B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-6891/2015 A r r ê t d u 2 5 f é v r i e r 2 0 1 6 Composition François Badoud (président du collège), Claudia Cotting-Schalch, Gabriela Freihofer, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), Soudan, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision du SEM du 24 septembre 2015 / N (…). E-6891/2015 Page 2 Faits : A. Le 26 octobre 2014, A._______ a déposé une demande d'asile auprès du centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de B._______. B. Entendu audit centre, puis par le SEM, le requérant a exposé qu'il était originaire de la province du Sud-Darfour, et avait vécu dans les localités de C._______ et D._______. De 2010 à 2012, il aurait travaillé dans un grand nombre de mines d'or du Darfour et du Kordofan. Il aurait alors été exposé aux exactions de bandes criminelles et des milices janjawid ; celles -ci, équipées et payées par l'Etat, auraient souvent agressé et dépouillé les employés des mines. L'intéressé aurait lui -même été volé à plusieu rs re- prises, et aurait dû acquérir une arme pour se protéger. Selon l'intéressé, en 2003, les Janjawids auraient tué son père pour le voler. Pour trouver de meilleures conditions de vie et de travail, et se mettre à l'abri de l'insécurité générale, le requérant aurait décidé de quitter le pays. En mai 2012, il aurait résidé durant une semaine à Khartoum, chez une de ses sœurs, et aurait obtenu un passeport, ainsi qu'une carte d'identité. Il se serait ensuite rendu clandestinement en Libye et y aurait reçu un permis de résidence valable un an, s'établissant à E._______. Il aurait rejoint l'Ita- lie par la mer, en octobre 2014, laissant ses documents d'identité en Libye. C. Par décision du 24 septembre 2015, le SEM a rejeté la demande, au vu du manque de pertinenc e des motifs invoqués. Relevant que l'exécution du renvoi vers le Darfour n'était pas raisonnablement exigible, l'autorité de première instance a cependant prononcé cette mesure, l'intéressé dispo- sant d'une possibilité de réinstallation à Khartoum. D. Interjetant recours contre cette décision, le 26 octobre 2015, A._______ a réaffirmé avoir été agressé et volé par les Janjawid s, ce qui établirait la réalité d'une persécution, et a dit ne pouvoir recevoir le soutien de ses proches résidant à Khartoum. Il a conclu à l'octroi de l'asile et au non-renvoi de Suisse, et a requis l'assistance judiciaire partielle. E-6891/2015 Page 3 E. Par ordonnance du 29 octobre 2015, le Tribunal administratif fédéral (ci - après : le Tribunal) a dispensé le recourant du versement d'une avance de frais, renvoyant la question de l'assistance judiciaire partielle à l'arrêt de fond. F. Invité à se prononcer sur le recours, le SEM en a préconisé le rejet dans sa réponse du 28 janvier 2016, aucune persécution ne pouvant être rete- nue et la réinstallation à Khartoum étant possible. Le recourant n'a pas fait usage de son droit de réplique. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal, en vertu de l 'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l 'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant le Tribu- nal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF). 1.2 Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 al. 1 et 52 al. 2 PA, et art. 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d 'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux E-6891/2015 Page 4 femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 consid. 5.2‒ 5.6). 2.2 Quiconque demande l 'asile ( requérant) doit prouver ou du moins rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisem- blable lorsque l 'autorité estime que celle -ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points es- sentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3. 3.1 En l'occurrence, l'intéressé n'a pas été en mesure de faire apparaître la pertinence de ses motifs. 3.2 En effet, il a fait valoir que les membres de groupes criminels, dont les miliciens janjawid, l'avaient agressé et volé en plusieurs occasions. Guidés par des raisons crapuleuses et l'appât du gain, ces individus n'agissaient dès lors pas pour un des motifs limitativement prévus à l'art. 3 LAsi, et le recourant ne l'a d'ailleurs pas prétendu ; le fait que ces milices aient été soutenues par l'Etat est donc sans incidence. I l a par ailleurs précisé que tous les employés des mines étaient susceptibles de connaître les mêmes déboires, et qu'il n'avait pas été personnellement visé. Pour le surplus, l'intéressé a fait valoir qu'il recherchait de meilleures con- ditions de vie et avai t voulu se mettre à l'abri de l'insécurité régnant dans la région où il travaillait, ce qui n'est pas pertinent en matière d'asile. 3.3 En l'espèce, l'existence d'une persécution, ou d'une menace de persé- cution future, ne peut donc être retenue. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste le refus de l'asile, doit être rejeté. 4. 4.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, l e SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l 'exécution ; il tien t compte du principe de l 'unité de la famille (art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l 'art. 32 de l'ordon- nance 1 du 11 août 1999 sur l 'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de séjour E-6891/2015 Page 5 ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une décision d'extradition ou d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 Cst. 4.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 5. 