B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-2973/2022 A r r ê t d u 2 1 j u i l l e t 2 0 2 2 Composition William Waeber, juge unique, avec l'approbation de Camilla Mariéthoz Wyssen, juge ; Marc Toriel, greffier. Parties A._______, né le (…), B._______, née le (…), Turkménistan, (…), recourants, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Refus de la protection provisoire ; décision du SEM du 9 juin 2022 / N (…). E-2973/2022 Page 2 Vu la demande de protection provisoire déposée en Suisse par A._______ et B._______ (ci-après : les recourants ou les intéressés), le 17 mai 2022, les procès-verbaux de leurs auditions du même jour, la décision du 9 juin 2022, par laquelle le SEM a rejeté la demande de protection provisoire des intéressés, a prononcé leur renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de cette mesure, le recours interjeté, le 7 juillet 2022 (date du timbre postal), devant le Tri- bunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal) contre cette décision, par lequel les intéressés ont conclu, principalement, à l’annulation de celle-ci et à la délivrance d’un permis S et, subsidiairement, à l’octroi d’une admis- sion provisoire « jusqu’à ce que le retour en Ukraine soit à nouveau pos- sible », les demandes d’octroi de l’effet suspensif et d’assistance judiciaire totale, ainsi que la requête tendant à être ente ndus en audience par le Tribunal (avec l’assistance d’un interprète) dont le recours est assorti, et considérant que le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF (RS 173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA (RS 172.021) prises par les auto- rités mentionnées à l'art. 33 LTAF, qu’en particulier, les décisions rendues par le SEM en matière de protection provisoire et de renvoi peuvent être contesté es par -devant le Tribunal (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi [RS 142.31], lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protége r (art. 83 let. d ch. 1 LTF [RS 173.110]), exception non réalisée en l’espèce, que les intéressés ont qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA), que, présenté dans la forme et le d élai prescrits par la loi (art. 52 al. 1 PA et art. 108 al. 6 LAsi), leur recours est recevable, E-2973/2022 Page 3 que la requête des recourants tendant à la tenue d’une audience doit être rejetée, les faits de la cause étant établis à suffisance de droit, que la conclusion tendant à la délivrance d ’un permis S, autrement dit à une autorisation de séjour de police des étrangers, sort quant à elle de l’objet du litige, qu’en effet, la délivrance d’une telle autorisation est du ressort de l’autorité cantonale du canton auquel les intéressés ont été attribué, que, partant, cette conclusion est irrecevable, que la demande tendant à l ’octroi de l’effet suspensif l’est également, car d’emblée privée d’objet, cet effet étant dévolu au recours de jure, qu’en matière de protection provisoire (art. 66 ss LAsi) et sur le principe du renvoi (art. 69 al. 4 LAsi in fine), le pouvoir de cognition du Tribunal et les griefs recevables sont régis par l ’art. 106 al. 1 LAsi (e n lien avec l ’art. 72 LAsi), et s ’agissant de l ’exécution du renvo i par l ’art. 112 al. 1 LEI ([RS 142.20], en relation avec l'art. 49 PA ; voir aussi ATAF 2014/26, con- sid. 5.6), que le 11 mars 2022, le Conseil fédéral, faisant application de l’art. 66 al. 1 LAsi, a arrêté une décision de portée générale concernant l ’octroi de la protection provisoire en lien avec la situation en Ukraine (cf. FF 2022 586), qu’à teneur de cette décision, le statut de protection S s’applique aux ca- tégories de personnes suivantes : a. les citoyens ukrainiens en quête de protection et les membres de leur famille (partenaires, enfants mineurs et autres parents proches qu’ils soutenaient entièrement ou partiellement au moment de la fuite) qui résidaient en Ukraine avant le 24 février 2022 ; b. les personnes d’autres nationalités et les apatrides en quête de pro- tection