# CAA de MARSEILLE, 8ème chambre - formation à 3, 30/05/2017, 15MA03765, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000034850450
**Date de décision:** 2017-05-30
**Juridiction:** CAA de MARSEILLE
**Formation:** 8ème chambre - formation à 3
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000034850450

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. A... C...a demandé au tribunal administratif de Toulon de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son exposition aux poussières d'amiante. <br>
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       Par une ordonnance n° 1303260 du 10 juillet 2015, le président du tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête.<br>
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       Procédure devant la Cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2015, M. C..., représenté par la SELARL Teissonniere et Associés, demande à la Cour :<br>
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       1°) d'annuler cette ordonnance du président du tribunal administratif de Toulon du 10 juillet 2015 ;<br>
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       2°)	de condamner l'État à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi ainsi que la somme de 15 000 euros au titre de troubles dans les conditions d'existence ;<br>
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       3°)	de majorer les sommes qui seront allouées des intérêts au taux légal à compter de la date de la première demande d'indemnisation et de la capitalisation de ces intérêts ; <br>
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       4°)	de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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       Il soutient que :<br>
       - une faible période d'exposition à l'amiante est suffisante pour déclencher une maladie ; <br>
       - le fait de ne pas bénéficier de l'allocation de cessation anticipée d'activité ne fait pas obstacle à la réparation de ses préjudices ; <br>
       - la carence fautive de l'État employeur est établie ;<br>
       - ses préjudices sont en lien avec cette carence fautive de l'État ; <br>
       - il a subi un préjudice d'anxiété et des troubles dans les conditions d'existence.<br>
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       Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2016, le ministre de la défense conclut au rejet de la requête. <br>
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       Il soutient que les moyens développés par l'appelant ne sont pas fondés. <br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 ;<br>
       - le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;<br>
       - le décret n° 2001-1269 du 21 décembre 2001 ;<br>
       - l'arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'État, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Ont été entendus au cours de l'audience publique :<br>
       - le rapport de M. Renouf,<br>
       - les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,<br>
       - et les observations de Me B..., de la SELARL Teissonniere et Associés, représentant M. C....<br>
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       1.	Considérant que M. C..., ouvrier d'État au sein de la direction des constructions navales (DCN) de Toulon du 15 septembre 1966 au 21 décembre 2000, a été employé en qualité d'électricien et d'ouvrier de pyrotechnie ; que, par un courrier du 14 juin 2013, il a sollicité auprès du ministre de la défense la réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État dans la protection de ses agents contre l'exposition aux poussières d'amiante ; qu'à la suite du silence gardé par l'administration sur sa demande, M. C... a introduit devant le tribunal administratif de Toulon un recours tendant à l'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence à hauteur de 15 000 euros chacun ; que M. C... interjette appel de l'ordonnance du 10 juillet 2015 par laquelle le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête ; <br>
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       2.	Considérant que, pour rejeter l'ensemble des conclusions indemnitaires de M. C..., le tribunal administratif de Toulon, après avoir rappelé que la carence de l'État qui n'a pas pris de mesures de protection particulière de ses agents contre les poussières d'amiante était susceptible d'engager sa responsabilité, a considéré que l'intéressé qui n'avait développé aucune pathologie imputable aux poussières d'amiante, ne précisait pas la durée de ses services au sein de la DCN et n'apportait ainsi aucun élément susceptible de justifier de la réalité de son exposition ; <br>
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       3.	Considérant, d'une part, que le décret du 17 août 1977 relatif aux mesures particulières d'hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante comporte des dispositions interdisant l'exposition des travailleurs à l'amiante au-delà d'un certain seuil et impose aux employeurs de contrôler la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail, de nature à réduire le risque de maladie dans les établissements concernés ; que M. C... n'établit pas, ainsi qu'il lui appartient de le faire, que les préjudices dont il demande réparation trouveraient directement leur cause dans une carence fautive de l'État dans l'édiction de mesures législatives ou réglementaires destinées à imposer aux employeurs des mesures de prévention ;<br>
