B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-4187/2012 A r r ê t d u 6 n o v e m b r e 2 0 1 2 Composition François Badoud (président du collège), Hans Schürch, Jean-Pierre Monnet, juges, Chrystel Tornare Villanueva, greffière. Parties A._______, né le (…), son épouse, B._______, née le (…), leurs enfants, C._______, né le (…), D._______, né le (…), E._______, né le (…), F._______, né le (…), G._______, né le (…), et H._______, née le (…), Kosovo, représentés par le Centre Suisses-Immigrés (C.S.I.), en la personne de (…), recourants, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi ; décision de l'ODM du 5 juillet 2012 / N (…). E-4187/2012 Page 2 Faits : A. Le 28 décembre 2010, A._______, son épouse, B._______, et leurs six enfants ont déposé une demande d'asile au Centre d'enregistrement et de procédure de (…). B. Entendus sommairement lors des auditions audit centre, les 4 et 5 janvier 2011, ainsi que le 10 janvier 2011 s'agissant du fils aîné, C._______, et plus particulièrement sur leurs motifs d'asile, lors des auditions des 20, 24 et 25 janvier 2011, ils ont déclaré être d'ethnie ashkali et avoir vécu à I._______ depuis environ 1999. Ils ont allégué qu'environ deux mois après la fin de la guerre, en 1 999 ou 2000, leur maison de J._______ avait été brûlée et qu'ils étaient partis s'installer à I._______ sans que les coupables aient pu être retrouvés. Ils ont, par ailleurs, fait valoir, en substance, qu'ils rencontraient des difficultés dans leur pays en raison de leur origine ethnique. Selon leurs déclarations, leur fils, C._______, aurait été insulté et maltraité par ses camarades , raison pour laquelle il aurait arrêté d'aller à l'école en 2006, alors qu'il avait dix ans. En mai 2008, leur fils, D._______, aurait été renversé et gravement blessé par une voiture alors qu'il se promenait avec son père. A._______ aurait quant à lui été agressé au marché par un inconnu d'origine albanaise suite à un différend concernant une place de travail. En 2009, E._______ se serait cassé le bras, alors qu'il fuyait un commerçant pour qui il aurait travaillé, mais qui aurait refusé de le payer. Enfin, trois mois avant son départ, B._______ aurait été insultée par des personnes d'origine albanaise, alors qu'elle était chez le médecin avec sa fille. Trois semaines avant de quitter le Kosovo , elle aurait à nouveau été insultée et bousculée dans la rue par un Albanais. E-4187/2012 Page 3 Suite à ce dernier événement, elle aurait contacté son frère séjournant en Allemagne pour qu'il l'aidât financièrement à quitter le pays avec sa famille. Quelque temps plus tard, les intéressés ont rejoint la Suisse. C. Par décision du 4 février 2011, l'ODM, constatant que le Kosovo faisait partie des pays considérés par le Conseil fédéral, en application de l'art. 6a al. 2 let. a de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi, RS 142.31), comme libres de persécution (safe country), et estimant que le dossier ne révélait pas d'indices de persécution, n'est pas entré en matière sur la demande d'asile des recourant s, conformément à l'art. 34 al. 1 LAsi, a prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. D. Par arrêt E-1072/2011 du 13 avril 2011, le Tri bunal administratif fédéral (le Tribunal) a rejeté le recours déposé par les intéressés, le 14 f évrier 2011, en tant qu'il portait sur la non -entrée en matière sur la demande d'asile. Il a estimé, sur ce point, que l'appartenance à la minorité ethnique ashkali des intéress és ne pouvait , à elle seule, démontrer la présence d'indices de persécution et ne constituait pas un motif suffisant pour se voir reconnaître la qualité de réfugié au sens de l'art. 3 LAsi. Il a également relevé que les intéressés n'avaient pas établi la crédibilité de leurs motifs, dans la mesu re où leur récit , concernant les agisse ments dont ils auraient été victi mes, se caractérisai t par des imprécisions, des divergences ainsi que des contradictions et qu'il n'étai t étayé par aucun élément concret et sérieux. Enfin, il a souligné que les propos injurieux dont ils auraient été l'obj et ne correspondaient manifestement pas aux caractéristiques d'une persécution et ne permettaient pas a fortiori de conclure à l'existence d'indices de ce type, étant donné qu'ils n'atteignaient pas un niveau d'intensité suffisant pour pouvoir admettre de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. Le Tribunal a en revanche admis le recours, en tant qu'il por tait sur l'exécution du ren voi et a retourné le dossier à l'autorité de première instance pour complément d'instruction et nouvelle décision. Il a considéré que, les intéressés étant d'origine ashkali, il y avait lieu, selon la jurisprudence constante, d'effectuer un examen individualisé sur place, afin de déterminer si l'exécution de leur renvoi au Kosovo était raisonnablement exigible. E-4187/2012 Page 4 E. Par courrier d u 2 septembre 2011, les intéressés ont remis à l'ODM un certificat médical, établi le 17 février 2011, concernant D._______. Selon ce document, D._______ souffre d'un traumatisme crânien, survenu en 2008, suite à un accident sur la voie publique. Il présen te, outre des séquelles motrices, d'importants troubles cognitifs et du comportement dont une prise en charge correcte serait impossible dans son pays d'origine. Son état nécessite un suivi multidisciplinaire en neuro-pédiatrie, neuro-réhabilitation, ORL e t ophtalmologie ainsi qu'en physiothérapie. Selon les médecins, sa scolarisation pourra être envisagée en milieu spécialisé une fois la prise en charge en neurologie et neuro-réhabilitation mise en place. F. Le 30 septembre 2011, une demande de renseignement s concernant les intéressés a été adressée à l'Ambassade de Suisse à M._______. G. Le 26 octobre 2011, l'Ambassade de Suisse à Pristina a communiqué ses conclusions. Selon la lettre de l'ODM du 17 novembre 2011 donnant connaissance aux intéressés du contenu essentiel du rapport de l'Ambassade, il