# Cour Administrative d'Appel de Nancy, Président de la Cour, 08/12/2011, 11NC00909, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000025146954
**Date de décision:** 2011-12-08
**Juridiction:** Cour Administrative d'Appel de Nancy
**Formation:** Président de la Cour
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000025146954

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 3 juin 2011, présentée pour M. Ibraima A, demeurant chez Mlle Kady Diomande, ..., élisant domicile chez son conseil, Me Jeannot, 13 place de la Carrière à Nancy (54000) ; M. A demande à la Cour ;<br>
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        1°) d'annuler le jugement n°1100183 en date du 19 janvier 2011 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté da demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Doubs du 15 janvier 2011 ordonnant sa reconduite à la frontière ; <br>
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        2°) d'annuler l'arrêté de reconduite à la frontière et la décision fixant le pays de destination du 15 janvier 2011 ;    <br>
        3°) d'enjoindre au préfet du Doubs, ou à titre subsidiaire au préfet de la Sarthe, territorialement compétent, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir ; <br>
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        4°)  de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;<br>
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       M. A  soutient que :<br>
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        -  le jugement du Tribunal administratif de Strasbourg est entaché d'erreur de droit en ce qu'il juge que les dispositions des articles 7 et 8 de la directive sont insuffisamment précises pour être invoquées ;<br>
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        -  les décisions portant reconduite à la frontière et fixation du pays de destination sont entachées d'un défaut de motivation au regard de la directive, dès lors qu'elles ne prévoient aucun délai de départ volontaire en violation des articles 7 et 8 de la directive ;<br>
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               - la décision de reconduite à la frontière est contraire à l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dès lors qu'elle ne prévoit pas de délai de départ volontaire ;<br>
              - cette mesure méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et libertés fondamentales, dès lors qu'il possède des attaches personnelles et familiales importantes en France, compte tenu notamment de la présence de sa concubine et de leur enfant né le 4 août 2010 ;  <br>
             - le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;<br>
              - la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il encourt des risques personnels pour sa vie en cas de retour dans son pays en raison de la situation politique particulièrement confuse en Côte d'Ivoire ;<br>
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           Vu le jugement et l'arrêté attaqués ;<br>
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           Vu, en date du 7 avril 2011, la décision du président du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal de grande instance de Nancy, admettant  M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;<br>
      Vu les autres pièces du dossier ;<br>
      Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
      Vu la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables aux Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;<br>
      Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
      Vu le code de justice administrative ;<br>
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      Vu la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;<br>
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      Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;<br>
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Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 17 novembre 2011:<br>
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- le rapport de Mme Piérart, président de la Cour, <br>
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- et les conclusions de M. Féral, rapporteur public ;<br>
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           Sur les conclusions à fin d'annulation :<br>
           Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :<br>
           Considérant qu'aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier :  1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande. / Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. / 3. Certaines obligations visant à éviter le risque de fuite, comme les obligations de se présenter régulièrement aux autorités, de déposer une garantie financière adéquate, de remettre des documents ou de demeurer en un lieu déterminé, peuvent être imposées pendant le délai de départ volontaire. / 4. S'il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours  ;   que aux termes de l'article 8 de la même directive  1. Les États membres prennent toutes les mesures nécessaires pour exécuter la décision de retour si aucun délai n'a été accordé pour un départ volontaire conformément à l'article 7, paragraphe 4, ou si l'obligation de retour n'a pas été respectée dans le délai accordé pour le départ volontaire conformément à l'article 7. / 2. Si un État membre a accordé un délai de départ volontaire conformément à l'article 7, la décision de retour ne peut être exécutée qu'après expiration de ce délai, à moins que, au cours de celui-ci, un risque visé à l'article 7, paragraphe 4, apparaisse. / 3. Les États membres peuvent adopter une décision ou un acte distinct de nature administrative ou judiciaire ordonnant l'éloignement (...)  ;<br>
      Considérant que les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elles n'imposent pas qu'une mesure de reconduite à la frontière soit assortie d'un délai approprié pour le départ volontaire d'un ressortissant de pays tiers dans des cas autres que ceux prévus à l'article 7, paragraphe 4, de la directive, sont incompatibles avec les objectifs de ses articles 7 et 8 ; que les dispositions de la directive ne font toutefois pas obstacle à ce qu'une mesure de reconduite à la frontière soit prise à l'encontre d'un ressortissant de pays tiers dans les cas prévus aux 1°, 2° et 4° du II de l'article L. 511-1, dès lors que cette mesure est assortie d'un délai de retour approprié à la situation de l'intéressé et supérieur à sept jours ;<br>
           Considérant que les articles 7 et 8 de la directive, laquelle n'a pas été transposée par la France dans le délai imparti, expiré le 24 décembre 2010, énoncent des obligations inconditionnelles et suffisamment précises pouvant être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre un acte administratif non réglementaire ;<br>
      Considérant que l'arrêté en date du 15 janvier 2011 par lequel le préfet du Doubs a ordonné la reconduite à la frontière de M. A sur le fondement du 1° du II de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui accorde aucun délai de départ volontaire ; que cette décision méconnaît les dispositions inconditionnelles et suffisamment précises des articles 7 et 8 de la directive du 16 décembre 2008 ;<br>
            Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir, que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le  président du Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2011 par lequel le préfet du Doubs a décidé sa reconduite à la frontière et fixé le pays de destination ;<br>
            Sur les conclusions à fin d'injonction :<br>
      Considérant qu'aux termes de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :  Si l'arrêté de reconduite à la frontière est annulé, (...) l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas  ; <br>
      Considérant qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Doubs de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation au regard de son droit au titre de séjour au vu des circonstances de droit et de fait existant à la date de ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision ;<br>
            Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loin du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique:<br>
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              Considérant que, par décision du 7 avril 2011, le président du bureau d'aide juridictionnel a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ; que, par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jeannot, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1500 euros à Me Jeannot au titre des frais non compris dans les dépens ;<br>
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     DECIDE :<br>
Article 1er : Le jugement du magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Strasbourg en date du 19 janvier 2011 est annulé, ensemble l'arrêté du 15 janvier 2011  par lequel le préfet du Doubs décide la reconduite à la frontière de M. A et fixe le pays de destination.<br>
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation au regard de son droit au titre de séjour au vu des circonstances  de droit et de fait existant à la date de ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.<br>
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot la somme de 1 500 (mille cinq cents euros) en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ;<br>
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Ibraima A, au préfet du Doubs et au ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriale et de l'immigration.<br>
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N°11NC00909<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-03 Étrangers. Reconduite à la frontière.