# CAA de BORDEAUX, 3ème chambre (formation à 3), 27/10/2015, 14BX00796, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000031418897
**Date de décision:** 2015-10-27
**Juridiction:** CAA de BORDEAUX
**Formation:** 3ème chambre (formation à 3)
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000031418897

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       La société Martinique Automobiles a demandé au tribunal administratif de la Martinique de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 1 522 674 euros en réparation des préjudices subis du fait des barrages établis du 9 février au 11 mars 2009 par des manifestants. <br>
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       Par un jugement n° 1201127 du 13 février 2014, le tribunal administratif de la Martinique a rejeté cette demande et a mis les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés pour moitié à la charge de l'Etat et pour moitié à la charge de la société Martinique Automobiles. <br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête enregistrée le 12 mars 2014, la société Martinique Automobiles demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de la Martinique ; <br>
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       2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 1 522 674 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 18 octobre 2012 et capitalisation des intérêts ;     <br>
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       3°) de mettre à la charge de  l'Etat, d'une part, les dépens et frais d'expertise, d'autre part, une somme de 15 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.<br>
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       Vu :<br>
       - les autres pièces du dossier ;<br>
       - le code général des collectivités territoriales ; <br>
       - le code de justice administrative. <br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2015 : <br>
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       - le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, <br>
       - les conclusions de M. A...de la Taille Lolainville, rapporteur public.<br>
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       1. La société Martinique Automobiles, qui exerce en Martinique une activité de vente de véhicules dans la zone industrielle " La Lézarde " au Lamentin, fait appel du jugement du 13 février 2014 par lequel le tribunal administratif de la Martinique a rejeté sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du blocage de l'accès à son établissement par les barrages installés par des manifestants du 6 février 2009 au 11 mars 2009. <br>
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       Sur la responsabilité pour faute de l'Etat:<br>
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       2. L'obligation incombant au préfet de faire lever les obstacles qui s'opposent à l'utilisation normale du domaine public trouve sa limite dans les nécessités de l'ordre public.  Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'ampleur des troubles à l'ordre public que ce type d'intervention pouvait entraîner dans un contexte exceptionnel de graves conflits sociaux généralisés dans les deux départements des Antilles françaises, le préfet de la Martinique n'a, en s'abstenant d'utiliser la force publique pour rompre les barrages établis en février et mars 2009 par les manifestants dans le cadre d'un mouvement de grève générale contre la vie chère, pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. <br>
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       Sur la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de l'article L. 2216-3 du code général des collectivités territoriales : <br>
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       3. Aux termes du premier alinéa de l'article L.2216-3 du code général des collectivités territoriales alors applicable, désormais repris à l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ".<br>
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       4. Il est établi, notamment par les nombreux constats d'huissiers dressés à compter du 16 février 2009 décrivant les barrages installés à l'entrée de la zone industrielle de la Lézarde où se trouve l'établissement de la société requérante, que ces agissements sont constitutifs des délits d'entrave à la circulation et à la liberté du travail commis à force ouverte par un rassemblement précisément identifié composé de manifestants qui avaient lancé un mouvement de grève générale contre la vie chère. Toutefois, à supposer que la totalité du préjudice commercial subi par la société requérante résulte de manière directe et certaine des agissements en cause, ceux-ci ne peuvent, dans les circonstances de l'espèce, être regardés, eu égard à leur caractère prémédité et organisé révélé par la concertation et les mesures de surveillance qu'impliquait le maintien des barrages pendant une telle durée, comme ayant été le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens de l'article L.2216-3 du code général des collectivités territoriales. <br>
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       Sur la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de la rupture de l'égalité devant les charges publiques :<br>
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       5. Les dommages résultant de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage anormal et spécial.  Si la société requérante fait valoir qu'elle a subi du fait de l'interruption de son activité du 6 février au 11 mars 2009 une perte d'exploitation  évaluée à 1 522 674 euros par l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif  de la Martinique, elle n'établit pas, eu égard au caractère général du blocage qui, contrairement à ce qu'elle soutient, a nécessairement affecté la quasi-totalité des entreprises implantées en Martinique, avoir subi un préjudice spécial susceptible d'être indemnisé sur le fondement de la rupture de l'égalité devant les charges publiques. <br>
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       6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Martinique Automobiles n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Martinique a rejeté sa demande. <br>
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       Sur les dépens et les frais de procès non compris dans les dépens :<br>
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       7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, les premiers juges n'ont pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R.761-1 du code de justice administrative en répartissant de façon égale entre l'Etat et la société requérante les frais de l'expertise ordonnée le 20 janvier 2010 par le juge des référés du tribunal administratif de la Martinique. Les conclusions de la société Martinique Automobiles tendant à ce que la totalité de ces frais soit mise à la charge de l'Etat doivent donc être rejetées. <br>
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       8. Les dispositions de l'article L.761-1 du  code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, soit condamné au versement de quelque somme que ce soit. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Martinique sur le fondement des mêmes dispositions. <br>
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       DÉCIDE :<br>
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Article 1er : La requête de la société Martinique Automobiles est rejetée.<br>
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Article 2 : Les conclusions du préfet de la Martinique tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.<br>
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N° 14BX00796<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**