# Conseil d'Etat, 1ère sous-section jugeant seule, du 15 décembre 2004, 258667, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008165555
**Date de décision:** 2004-12-15
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 1ERE SOUS-SECTION JUGEANT SEULE
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008165555

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 18 juillet 2003 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le PREFET DE POLICE  ; le PREFET DE POLICE demande au Conseil d'Etat  :
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                1°) d 'annuler le jugement du 3 juin 2003 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Paris a annulé son arrêté du 21 mars 2003 décidant la reconduite à la frontière de Mme X... Rocio Y  ;
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                2°) de rejeter la requête présentée par cette dernière devant le tribunal administratif de Paris  ;
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                Vu les autres pièces du dossier  ;
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                Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ; 
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                Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945  ;
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                Vu le code de justice administrative  ;
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                Après avoir entendu en séance publique  :
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                - le rapport de Mme Josseline de Clausade, Conseiller d'Etat,  
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                - les observations de la SCP Ancel, Couturier-Heller, avocat de Mme Y, 
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                - les conclusions de M. Jacques-Henri Stahl, Commissaire du gouvernement  ;
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                Considérant qu'aux termes du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945  :  Le représentant de l'Etat dans le département et à Paris, le préfet de police, peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : (...) 3° Si l'étranger, auquel la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait (...)   ; que, selon l'article 12 bis de la même ordonnance  :  Sauf si sa  présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour  temporaire portant la mention  vie privée et familiale  est délivrée de plein droit  : (...) 3º A l'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans (...)   ; que, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet  d'une mesure de reconduite à la frontière  ;
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                Considérant que, si Mme Y, ressortissante colombienne qui s'est trouvée dans le cas prévu au 3° du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945, fait valoir qu'elle réside de façon continue en France depuis 1991, soit plus de dix ans à la date de l'arrêté de reconduite à la frontière, les différentes pièces qu'elle produit au dossier, essentiellement des témoignages non contemporains et des courriers reçus, ne suffisent pas à établir la réalité et le caractère continu de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans  ; que, par suite, c'est à tort que, pour annuler l'arrêté attaqué, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Paris s'est fondé sur ce qu'il était intervenu en méconnaissance des dispositions du 3° de l'article 12 de l'ordonnance du 2 novembre 1945  ;
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                Considérant qu'il appartient au Conseil d'Etat, saisi de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme Y devant le tribunal administratif de Paris  ;
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                Considérant que l'arrêté attaqué comporte les éléments de droit et de fait sur lesquels repose la mesure de reconduite  ; qu'ainsi, il est suffisamment motivé  ;
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                Considérant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée, âgée de 42 ans, serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine  ; que si elle a fait venir en France ses deux enfants majeurs, également en situation irrégulière et dont l'un a, au demeurant, fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière, et si elle fait valoir qu'elle vit en concubinage, depuis une date qui n'est d'ailleurs pas établie, avec un ressortissant colombien en situation régulière, ces circonstances ne sont pas de nature à faire regarder la mesure de reconduite à la frontière prise à son encontre comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
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                Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le PREFET DE POLICE est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Paris a annulé son arrêté du 21 mars 2003 décidant la reconduite à la frontière de Mme Y  ;
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<br>D E C I D E  :
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     Article 1er  : Le jugement du tribunal administratif de Paris en date du 3 juin 2003 est annulé.
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     Article 2  : La demande présentée par Mme Y devant le tribunal administratif de Paris est rejetée.
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     Article 3  : La présente décision sera notifiée au PREFET DE POLICE, à Mme X... Rocio Y et au ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**