B u n d e s v e r w a l t u n g s g e r i ch t T ri b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T ri b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T ri b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour VI F-5880/2024 A r r ê t d u 2 5 s e p t e m b r e 2 0 2 4 Composition Gregor Chatton, juge unique, avec l'approbation de Susanne Genner, juge ; Sylvain Félix, greffier. Parties A._______, né le (…) 1989, Algérie, recourant, contre Secrétariat d’Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi (procédure Dublin - art. 31a al. 1 let. b LAsi) ; décision du SEM du 12 septembre 2024. F-5880/2024 Page 2 Faits : A. Le 4 septembre 2024, A._______ (ci-après : le requérant, le recourant ou l’intéressé) a déposé une demande d’asile en Suisse. Les investigations entreprises par le Secrétariat d’Etat aux migrations (ci-après : le SEM), sur la base d’une comparaison dactyloscopique avec l’unité centrale du système européen « Eurodac », ont révélé que le requérant avait déposé une demande de protection internationale en France le 7 février 2022 et en Allemagne le 15 février 2024. B. L’intéressé a été entendu dans le cadre d’un entretien individuel Dublin, en date du 9 septembre 2024, notamment au sujet de la probable compétence de l’Allemagne pour traiter sa demande d’asile. C. Le 10 septembre 2024, le SEM a soumis aux autorités allemandes une requête aux fins de reprise en charge fondée sur l’art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III (ci-après : RD III ; référence complète : règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride [refonte ; JO L 180 du 29.06.2013]). Par communication du 11 septembre 2024, dites autorités ont accepté de reprendre en charge le requérant sur la base de l’art. 18 par. 1 let. c RD III. D. Par décision du 12 septembre 2024, notifiée le lendemain , le SEM, se fondant sur l’a rt. 31a al. 1 let. b LAsi (RS 142.31), n’est pas entré en matière sur la demande d’asile de l’intéressé, a prononcé son transfert vers l’Allemagne et a ordonné l’exécution de cette mesure, constatant l’absence d’effet suspensif à un éventuel recours. E. Le 1 8 septembre 2024 (date du timbre postal), le requérant a interjeté recours contre cette décision par -devant le Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal ou le TAF). A titre préalable, il a demandé l’octroi de l’effet suspensif, l’exemption du paiement d’une avance de frais et l’octroi de l’assistance judiciaire partielle. Sur le fond, il a conclu à l’annulation de la décision attaquée. F-5880/2024 Page 3 F. Par ordonnance du Tribunal du 19 septembre 2024, l’exécution du transfert du recourant a été provisoirement suspendue à titre de mesures superprovisionnelles. Droit : 1. 1.1 Les décisions rendues par le SEM en matière d’asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue de maniè re définitive, sauf exception, non réalisée en l’espèce (art. 1 al. 2 et art. 33 let. d LTAF applicables par renvoi de l’art. 105 LAsi, en relation avec l’art. 83 let. d ch. 1 LTF). 1.2 A moins que la LAsi n'en dispose autrement, la procédure devant le Tribunal est régie par la PA et la LTAF (cf. art. 6 LAsi et art. 37 LTAF). 1.3 L’intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Le mémoire de recours doit indiquer les conclusions, motifs et moyens de preuve et porter la signature du recourant ou de son manda taire (art. 52 al. 1 PA) . En l’espèce, le recours ne satisfait pas entièrement aux conditions susmentionnées, en ce qu’il ne porte pas la signature manuscrite du recourant. Toutefois, le Tribunal renonce, pour des motifs liés au principe de célérité ainsi qu’à l’économie de procédure, à impartir un délai supplémentaire au recourant pour régulariser son recours. Au surplus, le recours est présenté dans le délai prescrit par la loi (art. 108 al. 3 LAsi). Il est donc recevable. 1.4 Dans la procédure de recours, l a langue est en général celle de la décision attaquée. Si les parties utilisent une autre langue officielle, celle - ci peut être adoptée (art. 33a al. 2 PA). En l’espèce, le recours a été rédigé en français tandis que la décision querellée est en allemand. Cela étant, le recourant agissant seul dans le cadre de la présente procédure, il convient d’adopter la langue choisie par l’intéressé. 1.5 Saisi d'un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d'asile, le Tribunal se limite à examine r le bien-fondé d'une telle décision (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 3.1). 2. 2.1 Dans le cas d’espèce, il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, en vertu duquel il n’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre F-5880/2024 Page 4 dans un Etat tiers compétent, en vertu d’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi. 2.2 Aux termes de l’art. 3 par. 1 RD II I, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. Dans une procédure de reprise en charge tel qu’en l’espèce, il n’y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon ledit chapitre (cf. ATAF 2019 VI/7 consid. 6.4.1.1 et 2017 VI/5 consid. 6.2 et 8.2.1 et réf. cit.). 2.3 L’Etat responsable de l’examen d’une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge – dans l es conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29 – le ressortissant de pays tiers ou l’apatride qui a retiré sa demande en cours d’examen et qui a présenté une demande dans un autre Etat membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d’un autre Etat membre (art. 18 par. 1 let. c RD III). En l’occurrence, à la suite de la requête soumise par le SEM dans le délai prévu à l’art. 23 par. 2 RD III, les autorités allemandes compétentes ont expressément accepté de reprendre en charge l’intéressé dans le délai fixé à l’art. 25 par. 1 RD III. Ainsi, l’Allemagne a valablement reconnu sa compétence pour traiter la demande d’asile du recourant. Le fait que la base réglementaire indiquée sur la demande de reprise en charge soumise par le SEM (art. 18 par. 1 let. b RD III) diffère de celle mentionnée par les autorités allemandes dans leur réponse (art. 18 par. 1 let. c RD III) ne saurait remettre en cause ce raisonnement. Dans ces deux hypothèses, en effet, les procédures applicables – et en particulier les délais auxquels elles sont soumises – sont identiques (cf. art. 23 ss. du règlement Dublin III; cf. arrêt du TAF F-5584/2022 du 9 décembre 2022 consid. 