B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-7280/2017 A r r ê t d u 2 m a i 2 0 1 9 Composition Yanick Felley (président du collège), Claudia Cotting-Schalch, Jürg Marcel Tiefenthal, juges, Nicole Ricklin, greffière. Parties A._______ né le (…), Erythrée, représenté par Mathias Deshusses, Entraide Protestante Suisse EPER/SAJE, (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi; décision du SEM du 28 novembre 2017 / N (…) D-7280/2017 Page 2 Faits : A. Entré clandestinement en Suisse, le 24 juillet 2015, A._______ y a déposé une demande d’asile, le même jour. B. Par décision du 24 septembre 2015, la (…) a renoncé à instituer une curatelle de représenta tion car l ’intéressé allait atteindre sa majorité le 6 décembre 2015. C. Le prénommé a été entendu sur ses don nées personnelles dans le cadre d’une audition sommaire, le 31 juillet 2015, puis sur ses motifs d ’asile, le 21 septembre 2016, alors qu’il était déjà majeur. Le recourant a en substance déclaré, au cours de ses différentes auditions, être de nationalité érythréenne et d’ethnie tigrinya. Il aurait été domicilié à B._______. Il aurait fréquenté l ’école jusqu ’à la (….) année et aurait interrompu sa scolarité en 2013 ou 2014 , selon les versions. Il aurait reçu une convocation des autorités érythréennes en nov embre 2014, puis une seconde en janvier 2015 , qu’il aurait ignorées. Il aurait alors vécu caché durant 10 ou 22 mois, suivant les versions. En avril 2015, il aurait quitté l ’Erythrée par le Soudan. Il se serait ensuite rendu en Libye, avant de prendre un b ateau pour l ’Italie et d ’entrer illégalement en Suisse, le 24 juillet 2015. L’intéressé a produit des copies de son certificat de baptême, de la carte de résidents de sa famille et des cartes d’identité de ses parents. D. Par décision du 28 novembre 2017, le SEM lui a dénié la qualité de réfugié, rejeté sa demande d ’asile, prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l’exécution de cette mesure. E. Le 22 décembre 2017, A._______ a interjeté recours contre cette décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : Tribunal). D-7280/2017 Page 3 Préalablement, il a requis l’assistance judiciaire totale. A titre principal, il a conclu à l’annulation de la décision attaquée et à la reconnaissance de sa qualité de réfugié. Subsidiairement il a demandé l ’admission provisoire, considérant que l’exécution du renvoi était illicite et inexigible. F. Les autres faits et arguments pertinents de la cause seront évoqués, si besoin, dans les considérants qui suivent. Droit : 1. 1.1 Sous réserve des exceptions prévues à l ’art. 32 LTAF (RS 173.32), le Tribunal, en vertu de l’art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 PA (RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière d'asile et de renvoi peuvent être contestées devant le Tribunal (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l’art. 105 LAsi [RS 142.31]). Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. En l ’absence d ’une demande d'extradition déposée par l'Etat dont le recourant cherche à se protéger, il statue de manière définitive (art. 83 let. d ch. 1 LTF [RS 173.110]). La présente procédure est soumise à l ’ancien droit (dispositions transi- toires de la modification du 25 septembre 2015 de la LAsi, al. 1). 1.2 A._______ a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi de l’art. 37 LTAF, art. 6 LAsi). Présenté dans la forme et dans le délai prescrits par la loi (art. 52 al. 1 PA, art. 108 al. 1 aLAsi), le recours est recevable. 1.3 En matière d’asile et de renvoi, le Tribunal examine les motifs de recours tirés d ’une violation du droit fédéral, notamment pour abus ou excès dans l’exercice du pouvoir d ’appréciation, et d ’un établi ssement inexact ou incomplet d e l ’état de fait pertinent ( art. 44, 1 ère phrase LAsi , art. 106 al. 1 LAsi). D-7280/2017 Page 4 S’agissant de l ’exécution du renvoi, il examine également le grief d'inopportunité (art. 112 al. 1 LEI [RS 142.20], en relation avec l'art. 49 PA; cf. ATAF 2014/26 consid. 5.6 et 7.8, cf. également consid. 10 ci-dessous). 1.4 Saisi d'un recours contre une décision du SEM rendue en matière d'asile, le Tribunal prend en considération l'état de fait et de droit existant au moment où il statue (cf. ATAF 2012/21 consid. 5.1 et réf. cit.). Il s'appuie notamment sur la situation prévalant dans l'Etat ou la région concernée, au moment de l'arrêt, pour déterminer le bien-fondé - ou non - des craintes alléguées de persécutions futures (cf. ATAF 2009/29 consid. 5.1; 2008/12 consid. 5.2; 2008/4 consid. 5.4 et réf. cit.). 