B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour VI F-4079/2022 A r r ê t d u 2 3 s e p t e m b r e 2 0 2 2 Composition Claudia Cotting-Schalch, juge unique, avec l'approbation de Jeannine Scherrer-Bänziger, juge ; Duc Cung, greffier. Parties A._______, né le (…), Burundi, recourant, contre Secrétariat d'Etat aux migrations SEM, Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi (procédure Dublin) ; décision du SEM du 8 septembre 2022 / N (….) F-4079/2022 Page 2 Faits : A. A._______ a déposé une demande d ’asile en Suisse en date du 29 juin 2022. Les investigations entreprises par le Secrétariat d ’Etat aux migrations (ci -après : le SEM), sur la base d ’une comparaison dactyloscopique avec l ’unité centrale du système européen « Eurodac », ont révélé que le prénommé avait déposé une demande d’asile en Croatie le 14 mai 2022, puis en B._______ le 21 juin suivant. B. L’audition sommaire, portant sur les données personnelles du requérant (EDP), a été entreprise conformément à l’art. 26 al. 3 LAsi (RS 142.31) le 4 juillet 2022. C. Le même jour, l’intéressé a signé un mandat de représentation en faveur de Caritas Suisse (art. 102f et 102h al. 1 LAsi). D. Entendu dans le cadre d ’un entretien individuel le 18 juillet 2022, A._______ a notamment expliqué avoir quitté son pays d ’origine le 25 mars 2022 et être passé par [noms des pays] avant d’arriver en Croatie, où il aurait été arrêté, détenu dans un camp fermé et maltraité et où ses empreintes auraient été prises de force. Il serait ensuite parti en B._______ et y aurait également été logé dans un camp fermé, sans aucun accès aux soins. Il serait finalement arrivé en Suisse après s’être rendu en Italie. Invité à se déterminer sur le prononcé éventuel d'une décision de non-entrée en matière et sur son éventuel transfert vers la Croatie ou la B._______, Etats en principe responsables pour le traitement de sa requête de protection internationale, il a exposé que la Suisse respectait les droits de l ’homme contrairement à ces pays, dans le squels il avait été violenté et enfermé. S'agissant de son état de santé, le prénommé a déclaré être sujet à des troubles du sommeil, à des pertes de mémoire et de connaissance et avoir trois kystes sur les fesses. E. Le 20 juillet 2022, le SEM a soumis aux autorités croates une requête aux fins de reprise en charge de l’intéressé, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b du règlement Dublin III (ci -après également : RD III ; référence complète : règlement [UE] n o 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection F-4079/2022 Page 3 internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride [refonte] [JO L 180 du 29 juin 2013 p. 31 ss]). F. Par communication du 3 août 2022, lesdites autorités ont expressément accepté de reprendre en charge le requérant, sur la base de l ’art. 20 par. 5 RD III. G. Par décision du 8 septembre 2022, notifiée le jour même, le Secréta riat d’Etat, se fondant sur l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, n’est pas entré en matière sur la demande d ’asile formée par A._______, a prononcé son transfert vers la Croatie et a ordonné l ’exécution de cette mesure, constatant en outre l’absence d’effet suspensif à un éventuel recours. Le dossier, sur la base duquel le SEM a statué, comportait les documents médicaux suivants : un journal de soins du 18 juillet 2022 envisageant une consultation psychologique (cf. pièce SEM 19), des rapports F2 remplis les 8, 15 et 24 août 2022 au sujet du suivi d’un abcès anal (cf. pièces SEM 20 à 22) et un préavis aux cantons mentionnant une plaie exigeant une prise en charge régulière au moins jusqu’en octobre 2022 en tant que problème de santé entraîn ant des restrictions minimes ou seulement temporaires, sans nécessité d’encadrement spécial (cf. pièce SEM 23). H. Le mandat de représentation par Caritas Suisse a été résilié en date du 12 septembre 2022 (art. 102h al. 4 LAsi). I. Le 15 septembre 2022, le prénommé a interjeté recours contre la décision précitée auprès du Tribunal administratif fédéral (ci -après : le Tribunal ou TAF). A titre préalable, il a sollicité le prononcé de mesures provisionnelles urgentes (art. 56 PA [RS 172.021]), l ’octroi de l ’effet suspensif (art. 107a al. 2 LAsi) ainsi que l ’assistance judiciaire totale (art. 65 al. 1 PA et art. 102m al. 1 let. a LAsi) et, subsidiairement, la dispense du versement d’une avance de frais (art. 63 al. 4 PA). Sur le fond, il a conclu à l’annulation de la décision attaquée et, à titre principal, à l ’entrée en matière sur sa demande d’asile et, subsidiairement, au renvoi de la cause au SEM. J. Par ordonnance du 16 septembre 2022, l ’exécution du transfert du recourant a été suspendue à titre de mesures superprovisionnelles. F-4079/2022 Page 4 Droit : 1. 