B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour III C-3708/2015 A r r ê t d u 20 j u i n 2 0 1 6 Composition Blaise Vuille (président du collège), Jenny de Coulon Scuntaro, Antonio Imoberdorf, juges, Fabien Cugni, greffier. Parties A._______, représenté par Maître Manuel Bolivar, avocat, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Annulation de la naturalisation facilitée. C-3708/2015 Page 2 Faits : A. Arrivé à Genève le 22 novembre 2000 au bénéfice d'une autorisation de séjour pour études, A._______, né le (…), d'origine algérienne, a contracté mariage le (…) à (…), avec B._______, née le (…), originaire de (…) et (…) ; aucun enfant n'est issu de cette union. B. Par requête datée du 2 mai 2010, A._______ a introduit auprès de l'autorité compétente une demande de naturalisation facilitée fondée sur l'art. 27 de la loi fédérale du 29 septembre 1952 sur l'acquisition et la perte de la na- tionalité suisse (LN, RS 141.0). Dans le cadre de l'instruction de cette de- mande, le requérant et son épouse ont contresigné, le 24 février 2011, une déclaration écrite aux termes de laquelle ils confirmaient vivre en commu- nauté conjugale effective et stable, résider à la même adresse et n'envisa- ger ni séparation, ni divorce. L'attention du requérant a en outre été attirée sur le fait que la naturalisation facilitée ne pouvait être octroyée lorsque, avant ou pendant la procédure de naturalisation, l'un des conjoints deman- dait le divorce ou la séparation ou que la communauté conjugale effective n'existait pas. Si cet état de fait était dissimulé, la naturalisation facilitée pouvait ultérieurement être annulée, conformément au droit en vigueur. C. Par décision du 18 mars 2011, l'Office fédéral des migrations (l'ODM ; de- venu le Secrétariat d'Etat aux migrations [SEM] le 1er janvier 2015) a ac- cordé la naturalisation facilitée à A._______, lui conférant par là-même les droits de cité cantonaux et communaux de son épouse. D. Par jugement du (…), le Tribunal de première instance du canton de Ge- nève a dissous par le divorce le mariage co ntracté par les époux le (…), tout en ratifiant la convention signée par les parties le (…). E. Le 12 novembre 2013, le Service cantonal genevois des naturalisations a porté la situation des époux à la connaissance de l'ODM. F. Par courrier du 5 mars 2014 , l'ODM a informé A._______ qu'il se voyait contraint d'examiner s'il y avait lieu d'annuler sa naturalisation facilitée , conformément à l'art. 41 LN, tout en lui accordant un délai pour formuler ses éventuelles déterminations et produire les pièces se rapport ant à la C-3708/2015 Page 3 procédure de séparation et de divorce. L'intéressé a présenté ses observations sur ledit courrier le 15 avril 2014, par l'entremise de son conseil, en soulignant qu'il était sincère lorsqu'il avait signé la déclaration sur la communauté conjugale et obtenu la naturalisa- tion facilitée. G. Sur requête de l'ODM, la police municipale de Zurich a procédé le 12 sep- tembre 2014 à l'audition rogatoire de B._______. Entendue sur les circons- tances de son mariage avec A._______, l'intéressée a déclaré avoir fait la connaissance de son futur époux environ trois ou quatre ans avant leur mariage au cours d'une excursion organisée par le foyer des étudiants de la cité universitaire de Genève. Elle a ajouté que le prénommé était au bénéfice d'une autorisation de séjour et qu'il pour suivait une formation post-grade en architecture à l'Université de Genève. S'exprimant sur les attentes de son mariage, elle a exposé que celles-ci ne s'étaient réalisées que partiellement, en ajoutant que la vie conjugale avait connu des hauts et des bas ("Es war eine Partnerschaft mit ups und down "). De plus, B._______ a déclaré qu'elle aurait aimé parfois se sentir davantage soute- nue par son mari. Elle a affirmé en outre que les problèmes conjugaux au sein du couple étaient apparus au courant de l'été 2011, période durant laquelle elle avait manifesté le souhait de s'établir à Zurich pour des raisons professionnelles, alors que son mari voulait rester à Genève. Elle a précisé que le couple n'avait pas connu d'autres problèmes conjugaux sérieux. Par ailleurs, elle a indiqué que la question de la séparation du couple avait été évoquée, en décembre 2011, et que celle-ci était intervenue dans les faits début 2012. Elle a encore déclaré avoir pris un emploi à Zurich au mois de septembre 2011, avoir pu loger en ce tte ville chez ses parents durant la semaine et avoir passé les week -ends à (…) auprès de son mari. A ce propos, B._______ a affirmé