1.5 Le Tribunal applique le droit d'office, sans être lié par les motifs invoqués à l'appui du recours ni par l’argumentation juridique développée dans la décision entreprise (art. 62 al. 4 PA; cf. ATAF 2014/1 consid. 2; THOMAS HÄBERLI, in : Waldmann/Weissenberger [éd.], Praxiskommentar zum Bundesgesetz über das Verwaltungsverfahren, 2 ème éd, 2016, ad art. 62, n° 40 ss). 2. 2.1 Ont la qualité de réfugié les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques (art. 3 al. 1 LAsi). Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable (art. 3 al. 2 LAsi; cf. ATAF 2007/31 consid. 5.2‒5.6). 2.2 Quiconque demande l ’asile doit prouver, ou du moins rendre vraisemblable, qu’il est un réfugié (art. 7 al. 1 LAsi). La qualité de réfugié est vraisemblable lorsque l ’autorité estime que celle -ci est hautement probable (art. 7 al. 2 LAsi). 2.2.1 Des allégations sont vraisemblables lorsque sur les points essentiels elles sont suffisamment fondées (ou consistantes), concluantes et plausibles, et que le requérant est personnellement crédible (art. 7 al. 3 LAsi; cf. ATAF 2012/5 consid. 2.2). D-7280/2017 Page 5 2.2.2 Les allégations sont fondées, lorsqu'elles reposent sur des descriptions détaillées, précises et concrètes, la vraisemblance de propos généraux, voire stéréotypés, étant généralement écartée. Elles sont concluantes, lorsqu'elles sont exemptes de contradictions entre elles, d'une audition à l'autre ou avec les déclarations d'un tiers sur les mêmes faits. Enfin, elles sont plausibles, lorsqu'elles correspondent à des faits démontrés (en particulier aux circonstances générales régnant dans le pays d'origine) et sont conformes à la réalité et à l'expérience générale de la vie. La crédibilité du requérant d'asile fait défaut non seulement lorsque celui-ci s'appuie sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 al. 3 LAsi), mais encore s'il dissimule des faits importants, en donne sciemment une description erronée, modifie ses allégations en cours de procédure ou en rajoute de façon tardive et sans raison apparente ou s'il enfreint son obligation de collaborer (art. 8 LAsi). 3. 3.1 Dans la décision attaquée, le SEM a retenu que le récit de A._______, en particulier concernant le moment de l ’interruption de sa scolarité (juin 2014 ou juin 2013 selon les versions ) et la durée de sa vie « clandestine » en Erythrée (10 ou 22 mois selon les versions), présentait des c ontradictions et ne satisfaisait pas aux exigence s énoncées aux art. 3 et 7 LAsi. De plus, le SEM a retenu que le prénommé n’avait pas rendu vraisemblable le fait d ’avoir reçu deux convocations pour l ’armée. Il a également considéré, sous l ’angle de l ’exécution du renvoi, qu’un risque réel et immédiat de violation de l’art. 3 et 4 CEDH n’était pas vraisemblable. 3.2 Dans son recours, A._______ a fait valoir qu’il ne se souvenait certes pas de toutes les dates, mais que les contradictions relevées par le SEM ne portaient pas sur des points fondamentaux pour l’appréciation du bien- fondé de sa demande. Il a ajouté qu’il serait enrôlé de force dans l ’armée en cas de retour en Erythrée, puisqu’il était maintenant majeur. 4. Il s ’agit dès lors d ’examiner si, en cas de r etour, le recourant a rendu vraisemblable le risque de subir des préjudices pour avoir refusé de servir dans le service national de son pays. Se pose en particulier la question de savoir s’il avait déjà été convoqué au service militaire en avril 2015, quand il a quitté l’Erythrée (cf. 5.02 du D-7280/2017 Page 6 pv de l’audition du 31 juillet 2015, Q16 et Q96 de l ’audition du 21 septembre 2016). 4.1 Le recourant n ’a pas établi, ni n ’a permis, par son comportement, d’établir son âge. En effet, du fait de ses déclarations divergentes et des documents aisément falsifiables qu’il a produits, le dossier contient pas moins de quatre dates de naissance différentes : - (…) (indication manuscrite du recourant sur le formulaire de sa demande d’asile), - (…) (indication du recourant lors de la première audition après téléphone avec ses parents la veille), - (…) (copie du certificat de baptême du (…), et - (…) (copie de la carte de résident établie le 25 mars 2015). Il n’en demeure que, indépendamment de l’exactitude de l’une de ces dates alléguées par l’intéressé, celui-ci aurait été convoqué à l ’armée alors qu’il était encore mineur, ce qui n ’est guère crédible vu la National Service Proclamation 82/1995 interdisant le recrutement d’enfants ayant moins de 18 ans. 4.2 Le recourant a en effet déclaré avoir reçu deux convocations, l’une en novembre 2014, l’autre en janvier 2015. Par ailleurs, lors de l’audition du 31 juillet 2015, il a indiqué qu ’il s’agissait de convocations pour le service (Aufgebote für