<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <a name="idp363024"></a><div class="big bold">Urteilskopf</div> <br/>149 II 433<br/><br/><br/><div class="paraatf">36. Extrait de l'arrêt de la IIe Cour de droit public dans la cause A. contre Association B. et Commission foncière agricole du canton de Genève (recours en matière de droit public)</div> <div class="paraatf">2C_856/2021 du 27 septembre 2023</div> <a name="idp364560"></a> <a name="idp376528"></a> <a name="idp385616"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste a</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref">Art. 71 Abs. 2 und <artref id="CH/211.412.11/72/3" type="start"></artref>Art. 72 Abs. 3 BGBB</span><artref id="CH/211.412.11/71/2" type="end"></artref>; Widerruf einer Bewilligung zum Erwerb eines landwirtschaftlichen Grundstücks; Berichtigung des Grundbuchs; Verjährung. <div class="paratf">Zusammenhang zwischen den Fristen von <span class="artref">Art. 71 Abs. 2 BGBB</span> und <span class="artref">Art. 72 Abs. 3 BGBB</span> im Falle des Widerrufs einer Bewilligung, die auf dem bäuerlichen Bodenrecht beruht. Wird eine Bewilligung innerhalb der Zehnjahresfrist von <span class="artref">Art. 71 Abs. 2 BGBB</span> widerrufen, muss das Grundbuch berichtigt werden, auch wenn die entsprechende Anordnung erst nach Ablauf der Frist von <span class="artref">Art. 72 Abs. 3 BGBB</span> erfolgt (E. 3 und 4). </div> </div> </div> <a name="idp397376"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste b</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref"><artref id="CH/211.412.11/70" type="start"></artref>Art. 70 und 71 BGBB</span><artref id="CH/211.412.11/71" type="end"></artref>; nichtige Rechtsgeschäfte; Widerruf der Bewilligung. <div class="paratf"><span class="artref">Art. 70 BGBB</span> "Nichtige Rechtsgeschäfte" bezieht sich auf Handlungen, für die eine <i>Bewilligung</i> verweigert wurde. <span class="artref">Art. 71 BGBB</span> "Widerruf der Bewilligung" gilt für Fälle, in denen die Bewilligung <i>erteilt</i> und später widerrufen wurde (E. 4 und 5). </div> </div> </div> <a name="idp406288"></a> <a name="idp417968"></a> <br/><div> <a name="idp424128"></a><span class="big bold" id="sachverhalt">Sachverhalt</span> <span class="small">ab Seite 434</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page434"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 434</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp425792"></a><span class="bold">A. </span>A. a, par acte notarié du 13 décembre 2011, acheté les parcelles n<sup>os</sup> x et y de la commune de U. et situées en zone agricole au prix de 109'584 fr., à l'Association B. (ci-après: l'Association). La Commission foncière agricole de la République et canton de Genève (ci-après: la Commission foncière agricole) avait autorisé cette vente, le 18 octobre 2011, dès lors que A. était exploitant à titre personnel et que le prix convenu n'était pas surfait.</div> <div class="paraatf">Par décision du 12 janvier 2021, la Commission foncière agricole a révoqué l'autorisation d'acquérir ces bien-fonds, délivrée à A. le 18 octobre 2011, et communiqué sa décision au registre foncier. L'intéressé avait fait valoir sa qualité d'exploitant à titre personnel pour obtenir cette autorisation, alors qu'il n'avait jamais eu l'intention de les exploiter et, de fait, ne l'avait jamais fait.</div> <div class="paraatf">A. a attaqué cette décision, par recours du 8 mars 2021 devant la Chambre administrative de la Cour de justice de la République et canton de Genève (ci-après: la Cour de justice).</div> <div class="paraatf">Parallèlement à cette procédure de révocation, la Commission foncière agricole a, le 11 mai 2021, ordonné la rectification du registre foncier, à savoir la réinscription de l'Association en tant que propriétaire des deux parcelles litigieuses. A. a recouru contre cette décision devant la Cour de justice, le 14 juin 2021; il requérait la jonction de cette procédure avec celle concernant la révocation de l'autorisation d'acquérir.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp434912"></a><span class="bold">B. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp435920"></a><span class="bold">B.a </span>La Cour de justice a, en date du 31 août 2021, rejeté le recours de A. à l'encontre de la décision de révocation de l'autorisation d'acquérir du 12 janvier 2021 de la Commission foncière. L'intéressé a attaqué cet arrêt devant le Tribunal fédéral (cause 2C_783/2021). <a name="page435"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 435</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp438240"></a><span class="bold">B.b </span>Par arrêt du 21 septembre 2021, la Cour de justice a rejeté le recours de A. attaquant la décision du 11 mai 2021 relative à la rectification du registre foncier. Après avoir refusé de joindre les deux causes, elle a en substance rappelé que, si la rectification du registre foncier était exclue lorsqu'elle lèse des droits de tiers de bonne foi, en l'espèce aucune des parties ne pouvait être considérée comme un tiers de bonne foi; cela valait également pour l'Association; par conséquent, c'était à bon droit que la Commission foncière agricole avait "communiqué sa décision" du 12 janvier 2021 de révoquer l'autorisation d'acquérir au registre foncier; l'ordre litigieux du 11 mai 2021 de rectifier ce registre n'était que la conséquence de la décision de révocation du 12 janvier 2021.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp440912"></a><span class="bold">C. </span>Le Tribunal fédéral a, par arrêt du 7 septembre 2022, rejeté le recours de A. à l'encontre de l'arrêt du 31 août 2021 de la Cour de justice portant sur la révocation de l'autorisation d'acquérir (cause 2C_783/ 2021). La position des autorités précédentes était conforme au droit, car l'intéressé avait fourni de fausses informations à la Commission foncière agricole dans sa demande d'autorisation d'acquérir les parcelles en cause, à savoir qu'il entendait cultiver les parcelles convoitées; non seulement il n'avait jamais cultivé les biens-fonds qu'il avait achetés mais il n'avait jamais eu l'intention de le faire; de plus, il avait donné ces fausses informations dans le but d'obtenir l'autorisation qui lui aurait été sinon refusée.</div> <div class="paraatf">Le Tribunal fédéral a rejeté le recours en matière de droit public de A. attaquant l'arrêt du 21 septembre 2021 de la Cour de justice.</div> <div class="paraatf"> <i>(résumé)</i> </div> <br/><div> <a name="idp444832"></a><span class="big bold" id="erwaegungen">Erwägungen</span> </div> <br/><div class="paraatf">Extrait des considérants:</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp445792"></a><span class="bold" id="consideration_3.">3. </span>Le litige porte sur l'ordre de rectifier le registre foncier prononcé à la suite de la révocation de l'autorisation d'acquérir les parcelles n <sup>os</sup> x et y de la commune de U. octroyée au recourant, celui-ci ayant fourni de fausses informations dans le but de d'obtenir cette autorisation (cause 2C_783/2021).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp447856"></a><span class="bold" id="consideration_4.">4. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp448896"></a><span class="bold" id="consideration_4.1">4.1 </span>Le recourant prétend que la prescription de l'art. 72 al. 3 de la loi fédérale du 4 octobre 1991 sur le droit foncier rural (LDFR; RS 211.412.11) relative à la rectification du registre foncier est atteinte, plus de dix ans s'étant écoulés depuis l'inscription de l'acte de <a name="page436"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 436</div>vente. Selon lui, une rectification du registre foncier ne pourrait intervenir qu'en présence d'un acte juridique nul, ce qui impliquerait que la décision de révocation de l'autorisation d'acquérir soit entrée en force. Avant cette entrée en force, le registre foncier ne pourrait pas être rectifié.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp451904"></a><span class="bold" id="consideration_4.2">4.2 </span>L'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> "Actes juridiques nuls" prévoit que les actes juridiques qui contreviennent aux interdictions de partage matériel, de morcellement des immeubles (<span class="artref">art. 58 LDFR</span>) ou aux dispositions en matière d'acquisition des entreprises et des immeubles agricoles (<span class="artref"><artref id="CH/211.412.11/61" type="start"></artref>art. 61-69 LDFR</span><artref id="CH/211.412.11/69" type="end"></artref>) ou qui visent à les éluder sont nuls.</div> <div class="paraatf">Selon l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span> "Révocation de l'autorisation", l'autorité compétente en matière d'autorisation révoque sa décision lorsque l'acquéreur l'a obtenue en fournissant de fausses indications (al. 1); la décision n'est plus révocable lorsque dix ans se sont écoulés depuis l'inscription de l'acte juridique au registre foncier (al. 2).</div> <div class="paraatf">L'<span class="artref">art. 72 LDFR</span> "Rectification du registre foncier" dispose:</div> <div class="paraatf citation"> "<sup>1</sup> Si l'inscription au registre foncier repose sur un acte nul, l'autorité compétente en matière d'autorisation ordonne la rectification du registre foncier après avoir révoqué l'autorisation (<span class="artref">art. 71 LDFR</span>).