B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-7441/2016 A r r ê t d u 8 d é c e m b r e 2 0 1 6 Composition William Waeber, juge unique, avec l'approbation de Contessina Theis, juge ; Isabelle Fournier, greffière. Parties A._______, né le (…), Irak, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi ; décision du SEM du 22 novembre 2016 / N (…). E-7441/2016 Page 2 Vu la demande d'asile déposée par le recourant en Suisse , en date du 15 octobre 2016, le procès -verbal de son audition au Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe, du 1er novembre 2016, la décision du 22 novembre 2016, notifiée à l’intéressé le 28 novembre suivant, par laquelle le SEM n'est pas entré en matière sur sa demande, a prononcé son transfert vers l’Allemagne et a ordonné l'exécution de cette mesure, constatant l'absence d'effet suspensif à un éventuel recours, le recours interjeté contre cette décision, le 1er décembre 2016, auprès du Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal), les autres pièces du dossier reçu du SEM le 6 décembre 2016, et considérant qu'en vertu de l'art. 31 LTAF (RS 173.32), le Tribunal connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA, qu'en particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, conformément à l'art. 33 let. d LTAF (loi à laquelle renvoie l'art. 105 LAsi [RS 142.31]), que le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige, qu'il statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d ch. 1 LTF), que la procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que ni la LTAF ni la LAsi n'en disposent autrement (cf. art. 37 LTAF et art. 6 LAsi), que l’intéressé a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA), que le recours, interjeté dans la forme (cf. art. 52 al. 1 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 2 LAsi) prescrits par la loi, est recevable, qu'il peut être renoncé à un échange d'écritures (cf. art. 111a al. 1 LAsi), E-7441/2016 Page 3 que, dans un recours contre une décision de non-entrée en matière et de transfert fondée sur l'art. 31 a al. 1 let. b LAsi, le recourant peut invoquer, sur la base de l'art. 106 al. 1 LAsi, la violation du droit fédéral, notamment l'abus ou l'excès dans l'exercice du pouvoir d'appréciation (let. a) et l'établissement inexact ou incomplet de l'état de fait pertinent (let. b), qu'il ne peut pas invoquer l'inopportunité de la décision attaquée (cf. art. 106 al. 1 LAsi a contrario ; cf. aussi ATAF 2015/9 consid. 8.2.2), que le SEM a, en l’espèce, fait application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n'entre pas en matière sur une demande d'asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d'un accord internation al, pour mener la procédure d'asile et de renvoi, qu'avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères fixés dans le règlement (UE) n o 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refo nte) (JO L 180/31 du 29.6.2013, ci-après: règlement Dublin III), que, s'il ressort de cet examen qu'un autre Etat est responsable du traitement de la demande d'asile, le SEM rend une décision de non-entrée en matière après que l'Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant d'asile, qu'aux termes de l'art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III, que la procédure de détermination de l'Etat responsable est engagée, aussitôt qu'une demande d'asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 du règlement Dublin III), que dans une procédure de prise en charge (anglais : take charge), les critères énumérés au chapitre III du règlement (art. 8 -15) doivent être appliqués successivement (principe de l'application hiérarchique des critères de compétence, art. 7 par. 1 du règlement Dublin III), E-7441/2016 Page 4 que pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la première demande dans un Etat membre (art. 7 par 2 du règlement Dublin III ; ATAF 2012/4 consid. 3.2 ; FILZWIESER/SPRUNG, Dublin III-Verordnung, Vienne 2014, pt. 4 sur l'art. 7), qu'en revanche, dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), il n'y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon le chapitre III (ATAF 2012/4 consid. 3.2.1 et réf. cit.), qu'en vertu de l'art. 3 par. 2 2ème phrase du règlement Dublin III, lorsqu 'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d 'asile et les conditions d 'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l 'Union europ éenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci-après: CharteUE), l 'Etat procédant à la détermination de l'Etat responsable poursuit l'examen des critères fixés au chapitre III afin d 'établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable, que lorsqu 'il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l 'Etat membre procédant à la détermination devient l'Etat responsable, que l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge – dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29 – le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans en avoir reçu la permission, sur le territoire d'un autre Etat membre (art. 18 par. 1 point b du règlement Dublin III), que, sur la base de l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (clau se de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d'un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, que, comme la jurisprudence l'a retenu (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2 ; 2012/4 consid. 2.4 ; 2011/9 consid. 4.1 ; 2010/45 consid. 5, 7.2, 8.2, 10.2), E-7441/2016 Page 5 le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection interna tionale qui lui est présentée, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement Dublin III, lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse relevant du droit international public, qu'il peut également admettre cette responsabilité pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, qu'en l'occurrence, les investigations entreprises par le SEM ont révélé, après consultation de l'unité c entrale du système européen « Eurodac », que le recourant avait été enregistré comme demandeur de protection en Allemagne, le 20 février 2016, qu’interrogé sur ce point, lors de son audition au CEP , le recourant a déclaré qu’on l’avait contraint à être dactyloscopié en Allemagne, mais qu’il n’avait jamais eu l’intention d’y déposer sa demande de protection, que cette allégation n’est pas pertinente dès lors que le règlement Dublin désigne, selon les critères qui y sont prévus, l’Etat responsable et ne permet pas au requérant de choisir