B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-4422/2018 A r r ê t d u 2 2 j u i l l e t 2 0 2 0 Composition Grégory Sauder (président du collège), Yanick Felley et Roswitha Petry, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), son épouse, B._______, née le (…), et leurs enfants, C._______, née le (…) et D._______, née le (…), Afghanistan, représentés par Philippe Stern, Entraide Protestante Suisse EPER/SAJE, (…), recourants, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (sans exécution du renvoi) ; décision du SEM du 6 juillet 2018 / N (…). E-4422/2018 Page 2 Faits : A. Le 12 novembre 2015, A._______ (ci-après : le requérant, l’intéressé ou le recourant), son épouse (ci-après : la requérante, l ’intéressée ou la recourante) et leur fille aînée ont déposé une demande d ’asile auprès du Centre d ’enregistrement et de procédure (CEP) E._______. Leur fille cadette est née après leur arrivée en Suisse. B. Entendu audit centre, le 19 novembre 2015, puis de façon approfondie par le SEM, le 30 avril 2018, le requérant, de nationalité afghane et issu de la communauté hazara, a déclaré être né en Iran, dans la ville de F._______, et y avoir vécu jusqu’au début de 2013. Il n’aurait disposé que d’un titre de séjour temporaire en Iran, ne l’autorisant pas à y travailler, ce qui ne l’aurait pas empêché d’entretenir une activité de photographe. C’est à F._______ qu’il aurait épousé religieusement sa femme, également hazara afghane ; celle-ci a été auditionnée aux mêmes dates. Au début de 2013, l’intéressé aurait été contrôlé plusieurs fois par la police iranienne, qui aurait constaté qu ’il travaillait sans autorisation ; en une occasion, il aurait été interpellé et retenu durant toute la nuit et maltraité par les policiers ; il se serait vu infliger une forte amende. Pour échapper à cette situation, il aurait rejoint Kaboul avec sa femme. Il y aurait ouvert un studio de photographie, collaborant avec son épouse. S es deux frères, G._______ et H._______, seraient venus plus tard s’en occuper avec lui. Il se serait spécialisé dans la photogra phie de modèles mascu lins et féminins. L’intéressé aurait participé à des projets regroupant plusieurs photographes, faisant l’objet d’expositions ; les trois frères auraient aussi nourri l’ambition de créer une agence de mannequinat . En avril 2015, il aurait pris part à un projet du nom de « I._______ », sur lequel la télévision (…) aurait réalisé et diffusé un reportage (…). Il aurait également ouvert un site J._______ montrant ses travaux et lui permettant de recruter des modèles. Au début de mai 2015, trois hommes se sera ient présentés au studio, prétendant être des clients. Le requérant les ayant renseignés, ils auraient soudainement changé d’attitude et proféré des menaces, lui enjoignant de cesser son activité s ’il ne voulait pas avoir d ’ennuis, avant de quitter les E-4422/2018 Page 3 lieux. Dans les jours suivants, le requérant aurait reçu plusieurs critiques et menaces sur son compte J._______. Le (…) mai 2015, une quinzaine de jours après cette première visite, trois autres hommes, dont deux étaient armés, auraient fait irruption au stu dio et menacé de mort l ’intéressé pour le cas où il ne cess erait pas de photographier des modèles féminins ; un des frères de l’intéressé, qui se trouvait sur place, aurait reçu un coup de crosse. En raison de l’arrivée de plusieurs voisins, les intrus s ’en seraient tenus au x menaces avant de finalement partir ; le requérant leur aurait promis de cesser son activité. L’épouse n’aurait assisté à aucun de ces épisodes, se trouvant au travail dans un autre studio, lors de la première visite, et à la maison, au moment de la seconde. Durant les deux semaines suivante s, l ’intéressé et ses frères auraient terminé les travaux en cours, en restant le s plus discrets possible. Les requérants auraient ensuite entrepris de préparer leur départ, liquidant le commerce afin de réunir l ’argent nécessaire. En possession de leurs passeports, ils auraient obtenu des visas iraniens, recourant à la corruption pour accélérer la procédure. Ils auraient tenu pour inutile de se plaindre auprès des autorités afghanes. Les requérants auraient quitté Kabo ul en da te du (…) 2015 et gagné légalement l’Iran. Retrouvant leurs proches à F._______, ils leur auraient laissé leurs passeports ; ces derniers