Citation: 1C_207/2020 E. 6.4

6.4. Pour expliquer une soudaine dégradation du lien conjugal quinze mois seulement après l'octroi de la naturalisation, la recourante se borne à affirmer, de manière appellatoire, que plusieurs événements ont affecté son couple entre l'automne 2015 et l'été 2016 (visite de sa mère au printemps 2016, difficultés financières, problèmes dentaires, accident de la circulation avec retrait du permis de conduire, désaccords sur les prestations d'assurance, désintérêt subit de l'époux envers la tenue du ménage, fin du droit au chômage de la recourante, dépenses inconsidérées de l'époux); plus que les événements eux-mêmes, c'était leur nombre et leur accumulation sur une courte période qui avait déstabilisé le lien conjugal. Nonobstant le fait que ces éléments ne permettent pas d'établir qu'en juin 2015, au moment de la signature de la déclaration commune, l'harmonie existait toujours au sein du couple au point d'envisager la continuation de leur vie maritale pour une période durable, la recourante ne répond pas à l'argumentation convaincante du Tribunal administratif fédéral qui a expliqué pour quelle raison la mauvaise tenue du logement par l'époux (notamment l'absence de nettoyage des déjections des chiens à l'intérieur de la maison) ne pouvait avoir un caractère extra ordinaire susceptible d'expliquer la dégradation rapide des liens conjugaux: la recourante devait en effet déjà connaître la tendance de son époux à délaisser la propreté du logement dès lors que, selon ses propres dires, elle s'était initialement occupée des déjection canines précisément pour cette raison. Le Tribunal administratif fédéral pouvait aussi, sans arbitraire, considérer que le couple avait connu des difficultés particulières à ce sujet avant 2016, l'époux semblant avoir eu un manque de compréhension face à l'allergie aux chiens survenue chez son épouse et celle-ci ayant déclaré dans le requête de mesures protectrices de l'union conjugale que son mari lui aurait toujours donné l'impression de préférer ses chiens aux joies d'une vie commune. L'instance précédente pouvait en outre, sans violer le droit fédéral, considérer que les problèmes financiers (liés à la perte de l'emploi de la recourante en juin 2014, aux conséquences financières de problèmes dentaires et d'un accident de la route, à la fin des prestations de l'assurance-chômage et aux dépenses inconsidérées du mari) n'étaient pas de nature à expliquer la fin subite de la vie d'un couple marié depuis de nombreuses années, sauf à considérer que leur union n'était pas stable; s'y ajoutait que la recourante n'avait jamais allégué devant le SEM que sa situation financière avait été le facteur-clé de la désunion du couple. Il sied par ailleurs de relever à cet égard que l'époux n'a jamais évoqué les problèmes financiers comme cause de la séparation. Quant à la pression familiale prétendument subie par la recourante en raison de la venue de sa mère en Suisse au printemps 2016, le Tribunal administratif fédéral pouvait juger qu'elle ne constituait pas un événement extraordinaire suffisant pour expliquer la dégradation rapide des liens conjugaux d'un couple marié et stable. Dans ce contexte, il apparaît davantage que le processus de délitement du lien conjugal s'est effectué lentement au fil des années, au point d'atteindre un point culminant lors de la visite de la mère de la recourante. L'époux a d'ailleurs déclaré qu'aucun événement n'était intervenu à la suite de la naturalisation de sa femme permettant de remettre en cause la communauté conjugale à tel point que la séparation était devenue incontournable. S'agissant de l'absence de conscience de la gravité des problèmes de couple au moment de la signature de la déclaration commune, l'instance précédente a expliqué pourquoi la question de la procréation avait une importance prépondérante dans leur relation. La recourante ne répond à aucun des arguments exposés dans le détail par les juges précédents (notamment l'impact psychologique sur la recourante de cet événement ayant fait naître chez elle un profond sentiment de rejet et du ressenti envers son époux, voir arrêt attaqué consid. 7.3 p. 13 et 14). Elle se contente d'affirmer que la question de la procréation ne constituait pas une source latente de conflit entre les époux puisqu'ils avaient accepté le destin d'un couple sans enfant. Compte tenu de ce qui précède, cette simple assertion est insuffisante à renverser la présomption établie. Pour le reste, la comparaison avec d'autres situations de retrait de naturalisation facilitée est sans pertinence pour l'examen de la question de savoir s'il y a eu obtention frauduleuse de naturalisation au sens de l'art. 41 aLN. Enfin, les déclarations du mari affirmant que les problèmes du couple étaient apparus dans le courant de l'année 2016 et que le couple avait fêté son anniversaire de mariage dans un restaurant chinois ne permettent pas, quoi qu'en pense la recourante, une autre appréciation. En effet, ils ne constituent pas des éléments extraordinaires qui auraient précipité la fin de l'union ou qui permettraient de penser que la recourante n'avait pas conscience durant la procédure de naturalisation facilitée de la détérioration de sa relation conjugale.