C our III C -1175/2006 {T 0/2} A rrêt du 22 juin 2007 C om position : M . et M m es les Juges Vuille, Beutler et Avenati-C arpani G reffier: M . Surdez. A._______, recourant, représenté par Jean-C harles Arci, cabinet juridique, chem in C uvillard 21, 1302 Vufflens-la-Ville, contre O ffice fédéral des m igrations (O D M ), Q uellenw eg 6, 3003 Berne, autorité intim ée concernant annulation de la naturalisation facilitée. B u n d e s v e rw a ltu n g s g e ric h t T rib u n a l a d m in is tra tif fé d é ra l T rib u n a le a m m in is tra tiv o fe d e ra le T rib u n a l a d m in is tra tiv fe d e ra l2 Faits : A. Entré en Suisse au cours du m ois d'août 1988, A._______ (ressortissant turc né, selon la carte d'identité dont il était m uni à son arrivée en ce pays, le 1er octobre 1969) y a sollicité le statut de réfugié. Par décision du 4 janvier 1989, l'O ffice fédéral des réfugiés (O D R ; O ffice intégré, depuis le 1er janvier 2005, au sein de l'O D M ) a rejeté la dem ande d'asile de l'intéressé et a prononcé son renvoi de Suisse. C ette décision a été confirm ée sur recours, le 2 m ai 1990, par le D épartem ent fédéral de justice et police (ci-après: le D FJP). U n délai à m i-juillet 1990 lui a alors été im parti par l'O D R en vue de son départ du territoire helvétique. Annoncé com m e disparu de son lieu de séjour au début de juillet 1990, A._______ a été arrêté le 4 décem bre 1990 par la police cantonale vaudoise et été placé en détention préventive jusqu'au 17 décem bre 1990, date à laquelle il a été refoulé vers la Turquie. Par ordonnance du 27 m ars 1991, le Juge inform ateur de l'arrondissem ent de Lausanne a condam né A._______ à seize jours d'em prisonnem ent, avec sursis pendant deux ans, pour infraction aux prescriptions suisses de police des étrangers (soit pour avoir falsifié une attestation de dépôt d'une dem ande d'asile et y avoir apposé sans droit sa photo, ainsi que pour avoir séjourné et travaillé illégalem ent en Suisse). R evenu clandestinem ent en Suisse au cours du m ois de juin 1991, l'intéressé y a déposé une nouvelle dem ande d'asile. Après qu'un exam en dactyloscopique eût révélé que l'identité sous laquelle il s'était légitim é (B._______, né le 3 m ars 1973) était un alias, l'O D R a rendu, le 24 septem bre 1991, une décision de non-entrée en m atière sur sa dem ande d'asile et a prononcé sim ultaném ent son renvoi im m édiat de Suisse. L'intéressé a disposé ensuite d'un délai échéant pour la dernière fois au 11 m ai 1992 en vue de son départ du sol helvétique. Selon un avis de la police des étrangers du canton de Bâle-C am pagne, l'intéressé a été annoncé com m e disparu depuis le 16 août 1991. B. Le 30 m ars 1992, A._______ a épousé, devant l'état civil de G ölbasi, en Turquie, C ._______, ressortissante suisse née le 23 février 1929. D e ce fait, l'intéressé, dont la date de naissance figurant dans les papiers officiels produits à l'attention de la police vaudoise des étrangers correspond à celle du 1er octobre 1974, a été adm is, en décem bre 1992, à revenir en Suisse pour vivre auprès de son épouse et a reçu délivrance d'une autorisation de séjour annuelle de la part du canton de Vaud. Par la suite, il a été m is au bénéfice d'une autorisation d'établissem ent. C . Le 20 janvier 1998, A._______ a déposé une dem ande de naturalisation facilitée fondée sur son m ariage avec C ._______ (art. 27 de la loi fédérale du 29 septem bre 1952 sur l'acquisition et la perte de la nationalité suisse [Loi sur la nationalité; LN , R S 141.0]). C .a D ans le cadre de l'instruction de la dem ande de naturalisation facilitée, le requérant et son épouse ont contresigné, le 26 avril 2000, puis renouvelé 3 le 9 m ars 2001 une déclaration écrite aux term es de laquelle ils confirm aient vivre en com m unauté conjugale effective et stable, résider à la m êm e adresse et n'envisager ni séparation, ni divorce. L'attention du requérant a en outre été attirée sur le fait que la naturalisation facilitée ne pouvait être octroyée lorsque, avant ou pendant la procédure de naturalisation, l'un des conjoints dem andait le divorce ou la séparation ou que la com m unauté conjugale effective n'existait pas. Si cet état de fait était dissim ulé, la naturalisation facilitée pouvait ultérieurem ent être annulée, conform ém ent au droit en vigueur. A l'initiative de l'O ffice fédéral des étrangers (O FE [ci-après: l'O ffice fédéral]; O ffice désigné ultérieurem ent sous l'appellation d'O ffice fédéral de l'im m igration, de l'intégration et de l'ém igration et intégré, depuis le 1er janvier 2005 égalem ent, au sein de l'O D M ), C ._______ (celle-ci portant après son m ariage avec A._______ le nom de D ._______, née E._______) a été entendue le 13 juin 2001 par la police m unicipale de M orges notam m ent sur les circonstances de sa rencontre avec A._______ et de la célébration de leur m ariage. L'intéressé a fait l'objet d'une m êm e audition de la part de la police m unicipale de M orges le 13 juin 2001 égalem ent. L'O ffice fédéral a par la suite procédé à plusieurs échanges d'écritures avec A._______ et a sollicité de sa part des renseignem ents com plém entaires sur sa relation conjugale avec C ._______. A la dem ande de cet O ffice, A._______ et son épouse ont contresigné, le 2 août 2002, une nouvelle déclaration écrite concernant l'effectivité de leur com m unauté conjugale. L'intéressé a en outre signé une déclaration écrite aux term es de laquelle il m entionnait l'absence d'inscription non radiée en m atière pénale et de procédure pénale en cours contre lui. D ans le cadre de cette dernière déclaration, A._______ indiquait de plus avoir respecté l'ordre juridique en Suisse durant sa présence en ce pays. C .b Par décision du 24 septem bre 2002, l'O ffice fédéral a accordé la naturalisation facilitée à A._______, lui conférant par là-m êm e les droits de cité de son épouse. D . Le 11 novem bre 2003, l'intéressé et son épouse ont, par requête com m une, ouvert action en divorce auprès du Tribunal civil de l'arrondissem ent de la C ôte, en sollicitant la ratification de la convention sur les effets accessoires du divorce signée par eux le 1er novem bre 2003. Par jugem ent du 1er avril 2004, l'autorité judiciaire précitée a prononcé la dissolution par le divorce du m ariage contracté entre A._______ et C ._______. C e jugem ent est devenu définitif et exécutoire le 29 avril 2004. E. E.a Le 2 août 2004, l'O ffice fédéral a fait savoir à A._______ qu'il envisageait, 4 com pte tenu de la dissolution de son union avec la prénom m ée intervenue en avril 2004, d'ouvrir, conform ém ent à l'art. 41 LN , une éventuelle procédure visant à l'annulation de la naturalisation facilitée qui lui avait été octroyée en septem bre 2002. U n délai de