Citation: 1C_377/2017 E. 2.1.2

2.1.2. La procédure administrative fédérale est régie par le principe de la libre appréciation des preuves (art. 40 de la loi fédérale de procédure civile fédérale du 4 décembre 1947 [PCF; RS 273], applicable par renvoi de l'art. 19 PA). En principe, une preuve est réputée apportée si le juge est convaincu de la véracité des faits allégués d'un point objectif (ATF 140 III 610 consid. 4.1 p. 612). Dans certaines situations, il n'est cependant pas possible - en raison de la nature même de l'affaire - d'apporter une preuve stricte d'un fait: tel est le cas d'un fait psychique, relevant du for intérieur de l'individu. Dans de tels cas de figure, une preuve est réputée apportée lorsque les motifs plaidant en faveur de la véracité des faits allégués sont à ce point déterminants, sous l'angle objectif, que toute autre éventualité envisageable n'entre raisonnablement pas en ligne de compte (règle de la vraisemblance prépondérante: ATF 140 III 610 consid. 4.1 p. 612). Pour parer à ces difficultés d'apport de preuve, la jurisprudence admet dans certaines circonstances que l'autorité puisse se fonder sur une présomption. C'est notamment le cas pour établir que le conjoint naturalisé a menti lorsqu'il a déclaré former une union stable: un enchaînement rapide des événements entre la déclaration de vie commune et la séparation des époux fonde la présomption de fait que la naturalisation a été obtenue frauduleusement (ATF 135 II 161 consid. 3 p. 166). Par enchaînement rapide des événements, la jurisprudence entend une période de plusieurs mois, voire d'une année, mais ne dépassant pas deux ans (à titre d'exemples: arrêt 1C_472/2011 [19 mois]; arrêt 1C_158/2011 [20 mois]; arrêt 1C_172/2012 [22 mois]). Enfin, lorsque la décision intervient, comme en l'espèce, au détriment de l'administré, l'administration supporte le fardeau de la preuve (Benoît Bovay, Procédure administrative, 2ème édition 2015, p. 229 s.; Häfelin/Müller/Uhlmann, Allgemeines Verwaltungsrecht, 7 ème édition 2016, n. 988). En d'autres termes, à défaut de démontrer, au niveau de la vraisemblance prépondérante, la présence de déclarations mensongères ou la dissimulation de faits essentiels par l'administré lors de la procédure de naturalisation facilitée, l'administration ne peut pas annuler une telle naturalisation.