<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <a name="idp306848"></a><div class="big bold">Urteilskopf</div> <br/>139 III 379<br/><br/><br/><div class="paraatf">53. Extrait de l'arrêt de la Ire Cour de droit civil dans la cause X. contre Y. SA (recours en matière civile)</div> <div class="paraatf">4A_60/2013 du 24 juin 2013</div> <a name="idp308384"></a> <a name="idp317920"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref"><artref id="CH/272/334" type="start"></artref>Art. 334 und 405 ZPO</span><artref id="CH/272/405" type="end"></artref>; Erläuterung eines Entscheids; Übergangsrecht. <div class="paratf"><span class="artref">Art. 334 ZPO</span> sieht keine Frist zur Einreichung eines Erläuterungsgesuchs vor (E. 2.1). </div> <div class="paratf">Das nach dem 1. Januar 2011 eingereichte Erläuterungsgesuch gegen einen vor diesem Datum ergangenen Entscheid unterliegt der allgemeinen Übergangsbestimmung für Rechtsmittel gemäss <span class="artref">Art. 405 Abs. 1 ZPO</span> (E. 2.2 und 2.3). </div> </div> </div> <a name="idp326496"></a> <br/><div> <a name="idp335248"></a><span class="big bold" id="erwaegungen">Erwägungen</span> <span class="small">ab Seite 379</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page379"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 379</div> </div> <div class="paraatf">Extrait des considérants:</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp337360"></a><span class="bold" id="consideration_2.">2. </span>(...)</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp338480"></a><span class="bold" id="consideration_2.1">2.1 </span>Il n'est pas contesté que l'arrêt rendu le 28 septembre 2010 par la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du canton de Genève, dont le recourant a requis l'interprétation, a été communiqué aux parties en 2010, soit avant l'entrée en vigueur du Code de procédure civile (CPC; RS 272), le 1<sup>er</sup> janvier 2011.</div> <div class="paraatf">Certes, la Cour d'appel, sur requête du demandeur, conformément à l'art. 160 de l'ancienne loi genevoise de procédure civile (LPC/GE), a rectifié le 18 janvier 2011 une erreur de calcul figurant dans le dispositif de cet arrêt et porté à 455'617 fr. en capital (au lieu de 451'617 fr.) la somme octroyée à celui-ci au titre d'une indemnité de congé et de solde de bonus 2006. Pourtant, la voie de rectification <a name="page380"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 380</div>d'un jugement, qu'instaurait l'<span class="artref">art. 160 LPC</span>/GE, ne constituait pas une voie de recours cantonale, si bien que le juge, en effectuant la réparation requise, ne modifiait en rien la substance de la décision qu'il avait rendue (cf. BERTOSSA/GAILLARD/GUYET/SCHMIDT, Commentaire de la loi de procédure civile genevoise, 1989, n° 1 ad <span class="artref">art. 160 LPC</span>/GE). En l'espèce, la Cour d'appel a corrigé une erreur de calcul manifeste dans le dispositif de l'arrêt du 28 septembre 2010, en constatant que, rapporté aux considérants, le dispositif contenait un montant inexact. Cette rectification n'a donc pas modifié la date de reddition de l'arrêt, qui reste le 28 septembre 2010. Aucun débat ne s'est d'ailleurs élevé entre les plaideurs à ce sujet.</div> <div class="paraatf">Il a été retenu (<span class="artref">art. 105 al. 1 LTF</span>) que le recourant a déposé sa requête d'interprétation le 14 juin 2012 en se référant à l'<span class="artref">art. 334 CPC</span>. Cette norme a concrétisé, dans le droit unifié de la procédure civile, le droit constitutionnel à l'interprétation des jugements déduit de l'<span class="artref">art. 8 al. 1 Cst.</span> (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2013&amp;to_year=2013&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F130-V-320%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page320">ATF 130 V 320</a> consid. 3.1 p. 326). Sous l'intitulé "Interprétation et rectification", elle dispose, à son al. 1, ce qui suit: "Si le dispositif de la décision est peu clair, contradictoire ou incomplet ou qu'il ne correspond pas à la motivation, le tribunal procède, sur requête ou d'office, à l'interprétation ou à la rectification de la décision. La requête indique les passages contestés ou les modifications demandées."</div> <div class="paraatf">L'<span class="artref">art. 334 CPC</span> ne prévoit pas de délai dans lequel doit être interjetée en particulier une demande d'interprétation (FREIBURGHAUS/AFHELDT, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung[ZPO],Sutter-Somm/Hasenböhler/Leuenberger [éd.], 2<sup>e</sup> éd. 2013, n° 9 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>; ADRIAN STAEHELIN ET AL., Zivilprozessrecht, 2<sup>e</sup> éd. 2013, § 26 ch. 73 p. 519; PHILIPPE SCHWEIZER, in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, n° 13 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>; ROMINA CARCAGNI ROESLER, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO], Baker und McKenzie [éd.], 2010, n° 11 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>;IVO SCHWANDER, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO], Brunner/Gasser/Schwander [éd.], 2011, n° 10 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>).