<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <div class="para"> </div> <div class="para">Bundesgericht </div> <div class="para">Tribunal fédéral </div> <div class="para">Tribunale federale </div> <div class="para">Tribunal federal </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <img height="74" src="https://www.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/displayimage.php?id=2020-12-17-6B_651-2020.1&amp;type=gif" width="95"/> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>6B_651/2020</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Arrêt du 17 décembre 2020</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Cour de droit pénal</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Composition </div> <div class="para">M. et Mmes les Juges fédéraux Denys, Président, </div> <div class="para">van de Graaf et Koch. </div> <div class="para">Greffière : Mme Paquier-Boinay. </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Participants à la procédure </div> <div class="para">A.________, </div> <div class="para">représentée par Me Julien Liechti, avocat, </div> <div class="para">recourante, </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <i>contre</i> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">1. Ministère public de la République et canton de Genève, </div> <div class="para">route de Chancy 6B, 1213 Petit-Lancy, </div> <div class="para">2. B.________, </div> <div class="para">représentée par Me Dalmat Pira, avocat, </div> <div class="para">intimés. </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Objet </div> <div class="para">Voies de fait, arbitraire, </div> <div class="para"> </div> <div class="para">recours contre l'arrêt de la Cour de justice de la République et canton de Genève, Chambre pénale d'appel et de révision, du 22 avril 2020 </div> <div class="para">(AARP/140/2020 (P/23787/2017)). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Faits :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>A.</b> </div> <div class="para">Par ordonnance pénale du 23 avril 2018, le Ministère public genevois a condamné A.________ et B.________ pour voies de fait, commises lors d'une altercation qui a opposé les deux femmes le 9 novembre 2017. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>B.</b> </div> <div class="para">Statuant le 14 août 2019 sur opposition de A.________, le Tribunal de police genevois a acquitté celle-ci et débouté de ses conclusions civiles B.________, qui n'avait pas formé opposition contre sa propre condamnation. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>C.</b> </div> <div class="para">Par arrêt du 22 avril 2020 la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de justice genevoise a admis l'appel formé par B.________ contre le jugement du Tribunal de police, qu'elle a annulé. Statuant à nouveau, elle a reconnu A.________ coupable de voies de fait et l'a condamnée à une amende de 200 fr., la peine privative de liberté de substitution étant fixée à 2 jours. </div> <div class="para">Les faits à l'origine de cette condamnation sont en substance les suivants. </div> <div class="para">Au matin du 9 novembre 2017, A.________, qui circulait au volant de son automobile, et B.________, à pied, ont eu une première altercation à un passage pour piétons, celle-ci accusant celle-là d'avoir manqué de la renverser. Après un échange d'injures au cours duquel elle avait notamment traité son antagoniste de " pute ", A.________ a poursuivi sa route pour se garer. Une fois sortie de sa voiture, elle a vu B.________ se diriger vers elle. Elles ont eu une brève conversation. Une gifle a été assénée par la conductrice et un coup de poing par son adversaire, laquelle a alors saisi les cheveux de A.________ pour la mettre au sol avant de la frapper de ses pieds puis de se placer au-dessus de son corps et de la taper avec les mains. A.________ lui a donné un coup de pied pour se dégager. Une passante est alors intervenue en leur criant d'arrêter. B.________ s'est exécutée et est partie en criant des insultes. </div> <div class="para">A.________ et B.________ ont toutes deux déposé plainte, la première le jour même des faits et la seconde le 27 décembre 2017, postérieurement à son audition par la police. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>D.</b> </div> <div class="para">A.________ forme un recours en matière pénale au Tribunal fédéral contre l'arrêt de la Chambre pénale d'appel et de révision. Elle conclut, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de l'arrêt attaqué et principalement à ce que l'intimée soit déboutée de toutes ses conclusions en appel, le jugement du Tribunal de police étant confirmé intégralement. Subsidiairement, elle conclut au renvoi de la cause à la cour cantonale pour qu'elle statue à nouveau. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>E.</b> </div> <div class="para">Invitée à se déterminer, la cour cantonale a indiqué n'avoir pas d'observations à formuler et persister dans son arrêt; pour sa part le ministère public, faisant siens les considérants de l'arrêt attaqué, a conclu au rejet du recours. Enfin, l'intimée conclut à ce que la recourante soit déboutée de toutes ses conclusions. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>Considérant en droit :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.</b> </div> <div class="para">La recourante se plaint de ce que les faits auraient été constatés de manière manifestement inexacte au sens de l'<span class="artref">art. 97 LTF</span>, respectivement arbitraire au sens de l'<span class="artref">art. 9 Cst.</span> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.1.</b> Le Tribunal fédéral est lié par les constatations de fait de la décision entreprise (<span class="artref">art. 105 al. 1 LTF</span>), à moins qu'elles n'aient été établies en violation du droit ou de manière manifestement inexacte au sens des art. 97 al. 1 et 105 al. 2 LTF, soit pour l'essentiel de façon arbitraire au sens de l'<span class="artref">art. 9 Cst.</span> Une décision n'est pas arbitraire du seul fait qu'elle apparaît discutable ou même critiquable; il faut qu'elle soit manifestement insoutenable et cela non seulement dans sa motivation mais aussi dans son résultat. </div> <div class="para">Le Tribunal fédéral n'entre en matière sur les moyens fondés sur la violation de droits fondamentaux, dont l'interdiction de l'arbitraire, que s'ils ont été invoqués et motivés de manière précise (<span class="artref">art. 106 al. 2 LTF</span>); il n'entre ainsi pas en matière sur les critiques de nature appellatoire (<a class="bgeref_id" href="https://www.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=06.12.2020&amp;to_date=25.12.2020&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F146-IV-88%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page88">ATF 146 IV 88</a> consid. 1.3.1 p. 92 et les arrêts cités). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.2.</b> La cour cantonale a considéré que, contrairement à ce qu'avait retenu le tribunal de police, il ressort du dossier que la recourante avait cherché, par sa gifle, à se venger du coup qui venait de lui être porté dans le cadre du conflit qui avait surgi peu auparavant et pour lequel elle portait une part de responsabilité. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.3.</b> La recourante invoque l'<span class="artref">art. 398 al. 4 CPP</span>, selon lequel lorsque seules des contraventions ont fait l'objet de la procédure de première instance, l'appel ne peut être formé que pour le grief que le jugement est juridiquement erroné ou que l'état de fait a été établi de manière manifestement inexacte ou en violation du droit, et fait valoir que l'arrêt attaqué n'explique pas en quoi il était arbitraire de considérer que la gifle litigieuse était un moyen de défense et non un acte de vengeance. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.4.</b> L'infraction en cause, voies de fait (<span class="artref">art. 126 CP</span>), constitue une contravention, de sorte que l'<span class="artref">art. 398 al. 4 CPP</span> trouve application. Il découle de cette disposition que le pouvoir d'examen de la cour d'appel est limité à l'arbitraire en ce qui concerne l'établissement des faits (cf. p. ex. arrêt 6B_426/2019 du 31 juillet 2019 consid. 1.1). </div> <div class="para">Selon une jurisprudence constante, déterminer ce qu'une personne a su, envisagé, voulu ou accepté relève du contenu de sa pensée, à savoir de faits " internes ", partant, des constatations de fait (cf. <a class="bgeref_id" href="https://www.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=06.12.2020&amp;to_date=25.12.2020&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F142-IV-137%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page137">ATF 142 IV 137</a> consid. 12 p. 152; <a class="bgeref_id" href="https://www.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/aza/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=14&amp;from_date=06.12.2020&amp;to_date=25.12.2020&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;top_subcollection_aza=all&amp;query_words=&amp;rank=0&amp;azaclir=aza&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F141-IV-369%3Ade&amp;number_of_ranks=0#page369">141 IV 369</a> consid. 