# CAA de BORDEAUX, 2ème chambre - formation à 3, 15/02/2018, 15BX03028, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000036666995
**Date de décision:** 2018-02-15
**Juridiction:** CAA de BORDEAUX
**Formation:** 2ème chambre - formation à 3
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000036666995

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       Mme E...D..., veuveB..., a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler la décision du 28 mai 2013 par laquelle le ministre de la défense a rejeté la demande qu'elle avait présentée en qualité d'ayant droit de son époux, C...B..., tendant à la reconnaissance et à l'indemnisation des préjudices que ce dernier a subis consécutivement à son exposition à des rayonnement ionisants dus aux essais nucléaires français, de condamner l'État à lui réparer les préjudices subis et d'enjoindre au ministre de la défense de saisir le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires pour qu'il procède à l'évaluation desdits préjudices.<br>
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       Par un jugement n° 1300044 du 10 juillet 2015, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 septembre 2015 et 17 octobre 2017, Mme E...D..., veuveB..., représentée par la Selarl Teissonnierre Topaloff Lafforgue Andreu, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures : <br>
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       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 10 juillet 2015 ;<br>
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       2°) d'annuler la décision du ministre de la défense du 28 mai 2013 ; <br>
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       3°) d'enjoindre au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) de réexaminer sa demande et de procéder à l'évaluation des préjudices de toute nature imputables à la maladie radio-induite dont son époux a été atteint et qui n'ont pas été indemnisés dans le cadre de l'action en faute inexcusable de l'employeur, dans le délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, l'indemnité due devant être majorée des intérêts au taux légal à compter de sa première demande d'indemnisation avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette date ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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       Elle soutient que : <br>
       - les conditions de lieux, de temps et de pathologie posées par la loi du 5 janvier 2010 modifiée pour bénéficier de la présomption d'imputabilité de la maladie sont remplies ; <br>
       - le ministre ne peut établir que la pathologie de son époux résulte exclusivement d'une cause étrangère alors qu'il a été nécessairement soumis à un risque de contamination par inhalation et ingestion de poussières de gaz radioactifs.<br>
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       Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 décembre 2015 et 17 janvier 2018, le ministre de la défense conclut au rejet de la requête.<br>
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       Il soutient que les moyens soulevés par Mme B...ne sont pas fondés. <br>
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       Les parties ont été informées, le 2 octobre 2017, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'application de l'article 113 de la loi n° 2017-256 du <br>
28 février 2017. <br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;<br>
       - la loi n° 2017-256 du 28 février 2017, et notamment son article 113 ; <br>
       - le décret n° 2010-653 du 11 juin 2010 ;<br>
       - le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 ;<br>
       - le code de justice administrative ;<br>
       - l'avis du Conseil d'État n° 409777 du 28 juin 2017.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Ont été entendus au cours de l'audience publique :<br>
       - le rapport de M.A..., <br>
       - les conclusions de M. Katz, rapporteur public,<br>
       - et les observations de MeF..., représentant MmeD..., veuveB....<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
       1. MichelB..., né le 12 mai 1936, employé de la société Schneider électronique en qualité de radioélectricien, a effectué plusieurs missions à In Ecker (Algérie), <br>
du 19 au 31 mars 1962, du 3 au 31 mars 1963 et du 13 au 31 décembre 1963, pour le compte du commissariat à l'énergie atomique. Le 17 septembre 2010, Michel B...est décédé des suites d'un cancer du poumon diagnostiqué en 2009. Le 17 août 2011, son épouse, agissant en sa qualité d'ayant droit a présenté au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 qui a été rejetée par une décision du ministre de la défense du 28 mai 2013. Mme E...D..., veuveB..., relève appel du jugement du 10 juillet 2015 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision et à la condamnation de l'État à l'indemniser des préjudices imputables à l'exposition de son défunt mari aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires. <br>
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        Sur les conclusions aux fins d'annulation :<br>
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       2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français : " Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'État conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi./Si la personne est décédée, la demande de réparation peut être présentée par ses ayants droit ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La personne souffrant d'une pathologie radio-induite doit avoir résidé ou séjourné :/ 1° Soit entre le 13 février 1960 et le 31 décembre 1967 au Centre saharien des expérimentations militaires, ou entre le 7 novembre 1961 et le 31 décembre 1967 au Centre d'expérimentations militaires des oasis ou dans les zones périphériques à ces centres ;/ 2° Soit entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 en Polynésie française./ (...) ". L'article 4 de cette même loi, dans sa rédaction issue du I de l'article 113 de la loi du 28 février 2017, applicable aux instances en cours au lendemain de la publication de cette loi, comme en l'espèce, dispose que : "I. Les demandes d'indemnisation sont soumises au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (...). V. Ce comité examine si les conditions de l'indemnisation sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité. (...) ". Enfin, aux termes du II de l'article 113 de la loi du 28 février 2017 : " Lorsqu'une demande d'indemnisation fondée sur les dispositions du I de l'article 4 de la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français a fait l'objet d'une décision de rejet par le ministre de la défense ou par le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires avant l'entrée en vigueur de la présente loi, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires réexamine la demande s'il estime que l'entrée en vigueur de la présente loi est susceptible de justifier l'abrogation de la précédente décision. <br>
