# CAA de NANTES, 5ème chambre, 04/04/2023, 22NT00064, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047411179
**Date de décision:** 2023-04-04
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 5ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047411179

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. A... G... a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dirigé contre la décision du 26 août 2019 par laquelle l'ambassade de France au Rwanda a refusé de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à ses enfants allégués, F... A... et D... A..., en qualité de membres de famille de réfugié.<br>
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       Par un jugement n° 2105211 du 8 novembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande. <br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier et 12 mai 2022, M. A... G..., représenté par Me Mazas, demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler le jugement du 8 novembre 2021 du tribunal administratif de Nantes ;<br>
       2°) d'annuler la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;   <br>
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       3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
       Elle soutient que :<br>
       - la décision contestée est entachée d'une erreur de fait ; les services de l'Etat civil rwandais ont indiqué avoir délivré par erreur le volet n°2 des actes d'état civil produits ; <br>
       - la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation ; l'identité et le lien de filiation des demandeurs sont établis par les actes d'état civil produits et par la possession d'état.<br>
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       Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. <br>
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       Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.<br>
       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - le code civil ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de M. B... a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Par un jugement du 8 novembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande de M. A... G... tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dirigé contre la décision du 26 août 2019 de l'ambassade de France au Rwanda refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à ses enfants allégués, F... A... et D... A..., en qualité de membres de famille de réfugié. M. G... relève appel de ce jugement.<br>
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       Sur le bien-fondé du jugement attaqué : <br>
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       2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du mémoire en défense de première instance du ministre de l'intérieur, que, pour refuser de délivrer le visa de long séjour sollicité pour les enfants F... A... et D... A..., la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité des demandeurs de visa, et partant leur lien familial à l'égard de M. G..., n'étaient pas établis.<br>
       3. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et dont les dispositions ont été reprises aux articles L. 561-2 à L. 561-5 du même code : " I.- Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / (...) 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. (...) L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. / II.- (...) / Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. / Pour l'application du troisième alinéa du présent II, ils produisent les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 721-3 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. (...) ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial d'un conjoint ou des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.<br>
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       4. L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, aujourd'hui repris à l'article L. 811-2 du même code, prévoit en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.<br>
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       5. il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.<br>
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       6. Pour justifier de l'identité et du lien de filiation des jeunes F... A... et D... A..., M. G... a initialement produit les volets n° 1 des actes de naissance n° 79 et n° 80, dressés par l'officier d'état civil de Kasuku, ainsi que les volets n° 2 des actes de naissance n° 454 et n° 455 des enfants. Pour remettre en cause le caractère probant de ces actes, le ministre de l'intérieur relève que les copies des volets n°2 ne sont pas signées, que les deux volets des documents produits portent une numérotation différente et que les demandeurs n'ont n'apporté aucune explication relative à leur coexistence. Toutefois, M. G... produit pour la première fois en appel un jugement supplétif du 29 décembre 2021 du tribunal pour enfants de C..., faisant état de ce que F... A... et Laini A..., qui sont des jumeaux, sont nés à Kasongo le 13 septembre 2010, de l'union de M. A... G... et de Mme H... E.... Ce jugement, qui mentionne ainsi les noms et prénoms des enfants, leurs dates et lieux de naissance et les noms et prénoms du père et de la mère, permet ainsi de déterminer l'identité des personnes qui y figurent et le lien de filiation. Le ministre de l'intérieur n'établit pas ni même n'allègue que ce jugement supplétif présenterait un caractère frauduleux. En outre, les énonciations contenues dans les documents produits sont conformes aux différentes déclarations faites par M. G... devant l'OFPRA. Par suite, c'est par une inexacte application des dispositions précitées que la commission a rejeté les demandes de visa litigieuses au motif que l'identité des enfants F... A... et D... A..., et partant, leur lien de filiation avec M. G..., n'étaient pas établis. <br>
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       7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. G... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande. <br>
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       Sur les conclusions à fin d'injonction :  <br>
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       8. L'exécution du présent arrêt implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré aux enfants F... A... et D... A.... Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt.<br>
       Sur les frais liés au litige :<br>
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       9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. G... d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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DÉCIDE :  <br>
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Article 1er : Le jugement n° 2105211 du 8 novembre 2021 du tribunal administratif de Nantes est annulé.<br>
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Article 2 : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 26 août 2019 de l'ambassade de France au Rwanda refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour aux enfants F... A... et D... A... est annulée.<br>
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Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer aux enfants F... A... et D... A... des visas d'entrée et de long séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
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Article 4 : L'Etat versera à M. G... une somme de 1 200 euros au titre de l'article                  L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... G... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
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       Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :<br>
       - M. Francfort, président de chambre,<br>
       - M. Rivas, président-assesseur,<br>
       - M. Frank, premier conseiller.<br>
       Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2023.<br>
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Le rapporteur,<br>
A. B...Le président,<br>
J. FRANCFORT<br>
Le greffier,<br>
C. GOY<br>
              La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
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No 22NT00004<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**