B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-5463/2022 A r r ê t d u 2 d é c e m b r e 2 0 2 2 Composition Grégory Sauder, juge unique, avec l’approbation de Chrystel Tornare Villanueva, juge ; Seline Gündüz, greffière. Parties A._______, né le (…), Burundi, CFA (…), (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi (procédure Dublin - art. 31a al. 1 let. b LAsi) ; décision du SEM du 22 novembre 2022 / N (…). E-5463/2022 Page 2 Faits : A. Le 13 septembre 2022, A._______ (ci-après : le requérant, l ’intéressé ou le recourant) a déposé une demande d’asile en Suisse. Le requérant a répondu, le 13 août (recte : septembre) 2022, au questionnaire « Europa », indiquant avoir quitté son pays le « 13 août 2022 » et être entré en Serbie le lendemain. B. Le 15 septembre 2022, les investigations entreprises par le Secrétariat d’Etat aux migrations (ci-après : le SEM ou l’autorité inférieure) ont révélé, sur la base d ’une comparaison dactyloscopique avec l ’unité centrale du système européen « Eurodac », que l’intéressé avait déposé une demande d’asile en Croatie en date du (…) septembre 2022. C. Le lendemain, l’intéressé a signé un mandat de représentation en faveur des juristes et avocats de Caritas Suisse, à B._______. D. Le 19 septembre 20 22, une audition sur les données personnelles du requérant a été menée. E. Par courrier du 18 octobre 2022, la représentante juridique de l’intéressé a sollicité que la suite de la procédure se déroule en Kirundi, celui-ci lui ayant indiqué qu’il se sentait plus à l’aise de s’exprimer dans cette langue qu’en français, contrairement à ce qu ’il avait annoncé lors de l ’audition précédente. F. Le 24 octobre 2022, dans le cadre d ’un entretien individuel « Dublin » mené en Kirundi, le requérant a été invité à se déte rminer sur la possible responsabilité de la Croatie pour le traitement de sa demande d’asile ainsi que sur son état de santé. Il a en substance indiqué avoir quitté son pays d’origine le « 14 août 2022 », afin de se rendre en Serbie par voie aérienne. Son passeur l ’aurait ensuite emmené en Croatie, où il aurait tenté de passer la frontière à sept reprises. Les autorités croates l’auraient toutefois systématiquement repoussé « dans la forêt », en le frappant. Une fois parvenu à passer la frontière, il aurait été arrêté et ses affaires saisies. Il a E-5463/2022 Page 3 également expliqué que les autorités croates l ’avaient considéré comme étant un ressortissant congolais et forcé à déposer ses empreintes digitales en date du (…) septembre 2022 ainsi qu’une demande d’asile. Après avoir été détenu pendant un jour, les policiers croates lui auraient donné un document – qu’il aurait perdu –, avant de le conduire à une station de taxi et lui ordonner de quitter le territoire. Suivant une personne en contact avec un passeur, l’intéressé aurait repris la route en passant par plusieurs pays dont il ignorerait les noms, avant de prendre un train qui l’aurait amené en Suisse en date du 13 septembre 2022 . Il a par ailleurs expliqué que les problèmes respiratoires déjà rencontrés au Bu rundi s ’étaient aggravés après son passage en Croatie et qu’il avait des maux de tête en raison des coups reçus, mais n’aurait pas encore consulté un médecin. G. Le 24 octobre 2022, la représentante juridique de l’intéressé a adressé un courrier au SEM afin de requérir l ’attribution de celui -ci au canton de C._______, où il faisait partie de l’équipe de basketball « D._______ » pour la saison 2022-2023, remettant à l’appui une attestation d’affiliation établie, le 8 octobre 2022, par le président du « E._______ Basket ». H. Selon un journal de soins du même jour – contenant une date de transmission au 25 octobre 2022, mais remis, le 28 novembre 2022, au SEM selon l ’inscription dans le système « EGov » –, le requérant se plaignait de troubles du sommeil et devait avoir un rendez -vous à l’infirmerie pour une évaluation psychiatrique, s’étant vu prescrire du Redormin dans l’intervalle, à prendre au coucher. I. Le 25 octobre 2022, le SEM a soumis aux autorités croates compétentes une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b du règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte ; JO L 180 du 29 juin 2013 ; ci-après : règlement Dublin III). J. Le 8 novembre 2022, les autorités croates ont accepté la demande de reprise en charge de l’intéressé fondée sur l ’art. 18 par. 1 let. b du E-5463/2022 Page 4 règlement Dublin III, précisant qu’elles allaient poursuivre le processus de