Citation: I 544/04 13.12.2005 E. 1

3.2 Le dossier de la recourante ne contient pas à proprement parler d'évaluation psychique de son état de santé. Dans son rapport du 2 août 2000, qui comprend une énumération précise des examens somatiques sur lesquels il a fondé ses constatations, le docteur U.________ a certes fait état d'une surcharge psychique, en mentionnant qu'elle n'atteignait pas le seuil diagnostique d'une affection psychiatrique. Il s'agit cependant d'une affirmation que le médecin n'a pas assorti d'explication et qui ne repose sur aucune analyse psychique de l'assurée. A cet égard, la description des plaintes subjectives et objectives de la patiente, ainsi que l'anamnèse familiale et socioprofessionnelle évoquées par les premiers juges ne sauraient remplacer la discussion et l'évaluation proprement dite du vécu de l'assurée. De leur côté, les docteurs P.________ et C.________ ont fait une brève anamnèse psychosociale de la patiente, en décrivant ses plaintes, sans toutefois se prononcer, dans la partie «discussion et proposition» de leur rapport, sur la situation au niveau psychique. Ils indiquent avoir encouragé la patiente à poursuivre le traitement d'un médicament anti-dépresseur, sans toutefois poser de diagnostic psychiatrique, ni expliquer la nécessité d'un tel traitement; ils ne se sont pas prononcés non plus sur la capacité de travail de l'intéressée. Pour sa part, le docteur E.________ a posé le diagnostic d'un trouble somatoforme douloureux persistant associé à un état dépressif modéré (rapport du 28 avril 2003). Il a par ailleurs précisé que la patiente suivait déjà un traitement avec des anti-dépresseurs au moment de la première consultation, le 8 février 2002, et que l'avis d'un spécialiste en psychiatrie lui semblait nécessaire (réponses au courrier du conseil de la recourante du 27 août 2004, produites en instance fédérale). Dans ces circonstances, le cas d'espèce ne saurait être assimilé à celui qui a fait l'objet de l'arrêt du 25 août 2003, I 830/03, précité, auquel s'est référée la juridiction cantonale pour nier la nécessité d'une expertise psychiatrique. Les appréciations médicales mentionnées ne comprennent en effet aucune évaluation psychologique de l'assurée qui aurait pu, aux conditions posées par l'arrêt du 25 août 2003, remplacer l'appréciation d'un psychiatre. En particulier, les éléments avancés par les docteurs U.________, P.________ et C.________, pas plus que l'avis du médecin traitant, ne permettent de répondre à la question décisive qui se pose en présence de troubles somatoformes douloureux: celle de savoir si la personne concernée possède en elle suffisamment de ressources psychiques pour faire face à ses douleurs et réintégrer le circuit économique, eu égard aux critères rappelés ci-avant (supra consid. 1.2). La seule mention, par les docteurs P.________ et C.________, de la réduction des activités sociales de l'assurée ne suffit pas encore pour se faire une idée sur la mesure dans laquelle l'atteinte à la santé dont elle souffre aurait une répercussion sur les divers aspects de sa vie. Par ailleurs, il n'est pas possible de juger en pleine connaissance de l'existence ou de l'absence d'une comorbidité psychiatrique - l'appréciation du docteur U.________ étant dépourvue de motivation sur ce point -, ni d'un éventuel conflit intra-psychique ou encore d'une situation de conflit externe. La question du profit secondaire d'une maladie (c'est-à-dire le désir subjectif de se voir accorder une rente) n'a pas non plus été examiné. 3.3 En conséquence, étant donné qu'un certain nombre d'aspects liés à l'évaluation du caractère invalidant des troubles somatoformes de la recourante n'a pas été éclairci et qu'on ne peut pas conclure, sans autre examen, qu'elle jouit d'une pleine capacité de travail comme l'a retenu l'autorité cantonale de recours, il est nécessaire de mettre en oeuvre une expertise psychiatrique. La cause sera par conséquent renvoyée à l'office intimé pour ce faire. Partant, le recours se révèle bien fondé.