B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-5148/2022 A r r ê t d u 1 7 n o v e m b r e 2 0 2 2 Composition Camilla Mariéthoz Wyssen (présidente du collège), avec l’approbation de Deborah D'Aveni, juge ; Miléna Follonier, greffière. Parties A._______, née le (…), Burundi, représentée par Diellza Metaj Shartri, Caritas Suisse, (…), recourante, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi (procédure Dublin - art. 31a al. 1 let. b LAsi); décision du SEM du 3 novembre 2022 / N (…). E-5148/2022 Page 2 Faits : A. En date du 15 août 2022, A._______ a déposé une demande d ’asile en Suisse. Les investigations entreprises par le SEM, deux jours plus tard, ont révélé, sur la base d ’une comparaison dactyloscopique avec l ’unité centrale du système européen Eurodac, que la prénommée avait déposé une demande d’asile en Croatie le 28 juillet précédent. B. L’intéressée a signé un mandat de représentation en faveur des juristes et avocats de Caritas le 5 septembre 2022. C. Entendue le 6 septembre 2022 dans le cadre d ’un entretien individuel Dublin, l ’intéressée a été invitée à se déterminer sur la compétence présumée de la Croatie pour examiner sa demande d ’asile, sur les éventuels motifs s’opposant à son transfert vers cet Etat, ainsi que sur sa situation médicale. A cette occasion, elle a expliqué avoir été malmenée par les autorités croates, avoir été forcée à donner ses empreintes ainsi qu’à déposer une demande d’asile et s’être vue refuser l’accès à des soins médicaux autre qu’un test pour le corona virus, lorsqu’elle est tombée malade . Dans ce cadre, elle s’est également plainte de douleurs à l’estomac ainsi qu’au flanc droit et a indiqué ne pas se sentir bien sur le plan psychologique. D. Le lendemain, le SEM a soumis aux autorités croates compétentes une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l ’art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III (ci -après : RD III ; règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membre s par un ressortissant de pays tiers ou un apatride [refonte ; JO L 180 du 29 juin 2013 p. 31 ss]). E. Le 21 septembre 2022, les autorités croates ont accepté de reprendre en charge A._______, sur la base de l’art. 20 par. 5 RD III, indiquant qu’elles allaient poursuivre le processus de détermination de l ’Etat responsable. E-5148/2022 Page 3 Elles ont précisé que l ’intéressée avait manifesté son intention de demander l ’asile en Croatie le 27 juillet 2022, mais avait fui avant son audition, et mentionné, dans ce contexte, l ’art. 28 par. 1 de la directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale [refonte] (JO L 180/60 du 29.6.2013, ci -après : directive Procédure). F. Par décision du 3 novembre 2022, notifiée le lendemain, le SEM n’est pas entré en matière sur la demande d ’asile de l ’intéressée. Il a en outre prononcé son transfert vers la Croatie et ordonné l ’exécution de cette mesure, constatant l’absence d’effet suspensif à un éventuel recours. G. Par acte du 11 novembre 2022, l’intéressée a interjeté recours contre la décision précitée auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : Tribunal). A titre préalable, elle a sollicité le prononcé de mesures superprovisionnelles (effet suspensif), la dispense de l’avance des frais de procédure ainsi que l’octroi de l’assistance judiciaire partielle. Sur le fond, elle a conclu, à titre principal, à ce qu ’il soit entré en matière sur sa demande d’asile, subsidiairement au renvoi de la cause à l’autorité intimée pour instruction complémentaire et nouvelle décision. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2 En particulier, les décisions rendues par le SEM en matière l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l’art. 105 LAsi [RS 142.31] et art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 1.3 Le Tribunal est donc compétent pour connaître du recours. E-5148/2022 Page 4 1.4 L’intéressée a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Interjeté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 2. 2.1 Il convient d’examiner en premier lieu les griefs formels soulevés par la recourante, ceux -ci étant susceptibles d ’entraîner l'annulati on de la décision attaquée indépendamment des chances de succès du recours sur le fond (cf. ATF 144 I 11 consid. 