B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-4859/2022 A r r ê t d u 9 n o v e m b r e 2 0 2 2 Composition Camilla Mariéthoz Wyssen, juge unique, avec l'approbation de Déborah D'Aveni, juge ; Miléna Follonier, greffière. Parties A._______, née le (…), Türkiye, représentée par Diellza Metaj Shartri, Caritas Suisse, (…), recourante, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi (procédure Dublin - art. 31a al. 1 let. b LAsi) ; décision du SEM du 17 octobre 2022 / N (…). E-4859/2022 Page 2 Faits : A. En date du 14 septembre 2022, A._______ a déposé une demande d’asile en Suisse. Les investigations entreprises par le SEM, cinq jours plus tard, ont révélé, sur la base d ’une comparaison dactyloscopique avec l ’unité centrale du système européen Eurod ac, q ue la prénommée avait déposé une demande d’asile en Croatie le 8 septembre précédent. B. Entendue le 29 septembre 2022 dans le cadre d ’un entretien individuel Dublin, l’intéressée a été invitée à se déterminer sur la compétence présumée de la Croatie pour examiner sa demande d ’asile, sur les éventuels motifs s’opposant à son transfert vers cet Etat, ainsi que sur sa situation médicale. A cette occasion, elle a expliqué avoir été refoulée à trois reprises par la police croate vers la Bosnie, avoir été forcée à donner ses empreintes lors de sa quatrième tentative pour rentrer dans ce pays et avoir été invitée à le quitter suite à son refus d ’y déposer une demande d’asile. Par ailleurs, l’intéressée s’est plainte de démangeaisons, lesquelles étaient en cours de traitement. Elle a indiqué souffrir de troubles du so mmeil et être très affectée par son vécu, notamment en raison des événements traumatiques qu’elle aurait vécu en Slovénie. C. Le même jour, le SEM a soumis aux autorités croates compétentes une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l ’art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III (ci -après : RD III ; règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protect ion internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride [refonte ; JO L 180 du 29 juin 2013 p. 31 ss]). D. L’intéressée a signé un mandat de représentation en faveur des juristes et avocats de Caritas Suisse le lendemain. E-4859/2022 Page 3 E. Deux document s médicaux, établi s le 7 et le 11 octobre 2022, ont été versés au dossier du SEM. Il en ressort que, malgré son traitement pour la gale, la recourante souffre encore d’intenses démangeaisons. Elle souffre également de dépres sion avec probable stress post -traumatique sans idées suicidaires. Une consultation en psychiatrie a été demandée et, dans l’attente de sa mise en place, un traitement à base de plantes (Relaxane) lui a été prescrit pour ses troubles du sommeil. F. Le 13 octobre 2022, les autorités croates ont accepté de reprendre en charge A._______, sur la base de l’art. 20 par. 5 RD III, indiquant qu’elles allaient poursuivre le processus de détermination de l ’Etat responsable. Elles ont précisé que l ’intéressée avait m anifesté son intention de demander l’asile en Croatie le 9 septembre 2022, mais avait quitté le centre de réception avant son audition, et mentionné, dans ce contexte, l’art. 28 par. 1 de la directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale [refonte] (JO L 180/60 du 29.6.2013, ci-après : directive Procédure). G. Par décision du 17 octobre 2022, notifiée le lendemain, le SEM n’est pas entré en matière sur l a demande d ’asile de l ’intéressée. Il a en outre prononcé son transfert vers la Croatie et ordonné l ’exécution de cette mesure, constatant l’absence d’effet suspensif à un éventuel recours. H. Par acte du 25 octobre 2022, l’intéressée a interjeté recours contre la décision précitée auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : Tribunal). A titre préalable, elle a sollicité le prononcé de mesures superprovisionnelles (effet suspensif), la dispense de l’avance des frais de procédure ainsi que l’octroi de l’assistance judiciaire partielle. Sur le fond, elle a conclu, à titre principal, à ce qu ’il soit entré en matière sur sa demande d’asile, subsidiairement au renvoi de la cause à l’autorité intimée. I. Par ordonnance du lendemain, la juge instructeur a suspendu provisoirement l’exécution du transfert de la recourante, en application de l’art. 56 PA (RS 172.021). E-4859/2022 Page 4 J. Un document F2 du 31 octobre 2022 et un rapport médical du lendemain ont été versés au dossier du SEM. Il en ressort que la recourante a