B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour V E-7383/2014 A r r ê t d u 1 2 j a n v i e r 2 0 1 5 Composition François Badoud, juge unique, avec l'approbation de Gérald Bovier, juge ; Beata Jastrzebska, greffière. Parties A._______, né le (…), Gambie, (…), recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM ; anciennement Office fédéral des migrations, ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 12 décembre 2014 / N (…). E-7383/2014 Page 2 Faits : A. Le 22 novembre 2014, le recourant a déposé une demande d'asile, au centre d'enregistrement et de procédure de Vallorbe. B. Auditionné, les 2 et 8 décembre 2014, il a exposé être originaire de Gambie, d'ethnie Mandinga et de religion musulmane. Orphelin de mère, il aurait vécu avec son père dans le village de B._______, où il se serait occupé de la culture de l'arachide, du haricot, du mil et du sorgho sur des terres familiales. En 2011, lors d'une lutte amicale avec un ami, il aurait soulevé ce dernier et l'aurait laissé tomber sur le sol. L'ami se serait brisé la nuque et serait décédé des suites de ses blessures. Menacé de mort par les proches de la victime, l'intéressé aurait décidé de quitter son pays par peur de subir leur vengeance. I l aurait renoncé à solliciter la protection des auto rités gambiennes craignant l'ouverture de poursuites pénales du chef de son acte et par conséquent une peine d'emprisonnement. Requis de préciser les circ onstances de la mort de son ami , l'intéressé a d'abord déclaré que personne n'a vait assisté à l'évé nement ; lors de la seconde audition, il a toutefois affirmé que la scène avait été vue par les villageois. Le recourant a en outre exposé avoir appris la mort de son ami par l'intermédiaire de sa famille pour déclarer par la suite en avoir pris connaissance par un proche de la victime, rencontré à C._______. Le recourant a déclaré n'avoir jamais possédé ni carte d'identité ni passeport. C. Le 12 décembre 2014, l'ODM a rejeté la demande d'asile de l'intéressé considérant que ses déclarations, contradictoires, n'étaient pas crédibles. L'office a prononcé le renvo i de l'intéressé de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. S'agissant de la crainte exprimée par l'intéressé d'être l'objet de poursuites pénales , l'office a considéré qu'il ét ait légitime de la part de E-7383/2014 Page 3 l'Etat qu'il prît les mesures nécessaires po ur éclaircir un accident ayant entraîné la mort d'une personne. D. Par recours interjeté, le 18 décembre 2014, l'intéressé a contesté la décision précitée . Il a mis l'accent sur le fait qu'en cas de retour en Gambie, il risquait d'être tué par la famille de son ami décédé. Il a en outre fait valoir qu'en Gambie, il n'allait pas pouvoir bénéficier d'un procès équitable. Déclarant être indigent et donc ne pas disposer des moyens nécessaires pour payer les frais de justice, l'intéressé a requis le bénéfice de l'assistance judiciaire totale (recte : partielle). E. Les autres fait et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire, dans les considérations en droit qui suivent. Droit : 1. 1.1 Le Tribunal administratif fédéral ( ci-après: le Tribunal), en vertu de l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5 PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. 1.2 En particulier, les décisions rendue s par l e SE M concernant l 'asile peuvent être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant le Tribunal, lequel statue alors définit ivement, sauf demande d 'extradition déposée par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 LTF). 1.3 Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et art. 108 al. 1 LAsi). 2. 2.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d 'origine ou dans le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices E-7383/2014 Page 4 ou craignent à juste titre de l 'être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe s ocial déterminé ou de leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l 'intégrité corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique insupportable. Il y lieu de tenir compte des motifs de fui te spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 consid. 5.2‒5.6). 2.2 Quiconque demande l 'asile ( requérant) doit prouver ou du moins rendre vraisemblable qu 'il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable lorsque l 'autorité estime que celle -ci est hautement probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3. 3.1 En l'occurrence, force est de constater que l'intéressé ne fait valoir à l'appui de sa demande aucun motif pertinent en matière d'asile , au sens de l'art. 3 LAsi. Il craint en effet les conséquences de la mort accidentelle de son ami et déclare craindre des poursuites pénales et la vengeance des proches de la victime. Sur ce point, il convient d'abord d'observer, comme l'autorité inférieure l'a d'ailleurs pertinemment relevé dans sa décision, qu'il est légitime qu'un Etat prenne des mesures afin d'éclaircir les circonstances d'un accident mortel ; dans ces conditions, l'action de l'Etat ne peut pas être assimilée à une persécution au sens de l'art. 3 LAsi. Quant aux prétendues poursuites de la part des proc hes de la victime , il convient de souligner qu'il s'agit là d'un différend entre particuliers sans portée pour l'octroi de l'asile. S'il entend prévenir leur vengeance, rien de l'empêche de se mettre sous la protection des autorités de son pays dont rien ne dit non plus qu'elles la lui refuseraient. Indépendamment toutefois de la question de sa pertinence, force est de constater que le récit de l'intéressé , contradictoire et sommaire, ne parvient pas à conv aincre. Le recourant n'est ainsi pas à même de décrire précisément les circonstances de la mort de son am i ; il n'arrive E-7383/2014 Page 5 pas à indiquer quand et par qui il a pris connaissance de l'issue fatale de l'événement. Prises globalement, ses déclarations, particulièrement vagues et générales, semblent n'avoir été articulées que pour le seul besoin de la cause. 3.2 Il s'ensuit que le recours, en tant qu 'il conteste le refus de l 'asile, doit être rejeté. 4. 4.1 Lorsqu'il rejette la demande d 'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en ordonne l 'exécution ; il tien t compte du principe de l 'unité de la famille (art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l 'art. 32 de l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l 'asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d 'une autorisation de séjour ou d 'établissement valable, ou qu 'il fait l 'objet d 'une décision d'extradition ou d 'une décision de renvo i conformément à l 'art. 121 al. 2 Cst. 4.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n 'étant en l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 5. 5.1 L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnable ment exigible et possible . Si ces conditions ne sont pas réunies, l 'admission provisoire doit être prononcée. Celle -ci est réglée par l 'art. 84 LEtr (RS 142.20). 5.2 L'exécution n 'est pas licite lorsque le renvoi de l 'étranger dans son Etat d'origine ou de provenan ce ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à l'art. 3 al. 1 LAsi, ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). E-7383/2014 Page 6 5.3 L'exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l 'étranger dans son pays d 'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre c ivile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4 L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6. 6.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour de s raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans un pays donné ou qu 'aucun autre Etat, respectant le principe du non-refoulement, ne se déclare prêt à l 'accueillir; il s 'agit d 'abord de l'étranger reconnu réfugié, mais soumis à une clause d 'exclusion de l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 6.2 En l'espèce, l 'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non-refoulement de l 'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le recourant n'a pas rendu vraisemblable qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 6.3 En ce qui concerne les autres engagement s de la Suisse relevant du droit international, il sied d 'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application dans le présent cas d'espèce. 6.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou dégradants) s 'applique indépendamment de la reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu 'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l 'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu 'il existe pour elle un véritable risque concret et sér ieux d'être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu 'une situation de guerre, de E-7383/2014 Page 7 guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la protec tion issue de l 'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut re ndre hautement probable qu 'elle serait visée personnellement – et non pas simplement du fait d 'un hasard malheureux – par des mesures incompatibles avec la disposition en question ( Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en matière d 'asile [JICRA] 1996 no 18 consid. 14b let. ee p. 186 s.). 6.5 En l'occurrence, le Tribunal relève que le recourant n'a pas démontré l'existence d'un risque réel, fondé sur des motifs sérieux et avérés, d'être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements prohibés. 6.6 Dès lors, l 'exécution du renvoi du recourant sous forme de refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du droit international, de sorte qu 'elle s 'avère licite (art. 44 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr). 7. 7.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l 'exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l 'expulsion de l'étranger dans son pays d 'origine ou de provenance le met concrètement en danger , par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s 'applique en premier lieu aux « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu 'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violenc e généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l 'exécution du renvoi à l 'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF 2011/50 consid. 8.1‒8.3 et jurisp. cit.). 7.2 Le Gambie ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait d 'emblée – et indépendamment E-7383/2014 Page 8 des circonstances du cas d 'espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants du pays, l 'existence d 'une mise en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 7.3 En outre, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait inférer que l 'exécution du renvoi impliquerait une mise en danger concrète du recourant . A cet égard, l 'autorité de céans relève que le recourant est jeune et n'a pas allégué de problème de santé particulier. 7.4 Pour ces motifs, l 'exécution du renvoi doit être considérée comme raisonnablement exigible. 8. Enfin, le recourant est en mesure d 'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de son pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de quitte r la Suisse. L'exécution du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12). 9. 9.1 Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté. 10. Le recours s 'avérant manifestement infondé, il est rejeté dans une procédure à juge unique, avec l 'approbation d 'un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d 'écritures, le présent arr êt n'étant motivé que sommairement (cf. art. 111a al. 1 et 2 LAsi). 11. Dans la mesure où les conclusions du recours étaient d 'emblée vouées à l'échec, la requête d'assistance judiciaire partielle doit être rejetée (art. 65 al. 1 PA). 12. Au vu de l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et E-7383/2014 Page 9 indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif : page suivante) E-7383/2014 Page 10 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d 'un montant de 600 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant , au SEM et à l 'autorité cantonale. Le juge unique : La greffière : François Badoud Beata Jastrzebska Expédition :