Seite 1 B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-4258/2011 A r r ê t d u 6 a o û t 2 0 1 2 Composition Jean-Pierre Monnet (président du collège), Gérard Scherrer, Walter Stöckli, juges, Claude Débieux, greffier. Parties A._______, née le (…), Congo (Kinshasa), représentée par Me Patrick Fontana, avocat, (…), recourante, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi (recours réexamen) ; décision de l'ODM du 14 juillet 2011 / N (…). E-4258/2011 Page 2 Faits : A. Le 30 novembre 2009, la recourante a déposé une demande d'asile en Suisse. B. Le 2 décembre 2009, elle a été entendue sommairement par l'ODM au Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. L'audition sur ses motifs d'asile a eu lieu le 10 décembre 2009, à Vallorbe également. C. Par décision du 14 janvier 2010, l'ODM a refusé de reconnaitre la qualité de réfugié à la recourante, rejeté sa demande d'asile, prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. L'office précité a considéré que les déclarations de la recourante ne satisfaisaient pas aux exigences de vraisemblance posées à l'art. 7 de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi, RS 142.31) . Il a, en outre, estimé que l'exécution du renvoi de la recourante dans son pays était licite, raisonnablement exigible et possible. D. Le 17 février 2010, l'intéressée a inter jeté recours contre cette décision. Elle a conclu à la reconnaissance de la qualité de réfugié, à l'octroi de l'asile et, subsidiairement, à son admission provisoire. Elle a sollicité l'assistance judiciaire pa rtielle. Elle a fait valoir, en substance, que son récit était vraisemblable et satisfaisait aux conditions de l'art. 3 LAsi, et que l'exécution du renvoi dans son pays devait être considéré e tout au moins comme inexigible. E. Par ordonnance du 22 février 20 10, le Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal) a dispensé la recourante d'une avance de frais. F. Par arrêt E-980/2010 du 14 décembre 2010, le Tribunal a rejeté le recours de l'intéressée. Il a jugé, en su bstance, que l'entier du récit, simpliste et schématique, apparaissait dénué de crédibilité et que les sévices dont la recourante avait dit avoir été victime n'étaient manifestement pas intervenus dans les circonstances décrites. Il a également considéré que l'exécution du renvoi s'avérait li cite, raisonnablement exigible et possible. Enfin, il a écarté la requête E-4258/2011 Page 3 d'assistance judiciaire partielle de la recourante et mis les frais de la procédure à sa charge. G. Par courrier du 12 janvier 2011, la recourante a adressé à l'ODM une demande de réexamen de la décision de refus de l'asile et de renvoi . Dans cette re quête, elle s'est appuyée sur deux motifs : en premier lieu, elle a indiqué que, postérieurement à l'arrêt du Tribunal du 14 décembre 2010, elle avait appris le décès de l'épouse de son cousin qui l'avait hébergée durant ses études. Cette personne serait morte d'une crise cardiaque, dans la nuit du (…) au (…) , et ce, consécutivement aux menaces reçues de la part d'inconnus , qui auraient harcelé sa famille au sujet de la disparition de la recourante qui, selon ceux-ci, aurait été en possession de pièces compromettantes . L'intéressée a également précisé que cet événement avait été relaté par l es médias locaux . En second lieu, la recourante a fait valoir une dégradation soudaine de son état de santé, justifiant son hospitalisation en milieu psychiatrique en date du 12 janvier 2010. A l'appui de ses dires, elle a fourni plusieurs pièces. H. Dans sa lettre du 26 janvier 2011, l'ODM a requis de la recourante qu'elle lui fasse parvenir un rapport médical circonstancié, établi au moyen d 'un formulaire annexé . Il lui a demandé de présenter également une déclaration écrite , déliant le médecin traitant du secret médical envers l'ODM. I. Par courrier diplomatique du 26 janvier 2011 l'ODM a requis de l'Ambassade de Suisse à Kinshasa (ci -après : l'ambassade) un certain nombre de renseignements en lui soumettant cinq chapitres de questions. Il a joint, à cet effet, plusieurs documents figurant au dossier. J. Par courrier du 22 février 2011, la recourante a communiqué à l'ODM, le rapport médical requis ainsi que l'attestation de la levée du secret médical. K. Le rapport de la personne de confiance mandatée par l'ambassade est parvenu, le 16 mars 2011, à l'ODM. E-4258/2011 Page 4 L. Par décision incidente du 18 mars 2011, l'OD M, après un résumé des déclarations de la recourante en procédure ordinaire, lui a communiqué le contenu essentiel des éléments d'information obtenus via l'ambassade et a invité la recourante à lui adresser ses déterminations à ce sujet. M. Par lettre du 31 mars 2011, la recourante a sollicité de l'ODM qu'il lui fasse parvenir une copie du rapport complet établi par l'ambassade et elle a demandé que le délai initialement imparti soit prolongé de deux mois. N. Par décision incidente du 5 avril 2011, l'ODM a fait suite à la demande de la recourante et lui a commu niqué, en copie, la demande de renseignements adressée à l'ambassade ainsi que le rapport complet de celle-ci. Il a, par ailleurs, prolongé le délai initial jusqu'au 27 avril 2011, au plus tard. O. Par lettre du 15 avril 2011, la recourante a sollicité que le délai prolongé une première fois, jusqu'au 27 avril 2011, le soit une seconde fois, jusqu'au 20 mai 2011. P. Le 21 avril 2011, l'ODM a accepté d'accorder à la recourante un ultime délai jusqu'au 20 mai 2011. Le même jour, l'intéressée a adressé un courrier à l'ODM, dans lequel elle a indiqué considérer le silence de l'ODM comme une acceptation tacite de sa demande de prolongation. Q. Par courrier du 20 mai 2011, la recourante a communiqué à l'ODM, sa détermination relative au contenu du rapport de l'ambassade. Sans entrer dans le détail des éléments soulevés, elle a fait valoir, en substance, que son cousin paternel ne pourrait en aucun cas la recevoir chez lui, en cas de retour dans son p ays d'origine. Elle a souligné également que, contrairement au rapport, l'épouse de son cousin était décédée, non pas de mort naturelle , mais d'une crise cardiaque consécutive à une agression par des hommes armés en civil, qui étaient à sa recherche. Elle a rappelé également les articles de presse mentionnés dans sa demande de réexamen . Enfin, se basant sur divers rapports d'organisations humanitaires, ainsi que sur un document du Département E-4258/2011 Page 5 fédéral des Affaires é trangères (DFAE), elle a fait état de l'exi stence de graves violations des droits de l'homme en RDC, et elle a souligné qu'en raison de cet ensemble de faits, elle encourrait un risque concret de subir de mauvais traitements si elle venait à retourner dans son pays. Enfin, elle a invité l'ODM à lui transmettre les procès -verbaux originaux des auditions des témoins et personnes interrogées, sur place, par l'ambassade. R. Dans son courrier du 14 juin 2011, l'ODM a répondu à la recourante lui avoir fait parvenir tous les documents en sa possession, remis par l'ambassade. S. Par décision du 14 juillet 2011, l'ODM a rejeté la demande de reconsidération de la recourante e t a déclaré que la décision du 14 janvier 2010 était entrée en force et qu'elle demeurait exécutoire. En outre, elle a dispensé d'émolument la recourante et a indiqué qu'un éventuel recours ne déploierait pas d'effet suspensif. T. Par acte du 29 juillet 201 1, l'intéressée a interjeté recours contre ce tte décision. Elle a conclu, à titre préalable, au bénéfice de l'assistance judiciaire totale, à l'octroi de l'effet suspensif à son recours ainsi qu'à la suspension de toute mesure d'exécution de la décision in criminée. A titre principal, elle a conclu à l'admission du recours, à l'annulation de la décision de l'ODM du 14 juillet 2011 et implicitement à l'octroi de l'asile ou à l'admission provisoire . Elle