B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-4730/2015 A r r ê t d u 24 n o v e m b r e 2 0 1 6 Composition Jean-Pierre Monnet (président du collège), Yanick Felley, Markus König, juges, Aurélie Gigon, greffière. Parties A._______, né le (…), Kosovo, représenté par Me Caroline Vermeille, avocate, (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision du SEM du 1er juillet 2015 / N (…). E-4730/2015 Page 2 Faits : A. Le 3 octobre 2010, le recourant a déposé une demande d’asile en Suisse. B. Aux termes des procès -verbaux des auditions des 6 octobre 2010 et 8 décembre 2011, le recourant a déclaré, en substance, être d'ethnie albanaise, de religion musulmane, originaire de B._______ (district de C._______) où il aurait toujours vécu en compagnie de ses parents et de son frère cadet, et exercé le métier d'ouvrier en bâtiment. Il se serait marié selon la coutume le (…) octobre 1999 et serait le père d'une fille et de deux garçons, nés respectivement en 2000, 2002 et 2004. En (…) 2008, la famille du recourant se serait retrouvée au cœur d'une vendetta, après que son père, D._______, eut tué un dénommé E._______. Averti, le soir-même du drame, par la police, le recourant se serait réfugié chez son beau -père, dans le village de F._______ (recte : G._______), situé à quelques kilomètres de B._______, où il serait resté pendant quatre ou cinq mois. A la fin de l'année 2008, muni d'un visa slovène, le recourant aurait quitté le Kosovo pour se rendre en Slovénie ; son frère se serait re ndu en France, où il aurait déposé une demande d'asile (laquelle aurait été entretemps rejetée). A son retour au pays, une année plus tard, le recourant aurait appris qu'un des frères du défunt, H._______, avait menacé de décapitation sa mère et un de ses fils, lorsque ce dernier s'était rendu à l'école. En (…) 2010, après plusieurs mois de procès, le père du recourant aurait été condamné à douze ans d’emprisonnement. En septembre 2010, le recourant aurait reçu la visite du deuxième frère du défunt, I._______, qui serait resté près de 30 minutes devant le domicile familial à l’observer. Il n'aurait pas été en mesure de déterminer s i cette personne était armée. Il se serait immédiatement rendu au poste de police de B._______ pour prévenir le commandant de l'incident. Il aurait été redirigé vers la procureure J._______ en charge du dossier familial à C._______ : celle-ci lui aurait alors dit qu’en l’absence de preuve d’une menace concrète susceptible de signifier un prochain passage à l’acte, elle ne pouvait rien faire et lui a demandé de l'avertir si un autre incident se produisait. Une semaine plus tard, craignant pour sa sécurité et ne voyant pas d'issue positive à cette situation sans protection adéquate de la police, le recourant aurait décidé de quitter seul son pays d'origine. Avec l'aide de passeurs, il E-4730/2015 Page 3 aurait ainsi quitté son pays le 30 septembre 2010. Il aurait transité par plusieurs pays d'Europe et aurait atteint la Suisse le 3 octobre suivant. Il aurait jeté son pa sseport, sur conseil de ses passeurs . Il aurait perdu sa carte d'identité trois ans auparavant. A l’appui de ses déclarations, il a déposé un document de voyage délivré par la MINUK (Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo) et valable de novembre 2001 à novembre 2003 et son permis de conduire. Il a également produit une attestation émanant d'un officier de police de B._______ datée du (…) septembre 2010, une déclaration écrite de K._______ (l'avocat de la famille) datée du (…) novembre 2009, l'acte d'accusation n° (…)/2008 de D._______ établi par la procureure du district de C._______ et daté du (…) 2009, une décision de maintien de la détention préventive du père du recourant suite au prononcé de son jugement le (…) novembre 2009 pour « meurtre en état de confusion mentale et possession d’armes non autorisées (deux grenades et une mine) » , datée du même jour et émanant du Tribunal du district de C._______. Il a remis à l’autorité inférieure l'édition complète du journal Lajm du (…) 2008 avec un article ( …) relatant le meurtre commis par D._______, de même qu’une lettre d'un ancien délégué du CICR (Comité International de la Croix -Rouge), une attestation de la KFOR (Force de maintien de la paix au Kosovo) datée du (…) août 2011 et une déclaration de l'épouse du recourant faite devant l'avocat de la famille le (…) mai 2011. Enfin, il a déposé la copie d'un document judiciaire concernant les trois meurtres commis par son père environ trente ans auparavant, plus exactement en (…). C. Par décision du 28 août 2012, l'Office fédéral des migrations (ODM, aujourd’hui le SEM) a refusé de reconnaître la qualité de réfugié au recourant et rejeté sa demande d'asile au motif que ses déclarations, émaillées d'incohérences et de contradictions, ne satisfaisaient pas aux exigences en matière de vraisemblance posées à l'art. 7 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31) ; l’autorité inférieure a prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. D. Par acte du 1 er octobre 2012, l’intéressé a interjeté recours contre cette décision devant le Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal). E. Par ordonnance pénale du 15 octobre 2012, le recourant a été condamné E-4730/2015 Page 4 à une peine pécuniaire pour lésions corporelles simples (art. 123 du code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP , RS 311.0]). En outre, par courrier du 18 février 2012, l’autorité cantonale compétente en matière de migrations a informé l’autorité inférieure que le recourant faisait l’objet d’une enquête d’entraide judiciaire pour soupçons de tentative d’escroquerie aggravée en Autriche, en février 2004. F. Par arrêt E -5132/2012 du 11 jui llet 2013, le Tribunal a admis l e recours, annulé la décision du 28 août 2012 de l’ODM et renvoyé la cause à l’autorité inférieure pour complément d’instruction et nouvelle décision. Le Tribunal a retenu qu’il n’était pas en mesure, en l'état du dossier, de trancher la question de savoir si les risques de préjudices