# Cour Administrative d'Appel de Paris, 6ème Chambre, 21/06/2010, 06PA02004, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000022512626
**Date de décision:** 2010-06-21
**Juridiction:** Cour Administrative d'Appel de Paris
**Formation:** 6ème Chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000022512626

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 1er juin 2006, présentée pour M. Gérard A, demeurant ..., par Me Coudray ; <br>
M. A demande à la cour :<br>
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        1°) d'annuler le jugement n° 0101807/5-2 en date du 30 mars 2006 par lequel le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant, d'une part, à l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'équipement, des transports et du logement a rejeté sa demande du 20 septembre 2000 tendant à être indemnisé des préjudices qui ont résulté du retard avec lequel a été pris le décret n° 99-121 du 15 février 1999 fixant les conditions d'intégration de certains agents non titulaires du ministère dans des corps de catégorie A, d'autre part, à la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 101 073, 70 euros majorée des intérêts au taux légal en réparation des préjudices précités ;<br>
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        2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 378 170, 29 euros, sauf à condamner l'Etat à une somme limitée à 346 156 euros mais à adjoindre à cette condamnation une indemnité sous forme d'une rente mensuelle indexée, dont le montant mensuel ne saurait être inférieur à la somme de 106, 71 euros, l'ensemble sauf à parfaire, outre les intérêts de droit à compter de la date de réception de la demande préalable, et les intérêts capitalisés ;<br>
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        3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 650 euros au titre des frais irrépétibles ;<br>
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        Vu les autres pièces du dossier ;<br>
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        Vu la loi n° 83-481 du 11juin 1983 ;<br>
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        Vu la loi n° 84-16 du 11janvier 1984, modifiée ;<br>
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        Vu le décret n° 99-121 du 15 février 1999 ;<br>
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        Vu le code de justice administrative ;<br>
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        Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;<br>
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        Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 juin 2010 :<br>
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        - le rapport de M. Piot, rapporteur,<br>
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        - les conclusions de Mme Dely, rapporteur public,<br>
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        - et les observations de Me Coudray, pour M. A ;<br>
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        Sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué :<br>
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        Considérant que M. A, recruté en qualité d'agent contractuel le <br>
3 juillet 1972 par le ministre de l'Equipement, demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du retard pris par l'administration pour édicter le décret organisant l'accès des personnels non titulaires du ministère de l'équipement aux corps de catégorie A de la fonction publique, conformément au principe d'intégration fixé par la loi du <br>
11 janvier 1984 ; qu'il fait appel du jugement en date du 30 mars 2006 par lequel le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande et conclut à la condamnation de l'Etat à lui payer la somme de 378 170, 29 euros, avec intérêts et capitalisation, en réparation du préjudice de carrière et financier qu'il a subi du fait de ce retard, de la minoration de sa pension de retraite, de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ; <br>
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        Sur la responsabilité :<br>
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        Considérant qu'aux termes de l'article 73 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique :  Les agents non titulaires qui occupent un emploi présentant les caractéristiques définies à l'article 3 du titre 1er du statut général ont vocation à être titularisés, sur leur demande, dans des emplois de même nature qui sont vacants ou qui seront créés par les lois de finances (...)  ; que l'article 79 de la même loi prévoit également que des décrets en Conseil d'Etat peuvent organiser pour les agents non titulaires mentionnés aux articles 73, 74 et 76 de la loi l'accès aux différents corps de fonctionnaires suivant certaines modalités ; qu'aux termes de l'article 1 du décret susvisé du 15 février 1999 :  Les agents non titulaires du ministère de l'équipement, des transports et du logement et de ses établissements publics qui occupent un emploi présentant les caractéristiques définies à l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et qui remplissent les conditions énumérées aux articles 73 et 74 (1°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ont vocation à être titularisés, sur leur demande, dans un corps de fonctionnaires de catégorie A déterminé en application de l'article 80 de cette dernière loi, dans les conditions fixées par le tableau de correspondance annexé au présent décret (...)  ; que ce même décret énonce dans son article 3 que :  la titularisation prévue à l'article 1er (...) est subordonnée à la réussite d'un examen professionnel  pour lequel, précise l'article 4, les agents non titulaires disposent d'un délai d'un an à compter de la date de publication du décret pour déposer leur candidature ;<br>
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        Considérant que le Gouvernement avait l'obligation de prendre les décrets d'application des dispositions précitées de la loi du 11 janvier 1984 dans un délai raisonnable ; qu'en ce qui concerne les agents non titulaires du ministère de l'équipement ayant vocation à être nommés dans un corps de catégorie A le délai de quinze ans pris pour édicter les dispositions d'intégration doit être regardé comme ayant excédé la durée raisonnable, et a donc été constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;<br>
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        Considérant que si M. A n'a pas jugé opportun de demander sa titularisation en application du décret précité du 15 février 1999, cette circonstance, quels qu'en soient les motifs, est sans influence sur l'étendue de la réparation à laquelle il a droit, laquelle doit s'apprécier par comparaison entre le déroulement de sa carrière consécutif à l'abstention fautive de l'Etat et le déroulement de carrière qui aurait été le sien si au 1er janvier 1987, avait été publié le décret d'application dont s'agit, comme en avait l'obligation l'administration, qui ne se prévaut à cet égard d'aucune difficulté particulière ;<br>