librement celui où il préfère déposer sa demande, que, se basant sur cet enregistrement révélé par « Eurodac », le SEM a soumis aux autorité s allemandes compétentes, en date du 10 novembre 2016, dans le délai fixé à l’ art. 23 par. 2 du règlement Dublin III , u ne requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III, que, le 21 novembre suivant, lesdites autorités ont expressément accepté de reprendre en charge le requérant , sur la base de cette même disposition, que l’Allemagne a ainsi reconnu sa compétence pour traiter la demande d'asile de l'intéressé, que ce point n'est pas contesté, que l’art. 3 par. 2 2ème phrase du règlement Dublin, précité, n’est pas applicable, E-7441/2016 Page 6 qu'il n'y a aucune raison sérieuse de croire qu'il existe, en Allemagne, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la CharteUE, que ce pays est signataire de cette Charte, de la CEDH, de la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105), de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut de s réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30) ainsi que du Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (Prot., RS 0.142.301) et, à ce titre, en applique les dispositions, que, dans ces conditions, cet Etat est présumé respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale , ci-après : directive Procédure] ; directive no 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des per sonnes demandant la protection internationale, ci-après : directive Accueil]), que, cela dit, cette présomption peut être valablement renversée en présence de motifs sérieux et avérés de penser qu’une personne déterminée pourrait être soumise dans le pays de destination à des traitements prohibés, qu’en l’occurrence, le recourant s’est opposé à son transfert en Allemagne en faisant valoir qu’il n’y serait pas en sécurité , comme le démontrerait le nombre d’incidents de nature xénophobe survenus dans ce p ays en réaction à l’importance de la population étrangère, en particulier irakienne et musulmane, et qu’il ne voulait pas que ses enfants y soient exposés à de tels comportements le jour où ils pourraient le rejoindre, que, même si des violences isolées et comportements hostiles à l’encontre des migrants ont été constatés en Allemagne, comme dans plusieurs pays d’Europe, ils ne sont pas nombreux au point que le risque, pour le recourant, d’y être exposé à des mauvais traitements, apparaisse comme sérieux et avéré, E-7441/2016 Page 7 qu’il lui appartiendra, si tel devait être le cas, de faire appel aux autorités locales, dont rien ne permet d’affirmer qu’elles n’auraient pas la volonté et la capacité d’intervenir contre de tels agissements, que l'intéressé n'a pas démontré l'existence d'un risque concret que les autorités allemandes refusent de le reprendre en charge et de mener à terme l'examen de sa demande de protection, en violation de la directive Procédure, qu'en outre, il n'a fourni aucun élément concret susceptible de démontrer que l’Allemagne ne respecterait pas le princ ipe du non-refoulement, et donc faillirait à ses obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays, que, dans son recours, il fait valoir qu’il n’a eu, durant son séjour de neuf mois en Allemagne, droit qu’à une brève audition lors de son interpellation et qu’aucun autre acte de procédure n’est intervenu durant cette période, que ce seul fait, même s’il était avéré, ne démontre pas que l’Allemagne n’est pas disposée à examiner sa demande d’asile, mais tout au plus que ce pays fait face, comme beaucoup d’autres, à un afflux de requérants, qu'au demeurant, si – après son retour en Allemagne – le recourant devait estimer que les autorités allema ndes ne respectent pas la directive procédure précitée, il lui appartiendrait d’agir auprès d’elles pour obtenir une réponse à sa demande de protection, que le recourant n’a pas démontré ni même allégué qu'il pourrait être privé durablement, en Allemagne, de tout accès aux conditions matérielles minimales prévues par la directive Accueil, qu’en définitive, le transfert du recourant en Allemagne n'apparaît pas contraire aux obligations de la Suisse découlant des dispositions conventionnelles précitées, que le recourant n’a, lors de son audition au CEP, fait valoir, à part les problèmes sécuritaire s susmentionnées, aucun autre obstacle à son transfert, sinon sa ferme volonté de demeurer en Suisse, voire de retourner dans son pays d’origine plutôt que d’accepter un renvoi en Allemagne, E-7441/2016 Page 8 que toutefois, comme déjà expliqué plus haut, la responsabilité d'un Etat pour l'examen d'une demande d'asile est définie selon les critères fixé s dans le règlement Dublin III et que celui -ci ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre par lequel ils souhaitent que leur demande soit traitée ou offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3), que le SEM a, enfin, estimé qu’a ucun motif ne justifiait l’application de la clause de souveraineté par la Suisse, au sens de l’art. 29 a al. 3 OA1 en lien avec l’art. 17 par. 1 du règlement Dublin III, qu’il ressort de sa décision qu’il a pris en compte les éléments allégués par l’intéressé, qu’il a ainsi établi de manière complète et exacte l'état de fait pertinent, qu’au vu des objections de l’intéressé, force est de constater que le SEM n'a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre, dans le cas concret, l'e xistence de raisons humanitaires (cf. ATAF 2015/9 p. 119 ss), qu'en définitive, c'est à bon droit que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile du recourant, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et qu'il a prononcé son transfert de Suisse vers l’Allemagne, qu’il appartiendra au recourant de faire valoir ses motifs de protecti on, évoqués dans son recours, auprès des autorités allemandes compétentes pour l’examen de sa demande d’asile, qu'au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté, que, s'avérant manifestement infondé, il est rejeté dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi), que, les conclusions du recours étant apparues, d'emblée, vouées à l'échec, la requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée, que, vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément à l’art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), E-7441/2016 Page 9 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d'un montant de 600 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le juge unique : La greffière : William Waeber Isabelle Fournier