B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-7851/2016 A r r ê t d u 4 o c t o b r e 2 0 1 8 Composition François Badoud (président du collège), Nina Spälti Giannakitsas, Jean-Pierre Monnet, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), Erythrée, représenté par Thao Pham, Centre Social Protestant (CSP), (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision du SEM du 30 novembre 2016 / N (…). E-7851/2016 Page 2 Faits : A. Le 14 mai 2015, A._______ a déposé une demande d’asile auprès du centre d’enregistrement et de procédure (CEP) de B._______. B. Entendu audit centre, le 29 mai 2015, puis de façon détaillée par le SEM, le 19 octobre 2016, le requérant, originaire de C._______, près d’Asmara, a expliqué qu’il avait été renvoyé de l’école en 2011, vu son absentéisme excessif. Dès ce moment, il aurait craint d’être pris dans les rafles menées par les militaires, et visant à recruter de force de nouveaux soldats. Durant les années suivantes, averti par téléphone par ses amis des rafles en cours, ou pouvant en déceler les préparatifs, il aurait, en de nombreuses occasions, pris la fuite pour se cacher dans la région montagneuse proche d’Asmara ; dans ces cas, il n’aurait regagné son domicile qu’après quelques jours. L’intéressé n’aurait pas voulu accomplir le service national, son père étant militaire professionnel et souvent absent ; ce dernier aurait d’ailleurs été interpellé, en une occasion, pour avoir déserté sa troupe. Quant à sa mère, ancienne combattante, elle aurait encore souffert de sé- quelles de blessures reçues lors de son service. En septembre 2014, ou le 15 octobre 2014, selon les versions, la mère de l’intéressé aurait reçu une convocation de l’administration locale ( "minhi- dar") à lui destinée , l’invitant à se présenter pour accomplir sa formation militaire ; selon cette convocation sur papier, il aurait dû se présenter, le 25 octobre suivant, au "minhidar" ou au poste de police du quartier, et au- rait dû être ensuite transféré au camp de D._______ pour l’entraînement. L’intéressé, ainsi que deux amis déserteurs, auraient décidé de quitter le pays, avec l’aide d’un camarade militaire cantonné près de la frontière éthiopienne ; celui-ci connaissait la région et désirait les accompagner. Le requérant n’aurait pas prévenu sa famille de son projet de départ. Partant de E._______, le 18 octobre, le groupe aurait rejoint l’Ethiopie, après quatre nuits de marche difficile. Après trois semaines dans ce pays, le re- quérant se serait rendu au Soudan, y restant durant quatre mois, avant de gagner la Libye, puis l’Italie. Après son départ, sa mère aurait reçu une visite des autorités. E-7851/2016 Page 3 C. Par décision du 30 novembre 2016, le SEM a rejeté la demande d’asile et a prononcé le renvoi de Suisse du requérant, ainsi que son exécution, tant en raison de l’invraisemblance que du manque de pertinence des motifs soulevés. D. Interjetant recours contre cette décision, le 19 décembre 2016, A._______ a nié que ses dires soient affectés de contradictions et a maintenu ses motifs, insistant sur les risques découlant de son départ illégal et de son refus de servir ; de plus, l’accomplissement du service revêtirait le carac- tère d’un travail forcé. Il a conclu à l’octroi de l’asile et au non -renvoi de Suisse, et a requis l’assistance judicaire totale. E. Par ordonnance du 21 décembre 2016, le Tribunal administratif fédéral (ci- après : le Tribunal) a donné suite à la requête d’assistance judiciaire totale. F. Invité à se prononcer sur le recours, le SEM en a préconisé le rejet dans sa réponse du 22 décembre 2017, aux motifs que l’existence d’une convo- cation militaire n’était pas vraisemblable, que le départ irrégulier n’était ainsi pas source de danger et que le risque d’une incorporation en cas de retour n’était pas attesté ; en conséquence, le danger d’être astreint à un travail forcé ne pouvait être retenu. Faisant usage de son droit de réplique, le 24 janvier 2018, a maintenu son argumentation antérieure. G. Le 7 juin 2018, A._______ a reconnu comme sien l’enfant, né le 24 no- vembre 2016, de F._______, également ressortissante érythréenne. La demande d’asile déposée par celle-ci, le 28 avril 2015, a été rejetée par le SEM en date du 4 août 2017, et son renvoi prononcé ; dite décision a été annulée par arrêt du Tribunal du 9 novembre 2017 (D-5055/2017). Droit : E-7851/2016 Page 4 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l 'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l 'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant le Tribu- nal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF). 1.2 Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans le délai prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et art. 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d 'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l 'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 consid. 5.2‒ 5.6). 2.2 Ne sont pas des réfugiés les personnes qui, au motif qu'elles ont refusé de servir ou déserté, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être. Les dispositions de la Convention du 28 juillet 1951 re- lative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30) sont réservées (art. 3 al. 3 LAsi). 