Citation: 6P.185/2004 15.02.2005 E. B

Cette décision repose, en résumé, sur les faits suivants. B.a Le 29 février 2004, vers 19 heures 15, la police a dû intervenir à proximité de la mission permanente du Bangladesh (ci-après: la Mission), à Genève, suite à une importante bagarre entre plusieurs dizaines de personnes. Le nommé X.________ était blessé et a été conduit à l'hôpital. Une vingtaine de personnes étaient encore présentes, mais, malgré les appels à témoin de la police, personne n'a souhaité témoigner. Par ailleurs, ni X.________ ni les autres personnes présentes ne paraissaient déterminés à déposer plainte. B.b Le 4 mars 2004, X.________ a finalement déposé plainte pour lésions corporelles graves. Il a indiqué que, le 29 février 2004, il s'était rendu dans l'après-midi à la Mission avec un ami, Y.________, pour participer à une réunion, à laquelle prenait part une trentaine de ressortissants bengalis, dont B.________ et C.________. Vers 18 heures, le nommé A.________, qui n'avait pas été invité, avait fait irruption dans la cuisine et avait saisi Y.________ par le col en brandissant son poing d'un air menaçant. Il s'était interposé et avait réussi à le calmer. Vers 19 heures, alors qu'il quittait la Mission en compagnie de Y.________, il avait été agressé par B.________, C.________ et A.________. Ce dernier lui avait asséné un coup sur le sommet du crâne avec une barre en fer dont il était muni, pendant que les deux autres le tenaient fermement par la taille. Après quoi, ses agresseurs s'étaient enfuis. En annexe de sa plainte, X.________ a produit un certificat médical, faisant état d'une contusion avec plaie du cuir chevelu ayant nécessité sept points de suture. Il a par ailleurs remis à la police un courrier daté du 3 mars 2004, rédigé par lui-même en anglais, dans lequel il expliquait le déroulement de la bagarre et citait les noms et numéros de téléphone portable de divers témoins, tels que D.________ à Genève, E.________ à Genève, Monsieur F.________ à Genève, G.________ à Neuchâtel, H.________ à Neuchâtel et J.________ à Genève. B.c Entendu le 17 mars 2004 par la police, A.________ a reconnu s'être rendu à la Mission le jour en question vers 17 heures 15, mais a précisé avoir quitté les lieux vers 17 heures 30. Il a admis avoir discuté avec Y.________ et que leurs opinions divergeaient, mais a nié l'avoir insulté et menacé. Il a déclaré qu'après avoir quitté la Mission, il s'était rendu directement dans l'établissement de jeux, sis à la rue du Mont-Blanc, où il travaillait en tant que gérant remplaçant. Il a affirmé y avoir travaillé, sans interruption et sans quitter son service, de 17 heures 50 à 00 heures 10. A l'appui, il a produit une copie du relevé de la pointeuse, selon lequel il avait pointé le jour en question peu avant 18 heures, une copie de ses horaires de travail, indiquant 18.00 heures-00.00 heures pour le 29 février 2004, et un relevé de connexion à Internet mentionnant de multiples connexions effectuées par un prénommé A.________ le 29 février 2004 entre 17 heures 58 et 23 heures 24. En conclusion, il a contesté avoir eu une altercation avec X.________ et Y.________ le 29 février 2004. B.d Egalement entendu par la police, B.________ a déclaré s'être rendu à la Mission le jour en question, mais avoir quitté les lieux vers 17 heures 30 à l'issue d'une dispute avec Y.________ sur un sujet politique. Il a précisé que X.________ s'était mêlé à la dispute en menaçant de le dénoncer à la police car il ne possédait pas de papiers et que c'est pour ce motif qu'il avait quitté les lieux. Il a dès lors nié avoir participé à la bagarre. B.e Lui aussi entendu par la police, C.________ a indiqué avoir quitté la Mission vers 18 heures 30, à l'issue de la réunion politique qui s'y était déroulée durant toute la journée du 29 février 2004. Il a reconnu s'être trouvé sur les lieux de la bagarre, mais a affirmé que c'est le plaignant qui en avait été l'instigateur. Il a expliqué que celui-ci avait excité un groupe de jeunes compatriotes étudiants en leur disant de retenir et frapper certains bengalis qui avaient participé à la réunion. Selon lui, le plaignant tenait à la main une barre de fer, il avait traversé la rue suivi des étudiants et la bagarre avait éclaté. Lui-même avait tenté d'empêcher ces personnes de se battre. Dans la bousculade qui s'en était suivie, il n'avait pu distinguer qui donnait des coups et qui en recevait. Lorsque l'affrontement avait cessé, il avait toutefois remarqué que le plaignant saignait à la tête. S'agissant de A.________, il l'avait vu à la Mission aux alentours de 17 heures 30, mais ne savait pas où il se trouvait après. B.f La police a encore entendu, en qualité de témoin, K.