Citation: 1P.157/2003 20.03.2003 E. 4

Le recourant conteste l'existence de charges suffisantes propres à justifier son incarcération. Il dénonce à ce propos une application arbitraire de l'art. 59 al. 1 CPP vaud. 4.1 Appelé à se prononcer sur la constitutionnalité d'une décision de placement en détention préventive, le Tribunal fédéral n'a pas à procéder, à l'instar du juge du fond, à une pesée complète des éléments à charge et à décharge, ni à apprécier la crédibilité des personnes ou des éléments de preuve mettant en cause le prévenu. Il doit uniquement examiner s'il existe des indices sérieux de culpabilité justifiant une telle mesure. L'intensité des charges n'est pas la même aux divers stades de l'instruction pénale; si des soupçons encore peu précis, renforcés par exemple par des mensonges de l'inculpé ou des variations dans ses déclarations, peuvent être considérés comme suffisants dans les premiers temps de l'enquête, la perspective d'une condamnation doit paraître fortement vraisemblable après l'accomplissement de tous les actes d'instruction envisageables (ATF 116 Ia 143 consid. 3c p. 146; Gérard Piquerez, Les mesures provisoires en procédure civile, administrative et pénale, RDS 116/1997 II p. 1 ss, spéc. pp. 43/44 et les arrêts cités). 4.2 Le recourant est prévenu d'escroquerie parce que le compte qu'il a ouvert auprès de la banque A.________, à Lausanne, au nom de la société S.________, aurait été crédité à la fin décembre 2002 d'une somme globale de 110'000 dollars américains provenant d'une escroquerie de type nigérian. Il ne conteste pas l'existence de cette transaction; il prétend, pièces à l'appui, que la somme en question correspondrait au montant des honoraires qu'il aurait perçus pour l'exécution d'un contrat de construction et d'équipement d'un complexe touristique en Egypte, conclu entre S.________ et M.________. Il affirme en outre ignorer la provenance exacte de cette somme, car ses mandants ont procédé au transfert de fonds par l'intermédiaire d'un bureau de change. Il n'est certes pas d'emblée exclu que le recourant ait effectivement été la victime de tiers malintentionnés qui auraient utilisé le compte incriminé pour discréditer sa famille. Cependant, les explications fournies par le recourant nécessitent à tout le moins d'être vérifiées préalablement et ne permettent pas d'exclure en l'état une éventuelle implication dans l'escroquerie qui lui est reprochée. Il ressort en outre du dossier que deux des comptes ouverts par le recourant auprès de la banque C.________, à Genève, au nom de différentes sociétés offshore, auraient été utilisés, ou auraient dû être utilisés, pour recevoir des montants provenant d'escroquerie, que ce soit en relation avec un prétendu héritage ou avec du matériel commandé et non livré. Par ailleurs, la banque D.________ a adressé une demande urgente d'assistance à la banque A.________, à Lausanne, en raison de soupçons de fraude en relation avec trois paiements totalisant 400'000 dollars américains effectués sur le compte ouvert auprès de cet établissement par S.________. Dans ces conditions, l'existence de charges suffisantes à l'encontre du prévenu ne saurait être sérieusement contestée en l'état actuel de la procédure.