<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Titulaire depuis 1985 de la raison individuelle K. , agence-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment de cuisine, Monsieur A. a exploité son entreprise en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ville de La Chaux-de-Fonds tout d'abord. En 1989, A. a trans-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">féré son commerce à Marin, plus précisément au […], où il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">a acheté des locaux pour un prix de 300'000 francs. Dès cette époque,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. a connu des difficultés financières en raison de la dégra-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dation de la conjoncture et de problèmes rencontrés avec un employé. Il a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de ce fait fini par déposer son bilan, ce qui a conduit au prononcé de sa</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">faillite le 16 mars 1992.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> En date du 19 juillet 1994, l'office des faillites de La Chaux-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de-Fonds a délivré à la Caisse cantonale neuchâteloise de compensation un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">acte de défaut de bien pour un montant de 7'508.05 francs, dont 1'117</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">francs concernent la part salariale de cotisations AVS/AI effectivement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">retenues à son personnel par A. de 1988 à 1991.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par lettre du 25 juillet 1994, la Caisse cantonale neuchâteloise</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de compensation a mis en demeure A. de payer ce montant de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1'117 francs à bref délai, en le menaçant à défaut du dépôt d'une plainte</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pénale pour violation de l'article 87 al.3 LAVS. Le 4 août suivant, A. a fait savoir à la Caisse cantonale neuchâteloise de compensation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'il lui était impossible de s'acquitter du montant réclamé, en raison de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">son insolvabilité. Le 5 août 1994, la Caisse cantonale neuchâteloise de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">compensation a donc déposé plainte pénale, ce qui a valu à A. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'être renvoyé devant le Tribunal de police du district de La Chaux-de-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Fonds par ordonnance du Ministère public, qui requérait une peine de 15</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jours d'emprisonnement, en application de l'article 87 al.3 LAVS.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Dans le jugement entrepris, la présidente suppléante du Tribunal</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de police du district de La Chaux-de-Fonds a considéré que l'infraction à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'article 87 al.3 LAVS était bien réalisée, puisque A. avait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">effectivement déduit du salaire de son personnel des cotisations AVS/AI,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dont il n'avait pas toujours disposé de l'équivalent pour pouvoir s'en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">acquitter en tout temps. Tenant compte de l'ensemble des circonstances,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">notamment du fait que A. a fini par payer la somme de 1'117</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">francs le 30 mars 1995, le premier juge l'a ainsi condamné à 5 jours d'em-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prisonnement avec sursis pendant 2 ans et à 190 francs de frais.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. A. se pourvoit en cassation contre le jugement du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Tribunal de police du district de La Chaux-de-Fonds du 23 mai 1995,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">concluant à son acquittement, sous suite de frais et dépens. Il conteste</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sa condamnation, notamment au motif que la procédure de sommation prévue à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'article 37 RAVS n'a pas été suivie par la Caisse cantonale neuchâteloise</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de compensation, qui ne lui a jamais envoyé de décompte et qui a attendu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le 25 juillet 1994 pour lui adresser une première et unique réclamation.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. estime en outre que sa culpabilité ne peut pas être admise,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à mesure que cette sommation est intervenue après sa faillite, soit à un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moment où il ne disposait plus de la gestion de ses biens. Il estime enfin</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que comme il est établi qu'au moment de la réception de cette sommation,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sa situation financière lui permettait tout juste de payer des pensions</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">alimentaires dues à divers titre, on ne saurait lui reprocher une quel-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conque mauvaise volonté.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. La présidente suppléante du Tribunal de police du district de La</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Chaux-de-Fonds et le substitut du procureur général ont renoncé à formuler</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des observations.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Selon l'article 87 al.3 LAVS, commet un détournement de cotisa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions sociales celui qui, en sa qualité d'employeur, aura déduit des coti-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sations du salaire d'un employé ou ouvrier et les aura détournées de leur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">destination. Le but de cet article est d'imposer à l'employeur l'obliga-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion de verser l'équivalent de ce qu'il a retenu (ATF 117 IV 78, 82). Le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">non-paiement ou le paiement tardif de cotisations sociales n'est toutefois</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pas automatiquement assimilable à un détournement. Selon la jurisprudence</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">du Tribunal fédéral la plus récente (v. arrêt de la CCP du 24.11.1995 dans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la cause H. c/ ministère public du canton de Neuchâtel), on ne peut rete-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nir qu'il y a eu détournement que pour autant que les deux éléments