Citation: 1P.3/2007 22.01.2007 E. 1

5.2 Un maintien en détention à raison d'un risque de fuite suppose que ce risque existe concrètement. Celui-ci ne peut être déduit uniquement de la gravité de l'infraction suspectée, même si, compte tenu de l'ensemble des circonstances, la perspective d'une importante peine privative de liberté permet souvent d'en présumer l'existence. Il doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères, tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses contacts à l'étranger et ses liens avec l'Etat qui le poursuit (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62 et les arrêts cités). Le fait que l'extradition du prévenu puisse être obtenue n'est pas déterminant (ATF 123 I 31 consid. 3d p. 36 s.). Lorsqu'elle admet l'existence d'un risque de fuite, l'autorité doit en outre examiner s'il ne peut être contenu par une mesure moins rigoureuse (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62; 123 I 268 consid. 2c p. 271; 108 Ia 64 consid. 3 p. 67; 102 Ia 379 consid. 2a p. 381/382 et les arrêts cités). 5.3 S'agissant du risque de fuite, la Chambre d'accusation a renvoyé à sa précédente décision du 5 septembre 2006. Elle avait relevé, à cette occasion, que le recourant, de nationalité portugaise, vivait en Suisse depuis l'âge de 22 ans; que sa mère et l'une de ses deux soeurs vivaient toujours au Portugal; qu'il était marié à une ressortissante portugaise et qu'ils étaient tous deux au bénéfice d'un permis C; qu'ils avaient un enfant d'une année environ; que le recourant était engagé depuis deux ans par une entreprise de construction, pour un salaire brut de 5'500 fr. par mois, mais qu'il avait été licencié suite à l'ouverture de la présente procédure pénale; que le recourant et son épouse avaient déposé des arrhes d'un montant de 15'000 euros dans le cadre d'une promesse de vente d'une maison au Portugal et qu'ils souhaitaient que cette transaction se fasse au plus vite par crainte de perdre cette avance; que le recourant s'était rendu à plusieurs reprises au Portugal en 2005 et en 2006; et enfin, qu'il avait déclaré avoir déjà commandé des meubles pour la maison. La Chambre d'accusation en a conclu que, malgré ses attaches en Suisse, le recourant avait démontré par ses démarches en vue d'acheter une maison au Portugal, qu'il avait gardé des liens étroits avec son pays d'origine. Son épouse était par ailleurs également d'origine portugaise et leur enfant était encore loin de commencer sa scolarisation en Suisse. Le recourant avait au surplus gardé des contacts avec plusieurs connaissances, voire amis d'enfance au Portugal, qui lui avaient permis d'écouler le butin. Elle a également souligné que le recourant avait une certaine expérience s'agissant de passer les frontières au moment favorable. L'arrêt querellé relève que les circonstances ne se sont pas modifiées depuis le prononcé de la décision du 5 septembre 2006, de sorte que les considérations relatives au risque de fuite pouvaient être reprises dans leur intégralité. 5.4 En l'espèce, si l'arrêt attaqué renvoie à une décision précédente, il contient néanmoins également des indications quant au risque de fuite: la Chambre d'accusation mentionne les liens étroits du recourant avec son pays d'origine en faisant référence à ses relations avec ses compatriotes ainsi qu'à ses démarches en vue de devenir propriétaire d'une maison au Portugal. Elle mentionne également l'expérience du recourant dans le passage des frontières. Ces indications sont suffisantes pour comprendre pourquoi le risque de fuite était pris en considération. Elles permettaient au recourant de recourir en connaissance de cause. Cela étant, la Chambre d'accusation pouvait retenir que les considérations émises dans sa précédente décision avaient conservé leur pertinence. Les exigences minimales de motivation sont par conséquent satisfaites. 5.5 Les attaches du recourant avec le Portugal ne sont pas "vagues" comme il le soutient. En effet, le recourant et sa femme sont de nationalité portugaise. Sa mère et l'une de ses soeurs vivent au Portugal. Le recourant a également entrepris des démarches pour acquérir une propriété dans ce pays. Il y a en outre conservé des liens avec des amis, qui lui ont précisément permis d'écouler la marchandise volée. Le recourant a certes des liens avec la Suisse, puisqu'il y est domicilié depuis quelques années et qu'il y est marié et père d'un enfant. Les autorités cantonales ont toutefois observé à juste titre que son enfant était encore loin de commencer sa scolarité obligatoire et que le prévenu avait lui-même déclaré qu'il ne voyait pas comment il pourrait retrouver du travail. 5.6 Dans ces conditions, les autorités cantonales pouvaient retenir l'existence d'un risque de fuite. Il convient toutefois d'examiner si ce risque peut être paré par des mesures moins restrictives que la détention. L'autorité cantonale ne s'est pas prononcée sur cette question, considérant que la détention préventive était de toute façon justifiée par le risque de collusion. Vu l'issue de la cause sur ce dernier point, il y a donc lieu d'annuler l'arrêt attaqué et de renvoyer la cause à l'autorité cantonale afin qu'elle examine si le risque de fuite peut être paré par des mesures moins restrictives que la détention préventive.