R E P U B L I Q U E E T C A N T O N D E G E N E V E P O U V O I R J U D I C I A I R E A/2410/2024 MC JTAPI/728/2024 JUGEMENT DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PREMIÈRE INSTANCE du 23 juillet 2024 dans la cause Monsieur A______, représenté par Me Innocent SEMUHIRE, avocat contre OFFICE CANTONAL DE LA POPULATION ET DES MIGRATIONS - 2/10 - A/2410/2024 EN FAIT 1. Monsieur A______, né le ______ 1982, ressortissant de Guinée -Bissau, est dépourvu de tout document d'identité. Il a déposé, le 2 mars 2010, une demande d'asile en Suisse, laquelle a fait l'objet d'une décision de non-entrée en matière et de renvoi. La prise en charge et l'exécution du renvoi de l'intéressé ont été confiées au canton de Genève. En raison de la disparition de l'intéressé, son transfert en Espagne, Etat Dublin responsable, n'a pas pu être effectué. 2. Après avoir été reprise en 2016, la procédure d'asile a été radiée en raison de l'absence de collaboration de l'intéressé. M. A______ a par ailleurs fait l'objet d'une interdiction d'entrée en Suisse, notifiée le 24 octobre 2015 et valable jusqu'au 2 octobre 2019. En outre, le 22 juin 2017, l'intéressé s'est vu notifier par l'office cantonal de la population et des migrations (ci -après : OCPM) un e décision immédiatement exécutoire de renvoi de Suisse. 3. Entre le 18 janvier 2014 et le 17 octobre 2022, M. A______ a été condamné à sept reprises pour, notamment, entrée illégale (violation de l'interdiction d'entrer en Suisse prononcée à son encontre), séjour illégal, opposition aux actes de l'autorité, empêchement d'accomplir un acte officiel, délit contre la loi sur les stupéfiants et rupture de ban. Le 13 septembre 2018, le Tribunal de police de Genève a prononcé une expulsion judiciaire à son encontre, pour une durée de dix ans. 4. La demande de soutien en vue de l'exécution du renvoi, initiée auprès du secrétariat d'Etat aux migrations (ci -après : SEM) en mai 2017, n'a à ce jour pas abouti en raison de l'absence de collaboration de M. A______. 5. En 2017, l'intéressé a été présenté à une délégation de Guinée -Bissau devant laquelle il a prétendu être originaire de Gambie, et ce alors même qu'à son arrivée en Suisse, il avait déclaré être ressortissant de Guinée-Bissau. 6. En 2018, dans le cadre d’un test LINGUA , il a prétendu ne pas pouvoir parler en langue mandingue. 7. En 2019, présenté à une délégation de Gambie, il a indiqué devant celle -ci être originaire de Guinée-Conakry. 8. Le 17 octobre 2022, M. A______ a été incarcéré à la Prison de Champ-Dollon, puis transféré à l'établissement de la Brenaz le 12 janvier 2023 dans le cadre de l'exécution des peines prononcées à son encontre. 9. Par jugement du 6 juin 2023, le Tribunal d'application des peines et des mesures a refusé la libération conditionnelle à M. A______. Il ressortait dudit jugement que : « S'agissant du pronostic, il se présente sous un jour très défavorable au vu des nombreux antécédents du précité. Les courtes peines privatives de liberté successives prononcées à son encontre ne l'ont pas dissuadé de récidiver. Il a par ailleurs récidivé après l'octroi d'une libération conditionnelle le 9 mars 2016. Sa situation personnelle demeure inchangée et on ne perçoit aucun effort du précité - 3/10 - A/2410/2024 pour modifier la situation, étant rappelé qu'il fait l'objet d'une expu lsion de Suisse d'une durée de dix ans. Aucun projet concret et étayé n'est présenté, de sorte qu'il se retrouvera à sa sortie dans la même situation personnelle que celle ayant mené à ses dernières condamnations, à savoir en situation illégale en Suisse, sans travail, ni logement. Il n'a aucune garantie de pouvoir séjourner légalement en Espagne, où il dit vouloir se rendre à sa sortie. Enfin, le précité n'entreprend aucune démarche aux fins de se procurer des pièces de légitimation. En l'état, rien n'indi que que le précité saurait mettre davantage à profit une nouvelle libération conditionnelle et le risque qu'il commette de nouvelles infractions apparaît très élevé, étant précisé qu'à teneur des dernières condamnations figurant à son casier judiciaire, ce risque ne se limite pas à des infractions à la loi sur les étrangers et l'intégration ». 