Citation: 4A_286/2015 E. 3.2

3.2. En l'espèce, les locataires se sont déclarés d'accord, dans leur lettre du 15 juin 2012, avec le principe des visites, tout en souhaitant connaître leur nombre et leur programmation. Avant et après ce courrier, ils n'ont toutefois pas donné suite aux demandes de prise de contact des courtiers. Dans un premier temps, lorsque le courtier D.________ cherche à obtenir un rendez-vous de la part des locataires, l'absence de réaction de ceux-ci n'apparaît pas comme une violation du devoir de diligence. En effet, la seule évocation d'un projet de revente par le courtier mandaté par le propriétaire précédent, juste après la première vente, ne suffit pas pour établir et opposer aux locataires une intention concrète dans ce sens de la part de la bailleresse. Et il ne ressort pas des constatations de la cour cantonale que la bailleresse elle-même ait alors fait part clairement aux intimés, directement ou par l'intermédiaire de la gérance, de sa volonté réelle de revendre rapidement le bien qu'elle venait d'acquérir. En particulier, les premiers courriers de la régie, laquelle assure à la fois la gérance et le courtage, se limitent à rappeler la teneur de l'art. 257h al. 2 CO, qui ne concerne pas exclusivement le droit d'inspection en vue d'une vente, mais également les visites nécessaires dans le cadre de l'entretien. C'est dans sa lettre du 5 juillet 2012 que la régie exprime pour la première fois précisément le but de la requête d'inspection: il s'agit d'expertiser le bien que la nouvelle propriétaire envisage de remettre en vente, mais qui n'est pas encore commercialisé; la régie demande aux locataires de la contacter afin de fixer un rendez-vous. Les intimés n'en font rien et la régie les relance un mois et demi plus tard en leur fixant un délai de quinze jours pour se manifester. Les locataires ne réagissent pas. Si l'on admet qu'une visite à fin d'expertise constitue une étape nécessaire en vue d'une vente suivant de quelques mois l'acquisition du bien, force est alors de reconnaître qu'en ne réagissant pas aux demandes de prise de contact de la régie, les locataires ont méconnu leur obligation de tolérer l'inspection de la chose louée. Cependant, un tel manquement n'apparaît pas, dans les circonstances de l'espèce, suffisamment grave pour justifier une résiliation anticipée du bail. En particulier, l'inertie des locataires durant l'été 2012, attribuée par eux à des difficultés personnelles, relève plus de la négligence que d'un refus caractérisé de laisser la bailleresse ou sa représentante exercer le droit d'inspection garanti par l'art. 257h al. 2 CO. Du reste, les intimés n'avaient créé aucune difficulté pour faire visiter l'appartement à plusieurs reprises avant la vente conclue quelques mois plus tôt. En jugeant, dans sa motivation subsidiaire, que la poursuite du bail n'était pas insupportable pour la recourante au regard de l'ensemble des éléments du cas présent, la cour cantonale n'a pas abusé du pouvoir d'appréciation qui lui est reconnu en la matière. Le grief tiré de la violation de l'art. 257f al. 3 et de l'art. 257h al. 2 CO se révèle mal fondé, de sorte que les juges genevois n'ont pas méconnu le droit fédéral en constatant l'inefficacité du congé anticipé notifié par la bailleresse.