B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-6874/2019, E-6876/2019 A r r ê t d u 2 0 o c t o b r e 2 0 2 1 Composition William Waeber (président du collège), Daniele Cattaneo, Grégory Sauder, juges, Lucas Pellet, greffier. Parties A._______, née le (…), B._______, né le (…), Iran, représentés par Françoise Jacquemettaz, recourants, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décisions du SEM du 25 novembre 2019 / N (…). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 2 Faits : A. A._______ et son époux B._______ (ci-après aussi : les requérants, les recourants ou les intéressés) ont déposé des demandes d’asile en Suisse respectivement le 11 août 2017 et le 6 mai 2019. B. B.a A._______ a été entendue le 24 août 2017 (audition sur les données personnelles) et le 30 août 2018 (audition sur les motifs d’asile). B._______ a été entendu le 15 mai 2019 (entretien Dublin) et le 20 juin 2019 (audition sur les motifs d’asile). B.b Les intéressés ont notamment déclaré être originaires de C._______, et y avoir toujours vécu. Le père de la requérante, trois d e ses grands- parents et plusieurs de ses oncles, tantes et cousins y vivraient encore, de même que la mère du requérant et ses deux frères. Mariés depuis le 14 septembre 2011, l es intéressés se sont dits sans confession lors de leurs auditions. B.c S’agissant de leurs motifs d ’asile, i ls ont allégué avoir travaillé ensemble dans le domaine de la photographie. En 2010, le requérant, au bénéfice d’une autorisation du syndicat des photographes et d’une licence, aurait ouvert un atelier de photographie, loué et géré par son épouse, dans lequel il aurait également travaillé de manière occasionnelle . Dans ce contexte, la requérante aurait aussi fonctionné comme modèle. Ces activités auraient été menées discrètement afin d’échapper au cadre de travail strict imposé aux photographes en Iran. Parallèlement, le requérant aurait eu un emploi dans un magasin de caméras. B.d Les parents de la requérante, respectivement photographe et éditrice de films, auraient divorcé en 2010. En 2012, son père lui aurait expliqué qu’il avait divorcé de sa mère car celle-ci s’était convertie au christianisme, suivie par ses sœurs et son frère. Par la suite, l ors d’une réunion entre chrétiens au domicile de sa mère, les autorités auraient découvert des films et des documents sur le christianisme dans son bureau ; elles auraient arrêté deux personnes. Sa mère, ses sœurs et son frère auraient quitté l’Iran en 2015. B.e L’oncle paternel de l’intéressée, D._______ (ci-après : D._______), qui aurait dit travailler pour le Basij (force paramilitaire chargée notamment de E-6874/2019, E-6876/2019 Page 3 la sécurité ), mais qui en réalité, selon les requérant s, travaillait pour le Sepâh-e Pâsdârân -e Enghelâb -e Eslâmi (Corps des Gardiens de la révolution islamique , organisation chargée notamment du maintien de l’ordre) et le Vezārat-e Ettelā'at va Amniat -e Keshvar (service de renseignement), les aurait dès lors mis sous pression afin de savoir où se trouvait la mère de la requérante , qu ’il accusait d’être membre d ’un groupuscule propageant le christi anisme et d ’avoir sali son honneur . Il aurait commencé à leur rendre fréquemment visite pour questionner l’intéressée, alors que celle-ci ignorait où sa mère était partie ; il se serait acharné sur elle afin de racheter son honneur et de trouver un responsable, quel qu’il soit, aux actes de sa mère (cf. procès-verbal de l’audition sur les motifs d ’asile d ’A._______, R73). Depuis ce moment, l es requérants auraient eu l’impression de faire l ’objet d ’une surveillance ( cf. procès- verbal de l’audition sur les motifs d’asile de B._______, R46-49). B.f Au début de l’année 2016, lors d’une visite au domicile de l’intéressée en l’absence de son mari, D._______ l’aurait à nouveau interrogée au sujet de sa mère, tout en la menaçant de s’en prendre à sa famille. La requérante étant incapable de lui répondre, il aurait fait fouiller le logement par trois hommes barbus . L’ordinateur portable professionnel de l’intéressée, contenant de nombreuses photographies à caractère privé, aurait été saisi, étant précisé que D._______ ignorait alors qu’elle exploitait un atelier de photographie. B.g Dès le lendemain, deux individu s barbus, vêtus de costumes à col fermé, auraient surveillé le s allées et venues des intéressés depuis une voiture Peugeot 405, dépourvue de plaque d ’immatriculation, garée près de leur domicile. D’après le requérant, au vu de leur apparence, il se serait agi de membres du Corps des Gardiens de la révolution islamique et des services de renseignement. Cette surveillance se serait poursuivie jusqu’à leur départ du pays. Au cours de la même période, à tout le moins à deux reprises, plusieurs agents de la police du commerce seraient venus à leur atelier pour vérifier leur travail. Dans ce cadre, au moins une amende leur aurait été infligée, sous prétexte qu’ils auraient commis des actes illégaux. La licence de photographe dont ils bénéficiaient aurait été retirée (cf. not. ibidem, R37). B.h Environ un mois plus tard, en présence du mari de la requérante , D._______ aurait reproché à cette dernière de se livrer à la prostitution et d’aider un groupe de chrétiens ; il l’aurait informée qu’un procès ouvert à son encontre avait été suspendu. En aparté, il lui aurait ensuite à nouveau E-6874/2019, E-6876/2019 Page 4 demandé où était sa mère, sans obtenir de réponse, ajoutant qu’elle avait de la chance d ’avoir affaire à lui et pas à un autre. Le requérant, sur les conseils de son propre oncle, qui aurait médit sur son épouse et sa famille, aurait envisagé de divorcer. B.i Un soir, au début du mois de mars 2016, alors que l’intéressé se trouvait encore au travail, D._______ se serait présenté au domicile des requérants, accompagné d’un des trois hommes barbus précités. Il aurait à nouveau questionné l ’intéressée au sujet de sa mère. Etant s ans nouvelle de cette dernière, la requérante n’aurait rien pu lui dire. D._______ lui aurait alors ordonné d ’ôter son foulard. Il aurait ensuite signifié à son accompagnant : « Félicitation, c ’est halal » et, malgré les supplications de l’intéressée, l’aurait laissée seule avec celui-là, qui l’aurait alors violée. De honte, elle n ’aurait rien révélé à personne, mais aurait songé à se suicider. Elle n’aurait pas déposé plainte contre D._______ en raison des risques que cela aurait impliqué pour elle et son époux, compte tenu de ses fonctions. B.j Une semaine plus tard, les requérants se seraient rendus dans le désert, à proximité d’E._______, pour y photographier un couple de clients. Après avoir passé deux jours sans réseau téléphonique, les intéressés auraient découvert qu ’ils avaient reçu à eux deux plus de deux cents appels en absence et SMS provenant de la mère du requérant, de son frère, de voisins de l ’atelier et de l eur secrétaire. Ils auraient rappelé la mère du requérant . Ils auraient notamment appris de cette dernière que des hommes envoyés par D._______ avaient fouillé leur appartement et leur atelier et mis ce dernier sous scellés. Une Bible - qu’une amie chrétienne de la requérante lui a urait remise lorsqu’elle cherchait à comprendre pourquoi sa mère s’était convertie - ainsi que deux disques durs contenant des photographies d ’elle, notamment en sous-vêtements, et d’un autre mannequ in, auraient été saisis dans l’atelier. La secrétaire des requérants aurait été emmenée. Ces hommes se seraient en suite présentés chez la mère du requérant et lui a uraient montré un mandat d’arrêt délivré à l’encontre des intéressés, tous deux étant accusés d’être des renégats et d ’avoir renié leur religion . Un ordre d’exécution aurait en outre été émis à leur encontre, l’apostasie étant, selon le requérant, punie de mort en Iran . D._______ et quelques hommes auraient fouillé le domicile et frappé le frère du requérant afin qu’il leur dise où ils étaient. L’oncle du requérant, un homme très religieux, aurait en outre promis à celui de l ’intéressée de la livrer sitôt qu ’il l’aurait retrouvée. La mère du requérant aurait expliqué à son fils qu ’ils ne dev aient plus rentrer à E-6874/2019, E-6876/2019 Page 5 C._______ et leur aurait conseillé d e retirer les cartes SIM de leurs téléphones. Les intéressés auraient également rappelé leur secrétaire, qui leur aurait notamment confirmé qu’ils étaient activement recherchés. B.k Les époux auraient alors décidé de quitter l’Iran. Ils auraient pris la route en direction du nord du pays, où l ’intéressé aurait contacté une de ses connaissances, qui l ’aurait mis en relation avec des passeurs ; les requérants auraient payé ces derniers notamment en vendant leur voiture. Ils auraient alors traversé la frontière clandestinement pour se rendre en Turquie, où ils seraient restés entre trois et cinq mois, puis en Grèce, où, environ trois mois plus tard , ils auraient retrouvé la mère, les sœurs et le frère de la requérante, lesquels y auraient obtenu l’asile. Après un séjour d’environ une année en Grèce, la requérante, souhaitant notamment s’éloigner des membres de sa famille (cf. procès-verbal de l ’audition sur les motifs d’asile d’A._______, R71), aurait quitté ce pays, seule, pour se rendre en Suisse - où elle s erait entrée illégalement le 10 août 2017 -, rejointe ultérieurement par son mari. B.l Après leur départ d ’Iran, des hommes du Corps des Gardiens de la révolution islamique et des services de renseignement seraient venus quelquefois au domicile de la mère du requérant, à la recherche des intéressés (cf. procès -verbal de l ’audition sur les mo tifs d ’asile de B._______, R85 s.). B.m A l’appui de leurs demande s d’asile, les requérants ont notamment remis une copie de la carte d’identité (Kart-e-Melli) d’A._______, une copie de l eurs Shenasnameh, des copies de documents concernant leur mariage, des copies de l’agenda des tâches effectuées par la requérante dans le cadre de leur atelier, une carte de visite de l’atelier au nom de la requérante et des photographies, notamment de cette dernière. L’intéressée a ultérieurement produit un rapport médical daté du 3 novembre 2017 (cf. pièce SEM A27/15), dont il ressort notamment qu’elle souffre d’un syndrome de stress post -traumatique anamnestique, de douleurs abdominales basses avec métrorragies, de dysménorrhées et d’insomnies. Elle a également remis une at testation du 28 août 2018 (cf. pièce SEM A32/3), selon laquelle elle a fait l’objet d’un suivi depuis le 27 mars 2018 en raison d’un état de stress post-traumatique avec épisode dépressif moyen ; ce document indique encore que des antidépresseurs, somnifères et médicaments contre les démangeaisons et l ’anxiété lui ont été prescrits. Il ressort en outre d’un rapport médical du 10 mai 2019 E-6874/2019, E-6876/2019 Page 6 (cf. pièce SEM A34/3) que la requérante a été prise en charge la veille au soir à l ’Hôpital de F._______ à la suite d ’un surdosage médicamenteux survenu dans un contexte impulsif ; elle a apparemment quitté l’hôpital le 10 mai 2019, les médecins n ’ayant pas vu d ’indication à prévoir une hospitalisation ; le rapport précise que la requérante avait fait l’objet d’une précédente hospitalisation pour abus médicamenteux au début de son séjour en Suisse. C. Par requête du 24 juin 2019, le SEM a demandé à l’Ambassade de Suisse à C._______ (ci-après : l ’ambassade) de mener discrètement des investigations visant notamment à clarifier si la licence concernant l’atelier de photographie des requérants avait été effectivement retirée, dans l’affirmative quand et pour quel motif, et si un mandat d ’arrêt avait effectivement été délivré à leur encontre, le cas échéant sur la base de quels chefs d’accusation. D. Par courrier du 4 août 2019, l’ambassade a transmis au SEM le résultat de l’enquête diligentée . Il en est notamment ressorti qu ’aucun indice ne permettait de conclure qu’une licence avait été établie au nom de l ’un ou l’autre des requéra nts, que l ’immeuble correspondant à l ’adresse fournie par les intéressés pour leur atelier n ’avait jamais abrité d ’atelier de photographie, ni aucun autre établissement de commerce, la copropriété n’abritant que des habitations. Les requérants n ’étaient en outre pas connus des habitants, ni comme propriétaires, ni comme locataires. Enfin, il ressortait des vérifications effectuées sur place que les intéressés n’étaient pas recherchés par la police iranienne. E. Par courrier du 16 septembre 2019 (cf. pièce SEM A38/10), sous la plume de leur représentante juridique commune, les requérants se sont déterminés sur le résultat des investigations précitées. La requérante a d’abord fait part de sa désapprobation quant