R E P U B L I Q U E E T C A N T O N D E G E N E V E P O U V O I R J U D I C I A I R E A/3742/2024 MC JTAPI/1160/2024 JUGEMENT DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PREMIÈRE INSTANCE du 25 novembre 2024 dans la cause Madame A______, représentée par Me Roxane SHEYBANI, avocate, avec élection de domicile contre COMMISSAIRE DE POLICE - 2/9 - A/3742/2024 EN FAIT 1. Madame A______, née le ______ 1996, est originaire de Roumanie. 2. Le 1er novembre 2024, elle a été interpellée par la police genevoise, à la rue de Lyon. Il lui était reproché d’avoir, avec sa sœur, Madame B______, le 18 ou le 19 octobre 2024, soutiré de l’argent à un homme âgé de 81 ans, sous de faux prétextes, et de lui avoir volé les sommes de EUR 3'370.- et CHF 2'400.-. Lors de son audition, l'intéressée a nié les faits tout en reconnaissant connaître le lésé. Elle a expliqué que l’argent trouvé dans ses effets personnels, soit la somme de CHF 1'500.-, provenait de la mendicité et des économies familiales. Elle n’avait aucun moyen de subsistance et se trouvait en Suisse depuis un mois. Elle était arrivée en Suisse pour la première fois il y avait trois ans. Ses parents et son enfant vivaient en Roumanie. Elle n'avait aucune attache sur le territoire helvétique où elle séjournait avec sa sœur et son mari. Elle dormait dans la rue où à l’hébergement C______. Elle avait l’intention de rentrer en Roumanie pour les fêtes de Noël. 3. Mise à disposition du Ministère public, elle a été condamnée par ce dernier, par ordonnance pénale du 1er novembre 2024, pour vol (art. 139 ch. 1 CP), ordonnance à laquelle elle a fait opposition. 4. Le 2 novembre 2024 à 12h15, en application de l'art. 74 de la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration du 16 décembre 2005 (LEI - RS 142.20), le commissaire de police a prononcé à l'encontre de Mme A______ une mesure d'interdiction de pénétrer dans une région déterminée (interdiction d'accès au canton de Genève) pour une durée de douze mois. 5. Mme A______ a, sous la plume de son conseil, formé opposition c ontre cette décision par courrier du 11 novembre 2024 adressé au Tribunal administratif de première instance (ci-après : le tribunal). 6. Lors de l'audience du 25 novembre 2024 devant le tribunal, Mme A______ a déclaré qu’elle maintenait son opposition car elle avait reçu une proposition de travail, dans le nettoyage, avant son arrestation. Elle ne se souvenait plus de la date, mais c'était un samedi. Cette proposition lui avait été faite par un Monsieur qu’elle avait rencontré à la Migros. Elle ne connaissait pas son nom. Il lui avait donné son numéro de téléphone, mais elle n’y avait plus accès, car son téléphone avait été saisi lors de son arrestation. Ce Monsieur leur avait promis, à elle et sa sœur, de les faire travailler à l'avenir. Elle ne se souvenait plus de la date de son premier jour de travail. Elles auraient dû travailler à son domicile. Son adresse était sur un bout de papier qui avait également été saisi par la police lors de son arrestation. Il leur avait donné son numéro de téléphone à sa sœur et elle, mais elle était la seule à avoir son adresse sur un bout de papier. Elle a précisé que, ne sachant pas lire, elle n’aurait pas été en mesure de déchiffrer ce qu'il y avait sur le bout de papier en question. Elle souhaitait pouvoir rester à Genève, afin de trouver un emploi. Elle avait essayé à plusieurs reprises de trouver du travail, mais sans résultat. Lorsqu’elle mendiait, - 3/9 - A/3742/2024 parfois des personnes s'arrêtaient et lui proposaient un emploi. Il ne s'agissait toutefois que d'emplois de courte durée, a lors que sa sœur et elle recherchaient un emploi régulier et légal. Elle ne se souvenait plus depuis quand elle était à Genève. Elle y logeait dans un bunker. Depuis qu’elle faisait l'objet de l'interdicti on de pénétrer, elle logeait à D ______(VD). S'agiss ant de ses ressources financières actuelles, avec sa sœur elles se débrouillaient en recourant aux cantines sociales et en mendiant. Auparavant, son mari, sa sœur et elle disposaient d'un montant de CHF 1'500.