détermination de l’Etat responsable, conformément à l ’art. 20 par. 5 dudit règlement. K. Par courriel du 22 novembre 2 022, le président du « E._______ Basket » a remis au SEM un courrier qu’il avait rédigé le même jour . Il y expliquait en substance l’intégration du recourant au sein d’une des équipes du club ainsi que les qualités qu ’il présentait, indiquant que le club souhaitai t par ailleurs l’aider et le soutenir dans sa recherche de formation. L. Par décision du 22 novembre 2022, notifiée le lendemain, le SEM n’est pas entré en matière sur la demande d ’asile du requérant, en application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi (RS 142.31). Il a en outre prononcé son renvoi (recte : son transfert) vers la Croatie et ordonné l ’exécution de cette mesure, constatant au surplus l ’absence d’effet suspensif d’un éventuel recours. M. Le 25 novembre 2022, Caritas Suisse à B._______ a résilié son mandat de représentation. N. Le 28 novembre 2022, l ’intéressé a interjeté recours contre la décision précitée auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : le Tribunal). Il conclut à l’annulation de celle-ci et à ce qu ’il soit entré en matière sur sa demande d’asile ou, subsidiairement, au renvoi de la cause à l ’autorité inférieure. Il sollicite par ailleurs le prononcé de mesures superprovisionnelles, l’octroi de l’effet suspensif, la dispense d’une avance sur les frais de procédure, l’assistance judiciaire t otale ainsi que la renonciation à la traduction de la motivation « pour le cas où elle ne serait pas rédigée dans une langue officielle ». O. Par ordonnance du 29 novembre 2022, le juge en charge de l ’instruction de la cause a suspendu provisoirement l ’exécution du transfert du recourant. P. Les autres faits et arguments de la cause seront e xaminés, pour autant que besoin, dans les considérants en droit. E-5463/2022 Page 5 Droit : 1. 1.1 Sous réserve des exceptions de l ’art. 32 LTAF, le Tribunal connaît, en vertu de l’art. 31 LTAF, des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA, prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2 En particulier, les décisions rendue s par l e SE M en matière d ’asile peuvent être contestées devant le Tribunal (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi), lequel statue alors définit ivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 1.3 Le Tribunal est par conséquent compétent pour connaître du recours. 1.4 L'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi de l’art. 37 LTAF). Présenté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et dans le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 1.5 Le mémoire de recours ayant été rédigé en français, la requête visant à la renonciation de sa traduction est ainsi sans objet. 2. Saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien-fondé d’une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2 ; 2009/54 consid. 1.3.3 ; 2007/8 consid. 5). 3. 3.1 Dans le cas d'espèce, il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n'entre pas en matière sur une demande d'asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d'un accord international, pour mener une procédure d'asile et de renvoi. 3.2 Avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères fixés dans le règlement Dublin III. S'il ressort de cet examen qu'un autre E-5463/2022 Page 6 Etat est responsable du traitement de la demande d' asile, il rend une décision de non-entrée en matière après que l'Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2). 3.3 Aux termes de l'art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. La procédure de détermination de l'Etat responsable est engagée aussitôt qu'une demande d'asile a été déposée pour la première fois dans un E tat membre (art. 20 par. 1 du règlement Dublin III). 3.4 Dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), comme en l'espèce, il n'y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon le chapitre III du règlement Dublin III (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2 et 8.2.1 ainsi que réf. cit.). L'Etat responsable en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge – dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29 – le demandeur dont la requête est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans en avoir reçu la permission, sur le territoire d'un autre Etat membre (art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III). 4. 