<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <div class="para"> </div> <div class="para">Bundesgericht </div> <div class="para">Tribunal fédéral </div> <div class="para">Tribunale federale </div> <div class="para">Tribunal federal </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <img height="74" src="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/displayimage.php?id=2024-04-24-4A_373-2023.1&amp;type=gif" width="95"/> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4A_373/2023</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Arrêt du 24 avril 2024</b> </div> <div class="para">I </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Composition </div> <div class="para">Mmes les Juges fédérales </div> <div class="para">Jametti, Présidente, Hohl et May Canellas, </div> <div class="para">Greffière Mme Monti. </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Participants à la procédure </div> <div class="para">A.________, </div> <div class="para">représentée par Me Jacques Barillon, avocat, </div> <div class="para">demanderesse et recourante, </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <i>contre</i> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">B.________ AG, </div> <div class="para">représentée par Me Louis Burrus, avocat, </div> <div class="para">défenderesse et intimée. </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Objet </div> <div class="para">LDIP; exception d'incompétence, </div> <div class="para"> </div> <div class="para">recours en matière civile contre l'arrêt rendu le 7 juin 2023 par la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genève (C/8160/2020; ACJC/744/2023). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Faits :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>A.</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>A.a.</b> A.________ est une personne physique domiciliée à..., en Arabie saoudite. On ignore sa nationalité et son activité professionnelle. </div> <div class="para">B.________ AG est une société anonyme de droit suisse créée en 2014, sise à Zurich. Elle est une filiale de l'entité de droit suisse C.________ AG. </div> <div class="para">B.________ AG a plusieurs centaines d'agences sur le territoire suisse dans lesquelles elle dispense des services bancaires, dont l'agence située à l'adresse..., à Carouge (GE). Celle-ci ne figure pas au registre du commerce genevois, non plus que d'autres agences. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>A.b.</b> Le 26 mai 2005, A.________ (ci-après: la demanderesse) a conclu un accord intitulé <i>Share Purchase Agreement</i> ( <i>SPA</i>) avec la banque D.________, jadis filiale étrangère de C.________ AG et jouant ici le rôle d'agent. L'accord prévoyait d'investir dans un fonds de placement immobilier et la demanderesse devait acquérir des parts pour 1'750'000 euros dans deux sociétés étrangères; l'accord SPA était soumis au droit et à la compétence des tribunaux des ÎIes Caïmans. La banque précitée (soit D.________, ci-après D.________) assumait un mandat de gestion de la propriété immobilière sous-jacente, détenue par une société française, en vertu d'un " <i>Asset Management Agreement</i> " (ci-après: le mandat de gestion) conclu le 26 mai 2005 entre ladite société française et D.________. Ce mandat de gestion était soumis au droit suisse et prévoyait un for à Zurich. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>A.c.</b> Dans le courant de l'année 2006, en vue de la dissolution de la banque D.________ et de son intégration au sein de C.________ AG, cette dernière a repris les engagements de D.________ résultant notamment dudit mandat de gestion. </div> <div class="para">En janvier 2015, l'entité de droit suisse précitée a informé la demanderesse que ses comptes bancaires seraient repris par B.________ AG, société créée peu avant. </div> <div class="para">Le mandat de gestion qui avait été repris par C.________ AG a été résilié en 2017. </div> <div class="para">Au début de l'année 2018, B.________ AG (ci-après: la banque défenderesse) a annoncé à la demanderesse qu'elle entendait liquider le fonds d'investissement pré-mentionné. La demanderesse pouvait espérer récupérer 24'500 fr. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>B.</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>B.a.</b> A.