RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 POUVOIR JUDICIAIRE * COUR D’APPEL* (CAPH/53/2010) E___ Dom. élu : Me Jean DONNET Rue Sénebier 20 Case postale 166 1211 Genève 12 Partie appelante D’une part Madame T___ Dom. élu : Me Joanna BÜRGISSER Avenue de Frontenex 5 1207 Genève Partie intimée D’autre part ARRÊT du 9 avril 2010 M. Christian MURBACH, président MM. Michel FAVRE et Thierry ULMANN, juges employeurs Mme Josiane POITRY-PINOL et M. Jean-David URFER, juges salariés M. Pierre-Alain STÄHLI, greffier d’audience Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 2 - * COUR D’APPEL * FAITS A. a) Par acte mis à la poste le 27 avril 2009, E___ appelle du jug ement TRPH/179/2009 rendu par le Tribunal des prud'hommes le 23 mars 2009, qu'elle a reçu le 26 du même mois, la condamnant à payer à T___ la somme de fr. 104'103.45 brut, avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 21 janvier 2008 (soit fr. 80'000.- à titre de s a- laire pour la période de novembre 2007 à juin 2008, fr. 23'103.45 à titre d'i ndemnité pour vacances non prises et fr. 1'000.- à titre de prime d'ancienneté non reçue) ainsi que la somme nette de fr. 5'000. -, avec intérêts à 5% l'an dès le 21 janvier 2008 (à titre d'indemnité pour licenciement immédiat injustifié), de même qu'à remettre à T___ un certificat de travail et des décomptes de salaire conformes aux considérants 6 et 7 dudit jugement, déboutant les parties de toutes autres conclusions. L'appelante sollicite l'annulation dudit jugement, concluant, "sur demande princ ipale", au déboutement de T___ de toutes ses conclusions et, "sur demande reconventionnelle", à ce que T___ soit condamnée à lui verser la somme de fr. 32'475.85 avec intérêts à 5% l'an dès le 12 octobre 2007 (soit : fr. 8'752.25 de salaire pour le mois d'octobre 2007 que l'intimée s'était octroyés en dépit de la résili ation de son contrat de travail; fr. 18'954.10 correspondant à des prélèvements indus sur le co mpte bancaire UBS de la société; fr. 4'769.50 pour des dépenses personnelles réglées au moyen de la carte de crédit Visa de la société) , ce montant pouvant être compensé avec t oute somme qu'elle pourrait devoir à son ex-employée dans le cadre de la demande principale. Il résulte par ailleurs des développements de l'appelante que celle-ci conclut, à titre sub- sidiaire: à l'annulation de toute indemnité pour licenci ement immédiat injustifié; à une réduction de 2/12èmes du droit aux vacances de l'intimée et de 3/12èmes pour les vacances non prises du 1er janvier au 30 juin 2008; à la modification du certificat de travail admis par le Tribunal s'agissant d u passage relatif à la quali té du travail de T___, qui pouvait être décrite comme effectuant "ses tâches globalement de façon co rrecte" au lieu de "de façon correcte" retenu par le Tribunal. b) L'intimée conclut au rejet de l'appel et à la confirmation du jugement entrepris. c) La motivation des premiers juges ainsi que les arguments des parties et les pièces qu'elles ont produites seront repris, dans la mesure utiles, ci-dessous, dans la partie "EN DROIT". B. Il résulte de la procédure les éléments pertinents suivants : a) E___, qui a son siège à Genève, a pour but l’exploitation d’un centre de ___. T___, née en 1957, en a été l'actionnaire majoritaire depuis l e début de la création de la soc ié- té, en 2004, jusqu'au mois d'octobre 2007 (décl. de T___, p.-v. de CP du 17.09.2009, p. 1). Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 3 - * COUR D’APPEL * A___ et B___ - la fille de T___ - en ont été respectivement l’administrateur-président et l’administratrice -secrétaire du 22 août 2006 au 19 novembre 2007, avec s ignature collective à deux. A compter de cette date, A___ a été le seul administrateur de E___, avec signature individuelle, jusqu’au 2 mai 2008. Depuis lors, F___ - dont la fiduciaire avait été l’organe de révision de la société du 22 février 2007 au 2 mai 2008 - a assumé les fonctions d’administrateur unique de celle-ci, également avec signature individuelle. A teneur de l'art. 24 des statuts de E___, le conseil d'administration " a les attributions i n- transmissibles et inaliénables suivantes : 1. exercer la haute direction de E___ et établir les instructions nécessaires ; 2. fixer l'organisation ; 3. fixer les principes de la comptabilité et du contrôle financier ainsi que le plan financier pour autant que celui-ci soit nécessaire à la gestion de E___ ; 4. nommer et révoquer les personnes chargées de la gestion et de la représentation ; 5. exercer la hau te surveillance sur les personnes chargées de la gestion pour s'assurer nota m- ment qu'elles observent la loi, les statuts, les règlements et les instructions do nnées ; 6. établir le rapport annuel, préparer l'assemblée générale et exécuter ses décisions ; 7. informer le juge en cas de surendettement." Selon l'article 26 de ces statuts "Le conseil d'administration peut déléguer le pouv oir de représenta- tion à un ou plusieurs de ses membres (délégués) ou à des tiers (directeu rs) auxquels il confère la sign a- ture individuelle ou collective". b) Par contrat écrit du 26 octobre 2004, E___ a engagé T___ en qualité de directrice administrative pour un salaire mensuel brut de fr. 10'000. - payable douze fois l’an. La date d’entrée en fonction a été arrêtée au 27 octobre 2004. Par avenant du même jour, les parties ont notamment convenu que l’ancienneté acquise par T___ auprès de C___ SA - société déclarée en faillite par jugement du Tribunal de première instance du 19 octobre 2004 , laquelle l'avait embauchée le 1 er octobre 1999 et inscrite au Registre du commerce du canton de Genève en qualité de d irectrice le 2 avril 2001, puis en tant qu'admini stratrice, vice-présidente et directrice le 21 janvier 2004 , - était conservée auprès de E___. Le contrat de travail renvoyait au C ode des o bligations, au règlement interne de E___ ainsi qu’à un cahier des charges. L’article 2 lit. b du règlement interne de E___ prévoyait qu’après la p ériode d’essai, chacune des parties pouvait résilier le contrat écrit moyennant un préavis d’un mois pour la fin d’un mois au cours de la pr emière année de travail, de deux mois pour la fin d’un mois dès la deuxième année et de trois mois pour la fin d’un mois dès la cinquième année. L’article 10 lit. d disposait que les membres de la direction âgés de 50 ans et plus avaient droit à six se maines de vacances. L’art icle 12 lit. b contenait une disp osition relative aux primes d’ancienneté. Il était notamment prévu que les salariés rec evraient une prime d’ancienneté après 5 ans révolus (10% du salaire brut) et après 10 ans révolus (20% du salaire brut). Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 4 - * COUR D’APPEL * Le 18 avril 2005, T___ a été promue directrice générale de E___, avec effet rétroactif au 15 avril précédent. Le 19 avril 2005, T___ a signé son cahier des charges qui comportait trois volets. L'intéressée était notamment : - l'assistante du président et du vice -président de E___ et collaborait à la gestion f i- nancière de celle -ci ainsi qu'à l'achat des appareils et à l'élaboration des contrats (ch. 1, "conseil d'administration") ; - responsable de l'administration (notamment en ce qui concerne les co mmandes de matériels, produits et maintenance avec les fournisseurs, travaux et maintenance des locaux), responsable du personnel (les fiches de sa laire étant établies par la fi- duciaire), responsable des prestations médicales et responsable de l'infor matique (ch. 2, "administration") ; - responsable de la comptabilité (gestion de la comptabilité, saisie des pièces com p- tables, collaboration à la clôture et à la révision des comptes annuels, responsable des paiements des patients [notes d'honoraires] et aux fournisseurs [factures], ét a- blissement de budgets avec le président et le vice-président du conseil d'admini s- tration (ch. 3, "finances"). De janvier à octobre 2007, elle a perçu un salaire mensuel brut de fr. 10'000.-, soit fr. 8'755.65 net. c) Par contrat du 27 juin 2007, D___ a prêté fr. 50'000. - à E___, T___ s’engageant à rembourser les mensualités en cas de défai llance de l’emprunteuse. A___ et T___ ont signé ce contrat pour le compte de E___. Ledit contrat prévoyait que la somme prêtée devait transiter sur le compte de T___ au- près de UBS SA et que l'intéressée devait immédiatement transférer ce mo ntant sur le compte de E___, sous dédu ction de fr. 8'752.25 ( soit son salaire de mai 2007), de € 326.88 ainsi que de fr. 2'860.85 (soit le remboursement d’avances consenties par T___ à E___). d) Par lettre du 9 octobre 2007, E___, sous la plume de A___, a informé T___ avoir pris connaissance, lors de la réunion du 27 septembre 2007 avec les experts comptables F___, U___ et R___, de la réelle situation de la société. Lesdits comptables lui avai ent enfin fourni des relevés de l' Office des poursuites qu'il lui réclamait depuis pl usieurs mois, dont il ressortait qu'une trentaine d e créanciers poursu ivaient la société pour fr. 200'000.- environ. A___ demandait à T___ pourquoi elle lui avait volontair ement caché avoir reçu des lettres recommandées ém anant de créanciers qu'elle refusait o u faisait refuser par le personnel de la sociét é ainsi que des courriers de l’Office des pour- suites auxquels elle avait systématiquement formé opposition sans en justifier les ra i- sons. Par ailleurs, la société venait de recevoir une commination de faillite pour un montant de fr. 26'000.- et il y avait 20 créanciers qui, "demain", pouvaient requérir sa Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 5 - * COUR D’APPEL * faillite. A___ indiquait également à T___ qu'après plus de 25 appels téléphonique s, il n'avait toujours pas obtenu les doss iers pour "mener une action auprès de ces de rniers" [soit les créanciers de la société]. A___ rendait ainsi T___ entièrement responsable de cette situation. e) Par courrier du 11 octobre 2007, T___ a fait parvenir à E___ un" certificat médical" - portant une signature illisible et sans timbre humide permettant d'ident ifier son auteur -, indiquant une incapacité de travail totale pour ca use de "maladie", devant prendre fin le 5 novembre suivant. f) fa) Par pli recommandé du 12 octobre 2007 , signé par A___, E___ a licencié T___, avec effet immédiat, lui reprochant la "non-ouverture", depuis février 2007, des nom- breuses lettres de créanciers adressées à la société, l'opposition systématique formée à l'encontre des poursuites auprès de l’Office des poursuites, l'absence de gestion des dos- siers sociaux du person nel ainsi que le non-paiement des cotisations s ociales et de l’impôt à la source. Par ailleurs, le 8 octobre 2007, T___, alors en congé, avait téléphoné à la banque de la société pour interrompre le paiement des salaires du personnel, en pr i- vilégiant le versement du sien (fr. 8'752. -). Elle avait également demandé le rembou r- sement de prestations auprès de la caisse -maladie GC Assurances, en indiquant que les paiements avaient été effe ctués, alors qu’elle avait modifié les factures en mentionnant qu’il s’agissait d’actes médicaux gratuits, causant ainsi un préjudice d’environ € 4'000.-. T___ s’était enfin rendue cou pable de mobbing, en 2006 et 2007 , envers l’ensemble du personnel de la société. T___ était également sommée de restituer les clés de ses bureau, coffres et placards d'ici au lundi 15 octobre 2007 à 9 heures. fb) Par lettre datée du 12 octobre 2007, T___ a répondu en détail au cour rier du 9 oc- tobre 2007 de A___. Elle a notamment rappelé avoir, à de nombreuses r eprises, fait part à ce dernier du manque de liquidités de la soci été, ce qui avait créé des difficultés pour payer les créanciers. S'agissant des dossiers des créa nciers, à la suite du licenciement de la comptable de E___, G___, il avait été décidé que l'un des administrateurs de la socié- té, B___ , s'occuperait du classement, de la ge stion et du suivi des créanciers, dont les dossiers " devaient se trouver dans l'armoire où M. A___ souhaite que l'on mette les documents qui ne doivent pas être à la portée de tout le monde". Par ailleurs, T___ indiquait qu'avant son départ en congé le 27 octobre 2007 - A___ étant lui-même absent depuis une semaine et demie -, elle avait " mis la fourre qui lui était destinée et qu'elle avait déposée sur la table de conf érence de son bureau [à elle], divers courriers, informations etc., afin qu'il trouve tout cela dès son retour. Dans cette fourre se trouve la liste de l'Office des poursuites. M . A___ m'avait requis d'effectuer la demande de cette liste fin août, début sept embre 2007 et non pas depuis pl usieurs mois. Quant à la formulation systématique d'opposi tion lorsqu'on reçoit des avis de mises en demeure ou poursuites de l'OPF, cela rentre dans le cadre des direct ives qui m'avaient été transmises par les divers administrateurs qui vous ont succédés. N'ayant pas reçu de Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 6 - * COUR D’APPEL * directives de votre part, à ce jour, les anciennes directives ont continué à être appl i- quées". T___ indiquait également, "à toutes fins utiles", que " la fourre cont enant les avis de l'OPF se trouve dans l'u ne des pelles qui se situent sur mon bureau", précisant avoir "mis Mme H___ au courant de cela avant mon départ ". En outre, elle n'avait j a- mais refusé ou fait refuser au personnel des lettres recommandées envoyées à la société, sauf certains courriers qui lui étaient adressés à titre privé à son adresse privée de Fl o- rissant. g) Par lettre non datée, I___ et J___, K___, L___, M___ et H___, déclarant agir au nom de l’ensemble du personnel de E___, ont remercié A___ d'avoir licencié T___, souhai- tant que celle-ci ne reprenne plus d’activité au sein de l’entreprise. h) Par pli recommandé du 16 o ctobre 2007, expédié également par fax, adressé à E___, T___ a affirmé que son licenciement était nul, car il avait été signifié en temps inoppor- tun et ne comportait qu’une signature – celle de A___ – alors que les st atuts de E___ requéraient que les administrateurs aient la signature collective à deux. Pour le surplus, elle exposait qu’il lui était impossible d'avoir mis en danger seule E___, compte tenu de ce qu’elle n’avait jamais été inscrite au Regi stre du commerce. S’agissant du courrier non ouvert, cette tâche n'était pas de son re ssort. Les oppositions aux poursuites formées auprès de l’Office des poursuites avaient été effectuées confo r- mément aux directives qu’elle avait r eçues des divers administrateur s qui s’étaient suc- cédé au sein de la société . T___ a également nié avoir mal géré les dossiers du perso n- nel. Par ailleurs, si elle avait dû demander des facilités de paiement pour régler les ass u- rances sociales ainsi que l’impôt à la source, c'était en raison du manque de liquidités de E___, qui ne p ouvait tenir ses engagements. Elle a aussi contesté s’être fait payer son salaire en priorité et s’être rendue coupable de mobbing à l’encontre du personnel. i) Par courrier du 22 octobre 2007, la f iduciaire U___ a informé l'av ocat du Dr N___, qu'en date du 19 octobre 2007, A___ lui avait remis trois sacs contenant du courrier non ouvert ai nsi que des dossiers non traités par T___, documents qui, après inventaire, s'étaient révélés comporter du courrier adressé à son client, le Dr N___. j) Par courrier du 25 octobre 2007, E___, sous la signature de A___, a transmis à T___, le dossier du Dr O___ pour "régulariser salaire septembre 2007, congé août 2007, rem- boursement des frais engagés " [sic], lui laissant le soin " d'effectuer le vir ement et la validation en vos qualités et compte tenu que vous seule pouvez le faire! ." (pièce 10, chargé intimée). Par pli du même jour, A___ a remis à T___ le dossier du Dr P___ afin de "régulariser le retard des paiements de ses salai res", lui laissant le soin "d'effectuer le virement avec ses deux signatures" (cf. pièce 38, chargé intimée). k) Par lettre du 6 novembre 2007, E___ a confirmé la validité du licenciement avec effet immédiat pour faute grave , précisant que si la lettre du 12 octobre 2007 n’était pas s i- Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 7 - * COUR D’APPEL * gnée par le deuxième administrateur de la société, c'était parce que celui -ci était B___ , soit la propre fille de T___. E___ a requis T___ de lui rembourser fr. 25'991.