B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-3667/2020 A r r ê t d u 2 7 j u i l l e t 2 0 2 0 Composition Gérard Scherrer, juge unique, avec l’approbation de Gérald Bovier, juge ; Yves Beck, greffier. Parties A._______, né le (…), Macédoine du Nord, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi (demande multiple) ; décision du SEM du 14 juillet 2020 / N (…). D-3667/2020 Page 2 Vu la demande d'asile déposée en Suisse par A._______ en date du 24 mai 2015, l'audition sur les données personnelles du 1 er juin 2015 , au cours de laquelle l ’intéressé a indiqué avoir déposé des demandes d'asile en Allemagne les (…) et (…), puis, lors d'un troisième voyage au départ de la Macédoine, avoir transité par la Croatie et la Slovénie avant d'arriver en Suisse, la décision du 14 août 2015, notifiée le 21 août 2015, par laquelle le SEM, se fondant sur l'art. 31a al. 1 let. b LAsi (RS 142.31), n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de l ’intéressé, a prononcé son renvoi (recte : transfert) vers la Croatie et ordonné l'exécution de cette mesure, constatant l'absence d'effet suspensif à un éventuel recours, l’arrêt D -5322/2015 du 9 septembre 2015, par lequel le Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal) a rejeté le recours interjeté, le 28 août précédant, contre cette décision, la décision du 14 octobre 2016, entrée en force de chose décidée en l’absence d’un recours, par laquelle le SEM a rejeté la demande d’asile de l’intéressé du 24 mai 2015, a prononcé son renvoi de Suisse et a ordonné l’exécution de cette mesure, l’exécution du renvoi de l’intéressé, le (…) 2019, dans son pays d’origine, la Macédoine du Nord, l’écrit adressé au SEM le 17 juin 2020, par lequel l ’intéressé, concluant à l’octroi d’une autorisation de séjour, a déclaré qu’après son retour dans son pays d ’origine, il était parti en Allemagne, y séjournant cinq mois, puis, faute d’accès aux soins dans cet Etat, avait décidé de gagner la Suisse, la requête aux fins de prise en charge de l ’intéressé soumise par le SEM aux autorités allemandes compétentes en date du 23 juin 2020 sur la base de l’art. 13 par. 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte) (JO L 180/31 du 29.6.2013, ci-après : règlement Dublin III), D-3667/2020 Page 3 l’acceptation par l’Allemagne, en date du 26 juin 2020, de cette requête de prise en charge, sur la base de la même disposition légale, le droit d’être entendu accordé à l’intéressé le 26 juin 2020, portant sur son éventuel transfert en Allemagne, la réponse de l’intéressé du 8 juillet 2020, la décision du 14 juillet 2020, par laquelle le SEM, se fondant sur l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, n’est pas entré en matière sur la demande de l’intéressé, considérée comme une demande d ’asile mu ltiple au sens de l’art. 111c LAsi, a prononcé son transfert vers l’Allemagne et a ordonné l’exécution de cette mesure, constatant l ’absence d’effet suspensif à un éventuel recours, le recours du 20 juillet 2020, par lequel l’intéressé, faisant valoir que son transfert en Allemagne mettrait sa vie en danger, a conclu à l’annulation de cette décision, les requêtes de dispense du paiement de l’avance de frais et d’octroi d’un délai pour produire un rapport médical circonstancié qu’il comporte, et considérant que le Tribunal, en vertu de l ’art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l ’art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF, qu’en particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l ’asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d ’extradition déposée par l ’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l ’art. 105 LAsi, et art. 83 let. d ch. 1 LTF), exceptio n non réalisée en l’espèce, que l'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, qu’interjeté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai ( art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, son recours est recevable, D-3667/2020 Page 4 que, saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d’une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2 ; 2009/54 consid. 1.3.3 ; 2007/8 consid. 5), que, dans le cas d’espèce, il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l ’art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n ’entre pas en matière sur une demande d ’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vert u d ’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi, qu’avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d’une demande d’asile selon les critères fixés dans le règlement Dublin III, que, s ’il ressort de cet examen qu ’un autre Etat est responsable du traitement de la demande d’asile, le SEM rend une décision de non-entrée en matière après que l’Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant d’asile (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2), qu’aux