B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-4556/2009 A r r ê t d u 31 o c t o b r e 2 0 1 2 Composition Claudia Cotting-Schalch (présidente du collège), Emilia Antonioni, Walter Lang, juges, Sonia Dettori, greffière. Parties A._______, né le (…), son épouse B._______, née le (…), leurs enfants C._______, née le (…), D._______, née le (…), E._______, né le (…), Bosnie et Herzégovine, tous représentés par (…), recourants, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi (recours en matière de réexamen) ; dé- cision de l'ODM du 25 juin 2009 / N (…). D-4556/2009 Page 2 Faits : A. A.a Le 24 mai 2004, A._______ et son épouse B._______, de confession musulmane, d'ethnie rom et ayant vécu à F._______ dans le canton de Tuzla en Bosnie et Herzégovine, ont déposé chacun une demande d'asile en Suisse, pour eux-mêmes ainsi que leur fille aînée C._______. Lors des auditions du 27 mai 2004 et du 27 juillet 2004, le requérant a in- diqué que lui et sa famille avaient vécu dans des conditions précaires de- puis l'incendie d'une partie de leur maison en mars 2002 . En outre, il s u- bissait, ainsi que son épouse, des discriminations en raison de son ap- partenance ethnique, sous forme de contrôles et d'arres tations abusives par la police, dans le cadre de son travail (vente dans les marchés). Il a annoncé huit à dix arrestations entre fin 1995 et le mois d'avril 2004. Du- rant ces contrôles, la requérante aurait subi des attouchements de la part des policiers. Elle aurait personnellement été emmenée au poste de p o- lice à trois ou quatre reprises depuis 2002. L'intéressée a également indi- qué avoir été violée, en 1995, de même q ue sa mère, par des soldats du (…) ayant fait irruption, en état d'ébriété, à leur domicile. Les deux requérants ont fait valoir des problèmes de santé. L'intéressé a annoncé souffrir d'une maladie cutanée ( …), ainsi que de pro blèmes de nerfs. Son épouse a mentionné prendre des calmants et so uffrir parfois de perte de connaissance. Depuis 1995, elle souffrirait également de maux de têtes et se sentirait mal psychiquement, au point d'avoir tenté de se suicider. A l'occasion de leurs demandes d'asile, les intéressés ont notamment dé- posé leurs cartes d'identité respectives, établies à Tuzla en 2002. Ils ont également produit des certificats de mariage et de naissance établis dans cette ville, ainsi qu'une attestation militaire concernant le recourant, dél i- vrée à Tuzla en 2003. A.b Par décision du 1 4 septembre 2004, l'Office fédéral des réfugiés (ODR, actuellement l'office fédéral des migrations, ci-après ODM) a nié la qualité de réfugié aux intéressés, rejeté leurs demandes d'asile, prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. Il a considéré que le viol allégué par la requérante n'était pas pertinent en matière d'asile vu la rupture du lien de causalité temporel entre le m o- ment où il avait prétendument été perpétré (1995) et le départ du pays de D-4556/2009 Page 3 l'intéressée (2004). Quant a ux discriminations subies par les requérants, elles ne satisfaisaient pas, par leur manque d'intensité, aux exigences lé- gales fixées par l'art. 3 de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi, RS 142.31). Sous l'angle de l'exigibilité de l'exécution du renv oi, l'office fédéral a retenu que les intéressés pouvaient recourir aux infrastructures médicales existant dans leur pays d'origine pour traiter tant leurs affe c- tions somatiques que leurs problèmes de nature psychique. Il a conclu que rien ne s'opposait à l'exécution de leur renvoi dans leur pays d'or i- gine. A.c Cette décision a été confirmée par la Commission suisse de recours en matière d'asile (CRA , actuellement le Tribunal administratif fédéral, le Tribunal), dans son arrêt du 18 janvier 2005, lequel mentionnait en parti- culier que les problèmes de santé allégués, non établis par pièces, ne faisaient pas obstacle à l'exécution du renvoi. B. B.a Le 2 janvier 2006, A._______ et son épouse B._______ ont déposé chacun une seconde demande d'asile en Suisse pour eu x-mêmes et leur fille aînée C._______. Entendus lors des auditions des 13 et 23 janvier 2006, les requérants ont déclaré ne pas être retournés en Bosnie et Herzégovine, après l'arrêt de la CRA précité, mais avoir été hébergés en Slovénie par un membre de leur famille. Ils seraient revenus en Suisse en raison de la grossesse de l'intéressée et de l'impossibilité pour leur hôte de subvenir plus longtemps à leurs besoins. Ils ont annoncé un nouveau motif d'asile, antérieur à leur départ du pays en avril 2004 , soit l'accusation contre l'intéressé de viol d'une jeune voisine d'ethnie rom et la crainte, en cas de retour dans leur pays d'origine, de subir la vengeance des parents de la victime. B.b Par décision du 29 mai 2006, notifiée le 6 juin suivant, l'ODM n'est pas entré en matière sur leurs demandes d'asile , en application de l'art. 32 al. 2 let. e LAsi , a prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. B.c Le recours interjeté contre cette décision le 19 juin 2006, auprès de la CRA, a été décl aré irrecevable en raiso n de sa tardiveté, par arrêt du 30 juin 2006. D-4556/2009 Page 4 Ils ont produit, dans ce cadre, une copie d'analyses faites par un labora- toire médical, datée du (…) avril 2006, concernant leur fille C._______. C. Par acte du 18 juin 2009, les intéressés ont demandé la reconsidération de la décision de l'ODM du 14 septembre 2004, pour eux -mêmes, leur fille aînée ainsi que leurs deux autres enfants, D._______ et E._______, nés respectivement en 2006 et 2008. Ils ont fait valoir le caractère inex i- gible de l 'exécution de leur renvoi, en raison d'une modification no table de leur état de santé, ainsi que de celui leur fille aînée , et