B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-5911/2011 A r r ê t d u 1 4 m a r s 2 0 1 3 Composition Claudia Cotting-Schalch (présidente du collège), Emilia Antonioni, Daniele Cattaneo, juges, Chantal Jaquet Cinquegrana, greffière. Parties A._______, née le (…), Arménie, représentée par le Centre Social Protestant (CSP) à Genève, recourante, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure Objet Asile ; décision de l'ODM du 23 septembre 2011 / N (…). D-5911/2011 Page 2 Faits : A. A.a B._______ a déposé, le 11 décembre 2002, une demande d'asile au centre d'enregistrement des requérants d'asile (CERA), actuellement cen- tre d'enregistrement et de procédure (CEP), à Vallorbe. Entendu sur les motifs de sa demande, le 16 décembre 2002, au centre précité, et lors d'une audition cantonale, le 14 mars 2003, B._______ a fait valoir que, lors des élections du 20 octobre 2002, lui et son cousin avaient été chargés de surveiller le bon déroulement de celles -ci dans leur village de C._______. Une dispute a éclaté entre eux et des perso n- nes, lesquelles tentaient d'introduire dans l'urne plusieurs bulletins de v o- te au nom de l'un des quatre candidats. Quelques jours plus tard, après avoir été battus par ces mêmes personnes, l'intéressé et son cousin ont déposé plainte au commissariat du village. Les policiers ont alors enregis- tré leur plainte tout en leur conseillant de régler leurs problèmes à l'amia- ble afin de se réconcilier. Le 10 novembre 2002, la voiture du requérant a été incendiée et, le 14 novembre 2002, le chien de son cousin a été tué. L'intéressé et son cousin ont une nouvelle fois déposé plainte auprès du même commissariat, sans succès, puis à la p olice à D._______, cette dernière leur ayant alors conseillé de s'adresser aux autorités de leur r é- gion. Ne se sentant pas protégés par les autorités et ayant reçu des m e- naces également à l'encontre de leur s familles respectives, l'intéressé et son cousin ont finalement quitté l'Arménie en date du 25 novembre 2002. A.b A._______, l'épouse du requérant, est entrée clandestinement en Suisse, le 20 juillet 2003, et a déposé, le lendemain, une demande d'asile au CEP à Vallorbe. Entendue sur les motifs de sa demande , le 5 août 2003, au centre de transit d'Altstätten, et lors d'une audition cantonale, le 27 août 2003, A._______ a fait valoir que, suite au départ de son mari, el- le et son fils E._______ avaient été constamment importunés. Dans la nuit du 7 au 8 mars 200 3, trois individus s'étaient rendus dans la maison où elle vivait avec E._______ et sa famille, afin de connaître l'endroit où se cachait son époux. La requérante a reçu de ses agresseurs un coup de pied qui lui a fait perdre des dents. Elle a conseillé à son fils et à sa famille de quitter le pays et, le même jour, est partie vivre chez sa mère D-5911/2011 Page 3 habitant le village voisin, où elle est restée jusqu'à son départ du pays, le 10 juillet 2003. Elle a précisé avoir porté plainte auprès de la police de F._______, laquelle n'avait toutefois rien entrepris. Elle a également all é- gué n'avoir plus eu de nouvelles de son fils E._______ et de sa famille. A.c Par décision du 12 février 2004, l'ODM a rejeté les demandes d'asile de B._______ et de A._______, prononcé leur renvoi de Suisse et ordon- né l'exécution de cette mesure. A.d Les intéressés ont déposé, le 10 mars 2004, un recours contre la d é- cision précitée. A.e A la demande du Tribunal administratif fédéral (Tribunal), l'intéressée a fait parvenir un rapport médical établi, le 27 juillet 2007, par son méd e- cin psychiatre. Il en ressort que celle -ci souffre d'un état de stress post - traumatique d'intensité sévère (F43.1), ainsi que d'un épisode dépressif sévère, sans symptômes psychotiques (F32.2). Dans le cadre de son anamnèse, le thérapeute a précisé que sa patiente, en sus des violences physiques alléguées dans le cadre de sa demande d'asile (dents ca s- sées), avait également subi d'autres graves préjudices qu'elle avait refusé d'invoquer pour des motifs d'ordre psychologique. A.f Par arrêt du 2 octobre 2008, le Tribunal a admis le recours contre la décision de l'ODM, annulé cette dernière, et lui a renvoyé la cause pour nouvelle décision. Il a en particulier enjoint l'autorité de première instance d'entreprendre, avant de statuer à nouveau, des recherches sur place pour déterminer si les autorités arméniennes ont la volonté et la capacité