allégués étaient vraisemblables et que des mesures d'instruction c omplémentaires s'imposaient. En particulier, le recourant devait être interrogé sur les lieux de résidence des membres de sa famille, et fournir des renseignements précis et complets sur le dénommé L._______ qui aurait agi en qualité de conciliateur ainsi que sur les avocats qui étaient intervenus dans le dossier de son père. Une enquête sur place par l'intermédiaire de l'Ambassade de Suisse à Pristina devait aussi être diligentée pour rechercher les éléments de fait qui devaient permettre de déterminer la vraisemblance des risques allégués de vendetta. G. Par décision du 28 août 2013, le service de l’état civil compétent a refusé son concours à la célébration du mariage du recourant avec M._______, ressortissante suisse, retenant que le fiancé envisageait c e mariage comme une formalité administrative qui lui permettrait de rester en Suisse pour y travailler et entretenir sa famille vivant au Kosovo. H. Par acte du 26 novembre 2013, l’autorité inférieure a requis du recourant des informations sur les lieux act uels de résidence de son épouse et de ses enfants, ceux de son frère N._______ et de sa sœur O._______, ainsi que celui de son beau -père, de même que l’identité complète de celui -ci. Elle a demandé des informations au sujet de L._______. Elle a également invité l’intéressé à expliquer la manière dont il s’était procuré certains E-4730/2015 Page 5 documents produits en première instance et à donner des précisions sur les avocats ayant défendu son père. I. Dans sa réponse du 17 décembre 2013, le recourant a indiqué que la mère de ses enfants – avec laquelle il n’entretenait aucune relation à caractère conjugal – vivait à B._______ au domicile de la famille du recourant, soit dans le même village que sa sœur. Son frère vivait en France. Son beau-père, P ._______, était domicilié à G._______, à une adresse inconnue du recourant, et accueillait parfois chez lui sa fille et les enfants de celle-ci. L._______ (orthographe différente par rapport à F ci -dessus) était un imam (…) de B._______ qui avait tenté, sans succès, de mettre un terme au conflit opposant les familles Q._______ et R._______ par le biais de la médiation. Enfin, le recourant a expliqué que sa sœur lui avait transmis des documents qu’il avait produit s en première instance et que deux avocats s’étaient succédés dans la défense des intérêts de son père, en précisant leurs identités. J. Par courrier diplomatique du 29 août 2014, l’autorité inférieure a requis de l’Ambassade de Suisse à Pristina (ci-après : l’Ambassade) des renseignements relatifs aux allégués du recourant. K. Il est ressorti de la réponse du 2 décembre 2014 de l’Ambassade en substance ce qui suit : Le père du recourant a été condamné par un jugement du (…) 2012 à une peine de quinze ans et deux mois d’emprisonnement. Il était donc incarcéré. Son avocat ne semblait toutefois pas connaître ce jugement, dès lors qu’il n’a fourni à l’Ambassade que le premier jugement du 17 novembre 2009 et le jugement de cassation de la Cour suprême du 6 avril 2011. Les tro is ou quatre tentatives de conciliation entre les deux familles auraient été effectuées par l’imam L._______ peu de temps après le meurtre ; elles auraient rapidement échoué, un frère de la victime ne voulant pas pardonner. Ces faits ont été contestés par la famille de la victime qui ne paraissait pas s’en souvenir ; celle-ci a cependant admis qu’avant le prononcé du dernier jugement définitif , et dans le cadre de la procédure judiciaire, laquelle ne s’était pas déroulée selon leurs vœux, des menaces avaient pu être proférées de manière répétitive . Toujours est-il que le meurtrier a urait de tels problèmes mentaux qu e, selon un tiers, il E-4730/2015 Page 6 n’aurait jamais dû être libé ré de ses précédentes détentions ou aurait du moins être suivi psychiatriquement, vu le danger qu’il représentait pour autrui ; ses petits -enfants et leurs mères lui rendraient souvent visite en prison. Ce tiers a précisé que les cas de vengeance par le sa ng à B._______ et dans ses environs étaient extrêmement rares, mais qu’il ne pouvait pas exclure, dans le cas d’espèce, tout risque à terme de vendetta. Il ressort d’une autre déclaration d’un membre d’une autorité judiciaire que le meurtrier aurait menacé les juges de les « passer au hachoir à viande » à sa sortie de prison ; s’agissant de la famille victime, des menaces auraient effectivement été proférées après le meurtre, mais depuis plusieurs années on n’aurait plus entendu parler d’elle. La compagne du recourant vivait à B._______ avec leurs enfants communs, dans la maison de sa belle-famille. L’épouse du meurtrier, mère de l’intéressé, était décédée. Selon le rapport de l’Ambassade, la maison familiale avait été rénovée et agrandie, la famille paraissant vivre dans une certaine aisance et sans craintes de représailles . La compagne du recourant aurait passé parfois du temps avec les enfants chez ses propres parents. Ceux-ci n e paraissaient pas au courant d’une éventuelle séparation du couple ni de menaces récentes envers les enfants du recourant, qui étaient toujours scolarisés à B._______. Selon l’épouse du recourant, ses enfants auraient été interpellés dans la rue et menacés verbalement par la famille R._______. La dernière menace envers les enfants a urait toutefois été proférée plus d’une année auparavant. Selon l’Ambassade, le lotissement des R._______ se situait à deux kilomètres de celui des Q._______. Selon l’épouse, la police locale aurait été informée de possibles menaces envers la famille Q._______ ; des agents seraient passés au domicile familial, mais n’auraient pris aucune mesure concrète de protection, faute de preuve. L’Ambassade n’a pas trouvé trace de ces interventions auprès de la police. Celle-ci ne dispose pas de plaintes officiellement enregistrées concernant des menaces de la part de membres de la famille R._______ ; en revanche, les hommes de la famille Q._______ y compris le recourant, étaient bien connus de la police pour