Citation: I 56/03 18.06.2003 E. 3

3.1 Les experts du COMAI ont retenu les diagnostics de trouble somatoforme douloureux persistant sous forme principalement de dorso-lombalgies, associé à un état dépressif récurrent (épisode actuel de degré moyen), de troubles de la personnalité non spécifique, à traits masochiques et dépendants, troubles statiques modérés du rachis et séquelles mineures de Scheuermann ainsi qu'une hyper-réactivité bronchique et rhino-conjonctivite allergique. L'ensemble de ces pathologies entraîne une diminution de la capacité de travail de l'intimée avec une composante psychiatrique déterminante. P.________ n'est ainsi plus en mesure de reprendre une activité physiquement exigeante, mais peut en revanche mettre à profit une capacité de travail de l'ordre de 40 à 50 % dans une activité adaptée de type manutention légère. Pour rendre leurs conclusions, les experts se sont adjoint les services d'un médecin psychiatre, la doctoresse C.________, qui estime que l'intimée, dont le fonctionnement est très limité et rigide, présente clairement tous les signes et symptômes d'un syndrome somatoforme douloureux persistant. La psychiatre a également mis en évidence le diagnostic d'état dépressif récurrent, épisode actuel de degré moyen. La reconnaissance de cet état dépressif récurrent, épisode de degré moyen (F33.1 dans la classification internationale du CIM-10) constitue, par rapport aux troubles somatoforme douloureux, une comorbidité psychiatrique d'une certaine gravité. En ce qui concerne, en particulier, ce critère lors de l'appréciation du caractère invalidant de troubles somatoformes, on rappellera que si, dans certains cas d'espèce, la jurisprudence a nié l'existence d'une incapacité de travail significative résultant de tels troubles en l'absence de comorbidité psychiatrique grave (VSI 2000 p. 156), elle a rappelé à diverses reprises que cet arrêt ne peut être interprété en ce sens que des troubles de ce type ne seraient susceptibles de fonder une invalidité au sens de la LAI qu'en relation avec une telle comorbidité (arrêts Q. du 8 août 2002, [I 783/01] et L. du 6 mai 2002 [I 275/01). Un tel schématisme, qui procède d'une mauvaise compréhension des motifs de l'arrêt publié dans VSI 2000 p. 156, ne saurait, en effet, s'accorder avec la complexité de la problématique du caractère invalidant des troubles somatoformes douloureux, qui justifie les exigences posées à l'adresse de l'expert par la jurisprudence précitée (arrêt M. du 14 janvier 2003, [I 338/02]). Par ailleurs, contrairement à l'allégation de l'office recourant, un médecin spécialiste en rhumatologie a également participé à l'élaboration du rapport d'expertise, puisque le docteur D.________, rhumatologue, a discuté avec ses confrères des constatations médicales relatives à la situation de l'assurée et signé ledit rapport, en en acceptant donc l'ensemble des conclusions. Au demeurant, même si on ignore lequel des experts a nommément procédé à une telle appréciation, l'assurée a fait l'objet d'un test ostéo-articulaire au cours duquel l'existence de 8 points selon Smythe pour une fibromyalgie, ainsi que celle de points algiques à la palpation ou à la mobilisation, a été constatée, de sorte que des aspects rhumatologiques ont également été pris en compte. 3.2 En l'espèce, les critères relevés par les experts, à savoir, sur le plan psychique, un trouble de la personnalité non spécifique, à traits masochiques et dépendants, l'existence, déjà mentionnée, d'une comorbidité psychiatrique, les dorso-lombalgies et les troubles statiques modérés du rachis, sur le plan physique, la longue évolution des affections physiques ressenties par l'assurée, une situation familiale difficile en raison d'un important conflit conjugal et l'absence de simulation ou d'intention dans la manifestation des symptômes décrits permettent, conformément à la jurisprudence (cf. VSI 2000 p. 154 consid. 2c) de poser un pronostic défavorable quant à la reprise du travail de l'assurée à temps complet. A cet égard, si les experts mentionnent certes, comme le relève le recourant, des éléments tels que l'émigration et le manque de formation scolaire et professionnel en rapport avec le pronostic défavorable relatif à la capacité de travail de l'intimée, ils se fondent toutefois principalement sur l'état dépressif et la chronification de la situation médicale, sans rémission durable, pour justifier leur appréciation. En conséquence, en l'absence d'élément permettant de mettre sérieusement en doute les conclusions des experts du COMAI, - dont le rapport répond à toutes les exigences permettant de lui reconnaître pleine valeur probante (ATF 125 V 351 consid. 3a, 122 V 160 consid. 1c) -, on ne saurait, à l'instar du recourant, faire grief aux premiers juges d'avoir retenu que l'intimée est atteinte de troubles d'une certaine gravité en raison desquels elle n'est capable d'exercer qu'une activité adaptée à 50 %. Dans cette mesure, le cas d'espèce se distingue des situations jugées dans les deux arrêts de la Cour de céans mentionnés par le recourant (I 141/02 et I 759/01).