</div> <div class="paraatf citation"> <sup>2</sup> Si le conservateur du registre foncier apprend ultérieurement qu'un acte est assujetti à autorisation, il en informe l'autorité compétente en matière d'autorisation.</div> <div class="paraatf citation"> <sup>3</sup> La rectification du registre foncier prévue à l'al. 1 est exclue lorsque dix ans se sont écoulés depuis l'inscription de l'acte au registre foncier.</div> <div class="paraatf citation"> <sup>4</sup> (...)"</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp471248"></a><span class="bold" id="consideration_4.3">4.3 </span>Il apparaît, à la lecture des art. 71 al. 2 et 72 al. 3 LDFR, que l'application de ces deux dispositions doit être coordonnée. En effet, selon leur lettre, une décision de révocation d'une autorisation intervenue dans le délai de dix ans dès l'inscription de l'acte juridique au registre foncier (cf. <span class="artref">art. 71 al. 2 LDFR</span>) pourrait ne plus, passé ce délai, faire l'objet d'une transcription au registre foncier (cf. <span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span>). Tel serait le cas dans l'hypothèse où, comme en l'espèce, l'ordre de rectification du registre foncier est donné postérieurement (et pas simultanément) à la décision de révocation de l'autorisation. Il va de soi qu'une situation donnant lieu à une telle insécurité juridique n'est pas souhaitable.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp476976"></a><span class="bold" id="consideration_4.4">4.4 </span>Il convient d'examiner l'histoire de ces dispositions, afin de les interpréter. <a name="page437"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 437</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp478960"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.1">4.4.1 </span>Le système prévu dans le projet du Conseil fédéral n'était pas celui de l'autorisation d'acquérir (cf. <span class="artref">art. 61 LDFR</span>), mais celui de l'opposition par l'autorité compétente à une acquisition prévue d'un immeuble ou d'une entreprise agricole (Message du 19 octobre 1988 à l'appui des projets de loi fédérale sur le droit foncier rural [LDFR] et de loi fédérale sur la révision partielle du code civil [droits réels immobiliers] et du code des obligations [vente d'immeubles], FF 1988 III 972 ch. 223.3; ci-après: le Message). Le passage d'un système à l'autre (procédure d'opposition à procédure d'autorisation) a été opéré lors de la phase parlementaire. La notion d'autorisation était toutefois déjà présente dans le projet initial (FF 1988 III 1063) et l'obtention d'une telle décision était nécessaire dans certains cas (exceptions aux interdictions de partage matériel et de morcellement, partage d'une entreprise agricole dans le cadre d'une succession, etc. [art. 61 du projet]).</div> <div class="paraatf">Le Message précise, en ce qui concerne l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> "Actes juridiques nuls" (<span class="artref">art. 74 LDFR</span> du projet), que les actes juridiques qui contreviennent aux interdictions de partage matériel, de morcellement ou d'enchères volontaires sont nuls. Ils ne produisent aucun effet juridique même si la nullité n'est constatée qu'ultérieurement (FF 1988 III 981).</div> <div class="paraatf">En relation avec l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span> (<span class="artref">art. 75 LDFR</span> du projet) "Révocation de l'autorisation", le Message mentionne que, selon les principes généraux non écrits du droit administratif sur la stabilité juridique des décisions, une autorité administrative peut revenir sur sa décision lorsqu'il s'avère que celle-ci a été obtenue par de fausses indications. Pour des raisons de sécurité du droit, la possibilité de corriger la décision est limitée à dix ans à compter de l'inscription de l'acte juridique au registre foncier, ce délai correspondant à celui de la prescription ordinaire en cas d'inscription d'un immeuble au registre foncier sans cause légitime (<span class="artref">art. 661 CC</span>) (FF 1988 III 981).</div> <div class="paraatf">L'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span> "Rectification du registre foncier" (<span class="artref">art. 78 al. 1 LDFR</span> du projet) avait la teneur suivante:</div> <div class="paraatf citation">"Si l'inscription au registre foncier repose sur un acte nul et si celui-ci ne peut être autorisé ultérieurement, l'autorité compétente en matière d'autorisation ordonne la rectification du registre foncier."