B u n d e s v e r w a l t u n g s g e r i ch t T ri b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T ri b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T ri b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-417/2023 A r r ê t du 2 4 a v r i l 2 0 2 3 Composition William Waeber, juge unique, avec l'approbation de Claudia Cotting-Schalch, juge ; Lucas Pellet, greffier. Parties A._______, né le (…), Afghanistan, (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi ; décision du SEM du 19 janvier 2023 / N (…) E-417/2023 Page 2 Faits : A. Le 15 octobre 2022, A._______ (ci-après : le requérant, le recourant ou l’intéressé) a déposé une demande d’asile en Suisse. Le 19 octobre suivant, les investigations entreprises par le SEM ont révélé, sur la base d’une comparaison dactyloscopique avec l’unité centrale du système européen « Eurodac », que le requérant avait été interpellé et ses empreintes digitales relevées en Croatie le 8 octobre 2022. B. Le 20 octobre 2022 , les juristes et avocat(e)s de B._______ ont été mandaté(e)s pour représenter l’intéressé dans le cadre de la procédure. C. Entendu le 26 octobre 2022 dans le cadre d’un entretien individuel Dublin, le requérant a notamment été invité à se déterminer sur la possible responsabilité de la Croatie pour le traitement de sa demande d’asile, ainsi que sur sa situation médicale. Le recourant s’est opposé à son transfert en Croatie, déclarant que lors de sa première tentative de pénétrer dans ce pays, il avait été interpellé par la police croate et retenu durant une journée. La police l’aurait « beaucoup embêté » et se serait « très mal comportée » avec lui, sans toutefois le frapper. Ses empreintes digitales auraient été relevées de force et, selon l’ami iranien qui l’accompagnait, un ordre de quitter le pays lui aurait été remis. Il aurait ensuite été reconduit à proximité de la frontière bosnienne et invité à retourner dans ce pays, ce qu’il aurait fait, après avoir en vain réclamé une bouteille d’eau. Lors de sa seconde tentative, l’intéressé n’aurait eu aucun contact avec les autorité s croates et aurait seulement traversé le pays, en un jour et demi , avant de poursuivre sa route vers la Slovénie, l’Italie puis la Suisse. S’agissant de son état de santé, il a déclaré « ne pas avoir de problème particulier ». L’intéressé a par ailleurs affirmé être arrivé en Europe via la Grèce, environ neuf mois auparavant. Il y aurait vécu pendant un peu plus de huit mois et ses empreintes digitales y auraient été relevées. Le système « Eurodac » n’en fait toutefois pas état. D. Le même jour, le SEM a soumis aux autorités croates compétentes une E-417/2023 Page 3 requête aux fins de prise en charge de l’intéressé, fondée sur l’art. 13 par. 1 du règlement Dublin III (ci -après également : RD III ; règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride [refonte ; JO L 180 du 29 juin 2013 p. 31 ss]). Le 26 décembre 2022 , les autorités croates ont accepté de prendre en charge le requérant, sur la base de l'art. 13 par. 1 RD III. E. Par décision du 19 janvier 2023, notifiée le 23 janvier suivant, le SEM n’est pas entré en matière sur la demande d’asile formée par l’intéressé. Il a en outre prononcé son transfert vers la Croatie et ordonné l’exécution de cette mesure, constatant encore l’absence d’effet suspensif d’un éventuel recours. F. Le 24 janvier 2023, le requérant a interjeté recours contr e cette décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : le Tribunal). A titre préalable, il a sollicité le prononcé de mesures superprovisionnelles, l’octroi de l’effet suspensif, la dispense de l’avance des frais de procédure ainsi que l’octroi de l’assistance judiciaire « totale », ne motivant cette dernière demande que par son impossibilité de supporter les frais de la procédure. Sur le fond, il a conclu, à titre principal, à ce qu’il soit entré en matière sur sa demande d’asile, subsidiair ement au renvoi de la cause à l’autorité intimée. Il a notamment déclaré que la police croate l’avait battu avec un bâton, qu’il n’avait pas reçu d’ordre de quitter le pays et qu’en cas de retour en Croatie, il serait renvoyé en Afghanistan, où sa vie sera it en danger, en tant qu’Ouzbek. G. Par décision incidente du 25 janvier 2023, le juge instructeur a suspendu, à titre de mesure provisionnelle, l’exécution du transfert du recourant et renoncé à la perception de l’avance des frais de procédure, précisant qu’il serait statué ultérieurement sur la demande d’assistance judiciaire. E-417/2023 Page 4 H. Les autres faits et arguments seront examinés en tant que de besoin dans les considérants en droit. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2 En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'e xtradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l’art. 105 LAsi [RS 142.31] et art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. 1.3 Le Tribunal est donc compétent pour connaître du recours. 1.4 L’intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi de l’art. 37 LTAF). Interjeté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 1.5 Il est renoncé à un échange d’écritures (art. 111a al. 1 LAsi). 2. Saisi d’un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien-fondé d’une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2; 2009/54 consid. 1.3.3; 20 07/8 consid. 5). 3. 3.1 Dans le cas d’espèce, il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se ren dre dans un Etat tiers compétent, en vertu d’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi. E-417/2023 Page 5 3.2 Avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d’une demande d’asile selon les critères fixés dans le règlement Dublin III. S’il ressort de cet examen qu’un autre Etat est responsable du traitement de la demande d’asile, il rend une décision de non-entrée en matière après que l’Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2). 3.3 Aux termes de l’art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui-ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. La procédure de détermination de l’Etat responsable est engagée aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III). 3.4 Dans une procédure de prise en charge (anglais : take charge), comme c’est le cas en espèce, les critères énumérés au chapitre III du règlement (art. 8-15) doivent être appliqués successivement (principe de l’application hiérarchique des critères de compétence, art. 7 par. 1 RD III). Pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la première demande dans un Etat membre (art. 7 par. 2 RD III). 3.5 En application de l’art. 13 par. 1 RD III, lorsqu’il est établi, sur la base de preuves ou d’indices tels qu’ils figurent dans les deux listes mentionnées à l’art. 22 par. 3 dudit règlement, notamment des d onnées visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d’un Etat membre dans lequel il est entré en venant d’un Etat tiers, cet Etat membre est responsable de l’examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date de franchissement irrégulier de la frontière. 4. 4.1 En l’occurrence, comme déjà relevé, les investigations entreprises par le SEM ont révélé, après consultation de l’unité centrale du système européen « Eurodac », que le recourant a franchi illégalement la frontière du territoire des Etats Schengen en Croatie et que ses empreintes digitales y ont été enregistrées le 8 octobre 2022. Les déclarations d e l’intéressé selon lesquelles s es empreintes digitales auraient été relevées sans son consentement ne sont pas étayées . Quoi qu’il en soit, il ne peut être, sur le principe, reproché aux autorités croates E-417/2023 Page 6 d’avoir enregistré le recourant à son passage dans le pays. En procédant à ces relevés au moment de l’interpellation de l’intéressé et à l eur transmission au système central Eurodac, les autorités croates se sont conformées à leur obligation découlant de l'art. 9 par. 1 et de l’art. 14 par. 1 du règlement Eurodac. Dans ces circonstances, rien n’indique que l’intéressé, aux fins du relevé de ses empreintes digitales, aurait subi de la part de la police croate des moyens de contrainte contraires à l'art. 3 CEDH ou aux art. 3 et 6 de la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CCT, RS 0.105). 4.2 Le 26 octobre 2022 , le SEM a dès lors soumis aux autorités croates compétentes, dans les délais fixés à l’art. 21 par. 1 RD III, une requête aux fins de prise en charge, fondée sur l’art. 13 par. 1 de ce même règlement. 4.3 Par communication du 26 décembre 2022, soit dans le délai fixé par l’art. 22 par. 1 RD III, lesdites autorités ont expressément accepté de prendre en charge l’intéressé, sur la base de l'art. 13 par. 1 RD III. 4.4 La compétence de la Croatie pour le traitement de la demande d’asile du requérant est donc donnée, au regard des critères de détermination de l’Etat membre responsable (art. 7 ss RD III). 4.5 Les allégations de l’intéressé selon lesq uels il aurait préalablement transité par la Grèce ne sont en rien étayées et ne modifient donc pas ce constat. 5. 5.1 En vertu de l’art. 3 par. 2 du règlement Dublin III, lorsqu’il est impossible de transférer un demandeur vers l’Etat membre initialement désign é comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégra dant au sens de l’art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci -après: Charte UE), l’Etat procédant à la détermination de l’Etat responsable poursuit l’examen des critères fixés au chapitre III, afin d’étab lir si un autre Etat peut être désigné comme responsable. Lorsqu’il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès E-417/2023 Page 7 duquel la demande a été introduite, l’Etat membre procédant à la détermination devient l’Etat responsable. 