avoir été impliqués par le passé dans des affaires relatives notamment à des rixes, des violences et à des stupéfiants. E-4730/2015 Page 7 L. Par acte du 17 décembre 2014, l’autorité inférieure a transmis au recourant la liste de questions ainsi qu’une copie partiellement caviardée de la réponse de l’Ambassade, l’invitant à se déterminer. M. Les 18 décembre 2014, 29 décembre 2014, 7 janvier 2015 et 15 janvier 2015, la mandataire du recourant et l’autorité inférieure ont échangé des courriers relatifs à la consultation de l’intégralité de ce rapport et à l’usage par l’Ambassade de la langue allemande ; l’ODM a précisé que l’allemand était une langue officielle suisse et qu’il ne serait dès lors pas procédé à une traduction en français à l’attention du recourant, et a refusé la production d’une version non caviardée du rapport d e l ’Ambassade au motif que des intérêts privés importants exigeaient que le secret soit gardé sur l’identité des personnes interrogées par celle-ci. N. Dans sa détermination du 23 janvier 2015, le recourant s’est référé à un document de 2009 de l’Immigration and Refugee Board of Canada relatif à la tradition de vendetta au Kosovo, dont il convenait selon lui de tenir compte pour apprécier ses allégués. Il a relevé que les informations contenues dans le rapport d e l’Ambassade confirmaient pour l ’essentiel ses dires, mais constaté que les remarques ajoutées par l’auteur du rapport tendaient à minimiser les risques qu’il encourait en cas de retour au Kosovo. Il a rappelé que le domicile de la famille Q._______ se trouvait en face de celui de la fa mille R._______ à B._______ et insisté sur le fait que sa situation devait être distinguée de celle de la mère de ses enfants et de ceux-ci, la vendetta n’étant usuellement pas dirigée contre les femmes et les enfants d’une famille. Aucun argument ne pouva it, selon lui, être tiré des travaux de rénovation du domicile familial, l’ancien bâtiment ayant été vétuste. L’absence d’enregistrement de toute démarche effectuée par la famille du recourant auprès de la police de B._______ était liée aux difficultés de fonctionnement du système judiciaire kosovar, si bien qu’aucun argument en sa défaveur ne pouvait en être tiré. Enfin, le recourant s’est plaint des démarches apparemment effectuées par l’Ambassade auprès de la famille R._______, lesquelles n’avaient pas été E-4730/2015 Page 8 préconisées dans l’arrêt du Tribunal et étaient susceptibles d’avoir ravivé les tensions entre les deux familles. O. Par décision du 1er juillet 2015, notifiée le 3 juillet 2015, le SEM a refusé de reconnaître la qualité de réfugié au recoura nt, rejeté sa demande d’a sile, prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l’exécution de cette mesure. L’autorité inférieure, se dispensant d’examiner la vraisemblance des faits allégués, a retenu que les préjudices craints par le recourant n’étaient pas pertinents pour la reconnaissance de la qualité de réfugié dans la mesure où l’intéressé n’avait apporté aucun élément concret permettant de conclure que les autorités de son pays ne seraient pas en mesure ou refuseraient de lui accorder une protection adéqu ate contre les menaces dont il s’est prévalu, émanant de tiers. Au surplus, le SEM a considéré que l’exécution du renvoi était licite et possible, et qu’elle pouvait être raisonnablement exigée. P. Par acte du 3 août 2015, l’intéressé a interjeté recours contre cette décision devant le Tribunal, concluant à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à l’octroi de l’asile, subsidiairement au prononcé d’une admission provisoire et plus subsidiairement au renvoi de la cause à l’autorité inférieure pour nouve lle décision . Il a également requis l’assistance judiciaire totale. Il a d’abord invoqué une violation de son droit d’être entendu, dès lors que seule une version partiellement caviardée du rapport d e l’Ambassade lui avait été remis et qu’il n’avait dès l ors pas pu se déterminer en toute connaissance de cause ; il s’est aussi plaint des contacts pris par l’Ambassade avec la famille R._______, arguant que cette mesure avait outrepassé celles préconisées par le Tribunal dans son arrêt du 11 juillet 2013 et avait été susceptible de raviver les tensions entre les deux familles. Il a ensuite soutenu que la décision du SEM devait être annulée dans la mesure où cette autorité s’était dispensée d’examiner la vraisemblance des motifs d’ asile allégués, contrairemen t à la manière de procéder décrite dans l’arrêt du 11 juillet 2013. Il a répété que l’absence de toute dénonciation enregistrée auprès de la police kosovare n’était pas révélatrice d’incohérences dans son récit, mais bien du dysfonctionnement du système judiciaire de son pays. E-4730/2015 Page 9 En tout état de cause, il s’est prévalu de son appartenance à un groupe social déterminé (au sens de l’art. 3 LAsi), les Albanais du Kosovo, dont les règles de vie sont régies par le kanun, code de conduite prévoyant notamment les vendettas, ce qui justifiait selon lui sa crainte de subir de sérieux préjudices. Il a maintenu ses allégations au sujet de l’absence de toute protection offerte par les autorités kosovares dans son cas. S’agissant de l’exécution du renvoi, il a contesté l’appréciation du SEM selon laquelle cette mesure était licite et pouvait raisonnablement être exigée, vu les risques de mort auxquels il serait exposés en cas de retour au Kosovo. Q. Par ordonnance du 17 s eptembre 2015, le juge instructeur a renoncé à percevoir une avance de frais, réservé sa décision relative à la demande d’assistance judiciaire et invité le recourant à produire une attestation d’indigence. Il a indiqué que le Tribunal se réservait également la possibilité de trancher la question de la vraisemblance, vu les liens étroits entre celle- ci et la pertinence des motifs allégués dans ce dossier, invitant l’intéressé à déposer sa détermination à cet égard. R. Par courrier du 1 er octobre 2015, le recourant a transmis une attestation d’indigence au Tribunal. Il a par ailleurs maintenu que la décision du SEM devait être annulée dans la mesure où cette autorité s’était dispensée d’examiner la vraisemblance des motifs d’asile allégués , contrairement à ce qui était préconisé dans l’arrêt du 11 juillet 2013. Selon lui, dans la mesure où il n’avait pas pu se déterminer en toute connaissance de cause sur le rapport de l’Ambassade, la question de la vraisemblance ne pouvait pas être tranchée dans ce dossier, sauf en sa faveur. Droit : 1. 