Citation: 4A_393/2023 E. 7.3

7.3. A l'encontre de cette motivation détaillée, le recourant se borne, dans une très large mesure, à formuler des critiques de nature essentiellement appellatoire, en substituant sa propre appréciation juridique des éléments pertinents à celle opérée par les juges précédentes. En tout état de cause, il sied de rappeler que la Cour de céans ne revoit qu'avec retenue la manière dont le tribunal a fait usage de son pouvoir d'appréciation. Le Tribunal fédéral n'intervient ainsi que si la décision attaquée s'écarte sans raison des principes reconnus par la jurisprudence et la doctrine, si elle prend en considération des faits qui n'auraient dû jouer aucun rôle ou, au contraire, si elle n'accorde aucune importance à des circonstances qui auraient dû être prises en compte; la juridiction fédérale sanctionne, en outre, les décisions d'appréciation qui consacrent un résultat manifestement inéquitable et se révèlent injustes de manière choquante (ATF 125 III 226 consid. 4b; 123 III 246 consid. 6a). Les éventuelles comparaisons avec des décisions judiciaires rendues dans des causes que les parties tiennent pour similaires à la leur doivent au demeurant être appréciées avec circonspection. En effet, pour apprécier la faute commise par une personne ainsi que d'éventuels autres facteurs d'atténuation de la responsabilité visés par les art. 43 al. 1 et 44 CO, il convient d'examiner l'ensemble des circonstances et une large place est laissée à l'appréciation du juge, de sorte qu'établir une casuistique en se focalisant sur un seul élément du dossier, sorti de son contexte, n'est pas significatif. Aussi est-ce en vain que le recourant opère un parallèle entre l'affaire jugée le 9 septembre 2002 par le Tribunal fédéral (cause 4C.155/2002) et la présente espèce, en vue de soutenir que son obligation de réparation ne devrait pas excéder 10 % du montant du dommage subi par les sociétés demanderesses. Pour tenter de minimiser sa faute, l'intéressé insiste sur le fait qu'il se renseignait régulièrement auprès de son ami D.________ et qu'il n'avait aucune raison de ne pas lui faire confiance. Il fait aussi valoir qu'il n'y avait pas lieu pour lui de douter de la fiabilité des informations comptables qui lui avaient été transmises. Il souligne également qu'il avait relancé le directeur pour accélérer le bouclement des comptes de la société et qu'il avait régulièrement demandé des états financiers intermédiaires, lesquels n'avaient rien révélé d'anormal. Il relève en outre que ni G.________ ni H.________ ni d'autres personnes ne lui avaient fait part de problèmes concernant la société. Quoi que soutienne le recourant, la cour cantonale n'a pas abusé de son pouvoir d'appréciation en jugeant que la faute commise par celui-ci ne pouvait pas être qualifiée de légère. Il appert, en effet, que l'intéressé savait que la comptabilité n'était pas régulièrement tenue. Or, le recourant n'a pas pris de mesures suffisantes pour y remédier, ce qui a eu pour effet de retarder la mise en faillite de la société, aggravant le dommage subi en définitive par les sociétés demanderesses. En sa qualité d'administrateur, l'intéressé avait le pouvoir et le devoir d'empêcher que la situation n'empire. Alors que l'organisation comptable de la société doit demeurer l'apanage du conseil d'administration, le recourant ne saurait ainsi se dédouaner avec succès, sous prétexte qu'il s'est reposé entièrement sur le directeur et s'est fié aveuglément aux renseignements fournis par son ami. Les fautes commises par d'autres organes et personnes actives au sein de la société, fussent-elles toutes avérées, ne permettent pas davantage d'atténuer la responsabilité de l'intéressé. C'est également en vain que le recourant tente de minimiser la portée de ses actes, en affirmant que le lien de causalité entre ses propres manquements et le dommage subi par les sociétés demanderesses serait ténu. A l'instar du directeur de E.________, le recourant était en effet tout autant en mesure d'éviter l'aggravation du surendettement de la société. La Cour de céans a du reste déjà admis l'existence d'un lien de causalité entre la violation fautive des devoirs imputable au recourant et le dommage subi par les sociétés demanderesses, sans jamais avoir laissé entendre que ce lien de causalité serait "ténu". Quant à la circonstance invoquée par le recourant selon laquelle un état de surendettement peut surgir rapidement chez une société active dans le négoce de pétrole, elle ne constitue nullement un élément propre à atténuer la responsabilité d'un administrateur mais plaide, au contraire, en faveur d'un devoir accru de surveillance de l'évolution financière de la société concernée. La cour cantonale n'a, enfin, pas abusé de son large pouvoir d'appréciation en retenant que le critère lié à l'absence de rémunération perçue par le recourant, tout comme le fait que des sociétés dont il était l'ayant droit économique avaient subi des pertes dans la faillite de E.________, ne justifiaient pas d'atténuer sa responsabilité, eu égard aux importants manquements imputables à l'intéressé. A cet égard, il sied de souligner que le recourant a contribué autant que le directeur D.________ à la survenance du préjudice subi par les sociétés demanderesses. Les fautes respectives des deux protagonistes et leur incidence sur le dommage subi par les intimées ainsi que les circonstances du cas présent ne justifient pas de retenir une solidarité différenciée au bénéfice du recourant. L'autorité précédente n'a dès lors pas violé le droit fédéral en condamnant le défendeur solidairement avec D.________ à payer l'intégralité du dommage subi par les sociétés demanderesses. En définitive, l'argumentation présentée par l'intéressé ne permet pas de démontrer que la cour cantonale aurait abusé de son large pouvoir d'appréciation en considérant qu'il ne pouvait pas se prévaloir, avec succès, de motifs personnels d'atténuation de sa responsabilité.