B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour VI F-1485/2021 A r r ê t d u 7 a v r i l 2 0 2 1 Composition Claudia Cotting-Schalch, juge unique, avec l'approbation de Gabriela Freihofer, juge ; Oliver Collaud, greffier. Parties A._______, Algérie, (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi; décision du SEM du (…) mars 2021 / N (…). F-1485/2021 Page 2 Vu la demande d ’asile déposée en Suisse par A._______, ressortissant algérien né le (…) janvier 1993, en date du (…) mars 2021, le questionnaire « Europa » auquel l’intéressé a répondu le (…) mars 2021 en déclarant qu’il avait quitté son pays d ’origine le (…) janvier 2021 à destination de l’Espagne où il était arrivé le même jour, l’audition d’enregistrement des données personnelles (EDP) du (…) mars 2021 au cours de laquelle le requérant a relaté qu ’il avait quitté l’Algérie le (…) janvier 2021, pour se rendre en Espagne où il était resté environ 25 jours, puis avait gagné la France d ’où il était entré en Suisse, également 25 jours plus tard environ, le mandat de représentation en faveur de Caritas Suisse que l’intéressé a signé le (…) mars 2021, l’entretien individuel Dublin du même jour, au cours duquel le droit d’être entendu a été accordé à l ’intéressé sur la possible responsabilité de l’Espagne pour le traitement de sa demande d’asile et ses observations à ce propos suivant lesquelles il avait été contraint de donner ses empreintes digitales et retenu une journée pour ce faire, la requête aux fins de prise en charge du requérant que le Secrétariat d’Etat aux m igrations (ci -après : le SEM) a adressée aux autorités espagnoles en date du (…) mars 2021, la réponse des autorités espagnoles du (…) mars 2021 acceptant leur responsabilité pour mener la procédure d’asile de l’intéressé, la décision du (…) mars 2021, notifiée le lendemain, par laquelle le SEM n’est pas entré en matière sur la demande d ’asile déposée par le requérant, au motif que l ’Espagne était l ’Etat compétente pour son traitement, a prononcé son transfert vers ce pays et a ordonné l’exécution de cette mesure, constatant l ’absence d ’effet suspensif à un éventuel recours, le recours du (…) mars 2021 dirigé contre cette décision que l’intéressé a adressé au Tribunal administratif fédéral (ci-après : le TAF ou le Tribunal), concluant en substance à l’annulation du prononcé du SEM et ce que sa demande d’asile soit traitée par la Suisse, F-1485/2021 Page 3 la demande implicite d ’assistance judiciaire partielle qui ressort mémoire de recours, et considérant que sous réserve des exceptions prévues à l ’art. 32 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), le Tribunal, en vertu de l’art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF, qu’en particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l ’asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d ’extradition déposée par l ’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile [LAsi, RS 142.31], et art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l’espèce, que l'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi de l’art. 37 LTAF), que le recours, interjeté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, est recevable, que le recours peut être interjeté pour violation du droit fédéral, notamment pour abus ou excès dans l ’exercice du pouvoir d ’appréciation, ou pour établissement inexact ou incomplet de l’état de fait pertinent (art. 106 al. 1 let. a et b LAsi), que, saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d’une telle décision (ATAF 2014/39 consid. 2), qu’il y donc a lieu de déterminer si le SEM était fondé à appliquer l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, selon lequel il n ’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d ’un accord international, pour mener la procédure d ’asile et de renvoi, qu’avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères F-1485/2021 Page 4 fixés dans le du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte) (RD III, JO L 180/31 du 29 juin 2013), que, s'il ressort de cet examen qu'un autre Etat est responsable, il rend une décision de non-entrée en matière après que l'Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant (ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2), qu’aux termes de l ’art. 3 par. 1 RD III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, que la procédure de détermination de l ’Etat responsable est engagée aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III), que, dans une procédure de prise en charge (« take charge »), comme en l'espèce, les critères énumérés au ch apitre III du règlement (art. 8 à 15 RD III) doivent être appliqués successivement (principe de l'application hiérarchique des critères de compétence, art. 7 par. 1 RD III), que, pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la première demande dans un Etat membre (art. 7 par. 2 RD III ; ATAF 2012/4 consid. 3.2 ; F ILZWIESER/SPRUNG, Dublin III - Verordnung, Vienne 2014, pt 4 ad art. 7), que l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de prendre en charge - dans les conditions prévues aux art. 21, 22 et 29 - le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre (art. 18 par. 1 let. a RD III), qu'en vertu de l'art. 3 par. 2 RD III, lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et l es conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci-après : Charte UE), l'Etat procédant à la déte rmination de l'Etat F-1485/2021 Page 5 responsable poursuit l'examen des critères fixés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable, que, lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l'Etat membre procédant à la détermination devient l'Etat responsable, que, sur la base de l’art. 17 par. 1 RD III, chaque Etat membre peut décider, en vertu de clause de souveraineté , d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, que, comme l'a retenu la jurisprudence (ATAF 2015/9 consid. 8.2.1, 2011/9 consid. 4.1), le SEM doit ainsi admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée, lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations relevant du droit international public, qu'il peut également admettre cette responsabilité pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311 ; ATAF 2015/9 consid. 