</div> <div class="paraatf">L'ancien droit genevois prescrivait à l'<span class="artref">art. 313 LPC</span>/GE, par renvoi aux dispositions du titre X de cette loi, ainsi qu'à l'<span class="artref">art. 318 al. 1 LPC</span>/GE, que les arrêts de la Cour de justice ayant statué en appel pouvaient faire l'objet d'une interprétation dans les mêmes cas et dans les mêmes délais que les jugements de première instance. Il était en conséquence renvoyé aux art. 153 à 165 LPC/GE. Or l'<span class="artref">art. 161 let. a <a name="page381"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 381</div>LPC</span>/GE instaurait un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement pour se pourvoir en interprétation (cf. BERTOSSA/GAILLARD/GUYET/SCHMIDT, op. cit., n<sup>os</sup> 1 et 2 ad <span class="artref">art. 161 LPC</span>/GE).</div> <div class="paraatf">Il appert ainsi que la requête d'interprétation formée le 14 juin 2012 par le recourant à l'encontre d'un arrêt rendu le 28 septembre 2010 serait recevable au regard de l'<span class="artref">art. 334 CPC</span>, mais irrecevable, en raison de sa tardiveté, d'après l'ancien droit genevois (<span class="artref">art. 161 let. a LPC</span>/GE).</div> <div class="paraatf">Dans ce contexte, il y a lieu de résoudre une question de droit transitoire. En d'autres termes, il faut déterminer le droit qui est applicable à la requête d'interprétation déposée - comme celle du recourant - après le 1<sup>er </sup> janvier 2011 contre une décision judiciaire rendue avant cette date, selon l'ancien droit de procédure applicable.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp401424"></a><span class="bold" id="consideration_2.2">2.2 </span>Il convient préliminairement de se pencher sur l'institution de l'interprétation consacrée par l'<span class="artref">art. 334 CPC</span>. A ce sujet, il est nécessaire de se référer aux travaux législatifs.</div> <div class="paraatf">L'avant-projet de la commission d'experts de juin 2003 comprenait une disposition presque équivalente à l'actuel <span class="artref">art. 334 al. 1 CPC</span>, sauf que l'interprétation ne pouvait pas être requise pour une décision déjà exécutée (cf. art. 324 al. 1 AP-CPC). Le rapport explicatif accompagnant cet avant-projet exposait que l'interprétation et la rectification ne sont pas des recours à proprement parler (eigentliche Rechtsmittel), dès l'instant où elles ne tendent pas à modifier, mais uniquement à clarifier une décision; elles constituent bien plutôt de simples voies de droit (Rechtsbehelfe) au sens général du terme (Rapport accompagnant l'avant-projet de la commission d'experts, juin 2003, p. 152 ad art. 324, accessible sur le site internet de l'Office fédéral de la justice [<a href="http://www.ejpd.admin.ch">www.ejpd.admin.ch</a>], en sélectionnant les rubriques Thèmes/Etat &amp; Citoyen/Législation/Projets législatifs terminés). Dans son projet, le Conseil fédéral a repris ces explications, ajoutant que ces moyens de droit (i.e. l'interprétation et la rectification) sont connus de l'organisation judiciaire fédérale (<span class="artref">art. 129 LTF</span>) et dans quelques codes cantonaux (Message du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse [CPC], FF 2006 6988 ch. 5.23.4 ad art. 332).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp415760"></a><span class="bold" id="consideration_2.3">2.3 </span>Les dispositions transitoires du CPC se trouvent dans ses dispositions finales (Partie 4), au Titre 3 (art. 404 à 407 CPC). A teneur de l'<span class="artref">art. 405 CPC</span>, les recours sont régis par le droit en vigueur au moment de la communication de la décision aux parties (al. 1); la <a name="page382"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 382</div>révision de décisions communiquées en application de l'ancien droit est réglée par le nouveau droit (al. 2). Pour le vocable "recours", la version allemande de l'al. 1 de la norme susmentionnée parle de "Rechtsmittel" et la version italienne de "impugnazioni".</div> <div class="paraatf">A considérer les versions allemande et italienne du CPC, les recours (Rechtsmittel, impugnazioni) visés par l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span> sont les voies de recours du Titre 9 de la Partie 2 du CPC. La formule "voies de recours" du Titre 9 correspond en effet dans le texte allemand à "Rechtsmittel" et à "Mezzi di impugnazione" dans le texte italien.</div> <div class="paraatf">Or les voies de recours du Titre 9 comprennent l'appel (chapitre 1), le recours (chapitre 2), la révision (chapitre 3) ainsi que l'interprétation et la rectification (chapitre 4).</div> <div class="paraatf">Arrivé à ce stade du raisonnement, il apparaît, après l'analyse textuelle et historique, que la voie de l'interprétation doit être soumise à la règle générale de droit transitoire applicable aux recours, instituée par l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span>.