Citation: 2A.97/2000 21.06.2000 E. 2

2.- a) Le but du regroupement familial est de permettre aux intéressés de vivre en communauté familiale (ATF 119 Ib 81 consid. 2c p. 86). La seule condition prévue explicitement par l'art. 17 al. 2 LSEE est que les enfants vivent auprès de leurs parents. Toutefois, d'autres exigences doivent être tirées de la loi, de sorte que cette disposition ne confère pas de droit inconditionnel à faire venir en Suisse des enfants vivant à l'étranger. Ainsi, celui des parents qui a librement décidé de partir à l'étranger ne peut en tirer un droit de faire venir son enfant lorsqu'il entretient avec celui-ci des contacts moins étroits que l'autre parent ou que les membres de la famille qui en prennent soin, et qu'il peut maintenir les relations existantes. Dans un tel cas, le droit de l'enfant vivant à l'étranger de rejoindre le parent se trouvant en Suisse suppose qu'il entretienne avec le parent établi en Suisse une relation familiale prépondérante et que la nécessité de sa venue soit établie. A cet égard, il ne faut pas tenir compte seulement des circonstances passées; les changements déjà intervenus, voire les conditions futures, peuvent également être déterminants. Le refus d'une autorisation de séjour ne saurait donc être considéré comme contraire au droit fédéral lorsque la séparation résulte initialement de la libre volonté de l'étranger lui-même, lorsqu'il n'existe pas d'intérêt familial prépondérant à une modification des relations prévalant jusque-là ou qu'un tel changement ne s'avère pas impératif, et que les autorités n'empêchent pas les intéressés de maintenir les liens familiaux existants (ATF 124 II 361 consid. 3a p. 366; 122 II 385 consid. 4b p. 392; 119 Ib 81 consid. 4a et b p. 90/91; 118 Ib 153 consid. 2c et d p. 160/161). b) En l'espèce, la recourante RM.________ était âgée de onze ans lors de son arrivée en Suisse, pays dans lequel elle n'avait jamais séjourné. Après avoir vécu pendant six ans avec sa mère, elle a été confiée à la garde de ses grands-parents paternels, qui se sont également chargés de l'entretien et de l'éducation de sa demi-soeur, actuellement âgée de dix-neuf ans. Son noyau familial s'est ainsi constitué dans son pays d'origine, où elle a les attaches affectives et sociales les plus fortes. Le recourant fait certes valoir qu'il a toujours entretenu une relation étroite avec sa fille. Il a gardé des contacts épistolaires et téléphoniques et l'a rencontrée lors de ses vacances dans son pays d'origine. Il l'a en outre régulièrement soutenue sur le plan matériel. Toutefois, de tels liens ne suffisent pas à établir l'existence d'une relation familiale prépondérante. C'est en effet avec sa mère, puis avec ses grands-parents paternels, auprès desquels la recourante a passé toute son existence, qu'une telle relation s'est instaurée. De son côté, bien qu'il ait bénéficié d'une autorisation de séjour en Suisse depuis son premier mariage en 1991, le recourant n'a déposé une demande de regroupement familial en faveur de sa fille que sept ans plus tard. Il n'a pas davantage demandé à l'accueillir lorsqu'elle a quitté sa mère, mais s'est contenté d'intervenir pour que l'autorité parentale soit confiée à son père. Pour le reste, il n'a pas non plus sollicité de visa touristique afin de permettre à sa fille de venir le retrouver en Suisse et a donc choisi de vivre totalement séparé d'elle pendant onze ans. c) Le recourant soutient aussi que le centre des intérêts de sa fille s'est déplacé, en raison de l'âge avancé du grand-père paternel, qui ne serait plus en mesure de veiller à son éducation et en raison des difficultés d'acheminement des contributions financières nécessaires à son entretien. Il n'est pas établi que le grand-père paternel de la recourante, âgé de soixante-quatre ans, soit désormais dans l'incapacité de s'occuper de sa petite-fille. Aucun certificat médical n'a été produit qui attesterait d'une péjoration de son état de santé. En outre, la garde de l'enfant est également exercée par la grand-mère paternelle dont le recourant ne prétend pas qu'elle serait trop âgée ou en trop mauvaise santé pour veiller à l'éducation de la recourante. Aucun élément du dossier ne permet de penser que la recourante serait livrée à elle-même. Au demeurant, son grand-père est toujours titulaire de l'autorité parentale, dont il n'a pas été déchu. Quant à la paralysie des services postaux, qui empêcherait l'envoi régulier des contributions d'entretien destinées à la recourante, elle est sans incidence sur la prépondérance des relations familiales. Le recourant conserve la possibilité de confier les pensions alimentaires à des connaissances se rendant dans son pays d'origine ou à les y acheminer à l'occasion de ses séjours de vacances. d) Enfin, le recourant se prévaut à tort des relations étroites qu'il entretient avec sa fille depuis deux ans. La recourante est en effet entrée illégalement en Suisse. Selon la jurisprudence, il faut tenir compte du fait qu'un parent fait venir en Suisse un enfant dans le but déclaré d'une visite temporaire et demande, peu après son arrivée, que l'enfant puisse séjourner durablement dans notre pays. Seules des circonstances tout à fait particulières permettent à l'autorité de passer outre à de tels subterfuges (arrêt du 26 juin 1998 en la cause Nelson, consid. 3c, publié in RDAT 1998 II 41/150). Dans le cas particulier, non seulement de telles circonstances font défaut mais le recourant n'a même pas sollicité de visa, préférant organiser l'entrée illégale de sa fille en Suisse. e) Comme il l'a mentionné dans ses courriers des 4 juin et 22 juillet 1998, le recourant a décidé de faire venir sa fille en Suisse pour lui permettre de suivre une scolarité de base et d'obtenir une bonne formation professionnelle, gage d'un développement harmonieux de sa personnalité. Même si elles paraissent légitimes, de telles préoccupations ne correspondent cependant pas au but de l'art. 17 al. 2 LSEE qui vise en priorité à permettre la vie en commun de l'ensemble de la famille.