Décision du 25 avril 2013 Cour des plaintes Composition Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, prési- dent, Andreas J. Keller et Giorgio Bomio, la greffière Clara Poglia Parties A. INC., représentée par Me Jean-François Ducrest, avocat, recourante contre MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION, intimé Objet Admission de la partie plaignante (art. 118 ss en lien avec l'art. 104 al. 1 let. b CPP); consultation des dos- siers (art. 101 s. en lien avec l'art. 107 al. 1 let. a CPP) B u n d e s s t r a f g e r i c h t T r i b u n a l p é n a l f é d é r a l T r i b u n a l e p e n a l e f e d e r a l e T r i b u n a l p e n a l f e d e r a l Numéro de dossier: BB.2012.192 - 2 - Faits: A. Le Ministère publ ic de la Confédération (ci -après: MPC) mène une proc é- dure pénale contre B. et C. pour blanchiment d'argent aggravé (art. 305 bis ch. 2 CP), corruption d'agents publics étrangers (art. 322 septies CP) et e s- croquerie (art. 146 CP). La procédure dirigée à l'enc ontre de B. l'est aussi, subsidiairement, du chef de gestion déloyale (art. 158 CP). Selon les infor- mations fournies à la Cour de céans par la recourante , B., ancien v ice- président directeur à la division construction du groupe canadien A. serait mis en ca use pour l'appropriation , alors qu'il était employé de ce derni er, d'une partie importante de commissions en lien avec des contrats d'agence dudit groupe en Afrique du Nord (act. 1). B. Par courrier du 8 juin 2012, A. Inc. a demandé à être admise comme partie plaignante dans le cadre de la procédure précitée (act. 1.10 ). Le 19 juin 2012, le MPC a indiqué que, compte tenu du fait que la demande de consti- tution de partie lésée n'exposait ni les infractions pénales dont A. Inc. esti- mait avoir été victime ni le préjudice qu'elle aurait subi, il n'était pas poss i- ble en l'état de lui reconnaître cette qualité (act. 19.1). En fournissant des informations complémentaires, A. Inc. a réitéré sa requête par écrit du 1er octobre 2012 et rappel du 19 novembre 2012 (act. 1.11 et 1.12). C. Le 21 décembre 2012, le MPC a rendu une décision par laquelle il indiquait ne pas pouvoir reconnaître, en l'état, la qualité de partie plaignante de A. Inc. (act. 1.1). D. Par acte du 3 décembre 2012, cette dernière a interjeté recours à l'e n- contre de ce prononcé en concluant (act. 1): « En la forme . Déclarer le présent recours recevable. - 3 - Au fond Préalablement . Ordonner au Ministère public de la Confédération de remettre à A. Inc. copie des dé- terminations des parties s'agissant de la question de la reconnaissance de sa qu alité de partie plaignante; . Accorder à A. Inc. un délai supplémentaire pour, le cas échéant, compléter ses écr i- tures. Principalement . Annuler la décision du Ministère public de la Confédération du 21 novembre 2012; . Reconnaître la qualité de lésée et de partie plaignante à A. Inc. dans le cadre de la procédure SV.11.0097; . Autoriser l'accès de A. Inc. au dossier de la procédure SV.11.0097; . Condamner la Confédération aux frais de la procédure; . Allouer à A. Inc. une indemnité pour les dépens occasion nés par l'exercice raisonna- ble de ses droits de procédure; . Débouter le Ministère public de la Confédération de toutes autres conclusions. » E. Par courrier du 21 décembre 2012, la Cour de céans a invité le MPC ainsi que B. et C. à s'exprimer tant quant au fond du recours que quant à la question de la transmission des prises de position des prévenus, en fixant à cette fin un délai au 3 janvier 2013 (act. 6). Le 7 janvier 2013, le conseil de B. a sollicité que ledit délai lui soit prolongé jusqu'au 14 janvier 2013 (act. 8). Il alléguait à cet égard que, pour cause de fermeture de son étude, le courrier précité ne lui avait été délivré qu'en date du 7 janvier 2013 , lors d'une deuxième distribution. Dans une décis ion du 8 janvier 