<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Le 11 juillet 1996, plusieurs dizaines de personnes ont manifes-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">té devant et dans les locaux de la Banque X. à La</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Chaux-de-Fonds, afin de protester contre l'évacuation forcée d'un squat</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">intervenue quelques jours auparavant à la demande de la BANQUE X. , propriétaire</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de l'immeuble. La manifestation, qui a duré un peu plus d'une heure, s'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">achevée lorsque la police a obligé les participants à quitter les lieux</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">(D. p.9-13).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Quinze personnes ont été renvoyées devant le Tribunal de police</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de La Chaux-de-Fonds et ont toutes été condamnées à une amende de 200</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">francs pour contrainte et délit manqué de contrainte par jugements des 7</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et 16 mai 1997 (D. p.239 ss, 313 ss). Le Tribunal a estimé qu'elles</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avaient intentionnellement perturbé l'accès à la banque en occupant son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">hall, de sorte qu'elles avaient entravé la liberté d'action de ses clients</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et cherché à faire pression sur elle pour qu'elle négocie.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Le 10 juillet 1997, W. recourt à la Cour de cassation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pénale contre le jugement du 7 mai 1997 la condamnant, contestant l'in-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fraction de contrainte. Non-violente et pacifiste, elle affirme qu'elle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'a que brièvement participé à la manifestation, qu'elle n'est entrée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'une vingtaine de seconde dans la banque et qu'elle avait quitté les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lieux bien avant l'arrivée de la police. Elle requiert en outre le béné-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fice de l'assistance judiciaire.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le 2 août 1997, F. recourt également contre sa con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">damnation, intervenue le 16 mai 1997. En substance, il conteste s'être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rendu à l'intérieur de la banque, considère les jugements comme une puni-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion collective des squatters et estime l'élément objectif de la contrain-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">te non réalisé, car l'entrave serait selon lui restée dans des proportions</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tout à fait raisonnables, sans débordements notables.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Le président du Tribunal de police ne présente pas d'observa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions, de même que le ministère public, qui conclut au rejet des recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">La Banque X. , qui avait dans un premier temps porté</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">plainte (D.3) avant de la retirer (D. p.147), s'en remet à dire de justi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ce.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Les jugements les concernant ont été notifiés aux recourants les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">30 juin et 23 juillet 1997, de sorte que leurs recours, interjetés dans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les formes et délais légaux, sont recevables. Portant sur des faits</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">identiques, il se justifie de les joindre et de rendre un seul arrêt.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. a) Selon l'article 181 CP, celui qui, usant de violence envers</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une personne ou la menaçant d'un dommage sérieux, ou en l'entravant de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">quelque autre manière dans sa liberté d'action, l'aura obligée à faire, à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ne pas faire ou à laisser faire un acte sera puni de l'emprisonnement ou</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de l'amende.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> La notion d'autres actes entravant une personne dans sa liberté</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'action doit être interprétée restrictivement. L'entrave doit avoir une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">certaine gravité et être apte à exercer une pression sur la victime compa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rable à l'usage de la violence ou à la menace d'un dommage sérieux. Il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'est toutefois pas nécessaire que la liberté d'action de la victime soit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">supprimée, il suffit qu'elle soit restreinte. Il y a notamment entrave</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans le fait d'empêcher l'entrée et la sortie des visiteurs d'une exposi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion par un tapis humain. Infraction intentionnelle, la contrainte doit au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">surplus être illicite et avoir induit un comportement que la victime n'au-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rait pas eu si elle avait eu toute sa liberté de décision (Corboz, Les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">principales infractions, 1997, p.230-233 et les références).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) En l'espèce, certains manifestants sont restés dans la banque</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jusqu'à son évacuation par la police. En s'asseyant dans les locaux de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">banque, ils ont clairement entravé aussi bien celle-ci que ses clients qui</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">auraient voulu parvenir aux guichets. La photo de presse figurant au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dossier est à cet égard parlante (D. p.17). Cette entrave était par</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ailleurs d'une gravité suffisante pour que soit retenu l'article 181 CP :</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">si une personne simplement assise par terre n'a pas en soi une attitude</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">apte à exercer sur les personnes aux alentours une pression comparable à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'usage de la violence ou à la menace d'un dommage sérieux, il en va</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">différemment de plusieurs dizaines occupant l'espace restreint que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">constitue le hall public d'une banque. Cette attitude, intentionnelle,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">était en outre illicite, tant à l'égard des clients de la banque que de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">celle-ci, de sorte que c'est à juste titre que le premier juge a envisagé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une contrainte (vis-à-vis des clients qui ont préféré s'abstenir de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pénétrer dans les lieux) et un délit manqué de contrainte (la BANQUE X. n'ayant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pas accepté de négocier).