cons-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">titutifs suivants soient réalisés. Il faut tout d'abord qu'au moment où il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">paie le salaire net, l'employeur ait à disposition les moyens nécessaires,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de sorte qu'il soit en mesure de verser les sommes dues à la caisse de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">compensation. Il faut ensuite qu'au moment de l'échéance du délai de paie-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment à la Caisse (art.34 al.1 et 4 RAVS), l'employeur n'ait plus les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moyens de s'acquitter des cotisations qu'il a déduites du salaire de ses</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">employés. Lorsque ces deux conditions sont réunies, il faudrait même</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">encore selon le Tribunal fédéral déterminer ce qui a été fait des cotisa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions entre le moment de leur prélèvement et celui de leur exigibilité,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exigence dont le sens est difficilement compréhensible, tant il est vrai</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que si des cotisations déduites viennent à disparaître, c'est que l'em-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ployeur les a forcément utilisées à d'autres fins que celle prévue.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans le cas d'espèce, le premier juge a conclu à l'existence</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'un détournement, essentiellement en raison du fait que les événements</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ont démontré que A. n'a pas disposé en permanence de l'équi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">valent des cotisations sociales déduites, de telle manière qu'il puisse</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">s'en acquitter à tout moment à partir de leur échéance. S'il est vrai que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. n'a pas été en mesure de payer le montant de 1'117 francs</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans le délai fixé par la Caisse cantonale neuchâteloise de compensation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans sa sommation du 25 juillet 1994, cela ne signifie pas pour autant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'il y a eu infraction à l'article 87 al.3 LAVS. L'enquête menée à la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suite du dépôt de la plainte pénale de la Caisse cantonale neuchâteloise</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de compensation du 5 août 1994 s'étant résumée à sa plus simple expres-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sion, le dossier n'établit pas en effet que A. avait les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moyens de payer les cotisations sociales réclamées après coup au moment où</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">il les a déduites. Les seules indications à disposition à ce sujet, cons-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tituées par les explications du prévenu, permettent d'ailleurs plutôt d'en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">douter, puisque celui-ci aurait rencontré des difficultés de paiement à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">partir de 1989, époque du transfert de son entreprise de La Chaux-de-Fonds</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à Marin, alors que les faits reprochés remontent à 1991, seule année où il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">aurait eu à son service un employé. Dès lors que l'un des éléments cons-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">titutifs de l'article 87 al.3 LAVS n'est pas réalisé, le pourvoi est bien</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fondé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Le pourvoi devrait se révéler bien fondé pour un autre motif</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">encore. Selon une jurisprudence jamais remise en question, l'observation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la procédure de sommation prévue à l'article 37 RAVS est une condition</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">préalable de la répression basée sur l'article 87 al.3 LAVS (ATF 80 IV</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">184; RJN 1986 94). Toujours selon cette jurisprudence, il faut même pour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">respecter cette procédure que le délai supplémentaire de paiement de dix à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vingt jours à impartir à l'employeur expire avant que celui-ci ne tombe en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">faillite. Ce délai doit donc a fortiori être imparti avant que la faillite</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de l'employeur ne soit prononcée (RJN 1986 95; ATF 80 IV 184, 190). Or, il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">apparaît dans le cas d'espèce que pour des raisons inexpliquées et inex-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">plicables peut-être, la Caisse cantonale neuchâteloise de compensation a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">attendu de se voir délivrer, le 19 juillet 1994, un acte de défaut de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">biens dans la faillite de A. pour lui adresser pour la pre-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mière fois la sommation de l'article 37 RAVS ! Cette sommation étant in-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tervenue tardivement, cela a pour conséquence que A. ne peut</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pas se voir infliger une peine en application de l'article 87 al.3 LAVS.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. La Cour de céans peut statuer elle-même, conformément à l'ar-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ticle 252 CPP, dans la mesure où le dossier ne contient aucune preuve de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la culpabilité de A. . Il y a dès lors lieu d'acquitter ce der-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nier et de laisser les frais à la charge de l'Etat. Pour ce qui est de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conclusion tendant à l'octroi de dépens, elle doit être rejetée, la juris-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prudence fondée sur la législation actuelle ne permettant pas d'en mettre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à la charge de l'Etat (RJN 1990 83).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Admet le recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Casse le jugement attaqué et statuant au fond acquitte A. .</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Laisse les frais de première et seconde instances à la charge de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 13 septembre 1996</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>