Citation: 4A_122/2016 E. 8.1

8.1. Le montant hypothétique que le défunt aurait régulièrement consacré à l'entretien de ses survivants doit être estimé individuellement pour chacun d'eux, d'après leur situation au jour du décès, et capitalisé à cette date. La perte de soutien se calcule de manière exclusivement « abstraite » en ce sens qu'il n'est opéré aucune distinction entre le dommage que le décès a effectivement causé jusqu'au jugement, d'une part, et celui à prévoir après le jugement, d'autre part. Cette distinction est pratiquée dans l'application de l'art. 46 CO, en cas d'incapacité de travail consécutive à des lésions corporelles, parce que les risques de décès et d'invalidité du lésé ne grèvent que l'avenir (ATF 119 II 361 consid. 5b p. 366). La perte de soutien dépend notamment du revenu hypothétique que le défunt se serait procuré sans l'accident; il s'ensuit que ce revenu doit lui aussi être estimé. Les principes qui régissent l'estimation d'un revenu hypothétique ne sauraient différer selon que la victime de l'accident est décédée ou que, devenue invalide, elle est désormais incapable de travailler; la jurisprudence concernant l'incapacité de travail est donc transposable. Ainsi, le revenu hypothétique doit être autant que possible établi de manière concrète, sur la base du revenu effectivement obtenu avant l'accident (ATF 131 III 360 consid. 5.1 p. 363). La capitalisation au taux de 3½% compense correctement le renchérissement futur (ATF 125 III 312 consid. 5a p. 317 et consid. 7 p. 321); une progression future du revenu réel ne doit être prise en considération que si elle apparaît concrètement prévisible au regard de la profession de la victime et des circonstances particulières de son cas (ATF 132 III 321 consid. 3.7.2.1 et 3.7.2.2 p. 337; arrêt 4A_543/2015 du 14 mars 2016, consid. 6). Cela ne contredit d'ailleurs pas la jurisprudence plus ancienne (ATF 101 II 346 consid. 3b p. 351) relative à l'estimation du revenu hypothétique dans le cadre de l'art. 45 al. 3 CO. Contrairement aux considérants de la Cour de justice, il n'est donc pas question d'une estimation « abstraite » du revenu hypothétique.