</div> <div class="paraatf">D'après le Message, cette disposition règle la procédure à suivre lorsqu'une acquisition a été inscrite à tort au registre foncier, que ce soit par inadvertance ou parce que les données sur le caractère de <a name="page438"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 438</div>l'immeuble ne ressortaient pas de manière suffisamment précise des mentions et documents. Il précise que le 1<sup>er</sup> alinéa concerne les actes juridiques nuls en rapport avec la procédure d'autorisation (FF 1988 III 982 ss).</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp501904"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.2">4.4.2 </span>La phase parlementaire a eu les conséquences suivantes.</div> <div class="paraatf">Le passage du système de l'opposition à celui de l'autorisation d'acquérir a induit la suppression de la disposition relative à l'invalidité des actes juridiques (<span class="artref">art. 76 LDFR</span> du projet), qui était la conséquence de l'admission d'une opposition, et la modification de l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> (<span class="artref">art. 74 LDFR</span> du projet) en ce sens que sont dorénavant nuls, non seulement les actes juridiques qui contreviennent aux interdictions de partage matériel et de morcellement des immeubles (<span class="artref">art. 58 LDFR</span>), mais également ceux qui contreviennent aux dispositions en matière d'acquisition des entreprises et des immeubles agricoles (<span class="artref"><artref id="CH/211.412.11/61" type="start"></artref>art. 61-69 LDFR</span><artref id="CH/211.412.11/69" type="end"></artref>), ainsi que ceux qui visent à éluder ces dispositions.</div> <div class="paraatf">L'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span> "Rectification du registre foncier" (<span class="artref">art. 78 al. 1 LDFR</span> du projet) a été modifié avec l'adjonction "après avoir révoqué l'autorisation (art. 71)" et un délai de dix ans pour procéder à la rectification du registre foncier en cas d'inscription d'un acte nul a été introduit à l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> (cf. supra consid. 4.2 et 4.4.1).</div> <div class="paraatf">En ce qui concerne la prescription, le projet ne contenait que celle relative à la révocation de l'autorisation de l'<span class="artref">art. 71 al. 2 LDFR</span>. Il présentait une lacune dans la mesure où il ne mentionnait pas de délai de prescription respectivement de péremption pour la rectification du registre foncier en lien avec les actes nuls. Le délai de dix ans de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> n'est apparu que dans le cadre de la phase parlementaire. Lors de son introduction, la commission compétente n'a fourni aucune explication ("Hier beantragt die Kommission verfahrensrechtliche Modifikationen und Anpassungen. Die Kommission empfiehlt Ihnen einstimmig, dem neu vorgeschlagenen Text zuzustimmen. Es würde zu weit führen, wenn ich die Gründe dafür hier explizieren würde. Ich bitte Sie, dem Kommissionsantrag zuzustimmen" [BO 1990 CE 687; cf. aussi BO 1991 CN 149]). Ce délai est le même que celui qui avait déjà été fixé dans le projet du Conseil fédéral pour la révocation d'une autorisation.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp525008"></a><span class="bold" id="consideration_4.5">4.5 </span>Au regard du système mis en place, on constate ce qui suit. Les actes mentionnés à l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> "Actes juridiques nuls" sont des actes interdits ou soumis à autorisation (le partage matériel et le morcellement d'immeubles sont interdits ou alors peuvent <a name="page439"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 439</div>exceptionnellement être autorisés et les acquisitions d'entreprises ou d'immeubles agricoles doivent être autorisées). L'acte juridique nul est celui qui contrevient à une interdiction légale. L'objet de la nullité au sens de cette disposition est l'acte juridique de droit privé (et pas l'autorisation). Dès lors qu'un acte est nul, il ne peut pas être inscrit au registre foncier. Dans la mesure où il y a tout de même été inscrit, à tort, le registre foncier doit être rectifié en application de l'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span>. En ce qui concerne les actes soumis à autorisation, la nullité touche ceux pour lesquels l'autorisation requise a été refusée: le refus est la conséquence de la constatation que l'acte juridique en cause viole le droit foncier rural (BEAT STALDER, in Das bäuerliche Bodenrecht, 2<sup>e</sup> éd. 2001, n<sup>os</sup> 1-3 ad <span class="artref">art. 70 LDFR</span>) et ce refus les rend nuls (cf. arrêts 2C_20/2021 / 2C_21/2021 du 19 novembre 2021 consid. 4.2; 4A_260/2018 du 28 novembre 2018 consid. 2.2.2; 2C_39/ 2013 du 10 janvier 2014 consid. 