Citation: 5A_741/2021 E. 5.2

5.2. En l'espèce, il n'est pas contesté que le demandeur a appris la naissance de l'enfant immédiatement, en 2012. Au moment du dépôt de la requête d'assistance judiciaire, le 23 mai 2018, respectivement de l'action en désaveu, le 20 juin 2018, le délai absolu de cinq ans était par conséquent expiré. Il ressort toutefois des faits constatés - dont la recourante n'a pas démontré qu'ils auraient été arbitrairement établis (cf. supra consid. 3) - que l'intéressé n'a jamais douté de sa paternité sur sa fille avant les révélations d'une amie, en janvier 2018. Une analyse ADN effectuée le mois suivant est venue confirmer ses soupçons. Jusqu'à l'obtention des résultats de ce test, le 27 février 2018, il n'avait aucune raison suffisante de douter de sa paternité, ce qui constitue un juste motif de restitution du délai (cf. supra consid. 5.1). Le demandeur dont le retard est excusable selon l'art. 256c al. 3 CC ne bénéficie cependant pas d'un nouveau délai d'une durée déterminée (arrêt 5A_298/2009 du 31 août 2009 consid. 4.2; HEGNAUER, op. cit., loc. cit.; GUILLOD, in Commentaire romand, Code civil I, 2010, n° 10 ad art. 256c CC; BURGAT/GUILLOD, Les actions tendant à la destruction du lien de filiation, spécialement l'action en désaveu de paternité, in Quelques actions en annulation, Neuchâtel 2007, n° 110 p. 35). Dès que la cause du retard a pris fin, il doit agir avec "toute la célérité possible" (cf. supra consid. 5.1). En l'occurrence, le demandeur a reçu les résultats du test ADN confirmant ses soupçons - lesquels n'auraient pas suffi pour motiver une demande en justice - le 27 février 2018. Il a certes attendu le 23 mai suivant pour déposer une requête d'assistance judiciaire et le 20 juin 2018 pour ouvrir action. A cet égard, l'autorité précédente a d'une part estimé, en se fondant sur la jurisprudence, que le fait d'entreprendre des démarches préliminaires auprès de l'autorité judiciaire était suffisant, ce que la recourante ne conteste plus à ce stade. D'autre part, et surtout, elle a considéré que la dépression subie par le demandeur dès le mois de janvier 2018 constituait une "circonstance exceptionnelle" de nature à justifier le retard à agir, la jurisprudence qualifiant ainsi, notamment, la maladie, sans qu'il y ait lieu de distinguer, à cet égard, entre maladie physique ou psychique. Or, la recourante, comme exposé plus haut, n'a pas démontré que les constatations de la cour cantonale portant sur l'état psychologique du mari dès le mois de janvier 2018 seraient insoutenables (cf. supra consid. 4). Sur la base de ces faits, qui lient le Tribunal fédéral, il y a lieu de considérer que l'autorité précédente n'a pas abusé de son pouvoir d'appréciation en jugeant que l'intéressé avait procédé à temps, étant en particulier admis que des obstacles psychologiques à la formation de la décision d'agir en justice peuvent constituer une raison subjective rendant le retard excusable (cf. arrêts 5A_921/2017 du 16 juillet 2018 consid. 3.1; 5A_240/2011 du 6 juillet 2011 consid. 6.2.1, in FraPra.ch 2011 p.1006; MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 6e éd. 2019, note de bas de page 192 ad n° 94; GUILLOD, op. cit., n° 8 ad art. 256c CC). Les circonstances suffisant à fonder un juste motif, l'intérêt de l'enfant, qui ne doit pas être compris comme une condition supplémentaire qui serait mise à l'admission d'une restitution de délai (ATF 136 III 593 consid. 6.2), n'a pas à intervenir comme élément d'appréciation. Dans la mesure où elles visent la pesée des intérêts en présence effectuée, par surabondance, dans l'arrêt entrepris, les critiques de la recourante n'ont dès lors pas besoin d'être examinées.