# CAA de PARIS, 5ème chambre, 17/07/2023, 22PA04510, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047861790
**Date de décision:** 2023-07-17
**Juridiction:** CAA de PARIS
**Formation:** 5ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047861790

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
      Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
      M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. <br>
<br>
      Par un jugement n° 2103199 du 15 juin 2022, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 octobre 2020, en tant qu'il interdit à M. B... de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, et a rejeté le surplus de sa demande.<br>
<br>
      Procédure devant la Cour :<br>
<br>
      Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. B..., représenté par Me Chartier, demande à la Cour :<br>
<br>
      1°) d'annuler le jugement n° 2103199 du 15 juin 2022 du tribunal administratif de Montreuil, en tant qu'il lui est défavorable ; <br>
<br>
      2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 octobre 2020 en tant qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;<br>
<br>
      3°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; <br>
<br>
      4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
<br>
      Il soutient que :<br>
      - le jugement attaqué n'est pas suffisamment motivé ; <br>
      - l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ; <br>
      - il est entaché d'un défaut d'examen ; <br>
      - il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
      - il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle ; <br>
      - il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; <br>
      - il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
      - il est entaché d'une erreur de droit.<br>
<br>
      La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.<br>
<br>
      M. B... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 7 septembre 2022.<br>
<br>
      Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
      Vu :<br>
      - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
      - la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;<br>
      - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
      - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
      - le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;<br>
      - le code de justice administrative.<br>
<br>
      La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience. <br>
<br>
      Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
      Le rapport de M. Aggiouri a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
      Considérant ce qui suit :<br>
<br>
      1. M. B..., ressortissant malien né le 30 août 1988, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 13 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement du 15 juin 2022, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 octobre 2020, en tant qu'il interdit à M. B... de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, et a rejeté le surplus de sa demande. M. B... relève appel de ce jugement, en tant qu'il lui est défavorable.<br>
<br>
      Sur les conclusions à fin d'annulation : <br>
<br>
      2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.<br>
<br>
      3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... entretient depuis au moins l'année 2018 une relation avec une ressortissante malienne, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 25 septembre 2029, qu'il s'est marié avec elle le 4 juillet 2020, et que de leur relation sont nés des enfants, le 21 décembre 2018, le 24 mai 2020, et postérieurement à l'arrêté contesté, le 17 avril 2022. Par ailleurs, il ressort d'une attestation de son épouse, datée du 17 novembre 2020, que M. B..., qui réside avec son épouse et leurs enfants, participe à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier de l'attestation de son épouse ainsi que d'attestations rédigées par son beau-frère, une voisine et une directrice d'école élémentaire, qu'il participe également à l'entretien et à l'éducation des deux premiers enfants de son épouse, nés respectivement en 2012 et en 2013 d'une précédente relation. Ainsi, et dans les circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué doit être regardé comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B... une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et comme ayant méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants nés en 2018 et en 2020. Par suite, cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.<br>
<br>
      4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué et sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 13 octobre 2020, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.<br>
<br>
      Sur les conclusions à fin d'injonction : <br>
<br>
      5. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent arrêt implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de fait et de droit de l'intéressé, que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. B... un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.<br>
<br>
      Sur les frais liés à l'instance :<br>
<br>
      6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de M. B..., Me Chartier, d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que Me Chartier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. <br>
<br>
DECIDE :<br>
Article 1er: Le jugement n° 2103199 du 15 juin 2022 du tribunal administratif de Montreuil, en tant qu'il a rejeté les conclusions aux fins d'annulation des décisions du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 octobre 2020 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi et les décisions du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 octobre 2020 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi sont annulés.<br>
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous réserve d'un changement dans la situation de fait et de droit de M. B..., de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. B..., Me Chartier, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. <br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B..., au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.<br>
Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :<br>
- Mme Vrignon-Villalba, présidente de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,<br>
- M. Aggiouri, premier conseiller,<br>
- M. Perroy, premier conseiller.<br>
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 juillet 2023.<br>
<br>
Le rapporteur,<br>
K. AGGIOURILa présidente,<br>
C. VRIGNON-VILLALBA       <br>
La greffière,<br>
E. VERGNOL<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
N° 22PA04510		2<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**