________ a tout d'abord déposé une vaine requête de conciliation le 1er mai 2020, puis une demande en paiement le 2 décembre 2020, à l'encontre de B.________ AG, par-devant le Tribunal de première instance du canton de Genève. Elle y réclamait 1'845'488 fr. 75 plus intérêts, ainsi que des arriérés de dividendes totalisant au minimum 700'000 fr. </div> <div class="para">Après avoir requis et obtenu la fourniture de sûretés en garantie des dépens (par 57'000 fr.), la banque défenderesse B.________ AG a excipé de l'incompétence <i>ratione loci</i> des tribunaux genevois, par courrier du 20 août 2021. Elle a également contesté avoir la légitimation passive et sollicité du tribunal saisi qu'il limite la procédure à ces deux questions - ce que ladite instance a fait. </div> <div class="para">Dans sa réponse (ainsi circonscrite) du 12 novembre 2021, la banque défenderesse a conclu principalement à ce que le tribunal constate qu'elle n'avait pas la légitimation passive et, subsidiairement, à ce qu'il se déclare incompétent. Elle a ensuite modifié l'ordre de ses conclusions dans une écriture ultérieure, soit des déterminations du 25 février 2022, où elle a conclu, principalement, à ce que le tribunal saisi constate son incompétence et déclare la demande irrecevable, subsidiairement, à ce que ledit tribunal retienne son défaut de légitimation passive pour rejeter la demande. La demanderesse n'avait pas manqué de faire des remarques sur ce mode de faire, soit sur l'ordre choisi. </div> <div class="para">Par jugement du 6 septembre 2022, le Tribunal de première instance du canton de Genève s'est déclaré incompétent <i>ratione loci</i> et a décrété en conséquence la demande irrecevable. </div> <div class="para">Il a notamment considéré que la banque défenderesse n'avait pas d'établissement dans le canton de Genève, n'en avait pas non plus donné l'apparence, avait excipé de l'incompétence des tribunaux genevois "dès son premier acte de procédure" et n'avait pas tacitement accepté leur compétence en contestant "parallèlement" sa légitimation passive, même si cette dernière question relevait du fond. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>B.b.</b> Statuant le 7 juin 2023, la Cour de justice a confirmé cette décision et rejeté l'appel de la demanderesse. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>C.</b> </div> <div class="para">La demanderesse A.________ interjette un recours en matière civile par lequel elle prie le Tribunal fédéral de déclarer compétent <i>ratione loci</i> le Tribunal de première instance genevois pour connaître de sa demande et statuer au fond. </div> <div class="para">La banque défenderesse, intimée à ce recours, n'a pas été invitée à se déterminer. </div> <div class="para">L'autorité précédente a produit le dossier de la clause. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Considérant en droit :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.</b> </div> <div class="para">Les conditions générales de recevabilité du recours en matière civile sont réalisées sur le principe, notamment en ce qui a trait au respect du délai (<span class="artref">art. 100 al. 1 LTF</span>) et à la valeur litigieuse d'au moins 30'000 fr. au fond (<span class="artref">art. 51 al. 1 let. a LTF</span> <i>cum</i> <span class="artref">art. 74 al. 1 let. b LTF</span>). </div> <div class="para">Demeure réservée, à ce stade, la recevabilité des griefs en particulier. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.1.</b> Le Tribunal fédéral statue sur la base des faits établis par l'autorité précédente (<span class="artref">art. 105 al. 1 LTF</span>). Il ne peut s'en écarter que si ces faits ont été arrêtés de façon manifestement inexacte - c'est-à-dire arbitraire au sens de l'<span class="artref">art. 9 Cst.</span>, <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F140-III-115%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page115">ATF 140 III 115</a> consid. 2 p. 117 - ou en violation du droit défini à l'<span class="artref">art. 95 LTF</span> (cf. <span class="artref">art. 97 al. 1 LTF</span> et <span class="artref">art. 105 al. 2 LTF</span>). </div> <div class="para">Conformément au principe de l'allégation ancré à l'<span class="artref">art. 106 al. 2 LTF</span>, la partie qui croit discerner un arbitraire dans les faits constatés par l'autorité précédente doit expliquer clairement et par le détail en quoi ce vice serait réalisé (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F140-III-264%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page264">ATF 140 III 264</a> consid. 2.3 et les références citées; cf. en outre par ex. arrêt 5A_129/2007 du 28 juin 2007 consid. 1.4 <i>in fine</i>). Si elle aspire à faire compléter cet état de faits, elle doit démontrer, par des renvois précis aux pièces du dossier, qu'elle a présenté aux autorités précédentes les faits juridiquement pertinents et les moyens de preuve adéquats, en se conformant aux règles de procédure (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F140-III-86%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page86">ATF 140 III 86</a> consid. 2). La cour de céans ne saurait prendre en compte des affirmations appellatoires et/ou qui s'écarteraient de la décision attaquée sans satisfaire aux exigences précitées (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F140-III-16%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page16">ATF 140 III 16</a> consid. 1.3.1; cf. en outre par ex. arrêt 4A_396/2022 du 7 novembre 2023 consid. 2.1). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.2.</b> Dans le cas présent, la cour de céans ne discerne dans le mémoire de recours aucune critique valable contre l'état de faits retenu dans l'arrêt attaqué. N'en déplaise à la recourante, le Tribunal fédéral n'entend pas, en l'espèce, statuer au fond (cf. notamment consid. 3.2 <i>infra</i>), de sorte qu'il n'y a de toute façon pas matière à compléter l'état de faits à cette fin, une simple redite de ce qui a déjà été soutenu en appel ne démontrant pas nécessairement que l'intéressée a allégué les faits en temps utile, au demeurant. Et la recourante tente vainement, soit sans satisfaire aux réquisits brièvement rappelés ci-dessus, ni même se plaindre d'un quelconque arbitraire, de démontrer que la procédure aurait été mal, ou insuffisamment, retracée dans l'arrêt attaqué. En particulier, le courrier du 20 août 2021 (et non du 21 août, comme elle le plaide dans son mémoire) est bel et bien mentionné dans l'arrêt entrepris, tout comme les écritures du 12 novembre 2021, respectivement du 25 février 2022. Et la cour de céans ne discerne nul arbitraire dans la façon dont sont présentées ces écritures. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.3.</b> Le Tribunal fédéral applique en principe le droit d'office à l'état de faits constaté dans l'arrêt cantonal (cf. <span class="artref">art. 106 al. 1 LTF</span>). Cela ne signifie pas qu'il examine, comme le ferait un juge de première instance, toutes les questions juridiques qui pourraient encore se poser. Compte tenu de l'obligation de motiver imposée par l'<span class="artref">art. 42 al. 2 LTF</span>, il ne traite que des questions soulevées devant lui par les parties, à moins que la violation du droit ne soit manifeste (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F140-III-115%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page115">ATF 140 III 115</a> consid. 2, 86 consid. 2). Il n'est en revanche pas lié par l'argumentation juridique développée par les parties ou par l'autorité précédente; il peut admettre le recours, comme il peut le rejeter en procédant à une substitution de motifs (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F135-III-397%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page397">ATF 135 III 397</a> consid. 1.4; cf. en outre par ex. arrêt précité 4A_396/2022 consid. 2.2). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>3.</b> </div> <div class="para">Le litige porte sur la compétence <i>ratione loci</i> des autorités judiciaires genevoises. L'arrêt attaqué applique à juste titre la loi fédérale sur le droit international privé (LDIP), compte tenu du fait que la demanderesse est domiciliée en Arabie saoudite, ce qui confère à la cause un caractère international (<span class="artref">art. 1 al. 1 LDIP</span>; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F149-III-379%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page379">ATF 149 III 379</a> consid. 4.1; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F141-III-294%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page294">141 III 294</a> consid. 4; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F135-III-185%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page185">135 III 185</a> consid. 3.1; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F131-III-76%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page76">131 III 76</a> consid. 2.3). Nul ne le conteste. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>3.1.</b> La Cour cantonale a considéré que, en vertu de l'<span class="artref">art. 2 LDIP</span>, les autorités judiciaires suisses du domicile de la défenderesse étaient compétentes. Comme le siège de la défenderesse se trouvait à Zurich, les tribunaux zurichois auraient dû être saisis. Ce défaut de compétence entraînait l'irrecevabilité de la demande. </div> <div class="para">La recourante soutenait que ce raisonnement était erroné et que les tribunaux genevois étaient compétents, mais aucun des trois griefs qu'elle adressait au jugement de première instance ne résistait à l'examen. </div> <div class="para">Premièrement, l'intimée n'avait pas procédé au fond sans faire de réserve au sens de l'<span class="artref">art. 6 LDIP</span>; ceci ressortait sans ambiguïté de la procédure. La défenderesse avait pris, d'entrée de cause et dans sa première écriture par devant le juge de première instance, des conclusions tant en rejet qu'en irrecevabilité du fait de l'incompétence du tribunal. Elle avait dès lors soulevé le déclinatoire de compétence avant ou au plus tard en même temps qu'elle avait pris des conclusions en rejet de l'action, indépendamment de l'ordre dans lequel ses conclusions se présentaient, qui avait d'ailleurs été rectifié ultérieurement. </div> <div class="para">Deuxièmement, les règles de compétence découlant de la protection des consommateurs n'étaient pas applicables. L'opération financière considérée, tant par son ampleur (plus d'un million de francs), sa complexité (achat de parts d'investisseurs dans un fonds) que par son caractère d'investissement international, sortait manifestement du champ d'application de l'<span class="artref">art. 120 LDIP</span>. </div> <div class="para">Troisièmement, les règles de compétence en matière d'acte illicite (<span class="artref">art. 129 LDIP</span>) ne trouvaient pas non plus application. La recourante n'avait pas invoqué d'acte illicite de l'intimée susceptible de fonder le for d'une action délictuelle. Certes, le tribunal appliquait le droit d'office, comme la recourante l'avait souligné, mais il le faisait sur la base des faits allégués par les parties et qui formaient le cadre du litige. Or, dans le cas présent, ces faits ressortaient exclusivement à une relation contractuelle ou prétendue telle. Au surplus, ce n'était pas l'intimée, mais C.________ AG - à savoir un tiers - qui avait repris les engagements de D.________. La question de savoir si l'intimée disposait d'un établissement à Genève, qui ancrerait l'action dans ce canton, pouvait ainsi demeurer indécise. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>3.2.</b> Le recours s'articule exclusivement autour de l'<span class="artref">art. 6 LDIP</span>. La recourante affirme que l'intimée aurait procédé au fond sans faire de réserve; elle soutient également que l'intimée disposerait d'un établissement à Genève, ce qui ferait obstacle au déclinatoire de compétence. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.1.</b> Aux termes de la règle de compétence internationale et locale de l'<span class="artref">art. 2 LDIP</span>, le défendeur doit être recherché devant le juge de son domicile. Cet article a une valeur subsidiaire par rapport aux fors du domicile contenus dans la partie spéciale. Son objectif consiste à combler les lacunes éventuelles de la LDIP et à garantir le for du juge naturel pour tous les cas non prévus (cf. Message du 10 novembre 1982 concernant une loi fédérale sur le droit international privé [loi de DIP], FF 1983 I 289 ch. 213.2). </div> <div class="para">Le for du juge naturel ne joue pas seulement pour les personnes physiques, mais également pour les personnes morales et les sociétés. L'<span class="artref">art. 21 al. 1 LDIP</span> précise d'ailleurs que, pour les sociétés et pour les trusts au sens de l'art. 149a, le siège vaut domicile (s'agissant du for d'une demande de renseignements et de pièces dirigée contre une banque, au siège de celle-ci, cf. arrêt 5C.157/2003 du 22 janvier 2004 consid. 5.3). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.2.</b> L'<span class="artref">art. 6 LDIP</span> prévoit qu'en matière patrimoniale, le tribunal devant lequel la partie défenderesse procède au fond sans faire de réserve est compétent, à moins qu'il ne décline sa compétence dans la mesure où l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span> le lui permet. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.2.1.</b> Cette disposition concerne tout à la fois la compétence internationale (ou générale) et locale du tribunal saisi (Message précité, FF 1983 I 293 ch. 213.7; VASELLA/KUNZ, in Commentaire bâlois, 4e éd. 2021, n° 5 et n° 18 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>; HANS REISER, Gerichtsstandsvereinbarungen nach dem IPR-Gesetz, Zurich 1989, p. 29). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.2.2.</b> Selon la jurisprudence, l'acceptation tacite du for est acquise à la partie demanderesse lorsque l'adverse partie a manifesté de manière exempte d'équivoque son intention de se défendre sur le fond plutôt que sur la compétence (principe de l'acceptation tacite; <i>Einlassungsprinzip</i>; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F123-III-35%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page35">ATF 123 III 35</a> consid. 3b; arrêt 4A_229/2018 du 12 octobre 2018 consid. 10). Cette partie doit s'être comportée de telle manière, relativement à la demande en justice, que l'exception d'incompétence apparaisse soulevée de manière contraire aux exigences de la bonne foi (<span class="artref">art. 2 al. 1 CC</span>), qui régit l'ensemble des domaines du droit (cf. <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F87-I-131%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page131">ATF 87 I 131</a>; <span class="bgeref_err">67 I 105</span> consid. 3, relatifs à l'<span class="artref">art. 59 aCst.</span>). Il faut que le défendeur soit entré en matière, c'est-à-dire qu'il ait procédé à un acte de défense tendant directement au rejet de l'action au fond. </div> <div class="para">Cette condition se retrouve dans plusieurs autres dispositions légales. </div> <div class="para">Selon l'<span class="artref">art. 186 al. 2 LDIP</span> (arbitrage), l'exception d'incompétence doit être soulevée préalablement à toute défense sur le fond. En relation avec cette disposition légale, le Tribunal fédéral a précisé que le défendeur peut se déterminer à titre éventuel sur le fond, pour le cas où l'exception d'incompétence ne serait pas admise, sans que pareil comportement vaille acceptation tacite de la compétence du tribunal arbitral (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F143-III-462%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page462">ATF 143 III 462</a> consid. 2.3; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F128-III-50%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page50">128 III 50</a> consid. 2c/aa; arrêt 4A_287/2019 du 6 janvier 2020 consid. 3.2). </div> <div class="para">L'<span class="artref">art. 18 CPC</span> dispose lui aussi que, sauf disposition contraire de la loi, le tribunal saisi est compétent <i>ratione loci</i> lorsque le défendeur procède sans faire de réserve sur la compétence (anciennement, <span class="artref">art. 10 al. 1 LFors</span>). Le juge doit uniquement vérifier qu'aucun for impératif ou semi-impératif ne s'oppose à une acceptation tacite de la compétence du tribunal saisi. Ainsi, si le défendeur conteste la compétence locale avant de prendre position sur le fond, ou à tout le moins en même temps, une acceptation tacite ne sera pas retenue (arrêt 4C.2/2006 du 21 mars 2006 consid. 3.4). L'exception d'incompétence doit être invoquée principalement et sans condition (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=10&amp;from_date=10.04.2024&amp;to_date=29.04.2024&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F123-III-35%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page35">ATF 123 III 35</a> consid. 3b). Le défendeur ne peut pas se contenter d'invoquer subsidiairement l'incompétence du tribunal saisi, une acceptation tacite devant le cas échéant être retenue; tel est le cas s'il formule une réserve à titre subsidiaire, pour le cas où sa légitimation passive devait être admise (arrêts 4A_455/2012 du 8 novembre 2012 consid. 