Citation: U 38/04 03.03.2005 E. 1

4.4 Contrairement à ce qu'ont retenu les juges cantonaux, le fait que le docteur V.________ ait travaillé dans le même cabinet que le docteur K.________ n'est à lui seul pas de nature à ôter toute valeur probante à l'expertise de celui-ci, dont les conclusions rejoignent, au surplus, non seulement celles du docteur D.________, mais également celles des médecins du COMAI postérieures d'un mois. 4.4.1 Quoiqu'en dise l'intimée, l'expertise du docteur V.________ du 6 novembre 2000 (avec son complément du 2 février 2002) remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références). Elle repose en effet sur une étude complète et circonstanciée de la situation médicale de l'intimée, ne contient pas d'incohérences et aboutit à des conclusions motivées. En particulier, le docteur V.________, comme cela ressort des pages 17 à 19 de son rapport, se fonde sur un examen clinique complet et prend en considération les plaintes exprimées par l'intimée; au plan médical, la description du contexte et l'appréciation de la situation sont claires; enfin, les conclusions sont dûment motivées. On doit dès lors admettre que l'intimée présentait une chronification des douleurs de l'hémiceinture scapulaire droite, d'origine mal définie et probablement multifactorielle, ayant abouti à un enraidissement partiel des articulations de l'épaule et du coude, probablement par sous-utilisation. Le statu quo sine pouvait être fixé au 8 janvier 1996 (reprise du travail à 100 % par l'intimée), l'assurée semblant relativement stabilisée à ce moment-là. La «rechute» d'avril 1996 sous forme de douleurs au membre supérieur droit ayant abouti par la suite à une nouvelle incapacité totale qui est devenue définitive après quelques mois ne peut plus être mise en relation de causalité probable avec l'événement du 5 mai 1995, dès lors qu'aucun des médecins consultés n'a constaté de lésion objectivable, que ce soit sur le plan clinique ou paraclinique : Bien qu'une trentaine de rapports et de comptes-rendus médicaux aient été établis pour la période du 21 mai 1995 au 14 avril 2000, les différents status, examens neurologiques ou radiologiques n'avaient jamais véritablement relevé ou mis en évidence chez l'assurée une pathologie nettement objectivable, (expertise du COMAI, p. 2 à 9). Ainsi, l'algodystrophie signalée par le docteur F.________ en juillet et septembre 1995, avait été confirmée dans un premier temps par le docteur S.________, puis infirmée par ce médecin en novembre 1995; de toute manière, dans un certificat du 24 janvier 1996, le docteur F.________ avait signalé que l'algodystrophie était en décours, l'évolution bonne et le traitement terminé. Par ailleurs, si la contusion des deux avant-bras avait entraîné une tuméfaction suffisamment importante pour aboutir à des lésions neurologiques, ces dernières se seraient produites immédiatement ou dans les jours qui suivent et non une année plus tard; aussi, le syndrome du tunnel carpien débutant en 1996 ne pouvait être mis en relation avec l'accident. Le diagnostic d'épicondylite du coude droit était également sujet à caution, notamment en raison de l'échec de l'intervention chirurgicale pratiquée à ce niveau; le mécanisme de l'accident ne pouvait l'expliquer, car aucun choc direct n'avait eu lieu dans la région et n'avait entraîné de plaintes immédiates (cf. rapport du 14 juillet 2000 du docteur K.________); finalement l'écoulement de deux ans avant que ne fût posé ce diagnostic rendait le rapport de causalité naturelle avec l'accident simplement possible. Pour ce qui touchait spécifiquement les troubles de l'avant-bras, l'événement accidentel ne pouvait pas expliquer, par des raisons purement orthopédiques l'évolution du cas. L'absence de lésions objectivables après tous les examens pratiqués rendait le lien de causalité naturelle seulement possible avec le temps. En effet, un effort violent avec contusion des deux avant-bras aurait pu entraîner des douleurs durant quelques semaines au maximum, mais sûrement pas durant plusieurs mois, voire plusieurs années. De toute manière, les plaintes ne semblaient pas correspondre au véritable handicap fonctionnel de l'assurée. En effet, en la distrayant ou en lui demandant des mouvements combinés, l'expert avait été surpris de voir à plusieurs reprises une antépulsion ou une abduction active arriver à 120°, pratiquement sans participation de l'omoplate, alors que la patiente avait gardé son membre supérieur droit collé au corps pendant toute la durée de l'entretien (une heure). Par ailleurs, l'intimée avait développé une problématique psychique mise en évidence pour la première fois par le docteur D.________ dans son rapport du 9 février 1998 et évoquée à plusieurs reprises par la suite, y compris par le docteur J.________ dans son appréciation du 14 juin 1999. 4.4.2 Les conclusions du docteur V.________ sont corroborées et précisées par l'expertise pluridisciplinaire des médecins du COMAI - rendue au terme d'une étude particulièrement fouillée de l'ensemble du dossier médical - à laquelle il convient d'attacher entière valeur probante au sens de la jurisprudence (cf. consid. 3 ci-dessus). Ces praticiens ont diagnostiqué, à titre principal et essentiel, un syndrome douloureux somatoforme persistant sous forme de cervico-brachialgies à droite (avec amplification des symptômes et phénomènes d'autolimitation marqués), en concluant à une capacité résiduelle de travail de 50 %. Les auteurs de l'expertise commencent par rappeler qu'ont été posés, en ordre chronologique, les diagnostics de syndrome lombo-vertébral aigu, algodystrophie post-traumatique du membre supérieur droit, syndrome main-épaule du membre supérieur droit, fibromyalgie du membre supérieur droit avec signes de surcharge, à nouveau algodystrophie du membre supérieur droit, examen clinique normal avec EMG du nerf médian au niveau du tunnel carpien normal en septembre 1996, syndrome du canal carpien débutant à l'examen électroneuromyographique d'octobre 1996, possibilité d'une souffrance radiculaire C6 droite dans le cadre d'un conflit disco-radiculaire, névrite de Wartenberg de la branche sensitive du nerf radial droit, syndrome du tunnel carpien débutant (stade I), spasmophilie, épicondyalgies droites, sinistrose, état dépressif. Cette liste de diagnostics, souvent contradictoires, a amené les experts du COMAI à évoquer la présence d'une composante iatrogène néfaste dans le cadre de la prise en charge de l'assurée, avec une évolution vers un trouble fonctionnel algique. Par ailleurs, les médecins du COMAI font état, comme le docteur V.________, d'une discordance frappante entre les plaintes et les limitations fonctionnelles. C'est ainsi que si l'assurée était très démonstrative au niveau du membre supérieur droit, elle arrivait à prendre son téléphone portable sans problème dans son sac et à le porter rapidement à son oreille avec le bras droit. Lors du déshabillage et du rhabillage, les mouvements apparaissaient tout aussi aisés et rapides. Enfin, sur le plan physique (et notamment rhumatologique), les experts du COMAI ont confirmé l'absence de toute origine organique à la base des symptômes algiques présentés par l'assurée (p.22). 4.4.3 Ainsi, il est établi au degré de vraisemblance requis que les affections présentées par l'intimée, au delà du 7 janvier 1996, ne sont plus en relation de causalité naturelle avec l'accident du 5 mai 1995 (RAMA 2000 n° U 363 p. 46 consid. 2).