<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Le samedi 10 juin 1995, vers 20 h 20, R. qui con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">duisait sa voiture sur la route de la Gare à Boudry a renversé la signa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lisation d'un chantier qui était régulièrement annoncé. R. a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">continué sa route et est allé parquer un peu plus loin au sud du pont CFF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de Trois-Rods. C'est à cet endroit qu'il a été interpellé, une heure et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">demi plus tard, par une patrouille de la police locale, alors qu'il était</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en train de changer une roue de son véhicule endommagée par l'accident.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Suspect d'ivresse, il a été soumis à une analyse du sang qui a établi un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">taux d'alcoolémie moyen de 2,34 g/kg.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> R. a déclaré aux agents qu'il avait dû éviter une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">voiture rouge qui arrivait en face de lui et a affirmé qu'il n'avait rien</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">bu entre le moment de l'accident et celui de son interpellation par la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">police. Lors de son interrogatoire par le juge du Tribunal de police du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">district de Boudry, R. est toutefois revenu sur ses expli-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cations. Il a soutenu, premièrement, qu'il avait été gêné par une voiture</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui sortait des places de parc situées vers la gare de Boudry et, deuxiè-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mement, qu'il avait bu un demi-litre de Ricard entre le moment de l'acci-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dent et son interpellation par la police. Il n'a toutefois pas pu expli-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">quer au juge pourquoi il n'avait pas déclaré aux gendarmes ou au médecin</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui l'examinait qu'il avait consommé une quantité aussi importante</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'alcool.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le Tribunal de police de Boudry a condamné R. à 40</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jours d'emprisonnement sans sursis et à une amende de 300 francs ainsi</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'au paiement des frais pour soustraction à une prise de sang, violation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des devoirs en cas d'accident et perte de maîtrise. Le tribunal a égale-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment révoqué le sursis à une peine de 20 jours d'emprisonnement prononcée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le 19 octobre 1993 pour vol et conduite sans permis.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. R. se pourvoit en cassation contre ce jugement. Il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">admet les faits, mais estime que le tribunal de police a violé l'article</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">41 al.3 CP en considérant que la deuxième infraction n'était pas un cas de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">peu de gravité et en révoquant le sursis de la première peine.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Le président du Tribunal de police du district de Boudry ne</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">formule ni observations ni conclusions. Le substitut du procureur général</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conclut au rejet du pourvoi, sans formuler d'observations.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Selon l'article 41 ch.3 al.2 CP, si, pendant le délai d'épreuve,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le condamné commet un crime ou un délit, le juge ordonnera l'exécution de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la peine. Dans les cas de peu de gravité, il pourra renoncer à cette exé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cution si des motifs permettent d'envisager l'amendement du condamné et,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tenant compte des circonstances, prononcer un avertissement, ordonner</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'autres mesures et prolonger le délai d'épreuve jusqu'à concurrence de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moitié de la durée fixée dans le jugement.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> La notion du cas de peu de gravité est un terme juridique impré-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cis, relevant dans une large mesure du pouvoir d'appréciation du juge (ATF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">117 IV 100, 102 IV 231; RJN 1984, p.58). Selon le Tribunal fédéral (ATF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">117 IV 101 et les références citées), la durée de la peine infligée joue</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">un rôle primordial pour la détermination du cas de peu de gravité, au sens</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de l'article 41 ch.3 al.2 CP. Un cas sanctionné d'une peine privative de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">liberté de moins de trois mois peut en général être qualifiée de peu de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">gravité. L'obligation de tenir compte de toutes les circonstances de l'in-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fraction impose certes que cette limite ne soit pas absolue, mais le prin-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cipe de l'égalité impose que seules d'importantes particularités objecti-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ves et subjectives justifient l'exception et qu'elles soient expressément</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mentionnées dans le jugement.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Une infraction frappée comme en l'espèce d'une peine de 40 jours</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'emprisonnement et de 300 francs d'amende constitue donc en principe un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cas de peu de gravité. Il faut toutefois se demander encore si les cir-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">constances objectives et subjectives de l'infraction ne justifient pas une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dérogation à la règle (ATF 117 IV 103). Le juge de première instance a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">considéré qu'il ne s'agissait pas d'un cas de peu de gravité, sans motiva-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion ultérieure, contrairement au principe énoncé ci-dessus. On peut tou-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tefois laisser la question ouverte.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Pour que le juge puisse renoncer à l'exécution de la peine,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">malgré une récidive pendant le délai d'épreuve, il faut encore que des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">motifs permettent d'envisager l'amendement du condamné.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> A cet égard, l'article 41 ch.3 al.2 CP pose les mêmes exigences</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que l'article 41 ch.1 CP (ATF 98 IV 77). Importent avant tout les perspec-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tives d'amendement durable du condamné, telles qu'on peut les déduire de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ses antécédents et de son caractère (ATF 115 IV 82). L'effet d'avertisse-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment possible de la nouvelle peine qu'il aurait à subir peut être pris en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">considération. Inversement, en faisant un pronostic basé sur l'article 41</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ch.1 CP, il est possible de tenir compte de ce que la précédente condamna-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion sera exécutée (ATF 100 IV 193; RJN 1991, p.65, 1988, p.59). Effecti-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vement, le Tribunal fédéral considère que l'exécution d'une peine ferme et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'aménagement ou le maintien du sursis antérieur peuvent parfois, mieux</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que deux peines fermes, assurer la réinsertion sociale du condamné (ATF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">107 IV 91, 101 IV 13, 100 IV 196).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> En l'espèce, il apparaît que la recourant a été condamné à six</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">reprises entre le 15 juin 1984 et le 5 septembre 1995. Le 19 octobre 1993,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tout en prononçant une peine avec sursis, le Tribunal de police de Neuchâ-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tel a révoqué deux sursis antérieurs assortissant des peines prononcées</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">respectivement pour infraction à la LStup et pour vol. Au demeurant, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recourant a déjà été condamné à deux reprises à des peines de prison fer-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mes, soit à 7 jours d'emprisonnement le 26 juin 1989 et à 20 jours d'em-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prisonnement le 11 février 1994, pour ivresse au volant. Face à ses anté-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cédents judiciaires, que le premier juge a qualifiés à juste titre de peu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">favorables, et alors que le recourant a déjà subi plusieurs peines priva-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tives de liberté tout en bénéficiant d'un sursis pour une autre peine, on</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ne voit pas que recourir à nouveau à une même construction, soit prononcer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une peine d'emprisonnement ferme tout en renonçant à révoquer le sursis</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'une peine antérieure, permettrait d'envisager l'amendement du recourant.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C'est dès lors à juste titre que le premier juge n'a pas formulé un pro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nostic favorable. Le pourvoi doit être rejeté.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Au vu de ce qui précède, les frais du pourvoi seront mis à la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">charge du condamné.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Rejette le recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Condamne le recourant aux frais arrêtés à 550 francs.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 22 février 1996</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>