Citation: 9C_700/2009 29.03.2010 E. 4

4.1 Sur le plan somatique, les premiers juges ont estimé qu'il se justifiait de reconnaître pleine valeur probante aux conclusions du docteur T.________ qui, du reste, concordaient avec celles du docteur N.________, médecin-conseil du SMR, ou n'étaient pas véritablement contredites par celles des docteurs A.________ et U.________. Ils retenaient par conséquent que l'assuré présentait une pleine capacité de travail dans le métier de chauffeur depuis le 1er décembre 1996. Si on peut constater que cette assertion n'est manifestement pas exacte et intrinsèquement contradictoire dans le sens où le docteur T.________, dont l'avis sert de référence, a conclu à une pleine capacité de travail dans une activité adaptée depuis la fin de l'année 1993, sauf pendant la période comprise entre septembre et novembre 1996 (intervention chirurgicale et convalescence), si on a peine à saisir l'argumentation de l'administration qui fait allusion au rapport du médecin mentionné pour soutenir de manière contradictoire que l'invalidité actuelle, donc l'incapacité de travail, remonte à une date où l'intimé résidait en Afghanistan, on relèvera cependant que ces éléments ne présentent malgré tout pas d'importance en l'occurrence puisque, quelle que soit la position qu'on retienne, il apparaît que l'assuré n'a pas droit à des prestations à raison des troubles somatiques dont il souffre. En effet, soit ceux-ci ont cessé d'influencer la capacité de travail de l'intimé bien avant son arrivée en Suisse (cf. avis concordant des docteurs T.________, A.________ et U.________) et la question de leur caractère invalidant ne se pose pas, soit ils trouvent leur origine dans les événements de 1990 et 1992, aucun accident n'étant survenu en Suisse (cf. rapport du docteur A.________ du 12 octobre 2006), et les conditions d'assurance n'étaient alors pas remplies. 4.2 La lecture de l'acte attaqué montre clairement que seuls les affections psychiatriques sont à l'origine de l'octroi de la rente par les premiers juges. 4.2.1 La juridiction cantonale a conféré une pleine valeur probante au rapport d'expertise du docteur L.________ et à l'avis de la doctoresse H.________ qui n'étaient, selon elle, pas valablement remis en cause par l'appréciation de la doctoresse C.________, médecin-conseil du SMR. Elle en a déduit que l'assuré présentait un état de stress post-traumatique (remontant à 1985, réactivé en 1990, n'ayant jamais empêché la pratique d'un métier) ainsi qu'un état dépressif (sévère de 1998 à 2001, actuellement léger) et, malgré la faible intensité que revêtait l'affection psychiatrique subsistante, a attribué l'incapacité totale de travail à des troubles de la concentration ainsi qu'à des problèmes de mémoire observés par l'expert psychiatre. 4.2.2 Même si elle est plutôt abstruse et ne met pas vraiment l'accent sur les points pertinents pour la solution du cas d'espèce, l'argumentation de l'office recourant met néanmoins en évidence une appréciation manifestement inexacte des preuves par les premiers juges. S'il ressort concrètement du raisonnement tenu par ces derniers que l'état de stress post-traumatique est né à une époque où l'intimé résidait en Afghanistan, qu'il n'a jamais été incapacitant et que la naissance de l'incapacité de travail coïncide avec le début du traitement de l'état dépressif sévère par la doctoresse H.________, il apparaît logiquement que les deux affections diagnostiquées ne peuvent être indiscernablement à l'origine de l'incapacité de travail et que seul l'état dépressif semble pouvoir en être la cause. 4.2.3 Contrairement à ce que défend l'administration, le travail de l'expert psychiatre et du psychiatre traitant n'est en soi pas critiquable. En revanche, les conclusions qu'ils en tirent peuvent prêter à discussions. Cependant, les éléments invoqués par l'office recourant n'y changent rien. En effet, des faits tels que la date de l'octroi de l'asile ou à laquelle l'assuré a compris qu'il ne pourrait plus retourner dans son pays sont peut être erronés, mais soit ils ne sont pas pertinents pour la solution du litige, soit ils constituent des inadvertances qui ont été corrigées d'office dans les raisonnements ultérieurs. Ils sont anecdotiques, formels et paraissent de toute façon beaucoup moins significatifs que le fait d'invoquer le rapport du docteur T.________, qui conclut à une capacité totale de travail depuis 1993, pour justifier une incapacité actuelle de même intensité dont l'origine est antérieure à l'arrivée en Suisse. Le fait que l'anamnèse de l'expert se fonde principalement sur les informations fournies par le psychiatre traitant n'est en l'occurrence pas plus pertinent dès lors que ce dernier a été pendant longtemps le seul à même de comprendre l'intimé, qu'il a fourni de nombreux éléments précis sur le passé de celui-ci, que ces éléments sont corroborés par les quelques informations qui parsèment le dossier et que de toute façon l'administration confond l'anamnèse et les déductions qui en sont tirées. 4.2.4 En revanche, les remarques de l'office recourant sont plus justifiées lorsqu'il s'interroge sur le caractère invalidant de l'état de stress post-traumatique, préexistant à l'arrivée en Suisse, sévère mais qui s'est atténué avec le temps (cf rapport du docteur L.________, p. 21) et de l'état dépressif, sévère entre 1998 et 2001 et actuellement léger (cf. rapport du docteur L.________, p. 21). 4.2.4.1 La juridiction cantonale s'est contentée d'entériner les conclusions du docteur L.________, qui est en tout point d'accord avec la doctoresse H.________ (cf. rapport d'expertise p. 22), sans les discuter. Elle en a cité des extraits, leur a conféré pleine valeur probante au seul motif que le rapport qui les contenait remplissait formellement les critères jurisprudentiels, mais ne les a pas vraiement analysées sur le fond. Pour sa part, l'administration cherche à démontrer par son argumentation que seul l'état de stress post-traumatique revêt encore une intensité qui pourrait justifier l'octroi d'une rente mais que son origine antérieure à l'arrivée en Suisse exclut l'allocation de toute prestation. 4.2.4.2 Le raisonnement de l'office recourant est exact dans le sens où il ne fait aucun doute que l'état de stress post-traumatique a pour cause les événements survenus durant la guerre en Afghanistan (1985) ou lors de la blessure par balle (1990). Peu importe cependant son intensité actuelle dans la mesure où l'intimé n'était alors pas assuré, d'autant moins que celui-ci a pu poursuivre ses activités pour l'Entreprise X.________ jusqu'en 1996 malgré l'existence de ce trouble dont les effets étaient également plus présents à l'époque qu'aujourd'hui (cf. rapport de la doctoresse H.________ p. 1 sv.). Ce point ne revêt cependant pas l'importance que veut lui attribuer l'administration dans la mesure où les premiers juges ne lient pas l'incapacité de travail au stress post-traumatique mais aux manifestations ou séquelles de la dépression (cf. consid. 4.2.1 et 4.2.2).