B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour VI F-1812/2020 A r r ê t d u 1 8 d é c e m b r e 2 0 2 0 Composition Gregor Chatton (président du collège), Gabriela Freihofer, Yannick Antoniazza-Hafner, juges, José Uldry, greffier. Parties A._______, représentée par Maîtres Nicolas Rouiller et Alban Matthey, avocats, Etude SwissLegal Rouiller & Associés, Rue du Grand-Chêne 1-3, Case postale 7501, 1002 Lausanne, recourante, contre Secrétariat d’Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi ; décision du SEM du 20 mars 2020 / N (…). F-1812/2020 Page 2 Faits : A. Le 22 février 2018, A._______, née le (…) 1964, alias B._______, née le (…) 1964, ressortissante russe, est entrée en Suisse. Le 7 mai 2018, la prénommée a requis une autorisation de séjour pour études en vue d’apprendre le français, qui lui a été refusée par le Service de la population du canton de Vaud (ci -après : SPOP) par décision du 5 août 2019, prononçant également son renvoi de Suisse. Le 17 septembre 2019, l ’intéressée a recouru contre la décision précitée auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal vau- dois (ci-après : CDAP), qui a rejeté ce recours par arrêt du 24 janvier 2020. B. Par courrier du 30 octobre 2019, la recourante a déposé au SEM une de- mande d'asile en Suisse et requis l'octroi d'une admission provisoire. Cette demande d’asile a été finalisée en date du 2 décembre 2019. C. Lors de l ’entretien individuel Dublin du 6 décembre 2019, l ’intéressée a exercé son droit d’être entendue quant à la compétence présumée du Por- tugal pour l’examen de sa demande d’asile et quant aux faits médicaux. Par courrier du 9 décembre 2019, la recourante a fourni au Secrétariat d’Etat aux migrations (ci-après : SEM) des informations complémentaires suite à l’entretien précité. Elle s’est opposée à la transmission de ses don- nées personnelles aux autorités portugaises, dont la protection n’était pas assurée, relevant que le Portugal, qui aurait reçu une demande d'extra di- tion vers la Russie, risquait de transmettre ces données aux autorités russes. D. Le 16 décembre 2019, le SEM a soumis aux autorités portugaises une de- mande aux fins de la prise en charge de l ’intéressée, conformément à l’art. 12 par. 4 du règlement (UE) n o 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de dé- termination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des Etats membres par un res- sortissant de pays tiers ou un apatride [refonte] (JO L 180/31 du 29.6.2013, ci-après : règlement Dublin III ou RD III). F-1812/2020 Page 3 Dans leur réponse du 5 février 2020, les autorités portugaises ont informé le SEM qu’elles acceptaient la demande de prise en charge de l’intéressée sur la base de l’art. 12 par. 4 RD III. E. Par courrier du 20 février 2020, notifié le 26 février 2020, le SEM a imparti à la recourante un délai au 3 mars 2020 pour produire un rapport médical de son médecin traitant au vu des problèmes de santé d ’ordre psychique allégués par celle-ci. Le 3 mars 2020, l’intéressée a demandé, au vu de la brièveté du délai im- parti, une prolongation de délai pour produire le certificat médical requis, accordée par le SEM par courrier du 4 mars 2020 jusqu’au 12 mars 2020. Le 12 mars 2020, la recourante a sollicité la remise de son dossier pour brève consultation et s ’est plainte de ce que ses données personnelles avaient été transmises aux autorités portugaises alors même qu ’elle s’y était opposée. A la même date, la re courante a indiqué, dans un second courrier, que son médecin traitant n’était pas disponible mais qu’une con- sultation était toutefois prévue le jeudi suivant. Le 17 mars 2020, le SEM a transmis à la recourante les copies des pièces requises et leur index, indiquant que l’autorité pouvait refuser la consulta- tion des pièces lorsque des intérêts publics ou privés prévalaient sur le droit de consulter les pièces ou qu ’il s’agissait de pièces à usage interne non soumises au droit de consultation. L ’autorité inférieure a également indiqué que la consultation des pièces n ’était pas liée à l ’octroi d’un délai pour prendre position mais qu’elle pouvait toutefois prendre en considéra- tion des allégués tardifs s'ils paraissaient décisifs. F. Par décision du 20 mars 2020 ( notifiée le 23 mars 2020), le SEM, se fon- dant sur l’art. 31a al. 1 lit. b LAsi (RS 142.31), n ’est pas entré en matière sur la demande d’asile de la requérante, a prononcé son transfert vers le Portugal et a ordonné l ’exécution de cette mesure, constatant l ’absence d’effet suspensif à un éventuel recours. G. Le 31 mars 2020, la requérante a interjeté recours contre la décision pré- citée auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : Tribunal ou TAF), concluant, à titre incident, à l ’octroi de l’effet suspensif, principalement, à l’admission du recours et à ce que la Suisse soit déclarée responsable pour F-1812/2020 Page 4 l’examen de ce recours, subsidiairement, à l ’annulation de la décision du SEM et au renvoi de la cause à cette autorité, plus subsidiairement, à l’an- nulation des chiffres 2, 3 et 4 de la décision querellée et à la non-exécution du renvoi de Suisse de la recourante, encore plus subsidiairement, à la réformation du chiffre 3 de la décision querellée, en ce sens que le renvoi de l’intéressée soit suspendu jusqu’au rétablissement d’une situation sani- taire normale en Suisse, au Portugal et dans l’Espace Schengen et, subsi- diairement à la conclusion précitée, à l’annulation du chiffre 3 de la décision querellée et au renvoi de l a cause à l ’autorité précédente pour q u’elle se détermine sur une date de départ en tenant compte des circonstances ac- tuelles et de la situation personnelle de la recourante. Était joint à son re- cours un bordereau volumineux numéroté de 1 à 25 et contenant de nom- breuses pièces rédigées en langue russe. H. Par ordonnance de mesures superprovisionnelles du 1 er avril 2020, l’exé- cution du transfert de la recourante vers le Portugal a été provisoirement suspendue. I. Le 1er avril 2020, la recourante a transmis au Tribunal un certificat médical daté du 30 mars 2020. J. Par décision incidente du 3 avril 2020, le Tribunal a octroyé l’effet suspensif au recours, a invité la recourante à payer une avance sur les frais de pro- cédure présumés de 1'500 francs, lui a imparti un délai pour transmettre des informations et moyens de preuve, notamment la traduction des pièces rédigées en langue russe qu ’elle entendait faire valoir devant le Tribunal, et a rejeté ses requêtes d’audition auprès du SEM et d’octroi d’un délai pour se déterminer sur « l’analyse-pays ». Par ailleurs, le Tribunal a trans- mis le dossier de la cause au SEM pour consultation par la recourante et l’a invité à transmettre une copie caviardée des échanges d ’informations ayant eu lieu avec le Service de renseignement de la Confédération (ci-après : SRC), respectivement un résumé de leur contenu essentiel. Le 14 avril 2020, le SEM a transmis au Tribunal une copie caviardée des échanges de courriels avec le SRC. Le 20 avril 2020, la recourante a fait part de ses déterminations accompa- gnées des documents et moyens de preuve (en partie traduits du russe F-1812/2020 Page 5 vers le français [cf. également les explications fournies à ce propos en p. 5 de sa détermination ; act. 7]) requis par le Tribunal. K. Par ordonnance du 22 avril 2020, le Tribunal a constaté que le SEM avait fourni une copie caviardée des échanges d’informations ayant eu lieu avec le SRC et a invité cette autorité à déposer une réponse, en se prononçant, en particulier, sur la demande d ’extradition russe et l’état de santé fragile allégués par la recourante. Le 14 mai 2020, le SEM a déposé sa réponse et conclu au rejet du recours du 31 mars 2020. L. Par ordonnance du 20 mai 2020, le Tribunal a porté à la connaissance de la recourante un double du préavis du SEM pour déterminations. Le 16 juin 2020, la r ecourante a fait part de ses déterminations sur la ré- ponse du SEM du 14 mai 2020, en y joignant un certificat médical daté du 25 mai 2020. Par courrier du 1er juillet 2020, la recourante a indiqué produire le rapport journalier de l ’Organisation mondiale d e la santé (ci -après : OMS) du 30 juin 2020 (Coronavirus disease 2019 [Covid -19] situation report -162 ; www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/situation-re- ports), omettant toutefois de joindre ce rapport en annexe à son courrier. Elle a affirmé que les conditions sanitaires au Portugal pour un renvoi de la recourante dans ce pays n’étaient pas remplies. Elle a également requis la production des échanges avec l ’Office fédéral de la justice (ci -après : OFJ) ainsi qu’entre l’autorité portugaise compétente et l’OFJ. M. Le 2 juillet 2020, la recourante a produit l ’annexe mentionnée dans son courrier du 1er juillet 2020, à savoir le rapport journalier de l’OMS susmen- tionné. Par ordonnance du 3 juillet 2020, le Tribunal a porté à la connaissance du SEM une copie des courriers de la recourante des 16, 17 juin et 1 er juil- let 2020, a invité cette autorité à se déterminer sur ces courriers ainsi que sur les requêtes probatoires requises par la recourante. Le 14 juillet 2020, le SEM a transmis ses déterminations sur les courriers précités, indiquant, en substance, que le certificat médical daté du F-1812/2020 Page 6 25 mai 2020 n’était pas de nature à remettre en question la décis ion que- rellée, que la situation sanitaire au Portugal ne représentait pas un obstacle à l’exécution du transfert de la recourante au Portugal et, concernant la question du non -refoulement, qu ’il reviendrait aux autorités portugaises d’examiner la licéité de l’exécution d’un éventuel renvoi en Russie. Par ail- leurs, la copie caviardée de l ’échange d’informations entre le SEM avait été transmise par courrier du 13 juillet 2020 et l ’autorité inférieure n ’était pas en possession d’un document relatif à l’échange d’écritures entre l’OFJ et l’autorité portugaise. Le SEM a également déclaré qu’il ne saurait douter de l’objectivité de la démarche de l’OFJ, renvoyant à la version caviardée du courriel de l’OFJ du 14 (recte : 13) juillet 2020. N. Par ordonnance du 17 juillet 2020, le Tribunal a porté à la connaissance de la recourante un double du courrier du SEM du 14 juillet 2020 pour déter- minations ainsi qu’une copie du courrier de la recourante du 2 juillet 2020 à la connaissance du SEM, pour information. Le 7 août 2020, la recourante a transmis ses observations quant aux cour- riers du SEM des 13 et 14 juillet 2020, se rapportant, en substance, aux considérations et conclusions prises dans son recours. Elle a réitéré sa demande de mesures d ’instruction, à savoir, la pro duction des échanges entre l’OFJ et l ’autorité compétente portugaise, la production non caviar- dée du courrier du 13 mai 2020 de l’OFJ, subsidiairement son contenu es- sentiel, l’établissement par le SEM de l’état de santé de la recourante et de son adéquation avec un transfert au Portugal ainsi qu ’une analyse de la situation actuelle du Portugal et de sa capacité à accueillir la recourante. O. Par ordonnance du 17 août 2020, le Tribunal a porté à la connaissance du SEM une copie du courrier de la recourante du 7 août 2020, l ’a invité à transmettre ses déterminations sur ce courrier ainsi que des informations ou moyens de preuve complémentaires. P. Le 31 août 2020, le SEM a indiqué que la prise de position de la recourante du 7 août 2020 ne contenait aucun élément nouveau susceptible de modi- fier son point de vue. Il a toutefois précisé, s’agissant de la prétendue vio- lation de l ’art. 28 PA, que la recourante était en possession des pièces essentielles à la procédure dont il avait tenu compte pour rendre la décision querellée. Par ailleurs, les parties caviardées des échanges entre le SEM F-1812/2020 Page 7 et l'OFJ ne contenaient aucune information qui aurait profité à la recou- rante, mais protégeaient le nom et les coordonnées des personnes des autorités compétentes. Le contact entre l’OFJ et les autorités portugaises, dont le contenu avait été transmis au mandataire, avait eu lieu par télé- phone et le SEM n’avait rien mis en œuvre pour biaiser la réponse de l’OFJ. La situation médicale de la recourante, la question du risque de refoule- ment en Russie et la situation sanitaire au Portugal avaient été établis à satisfaction de droit et il n'y avait pas lieu de procéder à d'autres mesures d'instruction, le rapport de l’OMS produit par la recourante ne modifiant pas l’avis du SEM. En outre, un transfert au Portugal n’exposerait pas davan- tage la recourante au virus que si elle restait en Suisse. Q. Le 24 septembre 2020, la recourante a fait part de ses déterminations et a requis la production de la note téléphonique rapportant la conversation entre l'OFJ et le procureur général portugais ainsi que d’un éventuel accord conclu entre la Suisse et la Russie respectivement entre le Portugal et la Russie. Elle a également relevé que la Suisse traversait la « deuxième vague » liée à la pandémie de Covid -19 et que l ’instruction relative à la santé de la recourante et à la situation sanitaire au Portugal n’était toujours pas complète, persistant dans les mesures d’instruction préalablement re- quises. Enfin, elle a relevé que, dans son cas, rien ne justifiait de ne pas faire application de la clause de souveraineté. Une copie de ce courrier a été portée à la connaissance du SEM par ordonnance du 30 sep- tembre 2020, pour information. R. Par courrier du 15 octobre 2020, la recourante a rappelé que le renvoi de la recourante au Portugal était disproportionné par rapport à la situation sanitaire de ce pays, a indiqué qu ’elle s’était vue attribuée au canton de Vaud et disposait désormais d ’un permis « N » et que les mesures d ’ins- truction requises n’avaient pas été ordonnées. Par ordonnance du 19 octobre 2020, le Tribunal a transmis une copie de ce courrier au SEM et l’a invité à faire part de ses déterminations ainsi qu’à produire la note téléphonique (caviardée au besoin) relative à la conversa- tion qui s’était tenue entre l’OFJ et les autorités portugaises. S. Le 28 octobre 2020, le SEM a transmis une copie caviardée de la note téléphonique sollicitée et a indiqué que le courrier de la recourante du F-1812/2020 Page 8 15 octobre 2020 ne contenait aucun élément nouveau susceptible de mo- difier son point de vue. Ce courrier a été porté à la connaissance de la recourante par ordonnance du 4 novembre 2020 pour observations finales. Par courrier du 10 novembre 2020, la recourante a reproché au SEM de ne pas s ’être déterminé sur l ’existence d’un accord administratif entre la Suisse et la Russie, respectivement entre le Portugal et la Russie, et a sollicité une quatrième prolongation de délai, qui a été rejetée par le Tribu- nal par ordonnance du 12 novembre 2020. T. Le 18 novembre 2020, la recourante a demandé une reconsidération de cette décision. Elle a relevé que le délai de cinq jours qui lui avait été oc- troyé était insuffisant au vu du délai minimal de dix jours nécessaire à l’exercice du droit d'être entendue fixé par la jurisprudence et de l ’égalité de traitement, vu que le SEM avait précédemment bénéficié, en comptant la prolongation de délai obtenue, d ’une durée totale de dix jours pour se déterminer. En outre, elle a, en substance, persisté dans ses demandes de mesures d’instruction et dans ses conclusions. U. Par décision incidente du 20 novembre 2020, le Tribunal a déclaré sans objet la demande de prolongation de délai de dix jours de la recourante ainsi que la demande de reconsidération du refus de celle -ci, a transmis au SEM une copie du courri er de la recourante du 18 novembre 2020, a invité l ’autorité inférieure à transmettre ses ultimes observations ainsi qu’une traduction (caviardée au besoin) de tous les documents produits en allemand au cours de la procédure. Par courrier du 26 novembre 2020, le SEM a produit la traduction sollicitée et indiqué qu’il n’avait pas d’observations supplémentaires à formuler. Ce courrier a été transmis par ordonnance du 27 novembre 2020 à la recou- rante pour ultimes déterminations. Le 4 décembre 2020, la recourante a fait part de ses observations finales. Elle a, en substance, persisté dans ses demandes de mesures d ’instruc- tion supplémentaires ainsi que dans les conclusions de son recours et de ses précédents écrits. V. Les autres éléments contenus dans les écritures précitées seront exami- nés, si nécessaire, dans les considérants en droit ci-dessous. F-1812/2020 Page 9 Droit : 1. 1.1 Sous réserve des exceptions prévues à l'art. 32 LTAF, le Tribunal, en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA, prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particu- lier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent être con- testées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf de- mande d'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se pro- téger (art. 105 en relation avec l'art. 6a al. 1 LAsi ; art. 33 let. d LTA F et art. 83 let. d ch. 1 LTF). Cette dernière n’est pas réalisée en l'espèce, dans la mesure où, contrairement à ce que prétend la recourante, le représen- tant du procureur général portugais a attesté que celle -ci ne faisait l’objet d’aucune demande d’extradition par la Russie (cf. consid. 3.1.2 infra). 1.2 A moins que la LAsi n ’en dispose autrement, la procédure devant le Tribunal est régie par la PA, l a LTAF et la LTF (cf. art. 6 LAsi et art. 37 LTAF). 1.3 En outre, la recourante a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA) et le recours a été présenté dans la forme et le délai prescrits par la loi (cf. art. 52 al. 1 PA et art. 108 al. 3 LAsi). Le recours est donc recevable. 2. 2.1 Saisi d'un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d'asile, le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d'une telle décision (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 3.1). 2.2 Plus précisément, il convient de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n'entre pas en matière sur une demande d'asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d'un accord international, pour mener la procédure d'asile et de renvoi. 3. La recourante s'étant prévalue d'une violation de la maxime inquisitoire, en particulier d’un défaut d’instruction, ainsi que du non -respect de son droit d'être entendue, il convient d'examiner en premier lieu le bien-fondé de ces griefs d'ordre formel (cf. arrêt du Tribunal fédéral [ci -après : TF] 2C_360/2011 du 18 novembre 2011 consid. 2 ; arrêt du TAF F-2210/2019 du 15 mai 2019 consid. 2). F-1812/2020 Page 10 3.1 S’agissant de la violation du devoir d’instruction, la recourante a repro- ché à l'autorité intimée de n'avoir pas pris en compte sa situation médicale, notamment au vu du système de santé submergé en raison de la pandémie et des courts délais octroyés pour établir cette situation, ainsi que les « risques concrets liés à une procédure extraditionnelle vers la Russie » et les conséquences d'un transfert au Portugal au vu de sa situation person- nelle. 3.1.1 En vertu de l ’art. 12 PA en relation avec l ’art. 6 LAsi, la procédure administrative est régie essentiellement par la maxi me inquisitoire selon laquelle les autorités définissent les faits pertinents et les preuves néces- saires, qu ’elles ordonnent et apprécient d ’office (ATAF 2015/10 con- sid. 3.2). Cette maxime doit toutefois être relativisée par son corollaire, le devoir de collaboration des parties à l'établissement des faits, ainsi que par le droit des parties, compris dans le droit d’être entendu, de participer à la procé- dure et d'influencer la prise de décision (art. 13 PA et art. 8 LAsi [cf. ATAF 2012/21 consid. 5.1, 2009/60 consid. 2.1.1 et 2009/50 consid. 10.2 ; arrêt du TAF D-3082/2019 du 27 juin 2019]). L’obligation de collaborer de la partie touche en particulier les faits qui se rapportent à sa situation per- sonnelle, ceux qu'elle connaît mieux que les autorités ou encore ceux qui, sans sa collaboration, ne pourraient pas être collectés moyennant un effort raisonnable (cf. ATAF 2009/50 consid. 10.2 et 2008/24 consid. 7.2 ; arrêt du TAF D-3082/2019 pp. 5 et 6). 3.1.2 En l’espèce, il apparaît qu’en date du 14 avril 2020, une ve rsion ca- viardée, principalement pour protéger les données personnelles des colla- borateurs des offices concernés, du résumé de l’échange entre le SEM et le SRC du 18 décembre 2019 a été transmise à la recourante. Il a dès lors été donné suite à la requête de celle-ci. Vu que ces pièces attestent que la recourante n’était pas signalée auprès de ce service, elles n ’ont pas eu d’incidence sur la procédure. Concernant le litige allégué opposant la re- courante aux autorités russes et aux nombreuses pièces produites y rela- tives, le Tribunal considère qu’il n’appartient pas aux autorités helvétiques d’analyser ce prétendu litige mais au Portugal, qui est compétent pour trai- ter de la demande d’asile de la recourante et qui est lié par les conventions internationales (cf. consid. 4.4 infra), raison pour laquelle le SEM n ’avait pas à instruire ce point plus en avant. Quant au prétendu risque de refoulement en Russie en lien avec le litige susmentionné, l’OFJ a confirmé –, précisant que les informations relatives F-1812/2020 Page 11 aux demandes de recherche existantes émanant d ’Etats tiers sont confi- dentielles et ne peuvent être communiquées à la personne concernée que si l'Etat requérant y consent (cf. art. 11c de la loi fédérale du 20 mars 1981 sur l’entraide internationale en matière pénale [EIMP , RS 351.1]) –, qu’au- cune procédure d'extradition de la recourante vers la Russie n’était ouverte devant les autorités portugaises. Cette affirmation a en outre été corrobo- rée par la notice téléphonique du collaborateur de l’OFJ, qui s’est entretenu oralement avec le représentant du p rocureur général portugais (cf., TAF act. 37 et 44). C’est donc en vain que la recourante se prévaut avec insis- tance de l’hypothétique existence d’une demande d’extradition du Portugal vers la Russie ouverte à son e ncontre. Le Tribunal peine à voir du reste pourquoi, contrairement à ce que celle-ci laisse entendre sans disposer du moindre indice pour l’étayer, les autorités helvétiques et portugaises trans- mettraient des informations non conformes à la vérité la concernant, res- pectivement les autorités portugaises chercheraient à tromper les autorités suisses, en contradiction au principe de la bonne foi entre Etats et alors même que les autorités portugaises n’avaient a priori aucun devoir de four- nir les informations requises. Le fait que celles-ci proviennent du représen- tant du procureur général portugais et non de ce dernier personnellement n’est du reste pas de nature à influer sur leur véracité, dans la mesure où elles émanent de la même autorité de poursuite pénal e