consulté l’infirmerie en raison de maux de tête, de difficultés à respirer, de fourmillements dans le bras gauche et de mal de gorge. Auscultée par un médecin, un asthme aigu modéré dans le cadre d’une probable infection des voies respiratoires [IVRS] et des démangeaison d’origine indéterminée lui ont été diagnostiqués, pour lesquels elle a obtenu un antihistaminique (Lévocétirizine), un corticostéroïde (Prednisone) et un antiasthmatique (Symbicort). Droit : 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2 En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel st atue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l’art. 105 LAsi [RS 142.31] et art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 1.3 Le Tribunal est donc compétent pour connaître du recours. 1.4 L’intéressée a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Interjeté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 2. La recourante s’étant prévalue d’une violation de la maxime inquisitoire et de son droit d ’être entendu, il convient d ’examiner en premier lieu le bien-fondé de ces griefs d ’ordre formel, ceux -ci étant susceptibles d’entraîner l'annulation de la décision attaquée indépend amment des chances de succès du recours sur le fond (cf. ATF 144 I 11 consid. 5.3, et la jurisprudence citée; ATAF 2019 VII/6 consid. 4.1, 2013/34 consid. 4.2, 2013/23 consid. 6.1.3, 2010/35 consid. 4.1.1, et la jurisprudence citée). E-4859/2022 Page 5 2.1 2.1.1 La recourante fait v aloir que le SEM aurait instruit de manière insuffisante les faits pertinents relatif s aux mauvais traitements qu ’elle aurait subis en Croatie (prise des empreintes forcées et push-back vers la Bosnie) et à la situation dans ce pays , notamment s ’agissant d e la possibilité pour elle d ’avoir accès aux voies judiciaires. Elle lui reproche également d’avoir, dans sa décision, repris "un argumentaire général et éculé" pourtant critiqué par le Tribunal dans son arrêt F -5675/2021 du 6 janvier 2022 et omis d ’examiner de manière détaillée et concrète les conditions d’accueil et d’accès à la procédure d’asile dans l’hypothèse de son transfert vers la Croatie. 2.1.2 La procédure administrative est régie essentiellement par le principe inquisitoire selon lequel les autorités définissent les faits pertinents et les preuves nécessaires, qu’elles ordonnent et apprécient d’office (art. 12 PA). Ce principe doit cependant être relativisé par son corollaire, soit le devoir de collaboration des parties à l ’établissement des faits, ainsi que par le droit de celles -ci, compris dans le droit d ’être entendu, de participer à la procédure et d’influencer la prise de décision (art. 13 PA et art. 8 LAsi). L'établissement des faits est incomplet au sens de l'art. 106 al. 1 let. b LAsi lorsque toutes les circonstances de fait et les moyens de preuve déterminants pour la décision n'ont pas été pris en compte par l'autorité inférieure (cf. ATAF 2014/2 consid. 5.1 ; 2007/37 consid. 2.3 et réf. cit.). 2.1.3 Le droit d'être entendu, inscrit à l'art. 29 al. 2 Cst., comprend pour le justiciable le droit d'être informé et de s'exprimer sur les éléments pertinents, avant qu'une décision ne soit prise to uchant à sa situation juridique, le droit de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos (cf. ATF 145 I 167 consid. 4.1 ; ATAF 2013/23 consid. 6.1.1 ; 2010/53 consid. 13.1). La jurisprudence a également déduit de l ’art. 29 al. 2 Cst. le devoir pour l'autorité de motiver sa décision, afin que le justiciable puisse la comprendre, la contester utilement s'il y a lieu et exercer son droit de recours à bon escient. Pour répondre à ces exigences, l'autorité doit mentionner, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision, de manière à ce que le requérant puisse se rendre compte de la portée de celle -ci et l'attaquer en connaissance de cause E-4859/2022 Page 6 (cf. ATAF 2010/3 consid. 5 et jurisp. cit. ; 2013/34 consid. 4.1 ; 2012/23 consid. 6.1.2 et jurisp. cit.). 