<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <a name="idp334624"></a><div class="big bold">Urteilskopf</div> <br/>148 II 299<br/><br/><br/><div class="paraatf">22. Extrait de l'arrêt de la IIe Cour de droit public dans la cause A.A. et B.A. contre Administration cantonale des impôts du canton de Vaud (recours en matière de droit public)</div> <div class="paraatf">2C_284/2021 du 11 avril 2022</div> <a name="idp336160"></a> <a name="idp343248"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref">Art. 18a Abs. 1 DBG</span>; <span class="artref">Art. 8 Abs. 2<sup>bis</sup> StHG</span>; Begriff der "Veräusserung"; Schenkung. <div class="paratf">Der Begriff "Veräusserung" gemäss <span class="artref">Art. 18a Abs. 1 DBG</span> und <span class="artref">Art. 8 Abs. 2<sup>bis</sup> StHG</span> umfasst die Schenkung (E. 5, 7, 9 und 13). </div> </div> </div> <a name="idp352288"></a> <br/><div> <a name="idp359568"></a><span class="big bold" id="sachverhalt">Sachverhalt</span> <span class="small">ab Seite 299</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page299"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 299</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp361232"></a><span class="bold">A. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp362272"></a><span class="bold">A.a </span>Les époux A.A. et B.A. (ci-après aussi: les contribuables ou les recourants), nés respectivement en 1940 et 1945, sont domiciliés à C. A.A. exploitait un domaine agricole. Ayant atteint l'âge de la retraite, il a affermé en 2006 l'exploitation du domaine à son épouse, qui en est devenue titulaire. L'exploitation du domaine a cessé en 2011.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp368000"></a><span class="bold">A.b </span>Par acte authentique du 9 décembre 2011, A.A. a donné l'intégralité des parcelles dont il était propriétaire à ses trois filles. Il a en particulier fait don à deux de celles-ci des parcelles n<sup>os</sup> xx et xxx du cadastre de C., classées entièrement en zone à bâtir.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp370000"></a><span class="bold">A.c </span>Dans leur déclaration d'impôt relative à la période fiscale 2011 du 3 septembre 2012, les contribuables ont informé l'autorité de taxation qu'il avait été mis fin à l'activité indépendante. Sous la rubrique "7. Justification des augmentations et diminutions du revenu et de la fortune", il était indiqué: "[...] Transaction immobilière, passage au privé puis donation des terrains et immeubles selon acte de donation. Merci de tenir compte de la réforme d'imposition d'entreprise II en vigueur". Les contribuables ont demandé par là à bénéficier des dispositions des art. 37b de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11) et 48a de la loi cantonale du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux (LI/VD; BLV 642.11) relatives à l'imposition privilégiée du bénéfice de <a name="page300"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 300</div>liquidation. Après des échanges de courriers, le traitement du dossier a été suspendu compte tenu des débats sur la fiscalité agricole aux Chambres fédérales.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp373936"></a><span class="bold">A.d </span>Agissant le 4 juillet 2018 par l'intermédiaire de leur mandataire, les contribuables ont informé l'Office d'impôt des districts de Nyon et Morges (ci-après: l'Office d'impôt) qu'ils demandaient à bénéficier du différé d'imposition au sens des <span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> et 21a al. 1 LI/VD. A titre subsidiaire, ils ont demandé que la plus-value immobilière soit soumise à l'imposition privilégiée du bénéfice de liquidation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp377440"></a><span class="bold">B. </span>Le 23 août 2018, l'Office d'impôt a rendu, pour la période fiscale 2011, notamment une décision de taxation ordinaire du revenu et de la fortune et une décision de taxation (distincte) concernant le bénéfice de liquidation et rachat fictif. Dans la décision de taxation du bénéfice de liquidation, le revenu imposable a été arrêté à 1'183'700 fr., montant qui comprenait un revenu imposable au titre de rachat fictif de 177'200 fr. Le bénéfice issu de la réalisation systématique afférente aux immeubles n<sup>os</sup> xx et xxx se montait à 1'300'932 fr. (soit la valeur de partage selon expertise de 1'661'550 fr. ./. valeur déterminante avant le transfert de 360'618 fr.). Une provision AVS de 12 % a été octroyée sur l'entier du bénéfice de liquidation imposable.</div> <div class="paraatf">Par décision du 15 mai 2019, l'Administration cantonale des impôts du canton de Vaud (ci-après: l'Administration cantonale) a rejeté la réclamation formée par les contribuables contre les décisions de taxation du 23 août 2018.</div> <div class="paraatf">Par arrêt du 2 mars 2021, la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal du canton de Vaud (ci-après: Tribunal cantonal) a rejeté le recours interjeté par les contribuables contre la décision sur réclamation du 15 mai 2019.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp381840"></a><span class="bold">C. </span>Agissant par la voie du recours en matière de droit public, A.A. et B.A. demandent au Tribunal fédéral, par acte du 1<sup>er</sup> avril 2021, sous suite de frais et dépens, de réformer l'arrêt susmentionné du 2 mars 2021 en ce sens que le différé d'imposition prévu aux <span class="artref">art. 18a LIFD</span> et 21a LI/VD est maintenu et de renvoyer le dossier à l'autorité de taxation pour nouvelle décision dans le sens des considérants en matière d'impôts cantonal et communal (ci-après: ICC) et d'impôt fédéral direct (IFD).