Citation: 4C.178/2001 28.11.2001 E. 3

3.- a) A titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le droit du demandeur à des commissions de courtage serait reconnu, la défenderesse reproche à la cour cantonale d'avoir omis de prendre en compte le fait qu'elle s'était engagée à verser aux époux B.________ une commission équivalant au 1,5% de la valeur des contrats signés pour les trois autres villas et qu'un montant de 50 000 fr. aurait été porté à ce titre en déduction du décompte des époux B.________. Une telle commission ne pourrait s'inscrire que dans le cadre d'un courtage d'indication; or, logiquement, une indication causale ne pourrait pas émaner de deux personnes différentes, ou au moins faudrait-il appliquer la jurisprudence relative au courtage de négociation prévoyant le partage de la rémunération entre les courtiers. b) La cour cantonale a déduit du comportement de la défenderesse après le 25 octobre 1994, en particulier du versement sans réserve de l'acompte du 8 novembre 1995, qu'elle avait reconnu le droit du demandeur à recevoir des commissions, sans avoir à justifier d'activité. D'après la cour, cette rémunération avait été promise au demandeur en considération "du mérite qu'il a eu d'engager B.________ - et, par l'intermédiaire de celui-ci, d'autres clients, dans son sillage - à s'adresser à elle". En d'autres termes, la rémunération annoncée constitue le salaire pour les indications qu'il a données et qui ont conduit, non seulement directement, mais aussi indirectement, à la conclusion des différents contrats de construction. On ne voit pas en quoi, ce faisant, la cour cantonale aurait violé le droit fédéral, et en quoi la déduction de 50 000 fr. consentie aux époux B.________ empêcherait la reconnaissance des effets, même indirects, de l'intervention du demandeur dans la conclusion des différents contrats d'entreprise. Lorsque la défenderesse soutient qu'il manque une condition à la naissance du droit à la provision, à savoir la preuve d'un lien de causalité, elle perd de vue que l'art. 413 CO ne constitue pas une norme impérative. Le mandant peut parfaitement s'engager au versement d'une provision sans preuve d'un lien de causalité (Hofstetter, SPR VII/6, 2e éd., Berne 2000 p. 174). Il en va de même en ce qui concerne la hauteur de la provision. Certes, la jurisprudence du Tribunal fédéral admet que si plusieurs courtiers sont intervenus indépendamment, la provision de ceux-ci doit être fixée proportionnellement à leur contribution au succès de l'affaire (ATF 72 II 421; Amman, Commentaire bâlois, 2e éd., n° 12 ad art. 413 CO). Cette règle fondée sur des motifs d'équité qui ne rencontre d'ailleurs pas l'unanimité en doctrine ne vaut toutefois que pour autant qu'aucun accord contraire n'ait été conclu. En l'espèce, la cour cantonale a constaté que la défenderesse avait versé sans réserve un acompte provisionnel au demandeur et avait de la sorte reconnu le droit de celui-ci à une commission. En outre, le demandeur et B.________ n'ont pas, selon le jugement attaqué, été chargés indépendamment l'un de l'autre du courtage litigieux, puisque le demandeur devait précisément, de la volonté de la défenderesse, être rémunéré pour avoir engagé B.________, et par l'intermédiaire de celui-ci, d'autres clients, à s'adresser à elle. Dans ces circonstances, la cour cantonale n'a nullement violé le droit fédéral en ne diminuant pas la commission du demandeur en raison du rôle joué par B.________. L'art. 417 CO stipule que lorsqu'un salaire excessif a été stipulé soit pour avoir indiqué une occasion de conclure un contrat individuel de travail ou une vente d'immeuble, soit pour avoir négocié l'un de ces contrats, il peut être, à la requête du débiteur, équitablement réduit par le juge. La disposition ne vise cependant pas les contrats d'entreprise, de sorte que la défenderesse ne peut s'en prévaloir. Il n'apparaît au demeurant pas qu'elle ait déjà formulé pareille requête en instance cantonale. Le recours principal se révèle ainsi mal fondé, pour autant qu'il soit recevable. Sur le recours joint