trente jours a été fixé à l'intéressé pour form uler ses déterm inations et autoriser l'autorité fédérale précitée à consulter le dossier en divorce auprès du Tribunal civil de l'arrondissem ent de la C ôte. D ans le délai im parti, l'ex-épouse de A._______ a déclaré à l'attention de l'O ffice fédéral que, suite au brutal décès de deux de ses fils et au chagrin qui l'avait alors accablée, elle avait perdu le désir de poursuivre sa relation conjugale et projeté, d'un com m un accord avec son époux, de vivre séparée de celui-ci, elle-m êm e ayant en outre été victim e d'un grave accident de circulation en décem bre 2003. Affirm ant avoir connu douze ans de bonheur avec l'intéressé, C ._______ a par ailleurs relevé que l'ouverture d'une procédure en divorce n'avait pas été envisagée jusque-là. La prénom m ée a joint à son envoi la copie d'un projet de requête com m une en divorce daté du 24 octobre 2003 et une déclaration signée le 24 août 2004 par A._______ qui donnait son accord en vue de la consultation par l'O ffice fédéral du dossier de divorce auprès de l'autorité judiciaire com pétente. E.b Le 27 juillet 2004, A._______ a épousé, en secondes noces, une com patriote, F._______ (née le 19 octobre 1982), en Turquie. Par envoi du 20 septem bre 2004, la R eprésentation de Suisse à Ankara a fait parvenir à l'O ffice fédéral la dem ande d'autorisation d'entrée que F._______ avait déposée dans le but de prendre résidence en Suisse auprès de son époux, en application des dispositions sur le regroupem ent fam ilial. C ette requête a été transm ise, le 29 septem bre 2004, au SPO P, com m e objet de sa com pétence. E.c Sur réquisition de l'autorité cantonale précitée, la police m unicipale de M orges a procédé de m anière séparée, le 13 novem bre 2004, à l'audition de A._______ et de son ex-épouse, C ._______. D ans le cadre de ses déclarations, cette dernière a indiqué avoir fait la connaissance de son futur conjoint en 1992 ou 1993. M entionnant que l'intéressé lui avait proposé le m ariage, C ._______ a relevé que la différence d'âge existant entre eux n'avait eu aucune influence sur leur vie de couple. Selon ses propos, elle pensait que A._______ avait eu pour idée prem ière de l'épouser afin de pouvoir poursuivre son séjour en Suisse. L'intéressé ayant rencontré une autre fem m e en Turquie, elle n'entendait pas "faire m énage à trois", ni ne souhaitait vivre avec un hom m e qui entretenait une autre liaison. Lors de son audition, C ._______ a encore précisé qu'après l'arrivée du frère de son époux en Suisse intervenue quatre ans auparavant, celui-ci avait alors changé dans son com portem ent et com m encé en particulier à sortir seul. A l'inverse, lorsqu'elle-m êm e sortait et revenait au dom icile plus tardivem ent que 5 l'intéressé, ce dernier lui faisait une scène de m énage. Pour ces raisons, tous deux s'étaient alors m is d'accord pour engager une procédure de divorce. D e son côté, A._______ a déclaré, au cours de son audition, avoir appris à connaître C ._______ en 1992, l'un et l'autre ayant m utuellem ent proposé de concrétiser leur relation par le m ariage. A._______ a en outre indiqué que leur différence d'âge n'avait pas eu de répercussion sur leur vie conjugale, qu'ils avaient cohabité dans une bonne entente et sortaient m êm e souvent ensem ble. Evoquant les m otifs de leur séparation, l'intéressé a expliqué que, suite au décès de son fils, C ._______ avait préféré vivre seule. Après discussion, tous deux avaient alors pris la décision de m ettre fin à leur union. A._______ a d'autre part indiqué avoir rencontré sa nouvelle épouse en Turquie, durant l'été 2003. Le 22 avril 2005, la nouvelle épouse de A._______ a donné naissance à une fille. Par lettre du 6 juillet 2005, l'O ffice fédéral a inform é A._______ que l'exam en des pièces du dossier lui perm ettait de déduire qu'il avait abusé de son m ariage avec une ressortissante suisse pour s'assurer un droit de séjour en ce pays et en obtenir ensuite la nationalité. D ans le délai fixé pour faire valoir ses déterm inations, A._______ a contesté avoir com m is un quelconque abus dans le cadre de son m ariage avec C ._______. E.d Le 23 décem bre 2005, A._______, agissant par l'entrem ise d'un m andataire professionnel, a invité l'O ffice fédéral à différer le prononcé de sa décision en m atière d'annulation de la naturalisation facilitée et requis de cette autorité la possibilité de consulter le dossier de la cause, ainsi que la faculté de déposer des observations com plém entaires. D ans le délai d'un m ois qui lui a été octroyé par l'O ffice fédéral à cet effet, A._______ a produit une déclaration sur l'honneur rédigée par son ex- épouse et datée du 17 janvier 2006. Selon les propos de cette dernière, l'intéressé et elle-m êm e avaient form é une véritable com m unauté conjugale, ce dont pouvait attester ses enfants. N 'ayant jam ais soupçonné A._______ d'avoir fait un m ariage blanc, elle lui reprochait uniquem ent d'être plus fréquem m ent sorti avec son propre frère durant les derniers tem ps de leur union. Le désir de l'intéressé d'avoir des enfants était à l'origine de leur séparation. C ._______ contestait en outre l'exactitude des déclarations enregistrées dans le procès-verbal de son audition du 13 novem bre 2004, spécialem ent en ce qui concernait l'idée d'un m ariage blanc évoquée aux chiffres 8 et 9 dudit procès-verbal. La prénom m ée niait égalem ent avoir, com m e m entionné dans le procès-verbal en cause, indiqué n'être plus d'accord de vivre avec un époux qui entretenait une liaison avec une com patriote et souhaitait form er un m énage à trois. 6 Q ualifiant de tendancieuse la transcription de ses déclarations faite alors par la police, C ._______ soutenait par ailleurs qu'en raison de son intim idation, elle avait signé le procès-verbal de son audition sans avoir pu, faute de lunettes, prendre connaissance de son contenu et, donc, sans avoir pu protester quant à l'inexactitude de ce dernier. Attirant l'attention de l'O ffice fédéral sur les term es de la déclaration sur l'honneur de C ._______, A._______ a dem andé à cette autorité à être entendu personnellem ent et requis l'audition, en qualité de tém oins, de son ex- épouse, ainsi que de la fille, du fils et de la belle-fille de cette dernière. Par lettre du 27 janvier 2006, l'O ffice fédéral a inform é A._______ qu'il n'entendait pas procéder à son audition personnelle, ni à l'audition des personnes m entionnées dans son dernier écrit. U n délai au 27 février 2006 a toutefois été accordé par cette autorité à l'intéressé pour la rem ise de dépositions écrites de la part des personnes concernées. D ans le délai fixé, A._______ a produit un écrit du 21 février 2006 et une déclaration sur l'honneur du 22 