# Conseil d'Etat, Président de la section du Contentieux, du 30 décembre 2003, 258669, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008188121
**Date de décision:** 2003-12-30
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** PRESIDENT DE LA SECTION DU CONTENTIEUX
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008188121

## Contenu de la décision

<br>
     
                Vu la requête, enregistrée le 18 juillet 2003 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par Mme Joséphina Y demeurant ...  ; Mme Y demande au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat  :
<br>
<br>
     
                1°) d'annuler le jugement du 11 juin 2003 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif  de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2003  par lequel le préfet de police a décidé sa reconduite à  la frontière  ;
<br>
<br>
     
                2°) d'annuler l'arrêté de reconduite à la frontière du 27 mars 2003 pour excès de pouvoir  ;
<br>
<br>
     
                3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la présente décision  ;
<br>
<br>
     
                4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Vu les autres pièces du dossier  ;
<br>
<br>
     
                Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
<br>
<br>
     
                Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée  ;	
<br>
<br>
     
                Vu le code de justice administrative  ;		
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Après avoir entendu en séance publique  :
<br>
<br>
<br>
     
                - les conclusions de M. Glaser, Commissaire du gouvernement  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête  :
<br>
<br>
     
                Considérant qu'aux termes du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée  : Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : ...3° Si l'étranger auquel la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait (...)  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que Mme Y, de nationalité philippine, s'est maintenue sur le territoire français plus d'un mois après la notification,  le 12 juillet 2002, de la décision du préfet de police du 10 juillet 2002 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'invitant à quitter le territoire ; qu'elle entrait ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'aux termes de l'article 12 bis de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée, la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale prévue au premier  alinéa du même article est délivrée de plein droit  : (...) 3° A l'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; (...)  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que Mme Y vit habituellement en France depuis 1992, soit depuis plus de 10 ans à la date de l'arrêté attaqué  ; que, par suite, le préfet de police ne pouvait légalement prendre à  son encontre l'arrêté de reconduite à la frontière attaqué  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il résulte de ce qui précède que Mme Y est fondéé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué,  le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande  ;
<br>
<br>
     
                Sur les conclusions à fin de régularisation de la situation administrative de l'intéressée :
<br>
<br>
     
                Considérant qu'à la suite de l'annulation d'un arrêté de reconduite à la frontière, il incombe au préfet, en application des dispositions du III de l'article 22 bis de l'ordonnance du 2 novembre 1945, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour  ; que, dès lors, il appartient au juge administratif, lorsqu'il prononce l'annulation d'un arrêté de reconduite à la frontière et qu'il est saisi de conclusions en ce sens, d'user des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 911-2 du code de justice administrative - lesquels peuvent être exercés tant par le juge unique de la reconduite à la frontière que par une formation collégiale - pour fixer le délai dans lequel la situation de l'intéressé doit être réexaminée au vu de l'ensemble de la situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prescrire au préfet de police de se prononcer sur la situation de Mme Y dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente décision  ;
<br>
<br>
     
                Sur les conclusions tendant  à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative  :
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à payer à Mme  la somme de 1 200 euros que demande celle-ci au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
     
D E C I D E  :
<br>
     
--------------
<br>
<br>
     
Article 1er  : Le jugement du 11 juin 2003 du magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Paris et l'arrêté du préfet de police en date du 27 mars 2003 ordonnant la reconduite à la frontière de Mme Y sont annulés.
<br>
<br>
     
Article 2  : Le préfet de police statuera sur la régularisation de la situation de Mme Y dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente  décision.
<br>
<br>
     
Article 3  : L'Etat est condamné à payer à Mme Y la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
<br>
     Article 4  : La présente décision sera notifiée à Mme Joséphina Y, au préfet de police et au ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.
<br>
<br>
<br>
<br>,<br/>

## Métadonnées

**Solution:** Satisfaction totale
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**