<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="content"> <a name="idp338224"></a><div class="big bold">Urteilskopf</div> <br/>147 IV 505<br/><br/><br/><div class="paraatf">50. Extrait de l'arrêt de la Cour de droit pénal dans la cause A. contre Parquet général du canton de Berne et B. (recours en matière pénale)</div> <div class="paraatf">6B_1498/2020 du 29 novembre 2021</div> <a name="idp339680"></a> <a name="idp350832"></a><br/><div id="regeste" lang="de"> <div class="big bold">Regeste</div> <br/><div class="paraatf"><span class="artref">Art. 3 Abs. 2 lit. a, <artref id="CH/312.0/381/1" type="start"></artref>Art. 381 Abs. 1, <artref id="CH/312.0/391/2" type="start"></artref>Art. 391 Abs. 2, <artref id="CH/312.0/401" type="start"></artref>Art. 401 StPO</span><artref id="CH/312.0/391/2" type="end"></artref><artref id="CH/312.0/381/1" type="end"></artref><artref id="CH/312.0/3/2/a" type="end"></artref>; Zulässigkeit der Anschlussberufung; Grundsatz von Treu und Glauben im Strafverfahren. <div class="paratf"> Legitimation der Staatsanwaltschaft, Anschlussberufung zu erheben, um damit das Verbot der <i>reformatio in peius</i> aufzuheben (vgl. <span class="artref">Art. 391 Abs. 2 StPO</span>; E. 4.4). </div> <div class="paratf">Die Anschlussberufung ist nicht zulässig, wenn sie ohne nähere Begründung auf die Frage der Strafzumessung beschränkt bleibt, obwohl die Erstinstanz dem diesbezüglichen Antrag der Staatsanwaltschaft vollumfänglich gefolgt war (E. 4.4.3). </div> </div> </div> <a name="idp361632"></a> <br/><div> <a name="idp371072"></a><span class="big bold" id="sachverhalt">Sachverhalt</span> <span class="small">ab Seite 506</span> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="page506"></a><div class="center pagebreak">BGE 147 IV 505 S. 506</div> </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp372736"></a><span class="bold">A. </span> Par jugement du 12 septembre 2019, le Tribunal régional Jura bernois-Seeland a condamné A. pour viol (<span class="artref">art. 190 al. 1 CP</span>), lésions corporelles simples (<span class="artref">art. 123 ch. 2 CP</span>), contrainte (<span class="artref">art. 181 CP</span>) et menaces (<span class="artref">art. 180 al. 2 let. a CP</span>) à une peine privative de liberté de 4 ans ainsi qu'à une peine pécuniaire de 120 jours-amende à 30 fr., celle-ci ayant été prononcée avec sursis pendant 3 ans. Il a en outre astreint A. à verser à B. des montants de 748 fr. 85 à titre de dommages-intérêts et de 20'000 fr. à titre d'indemnité pour tort moral, avec intérêts à 5 % dès le 8 février 2015. </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp381152"></a><span class="bold">B. </span> La 2 <sup>e</sup> Chambre pénale de la Cour suprême du canton de Berne a statué par jugement du 29 octobre 2020 sur l'appel formé par A. contre le jugement du 12 septembre 2019 ainsi que sur l'appel joint du Parquet général. Le jugement de première instance a été réformé en ce sens que A. était condamné, pour les infractions dont il avait été reconnu coupable en première instance, à une peine privative de liberté de 4 ans et 9 mois ainsi qu'à une peine pécuniaire de 70 jours-amende à 30 fr., celle-ci ayant été prononcée avec sursis pendant 2 ans. Le jugement du 12 septembre 2019 a été confirmé pour le surplus. </div> <div class="paraatf">En substance, les faits suivants ont été retenus.</div> <div class="paraatf">A Bienne, à environ 10 à 15 reprises entre le printemps 2015 et le mois de janvier 2016, A. a forcé son épouse d'alors, B., à entretenir des relations sexuelles avec lui, cela alors que les précités faisaient chambre séparée et que la seconde avait dit au premier qu'elle ne voulait plus avoir de rapports sexuels avec lui en raison de leurs problèmes de couple.