auraient plus tard été transportés jusqu’en Allemagne par un compatriote, qui les leur aurait adressés en Suisse. Avec l ’aide de passeurs, les intéressés auraient continué leur voyage par la Turquie, la Grèce et les Balkans, avant d’arriver en Suisse. Le requérant a déposé plusieurs photographies et documents informatiques relatifs à son act ivité professionnelle en Afghanistan , ainsi qu’une clé USB montrant le reportage de K._______. C. Par décision du 6 juillet 2018, le SEM a rejeté la demande d’asile déposée et ordonné le renvoi de Suisse des requérants, en raison du manque de pertinence des motifs allégués ; il a toutefois prononcé l ’admission provisoire des intéressés, l ’exécution du renvoi n ’étant pas raisonnablement exigible. E-4422/2018 Page 4 D. Dans le recours interjeté, le 19 juillet 2018, contre cette décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : le Tribunal), les intéressés concluent à l’octroi de l’asile et requièrent la dispense du versement d’une avance de frais. Ils y font valoir leur appartenance à un groupe social défini par leur activité artistique et professionnelle et menacé de persécution, la discrimination qu’ils auraient dû affronter comme Hazaras et l’impossibilité d’obtenir la protection des autorités afghanes. Dans une mention finale intitulée « addendum », ils insistent également sur le caractère politique de leur activité, dans la mesu re où celle-ci se voulait porteuse d’une vision plus libérale de la société afghane. E. Par ordonnance du 29 août 2018, le Tribunal a admis la requête en dispense du versement d’une avance de frais. F. Selon un rapport médical succinct du (…) septembre 2019, adressé le même jour au Tribunal, la recourante fait l’objet d’un suivi psychiatrique et psychothérapeutique pour un syndrome de stress post -traumatique (PTSD) provoqué par des violences subies en Afghanistan. Aux termes d ’un second rapport médical détaillé, daté du (…) décembre 2019 et adressé le (…) janvier 2020 au Tribunal, l’intéressée est traitée depuis septembre 2018 par suivi psychiatrique et prise d ’un médicament antidépresseur (…) pour un PTSD et des symptômes anxio-dépressif ; le traumatisme dériverait d’une agression sexuelle subie en 2015, dont elle n’a pu faire état durant la procédure de première instance. Un risque de chronicisation et un danger suicidaire peuvent apparaître en l’absence de traitement. G. Dans sa réponse du 17 février 2020, le SEM relève que les intéressés n’appartiennent pas à un groupe social déterminé au sens de la LAsi et qu’ils ne se trouvaient plus en danger au moment de leur départ, leur activité professionnelle ayant cessé ; de plus , les Hazaras ne font pas l’objet d ’une persécution collective, quand bien même ils subissent des violences occasionnelles. H. Dans leur réplique du 2 mars 2020, les recourants mettent en avant la E-4422/2018 Page 5 dimension politique de leur activité et font grief au SEM de ne pas s’être prononcé sur l’agression sexuelle dont l’intéressée aurait été la victime. I. Les autres faits et argument de la cause seront examinés, pour autant que besoin, dans les considérants en droit. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l 'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l 'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière d'asile peuvent être contestées devant le Tribunal (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi [RS 142.31]), lequel statue alors définit ivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 1.2 La présente pro cédure est soumise à l ’ancien droit ( dispositions transitoires de la modification du 25 septembre 2015 al. 1 LAsi). 1.3 Les recourants ont qualité pour recourir ; présenté dans la forme et les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 al. 1 ainsi que 52 al. 1 PA et anc. art. 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d 'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l 'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. ATAF 2007/31 consid. 5.2 à 5.6). E-4422/2018 Page 6 2.2 Quiconque demande l 'asile ( requérant) doit prouver ou du moins rendre vraisemblable qu 'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable lorsque l 'autorité estime que celle -ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3. 