</div> <div class="paraatf">Une analyse systématique ne conduit pas à un résultat différent. Le Titre 9 du CPC a inclus singulièrement l'interprétation dans les "voies de recours" au sens large, à l'instar de la révision. Mais il a distingué formellement l'interprétation de la révision en leur consacrant un chapitre distinct (chapitre 3 pour la révision, chapitre 4 pour l'interprétation et la rectification). S'agissant de la révision, il a prévu, à l'<span class="artref">art. 405 al. 2 CPC</span>, un régime transitoire spécial, en ce sens que ce n'est pas le moment de la communication de la décision aux parties qui est décisif (cf. <span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span>), mais bien celui du dépôt de la demande de révision. Le fait que la règle spéciale de l'<span class="artref">art. 405 al. 2 CPC</span> ne mentionne par l'interprétation aux côtés de la révision doit être compris comme un silence qualifié du législateur (cf. sur cette notion: <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2013&amp;to_year=2013&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F139-I-57%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page57">ATF 139 I 57</a> consid. 5.2; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2013&amp;to_year=2013&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F131-II-562%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page562">ATF 131 II 562</a> consid. 3.5 p. 567 s.). Si le législateur avait en effet voulu faire bénéficier l'interprétation du régime spécial qu'il a instauré pour la révision, il l'aurait clairement indiqué à l'<span class="artref">art. 405 al. 2 CPC</span>.</div> <div class="paraatf">A considérer le but des dispositions transitoires du CPC (interprétation téléologique), on doit concevoir que le dépôt d'une demande d'interprétation ne peut pas avoir pour fin de faire renaître le délai permettant de requérir l'interprétation d'une décision, lequel était échu sous l'ancien droit.</div> <div class="paraatf">La majorité des auteurs qui se sont exprimés sur cette problématique sont d'avis que l'interprétation, requise après le 1<sup>er</sup> janvier 2011, d'une <a name="page383"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 383</div>décision relève du droit de procédure qui était applicable lorsque cette décision a été communiquée aux plaideurs (FREIBURGHAUS/AFHELDT, op. cit., n° 9 ad <span class="artref">art. 405 CPC</span>; FREI/WILLISEGGER, in Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2010, n° 6 ad <span class="artref">art. 405 CPC</span>; HOFMANN/LÜSCHER, Le code de procédure civile, 2009, p. 236). PHILIPPE SCHWEIZER (op. cit., n° 25 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>), s'il écrit liminairement que l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span> n'est pas directement applicable à la procédure d'interprétation, se rallie à l'opinion des auteurs précités en affirmant, quelques lignes plus loin, que c'est la date de la notification de la décision qui détermine le droit applicable à une procédure d'interprétation ou de rectification.</div> <div class="paraatf">Pour NICOLAS HERZOG (in Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2010, n° 20 ad <span class="artref">art. 334 CPC</span>), comme l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span> ne s'applique qu'aux "Rechtsmittel", dont l'interprétation ne fait pas partie, les décisions qui ont été rendues avant l'entrée en force du CPC doivent être interprétées d'après les dispositions du nouveau droit. Cet avis se heurte aux textes allemand et italien du CPC, d'après lesquels les recours au sens de l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span> sont ceux du Titre 9 de la Partie 2, comprenant, au chapitre 4, l'interprétation et la rectification.</div> <div class="paraatf">DENIS TAPPY (in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, n<sup>os</sup> 41 et 42 ad <span class="artref">art. 405 CPC</span>), après avoir concédé qu'une interprétation stricte des textes conduit à admettre que le législateur a délibérément voulu soumettre l'interprétation à la règle générale de l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span>, relève qu'il n'est somme toute pas satisfaisant de soumettre l'interprétation et la révision à des règles de droit transitoire différentes. Cet auteur s'interroge sur la présence d'une lacune proprement dite à l'<span class="artref">art. 405 al. 2 CPC</span> et se demande s'il ne conviendrait pas d'étendre "prétoriennement" la portée de cette norme à l'interprétation et la rectification, non sans ajouter tout de suite après que l'enjeu est mineur. On ne saurait le suivre dans cette voie puisque, comme on l'a vu, l'interprétation du texte légal permet d'admettre que le législateur a renoncé volontairement à intégrer l'interprétation dans le régime transitoire spécial qu'il a créé pour la révision.</div> <div class="paraatf">Partant, il faut conclure que l'interprétation est soumise à la règle générale de droit transitoire applicable aux voies de recours, ancrée à l'<span class="artref">art. 405 al. 1 CPC</span>.</div> <div class="paraatf">Il suit de là que la présente demande en interprétation, déposée le 14 juin 2012 à l'encontre d'un arrêt qui a été communiqué aux parties <a name="page384"></a><div class="center pagebreak">BGE 139 III 379 S. 384</div> avant le 1<sup>er</sup> janvier 2011, ressortit à l'ancien droit genevois de procédure civile (LPC/GE). Faute d'avoir été déposée dans le délai de 30 jours dès la notification dudit arrêt prévu par l'<span class="artref">art. 161 let. a LPC</span>/GE, la demande d'interprétation du recourant est irrecevable.</div> </div></body></html>