-, de lui restituer diverses clefs, de lui communiquer les mots de passe de son PC ainsi que de lui rendre les dossiers conservés à son domicile, le tout sous menace du dépôt d’une plainte pénale à son encontre. l) Par pli du 7 novembre 2007, E___ a sommé T___ de lui restituer sans délai la somme de fr. 8'752.25 qu'elle avait fait débiter du compte de E___ après de UBS SA et dont le versement n’avait pu être annulé, sous menace du dépôt d’une plainte pénale. m) Par lettre du 8 novembre 2007, E___ a informé T___ être au courant de son inte r- vention dans les locaux de l’entreprise le 6 novembre précéden t à 21 heures, interven- tion au cours de laquelle elle avait mis en panne le serveur princ ipal, effacé l’ensemble des données de son PC et modifié les codes d’accès administrateur. n) Par pli du 14 novembre 2007 adressé à E___, T___ a derechef invoqué la nullité de son licenciement, au motif qu’il avait été prono ncé durant une période de mala die, de sorte que s on salaire lui était dû. Elle souffrait de dépression et se tro uvait dans le sud de la France pour se "régénérer". Elle n’avait pas pu se rendre dans les locaux de E___ le 6 novembre 2007, puisqu’elle se trouvait en France. Les c odes d’accès avaient été transmis à Q___ et à R___, respectivement secrétaire et comptable de la société. o) L’incapacité de travail de T___ a été prolongée , par certificat mé dical, jusqu’au 30 novembre 2007, puis jusqu’au 31 janvier 2008. p) Le 23 octobre 2007, A___ a porté plainte contre T___ et B___ pour abus de co n- fiance et escroquerie. q) Le 20 décembre 2007, T___ a porté plainte à son tour contre A___ pour dénonciation calomnieuse, calomnie, subsidiairement, diffamation. Elle a également demandé le ve r- sement de ses salair es de novembre et décembre 2007 ainsi que le paiement de do m- mages-intérêts. r) Par demande déposée au greffe de la Juridiction des prud’hommes le 21 janvier 2008, T___ a assigné E___ en paiement des sommes suivan tes, avec intérêts moratoires au taux de 5% l’an dès le 1er novembre 2007 : - fr. 26'256.75 net à titre salaire pour les mois de novembre 2007 à janvier 2008 ; - fr. 17'921.30 net à titre d’indemnité pour les jours de vacances non pris en nature ; - fr. 52'513.50 net à titre d’indemnité pour licenciement immédiat injustifié ; - fr. 26'256.75 net à titre de salaire pendant le délai de congé ; - fr. 4'000.- brut à titre de primes d’ancienneté non perçues de 2004 à 2007. T___ a également requis le paiement de salaires mensuels qui n’auraient pas été payés, à compter du mois de février 2008, pour le cas où elle se trouverait to ujours en arrêt - Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 8 - * COUR D’APPEL * maladie. Elle a demandé , par ailleurs, un certificat de travail, une attest ation de salaire 2007, la restitution de ses affaires personnelles, avec un "inventaire devant huissier". s) L’incapacité du travail de T___ a été prolongée jusqu’au 29 février 2008, puis jusqu’au 31 mars suivant. t) Le 22 février 2008, E___ a établi un certificat de salaire 2007 pour T___, faisant état de la perception d'u n salaire annuel brut de fr. 100'000.-. T___ a toutefois contesté ce document, au motif que l’adresse indiquée était inexacte. u) Par jugement du 5 février 2008, le Tribunal de première instance a constaté le sure n- dettement de E___ et a ajourné le prononcé de sa faillite jusqu’au 15 avril suivant. Le 15 avril 2008, ce même Tribunal a prolongé l’ajournement de faillite de E___ au 30 mai suivant. v) Dans son mémoire de réponse du 5 mai 2008, E___ a conclu, principalement, au d é- boutement de T___ de toutes ses conclusions et, reconventionnellement, à la condamna- tion de celle -ci au paiement de fr. 74'628.85 , avec intérêts à 5 % l’an dès le 12 octobre 2007, montant devant être compensé avec toute somme dont E___ pourrait se trouver redevable envers son employée dans le cadre de la demande principale. E___ faisait valoir que T___ avait fait le nécessaire pour s’arroger les pouvoirs les plus étendus au sein de E___. La marche des affaires s’était peu à peu dégradée et la situ a- tion financière de celle-ci était devenue à ce point obérée en automne 2007 que l’organe de révision avait dû se résoudre à solliciter le dépôt de bilan. Un ajournement de faillite avait pu être obtenu. Le conseil d’administration s’était reposé sur T___ pour la gestion du cabinet médical, conformément à son cahier des charges. Compte tenu de la détéri o- ration de la situation de la société, A___ avait procédé à diverses vérifications conce r- nant les activités déléguées à T___. Il s’était avéré que E___ croulait sous les dettes, faisait l’objet de poursuites et qu'une commination de faillite lui avait été n otifiée. E___ n’avait pu obt enir d’explication s satisfaisantes de la part de T___ et l’ avait, dès lors, licenciée avec effet immédiat. Par ailleurs, T___ n’était certainement pas dans l’incapacité de travailler lor squ’elle avait reçu son congé, incapacité qui tombait "fort à propos" dès lors qu'elle lui perme t- tait d’éviter de se rendre sur son lieu de travail où elle était attendue pour répondre à des questions sur sa gestion des affaires sociales de la société. S’agissant des manquements ayant justifié le lice nciement avec effet immédiat, E___ reprochait à T___ une gestion totalement défic iente du r èglement des charges sociales ainsi que le fait de s’être introduite dans les locaux de l’entreprise le 31 oct obre 2007 à 0h39 (pièce 10 chargé E___, qui constitue un relevé des connexions aux ordinateurs de E___), alors qu’elle avait été licenciée, perturbant ainsi le système informatique, ce qui avait nécessité l’intervention d’informaticiens (pièce 11 chargé E___). Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 9 - * COUR D’APPEL * Dans sa demande reconventionnelle, E___ réclamait le remboursement de fr. 74'628.85, représentant des montants indument prélevés p ar la dema nderesse sur le compte de la société, soit : - fr. 8'752.25 correspondant au salaire d’octobre 2007 que T___ s’était octroyé alors que son contrat avait été résilié ; - fr. 18'954.10 que T___ avait prélevé sans cause (sur un montant de fr. 30'120.35) sur le compte de la société auprès de UBS SA ; - fr. 4'769.50 de dépenses personnelles effectuées au moyen de la carte Visa de E___ ; - fr. 37'847.- correspondant au solde du prêt octroyé par D___ qui n’avait pas été crédité sur le compte de la société ; - fr. 4'306.- (contre-valeur de € 2'778.25) encaissés par T___ pour des prestations de E___, "faussement enregistrées comme gratuites". w) Dans ses écritures responsives du 6 juin 2008, T___ a conclu, sur demande princ i- pale, à la condamnation de E___ au paiement des sommes suivantes : - fr. 121'049.- brut, avec intérêt s à 5 % l’an dès le 1 er novembre 2007, soit: fr. 90'000.- à titre de salaire brut jusqu’au 31 juillet 2008, avec int é- rêts à 5% l’an dès le 1 er novembre 2007 ; fr. 17'921.-, correspondant à 43 jours de vacances dus au 31 décembre 2007 ; fr. 9'128.- à titre de droit aux vacances pour la période du 1er janvier au 31 août 2008; fr. 4'000.- à titre de primes d’ancienneté non reçues ; - fr. 60'000.- correspondant à 6 mois de salaire , plus intérêts à 5% l’an dès le 12 octobre 2007. Elle a également réclamé un certificat de travail complet, ainsi que les attestations de salaires 2007-2008. T___ faisait valoir n'avoir jamais eu de pouvoir décisionnel au sein de E___ ni disposé d'une quelconque signature, hormis, pour des raiso ns pratiques évide ntes, la signature collective en matière bancaire. Elle n’avait ainsi jamais pu signer de document ni procé- der à des a ctes engageant la société. La dégradation de la situation financière de E___ n’était pas de sa responsabilité, mais de celle des organes de la société, qui avaient déci- dé d’abandonner l’appareillage dans le domaine de___ , ce qui avait entraîné des perte s annuelles oscillant entre fr. 600'000.- à fr. 800'000.-. La mauvaise tenue de la comptab i- lité avait été constatée lors de la révision des comp tes 2006 - à la suite de quoi A___ avait lice ncié, en avril 2007, G___, responsable de la comptabilité , et non pas elle - même - ainsi que de la préparation et du suivi des paiements, des créa nciers et du con- tentieux. T___ soutenait éga lement que l es problèmes dans la gestion des c harges sociales n’étaient pas de son fait . A défaut de fonds, le règlement de celles-ci avait fait l’objet d’arrangements qui n’avaient pu être tenu s, d’autres paiements ayant été privil égiés par A___. Après so n départ en vaca nces, elle ne s’était plus jamais rendue dans les locaux Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 10 - * COUR D’APPEL * de E___. A___ disposait de tout moyen et connaissait les mots de passe pour accéder à tous les ordinateurs du bureau. Selon T___, l e pr élèvement de fr. 8'752.25 qu'on lui repr ochait d'avoir effectué a lors qu'elle n’était plus employée de la société, était compréhensible, dans la mesure où elle avait considéré que la résiliation de son contrat de travail était nulle. Le solde de fr. 18'954.10 dont on lui demandait le remboursement, correspondait au x paiements des employés, de factures urgentes, de commissions aux médecins, et aux re mboursements dus à la société. La somme de fr. 4'769.50 dépensée par le biais la carte de crédit de la société avait été utilisée pour procéder à des paiemen ts de représentation pour E___; une partie de ces paiements lui avait servi pour régler des dépenses perso nnelles, ce qui était légitime, car cela compensait les av ances de fonds qu'elle avait dû consentir à E___, qui ne disposait plus de liquidités pour s’acquitter de ses factures. S’agissant du solde du prêt de D___, elle faisait valoir son droit à la compensation; A___ n’en avait du reste jamais demandé le virement sur le compte de E___. Les factures concernant les examens médicaux des employés, adm inistrateurs de la société et des membres leurs familles étaient remises avec la mention « montant réglé » et ils pouvaient encaisser ces montants auprès de l’assurance, ce genre de gratification étant une prati que de longue date, connue de tous, dont A___ avait du reste bénéficié lui-même. En outre, T___ déclarait renoncer à invoquer la nullité de son licenciement, quand bien même il avait été prononcé durant son incapacité de tr avail et avait été signé par un seul administrateur de la société. Elle persistait toutefois à invoquer le c aractère injustifié de ce congé, les raisons invoquées par E___ n’étant pas pertinent es et l e li cenciement n’ayant été précédé d’a ucun averti ssement, ni reproche ; de surcroît , a près le congé, E___ avait continué à solliciter ses services. Enfin, de T___ affirmait avoir subi une grave atteinte à sa personnalité (harcèlement par de nombreux courriers, propos mensongers, dénigrement a uprès des employés de E___ et auprès des tiers). Le licenciement apparaissait ainsi comme un acte de représailles à son encontre. x) A l’audience du 24 juin 2008 , T___ a déclaré n’avoir j amais reçu de prime d’ancienneté et que cette question n’était "pas traitée chez C___ SA". Conformément au règlement de E___, elle bénéf iciait de cinq semaines de vacanc es annuelles, mais n’avait pris que deux ou trois jours de vacances depuis la création de E___. Elle recevait ses instructions de A___, qui exerçait la haute surveillance sur E___ et qui était au cou- rant des no mbreux problèmes rencontrés par celle -ci. En a vril 2007, G___, comptable de E___, avait été licenciée à la suite d’indications provenant du réviseur (F___) consta- tant une mauvaise tenue de la comptabilité. G___ n’avait pas été remplacée. Les fa c- tures destinées aux patients étaient établies , mais les é critures comptables n’étaient pas passées. C’était A___ qui prenait la décision de ce qui devait être payé en fonction des liquidités qui existaient sur le compte bancaire de E___. Elle disposait, tout comme A___, d’un accès audit compte bancaire, mais sans les codes de celui-ci, elle ne pouvait procéder à des paiements en ligne. E___ parvenait à peine à verser les s alaires, de sorte qu'elle avait dû effectuer des avances sur ses fonds propres pour les payer. S’agissant du Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 11 - * COUR D’APPEL * contrat de prêt, elle avait crédit é fr. 50'000.