Citation: 4A_60/2022 E. 5.3.3

5.3.3. Pour les premiers juges, suivis par la Cour d'appel, l'avertissement qu'appelaient les ordres inhabituels aurait sans "aucun doute" conduit "les défendeurs" à agir autrement, soit en cessant de passer des ordres, soit en donnant des ordres de vente immédiate, soit encore en régularisant leur couverture. C.________, né en 1934, n'avait aucune connaissance du fonctionnement des marchés financiers et effectuait des opérations boursières uniquement via H.________, selon ce qui ressort du premier jugement. La demanderesse déplore que ce dernier point n'ait pas été pris en compte: d'après elle, les connaissances dont jouissait cette personne dispensaient de la mettre en garde, respectivement ne l'auraient pas dissuadée de se livrer aux spéculations dont elle était coutumière. La Cour civile s'est effectivement contentée d'évaluer le comportement hypothétique des "défendeurs". Cela tient au fait qu'elle a retenu un dysfonctionnement du système informatique et le caractère involontaire des ordres donnés, quel que fût leur auteur. Cela étant, comme cela sera démontré ci-dessous, l'on aboutit au même résultat si l'on se cantonne à la thèse des ordres inhabituels, pas nécessairement provoqués par une anomalie technique. Confronté à un ordre inhabituel, le "prestataire habilité" doit s'enquérir des objectifs de l'opération envisagée. En fonction des précisions données par le client, il "lui communique les informations utiles à la compréhension de l'opération envisagée et des risques qu'elle comporte" (art. 3-3-7 du Règlement général CMF [cité dans le rapport ISDC, p. 51], auquel renvoie le jgt de Ire instance, p. 86). L'arrêt attaqué enseigne tout au plus que H.________ n'était pas un professionnel et agissait gratuitement. La demanderesse rappelle qu'il s'est présenté comme un "spécialiste en analyse technique des produits sur les marchés financiers" lors de son audition et que, d'après les explications qu'ils ont données aux experts, B.________ l'a trouvé "très futé en la matière", tandis que C.________ lui a prêté "de[s] connaissances très approfondies en matière de bourse". Les deux hommes s'étaient connus dans le cadre d'une conférence donnée par H.________ sur la numérologie et les relations humaines; ce dernier avait fait "grande impression" sur lui. Ces éléments mis en exergue par la demanderesse (sans dénoncer une lacune dans l'état de fait) ne lui sont de toute façon d'aucun secours: d'une part, l'on n'est guère plus avancé sur les compétences réelles de l'intéressé et son expérience effective en matière boursière; d'autre part, il agissait pour le compte de C.________, dont le profil, jusqu'ici (même s'il résultait des actions entreprises par H.________), ne montrait pas un comportement spéculatif ni un jeu avec des effets de levier élevés - du moins pas à ce qu'en a constaté l'arrêt attaqué. Il ressort par ailleurs des propos tenus par H.________ que ses agissements étaient involontaires. Vu le peu d'informations disponibles, il reste permis de pronostiquer sans arbitraire qu'une mise en garde ad hoc, rendue nécessaire par le comportement inhabituel adopté le 13 septembre 2002, en particulier par le haut niveau de levier utilisé, aurait modifié le comportement de H.________ (agissant pour C.________) et aurait ainsi permis d'infléchir le cours des événements. L'arbitraire ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution serait concevable, voire préférable.