</div> <div class="paraatf">Le Tribunal fédéral a rejeté le recours.</div> <div class="paraatf"> <i>(résumé)</i> </div> <br/><div> <a name="idp387072"></a><span class="big bold" id="erwaegungen">Erwägungen</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page301"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 301</div>Extrait des considérants:</div> <div class="paraatf"> <i>IV. Impôt fédéral direct</i> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp389632"></a><span class="bold" id="consideration_5.">5. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp390672"></a><span class="bold" id="consideration_5.1">5.1 </span>Aux termes de l'<span class="artref">art. 18a LIFD</span>, lorsqu'un immeuble de l'actif immobilisé est transféré de la fortune commerciale à la fortune privée, le contribuable peut demander que seule la différence entre les dépenses d'investissement et la valeur déterminante pour l'impôt sur le revenu soit imposée au moment du transfert. Dans ce cas, les dépenses d'investissement tiennent lieu de nouvelle valeur déterminante pour l'impôt sur le revenu et l'imposition du reste des réserves latentes à titre de revenu de l'activité lucrative indépendante est différée jusqu'à l'aliénation de l'immeuble (al. 1). L'affermage d'une exploitation commerciale n'est considéré comme un transfert dans la fortune privée qu'à la demande du contribuable (al. 2). Lorsque, en cas de partage successoral, seule une partie des héritiers poursuit l'exploitation commerciale, ceux-ci peuvent demander que l'imposition des réserves latentes soit différée jusqu'à la réalisation ultérieure, pour autant que les valeurs déterminantes pour l'impôt sur le revenu soient reprises (al. 3).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp395328"></a><span class="bold" id="consideration_5.2">5.2 </span>La LIFD ne précise pas ce qu'il faut entendre par "aliénation" (Veräusserung, alienazione) au sens de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span>.</div> <div class="paraatf">Selon la circulaire n° 26 du 16 décembre 2009 de l'Administration fédérale des contributions relative aux nouveautés concernant l'activité lucrative indépendante suite à l'adoption de la loi sur la réforme de l'imposition des entreprises II (ci-après: la Circulaire n° 26; ASA 78 p. 571), on entend par aliénation toute transmission, à titre onéreux ou non, de l'immeuble, à l'exclusion de la dévolution successorale. L'attribution d'un immeuble dans le cadre du partage de la succession est considérée comme une aliénation (ch. 2.1, p. 3).</div> <div class="paraatf">(...)</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp399648"></a><span class="bold" id="consideration_7.">7. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp400688"></a><span class="bold" id="consideration_7.1">7.1 </span>La loi s'interprète en premier lieu selon sa lettre (interprétation littérale). Si le texte n'est pas absolument clair, si plusieurs interprétations sont possibles, il convient de rechercher quelle est la véritable portée de la norme, en la dégageant de tous les éléments à considérer, soit notamment des travaux préparatoires (interprétation historique), du but de la règle, de son esprit, ainsi que des valeurs sur lesquelles elle repose, singulièrement de l'intérêt protégé <a name="page302"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 302</div>(interprétation téléologique) ou encore de sa relation avec d'autres dispositions légales (interprétation systématique). Le Tribunal fédéral ne privilégie aucune méthode d'interprétation, mais s'inspire d'un pluralisme pragmatique pour rechercher le sens véritable de la norme; il ne se fonde sur la compréhension littérale du texte que s'il en découle sans ambiguïté une solution matériellement juste (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F147-V-35%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page35">ATF 147 V 35</a> consid. 7.1; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F146-II-111%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page111">ATF 146 II 111</a> consid. 2.3.2; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F146-IV-249%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page249">ATF 146 IV 249</a> consid. 1.3).</div> <div class="paraatf">Une ordonnance administrative, comme la Circulaire n° 26, n'a pas force de loi. Le juge peut ainsi s'en écarter s'il l'estime contraire à la loi ou à l'ordonnance; en revanche, il en tient compte dans la mesure où elle permet une application correcte des dispositions légales dans un cas d'espèce (cf. <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F146-II-321%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page321">ATF 146 II 321</a> consid. 4.3; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F142-II-182%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page182">ATF 142 II 182</a> consid. 2.3.2).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp415472"></a><span class="bold" id="consideration_7.2">7.2 </span>Sous l'angle d'une interprétation littérale, on peut relever que, de façon générale, la notion d'aliénation relève du droit civil et concerne les cas où la propriété d'un bien est transférée par son propriétaire à un tiers. L'aliénation peut intervenir à titre onéreux ou gratuit et couvre donc également la donation (cf. MARKUS REICH, Steuerrecht, 3<sup>e</sup> éd. 2020, p. 408; YVES NOËL, in Commentaire romand, Impôt fédéral direct, 2<sup>e</sup> éd. 2017, n° 48 ad <span class="artref">art. 18 LIFD</span>; BASTIEN VERREY, in Commentaire romand, Impôt fédéral direct, 2<sup>e</sup> éd. 2017, n° 34 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>).