2.1.4 En l’espèce, la recourante a eu tout le loisir de s ’exprimer sur son séjour en Croatie et les mauvais traitements qu ’elle y aurait subi s, ce qu’elle a d’ailleurs fait. Tout défaut d’instruction sur ce point peut donc être écarté. Il ne saurait en outre être reproché à l’autorité inférieure de n’avoir pas tenu compte dans sa motivatio n de ses allégations sur les mauvais traitements endurés de la part des autorités croates. En effet, cette autorité a correctement exposé les raisons qui l ’ont amené e à prononcer son transfert vers la Croatie, en se déterminant de manière suffisamment individualisée sur les éléments essentiels du dossier . Elle a en particulier rappelé et apprécié les arguments exposés par l ’intéressée lors de son entretien Dublin, tout en exposant la situation régnant en Croatie , en particulier s’agissant des push-back ainsi que de la prise des empreintes forcées, et en se prononçant sur les raisons du refus d’application de la clause de souveraineté. La question de savoir si cette appréciation est correcte relève du fond, mais non de la forme. 2.2 L’intéressée reproche encore a u SEM d ’avoir violé la maxime inquisitoire ainsi que son droit d ’être entendu en instruisant et motivant insuffisamment la question de son état de santé. Elle a en substance fait grief à l’autorité intimée de ne pas avoir investigué à satisfaction de droit les troubles du sommeil et le traumatisme dont elle a fait état. Elle soutient en particulier que le SEM ne pouvait pas statuer sans obtenir davantage d’informations sur son état de santé psychique. Elle précise que l’absence de journal de soin s ou de rapport médical au dossier du SEM pourrait s’expliquer par la surcharge de l’infirmerie des centres d’accueil qu’elle a fréquentés et le caractère non urgent de ses affections. En l’occurrence, au moment où l’autorité intimée a statué, elle disposait de deux documents médicaux mettant en évidence les affections de la recourante. Il en ressortait notamment que celle-ci avait bénéficié d ’un traitement médicamenteux pour la gale ainsi que pour des troubles du sommeil et qu’elle avait consulté un médecin en raison d ’une baisse de thymie, lequel a posé le diagnostic de dépression avec probable stress post-traumatique et demandé une consultation en psychiatrie. S’il ressort certes du dossier que cette consultation n ’a pas encore eu lieu , on ne saurait toutefois reprocher au SEM de ne pas avoir att endu sa mise en place pour prendre sa décision. En effet, force est de relever que la recourante a eu accès à des médecins, lors de deux passages aux E-4859/2022 Page 7 urgences en octobre, qu’un diagnostic a été posé et que ceux-ci n’ont pas jugé que son état psychique nécessitait une prise en charge conséquente et urgente, ce que la recourante confirme du reste dans son recours . Les derniers rapports médicaux versés au dossier ne permettent pas de revenir sur cette appréciation, dans la mesure où ils ne font état que d ’affections mineurs (asthme et démangeaisons). Le SEM n’a par conséquent pas violé son devoir d ’instruction d’office ou de motivation s’agissant de l’état de santé de l’intéressée. 2.3 La recourante fait finalement grief au SEM de ne pas avoir effectué les démarches nécessaires auprès des autorités croates suite à l ’invocation par ces dernières de l’art. 20 par. 5 RD III dans leur acceptation de reprise en charge du 13 octobre 2022. Selon l’intéressée, l’autorité intimée aurait dû s ’assurer, dans ces circonstances, qu ’elle puisse valablement faire valoir ses motifs d ’asile en Croatie et bénéficier de conditions d ’accueil dignes et respectueuses des standards internationaux contraignants. Par ailleurs, elle soutient qu ’il appartenait au SEM d ’instruire la cause de manière adéquate sur la question d’un probable renvoi en cascade vers la Türkiye par la Croatie, le taux de re jet des demandes d ’asile de ressortissants turcs dans ce pays étant de 100% pour l’année 2021. Ces griefs relèvent cependant du fond et seront examinés plus loin. 2.4 Dans ces conditions, les griefs d ’ordre formel invoqués par la recourante doivent être rejetés. 3. Saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien-fondé d’une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2 ; 2009/54 consid. 1.3.3 ; 2007/8 consid. 5). 3.1 Il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n ’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d ’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2). 3.2 Aux termes de l ’art. 3 par. 1 RD III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. L a procédure de détermination de l’Etat responsable est engagée aussitôt qu’une demande E-4859/2022 Page 8 d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III). 3.3 Dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), comme en l’espèce, il n’y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon le chapitre III du RD III (cf. ATAF 2017 VI/5 précité consid. 