10. Il ressort par ailleurs du rapport d'arrestation du 17 octobre 2022 que M. A______ reconnaissait être venu en Suisse le 16 octobre 2022 depuis la France - où il déclarait vivre, sans toutefois connaître son adresse -, n'avoir aucun lieu de résidence fixe sur le territoire helvétique, avec lequel il n'avait au demeurant aucun lien particulier, ni aucune source légale de revenu. Il ressortait également de ses déclarations qu'il n'avait effectué aucune démarche en vue de son retour dans son pays d'origine, où il n'avait d'ailleurs aucune intention de retourner. 11. À sa sortie de prison, le 30 septembre 2023, M. A______ a été remis entre les mains des services de police en vue de son refoulement. 12. Le même jour, à 14h25, le Commissaire de police a ordonné la mise en détention administrative de M. A______ pour une durée de cinq mois. Afin de poursuivre le processus d'identification et en vue d'obtenir la reconnaissance officielle de M. A______ en tant que ressortissant gambien, le SEM avait décidé de le présenter à nouveau à une délégation gambienne dans le cadre des auditions centralisées qui devaient avoir lieu à la fin du mois de novembre 2023, auditions à la suite desquelles l'intéressé - une fois officiellement identifié – pourrait, compte tenu de l'absence de collaboration dont il faisait preuve depuis de nombreuses années, être inscrit sur le prochain vol spécial prévu à destination de la Gambie. Au commissaire de police, M. A______ a déclaré qu'il s'opposait à son renvoi dans son pays d’origine mais souhaitait se rendre au plus vite en Espagne et qui tter la Suisse. 13. Entendu le 2 octobre 2023 par le Tribunal administratif de première instance (ci-après : le tribunal), M. A______ a déclaré être originaire de Guinée. Il n’avait aucun document d'identité à produire. Il était revenu en Suisse le 16 octobre 2022 en provenance d'Espagne et avait immédiatement été arrêté et placé en détention. Il n’avait jamais habité en France. Il n’avait pas d'autorisation de séjour en Espagne où il avait travaillé dans la culture des fruits. Il n’était pas d'accord de retourner en Gambie ni en Afrique. S’il était remis en liberté, il se rendrait en Espagne. La représentante du commissaire de police a confirmé que M. A______ serait présenté fin novembre à une délégation gambienne aux fins d'identification. Une - 4/10 - A/2410/2024 fois qu'il sera it officiellement reconnu comme étant gambien, un laissez -passer serait délivré en vue de son renvoi, étant précisé qu'aucun vol avec escorte policière ne pouvait être organisé à destination de la Gambie. 14. Par jugement JTAPI/1065/2023 du 3 octobre 2023, le tribunal a confirmé l’ordre de mise en détention administrative pour une durée de cinq mois, soit jusqu'au 28 février 2024 inclus. 15. Le 20 octobre 2023, la chambre administrative de la Cour de justice a rejeté le recours interjeté le 13 octobre 2023 par M. A______ contre le jugement précité du tribunal (ATA/1151/2023). 16. Le 28 novembre 2023, l'intéressé a été présenté lors d'une audition centralisée menée par une délégation de la République de Gambie. 17. Le 12 février 2024, le SEM a indiqué à l’OCPM que l'intéres sé avait refusé de collaborer lors de l'audition centralisée du 28 novembre 2023, en se disant notamment d'origine guinéenne. À ce jour, des démarches de vérifications sur la base d'un passeport échu étaient toujours en cours du côté des autorités gambiennes. Dans l'intervalle et si cela s'avérait nécessaire, il poursuivrait les mesures d'identification et conduirait l'intéressé aux prochaines auditions guinéennes qui devraient avoir lieu au cours du deuxième semestre 2024. 