termes de l ’art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III, que la procédure de détermination de l ’Etat responsable est engagée, aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 du règlement Dublin III), que dans une procédure de prise en charge (anglais : take charge), comme en l’espèce, les critères énumérés au chapitre III du règlement (art. 8 -15) doivent être appliqués successivement (principe de l ’application hiérarchique des critères de compétence, art. 7 par. 1 du règlement Dublin III), que pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la première demande dans un Etat membre (art. 7 par 2 du règlement Dublin III), qu’en vertu de l’art. 3 par. 2 du règlement Dublin III, lorsqu’il est impossible de transférer un deman deur vers l ’Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu ’il y a de sérieuses raisons de croire qu ’il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d ’accueil des demandeurs, qui D-3667/2020 Page 5 entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l ’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci -après: CharteUE), l ’Etat procédant à la détermination de l’Etat responsable poursuit l’examen des critères fixés au chapitre III afin d ’établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable, que lorsqu ’il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l ’Etat membre procédant à la détermination devient l’Etat responsable, que l ’Etat responsable de l ’examen d ’une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de prendre en charge – dans les conditions prévues aux art. 21, 22 et 29 – le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre (art. 18 par. 1 point a du règlement Dublin III), que, sur la base de l ’art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d ’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, qu’en l ’espèce, sur la base des déclarations d e l ’intéressé, le SEM a transmis aux autorités allemandes compétentes une demande aux fins de prise en charge fondée sur l'art. 13 par. 2 du règlement Dublin III, que lesdites autorités ont accepté de prendre en charge l ’intéressé sur la base de cette disposition légale, que l’Allemagne a ainsi reconnu sa compétence pour traiter la demande d’asile de l’intéressé, que ce point n’est pas contesté, qu’il n’y a aucune sérieuse raison de croire qu’il existe, en Allemagne, des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la CharteUE (cf. art. 3 par. 2 2ème phrase du règlement Dublin III), que le recourant ne le prétend du reste pas, D-3667/2020 Page 6 que, dans ces conditions, l’application de l’art. 3 par. 2 du règlement Dublin III ne se justifie pas en l’espèce, qu'en second lieu, la présomption de sécurité peut également être renversée en présence d'indices sérieux que, dans le cas concret, le s autorités de cet Etat ne respecteraient pas le droit international (cf. ATAF 2010/45 consid. 7.4 et 7.5), qu'en l’espèce, le recourant n'a pas démontré que les autorités allemandes refuseraient d'examiner sa demande de protection, le jour où il la déposera, ni qu'elles ne respecteraient pas le principe du non-refoulement, et donc failliraient à leurs obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays, qu’il n’a pas non plus apporté d'i ndices objectifs, concrets et sérieux qu' il serait privé durablement de tout accès aux conditions matérielles minimales d'accueil prévues pa r la directive no 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale [refonte] [JO L 180/96 du 29.6.2013, ci-après : directive Accueil]), que, n’ayant pas déposé de demande d’asile en Allemagne, durant les cinq mois durant lesquels il a séjourné dans ce pays, il ne saurait valablement se prévaloir du fait qu’il n’y aurait pas eu accès à un logement et aux soins qui lui sont nécessaires, qu'enfin, l'arrêt dont il se prévaut dans son recours (Tarakhel contre Suisse du 4 novembre 2014, Grande Chambre 29217/12) , par lequel la Cour européenne des droits de l ’homme (ci-après : CourEDH) exige de l'Etat requérant, avant qu'il prononce un transfert vers l'Italie d 'enfants accompagnés, l'obtention des autorités italiennes de garanties individuelles d'une prise en charge conforme aux exigences de l'art. 3 CEDH, ne lui est manifestement pas applicable, qu’au demeurant, si – après son retour en Allemagne – le recourant devait être contraint par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou s'il devait estimer que ce pays viole ses obligations d’assistance à son encontre, ainsi que la directive précitée, ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendra D-3667/2020 Page 7 de faire valoir ses droits directement auprès des autorités allemandes en usant des voies de droit adéquates (cf. art. 26 directive Accueil), que, s’agissant des problèmes médicaux attestés par des rapports des 8 et 9 juillet 2020, le retour forcé des personnes touchées dans leur santé n’est susceptible de constituer une violation de l ’art. 3 CEDH que si l ’intéressé se trouve à un stade de sa mala die avancé et terminal, au point que sa mort apparaît comm e une perspective proche (cf. arrêt de la CourEDH N. c. Royaume-Uni du 27 mai 2008, 26565/05 ; cf. aussi ATAF 2011/9 consid. 