février 2006 ém anant de la fille de son ex- épouse, ainsi qu'une déclaration sur l'honneur du 22 février 2006 signée conjointem ent par le fils de son ex-épouse et la fem m e de ce dernier. L'intéressé a d'autre part indiqué m aintenir sa dem ande d'audience en vue de l'audition des personnes précitées. Invité par l'O ffice fédéral à lui faire connaître sa prise de position, le Service de l'état civil et des habitants du canton du Jura a donné, le 20 m ars 2006, son assentim ent à l'annulation de la naturalisation facilitée de A._______. F. Par décision du 6 avril 2006, l'O ffice fédéral a prononcé l'annulation de la naturalisation facilitée accordée à A._______. D ans la m otivation de son prononcé, l'O ffice fédéral a retenu de m anière générale qu'au vu de l'enchaînem ent chronologique des événem ents intervenu entre le renvoi de l'intéressé de Suisse à l'issue de la procédure d'asile et son rem ariage avec une com patriote et com pte tenu des déclarations contradictoires form ulées par ce dernier et son ex-épouse sur leur vie com m une, le m ariage des prénom m és n'était pas, contrairem ent à leurs allégations, constitutif, tant lors de la signature de la déclaration de vie com m une qu'au m om ent du prononcé de naturalisation, d'une com m unauté conjugale effective et stable telle qu'exigée par la loi et telle que définie par la jurisprudence. L'autorité précitée a d'autre part relevé que A._______ n'avait fourni aucun m oyen de preuve propre à renverser la présom ption de fait selon laquelle la naturalisation avait été obtenue de façon frauduleuse. Aux yeux de l'O ffice fédéral, les dénégations de l'ex- épouse contenues dans la déposition écrite qu'elle avait faite le 17 janvier 2006 et par laquelle elle est revenue sur une partie de ses propos enregistrés dans le procès-verbal du 13 novem bre 2004 n'étaient pas convaincantes, com pte tenu notam m ent de leur caractère tardif.7 G . Le 8 m ai 2006, A._______ a recouru auprès du D FJP contre la décision précitée de l'O ffice fédéral. D ans l'argum entation de son recours, l'intéressé a tout d'abord m is en exergue le fait qu'il résidait en Suisse depuis de très nom breuses années et y était honorablem ent connu. Situant sa rencontre avec C ._______ en l'année 1990, le recourant a égalem ent souligné que son rem ariage avec une com patriote était intervenu près de deux ans après l'obtention de la nationalité suisse. Affirm ant qu'il ne pouvait ainsi lui être reproché d'avoir trom pé sa prem ière épouse, A._______ a de plus soutenu que le contenu du procès-verbal de l'audition de C ._______ intervenue le 13 novem bre 2004 lui avait occasionné, ainsi qu'à la prénom m ée, un choc, tant il ne reflétait pas l'état d'esprit de cette dernière qui, com m e l'attestaient les dépositions écrites qu'elle avait faites à l'intention de l'autorité intim ée, avait m anifesté un sincère regret pour l'échec de leur union. D ans son recours, l'intéressé a encore reproché à l'O ffice fédéral d'avoir violé son droit d'être entendu, en refusant de lui perm ettre de s'exprim er oralem ent devant cette autorité. Il a égalem ent fait grief à cet O ffice d'avoir com m is une inform alité, en écartant sa dem ande d'audition de tierces personnes en qualité de tém oins. Enfin, le recourant a réitéré sa requête tendant à l'audition de son ex-épouse, des enfants et de la belle-fille de cette dernière, ainsi que de son actuelle épouse. H . Par lettre du 24 m ai 2006, l'autorité d'instruction a donné au recourant la possibilité de faire parvenir des dépositions écrites des personnes dont il souhaitait l'audition en qualité de tém oins. Par envois des 26 et 27 juin 2006, A._______ a fait parvenir à cette autorité des déclarations écrites sur l'honneur ém anant des enfants et de la belle-fille de son ex-épouse, ainsi qu'une déclaration sur l'honneur de cette dernière. Le 10 juillet 2006, le SPO P a avisé l'autorité de recours adm inistrative fédérale qu'un recours avait été interjeté par A._______ auprès du Tribunal adm inistratif vaudois contre son écrit du 31 m ai 2006 aux term es duquel il avait inform é l'intéressé du fait que le règlem ent de ses conditions de séjour en Suisse et l'exam en de la dem ande de regroupem ent fam ilial présentée en faveur de son épouse turque et de leur enfant étaient suspendus dans l'attente de l'issue de la procédure d'annulation de la naturalisation facilitée. I. Appelé à se prononcer sur le recours, l'O ffice fédéral en a proposé le rejet, dans son préavis du 20 novem bre 2006. J. D ans le délai fixé pour le dépôt de ses observations, le recourant a m aintenu ses conclusions, relevant en particulier qu'il n'était pas rare, m êm e dans les couples où les deux conjoints avaient la nationalité suisse, que le m ariage, vécu dans une parfaite harm onie, fût dissous, après quelques années seulem ent, par le divorce. K. Par écrit daté du 14 décem bre 2006 et posté le 16 décem bre 2006, 8 A._______ a inform é l'autorité d'instruction qu'il avait confié la défense de ses intérêts à un nouveau m andataire, ce dont cette autorité a pris acte le 29 janvier 2007, et sollicité de ladite autorité une prolongation de délai destinée à lui perm ettre de form uler des déterm inations com plém entaires. D ans le délai supplém entaire accordé par l'autorité d'instruction, le recourant a argué du fait qu'il n'était pas concevable que son m ariage avec une ressortissante suisse ait pu constituer, pendant les douze années de son existence, un m ariage "blanc" ou "arrangé". D ans la m esure où aucun tém oin n'avait m is en doute la réalité de leur vie conjugale, les autorités helvétiques ne pouvaient le soupçonner de les avoir trom pées sur la volonté réciproque des époux de m aintenir leur union. A._______ a encore fait parvenir à l'autorité d'instruction le 30 m ars 2007 un courrier, dans lequel il indiquait notam m ent n'avoir jam ais fait preuve de duplicité à l'égard des autorités helvétiques. Le Tribunal adm inistratif fédéral considère : 1. 1.1 Sous réserve des exceptions prévues à l'art. 32 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal adm inistratif fédéral (LTAF, R S 173.32), le Tribunal adm inistratif fédéral (ci-après: le TAF), en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décem bre 1968 sur la procédure adm inistrative (PA, R S 172.021) prises par les autorités m entionnées à l'art. 33 et l'art. 34 LTAF. 1.2 En particulier, les recours contre les décisions des autorités adm inistratives de la C onfédération en m atière d'acquisition et de perte de la nationalité suisse sont régis par les dispositions générales de la procédure fédérale, conform ém ent à l'art. 51 al. 1 LN . 