1.1 Les décisions rendues par le SEM en matière d'asile peuvent être contestées devant le Tribunal, lequel statue de manière définitive, sauf exception, non réalisée en l'espèce (art. 1 al. 2 et art. 33 let. d LTAF [RS 173.32], applic ables par renvoi de l'art. 105 LAsi, en relation avec l'art. 83 let. d ch. 1 LTF [RS 173.110]). 1.2 L'intéressé a qualité pour recourir ; son recours, qui a été interjeté dans la forme et le délai prescrits, est recevable (art. 48 al. 1 et 52 al. 1 PA, applicables par renvoi de l'art. 37 LTAF, et art. 108 al. 3 LAsi). 1.3 Le recours peut être interjeté pour violation du droit fédéral, notamment pour abus ou excès dans l'exercice du pouvoir d'appréciation, ou pour établissement inexact ou incomplet de l'état de fait pertinent (art. 106 al. 1 let. a et b LAsi). 1.4 Saisi d'un recours contre une décision de non -entrée en matière sur une demande d'asile, le Tribunal se limite à examiner le bien -fondé d'une telle décision (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 3.1). 2. 2.1 A titre liminaire , il convient d'examiner le grief formel soulevé par le recourant, par lequel il a reproché à l'autorité intimée d’avoir manqué à son devoir d’instruction. 2.2 La procédure administrative est régie essentiellement par la maxime inquisitoire, selon laquelle il incombe à l'autorité d'élucider l'état de fait de manière exacte et complète. Celle-ci dirige la procédure et définit les faits qu'elle considère comme pertinents, ainsi que les preuves nécessaires, qu'elle ordonne et apprécie d'office (art. 12 PA ; cf. AT AF 2009/60 consid. 2.1.1). Cette maxime doit cependant être relativisée par son corollaire, soit le devoir de collaboration des parties à l'établissement des faits, ainsi que par le droit des parties, compris dans le droit d'être entendu, de participer à la procédure et d'influencer la prise de décision (art. 8 LAsi et art. 13 PA). L'obligation de collaborer de la partie touche en particulier les faits qui se rapportent à sa situation personnelle, ceux qu'elle connaît mieux que les autorités ou encore ceux qui, sans sa collaboration, ne pourraient pas être collectés moyennant un effort raisonnable (cf. ATAF 2012/21 consid. 5.1 ; 2011/54 consid. 5.1 ; 2008/24 consid. 7.2). F-4079/2022 Page 5 2.3 En l ’espèce, le recourant a fait grief au SEM de ne pas avoir suffisamment instruit son état de santé en raison, d’une part, des troubles psychologiques, des problèmes de sommeil ainsi que des pertes de mémoire et de connaissance qu ’il a allégués et qui n ’auraient pas été investigués et, d’autre part, du fait qu’il était dans l’attente de consultations dentaire et ophtalmologique. Force est de constater que, si le journal de soins du 18 juillet 2022 indique qu’une consultation psychologique était à prévoir, aucun document en ce sens n’a toutefois été versé au dossier de première instance par la suite. Au demeurant, l’intéressé n’a pas non plus produit de document médical à l’appui de son recours. Lesdits problèmes de santé ne reposent ainsi que sur les allégations formulées par l’intéressé devant le SEM, respectivement le TAF. Quant aux consultations précitées qui seraient à venir, elles n’ont été évoquées qu’au stade de la procédure de recours, sans qu’aucun moyen de preuve ne vienne les étayer. Au vu de ce qui précède et des troubles décrits par l'intéressé, qui ne semblaient pas nécessiter de prise en charge immédiate et dont la nature n'apparaissait pas d'une gravité particulière, il ne saurait être reproché à l’autorité intimée de ne pas avoir diligenté de mesures d'instruction complémentaires à cet égard avant de statuer. 2.4 S’avérant mal fondé, le grief formel doit ainsi être écarté. 3. 3.1 Sur le fond, il y a lieu de déterminer si le SEM était fondé à faire application de l’art. 31a al. 1 let. b LAsi, disposition en vertu de laquelle il n’entre pas en matière sur une demande d’asile lorsque le requérant peut se rendre dans un Etat tiers compétent, en vertu d’un accord international, pour mener la procédure d’asile et de renvoi. 3.2 Avant de faire application de la disposition précitée, le SEM examine la compétence relative au traitement d'une demande d'asile selon les critères fixés dans le règlement Dublin III. S’il ressort de cet examen qu ’un autre Etat est responsable du traitement de la demande d’asile, le SEM rend une décision de non-entrée en matière après que l’Etat requis a accepté la prise ou la reprise en charge du requérant d ’asile (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2). 3.3 Aux termes de l’art. 3 par. 1 du règlement Dublin III, une demande de protection internationale est examinée par un seul Etat membre, celui -ci étant déterminé selon les critères fixés à son chapitre III. La procédure de détermination de l’Etat responsable est engagée, aussitôt qu’une demande F-4079/2022 Page 6 d’asile a été déposée pour la première fois dans un Etat membre (art. 20 par. 1 RD III). 3.4 Dans une procédure de reprise en charge (anglais : take back), comme en l’espèce, il n’y a, en principe, aucun nouvel examen de la compétence selon le chapitre III du règlement Dublin III (cf. ATAF 2017 VI/5 consid. 6.2 et 8.2.1 et réf. cit.). 4. 4.1 En l'occurrence, les in vestigations entreprises par le SEM ont permis d'établir, après consultation de l'unité centrale du système européen « Eurodac », que A._______ a notamment déposé une demande d'asile en Croatie le 14 mai 2022. 4.2 En date du 20 juillet 2022, le Secrétariat d'E tat a dès lors soumis aux autorités croates compétentes, dans le délai fixé à l'art. 23 par. 2 du règlement Dublin III, une requête aux fins de reprise en charge du prénommé, fondée sur l'art. 18 par. 1 let. b de ce même règlement. 4.3 Le 3 août suivant, soit dans le délai fixé par l'art. 25 par. 1 RD III, lesdites autorités ont expressément accepté de reprendre en charge l'intéressé, sur la base de l'art. 20 par. 5 RD III. 4.3.1 En vertu de cet article, l'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux art. 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre sans titre de séjour, ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre Etat membre pendant le processus de d étermination de l'Etat membre responsable . Cette obligation cesse lorsque l’Etat membre auquel il est demandé d’achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable peut établir que le demandeur a quitté entre-temps le territoire des Etats membres pendant une période d’au moins trois mois ou a obtenu un titre de séjour d’un autre Etat membre. 4.3.2 Cette disposition implique ainsi le retrait de la demande de protection internationale tel que défini à l ’art. 2 let. e RD III. Conformément à la directive n o 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du F-4079/2022 Page 7 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (ci -après : directive Procédure), à laquelle renvoie l’article précité, les démarches par lesquelles le demandeur met fin aux procédures déclenchées par l ’introduction de s a demande de protection internationale peuvent être explicites ou implicites. Ainsi, un demandeur qui a formellement averti l ’autorité compétente de l ’Etat membre dans lequel il avait introduit sa première demande de son souhait de renoncer à celle -ci avant que le processus de détermination de l ’Etat membre responsable soit achevé pourra néanmoins être transféré vers ce premier Etat membre en vue de l’achèvement dudit processus. Un transfert à cette fin vers ledit premier Etat membre est également possible dans une situation dans laquelle un demandeur a implicitement mis un terme à la procédure en quittant cet Etat membre, avant que le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l ’examen de la demande soit achevé. Dans ce cas de figure, même si le demandeur n’a pas informé l’autorité compétente de ce premier Etat membre de son souhait de renoncer à sa demande , l e processus de détermination de l ’Etat responsable est toujours en cours dans cet Etat membre. Partant, il y a lieu de considérer que l’art. 20 par. 5 RD III est également applicable dans une telle situation, le départ du demandeur du territoire d’un Etat membre dans lequel il a introduit une demande de protection internationale devant alors être assimilé, aux fins de l ’application de cette disposition, à un retrait implicite de cette demande (cf. arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne [CJUE] C-582/17 et C-583/17 du 2 avril 2019 points 48 à 50). 4.3.3 En l’espèce, lorsqu’elles ont accepté la requête de reprise en charge formulée par le SEM, les autorités croates ont exposé que l’intéressé avait manifesté son intention de demander l ’asile en Croatie le 14 mai 2022, mais avait disparu depuis le 3 juin 2022, soit avant de déposer une requête formelle à cet égard, tout en précisant que la procédure à son égard était encore en cours. En tout état de cause et tel que déjà mentionné, le dépôt par A._______ d’une demande de protection internationale en Croatie est confirmé par les données enregistrées dans le système « Eurodac » (cf. supra, consid. A et 4.1). Dans ces conditions et dans la mesure où le prénommé n’a pas quitté le territoire des Etats membres ni n’a obtenu de titre de séjour de la part d’un Etat membre dans l’intervalle, il se justifie de faire application de l’art. 20 par. 5 RD III, conformément à la jurisprudence précitée (cf. supra, consid. 4.3.2). 4.4 La Croatie a du reste reconnu sa compétence pour achever le processus de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen de la demande d’asile déposée par l’intéressé, point qui n'est pas contesté. F-4079/2022 Page 8 5. 5.1 Cela étant, il y a lieu d ’examiner, en vertu de l'art. 3 par. 2 al. 2 du règlement Dublin III, s ’il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe en Croatie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'art. 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (JO C 364/1 du 18.12.2000, Charte UE). 5.2 Il convient de rappeler que ce pays est lié à cette Charte et partie à la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (Conv. réfugiés, RS 0.142.30) ainsi qu'au Protocole additionnel du 31 janvier 1967 (Prot., RS 0.142.301), à la CEDH (RS 0.101) et à la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) et, à ce titre, en applique les dispositions. 5.3 Dans ces conditions, cet Etat est présumé respecter la sécurité des demandeurs d'asile, en particulier leur droit à l'examen, selon une procédure juste et équitable, de leur demande, et leur garantir une protection conforme au droit international et au droit européen (cf. directive Procédure ; directive no 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, ci-après : directive Accueil]). 5.4 Cette présomption de sécurité n'est cependant pas irréfragable et doit être écartée d'office en présence, dans l'Etat de destination du transfert, d'une pratique avérée de violations systématiques des normes minimales de l'Union européenne, constitutives de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile au sens de l'art. 3 par. 2 al. 2 du règlement Dublin III. Dans un tel cas, l'Etat requérant doit renoncer au transfert. 5.5 Aux yeux du Tribunal, nonobstant les prises de position critiques de nombreux organismes (notamment le Conseil de l ’Europe) en la matière, le système d ’asile et d ’accueil croate ne présente pas de défaillances systémiques, respectivement de risques avérés de push-backs à la frontière avec la Bosnie et Herzégovine, s’agissant des requérants qui ont déjà déposé une demande de protection internationale en Croatie et qui sont explicitement repris en charge par cet Etat dans le cadre d ’une procédure Dublin (cf. ar rêts du TAF E -2755/2022 du 8 septembre 2022 F-4079/2022 Page 9 consid. 5.2.3 et jurisp. cit. ; E-1854/2022 du 1er septembre 2022 consid. 6.4 et jurisp. cit. ; D-3316/2022 du 29 août 2022 ; E-3554/2022 du 25 août 2022 consid. 6.2 et jurisp. cit.). 5.6 En l'absence d'une pratique actuelle avérée en Croatie de violation systématique des normes communautaires en la matière, la présomption de respect par cet Etat de ses obligations concernant les droits des requérants d'asile, repris en charge dans le cadre d’une procédure Dublin, n’est pas renversée. Partant, l'application de l'art. 3 par. 2 al. 2 RD III ne se justifie pas en l'espèce. 6. 6.1 Pour s’opposer à son transfert, l ’intéressé a, en substance, fait valoir que les conditions d ’accueil en Croatie étaient déplorables et qu ’il y avait été maltraité et enfermé par la police. Il a également invoqué son état de santé et a soutenu qu ’il ne pourrait bénéficier des soins nécessaires au sein des structures médicales croates. Dans ce contexte, il a sollicité l’application de la clause discrétio nnaire prévue à l ’art. 17 par. 1 du règlement Dublin III (clause de souveraineté). 