Tribunal cantonal TC Kantonsgericht KG Rue des Augustins 3, case postale 630, 1701 Fribourg T +41 26 304 15 00 www.fr.ch/tc — Pouvoir Judiciaire PJ Gerichtsbehörden GB 502 2023 217 Arrêt du 24 avril 2024 Chambre pénale Composition Vice-président : Jérôme Delabays Juges : Sandra Wohlhauser, Marc Sugnaux Greffière-rapporteure : Catherine Faller Parties A.________, partie plaignante et recourant, contre MINISTERE PUBLIC DE L’ETAT DE FRIBOURG, intimé, et B.________, intimé Objet Ordonnance de non-entrée en matière Recours du 18 septembre 2023 contre l'ordonnance du Ministère public du 31 août 2023Tribunal cantonal TC Page 2 de 5 considérant en fait et en droit 1. Le 21 février 2023, A.________ a adressé à la Chambre pénale du Tribunal cantonal un recours contre une ordonnance de non-entrée en matière du Ministère public sur sa plainte pénale du 10 novembre 2022 contre le Procureur C.________ (502 2023 43). Le 28 février 2023, le Président de la Chambre pénale B.________ a adressé à A.________ un courrier lui impartissant un délai de 5 jours pour déposer un recours corrigé et expurgé de tous propos inconvenants. Le recours du 21 février 2023 a été déclaré irrecevable par la Chambre pénale le 4 avril 2023. 2. Le 7 mars 2023, A.________ avait adressé au Ministère public de la Confédération, ainsi qu’à l’autorité de surveillance de cette autorité, une plainte pénale contre B.________ et « toute personne ou Elus politiques ou Fonctionnaires en fonction des faits décrits », pour « menace de déni de justice ». Il a demandé la récusation en bloc des membres du Tribunal cantonal fribourgeois. Il reprochait au magistrat précité son courrier du 28 février 2023 ; plus généralement, il est revenu sur la corruption généralisée gangrénant la magistrature, reproches déjà formulés dans de nombreuses procédures antérieures. La décision du Ministère public fribourgeois reconnaissant sa compétence pour connaître de la plainte pénale du 7 mars 2023 a été contestée par A.________ jusque devant la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (décision du 14 août 2023 [BG.2023.28]). Par décision du 31 août 2023, le Ministère public, par la Procureure générale adjointe, n’est pas entré en matière sur la plainte pénale du 7 mars 2023 et a déclaré irrecevable la demande de récusation. 3. A.________ a recouru le 18 septembre 2023 contre l’ordonnance du 31 août 2023. Il a conclu à sa nullité, à la destitution immédiate du Procureur général et de la Procureure générale adjointe, à l’ouverture à leur encontre d’une enquête par le Ministère public de la Confédération, à la reprise par cette autorité de la procédure contre B.________, et à une indemnité de CHF 4'500.-. Selon lui, le Ministère public fribourgeois n’est pas compétent pour statuer sur la plainte pénale du 7 mars 2023 ; il précise avoir déposé plainte pénale contre un juge du Tribunal pénal fédéral ayant participé à la décision du 14 août 2023. Il poursuit en ces termes : « En raccourci, disons que l’Institution judiciaire suisse, à TOUS les niveaux, n’est composée que de Mafieux qui se soutiennent entre eux et qui veillent sur l’impunité des uns et des autres. » Après une pluie de reproches envers la magistrature, il conclut son écrit en précisant que les décisions judiciaires n’ont désormais plus aucun impact sur lui, et que le comportement des magistrats auront des conséquences, ses réserves civiles portant sur plusieurs centaines de milliards de francs. 4. Si tant est que la remise en cause de l’ensemble de la magistrature par le recourant impliquerait selon lui la récusation des membres de la Chambre de céans, il lui a déjà été à maintes reprises expliqué que la Chambre pénale peut écarter elle-même une demande de récusation, sans qu'il soit Tribunal cantonal TC Page 3 de 5 nécessaire de mettre en place la procédure visée par l’art. 59 al. 1 let. c CPP, lorsque ladite demande n'est pas recevable ou qu'elle est manifestement mal fondée ou abusive. Tel est manifestement le cas en l’espèce. Visé par la plainte pénale du 7 mars 2023, le Président de la Chambre pénale B.________ s’est cela étant récusé. 5. 5.1. Dans un arrêt du 22 février 2024 (502 2023 247-248), la Chambre pénale a relevé que, depuis 2011, A.________ avait déposé plus de 100 dénonciations et plaintes pénales auprès du Ministère public et depuis peu auprès du MPC qui systématiquement les transmet au Ministère public comme objet de sa compétence. Durant la même période, A.________ a saisi à 90 reprises la Chambre pénale dont 17 fois pour la seule année 2023. A.________ a ainsi assailli le Ministère public de plaintes et de dénonciations pénales, assorties pour la quasi-totalité de demandes de récusation ; il a systématiquement recouru auprès de la Chambre pénale, assortissant ses pourvois de demandes de récusation également. Sur tous les recours déposés, seuls deux ont été admis pour respectivement un non-respect du délai d’une citation à comparaître à une audience du Juge police et une récusation d’un Préfet. Tous les autres ont été soit rejetés pour 41, soit déclarés irrecevables pour 31, dont les 10 jugés en 2023. Outre ces considérations chiffrées qui dénotent une frénésie procédurale, il appert des recours essentiellement déposés en 2022 et en 2023 que A.