Citation: 5A_162/2019 E. 6.3

6.3. L'on ignore en l'espèce précisément à quelle stade d'avancement se trouve la procédure pénale ouverte à l'encontre du recourant. Ainsi que le relève la cour cantonale, les déclarations de l'enfant au sujet des prétendus abus sexuels subis sont très précises, et les professionnels qui ont vu l'enfant - une pédopsychiatre et le SPJ notamment - ont relevé leur caractère spontané; ceux-ci ont également souligné la colère manifestée par la fillette, sa souffrance et son net refus de retourner en Thaïlande. Il s'agit néanmoins de relever que les circonstances entourant l'ouverture de la procédure pénale sont particulièrement déconcertantes: la mère a quitté une première fois la Thaïlande en 2016 pour la Suisse, faisant alors part au SPMi (Genève) des soupçons d'abus sexuels sur l'enfant prétendument commis par le père en Thaïlande; elle est néanmoins rentrée peu après dans ce pays, convenant d'une garde alternée avec le père et lui confiant ainsi l'enfant sans surveillance, plusieurs jours par semaine; le " manque de choix " allégué par l'intimée pour motiver son retour en Thaïlande et, finalement convenir d'une garde alternée avec son mari, paraît un argument plutôt inconsistant au regard de la gravité des soupçons nourris à son égard; l'intimée a ensuite ouvert action en divorce en Thaïlande, sans apparemment invoquer les soupçons d'abus sexuels à l'encontre du recourant, pour finalement ne pas mener cette procédure à son terme et quitter la Thaïlande pour la Suisse; lors de ce second déplacement, fin mai 2018, elle a introduit une action en divorce devant le Tribunal civil de La Côte, réclamant la garde de l'enfant; en juin 2018, elle a introduit un requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles en vue d'obtenir des contributions d'entretien pour elle et sa fille, sans invoquer l'existence d'abus sexuels; ce n'est qu'en août 2018, alors qu'elle avait été informée par l'OFJ fin juillet 2018 que son mari avait déposé une requête en vue du retour de C.________, que l'intimée a formé une requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles tendant à la suspension des relations personnelles entre l'enfant et le recourant en invoquant les prétendus attouchements sexuels de celui-ci et qu'elle s'est rendue à la police vaudoise afin de déposer plainte à ce sujet. L'on notera également que, dans son rapport d'investigation du 31 octobre 2018, la police cantonale vaudoise relevait que, vu la situation conflictuelle entre les époux, notamment quant à la garde de leur fille et de la procédure civile en cours, il était difficile de prendre position sur la survenue ou non des événements rapportés par l'enfant; enfin, alors que, devant l'instance cantonale, le curateur de C.________ déclarait s'opposer à son retour compte tenu des incertitudes liées à la procédure pénale - au dossier de laquelle il n'avait alors pas eu accès -, il a néanmoins déclaré, devant la Cour de céans, que sa pupille s'en remettait à justice à ce stade de la procédure. Ces derniers éléments ne permettent certes pas de retenir que les abus dont l'enfant aurait été victime ne sont pas avérés, singulièrement au regard des aspects préoccupants relevés par les professionnels ayant rencontré l'enfant. Il convient par ailleurs de souligner le caractère particulièrement délicats des soupçons qui pèsent sur le recourant: si ceux-ci sont confirmés à l'issue de la procédure pénale, il ne fait aucun doute qu'ils sont de nature à placer l'enfant dans une situation de danger physique et psychique intolérable et à exclure ainsi son placement auprès du parent requérant (art. 5 let. a LF-EEA). Il n'en demeure pas moins qu'avant de refuser le retour de l'enfant en se fondant sur cette perspective - retour dont il s'agit de préciser qu'il n'est pas ordonné dans un endroit précis du pays de provenance (arrêt 5A_936/2016 du 30 janvier 2017 consid. 6.3.2 et les références), ce qui n'oblige nullement une installation à proximité du domicile du recourant -, l'autorité cantonale se devait d'examiner si les conditions prévues par l'art. 5 let. b et c LF-EEA a contrario n'étaient pas remplies. Elle se devait ainsi de déterminer si l'intimée serait en mesure de prendre soin de l'enfant dans le pays requérant et que l'on pourrait l'exiger d'elle (let. b), voire d'examiner l'éventualité d'un placement auprès d'un tiers (let. c), ce qu'elle n'a nullement établi. L'on précisera par ailleurs que l'absence d'économies et la stabilisation de l'enfant en Suisse, éléments invoqués devant la Cour de céans par l'intimée, ne constituent pas des critères déterminants pour refuser d'exiger du parent ravisseur qu'il raccompagne l'enfant dans le pays de provenance au regard des critères établis par la jurisprudence rappelée ci-dessus (consid. 6.2.3 supra). Bien qu'elle l'affirme, la recourante ne démontre au demeurant aucunement qu'elle s'exposerait à la détention en Thaïlande pour enlèvement d'enfant; elle n'indique pas non plus avoir noué en Suisse des relations d'une solidité telle qu'elles permettraient d'exclure le retour dans le pays requérant.