# Conseil d'Etat, 5 SS, du 28 juillet 1999, 186230, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008060667
**Date de décision:** 1999-07-28
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 5 SS
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008060667

## Contenu de la décision

<br>    Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 14 mars 1997 et 7 juillet 1997 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour Mme X..., venant au droit de son mari Lucien X... décédé, demeurant au ... ; Mme X... demande au Conseil d'Etat :<br>    1°) d'annuler l'ordonnance du 17 décembre 1996 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Nancy a annulé, à la demande du garde des sceaux, ministre de la justice, d'une part, les articles 1er et 2 du jugement du 31 décembre 1993 du tribunal administratif de Strasbourg condamnant l'Etat à lui payer une indemnité correspondant au montant des frais de déplacement qu'il a exposés à la suite de l'évacuation de l'établissement pénitentiaire d'Haguenau et de sa mise à disposition provisoire de la maison d'arrêt de Metz-Barrès et ordonnant un complément d'instruction sur le montant de ces frais et, d'autre part, le jugement du 2 février 1995 du même tribunal administratif fixant à la somme de 27 386,64 F, augmentée des intérêts, le montant de l'indemnité due par l'Etat ;<br>    2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 500 F sur le fondement de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 ;<br>    Vu les autres pièces du dossier ;<br>    Vu le décret n° 66-619 du 10 août 1966 et notamment son article 6 ;<br>    Vu le décret n° 90-437 du 28 mai 1990 ;<br>    Vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>    Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ;<br>    Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;<br>    Vu le décret n° 63-766 du 30 juillet 1963 modifié par le décret n° 88-905 du 2 septembre 1988 ;<br>    Après avoir entendu en audience publique :<br>    - le rapport de M. Sanson, Maître des Requêtes,<br>    - les observations de la SCP Ryziger, Bouzidi, avocat de Mme veuve Lucien X...,<br>    - les conclusions de M. Chauvaux, Commissaire du gouvernement ;<br>
<br>    Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête ;<br>    Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que M. X..., affecté en qualité de surveillant de l'administration pénitentiaire à la maison d'arrêt de Haguenau, y a exercé ses fonctions jusqu'en juillet 1986, date à laquelle il a été décidé de fermer cet établissement en raison de l'insalubrité des bâtiments ; que M. X... a été invité à exercer ses fonctions en surnombre et de manière provisoire, dans l'attente d'une décision définitive de réouverture ou de fermeture de la maison centrale de Haguenau, à la maison centrale de Metz-Barrès ; qu'aucune décision d'affectation de M. X... n'a été prise par le garde des sceaux, ministre de la justice, jusqu'à l'intervention de l'arrêté du 22 avril 1988 par lequel a été prononcée sa mutation dans l'intérêt du service de la maison d'arrêt de Haguenau à la maison d'arrêt de Strasbourg-Elsau ; que M. X... doit, en conséquence, être regardé comme ayant conservé sa résidence administrative à Haguenau, au sens des dispositions de l'article 5 du décret du 10 août 1966 susvisé, jusqu'à sa mutation dans l'intérêt du service à Strasbourg, le 22 avril 1988 ; que, par suite, en estimant qu'à dater de la fermeture de la maison d'arrêt d'Haguenau, "M. X... ne pouvait plus être regardé comme ayant conservé à Haguenau sa résidence administrative telle qu'elle est définie par le statut général et l'article 5 du décret du 10 août 1966", le président de la cour a donné aux faits qui lui étaient soumis une qualification juridique inexacte ; que Mme X... est, par suite, fondée à demander l'annulation de l'ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nancy du 17 décembre 1996 ;<br>    Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 11 de la loi du 31 décembre 1987 et de régler l'affaire au fond ;<br>    Considérant qu'aux termes de l'article 6 du décret du 10 août 1966 : "Les agents appelés à se déplacer pour les besoins du service à l'occasion d'une mission, d'une tournée ou d'un intérim peuvent prétendre à la prise en charge de leurs frais de transport dans les conditions prévues au titre IV du présent décret ( ...)" ; que l'article 8 dispose que : "Est en mission l'agent en service qui se déplace hors du département de sa résidence" ; que l'article 12 prévoit que : "Est en tournée l'agent en service qui se déplace hors de sa résidence à l'intérieur de son département de résidence" ;<br>    Considérant qu'ainsi qu'il a été dit, M. X..., dont la résidence administrative était fixée à Haguenau et est demeurée dans cette ville jusqu'à sa mutation dans l'intérêt du service prononcée par l'arrêté du 22 avril 1988, a été conduit à se déplacer quotidiennement jusqu'à la maison d'arrêt de Metz-Barrès, située dans un autre département que celui de sa résidence ; que M. X... doit donc être regardé comme ayant été en mission ; qu'il avait droit, en application des dispositions précitées, au remboursement de ses frais de déplacement ; qu'ainsi, en ne lui permettant pas de faire valoir ses droits à la prise en charge des frais engagés lors de ses missions, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;<br>
<br>    Considérant que, pour contester le montant de l'indemnisation accordée à M. X... par les premiers juges, le ministre de la justice se borne à indiquer que cette somme devrait être limitée aux frais de déplacement réellement engagés par l'intéressé ; qu'il résulte de l'instruction que la somme de 27 386,64 F retenue par le tribunal administratif correspond au montant des frais de déplacement exposés par M. X... ; qu'ainsi, le moyen soulevé par le ministre de la justice ne peut qu'être rejeté ;<br>    Considérant qu'il résulte de ce qui précède que le garde des sceaux, ministre de la justice, n'est pas fondé à demander l'annulation des jugements du 31 décembre 1993 et du 2 février 1995 par lesquels le tribunal administratif de Strasbourg l'a condamné à payer à M. X... une indemnité de 27 386,64 F en réparation du préjudice qu'il a subi ;<br>    Sur les conclusions de Mme X... tendant à l'application des dispositions de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 :<br>    Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à Mme X... la somme qu'il demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;<br>Article 1er : L'ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nancy du 17 décembre 1996 est annulée.<br>Article 2 : Le recours présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, devant la cour administrative d'appel de Nancy est rejeté.<br>Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme X... une somme de 2 500 F au titre des dispositions de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991.<br>Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme X... et au garde des sceaux, ministre de la justice.<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** Décret 66-619 1966-08-10 art. 6, art. 8, art. 12,Instruction 1966-08-10 art. 5,Loi 87-1127 1987-12-31 art. 11,Loi 91-647 1991-07-10 art. 75
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 36-08-03-004 FONCTIONNAIRES ET AGENTS PUBLICS - REMUNERATION - INDEMNITES ET AVANTAGES DIVERS - FRAIS DE DEPLACEMENT,60-02-091 RESPONSABILITE DE LA PUISSANCE PUBLIQUE - RESPONSABILITE EN RAISON DES DIFFERENTES ACTIVITES DES SERVICES PUBLICS - SERVICES PENITENTIAIRES