à cette démarche, dès lors que les autorités iraniennes avaient été interpellées pour obtenir les renseignements demandés, quand bien même les précautions d’usage auraient été prises. Sur le fond, s ’agissant du retrait de la licence pour l’atelier de photographie, elle a soutenu avoir plus ieurs fois précisé qu’aucune licence n’avait été délivrée à son nom ou à celui de son mari, l’activité en question ayant été exercée clandestinement et sans E-6874/2019, E-6876/2019 Page 7 autorisation. Elle a remis des copies d’un bail à loyer censé concerner l’appartement ayant servi d’atelier, d’un contrat établi par une banque pour un appareil de lecture de cartes de crédit ainsi que de reçus de clients l’ayant payée par ce moyen. Elle a expliqué qu’il était fort possible qu’il n’y ait plus aucune trace de son passage dans cet immeuble, compte tenu du fait qu’elle avait quitté son pays depuis cinq ans et que des changements de locataires étaient certainement intervenus durant ce laps de temps. S’agissant du mandat d ’arrêt qui aurait été décerné à son encontre, la requérante s’est dite « stupéfaite » de constater que la police iranienne, qui serait intimement liée à l’autorité gouvernementale, avait été interrogée sur ce point. Pour le surplus, la requérante s’est étonnée du fait que le SEM n’aurait pas relevé ses relations avec les membres de sa f amille et les répercussions que leur adhésion à la religion chrétienne pourrait avoir pour elle. S’agissant de ses propres convictions religieuses, elle a ajouté que, quand bien même elle avait déclaré être laïque lors de son arrivée en Suisse, elle avait ressenti le besoin, lors des fêtes de Pâques, de se « réconcilier avec la vie » et de se « libérer des pressions subies ». Elle se serait rapprochée de personnes appartenant à l’Eglise catholique, qui lui aurait consacré du temps et de l ’écoute, ce qui l ’aurait finalement incitée à adhérer à cette religion. Elle aurait ainsi suivi « toutes les étapes de la vie chrétienne » et se sentirait dès lors « membre à part entière de la communauté chrétienne ». Elle a produit une copie de la couverture d ’un livret « EVEILS », document remis aux nouveaux baptisés. F. Par décision s du 25 novembre 2019 , notifiées le lendemain, le SEM a refusé de reconnaître la qualité de réfugié aux requérants, rejeté leurs demandes d’asile, prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l’exécution de cette mesure, considérée comme licite, raisonnablement exigible et possible. Le SEM a considéré que les motifs d ’asile de s requérants étaient manifestement invraisemblables. Il a notamment re tenu que les explications fournies par la requéran te dans le cadre de s déterminations du 16 septembre 2019 (cf. supra, let. E) n’étaient pas convaincantes et contredisaient les déclarations de son mari s’agissant de la licence qui leur aurait été délivrée. Il a considéré que les documents annexés à ces déterminations n’avaient aucune valeur probante, dès lors qu ’il s’agissait de copies, aisément manipulables. Le SEM a également noté que la E-6874/2019, E-6876/2019 Page 8 requérante avait indiqué, lors de ses auditions, avoir quitté l’Iran en mars 2016, alors qu ’elle a déclaré l ’avoir qui tté cinq ans auparavant dans le cadre des déterminations précitées, soit en 2014. Le SEM a en outre relevé que l ’intéressée n e s ’était pas expliquée sur l’absence de recherches policières à leur endroit en Iran, révélée par les investigations effectuées sur place, précisant que celles-ci avaient été menées avec la plus grande discrétion. Ainsi, la crainte alléguée par les intéressés de subir un préjudice en cas de retour en Iran n e serait pas fondée , leurs déclarations à ce sujet ne satisfaisant ni aux conditions d’octroi du statut de réfugié selon l’art. 3 LAsi (RS 142.31) ni aux exigences de vr aisemblance énoncées à l ’art. 7 LAsi. Les raisons pour lesquelles D._______ s’en serait pris aux intéressés seraient incompréhensibles ; on ne s ’expliquerait pas pourquoi il ne s ’en serait pas pris à la mère de la requérante entre 2010 et 2015 . On ne comprendrait pas non plus que la requérante ait pris le risque de gar der une Bible dans son atelier ; la seule possession de celle -ci ne suffi rait néanmoins pas à conclure à l’existence d’un risque de préjudice en cas de retour en Iran. Aucun moyen de preuve n’aurait été produit en vue d’attester les recherches dont les requérants feraient l’objet en Iran , les allégations de l’intéressée concernant l ’« ordre d ’exécution » à son encontre qui aurait été émis étant en outre peu substantielles. L’allégation des requérants selon laquelle ils auraient eu le sentiment d’être surveillés ne serait en rien étayée. Pour autant qu’il soit avéré, l’abus sexuel allégué par la requérante aurait pu avoir lieu dans un autre contexte que celui décrit, notamment en raison de l ’invraisemblance des motifs d ’asile exposés. Les déclarations des intéressés relatives aux amendes qui leur auraient été infligées seraient contradictoires, les tracasseries qu’ils auraient rencontrées dans le cadre de leur prétendue activité de photographe en raison du non -respect de normes sociales n ’étant au demeurant pas suffisamment intenses pour constituer une persécution au sens de la LAsi. Les deux visites de la police du commerce dans leur atelier ne seraient pas non plus pertinentes en matière d ’asile, dès lors qu ’il se serait agi de vérifications suite à une plainte déposée par des clients mécontents. La conversion alléguée de la requérante au christianisme contredirait ses déclarations selon lesquelles elle détestait tout ce qui a trait à la religion. Au vu de l ’invraisemblance de s motifs d ’asile, ce simple sentiment d’appartenance à la religion chrétienne, pour autant qu’il soit réel et sincère, ne suffirait en outre pas à conclure à l’existence d’un risque de persécution en cas de retour en Iran , la pratique paisible et discrète de cette foi restant en principe sans conséquence dans ce pays. E-6874/2019, E-6876/2019 Page 9 Enfin, l’état de santé de la requérante ne s’opposerait pas à l’exécution de son renvoi. G. Par mémoire de leur mandataire commun du 24 décembre 2019, déposé le même jour (date du sceau postal) et complété le 26 décembre suivant, les requérants ont interjeté recours contre les décisions querellées, concluant, en substance, à la