Citation: 8C_456/2012 E. 6

On doit convenir avec les juges cantonaux que les examens auxquels l'assuré a été soumis, d'abord par les médecins de la Clinique Y.________, puis par les docteurs R.________, U.________ et O.________, ont permis de dresser un bilan complet des séquelles accidentelles qu'il présente, ainsi que des limitations fonctionnelles qui en résultent pour l'exercice d'une activité professionnelle (travail n'exigeant pas la position debout prolongée, la sollicitation des mains au-dessus du niveau de la poitrine, le port de charges de plus de 15 kg, les mouvements répétés de flexion-extension du coude gauche, la marche en terrain inégal, ainsi que la montée et descente fréquente d'escaliers). Vu les conclusions concordantes rendues par ces médecins à l'issue de leurs investigations, on ne saurait non plus reprocher aux premiers juges d'avoir retenu qu'une activité adaptée avec un horaire de travail à temps plein est à la portée du recourant. On ne peut, en revanche, considérer que l'instruction est complète sur le taux de rendement exigible dans une telle activité adaptée, question qui avait été expressément laissée ouverte par les médecins de la Clinique Y.________. Dans son rapport du 16 janvier 2008, le docteur R.________ a déclaré que l'assuré "pourrait vraisemblablement mettre en valeur une capacité de travail proche de 100 %", précisant quelques lignes plus loin que "si l'on ten[ait] également compte de la fatigabilité et du déconditionnement, l'activité professionnelle devrait permettre l'introduction de pauses fréquentes". Dans une appréciation complémentaire, le médecin d'arrondissement a réitéré le fait que l'introduction de pauses fréquentes serait vraisemblablement nécessaire, ajoutant qu'il "[était] cependant probable qu'après un certain temps de reconditionnement, les pauses pourraient être espacées". Dans ce contexte, il a admis la "possibilité d'une diminution probablement passagère du rendement dans une activité adaptée sur le plan physique mais qui ne permettrait pas l'introduction de pauses fréquentes". Ces considérations sont insuffisantes pour retenir que le recourant est apte à assumer un plein rendement pour un horaire de travail complet. Elles laissent bien plutôt suggérer qu'une certaine diminution de rendement n'est pas à exclure chez l'assuré puisque l'éventualité d'un rendement de 100 % est conditionnée non seulement à une période de transition (dont la durée n'a pas été précisée par le médecin d'arrondissement) mais également à des temps de pause plus fréquents que la normale, ce qui rend le pronostic très hypothétique. De plus, on ne comprend pas vraiment le sens de la dernière phrase du docteur R.________. Contrairement à ce que pense le tribunal cantonal, ces éléments d'incertitude sont de nature à affecter le caractère concluant de l'appréciation du docteur R.________ (voir également l'arrêt du Tribunal fédéral de ce jour dans la cause qui oppose le recourant à la CNA). Par ailleurs, il est constant que l'Office AI n'a par lui-même entrepris aucune mesure d'instruction médicale susceptible de clarifier et combler ces lacunes. Aussi bien, en jugeant que l'intimé était légitimé à prendre à son compte l'exigibilité admise par la CNA sur la base de l'avis rendu par le docteur R.________, les premiers juges ont-ils procédé à une appréciation arbitraire des preuves. Cela étant, c'est à tort que le recourant estime que son degré d'invalidité devrait être déterminé en fonction du salaire qu'il réalise à mi-temps comme cuisinier-serveur. Cette activité est en effet manifestement inadaptée à son état de santé au vu des limitations fonctionnelles mises en évidence à l'occasion de la procédure parallèle. Il y a par conséquent lieu de renvoyer la cause à l'Office AI afin qu'il effectue une nouvelle évaluation du rendement exigible du recourant à l'aune des séquelles physiques constatées et des limitations qu'elles entraînent. Pour ce faire, il lui est loisible de coordonner ou non le complément d'instruction médical avec l'assureur-accidents. Après quoi, l'intimé rendra une nouvelle décision sur le droit à la rente AI. Dans cette mesure, le recours est bien fondé.