6.2 Sur la base de cette disposition, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par le ressortissant d'un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement. Comme l’a retenu la jurisprudence, le SEM doit admettre la responsabilité de la Suisse pour examiner une demande de protection internationale qui lui e st présentée, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement Dublin III, lorsque le transfert envisagé vers l'Etat membre désigné responsable par lesdits critères viole des obligations de la Suisse relevant du droit international public. Il peut également admettre cette responsabilité pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29 a al. 3 de l ’ordonnance 1 sur l ’asile du 11 août 1999 (OA 1, RS 142.311 ; cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 6.3 Le retour forcé d'une personne touché e dans sa santé n'est, selon la jurisprudence de la Cour EDH (cf. arrêt Paposhvili c. Belgique du 13 décembre 2016, requête n o 41738/10), susceptible de constituer une violation de l'art. 3 CEDH que lorsqu'il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée F-4079/2022 Page 10 à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie. Il ne s'agit dès lors pas de déterminer si l'étranger bénéficiera, dans le pays de renvoi ou de transfert, de soins équivalents à ceux dispensés dans le pays d'accueil, mais d'examiner si le degré de gravité qu'implique le renvoi, respectivement le transfert, atteint le seuil consacré à l'art. 3 CEDH, soit un engagement du pronostic vital ou un déclin grave, rapide et irréversible de la santé tan t psychique que physique (cf. arrêt de la Cour EDH précité ; ATAF 2017 VI/7 consid. 6.2 et jurisp. cit.). 7. 7.1 En l’occurrence, l'intéressé n'a pas allégué ni n ’a, a fortiori, démontré l'existence d'un risque concret et avéré que les autorités croates refuseraient de le reprendre en charge et de poursuivre l'examen de sa demande de protection, en violation de la directive Procédure. A cet égard, force est de relever à nouveau que dites autorités ont expressément accepté la requête de reprise en charge du SEM, e n précisant que la procédure d’asile sur place était toujours pe ndante (cf. supra, consid. F et 4.3). 7.2 Par ailleurs, le recourant n’a fourni aucun élément concret susceptible de démontrer que la Croatie ne respecterait pas le principe du non - refoulement et donc faillirait à ses obligations internationales en le renvoyant dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient sérieusement menacées, ou encore d'où il risquerait d'être astreint à se rendre dans un tel pays. 7.3 S’agissant de la situation médicale, il ressort du dossier que A._______ a été suivi pour un abcès anal et que celui -ci nécessite des soins bénins au moins jusqu’en octobre 2022. Par ailleurs, le prénommé s’est plaint de troubles psychologiques, de problèmes de sommeil ainsi que de pertes de mémoire et de connaissance. A l’appui de son recours, il a en outre allégué qu’une intervention chirurgicale était prévue le 3 octobre 2022 pour traiter ledit abcès, que des analyses sanguines étaient en cours et qu’il était dans l’attente de consultations dentaire et ophtalmologique, sans pour autant produire de documents médicaux à cet égard. 7.3.1 Au vu de la nature des problèmes de santé décrits ci -dessus, lesquels ne reflètent pas une gravité particulière (cf. supra, consid. G, 2.3 et 7.3), rien ne permet toutefois d'inférer que l’intéressé ne serait pas apte à voyager ou que son transfert en Croatie représenterait un danger concret F-4079/2022 Page 11 pour sa santé, que ce soit à l ’heure actuelle ou après l’intervention chirurgicale qu’il devrait subir. A cet égard, s’il s ’avérait qu ’une telle intervention devait effectivement avoir lieu le 3 octobre prochain, les autorités chargées de l’exécution du transfert veilleront, dans la mesure du possible, à procéder à celle-ci uniquement après cette date. 7.3.2 En outre, la Croatie, qui est liée par la directive Accueil et qui dispose de structures médicales adéquates (cf. arrêts du TAF précités E-2755/2022 consid. 6.4 ; E-1854/2022 consid. 7.4.2 et jurisp. cit.), doit faire en sorte que les demandeurs d'asile reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves, et fournir l'assistance médicale ou autre nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d'accueil, y compris, s'il y a lieu, des soins de santé mentale appropriés (art. 19 par. 1 et 2 de ladite directive). 7.3.3 Dans ces conditions, c'est à juste titre que le SEM a retenu que les problèmes de santé allégués n'apparaissaient pas d'une gravité telle que le transfert du recourant en Croatie serait illicite au sens restrictif de la jurisprudence précitée (cf. supra, consid. 