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. a) La Cour de céans est liée par les constatations de fait du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">premier juge (art.251 al.2 CPP). Elle n'intervient, à l'instar du Tribunal</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fédéral, qu'en cas d'arbitraire en matière d'appréciation des preuves,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">c'est-à-dire si l'interprétation qui en a été faite est manifestement in-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">défendable, qu'elle est en contradiction avec les faits établis, repose</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sur une inadvertance ou heurte de façon choquante le sentiment de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">justice. L'annulation d'un jugement pour violation du principe "in dubio</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pro reo" en rapport avec l'appréciation des preuves ne peut intervenir que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">si le juge du fait a condamné l'accusé alors qu'une analyse objective de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tous les éléments de preuve laissait subsister un doute suffisant empê-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">chant le juge de parvenir à une certitude (RJN 7 II 4; ATF 120 Ia 31 - JT</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1996 IV 80 et les références).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) W. avance dans son recours n'être entrée que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">brièvement dans la banque et conteste s'être assise avec les autres mani-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">festants. Aucun élément au dossier ne contredit cette version, qu'elle a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">déjà soutenue devant le Tribunal de police (D. p.247). En particulier, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fait qu'elle soit une des personnes expulsées du squat et qu'elle ait prié</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par la suite la police de ne plus la "faire chier" avec cette affaire (D.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">p.13) ne permet pas de conclure qu'elle se serait rendue coupable de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">contrainte et de délit manqué de contrainte le 11 juillet 1996.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> c) F. a activement contribué, avant l'évacuation du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">squat, à la création d'une coopérative destinée à racheter l'immeuble</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">(D.p.311) et a fustigé dans la presse l'attitude de la BANQUE X. lorsque la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">police a délogé les squatters, estimant au surplus être victime de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">séquestration (D. p.187 et annexes au dossier). Il affirme dans son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recours qu'il n'est pas entré dans les locaux de la BANQUE X. lors de la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">manifestation du 11 juillet 1996. Cette attitude semble toutefois</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">difficilement compatible avec le rôle actif qu'il avait dans le mouvement.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Elle ne permet en outre pas de comprendre pour quelle raison il a refusé,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lors de la première audience, de donner la moindre explication sur son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">éventuelle participation à la manifestation (D.p.321), alors que les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">autres co-prévenus acceptaient de s'expliquer (D.p.243-247). Mais surtout,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">il a été formellement identifié à l'intérieur de la banque par au moins un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">policier (D.p.189 et 321), dont il n'y a pas lieu de mettre en doute le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">témoignage. C'est dès lors sans arbitraire que le premier juge a retenu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'il faisait partie des manifestants qui se trouvaient à l'intérieur de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la banque et que, de ce fait, il l'a reconnu coupable de contrainte et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">délit manqué de contrainte.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Le recours de W. est ainsi bien fondé. Il convient</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'annuler les chiffres 1 et 2 du jugement du 7 mai 1997 dans la mesure où</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ils la concernent, de la libérer et de laisser sa part des frais de pre-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mière et seconde instance à la charge de l'Etat. Au vu de ce qui précède,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sa requête d'assistance judiciaire devient sans objet, puisqu'elle n'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pas représentée devant la Cour de céans.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le recours de F. est en revanche mal fondé, ce qui en-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">traîne la mise à sa charge d'une partie des frais de seconde instance.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Annule les chiffres 1 et 2 du jugement du Tribunal de police du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> district de La Chaux-de-Fonds du 7 mai 1997, dans la mesure où ils con-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> cernent W. et, statuant au fond, libère celle-ci et laisse</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> sa part des frais de première et seconde instance à la charge de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Constate que la requête d'assistance judiciaire de W. est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> devenue sans objet.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Rejette le recours de F. .</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Met à la charge de F. une partie des frais de seconde instan-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> ce, arrêtés à 330 francs.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 9 septembre 1997</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>