Citation: 2C_420/2019 E. 5.3.2

5.3.2. En premier lieu, on doit constater que l'intimé, qui est arrivé en Suisse il y a environ 50 ans, est célibataire et n'a pas d'enfant. En outre, il est important de rappeler que, durant son séjour, il a été condamné à quatre ans et demi de peine privative de liberté pour actes d'ordre sexuel avec des enfants, contrainte sexuelle, viol et actes de pornographie, le tout sur une période de plus de deux ans, au préjudice de la fille de sa compagne. Dans la mesure où le bien juridique menacé est important, le Tribunal fédéral se montre particulièrement rigoureux dans l'analyse de la proportionnalité (cf. arrêt 2C_95/2018 du 7 août 2018 consid. 5.2 et les références). L'intérêt public à l'éloignement de l'intimé est ainsi extrêmement élevé. Certes, l'intimé peut faire valoir un intérêt privé à rester en Suisse, intérêt que le Tribunal cantonal a considéré comme étant supérieur à l'intérêt public précité. Cette autorité ne saurait cependant être suivie. En effet, l'autorité précédente a essentiellement pris en compte la durée du séjour en Suisse de l'intimé et l'absence de perspectives professionnelles en Italie pour ne pas confirmer la mesure de révocation qui était contestée devant lui. Or, ces éléments ne sauraient être prépondérants par rapport à l'importante condamnation et la faute extrêmement grave de l'intimé. Tout d'abord, s'il est vrai qu'il se trouve en Suisse depuis de très nombreuses années, force est de constater que l'intimé n'est pas marié, n'a pas d'enfant et ne fait pas valoir y bénéficier de liens particuliers. Si sa famille et son amie actuelle se trouvent en Suisse, rien ne permet de retenir une intégration sociale particulière. Au contraire, l'intimé a bénéficié durant plusieurs années de l'aide sociale et présente de nombreuses dettes en lien notamment avec une faillite survenue en 1993, soit il y a bientôt 30 ans. Son intégration professionnelle ne saurait dès lors être considérée comme étant particulièrement poussée, même si, depuis 2012, il exerce une activité indépendante de carrossier, activité qu'il souhaite reprendre à sa sortie de prison. Cette activité, qu'il n'a exercé que durant un peu plus de trois ans et qui génère un chiffre d'affaires mensuel variant entre 4'000 fr. et 12'000 fr., n'est néanmoins aucunement suffisante pour contrebalancer l'importance de sa condamnation et l'intérêt public existant à la révocation de son autorisation d'établissement. A cela s'ajoute que, contrairement à ce que semble penser le Tribunal cantonal, un retour en Italie ne sera pas insurmontable. Tout d'abord, l'Italie est suffisamment proche de la Suisse pour permettre à l'intimé de maintenir des contacts sociaux avec sa famille et continuer de voir son amie, que ce soit dans son pays d'origine ou lors de visite en Suisse. De plus, même si l'on ne peut nier que cela ne sera pas aisé, l'intimé bénéficie d'une formation qui lui permettra de retrouver une activité salariée ou indépendante dans son pays d'origine, malgré son âge. A tout le moins, on ne voit pas en quoi il serait plus facile de retrouver une activité en Suisse plutôt qu'en Italie, l'intimé étant depuis plusieurs années (et encore durant plusieurs mois) en détention et, par conséquent, éloigné du monde du travail. S'il affirme avoir gardé certains clients, ainsi que son local, ces simples affirmations ne sauraient suffire pour retenir un intérêt personnel à pouvoir rester en Suisse, supérieur à l'intérêt public tendant à protéger l'ordre et la sécurité publics de ce pays. Rien ne permet de considérer au demeurant que l'intimé ne pourrait pas poursuivre le traitement thérapeutique entamé en Suisse dans son pays d'origine.