6.2 et 8.2.1, et réf. cit.). L’Etat responsable en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge – dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29 – le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans en avoir reçu la permission, sur le territoire d'un autre Eta t membre (art. 18 par. 1 let. b RD III). 4. 4.1 En l’occurrence, comme déjà relevé, les investigations entreprises par le SEM ont permis d’établir que l’intéressée a déposé une demande d’asile en Croatie le 8 septembre 2022. Sur la base de ces informations, le SEM a soumis aux autorités croates compétentes, dans le délai fixé à l ’art. 23 par. 2 RD III, une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l’art. 18 al. 1 let. b RD III. Le 13 octobre suivant, la Croatie a expressément accepté cette requête sur la base de l’art. 20 par. 5 RD III. 4.1.1 A teneur de cet article, l'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre sans titre de séjour, ou qui y introduit une demande de protection inter nationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre Etat membre pendant le processus de détermination de l'Etat membre responsable (au sujet du retrait de la demande de protection internationale, cf. notamment arrêt du Tribunal E-4367/2022 du 6 octobre 2022 consid. 5.3.2 et réf. cit. ). Cette obligation cesse lorsque l’Etat membre auquel il est demandé d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable peut établir que le demandeur a quitté entre-temps le territoire des Etats membres pendant une période d’au moins trois mois ou a obtenu un titre de séjour d’un autre Etat membre. E-4859/2022 Page 9 4.1.2 En l’espèce, lorsqu’elles ont accepté la requête de reprise en charge formulée par le SEM, les autorités croates ont exposé que l’intéressée avait manifesté son intention de demander l’asile en Croatie, mais avait quitté le centre de réception avant son audition . Ce fait est corroboré par les données enregistrées dans le système Eurodac (cf. supra let. A et consid. 4.1). Dans ces conditions, et dans la mesure où l ’intéressée n’a pas quitté le territoire des Etats membres ni n ’a obtenu de titre de séjour de la part d’un Etat membre dans l’intervalle, il se justifie de faire application de l ’art. 20 par. 5 RD III, conformément à la jurisprudence précitée (cf. supra, consid. 4.1.1). Cette conclusion n ’est pas modifiée par le fait que le Tribunal, dans une autre procédure Dublin (F -2532/2022), a invité le SEM, au stade du recours, à se déterminer notamment sur l ’invocation de cette disposition par les autorités croates (cf. mémoire de recours, p. 11). Dans ces circonstances, c ’est à tort que la recourante reproche au SEM un défaut d’instruction en lien avec l’admission par l’Unité Dublin croate de sa responsabilité sur la base de l ’art. 20 par. 5 RD III. En effet, la reprise en charge de la recourante imposée à la Croatie par cette disposition a pour but de permettre à ce pays "d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l ’examen de la deman de". Partant, la recourante ne saurait contester valablement sa reprise en charge fondée sur cette disposition en raison de l ’absence d’une garantie d ’un examen par la Croatie de sa demande de protection internationale. Elle perd de vue que le transfert d ’une personne vers l ’Etat membre tenu à une obligation de reprise en charge n’a pas nécessairement pour objet de mener à bien l’examen de cette demande (cf. arrêt de la Cour de justice de l ’Union européenne [CJUE] C-582/17 et C-583/17 du 2 avril 2019 points 60). 4.2 En conclusion, la Croatie est bien l’Etat membre tenu de reprendre en charge la recourante pour mener à terme le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l ’examen de la demande de protection internationale de celle-ci. 5. 5.1 En vertu de l’art. 3 par. 2 RD III, lorsqu ’il est impossible de transférer un demandeur vers l ’Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la p rocédure d’asile E-4859/2022 Page 10 et les conditions d ’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l ’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci-après : Charte UE), l ’Etat procédant à la détermination de l ’Etat responsable poursuit l ’examen des critères fixés au chapitre III, afin d’établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable. Lorsqu ’il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l ’Etat membre procédant à la détermination devient l ’Etat responsable. 