Citation: 4C.295/2006 30.11.2006 E. A

A.a Au mois de juillet 1997, H.Y.________ et F.Y.________, ressortissants français domiciliés à Genève, ont ouvert un compte joint auprès de la banque X.________ SA dont le siège est à Genève. Les époux Y.________ ont ainsi signé les conditions générales de la banque et sont convenus avec celle-ci qu'ils recevraient la correspondance de X.________ SA « banque restante », sous leur responsabilité. A.b Comme H.Y.________ avait manifesté l'intention en automne 2000 d'investir dans le marché financier une somme de 60'000'000 FF, une rubrique dite 002 du compte précité a été créée le 27 novembre 2000, sur laquelle le prénommé a fait transférer la somme de 9'146'941,03 EUR, contre-valeur de 60'000'000 FF. Le même jour, les époux Y.________ et la banque ont signé une «Convention de conseil», qui prévoyait que les premiers chargeaient la seconde de les conseiller dans le choix des valeurs mobilières et des instruments financiers spécifiques; l'accord stipulait que les conseils donnés par X.________ SA ne seraient que des recommandations et que toutes les décisions d'investissement seraient exclusivement prises par les clients, à leur libre initiative et appréciation, ces derniers assumant l'entière responsabilité de la composition et de la performance de leur portefeuille; il était également prévu que la banque aurait droit à une rémunération annuelle pour son activité. Par le transfert de fonds précité, H.Y.________ devenait l'un des plus gros clients de la banque. Le 1er décembre 2000, A.________, gestionnaire de X.________ SA, et son supérieur B.________, responsable de la gestion pour la clientèle française, ont déjeuné avec H.Y.________ afin de définir le type d'investissements souhaité par le client. H.Y.________ a alors exposé qu'il désirait améliorer le rendement de son capital, mais qu'il voulait une gestion conservatrice, car il avait été échaudé par la perte, une vingtaine d'années plus tôt, de sommes importantes dans des opérations boursières. Pour définir le cadre du conseil à apporter, B.________ a suggéré un maximum de 30% d'actions dans le portefeuille, en se référant à l'adage « 100% d'actions moins l'âge du client » qu'il appliquait aux clients souhaitant une gestion conservatrice. Selon le compte rendu de l'entretien établi par les représentants de la banque, il avait ainsi été convenu que le montant de 60'000'000 FF devait être investi progressivement, des rendez-vous téléphoniques étant prévus pour faire le point au fur et à mesure des investissements opérés. Plus particulièrement, lesdits représentants ont noté qu'environ 30'000'000 FF devaient être placés à 3 mois, afin de bénéficier de taux plus élevés, et « le solde au mieux de nos certitudes ». A.c A la suite de ce déjeuner, B.________ a confié à A.________ le suivi du dossier des époux Y.________. Le 22 décembre 2000, A.________ a informé H.Y.________ par téléphone que 15% des fonds déposés par celui-ci avaient été investis en actions et que la performance à ce stade était quasi nulle. Au cours du premier trimestre 2001, X.________ SA a procédé au moyen de la somme déposée par les conjoints Y.________ à une cinquantaine d'opérations d'acquisition et de revente de titres, si bien qu'à la fin mars 2001, les actions représentaient 44,20% de la valeur totale des avoirs. Vers la fin mars 2001, alors que A.________ était en vacances, B.________ a constaté que la valeur du portefeuille de titres détenu par les époux Y.________ avait baissé; il en a informé par téléphone H.Y.________, qui a souhaité en discuter le 30 mars 2001 lors d'un déjeuner. Il résulte du compte rendu de l'entretien établi par B.________ que H.Y.________ s'est plaint que A.________ ne l'ait appelé qu'à deux reprises depuis décembre 2000. Il a plus particulièrement reproché à la banque de ne pas l'informer au fur et à mesure des investissements effectués, contrairement à ce qui avait été convenu. Lorsque B.________ a remis à H.Y.________ un état de situation de son compte, celui-ci a blêmi. H.Y.________ a fait grief à X.________ SA de ce que les actions représentaient 45% des investissements effectués, alors que son portefeuille, selon ce qui avait été discuté, ne devait comprendre que 30% d'actions, à moins que le marché ne soit « euphorique ». En conclusion de son rapport, B.________ a écrit la remarque suivante: «(H.Y.________) a l'impression que l'on fait joujou avec son dossier et il est très inquiet. Du reste, s'il n'a pas donné un mandat discrétionnaire à la banque, mais un mandat de conseil, c'était justement pour être conseillé...». Il a été convenu qu'un nouvel entretien aurait lieu dix jours plus tard, en présence de A.________. Au 30 mars 2001, la baisse de valeur du portefeuille de titres détenu par les conjoints Y.________ et les pertes enregistrées sur les opérations effectuées pendant le premier trimestre de l'année 2001 atteignaient en valeur 1'105'855,66 EUR. Le 4 avril 2001, A.________ a envoyé à H.Y.________ un récapitulatif des titres achetés, spécifiant notamment les quantités acquises de chaque actif avec leur prix d'achat respectif. Le 11 avril 2001, B.________, A.________ et H.Y.________ se sont rencontrés dans les locaux de la banque. Il a alors été convenu qu'aucune opération ne serait plus effectuée sur le compte, sans instruction ou accord préalable des époux Y.________. Dans un compte rendu de cet entretien, A.________ a noté à propos de H.Y.________ ce qui suit: «Déçu par performance, mais surtout a peur. Lui explique et lui remets la politique de gestion appliquée par [moi-même]. Nous décidons: - de conserver la part actions à 40% dans un premier temps et de travailler avec cette part pour faire remonter le portefeuille; - tous les lundis, envoi par fax d'une situation de la partie Actions du compte avec tél. pour suivre l'évolution; - 1 fois par mois, envoi par courrier des situations des comptes et d'un courrier». Il a été constaté que lorsqu'un responsable de la banque avait voulu consulter le dossier des conseils délivrés aux conjoints Y.________, il l'avait trouvé « étrangement vide ». Les opérations boursières effectuées par X.________ SA à partir du compte des époux Y.________ figuraient dans les relevés de compte mensuels que la banque leur adressait « banque restante ». A.d Dans les mois qui ont suivi, les principaux indices boursiers ont poursuivi leur tendance baissière. Les époux Y.________ ont procédé à la vente d'un certain nombre de titres, à des prix inférieurs à leur valeur d'achat. En septembre 2001, H.Y.________ a reproché à X.________ SA d'avoir procédé à des investissements non autorisés sur le compte joint des époux et manifesté l'intention de tenir la banque pour responsable des pertes subies en raison de ces investissements. A l'automne 2001, X.________ SA a proposé de verser aux époux Y.________ un montant de 300'000 EUR, sans reconnaissance de responsabilité; ces derniers, par courrier du 28 décembre 2001, ont décliné cette proposition, qu'ils estimaient insuffisante à considérer la perte subie au 14 décembre 2001, qui se montait à 1'537'423,44 EUR. Deux entretiens ont eu lieu par la suite, au cours desquels tant la banque que les époux Y.________ ont maintenu leur position respective. Le 6 août 2002, les conjoints Y.________ ont ordonné à X.________ SA de transférer l'intégralité de leurs avoirs auprès d'un autre établissement bancaire. Il a été retenu que le total des commissions de conseil prélevées par X.________ SA sur le compte de H.Y.________ et F.Y.________ pour la période de décembre 2000 à fin mars 2001 s'élevait à 15'152,62 EUR.