Citation: 4P.110/2001 17.07.2001 E. 2

2.- a) La recourante soutient que la décision attaquée viole l'interdiction de l'arbitraire garantie par l'art. 9 Cst. Selon la jurisprudence, l'arbitraire ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité. Pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 126 I 168 consid. 3a; ATF 125 I 166 consid. 2a; 125 II 10 consid. 3a, 129 consid. 5b). S'agissant plus précisément de l'appréciation des preuves et des constatations de fait, il y a arbitraire lorsque l'autorité ne prend pas en compte, sans aucune raison sérieuse, un élément de preuve propre à modifier la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement sur son sens et sa portée, ou encore lorsque, en se fondant sur les éléments recueillis, elle en tire des constatations insoutenables. b) aa) Selon la recourante, dès lors que les trois témoins entendus l'ont été sous la foi du serment, la cour cantonale ne pouvait affirmer sans arbitraire que leurs déclarations devaient être appréciées avec circonspection pour le seul motif que les intéressés sont des employés de la défenderesse. bb) Le juge ne doit se fonder sur une déposition que s'il est établi que le témoin avait la volonté de dire la vérité et la capacité pour ce faire (cf. ATF 118 Ia 28 consid. 1c). Le témoin a ainsi le devoir de renseigner le juge sur les circonstances qui peuvent influer sur sa crédibilité; en particulier, il lui incombe de préciser quelles sont ses relations avec les plaideurs (Max Guldener, Schweizerisches Zivilprozessrecht, 3e éd., p. 346 in fine et la note 35; Oscar Vogel, Grundriss des Zivilprozessrechts, 6e éd., chap. 10, n. 60, p. 268). La recourante n'a pas taxé d'arbitraire la constatation que les trois témoins entendus par la Cour d'appel sont toujours ses employés. Liés à la défenderesse par un contrat de travail, ces derniers sont ainsi dans une situation de subordination par rapport à la recourante (cf. Pierre Tercier, Les contrats spéciaux, 2e éd., n. 2503, p. 306). Comme lesdits témoins peuvent avoir été influencés par leur employeur, il n'est nul besoin de longues explications pour admettre que l'autorité cantonale n'a pas fait montre d'arbitraire en considérant que leurs déclarations ne devaient être accueillies qu'avec retenue. c) A suivre la recourante, les trois témoignages écartés étaient très clairs sur le montant net touché par le demandeur lors de ses deux dernières années de travail ainsi que "sur la question de la divergence entre le bulletin de salaire et le montant effectivement perçu". L'autorité cantonale a retenu, sans être critiquée, que, sans doute pour ne pas nuire ou déplaire à son employeur, le témoin G.________ avait effectué une fausse déclaration sous serment au sujet des montants non déclarés versés par la recourante à ses employés. Il saute aux yeux que les dires de ce témoin, qui a déjà menti pour favoriser la cause de son employeur, sont pour le moins sujets à caution. Le témoin H.________, qui a affirmé que le demandeur touchait une année ou une année et demie après son engagement, à savoir en tout cas dès janvier 1997, un salaire net de 2800 fr., est contredit par les allégations mêmes de la défenderesse, qui a reconnu que l'intimé recevait en 1997 une rémunération mensuelle nette de 2700 fr. Quant à la différence entre le montant du salaire indiqué sur sa fiche de travail et le salaire qu'il encaissait réellement en espèces, H.________ a déclaré, au cours de l'audience du 7 mars 2001, qu'"il pens(ait) que la différence prov(enait) du travail supplémentaire qu'(il effectuait)". Il ne s'agit pas là d'une constatation, mais bien d'une simple conjecture, dont la Cour d'appel n'avait pas à tenir compte. Quant au témoin S.________, comme il n'est entré au service de la défenderesse qu'en août 1998, il ne pouvait évidemment avoir constaté ce que touchait le demandeur depuis la fin 1997. Au sujet de la différence entre le montant qui lui était versé mensuellement par l'employeur et celui indiqué sur sa fiche de paye, S.________ a tout d'abord affirmé qu'elle s'expliquait par la rétrocession des retenues pour nourriture mentionnées sur sa fiche de salaire, puis a déclaré qu'elle correspondait au paiement d'heures supplémentaires. Dans ces conditions, quoi qu'en pense la recourante, le moins que l'on puisse dire est que cette déposition n'était pas claire. d) La recourante semble affirmer que la cour cantonale ne pouvait sans arbitraire écarter intégralement les dépositions des trois témoins susmentionnés, à moins de leur reprocher d'avoir commis de faux témoignages au sens du droit pénal. La Cour d'appel n'a pas écarté l'entier des déclarations de ces témoins, mais a examiné celles-ci avec réserve, en les confrontant avec les autres moyens de preuve administrés, singulièrement les déclarations et allégations de la recourante et les pièces produites. Il n'y a là rien d'insoutenable. e) Enfin, la recourante prétend que l'autorité cantonale n'a pas pris en considération le chèque de 2800 fr. qu'elle a versé à l'intimé en mars 1999. Le moyen est téméraire. La Cour d'appel a bel et bien fait état de l'existence de ce chèque aux pages 3 in fine et 10 in medio de son arrêt. Et c'est sans le moindre arbitraire qu'elle a admis que ce chèque n'établissait pas que le demandeur percevait 2800 fr. net mensuellement de janvier 1998 à novembre 1999.