# Conseil d'Etat, 9ème sous-section jugeant seule, du 8 octobre 2004, 267133, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008156077
**Date de décision:** 2004-10-08
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 9EME SOUS-SECTION JUGEANT SEULE
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008156077

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 3 mai 2004 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par M. Eric X, demeurant ...  ; M. X demande au Conseil d'Etat  :
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                1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a rejeté sa demande d'admission à la retraite à compter du 1er septembre 2004 avec jouissance immédiate d'une pension concédée conformément aux dispositions du a) du 3 du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
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                2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche de l'admettre à faire valoir ses droits à la retraite avec jouissance immédiate de sa pension à compter du 1er septembre 2004  ;
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                3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative  ;
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                Vu les autres pièces du dossier  ;
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                Vu le Traité de Rome instituant la Communauté économique européenne devenue la Communauté européenne  ;
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                Vu le Traité sur l'Union européenne et les protocoles qui y sont annexés  ;
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                Vu le code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
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                Vu la loi n° 2003-775 du 21 août 2003  ;
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                Vu le code de justice administrative  ;
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                Après avoir entendu en séance publique  :
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                - le rapport de M. Paul Marie Falcone, Conseiller d'Etat,  
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                - les conclusions de M. Laurent Vallée, Commissaire du gouvernement  ;
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                Considérant qu'aux termes de l'article 141 du traité instituant la Communauté européenne  : 1. Chaque Etat membre assure l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre travailleurs masculins et travailleurs féminins pour un même travail ou un travail de même valeur. 2. Aux fins du présent article, on entend par rémunération, le salaire ou traitement ordinaire de base ou minimum, et tous autres avantages payés directement ou indirectement, en espèces ou en nature, par l'employeur au travailleur en raison de l'emploi de ce dernier. L'égalité de rémunération, sans discrimination fondée sur le sexe, implique  : a) que la  rémunération accordée pour un même travail payé à la tâche soit établie sur la base d'une même unité de mesure  ; b) que la rémunération accordée pour un travail payé au temps soit la même pour un même poste de travail  ; que les pensions servies par le régime français de retraite des fonctionnaires entrent dans le champ d'application de ces stipulations  ; que, nonobstant les stipulations de l'article 6, paragraphe 3, de l'accord annexé au protocole n° 14 sur la politique sociale, joint au traité sur l'Union européenne, le principe de l'égalité des rémunérations s'oppose à ce que la jouissance immédiate d'une pension de retraite, accordée aux personnes qui assurent ou ont assuré l'éducation de trois enfants au moins, soit réservée aux femmes, alors que les hommes assurant ou ayant assuré l'éducation de trois enfants au moins seraient exclus du bénéfice de cette mesure  ;
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                Considérant que le a) du 3° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite institue la jouissance immédiate de la pension civile et en réserve le bénéfice aux femmes fonctionnaires lorsqu'elles sont mères de trois enfants vivants ou décédés par faits de guerre ou les ont élevés pendant au moins neuf ans  ; qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'une telle disposition est incompatible avec le principe d'égalité des rémunérations tel qu'il est affirmé par le traité instituant la Communauté européenne et par l'accord annexé au protocole n° 14 sur la politique sociale joint au Traité sur l'Union européenne  ;
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                Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a refusé à M. X, professeur des universités et père de trois enfants, le bénéfice de la jouissance immédiate de la pension, prévue par ces textes, alors même qu'il aurait assuré l'éducation de ses enfants, est entachée, sur ce point, d'illégalité  ; que, dès lors, M. X est fondé à demander pour ce motif l'annulation de cette décision  ;
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                Sur les conclusions aux fins d'injonction  :
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                Considérant que M. X demande qu'il soit ordonné à l'Etat de le faire bénéficier de la jouissance immédiate de sa pension civile de retraite à compter du 1er septembre 2004  ;
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                Considérant que le contentieux des pensions civiles et militaires de retraite est un contentieux de pleine juridiction  ; qu'il appartient, dès lors, au juge saisi de se prononcer lui-même sur les droits des intéressés, sauf à renvoyer à l'administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu'il lui appartient de  fixer  ;
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                Considérant qu'il résulte de l'instruction et qu'il n'est pas contesté que M. X, qui a assuré la charge de ses trois enfants en a assuré l'éducation  ; que, dans la mesure où sont maintenues des dispositions plus favorables aux fonctionnaires de sexe féminin ayant assuré l'éducation de leurs enfants, en ce qui concerne la jouissance immédiate de la pension civile de retraite, M. X a droit, ainsi qu'il a été dit plus haut, à la jouissance immédiate de sa pension, prévue au a) du 3° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite  ; qu'il y a lieu, dès lors, de prescrire au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie de faire bénéficier M. X de la jouissance immédiate de sa pension à compter du 1er septembre 2004  ; qu'en revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte  ;
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                Considérant, enfin, que dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu pour le Conseil d'Etat de mettre à la charge de l'Etat la somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par M. X et non compris dans les dépens  ;
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<br>D E C I D E  :
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     Article 1er  : La décision implicite du ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche née du silence gardé pendant plus de deux mois sur la demande du 19 février 2004 de M. X, est annulée.
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     Article 2  : Le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie fera bénéficier M. X de la jouissance immédiate de sa pension à compter du 1er septembre 2004.
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     Article 3  : L'Etat versera à M. X une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
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     Article 4  : Le surplus des conclusions de la requête de M. X est rejeté.
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     Article 5  : La présente décision sera notifiée à M. Eric X, au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et au ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**