Décision du 7 juillet 2016 Cour des plaintes Composition Les juges pénaux fédéraux Stephan Blättler, président, Roy Garré et Patrick Robert-Nicoud, la greffière Julienne Borel Parties RÉPUBLIQUE ARABE D'EGYPTE, représentée par Mes Urs Feller et Marcel Frey, avocats, recourante contre MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION, intimé et contre A., B. et C., représentés par Me Lionel Halpérin, avocat, D., représenté par Me Vincent Jeanneret, avocat, B u n d e s s t r a f g e r i c h t T r i b u n a l p é n a l f é d é r a l T r i b u n a l e p e n a l e f e d e r a l e T r i b u n a l p e n a l f e d e r a l Numéro de dossier: BB.2015.68 - 2 - E., représenté par Me Patrick Hunziker, avocat, F., représenté par Me Paul Gully-Hart, avocat, G., représenté par Me Marc Hassberger, avocat, H., représenté par Mes Didier de Montmollin et André Gruber, avocats, I., représenté par Me Guillaume Vodoz, avocat, parties adverses Objet Classement de la procédure (art. 322 al. 2 CPP) - 3 - Faits: A. Le Ministère public de la Confédération (ci -après: MPC) mène depuis le 18 mai 2011 une instruction référencée SV.11.0105 contre inconnus du chef de blanchiment d’argent (art. 305bis CP). Le MPC a ouvert le 3 juin 2011 une instruction SV.11.0118 contre inconnus du chef de blanchiment d’ argent (art. 305bis CP). Le 14 juin 2011, le MPC a ordonné l’ouverture d’une instruction, référencée SV.11.0127, à l’encontre de F. pour blanchiment d’argent (art. 305bis CP). B. Le 1 er septembre 2011, le MPC a ordonné l’extension de la procédure SV.11.0118 à l’infraction de pa rticipation o u soutien à une organisation criminelle (art. 260ter CP) et à l’encontre de A., B., I., C., D. et E. À la même date, le MPC a étendu la procédure SV.11.0105 à l’infraction de participation ou soutien à une organisation criminelle (art. 260ter CP) et notamment à l’encontre de G. et J. Toujours à la même date, le MPC a ordonné l’extension de la procédure SV.11.0127, dirigée contre F., à l’infraction de participation ou soutien à une organisation criminelle (art. 260ter CP). C. Le 5 septembre 2011 , le MPC a joint les procédures SV.11.0105 et SV.11.0127 à la procédure SV.11.0118 et le 30 septembre 2011 a admis la qualité de partie plaignante de la République arabe d’Egypte. Suite à un recours des prévenus contre ce prononcé, la Cour de céans a, par décision BB.2011.107/108/110/111/112/115/116/117/128 du 30 avril 2012 (ci-après: BB.2011.107), confirmé le statut de partie plaignante de la République arabe d’Egypte. D. Le 10 février 2012, le MPC a étendu la procédure SV.11.0118 à l’encontre de H. E. Le 23 mai 2012, le MPC a autorisé l’accès au dossier à la République arabe d’Egypte. Par arr êt RR.2012.122/123/124/125/126 -127/128-130/131/132- 137/145/149-151 du 12 décembre 2012 (ci-après: RR.2012.122), la Cour de céans a annulé le prononcé précité et suspendu l’accès au dossier de la République arabe d’Egypte, celui-ci devant être levé au fur et à mesure de l’entrée en force des différentes décisions de clôture rendues dans les procédures d’entraide pénale internationale (RR.2012.122, consid. 3.4). - 4 - F. Le 14 août 2013, le MPC a disjoint la procédure à l’encontre de J. G. Les 23 août et 2 décembre 2011, 8 novembre 2012 ainsi que 19 mars 2013, la Police judiciaire fédérale (ci-après: PJF) a déposé des rapports d’analyse relatifs notamment à l’entourage personnel et professionnel des prévenus (in act. 1.1). H. Par ordonnance du 11 juin 2015, le MPC a classé la procédure s’agissant de l‘infraction d’organisation criminelle, estimant qu’aucun élément concret ne permettrait de conclure à l’existence d’une telle organisation au sens de l’art. 260ter CP (act. 1.1). I. Le 26 juin 2015, la République arabe d’Egypte a interjeté recours à l’encontre de cette ordonnance de classement partiel et a conclu à son annulation (act. 1). J. Le 1er juillet 2015, la Cour de céans a requis la recourante de fournir une procuration (act. 2). Le 13 juillet 2015, la recourante a transmis des procurations du Asset Recovery Judicial Committee (ci-après: ARJC) du 4 septembre et 1er décembre 2011 (act. 4.1; 4.2) ainsi qu’une attestation du Procureur général égyptien ( Prosecutor General of the Arab Republic of Egypt) du 1er octobre 2011 (act. 4.3). K. Le 29 juillet 2015, le défens eur de A. et B. a requis que la recourante fournisse une procuration plus réc ente (act. 13). Le 3 août 2015, le juge rapporteur a refusé ladite requête (act. 14). L. Le 17 août 2015, E. et D., F., G., H., le MPC , C., A. et B. ont répondu, concluant, en substance , au rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité (act. 21, p. 4 et 18; 22; 23, p. 5; 24, p. 2; 25, p. 1; 26; 27, p. 2-3). Le 3 septembre 2015, la Cour de céans a imparti un délai aux parties afin qu’elles proposent une version « épurée » de leurs écrits pour qu’ils puissent être portés à la connaissance de la recourant e (act. 30). Le 30 septembre 2015, I. a déclaré renoncer à déposer des observations (act. 39). Le 8 octobre 2015, la Cour de céans a transmis à la recourante les réponses des parties, dans des versions caviardées pour certaines, et l’a invitée à répliquer (act. 41). - 5 - M. Par réplique du 10 novembre 2015, la recourante a persisté dans ses conclusions (act. 48). Au surplus, la recourante a requis que les annexes nos 10 et 11 de sa réplique ne soient transmises qu’au MPC , invoquant le secret de l’enquête (act. 48.0). Le 30 novembre 2015, la Cour de céans a invité la recourante à proposer une version caviardée de ces documents ou à ce qu’elle en fasse un résumé afin de pouvoir les transmettre à toutes les parties, faute de quoi ils seraient retirés du dossier conformément à l’art. 108 al. 4 CPP (act. 49). Le 16 décembre 2015, la recourante a informé la Cour de céans qu’elle renonçait à produire ces pièces et a demandé à ce qu’elles lui soient retournées (act. 51). N. Le 4 janvier 2016, G. a annoncé renoncer à dupliquer (act. 59). O. D. et E., par duplique du 14 janvier 2016, le MPC, H., F., C. ainsi que A. et B., par dupliques du 15 janvier 2016, ont persisté dans leurs conclusions (act. 60; 61; 62; 63.1; 64; 65). P. Le 26 mai 2016, le MPC a transmis à la Cour de céans pour information une note dipl omatique n° 85 du 23 mai 2016 et ses annexes émanant de la recourante et reçues par l’Office fédéral de la justice . Cet écrit informe les autorités suisses que F. et son épouse ne sont plus poursuivis en République arabe d’Egypte et qu’ils peuvent dès lors être retirés de l’ordonnance instituant des mesures à l’encontre de certaines personnes originaires de la République arabe d’Egypte du 2 février 2011 (RS 946.231.132.1; act. 69.1). Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris, si nécessaire, dans les considérants en droit. - 6 - La Cour considère en droit: 1. 1.1 Les décisions du MPC peuvent faire l'objet d'un recours devant la Cour de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et 37 al. 1 de la loi sur l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit, à l'autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l’art. 393 al. 2 CPP, le recours peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (let. a), la constatation incomplète ou erronée des faits (let. b) ou l’inopportunité (let. c). 1.2 Aux termes de l'art. 322 al. 2 CPP, les parties peuvent attaquer une ordonnance de classement dans les dix jours devant l'autorité de recours. Le recours, interjeté le 26 juin 2015 contre une ordonnance notifiée le 16 juin, l’a été en temps utile (act. 1). 