<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <a name="idp337760"></a><div class="big bold">Urteilskopf</div> <br/>140 IV 118<br/><br/><br/><div class="paraatf">16. Extrait de l'arrêt de la Cour de droit pénal dans la cause X. contre Ministère public central du canton de Vaud et A. (recours en matière pénale)</div> <div class="paraatf">6B_1104/2013 du 5 juin 2014</div> <a name="idp339232"></a> <a name="idp347088"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref">Art. 316 Abs. 1 StPO</span>; Vorladung zu einer Vergleichsverhandlung; Offizialdelikt. <div class="paratf">Die Staatsanwaltschaft kann nach dem französischen Wortlaut von <span class="artref">Art. 316 Abs. 1 Satz 1 StPO</span> eine Vergleichsverhandlung vorsehen, wenn sich das Vorverfahren ausschliesslich auf Antragsdelikte bezieht. Die deutsche und italienische Fassung unterscheiden sich vom französischen Text insofern, als das Adverb "ausschliesslich" darin nicht enthalten ist. </div> <div class="paratf">Ein Vergleich ist nicht ausgeschlossen, wenn das Verfahren nebst Antragsdelikten auch Offizialdelikte betrifft (E. 3). </div> </div> </div> <a name="idp353088"></a> <br/><div> <a name="idp357744"></a><span class="big bold" id="sachverhalt">Sachverhalt</span> <span class="small">ab Seite 118</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page118"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 118</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp359408"></a><span class="bold">A. </span>Le 6 juillet 2012, X. a déposé plainte pénale contre A. pour lésions corporelles simples et menaces. La plaignante a été citée à comparaître à une audience de conciliation fixée le 19 février 2013 par mandat de comparution. Par courrier de son conseil du 6 février 2013, l'intéressée a fait savoir qu'elle n'entendait pas retirer sa plainte pénale et ne souhaitait pas être confrontée au prévenu, précisant que, dans ces circonstances, la tenue d'une audience de conciliation ne se justifiait pas. En date du 8 février 2013, le Ministère public de <a name="page119"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 119</div>l'arrondissement de Lausanne a informé X., par l'intermédiaire de son conseil, que l'audience était maintenue et qu'elle serait menée dans le respect de l'<span class="artref">art. 152 al. 3 CPP</span>. Par courrier du 11 février 2013, le conseil de X. a pris acte du maintien de l'audience et requis de savoir quelles mesures seraient prises pour éviter toute confrontation avec X. La plaignante ne s'est pas présentée à l'audience de conciliation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp364352"></a><span class="bold">B. </span>Par ordonnance du 18 juin 2013, le Ministère public de l'arrondissement de Lausanne a ordonné le classement de la procédure pénale dirigée contre A. A l'appui de sa décision, le Procureur a exposé que, compte tenu du défaut de X. à l'audience de conciliation du 19 février 2013, sa plainte devait être considérée comme retirée (<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>). Pour le surplus, les faits n'étaient pas suffisamment caractérisés pour être constitutifs d'une infraction de contrainte (<span class="artref">art. 181 CP</span>).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp369568"></a><span class="bold">C. </span>Par arrêt du 13 septembre 2013, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal du canton de Vaud a rejeté le recours de X. et confirmé l'ordonnance précitée.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp370960"></a><span class="bold">D. </span>Contre l'arrêt cantonal, X. forme un recours en matière pénale auprès du Tribunal fédéral. Elle conclut, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de l'arrêt attaqué, ainsi que de l'ordonnance de classement rendue le 18 juin 2013, et au renvoi du dossier au Procureur pour qu'il complète l'instruction notamment en donnant suite à ses réquisitions, puis rende un acte d'accusation. Elle sollicite par ailleurs l'assistance judiciaire.</div> <br/><div> <a name="idp376576"></a><span class="big bold" id="erwaegungen">Erwägungen</span> </div> <br/><div class="paraatf">Extrait des considérants:</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp377536"></a><span class="bold" id="consideration_3.">3. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp378576"></a><span class="bold" id="consideration_3.1">3.1 </span>La recourante soutient que, comme l'instruction a porté également sur la contrainte, infraction qui se poursuit d'office, le Procureur ne pouvait pas la citer à comparaître en vue d'une audience de conciliation, cette dernière étant réservée uniquement lorsque la procédure pénale porte <i>exclusivement</i> sur des infractions poursuivables sur plainte, comme l'énonce l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>. Aussi, son absence à l'audience ne pouvait pas être considérée comme un retrait de sa plainte.