reconnaissance de leur statut de réfugié et à l’octroi de l ’asile, subsidiairement à être mis au bénéfice de l ’admission provisoire compte tenu du « caractère déraisonnable (de leur) renvoi » ; ils ont requis la dispense de l’avance des frais de procédure. Les requérants ont notamment expliqué que c’était le père de la recourante qui bénéficiait d’une licence de photographe. L’intéressée a relevé que le retrait de cette licence avait été une des raisons qui l’ont conduite en exil, mais de loin pas la seule. S’agissant des moyens de preuve transmis, elle a regretté leur appréciation par le SEM, précisant en substance qu’en tant qu’artiste, elle aurait été en mesure de produire des faux convaincant s si elle l’avait voulu. Elle a répété que la rue dans laquelle se trouvait son atelier existait bel et bien, précisant que le bail de celui-ci avait été établi à son nom. L’absence d’un panneau publicitaire indiquant l’atelier aurait été dictée par le bes oin d’échapper aux codes sociaux prévalant en Iran et limitant leur activité de photographie. La discrétion serait de mise dans ce domaine. Pendant plus d ’une année, le recourant n ’aurait d’ailleurs pas remarqué qu’un autre atelier de photographie s’était installé en face du leur. Le recourant aurait reçu et payé l ’ensemble des amendes infligées, sauf une. L’indication de la recourante dans les déterminations du 16 septembre 2019 , selon laquelle elle avait quitté le pays cinq ans auparavant, serait due à une erreur de sa part, liée à son état de stress profond. La recourante aurait été « extrêmement choquée » du fait que le SEM aurait « minimisé » le viol dont elle aurait été victime. Ce viol – commis par un agresseur armé et vêtu d’un uniforme – aurait été l’élément déclencheur de son départ du pays. Son renvoi en Iran impliquerait qu’elle retourne vivre dans l’immeuble où habite D._______, qui aurait consenti à son agression, ce qui serait impensable. Comme déjà relevé, la mère de la recourante, son frère et sa sœur auraient obtenu l ’asile en Grèce en 2016. Deux de ses tantes maternelles, vivant respectivement en Autriche et à Londres, auraient également obtenu l ’asile. Le mandat d ’arrêt à l’encontre des recourants aurait été établi suite à la perquisition effectuée à leur domicile en leur absence. Les éléments découverts se seraient avérés suffisants pour les accuser de prosélytisme et d’apostasie. La mère E-6874/2019, E-6876/2019 Page 10 du recourant aurait vu ce document, mais il ne lui aurait pas été remis en mains propre s. D._______ ne s ’en serait pas pris à la mère de la recourante car il n ’aurait appris la conversion de cette dernière qu ’une année avant son départ d ’Iran, suite à une perquisition opérée dans son atelier. La recourante aurait conservé la Bible retrouvée dans son atelier dans un endroit sécurisé, précisant qu ’elle n’avait alors aucun e intention de se convertir. En raison du tort causé à ses proches par la religion, elle aurait détesté tant la foi musulmane que chrétienne avant d ’arriver en Suisse. Elle se serait alors rapprochée du christianisme afin de donner un « sens à sa vie ». Elle aurait fréquenté un prêtre durant une année avant de demander à être baptisée. Les intéressés ont en outre exposé leur état de détresse profonde suite à la découverte par le recourant du viol dont sa femme aurait été victime. La situation aurait détruit leur vie de couple. L’intéressé aurait songé à rentrer en Iran, quitte à y être arrêté et détenu. A cela se serait ajoutée l’hospitalisation du père de son épouse, qui l ’affecterait tout particulièrement. Les recourants se seraient vu proposer une thérapie de couple, mais n ’y auraient pas été favorables dans l ’immédiat. La requérante aurait pour le moment refusé d ’être hospitalisée, vu l’état de détresse dans lequel se trouvait son mari. La recourante a bénéficié d ’une prise en charge psychiatrique et psychothérapeutique par la Consultation Couple et famille à G._______ depuis le 6 mai 2019 ; elle a annexé au recours une attestation y relative du 17 décembre 2019, établie par un psychiatre et une psychologue. Il en ressort qu’elle souffre d'un syndrome de stress post-traumatique ainsi que d'un épisode dépressif sévère associé à une anxiété importan te. Les praticiens ajoutent qu’elle présente une idéation suicidaire significative et a tenté à deux reprises de mettre fin à ses jours. Ils précisent qu ’elle est prise en charge de façon proximale en psychothérapie et suit un traitement médicamenteux par antidépresseurs et somnifères. Ils expliquent que la symptomatologie clinique qu’elle présente est en cohérence avec la symptomatologie typique retrouvée chez les victimes d ’un événement assimilé à un viol , et qu ’un traitement de soutien a été mis en place . Ils considèrent qu ’une prise en charge approfondie et curative d e son syndrome de stress post -traumatique nécessiterait la garantie d ’un environnement actuel et futur sécurisé, lequel n’est pas assuré en raison de l ’éventualité d’un retour dans s on pays. Compte tenu du niveau d’humeur de la recourante et des passages à l ’acte auto-agressifs déjà survenus, qu’ils jugent susceptibles d’advenir à nouveau, les praticiens font E-6874/2019, E-6876/2019 Page 11 part de leur inquiétude pour elle et considère que « dans le contexte médical actuel , une décision définitive en faveur d ’un retour de cette patiente dans son pays d ’origine représenterait un risque de passage à l’acte imminent que nous ne pouvons exclure. ». H. Par décision incidente du 8 octobre 2020, le juge instructeur a notamment constaté que les recourants pouvaient séjourner en Suisse jusqu ’à la clôture de la procédure. Il a en outre relevé qu’au vu des faits exposés dans leur mémoire de recours commun, les raisons – de confidentialité – qui avaient conduit le SEM à rendre deux décisions séparées apparaissaient obsolètes, de sorte qu’il a prononcé la jonction des causes sous le numéro principal E -6874/2019. Il a également renoncé à la perception d ’une avance des frais de procédure. I. Invité à se déterminer sur le recours, le SEM, par réponse du 24 janvier 2020, a proposé son rejet, considérant qu’il ne contenait aucun élément ou moyen de preuve nouveau susceptible de modifier son point de vue. Il a notamment relevé que la déclaration d es recourants, selon laquelle c’est le père