4.1 En l 'occurrence, comme exposé précédemment, les investigations entreprises par le SEM ont révélé, après consultation de l’unité centrale du système européen « Eurodac », que le recourant avait déposé une demande d’asile en Croatie en date du (…) septembre 2022. 4.2 Le 25 octobre 2022, l’autorité inférieure a dès lors soumis aux autorités croates compétentes, dans les délais fixés à l'art. 23 par. 2 du règlement Dublin III, une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III. 4.3 Le 8 novembre 2022, les autorités croates ont expressément accepté la demande de reprise en charge du recourant fondée sur la disposition précitée, précisant qu ’elles allaient poursuivre le processus de détermination de l’Etat responsable, conformément à l ’art. 20 par. 5 dudit règlement. 4.3.1 En vertu de ce dernier article, l'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 ainsi que 29 et en E-5463/2022 Page 7 vue d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre sans titre de séjour ou qui y introduit une demande de protection internationale, après avo ir retiré sa première demande présentée dans un autre Etat membre pendant le processus de détermination de l'Etat membre responsable. Cette obligation cesse lorsque l'Etat membre auquel il est demandé d'achever le processus de détermination de l'Etat membr e responsable peut établir que le demandeur a quitté entre-temps le territoire des Etats membres pendant une période d'au moins trois mois ou a obtenu un titre de séjour d'un autre Etat membre. 4.3.2 Cette disposition implique ainsi le retrait de la demande de protection internationale tel que défini à l'art. 2 let. e du règlement Dublin III. Conformément à la directive n° 2013/32/CE du Conseil du 26 juin 2013 relative à des normes minimales concernant la procédure d'octroi et de retrait du statut de réfugié dans les Etats membres (JO L 180/60 du 29.06.2013 ; ci -après : directive Procédure), à laquelle renvoie l'article précité, les démarches par lesquelles le demandeur met fin aux procédures déclenchées par l'introduction de sa demande de protection internationale peuvent être explicites ou implicites. Ainsi, un demandeur qui a formellement averti l'autorité compétente de l'Etat membre dans lequel il avait introduit sa première demande de son souhait de renoncer à celle-ci avant que le processus de détermination de l'Etat membre responsable soit achevé pourra néanmoins être transféré vers ce premier Etat membre en vue de l'achèvement dudit processus. Un transfert à cette fin vers ledit premier Etat membre est également possible lorsqu'un demandeur a implicitement mis un terme à la procédure en quittant cet Etat membre, avant que le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande soit achevé. Dans ce cas de figure, même si le demandeur n ’a pas informé l'autorité compétente de ce prem ier Etat membre de son souhait de renoncer à sa demande, le processus de détermination de l'Etat responsable est toujours en cours dans cet Etat membre. Partant, il y a lieu de considérer que l'art. 20 par. 5 du règlement Dublin III est également applicabl e dans une telle situation, le départ du demandeur du territoire d'un Etat membre dans lequel il a introduit une demande de protection internationale devant alors être assimilé, aux fins de l'application de cette disposition, à un retrait implicite de cette demande (cf. arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne [CJUE] C -582/17 et C-583/17 du 2 avril 2019, ch. 48 à 50). E-5463/2022 Page 8 4.3.3 En l’espèce, dans leur réponse du 8 novembre 2022, les autorités croates ont expressément accepté la demande de reprise en charge formulée par l’autorité inférieure en date du 25 octobre 2022 sur la base de l’art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III, précisant l ’accepter en vue d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen de la demande de prote ction internationale au sens de l ’art. 20 par. 5 du règlement Dublin III (« in order to continue to determine responsability for the above mentioned person »). Comme relevé précédemment (cf. let. B), le dépôt par le recourant d ’une demande de protection internationale en Croatie en date du (…) septembre 2022 est confirmé par les données enregistrées dans le système « Eurodac », l’allégation très succincte et étayée par aucun élément concret ou probant, selon laquelle il n’en aurait pas déposé volontairement, ne saurait se voir accorder de portée décisive dans ces conditions. Dans la mesure où l’intéressé n ’a de surcroît pas quitté le territoire des Etats membres, ni obtenu de titre de séjour de la part d’un Etat membre dans l’intervalle, il se justifie de fa ire application de l ’art. 20 par. 5 du règlement Dublin III, conformément à la jurisprudence précitée (cf. consid. 