ressort des recherches effectuées que les recourants ont effectivement vécu durant quinze ans à I._______, où ils disposent d'un réseau familial, notamment les sœurs et un oncle éloigné de B._______ et une sœur de A._______. En outre, le frère ( K._______) et la sœur (L._______) de B._______ vivent en Allemagne. Les recherches confirment que D._______ a bénéficié de soins médic aux à I._______ et à M._______ et que A._______ a travaillé, même s'il n'avait pas un emploi fixe. Par ailleurs, d'après les informations obtenues, il existe des divergences quant au passé de A._______ qui aurait des liens ou un vécu en Macédoine. Enfin, i l apparaît que les intéres sés ne possèdent pas de bien immobilier, mais o nt toujours été locataires et qu'ils ne recevaient aucun soutien financier de la part de leur réseau familial. H. Invités à se déterminer sur le contenu du rapport de l'Ambassade de Suisse à Pristina, tel que communiqué le 17 novembre 2011, les recourants ont précisé q ue lors de leur séjour à I._______, ils avaient bénéficié d'une habitation mise gratuitement à la disposition de la sœur de B._______ par des amis de sa mère . Or ces amis a uraient repris leur bien pour leurs besoins personnels. S'agissant de l'aide financière E-4187/2012 Page 5 apportée par la famille résidant en Allemagne, les intéressés ont indiqué qu'elle se limitait à une aide ponctuelle. Les intéressés ont reconnu avoir de la famille plus ou moins élo ignée vivant en Macédoine , mais ont nié avoir vécu dans ce pays. En ce qui concerne D._______, ils ont souligné que celui -ci bénéficiait d'une prise en charge en milieu spécialisé et ont remis diverses circulaires adressées à ses parents par N ._______, à (…), institution en faveur des personnes en situation de handicap, dans laquelle D._______ a été admis au début de l'année scolaire 2011/2012. I. Sur demande de l'ODM, les intéressés ont produit deux rapports médicaux, datés du 3 et du 9 février 2012, concernant D._______. Ils ont également remis une attestation de N._______ indiquant que D._______ est inscrit dans cette institution en qualité d'élève régulier. Il ressort des rapports précités que D._______ souffre d'une déficience mentale et de troubles du comportement soit "post-symptomatique post- traumatisme crânien ", soit en rapport avec une pathologie développementale (génétique) , le diagnostic r estant pour l'instant peu clair. Son état nécessite un traitement par neuroleptiques (Rispe ridone / Risperdal) associé à une prise en charge en institution spécialisée. Un contrôle tous les trois à six mois doit être effectué pour vérifier la bonne tolérance et l'efficacité des médicaments. Sans traitement le pronostic est celui d'une nouvelle dégradation des troubles du comportement avec un enfant risquant une désocialisation totale et une mise en danger de sa vie, mais aussi de celle des autres. Avec le traitement, il est probable que l'enfant pourra mieux développer les compétences cognitives qui sont encore présentes. Selon le médecin, la prise en charge de D._______ nécessite des neuroleptiques de nouvelle génération qui ne sont pas toujours disponibles dans son pays d'origine. D'autres neuroleptiques beaucoup plus puissants entraîneraient une léthargie et ne permettraient pas d'augmenter son potentiel cognitif. De plus, une structure d'accueil adaptée s'avère absolument indispensable avec une thérapie occupa - tionnelle qui, selon un des médecins, ne sera it pas possible dans le pays d'origine. J. Par décision du 5 juillet 2012, l'ODM a rejeté la demande d'asile des intéressés, a prononcé leur renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de E-4187/2012 Page 6 cette mesure. Il a estimé que les déclarations des requérants ne satisfaisaient pas aux exigences de vraisemblance énoncées à l'art. 7 LAsi. Il a également considéré que l'exécution du renvoi était licite, raisonnablement exigible et possible. Il a relevé que ces dernières années la situation sécuritaire au Kosovo s'était améliorée et que la probabilité d'une mise en danger concrète pour les Roms albanophones, ashkali et égyptiens en raison de leur seule appartenance ethnique pouvait être exclue. Il a précisé que, bien que A._______ n'ait pas entrepris de formation professionnelle, i l s'était toujours occupé de sa famille en travaillant dans divers domaines. Il a souligné que les intéressés disposaient d'un réseau familial à I._______ et qu'il n'y avait pas de raison de douter qu'ils recevraient le soutien de leur réseau familial au Kosovo et en Allemagne une fois rentrés. De plus, il a indiqué que les intéressés pourraient compter sur l'aide du gouvernement du Kosovo qui avait mis en place un fonds de réintégration d'un montant de 3,4 millions d'euros. Il en a conclu que les intéressé s pourraient ainsi obtenir, si nécessaire, un soutien immédiat et des aides au logement pour une durée de douze mois. Enfin, l'ODM a considéré que les problèmes de santé de D._______ ne constituaient pas un obstacle au renvoi. Suite aux recherches effectuées par cet office , il appert que le médicament dont a besoin D._______, à savoir le Rispe ridone / Risperdal, est disponible au Kosovo dans des pharmacies privées. De plus, depuis 2007, le générique de ce médicament, le Rispolet, est com mercialisé dans l'Europe de l'Est. S'agissant du suivi médical de D._______, des contrôles pédiatriques et neurologiques sont possibles auprès des hôpitaux régionaux du Kosovo et auprès de la Division pédiatrique de la clinique universitaire de Pristina. En outre , depuis 2005, des classes pédagogiques spéciales ont été introduites dans les établissements scolaires. Par ailleurs, le 16 juillet 2008, le Parlement a proposé l'entrée en vigueur d'une loi prévoyant des aides afin de protéger et garantir une vie digne aux enfants handicapés. De ce fait, les autorités du Kosovo, avec l'aide d'organisations internationales, sont en train de mettre sur pied des centres pour les enfants