Citation: 4A_12/2019 E. A

A.a. La société de droit anglais Z.________ Ltd (ci-après: Z.________), sise à Londres, fait partie d'un groupe qui est l'un des principaux exploitants d'échoppes de nourriture et de boissons dans des lieux de transports, présent dans quelque 130 aéroports et 300 gares à travers le monde. A.________ SA (ci-après: A.________) est une société anonyme de droit suisse située à... (GE), dont M.________ est l'administrateur-président. Titulaire de la marque A.________, elle a élaboré le concept des bars B.________. A.b. Par contrat de licence du 6 juin 2007 ( License Agreement), A.________ a concédé à Z.________ le droit exclusif de promouvoir, établir et exploiter des bars B.________ dans des aéroports et gares du monde entier, ainsi que le droit d'utiliser son concept, son signe et ses marques en lien avec les activités précitées. A.________ a en outre habilité Z.________ à accorder des sous-licences à ses filiales, permettant à celles-ci d'établir et d'exploiter des bars B.________ dans les lieux autorisés et d'utiliser le concept, le signe et les marques de A.________. A.________ s'engageait à coopérer de bonne foi avec Z.________ et/ou ses filiales dans toute procédure de soumission concernant un bar B.________entrant dans le champ du contrat. Ce contrat était soumis au droit suisse et contenait la clause d'arbitrage suivante: "Any dispute, controversy or claim arising out of or in relation to this Agreement, including the validity, invalidity, breach or termination thereof, shall be resolved by arbitration in accordance with the Swiss rules of international arbitration of the Swiss Chamber of Commerce (hereafter: the Rules) in force on the date when the notice of arbitration is submitted in accordance with these Rules. (...) The arbitration award shall be final and binding upon the Parties, the Parties renouncing to appeal against the arbitration award by any ordinary or extraordinary means, whatever the subject of the arbitration award is. (...) " A.c. En conformité avec cet accord, Z.________ a attribué une sous-licence à sa filiale suisse Z.________ AG (ci-après: Z.________ Switzerland). A.________ n'était pas partie à ce sous-contrat. A.d. Le 3 mars 2009, Z.________ Switzerland a obtenu de l'Aéroport xxx (ci-après: l'aéroport) une concession lui permettant d'exploiter un bar B.________ dans une zone spécifique dudit aéroport. Le 14 février 2012, cette concession a été renouvelée jusqu'au 31 août 2015. Z.________ disposait aussi d'une licence lui permettant d'exploiter un café C.________ au sein du même aéroport. La société lui ayant conféré ce droit (... SA) était également administrée par M.________. A.e. Le 25 juin 2013, A.________ et Z.________ ont convenu d'un amendement à leur contrat de licence, également régi par le droit suisse et contenant la même clause d'arbitrage. L'art. 3 confirmait le caractère exclusif de la licence tout en réservant certains droits à A.________ dans diverses hypothèses, soit notamment si Z.________ échouait dans une procédure de soumission, décidait de cesser l'exploitation d'un bar B.________en cours de bail ( lease), ou voyait son bail prendre fin, pour quelque raison que ce fût. A.f. Au cours de l'été 2014, l'aéroport a lancé une nouvelle procédure de soumission pour les surfaces commerciales réservées à la restauration, couvrant la période 2015-2020. Les emplacements abritant le bar B.________et le café C.________exploités par Z.________ (respectivement sa filiale) n'étaient pas mis en soumission. L'aéroport avait décidé de maintenir la présence de ces deux marques dans tous les cas et souhaitait négocier directement avec les propriétaires des marques. Z.________ s'est plainte de ce procédé à M.________ dans un courriel du 9 octobre 2014. Elle y relevait que l'aéroport ne semblait pas avoir conscience de ses droits exclusifs. Z.________ Switzerland a pour sa part signifié le 17 octobre 2014 au directeur commercial de l'aéroport (N.________) que Z.________ avait l'exclusivité des marques A.________ et café C.________, de sorte qu'elle serait seule habilitée à exploiter un commerce sous cette marque pour la période visée par la procédure de soumission. Le 24 octobre 2014, Z.________ a indiqué à M.________ qu'elle l'autorisait à discuter pour son compte avec l'aéroport, pour autant qu'il y ait une complète transparence. Le prénommé a répondu qu'il ne pouvait accepter de discuter pour le compte de Z.________ alors qu'il entretenait avec l'aéroport une relation de 42 ans. Le 29 octobre 2014, Z.________ a prévenu sa cocontractante que si elle ne pouvait pas exploiter les marques dans des conditions acceptables après l'expiration des concessions actuelles, ni A.________ ni aucun tiers ne pourrait exploiter un bar B.________ dans l'aéroport (cf. au surplus consid. 5.4.1 infra). Z.________ a effectué des offres de soumission pour deux lots, qui ont été rejetées. Le 13 mars 2015, l'aéroport l'a informée qu'après avoir mené les discussions directement avec les propriétaires des marques, il avait choisi de leur confier l'exploitation du bar B.________et du café C.________. Au cours de deux séances tenues en avril 2015, Z.________ a exprimé la volonté de continuer à exploiter le bar B.________ sur un mode autonome ( on a standalone basis), quand bien même elle avait perdu d'autres surfaces commerciales dans l'aéroport. L'aéroport a fait observer à Z.________ que dès le mois de juillet 2014, il avait clairement indiqué qu'il négocierait directement avec les propriétaires des marques. Z.________ ne s'était jamais formellement opposée à ce mode de faire et n'avait pas fourni le moindre document attestant de ses droits exclusifs. Le potentiel conflit l'opposant à A.________ ne concernait pas l'aéroport. A.g. Par courrier daté du 30 mars 2018, alors que la procédure d'arbitrage décrite ci-dessous était en cours, A.________ a résilié le contrat de licence pour le 31 décembre 2019 en invoquant son droit de résiliation anticipée.