</div> <div class="paraatf">En l'occurrence, l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> mentionne uniquement une aliénation, sans préciser que celle-ci devrait être accompagnée d'un gain. Si cette disposition reste sur ce point équivoque, le recours à la notion générale d'aliénation plaide plutôt en faveur d'une aliénation qui englobe la donation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp424560"></a><span class="bold" id="consideration_7.3">7.3 </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp425600"></a><span class="bold" id="consideration_7.3.1">7.3.1 </span>L'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> du projet du 22 juin 2005 comportait déjà les trois alinéas actuels (FF 2005 4611, 4612). Le texte français de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> du projet était identique au texte actuellement en vigueur, à l'exception de l'expression "coût d'investissement" qui a été remplacée par celle de "dépenses d'investissement" (FF 2005 4611, 4612).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp430560"></a><span class="bold" id="consideration_7.3.2">7.3.2 </span>L'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> a été introduit dans le cadre de la réforme de l'imposition des entreprises II, parmi les mesures destinées à faciliter la restructuration des entreprises de personnes (constituées, selon le Message, soit en entreprise individuelle, soit en sociétés de personnes) (Message du 22 juin 2005 concernant la loi sur la réforme de l'imposition des entreprises II [ci-après: Message RIE II], FF 2005 <a name="page303"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 303</div>4469, 4550, 4552, 4555 s. ch. 4.1, 4.3). Il ressort des travaux préparatoires que les objectifs visés par cette réforme étaient essentiellement de garantir la survie de ces entreprises, de faciliter leur restructuration et leur transfert par succession, que cela soit du vivant de l'entrepreneur ou à son décès entre héritiers, ainsi que d'alléger la charge fiscale lors de la liquidation d'une entreprise intervenue du vivant ou après la mort de l'exploitant (Message RIE II, FF 2005 4472, 4525 ch. 1.10.3). Toujours selon le Message, pour les entreprises de personnes, parmi les principales préoccupations émises par les milieux économiques intéressés et lors des interventions parlementaires figuraient les potentielles difficultés de disposer des liquidités nécessaires au paiement de l'impôt lors de la réalisation systématique découlant du transfert d'actifs de la fortune commerciale dans la fortune privée (Message RIE II, FF 2005 4550 s. ch. 4.1). Cette problématique est traitée dans le Message sous le titre "Mesures en vue de faciliter la restructuration" (Message RIE II, FF 2005 4555 ch. 4.3).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp436704"></a><span class="bold" id="consideration_7.3.3">7.3.3 </span>La notion d'aliénation n'a pas fait l'objet de précision spécifique ou de discussion dans les travaux préparatoires. Le terme de donation apparaît une fois dans les débats parlementaires relatifs à la loi sur la réforme de l'imposition des entreprises II, dans le cadre de la proposition faite par la majorité de la commission du Conseil des Etats de reformuler l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> de la manière suivante: "Lorsqu'un immeuble de l'actif immobilisé est transféré de la fortune commerciale à la fortune privée, le contribuable peut demander que seule la différence entre le coût d'investissement et la valeur déterminante pour l'impôt sur le revenu soit imposée au moment du transfert. Les autres réserves latentes (plus-value) sont imposées avec le reste du revenu de l'activité lucrative indépendante, mais l'impôt n'est payé qu'au moment de l'aliénation effective de l'immeuble; le montant de cet impôt est grevé d'un intérêt de 2 pour cent par an" (Bulletin officiel de l'Assemblée fédérale [ci-après: BO] 2006 CE 446). La rapporteure de la commission avait alors indiqué que la commission s'était posée la question de savoir ce qui se passerait en cas de dévolution successorale ou de donation de l'immeuble, mais qu'elle avait laissé ces questions ouvertes, avec l'espoir que l'autre Chambre, le Conseil national, leur accorderait l'attention nécessaire (BO 2006 CE 446 s.), ce qui n'a pas été le cas. Ce projet de modification sera finalement rejeté (BO 2007 CN 309; BO 2007 CE 212). <a name="page304"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 304</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp442640"></a><span class="bold" id="consideration_7.3.4">7.3.4 </span>Le Message précise qu'en cas de report, l'imposition interviendra au moment de la "réalisation effective" (<i>bis zur effektiven Realisierung</i> ; Message RIE II, FF 2005 4562 s. ch. 4.6.1 s.; BBl 2005 4826 s. ch. 4.6.1 s.), ce qui sous-entend en principe la perception d'une contre-prestation en argent (cf. OBERSON, Droit fiscal suisse, 5<sup>e</sup> éd. 2021, p. 139 s.). Il ressort également de la brochure explicative relative à la votation populaire du 24 février 2008 remise aux citoyens suisses en vue de la votation sur la réforme de l'imposition des entreprises II, mentionnée dans l'arrêt attaqué et par les recourants, que "Lors du transfert, au point de vue fiscal, d'un bien immobilier de la fortune commerciale à la fortune privée, en raison d'un changement d'affectation par exemple, le gain immobilier ne sera imposable que lorsque l'immeuble sera effectivement vendu. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'un gain est réalisé. Or les impôts ne doivent être prélevés que lorsque l'argent circule."</div> <div class="paraatf">La rapporteure de la commission du Conseil des Etats, en lien avec la proposition de reformulation précitée de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> (cf. supra consid. 7.3.3), se référait à l'aliénation effective (<i>tatsächliche Veräusserung</i> ), le but étant qu'aucun impôt ne soit perçu, tant qu'il n'y a pas de flux d'argent (BO 2006 CE 446 s.; cf. également dans ce sens l'intervention du Conseiller aux Etats Berset; BO 2006 CE 446). Au cours des débats qui ont suivi cette proposition, le Conseiller fédéral Merz a également rappelé son attachement à ce principe (BO 2006 CE 447).</div> <div class="paraatf">Dans le cadre de ses déterminations du 25 novembre 2015 sur la motion Jean-Pierre Grin, "Fiscalité agricole. Mise en oeuvre de la motion Müller Leo", déposée le 24 septembre 2015 (objet 15.3944), le Conseil fédéral a indiqué que "s'il existe un fait justifiant un différé d'imposition, l'imposition du bénéfice résultant de la plus-value n'a lieu qu'au moment de la réalisation effective dudit bénéfice". En outre, le Conseiller aux Etats Schmid, dans son intervention concernant l'entrée en matière sur le projet de loi fédérale sur l'imposition des immeubles agricoles et sylvicoles (cf. Message du 11 mars 2016 relatif à la loi fédérale sur l'imposition des immeubles agricoles et sylvicoles [FF 2016 1649], faisant suite à la motion Leo Müller précitée), avait également lié le report de l'impôt à l'absence de flux de valeurs, respectivement de liquidités (BO 2016 CE 1105).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp452080"></a><span class="bold" id="consideration_7.3.5">7.3.5 </span>Sur le plan historique, il découle de ce qui précède que l'un des buts visés par le report d'impôt prévu par l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> était de permettre au contribuable de pouvoir demander un report <a name="page305"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 305</div>d'imposition lors du transfert d'un immeuble de la fortune commerciale à la fortune privée, opéré dans le cadre d'une restructuration d'entreprise, en raison de l'absence de flux d'argent au moment de la réalisation systématique. Toutefois, il ne ressort pas des travaux préparatoires que le législateur aurait envisagé la question d'une donation. Un examen sous l'angle historique ne permet ainsi pas d'affirmer que le différé d'imposition prévu par les dispositions en cause doit être maintenu en cas d'aliénation à titre gratuit.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp456672"></a><span class="bold" id="consideration_7.4">7.4 </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp457760"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.1">7.4.1 </span>Sous l'angle de l'interprétation systématique, l'autorité précédente ne convainc pas lorsqu'elle soutient que l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span>, par rapport à l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span>, représenterait "une lex specialis en dérogeant à la règle selon laquelle le transfert d'éléments de la fortune commerciale dans la fortune privée est assimilé à une aliénation." L'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> ne change en effet rien à la qualification dudit transfert, mais représente une exception quant au moment de l'imposition ou de la perception de l'imposition (consid. 11 non publié). En outre, les recourants relèvent à raison que l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span> ne se réfère pas à la notion de donation et n'est pas plus explicite sur le terme d'aliénation que l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span>.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp468256"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.2">7.4.2 </span>L'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> peut néanmoins être considéré comme une disposition spéciale par rapport à l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span> (cf. PETER LANG, Aufschubstatbestände und Liquidationsgewinne gemäss Unternehmenssteuerreformgesetz II, IFF Forum für Steuerrecht, 2008, p. 112) et il reste ainsi pertinent d'examiner cette dernière disposition sous l'angle systématique.</div> <div class="paraatf">Le terme d'aliénation au sens de l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span>, qui se rapporte à la réalisation effective(<i>entgeltliche Veräusserung</i> ), implique l'existence d'un gain, ce qui exclut la donation (cf. REICH, op. cit., p. 408, 410; NOËL, op. cit., n<sup>os</sup> 47 s. ad <span class="artref">art. 18 LIFD</span>; REICH/VON AH, in Bundesgesetz über die direkte Bundessteuer [DBG] [ci-après: Kommentar DBG], 3<sup>e</sup> éd. 2017, n<sup>os</sup> 25 s. ad <span class="artref">art. 18 LIFD</span>).