3.1 En l 'occurrence, les intéressés n ’ont pas été en mesure de faire apparaître l e bien-fondé de leurs motifs , ceux-ci ne permett ant pas de retenir l ’existence d ’une persécution au sens légal, voire d ’une crainte fondée de celle-ci. 3.2 Le Tribunal ne remet certes pas en cause la vraisemblance des événements dépeints par les intéressés, leur description étant claire, cohérente et globalement constante, en dépit du fait que les auditions des recourants ont été séparées par un laps de temps de deux ans et demi ; les éléments de preuve produits plaident dans le même sens. L’autorité de première instance n’a pas davantage contesté la crédibilité des faits relatés par les intéressés. En revanche, les motifs invoqués ne remplissent pas les conditions mises par l’art. 3 LAsi à l’existence d’une persécution. 3.3 L’appartenance des recourants à un groupe social visé par une telle persécution ne peut être retenue. Cette qualification suppose en effet que la personne intéressée fasse partie d ’un groupe déterminé par une caractéristique commune ou des qualité propres et immuables, antérieures à la survenance de la persécution. Le groupe doit être exposé à la discrimination et à la persécution en raison de cette caractéristique commune qui le distingue du reste de la population ; les conséquences de l’attitude antérieure des membres du groupe sont hors de leur contrôle et il ne dépend pas de leur volonté que la menace de persécution disparaisse (cf. arrêt E -4962/2019 du 2 décembre 2019 consid. 4.3 et réf. cit., dont SAMAH POSSE-OUSMANE / SARAH PROGIN-THEUERKAUF, Code annoté en droit des migrations, vol. IV, Loi sur l’asile, 2015, ad art. 3 p. 26 n° 54). Tel n’est pas le cas des intéressés, dans la mesure où la caractéristique qui les distingue était l ’exercice de la profession de photographes en E-4422/2018 Page 7 studio, spécialisés en l’occurrence dans les modèles, y compris féminins , profession qu’il lui était possible de cesser en tout temps. 3.4 Par ailleurs, l ’appartenance des recourants à la communauté hazara n’est pas de nature à les exposer à un risque de persécution collective, quand bien même les membres de cette communauté sont couramment discriminés par les autres ethnies vivant en Afghanistan, ainsi que le Tribunal a déjà eu l’occasion de le retenir (cf. arrêt E-805/2020 du 28 février 2020 consid. 4.1 et réf. cit., dont D -5800/2016 du 13 octobre 2017, publié comme arrêt de référence). Dans son arrêt du 5 ju illet 2016 dans l’affaire A.M. contre Pays Bas, n°29094/09, la Cour européenne des droits de l’homme a par ailleurs, elle aussi, estimé que le renvoi en Afghanistan d’une personne d ’origine hazara n ’entraînait pas un risque réel de traitement prohibé par l’article 3 CEDH du seul fait de cette appartenance ethnique ; ce constat vaut a fortiori pour la reconnaissance de la qualité de réfugié. Le Tribunal observe au demeurant que les problèmes rencontrés par les intéressés à Kaboul n’apparaissent d’aucune manière en relation avec leur origine ethnique, mais uniquement avec leur activité professionnelle, ainsi que cela ressort clairement de leur récit. 3.5 Au stade du recours, puis dans leur réplique, les intéressés ont également invoqué le caractère politique de le ur activité, soutenant implicitement que la menace de persécution pesant sur eux aurait également été d’une telle nature. 3.5.1 Lors de son audition approfondie du 30 avril 2018, le recourant a toutefois exposé que son activité répondait à une ambition avant tou t artistique (cf. p-v de l’audition du 30 avril 2018, questions 38 à 44, 48 à 49, 55 et 62), quand bien même il nourrissait également l’espoir d’inspirer à la société afghane un esprit plus libre et plus tolérant (cf. procès-verbal [ci-après : p-v] de l ’audition du 30 avril 2018, question 60). Son frère G._______ s’est exprimé dans le même sens (cf. p-v de son audition du 24 avril 2018, question 76). Les deux frères du recourant, revenus plus tard en Afghanistan, ont cependant assuré pour l ’essentiel des tâ ches d’assistance, ainsi qu ’ils l ’ont tous deux indiqué (cf. p-v de l ’audition du 24 avril 2018 de G._______ [arrêt E-4423/2018 du même jour], questions 68 à 70 ; p -v de l ’audition du 24 avril 2018 de H._______ [arrêt E-4402/2018 du même jour], questions 66 et 71). E-4422/2018 Page 8 A cet égard, le reportage du service international de K._______, enregistré sur la clé USB et commenté en