Citation: 2C_571/2021 E. 7.4

7.4. Les faits constatés, qui lient la Cour de céans (art. 105 al. 1 LTF), révèlent une situation procédurale particulière. En effet, les autorités cantonales ont été saisies le 11 juillet 2019 d'une demande de regroupement familial formée par le recourant 1 pour permettre à l' ensemble de sa famille, soit son épouse et ses deux enfants, de venir en Suisse. Toutefois, elles ont traité différemment les membres de la famille faisant l'objet de la demande. Ainsi, tout en relevant, à juste titre, que la naissance en Serbie du recourant 2 ne constituait pas une raison familiale majeure justifiant à l'ensemble d'une famille ayant volontairement vécu séparée durant plusieurs années de venir en Suisse (cf. supra consid. 7.1), les autorités cantonales ont néanmoins indiqué que, si le recourant 1 souhaitait tout de même être rejoint en Suisse par le recourant 2, c'était le choix de la famille. Du reste, après que le recourant 1 ait fait usage de cette possibilité, les autorités cantonales ont délivré une autorisation d'établissement au recourant 2. En procédant de la sorte, les autorités cantonales ont elles-mêmes accepté que le recourant 2, âgé d'à peine un an, vienne rejoindre son père en Suisse et que les membres de la famille soient dès lors séparés, alors qu'elles savaient que sa mère et son frère souhaitaient également poursuivre leur vie familiale en Suisse, puisque la demande de regroupement familial les concernait aussi. Le fait que lesdites autorités aient avisé le recourant 1 que s'il faisait venir son fils cadet en Suisse, il devrait alors assumer ce choix, ne leur permettait pas pour autant de renoncer à examiner cette nouvelle situation, qu'elles ont elles-mêmes créée, sous l'angle de l'art. 47 al. 4 LEI au seul motif que la venue en Suisse du recourant 2 émanait d'une décision du recourant 1. L'octroi d'une autorisation d'établissement au recourant 2 en juin 2020 aboutit ainsi à une nouvelle situation dont il appartient auxdites autorités de tenir compte: la famille est une nouvelle fois divisée, car malgré la demande du recourant 1 visant à regrouper l'ensemble des membres de sa famille, seul un membre de celle-ci, soit l'enfant le plus jeune, a été autorisé à vivre de manière durable en Suisse, tandis que sa mère et son frère ne peuvent pas le rejoindre. Or, les autorités cantonales ne pouvaient, d'une part, considérer que la venue du recourant 2 ressortait du seul choix du recourant 1, qui avait pourtant clairement indiqué sa volonté de voir toute sa famille réunie, et, d'autre part, octroyer une autorisation d'établissement au recourant 2 sans tenir compte de ce changement majeur pour la famille. Une telle situation est contraire tant à l'art. 8 CEDH qu'à l'art. 3 CDE et constitue ainsi une raison familiale majeure au sens de l'art. 47 al. 4 LEI.