que la proposition d e prendre un emploi à Zurich avait été discutée au sein du couple en été 2011, qu'elle avait ac- cepté dite proposition en septembre 2011, que son mari avait alors exprimé son opposition à cette solution et qu'il avait tenté de l'en dissuader. Sur un autre plan, elle a exposé que A._______ se rendait une fois au moins par an en Algérie, qu'elle ne l'avait jamais accompagné durant ses voyages , parce qu'il ne le voulait pas ("Er sagte, ich sei emotional und dies könne zu Schwierigkeiten mit seiner Familie führen"), mais qu'elle avait eu l'occasion de faire la connaissance de plusieurs membres de sa belle -famille à Ge- nève et à l'étranger durant les vacances . De plus, e lle a déclaré que les époux avaient eu de nombreuses activités communes ("eigentlich alles") C-3708/2015 Page 4 entre la décision de naturalisation facilitée rendue par le SEM et leur sépa- ration intervenue en janvier 2012 , en mentionnant notamment les va- cances passées à l'étranger en juillet 2011 et la fête de Noël en 2011 à Zurich. Enfin, B._______ a confirmé l'existence au sein du couple d'un dé- saccord au sujet d'une éventuelle descendance commune, en ce sens qu'elle désirait avoir des enfants une fois établie professionnellement, alors que tel n' était pas vraiment le cas de son époux. En guise d' observation finale, la prénommée a remarqué que son ex-époux avait été très affecté ("sehr unglücklich") de leur séparation. H. Par courrier du 27 octobre 2014, l'ODM a transmis à A._______ copie du procès-verbal d'audition du 12 septembre 2014, afin de lui permettre de se déterminer à ce sujet. Dans son écriture du 27 novembre 2014, le prénommé a assuré qu'il n'avait pas obtenu sa naturalisation de manière frauduleuse, affirmant que la dé- sunion du couple était intervenue en raison d'un événement impr évisible, à savoir le choix de son épouse de vivre à Zurich, suite à une proposition de son employeur, et la décision de l'intéressé de demeurer à Genève. I. Les 22 et 24 avril 2015, les autorités cantonales compétentes ont donné leur assentiment à l'annula tion de la naturalisation facilitée conférée à A._______ le 18 mars 2011. J. Par décision du 7 mai 2015, le SEM a prononcé l'annulation de ladite na- turalisation. L'autorité de première instance a d'abord retenu l'enchaînement logique et chronologique des événements qui démontrait que la communauté conju- gale invoquée dans le cadre de la requête de naturalisation facilitée ne remplissait pas les conditions exigées en la matière, tant lors de la signa- ture de la déclaration sur la communauté conjugale que lors de l'octroi de la naturalisation facilitée. Ainsi, elle a laissé entendre que l'intéressé avait conclu de manière précipitée un mariage à (…) avec une étudiante suisse, soit huit mois seulement après l'ultime délai qui lui avait été accordé pour quitter la Suisse au terme d'une procédure litigieuse. Elle a ensuite relevé le désaccord des époux portant sur la question d'une descendance com- mune et le refus manifesté par A._______ pendant le mariage de se faire accompagner par son épouse en Algérie. En outre, le SEM a mis en avant, C-3708/2015 Page 5 d'une part, le mépris affiché par le prénommé en s'opposant à l'avance- ment professionnel de B._______ et, d'autre part, son refus de tenir compte de toute proposition de son épouse visant à aménager leur vie de couple en fonction de leur situation professionnelle respective. Il a également constaté que l'intéressé s'était définitivement sépar é de son épouse huit mois après sa naturalisation et qu'il avait entamé une procédure de divorce cinq mois après la séparation du couple . Par ailleurs, le SEM a estimé qu’A._______ n'avait apporté aucun élément permettant d'écarter les évé- nements retenus ci-avant. Dans ce contexte, il a exprimé l'avis selon lequel le vœu de B._______ d'accéder à un emploi correspondant à sa formation supérieure ne constituait pas un événement extraordinaire, au sens de la jurisprudence, propre à entraîner une soudaine rupture de l'union conju- gale. Enfin, le SEM a écarté l'explication présentée tardivement par l'inté- ressé selon laquelle le refus d'être accompagné de son épouse était motivé par le manque de sécurité prévalant en Algérie. Dite autorité a conclu que la naturalisation facilitée avait été octroyée sur la base de déclarations mensongères, voire d'une dissimulation de faits essentiels, de sorte que les conditions de son annulation au sens de l'art. 41 LN étaient remplies. K. Par acte daté du 10 juin 2015, A._______ a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal), par