Citation: 4P.159/2005 17.11.2005 E. B

B.a Le 2 juillet 2002, A.________ a actionné X.________ devant la juridiction des prud'hommes de Genève en paiement d'un montant total de 695'946 fr.85 plus intérêts à 5 % l'an dès le 1er février 2002. Elle a réclamé 590'854 fr.10 à titre de "réparation du dommage économique", 61'132 fr. comme indemnité pour licenciement abusif (6 mois de salaire), 20'000 fr. d'indemnité satisfactoire, 10'000 fr. à titre de "prime sur objectifs", 1'350 fr. pour des retenues sur salaire opérées indûment et 12'610 fr.75 pour indemniser des vacances non prises. La défenderesse a excipé d'une exception d'incompétence à raison du lieu; sur le fond, elle a conclu à libération. Elle a notamment prétendu que le congé litigieux n'était pas abusif, étant donné qu'il n'avait aucun lien avec les différends que la demanderesse avait pu avoir avec B.________. Le Tribunal des prud'hommes a procédé à de nombreuses auditions de témoins. Il a ainsi entendu les six médecins dont les doléances à l'égard de la demanderesse avaient été consignées par écrit sous la plume de C.________. Les praticiens en cause ont confirmé leurs déclarations, y apportant parfois quelques nuances; il a été retenu que pour deux d'entre eux les faits remontaient à plusieurs années (dix ans en ce qui concernait la Dresse J.________ et sept ou huit ans pour ce qui était du Dr H.________). Par jugement notifié le 11 mai 2004, le Tribunal des prud'hommes a rejeté l'exception d'incompétence ratione loci formée par la défenderesse et condamné celle-ci à payer à la demanderesse, en capital, 12'610 fr.75 brut à titre d'indemnité de vacances et de jours de congé non pris, 10'000 fr. brut à titre de prime sur objectifs pour l'année 2001, 61'132 fr. net au titre d'indemnité pour licenciement abusif, 344'960 fr.20 net comme indemnité pour atteinte aux droits de la personnalité de la travailleuse, 38'352 fr.20 net à titre de perte de gain pour la période du 1er février 2002 au 18 décembre 2003 et 1'350 fr. net en remboursement de frais de véhicule déduits à tort. B.b Saisie d'un appel de la défenderesse et d'un appel incident de la demanderesse, la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du canton de Genève, par arrêt du 6 mai 2005, a annulé le jugement précité et, statuant à nouveau, condamné la défenderesse à verser à la demanderesse 12'610 fr.75 brut au titre d'indemnité de vacances non prises et 380 fr. pour des retenues effectuées indûment sur le décompte final de celle-ci, le tout avec intérêts à 5 % l'an dès le 1er février 2002 et sous déduction des charges sociales usuelles. En substance, la cour cantonale a admis la compétence ratione loci des autorités judiciaires genevoises. Contrairement au Tribunal des prud'hommes, elle a retenu qu'il ne résultait pas de la procédure que la demanderesse ait été licenciée à la suite de la réclamation qu'elle avait adressée en 1998 à la direction de la défenderesse au sujet du comportement de B.________ à son égard. La Cour d'appel a également nié que le congé ait été "rapidement mis en oeuvre" par C.________, prétendument ami proche de B.________, avec le concours d'un collègue dont l'identité n'a pas été révélée. Elle en a déduit que le congé litigieux n'avait pas été donné abusivement. C'est au contraire à la suite des plaintes dont la demanderesse avait fait l'objet de la part de six médecins que cette dernière avait été congédiée, plaintes dont la défenderesse n'avait été véritablement informée qu'au mois d'avril 2001. Comme les conditions d'application de l'art. 328 CO n'étaient pas réalisées, la demanderesse n'avait pas droit à des dommages-intérêts de quelque nature qu'ils soient. La défenderesse n'étant pas responsable du fait que son ex-employée n'avait pas réalisé ses objectifs de l'année 2001, celle-ci ne saurait prétendre à une prime de reconnaissance. En revanche, la demanderesse avait droit à ce que son solde de vacances qu'elle n'avait pas pu prendre soit rémunéré, son décompte de vacances et le montant réclamé à ce titre n'ayant pas été contesté. Enfin, l'autorité cantonale a fixé les retenues opérées sans droit par la défenderesse sur le décompte final de la demanderesse.