# Cour administrative d'appel de Paris, 4ème chambre, 26/02/2013, 11PA04972, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000027150843
**Date de décision:** 2013-02-26
**Juridiction:** Cour administrative d'appel de Paris
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000027150843

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 2 décembre 2011, présentée pour la Société Air France, dont le siège est 45 rue de Paris à Roissy (95747), représentée par son président directeur général en exercice, par le cabinet d'avocat Ernst et Young ; la Société Air France demande à la Cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler le jugement n° 1015678-1020435/3-3 en date du 4 octobre 2011 en tant que le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2010 par laquelle le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire lui a infligé une amende de 5 000 euros ;<br>
<br>
       2°) d'annuler la décision du 27 septembre 2010 susmentionnée ;<br>
<br>
       3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros, augmentée de la TVA,  en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
  ..................................................................................................................<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier ;<br>
<br>
       Vu la Constitution du 4 octobre 1958 ;<br>
<br>
       Vu la décision du Conseil constitutionnel n° 92-307 DC du 25 février 1992 ;<br>
<br>
       Vu la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;<br>
       Vu le code des transports ;<br>
<br>
       Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
<br>
       Vu le code de justice administrative ;<br>
<br>
       Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;<br>
<br>
       Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 février 2013 :<br>
<br>
       - le rapport de M. Boissy, rapporteur,<br>
<br>
       - les conclusions de M. Rousset, rapporteur public,<br>
<br>
       - et les observations de Me Leconte, pour la société Air France ;<br>
<br>
       1. Considérant que, par une décision du 24 juin 2010, le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire a infligé à la Société Air France une amende de 5 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 625-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que la compagnie aérienne a débarqué le 25 mars 2010 à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle M. Meija Angel Ever, de nationalité colombienne, en provenance de Bogota et démuni de visa, et qu'elle a ainsi manqué à ses obligations de contrôle ; que, par des décisions du 27 septembre 2010, ce même ministre, d'une part, a retiré la décision du 24 juin 2010 et, d'autre part, a décidé d'infliger à nouveau une amende de 5 000 euros à la Société Air France pour les mêmes motifs ; que, par la présente requête, la Société Air France fait appel du jugement en date du 4 octobre 2011 en tant que le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2010 lui infligeant une amende de 5 000 euros ;<br>
<br>
       Sur les conclusions aux fins d'annulation :<br>
<br>
       Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête ;<br>
<br>
       2. Considérant qu'aux termes de l'article L. 6421-2 du code des transports : " Le transporteur ne peut embarquer les passagers pour un transport international qu'après justification qu'ils sont régulièrement autorisés à atterrir au point d'arrivée et aux escales prévues " ; qu'aux termes L. 625-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est punie d'une amende d'un montant maximum de 5 000 euros l'entreprise de transport aérien ou maritime qui débarque sur le territoire français, en provenance d'un autre Etat, un étranger non ressortissant d'un Etat de l'Union européenne et démuni du document de voyage et, le cas échéant, du visa requis par la loi ou l'accord international qui lui est applicable en raison de sa nationalité / Est punie de la même amende l'entreprise de transport aérien ou maritime qui débarque, dans le cadre du transit, un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et démuni du document de voyage ou du visa requis par la loi ou l'accord international qui lui est applicable compte tenu de sa nationalité et de sa destination " ; qu'aux termes de l'article L. 625-2 du même code : " Le manquement est constaté par un procès-verbal établi par un fonctionnaire appartenant à l'un des corps dont la liste est définie par décret en Conseil d'Etat. Copie du procès-verbal est remise à l'entreprise de transport intéressée. Le manquement ainsi relevé donne lieu à une amende prononcée par