B u n d e s v e rw a l t u n g s g e r i ch t T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l T r i b u n a l e am m i n i s t r a t i vo f e d e r a l e T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l Cour IV D-3121/2013 A r r ê t d u 6 j u i n 2 0 1 3 Composition Claudia Cotting-Schalch, juge unique, avec l'approbation de Jean-Pierre Monnet, juge ; Chantal Jaquet Cinquegrana, greffière. Parties A._______, né le (…), alias B._______, né le (…), Guinée-Bissau, recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non-entrée en matière) et renvoi ; décision de l'ODM du 23 mai 2013 / N (…). D-3121/2013 Page 2 Vu la demande d’asile déposée en Sui sse par A._______ en date du 4 jan- vier 2013, le document qui lui a été remis le même jour et dans lequel l’autorité compétente attirait son attention, d’une part, sur la nécessité de déposer dans les 48 heures ses documents de voyage ou ses pièces d’identité, et, d’autre part, sur l’issue éventuelle de la procédure en l’absence de r é- ponse concrète à cette injonction, les procès-verbaux des auditions des 12 février et 15 mai 2013, la décision du 23 mai 2013, notifiée le 2 8 suivant, par laquelle l’ODM, se fondant sur l’art. 32 al. 2 let. a de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), n’est pas entré en matière sur la demande d’asile de l'intéressé, motif pris qu’il n'avait produit aucun document d’identité ou de voyage et qu’aucune des exceptions visées par l’art. 32 al. 3 LAsi n’était réalisée, a prononcé son renvoi et ordonné l’exécution de cette mesure, le recours formé le 31 mai 2013 contre cette décision, par lequel le recou- rant a conclu à l'annulation de la décision attaquée, à la reconnaissance de la qualité de réfugié ainsi qu' à l'octroi de l'asile et, subsidiairement, au prononcé d'une admission provisoire, et a sollicité l a restitution de l'effet suspensif ainsi que l'assistance judiciaire partielle, l'accusé de réception du 5 juin 2013, et considérant qu'en vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administra- tif fédéral (LTAF, RS 173.32), le Tribunal connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021), qu’en particulier, les décisions rendues par l’ODM con cernant l’asile - lesquelles n'entrent pas dans le champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF - peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), devant le Tribunal, lequel statue alors défini-D-3121/2013 Page 3 tivement, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l'espèce, que le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige, que le recourant a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA), que son recours, interjeté dans la forme (art. 52 PA) et le délai (art. 108 al. 2 LAsi) prescrit par la loi, est recevable, que la décision attaquée étant une décision de non -entrée en matière sur une demande d'asile, les conclusions tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile n'entrent pas dans l'objet du litige (cf. ATAF 2011/30 consid. 3 p. 568, ATAF 2009/54 consid. 1.3.3 p. 777, ATAF 2007/8 consid. 5 p. 76 ss), qu'ainsi, les conclusions visant à la reconnaissance de la qualité de réf u- gié et à l'octroi de l'asile sont d'emblée irrecevables, qu’en vertu de l’art. 32 al. 2 let. a LAsi, il n’est pas entré en matière sur une demande d’asile si le recourant ne remet pas aux autorités, dans un délai de 48 heures après le dépôt de sa demande, ses documents de voyage ou ses pièces d’identité, que cette disposition n’est applicable ni lorsque le recourant rend vra i- semblable que, pour des motifs excusables, il ne peut pas le faire, ni si sa qualité de réfugié est étab lie au terme de l’audition, conformément aux art. 3 et 7 LAsi, ni si l’audition fait apparaître la nécessité d’introduire d’autres mesures d’instruction pour établir la qualité de réfugié ou pour constater l’existence d’un empêchement à l’exécution du renv oi (art. 32 al. 3 LAsi) au sens de la jurisprudence (cf. ATAF 2009/50 consid. 