# Cour Administrative d'Appel de Bordeaux, 1ère chambre - formation à 3, 31/03/2011, 10BX02775, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000023853269
**Date de décision:** 2011-03-31
**Juridiction:** Cour Administrative d'Appel de Bordeaux
**Formation:** 1ère chambre - formation à 3
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000023853269

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée au greffe de la cour le 8 novembre 2010 sous le n° 10BX02775, présentée pour Mme Menekse B épouse A demeurant ..., par Me Cesso, avocat ; <br>
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        Mme A demande à la cour : <br>
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        1°) d'annuler le jugement n° 1002189 en date du 6 octobre 2010 par lequel le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 13 avril 2010 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour , a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois, et a fixé la Turquie comme pays de destination ;<br>
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        2°) d'annuler l'arrêté attaqué ; <br>
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        3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ;<br>
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        4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ;<br>
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        Vu les autres pièces du dossier ;<br>
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        Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
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        Vu la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;<br>
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        Vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;<br>
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        Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
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        Vu le code de justice administrative ;<br>
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        Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ; <br>
        Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 3 mars 2011 : <br>
        - le rapport de Mme Girault, président ;<br>
        - les observations de Me Cesso, avocat de Mme A ;<br>
        - et les conclusions de M. Zupan, rapporteur public ;<br>
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        La parole ayant été à nouveau donnée à Me Cesso avocat de Mme A ;<br>
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        Considérant que Mme B épouse A, de nationalité turque, relève appel du jugement n° 1002189 du 6 octobre 2010 par lequel le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 13 avril 2010 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé la Turquie comme pays de destination ;<br>
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        Considérant qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :  1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui  ; que, pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine ; qu'aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :  Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention  vie privée et familiale  est délivrée de plein droit : (...) 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République.  ; <br>
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        Considérant qu'il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise ; que la circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé ; que cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure ;<br>
        Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est mariée le 9 avril 2008 en Turquie avec un compatriote et est entrée irrégulièrement sur le territoire national en septembre 2008, pour rejoindre son mari, titulaire d'une carte de résident ; que leur fils Hugo est né à Bordeaux le 18 octobre 2009 ; que la demande de regroupement familial présentée par M. C au bénéfice de son épouse a été rejetée le 13 octobre 2010 pour l'unique motif que Mme A était présente sur le territoire en situation irrégulière ; que M. C, qui est arrivé en France à l'âge de six ans et y réside depuis 1994, est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée ; que le couple réside chez ses parents ; qu'eu égard à la présence d'un enfant en bas âge, la seule circonstance que Mme A n'a pas respecté la procédure de regroupement familial n'est pas de nature à permettre de regarder l'atteinte portée par la décision au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale comme proportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, alors même que l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu dix-neuf ans jusqu'à son entrée en France en 2008 ; que, par suite, cette décision a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit pour ce motif être annulée ;<br>
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        Considérant qu'il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande ;<br>
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        Considérant que le présent arrêt implique nécessairement que le préfet de la Gironde délivre à Mme A une carte de séjour vie privée et familiale; qu'il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt ;<br>
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        Considérant que dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de Mme A d'une somme de 1.500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle ;<br>
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DECIDE :<br>
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Article 1er : Le jugement du Tribunal administratif de Bordeaux en date du 6 octobre 2010 et l'arrêté du 13 avril 2010 du préfet de la Gironde sont annulés.<br>
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention  vie privée et familiale  dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
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Article 3 : L'Etat versera à Me Cesso, avocat de Mme A, la somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.<br>
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N° 10BX02775<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**