# Cour Administrative d'Appel de Bordeaux, 5ème chambre (formation à 3), 29/11/2010, 08BX00799, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000023295672
**Date de décision:** 2010-11-29
**Juridiction:** Cour Administrative d'Appel de Bordeaux
**Formation:** 5ème chambre (formation à 3)
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000023295672

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée au greffe de la cour en télécopie le 19 mars 2008 et en original le 25 mars 2008, présentée pour Mme Annie X, demeurant ... ; Mme X demande à la cour :<br>
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        1°) d'annuler le jugement en date du 23 janvier 2008, par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à la condamnation solidaire de France Télécom et de l'Etat à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi en raison du blocage de sa carrière dans un corps de  reclassement  ; <br>
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        2°) de condamner France Télécom et l'Etat à lui verser solidairement la somme de 110 000 euros en réparation du préjudice de carrière subi, assortie des intérêts à taux légal à compter de sa demande préalable ; <br>
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        3°) de condamner France Télécom et l'Etat à lui verser solidairement la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; <br>
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        Vu les autres pièces du dossier ;<br>
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        Vu la note en délibéré, enregistrée le 9 novembre 2010, présentée pour Mme X ;<br>
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        Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
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        Vu la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; <br>
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        Vu la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;<br>
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        Vu la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ; <br>
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        Vu la loi n° 96-660 du 26 juillet 1996 ;<br>
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        Vu les décrets n° 58-777 du 25 août 1958 et n° 91-103 du 25 janvier 1991 ;  <br>
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        Vu les décrets n° 64-953 du 11 septembre 1964 et n° 90-1238 du 31 décembre 1990 ; <br>
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        Vu le décret n° 2004-1300 du 26 novembre 2004 ; <br>
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        Vu le code de justice administrative ; <br>
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        Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ; <br>
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        Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 2 novembre 2010 :<br>
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        - le rapport de M. de Laborie, conseiller ;<br>
        - les observations de Me Lerat de la SELARL Horus avocats, avocat de Mme X ; <br>
        - les conclusions de Mme Dupuy, rapporteur public ;<br>
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        La parole ayant à nouveau été donnée Me Lerat ;<br>
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        Considérant que, par lettres en date du 8 avril 2005, Mme X, membre du corps de  reclassement  des contrôleurs de France Télécom, titulaire du grade de contrôleur, a vainement demandé au président de France Télécom et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie l'indemnisation de préjudices qu'elle estime avoir subis à cause du blocage de sa carrière, faute en particulier qu'aient été arrêtées des listes d'aptitude lui permettant d'accéder aux corps supérieurs des contrôleurs divisionnaires et des inspecteurs de France Télécom ; qu'elle fait appel du jugement en date du 23 janvier 2008 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande indemnitaire dirigée à la fois contre France Télécom et l'Etat ; <br>
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        Sur la régularité du jugement attaqué :<br>
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        Considérant que le tribunal administratif, après avoir énoncé qu' en admettant même  l'existence d'un comportement fautif, la requérante ne pouvait  être indemnisée qu'à raison de préjudices  dont était établi  le caractère personnel, réel et certain , a écarté les conclusions indemnitaires présentées devant lui en relevant que les préjudices invoqués ne présentaient pas un tel caractère ; que, ce faisant, les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments de l'intéressée et n'avaient pas à se prononcer davantage sur les fautes invoquées, dès lors qu'ils retenaient l'absence de préjudice, n'ont entaché leur jugement ni d'insuffisance de motivation, ni d'omission à statuer ; qu'en jugeant qu'il appartenait au requérant d'établir la réalité du préjudice dont il demandait réparation, le tribunal n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6 § 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
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        Sur la responsabilité :<br>
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        Considérant qu'aux termes de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom :  Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat (...)  ; qu'aux termes de l'article 29-1 de la loi du 2 juillet 1990, dans sa rédaction issue de la loi du 26 juillet 1996 :  1. Au 31 décembre 1996, les corps de fonctionnaires de France Télécom sont rattachés à l'entreprise nationale France Télécom et placés sous l'autorité de son président qui dispose des pouvoirs de nomination et de gestion à leur égard. Les personnels fonctionnaires de l'entreprise nationale France Télécom demeurent soumis aux articles 29 et 30 de la présente loi. / L'entreprise nationale France Télécom peut procéder jusqu'au 1er janvier 2002 à des recrutements externes de fonctionnaires pour servir auprès d'elle en position d'activité (...)  ; <br>
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        Considérant qu'aux termes de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat :  En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration (...), non seulement par voie de concours (...) mais aussi par la nomination de fonctionnaires (...) suivant l'une des modalités ci-après : / 1° Examen professionnel ; / 2° Liste d'aptitude établie après avis de la commission paritaire du corps d'accueil (...)  ; <br>
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        Considérant, d'une part, que la possibilité offerte aux fonctionnaires qui sont demeurés dans les corps dits de  reclassement  de France Télécom de bénéficier, au même titre que les fonctionnaires ayant choisi d'intégrer les nouveaux corps dits de  reclassification  créés en 1993, de mesures de promotion organisées en vue de pourvoir des emplois vacants proposés dans ces corps de  reclassification , ne dispensait pas le président de France Télécom, avant le 1er janvier 2002, de faire application des dispositions de la loi du 11 janvier 1984 relatives au droit à la promotion interne dans le cadre des corps de  reclassement  ; qu'il appartenait, en outre, au ministre chargé des postes et télécommunications de veiller de manière générale au respect par France Télécom de ce droit à la promotion interne, garanti aux fonctionnaires  reclassés  comme aux fonctionnaires  reclassifiés  de l'exploitant public par les dispositions combinées de la loi du 2 juillet 1990 et de la loi du 11 janvier 1984 ;<br>
