# CAA de NANTES, 6ème chambre, 17/12/2018, 18NT01426, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000037829936
**Date de décision:** 2018-12-17
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 6ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000037829936

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
       M. A... D...a demandé au tribunal administratif de Rennes d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2017 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné sa remise aux autorités portugaises. <br>
<br>
       Par un jugement n° 1704751 du 25 octobre 2017, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande.<br>
<br>
       Procédure devant la cour :<br>
<br>
       Par une requête, enregistrée le 9 avril 2018, M. B..., représenté par MeC..., demande à la cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler ce jugement du 25 octobre 2017 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes ;<br>
<br>
       2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2017 du préfet d'Ille-et-Vilaine ;<br>
<br>
       3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ; <br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
       Il soutient que :<br>
       -	l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;<br>
       -	l'arrêté  méconnaît les dispositions des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les dispositions de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.<br>
       Vu les pièces desquelles il résulte que la requête a été communiquée au préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.<br>
       M. B... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2018.<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ; <br>
       - le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
<br>
       Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
<br>
       Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
<br>
       Le rapport de M. Francfort, président assesseur, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
<br>
       1. M.B..., ressortissant angolais, né le 29 avril 1991, est entré en France le 16 mars 2017. Le 14 mai 2017, il a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé qu'il avait transité par le Portugal avant d'arriver en France, le préfet d'Ille-et-Vilaine a sollicité, le 12 juillet 2017, la reprise en charge de M. B...par les autorités de ce pays sur le fondement des dispositions de l'article 12.4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités portugaises ont implicitement accepté, le 13 septembre 2017, cette reprise en charge. Par un arrêté du 18 octobre 2017, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé son transfert aux autorités portugaises. M. B...relève appel du jugement du 25 octobre 2017 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a rejeté sa requête.<br>
       En ce qui concerne l'article 21 du règlement " Dublin III " : <br>
       2. Aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge- 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. / (...) / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'Etat membre auprès duquel la demande a été introduite (...) ". <br>
<br>
       3. Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-670/16 du 26 juillet 2017, qu'une décision de transfert vers un Etat membre autre que celui auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite ne saurait être valablement adoptée une fois expiré le délai de trois mois prévu par le 1 précité de l'article 21. La Cour a précisé que ces dispositions contribuent de manière déterminante à la réalisation de l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale, mentionné au considérant 5 du règlement Dublin III, en garantissant, en cas de retard dans la conduite de la prise en charge, que l'examen de la demande de protection internationale soit effectué dans l'Etat membre où cette demande a été introduite afin de ne pas différer davantage cet examen par l'adoption et l'exécution d'une décision de transfert.<br>
<br>
       4. Aux termes de l'article 20 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " Début de la procédure - 1. Le processus de détermination de l'Etat membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un Etat membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'Etat membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible. (...) ". <br>
<br>
       5. La Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit, par son arrêt C-670/16 déjà cité, que le paragraphe 2 de l'article 20, devait être interprété en ce sens qu'une demande de protection internationale est réputée introduite lorsqu'un document écrit, établi par une autorité publique et attestant qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité la protection internationale, est parvenu à l'autorité chargée de l'exécution des obligations découlant de ce règlement et, le cas échéant, lorsque seules les principales informations figurant dans un tel document, mais non celui-ci ou sa copie, sont parvenues à cette autorité. La cour a également précisé, dans cet arrêt, que, pour pouvoir engager efficacement le processus de détermination de l'Etat responsable, l'autorité compétente a besoin d'être informée, de manière certaine, du fait qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité une protection internationale, sans qu'il soit nécessaire que le document écrit dressé à cette fin revête une forme précisément déterminée ou qu'il comporte des éléments supplémentaires pertinents pour l'application des critères fixés par le règlement Dublin III ou, a fortiori, pour l'examen au fond de la demande, et sans qu'il soit nécessaire à ce stade de la procédure qu'un entretien individuel ait déjà été organisé (point 88). <br>