2.3 Quiconque demande l 'asile ( requérant) doit prouver ou du moins rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisem- blable lorsque l 'autorité estime que celle -ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points es- sentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). E-7851/2016 Page 5 3. 3.1 En l'occurrence, l’intéressé n’a pas été en mesure faire apparaître le bien-fondé et le sérieux de ses motifs. 3.2 Certes, contrairement à ce que retient le SEM, son récit peut être con- sidéré comme cohérent et exempt de contrad ictions majeures : il ressort en effet de ses dires qu’il aurait été convoqué par écrit, en septembre ou octobre 2014, et invité à se présenter au siège de l’administration locale ; après quoi, il était prévu qu’il se rende au centre d’entraînement. Le Tribunal relève également, à ce sujet, que les quelques divergences de détail entre les dires de l’intéressé, lors des deux auditions, ne peuvent être retenues à son détriment, ces auditions étant séparées par près d’un an et demi. 3.3 Cela étant, il n’en reste pas moins que le récit de l’intéressé n’emporte pas la conviction. En effet, dans la mesure où son lieu de résidence avait toujours été connu des autorités, il n’est pas crédible qu’il n’ait été convo- qué par l’autorité militaire qu’à l’automne 2014, alors q u’il avait déjà plus de vingt ans ; il n’a d’ailleurs déposé aucune preuve de cette convocation. Le Tribunal observe également que depuis son arrivée en Suisse, il y a plus de trois ans, l'intéressé n’a pas fait état d’éventuelles recherches diri- gées contre lui, et n’a produit aucun élément de preuve à ce sujet ; l’exis- tence de recherches le visant est dès lors douteuse. Par ailleurs, il n’apparaît guère vraisemblable que durant trois ans (2011 - 2014), le recourant ait été en mesure d’échapper, ainsi qu’il l e relate, à toutes les rafles menées dans Asmara par les militaires, grâce aux infor- mations qu’il recevait (cf. audition du 19 octobre 2016, questions 24-28) ; il n’apparaît pas plus crédible qu’il lui ait suffi, en chaque occasion, de passer quelques jours "dans la montagne" pour se trouver à l’abri. En conséquence, les motifs articulés par l’intéressé, en rapport avec son éludation prétendue du service militaire, et les recherches dirigés contre lui de ce chef, ne sont pas vraisemblables. A ce sujet, le Tribunal rappelle que le refus de servir et la désertion sont certes sévèrement punis en Erythrée. La sanction infligée s’accompagne en général d’une incarcération dans des conditions inhumaines, et souvent de tortures, dans la mesure où la désertion et le refus de servir sont consi- dérés comme une manifestation d’opposition au régime ; comme telle, E-7851/2016 Page 6 cette sanction revêt le caractère d’une persécution, et la crainte fondée d’y être exposé entraîne reconnaissance de la qualité de réfugié (cf. Jurispru- dence et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2006 n o 3 ; arrêt E -1740/2016 du 9 février 2018, consid. 5.1). Une telle crainte n’est cependant fondée que si la personne en cause a déjà été concrètement en contact avec l’autorité militaire, ou avec une autre autorité dans la mesure où ce contact laissait présager un prochain recrutement (par exemple, à la suite de la réception d’une convocation de l’armée). Comme on l’a vu, une telle hypothèse ne peut être retenue ici, l’intéressé n’ayant produit aucune preuve dans ce sens ; la seule possibilité qu’une convocation puisse lui être adressée dans un avenir plus ou moins proche n’est pas suffisante. 3.4 Enfin, dans son arrêt D -7898/2015 du 30 janvier 2017, publié comme arrêt de référence, le Tribunal a examiné dans quelle mesure les Ery- thréens qui quittent leur pays illégalement doivent craindre des mesures de persécution, à ce titre, en cas de retour. Suite à une analyse approfondie des informations disponibles, il en est ar- rivé à la conclusion que la pratique, selon laquelle la sortie illégale d’Ery- thrée justifiait en soi la reconnaissance de la qualité de réfugié, ne pouvait pas être maintenue. Cette appréciation repose essentiellement sur le cons- tat que des membres de la diaspora, parmi lesquels se trouvent également des personnes qui ont quitté illégalement leur pays, retournent en Erythrée, pour de brefs séjours, sans subir de sérieux préjudices. Dès lors, les per- sonnes sorties sans autorisation d’Erythrée ne peuvent plus être considé- rées, de manière générale, comme exposées à une peine sévère pour un motif pertinent en matière d’asile. Un risque majeur de sanction, ou de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi, en cas de retour, ne peut être désormais admis qu’en présence de facteurs supplémentaires défavorables, tel le fait d’avoir appartenu à un groupe d’opposants au régime, avoir occupé une fonction en vue avant la fuite, avoir déserté ou encore s’être soustrait au service militaire, qui font dès lors apparaître le requérant comme une personne indésirable aux yeux des autorités érythréennes (cf. arrêt précité, consid. 5.2). Or, en l’espèce, aucune de ces circonstances n’est réalisée. E-7851/2016 Page 7 3.5 Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste le refus de l'asile, doit être rejeté. 4. 4.