Arrêt du 25 novembre 2014 Cour des plaintes Composition Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, président, Roy Garré et Nathalie Zufferey Franciolli, la greffière Manuela Carzaniga Parties A. INC., représentée par Mes Paul Gully-Hart et Rania Tawil, avocats, recourante contre MINISTÈRE PUBLIC DU CANTON DE GENÈVE, partie adverse Objet Entraide judiciaire internationale en matière pénale à la France Saisie de valeurs (art. 80e al. 2 let. a EIMP) B u n d e s s t r a f g e r i c h t T r i b u n a l p é n a l f é d é r a l T r i b u n a l e p e n a l e f e d e r a l e T r i b u n a l p e n a l f e d e r a l Numéro de dossier: RR.2014.307 - 2 - Vu: - les commissions rogatoires des 10 juin et 24 octobre 2014, par les quelles le Juge d'instruction du T ribunal d e grand e instance de Paris (ci -après: l'autorité requérante) a informé les autorités suisses qu'une enquête pénale avait été ouverte notamment contre B., alias C., pour escroquerie en bande organisée et blanchiment en bande organisée d'escroquerie en bande organisée au sens du Code pénal français (act. 1.3 et 1.4), - que l'autorité requérante a demandé d'identifier le compte ouvert au nom de la société D. Corp. auprès de la banque E. (agence de Genève), dont F. serait le bénéficiaire économique (act. 1.4, p. 6), - la décision d'entrée en matière et d'exécution de l'entraide du Ministère public du canton de Genève (ci-après: MP -GE) du 6 novembre 2014, admettant la demande d'entraide du 24 octobre 2014 et ordonnant son exécution par ordonnance séparée (act. 1.2), - l'ordonnance d'exécution du 6 novembre 2014 accompagnant la décision précitée et ordonnant à la banque E. le dépôt des pièces relatives aux relations bancaires pour lesq uelles D. Corp. ou F. sont titulaires, ayant s droit économique s ou bénéficiaires d'une procuration, ainsi que le séquestre de tous les avoirs y déposés (act. 1.1), - le recours déposé le 20 novembre 2014 par la société panaméenne A. Inc. contre "l'ordonnance d'entrée en matière et d'exécution du 6 novembre 2014" (act. 1), et considérant: - que l'entraide judiciaire entre la République française et la Confédération suisse est prioritairement régie par la Convention européenne d’entraide judiciaire en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1), ainsi que par l'Accord bilatéral complétant cette convention (RS 0.351.934.92); - 3 - - qu'à compter du 12 décembre 2008, les art. 48 ss de la Conventio n d’application de l’Accord Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922(02); Journal officiel de l’Union européenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62) s’appliquent également à l’entraide pénale entre la Suisse et la France; - que pour le surplus, la loi fédérale sur l’entraide pénale internationale en matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP; RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas régies, explicitement ou implicitement, par les traités (ATF 130 II 337 consid. 1; 128 II 355 consid. 1 et la jurisprudence citée); le droit interne s'applique en outre lorsqu'il est plus favorable à l'octroi de l’entraide (ATF 137 IV 33 consid. 2.2.2 et les références citées); le principe du droit le plus favorabl e à l’entraide s’applique aussi pour ce qui concerne le rapport entre elles des normes internationales pertinentes (v. art. 48 par. 2 CAAS); l’application de la norme la plus favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c); - qu'à teneur de l'art. 80e al. 1 EIMP, mis en relation avec l’art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la l oi fédérale sur l’organisation des autorités pénales de la Confédération (LOAP; RS 173.71), peuvent faire l'objet d'un recours devant l'autorité de céans la décision de l'autorité d'exécution relative à la clôture de la procédure d'entraide et, conjointement, les décisions incidentes; - qu'aux termes de l’art. 80 h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière d’entraide quic onque est personnellement et directement touché par une mesure d’entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit annulée ou modifiée; - qu'en précisant cette disposition, l'art. 9 a Iet. a OEIMP et la jurisprudence, reconnaissent au titulaire d'un compte bancaire la qualité pour recourir contre la remise à l'Etat requérant d'informations relatives à ce compte et le séquestre de valeurs (ATF 127 II 198 consid. 2d); - qu'en l'espèce, la recourante allègue être titulaire du compte n° 1 ouvert auprès de la banque E., dont F. serait l'ayant droit économique et qui a été frappé du séquestre précité; - qu'en vertu de l'art. 80 e al. 2 EIMP, les décisions incidentes antérieures à la décision de clôture peuvent faire l’objet d’un recours s éparé si elles causent à la personne touchée un préjudice immédiat et irréparable en raison de la saisie d’objets ou de valeurs ou de la présence de personnes - 4 - qui participent à la procédure à l’étranger (ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en matière pénale, 3e éd. 2009 Berne, n° 513, p. 468); - que la notion de préjudice immédiat et irréparable doit être interprétée de manière restrictive (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2007.131 du 27 novembre 2007, consid. 2.1 et la jurisprudence citée); - que le prononcé d’un séquestre ne crée pas ipso facto un dommage immédiat et irréparable ouvrant la voie du recours; pour que la condition de l’art. 80 e al. 2 let. b EIMP soit remplie, il faut que la personne touchée rende vraisemblable que la mes ure qu’elle critique lui cause un tel dommage et en quoi celui -ci pourrait être évité par l’annulation de la décision attaquée (ATF 128 II 211 consid. 