6.3). 7.3.4 En tout état de cause, dans le cas où l'intéressé devait avoir besoin de soins particuliers au moment de son transfert vers la Croatie, il lui appartiendra d'en informer les autorités suisses chargées de l'exécution de cette mesure. Le cas échéant, il incombera à celles-ci de transmettre, sous une forme appropriée, aux autorités croates les renseignements permettant une éventuelle prise en charge médicale spécifique (art. 31 et 32 RD III). 7.4 En outre, s ’il a certes exposé que ses conditions de vie en Croatie avaient été difficiles et que la police l’avait maltraité, le recourant n'a pas démontré que ses conditions d'existence en Croatie revêtiraient un tel degré de pénibilité et de gravité qu'elles seraient constitutives d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH ou encore à l'art. 3 Conv. torture. Il n'a pas non plus apporté d'indices objectifs, concrets et sérieux qu'il serait lui- même privé durablement de tout accès à des conditions matérielles minimales d'accueil prévues par la directive Accueil et qu'il ne pourrait pas bénéficier de l'aide dont il pourrait avoir besoin pour faire valoir ses droits. 7.5 Au demeurant, si – après son transfert en Croatie – l’intéressé devait être contraint par les circonstances à mener une existence non conforme à la dignité humaine, ou s'il devait estimer que ce pays viole ses obligations F-4079/2022 Page 12 d'assistance à son encontre, ainsi que la directive précitée, ou de toute autre manière porte atteinte à ses droits fondamentaux, il lui appartiendrait de faire valoir ses droits directement auprès des autorités croates, en usant des voies de droit adéquates (art. 26 directive Accueil). 7.6 Il convient encore de rappeler que le règlement Dublin ne confère pas aux demandeurs d'asile le droit de choisir l'Etat membre par lequel ils souhaitent que leur demande soit traitée ou offrant, à leur avis, les meilleures conditions d'accueil comme État res ponsable de l'examen de leur demande d'asile (cf. ATAF 2017 VI/7 consid. 6.11 ; 2017 VI/5 consid. 8.2.1). 7.7 Par conséquent, le transfert du recourant vers la Croatie n'est pas contraire aux obligations découlant de dispositions conventionnelles auxquelles la Suisse est liée. 7.8 Par ailleurs, il y a lieu de constater que le SEM a établi de manière complète et exacte l'état de fait pertinent et n'a commis ni excès ni abus de son large pouvoir d'appréciation en refusant d'admettre l'existence de raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1, en combinaison avec l'art. 17 par. 1 RD III (cf. ATAF 2015/9 consid. 8). 7.9 En conclusion, c'est à bon droit que l’autorité intimée a considéré qu'il n'y avait pas lieu de faire application de la clause de souveraineté ancrée à l'art. 17 par. 1 du règlement Dublin III, que ce soit pour des raisons tirées du respect, par la Suisse, de ses obligations internationales ou pour des raisons humanitaires. 8. Au vu de ce qui précède, c ’est à juste titre que le SEM n'est pas entré en matière sur la demande d'asile de l ’intéressé, en application de l'art. 31a al. 1 let. b LAsi, et a prononcé son transfert de la Suisse vers la Croatie, en application de l'art. 44 LAsi, aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant réalisée (a rt. 32 OA 1). Par conséquent, le recours doit être rejeté. 9. S’avérant manifestement infondé, il l’est dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi). Il est dès lors renoncé à un échange d ’écritures, le présent arrêt n ’étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi). F-4079/2022 Page 13 10. 10.1 Dans la mesure où il est immédiatement statué sur le fond, les demandes tendant à l ’octroi de l ’effet suspensif et à la dispense du versement d ’une avance de frais sont sans objet. Les co nclusions du recours étant d’emblée vouées à l’échec, la requête d’assistance judiciaire partielle et totale est rejetée. 10.2 Vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément à l ’art. 63 al. 1 PA et au x art. 2 et 3 let. a du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif page suivante) F-4079/2022 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1. Le recours est rejeté. 2. La requête d’assistance judiciaire partielle et totale est rejetée. 3. Les frais de procédure, d ’un montant de 750 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant , à l'autorité inférieure et à l’autorité cantonale. La juge unique : Le greffier : Claudia Cotting-Schalch Duc Cung Expédition :