5.3 et jurisp. cit. ; ATAF 2019 VII/6 consid. 4.1, 2013/34 consid. 4.2, 2013/23 consid. 6.1.3, 2010/35 consid. 4.1.1 et la jurisp. cit.). 2.1.1 La recourante fait valoir que le SEM aurait violé la maxime inquisitoire et son droit d ’être entendu. L ’autorité intimée aurait instruit de manière insuffisante les faits pertinents relatifs aux mauvais traitements qu ’elle aurait subis en Croatie (insultes, man que de nourriture et mauvais traitements physiques) et à la situation dans ce pays, notamment s’agissant de la possibilité pour elle d’avoir accès aux voies judiciaires. Elle lui reproche également d’avoir, dans sa décision, repris "un argumentaire général et éculé " pourtant critiqué par le Tribunal dans son arrêt F-5675/2021 du 6 janvier 2022 et omis d’examiner de manière détaillée et concrète les conditions d ’accueil et d ’accès à la procédure d ’asile dans l’hypothèse de son transfert vers la Croatie. 2.1.2 La procédure administrative est régie essentiellement par le principe inquisitoire selon lequel les autorités définissent les faits pertinents et les preuves nécessaires, qu’elles ordonnent et apprécient d’office (art. 12 PA). Ce principe doit cependant être r elativisé par son corollaire, soit le devoir de collaboration des parties à l ’établissement des faits, ainsi que par le droit de celles -ci, compris dans le droit d ’être entendu, de participer à la procédure et d’influencer la prise de décision (art. 13 PA et art. 8 LAsi). L'établissement des faits est incomplet au sens de l'art. 106 al. 1 let. b LAsi lorsque toutes les circonstances de fait et les moyens de preuve déterminants pour la décision n'ont pas été pris en compte par l'autorité inférieure (cf. ATAF 2014/2 consid. 5.1 ; 2007/37 consid. 2.3 et réf. cit.). 2.1.3 Le droit d'être entendu, inscrit à l'art. 29 al. 2 Cst., comprend pour le justiciable le droit d'être informé et de s'exprimer sur les éléments pertinents, avant qu'une décision ne soit prise toucha nt à sa situation juridique, le droit de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer E-5148/2022 Page 5 sur le sort de la décision, celui de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos (cf. ATF 145 I 167 consid. 4.1 ; ATAF 2013/23 consid. 6.1.1 ; 2010/53 consid. 13.1). La jurisprudence a également déduit de l ’art. 29 al. 2 Cst. le devoir pour l'autorité de motiver sa décision, afin que le justiciable puisse la comprendre, la contester utilement s'il y a li eu et exercer son droit de recours à bon escient. Pour répondre à ces exigences, l'autorité doit mentionner, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision, de manière à ce que le requérant puisse se rendre compte de la portée de celle -ci et l'attaquer en connaissance de cause (cf. ATAF 2010/3 consid. 5 et jurisp. cit. ; 2013/34 consid. 4.1 ; 2012/23 consid. 6.1.2 et jurisp. cit.). 2.1.4 En l’espèce, la recourante a eu tout le loisir de s ’exprimer sur son séjour en Croa tie et les mauvais traitements qu ’elle y aurait subis, ce qu’elle a d’ailleurs fait. Tout défaut d’instruction sur ce point peut donc être écarté. Il ne saurait en outre être reproché à l’autorité inférieure de n’avoir pas tenu compte dans sa motivation de ses allégations sur les mauvais traitements endurés de la part des autorités croates. En effet, cette autorité a correctement exposé les raisons qui l ’ont amenée à prononcer son transfert vers la Croatie, en se déterminant de manière suffisamment individualisée sur les éléments essentiels du dossier. Elle a en particulier rappelé et apprécié les arguments exposés par l ’intéressée lors de son entretien Dublin, tout en présentant la situation régnant en Croatie, en particulier s ’agissant de la prise des empr eintes forcées, et en se prononçant sur les raisons de la (non) application de la clause de souveraineté Dublin . La question de savoir si cette appréciation est correcte relève du fond, mais non de la forme. 