1.3 Les affaires pendantes devant les com m issions fédérales de recours ou d'arbitrage ou devant les services de recours des départem ents au 1er janvier 2007 sont traitées par le TAF dans la m esure où il est com pétent (cf. art. 53 al. 2 phr. 1 LTAF). C es affaires sont traitées selon le nouveau droit de procédure (cf. art. 53 al. 2 phr. 2 LTAF). A m oins que la LTAF n'en dispose autrem ent, la procédure devant le TAF est régie par la PA (cf. art. 37 LTAF). 1.4 D ans la m esure où il est directem ent touché par la décision attaquée, A._______ a qualité pour recourir (cf. art 20 al. 1 de la loi fédérale du 26 m ars 1931 sur le séjour et l'établissem ent des étrangers [LSEE, R S 142.20] en relation avec l'art. 48 PA). Présenté dans la form e et les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (cf. art. 50ss PA). 2. Ainsi qu'il en a fait état devant l'autorité intim ée durant la procédure d'annulation de la naturalisation facilitée, A._______ se plaint dans son recours d'une violation de son droit d'être entendu, en tant que cette autorité a refusé de procéder à son audition personnelle. Il reproche 9 égalem ent à l'O D M d'avoir indûm ent écarté sa dem ande tendant à l'audition, en qualité de tém oins, de son ex-épouse et de trois proches parents de cette dernière, lesquels étaient pourtant en m esure de tém oigner en sa faveur. 2.1 Le droit d'être entendu, dont la garantie se trouve inscrite à l'art. 29 al. 2 de la C onstitution fédérale du 18 avril 1999 (C st., R S 101), est consacré en procédure adm inistrative fédérale par les art. 29 à 33 PA. La jurisprudence a déduit du droit d'être entendu notam m ent le droit pour le justiciable de s'exprim er sur les élém ents pertinents avant qu'une décision ne soit prise à son détrim ent, celui de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui d'avoir accès au dossier et celui de participer à l'adm inistration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterm iner à leur propos (ATF 132 V 368 consid. 3.1; 129 II 497 consid. 2.2 et réf. citées; Jurisprudence des autorités adm inistratives de la C onfédération [JAAC ] 63.66 consid. 2). L'art. 30 al. 1 PA prévoit en particulier que l'autorité entend les parties avant de prendre une décision. C 'est le droit pour le justiciable de s'exprim er sur les élém ents pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, soit le droit d'exposer ses argum ents de droit, de fait ou d'opportunité, de répondre aux objections de l'autorité et de se déterm iner sur les autres élém ents du dossier (cf. ATF 132 II 485 consid. 3; 126 I 7 consid. 2b; 124 II 132 consid. 2b et jurisprudence citée). C e droit constitutionnel est violé si l'autorité tranche la cause, ou une question de fait ou de droit qu'elle doit résoudre pour trancher la cause, sans avoir donné à l'intéressé la possibilité de présenter utilem ent ses m oyens (arrêt du Tribunal fédéral 6P.159/2006/6S.368/2006 du 22 décem bre 2006, consid. 3.1). Le droit d'être entendu découlant de l'art. 29 al. 2 C st. ne com prend toutefois pas le droit d'être entendu oralem ent, ni celui d'obtenir l'audition de tém oins (ATF 130 II 425 consid. 2.1; 125 I 209 consid. 9b et réf. citées). En outre, pour autant qu'elle ne soit pas d'une gravité particulière, une violation du droit d'être entendu en instance inférieure est réparée lorsque l'intéressé a eu la faculté de se faire entendre en instance supérieure par une autorité disposant d'un plein pouvoir d'exam en en fait et en droit (ATF 130 II 530 consid. 7.3; 127 V 431 consid. 3d/aa; 126 V 130 consid. 2b et les arrêts cités). 2.2 En l'occurrence, il ressort des pièces du dossier que le recourant, après avoir été avisé par l'O ffice fédéral de son intention, dans un prem ier tem ps, d'exam iner la question d'une éventuelle annulation de la naturalisation facilitée et avoir disposé d'un délai de trente jours pour form uler ses déterm inations (cf. lettre de l'O ffice fédéral du 2 août 2004), a, sur réquisition du SPO P, été entendu, le 13 novem bre 2004, par la police m unicipale de M orges sur les circonstances de son m ariage avec C ._______ et de leur vie com m une, ainsi que sur les m otifs ayant conduit à la dissolution du lien conjugal. A._______ a en outre eu la possibilité, avant le prononcé de la décision d'annulation, de consulter les pièces du dossier de naturalisation (cf. courrier de l'O ffice fédéral du 5 janvier 2006) et de s'exprim er à trois reprises par écrit (ainsi que de verser au dossier 10 tout m oyen de preuve qu'il jugerait utile à l'appui de ses allégations) à propos des principaux élém ents sur la base desquels l'autorité intim ée considérait que la naturalisation facilitée avait été obtenue frauduleusem ent par l'intéressé (cf. courriers de l'O ffice fédéral des 6 juillet 2005, 5 et 27 janvier 2006). D ans ce contexte, A._______ a aussi été en m esure de fournir les dépositions écrites des personnes dont il entendait obtenir l'audition en qualité de tém oins. C 'est le lieu ici de rappeler que l'autorité peut m ettre un term e à l'instruction lorsque les preuves adm inistrées lui ont perm is de form er sa conviction et que, procédant d'une m anière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves proposées, elle a la certitude qu'elles ne pourraient l'am ener à m odifier son opinion (ATF 130 II 425 consid. 2.1). En l'espèce, l'O ffice fédéral s'est estim é suffisam m ent renseigné sur la base des pièces en sa possession, qui com portent, com m e cela sera exposé dans les considérants qui suivent, des élém ents pertinents au regard desquels l'adm inistration des preuves proposées apparaît dénuée de justification. En outre, le recourant ne dém ontre pas dans quelle m esure le fait de ne pas l'entendre oralem ent et de renoncer à l'audition de son ex-épouse et des proches parents de celle-ci procéderait d'une appréciation anticipée insoutenable. Au dem eurant, il convient de souligner qu'en procédure adm inistrative, l'auditions de tém oins est considérée com m e un m oyen de preuve subsidiaire, com pte tenu en particulier de la sanction pénale sévère qui frappe les faux tém oignages et qu'on ne doit dès lors y recourir qu'exceptionnellem ent. Tel peut être le cas lorsqu'il est indispensable de dem ander des renseignem ents à un tiers et que celui-ci refuse de se présenter ou de répondre, chacun étant en effet tenu de tém oigner selon l'art. 15 PA (cf. ATF 130 II 169 consid. 