________. Selon ses déclarations, le plaignant avait été le seul à chercher la bagarre et s'était finalement "fait cogner" par plusieurs compatriotes, qui étaient excédés par son comportement agressif. Il a ajouté qu'il pouvait confirmer que C.________ et A.________ étaient présents à la réunion. Il a par ailleurs précisé que l'information fournie à la police, selon laquelle les agresseurs avaient pris la fuite dans un véhicule portant des plaques neuchâteloises, était fausse et uniquement destinée à brouiller les pistes. B.g La police a enfin entendu L.________, beau-frère du plaignant, également présent lors de la bagarre, lequel a déclaré que le plaignant et Y.________ avaient été poursuivis par les trois mis en cause et que A.________ tenait une barre de fer à la main, alors que les deux autres étaient munis d'un bâton. Selon lui, les trois mis en cause en voulaient à Y.________ pour des raisons politiques. Le plaignant s'était interposé et C.________ avait ordonné à ses comparses de le tuer. C'était à ce moment-là que le plaignant avait été frappé à la tête par A.________ et les agresseurs avaient ensuite pris la fuite. Il a ajouté que K.________ était également présent et avait essayé de protéger le plaignant. B.h Le 20 avril 2004, Y.________ a à son tour déposé plainte pénale contre les mis en cause, des chefs de tentative de meurtre, lésions corporelles graves, voies de fait, extorsion et menace. Il alléguait avoir été fréquemment harcelé et racketté par A.________. Il produisait une plainte pénale qu'il avait déposée en 1996 et une carte de protection qu'il avait demandée en 2003 au Parquet. Il expliquait notamment que, le 22 février 2004, en vieille-ville de Genève, A.________ et B.________ lui avaient demandé de l'argent et l'avaient menacé de s'en prendre à sa famille, de sorte qu'il avait dû se réfugier dans le restaurant "Pied de Cochon", où il avait travaillé par le passé. Il ajoutait que le maître d'hôtel avait vu deux personnes qui le cherchaient mais qui n'étaient cependant pas entrées dans l'établissement. Au sujet des événements du 29 février 2004, le plaignant exposait que, vers 18 heures, il avait vu et entendu B.________ avertir téléphoniquement A.________ de sa présence. Arrivé peu après, A.________, à trois reprises, l'avait saisi par le cou, brandissant son poing et menaçant de le tuer, alors qu'il se trouvait dans la cuisine, où étaient notamment aussi présents J.________, G.________, X.________, D.________ et H.________. Ces trois derniers étaient intervenus pour le protéger. Il avait ensuite quitté la Mission en compagnie de X.________, D.________, J.________ et un dénommé E.________. Alors qu'ils sortaient de l'immeuble, C.________ avait surgi et avait crié qu'il fallait l'attraper. Il était muni d'un bâton, tout comme B.________, tandis que A.________ tenait une barre de fer. Il avait alors couru pour leur échapper et X.________, qui s'était interposé, avait reçu un coup de barre de fer sur la tête. Par ailleurs, en date du 2 mars 2004, A.________ avait menacé par téléphone de lui causer davantage de problèmes au cas où il déposerait plainte contre lui. Il disait craindre des représailles, notamment pour sa famille. B.i A réception de la plainte de Y.________, un complément d'enquête a été ordonné par le Parquet. Les mis en cause ont été entendus une seconde fois, le 15 juin 2004. Ils ont nié les accusations portées contre eux, tant en ce qui concerne les événements du 29 février 2004 que ceux du 22 février 2004. Ils ont répété les déclarations qu'ils avaient faites à la police le 17 mars 2004. A.________ a en outre déclaré que Y.________ avait souvent essayé de lui attirer des ennuis avec la justice, peut-être par jalousie ou pour le pousser à commettre un acte délictueux. S'agissant des événements du 22 février 2004, il a affirmé qu'il s'était borné à discuter avec le plaignant sur une terrasse. B.________ a lui aussi évoqué un rendez-vous en vieille-ville avec le plaignant pour discuter. B.j Du rapport de police complémentaire du 16 juin 2004, il ressort que les gendarmes ont tenté de contacter les témoins cités par les plaignants, lors du dépôt de la plainte de X.________ puis à nouveau lors du dépôt de la plainte de Y.________, mais que seul H.________, domicilié à Neuchâtel, avait répondu. Contacté par téléphone, il avait déclaré avoir été présent à la Mission le 29 février 2004, avoir vu qu'un différend avait éclaté entre A.________ et Y.________ en fin de journée et s'être interposé, avec l'aide de compatriotes, pour prévenir une éventuelle bagarre. Selon lui, personne n'avait été brutalisé à cette occasion. B.k Le 4 août 2004, le Parquet a reçu un courrier, daté du 2 août 2004, de J.________. Ce dernier, disant y avoir assisté, donnait une description de la bagarre du 29 février 2004 correspondant aux déclarations des plaignants. Il ajoutait qu'il ne comprenait pas pour quoi la police n'avait pas recueilli sa déclaration.