Citation: 1B_340/2008 15.01.2009 E. 2

Une mesure de détention préventive n'est compatible avec la liberté personnelle, garantie par les art. 10 al. 2 Cst. et 5 CEDH, que si elle repose sur une base légale (art. 31 al. 1 et 36 al. 1 Cst.), soit en l'espèce l'art. 34 CPP/GE (cf. également l'art. 27 Cst./GE). Elle doit en outre correspondre à un intérêt public et respecter le principe de la proportionnalité (art. 36 al. 2 et 3 Cst.; ATF 123 I 268 consid. 2c p. 270). Pour que tel soit le cas, la privation de liberté doit être justifiée par les besoins de l'instruction, un risque de fuite ou un danger de collusion ou de réitération (cf. art. 34 let. a à c CPP/GE). La gravité de l'infraction - et l'importance de la peine encourue - n'est, à elle seule, pas suffisante (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62; 117 Ia 70 consid. 4a). Préalablement à ces conditions, il doit exister à l'égard de l'intéressé des charges suffisantes (art. 5 par. 1 let. c CEDH; ATF 116 Ia 144 consid. 3; art. 34 in initio CPP/GE). S'agissant d'une restriction grave à la liberté personnelle, le Tribunal fédéral examine librement ces questions, sous réserve toutefois de l'appréciation des preuves, revue sous l'angle restreint de l'arbitraire (ATF 123 I 268 consid. 2d p. 271). 2.1 Le recourant conteste les faits qui lui sont reprochés. Il prétend n'avoir proféré aucune menace à l'égard de sa femme, dont les accusations ne seraient confirmées par aucun témoin, hormis le frère de celle-ci, dont les affirmations seraient tendancieuses. 2.2 S'il est vrai que les charges retenues contre le recourant reposent sur les déclarations de son ex-épouse, celles-ci se trouvent corroborées non seulement par le frère de celle-ci, mais aussi par les antécédents du recourant. Celui-ci a en effet été condamné à deux reprises: la première fois en 2001 à douze mois d'emprisonnement avec sursis pour lésions corporelles graves, pour avoir frappé son épouse de plusieurs coups de poing, lui causant une fracture rénale avec une hémorragie interne, la victime ayant failli mourir; la seconde fois en 2006, à quinze mois d'emprisonnement pour lésions corporelles simples, contrainte et tentative de contrainte, pour avoir frappé plusieurs fois son ex-épouse et l'avoir menacée afin qu'elle ne porte pas plainte, et pour avoir battu sa fille à plusieurs reprises; le sursis a alors été refusé, et le précédent sursis révoqué, car l'intéressé n'avait absolument pas compris l'illicéité de son comportement tyrannique à l'égard de ses proches. Les craintes de la plaignante sont également partagées par les collaboratrices du SPMI, lesquelles ont désiré ne plus voir le recourant, par peur pour leur intégrité. L'expertise psychiatrique réalisée le 21 septembre 2007 durant une procédure précédente, pour des faits similaires, conclut à un trouble de la personnalité de type paranoïaque et dyssociale, parmi les plus difficiles à traiter. Faute de reconnaître ce trouble, l'intéressé ne serait pas en condition de pouvoir bénéficier d'un traitement, de sorte qu'une amélioration rapide serait illusoire. L'expert concluait à l'existence d'un risque de commission de nouvelles infractions. Dans ces conditions, les accusations de la plaignante doivent être prises au sérieux. L'arrêt attaqué relève aussi le caractère insolite de la démarche du recourant: arrivé au centre d'enregistrement de Vallorbe, qui dispose d'une structure médicale, il a préféré se rendre à Genève - lieu de résidence de la plaignante - dans un centre spécialisé dans les problèmes de violence conjugale, alors que le recourant est divorcé depuis 2001. Pour sa part, le recourant ne tente nullement d'expliquer les raisons de sa venue à Genève, ce qui renforce les soupçons à son égard. Sur le vu de ce qui précède, l'existence de charges suffisantes pouvait être admise sans arbitraire. 2.3 Il en va de même du risque de récidive. En effet, selon la jurisprudence, le maintien en détention préventive est admissible lorsque le pronostic de récidive est très défavorable et si les délits à craindre sont de nature grave (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62). La jurisprudence se montre moins exigeante à cet égard lorsqu'il s'agit de délits de violence graves, car le risque à faire courir aux victimes potentielles est alors considéré comme trop important (ATF 123 I 268 consid. 2e p. 271). Compte tenu des éléments relevés ci-dessus, ces conditions sont réalisées en l'occurrence; l'attitude du recourant permet de redouter non seulement qu'il réitère ses menaces, mais qu'il les mette à exécution.