2.3.3) En tout état de cause, l'O D M n'est pas habilité, au regard de l'art. 14 al. 1 PA, à ordonner l'audition de tém oins, m ais peut tout au plus entendre des tiers en qualité de personnes appelées à fournir des renseignem ents (cf. art. 12 let. c PA). Au vu des critères posés en la m atière par la jurisprudence, le grief de violation du droit d'être entendu doit donc être écarté. M êm e si l'on retenait l'hypothèse selon laquelle le droit d'être entendu du recourant aurait été violé par l'autorité intim ée, il faut adm ettre que cette violation a de toute façon été réparée en procédure de recours, la faculté ayant été donnée à l'intéressé de présenter tous ses m oyens devant le TAF. 3. D ans un second grief, A._______ soutient, ainsi que son ex-épouse et lui- m êm e en ont déjà fait état au cours de la procédure de prem ière instance, que la teneur du procès-verbal concernant l'audition à laquelle cette dernière a donné lieu le 13 novem bre 2004 de la part de la police m unicipale de M orges ne reflète pas avec exactitude les propos que la prénom m ée a tenus à cette occasion, en ce sens que ses dépositions étaient le fruit d'une sollicitation de l'autorité policière et que les réponses 11 enregistrées dans le procès-verbal dépassaient sa pensée. Indépendam m ent du fait que les allégations form ulées en la m atière par le recourant ne sont étayées par aucun élém ent probant particulier, le TAF ne saurait, en l'absence de tout indice propre à attester, sur la base des pièces figurant au dossier, que les déclarations de C ._______ telles que rapportées dans le procès-verbal du 13 novem bre 2004 lui auraient été en quelque sorte "extorquées" par la police, donner crédit à la thèse de l'intéressé. Au dem eurant, l'on a peine à concevoir que les questions posées à la prénom m ée au sujet de sa relation conjugale avec A._______ aient pu troubler cette dernière au point de l'am ener à tenir des propos totalem ent contraires à la réalité. Le TAF observe par ailleurs que C ._______ a, sans réserve aucune, apposé sa signature au bas du procès-verbal d'audition et adm is, com m e cela résulte des indications m entionnées à cet endroit du procès-verbal, qu'elle l'avait lu et approuvé. D ans ces conditions, le grief soulevé par le recourant au sujet de la régularité de l'audition de son ex-épouse du 13 novem bre 2004 doit être tenu pour m al fondé. 4. En vertu de l'art. 27 al. 1 LN , un étranger peut, ensuite de son m ariage avec un ressortissant suisse, form er une dem ande de naturalisation facilitée, s'il a résidé en Suisse pendant cinq ans en tout (let. a), s'il y réside depuis une année (let. b) et s'il vit depuis trois ans en com m unauté conjugale avec un ressortissant suisse (let. c). La notion de com m unauté conjugale dont il est question dans la Loi sur la nationalité, en particulier à l'art. 27 al. 1 let. c et à l'art. 28 al. 1 let. a LN , non seulem ent présuppose l'existence form elle d'un m ariage - à savoir d'une union conjugale au sens de l'art. 159 al. 1 du C ode civil suisse du 10 décem bre 1907 (C C , R S 210) -, m ais im plique, de surcroît, une com m unauté de fait entre les époux, respectivem ent une com m unauté de vie effective, fondée sur la volonté réciproque des époux de m aintenir cette union (ATF 128 II 97 consid. 3a, 121 II 49 consid. 2b). U ne com m unauté conjugale au sens des dispositions précitées suppose donc l'existence, au m om ent de la décision de naturalisation facilitée, d'une volonté m atrim oniale intacte et orientée vers l'avenir (ein auf die Zukunft gerichteter Ehew ille), autrem ent dit la ferm e intention des époux de poursuivre la com m unauté conjugale au-delà de la décision de naturalisation facilitée (cf. ATF 130 II 169 consid. 2.3.1; 121 II 49 consid. 2b; voir égalem ent l'arrêt du Tribunal fédéral 5A.11/2003 du 31 juillet 2003, consid. 3.3.1). Il y a lieu de m ettre en doute l'existence d'une telle volonté lorsque le m ariage est dissous peu après l'obtention de la naturalisation facilitée par le conjoint étranger et que celui-ci se rem arie ensuite dans un laps de tem ps rapproché. D ans ces circonstances, il y a lieu de présum er que la com m unauté conjugale n'était plus étroite et effective durant la procédure de naturalisation facilitée, la volonté réciproque des époux de poursuivre leur vie com m une n'existant plus alors (ATF 130 II 169 consid. 3.1; 128 II 97 consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral 12 du 31 août 1998, reproduit in R evue de l'état civil [R EC ] 67/1999 p. 6). La com m unauté conjugale telle que définie ci-dessus doit non seulem ent exister au m om ent du dépôt de la dem ande, m ais doit subsister pendant toute la procédure jusqu'au prononcé de la décision sur la requête de naturalisation facilitée (cf. R O LA N D SC H Ä R ER , Prem ières expériences faites depuis l'entrée en vigueur de la dernière révision de la LN , R EC 61/1993 p. 359ss; cf. égalem ent ATF 130 II 482 consid. 2; 129 II 401 consid. 2.2; 128 II 97 consid. 3; JAAC 67.103 consid. 20a). Il sied de relever que le législateur fédéral, lorsqu'il a créé l'institution de la naturalisation facilitée en faveur du conjoint étranger d'un ressortissant suisse, avait en vue la conception du m ariage telle que définie par les dispositions du C ode civil sur le droit du m ariage, à savoir une union contractée par am our en vue de la constitution d'une com m unauté de vie étroite (de toit, de table et de lit) au sein de laquelle les conjoints sont prêts à s'assurer m utuellem ent fidélité et assistance, et qui est envisagée com m e durable, à savoir com m e une com m unauté de destins (cf. art. 159 al. 2 et al. 3 C C ; ATF 124 III 52 consid. 2a/aa; 118 II 235 consid. 3b), voire dans la perspective de la création d'une fam ille (cf. art. 159 al. 2 C C in fine). M algré l'évolution des m oeurs et des m entalités, seule cette conception du m ariage, com m uném ent adm ise et jugée digne de protection par le législateur fédéral, est susceptible de justifier - aux conditions prévues à l'art. 27 et à l'art. 28 LN - l'octroi de la naturalisation facilitée au conjoint étranger d'un ressortissant helvétique (cf. dans ce sens JAAC 67.104 et 67.103). En facilitant la naturalisation du conjoint étranger d'un ressortissant suisse, le législateur fédéral entendait favoriser l'unité de la nationalité dans la perspective d'une vie com m une se prolongeant au-delà de la décision de naturalisation. L'institution de la naturalisation facilitée repose en effet sur l'idée que le conjoint étranger d'un citoyen helvétique (à la condition naturellem ent qu'il form e avec ce dernier une com m unauté conjugale solide telle que définie ci-dessus) s'accoutum era plus rapidem ent au m ode de vie et aux usages suisses qu'un étranger n'ayant pas un conjoint suisse, qui dem eure, lui, soum is aux dispositions régissant la naturalisation ordinaire (cf. M essage du C onseil fédéral relatif à la m odification de la loi sur la nationalité du 26 août 1987, Feuille fédérale [FF] 1987 III 300ss, ad art. 26 et 27 du projet; voir aussi les ATF 130 II 482 consid. 2 et 128 II 97 consid. 3a). 