Citation: 7B_614/2024 E. 3.5

3.5. En l'espèce, durant toute la procédure, le recourant n'a effectivement jamais eu l'occasion de suivre l'audition de l'intimée, directement ou indirectement. Il n'a ainsi pu percevoir ni les termes précis employés par cette dernière, ni ses réactions, l'expression de son visage ou encore son langage corporel. Il n'a pas non plus pu lui poser de questions directes. Il s'agit là de restrictions d'une grande importance (cf. ATF 125 I 127 consid. 8d). Toutefois, des certificats médicaux - établis par le médecin-psychiatre et la psychologue de l'intimée les 12 et 25 janvier, le 20 avril et le 9 octobre 2023 - ont été produits dans le cadre de la procédure. Il en ressort en substance que l'intimée n'est pas en état de comparaître à une audience de confrontation, ni d'être entendue, car il lui est impossible d'être confrontée à l'auteur des violences sexuelles dénoncées; il en résulte également que l'intimée avait fait une tentative de suicide au mois de juin 2023 et présentait des signes de désorganisation au niveau cognitif et émotionnel dès qu'il était question de la procédure pénale. En outre, selon le certificat établi le 9 octobre 2023, l'intimée n'était toujours pas en état de se présenter à une nouvelle audience appointée le 10 octobre 2023 en la présence, même symbolique, du recourant. Avec la cour cantonale, on comprend de ces éléments qu'une confrontation, même indirecte, n'est pas possible pour l'intimée dans la mesure où ces certificats relèvent également qu'il existe un risque important de décompensation psychique, ainsi qu'un risque considérable de récidive suicidaire pour l'intimée. À ces éléments s'ajoutent que les abus sexuels auxquels l'intimée prétend avoir été confrontée sont graves, en particulier au vu de son jeune âge au moment où ils auraient été perpétrés. L'atteinte portée aux droits du recourant est par ailleurs atténuée par la possibilité pour son avocat d'être présent à l'audition de l'intimée et de poser des questions immédiatement et directement à cette dernière. En outre, le recourant aura la possibilité de poser des questions complémentaires par écrit à la suite de l'audition s'il le souhaite; il n'explique du reste pas en quoi il lui serait indispensable de pouvoir être confronté personnellement à la victime et de percevoir son visage, ses réactions ou son langage corporel. Pour le surplus, les certificats établis par les médecins de l'intimée permettent d'écarter l'utilisation d'une salle LAVI ou d'une retransmission audiovisuelle dès lors qu'il en découlerait précisément une présence symbolique du recourant, inenvisageable en l'espèce. Le recourant n'explique par ailleurs pas en quoi la valeur probante de ces certificats devrait être relativisée et se limite à présenter une interprétation de leur contenu différente de celle retenue par la cour cantonale. S'agissant de l'arrêt 6B_324/2011 du 26 octobre 2011 invoqué par le recourant et admettant une confrontation indirecte d'une partie plaignante à un prévenu dans un cas d'abus sexuels, il n'est pas pertinent en l'espèce. En effet, dans cet arrêt, les faits reprochés au prévenu - à savoir des attouchements sur les fesses et les lèvres lors d'une séance de thérapie - n'ont pas été considérés comme assez graves pour exclure une confrontation entre les parties, et la partie plaignante n'avait pas fait valoir que la présence du prévenu dans une pièce séparée lui était insurmontable. On ne saurait dès lors appliquer à la présente affaire le raisonnement suivi dans l'arrêt précité. Au vu des éléments développés ci-dessus et des circonstances très particulières du cas d'espèce, il n'apparaît pas que le refus de confrontation, même indirecte, ordonné par le Ministère public soit disproportionné. Il se justifie ainsi de limiter partiellement les droits de participation du recourant en suspendant son droit de prendre part personnellement à l'audition de l'intimée. L'autorité précédente n'a dès lors pas violé les dispositions invoquées par le recourant en confirmant l'ordonnance rendue le 23 février 2024 par le Ministère public.