5.1 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnable ment exigible et possible. Si ces conditions ne sont pas réunies, l'admission pro- visoire doit être prononcée. Celle -ci est réglée par l 'art. 83 LEtr (RS 142.20). 5.2 L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux enga- gements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr). Au- cune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à l'art. 3 al. 1 LAsi, ou en- core d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traite- ments inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). 5.3 L'exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l 'étranger dans son pays d 'origine ou de prove- nance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4 L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6. 6.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu 'aucun autre Etat, respectant le principe du non -re- foulement, ne se déclare prêt à l 'accueillir; il s 'agit d'abord de l 'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 E-6891/2015 Page 6 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumai ns ou dé- gradants (Conv. torture, RS 0.105). 6.2 L'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non -refoule- ment de l'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recourant n'a pas rendu vraisemblable qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 6.3 En ce qui concerne les autres engagement s de la Suisse relevant du droit international, il sied d 'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application dans le présent cas d'espèce. 6.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la qua- lité de réfugié, cela ne signifie pas e ncore qu'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu 'il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d 'être victime de tortures, ou de traite- ments inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en res- sort qu 'une situatio n de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut re ndre hautement probable qu'elle serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d'un hasard malheureux – par des mesures incompatibles avec la dis- position en question ( Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 1996 no 18 consid. 14b let. ee p. 186 s.). 6.5 En l'occurrence, le Tribunal relève que l'intéressé n'a pas rendu vrai- semblable la haute probabilité de subir un traitement de cette nature. En cas de retour à Khartoum ou dans la région, dénué de t out antécédent politique, il n'y a aucune raison pour qu'il soit exposé à un risque de ce type, et il ne le prétend d'ailleurs pas. Dès lors, l'exécution de son renvoi sous forme de refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr). E-6891/2015 Page 7 7. 7.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être rai- sonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger , par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s 'applique en premier lieu aux "réfugiés de la violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pa s les conditions de la qualité de réfugié parce qu 'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu 'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. L 'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF 2011/50 consid. 8.1‒8.3). 7.2 Hormis les provinces du Darfour (nord et sud) et du Kordofan, le Sou- dan ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d 'emblée – et indépendamment des circons- tances du cas d'espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l 'existence d'une mise en danger concrète au sens de l 'art. 83 al. 4 LEtr. La région de Khartoum, en particulier, où l'intéressé est appelé à retourner, n'est pas touchée par des troubles civils. 7.3 En outre, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait inférer que l 'exécution du renvoi impliquerait une mis e en danger concrète du recourant. A cet égard, l'autorité de céans constate qu'il est jeune, au bé- néfice d'une expérience professionnelle dans le commerce et le travail de la mine, et n'a pas allégué de problème de santé particulier. De plus, il a été capable, durant son séjour de deux ans en Libye, d'assurer sa survie quotidienne. Dans cette mesure, le fait qu'il dispose ou non d'un réseau familial et social dans la région de Khartoum n'est pas décisif. 7.4 Pour ces motifs, l'exécution du renvoi doit être considérée comme rai- sonnablement exigible. E-6891/2015 Page 8 8. Enfin, le recourant est en mesure d 'entreprendre toute démarche néces- saire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obten- tion de documents de voyage lui permettant de quitter la Suisse. L'exécu- tion du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d'ordre technique et s 'avère également possible (cf. ATAF 2008/34 con- sid. 12). 9. Dès lors, la décision attaquée ne viole pas le droit fédéral, a établi de ma- nière exacte et complète l'état de fait pertinent (art. 106 al. 1 LAsi) et, dans la mesure où ce grief peut être examiné (art. 49 PA, cf. ATAF 2014/26 con- sid. 5), n'est pas inopportune. En conséquence, le recours est rejeté. 10. Le Tribunal fait droit à la requête du recourant et admet la requête d'assis- tance judiciaire partielle, compte tenu de son incapacité à assumer les frais de la procédure et de ce que les conclusions du recours, au moment de leur dépôt, n'apparaissaient pas manifestement vouées à l'échec (art. 65 al. 1 PA). (dispositif page suivante) E-6891/2015 Page 9 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est admise ; il n'est pas perçu de frais. 3. Le présent arrêt est adressé au recourant, au SEM et à l'autorité cantonale. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :