# Cour administrative d'appel de Bordeaux, 4ème chambre (formation à 3), du 30 mars 2006, 03BX00204, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000007511903
**Date de décision:** 2006-03-30
**Juridiction:** Cour administrative d'appel de Bordeaux
**Formation:** 4EME CHAMBRE (FORMATION A 3)
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000007511903

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 28 janvier 2003, présentée pour Mme Christine X, élisant domicile ..., par Me Balemby  ; Mme X demande à la Cour  :
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       1°) d'annuler le jugement n° 00/816 du 30 mai 2002 par lequel le Tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande dirigée contre la décision du ministre de la défense du 25 octobre 1999 refusant de lui accorder une pension de réversion à raison du décès de son mari  ;
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       2°) d'annuler cette décision  ;
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       Vu les autres pièces du dossier  ;
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       Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
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       Vu la loi n° 59-1454 du 26 décembre 1959  ;
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       Vu le code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
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       Vu le code de justice administrative  ;
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       Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience  ;
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       Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 16 mars 2006  :
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       - le rapport de M. Vié, rapporteur  ;
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       - et les conclusions de M. Doré, commissaire du gouvernement  ;
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       Sur la fin de non-recevoir opposée en défense  :
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       Considérant que, dans sa demande devant le tribunal administratif, Mme X a présenté un moyen relatif à la « violation des dispositions légales  relatives aux  pensions civiles et militaires de retraite allouées aux ayants droit »  ; que le moyen, soulevé en appel, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention, se rattache à la même cause juridique que celui développé en première instance  ; qu'ainsi, la fin de non-recevoir opposée par le ministre, tirée du caractère irrecevable du moyen susmentionné, doit être écartée  ; 
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       Sur la légalité du refus de verser une pension de réversion  :
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       Considérant qu'aux termes de l'article 1er de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  : « Les Hautes parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre 1 de la présente convention »  ; que l'article 14 de la même convention stipule que  : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation »  ; qu'en vertu de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention  : « Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer 1'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes »  ; 
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       Considérant que selon l'article L. 1 du code des pensions civiles et militaires de retraite  : « La pension est une allocation pécuniaire, personnelle et viagère accordée aux fonctionnaires civils et militaires et, après leur décès, à leurs ayants cause désignés par la loi, en rémunération des services qu'ils ont accomplis jusqu'à la cessation régulière de leurs fonctions. Le montant de la pension, qui tient compte du niveau, de la durée et de la nature des services accomplis, garantit en fin de carrière à son bénéficiaire des conditions matérielles d'existence en rapport avec la dignité de sa fonction »  ; qu'en vertu des dispositions combinées des articles L. 38 et L. 47 du même code, le conjoint survivant non séparé de corps d'un militaire peut, sous les réserves et les conditions prévues par ces articles, prétendre à la moitié de la pension obtenue par lui  ; que, dès lors, les pensions de réversion constituent des créances qui doivent être regardées comme des biens au sens de l'article 1er précité du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ; 
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       Considérant qu'une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire, au sens des stipulations précitées de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un but d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi  ; 
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       Considérant, d'une part, qu'aux termes de l'article 71-1 de la loi n° 59-1454 du 26 décembre 1959  : « A compter du 1er janvier 1961, les pensions, rentes ou allocations viagères imputées sur le budget de l'Etat ou d'établissements publics, dont sont titulaires les nationaux des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France, seront remplacées pendant la durée normale de leur jouissance personnelle par des indemnités annuelles en francs, calculées sur la base des tarifs en vigueur pour lesdites pensions ou allocations à la date de leur transformation »  ; qu'il ressort de ces dispositions que les ressortissants des pays qui y sont mentionnés reçoivent désormais, à la place de leur pension, en application de ces mêmes dispositions, une indemnité non revalorisable dans les conditions prévues par le code des pensions civiles et militaires de retraite  ; que, dès lors, cet article crée une différence de traitement entre les retraités en fonction de leur seule nationalité  ;
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       Considérant que les pensions de retraite constituent, pour les agents publics, une rémunération différée destinée à leur assurer, ou à assurer à leurs ayants cause, des conditions matérielles de vie en rapport avec la dignité des fonctions passées de ces agents  ; que, par suite, la perte collective de la nationalité française survenue pour les pensionnés ou leurs ayants cause à l'occasion de l'accession à l'indépendance d'Etats antérieurement rattachés à la France ne peut être regardée comme un critère objectif et rationnel en rapport avec les buts du régime des pensions des agents publics, de nature à justifier une différence de traitement  ; que les dispositions précitées de l'article 71 de la loi du 26 décembre 1959 ne peuvent donc être regardées comme compatibles avec la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ; que, dès lors, ces dispositions ne pouvaient justifier le refus opposé par le ministre de la défense à la demande présentée par Mme X le 3 mai 1999 tendant à l'obtention d'une pension de réversion  ;
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       Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que Mme X est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande  ;
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DÉCIDE  :
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Article 1er  : Le jugement du Tribunal administratif de Poitiers du 30 mai 2002 est annulé.
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     Article 2  : La décision du ministre de la défense du 25 octobre 1999 refusant à Mme X le bénéfice de la réversion de la pension de son mari décédé est annulée.
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N° 03BX00204
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## Métadonnées

**Solution:** Satisfaction totale
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**