1.1 En vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), le Tribunal connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l’asile – lesquelles n'entrent pas dans le champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le Tribunal conformém ent à l'art. 33 let. d LTAF (loi à laquelle renvoie l’art. 105 LAsi). E-4730/2015 Page 10 1.2 Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. Il statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3 Le recourant a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté dans le délai légal (cf. art. 108 al. 1 LAsi) et dans la forme prescrite par la loi (cf. art. 52 al. 1 PA), le recours est recevable. 1.4 En matière d'asile et sur le principe du renvoi (art. 44 1ère phr. LAsi), le Tribunal examine, en vertu de l'art. 106 al. 1 LAsi, les motifs de recours tirés d'une violation du droit fédéral, notamment pour abus ou excès dans l'exercice du pouvoir d'appréciation (let. a), et d'un établissement inexa ct ou incomplet de l'état de fait pertinent (let. b). En revanche, en matière d'exécution du renvoi, le Tribunal examine en sus le grief d'inopportunité (art. 112 al. 1 LEtr en relation avec l'art. 49 PA; voir aussi ATAF 2014/26, consid. 5). 2. 2.1 Le recourant prétend que son droit d’être entendu a été violé au motif qu’il n’a pas pu consulter le rapport du 2 décembre 2014 de l’Ambassade de Suisse à Pristina dans son intégralité, grief formel qu’il convient d’examiner en premier lieu. 2.2 Aux termes de l’art. 26 al. 1 let. b PA, la partie ou son mandataire a le droit de consulter tous les actes servant de moyens de preuve. Selon la jurisprudence, elle a aussi le droit de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à son détriment, de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur la décision, d'avoir accès au dossier, de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos ( ATF 129 I 85 consid. 4.1 et ATF 129 II 497 consid. 2.2). En vertu de l’art. 27 al. 1 let. b PA, l’autorité peut notamment refuser la consultation des pièces si des intérêts privés importants, en particulier ceux de parties adverses, exigent que le secret soit gardé. Toutefois, conformément à l’art. 28 PA, une pièce dont la consultation a été refusée à la partie ne peut être utilisée à son désavantage que si l’autorité lui en a communiqué, oralement ou par écrit, le contenu essentiel se rapportant à l’affaire et lui a donné en outre l’occasion de s’exprimer et de fournir des contre-preuves. Cette disposition s’applique aux pièces interdites d’accès E-4730/2015 Page 11 ainsi qu’aux éléments supprimés par c aviardage (ATAF 2013/23 consid. 6.4.1). 2.3 En l’espèce, une version partiellement caviardée du rapport du 2 décembre 2014 a été transmise le 17 décembre 2014 au recourant, lequel a été invité à se déterminer. Le caviardage portait, aux termes du courrier du 7 janvier 2015 de la mandataire du recourant, sur les noms des personnes interrogées. Le SEM a justifié ce procédé, dans son courrier du 15 janvier 2015 refusant au recourant la consultation du document entier, en se référant à l’art. 27 al. 1 let. b PA et à sa pratique, soulignant que des raisons de sécurité justifiaient que l’identité des personnes approchées par l’Ambassade soit tenue secrète. 2.4 Le Tribunal constate que le contenu essentiel du rapport a été transmis au recourant par le SEM en date du 17 décembre 2014, à l’exception des noms des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête sur place ; cette manière de procéde r est appropriée afin de garantir la sécurité de chacune des personnes interrogées , compte tenu des tensions que le meurtre commis par le père du recourant et sa condamnation ont pu engendrer entre les familles Q._______ et R._______. Les personnes dont l’identité a été anonymisée ne doivent pas forcément être des «parties adverses» pour bénéficier de cette protection, l’art. 27 al. 1 let. b PA n’étant pas formulé de manière limitative. Il sied par ailleurs de souligner que le recourant a compris le contenu du rapport et a pu présenter ses contre -arguments de manière détaillée, même sans connaître l’identité précise de chacun de s auteurs des déclarations figurant dans le rapport. 2.5 Aussi, conformément à une pesée des intérêts concrètement en jeu, le grief de violation du droit d’être entendu doit être rejeté. 2.6 Enfin, contrairement à l’argument du recours, le cercle des personnes à interroger dans le cadre d’une enquête d’Ambassade au Kosovo n’a pas été défini de manière exhaustive par le Tribunal dans son arrêt du 11 juillet 2013 («en particulier, il conviendrait […] de consulter les différents intervenants dans le cadre de l'affaire D._______ (procureure en charge du dossier, avocat(s) de la famille et conciliateur L._______) et d'interroger les membres de la famille du recourant concernés sur les éventuelles menaces dont ils auraient été la cible, ainsi que son beau -père», p. 8 de l’arrêt précité). E-4730/2015 Page 12 3. 3.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques (art. 3 al. 1 LAsi). Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui e ntraînent une pression psychique insupportable (art. 3 al. 2 LAsi). 3.2 La crainte face à de sérieux préjudices à venir, telle que comprise à l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée dans les faits, et intègre également dans sa définition un élément subjectif. Sera reconnu comme réfugié, celui qui a de bonnes raisons, c'est -à-dire des raisons objectivement reconnaissables pour un tiers (élément objectif), de craindre (élément subjectif) d'avoir à subir selon toute vraisemblance et dans un avenir prochain une persécution. Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices concrets qui peuvent laisser présager l'avènement, dans un avenir peu éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes selon l'art. 3 LAsi. Il ne suffit pas, dans cette optique, de se référer à des menaces hypothétiques, qui pourraient se produire dans un avenir plus ou moins lointain. En ce sens, doivent être prises en considération les conditions existant dans le pays d'origine au moment de la décision sur la demande d'asile, respectivement sur le recours interjeté contre un refus d'asile, mais non les déductions ou les intentions du candidat à l'asile. Ainsi, la crainte d'une persécution future n'est objectivement fondée que si, placée dans les mêmes conditions, une personne douée d'une sensibilité normale aurait des raisons objectivement reconnaissables de craindre, selon toute vraisemblance, d'être victime d'une persécution à tel point que l'on ne saurait exiger d'elle qu'elle rentre dans son pays (cf. ATAF 2010/57 consid. 2.5, ATAF 2010/44 consid. 3.3 et 3.4). 3.3 Quiconque demande l’asile doit prouver ou du moins rendre vraisemblable qu’il est un réfugié (art. 7 al. 1 LAsi). La qualité de réfugié est vraisemblable lorsque l’ autorité estime que celle -ci est hautement probable (art. 7 al. 2 LAsi). Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui E-4730/2015 Page 13 reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 al. 3 LAsi). Des allégations sont vraisemblables, lorsque, sur les points essentiels, elles sont suffisamment fondées (ou consistantes), concluantes (ou constantes et c ohérentes) et plausibles et que le requérant est personnellement crédible. 4. 4.1 En l’occurrence, l’autorité inférieure a procédé, ensuite de l’arrêt du 11 juillet 2013 du Tribunal, aux mesures d’instruction complémentaires décrites dans ce jugement (cf. état de fait, let. E et G). Dans la décision attaquée, le SEM a constaté que les préjudices allégués émanaient non pas d'une autorité étatique, mais de tierces personnes, à savoir de membres de la famille R._______ à laquelle avait appartenu la victime du meurtr e commis par le père du recourant. Il s’est basé sur le principe de la subsidiarité de la protection internationale par ra pport à la protection nationale – selon lequel on peut exiger d'un requérant d'asile qu'il ait épuisé, dans son propre pays, les possibilités de protection contre d'éventuelles persécutions avant de solliciter celle d'un Etat tiers (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2006 n° 18 consid. 10.1) – pour constater que, dans le cas présent, le recourant n’avait pas établi qu’il s’était adressé en vain aux autorités kosovares ou que celles-ci avaient refusé ou n’étaient pas en mesure de lui fournir une protection adéquate. Aussi, il a considéré que les préjudices craints par l’intéressé n’étaient pas pertinents pour la reconnaissance de la qualité de réfugié. 4.2 Dans son recours, l’intéressé se prévaut d’abord de l’absence d’examen, par l’autorité inférieure, de la vraisemblance de ses allégués pour conclure à l’annulation de la décision attaquée. Lorsqu’elle rend un arrêt de cassation, l’autorité de recours doit indiquer à l’autorité inférieure les mesures d’instruction complémentaires à effectuer et les moyens de preuve à obtenir, ce qui lie cette dernière autorité. L’instance de recours peut également proposer un schéma de résolution (cf. WEISSENBERGER PHILIPPE / HIRZEL ASTRID, ad. art. 61 PA, n os 22-23, in : Waldmann/Weissenberger [Hrsg.], Praxiskommentar Verwaltungs - verfahrensgesetz, 2e éd. 2016). E-4730/2015 Page 14 En l’occurrence, force est de constater que le SEM s’est conformé aux instructions données par le Tribunal pour mener les investigations complémentaires requises dans l’arrêt du 11 juillet 2013 . Sur la base de l’état de fait ainsi complété, il a retenu que les motifs d’asile allégués par le recourant, indépendamment de leur vraisemblance, n’étaient pas pertinents en matière d’asile et a motivé sa décision dans ce sens. Le fait que l’autorité inférieure n’ait pas examiné les motifs d’asile allégués par le recourant sous l’angle de la vraisemblance n’est pas un vice de procédure essentiel et n’est pas non plus préjudiciable à l’intéressé : en effet, pour aboutir à la reconnaissance de la qualité de réfugié, les faits allégués doivent être non seulement vraisemblables, mais aussi pertin ents, si bien que l’on aboutit au même résultat en considérant que les allégués sont vraisemblables, mais non pertinents, ou en examinant seulement la pertinence et en concluant que les déclarations d’un requérant d’asile ne répondent pas aux conditions de l’art. 3 LAsi , comme l’a fait le SEM en l’espèce. Ainsi, l’absence d’examen par l’autorité inférieure de la vraisemblance des allégations de l’intéressé ne justifie pas, contrairement à l’argument avancé dans le recours, l’annulation de la décision attaquée. 4.3 Le recourant conteste ensuite l’appréciation du SEM selon laquelle les motifs avancés n’étaient pas pertinents au sens de la loi sur l’asile parce qu’il avait la possibilité d’obtenir une protection adéquate de la part des autorités kosovares contre les préjudices qu’il craignait. 4.3.1 De fait, selon le principe de la subsidiarité de la protection internationale par rapport à la protection nationale, on peut exiger d'un requérant d'asile qu'il ait épuisé, dans son propre pays, les possibilités de protection contre d'éventuelles persécutions avant de solliciter celle d'un Etat tiers (cf. Jurisprudence et i nformations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2006 n° 18 consid. 10.1). Par arrêté du 6 mars 2009, entré en force le 1er avril 2009, le Conseil fédéral a désigné le Kosovo comme exempt de persécution (« safe country ») au sens de l’art. 6 a al. 2 let. a LAsi. A ce titre, il est présumé que les persécutions non étatiques, déterminantes en matière d’asile ou en matière d’exécution du renvoi (illicéité), font l'objet d'une protection par les autorités kosovares c ompétentes. Le Tribunal a déjà eu l’occasion de constater à plusieurs reprises que les forces de l’ordre au Kosovo ont la capacité et la volonté d’agir contre des menaces ou attaques perpétrées par des tiers contre les ressortissants de leur pays (voir arrêts du Tribunal E-4730/2015 Page 15 E-1308/2015 du 14 septembre 2016, consid. 