Citation: 4P.300/1998 27.06.2000 E. 2

2.- a) Dans l'arrêt entrepris, la cour cantonale, se fondant sur l'art. 243 du Code de procédure civile vaudoise (ci-après: CPC/VD) et sur l'art. 4 aCst. , considère, en substance, que le recours cantonal en nullité permet uniquement d'annuler un jugement dans lequel le juge n'indique pas les motifs de sa conviction ou commet une autre informalité essentielle de procédure, au sens de l'art. 444 al. 1 ch. 3 CPC/VD, que la cour cantonale exclut, en l'espèce. b) Le recourant reproche à la cour cantonale d'avoir commis un déni de justice et donc violé l'art. 4 aCst. À ses yeux, elle aurait dû admettre que les premiers juges ont omis d'expliquer les raisons pour lesquelles l'avis de l'expert judiciaire ne les a pas convaincus. La cour cantonale ne serait en réalité pas entrée en matière sur le grief formulé par le recourant. En outre, l'interprétation donnée à l'art. 243 CPC/VD serait arbitraire et empêcherait le plaideur de critiquer l'appréciation arbitraire des preuves. Enfin, il serait inexact de retenir que les premiers juges ont, sans enfreindre aucune disposition de procédure, statué en choisissant entre les opinions de deux experts. c) aa) Aux termes de l'art. 243 CPC/VD, le juge apprécie librement la valeur et la portée des expertises, mais s'il statue contrairement aux conclusions d'une expertise, il est tenu de donner dans son jugement les motifs de sa conviction. Selon la jurisprudence cantonale (cf. Poudret/ Wurzburger/Haldy, Procédure civile vaudoise, 2e éd., n. 3 ad art. 243 CPC/VD), cette disposition constitue une règle essentielle de procédure, dont la violation ouvre la voie du recours en nullité, prévue à l'art. 444 al. 1 ch. 3 CPC/VD. bb) Le recourant observe que le juge ne saurait se contenter, sous peine de vider l'art. 243 CPC/VD de son sens, de motiver sa conviction par la seule mention du fait qu'il est ou qu'il n'est pas convaincu par une expertise. Or, selon la jurisprudence cantonale (cf. Poudret/Wurzburger/Haldy, op. cit. , n. 2 ad art. 243 CPC/VD), si le premier juge affirme, en se référant à une expertise, qu'il n'en retient pas les conclusions, il échappe au grief de violation de l'art. 243 CPC/VD. Ladite jurisprudence donne certes de cette disposition de procédure une interprétation minimaliste, comme le relèvent les auteurs susmentionnés, laquelle ne saurait cependant être considérée comme arbitraire au sens où l'entend la jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 125 I 166 consid. 2; 122 III 130 consid. 2a, 316 consid. 4a). cc) Toutefois, il n'y a pas lieu d'examiner plus avant le bien-fondé des critiques du recourant, singulièrement de celle ayant trait à l'appréciation des preuves. En effet, contrairement à ce qu'il affirme, l'arrêt attaqué ne se borne pas à constater que les premiers juges ont déclaré ne pas être convaincus par l'expert judiciaire. La cour cantonale relève que ceux-là ont choisi entre deux, voire trois avis d'experts. Bien que succincte, la motivation des premiers juges sur ce point ne se limite pas à l'affirmation de leur absence de conviction, puisqu'ils déclarent ne pas être convaincus par les explications de l'expert judiciaire "lorsqu'il ajoute au décompte final un montant de 110 160 fr. de factures, toutes antérieures (sic) à la résiliation du contrat, et lorsqu'il soustrait, pour aboutir au montant du dépassement qu'il propose, une somme d'intérêt, arrêtée sans autre justification à 18 000 fr." Les premiers juges ont donc bel et bien opéré un choix entre certaines appréciations divergentes des experts. Au surplus, le recourant joue sur les mots, lorsqu'il se plaint que la cour cantonale, en refusant d'admettre que les premiers juges ont cité à tort de prétendues "explications" non convaincantes et en réalité jamais fournies par l'expert, aurait commis un déni de justice. Il est vrai que l'expert n'a pas à proprement parler "expliqué" pourquoi il retenait les factures litigieuses précitées. Il les a simplement ajoutées dans son décompte dont il a ensuite soustrait une somme d'intérêt. Mais cette description impropre du contenu de l'expertise - le mot "procédé" (de l'expert) eût peut-être mieux convenu que le mot "explication" - n'affaiblit pas le raisonnement des premiers juges; elle n'est, du reste, pas pertinente pour le présent recours. La motivation des premiers juges s'avère ainsi suffisante au regard de l'art. 243 CPC/VD et de la jurisprudence y relative.