2.1); - qu'il incombe alors au plaideur d'indiquer, dans l'acte de recours, en quoi consiste le préjudice prétendument subi et pourquoi ce préjudice ne serait pas totalement prévenu par un arrêt annulant, le cas échéant, la décision de clôture qui interviendra ultérieurement; - qu'un tel préjudice consiste par exemple dans l'impossibilité de satisfaire à des obligations échues (paiement de salaires, intérêts, impôts, prétentions exigibles, etc.), dans le fait d'être exposé à des actes de poursuite ou de faillite, ou à la révocation d'une autorisation administrative, ou dans l'impossibilité de conclure des affaires sur le point d'aboutir (ATF 128 II 353 consid. 3); - que l 'éventuel préjudice ne doit pas simplement être allégué par le recourant, mais rendu vraisemblable sur la base d'éléments spécifiques et concrets ( idem); l a seule nécessité de faire face à des dépenses administratives courantes ne suffit pas, en règle générale, à rendre vraisemblable un préjudice immédiat et irréparable (arrêts du Tribunal fédéral 1A.206/2001 du 9 janvier 2002, consid. 2.2; 1A.39/2002 du 2 avril 2002, consid. 3; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2007.126 du 26 septembre 2007, consid. 2.3); de même, le recourant doit rendre vraisemblable qu'il ne dispose pas d'autres ressources financières en suffisance pour faire face à ses obligations (cf . arrêt du Tribunal fédéral 1A.130/2006 du 28 juillet 2006, consid. 1.3; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2009.155 du 7 mai 2009, consid. 2.5.1); le préjudice au sens de l'art. 80e let. b EIMP ne doit pas nécessairement être réalisé pour être immédiat; si de simples conjectures ou hypothèses ne démontrent pas ce - 5 - caractère, une perspective sérieuse et rapprochée peut suffire (arrêt du Tribunal fédéral 1A.86/2004 du 8 juin 2004, consid. 2); - qu'en l'espèce, la recourante conclut notamment à ce qu'un délai pour compléter son recours lui soit accordé , pour lui permettre d'apporter des moyens de preuves relatifs au préjudice immédiat et irréparable (act. 1, p. 3); - qu'il ne saurait être donné suite à cette requête; - qu'en effet, dans sa motivation relative à la recevabilité du recours , la recourante n'explique pas en quoi la décision querellée lui causerait un préjudice immédiat et irréparable; elle expose en revanche le prétendu préjudice immédiat et irréparable que subirait F., l'ayant droit économique de la relation bancaire qui fait l’objet du séquestre , soit une personne non habilitée à recourir selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéra l (ATF 137 IV 134 consid. 5.2.1) ; il apparaît dès lors que les compléments que la recourante propose de fournir concernent ce préjudice et non le sien propre; - que pour le surplus, la recourante n'a llègue pas d'autres préjudices propres, ni a fortiori que l'éventuel préjudice qu'elle subirait ne pourrait pas être réparé par un arrêt annulant, le cas échéant, la décision de clôture qui interviendra ultérieurement; - que la recourante n 'invoque ainsi pas de préjudice immédiat et irréparable au sens de l'art. 80e al. 2 EIMP; - que le recours doit par conséquent être déclaré irrecevable; - que le recours étant d’emblée irrecevable, la Cour de céans a renoncé à procéder à un échange d’écritures (art. 57 al. 1 a contrario de la loi fédérale sur la procédure administrative [PA; RS 172.021], applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2 let. b LOAP) et à percevoir une avance de frais (art. 63 al. 4 in fine PA); - qu'en tant que partie qui succombe, la recourante doit supporter les frais du présent arrêt (art. 63 al. 1 PA), lesquels sont fixés à CHF 1'000 .-- (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162]; art. 63 al. 5 PA). - 6 - Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 1. Le recours est irrecevable. 2. Un émolument de CHF 1'000.-- est mis à la charge de la recourante. Bellinzone, le 26 novembre 2014 Au nom de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral Le président: La greffière: Distribution - Mes Paul Gully-Hart et Rania Tawil, avocats - Ministère public du canton de Genève - Office fédéral de la justice, Unité Entraide judiciaire Indication des voies de recours Les décisions préjudicielles et incidentes qui sont notifiées séparément et qui portent sur la compétence ou sur une demande de récusation peuvent faire l’objet d’un recours (art. 92 al. 1 LTF). Ces décisions ne peuvent plus être attaquées ultérieurement (art. 92 al. 2 LTF). En matière d’entraide pénale internationale, les autres décisions préjudicielles et incidentes notifiées séparément ne peuvent faire l’objet d’un recours. C’est sous réserve des décisions relatives à la détention extraditionnelle ou à la saisie d’objets et de valeurs, si elles peuvent causer un préjudice irréparable ou si l’admission du recours peut conduire immédiatement à une décision finale qui permet d’éviter une procédure probatoire longue et coûteuse (cf. art. 93 al. 1 et 2 LTF). Si le recours contre les décisions préjudicielles et incidentes n’est pas ouvert au sens de l’art. 93 al. 1 et 2 LTF ou qu’il n’est pas utilisé, ces décisions peuvent être attaquées par un recours contre la décision finale dans la mesure où elles influent sur le contenu de celle-ci (cf. art. 93 al. 3 LTF). Le recours n’est recevable contre une décision rendue en matière d’entraide pénale internationale que s’il constitue un cas particulièrement important (cf. art. 84 al. 1 LTF).Un cas est particulièrement important notamment lorsqu’il y a des raisons de supposer que la procédure à l’étranger viole des principes fondamentaux ou comporte d’autres vices graves (art. 84 al. 2 LTF). Le recours doit être déposé deva nt le Tribunal fédéral dans les 10 jours qui suivent la notification de l’expédition complète (cf. art. 100 al. 1 et 2 let. b LTF).