<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. X. , notaire et avocat, alors qu'il était domicilié dans la région de Neuchâtel, a fondé et administré d'innombrables sociétés à travers lesquelles il a fait des affaires. Après les avoir vendues, il s'est intéressé également au marché étranger et a quitté la Suisse.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> X. a épousé G. , ressortissante roumaine, le 27 mars 1992 aux Etats-Unis.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Le 10 décembre 1992, à la suite de plaintes, le juge d'instruction de Neuchâtel a ordonné l'arrestation de X. qui a été détenu préventivement jusqu'au 10 mai 1993.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par arrêt du 16 mai 1995, la Chambre d'accusation a ordonné le renvoi de X. ainsi que de quatre autres personnes, dont sa femme G. , devant le Tribunal correctionnel du district de Boudry. A cette dernière, il est reproché d'avoir :</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> " I. été complice de fraude dans la saisie et commis des actes</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de recel</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> à Peseux et en tout autre lieu, de fin 1991 environ à ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> jour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> a) sachant que son ami X. , devenu son mari en Floride le 27 mars 1992, risquait fort, notamment en raison d'engagements personnels, pris directement ou par l'intermédiaire de sociétés-écran, d'être poursuivi pour dettes en Suisse</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) sachant qu'il avait décidé de soustraire un maximum de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> biens et de fonds à ses créanciers en Suisse et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> brouiller les traces de ses transferts de biens et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> fonds de manière suffisante pour rendre toute inter-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> vention d'un créancier aléatoire</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> c) sachant qu'il avait transféré des biens et des fonds</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> importants à l'étranger, notamment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - en août 1990, un mobilier complet, représentant 1500</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> kg, assuré pour 200'000 francs, à Clermont/Floride/</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> USA (liste 7/1084; documents relatifs au transport</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 7/1107-1137)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - en octobre 1991, un mobilier complet, valant au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> moins 75'000 francs, dans la région de la Chapelle-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de-Guinchay (liste 7/1085-1086; documents sur démé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> nagement 7/1041 ss)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - en diverses occasions, des objets divers, notamment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> des antiquités de valeur, en divers endroits (X. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 4/341, selon qui il s'agirait de biens de famille,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> dont il refuse de dire à qui il les a confiés)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - en diverses occasions, des sommes d'argent importan-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> tes, sur des comptes ouverts principalement au nom</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de sociétés off-shore, en divers endroits (au sens</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de l'expertise p.55 ss, doss.16/4067 ss)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> d) acceptant de faire mettre à son nom des biens person-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> nels de son mari par divers artifices, notamment en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> faisant intervenir comme intermédiaire des sociétés</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> que X. contrôlait, dans le but de les soustraire</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> aux créanciers de X. , lequel restait l'ayant-droit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> économique de ces biens ("... épouse en séparation de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> biens selon le droit floridien et qui a été gratifiée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de différents biens mis à son nom par mesure de sécu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> rité afin d'éviter leur saisie", testament X. du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 23.7.92, 7/1249), notamment par les moyens suivants :</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - C. Sàrl a acquis un immeuble d'habitation, la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> propriété "[…]" à la Chapelle-de-Guinchay/</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> France; R. était titulaire, sans doute à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> titre fiduciaire, de 255 parts sur 500 de C. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Sàrl, X. en détenant 245 et étant gérant (cf. pv</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> assemblée générale extraordinaire du 13 août 1992,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 8/1452-1457); R. aurait cédé ses parts le 17 août</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 1992 à G. , selon contrat, dont le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> dossier ne comprend pas d'exemplaire signé (contrat</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 8/1458-1460); G. a acheté à C. Sàrl une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> propriété à la Chapelle-de-Guinchay, par acte du 24</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> novembre 1992, pour 1,1 million de francs français,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> montant payé en liquide par 470'000 francs français,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> les 630'000 francs français restants devant être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> payés jusqu'au 30 juin 1993 (attestation notariée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 8/1466 et contrat de vente 8/1470) (voir aussi des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> photographies de l'immeuble 7/1211-1217)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> - X. a acheté, directement ou par des voies détour-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> nées faisant intervenir une société-écran, une mai-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> son à Clermont/Floride, puis l'a transférée, direc-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> tement ou indirectement, à G. (X. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 7/1219-1220 dit qu'il s'agissait au fond d'une dona-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> tion à son épouse) (voir aussi des photographies de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> l'immeuble 7/1229-1231; l'immeuble pourrait avoir</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> été payé US $ 400'000 environ : voir un lot de docu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> ments sur des achats immobiliers de X. en Floride,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> à titre personnel, 8/1573 ss; selon X. 7/1220, il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> vaudrait maintenant US $ 250 à 300'000)</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e) sachant que son mari se rendait insolvable en Suisse</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> et lésait ainsi ses créanciers dans notre pays</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> f) des actes de défaut de biens ayant été délivrés contre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> X. , soit, dans le canton de Neuchâtel, pour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 2'376'936.15 francs au total (deux actes pour 496'646</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> francs dans le district de Boudry, relevé au 29.3.94</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 17/4467-4468, dix-huit actes pour 1'589'854.60 francs</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> dans le district du Val-de-Ruz, relevé au 29.3.94 17/</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> 4469-4471; deux certificats d'insuffisance de gage</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> pour 290'435.55 francs dans le district de La Chaux-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de-Fonds, relevé au 28.4.94 17/4474-4476). "</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> A l'audience du 19 août 1996, l'avocat de G. a demandé, à titre préjudiciel, au tribunal correctionnel de se déclarer incompétent pour juger sa cliente, les faits imputés à celle-ci ayant été commis à l'étranger.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Par la décision attaquée, traitant également de moyens soulevés</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par les autres co-prévenus, le Tribunal correctionnel du district de Boudry</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rejette le moyen préjudiciel de G. . Pour les premiers juges, il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'est pas contestable qu'à teneur de l'arrêt de renvoi, X. et son épouse ont agi au détriment des créanciers du premier prénommé, qui se trouvent en Suisse et qui ont intenté, en ce pays, des poursuites infructueuses. Dès lors, le résultat des infractions commises par G. s'est produit sur le territoire de la Confédération et G. peut être jugée par les autorités pénales suisses.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> G. a déclaré immédiatement recourir contre cette décision.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. Dans son mémoire du 29 août 1996, G. conclut à l'annulation de la décision entreprise en tant qu'elle rejette son moyen préjudiciel. En bref, elle soutient qu'il ne se justifie pas de lui appliquer le code pénal suisse alors qu'elle n'a jamais résidé en Suisse, qu'elle ne connaissait pas la situation économique de son mari et qu'elle n'a fait qu'acheter des biens immobiliers appartenant à des sociétés étrangères, sur lesquels les créanciers suisses de son mari n'avaient aucun droit.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">E. Le président du Tribunal correctionnel du district de Boudry</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">observe que les conditions de recevabilité d'un recours contre une déci-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sion préjudicielle paraissent réunies.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le ministère public renonce à présenter des observations.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. L'article 202 CPP dispose qu'avant de commencer l'instruction de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la cause devant le tribunal, le président invite les parties à faire va-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">loir les exceptions qui pourraient justifier le renvoi ou la suppression</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des débats, notamment les moyens tirés de l'incompétence du tribunal, de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'irrégularité de sa composition, de la prescription de la chose jugée, ou</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à former des réquisitions tendant à compléter les moyens de preuves.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Selon l'article 241 CPP, le jugement incident sur une question</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">préjudicielle, dont la solution est propre à mettre fin à l'action pénale</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans le canton, peut être attaqué en cassation si la partie contre laquel-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le il est rendu a déclaré recourir, immédiatement après avoir eu connais-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sance de la décision, et si le juge a consenti à surseoir aux débats.