</div> <div class="paraatf">On pourrait en déduire que, lu conjointement avec l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span>, la notion d'aliénation de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> devrait être comprise comme se rapportant à la réalisation effective et donc exclure la donation (dans ce sens, JULIA VON AH, Die Besteuerung Selbständigerwerbender, 2<sup>e</sup> éd. 2011, p. 93 s.; <i>la même</i>, Kommentar DBG, op. cit., n° 15 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span> avec référence à la pratique du canton des Grisons; voir aussi REICH/VON AH, Bundesgesetz über die <a name="page306"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 306</div>Harmonisierung der direkten Steuern der Kantone und Gemeinden [StHG] [ci-après: Kommentar StHG],n° 52m ad <span class="artref">art. 8 LHID</span>). Ce raisonnement perd toutefois de vue que, contrairement à l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span>, l'aliénation de l'art. 18a al. 1 in fine LIFD ne porte pas sur un bien de la fortune commerciale, puisque le différé d'imposition suppose que le bien ait été transféré dans la fortune privée, et ne nécessite pas un gain, puisqu'il n'est pas ici question, comme dans le cadre de l'<span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span>, de déterminer une opération entraînant un bénéfice en capital, mais uniquement d'examiner si l'aliénation en cause interrompt ledit différé. Les deux notions d'aliénation des <span class="artref">art. 18 al. 2 LIFD</span> et 18a al. 1 LIFD portant sur des circonstances différentes, on ne peut pas considérer que la notion de l'un doit s'imposer à celle de l'autre.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp496544"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.3">7.4.3 </span>Par ailleurs, le système prévu par le législateur pour les cas de succession souligne la volonté de garder un lien avec l'exploitant (ou l'ancien exploitant) et de ne pas transférer la charge fiscale à une personne étrangère à l'exploitation. En effet, en cas de différé, il appartiendra aux héritiers qui reprennent l'exploitation commerciale d'assumer cette charge (<span class="artref">art. 18a al. 3 LIFD</span>), à savoir de supporter l'imposition des réserves latentes liées aux actifs d'exploitation cédés par les héritiers sortants (NOËL, op. cit., n<sup>os</sup> 54 ss ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp502208"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.4">7.4.4 </span>En vertu de la réalisation systématique intervenant lors du passage d'un immeuble de la fortune commerciale à la fortune privée, les réserves latentes rattachées à l'immeuble transféré sont soumises à l'impôt au titre du revenu de l'activité lucrative indépendante (<span class="artref"><artref id="CH/642.11/18/2" type="start"></artref><artref id="CH/642.11/18/1" type="start"></artref>art. 18 al. 1 et 2 LIFD</span><artref id="CH/642.11/18/2" type="end"></artref><artref id="CH/642.11/2" type="end"></artref>). Un tel revenu est soumis à cotisations sociales (art. 3 et 9 al. 1 de la loi fédérale du 20 décembre 1946 sur l'assurance-vieillesse et survivants [LAVS;RS 831.10]; art. 2 de la loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité [LAI; RS 831.20]; art. 27 dela loi fédérale du 25 septembre 1952 sur les allocations pour perte de gain [LAPG; RS 834.1];art. 17 du règlement fédéral du 31 octobre 1947 sur l'assurance-vieillesse et survivants [RAVS; RS 831.101]; Directive de l'Office fédéral des assurances sociales sur les cotisations des travailleurs indépendants et des personnes sans activités lucratives dans l'AVS, AI APG[DIN], état au 1<sup>er</sup> janvier 2022, ch. 1089). Le différé d'imposition prévu par l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> portera également sur les charges sociales (cf. DIN ch. 1089, 1089.1, 1089.2). Ainsi, en retenant que la donation ne met pas fin au différé d'imposition, l'obligation de payer des cotisations sociales sur le revenu de l'activité lucrative indépendante est transférée au donataire. Or, <a name="page307"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 307</div>il n'est pas satisfaisant sur le plan de la systématique légale, en particulier pour ce qui concerne la période postérieure à la donation (sur cette problématique, cf. consid. 11 non publié), d'imposer des charges sociales à un tiers, étranger à l'activité lucrative indépendante en cause, en raison uniquement du caractère commercial partiel de l'immeuble qui lui a été donné.</div> <div class="paraatf">Par ailleurs, les recourants prétendent à tort dans leur duplique que le Tribunal fédéral ne pourrait pas prendre en compte la question des cotisations sociales puisque celle-ci n'aurait pas été abordée dans l'arrêt attaqué. En effet, le Tribunal fédéral, qui examine librement le droit fédéral (cf. consid. 2 non publié), n'est pas lié par les motifs de l'autorité précédente ni par les moyens des parties; il peut donc admettre le recours pour d'autres motifs que ceux invoqués par les recourants, comme il peut le rejeter en opérant une substitution de motifs (cf. <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F135-III-397%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page397">ATF 135 III 397</a> consid. 1.4; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F133-II-249%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page249">ATF 133 II 249</a> consid. 1.4.1; arrêt 2C_849/2018 du 18 septembre 2019 consid. 2.1).