1.3 Plusieurs parties adverses contestent les pouvoirs de représentation des mandataires de la République arabe d’Egypte. Ils estiment, au vu des divers changements de régime intervenus depuis la chute de l’ancien président Mubarak, qu’une procuration actualisée doit être fournie (act. 21, p. 2; 22, p. 2; 27, p. 5). À réception du recours de la République arabe d’Egypte, la Cour de céans a invité la recourante à verser une avance de frais et à fournir une procuration (act. 2, supra let. J). La recourante a alors transmis deux procurations au nom de l’ARJC du 4 septembre et du 1 er décembre 2011 (act. 4.1 et 4.2), ainsi qu’un écrit du 1er octobre 2011 émanant du Prosecutor General of the Arab Republic of Egypt (act. 4.3) . Ce dernier contient la declaration suivante: « [w]e, the Prosecutor General of the Arab Republic of Egypt hereby are informed that the [ARJC] (Ministry of Justice) on behalf of the Arab Rebuplic of Egypt has authorized the office Prager Dreifuss AG (Dr Urs Feller), Attorneys-at-law, to take the necessary measures concerning all present and future mutual legal assistance requests conveyed by the Egyptian General Prosecution to the competent Swiss authorities, regarding freezing, confiscating and recovering all assets of Mr. Mohamed Hosni Mubarak and others as mentioned in the Power of Attorney, dated 4 September 2011. We, the Prosecutor General of Arab Republic of Egypt hereby authorize Prager Dreifuss AG in the same way to assist and support our mutual legal assistance requests as well as to undertake any other (civil or criminal) measures required in order to freeze, confiscate and recover said assets (e.g. also to intervene and act on behalf of the Arab Republic of Egypt in Swiss proceedings, for example regarding money laundering) ». - 7 - 1.4 La Cour de céans a déjà eu l’occasion d’examiner la question de la légitimation et l’étendue du pouvoir de l’ARJC ainsi que de se prononcer sur la portée et la validité des deux procurations précitées dont les mandataires juridiques suisses de la Républiqu e arabe d’Egypte sont bénéficiaires (décision BB.2011.107, consid. 4.2). Si certes ces documents datent de 2011, dans l’état actuel du dossier, au vu du principe de la continuité de l’Etat (selon lequel un changement de gouvernement, de système politique ou de l’organisation de l’Etat ne signifie pas une modification de son statut juridique; v. ZIEGLER, Introduction au droit international public, 3e éd., Berne 2015, n° 547, p. 246) et du fait qu’une procuration est valable jusqu’à sa révocation (v. art. 34 al. 1 CO a contrario), rien ne justifie de s’écarter des conclusions prisent dans sa décision BB.2011.107 susmentionnée et de remettre en cause l e mandat conféré à l’Etude Prager Dreifuss AG. De surcroît, les arguments des parties adverses ne permettent pa s d’infirmer cette constatation et sont par conséquent dénués de fondement. 1.5 Selon le Tribunal fédéral (arrêt du Tribuna l fédéral 1B_489/2011 du 24 janvier 2012, consid 2.1), les ordonnances de classement peuvent faire l'objet d'un recours en vertu de l'art. 393 al. 1 let. a CPP de la part de « toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à [leur ] annulation ou à [leur] modification » (art. 382 al. 1 CPP). La qualité pour recourir de la partie plaignante contre une ordonnance de classement ou de non -entrée en matière est ainsi subordonnée à la condition qu'elle soit directement touchée par l'infraction et puisse faire valoir un intérêt juridiquement protégé à l'annulation de la décision. En règle générale seul peut se prévaloir d'une atteinte directe le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été enfreinte (ATF 129 IV 95 consid. 3.1 et les arrêts cités). Les droits touchés sont les biens juridiques individuels tels que la vie et l'intégrité corporelle, la propriété, l'honneur, etc. (Message relatif à l'unification du droit de la pro cédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1057 [ci-après: Message CPP ], p. 114 8). En revanche, lorsque l'infraction protège en première ligne l'intérêt collectif, les particuliers ne sont considérés comme lésés que si leurs intérêts privés ont été effectivement touchés par les actes en cause, de s orte que leur dommage appa raît comme la conséquence directe de l'acte dénoncé (ATF 129 IV 95 consid. 