5. Avec l'assentim ent de l'autorité du canton d'origine, l'O D M peut, dans les cinq ans, annuler la naturalisation ou la réintégration obtenue par des déclarations m ensongères ou par la dissim ulation de faits essentiels et qui n'aurait pas été accordée si ces faits avaient été connus (art. 41 al. 1 LN en relation avec l'art. 14 al. 1 de l'ordonnance du 17 novem bre 1999 sur l'organisation du D épartem ent fédéral de justice et police [O rg D FJP, R S 172.213.1]; cf égalem ent M essage du C onseil fédéral relatif à un projet 13 de loi sur l'acquisition et la perte de la nationalité suisse du 9 août 1951, FF 1951 II 700/701, ad art. 39 du projet). L'annulation de la naturalisation présuppose donc que celle-ci ait été obtenue frauduleusem ent, c'est-à-dire par un com portem ent déloyal et trom peur. A cet égard, il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu fraude au sens du droit pénal. Il faut néanm oins que l'intéressé ait consciem m ent donné de fausses indications à l'autorité, respectivem ent qu'il ait laissé faussem ent croire à l'autorité qu'il se trouvait dans la situation prévue par l'art. 27 al. 1 let. c LN , violant ainsi le devoir d'inform ation auquel il est appelé à se conform er en vertu de cette disposition (cf. ATF 130 II 482 consid. 2; 128 II 97 consid. 4a; voir égalem ent les arrêts du Tribunal fédéral 5A.36/2004 du 6 décem bre 2004, consid. 1.2, et 5A.21/2004 du 2 septem bre 2004, consid. 2.2). Lorsque le requérant déclare form er une union stable avec son conjoint, alors qu'il envisage de divorcer ultérieurem ent, une fois obtenue la naturalisation facilitée, il n'a pas la volonté de m aintenir une telle com m unauté de vie. Sa déclaration doit donc être qualifiée de m ensongère. Peu im porte, à cet égard, que son m ariage se soit déroulé de m anière harm onieuse (cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.24/2004 du 2 décem bre 2004, consid. 2.2 et jurisprudences citées). La nature potestative de l'art. 41 al. 1 LN confère une certaine latitude à l'autorité. D ans l'exercice de cette liberté, celle-ci doit s'abstenir de tout abus; com m et un abus de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui se fonde sur des critères inappropriés, ne tient pas com pte de circonstances pertinentes ou rend une décision arbitraire, contraire au but de la loi ou au principe de la proportionnalité (cf. notam m ent: ATF 116 V 307 consid. 2 et la jurisprudence citée; voir égalem ent l'arrêt du Tribunal fédéral 5A.12/2006 du 23 août 2006, consid. 2.2). La procédure adm inistrative fédérale est régie par le principe de la libre appréciation des preuves (art. 40 de la loi fédérale du 4 décem bre 1947 de procédure civile fédérale [PC F, R S 273] applicable par renvoi de l'art. 19 PA). Par renvoi de l'art. 37 LTAF, ce principe prévaut égalem ent devant le TAF. L'appréciation des preuves est libre dans ce sens qu'elle n'obéit pas à des règles de preuve légales prescrivant à quelles conditions l'autorité devrait adm ettre que la preuve a abouti et quelle valeur probante elle devrait reconnaître aux différents m oyens de preuve les uns par rapport aux autres. Lorsque la décision intervient - com m e en l'espèce - au détrim ent de l'adm inistré, l'adm inistration supporte le fardeau de la preuve. Si elle envisage d'annuler la naturalisation facilitée, elle doit rechercher si le conjoint naturalisé a m enti lorsqu'il a déclaré form er une union stable avec son époux suisse; com m e il s'agit là d'un fait psychique en relation avec des faits relevant de la sphère intim e, qui sont souvent inconnus de l'adm inistration et difficiles à prouver, il apparaît légitim e que l'autorité s'appuie sur une présom ption. Partant, si l'enchaînem ent rapide des événem ents fonde la présom ption de fait que la naturalisation a été 14 obtenue frauduleusem ent, il incom be alors à l'adm inistré, en raison, non seulem ent de son devoir de collaborer à l'établissem ent des faits (art. 13 al. 1 let. a PA; cf. à ce sujet: ATF 132 II 113 consid. 3.2), m ais encore de son propre intérêt, de renverser cette présom ption (ATF 130 II 482 consid. 3.2). S'agissant d'une présom ption de fait, qui ressortit à l'appréciation des preuves et ne m odifie pas le fardeau de la preuve (cf. ATF 130 II 482 consid. 3.2), l'adm inistré n'a pas besoin, pour la renverser, de rapporter la preuve contraire du fait présum é, à savoir faire acquérir à l'autorité la certitude qu'il n'a pas m enti; il suffit qu'il parvienne à faire adm ettre l'existence d'une possibilité raisonnable qu'il n'ait pas m enti en déclarant form er une com m unauté stable avec son conjoint. Il peut le faire en rendant vraisem blable, soit la survenance d'un événem ent extraordinaire, susceptible d'expliquer une détérioration rapide du lien conjugal, soit l'absence de conscience de la gravité de ses problèm es de couple et, ainsi, l'existence d'une véritable volonté de m aintenir une union stable avec son conjoint lorsqu'il a signé la déclaration (cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.12/2006 du 23 août 2006, consid. 2.3). En l'occurrence, au vu de cette jurisprudence, il appartient donc au recourant de renverser ces présom ptions, en vertu de son devoir de collaborer, ce qu'il n'a pas été en m esure de faire de m anière convaincante pour les raisons qui seront développées ci-après. 6. A titre prélim inaire, le TAF constate que les conditions form elles de l'annulation de la naturalisation facilitée prévues par l'art. 41 al. 1 LN sont réalisées dans le cas particulier. En effet, la naturalisation facilitée accordée le 24 septem bre 2002 à A._______ a été annulée par l'autorité intim ée en date du 6 avril 2006, soit avant l'échéance du délai pérem ptoire de cinq ans prévu par la disposition précitée (cf. sur cette question les arrêts du Tribunal fédéral 5A.11/2002 du 23 août 2002, consid. 3, et 5A.3/2002 du 29 avril 2002, consid. 3), avec l'assentim ent de l'autorité du canton d'origine (canton du Jura). 7. Il reste dès lors à exam iner si les circonstances d'espèce répondent aux conditions m atérielles de l'annulation de la naturalisation facilitée résultant du texte de la loi, de la volonté du législateur et de la jurisprudence développée en la m atière. 7.1 Le recourant, dont les dem andes d'asiles déposées successivem ent en Suisse en 1988 et en 1991 avaient été écartées par les autorités fédérales com pétentes, a épousé dans son pays d'origine, le 30 m ars 1992, une fem m e de quarante-cinq ans son aînée, veuve et m ère de quatre enfants nés d'un précédent m ariage, situation tout à fait inhabituelle dans le m ilieu socioculturel de l'intéressé (cf. notam m ent arrêt du Tribunal fédéral 5A.11/2006 du 27 juin 2006, consid. 