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp389504"></a><span class="bold">B.a </span> Par ailleurs, entre le 1 <sup>er</sup> décembre 2013 et le 15 mars 2016, A. s'en est pris physiquement à B., à plusieurs autres occasions, lui causant des ecchymoses et des saignements de nez. Il l'avait en outre menacée de mort, en lui mettant un couteau de cuisine sous la gorge alors qu'elle était couchée par terre. A une autre reprise, il l'avait empêchée de monter dans un taxi qu'elle souhaitait emprunter à la sortie d'une boîte de nuit, avant de la poursuivre dans la rue, puis de la pousser dans un buisson et lui donner des coups de pied, ceci alors qu'elle se trouvait au sol. </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp391520"></a><span class="bold">C. </span> A. forme un recours en matière pénale au Tribunal fédéral contre le jugement du 29 octobre 2020. Il conclut, avec suite de frais et dépens, principalement à l'annulation de ce jugement et au constat de la nullité de celui rendu le 12 septembre 2019 par le Tribunal régional <a name="page507"></a><div class="center pagebreak">BGE 147 IV 505 S. 507</div> Jura bernois-Seeland. Subsidiairement, il conclut à son acquittement et au rejet des conclusions civiles de B. Plus subsidiairement, il conclut à l'annulation du jugement du 29 octobre 2020 et au renvoi de la cause à la cour cantonale pour nouveau jugement. Il sollicite en outre l'octroi de l'assistance judiciaire. </div> <div class="paraatf">Invités à se déterminer sur le recours, l'instance précédente présente des observations, alors que le Parquet général y renonce.</div> <div class="paraatf">A. persiste dans ses conclusions.</div> <div class="paraatf">Le Tribunal fédéral a partiellement admis le recours, annulé le jugement entrepris s'agissant de la peine et renvoyé la cause à la cour cantonale pour nouvelle décision sur ce point. Pour le surplus, le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.</div> <br/><div> <a name="idp396384"></a><span class="big bold" id="erwaegungen">Erwägungen</span> </div> <br/><div class="paraatf">Extrait des considérants:</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp397344"></a><span class="bold" id="consideration_4.">4. </span> (...) </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp398352"></a><span class="bold" id="consideration_4.4">4.4 </span> Il reste encore à examiner les critiques exprimées par le recourant en lien avec la recevabilité des conclusions prises par le Ministère public dans son appel joint et l'application dans ce contexte du principe de l'interdiction de la <i>reformatio in pejus</i> . </div> <div class="paraatf">Il est à cet égard rappelé qu'en l'espèce, le Ministère public avait requis, par appel joint limité à la seule quotité de la peine, le prononcé d'une peine privative de liberté de 5 ans et demi, alors qu'en première instance, il s'était borné à demander une peine privative de liberté de 4 ans, peine qui avait été effectivement prononcée par l'autorité de première instance.</div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp401264"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.1">4.4.1 </span> Certes, contrairement à ce qui prévaut pour les autres parties à la procédure (cf. <span class="artref">art. 382 al. 1 CPP</span>), la légitimation du ministère public pour entreprendre une décision ne dépend pas spécifiquement d'un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification de la décision. Il est ainsi admis que le ministère public, vu son rôle de représentant de la société, en charge de la sauvegarde des intérêts publics, peut en principe librement recourir, tant en faveur qu'en défaveur du prévenu ou du condamné (cf. <span class="artref">art. 381 al. 1 CPP</span>), sans avoir besoin de justifier au surplus d'être directement lésé par le jugement attaqué (Message du 21 décembre 2005 relatif à l'unification du droit de la procédure pénale [ci-après: Message], FF 2006 1057, 1292; VIKTOR LIEBER, in Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO], Donatsch/Lieber/Summers/Wohlers [éd.], 3 <sup>e</sup> éd. 2020, vol. II, n° 2 ad <span class="artref">art. 381 CPP</span>; RICHARD CALAME, in <a name="page508"></a><div class="center