Citation: 1P.600/2001 22.11.2001 E. 2

2.- Le recourant reproche à la Cour de cassation pénale d'avoir fait preuve d'arbitraire et violé le principe "in dubio pro reo" en le reconnaissant coupable de viol sur la base des seules déclarations de la victime, qu'aucun élément concret ne venait étayer. a) En tant qu'elle a trait à la constatation des faits et à l'appréciation des preuves, la maxime "in dubio pro reo", découlant de la présomption d'innocence consacrée aux art. 32 al. 1 Cst. et 6 § 2 CEDH, est violée lorsque l'appréciation objective de l'ensemble des éléments de preuve laisse subsister un doute insurmontable sur la culpabilité de l'accusé (ATF 127 I 38 consid. 2a p. 41; 124 IV 86 consid. 2a p. 88; 120 Ia 31 consid. 2c p. 37). Saisi d'un recours de droit public mettant en cause l'appréciation des preuves, le Tribunal fédéral examine seulement si le juge cantonal a outrepassé son pouvoir d'appréciation et établi les faits de manière arbitraire (ATF 127 I 38 consid. 2a p. 41; 124 I 208 consid. 4 p. 211; 120 Ia 31 consid. 2d p. 37/38; 118 Ia 28 consid. 1b p. 30 et les arrêts cités). Une constatation de fait n'est pas arbitraire pour la seule raison que la version retenue par le juge ne coïncide pas avec celle de l'accusé ou du plaignant; encore faut-il que l'appréciation des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective, qu'elle constitue la violation d'une règle de droit ou d'un principe juridique clair et indiscuté, ou encore qu'elle heurte de façon grossière le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 118 Ia 28 consid. 1b p. 30), ce qu'il appartient au recourant d'établir (ATF 125 I 492 consid. 1b p. 495 et les arrêts cités). b) En l'espèce, même si les éléments matériels sont minces et relativement peu précis, il ressort de l'appréciation des preuves dans leur ensemble que l'autorité intimée et, avant elle, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne n'ont pas versé dans l'arbitraire en considérant que le recourant avait violé à deux reprises la plaignante en automne 1997. Celle-ci n'a pas varié dans ses déclarations. L'état dépressif dans lequel elle se trouvait lorsqu'elle a déposé plainte a été constaté médicalement et par plusieurs témoins. Le médecin psychiatre et le psychologue l'ont attribué à un syndrome de stress post-traumatique, qui s'explique aussi bien, sinon davantage, par les deux viols de l'automne 1997 que par l'altercation du 15 mars 1998 ayant entraîné des lésions corporelles sans gravité. En outre, l'enquête de voisinage effectuée par la police a permis d'établir que X.________ s'était rendu seul à plusieurs reprises au domicile de la plaignante et qu'il avait tenté de se faire remettre la clé de son studio, sous prétexte que la jeune femme devait être malade et ne voulait pas lui ouvrir. Les premiers juges pouvaient sans arbitraire voir dans cette circonstance un élément propre à confirmer la version de la plaignante suivant laquelle le recourant avait essayé de la contacter contre son gré. Le fait que Y.________ ait attendu la consultation au centre LAVI pour dénoncer les sévices sexuels qu'elle prétendait avoir subis correspond à une démarche fréquente dans ce genre d'infraction, la victime étant incapable de réagir immédiatement en raison des sentiments de honte éprouvés et de l'appréhension ressentie à l'égard des fonctionnaires et des autorités. Enfin, comme l'ont relevé les juridictions cantonales, l'intégration dans la communauté érythréenne en exil et la place de la femme non mariée dans une telle société pouvaient expliquer de manière suffisante les motifs pour lesquels la plaignante ne s'était manifestée ni après les agissements de septembre et d'octobre 1997, ni lorsqu'elle a déposé plainte pour l'altercation du 15 mars 1998. Vu ce qui précède, la Cour de cassation pénale n'est pas tombée dans l'arbitraire en ne sanctionnant pas une éventuelle appréciation des preuves par le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne, qui aurait été contraire à la présomption d'innocence.