7.1), qu’il s ’agit de cas très exceptionnels, en ce sens que la personne concernée doit connaître un état à ce point altéré que l ’hypothèse de son rapide décès après le retour confine à la certitude et qu’elle ne peut espérer un soutien d’ordre familial ou social, que cette jurisprudence a été récemment précisée, en ce sens qu ’un tel cas exceptionnel peut aussi être reconnu lorsqu’il existe des motifs sérieux de croire qu’en l’absence d’un traitement ou d’accès à un traitement, se fait jour un risque réel que la personne renvoyée soit, dans l ’état d’accueil, exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé, lequel entrainerait des souffrances intenses ou une réduction significative de l’espérance de vie (cf. arrêt de la CourEDH Paposhvili c. Belgique du 13 décembre 2016, requête n° 41738/10, par. 183), qu’en l’espèce, le recourant n’a apporté aucun élément concret et sérieux qui permettrait d ’admettre qu ’il n ’aurait pas accès, dès son arrivée en Allemagne, à un traitement médical adéquat pour ses troubles somatiques et psychiques, que cet Etat dispose en effet de structures médicales de pointe similaires à celles existant en Suisse, qu’en outre, lié par la directive Accueil, il doit faire en sorte que les demandeurs d ’asile reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves, et fournir l ’assistance médicale ou autre nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d ’accueil, y compris, s ’il y a lieu, des soins de santé mentale appropriés (cf. art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive), D-3667/2020 Page 8 qu’il incombera aux autorités suisses chargées de l’exécution du transfert de transmettre aux autorités allemandes les renseignements permettant une telle prise en charge (cf. art. 31 et 32 du règlement Dublin III), que le SEM s ’est du reste engagé à leur transmettre toute information relative à l ’état de santé du recourant avant son transfert (cf. consid. II, p. 6), que, dans ces conditions, la requête tendant à l ’octroi d ’un délai pour déposer un nouveau rapport médical doit être rejeté, que, dans son acte de recours, le requérant a également sollicité l’application d ’une des clauses discrétionnaires prévues à l ’art. 17 du règlement Dublin III, à savoir celle retenue par le par. 1 de cette disposition (clause de souveraineté), que ce point, qui ressortit à l ’opportunité, ne peut cependant plus être examiné au fond par le Tribunal, depuis l’abrogation de l’art. 106 al. 1 let. c LAsi, entrée en vigueur le 1er février 2014, qu’en présence d’éléments de nature à permettre l’application des clauses discrétionnaires, le Tribunal se limite à contrôler si le SEM a fait usage de son pouvoir d ’appréciation, et s ’il l ’a fait selon des critères objectifs et transparents, dans le respect des principes constitutionnels que sont le droit d’être entendu, l’égalité de traitement et la proportionnalité (cf. ATAF 2015/9 consid. 7 s.), qu’en l ’espèce, le recourant n ’ayant soulevé aucun argument de cette nature, le SEM n’était pas tenu de procéder à cet examen, que, dans ces conditions, c'est à bon droit que le SEM a considéré que l’Allemagne était l'Etat membre re sponsable de l'examen de la demande de protection internationale introduite par le recourant en Suisse et était tenu de le prendre en charge, que le transfert vers ce pays était conforme aux obligations internationales de la Suisse, et qu'il n'y avait pas lieu de faire application de la clause de souveraineté ancrée à l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III pour des raisons humanitaires, qu’au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté, que, s’avérant manifestement infondé, il est rejeté dans une p rocédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi), D-3667/2020 Page 9 qu’il est dès lors renoncé à un échange d’écritures, le présent arrêt n’étant motivé que sommairement (cf. art. 111a al. 1 et 2 LAsi), que, dans la mesure où il a été imméd iatement statué sur le fond, la requête formulée dans le recours tendant à l a dispense du paiement de l’avance de frais est sans objet, que, vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément à l’art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), (dispositif page suivante) D-3667/2020 Page 10 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Les frais de procédure, d ’un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 3. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l’autorité cantonale. Le juge unique : Le greffier : Gérard Scherrer Yves Beck Expédition :