<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Le 26 septembre 1995, un accident de la circulation s'est pro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">duit sur la rue de la Ruche à La Chaux-de-Fonds. Au volant de sa voiture,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">J. qui circulait sur ladite rue en direction du sud a heurté la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">piétonne D. qui traversait la rue d'est en ouest, à proximité</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">du passage pour piétons situé à la hauteur de la rue du Commerce.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Gravement blessée, D. est décédée le 6 octobre 1995.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Renvoyée devant le Tribunal de police de La Chaux-de-Fonds,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">J. a été condamné à dix jours d'emprisonnement avec sursis pendant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">deux ans en application des articles 117 CP, 33 al.2 LCR, 3 al.1, 6 al.1</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">OCR et 41 CP. Le tribunal a retenu que J. s'était rendue coupable</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'un homicide par négligence selon l'article 117 CP, suite à une violation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des obligations qui lui incombaient vis-à-vis des piétons selon les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">articles 33 al.2 LCR, 3 al.1 et 6 al.1 OCR.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. J. recourt contre ce jugement et conclut à ce qu'il soit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cassé et renvoyé pour nouveau jugement ou, voire à sa libération de toute</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">peine. Elle fait valoir, en résumé, que le premier juge a fait preuve</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'arbitraire dans la détermination du point de choc, qu'il a méconnu le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">principe "in dubio pro reo", les faits n'étant, selon elle, pas clairement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">établis, et finalement, qu'il a faussement appliqué la loi. En effet, elle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">considère que selon le principe de la confiance elle n'avait pas à s'at-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tendre à ce qu'un piéton traverse la route.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. Le ministère public conclut au rejet du recours en précisant que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'appréciation des preuves par le premier juge ne paraît pas arbitraire.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le plaignant conclut à ce que le recours soit rejeté en toutes</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ses conclusions et que le premier jugement soit confirmé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Selon l'article 33 al.2 LCR, avant les passages pour piétons, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">conducteur circulera avec une prudence particulière et, au besoin, s'arrê-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tera pour laisser la priorité aux piétons qui se trouvent déjà sur le pas-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sage ou s'y engagent.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> La jurisprudence a précisé que la vitesse à l'approche d'un pas-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sage de sécurité doit être dictée par les circonstances, soit notamment la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">visibilité sur l'ensemble du passage, par exemple si des véhicules arrêtés</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ou en marche en cachent une partie (JT 1968 I p.408). Dès lors, à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'approche d'un passage de sécurité, si celui-ci n'est pas visible dans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">son entier, le conducteur est tenu de réduire sa vitesse. Le principe de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la confiance, selon lequel le piéton renoncera à sa priorité s'il s'avère</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que le véhicule ne pourrait s'arrêter suffisamment tôt, peut être invoqué</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par le conducteur seulement si ce dernier disposait d'une visibilité sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la totalité du passage et s'il pouvait ainsi admettre qu'aucun piéton</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'allait surgir à l'improviste (JT 1993 I p.710).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Selon l'article 3 al.1 OCR le conducteur doit vouer toute son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">attention à la route et à la circulation.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. En l'espèce, le premier juge a retenu que l'automobiliste J. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avait enfreint les dispositions précitées. Il a notamment considéré</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'elle n'avait pas voué toute son attention à la route et à la circula-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion de sorte qu'elle n'a pas été en mesure de s'arrêter alors que D. avait déjà parcouru les deux tiers du passage pour piétons.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> J. prétend qu'un autre véhicule aurait pu entrer en col-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lision avec la piétonne et que cette dernière, sous l'effet du choc, au-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rait été projetée contre son véhicule. Rien ne permet de retenir une telle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">version. Au contraire, tant les lésions de D. que les dégâts</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">constatés sur la voiture de la prévenue démontrent que cette dernière est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la seule impliquée. De même, l'appréciation du premier juge selon laquelle</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. se trouvait sur le passage pour piétons est correcte. Elle se</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">base sur les déclarations cohérentes de la victime juste après l'accident</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">(D.45 et D.2) et sur le rapport de police qui a fixé le point de choc sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le passage pour piétons ou à proximité immédiate. Pour sa part, J. , choquée au moment de l'accident, n'a pu être entendue immédiatement.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">De plus, durant la procédure, elle a toujours soutenu que D. se</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trouvait peu après le passage alors que dans son recours, elle prétend</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'elle était avant. Force est de constater que les souvenirs de la recou-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rante concernant le déroulement de l'accident ne sont pas fiables. Dès</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lors, le premier juge n'a pas fait preuve d'arbitraire en estimant que le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">choc s'était produit sur le passage pour piétons et en n'accordant aucun</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">crédit à la thèse selon laquelle un autre véhicule aurait été impliqué</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans l'accident.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> J. a déclaré qu'elle n'avait réagi qu'au moment du choc.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Ses déclarations, manifestement non conformes à la vérité, ne peuvent être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">retenues. En effet, comme les traces de freinage observées commencent sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le passage pour piétons déjà, il ne fait aucun doute, en tenant compte du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">temps de réaction, que J. a vu la piétonne avant le choc. Avec un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">temps de réaction d'une seconde et une vitesse de l'ordre de 45 km/h (ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui paraît faible compte tenu de la distance des traces de freinage et de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la pente montante), J. a commencé à freiner à une distance</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'environ 10 mètres du passage de sécurité. Dans la même seconde, D. avait pu parcourir une distance de l'ordre de trois mètres (voir</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Debras, L'expertise judiciaire des accidents automobiles, Table de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vitesses de marche et de courses des piétons). C'est dire qu'elle était</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">déjà sur le passage de sécurité lorsque J. l'a aperçue.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que J. </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">aurait dû voir la piétonne plus tôt. A supposer que J. n'avait pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la visibilité sur l'ensemble de la chaussée, elle aurait dû réduire sa</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vitesse conformément à la jurisprudence prérappellée. Si l'accident n'a pu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">être évité, c'est que la recourante n'a pas vu D. qui s'était</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">engagée sur plus de la moitié de la chaussée. Elle n'a pas non plus vu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'un véhicule venant en sens inverse s'était arrêté pour lui favoriser le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">passage. Il s'agit d'une faute d'inattention. En retenant cette faute à la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">charge de l'automobiliste J. , le premier juge a correctement appliqué la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">loi.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le jugement rendu ne peut qu'être confirmé ce qui entraîne le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rejet du recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Vu le sort de la cause la recourante devra supporter les frais</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la procédure et verser une indemnité de dépens au plaignant. La Cour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ayant statué, la demande d'effet suspensif est sans objet.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Rejette le recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Met les frais de la procédure à la charge de la recourante, par 550</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> francs.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Condamne la recourante à verser une indemnité de dépens de 400 francs</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> au plaignant.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 5 décembre 1997</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>