Citation: 6B_1011/2023 E. 4.3.1

4.3.1. Quant à la pratique d'asphyxie, le recourant reproche à la cour cantonale d'avoir arbitrairement omis des déclarations des experts judiciaires essentielles concernant la réaction de tout individu soumis à un blocage bucco-nasal. D'une part, le recourant relève les déclarations des experts judiciaires en procédure d'appel concernant notamment la sécrétion d'adrénaline dont le but est de reprendre la respiration, le mécanisme réflexe du besoin de respirer et la lutte du corps de la personne, indépendante de sa volonté, pour sa propre survie (PV CPAR p. 51 à 58). D'autre part, en lien avec l'ingestion de la plume, le recourant relève les déclarations de l'experte judiciaire auditionnée, selon laquelle " dans le contexte d'une asphyxie bucco-nasale avec inhalation d'une telle plume, je considère qu'il est impossible de ne pas tousser ", et il précise que les experts n'ont pas eux-mêmes émis l'hypothèse de l'inhalation d'une plume sans toux (PV CPAR p. 73). Selon le recourant, une fois pris en compte ces éléments, il n'est plus possible de considérer, sans arbitraire, que l'intimé est crédible lorsqu'il déclare ne rien avoir remarqué de particulier lors de la pratique de l'asphyxie ayant conduit la victime à ingérer une plume de 4.5 cm. L'intimé estime que la cour cantonale a dûment pris en considération et apprécié les déclarations des experts pour fonder sa conviction. L'arrêt entrepris relève que les experts judiciaires signalaient encore aux débats d'appel que deux éléments restaient inexpliqués au regard du récit de l'intimé, à savoir le manque de réaction de la défunte durant la phase de suffocation, ainsi que le passage d'une plume dans ses voies aériennes (cf. supra let. B.d.i; arrêt entrepris let. C.f.b p. 38 s.). Or, dans la partie consacrée à l'appréciation des preuves, la cour cantonale n'a pas examiné ces deux questions, qui demeurent, selon les déclarations non contestées des experts judiciaires, essentielles à l'établissement des faits. S'agissant de la première question concernant la lutte du corps pour la survie, indépendante de la volonté de la victime, l'arrêt cantonal est muet. Tout au plus, la cour cantonale suggère-t-elle une absence de toute lutte de la victime pour reprendre sa respiration (" cherché, en vain, à reprendre l'air " [arrêt entrepris p. 60]), ce en contradiction flagrante avec les indications détaillées des experts judiciaires, qui précisent notamment que la perte de connaissance en cas d'asphyxie bucco-nasale n'intervient qu'après une durée de l'ordre de deux minutes (arrêt entrepris let. C.f.b p. 39). S'agissant de la seconde question ayant trait au réflexe de toux, la cour cantonale estime qu'aucun élément ne permet de retenir que la défunte aurait toussé consécutivement à l'inhalation de la plume, en indiquant que celle-ci se serait " glissée " dans la bronche de la victime et qu'une " gêne " aurait été occasionnée par cet objet (arrêt entrepris p. 58 et 60). Ce faisant, la cour cantonale emploie, comme le souligne le recourant, une terminologie qui s'éloigne des indications médico-légales des experts judiciaires sur le processus et les conséquences d'une telle inhalation. En outre, le raisonnement cantonal va à l'encontre de la conclusion selon laquelle l'inhalation d'une plume de la taille (4.5 cm) de celle retrouvée dans les bronches de la victime implique une toux importante (possiblement en état d'inconscience). Compte tenu du phénomène de "toux-réflexe" décrit par les experts judiciaires, la cour cantonale ne pouvait, sans autre explication, considérer que la présence de la plume dans les bronches de la victime ne renseignait pas sur les circonstances du décès. Il en résulte que la cour cantonale a tenu pour établie la version de l'intimé relative au déroulement de la pratique de l'asphyxie, sans la confronter aux indications topiques des experts judiciaires, dont l'expertise a été jugée rigoureuse et cohérente (cf. supra consid. 2.3). Elle n'a pas davantage expliqué pour quels motifs elle s'est écartée des constatations de l'expertise, encore soulignées en audience d'appel. Or, les réactions de la victime à la pratique d'asphyxie et la perception de celles-ci par l'intimé sont des éléments propres à établir la volonté interne de ce dernier (cf. supra consid. 2.2.1). En procédant ainsi, la cour cantonale a versé dans l'arbitraire (cf. supra consid. 2.1).