# Cour administrative d'appel de Bordeaux, 3ème chambre (formation à 3), 31/12/2013, 12BX01495, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000028460011
**Date de décision:** 2013-12-31
**Juridiction:** Cour administrative d'appel de Bordeaux
**Formation:** 3ème chambre (formation à 3)
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000028460011

## Contenu de la décision

Vu la requête enregistrée le 14 juin 2012 présentée pour la société à responsabilité limitée (SARL) Socoa Martinique dont le siège est rue Eugène Mona Morne Calebasse à Fort de France (97 200), par MeA... ;<br>
<br>
        La SARL Socoa Martinique demande à la Cour :<br>
<br>
        1°) d'annuler le jugement n°1100742 du 12 avril 2012 par lequel le tribunal administratif de Fort-de-France a rejeté sa demande tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 110 483 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2011 et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite des barrages et des attroupements qui ont entravé l'exercice de son commerce du 6 février au 14 mars 2009 ; <br>
<br>
        2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 110 483 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2011 et de la capitalisation de ces intérêts ; <br>
<br>
        3°) de condamner l'Etat au paiement de l'ensemble des frais de l'expertise ordonnée en référé le 20 janvier 2010 par le président du tribunal administratif de Fort de France ;<br>
<br>
        4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 15 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
<br>
        --------------------------------------------------------------------------------------------------------<br>
<br>
        Vu les autres pièces du dossier ;<br>
<br>
<br>
        Vu le code de la sécurité intérieure ;<br>
<br>
        Vu le code de justice administrative ;<br>
<br>
<br>
        Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;<br>
<br>
        Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 26 novembre 2013 :<br>
<br>
        - le rapport de M. Philippe Cristille, premier conseiller ;<br>
        - les conclusions de M. Guillaume de La Taille Lolainville, rapporteur public ;<br>
        - et les observations de Me Laborie, avocat de la société Socoa Martinique ;<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
        1. Considérant que la société Socoa Martinique, qui vend des produits cosmétiques et de la parfumerie, exploite sous l'enseigne Yves Rocher une dizaine de boutiques en Martinique installées essentiellement dans des centres commerciaux, rue Sévère, rue Deproge, centre commercial de Dillon et centre commercial Le Rond Point ; qu'à la suite du mouvement de revendication contre la vie chère qui a affecté la Martinique du 6 février au 14 mars 2009, la société Socoa Martinique a recherché la responsabilité de l'Etat à raison de son manque à gagner qu'elle impute aux manifestations et aux barrages aux abords de ses établissements ayant entravé ou ralenti son activité ; que la société fait appel du jugement du 12 avril 2012 par lequel le tribunal administratif de Fort-de-France a rejeté sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser, en réparation du préjudice subi, la somme de 110 483 euros majorée des intérêts légaux à compter du 25 mai 2011 et de la capitalisation de ces intérêts ; <br>
<br>
<br>
<br>
<br>
        Sur la responsabilité pour faute de l'Etat en raison du défaut d'intervention des forces de l'ordre :<br>
<br>
<br>
        2. Considérant que s'il appartenait au préfet de la Martinique de prendre toutes dispositions nécessaires pour rompre les barrages dressés par les manifestants qui entravaient les voies de circulation et permettre une utilisation normale du domaine public, l'obligation qui lui incombait trouvait toutefois sa limite dans les nécessités de l'ordre public ; que si le préfet a choisi de poursuivre les négociations engagées avec les représentants des manifestants, cette attitude, qui a d'ailleurs permis la conclusion d'un protocole de fin de conflit, ne révèle pas, compte tenu de l'ampleur du mouvement, de la tension sociale et politique qui régnait pendant toute la période en cause et des troubles plus graves encore qu'aurait pu entraîner la décision d'utiliser la force publique pour disperser les barrages, de carence constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;<br>
<br>
<br>
<br>
        Sur la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de l'article L. 2216-3 du code général des collectivités territoriales :<br>
<br>
<br>
        3. Considérant qu'aux termes du premier alinéa de l'article L.2216-3 du code général des collectivités territoriales alors applicable, désormais repris à l'article L.211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens " ; qu'il est établi, notamment par des constats d'huissiers dressés du 6 février au 6 mars 2009 à la demande de la société Socoa Martinique ou d'autres sociétés, décrivant les barrages installés à l'entrée des centres commerciaux où sont implantés les boutiques de la société requérante, que ces agissements sont constitutifs des délits d'entrave à la circulation et à la liberté du travail commis à force ouverte par un rassemblement précisément identifié composé de manifestants de la Confédération générale du travail de la Martinique et du "collectif du 5 février" dit K5F, qui avaient lancé un mouvement de grève générale contre la vie chère ; que, toutefois, à supposer que la totalité du préjudice commercial subi par la société requérante résulte de manière directe et certaine des agissements en cause, ceux-ci ne peuvent, dans les circonstances de l'espèce, être regardés, eu égard à leur caractère prémédité et organisé révélé par la concertation et les mesures de surveillance qu'impliquait le maintien des barrages pendant une telle durée, comme ayant été le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens de l'article L.2216-3 du code général des collectivités territoriales ;<br>
<br>
<br>
<br>
        Sur la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la rupture de l'égalité devant les charges publiques :<br>
        4. Considérant que les dommages résultant de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage anormal et spécial ; que si la société requérante affirme avoir subi un préjudice s'élevant à 110 483 euros en raison de l'interruption de son activité du 6 février au 14 mars 2009, elle n'établit pas, eu égard au caractère général du blocage qui a nécessairement affecté la quasi-totalité des entreprises implantées en Martinique, avoir subi un préjudice spécial susceptible d'être indemnisé sur le fondement de la rupture de l'égalité devant les charges publiques ;<br>
<br>
<br>
        5. Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que la société Socoa Martinique n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Fort-de-France a rejeté sa demande ;<br>
<br>
<br>
<br>
        Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
<br>
        6. Considérant que l'article R 761-1 du code de justice administrative prévoit que les dépens sont à la charge de la partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ; que, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de réformer le jugement en ce qu'il a partagé les frais d'expertise par moitié entre les parties ;<br>
<br>
<br>
<br>
        Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
<br>
        7. Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Socoa Martinique demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ; <br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       DECIDE :<br>
<br>
<br>
<br>
Article 1er : La requête de la société Socoa Martinique est rejetée.<br>
''<br>
''<br>
''<br>
''<br>
2<br>
N°12BX01495<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**