<h2>SubmittedText<h2><p>Considérant :</p><p>- la débâcle sociale et financière annoncée de SAir Group consécutive à la politique conduite par le conseil d'administration de SAir Group ;</p><p>- les investissements à très hauts risques engagés ces six dernières années dans le cadre d'acquisitions de compagnies aériennes en difficultés ;</p><p>- les 100 millions de francs suisses (voire 1 milliard de francs, selon la presse) d'honoraires versés au groupe McKinsey pour des conseils stratégiques qui ont conduit à la déroute actuelle ;</p><p>- que les participations de SAir Group dans les compagnies aériennes AOM, Air Liberté et Air Littoral coûtent la bagatelle de 300 000 francs français par heure, que SAir Group s'est engagé à injecter dans la compagnie Sabena pas moins de 150 millions de francs, que la filiale Crossair finit son exercice dans les chiffres rouges avec 25,2 millions de francs de pertes pour l'an 2000 ;</p><p>- la restructuration de la compagnie allemande LTU qui devrait creuser encore le déficit de quelque 347 millions de francs ;</p><p>- l'aventure française de SAir Group qui se soldera sans doute pour l'an 2000 par une perte et des amortissements de 1,3 milliard de francs ;</p><p>- que SAir Group devrait annoncer en avril 2001, lors de l'assemblée générale des actionnaires, des pertes pour l'exercice 2000 atteignant, au bas mot, les 770 millions de francs, et que, selon la presse citant des analystes bancaires, c'est entre 2 et 3 milliards de francs qu'il faudra trouver pour redresser la situation ;</p><p>- que cette aventure va entraîner d'importantes pertes d'emplois et donne une triste image de notre pays en France voisine ;</p><p>- la pression faite sur les salaires de l'ensemble des employés du groupe en Suisse, en Europe et dans le monde - depuis le milieu des années nonante les rémunérations ont été bloquées, voire réduites, en raison de coupes budgétaires exigées par la direction et notamment le conseil d'administration pour mener cette politique expansionniste pharaonique ;</p><p>- les 700 licenciements annoncés et exigés dans la compagnie d'aviation belge Sabena dans le but implicite de vider cette entité de sa substance pour ne garder que les droits d'exploitation des lignes européennes qu'elle détient. Cette annonce de licenciements ayant aussi eu pour objectif de faire remonter cyniquement les actions du groupe, ce qui fut le cas provisoirement durant le mois de janvier 2001 ;</p><p>- que les représentants de grandes banques suisses, notamment Lukas Mühlemann, grand patron du Credit Suisse (ancien collaborateur du groupe McKinsey), qui a reconnu sa responsabilité dans les choix stratégiques du conseil d'administration, son président, l'ancien conseiller d'État radical Eric Honegger, représentant l'UBS, tout comme la conseillère aux États radicale de Zurich, Vreni Spoerry, doivent répondre financièrement de leurs responsabilités à travers les banques qu'ils représentent de même que d'autres membres du conseil d'administration tel que Bénédict Hentsch, au demeurant fer de lance et chantre des théories néolibérales distillées par l'Université de Saint-Gall, doivent être tenus pour les principaux responsables de cette déroute financières ;</p><p>- qu'il est proprement scandaleux qu'en plein marasme du groupe, des responsables quittent le navire en refusant d'assumer les conséquences de leurs choix stratégiques, pourtant décidés à l'unanimité des membres du conseil d'administration. La démission en bloc du conseil d'administration a pour objectif de masquer la faillite de ces théories soutenues par les radicaux zurichois et les libéraux genevois inféodés aux théories néocapitalistes ;</p><p>- que les membres du conseil d'administration, non contents d'avoir imposé dans les accords bilatéraux "les sept libertés" et d'avoir mis un pied en Europe par l'intermédiaire de Sabena, ont tenté de contourner les réglementations européennes. En effet, selon le journal "Le Monde", un labyrinthe de sociétés a été organisé avec l'appui d'Ernest-Antoine Seillière, patron des patrons français, dans le but de faire du "portage" pour Swissair en vue d'acquérir plus que le maximum de 49 % d'actions autorisés qu'il était en droit d'acquérir en vertu de la législation européenne ;</p><p>- que, vu les responsabilités croisées dans les différents conseils d'administration de banques, entreprises de consultants des membres du conseil d'administration de SAir Group, d'autres violations du devoir de transparence des comptes ne peuvent être exclues sans autre ;</p><p>j'invite le Conseil fédéral :</p><p>1. à participer en tant qu'actionnaire à l'assemblée générale des actionnaires de SAir Group d'avril 2001 ;</p><p>2. à refuser la décharge des membres du conseil d'administration et la prise d'effet de leur démission jusqu'à leur remplacement ;</p><p>3. à refuser la décharge relative aux comptes de SAir Group ;</p><p>4. à demander la désignation d'un nouvel organe de contrôle pour vérifier les comptes de SAir Group et la conformité des provisions ;</p><p>5. à engager toutes actions civiles et pénales contre les membres du conseil d'administration et les dirigeants précédents en vue de leur faire assumer les responsabilités financières auxquelles ils tentent de se soustraire (action en responsabilité);</p><p>6. à inciter les autres actionnaires de SAir Group à faire de même.</p><h2>FederalCouncilResponseText<h2><p>Il importe que toute la lumière soit faite sur la débâcle de SAir Group. En effet, une compagnie aérienne nationale, saine et concurrentielle, est d'utilité publique en raison de l'importance qu'elle revêt du point de vue de la politique économique et de celle des transports. Quant à la Confédération, qui détient 3 % du capital-actions, elle veillera avant tout à sauvegarder ses intérêts. Dans un premier temps, le Conseil fédéral s'est concentré sur l'assemblée générale de SAir Group (aujourd'hui Swissair Group) du 25 avril 2001.</p><p>1. Assemblée générale du 25 avril 2001 et suivi</p><p>Le 18 avril 2001, nous avons décidé que nous refuserions de donner décharge au conseil d'administration de SAir Group lors de l'assemblée générale. De plus, trois administrateurs - MM. Hentsch, Leuenberger et Mühlemann - ne devraient conserver leur mandat que jusqu'à l'assemblée générale extraordinaire qui se tiendra en automne. Par ailleurs, nous avons soumis un catalogue de questions au conseil d'administration pour qu'il se détermine sur la surveillance et la stratégie de l'entreprise ainsi que sur divers aspects opérationnels. Nous lui avons demandé des informations concrètes, notamment sur les risques financiers et les éventuelles indemnités de départ, et de répondre à de nombreuses questions concernant la présentation des comptes (réglementations des départs, réserves, liquidités, engagements contractés, délimitations, fonds de prévoyance en faveur du personnel). SAir Group s'est déterminé par écrit sur ces questions ; toutefois, les réponses données n'ont que partiellement donné satisfaction.</p><p>Lors de l'assemblée générale, les représentants de la Confédération ont demandé le recours à un contrôleur spécial. La proposition a été adoptée avec celle de même teneur du canton de Zurich. Sur la base de la décision de l'assemblée, le Département fédéral des finances (DFF) et le canton de Zurich ont déposé, le 23 mai 2001, auprès du juge unique du tribunal de district de Zurich une demande visant à faire effectuer un contrôle spécial. Cette demande ayant été acceptée, le mandat a été confié à l'entreprise Ernst &amp; Young SA.</p><p>Il faut donc attendre que ce contrôle soit achevé avant de décider s'il y a lieu ou non d'intenter une action en responsabilité contre les organes de la société. Le DFF évaluera soigneusement à la lumière des résultats du contrôle les chances et les risques d'une telle action sous les aspects juridiques, économiques et politiques et fera une proposition au Conseil fédéral. À l'heure actuelle, il est établi que le fait de prendre des risques dans la gestion d'une entreprise ne saurait, à lui seul, constituer un motif suffisant pour intenter une telle action ; il faudrait plutôt reprocher aux organes de la société d'avoir violé leur propre obligation de diligence.</p><p>2. Confédération et conseil d'administration</p><p>C'est sur une ancienne disposition de la loi sur l'aviation - en l'occurrence l'article 103 abrogé en juin 1998 - que les Chambres fédérales avaient décidé, par arrêté fédéral du 11 juin 1958, d'augmenter la participation de la Confédération au capital-actions de Swissair. Elles avaient également autorisé le Conseil fédéral à acquérir des actions supplémentaires et à participer aux augmentations ultérieures de capital.</p><p>Suite à la restructuration de Swissair et à la création d'une holding, le Conseil fédéral a décidé, le 9 avril 1997, de concentrer la participation de la Confédération sur SAir Group. Une telle participation se fonde sur le nouvel article 102 de la loi sur l'aviation révisée qui habilite la Confédération à prendre une participation dans les entreprises exploitant des aérodromes et dans les entreprises de transport aérien lorsque l'intérêt général le justifie.</p><p>À l'heure actuelle, le capital-actions de Swissair Group s'élève à 877,4 millions de francs. La Confédération (y compris la Caisse fédérale de pensions) y participe à hauteur de 27,4 millions de francs (3,1 %). Le canton de Zurich, avec une participation de 3 %, et la Confédération sont les deux plus gros actionnaires individuels. Le 6 août 2001, l'ensemble des actions détenues par la Confédération représentait quelque 34 millions de francs, sa valeur nominale figurant au bilan sous la rubrique patrimoine administratif.