souffr ant de déficiences mentales et physiques , dans plusieurs municipalités. Par ailleurs, d'après les informations obtenues par l'ODM, D._______ pourrait être intégré dans une classe spéciale de la Municipalité de I._______. Il pourrait également se rendre tous les jours au Centre spécialisé O._______ à M._______ qui accueille environ 160 E-4187/2012 Page 7 enfants / adolescents avec des retards mentaux. S'agissant des trajets, ses parents pourraient demander à la Mun icipalité de I._______ qu'elle prenne leur coût en charge. Enfin, l'ODM a souligné qu'il était loisible aux intéressés de requérir une aide au retour médicale aux autorités suisses. K. Par recours interjeté, le 9 août 2012, les intéressés ont conclu à l'annulation de la décision de l'ODM précitée, à l'octroi de l'asile, subsidiairement au prononcé d'une admission provisoire, ainsi qu'à la dispense du paiement de l'avance de frais. Se référant à un rapport de l'OSAR (Organisation suisse d'aide aux réfugiés) de mars 2012 et à un rapport de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) de septembre 2011, ils ont soutenu que les minorités ethniques étaient discriminées au Kosovo, notamment au plan scolaire, de l'accès au travail, à la santé, au logement et aux services publiques. Ils ont précisé que malgré l'établissement d'un plan d'action et l'allocation d'un budget de 3,4 mil lions d'euros pour l'année 2011, les personnes ayant été contraintes de retourner au Kosovo ne recevaient que rarement une aide concrète de la part des institutions kosovares. A l'appui de leur recours, ils ont produit un certificat médical, établi le 24 juillet 2012, par le médecin chargé du suivi de D._______, un rapport, établi le 29 juin 2012, par N._______ ainsi qu'une attestation concernant l'octroi de prestations de pédagogie spécialisée pour la période d'août 2011 à juillet 2014. Il ressort du certi ficat du 24 juillet 2012 que l'origine de la déficience mentale et des épisodes paroxystiques est encore peu claire. Un bilan étiologique est ainsi en cours pour déterminer si D._______ ne souffre pas d'autres maladies métaboliques ou génétiques. Le médeci n rappelle qu'en raison des troubles mentaux de D._______, un e médication par Risperidone / Risperdal et un accuei l en institution spécialisée sont indispensables. Selon lui, l'absence de telles mesures risquerait de reconduire cet enfant dans un état de r epli autistique et de péjorer ces troubles du comportement , ce qui pourrait non seulement diminuer grandement son autonomie, mais aussi avoir un impact directement sur sa santé, l'enfant pouvant très clairement se mettre en danger. E-4187/2012 Page 8 Selon le rapport de N._______ du 29 juin 2012, D._______ ayant exprimé ne plus en pouvoir d'être entouré d'enfants handicapés, la question de sa place à P ._______ se pose, car il n'a pas de problè mes physiques moteurs et a des capacités de raisonnement avec une bonn e compréhension logique. Dès lors, il a été décidé qu'il fasse un stage au Q._______ dans l'idée de lui permettre d'avoir des activités manuelles qu'il apprécie et d'intégrer le Q._______ à mi -temps dès la rentrée scolaire en août 2012. L'auteure du rapport relève encore que D._______ ne suit pas de thérapie dans l'institution hormis quelques séances en individuel avec la psychologue au sein de l'école. Enfin, les recourants ont annoncé la production d'un certificat médical concernant A._______. L. Par courrier du 3 septembre 2012, les intéressés ont remis au Tribunal le certificat médical annoncé dans leur recours. Il ressort de ce rapport, établi le 23 août 2012, que A._______ souffre d'un trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère, sans symptôme psychotique (F33.2) , nécessitant une prise en charge psychothérapeutique dans un cadre régulier et sécurisant ainsi qu'un traitement médicamenteux. Le pronostic sans traitement consiste en un risque important de passage à l'acte hétéro-agressif. M. Par déterminat ion du 17 septembre 2012, l'ODM a proposé le rejet du recours, estimant qu'il ne contenait aucun élément ou moyen de preuve nouveau susceptible de modifier son point de vue. Il a précisé que les problè mes de santé de A._______ découlaient de sa situation i ncertaine en Suisse et que, de ce fait, son état de santé ne constituait pas un obstacle à son renvoi, ce d'autant qu'en cas de besoin, il pourrait bénéficier d'une aide médicale adéquate auprès des structures sanitaires existant dans son pays. L'ODM a rel evé que des traitements psychologiques étaient disponibles dans des établi ssements médicaux spécialisés à Pristina. S'agissant des possibilités de prise en charge de D._______ au Kosovo, l'ODM a souligné qu'il avait mené tou tes les recherches possibles et nécessaires. Se référant au rapport de N._______ du 29 juin 2012, l'office a estimé que la réinsertion de D._______ au Kosovo s'avérait facilitée au E-4187/2012 Page 9 vu des meilleures conditions psychologiques, mentales et physiques de l'enfant décrites dans ledit document. N. Invités à prendre position sur la détermination de l'ODM, le 8 octobre 2012, les intéressés ont soutenu que l'accès aux soins et le manque de soutien psychologique au Kosovo était problématique au vu des troubles dépressifs de A._______. S'agissant de D._______, se référant à un rapport de l'OSAR de 2010, ils ont soutenu qu'il n'existait aucune protection légale pour les enfants handicapés et que seuls les ONG leur offraient des soins de réadaptation. Ils ont également relevé que les enfants en situatio n de handicap avaien t peu de chance s d'accéder à l'instruction publique . Ils ont fait valoir qu'en cas de renvoi, les enfants des recourants pourraient rencontrer des dif ficultés à accéder à l'instruction publique, que les frais de scolarité étaient élevés et que la famille ne pourrait bénéficier d'aucune aide de l'Etat kosovar pour ces frais. Enfin, ils ont relevé qu'en cas de retour au Kosovo, ils se retrouveraient certainement en situation précaire et ne pourraient pas supporter les coûts liés aux soins nécessités par A._______ et D._______. O. Les autres faits et arguments de la cause seront examinés, si nécessaire, dans les considérants en droit ci-dessous. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l ’art. 31 de la loi du 17 j uin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l ’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). E-4187/2012 Page 10 1.2 Les intéressés ont qualité pour recourir. Pr ésenté dans la forme et dans le délai prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 108 al. 1 LAsi). 2. La décision de l'ODM du 4 février 2011 portant sur la non -entrée en matière sur la demande d'asile des intéressés a acquis force de chose décidée, le Tribun al ayant admis le recours du 14 février 2011 uniquement en tant qu'il portait sur la question de l'exécution du renvoi. En conséquence, la décision de l'ODM du 5 juillet 2012 en tant qu'elle concerne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié et de l'octroi de l'asile est nulle et non avenue . Dès lors, les conclu sions du recours du 9 août 2012 portant sur l'octroi de l'asi le sont sans objet. L'objet du litige porte donc exclusivement sur la question de l'exécution du renvoi des intéressés. 3. 3.1 L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement exigible et possible (art. 44 al. 2 LAsi). Si ces conditions ne sont pa s réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle-ci est réglée par l’art. 84 de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, RS 142.20). 3.2 L’exécution n ’est pas licite lorsque le renvoi de l ’étranger dans son Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité cor porelle ou sa liberté serait menacée pour l’un des motifs mentionné s à l ’art. 3 al. 1 LAsi, ou encore d ’où elle risquerait d ’être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement s inhumains ou dégradants (art. 3 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 3.3 L’exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l ’expulsion de l ’étranger dans son pays d ’origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEtr). E-4187/2012 Page 11 3.4 L’exécution n’est pas possible lorsque l’étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d ’origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 4. 4.1 L’exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne p eut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu ’aucun autre Etat, respectant le principe du non-refoulement, ne se déclare prêt à l ’accueillir ; il s ’agit d ’abord de l’étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d ’exclusion de l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un traitement prohibé par l ’art. 3 CEDH ou encore l ’art. 3 de la C onvention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ( Conv. torture, RS 0.105) (Message du Conseil fédéral à l’appui d’un arrêté fédéral sur la procédure d’asile [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 4.2 L’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non - refoulement de l ’art. 5 LAsi. Comme exposé plus h aut, en l'absence d'indices qui pourraient réfuter la présomption d'absence de persécution de l'art. 6a al. 2 let. a LAsi, l'ODM n'est, à juste titre, pas entré en matière sur la demande d'asile des intéressés, dans sa décision du 4 février 2011. Sur la base d'un examen sommaire, cet office a donc exclu une reconnaissance de la qualité de réfugié des recourants et le Tribunal, par arrêt du 13 avril 2011 a confirmé la décision précitée sur ce point. 4.3 En ce qui concerne les autres engagement s de la Suisse relevant du droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application dans le présent cas d’espèce. 4.4 Si l’interdiction de la torture, des peines et tra itements inhumains (ou dégradants) s ’applique indépendamment de la reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu ’un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l ’art. 3 CE DH devraient être constatées ; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu ’il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en E-4187/2012 Page 12 cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu ’une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l ’homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l ’art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu ’elle serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d ’un hasard malheureux – par des me sures incompatibles avec la disposition en question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 4.5 En l ’occurrence, par arrêt du 13 avril 2011, le Tribunal a considéré que l'exécution du renvoi des recourants était licite. Dès lors, il n'y a pas lieu de r evenir sur cette question. Le Tribunal rappelle toutefois que le récit des recourants comport ait des dive rgences et des imprécisions permettant de mettre en doute la vraisemblance des faits tels que rapportés, comme cela a d'ailleurs pu être constaté dans la décision de l'ODM du 4 février 2011 et dans l'arrêt précité. Au dem eurant, le Tribunal observe que même s'il avait fallu par hypothèse admettre la véracité des causes qui ont incité les recourants à quitter leur pays, il n'existe aucun motif sérieux et avéré de conclure à la réalité d'un risque réel de traitements illicites, ne serait-ce qu'en raison de la possibilité, pour les intéressés, de s'adresser aux autorités de leur pays pour obtenir une p rotection adéquate contre la survenance d'éventuels préjudices de la part de ti ers. En effet, les autorités du Kosovo ne renoncent pas à poursuivre les auteurs d'actes pénalement répréhensibles et offrent donc, en principe, une protection appropriée pour e mpêcher la perpétration d'actes illicites, quelle que soit l'appartenance ethnique des auteurs et des victimes de ces a tteintes (cf. ATAF 2011/50 consid. 4.7 et UK Home Office, Operational Guidance Note : Kosovo, 22 juillet 2008, spéc. par. 3.11.10 à 3.11. 12 et sources citées). Dans ces conditions, les éventuelles difficultés liées notamment à l'origine ashkali des recourants ne sauraient faire obstacle à l'exécution de leur renvoi. Enfin, les rapports internationaux auxquels les intéressés font référence d ans leur recours ne sont pas déterminants dans la mesure où ils sont de portée générale et ne les concernent pas directement. 4.6 Au vu de ce qui précède, le Tribunal confirme que les intéressés n'ont pas établi à satisfaction de droit qu'il existait pour eux un véritable risque concret et sérieux d'être victimes, en cas de retour dans leur pays d'origine, de traitements cruels, inhumains ou dégradants contraires aux E-4187/2012 Page 13 engagements internationaux contractés par la Suisse, en part iculier l'art. 3 CEDH et que l'exécution du renvoi des recourants sous forme de refoulement s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 3 LEtr). 5. 5.1 Selon l’art. 83 al. 4 LEtr, l ’exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l ’expulsion de l’étranger dans son pays d ’origine ou de provenance le met concrètement en danger , par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette dispo sition s’applique en premier lieu aux "réfugiés de la violence ", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu ’ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. L’autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l’étranger concerné dans son pays après l ’exécution du renvoi à l ’intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF 2009/52 consid. 10.1, ATAF 2008/34 consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 5.2 S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la m esure où elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des conditions minimales d'existence. Par soins essentiels, il faut entendre les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine (GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et rationnement, Berne 2002, p. 81s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition exceptionnelle tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche être interprété comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui -même induit par un droit général d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou la maintenir, au simple motif que l'infrastructure hospitalière et le savoir -faire médical dans le pays d'origine ou de destinat ion de l'intéressé n'atteint pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274s.). Ainsi, il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base de normes E-4187/2012 Page 14 suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer ici les cas de traitements visant à atténuer ou guérir des troubles psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves. Si les soins essentiels nécessaires peuvent être assurés dans le pays d'origine ou de provenance de l'étranger concerné, cas échéant avec d'autres médications que celles prescrites en Suisse, l'exécution du renvoi dans l'un ou l'autre de ces pays sera rais onnablement exigible. Elle ne le sera plus, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable et notablement plus grave de son intégrité physique (cf. JICRA 2003 n° 24 p. 154 ss). 5.3 En l'espèce, s'agissant de la situation générale régnant actuellement au Kosovo, i l est notoire que ce pays, dont l'indépendance a été reconnue par la Suisse, le 27 février 2008, ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d’emblée – et indépendamment des circonstances du cas d ’espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l ’existence d’une mise en danger concrète au sens de l ’art. 83 al. 4 LEtr. Au demeurant, par décision du 6 mars 2009, le Conseil fédéral a ajouté le Kosovo à la liste des Etats sûrs (safe countries), avec effet au 1er avril 2009. L'exécution du renvoi est, sous cet angle, raisonnablement exigible. 5.4 Il s'agit dès lors d'examiner si, au vu de la situation personnelle des recourants, l'exécution de leur renvoi est également raisonnablement exigible. 5.5 Les recourants appa rtiennent à la minorité ashkali. S'agissant de la situation particulière des minorités au Kosovo, le Tribunal a, dans un arrêt du 23 avril 2007 (ATAF 2007/10 consid. 5.3 et 5.4 p. 111 ss), confirmé la jurisprudence de la Commission suisse en matière d'asile (JICRA 2006 n° 10 et n° 11), selon laquelle l'exécution du renvoi des Roms, Ashkalis et "Egyptiens" albanophones est, en règle générale, raisonnablement exigible pour autant qu'un examen individualisé, prenant en considération un certain nombre de critèr es (état de santé, âge, capacité de subvenir à ses besoins, possibilité concrète de réinstallation dans des conditions économiques décentes, réseau social et familial sur place) ait été effectué, au besoin par l'entremise de l'Ambassade de Suisse au Kosovo, E-4187/2012 Page 15 anciennement Bureau suisse de liaison au Kosovo. En l'absence d'un tel examen, la question de savoir si l'exécution du renvoi au Kosovo des membres de l'ethnie ashkali est raisonnablement exigible ou pas ne peut, en principe, être tranchée avec un degré suffisant de certitude (JICRA 2006 n° 10 consid. 5.4 p. 107 ss), raison pour laquelle le prononcé d'exécution du renvoi de première instance devrait être annulé et l'affaire renvoyée à l'autorité intimée pour complément d'instruction, à moins que les intéressés aient entretenu des relations particulières avec la majorité albanaise (ATAF 2007/10 consid. 5.3 p. 111 ss et jurisprudence citée). 5.5.1 En l'espèce, suite à l'arrêt du Tribunal du 13 avril 2011, une enquête individualisée a été menée sur place par l'Amba ssade de Suisse à Pristina. Il en ressort, en substance, que plusieurs membres de la famille proche et éloignée des intéressés vivent à I._______, ou dans la région, et que le frère ainsi que la sœur de B._______ habitent en Allemagne. Il ressort également des recherches effectués que A._______ exerçait une activité lucrative et que D._______ a bénéficié de soins médicaux à I._______ ainsi qu'à M._______. Les intéressés ont confirmé que les renseignements obtenus correspondaient à leur situation. 5.5.2 Le Tribunal admet certes qu'en dépit des efforts importants entrepris par les autorités kosovares pour promouvoir l'égalité sociale des membres des minorités r om, ashkali et égyptiennes au Kosovo, ceux -ci sont toujours la cible de diverses discriminations, no tamment dans les domaines du logement (accès à l'électricité, à l'eau potable, environnement insalubre, promiscuité, etc.), de l'éducation, du travail, et de la santé (cf. notamment Comité consultatif de la convention -cadre pour la protection des minorités nationales, Deuxième Avis sur le Kosovo, 31 mai 2010, doc . n° ACFC/OP/II[2009]004 ; US Department of State, Country Reports on Human Rights Practices 2009, 11 mars 2010). De fait, un grand nombre des minorités ethniques précitées vivent dans des conditions de grande pauvreté et sont en outre largement touchées par le chômage. La situation est cependa nt plus difficile pour les Roms, les Ashkali et les Egyptiens déplacés ou vivant dans les camps pour "réfugiés". Ceux d'entre eux qui peuvent compter sur un réseau familial et social pour les loger, respectivement les soutenir dans leurs démarches pour trouver un logement, ont plus facilement accès aux in frastructures étatiques et para étatiques devant leur permettre de trouver du travail et d'accéder à des prestations sociales. E-4187/2012 Page 16 5.5.3 En l'espèce, en cas de retour au Kosovo, les recourants d evraient pouvoir être accueilli s, au moins temporairement, auprès de leur famille proche, notamment les sœurs de B._______ ou la sœur de A._______. Ainsi, on peut partir du principe que les recourants pourront compter sur le soutien de leurs proches , en particulier pour se loger. Certes, les intéressés ne bénéficie nt pas de véritable formation professionnelle, et les difficultés socio-économiques prévalant au Kosovo, en particulier pour les Ashkali , n'offrent pas les meilleures garanties en terme de perspectives professionnelles. Cela étant, ils sont encore jeunes, A._______ a suivi une formation scolaire et il a travaillé au Kosovo avant son départ, même s'il n'avait pas d'emploi fixe . De plus, ils parlent l'albanais, qui est leur langue maternelle. Dans ces conditions et au vu également des programmes d'ac cueil existant , mis spécifiquement en place par le gouvernement du Kosovo dans le but d'encourager et de faciliter le retour des ém igrés, en leur fournissant un soutien immédiat et des aides au logement, les intéressés devraient être en mesure, à terme, de trouver un emploi, de manière à pouvoir sub venir à leurs besoins. En attendant d'atteindre une certaine stabili té, les recourants devraient également pouvoir compter sur le soutien financier des mem bres de leur famille installés à l'étranger ( un frère et une sœur en Allemagne). A cet égard, il peut être relevé que c'est le frère de B._______ résidant en Allemagne qui a aidé à financer le voyage des intéressés jusqu'en Suisse. Ainsi, les difficultés de réinstallation auxquelles les recourants seront confrontés à leur retour - qui sont indéniables, compte tenu de la situation conjoncturelle régnant actuellement au Kosovo - ne semblent pas insurmontables au point de laisser apparaître l'exécution du renvoi comme déraisonnable. En effet, le Tribunal estime, malgré les difficultés engendrées par un retour, que les chances de réinsertion sont réelles et qu'en tout état de cause, les intéress és ne seront nullement exposés à une mise en danger concrète, en cas de retour dans leur pays. A cet égard, le Tribunal rappelle que les motifs résultant de difficultés consécutives à une crise socio -économique (pauvreté, conditions d'existence précaires, difficultés à trouver un emploi et un logement, revenus insuffisants, absence de toute perspect ive d'avenir) ou à la désorganisation, la destruction des infrastructures ou des problèmes analogues auxquelles, dans le pays concerné, chacun peut être confronté, ne sont pas, en tant que tels, déterminants sous l'angle de l'exécution du renvoi (cf. dans ce sens ATAF 2010/41 consid. 8.3.6 p. 591 ; JICRA 2005 n° 24 consid. 10.1 p. 215, JICRA 2003 n° 24 consid. 5e p. 159). E-4187/2012 Page 17 Enfin, au besoin, les recourants ont la possibilité de présenter à l'ODM une demande d'aide au retour au sens des art. 93 LAsi et 73ss de l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l'asile relative au financement (AO 2, RS 142.312), en vue notamment de faciliter leur réinstallation. 5.6 Pour s'opposer à l'exécution de leur renvoi, les intéressés invoquent encore des problèmes d'ordre médical. 5.6.1 Concernant l'état de santé de A._______, il ressort du certifi cat médical du 23 août 2012 qu'il souffre de troubles dépressifs récurrent s, épisode actuel sévère, sans symptôme psychotique, nécessitant un soutien psychothérapeutique et un traitement médicamenteux. D'après le certificat, en l'absence de traitement, un risque important de passage à l'acte hétéro-agressif existe. Quant à l'enfant, D._______, celui -ci présente des troubles du comportement majeurs et une déficience mentale, nécessitant un traitement médical et une prise en charge en institution spécialisée. Sans traitement, le médecin craint une nouvelle dégradation des troubles du comportement. 5.6.2 Le système de santé publique du Kosovo est toujours en phase de reconstruction depuis la fin de la guerre. Selon les informations à disposition du Tribunal (cf. notamment Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], Organisation suisse d'aide aux réfugiés, Berne, 1 er septembre 2010), le pays n'a pas à l'heure actuelle de système d'assurance-maladie publique, de s orte que seuls des contrats privés peuvent assurer l'accès à l'ensemble des prestations hospitalières et ambulatoires. Cela étant, les services de santé sont théoriquement fournis gratuitement par les institutions de santé publique à certains groupes spécifiques, comme par exemple les enfants jusqu'à 15 ans, les élèves et étudiants jusqu'à la fin de leur formation de base, ou encore les bénéficiaires de l'assistance sociale et leur famille proche. Dans les faits, en raison des contraintes financières et mat érielles ne permettant pas toujours de faire face à la demande, les patients concernés sont toutefois parfois amenés à payer une partie des frais générés, voire leur intégr alité (cf. ATAF 2011/50 consid. 8.8.2). Le système kosovar des soins de santé comprend trois niveaux, à savoir les niveaux primaire (centres médicaux situés dans chaque municipalité), secondaire (hôpitaux au niveau régional) et tertiaire (Centre Clinique E-4187/2012 Page 18 Universitaire et institutions spécialisées à Pristina). De manière générale, les Kosovars peuvent se faire soigner dans des cabinets et cliniques publics et privés, les prix étant plus élevés dans le secteur privé. Les pharmacies sont elles aussi publiques ou privées. L'Agence des Médicaments du Kosovo, en charge des activités liées aux produits médicinaux et appareils médicaux, a établi une liste de médicaments de base distribués gratuitement dans les pharmacies. Celles -ci proposent essentiellement des médicaments utiles pour des maux communs, le s pharmacies privées s'avérant mieux approvisionnées à cet égard. Une partie des médicaments non disponibles peut par ailleurs être commandée à l'étranger, les prix et l'approvisionnement variant néanmoins fortement (cf. ATAF 2011/50 précité consid. 8.8.2). En ce qui concerne le système de santé mentale, sa réhabilitation est l'une des priorités du Ministère de la santé. Les besoins en la matière sont en effet importants, de nombreux Kosovars souffrant de troubles d'origine psychique, et les moyens pour y f aire face étant encore insuffisants. A témoin, le pays manque de professionnels qualifiés, et le système actuel de formation est sous -développé, particulièrement en dehors de la capitale Pristina. Ainsi, en 2009, il n'y avait encore qu'un psychiatre pour 9 0'000 habitants, un employé du secteur de la santé mentale pour 40'000 habitants, cinq psychologues cliniciens et un faible nombre d'assistants sociaux. Dès lors, les moyens les plus utilisés pour faire face à la demande sont l'administration de médicament s et l'hospitalisation, lorsque le manque de lits ne s'y oppose pas. Cela étant, il existe au Kosovo sept centres de traitement ambulatoire pour les maladies psychiques (Centres Communautaires de S anté Mentale), dont un dans la ville de I._______, d'où viennent les recourants, ainsi que des services de neuropsychiatrie pour le traitement des cas de psychiatrie aiguë au sein des hôpitaux généraux dans les villes de Prizren, Peja, Gjakova, Mitrovica, Gjilan, Ferizaj et Pristina. Finalement, grâce à la coopération internationale, de nouvelles structures appelées "Maisons de l'intégration" ont vu le jour dans certai nes villes . Ces établissements logent des personnes atteintes de troubles mineurs de la santé mentale dans des appartements protégés et leur proposen t un soutien thérapeutique et socio -psychologique (cf. Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit. p. 12ss ; cf. également ATAF 2011/50 précité consid. 8.8.2). 5.6.3 En l'espèce, A._______, qui ne s'est d'ailleurs adressé à un cabinet de soins psychiatriques et psychologiques qu'en date du 20 février 2012, E-4187/2012 Page 19 souffre de problèmes de nature psychique pour lesquels il suit depuis lors un traitement médicamenteux et bénéficie d'un soutien psy chothé- rapeutique. Ces maux ne paraissent cependant nécessiter q u'un traitement ambulatoire, l'intéressé n' ayant pas subi d'hospitalisation. De plus, il n'apparaît pas que ses troubles soient de nature à mettre sa vie ou sa santé concrètement et gravement en danger à brève échéance, en cas de retour au Kosovo. Au demeurant, au vu des informations précitées sur l'état des soins de santé au Kosovo, les médicaments et autres soins de base sont disponibles dans ce pays, également pour les membres des minorités ethniques. Force est de constater également que la ville de I._______ dispose d'un établissement proposant des soins en matière de santé mentale (cf. ATAF E-4624/2011 du 5 octobre 2011) . Dans ces conditions, le Tribunal considère que le recourant pourra bénéficier d'un suivi médical suffisant au Kosovo, même si les soins donnés et les médicaments prescrits ne co rrespondent pas nécessairement aux standards élevés de qualité prévalant en Suisse. Dès lors, le risque, en cas de retour, d'une dégradation rapide de l'état de santé de l'intéressé, causant une atteinte durable et sérieuse à son intégrité psychique et physique peut être exclu. Le Tribunal relève encore que le médecin en charge de l'intéressé a mentionné un risque important de passage à l'acte hétéro-agressif en cas d'absence de traitement. Toutefois, comme indiqué plus haut, le Tribunal considère que le r ecourant pourra poursuivre son traitement au Kosovo. En outre, les médicaments nécessaires à l'intéressé pour surmonter en particulier la période critique jusqu'à sa réintégration effective dans les structures socio-médicales kosavares pourront lui être fo urnis, si besoin est, dans le cadre d'une aide au retour appropriée. A cela s'ajoute qu'il pourra compter au Kosovo sur le soutien de son réseau familial. Enfin, aucun élément ressortant du dossier n'indique que l'état de santé de l'intéressé l'empêcherait de voyager. Dans ces conditions, le Tribunal considère que les problèmes psychiques du recourant, bien que non négligeables, ne sont pas graves au point qu'il faille renoncer à l'exécution de son renvoi, ce d'autant moins que le Kosovo dispose de structur es médicales susceptibles de prendre en charge les problèmes de santé évoqués. 