<!DOCTYPE html> <html lang="fr"><head><meta charset="utf-8"/></head><body><div class="Section1"> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. A. est prévenu d'infractions aux articles 139, 140 CP,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">subsidiairement 139/25 et 140/25, 160 CP, 160 CP, ainsi qu'à l'article 19</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de la loi fédérale sur les stupéfiants.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Il lui est reproché en substance d'être impliqué dans de nom-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">breux vols commis avec un tiers, dans des bagarres en étant armé, dans la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vente d'objets volés, ainsi que d'avoir été actif en matière de stupéfi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ants pour avoir acquis, vendu ou proposé des quantités importantes d'hé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">roïne et de cocaïne.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le prévenu a été arrêté par la police le 20 mars 1998 et, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">même jour, le juge d'instruction a confirmé cette arrestation en raison</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des risques de fuite, de collusion ou de récidive (D.77).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le prévenu est détenu depuis lors et, par trois décisions des 15</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mai 1998, 29 juin 1998 et 8 septembre 1998 (D.266, 365 et 577), le juge</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'instruction a rejeté des requêtes de mise en liberté provisoire du pré-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">venu.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">B. Par requête du 10 septembre 1998, le juge d'instruction a deman-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dé à la Chambre d'accusation de prolonger la détention préventive de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">A. jusqu'au 31 octobre 1998 (D.579). Deux jours auparavant, il avait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rejeté une requête de mise en liberté provisoire présentée pour la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dernière fois par le prévenu le 3 septembre 1998 (D.576 et 577).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par arrêt du 18 septembre 1998, la Chambre d'accusation a pro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">longé la détention préventive de A. jusqu'au 31 octobre 1998 (D.582).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Au vu des considérants de cet arrêt "et des preuves qui doivent</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">être administrées", le recourant a retiré sa requête de mise en liberté</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">provisoire et a annulé la conclusion numéro 1 de son recours du 16 septem-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">bre 1998, par laquelle il demande à la Chambre d'accusation d'ordonner sa</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">mise en liberté provisoire.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">C. Dans sa décision précitée du 8 septembre 1998, le juge d'ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">truction a également statué sur diverses requêtes du prévenu tendant à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'administration de preuves. Le détail de sa motivation sera examiné ci-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">après. En conclusion, le juge d'instruction a rappelé que dans la mesure</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">où certaines des requêtes du prévenu n'étaient pas retenues, sa décision</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">était susceptible de recours auprès de la Chambre d'accusation.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">D. A. recourt contre cette décision, en relevant qu'il</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">respecte le (nouveau) délai de 10 jours bien que la décision n'en mention-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ne aucun. Outre la demande de mise en liberté provisoire (à laquelle il a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">renoncé dans ses observations du 29 septembre 1998), le recourant reproche</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au juge d'avoir refusé de requérir son dossier auprès de l'office des é-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trangers des cantons de Neuchâtel et de Vaud, de faire produire par la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">police de sûreté neuchâteloise tous les rapports faisant mention d'éven-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tuelles activités délictueuses de sa part et où sa photographie a été mon-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">trée à des prévenus ou témoins, et enfin de n'avoir pas ordonné le séques-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tre des machines utilisées par N. ou ordonné au moins une vision locale.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Par ailleurs, le recourant se plaint de déni de justice et de retard</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">injustifié, dans la mesure où le juge d'instruction n'a pas donné suite à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sa requête de pouvoir assister aux opérations d'instruction. Il voit enfin</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">un déni de justice dans l'absence de décision quant à sa requête de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pouvoir entendre les cassettes d'enregistrement des conversations</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">téléphoniques dont dispose la police et dans l'absence d'informations dé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">taillées sur les faits qui lui sont reprochés en matière de stupéfiants.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">E. Sans prendre de conclusions, le juge d'instruction formule di-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">verses observations sur celles du recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> C O N S I D E R A N T</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Interjeté dans le délai légal de 10 jours, le recours contre la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">décision du 8 septembre 1998 est recevable (art.233, 236 CPP), ce qui dis-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pense la Chambre d'accusation d'examiner les conséquences qu'aurait pu</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avoir - sur les droits du recourant - l'omission d'indiquer le délai de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">recours.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans la mesure où le recourant se plaint également de déni de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">justice ou de retard injustifié, il peut le faire valoir en tout temps, du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">moins aussi longtemps que la décision réclamée n'a pas été rendue (voir</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">par analogie en droit administratif, RJN 1987, p.274, cons.2).