18. Par requête motivée du 16 février 2024 l’OCPM a sollicité la prolongation de la détention administrative de M. A______ pour une durée de trois mois. 19. Devant le tribunal, lors de l'audience du 27 février 2024, M. A______ a déclaré qu’il n’était pas d’accord de retourner en Gambie. Il était originaire de Guinée Conakry. Il n’était toutefois pas d’accord non plus de retourner dans ce pays, car il y risquerait pour sa vie. Il souhaitait être remis en liberté et quitter la Suisse. Cas échéant, il le ferait immédiatement. La représentante de l’OCPM a indiqué que les démarches de vérification sur la base du passeport échu de M. A______ étaient toujours en cours. De même, les autorités envisageaient toujours de le présenter, si besoin, aux prochaines auditions guinéennes qui devraient avoir lieu au cours du deuxième semestre 2024. M. A______ pouvait toujours contacter la délégation de son pays d’origine afin d’obtenir un laissez -passer qui permettrait de finaliser, dans les meilleurs délais, son refoulement et ainsi mettre fin rapidement à sa détention administrative. 20. Par jugement du 27 février 2024 (JTAPI/171/2024), le tribunal a prolongé la détention administrative de M. A______ pour une durée de trois mois, soit jusqu'au 28 mai 2024 inclus. 21. Le 7 mai 2024, le SEM a informé les autorités genevoises qu'une visite à Banjul dans le cadre d'une délégation était prévue fin mai 2024 et que le cas de M. A______ y serait discuté dans le but de l'identifier. - 5/10 - A/2410/2024 22. Par requête motivée du 13 mai 2024, l'OCPM a sollicité la prolongation de la détention administrative de M. A______ pour une durée de deux mois, soit jusqu'au 28 juillet 2024. 23. Devant le tribunal, lors de l'audience du 21 mai 2024, M. A______ a répété être ressortissant de Guinée-Conakry. 24. Par jugement du 21 mai 2024 (JTAPI/477/2024), le tribunal a prolongé la détention administrative de M. A______ pour une durée de deux mois, soit jusqu'au 28 juillet 2024. 25. Le 28 juin 2024, le SEM informait l'OCPM qu'aucun résultat n'avait pu être obtenu pour le cas de M. A______ lors de la visite à Banjul et que le SEM dé pendait maintenant de la coopération de l'immigration gambienne afin d'obtenir une réponse concernant l'identification de l'intéressé. 26. Le 11 juillet 2024, le SEM confirmait à l'OCPM n'avoir encore obtenu aucune réponse de la Gambie. 27. Par requête motivée du 15 juillet 2024, l’OCPM a sollicité la prolongation de la détention administrative de M. A______ pour une durée de deux mois. 28. Devant le tribunal, lors de l'audience de ce jour, M. A______ a déclaré qu'il n'était pas Gambien mais ressortissant de Guinée -Conakry. Il n’avait pas de passeport et n’en avait jamais eu. Il n'était pas d’accord d’entreprendre des démarches pour obtenir un passeport auprès des représentations consulaires de son pays. Il avait des problèmes en Guinée-Conakry car il avait failli y perdre la vie. Son père était décédé et sa mère, ressortissante du Mali, vivait dans son pays d’origine. Il n’avait pas la nationalité malienne. Il était d’accord de quitter la Suisse mais il voulait partir en Espagne. Il souhaitait y déposer une demande de séjour. Pour l’instant, il n’en avait pas. Avant d’être détenu, il vivait en Espagne. Le jour où il était arrivé en Suisse, il avait été arrêté. Il était revenu en Suisse car sa copine vivait ici, mais il était célibataire désormais. Il n’avait pas de domicile en Suisse, ni amis ni travail. La représentante de l'OCPM a indiqué que les autorités suisses étaient toujours dans l’attente d’une réponse des autorités gambiennes concernant l’identification de M. A______. Elles espéraient obtenir une réponse dans les deux mois. Elle a conclu à ce que la prolongation de la détention de M. A______ soit ordonnée pour une durée de deux mois. Le conseil de l'intéressé a conclu à la levée immédiate de la détention de son client, subsidiairement à son assignation dans un endroit ouvert à déterminer pour qu’il se fasse soigner, encore plus subsidiairement à ce que la prolongation de sa détention ne dépasse pas vingt jours. EN DROIT - 6/10 - A/2410/2024 1. Le Tribunal administratif de première instance e st compétent pour prolonger la détention administrative en vue de renvoi ou d'expulsion (art. 115 al. 1 et 116 al. 1 de la loi sur l’organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ - E 2 05 ; art. 7 al. 4 let. e de la loi d'application de la loi fédérale sur les étrangers du 16 juin 1988 - LaLEtr - F 2 10). 2. S'il entend demander la prolongation de la détention en vue du renvoi, l'OCPM doit saisir le tribunal d'une requête écrite et motivée dans ce sens au plus tard huit jours ouvrables avant l’expiration de la détention (art. 7 al. 1 let. d et 8 al. 4 LaLEtr). 