<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. Alors qu'il travaillait comme indépendant en qualité de méca-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nicien sur machines bureautiques, R. M. a fait l'objet de plusieurs</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">saisies de ressources lui enjoignant de verser 200 francs par mois à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'Office des poursuites de La Chaux-de-Fonds (D. p.13, 23, 39, 59, 85). Il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'a pas versé cette somme du mois de mai 1993 à celui d'août 1994 (procès-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">verbaux de distraction de biens saisis : D. p.11, 21, 41, 49, 83).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Son épouse, F. M. , qui gère un salon de coiffure, a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">également fait l'objet d'une saisie de ressources mensuelle de 200 francs</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par mois (D. p.123), qu'elle n'a pas payée en octobre et novembre 1993 (D.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">p.125).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Suite à diverses plaintes (D. p.7, 17, 35, 45, 51, 79), R. M. a été renvoyé devant le Tribunal de police du district de la Chaux-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de-Fonds, qui l'a condamné le 22 août 1995 à une peine de 14 jours d'em-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prisonnement avec sursis pendant 2 ans. Egalement renvoyée devant ce tri-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">bunal suite à une plainte (D. p.119), F. M. a été condamnée le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">même jour à une peine de 5 jours d'emprisonnement avec sursis pendant 5</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ans.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le tribunal a retenu que, durant la période considérée, les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">époux M. avaient réalisé un salaire total mensuel de 3'700 francs et</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que leurs charges mensuelles s'élevaient à 3'290 francs. Il a donc estimé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'ils étaient en mesure de s'acquitter, au moins en partie, des retenues</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fixées par l'office des poursuites.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Le 1er septembre 1995, les époux M. recourent contre le juge-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ment du 22 août 1995, concluant, sous suite de frais et dépens, à sa cas-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sation avec ou sans renvoi. Ils allèguent, en bref, que le salaire retenu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par le premier juge pour R. M. (2'400 francs) est erroné et que la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">charge représentée par un de leurs enfants a été mal appréciée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. Le tribunal de police et le ministère public n'ont pas formulé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'observations ni pris de conclusions.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> e n d r o i t</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourvoi est recevable.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. a) L'article 169 aCP, applicable en l'espèce, punit de l'empri-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sonnement celui qui dispose arbitrairement, au détriment de ses créan-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ciers, d'un objet saisi ou séquestré ou inventorié dans une poursuite pour</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dettes, dans une faillite ou porté dans un inventaire constatant un droit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de rétention.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) Sur le plan objectif, sont assimilés aux "objets" visés par</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cette disposition les droits et créances, notamment les prétentions de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">salaire et d'honoraires, qu'ils proviennent d'un emploi ou d'une activité</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">indépendante (RJN 1983 p.96 et les arrêts cités). L'article 169 CP actuel,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">entré en vigueur le 1er janvier 1995, utilise d'ailleurs l'expression plus</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">générale de "valeur patrimoniale". L'article 169 aCP s'applique également</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au salaire futur provenant d'un emploi et au revenu futur provenant d'une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">activité professionnelle indépendante (ATF 91 IV 69).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Selon la jurisprudence, la saisie du revenu provenant de l'exer-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cice d'une profession indépendante porte sur la somme qui, déduction faite</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des frais généraux, excède le minimum vital du débiteur. Si, en dépit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'une saisie définitive, celui-ci n'effectue pas les versements auxquels</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">il est astreint et qu'il fasse l'objet d'une enquête pénale, il appartient</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">alors au juge d'apprécier la situation financière du débiteur, de déter-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">miner la quotité saisissable et de se prononcer sur la culpabilité (RJN</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1980-81, p.111). S'agissant du calcul proprement dit pour juger si le gain</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">effectif a dépassé le minimum vital indispensable au débiteur, ce n'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pas le revenu de chaque mois pris isolément qui est déterminant, mais bien</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le revenu mensuel moyen réalisé pendant toute la durée de la saisie (ATF</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">96 IV 111, JT 1971 IV 87).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Ainsi, pour apprécier si le prévenu s'est rendu coupable de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'infraction visée par l'article 169 aCP, le juge pénal ne saurait sans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">autre s'en remettre au calcul du minimum vital effectué par l'office des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">poursuites. Il doit au contraire procéder à un nouveau calcul en se fon-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dant sur les principes jurisprudentiels prérappelés. Il lui appartient</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">donc d'établir non seulement le revenu réalisé pendant la période concer-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">née, mais également les charges effectives. Pour celles-ci, il peut s'ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pirer des circulaires de l'Autorité cantonale de surveillance LP sur le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">minimum vital insaisissable. En présence d'un couple dans lequel les deux</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">époux travaillent, il calculera la quotité saisissable de chacun en sous-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trayant la participation de l'époux concerné au minimum d'existence à son</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">revenu net déterminant (ch.5 litt.a de la circulaire publiée chaque année</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au RJN).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> c) Sur le plan subjectif, un détournement d'objets mis sous main</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de justice est une infraction intentionnelle (art.18 al.1 CP), ce qui im-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">plique que l'auteur ait agi avec conscience et volonté (art.18 al.2 CP).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Un simple négligence ne suffit pas. Ce qu'une personne sait, veut, envisa-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ge ou accepte et ce dont elle s'accommode relève du fait (ATF 119 IV 242 -</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">JT 1995 IV 174-175; RJN 1982, p.70) et les constatations du premier juge à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ce sujet lient la Cour de céans, sauf arbitraire (art.251 al.2 CPP; RJN 7</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">II 4; ATF 118 Ia 30).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. En l'espèce, le premier juge a considéré que les conditions ob-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">jectives de l'article 169 aCP étaient réalisées, ajoutant dans le considé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rant consacré à la mesure de la peine: "Il semble qu'il y ait eu davantage</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la négligence que de la mauvaise volonté" (jugement, p.4, consid.4). Il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">a donc retenu que l'élément constitutif subjectif du délit n'était pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">établi, ce que confirme la lecture du dossier: les époux M. , lors de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">leurs interrogatoires par la police (D. p.29, 75, 111, 137), ont certes</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">admis ne pas avoir payé les mensualités, mais n'ont jamais dit avoir agi</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">volontairement et consciemment au détriment de leurs créanciers. Ainsi, au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vu des difficultés financières qu'ils ont connues, on ne saurait affirmer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que leur comportement relèverait d'autre chose que de la négligence. Par-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tant, l'infraction à l'article 169 aCP n'est pas réalisée.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Il convient donc de casser le jugement entrepris et, statuant au</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fond, de libérer les prévenus. Au vu du sort de la cause, les frais de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">première et deuxième instance resteront à la charge de l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA COUR DE CASSATION PENALE</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Casse le jugement entrepris.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Statuant au fond, libère les recourants des fins de la poursuite pénale</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> engagée contre eux.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Met les frais de première et de deuxième instance à la charge de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> l'Etat.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 22 décembre 1995</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> </div></body></html>