# Conseil d'État, Formation spécialisée, 16/12/2022, 458384, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000046752583
**Date de décision:** 2022-12-16
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** Formation spécialisée
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000046752583

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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              Par un jugement n° 1923382/6-1 du 12 novembre 2021, enregistré le même jour au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le tribunal administratif de Paris a transmis au Conseil d'Etat, en application des dispositions de l'article R. 351-2 du code de justice administrative, en tant que serait concernée la sûreté de l'Etat, les conclusions de la requête de M. A... B....<br>
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              Par cette requête, enregistrée le 31 octobre 2019 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire complémentaire enregistré au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat le 21 février 2022, M. B... demande :<br>
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              1°) d'annuler la décision, révélée par le courrier de la présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) du 17 septembre 2019, par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'accès aux données susceptibles de le concerner figurant dans les fichiers des services du renseignement territorial ; <br>
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              2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui communiquer les données le concernant contenues dans ces fichiers ou, si elles sont périmées, de les effacer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision du Conseil d'Etat, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;<br>
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              3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros à verser à la SCP Délvolvé et Trichet, son avocat, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. <br>
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              Vu les autres pièces du dossier ;<br>
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              Vu :<br>
              - le code du patrimoine ;<br>
              - le code des relations entre le public et l'administration ;<br>
              - le code de la sécurité intérieure ;<br>
              - la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, modifiée notamment par la loi n° 2018-693 du 20 juin 2018 et l'ordonnance n° 2018-1125 du 12 décembre 2018 ; <br>
              - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
              - le décret n° 2019-536 du 29 mai 2019 ;<br>
              - le code de justice administrative ;<br>
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              Après avoir convoqué à une séance à huis-clos, d'une part, M. B... et la SCP Délvolvé et Trichet, son avocat, et d'autre part, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et la Commission nationale de l'informatique et des libertés, qui ont été mis à même de prendre la parole avant les conclusions ;<br>
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              Et après avoir entendu en séance :<br>
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              - le rapport de M. Alexandre Lallet, conseiller d'Etat,<br>
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              - et, hors la présence des parties, les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public ;<br>
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<br>Considérant ce qui suit :<br>
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              1. En vertu de l'article 31 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, les traitements de données à caractère personnel mis en œuvre pour le compte de l'Etat et intéressant la sûreté de l'Etat, la défense ou la sécurité publique sont autorisés par arrêté du ou des ministres compétents, pris après avis motivé de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), publié avec l'arrêté autorisant le traitement. Ceux de ces traitements qui portent sur des données mentionnées au I de l'article 6 de la même loi doivent être autorisés par décret en Conseil d'Etat pris après avis motivé de la Commission, publié avec ce décret. Un décret en Conseil d'Etat peut dispenser de publication l'acte réglementaire autorisant la mise en œuvre de ces traitements. Le sens de l'avis émis par la CNIL est alors publié avec ce décret.<br>
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              2. L'article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure prévoit que le Conseil d'Etat est compétent pour connaître, dans les conditions prévues au chapitre III bis du titre VII du livre VII du code de justice administrative, des requêtes concernant la mise en œuvre du droit d'accès aux traitements de données à caractère personnel mis en œuvre pour le compte de l'Etat et intéressant la sûreté de l'Etat ou la défense, dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. En vertu de l'article R. 841-2 du même code, figurent notamment au nombre de ces traitements, pour les seules données intéressant la sûreté de l'Etat, les fichiers dits du " renseignement territorial " dénommés " Enquêtes administratives liées à la sécurité publique " (EASP), " Prévention des atteintes à la sécurité publique " (PASP) et " Gestion de l'information et prévention des atteintes à la sécurité publique " (GIPASP). <br>
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              3. L'article L. 773-8 du code de justice administrative dispose que, lorsqu'elle traite des requêtes relatives à la mise en œuvre du droit d'accès mentionné à l'article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure, " la formation de jugement se fonde sur les éléments contenus, le cas échéant, dans le traitement sans les révéler ni révéler si le requérant figure ou non dans le traitement. Toutefois, lorsqu'elle constate que le traitement ou la partie de traitement faisant l'objet du litige comporte des données à caractère personnel le concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées, ou dont la collecte, l'utilisation, la communication ou la conservation est interdite, elle en informe le requérant, sans faire état d'aucun élément protégé par le secret de la défense nationale. Elle peut ordonner que ces données soient, selon les cas, rectifiées, mises à jour ou effacées. Saisie de conclusions en ce sens, elle peut indemniser le requérant ". L'article R. 773-20 du même code précise que : " Le défendeur indique au Conseil d'Etat, au moment du dépôt de ses mémoires et pièces, les passages de ses productions et, le cas échéant, de celles de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, qui sont protégés par le secret de la défense nationale. / Les mémoires et les pièces jointes produits par le défendeur et, le cas échéant, par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement sont communiqués au requérant, à l'exception des passages des mémoires et des pièces qui, soit comportent des informations protégées par le secret de la défense nationale, soit confirment ou infirment la mise en œuvre d'une technique de renseignement à l'égard du requérant, soit divulguent des éléments contenus dans le traitement de données, soit révèlent que le requérant figure ou ne figure pas dans le traitement. / Lorsqu'une intervention est formée, le président de la formation spécialisée ordonne, s'il y a lieu, que le mémoire soit communiqué aux parties, et à la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, dans les mêmes conditions et sous les mêmes réserves que celles mentionnées à l'alinéa précédent ".<br>
