Citation: 4P.28/2002 10.04.2002 E. A

A.- a) Société Y.________ S.A. (ci-après: Y.________ ou la demanderesse), qui a pour principal actionnaire et directeur général B.________, est une société active dans la gestion de fortune; le gérant de fortune A.________ en a été vice-président puis directeur général adjoint jusqu'à la fin 1997. En 1987, Y.________ a acquis une participation d'environ 7% dans le groupe français Z.________, dirigé par les frères Y.________. B.________ et A.________ ont été par la suite impliqués dans des procédures judiciaires ouvertes en France contre les frères D.________ pour détournement de fonds au préjudice du groupe précité et pour escroquerie commise dans le cadre de la vente en 1991 à des tiers de la participation des frères Y.________ au groupe Z.________. B.________ et A.________ ont ainsi été condamnés en France à des peines d'emprisonnement pour abus de biens sociaux. Sur le plan civil, Y.________, B.________ et A.________ ont signé le 16 avril 1997 un "Protocole de transaction", par lequel ils s'engageaient à participer à l'assainissement du groupe Z.________ à concurrence de 8'000'000 FF et à verser un montant supplémentaire de 13'500'000 FF à cette société et aux tiers lésés. Par courrier du 22 avril 1997 contresigné par B.________, Y.________ a confirmé à A.________ que sa participation au règlement des sommes susmentionnées serait limitée à 5'000'000 FF. b) A la suite de ces événements, Y.________ et A.________, afin de se conformer aux exigences des autorités bancaires et boursières helvétiques, ont décidé que leurs relations devaient désormais se poursuivre sur de nouvelles bases, A.________ ne devant plus exercer ses activités en tant que cadre dirigeant de Y.________, mais avec le statut indépendant de "tiers-gérant", et cela par le truchement de la nouvelle société qu'il avait créée, soit X.________ S.A. Le 24 novembre 1997, Y.________, d'une part, A.________ et X.________ S.A., d'autre part, ont conclu une convention. Il résulte de cet accord que Y.________ prenait préalablement l'engagement de ne pas invoquer à l'encontre de A.________ un juste motif de résiliation qui serait lié au passé de ce dernier dans Y.________, et singulièrement au déroulement de "l'affaire dite 'D.________'" (ch. II in fine); sous l'intitulé "Obligations de Monsieur A.________ et X.________ S.A.", A.________ et X.________ S.A. s'engageaient à négocier pour le compte de Y.________ avec leur clientèle pour qu'elle place ses avoirs et les maintienne auprès de Y.________ (ch. III. A); A.________ et X.________ S.A. déclaraient vouloir "suivre scrupuleusement les instructions de Y.________ tant relativement à l'ouverture des comptes, que quant à leur gestion" (ch. III. D); A.________, qui démissionnait de sa qualité d'employé de Y.________ avec effet au 31 décembre 1997, n'était plus autorisé, dès le 1er janvier 1998, à pénétrer dans les locaux occupés par Y.________, et devait éviter tout contact avec les employés de cette société sans l'accord préalable de la direction générale de Y.________ (ch. III. I); de son côté, Y.________ mettait à disposition privative de A.________ et X.________ S.A. un bureau, des locaux communs et un secrétariat (ch. IV.A/B/C); Y.________ s'engageait à verser annuellement à A.________ et X.________ S.A. la somme totale de 336'500 fr., soit 260'000 fr. à titre de rétribution globale pour leur clientèle, 36'000 fr. pour les frais de représentation, 28'500 fr. à titre de participation au leasing d'une voiture et 12'000 fr. pour le matériel de communication (ch. IV/D); les charges assumées par Y.________ sur la base du ch. IV devaient correspondre à un apport de clientèle de 40'000'000 fr., plus ou moins 5% (ch. V.A/B); en cas de baisse supérieure à ce pourcentage du montant géré, la rémunération globale serait réduite au prorata (ch. V/C); en cas de hausse de plus de 5% du montant géré, Y.________ verserait aux tiers-gérants la moitié de la rétribution nette dont elle bénéficierait à raison des nouveaux avoirs mis sous gestion (ch. V/D); conclue pour une durée de six ans, à savoir du 1er janvier 1998 au 31 décembre 2003 (ch. VI), la convention prévoyait que pour tout litige relatif à son interprétation ou à son exécution, les parties contractantes convenaient de la compétence exclusive d'un tribunal arbitral formé de trois arbitres, ayant son siège à Genève et appliquant les règles du Concordat intercantonal sur l'arbitrage (ch. VII). Le même jour, A.________ et une société panaméenne contrôlée par la famille du prénommé ont vendu à B.________ les actions Y.________ qu'ils détenaient. La somme revenant à A.________, par 4'215'064 fr., a été virée sur son compte auprès de Y.________ le 26 novembre 1997. Le 28 novembre 1997, le montant de 1'209'000 fr., contre-valeur de 5'000'000 FF correspondant à la participation maximale de A.________ au "Protocole de transaction", telle qu'elle avait été convenue par pli du 22 avril 1997, a été débitée du compte Y.________ de ce dernier. Ce débit a été effectué sans l'accord exprès ni la signature de A.________; celui-ci, qui a affirmé en avoir appris l'existence huit jours plus tard, ne s'est à ce moment pas opposé à ce transfert de fonds. c) Les relations entre les parties à la convention du 24 novembre 1997, qui étaient déjà tendues dès le début 1998, se sont dégradées en juin 1998. Le 11 juin 1998, l'avocat de A.________ a ainsi invité B.________ à lui adresser une copie de l'ordre qui a permis de débiter 5'000'000 FF dans les avoirs de son client auprès de Y.________; constatant que B.________ était dans l'impossibilité de produire l'ordre de débit en question, le conseil de A.________, par un second courrier du 19 juin 1998, a mis en demeure B.________ de recréditer le compte de son client du montant litigieux dans les 48 heures. Le 10 juillet 1998, A.________ a ouvert action contre Y.________ devant le Tribunal de première instance de Genève, concluant au paiement de 5'000'000 FF plus intérêts à 5% dès le 28 novembre 1997. Il faisait notamment valoir que l'ordre de débiter de son compte le montant précité avait été indûment signé par B.________ et qu'en toute hypothèse le protocole d'accord du 16 avril 1997 avait été signé sous la contrainte. Ultérieurement, A.________ a partiellement retiré son action, en ce sens qu'il n'a plus réclamé le remboursement du capital susrappelé, mais s'est contenté de solliciter le versement d'intérêts pour la période courant du 28 novembre 1997 (date du débit) au 5 juillet 1999, date de l'arrêt par lequel la Cour d'appel de Rennes a fixé les montants dus aux parties civiles constituées dans le cadre du procès des frères D.________. Par une écriture du 23 octobre 1998, notifiée par huissier le 26 octobre 1998, Y.________ a déclaré mettre un terme à la convention du 24 novembre 1997 "pour justes motifs et avec effet immédiat". Y.________ a fait valoir que la mise en demeure de A.________ du 19 juin 1998 et l'action qu'il avait déposée le mois suivant contre Y.________ devant le Tribunal de première instance avaient porté un coup fatal au climat de confiance sur lequel reposait ladite convention. A.________ a été en conséquence sommé d'évacuer son bureau, de restituer tous biens appartenant à Y.________, laquelle lui a en outre demandé de clôturer ses comptes et de transférer les comptes de ses clients dans un autre établissement pour le 30 novembre 1998.