# CAA de NANCY, 4ème chambre, 05/11/2024, 23NC02359, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000050477594
**Date de décision:** 2024-11-05
**Juridiction:** CAA de NANCY
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000050477594

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure : <br>
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       Mme B... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.<br>
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       Par un jugement n° 2301057 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2023, Mme A..., représentée par Me Sultan, demande à la cour : <br>
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       1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 4 avril 2023 ;<br>
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       2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;<br>
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       3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant l'arrêt à intervenir ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de la première instance et au titre de l'appel. <br>
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       Elle soutient que :<br>
       - la décision de refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.<br>
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       La procédure a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin qui n'a pas produit de mémoire en défense.<br>
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       Mme A... a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 juin 2023.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier. <br>
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       Vu : <br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.  <br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de M. Barteaux a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Mme A..., ressortissante marocaine, née en 1951, est entrée en France régulièrement, sous couvert d'un visa de court séjour, le 18 décembre 2018. Le 7 mai 2019, elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'ascendante de français à charge. Cette demande a été rejetée le 22 juillet 2019. L'intéressée a sollicité, le 16 septembre 2021, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-11, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 août 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Mme A... fait appel du jugement du 4 avril 2023, par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.<br>
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       Sur le bien-fondé du jugement attaqué :<br>
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       2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".<br>
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       3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, Mme A... est hébergée, depuis trois ans, chez sa fille aînée, qui possède la nationalité française, et l'assume financièrement en raison de la modicité de sa pension civile de réversion. Il ressort de ces mêmes pièces que sa fille cadette, avec laquelle elle a vécu au Maroc jusqu'à son entrée sur le territoire français, a épousé un ressortissant français, avec lequel elle a eu un enfant et qu'elle n'a ainsi pas vocation à retourner dans son pays d'origine. Les pièces du dossier établissent également la proximité affective entre Mme A... et ses enfants, dont l'aînée, qui subvenait déjà à ses besoins lorsqu'elle habitait encore au Maroc. La requérante fait également valoir, sans être contestée, qu'elle s'occupe de ses petits-enfants. Enfin, son époux est décédé, depuis 1998, et sa mère depuis 2017. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, quand bien même Mme A... n'est pas dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans et où demeurent ses frères et sœurs, la décision de refus de séjour porte au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et doit, pour ce motif, être annulée. <br>
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       4. Le refus de séjour opposé à Mme A... étant illégale, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ainsi que celle fixant le pays de destination doivent, par voie de conséquence, également être annulées.<br>
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       5.  Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.<br>
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       Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :<br>
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       6. L'annulation prononcée par le présent arrêt implique que soit délivré à Mme A... un titre de séjour. Il y a lieu en conséquence d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt ainsi qu'immédiatement une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.<br>
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       Sur les frais de l'instance :<br>
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       7. Mme A... a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle en première instance et en appel. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement de la somme globale de 2 000 euros à Me Sultan, au titre des frais que Mme A... a exposés dans l'instance devant le tribunal administratif et dans la présente instance d'appel, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.<br>
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D E C I D E :<br>
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Article 1er : Le jugement n° 2301057 du tribunal administratif de Strasbourg du 4 avril 2023 et l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 4 août 2022 sont annulés.<br>
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à Mme A... un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt ainsi qu'immédiatement une autorisation provisoire de séjour.<br>
Article 3 : L'Etat versera à Me Sultan une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.<br>
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.<br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B... A..., au ministre de l'intérieur et à Me Sultan.<br>
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Copie de l'arrêt sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.<br>
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       Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :<br>
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       - Mme Ghisu-Deparis, présidente,<br>
       - M. Barteaux, président assesseur, <br>
       - Mme Roussaux, première conseillère,<br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.<br>
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Le rapporteur,<br>
Signé : S. Barteaux<br>
La présidente,<br>
Signé : V. Ghisu-DeparisLa greffière,<br>
Signé : F. Dupuy<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
Pour expédition conforme,<br>
La greffière,<br>
F. Dupuy<br>
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N° 23NC02359	2<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**