2.2 L’intéressée reproche encore au SEM d ’avoir viol é la maxime inquisitoire ainsi que son droit d ’être entendu, en instruisant et motivant insuffisamment la question de son état de santé. Elle soutient en particulier que le SEM ne pouvait pas statuer sans obtenir davantage d ’informations sur les problèmes de santé qu’elle avait invoqué s. Elle précise que l’absence de journal de soin s ou de rapport médical au dossier du SEM pourrait s’expliquer par la surcharge de l ’infirmerie des centres d ’accueil qu’elle a fréquentés et le caractère non urgent de ses affections. En l’occurrence, lors de son entretien Dublin, la recourant e a fait état de douleurs au flan ainsi qu’à l’estomac et indiqué qu’elle ne sentait pas bien sur le plan psychologique, précisant se renfermer sur elle-même et n’avoir parfois envie de rien . Au moment où l ’autorité intimée a statué, elle ne E-5148/2022 Page 6 disposait certes d ’aucun do cument médical. Comme la recourante le suggère elle-même, cela pourrait notamment s’expliquer par le fait que sa situation ne nécessitait pas une prise en charge urgente. Néanmoins, dans son recours, elle allègue avoir eu accès au moins à une reprise à l’infirmerie du CFA de Boudry, où on lui a remis des mèches hémostatiques. Nanti de ces informations, le SEM a retenu implicitement que les affections présentées par la recourante n ’étaient pas suffisamment graves ou spécifiques pour s’opposer à un retour en Croatie, où elle aurait accès aux soins médicaux. Force est ainsi d ’admettre que le SEM a dûment motivé sa décision et pris en compte les éléments médicaux figurant alors au dossier, lesquels ne laissaient apparaître aucun indice de troubles susceptibles de faire obstacle au transfert de l ’intéressée. On ne saurait, dans ces circonstances, reprocher à l ’autorité intimée de ne pas avoir investigué plus avant ses problèmes de santé. Le SEM n’a par conséquent pas violé son devoir d ’instruction d’office ou de m otivation s’agissant de l’état de santé de la recourante. 2.3 La recourante fait finalement grief au SEM de ne pas avoir effectué les démarches nécessaires auprès des autorités croates suite à l ’invocation par ces dernières de l’art. 20 par. 5 RD III dans leur acceptation de reprise en charge du 21 septembre 2022. Selon l ’intéressée, l ’autorité intimée aurait dû s ’assurer, dans ces circonstances, qu ’elle puisse valablement faire valoir ses motifs d’asile en Croatie et bénéficier de conditions d’accueil dignes et respectueuses des standards internationaux contraignants. Par ailleurs, elle soutient que le SEM aurait dû examiner la validité du dépôt, sous la contrainte, de sa demande d ’asile en Croatie. Ces griefs relèvent cependant du fond et seront examinés plus loin. 2.4 Dans ces conditions, les griefs d ’ordre formel invoqués par la recourante doivent être rejetés. 3. Saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien-fondé d’une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2 ; 2009/54 consid. 1.3.3 ; 2007/8 consid. 5). 3.1 Il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n ’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d ’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2). E-5148/2022 Page 7 3.2 Aux termes de l ’art. 3 par. 1 RD III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. L a procédure de détermination de l’Etat responsable est engagée aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III). 3.3 Dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), comme en l’espèce, il n ’y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon le chapitre III du RD III (cf. ATAF 2017 VI/5 précité consid. 6.2 et 8.2.1, et réf. cit.). L’Etat responsable en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge – dans les conditions pré vues aux art. 23, 24, 25 et 29 – le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans en avoir reçu la permission, sur le territoire d'un autre Etat membre (art. 18 par. 1 let. b RD III). 4. 4.1 En l’occurrence, comme déjà relevé, les investigations entreprises par le SEM ont permis d’établir que l’intéressée a déposé une demande d’asile en Croatie. Sur la base de ces informations, le SEM a soumis aux autorités compétentes de ce pays , dans le délai fixé à l ’art. 23 par. 2 RD III, une requête aux fins de reprise en charge, fondée sur l’art. 18 al. 1 let. b RD III. Le 21 septembre suivant, la Croatie a expressément accepté cette requête sur la base de l’art. 20 par. 5 RD III. 4.1.1 A teneur de cet article, l'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre sans titre de séjour, ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre Etat membre pendant le processus de détermination de l'Etat membre responsable (au sujet du retrait de la demande de protection internationale, cf. notamment arrêt du Tribunal E-4367/2022 du 6 octobre 2022 consid. 