Citation: 2A.560/1999 13.03.2000 E. 2

2.- a) Le but du regroupement familial est de permettre aux intéressés de vivre en communauté familiale (ATF 119 Ib 81 consid. 2c p. 86). La seule condition prévue explicitement par l'art. 17 al. 2 LSEE est que les enfants vivent auprès de leurs parents. Toutefois, d'autres exigences doivent être tirées de la loi, de sorte que cette disposition ne confère pas de droit inconditionnel à faire venir en Suisse des enfants vivant à l'étranger. Ainsi, celui des parents qui a librement décidé de partir à l'étranger ne peut en tirer un droit de faire venir son enfant lorsqu'il entretient avec celui-ci des contacts moins étroits que l'autre parent ou que les membres de la famille qui en prennent soin, et qu'il peut maintenir les relations existantes. Dans un tel cas, le droit de l'enfant vivant à l'étranger de rejoindre le parent se trouvant en Suisse suppose qu'il entretienne avec le parent établi en Suisse une relation familiale prépondérante et que la nécessité de sa venue soit établie. A cet égard, il ne faut pas tenir compte seulement des circonstances passées; les changements déjà intervenus, voire les conditions futures, peuvent également être déterminants. Le refus d'une autorisation de séjour ne saurait donc être considéré comme contraire au droit fédéral lorsque la séparation résulte initialement de la libre volonté de l'étranger lui-même, lorsqu'il n'existe pas d'intérêt familial prépondérant à une modification des relations prévalant jusque-là ou qu'un tel changement ne s'avère pas impératif, et que les autorités n'empêchent pas les intéressés de maintenir les liens familiaux existants (ATF 124 II 361 consid. 3a p. 366; 122 II 385 consid. 4b p. 392; 119 Ib 81 consid. 4a et b p. 90/91; 118 Ib 153 consid. 2c et d p. 160/161). Le fait qu'un enfant vienne en Suisse peu avant ses dix-huit ans, alors qu'il a longtemps vécu séparément de celui de ses parents établi en Suisse, ne constitue pas forcément un indice d'abus du droit conféré par l'art. 17 al. 2 LSEE. Il y a lieu au contraire de tenir compte de toutes les circonstances du cas, notamment des motifs de l'attribution de l'enfant au parent résidant à l'étranger, de celles de son déplacement auprès de l'autre parent, de l'intensité de ses relations avec celui-ci, et des conséquences qu'aurait l'octroi d'une autorisation d'établissement sur l'unité de la famille (ATF 119 Ib 81 consid. 3a p. 88; 115 Ib 97 consid. 3a p. 101). b) En l'espèce, il s'agit uniquement de déterminer s'il existe entre le recourant et ses enfants une relation familiale prépondérante telle qu'elle est définie par la jurisprudence. Même s'il est arrivé en Suisse comme réfugié, le recourant a continué à se rendre régulièrement en Turquie pendant les vacances, notamment dans l'appartement qu'il a acheté avec sa deuxième épouse à X.________. Il faut donc admettre qu'il a quitté volontairement la Turquie en 1988, alors que sa première femme était enceinte de son sixième enfant. S'il a certes obtenu la garde de ses enfants après son divorce en décembre 1989, il n'en demeure pas moins que cette garde a, de fait, été assurée essentiellement par sa mère, voire par son père et l'un de ses frères qui habitait toujours chez ses parents. Il n'est par ailleurs pas établi que les enfants n'auraient pas entretenu des relations suivies avec leur mère qui séjournerait dans un village voisin. Ainsi, le fait que le recourant ait maintenu des contacts réguliers avec ses enfants en pourvoyant à leurs besoins matériels, en leur rendant visite pendant les vacances et en leur téléphonant ne signifie pas encore qu'il ait noué avec eux une relation prépondérante. Pour cela, il aurait fallu qu'il intervienne de manière décisive dans leur éducation, au point de reléguer les membres de sa famille qui s'en occupaient au rôle de simples exécutants (voir arrêt non publié du 30 septembre 1998 en la cause Dinc, consid. 3b). En outre, environ trois mois après son mariage avec une Suissesse, il a présenté une demande de regroupement familial uniquement pour son fils aîné, actuellement âgé de 25 ans et qui n'est plus concerné par la présente procédure. La demande faite en octobre 1997, soit six ans plus tard pour les cinq autres enfants n'aurait donc pas pour résultat de réunir la famille complète. Elle apparaît au demeurant tardive en ce qui concerne le fils B.________ et les deux filles C.________ et D.________, qui ont de toute évidence le centre de leurs intérêts en Turquie, puisqu'ils sont actuellement âgés respectivement de vingt, dix-neuf et dix-sept ans; ils sont donc maintenant en âge de commencer une vie professionnelle et de prendre peu à peu leur indépendance. La situation des deux filles cadettes, E.________ et F.________ est plus délicate, dès lors qu'elles n'ont que quinze et onze ans et demi. Le recourant ne démontre toutefois pas que sa mère, aujourd'hui malade et âgée de soixante-neuf ans, serait la seule personne en mesure de s'occuper de ses deux filles et qu'il n'y aurait pas d'autres alternatives que de les soustraire à leur environnement habituel et au cercle de leurs relations; il semble au contraire peu souhaitable de les intégrer dans un milieu dont elles ne connaissent pas la langue et dans un système scolaire complètement différent du leur (ATF 125 II 585 consid. 2c p. 588 et les références citées). A cet égard, le recourant n'établit pas non plus que son épouse actuelle aurait des affinités particulières avec ses enfants et qu'elle serait mieux à même de s'en occuper. c) Dans ces circonstances, rien ne permet d'affirmer que les relations qu'il a entretenues avec ses enfants depuis bientôt douze ans aient été l'expression d'un lien particulièrement étroit. L'autorité intimée n'a donc pas violé l'art. 17 al. 2 LSEE en retenant que le but du regroupement familial ne serait pas atteint.