Citation: 8C_70/2022 E. 4.4

4.4. En l'occurrence, on ne saurait confirmer le point de vue de la cour cantonale sur le rapport du docteur J.________. Certes, ce médecin a établi son expertise en référence à des notions découlant de la législation française en matière d'indemnisation des victimes d'accidents du travail qui n'ont pas d'équivalent en droit suisse, et selon des critères formels différents de ceux dégagés par la jurisprudence applicable. Il n'en demeure pas moins qu'il a fait des constatations médicales fondées sur un examen clinique du recourant et qu'il a pris position sur les conclusions du docteur E.________ en expliquant brièvement les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas s'y rallier. Ainsi, sous la rubrique "déficit fonctionnel permanent", le docteur J.________ a fait état de séquelles accidentelles somatiques sous la forme d'un "SPE bilatéral total à gauche (20 % à gauche et 5 % à droite) ", de "douleurs sacro-iliaques bilatérales plus fortes à gauche (8 %) ", de "sciatalgie [..]" ainsi que de "douleurs et troubles du transit (8 %) " liés à l'éventration (voir la page 8 de son rapport). Bien que l'on ignore quels sont les critères d'évaluation à la base des taux retenus, la nature des séquelles constatées a amené le docteur J.________ à conclure que le recourant n'était pas capable de maintenir un rendement complet "même dans une activité professionnelle adaptée" et que plusieurs points avaient été "sous estimés" par le médecin d'arrondissement (en particulier: la paralysie bilatérale du SPE; les problèmes abdominaux séquellaires incompatibles avec le port de charges; la sciatalgie gauche permanente). Contrairement à l'avis de la cour cantonale, ces considérations, d'ordre médical, ne sont pas dénuées de toute valeur probante, cela d'autant moins qu'au regard des observations rapportées par l'équipe de réadaptation professionnelle de la CRR, les médecins de cet établissement avaient recommandé que le recourant accomplît un nouveau séjour axé sur l'évaluation professionnelle après la stabilisation de son état. Or cela n'a pas été fait sans que les médecins d'arrondissement n'en expliquent les raisons. Ces éléments sont suffisants pour susciter des doutes sur la fiabilité et la validité des conclusions - au demeurant particulièrement succinctes - que les docteurs E.________ et L.________ ont rendues sur la capacité de travail résiduelle du recourant compte tenu du polytraumatisme que celui-ci a subi. Partant, le grief est bien fondé et une instruction par un médecin indépendant selon la procédure de l'art. 44 LPGA s'impose sur cette question.