Citation: 2C_215/2023 E. 6.1

6.1. Le respect des délais fixés pour demander le regroupement familial n'implique pas que celui-ci doive automatiquement être accordé. Cela vaut en particulier en cas de regroupement familial partiel lorsque le parent regroupant ne dispose que d'une autorisation de séjour et qu'il ne peut se prévaloir d'aucun droit à la réalisation de son projet de regroupement familial directement fondé sur le droit interne, mais uniquement dérivé de l'art. 8 CEDH. Dans ce contexte et comme déjà dit (cf. supra consid. 4.1), un droit au regroupement familial partiel tiré de l'art. 8 CEDH ne doit être reconnu, entre autres conditions, que s'il tient compte de l'intérêt supérieur de l'enfant, comme l'exige l'art. 3 CDE. Cette disposition de droit international implique de se demander si la venue en Suisse d'un enfant au titre du regroupement familial partiel n'entraînerait pas un déracinement traumatisant, ne reviendrait pas de facto à le couper de tout contact avec la famille résidant dans son pays d'origine et n'interviendrait pas contre sa volonté (cf. ATF 137 I 284 consid. 2.3.1 et les arrêts cités). Toutefois, comme il appartient en priorité aux parents de décider du lieu de séjour de leur enfant, en prenant en considération l'intérêt de celui-ci, les autorités compétentes n'ont qu'un pouvoir d'examen limité à cet égard: elles ne peuvent et ne doivent refuser le regroupement familial que si celui-ci est manifestement contraire à l'intérêt de l'enfant (ATF 136 II 78 consid. 4.8; arrêt 2C_247/2012 du 2 août 2012 consid. 3.2). Un déracinement culturel et social est du reste inhérent à tout regroupement familial et ne suffit pas, à lui seul, à en justifier le refus. Tout raisonnement qui reviendrait à considérer qu'un regroupement familial serait par principe contraire à l'intérêt d'un enfant qui aurait, par exemple, passé plus de dix ans dans son pays d'origine irait à l'encontre même du système des délais prévu à l'art. 47 LEI, qui autorise le regroupement familial quel que soit l'âge de l'enfant (cf. arrêts 2C_247/2012 du 2 août 2012 consid. 3.3; 2C_752/2011 du 2 mars 2012 consid. 7.2). De même convient-il de garder à l'esprit qu'une séparation de la fratrie résultant de l'application des règles de délais posées à l'art. 47 al. 1 LEI n'est pas forcément contraire à l'intérêt de l'enfant. Dans le cas contraire, le non-respect des délais de regroupement pour les enfants plus âgés, qui sont de par la loi plus courts dès douze ans, se répercuterait presque systématiquement sur les frères et soeurs plus jeunes, ce qui ne reposerait sur aucune base légale (cf. arrêts 2C_1014/2014 du 21 janvier 2016 consid. 4.2; arrêt 2C_205/2011 du 3 octobre 2011 consid. 3.6 in fine).