3.1 et les arrêts cités). 1.6 Les parties adverses contestent la recevabilité du recours déposé par la République arabe d’Egypte. Cette dernière quant à elle s’estime lésée par le classement de l’infraction d’organisation criminelle, notamment du point de vue du fardeau de la preuve concernant la licéité des valeurs patrimoniales des prévenus: « [d]iese Untersuchung könnte wegen der Umkehr der Beweislast dazu führen, dass die Angeschuldigten den rechtmässigen Erwerb der grossen Vermögenswerte nachzuweisen haben, die sie während - 8 - der Regierungsperiode des ehemaligen ägyptischen Präsidenten Hosni Mubarak angehäuft haben ». D. et E. considèrent que l’art. 260ter CP, en lien avec l’art. 72 CP, n’a de toute évidence pas pour vocation d’accorder à la République arabe d’Egypte un droit au renversement du fardeau de la preuve. L’accusation – soutenue par la partie plaignante – devrait préalablement démontrer l’existence de la prétendue organisation criminelle afin que le renversement de la preuve soit opéré. En prétendant qu’elle est lésée uniquement pour bénéficier de l’art. 72 CP, la recourante commettrait un abus de droit (act. 21, p. 3; on retrouve des considérations similaires de la part de F., act. 22, p. 3; G., act. 23, p. 2; H., act. 24, p. 6-7; A. et B., act. 27, p. 4-5). Quant au MPC, il s’interroge sur l’intérêt juridiquement protégé de la recourante à déposer un recours contre l’ordonnance de classement d’un e qualification juridique, dans la mesure où la procédure se poursuit du chef de blanchiment d’argent (art. 305 bis CP) et les séquestres ordonnés sont maintenus (act. 25, p. 4). 1.7 Il sied en l’espèce de déterminer si la République arabe d’Egypte peut être considérée comme la titulaire du bien juridique protégé par l’art. 260 ter CP relatif à l’infraction de participation ou soutien à une organisation criminelle. La Cour de céans s’est déjà penchée sur la question dans sa décision BB.2011.107 (consid. 5.2.2). Elle était arrivée à la conclusion que la question de savoir si l’existence d’une organisation criminelle peut à elle seule léser directement une personne individualisée pouvait être laissée ouverte. En effet, elle a constaté qu’il peut être considéré que la République arabe d’Egypte a été lésée par les actes de corruption supposés commis par le réseau de l’ex -président Mubarak ( BB.2011.107, consid. 5.2.1). Ainsi, la Cour de céans avait conclu que la République arabe d’Egypte pouvait avoir été lésée par l’ infraction supposée de participation ou soutien à une organisation criminelle puisqu’elle l’a vait été par les actes de corruption supposés commis en son sein. Néanmoins, il sied de relever que l ors du traitement de cette problématique par la Cour de céans dans le cadre de la décision BB.2011.107, celle-ci a examiné si, au regard du droit suisse, des actes de corruption p ouvaient être imputés aux prévenus. Elle a rappelé à cet égard qu’il n’y avait pas lieux d’examiner en l’état si des actes concrets de corruption avaient été exécutés, seule la question théorique de la lésion directe de la République arabe d’Egypte devant être résolue (BB.2011.107, consid. 5.2.1 et références citées) . Elle a donc retenu que l’ensemble des prévenus était relié à des accusations de corruption et conclu que « les actes de corruption qui pourraient être imputés [aux prévenus] étaient susceptibles d’avoir à ce stade lésé directement les intérêts de la République arabe d’Egypte; leur produit pouvait également avoir été blanchi en Suisse, comme le suppose en particulier le rapport de la PJF du 13 février 2012 […] ». La Cour de céans tient néanmoins à relever qu’au stade actuel de l’enquête et - 9 - des éléments au dossier de la pr ésente cause, il existe des incertitudes quant aux procédures encore pendantes en Egypte. Le MPC, dans sa réponse, s’étonne notamment que la recourante, dans son recours, allègue des soupçons en lien avec F., qui pourtant n’est plus poursuivi