4.3.2 in fine). 5. 5.1 En vertu de l’art. 3 par. 2 du règlement Dublin III, lorsqu’il est impossible de transférer un demandeur vers l ’Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu ’il y a de sérieuses raisons de penser qu ’il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d ’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitemen t inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l ’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000 ; ci -après : Charte UE), l ’Etat procédant à la détermination de l’Etat responsable poursuit l’examen des critères fixés au chapitre III, afin d ’établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable. Lorsqu’il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l ’Etat me mbre procédant à la détermination devient l’Etat responsable. 5.2 En principe, la Croatie est présumée respecter ses obligations tirées du droit international public, en particulier le principe de non -refoulement énoncé expressément à l'art. 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés ; RS 0.142.30), ainsi que l'interdiction des mauvais traitements ancrée aux art. 3 de la Convention du 4 novembre E-5463/2022 Page 9 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH ; RS 0.101) et 3 de la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture ; RS 0.105). La Croatie est également présumée respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en part iculier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive Procédure et directive n° 2013/33/UE du Conseil du 26 juin 2013 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asi le dans les Etats membres [JO L 180/96 du 29.06.2013 ; ci -après : directive Accueil] ; en ce sens arrêts du Tribunal F-3061/2021 du 9 juillet 2021 consid. 5.2 ; E -711/2021 du 11 mars 2021 consid. 4.2.1 [transferts Dublin vers la Croatie]). 5.3 La présomption de sécurité peut toutefois être renversée par des indices sérieux que, dans le cas concret, les autorités de cet Etat ne respecteraient pas le droit international, de sorte que la personne faisa nt l’objet du transfert courrait un risque réel de subir des traitements contraires aux dispositions précitées (cf. ATAF 2012/27 consid. 6.4 ; 2011/9 consid. 6). 5.4 Nonobstant les prises de position critiques de plusieurs organismes – notamment le Conseil de l’Europe – en la matière, le système d ’asile et d’accueil croate ne présente pas de défaillances systémiques s ’agissant des requérants qui ont déjà déposé une demande de protection internationale en Croatie et qui sont repris en charge par cet Etat dans le cadre d ’une procédure Dublin (cf. arrê ts du Tribunal E-3771/2022 du 2 novembre 2022 consid. 5.4 ; E -5282/2022 du 24 novembre 2022 consid. 5.4 ; E-4367/2022 du 6 octobre 2022 consid. 6.4 ; F -4079/2022 du 23 septembre 2022 consid. 5.5 ; E-2755/2022 du 8 s eptembre 2022 consid. 5.2.3 ; E -1854/2022 du 1 er septembre 2022 consid. 6.4 ; D-3316/2022 du 29 août 2022 ; E-3554/2022 du 25 août 2022 consid. 6.2 et jurisp. cit.). En l'absence d'une pratique actuelle avérée en Croatie de violation systématique des normes communautaires en la matière, la présomption de respect par cet Etat de ses obligations concernant les droits des requérants d'asile, repris en charge dans le cadre d’une procédure Dublin, ne saurait être renversée dans le cas présent, en particulier au regard des allégations non étayées du recourant (cf. consid. 6). E-5463/2022 Page 10 5.5 Par conséquent, l’application de l’art. 3 par. 2 du règlement Dublin III ne se justifie pas en l’espèce. 6. 6.1 Pour s’opposer à son transfert vers la Croatie, l’intéressé s’est exprimé sur son séjour dans ce pays lors de l ’entretien individuel selon l ’art. 5 du règlement Dublin III, puis dans son recours. Il soutient ainsi avoir été maltraité, tant psychologiquement que physiquement, par la police croate, laquelle l ’aurait refoulé à cinq, six ou sept reprises . Il aurait en effet systématiquement été repoussé « dans la forêt », où il aurait été frappé violemment, les autorités croates ayant par ailleurs tenté de déchirer son passeport. Après avoir finalement réussi à entrer en Croatie, le recourant aurait été interpellé, puis enfermé dans un container avec d’autres personnes, dans un premier temps. Il aurait ens uite été