Citation: 6S.100/2005 18.05.2005 E. B

Ce jugement retient, en résumé, ce qui suit. B.a Né en 1962, X.________ travaille en qualité de chauffeur routier international. Il s'est marié en 1980. L'épouse n'étant pas en mesure de supporter une grossesse, le couple n'a pas eu d'enfants. Sur requête commune des époux, leur divorce a été prononcé le 28 juillet 2004. B.b Y.________, née en novembre 1985, est la cadette d'une famille de deux enfants. Sa mère est décédée alors qu'elle était âgée de 11 ans. Par la suite, l'ambiance familiale est devenue insupportable, notamment en raison de l'alcoolisme du père et du climat de violence qui en résultait. Les deux enfants ont été placés, l'aîné dans un foyer et Y.________, dès le 1er décembre 1998, auprès des époux X.________. Y.________ a entretenu de bonnes relations avec sa famille d'accueil, notamment avec X.________, qu'elle a décrit comme plus "cool" que son épouse. Dès son placement, elle n'a en revanche pratiquement plus eu de contacts avec son père, qui ne lui a téléphoné qu'à deux reprises et lui a interdit de rencontrer son frère ainsi que sa tante et marraine, avec laquelle elle avait d'excellentes relations. B.c Selon les déclarations de Y.________, dès le mois de mars 1999, X.________ - qui s'est trouvé en arrêt de maladie de décembre 1998 au 24 avril 1999 - l'a caressée sur le haut du corps, en passant sa main sous ses vêtements. Percevant ce comportement comme une sorte de jeu, elle n'a pas réagi ni rien dit. Par la suite, X.________ lui a déclaré qu'il l'aimait et a commencé à échanger avec elle des baisers lingaux. A quelques reprises, il lui a introduit un doigt dans le sexe, sans la déshabiller. Elle a répondu à ses caresses, en glissant sa main dans le pantalon et le slip de X.________. Elle a avoué qu'elle était "un tout petit peu amoureuse de lui", même si "elle ne s'attendait pas à ce qu'il agisse ainsi". X.________ agissait de la sorte chaque fois que son épouse était absente ou se trouvait à l'étage supérieur. B.d Un lundi soir, jour où son épouse suivait un cours et était donc régulièrement absente, X.________ a demandé à l'adolescente si elle voulait "dormir avec lui", ce qu'elle a accepté. Il l'a caressée sous le pyjama, puis s'est déshabillé, avant d'aider la jeune fille à se dévêtir. Nus, ils se sont couchés sur le canapé du salon et se sont caressés et embrassés. X.________ a embrassé l'enfant sur le sexe, puis a introduit sa langue dans le vagin de celle-ci. Il a insisté à deux ou trois reprises pour qu'elle lui pratique une fellation. Finalement, elle a cédé et a pris le pénis de celui-ci, en érection, dans sa bouche. Il a rapidement éjaculé. Y.________ a expliqué qu'auparavant, X.________ lui avait déjà demandé plusieurs fois si elle était d'accord qu'il lui lèche le sexe, mais elle avait toujours refusé, avant d'accepter finalement, car "il insistait beaucoup". X.________ a ensuite demandé à Y.________ si elle entendait "faire l'amour" avec lui. Ayant obtenu une réponse positive, il est monté dans la chambre conjugale pour chercher un préservatif et l'a placé sur son sexe en érection devant la jeune fille. Alors qu'elle était assise sur le canapé, il a engagé son sexe, avec difficulté, dans celui de la jeune fille, qui était vierge. Après avoir à nouveau éjaculé, il a retiré son pénis, a remis le préservatif dans son emballage et l'a jeté dans les toilettes. B.e Quelque temps plus tard, un dimanche matin, en l'absence de son épouse, X.________ s'est rendu dans la chambre de la jeune fille. Après un échange de caresses, il lui a léché le sexe, puis est allé chercher un préservatif dans la chambre conjugale. Il s'est placé devant l'adolescente, mais n'a pas réussi à la pénétrer. Celle-ci s'est ensuite installée sur lui, mais sans réel succès. Finalement, à la demande de X.________, la jeune fille s'est assise sur le bord du lit et il l'a alors pénétrée, puis a retiré son sexe après éjaculation. L'adolescente a constaté que le préservatif contenait du liquide, comme la première fois, et lui a demandé ce que c'était. Il a répondu que ce n'était pas ce qu'elle pensait, avant d'aller jeter le préservatif dans les toilettes. B.f A deux reprises, X.________ a tenté d'employer un vibromasseur. Il a demandé à la jeune fille, qui voyait pour la première fois un "zizi en plastique", de dénuder le bas de son corps, puis a introduit le vibromasseur dans le sexe de celle-ci avant de le faire fonctionner. Les deux fois, elle lui a cependant demandé d'arrêter, car elle avait mal. X.________ l'a alors caressée sur tout le corps, en l'embrassant. B.g A deux reprises également, Y.________ a regardé des cassettes vidéo en compagnie de X.________. Elle a expliqué qu'on y voyait des femmes et des hommes qui "faisaient l'amour tous ensemble". A un moment donné, "il y avait deux femmes ensemble" et X.________ lui avait dit de bien examiner leur manière de procéder. X.________ a aussi montré à l'adolescente des revues à contenu pornographique, qu'il détenait dans son camion, lui disant qu'elle pouvait sans autre les regarder. B.h A partir de la fin avril 1999, Y.