# CAA de LYON, 3ème chambre - formation à 3, 20/12/2016, 16LY02379, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000033782872
**Date de décision:** 2016-12-20
**Juridiction:** CAA de LYON
**Formation:** 3ème chambre - formation à 3
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000033782872

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
<br>
Procédure contentieuse antérieure <br>
<br>
<br>
       La Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud a demandé au tribunal administratif de Dijon de condamner l'Etat à lui payer une indemnité de 1 756 655 euros et une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
       Par un jugement n° 1501431 du 17 mai 2016, le tribunal administratif de Dijon a condamné l'Etat à payer à la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud une indemnité de 1 756 655 euros avec intérêts au taux légal à compter du 25 février 2015 et capitalisation des intérêts au 25 février 2016 ainsi qu'une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
<br>
       Procédure devant la Cour :<br>
<br>
<br>
       I. Par un recours, enregistré le 13 juillet 2016 sous le n° 16LY02379, le ministre de l'intérieur demande à la cour d'annuler ce jugement n° 1501431 du 17 mai 2016 du tribunal administratif de Dijon et de rejeter la demande de la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud.<br>
<br>
       Il soutient que :<br>
       - ce jugement est irrégulier en ce qu'il est insuffisamment motivé s'agissant tant du lien de causalité entre l'illégalité fautive imputée à l'Etat et le préjudice allégué que de l'existence même de ce préjudice ;<br>
       - il est irrégulier, dès lors que les juges de première instance n'ont répondu au moyen de défense opposé par l'administration et tiré de l'absence de lien de causalité direct entre le préjudice allégué et la faute ;<br>
       - la collectivité publique n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'un préjudice né d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; en effet, les décisions préfectorales des années 2012, 2013 et 2014 lui notifiant les dotations de compensation au titre de chacune de ces années ne sont pas entachées d'illégalité fautive, le tribunal administratif ayant considéré à tort que la minoration du produit de la taxe sur les surfaces commerciales perçu par l'Etat sur le territoire de la collectivité publique concernée en 2010 ne s'appliquait pas aux dotations de compensation au titre des années 2012 à 2014 ;<br>
       - il n'y a pas de lien de causalité direct entre le préjudice allégué et l'illégalité fautive invoquée fondée sur l'extension par une autorité incompétente du mécanisme de compensation prévu par la loi au titre de l'année 2011 aux années 2012, 2013 et 2014 ; en effet, le législateur aurait compétemment étendu la mesure de compensation en cause aux années 2012, 2013 et 2014 si l'autorité administrative en avait demandé la mise en oeuvre dans le cadre des projets de loi de finances pour les trois années considérées et le vote de l'article 114 de la loi de finances pour 2015 modifiant ce dispositif de compensation manifeste l'intention du législateur quant à sa pérennité.<br>
<br>
<br>
       Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2016, la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, représentée par la SELARL Landot et Associés, avocat, conclut au rejet du recours et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
       Elle fait valoir que :<br>
       - le recours est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas justifié de ce que le signataire du mémoire introductif de ce recours disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;<br>
       - les moyens présentés par le ministre dans son recours ne sont pas fondés.<br>
<br>
<br>
       Un mémoire, enregistré le 23 novembre 2016 et présenté pour la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       II. Par un recours, enregistré le 18 juillet 2016 sous le n° 16LY02450, le ministre de l'intérieur demande à la cour d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, qu'il soit sursis à l'exécution du jugement n° 1501431 du 17 mai 2016 du tribunal administratif de Dijon.<br>
<br>
       Il soutient que les moyens critiquant le bien-fondé du jugement attaqué, exposés dans sa requête en annulation de ce jugement dont une copie est jointe, sont sérieux et que l'exécution de ce jugement emporterait des conséquences difficilement réparables pour le budget de l'Etat.<br>
<br>
<br>
       Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2016, la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, représentée par la SELARL Landot et Associés, avocat, conclut au rejet du recours et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
       Elle fait valoir que les moyens présentés par le ministre dans son recours ne sont pas fondés.<br>
<br>
<br>
       Un mémoire, enregistré le 23 novembre 2016 et présenté pour la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
       Vu les autres pièces des dossiers.<br>
<br>
       Vu :<br>
       - le code général des collectivités territoriales ;<br>
       - la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 ;<br>
       - la loi n° 2014-1654 du 29 décembre 2014 de finances pour 2015 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
<br>
       Ont été entendus au cours de l'audience publique :<br>
       - le rapport de M. Drouet, <br>
       - et les conclusions de M. Clément, rapporteur public.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       1. Considérant que, par courrier notifié le 25 février 2015, le président de la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud a sollicité de l'Etat le paiement d'une indemnité totale de 1 756 655 euros en réparation des conséquences dommageables des décisions préfectorales ayant minoré ses dotations de compensation pour les années 2012, 2013 et 2014 du produit de la taxe sur les surfaces commerciales perçu par l'Etat sur son territoire en 2010 ; que cette réclamation a fait l'objet d'un rejet implicite ; que, parallèlement, par une demande enregistrée le 22 mai 2015, la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud a saisi le tribunal administratif de Dijon à fin de condamnation de l'Etat au paiement de cette même indemnité ; que, par son recours n° 16LY02379, le ministre de l'intérieur relève appel du jugement n° 1501431 du 17 mai 2016 par lequel le tribunal administratif de Dijon a condamné l'Etat à payer à cette collectivité publique une indemnité de 1 756 655 euros avec intérêts au taux légal à compter du 25 février 2015 et capitalisation des intérêts au 25 février 2016 ainsi qu'une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; que, par son recours n° 16LY02450, le ministre demande qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement ;<br>
