Citation: 6B_926/2022 E. 1.4

1.4. Le recourant conteste s'être rendu coupable de tentative de lésions corporelles graves par dol éventuel. Sous couvert d'un grief concernant l'établissement manifestement inexact des faits, le recourant revient sur les circonstances du coup porté avec le cendrier; en tant que ce grief se recoupe avec sa critique en droit, il sera examiné à l'aune de celle-ci. Le recourant reproche en substance à la cour cantonale d'avoir considéré que s'agissant d'une dispute rapprochée, l'auteur n'aurait pas pu cibler avec précision le coup donné à la tête du lésé. Le recourant souligne que les blessures infligées ont été dépourvues de gravité. Il soutient qu'il aurait dirigé un unique coup de cendrier au niveau du front de son adversaire, aucun élément objectif ne permettant de déterminer l'intensité du coup, ni l'endroit précis de la tête qui était visé. Le recourant fait encore valoir qu'en se saisissant du cendrier, il n'aurait pas disposé d'un grand objet et n'aurait pas été en mesure d'en connaître le poids ni le matériaux. En l'espèce, s'agissant de l'intensité de la bagarre et de l'acharnement retenus par la cour cantonale, le recourant fait grief à cette dernière d'avoir passé sous silence l'appréciation de la police dont il serait résulté qu'aucun témoin n'avait pu observer l'altercation, ni fournir des informations sur le déroulement de la dispute, alors que le restaurant aurait été bien fréquenté. Ce faisant, le recourant ne démontre pas que la cour cantonale aurait fait preuve d'arbitraire. Purement appellatoire, cette démarche est irrecevable. Dès lors que l'infraction de lésions corporelles graves a été retenue au stade de la tentative (art. 122 cum 22 CP), la nature des lésions effectivement subies - moins graves que celles qui auraient pu survenir - n'est pas déterminante; c'est en effet le propre de la tentative que le résultat ne se soit pas produit. Les griefs du recourant en lien avec l'absence de gravité des lésions corporelles sont par conséquent dénués de pertinence et doivent être écartés. Le recourant soutient également que le coup aurait été mesuré et ciblé, la zone sensible du visage n'étant pas visée. Cette simple affirmation ne suffit pas à remettre en cause l'appréciation de la cour cantonale des faits ayant servi à déterminer si les actes étaient propres à occasionner de graves lésions. Il résulte des faits retenus par l'autorité cantonale - qui lient le Tribunal fédéral (art. 105 al. 1 LTF) -, que le coup de cendrier a été porté au cours d'une intense bagarre et que le recourant a fait preuve d'un certain acharnement, ce coup ayant été précédé et suivi de quelques coups de poing; le coup a été asséné avec une force assez importante pour briser un cendrier en céramique, objet dur de plus de 300 grammes; le lésé était très fortement alcoolisé, de sorte qu'il n'était que très partiellement en état de porter préjudice au recourant. Sur la base de ces éléments, la cour cantonale a retenu que le recourant n'était pas en mesure de cibler précisément le coup porté à la tête de son adversaire; ce raisonnement ne prête pas le flanc à la critique. Le recourant cite une nombreuse casuistique en vue d'asseoir son grief selon lequel l'utilisation d'un objet dangereux pour frapper une victime au visage devrait aboutir à l'application de l'art. 123 ch. 2 al. 1 CP en lieu et place de l'art. 122 CP. Les comparaisons opérées par le recourant ne lui sont cependant d'aucun secours; il est à cet égard souligné que toute comparaison avec d'autres affaires concernant d'autres accusés et des faits différents est d'emblée délicate. Au surplus la comparaison proposée par le recourant avec un arrêt cantonal est vaine dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'un contrôle par le Tribunal fédéral (cf. arrêts 6B_1177/2021 du 26 septembre 2022 consid. 3.4; 6B_1403/2020 du 5 mai 2021 consid. 2.3; 6B_389/2020 du 24 juin 2020 consid. 3.3). L'arrêt 6B_161/2016 (du 12 octobre 2016) cité par le recourant concerne un "coup de boule" ( Kopfstoss) porté au visage et l'analyse détaillée porte précisément sur les effets d'un tel coup; contrairement à l'avis du recourant, on ne saurait en tirer un parallèle avec le coup de cendrier ici en cause, s'agissant de deux situations bien différentes. Dans l'arrêt 6B_99/2013 (du 10 juin 2013), seule la question du caractère dangereux d'un bâton de bois avec un embout métallique était contestée, la question d'une application de l'art. 122 CP n'ayant pas été soumise au Tribunal fédéral. S'agissant des derniers arrêts énumérés par le recourant, l'un n'a pas été rendu dans le cadre d'une procédure pénale, tandis que les autres concernent des lésions corporelles causées à d'autres endroits du corps, respectivement dans des circonstances bien distinctes; ces arrêts ne sauraient par conséquent servir de point de comparaison avec le cas d'espèce. Au vu du contexte en cause, la cour cantonale n'a pas outrepassé son pouvoir d'appréciation en considérant que le coup de cendrier porté à la tête était susceptible d'engendrer des blessures graves, tombant sous le coup de l'art. 122 CP ( cum 12 CP), et non des lésions corporelles simples au moyen d'un objet dangereux (art. 123 ch. 2 al. 1 CP). D'ailleurs, la région de la tête est une zone particulièrement sensible du corps humain; les blessures à la tête, en particulier celles de la région cérébrale, peuvent avoir des conséquences graves (cf. arrêt 6B_529/2020 du 14 septembre 2020 consid. 3.3.2). Le recourant soutient enfin qu'il n'aurait pas eu l'intention de causer des lésions corporelles graves à son adversaire. Cette affirmation n'est pas déterminante ici, dans la mesure où la cour cantonale a retenu que l'infraction avait été réalisée par dol éventuel. A l'instar de la cour cantonale, c'est le lieu de rappeler que le cendrier était relativement lourd et susceptible de se casser, ce dont le recourant était en mesure de se rendre compte; le poids de l'objet, de plus de 300 grammes, était en effet loin d'être négligeable. L'argument du recourant selon lequel il n'aurait pas été en mesure de connaître le poids, ni la composition du cendrier - purement appellatoire, partant irrecevable - vient conforter le raisonnement de la cour cantonale selon lequel le coup a été porté sans discernement dans le feu de la bagarre. La cour cantonale n'a donc pas violé le droit fédéral en considérant que le recourant avait accepté que son geste était propre à blesser grièvement son adversaire à la tête, voire à le défigurer, d'autant plus qu'il avait encore donné quelques coups de poing à l'intéressé. En d'autres termes, en assenant un violent coup de cendrier au front d'un adversaire fortement alcoolisé ainsi que plusieurs coups de poing au visage dans le cadre d'une intense bagarre, le recourant a accepté le risque de le blesser gravement, agissant ainsi par dol éventuel. Compte tenu de ce qui précède, la condamnation du recourant pour tentative de lésions corporelles graves par dol éventuel ne prête pas le flanc à la critique. Le grief doit être rejeté.