étrangère . En outre, la question de l’application in casu de l’art. 11c EIMP , contestée par la recourante, souffre de demeurer ouverte vu que les informations sus- mentionnées ont été transmises par les autorités portugaises. La recourante a également souligné les circonstances pour lesquelles elle avait dû quitté le Portugal, principalement au motif qu’elle ne se sentait pas en sécurité dans ce pays. Le Tribunal considère à cet égard que celle -ci avait la possibilité de déposer une demande d'asile dans ce pays, ne fai- sant pas l’objet d’une demande d’extradition. Par ailleurs, elle n’a pas non plus, bien qu’elle affirmât être en danger, déposé de demande d'asile en Suisse à son arrivée. Elle a au contraire attendu que le SPOP eut rendu une décision de refus suite à sa demande d ’octroi d’une autorisation de séjour pour études, confirmée par arrêt de la CDAP du 24 janvier 2020 (cf. SEM pce 25). Concernant l'absence d'instruction alléguée par la recourante au sujet de sa situation médicale, celle-ci a été invitée par le SEM à faire valoir toute atteinte à sa santé. Le SEM a requis la production d ’un rapport médical à brève échéance vu que la recourante avait déclaré consulter régulièrement un psychiatre. Il a octroyé l e droit d ’être entendu sur cet aspect avant l a crise de Covid-19 et la recourante n’a donc pas été privée de la possibilité F-1812/2020 Page 12 de prendre contact avec son médecin. Par ailleurs, le certificat médical du 30 mars 2020, produit le 1er avril 2020 par la recourante, atteste que celle- ci ne consultait le médecin auteur dudit rapport que depuis peu de temps. Ce certificat ne précisait pas non plus une prise en charge antérieure, bien qu’elle eût déclaré prendre des antidépresseurs depuis six mois et être suivie régulièrement par un psychiatre lors de son entret ien Dublin (cf. SEM pce 18). Le lien thérapeutique allégué par la recourante avec son psychiatre (actuel) doit ainsi être relativisé, vu que celle-ci n’avait suivi que trois consultations avec ce médecin avant qu ’il ne rédigeât le rapport mé- dical du 30 mars 2020 (cf. TAF 4 annexe). Dans ce certificat, il est indiqué que la recourante souffre de ruminations intenses provoquant des troubles du sommeil, de difficultés de concentration et d'une intense symptomato- logie anxio-dépressive depuis plusieurs années. Au vu de ces éléments, le Tribunal considère qu’il ne peut être in casu reproché au SEM de n'avoir pas instruit plus avant l ’état de santé de la recourante. Elle a en effet eu l’occasion d’exposer les maux dont elle souffrait lors de son entretien Du- blin du 20 décembre 2020, pendant lequel elle a déclaré consulter un psy- chiatre qui lui prescrivait des antidépresseurs depuis six mois. Elle aurait ainsi eu l’occasion de produire un certificat médical par le médecin qui la suivait avant le 1er avril 2020, précisant que les problèmes de santé de la recourante ne sont en tout état de cause pas suffisants pour empêcher son transfert vers le Portugal (cf. consid. 6.2.1 infra) et que son état de santé sera communiqué aux autorités portugaises lors de son transfert (art. 30 et 31 RD III). Ces troubles pourront ainsi être traités dans ce pays, qui dispose de structures médicales similaires à celles existant en Suisse (cf. con- sid. 6.2.1 et 6.2.4 infra). Dès lors, le grief tiré d’un défaut d’instruction est à cet égard infondé et doit être écarté. S’agissant des connaissances de français de la recourante trop faibles pour permettre à son mandataire russophone de se faire remplacer, le Tri- bunal retient que l'intéressée séjourne en Suisse depuis février 2018 en vue d’apprendre le français. Cet élément démontre qu'elle doit être en me- sure, ayant vécu deux ans en région francophone et suivi des cours de cette langue (cf. courrier de la recour ante du 7 mai 2018 au SPOP p. 2 : « [la recourante] a[vait] déjà débuté ses études en février 2018 »), et bien qu’elle ne pût terminer le cursus entrepris (cf. TAF 17 p. 5), de se faire comprendre, ce qu’elle a par ailleurs confirmé (cf. courrier précité). Quant à la défaillance de traduction lors de l'entretien Dublin, la recourante en a fait grief dans le cadre de son recours, alors qu ’elle n’avait préalablement formulé aucune remarque à ce sujet avant relecture et signature du procès-F-1812/2020 Page 13 verbal de cet entretien, auquel elle a pu procéder aux corrections souhai- tées avec le concours de son conseil (cf. TAF 17 p. 5). Cet argument frôle partant la témérité et ne saurait être retenu. 3.1.3 Au vu de ce qui précède, le Tribunal considère que les faits ont été instruits à suffisance par l ’autorité inférieure. Le grief de violation de la maxime inquisitoire doit donc également être écarté. 3.2 S’agissant de la violation alléguée de son droit d’être entendue, la re- courante fait valoir qu’elle n’a pas eu la possibilité de s’exprimer suffisam- ment quant à son état de santé, dans la mesure où le SEM n’a pas fait droit à sa deuxième demande de prolongation de délai pour obtenir un certificat médical de son psychiatre. Cette violation aurait mené à l ’établissement incomplet et incorrect des faits, en ce sens que l’autorité inférieure n’aurait pas établi à satisfaction de droit sa situation médicale. 3.2.1 Le droit d’être entendu ancré à l ’art. 29 al. 2 Cst. comprend pour le justiciable le droit d'être informé et de s'exprimer sur les éléments perti- nents, avant qu'une décision ne soit prise touchant à sa situation juridique, le droit de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui de participer à l'administration des preuves, d'en pren- dre connaissance et de se déterminer à leur propos (cf. ATF 145 I 167 consid. 4.1 ; ATAF 2013/23 consid. 6.1.1 ; 2010/53 consid. 13.1). Le droit d'être entendu permet également à la personne concernée de consulter le dossier avant le prononcé d'une décision et s'étend à toutes les pièces re- latives à la procédure, sur lesquelles la décision est susceptible de se fon- der. En effet, la possibilité de faire valoir ses arguments dans une procé- dure suppose la connaissance préalable des éléments dont l'autorité dis- pose (cf. ATF 132 V 387 consid. 3.1 et 126 I 7 consid. 2b ; cf., également, arrêts du TAF E -2163/2016 du 10 janvier 2019, D-3561/2017 du 13 juil- let 2018 et D-7353/2016 du 4 mai 2017 consid. 2.1). 3.2.2 En l’espèce, le 20 février 2020, le SEM a invité la recourante à dépo- ser, jusqu’au 3 mars 2020, un certificat médical attestant des problèmes de santé allégués lors de l'entretien Dublin. Le 3 mars 2020, l ’intéressée a demandé une prolongation de délai jusqu ’au 17 mars 2020 en raison de son absence et de la brièveté du délai octroyé. Le 4 mars 2020, le SEM a accordé un nouveau délai et invité la recourante à produire le certificat mé- dical requis jusqu’au 12 mars 2020. Le 12 mars 2020, la recourante a in- formé le SEM qu’elle n’était pas en mesure de produire le document médi- cal requis car son médecin n’était pas disponible, précisant qu’un rendez-F-1812/2020 Page 14 vous avait été fixé le jeudi suivant, à savoir le 19 mars 2020. Elle a égale- ment relevé qu’il convenait de se montrer pondéré quant à la fixation des délais juridiques au vu des conséquences dues à la pandémie. Par courrier du même jour, l’intéressée a demandé la consultation des pièces du dos- sier, qui lui ont été transmises le 17 mars 2020, et a précisé qu’elle s’oppo- sait à la transmission de ses données personnelles aux autorités portu- gaises. S’agissant du délai de consultation du dossier octroyé par le SEM, le Tri- bunal estime, dans le cadre d ’une procédure Dublin, requérant une dili- gence particulière (cf. préambule du RD III par. 5), le délai de trois jours octroyé pour dite consultation comme suffisant, ce d’autant plus que la re- courante avait déjà eu l’occasion de s’exprimer préalablement, qu’elle avait demandé les pièces du dossier « pour une brève consultation de 48h, se- lon l'usage » (cf. SEM pce 34) et que le SEM avait indiqué, dans son cour- rier du 17 mars 2020 (cf. SEM pce 35), que la consultation des pièces n’était pas liée à l’octroi d’un délai pour prendre position mais que les allé- gués tardifs pouvaient être pris en considération s'ils paraissaient décisifs (cf. art. 32 al. 2 PA). Contrairement à ce qu ’elle prétend, la recourante a donc bel et bien eu l’opportunité de s ’exprimer concernant sa situation médicale, notamment par la production d’un certificat médical daté du 26 novembre 2019 lors du dépôt de sa demande d’asile (cf. TAF 17 p. 4) et lors de l ’entretien Dublin du 6 décembre 2019. Par la suite, elle a été invitée, à deux reprises, à pro- duire un certificat médical, qui n’a été produit que le 1er avril 2020. Dans la mesure où la recourante était suivie par un psychiatre depuis six mois, elle avait la possibilité de le contacter afin d’être en mesure de produire le cer- tificat médical requis par le SEM dans le respect du délai imparti, ce d’au- tant plus au vu de la prolongation accordée. Le refus de son médecin pré- cédent de la rec evoir jusqu ’au 3 mars 2020 invoqué par la recourante (cf. TAF 17 p. 3) – non étayé par une pièce au dossier – n’empêchait pas encore celui-ci d’établir, sur demande et dans le délai prolongé, un certificat médical à l’attention de celle-ci attestant des problèmes de santé allégués. Relevons encore que, bien que le SEM n ’eût pas donné suite à la deu- xième demande de prolongation de délai de la recourante du 12 mars 2020 – en tant qu ’elle pût être considérée comme telle (cf. SEM pce 36) –, celle -ci a indiqué avoir pris rendez -vous avec son psychiatre (actuel) le 19 mars 2020. Or, la recourante n ’a produit le certificat médical daté du 30 mars 2020 que le 1er avril 2020 sans qu’elle n’eût donné de nouvelles – ni produit d ’attestation – suite à la consultation prévue le 19 mars 2020, voire à l’éventuelle annulation de cette consultation. Pour ces raisons, il ne F-1812/2020 Page 15 peut être reproché au SEM d ’avoir rendu, faute de diligence de la recou- rante dans la transmission des informations demandées et sans nouvelles de celle-ci sur la consultation précitée, sa décision le 20 mars 2020. 3.2.3 La recourante s’est encore plainte d’une violation de son droit d’être entendue, à savoir des art. 6 et 8 de la loi fédérale du 19 juin 1992 sur la protection des données (LPD, RS 235.1), dans la mesure où le SEM avait transmis des informations la concernant aux autorités portugaises sans son consentement. Aux termes de l’art. 102b LAsi (communication de données personnelles à un État lié par un des accords d ’association à Dublin), la communication de données personnelles aux autorités compétentes des États liés par un des accords d ’association à Dublin est assimilée à une communication entre organes fédéraux. Selon l’art. 38 par. 1 RD III (sécurité et protection des données), les États membres prennent toutes les mesures appropriées en vue de garantir la sécurité des données à caractère personnel trans- mises, et notamment pour éviter l’accès ou la diffusion illicites ou non auto- risés, l’altération ou la perte des données personnelles faisant l’objet d’un traitement. En l’espèce, les autorités suisses étaient en droit de communiquer les don- nées personnelles de la recourante aux autorités portugaises nécessaires au traitement de la demande d’asile de celle-ci en vertu des art. 102b LAsi et 38 RD III. Le Portugal est en effet partie contractante au RD III et se doit de garantir une protection équivalente à la Suisse lors de la transmission de données en vertu de ce règlement. En outre, rien n’indique que ce pays, dont les autorités sont soumises au règlement (UE) no 2016/679 du Parle- ment européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des per- sonnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère person- nel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (JO L 119 du 4 mai 2016, ci-après : RGPD), ne respecterait pas ses engagements, ce d’autant plus qu’il figure sur la liste des Etats ayant une législation assurant un niveau de protection adéquat (art. 6 al. 1 LPD) établie par le Préposé fédéral à la protection des données (état au 12 jan- vier 2017, consultée en décembre 2020) . L’intéressée n’a pas non plus démontré qu’elle se trouverait, à l’instar de sa mère et de son fils, en dan- ger dans ce pays, ne faisant l’objet d’aucune demande d’extradition vers la Russie (cf. consid. 3.1.2 supra). F-1812/2020 Page 16 Même à supposer qu ’un vice formel eût été retenu et que le SEM n’avait pas pris en considération le certificat médical du 3 0 mars 2020, qui n ’at- teste toutefois pas de problèmes de santé qui empêchent un transfert de la recourante vers le Portugal (cf. consid. 6.2.1 et 6.2.2 infra), pour fonder sa décision, une annulation de la décision querellée prolongerait inutile- ment la procédure au détriment de l’ensemble des parties (« prozessualer Leerlauf », voir arrêts du TF 5A_358/2008 du 3 août 2010 consid. 1.2 et du TAF F-3662/2019 du 18 septembre 2020 consid. 3.5 et F -1854/2020 du 15 avril 2020 consid. 3.3). De plus, la recourante a tardé à transmettre le certificat médical requis et la manière de procéder du SEM lui est donc partiellement imputable. Une telle insuffisance aurait ainsi été guérie, en l’occurrence dès lors que, même si, contrairement à l’autorité de première instance, l’autorité de recours ne peut pas statuer en opportunité, comme c’est le cas du Tribunal en matière d’asile, la recourante n’a pas démontré la pertinence du renvoi du dossier à l ’autorité inférieure pour des motifs d’opportunité ni les raisons s’opposant à la réparation du vice par l’autorité de recours (cf., dans le même sens, arrêts du TF 1C_333/2015 du 24 mai 2016 consid. 3.2 ; 1C_431/2014 et 1C_432/2014 du 27 avril 2015 consid. 4.2). Il s ’ensuit que, quand bien même si une violation du droit d'être entendue de la recourante pouvait être retenue, ce vice devrait être exceptionnellement considéré comme réparé. 3.2.4 En conséquence, le grief de violation de son droit d ’être entendue allégué par la recourante doit être écarté. 4. Sur le plan matériel, le Tribunal retient ce qui suit. 4.1 Avant de faire application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, le SEM examine, conformément à l'Accord du 26 octobre 2004 entre la Confédération suisse et la Communauté européenne relatif aux critères et aux mécanismes per- mettant de déter miner l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile introduite dans un Etat membre ou en Suisse (AAD, RS 0.142.392.68), la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères fixés dans le RD III (cf. art. 1 et 29 a de l’Ordon- nance 1 du 11 août 1999 sur l ’asile relative à la procédure [OA 1, RS 142.311]). S'il ressort de cet examen qu'un autre Etat est responsable du traitement de la demande d'asile, le SEM rend une décision de non - entrée en matière après que l'Etat requis a acc epté la prise ou la reprise en charge du requérant d'asile (art. 29 a al. 2 OA 1 [cf. ATAF 2017 VI/7 consid. 2.1 ; 2017 VI/5 consid. 6.2]). F-1812/2020 Page 17 4.2 A teneur de l'art. 3 par. 1 RD III, une demande de protection internatio- nale présentée par un ressortissant d'un pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque des Etats membres est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. La procédure de détermination de l’Etat responsable est enga- gée aussitôt qu’une demande d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III). 4.3 Dans une procédure de prise en charge (anglais : take charge), comme en l’espèce, les critères énumérés au chapitre III du règlement (art. 8 -15) doivent être appliqués successivement (principe de l ’application hiérar- chique des critères de compétence, art. 7 par. 1 RD III). Pour ce faire, il y a lieu de se baser sur la situation existant au moment du dépôt de la pre- mière demande dans un Etat membre ( principe de pétrification ; art. 7 par. 2 RD III ; ATAF 2012/4 consid. 3.2). 4.4 En application de l ’art. 12 par. 4 RD III, si le demandeur est titulaire, notamment, d’un titre de séjour périmé depuis moins de deux ans lui ayant effectivement permis d ’entrer s ur le territoire d ’un Etat membre, l ’Etat membre qui l’a délivré est responsable de l’examen de la demande de pro- tection internationale, aussi longtemps que le demandeur n’a pas quitté le territoire des Etats membres. L ’Etat responsable de l ’examen d’une de- mande de protection internationale en vertu du règlement est tenu de pren- dre en charge – dans les conditions prévues aux art. 21, 22 et 29 – le de- mandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre (cf. art. 18 par. 1 let. a RD III). Cette oblig ation cesse si le demandeur ou une autre personne visée à l ’art. 18 par. 1 let. c ou d a quitté le territoire des Etats membres pendant une durée d’au moins trois mois, à moins qu’il ne soit titulaire d ’un titre de séjour en cours de validité délivré par l ’Etat membre responsable (cf. art. 19 par. 2 RD III). En l’espèce, les investigations entreprises par le SEM, à travers la consul- tation de l’unité centrale du système européen « Eurodac » et du système central européen d ’information sur les visas (CS -VIS), ont révélé que la recourante avait obtenu un visa émis par l ’Italie, valable du 24 sep- tembre 2015 au 23 septembre 2017, par le biais duquel elle est entrée dans l’Espace Dublin. Puis, selon ses déclarations dans le cadre de son entretien Dublin (cf. SEM pce 17), elle s’est rendue au Portugal le 1er ou le 2 janvier 2016, y a obtenu un permis de séjour valable jusqu ’en no- vembre 2019 et y a résidé jusqu’à sa venue en Suisse. Ce permis de séjour n’était donc pas encore périmé depuis plus de deux ans lorsque le SEM a soumis, le 16 décembre 2019, aux autorités portugaise s compétentes, F-1812/2020 Page 18 dans le délai fixé à l’art. 21 par. 1 RD III, une requête aux fins de l’admission de la recourante, fondée sur l ’art. 12 par. 4 RD III. Ayant accepté l’admis- sion de la recourante le 5 février 2020 sur la base de cette même disposi- tion, le Portugal a ainsi reconnu sa compétence pour traiter la demande d’asile de l’intéressée. A cet égard, les déclarations – non étayées – de la recourante selon lesquelles ses avocats portugais lui auraient signifié que ce pays refuserait d’examiner sa demande n’apparaissent pas pertinentes ni crédibles. Par ailleurs, les arguments de la recourante selon lesquels le SEM aurait appliqué de manière trop étroite les art. 12 et 13 RD III ne re- mettent pas en cause la compétence du Portugal dans la mesure où, bien qu’entrée en Suisse le 22 février 2018, la recourante n ’a jamais été mise au bénéfice d’une autorisation de séjour (cf. SEM pce 25). Il convient dès lors de relativiser la durée de son séjour en Suiss e. En outre, le permis « N », qu’elle a obtenu récemment, est destiné aux requérants d ’asile qui ont déposé une demande d’asile en Suisse et font l’objet d’une procédure d’asile, mais n’équivaut pas encore à un permis de séjour ou à une entrée en matière sur le fond de sa demande d’asile, encore moins à l’admission de celle -ci (cf., sur l ’attribution à un canton, art. 24 al. 4 LAsi et 21 al. 2 let. c OA 1). 5. La recourante conteste cela étant la décision du SEM du 20 mars 2020, en invoquant la violation du d roit, notamment pour établissement inexact ou incomplet de l’état de fait pertinent et pour manque d ’instruction (cf. con- sid. 3 supra), en particulier s’agissant de son état de santé, ainsi que pour absence d’examen individualisé concernant la situation sanitaire au Portu- gal. Elle s’est également plainte d ’une violation de la clause de souverai- neté de l’art. 17 par. 1 RD III, en lien avec les art. 3 CEDH (RS 0.101) et 29a al. 3 OA 1, en ce sens que les éléments fournis démontraient un risque de persécution en Russie mais également que le Portugal ne serait pas en mesure d’offrir une protection suffisante à la recourante. 5.1 En vertu de l'art. 3 par. 2 2ème phrase RD III, lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de trai- tement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, ci-après : Charte UE), l'Etat procédant à la détermination de l'Etat respon- sable poursuit l'examen des critères fixés au chapitre III afin d'établir si un F-1812/2020 Page 19 autre Etat peut être désigné comme responsable (cf., notamment, ATAF 2017 VI/7 consid. 4.2). 5.2 Contrairement à ce que prétend la recourante, elle ne fait l ’objet d’au- cune demande d ’extradition vers la Russie auprès des autorités portu- gaises (cf. consid. 3.1.2 supra). Il n'y a, en l’espèce, pas de raison sérieuse de croire qu'il existe, au Portugal, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraî- nent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte UE, respectivement des art. 3 CEDH ou 3 CCT (RS 0.105). Ce pays est, en effet, lié à cette Charte et partie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (CR, RS 0.142.30), au Protocole addi- tionnel du 31 janvier 1967 (PA/CR, RS 0.142.301), à la CEDH, ainsi qu'à la CCT et, à ce titre, en applique les dispositions. A cet égard, les statis- tiques relatives aux violations de la CEDH du Portugal dont se prévaut la recourante (cf. recours p. 19) démontrent l’existence dans ce pays de pro- cédures de dénonciation effectives en cas de violation de ces droits, préci- sant que le Portugal reste dans la limite inférieure des condamnations pro- noncées pour de telles violations. Dans ces conditions, le Portugal est présumé respecter la sécurité des de- mandeurs d'asile dans le cadre de leurs procédures d'asile et s’agissant des conditions d'accueil, en particulier leur droit à l'examen, selon une pro- cédure juste et équitable, de leur demande, aussi que leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection inter- nationale [refonte], JO L 180/60 du 29.6.2013 [ci -après : directive Procé- dure] et directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes deman- dant la protection internationale [refonte] ; JO L 180 /96 du 29.6.2013 [ci-après : directive Accueil]). Partant, il appartiendra au Portugal de procé- der à une analyse approfondie des documents présentés par la recourante ayant trait aux motifs de sa demande d’asile – en particulier s’agissant des persécutions que la recourante et sa famille subiraient en cas de retour en Russie en relation avec l’activité lucrative qu’elle exerçait dans son pays et des documents produits à ce propos –, dès lors que le Portugal a reconnu sa compétence pour traiter cette demande (cf. consid 4.4 supra). En outre, dans la mesure où ce sont les autorités russes et non portugaises qui ont procédé au retrait allégué du passeport original de la recourante lors de sa F-1812/2020 Page 20 visite auprès de la représentation de la Russie, celle-ci ne sera pas empê- chée, si elle ou sa famille se sentent en danger, de requérir la protection des autorités portugaises (cf. consid. 