Citation: 8C_586/2021 E. 5.1

5.1. Dans son rapport du 1er juin 2018, le docteur I.________ a listé les pièces médicales sur lesquelles son expertise se fonde, a rappelé le contexte médical et a exposé les données scientifiques propres au domaine de la fasciite nécrosante et à la cicatrisation des plaies. Ensuite, il a répondu de manière circonstanciée aux questions qui lui avaient été posées, en tenant compte de l'anamnèse et des plaintes actuelles de l'intimée et de ses propres constatations et en prenant position sur les appréciations des autres experts. Pour évaluer le lien de causalité, il a examiné à la fois le lien temporel et le lien anatomique. Concernant le lien temporel, qu'il a admis, il a expliqué que l'infection avait été objectivée pour la première fois le 9 avril 2012 et qu'elle était ainsi survenue un mois après l'accident, précisant que dans la définition des infections du site opératoire, on utilisait un délai de 30 jours après l'intervention pour considérer qu'une infection de cicatrice était possiblement liée au geste chirurgical. En l'espèce, il ressortait du rapport de la consultation du docteur C.________ que la couche cornée de la peau n'était pas fermée le 26 mars 2012, soit deux semaines avant le début de l'infection. Jusqu'au 9 avril 2012, aucune observation fiable et documentée ne permettait de connaître l'évolution de la fermeture de cette plaie, les rapports du docteur D.________ de la consultation du 30 mars 2012 et de la Clinique E.________ n'apportant aucun élément probant quant à cette évolution. On ne pouvait notamment pas partir du principe que l'examen de la jambe et du pied droit par le docteur D.________ aurait eu lieu ni donc que cette consultation constituait une preuve en soi que la plaie était bien fermée à ce moment-là, ce qui aurait semblé par ailleurs étonnant puisqu'elle avait encore été ouverte quatre jours plus tôt. En ce qui concernait le rapport de la Clinique E.________ du 7 avril 2012, l'intimée avait consulté pour une infection des voies respiratoires supérieures, de sorte que le status ne comprenait que les systèmes en lien avec les symptômes. Les cicatrices de la plante du pied étaient connues pour mettre plus de temps à se fermer que d'autres sites anatomiques et le processus de cicatrisation permettant une restauration adéquate de l'intégrité microscopique de la peau pouvait prendre jusqu'à six semaines après l'intervention. La reprise du travail par l'intimée dès le 13 mars 2012 avait très probablement contribué à augmenter la charge sur la jambe droite et ainsi ralenti le processus de cicatrisation. L'effraction de la couche cornée sur une plaie chirurgicale qui mettait du temps à se refermer constituait une porte d'entrée tout à fait plausible pour une fasciite nécrosante à Streptococcus pyogenes et l'infection pouvait alors survenir de façon brutale à distance du traumatisme initial, même en l'absence de signe infectieux de la plaie jusque-là. Quant au lien anatomique, le docteur I.________ a retenu qu'il ne pouvait pas être prouvé de façon formelle, dès lors que l'intimée avait bien présenté une infection au niveau du tiers inférieur de la jambe droite, du côté où elle s'était planté l'aiguille, mais que sur la base des documents médicaux à disposition, il n'était pas possible de déterminer si la plaie était le point de départ de l'infection, la localisation exacte de l'érythème n'étant précisée dans aucun rapport médical. Les rapports des consultations infectiologique et orthopédique effectuées le jour de l'admission de l'intimée ne mentionnaient pas non plus de signes d'infection au niveau de la plaie de la plante du pied. Le docteur I.________ a ensuite exposé qu'environ 50 % des fasciites nécrosantes se développaient sans porte d'entrée visible et qu'on pensait qu'elles survenaient en général par dissémination hématogène à partir d'un foyer oropharyngé asymptomatique (colonisation de la gorge) ou symptomatique (angine à streptocoque). Toutefois, ce type d'infection se développait en général sur des zones présentant des traumatismes fermés (contusion, crampe, hématome), ce qui n'avait pas été le cas de l'intimée. Quoiqu'elle eût présenté une infection des voies respiratoires deux jours avant le diagnostic de l'infection cutanée, les symptômes pour lesquels elle avait consulté le 7 avril 2012 n'étaient pas vraiment typiques d'une angine à streptocoque, le fond de gorge ayant été décrit comme calme et la présence d'une rhinorrhée et d'une toux parlant plutôt en faveur d'une virose. A l'instar des médecins de l'Hôpital B.________, l'expert a retenu que la plaie de la plante du pied était la porte d'entrée de la fasciite nécrosante, soulignant qu'imaginer qu'une infection aussi rare soit survenue par pure coïncidence dans une région du corps aussi proche que la plaie, et dans un intervalle aussi court après la fermeture incomplète de la cicatrice, était hautement improbable. Dans un courrier de février 2019, le docteur I.________ a encore indiqué que c'était bien à cause de l'absence de preuve formelle de la non-fermeture de la plaie initiale et de signes infectieux touchant cette plaie au moment de l'apparition de la fasciite nécrosante qu'il avait conclu à un lien de causalité probable. Si ces éléments avaient été objectivés, il aurait conclu à un lien de causalité certain entre les deux évènements, étant relevé que, pour lui, les éléments temporels et géographiques étaient déterminants dans l'appréciation du lien de causalité.