Citation: 6B_553/2014 E. 2.2

2.2. La cour cantonale a retenu que le recourant, contrairement à ce qu'il soutenait, n'avait pas simplement l'intention de se rendre dans une bijouterie, de choisir des montres et de les « payer » avec une carte de crédit dont il n'était pas le titulaire. A cet égard, il ne s'était pas contenté d'entrer dans la première bijouterie venue comme un simple client, puis de choisir des montres pour un montant de l'ordre de 100'000 fr. et de payer par carte de crédit. Il avait en effet pris soin de se faire recommander préalablement à un bijoutier, à l'étranger, comme une personne aisée désireuse d'acquérir de l'or, des bijoux ou des montres de prix en toute discrétion. Même s'il ne connaissait pas en détail tout ce que son intermédiaire en Suisse avait dit au bijoutier, le recourant savait que celui-là l'avait présenté de manière avenante. Ensuite, le jour de son forfait, il avait sollicité, par l'entremise d'une tierce personne en relation professionnelle avec le bijoutier, d'ouvrir le magasin en dehors des horaires officiels. Il s'était également entouré de deux autres personnes, respectivement d'un intermédiaire qui avait mené la discussion et d'une autre, aussitôt perçue par le commerçant comme un garde du corps, ne se rendant lui-même dans les locaux qu'une fois que ses acolytes eurent obtenu de traiter avec le patron. En outre, il avait présenté au commerçant une carte de crédit qu'il savait dotée d'une limite élevée, tout en lui laissant voir qu'il en détenait d'autres du même genre. Il avait dès lors parfaitement conscience que tous ces éléments réunis devaient inspirer confiance au bijoutier afin qu'il lui remette la marchandise à crédit contre une simple signature. La cour cantonale a estimé qu'en présentant la carte de crédit au bijoutier, le recourant avait prétendu, par acte concluant, en être le titulaire légitime. Ce faisant, il avait trompé le commerçant. Située dans son contexte, cette manoeuvre était astucieuse. Tout d'abord, elle comportait un document - une carte de crédit American Express - apparemment bien imitée puisque tant le recourant que le bijoutier l'avaient considéré comme authentique. Ensuite, tous les éléments relevés ci-dessus constituaient une mise en scène destinée à mettre le bijoutier en confiance et à rendre possible le transfert des montres sans bourse délier. A cet égard, les contacts préalables par l'intermédiaire d'une tierce personne ayant des relations professionnelles récentes avec la future dupe, décrivant un étranger fortuné désireux d'acheter des articles de joaillerie, la demande d'ouverture spéciale du magasin ainsi que le fait d'être accompagné, éventuellement même d'un garde du corps, et de traiter uniquement avec le patron sont des faits objectivement propres à convaincre l'intéressé qu'il avait affaire à une personne fortunée, avec les exigences de ce genre de clientèle ainsi que les bénéfices que l'on peut en attendre. En choisissant rapidement plusieurs montres pour un prix supérieur à 100'000 fr., le recourant avait également adopté un comportement propre à laisser croire qu'il était un nanti, habitué à des dépenses importantes. Le fait que le bijoutier, déjà victime de plusieurs cambriolages, se soit méfié ne signifiait pas qu'il n'y ait pas eu astuce. La tromperie avait échoué, d'une part, grâce au terminal électronique, à la pointe de la technologie selon le bijoutier, qui avait bloqué la transaction en indiquant « solde insuffisant » et, d'autre part, à cause de l'imprévoyance du recourant, qui ignorait que la carte n'était pas signée. Dans son esprit, il s'attendait à devoir simplement parapher le ticket, sans effectuer de code d'identification personnel. Pris en défaut quant à l'absence de signature et sommé de présenter une pièce d'identité pour se légitimer, il avait renoncé. Il s'était ainsi rendu coupable de tentative d'escroquerie.