de l ’intéressée qui aurait détenu l ’autorisation d ’exercer la photographie, était une version des faits encore différente de celles exposées lors de leurs auditions, renforçant sa position quant à l’invraisemblance de leurs motifs d’asile. Il a considéré que le viol allégué par la recourante, au vu des nombreuses invraisemblances relevées, ne saurait avoir été commis dans les circonstances décrites. Pour autant que D._______ ait effectivement consenti à son viol, le SEM a en outre relevé que rien n’empêcherait l’intéressée de retourner vivre en Iran, ailleurs que dans le même immeuble que son oncle. Il a noté que la protection accordée à l’étranger à des parents de la recourante ne saurait s ’appliquer à cette dernière par analogie. J. Invités à se déterminer sur la réponse du SEM, les recourants ont répliqué par acte du 19 février 2020. La recourante s ’est référée à ses précédentes déclarations, confirmant notamment avoir repris l ’autorisation de son père pour exercer la photographie et précisant ne pas comprendre pourquoi le SEM s’attachait à ce « genre de détail » alors qu’il devrait selon elle se pencher sur le viol qu’elle aurait subi ainsi que sur sa conversion au christianisme, motifs E-6874/2019, E-6876/2019 Page 12 essentiels de sa demande d’asile. Elle a indiqué qu’il lui serait impossible d’échapper aux membres de sa famille en cas de retour en Iran, tout comme, pour le couple, d’échapper aux autorités, en tant qu’apostats. Elle a ajouté qu’elle ne pourrait même pas indiquer à son père où elle se trouve, que ce soit en Iran ou en Suisse, de peur d ’être retrouvée par des « barbus ». Elle a précisé qu ’il aurait fallu qu ’elle trouve trois témoins adultes répondant aux critères iraniens pour pouvoir déposer plainte, expliquant à cet égard que « la partie était perdue d’avance ». Le recourant a notamment répété que lui et son épouse retourneraient dans leur pays s ’ils en avaient la possibilité , ajoutant qu ’il se sentait très démuni et n’avait plus le courage de se battre. K. Les autres faits et arguments seront examinés en tant que de besoin dans les considérants en droit. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal administratif fédéral ( ci-après : le Tribunal), en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées devant le Tribunal (cf. art. 33 let. d LTAF, applicable par renvoi de l'art. 105 LAsi), lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (cf. art. 83 let. d ch. 1 LTF), exception non réalisée en l’espèce. Le Tribunal est donc compétent pour connaître du recours. 1.2 En ce qui concerne A._______, la présente procédure est soumise à la LAsi, dans sa teneur antérieure au 1er mars 2019 (ci-après : anc. LAsi ; cf. dispositions transitoires de la modification du 25 septembre 2015, entrée en vigueur à cette date, al. 1). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 13 1.3 Les recourants ont qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (cf. art. 48 al. 1 et 52 al. 1 PA et art. 108 al. 2 LAsi, respectivement anc. art. 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d 'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l 'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. ATAF 2007/31 consid. 5.2‒5.6). 2.2 La crainte face à de sérieux préjudices à venir, telle que comprise à l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée dans les faits, et intègre également dans sa définition un élément subjectif. Sera reconnu comme réfugié, celui qui a de bonnes raisons, c'est -à-dire des raisons objectivement reconnaissables pour un tiers (élément objectif), de craindre (élément subjectif) d'avoir à subir selon toute vraisemblance et dans un avenir prochain une persécution. Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices concrets qui peuvent laisser présager l'avènement, dans un avenir peu éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes selon l'art. 3 LAsi. Il ne suffit pas, dans cette optique, de se référer à des menaces hypothétiques, qui pourraient se produire dans un avenir plus ou moins lointain. En ce sens, doivent être prises en considération les condition s existant dans le pays d'origine au moment de la décision sur la demande d'asile, respectivement sur le recours interjeté contre un refus d'asile, mais non les déductions ou les intentions du candidat à l'asile. 2.3 Quiconque demande l'asile doit prouver ou d u moins rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable lorsque l'autorité estime que celle-ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, ne sont pas suffi samment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 14 3. 3.1 En l'occurrence, le Tribunal considère, comme le SEM, que les motifs d’asile des recourants sont invraisemblables. 3.1.1 Les investigations effectuées via l ’ambassade indiquent que les recourants n’ont jamais obtenu de licence de photographie à leur nom. Le fait que la licence utilisée dans le cadre de leur atelier aurait été délivrée au père de la recourante n’est pas crédible. En effet, leurs déclarations sur ce point ont été contradictoires et variables. Or, c ontrairement à ce qu’avance la recourante, il ne s’agit pas d’un élément de détail ; leur activité alléguée de photographie est étroitement liée à leurs motifs d’asile. 3.1.2 Les mêmes investigations suggèrent que l’atelier en question n’aurait jamais été mis sur pied . L’argumentation des intéressés selon laquelle le caractère clandestin de cette structure expliquerait l’absence de toute trace de son existence ne saurait être suivie. A cet égard, on relève notamment que des clients seraient régulièrement venus sur place et que des cartes de visite auraient été élaborées ; des photographies de la requérante aurait même été affichées sur la porte de l’atelier (cf. procès-verbal de l’audition sur les motifs d ’asile de B._______, R65). Il paraît ainsi peu plausible qu’une telle activité soit restée totalement inconnue du voisinage. La discrétion dont les intéressés auraient fait preuve dans leur négoce n’explique en tous cas pas le fait qu ’eux-mêmes soient inconnus d es voisins, malgré d ’hypothétiques changements de locataires . En outre, le fait qu’ils auraient été amendés dans le cadre de cette activité même avant que D._______ ne s’en prenne à eux (cf. not. ibidem, R57 s.) implique que les autorités iraniennes en avaient déjà probablement connaissance. Par ailleurs, quoi qu’en dise la recourante, les document remis en annexe des déterminations du 16 septembre 2019 , dès lors qu’il s’agit de copies, ne présentent qu’une faible valeur probante. 