B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-4220/2020/gaj A r r ê t d u 1 er s e p t e m b r e 2 0 2 0 Composition Claudia Cotting-Schalch, juge unique, avec l’approbation de Yannick Antoniazza-Hafner, juge ; Duc Cung, greffier. Parties A._______, né le (…), alias B._______, né le (…), alias B._______, né le (…), Algérie, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi ; décision du SEM du 18 août 2020 / N (…). D-4220/2020 Page 2 Vu la demande d’asile déposée en Suisse par A._______ en date du 19 juin 2020, le résultat de la comparaison des empreintes digitales du prénommé avec l’unité centrale du système européen « Eurodac » en date du 23 juin 2020, dont il ressort que l ’intéressé est entré clandestinement en Espagne le 26 mai 2020, l’audition sur les données personnelles (audition sommaire) du 9 juillet 2020 et le droit d ’être entendu accordé, à cette occasion, au recourant concernant la compétence présumée de l ’Espagne pour l’examen de sa demande d’asile et sur son éventuel transfert vers ce pays ainsi que sur l’établissement des faits médicaux, la requête du 24 juillet 2020 du Secrétariat d’Etat aux migrations (ci-après : le SEM) aux autorités espagnoles aux fins de prise en charge du prénommé, basée sur l’art. 13 par. 1 du règlement (UE) n o 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressorti ssant de pays tiers ou un apatride (refonte) (JO L 180/31 du 29.6.2013, ci-après : règlement Dublin III), la réponse du 17 août 2020, par laquelle dites autorités ont accepté la prise en charge de l’intéressé en vertu de la même disposition, la décision du 18 août 2020, notifiée le 21 août suivant, par laquelle le SEM, se fondant sur l ’art. 31a al. 1 let. b LAsi (RS 142.31), n ’est pas entré en matière sur la demande d’asile de A._______, a prononcé son transfert vers l ’Espagne et a ordonné l ’exécution de ce tte mesure, constatant l’absence d’effet suspensif à un éventuel recours, le recours interjeté, le 25 août 2020, contre cette décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal), par lequel l ’intéressé a demandé, à titre préalable, l ’octroi de l ’effet suspensif (art. 107 a al. 2 LAsi), l’assistance judiciaire partielle (art. 65 al. 1 PA) et la désignation d’un mandataire d ’office (art. 102 m al. 1 LAsi) ou, subsidiairement, la dispense du versement d’une avance de frais (art. 63 al. 4 PA) et conclu, à titre principal, à l’annulation de la décision attaquée et à l’entrée en matière sur sa demande d ’asile ou, subsidiairement, au renvoi de la cause à l’autorité intimée, D-4220/2020 Page 3 l’ordonnance du 27 août 2020 du Tribunal, suspendant à titre de mesures superprovisionnelles l’exécution du transfert du recourant (art. 56 PA), et considérant que le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF, qu'en particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi, devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce, que l’intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA), que, présenté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 3 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable, que le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d’une décision de non - entrée en matière sur une demande d'asile (ATAF 2014/39 consid. 2), qu’il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à appliquer l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, selon leque l il n ’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d ’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi, qu’avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères fixés dans le règlement Dublin III, que, s'il ressort de cet examen qu'un autre Etat est responsable, il rend une décision de non-entrée en matière après que l'Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2), qu’aux termes de l ’art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, D-4220/2020 Page 4 que la procédure de détermination de l’Etat responsable est engagée aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 du règlement Dublin III), que, dans une procédure de prise en charge (« take charge »), comme en l'espèce, les critères énumérés au chapitre III du règlement (art. 8 -15) doivent être appliqués successivement (principe de l'application hiérarchique des critères de compétence, art. 7 par. 1 du règlement Dublin III), que, pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la première demande da ns un Etat membre (art. 7 par. 2 du règlement Dublin III ; cf. ATAF 2012/4 consid. 3.2 ; FILZWIESER/SPRUNG, Dublin III-Verordnung, Vienne 2014, pt 4 ad art. 7), que l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de prendre en charge - dans les conditions prévues aux art. 21, 22 et 29 - le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Et at membre (art. 18 par. 1 point a du règlement Dublin III), qu'en vertu de l'art. 3 par. 2 du règlement Dublin III, lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses r aisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits f ondamentaux de l'Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci -après : Charte UE), l'Etat procédant à la détermination de l'Etat responsable poursuit l'examen des critères fixés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable, que, lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur vers un Etat désigné sur la base de ces critères ou vers le premier Etat auprès duquel la demande a été introduite, l'Etat membre procédant à la détermination devient l'Etat responsable, que, sur la base de l ’art. 17 par. 1 règlement Dublin III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d ’un D-4220/2020 Page 5 pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, que, comme l'a retenu la jurisprudence (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1 ; 2011/9 consid. 