2013 , rendue par la direction de la procédure de la Cour de céans, il a été rappelé qu'une demande de prolongation de délai n'est a d- missible que lorsqu'elle est présentée avant l'expiration du terme (art. 92 CP; act. 9). Le délai étant en l'espèce échu lors du dépôt de la requête de prolongation, celle-ci devait ainsi être considérée comme une demande de restitution de délai au sens de l'art. 94 CPP . Cette dernière demande ne pouvait néanmoins être admise au vu de ce qu'elle ne remplissait pas les conditions posées par ledit article et par la jurisprudence. - 4 - Pour sa part, le MPC a conclu, le 14 janvier 2013 et après prolongation du délai initialement imparti (act. 7 et 10): « Principalement: - Rejeter le recours du 6 décembre 2012 dans la mesure de sa recevabilité et renvoyer la cause au Ministère public de [la] Confédération pour décision au fond; Subsidiairement: - Statuer sur la qualité de partie de la recourante; - Renvoyer le dossier au Ministère public de [la] Confédération pour que soient fixées les modalités d'accès au dossier; En tout état de cause: - Mettre les frais et dépens à la charge de la partie recourante. » S'agissant de l'accès de la recourante aux déterminations des prévenus, l e MPC indiquait qu'octroyer un tel accès, alors même qu'aucune restriction sur l'étendue de l'utilisation des informations transmises n'aurait pu être fixée, aurait impliqué le risque que celles -ci soient utilisées dans le cadre des différentes procédures civiles et pénales ouvertes a u Canada (act. 10, p. 2). Cette conséquence potentielle aurait été en contradiction avec les rè- gles régissant l'entraide internationale. C. n'a pour sa part pas donné suite à l'invitation de la Cour. F. Le 17 janvier 2013, cette dernière a sollicité du MPC qu'il transmette à la Cour de céans les déterminations précitées en précisant qu'il lui était lois i- ble de communiquer quels passages ne devaient pas être accessibles à la recourante (act. 11). Par réponse du 25 janvier 2013, le MPC a indiqué qu'il estimait que lesdites prises de position pouvaient être remises au conseil de la recourante , sans caviardage, avec toutefois l'obligation d'utiliser ce l- les-ci et les renseignements y contenus uniquement pour les besoins de la présente procédure de recours et avec l'interdiction d'en remettre copie à sa cliente (act. 14). En invitant la recourante à répliquer, cette Cour a, le 31 janvier 2013, transmis une copie des documents précités au conseil de A. Inc. en lui fai- sant interdiction de les remettre en copie à sa mandante et de faire usage de ces pièces ainsi que des informations qu'elles contenaient en dehors de la procédure pénale SV.11.0097 (act. 17). Par écrit du 11 février 2013, la - 5 - recourante a persisté dans ses conclusions en prenant notamment pos ition sur lesdites déterminations (act. 18). Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris, si nécessaire, dans les considérants en droit. La Cour considère en droit: 1. 1.1 En tant qu’autorité de recours, la Cour des plaintes e xamine avec plein pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis (Me s- sage relatif à l’unification du droit de la procédure pénale du 21 d é- cembre 2005 [ci-après: le Message] , FF 2006 1057, 1296 i.f.; STEPHEN- SON/THIRIET, Commentaire bâlois, Schweizerische Strafprozessordnung , Bâle 2011, ci-après: Commentaire bâlois, no 15 ad art. 393; KELLER, Kom- mentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO], [D o- natsch/Hansjakob/Lieber, éd.], ci-après: Kommentar StPO, Zu- rich/Bâle/Genève 2010, no 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des schwe i- zerischen Strafprozessrechts, Zurich/Saint-Gall 2009, no 1512). 