Citation: 1C_607/2022 E. 3.4

3.4. La recourante reconnaît que la stérilité de son ex-époux ainsi que sa forte dépendance à l'alcool (préexistante à la conclusion du mariage) étaient déjà connues en 2019, au moment de la signature de la déclaration commune. Pour expliquer une soudaine dégradation du lien conjugal dix mois seulement après l'octroi de la naturalisation, la recourante se contente d'abord de mentionner qu'au printemps 2020 alors que la pandémie de COVID-19 avait commencé à frapper, elle s'était retrouvée isolée au Maroc et qu'elle ne s'était pas sentie soutenue par son mari à cette époque-là. Nonobstant le fait que cet élément ne permet pas d'établir qu'en août 2019, au moment de la signature de la déclaration commune, l'harmonie existait toujours au sein du couple au point d'envisager la continuation de leur vie maritale pour une période durable, la recourante ne répond pas à l'argumentation convaincante du Tribunal administratif fédéral qui a expliqué pour quelle raison le manque d'engagement de son ex-mari pour la faire rapatrier du Maroc au printemps 2020 ne pouvait avoir un caractère extraordinaire susceptible d'expliquer la dégradation rapide des liens conjugaux: ce n'était pas en raison de la prétendue inaction de son ex-mari qu'elle n'avait pas pu rentrer rapidement en Suisse, mais à cause d'une erreur de sa part, ayant indiqué une mauvaise adresse e-mail sur la liste de rapatriement du DFAE; s'ajoutait à cela que la recourante n'avait pas réintégré le domicile conjugal à son retour du Maroc le 16 juillet 2020, allant jusqu'à omettre d'informer son ex-époux de sa présence en Suisse et ne le contactant que le 31 juillet 2020 pour lui annoncer leur séparation officielle; de plus, la recourante exposait avoir immédiatement après le 31 juillet 2020 entretenu une relation sentimentale avec son nouveau compagnon, avec lequel elle avait conçu un enfant moins de trois mois plus tard. Le Tribunal administratif fédéral pouvait donc, sans violer l'art. 36 al. 1 LN, considérer que le manque d'engagement de l'ex-mari pour faire rapatrier la recourante du Maroc au printemps 2020 ne saurait constituer un événement extraordinaire susceptible d'expliquer une détérioration rapide du lien conjugal. La recourante prétend aussi que le refus de son ex-époux d'entamer un processus de procréation médicalement assistée malgré un accord préalable (impliquant l'abandon du projet d'avoir un enfant) serait un événement extraordinaire ayant conduit à la séparation. Il ressort cependant des déclarations de l'ex-époux qu'il avait annulé le rendez-vous dans un centre de procréation médicalement assistée à la suite d'une dispute car "pour un tel rendez-vous, le couple doit s'y présenter dans une parfaite harmonie, ce qui n'était pas le cas ce jour-là". L'instance précédente a démontré à cet égard de manière pertinente que cet élément apparaissait davantage comme un motif supplémentaire qui venait s'ajouter aux nombreuses tensions du couple que comme une raison expliquant la fin subite de la vie d'un couple marié depuis de nombreuses années, sauf à considérer que leur union n'était pas stable. La recourante a en effet souligné à plusieurs reprises avoir toléré la consommation excessive d'alcool de son ex-époux durant leur mariage, indiquant par-là avoir difficilement vécu la situation. Elle ne conteste d'ailleurs pas que le couple a peu communiqué lorsqu'elle s'est retrouvée bloquée au Maroc malgré une dispute non résolue survenue la veille de son départ, voire s'est séparé au printemps 2020 sans tentative de conciliation. On constate dès lors, avec le Tribunal administratif fédéral, que les problèmes conjugaux étaient antérieurs à la signature de la déclaration de vie commune et que la recourante ne pouvait pas en ignorer l'ampleur.