Citation: 4C.326/2006 22.05.2007 E. A

A.a Y.________ (le demandeur), né le 28 septembre 1945, a été engagé dès le 1er septembre 1970 en qualité de comptable par la Fiduciaire A.________, à Lausanne. A une date indéterminée, Fiduciaire X.________ SA (ci-après: la fiduciaire X.________ ou la défenderesse) a repris les activités de la Fiduciaire A.________, et singulièrement le contrat de travail de Y.________. Le 1er janvier 1985, le demandeur, qui avait obtenu le diplôme fédéral de comptable en mai 1981, a été promu chef comptable et fondé de pouvoir de la fiduciaire X.________. Il a été constaté que Y.________ était un collaborateur fidèle et dévoué, possédant de bonnes connaissances techniques. Il était un excellent chef comptable doté des compétences pour diriger une petite équipe. A.b De juin 1996 à novembre 2002, B.________ a été l'actionnaire unique et le président du conseil d'administration de la défenderesse, dont il était également directeur; son épouse, dame B.________, était également administratrice et employée de la défenderesse. En 2002, le groupe C.________, devenu Groupe D.________ SA, a acquis les actions de la défenderesse. Ce groupe collabore avec la Gérance Immobilière E.________ SA (ci-après: E.________ SA), à Lausanne. La même année, B.________ a cessé ses fonctions de directeur de la fiduciaire X.________, tout en conservant un poste d'administrateur. A la fin du mois d'octobre 2002, dame B.________ a également arrêté son activité au sein de la défenderesse. Dès le mois de novembre 2002, F.________ a repris la direction de la défenderesse. Dans le but d'améliorer la productivité des employés, il a retiré au demandeur la responsabilité du contrôle des bouclements établis par les comptable, lesquels ont reçu pour instruction de traiter eux-mêmes l'établissement des comptes, bilans y compris, et de les soumettre directement à F.________, qui ne passait que brièvement dans les bureaux de la fiduciaire. Ce changement de système a généré des erreurs dans la comptabilité de certains clients. C'est Y.________ qui a dû faire face au mécontentement et aux plaintes de ces derniers. Comme la défenderesse manquait de personnel, tous les employés faisaient des heures supplémentaires; le demandeur a ainsi dû procéder lui-même à des travaux de facturation de clients. Après le départ de dame B.________, Y.________, qui s'occupait déjà de la gestion technique de différents immeubles, a été chargé de leur gestion administrative, laquelle, selon la volonté de B.________, devait être confiée à E.________ SA à compter du 1er janvier 2003. Toutes les opérations, comptables et financières, nécessaires à ce transfert ont été accomplies par Y.________ pour le 31 décembre 2002. A.c Par courrier du 16 novembre 2002, Y.________ a informé la fiduciaire X.________ de son intention de réduire progressivement son activité professionnelle et de bénéficier d'une retraite anticipée dès le 1er janvier 2006. Le 16 décembre 2002, la défenderesse, sous la plume de F.________, lui a répondu que son taux d'occupation passerait à 90 % dès le 1er janvier 2003 pour un salaire brut de 9'630 fr., plus 400 fr. de frais de déplacement, à 80 % à partir du 1er janvier 2004 avec un salaire mensuel brut de 8'560 fr., puis à 70 % dès le 1er janvier 2005 pour un traitement brut de 7'490 fr. par mois. La fiduciaire X.________ précisait encore au travailleur qu'elle avait pris bonne note qu'au 1er janvier 2006 celui-ci bénéficierait d'une retraite anticipée. Au mois de décembre 2002, le demandeur a sollicité une augmentation de salaire qui lui a été refusée. Y.________ a perçu en 2002 un salaire annuel brut de 134'300 fr. A.d En janvier 2003, la fiduciaire X.________ a retiré la place de parking dont le demandeur disposait depuis de nombreuses années, au motif qu'il n'avait plus à se déplacer pour effectuer les états des lieux d'immeubles. De même, la défenderesse n'a plus mis à disposition de Y.________ d'ordinateur pour faire son courrier; l'intéressé pouvait néanmoins recourir à une secrétaire. Entre les mois de janvier et mars 2003, les tâches de gérance d'immeubles sont progressivement passées du demandeur à F.________, employé de E.________ SA. Au début mars 2003, G.________, employée de la défenderesse, s'est vu confier la direction du secteur fiscal, dont s'occupait précédemment Y.________; elle a été priée d'être discrète sur ce changement, dont le prénommé n'a pas été informé. Il a été retenu que le demandeur s'est plaint d'être mis sur la touche et qu'il a souffert de se voir confiner à des tâches, peu gratifiantes à ses yeux. Désormais sous-occupé, il est devenu sombre; ses collègues ont été embarrassés de le voir dans cette situation. Par pli du 13 février 2003, l'assurance H.