3. En l'occurrence, le 15 juillet 2024, le tribunal a été valablement saisi, dans le délai légal précité, d'une requête de l'OCPM tendant à la prolongation de la détention administrative de M. A______ pour une durée de deux mois. 4. Statuant ce jour, le tribunal respecte le délai fixé par l'art. 9 al. 4 LaLEtr, qui stipule qu'il lui incombe de statuer dans les huit jours ouvrables qui suivent sa saisine, étant précisé que, le cas échéant, il ordonne la mise en liberté de l’étranger. 5. La détention administrative porte une atteinte grave à la liberté personnelle et ne peut être ordonnée que dans le respect de l'art. 5 par. 1 let. f de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamental es du 4 novembre 1950 (CEDH - RS 0.101) (cf. ATF 135 II 105 consid. 2.2.1) et de l'art. 31 de la Constitution fédérale su isse du 18 avril 1999 (Cst. - RS 101), ce qui suppose en premier lieu qu'elle repose sur une base légale. Le respect de la légalité implique ainsi que la mise en détention administrative ne so it prononcée que si les motifs prévus dans la loi sont concrètement réalisés (ATF 140 II 1 consid. 5.1 ; arrêts du Tribunal fédéral 2C_105/2016 du 8 mars 2016 consid. 5.1 ; 2C_951/2015 du 17 novembre 2015 consid. 2.1). 6. À teneur de l'art. 76 al. 1 let. b ch. 1 LEI (cum art. 75 al. 1 LEI), après notification d'une décision de première instance de renvoi ou d'une décision de première instance d'expulsion au sens des art. 66a ou 66abis du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP - RS 311.0 ), l'autorité compétente peut, afin d'en assurer l'exécution, mettre en détention la personne concernée notamment si elle a franchi la frontière malgré une interdiction d’entrer en Suisse et n'a pu être renvoyée immédiatement (let. c). 7. Il découle de la jur isprudence qu'une décision d'expulsion pénale au sens des art. 66a ou 66abis CP vaut comme interdiction d'entrée pour la durée prononcée par le juge pénal (ATA/179/2018 du 27 février 2018 consid. 4). 8. Une mise en détention administrative est aussi envisageable si des éléments concrets font craindre que la personne entend se soustraire au renvoi ou à l'expulsion, en particulier parce qu'elle ne se soumet pas à son obligation de collaborer en vertu de l'art. 90 LEI (art. 76 al. 1 let. b ch. 3 LEI), ou encore si son comportement permet de conclure qu'elle se refuse à obtempérer aux instructions des autorités (art. 76 al. 1 let. b ch. 4 LEI). - 7/10 - A/2410/2024 9. La détention administrative doit respecter le principe de la proportionnalité, garanti par l'art. 36 Cst., qui se compose des règles d'aptitude - exigeant que le moyen choisi soit propre à atteindre le but fixé -, de nécessité - qui impose qu'entre plusieurs moyens adaptés, on choisisse celui qui porte l'attei nte la moins grave aux intérêts privés - et de proportionnalité au sens étroit - qui met en balance les effets de la mesure choisie sur la situation de l'administré et le résultat escompté du point de vue de l'intérêt public (ATF 125 I 474 consid. 3 et les arrêts cités ; arrêt du Tribunal fédéral 1P.269/2001 du 7 juin 2001 consid. 2c ; ATA/189/2015 du 18 février 2015 consid. 7a). 10. Les démarches nécessaires à l'exécution du renvoi ou de l'expulsion doivent être entreprises sans tarder (art. 76 al. 4 LEI ; « principe de célérité ou de diligence »). Il s'agit d'une condition à laquelle la détention est subordonnée (cf. arrêt du Tribunal fédéral 2A.581/2006 du 18 octobre 2006 ; cf. aussi ATA/315/2010 du 6 mai 2010 ; ATA/88/2010 du 9 février 2010 ; ATA/644/2009 du 8 décembre 2009 et les références citées). 11. Selon la jurisprudence, le devoir de célérité est en principe violé lorsque, pendant plus de deux mois, aucune démarche n'est accomplie en vue de l'exécution du refoulement par les autorités compétentes, sans que cette inaction soit en première ligne causée par le comportement des autorités étrangères ou celui de l'intéressé lui- même (ATF 139 I 206 consid. 2.1 et les arrêts cités ; arrêt du Tribunal fédéral 2C_18/2016 du 2 février 2016 consid. 4.2 ; ATA/567/2016 du 1er juillet 2016 consid. 7a). 