3.1.3 Les recourants n’ont en outre fourni aucune preuve des tracasseries dont ils auraient fait l ’objet en tant que photographes . S ’agissant des amendes qu ’ils auraient reçues, leurs déc larations ont également été contradictoires et fluctuantes. En effet, l’intéressée a d’abord expliqué avoir été fréquemment convoquée au Tribunal et avoir reçu des amendes en raison de son activité, étant même condamnée à être fouettée, mais avec l’option de payer à la place ( cf. procès-verbal de l ’audition sur les motifs d’asile d’A._______, R61-65). Le requérant a quant à lui expliqué avoir reçu et payé toutes les amendes sauf peut -être une (cf. procès-verbal de E-6874/2019, E-6876/2019 Page 15 l’audition sur les motifs d’asile de B._______, R75), version à laquelle son épouse s’est rangée au stade du recours. Au demeurant, comme l ’a relevé le SEM, ces tracasseries ne sont pas pertinentes au regard du droit d ’asile. Il ressort des déclarations des intéressés qu’à tout le moins la pl upart des amendes précitées leur auraient été infligées pour violation des règles encadrant l es activités de photographie ; l ’une d ’entre elle aurait sanctionné une prestation défaillante lors d’un événement (cf. ibidem, R58). Aucun des motifs listés à l’art. 3 LAsi ne paraît ainsi avoir joué un rôle. Ces amendes ne sont en outre pas des mesures d ’une intensité suffisante pour être qualifiées de persécution au sens de cette disposition. Il en va de même des contrôles, quels qu ’aient été leur s motifs, que les autorités auraient effectué s à l’atelier, et, même si ce fait avait été établi, du retrait de la licence des intéressés. En effet, la conséquence principale de cette dernière mesure aurait été, selon le recourant, l’impossibilité de faire de la publicité pour leur travail (cf. ibidem, R58 ss), ce qui, au vu du caractère confidentiel que celui- ci était censé revêtir, ne paraît pas de nature à avoir entravé leur activité. On remarque d’ailleurs que celle-ci se serait poursuivie ultérieurement. 3.1.4 La conversion de la mère de la recourante au christianisme n’est en rien étayée. Quoi qu’il en soit, il demeure incompréhensible que D._______ ne s’en soit pas pris directement à la précitée pour ce motif. Même en se fondant sur les explications données au stade du recours, selon lesquelles il n’aurait eu vent de cette conversion qu’une année avant le départ du pays de la mère de famille en 2015, on peine à imaginer qu’il n’ait pas agi dans ce délai, au vu du courroux qu e cet événement aurait suscité chez lui et des facilités que deva ient lui permettre ses fonctions . Cet atermoiement tranche avec la virulence et l’obstination dont il aurait ensuite fait preuve à l’encontre de la recourante pour retrouver la trace de sa mère. Ainsi, l’explication de l ’intéressée selon laquelle D._______ aurait cherch é à laver son honneur en trouvant un responsable aux actes de sa mère ne convainc pas. Le prétendu mode opératoire de D._______ interroge également. Les diverses mes ures de contrôle et de pression qui auraient été mis es en œuvre à l’encontre des intéressés ne reposent que sur leurs déclarations ; elles paraissent en outre peu adapté es à l ’objectif concret prêté à D._______, soit la découverte du lieu de séjour de la mère de la recourante. A cet égard, le fait qu’il aurait fait violer l’intéressée par un de ses hommes ne s’explique pas. Partant, à retenir que la recourante ait été E-6874/2019, E-6876/2019 Page 16 victime d’une agression sexuelle avant d’arriver en Suisse, il n’apparaît pas vraisemblable que celle-ci se soit produite dans les circonstances et pour les motifs exposés. Les déclarations de l’intéressée ont d’ailleurs fluctué s’agissant des raisons pour lesquelles elle n’aurait pas déposé plainte à la suite de ce viol ; après avoir invoqué le danger qu’aurait impliqué une telle démarche, elle a évoqué l ’impossibilité de trouver des témoins. Qui plus est, force est de constater qu ’elle n ’a pas entrepris de quitter le pays immédiatement après cet événement, qu ’elle décrit pourtant comme le déclencheur de son départ d’Iran. Par ailleurs, la surveillance du domicile des intéressés que D._______ aurait mise en place (cf. supra, let. B.g) paraît quelque peu caricaturale. Enfin, s’il avait réellement eu l’intention de faire arrêter les recourants pour des motifs fallacieux , il est permis de penser qu’il aurait eu les moyens de le faire plus tôt. 3.1.5 Rien n ’indique non plus que les autorités iraniennes aient effectivement perquisitionné le domicile et l’atelier des recourants en leur absence, ni qu’elles se soient ensuite rendues chez la mère de l’intéressé. On peut s ’étonner du fait que l a recourante ait conservé une Bible dans son atelier, si elle estimait que la découverte d ’un tel écrit était potentiellement problématique, alors qu’elle savait que ce lieu faisait l’objet d’une surveillance des autorités. Son explication selon laquelle elle aurait conservé la Bible dans un endroit « sécurisé » n’y change rien, d ’autant plus que cela n ’a pas empêché sa découverte. Le même ra isonnement s’applique aux photos par hypothèse compromettantes qu ’elle aurait conservées sur les disques durs saisis à son atelier. 3.1.6 Les déclarations des intéressés sont également contradictoires s’agissant des modalités selon lesquelles ils auraient appris le déroulement des faits survenus en leur absence, alors qu’ils travaillaient ensemble dans le désert. D’après le récit de la recourante, les SMS reçus, avant tout contact téléphonique avec leurs expéditeurs, lui auraient déjà permis de comprendre qu’une perquisition avait été opérée dans son atelier, que sa secrétaire avait été emmenée, et qu’elle devait retirer la carte SIM de son téléphone (cf. procès-verbal de l ’audition sur les motifs d ’asile d’A._______, R55). En revanche, l ’intéressé a déclaré qu ’avant de reprendre contact avec sa mère, il se demandait « si quelqu’un n’était pas décédé » (cf. procès -verbal de l ’audition sur les motifs d ’asile de B._______, R37) , ce qui suggère qu ’il ignorait tout de la nature de l’intervention des autorités. En outre, il paraît singulier que le recourant n’ait pas spontanément mentionné que son frère aurait été « tabassé » lors de la visite des autorités au domicile de sa mère, comme l’a relaté son épouse E-6874/2019, E-6876/2019 Page 17 (cf. procès-verbal de l’audition sur les motifs d’asile d’A._______, R55). Qui plus est, interrogé sur ce point par l ’auditrice, il a uniquement indiqué que son frère avait reçu une gifle à cette occasion (cf. procès -verbal de l’audition sur les motifs d’asile de B._______, R72). 