Citation: 6B_416/2019 E. 3.2

3.2. La cour cantonale a exposé que le recourant avait livré deux versions contradictoires des événements, en soutenant, d'une part, que AA.________ Llc était une société rattachée à A.________ Ltd et qu'elle avait pour but de lui permettre de débuter ses activités au Moyen-Orient, puis lui avait servi de "caisse noire" et, d'autre part, qu'il s'agissait de sa propre société, de sorte qu'il était libre de disposer des fonds déposés sur ses comptes. Cette contradiction affaiblissait déjà la crédibilité du recourant. Pour la cour cantonale cantonale, sur la base des pièces versées au dossier - en particulier le contrat de travail du recourant avec A.________ Ltd à compter du 1er avril 2000 et la procuration accordée par son employeur le 12 juillet 2000 - et des témoignages recueillis, il pouvait être retenu que l'intéressé avait été l'employé de cette société et que, dans le cadre des rapports de travail, celle-ci l'avait chargé de développer ses affaires au Moyen-Orient, en fondant tout d'abord AA.________ Llc, puis A.________ Ltd Dubaï, raison pour laquelle cette seconde entité avait été immatriculée selon les mêmes coordonnées que la première. A.________ Ltd avait ainsi couvert les frais généraux de AA.________ Llc par différents versements opérés entre 2000 et 2002. AA.________ Llc et A.________ Ltd Dubaï avaient toutes deux été créées dans le but exclusif de servir les intérêts du groupe A.________ Ltd. Une fois le bureau de représentation créé, A.________ Ltd avait nommé le recourant directeur régional et lui avait confié un budget annuel de deux millions d'EUR pour l'activité de marketing déployée par ce bureau, en lui conférant les pouvoirs de mener et de gérer l'ensemble des activités de A.________ Ltd Dubaï, y compris la négociation, la conclusion et l'exécution de tous contrats, transactions, arrangements et accords pour son compte. L'autorité précédente a relevé que le recourant avait été condamné, à Dubaï, pour s'être approprié sans justification, par le biais de AA.________ Llc, des honoraires de marketing versés par les sociétés C.________, D.________ et E.________ - clientes de A.________ Ltd - et qui auraient été exigibles par cette dernière, à hauteur d'un montant total de 7'106'579 USD, entre 2004 et 2010. Selon la cour cantonale, il devait être retenu que le recourant avait, à l'insu de son employeur, continué à exploiter AA.________ Llc et avait, par ce biais, notamment conclu avec la société C.________ un accord portant sur des honoraires de marketing calculés en rapport avec les produits fournis par A.________ Ltd, qui lui avait permis d'encaisser les sommes de 266'437 USD le 30 novembre 2009, de 256'950 USD le 19 décembre 2009, de 312'533 USD le 16 janvier 2010 et de 245'015 USD le 2 février 2010. Le recourant avait ensuite transféré ces sommes sur ses comptes personnels à Dubaï puis à U.________. L'intéressé avait contesté ces constatations en développant deux arguments contradictoires. Il avait, d'une part, prétendu que les honoraires en question ne revenaient pas à A.________ Ltd, dès lors que cette société n'avait pas conclu de contrat de " marketing service fees " avec C.________, au contraire de AA.________ Llc, qui était "sa" société. D'autre part, le recourant avait soutenu que AA.________ Llc était la "caisse noire" de A.________ Ltd. Il aurait ainsi réaffecté les honoraires de marketing perçus au profit de cette dernière société, en couvrant différentes opérations qui ne pouvaient pas apparaître dans son bilan, telles que des "commissions, primes et versements divers" à plusieurs intervenants sur le marché, dont des fonctionnaires. Or, selon la cour cantonale, il était établi que C.________ avait commercialisé des produits fournis par A.________ Ltd. La question de savoir si cette société avait formellement contresigné un contrat de distribution était sans pertinence, dès lors que A.________ Ltd fournissait effectivement ses produits à C.________, laquelle était donc sa cliente. Dans la mesure où les honoraires de marketing étaient facturés en lien avec les produits fournis, ceux-ci auraient dû revenir à A.________ Ltd. Peu importait que C.________ n'eût pas réclamé le remboursement des frais de marketing payés à AA.________ Llc. Rien ne permettait de retenir que celle-ci aurait eu conscience de verser lesdits honoraires à une entité distincte du groupe auquel appartenait A.________ Ltd, duquel elle recevait des produits à commercialiser, compte tenu de la forte similitude entre les raisons sociales en question. Il n'était, pour le reste, pas exclu que C.________ eût reçu des contre-prestations pour les versements en question, financées par d'autres fonds que ceux visés, puisqu'il était établi que le recourant avait perçu entre huit et neuf millions d'USD à titre de frais de marketing de C.________. Par ailleurs, rien ne permettait de retenir que le recourant avait employé les fonds litigieux au profit de son employeur, en couvrant pour lui des frais qui ne pouvaient pas apparaître au bilan de A.________ Ltd. Selon la cour cantonale, on ne voyait pas quel aurait été le bénéfice, pour cette société, de faire transiter ses fonds sur les comptes personnels - en l'occurrence des comptes joints - de son employé, cela jusqu'en Suisse, pour couvrir au moyen de ceux-ci des charges se rapportant, en bonne partie, à l'activité de marketing censée être conduite par sa succursale de Dubaï. Les pièces fournies par le recourant n'avaient pas permis d'établir que les fonds litigieux auraient été employés pour couvrir des "frais occultes" de A.________ Ltd par l'intermédiaire de AA.________ Llc. A cet égard, la cour cantonale a exposé que bon nombre de factures et documents présentés par le recourant évoquaient "A.________" ou A.________ Ltd, si bien que rien n'indiquait que les frais correspondants auraient été couverts par les fonds perçus par AA.________ Llc et ayant transité sur les comptes personnels de celui-ci. De toute manière, les frais mentionnés par le recourant étaient sans commune mesure avec les fonds litigieux encaissés. Le voyage à V.________ en 2010, auquel l'intéressé s'était référé à plusieurs reprises, avait ainsi coûté 46'000 EUR, tandis qu'une somme de 75'969 USD avait servi à l'achat de billets pour un Grand Prix à la fin de l'année 2009. Il n'était donc pas crédible que le montant de 999'972 USD 50 litigieux eût servi à couvrir les frais auxquels le recourant s'était référé. Dans une dernière tentative de justification, le recourant avait prétendu que les sommes litigieuses auraient constitué des prestations pour son travail auprès de A.________ Ltd à Dubaï. Selon l'autorité précédente, les montants perçus, en l'espace de deux mois, étaient sans commune mesure avec le salaire d'environ 294'000 USD et les bonus - soit environ 133'000 USD en 2008 et 150'000 USD en 2009 - perçus annuellement par le recourant. En outre, il n'existait pas de raisons pour que ce dernier perçût son salaire et son bonus au détour d'un versement préalable sur le compte de AA.________ Llc, puisque ceux-ci étaient habituellement payés directement sur un compte personnel. En définitive, aucun élément ne permettait de considérer les fonds litigieux comme ayant été légitimement acquis par le recourant. Au contraire, leur corrélation directe avec les versements opérés par C.________, eu égard à la quotité des montants et aux dates des versements, de même que l'affectation d'un montant global équivalent à l'ensemble de ces versements à l'acquisition d'un bien immobilier pour le fils du recourant, permettaient de se convaincre que l'intéressé s'était approprié la somme litigieuse en vue de s'enrichir.