3; 4C.2/2006 précité consid. 3.4). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.2.3.</b> Quant à la référence à l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span>, elle appelle les considérations suivantes. </div> <div class="para">L'<span class="artref">art. 5 LDIP</span> traite de l'élection (expresse) de for. Cette règle prévoit en substance qu'en matière patrimoniale, les parties peuvent convenir du tribunal appelé à trancher un différend né ou à naître à l'occasion d'un rapport de droit déterminé (al. 1). Selon l'alinéa 3, le tribunal élu ne peut pas décliner sa compétence si une partie est domiciliée, a sa résidence habituelle ou un établissement dans le canton où il siège (<span class="artref">art. 5 al. 3 let. a LDIP</span>) ou si, en vertu de la présente loi, le droit suisse est applicable au litige (<span class="artref">art. 5 al. 3 let. b LDIP</span>). </div> <div class="para">Cet alinéa, amendé par le Parlement sur un point ("établissement dans le canton où il siège" et non plus "établissement en Suisse", comme proposé par le Conseil fédéral) au terme d'un certain nombre de discussions (BO CN 1986 p. 1302; BO CE 1987 p. 506 et BO CN 1987 p. 1067 s.), est le fruit d'un compromis entre ceux qui souhaitaient favoriser la Suisse comme place d'arbitrage international, quitte à ce que le litige ne présente que des liens ténus, voire aucun lien du tout avec l'ordre juridique suisse, et ceux qui craignaient la surcharge des tribunaux suisses (cf. Message précité, FF 1983 I 292 s. ch. 213.6). Au final, la liberté des tribunaux suisses de refuser d'entrer en matière lorsqu'ils ont été choisis par les parties a été limitée, lorsque le litige présente un lien qualifié avec la Suisse (BO CN 1987 p. 1068). </div> <div class="para">En soi, l'obligation faite au tribunal suisse élu d'accepter la prorogation de for valable au fond et à la forme n'est donc pas absolue, même si la pratique ne le reflète pas (DUTOIT/BONOMI, Droit international privé suisse: commentaire de la loi fédérale du 18 décembre 1987, 6ème éd. 2022, ch. 14 ad <span class="artref">art. 5 LDIP</span>). Ce n'est qu'en présence d'un lien qualifié avec la Suisse, tel que défini par l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span>, que la prorogation de for s'impose à ce tribunal (ANDREAS BUCHER, in Commentaire romand, 2011, n° 6 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>; ANTON K. SCHNYDER, Das neue IPR-Gesetz [...], 2e éd. 1990, p. 24 n. 5). La doctrine souligne encore que l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span> autorise le juge à se montrer plus large et accepter sa compétence dans d'autres hypothèses que celles qui sont indiquées (Paul VOLKEN, IPRG Kommentar, 1993, n° 40 ad <span class="artref">art. 5 LDIP</span>; Bucher, op. cit., n° 40 ad <span class="artref">art. 5 LDIP</span>; Hans Ulrich WALDER, Einführung in das Internationale Zivilprozessrecht der Schweiz, 1989, § 5 ch. 23). </div> <div class="para">La référence à l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span>, contenue à l'<span class="artref">art. 6 LDIP</span>, obéit à la même logique (cf. Message précité, FF 1983 I 293 ch. 213.7). Le tribunal devant lequel le défendeur procède sans formuler de réserve dispose de la faculté de décliner sa compétence, à tout le moins dans la mesure où l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span> ne lui commande pas de se saisir de l'affaire (VASELLA/KUNZ, op. cit., n° 17 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>; Bucher, op. cit., n° 6 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>). Là encore, il s'agit de conditions minimales qui imposent au tribunal d'entrer en matière, s'il y a acceptation tacite du for par le défendeur; ceci signifie que, si elles ne sont pas réalisées, le tribunal devant lequel le défendeur procède sans faire de réserve peut tout de même se déclarer compétent <i>ratione loci</i> (DUTOIT/BONOMI, op. cit., ch. 5 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>; VOLKEN, op. cit., n° 8 ad <span class="artref">art. 6 LDIP</span>). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>5.