l'entre- mise de son conseil , en concluant à son annulation. A titre préalable, il a requis l'audition de divers témoins. Dans son pourvoi, le recourant a fait valoir qu'aucun des faits retenus par l'autorité de première instance ne constituait un indice permettant d'affirmer que l'union conjugale était dis- soute ou qu'une volonté de la dissoudre existait lors de la décision de na- turalisation facilitée. Ainsi, il a souligné que les époux n'étaient pas en dé- saccord quant à la volonté d'avoir des enfants et que c'était d'un commun accord qu'ils avaient décidé de ne pas en avoir, sans pour autant avoir clos définitivement la discussion. Concernant les voyages en Algérie, il a expli- qué s'être rendu seul dans son pays natal en raison de "la nature fragile de son épouse et (de) la mauvaise entente avec sa famille éloignée en Algé- rie". Sur ce point, le recourant a cependant noté que sa famille proche se déplaçait régulièrement en Suisse dans le but de rendre visite aux époux. Par ailleurs, il a réfut é l'argument mis en avant par le SEM selon lequel il n'aurait pas soutenu son ancienne épouse, puisqu'il l'avait encouragée à entreprendre une formation de cadre à Zurich. Concernant enfin la période relativement courte entre la décision de naturalisation et le divorce des époux, le recourant a reproché au SEM de ne pas avoir pris en compte le fait que B._______ avait rencontré un autre homme lors de son voyage en Australie, événement qui, en sus du choix de la prénommée de déplacer C-3708/2015 Page 6 son domicile à Zurich, avait finalement conduit au divorce. Pour toutes ces raisons, il a estimé que l'autorité a vait apprécié les faits de façon abusive en se fondant sur des faits qui manquaient de pertinence. Par pli du 31 août 2015, le recourant a produit trois témoignages écrits aux fins d’étayer ses dires. L. Appelée à se prononcer sur le recours, l'autorité inférieure en a proposé le rejet par préavis du 16 septembre 2015. Par écriture datée du 3 novembre 2015, le recourant a confirmé les con- clusions prises à l'appui de son pourvoi. Il a notamment souligné que le fait d'avoir souhaité conserver son emploi et demeurer à Genève, ville dans laquelle les époux avaient vécu plus de dix ans en communauté conjugale, et de n'avoir pas accepté de changer son domicile à Zurich en r aison de problèmes de langue et d’un risque évident de chômage, ne constituait en rien la démonstration, a posteriori , de l'absence de volonté de conserver une union stable en mars 2011. M. Dans le cadre de sa duplique du 12 novembre 2015, le SEM a intégrale- ment maintenu sa décision du 7 mai 2015 et sa réponse du 16 septembre 2015. Par courrier du 1 er décembre 2015, le recourant a fait savoir au Tribunal qu'il renonçait à prendre position sur ladite duplique. N. Les divers autres éléments invoqués de part et d'autre dans le cadre de la procédure de recours seront examinés, si nécessaire, dans les considé- rants en droit ci-dessous. Droit : 1. 1.1 Sous réserve des exceptions prévues à l'art. 32 LTAF, le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. C-3708/2015 Page 7 En particulier, les décisions du SEM (cf. art. 33 let. d LTAF) en matière d'an- nulation de la naturalisation facilitée sont susceptibles de recours au Tribu- nal, qui statue comme autorité précédant le Tribunal fédéral (cf. art. 1 al. 2 LTAF en relation avec l'art. 83 let. b a contrario LTF). 1.2 A moins que la LTAF n'en dispose autrement, la procédure devant le Tribunal est régie par la PA (cf. art. 37 LTAF et art. 51 al. 1 LN). 1.3 A._______ a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Son recours, présenté dans la forme et les délais prescrits par la loi, est recevable (cf. art. 50 et 52 PA). 2. Le recourant peut invoquer devant le Tribunal la violation du droit fédéral, y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation, la constatation inexacte ou incomplète des faits pertinents ainsi que l'inopportunité de la décision entreprise, sauf lorsqu'une autorité cantonale a statué comme autorité de recours (cf. art. 49 PA). L'autorité de recours n'est pas liée par les motifs invoqués par les parties (cf. art. 62 al. 4 PA), ni par les considé- rants de la décision attaquée (cf. MOSER ET AL., Prozessieren vor dem Bun- desverwaltungsgericht, Handbücher für die Anwaltspraxis, tome X, 2 ème éd., 2013, n° 3.197). Aussi peut -elle admettre ou rejeter le pourvoi pour d'autres motifs que ceux invoqués. 3. 