ont produit quatre documents médicaux à l'appui de leurs motifs. Selon le certificat médi cal d'un spéciali ste en pédiatrie daté du (…) mai 2009, C._______ était arrivée en Suisse porteuse d e (…), apparu dans les deux premières années de sa vie sans qu'un diagnostic ait été rendu et qu'un traitement ait été mis en place dans son pays d'ori- gine ; en juin 2006 , une (…) avait été diagnostiquée à l'enfant, nécess i- tant un traitement substitutif et un suivi sous forme d'examens sanguins et radiologiques ; l'arrêt du traitement aurait des consé quences pour sa croissance et son développement psychomoteur ; vu l 'absence de di a- gnostic posé en Bosnie et Herzégovine, bien qu'il y exist ait une clinique pédiatrique, le spécialiste relevait qu'une prise en charge sur place ne semblait pas garantie ; concernant les deux autres enfants d u couple, il constatait que ceux-ci étaient en bonne santé, bien que D._______ avait souffert d' anémie ferriprive à l'âge d'un an , et qu' E._______ avait été hospitalisé pour une bronchiolite à RSV à l'âge d'un mois. Il ressort du certificat médical du (…) mai 2009, établi par un médecin généraliste concernant A._______, que l'accès à une prestation médicale chez un psychiatre avait été refusé, bien que celle-ci semblât opportune à l'auteur dudit document. Selon le certificat médical du (…) mai 2009, complété par un rapport m é- dical du (…) juin 2009 , tous deux établis par une psychologue et une psychiatre psychothérapeute, B._______ bénéficiait d'un suivi psychol o- gique depuis septembre 2007 ; celui-ci avait toutefois été interrompu lors de la grossesse de la patiente, suite au décès de son médecin génér a- liste, puis au déménagement de la famille ; il avait été remis en place en mars 2009, en raison d'une aggravation de la symptomatologie anxio - dépressive de la patiente ; suite à l'incarcération de son époux en vue du refoulement, B._______ avait fortement décompensé au point que les cri- tères d'hospitalisation avaient été investigués régulièrement ; l e risque D-4556/2009 Page 5 d'auto-agressivité était à l'époque très important et la sécurité des enfants devait être assurée ; le diagnostic suivant était établi : trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère avec symptômes psychotiques (CI M-10 F33.3), expérience de catastrophe, de guerre et autres hostilités (Z65.5), difficultés liées à une enfance malheureus e, soit départ du foyer pendant l'enfance (Z61.1) et expérience personnelle terrifiante pendant l'enfance (Z61.7), absence d'un des membres de la famille (Z63.3), ainsi que dispa- rition et décès d'un membre de la famille (Z63.4) ; selon les spécialistes, l'intéressée souffrait d'une pathologie psychiatrique de la lignée psych o- tique particulièrement dangereuse, avec émergence de la violence sur un mode impulsif nécessitant une prise en charge intensive avec la collab o- ration d'intervenants de terrain, afin de juguler autant que possible les éruptions de violence ; l'altération de la relation à soi et au monde ind i- quait une symptomatologie de la lignée psychotique ; le rapport précisait que le diagnostic différentiel de trouble dépressif avec symptômes ps y- chotiques versus de schizophrénie avérée ne pouvait se poser qu'après observation de l'évolution des troubles dans le cadre du traitement et avec prudence ; en cas d'interruption du traitement requis (entretien heb- domadaire, médication psychotrope et collaboration avec le réseau médi- co-psychosocial de proximité), une aggravation progressive de l'état ps y- chique de la patiente était prévisible, jusqu'à ce qu'elle devienne total e- ment inadéquate dans son rapport à elle -même, à la réalité et, par voie de conséquence, à ses enfants. D. Par décision du 25 juin 2009, l'ODM a rejeté la demande de reconsidér a- tion des intéressés et a constaté l'entrée en force, ainsi que le caractère exécutoire de sa décision du 29 mai 2006. L'office fédéral a en particulier relevé que l'état de santé de A._______ ne nécessitait aucun traitement psychiatrique. Quant aux troubles dont souf- frait la fille aînée des recourants, ils ne constituaient pas des éléments de faits nouveaux, dès lors qu' ils étaient connus à tout le moins depuis juin 2006. En tout état de cause, les soins adéquats dont elle avait besoin étaient disponibles dans son pays d'origine. S'agissant des affections dont souffrait B._______, l'autorité intimée a retenu qu'elles étaient certes sérieuses, mais qu'elles pouvai ent être traitées dans son pays d'origine , citant le "Community Mental Health Center" dans le canton de Tuzla, pour le traitement ambulatoire des troubles psychiques, et la Clinique universi- taire de Tuzla, pour la prise en charge des maladies psychiques le s plus graves. En outre, le coût des traitements était bon marché en Bosnie et Herzégovine et il était possible de les faire prendre en charge par les D-4556/2009 Page 6 caisses-maladie. En cas de besoin, l'intéressée avait également la poss i- bilité de se constituer une réserve de médicaments, voire de déposer une demande d'aide au retour en vue de faciliter une prise en charge méd i- cale rapide, à son arrivée dans son pays d'origine. E. Par mémoire du 15 juillet 2009, les intéressés ont interjeté recours contre cette décision auprès du Tribunal, concluant principalement à son annula- tion, à leur admission provisoire en raison du caractère non raisonnabl e- ment exigible de l'exécution de leur renvoi, subsidiairement à la reprise de l'instruction, ainsi que, préalablement, à la restitution de l'effet suspen- sif (recte : le prononcé de mesures provisionnelles). Après avoir rappelé les difficultés d'établir, en Bosnie et Herzegovine, un suivi médical adéquat pour leur enfant