dari, ainsi que les photographies qui l’accompagnent, apparaissent bien plutôt se concentrer sur la production artistique du studio géré par le recourant que présenter une problématique socio-politique et culturelle de fond ayant une grande portée , même si ce reportage fait allusion , selon les propos de son frère G._______, aux risques que peuvent générer des activités de ce type et aux mécomp tes rencontrés par des personnes s ’y étant livrées, du fait de tiers et de personnes hostiles à leur mode d ’expression artistique. Le Tribunal constate d’ailleurs que les agresseurs du recourant et de ses frères, selon les déclarations de ces derniers, n ’auraient pas fait référence à cette émission lors de leur irruption, aucun élément ne permettant d ’identifier l’origine de leur hostilité ; dès lors, il n’existe pas d’indice solide attestant que l ’émission en cause ait joué un rôle dans les événements ayan t décidés les intéressés à quitter leur pays. En outre, K._______ a elle-même relaté, dans un article du (…) 2015 paru sur son site Internet (cf. […]) que l’exposition « I._______ » organisée par les intéressés (A._______ apparaissant lui-même en photograp hie dans ce reportage) et d’autres partenaires était le signe d’une amélioration de la situation à Kaboul ; en effet, les personnes vivant et s ’habillant selon les pratiques occidentales y disposent désormais d ’une plus grande liberté, même si ce n’est pas encore le cas dans les régions rurales. Les magasins de vêtements occidentaux, destinés aux deux sexes, y sont nombreux, et la situation s’est nettement améliorée pour les personnes envisageant une carrière comme modèles ou dans le milieu artistique , ceux -ci ne rencontrant plus d’obstacles notables. Les organisateurs de l ’exposition nourrissaient d’ailleurs l’ambition, selon cet article, de créer une véritable agence de casting permettant à des modèles afghans de travailler dans la presse écrite et audiovisuelle ainsi qu’au cinéma. 3.5.2 Dans ce contexte, le caractère politique des menaces adressées à l’intéressé et à ses frères - en lien avec leur prétendu irrespect des mœurs traditionnelles en Afghanistan et la prohibition de la présence des femmes dans l’espace public - peut encore moins être retenu, rien n’indiquant que leur attitude et leur mode de vie serait susceptible de soulever l ’hostilité dans la même mesure qu ’auparavant. En conséquence, compte tenu de l’évolution favorable intervenue à Kaboul dans les dernières années, l’aspect politique des activités artistiques du recourant n ’est pas E-4422/2018 Page 9 suffisamment caractérisé ; cet argument, soulevé seulement au stade du recours, ne peut ainsi être retenu. Une telle hypot hèse supposerait d ’ailleurs que la personne intéressée exprime une critique ou une distance envers l ’ordre étatique, social ou culturel établi qui pourrait être interprétée, dans l ’optique de l ’Etat persécuteur, comme une opinion politique hostile (cf. SAMAH POSSE- OUSMANE / SARAH PROGIN-TEUERKAUF, op. cit., ad art. 3 p. 27 n° 57 ) ; tel n’est pas le cas en l ’espèce, l ’intéressé et ses frères n ’ayant jamais rencontré de difficultés avec les autorités afghanes, même après la diffusion du reportage de la K._______, à laquelle ces autorités n’apparaissent pas avoir prêté attention. En raison de la plus grande facilité pour les personnes ayant renoncé aux mœurs traditionnelles de mener leur vie et de s ’exprimer, il n ’y a du reste aucune raison d ’admettre que les autorités étatiques aient envisagé de s’en prendre aux recourants. 3.6 Le Tribunal retient par ailleurs que les intéressés n’ont jamais tenté de demander la protection des autorités contre les risques qui les auraient menacés, préférant aussitôt terminer leurs activités, fermer leur studio et quitter le pays cinq mois plus tard ; il n ’est cependant pas possible d’admettre qu’une telle protection n’aurait pu leur être dispensée. En effet, compte tenu du principe de la subsidiarité de la protection internationale, ne peut prétendre au statut de réfugié celui qui peut trouver, dans son pays d'origine, une protection adéquate contre une persécution non étatique. La protection nationa le sera considérée comme adéquate lorsque la personne concernée bénéficie sur place d'un accès concret à des structures efficaces de protection et qu'il peut être raisonnablement exigé d'elle qu'elle fasse appel à ce système de protection interne (cf. notamment ATAF 2011/51 consid. 