- qu’ils avaient réuni en mendiant. Réunir ce m ontant leur avait pris une « longue durée ». Ils l'avaient fait afin de pouvoir payer les contraventions prononcées à leur encontre. Durant cette « longue période » à Genève, elle n’avait pas exercé d'activité professionnelle mais avait uniquement mendié. Elle avait un enfant de dix ans qui vivait en Roumanie avec ses parents. Elle avait des contacts vidéos réguliers avec ce dernier. Elle l’avait revu en Roumanie il y avait environ quatre à sept semaines. Elle était venue en Suisse pour travailler. M. E ______ (le plaignant dans la procédure pénale P/25327/2024) leur avait promis, à sa sœur et elle, du travail. Il s'agissait du Monsieur dont elle avait parlé en d ébut d’audience. Elle vivait à D______(VD) depuis le 2 novembre 2024 et y cherchait également du travail. Depuis qu’elle était là-bas, elle mendiait. Elle n’avait à ce jour pas reçu de proposition de travail dans ce cadre. Le conseil de Mme A______ a versé à la procédure l'opposition formée le 8 novembre 2024 à l'encontre de l'ordonnance pénale du 2 n ovembre 2024. Elle a plaidé et conclu à l'annulation de la mesure d'interdiction de périmètre prononcée par le commissaire de police le 2 novembre 2024, laquelle était infondée et disproportionnée, sa cliente disposant en particulier de moyens financiers suffisants pour le séjour en cours et envisagé en Suisse, s'agissant d'une ressortissante ALCP. À titre subsidiaire, elle a conclu au prononcé d'un avertissement en lieu et place, cette mesure apparaissant plus adéquate et proportionnée au vu des circonstances et de la jurisprudence. Sur question du tribunal, la représentante du commissaire de police a confirmé que si Mme A______ devait trouver un emploi autorisé, ils seraient disposés à lui délivrer un sauf -conduit afin qu'elle puisse se rendre à son travai l. Il faudrait toutefois qu’ils aient une preuve écrite de cette activité. Elle a plaidé et conclu au rejet de l'opposition et à la confirmation de la mesure tant dans sa durée que son étendue géographique. EN DROIT 1. Le Tribunal administratif de première i nstance est compétent pour examiner sur opposition la légalité et l’adéquation de l'interdiction de pénétrer dans une région déterminée prononcée par le commissaire de police à l'encontre d'un ressortissant étranger (art. 115 al. 1 et 116 al. 1 de loi sur l'organisation judiciaire du - 4/9 - A/3742/2024 26 septembre 2010 - LOJ - E 2 05 ; art. 7 al. 4 let. a de la loi d'application de la loi fédérale sur les étrangers du 16 juin 1988 - LaLEtr - F 2 10). 2. L'opposition ayant été formée dans le délai de dix jours courant dès la not ification de la mesure querellée, elle est recevable sous l'angle de l'art. 8 al. 1 LaLEtr. 3. Statuant ce jour, le tribunal respecte en outre le délai de vingt jours que lui impose l'art. 9 al. 1 let. b LaLEtr. 4. Selon l'art. 74 al. 1 LEI, l’autorité cantonal e compétente peut enjoindre à un étranger de ne pas quitter le territoire qui lui est assigné ou de ne pas pénétrer dans une région déterminée dans les cas suivants : - l’étranger n’est pas titulaire d’une autorisation de courte durée, d’une autorisation de séjour ou d’une autorisation d’établissement et trouble ou menace la sécurité et l’ordre publics; cette mesure vise notamment à lutter contre le trafic illégal de stupéfiants (let. a); - l’étranger est frappé d’une décision de renvoi ou d’expulsion entré e en force et des éléments concrets font redouter qu’il ne quittera pas la Suisse dans le délai prescrit ou il n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour quitter le territoire (let. b); - l’exécution du renvoi ou de l’expulsion a été reportée (art. 69, al. 3) (let. c). 