a joint à son recours, un bordereau de pièces. En subst ance, la recourante a fait grief à l'ODM d'avoir violé son droit d'être entendu en ne lui communiqua nt pas toutes les pièces obtenues dans le cadre d es démarches effectuées par l 'ambassade et en ne lui donnant pas l'opportunité de s'exprimer sur leur conte nu. Elle a également reproché à l'ODM d'avoir fait montre d'arbitraire, en relation avec l'appréciation portée sur l es menaces qu'aurait reçues l 'épouse de son cousin , sur les copies des articles de journaux adressées par ses soins à l'ODM, sur les attestations de son cousin et celles de ses enfants, sur son état de santé mis en corrélation avec les infrastructures sanitaires du RDC, et enfin, sur le soutien financier de son cousin. E-4258/2011 Page 6 U. Par décision incidente du 17 août 2011, le juge instructeur précédemment en charge de l'affaire a autorisé la recouran te à séjourner en Suisse jusqu'au terme de la procédure, renoncé à la perception d'une avance des frais présumés de pro cédure et rejeté la requête de désignation de son mandataire comme défenseur d'office. V. Par ordonnance du 18 août 2011, le précédent juge instructeur a invité l'ODM à se prononcer sur le recours du 29 juillet 2011 et, notamment, sur l'authenticité des articles de presse produits . Il a également demandé à l'ODM de se prononcer sur la qualification de la procédure engagée par la recourante et de lui indiquer, dans l'hypothèse où cette procédure constituerait une nouvelle demande d' asile, s'il maintenait sa décision du 14 juillet 2011, et en cas de réponse positive, de préciser les motifs de sa réponse. W. Dans sa réponse du 21 septembre 2011, l'ODM a maintenu son appréciation au sujet des articles de presse et souligné qu'au regard d es éléments d'information dont il disposait, ces documents avaient été fabriqués de toute s pièces pour les besoins de la cause. Quant à la qualification de la procédure engagée par la recourante le 12 janvier 2011, l'ODM a estimé qu'il s'agissait d'une demande de réexamen : il a en effet souligné que les motifs exposés par la recourante, le 12 janvier 2011, étaient identiques à ceux invoqués dans le cadre de la procédure ordinaire et que les résultats de l'instruction effectuée permettent de conclure que, contrairement à ce que soutenait la recourante, le décès de l'épouse de son cousin n'a aucun lien avec les persécutions alléguées, lesquelles ont été jugées invraisemblables à la fois par l'ODM et le Tribunal. Dans ces conditions , l'autorité inférieure a proposé le rejet du recours. X. Par acte du 7 octobre 2011, la recourante a déposé sa réplique. Elle a, en substance, contesté le point de vue de l'ODM quant à l'inauthenticité des articles de presse produits. Concernant la qualification de la procédure, E-4258/2011 Page 7 elle s'est limitée à préciser que les faits, relatés dans les articles de presse produits, confirment ses déclarations émises dans le cadre de la procédure ordinaire, à savoir, qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle encourrait un danger pour sa vie e t son intégrité physique. Elle a conclu ainsi à l'admission de son recours. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l ’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2 En l'espèce, le Tribunal est compétent pour statuer définitivement sur l'objet du litige. 