Citation: 1P.183/2000 28.06.2000 E. 2

2.- Les recourants se plaignent essentiellement de laviolation de leur droit de propriété, garanti autrefois parl'art. 22ter aCst. et désormais par l'art. 26 al. 1 Cst. a) Les restrictions à la propriété ne sont compatiblesavec la Constitution que si elles reposent sur une baselégale, sont justifiées par un intérêt public suffisant etrespectent le principe de la proportionnalité (art. 36 al. 1 à 3 Cst. ; pour la jurisprudence relative à l'art. 22teraCst. , cf. ATF 121 I 117 consid. 3b p. 120; 120 Ia 126consid. 5a p. 142, 270 consid. 3 p. 273; 119 Ia 348 consid. 2a p. 353, et les arrêts cités). b) La LPMNS/GE a notamment pour but de conserver lesmonuments de l'histoire, de l'art ou de l'architecture(art. 1 let. a LPMNS/GE). L'arrêté de classement, dont ladurée est illimitée (art. 11 al. 2 LPMNS/GE), a pour effetque le bâtiment visé ne peut, sans l'autorisation duConseil d'Etat, être démoli, transformé, réparé, fairel'objet de simples travaux ordinaires d'entretien ou d'unchangement dans sa destination (art. 15 al. 1 LPMNS/GE). Lepropriétaire est tenu d'entretenir le bâtiment classé (art. 19 LPMNS/GE). L'Etat peut participer aux frais deconservation, d'entretien et de restauration des immeublesclassés (art. 22 LPMNS/GE). c) Les restrictions au droit de propriété ordonnées envue de la protection des monuments répondent en principe àl'intérêt public (ATF 120 Ia 270 consid. 4a p. 275; 118 Ia384 consid. 5a p. 388/389; 115 Ia 370 consid. 3a p. 373; 109 Ia 257 consid. 5a p. 259). Celui-ci prévaut, enprincipe, sur l'intérêt privé lié à une utilisationfinancière optimale du bâtiment (ATF 120 Ia 270 consid. 6cp. 285; 109 Ia 257 consid. 5d p. 263). Le classement nepeut être ordonné pour la protection des intérêts d'uncercle privilégié de spécialistes; cette mesure doitsatisfaire à des critères larges, objectifs etfondamentaux, répondant aux besoins d'une grande part de lapopulation (ATF 118 Ia 384 consid. 5a p. 389; 89 I 464consid. 4b p. 474; arrêt non publié B. du 23 juin 1995, reproduit in: ZBl 97/1996 p. 366 et résumé in: RDAF 1997 1p. 503, consid. 4b). Le classement d'un bâtimentconstituant une restriction grave au droit de propriété(ATF 118 Ia 384 consid. 4a p. 387), le Tribunal fédéralexamine librement la légalité de cette mesure (ATF 124 I 6consid. 4b/aa p. 8; 121 I 117 consid. 3b/bb p. 120/121; 119Ia 88 consid. 5c/bb p. 96, 362 consid. 3a p. 366, et lesarrêts cités), ainsi que l'application du droit cantonal, la pesée des intérêts en présence et le respect du principede la proportionnalité (ATF 121 I 117 consid. 3b/bb et c p. 120/121; 119 Ia 362 consid. 3a p. 366). Le Tribunal fédérals'impose toutefois de la retenue particulière dans l'examende questions d'appréciation ou de circonstances locales, dont les autorités cantonales ont une meilleureconnaissance, notamment pour ce qui concerne la protectiondes monuments (ATF 120 Ia 270 consid. 3b p. 275; 119 Ia 88consid. 5c/bb p. 96; 118 Ia 384 consid. 4b p. 388). Leprincipe de la proportionnalité exige qu'une mesurerestrictive soit apte à produire les résultats escomptés etque ceux-ci ne puissent être atteints par une mesure moinsincisive; en outre, il interdit toute limitation allantau-delà du but visé et il exige un rapport raisonnableentre celui-ci et les intérêts publics ou privés compromis(ATF 124 I 40 consid. 3e p. 44/45; 119 Ia 348 consid. 2a p. 353; 118 Ia 394 consid. 2b p. 397). Sous ce dernier aspect(principe de proportionnalité au sens étroit), une mesurede protection des monuments est incompatible avec laConstitution si, dans la pesée des intérêts en présence, elle produit des effets insupportables pour lepropriétaire. Savoir ce qu'il en est ne dépend passeulement de l'appréciation des conséquences financières dela mesure critiquée, mais aussi de son caractèrenécessaire: plus un bâtiment est digne d'être conservé, moins les exigences de la rentabilité doivent être prisesen compte (ATF 118 Ia 384 consid. 5e p. 393). d) Les recourants ne contestent pas que la mesurecritiquée repose sur une base légale. e) Selon le Tribunal administratif, le classement dubâtiment A1035 serait justifié par le fait que la salle decinéma aurait conservé, à l'intérieur comme à l'extérieur, ses caractéristiques d'origine. Hormis la modification dela scène, de la fosse et de la buvette, l'aménagementintérieur serait resté inchangé, tant pour ce qui concerneses éléments décoratifs que sa structure. La salle seraitle dernier témoin des cinémas de quartier et un exempled'une architecture fonctionnaliste moderne au coeur d'unsite bâti ancien.