Citation: 4A_479/2020 E. 5.6

5.6. Dans une autre salve de griefs, le recourant dénonce une interprétation erronée des instructions données par son supérieur immédiat D.1.________. L'autorité précédente aurait arbitrairement nié que le prénommé ait incité ses subalternes à violer les directives de la banque, tandis que des indices concluants démontreraient le contraire (notamment un rapport d'octobre 2002, un courriel du 19 mai 2005 et les témoignages d'employés). Les décisions cantonales ne font pas mystère du fait qu'il était conseillé de mentir sur le but des séjours aux Etats-Unis. La recommandation de voyager le week-end procède du même ordre d'idées. Le rapport invoqué par le recourant recommandait de rencontrer un maximum de clients, de poursuivre les contacts "pro-actifs" pour montrer que la banque restait présente dans les moments difficiles et de faire des affaires correspondant aux objectifs, en se concentrant sur les mandats. La Cour de justice a elle-même constaté que dans le contexte des nouvelles directives et mesures adoptées par la banque, les employés "étaient néanmoins incités à augmenter le volume des affaires [...] et [à] apporter de nouveaux clients". En particulier, le chef du département "Amérique du Nord" ( id est D.1.________) "incitait [le recourant] et les autres membres de son équipe à faire des affaires" et à voyager aux Etats-Unis pour y rencontrer des clients existants ou potentiels. Le procès-verbal de la séance tenue le 10 janvier 2003 (let. A.e) est accablant: tout voyage devait inclure la prospection de clients - contrairement à ce que prescrivait la directive US Person fraîchement entrée en vigueur - et les conseillers devaient tenter de dénicher au moins un client par jour. Les voyages devaient avoir lieu durant les week-ends - manifestement pour faire croire à des séjours vacanciers. Ces éléments n'autorisent qu'une seule conclusion: D.1.________ a tenu des propos de pure convenance en attirant l'attention sur les directives applicables, tout en imposant à ses équipes des objectifs de performance et des méthodes de travail qui n'étaient guère compatibles avec celles-ci. La FINMA a fait une lecture semblable. On ne saurait en imposer une autre. D.1.________ évoquait un risque "gérable". L'expression est révélatrice: il avait bien compris que les anciennes méthodes de travail contrevenaient aux nouvelles réglementations, avec les risques y afférents: la directive US Personet les formations ultérieures y consacraient des avertissements précis. C'est en réalité le risque encouru qui a été largement sous-évalué. Le chef de département n'a pas anticipé la vigueur des réactions américaines et a cru pouvoir passer entre les mailles du filet. Il n'est pas nécessaire d'examiner dans quelle mesure les pressions et incitations à outrepasser les réglementations provenaient aussi d'échelon (s) supérieur (s) (notamment de D.2.________ et de D.3.________). La qualité d'organe ne peut pas leur être octroyée, à l'aune des renseignements recueillis. Et il importe peu de savoir si un ou plusieurs autres auxiliaires ont transgressé les obligations contractuelles de la banque. L'auxiliaire étant le délégataire implicite des devoirs de l'employeuse (cf., mutatis mutandis, l'arrêt précité 4A_310/2019 consid. 4.3.1), il faut imputer à la banque une violation de ses obligations contractuelles par ce canal. On peut aussi postuler que D.1.________ agissait "dans l'accomplissement de son travail", sachant que le fait d'outrepasser ses compétences ou de violer les instructions de l'employeuse ne tient pas nécessairement en échec ce requisit énoncé à l'art. 101 al. 1 CO (ATF 92 II 15 consid. 4; 85 II 267 consid. 2 p. 271; arrêt 4A_319/2012 du 28 janvier 2013 consid. 5.2). La banque n'a d'ailleurs pas mis en place une surveillance efficace sur l'application de ses nouvelles directives et, surtout, n'a pas adapté les objectifs de ses gestionnaires, maintenant un système de rémunération qui n'incitait pas à se conformer aux nouvelles directives. Le recourant a ainsi touché de juteux boni jusqu'en 2010. On s'abstiendra de disserter sur le lien de causalité naturelleentre les manquements de l'auxiliaire et le dommage subi. Il est patent que si le chef du département "Amérique du Nord" avait appliqué les directives émises, pris au sérieux le risque découlant de leurs violations et adapté en conséquence les objectifs, le recourant n'aurait très vraisemblablement pas réalisé des opérations contraires aux lois américaines. Il subsiste cependant l'examen de la causalité adéquate.