Citation: 5A_105/2023 E. 4.3

4.3. En l'espèce, la Chambre de surveillance a retenu qu'il ressortait de l'instruction du dossier, notamment de l'expertise rendue et de l'audition des expertes, que la recourante était affectée d'un trouble schizoaffectif de type dépressif, que les expertes avaient qualifié de grave, pour lequel elle devait bénéficier d'un suivi thérapeutique et prendre un traitement psychotrope, avec neuroleptique et stabilisateur de l'humeur, et ce de manière durable. Selon les expertes, son trouble psychique, dont elle était en partie anosognosique, ne lui permettait pas d'avoir une stabilité psychoaffective suffisante pour offrir à son enfant un environnement psychosocial et psychoaffectif suffisamment stable. Si elle pouvait se montrer adéquate à certains moments, tel n'était pas le cas lorsqu'elle était sous l'emprise de ses propres angoisses. Les expertes avaient clairement indiqué que l'état de santé de la recourante rendait impossible que la garde de sa fille lui soit confiée pour l'instant. Certes, la recourante prenait dorénavant régulièrement son traitement psychotrope, comme il résultait de l'attestation du CAPPI du 8 novembre 2021. Il ressortait toutefois également de cette attestation que son suivi psychiatrique- psychothérapeutique intégré poursuivait encore l'établissement d'une alliance thérapeutique, de sorte que son état de santé psychique demeurait extrêmement fragile et n'était pas stabilisé. Les expertes avaient indiqué que l'état de santé de la recourante, compte tenu de sa pathologie, pouvait connaître des phases de décompensation, de sorte que tous les intervenants devaient être attentifs à son état et son comportement lors du droit de visite sur sa fille, lequel ne pouvait se dérouler sans la présence d'un tiers. La psychologue du Centre périnatal avait certes relevé dans son attestation d'avril 2022, qu'après une péjoration de l'état émotionnel et psychique de la mère en mars 2021, qui s'était répercutée sur les relations avec sa fille, une bonne relation mère/enfant avait pu être réinstaurée depuis octobre 2021, la recourante étant pleinement disponible pour l'enfant, lui proposant des jeux et lui offrant un espace bienveillant pour exprimer ses émotions. Ceci n'était toutefois pas encore suffisant pour considérer que la recourante était en capacité d'assumer la garde de sa fille. Le fait qu'elle dispose dorénavant d'un logement stable et adéquat était un élément positif pour l'avenir, mais n'était également pas déterminant en l'état pour lever la mesure de placement. La recourante n'ayant ainsi pas amené d'éléments permettant de remettre en cause la position des expertes, il n'y avait pas lieu de s'écarter du résultat de l'expertise. C'était donc à raison que le Tribunal de protection avait, suivant les conclusions de celle-ci, retiré à la recourante le droit de garde et de déterminer le lieu de résidence de l'enfant et ordonné son placement. L'état de santé physique et psychique de la mineure était en effet menacé, en l'état, si elle devait être placée sous la garde de sa mère, de sorte que les conclusions de cette dernière visant à ce que la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence de sa fille lui soient restitués, respectivement attribués, devaient être rejetées. S'agissant de la question du placement de l'enfant en famille d'accueil, la Chambre de surveillance a relevé qu'elle avait été placée en foyer alors qu'elle avait trois mois, suite à l'hospitalisation de sa mère en psychiatrie, et y avait vécu depuis lors, sans discontinuité. L'ensemble des intervenants qui l'entouraient, ainsi que les expertes, considéraient qu'elle avait dorénavant besoin d'un lieu de vie stable ainsi que d'une attention particulière, afin de se développer convenablement et de bénéficier de liens d'attachement sécurisants. La pathologie dont souffrait la recourante ne permettait pas de considérer, au vu du dossier, qu'elle serait à même, dans un avenir proche, d'assumer la prise en charge quotidienne de son enfant. La mineure ne pouvait demeurer en foyer, comme le souhaitait la recourante, dès lors que ce lieu de vie ne pouvait être que temporaire, compte tenu de son âge, et n'assurait pas à la mineure la stabilité et l'affection d'une famille. Le placement en famille d'accueil était d'autant plus nécessaire que l'enfant présentait d'ores et déjà un trouble de l'attachement, qui risquait de s'accentuer si elle devait demeurer placée en collectivité. Le père de l'enfant avait fait des efforts afin de trouver un logement mais il n'en demeurait pas moins qu'il n'était pas en mesure, à brève échéance, de prendre en charge sa fille, ce qu'il ne réclamait au demeurant pas. Quant à la mère, son état psychique nécessitait une prise en charge à long terme et une stabilisation de son état sur une longue durée, avant qu'elle ne soit capable d'assurer à la mineure un lieu de vie stable et rassurant et de répondre de manière adéquate à ses besoins. Les expertes avaient par ailleurs indiqué que le placement en famille d'accueil permettrait à l'enfant, qui se trouverait moins dans l'insécurité, de mieux investir le lien avec ses parents biologiques.