5 -8 p. 725-733), que selon l’art. 1a de l’ordonnance 1 sur l’asile du 11 août 1999 (OA 1, RS 142.311), constitue un document de voyage, tout document officiel autorisant l’entrée dans l’Etat d’origine ou dans d’autres Etats, tel qu’un passeport ou un document de voyage de remplacement (let. b), tandis qu’est considéré comme pièce d’identité tout document officiel compo r- tant une photographie délivré dans le but de prouver l’identit é du déte n- teur (let. c), D-3121/2013 Page 4 qu’en l’occurrence, le recourant n'a pas remis ses documents de voyage ou ses pièces d’identité dans un délai de 48 heures après le dépôt de sa demande d’asile ; qu’il n'a pas établi qu’il avait des motifs excusables de ne pas être à même de se procurer de tels documents, qu’en effet, il y a motif excusable au sens de l’art. 32 al. 3 let. a LAsi lors- que le requérant rend vraisemblable qu’il s'est rendu en Suisse en ayant dû laisser ses papiers dans son pays d’origine pour des raisons imp é- rieuses et qu’il s’efforce immédiatement et sérieusement de se les procu- rer dans un délai approprié (cf. ATAF 2011/37 consid. 5.3.1 p. 810, ATAF 2010/2 consid. 6 p. 28-29), qu’en l’espèce, l'intéressé a déclaré avoir possédé un passeport ainsi qu'une carte d'identité, mais qu e ces documents étaient échus depuis plusieurs années ; que le premier se trouverait à son domicile, respect i- vement chez sa sœur, alors qu'il ne se souviendrait plus où le second se trouverait ; qu'il aurait voyagé sans document d'identité et n'aurait fait l'ob- jet que d'un seul contrôle, entre (…) et (…), que ces explications, lesquelles se limitent à de simples affirmations, ne constituent manifestement pas des motifs excusables au sens de l'art. 32 al. 3 LAsi, que sur ce point, le Tribunal fait siens les arguments pertinents dé velop- pés par l'ODM au consid. I/1 de sa décision du 23 mai 2013, l'intéressé n'ayant nullement contesté l'appréciation de l'ODM selon laquelle ses d é- clarations étaient invraisemblables, ni même apporté la moindre précision ou correctif propres à la remettre en cause, qu'ainsi, en l'absence de documents de voyage ou de pièces d'identité, sans que le recourant ait donné d'excuses valables, il convient, à l'instar de l'ODM, d'admettre que la première des exceptions prévues par l'art. 32 al. 3 LAsi, s'opposant au prononcé d'une décision de non -entrée en m a- tière sur une demande d'asile fondée sur l'art. 32 al. 2 let. a LAsi, ne s'applique pas, qu’il ne ressort pas non plus du dossier que l’une ou l’autre des exce p- tions prévues à l’art. 32 al. 3 let. b et let. c LAsi soit réalisée, qu'avec la réglementation prévue à l'art. 32 al. 2 let a et à l'art. 32 al. 3 LAsi, le législateur n'a pas seulement souhaité introduire une form u- lation plus restrictive s'agissant de la qualité des papiers d'identité à pr o-D-3121/2013 Page 5 duire, mais a également voulu, avec le libellé de l'art. 32 al. 3 let. b et c LAsi, se montrer plus strict en relation avec le degré de preuve et le po u- voir d'examen (cf. ATAF 2007/8 consid. 3-5 p. 74 ss, spéc. consid. 5.6), qu'il a instauré une procédure d'examen matér iel sommaire et définitif au terme de laquelle – nonobstant la dénomination de "décision de non-entrée en matière" – il est jugé de l'existence ou non de la qualité de réfugié, qu'ainsi, il y a lieu d'entrer en matière sur une demande d'asile lorsqu'il est possible de constater, dans le cadre d'un examen sommaire déjà, que le requérant remplit manifestement les conditions requises pour la reco n- naissance de la qualité de réfugié au sens de l'art. 3 LAsi (cf. ATAF 2009/50 consid. 7 et 8 p. 272 ss ; ATAF 2007 /8 consid. 