# CAA de MARSEILLE, 6ème chambre, 29/06/2020, 19MA02028, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000042300794
**Date de décision:** 2020-06-29
**Juridiction:** CAA de MARSEILLE
**Formation:** 6ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000042300794

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante : <br>
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       Procédure contentieuse antérieure : <br>
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       Mme A... de la Fuente a demandé au tribunal administratif de Nice, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 novembre 2018 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en l'obligeant à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination duquel elle pourrait être renvoyée d'office et, d'autre part, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention <br>
" vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.<br>
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       Par un jugement n° 1804947 du 5 avril 2019, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête enregistrée le 2 mai 2019, Mme A... de la Fuente, représentée par Me C..., demande à la Cour : <br>
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       1°) d'annuler ce jugement ; <br>
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       2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 novembre 2018 ; <br>
       3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à Me C... au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
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       Elle soutient que : <br>
       - les premiers juges ont, à tort, estimé qu'elle ne démontrait pas l'ancrage en France de ses attaches familiales et personnelles en France alors qu'elle y vit depuis quinze ans ; <br>
       - les premiers juges ont, à tort, estimé que son insertion professionnelle ne lui permettait pas de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
       - le préfet a commis une erreur de fait déterminante en estimant dans son arrêté qu'elle avait manifesté une intention de se soustraire à une décision l'obligeant à quitter le territoire français, cette décision ayant été annulée par le tribunal administratif de Nice le 11 octobre 2016 ;<br>
        - l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 313-11-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
       - le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne l'admettant pas au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
       - le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences du refus de séjour contesté sur sa situation personnelle ;<br>
       - la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté refusant son admission au séjour.<br>
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       La requête a été communiquée le 9 mai 2019 au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.<br>
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       Par ordonnance du 19 septembre 2019, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2019. <br>
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       Mme de la Fuente a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2020.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu : <br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       La présidente de la Cour a désigné Mme B... D..., présidente assesseure, pour présider les formations de jugement en cas d'absence ou d'empêchement de M. David Zupan, président de la 6ème chambre en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative.<br>
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       La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D..., présidente rapporteure.<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Mme de la Fuente, ressortissante philippine née le 25 juillet 1975, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 17 février 2014. Le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande par un arrêté du 28 avril 2016 et lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination des Philippines. Le tribunal administratif de Nice a annulé ces décisions par un jugement du 11 octobre 2016 en raison d'un vice de procédure tenant au défaut de convocation de l'intéressée devant la commission du titre de séjour et enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation. Après avoir de nouveau consulté cette commission, le préfet des Alpes-Maritimes, par un arrêté 6 novembre 2018, a refusé de délivrer à Mme de la Fuente le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme de la Fuente relève appel du jugement du 5 avril 2019 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.<br>
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       Sur la légalité de l'arrêté portant refus de séjour : <br>
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       2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (...) ". Aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : (...) 7°) A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". <br>
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       3. Si Mme de la Fuente démontre par les pièces produites au dossier résider sur le territoire national de manière habituelle depuis le mois de juin 2003, cet état de fait n'étant au demeurant pas contesté par le préfet des Alpes-Maritimes qui l'a expressément relevé dans la motivation de son arrêté, ainsi que l'a jugé le tribunal, cette seule circonstance ne saurait cependant justifier la délivrance d'un titre de séjour en application des stipulations et dispositions rappelées au point 2. Si l'intéressée invoque, par ailleurs, au soutien de ses écritures la vie de couple qu'elle mène depuis le mois de février 2009 avec un compatriote, les pièces du dossier ne permettent toutefois pas d'établir la régularité du séjour de ce dernier sur le territoire français. S'il ressort, en outre, des pièces du dossier que l'une de ses cousines germaines réside dans la même commune que celle où elle vit et qu'elle bénéficie de trois promesses d'embauche à Monaco en qualité d'employée de maison datant des 20 et 26 juin 2016 et du 13 mars 2018, ces éléments sont insuffisants pour établir que Mme de la Fuente, d'une part, aurait tissé des liens sociaux, amicaux ou professionnels en France stables et intenses et, d'autre part, justifierait d'une insertion dans la société française significative. Enfin, la double circonstance que sa mère soit décédée en 2009 aux Philippines et que son père ainsi que sa soeur vivent depuis 2010 aux États-Unis, ne permet pas d'établir pour autant qu'elle aurait perdu toute attache dans ce pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans selon ses propres déclarations. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejeté, le préfet des Alpes-Maritimes n'ayant pas méconnu ces stipulations et dispositions. <br>
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       4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés et au regard de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, Mme de la Fuente n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. <br>
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       5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. (...) ".<br>
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       6. La circonstance que Mme de la Fuente, qui ne justifie pas par ailleurs d'une insertion professionnelle en France, soit titulaire de promesses d'embauches en qualité d'employée de maison sur le territoire de Monaco ainsi qu'il a été dit au point 3, ne saurait constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens de ces dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'a jugé le tribunal à bon droit. Les éléments du dossier ne permettant pas de démontrer que la situation de l'intéressée caractérise des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de justifier une mesure de régularisation par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", la décision contestée n'est donc pas entachée, à cet égard, d'une erreur manifeste d'appréciation.<br>
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       7. En quatrième et dernier lieu, si la requérante soutient que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait pas lui opposer dans le refus de séjour contesté en date du 6 novembre 2018 un motif tiré de ce qu'elle avait manifesté une intention de se soustraire à une décision l'obligeant à quitter le territoire français, cette mesure d'éloignement du 28 avril 2016 ayant fait l'objet d'une annulation par le tribunal administratif de Nice le 11 octobre suivant, il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision à son égard s'il s'était fondé sur les seuls motifs tirés des conditions de son séjour en France et de son absence d'intégration sociale et professionnelle particulière qui suffisaient, en tout état de cause, à fonder légalement le refus de titre de séjour.<br>
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       Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français : <br>
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       8. Mme de la Fuente n'établissant pas que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité, elle n'est dès lors pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement.<br>
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       9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme de la Fuente n'est pas fondée à demander l'annulation du jugement n° 1804947 du tribunal administratif de Nice du 5 avril 2019 et de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 novembre 2018. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence ainsi également que celles présentées par son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
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D É C I D E :<br>
Article 1er : La requête de Mme de la Fuente est rejetée. <br>
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Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... de la Fuente, au ministre de l'intérieur et à Me C....<br>
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.<br>
Lu en audience publique, le 29 juin 2020.<br>
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N° 19MA02028<br>
		MY<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-01 Étrangers. Séjour des étrangers.