1.2 Les décisions du MPC peuvent faire l'objet d'un recours devant la Cour de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et 37 al. 1 LOAP en lien avec l'ar t. 19 al. 1 du règlement sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à l'a u- torité de recours (art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l'art. 393 al. 2 CPP, le recours peut être formé pour violation du droit, y compris l'excès et l'abus du pouvoir d'appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (let. a), la constatation incomplète ou erronée des faits (let. b) ou l'inopportunité (let. c). 1.3 Dispose de la qualité pour recourir toute partie qui a un intérêt juridiqu e- ment protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision (art. 382 al. 1 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral 1B_657/2012 du 8 mars 2013 , consid. 2.3.1). Le recourant doit avoir subi une lésion, soit un préjudice causé par l'acte qu'il attaque et doit avoir un intérêt à l'élimination de ce préjudice. En l'occurrence, en tant que la décision querellée refuse la quali- té de partie plaignante de la recourante, il y a lieu de considérer que celle - ci est lésée dans son intérêt juridiquement protégé (arrêt du Tribunal pénal - 6 - fédéral BB.2012.18-23 du 22 novembre 2012, consid. 2.1). Dans sa répo n- se, le MPC a indiqué ne pas avoir encore formellement statué sur la qualité de partie de la recourante, mais avoir expressément précisé dans sa déc i- sion du 21 novembre 2012 qu'au regard des éléments insuffisants avancés par cette dernière, il n'avait pas été en mesure d'entrer en matière sur sa requête (act. 10, p. 2). Malgré cette remarque, il n'y a point de doute que la décision querellée fige, à ce stade, la situation juridique de la recourante de sorte que l'atteinte qu'elle subit ne peut être contestée. Sa qualité pour r e- courir est ainsi donnée. 1.4 Dans l'une de ses conclusions principales, la recourante requiert que la Cour de céans lui autorise l'accès au dossier de la procédure SV.11.0097. Or, cette question n'est nullement l'objet de la décision entreprise. Sortant ainsi du cadre du recours et du pouv oir de cognition de cette Cour, cette conclusion doit être déclarée irrecevable. 1.5 Pour le surplus, déposé dans le délai de dix jours dès la notification du pro- noncé querellé, le recours a été interjeté en temps utile. Au vu de ce qui précède, il est partant recevable, sous réserve du considérant 1.4. 2. Dans une conclusion préalable, la recourante a requis que le MPC lui r e- mette copie des déterminations des prévenus au sujet de son admission en tant que partie plaignante et qu'un délai supplémentaire lui soit accordé, le cas échéant, pour compléter ses écritures (act. 1). Elle estime à cet égard que la décision entreprise était constitutive d'une violation du droit d'être entendu du fait qu'elle n'a pas pu se déterminer sur ces prises de position. Le prononcé entrepris devrait par conséquent être annulé (act. 1, p. 9 s.). 2.1 Tel qu'il est g aranti par l'art. 29 al. 2 Cst., le droit d'être entendu comprend notamment le droit de toute partie de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, le droit d'avoir accès au dossier, de produire des preuves pertinentes, d'obtenir qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à l'administration des preuves essentielles ou à tout l e moins de s'exprimer sur leur résultat lorsque ceci est de nature à influer sur la décision à rendre (arrêts du Tribunal fédéral 2C_778/2012 du 19 novembre 2012, consid. 3.1; 6B_323/2012 du 11 octobre 2012, consid. 3.2; ATF 136 I 265 consid. 3.2; ATF 135 II 286 consid. 5.1). Il comprend notamment le droit de consulter le dossier (ATF 127 V 431 consid. 3a; 126 I 7 consid. 2b) qui s'étend à toutes les pièces décisives (ATF 121 I 225 consid. 2a) et qui garantit que les pa r- ties puissent prendre connaissance de s éléments fondant la décision et - 7 - s'exprimer à leur sujet (arrêt du Tribunal fédéral 8C_509/2011 du 26 juin 2012, consid. 2.2; ATF 129 I 85 consid. 