3.1 En vertu de l'art. 27 al. 1 LN, un étranger peut, ensuite de son mariage avec un ressortissant suisse, former une demande de naturalisation facili- tée, s'il a résidé en Suisse pendant cinq ans en tout (let. a), s'il y réside depuis une année (let. b) et s'il vit depuis trois ans en communauté conju- gale avec un ressortissant suisse (let. c). 3.2 La notion de communauté conjugale dont il est question dans la loi sur la nationalité, en particulier aux art. 27 al. 1 let. c et 28 al. 1 let. a LN, pré- suppose non seulement l'existence formelle d'un mariage – à savoir d'une union conjugale au sens de l'art. 159 al. 1 Code civil suisse du 10 dé- cembre 1907 (CC, RS 210) – mais implique, de surcroît, une communauté de fait entre les époux, respectivement une communauté de vie effective, fondée sur la volonté réciproque des époux de maintenir cette union (cf. ATF 135 II 161 consid. 2 ; arrêt du Tribunal fédéral 1C_336/2013 du 28 mai 2013 consid. 2.1, et jurispr. cit.). C-3708/2015 Page 8 Une communauté conjugale au sens de l'art. 27 al. 1 let. c et de l'art. 28 al. 1 let. a LN suppose donc l'existence, au moment de la décision de natura- lisation facilitée, d'une volonté matrimoniale intacte et orientée vers l'avenir (« ein auf die Zukunft gerichteter Ehewille »), autrement dit la ferme inten- tion des époux de poursuivre la communauté conjugale au -delà de la dé- cision de naturalisation facilitée (cf. arrêt du Tribunal fédéral 1C_543/2015 du 25 février 2016 consid. 3.1.1 in fine). Il est permis de mettre en doute l'existence d'une telle volonté lorsque le mariage est dissous peu après l'obtention de la naturalisation facilitée par le conjoint étranger. Dans ces circonstances, il est permis de présumer que la communauté conjugale n'était plus étroite et effective durant la procédure de naturalisation facili- tée, la volonté réciproque des époux de poursuivre leur vie commune n'existant plus alors (cf. ATF 135 II 161, ibid.). 3.3 La communauté conjugale telle que définie ci -dessus doit non seule- ment exister au moment du dépôt de la demande, mais doit aussi subsister pendant toute la procédure jusqu'au prononcé de la décision sur la requête de naturalisation facilitée (cf. ATF 140 II 65 consid. 2.1 et réf. cit. ). Il sied de relever que le législateur fédéral, lorsqu'il a créé l'institution de la natu- ralisation facilitée en faveur du conjoint étranger d'un ressortissant suisse, avait en vue la conception du mariage telle que définie par les dispositions du Code civil sur le droit du mariage, à savoir une union contractée en vue de la constitution d'une communauté de vie étroite (de toit, de table et de lit) au sein de laquelle les conjoints sont prêts à s'assurer mutuellement fidélité et assistance, et qui est envisagée comme durable, à savoir comme une communauté de destins (cf. art. 159 al. 2 et al. 3 CC ; ATF 124 III 52 consid. 2a/aa, 118 II 235 consid. 3b), voire dans la perspective de la créa- tion d'une famille (cf. art. 159 al. 2 CC in fine). Malgré l'évolution des mœurs et des mentalités, seule cette conception du mariage, communément admise et jugée digne de protection par le législa- teur fédéral, est susceptible de justifier – aux conditions prévues aux art. 27 et 28 LN – l'octroi de la natur alisation facilitée au conjoint étranger d'un ressortissant helvétique (cf. ATAF 2010/16 consid. 4.4). 4. 4.1 Avec l'assentiment de l'autorité du canton d'origine, le SEM peut, dans le délai prévu par la loi, annuler la naturalisation ou la réintégration obtenue par des déclarations mensongères ou par la dissimulation de faits essen- tiels (cf. art. 41 al. 1 et 1bis LN) et qui n'aurait pas été accordée si ces faits avaient été connus (cf. Message du Conseil fédéral relatif à un projet de loi C-3708/2015 Page 9 sur l'acquisition et la perte de la nationalité suisse du 9 août 1951, in : FF 1951 II p. 700s. ad art. 39 du projet). L'annulation de la naturalisation présuppose donc que celle-ci ait été obte- nue frauduleusement, c'est -à-dire par un comportement déloyal et trom- peur. A cet égard, il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu fraude au sens du droit pénal. Il faut néanmoins que l'intéressé ait consciemment donné de fausses indications à l'autorité, respectivement qu'il ait laissé faussement croire à l'autorité qu'il se trouvait dans la situation prévue par l'art. 27 al. 1 let. c LN, violant ainsi le devoir d'information auquel il est appelé à se con- former en vertu de cette disposition (cf. ATF 140 II 65 consid. 