3.1.7 Finalement, il paraît peu convaincant qu’un « état de stress profond » puisse expliquer le fait que la recourante ait déclaré par erreur, dans le cadre de ses déterminations écrites du 16 septembre 2019, au demeurant rédigées par son conseil, avoir quitté son pays cinq ans auparavant, au lieu de trois. 3.2 Les recourants ne peuvent pas non plus se prévaloir d ’une crainte fondée de subir une persécution pertinente en matière d ’asile en cas de retour au pays. 3.2.1 Les investigations requises par le SEM auprès de l ’ambassade ont permis d’exclure que les intéressés, contrairement à ce qu ’ils avancent, soient recherchés par la police iranienne. Les recourants n ’apportent aucun indice du contraire, l’intéressée se bornant à reprocher – à tort – au SEM de les avoir mis en danger en raison des démarches entreprises. Les intéressés n’étayent en rien leur allégation selon laquelle un mandat d’arrêt et un « ordre d’exécution », au sujet duquel leurs explications demeurent confuses, auraient été émis à leur encontre. Rien n’indique non plus que les autorités aient effectivement rendu visite à la mère du recourant après le départ des intéressés du pays. 3.2.2 La recourante ne saurait en outre se voir reconnaître la qualité de réfugiée, à l ’exclusion de l ’asile, en raison de sa conversion alléguée au christianisme en Suisse. Celui qui se prévaut d'un risque de persécution dans son pays d'origine ou de provenance, engendré uniquement par son départ de ce pays ou par son comportement postérieur audit départ, fait valoir des motifs subjectifs survenus après la fuite, au sens de l’art. 54 LAsi. En l ’espèce, l a conversion invoquée par la recourante n ’apparaît pas sincère. Ses explications quant à son cheminement spirituel ne convainquent pas. On se contentera à cet égard de rappeler qu’elle avait déclaré lors de son audition sur les motifs d ’asile « je déteste tout ce qui est religion » ( cf. procès -verbal de l ’audition sur les motifs d ’asile d’A._______, R75), ce qui semble peu compatible avec le souhait d’être baptisée qu’elle aurait exprimé une année plus tard. Les démarches qu’elle E-6874/2019, E-6876/2019 Page 18 aurait effectuées en ce sens ne sont au demeurant corroborées par aucun élément concret ; la copie produite de la couverture – anonyme – d’un livret « EVEILS » ne suffit même pas à rendre vraisemblable qu’un tel document lui ait bien été délivré. En outre, la recourante ne prétend pas avoir pratiqué sa nouvelle religion de manière active ou publique en Suisse. Compte tenu de l ’invraisemblance de ses motifs d ’asile, rien n ’indique qu’elle – tout comme son mari – soit reconnue comme apostate en Iran. A la lumière de la jurisprudence du Tribunal, on peut ainsi exclure que sa conversion , même à la tenir pour vraisemblable, soit de nature à l’exposer à un risque de persécution en cas de retour dans son pays (cf. ATAF 2009/28 consid. 7.3.5). 3.3 Il s'ensuit que le recours doit être rejeté, en tant qu'il conteste la non- reconnaissance de la qualité de réfugié et le refus de l'asile. 4. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille (art. 44 LAsi). Aucune exception à la règle générale du renvoi, énoncée à l'art. 32 al. 1 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la pro cédure (OA 1, RS 142.311), n'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 5. 5.1 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnable ment exigible et possible . Si ces conditions ne sont pas réunies , l 'admission provisoire doit être prononcée. Celle -ci est réglée par l 'art. 83 LEI (RS 142.20). 5.2 L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEI). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait menacée pour l 'un des motifs mentionné s à l 'art. 3 al. 1 LAsi, ou encore d'où elle risquerait d 'être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 19 5.3 L'exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l 'étranger dans son pays d 'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEI). 5.4 L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEI). 6. 6.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu 'aucun autre Etat, respectant le principe du non - refoulement, ne se déclare prêt à l 'accueillir; il s'agit d'abord de l'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 6.2 L'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non - refoulement de l 'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut (consid. 3) , les recourants n'ont pas rendu vraisemblable qu 'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils seraient exposés à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 6.3 En ce qui concerne les autres engagement s de la Suisse relevant du droit international, il sied d 'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application dans le présent cas d'espèce. 6.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou dégradants) s 'applique indépendamment de la reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne s ignifie pas encore qu 'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l 'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu'il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d 'être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans E-6874/2019, E-6876/2019 Page 20 son pays. Il en ressor t qu 'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l 'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu 'elle serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d 'un hasard malheureux – par des mesures incompatibles avec la disposition en question ( cf. ATAF 2014/28 consid. 11). 6.5 En l ’occurrence, les recourant s, pour les raisons déjà évoquées (cf. consid. 3) n’ont pas démontré à satisfaction de droit qu'il existerait pour eux un risque réel, fondé sur des motifs sérieux et avérés, d'être victimes de torture ou encore d'un traitement inhumain ou dégradant au sen s de l'art. 3 CEDH en cas d'exécution du renvoi dans leur pays d'origine. 