5.2 Conformément à la pratique développée par le Tribunal dans le cadre de procédures de reprise en charge Dublin (cf. arrêt du Tribunal E-4652/2022 du 24 octobre 2022 consid. 5.1 et réf. cit), il n ’y a pas de sérieuses raisons de croire qu ’il existe en Croatie des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d ’accueil des demandeurs concernés par ces procédures de reprise en charge, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte UE et ce nonobstant les prises de position critiques de plusieurs organismes (notamment le Conseil de l’Europe) essentiellement concernant une pratique de la Croatie consistant à renvoyer collectivement des migrants vers la Bosnie -Herzégovine. Partant, dans le cadre de procédures de reprise en charge Dublin, le respect par la Croatie de ses obligations tirées du droit international public et du droit européen, en matière de procédure d ’asile et de conditions d ’accueil, en particulier le principe de non -refoulement énoncé expressément à l'art. 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30), ainsi que l'interdiction des mauvais traitements ancrée à l'art. 3 CEDH et à l'art. 3 de la Convention contre la torture ou autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 (Conv. tort ure, RS 0.105) demeure présumé (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 8.4 ; 2010/45 consid. 7.4 et 7.5). 5.3 Dans ces conditions , il est vain à la recourante de critiquer l’argumentaire du SEM sur l’absence de défaillances systémiques en se référant à l’arrêt de cassation du Tribunal F-5675/2021 du 6 janvier 2022. En effet, cet arrêt concernait une procédure de prise en charge Dublin. Pour le surplus, la position du SEM sur l’absence de défaillances systémiques dans le cas d’espèce (reprise en charge Dublin) est conforme à la pratique précitée du Tribunal. Quant aux allégations relatives au comportement de la police croate à son égard (prise d’empreintes forcées E-4859/2022 Page 11 et push-back), on ne saurait leur accorder de portée générale décisive sous l’angle de l’art. 3 par. 2 2ème phrase RD III. 5.4 Partant, le SEM a considéré à juste titre, sur la base d ’une motivation suffisante et d’un dossier instruit à satisfaction, que l’application de l’art. 3 par. 2 RD III ne se justifiait pas dans le cas d’espèce. 6. 6.1 Pour s’opposer à son transfert vers la Croatie, l’intéressée a expliqué avoir été refoulée à trois reprises vers la Bosnie par la police croate. A sa quatrième interpellation, elle aurait été emmenée dans un poste de police, ses empreintes digitales auraient été prises de force, puis elle aurait été conduite dans un camp qu ’elle aurait été invitée à quitter après quelques jours au motif qu’elle avait refusé de déposer une demande d’asile. Durant son cour t séjour dans ledit camp, e lle a rapporté avoir été bien traitée, redoutant cependant de retourner en Croatie à cause des passeurs avec lesquels elle aurait rencontré des problèmes. En outre, elle a émis de sérieux doutes quant à l ’accès dans ce pays à une procédure d ’asile équitable et respectueuse de ses droits fondamentaux. Atteinte notamment dans sa santé psychique, elle devrait selon elle être considérée comme particulièrement vulnérable en cas de transfert. A cet égard, elle invoque une violation de l’art. 17 par. 1 RD III en lien avec les art. 3 et 13 CEDH et 3 Conv. torture, ainsi qu ’en lien avec l ’art. 29a al. 3 OA 1. Elle invoque encore une violation de l’art. 2 de la Convention du 18 décembre 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF, RS 0.108). 6.2 Sur la base de l’art. 17 par. 1 RD III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d ’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d ’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une telle demande lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la S uisse relevant du droit international public (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1 ; 2012/4 consid. 2.4). Selon la jurisprudence de la CourEDH (cf. Paposhvili c. Belgique, arrêt de la Grande Chambre du 13 décembre 2016 [req. n°41738/10]), le retour forcé d’une personne touchée dans sa santé n'est susceptible de constituer E-4859/2022 Page 12 une violation de l'art. 3 CEDH que lorsqu’il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l ’absence de tra itements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d ’accès à ceux -ci, à un risque réel d ’être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie (voir également arrêt de la CJUE du 16 février 2017 en l'affaire C-578/16, par. 66 à 68 et l’ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2). 