C._______, i ls ont souligné, en s'appuyant sur la production d'un rapport médical d u (…) juillet 2009 et des documents médicaux déjà transmis à l'autorité intimée, que la patho- logie psychiatrique dont souffrait B._______ était dangereuse pour elle - même et ses proches et nécessitait un traitement et des structures dé- passant les simples "traitements ambulatoires" envisagés par l'office f é- déral, lesquelles n'étaient pas disponibles dans son pays d'origine. L'exé- cution du renvoi risquait dès lors d'engendrer, à très court terme, une ag- gravation de son état de santé, susc eptible de mettre en danger sa vie et celle des membres de sa famille. F. Par décision incidente du 17 juillet 2009, le juge instructeur du Tribunal alors en charge du dossier a prononcé des mesures provisionnelles, a u- torisant les intéressés à demeurer en Su isse jusqu'à l'issue de la proc é- dure et a renoncé à percevoir une avance de frais. G. Sur requête, les recourants ont, par courrier du 5 novembre 2009, produit un rapport médical du (…) novembre 2009, établi par la spécialiste et la psychologue suivant B._______. Celui-ci établissait le diagnostic de (…), remplaçant le trouble dépressif récurrent (CIM-10 F33.3) cité jusqu'à présent ; les autres atteintes me n- tionnées à l'appui des rapports précédents demeuraient identiques ; ces troubles se révélaient notamment par (…) ; cette symptomatologie avait pour conséquence des troubles du sommeil , l'isolement au quotidien de la recourante, qui vivait dans la peur de perdre le contrôle sur elle-même, D-4556/2009 Page 7 de se faire du mal ou d'en faire à ses enfants ; les (…) étaient fréquentes, y compris devant s es enfants et l'intéressée n'était pas capable de gérer sa vie familiale et de travailler ; une médication psychotique était en cours d'établissement, afin d'atténuer l'angoisse et les manifestations florides (…) ; la colla boration avec un réseau de proximité (garde d'enfant, inf ir- mière en psychiatrie, soutien à l'éducation) devait permettre de contenir les angoisses de B._______ au quotidien ; plusieurs années de trait e- ments étaient nécessaires, en fonction de l'évolution ( 4-5 ans), aux- quelles il fallait encore ajouter 2-3 ans de phase de stabilisation ; les risques, en cas d'interruption d u traitement, demeuraient identiques à ceux cités précédemment ; étant donné le manque de conscience mo r- bide et la méfiance de ce type de patient envers autrui, nécessitant la mise en place d'un réseau de soin ajusté à ses besoins spécifiques et ceux de son entourage, l'accès aux soins de l'intéressée dans son pays d'origine, dont le système était surchargé, paraissait difficile aux spéci a- listes ; quant à des entretiens hebdomadaires avec un professionnel, ai n- si que l'intervention de professionnels spécialisés à domicile, cela n'était, à leur connaissance, pas disponible en Bosnie et Herzégovine ; grâce aux soins mis en place en Suisse, l'in téressée pouvait espérer regagner progressivement en autonomie et retrouver un comportement adéquat, en particulier pour faire face aux (…), soit par elle -même, soit en s'a p- puyant sur un professionnel. H. Invité à se déterminer sur le recours, l'ODM a, par r éponse du 17 novembre 2009, conclu à son rejet, relevant qu'il ne contenait aucun élément ou moyen de preuve nouveau susceptible de modifier son point de vue. L'office fédéral a précisé s'être prononcé, dans sa décision attaquée, sur les possibilités de s oins dans la région d'origine des intéressés. La clin i- que universitaire de Tuzla, avec celle de Sarajevo, offrait la meilleure structure de prise en charge de patients souffrant de problèmes psych i- ques en Bosnie et Herzégovine. Son unité de psychiatr ie éta it décrite comme très performante et permettait de traiter les patients de manière ambulatoire ou stationnaire. L '(…) [atteinte dont souffrait la recourante] pouvait y être traitée et les médicaments, même les plus modernes, y étaient disponibles. Partant, il n'existait aucune raison de renoncer, dans cette affaire, à la mesure de renvoi de Suisse prononcée. I. Les recourants ont, par réplique du 21 décembre 2009, souligné que D-4556/2009 Page 8 B._______ était actuellement confrontée à un épisode (…) particulière- ment sévère et que même si des structures existaient à la clinique un i- versitaire de Tuzla, un renvoi pouvait se révéler catastrophique et ce tant que les (…) étaient encore présentes. Ils ont également annoncé la dét é- rioration de l'état de santé psychique de A._______ et ont transmis une fiche fixant à l'intéressé deux rendez -vous dans un centre d'accueil et de traitement psychiatrique. J. Sur requête du Tribunal, les intéressés ont, par courrier du 24 novembre 2010, informé que A._______ ne souffrait actuel lement plus d e troubles psychiques. Ils ont rappelé que leur fille aînée, alors âgée (…) [entre 10 et 15] ans, était contrainte de suivre un traitement à vie et de procéder à deux contrôles sanguins annuels. Concernant B._______, les recourants ont transmis un rappor t médical du (…) novembre 2010, reprenant en partie certaines informations re s- sortant du rapport du (…) novembre 2009, toujours d'actualité . Il confir- mait le diagnostic de (…), mentionnant neufs événements survenus entre le mois de décembre 2009 et le mois de novembre 2011 ; les entretiens psychothérapeutiques s'échelonnaient tous les quinze jours et durant les phases d'espacement des rendez -vous, des aggravations symptomat i- ques se produisaient, quant à la médication psychotrope, elle se compo- sait d'un neuroleptique (…) ; la mise en place de la collaboration avec un réseau de proximité était annoncée dès lors que la famille disposait d'un lieu de résidence stable depuis quelques