Citation: U 151/05 21.10.2005 E. 7

7.1 S'il n'existe pas en l'espèce de troubles somatiques objectivables en relation de causalité naturelle avec les accidents litigieux, il ressort de l'expertise du docteur H.________ que les suites défavorables de ces accidents pourraient relever d'affections d'origine psychique. A la demande de l'intimée, le recourant a fait l'objet d'une expertise psychiatrique réalisée par la doctoresse B.________. A l'issue de deux entretiens avec l'assuré, l'experte a attribué les troubles dont souffrait le recourant - en particulier la perte de l'usage de la main droite - à une décompensation narcissique avec des réactions de type hystérique qui trouvaient leur origine dans sa personnalité prémorbide. Le recourant ne présentait aucun symptôme d'un état de stress post-traumatique et l'état dépressif, préexistant à l'accident et toujours présent lors du premier entretien, avait disparu lors de la seconde rencontre. La situation était dominée par des éléments de surcharge nets, dont la genèse et la persistance s'expliquaient par le fait que l'assuré avait été fragilisé par la fermeture de son lieu de travail habituel survenue très peu de temps avant le premier accident, fermeture contre laquelle il avait lutté avec désespoir et acharnement. L'assuré avait alors présenté une forte réaction anxio-dépressive. Le deuxième accident survenu un mois plus tard, puis le décès de sa mère quelques mois après l'avait encore plus fragilisé. Toutefois, la symptomatologie présentée par le recourant au moment de l'expertise ne pouvait plus être mise en relation de causalité avec les événements traumatiques vécus; l'incapacité de travail était d'origine maladive uniquement. 7.2 En l'espèce, les conclusions de la doctoresse B.________ se révèlent contredites par diverses pièces médicales versées au dossier. Ainsi, à la suite du second entretien qu'elle a eu avec le recourant, l'experte a retenu que celui-ci ne présentait plus aucun signe d'un état dépressif sévère et a exclu ce trouble de son diagnostic. Cette appréciation, fondée exclusivement sur l'attitude du recourant et ses déclarations lors de l'entretien, est néanmoins mise en doute par les docteurs S.________ (courrier du 6 avril 2004) et W.________ (rapport du 21 février 2005), qui ont tous deux attestés que le recourant présentait, postérieurement à l'expertise, un état anxio-dépressif durable et important. De même, le docteur R.________, sur les déclarations duquel la doctoresse B.________ prétend pourtant se fonder, a expressément contesté l'affirmation de l'experte selon laquelle le recourant souffrait d'une symptomatologie dépressive préexistante aux accidents des 23 novembre et 24 décembre 2001 (courrier du 6 avril 2004). Cette appréciation est également contredite par les constatations du docteur H.________, pour qui l'accident du 24 décembre 2001 n'avait pas décompensé un état antérieur. 7.3 A l'appui de son recours de droit administratif, le recourant a produit un rapport d'expertise privée du 21 février 2005 du docteur W.________, spécialiste en neurologie et psychiatrie. Ce médecin a, notamment, posé les diagnostics de perturbations de la sphère instinctivo-affective, de troubles cognitifs cérébraux et d'état anxio-dépressif durable lié à une « névrose d'effroi », lesquels étaient en rapport de causalité « évident » avec l'accident du 24 décembre 2001. Toutefois, cette appréciation repose pour l'essentiel sur les plaintes du recourant et sur une analyse critique des rapports d'expertise des docteurs H.________ et B.________, et non sur des constatations médicales objectives. Le docteur W.________ n'a pas procédé à un examen clinique détaillé du recourant et le diagnostic psychiatrique qu'il a retenu ne s'appuie pas sur les critères d'un système de classification reconnu (ATF 130 V 398 consid. 5.3 et 6). Au vu de ces éléments, ce rapport d'expertise ne saurait remplir les critères jurisprudentiels relatifs à la valeur probante d'un rapport médical. 7.4 Dans ces circonstances, on ne saurait, contrairement à l'intimée et aux premiers juges, exclure l'existence d'un trouble à la santé d'origine psychique qui soit en lien de causalité naturelle avec l'accident. En l'absence d'une analyse médicale suffisamment étayée et convaincante sur ce point, il convient de renvoyer la cause à la juridiction cantonale afin qu'elle mette en oeuvre une expertise judiciaire dans le but, en particulier, de déterminer la nature des troubles psychiques dont souffre le recourant et le lien de causalité éventuel entre ceux-ci et les accidents des 23 novembre et 24 décembre 2001. Il lui incombera également de statuer, cas échéant, sur la causalité adéquate.