# CAA de NANTES, 3ème chambre, 23/04/2021, 20NT02056, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000043424400
**Date de décision:** 2021-04-23
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 3ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000043424400

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
       Mme C... A... a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 8 février 2019 par lequel le préfet du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra, le cas échéant, être reconduite d'office.<br>
<br>
       Par un jugement n° 1902216 du 17 décembre 2019, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.<br>
<br>
       Procédure devant la cour :<br>
<br>
       Par une requête enregistrée le 16 juillet 2020 Mme A..., représentée par Me D..., demande à la cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif d'Orléans du 17 décembre 2019 ;<br>
<br>
       2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Loiret du 8 février 2019 ;<br>
<br>
       3°) d'enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;<br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative la somme de 1 500 euros à verser à son conseil dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
<br>
       Elle soutient que :<br>
       - le préfet du Loiret a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - l'arrêté contesté a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.<br>
<br>
       Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2020 le préfet du Loiret conclut au rejet de la requête.<br>
<br>
       Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.<br>
<br>
       Mme A... a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 15 juin 2020.<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
<br>
       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;<br>
       - le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
<br>
       Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
       Le rapport de M. B... a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
<br>
       1. Mme A..., ressortissante marocaine née le 9 juillet 1958, déclare être entrée en France en 2012. Le 17 juillet 2018, elle a demandé un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 février 2019, le préfet du Loiret a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office. Mme A... relève appel du jugement du 17 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté son recours tendant à l'annulation de cet arrêté.<br>
       Sur les conclusions à des fins d'annulation : <br>
<br>
       2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein <br>
droit : (...) 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (...) ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". <br>
       3. Il est établi par les pièces du dossier que Mme A... vit en couple depuis au moins février 2014 avec un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour lui donnant vocation à se maintenir durablement en France. Il n'est par ailleurs pas contesté que la requérante n'a jamais été mariée, n'a pas eu d'enfant et qu'elle n'a pour toute famille proche que sa mère, restée au Maroc, et sa soeur, qui réside en France en situation régulière et est en partie paralysée depuis qu'elle a été victime d'un AVC en 2014. Or, il ressort des pièces du dossier, notamment des plusieurs témoignages concordants produits par Mme A... mais aussi de document officiels dont l'un émane d'ailleurs de la préfecture du Loiret, que cette personne dépend de l'aide quasi quotidienne que lui apporte la requérante pour ses soins et ses repas. Dans ces conditions, eu égard à l'ancienneté, à la stabilité et à l'intensité de la vie familiale de Mme A... en France, et alors au surplus qu'il n'est pas contesté que le couple qu'elle forme avec son compagnon algérien ne pourrait pas se reformer au Maroc ou en Algérie, l'arrêté du 8 février 2019 du préfet du Loiret est contraire aux dispositions et stipulations rappelées au point précédent et doit, pour ce motif, être annulé.<br>
       4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. <br>
       Sur les conclusions à fin d'injonction :<br>
       5. Pour l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, l'annulation prononcée par le présent arrêt, eu égard au motif qui la fonde, implique que le préfet du Loiret délivre à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'adresser au préfet du Loiret une injonction en ce sens et de fixer à deux mois le délai imparti pour son exécution. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette mesure d'exécution de l'astreinte demandée par la requérante.<br>
       Sur les frais liés au litige :<br>
<br>
       6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme A... au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
DÉCIDE :<br>
Article 1er : 	Le jugement n°1902216 du tribunal administratif d'Orléans du 17 décembre 2019 et l'arrêté du 8 février 2019 du préfet du Loiret sont annulés.<br>
Article 2 :	Il est enjoint au préfet du Loiret de délivrer à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent arrêt.<br>
Article 3 :	L'Etat versera la somme de 1 000 euros au conseil de Mme A... au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. <br>
Article 4 : 	Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.<br>
Article 5 : 	Le présent arrêt sera notifié à Mme C... A... et au ministre de l'intérieur. <br>
Copie sera adressée au préfet du Loiret.<br>
       Délibéré après l'audience du 8 avril 2021, à laquelle siégeaient :<br>
<br>
       - Mme Perrot, président de chambre <br>
       - Mme Brisson, président-assesseur,<br>
       - M. B..., premier conseiller.<br>
<br>
       Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2021.<br>
<br>
<br>
Le rapporteur<br>
E. B...Le président<br>
I. PerrotLe greffier<br>
A. Martin       <br>
<br>
       La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
2<br>
N° 20NT02056<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**