Citation: 1P.455/2001 01.03.2002 E. 2.2

2.2.1 La question décisive est de savoir si l'intimé avait déjà entrepris sa manoeuvre de dépassement au moment où le recourant a manifesté son intention d'obliquer à gauche en enclenchant son indicateur de direction. Le juge de première instance a considéré que le recourant avait manifesté son intention d'obliquer alors que l'intimé était déjà en train de dépasser les automobiles suivant le tracteur, cette version des faits ayant été retenue sur la base des pièces du dossier - rapport de gendarmerie, procès-verbaux des premières déclarations des intéressés -, des déclarations des parties à l'audience et des dépositions de témoins. La version du recourant, selon laquelle l'intimé n'aurait pas remarqué qu'il avait déjà enclenché son indicateur de direction lorsqu'il a effectué son dépassement, a en conséquence été écartée. Par une argumentation détaillée, la Cour pénale s'est prononcée sur cette appréciation des éléments de preuve, qu'elle a jugée non arbitraire. 2.2.2 Le recourant prétend qu'il était arbitraire de se fonder sur le constat des gendarmes, dès lors que ceux-ci avaient exposé dans leur rapport que la manoeuvre de dépassement de l'intimé était selon eux postérieure à l'enclenchement de son indicateur de direction; c'est du reste sur cette base que l'intimé avait été sanctionné par une ordonnance de condamnation du Substitut du Procureur général. Ce grief n'est cependant pas concluant car l'arrêt attaqué fait une distinction claire entre les constatations proprement dites de la gendarmerie - les observations directes des agents sur les lieux de l'accident, les relevés de traces, la prise de mesures et les photographies - et les déductions faites sur cette base, à savoir les circonstances de la manoeuvre de dépassement (moment du dépassement, vitesse). Les constatations proprement dites pouvaient manifestement être retenues à l'appui d'un jugement condamnant le recourant. 2.2.3 Le recourant reproche au juge de première instance d'avoir retenu, prétendument sur la base de ses propres déclarations à la police, qu'il savait, au moment où il décidé d'indiquer son intention d'obliquer à gauche, qu'il y avait derrière lui un véhicule en dépassement, celui conduit par l'intimé. Selon lui, s'il a effectivement déclaré à la police avoir vu dans son rétroviseur, à une très longue distance, un véhicule rouge sur la voie de gauche, il n'a jamais déclaré qu'il s'agissait de l'automobile conduite par l'intimé et que cette automobile était en train de dépasser; ses déclarations auraient donc été mal interprétées. Or cette critique est dirigée exclusivement contre le jugement de première instance et, contrairement à la règle de l'épuisement des moyens de droit cantonal (art. 86 al. 1 OJ), elle n'a pas été soumise à la Cour pénale; elle est donc irrecevable. Cela étant, l'arrêt attaqué mentionne les versions successives du recourant, devant la police puis à l'audience de jugement, au sujet de la voiture rouge qu'il avait remarqué, en regardant en arrière, sur la voie de gauche. Les considérations de la Cour pénale au sujet de ces différentes déclarations ne sont pas critiquées dans le recours de droit public, à tout le moins pas de manière suffisamment claire et détaillée (cf. art. 90 al. 1 let. b OJ). 2.2.4 Le recourant se réfère aux déclarations du conducteur et de la passagère de l'automobile qui suivait directement son tracteur, à savoir les époux A.________; ceux-ci ont affirmé, à l'audience de jugement, qu'un autre automobiliste avait dépassé le tracteur du recourant peu avant que l'intimé n'entreprenne son dépassement. Sur ce point, le contenu de leur témoignage ne correspond pas à leurs déclarations à la police le jour de l'accident; ils n'avaient alors pas mentionné le dépassement par un premier véhicule. Le recourant se plaint de ce que les secondes déclarations de ces témoins ont été jugées non probantes. Dans l'arrêt attaqué, la Cour pénale a considéré que le juge de première instance pouvait écarter ces dernières déclarations, faites quatorze mois après l'accident, au profit d'autres plus convaincantes. Ni d'autres témoins, ni le recourant lui-même n'ont du reste mentionné le dépassement par un autre véhicule. Les critiques formulées dans le recours de droit public au sujet de l'appréciation du témoignage des époux A.________ sont du reste assez sommaires et on ne voit pas en quoi cette appréciation serait arbitraire. 2.2.5 Le recourant prétend que sa condamnation repose en définitive sur les seules déclarations de l'intimé, également partie à la procédure comme prévenu, plaignant et partie civile. Cette critique est manifestement mal fondée, car les constatations de fait du juge de première instance ont été établies sur la base de pièces du dossier ainsi que des déclarations de différents témoins ou intéressés. Pour le reste, le recourant ne critique pas de façon claire et détaillée l'appréciation des preuves, telle qu'elle a été revue par la Cour cantonale. Le grief d'arbitraire est partant mal fondé.