________ considère que les membres des autorités judiciaires font partie d’une organisation criminelle. Les actes de procédure exécutés par la direction de la procédure, notamment le Président de la Chambre, tels une demande de sûretés au sens de l’art. 381 al. 1 CPP ou un retour des recours pour correction de propos inconvenants et de termes irrespectueux conformément à l’art. 110 al. 4 CPP, engendrent le dépôt d’une plainte pénale de A.________ contre leur auteur. Les écritures de A.________ sont prolixes et comportent des propos inconvenants et des termes irrespectueux. Le recourant répète, en toute occasion, des demandes de récusation visant non seulement les magistrats chargés de traiter les procédures dans lesquelles il est partie, mais également la magistrature dans son ensemble. Ses développements présentent un caractère itératif marqué. Ils consistent en la répétition de développements similaires qui se limitent pour l’essentiel à critiquer les autorités judiciaires qu’il considère comme corrompues et structurées sous la forme d’une organisation criminelle. Ni le sort donné à ses plaintes, dénonciations et recours, ni les émoluments mis à sa charge, ni les explications reçues n’influencent en quoi que ce soit sa frénésie procédurière. En conséquence, la Chambre pénale a jugé le 22 février 2024 que A.________ ne dispose plus de la capacité de discernement et partant de la capacité d’ester en justice, de sorte qu’il y avait lieu désormais de classer purement et simplement les plaintes, requêtes et recours déposés par lui contre des magistrats, des avocats ou des agents de la fonction publique en raison de leur prétendue appartenance à une organisation criminelle, ou pour de prétendues infractions en lien avec l’exercice de leurs tâches publiques ou de leurs mandats. Cet arrêt faisant toutefois l’objet d’un recours pendant par-devant le Tribunal fédéral, il ne sera pas appliqué en l’occurrence, dans le sens que le recours de A.________ ne sera pas purement et simplement classé. 5.2. Le cas d’espèce illustre cela étant parfaitement la problématique relevée par la Chambre pénale dans son arrêt du 22 février 2024 : A.________ n’a plus confiance dans les institutions judiciaires suisses. L’ensemble de la magistrature est à ses yeux corrompu. Cela devrait logiquement le conduire à renoncer à solliciter des magistrats si indignes. Mais, paradoxalement, il Tribunal cantonal TC Page 4 de 5 ne cesse de les mettre à contribution en déposant très régulièrement, et depuis des années, des plaintes pénales et des recours. Une issue négative, telle une ordonnance de non-entrée en matière, démontre à ses yeux la corruption généralisée qu’il dénonce ; il s’ensuit dès lors une nouvelle plainte pénale notamment pour abus d’autorité contre le magistrat qui a rendu la décision, etc., etc.. C’est précisément le cas en l’occurrence, la plainte pénale contre B.________ étant motivée par le fait que ce magistrat s’est saisi d’un recours de A.________ et en a exigé la régularisation. 5.3. L’absence de capacité d’ester en justice entraine ainsi l’irrecevabilité du recours du 18 septembre 2023. Mais même en faisant abstraction de l’incapacité de discernement du recourant, le recours du 18 septembre 2023 est manifestement irrecevable ; A.________ se limite à exposer sa vision d’une magistrature corrompue, la simple appartenance à celle-ci impliquant selon lui une participation à une entreprise criminelle et la commission de multiples infractions. La répétition par A.________, dans chaque écrit, des mêmes reproches de corruption ne constitue cela étant pas une motivation pertinente. Là encore, cela lui a été indiqué à maintes reprises. Quoi qu’il en soit, B.________ a rendu, dans le cadre de ses fonctions, une demande de régularisation. On ne perçoit pas le début d’un indice d’une infraction pénale. Comme régulièrement enfin, A.________ présente à la Chambre pénale des requêtes n’entrant pas dans sa compétence, comme in casu la destitution de la Procureure générale adjointe et du Procureur général. 6. Il est renoncé à percevoir des frais judiciaires. (dispositif en page suivante)Tribunal cantonal TC Page 5 de 5 la Chambre arrête : I. Le recours est irrecevable. II. Il n’est pas perçu de frais judiciaires. III. Notification. Cet arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière pénale au Tribunal fédéral dans les trente jours dès la notification de l’arrêt rédigé. La qualité et les autres conditions pour interjeter recours sont déterminées par les art. 78 à 81 et 90 ss de la loi sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF). L'acte de recours motivé doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Il doit être remis au plus tard le dernier jour du délai, soit au Tribunal fédéral soit, à l'attention de ce dernier, à La Poste Suisse ou à une représentation diplomatique ou consulaire suisse. Fribourg, le 24 avril 2024/jde Le Vice-président La Greffière-rapporteure