5.4.1 et E -983/2015 du 25 mars 2015, consid. 4.3 et les références citées ; égal ement ATAF 2011/50 consid. 4.7). 4.3.2 Reste donc à vérifier si, dans le cas d’espèce, le recourant peut se prévaloir valabl ement d’un faisceau d’ indices objectifs , concrets et convergents permettant de renverser la présomption selon laquelle les autorités kosovares accordent la protection nécessaire à leurs ressortissants contre les préjudices infligés par des tiers. Toutefois, avant d’aborder cet aspect de la pertinence des faits allégués, il importe d’examiner si les craintes exprimées par le recourant quant au degré de risque d’une persécution (laquelle doit être suffisamment intense pour constituer un préjudice sérieux au sens de l’art. 3 LAsi). 4.3.3 Le recourant se borne à soutenir qu’il s’était adressé en vain à la police de B._______, en septembre 2010, après avoir aperçu I._______ devant son domicile : il avait été redirigé vers la procureure en charge du dossier de son père, laquelle lui avait dit qu’en l’absence de preuve d’une menace concrète susceptible de signifier un prochain passage à l’acte, elle ne pouvait rien faire et lui a demandé de l'avertir si un autre incident se produisait. L’intéressé avait quitté le Kosovo une semaine plus tard. 4.3.3.1 Il ressort du rapport de l’Ambassade qu’aucune mesure de protection particulière en faveur des membres de la famille Q._______ n’avait été mise en place par la police locale, prévenue de possibles velléités de vengeance. Selon les déclarations concordantes de plusieurs membres de la famille du recourant, des policiers étaient intervenus au domicile familial, mais n’avaient pu que constater l’absence de menace concrète. Aucune plainte n’avait été enregistrée dans cette affaire selon les recherches menées sur place. Les différentes personnes interrogées ont indiqué que les enfants du recourant avaient aussi été menacés verbalement plusieurs mois, voire plusieurs années auparavant : l’enquête de l’Ambassade n’a toutefois pas permis d’éta blir qui était l’auteur de ces menaces, ni la gravité de celles -ci, faute de dépôt d’une plainte. En définitive, l’Ambassade a estimé que le risque de vendetta au regard de la situation actuelle est très limité, reposant sur des intentions imputées à la famille victime du meurtre et non concrétisées par des actes autres que des menaces indistinctes relativement anciennes. 4.3.3.2 Le Tribunal fait sienne cette appréciation, dès lors que les faits allégués par le recourant sont relativement anciens et que ses craintes ne E-4730/2015 Page 16 reposent pas sur des indices concrets actuels ; les « velléités de vengeance qu’a eues la famille de la victime », sont relativement anciennes, indistinctes et ne suffisent pas en tant que telles pour confirmer «le risque d’une mort certaine » (cf. recours, page 10). A cela s’ajoute le fait que la famille Q._______, dont le recourant est issu , est la deuxième plus grande famille de B._______ ; sa belle-famille est également influente. Or le recourant n’a pas soutenu que la famille victime serait plus forte que la sienne. Puisque l’ampleur et la puissance des parties en conflit ou susceptibles d’y participer sont déterminantes pour la décision du passage à l’acte ( RAINER MATTERN, La signification des traditions dans le Kosov o d’aujourd’hui, Berne 2004 , p. 17, disponible en ligne sur le site de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés [OSAR] sous <https://www.osar.ch/assets/herkunftslaender/europa/kosovo/kosovo-les- traditions-dans-le-kosovo-daujourdhui.pdf> [consulté le 15.11.2016] ), il apparaît diffic ilement créd ible qu’un membre de la famille R._______ prenne le risque d’agresser physiquement le recourant ou un membre de sa famille. En outre, d’après le rapport d e l ’Ambassade, les deux familles vivent depuis plusieurs années dans le même village sans qu’aucun incident grave n’ait été à déplorer. Le différend opposant les deux familles est connu des autorités locales , politiques ainsi que religieuses (en la personne de l’imam L._______), qui sont prêtes à intervenir en cas de besoin. Enfin, i l ne peut pas être exclu que l’écoulement du temps et la condamnation du père de l’intéressé à quinze ans de peine privative de liberté aient pu apaiser les tensions entre les familles Q._______ et R._______. L’argument du recours, selon lequel l’enquête sur place, diligentée par l’Ambassade il y a deux ans, ait pu raviver ces tensions en raison des questions posées à la famille adverse est spéculatif ; le recourant n’a apporté aucun indice que tel a effectivement été le cas. 4.3.3.3 Les conclusions du rapport de l’Immigration and Refugee Board of Canada cité à l'appui du recours, relatif à la situation générale, ne remettent pas en cause l’appréciation qui précède. 4.3.3.4 Il apparaît ainsi que le départ du recourant du Kosovo (une dizaine de mois après son retour de Slovénie) a ét é davantage motivé par la perspective économique de trouver un emploi, voire le mariage projeté avec sa fiancée suisse (cf. état de faits, let. F), que par celle de subir une vengeance. E-4730/2015 Page 17 En conclusion, le recourant n’est pas parvenu à démontrer l’existence d’une crainte actuelle et objectivement fondée (cf. consid. 3.2) d’être victime, en cas de retour au Kosovo, d’une atteinte suffisamment grave à sa liberté, à son intégrité physique ou à sa vie pour constituer un sérieux préjudice au sens de l’art. 3 LAsi. 4.3.4 Le recourant n’a pas non plus renversé la présomption de l’existence d’une protection adéquate de la part des autorités kosovares contre une persécution déterminante selon l’art. 3 LAsi. 4.3.4.1 En principe, la volonté et la capacité des autorités du Kosovo à prévenir la survenance de persécutions ne peuvent être contestées. Celles-ci ne renoncent pas à poursuivre les auteurs d'actes pénalement répréhensibles et offrent donc, en principe, une protection appropriée pour empêcher la perpétration de tels actes illi cites (cf. ATAF 2011/50 consid. 