conduit dans un centre. Maintenu en détention pendant un jour, il n’aurait ni reçu à manger ni eu le droit de se rendre aux toilettes. Il indique en outre que les autorités croates le considéraient comme étant un ressortissant congolais et auraient saisi ses affaires personnelles. Ses empreintes digitales auraient été prises sous la contrainte et il aurait été forcé à déposer une demande d’asile en Croatie. Enfin, un document en langue croate lui aurait été remis, avant qu’il aurait été conduit par des policiers – souhaitant rester discrets – à une station de taxi, avec l’injonction de quitter le pays. Compte tenu de ce qui précède, il estime ainsi que la Croatie a violé le règlement Dublin III. 6.2 Sur la base de l ’art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une telle demande lorsque le transfert envisagé vers l ’Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse relevant du droit international public (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1 ; 2012/4 consid. 2.4). Selon la jurisprudence de la CourEDH (cf. Paposhvili c. Belgique, a rrêt de la Grande Chambre du 13 décembre 2016 [requête n° 41738/10]), le retour forcé d’une personne touchée dans sa santé n'est susceptible de con stituer une violation de l'art. 3 CEDH que lorsqu'il y a des motifs sérieux de penser que cette personne, bien que ne co urant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée E-5463/2022 Page 11 à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie (cf. dans ce sens aussi arrêt de la CJUE du 16 février 2017 en l'affaire C-578/16, par. 66 à 68 ; ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2). 6.3 Le recourant n’a pas démontré que sa demande de protection déposée en Croatie ne serait pas traitée conformément aux dispositions légales applicables dans ce pays et à la directive Procédure. Dans son cas, rien ne permet de considérer que les autorités croates refuseraient de mener à terme sa procédure d’asile. En outre, le recourant n’a fourni aucun élément probant et suffisamment étayé permettant de démontrer que la Croatie ne respecterait pas le principe de non -refoulement et faillirait ainsi à ses obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d’où il risquerait d’être astreint à se rendre dans un tel pays. 6.4 L’intéressé n’a pas non plus apporté d ’indices suffisants qu’il y serait privé durablement des conditions matérielles prévues par la directive Accueil et qu ’il ne pourrait au besoin y faire valoir ses droits. Il n ’a en particulier pas démontré que ses conditions d ’existence dans ce pays revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité qu ’elles seraient constitutives d’un traitement contraire à l ’art. 3 CEDH ou 3 Conv. torture (cf. arrêt du Tribunal E-4648/2022 du 25 octobre 2022 consid. 7.4). N’étant étayées par aucun élément concret, ni probant e t s ’avérant de surcroît relativement succinctes, les déclarations du recourant en lien avec les agissements des autorités croates à son égard (cf. consid. 6.1) ne permettent pas d’amener à une appréciation différente. Si l’intéressé devait toutefois, à l ’issue de son transfert en Croatie, être contraint par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou s ’il devait estimer que cet Etat ne respecte pas les directives européennes en matière d ’asile, viole ses obligations d ’assistance à son encontre ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire valoir ses droits directement auprès des autorités de ce pays et éventuellement de s ’adresser, en cas de besoin, à la CourEDH (art. 26 D irective Accueil ; cf. arrêt du Tribunal F-1543/2018 du 19 mars 2018 consid. 6.2). E-5463/2022 Page 12 6.5 6.5.1 S’agissant de sa situation médicale, le recourant a allégué, au cours de l’entretien individuel « Dublin », souffrir de problème respiratoires déjà au Burundi, lesquels s’étaient aggravés suite à son passage en Croatie , ainsi que de douleurs à la tête en raison des coups qu’il aurait reçus de la part de la police croate. Il a également expliqué que les évènements vécus dans ce pays l ’avaient traumatisé et qu ’il les revivait durant la nuit. Dans son recours, il a toutefois contesté souffrir de problèmes respiratoires au Burundi, soutenant que ceux-ci s’étaient développés en Croatie, et a réitéré ses problèmes de sommeil. Par ailleurs , il ressort du journal des soins du 24 octobre 2022, qu’il rencontre des problèmes à s’endormir et fait des cauchemars. Du Redormin à prendre au coucher pendant une semaine lui aurait été prescrit, dans l’attente d’une évaluation psychiatrique. 