d'assurer aux recourants une protection efficace et effective contre les agissements illicites dont ils se sont prévalu de la part de tiers. Par ai l- leurs, au vu des nouveaux éléments de fait qui ressortaient du certificat médical du 27 juillet 2007, il a requis de l'ODM de procéder à une nouve l- le audition d e A._______, afin de déterminer dans quel contexte elle a subi les gr aves préjudices qu'elle n'a pas pu invoquer durant plusieurs années pour des motifs d'ordre psychologique, et si ceux -ci ont été infl i- gés pour l'un des motifs prévus à l'art. 3 LAsi. B. Le 30 décembre 2010, l'ODM, reprenant l'instruction de la cause, a pr o- cédé à une nouvelle audition de A._______. Entendue plus particulièrement sur les événements vécus dans la nuit du 7 au 8 mars 2003, l'intéressée a tout d'abord déclaré être psychiquement D-5911/2011 Page 4 malade et ne pas souhaiter s'en souvenir, avant d'admettre, sur insista n- ce de l'auditrice, (…). C. Le 22 mars 2011, l'ODM a procédé à une demande de renseignements auprès de la représentation suisse à Erevan. Il ressort pour l'essentiel du rapport établi, le 1er juin 2011, par celle-ci, que : - aucune élection n'a eu lieu en Arménie en 2002, les élections parlemen- taires et présidentielles s'étant déroulées en 2003, - toute personne en Arménie a le droit de rechercher une protection a u- près des autorités chargées d'appliquer la loi ; celles -ci sont obligées et ont généralement la volonté d'assurer une protection ; cependant, si elles ne devaient pas enquêter en raison de certaines circonstances, par exemple l'intervention d'une figure politique i nfluente (etc.), la personne concernée a alors la possibilité de s'adresser à de plus hautes instances, comme les tribunaux, ou à d'autres entités, comme l'ombudsman ou une organisation de défense des droits de l'homme, - dans la mesure où (…) est considér é comme un crime grave en Arménie, les au torités so nt tenues d'ouvrir une enquête pénale lor s- qu'un tel acte vient à leur connaissance, peu importe où celui-ci s'est pro- duit ; cependant, dans le cas où la police refuserait d'in tervenir, la victime a la possibilité de s'adresser à des organ es étatiques centraux et aux tri- bunaux, ou à d'autres organ ismes gouvernementaux et non gouverne- mentaux, - la situation est quasi identique à Erevan ; il est bien -sûr plus facile d'y compter sur une prot ection, du fait de la centralisation des organes état i- ques, mais cela ne signifie pas pour autant que les victimes ne disposent pas de moyens pour faire reconnaître leurs droits, dans les autres régions du pays. D. Le 6 juillet 2011, l'autorité de première instance a donné con naissance aux intéressés tant des questions posées à la représentation de Suisse à Erevan que les réponses de celle -ci. Elle leur a également donné la po s- sibilité de se prononcer par écrit sur ces éléments de fait. E. Le 15 juillet 2011, B._______ et A._______ ont déposé leurs observ a-D-5911/2011 Page 5 tions. Ils ont estimé que les renseignements obtenus par l'Ambassade de Suisse à Erevan n'étaient pas fiables ni ne permettaient de démontrer que les autorités arméniennes avaient la volonté et la capacité de leur assurer une protection efficace et effective contre les agissements illicites dont ils avaient été victimes. F. Le 14 septembre 2011, l'ODM a approuvé la demande transmise par l'au- torité cantonale genevoise compétente pour la reconnaissance aux inté- ressés d'une autorisation de séjour pour cas de rigueur au sens de l'art. 14 al. 2 LAsi. Les autorités compétentes genevo ises leur ont alors délivré un permis B. G. Par décisions distinctes du 23 septembre 2011, l'ODM a rejeté la dema n- de d'asile tant de B._______ que de A._______. En ce qui concerne cette dernière, se basant notamment sur l' enquête menée sur place, il a, pour l'essentiel, estimé que les persécutions dont avait fait l'objet l'intéressée constituaient des préj udices commis par des tiers, lesquels étaient p oursuivis et sanctionnés par les autori tés arm é- niennes. De plus, il a considéré que les persécutions alléguées étaient circonscrites au plan local ou ré gional, et que la requérante avait la po s- sibilité de s'y soustraire en se rendant sur une autre partie d u territoire étatique. Par ailleurs, constatant qu'il avait, en date du 14 septembre 2011, a p- prouvé l'octroi d'une autorisation de sé jour pour cas de rigueur proposé en faveur des intéressés par