mois ; concernant les possibil i- tés de traitement dans son pays d'origine, il éta it précisé qu'à l'époque où elle y vivait, elle n'avait bénéficié que de médicaments sédatifs et que les conseils reçus lors d'entretiens psychiatriques une fois par mois ou tous les deux mois lui semblaient inadéquats ; selon les auteurs, la stigmatisa- tion sociale persistant contre les Roms risquait, en outre, d 'altérer les possibilités de créer un lien de confiance permettant une prise en charge psychothérapeutique adéquate. K. Invités par le Tribunal à produire une ult érieure réactualisation des ra p- ports médicaux concernant l eur état de santé , l es recourants ont, par courrier du 29 septembre 2011, transmis un rapport complémentaire ét a- bli le (…) par les nouvelles personnes chargées désormais du suivi de la recourante. Celui-ci confirmait le diagnostic de (…), épisode avec déficit D-4556/2009 Page 9 stable (…) et des autres troubles déjà mentionné s précédemment. Il pré- cisait que la médication introduite en mars 2011 a vait entraîné une dimi- nution des symptômes psychotiques et une détente importante chez la patiente ; le traitement avait toutefois été interrompu par l'intéressée au mois d'avril ; suite à des péjorations de son état constatée durant l'été, puis au mois de septembre, il a vait été réintr oduit, avec une nouvelle psychoéducation à la maladie et au traitement ; le dosage actuel était de (…) par jour ; associé à des entretiens thérapeutiques bimensuels, la col- laboration d'un réseau de proximité ( infirmière en psychiatrie, garde d'en- fant, soutien à l'éducation, etc.), exerçait une fonction contenante pour les angoisses de la patiente au quotidien ; l'intéressée était décrite comme complètement dépendante de son entourage immédiat ; le traitement mis en place devait perdurer à vie ; il était renvoyé aux rapports précédents concernant les risques concrets encourus en cas d'interruption des tra i- tements et les possibilités de poursuivre ceux-ci dans son pays d'origine ; il était toutefois précisé qu'à la connaissance des auteurs du rapport, le système de soin en Bosnie et Herzégovine était actuellement surchargé et la distribution de médicaments au frais des patients ; tant les entretiens psychothérapeutiques hebdomadaires que l'intervention de professio n- nels spécialisés à domici le n'était pas disponible ; du témoignage de p a- tients, il ressort ait également que les soins étaient subordonnés au ver- sement de pots-de-vin ; doutant que le (…) [médicament prescrit] soit disponible et accessible financièrement sur place, le rapport précis ait que son remplacement par un traitement neuroleptique d'ancienne génération exposerait la recourante à un risque inacceptable d'apparition d'effets s e- condaires. L. Par courrier du 5 octobre 2012, les intéressés ont transmis un certificat médical daté du (…) septembre 2012, duquel il ressort que A._______ souffre d'un diabète de type 1 diagnostiqu é en mars 2012, pour lequel il n'a pas encore besoin d'insuline. M. Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire, dans les considérants en droit qui suivent. Droit : 1. 1.1. Sous réserve des exceptions prévues à l'art. 32 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), en vertu de D-4556/2009 Page 10 l'art. 31 LTAF, le Tribunal connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2. Les décisions rendues par l'ODM concernant l'asile et le renvoi de Suisse peuvent, en particulier, être contestées devant le Tribunal, qui sta- tue de manière définitive sur les recours formulés à leur encontre, sous réserve d'une demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (cf. art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi, en relation avec l'art. 6a al. 1 LAsi, et art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110] ; Arrêts du Tribunal administratif fédéral suisse [ATAF] 2007/7 consid. 1.1 p. 57). 1.3. Les intéressés ont la qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA) et leur mandataire, au bénéfice d'une procuration écrite, les représente légit i- mement. Présenté dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 2. 2.1. La demande de réexamen (aussi a ppelée demande de nouvel ex a- men ou de reconsidération) – définie comme une requête non soumise à des exigences de délai ou de forme, adressée à une autorité administr a- tive en vue de la reconsidération d'une décision qu'elle a rendue et qui est entrée en fo rce – n'est pas expressément prévue par la PA. La juri s- prudence et la doctrine l'ont cependant déduite de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la révision des décisions, et de l'art. 4 de l'ancienne Constitution fédérale du 29 mai 1874, qui correspond sur ce point à l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale (Cst., RS 101). L'autorité administrat i- ve n'est toutefois tenue de s'en saisir qu'à certaines conditions. Tel est le cas, selon la jurisprudence et la doctrine, lorsque le requérant invoque l'un des motifs de révision prévus par l'art. 66 PA, en particulier des faits nouveaux importants ou des moyens de preuves nouveaux qui n'avaient pas pu être invoqués dans la procédure ordinaire (" demande de réex a- men qualifiée "), ou lorsque les circonstance s (de fait voire de droit) se sont modifiées dans une mesure notable depuis le prononcé de la déc i- sion matérielle mettant fin à la procédure ordinaire ("demande d'adapta- tion"). Dans ces hypothèses, la demande de réexamen doit être consid é- rée comme un moy en de droit extraordinaire (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367 s. ; également dans ce sens Jurisprudence et inform a- tions de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] D-4556/2009 Page 11 2003 n° 17 consid. 