# CAA de DOUAI, 2ème chambre, 09/11/2021, 21DA00076, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000044316235
**Date de décision:** 2021-11-09
**Juridiction:** CAA de DOUAI
**Formation:** 2ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000044316235

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante : <br>
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       Procédure contentieuse antérieure : <br>
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       Mme A... C... a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.<br>
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       Par un jugement n° 2003643 du 15 décembre 2020, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2021, Mme C..., représentée par Me Solenn Leprince, demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler ce jugement ;<br>
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       2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 16 juillet 2020 ;<br>
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       3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire, portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec une autorisation de travail au plus tard dans les 48 heures ;<br>
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       4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un récépissé dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;<br>
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       5°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au profit de la Selarl Eden Avocats, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. <br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de Mme Aurélie Chauvin, présidente-assesseure, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Mme A... C..., ressortissante de République démocratique du Congo née le 28 février 1977, est entrée sur le territoire français le 23 janvier 2016 sous couvert d'un visa court séjour valable du 22 janvier au 5 février 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 mars 2017. Le 19 mai 2017, Mme C... a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée par un arrêté du 24 novembre 2017, confirmé le 7 janvier 2020 par un jugement du tribunal administratif de Rouen. Le 10 mars 2020, Mme C... a, à nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juillet 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme C... relève appel du jugement du 15 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.<br>
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       Sur le bien-fondé du jugement attaqué :<br>
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       2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : (...) / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République (...) ".<br>
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       3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contredit par le préfet de la Seine-Maritime que Mme C... réside en France depuis janvier 2016 et vit en concubinage avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable dix ans, avec lequel elle a eu une fille, B... née le 14 septembre 2016, et qui est père de trois enfants de nationalité française. Ils ont conclu un pacte civil de solidarité le 5 janvier 2017 et justifient par la production de nombreuses attestations émanant de voisins, d'amis et professionnels de la petite enfance, de la réalité, la durée et l'intensité de leur vie familiale depuis l'entrée de l'appelante sur le territoire. Si, par ailleurs, Mme C... est mère de deux enfants mineurs nés d'une précédente union, elle établit que ces derniers résident avec leur père à l'étranger. Il n'est enfin pas contesté qu'elle est insérée dans la société française ainsi qu'en attestent les divers témoignages produits et qu'elle participe activement depuis 2017 à des activités bénévoles de l'association de son quartier. Dès lors, compte tenu de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France à la date de l'arrêté contesté, ce dernier doit être regardé comme portant au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles il a été pris. Par suite, l'arrêté du 16 juillet 2020 méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit être annulé. <br>
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       4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C... est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2020 du préfet de la Seine-Maritime lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.<br>
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       Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :<br>
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       5. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent arrêt implique nécessairement que le préfet de la Seine-Maritime délivre à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.<br>
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       Sur les frais liés au litige : <br>
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       6. Mme C... a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leprince d'une somme de 1 000 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
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       DÉCIDE :<br>
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       Article 1er : Le jugement n° 2003643 du 15 décembre 2020 du tribunal administratif de Rouen est annulé.<br>
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       Article 2 : L'arrêté du 16 juillet 2020 du préfet de la Seine-Maritime portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi de Mme C... est annulé.<br>
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       Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
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       Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Leprince en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
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       Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... C..., au ministre de l'intérieur, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Solenn Leprince.<br>
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N°21DA00076	4<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-01-03 Étrangers. - Séjour des étrangers. - Refus de séjour.