5.6.4 S'agissant de D._______, qui souffre de troubles du comportement et de déficience mentale, nécessitant un traitement médicamenteux et une prise en charge en institution spéciali sée, le Tribunal constate que E-4187/2012 Page 20 l'ODM a procé dé à des recherches individualisées effectuées sur pla ce, quant aux possibilités de traitement et de prise en charge. Selon les informations obtenues par cet office, le médicament prescrit à D._______, à savoir le Risperidone / Risperidal est disponible au Kosovo dans les pharmacies privées. De plus, depuis décembre 2007, son générique, le Rispolet, est commercialisé, dans l'Europe de l' Est. S'agissant du suivi socio-pédagogique, des contrôles pédiatriques et neuro logiques sont possibles auprès des hôpitaux régionaux du Kosovo ainsi qu'à la Division pédiatrique de la clinique universitaire de Pristina. Par ailleurs, selon les renseignements obtenus par l'ODM, D._______ pourra être intégré dans une classe spécialisée de la Municipalité de I._______. En outre, il pourrait également être pris en charge dans le Centre spécialisé O._______ à M._______, qui accueille environ 160 enfants / adolescents avec des retards mentaux, et ses parents pourront déposer une requête auprès de la Municipalité de I._______, afin que celle -ci prenne en charge les frais de transport y afférent s. Au vu des résultats des recherches effectuées, dont il n'y a pas lieu de s'écarter en l'espèce , le Tribunal considère que D._______ pourra bénéficier au Kosovo des soins et de la prise en charge nécessités par son état . De plus, il ressort du dossier que D._______ a déjà été suivi au Kosovo. En conséquence, en l'état actuel, il n'apparaît pas que les troubles dont souffre D._______ soient de nature à mettre sa vie ou sa santé concrètement en danger à brève échéance, en cas de retour au Kosovo. 5.6.5 Enfin, l'affirmation générale selon laquelle les recourants auraient des difficultés pour accéder aux soins au Kosovo en raison de leur origine ethnique n'est nullement démontrée. Cette allégation est d'ailleurs contredite par leurs déclarations selon lesquelles , comme indiqué plus haut, D._______ a déjà bénéficié de soins au Kos ovo, notamment à M._______ (cf. p-v d'audition de B._______ du 5 janv ier 2011, p. 6, p-v d'audition de A._______ du 24 janvier 2011 p. 4s. et p. 7). 5.6.6 Dans ces conditions, le Tribunal considère que les problèmes médicaux de A._______ et D._______ ne s'opposent pas à l'exécution de leur renvoi. 5.7 S'agissant de l'intérêt supérieur des enfants, le Tribunal constate que ceux-ci ne sont en Suisse que de puis moins de deux ans . En outre, il ne ressort pas du dossier qu'une intégration dans le système scolaire en vigueur au Kosovo des autres enfants des recourants constituerait pour eux un effort insurmontable au vu de leur âge actuel. Par ailleurs, compte E-4187/2012 Page 21 tenu du peu de temps passé en Suisse, il ne peut être considéré qu'ils auraient coupé tout lien avec le Kosovo et le milieu socioculturel qui est à l'origine le le ur. De plus, en cas de retour, c es enfants ne seront pas exposés à une précarité particulière et pourront s'appuyer sur le réseau familial de leurs parents. Il en est de même de D._______, pour les arguments exposés plus haut. Dans ces conditions, il y a tout lieu de penser qu'ils pourront tous mener une existence conforme à la dignité humaine. Dans ce sens, le Tribunal tient encore à rappeler que le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant, tel que découlant de l'art. 3 al. 1 de la Convention relative aux droits de l'enfant du 2 0 novembre 1989 (Conv. enfants, RS 0.107), ne fonde pas en soi un droit à une autorisation de séjour déductible en justice (cf. notamment ATAF D-7082/2010 du 29 août 2011 ; ATF 136 I 285 consid. 5.2 p. 287 et la jurisprudence citée, ATF 126 II 377, ATF 124 II 361 ). L'intérêt supérieur de l'enfant représente un des éléments à prendre en compte dans la pesée des intérêts à effectuer (arrêt du Tribunal fédéral 2C_487/2007 du 28 janvier 2008 consid. 4). Les difficultés de réintégration dans le pays d'origine peuvent constituer un facteur parmi d'autres à prendre en considération dans le cadre de la balance des intérêts lors de l'examen de l'exigibilité de l'exécution du renvoi (cf. dans ce sens JICRA 2006 n ° 13 consid. 3.5 p. 143, JICRA 1998 n° 31 consid. 8c/ff/bbb p. 259s.). Toutefois, au vu de ce qui précède, de telles difficultés n'ont pas été établies dans le cas d'espèce. 5.8 En définitive, et après pesée de tous les éléments du cas d'espèce, l’exécution du renvoi s'avère raisonnablement exigible. 6. Enfin, les recourants sont en possession de documents suffisants pour rentrer dans leur pays ou, à tout le moins, sont en mesure d’entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de leur pays d’origine en vue de l ’obtention de documents de voyage leur permettant de quitter la Suisse. L ’exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d ’ordre technique et s ’avère également possible au sens de l'art. 83 al. 2 L Etr (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513-515). E-4187/2012 Page 22 7. 7.1 Cela étant, l ’exécution du renvoi doit être déclarée conforme aux dispositions légales. Il s’ensuit que le recours, en tant qu ’il conteste la décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté. 8. Au vu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge des recourants, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 e 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concerna nt les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif : page suivante) E-4187/2012 Page 23 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. Les frais de procédure, d ’un montant de 600 francs, sont mis à la charge des recourants . Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 3. Le présent arrêt est adressé aux recourants , à l ’ODM et à l ’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : François Badoud Chrystel Tornare Villanueva Expédition :