Citation: 5A_844/2017 E. 3.3

3.3. La Chambre des curatelles a admis l'existence d'un état de faiblesse chez le recourant en se fondant sur les deux rapports d'expertise des 5 mars 2013 et 17 janvier 2017. Les experts avaient constaté que, malgré l'absence de maladie mentale, le recourant rencontrait d'incontestables difficultés à s'occuper de ses affaires financières et administratives, qui étaient par ailleurs nombreuses et complexes. Ils avaient mis ces difficultés, apparues progressivement, sur le compte du vieillissement cérébral physiologique parallèlement à l'avancée en âge. Ils avaient également relevé, dans le discours de l'intéressé, une nette banalisation de ses manquements sur le plan de la gestion de ses affaires ainsi qu'une claire minimisation de la gravité de sa situation, notamment sur le plan des impayés et de la gestion de ses biens immobiliers. Dans leur rapport du 17 janvier 2017, les experts avaient indiqué que la situation psycho-sociale de l'expertisé restait inchangée, qu'il présentait toujours le même tableau clinique, qu'il continuait à pouvoir s'acquitter sans problèmes des activités de la vie quotidienne, mais rencontrait toujours des difficultés à gérer ses affaires patrimoniales dans leur complexité et avec l'efficacité et la flexibilité mentale requises pour appréhender chaque dossier dans toutes ses composantes, qu'il peinait encore à admettre que le vieillissement cérébral, s'il n'était pas pathologique, altérait ses capacités cognitives de manière légère mais suffisante pour le rendre moins performant dans la gestion de ses affaires qui restaient encore à ce jour nombreuses et complexes. Les experts avaient confirmé que le recourant était atteint d'un état de faiblesse qui affectait sa condition personnelle et qui l'empêchait d'assurer la sauvegarde de ses intérêts. Ils avaient précisé que celui-ci présentait des difficultés cognitives liées à l'avancée en âge et au vieillissement cérébral physiologique qui étaient trop fines et spécifiques pour être mises en évidence par des tests neuropsychologiques standardisés mais qui apparaissaient lorsqu'il devait s'acquitter de tâches organisationnelles complexes qui nécessitaient une vision globale ou un suivi rapproché. Ils avaient estimé que si, jusqu'à il y a quelques années, l'intéressé avait indéniablement été efficace dans la gestion de ses affaires pourtant nombreuses et compliquées, les discrètes déficiences cognitives liées à l'âge l'empêchaient toujours, tout comme il y a quatre ans, de gérer correctement et conformément à ses intérêts ses affaires financières et administratives. S'agissant du besoin de protection, la Chambre des curatelles a rappelé que le patrimoine du recourant comportait plusieurs immeubles et des titres pour un peu plus d'un million de francs. Un tel patrimoine important et complexe nécessitait une attention particulière et une capacité à le prendre en charge dans son ensemble. Or, selon les experts, le recourant présentait des défaillances liées à un fonctionnement cognitif moins efficace que par le passé, que ce soit par exemple sur le plan des démarches à accomplir ou du suivi nécessairement soutenu des dossiers techniques et administratifs et aussi sur le plan de la flexibilité mentale nécessaire pour s'adapter à des manières de faire nouvelles pour lui. De fait, le recourant tendait à s'opposer à des modifications dans la façon de traiter certains dossiers alors qu'elles semblaient en adéquation avec les impératifs de gestion tant d'un parc immobilier important que de la fortune relative et de la situation d'endettement. Les experts avaient retenu que la gestion de quatorze immeubles et de leurs locataires (rentabilité locative, travaux de réfection, transformations, mise en valeur des locaux, etc.), ainsi que le fait de s'occuper parallèlement des factures et remboursements, de poursuivre l'assainissement de la dette fiscale et de veiller aux liquidités à avoir à disposition, constituaient une charge trop lourde relativement à l'âge du recourant, bien que les facultés cognitives de ce dernier ne soient pas détériorées au-delà du vieillissement physiologique normal. Ils relevaient que la situation patrimoniale du recourant restait très fragile et nécessitait encore des démarches, actions et consolidations pour être assainie, de sorte que la mesure de curatelle devait être maintenue. Même si l'intervention d'une gérance immobilière avait permis d'améliorer la situation sur le plan de la gestion du parc immobilier, l'assainissement en cours des finances du recourant avait été rendu possible du fait de l'encadrement par un curateur. S'agissant des difficultés à gérer des tâches organisationnelles complexes, l'un des experts avait mentionné, lors de son audition devant la Justice de paix, la gestion du patrimoine immobilier (travaux, calcul des loyers, déclarations fiscale, etc.), qui impliquait de connaître l'ensemble du patrimoine de manière précise pour pouvoir prendre des décisions ponctuelles. L'expert avait confirmé la bonne compétence mémorielle du recourant, précisant toutefois que la gestion complexe à laquelle faisait face l'intéressé nécessitait d'autres capacités cognitives et que le test MMS effectué ne permettait pas d'évaluer les capacités nécessaires à une telle gestion. Il avait ajouté que les conclusions de l'expertise auraient été différentes s'agissant d'une personne ayant une situation financière moins complexe, étant précisé qu'au vu des traits de personnalité du recourant, il était probable que celui-ci n'accepterait pas les recommandations d'une simple gérance qui n'aurait pas les moyens de s'opposer à lui.