- sur le compte de E___, sous déduction des sommes prévues contractuellement. Elle n’avait pas di sposé de la somme de fr. 37'846.-. Le courrier qu'on lui reprochait de n'avoir pas ouvert ne concernait pas E___ et elle ne l’avait pas vu. Elle percevait des Assedic depuis le mois d’avril 2008, avec effet rétroactif au 1er janvier 2008. Lors de cette même audience, F___, représentant E___, a exposé que lor squ’il occupait le poste de réviseur de la société, il ne voyait A___ qu'épisodiquement et avait surtout à faire à T___, précisant que les pièces comptables étaient très difficiles à obtenir. Il avait été contacté par T___, qui lui avait notamment demandé si l'on pouvait trouver un ou une compt able. C'était ainsi G___, qui était d'abord venue à titre temporaire en août 2006, avant d'être engagée par E___ le mois suivant. F___ a déclaré qu'il y avait un dis- fonctionnement énorme dans la comptabilité de E___, comptabilité dont il n'avait j a- mais discuté avec A___, son intermédiaire étant T___. Le témoin S___, technicien en radiologie, a déclaré qu'à ses yeux, T___ était la dire c- trice et l'administratrice de la société et qu'elle s'occupait des ressources humaines, pr é- cisant que lorsqu'il parlait d'administratrice, il ne se référait pas à la notion d'administra- trice nommée au conseil d'admi nistration, mais bien d'administratrice géran t E___ au quotidien. Il a par ailleurs indiqué que s'il y avait un prob lème avec l'admini stratif, c'était auprès de T___ qu'on s'adressait, celle -ci étant responsable de l 'organisation du travail au quotidien. T___ était considérée par le témoin comme son supérieur hiérar- chique pour tout ce qui était administratif. Le témoin I___, médecin, a indiqué avoir déjà travaillé auparavant pour C___ SA, qui avait fait faillite, et ensuite avoir été réengagé en novembre 2006 par T___ et A___, qui lui avaient notamment déclaré que E___ avait un passif de fr. 200'000.- qu'il fallait éponger, notamment par des rédu ctions de personnel et de frais. A___ avait diminué le personnel, qui éta it encore trop nombreux en raison de l'activité de E___. Le témoin a également précisé que lorsqu'il travaillait au sein de C___ SA ou de E___, T___ était présente en tant que directrice. Lorsqu'il avait vu co mment A___ - qui avait déclaré en février-mars 2007, qu'il gérait tout - gérait E___ après avoir licencié T___, c'est-à-dire de la m ême façon que cette dernière, il avait donné sa démission un mois plus tard, lorsqu'il avait compris que les choses ne changeraient pas. Tant A___ que T___ étaient responsables du désordre de E___. A___ était également responsable de cette situation, ayant été absent toute l'année. Au cours de l'année 2007 c'était T___ qu'il avait vu être la plus impliquée dans la gestion de E___, raison pour laquelle il avait signé la lettre du 12 octobre 2007 lorsqu'il avait appris le licenciement de l'intéressée. Le témoin a encore déclaré ne jamais avoir été "mobbé" par T___, mais que les relations avec celle -ci n'étaient pas aisées et qu'en pratique tous les employés de la société lui avaient laissé entendre que les relations avec l'intéressée étaient tendues. y) Par ordonnance préparatoire rendue au terme de l’audience susmentionnée, le Tribu- nal des prud’hommes a requis de E___ la remise d' un certificat de travail à son ex - employée et la production d'une copie du dossier administratif de celle-ci. Le Tribunal a Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 12 - * COUR D’APPEL * également ordonné à T___ de produire toutes pièces attestant du vers ement de fr. 37'847.- à E___ ainsi que le contrat Assedic et la preuve des versements des indemni- tés y relatives. z) za) Par lettre déposée au greffe de la Juridiction des prud’hommes le 25 juillet 2008, T___ a exposé – pièce justificative à l’appui – qu’elle avait demandé un extrait de son ancien compte auprès d e UBS SA. Elle n’avait tout efois pas encore reçu d e réponse. D’entente entre les parties, E___ lui fournirait un certificat de travail "simple". T___ a versé à la proc édure une "attestation sur l’honneur " du 4 mars 2008, par laquelle elle demandait des allocations à compter du 1 er novembre 2007 et s’engag eait à rembourser à l’Assedic les allocations "versées à tort", pour le cas où elle percevrait des inde mnités dans le cadre d’une action judiciaire. T___ a également versé une lettre de l’Assedic des Alpes, lui octroyant une allocation journalière de € 103.88. zb) Par lettre du 25 juillet 2008, E___ a informé le Tribunal retirer sa demande recon- ventionnelle en tant qu'elle portait sur un montant de fr. 37'847.-. zc) A l’audience du 19 août 2008, le Tribunal a procédé à l'audition de témoins. H___, secrétaire, a déclaré avoir travaillé du 1 er mai 2007 au 31 mai 2008 pour E___. En juin 2007, elle avait procédé, avec T___ au pointage des écritures comptables faite s par G___. A la base, c'était T___ qui lui avait demandé d'e ffectuer ce travail a vec elle- même et sa fille, dans le but d'aider F___, qui devait établir les comptes de l'année pr é- cédente. C'était à la demande de T___ qu'elle avait rangé les pièces comptables qu e G___ avait laissées. Elle ignorait si A___ connaissait la totalité des mot s de passe i n- formatiques des employés de E___, elle-même disposant de celui T___ afin de rentrer dans son ordinateur. Elle estimait avoir été mobbée par T___, subissant tous les jours une pression constante au travail. Un jour, elle avait trouvé, en faisan t du rangement sur le bureau de T___, du courrier non ouvert et de nombreuses factures non honorées. Elle avait proposé son aide à l'intéressée et, à compter de ce jour -là, n'avait plus eu le droit d'ouvrir le courrier, cet événement s'étant déroulé entre août et septembre 2007. Il s'agissait du courrier adressé à E___ et non pas du courrier personnel adressé à T___. Les empl oyés ne receva nt pas leur salaire à temps, y compris les méd ecins, le non - paiement du salaire à la fin du mois étant assez fréquent. Elle avait essayé de discuter de ces problèmes avec A___, qui lui avait demandé de patienter, et l'avait "enguirlandée", l'intéressé semblant avoir une totale confiance en T___. Cette dernière assurait la dire c- tion de E___ "au jour le jour" et tous les empl oyés lui étaient subordonnés, sauf les m é- decins dans l'accomplissement de leur travail. A___ a déclaré avoir été contacté en 2006 par T___ qui, à l'époque, di sposait de 70 à 72% du capital -actions de E___, et avoir été nommé président du conseil d'adminis tra- tion en août 2006 lors d'une assemblée générale extraord inaire. Lors de sa nomination, le bilan avait été refusé par le précédent présiden t du conseil d'administration.et, ne di s- posant pas d'éléments comptables, il n'avait pas su si E___ était endettée. Après sa n o- mination, il s'était occupé journellement des dettes de E___, afin de négocier le re m- boursement et de les ét aler dans le temps ainsi que de chercher des accords avec les Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 13 - * COUR D’APPEL * créanciers. Dès qu'il avait pris connaissance de la situ ation financière d ans laquelle se trouvait E___, il avait tr availlé quotidiennement pour cette dernière. T___, qui en était la directrice générale, s'occ upait des "petites choses" et était également la secrétaire de la présidence. Elle gérait le quotidien, soit le personnel , lui-même ayant repris l'a spect financier de E___, compte tenu de la situation de celle -ci. T___ était totalement ind é- pendante dans la gestion de E___ et lui présentait tous les jours toutes les correspo n- dances des administrations et des clients ainsi que "les choses graves" concernant E___, afin que l'on puisse "répondre aux attentes et trouver des solutions". Il y avait un échange quotidien avec T___ et un partage entre les deux. T___ avait la connaissance réelle des difficultés de E___, ce qui n'était p as son cas. Il lui apportait son expérience de gestionnaire de sociétés. Leur s relations étaient excellentes jusqu'en décembre 2006. Ce mois-là, une grosse partie des poursuites à l'encontre de E___ avait été soldée auprès de l'Office des poursuites. E___ avait encore des dettes qui étaient des créances co u- rantes, les postes salaires étant à jour, mais pas les charges sociales dont il n'avait pas examiné l'état. A ce moment -là, E___ travaillait avec un comptable externe, qui saisi s- sait les écritures et qui était en contact journalier avec T___. Il y avait également eu une restructuration du personnel qui avait abouti à une réduction d'environ 80% de celui -ci. Au mois de décembre 2006, les charges avaient été dim inuées de ¾, de sorte que E___ pouvait tourner "sans grosse marge". T___ devait gérer E___. Aux environs de f évrier et de mars 2007, il avait commencé à ne venir qu'une fois par semaine dans les locaux de E___. T___ lui disait que cela a llait et elle n'avait pas besoin de ses instructions. Il s'entretenait avec T___ par courrier, par fax ou au moyen d'un téléphone portable. Il n'y avait rien de particulier, si ce n'était la question du mat ériel, notamment l'acquisition d'un IRM, qui ne s'était pas faite. La situation s'était mai ntenue jusqu'en juillet e t août. Le bilan 2006 n'était toutefois pas établi, F___ n'ayant pas tous les éléments pour le f i- naliser. Il n'avait lui -même pas été au courant de la situation de E___ avant le mois de septembre 2007, réclamant le bilan tous les mois, mais en vain. A la f in septembre il avait exigé un entretien avec les compta bles U___ et F___. T___ devait participer à cet entretien, qui avait été fixé le 23 ou 25 septembre. Il avait découvert à ce m oment-là l'état dans lequel se trouvait E___ qui avait des poursuites pour fr. 500'000.- dont il n'avait pas connaissance. Les comptables lui avaient alors indiqué devoir info rmer le juge de la situation. A la suite de cet entretien, il avait tenté en vain de joindre T___, ainsi que sa fille, qui était administratrice de E___. Après avoir demandé conseil auprès de l'avocat de E___, il avait commencé à chercher dans le bureau de T___ afin de trou- ver l'origine des dettes de E___. Au début du mois d'octobre 2007 il avait cassé un pl a- card - dont il ne disposait pas des clés et T___ étant injoignable - en présence de R___ et du Dr P___, placard dans lequel il avait découvert plusieurs cabas de courriers non ouverts. Il avait fait un tri avec le personnel et R___, ce qui avait pris cinq jours et il avait découvert qu'il y avait q uasiment fr. 1'400'000.- de dettes, des rappels de fourni s- seurs et de l'administration et que t ous les courriers avaient été ref usés. Un inventaire avait été dressé de ce courrier , qui avait été daté. Il avait alors demandé à T___ de se présenter pour avoir une d iscussion avec elle, mais celle -ci n'était pas venue. Il l'avait donc licenciée pour faute grave, avec effet immédiat, la faute essentielle étant une a b- sence totale de gestion de E___. Il y avait par ailleurs d'innombrables reproches, n o- tamment l'utilisation de la carte bancaire de E___ à titre personnel. Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 14 - * COUR D’APPEL * A___ a également confirmé la pièce 6 du chargé de E___, en particulier la liste des re- proches figurant en bas de ce courrier. Les prélèvements de l'impôt à la source n'avaient pas été effectués, pas plus que les paiements AVS auprès de la Caisse de compensation. Il avait également découvert que T___ avait versé son salaire "en premier" et que les salaires des autres employés n'avaient pas été payés. Il avait encore découvert que T___ avait bénéficié de soins de la part de E___ et obtenu le remboursement de ceux-ci par le biais de son assurance-maladie, pour environ € 4'000.-. T___ avait une signature collec- tive à deux sur le plan bancaire et ne pouvait donc pas retirer seule de l'argent à la banque ; la présence de sa fille, B___ , ou de lui-même était ainsi requise. Le prêt de fr. 50'000.- que T___ avait obtenu de Mme D___ avait notamment permis de payer les salaires. Peu de temps après être devenue président du conseil d'admini stration de E___, il avait ratifié un accord proposé par T___, au terme duquel celle -ci lui cédait la moitié de ses actions. R___ a expliqué avoir fait la connaissance de T___ en avril 2007, F___, qui avait été nommé réviseur au comptes de E___, avait demandé à la fiduciaire U___, dans laquelle le témoin était employé, que celle -ci procède à la révision des comptes 2006. Au début, les contacts avec T___ étaient bons, celle -ci collaborant et donnant les pièces néce s- saires pour l'audit. Il avait été constaté de très nombreux ma nquements au niveau de la balance des comptes, lesquels "étaient faux". Il manquait énormément de pièces com p- tables. Il avait dû intervenir auprès de E___, ayant mis en place le logiciel com ptable auprès de E___ ainsi qu'auprès de l'ancienne fiduciaire qui avait ef fectué la révision des comptes 2005. Il était par ailleurs impossible d'avoir des listes des postes o uverts des débiteurs, de sorte que la révision des comptes 2006 s'était avérée imposs ible. Par la suite, T___, consécutivement au départ de G___, avait demandé à la fiduciaire U___ de reprendre la comptabilité 2007, ce que ladite fiduciaire avait a ccepté au mois de mai 2007. Au début de l'intervention de la fiduciaire, T___ était leur interlocutrice princ i- pale. Concr ètement, après le départ de G___, les écri tures n'avaient pas été saisies et rien n'avait été fait. Il avait repris la comptabilité 2007 au mois de novembre de cette même année sans se servir de ce qui ava it été fait auparavant, excepté les salaires. Entre le départ de G___ et la reprise de la com ptabilité par la fiduciaire U___ en novembre 2007, c'était H___ qui était en charge des encaissements des débiteurs et T___ qui s'oc- cupait des dossiers débiteurs. T___ et sa fi lle s'occupaient également de s "dossiers sa- laires". La r évision 2006 avait montr é que, financièrement , "E___ était dan s un gouffre", de sorte que le j uge avait dû être informé de la situation. Concrètement, la direction de E___ était menée par T___, étant précisé qu'il ne s'agissait que d'une petite équipe ne com ptant pas plus de huit personnes. T___ lui avait fait comprendre qu'elle n'avait pas tous les po uvoirs, quand bien même elle avait été nommée directrice gén é- rale de E___. En revanche, elle avait un pouvoir hiérarchique sur l'e nsemble du person- nel. Le témoin a déclaré qu'il n'ét ait pas présent tous les jours dans les locaux de E___, mais qu'il po uvait estimer que les décisions au sujet de celle -ci étaient prises par T___ ou conjointement avec A___. S'agissant de la révision 2006 des comptes de E___, celle- ci avait eu lieu d'avril à fin décembre 2007. T___ ne répondait pas aux demandes de la fiduciaire qui n'avait ainsi pas les documents nécessaires, la moitié des documents i m- portants manquant. Il avait fallu établir la comptabilité 2006 sur la base d'un inventaire, fait en pr enant un extrait des poursuites, ce qui avait également permis de dresser Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 15 - * COUR D’APPEL * l'inventaire des créanciers. En 2007, E___ avait plus de deux pages de poursuites enr e- gistrées a uprès de l'Office des po ursuites totalisant plus de fr. 600'000.