3.7). 3. 3.1 Cela étant, il y a lieu d’examiner, en vertu de l’art. 3 par. 2 al. 2 RD III, s’il y a de série uses raisons de croire qu’il existe en Allemagne des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, Charte UE). 3.2 Il convient de rappeler que ce pays est lié à cette Charte et partie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ( CR, RS 0.142.30) ainsi qu'au Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (PA/CR, F-5880/2024 Page 5 RS 0.142.301), à la CEDH et à la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CCT, RS 0.105) et, à ce titre, en applique les dispositions. 3.3 Dans ces conditions, cet Etat est présumé respecter la sécurité des demandeurs d’asile, en particulier leur droit à l’examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale [ci -après : directive Procédure] et directive n° 2013/33/UE du Parlement eur opéen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale [ci -après : directive Accueil] ). Cette présomption de sécurité n’est cependant pas irréfragable et doit être écartée d’office en présence, dans l’Etat de destination du transfert, d’une pratique avérée de violations systématiques des normes minimales de l’Union européenne, constitutives de défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile au sens de l’art. 3 par. 2 al. 2 RD III. Dans un tel cas, l’Etat requérant doit renoncer au transfert. 3.4 Cela n’est manifestement pas le cas s’agissant de l’Allemagne (cf., notamment, arrêt du TAF F -5474/2024 du 6 septembre 2024 consid. 4.1). Partant, l’application de l’art. 3 par. 2 al. 2 RD III ne se justifie pas en l’espèce. 4. 4.1 Pour s’opposer à son transfert, le recourant a allégué vouloir rester en Suisse afin d’y suivre une formation et qu’il ne pouvait pas retourner dans son pays d’origine, sans étayer davantage ses propos. 4.2 En admettant que le recourant entende tirer argument d’un possible refoulement vers l’Algérie à l a suite de son transfert en Allemagne, le Tribunal relève que, dans la mesure où il a été constaté que l’Allemagne était compétente pour le traitement de sa demande d’asile et que ce pays ne connaissait pas de défaillances systémiques, il n’appartient pas aux autorités suisses de se prononcer sur la question d’un éventuel renvoi en Algérie de l’intéressé ou d’une violation du principe de non-refoulement qui y serait lié (cf. arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne [CJUE] du 30 novembre 2023, affa ires jointes C -228/21, C-254/21, C -297/21 et C - 281/21, § 129 à 142 et ch. 2 du dispositif). F-5880/2024 Page 6 4.3 Sur la base de l’art. 17 par. 1 RD III et de l’art. 29a al. 3 de l'ordonnance sur l ’asile relative à la procédure du 11 août 1999 (OA 1, RS 142.311) chaque Etat membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Comme l’a retenu la jurisprudence du Tribunal, le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée, lorsque le transfert envisagé ve rs l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse relevant du droit international public (cf., parmi d’autres, ATAF 2017 VI/7 consid. 4.3 et 2017 VI/5 consid. 8.5.2 ; sur la nature facultative de l’art. 17 par. 1 RD III, cf., néanmoins, arrêts de la CJUE C-359/22 du 18 avril 2024 [§ 38 à 40] et C-578/16 du 16 février 2017 [§ 97 et ch. 2 du dispositif]). Le souhait exprimé par le recourant de pouvoir vivre en Suisse afin d’y suivre une formation relève de la convena nce personnelle et ne saurait remettre en question le transfert prononcé vers l’Allemagne. Il convient de rappeler, à cet égard, que le règlement Dublin III ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les m eilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 8.2.1). 4.4 Enfin, le recourant ne se prévaut pas de problèmes de santé tels qu’un transfert vers l’Allemagne l’exposerait à un déclin grave et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou une réduction significative de son espérance de vie (cf. arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, Paposhvili c. Belgique [GC] du 13 décembre 2016 , requête n° 41738/10 ; ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2). 4.5 Il s'ensuit que le transfert du recourant vers l’Allemagne n'est pas contraire aux obligations de la Suisse relevant du droit international public, ni au droit national. Le Tribunal constate que le SEM a établi, dans la décision entreprise, de manière complète et exacte l'état de fait pertinent et n'a commis ni excès ni abus de son large pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre l'exis tence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1 en combinaison avec l'art. 17 par. 1 RD III. 5. Au regard de l’ensemble des éléments qui précèdent, c’est à bon droit que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de l’intéressé, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert vers F-5880/2024 Page 7 l’Allemagne, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant réalisée (art. 32 OA 1). Par conséquent, le recours doit être rejeté. 6. 6.1 S’avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d’écritures, le présent arrêt n’étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi). 6.2 Dans la mesure où il a été immédiatement statué sur le fond, l es requêtes formulées dans le recours tendant à l’octroi de l’effet suspensif et à l’exemption du paiement d’une avance de frais sont sans objet. 7. 7.1 Par ailleurs, les conclusion s du recours étant d'emblée vouées à l'échec, la demande d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 7.2 Au vu de l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif page suivante) F-5880/2024 Page 8 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d’assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d’un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l’autorité cantonale compétente. Le juge unique : Le greffier : Gregor Chatton Sylvain Félix Expédition :