Citation: I 705/04 02.12.2005 E. 4

Pour trancher le litige, il convient, ainsi que l'a effectué la juridiction cantonale, de comparer la situation de la recourante telle qu'elle se présentait le 1er décembre 1993, date de la décision initiale d'octroi d'une demi-rente d'invalidité, et celle qui était la sienne au moment de la décision de rejet de la demande de révision, du 15 février 2002. 4.1 La recourante déclare qu'elle présente une capacité de travail très fortement réduite, voire quasi nulle étant donné qu'elle est totalement absente du marché du travail pendant ses crises de pneumonie. Elle reproche aux premiers juges de n'avoir pas ordonné d'enquêtes sur ce point ni mis en oeuvre d'expertise auprès d'un spécialiste en pneumologie et demande que la cause soit renvoyée à la juridiction cantonale pour instruction complémentaire en ce qui concerne ses problèmes pulmonaires, dont elle allègue qu'ils n'ont fait qu'empirer depuis la décision de rente du 1er décembre 1993. 4.2 Déjà, à l'époque de la décision initiale de rente, la recourante présentait fréquemment, soit deux à trois fois l'an, des foyers de bronchopneumonie basale gauche avec décours prolongé (rapport médical du docteur G.________ du 27 août 1992). Ainsi que cela ressort du dossier, ses infections pulmonaires devenaient chaque fois plus graves et plus pénibles. En 1992, elle avait reçu des soins auprès du docteur N.________, puis avait consulté les docteurs G.________ et B.________, tous deux pneumologues. Elle avait dû cesser toutes ses activités pendant une période d'environ un mois une année et de trois mois l'année suivante. Entre 2000 et 2002, la recourante a été victime de deux épisodes de surinfection grave de la base gauche pulmonaire. Une scanographie thoracique effectuée le 13 avril 2000 à l'Hôpital Z.________ a permis de constater des signes de surinfection au sein de kystes avec surtout des niveaux hydro-aériques, ainsi qu'un épaississement des septa entre ces kystes. Les poumons étaient toutefois d'aspect normal des deux côtés. Dans un rapport intermédiaire du 15 juillet 2000, le docteur G.________ a attesté une incapacité totale de travail du 14 janvier au 1er mai 2000 et une incapacité de travail de 50 % à partir du 2 mai 2000. Dès le 25 août 2000, la recourante a été en traitement auprès du docteur K.________, médecin de la Permanence de X.________, pour une infection pulmonaire purulente suivie de septicémie. Sur la base de ces éléments, il y a lieu de constater qu'en dehors des deux épisodes de surinfection grave de la base gauche pulmonaire, il n'y a pas eu d'aggravation de la pathologie somatique, ainsi que cela ressort du rapport d'examen SMR du 23 janvier 2002. Certes, de l'avis des médecins de la Permanence de X.________, l'insuffisance respiratoire qui s'est développée sur une bronchopneumopathie chronique obstructive tend à s'aggraver. Dans leur rapport médical du 11 décembre 2000, ils ont attesté une incapacité totale de travail depuis le 25 août 2000. Toutefois, ainsi que cela ressort de leur rapport complémentaire du 8 juin 2001, une reprise du travail à 50 % comme secrétaire peut être envisagée, à la condition que l'environnement professionnel ne comprenne aucun des allergènes auxquels la patiente est sensible selon les tests déjà pratiqués. La Cour de céans n'a dès lors aucune raison de s'écarter de l'appréciation de la capacité de travail de l'assurée par le docteur G.________ dans son rapport intermédiaire du 15 juillet 2000. En dehors des deux épisodes de surinfection grave de la base gauche pulmonaire, la recourante, au point de vue physique, présentait au moment déterminant une capacité de travail de 50 % dans une activité adaptée à son état de santé. Dans leur rapport du 23 août 2001, le professeur A.________ et le docteur K.________, bien qu'ils aient été dans l'impossibilité de réaliser l'expertise requise par l'office AI en raison de l'attitude de l'assurée, ont cependant indiqué que les quelques éléments qu'ils avaient pu collecter - à savoir un ronronnement dans la gorge le soir plusieurs heures après une exposition à la fumée, ou des réactions « allergiques » à certains antibiotiques, imputées à un effet toxique de ceux-ci en raison d'une constipation - semblaient peu évocateurs d'une étiologie allergique. Il s'ensuit qu'une instruction complémentaire n'est pas nécessaire en ce qui concerne les problèmes pulmonaires de la recourante. Sur ce point, le recours est mal fondé. 4.3 La recourante fait valoir que son état de santé s'est modifié du point de vue psychique et que cela a influé de manière défavorable sur sa capacité de travail. 4.4 Pour trancher cette question, les premiers juges se sont fondés sur l'expertise du professeur R.