Citation: I 776/02 14.11.2003 E. 4

4.1 Dans son rapport du 17 juillet 2000, la doctoresse A.________ a fait état de fibromyalgie, de rachialgies diffuses dans le cadre de troubles statiques avec hyperlaxité axiale, d'ostéome condensant du corps vertébral de L2 et de trouble dépressif et anxieux récurrent. Elle a relevé que la patiente était isolée socialement et en proie à d'importantes difficultés financières. Sur la base de ces éléments, la doctoresse A.________ a estimé que la capacité de travail exigible était nulle et cela dans n'importe quelle activité. Eu égard à ce diagnostic et aux conclusions de la doctoresse A.________, il ne fait guère de doute qu'une expertise psychiatrique était en l'occurrence nécessaire pour se prononcer sur le caractère invalidant des affections psychiques de la recourante. 4.2 Cet examen psychiatrique a été mené par les docteurs B.________ et D.________. Dans leur rapport du 7 janvier 2002, les experts ont imputé les troubles psychiques de l'assurée essentiellement aux difficultés socioculturelles qu'elle a rencontrées en Suisse. Ils ont cependant précisé qu'il est difficile d'établir une incapacité de travail de longue durée pour un trouble dépressif récurrent, surtout lorsqu'il est de degré faible à moyen, et qu'il n'est pas nécessairement justifié d'admettre une incapacité de travail pour un syndrome de fibromyalgie pris isolément. Vu ce qui précède, on pourrait se demander si les experts ne reconnaissent pas, en définitive, que l'incapacité totale de travailler en raison d'affections d'ordre psychique n'a pas de fondement médical. Quoi qu'il en soit, leur appréciation de l'exigibilité de la reprise du travail est contradictoire dans la mesure où ils admettent que l'intimée peut travailler à 100 % d'un point de vue strictement médical, tout en indiquant (dans la même phrase) qu'elle ne retravaillera pas, parce qu'elle ne le peut pas (rapport, p. 14). Enfin, les experts se sont prononcés sur une question de droit, en indiquant que «sur le fond, en fonction des définitions actuelles de la maladie et de l'invalidité, l'AI a raison» (p. 12 du rapport), ce qui n'était pas de leur ressort. Quant au docteur E.________, qui relève également les contradictions de l'expertise, il a attesté que la recourante souffre d'un trouble somatoforme, qu'il assimile à la fibromyalgie, sans comorbidité psychiatrique grave. Il a observé que les experts B.________ et D.________ en avaient apprécié le caractère invalidant au regard de critères que Mosimann n'avait pas retenu dans son étude qui est résumée dans la VSI 2000 p. 155 consid. 2c (rapport du 22 février 2002). Dans ces conditions, on doit admettre que l'expertise des docteurs B.________ et D.________ n'est pas probante, de sorte que les premiers juges étaient fondés à s'en écarter. 4.3 Il faut ensuite se demander si les juges cantonaux pouvaient admettre une incapacité totale de travail, sans procéder à de plus amples investigations. Leurs conclusions vont plutôt à l'encontre des constatations des experts, qui semblent accorder un certain poids à des facteurs sociaux dont l'AI n'a en principe pas à répondre (cf. consid. 2.2 in fine ci-dessus). De plus, la juridiction de recours fonde essentiellement ses conclusions sur le rapport de la doctoresse A.________ en appliquant la jurisprudence relative aux troubles somatoformes douloureux. Quoi qu'il en soit, dans la mesure où l'on ne pouvait pas retenir les conclusions de l'expertise et que l'aspect psychiatrique du dossier n'avait pas été éclairci à satisfaction par le rapport des docteurs B.________ et D.________, on ignore toujours si - et le cas échéant dans quelle mesure - la reprise d'une activité professionnelle par l'intimée est ou non exigible, eu égard à ses affections psychiques. Aussi est-ce à juste titre que l'intimée requiert que l'étendue de sa capacité de travail soit réexaminée à l'occasion d'une nouvelle expertise judiciaire. Ce n'est donc que lorsque la nouvelle expertise psychiatrique aura été réalisée que les premiers juges pourront, en connaissance de cause, statuer à nouveau en appliquant les principes jurisprudentiels rappelés au considérant 2.2 supra.