6.6 Dès lors, l 'exécution du renvoi des recourants sous forme de refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse re levant du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEI). 7. 7.1 Selon l 'art. 83 al. 4 LEI, l 'exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l'étranger dans son pays d 'origine ou de provenance le met concrètement en danger , par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s 'applique en premier lieu aux « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui n e remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin (cf. ATAF 2014/26 consid. 7.3-7.10 ; 2011/50 consid. 8.1‒8.3). 7.2 Il est notoire que l’Iran ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d 'emblée – et indépendamment des circonstances du cas d 'espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l'existence d'une mise en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEI. 7.3 E-6874/2019, E-6876/2019 Page 21 7.3.1 En outre, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en danger concrète des recourants. 7.3.2 S’agissant de l ’état de santé de la recour ante, il est rappelé que l’exécution du renvoi ne cesse d ’être raisonnablement exigible que si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique ou psychique (cf. ATAF 2009/2 consid. 9.3.2 ; Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2003 n° 24 consid. 5b p. 157 s.) 7.3.3 En l’espèce, comme déjà relevé, il ressort des rapports médicaux versés au dossier que l’intéressée souffre, sur le plan psychique, selon le document le plus récent (cf. supra, let. G, dernier §) d ’un syndrome de stress post-traumatique ainsi que d'un épisode dépressif sévère associé à une anxiété importante . Le Tribunal n ’entend en rien minimiser le traumatisme présenté par la recourante et la symptomatologie associée , mais constate que celui-ci, compte tenu de l ’invraisemblance des motifs d’asile, n’a pas été subi dans les circonstances alléguées. En outre, les troubles diagnostiqués ne sont pas suffisamment graves, au sens de la jurisprudence susmentionnée, pour s’opposer à l’exécution du renvoi. Il en va de mêmes des affections somatiques dont elle souffre ou a souffert, soit des douleurs abdominales basses avec métrorragies, des dysménorrhées et des insomnies. 7.3.4 Concernant la problématique suicidaire évoquée, il est rappelé que selon la pratique du Tribunal, ni une tentative de suicide ni des tendances suicidaires (« suicidalité ») ne constituent en soi un obstacle à l'exécution du renvoi, y compris au niveau de son exigibilité, seule une mise en danger présentant des formes concrète s devant être prise en considération (cf. p. ex. arrêts du Tribunal E-5191/2019 du 25 juin 2020 consid. 7.3.1.2 ; D-2909/2018 du 1er mai 2020 consid. 12.5.3 ; E-1165/2020 du 20 avril 2020 consid. 7.3). Ainsi, dans l'hypothèse où les tendances suicidaires s e manifesteraient à nouveau à l’approche de l'exécution forcée du renvoi, les autorités devraient y remédier au moyen de mesures adéquates, de façon à exclure un danger concret de dommages à la santé (cf. p. ex. arrêts du Tribunal E -1248/2017 du 8 août 2017 consid. 7.05 ; E -859/2017 du 11 juillet 2017 p. 7). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 22 7.3.5 Il ressort au demeurant de la décision querellée concernant A._______ que des traitements psychiatriques adéquats sont disponibles en Iran, de sorte que le suivi initié en Suisse par l ’intéressée pourra si nécessaire y être poursuivi. 7.3.6 Bien que cela ne soit pas décisif, il est également rappelé qu’il sera possible à la recourante de se constituer une réserve de médicaments avant son départ de Suisse et, si cela s ’avérait nécessaire, de présenter au SEM, après la clôture de la présente procédure, une demande d'aide au retour au sens de l'art. 93 LAsi et, en particulier, une aide individuelle telle que prévue à l'al. 1 let. d de cette disposition et aux art. 73 ss de l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l’asile relative au financement (OA 2, RS 142.312), en vue d'obtenir, pour un laps de temps convenable, une prise en charge des soins médicaux indispensables. 7.4 Pour le surplus , l 'autorité de céans relève que les recourants sont jeunes, au bénéfice d 'une expérience professionnelle et d'un réseau familial et social dans leur pays, sur lequel ils pourro nt compter à leur retour. En outre, comme l ’a relevé le SEM, r ien n’indique qu’ils seraient contraints de retourner vivre dans l ’immeuble où séjournerait également D._______, étant souligné que leurs motifs d ’asile, et donc les préjudices craints de la part de celui-ci, ont été jugés invraisemblables 7.5 Pour ces motifs, l 'exécution du renvoi doit être considérée comme raisonnablement exigible. 8. 8.1 Enfin, les recourants sont en mesure d'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de leur pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage leur permettant de quitter la Suisse. L'exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12). 8.2 La situation actuelle liée à la propagation dans le monde de la maladie à coronavirus (Covid-19) ne justifie pas de surseoir au présent prononcé. Si cette situation devait, dans le cas d ’espèce, retarder momentanément l’exécution du renvoi, celle -ci interviendrait nécessairement plus tard, en temps appropriés (voir notamment à ce sujet les arrêts du Tribuna l E-6856/2017 du 6 avril 2020 consid. 9, D-5461/2019 du 26 mars 2020 p. 7 et D-1282/2020 du 25 mars 2020 consid. 5.5). E-6874/2019, E-6876/2019 Page 23 9. En conséquence, mal fondé, le recours est également rejeté, en tant qu’il porte sur les questions du renvoi et de son exécution. 10. Au vu de l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge des recourants, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif page suivante) E-6874/2019, E-6876/2019 Page 24 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Les frais de procédure, d 'un montant de 750 francs, sont mis à la charge des recourants. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 3. Le présent arrêt est adressé aux recourants , au SEM et à l 'autorité cantonale. Le président du collège : Le greffier : William Waeber Lucas Pellet Expédition :