den Dienst), qu’il aurait dû s’annoncer à l’administration no 3 à B._______ et qu’il aurait été envoyé à C._______ (cf. 7.01 du pv de l’audition du 31 juillet 2015). A l’audition du 21 septembre 2016, il a par contre affirmé que, selon ces convocations, il devait se rendre au mimhedar du D._______ 3 (celui de son quartier) et qu’il supposait qu’il devrait aller à C._______, où il y avait une école pour mineurs, parce que ça se passait toujours comme ça. Il a ajouté que les conditions étaient mauvaises dans cette écol e, qu’on ne pouvait se doucher qu’une fois par semaine et qu’on vivait à plusieurs dans une chambre. Il a encore précisé qu’il n’avait pas lu lui-même la deuxième convocation (cf. Q46 à Q84 du pv de l’audition du 21 septembre 2016). D-7280/2017 Page 7 En fournissant des versions divergentes sur le contenu des convocations susmentionnées, le recourant donne une description inconstante d’éléments du récit essentiels pour l ’issue de la cause. Son récit n’est partant pas crédible (art. 7 al. 3 et 8 LAsi). De plus, comme l ’a relevé le SEM dans sa décision (cf. p. 3 et 4) , le fait que les autorités se soient contentées d’envoyer une seconde convocation après l’envoi infructueux de la première et que l’intéressé ait pu s’occuper, pendant 10 voire même 22 mois, des animaux de sa famille sans être recherché, et qu’il n’ait jamais fait par la suite l’objet de recherches plus poussées, même plusieurs mois après son départ, ne paraît pas plausible. Partant, rien à teneur du dossier et des déclarations de A._______ ne permet d’admettre que celui-ci a – vraisemblablement (art. 7 LAsi) – été convoqué au Service national avant son départ d’Erythrée. 4.3 Il est pour le surplus renvoyé aux autres éléments d’invraisemblances exposés dans la décision attaquée. 4.4 Il s’ensuit que le Tribunal ne peut pas admettre, à l’instar du SEM, que A._______ a quitté l ’Erythrée pour les motifs et dans les circonstances allégués. 5. En tout état de cause , la seule éventualité d ’être appelé à effectuer le service national ensuite d’un retour en Erythrée ne constitue pas, en tant que telle, une mesure de persécution déterminante en matière d ’asile et, par conséquent, n’est pas de nature à fonder une crainte de persécution future (cf. arrêt D- 7898/2015 du 30 janvier 2017, publié comm e arrêt de référence, consid. 5.1). Dans ces conditions, le Tribunal ne saurait admettre, pour des faits intervenus avant le départ du pays du recourant, la crainte fondée d ’être exposé à de sérieux préjudices, en raison de l’un des motifs que consacre l’art. 3 al. 1 LAsi. 6. Se pose ensuite la question de savoir si le recourant peut se voir reconnaître la qualité de réfugié, à l ’exclusion de l ’asile, pour des motifs subjectifs survenus après la fuite, du fait de son départ illégal du pays (Republikflucht). D-7280/2017 Page 8 6.1 Le Tribunal a également retenu, dans l’arrêt de référence D-7898/2015 susmentionné, qu’une sortie clandestine d’Erythrée ne suffisait pas, à elle seule, à justifier la reconnaissance de la qualité de réfugié (cf. arrêt précité, consid. 5). A cet égard, un risque majeur de sanction en cas de retour ne peut être admis qu’en présence de facteurs supplémentaires à la sortie illégale qui font apparaître le requérant d’asile comme une personne indésirable aux yeux des autorités érythréennes (cf. arrêt précité, consid. 5.2). Cette jurisprudence du Tribunal confirme ainsi la pratique du SEM, depuis juin 2016, relativement au départ illégal d ’Erythrée, qui ne suffit plus, en soi, à justifier la reconnaissance de la qualité de réfugié (cf. arrêt précité, consid. 3.4). 6.2 En l’occurrence, au vu de l’invraisemblance des motifs d’asile allégués par recourant , des facteurs supplémentaires tels que ressortant de la jurisprudence précitée font défaut. Partant, le Tribunal ne saurait retenir que le prénommé a un profil particulier pouvant réellement intéresser les autorités de son pays à son retour. 6.3 Ainsi, même à supposer que l ’intéressé ait effectivement quitté illégalement l’Erythrée, ce fait n’est pas à lui seul suffisant pour justifier la reconnaissance de la qualité de réfu gié pour des motifs subjectifs postérieurs à la fuite (art. 54 et 3 LAsi). 7. Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté sous l ’angle tant de la reconnaissance de la qualité de réfugié que de l’octroi de l’asile. 8. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l'exécution; il tient compte du principe de l'unité de la famille (art. 44 LAsi). En l’occurrence, aucune des conditions de l'art. 32 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311) n’étant réalisée, en l ’absence notamment d ’un droit du recourant à une autorisation de séjour ou d’établissement, le Tribunal est tenu de confirmer le renvoi. D-7280/2017 Page 9 9. 9.1 S’agissant des conditions inhérentes à l ’exécution du renvoi, c ’est le lieu de relever d’office que, le 1er janvier 2019, la LEtr a été révisée et, dans ce contexte, renommée loi fédérale sur les étrangers et l ’intégration (LEI; RS 142.20). Cette nouvelle loi ne contient toutefois pas de dispositions transitoires, celles prévues par l ’art. 126 LEI se référant à l’entrée en vigueur de la LEtr et, par voie de conséquence, ne s’appliquant pas dans le cadre de la présente révision législative. 9.2 Selon les règles géné rales régissant la détermination du droit applicable, en l’absence de disposition transitoire (ATF 131 V 425 consid. 5.1.), il est cependant communément admis que le nouveau droit est en règle générale applicable (rétroactivité improprement dite), sauf disposition contraire, s’agissant d’un état de choses durable qui a commencé dans le passé, mais qui se poursuit après la modification de l ’ordre juridique (ATF 137 II 371 consid. 4.2 in fine). Tel étant le cas en l ’espèce, il convient dès lors d ’appliquer la LEI, étant précisé que le contenu de l’art. 83 al. 2 à 4 LEI est identique à celui de l’art. 83 al. 2 à 4 de l’ancienne LEtr, dont le SEM a fait application dans la décision attaquée. 9.3 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnableme nt exigible et possible. Si l’une de ces conditions n’est pas réunie, l'admission provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par l'art. 83 LEI. 10. L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu'aucun autre Etat, respectant le principe du non refoulement, ne se déclare prêt à l'accueillir; il s'agit d'abord de l'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé par les art. 3 et 4 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 10.1 L’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non - refoulement tel que défini à l ’art. 5 LAsi, le recourant ne remplissant pas, pour les motifs retenus ci -dessus, les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié au sens de l’art. 3 LAsi. 10.2 En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du droit international, il sied d'examiner plus particulièrement si les art. 3 CEDH D-7280/2017 Page 10 et 3 Conv. torture, qui interdisent la torture, les peines ou traitements inhumains, trouvent application dans le cas d'espèce. 10.2.1 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu'un renvoi ser ait prohibé par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées. Une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu'il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d'être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu'elle serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d'un hasard malheureux – par des mesures incompatibles avec la disposition en question (ATAF 2008/34 consid. 10 et réf. cit.). 10.2.2 Dans son arrêt E-5022/2017 du 10 juillet 2018 (prévu à la publication comme arrêt de principe), le Tribunal s ’est penché sur la question de la licéité de l’exécution du renvoi en Erythrée dans le cas où existe un risque d’incorporation dans le service national militaire ou civil. Il conclut que, en l ’absence de circonstances particulières propres au cas d’espèce, le risque d ’être convoqué par l ’autorité militaire et d ’être tenu d’accomplir le service national n ’est pas en soi de nature à rendre illicite l’exécution du renvoi en Erythrée, un tel enrôlement forcé ne constituant pas un traitement prohibé par les art. 3 et 4 CEDH (consid. 6.1). 10.3 En l’occurrence, le Tribunal constate que A._______, pour les raisons exposées plus haut, n ’a pas établi la forte probabilité d ’un risque de traitement contraire au droit international. Il s’ensuit que l'exécution du renvoi ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEI). 11. Selon l'art. 83 al. 4 LEI, l'exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son D-7280/2017 Page 11 pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en pr emier lieu aux « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence gén éralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin (ATAF 2014/26 consid. 7.3‒7.10; 2011/50 consid. 8.1‒8.3). 11.1 L’Erythrée ne connaît pas, sur l’ensemble de son territoire, une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d'emblée – et indépendamment des circonstances du cas d'espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pa ys, l'existence d'une mise en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEI. Selon la jurisprudence du Tribunal, l’exigibilité de l’exécution du renvoi en Erythrée n’est plus conditionnée par l’existence de circonstances personnelles favorables (cf. arrêt de référence D-2311/2016 précité, consid. 