1.3 La recourante a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 A titre préjudiciel, le Tribunal relève qu'il n'existe pas de raison de remettre en cause la qualification de l'ODM selon laquelle la requête déposée le 12 janvier 2011 par la recourante constitue une demande de réexamen. En effet, s'agissant des motifs de persécution, la recourante a invoqué des faits nouveaux et postérieurs à l'arrêt E -980/2010 du 14 décembre 2010 destinés à rendre vraisembla bles les faits essentiels invoqués en procédure antérieure et demeurés non prouvés ; n'ayant pas invoqué d'autres faits essentiels relatifs à des motifs de persécution nouveaux, distincts des motifs antérieurs, sa demande ne constitu e pas une seconde deman de d'asile. De même, le Tribunal estime qu'il n'y a pas de raison de remettre en cause la qualification de l'ODM selon E-4258/2011 Page 8 laquelle les moyens de preuve nouveaux et postérieurs, mais portant sur des faits antérieurs, produits par la recourante ressortissent au réexamen qualifié (et non à la révision), dès lors que la jurisprudence du Tribunal n'intègre pas formellement, de manière exclusive, dans les motifs de révision les moyens de preuve postérieurs à un jugement de fond, mais destinés à prouver des faits ant érieurs. En tout état de cause, l'argumentation adoptée dans les considérants qui suivent vaudrait, mutatis mutandis, également en cas de qu alification de la demande du 12 janvier 2011 de demande de révision de l'arrêt précité fondée sur l'art. 123 al. 2 let. a LTF. 2.2 Enfin, en alléguant une détérioration de son état de santé postérieure à l'arrêt précité, la recourante invoque une hospitalisation en date du 12 janvier 2011 et, en tant que telle, une modification notable des circonstances ayant conduit le Tri bunal à confirmer l 'exigibilité de l'exécution du renvoi. 2.3 La demande de réexamen, défini e comme une requête non soumise à des exigences de délai ou de forme, adressée à une autorité administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise , n'est pas expressément prévue par la PA. La jurisprudence et la doctrine l'ont cependant déduite de l'art. 4 de la Constitution fédérale du 29 mai 1874 (aCst), qui correspond, sur ce point, à l' art. 29 al. 2 Cst . et de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la révision des décisions sur recours (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367 et références citées). 2.4 En principe, une demande de réexamen ne constitue pas une voie de droit (ordinaire ou extraordinaire). Partant, l'ODM n'est tenu de s'en saisir que dans deux situations : lorsqu'elle constitue une "demande de reconsidération qualifiée", à savoir lorsqu'une décision n'a pas fait l'objet d'un recours (ou que le recours interjeté contre celle -ci avait été décl aré irrecevable) et que le requérant invoque un des motifs de révision prévus à l'art. 66 PA, applicable par analogie (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367s., ATAF 2010/4 consid. 2.1.1 p. 43 ; JICRA 2003 n° 7 consid. 1 p. 42s., JICRA 1995 n° 21 p. 199ss, JICRA 1993 n° 25 consid. 3b p. 179), ou lorsqu'elle constitue une "demande d'adaptation", à savoir lorsque le requérant se prévaut d'un changement notable de circonstances depuis le prononcé de la décision concernée (ou, en cas de recours, depuis le prononcé de l'arrêt sur recours). E-4258/2011 Page 9 2.5 Une demande de réexamen, à l'instar des demandes de révision, ne saurait servir à remettre continuellement en cause des décisions administratives entrées en force de chose décidée. En particulier, l'invocation de motifs de réexamen qualifié, au sens de l'art. 66 al. 2 PA appliqué par analogie, ne saurait servir à obtenir une nouvelle appréciation de faits déjà connus en procédure ordinaire (cf. ATF 136 II 177 consid. 2.1). 2.6 Selon la doctrine et la jurisprudence en matière de révisio n (applicable en matière de réexamen; cf. URSINA BEERLI-BONORAND, Die ausserordentlichen Rechtsmittel in der Verwaltungsrechtspflege des Bundes und der Kantone, Zurich 1985, p. 173 ; JICRA 2003 n° 17 consid. 2c p. 104), sont nouveaux, au sens de l'art. 66 al. 2 let. a PA, les moyens inédits de prouver des fa its antérieurs, inconnus ou non allégués sans faute, ou encore de démontrer des faits connus et allégués, mais improuvables lors de la prise de la décision de base (cf. JICRA 1995 n° 21 consid. 