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Le recours à la Chambre d'accusation contre les décisions du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">juge d'instruction n'est pas ouvert pour erreur d'appréciation, mais seu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lement pour erreur de droit ou abus du large pouvoir d'appréciation dont</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dispose le juge (RJN 1983, p.114; 7 II 28). L'opportunité d'administrer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">une preuve ou non au stade de l'instruction est une question d'apprécia-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion. L'administration doit porter sur des faits qui sont de nature à ex-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ercer une influence sur la solution du procès (art.134 CPP). Les parties</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'ont pas un droit absolu, inconditionnel, à recourir à tel ou tel moyen</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">de preuve (RJN 7 II 95), la maxime inquisitoire ne contraignant pas le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">juge d'instruction à accomplir tous les actes d'information proposés ou</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">requis par les parties (Piquerez, Précis de procédure pénale suisse, 2ème</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">éd., 1994, no 1015).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> a) Le recourant s'en prend tout d'abord au refus du juge d'ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">truction de requérir la production de son dossier personnel à l'office des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">étrangers des cantons de Vaud et Neuchâtel; il relève que le juge a refusé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">parce qu'il ne voyait pas l'utilité de ces productions. On ne peut pas le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lui reprocher; dans sa requête du 2 juillet 1998 (D.374), le prévenu avait</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en effet formulé une série de réquisitions de preuves "pour couper court</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">aux rumeurs qui vous [le juge d'instruction] ont fait étendre la préven-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion". Moyennant une motivation complémentaire (par exemple celle qu'on</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">peut trouver dans le recours, p.2 ch.I/1), le juge d'instruction pourra se</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">déterminer en connaissance de cause. Il aurait pu le faire au reçu du re-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cours pour observations - comme cela s'est déjà passé dans cette procédure</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">(D.349). A cet égard et dans la mesure toutefois où le recourant entend</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">faire mieux connaître sa situation personnelle, il faut rappeler qu'un</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">rapport de renseignements généraux a été requis par le juge d'instruction</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et déposé au dossier (D.120, rapport du 25.3.1998, avec pour rubriques une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">biographie, une situation de famille, une situation financière et une ap-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">préciation de la moralité); le recourant a par ailleurs déposé diverses</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pièces les 25 et 27 mai 1998, à l'appui d'une requête d'assistance judici-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">aire (D.281 et 289 ss), ce qui complète l'information. Dans la mesure en-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fin où la production de ces mêmes dossiers visait également à démontrer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'inconsistance d'un risque de fuite du prévenu, on peut rappeler que ce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">motif n'a pas été retenu par la Chambre d'accusation dans sa décision du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">18 septembre 1998. Ainsi, au moment où il a pris sa décision de refus, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">juge d'instruction n'a pas abusé de son pouvoir d'appréciation; étant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">maintenant en possession d'une motivation lui permettant de se déterminer</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">plus clairement, il lui appartiendra de décider ou non la production de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ces dossiers. Le recours est en l'état mal fondé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) Le recourant voit un prétexte dans le refus du juge de pro-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">duire au dossier tous les rapports où il a été demandé des renseignements</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au sujet du prévenu et où notamment sa photographie a été montrée. De</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fait, le juge d'instruction a considéré qu'il n'était "matériellement pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">possible de donner suite" à cette requête mais, en lieu et place, il a</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">proposé la production des anciens dossiers constitués contre le prévenu,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pour autant qu'il y en ait. L'autorité de céans n'a pas de raison de dou-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ter de l'impossibilité de retrouver, dans les archives de la police, tous</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les dossiers et tous les rapports ou procès-verbaux d'interrogatoire fai-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sant mention du nom du prévenu ou faisant état de la présentation de sa</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">photographie. La "proposition" du juge d'instruction de produire d'anciens</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dossiers constitués contre le prévenu, pour autant qu'il y en ait, est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">raisonnable et entre indiscutablement dans le cadre du pouvoir d'apprécia-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tion du juge. Le recours n'est pas fondé de ce chef.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> c) Le recourant reproche enfin au juge d'avoir refusé les preu-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ves demandées pour vérifier ses dires concernant les machines et autres</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">instruments qu'il a décrit (p.339 du dossier) au sujet de la fonte de dé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">chets d'or. Le grief n'est pas davantage fondé : le juge n'a pas refusé</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'administrer des preuves sur ce point, mais a proposé d'auditionner les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">autres prévenus et a invité expressément le prévenu à formuler une autre</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">suggestion s'il en avait. C'est dans le recours, pour la première fois,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">que la proposition est faite de séquestrer les machines utilisées par</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">N. ou, subsidiairement, de procéder à une vision locale. La décision</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">entreprise, qui ne se prononce pas sur ces derniers moyens de preuve parce</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qu'ils n'avaient pas encore été formulés, n'est dès lors pas critiquable,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">même si elle manquait peut-être d'imagination. Il appartiendra en revanche</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au juge d'instruction de se déterminer maintenant sur ces deux moyens de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">preuve.