6.3 En l ’espèce, la recourante n’a pas démontré que sa demande de protection déposée en Croatie ne serait pas traitée conformément aux dispositions légales applicables dans ce pays et à la directive Procédure. Dans son cas, rien ne permet de considérer que les autorités croates refuseraient de procéder à l'exa men de sa demande de protection si au terme du processus de détermin ation elle s s’estiment responsables (cf. supra consid. 5.1). Les problèmes soulevés dans le recours concernant la situation générale en Croatie en lien avec la procédure d’asile (cf. supra, consid. 5.2 et p. 8, 12 et 15 s. du recours) ne sauraient infléchir ce raisonnement. Par ailleurs, contrairement à l’avis exprimé dans le recours (cf. p. 13 du mémoire), on ne saurait déduire d’un taux de refus de 100% des demandes d’asile de ressortissants turcs pour l’année 2021 que le transfert de la recourante vers la Croatie conduirait à une expulsion en chaîne ou que ce pays ne respecterait pas le principe de non-refoulement et la contraindrait à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corpo relle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d’où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays. 6.4 L’intéressée, qui n’est restée que quelques jours en Croatie, n' a pas non plus apporté d'indices suffisants qu ’elle serait pr ivée durablement, dans cet Etat, des conditions matérielles prévues par la directive Procédure et la directive n° 2013/33/UE du Conseil du 26 juin 2013 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres (cf. JO L 180/96 du 29.06.2013 ; ci-après : directive Accueil) et qu’elle ne pourrait au besoin y faire valoir ses droits. Elle n’a en particulier pas démontré que ses conditions d'existence dans ce pays revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 Conv. torture (cf. arrêt du Tribunal F -1125/2021 du 19 mars 2021 consid . 4.5) . Au contraire même, elle a allégué avoir été bien traitée durant son séjour au camp de requérants (cf. entretien Dublin). E-4859/2022 Page 13 S’agissant des mauvais traitements qu ’elle aurait subis lors de s es trois premières interpellations en Croatie (push-back vers la Bosnie), ils ne sont ni étayés, ni décisifs. En effet, il n’existe pas de raison concrète et sérieuse d’admettre que lors de son transfert vers ce pays , elle risque d ’être confrontée à nouveau à une situation similaire à celle qu ’elle dit avoir connue à son arrivée en Croatie, en tant que personne étrangère en situation irrégulière qui refusait de donner ses empreintes digitales et de déposer une demande d ’asile. Le rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du 3 décembre 2021 cité dans ce contexte ne permet pas d’aboutir à une autre conclusion puisqu’il dénonce des violences policières non pas à l’encontre de requérants d’asile repris en charge par la Croatie en application du RD III, mais à l ’encontre de migrants entrés en Croatie par une frontière extérieure à l’espace Schengen. Dans ces circonstances, on ne saurait reprocher à l ’autorité inférieure, comme argumenté dans le recours, de ne pas avoir vérifié l ’accès effectif à une protection judiciaire appropriée pour les violences policières subies. A noter encore que les allégués de la recourante sur le traitement qui lui a été réservé en Croatie dans le cadre de l'application de la procédure de relevé des empreintes digitales sont imprécis. En procédant à ce relevé au moment de son interpellation et de l'introduction de sa demand e de protection internationale et à leur transmission au système central Eurodac, les autorités croates n’ont fait que se conformer à leur obligation découlant de l'art. 9 par. 1 et de l ’art. 14 par. 1 du règlement (UE) no 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement Dublin III et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des Etats membres et Europol à des fins répressives, et modifiant le règlement (UE) n o 1077/2011 portant création d'une agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle au sein de l'espace de liber té, de sécurité et de justice (refonte) (JO L180/1 du 29.6.2013). Cela dit, si l a recourante devait toutefois, à l ’issue de son transfert en Croatie, être contrainte par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou s i elle devait estimer que cet Etat ne respecte pas les directives européennes en matière d'asile, viole ses obligations d'assistance à son encontre ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire valoir ses E-4859/2022 Page 14 droits directement auprès des autorités de c e pays (cf. art. 26 directive Accueil). 