</div> <div class="paraatf">Sur cette question, l'autorité cantonale a considéré qu'il incombait à la plaignante de recourir contre le mandat d'amener pour contester la tenue d'une audience de conciliation. Ne l'ayant pas fait, elle avait provoqué le retrait de sa plainte. <a name="page120"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 120</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp384320"></a><span class="bold" id="consideration_3.2">3.2 </span>La personne citée à comparaître selon l'<span class="artref">art. 201 CPP</span> est recevable à former un recours en application de l'<span class="artref">art. 393 al. 1 let. a CPP</span> contre cette décision qui constitue une mesure de contrainte (GREGOR CHATTON, in Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2011, n° 43 ad <span class="artref">art. 201 CPP</span>). En cette hypothèse, le tribunal saisi d'un tel recours aurait alors dû examiner si le motif avancé pour décerner un mandat (<span class="artref">art. 201 al. 2 let</span>. c CPP), à savoir la tenue d'une audience de conciliation, contrevenait à l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>. Toutefois, le défaut de recours a pour seule conséquence le maintien de l'audience. Il ne saurait en revanche en être conclu, comme l'admet implicitement la décision attaquée, que la recourante serait forclose à se prévaloir d'une violation de l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>. La constatation du retrait de la plainte, consécutive au défaut à la procédure de conciliation, fonde le motif du classement de la procédure selon l'<span class="artref">art. 319 al. 1 let</span>. d CPP, décision elle-même sujette à recours. Il y a donc lieu d'examiner le moyen sous cet angle.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp398656"></a><span class="bold" id="consideration_3.3">3.3 </span>En vertu de l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>, lorsque la procédure préliminaire porte exclusivement sur des infractions poursuivies sur plainte, le ministère public peut citer le plaignant et le prévenu à une audience dans le but d'aboutir à un arrangement à l'amiable. Si le plaignant fait défaut, la plainte est considérée comme retirée.</div> <div class="paraatf">En l'espèce, il s'agit de déterminer si le recours à la conciliation est réservé aux procédures qui visent exclusivement des infractions poursuivables sur plainte, comme le soutient la recourante, ou si la conciliation peut être ordonnée pour des infractions poursuivables sur plainte alors même que la procédure englobe d'autres infractions poursuivies d'office.</div> <div class="paraatf">A cet égard, il y a lieu de renvoyer à la jurisprudence constante en matière d'interprétation de la loi, étant rappelé que le Tribunal fédéral ne privilégie aucune méthode d'interprétation, mais s'inspire d'un pluralisme pragmatique pour rechercher le sens véritable de la norme; en particulier, il ne se fonde sur la compréhension littérale du texte que s'il en découle sans ambiguïté une solution matériellement juste (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=16&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2014&amp;to_year=2014&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F137-IV-180%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page180">ATF 137 IV 180</a> consid. 3.4 p. 184). </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp406096"></a><span class="bold" id="consideration_3.3.1">3.3.1 </span>Les textes allemand et italien de l'<span class="artref"><artref id="CH/172.221.104/316/1" type="start"></artref>art. 316 al. 1, 1<sup>re</sup></span><artref id="CH/172.221.104/1" type="end"></artref> phrase, CPP divergent du texte français en ce sens que l'adverbe "exclusivement" n'y figure pas. La version allemande énonce: "Soweit Antragsdelikte Gegenstand des Verfahrens sind, kann die Staatsanwaltschaft die antragstellende und die beschuldigte Person zu einer Verhandlung <a name="page121"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 121</div> vorladen mit dem Ziel, einen Vergleich zu erzielen". La version italienne dispose: "Se il procedimento concerne reati perseguibili a querela di parte, il pubblico ministero può convocare il querelante e l'imputato a un'udienza di conciliazione (...)". A noter encore que seul le texte français évoque la procédure préliminaire alors que les textes allemand et italien mentionnent uniquement la procédure (<i>Verfahren</i>, <i>procedimento</i>). Il y a donc lieu de rechercher lequel des textes légaux divergents exprime la volonté réelle du législateur.</div> <div class="paraatf">Dans la mesure où les versions de la loi rédigées dans les trois langues officielles ont la même valeur, il faut se demander si la différence entre le libellé français et les deux autres relève d'une erreur dans la procédure législative, d'une différence de signification n'apparaissant qu'à l'occasion de cas concrets en fonction de la compréhension diverse du texte légal dans chaque langue ou enfin d'une différence linguistique imputable soit à une impossibilité de traduire sciemment prise en compte dans la rédaction, soit à une incertitude du législateur sur le sens effectivement voulu (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=16&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2014&amp;to_year=2014&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F135-IV-113%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page113">ATF 135 IV 113</a> consid. 2.4.2 p. 116 s.; MARTIN SCHUBARTH, Die Auslegung mehrsprachiger Gesetzestexte, in Rapports suisses présentés au XVII<sup>e</sup> Congrès international de droit comparé, 2006, p. 11 ss, spéc. p. 12 s.).