Citation: 4C.194/2002 19.12.2002 E. A

A.a A.________ est né au Vietnam en 1957. Il est arrivé en Suisse en 1979 et a obtenu l'asile politique. Ne disposant d'aucune formation particulière, il a suivi des cours de français, langue dans laquelle il peut s'exprimer oralement, mais qu'il ne peut ni lire ni écrire. Il a épousé une compatriote en 1985 à Genève; une fille est née de cette union, le 22 janvier 1989. En 1981 ou 1982, A.________ a été engagé par l'entreprise Y.________ SA où il a reçu une formation de monteur en transformateurs électriques. Son travail, organisé en deux équipes, consistait à installer manuellement de lourds composants en fer dans de grands transformateurs. En 1989, le salaire mensuel brut moyen versé à cet employé était de 4'546 fr., compte tenu des allocations familiales, des indemnités pour travail en équipe et de la rémunération d'heures de travail supplémentaires. A.________, dont l'épouse travaillait à temps complet, participait activement aux tâches du ménage (nettoyage, cuisine, lessive, courses et garde de l'enfant) en fonction de ses disponibilités découlant de son horaire de travail variable. A.b Le 14 octobre 1989, un grave accident de la circulation s'est produit sur la route d'Aïre, à Genève, dans lequel ont été impliqués le véhicule conduit par A.________ et une automobile conduite par B.________, assurée en responsabilité civile auprès de la société d'assurances X.________ (ci-après: X.________). La responsabilité de cet accident incombe exclusivement à B.________. A.________ a subi diverses lésions importantes, en particulier un polytraumatisme avec traumatisme crânio-cérébral, une commotion cérébrale, une contusion hépatique et de multiples fractures dont le tiers moyen de l'humérus gauche, l'anneau pelvien, le fémur gauche et la tête du péroné gauche. Ces lésions ont nécessité de nombreuses interventions chirurgicales et le patient n'a pu rentrer chez lui que le 24 novembre 1989. A la date du jugement de première instance, soit onze ans après la survenance de l'accident, A.________ présentait un raccourcissement du fémur gauche de 1 à 1,5 cm, dont la fracture avait consolidé avec un cal vicieux en rotation externe de 30 à 35°, entraînant une nette claudication sur le côté gauche. Par ailleurs, un mauvais fonctionnement de l'articulation de l'épaule gauche subsiste, qui entraîne une limitation modérée des mouvements de cette dernière. Les blessures et les nombreuses interventions chirurgicales subies ont laissé des séquelles cutanées, soit de nombreuses et peu esthétiques cicatrices. Sur le plan neurologique, le traumatisme crânio-cérébral a eu des incidences sur les fonctions cognitives, l'humeur, la capacité de concentration et la résistance à la fatigue de A.________ qui est devenu constamment triste, voire irritable, et a perdu toute joie de vivre depuis son accident. A.________ arrive à marcher, en boitant, entre une heure et une heure trente, à l'aide d'une canne qu'il tient dans sa main droite. Il éprouve des douleurs permanentes à l'épaule gauche, ainsi que des douleurs au niveau de la fesse gauche, essentiellement lorsqu'il se tient debout et qu'il marche. Par ailleurs, le port de charges d'une certaine importance lui est impossible en raison notamment des lésions subies à l'épaule gauche. Ces lésions, troubles et handicaps trouvent tous leur origine dans l'accident du 14 octobre 1989. Les experts judiciaires C.________ et D.________ ont évalué à 62,7% l'invalidité médico-théorique globale et définitive résultant de ces différentes atteintes à la santé. Pour sa part, le médecin traitant de A.________ a estimé ce taux à 80%. A.c Une tentative de reprise du travail auprès de Y.________ SA, de même qu'un essai de reconversion dans le secteur de l'horlogerie se sont soldés par un échec, nonobstant la bonne volonté de A.________ et son désir de travailler. Les experts C.________ et D.________ ont estimé à 50% la capacité résiduelle de gain de l'intéressé dans une profession ne nécessitant pas le port de charges ni l'exécution de travaux lourds. En revanche, le médecin traitant, de même que le Dr E.________, commis en tant qu'expert dans un litige opposant A.________ à Z.________, ont conclu à une incapacité de travail totale, quelle que soit la profession envisagée. Après son accident, A.________ a cessé d'assurer sa part des tâches ménagères, lesquelles ont été accomplies intégralement, depuis lors, par son épouse qui a cessé son activité professionnelle à cette fin. Les experts médicaux ont estimé à 30% le degré d'invalidité médico-théorique de A.________ relativement à ces tâches, tandis que, dans un rapport du 28 janvier 2000, le Centre d'ergothérapie fonctionnelle, mis en oeuvre par le médecin traitant du lésé, a évalué à 88% le degré d'inaptitude de ce dernier à accomplir des tâches ménagères. A.d Depuis son accident survenu en octobre 1989, jusqu'à l'expiration de son contrat de travail en février 1992, A.________ a reçu de son employeur - par le biais des versements de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (CNA), de l'assurance-invalidité (AI) et de la Caisse-maladie de Y.________ SA - un salaire; il a ainsi touché quelque 128'228 fr. durant cette période. Dès l'expiration du contrat de travail, Y.________ SA a cessé de verser un salaire à cet employé. Depuis lors, celui-ci a perçu des rentes de la CNA, de l'AI et de la Caisse de pension de Y.________ SA. Les montants versés à A.________ depuis la survenance de l'accident dont il a été victime jusqu'à la date retenue pour le calcul du dommage (15 mars 2002) représentent un total de 787'448 fr. S'y ajoute la somme de 40'800 fr. versée par la CNA à titre d'indemnité pour atteinte à l'intégrité corporelle. Enfin, X.________ a versé en date du 14 septembre 1992 la somme de 25'000 fr. à A.________ à titre d'acompte. A.e Depuis l'expiration du contrat de travail qui les liait, Y.________ SA a cessé de payer un salaire à A.________ et, par conséquent, de verser la part "employeur" des cotisations à la Caisse de pension de Y.________ SA, destinées à assurer la retraite du travailleur. Le montant total des cotisations perdues par ce dernier, entre mars 1992 et mars 2002, calculé en fonction d'un taux moyen de 11,15% du salaire brut, s'élève à environ 86'534 fr. A.f Pour l'assister dans ses démarches envers son employeur, les assurances sociales et X.________, A.________ a eu recours, dès le mois de mai 1992, aux services d'un avocat. Il en est résulté des frais se montant à 34'785 fr. pour l'activité déployée par ce dernier jusqu'au début de l'année 1995.