Citation: 4C.293/2002 28.03.2003 E. A

A.a Au printemps 1991, les frères F.X.________ et G.X.________ ont donné en location à X.________ AG des locaux professionnels, à Berne, pour un loyer forfaitaire de 215'000 fr. l'an. Le bail a été consenti pour une durée de dix ans à compter du 1er avril 1991, soit jusqu'au 31 mars 2001. Les frères X.________ ont signé le contrat aussi bien comme bailleurs qu'en qualité d'administrateurs de la société locataire. H.Y.________ et I.Y.________ ont également signé ce contrat. Ils étaient les associés de la société en nom collectif Y.________ & Fils, active dans le domaine des articles de boucherie, qui avait acquis la totalité du capital-actions de X.________ AG en mars 1991. Le contrat de bail prévoyait l'ouverture d'un compte de garantie de loyer ou la constitution d'une garantie bancaire d'un montant de 107'500 fr. Le 22 avril 1992, la banque B.________, à Lausanne, a créé, en faveur de F.X.________ et G.X.________, une lettre de garantie ainsi libellée: "(...)Nous vous informons que, d'ordre et pour le compte de Messieurs Y.________ & Fils (...), nous nous portons garants vis-à-vis de vous, à concurrence de la somme de 107'500 fr. (...) à titre de cautionnement solidaire, au sens des art. 492 et suivants CO, pour assurer le paiement régulier du loyer d'une boucherie à Berne." A la même date, la banque B.________ a adressé à Y.________ & Fils un document ayant notamment le contenu suivant: "(...) Pour faire suite à votre demande, nous vous confirmons que nous délivrons, pour votre compte, une lettre de garantie (...), à titre de cautionnement solidaire au sens des art. 492 et suivants CO, de 107'500 fr. (...) en faveur de Messieurs F.X.________ et G.X.________ (...) , pour assurer le paiement régulier du loyer d'une boucherie à Berne. (...) Validité: pour toute la durée du bail et ses renouvellements éventuels. (...)" I.Y.________ et H.Y.________ ont tous deux contresigné ce document. A.b Le 27 décembre 1994, Y.________ & Fils a revendu toutes les actions de X.________ AG qu'elle possédait. Elle a admis, en procédure, n'être plus partie au contrat de bail précité depuis le 1er janvier 1995. Il est établi que les loyers de la boucherie ont été intégralement payés jusqu'à cette date. Ladite boucherie a fermé ses portes en décembre 1994 pour être remplacée, en mars 1995, après quelques travaux de transformation, par une boulangerie. Au cours de l'année 1995, X.________ AG a pris du retard dans le paiement des loyers dus à F.X.________ et G.X.________. Le 17 novembre 1995, la gérance s'est adressée à la banque B.________ pour l'informer d'un arriéré de près de 50'000 fr. et en exiger le paiement sur la base de l'engagement pris le 22 avril 1992. La banque a accusé réception de ce courrier mais on ignore si elle s'est déterminée à son sujet. En revanche, le 23 septembre 1996, la banque A.________, qui avait repris les actifs et passifs de la banque B.________, a informé F.X.________ et G.X.________ que la lettre de garantie émise le 22 avril 1992 était nulle du fait que le contrat de bail ne liait pas Y.________ & Fils, qui n'avait jamais été débitrice des bailleurs. Le 30 septembre 1996, en réponse à une nouvelle demande de la gérance portant sur un arriéré de loyers supérieur à 50'000 fr., la banque A.________ a signifié à celle-ci son refus d'obtempérer, motif pris de la nullité de l'engagement litigieux. Elle a confirmé son refus dans un courrier du 9 octobre 1996. Enfin, dans une lettre du 10 avril 1997 adressée au conseil des bailleurs, elle a précisé sa position en invoquant formellement l'erreur essentielle quant à l'identité du locataire, lequel n'était pas Y.________ & Fils, une cliente bien connue d'elle, mais X.________ AG, une société qui lui était inconnue. A.c Au 30 avril 1997, les loyers en souffrance dus par X.________ AG s'élevaient à 151'992 fr. En vertu d'un accord passé avec les bailleurs, E.________ ont versé à ceux-ci la somme de 100'000 fr., réduisant ainsi le solde des loyers arriérés à 51'992 fr. Le 12 décembre 1997, F.X.________ est devenu l'unique propriétaire de l'immeuble abritant la boulangerie.