B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-6638/2012 A r r ê t d u 9 j a n v i e r 2 0 1 3 Composition Yanick Felley, juge unique, avec l'approbation de Daniele Cattaneo, juge, Rémy Allmendinger, greffier. Parties A._______, né le (…), Nigéria, représenté par (…) recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi ; décision de l'ODM du 10 décembre 2012 / N (…). D-6638/2012 Page 2 Vu la demande d'asile déposée en Suisse par l'intéressé en date du 4 décembre 2011, les procès-verbaux des auditions des 16 décembre 2011 (audition so m- maire) et 4 juin 2012 (audition sur les motifs), la décision du 10 décembre 2012, par laquelle l'ODM, faisant application de l'art. 32 al. 2 let. a de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), n'est pas entré en matière sur la demande précitée, a prononcé le renvoi de l'intéressé et ordonné l'exécution de cette mesure, le recours avec annexes du 20 décembre 2012, par lequel l'intéressé a conclu à l'annulation de dite décision et à l'octroi de l'admission proviso i- re, la requête d'octroi de l'assistance judiciaire partielle dont il est assorti, la décision incidente du 28 décembre 2012, par laquelle il a été renoncé à une avance sur les frais de procédure et constaté que le recourant po u- vait demeurer en Suisse jusqu'à l'issue de la procédure, et considérant que le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi féd é- rale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF, qu’en particulier, les décisions de l’ODM concernant l’asile peuvent, par renvoi de l’art. 105 LAsi, être contestées devant le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l'espèce, D-6638/2012 Page 3 qu'il examine librement en la matière l'application du droit public fédé ral, la constatation des faits et l'opportunité, sans être lié par les argu ments invoqués à l'appui du recours (art. 106 al. 1 LAsi et 62 al. 4 PA par renvoi des art. 6 LAsi et 37 LTAF) ni par la motivation retenue par l'ODM (ATAF 2009/57 consid. 1.2 p. 798 ; cf. dans le même sens Jurispru dence et i n- formations de la Com mission suisse de re cours en matière d'asile [J I- CRA] 2002 n° 1 consid. 1a p. 5, JICRA 1994 n° 29 consid. 3 p. 206 s.) ; qu'il peut ainsi admettre un re cours pour un autre motif que ceux invo - qués devant lui ou rejeter un re cours en adoptant une argu mentation dif- férente de celle de l'autorité intimée (ATAF 2007/41 consid. 2 p. 529 s.), qu'à l'instar de l'ODM, il s'appuie sur la situa tion prévalant au moment de l'arrêt s'agissant de la c rainte de persécution future ou de motifs d'empê - chement à l'exécution du renvoi, que ceux -ci soient d'ordre juridique ou pratique (ATAF 2009/29 consid. 5.1 p. 376, ATAF 2008/12 consid. 5.2 p. 154 s., ATAF 2008/4 consid. 5.4 p. 38 s.) ; qu'il prend ainsi en considé- ration l'évolution de la situation intervenue depuis le dépôt de la demande d'asile, que l'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA) et que son recours est recevable (art. 108 al. 1 LAsi et art. 52 al. 1 PA), que la décision de l'ODM, en tant qu'elle concerne la non-entrée en ma- tière sur la demande d'asile, est entrée en force, qu'en effet, dans son recours, l'intéressé a limité son argumentation à la licéité et à l'exigibilité de l'exécution de son renvoi, qu'à ce propos, l'off ice a retenu que le renvoi était licite, le principe de non-refoulement au sens de l'art. 5 al. 1 LAsi n'étant pas applicable dans le cas d'espèce et l'examen du dossier ne faisant apparaître aucun indice de ce que le requérant serait exposé à une peine ou à un traitement contraire à l'art. 3 de la Conven tion du 4 novembre 1950 de sauve garde des droits de l’homme et des libertés fon damentales (CEDH, RS 0.101); qu'il a également considéré que le renvoi était raisonnablement exigible, ni la situation politique au Nigéria, ni aucune autre raison, notamment d'ordre personnel, ne s'opposant à cette mesure, que, dans son recours, l'intéressé a fait valoir que l'exécution de son re n- voi était illicite et inexigible , du fait qu'il n'aurait pas accès aux soins n é- cessaires au Nigéria, ce qui serait susceptible d'entraîner une dégrad a-D-6638/2012 Page 4 tion de son état de santé psychique et l'exposerait à un risque de pa s- sage à l'acte suicidaire, et qu'il n'avait plus de famille dans ce pays, que lorsqu'il refuse d' entrer en matière sur une demande d'asile, l'ODM prononce en principe le renvoi de Suisse et en ordonne l'exécution (art. 44 al. 1 LAsi), qu'aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en la cause r é- alisée (art. 32 de l'ordonnance 1 sur l'asile du 11 août 1999 [OA 1, RS 142.311]), le Tribunal est, de par la loi, tenu de confirmer cette mesure (cf. dans ce sens JICRA 2001 n° 21 p. 