Citation: 6B_943/2021 E. 1.5

1.5. Le recourant ne conteste pas avoir amené les diverses sociétés susmentionnées à lui livrer des marchandises sans paiement préalable en échafaudant un système de mensonges. Comme la cour cantonale l'a relevé, il avait tout d'abord passé les commandes par le biais d'une société inscrite au Registre du commerce dont il avait préalablement fait l'acquisition. Puis, il avait contacté les fournisseurs par le biais d'adresses e-mails de la société utilisée, s'était fait passer pour son gérant avec signature individuelle en signant au nom de celui-ci, en se présentant comme tel au téléphone, et également, dans certains cas, il avait adressé l'extrait du Registre du commerce de ladite société afin de conforter ses interlocuteurs dans leur erreur. Par ailleurs, il ne discute pas non plus avoir pris soin de ne pas faire livrer la marchandise à son domicile, sauf à une reprise, tout en apposant le nom de la société sur sa propre boîte aux lettres et en réceptionnant en personne la marchandise, ce qui avait eu pour effet de mettre son cocontractant en confiance. Il apparaît également que, pour convaincre les fournisseurs, le recourant avait fait usage d'affirmations fallacieuses afin de justifier ses commandes par des événements prétendument organisés par la société, allant jusqu'à prétexter une situation d'urgence, ou par la nécessité de faire des cadeaux à des clients. Il n'a pas non plus hésité à affirmer venir de la part d'un client de certaines des entreprises et à rencontrer le gérant de l'une d'entre elles en personne. Enfin, il avait fourni une attestation de non-poursuite au nom de E.________ Sàrl afin de bénéficier du paiement sur facture dans la commande de matériel informatique. Dans cette mesure, le recourant a fourni des éléments qui concordaient entre eux (utilisation du nom d'une société suisse inscrite au Registre du commerce, dissimulation de son identité derrière celle du gérant de ladite société apparaissant au registre, boîte aux lettres comportant le nom de la société) et les a complétés par des mensonges (motif plausible justifiant les commandes, urgence invoquée afin d'éviter d'éventuels contrôles supplémentaires). Il a ensuite recouru à une stratégie fondée sur la multiplication du nombre de fournisseurs et la rapidité d'action, permettant de limiter le montant des commandes auprès de chacun et d'agir au nom d'une société dont la réputation était encore intacte. La cour cantonale pouvait considérer que le recourant avait ainsi endormi la méfiance de ses fournisseurs, en tissant un édifice de mensonges, de sorte que ceux-ci n'avaient aucune raison de douter de la fiabilité de leur cocontractant, d'entreprendre des investigations plus poussées et/ou de lui refuser un paiement sur facture. Quoi qu'en dise le recourant, l'inadéquation entre le but social de la société apparaissant au Registre du commerce et l'achat de bouteilles n'était pas propre à éveiller les soupçons de ses fournisseurs puisque, comme la cour cantonale l'a retenu, il n'était ni invraisemblable, ni rare, qu'une société n'ayant aucun lien avec le commerce alimentaire ou la restauration s'approvisionne en boissons. Il avait d'ailleurs lui-même prétendu passer commande en vue de l'organisation d'événements ou pour faire des cadeaux à des clients. C'est également de manière fondée que la cour cantonale a observé que la rapidité avec laquelle il effectuait ses commandes avait, à tout le moins pour effet, d'empêcher les entreprises de se rendre compte suffisamment tôt que les paiements n'étaient pas intervenus, lui laissant un laps de temps suffisant pour effectuer d'autres commandes avant que les sociétés ne lui adressent des rappels pour les premiers versements et, éventuellement, refusent de continuer à l'approvisionner. Ainsi, les agissements du recourant se sont avérés convaincants puisque l'ensemble des dupes ont accepté d'honorer les commandes passées dans ce contexte sans requérir de paiement préalable de leur marchandise ou refuser de livrer le recourant après le non-paiement des premières factures. Dans ces circonstances, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en écartant une coresponsabilité des dupes qui exclurait l'astuce. La tromperie astucieuse étant réalisée, la condamnation du chef d'escroquerie par métier peut dès lors être confirmée dans la mesure où le recourant n'attaque pas l'infraction retenue sous un autre angle.