6.3 p. 375). </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.5.</b> La cour cantonale a substitué son appréciation de la volonté de la recourante à celle du tribunal de première instance en se limitant à relever que devant la police, avant d'être assistée d'un avocat, la recourante n'avait pas dit que sa gifle était destinée à repousser une attaque mais qu'elle avait été administrée en conséquence du coup reçu, ce qui l'amène à la conclusion que cette riposte dénote une part active à une querelle et une volonté de rendre ce qu'elle venait de recevoir. Elle n'a toutefois pas exposé en quoi l'appréciation du tribunal de police aurait été établie de manière manifestement inexacte ou en violation du droit, se bornant à dire que le tribunal de police n'avait pas motivé sa décision alors que ce dernier a dûment exposé au consid. 2.2.2 de son jugement les raisons pour lesquelles il a accordé foi à la version de la recourante, selon laquelle cette dernière se serait bornée à se défendre face à une attaque de l'intimée. Dans ces circonstances, la cour cantonale n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation dans les limites imposées par l'<span class="artref">art. 398 al. 4 CPP</span> s'agissant d'une contravention. Il convient par conséquent d'admettre ce grief. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.6.</b> Il peut encore être signalé qu'outre son appréciation différente de la volonté de la recourante, la cour cantonale a considéré que la seule perspective de voies de fait ne suffisait pas à retenir la légitime défense. </div> <div class="para">Cet argument n'est pas pertinent dès lors qu'il est admis que la gifle imputée à la recourante a été administrée à l'intimée après que cette dernière lui avait donné un coup de poing (arrêt attaqué, p. 6, consid. 1.7 2 <sup>ème</sup> §). On ne se trouve donc pas dans une situation où une querelle était susceptible d'aboutir à des voies de fait mais dans une situation où des voies de fait avaient déjà été commises. </div> <div class="para">Dans ces circonstances, il y a lieu de renvoyer la cause à la cour cantonale afin soit qu'elle expose les motifs pour lesquels les faits auraient été établis de manière manifestement inexacte ou en violation du droit soit pour déterminer si la défense était justifiée et proportionnée. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.</b> </div> <div class="para">Le recours doit être admis, l'arrêt attaqué annulé et la cause renvoyée à l'autorité cantonale pour qu'elle statue à nouveau. La recourante, qui obtient gain de cause, ne supportera pas de frais et peut prétendre à une indemnité de dépens à la charge pour moitié chacun, d'une part, du canton de Genève et, d'autre part, de l'intimée (<span class="artref"><artref id="CH/173.110/68/2" type="start"></artref><artref id="CH/173.110/68/1" type="start"></artref>art. 68 al. 1 et 2 LTF</span><artref id="CH/173.110/68/2" type="end"></artref><artref id="CH/173.110/2" type="end"></artref>). Dans les circonstances d'espèce, il peut être renoncé à mettre des frais à la charge de l'intimée, le canton n'ayant quant à lui pas à en supporter. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b> Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce :</b> </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>1.</b> </div> <div class="para">Le recours est admis, l'arrêt attaqué est annulé et la cause est renvoyée à la cour cantonale pour nouvelle décision. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>2.</b> </div> <div class="para">Il n'est pas perçu de frais judiciaires. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>3.</b> </div> <div class="para">Une indemnité de 3'000 fr., à verser à la recourante à titre de dépens, est mise pour moitié à la charge du canton de Genève et pour moitié à la charge de l'intimée. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> <b>4.</b> </div> <div class="para">Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de justice de la République et canton de Genève. </div> <div class="para"> </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Lausanne, le 17 décembre 2020 </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Au nom de la Cour de droit pénal </div> <div class="para">du Tribunal fédéral suisse </div> <div class="para"> </div> <div class="para">Le Président : Denys </div> <div class="para"> </div> <div class="para">La Greffière : Paquier-Boinay </div> </div></body></html></html>