Citation: 6B_800/2022 E. 5.4.1

5.4.1. En cours d'enquête, la procureure a ordonné une expertise sexologique. Il ressort de l'expertise de L.________ du 3 janvier 2019 et de son complément du 11 mai 2019 ce qui suit: "Pour un regard non spécialisé en psychotraumatologie, F.________ semble avoir tout loisir de repousser fermement le prévenu, de crier, ou de quitter le shooting photos. Selon le prévenu, "la clé restait toujours sur la serrure" et A.________ ne l'aurait probablement pas empêchée de partir. En réalité, l'état de dissociation psychique dans lequel est plongée la plaignante l'empêche de réagir; elle est figée, déconnectée, "comme la biche apeurée devant les phares d'une voiture", selon la métaphore fréquemment utilisée en psychotraumatologie pour illustrer la réaction de sidération. En état de dissociation psychique, le cerveau est saturé neurobiologiquement par une sécrétion d'adrénaline et de cortisol qui compromet toute réaction adaptée et toute forme d'analyse rationnelle de la situation. F.________ est alors à la merci de l'emprise du prévenu qui en tire vraisemblablement de l'excitation sexuelle voyeuriste (il repositionne systématiquement le corps de la plaignante face à l'objectif de l'appareil photo de façon à rendre ses parties génitales bien visibles sur la vidéo), et exerce sur elle une stimulation sexuelle en la masturbant et en lui faisant un cunnilingus. En observant minutieusement les différentes séquences de la vidéo, on peut identifier chez la plaignante certains marqueurs de dissociation psychique tels que: le ralentissement psychomoteur, le regard inexpressif et figé, la respiration thoracique superficielle, l'apparition de sourires immotivés, une pratique masturbatoire non investie et robotisée, une impression de déconnexion de la réalité, comme si la plaignante était spectatrice de la situation."