Citation: 5C.158/2000 06.10.2000 E. 3

3.- Les recourants soutiennent que l'action en évacuation intentée à leur encontre constitue un abus de droit, l'intimée n'ayant aucun intérêt à l'exercice de celui-ci. Dans la mesure où ils prétendent que la demanderesse ne peut commercialiser les bâtiments qu'ils occupent tant que les locaux consulaires ne sont pas libérés, ils s'en prennent, de manière irrecevable, aux faits constatés par la cour cantonale. Au demeurant, celle-ci a estimé que la commercialisation éventuelle des locaux n'était pas un point déterminant, ce que les recourants ne critiquent pas. L'affirmation selon laquelle les locaux réservés au consulat ne sont pas géographiquement séparés de l'habitation principale ne résulte pas non plus de l'arrêt entrepris. Les recourants reprochent à l'autorité cantonale d'avoir écarté des pièces produites en appel tendant à établir le contraire, pour le motif qu'elles n'étaient pas pertinentes. Quoi qu'il en soit, la Cour de justice n'a pas seulement considéré que les locaux consulaires comportaient une entrée indépendante; elle a de plus retenu que rien ne permettait de dire que la demanderesse entendait utiliser les locaux principaux, que ce soit à des fins d'habitation ou commerciales, ni même qu'elle désirait les conserver, de sorte que la question de l'interdépendance desdits locaux n'était pas déterminante. La demanderesse, en tant que propriétaire, pouvait en effet disposer des immeubles comme elle l'entendait. Les recourants ne critiquent pas cette argumentation, de sorte que leur grief est, pour cette raison déjà, irrecevable. Les recourants se méprennent en outre sur la portée de l'art. 64 OJ. Cette disposition confère au Tribunal fédéral le pouvoir de compléter ou de faire compléter un état de fait insuffisant pour lui permettre de statuer sur un recours en réforme (J.-F. Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, n. 1.2 ad art. 64); elle ne permet en revanche nullement au recourant de se soustraire à la règle posée par l'art. 55 al. 1 let. c OJ, selon laquelle il ne peut être présenté de griefs contre les constatations de fait, ni de faits nouveaux. Dans cette mesure, le recours est par conséquent aussi irrecevable. Les recourants se plaignent encore d'inadvertance manifeste, au sens de l'art. 63 al. 2 OJ. Ils confondent toutefois cette notion avec celle de l'appréciation arbitraire des preuves. Il y a en effet inadvertance manifeste lorsque l'autorité cantonale, par une simple inattention, a retenu un état de fait qui ne correspond manifestement pas au résultat de l'administration des preuves; tel est le cas par exemple si l'autorité a omis de mentionner un fait clairement établi ou si, par une simple inattention, elle s'est à l'évidence trompée sur un point de fait établi sans équivoque; on ne saurait en revanche parler d'une inadvertance manifeste lorsque, comme en l'espèce, l'autorité cantonale a retenu ou écarté un fait à la suite d'un raisonnement ou d'un choix dans l'appréciation des preuves (ATF 121 IV 104 consid. 2b p. 106; 118 IV 88 consid. 2b p. 89). De plus, comme on l'a vu, une éventuelle inadvertance concernant l'interdépendance des locaux privés et consulaires ne serait de toute façon pas causale (Poudret, op. cit. , n. 1.6.2 ad art. 55 et n. 5.1 ad art. 63). Le moyen tiré de l'inadvertance manifeste est donc également irrecevable. Enfin, les recourants reprochent aussi de manière irrecevable à la Cour de justice d'avoir retenu que "les difficultés qui résulteraient d'une éventuelle cohabitation ne sont nullement avérées". Cette constatation résulte en effet de l'appréciation des preuves à laquelle s'est livrée l'autorité cantonale et ne peut être revue dans le cadre du recours en réforme.