8.2.2), qu'en l'occurrence, il ressort des pièces du dossier, et plus spécialement des déclarations de l ’intéressé, qu’il était entré clandestinement en Espagne le (…) janvier 2021, avant de déposer une demande d ’asile en Suisse le (…) mars 2021, qu’en date du (…) mars 2021, le SEM a dès lors soumis, dans le délai fixé à l ’art. 21 par. 1 RD III, une requête aux fins de prise en charge du prénommé aux autorités espagnoles, fondée sur l ’art. 13 par. 1 RD III, disposition en vertu de laquelle lorsqu ’il est établi que le demandeur a franchi irrégulièrement la frontière d’un Etat membre dans lequel il est entré en venant d’un Etat tiers, cet Etat membre est responsable de l’examen de la demande de protection internationale, que, le (…) mars 2021, soit dans le délai fixé par l’art. 22 par. 1 RD III, ces mêmes autorités ont expressément accepté de prendre en charge l’intéressé, sur la base de la disposition invoquée par le SEM, F-1485/2021 Page 6 que l ’Espagne a ainsi reconnu sa compétence po ur traiter la demande d’asile du recourant, point qui n’est du reste pas contesté par lui, que, cela étant, au vu de l ’art. 3 par. 2 al. 2 RD III, il y a lieu tout d ’abord d’examiner s’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe, en Espagne, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte UE, qu’il convient de rappeler que ce pays est lié à cette Charte et p artie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30) ainsi qu'à son Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (Prot., RS 0.142.301), à la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH, RS 0.101) et à la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) et, à ce titre, en applique les dispositions, que, dans ces condi tions, cet Etat est présumé respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, ci -après : directive Procédure] ; directive no 2013/33/UE du Parlement européen e t du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, ci-après : directive Accueil]), que cette présomption de sécurité n’est cependant pas irréfragable et doit être écartée d ’office en présence, dans l ’Etat de destination du transfert, d’une pratique avérée de violations systématiques des normes minimales de l’Union européenne, constitutives de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile au sens de l'art. 3 par. 2 al. 2 RD III (sur la notion de défaillances systémiques, voir l’arrêt du Tribunal D-7853/2015 du 31 mai 2017 consid. 3.4.4), que cela n’est manifestement pas le cas en Espagne, que, partant, l'application de cette disposition ne se justifie pas en l'espèce, F-1485/2021 Page 7 que la présomption de sécurité peut toutefois être renversée en présence d'indices sérieux que, dans le cas concret, le s autorités de l'Etat membre désigné comme étant responsable ne respecteraient pas le droit international (ATAF 2010/45 consid. 7.4 et 7.5), que, dans son recours, l’intéressé, sollicitant implicitement l’application de la clause discrétionnaire prévue à l ’art. 17 par. 1 RD III, a déclaré , en substance, qu’en Espagne, il ne ressentait pas la même sécurité et stabilité qu’en Suisse, qu ’il avait été attaqué et menacé par des ressortissants marocains hostiles aux Algériens, qu ’il ne parlait pas la langue local e et qu’il n’avait reçu aucun encadrement de la part des autorités, que le recourant n ’a cependant fourni aucun élément concret susceptible d’établir que les autorités espagnoles refuseraient de le prendre en charge et, cas échéant, d ’examiner sa demande de protection internationale, ni qu’elles ne respecteraient pas le principe de non -refoulement, et donc failliraient à leurs obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays, que, cela étant dans la mesure où l’intéressé n’a pas encore introduit à ce jour de demande d’asile en Espagne où il a simplement séjourné dans la clandestinité, il ne saurai t prétendre valablement avoir eu à pâtir jusqu'à présent d’éventuelles carences au niveau de la procédure d'asile ou des conditions d'accueil des requérants d'asile, que, par ailleurs, le recourant n ’a ni démontré, ni même allégué, que les conditions d'existence qu’il connaîtrait en Espagne pourraient revêtir un tel degré de pénibilité et de gravité qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 Conv. torture, qu’en particulier, il n’a pas apporté d ’indices objectifs, concrets et sérieux qu’il serait lui -même privé durablement, une fois qu ’il aura déposé une demande d’asile en Espagne, de tout accès à des conditions matérielles minimales d’accueil prévues par la directive Accueil et qu’il ne pourrait pas bénéficier de l’aide dont il pourrait avoir besoin pour faire valoir ses droits, qu’en outre, si – après son transfert en Espagne – le recourant devait être contraint par les circonstances à mener dans ce pays une existence non conforme à la dignité humaine ou s’il devait estimer que cet Etat violait ses obligations d'assistance à son encontre ou de toute autre manière porte F-1485/2021 Page 8 atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendra de faire valoir ses droits directement auprès des autorités espagnoles en usant des voies de droit idoines, qu’il est au surplus rappelé qu ’aucune disposition RD III ne confère aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable du traitement de leur demande d'asile (ATAF 2010/45 consid. 8.3), que, par conséquent, le transfert de l ’intéressé vers l ’Espagne n’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée, qu’enfin, il apparaît que le SEM a établi de manière complète et exacte l'état de fait pertinent et n'a commis ni excès ni abus de son large pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1 en combinaison avec l'art. 17 par. 1 du RD III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8), que c’est ainsi à bon droit qu’il n'est pas entré en matière sur la demande d'asile du recourant, en application de l'art. 31 a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de la Suisse vers l’Espagne, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant réalisée (art. 32 OA 1), qu'au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté, que, s'avérant manifestement infondé, il l ’est dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi), qu'il est dès lors renoncé à un échange d'écritures, le présent arrêt n'étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi), que, les conclusions du recours étant d'emblée vouées à l'échec, la requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée, que, vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), F-1485/2021 Page 9 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d’assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d ’un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l’autorité cantonale. La juge unique : Le greffier : Claudia Cotting-Schalch Oliver Collaud Expédition :