________ du 30 octobre 2001 et sur son rapport complémentaire du 15 janvier 2002. Ils ont retenu que la recourante ne souffrait d'aucune affection mentale ayant une influence significative sur sa capacité de travail. En effet, même si l'expert psychiatre a mentionné des traits de nature paranoïaque, il a aussi indiqué sans ambiguïté possible que ceux-ci n'influençaient pas de manière sensible la capacité de travail de l'assurée. 4.4.1 L'argument de la recourante, selon lequel les motifs avancés par la juridiction cantonale ne correspondent pas aux conclusions de l'expert R.________, n'est pas pertinent. Certes, dans son rapport du 30 octobre 2001, ce médecin a déclaré que du point de vue psychique, il existait de réelles limitations à ce que la patiente reprenne un emploi lucratif sans que l'on ait pris à son égard quelques précautions. Cela n'a pas, toutefois, la portée qu'en tire la recourante. En effet, le professeur R.________ a été invité le 8 janvier 2002 par le médecin de l'office AI à lui communiquer son appréciation sur le degré de la capacité de travail en % dans une activité adaptée. Dans sa réponse, l'expert a précisé que la capacité de travail devait être essentiellement jugée sur les problèmes somatiques que rencontre l'assurée. L'exacerbation de ses traits de caractère autrement tolérables en était la conséquence immédiate. Du strict point de vue psychique, il n'y avait pas lieu de les considérer comme aggravant notablement le degré de l'invalidité physique qui devait être pris en compte (rapport complémentaire du 15 janvier 2002). 4.4.2 Dans son attestation du 14 octobre 2004, le docteur O.________ est de l'avis que le rapport d'expertise du professeur R.________ décrit un trouble psychique qui diminue la capacité de gain de la recourante et justifie une augmentation de sa rente d'invalidité. Les propositions d'activités professionnelles avancées par l'expert lui semblent bien conçues mais irréalisables dans la pratique. En sus de l'incapacité de travail à 50 % déjà reconnue pour son affection somatique, le docteur O.________ estime à 25 % la réduction supplémentaire de la capacité de travail de sa patiente due à son état psychique. 4.4.3 Lorsque des spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF 125 V 352 consid. 3b/aa et les références; arrêt T. du 14 septembre 2005 [I 634/04]). 4.4.4 Les déclarations du docteur O.________, médecin traitant de la recourante, ont une moindre valeur probante que l'expertise du professeur R.________ en raison du rapport de confiance qui lie le médecin traitant à son patient (ATF 125 V 353 consid. 3b/cc; comp. ATF 124 I 175 consid. 4). Dans son expertise psychiatrique, dont il est constant qu'elle remplit toutes les conditions auxquelles la jurisprudence soumet la valeur probante d'un tel document (ATF 125 V 352 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c et les références), le docteur R.________ a mis en avant un trouble de la personnalité de type paranoïaque, diagnostic que retient également le docteur O.________. Dans son rapport complémentaire du 15 janvier 2002, l'expert a expliqué pourquoi, à son avis, la capacité de travail de la recourante devait être essentiellement jugée sur les problèmes somatiques qu'elle présente. Ainsi que le relève le docteur O.________, le docteur R.________ a formulé des propositions d'activités professionnelles. Devant le caractère aléatoire d'un emploi adapté à la situation de l'assurée, l'expert a indiqué qu'il serait préférable de s'acheminer vers un travail à domicile. L'attestation du docteur O.________ du 14 octobre 2004, dont la motivation est fort brève, n'indique pas la raison pour laquelle cette proposition de l'expert serait irréalisable dans la pratique. Le médecin traitant de la recourante n'explique pas non plus pourquoi il a fixé à 25 % la réduction supplémentaire de la capacité de travail de sa patiente imputable à son état psychique. Dès lors la Cour de céans n'a aucune raison de s'écarter des conclusions du docteur R.________ dans son expertise psychiatrique. En ce qui concerne l'attestation du docteur S.________ du 8 mars 2002 à laquelle se réfère la recourante, il n'est pas prouvé au degré de la vraisemblance prépondérante que celle-ci présentait une névrose d'angoisse lors de la décision administrative litigieuse du 15 février 2002. Que ce soit le professeur R.________ ou le docteur O.________, aucun de ces psychiatres n'a relevé l'existence d'une névrose d'angoisse. 4.5 Il s'ensuit qu'au moment déterminant, toute modification sensible de l'état de santé de la recourante doit être niée. Avec les médecins du SMR, il y a lieu de retenir que celle-ci présentait une capacité de travail exigible de 50 % dans une activité adaptée (rapport d'examen du 23 janvier 2002). C'est dès lors à juste titre que l'intimé a rejeté sa demande tendant à la révision de son droit à une demi-rente d'invalidité.