B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour VI F-954/2018 A r r ê t d u 2 1 f é v r i e r 2 0 1 8 Composition Yannick Antoniazza-Hafner (juge unique), Daniela Brüschweiler, juge, Anna-Barbara Adank, greffière. Parties A._______, né le (…), Gambie, c/o (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi; décision du SEM du 5 février 2018 / N (…). F-954/2018 Page 2 Faits : A. A._______, ressortissant gambien né en (…), a déposé une demande d'asile en Suisse le (…) 2017. Les investigations entreprises par le Secré- tariat d'Etat aux migrations (ci-après : le SEM) ont révélé, après consulta- tion de l'unité centrale du système europé en « Eurodac », que l'intéressé avait déposé au fil de ces dernières années plusieurs demandes d’asile en Europe, la dernière en date en Italie en (…) 2015. B. Par décision du (…) février 2018, le SEM, se fondant sur l’art. 31 a al. 1 let. b LAsi (RS 142.31), n’est pas entré en matière sur la demande d’asile déposée en Suisse, a prononcé le transfert de l’intéressé vers l’Italie et a ordonné l’exécution de cette mesure, constatant l’absence d’effet suspen- sif à un éventuel recours. C. Par pli du (…) février 2018, A._______ a interjeté recours auprès du Tribu- nal administratif fédéral (ci -après : Tribunal ou TAF) concluant à l’annula- tion de ladite décision. Il a fait valoir qu’il avait vécu quelques années en Italie où il aurait beaucoup souffert, n’ayant en particulier pas de logement et devant mendier pour se nourrir. Il a argué qu’en l’absence de garanties individuelles, un renvoi en Italie le contraindrait à une vie en dessous du minimum vital dans des conditions indignes. Par ailleurs, l’accès à une pro- cédure d’asile ne serait pas garanti en Italie eu égard aux difficultés struc- turelles auxquelles devait faire face ce pays. D. En date du (…) février 2018, le TAF a prononcé des mesures superprovi- sionnelles afin de suspendre l’exécution du transfert du recourant en Italie. Il a reçu le dossier de première instance le 19 février 2018. Droit : 1. 1.1. En vertu de l'art. 31 LTAF, le Tribunal connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors défi- nitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant F-954/2018 Page 3 cherche à se protéger (art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi, et art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l'espèce. 1.2. A._______ a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA, applicable par ren- voi de l'art. 37 LTAF). Présenté dans la forme (art. 52 al. 1 PA) et le délai (art. 108 al. 2 LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable. 1.3. Le recours peut être interjeté pour violation du droit fédéral, notam- ment pour abus ou excès dans l'exercice du pouvoir d'appréciation, ou pour établissement inexact ou incomplet de l'état de fait pertinent (art. 106 al. 1 let. a et b LAsi). 1.4. Saisi d'un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d'asile, le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d'une telle décision (cf. ATAF 2012/4 consid. 2.2). 2. En vertu de l'art. 31 a al. 1 let. b LAsi, le SEM n'entre pas en matière sur une demande d'asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d'un accord international, pour mener la procédure d'asile et de renvoi. Aux termes de l'art. 3 par. 1 du règ lement Dublin III (règlement [UE] n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande de protection internatio- nale introduite dans l’un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride [refonte], JO L 180/31 du 29.6.2013), une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé à l'aide des critères fixés à son chapitre III (art. 8 à 15). S'il ressort de cet examen qu'un autre Etat est responsable du traitement de la demande d'asile, le SEM rend une décision de non -entrée en matière après que l'Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requé- rant d'asile. Dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), il n'y a en principe aucun nouvel examen de la compétence selon le cha- pitre III (ATAF 2012/4 consid. 3.2.1 et réf. cit.). L'Etat responsable de l'exa- men d'une demande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de reprendre en charge - dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29 - le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre (art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III). F-954/2018 Page 4 Selon l'art. 3 par. 2 du règlement Dublin III, lorsqu'il est impossible de trans- férer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme res- ponsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traite- ment inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (JO C 364/1 du 18.1 2.2000, ci - après : CharteUE), l'Etat procédant à la détermination de l'Etat responsable poursuit l'examen des critères fixés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable. Sur la base de l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d'un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères f ixés dans le règlement. Comme la jurisprudence l'a retenu (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2 [et con- sid. 9.1 non publié], 2012/4 consid. 