# Conseil d'Etat, 4ème sous-section jugeant seule, du 7 mai 2004, 256987, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008162935
**Date de décision:** 2004-05-07
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 4EME SOUS-SECTION JUGEANT SEULE
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008162935

## Contenu de la décision

<br>
     
                Vu la requête, enregistrée le 19 mai 2003 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS  ; le préfet demande au Conseil d'Etat  : 
<br>
<br>
     
                1°) d'annuler le jugement du 17 avril 2003 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé les arrêtés du 14 avril 2003 ordonnant la reconduite à la frontière de M. Y... A et de Mme X... B, épouse A  ; 
<br>
<br>
     
                2°) de rejeter la demande présentée par M. et Mme A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Vu les autres pièces du dossier  ;
<br>
<br>
     
                Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
<br>
<br>
     
                Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée  ;
<br>
<br>
     
                Vu le décret n° 46-1574 du 30 juin 1946 modifié  ;
<br>
<br>
     
                Vu le décret n° 82-442 du 27 mai 1982  ;
<br>
<br>
     
                Vu le décret n° 95-304 portant publication de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990  ;
<br>
<br>
     
                Vu le code de justice administrative  ;
<br>
<br>
<br>
     
                Après avoir entendu en séance publique  :
<br>
<br>
     
                - le rapport de M. Molina, Auditeur,  
<br>
<br>
     
                - les conclusions de Mme Roul, Commissaire du gouvernement  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Considérant que, par arrêté en date du 10 mars 2003, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du département, le 13 mars 2003, le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS a donné à M. Z..., sous-préfet chargé des aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et du Bourget, délégation pour signer, pour l'ensemble du département de la Seine-Saint-Denis, notamment tous documents et décisions se rapportant à la situation et au séjour des étrangers, en cas d'absence simultanée du secrétaire général, du directeur de cabinet, et du sous-préfet chargé de mission pour la politique de la ville  ; que la seule circonstance que le même jour des décisions similaires aient été signées par M. A..., secrétaire général de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, n'est pas de nature à établir que ce fonctionnaire n'était pas absent lorsque les arrêtés litigieux ont été signés par M. Z...  ; que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en se bornant à relever que le préfet n'établit, ni même n'allègue, que le directeur de cabinet ou le sous-préfet chargé de mission pour la politique de la ville se soient trouvés eux-mêmes absents le 14 avril 2003, alors qu'il appartenait à M. et Mme A d'établir que ces derniers n'étaient pas absents, a entaché son jugement d'une erreur de droit  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il résulte de ce qui précède que c'est à tort que le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est fondé sur le motif tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués pour les annuler  ;
<br>
<br>
     
                Considérant toutefois qu'il appartient au Conseil d'Etat, saisi de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. et Mme A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'aux termes de l'article 2 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990  : 1. Les frontières intérieures peuvent être franchies  en tout lieu sans qu'un contrôle des personnes soit effectué. (...) 3. La suppression du contrôle des personnes aux frontières intérieures ne porte atteinte ni aux dispositions de l'article 22, ni à l'exercice des compétences de police par les autorités compétentes en vertu de la législation de chaque Partie contractante sur l'ensemble de son territoire, ni aux obligations de détention, de port et de présentation de titres et documents prévues par sa législation  ; qu'aux termes de son article 5  : 1. Pour un séjour n'excédant pas trois mois, l'entrée sur les territoires des Parties contractantes peut être accordée à l'étranger qui remplit les conditions ci-après  : (...) c) Présenter, le cas échéant, les documents justifiant de l'objet et des conditions du séjour envisagé et disposer des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans le pays de provenance ou le transit vers un Etat tiers dans lequel son admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens...  ; qu'aux termes de son article 20  : 1. Les étrangers non soumis à l'obligation de visa peuvent circuler librement sur les territoires des Parties contractantes pendant une durée maximale de trois mois au cours d'une période de six mois à compter de la date de première entrée, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e  ; qu'enfin, aux termes de son article 23  : 1. L'étranger qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions de court séjour applicables sur le territoire de l'une des Parties contractantes doit en principe quitter sans délai les territoires des Parties contractantes (...) 3. Lorsque le départ volontaire d'un tel étranger n'est pas effectué ou lorsqu'il peut être présumé que ce départ n'aura pas lieu (...), l'étranger doit être éloigné du territoire de la Partie contractante sur lequel il a été appréhendé, dans les conditions prévues par le droit national de cette Partie contractante  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'aux termes de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée  : I. - Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : 1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité  ; (...) II. - Les dispositions du 1° du I sont applicables à l'étranger qui n'est pas ressortissant d'un Etat membre de la Communauté européenne  : a) S'il ne remplit pas les conditions d'entrée prévues à l'article 5 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990  ; (...) b) Ou si, en provenance directe du territoire d'un Etat partie à cette convention, il ne peut justifier être entré sur le territoire métropolitain en se conformant aux dispositions des articles 19, paragraphe 1 ou 2, 20, paragraphe 1, 21, paragraphe 1 ou 2, de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 (...). III. Les dispositions du 2° du I sont applicables à l'étranger qui n'est pas ressortissant d'un Etat membre de la Communauté européenne si, en provenance directe du territoire d'un des Etats parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, il s'est maintenu sur le territoire métropolitain sans se conformer aux dispositions des articles 19, paragraphe 1 ou 2, 20, paragraphe 1, 21, paragraphe 1 ou 2, de ladite convention  ; qu'aux termes des dispositions de l'article 2 du décret du 27 mai 1982 pris pour l'application de l'ordonnance du 2 novembre 1945  : En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger doit présenter selon les cas  : 1. Pour un séjour touristique, tout document de nature à établir l'objet et les conditions de ce séjour, et notamment sa durée  ; (...) 3. Pour une visite privée, une attestation d'accueil signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger. Cette attestation d'accueil constitue le document prévu par les accords internationaux auxquels la France est partie pour justifier des conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée  ; et qu'aux termes de l'article 4 du même décret  : Les documents relatifs aux garanties de rapatriement doivent permettre à l'étranger qui pénètre en France d'assurer les frais afférents à son retour du lieu situé sur le territoire métropolitain ou dans un département d'outre-mer, où il a l'intention de se rendre, jusqu'au pays de sa résidence habituelle  ;
<br>
<br>
     
