# CAA de TOULOUSE, 4ème chambre, 23/03/2023, 22TL00385, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047340202
**Date de décision:** 2023-03-23
**Juridiction:** CAA de TOULOUSE
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047340202

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
       M. A... demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour.<br>
<br>
       Par un jugement n° 2001997 du 1er juillet 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.<br>
<br>
       Procédure devant la cour :<br>
<br>
       Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative de Marseille sous le numéro 22MA00385 puis au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le numéro 22TL00385 le 26 janvier 2022, M. A..., représenté par Me Bautès, demande à la cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler ce jugement ;<br>
<br>
       2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 du préfet de l'Hérault ;<br>
       3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir si besoin sous astreinte ;<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
       Il soutient que :<br>
       - la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
       - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du même code ; <br>
       - elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.<br>
<br>
       Par un mémoire, enregistré le 4 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête. <br>
<br>
       Il fait valoir que les moyens présentés par M. A... ne sont pas fondés.<br>
<br>
       Par ordonnance du 4 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 août 2022. <br>
<br>
       Par décision du 26 novembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. A.... <br>
<br>
        Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
        Vu : <br>
        - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
- le code des relations entre le public et l'administration ;<br>
- le code du travail ;<br>
      - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
- le code de justice administrative.<br>
<br>
        Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
<br>
        Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
        Le rapport de Mme Lasserre, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
        Considérant ce qui suit :<br>
<br>
       1. M. A..., ressortissant marocain né le 26 juillet 1992, est arrivé en France en 2001, à l'âge de neuf ans, le cadre d'un regroupement familial sollicité par son père. Le 5 février 2019, il a sollicité un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, demande pour laquelle la commission du titre de séjour saisie a donné un avis favorable le 19 décembre 2019. Par arrêté du 14 janvier 2020, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale en sa qualité d'étranger entré en France avant l'âge de 13 ans. Par la présente requête, il demande l'annulation du jugement du 1er juillet 2021 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. <br>
<br>
      Sur les conclusions en annulation : <br>
<br>
       2. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord... ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''... ". Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. ".<br>
       3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 alors applicable n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.<br>
<br>
       4. D'une part, si M. A... est entré en France en 2001, à l'âge de 9 ans, dans le cadre d'un regroupement familial sollicité par son père et, celui-ci étant décédé, s'il a été ensuite confié à son frère, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... soit particulièrement inséré dans la société française, ni par ses études, ni par son travail, alors d'ailleurs qu'il a fait l'objet de huit condamnations pénales entre 2015 et 2016 8 dont la dernière pour des faits de vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail pour laquelle il a été incarcéré du 31 décembre 2016 au 1er août 2018 à la prison de Fresnes. Dans ces conditions, malgré l'avis favorable de la commission du titre de séjour émis sur la demande de l'intéressé, le préfet de l'Hérault a pu estimer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que la demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale de M. A... ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels. Par suite, et alors en outre que le préfet a relevé dans sa décision que M. A..., par son comportement, a troublé l'ordre public, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à avoir refusé l'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.<br>
       5. D'autre part, en produisant un titre professionnel d'agent de propreté et d'hygiène ainsi qu'une promesse d'embauche du 15 février 2020 en qualité de manoeuvre, établie d'ailleurs postérieurement à la décision en litige, M. A... ne démontre pas que le refus d'admission exceptionnelle au séjour au titre d'une activité salariée procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Pyrénées-Orientales.<br>
       6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / (...) 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ;(...) ". <br>
<br>
       7. Si M. A... se prévaut de ce qu'il vit en France depuis dix-neuf ans et de ce que ses frères et sœurs, qui résident tous sur le territoire français, sont titulaires d'une carte de résident de dix ans, il ressort des pièces du dossier que M. A..., célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas être inséré socialement ou professionnellement en France. Dans ces conditions, et alors d'ailleurs que sa mère réside toujours au Maroc, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.<br>
<br>
       8. Il résulte de ce qui précède que M. A... n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.<br>
<br>
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :<br>
<br>
       9. Le présent arrêt rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A.... Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.<br>
<br>
Sur les frais liés au litige : <br>
<br>
       10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que demande M. A... sur ces fondements.<br>
<br>
<br>
D E C I D E  :<br>
<br>
<br>
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.<br>
<br>
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., à Me Bautès et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
<br>
Copie en sera adressé au préfet de l'Hérault.<br>
<br>
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :<br>
M. Chabert, président,<br>
M. Haïli, président assesseur,<br>
Mme Lasserre, première conseillère, <br>
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.<br>
<br>
<br>
       La rapporteure,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       N. Lasserre<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       Le président,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       D. ChabertLa greffière,<br>
C. Lanoux<br>
<br>
<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. <br>
<br>
2<br>
N°22TL00385 <br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-03 Étrangers. - Obligation de quitter le territoire français (OQTF) et reconduite à la frontière.