en Egypte (act. 69.1) . Il remarque également que la recourante allègue que la procédure égyptienne n° 1 ouverte en lien avec D. et K. ferait toujours l’objet d’investigations alors que la presse relayait le 25 juin 2015 qu’un accord aurait été conclu dans le cadre de cette procédure (act. 25, p. 5; 25.2). D. et E. reprochent quant à eux à la recourante d’avoir entre autres dissimulé aux autorités helvétiques des verdicts d’acquittements (act. 21, p. 10). La recourante de son côté allègue que la procédure n° 1 précitée est toujours en phase d’instruction (act. 1.3; 48, p. 17 s; 48.13). Toutefois, la question de savoir quels soupçons pèsent encore à l’encontre des prévenus en lien avec la problématique de la qualité pour recourir de la République arabe d’Egypte contre l’ordonnance de classement querellée peut souffrir en l’espèce de rester indécise. 1.8 En effet, d ans un grief d’ordre formel, la recourante se plaint d’une double violation de son droit d’être entendu e. D’une part , le MPC aurait enfreint l’art. 318 al. 1 CPP en n’annonçant pas aux parties son intention de procéder au classement partiel de la procédure et en ne leur fixant pas de délai pour présenter des offres de preuves (act. 1, p. 7). D’autre part, elle estime qu’un classement partiel est d’autant plus critiquable dans la mesure où , jusqu’à présent, la recourante n’a toujours pas eu accès au dossier de la cause (act. 1, p. 8). Sur le fond, la recourante fait valoir une violation de l’art. 319 CPP (act. 1, p. 10 ss). 1.9 G. estime que la recourante n’a pas non plus qualité pour recourir concernant une éventuelle violation formelle de l’art. 318 CPP. Il argue qu’elle n’explique pas en quoi elle aurait subi un préjudice du fait que le classement ne lui a pas été notifié dans les formes prévues par l’art. 318 al. 1 CPP et relève qu’elle ne formule par ailleurs aucune réquisition de preuve dans le cadre de son recours (act. 23, p. 2 s). H. considère qu’il serait absurde de reconnaître à la recourante un intérêt à recourir en raison d’un pur grief formel, alors que, sur le fond, aucun intérêt n’existerait une fois cet éventuel grief réparé (act. 24, p. 6) . Dans sa duplique, il constate de surcroît qu’u n accès au dossier, notamment au vu de la situation politique prévalant en Egypte, ne puisse toujours pas être reconnu à la recourante (act. 62, p. 3). Il estime que cette conclusion s’impose d’autant plus que la recourante soutient qu’un accès complet et total devrait lui être réservé pour pouvoir formuler utilement ses réquisitions de preuve s. Un tel accès aurait manifestement pour conséquence de rendre illusoire l’utilité de la poursuite de la procédure d’entraide judiciaire, s’agissant notamment de la transmission d’informations - 10 - relevant du domaine secret. Ainsi, H. estime que dans la mesure où aucun accès au dossier ne peut être reconnu à la recourante, elle n’a corollairement aucun intérêt à l’annulation de la décision attaquée (act. 62, p. 4). A. et B. se prévalent en substance de la même argumentation (act. 27, p. 5; act. 65, p. 2 s). D. et E. font également valoir que la recourante n’a pas fait d’offre de preuves visant à démontrer l’existence d’une organisation criminelle. Dès lors, la violation purement formelle ne saurait, selon eux, suffire à admettre le recours formé par la République arabe d’Egypte, vu qu’elle n’a entraîné aucun préjudice concret pour la recourante qui a manqué de faire la démonstration d’une réelle violation de son droit d’être enten due (act. 21, p. 14). F. estime pour sa part qu’il n’était pas envisageable pour l’autorité intimée d’appliquer in casu l’art. 318 al. 1 CPP dans la mesure où, d’une part, lorsque la r ecourante a été interpellée, elle a apporté des réponses incomplètes voire contradictoires, d’autre part, que les motifs ayant présidé à l’arrêt du Tribunal de céans du 12 décembre 201 2 demeurent d’actualité et commandent par conséquent de continuer à refuser tout accès aux pièces de la procédure à la République arabe d’Egypte (act. 22, p. 9). 