<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. J. subit actuellement une mesure d'internement au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sens de l'article 43 ch.1 al.2 CP, ordonnée le 27 juin 1995 par la Cour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'assises. Cette dernière l'a reconnu coupable de nombreux abus sexuels</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">commis pendant plusieurs années sur des enfants handicapés. Elle a pronon-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cé à son égard une peine de dix ans de réclusion, sous déduction de 202</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jours de détention préventive, peine suspendue au profit de la mesure</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'internement. La Cour d'assises a notamment retenu, en se basant sur le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rapport d'expertise figurant au dossier, que les possibilités d'un traite-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment étaient limitées, vu le refus de l'intéressé de suivre un thérapie</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">adéquate et que le risque de récidive était important.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> A plusieurs reprises J. a demandé de bénéficier</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'un congé sous forme de conduite serrée. La Commission de libération a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rendu des décisions négatives, confirmées, sur recours, par la Cour de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cassation pénale. C'est ainsi notamment qu'en date du 5 août 1997 celle-ci</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rejetait un recours interjeté par J. considérant, suivant la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Commission de libération, qu'il convenait de ne pas se montrer plus souple</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que si le recourant purgeait une peine de réclusion non suspendue et qu'un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">congé ne pouvait ainsi être envisagé qu'à partir du tiers de l'exécution</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la peine (art.1 et 2 du règlement du 24 avril 1989 adopté par la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Conférence des autorités cantonales compétente en matière).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Par requête du 29 octobre 1997 J. a sollicité un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">congé sous forme de "conduite serrée" pour se rendre à l'extérieur de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'établissement, soit à Yverdon.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par décision du 4 décembre 1997, la Commission de libération a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">accordé à J. la conduite serrée demandée, considérant notam-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment qu'il n'y avait pas lieu de traiter de la même manière la personne</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">condamnée à une peine de réclusion ou qui a fait l'objet d'un internement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et que la conduite en question ne présentait guère de risques pour les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tiers vu les conditions dans lesquelles elle se déroulerait.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Le ministère public recourt contre cette décision. Il fait va-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">loir que la distinction opérée par la Commission suivant que le condamné</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exécute une peine de réclusion ou subit un internement ne se justifie pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et qu'il est choquant que J. soit traité moins sévèrement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'un individu qui aurait été condamné à une peine de réclusion, alors</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'il avait été considéré comme dangereux, raison pour laquelle la Cour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'assises avait considéré qu'une peine de dix ans de réclusion uniquement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ne suffisait pas à protéger la société de manière adéquate.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. La présidente de la Commission de libération ne formule pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'observations. J. estime justifié de traiter différemment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">un internement et une peine. De plus le tiers de la peine de 10 ans est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">échu selon lui depuis le 15 janvier 1998.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans le délai légal, le pourvoi est recevable (art.244,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">275 al.3 CPP).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Selon l'article 2 du règlement du 24 avril 1989 adopté par la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Conférence des autorités cantonales compétentes en matière pénitentiaire,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les congés ne peuvent être accordés qu'au condamné qui se conduit bien,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui travaille de manière satisfaisante, qui paraît capable de respecter</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les conditions de son congé et dispose d'une somme suffisante sur son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">compte de pécule. Selon décision de la Conférence du même jour, le premier</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">congé peut être accordé à partir du tiers de l'exécution de la peine. Le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">règlement précise par ailleurs (art.1 al.2-3) que les congés ne consti-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tuent pas un droit du condamné et ne doivent enlever à la condamnation ni</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">son caractère de prévention générale et spécial, ni nuire à la sécurité ou</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à l'ordre publics.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. J. a sollicité un congé cinq fois précédemment.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Ses requêtes ont été rejetées par la Commission de libération les 21 mai,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">9 juillet, 29 octobre, 18 décembre 1996 et 23 juin 1997. Les deux derniè-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">res décisions ont fait l'objet de recours auprès de la Cour de cassation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pénale qui les a rejetés. La Commission de libération a notamment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">considéré qu'il n'y avait pas lieu de se montrer plus souple que si J. purgeait la peine de réclusion qui lui a été infligée, auquel</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cas le premier congé ne pourrait intervenir qu'en avril 1998. Elle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">réservait toutefois l'existence de circonstances tout à fait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exceptionnelles qui montreraient que l'évolution du condamné a permis de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">réduire à néant ou presque le risque de récidive. Elle soulignait qu'au vu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des rapports déposés tel n'était pas le cas. La Cour de cassation pénale a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">considéré que cette appréciation échappait au grief d'arbitraire et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pouvait être confirmée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Cette appréciation doit cette fois également être confirmée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">J. a été condamné à une très lourde peine en raison de faits</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">particulièrement graves. Les risques de récidive ont été soulignés. Seule</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une responsabilité légèrement atténuée a été retenue par la Cour d'assi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ses. Si la peine de dix ans de réclusion a été suspendue et commuée en un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">internement selon l'article 43 ch.1 al.2 CP, c'est en raison du fait qu'il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">apparaissait que seule cette mesure pouvait préserver la société, en par-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ticulier l'intégrité sexuelle de victimes potentielles jeunes et vulnéra-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">bles, soit un bien exigeant une protection toute particulière. On relèvera</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par ailleurs que si la détention de J. se déroule normale-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment, voire positivement, rien ne permet toutefois de considérer qu'il ait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vraiment pris conscience du problème qui est le sien, se refusant toujours</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à une réelle thérapie. Il n'apparaît ainsi pas qu'on soit en présence de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">circonstances particulières qui permettraient d'accorder à J. un premier congé, sous forme de conduite serrée, avant qu'il ait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exécuté le tiers de la peine qui lui a été infligée, ce qui interviendra</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">apparemment en avril 1998.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">5. Dès lors la décision de la Commission de libération doit être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">annulée et la requête de J. tendant à l'octroi d'un congé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sous forme de conduite serrée doit être rejetée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Annule la décision de la Commission de libération du 4 décembre 1997 et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> statuant au fond</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Rejette la requête de J. tendant à l'octroi d'un congé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> sous forme de conduite serrée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Laisse les frais à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 10 février 1998</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>