2.2). Tel est notamment le cas si le requérant déclare vivre en communauté stable avec son conjoint, alors qu'il envisage de se séparer une fois obtenue la natura- lisation facilitée ; peu importe que son mariage se soit ou non déroulé jus- qu'ici de manière harmonieuse (cf. arrêt du Tribunal fédéral 1C_796/2013 du 13 mars 2014 consid. 3.1.1 et jurispr. cit.). 4.2 La nature potestative de l'art. 41 al. 1 LN confère une certaine latitude à l'autorité. Dans l'exercice de cette liberté, celle -ci doit s'abstenir de tout abus. Commet un abus de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui se fonde sur des critères inappropriés, ne tient pas compte de circonstances perti- nentes ou rend une décision arbitraire, contraire au but de la loi ou au prin- cipe de la proportionnalité (cf. notamment l'ATF 129 III 400 consid. 3.1 et les références citées). 4.3 La procédure administrative fédérale est régie par le principe de la libre appréciation des preuves (cf. art. 40 PCF [RS 273]), applicable par renvoi de l'art. 19 PA). Par renvoi de l'art. 37 LTAF, ce principe prévaut également devant le Tribunal. L'appréciation des preuves est libre en ce sens qu'elle n'obéit pas à des règles de preuve légales prescrivant à quelles conditions l'autorité devrait admettre que la preuve a abouti et quelle valeur probante elle devrait reconnaître aux différents moyens de preuve les uns par rap- port aux autres. Lorsque la décision intervient - comme en l'espèce - au détriment de l'administré, l'administration supporte le fardeau de la preuve. Si elle envisage d'annuler la naturalisation facilitée, elle doit rechercher si le conjoint naturalisé a menti lorsqu'il a déclaré former une union stable avec son époux suisse. Comme il s'agit là d'un fait psychique en relation avec des faits relevant de la sphère intime, qui sont souvent inconnus de l'administration et difficiles à prouver, il apparaît légitime que l'autorité s'ap- puie sur une présomption (cf. arrêt du Tribunal fédéral 1C_543/2015 pré- cité, consid. 3.2). Partant, si l'enchaînement rapide des événements fonde la présomption de fait que la naturalisation a été obtenue frauduleusement, C-3708/2015 Page 10 il incombe alors à l'administré, en raison non seulement de son devoir de collaborer à l'établissement des faits (cf. art. 13 al. 1 let. a PA), mais encore de son propre intérêt, de renverser cette présomption (cf. à ce sujet ATF 135 II 161 précité, consid. 3). 4.4 S'agissant d'une présomption de fait, qui ressortit à l'appréciation des preuves et ne modifie pas le fardeau de la preuve, l'administré n'a pas be- soin, pour la renverser, de rapporter la preuve contraire du fait présumé, à savoir faire acquérir à l'autorité la certitude qu'il n'a pas menti. Il suffit qu'il parvienne à faire admettre l'existence d'une possibilité raisonnable qu'il n'ait pas menti en déclarant former une communauté stable avec son con- joint. Il peut le faire en rendant vraisemblable soit un événement extraordi- naire survenu après l'octroi de la naturalisation facilitée et susceptible d'ex- pliquer une détérioration rapide du lien conjugal, soit l'absence de cons- cience de la gravité de ses problèmes de couple et, ainsi, l'existence d'une véritable volonté de maintenir une union stable avec son conjoint lorsqu'il a signé la déclaration (cf. ATF 135 II 161 précité, ibid.) 5. A titre préliminaire, le Tribunal constate que les conditions formelles de l'an- nulation de la naturalisation facilitée prévues par l'art. 41 LN sont réalisées dans le cas particulier. En effet, la naturalisation facilitée accordée à A._______ le 18 mars 2011 a été annulée par l'autorité inférieure en date du 7 mai 2015, soit avant l'échéance du délai pére mptoire prévu par la disposition précitée (cf. également, à ce sujet, l'arrêt du Tribunal adminis- tratif fédéral C -4259/2015 du 23 février 2016 consid. 4 et réf. cit.), avec l'assentiment des autorités cantonales compétentes. En outre, il appert que la décision d'annulation de la naturalisation facilitée respecte également le délai relatif de deux ans, dès lors qu'un nouveau délai de deux ans com- mence à courir après tout acte d'instruction communiqué à la personne naturalisée (art. 41 al.1bis LN). 6. Il convient d'examiner si les circonstances d'espèce répondent aux condi- tions matérielles de l'annulation de la naturalisation facilitée résultant du texte de la loi, de la volonté du législateur et de la jurisprudence dévelop- pée en la matière. 