Citation: 6B_987/2017 E. 6.2

6.2. La cour cantonale, tout en signalant que la comparaison avec d'autres affaires devait s'effectuer avec prudence lorsqu'il s'agissait de fixer une indemnité pour tort moral, a exposé diverses jurisprudences dans lesquelles le Tribunal fédéral s'était prononcé sur la quotité de telles indemnités. L'autorité précédente a ensuite considéré que le principe d'une indemnisation du tort moral subi par l'intimé était acquis, les conséquences physiques et psychologiques des atteintes à son intégrité physique dépassant manifestement le seuil de gravité en-dessous duquel aucune indemnisation n'est due. Selon la cour cantonale, l'intimé avait eu peur pour sa vie au moment de l'accident, et avait souffert d'une fracture du crâne associée à une contusion hémorragique cérébrale avec un foyer de contusion cérébrale. Il n'avait pas dû être opéré mais avait dû être hospitalisé une première fois durant deux semaines directement ensuite de l'accident. Il avait été victime d'un syndrome de choc post-traumatique, avait souffert de douleurs multiples, de troubles mnésiques, d'un déficit d'attention, de céphalées ainsi que de vertiges qui avaient causé sa chute et une fracture du coude et du poignet le 28 juin 2014. Plus de trois ans et demi après les faits, il restait marqué par l'accident et souffrait toujours au niveau de la colonne vertébrale et du dos. Cet état de santé ne résultait toutefois pas uniquement de l'accident, à teneur des certificats médicaux produits. La psyché de l'intimé était en effet déjà fragilisée au moment de l'accident, celui-ci souffrant d'un trouble dépressif récurrent pour lequel il avait déjà été suivi au Kosovo et en Suisse, outre d'autres problèmes somatiques sans lien avec l'accident. Sa vulnérabilité s'était particulièrement manifestée dans son incapacité à "reprendre le dessus". Selon la cour cantonale, on ne pouvait dès lors reprocher au recourant les maux de l'intimé qui avaient en particulier amené ce dernier à être hospitalisé entre décembre 2013 et janvier 2014, après une dégradation de son état général, tandis qu'il avait refusé une hospitalisation de convalescence à sa sortie des Hôpitaux universitaires genevois le 27 novembre 2013, terme correspondant à la rupture du lien de causalité. La cour cantonale a encore réduit de 20% l'indemnité pour tort moral en raison de la faute concomitante de l'intimé, dès lors que celui-ci avait traversé sur un passage pour piétons mais à la phase rouge du feu. Sa faute devait cependant être relativisée, dans la mesure où il était courant que des piétons ne respectent pas les signalisations à proximité directe d'un arrêt de bus et où la vitesse du recourant, en pleine ville, était ahurissante.