# CAA de NANTES, 4ème chambre, 31/05/2024, 24NT00246, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000049675704
**Date de décision:** 2024-05-31
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000049675704

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. B... C... a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.<br>
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       Par un jugement n° 2318328 du 28 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes, après avoir prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. C... tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire (article 1er), a rejeté le surplus de sa demande (article 2).<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, M. C..., représenté par Me Hajji, demande à la cour : <br>
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       1°) d'annuler l'article 2 de ce jugement du 28 décembre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes ; <br>
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       2°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 du préfet de Maine-et-Loire portant transfert en Croatie ; <br>
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       3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui remettre une attestation de demandeur d'asile en procédure normale ;  <br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.<br>
       Il soutient que : <br>
       - le jugement est insuffisamment motivé ; <br>
       - l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de son auteur et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; <br>
       - le préfet a méconnu les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; <br>
       - la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.<br>
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       Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête. <br>
       Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés. <br>
       M. C... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 février 2024.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;<br>
       - le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de Mme Chollet a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
       1. M. C..., ressortissant afghan né le 19 août 2005 à Baghlan (Afghanistan), déclare être entré en France le 20 septembre 2023. Il a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique qui a été enregistrée le 17 octobre 2023. Les recherches conduites par la préfecture dans le fichier Eurodac ont fait apparaître que M. C... a sollicité l'asile auprès des autorités bulgares et croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités bulgares, saisies le 30 octobre 2023 d'une demande de reprise en charge en application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont refusé leur responsabilité le 9 novembre 2023. Les autorités croates, saisies le 30 octobre 2023 sur le même fondement, ont donné leur accord explicite à la prise en charge de M. C... le <br>
13 novembre 2023. Le préfet de Maine-et-Loire a pris le 20 novembre 2023 un arrêté portant transfert de l'intéressé aux autorités croates. M. C... relève appel du jugement du <br>
28 décembre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. <br>
       2. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, que le requérant reprend en appel sans apporter de nouveaux éléments, doit être écarté par adoption des motifs retenus aux points 3, 8 et 9 du jugement attaqué. <br>
       3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C... et des conséquences de son transfert en Croatie au regard notamment des garanties exigées par le respect du droit d'asile.<br>
       4. En dernier lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " (...) Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (...) ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".<br>
       5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. <br>
       6. Le requérant fait tout d'abord état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Croatie et évoque un risque de renvoi par ricochet dans son pays d'origine en cas de transfert. Toutefois, les documents qu'il produit à l'appui de ces affirmations ne permettent pas de tenir pour établi que sa propre demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Croatie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. C... soutient qu'il aurait été maltraité en Croatie, en ce qu'il y est resté 24 heures, qu'il a été mis dans un camion avec d'autres personnes, sans nourriture, et que des agents ont pris ses empreintes et lui ont demandé de partir, la production de rapports d'organisations internationales et d'articles de presse qui font état de considérations d'ordre général sur la Croatie ne permet pas de justifier que l'ampleur de ces pratiques les ferait relever de défaillances systémiques. Dans ces conditions, les éléments au dossier ne permettent pas de caractériser des raisons sérieuses de croire qu'il existe en Croatie des défaillances systémiques dans le traitement des demandeurs d'asile, qui imposaient au préfet de s'assurer auprès des autorités croates des conditions de traitement de la demande d'asile de l'intéressé, ni qu'il y serait exposé au risque de subir des traitements contraires aux dispositions des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.<br>
       7. Par ailleurs, si M. C... invoque sa situation de vulnérabilité compte-tenu de son parcours migratoire, il ne démontre pas que ses conditions de vie en Croatie, où il est resté une journée selon ses propres déclarations lors de l'entretien en préfecture du 17 octobre 2023, l'auraient placé dans une situation de vulnérabilité telle que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en refusant d'instruire sa demande d'asile en France.<br>
       8. Au surplus, le requérant ne peut utilement invoquer les risques encourus dans son pays d'origine ou lors de son parcours d'exil hors de l'Europe à l'encontre d'une décision de transfert.<br>
       9. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que la décision de transfert contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que le préfet de Maine-et-Loire, en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article <br>
17 du même règlement, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.<br>
       10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, qui est suffisamment motivé, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.<br>
DECIDE :<br>
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.<br>
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... C..., à Me Hajji et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
Une copie en sera transmise pour information au préfet de Maine-et-Loire.<br>
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      Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :<br>
	- M. Lainé, président de chambre,<br>
	- Mme Picquet, première conseillère,<br>
      - Mme Chollet, première conseillère.<br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.<br>
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         La rapporteure,<br>
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         L. CHOLLET<br>
                  Le président,<br>
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         L. LAINÉ<br>
                  La greffière,<br>
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         A. MARTIN<br>
       La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
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N° 24NT00246<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**