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              4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier en date du 18 avril 2019, le chef du service central du renseignement territorial, saisi par M. A... B... d'une demande d'accès à un dossier de la direction des renseignements généraux datant de 1982, a informé ce dernier qu'aucune information ne pouvait lui être fournie à cet égard et lui a indiqué qu'il pouvait exercer son droit d'accès par l'intermédiaire de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). M. B... a saisi la CNIL d'une demande d'accès à ces données. En application de l'article 118 de la loi du 6 janvier 1978, la Commission a désigné un membre pour mener toutes investigations utiles et faire procéder, le cas échéant, aux modifications nécessaires. Par un courrier du 17 septembre 2019, la présidente de la CNIL a informé l'intéressé qu'il avait été procédé à l'ensemble des vérifications demandées et que la procédure était terminée, sans lui apporter d'autres informations compte tenu de l'opposition de l'administration compétente à toute communication. M. B... demande au Conseil d'Etat, saisi sur renvoi du tribunal administratif de Paris, d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'accès aux données susceptibles de le concerner figurant dans les fichiers des services du renseignement territorial. <br>
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              5. Le ministre de l'intérieur a communiqué au Conseil d'Etat, dans les conditions prévues à l'article R. 773-20 du code de justice administrative, les éléments susceptibles d'être relatifs à la situation de l'intéressé. <br>
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              6. Il appartient à la formation spécialisée, créée par l'article L. 773-2 du code de justice administrative précité, saisie de conclusions dirigées contre le refus de communiquer les données relatives à une personne qui allègue être mentionnée dans un fichier figurant à l'article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure, de vérifier, au vu des éléments qui lui ont été communiqués hors la procédure contradictoire, si le requérant figure ou non dans le fichier litigieux. Dans l'affirmative, il lui appartient d'apprécier si les données y figurant sont pertinentes au regard des finalités poursuivies par ce fichier, adéquates et proportionnées. Pour ce faire, elle peut relever d'office tout moyen ainsi que le prévoit l'article L. 773-5 du code de justice administrative. Lorsqu'il apparaît soit que le requérant n'est pas mentionné dans le fichier litigieux soit que les données à caractère personnel le concernant qui y figurent ne sont entachées d'aucune illégalité, la formation de jugement rejette les conclusions du requérant sans autre précision. Dans le cas où des informations relatives au requérant figurent dans le fichier litigieux et apparaissent entachées d'illégalité soit que les données à caractère personnel le concernant sont inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées soit que leur collecte, leur utilisation, leur communication ou leur consultation est interdite, elle en informe le requérant sans faire état d'aucun élément protégé par le secret de la défense nationale. Cette circonstance, le cas échéant relevée d'office par le juge dans les conditions prévues à l'article R. 773-21 du code de justice administrative, implique nécessairement que l'autorité gestionnaire du fichier rétablisse la légalité en effaçant ou en rectifiant, dans la mesure du nécessaire, les données illégales. Dans pareil cas, doit être annulée la décision implicite refusant de procéder à un tel effacement ou à une telle rectification.<br>
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              7. La formation spécialisée a procédé à l'examen des éléments fournis par le ministre lequel a, en tout état de cause, procédé à une analyse individuelle de la situation de M. B..., contrairement à ce qui est soutenu. Cet examen, qui s'est déroulé selon les modalités décrites au point précédent et qui n'a porté que sur les fichiers EASP, PASP et GIPASP pour lesquels la formation spécialisée est compétente, et non sur le dossier de 1982 mentionné par le requérant, n'a révélé aucune illégalité, notamment au regard de la loi du 6 janvier 1978. Par suite, les conclusions de M. B... doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
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              8. Il appartient à l'intéressé, s'il s'y croit fondé, de demander communication de dossiers constitués par les services du renseignement territorial indépendamment des traitements de données à caractère personnel mentionnés à l'article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure et, le cas échéant, qui ont fait l'objet d'un archivage, sur le fondement du droit d'accès aux documents administratifs ouvert par les dispositions des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ou sur celui du droit d'accès aux archives publiques régi par les articles L. 213-1 et suivants du code du patrimoine. Le recours contre le refus opposé par l'administration à une telle demande doit être porté non devant la formation spécialisée du Conseil d'Etat, mais devant le tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve l'administration détentrice des documents, et doit être précédé, à peine d'irrecevabilité du recours, de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs, conformément aux dispositions du titre IV du livre III du code des relations entre le public et l'administration.<br>
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<br>D E C I D E :<br>
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Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.<br>
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
Copie en sera adressée à la Commission nationale de l'informatique et des libertés.<br>
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Délibéré à l'issue de la séance du 6 décembre 2022 où siégeaient : M. Rémy Schwartz, président de la formation spécialisée, présidant ; Mme Nathalie Escaut, conseillère d'Etat et M. Alexandre Lallet, conseiller d'Etat-rapporteur.<br>
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              Rendu le 16 décembre 2022.<br>
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              				Le président :<br>
              				Signé : M. Rémy Schwartz<br>
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Le rapporteur :<br>
Signé : M. Alexandre Lallet<br>
						Le secrétaire :<br>
						Signé : M. Valéry Cerandon-Merlot<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** ECLI:FR:CEFSP:2022:458384.20221216
**Résumé:** 
**Mots-clés:**