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp519120"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.5">7.4.5 </span>La réforme de l'imposition des entreprises II et l'<span class="artref">art. 8 al. 2<sup>bis</sup> LHID</span> en particulier portent notamment sur l'imposition du gain immobilier dans le système dualiste (Message RIE II, FF 2005 4557; sur cette notion et celle de système moniste, cf. Message RIE II, FF 2005 4555; OBERSON, op. cit., p. 360). Sur le plan systématique, il est ainsi cohérent de considérer que la notion d'aliénation de l'<span class="artref">art. 8 al. 2<sup>bis</sup> LHID</span>, et donc de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> qui a la même teneur (cf. infra consid. 13), devrait correspondre à celle de l'<span class="artref">art. 12 LHID</span>, qui porte sur l'imposition du gain immobilier.</div> <div class="paraatf">La loi prévoit que toute aliénation est imposable (<span class="artref">art. 12 al. 2 LHID</span>). La notion d'aliénation est vaste et couvre tous les transferts de propriété au sens du droit civil (cf. arrêt 2C_704/2013 du 1<sup>er</sup> mai 2014 consid. 3.1, in Archives 82 p. 750, 83 p. 243, StR 69/2014 p. 544, StE 2014 B n° 42.1 5; OBERSON, op. cit., p. 361). La loi précise que l'imposition du gain immobilier est différée en cas de donation (<span class="artref">art. 12 al. 3 let. a LHID</span>). L'imposition est reportée jusqu'à nouvelle aliénation imposable (cf. arrêt 2C_797/2009 du 20 juillet 2010 consid. 2.3), soit jusqu'à ce qu'une cession à titre onéreux ait lieu.</div> <div class="paraatf">On pourrait estimer qu'il devrait en aller de même dans le cadre de l'<span class="artref">art. 8 al. 2<sup>bis</sup> LHID</span>. La donation, qui ne génère pas de produit, devrait par conséquent être exclue de la notion d'aliénation de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> (dans ce sens, cf. DE MITRI/GANI, Passage de l'immeuble de la fortune commerciale dans la fortune privée - Questions choisies <a name="page308"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 308</div>concernant l'application du nouvel article 18a LIFD, RF 7-8/2011 p. 576; THIERRY A. OBRIST, Le concept de réalisation systématique en droit fiscal suisse, 2012, p. 240 n.b.p. 1159). Ce serait toutefois omettre que l'impôt sur le gain immobilier, comme son nom l'indique et comme le précise expressément l'<span class="artref">art. 12 al. 1 LHID</span>, requiert que l'aliénation soit accompagnée d'un gain (ce qui permet déjà en soi d'exclure la donation; cf. OBERSON, op. cit., p. 361 s.; ZWAHLEN/NYFFENEGGER, Kommentar StHG, op. cit., n° 32 ad <span class="artref">art. 12 LHID</span>; BASTIEN VERREY, L'imposition différée du gain immobilier: harmonisation fédérale et droit cantonal comparé, Recherches juridiques lausannoises, Nr. 51, 2011, p. 254) et que la loi prévoit expressément qu'une telle opération conduit à un report d'imposition (<span class="artref">art. 12 al. 3 let. a LHID</span>), ce qu'elle ne précise pas dans le cadre des <span class="artref">art. 18a LIFD</span> et 8 al. 2<sup>bis</sup> LHID. Au surplus, il faut relever que l'impôt sur le gain immobilier est un impôt réel (cf. <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2022&amp;to_year=2022&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F145-II-206%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page206">ATF 145 II 206</a> consid. 2.2.2 et 3.1) qui ne prend pas ou quasiment pas en compte la situation du contribuable (cf. VERREY, op. cit, p. 90), alors que l'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> porte sur l'impôt sur le revenu qui est un impôt personnel (cf. OBERSON, op. cit., p. 10). Ce dernier est donc attaché à la personne du contribuable, ce qui n'est pas le cas du premier. Ces différences empêchent a priori de se calquer pleinement sur le système prévu en matière d'impôt sur le gain immobilier. </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp552464"></a><span class="bold" id="consideration_7.4.6">7.4.6 </span>Sur le vu de ce qui précède, une interprétation systématique penche aussi plutôt en faveur d'une notion d'aliénation couvrant la donation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp553840"></a><span class="bold" id="consideration_7.5">7.5 </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp554880"></a><span class="bold" id="consideration_7.5.1">7.5.1 </span>Sous l'angle téléologique, comme déjà mentionné, il ressort des travaux préparatoires que l'un des objectifs visés par la réforme de l'imposition des entreprises II était d'alléger pour les entreprises l'imposition du passage de la fortune commerciale à la fortune privée, compte tenu de l'absence de liquidités générée par cette opération (cf. Message RIE II, FF 2005 4551, 4556 s. ch. 4.1, 4.3.2; supra consid. 7.3.2 ss). Nous l'avons vu, le législateur n'a pas traité spécifiquement des conséquences d'une aliénation à titre gratuit sur le différé (cf. supra consid. 7.3.3). On ne peut partant pas retenir qu'il aurait envisagé de maintenir celui-ci dans le cas d'une aliénation effectuée à titre gratuit et qu'il conviendrait dès lors de retenir que cette dernière notion, telle qu'elle figure à l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span>, exclut la donation. <a name="page309"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 309</div> </div> <div class="paraatf">Par ailleurs, l'imposition des amortissements récupérés au moment du transfert souligne que le but n'était pas en soi d'éviter toute imposition lorsqu'il n'y a pas de flux financier. L'objectif visé par le différé d'imposition était d'atténuer les conséquences fiscales d'un transfert d'immeuble de l'actif immobilisé dans la fortune privée et d'éviter qu'en cas de manque de liquidités, ce bien ne doive être vendu pour pouvoir payer les impôts découlant de la réalisation systématique. Le but était également de rapprocher les systèmes dualiste et moniste d'imposition des gains réalisés sur des immeubles commerciaux (cf. Message RIE II, FF 2005 4551, 4555 s. ch. 4.1, 4.3.1), en faisant en sorte que, comme dans le système moniste, le transfert du bien de la fortune commerciale à la fortune privée ne conduise pas à l'imposition des réserves latentes (cf. Message RIE II; FF 2005 4555 s. ch. 4.3.1). Rien n'indique que l'objectif aurait été de maintenir ce privilège, lorsque, dans un deuxième temps, le contribuable décide de remettre son immeuble à titre gratuit. On rappellera ici que l'impôt sur le gain immobilier prévoit expressément que la donation diffère l'imposition (<span class="artref">art. 12 al. 3 LHID</span>), ce que ne fait pas la loi pour l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span>.</div> <div class="paraatf">L'opération de transfert de la fortune commerciale à la fortune privée, qui déclenche une réalisation systématique, est interne à l'entreprise et, comme le relève l'Administration fédérale des contributions dans sa prise de position, vise le transfert entre deux masses de biens d'un même contribuable. Le report d'imposition ne s'étendait donc a priori pas aux conséquences induites par le transfert de l'actif à une personne tierce.</div> <div class="paraatf">La réforme en cause visait les entreprises de personnes et non les actes ultérieurs décidés par l'entrepreneur (ou l'ancien entrepreneur) dans le cadre de la gestion de ses biens privés. L'autorité précédente peut ainsi être suivie lorsqu'elle retient que le maintien du différé d'imposition en cas de donation, soit d'un acte qui appartient à la gestion de la fortune privée, irait au-delà du but poursuivi par la réforme de l'imposition des entreprises II. Au demeurant, on ne voit pas et lesrecourants n'expliquent pas en quoi la donation d'un immeuble serait une opération indispensable dans le cadre d'une restructuration ou du transfert d'une entreprise (deux éléments visés par la réforme en cause; cf. supra consid. 7.3.2). En particulier, on ne voit pas pourquoi l'agriculteur qui veut remettre son exploitation à l'un de ses enfants serait tenu, de son vivant, de donner certaines parcelles aux autres héritiers. Il peut rester équitable par d'autres biais, notamment <a name="page310"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 310</div>en accordant la gratuité du logement ou un loyer modéré. Il en va différemment en cas de succession. Dans un tel cas, l'absence de possibilité de report de l'imposition (que prévoient expressément les <span class="artref">art. 18a al. 3 LIFD</span> et 8 al. 2<sup>quater</sup> LHID) pourrait empêcher le ou les héritiers reprenant l'entreprise de compenser les autres héritiers non exploitants, mettant ainsi en danger l'existence de celle-ci.</div> <div class="paraatf">Les recourants ne peuvent rien tirer de la brochure explicative relative à la votation populaire du 24 février 2008. Telle qu'elle est formulée, elle ne permet en effet pas d'exclure que le législateur avait en tête un seul et même contribuable avant et après le différé d'imposition.</div> <div class="paraatf">Enfin, il ressort des travaux préparatoires et du texte même de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> que le différé concerne l'imposition et non le payement de l'impôt (consid. 11.2 non publié). La plus-value prise par l'immeuble, y compris celle acquise postérieurement au passage dans la fortune privée, est alors imposée au titre de l'activité lucrative indépendante. Il est dès lors cohérent de considérer qu'un certain lien, une certaine unité de sujet, doit être maintenu entre l'exploitant (ou l'ancien exploitant) et l'immeuble qui conserve un "caractère partiellement commercial". Admettre que la donation interrompt le différé a pour avantage de clarifier la situation sur le plan de la fortune privée et commerciale et de ne pas transférer une imposition (et non seulement une dette d'impôt), ainsi que des charges sociales, sur un contribuable étranger à l'activité indépendante concernée. L'élément déterminant pour interrompre le différé réside dans le transfert du bien à un tiers et non dans le caractère onéreux ou non de l'opération. Le contribuable au bénéfice d'un différé d'imposition qui fait le choix de renoncer à une réalisation effective de son immeuble en préférant le remettre gratuitement ne peut pas tirer avantage de l'<span class="artref">art. 18a LIFD</span>. Par ailleurs, la règle voulant qu'en cas de décès, l'obligation fiscale découlant du différé d'imposition passe au conjoint survivant et aux descendants (Message RIE II, FF 2005 4578) résulte de la succession universelle (<span class="artref">art. 560 CC</span>) et ne permet pas de tirer des conclusions sur la notion d'aliénation au sens des dispositions concernées.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp581504"></a><span class="bold" id="consideration_7.5.2">7.5.2 </span>Une interprétation téléologique parle ainsi en faveur d'une notion d'aliénation englobant la donation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp582800"></a><span class="bold" id="consideration_7.6">7.6 </span>La grande majorité de la doctrine considère que la donation ne constitue pas une aliénation au sens de l'<span class="artref">art. 18a al. 1 LIFD</span> et ce <a name="page311"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 311</div>essentiellement pour des considérations liées à l'interprétation historique et systématique. En substance, les auteurs qui sont en faveur de la thèse des recourants relèvent que la donation ne constitue pas une réalisation effective des réserves latentes, respectivement ne conduit pas à un flux d'argent, et que partant elle ne peut être considérée comme une aliénation au sens des dispositions en cause (VERREY, op. cit., n° 36 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; VON AH, Kommentar DBG, op. cit., n° 15 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; REICH/VON AH, Kommentar StHG, op. cit., n° 52m ad <span class="artref">art. 8 LHID</span>; MARKUS PFIRTER, Steuerliche Aspekte von Liegenschaften im Nachlass, StR 72/2017 p. 543; RICHNER/FREI/ KAUFMANN/MEUTER, Handkommentar zum DBG, 3<sup>e</sup> éd. 2016, n° 22 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; OBRIST, op. cit., p. 240 n.b.p. 1159; DE MITRI/ GANI, op. cit., p. 576; VON AH, op. cit., p. 93 s; ERICH ETTLIN, USTR II, ST 10/08 p. 764; MICHAEL BUCHSER, Unternehmungsnachfolge bei Personengesellschaften, RF 2008/63 I p. 28). LANG conteste qu'une donation entraîne une réalisation systématique et estime qu'englober un tel acte dans la notion d'aliénation serait contraire au but de la réforme (LANG, op. cit., p. 114).</div> <div class="paraatf">LOCHER est d'un avis contraire et défend la qualification d'aliénation retenue dans la circulaire n° 26 (PETER LOCHER, Kommentar zum Bundesgesetz über die direkte Bundessteuer, I. Teil, Art. 1-48 DBG, 2<sup>e</sup> éd. 2019, n° 11 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>). Il considère que l'immeuble transféré dans la fortune privée reste partiellement un bien commercial, pour la durée durant laquelle court le différé d'imposition (LOCHER, op. cit., n° 7 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; d'autres auteurs relèvent l'existence de ce caractère hybride: RICHNER/FREI/KAUFMANN/MEUTER, op. cit., n<sup>os</sup> 18 ss ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; LANG, op. cit., p. 113; VON AH, Kommentar DBG, op. cit., n<sup>os</sup> 8 s. ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; OBRIST, op. cit., p. 242). Les revenus et rendements de l'immeuble, ainsi que la fortune sont imposés au titre de revenu et fortune de la fortune privée, alors que la plus-value l'est au titre de l'activité lucrative indépendante (cf. LOCHER, op. cit., n° 7 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>; OBRIST, op. cit., p. 242 s). Considérant que l'acte de donation ne peut porter que sur un élément de la fortune privée, il considère que cet acte a pour effet de transférer la "part commerciale" de l'immeuble dans la fortune privée, ce qui justifie l'imposition des réserves latentes (LOCHER, op. cit., n° 11 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>).</div> <div class="paraatf">La thèse de LOCHER, suivie par l'autorité précédente, est convaincante. Seule la retenue d'un caractère hybride, soit d'un élément de la <a name="page312"></a><div class="center pagebreak">BGE 148 II 299 S. 312</div>fortune privée conservant une part commerciale permet de justifier que la plus-value, acquise après le transfert ayant conduit au différé, puisse être considérée comme du revenu de l'activité lucrative indépendante, ce que souhaitait le législateur (cf. consid. 11.2 non publié). Elle est en outre conforme à la systématique fiscale qui veut que seul un bien faisant partie de la fortune privée puisse faire l'objet d'une donation (cf. arrêts 2C_501/2020 du 15 mars 2021 consid. 6.1.3; 2C_164/2009 du 13 août 2009 consid. 5.4, in RDAF 2009 II p. 531; NOËL, op. cit., n° 51 ad <span class="artref">art. 16 LIFD</span>; VERREY, op. cit., n° 34 ad <span class="artref">art. 18a LIFD</span>). De plus, elle permet d'éviter qu'un tiers soit imposé sur le revenu d'une activité lucrative indépendante et doive payer des cotisations sociales sur celui-ci, alors qu'il n'a aucun lien avec l'exploitation à l'origine de la qualification d'élément de la fortune commerciale de l'immeuble reçu (cf. supra consid. 7.4.4). Enfin, cette approche n'entre pas en contradiction avec l'allègement voulu par le législateur. L'impôt frappant la réalisation systématique en cas de passage de la fortune commerciale à la fortune privée est bel et bien différé et le propriétaire de l'immeuble reste libre de bénéficier de cet avantage en renonçant à l'aliénation de celui-ci à titre gratuit ou onéreux. (...)</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp615872"></a><span class="bold" id="consideration_9.">9. </span>Sur le vu de l'ensemble de ce qui précède, les règles d'interprétation, en particulier littérale, systématique et téléologique, penchent dans le sens retenu par l'autorité précédente et les autorités fiscales. Le terme d'aliénation prévu à l'art. 18a al. 1 LFD englobe ainsi la donation.</div> <div class="paraatf">(...)</div> <div class="paraatf"> <i>V. Impôts cantonal et communal</i> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp618800"></a><span class="bold" id="consideration_13.">13. </span>Les dispositions légales applicables en matière d'ICC, à savoir l'art. 8 al. 2 <sup>bis</sup> à 2<sup>quater</sup> LHID et l'art. 21a LI/VD, ont un contenu identique à l'<span class="artref">art. 18a LIFD</span> et ni la LHID, ni la LI/VD ne précisent ce qu'il faut entendre par "aliénation" au sens de l'<span class="artref">art. 8 al. 2<sup>bis</sup> LHID</span> et 21a al. 1 LI/VD. Il peut ainsi être renvoyé aux considérants relatifs à l'IFD (cf. supra consid. 5 ss).</div> </div></body></html>