6.3 infra). 5.3 Par ailleurs, s’agissant de la prise en charge de la recourante au Por- tugal, il y a lieu de relever qu ’en l’absence de défai llances systémiques analogues à celles que la Cour européenne des droits de l'homme (ci-après : Cour EDH) a constatées pour la Grèce (cf. Cour EDH, arrêt M.S.S. c. Belgique et Grèce (Gde Ch.) du 21 janvier 2011, requ. n° 30696/09) ou d ’une situation parti culière comme en Bulgarie ou en Italie (cf., à ce sujet, Cour de justice de l'Union européenne [ci -après : CJUE ; Gde Ch.] du 21 décembre 2011 dans les affaires N.S. c. Secretary of State for the Home Department et M. E., A. S. M., M. T., K. P ., E. H. c. Refugee Applications Commissioner, Minister for Justice, Equality and Law Reform, C-411/10 et 493/10 ; arrêts du TAF F-1339/2020 du 14 avril 2020 consid. 3.2 et F-7195/2018 du 11 février 2020), l’obtention de garanties in- dividuelles de la part des autorités portugaises s’agissant de la prise en charge des requérants d ’asile particulièrement vulnérables – à supposer que l’intéressée en fût partie – n’est pas nécessaire. 5.4 Dans ces conditions, l'application de l'art. 3 par. 2 2ème phrase RD III ne se justifie pas. 6. La recourante fait également valoir que son transfert vers le Portugal serait problématique d’un point de vue humanitaire, en particulier au vu de son état de santé et de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid -19. Elle se prévaut à cet égard d’une violation de l’art. 17 par. 1 RD III, en lien avec les art. 3 CEDH ainsi que 5 LAsi. Subsidiairement et pour les mêmes mo- tifs, un délai de départ plus long devrait lui ê tre octroyé au regard de l’art. 45 al. 2bis LAsi. 6.1 Sur la base de l'art. 17 par. 1 R D III (clause de souveraineté), chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection interna- tionale qui lui est présentée par le ressortissant d'un pays tiers ou un apa- tride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Comme l'a retenu la jurisprudence (cf. ATAF 2015/9 consid. 8.2.1, ATAF 2012/4 consid. 2.4 et ATAF 2011/9 consid. 4.1), le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le RD III, lorsque le trans- fert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères F-1812/2020 Page 21 viole des obligations de la Suisse relevant du droit international publ ic. Il peut également admettre cette responsabilité pour des raisons humani- taires au sens de l'art. 29 a al. 3 OA 1 (cf., à ce sujet, ATAF 2015/9 con- sid. 8.2.2 et ATAF 2012/4 consid. 2.4 in fine). 6.2 Selon la jurisprudence de la Cour EDH, le retour forcé d'une personne touchée dans sa santé n'est susceptible de constituer une violation de l'art. 3 CEDH que lorsqu'il y a des motifs sérieux de croire que cette per- sonne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souf- frances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie (arrêt de la Cour EDH Paposhvili c. Belgique (Gde Ch.) du 13 dé- cembre 2016, requ. n°41738/10, par. 183 ; voir également arrêt de la CJUE du 16 février 2017 en l'affaire C -578/16, par. 66 à 68 ainsi qu'ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2 et 2011/9 consid . 7.1). Il ne s'agit dès lors pas de déterminer si l'étranger bénéficiera, dans le pays de renvoi, de soins équivalents à ceux dispensés dans le pays d'accueil, mais d'examiner si le degré de gravité qu'implique le renvoi atteint le seuil consacré à l'art. 3 CEDH, soit un engagement du pronostic vital ou un déclin grave, rapide et irréversible de la santé tant psychique que physique (arrêt du TAF F-7130/2017 du 28 mai 2018 consid. 6.1). 6.2.1 Dans le cadre de sa prise en charge médicale en Suisse (cf. con- sid. 3.1.2 supra), l’intéressée a fait valoir qu ’elle souffrait de troubles psy- chiques, en particulier de dépression. Selon ses déclarations, elle a été suivie par un psychiatre durant six mois, qui lui a prescrit des antidépres- seurs, ainsi que par un second psych iatre, qui lui a délivré, en date du 30 mars 2020, un certificat médical faisant état de ruminations intenses provoquant des troubles du sommeil, de difficultés de concentration et d'une intense symptomatologie anxio-dépressive. De plus, un second cer- tificat médical daté du 25 mai 2020 atteste que la recourante vit dans un contexte fragile et angoissant résultant d ’un passé douloureux et qu ’elle suit régulièrement des séances auprès de son psychiatre (cf. TAF act. 17, annexe). Il s’ensuit, sans vouloir les minimiser, qu’il ne s’agit là nullement de problèmes de santé de nature à remettre en cause son transfert vers le Portugal et que rien ne permet de considérer que ces problèmes ne puis- sent être traités dans ce pays, qui dispose de structures médicales simi- laires à celles existant en Suisse. En tout état de cause, le Portugal reste lié par la directive Accueil et doit faire en sorte que les demandeurs d’asile reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les F-1812/2020 Page 22 soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles men- taux graves, et fournir l ’assistance médicale ou autre nécessaire aux de- mandeurs ayant des besoins particuliers en matière d ’accueil, y compris, s’il y a lieu, des soins de santé mentale appropriés (cf. art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive). 6.2.2 En conséquence, le Tribunal considère que les problèmes de santé allégués par la recourante ne sont pas de nature à remettre en cause son transfert vers le Portugal. 6.2.3 Au vu de ce qui précède, le transfert de la recourante vers le Portugal n'est pas contraire aux obligations de la Suisse découlant des dispositions conventionnelles auxquelles cette dernière est liée. 6.2.4 Il incombera néanmoins aux autorités suisses chargées de l ’exécu- tion du transfert de transmettre aux autorités portugaises les renseigne- ments permettant une telle prise en charge (cf. art. 31 et 32 RD III). Il con- vient de préciser que le SEM dispose, depuis le 5 décembre 2019, d ’une autorisation signée par la recourante lui permettant de consulter son dos- sier médical et de se procurer des informations à ce sujet (levée du secret médical), ce formulaire du SEM, intitulé « Autorisation de consultation du dossier médical », ayant été soumis pour signature à l’intéressée au terme de son audition du même jour. 6.3 Il convient encore de rappeler que le RD III ne confère pas aux deman- deurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre offrant, à leur avis, les meil- leures conditions d'accueil, comme Etat responsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2010/45 consid . 8.3, auquel il y a lieu de se référer par analogie). Au demeurant, si – après son retour au Portugal – la recourante devait être contrainte par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou que ce pays viole ses obligation s d’assistance à son encontre, ainsi que la directive précitée, ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire valoir ses droits directement auprès des autorités portugaises, en usant des voies de droit adéquates (cf. art. 26 directive Accueil), ce d ’autant plus qu’elle dis- pose de ressources financières suffisantes pour se faire représenter par des avocats portugais privés compétents et indépendants. 