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. a) Le prévenu fait grief au juge d'instruction d'avoir tardé à</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">statuer sur sa requête du 1er avril (répétée ultérieurement) de pouvoir</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">assister aux opérations d'instruction, et d'avoir ainsi commis un déni de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">justice (D.117).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> L'article 131 al.1 CPP prévoit que les parties et leurs manda-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">taires seront autorisés, sur requête, à assister aux opérations de l'ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">truction, sauf s'il apparaît que cela est de nature à compromettre la bon-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ne marche de l'enquête. Ce droit est une mise en oeuvre du droit d'être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">entendu, déduit de l'article 4 Cst. et de l'article 6 § 3 litt.d CEDH.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Selon cette dernière disposition, tout accusé a droit notamment à inter-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">roger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et l'interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les témoins à charge. Ces garanties consistent à donner au moins une fois</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à l'accusé la possibilité d'assister à l'audition des témoins à charge, de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">leur poser des questions complémentaires ou, s'il a été empêché d'assister</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">à l'audition, de poser par écrit des questions complémentaires après avoir</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pris connaissance du témoignage.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le prévenu a fait valoir ce droit d'assister aux opérations de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">l'instruction dans sa requête du 1er avril 1998 (D.117). Depuis lors, le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">juge d'instruction ou la police ont procédé à de très nombreux interroga-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">toires, notamment des sept personnes faisant l'objet des investigations</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">résumées dans un rapport de la police de sûreté du 13 avril 1998 (D.146</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ss). Or, le seul acte d'enquête auquel le mandataire du prévenu a pu as-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sister, hormis les interrogatoires de ce dernier, est une confrontation</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">entre MM. A. et B., le 29 juin 1998 (D.360). Indiscutablement, cette</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">manière de procéder ne respecte pas le droit de la défense d'assister aux</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">auditions des témoins et autres prévenus, pour pouvoir leur poser des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">questions ou confronter de vive voix leurs déclarations. Sans doute cette</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">situation découle-t-elle de la décision du juge d'instruction de ne pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">joindre les dossiers des causes instruites parallèlement. Or le simple</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fait de verser dans chaque dossier des copies des actes d'enquête effec-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tués dans les autres procédures n'est pas compatible avec "une défense</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">valable", selon les termes utilisés par le juge d'instruction dans ses</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">observations. Si la raison invoquée doit être l'indisponibilité du dos-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">sier, il incombe au juge d'instruction de conserver dans la mesure néces-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">saire des copies des pièces principales de son dossier (ATF 105 Ia 26, 34,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cons.4b). Si la raison est au contraire l'absence de requête d'audition de</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la part du prévenu, comme le relève aussi le juge d'instruction, cette</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">requête découle en soi du droit d'assister aux opérations d'instruction</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">menées dans le cadre de la procédure du recourant. Quelle que puisse être</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">la gravité des actes reprochés au prévenu, le droit de ce dernier n'en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">doit pas moins être respecté. La conséquence du non-respect de ce droit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pourrait être, au moment où les jonctions seront enfin prononcées, comme</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le juge en a l'intention, de voir chacun des prévenus requérir une multi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tude d'auditions ou de confrontations pour pouvoir, alors seulement, exer-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">cer le droit appartenant à la défense d'interroger les témoins à charge ou</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">les coauteurs qui auraient été entendus auparavant en son absence. C'est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">précisément ce genre de conséquence que peut éviter une procédure menée</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">dans le respect de l'article 131 CPP et, plus généralement, de l'article 6</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">§ 3 litt.d CEDH. Le recours est bien fondé à ce titre.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> b) Le recourant reproche aussi au juge un déni de justice du</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fait qu'il n'a reçu aucune réponse à sa demande, formulée le 30 juin 1998</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">et répétée le 14 août 1998 (D.373 et 515), de pouvoir prendre connaissance</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">des écoutes téléphoniques.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Dans ses observations sur le recours, le juge d'instruction sou-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ligne que tous les prévenus ont contesté les enregistrements déterminants,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">raison pour laquelle les cassettes ont été transmises à Berne pour une</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nouvelle traduction, avec cette conséquence qu'elles ne pourraient pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">pour l'heure être versées au dossier.