pagebreak">BGE 147 IV 505 S. 508</div> Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2 <sup>e</sup> éd. 2019, n° 5 ad <span class="artref">art. 381 CPP</span>; SCHMID/JOSITSCH, Handbuch des Schweizerischen Strafprozessrechts, 3 <sup>e</sup> éd. 2017, n. 1455 p. 653). </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp412640"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.2">4.4.2 </span> Pour autant, si ces considérations sont susceptibles de valoir pleinement s'agissant d'un recours (cf. <span class="artref">art. 393 CPP</span>) ou d'un appel principal (cf. <span class="artref">art. 398 CPP</span>) déposé par le ministère public, on ne saurait d'emblée admettre qu'il doive en aller de même en toutes circonstances pour un appel joint (cf. <span class="artref">art. 401 CPP</span>), dont le caractère exclusivement accessoire par rapport à l'appel principal et les possibilités d'en abuser supposent une approche plus nuancée de la légitimation du ministère public. </div> <div class="paraatf"> Ainsi, le dépôt d'un appel joint implique, par définition, que son auteur ait précisément renoncé à former un appel principal et qu'il s'était dès lors accommodé du jugement entrepris, à tout le moins sur le point soulevé dans l'appel joint. Emanant du ministère public, l'appel joint présente dans ce contexte le danger de pouvoir être utilisé essentiellement comme un moyen visant à intimider le prévenu et dès lors être une source potentielle d'abus dans l'exercice de l'action publique. Il en va ainsi en particulier lorsque l'appel joint est interjeté par le ministère public dans le seul et unique but de faire obstacle à l'application de l'interdiction de la <i>reformatio in pejus</i> , au détriment du prévenu auteur de l'appel principal (cf. <span class="artref"><artref id="CH/172.221.104/391/1" type="start"></artref><artref id="CH/172.221.104/391/2" type="start"></artref>art. 391 al. 2, 1 <sup>re</sup></span><artref id="CH/172.221.104/391/1" type="end"></artref><artref id="CH/172.221.104/1" type="end"></artref> phrase, a contrario CPP), et d'inciter indirectement ce dernier à le retirer (cf. MARLÈNE KISTLER VIANIN, in Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2 <sup>e</sup> éd. 2019, n° 2 ad <span class="artref">art. 381 CPP</span>; GÉRARD PIQUEREZ, Traité de procédure pénale, 2 <sup>e</sup> éd. 2006, n. 1234 p. 767). </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp429360"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.3">4.4.3 </span> Avant l'introduction du CPP, certains cantons ne connaissaient pas l'appel joint et d'autres avaient supprimé la possibilité pour le ministère public d'en former (en particulier les cantons de Berne et du Jura; cf. KISTLER VIANIN, op. cit., note de bas de page 2 ad <span class="artref">art. 401 CPP</span>). Le législateur fédéral a pour sa part choisi d'introduire l'appel joint (cf. <span class="artref">art. 401 CPP</span>), tout en obligeant le ministère public à comparaître aux débats dans une telle hypothèse (cf. <span class="artref">art. 405 al. 3 let. b CPP</span>), cela afin de réduire les cas, constatés comme étant fréquents en pratique, dans lesquels l'appel joint était interjeté pour amener le prévenu à retirer son appel principal (cf. Message, FF 2006 1057, 1300 s.). Néanmoins, s'il en ressort que le législateur avait bien conscience des potentiels abus susceptibles de survenir dans le cadre du recours à l'appel joint, il demeure en l'état loisible au ministère public, sans qu'une comparution à l'audience consacre une <a name="page509"></a><div class="center pagebreak">BGE 147 IV 505 S. 509</div> perspective réellement dissuasive, d'interjeter un appel joint à la suite de tout appel principal d'un prévenu. </div> <div class="paraatf">Cela ne saurait toutefois être admis si le seul et unique but de l'appel joint est de faire pression sur le prévenu. Un exercice adéquat et raisonné de l'action publique implique en effet, pour le ministère public, s'il est d'avis