4.7 in fine et, entre autres, arrêts du Tribunal E-1308/2015 du 14 septembre 2016 consid. 5.4.1 et E-438/2015 du 8 mars 2016 consid. 3.6). L’argument du recourant, selon lequel le défaut de traçabilité de ses démarches auprè s des autorités kosovares serait révélateur du dysfonctionnement du système judiciaire kosovar, est dénué de fondement. La protection nationale adéquate ne peut s'entendre comme la nécessité d'une protection absolue, puisque aucun Etat n'est en mesure de g arantir une telle protection à chacun de ses citoyens en tout lieu et à tout moment (cf. arrêt du Tribunal administratif fédéral D -5895/2008 du 11 mai 2011; JICRA 2006 n° 18 consid. 10.3.2). Dans ces conditions, le recourant peut bénéficier, au Kosovo, d'u n accès concret à des structures de protection efficaces. Il peut en principe être raisonnablement exigé de lui qu'il fasse appel à ce système de protection interne (cf. JICRA 200 6 n° 18 consid. 10.3). 4.3.4.2 En l’espèce, l e recourant n’a fourni aucun faisceau d’ indices concrets et concluants qui indiquerait que les autorités kosovares avaient toléré et toléreront à l’avenir la mise à exécution de menaces suffisamment indicatrices d’un risque objectif et réel de subir des préjudices sérieux au sens de l’art. 3 LAsi, de la part des membres de la famille R._______, à son départ, respectivement à son retour au pays, quel qu’ait été et sera son lieu de domicile. Le recourant a eu la possibilité de dénoncer les menaces prétendument subies. Même s’il fallait admettre qu’il l’a fait – ce qui ne ressort pas E-4730/2015 Page 18 clairement de ses déclarations – les autorités kosovares n’ont pas failli à leur obligation de protection. L’a ppréciation du recourant selon laquelle il était exposé à un risque de persécution suffisamment concret pour que la police fût dans l’obligation de lui offrir une protection adéquate est trop vague et trop générale. Il convient d’abord de rappeler que le recourant a quitté son pays presque immédiatement après l’événement de septembre 2010, ce qui n’a guère lai ssé de temps aux autorités pour prendre la mesure du risque – à supposer qu’il y en eût un – voire pour mettre en place d’éventuelles mesures protectrices. Les policiers auxquels il s’ est adressé paraissent avoir pris ses déclarations au sérieux et l’ ont immédiatement adressé au procureur en charge du dossier, ce qui doit être considéré comme une réaction adéquate. Le recourant a cependant quitté le Kosovo, sans même contester l’absence d’intervention de la procureure selon les moyens judiciaires qui étaie nt à sa disposition. Au contraire, comme retenu plus haut, pour cela il aurait dû avoir la preuve d’actes permettant de déduire le passage à une prochaine agression physique , preuve qu’il ne détenait pas. Qu’ils soient vraisemblables ou non, il ressort de ses allégués que le degré du risque encouru à l’époque n’était pas tel qu’il fût en droit d’obtenir la protection qu’il souhaitait. Cela est d’autant plus clair à ce jour, vu l’absence de faits nouveaux suffisamment significatifs survenus durant son séjour subséquent en Suisse. 4.4 Finalement, et bien que cela ne soit pas décisif, il sied de relever que les préjudices craints par le recourant présentent un caractère très localisé : c’est la proximité entre les domiciles des familles Q._______ et R._______ dans la même localité, et surtout le risque de survenance de nouvelles disputes susceptibles de dégénérer, qui exacerbe la crainte de futures confrontations. A ce sujet, le Tribunal relève que rien n'empêche aujourd'hui l’intéressé et sa famille de s’installer dans un autre village, voire une autre région du Kosovo et d’y bâtir une nouvelle existence pour éviter à l’avenir tout risque de conflit de voisinage susceptible de dégénérer en une situation belliqueuse, risque qui, jusqu’à présent, ne s’est pas traduit dans les faits. 4.5 En définitive, le recourant ne peut se prévaloir d’aucune crainte fondée d’être actuellement exposé au Kosovo à des préjudices suffisamment sérieux au sens de l’art. 3 LAsi ni même , si tel avait été le cas, qu’il n’y pourrait pas obtenir une protection adéquate. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de vérifier encore l’argument du recourant selon lequel les préjudices qu’il craint de subir (en raison des préceptes de vengeance par le sang figurant dans le code de conduite traditionnel, le « kanun ») entrent dans les motifs exhaustivement énumérés à l’art. 3 LAsi, en particulier au E-4730/2015 Page 19 motif de son appartenance au groupe social des Albanais du Kosovo ou à un clan familial. 5. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié au recourant et le rejet de sa demande d’asile, doit être rejeté et la décision attaquée confirmée sur ces points. 6. 6.1 Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière à ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l’exécution ; il tient compte du principe de l’unité de la famille (art. 44 LAsi). 6.2 Aucune des conditions de l'art. 32 de l'ordonnance 1 sur l'asile du 11 août 1999 (OA 1, RS 142.311) n'étant réalisée, en l'absence notamment d'un droit du recourant à une autorisation de séjour ou d'établissement, le Tribunal est tenu de confirmer le renvoi. 7. 7.1 La décision d'exécuter le renvoi est régie par les art. 83 et 84 de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, RS 142.20 ; cf. renvoi de l'art. 44 LAsi). L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, possible et peut raisonnablement être exigée. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. 7.2 L’exécution du renvoi est illicite lorsque le renvoi de l’étranger dans son Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait menacée pour l’un des motifs mentionnés à l’art. 3 al. 1 LAsi, ou encore d’où elle risquerait d’être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales [CEDH, RS 0.101]). Aucun Etat partie n' expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture (art. 3 de la E-4730/2015 Page 20 Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants [Conv. torture, RS 0.105]). 