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, l e SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l 'exécution ; il tien t compte du principe de l 'unité de la famille (art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l 'art. 32 de l'ordon- nance 1 du 11 août 1999 sur l 'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de séjour ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une décision d'extradition ou d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 Cst. 4.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 5. 5.1 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnable ment exigible et possible. Si ces conditions ne sont pas réunies, l'admission pro- visoire doit être prononcée. Celle -ci est réglée par l 'art. 83 LEtr (RS 142.20). 5.2 L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux enga- gements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr). Au- cune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à l'art. 3 al. 1 LAsi, ou en- core d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traite- ments inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). 5.3 L'exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l 'étranger dans son pays d 'origine ou de prove- nance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEtr). E-7851/2016 Page 8 5.4 L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6. 6.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu 'aucun autre Etat, respectant le principe du non -re- foulement, ne se déclare prêt à l 'accueillir; il s 'agit d'abord de l 'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dé- gradants (Conv. torture, RS 0.105). 6.2 L'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe d e non-refoule- ment de l'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recourant n'a pas rendu vraisemblable qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 6.3 En ce qui concerne les autres engagement s de la Suisse relevant du droit international, il sied d 'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application dans le présent cas d'espèce. 6.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la qua- lité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu 'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la pe rsonne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu 'il existe pour elle un véritable risque concret et sér ieux d'être victime de tortures, ou de traite- ments inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en res- sort qu 'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut re ndre hautement probable qu'elle serait visée personnellement – et non pas simplement du E-7851/2016 Page 9 fait d'un hasard malheureux – par des mesures incompatibles avec la dis- position en question ( Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 1996 no 18 consid. 14b let. ee p. 186 s.). 6.5 Dans son arrêt E -5022/2017 du 10 juillet 2018 (destiné à publi cation comme arrêt de référence), le Tribunal s’est penché sur la question de la licéité de l’exécution du renvoi en Erythrée dans le cas où existe un risque d’incorporation dans le service national militaire ou civil ; pour ce faire, il a tenu compte des objectifs du service, du système de recrutement, de la durée des obligations militaires, du cercle des personnes intéressées, et des conditions qui caractérisent ce service (consid. 5.1). Il a ainsi constaté que les soldats, durant leur formation, sont exp osés à l’arbitraire de leurs supérieurs, qui punissaient sévèrement les manifesta- tions d’indiscipline, les opinions divergentes et les tentatives de fuite (arrêt précité, consid. 5.2.1). Cette situation d’arbitraire prévaut également durant l’accomplissement du service national, les militaires continuant à y être exposés sans réelle pos- sibilité de protection, vu les carences de la justice militaire ; le pouvoir des supérieurs hiérarchiques ne connaît ainsi pas d’entrave et les mêmes abus peuvent être const atés, sans pour autant qu’ils puissent être tenus pour généralisés (arrêt précité, consid. 5.2.2). S’agissant du service civil, il est très peu rémunéré ; ceux qui y sont incorporés ont peine à couvrir leurs besoins avec la solde versée (consid. 5.2.2). Les militaires sont, en outre, utilisés comme main-d’œuvre pour toutes sortes de travaux utiles à l’éco- nomie nationale, sans lien avec les tâches proprement militaires 6.6 Partant de ce tableau, et se basant sur les sources disponibles, le Tri- bunal en est arrivé à la conclusion que le service national érythréen ne peut être défini comme un esclavage ou une servitude au sens de l’art. 4 ch. 1 CEDH. En revanche, dans la mesure où ce service, mal rémunéré, est sans durée déterminée et peut se prolonger de cinq à dix ans, il ne consti- tue pas une obligation civique normale (art. 4 ch. 3 let. d CEDH) ; il repré- sente une charge disproportionnée, et se trouve susceptible d’être qualifié de travail forcé au sens de l’art. 4 ch. 2 CEDH. Cela étant posé, le Tribunal ne considère pas que les mauvais traitements et atteintes infligés aux militaires incorporés soient à ce point généralisés que chacun et chacune d’entre eux risquent concrètement et sérieusement E-7851/2016 Page 10 de se voir infliger de tels sévices (consid. 