5. Selon l'alinéa 2, 1ère phrase de cette disposition, la compétence d'ordonner ces mesures incombe au canton qui exécute le renvoi ou l'expulsion. 6. De son côté, l'art. 6 al. 3 LaLEtr précise que l'étranger peut être contraint à ne pas pénétrer dans une région déterminée, aux conditions prévues à l'art. 74 LEI, notamment suite à une condamnation pour vol, brigandage, lésions corporelles intentionnelles, dommage à la propriété ou pour une infraction à la LStup. 7. Les mesures prévues par l'art. 74 al. 1 LEI visent à prévenir les atteintes à la sécurité et à l'ordre publics, plutôt qu'à sanctionner un comportement déterminé (cf. arrêt du Tribunal fédéral 2A.583/2000 du 6 avril 2001 consid. 2a). 8. Les étrangers dépourvus d'une autorisation de séjour n'ont pas le droit à une liberté totale de mouvement. S'agissant d'une atteinte relativement légère à la liberté personnelle, le seuil pour ordonner de telles mesures n'a pas été placé très haut. Pour définir le trouble ou la menace de la sécurité et de l'ordre publics, il suffit de se fonder sur la notion très générale de la protection des biens par la police. En particulier, des indices concrets de délits commis dans le milieu de la drogue suffisent, de même que la violation grossière des règles classiques de la cohabitation sociale (arrêts du Tribunal fédéral 2C_330/2015 du 26 novembre 2015 consid. 2.1 ; 2C_1142/2014 du 29 juin 2015 consid. 3.1 ; 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 3 et la référence citée ; ATA/233/2018 du 13 mars 2018 consid. 4b ; ATA/1041/2017 du 30 juin 2017 ; ATA/199/2017 du 16 février 2017 ; ATA/885/2016 du 20 octobre 2016. De simples vétilles ne sauraient toutefois suffire, au regard du principe de la proportionnalité, pour prononcer une telle - 5/9 - A/3742/2024 mesure (cf. Grégor CHATTON/Laure nt MERZ, Code annoté de droit des migrations, vol. II, n. 16 ad art. 74 p. 733 et les arrêts cités). 9. La mesure d'interdiction de pénétrer dans un périmètre déterminé vise en particulier à combattre le trafic de stupéfiants et à éloigner les personnes qui s ont en contact répété avec le milieu de la drogue des lieux où se pratique le commerce de stupéfiants (arrêts du Tribunal fédéral 2C_570/2016 du 30 juin 2016 consid. 5.1 ; 2C_1142/2014 du 29 juin 2015 consid. 3.1 ; 6B_808/2011 du 24 mai 2012 consid. 1.2 ; 2C_437/2009 du 27 octobre 2009 consid. 2.1 ; ATA/199/2017 du 16 février 2017 ; ATA/73/2014 du 10 février 2014 ; ATA/45/2014 du 27 janvier 2014). D'autres comportements permettent néanmoins aussi de retenir un trouble ou une menace de la sécurité et de l'ordre publics. On peut songer à la commission de vols et d'autres larcins (réitérés), même de peu d'importance du point de vue du droit pénal, à la mendicité organisée ou aux « jeux » de bonneteau sur la voie publique, qu'ils soient ou non pénalisés, à des c ontacts que l'étranger entretiendrait avec des groupes d'extrémistes politiques, religieux ou autres, à la violation grave et répétitive de prescriptions et d'injonctions découlant du droit des étrangers, notamment le fait d'avoir passé outre à une assigna tion antérieure ou de tenter de saboter activement les efforts entrepris par les autorités en vue d'organiser le renvoi de l'étranger (cf. Grégor CHATTON/Laurent MERZ, op. cit., n. 20 ad art. 74 p. 735 et les arrêts cités). 