Citation: 4P.122/2005 21.06.2005 E. B

B.a Entre-temps, plusieurs locataires, dont les personnes susmentionnées, avaient déposé, le 21 janvier 2004, une requête de mesures provisionnelles visant à faire interdire à la bailleresse d'effectuer les travaux annoncés jusqu'à droit connu sur le fond du litige. La vice-présidente du Tribunal des baux a tenu une audience le 17 février 2004. A cette occasion, la bailleresse a fait dicter au procès-verbal qu'elle s'opposait à l'admission de la requête et, pour le cas où cette dernière serait accueillie, qu'elle réclamait le dépôt de sûretés à hauteur de 100'000 fr. au minimum. I.________, l'architecte mandaté pour établir le cahier des charges destiné à l'entreprise générale chargée d'exécuter les travaux contestés, a été entendu en qualité de témoin au cours de cette audience. Il ressort de son témoignage que l'immeuble a été construit il y a plus de cinquante ans, que les tuyaux doivent être vétustes et en mauvais état, que les travaux projetés ne sont pas somptuaires, que les cuisines visitées par lui datent de l'époque de la construction du bâtiment et que certains tronçons des colonnes de chute ont dû être remplacés en 2002, en raison de leur mauvais état et d'un dégât d'eau survenu, par des éléments en matière plus résistante que celle utilisée auparavant. Il avait fallu pour cela casser un mur et rechercher d'où venait la fuite; les travaux avaient duré trois semaines. Le témoin a précisé qu'une intervention ponctuelle de ce genre prenait plus de temps qu'une intervention globale et qu'il n'était pas concevable de remplacer les colonnes de chute sans changer les appareillages, les raccordements n'étant pas les mêmes. Il a encore relevé que la rénovation de l'immeuble correspondait aux standards actuels pour ce type de bâtiment et qu'elle formait désormais un tout, si bien qu'il n'était plus possible de procéder de manière partielle aux travaux projetés. Sur réquisition des parties, un expert, en la personne de J.________, architecte EPFL SIA, a été désigné pour déterminer l'état des colonnes de chute et des tuyauteries de l'immeuble, et dire s'il était nécessaire de les remplacer et de changer les appareils sanitaires. Dans son rapport du 13 avril 2004, l'expert a notamment relevé que l'installation de distribution d'eau froide, âgée de cinquante ans, est atteinte par la corrosion, en précisant que ce phénomène, s'il n'est certes pas encore alarmant, risque toutefois de diminuer de plus en plus le débit d'eau à la sortie des robinets, qui sont alimentés par des dérivations d'un diamètre sous-dimensionné. L'expert a ensuite expliqué que le réseau de distribution d'eau chaude, tel qu'il a été conçu, engendre d'importantes pertes d'énergie et d'eau, même s'il ne présente pas d'autres problèmes. Sur la question des écoulements, l'architecte J.________ a formulé les remarques suivantes: "Les écoulements représentent la partie la plus dégradée, la moins sûre et fonctionnellement la plus problématique du système sanitaire du bâtiment. Des dégâts d'eau conséquents et des problèmes récurrents de refoulement témoignent de la nécessité du remplacement des colonnes de chute et de leurs dérivations. Cette démarche a été entamée là où les tuyaux étaient accessibles ou lorsque l'urgence de la situation l'exigeait mais une opération globale proposant une unité de conception et de matériau devrait maintenant être entreprise." Il ressort, en outre, du rapport d'expertise qu'il serait opportun, dans le cadre du renouvellement du réseau sanitaire, de reposer des appareils sanitaires neufs, en raison de la précision et de la fiabilité de la robinetterie nouvelle, en particulier, et de l'adéquation des raccords. Le remplacement des tuyaux nécessitant un piquage partiel des carrelages et des faïences, l'expert est d'avis que le renouvellement complet des revêtements de sol et des parois s'inscrirait dans une démarche cohérente et non excessive. Quant à la rénovation des cuisines, elle correspond, selon lui, à une actualisation de celles-ci. L'expert insiste, par ailleurs, sur le fait qu'il serait plus rationnel, plus efficace et globalement moins dérangeant pour les locataires de réaliser tous les travaux projetés pendant une période de quelques mois, plutôt que de devoir procéder à des interventions d'urgence ponctuelles. Il relève enfin que des techniques alternatives moins lourdes, comme le traitement des conduites avec de la résine époxy, ne seraient pas indiquées car elles ne permettraient pas de corriger les défauts de l'installation, la corrosion des écoulements se produisant aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur et les problèmes affectant la distribution d'eau ne pouvant être résolus de cette manière. Par ordonnance du 2 juin 2004, la vice-présidente du Tribunal des baux a rejeté la requête de mesures provisionnelles. B.b L'ordonnance de mesures provisionnelles a fait l'objet d'un appel interjeté le 16 juillet 2004 auprès du Tribunal des baux. A l'audience d'appel tenue le 10 décembre 2004, les appelants ont expliqué qu'ils ne s'opposaient pas à tous les travaux projetés. Ils ont déclaré qu'ils acceptaient les travaux concernant l'enveloppe extérieure du bâtiment, mais qu'ils refusaient la transformation des salles de bain et des cuisines ainsi que le changement des colonnes de chute et du réseau hydraulique. Le témoin I.________ a été entendu une seconde fois. Il ressort de son témoignage que les travaux concernant les cuisines et les salles de bain s'inscrivent dans une démarche de "mise à niveau" des appartements, que les colonnes de chute sont en mauvais état, que le moment est venu de les changer, la matière dans laquelle elles ont été fabriquées - l'acier geka - n'étant pas aussi résistante à l'usure qu'on l'imaginait à l'époque où elles ont été installées, et que leur réparation partielle entraînerait des difficultés techniques. Le témoin a encore précisé que de gros dégâts engendrés par la rupture des colonnes de chute ou du réseau hydraulique de l'immeuble pouvaient se produire à moyen ou court terme. Statuant par arrêt du 12 janvier 2005, le Tribunal des baux a rejeté les conclusions des appelants. Il a justifié ce rejet par les motifs résumés ci-après.