6.1.4). L’existence d’u n danger sérieux, du fait de l’accomplissent du service national, d’être exposé à une violation crasse de l’art. 4 ch. 2 CEDH (interdiction du travail forcé ou obli- gatoire) ne peut ainsi être retenue (consid. 6.1.5) ; il en va de même du risque d’être soum is à un traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 3 CEDH (consid. 6.1.6). 6.7 En conclusion, le risque d’être convoqué par l’autorité militaire et d’être tenu au service national n’est pas en soi de nature à rendre illicite l’exécu- tion du renvoi en Erythrée. En l’espèce, le Tribunal constate que le recourant, pour les raisons expo- sées plus haut, n’a pas établi la forte probabilité d’un risque de traitement contraire au droit international ; dès lors, l'exécution du renvoi sous forme de refoulement ne t ransgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite de ce chef (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr). 6.8 S’agissant de l’enfant de F._______, que le recourant a reconnu comme sien, il ne s’agit pas là d’un élément de nature à remettre en cause la licéité de l’exécution du renvoi, en application de l’art. 8 CEDH : en effet, rien n’indique que l’intéressé forme, avec celle -ci et l’enfant, une commu- nauté familiale ; de plus, aucun d’entre eux ne bénéficie, en S uisse, d’un droit de séjour stable (cf. ATF 122 II 1). 7. 7.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être rai- sonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en premier lieu aux « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu 'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment pa rce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. ( ATAF 2014/26 consid. 7.3-7.10 ; ATAF 2011/50 consid. 8.1‒8.3). E-7851/2016 Page 11 7.2 Il est notoire que l’Erythrée ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d'emblée – et indé- pendamment des circonstances du cas d'espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l'existence d'une mise en danger con- crète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. En outre, les conditions de vie s’y sont améli orées, bien que la situation économique reste difficile ; l’état des ressources médicales, l’accès à l’eau et à la nourriture, ainsi que les conditions de formation, se sont stabilisés. Les transferts d’argent importants effectués par la diaspora profitent d’ail- leurs à une grande partie de la population. En outre, le 9 juillet 2018, un accord de paix a été signé avec l’Ethiopie, qui met fin au conflit entre les deux pays et prévoit entre eux une collaboration de grande ampleur (cf. Neue Zürcher Zeitung, Äthiopien und Erythrea schliessen Frieden, 9 juillet 2018). Dans ce contexte, l’exécution du renvoi ne cesse d’être exigible qu’en présence de circonstances personnelles particulières, de nature à mettre en péril la capacité de survie de la personne renvoyée ; cette exé- cution ne requiert plus, comme le prévoyait la jurisprudence antérieure, des circonstances individuelles spécialement favorables (cf. arrêt D-2311/2016 17 août 2017, consid. 16). Le risque d’être incorporé dans le service natio- nal ne peut plus être considéré en soi comme un obstacle à l’exécution du renvoi au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr (arrêt E-5022/2017, consid. 6.2). 7.3 En l’espèce, il ne ressort du dossier aucun élément défavorable dont on pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en dan- ger concrète du recourant. A cet égard, le Tribunal relève qu’il est jeune, sans charge de famille, n'a pas allégué de problème de santé particulier, et que tous ses proches résident en Erythrée. 7.4 Pour ces motifs, l'exécution du renvoi doit être considérée comme rai- sonnablement exigible. 8. Le Tribunal rappelle enfin que si un retour forcé en Erythrée n’est en gé- néral pas possible, le choix existant d’un retour volontaire empêche de con- clure à une impossibilité de l’exécution du renvoi, au sens de l’art. 83 al. 2 LEtr. L'exécution du renvoi ne se heurte dès lors pas à des obstacles insurmon- tables d'ordre technique et s'avère également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12). Il incombe donc au recourant d'entreprendre toute démarche E-7851/2016 Page 12 nécessaire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de quitter la Suisse. 9. 9.1 Au vu de ce qui précède, la décision attaquée ne viole donc pas le droit fédéral, a établi de manière exacte et complète l 'état de fait pertinent (art. 106 al. 1 LAsi) et, dans la mesure où ce grief peut être examiné (art. 49 PA, cf. ATAF 2014/26 consid. 5), n'est pas inopportune. En conséquence, le recours est rejeté. 10. 10.1 L’assistance judiciaire ayant été accordée, il n'y a pas lieu de perce- voir de frais (art. 65 al. 1 PA) 10.2 En l'espèce, le Tribunal fixe le montant de l'indemnité de la mandataire d’office sur la base du dossier (art. 14 al. 2 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). 10.3 Dans le cas d’espèce, le Tribunal fixe globalement, ex aequo et bono, le montant de l’indemnité à 1200 francs. (dispositif page suivante) E-7851/2016 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Il n’est pas perçu de frais. 3. L’indemnité de la mandataire d’office est arrêtée à 1200 francs. 4. Le présent arrêt est adressé à la man dataire du recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa