<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <div class="para"> </div> <div class="para">[AZA] </div> <div class="para">C 208/99 Bn </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <u>IIIe Chambre </u> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">composée des Juges fédéraux Schön, Spira et Widmer; Berset, </div> <div class="para">Greffière </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <u>Arrêt du 27 janvier 2000 </u> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">dans la cause </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Q.________, recourant, </div> <div class="para"> </div> <div class="para">contre </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Secrétariat d'Etat à l'économie, Bundesgasse 8, Berne, in- </div> <div class="para">timé, </div> <div class="para"> </div> <div class="para">et </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Tribunal administratif du canton de Vaud, Lausanne </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> A.- Q.________ est directeur de la société </div> <div class="para">R.________ SA qu'il a fondée en 1961 et dont sa femme est </div> <div class="para">administratrice. Tous deux disposent du droit de signature </div> <div class="para">individuelle, à l'exclusion de tierces personnes. La so- </div> <div class="para">ciété exploite sous l'enseigne "T.________" une entreprise </div> <div class="para">de nettoyage et de teinturie. </div> <div class="para"> Q.________ est inscrit depuis 1963 à la caisse de </div> <div class="para">compensation CIVAS à Montreux, en qualité de salarié de </div> <div class="para">R.________ SA. De 43 200 fr. par an de 1983 à 1993, son </div> <div class="para">salaire soumis à cotisation a passé à 67 680 fr. par an en </div> <div class="para">1994, puis à 5820 fr., par mois durant les trois premiers </div> <div class="para">mois de 1995. </div> <div class="para"> Par lettre du 30 janvier 1995, signée par Dame </div> <div class="para">Q.________, R.________ SA a réduit à 20 % le temps de </div> <div class="para">travail de son directeur à partir du 1er mai 1995, en invo- </div> <div class="para">quant l'augmentation des charges, la stagnation des af- </div> <div class="para">faires et le souci de maintenir les autres postes de </div> <div class="para">travail. </div> <div class="para"> Q.________ s'est alors annoncé à l'assurance-chômage </div> <div class="para">en demandant à bénéficier des indemnités de chômage dès le </div> <div class="para">1er mai 1995, se déclarant apte et capable de travailler à </div> <div class="para">80 %. De mai à juillet 1995, il a obtenu des gains inter- </div> <div class="para">médiaires auprès de R.________ SA pour une activité de </div> <div class="para">gestion et d'entretien de matériel, correspondant à </div> <div class="para">huit heures de travail en mai et juin et à quatre heures </div> <div class="para">par la suite. </div> <div class="para"> Le 27 juin 1994 (recte 1995), la Caisse de chômage de </div> <div class="para">la CVCI a soumis le cas à l'Office cantonal vaudois de </div> <div class="para">l'assurance-chômage (ci-après : OCAC) pour qu'il se pro- </div> <div class="para">nonce sur l'aptitude au placement de l'assuré. </div> <div class="para"> Par décision du 15 août 1995, l'OCAC a admis l'apti- </div> <div class="para">tude au placement de l'intéressé. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> B.- L'Office fédéral de l'industrie, des arts et </div> <div class="para">métiers et du travail (OFIAMT), intégré depuis lors dans le </div> <div class="para">Secrétariat d'Etat à l'économie (seco), a recouru le </div> <div class="para">19 septembre 1995 contre cette décision, en faisant valoir </div> <div class="para">que plusieurs indices laissaient présumer un abus de droit </div> <div class="para">de la part de l'assuré. </div> <div class="para"> Par jugement du 21 mai 1999, le Tribunal administratif </div> <div class="para">du canton de Vaud a admis le recours et annulé la décision </div> <div class="para">attaquée. Il a retenu, en bref, que la prétendue réduction </div> <div class="para">de l'horaire de travail de Q.________ à 20 % dès le 1er mai </div> <div class="para">1995, et à 10 % à partir du 1er juillet 1995, revenait en </div> <div class="para">réalité à consacrer une situation préexistante depuis de </div> <div class="para">nombreux mois, sinon plusieurs années. Dès lors, l'assuré </div> <div class="para">n'avait pas subi de perte de travail à prendre en </div> <div class="para">considération. Par ailleurs, compte tenu de la confusion </div> <div class="para">quasi complète, sur le plan économique, entre le prénommé </div> <div class="para">et son employeur, il y avait lieu de lui dénier la qualité </div> <div class="para">de salarié. De surcroît, quand bien même son horaire de </div> <div class="para">travail avait été, en apparence, réduit de 80 % à titre </div> <div class="para">permanent et définitif, l'assuré avait en réalité conservé </div> <div class="para">dans l'entreprise une fonction dirigeante et gardait la </div> <div class="para">faculté de se faire réengager en tout temps, procédé que la </div> <div class="para">jurisprudence a qualifié de fraude à la loi. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> C.- Q.________ interjette un recours de droit adminis- </div> <div class="para">tratif, en concluant à l'annulation de ce jugement et à ce </div> <div class="para">que son aptitude au placement soit admise dès le 1er mai </div> <div class="para">1995. Il demande également, dans la mesure où sa qualité de </div> <div class="para">salarié a été niée par l'autorité cantonale, le rembourse- </div> <div class="para">ment des cotisations versées à tort à l'assurance-chômage. </div> <div class="para">Il allègue, notamment, qu'il est pénalisé pour avoir tardé </div> <div class="para">de recourir à l'assurance-chômage et essayé de trouver par </div> <div class="para">lui-même d'autres sources de gain dès que ses activités au </div> <div class="para">sein de la société se sont réduites, en 1990, eu égard au </div> <div class="para">contexte économique. Il fait état de sa disponibilité à </div> <div class="para">trouver un emploi et invoque à cet égard les 51 lettres de </div> <div class="para">candidature qu'il aurait adressées à des employeurs poten- </div> <div class="para">tiels. </div> <div class="para"> L'OCAC déclare renoncer à se déterminer. Quant au </div> <div class="para">seco, il propose le rejet du recours. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <u>Considérant en droit </u> </div> <div class="para"> : </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> 1.- Le litige porte uniquement sur l'aptitude au </div> <div class="para">placement du recourant à partir du 1er mai 1995 et, par </div> <div class="para">voie de conséquence, sur son droit à l'indemnité de </div> <div class="para">chômage. Aussi la conclusion tendant au remboursement des </div> <div class="para">cotisations que le recourant aurait versées à tort à </div> <div class="para">l'assurance-chômage est-elle irrecevable. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> 2.- Selon la jurisprudence, un travailleur qui jouit </div> <div class="para">d'une situation professionnelle comparable à celle d'un </div> <div class="para">employeur n'a pas droit à l'indemnité de chômage lorsque, </div> <div class="para">bien que licencié formellement par une entreprise, il </div> <div class="para">continue à fixer les décisions de l'employeur ou à in- </div> <div class="para">fluencer celles-ci de manière déterminante. Dans le cas </div> <div class="para">contraire, en effet, on détournerait par le biais des </div> <div class="para">dispositions sur l'indemnité de chômage la réglementation </div> <div class="para">en matière d'indemnité en cas de réduction de l'horaire de </div> <div class="para">travail, en particulier l'<span class="artref">art. 31 al. 3 let</span>. c LACI (ATF </div> <div class="para">123 V 234). Selon cette disposition, n'ont pas droit à </div> <div class="para">l'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail les </div> <div class="para">personnes qui fixent les décisions que prend l'employeur </div> <div class="para">- ou peuvent les influencer considérablement - en qualité </div> <div class="para">d'associé, de membre d'un organe dirigeant de l'entreprise </div> <div class="para">ou encore de détenteur d'une participation financière à </div> <div class="para">l'entreprise; il en va de même des conjoints de ces per- </div> <div class="para">sonnes, qui sont occupés dans l'entreprise. Par exemple, </div> <div class="para">l'administrateur qui est en même temps salarié d'une </div> <div class="para">société anonyme et qui est titulaire de la signature col- </div> <div class="para">lective à deux, doit être considéré comme appartenant au </div> <div class="para">cercle des personnes visées par l'<span class="artref">art. 31 al. 3 let</span>. c </div> <div class="para">LACI, quelle que soit l'étendue de la délégation des tâches </div> <div class="para">et le mode de gestion interne de la société et nonobstant </div> <div class="para">le fait que le président du conseil d'administration dé- </div> <div class="para">tienne 90 pour cent des actions et dispose, quant à lui, de </div> <div class="para">la signature individuelle (DTA 1996 no 10 p. 48). </div> <div class="para"> Dans ce sens, il existe donc un étroit parallélisme </div> <div class="para">entre le droit à l'indemnité en cas de réduction de l'ho- </div> <div class="para">raire de travail et le droit à l'indemnité de chômage. La </div> <div class="para">situation est en revanche différente lorsque le salarié se </div> <div class="para">trouvant dans une position assimilable à celle d'un em- </div> <div class="para">ployeur quitte définitivement l'entreprise en raison de la </div> <div class="para">fermeture de celle-ci; en pareil cas, on ne saurait parler </div> <div class="para">d'un comportement visant à éluder la loi. Il en va de même </div> <div class="para">quand l'entreprise continue d'exister, mais qu'un tel sala- </div> <div class="para">rié, par suite de résiliation de son contrat, rompt défini- </div> <div class="para">tivement tout lien avec la société. Dans un cas comme dans </div> <div class="para">l'autre, l'intéressé peut en principe prétendre des indem- </div> <div class="para">nités de chômage (<a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=18&amp;from_date=22.01.2000&amp;to_date=10.02.2000&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F123-V-234%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page238">ATF 123 V 238</a> consid. 7b/bb). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> 3.- En l'espèce, l'intimé n'a jamais cessé d'exercer </div> <div class="para">des fonctions dirigeantes pour la société R.________ SA. </div> <div class="para">Ainsi que l'ont constaté les premiers juges, à juste titre, </div> <div class="para">la prétendue réduction de l'horaire de travail à 20 % dès </div> <div class="para">le 1er mai 1995, et à 10 % dès le 1er juillet 1995, n'a </div> <div class="para">apporté aucune modification quant à l'étendue des presta- </div> <div class="para">tions de Q.________ à l'égard de la société. Par son droit </div> <div class="para">de signature individuelle, le recourant a conservé un </div> <div class="para">pouvoir de décision qui lui permettait d'exercer effecti- </div> <div class="para">vement une influence sur la marche des affaires de </div> <div class="para">l'entreprise, ce d'autant plus que sa femme, administra- </div> <div class="para">trice de la société, n'assumait aucune fonction de direc- </div> <div class="para">tion. Par ailleurs, selon les constatations du Tribunal </div> <div class="para">administratif, les chiffres déclarés à la caisse de </div> <div class="para">compensation à titre de revenus ne correspondaient pas au </div> <div class="para">véritable salaire, mais avaient été fixés à un montant </div> <div class="para">censé garantir une rente vieillesse maximum à l'assuré. </div> <div class="para">Plus spécifiquement les salaires dus pour 1994 et 1995 </div> <div class="para">n'ont pas été versés en totalité à Q.________, mais </div> <div class="para">crédités sur son compte créancier auprès de la société. Ce </div> <div class="para">deuxième élément renforce la conviction que, de manière </div> <div class="para">globale, les déclarations du recourant et celles de son </div> <div class="para">employeur émises dans ce cadre ne correspondent ni à la </div> <div class="para">réalité ni à leur réelle intention. Dans ce contexte les </div> <div class="para">arguments invoqués par le recourant ne lui sont d'aucun </div> <div class="para">secours (cf. aussi DTA 1999 no 7, p. 27). </div> <div class="para"> On doit par conséquent admettre que le versement de </div> <div class="para">l'indemnité de chômage demandée par le recourant aurait </div> <div class="para">pour conséquence d'éluder les conditions mises par la loi à </div> <div class="para">l'octroi d'indemnités en cas de réduction de l'horaire de </div> <div class="para">travail, auxquelles le recourant n'a pas droit, en vertu de </div> <div class="para">l'<span class="artref">art. 31 al. 3 let</span>. c LACI. </div> <div class="para"> Le recours de droit administratif est ainsi mal fondé. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> Par ces motifs, le Tribunal fédéral des assurances </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <u>p r o n o n c e </u> </div> <div class="para"> : </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <i>I. Dans la mesure où il est recevable, le recours est</i> </div> <div class="para"> rejeté. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <i>II. Il n'est pas perçu de frais de justice.</i> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <i>III. Le présent arrêt sera communiqué aux parties, au</i> </div> <div class="para"> Tribunal administratif du canton de Vaud, à la Caisse </div> <div class="para"> de chômage de la CIVI et à l'Office cantonal de </div> <div class="para"> l'assurance-chômage. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Lucerne, le 27 janvier 2000 </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Au nom du </div> <div class="para">Tribunal fédéral des assurances </div> <div class="para">Le Président de la IIIe Chambre : </div> <div class="para"> </div> <div class="para">La Greffière : </div> </div></body></html>