l'autorité administrative compétente. L'amende peut être prononcée autant de fois qu'il y a de passagers concernés. Son montant est versé au Trésor public par l'entreprise de transport. / L'entreprise de transport a accès au dossier et est mise à même de présenter ses observations écrites dans un délai d'un mois sur le projet de sanction de l'administration. La décision de l'autorité administrative, qui est motivée, est susceptible d'un recours de pleine juridiction. / L'autorité administrative ne peut infliger d'amende à raison de faits remontant à plus d'un an " ; qu'aux termes de l'article L. 625-5 du même code : " Les amendes prévues aux articles L 625-1, L. 625-3 et L. 625-4 ne sont pas infligées : / (...) Lorsque l'entreprise de transport établit que les documents requis lui ont été présentés au moment de l'embarquement et qu'ils ne comportaient pas d'élément d'irrégularité manifeste " ;<br>
<br>
       3. Considérant qu'il résulte tant de ces dispositions, adoptées en vue de donner leur plein effet aux stipulations de l'article 26 de la convention de Schengen, signée le 19 juin 1990, que de l'interprétation qu'en a donné le Conseil constitutionnel dans sa décision susvisée du 25 février 1992, qu'elles font obligation aux transporteurs aériens de s'assurer, au moment des formalités d'embarquement, que les voyageurs ressortissants d'Etats non membres de l'Union européenne sont en possession de documents de voyage, le cas échéant, revêtus des visas exigés par les textes, leur appartenant, non falsifiés et valides ; que si ces dispositions n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de conférer au transporteur un pouvoir de police aux lieu et place de la puissance publique, elles lui imposent de vérifier que l'étranger est muni des documents de voyage et des visas éventuellement requis et que ceux-ci ne comportent pas des éléments d'irrégularité manifeste, décelables par un examen normalement attentif des agents de l'entreprise de transport ; qu'en l'absence d'une telle vérification, le transporteur encourt l'amende administrative prévue par l'article L. 625-1 ;<br>
<br>
       4. Considérant qu'en l'espèce, un brigadier-chef de police en fonction à la direction de la police de l'air et des frontières de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle a appréhendé le 25 mars 2010 M. Meija Angel Ever, débarqué par la Société Air France d'un vol arrivé le même jour en provenance de Bogota, notamment muni d'un titre de séjour allemand, dont il n'est pas contesté qu'il avait été contrefait, de sorte que M. Meija Angel Ever était en réalité dépourvu de visa ; que, toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'examen comparé des caractéristiques techniques et visuelles du timbre humide figurant sur le titre de séjour litigieux par rapport au modèle de timbre humide, produit par le ministre, normalement apposé sur les titres de séjour allemands, que l'absence " de détails au niveau des armoiries " et l'aspect " baveux " du timbre humide figurant sur le titre de séjour de M. Meija Angel Ever n'étaient en l'espèce pas susceptibles d'être décelés, sans avoir recours à du matériel spécialisé, par un examen normalement attentif d'un agent d'embarquement ; que, dès lors, le document produit ne comportant pas d'élément d'irrégularité manifeste, la décision contestée est entachée d'illégalité ;<br>
<br>
       5. Considérant qu'il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la Société Air France est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2010 contestée et à demander, dans cette mesure, l'annulation de ce jugement et de cette décision ;<br>
<br>
       Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
       6. Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la Société Air France et non compris dans les dépens ; <br>
<br>
       D E C I D E :<br>
Article 1er : Le jugement n° 1015678-1020435/3-3 du Tribunal administratif de Paris en date du 4 octobre 2011 est annulé en tant qu'il a rejeté la demande de la Société Air France tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2010 par laquelle le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire lui a infligé une amende de 5 000 euros.<br>
Article 2 : La décision du 27 septembre 2010 susmentionnée est annulée.<br>
Article 3 : L'Etat versera à la Société Air France une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
''<br>
''<br>
''<br>
''<br>
2<br>
N° 11PA04972<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 36-10-06-02 Fonctionnaires et agents publics. Cessation de fonctions. Licenciement. Auxiliaires, agents contractuels et temporaires.