Citation: 4A_234/2023 E. 1.2.2

1.2.2. En l'espèce, la société recourante invoque son droit d'être entendue; elle plaide que cette question ne pourra plus être tranchée en fin de cause si la possibilité de l'invoquer lui est refusée à ce stade. Elle serait également privée de la faculté d'être représentée par l'avocat de son choix si elle devait attendre l'arrêt qui tranchera sa prétention au fond pour former recours. Il s'agit de savoir si la décision entreprise peut causer ou non un préjudice irréparable à la société (ici la partie recourante), et non de déterminer si elle touche les intérêts de l'actionnaire majoritaire ou du liquidateur. La réponse est donc moins évidente qu'il n'y paraît. En effet, il ne s'agit pas ici d'une problématique de représentation au procès (art. 68 s. CPC), mais de formation de la volonté sociale en lien avec le présent procès. Si le Tribunal civil, respectivement la Cour de justice, ont pu utiliser l'expression « représentation » pour circonscrire la mission confiée au commissaire, ceci ne doit pas induire en erreur. Le commissaire provisoirement désigné doit prendre les décisions qui s'imposent pour la société dans le contexte de la présente procédure, en lieu et place du liquidateur contesté. Certes, il pourrait également, en sa qualité d'avocat au barreau, représenter la société dans le présent procès; cela étant, il n'a pas été désigné comme simple mandataire, mais bien pour incarner la société dans ce contexte précis. En bref, la société n'est pas privée de la faculté de confier ses intérêts à l'avocat de son choix; c'est bien plutôt par une autre personne (que le liquidateur) que la société exprime sa volonté dans le cadre de la présente procédure. La nuance est de taille. même si, à titre de conséquence, l'avocat mandaté jusqu'à présent par l'ex-associé président et par le liquidateur risque d'être déchargé de sa fonction. Les explications de la recourante ne permettent dès lors pas de discerner où résiderait le risque de préjudice irréparable, si la société n'agit plus par son liquidateur, mais par un commissaire provisoire, dans le cadre de la présente procédure. Elle ne s'aventure pas à prétendre que les décisions que pourrait prendre ledit commissaire seraient susceptibles de lui causer un tel préjudice. On ne voit d'ailleurs pas a priori quel pourrait être concrètement le risque de préjudice irréparable, étant rappelé qu'il n'est pas question des intérêts de l'actionnaire majoritaire, ni de ceux du liquidateur. Et d'ailleurs, la recourante elle-même affirme que le commissaire a été nommé par le tribunal alors que l'échange d'écritures était déjà intervenu et l'affaire se trouvait en état d'être jugée (tout en reprochant à la Cour de justice de ne pas s'être exprimée sur ce grief). Si on la suit sur ce chapitre, il est d'autant moins évident de concevoir un quelconque risque de préjudice irréparable.