Il en informe l'intéressé ou ses ayants droit s'il est décédé qui confirment leur réclamation et, le cas échéant, l'actualisent. Dans les mêmes conditions, le demandeur ou ses ayants droit s'il est décédé peuvent également présenter une nouvelle demande d'indemnisation, dans un délai de douze mois à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi. ".<br>
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3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu que, dès lors qu'un demandeur satisfait aux conditions de temps, de lieu et de pathologie prévues par l'article 2 de la loi du 5 janvier 2010 modifiée, il bénéficie de la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires français et la survenance de sa maladie. Cette présomption ne peut être renversée que si l'administration établit que la pathologie de l'intéressé résulte exclusivement d'une cause étrangère à l'exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires, en particulier parce qu'il n'a subi aucune exposition à de tels rayonnements. <br>
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       4. Il résulte de l'instruction que M. B...a séjourné dans des lieux et pendant une période définies par l'article 2 de la loi du 5 janvier 2010. La pathologie dont il souffre figure sur la liste annexée au décret du 11 juin 2010. Il bénéficie donc d'une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires français et la survenue de sa maladie.<br>
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       5. Le ministre fait, certes, valoir que deux essais nucléaires souterrains et non cinq comme le soutient l'appelante, ont été réalisés lors des séjours de Michel B...à In Ecker dont l'un, du 18 mars 1963, n'a pas rencontré de problème de confinement et l'autre, <br>
du 30 mars 1963, des problèmes limités à la galerie de tir, sans effet sur la base-vie. Par ailleurs, l'intéressé a bénéficié d'une surveillance dosimétrique individuelle externe en mars puis en décembre 1963 à l'issue de laquelle la dose relevée a été de 0 millisievert (mSv) et de deux examens d'anthroporadiométrie, susceptibles de déceler la présence de radioéléments gamma émetteur dans son organisme faisant apparaître des résultats normaux. Ces éléments ne peuvent cependant suffire à établir que M. B...n'aurait subi au cours de ses séjours aucune exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires et qu'ainsi sa pathologie résulterait exclusivement d'une cause étrangère à celle-ci, alors même que le diagnostic en a été posé plus de quarante ans après ces séjours.<br>
       6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que MmeD..., veuveB..., est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du ministre de la défense du 28 mai 2013.<br>
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       Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :<br>
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       7. Il résulte des dispositions de la loi du 28 février 2017 citées au point 2 que lorsque le juge statue sur une décision antérieure à leur entrée en vigueur, il se borne, s'il juge qu'elle est illégale, à l'annuler et à renvoyer au CIVEN le soin de réexaminer la demande.<br>
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       8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le présent arrêt implique nécessairement que le CIVEN réexamine la demande introduite par MmeD..., veuveB..., et lui adresse une proposition d'indemnisation tendant à la réparation intégrale des préjudices subis en raison de l'exposition de son défunt mari aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au CIVEN d'adresser à MmeD..., veuveB..., une proposition d'indemnisation majorée des intérêts au taux légal et capitalisés auxquels elle peut prétendre dans un délai de six mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a cependant pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.<br>
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       Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de <br>
l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
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       9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme D...veuve B...et non compris dans les dépens.<br>
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DÉCIDE :<br>
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Article 1err : Le jugement du tribunal administratif de Limoges du 10 juillet 2015 est annulé.<br>
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Article 2 : La décision du ministre de la défense du 28 mai 2013 est annulée.<br>
Article 3 : Il est enjoint au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires de réexaminer la demande d'indemnisation de MmeD..., veuveB..., dans le délai de six mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
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Article 4 : L'État versera à MmeD..., veuveB..., une somme de 1 200 euros au titre <br>
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.<br>
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Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme E...D..., veuveB..., au ministre des armées et au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires.<br>
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2018 à laquelle siégeaient :<br>
M. Éric Rey-Bèthbéder, président,<br>
M. Didier Salvi, président-assesseur,<br>
Mme Aurélie Chauvin, premier conseiller.<br>
Lu en audience publique, le 15 février 2018<br>
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Le rapporteur,<br>
Didier A...<br>
Le président,<br>
Éric Rey-Bèthbéder<br>
Le greffier,<br>
Vanessa Beuzelin<br>
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.<br>
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2<br>
N° 15BX03028<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 60-01-05 Responsabilité de la puissance publique. Faits susceptibles ou non d'ouvrir une action en responsabilité. Responsabilité régie par des textes spéciaux.,60-02-08 Responsabilité de la puissance publique. Responsabilité en raison des différentes activités des services publics. Service de l'armée.