Citation: 2C_429/2024 E. 4.5

4.5. En l'espèce, la recourante est arrivée en Suisse en décembre 2017 pour se marier en janvier 2018. Elle était alors âgée de 19 ans. Dès octobre 2018, et jusqu'en septembre 2020, elle a été suivie par l'Office médico-pédagogique. Selon le rapport d'évaluation du 12 décembre 2022 de cet office, l'intéressée a d'emblée décrit des relations conflictuelles avec sa belle-famille, celle-ci la dénigrant, la rejetant et la menaçant de renvoi; au début de leur relation, le mari soutenait son épouse, tout en subissant une grande pression de sa famille; en novembre 2018, l'Office médico-pédagogique a diagnostiqué un épisode dépressif moyen et la recourante a bénéficié d'un accompagnement thérapeutique de douze séances; un bilan cognitif, effectué "au terme" de cette évaluation psychologique, a conclu à un retard mental léger; le rapport souligne que, durant le suivi thérapeutique, l'évolution de l'état dépressif de l'intéressée a été fluctuant compte tenu de la persistance d'un environnement anxiogène (art. 105 al. 2 LTF); en juin 2020, l'intéressée a rapporté que les résultats de son bilan cognitif avaient été utilisés par sa belle-famille comme objet de moquerie et que son mari participait aux violences psychologiques par des cris répétés, une surveillance de ses moindres faits et gestes et la menaçait de mettre son téléphone sur écoute; elle s'était alors réfugiée chez son frère en Allemagne; en juillet 2020, un suivi a été mis en place pour la soutenir dans son processus de séparation. Le Service d'aide aux victimes a attesté, dans son rapport du 20 janvier 2023, des mêmes violences subies par la recourante. Ce service a eu un premier contact téléphonique avec la soeur de la recourante le 14 septembre 2020, pour "une problématique de violence conjugale"; la recourante avait quitté le domicile conjugal, ayant peur de son conjoint et de sa belle-famille; ses belles-soeurs et sa belle-mère lui donnaient des ordres, venaient inspecter son appartement, l'accusaient de ne pas faire correctement le ménage ou à manger, lui enjoignaient de respecter son mari en baissant la tête et en ne le regardant pas lorsqu'il lui parlait, lui avaient reproché d'avoir osé demander un verre d'eau à celui-ci alors qu'elle ne se sentait pas bien, estimant que c'était à elle de le servir, fouillaient son téléphone portable, la surveillaient sur le lieu où elle prenait des cours de français et l'avaient dénigrée et sali sa réputation auprès de sa mère mourante qu'elles avaient appelée; un jour, son mari l'avait mise à la porte et contrainte de passer la nuit chez ses beaux-parents; celui-ci disait à leurs proches qu'elle était stupide; il l'empêchait de contacter des amis et de la famille et l'obligeait à mettre le haut-parleur lorsqu'elle répondait au téléphone; il la menaçait et la dénigrait ("Tu es malade!", "Sois tu pars de la maison, soit tu finis à l'hôpital", "Tu réponds à mes question ou tu te tais!" [cf. art. 105 al. 2 LTF]); il l'avait saisie à une reprise par le bras pour la jeter sur le canapé; son beau-père avait à une occasion exercé une forte pression sur sa tempe avec son doigt en la traitant de folle. La recourante s'est présentée au deuxième entretien auprès du Service d'aide aux victimes, accompagnée d'une amie d'enfance qui connaissait la belle-famille car ils venaient tous du même village; cette amie a confirmé les violences subies par l'intéressée; celle-ci a alors expliqué qu'elle avait été à nouveau mise à la porte par son mari qui menaçait "de l'envoyer à l'hôpital"; elle avait été forcée de monter dans une voiture, sans téléphone, habits, ni argent et déposée à Bâle; lorsqu'elle était en couple, elle avait consulté son médecin de famille, qui avait diagnostiqué des symptômes de stress intense (palpitations et sudations); elle n'avait pas osé lui dire d'où venait ses angoisses car sa belle-famille l'avait accompagnée chez le médecin. Dans son rapport du 19 janvier 2023, un médecin généraliste a mentionné suivre la recourante depuis le 9 novembre 2022. Celle-ci l'avait consulté à la suite d'un état dépressif après une séparation très difficile; elle venait de traverser une longue période de violences psychologiques de la part de son ex-mari et de sa belle-famille; elle était sous antidépresseurs; elle venait de perdre sa mère; son père était décédé quelques années auparavant; d'après ses collègues, qui avaient suivi la patiente de 2018 à 2020, celle-ci avait souffert d'un état dépressif déclenché par une situation de violence psychologique et verbale de la part de son ex-conjoint; afin de sortir d'un environnement toxique, elle avait été aidée par l'association AVVEC Aide aux victimes de violence en couple; le problème dépressif était exacerbé par une situation migratoire très précaire; un renvoi au Kosovo l'exposerait à un risque accru de développer un état dépressif grave. G.________, psychologue, a attesté, dans son rapport du 1er février 2024, avoir suivi la recourante, référée par son médecin généraliste, pour un trouble anxieux marqué, accompagné de symptômes dépressifs et d'autres symptômes typiques signant un état de stress post traumatique; parmi ceux-ci, le rapport mentionne notamment un sentiment de persécution, une hyper-vigilance, une perte de la confiance en soi, de l'auto dévalorisation, des "flash-back" et des cauchemars en lien avec les interactions traumatisantes que la recourante a vécues avec son ex-époux, ainsi qu'avec sa belle-famille.