ainsi que les membres de leur famille au sens de la let. a qui bénéficiaient, avant le 24 février 2022, d’un statut national ou inter- national de protection en Ukraine ; c. les personnes d’autres nationalités et les apatrides en quête de pro- tection ainsi que les membres de leur famille au sens de la let. a qui peuvent prouver au moyen d ’une autorisation de séjour ou de sé- jour de courte durée valable qu ’ils disposent d ’un droit de séjour E-2973/2022 Page 4 valable en Ukraine et ne peuvent pas retourner dans leur pays d’ori- gine en toute sécurité et de manière durable, qu’en l’occurrence, les recourants, ressortissants turkmènes, ont déclaré bénéficier d’une autorisation d e séjour en Ukraine pour y poursuivre des études, qu’ils y auraient simultanément travaillé pour financer leurs écolages res- pectifs et subvenir à leurs besoins, qu’ils auraient quitté ce pays en raison de la guerre, avant de rejoindre la Suisse, qu’ils n’auraient pas pu retourner au Tur kménistan, compte tenu du fait qu’ils avaient besoin de terminer leurs études en Ukraine et que leur pays d’origine ne laissait plus entrer et sortir ses ressortissants, depuis le début de la pandémie de COVID-19, qu’à l’appui de leur demande de protection, ils ont notamment produit leurs passeports turkmènes (valables respectivement jusqu’au […] 2026 et […] 2025) et leurs permis de séjour temporaire ukrainiens, qu’en l’espèce, seul entre en considération le cas de figure envisagé à la lettre c de la décisi on de portée générale susmentionnée, les situations visées par les lettres a et b n’étant pour leur part manifestement pas réali- sées (les intéressés n’ont allégué ni qu’ils étaient de nationalité ukrainienne ni qu’il bénéficiaient d’un statut de protection national ou international en Ukraine), qu’il ressort du dossier que les recourants sont des ressortissants turk- mènes, qu ’ils sont en possession d ’une pièce d ’identité (passeports en cours de validité déposés au dossier) et qu’il n’ont pas allégué lors de leurs auditions avoir rencontré des problèmes dans leurs pays d’origine, ni avec les autorités ni avec des tiers, que dans ces circonstances, le SEM a considéré à juste titre qu ’ils pou- vaient retourner en toute sécurité et de manière durable dans leur pays d’origine, où vivent leurs parents (cf. décision querellée, point III. 3., p. 3), qu’il résulte de ce qui précède que les conditions cumulatives visées à la lettre c de la décision de portée générale précitée ne sont pas toutes satis- faites en l’espèce, E-2973/2022 Page 5 que le recours ne contient pas d ’élément nouveau et déterminant apte à infirmer cette appréciation, que bien que regrettable, le fait que le s recourants ne pourraient pas, en cas de retour au Turkménistan, terminer leurs études démarrées en Ukraine et obtenir leurs diplômes, n’est pas déterminant à l ’aune des cri- tères retenus par le Conseil fédéral pour l’octroi de la protection provisoire en Suisse, qu’il en va de même des entraves mises à l’accès au Turkménistan depuis le début de la pandémie de COVID-19, dans la mesure où on imagine mal que les intéressés ne pourraient rejoindre leur pays d ’origine (cf. E-2031/2022, p. 5), que compte tenu de ce qui précède, le recours doit être rejeté en tant qu’il porte sur le refus du SEM d’octroyer la protection provisoire, qu’à défaut d ’une demande d ’asile déposée en Suisse, le rejet de la de- mande de protection provisoire a en p rincipe pour conséquence le pro- noncé du renvoi (art. 69 al. 4 in fine LAsi), que c’est par conséquent à bon droit que le SEM a prononc é le renvoi de Suisse des recourants, ceux-ci ne pouvant se prévaloir ni d ’une autorisa- tion de séjour ni d’un droit subjectif à la délivrance d’une telle autorisation (cf. ATAF 2013/37 consid. 4.4 ; 2009/50 consid. 9 et réf. cit), que l’exécution de cette mesure est ordonnée si elle est licite, raisonnable- ment exigible et possible (art. 83 al. 1 LEI en lien avec l’art. 69 al. 4 in fine LAsi), que l'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné, qu’en l’occurrence, les intéressés ne peuvent pas se prévaloir valablement du principe de non-refoulement (art. 5 LAsi) en cas d’exécution de son ren- voi au Turkménistan, dans la mesure où ils n’ont pas déposé de demande d’asile en Suisse et ne se sont, partant, pas vu reconnaître la qualité de réfugié, que le dossier ne comporte pas non plus d ’indice sérieux et convaincants rendant à tout le moins vraisemblable un risque avéré, concret et sérieux de traitements contraire à l’art. 3 de la Convention du 4 novembre 1950 de E-2973/2022 Page 6 sauvegarde des droits de l'homme et des l ibertés fondamentales (CEDH, RS 0.101), à l’art. 3 de la Convention du 10 décembre 1984 c ontre la tor- ture et autres peines ou traitements cruel s, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) ou à d’autres dispositions contraignantes du droit international public, de simple déclarations de caractère général et abstrait sur les conditions de vie difficiles dans leur pays (pénurie de travail, salaires insuffisants et misère) n’étant pas suffisantes à cet égard (cf. mémoire de recours, p. 1), que l’exécution du renvoi est dès lors licite (art. 83 al. 3 LEI ; cf. également ATF 139 II 65 consid. 6 et jurisp. cit., ain si que les ATAF 2009/50 con- sid. 8.3 à 8.4 et 2009/2 consid. 9.1.2 à 9.1.6), qu’elle est également raisonnablement exigible (art. 83 al. 4 LEI), que les intéressés sont jeunes (respectivement […] et […] ans) et n’ont pas fait valoir de problèmes de santé, qu’ils disposent en outre de pr oches au pays, à savoir leurs parents (cf. procès-verbaux d’audition du 17 mai 2022, p. 2), soit de s personnes susceptibles de leur venir en aide, le cas échéant, au moment de leur re- tour, que, quoi qu’il en soit, les autorités d'asile peuvent exiger lors de l'exécution du renvoi un certain effort de la part de personnes dont l'âge et l'état de santé doivent leur permettre, comme c’est le cas en l’espèce, de surmonter les difficultés initiales pour se trouver un logement et un travail qui leur assure un minimum vital suite à leur retour au pays (cf. ATAF 2010/41 con- sid. 8.3.5), que l ’exécution du renvoi est enfin possible (art. 83 al. 2 LEI ; cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513 ss et jurisp. cit.), dès lors que les inté- ressés sont en possession d ’un passeport turkmène et sont en mesure d’entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de leur pays d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage leur per- mettant de quitter la Suisse (art. 8 al. 4 LAsi), que partant, le recours doit également être rejeté en tant qu ’il porte sur le renvoi et l’exécution de cette mesure, et le dispositif de la décision entre- prise confirmé sur ces points, que, s'avérant manifestement infondé, il est rejeté dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi), E-2973/2022 Page 7 qu'il est dès lors renoncé à un échange d'écritures, le présent arrêt n'étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi), qu’en tant que les conclusions du recours étaien t d ’emblée vouées à l’échec, au vu de ce qui précède, la demande d’assistance judiciaire totale (art. 102m al. 1 let. d LAsi, en lien avec l ’art. 65 al. 1 PA) est rejetée, les conditions cumulatives à son octroi n’étant pas remplies, que, vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge des recourants, conformément à l’art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernan t les frais, dépens et in- demnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), (dispositif page suivante) E-2973/2022 Page 8 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté, dans la mesure où il est recevable. 2. La demande d’assistance judiciaire totale est rejetée. 3. Les frais de procédure, d ’un montant de 750 francs, sont mis à la charge des recourants. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé aux recourants, au SEM et à l'autorité canto- nale. Le juge unique : Le greffier : William Waeber Marc Toriel