# Conseil d'Etat, 1 / 4 SSR, du 9 octobre 1987, 63533 70882, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000007723957
**Date de décision:** 1987-10-09
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 1 / 4 SSR
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000007723957

## Contenu de la décision

<br>     Vu 1°  sous le n° 63 533, la requête sommaire et le mémoire complémentaire enregistrés les 22 octobre 1984 et 21 janvier 1985 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour M. Dominique Y..., demeurant à Placy-sur-Thury, Thury-Harcourt  14220 , et tendant à ce que le Conseil d'Etat :<br>    1°  réforme le jugement en date du 13 mars 1984 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, en tant que ledit jugement a limité à 50 % la responsabilité de la commune d'Albepierre-Bredons  X...  à raison de l'accident survenu le 24 février 1980 au requérant sur une piste de ski de la station du Lioran, et a limité à 10 000 F l'indemnité provisionnelle que ladite commune est condamnée à lui verser,<br>    2°  déclare la commune entièrement responsable des conséquences dommageables de cet accident, avec intérêt de droit au jour de la demande ;<br>
<br>    Vu 2°  sous le n° 70 882, la requête sommaire enregistrée le 29 juillet 1985 et le mémoire complémentaire, enregistré le 30 octobre 1985 présenté pour M. Dominique Y... et tendant à ce que le Conseil d'Etat :<br>    1°  réforme le jugement du 21 mars 1985 par lequel le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a limité à 34 733 F la somme que la commune d'Albepierre-Bredons est condamnée à lui verser en réparation du préjudice résultant pour lui de l'accident dont il a été victime le 24 février 1980,<br>    2°  condamne la commune à lui verser une indemnité de 225 400 F avec les intérêts de droit, et ordonne la capitalisation des intérêts ;<br>
<br>    Vu les autres pièces des dossiers ;<br>    Vu le code des communes ;<br>    Vu le code de la sécurité sociale ;<br>    Vu le code des tribunaux administratifs ;<br>    Vu l'ordonnance du 31 juillet 1945 et le décret du 30 septembre 1953 ;<br>    Vu la loi du 30 décembre 1977 ;<br>    Après avoir entendu :<br>    - le rapport de M. Fillioud, Conseiller d'Etat,<br>    - les observations de la S.C.P. Martin Martinière, Ricard, avocat de M. Y..., de Me Vuitton, avocat de la commune d'Albepierre-Bredons, et de la S.C.P. Boré, Xavier avocat du département du X...,<br>    - les conclusions de M. Robineau, Commissaire du gouvernement ;<br>
<br>     Considérant que les deux requêtes de M. Y... sont relatives aux conséquences du même accident ; qu'il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision ;<br>     Sur la responsabilité :<br>    Considérant que, le 24 février 1980, alors qu'il skiait sur une piste de la station du Lioran située sur le territoire de la commune d'Albepierre  X... , M. Y... a heurté une "barrière à neige" placée en bordure de la piste et constituée de piquets de bois pointus dont seules les extrêmités émergeaient de la neige ; que l'intéressé, projeté en avant, s'est grièvement blessé à l'oeil gauche sur la pointe d'un de ces piquets ;<br>    Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, la présence de cette barrière en bordure de la piste constituait un danger pour les skieurs ; qu'en s'abstenant de prendre les précautions convenables pour suppimer ou signaler ce danger en vue de prévenir les accidents, le maire d'Albepierre a commis, dans l'exercice de ses pouvoirs de police, une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;<br>    Considérant, toutefois, qu'il résulte de l'instruction, et notamment des témoignages recueillis au cours de l'enquête de la gendarmerie, que M. Y... qui avait fait une première chute sans gravité à une quinzaine de mètres en amont de la barrière susmentionnée, s'était relevé sans s'assurer du contrôle de la direction de ses skis et a été ainsi entraîné vers ladite barrière, dans une position déséquilibrée qu'il n'a pu maîtriser ; que, si cette imprudence fautive de l'intéressé ne saurait exonérer la commune de toute responsabilité, contrairement à ce que soutient celle-ci par la voie du recours incident, elle est de nature à atténuer sa responsabilité ; qu'il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectivement encourues en laissant à la charge de la victime le tiers des conséquences dommageables de l'accident ; que M. Y... est, par suite, fondé à demander la réformation du jugement en date du 13 mars 1984 par lequel le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a laissé à sa charge la moitié des conséquences dudit accident ;<br>     Sur l'appel en garantie formé par la commune d'Albepierre à l'encontre du département du X... :<br>
