Citation: 5C.53/2001 01.05.2001 E. 4

4.- a) La demanderesse reproche ensuite à la cour cantonale d'avoir déduit des éléments de fait qui lui étaient soumis qu'il y avait lieu de retenir avec une haute vraisemblance que l'incendie n'avait pas été causé par un cocktail Molotov (cf. consid. 2b supra). Selon la demanderesse, "[c]e faisant et d'une part, la Cour de justice genevoise a nié la thèse sans conteste la plus plausible, en omettant totalement de se référer au critère de la haute vraisemblance des cir-constances selon l'expérience générale de la vie, alors que d'autre part, au niveau du raisonnement mis en exergue, son raisonnement procède, à deux reprises au moins, d'une inadvertance manifeste au sens de l'art. 55 al. 1 litt. d OJF". b) Selon la jurisprudence, il y a inadvertance manifeste au sens de l'art. 63 al. 2 OJ lorsque l'autorité cantonale a omis de prendre en considération une pièce déterminée, versée au dossier, ou l'a mal lue, s'écartant par mégarde de sa teneur exacte, en particulier de son véritable sens littéral, et qu'il en résulte une erreur évidente dans la constatation des faits pertinents (ATF 115 II 399 consid. 2a; 109 II 159 consid. 2b et les arrêts cités). En l'occurrence, force est de constater que la demanderesse ne reproche pas à la cour cantonale une erreur dans la constatation des faits, mais une appréciation erronée des faits en vue de déterminer si le sinistre était ou non la conséquence d'une explosion. Ainsi, la demanderesse ne se plaint pas d'une erreur dans la constatation de la date à laquelle les tessons et le fond de bouteille ont été décou-verts, mais d'une appréciation erronée de cet élément au regard de l'ensemble des circonstances. De même, elle ne reproche pas aux juges cantonaux de ne pas avoir constaté que l'entrepôt était resté fermé à clef entre l'incendie et l'intervention des experts, mais d'avoir considéré à tort qu'il subsistait néanmoins un doute sur l'origine des tessons et du fond de bouteille découverts plus d'un mois après le sinistre, ce qui n'a rien à voir avec une inadvertance manifeste. c) Pour le reste, en tant que la demanderesse se réfère à l'"expérience générale de la vie" pour mettre en cause l'appréciation des juges cantonaux selon laquelle il n'a pas été rendu hautement vraisemblable que le sinistre ait été provoqué par l'explosion d'un cocktail Molotov (cf. consid. 2b supra), elle critique en réalité l'appréciation des preuves à laquelle se sont livrés les juges cantonaux, ce qui est inadmissible en instance de réforme (cf. consid. 3c supra). Certes, la jurisprudence citée par la demanderesse assimile à des dispositions juridiques les règles d'expérience et les données scientifiques qui ont une valeur normative et sont destinées à être utilisées, de la même manière que des règles juridiques, pour trancher un nombre indéterminé de cas futurs analogues (ATF 117 II 256 consid. 2b et les arrêts cités). En l'occurrence, toutefois, l'autorité cantonale s'est bornée à apprécier les moyens de preuve qui lui étaient présentés et dont la portée était limitée au seul cas d'espèce. Le grief soulevé relève ainsi de l'appréciation des preuves et est irrecevable dans un recours en réforme.