6.1 Dans la motivation de la décision querellée, l'autorité inférieure retient que l'enchaînement logique et chronologique des év énements démontre que la communauté conjugale invoquée dans le cadre de la requête de C-3708/2015 Page 11 naturalisation facilitée ne remplit pas les conditions exigées en la matière, tant lors de la signature de la déclaration sur la communauté conjugale que lors de l'octroi de la nationalité suisse. A cet égard, elle constate qu’A._______ a été mis au bénéfice d'un visa d'entrée en Suisse aux fins d'y pouvoir compléter sa formation professionnelle, que son autorisation de séjour pour études a été prolongée par les autorités cantonales genevoises à la suite d’une procédure litigieuse (soit jusqu'au 31 mars 2005 [selon pièce figurant au dossier du SEM]) , qu'il a co nclu un mariage avec une citoyenne suisse le (…), qu'il a introduit une requête de naturalisation faci- litée le 2 mai 2010, qu'il a été mis au bénéfice de la nationalité suisse par décision du 18 mars 2011, qu'il s'est définitivement séparé de son épouse huit mois après l'obtention de la naturalisation facilitée et que les époux ont introduit une demande commune de divorce cinq mois après leur sépara- tion, en l'absence de toute autre mesure (cf. décision entreprise, p. 5). De son côté, le recourant ne contest e pas en soi l'enchaînement des événe- ments mis en exergue ci-avant, puisqu'il admet que la période relativement courte écoulée entre la décision de naturalisation facilitée et le divorce des époux constitue "un indice de désunion". Il soutient cependant que les faits retenus par l'autorité de première instance ne sont pas de nature à démon- trer que la volonté de dissoudre l'union conjugale existait lors de l’octroi de la naturalisation facilitée (cf. mémoire de recours, p. 17). A ce stade, force est de constater que les éléments précités et leur enchaî- nement chronologique rapide sont de nature à fonder la présomption de fait selon laquelle, au moment de la décision de naturalisation facilitée, A._______ et son épou se ne formaient plus une communauté conjugale effective et stable et tournée vers l'avenir. 6.2 Il convient dès lors d'examiner si le recourant est parvenu à renverser ladite présomption en invoquant un év énement extraordinaire survenu après l'octroi de la naturalisation facilitée et de nature à expliquer une dé- gradation aussi rapide du lien conjugal, ou une absence de conscience de la gravité de ses problèmes de couple au moment déterminant (cf. consid. 4.4). 6.3 A cet égard, le recourant soutient que les é poux menaient une vie de couple ordinaire jusqu’à leur séparation en janvier 2012 et que les difficul- tés liées à l’organisation de leur vie commune, notamment concernant le choix du domicile principal, ne constituaient pas un élément permettant de douter de la stabilité et de l’effectivité de leur union. Il expose que ce n’est qu’au début de l’année 2012, lorsqu’aucune solution n’est apparue pour C-3708/2015 Page 12 s’accorder sur ledit choix, puis en mars 2012, lorsque B._______ est reve- nue de son voyage d’Australie, qu’il a compris que leur relation était termi- née, « son épouse s’étant éprise pour une autre personne ». Aussi dé- plore-t-il que son épouse, en déplaçant son lieu de travail à Zurich , n’ait pas tenu compte des difficultés qu’une telle décision pouvait entraîner pour lui-même, dès lors qu’il ne parle pas l’allemand et qu’il bénéficiait au mo- ment des faits d’une situation professionnelle stable à Genève. Par ailleurs, il affirme ne s’être nullement opposé au développement professionnel de son épouse, l’ayant au contraire encouragée à entreprendre une formation complémentaire à Zurich. En ce qui concerne ses déplacements en Algé- rie, il explique s’être rendu seul dans ce parce qu’il ne voulait pas imposer à son épouse, du fait de son état psychique « fragile », un séjour avec les membres de sa famille « plus éloignés ». Il ajoute en revanche que sa fa- mille proche se déplaçait régulièrement en Suisse pour rendre visite aux époux. Le recourant fait encore valoir qu’il est tout à fait envisageable que la question d’une éventuelle descendance commune ne soit pas définiti- vement tranchée au début d’un mariage. Pour toutes ces raisons, il consi- dère que ce sont bien des événements imprévisibles, survenus après l’oc- troi de la naturalisation facilitée, qui ont amené les époux à se séparer dé- finitivement et à déposer une demande de divorce (cf. mémoire de recours, pp. 13 à 16). 