</p><p>La Confédération a été représentée au conseil d'administration de SAir Group jusqu'au printemps 1999, en règle générale par le secrétaire général du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication et un membre de la direction générale des CFF ou des PTT. Le retrait des représentants de la Confédération est la conséquence directe de l'abrogation de l'article 103 de la loi sur l'aviation. Le Conseil fédéral n'a aucune raison de revenir sur sa décision, prise à la lumière de la révision de la loi sur l'aviation dissociant la Confédération de Swissair, et de revendiquer une nouvelle représentation au sein du conseil d'administration de SAir Group. Nous ne sommes pas persuadés que la Confédération aurait été en mesure d'exercer davantage d'influence sur les résultats de Swissair par le biais de représentants au conseil d'administration.</p><p>3. Assainissement et avenir de Swissair Group et répercussions sur la place économique suisse</p><p>Tant Swissair Group que l'aéroport de Zurich revêtent une importance économique essentielle pour la Suisse. Le Conseil fédéral partage les soucis de maintenir les emplois dans Swissair Group. En sa qualité d'actionnaire, il soutiendra toute solution qui visera à obtenir le maximum de valeur ajoutée en Suisse. Il estime cependant qu'il n'appartient pas à la Confédération d'assainir ni de subventionner Swissair Group avec l'argent des contribuables.</p><p>La Confédération a toujours pour tâche de créer les conditions générales favorables pour toutes les entreprises de transport aérien, dont Swissair (droits de trafic, accord bilatéral avec l'UE, extension des aéroports, etc.). Du point de vue de la politique économique et de celle des transports, elle est intéressée à ce que le Swissair Group soit une entreprise saine, étant donné qu'elle représente un facteur essentiel pour le pôle économique suisse et qu'elle génère, directement ou indirectement, un nombre élevé d'emplois.</p><p>Une appréciation adéquate ne sera toutefois possible qu'en automne lorsque la nouvelle stratégie du groupe Swissair apparaîtra plus clairement.</p><p>4. Surveillance des holdings</p><p>Selon la législation aéronautique, les entreprises de transport aérien doivent annoncer à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) tout projet de fusion ou de rachat ainsi que toute modification importante dans la détention de participations. Le Conseil fédéral ne voit pas la nécessité de prendre des mesures qui iraient au-delà de cette obligation d'annoncer.</p><p>S'agissant du contrôle boursier, il convient de préciser que Swissair Group, en tant que société cotée au SWX Swiss Exchange, est soumis au règlement de cotation de cet organisme. Par rapport au droit des obligations, ce règlement comporte des dispositions plus sévères, conformes aux normes internationales. Swissair Group est donc tenu de satisfaire aux exigences du règlement relatives à la présentation des comptes, aux obligations de publier et aux règles de publicité ad hoc. La surveillance et l'imposition des dispositions sur la transparence incombent au SWX Swiss Exchange.</p><p>5. Y a-t-il un rapport avec des entreprises publiques ?</p><p>Il n'y a aucun parallèle ni de rapports entre Swissair Group et les entreprises totalement ou partiellement aux mains de la Confédération, que ce soient les CFF, la Poste ou Swisscom. Elles sont gérées selon les objectifs stratégiques définis par le Conseil fédéral qui comportent des lignes directrices au sujet d'éventuelles coopérations ou participations. Par contre Swissair (puis Swissair Group) a toujours été une société anonyme de droit privé, avec certes une participation minime de la Confédération à son capital-actions. Il incombe exclusivement à la direction du groupe de définir les objectifs de l'entreprise.</p><p>6. Dimension de politique extérieure</p><p>Il n'y a aucun rapport juridique entre les activités de Swissair Group à l'étranger et les accords conclus entre la Suisse et d'autres États. Les accords de trafic aérien négociés par l'OFAC créent les conditions-cadres en matière de droits de trafic pour l'ensemble des vols de ligne en provenance ou au départ de la Suisse ; les autres entreprises de transport aérien en bénéficient également. Rien ne laisse présumer à notre avis que des liens soient établis au plan politique. Nous observons toutefois l'évolution en permanence et, si nécessaire, assurons le contact avec les gouvernements étrangers.</p>  Le Conseil fédéral propose de classer la motion.