2 p. 103 s. ; Arrêts du Tribunal fédéral [ATF] 127 I 133 consid. 6 ; KARIN SCHERRER, in Praxiskommentar VwVG, Zurich Bâle Ge- nève 2009, n. 16 s. ad art. 66 PA, p. 1303 s. ; ULRICH HÄFELIN / GEORG MÜLLER / FELIX UHLMANN, Allgemeines Verwaltungsrecht, 5ème éd., Z u- rich 2006, n. 1833, p. 392). 2.2. Fondée sur la modific ation des circonstances, une demande de r é- examen tend à faire adapter par l'autorité de première instance sa décision parce que, depuis son prononcé, s'est créée une situation nouvelle (de fait voire de droit), qui constitue une modification notable des circonstances (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1.1 p. 368 ; arrêt du Tribunal administratif fédéral D-781/2011 du 3 mars 2011 consid. 2.3 p. 7 et jurisp. cit. ; également HÄFELIN / MÜLLER / UHLMANN, op. cit., n. 1833, p. 392). 2.3. Au surplus, u ne demande de réexamen, à l'instar des demandes de révision, ne saurait servir à remettre continuellement en cause des déc i- sions administratives entrées en force de chose jugée (cf. Arrêt du Trib u- nal fédéral 2A.271/2004 du 7 octobre 2004 consid. 3.1 et jurisp. cit. ; éga- lement dans ce sens JICRA 2003 n° 17 consid. 2b p. 104 et jurisp. cit.). En conséquence et par analogie avec l'art. 66 al. 3 PA, il y a lieu d'exclure le réexamen d'une décision de première instance entrée en force lorsque le requérant se fonde sur des motifs qu'i l aurait pu et dû faire valoir – s'il avait fait preuve de la diligence requise – dans le cadre de la procédure précédant ladite décision ou par la voie d'un recours dirigé contre celle -ci (cf. arrêt du Tribunal administratif fédéral D -7528/2009 du 3 mai 2 011 p. 5 ; ATF 127 V 353 consid. 5b et ATF 98 II 250 consid. 3 ; JICRA 2003 n° 17 précitée ; DONZALLAZ, op. cit., n. 4706 p. 1695 s. ; AUGUST MÄ- CHLER, in VwVG déjà cité, n. 18 et n. 27 ss ad art. 66 PA, p. 866 ss). 3. 3.1. A titre préliminaire, il est incontesté que la décision de l'ODM du 14 septembre 2004, rejetant la demande d'asile des recourants , pronon- çant leur renvoi de Suisse et ordonnant l'exécution de cette mesure, est entrée en force. Le recours interjeté contre c elle-ci a, en effet, été rejeté par arrêt final du 18 janvier 2005. La décision de l'ODM le 29 mai 2006, scellant la seconde demande d'asile des intéressés par une non -entrée en matière, est également entrée en force. Le recours interjeté contre celle-ci a, en effet, été déclaré irrecevable en raison de sa tardiveté, par arrêt du Tribunal du 30 juin 2006. D-4556/2009 Page 12 3.2. Dans leur demande de réexamen déposée le 18 juin 2009 à l'e n- contre de la décision de l'ODM du 14 septembre 2004, les intéressés ont fait valoir, sur la base de nouveaux rapports médicaux, le caractère inexi- gible de la mesure d'exécution du renvoi prise à leur encontre, en raison d'une modification notable de leur état de santé, ainsi que de celui de leur fille aînée C._______. Ils ont , en particulier, contesté l'appréciation de l'autorité intimée selon laquelle les soins requis étaient disponibles et a c- cessibles sur place. 3.3. Saisi d'un recours contre la décision négative de l'ODM rendue le 25 juin 2009 à l'encontre de leur demande, le Tribunal déterminera, tout d'abord, si les motifs invoqués dans la présente procédure constituent une modification de circonstances susceptible d'entraîner le réexamen sur ce point de la décision de l'ODM entrée en force du 14 septembre 2004. Cela étant, seule une modification no table des circonstances, déci- sive et de nature à influer sur l'issue de la procédure, entrainera l'adapt a- tion de la décision de l'ODM du 14 septembre 2004. 4. 4.1. S'agissant tout d'abord de la situation de A._______, alors qu'il men- tionnait, dans le cadre de sa première d emande d'asile (cf. pv. aud. du 27 juillet 2004 p. 7), souffrir d'une maladie cutanée ( …) depuis de nombreuses années, il a fait valoir, à l'appui de la présente demande de réexamen, uniquement une dégradation de son état de santé psychique. Par courrier du 24 novembre 2010, il a toutefois précisé ne plus souffrir de troubles de cette nature. Sous cet angle, on ne saurait, dès lors, ret e- nir une quelconque modification de l'état de fait pertinent en lien avec sa situation médicale, par rapport à celui déjà examiné dans le cadre de ses deux demandes d'asile. 4.2. Selon le certificat médical daté du (…) septembre 2012, transmis par courrier du 5 oct obre 2012, il apparaît certes que l'intéressé souffre d'un diabète de type 1, diagnosti qué en mars 2012. Cela étant, même en t e- nant compte de cette affection in voquée très tardivement, celle-ci n'a au- cune incidence sur l'issue de la présente procédure dans la mesure où il ressort du document produit que le recourant n'a pas besoin d'insuline à l'heure actuelle. Une telle modification de circonstances ne saurait dans ces conditions être qualifiée de notable , vu en particulier l'absence de traitement médicamenteux requis. S'ajoute encore à cela qu'il est de n o- toriété publique que le diabète peut être traité également en Bosnie et Herzégovine. D-4556/2009 Page 13 5. 5.1. En invoquant, ensuite, les problèmes médicaux de B._______, le s- quels n'ont été précisément diagnostiqués qu'en 2009 et qui, au stade de la procédure ordinaire, apparaissaient sous forme d'indications peu pré- cises (état psychologique "très mauvais", en lien avec le viol qu'elle avait subi en 1995 et prescription d'antidoule urs contre ses maux de tête ; cf. pv. aud. recourante du 27 juillet 2004 p. 8), les intéressés font valoir à bon droit une modification de circonstances par rapport aux états de faits examinés tant dans la décision de l'ODM entrée en force du 14 se p- tembre 2004, que dans celle également entrée en force de l'office du 29 mai 2006. L'ODM est du reste entré en matière sur la demande de réexamen, en la rejetant. 