Citation: U 18/07 07.02.2008 E. 2.3

2.3.1 Le juge apprécie librement les preuves (art. 61 let. c LPGA; art. 95 al. 2 OJ, en relation avec les art. 113 et 132 OJ). Toutefois, si les rapports médicaux sont contradictoires, il ne peut trancher l'affaire sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une opinion médicale et non pas sur une autre. A cet égard, l'élément déterminant n'est ni l'origine, ni la désignation du moyen de preuve comme rapport ou expertise, mais son contenu. Il importe que les points litigieux importants aient fait l'objet d'une étude fouillée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées, qu'il ait été établi en pleine connaissance du dossier (anamnèse), que la description des interférences médicales soit claire et, enfin, que les conclusions de l'expert soient bien motivées (ATF 125 V 352 consid. 3a). 2.3.2 Sans remettre en cause le principe de la libre appréciation des preuves, la jurisprudence a posé quelques principes relatifs à la manière d'apprécier certains types d'expertises ou de rapports médicaux. Ainsi, le juge ne s'écartera pas sans motifs impérieux des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Peut constituer une raison de s'écarter de l'expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 ss consid. 3b). 2.4 Les premiers juges ont attribué à juste titre une pleine valeur probante aux deux expertises judiciaires figurant au dossier. A la suite de l'arrêt du Tribunal fédéral des assurances du 15 juin 2004, le docteur U.________ a été invité a se déterminer sur les critiques émises précédemment par le docteur T.________, ce qu'il a fait de manière convaincante. Il a notamment précisé qu'il n'avait pas posé le diagnostic de réaction dépressive, mais d'épisode dépressif, la durée de cette dernière affection n'étant pas forcément limitée à deux ans selon le CIM-10. En outre, le point de vue du docteur U.________ est corroboré, dans une large mesure, par l'expertise du docteur A.________. Ce dernier praticien a précisé à juste titre qu'il était artificiel de distinguer le décès de la mère de l'assurée dans l'accident, ainsi que le sentiment de culpabilité de l'assurée qui s'en était suivi, d'une part, de l'accident lui-même, d'autre part; on ne pouvait ainsi pas considérer, comme le faisait le docteur T.________ (p. 5 de la détermination du 6 mars 2002), que les troubles psychiques avaient pu être causés par le décès de la mère et le sentiment de culpabilité, mais pas par l'accident. Comme la doctoresse D.________, le docteur A.________ a posé le diagnostic de deuil compliqué. Il a ajouté que ce diagnostic ne figurait pas encore dans le DSM-IV ni dans le CIM-10, mais qu'il serait vraisemblablement intégré dans le DSM-V, en cours d'élaboration. Le docteur A.________ s'est référé à plusieurs publications scientifiques en précisant qu'elles étaient représentatives des conceptions psychiatriques actuelles sur le sujet. Ni le docteur T.________, ni le docteur F.________ n'ont remis en cause cette dernière affirmation, par exemple en citant d'autres contributions scientifiques mettant en doute celles auxquelles s'est référé le docteur A.________; ils se sont limités à souligner que le diagnostic ne figurait pas dans l'un des systèmes de classification actuels. Par ailleurs, le docteur A.________ ne s'est pas borné à poser le diagnostic de deuil compliqué. Il a également posé d'autres diagnostics figurant dans le CIM-10 (trouble de l'adaptation [réaction de deuil] avec perturbation mixte des émotions et des conduites, épisode dépressif léger, chronique), en expliquant pourquoi la notion de deuil compliqué lui paraissait mieux définir l'atteinte à la santé présentée par l'assurée. On voit mal en quoi cette démarche serait contraire à la rigueur scientifique que l'on est en droit d'attendre d'un expert médical. Compte tenu du caractère probant des expertises judiciaires, les premiers juges étaient fondés à constater les faits sur la base de ces expertises plutôt que sur les avis médicaux établis par les docteurs T.________ et F.________, dont le caractère relativement général limite fortement la valeur probante pour l'analyse de la situation concrète de l'assurée. Enfin, la doctoresse D.________ semble nier le lien de causalité naturelle entre l'accident assuré et les atteintes à la santé psychique de l'intimée en partant du principe, à tort (cf. consid. 2.1 supra), qu'un tel lien n'est établi que si l'accident peut être considéré comme l'unique ou le principale cause de l'atteinte à la santé (p. 4 du rapport complémentaire du 13 décembre 1999 : «...mais l'accident ne peut être considéré comme l'unique responsable. Il n'a fait que favoriser cette évolution ou encore permettre l'éclosion de la maladie»). C'est dire que ses constatations ne permettent pas de tirer de conclusions claires sur le rapport de causalité litigieux, contrairement à celles des experts U.________ et A.________. 2.5 Vu ce qui précède, le recours est mal fondé, en tant qu'il conteste l'existence d'un rapport de causalité naturelle entre l'accident et les atteintes à la santé présentées par l'assurée.