6.4 De son côté, l’autorité inférieure estime que le vœu de B._______ d’ac- céder à un emploi correspondant à sa formation ne constitue pas un évé- nement extraordinaire propre à entraîner une soudaine rupture de l’union conjugale, étant donné que le recourant devait être conscient que son épouse aspirait légitiment à un développement professionnel ailleurs qu’à Genève. De plus, elle remarque que l’intéressé a refusé toute proposition émanant de son épouse qui aurait permis de concilier le maintien de leur vie de couple et de leur emploi respectif, en notant en passant que ce refus écartait également le désir de maternité de celle-là. Sur un autre plan, le SEM qualifie d’invraisemblables les explications tardives avancées par l’in- téressé, selon lesquelles il se serait rendu seul en Algérie en raison de la situation sécuritaire pr écaire prévalant dans ce pays . Aussi est-il d’avis qu’A._______, en toute connaissance de cause, ne vivait pas en commu- nauté conjugale effective et stable au moment de la signature de la décla- ration sur l’union conjugale ou du prononcé de la naturalisation facilitée (cf. décision entreprise, p. 6). 6.5 L’examen des pièces versées au dossier tend à démontrer que, lors du prononcé de la décision précitée le 18 mars 2011, le lien conjugal des époux était encore intact et que ceux-ci ne songeaient pas à se séparer à C-3708/2015 Page 13 ce moment-là. Ainsi, si l’on se réfère aux déclarations de B._______ lors de son audition rogatoire du 12 septembre 2014, il appert que les difficultés conjugales sont survenues à l’été 2011, période au cours de laquelle s’est posée la question du choix du domicile conjugal principal : « Das Haupt- thema war unser Lebensmittelpunkt. Das heisst, wir lebten damals in Genf. Mein Wunsch wäre es aber gewesen, unser Wohndomizil nach Zürich zu verlegen » (cf. p.-v. d’audition établi par la police municipale de Zurich le 12 septembre 2014, ch. 22 à 24). Il est important de souligner ici que la prénommée n’a fait état, durant son audition, d’aucun autre problème con- jugal grave (« erheblich ») qui serait survenu avant la période considérée, soit l’été 2011, la question d’une éventuelle séparation ou divorce n’ayant été évoquée au sein du couple qu’aux alentours du mois de décembre 2011 (ibid., ch. 25 à 27). Au surplus, B._______ a affirmé avoir eu connaissance de la possibilité d’un engagement professionnel à Zurich et d’en avoir dis- cuté avec son mari dans le courant de l’ été 2011, tout en précisant avoir accepté cette offre de travail en septembre 2011 (ibid., ch. 30 à 32). Au vu de ce qui précède et contrairement à l’avis exprimé par l’autorité inférieure, qui qualifie de « choquant » le comportement du recourant visant à s’op- poser au développement professionnel de son épouse (cf. décision entre- prise, p. 6), l’on ne saurait tirer argument de ce refus pour conclure que l’union conjugale des intéressés n’était déjà plus stable et tournée vers l’avenir au moment de la déclaration sur l’union conjugale le 24 février 2011 ou au moment de la décision de naturalisation facilitée rendue le 18 mars 2011. Pareille opinion est corroborée par un écrit qui a été adressé à A._______ au mois de janvier 2012, aux termes duquel B._______ se con- sidère responsable des problèmes survenus au sein du couple (cf. courriel du 4 janvier 2012 ; pièce n° 16 versée à l’appui du recours). De plus, l’ab- sence de désunion du couple durant le premier semestre de 2011 et pen- dant l’été de cette même année a été confirmée par les parents d e B._______ et deux autres connaissances du couple, ces dernières indi- quant que les époux « avaient l’air d’être très heureux et amoureux » à cette époque et qu’ils avaient même parlé d’un projet d’achat immobilier (cf. témoignages écrits produits le 31 août 2015). En outre, le fait que A._______ ait été « extrêmement touché par le départ de sa femme à Zu- rich » (cf. attestation médicale du 2 avril 2014 ; pièce n° 18 produite à l’ap- pui du recours) constitue un indice supplémentaire qu’il n’envisageait pas de se séparer ou de divorcer au moment de l’octroi de la nationalité suisse. Par ailleurs, le s vacances que l’intéressé a passées avec son épouse à l’étranger en mai 2011 et en été 2011, de même que les fêtes de fin d e l’année 2011 à Zurich en compagnie de ses beaux-parents, tendent égale- ment à démontrer la réalité de l’union conjugale et la volonté commune des époux de maintenir une communauté stable et tournée vers l’avenir en C-3708/2015 Page 14 mars 2011 (cf. déterminations du 3 novembre 2015, p. 3, et photographies produites à l’appui du recours [pièces n° 15 et n° 16] ). Enfin, le Tribunal estime plausible l’allégation selon laquelle les époux ont pris la décision définitive de divorcer , le 10 mai 2012, lorsque B._______ a annoncé au recourant entretenir une relation sentimentale avec une personne qu’elle avait rencontrée lors d’un voyage en Australie (cf. mémoire de recours, p. 9). 