5.2. Avant de déterminer si ladite modification peut être qualifiée de nota- ble, décisive et de nature à in fluer sur l'issue de la procédure pour ce qui a trait à l'exécution du renvoi , il sied de rappeler que, s elon l'art. 83 al. 4 LEtr, cette mesure peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, notamment pour des motifs médicaux. Il s'agit notamment de situations de personnes pour qui un retour revie n- drait à les mettre concrètement en danger en raison d'un traitement mé- dical suivi en Suisse pour une affe ction grave. Toutefois, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des conditions minimales d'existence . Par soins essentiels, il faut entendre les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine. L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition exceptionnelle tenant en échec une déc i- sion d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche être interprété comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui -même induit par un droit général d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à reco u- vrer la santé ou à la maintenir, au simple motif que l'infrastructure hospita- lière et le savoir-faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse. Ainsi, il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre l'inexigibilité de l'exéc u- tion du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer ici les cas de traitements visant à atténuer ou guérir des troubles psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves, soit des trait ements qui ne sont pas indispensables à une existence quotidienne en accord D-4556/2009 Page 14 avec les standards de vie prévalant dans le pays ou la région de prov e- nance de l'intéressé. Si les soins essentiels nécessaires peuvent être a s- surés dans le pays d'origine ou de pr ovenance de l'étranger concerné, cas échéant avec d'autres médications que celles prescrites en Suisse, l'exécution du renvoi dans l'un ou l'autre de ces pays sera raisonnabl e- ment exigible. Elle ne le sera plus, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr si, en rai- son de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une m a- nière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique. Cela dit, il sied de préciser que si, dans un cas d'espèce, le mauvais état de santé ne constitue pas en soi un motif d'inexigibilité sur la base des critères qui précèdent, il peut demeurer un élément d'appréciation dont i l convient alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de l'e n- semble des éléments ayant trait à l'exame n de l'exécution du renvoi (cf. ATAF 2009/2 cons id. 9.3.2 p. 21 ; JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157 s. ; GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et rationnement, Berne 2002, p. 81 s. et 87). Sous cet angle, l'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public militant en faveur de son élo i- gnement de Suisse (cf. notamment ATAF 2009/52 consid. 10.1 p. 757, ATAF 2009/51 consid. 5.5 p. 748, ATAF 2009/2 consid. 9.2.1 p. 21). 5.3. En l'espèce, sur la base notamment des affections diagnostiquées à l'appui des rapports médicaux produits, dont il n'y a pas sur ce point de motifs objectifs de s'écarter, le Tribunal observe que la recourante souffre, actuellement, de (…), d'expérience de catastrophe, de guerre et autres hostilités (Z65.5), de difficultés liées à une enfance malheureuse , soit de départ du foyer pendant l'enfance (Z61.1) et d'expérience personnelle ter- rifiante pendant l'enfance (Z61.7), ainsi que d'absence d'un des membres de la famille (Z63.3) et de disparitio n et décès d'un membre de la famille (Z63.4). Ces troubles rendent l 'intéressée complètement dépendante de son entourage immédiat. Elle bénéficie actuellement d'une prise en charge multimodale, sous forme d'entretiens psychothérapeutiques, a c- tuellement bim ensuels, d'une médication psychotrope, composée d'un antipsychotique (…), ainsi que de la collaboration d'un réseau de proximi- té (infirmière en psychiatrie, garde d'enfant, soutien à l'éducation, etc.), vraisemblablement mis en place dans le courant de l'année 2011. Ce trai- tement devra perdurer à vie. En outre, en cas d'interruption de celui -ci, les médecins prévoient une aggravation progressive de la maladie, ju s- qu'à ce que l'intéressée devienne totalement inadéquate dans son ra p-D-4556/2009 Page 15 port à elle-même et présente un risque d'agressivité avec violence phys i- que faisant encourir un risque vital à elle -même et à ses proches. Une clochardisation progressive est également envisageable , aux dires des médecins traitants. 5.4. En premier lieu, il sied de préciser que les soins essentiels requis par l'intéressée, au sens d e la jurisprudence précitée (cf. consid. 5 supra ), comprennent les entretiens psychothérapeutiques bimensuels et une médication psychotrope composée d'un antipsychotique ( …). En r e- vanche, la mise en place dans le courant de l'année 2011 seulement d'une collaboration avec un réseau de soutien de proximité , alors qu'elle était annoncée au mois de mai 2009 déjà , confirme qu'il s'agit là d'une offre de soins complémentaire qui va au -delà des soins dits essentiels et indispensables. Cela dit, la présence d'un réseau familial et social des intéressés sur place pourra aider à pallier l'absence éventuelle de ce type de soutien. En effet, tous les membres de la famille du mari de la recourante vivent en Bosnie et Herz égovine, de même que plusieur s membres de sa propre famille (cf. pv. aud. du recourant du 27 juillet 2004 p. 5 ; pv. aud. des r e- courants du 27 mai 2004 p. 3). 