________, auprès de laquelle la défenderesse avait cotisé jusqu'à la fin 2002 à un plan de prévoyance complémentaire en faveur du demandeur, a avisé ce dernier que, "suite à la résiliation de (son) contrat de travail", la prestation de libre passage, par 90'558 fr. 10, était transférée dans l'institution de prévoyance de son nouvel employeur. La Fiduciaire X.________ n'a jamais informé le demandeur qu'elle avait décidé de cesser de payer les primes de ce contrat d'assurance. A.e Par courrier recommandé du 22 février 2003, le demandeur s'est plaint à la défenderesse des conditions de travail et de salaire qui étaient les siennes depuis le 1er janvier 2003; il a notamment exposé que la "nouvelle orientation de (son) activité décidée unilatéralement (fait) que le contrat de travail ... n'est plus respecté". Dans une longue écriture qu'il a adressée en recommandé à son employeur le 18 mars 2003, Y.________ a développé six points pour montrer que son contrat était transgressé depuis le début de l'année 2003. Le travailleur a ainsi soutenu que le salaire qui lui a été versé dès janvier 2003 était inférieur de 400 fr. à celui qui lui avait été promis en décembre 2002 (1); que des prestations qui lui avaient été accordées depuis de nombreuses années étaient supprimées sans compensation (place de parc, participation à un fonds de prévoyance) (2); que le fait de lui confier dorénavant le 100 % des déclarations d'impôts en lieu et place de ses anciennes activités le confrontait à une tâche irréalisable, dès l'instant où il ne travaillait plus qu'à 90 % (3); que l'utilisation du système de facturation pour contrôler la rentabilité des collaborateurs revenait à privilégier la seule rapidité du travail du comptable, au préjudice de la qualité de l'analyse (4); que 50% du personnel, absent pour diverses causes, n'avait pas été remplacé, malgré qu'il ait sollicité l'engagement d'auxiliaires (5); qu'il était excédé de répondre journellement à des clients mécontents des services de la défenderesse (6). Le demandeur requérait de la fiduciaire X.________ une prise de position sans délai sur les points 1, 2 et 3 susrappelés. Par pli du 27 mars 2003, la défenderesse a résilié le contrat de travail de Y.________ avec effet au 30 juin 2003, en le libérant de son obligation de travailler jusqu'au terme du délai de congé. Le 9 mai 2003, le demandeur a formé opposition au congé, prétendant qu'il était abusif au sens de l'art. 336 al. 1 let. a, c et d CO. Y.________ a été totalement incapable de travailler à la suite d'un accident du 16 juin au 13 juillet 2003; sa capacité de travail a été réduite à 50% du 14 juillet au 31 juillet 2003. Invitée par le conseil du demandeur à motiver le congé donné, la défenderesse a écrit, le 1er juillet 2003, que, dans le cadre d'un "redimensionnement de ses activités" et d'un changement au sein de ses organes dirigeants, s'était posée la question de la place de Y.________ dans cette structure. Elle a déclaré que, nonobstant son titre de fondé de pouvoir, l'intéressé n'avait jamais rempli de tâches de coordination et de gestion du personnel. La défenderesse a reproché au demandeur de n'avoir assumé "qu'avec de grandes difficultés" les mandats de gérance administrative afférents aux immeubles des clients de la fiduciaire X.________. Pour la défenderesse, il était devenu nécessaire de se séparer de ce collaborateur "certes ancien, mais malheureusement inefficace", dont le manque de motivation affectant la qualité de son travail et les nombreuses carences avaient eu raison des efforts de la fiduciaire X.________ pour tenter de l'intégrer dans une nouvelle organisation. Par lettres des 8 juillet et 15 juillet 2003, la défenderesse a mis en demeure le demandeur, qui aurait recouvré sa capacité de travail, soit de reprendre immédiatement ses fonctions au sein de la fiduciaire X.________ jusqu'à la fin du mois de juillet 2003, soit d'accepter que les rapports de travail ont pris fin entre les parties le 30 juin 2003. Y.________ a répondu, d'une part, que son incapacité de travail avait reporté l'échéance contractuelle au 31 août 2003 et, d'autre part, qu'il ne reprendrait pas son activité, car il avait été gravement fragilisé au plan psychologique par un congé inopiné; il a ainsi indiqué être au bénéfice d'une attestation médicale exposant qu'il était médicalement contre-indiqué de le voir retourner à son ancienne place de travail.