-. Le témoin a déclaré ne p as avoir été présent lorsque A___ avait dû forcer l'armoire de T___. Le 15 octobre 2007, il y avait eu un conseil d'administration qui s'était mal passé ; des cou r- riers non ouverts avaient été découverts, il le supposait, lorsque l'armoire de T___ avait été forcée. La grande majorité de ces courriers concernait T___, qui était domiciliée au 54, route de Flori ssant. Il avait fait établir un inventaire de ce qui concernait T___, le- quel figurait en annexe à la pièce 9 du chargé E___. Dans les sacs de commissions trou- vés, il y avait également des factures et des rappels de factures concernant E___, cer- taines r emontant à 2005. Il avait également constaté que certaines charges s ociales n'avaient pas été payées depuis 2005, soit dès la création de E___. Il n'avait pas le sou- venir d'avoir eu un entr etien spécifique avec A___ concernant la comptabilité. Comme les rappels et les courriers avaient été cachés, A___ ne pouvait pas non plus en être i n- formé. Au 31 décembre 2007, E___ accumulait un déficit de fr. 1'300'000.-. Le témoin a également déclaré, en relation avec la pièce 16 du chargé de T___, que l'ordinateur de cette dernière était protégé par deux codes et que les salaires n'étaient accessibles que par son ordinateur. Le témoin a déclaré qu'il lui avait fallu des semaines pour obtenir les codes du PC de T___, alors que le temps lui était compté, devant remettre au plus vite la comptabilité de la société en raison de la procédure de faillite qui avait été initiée. Il savait que, d'après les rapports d'une société informatique, T___ se serait introduite dans les locaux entre 11h et 12h et serait intervenue sur le serveur de E___. Sauf erreur, les codes d'administrateur pour la facturation avaient été changé à ce moment -là, mais il ne se souvenait plus de la date. A___ ne lui avait jamais dit avoir les mêmes codes d'accès informatiques que T___. Il savait que H___ disposait du code de l'ordinateur de T___. Le témoin a encore indiqué avoir des factures de téléphones adressées à E___, mais qui ne la concernait pas. Il a vait demandé à SWISSCOM de fa cturer ces lignes à leurs tit u- laires; il n'était pas allé vér ifier, mais quelqu'un lui avait dit qu'il s'agissait de la ligne téléphonique de T___. zd) Par ordonnance préparatoire rendue au terme de l’audience précitée, le Tribunal des prud’hommes a ordonné aux parties de lui transmettre un projet de certif icat de travail complet. E___ a versé à la procédure un projet de certificat de travail, ainsi libellé : « A qui de droit Certificat de travail Par la présente, nous at testons que Madame T___ a débuté son emploi auprès de notre société le 27 octobre 2004 en qualité de directrice administrative. Elle a ensuite été nommée directrice gén é- rale avec effet au 15 avril 2005. Le contrat de travail de Madame T___ a pris fin le 12 octobre 2007. Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 16 - * COUR D’APPEL * Les tâches incombant à Madame T___ dans le cadre de ses fonctions consistaient en l’administration générale d'un cabinet de ___ (tâches administratives, gestion du personnel, gestion des prestations médicales, informatiques, comptabilité et finances). La qualité du travail de Madame T___ n’a pas été satisfaisante. Quant à sa conduite au sein de l’entreprise, elle s’est progressivement détériorée, plus particulièrement dans ses ra pports avec les employés de E___. Suite à la fin de ses rapp orts de travail avec E___, Madame T___ est libre d’être engagée par un autre employeur. Madame T___ demeure liée à E___ par son obligation de confidentialité comprenant le respect a b- solu du secret sur toutes les affaires traitées durant son emploi, qui pe rdure après la fin des ra p- ports de service ». T___ a, pour sa part, déposé un projet de certificat "complet" ainsi qu'un projet de certi- ficat "réduit". Le certificat "complet" était rédigé de la manière suivante : « Mme T___, née le 14 juin 1957, a tra vaillé au sein de E___ du 27 octobre 2004 au 12 octobre 2007 en qualité de directrice, poste qu’elle occupait déjà au sein de C___ SA, depuis le 1er octobre 1999, lors de la reprise de l’activité de ___ de cette dernière par E___. Dès le 15 avril 2005, Mme T___ a été nommée directrice générale. Depuis son engagement au sein de E___, Mme T___ a accompli les fonctions suivantes :  Responsable des ressources humaines.  Responsable du secrétariat-réception.  Responsable du suivi des relations avec les patients, les assureurs, les médecins correspondants et l’ensemble des fournisseurs.  Responsable de la mise en place, du suivi de la gestion et des mises à jour des différentes pre s- tations médicales en vigueurs (entre autre le « TARMED »).  Responsable du suivi de l a gestion et des mises à jour du programme informatique de gestion administrative des patients.  Responsable de la supervision des prestations médicales facturées aux patients.  Responsable de la supervision de l’ensemble des commandes de produit et de mat ériel.  Responsable de l’organisation des déplacements et manifestation.  Elle a également assumé diverses tâches administratives à la demande des administr ateurs telle que : aide à l’établissement de business plans et de plans prévisionnels budgétaires, dacty lo- graphie de divers courriers confidentiels. Mme T___ effectuait ses tâches de façon correcte, en collaboration étroite avec la direction gén é- rale. Elle a fait preuve de dévouement et d’une forte implication pour la bonne marche de l’entreprise, en entre tenant de bonnes relations avec le personne l administratif, les médecins co r- respondants et la direction générale de E___. Mme T___ nous a quittés libre de tout engagement à l’exception du secret médical et professionnel la liant à notre société ». Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 17 - * COUR D’APPEL * Le ce rtificat "réduit" était identique au certificat "complet", à l’exception de l'avant - dernier paragraphe ( « Mme T___ effectuait ses tâches de façon correcte […] »), qui était supprimé. ze) A l’audience du 7 octobre 2008, T___ a notamment déclaré que le prél èvement de fr. 20'000.- du 24 mai 2007 représentait une somme dest inée à p ayer les employés, les médecins ou les factures urgentes. E___ a exposé qu’elle ne disposait d’aucune pièce relative à sa pr étention de fr. 4'306.- concernant des notes d’honoraires. Les parties se sont mises d’accord pour qu’un certificat "abrégé" puisse être dél ivré à T___, comprenant les paragraphes 1, 2, 5 et 6 du certificat remis par E___ le 18 se p- tembre 2008. T___ a persisté dans ses conclusions tendant à la remise d’un certi ficat de travail co m- plet. zf) Lors de l'audience du 17 septembre 2009 devant la Cour de céans, T___ a notam- ment déclaré que les dépenses auxquelles elle avait précédé avec la carte Visa de la s o- ciété concernaient également des repas avec des fournisseurs et que les décomptes des avances qu'elles avait accordées à E___ figurait dans la comptabilité. S'agissant de s avances de son ex -employée, E___ a affirmé qu'il n'y en avait aucune trace dans la comptabilité de la société, en particulier dans les comptes c ourants. A cet égard, T___ a soutenu que chaque fois qu'elle procédait à un pai ement de factures de sa poche en faveur de la société, elle l'indiquait sur la facture qu'elle reme ttait ensuite à la comptabilité et qu'elle était remboursée soit directement e n espèces, soit par virement bancaire sur son compte, précisant qu'il lui arrivait également de compe nser les sommes avancées en utilisant la carte Visa de la société, carte dont elle n'était pas la seule à se servir. EN DROIT 1. Interjeté dans les dél ai et forme prévus à l'article 59 de la loi sur la juridiction des prud'hommes (ci-après LJP), l'appel est recevable. 2. 2.1. Les premiers juges ont considéré que le licenciement avec effet i mmédiat, notifié à l'intimée le 12 octobre 2007, était injustifié. Les enquêtes avaient confi rmé les graves difficultés financières rencontrées par l'appelante, notamment à propos du paiement des salaires de ses employés. La société ne disposant parfois pas des l iquidités nécessaires pour rémunérer ses employés, c'éta it l'intimée qui avait dû e ffectuer des avances sur s es Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 18 - * COUR D’APPEL * deniers personnels. L'intimée apparaissait également comme la personne gérant la socié- té au quotidien, un témoin avait d éclaré avoir été mobbé par l'intéressée. Toutefois, ces soucis d'ordre financier ainsi que l'incurie dans la tenue des comptes de la société n'étaient toutefois pas apparus du jour au lendemain, G___, responsable de la comptabi- lité, ayant été licenciée en avril 2007 déjà. Quant aux problèmes relatifs au courrier , ils "remonteraient, aux dires de la soci été, à 2007 également ". A___ avait "déclaré avoir repris l'aspect f inancier, une fois nommé président du conseil d'administr ation le 22 août 2006" et s'était chargé de négocier des arrangements de paiement avec les créanciers. Lors de s on audition, il avait déclaré que seule l'intimée avait connaissance des diff icultés de la société et qu'il réclamait en vain des bilans tous les mois, affi rmant que ce n'était qu'en septembre 2007 qu'il avait pris connaissance de poursu ites pour fr. 500'000.- et, à la suite de l'ouverture du placard du bureau de l'intimée, découvert des dettes pour fr. 1'400'000. -. Sur la base de ces él é- ments, les premiers juges ont estimé qu'un président du conseil d'administr ation, chargé des affaires financières d'une société, ne pouvait s'exonérer totalement de sa responsab i- lité financière de l'entité qu'il administrait. Par ailleurs, il ne résultait pas des pièces du dossier qu'un seul avertissement écrit ou même oral avait été adressé à l'intimée, au motif qu'elle av ait failli dans la ge stion de son travail. Il n'avait pas non plus été établi que la société avait réagi immédiat ement à l'un des actes reprochés à son employée. Il n'existait dès lors pas de motif de licenci e- ment avec effet immédiat, de sorte que l'i ntimée avait droit à son salaire au moment où le contrat pouvait être résilié, c'est -à-dire après la fin de son incapacité de tr avail pour cause de maladie le 31 mars 2008. Le délai de congé de l'intimée étant de trois mois pour la fin d'un mois, l'intéressée a vait dès lors droit à son s alaire de novembre 2007 à mars 2008 (période de protection) et d'avril à juin 2008 (délai de résiliation ordinaire), soit huit mois de salaire, correspondant à la somme de fr. 80'000.-. 2.2. L'appelante relève que la lecture du jugement entrepris donne l'impression que le Tribunal a retenu une certaine dilution du rôle et de la fonction de l'intimée, en raison notamment du poste d'administrateur occupé par A___. Or, l a réalité était bien diff é- rente, puisque l'intimée avait occupé le poste de directrice générale de la s ociété et s'était comportée en tant que tel auprès du personnel, se présentant sans amb iguïté comme la supérieure hiérarchique des employés. Même si elle n'avait pas la signature sociale, l'intimée disposait d'une si gnature bancaire collective à deux, dont elle fa isait usage avec sa fille, B___ , cette dernière ayant été administratrice de la société durant un certain temps. Il fallait également garder à l'esprit que l'intimée dét enait 70 à 72% du capital-actions de la société, ce qui lui donnait un pouvoir certain au sein de celle -ci, élément qui avait été totalement passé sous silence par le Tribunal . Les manquements qui étaient reprochés à l'intimée dans le cadre de son travail portaient essentiellement sur sa gestion totalement déficiente, ses rapports avec les partenaires commerciaux de la société, pri ncipalement les créanciers et les fournisseurs, auxquels s'ajoutaient les créanciers sociaux et administratifs tels que la Caisse de compensation et l'Administr a- tion fiscale. Plus qu'un laisser -aller total, il apparaissait que l'intimée s'était enfermée dans un processus de "fuite en avant" en ne réagissant plus aux communications de Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 19 - * COUR D’APPEL * formes diverses (factures, rappels, sommations, poursuites, etc.) émanant des créanciers, ces faits étant attestés par les témoignages H___ et R___. Certes, la société se trouvait à l'époque des faits dans une mauvaise situation financière découlant de motifs d'ordre commercial qui, "sous toutes réserves", ne pouvaient pas forcément être im putés exclu- sivement à l'int imée, la perte de l'IRM pouvant être un début d'explication à ces pr o- blèmes. Cela n'empêchait toutefois pas l'intimée de garder le contact avec les créanciers et fournisseurs de la société afin de calmer ceux -ci en leur expliquan t la situation et en essayant de nég ocier avec eux. Au lieu de procéder de la sorte, l'intéressée , qui avait pourtant l'expérience de directrice de plusieurs années dans le cadre de la société C___ SA, était demeurée totalement passive en cachant la s ituation de la société, relativement à ses créanciers et fournisseurs. Lorsque H___ avait proposé son aide à l'intimée, à la suite de la découve rte de courriers non ouverts, de factures non honorées, cette e m- ployée n'avait eu, à partir de ce jour, plus le droit d'ouvrir le courrier. A___ avait expli- qué avoir demandé à pl usieurs reprises à l'intimée de lui faire le point de la situation sans jamais obtenir de r éponse satisfaisante. A cet égard, il ne fallait pas perdre de vue que A___, qui faisait tot alement confiance à l'intimée, n'avait commencé à nourrir des doutes au sujet de sa ge stion de la société qu'à partir du mois de septembre 2007, plus précisément à la suite d'une réunion du 27 septembre 2007 qu'il avait eue avec la fid u- ciaire - l'intimée ne r épondant jamais à ses que stions - au cours de laquelle il avait a p- pris l'existence des très nombreuses poursuites dont E___ faisait l'objet et dont il n'avait pas été mis au courant. A la suite de cela, A___ avait mené ses propres investigations en procédant à des recherches dans le bureau de l'i ntimée où il était même allé jusqu'à de- voir forcer la porte d'une armoire pour en examiner le contenu et découvrir des cabas de courriers non ouverts. Plusieurs jours lui avaient été ensuite nécessaires pour faire le tri de ces documents et avoir une idée plus précise de la situation dans l aquelle se trouvait la société, dont il n'avait commencé à réaliser la gravité que le 9 oct obre 2007, date à laquelle il s'était adressé à l'intimée par pli recommandé et courrier A pour lui demander toutes explications utiles à ce sujet. N'ayant une nouve lle fois obtenu aucune réponse, il s'était alors adressé à nouveau à l'intimée par cou rrier du 12 octobre 2007 dans lequel il avait résilié le contrat de travail liant les parties. La chronologie des événements démon- trait que A___ avait réagi avec la rapidité nécessaire lorsqu'il avait commencé à pouvoir se faire une idée de l'état catastrophique dans lequel se trouvait la société. Ainsi, selon l'appelante, laissant se péjorer la situation de la société, notamment par l'ac- cumulation de cou rriers de créanciers et fournisseurs auxquels elle n'avait pas donné suite et, pire, en cachant la situation à l'administrateur de la société, l'intimée avait commis manifestement une faute grave et prolong ée dans l'accompli ssement de ses fonctions justifiant son licenciement immédiat. Compte tenu du caractère répétitif et durable du comportement de l'intimée, un avertissement aurait été tot alement vain, une telle mesure n'ayant pu être envisageable que pour des actes ponctuels et isolés, tels que les oublis de paiement de factu res, retards de réponse à des courriers, etc. Le total d é- sengagement de l'intimée pour les affaires de la société, de façon constante et durable, ainsi que la volonté de cacher la situ ation constituaient sans le moindre doute un él é- ment propre à entraîner la rupture du rapport de confiance entre les parties. Les prél è- vements indus auxquels s'était livrée l'intimée venant, en outre, confirmer la rupture des Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 20 - * COUR D’APPEL * liens de confiance et le carac tère totalement illusoire des effets d'un éventuel avertiss e- ment. Les difficultés financières de E___ ne justifiaient en aucun cas que l'i ntimée abandonne le suivi des relations avec les créanciers et fournisseurs et cache cette situation à l'adm i- nistrateur de la société. A cet égard, les premiers j uges avaient "choisi la solution de la facilité" en mettant en avant une éventuelle faute commise par A___ en rapport avec les difficultés financières de l'a ppelante. Certes, il n'était pas du tout exclu que l'i ntéressé porte une part de responsabilité dans les manquements constatés dans le cadre général de l'administration de la société et qu'il doive en répo ndre un jour. Il n'en demeurait pas moins que son comportement ne "compensait" en aucune façon les manque ments de l'intimée. Par ailleurs, selon l'appelante, la somme de fr. 18'954.10 qu'elle réclamait à son e m- ployée correspondait bien à des retraits effectués pour un montant total de fr. 30'120.35, pour lesquels il n'existait aucun justificatif, étant précisé que l'intimée avait parfaitement la possibilité de justifier de façon claire et sommaire de tels retraits si ceux -ci concer- naient bien la société, ce qu'elle a fait sur certains prél èvements bancaires en indiquant de façon manuscrite sur lesdits avis les raisons du retrait (cf. pièce 13 appelante). Quant aux dépenses effectuées par l'intimée au moyen de la carte Visa de E___, elle n'avait certes pas été en mesure de produire un relevé de ces dépenses en première instance. Cela restait toutefois secondair e, dans la mesure où l'intimée avait elle-même reconnu dans son mémoire de réponse qu'il s'agissait essentiellement de paiements de représenta- tion pour la société. Or, ni le contrat de travail de l'intimée, ni son avenant n'indiquai ent que celle-ci avait droit à des frais de r eprésentation. Il ne résultait pas non plus de son cahier des charges que l'intimée avait été chargée d'une que lconque mission en matière de marketing, d'acquisition de clientèle ou dans le d omaine commercial en général, de sorte qu'elle ne pouvait pas se trouver dans une situation l'amenant à devoir e ngager de réels frais de représentation. De plus, si tel avait été le cas, "la moindre des choses eut été d'établir un décompte de ses prétendus frais de représentation" en produisant les jus- tificatifs nécessaires. Si l'on exam inait la liste des dépenses effectuées par l'inti mée au moyen de cette carte Visa, on constatait que bon nombre de postes corre spondaient à des retraits en espèces dans des distributeurs de billets et que, pour le res te, il s'agissait d'achats dans les supermarchés, de frais d'essence, frais de pharmacie et d'opticien , dé- penses de sport, loisirs, dont certains à l'étranger, frais de restaurant, etc. (cf. pièce 2 chargé appelante). Il fallait ainsi admettre que l'intimée avait clair ement fait usage de cette carte Visa pour ses seuls besoins privés en confondant ses propres intérêts et ceux de la société. 2.3. Pour sa part, l'intimée fait valoir le problème des courriers des créanciers non ou- verts depuis le mois de février 2007 était déjà connu de longue date de A___, qui n'avait pas réagi lorsque H___ lui en avait fait part, alors qu'il aurait dû, dès la connaissance de ces faits, demander des comptes à ce sujet à l'intimée. Les opp ositions systématiques aux command ements de payer constituaient une pratique courante et logique dans l'exercice d'une activité commerciale afin de suspe ndre des poursuites et/ou gagner du temps en cas de difficultés financières de l'entreprise. C'était au contra ire la passivité Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 21 - * COUR D’APPEL * lors de la réception d'un tel acte qui aurait constitué une faute professionnelle. L'absence de paiement de certaines charges sociales e t de l'impôt à la source était bien évidem- ment due aux difficultés financières que connaissait la s ociété, ce dont A___ n'ignorait rien ; i l aurait dû analyser avec l'intimée les créances en suspens puis lui donner des instructions quant aux priorités dans les pai ements. L'absence de gestion des dossiers sociaux était un motif totalement inexact ne se fondant sur aucun élément. Le téléphone qu'elle avait passé à la banque UBS , pour interrompre le paiement des salaires du mois de septembre 2007 , n'avait pas eu pour but de privilégier le versement de son propre salaire, mais un paiement au bénéfice de l'assurance LPP de la société afin d'éviter les poursuites, de sorte que les salaires n' avaient e nsuite pas tous pu être payés, faute de solde disponible (cf. pièce 8 chargé intimée p. 4-5). Les demandes de remboursement de prestations médicales gratuites auprès de la caisse-maladie GC Assurances ne concer- naient en aucune manière les relations entre les parties, mais celles entre l'intimée et son assureur-maladie. Par ailleurs, la découverte de courriers plus anciens non ouverts dans l'armoire de l'int i- mée constituait des circonstances qui étaient apparues après la déclaration de résiliation des rapports de travail, de sorte qu'il fallait se demander si cette circonstance non inv o- quée au moment du licenciement immédiat, aurait pu conduire l'e mployeur, s'il les avait connues, à admettre que le rap port de confiance était rompu et à résilier le contrat de travail sur-le-champ. Or, les courriers découverts après le licenciement dataient de 2005 et 2006, de sorte que l'appelante savait d éjà, lors du congé, que l'intimée avait gardé certains courriers n on ouverts en 2007, ce qui aurait dû amener son administrateur, A___, à s'adresser à son employée pour lui demander des explications à ce sujet et s a- voir si cette pratique existait déjà auparavant, ce qu'il n'avait pas fait. 3. 3.1. Selon l'article 337 alinéa 1er 1ère phrase CO, l'employeur et le travailleur peuvent résilier immédiatement le contrat en tout temps pour de justes motifs. Doivent nota m- ment être considérées comme tels toutes les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permett ent pas d'exiger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de travail (art. 337 al. 2 CO). Mesure exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être a dmise de manière restrictive (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31 ; 127 III 351 consid. 4a et les réfé- rences citées). D'après la jurisprudence, les faits invoqués à l'appui d'un renvoi immédiat doivent avoir entr aîné la perte du rapport de confiance qui const itue le fondement du contrat de travail. Seul un manquement particulièrement grave du travailleur justifie son licenciement immédiat ; si le manquement est moins grave, il ne peut entraîner une rés i- liation immédiate que s'il a été répété malgré un averti ssement (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31, 213 consid. 3.1 p. 220/221; 129 III 380 consid. 2.1). Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). Il appl ique les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet effet, il prendra en consid ération tous les éléments du cas particulier, notamment la position et la responsab ilité du travailleur, le Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 22 - * COUR D’APPEL * type et la durée des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des ma n- quements (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32; 127 III 351 consid. 4a p. 354; 116 II 145 consid. 6a p. 150). La partie qui résilie un contrat de travail en invoquant un juste motif ne dispose que d'un court délai de réflexion dès la connaissance des faits pour signifier la rupture immédiate des relations. Un délai de réflexion généralement de deux à trois jours est présumé a p- proprié ; un délai supplémentaire n'est accordé à celui qui entend résilier le contrat que si l'on se trou ve en présence d'événements particuliers qui just ifient une exception à la règle dans le cas concret ( ATF 130 III 28 consid. 4.4 p. 34 et les arrêts cités). Lorsque les faits sont incertains, les dél ais pour résilier ne sont pas aussi contraignants; mais la partie qui entend résilier doit alors établir les faits sans délai et avec diligence (cf. Wy- ler, Droit du travail, 2008, p. 503). Ainsi, lorsqu'un ou des travailleurs se pla ignent de harcèlement sexuel, l'employeur doit contrôler le bien -fondé de l'accusation, en vei llant à protéger la personnalité de tous les travailleurs impliqués, accusateur(s) et accusé(s). Il convient de tenir compte, d'une part, de la gravité d'une telle accusation et de la né cessi- té de protéger les tr availleurs victimes de tels actes et, d'autre part, des conséquences négatives pour le travailleur accusé, que ce soit sur le plan personnel ou sur l'avenir pr o- fessionnel ; l'employeur doit dès lors tirer les choses au clair avec rapidité et détermina- tion, mais également avec prudence et sans parti pris (cf. arrêt 4A_238/2007 du 1 er oc- tobre 2007 consid. 4.3). Sous certaines conditions restrictives, l'employeur peut, pour justifier un lice nciement immédiat, se prévaloir d'une circo nstance qui existait au moment de la déclaration de licenciement, mais qu'il ne connaissait pas et ne pouvait pas connaître. Il faut se dema n- der, dans un tel cas, si les circonstances antérieures, non invoquées au moment du lice n- ciement immédiat, auraient pu conduire l'employeur, s'il les avait connues, à a dmettre que le rapport de confiance était rompu et à résilier le contrat de travail avec effet i m- médiat. Cependant, des faits postérieurs au licenciement imm édiat ne sauraient être pris en considération ( arrêt du TF 4A_132/2009 du 18 mai 2009, avec référence aux ATF 124 III 25 consid. 3c et 121 III 467 consid. 5a et b). Il appartient à la partie qui r ésilie avec effet immédiat de prouver l'existence de justes motifs (ATF 130 III 213 consid. 3.2 p. 221 et l'arrêt cité). Ainsi, de manière générale, l'employeur qui licencie sur-le-champ un travailleur sur la base de soupçons le fait à ses risques et périls ( Wyler, op. cit ., p. 495 ; Brunner/Bühler/Waeber/Bruchez, Comme n- taire du contrat de travail, 2006, p. 277). S'il ne parvient pas à démontrer que le soupçon correspond à la réalité, il devra verse r au travailleur les indemnités prévues en cas de licenciement injustifié (cf. ATF 4A_251/2009 du 29 juin 2009, consid. 2.1). 3.2. 3.2.1. Il ne résulte pas clairement du témoignage de H___ qu'après avoir décou vert, entre août et septembre 2007 , du courrier non ouvert sur bureau de T___, elle en ait in- formé A___. A cet égard, l e Tribunal s'est borné à i ndiquer que : "quant aux problèmes relatifs aux courriers, ils remonteraient, aux dires de la défend eresse, à 2007 également" (jugement entrepris, p. 17). Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 23 - * COUR D’APPEL * La façon dont ont été protocolés chronologiquement les propos de ce témoin (cf. partie EN FAIT, lit. zc ) ne permet pas de retenir que les "problèmes" dont elle avait essayé, sans succès, de parler à A___ se rapportaient aussi à la découverte de courriers n on ou- verts sur le bureau de l'intimée . En effet, dans le procès-verbal ténorisé par le Tribunal, les d éclarations de l'intimée à propos de cette découverte sont séparées par plusieurs phrases prononcées par le témoin, notamment, en dernier lieu, de celle r elatant sa con- versation avec A___ au sujet du retard récurrent du paiement des salaires des e mployés de la société, de sorte qu'on ne saurait admettre sans autre que les "problèmes" évoqués avec l'intéressé concernaient également la question du courrier no n ouvert par l'intimé, courriers dont, au demeurant, on ignore tout de leur contenu exact. Aucun autre élément de la procédure ne permet de corroborer l'affirmation de l'intimée relative à la connai s- sance de A___ de la découverte précitée de H___ d'août-septembre 2007. Par ailleurs, i l résulte de la lettre du 9 octobre 2007 adressée à T___ par A___ que ce dernier avait pris connaissance, lors de la réunion du 27 septembre 2007 avec les comp- tables F___, U___ et R___, de la réelle situation de la société, le sdits com ptables lui ayant fourni des relevés de l' Office des poursuites qu'il réclamait à sa directrice depuis plusieurs mois. Il ressortait de ces documents qu'une trentaine de cré anciers poursuivait la société. Cette lettre, pas plus que l a réponse que l'intimée y a apporté e le 12 octobre 2007 , ne permet cependant de retenir de manière certaine que l'appelante, soit pour elle A___, avait eu connaissance, avant le 9 octobre 2007, par le biais de H___, de courrier s non ouverts par l'intimée depuis février 2007. En revanche, A___ a déclaré qu'après avoir organisé un entretien avec les comptables et réviseurs de la société à fin septembre 2007 , et découvert à ce moment -là l'état dans lequel se trouvait E___, qui avait des pou rsuites pour fr. 500'000.- dont il n'avait pas connaissance, puis tenté en vain de joindre l'intimée ainsi que sa fille, il avait commencé à chercher dans le bureau de T___ afin de trouver l'origine des dettes de l'appelante et, au début du mois d'octobre 2007, il avait dû "casser" un pl acard - dont il ne disposait pas des clés, l'intimée étant injoignable - dans lequel il avait découvert plusieurs cabas contenant du courrier non ouvert . Il avait fait un tri de ce courrier avec le personnel et R___, ce qui avait pris cinq jours , et avait découvert qu'il y avait quasiment fr. 1'400'000.- de dettes, des rappels de fournisseurs et de l'administration et que tous les courriers avaient été refusés. Un inventaire avait été dressé de ce courrier, qui avait été daté. Il avait alors demandé à T___ de se présenter pour avoir une discu ssion avec elle, mais celle-ci n'était pas venue. Toutefois, comme l'a relevé l'intimée, il semble toutefois que la découverte des cabas susmentionnés a plutôt eu lieu postérieurement à la lettre de licenciement du 12 o ctobre 2007. En effet, selon le témoignage de R___, un conseil d'administration de la société tenu le 15 octobre 2007 s'était mal passé à la suite de la découverte de certaines lettres non ou- Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 24 - * COUR D’APPEL * vertes trouvées dans le placard de l'intimée , lettres dont ce rtaines dataient de 2005, soit dès la création de la société. Par ailleurs, la lettre de congé litigieuse ne mentionne que du courrier non ouvert depuis février 2007, de sorte que si A___ avait eu connaissance à ce moment-là déjà de correspondance non traitée depuis 2005 déjà, il n'aurait pas ma n- qué de l'indiquer dans le courrier de licenciement . De surcroît, dans la lettre de congé précitée, A___ impartissait à l'intimée un délai au 15 octobre 2007 , correspondant à la date de la séance du conseil d'administra tion précité, pour lui remettre les clés, nota m- ment de ses placards, ce qu'il n'aurait pas eu besoin de faire s'il avait déjà ouvert de force le ou les placards contenant du courrier non ouvert . Il ressort également du cour- rier adressé le 22 octobre 2007 p ar la fiduciaire U___ à l'avocat du Dr N___, que c'était le 19 octobre 2007 que A___ avait remis à ladite fiduciaire trois sacs contenant du cour- rier non ouvert ainsi que des dossiers non traités par l'intimée. Or, cette da te de remise coïncide avec les quelques jours que A___ dit qu'il lui a fallu pour trier le courrier trou- vé dans les sacs précités. Il a été vu ci -dessus que la jurisprudence admet, sous certaines conditions restri ctives, que pour justifier un licenciement immédiat l'employeur peut se prévaloir d'une circons- tance qui existait au moment de la déclaration de licenciement, mais qu'il ne connaissait pas et ne pouvait pas connaître , et que, dans un tel cas, il faut se demander si c es cir- constances antérieu res auraient pu conduire l'employeur, s 'il les avait connues, à a d- mettre que le rapport de confiance était rompu et à résilier le contrat de travail avec effet immédiat. En l'occurrence, il a été relevé plus haut qu'au moment où elle a licencié l'intimée avec effet immédiat, l'appelante ne semblait pas connaître et pouvoir connaître que des fac- tures et rappels de factures de fournisseurs et de l'administration - dont certains remon- taient à 2005 - étaient entreposés dans un placard du bureau de l'intimée. Dès lors, il ne fait aucun doute que si l'appelante avait connu ces faits au moment du licenci ement de l'intimée, elle n'aurait pas manqué de s'en prévaloir comme motifs de congé. De surcroît, contrairement aux affirmations de A___, le témoin R___ a déclaré ne pas avoir été présent lorsque celu i-ci avait forcé et ouvert le placard de T___. En revanche, ce témoin a précisé avoir fait établir "un inventaire de ce qui concernait T___", lequel figurait en annexe à la pièce 9 du chargé de E___. Cette pièce répertorie les courriers adressés à l'intéressée, à sa fille ainsi qu'au Dr N___ à titre privé. Il résulte également du témoignage de R___ que "la grande majorité" de ces courriers non ouverts se trouvant dans le placard susmentionn é concernait T___ à titre privé et que dans les sacs de commissions découverts, il y avait égal ement des factures et des rappels de factures concernant E___, certaines remontant à 2005. Il avait égal ement constaté que certaines charges sociales n'avaient pas été payées depuis 2005, soit dès la création de E___. A propos du courrier retrouvé dans le placard du bureau de l'intimée concernant la s o- ciété, A___ a aussi affirmé qu'un inventaire avait été établi et daté. Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 25 - * COUR D’APPEL * Or, force est de constater que l'appelante, alors que rien ne l'en empêchait, n'a pas pro- duit un tel inventaire ni du reste les courriers eux -mêmes. On ignore donc tout du nombre, du contenu, de la date et de l'importance des factures et rappels de factures de fournisseurs et de l'administration , documents dont il résulte, a contrario, des déclara- tions du témoin R___ - propos que l'appelante n'a pas contesté s - qu'ils ne constituaient qu'une minorité de la correspondance se trouvant dans le placard précité. La même constatation peut du reste être fait en ce qui concerne les lettres non-ouvertes de créanciers, adressées à l'appelante depuis février 2007, mentionnées dans le courrier de licenciement du 12 octobre 2007, si l'on considère qu'il s'agit de correspondances dont A___ avait connaissance avant cette-date-là. Quoi qu'il en soit à cet égard , à défaut de ce s données essentielles que constituent l'inventaire et le contenu des courriers dont l'appelante se prévaut à l'appui du l icencie- ment litigieux, dont la charge de la preuve lui incombait , il n'est pas poss ible de déte r- miner sérieusement si, en ne mettant pas au courant son employeur de l'existence de ces factures et rappels émanant de fournisseurs et de l'administration, l'intimée a contribué à causer à l'appelante - et, dans l'affirmative, dans quelle mesure - un préjudice financier certain, à tout le moin s à aggraver sa situation financière ob érée, et, partant, a violé ses obligations contractuelles de manière si importante que seul son renvoi immédiat était susceptible de sanctionner ce comportement. A cet égard, compte tenu de la nature re s- trictive des conditions d'un licenciement immédiat, on ne saurait se contenter d es décla- rations générales et incomplètes du témoin R___ et de A___, étant précisé que les af- firmations de ce dernier - qui ne sont corroboré es par aucun autre élément de la proc é- dure - doivent être appréciées avec toute la circonspection qui s'impose, au vu de son évidente implication, en sa qualité d'administrateur de l'appelante, dans la situation de la société. En effet, il convient de ne pas perdre de vue que depuis l'été 2006 l'appelante était au courant des difficultés financières sérieuses qu'elle rencontrait puisque, lorsque A___ a été nommé administrateur de la société, en août de cette année -là, le bilan de E___ avait été refusé par le précédent c onseil d'administration, la com ptabilité de la société é tant alors tenue d'une ma nière particulièrement déficiente . Par ailleurs, en novembre 2006, A___ avait, sur la base des documents en sa possession, connaissance de la situation financière diff icile de la société, qui accusait a lors un p assif déjà important, ce qui l'avait amené à prendre des mesures de restructuration de la société, en collabor ation du reste avec l'intimée. Il découle ainsi de l'ensemble des développements qui précèdent que l'appelante n'a pas établi à satisfaction de d roit la nature et l'importance du courrier et des factures qu'elle fait grief à l'intimée de lui avoir caché, et, partant les conséque nces de cette omission sur sa situation financière. Elle n'a ainsi pas prouvé que ce comportement de sa dire c- trice générale était suffisamment grave pour justifier son licenciement immédiat. 3.2.2. Quant aux autres motifs invoqués dans la lettre de licenciement du 12 oct obre 2007 (soit : l'opposition systématique formée à l'encontre des poursuites a uprès de Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 26 - * COUR D’APPEL * l’Office des poursuites ; l'absence de gestion des dossiers sociaux du pe rsonnel ; le non- paiement des cotisations soc iales et de l’impôt à la source ; le téléphone de l'intéressée, le 8 octobre 2007, à la banque de la société pour interrompre le pai ement des salaires du personnel, en privilégiant le versement du sien (fr. 8'752.-) ; la demande le rembourse- ment de prestations auprès de la caisse-maladie GC Assurances ; le mobbing, en 2006 et 2007, envers l’ensemble du personnel de la société ), force est de constater que E___ ne reproche essentiellement en appel à l'intimée que des manquement dans le cadre de son travail portant essentiellement sur sa gestion déficiente et ses rapports avec les part e- naires commerciaux de la société, principalement les créanciers et les fourni sseurs, ainsi que ses dépense effectuées à titre privé avec l'argent de la société, nota mment au moyen de la carte de crédit Visa de celle-ci. Certains des motifs de l'appelante à l'appui du congé litigieux constitua nt également le fondement de sa deman de reconventionnelle, ces questions seront traitées simultan é- ment ci-après. 3.2.2.1. En ce qui concerne la somme de fr. 18'954.10 que l'appelante fait grief à l'int i- mée d'avoir prélevé indument sur le compte de la société auprès de UBS SA, et dont elle lui réclame par ailleurs le remboursement, le Tribunal, qui a traité cette question sous le seul angle de la demande reconventionnelle de E___, a considéré que cette dernière n'avait pas établi à cet égard ses allégués à satisfaction de droit , de sorte qu'il l'a débou- tée de ses conclusions sur ce point. L'intimée se borne à cet égard à souscrire à la motivation du Tribunal. L'appelante fonde ses prétentions sur la pièce 13 de son chargé , comportant 8 annexes, soit : - quatre "justificatif(s) pour le client " de prélèvements sur le compte de UBS SA de E___ les 18 mai, 24 mai et 21 juin 2007 (deux prélèvements), de, respective- ment, fr. 1'011.60 (contre-valeur de € 600.-), fr. 20'000.-, fr. 2'700.- et fr. 6'600.- ; - un justificatif établi le 21 juin 2007 par le cha nge Migros relatif à la vente de € 780.- pour un montant de fr. 1'299.85 ; - un relevé du compte de E___ auprès d 'UBS SA du 1 er janvier au 25 octobre 2007 comportant diverses opérations de débit et de crédit ; - un relevé de compte de la Banque Raiffeisen du S alève concernant E___, p é- riode du 1er novembre au 30 novembre 2007, indiquant nota mment un virement de l'Etat de Genève de fr. 1'059.10 le 8 novembre 2007 et un retrait en espèces de fr. 2'500.- le 20 novembre 2007 ; - un "décompte du montant total dû au 27 juin 2007 sur avance effectuée par T___ à E___" indiquant, au 27 juin 2007, un total de fr. 2'860.85, biffé pour un mo n- tant de fr. 123.60. Préalablement aux pièces susmentionnées, l'appelante a fait produire un document int i- tulé "DEBITEUR T___ au 31.12.2007 Cpte 11'310", à la teneur suivante : Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 27 - * COUR D’APPEL * Date Euro Solde - Prélèvement à l'UBS 18.05.2007 600.00 1'011.60 - Prélèvement à l'UBS 24.05.2007 20'000.00 - Prélèvement à l'UBS 21.06.2007 6'600.00 - Versement acompte sur Salaire Dr. P___ 21.06.2007 -5'000.00 - Solde du sur prélèvement UBS du 21 juin 2007 27.06.2007 -4.15 - Décompte Mme T___ - remboursement avances 27.06.2007 -3'507.15 - Décompte Mme T___ - remboursement avances 27.06.2007 -296.00 - Décompte Mme T___ - remboursement avances 27.06.2007 -1'299.85 - Prélèvement à l'UBS 13.08.2007 1'500.00 2'508.75 - Raiffeisen - encaissement Etat de Genève 28.11.2007 -1'059.10 TOTAL 18'954.10 En relation avec c es documents (produits sous pièce 13 de son chargé ), E___ a, dans son mémoire de rép onse et demande reconventionnelle du 5 mai 2008, ind iqué qu'elle reprochait à T___ d'avoir procédé à divers prélèvements a uprès de UBS SA pour un total de fr. 30'120.35, dont seule une faible partie était justifiée par des dépenses lég i- times imputables à la société ou des remboursements légitimes en faveur de l'intéressée, le solde en faveur de l'appelante se montant à fr. 18'954.10. Dans son mémoire de réponse à la demande reconventionnelle sur ce point, T___ a con- testé le solde que faisait valoir E___ à son endroit, affirmant que ce montant corre spon- dait "au paiement des employés et de factures, de commissions aux médecins (e nvoyant des patients à E___) et aux remboursements dus à la demanderesse. Tout avec justifica- tifs et moyennant quittances en mains de la société". Lors de l'audience du 7 octobre 2008, l'intimée a affirmé, relativement au prélèvement de fr. 20'000. - auprès du compte UBS de E___ le 24 mai 2007, qu'il s'agi ssait d'une somme ayant été débitée pour payer les médecins ou les employés de E___ ou encore pour régler des commissions à des médecins ou encore des fact ures urgentes, précisant que tous les débits et les crédits se trouvaient auprès de la soci été. Elle a ajouté que la pièce avait été comptabilisée avec la mention "10900/10230", indiquant que cette in s- cription manuscrite n'était pas de sa main et que le timbre humide relatif au mot "comp- tabilisé" lui était inconnu. S'agissant du prélèvement de fr. 2'700. - du 22 juin 2007 auprès du même compte, l'inti- mée a indiqué que la mention manus crite figurant sur cette pièce : "fr. 296.- acompte remboursé à T___ sur avance effectuée 2006" était de sa main et indiquait un rembou r- sement en sa faveur de fr. 296. - qu'elle avait avancé à la société, ce document po rtant également la mention "10900/10230". Quant au prélèvement de fr. 6'600.- du 21 juin 2007, portant également l'inscri ption de sa main "fr. 1'299.85 acompte remboursé à T___ sur avance effectuée en 2007", l'int i- mée a indiqué s'être remboursée cette somme -là pour les avances qu'elle avait e ffec- tuées, "le reste étant parti dans la caisse". Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 28 - * COUR D’APPEL * Enfin, l'intimée a contesté formellement avoir pris les montants figurant à la pièce 13, affirmant ne s'être remboursée que les sommes indiquées sur les attestations bancaires et qui avaient été effectivement déduites par E___. A propos de la pièce 13 de son chargé, E___ a expliqué que ce document avait été établi le 23 avril 2008, "sous compte d'attente 2007", précisant qu'il s'agissait d'une pièce de la comptabilité, les comptes ayant été retravaillés à cette époque-là, puisque la société était en train d'assainir sa situation, notamment pour le juge dans le cadre de l'ajournement de la faillite. Par ailleurs, la mention "10900/10230" devait être, selon l'appelante, l'écriture comptable : "compte UBS à caisse E___". Dans son mémoire d'appel du 27 avril 2009, E___ n'a fourni aucune explication co m- plémentaire au sujet des documents figurant sous pièce 13 de son chargé, se bornant à se référer à cet égard à ce dernier. Dès lors, force est de constater que l 'appelante n'a pas établi que l'intimée s'était appr o- priée indûment la somme de fr. 18'954.10. Pour ce faire, et prouver l'inexactitude des déclarations de son ex-employée à ce sujet - qui affirmait n'avoir prélevé sur les retraits en espèces effectués aup rès du compte de E___ que les remboursements des avances qu'elle avait effectuées pour le compte de la s ociété, le reste étant parti dans la caisse de cette dernière -, il eut notamment appartenu à l'appelante de produire un extrait de caisse de la société du 18 mai 2007 jusqu'à la cessation d'activité de T___. Dès lors, les griefs de l'appelante sur ce point ne sauraient justifier le licenciement i m- médiat de l'intimée, à qui elle aurait pu, avant cette mesure, qui doit être prise en ultime recours, demander des explications circonstanciées sur la question. Cette constatation scelle du même coup le sort de la demande reconventionnelle de l'a p- pelante sur ce point, qui sera ainsi déboutée de ses prétentions en paiement de la somme de fr. 18'954.10, la procédure n'ayant pas établi que l'intimé en avait disposé indûment. 3.2.2.2. Traitant également cette question sous l'angle unique de la demande reconven- tionnelle de l'appelante, les premiers juges ont débouté cette dernière de ses conclusions tendant au rembo ursement par l'intimée d'un montant de fr. 4'769.50, correspondant à des dépenses effectuées à titre personnel par le débit de la carte Visa de la société et ce, faute d'avoir établi à satisfaction de droit ses allégués à cet égard. Ces dépenses de l'intimée constituent également l'un des m otifs invoqués par l'appelante à l'appui du congé litigieux. Dans le cadre de son appel, E___ a produit un décompte de Visa Card Se rvices SA du 24 janvier au 24 août 2007, concernant la carte de crédit utilisée par l'int imée, dont il résulte que, durant ce laps de temps, des dépenses à hauteur de fr. 4'401.30 ont été e f- fectuées. Il résulte de ce décompte que les dépenses concernent des achats et/ou dépenses effe c- tuées notamment auprès de la jardinerie ___ à ___, du Steak House ___ à ___, de la Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 29 - * COUR D’APPEL * Coopérative de ___ à Genève, du restaurant Le ___ à Genève, de la pharmacie de Fl o- rissant à Genève, de Migros MParc La Praille à Carouge, d'Avion station service à G e- nève, de ___à Wokingham (Grande -Bretagne ?), de la Sàrl Pacôme , au x Tourrettes (France?), d'Optical Center à Annemasse, de la Porte -de-Drôme en Fra nce, de la Sàrl ___ à Villemolaque (en France ?) , de Sport ___ à ___ (en Espagne ?), de Sess___a de Montélimar en France, de ES Agip Espanã à la Junquera en Espa gne, de l'Intermarché de Gaillard, de la Sessa de Béziers en France, de ______à Blanes (en Espagne ?) et du Carrefour des Adrets en France. Dans s es écritures responsives à l'appel, l'intimée se prévaut de l'irrecevabilité des pièces nouvelles produites par E___, affirmant par ailleurs que A___ l'avait autorisée à utiliser la carte Visa de la société pour compenser les avances faites à cette dernière sur ses fonds propres. Par ailleurs, lors de l'audience du 17 septembre 2009 devant la Cour de céans, l'intimée a affirmé, s'agissant des dépenses à titre personnel qu'elle avait effe ctuées avec la carte Visa de la société, qu'elle avait également pu utiliser ladite carte pour payer des repas pris avec des fournisseurs, précisant que le décompte des avances qu'elle avait ac cor- dées à la société figurait dans la comptabilité de celle-ci. A cet égard E___ a indiqué qu'il n'y avait aucune trace desdites avances dans ces comptes, en particulier ses comptes courants. L'intimée a rétorqué , lors de cette même audience, que chaque fois qu'elle proc édait à un paiement d'une facture de sa poche, elle l'indiquait sur la facture qu'elle reme ttait à la comptabilité, qu'elle ignorait si cela avait été fait ou pas et qu'elle était re mboursée soit directement par la société en espèces, voire parfois au moyen de virements bancaires sur son compte. Il lui arrivait également de co mpenser les sommes avancées en utilisant la carte Visa dont elle n'était pas seule à se servir. 3.2.2.3. Contrairement à ce que soutient l'intimée, la pièce nouvelle produite par l'appe- lante relative au décompte de Visa Card Services SA susmentionné est rec evable, dans la mesure où la jurisprudence a toujours admis que dans le cadre d'un appel ord inaire, les parties pouvaient produire des pièces qu'elles n'avaient pas soumises au premier juge, sans égard au fait qu'à l'époque où la contestation était pendante devant ce magi s- trat, la partie détenait ou non ces pièces, la question des dépens est réservée à cet égard (cf. art. 308, al. 2 LPC, Bertossa/Gaillard/Guillet/Schmidt, Commentaire de la loi de procédure civile et genevoise, ad. art. 312 No.9 et les références jurisprudentielles c i- tées). Il résulte du décompte de Visa Card Services SA susmentionné - décompte dont l'exac- titude n'est pas contestée - qu'il s'agit essentiellement de dépenses privées effectuées par l'intimée. Il ne ressort pas du dossier qu'il rentrait dans les attributions de T___ d'exercer au sein de l'appelante une activité de représentation ou commerciale l'autorisant à pr o- céder à des dépenses dans ce but. Les explications tardives de l'intimée au sujet du r è- glement de repas pris avec des fournisseurs, qui ne sont étayées par aucun élément s é- Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 30 - * COUR D’APPEL * rieux du dossier , et par ai lleurs ne justifient en rien ses autres dépenses, ne sauraient ainsi être retenues. En outre, contrairement aux prélèvements effectués par l'intimée sur les comptes co u- rants de l'appelante auprès de UBS SA et de RAIFFEISEN, à hauteur de fr. 18'954.10, les dépenses accomplies par le biais de la carte Visa de la société n'ont fait l'objet d 'au- cun justificatif portant soit une ind ication manuscrite de l'appelante à propos de ces avances en faveur de E___, soit des mentions tels les chiffres "10900/10230 " prouvant l'existence de ces justificatifs et leur inscription dans la comptabilité de la société. Si l'intimée avait véritablement procédé à ces dépenses au moyen de la carte Visa en compensation d'avances consenties par ses soins à la société sur ses deniers personnels, on ne discerne pas pourquoi elle aurait agi différemment que lor squ'elle a retiré des montants en espèces sur le compte courant de E___, à savoir en transmettant les justif i- catifs à la comptabilité. Dans ces conditions, force est d'admettre que l'intimée, qui en avait la charge, n'a pas établi que les dépenses personnelles qu'elle effectuées avec la carte Visa de l'appelante constituaient la co mpensation des avances de fonds qu'elle lui avait consenties. Cela suffit à faire droit sur ce point aux prétentions reconventionnelles de l'appelante sur la base de l'article 321e CO, à qui l'intimée devra ainsi rembourser le mo ntant de fr. 4'769.50, de sorte que le jugement entrepris sera réformée sur ce point. En revanche cette utilisation par T___ de la carte de crédit de la société pour des d é- penses d'ordre privé ne justifiait pas s on licenciement immédiat au regard des critères restrictifs que cette mesure requiert pour être justifiée. En effet, il n'est pas contesté que l'intimée a consenti à plusieurs reprises des avances de fonds à son employeur en raison de ses difficultés fina ncières. Par ailleurs, la comptabi- lité de l'appelante était lacunaire. Il ne résulte pas de la procédure que l'intimée ait che r- ché à dissimuler ses dépenses d'ordre privé effectuées avec la carte Visa de la société et que A___ ne lui ait jamais posé la moi ndre question ou demandé des e xplications à ce sujet ni qu'il ait procédé à une quelconque vérification à ce propos avant l'envoi du co n- gé litigieux. Enfin, l'intimée n'a été condamnée , ci-dessus, à rembourser ses dépe nses effectuées avec cette carte que parce qu'elle n'a pas pu en prouver le bien-fondé. Quoi qu'il en ait été à cet égard, l'utilisation de la carte de crédit précitée par l'intimée pour des dépenses d'ordre privé, qui plus est pour des montants relativement peu élevés, ne justifiait pas , eu égard aux circonstances du cas d'espèce, une mesure aussi radicale qu'un renvoi sur -le-champ de l'intéressée sans entendre préalablement cette dernière à cet égard, voire lui adresser un avertissement ou même trouver avec elle un accord sur ce point. 3.2.2.4. Enfin, s'agissant des griefs de l'appelante au sujet de la responsabilité de l'int i- mée, du fait de sa mauvaise gestion, dans la survenance des difficultés, notamment fi- nancières de la société, il résulte clairement de la procédure, en particulier des enquêtes, Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 31 - * COUR D’APPEL * que si responsabilité de l'intimée à cet égard est indéniable, cette responsabilité a été largement partagée par l'appelante, qui, par le biais de ses a dministrateurs, notamment de A___, n'a pas - alors qu'elle en avait l'obligation à ten eur de l'article 24 de ses statuts - exercé le moindre contrôle sur le travail de l'intimée, ce d'autant plus que lesdits admi- nistrateurs n'ignoraient pas les graves difficultés que rencontrait la dite société, ce qui justifiait de leur part une attention accrue et constante. Il sera rappelé à cet égard que A___ avait déclaré en février -mars 2007 qu'il "gérait tout" à propos de l'appelante (t é- moignage I___) et qu' il avait réprimandé H___ lorsqu'elle lui a vait parlé, entre août et septembre 2007, des problèmes récurr ents de paiement de salaire des employés de la société. Dès lors, l'appelante ne pouvait pas licencier sur -le-champ l'intimée en repr ochant à cette dernière des manquements dans la gestion de ses affaires dont son conseil d'adm i- nistration était lui-même en partie responsable, qui plus est sans avoir eu au préalable une explication avec l'intéressée lorsque son administrateur a enfin pris conscience de la gravité de la situation, E___ n'ayant pas établi, comme elle l'allègue, que A___ avait demandé à plusieurs reprises à sa directrice de faire le point de la situation sans jamais obtenir de réponse satisfaisante. Au demeurant, le licenci ement de l'intimée n'était pas urgent puisque celle -ci, comme cela résulte du dossier, se tro uvait alors en vacances, puis, dès le 11 octobre 2009, en congé-maladie. Enfin, il y a lieu de relever que le 25 octobre 2007, soit une dizaine de jours après le licenciement immédiat de l'intimée, A___ lui a demandé de s'occuper, sur le plan ba n- caire, du paiement du salaire et de fr ais de deux médecins. Quels que so ient les motifs qui ont motivé ce recours à l'i ntimée, cette façon de procéder est pour le moins étrange de la part d'un employeur qui décide de se séparer sur-le-champ de sa directrice au motif qu'il n'avait plus aucune confiance, notamment à la suite d'opérations bancaires. Quoi qu'il en soit à ce propos , force est d'admettre, à l'instar des premiers juges, que le licenciement immédiat de l'intimé était injustifié. L'appel sera ainsi rejeté sur ce point. 4. Dès lors, conformément à l'article 337b alinéa 1er CO, l'intimée, qui a fait l'objet d'une résiliation immédiate injustifiée de son contrat, a droit à ce quelle aurait gagné si les rapports de travail avaient pris fin à l'expira tion du délai de congé , soit en l'occurrence, comme l'ont retenu les premiers juges, sans que l'appelante ne le conteste, à percevoir son salaire jusqu'à fin juin 2008, compte tenu de la période de protection allant de n o- vembre 2007 à mars 2008 et du délai de résiliation de 3 mois s'étendant d'avril à juin 2008, le tout correspondant à un montant de fr. 80'000.- (fr. 10'000.-/mois x 8 mois). Le jugement s era ainsi confirmé sur ce point, de même que la prime d'ancienneté de fr. 1'000.- octroyée par le Tribunal à l'intimé e, montant qui n'a pas ét é remis en cause par l'appelante. Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 32 - * COUR D’APPEL * 5. 5.1. S'agissant de l'indemnité pour licenciement immédiat injustifié prévue aux art icles 336a et 337 c alinéa 3 CO, les premiers juges ont octroyé à cet égard à l'intimée la somme de fr. 5'000.-. Pour fixer ce montant , ils ont notamment retenu que l'intéressée travaillait depuis trois ans au service de la société, qu'il convenait de prendre en cons i- dération l'attitude "cavalière" de l'appelante qui avait licencié l'intimée alors que celle-ci se trouvait en incapacité t otale de travail, que T___ n'avait, en tant que d irectrice géné- rale de la société, pas rempli ses fonctions à satisfaction, sachant que les écritures comp- tables n'étaient plus passées depuis le lice nciement de G___ en avril 2007 et ne répo n- dant pas spontan ément aux demandes d'informations de R___, lors de la procédure de révision des comptes 2006, comme on n'aurait pu l'attendre d'une directrice respo nsable et consciente de la situation très difficile dans laquelle se trouvait E___. Ces agisse- ments de l'intimée constituaient des fautes justifiant une réduction de l'indemnité à l a- quelle elle avait droit. 5.2. L'appelante soutient qu'en raison des graves manquements de l'intimée à ses oblig a- tions de directrice générale, il convenait de supprimer toute indemnité pour licenciement immédiat injustifié, ce d'autant plus si l'on ajoutait "aux quelques arguments retenus par le Tribunal " les prélèvements indus opérés par l'intimée sur le compte bancaire de la société auprès de UBS SA au moyen de la carte Visa de E___. 5.3. Pour sa part, l'intimée sollicite que la décision de première instance soit confirmée sur ce point, le Tribunal ayant pris en considération l'ensemble des circonstances pour calculer une indemnité équitable, notamment une faute concom itante de sa part et ayant fixé un montant correspondant à un demi -salaire mensuel, alors que l'indemnité pour licenciement immédiat injustifié peut s'élever jusqu'à six salaires mensuels. Par ailleurs, l'intimée fait valoir que les premiers juges ont été sévères à son égard en la rendant re s- ponsable des problèmes de comptabilité de la société alors qu'aucun e mployé n'avait à l'époque de compétences dans ce domaine, ce qui avait ju stement conduit à confier la comptabilité à R___. En outre, l'intimée relève que, projetée directrice générale, elle avait été dépassée par les difficultés financières de la société et l'absence de soutien compétent de A___, payant son désarroi par une longue maladie. Les circonstances de son licenciement, avec le dépôt d'une plainte pénale, ayant été particulièrement brutales, on avait dès lors une impression que A___ voulait faire d'elle un bouc émissaire pour se libérer lui-même de sa responsabilité propre face aux actionnaires et/ou repreneurs de la société. 5.3.1. Selon l'article 337c alinéa 3 CO, en cas de licenciement immédiat injustifié, le juge peut condamner l'employeur à verser au travailleur une indemnité, et qui ne peut dépasser le montant correspondant à 6 mois de salaire du travailleur, dont il fixera l i- brement le montant, compte tenu de toutes les circonstances, parmi lesquelles figurent notamment la situation sociale et économique des deux parties, la gravité de l'atteinte à la personnalité de la partie congédiée, l'intensité et la durée des relations de travail ant é- rieures au co ngé, la manière dont celui -ci a été donné, ainsi que la faute concomitante du travailleur ; aucun de ces facteurs n’est décisif en lui-même (ATF 123 III 391 consid. 3b/bb ; 121 III 64 consid. 3c ; 120 II 243 consid. 3e p. 248 ; 119 II 157 consid. 2b Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 33 - * COUR D’APPEL * p. 161). L'indemnité, qui ne peut dépasser le montant correspondant à six mois de s a- laire du travailleur, a une double final ité, punitive et réparatrice (ATF 123 III 391 co n- sid. 3c). Elle ne fait pas partie du salai re déterminant au sens de l’article 5 al inéa 2 LAVS et les cotisations sociales ne sont pas dues (ATF 123 V 5). Sauf circonstances particulières, l'indemnité est due dans tous les cas de licenciement immédiat injustifié (ATF 121 III 64 consid. 3c p. 68 ; 120 II 243 consid. 3e p. 247 ; ATF 116 II 300 c onsid. 5a), même si la victime ne s ubit ou ne prouve aucun do mmage (123 III 391), l’allocation étant la règle et le refus l’exception (ATF 121 III 64, consid. 3c ; ATF 120 II 243 c. 3e). Les exceptions doivent être fondées sur les cir constances de chaque cas particulier; elles supposent l'absence de faute de l'employeur ou d'autres m o- tifs qui ne sauraient être mis à sa charge (116 II 300 consid. 5a). 5.3.2. Compte tenu de la finalité punitive de l'indemnité pour l'employeur a uteur d'un licenciement abusif, on ne saurait supprimer toute indemnité en faveur de l'i ntimée. Les premiers juges ont tenu compte à cet égard de toutes les circonstances pertinentes du cas d'espèce, en particulier la lourde faute concomitan te de l'intimée dans la gestion défi- ciente de l'appelante, de sorte que montant qu'ils ont retenu à cet égard, correspondant à la moitié d'un salaire mensuel, doit être approuvé. L'appel sera ainsi rejeté également sur ce point , étant rappelé que l'intimée devra re m- bourser les indemnités chômage fran çaises qu'elle a touchées, comme elle s'est eng agée à le faire. 6. 6.1. S'agissant des indemnités pour vacances non prises octroyées à l'intimée par le Tr i- bunal, soit la somme totale de fr. 23'103.45 pour l'année 2007 ainsi que la période du 1er janvier au 31 août 2008, l'appelante ne remet pas en cause ce montant, mais fait va- loir qu'en application de l'a rticle 239b alinéa 2 CO, il y a lieu de réduire le droi t aux vacances de l'intimée de 2/ 12èmes jusqu'au 31 décembre 2007 et de 3/1 2èmes pour les trois mois d'incapacité de travail du 1er janvier au 31 mars 2008. 6.2. A cet égard, l'intimée affirme que si réduction du droit aux vacances il doit y avoir, celle-ci devra s'élever à 1/12 ème pour l'année 2007 et à 2/12 èmes pour l'année 2008, le mois de novembre 2007 et de janvier 2008 étant considérés comme des "mois de grâce". 6.3. Toutefois, E___ n'a pas réclamé en première instance une telle rédu ction, de sorte qu'il ne peut pas présenter, pour la première fois en appel de telles préte ntions. En effet, à teneur de l'article 312 de la loi de la procédure civile genevoise (appl icable par renvoi de l'art. 11 LJP), sauf exceptions énumérées à cette disposition, qui ne sont pas réalisées dans le cas d'espèce, une partie ne peut pas présenter en appel des concl usions qu'elle n'a pas soumises au premier juge (SJ 1999 p. 672 et les références citées; Bertos- sa/Gaillard/Guyet/Schmidt, Commentaires de la loi de procédure civile gen evoise ad. art. 312 N 5). Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 34 - * COUR D’APPEL * Dès lors, les conclusions de l'appelante sur ce point doivent être déclarées irrecevables. Le jugement entrepris sera ainsi confirmé sur ce point, le montant alloué à l'intimée s'élevant à fr. 104'104.- (arrondis). 7. 7.1. En ce qui concerne le contenu du certificat de travail de l'intimée que le Tribunal l'a condamnée à établir, l'appelant e sollicite, au vu des manque ments de son ex-employée dans l'accomplissement de son travail, qu'il soit indiqué qu'elle effectuait ses tâches non pas "de façon correcte", mais "globalement de façon correcte", et que soit supprimé e l'indication que c'était "en collaboration étroite avec la direction générale", cette de r- nière affirmation étant en contradiction avec les faits de la cause et la fonction de dire c- trice générale de l'intimée. 7.2. Cette dernière affirme que la mention se lon laquelle elle "effectuait ses tâches de façon correcte" ne pouvait être encore péjorée par l'ajout du terme "globalement", dans la mesure où la phrase originale et l'absence de réf érence à une quelconque satisfaction de l'employeur étaient déjà en elles-mêmes suffisamment explicites pour ne pas engager la responsabilité de E___ à l'égard d'un potentiel nouvel employeur, l'app elante n'étant pas en droit de rendre plus difficiles, voire impossibles, ses chances de retrouver un e m- ploi. 7.3. 7.3.1. A moins que le travailleur ne spécifie expressément que le certificat de travail soit limité à la nature et à la durée des rapports de travail (certificat limité prévu à l'art. 330a, al. 2 CO), ledit certificat doit contenir des information sur la nature du tr avail, soit la description précise et détaillée de l'activité exercée et des fonctions occupées dans l'e n- treprise, la durée des rapports de travail avec l'indication précise des dates de début et de fin des rapports de travail, l'appréciation de la qualité du travail effectué, ainsi que l'a p- préciation de la conduite du travailleur dans l'entreprise, notamment son attitude. Le certificat peut et doit contenir des faits et appréciations défavorables, pour autant que ces éléments soient pertinents et fondés ( ATF 4A_117/2007 et 4A_127/2007 du 13.09.2007). Lorsque l'employeur établit un certificat de travail inexact, il peut engager sa respons a- bilité à l'égard de futurs employeurs qui se seraient fondés sur ce document pour eng a- ger ce travailleur. A cet égard e st décisive la m anière dont le tiers doit, de bonne foi, comprendre le certificat (AFT 4C.60/2005 du 28.04.2005, c.4.a = JAR 2006 p. 200). 7.3.2. En l'occurrence, les graves manquements de l'intimée dans l' accomplissement de sa fonction de directrice géné rale, ne sauraient être passés sous silence, ce que la fo r- mule "Madame T___ effectuait ses tâches de façon correcte" ne reflète en aucune façon. Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 35 - * COUR D’APPEL * Dès lors, l'adjonction de l'adverbe "globalement" à cette phrase, déjà favorable à l'int i- mée, doit être admise. Par ailleurs, l'indic ation que l'intimée "effectuait ses tâches en collaboration étroite avec la direction gén érale" ne correspond pas à la réalité, puisque l'intéressée a justement tu à cette direction, quelles qu'en soient l'impo rtance et les co n- séquences pour la société, l'existence de courriers et factures concernant son employeur. Ainsi, l 'adjectif "étroite" ne saurait qualifier la véritable nature de la collabor ation de l'intimée avec la direction générale de l'appelante. Dès lors, l'avant-dernier paragraphe litigieux du certificat de travail de l'i ntimée aura la teneur suivante : "Madame T___ effectuait ses tâches globalement de façon correcte, en collaboration avec la direction générale" . Pour le surplus, le texte retenu par les pr e- miers juges sera confirmé. Le jugement entrepris sera, dès lors, réformé dans cette mesure. 8. Les mérites des conclusions reconventionnelles de l'appelante ont été examinés ci - dessus sous chiffres 3.2.2.1. et 3.2.2.2. en parallèle à la question du bien -fondé du licen- ciement immédiat. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y revenir. 9. Par souci de simplification et de clarté, le jugement sera entièrement annulé et son dispositif reformulé. 10. A teneur de l'article 42A du Règlement fixant le tarif des greffes en matière c ivile, un appel en matière prud'homale ayant fait - comme en l'espèce - l'objet d'un émolument de mise au rôle en vertu de l'article 42 dudit règlement, peut, en fin de procédure donner lieu à un émolument complémentaire dont l e montant est fixé, selon l'a rticle 25 du Rè- glement précité, applicable par analogie, en fonction notamment des intérêts en jeu, de la complexité de la cause, de l'ampleur de la procédure ou de l'importance du travail qu'elle implique. Au vu des critères susmentionnés, il se justifie, en l'espèce, de fixer un émolument com- plémentaire de fr. 2'800.-. 11. Selon l'article 78 alinéa 1er LJP, l'émolument de mise au rôle est mis à la charge de la partie qui succombe. Il en va de même, par analogie, de l'émolument complémentaire fondé sur le Règlement fixant le tarif des greffes en matière civile susmentionné. E___, qui a fait appel pour réclamer l'annulation de sa condamnation à payer à son ex - employée la somme totale de fr. 109'103.45, n'obtient satisfaction qu'à hauteur de fr. 4'769.50, soit le 4% environ de ses prétentions. Ses conclusion étaient ainsi exag é- rées (art. 176 al. 2 LPC, applicable par renvoi de l'art. 11 LJP), ce qui a porté à cons é- quence sur les frais exposés, en particulier sur le montant de l'émolument de mise au rôle dont elle s'est acquittée (fr. 2'200.-) ainsi que sur le montant de l'émolument co m- Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 36 - * COUR D’APPEL * plémentaire susmentionné. Par ailleurs, ce n'est qu'en appel que E___ a produit les pièces lui ayant permis d'obte nir le remboursement des montants d épensés par l'intimée au moyen de sa carte de crédit , alors que rien ne l'empê chait de les soumettre aux pre- miers juges. Elle doit donc en supporter financièrement les cons équences au même titre que l'excès de ses conclusions, ce qui, par ailleurs, compense la faible proportion dans laquelle ses conclusions pécuniaires ont été admises, de sorte que les frais de la proc é- dure seront entièrement mis à sa charge , étant précisé que l'octroi de ses conclusions relativement au contenu du contrat de travail n'a yant entraîné aucune perception d'émo- luments de mise au rôle ou complémentaire, il n'y a pas lieu d'en tenir compte. PAR CES MOTIFS La Cour d'appel des prud’hommes, groupe 5, Sur la recevabilité: Reçoit l'appel interjeté par E___ contre le jugement d u Tribunal des prud'hommes TRPH/179/2009 du 23 mars 2009, rendu dans la cause C/3135/2008-5 ; Déclare irrecevables les conclusions de E___ tendant à la condamnation de T___ à une réduction de son droit aux vacances. Au fond : Annule ledit jugement au sens des considérants. Et statuant à nouveau: 1. Condamne E___ à payer à T___ les sommes de : - fr. 104'104.- brut, avec intérêts à 5% l'an dès le 21 janvier 2008 ; - fr. 5'000.- net, avec intérêts à 5% l'an dès le 21 janvier 2008 ; 2. Invite la partie qui e n a la charge à opérer et régler les déductions sociales légales et usuelles sur le montant brut susmentionné ; 3. Condamne T___ à payer à E___ la somme de fr. 4'769.- net, avec intérêts à 5% l'an dès le 5 mai 2008 ; 4. Condamne E___ à remettre à T___ un certi ficat de salaire au contenu conforme au considérant 7.3.2. du présent arrêt ; Juridiction des prud’hommes Cause n° C/3135/2008 - 5 - 37 - * COUR D’APPEL * 5. Condamne E___ à remettre à T___ des décomptes de salaire conformes au chiffre 6 du dispositif du jugement du Tribunal des prud'hommes TRPH/179/2009 du 23 mars 2009 ; 6. Met à charge de E___ l'émolument d'appel, dont elle s 'est déjà acquittée, ainsi qu'un émolument complémentaire de fr. 2'8 00.-, montant qu'elle est condamnée à payer aux Services financiers du Pouvoir judiciaire ; 7. Déboute les parties de toutes autres ou contraires conclusions. La greffière de juridiction Le président