10. La jurisprudence considère qu'un e condamnation pénale n'a pas besoin d'être définitive pour fonder au moins l'existence de soupçons d'une infraction, lesquels sont suffisants dans le cadre de l'application de l'art. 74 LEI. 11. En l'espèce, s'agissant de la première condition de l'art. 74 al. 1 let. a LEI, l’intéressée, qui est de nationalité roumaine, n'est pas au bénéfice d'une autorisation de courte durée (art. 32 LEI), de séjour (art. 33 LEI) ou d'établissement en Suisse (art. 34 LEI), ce qu’elle ne conteste pas. Son appartenance à un État partie à l’ALCP ne lui octroie par ailleurs pas ex lege une autorisation de séjour, et n’exclut pas par principe le prononcé d’une mesure de l’art. 74 LEI. S'agissant de la seconde condition, Mme A______ a été condamnée par ordonnance pénale du 1er nov embre 2024 pour vol. Même si cette condamnation n’est pas en force, puisqu’elle a été frappée d’opposition, les circonstances dans lesquelles l’intéressée a été arrêtée et l’argent trouvé sur elle à cette occasion permettent à tout le moins de nourrir des soupçons sur sa participation au vol qui lui est reproché. Dans ces conditions, il n'est pas déraisonnable de penser que sa présence à Genève résulte d'une volonté de commettre ou de permettre la commission d’activités délictuelles et criminelles, telles q ue celle pour laquelle elle a été condamnée et qu'elle pourrait encore être amenée à en commettre ou à permettre leur commission. Dès lors, le commissaire de police pouvait effectivement considérer qu'elle constituait une menace pour l'ordre et la sécurit é publics suffisante pour justifier l'application des art. 74 al. 1 let. a LEI et 6 al. 3 LaLEtr, dont les conditions sont donc réunies. - 6/9 - A/3742/2024 12. Les mesures interdisant de pénétrer dans une région déterminée doivent respecter le principe de la proportionnalité énoncé à l’art. 36 al. 3 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. - RS 101). Elles doivent être nécessaires et suffisantes pour empêcher que la sécurité et l'ordre publics ne soient troublés ou menacés. Il faut en outre qu 'il existe un rapport raisonnable entre les effets de la mesure sur la situation de la personne visée et le résultat escompté du point de vue de l'intérêt public (ATF 137 I 167 consid. 3.6 ; 136 I 197 consid. 4.4.4). En particulier, la délimitation géographique et la durée de la mesure doivent être prises en considération en fonction du but poursuivi. En matière d'interdiction de pénétrer sur une partie du territoire, le périmètre d'interdiction doit être déterminé de manière à ce que les contacts sociaux e t l'accomplissement d'affaires urgentes puissent rester possibles. Elles ne peuvent en outre pas être ordonnées pour une durée indéterminée (arrêts du Tribunal fédéral 2C_1044/2012 du 5 novembre 2012 consid. 3.3 ; 2A.514/2006 du 23 janvier 2007 consid. 3.3.1 ; 2A.583/2000 du 6 avril 2001 consid. 3c). L'art. 74 LEI ne précise pas la durée de la mesure. Celle-ci doit répondre au principe de proportionnalité, à savoir être adéquate au but visé et rester dans un rapport raisonnable avec celui-ci (ATF 142 II 1 consid. 2.3). Elle ne peut pas être ordonnée pour une durée indéterminée (arrêts du Tribunal fédéral 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 4.1 ; 2C_1044/2012 du 5 novembre 2012 consid. 3.3). Des durées inférieures à six mois ne sont guère efficaces (cf. not. arrêt du Tribunal fédéral 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 4.2 ; ATA/1371/2020 du 30 décembre 2020 consid. 5); vers le haut, des mesures d'une durée d'une année (arrêt du Tribunal fédéral 2C_330/2015 du 26 novembre 2015 consid. 3.2 ; ATA/1347/2018 du 13 décembre 2018 consid. 6), voire de deux ans (arrêt du Tribunal fédéral 2C_828/2017 du 14 juin 2018 consid. 4.5) ont été admises. Le périmètre d'interdiction doit être déterminé de manière à ce que les contacts sociaux et l'accomplissement d'affaires urgentes puissent rester possibles ; elles ne peuvent en outre pas être ordonnées pour une durée indéterminée (arrêts du Tribunal fédéral 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 4.1 ; 2C_1044/2012 du 5 novembre 2012 consid. 3.3 ; 2A.514/2006 du 23 janvier 2007 consid. 3.3.1 ; 2A.583/2000 du 6 avril 2001 consid. 3c). Cela étant, le périmètre d'interdiction peut inclure l'ensemble du territoire d'une ville (cf. arrêts du Tribunal fédéral 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 4.2 ; 2A.647/2006 du 12 février 2007 consid. 3.3 pour les villes d'Olten et de Soleure ; 2A.347/2003 du 24 novembre 2003 consid. 4.2 pour la ville de Berne). Les étrangers dépourvus d'autorisation de séjour n'ont pas le droit à une liberté totale de mouvement. S'agissant d'une atteinte relativement légère à la liberté personnelle, le seuil pour ordonner les mesures d'assignation d'un lieu de séjour et d'interdiction de pénétrer dans une région déterminée n'a pas été placé très haut. Pour définir le trouble ou la menace de la sécurité et de l'ordre publics, il suffit de se fonder sur la notion très générale de la protection des biens par la police. Des indices concrets de - 7/9 - A/3742/2024 délits commis dans le milieu de la drogue suffisent, de même que la violation grossière des règles classiques de la cohabitation sociale (arrêt du Tribunal fédéral 2C_197/2013 du 31 juillet 2013 consid. 3 et la référence citée ; cf. aussi arrêt du Tribunal fédéral 2A.583/2000 du 6 avril 2001 consid. 2b et les références citées ; ATA/45/2014 du 27 janvier 2014 ; ATA/778/2012 du 14 novembre 2012). 13. A titre d'exemple, dans sa jurisprudence récente, la chambre administrative de la Cour de justice (ci -après : la chambre administrative) a notamment confirmé une première mesure d’interdiction de pénétrer visant tout le canton pour u ne durée de douze mois prononcée contre un ressortissant portugais, condamné notamment pour vols et violation de domicile (non -respect d’une interdiction d'entrer dans un magasin MIGROS), relevant que l’intéressé n’avait aucun emploi, ni titre de séjour en Suisse, ni de lien avéré avec ce pays ou même avec le canton de Genève, ne disposait pas de moyens de subsistance et n’avait pas allégué une nécessité de se rendre à Genève. Il n’avait également pas respecté la mesure d’interdiction qui faisait l’objet de la procédure (ATA/385/2024 du 19 mars 2024 du 19 mars 2024). Elle a également confirmé l’interdiction du territoire de tout le canton pour une durée de douze mois prononcée contre un ressortissant français sans casier judiciaire ni en Suisse ni en France interpellé par la police genevoise, dans le quartier des Pâquis, après avoir, selon les agents de police, été observé en train de participer à la vente à un tiers de 2.8 g de marijuana contre la somme de CHF 40. - mais dont la condamnation pénale pour les f aits précités avait toutefois fait l’objet d’une ordonnance de classement, après son audition, vu la prévention pénale insuffisante s’agissant de la vente de produits stupéfiants et la faible quantité de cannabis détenue, destinée à sa propre consommation. Quand bien même les faits de trafic n’étaient plus retenus, restait que l'intimé détenait du haschich pour sa propre consommation et n'avait pas contesté se trouver dans un lieu notoire de revente de stupéfiants (carrefour entre la rue du Môle et la rue de Berne aux Pâquis), étant rappelé d'une part qu'une mesure basée sur l’art. 74 al. 1 let. a LEI ne présupposait pas une condamnation pénale de l’intéressé, et qu'elle pouvait se fonder à teneur de la jurisprudence sur la seule possession de stupéfiants destinés à une consommation personnelle, ce qui était le cas en l'espèce. Dès lors, le classement de la procédure pénale ne suffisait pas à permettre la levée de la mesure d'interdiction de périmètre. La mesure était au surplus proportionnée dans la mesure où l’intéressé n’avait pas démontré une quelconque nécessité de se rendre dans le canton de Genève, notamment pour y trouver du travail (ATA/34/2024 du 12 janvier 2024). 14. En l’espèce, concernant le périmètre de l'interdiction, étendu à l'ensemble du canton de Genève, comme le tribunal de céans a déjà eu l'occasion de le retenir, il ne constitue pas un usage excessif du pouvoir d'appréciation de l'autorité intimée. Mme A______ n’indique au demeurant pas avoir de nécessité de se rendre à Genève en particulier où elle n’a ni attaches, ni lieu de vie, ni moyens de subsistance. A cet égard, la somme de CHF 1'500.- trouvée sur elle ne saurait être considérée comme - 8/9 - A/3742/2024 suffisante pour le séjour des trois personnes auxquelles elle appartiendrait, étant en outre relevé que selon les propres déclarations de l’intéressée, cette somme devait servir à payer leurs contraventions. L’on rappellera en outre que Mme A______ dispose d’un domicile en Roumanie où vivent par ailleurs son enfant et ses parents. Elle y séjournait manifestement il y a quelques semaines et entend y retourner pour les fêtes de Noël. Si elle soutient désormais être venue en Suisse pour travailler, elle ne fournit toutefois aucun début de preuve de démarches entreprises dans ce sens, respectivement d’une activi té professionnelle dûment autorisée qu’elle y a aurait exercé. Compte tenu de ces éléments, l'intérêt des autorités genevoises à ne pas devoir tolérer la présence de Mme A______ sur le territoire, l'emporte sur l'intérêt de cette dernière à pouvoir y séjourner. L’on relèvera encore, à toutes fins utiles, que seul le canton de Genève lui est interdit, à ce stade, et qu’il lui est dès lors loisible de chercher du travail dans un autre canton, en particulier dans le canton de Vaud où elle indique désormais séjourner. Le commissaire de police a en outre indiqué que si Mme A______ venait à trouver du travail à Genève, la délivrance d'un sauf-conduit pourrait être envisagée afin qu'elle puisse s'y rendre. Quant à la durée de la mesure fixée à douze mois par le commissaire de police, elle est conforme à la jurisprudence et apparait également proportionnée au regard des circonstances et des intérêts en présence, même s'il s'agit d'une première mesure. 15. Partant, le tribunal confirmera l'interdiction de pénétrer dans une région déterminée prise à l'encontre de Mme A______ pour une durée de douze mois. 16. Conformément à l'art. 9 al. 6 LaLEtr, le présent jugement sera communiqué à Mme A______, à son avocat et au commissaire de police. En vertu des art. 89 al. 2 et 111 al. 2 de la loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF - RS 173.110), il sera en outre communiqué au secrétariat d'État aux migrations. 17. Un éventuel recours déposé contre le présent jugement n'aura pas d'effet suspensif (art. 10 al. 1 LaLEtr). - 9/9 - A/3742/2024 PAR CES MOTIFS LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PREMIÈRE INSTANCE 1. déclare recevable l'opposition formée le 11 novembre 2024 par Madame A______ contre la décision d’interdiction de pénétrer dans une région déterminée prise par le commissaire de police le 2 novembre 2024 pour une durée de douze mois ; 2. la rejette ; 3. confirme la décision d’interdiction de pénétrer dans une région déterminée prise par le commissaire de police le 2 novembre 2024 à l'encontre de Madame A______ pour une durée de douze mois ; 4. dit que, conformément aux art. 132 LOJ, 10 al. 1 LaLEtr et 65 LPA, le présent jugement est susceptible de faire l'objet d'un recours auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (10 rue de Saint -Léger, case postale 1956, 1211 Genève 1) dans les 10 jours à compter d e sa notification. L'acte de recours doit être dûment motivé et contenir, sous peine d'irrecevabilité, la désignation du jugement attaqué et les conclusions du recourant. Il doit être accompagné du présent jugement et des autres pièces dont dispose le recourant ; 5. dit qu’un éventuel recours contre le présent jugement n'aura pas d'effet suspensif. Au nom du Tribunal : La présidente Marielle TONOSSI Copie conforme de ce jugement est communiquée à Madame A______, à son avocat, au commissaire de police et au secrétariat d'État aux migrations. Genève, le Le greffier