4.1 p. 88 et les références c itées). Ce droit n'est toutefois pas absolu, et peut être restreint ou supprimé no- tamment lorsque l'intérêt de la poursuite pénale commande que certaines pièces soient tenues secrètes (ATF 126 I 7 consid. 2b). Aux termes de l’art. 108 al. 4 CPP, une décision ne peut cependant se fonder sur des pi è- ces auxquelles une partie n’a pas eu accès que si elle a été informée de leur contenu essentiel. 2.2 En l'espèce, le MPC précise que l'art. 107 al. 1 CPP réserve explicitement ce droit aux parties (art. 104 CPP) ainsi qu'aux participants à la procédure (art. 105 al. 2 CPP). Il estime ainsi q ue, dans la mesure où la qualité de partie n'a pu être conférée à la recourante sur la base des seules inform a- tions transmises préalablement au recours, la violation du droit d'être e n- tendu ne saurait être valablement invoquée (act. 10, p. 2). 2.3 L'avis du MPC ne peut être partagé. S'il est vrai que, au moment de la prise de décision et après celle-ci, la recourante ne pouvait pas fonder sa qualité de partie sur l'art. 104 al. 1 CPP, il apparaît évident qu'elle revêtait à tout le moins la qualité de tier s touché par la procédure au sens de l'art. 105 al. 1 let. f CPP (celle de lésé – art. 105 al. 1 let. a CPP – paraissant étroitement liée, en l'espèce, à la qualité de partie plaignante) ; la notion de "tiers" vis e en effet dans ce cas toute personne qui formule des requêtes en relation avec un e procédure pénale ( KÜFFER, Commentaire bâlois, n° 28 ad art. 105). Conformément à l'art. 105 al. 2 CPP, elle disposait dès lors de la qualité de partie dans la mesure nécessaire à la sauvegarde de ses int é- rêts et béné ficiait des droits appar tenant à celle -ci, notamment du droit d'être entendue. 2.4 En l'occurrence, c'est à tort que le MPC ne lui a pas transmis, ni avant ni après la prise de s a décision, les déterminations qu'il avait sollicitées a u- près des prévenus en relation avec son admission en tant que partie pla i- gnante. Il apparaît manifeste que ces pièces touchaient directement la re- courante et qu'elles étaient essentielles à la prise de décision. Preuve en est le fait que l'argumentation contenue dans le pron oncé querellé reprend pour l'essentiel celles fournies par les conseils des prévenus. Il s'ensuit ainsi que le MPC aurait dû soumettre ces documents à la recourante avant de rendre sa décision et lui donner l'occasion de s'exprimer à ce sujet. Au demeurant, afin de protéger les intérêts qu'elle invoque, r ien n'aurait empê- ché ladite autorité de transmettre un résumé de ces pièces , comme l'exige l'art. 108 al. 4 CPP, ou encore de mettre en place des mesures permettant d'exclure un usage indu d es informations y contenues, comme elle l'a pr o-- 8 - posé dans le cadre de la présente procédure . En ne procédant pas de la sorte, le MPC a dès lors violé le droit d'être entendu de la recourante. 2.5 Une violation du droit d'être entendu peut toutefois être réparée dans le ca- dre de la procédure de recours lorsque l'irrégularité n'est pas particulièr e- ment grave et pour autant que la partie concernée ait la possibilité de s'e x- primer et de recevoir une décision motivée de la part de l'autorité de r e- cours disposant d'un pouvoir d 'examen complet en fait et en droit. Une r é- paration du vice procédural est également possible lorsque le renvoi à l'au- torité inférieure constitue une vaine formalité, provoquant un allongement inutile de la procédure, incompatible avec l'intérêt de la partie concernée à ce que sa cause soit tranchée dans un délai raisonnable (ATF 137 I 195 consid. 2.3.2 p. 197; 133 I 201 consid. 