3 a, p. 207 et références citées ; ANDRÉ MOSER/PETER UEBERSAX , Handbücher für die Anwaltpraxis, vol. III, Bâle / Francfort –sur-le-Main 1998, p. 173s., BLAISE KNAPP, Précis de droit administratif, Bâle / Francfort–sur-le-Main 1991, p. 276, ANDRÉ GRISEL, Traité de d roit administratif, Ne uchâtel 1984, p. 944). En outre, ces faits nouveaux et preuves nouvelles ne peuvent entraîner la révision que s'ils sont "importants", c'est-à-dire de nature à influer – ensuite d'une appréciation juridique correcte – sur l'issue de l a contestation ; cela suppose, en d'autres termes, que les faits nouveaux soient déci sifs et que les moyens de preuve offerts soient propres à les établir (cf. ATF 118 II 205, ATF 108 V 171, ATF 101 Ib 222 ; JAAC 40.4 ; JICRA 1995 n° 21 consid. 3 a p. 207, JICRA 1995 n° 9 consid. 5 p. 80s., JICRA 1994 n°27 consid. 5 p 198ss ; JEAN-FRANÇOIS POUDRET, C ommentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire , vol. V, ad art. 137 OJ, p. 32, GRISEL, op.cit., p. 944). 3. 3.1 En l ’occurrence, la recourante a fait grief à l'ODM d'avoir violé son droit d'être entendu . L'office ne lui aurait communiqué ni l'identité de la personne de confiance mandatée par l'ambassade en vue de l'enquête sur place ni les investigations précises entreprises ni les noms des personnes interrogées ni le contenu exact des déclarations qu'elles ont émises. En outre, elle soutient que, conformément à la maxime d'office régissant la procédure administrative, l'office aurait dû compléter les E-4258/2011 Page 10 investigations faites sur place, et en particulier contacter les journaux afin qu'ils délivrent, en exemplaires originaux, les articles de presse produits en copie à l'appui de la demande de réexamen. 3.1.1 En premier lieu, il convient de rappel er que l'arrêt E -980/2010 du 14 décembre 2010, rendu en procé dure ordinaire, bénéficie de l'autorité de chose jugée. Cela signifie qu'il est interdit de remettre en discussion, dans une nouvelle procédure, ce qui a été définitivement jugé (cf. YVES DONZALLAZ, Loi sur le Tribunal fédér al, Commentaire, Berne 2008, p. 670). Ainsi, dans le cadre de la procédure extraordinaire engagée postérieurement devant lui, l'ODM était lié tant par les constatations de fait opérées par le Tribunal dans son arrêt précité que par l'appréciation juridique qui en a découlé. En particulie r, il n'était pas autorisé à reprendre - comme il l'a fait - l'instruction relative aux faits invoqués en procédure ordinaire en faisant diligenter une enquête sur place par l'entremise de l'ambassade (cf. état de faits, let. I, chapitres de questions nos 1 à 3). 3.1.2 En second lieu, le Tribunal rappelle également que, contrairement à l'argumentation de la recourante, la procédure de réex amen - comme celle de révision - est soumise au principe allégatoire et non à la maxime d'office (recte: maxime inquisitoire) . Il appart enait à la recourante d'invoquer des faits postérieurs décisifs et d'en apporter la preuve, et non à l'ODM de procéder sur place à des investigations complémentaires (ibidem, chapitres de questions nos 4 et 5). En d'autres termes, il n'est pas s uffisant à cet égard , pour obtenir un réexamen, de fournir des moyens de preuve tendant à une nouvelle administration de preuves. 3.1.3 En troisième et dernier lieu, i l ressort de ce qui précède que l'ODM n'avait ni l'obligation de procéder à une enquête d'ambas sade ni même l'autorisation d'y procéder. Partant, le Tribunal ne tiendra pas compte des résultats de cette enquête. Il s'ensuit que le grief de la recourante de violation du droit d'être entendu sur ce point ne saurait faire l'objet d'un examen au fond. 3.2 S'agissant de l'argumentation basée sur le décès de l'épouse de son cousin, survenue dans la nuit du (…) au (…), soit postérieurement à l'arrêt E-980/2010, rendu par le Tribunal le 14 décembre 2010, et censée étayer, à l'aide des pièces produites, l'existe nce des menaces reçues par la défunte en raison de sa disparition, force est de constater que les éléments de preuve sur lesquels