4.1 et réf. cit.), le SEM doit ainsi admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée, lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères v iole des obligations relevant du droit international public, qu'il peut également admettre cette responsabilit é pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 de l'ordonnance 1 sur l'asile (OA 1, RS 142.311 ; cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.2), qu'en l'occurrence, les investigations entreprises par le SEM, après consultation de l'unité centrale du système européen « Eurodac », ont révélé que A._______, né le (…) et donc majeur, était entré clandestinement en Espagne le 26 mai 2020, avant de déposer un e demande d’asile en Suisse le 19 juin suivant, qu’en date du 24 juillet 2020, le SEM a dès lors soumis, dans le délai fixé à l’art. 21 par. 1 du règlement Dublin III, une requête aux fins de prise en charge du prénommé aux autorités espagnoles, fondée sur l’art. 13 par. 1 dudit règlement, disposition en vertu de laquelle lorsqu’il est établi que le demandeur a franchi irrégulièrement la frontière d’un Etat membre dans lequel il est entré en venant d’un Etat tiers, cet Etat membre est responsable de l’examen de la demande de protection internationale, que, le 17 août 2020, soit dans le délai fixé par l’art. 22 par. 1 du règlement Dublin III, lesdites autorités ont expressément accepté de prendre en charge l’intéressé, sur la base de la même disposition, que l’Espagne a ainsi reconnu sa compétence pour traiter la demande d’asile du recourant, point qui n’est du reste pas contesté, que, cela étant, au vu de l ’art. 3 par. 2 al. 2 du règlement Dublin III, il y a lieu tout d ’abord d’examiner s’il y a de sérieuses raisons de croire qu ’il existe, en Espagne, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la CharteUE, qu’il convient de rappeler que ce pays est lié à cette Charte et partie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés D-4220/2020 Page 6 (Conv. réfugiés, RS 0.142.30) ainsi qu'au Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (Prot., RS 0.142.301), à la CEDH et à la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105 ) et, à ce titre, en applique les dispositions, que, dans ces conditions, cet Etat est présumé respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive no 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, ci -après : dir ective Procédure] ; directive no 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, ci-après : directive Accueil]), que cette présomption de sécurité n’est cependant pas irréfragable et doit être écartée d ’office en présence, dans l ’Etat de destination du transfert, d’une pratique avérée de violations systématiques des normes minimales de l’Union européenne, constitutives de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile au sens de l'art. 3 par. 2 al. 2 du règlement Dublin III (sur la notion de défaillances systémiques, cf. arrêt du Tribunal D -7853/2015 du 31 mai 2017 consid. 3.4.4), que cela n’est manifestement pas le cas en Espagne, que, partant, l'application de cette disposition ne se justifie pas en l'espèce, que la présomption de sécurité peut être renversée en présence d'indices sérieux que, dans le cas concret, les autorités de l'Etat membre dé signé comme étant responsable ne respecteraient pas le droit international (cf. ATAF 2010/45 consid. 7.4 et 7.5), que, dans son recours, l’intéressé, sollicitant implicitement l’application de la clause discrétionnaire prévue à l’art. 17 par. 1 du règlement Dublin III, a déclaré qu’en Espagne, il ne ressentait pas la même sécurité et stabilité qu’en Suisse, que personne ne l’aidait, pas même le gouvernement, et qu’il était contraint de dormir dehors, D-4220/2020 Page 7 que le recourant n ’a cependant fourni aucun élément conc ret susceptible d’établir que les autorités espagnoles refuseraient de le prendre en charge et, cas échéant, d ’examiner sa demande de protection internationale, ni qu’elles ne respecteraient pas le principe de non -refoulement, et donc failliraient à leurs obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays, que, cela dit, l’intéressé n’ayant pas encore introduit à ce jour de demande d’asile en Espagne, il ne saurait prétendre valablement avoir eu à pâtir jusqu'à présent d’éventuelles carences au niveau de la procédure d'asile ou des conditions d'accueil des requérants d'asile, que, par ailleurs, le recourant n ’a pas démontré ni même rendu vraisemblable, que ses conditions d'existence en Espagne revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 Conv. torture, qu’en particulier, il n’a pas apporté d’indices objectifs, concrets et sérieux qu’il serait lui -même privé durablement, une fois qu ’il aura déposé une demande d’asile en Espagne, de tout accès à des conditions matérielles minimales d’accueil prévues par la directive Accueil et qu’il ne pourrait pas bénéficier de l’aide dont il pourrait avoir besoin pour faire valoir ses droits, qu’en outre, si – après son transfert en Espagne – le recourant devait être contraint par les circonstances à mener dans ce pays une existence non conforme à la dignité humaine ou s’il devait estimer que cet Etat violait ses obligations d'assistance à son encontre ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fon damentaux, il lui appartiendra de faire valoir ses droits directement auprès des autorités espagnoles en usant des voies de droit idoines, qu’il est au surplus rappelé que le règlement Dublin III ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3), que, par conséquent, le transfert de l’intéressé vers l’Espagne n’est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée, D-4220/2020 Page 8 que le SEM a établi de manière complète et exacte l'état de fait pertinent et n'a commis ni excès ni abus de son large pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1 en combinaison avec l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8), que c’est ainsi à bon droit qu’il n'est pas entré en matière sur la demande d'asile du recourant, en application de l'art. 31 a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de la Suisse vers l ’Espagne, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant réalisée (art. 32 OA 1), qu'au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté, que, s'avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi), qu'il est dès lors renoncé à un échange d'écritures, le présent arrêt n'étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi), que, dans la mesure où il est statué sur le fond par le présent arrêt, les demandes tendant à la dispense du versement d’une avance de frais et à l’octroi de l’effet suspensif sont sans objet, que, les conclusions du recours étant d'emblée vouées à l'échec, la requête d'assistance judiciaire partielle et totale est rejetée, que, vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), (dispositif page suivante) D-4220/2020 Page 9 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d’assistance judiciaire partielle et totale est rejetée. 3. Les frais de procédure, d ’un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l’autorité cantonale. La juge unique : Le greffier : Claudia Cotting-Schalch Duc Cung Expédition :