2.2 p. 204; pour une réparation du vice procédural devant le Tribunal fédéral, cf. arrêt 1B_369/2012 du 4 juillet 2012). In casu , dans le cadre de l'instruction de la présente cause, la Cour de céans a remis les pièces litigeuses au conseil de la recourante en lui pe r- mettant de se déterminer à leur égard (act. 17). Il faut ainsi admettre que, par l'intermédiaire de son défens eur, la recourante a ainsi eu la possibilité de s’exprimer librement sur ces documents dans la procédure de recours devant la Cour de céans (act. 18) . Celle -ci disposant du même pouvoir d’examen, plein et entier, que l’autorité inférieure (art. 393 al. 2 C PP; arrêt du Tribunal fédéral 1C_439/2009 du 25 novembre 2009, consid. 2.1; déci- sion du Tribunal pénal fédéral BB.2011.113-114 du 23 dé cembre 2011, consid. 3.1.5), le vice s’en est dès lors trouvé guéri de sorte qu'il n'est point nécessaire d'annuler la dé cision et de renvoyer la cause à l'autorité inf é- rieure pour ce motif. 3. La recourante conteste le refus de l'admettre en qualité de partie plaignante à la procédure. Elle allègue à cet égard être la principale lésée par les manœuvres frauduleuses sous enquête dans la mesure où elle est person- nellement et directement touchée par les infractions d'escroquerie ou de gestion déloyale dont est soupçonné B. et est la titulaire du patrimoine d i- rectement atteint par celles-ci (act. 1, p. 7 ss). Elle aurait au surplus fourni, dans ses demandes, les informations nécessaires à l'établissement de sa qualité de partie plaignante (act. 18, p. 1 s.) 3.1 Le MPC a rejeté , en l'état, la requête de la recourante pour trois motifs (act. 1.1): premièrement car cette dernière s e serait estimée "potentiell e- ment directement touchée" alors que la jurisprudence rendue en la matière - 9 - exigerait que le lésé rende vraisemblable que le préjudice subi est en lien de causalité direct avec l'infraction reprochée de sorte qu'une atteinte "p o- tentiellement" directe ne serait pas suffisante ; deuxièmement, parce que la recourante ne serait pas parvenue à démontrer les faits qu'elle considère constitutifs de l'infraction et, enfin, puisqu'elle n'aurait pas exposé de m a- nière complète la nature et l'ampleur de ses prétentions. Dans sa réponse, le MPC a indiqué ne pas avoir statué sur le fond de la problématique mais avoir uniquement considéré que les renseignements fournis par la recourante dans ce contexte n'étaient pas suffisants en l'état (act. 10, p. 2 s.). A son avis, il aurait fallu attendre le stade du recours pour que soient fournis les éléments à première vue satisfaisants pour statuer sur ce point. Le MPC estime ainsi qu'au moment où il a rendu la décision attaquée celle-ci était correcte. 3.2 Il convient ainsi de déterminer, dans un premier temps, si les exigences de motivation requises par le MPC étaient adaptées à la lumière des règles applicable en la matière. 3.2.1 Aux termes de l’art. 118 al. 1 CPP, on entend par partie plaignant e le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil. La notion de lésé englobe toute personne dont les droits ont été touchés d irectement par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). Le lésé est en règle générale défini comme la personne physique ou morale qui prétend être atteinte immédiatement et personnellement dans ses droits protégés par la loi lors de la commission d’une infraction. Le lésé doit être le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale e n- freinte ( PIQUEREZ/MACALUSO, Procédure pénale suisse , Genè- ve/Zurich/Bâle 2011, p. 296, n° 850; PERRIER, Commentaire romand, Code de procédure pénale [ci -après: Commentaire romand], n° 8 ad art. 115; LIEBER, Kommentar StPO, n° 1 ad art. 115). La lésion n'est immédiate que si le lésé ou ses ayants cause ont subi l'atteinte directement et person- nellement, ce qui interdit aux tiers qui ne sont qu'indirectement touchés (par contrecoup ou ricochet; dommage réfléchi) par un acte punissable de se constituer parties civiles (arrêt du Tribunal fédéral 1P.620/2001 du 21 d é- cembre 2001, consid. 