6.3). En revanche, la nullité d'un acte ne touche pas celui pour lequel une autorisation a été accordée: une telle autorisation ne peut être révoquée qu'aux conditions de l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span>, à savoir lorsqu'elle a été obtenue par de fausses indications (STALDER, op. cit., n° 6 ad <span class="artref">art. 70 LDFR</span>). Dans ce cas, la cause de la révocation n'est pas un acte nul mais les fausses informations fournies.</div> <div class="paraatf">L'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span> "Rectification du registre foncier" , tel que modifié lors de la phase parlementaire, porte à confusion. Dans le projet, son al. 1 faisait référence uniquement à la rectification due à un acte juridique nul, c'est-à-dire l'acte juridique de droit privé qui ne devait pas être inscrit au registre foncier et qui l'avait été à tort. Il ne mentionnait rien en relation avec la rectification résultant de la révocation d'une autorisation. L'ajout des termes "après avoir révoqué l'autorisation" (cf. supra consid. 4.4.2) avait certainement pour but de donner une base légale expresse à l'ordre de rectification du registre foncier émanant de l'autorité administrative qui a révoqué l'autorisation (cf., sur cette problématique, SCHMID-TSCHIRREN/STALDER, in Das bäuerliche Bodenrecht, 2<sup>e</sup> éd. 2001, n° 3 ad <span class="artref">art. 72 LDFR</span>) et c'est ainsi qu'il faut l'interpréter: la révocation de l'autorisation à la suite de sa captation par de fausses informations entraîne la rectification du registre foncier sur la base de l'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span> (SCHMID-TSCHIRREN/STALDER, op. cit., n° 5 ad <span class="artref">art. 72 LDFR</span>). En tant qu'il mentionne l'inscription reposant sur un acte nul, l'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span> ne concerne, comme susmentionné, que les actes juridiques nuls qui ont été inscrits à tort ou par inadvertance au registre foncier, malgré <a name="page440"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 440</div>le refus d'autorisation ou à la suite d'un acte élusif (SCHMID-TSCHIRREN/STALDER, op. cit., n° 4 ad <span class="artref">art. 72 LDFR</span>). De même, la prescription respectivement la péremption de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> ne vaut que pour ces actes juridiques (STALDER, op. cit., n° 10 ad <span class="artref">art. 70 LDFR</span>). Le Message démontre d'ailleurs que l'<span class="artref">art. 72 LDFR</span> ne visait pas les cas de révocation d'autorisation pour fausses indications, puisqu'il mentionne les inscriptions effectuées à tort à cause de données imprécises ou par inadvertance.</div> <div class="paraatf">Les actes pour lesquels une autorisation a été accordée tombent, pour leur part, sous le coup de l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span> ("<sup>1</sup> L'autorité compétente en matière d'autorisation révoque sa décision lorsque l'acquéreur l'a obtenue en fournissant de fausses indications. <sup>2</sup> La décision n'est plus révocable lorsque dix ans se sont écoulés depuis l'inscription de l'acte juridique au registre foncier."). Dans ce cas, l'autorisation ne peut être révoquée, dans le délai de dix ans depuis l'inscription de l'acte juridique au registre foncier, que si des fausses informations ont été données (si une autorisation a été délivrée à tort sans qu'il y ait captation au sens de l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span>, elle ne peut pas être révoquée et l'acte juridique reste inscrit au registre foncier). Si ce délai a été respecté, la révocation donne lieu, comme susmentionné, à une rectification du registre foncier sur la base de l'<span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span>. Le délai de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> ne s'applique pas dans une telle situation, compte tenu du fait qu'il ne vaut que pour l'inscription reposant sur un acte nul. Cette interprétation correspond à ce qui avait été prévu dans le projet du Conseil fédéral et permet d'éviter l'insécurité juridique susmentionnée.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp568112"></a><span class="bold" id="consideration_4.6">4.6 </span>L'interprétation et la coordination des art. 71 al. 2 et 72 al. 3 LDFR doivent également être opérées à l'aune de l'<span class="artref">art. 661 CC</span>. En effet, le Message, dans le commentaire de l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span> "Révocation de l'autorisation", fait référence à cette disposition de droit privé (cf. supra consid. 4.4.1; FF 1988 III 981). D'après celle-ci, les droits de celui qui a été inscrit sans cause légitime au registre foncier comme propriétaire d'un immeuble ne peuvent plus être contestés lorsqu'il a possédé l'immeuble de bonne foi, sans interruption et paisiblement pendant dix ans.