est la voie qu'il convient de suivre in casu. En effet, s'il existe des cas dans lesquels il peut se justifier de révoquer l'autorisation d'établissement d'un étranger issu de la seconde génération en l'absence d'avertissement, on ne saurait admettre une telle pratique en l'espèce au regard de l'enchaînement des faits et de la durée de la peine privative de liberté. En conséquence, la révocation de l'autorisation d'établissement est annulée. Le recourant est toutefois rendu attentif au fait que cette annulation implique qu'il ne commette plus de nouvelles infractions à l'avenir. S'il devait récidiver, il s'exposerait à des mesures d'éloignement. Il y a donc lieu de lui adresser un avertissement formel en ce sens (art. 96 al. 2 LEtr).