5.5. Concernant la situation médicale générale en Bosnie et Herzégovine et en particulier en Fédération croato-musulmane, le Tribunal retient que les soins simples ou courants sont généralement accessibles dans toutes les régions de cette entité (cf., à ce sujet, arrêt du Tribunal E -6041/2006 du 20 décembre 2010, consid. 6.3.9, arrêt du Tribunal D-7122/2006 du 3 juin 2008, consid. 8.3.3 à 8.3.5.2, ainsi que INTERNATIONAL ORGANIZATION OF MIGRATION [IOM] / BUNDESAMT FÜR MIGRATION UND FLÜCHTLINGE [BAMF], Country Fact Sheet Bosnia and Herzegovina , oc tobre 2011, p. 11 ss et EUROPEAN COMMISSION AGAINST RACISM AND INTOLERANCE, ECRI Re port on Bosnia and Herzegovina du 8 février 2011 p. 29 s.). Il n’en est en revanche pas de même des thérapies plus complexes. Les personnes nécessitant un suivi médical particulier doivent le plus souvent se rendre dans les gra nds centres médicaux présents en particulier dans les villes telles que Sarajevo, Tuzla, Mostar, Travnik et Zenica . Et même dans ces centres -là, diverses pathologies graves nécessitant un suivi médical approfondi ne peuvent en règle générale pas être soign ées convenablement. L’approvisionnement en médicaments autres que les remèdes de base est dans l'ensemble toujours assuré, en tout cas dans les grands centres urbains, pour les personnes disposant de ressources financières suffisantes. En outre, le caractère aléatoire des possibilités de D-4556/2009 Page 16 traitement pour les personnes souffrant de graves troubles psychiques nécessitant impérativement un suivi médical spécifique important et de longue durée est toujours d'actualité (cf. ATAF D-7122/2006 susmention- né, plus particulièrement consid. 8.3.5.2). 5.6. Dans le cas de la recourante, le traitement prodigué sous forme am- bulatoire comprend des entretiens psychothérapeutiques bimensuels et la prise d'un antipsychotique qui devra vraisemblablement lui être prescrit à vie. Cela étant, même si ce traitement n'est pas anodin, il ne peut être qualifié de lourd au sens de la jurisprudence précitée. Tant l'approvision- nement du médicament que le suivi thérapeutique prescrits sont dispo- nibles en Fédération. Il y a lieu de relever, à ce propos, que B._______ n'a jamais été hospitali- sée en Suisse , bien qu'elle ait interrompu son traitement à plusieurs r e- prises et durant plusieurs mois. Il ressort, en effet, des documents méd i- caux produits que le suivi thérapeutique mis en place en septembre 2007, a été interrompu pendant sa grossesse en 2008 et jusqu'au mois de mars 2009 (cf. certificat médical du 9 mai 2009). Quant à sa médication, elle a été interrompue e ntre le mois d'avril et le mois de septembre 2011 (cf. rapport du […] septembre 2011). En outre et malgré cette dernière i n- terruption, le rapport médical précité faisait état d'une diminution des symptômes psychotiques et d'une détente importante chez la patiente , suite à l'introduction d'un nouveau dosage en mars 2011. 5.7. S'agissant de l'accès et du financement des soins, il convient de r e- lever que le système de santé est théoriquement garanti à tous les c i- toyens de Bosnie et Herzégovine dans la mesure où la grande majorité des traitements est couverte par l'assurance maladie. Afin d'être af filiés au système d'assurance maladie, les ressortissants de Bosnie et Herz é- govine ayant séjourné à l'étranger doivent obtenir une carte de résidence, ou de résidence temporaire pour les personnes déplacées, puis s'inscrire au Bureau de l'Em ploi dans les 15 à 30 jours (en f onction des cantons) après leur retour. Les personnes déplac ées doivent également avoir été assurées avant leur départ. Certes, l'accès à l'assurance maladie ne s i- gnifie pas pour autant que la personne malade ne devra pas s upporter les frais occasionnés par des traitements médicaux importants, puisque, même assurés, les patients doivent participer financièrement à tous les soins de santé, à hauteur de 10 à 20% (taux fixé par les lois cantonales) . Par ailleurs, les personnes dont l'état nécessite un suivi médical partic u- lier, que celui-ci soit psychique ou somatique, doivent le plus souvent se rendre dans les grands centres médicaux, tel que celui existant nota m-D-4556/2009 Page 17 ment à Tuzla (cf. JICRA 2002 n° 12 consid. 10d p. 106 et réf. cité es, tou- jours d'actualité ; également EUROPEAN COMMISSION AGAINST RACISM AND INTOLERANCE, idem et IOM / BAMF, idem). 5.8. En l'espèce, b ien qu'appartenant à l'ethnie rom , sujette encore a c- tuellement à de nombreuses discriminations (cf. notamment HUMAN RIGH- TS WATCH, Country summary, Bosnia and Herzegovina, janvier 2012, p.1 ss et ETATS-UNIS DEPARTMENT OF STATE, Country Reports on Human Rights Practices for 2011, Bosnia and Herzegovina, 24 mai 2012, p. 1 ss), les recourants ne font pas partie d es membres de cette communauté les plus défavorisés et marginalisés. Il apparaît, en effet, que les époux Mujic sont inscrits dans les registres publics de Tuzla, étant donné que leurs cartes d'identité, de même que leurs certificats de mariage et de naissan- ce, ainsi que celui de leur fille C._______, ont tous été établis dans cette ville (cf. pv. aud. du 27 mai 2004 p. 3 s.). Ils ont également indiqué y avoir vécu, jusqu'à leur départ du pays, d'une activité de vente de vêtement s dans les marchés, leur rappo rtant jusqu'à 1'300 marks convertibles de Bosnie (BAM) par mois, et de collecte d'aluminium (cf. pv. aud. recourant du 27 mai 2004 p. 2 et 5 ; pv. aud. recourante du 27 mai 2004 p. 4 ; pv. aud. recourant du 27 juillet 2004 p. 6 ; pour information, la valeu r d'un Mark au 18 septembre 2012 correspondait à 0.5113 euros, cf. http://150currency.com/fr/convert-BAM-EUR.htm). Ils y disposaient, par ailleurs, d'une maison, dont les combles ont certes brûlées, mais qui, à leur départ, abritait encore le reste de leur famille (cf. pv. aud. recourant du 27 juillet 2004 p. 5). Il ressort fina lement du rapport médical du (…) novembre 2010 que l'intéressée bénéficiait avant son départ du pays déjà d'une médication (sédatifs) et d 'un suivi psychiatrique, sous forme d'entretiens à raison d'une fois par mois ou tous les deux mois. 5.9. Dans ces conditions, il est hautement probable que les recourants étaient déjà assurés avant leur départ , raison pour laquelle ils pourront, selon toute vraisemblance, à nouveau bénéficier à leur retour d'une assis- tance médicale et de certaines prestations sociales (cf. JICRA 2002 n° 12 consid. 