7.1 à 7.4 ; 2008/12 consid. 5.3 ; 2008/5 consid. 4.1 ; 2008/4 consid. 5.2). 3.6.1 En l’espèce, l’impossibilité d’obtenir une telle protection ne peut être considérée comme avérée. En effet, l ’intéressé, pas plus que ses frères, n’a jam ais allégué qu ’il avait rencontré des difficultés avec les autorités afghanes ou que celles-ci avaient envisagé de prendre des mesures à son égard en raison de son activité professionnelle ; de fait, comme déjà relevé (cf. consid. 3.5.2), les autorités de l’Etat n’ont joué aucun rôle dans les problèmes du recourant et de ses proches et n’ont jamais pris de mesures particulières à leur endroit. En raison des évolutions récentes dépeintes précédemment, aucun élément ne permet ainsi de retenir qu ’elles aient E-4422/2018 Page 10 accordé une quelconque attention aux activités du studio que gérait le recourant et à sa production artistique ou que celles -ci leur aient inspiré une quelconque hostilité. Dans cette mesure, aucun facteur ne pouvait logiquement dissuader l’intéressé de dem ander la protection des autorités afghanes, ce que lui - même et ses frères n ’ont même pas essayé, ainsi qu ’il a été relevé précédemment. De plus, leur origine ethnique n ’étant pas de nature à péjorer leur situation (cf. consid. 3.4), aucun élément ne permet de retenir que cette origine aurait , le cas échéant, dissuadé les autorités de leur apporter leur aide s’ils l’avaient requise. 3.6.2 Cela étant, les hommes qui s’en seraient pris au recourant et à ses frères apparaissent certes être des partisans des valeurs t raditionnelles, manifestement adeptes d’une vision rigoriste de l’islam ; ils ne se seraient cependant pas présentés comme membres d ’un mouvement structuré tel que les talibans, ce qu’ils n’auraient toutefois pas manqué de faire, le cas échéant, dans le bu t de donner plus de portée à leurs tentatives d’intimidation. Il y a également lieu de retenir que le recourant et ses frères n’ont pas fait l ’objet d ’atteintes d ’une intensité particulière : la première visite des intrus n ’a donné lieu qu ’à des menaces verbales et la seconde en sus à des déprédations que ces intrus auraient commises à l’intérieur du studio. Dans cette mesure, la question de l’efficacité de la protection que peuvent fournir les autorités afghanes, à K aboul, contre les attaques des t alibans ou d’autres mouvement intégristes structurés n’est pas pertinente. Le Tribunal observe en outre, à ce suj et, que les t alibans et d ’autres groupes islamistes, tels que Daesh, ont continué à commettre des attentats à la bombe dans la ville de Kaboul en 2018 et 2019, qui étaient dirigés contre des institutions de l ’Etat (armée, siège de ministères), des bases militaires étrangères et les rassemblements de groupes qu’ils considèrent comme hostiles à leur cause (cf. ORGANISATION SUISSE D ’AIDE AUX RÉFUGIÉS [OSAR], Afghanistan : les conditions de sécurité actuelle, septembre 2019). En revanche, il n’entre pas à leurs méthodes de se livrer à de simples manœuvres d’intimidation envers des particuliers, ce qui tend à indiquer que les hommes ayant menacé l ’intéressé et ses frères étaient des tiers isolés, agissant sans ordre d’un mouvement organisé. E-4422/2018 Page 11 3.7 Par ailleurs, il n’est pas possible d’accorder une portée déterminante à l’agression sexuelle dont la recourante aurait été victime, dans la mesure où la date, les circonstances et les auteurs de celle-ci restent inconnus. Si la crédibilité de cet épisode , étant donné le traumatisme dont la recourante apparaît souffrir aujourd ’hui selon les rapports médicaux produits, ne peut être exclu e, aucun élément de preuve ou al légations suffisamment étayées ne permet en l’état d’admettre que cette agression ait répondu à des motifs pertinents au sens de l ’art. 3 LAsi , l’intéressée elle-même n’ayant fourni aucune description des événements permettant d’en arriver à une autre conclusion. En outre, aucun indice solide n’étaye la thèse d ’un lien entre cette agression et les activités du recourant : les termes généraux du rapport médical n’y changent rien, dans la mesure où les déclarations du médecin, qui n ’a pu que retranscrire les propos de sa patiente et sa description des faits , ne suffisent pas à établir la vraisemblance d’une telle hypothèse ; en effet, le rapport médical ne peut qu’attester des troubles de santé manifestés par le malade et indiquer le traitement à appliquer, mais ne vaut pas preuve des éléments sortant de ce cadre et ne se basant que sur les dires du patient. Dans ce contexte, le grief fait au SEM de ne pas s ’être prononcé sur cet élément dans sa réponse ne peut être suivi ; en effet, il n ’existe aucun indice de sa pertinence en matière d’asile. Le Tribunal constate en outre que les troubles de santé manifestés par la recourante sont sans portée en matière d ’exécution du renvoi , son admission provisoire ayant été prononcée. 