2.4, 2011/9 consid. 4.1, 2010/45 consid. 5, 7.2, 8.2 et 10.2), le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement Dublin III, lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre dési- gné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse re- levant du droit international public, et peut en outre admettre cette respon- sabilité pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 de l'ordon- nance 1 du 11 août 1999 sur l'asile (OA 1, RS 142.311). 3. En l'occurrence, les investigations entreprises par le SEM ont révélé que A._______ a déposé une demande d'asile en Italie en (…) 2015. Cet office a dès lors soumis aux autorités italiennes compétentes, dans le délai fixé à l'art. 23 par. 2 du règlement Dublin III, une requête aux fins de reprise en charge de l'intéressé, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b de ce même règle- ment. L’Italie n’a pas répondu à la demande de reprise en charge dans le délai prévu par l'art. 25 par. 1 du règlement Dublin III. Par conséquent, l’Ita- lie est réputée avoir accepté la demande de reprise en charge et, partant, avoir reconnu sa compétence pour traiter la demande d'asile de l'intéressé (art. 25 par. 2 du règlement Dublin III) ; ce dernier n’a d’ailleurs pas con- testé la compétence de ce pays. A toutes fins utiles, on relèvera que l’inté- ressé a succinctement évoqué, lors de son audition du (…) janvier 2018 que l’Italie avait rejeté sa demande d’asile, sans préciser s’il s’agissait de la dernière en date (pce N B10/12 p. 8). Or, comme le relève à juste titre le SEM, cela ne change de toute manière rien à la compétence de l’Italie, en application de l’art. 18 par. 1 let. d du règlement Dublin III. F-954/2018 Page 5 4. Le recourant s’oppose à son transfert vers l'Italie. Déjà durant son audition du (…) janvier 2018, il a indiqué que l’Italie ne l’avait ni nourri ni logé et qu’il y avait beaucoup souffert ; il ne verrait en revanche aucun problème à être renvoyé en Autriche, en Espagne ou en Suède, soit les autres pays (avec la Suisse) dans lesquels il a déposé une demande d’asile par le passé (pce N B10/12 p. 8). Dans son mémoire de recours, l’intéressé s’est contenté de faire valoir de manière générale qu’un renvoi en Italie l’obligerait à vivre en dessous du minimum vital, citant à ce sujet plusieurs rapports d’organi- sations internationales. 4.1. Cette argumentation ne peut être suivie. En particulier, quoiqu’en dise le recourant, on ne saurait retenir qu'il existe en Italie des défaillances sys- témiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des deman- deurs, qui entraînent un risque de traitem ent inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la CharteUE. Ce pays est en effet lié à cette Charte et partie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (RS 0.142.30, ci-après : Conv. réfugiés), ainsi qu'au Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (Prot., RS 0.142.301), à la CEDH et à la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (RS 0.105, ci-après : Conv. torture). Dans ces conditions, cet Etat est présumé res pecter la sécurité des de- mandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. à ce sujet, directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 rela- tive à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale [ci-après : directive Procédure] et directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale [ci - après : directive Accueil]). Il est certes notoire que les autorités italiennes ont de sérieux problèmes en matière de capacité d'accueil de nouveaux requérants d'asile (cf. no- tamment le rapport de l’ ORGANISATION SUISSE D 'AIDE AUX RÉFUGIÉS [OSAR] : Italie, Conditions d'accueil ; Situation actuelle des requérant -e-s d'asile et des bénéficiaires d'une protection, en particulier celles et ceux de retour en Italie dans le cadre de Dublin, août 2016 cité par le recourant). Cependant, même si le d ispositif d'accueil et d'assistance sociale souffre de carences, on ne saurait en tirer la conclusion qu'il existerait manifeste- ment en Italie des carences structurelles essentielles, analogues à celles F-954/2018 Page 6 que la Cour européenne des droits de l'homme (ci -après : CourEDH) a constatées pour la Grèce (cf. CourEDH, arrêt en l'affaire Tarakhel c. Suisse du 4 novembre 2014, no 29217/12, par. 114). Dans son arrêt en l'affaire A. S. c. Suisse du 30 juin 2015 (n° 39350/13, par. 36) et ses décisions en l'affaire A.M.E. c. Pays-Bas du 13 janvier 2015 (n° 51428/10) et en l'affaire Jihana Ali et autres c. Suisse et Italie du 4 octobre 2016 (n° 30474/14, § 33), la CourEDH a rappelé que, comme elle en avait jugé le 4 novembre 2014 dans l'affaire Tarakhel (par. 115), les structures et la situation géné- rale quant aux dispositions prises pour l'accueil des demandeurs d'asile en Italie ne peuvent en soi être assimilées à des obstacles au transfert de tout demandeur d'asile vers ce pays. Au vu de ce qui précède, en l'absence d'une pratique actuelle avérée en Italie de violation systématique des normes minimales de l'Union euro- péenne concernant la procédure d'asile et les conditions d'accueil des de- mandeurs d'asile, l'application de l'art. 3 par. 2 du règlement Dublin III ne se justifie pas en l'espèce (cf. entre autres, arrêts du TAF D-1455/2017 du 16 mars 2017 consid. 