10b p. 106 ; JICRA 1999 n° 6 consid. 6d et e i. f.). 5.10. Au surplus, comme l'a justement relevé l'ODM dans sa décision a t- taquée, les recourants ont la possibilité de se créer une réserve de méd i- caments en Suisse et de solliciter une aide médicale au retour (cf. art. 93 LAsi et art. 73 ss de l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l'asile relative au financement [OA 2, RS 142.312]). D-4556/2009 Page 18 5.11. Ainsi, malgré les efforts que devra consentir l'intéressée eu égard à son état de santé et les difficultés de réinstallation auxquelles les recou- rants et leurs enfants seront confrontés à leur retour, indéniables compte tenu de la situation conjoncturelle régnant actuelle ment en Bosnie et Herzégovine, il y a lieu de considérer que celles-ci ne sont pas insurmontables. Au vu de ce qui précède, il n'y a dès lors pas lieu d'admettre que B._______ ne pourra pas effectivement bénéficier en par- ticulier à Tuzla du traitement essentiel requis par son état de santé, lui ga- rantissant des conditions minimales d'existence et le respect de sa dignité humaine. A cela s'ajoute également qu'au quotidien, elle pourra compter sur le soutien tant de son mari que du vaste réseau familial dont elle dis- pose sur place , à la fois du côté de sa belle -famille que de la sienne propre. 6. 6.1. S'agissant finalement de l'atteinte à la santé de l'enfant C._______, il ressort des pièces du dossier qu'en avril 2006 déjà le fonctionnement de (…) avait fait l'objet d' analyses (cf. copie de résultats d'analyses médic a- les, produite à l'appui du recours du 19 juin 2006, interjeté dans le cadre de leur seconde procédure d'asile) et, qu'à tout le moins en juin 2006, le diagnostic de (…) était connu, de même que le traitement qu'il requérait (cf. rapport médical du […] mai 2009). Dès lors, le Tribunal rejoint l'ODM, lequel a considéré que la situation de l'enfant ne constituait pas un él é- ment de fait nouveau, mais aurait pu et dû être invoqué dans le cadre de la seconde procédure d'asile déjà, si les intéressés avaient fait preu ve de la diligence requise. Les intéressés ne sauraient dès lors s'en prévaloir valablement au stade d'une demande de réexamen. 6.2. Au demeurant, force est également de relever que le traitement prescrit (traitement substitutif à vie ) et les suivis nécessaires à l'intére s- sée (examens sanguins et radiologiques biannuels ) sont sans nul doute disponibles dans les cliniques universitaires de Tuzla ou de Sarajevo. Le- dit traitement ne requiert, en effet, pas d'infrastructures spécialisées et sa poursuite en Bosnie et Herzégovine sera facilitée par l'existence d'un di a- gnostic clairement établi. Partant, même si le niveau de traitement ne d e- vait pas correspondre à celui prodigué en Suisse, la situation de C._______ n'est pas non plus de nature à s'opposer à l'exécution du ren- voi. D-4556/2009 Page 19 7. Par conséquent, le Tribunal considère, que la mesure de renvoi demeure, en l'occurrence, raisonnablement exigible au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 8. Par surabondance, ni les problèmes de santé de la recourante ni ceux de sa fille ne rendent l'exécution de leur renvoi en Bosnie et Herzégovine illi- cite au sens de l'art. 3 CEDH. A cet égard, il ressort de l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 27 mai 2008, N. c. Royaume -Uni, publié sous n° 26565/05 et confirmant sa pratique, que l'art. 3 CEDH ne peut faire obstacle au refo u- lement, s'agissant d'une personne touchée dans sa santé, que si elle se trouve dans un stade de sa maladie avancé et terminal, sans possibilité de soins et de soutien e n cas de retour dans son pays, au point que sa mort apparaît comme une perspective proche. Il s'agit donc là de cas que la Cour définit comme "très exceptionnels". Le fait que le requérant risque de connaître, en cas de retour dans son pays d'origine, une dégradation importante de son état de santé, et notamment une réduction significative de son espérance de vie, faute d'un accès convenable aux soins, n'est en revanche pas décisif (cf. aussi arrêt du Tribunal E -4049 du 1er septembre 2008 consid. 4.3). Or, l'intéressée et sa fille ne se trouvent pas dans une telle situation. 9. Au vu de ce qui précède, c'est à juste titre que l'ODM a rejeté la demande de réexamen déposée le 18 juin 2009 par les intéressés. Partant, le recours du 15 juillet 2009 doit être rejeté. 10. 10.1. Au vu de l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la charge des recourants, conformément à l'art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 10.2. Ceux-ci sont toutefois laissés à la charge de l'Etat, compte tenu des circonstances particulières du cas d'espèce. Il n'est, dès lors, pas perçu de frais de procédure. D-4556/2009 Page 20 (dispositif page suivante) D-4556/2009 Page 21 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3. Le présent arrêt est adressé aux recourants, à l'ODM et à l'autorité can- tonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Claudia Cotting-Schalch Sonia Dettori Expédition :