que la sanction prononcée en première instance n'est pas équitable, de former lui-même un appel principal, qui exercera alors un effet dévolutif complet (cf. <span class="artref"><artref id="CH/312.0/398/3" type="start"></artref><artref id="CH/312.0/398/2" type="start"></artref>art. 398 al. 2 et 3 CPP</span><artref id="CH/312.0/398/3" type="end"></artref><artref id="CH/312.0/3" type="end"></artref>), sans que le sort de ses réquisitions dépende d'un éventuel retrait de l'appel principal du prévenu, qui aurait pour conséquence de rendre son appel joint caduc (cf. <span class="artref">art. 401 al. 3 CPP</span>; cf. PIQUEREZ, op. cit., n. 1219 p. 760).</div> <div class="paraatf"> Dans ce contexte, si, au regard de l'<span class="artref">art. 381 al. 1 CPP</span>, il n'y a pas matière à exiger du ministère public qu'il puisse justifier d'un intérêt juridiquement protégé lors du dépôt d'un appel joint, les considérations qui précèdent doivent en revanche conduire à se montrer particulièrement strict s'agissant de la légitimation du ministère public à former un appel joint lorsque le dépôt d'un tel acte dénote une démarche contradictoire susceptible de se heurter au principe de la bonne foi en procédure (cf. <span class="artref">art. 5 al. 3 Cst.</span>; <span class="artref">art. 3 al. 2 let. a CPP</span>; <a class="bgeref_id" href="https://search.bger.ch/ext/eurospider/live/de/php/clir/http/index.php?lang=de&amp;type=highlight_simple_query&amp;page=3&amp;from_date=&amp;to_date=&amp;from_year=2021&amp;to_year=2021&amp;sort=relevance&amp;insertion_date=&amp;from_date_push=&amp;top_subcollection_clir=bge&amp;query_words=&amp;part=all&amp;de_fr=&amp;de_it=&amp;fr_de=&amp;fr_it=&amp;it_de=&amp;it_fr=&amp;orig=&amp;translation=&amp;rank=0&amp;highlight_docid=atf%3A%2F%2F144-IV-189%3Ade&amp;number_of_ranks=0&amp;azaclir=clir#page189">ATF 144 IV 189</a> consid. 5.1 p. 192). Il en va en particulier ainsi lorsque le ministère public forme, sans motivation précise et en l'absence de faits nouveaux dont il entendait par hypothèse se prévaloir (cf. art. 391 al. 2, 2 <sup>e</sup> phrase, CPP), un appel joint sur la seule question de la peine en en demandant une aggravation, alors que ses réquisitions à cet égard avaient été intégralement suivies par l'autorité de première instance. </div> <br/><div class="paraatf"> <a name="idp454416"></a><span class="bold" id="consideration_4.4.4">4.4.4 </span> En l'espèce, le Ministère public a conclu, dans le cadre de son appel joint, au prononcé d'une peine privative de liberté de 5 ans et demi, sans motiver plus avant cette réquisition, alors qu'il s'était pourtant limité en première instance à demander une peine privative de liberté de 4 ans, qu'il avait obtenue. Cette démarche consacre un comportement contradictoire dans l'exercice de l'action publique, ce d'autant plus qu'en l'occurrence, la peine requise par appel joint n'aurait pas pu être prononcée par l'autorité de première instance devant laquelle le Ministère public avait porté l'accusation, dès lors qu'elle excédait la compétence de celle-là, qui était limitée aux peines inférieures à 5 ans en vertu du droit cantonal d'organisation judiciaire (cf. art. 56 al. 2 let. b et c de la loi du 11 juin 2009 portant introduction du code de procédure civile, du code de procédure pénale et de <a name="page510"></a><div class="center pagebreak">BGE 147 IV 505 S. 510</div> la loi sur la procédure pénale applicable aux mineurs [LiCPM/BE; RSB 271.1]). </div> <div class="paraatf"> Cela étant, la cour cantonale aurait dû constater qu'au regard des art. 3 al. 2 let. a, 381 al. 1 et 401 CPP, le Ministère public n'était pas légitimé à former un appel joint et qu'il n'y avait donc pas lieu d'entrer en matière sur celui-ci. Dès lors, le principe de l'interdiction de la <i>reformatio in pejus</i> trouvait pleinement application, ce qui empêchait la cour cantonale de prononcer une peine de privation de liberté plus sévère qu'en première instance. </div> </div></body></html>