<br>
<br>
       2. Considérant que les recours visés ci-dessus sont dirigés contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune ; qu'il y a lieu de les joindre pour qu'ils fassent l'objet d'un même arrêt ;<br>
<br>
<br>
<br>
       Sur le recours n° 16LY02379 :<br>
<br>
<br>
       En ce qui concerne la recevabilité du recours :<br>
<br>
<br>
       3. Considérant qu'en vertu du premier alinéa de l'article 8 modifié du l'arrêté du 12 août 2013 du ministre de l'intérieur portant organisation interne du secrétariat général du ministère de l'intérieur, la direction des libertés publiques et des affaires juridiques de ce ministère comprend notamment le service du conseil juridique et du contentieux ; qu'en vertu du deuxième alinéa de l'article 11 modifié du même arrêté, le service du conseil juridique et du contentieux traite le contentieux de l'ensemble de l'administration centrale du ministère de l'intérieur, représente le ministre devant les juridictions en première instance, en appel et en cassation, et assure le règlement des litiges, tant à l'amiable qu'au contentieux ; que, par décision du 22 avril 2016 publiée le 29 avril 2016 au Journal officiel de la République française, le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques de ce ministère a donné délégation à Mme B...A..., magistrat du corps des tribunaux administratifs et cours administratives d'appel, chef du service du conseil juridique et du contentieux et adjoint au directeur des libertés publiques et des affaires juridiques, en cas d'absence ou d'empêchement de ce directeur, à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tout acte ou document relevant des attributions de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques ; qu'il n'est pas établi que le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques n'ait pas été absent ou empêché ; que, par suite, doit être écartée la fin de non-recevoir opposée par l'intimée et tirée du défaut de qualité de Mme A..., signataire du mémoire introductif du présent recours, pour agir en justice au nom du ministre de l'intérieur ;<br>
<br>
<br>
       En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :<br>
<br>
<br>
       4. Considérant qu'aux termes du paragraphe 1.2.4.2 de l'article 77 de la loi du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 : " Le montant de la compensation prévue au D de l'article 44 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998) ou de la dotation de compensation prévue à l'article L. 5211-28-1 du code général des collectivités territoriales est diminué en 2011 d'un montant égal, pour chaque collectivité territoriale ou établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, au produit de la taxe sur les surfaces commerciales perçu par l'État en 2010 sur le territoire de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale " ; que l'article 114 de la loi du 29 décembre 2014 de finances pour 2015 a supprimé dans ces dispositions les mots : " en 2011 " ;<br>
<br>
<br>
       5. Considérant qu'il ressort des travaux parlementaires ayant abouti au vote de l'article 114 de la loi de finances pour 2015 qu'en décidant de supprimer les mots " en 2011 ", le législateur, seul compétent pour ce faire, a entendu, par des dispositions à caractère interprétatif, rectifier une erreur légistique et clarifier ainsi la portée d'un mécanisme qui vise, par une intégration en base dans le calcul des dotations, à assurer la neutralité, pour le budget de l'Etat, du transfert opéré ; que, dans ces conditions, en procédant à la minoration des dotations de compensation de la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud pour les années 2012, 2013 et 2014 d'un montant équivalent au produit de la taxe sur les surfaces commerciales perçu par l'Etat sur le territoire de cette communauté en 2010, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'illégalité fautive et n'a pu, par suite, causer de préjudice à l'intimée ;<br>
<br>
<br>
       6. Considérant qu'il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la régularité du jugement, que le ministre de l'intérieur est fondé à demander l'annulation du jugement qu'il attaque ainsi que le rejet de la demande présentée par la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud devant le tribunal administratif de Dijon ;<br>
<br>
<br>
       En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
<br>
       7. Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;<br>
<br>
<br>
<br>
       Sur l'instance n° 16LY02450 :<br>
<br>
<br>
       8. Considérant, d'une part, que la cour statuant par le présent arrêt sur les conclusions du recours n° 16LY02379 du ministre de l'intérieur tendant à l'annulation du jugement attaqué, son recours n° 16LY02450 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement est privé d'objet ; qu'il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer ;<br>
<br>
<br>
       9. Considérant, d'autre part, qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       DECIDE :<br>
<br>
<br>
Article 1er :	Le jugement n° 1501431 du 17 mai 2016 du tribunal administratif de Dijon est annulé.<br>
<br>
Article 2 :	La demande présentée par la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud devant le tribunal administratif de Dijon et ses conclusions présentées en appel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.<br>
<br>
Article 3 :	Il n'y a pas lieu de statuer sur le recours n° 16LY02450 du ministre de l'intérieur.<br>
<br>
Article 4 :	Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à la Communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud.<br>
       	Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.<br>
<br>
<br>
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2016, à laquelle siégeaient :<br>
- M. Drouet, président de la formation de jugement, <br>
- Mme Peuvrel, premier conseiller,<br>
- M. Deliancourt, premier conseiller.<br>
<br>
<br>
Lu en audience publique le 20 décembre 2016.<br>
4<br>
N°s 16LY02379, 16LY02450<br>
<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 135-01-07-03 Collectivités territoriales. Dispositions générales. Dispositions financières. Compensation des transferts de compétences.,135-05-06 Collectivités territoriales. Coopération. Finances des organismes de coopération.,60-01-04-005 Responsabilité de la puissance publique. Faits susceptibles ou non d'ouvrir une action en responsabilité. Responsabilité et illégalité. Absence d'illégalité et de responsabilité.