12. Selon l'art. 79 al. 1 LEI, la détention ne peut excéder six mois au total. Cette durée maximale peut néanmoins, avec l’accord de l’autorité judiciaire cantonale, être prolongée de douze mois au plus, lorsque la personne concernée ne coopère pas avec l’autorité compétente (art. 79 al. 2 let. a LEI) ou lorsque l’obtention des documents nécessaires au départ auprès d’un État qui ne fait pas partie des États Schengen prend du retard (art. 79 al. 2 let. b LEI). Concrètement, dans ces deux circonstances, la détention administrative peut donc atteindre dix-huit mois (cf. not. arrêt du Tribunal fédéral 2C_560/2021 du 3 août 2021 consid. 8.1). 13. Selon l'art. 80 al. 4 LEI, l'autorité judiciaire qui examine la décision de détention de maintien ou de levée tient compte de la situation familiale de la personne détenue et des conditions d'exécution de la détention. La détention doit en particulier être levée, selon l'art. 80 al. 6 let. a LEI, si le motif de la détention n'existe plus ou si l'exécution du renvoi ou de l'expulsio n s'avère impossible pour des raisons juridiques ou matérielles ou qu'elle ne peut être raisonnablement exigée, cette dernière disposition légale renvoyant à l'art. 83 al. 1 à 4 LEI (cf. ATA/92/2017 du 3 février 2017 consid. 5a ; ATA/1173/2015 du 30 octobre 2015 consid. 5b). 14. Selon la jurisprudence, le simple fait que les autorités chargées du refoulement des étrangers se heur tent à des difficultés et risquent de ne pouvoir le faire en temps utile n'est pas suffisant pour lever la détention. Sous l'angle du principe de la proportionnalité, la détention n'est inadmissible que si des raisons sérieuses laissent - 8/10 - A/2410/2024 penser que la mesure d'éloignement ne pourra certainement pas intervenir avant la fin du délai légal de détention (ATF 122 II 148 consid. 3 ; arrêt du Tribunal fédéral 2A.584/2003, 2A.606/2003 du 8 janvier 2004 consid. 6 ; 2A.549/2003 du 3 décembre 2003 consid. 2. 2 ; Grégor CHATTON/Laurent MERZ in Minh Son NGUYEN/Cesla AMARELLE [éd.], Code annoté de droit des migrations, vol. II : LEtr, 2017, n. 5 p. 780). 15. En l'espèce, s'agissant du principe de la détention de M. A______, sa légalité a déjà été examinée et admise par le tribunal le 3 octobre 2023 et confirmée par la chambre administrative le 20 octobre 2023, puis à nouveau examinée et admise par le tribunal le 27 février 2024 et le 21 mai 2024. En l'absence d'un changement déterminant des circonstances depuis lors, la légalité de sa détention doit à nouveau être admise. 16. Contrairement à ce que soutient M. A______ la perspective de son renvoi n’a pas cessé d’être prévisible : on n’est en effet pas dans une situation où l’exécution du renvoi paraît pratiquement exclu, comme cela a par exemple été récemment admis par le Tribunal fédéral dans son arrêt 2C_468/2022 du 7 juillet 2022, lequel rappelle que le renvoi ne peut pas être considéré comme hautement improbable lorsque l’autorité ou le juge dispose d’indications suffisamment concrètes sur la possibilité d’exécuter ce renvoi dans un délai prévisible. En l’occurrence, après avoir discuté de la situation de M. A______ avec le délégation guinéenne fin mai 2024, les autorités suisses sont dans l’attente d’une réponse formelle dans les deux mois. Dans ces circonstances, il n’y a pas lieu de retenir que l’on serait désormais dans une situation où la date d’exécution du renvoi cesserait d’être prévisible, quand bien même il est vraisemblable que les démarches préalables puissent encore durer quelques mois. A noter que si M. A______ collaborait à son identification auprès des autorités de son pays d’origine, sa détention prendrait fin rapidement. 17. L'assurance du départ effectif de M. A______ répond toujours à un intérêt public certain et s'inscrit dans le cadre des obligations internationales de la Suisse (cf. not. art. 3 ch. 3 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, reprise par la Suisse dans le cadre du développement de l'acquis de Schengen - Directive sur le retour - RO 2010 592 5), étant rappelé que les autorités suisses doivent s'assurer du fait qu'il quittera effectivement le territoire, désormais - et sans autre option possible en l'état - à destination de son pays d'origine (cf. not. art. 8 par. 6 de la Directive sur le retou r et 15f de l'ordonnance sur l'exécution du renvoi et de l'expulsion d'étrangers du 11 août 1999 - OERE - RS 142.281). Ainsi, M. A______ ne saurait être remis sans autre en liberté pour qu itter la Suisse en choisissant lui - même son lieu de destination. Dans son principe, la détention en cause n'est par conséquent toujours pas contraire au principe de la proportionnalité. 