                Considérant en premier lieu qu'il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions que peuvent faire l'objet d'une reconduite à la frontière, sur le fondement des dispositions précitées du b) du II de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945, les étrangers non ressortissants d'un Etat membre de la Communauté européenne, en provenance directe du territoire d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen, qui ne peuvent justifier être entrés sur le territoire métropolitain en se conformant aux exigences définies à l'article 5 de la convention, notamment celles du c) du paragraphe 1 dudit article relatives à la présentation des documents justificatifs de l'objet et des conditions de séjour ainsi qu'à la disposition de moyens de subsistance suffisants  ; qu'il en va de même, sur le fondement des dispositions précitées du III de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945, de ceux d'entre eux qui ne remplissent plus les conditions posées par ces stipulations  ;
<br>
<br>
     
                Considérant en second lieu que, contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, aucune des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen ne prive les autorités de l'Etat où se trouve l'étranger de vérifier la régularité de la situation de celui-ci et de prendre une mesure de reconduite à la frontière à l'égard de ceux qui ne remplissent pas ou ne remplissent plus les conditions de séjour prévues par la convention  ; que les stipulations de la convention n'interdisent pas davantage au préfet de décider de reconduire à la frontière un étranger entré depuis moins de trois mois sur le territoire d'un Etat partie à la convention  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A, de nationalité roumaine, sont entrés dans l'espace couvert par la convention d'application de l'accord de Schengen le 28 février 2003, et qu'ils se sont ensuite rendus sur le territoire français où ils ont été interpellés le 14 avril 2003  ; qu'alors que, selon leurs dires, ils étaient venus en France pour une visite privée, il est constant qu'ils ne disposaient, ni de l'attestation d'accueil prévue à l'article 2 du décret du 27 mai 1982, ni des garanties de rapatriement prévues à l'article 4 du même décret et qu'ils ne disposaient pas davantage de moyens de subsistance suffisants  ; que M. et Mme A se trouvaient ainsi dans un cas où le préfet peut légalement faire application des dispositions de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945  ; qu'il résulte de ce qui précède que les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que les stipulations conventionnelles précitées faisaient obstacle à ce que les autorités nationales, vérifient la régularité, au regard de ces stipulations, de la situation des étrangers en provenance d'un autre Etat partie à cette convention et qu'ils ne pouvaient faire l'objet d'une reconduite à la frontière dès lors qu'ils étaient entrés depuis moins de trois mois sur le territoire d'un Etat partie à cette convention  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que si M. et Mme A invoquent la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en faisant état, à l'égard des décisions fixant la Roumanie comme pays de destination, de risques personnels sérieux qu'ils pourraient encourir à leur retour dans ce pays, ils ne produisent aucun élément précis permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé sa décision du 14 avril 2003 ordonnant la reconduite à la frontière de M. et Mme A  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                		D E C I D E  :
<br>
     
                		--------------
<br>
<br>
     
Article 1er  : Le jugement en date du 17 avril 2003 du magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulé.
<br>
     Article 2  : La demande présentée par M. et Mme A devant ce tribunal est rejetée.
<br>
     Article 3  : La présente décision sera notifiée au PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS, à M. et Mme A  et au ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. 
<br>
<br>
<br>
<br>,<br/>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**