5.3.2 et ré f. cit.). Cette obligation cesse lorsque l’Etat membre auquel il est demandé d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable peut établir que le demandeur a quitté entre-temps le territoire des Etats membres pendant E-5148/2022 Page 8 une période d’au moins trois mois ou a obtenu un titre de séjour d’un autre Etat membre. 4.1.2 En l’espèce, lorsqu’elles ont accepté la requête de reprise en charge formulée par le SEM, les autorités croates ont exposé que l’intéressée avait manifesté son intention de demander l’asile en Croatie, mais s’était enfuie avant son audition. Ce fait est corroboré par les données enregistrées dans le système Eurodac (cf. supra let. A et consid. 4.1). Dans ces conditions, et dans la mesure où l ’intéressée n ’a pas quitté le territoire des Etats membres ni n’a obtenu de titre de séjour de la part d’un Etat membre dans l’intervalle, il se justifie de faire application de l ’art. 20 par. 5 RD III, conformément à la jurisprudence précitée (cf. supra, consid. 4.1.1). Dans ces circonstances, c ’est à tort que la recourante reproche au SEM un défaut d’instruction en lien avec l’admission par l’Unité Dublin croate de sa responsabilité sur la base de l ’art. 20 par. 5 RD III. En effet, la reprise en charge de la recourante imposée à la Croatie par cette disposition a pour but de permettre à ce pays "d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l ’examen de la demande". Partant, la recourante ne saurait contester valablement sa reprise en charge fondée sur cette disposition en ra ison de l’absence d’une garantie d ’un examen par la Croatie de sa demande de protection internationale . Elle perd en effet de vue que le transfert d’une personne vers l’Etat membre tenu à une obligation de reprise en charge n ’a pas nécessairement pour obje t de mener à bien l’examen de cette demande (cf. arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne [CJUE] C-582/17 et C-583/17 du 2 avril 2019 point 60). 4.2 En conclusion, la Croatie est bien l’Etat membre tenu de reprendre en charge la recourante pour mene r à terme le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l ’examen de la demande de protection internationale de celle-ci. 5. 5.1 En vertu de l ’art. 3 par. 2 RD III, lorsqu ’il est impossible de transférer un demandeur vers l ’Etat membre initialem ent désigné comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d ’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l ’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci-après : Charte UE), l ’Etat procédant à la détermination de l ’Etat E-5148/2022 Page 9 responsable poursuit l ’examen des critères fixés au chapitre III, afin d’établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable. Lorsqu ’il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l ’Etat membre proc édant à la détermination devient l ’Etat responsable. 5.2 Conformément à la pratique développée par le Tribunal dans le cadre de procédures de reprise en charge Dublin (cf. arrêt du Tribunal E-4652/2022 du 24 octobre 2022 consid. 5.1 et réf. cit), il n ’y a pas de sérieuses raisons de croire qu ’il existe en Croatie des défaillances systémiques dans la procédure d ’asile et les conditions d ’accueil des demandeurs concernés par ces procédures de reprise en charge, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’art. 4 de la Charte UE et ce nonobstant les prises de position critiques de plusieurs organismes (notamment le Conseil de l’Europe) essentiellement concernant une pratique de la Croatie consistant à renvoyer collectivement des migran ts vers la Bosnie -Herzégovine. Partant, dans le cadre de procédures de reprise en charge Dublin, le respect par la Croatie de ses obligations tirées du droit international public et du droit européen, en matière de procédure d ’asile et de conditions d ’accueil, en particulier le principe de non -refoulement énoncé expressément à l'art. 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30), ainsi que l'interdiction des mauvais traitements ancrée à l'art. 3 CEDH et à l'art. 3 de la Convention contre la torture ou autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 (Conv. torture, RS 0.105) demeure présumé (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 8.4 ; 2010/45 consid. 7.4 et 7.5). 5.3 Dans ces conditions, il est vain à la recourante de critiquer l’argumentaire du SEM sur l’absence de défaillances systémiques en se référant à l’arrêt de cassation du Tribunal F -5675/2021 du 6 janvier 2022 et à celui de référence E-3078/2019 du 12 juillet 2019. En effet, ces arrêts concernaient des procédures de prise en charge Dublin. De même, la recourante ne peut tirer argument du ra pport de l’OSAR du 13 septembre 2022 intitulé "Violences policières en Bulgarie et en Croatie : conséquences pour les transferts Dublin ", dans la mesure notamment où elle a déposé une demande de protection en Croatie et que cet Etat a expressément accepté de la reprendre en charge sur son territoire. Pour le surplus, la position du SEM sur l’absen ce de défaillances systémiques dans le cas d’espèce (reprise en charge Dublin) est conforme à la pratique précitée du Tribunal. Quant aux allégations, très succinctes et étayées par E-5148/2022 Page 10 aucun élément concret ou probant, relatives au comportement de la police croate à son égard (prise d’empreintes forcées et dépôt de la demande d’asile sous la contrainte), on ne saurait leur accorder de portée générale décisive sous l’angle de l’art. 3 par. 2 2ème phrase RD III. 5.4 Partant, le SEM a considéré à juste titre, sur la base d’une motivation suffisante et d’un dossier instruit à satisfaction, que l’application de l’art. 3 par. 2 RD III ne se justifiait pas dans le cas d’espèce. 6. 6.1 Pour s’opposer à son transfert vers la Croatie, l’intéressée dit avoir été battue par la police croate lors de son interpellation. Elle aurait notamment été arrêtée et détenue toute une journée sans nourriture, puis ses empreintes digitales auraient été prises de force . Refusant de signer les documents de la demande d’asile, elle aurait ensuite été conduite dans un camp qu’elle aurait quitté après une semaine au vu des conditions d’accueil déplorables et du comportement du personnel qui lui aurait fait vivre "un calvaire" (vol d’argent et rétention de téléphone ; cf. entretien Dublin p. 2). En outre, elle a émis de sérieux doutes quant à l’accès dans ce pays à une procédure d’asile équitable et respectueuse de ses droits fondamentaux. Atteinte dans sa santé physique et psychique, elle devrait selon elle être considérée comme particulièrement vulnéra ble en cas de transfert. A cet égard, elle invoque une violation de l ’art. 17 par. 1 RD III en lien avec les art. 3 et 13 CEDH et 3 Conv. torture, ainsi qu ’en lien avec l ’art. 29a al. 3 OA 1. Elle invoque encore une violation de l ’art. 2 de la Convention d u 18 décembre 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF, RS 0.108). 6.2 Sur la base de l’art. 17 par. 1 RD III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d ’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d ’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une telle demande lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la S uisse relevant du droit international public (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1 ; 2012/4 consid. 2.4). Selon la jurisprudence de la CourEDH (cf. Paposhvili c. Belgique, arrêt de la Grande Chambre du 13 décembre 2016 [req. n°41738/10]), le retour forcé d’une personne touchée dans sa santé n'est susceptible de constituer E-5148/2022 Page 11 une violation de l'art. 3 CEDH que lorsqu’il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l ’absence de tra itements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d ’accès à ceux -ci, à un risque réel d ’être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie (voir également arrêt de la CJUE du 16 février 2017 en l'affaire C-578/16, par. 66 à 68 et l’ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2). 