</div> <div class="paraatf">On ne saurait considérer que l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> accorde une protection plus importante que celle du droit civil. Il s'ensuit que la possible différence d'échéance des délais des art. 71 al. 2 et 72 al. 3 LDFR, découlant du fait que l'ordre de rectification du registre foncier est donné postérieurement (et non pas simultanément) à la décision de <a name="page441"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 441</div>révocation de l'autorisation, ne peut pas avoir pour conséquence de protéger le possesseur de mauvaise foi, c'est-à-dire en l'espèce la personne qui a obtenu une autorisation en fournissant de fausses indications. En conséquence, l'interprétation systématique corrobore l'interprétation historique: elle aboutit à juger que, à la suite de la révocation d'une autorisation effectuée dans le délai de dix ans de l'<span class="artref">art. 71 al. 2 LDFR</span>, le registre foncier doit pouvoir être rectifié (cf. <span class="artref">art. 72 al. 1 LDFR</span>), quand bien même l'ordre y relatif serait postérieur à l'échéance du délai de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span>.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp582512"></a><span class="bold" id="consideration_4.7">4.7 </span>En l'espèce, la Commission foncière agricole a, par décision du 12 janvier 2021, révoqué l'autorisation d'acquérir les immeubles octroyée au recourant en raison des informations erronées fournies par celui-ci. Le 11 mai 2021, elle a ordonné la rectification du registre foncier. Dès lors qu'il s'agit d'un cas de révocation d'autorisation, seul s'applique le délai de l'<span class="artref">art. 71 al. 2 LDFR</span>, à l'exclusion de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span>. Le grief relatif à la violation de l'<span class="artref">art. 72 al. 3 LDFR</span> est donc mal fondé.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp589216"></a><span class="bold" id="consideration_5.">5. </span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp590256"></a><span class="bold" id="consideration_5.1">5.1 </span>D'après le recourant, les juges précédents ont violé l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span>. Il souligne que la décision du 12 janvier 2021 de la Commission foncière révoquant l'autorisation d'acquérir les parcelles litigieuses fait l'objet d'une procédure de recours pendante devant le Tribunal fédéral et qu'une demande d'effet suspensif a été déposée. Il en conclut que "l'autorisation d'acquérir n'a pas été annulée à ce jour, de sorte que le contrat de vente conclu le 13 décembre 2011 entre l'Association et [lui-même] ne peut pas être qualifié de nul. [...] Partant, l'arrêt attaqué viole l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span>".</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp595280"></a><span class="bold" id="consideration_5.2">5.2 </span>Dans la mesure où l'arrêt du Tribunal fédéral confirmant la révocation de l'autorisation d'acquérir les biens-fonds en cause est entré en force (cause 2C_738/2021), on peut se demander si le grief a encore un objet. Cela étant, comme on l'a vu ci-dessus (cf. supra consid. 4.5), l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> ne concerne que les actes juridiques qui ont fait l'objet d'un refus d'autorisation et les actes juridiques qui visent à éluder les interdictions de partage matériel, de morcellement des immeubles ou les dispositions en matière d'acquisition des entreprises et des immeubles agricoles. Les actes juridiques qui ont fait l'objet d'une autorisation ne tombent pas sous le coup de l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> mais de l'<span class="artref">art. 71 LDFR</span> qui permet la révocation pour fausses informations. En présence d'un tel comportement dolosif, la Commission foncière agricole révoque l'autorisation d'acquérir mais elle ne se <a name="page442"></a><div class="center pagebreak">BGE 149 II 433 S. 442</div>prononce pas sur la nullité du contrat. En l'espèce, ladite commission a constaté que le recourant avait obtenu une autorisation d'acquérir les immeubles agricoles litigieux, en prétendant faussement qu'il allait exploiter les biens-fonds en cause, ce qui a induit la révocation de l'autorisation d'acquérir (cf. arrêt 2C_783/2021 du 7 septembre 2022 consid. 6). Ainsi, le grief relatif à la violation de l'<span class="artref">art. 70 LDFR</span> tombe à faux, cette disposition ne s'appliquant que si l'autorisation a été refusée, ce qui n'est pas le cas dans la présente cause.</div> </div></body></html>