# Conseil d'État, Juge des référés, 28/05/2010, 339679, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000022330534
**Date de décision:** 2010-05-28
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** Juge des référés
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000022330534

## Contenu de la décision

Vu le recours, enregistré le 20 mai 2010 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présenté par le MINISTRE DE L'IMMIGRATION, DE L'INTEGRATION, DE L'IDENTITE NATIONALE ET DU DEVELOPPEMENT SOLIDAIRE ; le ministre demande au juge des référés du Conseil d'Etat d'annuler l'ordonnance du 6 mai 2010 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Loiret d'indiquer à Mme A un lieu d'hébergement stable, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance ;<br>
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              il soutient que la situation de Mme A ne caractérise pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que, si elle n'a pas pu bénéficier d'un hébergement dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile faute de place, elle a en revanche été hébergée dans des structures d'accueil d'urgence, a perçu des bons alimentaires et de transport ainsi qu'une aide financière ponctuelle ; qu'ainsi, l'Etat a respecté les dispositions de l'article 13.5 de la directive 2003/9/CE du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile, qui laissent une marge d'appréciation aux Etats membres entre prestations en nature et allocations financières, et celles des articles L. 5423-8 et L. 5423-9 du code du travail ;<br>
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              Vu l'ordonnance attaquée ;<br>
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              Vu le mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2010, présenté par Mme Patimat A, qui conclut au rejet du recours et à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; elle soutient que l'hébergement en centre d'hébergement d'urgence ne constitue pas un mode d'hébergement normal, que les bons alimentaires et de transport ont été délivrés par l'unité territoriale de solidarité d'Orléans et que, ne disposant pas de l'allocation temporaire d'attente, elle a perçu la somme de 20 euros à titre d'aide financière pour la période du 14 avril 2010 au 5 mai 2010 ; qu'ainsi, les besoins fondamentaux de Mme A n'ayant pas été satisfaits, l'Etat n'a rempli ni les obligations résultant de la directive 2003/9/CE du 27 janvier 2003, ni celles résultant de la législation nationale ; <br>
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              Vu le mémoire en intervention, enregistré le 27 mai 2010, présenté par la Cimade, dont le siège est situé 64 rue Clisson à Paris (75013), représentée par son président en exercice, qui conclut au rejet du recours ; elle soutient que les besoins fondamentaux de Mme A n'ont pas été satisfaits dès lors que le préfet du Loiret ne l'a pas informée du centre où elle serait susceptible d'être accueillie, que l'hébergement d'urgence est aléatoire, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, auquel Mme A a été adressée, ne prévoit des aides matérielles qu'à titre exceptionnel et que les bons alimentaires et les aides ponctuelles n'ont pas été délivrés par les services de l'Etat ; <br>
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              Vu les autres pièces du dossier ;<br>
              Vu la directive 2003/9/CE du 27 janvier 2003 ;<br>
              Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
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              Vu le code de l'action sociale et des familles ;<br>
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              Vu le code du travail ;<br>
              Vu le code de justice administrative ;<br>
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              Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part, le MINISTRE DE L'IMMIGRATION, DE L'INTEGRATION, DE L'IDENTITE NATIONALE ET DU DEVELOPPEMENT SOLIDAIRE et, d'autre part, Mme A ;<br>
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              Vu le procès-verbal de l'audience du 27 mai 2010 à 15 heures au cours de laquelle ont été entendus :<br>
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              - le représentant du MINISTRE DE L'IMMIGRATION, DE L'INTEGRATION, DE L'IDENTITE NATIONALE ET DU DEVELOPPEMENT SOLIDAIRE ;<br>
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              - Me Pinet, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat de Mme A ;<br>
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              - le représentant de la Cimade ;<br>
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              Considérant que la Cimade a intérêt au maintien de l'ordonnance attaquée ; qu'ainsi son intervention est recevable ; <br>
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              Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :  Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures.  ; qu'au sens de ces dispositions, la notion de liberté fondamentale englobe, s'agissant des ressortissants étrangers qui sont soumis à des mesures spécifiques réglementant leur entrée et leur séjour en France, et qui ne bénéficient donc pas, à la différence des nationaux, de la liberté d'entrée sur le territoire, le droit constitutionnel d'asile qui a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié, dont l'obtention est déterminante pour l'exercice par les personnes concernées des libertés reconnues de façon générale aux ressortissants étrangers ; que la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur leur demande est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté ;<br>
