Citation: 1B_322/2019 E. B

A teneur du rapport d'arrestation du 1er février 2019 (cause P/1962/2019), la police a constaté plusieurs inscriptions sur la main-courante de personnes se disant lésées par les agissements de A.________; trois plaintes ont été déposées. Il est également constaté dans ce rapport que le susmentionné ne vivait plus, depuis février 2018, dans l'appartement genevois sous-loué à l'une des parties plaignantes, tel qu'annoncé officiellement à l'Office cantonal de la population et des migrants (OCPM); le sous-locataire avait laissé des loyers impayés pour plus de 50'000 fr.; il n'était plus non plus titulaire d'un abonnement téléphonique enregistré à son nom et n'avait plus de contact avec son ex-femme, avec laquelle il avait eu un fils en 1996, depuis de nombreuses années; son épouse actuelle, de nationalité américaine, serait domiciliée aux États-Unis. Convoqué par le biais de son avocat, A.________ s'est présenté ce même jour à la police qui l'a entendu. Il a en particulier expliqué être un homme d'affaire exerçant dans l'immobilier, l'horlogerie, la bijouterie et le consulting. Il ressort de ses déclarations qu'il procédait en substance comme suit : remise de fonds en espèces par différents investisseurs - présentés par un dénommé B.________ -, achat par ses soins, vu son réseau notamment en Arabie Saoudite, au Qatar et au Koweit, de montres à bas prix, revente de celles-ci, remboursement tout ou en partie aux investisseurs, réinvestissement par ces derniers de nouveaux montants et partage des bénéfices avec B.________; en particulier, A.________ a produit la facture de EUR 475'000.- du 10 septembre 2018, signée à Genève, relative à la vente et à la remise de six montres suisses de luxe à un acheteur résidant en Arabie Saoudite - avec lequel A.________ n'avait aucun moyen d'entrer en contact -, qui devait s'acquitter du montant le 25 octobre 2018 par un versement sur son compte postal. A.________ a reconnu ne pas être en mesure de rembourser les sommes dues à ses investisseurs (environ 111'000 fr., auxquels s'ajoutaient 51'650 fr. à titre d'arriérés de loyer), mais a affirmé qu'il pourrait le faire d'ici deux à trois mois. Il ne tenait aucune comptabilité et, faute de facture, n'était pas en mesure de prouver ses dires. Il n'avait pas de revenu mensuel fixe, gagnant tout au plus entre 50'000 et 60'000 fr. à l'année, après avoir payé ses investisseurs; il n'avait pas de fortune et avait de nombreuses dettes. Il a également expliqué qu'un ami avocat, C.________, lui avait proposé de régler sa dette envers des investisseurs français, mais seul l'un d'eux avait accepté de recevoir EUR 2'000.-. A.________ a déclaré vivre chez D.________, à Genève, depuis huit à neuf mois. Il a mentionné avoir changé de téléphone - le nouveau ne comportant aucun contact - à la fin de l'année 2018 à la suite de nombreuses menaces, y compris de mort, émises par ses investisseurs; il était d'ailleurs inquiet et ne se déplaçait plus dans la rue. A.________ n'a pas voulu indiquer où se trouvait son ancien téléphone et a finalement reconnu qu'un ami avait souscrit un numéro prépayé à son nom. La police a procédé à la perquisition du domicile de D.________, en présence de A.________. Les chambres de l'appartement étaient occupées par deux locataires qui n'avaient jamais vu le précité. Celui-ci a alors expliqué vivre, depuis fin février 2018, chez un tiers en France voisine, ne connaissant cependant pas l'adresse; il ne l'avait pas communiquée car il ne pouvait pas vivre dans ce pays au vu de son statut administratif. Selon le rapport de la police du 12 février 2019, l'analyse du compte postal de A.________ avait permis de mettre en évidence que, jusqu'en octobre 2018, la majorité de ses transactions avaient été réalisées au centre-ville de Genève, puis dans la région de Vésenaz; cela rendait vraisemblable que l'intéressé y vive, cela d'autant plus qu'aucun paiement ou retrait par carte n'avait été effectué en France voisine. Eu égard aux dates de versements et de retraits, diverses dépenses et retraits laissaient à penser qu'il finançait ses dépenses personnelles avec les investissements reçus. Le 13 février 2019, D.________ a été entendue. Elle a déclaré que A.________ avait dormi sur un lit d'appoint dans sa chambre quelques jours avant la perquisition, sans que ses autres locataires ne le croisent. Ella a maintenu cette affirmation, même si l'intéressé avait fini par admettre ne pas être venu dormir chez elle. Elle a dit accepter de le loger - sur un lit d'appoint dans sa chambre - si cela lui permettait de sortir de prison, sans qu'elle puisse "l'enfermer chez elle". A la suite du dépôt de nouvelles plaintes pénales, le Ministère public de la République et canton de Genève a mis, les 2 et 22 février 2019, A.________ en prévention pour escroquerie (art. 146 CP) voire abus de confiance (art. 138 CP), pour avoir, à Genève entre le 3 septembre 2014 et le 10 septembre 2018, induit astucieusement en erreur par des affirmations fallacieuses, voire en donnant de fausses références et des documents, diverses personnes afin de les déterminer à lui remettre des sommes d'argent (51'000 fr. et EUR 40'700.-), en vue d'investissements très rémunérateurs (mise doublée), argent que le prévenu avait conservé pour lui ou utilisé à d'autres fins dans le but de se procurer un enrichissement illégitime. A.________ a confirmé dans l'ensemble les investissements effectués par les parties plaignantes. Lors de l'audience du 12 février 2019, le prévenu a déclaré être sur le point de conclure une importante transaction immobilière à Montreux et à Crans-Montana; il devait être mandaté pour la vente de terrains, mais à la suite de son arrestation, il n'avait pas pu se rendre au rendez-vous fixé à ce propos avec un dénommé E.________ ou F.________, un ami de longue date dont il ne connaissait pas le nom de famille. A.________ a également expliqué avoir acheté pour EUR 75'000.- des montres, revendues EUR 475'000.- à un Saoudien; ces montres avaient été remises à Bruxelles, mais l'acheteur avait été interpelé en Arabie Saoudite, à l'instar d'autres hommes influents, et confiné dans son hôtel. C.________ a été entendu par la police en qualité de personne appelée à donner des renseignements le 25 mars 2019. Selon ses dires, il avait été chargé en août-septembre 2018 de la vente de tableaux de Picasso - dont "la femme de tête" - pour EUR 70 millions, somme sur laquelle lui-même aurait touché EUR 15 millions et A.________ EUR 3 millions pour avoir trouvé l'acheteur; cette transaction n'avait pas encore abouti. C.________ a expliqué que A.________ lui avait dit avoir reçu, à deux reprises, de l'argent à investir, à court terme, dans l'achat et la vente de montres avec des plus-values de 20 à 30 %; l'acheteur saoudien n'avait cependant pas payé la facture de EUR 200'000.-. C.________ a confirmé avoir prêté EUR 2'000.- à A.________ car les investisseurs français devenaient très agressifs. C.________ a enfin relevé que la vente du Grand Palace de Montreux n'avait pas abouti en raison de la crise financière de 2017. Convoqué en tant que témoin, B.________ ne s'est pas présenté. Le 15 avril 2019, la police a entendu encore deux autres personnes qui apparaissaient sur la main-courante pour avoir peut-être été escroquées par A.________; leur procès-verbal ne figurait pas au dossier à disposition de la Chambre pénale de recours de la Cour de justice de la République et canton de Genève dans le cadre du recours dans la présente cause (ACPR/390/2019).