18. Concernant le principe de diligence et célérité, il est en l'état resp ecté. En effet, le temps pris en vue de finaliser le renvoi de l'intéressé ne saurait être imputé aux - 9/10 - A/2410/2024 autorités suisses, ces dernières étant tributaires de la reconnaissance de l’intéressé par les autorités de son pays d’origine, origine qui doit encore êt re établie et, ensuite, la délivrance d’un laissez -passer par ces dernières en sa faveur. Il faut souligner que les délais et difficultés auxquelles font face les autorités suisses sont dues à l'attitude de M. A______, qui n'a eu de cesse, depuis son arriv ée en Suisse, de brouiller les pistes au sujet de son origine, se déclarant tantôt, et au fil des circonstances, ressortissant de différents pays d'Afrique. Quant aux démarches vis- à-vis des autorités guinéennes et non pas auprès de la Guinée -Conakry, il s ied de relever que les autorités suisses sont en possession d’un passeport échu de Guinée et que les déclarations de M. A______ quant à sa nationalité sont sujettes à caution tant il a varié dans ses déclarations à ce sujet. On en veut pour preuve qu’il av ait soutenu être originaire de Gambie auparavant. 19. S'agissant enfin de la durée requise par l'OCPM elle respecte le cadre légal. En effet, M. A______ est détenu administrativement depuis le 30 septembre 2023, de sorte que la durée de la détention administrative admissible en vertu de l'art. 79 LEI n'est pas atteinte. Elle ne le sera pas non plus à l'issue de la prolongation de deux mois sollicitée par l'OCPM, étant observé, qu'en l'absence de coopération de l’intéressé, sa détention pourrait se prolonger jus qu'à dix-huit mois en application de l'art. 79 al. 2 let. a LEI. 20. Enfin, dépourvu de ressources financières, sans travail, ni logement ni aucun lien avec la Suisse, le risque que l’intéressé disparaisse dans la clandestinité est élevé. En particulier, une assignation dans un endroit à déterminer pour qu’il se fasse soigner n’est pas propre à pallier le risque de fuite mais uniquement de constater celle-ci, cas échéant. 21. Au vu de ce qui précède, la demande de prolongation de la détention administrative de M. A______ sera admise pour une durée de deux mois, soit jusqu'au 28 septembre 2024, inclus. 22. Conformément à l'art. 9 al. 6 LaLEtr, le présent jugement sera communiqué à M. A______, à son avocat et à l’OCPM. En vertu des art. 89 al. 2 et 111 al. 2 de la loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF - RS 173.110), il sera en outre communiqué au secrétariat d'État aux migrations. - 10/10 - A/2410/2024 PAR CES MOTIFS LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PREMIÈRE INSTANCE 1. déclare recevable la demande de prolongation de la détention admini strative de Monsieur A______ formée le 15 juillet 2024 par l’office cantonal de la population et des migrations ; 2. prolonge la détention administrative de Monsieur A______ pour une durée de deux mois, soit jusqu'au 28 septembre 2024, inclus ; 3. dit que, confo rmément aux art. 132 LOJ, 10 al. 1 LaLEtr et 65 LPA, le présent jugement est susceptible de faire l'objet d'un recours auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (10 rue de Saint-Léger, case postale 1956, 1211 Genève 1) dans les 10 jours à compter de sa notification. L'acte de recours doit être dûment motivé et contenir, sous peine d'irrecevabilité, la désignation du jugement attaqué et les conclusions du recourant. Il doit être accompagné du présent jugement et des autres pièces dont dispose le recourant. Au nom du Tribunal : La présidente Gwénaëlle GATTONI Copie conforme de ce jugement est communiquée à Monsieur A______, à son avocat, à l’office cantonal de la population et des migrations et au secrétariat d'État aux migrations. Genève, le Le greffier