Citation: 1B_91/2020 E. 2.3

2.3. La Chambre des recours pénale a constaté que l'enregistrement litigieux avait été effectué sans l'accord du recourant et qu'il devait être considéré comme illicite. Elle a jugé que l'absence d'accord du prévenu ne suffisait pas à retenir que les conditions de l'art. 140 CPP étaient réalisées et que le simple fait de cacher un appareil enregistreur sur soi ne constituait pas une tromperie au sens de cette disposition. L'enregistrement litigieux n'était ainsi qu'une preuve illicite ordinaire au sens de l'art. 141 al. 2 CPP, dont l'admission au dossier pouvait être admise dès lors qu'il aurait pu être obtenu licitement par l'autorité pénale. Les arguments que le recourant fait valoir à l'encontre de cette motivation ne permettent pas de conclure à l'existence d'un préjudice irréparable. Il ne ressort pas de l'état de fait de l'arrêt attaqué que l'enregistrement vidéo litigieux aurait été réalisé à la suite de menaces, de contrainte ou d'une tromperie qui le rendrait absolument inexploitable au regard de l'art. 140 al. 1 CPP. Le recourant se contente d'affirmer avoir été mis en confiance par le plaignant en raison des liens d'amitié qu'il entretenait alors avec celui-ci, sans qu'il ne se rende compte qu'il était filmé; l'existence d'une relation d'amitié n'est pas établie et peut raisonnablement être mise en doute au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés. Les allégations du recourant ne suffisent manifestement pas à établir que le plaignant aurait fait usage de tromperie pour l'amener à s'exprimer. Pour le surplus, il reviendra au juge de fond de procéder à la pesée des intérêts requise pour savoir si ce moyen de preuve, recueilli illicitement, pouvait être considéré comme exploitable étant donné que les conditions posées à l'utilisation licite d'un dispositif technique de surveillance aux fins d'enregistrer une conversation privée par l'autorité ne sont pas d'emblée exclues au regard des art. 197 al. 1 let. b, 269, 280 et 281 CPP et de la gravité notamment de l'infraction de traite d'êtres humains reprochée au recourant. Que l'enquête pénale n'était pas encore ouverte lorsque l'enregistrement a été réalisé importe peu, seul étant décisif le fait qu'il existait à ce moment-là de graves soupçons laissant présumer que les infractions de traite d'êtres humains, voire d'usure par métier ont été commises, ce qui était le cas en 2015 et 2016 puisque, selon l'état de fait non contesté retenu dans l'arrêt attaqué, le plaignant - auteur de l'enregistrement vidéo litigieux - est arrivé en Suisse en 2012 ou 2013 et aurait travaillé en cuisine, durant cette période, dans le même restaurant que le prévenu sans être payé (cf. arrêt 6B_911/2017 du 27 avril 2018 consid. 1.2.2). Le recourant ne prétend au surplus pas que cet enregistrement constituerait l'unique moyen de preuve à sa charge et qu'il aurait de ce fait un intérêt particulier à ce que la question de son exploitabilité soit tranchée sans délai. Partant, l'inexploitabilité du moyen de preuve en cause au sens des art. 140 et 141 al. 1 CPP n'est, en l'état, pas manifeste et un risque de préjudice irréparable pour le recourant n'est pas démontré. Il s'ensuit que l'arrêt attaqué ne saurait être contesté immédiatement auprès du Tribunal fédéral.