168 ss), que l'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, rai sonnablement exigible et possible ; qu'en cas contraire, l'ODM règle les conditions de résidence conformément aux dispositions de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étran gers (LEtr, RS 142.20) concernant l'a d- mission provisoire (art. 44 al. 2 LAsi), que l’exécution du renvoi ne contrevi ent pas au principe de non - refoulement de l’art. 5 LAsi, puisque la décision de refus d'entrée en m a- tière sur la demande d'asile est demeurée incontestée ; que l'intéressé n'a pas non plus établi qu'il risquait d'être soumis, en cas d'exécu tion du renvoi, à un trai tement prohibé par l'art. 3 CEDH ou par l'art. 3 de la Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhu mains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105), imputable à l'homme ; qu'une simple possi bilité de mauvais trai tements ne suffit pas ; que la personne concernée doit rendre hautement probable ("real risk") qu'elle serait vi sée directe ment par des me sures in compa- tibles avec les dis positions conventionnelles précitées (cf. dans ce sens JICRA 2005 n° 4 consid. 6.2. p. 40, JICRA 2004 n° 6 con sid. 7a p. 40, JICRA 2003 n° 10 consid. 10a p. 65 s., JICRA 2001 n° 17 con sid. 4b p. 130 s., JICRA 2001 n° 16 consid. 6a p. 121 s., JICRA 1996 n° 18 consid. 14b/ee p. 186 s.), ce qui n'est pas le cas en l'espèce, que l'exécu tion du ren voi est ainsi licite (art. 44 al. 2 LAsi et art. 83 al. 3 LEtr), qu'il s'agit ensuite d'examiner si cette mesure est raisonnablement exig i- ble (art. 44 al. 2 LAsi et art. 83 al. 4 LEtr), que le Nigéria ne connaît pas une situation de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée qui permettrait de présumer à propos de D-6638/2012 Page 5 tous les requérants en prove nant l'existence d'une mise en danger concrète au sens des disposi tions précitées (cf. notamment arrêt du Tribunal administratif fédéra l D-1964/2012 du 19 avril 2012), qu'en outre, il ne ressort pas du dossier que l'intéressé pour rait être mis sérieusement en danger pour des motifs qui lui seraient propres ; qu'il est jeune, majeur depuis près de quatre ans, sans charge de famille et apte à travailler, que s'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des conditions minimales d'existence ; que par soins essentiels, il faut entendre les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine ; que l'art. 83 al. 4 LEtr, disposition exceptionnelle te- nant en échec une décision d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche être interprété comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui - même induit par un droit général d'accès en Suisse à des mesures méd i- cales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au simple motif que l'in- frastructure hospitalière et le savoir-faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse ; qu'il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger (p. ex. des trai- tements visant à atténuer ou guérir des troubles psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves) ; que si les soins essentiels néces- saires peuvent être assurés dans le pays d'origine ou de provenance de l'étranger concerné, cas échéant avec d'autres médi cations que celles prescrites en Suisse, l'exécution du renvoi dans l'un ou l'autre de ces pays sera raisonnablement exigible ; qu'elle ne le sera plus, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique (cf. ATAF 2011/50 consid. 8.3 par. 1 p. 1003 s. et réf. cit.), que cela dit, si dans un cas d'espèce, le grave état de santé ne constitue pas en soi un motif d'inexigibilité sur la base des critères qui précèdent, il peut demeurer un élément d'appréciation dont il convient alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de l'ensemble des éléments D-6638/2012 Page 6 ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi (cf. ATAF 2011/50 co n- sid. 8.3 par. 2 p. 1004 et jurisp. cit.), qu'à teneur du rapport médical établi le 19 décembre 2012, le recourant souffre actuellement d'un état de stress post -traumatique (F43.1) et d'un épisode dépressif actuellement moyen (F32.1) ; que le traitement actuel consiste principalement en un suivi psychothérapeutique régulier ( hebdo- madaire à bimensuel) et un traitement médicamenteux (antidépresseur et anxiolytique, si nécessaire) ; que dès lors, les soins qui lui sont actuell e- ment dispensés n'apparaissent pas particulièrement complexes, que la situation de détresse de l'intéressé ne saurait ainsi être minimisée, que toutefois, actuellement, le traitement prescrit ne peut être qualifié de lourd et l'état de santé psychique de l'intéressé n'est pas d'une gravité tel- le que l'exécution de son renvoi contreviendrait à l'art. 83 al. 4 LEtr, qu'il ne peut être retenu, au vu de ce qui précède , et compte tenu de l'infrastructure médicale dont dispose le Nigéria, même si celle -ci ne correspond pas forcément à celle existant dans un grand nombre de pays européens, qu'un renvoi aurait pour conséquence de provoquer une dégradation très rapide de son état de sant é ou de mettre en danger sa vie ; qu'il lui est possible d'obtenir, dans son pays, les soins psychothérapeutiques nécessaires ainsi que les médicaments qui lui sont actuellement prescrits , ou d'a utres aux p rincipes ac tifs comparables ( cf. OSAR, Nigeria: Behandlung von PTSD, 9 novembre 2009, pp. 1 et 5 ), que s'agissant du risque suicidaire allégué par l'intéressé, dans la perspec- tive d'un retour dans son pays d'origine, il convient de rappeler que les troubles psychiques sérieux avec un tel risque sont couramment observés chez les personnes confrontées à l'imminence d'un renvoi, que, de pratique constante, les autorités d'asile ne sauraient retenir, en l'absence de graves pathologies dont découlerait directement l'impossibilité d'exiger le renvoi, qu'une telle situation s'oppose d'emblée à l'exécution de cette mesure, que ni une tentative de suicide ni des tendances suicidaires ("suicidalité") ne s'opposent à l'exécution du renvoi, y compris sous l'angle de l'exigibilité, seule une mise en danger concrète devant être prise en considération (cf. en particulier arrêt du Tribunal administratif fédéral E -1302/2011 du D-6638/2012 Page 7 2 avril 2012, consid. 6.2, et jurisp. cit., et consid. 6.3.2 p. 15, et les no m- breux autres arrêts du Tribunal qui y sont cités), qu'il y a de fortes chances qu'une éventuelle péjoration des problèmes psychiques (avec ou sans risque suicidaire) s'atténuera une fois le retour de l'intéressé accompli et le premier moment de déception passé, que m ême si le Tribunal n'entend pas sous -estimer les appréhensions que le recourant peut ressentir à l'idée de regagner son pays d'origine, il n'en demeure pas moins que l'on ne saurait de manière générale prolo n- ger indéfiniment le séjour d'une personne en Sui sse au seul motif que la perspective d'un retour exacerbe un état psychologique perturbé, qu'il appartient à l'intéressé, avec l'aide de son/ses thérapeute/s, de mettre en place les conditions adéquates qui lui permettront d'appréhender son retour au pays, qu'en outre, il pourrait solliciter de l'ODM, en cas de besoin, une aide au re- tour pour motifs médicaux (cf. art. 73 ss de l'ordonnance 2 sur l'asile relati- ve au financement [OA 2, RS 142.312], afin de financer notamment les soins nécessaires jusqu'à ce que son éventuel état de santé psychique exacerbé s'améliore (p. ex. en cas de traitement stationnaire temporaire après son arrivée) et/ou emporter avec lui une réserve de médicaments pour surmonter la période entre son arrivée au Nigéria et sa réinsertion ef- fective dans ce pays, que, cas échéant, il incombera aux autorités suisses d'exécution de contrôler au moment du départ s'il est réellement apte à voyager, respe c- tivement de lui octroyer le traitement et l'accompagnement nécessaires et de s'assurer que le renvoi s'effectue en conformité à leurs obligations de droit international, qu'en conséquence, cette mesure est également raisonnablement exig i- ble (art. 83 al. 4 LEtr), dans la mesure où elle ne fait pas apparaître, en l’espèce, une mise en danger concrète de l'intéressé, que l’exécution du renvoi est enfin possible (art. 83 al. 2 LEtr), le reco u- rant étant tenu de collaborer à l’obtention de documents de voyage lui permettant de retourner dans son pays d’origine (art. 8 al. 4 LAsi), que le recours, en tant qu’il porte sur l'exécution du renvoi, doit ainsi être rejeté et le dispositif de la décision de l'ODM confirmé sur ce point, D-6638/2012 Page 8 que s’avérant manifestement info ndé, le recours est rejeté dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi), qu’il est dès lors renoncé à un échange d’écritures, le présent arrêt n’étant motivé que sommairement (cf. art. 111a al. 1 e 2 LAsi), que dans la mesure où les conclusions du recours étaient d’emblée vouées à l’échec, la requête d’assistance judiciaire partielle doit être rej e- tée, que, vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procéd ure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), (dispositif page suivante) D-6638/2012 Page 9 le Tribunal administratif fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté. 2. La demande d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d ’un montant de 600 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, à l ’ODM et à l ’autorité canto- nale compétente. Le juge unique : Le greffier : Yanick Felley Rémy Allmendinger Expédition :