1.10 N’en déplaise aux parties adverses, selon la jurisprudence, le recourant qui n'aurait pas qualité pour agir au fond peut néanmoins invoquer les garanties générales d e procédure conférées par l'art. 29 Cst. (ATF 133 I 185 consid. 6.2; arrêts du Tribunal fédéral 2C_63 8/2007 du 7 avril 2008, consid. 3.2 et 1P.82/2000 du 19 juillet 2000, consid. 1c). Tel est notamment le cas de la violation du droit d'être entendu lorsqu'elle équivaut à un déni de justice formel (ATF 136 IV 41 consid. 1.4; arrêt du Tribunal fédéral 1B_489/2011, consid. 1.2). 1.11 Le recours est recevable sur ce point, il y a lieu d’entrer en matière sur ce grief. 2. À teneur de l’art. 318 CPP, lorsqu’il estime que l’instruction est complète, le ministère public rend une ordonnance pénale ou informe par écrit les parties dont le domicile est connu de la clôture prochaine de l’instruction et leur indique s’il entend rendre une ordonnance de mise en accusation ou u ne ordonnance de classement. En même temps, il fixe aux parties un délai pour présenter leurs réquisitions de preuves. Durant le délai fixé par l’avis de clôture, les parties ont le droit de consulter le dossier (art. 101 et 102 CPP), les restrictions prévues à l’art. 108 CPP ne pouvant s’appliquer qu’avec une grande retenue (CORNU, Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n° 11 ad art. 318 CPP). - 11 - 2.1 Lorsque le classement d'une procédure pénale est envisagé, la communication aux parties au sens de l'art. 318 al. 1 CPP est obligatoire afin de respecter leur droit d'être entendues. Si le recours portant sur la violation de ce droit est admis, la décision de classement incriminée doit être annulée pour des raisons formelles (TPF 2014 150 consid. 3). 2.2 En l’espèce, le MPC justifie son omission de procéder selon l’art. 318 al. 1 CPP dans la mesure où, au vu du classement partiel, l’instruction n’est pas clôturée et se poursuit du chef de blanchiment d’argent (art. 305 bis CP). Il argue que l’instruction n’étant pas close, l’accès au dossier ne pouvait être donné (act. 25, p. 3 s). En outre, il allègue que quand bien même un accès au dossier aurait été aménagé, il aurait été reproché au MPC de verser dans l’arbitraire dans le choix des pièces, un accès suffisant ne pouvant, dans tous les cas, être octroyé et garanti à la partie plaignante pour se prononcer sur cette qualification juridique des faits imputables à tous les prévenus (act. 25, p. 4). Le MPC fait également valoir les circonstances parti culières du cas d’espèce. Il explique que, comme susdit, de toute manière la procédure se poursuit du chef de blanchiment d’argent, les séquestres sont par conséquent maintenus et qu’il s’interroge sur le rôle de la recourante en Suisse dans la mesure où le MPC obtient des informations de manière directe des autorités égyptiennes par la voie de l’entraide judiciaire. Il relève que la recourante agit tant par le biais de l’entraide judiciaire que par sa constitution de partie plaignante , ce qui a pour consé quence de créer des ambiguïtés sur ses intentions et ses arguments (act. 25, p. 4). Plusieurs parties adverses allèguent en outre que le MPC avait annoncé dans la presse son intention de classer la procédure pour la prévention de participation ou soutien à une organisation criminelle (act. 21, p. 13 s; 23, p. 3; 27, p. 7). A. et B. relèvent de plus que le MPC avait fait part aux autorités égyptiennes de son intention de se déterminer sur la suite à donner à la procédure, soit en particulier de prononcer un éventuel classement, dans sa commission rogatoire du 19 août 2014 et que l’Etude Prager Dreifuss AG ne pouvait pas ignorer qu’un classement partiel de la procédure était envisagé et avait donc la possibilité, si elle le jugeait utile, de formuler des réquisitions de preuves (act. 27, p. 7). 2.3 Un tel raisonnement ne saurait être suivi. En l’espèce, aucun avis de proche clôture n’a été adressé aux parties préalablement à la notification de l’ordonnance de classement partiel du 11 juin 2015. En rendant ledit prononcé, le MPC n ’a pas simplement procédé à une requalification juridique, mais entend terminer l’enquête pour un complexe de fait s particulier. Dès lors, selon les principes évoqués supra (consid. 2.1), en omettant de procéder selon l’art. 318 al. 1 CPP, le MPC a agi contrairement à cette disposition et a violé le droit d’être entendue de la recourante. Il sied - 12 - dès lors d’examiner si une telle violation peut être en l’espèce réparée, comme l’admet le Tribunal fédéral à certaines conditions (arrêt du Tribunal fédéral 1B_22/2012 du 11 mai 2012, consid. 3). 2.4 Le vice relatif au non -respect de l’art. 318 al. 1 CPP peut être guéri par l’autorité de recours lorsque celle -ci détient un plein pouvoir de cognition, que la partie concernée a pu faire valoir ses offres de preuves et qu’il n’en résulte aucun désavantage pour elle (arrêt du Tribunal fédéral 1B_22/2012 précité, consid. 3.1). D. et E., requièrent à cet égard que la Cour de céans guérisse la prétendue violation du droit d’être entendu en impartissant notamment un délai à la recourante pour qu’elle formule ses réquisitions de preuves. F., A. et B. considèrent que l’éventuelle constatation d’une violation du droit d’être entendu ne devrait pas mener à l’annulation de l’ordonnance entreprise mais pourrait être réparée en procédure de recours (act. 21, p. 14; 22, p. 5 ; 27, p. 8 ). G. considère que la présente procédure de recours a permis la guérison du vice allégué (act. 23, p. 3). 2.5 La recourante est en droit de s’exprimer sur les él éments pertinents avant qu’une décision touchant sa situation juridique ne soit prise, d’avoir accès au dossier et de produire des preuves pertinentes de nature à influer sur la décision à rendre. L’accès au dossier apparaît au surplus nécessaire étant donné que le législateur a clairement rejeté la conduite d’instructions « secrètes » ou non contradictoire s (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2013.2 du 23 mai 2013, consid. 2.3 et les références citées). La réparation du vice constaté (consid. 2.3) ne peut en l’occurrence entrer en ligne de compte. En effet, la recourante n’a pas eu accès au dossier et, dans le cadre de la présente procédure, formulé de réquisitions de preuve s. De surcroît et par surabondance, au vu notamment de la complexité de l’affaire, il serait inadéquat que la Cour de céans , qui ne connaît pas les détails du dossier sur le fond de la cause , doive se prononcer quant à la pertinence d’éventuelles réquisitions de preuve s formulées par la recourante (v. dans ce sens Message CPP, p. 1254). 2.6 La Cour de céans a conscience de la problématique de l’accès au dossier de la recourante et des difficultés qu’elle engendre pour le MPC. Il est patent que la procédure pénale ne doit pas permettre d’éluder les règles de l’EIMP (RR.2012.122 précité, consid. 1.4) et l’arrêt du 12 décembre 2012 de la Cour de céans relatif à l’accès au dossier de la République arabe d’Egypte trouve encore et toujours pleine ment application. La recourante n’a en effet pas requis formellement que son accès au dossier soi t reconsidéré suite à ce prononcé. Dès lors, afin de respecter néanmoins le droit d’être entendue de la recourante, le MPC devra aménager, dans le cadre de la procédure de l’art. 318 al. 1 CPP, l’accès au dossier dans les limites de l’arrêt - 13 - RR.2012.122. Aux termes de l’art. 108 al. 4 CPP, tant que le motif qui a justifié la restriction du droit d’être entendu subsiste, les autorités pénales ne peuvent fonder leurs décisions sur des pièces auxquelles une partie n’a pas eu accès que si celle -ci a été infor mée de leur contenu essentiel. Il appartiendra ainsi au MPC, s’il entend rendre une nouvelle ordonnance de classement partiel et comme il le suggère lui -même dans sa réponse (act. 25, p. 5), de respecter le droit d’être entendu e de la recourante en lui présentant les pièces sur lesquelles son prononcé se base, dans une version partiellement anonymisée, voire sous forme de résumé et de se conformer à la procédure de l’art. 318 al. 1 CPP. 2.7 Il s’ensuit que le moyen relatif à la violation du droit d’être en tendu soulevé est bien fondé. 3. Compte tenu de ce qui précède, le recours doit être admis dans le sens des considérants et dans la mesure de sa recevabilité sans qu’il y ait lieu d’examiner les autres griefs invoqués. Par conséquent, l’ordonnance de classement partiel du MPC du 11 juin 2015 doit être annulée et la cause renvoyée au MPC pour qu’il procède dans le sens du considérant 2.6. 4. Compte tenu de l'issue du recours, l’avance de frais de CHF 2'000. -- sera restituée à la recourante. Quant aux parties adverses, invité es à se déterminer, elles ont conclu, hormis I. qui a renoncé à déposer des observations, au rejet des conclusions de la recourante. Au vu de l’admission du recours, force est de constater que ces derniè res succombent ici. Les frais de la présente d écision, fixés à CHF 2'000.--, sont pris en charge par moitié par la caisse de l'Etat (art. 428 al. 4 et 423 al. 1 CPP; Message CPP, p. 1310; GRIESSER, in DONATSCH/JAKOB/LIEBER [édit.], Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung [St PO], 2e éd., Zurich/Bâle/Genève 2014, n° 4 ad art. 428; SCHMID, Handbuch des schweizerischen Strafprozessrechts, 2e éd., Zurich/Saint-Gall 2013, n° 1777) et pour l’autre moitié mis solidairement à la charge de A. et B., D. et E., F., G., H. et C. 5. La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l’exercice raisonnable de ses droits de procédure (art. 436 al. 1 en lien avec l’art. 429 al. 1 let. a CPP). Selon l’art. 12 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010 (RFPPF; RS 173.713.162), les honoraires sont fixés en fonction du temps effectivement consacré à la cause et nécessaire à la défense de la partie représentée . Aux termes de l'art. 12 - 14 - al. 2 du RFPPF, lorsque l'avocat ne fait pas parvenir le décompte de ses prestations avant la clôture des débats ou dans le délai fixé par la direction de la procédure, ou encore, dans la procédure devant la Cour des plaintes, avec son unique ou sa dernière écriture, le montant des honoraires est f ixé selon l'appréciation de la C our. En l'occurrence, l'indemnité sera fixée ex aequo et bono à CHF 2'000.--, à la charge solidaire des parties adverses , excepté I., et du Ministère public de la Confédération. - 15 - Par ces motifs, la Cour des plaintes prononce: 1. Le recours est admis dans la mesure de sa recevabilité. 2. L’ordonnance du Ministère public de la Confédération du 11 juin 2015 est annulée. 3. La cause est renvoyée au Ministère public de la Confédération afin qu’il procède dans le sens du considérant 2.6. 4. L’avance de frais effectuée par la recourante lui est intégralement restituée. 5. Un émolument judiciaire de CHF 2'000.-- est pris par moitié en charge par la Caisse de l’Etat et l’autre moitié est mis solidairement à la charge des parties adverses, hormis I. 6. Une indemnité de CHF 2’000.-- est allouée à la recourante à titre de dépens pour la présente procédure de recours et mise à la charge solidaire du Ministère public de la Confédération et des parties adverses, hormis I. Bellinzone, le 8 juillet 2016 Au nom de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral Le président: La greffière: Distribution - Mes Urs Feller et Marcel Frey, avocats (version partiellement anonymisée) - Ministère public de la Confédération - Me Patrick Hunziker, avocat - Me Paul Gully-Hart, avocat - Me Marc Hassberger, avocat - Mes Didier de Montmollin et André Gruber, avocats - Me Lionel Halpérin, avocat - Me Vincent Jeanneret, avocat - Me Guillaume Vodoz, avocat Indication des voies de recours Il n’existe pas de voies de recours ordinaire contre la présente décision.