elle s'appuie ne sauraient emporter la E-4258/2011 Page 11 conviction du Tribunal. D'abord, les trois attestations produites à l'appui du recours émanent de membres de la famille de l'intéressée et, à l'évidence, elles ont été rédigées à sa demande de sorte que, s'agissant de documents de complaisance, elles ne sauraient avoir la force probante qu'elle leur attribue . Ensuite, leur contenu identique s'avère beaucoup trop imprécis et laconique pour que l'on puisse leur acc order la moindre valeur. Enfin , et surtout, si cette personne était effectivement décédée d'une crise cardiaque, laquelle constitue au demeurant, une cause de mort naturelle, il n'est nullement établi que la survenance de cette crise cardiaque aurait eu pour origine les prétendues me naces reçues de la part d'inconn us, voire une agression de la part de ces inconnus, consécutives à d'éventuelles poursuites d 'agents de police congolais à l'encontre de la recourante. 3.3 Quant aux articles de presse fournis (en copie devant l'ODM, voire en original devant le Tribunal) par la recourante, qui visent à crédibiliser ses propos au sujet du décès de l'épouse de son cousin et des circonstances ayant entouré celui-ci, ceux-ci n'ont pas de valeur probante . En effet, il est de notoriété publique que la presse écrite congolaise est connue pour sa gestion aléatoire et improvisée, un manque de compétence des journalistes, souvent pigistes, un manque de trans parence dans la gestion des revenus, privilégiant le publi -reportage déguisé en information plutôt que les démarches d'investigation, de recoupement et de vérification des sources, les journalistes générant des revenus complémentaires par le biais du "coupage" qui consiste à offrir de la visibilité médiatique à un individu ou à une manifestation contre rémunération, au point même qu'il existe des tarifs standards dans le cadre de cette pratique (MARIE-SOLEIL FRÈRE, Le paysage médiatique congolais, Etat des lieux, enjeux et défis, Etude réalisée sous la supervision de France Coopération Internationale avec l'appui de la coopération britannique et française, octobre 2008, spéc. p. 72 – 74 et 108). En l'occurrence, il ressort du contenu même de ces article s que les faits rapportés reposent sur une source familiale. Partant, le Tribunal ne peut attribuer à ces articles de presse la valeur probante que leur confère la recourante. 3.4 Quant à l'argumentation tirée de la dégradation soudaine de l'état de santé de la recourante, censée être étayée par le rapport médical du 16 février 2011, force est de constater que ce document ne fait nullement état d'une hospitalisation en milieu psychiatrique le 12 janvier 2010 , ni d'une éventuelle dégradation de l'état de santé de la recourante et ce, E-4258/2011 Page 12 contrairement aux allégués avancés par la recourante dans sa de mande de réexamen (cf. d emande de réexamen du 12 janvier 2011, p. 4 ad ch. 13) : ce rapport précise, sur ce point, que l'intéressée est en traitement médical, depuis février 2010 [cf. r apport médical du (…) du 1 6 février 2011, p. 2 ad ch. 3.1] . Partant, ce document n e constitue pas , sous cet angle, un élément de preuve pertinent. En outre, l e Tribunal relève que cet élément factuel était ainsi connu de l'intéressée à compter d u début de l'année 2010 . Or, elle n'a jamais avancé cet argument dans le cadre de la procédure ayant conduit à l'arrêt E–980/2010, rendu par le Tribunal le 14 décembre 2010 : ainsi, le recours du 17 février 2010 ne dit mot d'un éventuel problème de santé de la recourante . En conséquence, dans la mesure où cet argument aurait pu et dû être évoqué avant le 14 décembre 2010, il ne saurait être considéré , dans la demande de réexamen du 12 janvier 2011, comme un fait nouveau au sens de l'art. 66 al. 2 let . a PA (cf. supra ad consid. 2.5). A ce titre, cet argument était irrecevable devant l'ODM. 3.5 Même s'il ne l'avait pas été, cet argument n'aurait pas non plus été décisif. 3.5.1 En effet, s'agissant des problèmes de santé invoqués, il sied de relever que seuls des troubles graves susceptibles d'entraîner une dégradation très rapide de l'état de santé du requérant au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, dur able et notablement plus grave de son intégrité physique sont déterminants dans le cadre d'une admission provisoire pour motifs médicaux (cf. ATAF 2009/2 consid. 9.3.2 p. 21; cf. également JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157 s.). Tel n'est pas le cas en l'occurrence. 3.5.2 En l' espèce, le rapport médical précise que la recourante fait état d'idées noires , mais en aucun cas d'idées suicidaires ni de scénarios (cf. ibidem, p. 1 ad ch. 1.3) ; qu'elle souffre d'un épisode dépressif sévère, sans symptômes psychotiques (cf. ibidem, p. 2 ch. 2) et que les difficultés rencontrées proviennent du sentiment d'incertitude et d'insécurité lié à son avenir en Suisse (cf. ibidem, p. 2 ch. 1.4) . Partant, dès lors que la cause de sa problématique aura été ré solue, ses difficultés d'ordre psychologique devraient diminuer voire disparaître , elles aussi, une fois qu'elle aura fait le deuil de ses espoirs d'avenir en Suisse, et, dans le même temps, la nécessité de recourir à un traitement médical. Quant à la contre-indication formulée par le rapport précité, selon lequel un risque de E-4258/2011 Page 13 mort, par suicide ou assassinat (sic) , irait à l'encontre d'un traitement médical dans son pays (cf. ibidem, p. 3 ad ch. 5.2), le Tribunal relève qu'il ne s'agit-là que d'une supputation, dépassant le cadre d'une appréciation purement médicale ; cette remarque s'applique mutatis mutandis aux observations figurant sous la rubrique "Possibilités de traitement dans les pays d'origine" (cf. ibidem, p. 3 ad ch. 5, 3ème §). 3.5.3 En outre, il ne ressort pas du rapport médical que le traitement entrepris, qui repose sur des entretiens périodiques et la prise de deux médicaments, puisse être qualifié de lourd. A ce propos, rien ne permet non plus d'admettre que les deux médicaments prescrits, soit de la Venlafaxine, un anti -dépresseur, et de l'Imovane, un médicament contre les troubles du sommeil, ne soient pas disponibles, dans leur forme d'origine ou en générique, en RDC, et tout particulièrement à Kinshasa (cf. ALEXANDRA GEISER, Organisation suisse d'aide aux réfugiés [OSAR] , "DRC : Psychiatrische Versorgung, Auskunft des SFH -Länderanalyse", Berne, 10 juin 2009, p. 2). 3.5.4 Enfin, si la recourante l'estime nécessaire, elle pourra solliciter de l'ODM une aide au retour pour soins médicaux (cf. art. 93 al. 1 let. d LAsi, art. 73 ss de l'ordonnance 2 sur l'asile relative au financement [OA 2, RS 142.312], ce qui lui permettra de poursuivre, pendant un certain temps, le traitement avec les médicaments prescrits. 4. Au vu de ce qui précède, les motifs, da ns la mesure où ils étaient recevables devant l'ODM, de réexamen de la décision de refus de l'asile et de renvoi du 14 janvier 2010 ne sont pas décisifs et ne sauraient ainsi valablement remettre en cause cette décision entrée en force. Partant, le recours doit être rejeté. 5. 5.1 Au vu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge de la recourante, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 5.2 Compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, il est E-4258/2011 Page 14 exceptionnellement renoncé à leur perception (cf. art. 63 al. 1 i.f. PA). Dans ces conditions, la demande de dispense des frais de procédure, sur laquelle il n' a pas encore été statué (cf. état de faits, let. U) est devenue sans objet. (dispositif : page suivante) E-4258/2011 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Il n'est pas perçu de frais. 3. Le présent arrêt est adressé à la recourante , à l ’ODM et à l ’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Jean-Pierre Monnet Claude Débieux Expédition :