Citation: U 382/05 19.10.2006 E. A

T.________, né en 1965, travaillait au service de X.________ SA. A ce titre, il était assuré contre le risque d'accidents auprès de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (ci-après : CNA). Le 8 juin 2001, le poinçon de la machine qu'il utilisait pour compacter des pastilles de métal s'est brusquement rompu, provoquant un bruit très fort. Trois jours plus tard, l'assuré a consulté le docteur P.________ en raison de la persistance d'un acouphène. Selon les constatations de ce médecin, les tympans étaient entiers, fibro-cicatriciels, hypomobiles au Valsalva des deux côtés; le reste du statut oto-rhino-laryngologique était sans particularité, hormis une déviation septale (rapport du 4 août 2001). Par la suite, T.________ a fait état de maux de tête, troubles du sommeil, pertes d'équilibre et nausées. Le docteur P.________ a attesté une incapacité de travail totale dès le 27 août 2001 et a posé les diagnostics de contusion cochléo-vestibulaire et d'état dépressif réactionnel; il a prescrit un traitement par médicaments antidépresseurs et adressé l'assuré au Centre psycho-social de Y.________ pour un suivi psychologique (rapport des 16 novembre 2001, 1er décembre 2001 et 22 avril 2002 du docteur P.________). L'assuré a ensuite consulté le docteur E.________, psychiatre, qui a lui aussi attesté une incapacité de travail totale en raison d'une dépression réactionnelle (rapport du 15 août 2002). Dans un premier temps, la CNA a pris en charge les frais médicaux et alloué des indemnités journalières. Par décision du 10 septembre 2002, elle a toutefois mis fin à ses prestations dès le 23 septembre 2002, au motif que les troubles psychiques présentés par T.________ n'étaient pas en rapport de causalité adéquate avec l'accident assuré et que ce dernier n'avait pas entraîné de séquelles physiques durables. La CNA se fondait sur un rapport établi le 26 avril 2002 par sa division de la sécurité au travail (secteur acoustique), d'après lequel le son auquel l'assuré avait été exposé n'avait vraisemblablement pas excédé le niveau de pression sonore de crête Lpeak de 123 dB (C) ni le niveau d'exposition sonore SEL de 96 dB (A); elle se fondait également sur un rapport du 8 août 2005 du docteur M.________, travaillant pour la division médecine du travail de la CNA et spécialiste en oto-rhino-laryngologie, d'après lequel les niveaux d'exposition sonore décrits dans le rapport du 26 avril 2002 rendaient très invraisemblable le lien de causalité entre l'événement survenu le 8 juin 2001 et les troubles encore présentés par l'assuré. A la suite d'une opposition de T.________, la CNA a procédé à une reconstitution de l'événement du 8 juin 2001, dans les locaux de l'entreprise X.________ SA. Un niveau de pression sonore de crête Lpeak de 124 dB (C) et un niveau d'exposition sonore SEL de 100 dB (A) ont été enregistrés lors de la rupture du poinçon. Dans un rapport du 3 avril 2003, le docteur M.________ a précisé que ces valeurs étaient très nettement en-dessous de celles qui auraient rendu plausible une atteinte de l'oreille interne de l'assuré en raison de l'événement du 8 juin 2001. L'assuré a pour sa part produit des rapports médicaux établis les 2 mars, 14 mars et 6 avril 2003 par le docteur L.________, spécialiste en oto-rhino-laryngologie, dans lequel celui-ci précise que les symptômes constatés sont bien en relation de causalité avec le traumatisme subi le 8 juin 2001. Parallèlement aux mesures d'instruction de la CNA, l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Neuchâtel a confié au docteur G.________ le soin de réaliser une expertise psychiatrique. Ce médecin a notamment posé les diagnostics d'état de stress post-traumatique ainsi que de trouble dépressif majeur, épisode isolé en rémission partielle d'intensité actuelle moyenne (axe I), de trouble de la personnalité non spécifié, avec des traits de personnalité psychosomatique (axe II). Il a précisé qu'il existait un lien de causalité direct entre l'événement du 8 juin 2001 et les troubles psychiques de l'assuré (rapport du 14 mars 2003). A réception de cette expertise, l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Neuchâtel a alloué à T.________ une rente entière d'invalidité, avec effet dès le 1er août 2002 (décision du 15 juillet 2003). Pour sa part, la CNA a maintenu son refus d'allouer des prestations au-delà du 23 septembre 2002, par décision sur opposition du 16 août 2004, en refusant de qualifier d'accidentel l'événement du 8 juin 2001.