6.5.2 Compte tenu de la jurisprudence restrictive en la matière et si le Tribunal n’entend pas les minimiser, les problèmes de santé évoqués par le recourant ne sont pas d ’une gravité telle qu ’ils justifient de renoncer à son transfert vers la Croatie (cf. arrêt de la CourEDH Paposhvili précité). En effet, si aucun diagnostic n’a été posé à ce jour – en dépit du fait que l’intéressé avait un rendez-vous chez un médecin en date du 22 novembre 2022, selon ce qu ’il a allégué dans son recours – la médication prescrite jusqu’ici et les troubles annoncés en l ’état ne sont pas révélateurs d’affections d’une gravité ou d ’une spécificité telle qu ’elles ne pourraient être traitées en Croatie (sur les possibilités de prises en charge médicale dans le domaine de l ’asile en Croatie, cf. arrêts du Tribunal D -1418/2022 du 4 avril 2022 consid. 5.3.6 ; D -1241/2022 du 25 mars 2022, p. 7). S’agissant des problèmes respiratoires, il sied encore de relever que le contenu de l’entretien individuel « Dublin » a été relu à l’intéressé dans une langue qu ’il maîtrisait et ni celui -ci ni la représentante n ’ont formulé de remarque particulière. A cela s ’ajoute que lesdits problèmes ne l ’ont pas empêché de s’entraîner de manière régulière ainsi que d ’évoluer à bon niveau dans une équipe de basketball. En tout état de cause, il y a lieu de rappeler que la Croatie, qui est lié par la directive Accueil, doit faire en sorte que les demandeurs d ’asile reçoivent les soins médicaux nécessaires comportant, au minimum, les soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves, et fournir l ’assistance notamment médicale nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d’accueil, y compris, s’il y a lieu, des soins de santé mentale appropriés (art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive). E-5463/2022 Page 13 6.5.3 Cela étant, il incombera aux autorités suisses chargées de l’exécution du transfert de transmettre à leurs homologues croates, en temps utile, les renseignements éventuellement actualisés permettant une prise en charge médicale adéquate du recourant (art. 31 et 32 du règlement Dublin III), celui -ci ayant donné son accord écrit à la transmission d’informations médicales, en date du 19 septembre 2022. 6.6 Pour le surplus, l’affiliation du recourant à un club de basketball à F._______ ne saurait fonder l’application de la clause de souveraineté pour des motifs humanitaires. 6.7 Par conséquent, le transfert de l ’intéressé vers la Croatie n ’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée. 6.8 Dans ces conditions, il y a lieu de constater que le SEM a établi de manière complète et exacte l’ensemble des faits pertinents pour l’examen de la question et n ’a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation, qui est large, en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, en combinaison avec l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 6.9 Enfin, il convient de rappeler que ledit règlement ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3). 7. C’est ainsi à bon droit que l’autorité inférieure n’est pas entrée en matière sur la demande d’asile de l’intéressé, en application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de Suisse vers la Croatie, en application de l’art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n ’étant réalisée (art. 32 OA 1). Par conséquent, le recours doit être rejeté. 8. S’avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d'écritures, le présent arrêt n'étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi). E-5463/2022 Page 14 9. 9.1 Par le présent prononcé, les demandes tendant à l ’octroi de l ’effet suspensif et à la dispense du versement d ’une avance de frais sont sans objet, les mesures superprovisonnelles ordonnées le 29 novembre 2022 sont pour le reste caduques. Les conclusions du recours étant d ’emblée vouées à l’échec, la requête d’assistance judiciaire totale est rejetée. 9.2 Compte tenu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de la procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA ainsi que 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédé ral (FITAF ; RS 173.320.2). (dispositif : page suivante) E-5463/2022 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire totale est rejetée. 3. Les frais de procédure, d 'un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le juge unique : La greffière : Grégory Sauder Seline Gündüz Expédition :