<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Le 3 mai 1995, le Tribunal correctionnel du district de Neuchâ-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tel a jugé plusieurs personnes prévenues principalement d'infractions à la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">loi fédérale sur les stupéfiants, parmi lesquelles S. . Il a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">reconnu celle-ci coupable d'infraction aux articles 19 ch.2 et 19a LStup,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et l'a condamnée à une peine de 9 mois d'emprisonnement, sans sursis mais</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suspendue au profit d'un traitement ambulatoire entrepris depuis le début</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de l'année 1995.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Le 19 juin 1995, S. recourt contre ce jugement, con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cluant à sa cassation, avec ou sans renvoi. Elle conteste le fait que le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sursis ne lui ait pas été octroyé, car elle estime en remplir les condi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Dans ses observations, le président du tribunal correctionnel</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">relève qu'à l'audience la recourante paraissait fragile et peu maîtresse</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la situation. Le ministère public conclut au rejet du recours, sans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">formuler d'observations.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Le jugement a été notifié le 7 juin 1995. Interjeté dans les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">formes et délai légaux (art.244 CPP), le pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. a) Aux termes de l'article 41 ch.1 al.1 CP, le sursis peut être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">accordé si la peine n'excède pas 18 mois, si les antécédents et le carac-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tère du condamné font prévoir que cette mesure le détournera de commettre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de nouveaux crimes ou délits et s'il a réparé, autant qu'on pouvait l'at-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tendre de lui, le dommage fixé judiciairement ou par accord avec le lésé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Importent avant tout les perspectives d'amendement durable du condamné,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">telles qu'on peut les déduire de ses antécédents, de son caractère et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tout autre élément permettant d'estimer ses chances de faire ses preuves.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Le pronostic favorable doit donc être l'objet d'une appréciation d'ensem-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ble portant sur la situation personnelle du condamné et sur les circons-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tances particulières de l'acte. De vagues espoirs quant à la conduite fu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ture du délinquant ne suffisent pas pour poser un pronostic favorable (ATF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">115 IV 82). Il faut cependant tenir compte de l'effet de règles de condui-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">te imposées en même temps (ATF 99 IV 68).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans cette matière, comme en ce qui concerne la fixation de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">peine, un large pouvoir d'appréciation est laissé au juge de première ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tance. La Cour de cassation du Tribunal cantonal, à l'instar de celle du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Tribunal fédéral, n'intervient que si le pronostic de la juridiction infé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rieure repose sur des considérations étrangères à la disposition appliquée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ou si elles apparaissent comme insoutenables (ATF 116 IV 281, 115 IV 82,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">101 IV 329; RJN 1991, p.65, 7 II 64, 1 II 28).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le juge doit mentionner dans son jugement les raisons qui l'ont</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">poussé à refuser le sursis (art.41 ch.2 al.2 CP et 226 CPP). Il doit faire</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">état, dans un considérant topique, de tous les faits sur lesquels repose</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">son pronostic, sans pouvoir se contenter d'un jugement de valeur exprimé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de façon générale (Schultz, Strafrecht, Allgemeiner Teil II, p.112;</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Schwander, Das schweizerische Strafgesetzbuch, p.181 no 360). De façon</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">générale, plus le pouvoir d'appréciation du juge est large, plus l'exposé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des motifs doit être détaillé. Néanmoins, en aucun cas un arrêt ne peut</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">être cassé uniquement parce qu'une autre motivation apparaîtrait préfé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rable ou plus complète. Il ne saurait en effet être question d'annuler un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jugement dans le seul but d'en améliorer la motivation (ATF 116 IV 291-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">292).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) En l'espèce, la question qui se pose est de savoir si, en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">refusant de faire un pronostic favorable quant à l'avenir de S. , le tribunal a excédé les limites de son pouvoir d'appréciation. La</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">condition objective du sursis est indiscutablement remplie, la recourante</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'ayant pas d'antécédents pénaux (D.II/344).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Sur le plan subjectif, le tribunal correctionnel a considéré</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que :</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> " On ne peut raisonnablement envisager que S. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> puisse se maintenir à l'écart de nouvelles consommations</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> d'héroïne que si elle continue de se soumettre à un trai-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> tement sérieux. En pareil cas, l'on peut hésiter entre un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> sursis subordonné à la poursuite du traitement et une pei-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> ne ferme, mais suspendue au profit dudit traitement ambu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> latoire (celui-ci n'ayant de sens qu'en cas de maintien en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> liberté). En définitive, le choix dépend du degré d'auto-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> nomie ou, à l'inverse, de contrôle qui paraît souhaitable,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> dans la situation personnelle de la condamnée. En l'espè-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> ce, la fragilité de S. est manifeste et la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> poursuite de ses relations avec C. peut</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> se révéler à double tranchant, en sorte qu'un contrôle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> institutionnel plus fort apparaît comme nécessaire. C'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> donc la voie du traitement ambulatoire, selon l'article 44</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> CPS, qui sera retenue " (jugement, p.17).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Contrairement à ce que semble penser la recourante, c'est bien</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sa fragilité - qui n'est pas contestée - qui a été l'élément central de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">décision quant au pronostic à faire. Or, il est clair qu'en matière de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">toxicomanie, la fragilité influe sur les perspectives d'amendement dura-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ble. Le Drop-In, où S. est traitée, relève d'ailleurs, dans une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lettre du 25 avril 1995, qu'elle est actuellement en rémission tout en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">soulignant qu'il est trop tôt pour faire un pronostic. Cependant, le con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trôle jugé nécessaire par le tribunal peut être obtenu par la fixation de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">règles de conduite, voire un patronage, aussi bien que par l'institution</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'un traitement ambulatoire. Les effets de ces deux manières de décider ne</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sont toutefois pas les mêmes, ne serait-ce qu'au niveau de l'inscription</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au casier judiciaire. Dans de telles conditions, le principe "nil nocere"</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">affirmé à plusieurs reprises par le Tribunal fédéral dans sa jurisprudence</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la plus récente (ATF 121 IV 97, 119 IV 125, 118 IV 342) conduit au même</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">résultat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le jugement entrepris, qui n'applique pas ce principe, doit être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cassé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. En vertu de l'article 251 al.2 CPC, la Cour peut statuer elle-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">même si sa décision aboutit à l'octroi du sursis. Toutefois en l'occur-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rence il paraît préférable de renvoyer la cause aux juges de première ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tance pour qu'ils décident, après un complément d'enquête si nécessaire,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">si des règles de conduite voire un patronage se justifient.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Au vu du sort de la cause, les frais de cassation seront laissés</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à la charge de l'Etat. Quant à l'indemnité due à l'avocat d'office de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recourante, elle peut être fixée à 500 francs.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Casse le jugement du 3 mai 1995 dans la cause C. et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> consorts dans la mesure où il condamne la recourante S. à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> une peine d'emprisonnement sans sursis.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Renvoie la cause au même tribunal pour nouveau jugement au sens des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> considérants.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Laisse les frais de cassation à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Fixe à 500 francs, TVA comprise, l'indemnité due par l'Etat à Me</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> X. , avocat d'office de la recourante.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 9 janvier 1996</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>