Citation: 2C_302/2019 E. 4.2

4.2. En l'espèce, le recourant 1 séjourne et travaille en Suisse depuis 2005 sans autorisation. Son épouse séjourne quant à elle illégalement en Suisse depuis 2010. Leurs enfants, qui sont tous les trois nés en Suisse, ne bénéficient pas non plus d'autorisations pour demeurer dans ce pays. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des recourants n'a séjourné légalement en Suisse plus de dix ans. Ce n'est qu'en 2017 qu'ils ont décidé de régulariser leur situation, raison pour laquelle ils ne peuvent au surplus se targuer d'une bonne intégration, acquise en marge de la légalité, pour se prévaloir du droit à une autorisation de séjour fondée sur la protection de la vie privée garantie par l'art. 8 CEDH. Cela reviendrait en effet à admettre contre tout bon sens que l'addition d'années de séjour illégal équivaut au droit d'obtenir une autorisation de séjour fondée sur l'art. 8 CEDH et par conséquent à récompenser en dernier ressort une attitude contraire au droit. Partant, les explications des recourants quant à la possibilité d'invoquer l'art. 8 CEDH, malgré un séjour illégal, ne sauraient être suivies. L'arrêt de la CourEDH Jeunesse c. Pays-Bas du 3 octobre 2014, requête n° 12738/10, cités par les recourants, ne permet pas d'arriver à une autre conclusion. En effet, cet arrêt ne fait que confirmer la jurisprudence selon laquelle la situation d'un immigré établi est différente de celle d'un étranger sollicitant l'admission sur le territoire national (§ 105), respectivement la jurisprudence selon laquelle l'art. 8 CEDH ne saurait s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par les couples mariés, de leur pays de résidence et de permettre le regroupement familial sur le territoire de ce pays (§ 107). Ce n'est qu'à titre exceptionnel, en présence d'un cumul de circonstances particulières, que dans la cause précitée, la CourEDH a admis une obligation positive des Pays-Bas de régulariser la situation de la requérante (tous les autres membres de sa famille, c'est-à-dire son mari et ses trois enfants, étaient ressortissants néerlandais et donc au bénéfice d'un droit de demeurer dans ce pays; à sa naissance, la requérante avait également la nationalité néerlandaise; la requérante résidait depuis seize ans aux Pays-Bas; la présence de la requérante était tolérée par les autorités de ce pays; les enfants de la requérante étaient profondément enracinés dans leur pays d'origine et leur intérêt supérieur s'opposait à devoir le quitter ou à être séparés de leur mère). Une telle situation exceptionnelle ne se retrouve pas dans le cas d'espèce, déjà par le simple fait qu'aucun des membres de la famille n'a la nationalité suisse et, par conséquent, un droit de demeurer dans ce pays. Il s'ensuit que les recourants ne peuvent pas se prévaloir de manière défendable du droit au respect de la vie privée garanti par l'art. 8 CEDH. Le recours en matière de droit public est irrecevable sous cet angle également.