les autorités cantonales genevoises compé- tentes, il a renoncé à prononcer le renvoi et l'exécution de cette mesure. H. Par recours du 26 octobre 2011, B._______ a conclu à l'annulation de la décision du 23 septembre 2011, et à la reconnaissance de la qualité de réfugié ainsi qu'à l'octroi de l'asile . A titre préalable, il a requis la jonction de sa cause avec celle de son épouse, ainsi que l'assistance judiciaire partielle. I. Le même jour , A._______ a également recouru contre la décision de l'ODM prise à son égard le 23 septembre 2011, en concluant à l'annula- tion de celle-ci, et à la reconnaissance de la qualité de réfugiée ainsi qu'à D-5911/2011 Page 6 l'octroi de l'asile. A titre préalable, elle a aussi requis la jonction de sa cause avec celle de son époux, ainsi que l'assistance judiciaire partielle. Tout en mettant en cause la fiabilité de l'enquête effectuée sur place – aucun crédit ne pouvant, selon elle, être accordé à l'avocat de confiance de l'Ambassade de Suisse à Erevan – elle a fait valoir que l'autorité de première instance avait mal interprété le résultat d e ladite enquête et n'avait ainsi pas été à même de démontrer que les autorités arméniennes étaient en mesure de lui accorder une protection adéquate. En outre, elle a soutenu que l'ODM avait violé l 'autorité de chose jugée de l'arrêt du 2 octobre 2008, dans la mesure où cet office avait motivé sa décision par le fait qu'elle aurait eu la possibilité de fuir sur une autre partie du territo i- re arménien, quand bien même cette question avait déjà été examinée par le Tribunal dans l'arrêt précité. En tout éta t de cause, elle a relevé qu'en raison de la gravité des persécutions subies, du traumatisme et des séquelles qui en étaient résultés, il y avait lieu de reconnaître l'existence de raisons impérieuses entraînant l'octroi de l'asile. J. Par décision incidente du 4 novembre 2011, le juge instructeur en charge du dossier a relevé qu'il ne pourrait se prononcer sur la question de la jonction des causes que lorsqu'il serait en mesure de déterminer si (…). Il a en conséquence imparti à cette dernière un délai au 18 novembre 2011 pour l'en informer, ainsi que pour lui faire parvenir un certificat médical détaillé concernant son état de santé. K. Par courrier du 17 novembre 2011, la recourante a fait savoir au Tribunal que (…). En outre, elle a réitéré sa demande de jon ction des causes et produit un certificat médical co-signé, le 14 novembre 2011, par son m é- decin traitant, lequel indique que le diagnostic est identique à celui retenu en juillet 2007 (cf. consid. Ae ci-dessus). L. Par décision incidente du 25 novembre 2011, le juge instructeur en cha r- ge du dossier, constatant que les recours de B._______ et de A._______ concernaient une seule et même entité familiale et portaient l'un et l'autre sur un état de faits en grande partie identique, a joint les causes et préc i- sé qu'il statuerait par un seul arrêt. D-5911/2011 Page 7 M. Invité à se prononcer sur les recours, l'ODM en a proposé le ur rejet, par détermination du 9 décembre 2011. Il a en particulier relevé que les faits pour lesquels les intéressés avaient fui leur pays d'origine remontaient à dix ans et n'étaient plus déterminants pour l'octroi de l'asile. N. Par courrier du 28 décembre 2011, B._______ et A._______ ont fait usa- ge de leur droit de réplique octroyé par le juge instructeur en charge du dossier. Ils ont pour l'essentiel réit éré la motivation d e leurs recours du 26 octobre 2011, reprochant tout particulièrement à l'ODM de n'avoir pas été en me sure de démontrer qu'ils pouvaient effectivement bénéficier d'une protection adéquate dans leur pays, et de ne pas s'être prononcé sur la question des raisons impérieuses. O. Par courrier du 2 mars 2012, B._______ a informé le Tribunal de sa v o- lonté de retirer son recours du 26 octobre 2011, tout en précisant que son épouse maintenait celui la concernant. Il a également requis la disjonction de leurs causes. P. Par ordonnance du 21 mars 2012, le juge instructeur en charge du do s- sier a admis la demande de disjonction des causes et a relevé que le Tr i- bunal statuerait en deux arrêts séparés. Q. Par décision du 22 mars 2012, le Tribunal a radié du rô le le recours d é- posé, le 26 octobre 2011, par B._______. R. Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire, dans les considérants en droit ci-dessous. Droit : D-5911/2011 Page 8 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Trib u- nal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités me n- tionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), devant le Tribunal, lequel statue alors définit ivement, sauf demande d’extradition dé posée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2 La recourante a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 108 al. 1 LAsi). 2. A titre préalable, A._______ a reproché à l'autorité de première instance de n'avoir pas respecté les instructions données par le Tribunal à l'appui de l'arrêt du 2 octobre 2008 et d'avoir ainsi violé l'autorité de chose jugée en soutenant qu'elle aurait eu la possibilité de fuir sur une autre partie du territoire arménien. Elle estime en particulier que l'ODM n 'aurait dû se prononcer que sur les deux po ints par rapport auxquels le Tribunal lui avait enjoint de procéder à une instruction complémentaire, à savoir sur l'existence d'une protection adéqua te dont elle pouvait bénéficier dans son pays et sur la nature des préjudices qu'elle y avait subis. En l'occurrence, le Tribunal constate que l'autorité de première instance a suivi à la lettre les instructions ordonnées dans son arrêt du 2 octobre 2008. D'une part, celle-ci a entrepris des recherches sur place, en vue de pouvoir déterminer si les autori tés arméniennes ont la volonté et la capacité d'assurer à l'intéressée et à son mari une protection effic a- ce et effective contre les agissements illicites dont ils se sont prévalu s de la p art de tiers. D'autre part, l'ODM a procédé à une nouvelle audition de A._______, afin de déterminer dans quel contexte elle a subi les gr a- ves préjudices qu'elle n'avait jusque-là pu dévoiler qu'à son médecin trai- tant. En outre, il a également motivé la décision incriminée sous l'angle de la protection adéquate dont l'intéressée pouvait bénéficier de la part D-5911/2011 Page 9 des autorités arméniennes contre des préjudices infligés par des tiers . Dans ces conditions, cet office était parfaitement habilité à compléter son argumentation sous l'angle d'une éventuelle possibilité de protection i n- terne. En tout état de cause, et contrairement à ce que prétend la reco u- rante, le Tribunal n'en a nullement restreint l'examen dans son arrêt du 2 octobre 2008 – bien au contraire – dans la mesure où il a enjoint ce t offi- ce d'entreprendre les investigations utiles y relatives. Partant, le grief sou- levé par A._______ doit être écarté. 3. 3.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d ’origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l ’être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de s é- rieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psych i- que insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécif i- ques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.2 Quiconque demande l’asile (requérant) doit prouver ou du moins re n- dre vraisemblable qu ’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraise m- blable lorsque l ’autorité estime que celle -ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterm i- nante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.3 Conformément à une jurisprudence constante, l'asile n'est pas acco r- dé en guise de compensation à des préjudices subis, mais sur la base d'un besoin de protection actuel, sur la base de la situation prévalant au moment de la décision. Les changements de la situation objective dans le pays d'origine, intervenus entre la fi n de la persécution alléguée, respe c- tivement le moment du départ du pays et celui du prononcé de la décision sur la demande d'asile sont pris en considération, que ce soit en faveur du demandeur ou en sa défaveur. En d'autres termes, il faut un lien te m- porel étroit de causalité entre les préjudices subis et le départ du pays, ainsi qu'un lien matériel étroit de causalité entre les préjudices subis et le besoin de protection. Cela suppose également qu'une protection adéqua- te dans le pays d'origine du requéra nt soit exclue (cf. Arrêts du Tribunal D-5911/2011 Page 10 administratif fédéral suisse [ATAF] 2011/50 consid. 3.1.2 p. 997 et réf. cit., ATAF 2010/57 consid. 2.4, 3.2 et 4.1, ATAF 2009/51 consid. 4.2.5). 