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       4.	Considérant, en revanche, qu'il ressort de l'ensemble des données scientifiques accessibles ou produites au dossier que les poussières d'amiante inhalées sont définitivement absorbées par les poumons, traversent ceux-ci jusqu'à la plèvre, sans que l'organisme puisse les éliminer, et peuvent provoquer à terme, outre des atteintes graves à la fonctionnalité respiratoire, des pathologies cancéreuses particulièrement difficiles à guérir en l'état des connaissances médicales ; que le double dispositif de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité et de la surveillance post-professionnelle par examen clinique médical et examen radiographique du thorax tous les deux ans prévu à l'annexe II de l'arrêté du 28 février 1995 a été mis en place après que le législateur a reconnu le lien établi de façon statistiquement significative entre une exposition aux poussières d'amiante et la baisse d'espérance de vie ; qu'ainsi, eu égard aux effets de l'exposition d'une personne aux poussières d'amiante, il appartenait à l'État de prendre, en sa qualité d'employeur des employés de la DCN jusqu'au 31 mai 2003, date à laquelle la DCN, service de l'État, est devenue DCNS, société de droit privé, les dispositions appropriées pour éviter que ses employés ne risquent d'inhaler des poussières d'amiante et de garantir l'application effective de ces dispositions ; qu'il résulte de l'instruction que les quelques mesures qui ont été prises en ce sens, au demeurant tardivement, n'ont été que très partiellement mises en oeuvre ; qu'ainsi, l'État a commis en sa qualité d'employeur une faute de nature à justifier qu'il soit condamné à réparer les préjudices qui ont pu en résulter pour M. C... ;<br>
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       5.	Considérant, d'autre part, que, pour évaluer le montant accordé en réparation de ce poste de préjudice, il appartient au juge de tenir compte, dans chaque espèce, de l'ampleur de l'exposition personnelle du travailleur aux poussières d'amiante ; que doivent ainsi notamment être prises en considération, tant les conditions d'exposition, lesquelles dépendent largement de la nature des fonctions de l'intéressé et des circonstances particulières de leur exercice, que la durée de cette exposition ;<br>
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       Sur les préjudices : <br>
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       6.	Considérant que M. C... estimant que son espérance de vie a été diminuée notablement du fait de l'absorption par ses poumons de poussières d'amiante pendant ses années d'activité professionnelle, soutient vivre depuis dans un état d'anxiété justifiant une réparation à ce titre fondée sur la carence fautive de son employeur ; <br>
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       En ce qui concerne le préjudice d'anxiété : <br>
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       7.	Considérant qu'il résulte de l'instruction que si M. C... a travaillé pendant plus de trente-trois ans au sein de la DCN de Toulon en qualité d'électricien puis d'ouvrier de pyrotechnie dans des locaux où des poussières d'amiante étaient présentes et en suspension en raison de passages fréquents de véhicules ; que de plus, en qualité d'ouvrier de pyrotechnie, il était chargé du contrôle des munitions dont le calage des emballages est composé d'amiante ; qu'il ne saurait lui être opposé qu'il ne se prévaut pas du bénéfice du dispositif législatif de cessation anticipée d'activité alors qu'il a obtenu la jouissance de sa retraite avant l'entrée en vigueur de ce dispositif ; qu'eu égard à l'ampleur et aux conditions de son exposition, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'anxiété de l'intéressé, qui vit dans la crainte de développer subitement une pathologie grave, en fixant le montant de sa réparation à la somme de 12 000 euros tous intérêts compris à la date du présent arrêt ;<br>
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       En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence : <br>
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       8.	Considérant qu'il résulte de l'instruction que M. C... se borne à verser au dossier des attestations de ses proches relatant ses craintes de développer une maladie ; qu'il n'apporte pas plus d'élément permettant de conclure que l'anxiété qu'il ressent du fait de son exposition à l'amiante entraînerait des troubles dans ses conditions d'existence ; que, dès lors, il y a lieu de rejeter ses conclusions tendant à l'indemnisation des troubles dans les conditions d'existence dont il souffrirait du fait de son exposition fautive aux poussières d'amiante ; <br>
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       9.	Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. C... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête ; <br>
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       Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : <br>
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       10.	 Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 300 euros au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens ; <br>
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       D É C I D E :<br>
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Article 1er	:	L'ordonnance du président du tribunal administratif de Toulon du 10 juillet 2015 est annulée. <br>
Article 2	:	L'État est condamné à verser à M. C... la somme de 12 000 euros tous intérêts compris à la date du présent arrêt.<br>
Article 3	:	Le surplus des conclusions de M. C... est rejeté. <br>
Article 4	:	L'État versera à M. C... la somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. <br>
Article 5	:	Le présent arrêt sera notifié à M. A... C...et au ministre de la défense. <br>
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       Délibéré après l'audience du 25 avril 2017, où siégeaient :<br>
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       - M. Gonzales, président,<br>
       - M. Renouf, président assesseur,<br>
       - M. Coutel, premier conseiller.<br>
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       Lu en audience publique, le 30 mai 2017.<br>
N° 15MA03765	2<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 60-04-01 Responsabilité de la puissance publique. Réparation. Préjudice.