Citation: 1P.396/2000 07.07.2000 E. 6

6.- Le recourant reproche au Tribunal d'accusation d'avoir retenu à tort que les nécessités de l'instruction et les risques de fuite et de récidive s'opposaient à sa mise en liberté immédiate. a) Le maintien en détention peut être justifié par l'intérêt public lié aux besoins de l'instruction en cours, par exemple lorsqu'il est à craindre que l'intéressé ne mette sa liberté à profit pour faire disparaître ou altérer les preuves, ou qu'il prenne contact avec des témoins ou d'autres prévenus pour tenter d'influencer leurs déclarations. On ne saurait toutefois se contenter d'un risque de collusion abstrait, car ce risque est inhérent à toute procédure pénale en cours et doit, pour permettre à lui seul le maintien en détention préventive, présenter une certaine vraisemblance (ATF 123 I 31 consid. 3c p. 36; 117 Ia 257 consid. 4c p. 261). L'autorité doit ainsi indiquer, au moins dans les grandes lignes et sous réserve des opérations à conserver secrètes, quels actes d'instruction elle doit encore effectuer, et en quoi la libération du prévenu en compromettrait l'accomplissement (cf. ATF 123 I 31 consid. 2b p. 33/34; 116 Ia 149 consid. 5 p. 152). b) En l'espèce, le Tribunal d'accusation a justifié le risque de collusion par la nécessité de procéder à des investigations complémentaires à la suite des informations transmises par la police russe, s'agissant de l'implication du recourant dans un trafic de drogue d'envergure internationale. Le recourant prétend qu'il ne serait pas possible de motiver sa détention pour cette raison, parce qu'il n'a à ce jour pas été inculpé d'infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants. Au stade actuel de l'enquête, il n'est pas exclu que les faits reprochés au recourant en relation avec un éventuel trafic de cocaïne mis en place en 1997 entre la Colombie et l'Europe par le biais de sa société Y.________ puissent entrer dans le cadre de l'inculpation de participation à une organisation criminelle ou de blanchiment d'argent. Peu importe en définitive, car le maintien en détention préventive se justifie de toute manière par un risque concret de collusion, indépendant du trafic de drogue reproché au recourant, et n'est de ce fait pas illégal. L'examen de l'ordinateur de V.________ a en effet révélé la présence de fausses garanties bancaires et d'environ 1'500 dossiers images et autant de documents qui requièrent des vérifications aux fins d'établir un éventuel lien avec le recourant. Par ailleurs, la Chambre internationale de commerce n'a pas encore rendu un rapport écrit concernant l'étendue des escroqueries éventuellement commises par le biais du programme d'investissements à haut rendement mis en place par V.________, sur la base des documents déjà recueillis. Le Tribunal fédéral n'a dès lors aucune raison de s'écarter de l'appréciation retenue sur ce point à l'égard du principal coaccusé du prévenu dans son arrêt du 7 mars 2000. Même si l'on voit mal comment le recourant pourrait influer sur les renseignements que doit prochainement transmettre cette autorité, il se pourrait qu'une fois fournis, ceux-ci permettent d'orienter les recherches dans une direction jusqu'alors inconnue et que le recourant mette sa liberté à profit pour tenter de dissimuler ou d'altérer, à l'avance, les preuves nécessaires. Le risque de collusion ne saurait par conséquent être nié. c) Le risque de fuite ne peut par ailleurs être écarté. Celui-ci ne doit pas s'apprécier sur la seule base de la gravité de l'infraction, même si la perspective d'une longue peine privative de liberté permet souvent d'en présumer l'existence (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62 et les arrêts cités); il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères, tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le poursuit et ses contacts avec l'étranger (ATF 117 Ia 69 consid. 4 et les arrêts cités). En l'occurrence, le recourant, de nationalité italienne, a toute sa famille en Italie et n'a aucune attache avec la Suisse. Il existe ainsi un risque évident et important qu'il retourne dans son pays d'origine et se soustraie à la justice s'il était libéré, nonobstant la durée de la détention préventive déjà subie. Ce risque serait renforcé si les vérifications des informations recueillies sur l'ordinateur de V.________ devaient aboutir à retenir de nouvelles charges à son encontre. d) Le maintien en détention étant justifié pour les motifs évoqués ci-dessus, il n'est pas nécessaire d'examiner s'il existe également un risque de récidive, comme l'a retenu l'autorité intimée.