# CAA de NANTES, 4ème chambre, 21/04/2023, 22NT04082, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047477616
**Date de décision:** 2023-04-21
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047477616

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :	<br>
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       Procédures contentieuses antérieures :<br>
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       Par deux requêtes, Mme C... E... et M. B... D... ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler les arrêtés du 29 septembre 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités polonaises.<br>
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       Par un jugement n°s 2213613, 2213614 du 4 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2022, Mme E... et M. D... demandent à la cour :<br>
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       1°) d'annuler le jugement du 4 novembre 2022 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes ;<br>
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       2°) d'annuler les arrêtés du 29 septembre 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert en Pologne ;<br>
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       3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de leur délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans le délai de sept jours à compter de l'arrêt à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation, dans les meilleurs délais ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
       Ils soutiennent que :<br>
       - le préfet de Maine-et-Loire a méconnu l'article 3§2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; <br>
       - il a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;<br>
       - il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;<br>
       - il a méconnu le §1 de l'article 3 de la convention international des droit des enfants et l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.<br>
       Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.<br>
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       Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.<br>
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       Mme E... a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2022.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier. <br>
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       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; <br>
       - la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;<br>
       - le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l'audience publique.  <br>
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       Considérant ce qui suit : <br>
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       1. Mme E... et M. D..., de nationalité arménienne, nés respectivement les 11 mars 1983 et 4 novembre 1980, sont entrés irrégulièrement en France le 8 août 2022, selon leurs déclarations. Ils ont demandé l'asile le 23 août 2022. Par des arrêtés du 29 septembre 2022 le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de leur demandes d'asile. Mme E... et M. D... relèvent appel du jugement du 4 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.<br>
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      2. D'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " (...) / 2. (...) / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / (...) ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (...) / (...) ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".<br>
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      3. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.<br>
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      4. Mme E... et M. D... font état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile faisant l'objet de mesures de transfert auprès des autorités polonaises, mais les documents qu'ils produisent à l'appui de ces affirmations ne permettent pas de tenir pour établi que leur propre situation serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités polonaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Pologne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les autres éléments présentés n'établissent pas qu'ils se trouvaient à la date des arrêtés contestés dans une situation de vulnérabilité exceptionnelle imposant d'instruire leur demande d'asile en France, alors que si Mme E... se prévaut de problèmes de santé elle n'établit pas leur gravité, ni ne pas pouvoir être prise en charge à ce titre en Pologne, ni qu'elle ne pourrait pas voyager vers ce pays. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions litigieuses seraient contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, méconnaîtraient l'article 3§2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 doivent être écartés.<br>
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      5. D'autre part, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". L'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dispose : " 1. L'intérêt supérieur de l'enfant est une considération primordiale pour les États membres dans toutes les procédures prévues par le présent règlement. / (...) / 3. Lorsqu'ils évaluent l'intérêt supérieur de l'enfant, les États membres coopèrent étroitement entre eux et tiennent dûment compte, en particulier, des facteurs suivants : / (...) / b) le bien-être et le développement social du mineur ; / (...) ". <br>
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      6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que les décisions contestées impliqueraient de les séparer de leurs deux enfants mineurs, nés en 2007 et 2008. Dès lors que rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la famille soit transférée en Pologne, Mme E... et M. D... ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions du paragraphe 1 de l'article 6 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ou les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.<br>
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      7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E... et M. D... ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du 29 septembre 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités polonaises, responsables de leurs demandes d'asile. Leurs conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.<br>
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       D E C I D E :<br>
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Article 1er : La requête de Mme E... et de M. D... est rejetée. <br>
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C... E..., à M. B... D..., à Me Perrot et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.  <br>
Une copie en sera transmise, pour information, au préfet de Maine-et-Loire.<br>
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       Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :<br>
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       - M. Lainé, président de chambre,<br>
       - M. Derlange, président assesseur,<br>
 - Mme Chollet, première conseillère.  <br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.<br>
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       Le rapporteur,<br>
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       S. A...<br>
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       Le président,<br>
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       L. LAINÉ<br>
       	La greffière,<br>
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       S. LEVANT<br>
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       La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
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N° 22NT04082<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**