17.2 et 18, modifiant sur cette question la jurisprudence publiée sous Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d’asile [JICRA] 2005 n° 12 consid. 10.5 à 10.8; arrêt de principe E-5022/2017 précité, consid. 6.2). Désormais, conformément à cet arrêt, compte tenu de l’amélioration ces dernières années des conditions de vie en Erythrée dans certains domaines, en particulier en matière d’accès à la formation, à l’eau potable, à la nourriture et à des soins médicaux de base, l ’exécution du renvoi y est de manière générale, raisonnablement exigible, sauf circonstances particulières dans lesquelles il faut admettre une menace existentielle (ou état de nécessité), ce qu’il convient de vérifier dans chaque cas d’espèce. L’exécution du renvoi est devenue la règle, l’admission provisoire l’exception. Il n’y a pas lieu de remettre en cause ce changement de jurisprudence. Au contraire, l’évolution récente en Erythrée, en particulier la pacification des relations entre l’Erythrée et l’Ethiopie, intervenue en 2018, l’ouverture des frontières entre les deux pays, d ’abord sur une base plus ou moins anarchique (septembre à décembre 2018), puis sur des bases structurées avec la mise en place des douane s sur les principales voies de communication transfrontalières (depuis janvier 2019), a conduit à un développement du commerce avec une forte baisse des prix, du moins à Asmara, des carburants, des céréales (millet), et des matériaux de construction d’origine éthiopienne. D-7280/2017 Page 12 11.2 En l'occurrence, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en danger concrète du recourant pour des motifs qui lui sont propres. 11.2.1 En effet, A._______ est un homme jeune qui n ’a fait valoir aucun problème de santé (cf. 8.02 du pv de l’audition du 31 juillet 2015). 11.2.2 De plus, il a encore ses parents et deux frères majeurs en Erythrée, qui pourront lui apporter un soutien pour se réinstaller, si le besoin de vait s’en faire sentir. 11.2.3 En plus des facteurs personnels favorables énoncés ci -dessus, le recourant a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d’origine, en parle la langue officielle véhiculaire qu ’est le tigrinya et en connaît les coutumes. 11.3 Il y a encore lieu de relever que, dans l'arrêt de principe E-5022/2017 cité ci -avant, le Tribunal a considéré, mutatis mutandis, que l'obligation d'accomplir le service national ne constituait pas non plus un motif d'inexigibilité de l'exécution du renvoi (cf. arrêt précité, consid. 6.2). 11.4 Pour ces motifs, l'exécution du renvoi de A._______ dans son pays d’origine doit être considérée comme raisonnablement exigible. 12. Enfin, il appartient à l’intéressé d'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de quitter la Suisse (art. 8 al. 4 LAsi). L'exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12). 13. En conséquence, le recours, en tant qu'il porte sur le renvoi et son exécution, doit également être rejeté. D-7280/2017 Page 13 14. 14.1 Au vu de l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal adminis tratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 14.2 Il ressort toutefois du dossier et des recherches du Tribunal que l e recourant est indigent. Son recours n ’étant pas dénué de chances de succès au moment du dépôt, la demande d'assistance judiciaire totale est admise et il est statué sans frais (art. 65 al. 1 PA). 14.3 Mathias Deshusses est nommé comme mandataire d’office. Par conséquent, une indemnité à titre d ’honoraires et de débours doit lui être allouée pour l ’activité indispensable et utile fournie dans la présente procédure (cf. art. 8 à 11 FITAF, applicables par analogie conformément à l'art. 12 FITAF). A cet égard, il est rappelé que le tarif horaire s’échelonne entre 100 et 150 francs pour les mandataires professionnels ne bénéficiant pas du brevet d’avocat (art. 10 al. 2 FITAF). En application de l'art. 14 al. 2 FITAF, l'indemnité pour la défense d ’office est, sur la base du dossier, fixée à 600 francs (TVA comprise). (dispositif page suivante) D-7280/2017 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La demande d’assistance judiciaire totale est admise. 3. Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4. Mathias Deshusses est nommé comme mandataire d ’office. Une indem - nisation de 600 francs lui est allouée, à charge du Tribunal. 5. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le président du collège : La greffière : Yanick Felley Nicole Ricklin Expédition :