6.3 En l ’espèce, la recourante n ’a pas démontré que sa demande de protection déposée en Croatie ne serait pas traitée conformément aux dispositions légales applicables dans ce pays et à la directive Procédure. Dans son cas, rien ne permet de considérer que les autorités croates refuseraient de procéder à l'examen de sa demande de protection si au terme du processus de détermination elles s ’estiment responsables (cf. supra consid. 4.1). Les problèmes soulevés dans le recours concernant la situation générale en C roatie en lien avec la procédure d’asile (cf. supra, consid. 5.2 et 5.3 ainsi que p. 6 ss et 13 s. du recours) ne sauraient infléchir ce raisonnement. En outre, la recouran te n'a fourni aucun élément susceptible de démontrer que la Croatie ne respecterait pas le principe de non -refoulement, et donc faillirait à ses obligations internationales en la renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d ’où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays. 6.4 L’intéressée, qui n’est restée que quelques jours en Croatie, n'a pas non plus apporté d'indices suffisants qu’elle serait privée durablement, dans cet Etat, des conditions matérielles prévues par la directive Procédure et la directiv e n° 2013/33/UE du Conseil du 26 juin 2013 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres (cf. JO L 180/96 du 29.06.2013 ; ci-après : directive Accueil) et qu’elle ne pourrait au besoin y faire valoir ses droits. Elle n’a en particulier pas démontré que ses conditions d'existence dans ce pays revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 Conv. torture (cf. arrêt du Tribunal F -1125/2021 du 19 mars 2021 consid. 4.5). Les rapports cités à l’appui du recours ne sauraient suffire à cet égard. S’agissant des mauvais traitements qu ’elle aurait subis durant son séjour en Croatie, ils ne sont ni étayés, ni décisifs . En effet, il n ’existe pas de raison concrète et sérieuse d ’admettre que lors de son transfert vers ce pays, elle risque d ’être confrontée à nouveau à une situation similaire à E-5148/2022 Page 12 celle qu’elle dit avoir connue à son arrivée en Croatie, en tant que personne étrangère en situation irrégulière qui refusait de donner ses empreintes digitales et de déposer une demande d ’asile. Comme indiqué déjà à plusieurs reprises par le Tribunal, l e rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traite ments inhumains ou dégradants du 3 décembre 2021 ne permet pas d ’aboutir à une autre conclusion (notamment dans ce sens, cf. arrêts E-4859/2022 du 9 novembre 2022 consid. 6.4 et E -4732/2022 du 31 octobre 2022 consid. 6.3.1). La même conclusion s ’applique a u dossier de presse élaboré par les collectifs "Droit de rester" romands auquel la recourant fait référence dans son recours. Dans ces circonstances, on ne saurait reprocher à l’autorité inférieure, comme argumenté dans le recours, de ne pas avoir vérifié l’accès effectif à une protection judiciaire appropriée pour les violences policières alléguées. A noter encore que les déclarations de la recourante sur le traitement qui lui a urait été réservé en Croatie dans le cadre de l'application de la procédure de relevé des empreintes digitales sont imprécis es. En procédant à ce relevé au moment de son interpellation et de l'introduction de sa demande de protection internationale et à leur transmission au système central Eurodac, les autorités croates n’ont fait que se conformer à leur obligation découlant de l'art. 9 par. 1 et de l ’art. 14 par. 1 du règlement (UE) n o 603/2013 du Parlemen t européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement Dublin III et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des Etats membres et Europol à des fins répressives, et modifiant le règlement (UE) n o 1077/2011 portant création d'une agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice (refonte) (JO L180/1 du 29.6.2013). Cela dit, si la recourante devait toutefois, à l ’issue de son transfert en Croatie, être contrainte par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine , ou si elle devait estimer que cet Etat ne respecte pas les directives européennes en matière d'asile, viole ses obligations d'assistance à son encontre ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire val oir ses droits directement aupr ès des autorités de ce pays ( art. 26 directive Accueil). E-5148/2022 Page 13 6.5 6.5.1 Compte tenu de la jurisprudence restrictive en la matière, il y a lieu de considérer que les problèmes de santé évoqués par la recourante lors de son entretien Dublin (cf. supra, lettre C et consid. 