6.4 En outre, le SEM a bien pris en compte les faits allégués par l'intéres- sée, susceptibles de constituer des raisons humanitaires au sens de F-1812/2020 Page 23 l'art. 29a al. 3 OA 1, en lien avec l'art. 17 par. 1 RD III. L'autorité inférieure a exercé correctement son pouvoir d'appréciation, en examinant notam- ment s'il y avait lieu d'entrer en matière sur la demande de la requérante pour des raisons humanitaires, et elle n 'a pas fait preuve d'un abus dans son appréciation ni violé le principe de la proportionnalité ou de l'égalité de traitement. A ce titre, le Tribunal rappelle qu'il ne peut plus, ensuite de l'abrogation de l'art. 106 al. 1 let. c LAsi entrée en vigueur le 1er fé- vrier 2014, substituer son appréciation en opportunité à celle de l'autorité inférieure, son contrôle étant limité à vérifier que celle-ci a constaté les faits pertinents de manière exacte et complète et qu'elle a exercé son pouvoir d'appréciation conformément à la loi (ATAF 2015/9 consid. 7 et 8). 6.5 Au regard de l'ensemble des éléments qui précèdent, c'est à bon droit que le SEM a retenu qu'il n'y avait pas lieu de faire application de la clause discrétionnaire de l'art. 17 par. 1 RD III. 6.6 Enfin, indépendamment des informations contenues dans le rapport de l'OMS du 30 juin 2020 sur le développement de la Covid-19 dans le monde, la situation actuelle liée à la propagation de la pandémie du coronavirus (Covid-19) n’est pas de nature à remettre en cause la possibilité de trans- férer la requérante vers le Portugal, dès lors que cette situation est tempo- raire et que, si elle devait retarder momentanément l ’exécution du renvoi, celle-ci devra avoir lieu ultérieurement, en temps approprié (cf. arrêt du TAF F-1622/2020 du 26 mars 2020 consid. 2.2), précisant qu’en l’état, la situation sanitaire n’apparaît pas plus favorable en Suisse qu ’au Portugal (cf. https://covid19.who.int/region/euro/country/ch et https://co- vid19.who.int/region/euro/country/pt, consultés en décembre 2020). Enfin, pour ces motifs (cf., également, consid. 4.4, 6.2.1 et 6.2.4 supra) et au re- gard de l’art. 45 al. 3 LAsi, il n’y a pas non plus lieu de faire application de l’art. 42 al. 2bis LAsi pour fixer un délai de départ plus long à la recourante, ce d’autant plus que sa mère et son fils résident encore au Portugal. 7. 7.1 S’agissant des mesures d’instruction requises, les documents (caviar- dés) relatifs aux échanges entre les autorités suisses (SEM et OFJ) et les autorités portugaises ont été portés à la connaissance de la recourante en conformité avec les art. 26 ss PA et cette demande doit par conséquent être déclarée sans objet. Il est précisé que les parties caviardées du cour- riel du 13 mai 2020 n ’apparaissent – comme exposé par le SEM – pas pertinentes, dans la mesure où elles vis aient à renseigner les autorités concernées que l’information selon laquelle la recourante ne faisait l’objet F-1812/2020 Page 24 d’aucune demande d’extradition par la Russie pouvait être communiquée dans le cadre de la procédure d ’asile (cf. TAF pces 37 annexe p. 1 et 44 annexe p. 4) ainsi qu’à demander à ce que le SEM accuse réception de ce courriel. Pour le reste, il y a lieu de rejeter la demande de production non caviardée de ces échanges pour protéger les données relatives aux colla- borateurs des offices concernés, précisant que l’autorité n’a pas procédé à un caviardage excessif et en a indiqué les motifs, respectant ainsi les prin- cipes de proportionnalité et du droit d ’être entendue de la recourante (cf., a contrario, arrêt du TAF F-1031/2018 du 27 novembre 2019 consid. 4.4 et 5 et les réf. cit.). Pour les motifs sus-évoqués (cf. consid. 3.1.2, 6.2.1 et 6.6 supra), les réitérées demandes d’établissement de l'état de santé de la re- courante et de son adéquation avec un transfert au Portugal, d’analyse de la situation actuelle du Portugal (en particulier en lien avec sa situation sa- nitaire au regard de la pandémie) et de sa capacité à accueillir la recou- rante, notamment au regard de la restriction aux frontières et de la sécurité sanitaire, sont rejetées. 7.2 Concernant l’existence de prétendus accords administratifs « secrets » conclus entre le SEM et certains pays, do nt le Portugal et la Russie, res- pectivement entre le Portugal et la Russie, cette demande doit également être rejetée, au vu de son caractère dénué de pertinence et ne reposant sur aucun indice concret. D’une part, un tel accord n’est en effet pas publié au recueil systématique, raison pour laquelle il est possible de fortement douter de son existence. D’autre part, même si par impossible un tel accord devait exister, cet élément ne serait d’aucun secours à le recourante, dans la mesure où elle ne fait précisément pas l’objet d’une demande d’extradi- tion. En tout état de cause, elle disposerait, de tous points de vue , des moyens légaux nécessaires pour se protéger au Portugal conformément à la règlementation Dublin (laquelle n’a pas été abrogée et continue pour l’heure à s’appliquer, contrairement à ce que semble affirmer la recourante, lorsqu’elle évoque la « fin programmée » du RD III imposant selon elle l’usage de la clause de souveraineté [cf. TAF act. 31, p. 4]) et aux principes guidant ledit Etat de droit, tant membre de l’Union européenne que, notam- ment, partie à la CEDH (cf. consid. 3.1.2 et 6.3 supra). Le Tribunal considère par conséquent que les faits sont suffisamment éta- blis par les pièces figurant au dossier , de sorte qu'il ne s'avère pas indis- pensable de donner une suite favorable aux demandes de mesures d’ins- truction précitées. Les éléments essentiels sur lesquels le Tribunal fonde son appréciation ressortent déjà du dossier et ne nécessitent aucun com- plément d'instruction (arrêt du TF 1C_1 36/2015 du 20 août 2015 con- sid. 2.2). De plus, la recourante a eu l’occasion de s’exprimer par écrit à de F-1812/2020 Page 25 multiples reprises durant la présente procédure. A cela s’ajoute que l'auto- rité est fondée à mettre un terme à l'ins truction lorsque les preuves admi- nistrées lui ont permis, comme ici, de former sa conviction et que, procé- dant d'une manière non contraire au droit à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude qu'elles ne pour- raient l'amener à modifier son opinion (cf. ATF 140 I 285 consid. 6.3.1 et 138 III 374 consid. 4.3.2). 8. 8.1 Au vu de ce qui précède, c'est à juste titre que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de la recourante, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et qu'il a prononcé son transfert de Suisse vers le Portugal, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle gé- nérale du renvoi n'étant réalisée (art. 32 OA 1). 8.2 Le recours est par conséquent rejeté. 9. Vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge de la recourante (cf. art. 63 al. 1 PA en relation avec les art. 1 à 3 du règle- ment du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). (dispositif à la page suivante) F-1812/2020 Page 26 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Les mesures d ’instruction complémentaires requises par la recourante sont sans objet, en tant qu’elles concernent la transmission à la recourante des échanges entre les autorités suisses et portugaises. Elles sont rejetées pour le surplus. 2. Le recours est rejeté. 3. Les autorités chargées de l’exécution du transfert sont invitées à informer à l’avance, de manière appropriée, les autorités de l ’Etat d’accueil sur les spécificités médicales du cas d’espèce. 4. Les frais de procédure, s’élevant à 1’500 francs, sont mis à la charge de la recourante. Ce montant est prélevé sur l’avance de frais du même montant versée le 29 avril 2020. 5. Le présent arrêt est adressé à la recourante, au SEM et à l’autorité canto- nale. Le président du collège : Le greffier : Gregor Chatton José Uldry Expédition : F-1812/2020 Page 27 Destinataires : – mandataires de la recourante (par lettre recommandée) – SEM, Division Dublin, ad dossier N (…) – Service de la population du canton de Vaud (en copie)