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Cette manière de procéder ne respecte pas les droits de la dé-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">fense. Le moyen de preuve est assurément pertinent, puisque l'enquête est</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">largement fondée sur les écoutes téléphoniques, ainsi que le révèlent les</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">interrogatoires successifs menés notamment par la police. L'égalité des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">armes, qui est un principe découlant de l'article 6 § 3 litt.d CEDH, pos-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tule le droit pour le prévenu d'accéder aux moyens de preuve dont la poli-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">ce se sert pour conduire ses interrogatoires, au moins à partir du moment</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">où l'on fait écouter au prévenu des passages de conversations enregistrées</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">avant de lui poser des questions. Les cassettes doivent ainsi être versées</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au dossier, peu importe que des traductions satisfaisantes ne puissent</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">immédiatement en être fournies. Le recours est bien fondé de ce chef.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> d) Enfin, le recourant reproche au juge d'instruction de ne pas</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lui avoir fait connaître avec précision les faits sur lesquels porte la</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">prévention. Il fonde son recours sur les articles 6 CEDH et 138 CPP. A</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">juste titre, ainsi que le rappellent la jurisprudence et la doctrine (par</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">exemple RJN 1993, p.147 et les citations).</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> L'instruction est ouverte contre le recourant depuis le 16 mars</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1998, hormis pour la prévention d'infraction à l'article 19 LStup. Depuis</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le 8 avril (D.190), le défenseur a requis du juge d'instruction qu'il fas-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">se connaître avec précision au recourant les faits sur lesquels les pré-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">somptions sérieuses de culpabilité étaient invoquées. Ces requêtes ont été</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">renouvelées les 23 avril, 12 mai et 24 juin 1998, avant que le juge d'ins-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">truction n'étende formellement l'enquête à l'article 19 LStup, le 29 juin</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1998 (D.367). Jusqu'à ce jour en revanche, les faits précis et détaillés</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">qui sont reprochés au prévenu ne lui ont toujours pas été communiqués. Le</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">"court délai", au sens de l'article 6 § 3 litt.a CEDH, n'est plus respecté</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">lorsque six mois après l'arrestation et les premières questions directes</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en rapport avec un trafic de stupéfiants (D.108), la mise en prévention</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'est toujours pas faite. Le recours est ainsi fondé.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Au vu de ce qui précède, le recours contre la décision du 8 sep-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tembre 1998, dans la mesure où elle rejette des réquisitions de preuves,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">n'est pas fondé. Il appartiendra cependant au juge d'instruction, qui a-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">vait à certains égards réservé sa décision, d'en rendre une formellement</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">au vu des motivations complémentaires du prévenu à l'appui de ses réquisi-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">tions de preuves.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Le recours est en revanche admis dans la mesure où il porte sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">le droit de participer effectivement aux actes de l'instruction et d'obte-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nir que soient versées au dossier les cassettes des enregistrements des</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">écoutes téléphoniques. Le recours est fondé également, s'agissant du droit</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">du prévenu de connaître avec précision les faits qui lui sont reprochés.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Le 10 septembre 1998, dans sa requête à la Chambre d'accusation, le juge</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'instruction indiquait que l'élaboration de la mise en prévention était</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">en cours, que la clôture de la procédure devait pouvoir intervenir au 31</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">octobre 1998 et qu'il serait procédé dans ce but à une mise en prévention</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">formelle de A.. Les 20 jours écoulés depuis lors ont dû être mis à profit.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Si ce n'est déjà fait, le juge d'instruction doit procéder à cet acte</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">d'enquête sans délai.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">5. Le recours est admis en partie, ce qui justifie de statuer sans</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">frais. Défenseur d'office, Me X. peut se voir allouer une indem-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">nité équitable de 400 francs, TVA incluse.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> Par ces motifs,</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> LA CHAMBRE D'ACCUSATION</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">1. Rejette le recours, en tant qu'il est dirigé contre la décision du juge</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> d'instruction du 8 septembre 1998.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">2. Invite le juge d'instruction, au sens des considérants, à statuer sur</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> les réquisitions de preuve en suspens.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">3. Invite le juge d'instruction à respecter le droit du prévenu découlant</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> de l'article 131 CPP, à verser au dossier les cassettes des enregistre-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> ments des écoutes téléphoniques et à procéder sans délai à une mise en</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> prévention formelle de A..</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">4. Statue sans frais.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">5. Fixe à 400 francs, TVA incluse, l'indemnité due à Me X. , avo-</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> cate d'office du recourant.</span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH"> </span></p> <p class="MsoPlainText"><span lang="FR-CH">Neuchâtel, le 5 octobre 1998</span></p> </div></body></html>