       6. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a procédé à la transposition de la directive citée au point précédent : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. / L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément (...) ". Selon l'article R. 741-2 du même code : " Pour l'application du deuxième alinéa de l'article L. 741-1, l'autorité administrative compétente peut prévoir que la demande est présentée auprès de la personne morale prévue au deuxième alinéa de l'article L. 744-1. ". Le deuxième alinéa de l'article L. 744-1 auquel il est ainsi renvoyé permet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de déléguer à des personnes morales, par convention, la possibilité d'assurer certaines prestations d'accueil, d'information et d'accompagnement social et administratif des demandeurs d'asile pendant la période d'instruction de leur demande.<br>
<br>
       7. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, lorsque l'autorité compétente pour assurer au nom de l'Etat français l'exécution des obligations découlant du règlement Dublin III a, ainsi que le permet l'article R. 741-2 précité, prévu que les demandes de protection internationale doivent  être présentées auprès de l'une des personnes morales qui ont passé avec l'Office français de l'immigration et de l'intégration la convention prévue à l'article L. 744-1, la date à laquelle cette personne morale, auprès de laquelle le demandeur doit se présenter en personne, transmet aux services de l'Etat le document écrit matérialisant l'intention de ce dernier de solliciter la protection internationale doit être regardée comme celle à laquelle est introduite cette demande de protection internationale au sens du paragraphe 2 de l'article 20 de ce règlement et fait donc partir le délai de trois mois fixé par l'article 21, paragraphe 1, de ce règlement. L'objectif de célérité dans le processus de détermination de l'Etat responsable, rappelé par l'arrêt précité de la Cour de justice de l'Union européenne, serait en effet compromis si le point de départ de ce délai devait être fixé à la date à laquelle ce ressortissant se présente au " guichet unique des demandeurs d'asile " de la préfecture ou celle à laquelle sa demande est enregistrée par la préfecture.<br>
<br>
       8. Il ressort des pièces du dossier que M. B...s'est présenté le 23 mars 2017, à la plateforme d'accueil des demandeurs d'asile de Rennes, gérée par l'association Coallia, et a manifesté l'intention de demander l'asile. Cependant il n'est pas établi que le formulaire de demande d'asile aurait été transmis à la même date à  la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Dans ces conditions, la seule visite de M. B...à l'association Coallia le 23 mars 2017 n'est pas suffisante pour que cette même date constitue le point de départ du délai de trois mois fixé à l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, il y a lieu de prendre comme point de départ de ce même délai, dans les circonstances de l'espèce, le jour de présentation au guichet unique de la préfecture, soit le 4 mai 2017. Dès lors le délai prévu par l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'était pas expiré le 12 juillet 2017, date de la saisine des autorités portugaises. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.<br>
<br>
       En ce qui concerne les autres moyens de la requête :<br>
<br>
      9. D'une part, aux termes du deuxième alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (...) ".<br>
<br>
      10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu d'examiner la possibilité de mettre en oeuvre la clause de souveraineté prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. De plus, en se bornant à invoquer la présence en France de son frère et le soutien matériel et moral que ce dernier aurait pu lui apporter, le requérant ne démontre pas que l'arrêté méconnaîtrait ces dispositions. <br>
<br>
      11. D'autre part, si le requérant soutient que cet arrêté méconnaîtrait les stipulations de l'article 4  de charte des droits fondamentaux de l'Union européenne relatives à l'interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants, il n'apporte aucun élément de nature à permettre au juge d'apprécier le bien-fondé d'un tel argument.<br>
<br>
<br>
      12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B...n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande. Par voie de conséquence doivent être rejetées les conclusions du requérant aux fins d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
DECIDE :<br>
Article 1er : 	La requête de M. B... est rejetée.<br>
Article 2 : 	Le présent arrêt sera notifié à M. A... D...et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera transmise pour information à la préfète d'Ille-et-Vilaine.<br>
<br>
<br>
       Délibéré après l'audience du  30 novembre 2018, à laquelle siégeaient :<br>
<br>
       -  M. Lenoir, président de chambre,<br>
       - M. Francfort, président assesseur,<br>
       - M. Pons, premier conseiller.<br>
<br>
       Lu en audience publique, le 17 décembre 2018.<br>
<br>
<br>
<br>
Le rapporteur,<br>
J. FRANCFORTLe président,<br>
 H. LENOIR       <br>
<br>
La greffière,<br>
E. HAUBOIS<br>
<br>
<br>
       La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
<br>
2<br>
N° 18NT01426<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**