Citation: 9C_651/2023 E. 3.3

3.3. En l'espèce, le motif retenu par les premiers juges pour mettre les frais d'expertise en question à la charge de l'office recourant met en évidence un lien entre des défauts de l'instruction administrative et la nécessité de mandater la doctoresse D.________. Ils ont considéré qu'il s'était avéré indispensable d'ordonner une expertise judiciaire en raison du fait que celle du docteur B.________ n'était pas probante. A cet égard, on constate, à la suite de la Cour de justice genevoise (cf. ordonnance du 2 novembre 2022, p. 12), que le docteur B.________ a rédigé son rapport sans tenir compte du rapport du docteur E.________, spécialiste en neurologie, du 27 mai 2021 (cf. la synthèse du dossier figurant sous le ch. 2 de l'expertise, où le dernier rapport mentionné est celui de la doctoresse F.________, médecin, du 16 février 2021). Si l'absence de prise en compte du rapport du docteur E.________ peut s'expliquer par le fait que le docteur B.________ a reçu le dossier de l'administration le 9 décembre 2020 et qu'il a vu l'expertisé le 22 janvier 2021, en revanche l'expert avait connaissance du rapport du neuropsychologue C.________ du 10 mars 2021 au moment où il a rédigé son rapport, le 29 juillet 2021. A la lecture de l'expertise, on constate en effet que le docteur B.________ a mentionné le rapport du neuropsychologue C.________ dans les sources qu'il a utilisées (cf. ch. 1.3 de l'expertise). Or comme l'a expliqué de manière circonstanciée la juridiction cantonale dans son ordonnance d'expertise du 2 novembre 2022, le neuropsychologue C.________ avait suggéré, dans son rapport du 10 mars 2021, de réaliser un examen neurologique avec une imagerie cérébrale si un doute subsistait quant à une possible étiologie démentielle. En l'occurrence, un tel doute subsistait puisque le docteur E.________ avait indiqué, dans son rapport du 27 mai 2021, que le fonctionnement cognitif de l'intimé était très altéré et qu'un début de détérioration dû à une maladie neurodégénérative n'était pas exclu. Il n'y a dès lors pas lieu de s'écarter de la considération de la juridiction cantonale, selon laquelle cet élément remettait sérieusement en doute le diagnostic de majoration des symptômes psychiques et neuropsychologiques pour des raisons psychologiques et/ou simulation de symptômes psychiques et neuropsychologiques posé par le docteur B.________. On ajoutera que l'instance précédente a mis en évidence d'autres incohérences contenues dans le rapport du docteur B.________. Elle a notamment exposé de manière convaincante, concernant l'état dépressif de l'assuré, que le docteur B.________ avait exclu la présence d'un trouble dépressif récurrent pour le motif qu'il n'y avait pas eu d'épisode antérieur, alors même qu'il y en avait pourtant eu au moins deux (à savoir une période critique du 16 octobre 2017 au mois de janvier 2018 [cf. rapport du docteur G.________, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, du 21 mars 2018] et une hospitalisation pour un soutien psychologique du 27 juin au 11 juillet 2019 en raison d'un trouble dépressif récurrent, épisode actuel moyen à sévère [cf. lettre de sortie de la clinique H.________ du 31 juillet 2019]). Partant, quoi qu'en dise l'office recourant, ce ne sont pas des motifs d'opportunité qui ont conduit la juridiction cantonale à mettre en oeuvre une expertise judiciaire, mais bien le fait que les conclusions du docteur B.________ n'étaient pas assez probantes. Dans ces conditions, l'instruction était lacunaire, de sorte que les frais de l'expertise judiciaire pouvaient être mis à la charge de l'office AI. Le recours est mal fondé.