2). Il importe en o utre qu’il existe un lien de causalité direct entre l’acte punissable et le préjudice subi. Pour qu’il y ait un rapport de causalité nature lle entre l’événement et le comportement coupable, il faut que celui-ci en constitue la condition sine qua non (MOREILLON/ DU- PUIS/MAZOU, La pratique judiciaire du Tribunal pénal fédéral, in JdT 2008, IV, p. 97 ss n os 82 et 83 et références citées). N’est donc notamment pas reconnue la qualité de partie plaignante aux créanciers de la victime, aux - 10 - cessionnaires de la créance résultant de l’infraction, aux personnes subr o- gées contractuellement ou légalement, aux actionnaires et aux administr a- teurs d’une société lorsque le préjudice est éprouvé par la personne morale (arrêt du Tribunal pénal fédéral BB.2010.20 -21 du 21 septembre 2010, consid. 4.2 et références citées; PIQUEREZ/MACALUSO, op. cit ., p. 297, n° 853). Par ailleurs, d ans la mesure où selon le CPP, la déclaration de partie plaignante doit avoir lieu avant la clôture de la procédure préliminaire (art. 118 al. 3 CPP), soit à un moment où l'instruction n'est pas encore achevée, tant que les faits déterminants ne sont pas définitivement arrêtés sur ce point, il y a lieu de se fonder sur les allégués de celui qui se prétend lésé pour déterminer si tel est effectivement le cas. Celui qui entend se constituer partie plaignante doit toutefois rendre vraisemblable le préjudice et le lien de causalité entre celui-ci et l'infraction dénoncée ( arrêt du Tribu- nal fédéral 1B_678/2011 du 30 janvier 2012, consid. 2.1 et références c i- tées). A teneur de l’art. 119 al. 1 CPP, régissant la forme et le contenu de la d é- claration, celle-ci peut être faite de manière écrite ou orale. Selon la do c- trine et la jurisprudence, il faut et il suffit que le récipiendaire de la déclar a- tion puisse déduire la volonté expresse du lésé de se constituer partie pla i- gnante en vue de l’une et/ou l’autre finalité(s) procédurale(s) visée(s) à l’art. 119 al. 2 CPP, sans qu’il ne soit question d’émettre d’autres exigences quant à la forme ou à la teneur de la déclaration ( JEANDIN/MATZ, Commen- taire romand, n° 4 ad art. 119; arrêt du Tribunal pénal fédéral BB.2010.105 du 31 janvier 2011, consid. 3. 3 et références citées) . Selon l'art. 123 al. 1 CPP, dans la mesure du possible, la partie plaignante chiffre ses concl u- sions civiles dans sa déclaration en ve rtu de l'art. 119 et les motive par écrit; elle cite les moyens de preuve qu'elle entend invoquer . Toutefois, l'obligation de chiffrer et motiver ses prétentions civiles à ce stade n'est a u- cunement une obligation et n'a pas de conséquences procédurales en cas d'omission (DOLGE, Commentaire bâlois, n° 1 ad art. 123). 3.2.2 Il ressort de ce qui précède que la déclaration de constitution de partie plaignante n'est soumise à aucune condition particulière. S'il est vrai que l'on peut s'attendre à ce que le lésé étaye sa position notamment en vue de rendre vraisemblable, comme l'exige la jurisprudence, le préjudice et le lien de causalité entre celui-ci et l'infraction, il sied de souligner que cette ques- tion relève des conditions matérielles et non fo rmelles de la constitution de partie plaignante. Rien n’indique, en effet , dans la loi ou la jurisprudence, que cette vraisemblance doit être apportée dans la déclaration de constit u- tion (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2011.107/108/110/ - 11 - 111/112/115/116/117/128 du 30 avril 2012, consid. 4.1). Ainsi, l'on ne sau- rait être trop restrictifs à ce sujet ou faire preuve de formalisme excessif. 