# Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 21 mai 1992, 91-84.645, Publié au bulletin

**Identifiant:** JURITEXT000007066208
**Date de décision:** 1992-05-21
**Juridiction:** Cour de cassation
**Formation:** CHAMBRE_CRIMINELLE
**Nature:** ARRET
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007066208

## Contenu de la décision

<p>REJET du pourvoi formé par :</p>
<p>- l'administration des Douanes, </p>
<p>contre l'arrêt de la 9e chambre de la cour d'appel de Paris, en date du 25 mars 1991 qui, dans les poursuites exercées contre Jacques X... et la société COFUNA du chef d'infraction à la législation et à la réglementation des relations financières avec l'étranger, a déclaré éteinte l'action pour l'application des sanctions fiscales par abrogation de la loi.</p>
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<p>LA COUR,</p>
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<p>Vu les mémoires produits en demande et en défense ;</p>
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<p>Sur le moyen unique de cassation pris de la violation des articles 13 du décret du 29 décembre 1989, 18 du décret du 15 janvier 1990, 98 de la loi de finances du 29 décembre 1989, 23 de la loi du 12 juillet 1990, 15.1 du pacte international de New York de 1966, 55 de la Constitution, 3 et 5 de la loi du 28 décembre 1966, 1er et suivants du décret du 24 décembre 1968, 459 du Code des douanes, 1, 4 et 5 du décret du 18 décembre 1990, 24-II de la loi du 8 juillet 1987, 593 du Code de procédure pénale, défaut de motifs et manque de base légale :</p>
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<p>" en ce que l'arrêt attaqué a déclaré l'action tendant à l'application des sanctions fiscales éteinte par l'abrogation de la loi ;</p>
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<p>" aux motifs qu'il lui est reproché d'avoir, entre 1982 et 1986, omis de rapatrier une créance libyenne d'un montant de 3 481 234 francs ; que les décrets des 29 décembre 1989 et 15 janvier 1990, ce dernier modifiant et complétant le décret du 29 décembre 1989, ont expressément abrogé le décret n° 68-1021 du 24 novembre 1968, précité, et le décret n° 89-154 du 9 mars 1989, lequel avait déjà modifié et sensiblement allégé la réglementation des relations financières avec l'étranger ; que l'article 98 de la loi de finances pour 1990 du 29 décembre 1989 dispose que les personnes physiques qui transfèrent vers l'étranger des sommes, titres ou valeurs sans l'intermédiaire d'un organisme soumis à la loi du 24 janvier 1984 doivent en faire la déclaration lorsque leur montant est supérieur à 50 000 francs ; que ledit article 98 mentionne qu'il s'applique sans préjudice des dispositions de la loi n° 66-1008 du 28 décembre 1966, relative aux relations financières avec l'étranger ; que la loi n° 90-614 du 12 juillet 1990 ayant trait à la participation des organismes financiers à la lutte contre le blanchiment des capitaux provenant du trafic des stupéfiants, énonce, en son article 23, qu'à l'article 98 de la loi de finances pour 1990, les mots sans préjudice des dispositions de la loi n° 66-1008 du 28 décembre 1966... sont supprimés " ; qu'il résulte ainsi des dispositions combinées de l'article 98 de la loi de finances pour 1990 et de l'article 23 de la loi du 12 juillet 1990 que, sous réserve de la déclaration prévue par l'article 98, les personnes physiques peuvent librement transférer des sommes, titres ou valeurs à l'étranger pour y constituer des avoirs sans y avoir été, au préalable, autorisées par l'Administration française et que la constitution de tels avoirs est libre depuis la promulgation de cette loi ; qu'il suit de là que les décrets des 29 décembre 1989 et 15 janvier 1990 doivent être regardés, de même que l'article 98 de la loi de finances pour 1990 et l'article 23 de la loi du 12 juillet 1990, comme retirant en l'espèce, aux faits ayant donné lieu à ces poursuites, par l'abrogation expresse ou implicite de la réglementation qui constituait le support de l'incrimination desdits faits, leur caractère punissable en ce qui concerne l'action publique et l'action tendant à l'application des sanctions fiscales ;</p>
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<p>" alors que ni la loi de finances n° 89-935 pour 1990 (article 98) ni davantage la loi du 12 juillet 1990 (n° 90-614) ne suppriment les incriminations cambiaires applicables aux faits de l'espèce commis entre 1982 et 1986 en vertu de la loi n° 66-1008 de 1966 et de ses décrets d'application ; d'où il suit qu'en déclarant l'action fiscale éteinte par l'effet de la rétroactivité in mitius, la cour d'appel a entaché sa décision d'une violation des textes visés au moyen ;</p>
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<p>" alors que les décrets pris les 29 décembre 1989 (n° 89-938) et 15 janvier 1990 (n° 90-58) en matière cambiaire n'ont pas de portée rétroactive ; d'où il suit qu'en les déclarant applicables aux faits commis antérieurement, la cour d'appel a derechef entaché sa décision d'une violation des textes visés au moyen ;</p>
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<p>" alors que le pacte de New York suppose pour son application un texte du droit national abrogeant les dispositions antérieurement applicables ; que le droit communautaire ne déroge pas à cette condition d'application du principe de la rétroactivité in mitius ; qu'il s'ensuit qu'en se référant aux normes du droit international et communautaire, la cour d'appel a statué par des motifs inopérants et erronés, privant ainsi sa décision d'un défaut de base légale " ;</p>
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<p>Attendu qu'il appert de l'arrêt attaqué que Jacques X... et la société COFUNA, celle-ci prise comme solidairement responsable, ont été poursuivis, à la diligence de l'administration des Douanes, du chef de non-rapatriement de créances sur l'étranger (Libye), faits prévus et réprimés par l'article 6 du décret du 24 novembre 1968 et 459 du Code des douanes ;</p>
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<p>Attendu que pour relaxer les intéressés des fins de la poursuite, la cour d'appel relève notamment que les textes législatifs et réglementaires, comportant des incriminations cambiaires, notamment ceux visés à la prévention, sont devenus inapplicables ;</p>
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<p>Attendu qu'en prononçant ainsi, abstraction faite de motifs surabondants voire erronés mais non déterminants, la cour d'appel n'a pas encouru les griefs allégués ;</p>
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<p>Qu'en effet, cessent d'être applicables aux poursuites en cours les dispositions des lois ou règlements, même non expressément abrogées, dans la mesure où elles sont inconciliables avec celles d'une loi nouvelle ;</p>
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<p>Qu'il résulte des dispositions combinées des articles 98 de la loi du 29 décembre 1989 et 23 de la loi du 12 juillet 1990, prises en conformité de la directive communautaire du 24 juin 1988, qu'en soumettant désormais à une simple déclaration les transferts de sommes, titres ou valeurs vers l'étranger ou en provenance de l'étranger, le législateur a rétabli la liberté des relations financières, dont le principe est affirmé à l'article 1er de la loi du 28 décembre 1966, demeurée en vigueur ;</p>
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<p>Que, par voie de conséquence, sont devenues incompatibles avec ce principe toutes dispositions antérieures ayant édicté des restrictions, tels les décrets pris sur le fondement de l'article 3 de la loi précitée ainsi que l'article 24-II de la loi du 8 juillet 1987 ;</p>
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<p>Que dès lors le moyen doit être écarté ;</p>
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<p>Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;</p>
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<p>REJETTE le pourvoi.</p>
<br>,CONFER :  (1°). (1) Cf. A rapprocher : Chambre criminelle, 1986-02-13 , Bulletin criminel 1986, n° 59, p. 138 (cassation partielle sans renvoi) ;  A comparer : Chambre criminelle, 1989-05-10 , Bulletin criminel 1989, n° 187, p. 479 (cassation partielle par voie de retranchement sans renvoi).

## Métadonnées

**Solution:** Rejet
**Lois appliquées:** Code des douanes 459,Directive CEE 88/361 1988-06-24,Décret 68-1021 1968-11-24 art. 1, art. 2, art. 3, art. 4, art. 6,Décret 89-154 1989-03-09,Décret 89-938 1989-12-29 art. 7, art. 13,Décret 90-58 1990-01-15 art. 18,Loi 66-1008 1966-12-28 art. 1, art. 3, art. 5,Loi 81-1160 1981-12-30 art. 101,Loi 87-502 1987-07-08 art. 24-II,Loi 89-935 1989-12-29 art. 98 Loi 90-614 1990-07-12 art. 23
**ECLI:** 
**Résumé:** Les dispositions des lois ou règlements, même non expressément abrogées, cessent d'être applicables dans la mesure où elles sont inconciliables avec celles d'une loi nouvelle.
      Ainsi, il résulte des dispositions combinées des articles 98 de la loi du 29 décembre 1989 et 23 de la loi du 12 juillet 1990, prises en conformité de la directive communautaire du 24 juin 1988, qu'en soumettant désormais à une simple déclaration les transferts de sommes, titres ou valeurs vers l'étranger ou en provenance de l'étranger, le législateur a rétabli la liberté des relations financières dont le principe est affirmé à l'article 1er de la loi du 28 décembre 1966 demeurée en vigueur.
      Par voie de conséquence sont devenues incompatibles avec ce principe de liberté toutes dispositions antérieures ayant édicté des restrictions, tels les décrets pris sur le fondement de l'article 3 de la loi du 28 décembre 1966 ainsi que l'article 24-II de la loi du 8 juillet 1987 (1).
**Mots-clés:** LOIS ET REGLEMENTS - Loi nouvelle - Dispositions législatives ou réglementaires antérieures non expressément abrogées - Caractère inconciliable - Portée,CHANGES - Lois et règlements - Loi nouvelle - Dispositions législatives ou réglementaires antérieures non expressément abrogées - Caractère inconciliable - Portée,CHANGES - Relations financières avec l'étranger - Infraction à la législation - Loi nouvelle - Loi des 29 décembre 1989 (article 98) et 12 juillet 1990 (article 23) - Rétablissement de la liberté des relations financières avec l'étranger - Poursuites en cours - Portée