# Cour Administrative d'Appel de Versailles, 4ème Chambre, 03/07/2009, 08VE00967, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000021031201
**Date de décision:** 2009-07-03
**Juridiction:** Cour Administrative d'Appel de Versailles
**Formation:** 4ème Chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000021031201

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée en télécopie le 2 avril 2008 et en original le 15 avril 2008, présentée pour M. Joao Amede X, demeurant ..., par Me Brémaud ; M. X demande à la Cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler l'ordonnance n° 0800720 du 25 février 2008 par laquelle le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 3 décembre 2007 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de sa destination ;<br>
<br>
       2°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté ;<br>
<br>
       3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour mention  vie privée et familiale  dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;<br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
       Il soutient que l'ordonnance attaquée a été prise en violation du principe du contradictoire et de l'article L. 5 du code de justice administrative ; qu'il n'a pas obtenu communication de la preuve que le préfet lui aurait notifié l'arrêté attaqué ; que sa demande n'était pas tardive dès lors que cet arrêté ne lui a pas été notifié et qu'il n'a pas eu connaissance des voies et délais de recours ; que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'il justifie vivre en concubinage avec une réfugiée titulaire d'une carte de résident depuis 2002, être père de deux enfants scolarisés en France, avoir demandé l'asile dès son arrivée et être très bien intégré dans ce pays ; que l'obligation de quitter le territoire français a été édictée en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu'il est venu en France pour fuir les persécutions qu'il subissait en Angola ;<br>
<br>
       .....................................................................................................<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier ;<br>
<br>
       Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
<br>
       Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
<br>
       Vu le code de justice administrative ; <br>
<br>
       Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;<br>
<br>
       Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 juin 2009 :<br>
<br>
       - le rapport de Mme Signerin-Icre, président-assesseur,<br>
       - les conclusions de Mme Jarreau, rapporteur public,<br>
       - et les observations de Me Bremaud, avocat, pour M. X ;<br>
<br>
<br>
       Considérant que M. X fait appel de l'ordonnance du 25 février 2008 par laquelle le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 3 décembre 2007 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de sa destination ;<br>
<br>
       Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :<br>
<br>
       Considérant qu'aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative :  L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence.  et qu'aux termes de l'article R. 222-1 du même code :  Les présidents de tribunal administratif et les présidents de formation de jugement des tribunaux et cours peuvent, par ordonnance : (...) 4º Rejeter les requêtes entachées d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance  ; <br>
<br>
       Considérant que le principe du caractère contradictoire de la procédure rappelé à l'article L. 5 du code de justice administrative interdit au président d'un tribunal administratif ou au président d'une formation de jugement de se fonder, pour rejeter des conclusions, sur des éléments qui n'auraient pas été connus des demandeurs ; <br>
<br>
       Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de M. X par l'ordonnance attaquée, le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est fondé sur des pièces versées par le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'ont pas été communiquées au requérant ; que, par suite, l'ordonnance en litige est entachée d'irrégularité et doit être annulée ;<br>
       Considérant qu'il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par M. X devant le tribunal administratif ;<br>
       Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué :<br>
<br>
       Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :<br>
<br>
       Considérant qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :  1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui  ;<br>
<br>
       Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que M. X Y, ressortissant angolais, qui déclare être entré en France en avril 2002, vit en concubinage, au moins depuis le mois de juillet 2004, avec une ressortissante congolaise bénéficiant du statut de réfugiée politique et titulaire, à ce titre, d'une carte de résident valable jusqu'en 2013 ; qu'ils sont parents d'un enfant né le 10 janvier 2005 et élèvent la fille aînée du requérant née en Angola le 25 mars 2000 ; que, dans ces conditions, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 3 décembre 2007 refusant de délivrer à M. X un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français, porte au droit de celui-ci au respect de sa vie familiale une atteinte qui est en l'espèce disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
<br>
       Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. X est fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté de la Seine-Saint-Denis du 3 décembre 2007 refusant de lui délivrer un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ;<br>
<br>
       Sur les conclusions aux fins d'injonction : <br>
<br>
       Considérant qu'aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative :  Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution  ; <br>
<br>
       Considérant qu'eu égard au motif énoncé ci-dessus, le présent arrêt implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre un titre de séjour à M. X dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente décision, des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que le préfet refuse d'accorder ce titre ; qu'il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer une carte de séjour mention  vie privée et familiale  à M. X dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte ;<br>
<br>
<br>
       Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
       Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le paiement à M. X de la somme de 1 500 euros qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;<br>
<br>
DECIDE :<br>
       Article 1er : L'ordonnance n° 0800720 du 25 février 2008 du président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise et l'arrêté du 3 décembre 2007 du préfet de la Seine-Saint-Denis sont annulés.<br>
<br>
       Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. X, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, une carte de séjour portant la mention  vie privée et familiale .<br>
<br>
       Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. X sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
       Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. X est rejeté.<br>
<br>
''<br>
''<br>
''<br>
''<br>
2<br>
N° 08VE00967<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**