3.2.3 Dans le cadre de sa requête, la recourante avait exposé avoir été lésée par des paiements effectués sur des comptes en Suisse dans le cadre de contrats conclus notamment avec les sociétés D . Inc. et E. Inc. (act. 1.11). Elle indiquait au surplus que s'il devait être confirmé que des e mployés du groupe ont bénéficié d'avantages économiques lors de la conclusion de contrats avec des agents publics étrangers, avantages obtenus sans l'a c- cord ou la connaissance de la recou rante, cette dernière aurait été lésée par des actes de gestion déloyale. Elle se référait de plus à un examen i n- dépendant auquel auraient procédé des conseillers juridiques externes en février 2012, sous la direction et la supervision du comité d'audit du groupe. Cet examen aurait été toutefois limité par certaines restr ictions pratiques, notamment le fait que B. avait cessé d'être à l'emploi du groupe et qu'il était en détention en Suisse. La recourante concluait enfin que de par l'accès au dossier et en particulier de par l'analyse des flux financiers post érieurs aux versements, il lui aurait été possible d'identifier les bénéficiaires et définir l'ampleur des détournements. Il apparaît que sur la base des éléments fournis par la recourante ainsi que, principalement, de par sa connaissance du dossier, le MPC disposait de toutes les informations nécessaires pour se déterminer en connaissance de cause sur la requête qui lui était soumise. En outre, même si de manière sommaire, la recourante a exposé , dans son complément du 1 er octobre 2012 (act. 1.11) les raisons et les éléments factuels qui l'amenaient à se considérer lésée. Le fait qu'elle ait indiqué n'être que potentiellement direc- tement touchée ne saurait lui porter préjudice dans la mesure où le choi x de ce terme se réfère manifestement à la connaissance limitée de la pr o- cédure, la recourante n'ayant pas accès au dossier. Il est au demeurant pour le moins délicat d'exiger d'elle, comme le fait le MPC dans la décision attaquée, que celle-ci démontre les faits qu'elle estimait constitutifs de l'i n- fraction. En effet, d'une part, c'est justement la finalité d'une procédure p é- nale celle de déterminer l'existence ou non d'une infraction et, d'autre part, le texte légal prévoit qu'une telle démonstration inco mbe aux autorités p é- nales (art. 6 al. 1 CPP). En ce qui a tr ait au reproche r elatif au non - étayement de la nature et de l'ampleur des prétentions de la recourante, il sied de rappeler qu'il ressort de ce qui a été exposé supra (consid. 3.2.1) que le lésé qui entend se constituer partie plaignante n'est pas tenu de chif- frer ses prétentions. Au demeurant, l e préjudice que la recourante aurait subi se déduit, implicitement mais de manière évidente, des éléments qu'el-- 12 - le expose. Affirmer qu'elle n'aurait pas suffisamment étayé celui-ci revient à fixer des exigences allant au-delà de celles posées par la loi et la doctrine. C'est ainsi à tort que le MPC n'est pas entré en matière sur la demande de la recourante en la rejetant "en l'état". 3.3 La recourante a conclu à ce qu e la Cour de céans reconnaisse s a qualité de lésée et de partie plaignante dans le cadre de la procédure pénale. Le MPC a pour sa part indiqué ne pas avoir statué sur le fond de la question et requiert que la cause lui soit renvoyée afin qu'i l puisse statuer à cet égard. Il déclare néanmoins s'en rapporter à justice dans l'éventualité où l a Cour de céans s'estimait en mesure de statuer sur cette question. 3.3.1 Il ressort des éléments fournis par la recourante quant au fond de la proc é- dure, lesquels n'ont point été contestés par le MPC, que B. est mis en cau- se pour s'être approprié , alors qu'il était employé de la recourante, d'une partie importante de commissions en lien avec des contrats d'agence de celle-ci en Afrique du Nord (act. 1). Le r ecours se rapporte en particulier aux agissements du prévenu dans le cadre des contrats qu'il aurait conclu au nom de son employeur avec les sociétés D. Inc. et E. Inc., ces dernières étant en réalité, à l'insu de la recourante, détenues par B. lui-même. Sur un montant de USD 130 mio versé par la recourante auxdites sociétés, USD 50 mio auraient ainsi été perçus de manière occulte par B. Par ail- leurs, l'examen indépendant auquel a fait procéder la recourante a révélé que les contreparties à certains contrat s conclus par ledit prévenu seraient en réalité fictives, la nature des services rendus ou les mesures prises par les agents présumés n'ayant pas pu être établie. 