3, D -1114/2017 du 1er mars 2017 p. 8 et E-1030/2017 du 23 février 2017 p. 10). 4.2. Cette présomption de sécurité peut être renversée en présence d'indices sérieux que, dans le cas concret, les autorités de cet Etat ne res- pecteraient pas le droit international (ATAF 2010/45 consid. 7.4 et 7.5). Or de tels indices font défaut dans la présente affaire. Ainsi, il sied de souligner que A._______, homme jeune sans charge de fam ille, n'appartient pas à la catégorie des personnes particulièrement vulnérables visées par l'arrêt Tarakhel (par. 118-122), pour lesquelles l'Etat requérant doit, avant de pro- noncer un transfert vers l'Italie, obtenir des autorités italiennes des garan- ties individuelles d'une prise en charge conforme aux exigences de l'art. 3 CEDH. En outre, dans le cas particulier, le recourant n'a pas démontré l'existence d'un risque concret que les autorités italiennes refuseraient de le reprendre en charge et de mener à terme l'examen de sa demande de protection, ou ne l'examineraient pas selon une procédure conforme au droit applicable. Par ailleurs, l’intéressé n'a pas non plus fourni d'indice concret susceptible de démontrer que l'Italie ne respecterait pas le principe du non-refoulement, et donc faillirait à ses obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays. Aussi, le fait que l’Italie aurait rejeté sa de- mande d’asile – ce qui n’est nullement démontré – ne fait pas obstacle à son transfert vers l’Italie dans le cadre d’une procédure Dublin. F-954/2018 Page 7 Par ailleurs, les différentes sources citées par le recourant, d ont en parti- culier le récent rapport de l'enquête conjointe de l'OSAR et du Danish Re- fugee Council (DCR) en Italie ne permettent pas de parvenir à une conclu- sion différente, ce d'autant moins qu'il s'agit de six familles dont on ne peut tirer d'enseignements généraux et qui ont toutes été finalement prises en charge par l'Italie (OSAR et DRC, Is mutual trust enough ? - The situation of persons with special reception needs upon return to Italy, Berne/Copen- hage, 9 février 2017, < https://www.osar.ch/assets/news/2017/drc-osar- drmp-report-090217.pdf >, consulté le 19 février 2018 ; arrêt du TAF E- 539/2018 du 31 janvier 2018). Enfin, rien au dossier n’incite à penser que l’intéressé serait atteint de ma- nière significative dans sa santé (cf. pce N B10/12 p. 9 où le recourant évoque des chaussures pas à sa taille et des problèmes de dentition) ; celui-ci ne s’en est d’ailleurs pas prévalu dans son mémoire de recours. 4.3. Il y a encore lieu de rappeler que le règlement Dublin III ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme Etat responsable de l'exa- men de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid. 8.3). Au vu de ce qui précède, le transfert de A._______ vers l'Italie n'est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles aux- quelles la Suisse est liée. 5. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le SEM n'est pas entré en ma- tière sur sa demande d'asile, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et qu'il a prononcé son transfert de Suisse vers l'Italie, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant réali- sée (art. 32 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la pro- cédure [OA 1, RS 142.311]). Enfin, le SEM a bien pris en compte les faits allégués par l'intéressé, sus- ceptibles de constituer des « raisons humanitaires », au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1. Il n'a pas fait preuve d'arbitraire dans son appréciation ou violé le principe de l'égalité de traitement. En outre, il a établi de manière com- plète et exacte l'état de fait pertinent et n'a commis ni excès ni abus de son pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre l'existence de raisons huma- nitaires au sens de la disposition précitée, en lien avec l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (cf. ATAF 2015/9 p. 7s et 119 ss). F-954/2018 Page 8 6. S'avérant manifestement infondé, le recours est rejeté dans une procédure à juge unique, avec l'approbation d'un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d'écritures, le présent arrêt n'étant mo- tivé que sommairement (cf. art. 111a al. 1 et 2 LAsi). 7. Les conclusions du recours étant d'emblée vouées à l'échec, la demande d'assistance judiciaire (art. 65 al. 1 PA) est rejetée. Ainsi, vu l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tri- bunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif à la page suivante) F-954/2018 Page 9 le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d'un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et aux autorités canto- nales. Le juge unique : La greffière : Yannick Antoniazza-Hafner Anna-Barbara Adank