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp417600"></a><span class="bold" id="consideration_3.3.2">3.3.2 </span>Au regard de la genèse de la norme, on constate que l'art. 346 de l'avant-projet du Code de procédure pénale suisse de juin 2001 (AP-CPP) ne comportait aucune divergence entre les trois langues. Toutes les versions mentionnaient le terme <i>exclusivement, ausschliesslich, esclusivamente</i> ainsi, du reste, que celui du caractère <i>préliminaire</i> de la procédure (<i>Vorverfahren, procedura preliminare</i>). Le rapport explicatif relatif à l'AP-CPP (p. 208) précisait, à propos de cette norme, que le ministère public "peut naturellement procéder à cette tentative de conciliation même dans les cas où des infractions poursuivies sur plainte sont instruites en même temps que des infractions poursuivies d'office". A l'issue de la procédure de consultation, il est apparu que la tentative de conciliation a rallié les suffrages de la majorité des participants sans remise en question du rapport explicatif sur ce point (Synthèse des résultats de la procédure de consultation relative aux avant-projets de code de procédure pénale suisse et de la loi fédérale régissant la procédure pénale applicable aux mineurs, Berne, février 2003, p. 71). Ensuite de quoi, l'art. 316 al. 1 du projet d'un Code de procédure pénale élaboré par le Conseil fédéral (P-CPP; FF 2006 1469) a été remanié par <a name="page122"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 122</div>l'abandon, dans les textes allemand et italien, des mots <i>ausschliesslich, esclusivamente</i>. Il en a été de même pour le terme "préliminaire" de la procédure, le P-CPP ne mentionnant plus que la procédure dans les textes allemand et italien. Seul le texte français est resté inchangé, conservant sa terminologie initiale telle qu'elle figure dans l'actuel <span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>. Les textes ont été adoptés sans modification par le Parlement. On comprend ainsi que le Conseil fédéral, en modifiant la teneur de l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span> en italien et en allemand, a suivi le rapport explicatif de l'AP-CPP et n'a pas voulu exclure l'institution de la conciliation quand l'objet de la procédure concerne, outre des infractions poursuivables sur plainte, aussi des infractions poursuivables d'office. La différence entre les textes français d'une part, et allemand et italien d'autre part, relève ainsi d'une pure erreur dans le processus législatif pour le français qui n'a pas été adapté dans le projet du Conseil fédéral.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp428816"></a><span class="bold" id="consideration_3.3.3">3.3.3 </span>La doctrine, qui n'a pas relevé la divergence de traduction dans les textes, ne va pas à l'encontre de cette interprétation. La plupart des auteurs exposent que la norme s'applique en règle générale, quand seules des infractions poursuivables sur plainte font l'objet de la procédure, sans exclure toutefois que la procédure puisse aussi porter sur des infractions poursuivables d'office (MICHAEL DAPHINOFF, Das Strafbefehlsverfahren in der Schweizerischen Strafprozessordnung, 2012, p. 211; NATHAN LANDSHUT, in Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO], Donatsch/Hansjakob/Lieber[éd.], 2010, n° 3 ad <span class="artref">art. 316 CPP</span>; NIKLAUS SCHMID, Schweizerische Strafprozessordnung [StPO], Praxiskommentar, 2<sup>e</sup> éd. 2013, n° 3 ad <span class="artref">art. 316 CPP</span>; <i>le même</i>, Handbuch des schweizerischen Strafprozessrechts, 2<sup>e</sup> éd. 2013, n. 1241 p. 557). Certains auteurs considèrent qu'il peut être judicieux de tenter de trouver une solution transactionnelle, dans une instruction mêlant poursuite d'office et sur plainte, en matière d'infractions relevant de la libre disposition des parties (JO PITTELOUD, Code de procédure pénale suisse [CPP], 2012,n° 788 ad <span class="artref">art. 316 CPP</span> p. 538; dans ce sens aussi, voir ANDREAS EIGENMANN, Nach dem Verzicht auf die Mediation im Strafverfahren, 2011, p. 32 [mémoire de master]). Cette interprétation de lanorme va dans le sens du rapport explicatif de l'AP-CPP (cf. supra consid. 3.3.2).</div> <div class="paraatf">Le but de la norme consiste à trouver un arrangement amiable entre prévenu et plaignant permettant à ce dernier de retirer sa plainte et <a name="page123"></a><div class="center pagebreak">BGE 140 IV 118 S. 123</div>partant de renoncer à l'action pénale (Message du 21 décembre 2005 relatif à l'unification du droit de la procédure pénale, FF 2006 1057, 1251 ad art. 316; JEANNERET/KUHN, Précis de procédure pénale, 2013, p. 387). La conciliation de l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span> contraint seulement la partie plaignante à se présenter à l'audience de conciliation; en revanche, elle n'a aucune obligation de retirer sa plainte. Ainsi, la citation à comparaître de la partie plaignante en vue d'une conciliation au sens de l'<span class="artref">art. 316 al. 1 CPP</span>, dans une instruction mêlant poursuite d'office et sur plainte, ne lui porte aucun préjudice, dans la mesure où la conciliation ne porte que sur des infractions poursuivies sur plainte. Le grief est rejeté.</div> </div></body></html>