Citation: 5A_90/2018 E. 5.1

5.1. Toujours motifs pris d'un établissement arbitraire des faits et d'une violation arbitraire de l'art. 176 al. 1 ch. 1 CC, le recourant reproche à la Juge déléguée d'avoir refusé d'appliquer la méthode du maintien du train de vie des époux (méthode dite concrète). La Juge déléguée avait constaté que les époux réalisaient des " revenus relativement élevés ", soit des revenus mensuels de 21'092 fr. pour l'époux et de 5'176 fr. pour l'épouse. De tels revenus correspondaient incontestablement à une " situation matérielle favorable " et devaient, selon la jurisprudence, conduire à l'application de la méthode concrète. Il était au demeurant arbitraire d'avoir appliqué la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent sur la base du constat que les parties n'avaient pas constitué d'épargne durant la vie commune. Ce constat était en contradiction flagrante avec les pièces versées au dossier, qui, en violation de la maxime inquisitoire (art. 272 CPC), avaient été totalement ignorées. Celles-ci démontraient l'existence d'une quote-part d'épargne. Il en résultait en effet que les époux étaient propriétaires d'une villa ainsi que d'un chalet à U.________. Ces biens constituaient une forme d'épargne, tant il est vrai que le financement de ces biens et leur amortissement accroissent leur fortune. De même, dans leur déclaration d'impôts 2015, soit leur dernière déclaration commune, les époux avaient indiqué avoir constitué une prévoyance individuelle liée (3e pilier A) pour des montants annuels respectifs de 6'666 fr. et 3'549 fr. La Juge déléguée avait, quoi qu'il en soit, versé dans l'arbitraire en exigeant qu'il démontre l'existence d'une quote-part d'épargne. Selon le consid. 7.2 de l'arrêt 5A_137/2017, il n'était en effet pas nécessaire de faire une telle démonstration pour appliquer la méthode du train de vie. L'épouse avait au demeurant elle-même requis l'application de cette méthode dans sa requête de mesures protectrices. Partant, conformément à l'art. 8 CC, le fardeau de la preuve de ses dépenses lui incombait et il n'appartenait pas au débirentier de démontrer que les ressources utilisées pendant la vie commune étaient moins importantes que la quotité des aliments requis par la crédirentière durant la séparation. Dans la mesure où l'épouse n'était pas parvenue à démontrer que ses charges mensuelles le justifieraient, la Juge déléguée ne pouvait pas se limiter à partager l'excédent par moitié. Elle aurait dû vérifier que le train de vie mené par l'épouse n'était pas dépassé, son maintien constituant la limite supérieure maximale du droit à l'entretien. Le recourant relève encore que la Juge déléguée avait omis de prendre en considération les ressources nouvellement dégagées par l'intimée du fait de son nouvel emploi qui avait débuté le 7 novembre 2016. Ces revenus étaient significatifs, puisqu'ils représentaient un montant mensuel de 3'532 fr., versé treize fois l'an. Ces ressources additionnelles, qui n'existaient pas durant la vie commune, permettaient ainsi à l'intimée de se constituer une épargne propre au détriment du débirentier dont le disponible était ventilé par moitié entre les époux ainsi qu'il l'aurait été si l'intimée ne travaillait pas. Dès lors que les parties étaient mariées sous le régime de la séparation de biens, l'application de la méthode du minimum vital avec répartition de l'excédent entraînait un transfert de patrimoine inadmissible.