Citation: 6B_183/2020 E. B

Statuant sur l'appel de A.________ et l'appel joint du Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal vaudois a rejeté tant l'appel que l'appel joint et elle a confirmé le jugement de première instance. Les faits retenus sont, en substance, les suivants. B.a. A.________, de nationalité italienne, est née en 1955. Fille unique, elle a grandi dans son pays d'origine et n'a rencontré aucun problème durant sa scolarité. Après avoir effectué des études universitaires en pharmacie, elle a travaillé comme pharmacienne en Italie, puis en Suisse jusqu'en 2012-2013, date à laquelle elle s'est consacrée à l'immobilier. Elle est propriétaire d'un immeuble à l'avenue C.________ à D.________, dont la location des appartements lui rapporte environ 8'000-9'000 fr. net par mois. Elle serait également propriétaire de quatre appartements en Italie. A.________ a été mariée trois fois. Ses espoirs de vie de famille ont été déçus. En effet, elle aurait souhaité être femme au foyer et avoir un mari et des enfants, mais ce projet ne s'est pas concrétisé. Sa fille, B.________, est née en 1990 d'une liaison avec son directeur de thèse. B.________ a finalement été reconnue par un homme que A.________ n'a pas épousé. Son troisième mariage avec E.________, en 1997, lui a permis de venir en Suisse avec sa fille. Le couple est aujourd'hui divorcé. B.b. A.________ et B.________ entretenaient une relation fusionnelle passablement toxique, parfois empreinte d'agressivité, voire de violence verbale et physique. Au moment des faits, elles vivaient dans l'immeuble de l'avenue C.________, la première au premier étage et la seconde au troisième. A.________ subvenait aux besoins de sa fille. Cette dernière s'occupait au moins en grande partie de la gestion des affaires de sa mère et recevait en contrepartie environ 3'000 fr. par mois. L'examen des comptes a révélé que si le patrimoine de A.________ diminuait progressivement au cours des années, probablement en raison d'une mauvaise gestion, sa situation financière n'était de loin pas catastrophique. B.c. Depuis de nombreuses années, A.________ souffrait de dépression avec pensées suicidaires qu'elle refusait de soigner, considérant que les médecins étaient incompétents ou ne la connaissaient pas. Elle avait également des problèmes d'insomnie qui avaient engendré une dépendance au Zolpidem (Stilnox). B.d. Entre le 21 et le 26 juin 2017, A.________ a fait des recherches sur internet notamment sur ce que l'on ressent lorsqu'on meurt ou sur les coups de feu à la tête et sur la manière de contourner les examens des cheveux. B.e. Le 29 juin 2017, profitant du fait que sa fille lui avait adressé un message lui demandant de monter chez elle pour voir les comptes de l'immeuble, A.________ a pris dans la boîte ad hoc rangée dans le vaisselier de la salle à manger de son appartement un pistolet Beretta 87 Target.22 LRC39877U qu'elle a chargé de sept balles. Elle a ensuite remis la boîte dans le vaisselier dont elle a refermé les portes. A.________ a également dissimulé dans son lit, sous un duvet, deux documents rédigés en italien, datés de mai 2016 et du 25 juin 2017, mais rédigés le jour même, intitulés respectivement « testament » et « dernière volonté », dont la traduction libre est la suivante : « La soussignée A.________ en pleine possession de ses facultés mentales, confirme et présente ce qui suit : Tous les biens mobiliers et immobiliers (y compris la succession 2000 en Italie) selon l'application du droit suisse seront laissés à ma fille B.________. Dans le cas où les deux devaient décéder, le tout sera dévolu exclusivement à F.________. Ce souhait a déjà été exprimé dans un testament auprès du notaire G.________ de D.________. Rien ne sera laissé à une autre personne. (Signature) » « Dernière volonté. Personne ne devra être présent à la crémation de nos corps, seulement les autorités compétentes. Personne ne devra être avisé et, n'ayant pas de famille, seules les autorités publiques devront être avisées. Il est impératif qu'aucun journal ne publie la nouvelle. NON à la donation d'organes pour moi et ma fille. (Signature) Je confirme le testament notaire G.________ succession de l'an 2000 H.________ ». B.f. Après avoir dissimulé l'arme dans son sac, A.________ s'est rendue à l'appartement de sa fille. Les deux femmes ont échangé quelques mots, puis A.________ a demandé à sa fille si elle pouvait voir l'animal de compagnie de son colocataire, soit un lapin qui se trouvait dans une cage posée par terre dans la chambre que B.