7.2.1 En l'occurrence, l’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non-refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recourant ne peut pas, sur la base des faits allégués, se prévaloir d ’une crainte objectivement fondée de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. Il n’a pas réussi ni à démontrer l’existence d’une telle crainte reposant sur un risque objectivement sérieux d’être victime d’un préjudice suffisamment intense, ni à renverser la présomption selon laquelle les autorités kosovares sont en mesure de lui offrir une protection adéquate au cas où il risquerait sérieusement d’être victime d ’un délit commis par un ou des tiers contre sa liberté, son intégrité physique voire sa vie. 7.2.2 Le recourant n'a pas non plus démontré à satisfaction de droit que l’exécution de son renvoi vers le Kosovo constituerait un traitement interdit par l'art. 3 CEDH ou par l'art. 3 Conv. torture précité. 7.2.3 L’exécution du renvoi du recourant ne transgresse au cun engagement de la Suisse relevant du droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (cf. art. 83 al. 3 LEtr). 7.3 Selon l’art. 83 al. 4 LEtr, l’exécution de la décision ne peut pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son pays d’origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s’applique en premier lieu aux «réfugiés de la violence», soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu’ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. Malgré sa formulation, l'art. 83 al. 4 LEtr n'est pas une disposition potestative et ne confère pas à l'autorité de liberté d'appréciation ("Ermessen") ; dans l'appréciation de l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, elle dispose d'une marge d'appréciation ("Spielraum") réduite au point qu'elle ne peut pas procéder à une pesée des intérêts dans le cas concret (ATAF 2014/26 consid. 7.9 et 7.10). E-4730/2015 Page 21 7.3.1 Le Kosovo ne connaît pas, sur l'ensemble de son territoire, une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait, d'emblée et indépendamment des circonstances du cas d'espèce, de présumer, à propos de tous les ressortissants de cet Etat, l'existence d'une mise en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr en cas d'exécution du renvoi vers celle-ci (cf. ATAF 2009/52 consid. 10.2.5). 7.3.2 Il ne ressort pas du dossier d'autres éléments dont on pourrait inférer que l’exécution du renvoi impliquerait pour le recourant une mise en danger concrète. Comme l'a relevé le SEM dans la déc ision attaquée, l'intéressé pourra bénéficier du soutien des membres de sa famille, de sa belle-famille et son réseau social pour se réinstaller au Kosovo, où il dispose également d’un logement. Il n'a pas non plus allégué souffrir de problèmes de santé susceptibles, par leur gravité, de constituer un motif d'empêchement à l'exécution de son renvoi (cf. ATAF 2011/50 consid. 8.3). 7.3.3 Pour ces motifs, l’exécution du renvoi doit être considérée comme pouvant être raisonnablement exigée (cf. art. 83 al. 4 LEtr). 7.4 L’exécution n’est pas possible lorsque l’étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d’origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). En l'espèce, l'exécution du renvoi est possible, le recourant étant en mesure d'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de quitter la Suisse (cf. ATAF 2008/34 consid. 12). 7.5 Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté et la décision attaquée confirmée sur ces points. 8. En conséquence, le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée. 9. 9.1 Les conclusions du recours n'éta nt pas apparues d'emblée vouées à l'échec et le recourant étant indigent, la demande de dispense de paiement des frais de procédure doit être admise (cf. art. 65 al. 1 PA). Il est donc statué sans frais. E-4730/2015 Page 22 9.2 Me Caroline Vermeille est nommée comme mandataire d' office (cf. art. 110a al. 1 let. a et al. 3 LAsi). Une indemnité à titre d'honoraires et de débours lui sera ainsi accordée (cf. art. 8 à 11 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédé ral [FITAF, RS 173.320.2], applicables par analogie conformément à l'art. 12 FITAF). En cas de représentation d'office, le tarif horaire est dans la règle de 200 à 220 francs pour les avocats, et de 100 à 150 francs pour les représentants n'exerçant pas la profession d'avocat (cf. art. 12 en rapport avec l'art. 10 al. 2 FITAF). Seuls les frais nécessaires sont indemnisés (cf. art. 8 al. 2 FITAF). En l'occurrence, l'indemnité est fixée sur la base du décompte de prestations du 3 août 2015. Le tarif horaire demandé par la mandataire est injustifié dans son ampleur : il est par conséquent réduit à 2 00 francs. En outre, les frais liés à la correspondance avec le SEM et le SPOMI ne concernent pas la procédure devant le Tribunal et ne seront donc pas indemnisés. L’ampleur des postes relatifs aux recherches juridiques et à la rédaction du recours de 12 pages paraissent également excessif s au regard de l’absence de complexité particulière, en droit, du cas d’espèce. Partant, l'indemnité est arrêtée à un montant de 2'384 francs, TVA comprise (soit onze heures de travail à 200 francs de l’heure et huit francs de frais, plus la TVA ; cf. art. 8 al. 2, art. 11 al. 3 et 4, art. 12, art. 14 FITAF). (dispositif page suivante) E-4730/2015 Page 23 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La demande d'assistance judiciaire totale est admise. 3. Il est statué sans frais. 4. Me Caroline Vermeille est désignée mandataire d'office et une indemnité de 2'384 francs lui est allouée à titre d'honorair es et de débours, à payer par la caisse du Tribunal. 5. Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, au SEM et à l'autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean-Pierre Monnet Aurélie Gigon Expédition :