Citation: 8C_473/2020 E. A

A.a. A.________, né en 1952, travaillait au service de la Brasserie B.________. A ce titre, il était assuré contre le risque d'accidents par Panorama Assurances, laquelle a été reprise par Swica Assurances SA (ci-après: Swica) au 1 er janvier 1996. Le 15 mars 1992, vers 15h50, au volant de sa voiture, l'assuré a quitté la chaussée Jura de l'autoroute N9 à la jonction Lausanne-Blécherette. Au terme de la voie de sortie, l'assuré obliqua à gauche sur la route du Châtelard et perdit la maîtrise de sa voiture qui dévia sur la droite, heurta le trottoir puis arracha la barrière du pont enjambant l'autoroute et chuta, d'une hauteur d'environ six mètres, sur la bande d'arrêt d'urgence et la bordure herbeuse de la chaussée montagne de l'autoroute qu'il venait de quitter. L'assuré et le passager avant, tous deux légèrement blessés, ont pu sortir de l'habitacle avec l'aide des secours. Le frère de l'assuré, qui avait pris place à l'arrière du véhicule, est décédé peu après à l'hôpital où il avait été transporté. L'assuré a été hospitalisé jusqu'au 23 mars 1992 à l'Hôpital orthopédique de l'Hôpital C.________ en raison d'une fracture du mur antérieur D12-L1 et d'une fracture-arrachement du bord postérieur de la glène de l'épaule gauche, puis a bénéficié d'un corset plâtré pendant trois mois. Panorama Assurances a pris en charge le traitement médical et a alloué des indemnités journalières qu'elle a toutefois réduites de 20 % (décision du 10 juin 1992, confirmée sur opposition le 23 avril 1993). L'assuré a été hospitalisé en urgence à l'Hôpital D.________ du 27 juin au 25 septembre 1992. Les médecins du Département universitaire de psychiatrie adulte (DUPA) de l'Hôpital D.________ ont constaté, le 28 juillet 1992, qu'à la suite de l'accident, l'assuré avait développé un état anxieux et dépressif caractérisé par un retrait social massif, un état régressif et des idées de culpabilité. L'assuré n'arrivait pas à métaboliser le décès de son frère, envers lequel il avait progressivement développé un deuil pathologique. Dans un rapport d'expertise du 26 avril 1993, le docteur E.________, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, a retenu le diagnostic de décompensation dépressive grave chez une structure psychotique et un pronostic "catastrophique", précisant que la probabilité que l'assuré reprenne un jour un travail était pratiquement nulle. L'état de santé de l'assuré justifiait toutefois selon lui une invalidité de 100 %. Par décision du 4 mai 1993, confirmée sur opposition le 12 juillet 1993, Panorama Assurances a mis fin à ses prestations (traitement médical et indemnités journalières) avec effet au 1 er avril 1993. L'assuré ayant contesté cette décision ainsi que celle du 23 avril 1993 devant le Tribunal cantonal des assurances du canton de Vaud, ce dernier a admis son recours et a annulé les décisions de réduction et de suppression des prestations (jugement du 2 février 1995). A.b. Par décision du 10 janvier 1996, Swica a alloué à l'assuré une rente complémentaire LAA d'invalidité de 100 % avec effet rétroactif au 1 er avril 1993. En mai 1996, Swica a demandé aux médecins du DUPA de réaliser une expertise médicale finale sur la personne de l'assuré. Dans leur expertise du 26 juillet 1996, les docteurs F.________ et G.________, respectivement médecin-chef et chef de clinique, ont diagnostiqué un état dépressif mélancolique dans le cadre d'un état de stress post-traumatique, lequel avait probablement été partiellement négligé à son début en raison de considérations vitales sur le plan physique. Au vu de l'évolution dramatique et défavorable, le pronostic paraissait particulièrement sombre; les médecins ont retenu une incapacité de travail totale à court, moyen et long terme. Le 26 août 2004, Swica a sollicité une nouvelle expertise du Centre multidisciplinaire de la douleur (CMD). Dans son rapport d'expertise du 1 er décembre 2004, le docteur H.________, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, a posé le diagnostic de trouble dissociatif mixte rappelant le "syndrome de Ganser". Il a répondu par la négative à la question de l'assureur de savoir si l'on pouvait attendre une amélioration notable de l'état de santé de l'assuré, précisant que celui-ci était chronicisé et stabilisé. Il a en outre conclu à une incapacité de travail totale et durable. A.c. Le 6 avril 2017, Swica a informé l'assuré que dès lors qu'il atteindrait l'âge de la retraite en novembre de cette année-là, elle devait vérifier si les conditions pour procéder à une adaptation de la rente d'invalidité étaient remplies. Elle a recueilli l'avis du docteur G.________, psychiatre traitant de l'assuré (cf. rapport du 4 octobre 2018) et a confié une expertise au docteur I.________, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie. Dans son rapport du 28 février 2019, ce médecin a posé le diagnostic de trouble dépressif, moyen à sévère (deuil pathologique). L'incapacité de travail de l'assuré restait entière mais elle n'était plus en relation de causalité naturelle avec l'accident. Se fondant sur cette dernière expertise, Swica a supprimé la rente d'invalidité à compter du 1 er juin 2019, par décision du 15 mai 2019, confirmée sur opposition le 20 septembre 2019.