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        Considérant, d'autre part, que le législateur, en décidant par les dispositions précitées de l'article 29-1 de la loi du 2 juillet 1990, résultant de la loi du 26 juillet 1996, que les recrutements externes de fonctionnaires par France Télécom cesseraient au plus tard le 1er janvier 2002, n'a pas entendu priver d'effet, après cette date, les dispositions de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 relatives au droit à la promotion interne à l'égard des fonctionnaires  reclassés  ; que, par suite, les décrets régissant les statuts particuliers des corps de  reclassement , en ce qu'ils n'organisaient pas de voies de promotion interne autres que celles liées aux titularisations consécutives aux recrutements externes et privaient en conséquence les fonctionnaires  reclassés  de toute possibilité de promotion interne, sont devenus illégaux à compter de la cessation des recrutements externes le 1er janvier 2002 ; qu'en faisant application de ces décrets illégaux et en refusant de prendre toute mesure de promotion interne au bénéfice des fonctionnaires  reclassés  après cette date, le président de France Télécom a, de même, commis une illégalité ; que des promotions internes pour les fonctionnaires  reclassés  non liées aux recrutements externes ne sont redevenues possibles, au sein de France Télécom, que par l'effet du décret du 24 novembre 2004 relatif aux dispositions statutaires applicables à certains corps de fonctionnaires de France Télécom ; <br>
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        Considérant qu'il résulte de ce qui précède que l'Etat et France Télécom ont eu, à l'égard des fonctionnaires  reclassés , un comportement fautif de nature à entraîner leur responsabilité ; que cette dernière société ne peut utilement se prévaloir pour s'exonérer de sa responsabilité, ni de la faute de l'Etat, ni de la circonstance qu'aucun emploi ne serait devenu vacant, au cours de la période, pour permettre de procéder à des promotions dans les corps de reclassement ; que, toutefois, les fautes de l'Etat et de France Télécom n'ouvrent droit à réparation au profit de la requérante qu'à la condition qu'elles soient à l'origine d'un préjudice personnel, direct et certain subi par elle ; <br>
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        Sur le préjudice :<br>
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        Considérant que Mme X, fonctionnaire de l'administration des postes et télécommunications depuis 1968, ayant accédé au grade de contrôleur en 1989 soutient qu'elle remplissait les conditions pour accéder aux corps supérieurs des contrôleurs divisionnaires dès 1993 et des inspecteurs de France Télécom dès 1999 ; qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait eu, alors même qu'elle remplissait les conditions statutaires pour être promue et compte tenu des appréciations portées sur sa manière de servir versées aux débats, une chance sérieuse d'accéder au corps supérieur des inspecteurs, eu égard à la nature des fonctions susceptibles d'être confiées aux membres de ce corps, si des promotions par inscription sur listes d'aptitude pour l'accès à un tel corps supérieur avaient été organisées au bénéfice des fonctionnaires  reclassés  après 1993 ; qu'en revanche, il résulte de ces mêmes appréciations, favorables quant à sa manière d'assumer des fonctions supérieures, en particulier des entretiens de progrès réalisés en 1996, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002 et 2003 faisant état d'une maîtrise des activités du poste et des compétences  exemplaire ,  excellente  voire  exceptionnelle  et d'objectifs atteints ou dépassés, et de  situations et actions révélatrices de potentiel pour un niveau supérieur  soulignées en 2001 ainsi que par une attestation de sa supérieure hiérarchique pour les années 1997 à 2001, qu'elle a été privée d'une chance sérieuse d'être promue dans le corps supérieur des contrôleurs divisionnaires ; qu'il sera fait une juste appréciation de ce préjudice de carrière en l'évaluant à la somme de 5 000 euros y compris tous intérêts échus au jour du présent arrêt ; <br>
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        Considérant, en outre, que les fautes relevées, consistant à priver de manière générale les fonctionnaires  reclassés  de toute possibilité de promotion interne, sont la source d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence subis par Mme X ; qu'elle est en droit d'en obtenir réparation sans qu'il puisse lui être reproché de ne pas avoir emprunté les voies de promotion offertes par les corps de  reclassification  ; qu'il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'estimant à la somme globale de 5 000 euros y compris tous intérêts échus au jour du présent arrêt ; <br>
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        Considérant qu'il résulte de ce qui précède que Mme X est, dès lors, fondée à demander la condamnation de France Télécom et de l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros ; que les fautes respectives de l'Etat et de France Télécom ayant concouru à causer ce dommage dans son entier, elle est également fondée à en demander la condamnation solidaire ;<br>
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        Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
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        Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme X, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par France Télécom au titre des frais exposés par cette société et non compris dans les dépens ; qu'il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, par application des mêmes dispositions, de mettre à la charge solidairement de France Télécom et de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens ; <br>
D E C I D E :<br>
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Article 1er : France Télécom et l'Etat verseront solidairement à Mme X une indemnité de 10 000 euros y compris tous intérêts échus au jour du présent arrêt.<br>
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Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers en date du 23 janvier 2008 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.<br>
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Article 3 : France Télécom et l'Etat verseront solidairement à Mme X la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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Article 4 : Le surplus de la demande présentée par Mme X devant le tribunal administratif et de sa requête est rejeté.<br>
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Article 5 : Les conclusions de France Télécom tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.<br>
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No 08BX00799<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**