________ sous-louait à ce dernier. B.________ s'est alors rendue jusqu'à la chambre en question, suivie par sa mère. Profitant du fait que sa fille se penchait en avant les genoux pliés en direction du sol pour prendre le lapin dans la cage, lui tournant ainsi le dos, A.________ a pris l'arme qu'elle avait mise dans son sac et a tiré à distance un premier coup dans le dos de sa fille. En raison du choc ressenti, B.________ s'est retournée vers sa mère en lui demandant en italien ce qu'elle faisait. Cette dernière, tout en regardant sa fille, mâchoire tendue, l'arme dans les deux mains, a tiré deux ou trois coups supplémentaires sur le thorax de la jeune femme. B.________ a alors voulu sauter sur sa mère afin d'essayer de la désarmer, mais elle est tombée en avant, ses jambes ne répondant plus. Constatant que sa fille était toujours en vie, A.________ a lâché son arme, tandis que B.________ rampait en direction du sac de sa mère, que celle-ci avait lâché entretemps, afin d'y prendre son téléphone pour appeler des secours, tout en lui disant de les appeler, ce que l'intéressée a fini par faire en composant le 117. Les forces de l'ordre sont arrivées rapidement sur les lieux et ont appréhendé A.________. B.________ a été blessée à trois endroits du corps, soit au membre supérieur droit, au thorax et au dos, par deux ou trois projectiles, car il est possible qu'un seul projectile ait d'abord traversé le bras droit avant de terminer sa course dans le thorax. Les lésions au thorax ont concrètement mis en danger la vie de la jeune femme, celle-ci ayant par ailleurs fait deux arrêts cardiaques. Le tir dans son dos a provoqué une paraplégie. B.g. Cinq douilles percutées de.22LR ont été retrouvées, deux au sol et trois sur le matelas. Deux douilles non percutées de.22LR ont été retrouvées, une au sol et l'autre dans le magasin de l'arme. Un projectile en plomb, compatible avec la munition.22LR, complètement déformé, a été découvert dans le mur sous la fenêtre. Lors des débats, A.________ a reconnu que l'arme s'était enrayée, mais a contesté avoir réglé le dérangement manuellement. Il a toutefois été constaté que le dérangement avait été traité manuellement, puisque la douille n'était plus coincée dans l'arme, mais se trouvait au sol lorsque les policiers sont intervenus. L'enquête a révélé que A.________ avait acheté sa première arme en 2004 et avait pris des cours de tir au sein d'une société entre 2010 et 2014. B.h. Une expertise psychiatrique a été ordonnée et confiée au Département de psychiatrie du I.________, Institut de psychiatrie légale. A.________ s'est montrée peu collaborante à l'expertise, n'acceptant de parler que des faits de la présente cause, à l'exclusion de son histoire de vie, et en refusant en grande partie de délier ses médecins du secret médical, à l'exception des plus récents. Le Dr J.________ et la Dresse K.________ ont rendu leur rapport le 27 novembre 2018. Ils ont diagnostiqué un trouble mixte de la personnalité avec des traits borderline (labilité émotionnelle, suicidalité, tendance à la projection, représentations clivées, tendance à la dévalorisation, à l'idéalisation, manque de nuances, etc.) et narcissiques (vision ampoulée de sa propre personne, aspect hautain, égocentrisme, etc.) (F61.0), un trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen avec syndrome somatique (F33.11), une insomnie non organique (F51.0), des antécédents de consommation abusive d'alcool (diagnostic différentiel: syndrome de dépendance à l'alcool) (F10.1) et un syndrome de dépendance aux benzodiazépines (F13.25). Ils ont précisé que ces troubles étaient présents de longue date et l'étaient encore au moment des faits. Ils ont retenu que la responsabilité pénale de l'expertisée d'un point de vue psychiatrique était moyennement diminuée et que la réitération d'actes de violence contre autrui ne pouvait être exclue, en particulier dans des moments de tension ou de désespoir plus marqué ou en cas d'imprégnation à des substances psychoactives, comme l'alcool. Ils ont préconisé une prise en charge ambulatoire des difficultés psychiatriques dans le cadre d'une mesure pénale au sens de l'art. 63 CP, dont l'application et les chances de succès ne seraient pas notablement amoindries par l'exécution d'une peine privative de liberté. Enfin, ils n'ont pas mis en évidence de lien direct entre la consommation de substances psychoactives et les faits qui étaient reprochés à l'expertisée.