# Conseil d'Etat, Président de la section du Contentieux, du 25 janvier 2006, 265388, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008258734
**Date de décision:** 2006-01-25
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** PRESIDENT DE LA SECTION DU CONTENTIEUX
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008258734

## Contenu de la décision

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              Vu la requête, enregistrée au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat le 10 mars 2004, présentée par Mme Samira A demeurant ...  ; Mme A demande au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat  :
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              1°) d'annuler le jugement du 6 février 2004 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 février 2004 du préfet de la Moselle décidant sa reconduite à la frontière et de la décision désignant le Maroc comme pays de destination  ;  
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              2°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté et cette décision  ;
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              3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, au besoin sous astreinte  ; 
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              4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative  ;
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              Vu les autres pièces du dossier  ;
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              Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
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              Vu la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant  ; 
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              Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée  ; 
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              Vu le code de justice administrative  ;
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              Après avoir entendu en séance publique  :
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              - les conclusions de M. Terry Olson, Commissaire du gouvernement  ;
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              Considérant qu'aux termes du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué  : Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : () 3° Si l'étranger, auquel la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait  ;  
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              Considérant qu'il ressort des pièces du dossier, que le préfet de la Moselle a refusé à Mme A, de nationalité marocaine, par une décision en date du 3 septembre 2003, notifiée à l'intéressée le 16 septembre 2003, la délivrance d'un titre de séjour  ; que, par suite, Mme A, qui s'était maintenue sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la notification de cette décision, se trouvait dans le cas où le préfet peut décider la reconduite à la frontière d'un étranger sur le fondement des dispositions précitées de l'ordonnance du 2 novembre 1945 susvisée  ;
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              Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête  ;
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              Considérant toutefois que Mme A est venue en France au cours de l'année 2000, rejoindre ses soeurs résidant en France après avoir divorcé d'un époux violent et qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant français dont elle était enceinte à la date de l'arrêté attaqué  ; qu'il ressort en outre des pièces du dossier que sa fille, née en 1990 et scolarisée en France, fait l'objet d'un suivi psychologique après avoir fait une tentative de suicide après le refus de séjour qui a été opposé à la requérante dans la crainte de devoir retourner au Maroc  ; qu'ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'arrêté du préfet de la Moselle décidant la reconduite à la frontière de Mme A est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée  ; que, par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation du jugement et de l'arrêté attaqués  ; 
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              Sur les conclusions aux fins d'injonction  :
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              Considérant qu'aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice  administrative  : Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une  personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de  la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même  décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution  ;  qu'aux termes de l'article L. 911-2 du même code  : Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un  organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à  nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision  juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai  déterminé  ; que le III de l'article 22 bis de l'ordonnance du 2 novembre 1945 dispose que  : Si l'arrêté de reconduite à la frontière est annulé, (...) l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que le préfet ait à nouveau statué sur son cas  ; 
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              Considérant que la présente décision prononce l'annulation pour excès de pouvoir d'un  arrêté ordonnant la reconduite à la frontière de Mme A et non pas d'une  décision refusant de délivrer à celle-ci une carte de séjour temporaire  ; que, dès lors, Mme A n'est pas fondée à invoquer l'autorité de la chose  jugée qui s'attacherait aux motifs de la présente décision pour soutenir que celle-ci implique nécessairement, au sens des dispositions précitées  de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, la délivrance  d'une carte de séjour temporaire  ; 
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               Considérant qu'à la suite de l'annulation d'un arrêté de reconduite à la frontière, il incombe au  préfet, en application des dispositions précitées du III de l'article 22  bis de l'ordonnance du 2 novembre 1945, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre  de séjour  ; que, dès lors, il appartient au juge administratif, lorsqu'il prononce l'annulation d'un arrêté de reconduite à la frontière et qu'il est saisi de conclusions en ce sens, d'user des pouvoirs qu'il tient de  l'article L. 911-2 du code de justice administrative pour fixer le délai dans lequel la situation de l'intéressée doit être réexaminée, au vu de l'ensemble de la  situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen  ;  qu'il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prescrire au préfet de la Moselle de se prononcer sur la situation de Mme A dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente  décision  ; 
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              Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative  :
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              Considérant qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros que  Mme A demande au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens  ;
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<br>				D E C I D E  :
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Article 1er  : Le jugement du magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Strasbourg et l'arrêté du préfet de la Moselle décidant la reconduite à la frontière de Mme A sont annulés.
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     Article 2  : Le préfet de la Moselle réexaminera la situation de Mme A dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente décision.
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      Article 3  : L'Etat versera à Mme A la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
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      Article 4  : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est  rejeté.
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      Article 5  : La présente décision sera notifiée à Mme Samira A, au préfet de la Moselle et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire. 
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**