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        Considérant qu'il résulte de l'instruction que, depuis son recrutement en qualité de non titulaire, le requérant a exercé, au sein de différents services déconcentrés du ministre de l'équipement, des transports et du logement, des fonctions de responsabilité dans lesquelles il a donné entièrement satisfaction ; qu'ainsi l'examen professionnel d'intégration susmentionné qu'aurait eu à présenter M. A n'aurait pas été hors de sa portée ; que, par suite, l'absence de publication dudit décret à la date susindiquée l'a privé d'une chance sérieuse d'être titularisé lui causant ainsi un préjudice certain ;<br>
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        Sur le préjudice de carrière :<br>
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        Considérant, d'une part, que, dans le dernier état de ses conclusions, l'administration admet qu'eu égard à ses mérites professionnels, l'intéressé a perdu une chance sérieuse d'accéder au grade d'attaché principal d'administration centrale à compter du 1er juillet 1995, soit 8 ans et 6 mois après le 1er janvier 1987, s'il avait été titularisé à cette date, conformément à la durée moyenne de promotion de l'ensemble des attachés d'administration central intégrés entre 1985 et 1989 ; <br>
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        Considérant, d'autre part, que le Gouvernement avait l'obligation de prendre les décrets en Conseil d'Etat prévus par les articles 79 et 80 de la loi du 11 janvier 1984 dans un délai raisonnable qui est en l'espèce largement dépassé ; que toutefois, il résulte des dispositions précitées, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 28 mai 1996, que les agents non titulaires du niveau de la catégorie A, quelles que soient les fonctions qu'ils exercent et le niveau et la nature des emplois qu'ils occupent, ne peuvent accéder aux corps de fonctionnaires de la catégorie dite  A supérieure  ; qu'ainsi, l'auteur du décret attaqué pouvait légalement prévoir, en application des dispositions précitées de l'article 80 de la loi du 11 janvier 1984 complétée par la loi du 28 mai 1996, que les agents non titulaires du niveau de la catégorie A avaient seulement vocation à être titularisés dans des corps d'attachés d'administration centrale, d'ingénieurs de travaux ou des corps d'attachés d'administration centrale, d'ingénieurs de travaux ou des corps de niveau équivalent et n'ouvrir aucune possibilité de titularisation dans un corps de catégorie supérieure ; qu'il s'en suit, que l'abstention prolongée du Gouvernement de prendre les décrets prévues par la loi du 11 janvier 1984 n'est pas, dans ces conditions, constitutive d'une faute ayant privé M. A de la possibilité d'être intégré dans le corps des administrateurs civils ; que le requérant ne saurait dès lors soutenir qu'il a subi un préjudice né de l'absence de titularisation dans ce corps ;<br>
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        Considérant, en premier lieu, que s'il avait été titularisé dans un délai raisonnable après l'intervention de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, M. A, ainsi qu'il vient d'être dit, aurait accédé au premier grade du corps des attachés d'administration centrale ; que si l'intéressé disposait de chances sérieuses d'avancement dans ce corps, l'administration soutient sans être contredite qu'eu égard à la carrière que M. A aurait pu y effectuer, son maintien en situation d'agent contractuel, compte tenu des niveaux indiciaires atteints en cette qualité, a procuré à l'intéressé un supplément de rémunération, par rapport à la rémunération de fonctionnaire qui aurait pu lui être attribuée, excédant largement, à la date du présent arrêt, le montant de la somme demandée à ce titre ; <br>
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        Considérant, en second lieu, que si, dans le dernier état de ses conclusions, le requérant fait valoir que son préjudice financier de carrière doit être majoré de 50 points indiciaires mensuels correspondant au montant de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) qui lui aurait du lui être attribuée en raison des fonctions qu'il a occupé de mai 1994 à novembre 1996 comme chef du bureau chargé du contentieux à la direction de l'Habitat et de la Construction et du <br>
1er janvier 1998 au 30 août 2004, comme expert juridique à Mission interministérielle d'inspection du Logement social (Milos) du 1er janvier 1998 au 30 août 2004, il ne résulte pas de l'instruction qu'il en aurait été bénéficiaire ; que, par suite, la demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée ; <br>
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        Sur le préjudice résultant de la minoration du montant de la pension de retraite :<br>
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        Considérant que, du fait du retard pris dans sa carrière, M. A, qui a été admis à faire valoir ses droits à la retraite le 31 mai 2009, a subi un préjudice lié à la minoration du montant de sa pension de retraite ; qu'il sera fait une exacte appréciation de la réparation due à l'intéressé de ce chef de préjudice, compte tenu, notamment, de ses calculs non contestés, en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 32 014, 29 euros ;<br>
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        Sur le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :<br>
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        Considérant que si le préjudice moral allégué par le requérant n'est pas établi, l'intéressé a subi des troubles dans ses conditions d'existence du fait de son maintien dans une situation non statutaire jusqu'en 1999 ; qu'il sera fait une juste appréciation de la réparation due de ce chef de préjudice en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros ;<br>
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        Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande ;<br>
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        Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :<br>
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        Considérant que les sommes mentionnées ci-dessus doivent porter intérêts à compter du 21 septembre 2000, date de réception par l'administration de la réclamation préalable de <br>
M. A ;<br>
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        Considérant que, le 30 mai 2002, date de la première demande par M. A de capitalisation des intérêts, il était dû au moins une année d'intérêts ; que, dès lors, conformément à l'article 1154 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à cette date, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure ;<br>
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        Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
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        Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens ; <br>
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D E C I D E :<br>
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Article 1er : Le jugement susvisé du Tribunal administratif de Paris en date 30 mars 2006 est annulé.<br>
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Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 33 014, 29 euros, assortie des intérêts au taux légal, à compter du 21 septembre 2000. Les intérêts échus le <br>
30 mai 2002 seront capitalisés à cette date, ainsi qu'à chaque échéance annuelle pour produire eux-mêmes intérêts.<br>
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Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.<br>
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N° 06PA02004<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**