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> En l'occurrence, ces conditions sont remplies, de telle sorte</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que le pourvoi, déposé par ailleurs dans les 10 jours de la décision est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Les actes reprochés à G. qui ont conduit la Chambre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'accusation à retenir contre elle les préventions de complicité et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">banqueroute frauduleuse, voire de recel, ont été commis aux Etats-Unis et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en France. Le seul point de l'état de fait qui se rapporte à la Suisse est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'existence dans ce pays de créanciers de son mari et de saisies dirigées</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">contre lui ayant abouti à des actes de défauts de biens. Il convient en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conséquence de savoir si cela suffit pour fonder la compétence d'un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tribunal helvétique.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. En l'espèce, c'est uniquement sur la base du principe de la ter-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ritorialité - article 3 en liaison avec l'article 7 CP - qu'il s'agit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'examiner le problème de la souveraineté de la Suisse; la compétence des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">autorités helvétiques est admise si l'activité incriminée s'est exercée au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moins partiellement dans notre pays. Aux termes de l'article 7, l'infrac-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion est réputée commise "tant au lieu où l'auteur a agi qu'au lieu où le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">résultat s'est produit" (principe de l'ubiquité). En modification de sa</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jurisprudence antérieure, le Tribunal fédéral considère que le résultat</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">désigne une modification du monde extérieur, imputable à l'auteur et fai-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sant partie des éléments constitutifs de l'infraction (ATF 105 IV 236).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> a) Selon la doctrine unanime et la jurisprudence constante, si</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'on punit le recel c'est parce qu'il a pour effet de faire durer - au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">préjudice de la victime du premier délit - l'état de chose contraire au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">droit que cette première infraction a créé (ATF 103 IV 621 et les réfé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rences). Il ne s'ensuit pas toutefois que le recel est une infraction de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">résultat et qu'il peut être puni également à l'endroit où se trouve la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">victime du premier délit (Trechsel, Kurzkommentar ad art.144, n.64). Le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recel n'est punissable qu'à l'endroit où l'auteur a agi.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> En l'occurrence, la recourante est prévenue du recel du produit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'une banqueroute frauduleuse, ce qui est concevable (ATF 112 Ib 227). Ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">produit étant toutefois situé à l'étranger au moment où elle en a pris</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">possession, elle n'est pas punissable en Suisse.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) La situation est plus délicate s'agissant de la fraude dans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la saisie. Qu'elle ait agi comme tiers au sens de l'article 164 aCP ou des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">articles 163 et 164 CP ou comme complice de son mari, la recourante peut</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en principe être poursuivie en Suisse si les intérêts des créanciers de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">son mari ont été compromis ou menacés de manière indirecte. Il faut donc,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">comme l'exprimait l'article 83 de la loi d'introduction du code pénal</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fédéral de 1894 que ces créanciers aient été privés "des avoirs qui</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">devraient normalement leur revenir dans le cadre d'une procédure de pour-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suite ou de faillite" (ATF 103 IV 277). Cet élément constitutif de l'in-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fraction doit se produire en Suisse. Or, dans une poursuite exercée en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Suisse par voie de saisie, on ne peut saisir des biens situés à l'étran-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ger, en particulier des immeubles (ATF 114 IV 14; Jäger/Petitmermet/Bovet</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ad art.95 V 4). A supposer qu'on doive reconnaître que les immeubles en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cause appartenaient au mari de la recourante, leur acquisition par celle-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ci ne pouvait produire un résultat dommageable en Suisse.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Le recours doit dès lors être admis. En conséquence, il y a lieu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de dire que le Tribunal correctionnel du district de Boudry n'est pas com-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pétent pour connaître des actes reprochés à G. .</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Les frais seront laissés à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Il y a lieu de fixer la rétribution de l'avocat d'office de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recourante sur la base du dossier.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Dit que le Tribunal correctionnel du district de Boudry n'est pas com-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> pétent pour connaître des infractions reprochées à G. .</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Laisse les frais de la procédure de cassation à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Fixe à 1'000 francs l'indemnité due par l'Etat à l'avocat d'office de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> la recourante.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 24 octobre 1996</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> AU NOM DE LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le greffier L'un des conseillers</span></p> </div></body></html>