3.4 Les persécutions au sens de l'art. 3 LAsi, qu'elles émanent d'agents étatiques ou quasi étatiques ou qu'elles soient le fait de tiers, ne sont pas déterminantes pour la reconnaissance de la qualité de réfugié si la pe r- sonne concernée bénéficie sur place d'un accès concret à des structures efficaces de protection et qu'il pe ut être raisonnablement exigé d'elle qu'elle fasse appel à ce système de protection interne. Cette règle consa- cre le principe de la subsidiarité de la protection internationale par rapport à la protection nationale, principe selon lequel on doit pouvoir ex iger d'un requérant d'asile qu'il ait épuisé les possibilités de protection adéquates existant dans son propre pays contre d'éventuelles persécutions, avant de solliciter celle d'un Etat tiers. La protection nationale sera considérée comme adéquate lorsque la personne concernée bénéficie sur place d'un accès concret à des structures efficaces de protection et qu'il peut être raisonnablement exigé d'elle qu'elle fasse appel à ce système de prote c- tion interne (cf. ATAF 2011/51 consid. 7.1 à 7.4 et la jurispru dence citée, ATAF 2008/12 consid. 5.3 p. 155, ATAF 2008/5 consid. 4.1 p. 60, ATAF 2008/4 consid. 5.2 p. 37 ; cf. également Jurisprudence et Inform a- tions de la Commission [ JICRA] 2006 n° 18 p. 181 ss, en particulier consid. 10.1 et 10.3.2). 4. A._______ fait valoir avoir fait l'objet de graves préjudices – en l'occur- rence (…) – infligés à son domicile par trois individus à la recherche de son mari, durant la nuit du 7 au 8 mars 2003. 4.1 En toute premier lieu, le Tribunal, à l'instar de l'ODM, ne met null e- ment en doute la réalité des sévices subis par la recourante, dans les ci r- constances décrites, lesquels sont d'ailleurs attestés par les constatations effectuées par ses médecins traitants à l'appui des certificats médicaux figurant au dossier, ainsi que par l'audition complémentaire du 30 décembre 2010. 4.2 Cela étant, quand bien même l'intéressée a, au vu du dossier, enduré des préjudices graves, d'une intensité suffisante au point de les qualifier de persécution, et infligés pour un motif déterminant au sens d e l'art. 3 LAsi, elle ne peut se voir octroyer l'asile pour ce motif. En effet, se- lon la théorie de la protection, les préjudices infligés par des tiers ne revê- tent un caractère déterminant pour la reconnaissance de la qualité de r é-D-5911/2011 Page 11 fugié et l'octroi de l'asile qu'à défaut d'une protection adéquate offerte par l'Etat d'origine (cf. notamment dans ce sens ATAF 2011/51 précité). Or, il ressort des investigations entreprises par l'Ambassade de Suisse à Erevan que, d'une manière générale, les autorités arméniennes ne re- noncent pas à poursuivre les auteurs d'actes pénalement répréhensibles , tels que ceux dont A._______ a fait l'objet. Celles -ci offrent, en principe, une protection appropriée pour empêcher la perpétration de tels actes illi- cites et donnent également suite à des actions pénales engagées lorsque de tels forfaits ont été commis. En outre, compte tenu également des in- formations obtenues par ladite Ambassade, il y a lieu de considér er que, même si les autorités policières locales ne donnent pas suite à une plain- te déposée par une victime d'une infraction pénale, celle -ci dispose de moyens pour obtenir une protection effective, en engageant d'autres d é- marches, à un échelon supérieur – à savoir en s'adressant à la hiérarchie de la police, aux autor ités judiciaires ou encore à des organismes état i- ques et non -étatiques de défense des victimes – pour faire valoir ses droits et obtenir une protection adéquate. Certes, à l'appui de son recours, l'intéressée met en doute la fiabilité de l'enquête effectuée par l'Ambassade de Suisse à Erevan. Elle soutient en particulier qu'aucun crédit ne p eut être accordé à l'avocat de confiance engagé par celle-ci, dans la mesure où ses réponses s eraient fausses et indigentes. Or, en l'occurrence, il ne ressort ni de ses arguments, ni des pièces du dossier, un quelconque élément concret ou indice propre à mettre en doute la qualité des résultats de l'enquête effectuée par le tr u- chement de ladite Ambassade. Cette dernière s'est en effet basée sur une personne digne de sa c onfiance, laquelle a mené des investigations auprès de diverses personnes ou organismes. Le fait que celle-ci ait indi- qué dans son rapport qu'il n'y avait eu aucune élection en 2002 ne saurait discréditer la valeur probante de ses recherches, étant entendu qu'il en ressort de manière évidente qu'elle ne faisait nullement allusion aux élec- tions locales mais à celles qui se sont déroulées sur le plan