Citation: 6B_886/2018 E. 1

Cette disposition suppose en premier lieu l'existence d'un préjudice causé au créancier, à savoir une diminution du produit de l'exécution forcée ou de la part du créancier à ce produit ou une aggravation de sa position dans la procédure d'exécution forcée (ATF 135 III 276 consid. 6.1.2 p. 280 s.; ATF 101 III 92 consid. 4a p. 94; arrêt 5A_378/2016 du 22 mars 2017 consid. 3.3.2). En principe, il n'y a pas un pareil préjudice lorsque l'acte attaqué consiste en l'échange d'une prestation du débiteur et d'une contre-prestation de même valeur du cocontractant. Ainsi, il y a échange de prestations équivalentes lorsque des crédits sont accordés moyennant la constitution d'un gage ou la cession de biens, mais non lorsque le prêt accordé initialement sans sûretés est garanti ultérieurement par la constitution d'un gage ou la cession de créances; il y a aussi échange de prestations de même valeur lorsque le prix obtenu par le débiteur correspond à la valeur de la chose vendue (ATF 99 III 27 consid. 4 p. 34; ATF 101 III 92 consid. 4a p. 94). Même en cas de contre-prestation équivalente, l'acte est néanmoins attaquable si le débiteur avait pour but de disposer de ses derniers actifs au détriment de ses créanciers (ATF 99 III 27 consid. 4 p. 34; ATF 101 III 92 consid. 4a p. 94; ATF 130 III 235 consid. 2.1.2 p. 238; ATF 134 III 452 consid. 3.1 p. 455); en effet, lorsqu'il avait déjà l'intention de soustraire de son actif la contre-prestation, il y a un lien de causalité entre l'acte et le préjudice des créanciers (ATF 135 III 276 consid. 6.1.2 p. 280). La révocabilité de l'acte suppose en outre l'intention du débiteur de causer un préjudice aux créanciers (intention dolosive) et la possibilité pour le bénéficiaire de l'acte de reconnaître cette intention (caractère reconnaissable de l'intention dolosive; ATF 137 III 268 consid. 4.2 p. 283 ss; ATF 136 III 247 consid. 3 p. 250 s.; arrêt 5A_378/2016 précité consid. 3.3.2). En l'espèce, il ressort du jugement entrepris que le droit de rétention accordé par Y.________, en garantie d'un prêt de 40'000 fr., à la société anonyme dont la recourante était la seule ayant-droit économique, a eu pour effet délibéré de soustraire des actifs de la mainmise de ses créanciers, à savoir notamment le SPAS et l'ex-épouse de Y.________, ce que la recourante ne pouvait pas ignorer au moment de la constitution du droit de rétention. Il n'est donc pas critiquable de considérer que le transfert d'actifs a causé un préjudice aux créanciers et qu'il aurait donc pu constituer, au sens de l'art. 288 aLP, un acte révocable à la suite de la faillite personnelle de Y.________. Peu importe à cet égard de savoir si les créanciers du failli ont effectivement invoqué la révocabilité de l'acte dans la procédure de faillite.