</b> </div> <div class="para">En l'espèce, la défenderesse intimée a excipé de l'incompétence <i>ratione loci</i> des tribunaux genevois par courrier du 20 août 2021. A ce stade, elle n'avait encore procédé à aucun acte de défense qui tende directement au rejet de l'action au fond. Dans cette écriture, la défenderesse sollicitait d'ailleurs l'annulation du délai imparti pour déposer sa réponse et la limitation de la procédure aux questions qu'elle soulevait, à savoir la compétence <i>ratione loci</i> des tribunaux genevois et sa légitimation passive. </div> <div class="para">Certes, dans sa détermination du 12 novembre 2021, limitée aux deux questions susmentionnées, elle conclura principalement à ce qu'il soit constaté qu'elle était dépourvue de la légitimation passive - et donc au rejet de la demande en paiement - et subsidiairement au prononcé de l'irrecevabilité de ladite demande, le tribunal de première instance saisi s'avérant incompétent <i>ratione loci.</i> Cela étant, cette écriture est intervenue ultérieurement, ce qui distingue fondamentalement la présente cause de celles qui ont été tranchées par le passé (arrêts précités 4A_455/2012 consid. 3 et 4C.2/2006 consid. 3.4). En d'autres termes, cette écriture n'enlève rien au fait que la défenderesse avait soulevé l'exception d'incompétence avant toute défense au fond. </div> <div class="para">Que la défenderesse ait, ultérieurement encore, modifié ses conclusions ne change rien à ce qui précède. Il n'est donc pas crucial de déterminer si elle était en droit, dans son écriture du 24 février 2022, d'inverser l'ordre des conclusions formulées le 12 novembre précédent, en concluant principalement à ce que la demande soit déclarée irrecevable, et subsidiairement à ce qu'elle soit rejetée. Est seul déterminant le fait qu'elle ait soulevé d'entrée de cause l'exception de compétence ciblée, le 20 août 2021. </div> <div class="para">Cela étant, celle-ci ne l'a pas été de manière contraire aux exigences de la bonne foi (<span class="artref">art. 2 al. 1 CC</span>) et le grief corrélatif de la recourante doit être rejeté. </div> <div class="para">Quant à l'argumentation relative à la présence, ou à tout le moins l'apparence, d'un établissement de l'intimée à Genève, elle n'a pas de portée autonome. En d'autres termes, fût-il établi qu'un tel établissement ne fonderait pas la compétence <i>ratione loci</i> des tribunaux genevois. Selon l'<span class="artref">art. 2 LDIP</span> en relation avec l'<span class="artref">art. 21 al. 1 LDIP</span>, c'est le siège qui vaut domicile pour une personne morale, non l'établissement. La recourante ne soutient d'ailleurs pas le contraire, pas plus qu'elle ne prétend que la compétence à raison d'un établissement à Genève se fonderait sur une autre disposition de la LDIP. Il est par ailleurs clair que la référence à l'<span class="artref">art. 5 al. 3 LDIP</span>, contenue à l'<span class="artref">art. 6 LDIP</span>, vise uniquement à brider la liberté du tribunal de décliner sa compétence si et pour autant qu'il y ait acceptation tacite du for par le défendeur. En d'autres termes, lorsque cette acceptation fait défaut, il n'importe de savoir si le défendeur a - ou non - un établissement dans le canton en cause: l'<span class="artref">art. 6 LDIP</span> ne s'applique pas (cf. consid. 4.2.3 <i>supra</i>). </div> <div class="para">Il n'y a dès lors aucune violation du droit fédéral qui entache le jugement querellé. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>6.</b> </div> <div class="para">En définitive, le recours doit être rejeté. </div> <div class="para">Les frais judiciaires sont à la charge de la recourante, qui ne versera aucuns dépens à la partie intimée puisque celle-ci n'a pas eu à se déterminer. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.</b> </div> <div class="para">Le recours est rejeté. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.</b> </div> <div class="para">Les frais judiciaires, par 10'000 fr., sont à la charge de la recourante. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>3.</b> </div> <div class="para">Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genève. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Lausanne, le 24 avril 2024 </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Au nom de la I re Cour de droit civil </div> <div class="para">du Tribunal fédéral suisse </div> <div class="para"> </div> <div class="para">La Présidente : Jametti </div> <div class="para"> </div> <div class="para">La Greffière : Monti </div> </div></body></html>