3.1). Après avoir obtenu une autorisation de séjour liée à son statut d'époux d'une ressortissante suisse, A._______ a form é, en janvier 1998, une dem ande de naturalisation facilitée. Le 26 avril 2000, l'intéressé et son épouse ont 15 signé la déclaration relative à la stabilité de leur m ariage, déclaration qu'ils ont renouvelée, le 9 m ars 2001, puis le 2 août 2002, suite à une instruction com plém entaire du cas par l'O ffice fédéral com pétent. Le 24 septem bre 2002, le recourant s'est vu octroyer la naturalisation facilitée. O r, le 24 octobre 2003, le m andataire des époux a préparé un projet de convention sur les effets accessoires du divorce, qui a été signée par ces derniers le 1er novem bre suivant. Le 11 novem bre 2003, soit m oins d'une année et dem i après l'obtention par A._______ de la nationalité suisse et en l'absence de toutes m esures protectrices de l'union conjugale, l'intéressé et son épouse ont ouvert action par une requête com m une tendant au divorce et à la ratification de la convention sur les effets accessoires du divorce, avant que le Tribunal civil de l'arrondissem ent de la C ôte ne dissolve par le divorce, selon jugem ent du 1er avril 2004, l'union contractée le 30 m ars 1992; ce jugem ent est entré en force le 29 avril 2004. Trois m ois plus tard seulem ent, c'est-à-dire en juillet 2004, le recourant s'est rem arié en Turquie avec une ressortissante de ce pays, qui était alors âgée de m oins de 22 ans. C es élém ents et leur enchaînem ent chronologique particulièrem ent rapide sont de nature à fonder la présom ption que A._______ avait choisi d'épouser une ressortissante suisse dans le but prépondérant de s'installer dans ce pays et d'en obtenir ultérieurem ent la nationalité. L'écoulem ent d'un laps de tem ps aussi court entre la troisièm e déclaration com m une (août 2002) et l'intention de se séparer en octobre 2003 (voire la séparation effective des conjoints en juillet 2003 si l'on se rapporte à la version des faits donnée par le recourant dans le recours pour déni de justice déposé le 21 juin 2006 auprès du Tribunal adm inistratif vaudois [cf. p. 2 dudit recours pour déni de justice]) confirm e que le couple n'envisageait déjà plus une vie future partagée lors de la signature de cette déclaration de vie com m une. Selon l'expérience générale, les éventuelles difficultés qui peuvent surgir entre époux, après plusieurs années de vie com m une, dans une com m unauté de vie effective, intacte et stable n'entraînent en effet la désunion qu'au term e d'un processus prolongé de dégradation des rapports conjugaux, en principe entrecoupé de tentatives de réconciliation. A cela s'ajoute la précipitation avec laquelle le recourant s'est rem arié, trois m ois après le prononcé du divorce, avec une jeune ressortissante turque (cf. sur ce point les arrêts du Tribunal fédéral 5A.11/2006 précité, consid. 4.1, et 5A.25/2005 du 18 octobre 2005, consid. 3.1). C ette conviction est renforcée par plusieurs autres élém ents. Le recourant et son épouse ont pris la décision de se m arier alors que l'intéressé avait tenté à deux reprises de s'établir en Suisse en y déposant des dem andes d'asile infondées sous de fausses identités et que le délai dont disposait ce dernier pour son départ du territoire helvétique courait encore form ellem ent (selon les indications que renferm e une transm ission de la police des étrangers du canton de Bâle-C am pagne du 5 juin 1992 16 adressée à la D ivision départ et séjour de l'O D R , le délai fixé à A._______ pour quitter le territoire helvétique portait en effet jusqu'au 11 m ai 1992). Si l'influence exercée par le rejet d'une dem ande d'asile sur la décision des conjoints de se m arier ne préjuge pas en soi de la volonté que les époux ont ou n'ont pas de fonder une com m unauté conjugale effective et ne peut constituer un indice de m ariage fictif que si elle est accom pagnée d'autres élém ents troublants, com m e une grande différence d'âge, tel est précisém ent le cas ici, puisque, convient-il de le rappeler, l'ex-épouse du recourant était de quarante-cinq ans son aînée (cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.11/2006 du 27 juin 2006, consid. 3.1). A cet égard, il est particulièrem ent révélateur que le second m ariage de l'intéressé ait eu lieu, en juillet 2004, avec une jeune turque de huit ans sa cadette. En outre, si l'on se réfère aux déclarations form ulées par le recourant lors de son audition du 13 juin 2001, la prem ière union est intervenue trois m ois au plus après leur rencontre (celle-ci ayant eu lieu, aux dires de ce dernier, en décem bre 1991), ce qui dém ontre l'opiniâtreté avec laquelle A._______ s'est em ployé à m ettre en oeuvre tous les m oyens nécessaires à la réalisation de son objectif visant à bénéficier d'une régularisation de ses conditions de séjour en Suisse. La poursuite d'un tel objectif transparaît du reste dans les propos de l'intéressé lui-m êm e qui a déclaré en substance, lors de son audition du 13 juin 2001, que les raisons l'ayant poussé à épouser une fem m e de quarante-cinq ans son aînée tenaient au fait qu'il voulait à tout prix rester en Suisse à la suite du refus de sa dem ande d'asile, la solution trouvée consistant alors à épouser une dam e suisse. C ette constatation est corroborée par les affirm ations de son ex-épouse qui déclarait, lors de sa deuxièm e audition du 13 novem bre 2004, penser que A._______ avait eu pour idée prem ière de se m arier avec elle dans le but de pouvoir dem eurer en Suisse (cf. réponse no 8 du procès-verbal d'audition). Le fait que l'union conjugale form ée par le recourant et son ex- épouse suisse était perçue par les proches de cette dernière et leurs connaissances com m e celle d'un couple m enant une existence ordinaire n'est nullem ent de nature à rem ettre en cause cette conviction. Les incohérences et contradictions ém aillant chacun de leurs récits quant aux circonstances de leur rencontre, quant à la date de la célébration de leur m ariage et quant aux m otifs de la désunion du couple constituent autant d'indices com plém entaires et significatifs de nature à confirm er les considérations qui précèdent sur l'absence d'une véritable com m unauté conjugale entre les prénom m és. Ainsi est-il sym ptom atique que C ._______ ne soit pas parvenue, dans le cadre de ses deux auditions du 13 juin 2001 et du 13 novem bre 2004, à situer la date de sa rencontre avec A._______ ("C ela fait une dizaine d'années. Je ne m e rappelle pas de la date exacte" [cf. réponse no 1 du procès-verbal d'audition du 13 juin 2001] / "Je l'ai connu en 1992 ou en 1993" [cf. réponse no 1 du procès-verbal d'audition du 13 novem bre 2004]). D e m êm e, il est pour le m oins étonnant que la prénom m ée, si tant est que son union avec le recourant fût le fruit d'un réel attachem ent sentim ental, n'ait pu se souvenir, lors de sa