<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. B. a été condamné, par ordonnance pénale du 9</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">janvier 1997, à une amende de 400 francs pour excès de vitesse (66 km/h en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ville de Neuchâtel). Elle a fait opposition le 17 janvier 1997 et a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">adressé au ministère public le 6 février 1997 un certificat médical de son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">médecin, le Dr. C. , spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à Zurich, selon lequel elle était maniaco-dépressive.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par jugement du 20 mars 1997, le Tribunal de police du district</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de Neuchâtel a acquitté B. , la considérant comme irres-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ponsable au sens de l'article 10 CP. Le jugement précisait que le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Dr. V. , expert-psychiatrique habituel des autorités neuchâteloises,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avait été contacté par téléphone et avait précisé qu'un trouble tel celui</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">relevé par le Dr. C. pouvait entraîner l'application de l'article 10</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">CP.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Le ministère public recourt le 14 avril 1997 à la Cour de cassa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion pénale contre ce jugement, concluant à sa cassation et au renvoi de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la cause au premier juge. Il avance en bref que, si le premier juge envi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sageait l'application de l'article 10 CP, il devait ordonner une expertise</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conformément à l'article 13 CP. Ne l'ayant pas fait, son jugement doit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">obligatoirement être cassé. En outre, s'il existe bien un doute quant à la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">responsabilité de B. , rien ne permet de conclure à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'application de l'article 10 CP plutôt qu'à celle de l'article 11 CP.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Dans ses observations, le président du Tribunal de police du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">district de Neuchâtel explique qu'il n'a pas eu de doute quant à la réal-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ité de l'affection de B. et qu'une expertise aurait entraîné des frais disproportionnés.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. a) Selon l'article 10 CP, n'est pas punissable celui qui, étant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">atteint d'une maladie mentale, de faiblesse d'esprit ou d'une grave alté-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ration de la conscience, ne possédait pas, au moment d'agir, la faculté</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cette appréciation. Selon l'article 13 alinéa 1 CP, l'Autorité</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'instruction ou de jugement ordonnera l'examen de l'inculpé notamment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">s'il y a doute quant à sa responsabilité. Dès qu'un tel doute existe, une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">expertise doit être ordonnée, car le juge ne peut pas le résoudre de lui-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">même, même avec l'aide de la littérature médicale (ATF 119 IV 123; ATF 116</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">IV 273 - JT 1992 IV 162; RJN 1984, p.96). L'article 13 CP vise à empêcher</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le juge de se déterminer selon sa libre appréciation. Le droit fédéral ne</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lui interdit cependant pas de se fonder sur une expertise privée ou sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une expertise ordonnée antérieurement, c'est-à-dire de se baser sur un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rapport qui n'a pas été ordonné durant l'instruction de la cause dont il a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à connaître. Le juge ne peut cependant se fonder sur une telle expertise</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que si l'expert a bénéficié de renseignements complets, notamment en ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui concerne l'activité délictueuse de l'auteur, et que son rapport paraît</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suffisamment approfondi. Si des doutes subsistent à ce sujet, l'article 13</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">CP impose au juge de charger un expert de recueillir de nouvelles informa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions (ATF 113 IV 1 - JT 1987 IV 66). Il convient cependant de faire</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">preuve de réserve s'agissant de l'avis du médecin traitant d'un prévenu,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">car le statut d'expert peut être incompatible avec la relation de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">confiance qui se noue entre un médecin et un patient (RJN 7 II 227-228).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) En l'espèce, le premier juge a conclu à l'irresponsabilité de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. en se basant sur l'attestation du Dr. C. et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'un entretien téléphonique avec le Dr. V. . Ce dernier, qui avait pour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">but de permettre au juge de comprendre la gravité du trouble de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. , n'a pas de pouvoir probant suffisant, car il doit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">être assimilé à des renseignements que le premier juge aurait pu trouver</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans la littérature médicale.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> L'attestation médicale du Dr. C. n'apparaît pas non plus</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suffisante pour conclure à l'irresponsabilité de B. .</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D'une part, elle provient de son médecin traitant, dont l'impartialité</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'est pas garantie. On ne peut en effet exclure que ce médecin ait tenu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">compte dans son appréciation des conséquences sur sa patiente d'une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">éventuelle condamnation. D'autre part, elle n'apparaît pas suffisamment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">motivée. On ignore en effet si ce document, adressé à un juriste</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">zurichois, a bien trait aux faits pour lesquels B. a été</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">renvoyée devant le Tribunal de police. Au surplus, comme B. a été à même de conduire un véhicule en ville sans provoquer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'accident, ce qui implique qu'elle a pu respecter la signalisation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">routière (stop, cédez le passage, feu rouge, etc.), on ne saurait sans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">autres admettre que la nécessité de se conformer à la limitation générale</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de vitesse en ville dépassait son entendement ce jour-là. Enfin,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'attestation est en contradiction manifeste avec le dossier : les faits</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">(non-contestés) se sont déroulés le 7 novembre 1996 à Neuchâtel, alors</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que, selon le Dr. C. , B. était hospitalisée à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cette époque en milieu psychiatrique à Zurich.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Il aurait dès lors fallu que le premier juge ordonne une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">expertise ou, compte tenu du caractère bénin de l'infraction, adresse au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">médecin traitant un questionnaire afin d'obtenir plus d'informations lui</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">permettant d'apprécier si B. était pleinement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">responsable, partiellement responsable ou irresponsable, voire de mettre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">alors en route, si nécessaire, une expertise.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Le pourvoi se révèle ainsi bien fondé. Le jugement doit par con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">séquent être cassé et la cause renvoyée devant le Tribunal de police du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">district de Boudry pour complément d'instruction et nouveau jugement. Les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">frais seront laissés à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Casse le jugement attaqué.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Renvoie la cause au Tribunal de police du district de Boudry pour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> instruction complémentaire et nouveau jugement.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Laisse les frais à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 19 juin 1997</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>