5.2 En principe, la Croatie est présumée respecter ses obligations tirées du droit international public, en particulier le principe de non -refoulement énoncé expressément à l'art. 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (CR, RS 0.142.30), ainsi que l'interdiction des mauvais traitements ancrée à l'art. 3 CEDH et à l'art. 3 CCT. 5.3 La Croatie est également présumée respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'exam en, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale [refonte ; JO L 180/60 du 29.06.2013 ; ci - après : directive Procédure] et directive n° 2013/33/UE du Conseil du 26 juin 2013 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres [refonte ; JO L 180/96 du 29.06.2013 ; ci -après : directive Accueil] ; voir en ce sens arrêts du TAF F-3061/2021 du 9 juillet 2021 consid. 5.2 et E -711/2021 du 11 mars 2021 consid. 4.2.1 [transferts Dublin vers la Croatie]). La présomption de sécurité peut toutefois être renversée par des indices sérieux que, dans le cas concret, les autorités de cet Etat ne respecteraient pas le droit international, de sorte que la personne faisant l’objet du transfert courrait un risque réel de subir des traitements contraires aux dispositions précitées (cf. ATAF 2012/27 consid. 6.4 et 2011/9 consid. 6). 5.4 Le Tribunal a certes admis la forte probabilité, pour des requérants entrant pour la première fois sur le territoire croate, que des refoulements illicites à la frontière, ainsi que des refoulements, sans examen individuel, directement à la frontière ( « hot returns ») ou encore de violences excessives puissent se produire régulièrement en Croatie (cf. arrêt de coordination E-1488/2020 du 22 mars 2023 consid. 9.3.5, en lien avec le consid. 9.3.2). En revanche, s’agissant de requérants transférés en Croatie sur la base du règlement Dublin III, il est arrivé à la conclusion que ceux-ci avaient en principe accès à la procédure d'asile da ns ce pays et a jugé que, dans le cadre tant d'une procédure de prise en charge (« take- charge") que d’une procédure de reprise en charge ( « take-back »), les personnes transférées ne risquaient pas, selon une haute probabilité, E-417/2023 Page 8 d’être exposées à un risque de violation de leurs droits découlant du principe de non -refoulement. Il a également nié l’existence, dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Croatie, de faiblesses systémiques au sens de l'art. 3 par. 2, phr. 2 et 3 du règlement Dublin III, qui feraient apparaître un transfert de requérants comme généralement inadmissible. Il a encore précisé qu’il ne fallait renoncer à un transfert que dans des cas exceptionnels, à savoir lorsque le requérant démontre, par des arguments fondés, que le principe énoncé ci-dessus ne s'applique pas à son cas d’espèce (cf. ibidem consid. 9.5). 5.5 Par conséquent, l'application de l'art. 3 par. 2 du règlement Dublin III ne se justifie pas en l'espèce. 6. 6.1 Le recourant s’oppose néanmoins à son transfert vers la Croati e, déclarant y avoir été « beaucoup embêté » par la police, laquelle se serait « très mal comportée » à son égard. Au stade du recours, il a ajouté avoir été frappé avec un bâton. 6.2 Sur la base de l’art. 17 par. 1 RD III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d’un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une telle demande lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse relevant du droit international public (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1 et 2012/4 consid. 2.4). 6.3 Le recourant n’a pas démontré que sa demande de protection, une fois déposée, ne serait pas traitée par les autorités croates conformément aux dispositions légales applicables dans ce pays et à la directive Procédure. Les prises de position critiques de plusieurs organismes (notamment le Conseil de l’Europe), connues du Tribunal, concernant la situation générale en Croatie en lien avec la procédure d’asile, ne sauraient infléchir ce raisonnement. En outre, le recourant n'a fourni aucun élément susceptible de démontrer que, dans le cadre de l’examen de sa demande d’asile, la Croatie ne respecterait pas le principe de non-refoulement, et donc faillirait à ses obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, E-417/2023 Page 9 son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d’où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays. 6.4 L’intéressé n'a pas non plus apporté d'indices selon lesquels il serait privé durablement, en Croatie, après avoir déposé sa demande d’asile, des conditions matérielles prévues par la directive Accueil et qu’il ne pourrait au besoin y faire valoir ses droits. Il n’a en particulier pas démontré, ni même allégué, que ses conditions d'existence dans ce pays revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité, pour un requérant d’asile, qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 CCT (cf. arrêt du TAF F-1125/2021 du 19 mars 2021 consid. 