prem ière audition de juin 2001, 17 d'une date supposée aussi im portante que celle de la célébration de son m ariage avec l'intéressé ("C 'était au m ois de m ars, m ais je ne m e rappelle plus de la date exacte. En 1992 ou 1993" [cf. réponse no 4 du procès- verbal d'audition y relatif]). A noter au sujet de ce second événem ent que la prénom m ée, dans sa déclaration écrite du 24 août 2004, évoque m êm e la date de m ars 1982. Pour sa part, A._______ fait rem onter leur rencontre à décem bre 1991 (cf. réponse no 1 du procès-verbal d'audition du 13 juin 2001). Les divergences constatées dans les déclarations des ex-époux au sujet des m otifs de leur divorce et de la date de leur séparation effective constituent égalem ent des indices éloquents tendant à confirm er le caractère strictem ent apparent de leur com m unauté conjugale. Alors qu'elle indique, dans sa lettre du 24 août 2004, avoir perdu le désir de poursuivre sa relation conjugale à la suite du décès brutal de ses deux fils, plus particulièrem ent après la m ort de son plus jeune fils, C ._______ affirm e, lors de son audition du 13 novem bre 2004, n'avoir plus eu la volonté, dès l'instant où A._______ eût trouvé une com pagne en Turquie, de vivre avec un hom m e qui partageait son existence avec une autre fem m e et, donc, de faire m énage à trois, ajoutant que l'arrivée en Suisse du frère de l'intéressé, quatre ans auparavant (2001), avait eu des répercussions sur le com portem ent de ce dernier qui avait com m encé alors à sortir seul. M entionnant les sorties de son ex-époux avec le frère de celui-ci, C ._______ expose par contre dans une déclaration sur l'honneur du 17 janvier 2006 que le désir de paternité de A._______ serait la cause de leur éloignem ent. D e son côté, le recourant m otive dans un prem ier tem ps la séparation d'avec la prénom m ée par le fait qu'elle a préféré vivre seule suite au décès de son fils (cf. réponse no 8 du procès- verbal d'audition du 13 novem bre 2004). D ans son recours du 8 m ai 2006, l'intéressé ne fait plus qu'état de m anière générale de la dégradation des relations entre conjoints. D ans ce m êm e contexte, le TAF m ettra au surplus en évidence le fait que A._______ affirm e que la séparation d'avec C ._______ est intervenue tantôt le 29 avril 2004 (cf. réponse no 4 du procès-verbal d'audition du 13 novem bre 2004), tantôt en juillet 2003 (cf. p. 2 du recours pour déni de justice déposé le 21 juin 2006 auprès du Tribunal adm inistratif vaudois), la prénom m ée se bornant à relever à propos de la date de leur séparation qu'elle-m êm e et son époux turc ont form é leur dem ande en divorce à la fin de l'année 2003. Au vu du déroulem ent chronologique des faits et des nom breux autres élém ents exposés ci-dessus, le TAF est am ené, à défaut de contre- preuves pertinentes apportées par le recourant, à conclure que la com m unauté conjugale que ce dernier form ait avec C ._______ n'était plus étroite et effective durant l'été 2002 déjà, au m om ent de la signature de la troisièm e déclaration com m une. Partant, l'O ffice fédéral était parfaitem ent fondé à considérer que la naturalisation facilitée conférée à l'intéressé en date du 24 septem bre 2002 avait été obtenue par la dissim ulation de faits essentiels et à prononcer, avec l'assentim ent du canton d'origine, l'annulation de cette 18 naturalisation. 7.2 Il im porte par surcroît de souligner que le fait que le recourant ait désorm ais son centre de vie en Suisse, où il réside depuis plusieurs années, est sans pertinence pour déterm iner s'il y a eu obtention frauduleuse de la naturalisation au sens de l'art. 41 LN . Il en va de m êm e du fait qu'il soit honorablem ent connu en ce pays (ce second argum ent devant au dem eurant être fortem ent relativisé au vu du com portem ent adopté par l'intéressé tant dans le cadre des procédures d'asile qu'il a introduites auprès des autorités helvétiques qu'en m atière de naturalisation suisse [cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.22/2004 du 30 août 2004, consid. 3.2]). 8. D ans le cadre de la procédure de recours, A._______ réitère sa requête tendant à l'audition, en qualité de tém oins, de son ex-épouse suisse, de plusieurs proches de cette dernière et de son actuelle épouse turque. En sus des considérations qui ont déjà été ém ises plus haut à propos du grief de violation du droit d'être entendu (cf. consid. 2 du présent arrêt), le TAF estim e que les faits de la cause sont suffisam m ent établis par les pièces figurant au dossier pour que l'on juge pas indispensable de donner suite à la requête form ulée par l'intéressé en vue de l'audition des personnes précitées. Au dem eurant, le TAF ne voit pas ce que des explications orales supplém entaires de la part de ces personnes apporteraient dans la présente affaire, au vu des développem ents qui précèdent. A noter que les personnes concernées ont toutes eu la faculté de présenter des dépositions écrites. 9. Il ressort de ce qui précède que, par sa décision du 6 avril 2006, l'O ffice fédéral n'a ni violé le droit fédéral ni constaté des faits pertinents de m anière inexacte ou incom plète; en outre, cette décision n'est pas inopportune (art. 49 PA). En conséquence, le recours est rejeté. Vu l'issue de la cause, il y a lieu de m ettre les frais de procédure à la charge du recourant (cf. art. 63 al. 1 PA en relation avec les art. 1 à 3 du règlem ent du 11 décem bre 2006 concernant les frais, dépens et indem nités fixés par le Tribunal adm inistratif fédéral [FITAF, R S 173.320.2]). (dispositif page suivante)19 Par ces m otifs, le Tribunal adm inistratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Les frais de procédure, s'élevant à Fr. 700.--, sont m is à la charge du recourant. Ils sont com pensés par l'avance du m êm e m ontant versée le 2 juin 2006. 3. Le présent arrêt est com m uniqué : - au recourant, par l'entrem ise de son m andataire (acte judiciaire) - à l'autorité intim ée (acte judiciaire). Indication de la voie de droit : C ontre le présent arrêt, un recours en m atière de droit public peut être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Il doit être déposé dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition com plète, accom pagné de l'arrêt attaqué. Le m ém oire de recours, rédigé dans une langue officielle, doit indiquer les conclusions, m otifs et m oyens de preuve et être signé. Il doit être rem is au plus tard le dernier jour du délai, soit au Tribunal fédéral, soit, à son attention, à La Poste Suisse ou à une représentation diplom atique ou consulaire suisse (cf. art. 42, art. 48, art. 54 et art. 100 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, R S 173.110]). Le Juge : Le G reffier: Blaise Vuille Alain Surdez D ate d'expédition :