Citation: 2C_100/2020 E. 5.4

5.4. Du point de vue de l'intérêt privé, il est établi que la recourante est arrivée en 1983 en Suisse, à l'âge de 3 ans. Elle a toutefois passé plus d'un tiers de la durée de ce long séjour en détention et ne peut, à teneur de l'arrêt entrepris, se prévaloir d'aucune forme d'intégration professionnelle ou sociale réussie. Dans la mesure où elle n'indique pas qu'il existerait un quelconque lien de dépendance particulier avec les autres membres de sa famille résidant en Suisse (cf. ATF 144 II 1 consid. 6.1 p. 12 et les arrêts cités), son intérêt à y demeurer réside donc uniquement dans les relations qu'elle entretient avec son fils. A cet égard, les juges précédents ont considéré que l'intéressée ne pouvait se prévaloir d'une relation étroite et effective avec son enfant, dans la mesure où ils n'avaient fait ménage commun que durant moins de deux ans, et qu'elle ne l'avait vu, depuis lors, que dans le cadre de visites et de congés octroyés durant l'exécution de sa peine. Le raisonnement de la Cour de justice n'est pas convainquant. En effet, l'ATF 131 II 265, sur lequel repose son argumentation, a trait à la protection, sous l'angle de l'art. 8 CEDH, de la relation entre deux conjoints ayant contracté mariage alors que l'un deux se trouvait en détention et qui n'avaient, de ce fait, jamais fait ménage commun. Or, comme l'autorité précédente le souligne elle-même, la recourante a, depuis la naissance de son fils et ce jusqu'à sa détention, fait ménage commun avec ce dernier. Il n'est par ailleurs pas contesté que l'intéressée, en dépit de son incarcération, a maintenu un contact téléphonique quotidien avec son fils, et qu'elle n'a eu cesse d'investir temps et énergie par rapport aux occupations et contacts extérieurs de celui-ci. Dans ces circonstances, il convient de retenir que la relation nouée entre mère et fils, quand bien même la première n'a pas la garde du second, est suffisamment étroite et effective pour être protégée par l'art. 8 CEDH. Cette relation ne suffit toutefois pas, à elle seule, à justifier à renoncer à la révocation de son autorisation d'établissement pour permettre à la recourante de demeurer en Suisse auprès de son enfant. En effet, lorsque le parent étranger ne dispose pas du droit de garde sur son enfant habilité à résider en Suisse, il suffit en règle générale, sous l'angle de l'art. 8 par. 2 CEDH, que le parent vivant à l'étranger exerce son droit de visite dans le cadre de séjours brefs ou par le biais de moyens de communication modernes, un droit plus étendu ne pouvant exister qu'en présence notamment d'un comportement irréprochable dudit parent (cf. ATF 144 I 91 consid. 5.2 p. 97 ss et les arrêts cités), élément faisant manifestement défaut dans le cas d'espèce. Certes, dans la situation particulière d'un enfant de nationalité suisse faisant l'objet d'une mesure de placement, il s'agit, lors de la pesée des intérêts de l'art. 8 par. 2 CEDH, de prendre des décisions qui ne ferment pas définitivement la porte au but ultime qui consiste à unir à nouveau le parent naturel et l'enfant, en particulier en Suisse (cf. arrêts 2C_1009/2018 du 30 janvier 2019 consid. 3.5; 2C_972/2011 du 8 mai 2012 consid. 4.2). Partant, seule une atteinte d'une certaine gravité à l'ordre et à la sécurité publics du parent prétendant à une autorisation de séjour peut l'emporter sur le droit de l'enfant suisse faisant l'objet d'une mesure de placement de pouvoir un jour vivre à nouveau avec son parent naturel en Suisse (ibid.). En l'occurrence, comme souligné précédemment, force est de constater que, de par l'exceptionnelle gravité du crime commis par la recourante, le critère de la gravité de l'atteinte à l'ordre public est de toute évidence donné (cf. supra consid. 5.2), si bien que la protection de l'ordre public suisse l'emporte sur le droit de la recourante de voir son fils grandir avec elle en Suisse. Par ailleurs, sans nier la sincérité des sentiments que l'intéressée manifeste à l'égard de son fils, on doit relever que, ni la naissance de celui-ci, ni son rôle de mère, ne l'ont empêchée d'assassiner une jeune femme et son enfant à naître. Quant à l'intérêt du fils de la recourante à grandir auprès de sa mère, au sens de l'art. 3 CDE, il convient de relever que celui-ci a été élevé jusqu'à présent essentiellement sans celle-ci, puisqu'il avait moins de deux ans lors de l'incarcération de sa mère, et a été pris en charge par sa grand-mère maternelle, chez qui il a été placé. Rien n'indique dans l'arrêt entrepris que cette situation lui serait préjudiciable; au contraire même, puisqu'il résulte des constatations cantonales que l'enfant se développe bien compte tenu des circonstances (art. 105 al. 1 LTF). On ne peut donc affirmer que la présence de sa mère en Suisse est indispensable, quoi qu'en dise l'intéressée. Par ailleurs, s'il devait néanmoins être considéré que l'intérêt de l'enfant est mieux préservé en maintenant une relation avec sa mère, il serait à noter que le refus de l'autorisation sollicitée n'empêchera pas des visites de l'enfant à celle-ci au Pérou, ni les contacts par les moyens de communication modernes.