3.3.2 Dans ces circonstances, force est d'admettre que la qualité de lésée de la recourante ne saurait être niée. En effet, qu'il s'agisse de gestion déloyale ou d'escroquerie, cette dernière a, à l'évidence , été directement atteinte dans ses droits par le préjudice économique qu'elle a subi. Elle est en outre titulaire du bien juridique protégé par les dispositions topiques (à cet égard arrêt du Tribunal fédéral 6B_525/2012 du 5 novembre 2012 , consid. 3.3 en ce qui a trait à l'escroquerie et arrêt du Tribunal pénal fédéral SK.2009.25+26 du 16 novembre 2010 , consid. 1.4 pour la gestion déloy a- le). Ainsi, ayant été formulée avant la clôture de la procédure préliminaire et au vu de l'effet dévolutif complet dont jouit le recours (arrêt du Tribunal fédéral 1B_768/2012 du 15 janvier 2013, consid. 2.1) , il y a lieu de faire droit à la requête d'admission en tant que partie plaignante de la recouran- te. - 13 - 4. Il ressort de ce qui précède que le recours est admis et la décision du MPC annulée. 5. Compte tenu de l'issue du recours, l es frais de la présente procédure sont pris en charge par la Caisse de l'Etat ( art. 428 al. 4 et 423 al. 1 CPP; le Message, FF 2006 1057, p. 1310; GRIESSER, Kommentar StPO, n° 4 ad art. 428; SCHMID, op. cit., n° 1777). 6. La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les d é- penses occasionnées par l’exercice raisonnable de ses droits de procédure (art. 436 al. 1 en lien avec l’art. 429 al. 1 let. a CPP). Selon l’art. 12 du r è- glement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et i n- demnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010 (RFPPF; RS 173.713.162), les honoraires sont fixés en fonction du temps effectivement consacré à la cause et nécessaire à la défense de la partie représentée. La recourante, partie obtenant partiellement (v. consid. 1.4) gain de cause, a produit une note d'honoraires par laquelle elle réclame une indemnité de CHF 32'331.70, hors TVA, en comptabilisant celles qui semblent être 66,8 heures de travail (elle n'indique néanmoins pas de quelle manière est ca l- culée la "quantité" figurant sur sa note d'honoraire s). Or, ses prétent ions ainsi que le temps comptabilisé pour la rédaction des écritures apparais- sent manifestement disproportionnés au vu de la complexité de la proc é- dure et du travail fourni . Il convient dès lors de les réduire. Une indemnité de CHF 2'800.-- (TVA comprise) apparaît équitable. Celle-ci sera mise à la charge du MPC. 7. N'ayant pas formulé de conclusions, B. et C., interpellés par la Cour de céans dans le cadre de la présente procédure, ne se verront ni mettre à charge des frais ni allouer une indemnité. Il r ecevront toutefois notification de la présente décision. - 14 - Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 1. Le recours est admis dans la mesure de sa recevabilité. 2. La décision querellée est annulée. 3. La qualité de partie plaignante de la recourante dans la procédure SV.11.0097-THO est admise. 4. Il n'est pas perçu de frais. 5. Une indemnité de CHF 2'800.--, TVA incluse, est allouée à la recourante et mise à la charge du Ministère public de la Confédération. Bellinzone, le 26 avril 2013 Au nom de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral Le président: La greffière: Distribution - Me Jean-François Ducrest, avocat - Ministère public de la Confédération - Me Xavier Mo Costabella, avocat - Me Pascal Maurer, avocat Indication des voies de recours Il n'existe pas de voies de recours ordinaires contre la présente décision.