________ a ressenti des démangeaisons au niveau du sexe. Les jours suivants, elle a souffert de mictions douloureuses et d'un fréquent besoin d'uriner. Le 15 mai 1999, elle a été conduite aux urgences de l'hôpital, où elle a été examinée par le médecin-chef en gynécologie et son assistante. Les médecins ont diagnostiqué un herpès simplex de type 1. Dans un rapport médical du 19 août 1999, il a notamment été relevé que, depuis 5 jours avant la visite médicale, l'adolescente présentait des brûlures urinaires, de la température à 39°, des boutons blancs, extrêmement douloureux, dans la sphère génitale et des céphalées ainsi que des ulcères vulvaires. Ultérieurement, dans un rapport médical du 24 juillet 2000, il a été précisé que l'herpès simplex, une fois contracté, engendre une infection latente, à vie, et que la personne infectée peut contaminer un tiers à tout moment, même si elle ne présente plus aucun symptôme d'infection. Sur la base des analyses et rapports médicaux, il a été observé qu'il était hautement vraisemblable que Y.________ avait contracté le virus de l'herpès en raison des caresses buccogénitales pratiquées sur elle par X.________. Y.________ a d'abord expliqué aux médecins qu'elle entretenait, depuis environ un mois, des rapports protégés avec un homme de 36 ans, dont elle ne connaissait ni la profession ni le nom. Lors de rendez-vous ultérieurs, les médecins lui ont fait comprendre qu'elle devait absolument leur révéler l'identité de son partenaire, car il pouvait infecter d'autres adolescentes. Elle craignait toutefois de parler, de peur d'être renvoyée dans une maison spécialisée. L'un des médecins a alors envisagé de prévenir le médecin cantonal, mais n'a pas voulu précipiter les choses, d'autant plus que la jeune fille paraissait sur le point de se confier car elle en voulait à son partenaire de l'avoir contaminée. Mise en contact avec une assistante sociale, Y.________ a longtemps refusé de révéler le nom de son partenaire, redoutant la réaction de son père, de ses grands-parents et de sa famille d'accueil. Face à l'insistance et aux questions de plus en plus précises de l'assistante sociale, elle a finalement avoué qu'il s'agissait de X.________. L'assistante sociale a alors avisé le service cantonal d'aide à la jeunesse, qui a décidé de retirer l'adolescente de sa famille d'accueil et de la placer dans un institut, dont le chef a dénoncé le cas à la justice pénale le 2 juillet 1999. B.i Par la suite, Y.________ a été placée dans un foyer. Elle a été décrite comme une élève studieuse et capable de réaliser de bons résultats scolaires. Dès l'automne 2000, elle a toutefois commencé à fuguer. Finalement, elle n'a pu achever sa scolarité secondaire et acquérir de formation professionnelle, si bien qu'actuellement elle travaille dans un kiosque, en qualité de vendeuse, pour un salaire horaire brut de 15 fr. 50. Il a été relevé que la victime avait vécu des périodes de cauchemars, lors desquels elle voyait apparaître un personnage sans visage qui répétait sur elle les gestes et actes de X.________. Elle ne parvenait plus à faire confiance aux adultes. Selon l'expert-psychiatre, son développement psychique et son avenir sont menacés. B.j X.________ a constamment nié les faits. Sur la base d'une appréciation des preuves, les juges cantonaux ont toutefois acquis la conviction que les faits s'étaient déroulés de la manière décrite par la victime. Ils ont notamment relevé que cette dernière n'avait pas dénoncé spontanément les faits et qu'elle avait fourni des explications précises, sans jamais exagérer les faits. Au demeurant, la victime avait été soumise à une expertise de crédibilité, établie le 4 décembre 2000, qui relevait notamment qu'elle présentait un émoussement affectif et une inhibition intellectuelle caractéristiques des victimes d'actes d'ordre sexuel, qui cherchent ainsi à se protéger de la souffrance inhérente au réveil du traumatisme subi, qu'elle n'avait jamais varié dans ses déclarations, qui ne contenaient aucune exagération, et qui concluait que les déclarations de l'expertisée n'étaient "pas sujettes à caution". B.k Les faits décrits sous lettres B.c à B.f ci-dessus ont été considérés comme constitutifs d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, au sens de l'art. 187 ch. 1 CP, et ceux décrits sous lettre B.g comme constitutifs de pornographie, au sens de l'art. 197 ch. 1 CP. Au stade de la fixation de la peine, la cour cantonale a notamment tenu compte de la gravité des faits commis par l'accusé, de ses mobiles et de sa situation personnelle ainsi que de son absence d'antécédents judiciaires. A charge, elle a notamment relevé qu'il avait profité de l'innocence et de la confiance de la victime, qui était sa protégée et qui était en outre affectée par le décès prématuré de sa mère et la violence d'un père alcoolique, pour abuser d'elle. Dans le même sens, elle a également relevé qu'il avait systématiquement nié les faits et n'avait pas articulé le moindre regret, ajoutant que sa responsabilité était entière, qu'il ne bénéficiait d'aucune circonstance atténuante et que les actes commis devaient en outre être retenus en concours. A décharge, elle a toutefois tenu compte de l'absence d'antécédents de l'accusé et du fait que la victime avait finalement consenti aux actes qu'il avait commis sur elle. Elle a estimé que, compte tenu de ces éléments, une peine de 2 ½ ans de réclusion apparaissait adéquate.