Citation: 8C_244/2020 E. 6.3

6.3. En l'occurrence, la recourante demande la réparation de son tort moral, soit de sa souffrance psychique subie en lien avec les actes de harcèlement du professeur B.________. Si cette souffrance psychique constitue une "situation qui évolue", on a vu que l'hypothétique acte générateur de responsabilité, soit les actes de harcèlement qui seraient survenus entre 2010 et 2014 et la remarque du professeur B.________ faite en 2016, ne présentaient pas une continuité temporelle; il s'agissait de deux périodes distinctes qui devaient être examinées séparément (cf. consid. 6.1 supra). S'agissant des faits survenus entre 2010 et 2014, ils ont pris fin le 31 octobre 2014 au plus tard, soit au moment de la fin des rapports de travail de la recourante avec l'EPFL. Du point de vue de la péremption, la recourante avait donc une connaissance suffisante de son dommage lorsqu'elle a pris conscience pour la première fois que son vécu à l'EPFL avait entraîné une souffrance psychique, en raison de laquelle elle avait consulté le centre médical de l'EPFL en début d'année 2015, puis le service de psychiatrie de l'Hôpital C.________ entre mars et juin de la même année. Au plus tard en juin 2015, la recourante avait réalisé que sa souffrance était une conséquence de son vécu au sein de l'EPFL entre 2010 et 2014. Peu importe que la recourante n'ait appris qu'en mars 2018 que son psychiatre traitant à U.________ avait diagnostiqué un TSPT le 27 janvier 2016 et qu'il en avait constaté la disparition le 7 juillet 2017. Certes, les troubles psychiques de la recourante ont évolué entre 2015 et 2018. Toutefois, le dommage invoqué n'était pas un préjudice matériel mais le tort moral. Or la recourante savait déjà en 2015 que les actes de harcèlement subis entre 2010 et 2014 étaient à l'origine de sa souffrance psychique. Cette souffrance n'est pas quantifiable, à la différence d'un préjudice financier consécutif à une atteinte à la santé dont il n'est pas possible de mesurer d'emblée l'évolution avec suffisamment de sécurité (ATF 112 II 118 consid. 4 p. 123). En l'espèce, la recourante n'a cependant invoqué aucun dommage matériel en lien avec les actes de mobbing, comme par exemple une perte de salaire en raison d'une incapacité de travail. Le préjudice moral subi par la recourante n'étant pas quantifiable, cette dernière a eu connaissance de son dommage dès qu'elle a pris conscience qu'elle souffrait psychiquement en raison des actes de harcèlement subis, soit en 2015. La recourante ne pouvait pas attendre la stabilisation ou la disparition de ses troubles psychiques, respectivement la survenance de sa guérison pour ouvrir une action en responsabilité pour le tort moral subi en raison desdits troubles. Une fois survenus, ses troubles psychiques pouvaient certes évoluer, voir perdurer plus ou moins longtemps, notamment en raison de la personnalité de la recourante ou en raison d'autres actes générateurs de responsabilité, mais cette évolution n'avait aucune influence sur le dies a quo du délai relatif de péremption de l'action en réparation du tort moral subi. En effet, si les troubles psychiques de la recourante causés par les actes de mobbing allégués perduraient encore en 2018 comme elle le prétend, son dommage (sa souffrance psychique) lui était suffisamment connu dès 2015. Par conséquent, en déposant une action en réparation de son tort moral le 26 septembre 2018, soit plus de trois ans après avoir eu connaissance de sa souffrance psychique en lien avec les actes de harcèlement allégués, la recourante n'a pas agi dans le délai légal d'une année de l'art. 20 al. 1 LRCF.