2.2) ne sont pas d’une gravité telle qu’il se justifierait de renoncer à son transfert vers la Croatie (cf. arrêt de la CourEDH Paposhvili précité). En effet, en l’absence de tout document médical au dossier, rien ne permet d’inférer que l’intéressée ne serait pas apte à voyager ou que son transfert en Croatie représenterait un danger concret pour sa santé. En tout état de cause, on rappellera que ce pays, qui est lié par la directive Accueil et dispose des structures médicales adéquates (cf. arrêt du Tribunal F -3415/2022 du 27 octobre 2022 consid. 7.3.2 et réf. cit.) , doit faire en sorte que les demandeurs d ’asile reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les soins urgen ts et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves, et fournir l ’assistance médicale ou autre nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d’accueil, y compris, s’il y a lieu, des soins de santé mentale appropr iés (art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive). 6.5.2 En tout état de cause, dans le cas où l'intéressée devait avoir besoin de soins particuliers au moment de son transfert vers la Croatie, il lui appartiendra d'en informer les autorités suisses chargées de l'exécution de cette mesure. Le cas échéant, il incombera à celles-ci de transmettre, sous une forme appropriée, aux autorités croates les renseignements permettant une éventuelle prise en charge médicale spécifique (art. 31 et 32 RD III). 6.6 Enfin, comme le Tri bunal l ’a déjà rappelé à plusieurs reprises, l’art. 2 CEDEF ne constitue pas une norme directement applicable. La recourante ne saurait partant s’en prévaloir pour s’opposer à son transfert vers la Croatie (cf. arrêt du Tribunal D -4646/2022 du 20 octobre 2 022 consid. 6.6 et réf. cit.). Elle n’a du reste en rien démontré que son transfert l’exposerait à des formes graves de discrimination ou de violence en raison de sa qualité de femme. 6.7 Par conséquent, le transfert de l ’intéressée vers la Croatie n ’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée. 6.8 Il y a en outre lieu de constater que le SEM a établi de manière complète et exacte l ’ensemble des faits pertinents pour l ’examen de la E-5148/2022 Page 14 question et n'a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation, qui est large, en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, en combinaison avec l'art. 17 par. 1 RD III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 6.9 Il convient encore de rappeler que ledit règlement ne confère pas aux demandeurs d’asile le droit de choisir l’Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d ’accueil comme Etat responsable de l ’examen de leur demande d’asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3). 7. C’est a insi à bon droit que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de l’intéressée, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de Suisse vers la Croatie, en application de l'art. 44 LAsi. Par conséquent, le recours doit être rejeté. 8. S’avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d’écritures (art. 111a al. 1 LAsi). 9. 9.1 Dans la mesure où il est immédiatement statué sur le fond, les demandes tendant à l ’octroi de l ’effet suspensif et à la dispense du versement d ’une avance de frais sont sans objet. Les conclusions du recours étant d’emblée vouées à l’échec, la requête d’assistance judiciaire partielle est rejetée. 9.2 Vu l’issue de la cause, il y a ainsi lieu de mettre les frais de procédure à la charge de la recourante, conformément à l’art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif : page suivante) E-5148/2022 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d'un montant de 750 francs, sont mis à la charge de la recourante. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adress é à la recourante , au SEM et à l'autorité cantonale. La juge unique : La greffière : Camilla Mariéthoz Wyssen Miléna Follonier