<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Le vendredi 11 novembre 1994 au petit matin, V. a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">perdu la maîtrise de son véhicule à l'intersection des routes de Berne,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Henripolis et Entre-Deux à Marin. Son automobile est sortie de la route, a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">heurté une bouche d'aération d'une conduite souterraine, effectué un ton-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">neau, puis s'est finalement immobilisée sur le toit dans le champ à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'ouest du carrefour. Blessé à un bras, V. a quitté les lieux</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pour regagner à pied son domicile et signaler l'accident à la police. La</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prise de sang effectuée à 7.30 heures a révélé un taux d'alcool moyen de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1,66 g/kg.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le 2 décembre 1994, le ministère public a notifié à V. une ordonnance pénale le condamnant à une peine de 14 jours d'em-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prisonnement avec sursis pendant 2 ans, à 600 francs d'amende et aux frais</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la cause par 625 francs, en application des articles 31/1-2, 32/1,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">90/1, 91/1 LCR, 2/1-2, 3/1 OCR, 41/1 CPS. V. a fait opposition</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à cette ordonnance le 13 décembre 1994.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Par jugement du 12 octobre 1995, le Tribunal de police du dis-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trict de Neuchâtel a condamné V. à 150 francs d'amende et à une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">part des frais de la cause, en application des articles 31/1, 90/1 LCR, 3</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">al.1 OCR et 89 CPP. Le tribunal a estimé, tout en soulignant que cette</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">thèse était peu vraisemblable, que l'on ne pouvait pas exclure que V. ait consommé, comme il l'affirme, deux grands verres d'eau-de-vie</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de verveine après l'accident, à son retour à son domicile. Au vu de ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">léger doute, la prévention de conduite en état d'ivresse a été abandonnée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Le tribunal a en revanche retenu une perte de maîtrise fautive, estimant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que V. ne saurait imputer sa sortie de route au seul fait que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les lunettes spéciales qu'il portait au moment de l'accident étaient dé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fectueuses.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Le ministère public interjette recours contre ce jugement, invo-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">quant une fausse application de la loi au sens de l'article 242 ch.1 CPP.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Selon lui, le premier juge, constatant qu'il n'était pas exclu que l'al-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">coolémie de V. était due à l'absorption de liqueur après l'ac-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cident, aurait dû modifier la qualification des faits conformément à l'ar-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ticle 211 CPP et retenir la soustraction à une prise de sang en applica-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion de l'article 91 al.3 LCR.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. Par courrier du 6 novembre 1995, le président du Tribunal de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">police du district de Neuchâtel s'en tient pour l'essentiel au jugement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">attaqué, précisant toutefois que V. avait expressément déclaré</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en audience avoir consommé de la liqueur de verveine après l'accident à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">titre de médicament. Il ajoute qu'il n'avait pas pu acquérir la certitude</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">absolue que V. aurait consommé de l'alcool dans l'intention</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'empêcher un contrôle de son taux d'alcoolémie.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans ses observations du 20 novembre 1995, V. conclut</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au rejet du recours sous suite de frais et dépens. Il explique que c'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avec raison que le Tribunal de police n'a pas étendu la prévention à l'ar-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ticle 91 al.3 LCR. Il confirme qu'il a consommé deux grands verres d'eau-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de-vie de verveine pour soulager sa blessure au bras et non pas dans le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">but de rendre la prise de sang inopérante.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. a) Selon l'article 211 al.1 CPP, le tribunal n'est pas lié par</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'appréciation juridique des faits, telle qu'elle est contenue dans la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">décision de renvoi. Toutefois, le prévenu ne peut être condamné en vertu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'autres dispositions légales que celles visées par la décision de renvoi</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sans avoir été auparavant rendu attentif à une modification éventuelle de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la qualification juridique des faits, afin qu'il ait l'occasion de la dis-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cuter. Selon la jurisprudence de la Cour de céans, le président d'un tri-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">bunal de police a l'obligation de procéder d'office à la modification de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la qualification des faits, lorsqu'il constate une insuffisance ou une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">erreur dans la décision de renvoi (RJN 1989 p.104, 1982 p.86). Son juge-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment doit être cassé s'il ne le fait pas (RJN 1989 p.121).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) En l'espèce, l'ordonnance pénale, qui valait décision de ren-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">voi (art.13 al.2 CPP), ne mentionnait pas l'article 91 al.3 LCR. Or, dans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le jugement dont est recours, le premier juge a estimé qu'on ne pouvait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exclure que V. se soit mis en état d'ivresse après l'accident.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Il aurait donc dû étendre la prévention à l'article 91 al.3 LCR et exami-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ner si les conditions d'une soustraction à la prise de sang étaient réu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nies. En effet, on peut raisonnablement se demander si le fait, pour un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conducteur blessé, de boire deux grands verres d'eau-de-vie de verveine</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">après un accident n'est pas destiné à empêcher une prise de sang éventuel-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le d'atteindre son but ("alibi-cognac"). Le premier juge aurait ainsi dû</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">examiner si, conformément à la jurisprudence fédérale (ATF 120 IV 73 - JT</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1995 IV 725), une prise de sang était très vraisemblable au vu des cir-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">constances de l'accident et si le recourant connaissait cette haute pro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">babilité.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Il s'ensuit qu'en acquittant l'intimé de la prévention de con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">duite en état d'ivresse sans examiner si les faits qui lui étaient repro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">chés pouvaient être qualifiés autrement qu'ils ne l'étaient dans l'ordon-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nance de renvoi, le premier juge n'a pas satisfait à l'obligation qui lui</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">commandait d'appliquer d'office l'article 211 CPP.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Partant, le jugement attaqué doit être cassé et la cause ren-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">voyée au président du Tribunal du district de Boudry pour qu'il procède à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'extension de la prévention à l'article 91 al.3 LCR.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Au vu du sort de la cause, il est statué sans frais ni dépens.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Admet le pourvoi du ministère public.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Casse le jugement du Tribunal de police du district de Neuchâtel du 12</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> octobre 1995.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Renvoie la cause au président du Tribunal de police du district de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Boudry pour nouvelle décision au sens des considérants.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Statue sans frais et n'alloue pas de dépens.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 4 avril 1996</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>