5.6.5 à 5.7 p. 90 ss), qu'en l'espèce, lors des auditions, l'intéressé a déclaré, en substance, n'avoir jamais exercé d'activités politiques ni rencontré le moindre pr o- blème avec les autorités de son pays d'origine ; qu 'il aurait entretenu une relation durable avec la fille de l'imam et chef de son village ; que la famil- le de celle -ci n'aurait pas vu cette relation d'un bon œil, raison pour l a- quelle elle l'aurait menacé de mort, respectivement de lapidation ; que la jeune fille serait tombée enceinte et serait décédée le (…) 2012, après son accouchement ; que le même jour, alors que A._______ se trouvait aux champs, plusieurs membres de la famille de son amie se seraient rendus à son domicile dans le but de le tuer ; qu'averti de ce fait par le fils de sa sœur, il aurait immédiatement quitté son pays d'origine, que, cependant, les motifs allégués se limitent à de simples affirmations du recourant qui ne reposent sur aucun fondement concret et sérieux ni ne sont étayés par un quelconque commencement de preuve, que, par ailleurs, prises dans leur ensemble, les déclarations de l'intére s- sé sont stéréotypées, divergentes et manquent à l'évidence de substan- ce, de sorte qu'elles ne satisfont pas aux conditions de vraisemblance de l'art. 7 LAsi, qu'ainsi, c'est à juste titre que l'ODM a retenu que le recourant n'a pas été constant dans les propos qu'il a tenus au sujet de son amie, déclarant tantôt l'avoir connue à l'école alors qu'elle avait 15 ans, tantôt avoir fait sa connaissance alors qu'elle était âgée de 17 ans et ne plus se souvenir à D-3121/2013 Page 6 quelle occasion, ou encore l'avoir fréquenté e tantôt deux ans, tantôt cinq ans, qu'à l'évidence, s'il avait véritablement entretenu une telle relation amou- reuse, ses propos y relatifs n'aurai ent pas, sur des faits aussi marquants, comporté de telles divergences, que par ailleurs, il est resté très évasif quant aux raisons pour lesquelles la famille de son amie était hostile à son égard, admet tant même ne pas savoir exactement pour quels motifs celle-ci aurait été contre sa relation amoureuse (cf. audition du 12 février 2013 ch. 7.02 p. 10), qu'il n'a pas été plus convaincant lorsqu'il a été invité à expliquer les rai- sons pour lesquelles il n'avait pas dénoncé les auteurs des menaces dont il aurait fait l'objet aux autorités de son pays d'origine , ou encore les mo- tifs pour lesquels il n'avait pas quitté plus tôt son pays, alors que les m e- naces de lapidation à son encontre auraient débuté en février 2012 déjà, que, pour le reste, renvoi peut être fait aux considérants de la décision at- taquée (cf. consid. I/2 de la décision du 23 mai 2013), le recours ne contenant ni arguments ni moyens de preuve susceptibles d'en remettre en cause le bien-fondé, que partant, les déclarations de l'intéressé ne satisfaisant de toute év i- dence pas aux exigences de l'art. 7 LAsi requises pour la reconnaissance de la qualité de réfugié, l'exception prévue à l'art. 32 al. 3 let. b LAsi ne s'applique également pas, qu'il en va de même de celle de l'art. 32 al. 3 let. c LAsi ; qu'il n'y a en e f- fet pas lieu de procéder à des mesures d'instruction complémentaires pour établir soit la qualité de réfugié du recourant, soit pour constater l'ill i- céité de l'exécution du renvoi (cf . ATAF 2009/50 p. 721 ss ; ATAF 2007/8 consid. 5.6.5 à 5.7 p. 90 ss) ; que la situation telle que ressortant des a c- tes de la cause ne le justifie pas, qu'il s'ensuit que c'est à juste titre que l'ODM a refusé d'entrer en matière sur la demande d'asile ; qu e sur ce point, le recours doit être rejeté et la décision du 23 mai 2013 confirmée, qu’aucune des conditions de l’art. 32 de l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, RS 142.311) n’étant réalisée, en l’absence notamment d’un droit du recourant à une autorisation de séjour D-3121/2013 Page 7 ou d’établissement, l’autorité de céans est tenue de confirmer le renvoi (art. 44 al. 1 LAsi), que dans ces conditions, il convient encore d'examiner si l'exécution de cette mesure peut être considérée comme ét ant licite, raisonnablement exigible et possible (art. 44 al. 2 LAsi et art. 83 al. 2 à 4 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers [LEtr, RS 142.20]), qu'en l'espèce, le recours introduit contre la décision de non -entrée en matière sur la demande d'asile étant écarté, l'intéressé ne peut se prév a- loir de l'art. 5 al. 1 LAsi qui reprend en droit interne le principe de non-refoulement généralement reconnu en droit international public et énoncé expressément à l'art. 33 de la Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ( Conv. réf., RS 0.142.30) ; qu'au vu de l'invra i- semblance de son récit, telle que démontrée ci -avant, il n'a pas non plus établi qu'il risquait d'être soumis à un traitement prohibé par l'art. 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fond a- mentales du 4 novembre 1950 (CEDH, RS 0.101) ou par l'art. 3 de la Convention contre la tor ture et autres peines ou traitements cruels, inh u- mains ou dégradants du 10 décembre 1984 (Conv. torture, RS 0.105) en cas de renvoi dans son pays (cf. ATAF 2009/50 précité, consid. 5-8) ; qu'il en découle que l'exécution du renvoi, ne contrevenant en aucun e m a- nière aux engagements de la Suisse relevant du droit international (art. 83 al. 3 LEtr), est licite, que s'agissant de la question de l'exigibilité de cette mesure, il convient tout d'abord de relever que la Guinée-Bissau ne se trouve pas en proie, sur l'ensemble de son territoire, à une guerre, une guerre civile ou une violence généralisée, qui permettrait de présumer, à propos de tous les requérants provenant de cet Etat, et indépendamment des circonstances de chaque cas particulier, l'existence d'une mise en danger concrète au sens de l'art. 44 al. 2 LAsi et de l'art. 83 al. 4 LEtr, qu'il ne ressort pas non plus du dossier que le recourant pourrait être mis concrètement en danger pour des motifs qui lui seraient propres ; que ce dernier est jeune, cél ibataire, sans charge de famille, et a suivi neuf ans d'école ; qu'il n'a pas allégué ni a fortiori établi qu'il souffrait de graves problèmes de santé pour lesquels il ne pourrait pas être soigné dans son pays ; qu'au demeurant, et bien que cela ne soit p as décisif, il dispose d'un réseau familial et social dans son pays, sur lequel il pourra compter à son retour, D-3121/2013 Page 8 que, par conséquent, l'exécut ion du renvoi de l'intéressé en Guinée-Bissau, qui n'est pas de nature à le mettre concrètement en danger, est raisonnablement exigible (art. 83 al. 4 LEtr), que l’exécution du renvoi est enfin possible (cf. art. 83 al. 2 LEtr ; ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513 -515 et jurisp. cit.), le recourant étant tenu de collaborer à l’obtention de documents de voyage lui permettant de retour- ner dans son pays d’origine (cf. art. 8 al. 4 LAsi), que le recours, en tant qu’il porte sur le renvoi et son exécution, doit ainsi être également rejeté et la décision entreprise également confirmée sur ce point, que s’avérant manifestement infondé, le recours doit être rejeté dans une procédure à juge unique, avec l’approbation d’un second juge (art. 111 let. e LAsi), qu’il est dès lors renoncé à un échange d’écritures, le présent arrêt n’étant motivé que sommairement (art. 111a al. 1 et 2 LAsi), qu'au vu du caract ère d'emblée voué à l'échec des conclusions du r e- cours, la demande d'assistance judiciaire parti elle doit être rejetée (art. 65 al. 1 PA), que, vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2), (dispositif page suivante) D-3121/2013 Page 9 Le Tribunal administratif fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable. 2. La requête d’assistance judiciaire partielle est rejetée. 3. Les frais de procédure, d’un montant de 600 francs, sont mis à la charge du recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 4. Le présent arrêt est adressé au recourant, à l’ODM et à l’autorité cant o- nale compétente Le juge unique : La greffière : Claudia Cotting-Schalch Chantal Jaquet Cinquegrana Expédition :