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              Considérant qu'aux termes de l'article 2 de la directive 2003/9/CE du 27 janvier 2003 relative à l'accueil des demandeurs d'asile :   Définitions. Aux fins de la présente directive, on entend par : (...)conditions matérielles d'accueil : les conditions d'accueil comprenant le logement, la nourriture et l'habillement, fournis en nature ou sous forme d'allocation financière ou de bons, ainsi qu'une allocation journalière (...)  ; qu'aux termes de son article 13 :  (...) 2. Les Etats membres prennent des mesures relatives aux conditions matérielles d'accueil qui permettent de garantir un niveau de vie adéquat pour la santé et d'assurer la subsistance des demandeurs (...) 5. Les conditions d'accueil matérielles peuvent être fournies en nature ou sous la forme d'allocations financières ou de bons ou en combinant ces formules. Lorsque les Etats membres remplissent les conditions matérielles d'accueil sous forme d'allocations financières ou de bons, l'importance de ces derniers est fixée conformément aux principes définis dans le présent article.  ; qu'aux termes de l'article 14 :  modalités des conditions matérielles d'accueil : (...) 8. Pour les conditions matérielles d'accueil, les Etats membres peuvent, à titre exceptionnel, fixer des modalités différentes de celles qui sont prévues dans le présent article, pendant une période raisonnable, aussi courte que possible, lorsque : (...) les conditions matérielles d'accueil prévues dans le présent article n'existent pas dans une certaine zone géographique, / - les capacités de logement normalement disponibles sont temporairement épuisées (...) /Ces différentes conditions couvrent, en tout état de cause, les besoins fondamentaux.  ;<br>
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              Considérant qu'en application des dispositions des articles L. 348-1 et suivants et R. 348-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, les demandeurs d'asile peuvent être admis à l'aide sociale pour être accueillis dans les centres pour demandeurs d'asile, et que ceux qui ne bénéficient pas d'un niveau de ressources suffisant bénéficient d'une allocation mensuelle de subsistance ; qu'ils ont également vocation à bénéficier, outre du dispositif d'accueil d'urgence spécialisé pour demandeurs d'asile, qui a pour objet de les accueillir provisoirement dans des structures collectives ou dans des hôtels en attente d'un accueil en centre pour demandeurs d'asile, du dispositif général de veille sociale prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, lequel peut conduire à leur admission dans un centre d'hébergement d'urgence ou un centre d'hébergement et de réinsertion sociale ; qu'enfin, en vertu des dispositions combinées du 1° de l'article L. 5423-8-1° et du 2° de l'article L. 5423-9-2° du code du travail, les demandeurs d'asile qui ont demandé à bénéficier du statut de réfugié peuvent recevoir, sous condition d'âge et de ressources, une allocation temporaire d'attente s'ils ne bénéficient pas d'un séjour en centre d'hébergement pris en charge au titre de l'aide sociale ;<br>
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              Considérant que, pour une application aux demandeurs d'asile des dispositions précitées du droit interne conforme aux objectifs énoncés ci-dessus de la directive du 27 janvier 2003, l'autorité compétente, qui sur sa demande d'admission au bénéfice du statut de réfugié doit, au plus tard dans le délai de quinze jours prescrit à l'article R. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mettre le demandeur d'asile en possession d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette demande, sans préjudice, le cas échéant, de la mise en oeuvre des dispositions de l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, doit également, aussi longtemps qu'il est admis à se maintenir sur le territoire en qualité de demandeur d'asile, et quelle que soit la procédure d'examen de sa demande, lui assurer, selon ses besoins et ses ressources, des conditions d'accueil comprenant le logement, la nourriture et l'habillement, fournies en nature ou sous la forme d'allocations financières ou de bons ou en combinant ces formules ; que si, notamment lorsque les capacités de logement normalement disponibles sont temporairement épuisées, l'autorité administrative peut recourir à des modalités différentes de celles qui sont normalement prévues, c'est pendant une période raisonnable, aussi courte que possible, et en couvrant les besoins fondamentaux du demandeur d'asile ; qu'une privation du bénéfice de ces dispositions peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, lorsqu'elle est manifestement illégale et qu'elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d'asile ;<br>
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              Considérant que Mme A, de nationalité russe, qui est née en 1959, est entrée en France en juillet 2007 pour y solliciter l'asile ; que sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 15 février 2008 et que cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 juillet 2009 ; que l'intéressée est entrée une nouvelle fois en France le 28 mars 2010 ; que le préfet du Loiret lui a délivré, le 14 avril 2010, un document provisoire de séjour afin qu'elle puisse déposer une nouvelle demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, lequel n'a pas encore statué sur cette demande ; que l'intéressée bénéficie d'un hébergement d'urgence dans le cadre du dispositif de veille sociale depuis le 14 avril 2010 et qu'elle est à ce titre accueillie dans un foyer d'hébergement d'urgence ; qu'elle a reçu des bons alimentaires, des bons de transports ainsi qu'une aide financière ponctuelle ; qu'il a été indiqué à l'audience par l'administration que son dossier tendant au versement de l'allocation temporaire d'accueil est en cours d'instruction ; que, dans ces conditions, la situation de Mme A ne fait pas apparaître une atteinte manifestement illégale au droit d'asile ;  <br>
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              Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le ministre est fondé à demander l'annulation de l'ordonnance attaquée ainsi que le rejet de la demande présentée par Mme A devant le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans ;<br>
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              Considérant, enfin, qu'il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées ;<br>
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<br>O R D O N N E :<br>
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Article 1er : L'intervention de la Cimade est admise.<br>
Article 2 : L'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans du 6 mai 2010 est annulée.<br>
Article 3 : La demande présentée par Mme A devant le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans et ses conclusions présentées devant le juge des référés du Conseil d'Etat sont rejetées.<br>
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au MINISTRE DE L'IMMIGRATION, DE L'INTEGRATION, DE L'IDENTITE NATIONALE ET DU DEVELOPPEMENT SOLIDAIRE à Mme Patimat A et à la Cimade. <br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**