national (par- lementaires et présidentielles) , lesquel les on eu lieu en 2002 pour les premières et en 2003 pour les secondes . De plus, la personne de confiance a répondu de manière claire et précise au sujet de la volonté et la capacité des autorités arméniennes à assurer , à une personne pou r- suivie par des tiers de la manière alléguée par la recourante , une protec- tion efficace et effective, permettant ainsi à l'ODM de se déterminer sur un état de faits complet et exact et de statuer en toute connaissance de cause. Les arguments avanc és par l'intéressée pour mettre en cause le bien-fondé du résultat des recherches en treprises par l'office fédéral se D-5911/2011 Page 12 limitent ainsi à de simples affirmations ne reposant sur aucun élément concret et sérieux qui aurait justifié que tant l'ODM que le Tribunal doivent s'en écarter. C'est donc à bon droit que l'ODM a retenu l'existence d'une protection adéquate en Arménie pour les faits allégués par la recourante. 4.3 La recourante soutient encore qu'elle est fondée à se prévaloir de rai- sons impérieuses liées aux graves préjudices subis e n 2003 et à l'impo r- tant traumatisme qui s'en est suivi pour se voir reconnaître la qualité de réfugiée. Si la gravité des traumatismes dont souffre encore actuellement l'intéressée au motif des sévices subis à son temps ne sont nullement mis en doute par le Tribunal, l'argumentation fondée sur les raisons impérieu- ses tombe toutefois à faux dans le cas d'espèce . En effet, seuls peuvent invoquer des raisons impérieuses ceux qui ont fui leur pays pour écha p- per à des formes particulièrement graves et atroces de persécution et qui, au moment de leur arrivée en Suisse, répondent à toutes les conditions mises à la reconnaissance de la qualité de réfugié. Or, tel n'est pas préci- sément pas le cas pour la recourante, dans la mesure où, déjà au m o- ment de son départ d'A rménie, elle pouvait obtenir une protection ad é- quate pour les faits allégués et n'était donc pas en mesure de prétendre à la qualité de réfugiée et l'octroi de l'asile (cf. sur ce point consid. 4.2 ci - dessus). Partant, une protection adéquate po ur les faits infligés par des tiers pouvant être requise auprès des autorités arméniennes, il n'y a pas de place pour la reconnaissance de la qualité de réfugié fondée sur des raisons impérieuses. 4.4 Cela étant, force est également de constater que les faits à l'origine de la fuite de A._______ remontent à dix ans déjà . Ainsi, il est douteux qu'après tant d'années, les personnes qui ont tenté de fausser les résul- tats d'élections locales par le biais d'un bourrage d'urnes , respectivement leurs complices, cherchent aujourd'hui encore à s'en prendre à l'épouse d'une personne qui a tenté de s'y opposer. S'ajoute encore à cela que l'époux de la recourante, dont les motifs d'asile sont à l'origine des préju- dices qu'elle a subis et se sont déroulés il y a plus de dix ans également, a décidé de retirer son recours en da te du 2 mars 2012 (cf. consid. P ci- dessus), ce qui lais se à penser que la crainte de l'intéressée d'être à nouveau exposée à des futures persécutions pour les motifs allégués n'est pas fondée et ce indépend amment de la protection adéquate dont elle peut bénéficier dans son pays. D-5911/2011 Page 13 5. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit être rejeté. 6. Quant à la question du renvoi et de l'exécution de cette mesure, le Trib u- nal se limite à c onstater qu'en date du 13 septembre 2011, les autorités cantonales compétentes ont délivré à l'intéressée une autorisation de s é- jour dont elle bénéficie toujours. Il n'y a dès lors pas lieu de se prononcer sur ces points. 7. Au vu de l’issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédu- re à la charge de la recourante, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif féd éral (FITAF, RS 173.320.2). Toutefois, compte tenu du fait que le recours n'était pas d'emblée voué à l'échec lors de son dépôt, et vu l'indigence de la reco u- rante, il y a lieu d'admettre sa demande d'assistance judiciaire partielle, en application de l'art. 65 al. 1 PA. (dispositif page suivante) D-5911/2011 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3. Il est statué sans frais. 4. Le présent arrêt est adressé à la recourante, à l’ODM et à l ’autorité can- tonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Claudia Cotting-Schalch Chantal Jaquet Cinquegrana Expédition :