6.6 Le Tribunal est certes conscient qu’il est difficile de déterminer l'étendue réelle des difficultés conjugales auxquelles étaient confronté le couple lors- que B._______ a pris la décision de déménager à Zurich pour des raisons professionnelles, mais qu'en tout état de cause, il n'est pas établi que ces difficultés fussent plus importantes que celles rencontrées par un couple ordinaire. Il y a au contraire tout lieu d’admettre, avec le recourant (cf. mé- moire de recours, p. 16), que le couple menait une vie de couple normale, jusqu’à la prise de domicile différent éloigné pour des motifs profession- nels, et que la question du choix du domicile opéré par B._______ pour ces motifs, apparue postérieurement à la naturalisation facilitée de l’inté- ressé, a constitué l'événement principal ayant entraîné la dégradation irré- versible de la communauté conjugale formée par les époux. Cela étant, les autres éléments mis en avant par l’autorité inférieure dans la décision que- rellée, à savoir l’absence de descendance commune et les voyages entre- pris seul par l’intéressé en Algérie , ne permettent pas de retenir que ce dernier aurait dissimulé des faits essentiels ou aurait donné de fausses indications à l’autorité au cours de la procédure de naturalisation facilitée. Finalement, le Tribunal retient qu'il est effectivement plausible que les dif- ficultés liées à l’organisation de la vie commune des époux aient entrainé la rupture de leur union conjugale et que l e véritable processus de désu- nion du couple n'ait commencé que postérieurement à la décision de natu- ralisation facilitée. Dans ces circonstances, les conditions d'application de l'art. 41 LN ne sont pas remplies et c'est à tort que le SEM a considéré que la naturalisation facilitée d’A._______ avait été obtenue sur la base de déclarations men- songères ou par la dissimulation de faits essentiels. 7. Vu l’issue de la présente cause, il est superflu de se prononcer sur la con- clusion formulée par le recourant en tant qu’elle requiert l’audition de plu- sieurs personnes en qualité de témoins (cf. mémoire de recours, p. 2). C-3708/2015 Page 15 8. Le recours est en conséquence admis et la décision querellée est annulée et ce également en tant qu'elle faisait perdre la nationalité suis se aux membres de la famille de l'intéressé qui l'auraient acquise en vertu de la décision annulée. Obtenant gain de cause, le recourant n'a pas à supporter de frais de pro- cédure (cf. art. 63 al. 1 a contrario et al. 3 PA). Bien qu'elle succombe, l'autorité inférieure n'a pas à supporter de frais de procédure (cf. art. 63 al. 2 PA). Le recourant a par ailleurs droit à des dépens pour les frais nécessaires et relativement élevés causés par le litige (cf. art. 7 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal admi- nistratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). Au vu de l'ensemble des circons- tances du cas, de l'importance de l'affaire, du degré de difficulté de cette dernière et de l'ampleur du travail accompli par le mandataire, le Tribunal estime, au regard des art. 8ss FITAF, que le versement d'un montant de Fr. 2’000.- (couvrant l'ensemble des frais de représentation au sens de l'art. 9 al. 1 let. a à c FITAF, à savoir les honoraires d'avocat, les débours et la TVA) à titre de dépens apparaît comme équitable en la présente cause (cf. art. 14 al. 2 FITAF). (dispositif page suivante) C-3708/2015 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est admis. 2. Il n’est pas perçu de frais de procédure. L’avance de Fr. 1'200.-, versée le 2 juillet 2015, sera r estituée au recourant par le Tribunal dès l’entrée en force du présent arrêt. 3. Un montant de Fr. 2'000. - est alloué au recourant à titre de dépens, à charge de l’autorité inférieure. 4. Le présent arrêt est adressé : – au recourant (Acte judiciaire ; annexe : formulaire « Adresse de paiement » à retourner au Tribunal dûment rempli) – à l'autorité inférieure, dossier en retour. Le président du collège : Le greffier : Blaise Vuille Fabien Cugni Indication des voies de droit : Le présent arrêt peut être attaqué devant le Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, par la voie du recours en matière de droit public, dans les trente jours qui suivent la notification (art. 82 ss, 90 ss et 100 LTF). Le mémoire doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. L'arrêt attaqué et les moyens de preuve doivent être joints au mémoire, pour autant qu'ils soient en mains du recourant (art. 42 LTF). Expédition :