6.5 6.5.1 Compte tenu de la jurisprudence restrictive en la matière, il y a lieu de considérer que les problèmes de santé évoqués par la recourante (cf. supra, consid. 2.2) ne sont pas d’une gravité telle qu’il se justifierait de renoncer à son transfert vers la Croatie (cf. arrêt de la CourEDH Paposhvili précité). En effet, les examens médicaux subis, les diagnostics posé s et les traitements prescrits ne sont pas révélateurs de maladies d’une gravité ou d’une spécificité telle qu’elles ne pourraient pas être traitées en Croatie (sur les possibilités de prise en charge médicale dans le domaine de l’asile en Croatie, cf. arrêts du Tribunal D-1418/2022 du 4 avril 2022 consid. 5.3.6 et D-1241/2022 du 25 mars 2022 p. 7). En tout état de cause, on rappellera que ce pays, qui est lié par la directive Accueil, doit faire en sorte que les demandeurs d ’asile reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves, et fournir l ’assistance médicale ou autre nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d ’accueil, y compris, s ’il y a lieu, des soins de santé men tale appropriés (art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive). Les rapports, notamment celui de l ’OSAR de d écembre 2021, auquel se réfère l’intéressée dans son recours, ne remettent pas en cause cette appréciation, étant rappelé que le Tribunal a déjà, à plusi eurs reprises, retenu que l ’aide apportée par les organisations non gouvernementales permettait notamment de suppléer aux lacunes des infrastructures psychothérapeutiques étatiques en Croatie (cf. dans ce sens, arrêts du Tribunal E-4698/2022 du 27 octobre 2022 consid. 6.5.1 et réf. cit.). 6.5.2 Cela étant, le cas échéant, il incombera aux autorités suisses chargées de l'exécution du transfert de transmettre à leurs homologues croates, en temps utile, les renseignements permettant une prise en charge médicale adé quate de la recourante (art. 31 et 32 RD III), qui a donné son accord écrit à la transmission d’informations médicales. 6.6 Enfin, comme le Tribunal l ’a déjà rappelé à plusieurs reprises, l ’art. 2 CEDEF ne constitue pas une norme directement applicable. La recourante ne saurait partant s ’en prévaloir pour s ’opposer à son transfert vers la Croatie (cf. arrêt du Tribunal D-4646/2022 du 20 octobre 2022 consid. 6.6 E-4859/2022 Page 15 et réf. cit.). Elle n’a du reste en rien démontré que son transfert l’exposerait à des formes grav es de discrimination ou de violence en raison de sa qualité de femme. 6.7 Par conséquent, le transfert de l’intéressée vers la Croatie n ’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée. 6.8 Il y a en outr e lieu de constater que le SEM a établi de manière complète et exacte l ’ensemble des faits pertinents pour l ’examen de la question et n'a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation, qui est large, en refusant d'admettre l'existence de raisons hu manitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, en combinaison avec l'art. 17 par. 1 RD III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 7. C’est ainsi à bon droit que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de l’intéressée, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de Suisse vers la Croatie, en application de l'art. 44 LAsi. Par conséquent, le recours doit être rejeté. 8. S’avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d’écritures (art. 111a al. 1 LAsi). 9. 9.1 Dans la mesure où il est immédiatement statué sur le fond, les demandes tendant à l ’octroi de l ’effet suspensif et à la dispense du versement d ’une avance de frais sont sans objet, les mesures superprovisionnelles ordonnées le 26 octobre 2022 prennent fin . Les conclusions du recours étant d ’emblée vouées à l ’échec, la requête d’assistance judiciaire partielle est rejetée. 9.2 Vu l’issue de la cause, il y a ainsi lieu de mettre les frais de procédure à la charge de la recourante, conformément à l’art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). E-4859/2022 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d 'un montant de 750 francs, sont mis à la charge de la recourante. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé à la recourante , au SEM et à l 'autorité cantonale. La juge unique : La greffière : Camilla Mariéthoz Wyssen Miléna Follonier