3.8 Enfin, ainsi qu’il a été mentionné, le récit des intéressés fait apparaître qu’au moment de leur départ d ’Afghanistan, le risque qui les menaçait n’était plus d’actualité. En effet, portant un regard synthétique sur l a situation, le Tribunal doit constater que le recourant et ses f rères ont été menacés, en deux occasions, par des inconnus hostiles à leur engagement artistique, mais qui ne se sont jamais revendiqués d ’une appartenance à un mouvement structuré et qui apparaissent donc avoir agi de manière spontanée. Cédant à l ’intimidation, les intéressés ont alors préféré fermer leur studio sans tenter de demander l’aide des autorités, bien qu’une telle solution leur ait été vraisemblablement ouverte ; en effet, lesdites autorités n ’avaient ni motif ni intention de s’en prendre à eux. E-4422/2018 Page 12 Une fois le studio fermé, les recourants se sont employés à préparer leur départ pour l’Iran ; durant les cinq mois qu ’ont demandés ces préparatifs, ils n’ont plus reçu de menaces de tiers et n ’ont pas davantage rencontré de difficultés avec les autorités afghanes. Il y a ainsi lieu d’admettre que la cessation de leur activité a fait disparaître toute crainte de persécution future et qu’ils ne se trouvaient plus en danger au moment de leur départ de Kaboul ; celui-ci s’est d’ailleurs accompli légalement, les recourants se trouvant en possession de passeports valables revêtus de visas iraniens. La décision de partir a dès lors résulté de leur libre choix et non d’une nécessité pressante ne leur laissant aucune autre option. 3.9 Dans ce contexte, il n’y a pas davantage de motifs pour les intéressés d’éprouver une quelconque crainte fondée de persécution en cas de retour en Afghanistan. En effet, ainsi qu ’il a été exposé précédemment, les menaces reçues apparaissent avoir été le fait d ’individus agissant de leur propre chef, de manière ponctuelle ; de plus, il n’y a aucun facteur de nature à retenir les recourants de demander la protection des autorités afghanes contre des tentatives d’intimidation analogues ou à les en empêcher, si elles venaient à se renouveler, dans la mesure où ils n’ont jamais attiré défavorablement leur attention. 3.10 Il s'ensuit que le recours doit être rejeté, en tant qu'il conteste le refus de l'asile et la non-reconnaissance de la qualité de réfugié. 4. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, l'Office fédéral des réfugiés prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille (art. 44 al. 1 LAsi). Aucune exception à la règle générale du renvoi, énoncée à l'art. 32 al. 1 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311), n'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. La décision rendue par le SEM quant au renvoi est ainsi confirmée. S’agissant de l’exécution de cette mesure, le Tribunal constate que le SEM a prononcé l’admission provisoire des recourants. Cette question n'a donc pas à être tranchée. E-4422/2018 Page 13 5. Dès lors, la décision attaquée ne viole pas le droit fédéral et a établi de manière exacte et complète l'état de fait pertinent (art. 106 al. 1 LAsi). En conséquence, le recours est rejeté. 6. Compte tenu de l 'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge des recourants, qui n ’ont pas requis l ’assistance judiciaire partielle, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif : page suivante) E-4422/2018 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Les frais de procédure, d 'un montant de 750 francs, sont mis à la charge des recourants. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 3. Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, au SEM et à l'autorité cantonale. Le président du collège : Le greffier : Grégory Sauder Antoine Willa