Citation: 4C.280/2006 16.11.2006 E. B

En février 2001, puis de nouveau en juin et juillet 2001, divers journaux ont publié des informations selon lesquelles Y.________ AG avait subi des pertes durant plusieurs années consécutives. Elle n'avait ensuite réalisé qu'un modeste bénéfice et sa rentabilité demeurait insuffisante. Le directeur et le chef de la division informatique avaient été contraints à la démission. Les partenariats conclus avec d'autres entreprises n'avaient pas apporté de solution durable. Le groupe auquel Y.________ AG appartenait jusque-là s'en était séparé pour ne conserver que ses filiales actives dans le secteur immobilier. Un nouvel administrateur-délégué prévoyait de mettre en oeuvre un système « shop in shop » qui consiste à répartir les surfaces de vente entre des commerçants indépendants et spécialisés. Par lettre du 26 novembre 2001 adressée à Y.________ AG, accompagnée d'une formule officielle de résiliation de bail, X.________ SA a dénoncé la convention du 3 mai 2000. Elle se référait aux informations diffusées par la presse et elle expliquait que la situation déficitaire de sa cocontractante ne serait désormais plus équilibrée par le secteur immobilier du groupe auquel elle avait appartenu. Les changements intervenus dans la composition de la direction révélaient des difficultés d'organisation et on redoutait l'acquisition du capital-action par un groupe étranger. La formule « shop in shop » ne correspondait pas au grand magasin prévu par la convention; elle n'était pas compatible avec la stratégie du centre commercial et elle risquait d'engendrer des conflits importants avec les autres locataires. Enfin, Y.________ AG prévoyait de poursuivre l'exploitation d'un grand magasin dans le quartier genevois de Plainpalais, situé à près de deux kilomètres du centre commercial de la Praille; or, il était évident que la convention impliquait la fermeture de ce point de vente. X.________ SA affirmait que ces circonstances, extraordinaires et imprévisibles au moment où la convention avait été conclue, constituaient pour elle de justes motifs de s'en départir.