4.5). Sur le fond, les seules déclarations du recourant lors de son audition Dublin ne suffisent pas à établir qu’il a subi de la part de la police croate des traitements contraires à l'art. 3 CEDH ou à l’art. 3 CCT. L’intéressé n’explique pas en quoi il aurait été « embêté » par la police ni en quoi celle- ci se serait mal comportée à son égard, si ce n’est dans le cadre du relevé de ses empreintes digitales et de sa première entrée sur le territoire croate, question qui a été abordée plus haut (cf. consid. 4.1). Ses déclarations contradictoires concernant le fait qu’un ordre de quitter le pays lui aurait été remis (entretien Dublin) ou pas (mémoire de recours) ne sont pas déterminantes. En outre, les allégations de violences faites au stade du recours, tardives, sommaires et en rien éta yées ne convainquent pas. Il sied en particulier de relever que lors de son entretien Dublin, l’intéressé a expressément déclaré ne pas avoir été frappé par la police croate , en réponse à une question de sa mandataire. Enfin et surtout, les allégations de l’intéressé ne sont pas décisives quant à la conformité de son transfert au regard des dispositions précitées, dès lors qu’il n’existe aucune raison concrète et sérieuse d’admettre que son transfert à Zagreb (cf. acceptation de l’Unité Dublin croate) risqu erait de l’exposer à une situation similaire à celle qu’il dit avoir connue après son interpellation, en tant que personne étrangère en situation irrégulière. Cela dit, si le recourant devait, à l’issue de son transfert en Croatie, être contraint par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou s’il devait estimer que cet Etat ne respecte pas les directives européennes en matière d'asile, viole ses obligations d'assistance à son encontre ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire valoir ses droits directement auprès des autorités de ce pays et éventuellement de E-417/2023 Page 10 s’adresser, en cas de besoin, à la CourEDH (cf. arrêt du TAF F-1543/2018 du 19 mars 2018 consid. 6.2 ainsi que art. 26 Directive Accueil). 6.5 L’état de santé de l’intéressé, qui a déclaré ne pas avoir de problème particulier, ne saurait s’opposer à son transfert. Celui -ci ne l’allègue d’ailleurs pas. 6.6 Par conséquent, le transfert du recourant vers la Croatie n’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée. 6.7 Il y a en outre lieu de constater que le SEM a établi de manière complète et exacte l’ensemble des faits pertinents pour l’examen de la question et n'a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation, qui est large, en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, en combinaison avec l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 6.8 Il convient encore de rappeler que ledit règlement ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3). 7. C’est ainsi à bon droit que l’autorité inférieure n'est pas entrée en matière sur la demande d'asile de l’intéressé, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de Suisse vers la Croatie. Par conséquent, le recours doit être rejeté. 8. 8.1 Comme relevé, l’intéressé demande l’assistance judiciaire « totale », mais indique uniquement ne pas pouvoir faire face aux frais de la procédure, ne requérant pas le soutien d’un mandataire d’office. Il a d’ailleurs déposé un recours complet et ne prétend aucunement avoir été empêché d’exposer tous ses arguments. Sa demande doit donc être considérée comme une demande d’assistance judiciaire partielle. Celle-ci devrait être rejetée et les frais de procédure ê tre mis à la charge de l’intéressé, dès lors que les conclusions du recours sont aujourd’hui dénuées de chances de succès et que les conditions cumulatives de E-417/2023 Page 11 l’art. 65 al. 1 PA n e sont ainsi plus réalisées, indépendamment de l’indigence du recourant (cf. art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 8.2 Compte tenu de la particularité du cas et du fait qu’au moment du dépôt du recours celui-ci n’était pas voué à l’échec, il est cependant renoncé à la perception des frais de procédure (cf. art. 6 let. b FITAF). (dispositif : page suivante) E-417/2023 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Il n’est pas perçu de frais de procédure. 3. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le juge unique : Le greffier : William Waeber Lucas Pellet