<br>    Considérant qu'en vertu d'une convention passée entre, d'une part le département du X... et, d'autre part, les communes de Laveissière, Saint-Jacques des Blats et Albepierre, la régie départementale non personnalisée de la station du Lioran était chargée de l'aménagement et de l'entretien des pistes ; qu'en mettant en place, au bord de la piste dont il s'agit, une barrière de piquets de bois pointus qui présentait un caractère dangereux, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la régie départementale a commis une faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles ; que le tribunal administratif a fait une exacte appréciation des circonstances de l'affaire en condamnant le département du X... à garantir la commune d'Albepierre à concurrence de 50 % du montant des condamnations prononcées contre elle à raison de l'accident litigieux ; qu'ainsi doivent être rejetés les appels provoqués de la commune et du département tendant, le premier à obtenir une garantie entière, le second à la décharge ou subsidiairement à l'atténuation de la garantie ;<br>     Sur l'évaluation du préjudice :<br>    Considérant, en premier lieu, que l'indemnité de 9 750 F que le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, par son jugement en date du 21 mars 1985, allouée à M. Y... au titre de l'incapacité temporaire totale qu'il a subie pendant trois mois correspond au montant des salaires nets que l'intéressé a perdus pendant cette période ; qu'ainsi, le requérant n'est pas fondé à demander que le montant de l'indemnité réparant ce chef de préjudice soit porté à 11 400 F ;<br>
<br>    Considérant, en deuxième lieu, qu'il résulte de l'instruction, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que M. Y..., qui a perdu l'oeil gauche et doit porter une prothèse, subit dans ses conditions d'existence des troubles dont le tribunal administratif a fait une évaluation insuffisante en lui accordant de ce chef une indemnité de 100 000 F ; qu'il y a lieu de porter le montant de cette indemnité à 180 000 F, dont 50 000 F à titre de réparation du préjudice personnel subi par l'intéressé ; qu'il y a lieu, également, de porter de 10 000 à 20 000 F le montant de l'indemnité réparant le préjudice esthétique ; qu'en revanche, le tribunal administratif a exactement évalué à 5 000 F le préjudice résultant pour M. Y... des souffrances légères qu'il a endurées ;<br>    Considérant, enfin, que le montant non contesté des débours exposés par la Caisse primaire d'assurance maladie du X... est de 30 574,55 F ;<br>    Considérant qu'il résulte de ce qui précède que le total des préjudices résultant de l'accident dont M. Y... a été victime s'élève à 245 324,55 F, dont les deux tiers, soit 163 549,70 F, doivent être mis à la charge de la commune d'Albepierre ; que la créance de la caisse primaire d'assurance maladie du X... peut et doit s'imputer sur la part d'indemnité qui répare l'atteinte à l'intégrité physique de la victime ; que, par suite, la commune d'Albepierre doit être condamnée à verser à M. Y... la somme de 122 975,15 F, après déduction de la provision de 10 000 F accordée à l'intéressé par le jugement susmentionné du 13 mars 1984 ;<br>     Sur les intérêts des intérêts :<br>
<br>    Considérant que la capitalisation des intérêts de la somme due par la commune d'Albepierre à M. Y... a été demandée le 29 juillet 1985 ; qu'à cette date, il était dû au moins une année d'intérêts ; que, dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1154 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande ;<br>Article ler : La commune d'Albepierre est déclarée responsable à concurrence des deux tiers des conséquences dommageables de l'accident dont M. Y... a été victime le 24 février 1980.<br>Article 2 : L'article 2 du jugement du tribunal administratif deClermont-Ferrand en date du 13 mars 1984 est réformé en ce qu'il a decontraire à la présente décision.<br>Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 63 533 de M. Y... et les conclusions des appels incidents et provoqués dela commune d'Albepierre et du département du X... sont rejetés.<br>Article 4 : La somme que la commune d'Albepierre a été condamnéeà verser à M. Y... est portée de 34 733 F à 122 975,15 F.<br>Article 5 : L'article 2 du jugement du tribunal administratif deClermont-Ferrand en date du 21 mars 1985 est réformé en ce qu'il a decontraire à la présente décision.<br>Article 6 : Les intérêts de la somme due à M. Y... échus le 29 juillet 1985 seront capitalisés à cette date pour porter eux-mêmesintérêts.<br>Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête n° 70 882 de M. Y... et les conclusions du recours incident de la commune d'Albepierre sont rejetés.<br>Article 8 : La présente décision sera notifiée à M. Y..., à la commune d'Albepierre, au département du X..., à la caisse primaire d'assurance maladie du X... et au ministre de l'intérieur.<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 16-03-05-01 COMMUNE - POLICE MUNICIPALE - POLICE DES LIEUX DANGEREUX - POLICE DE LA SECURITE -Pistes de ski - Présence d'une "barrière à neige" constituée de piquets de bois pointus - Responsabilité de la commune.,60-02-03 RESPONSABILITE DE LA PUISSANCE PUBLIQUE - RESPONSABILITE EN RAISON DES DIFFERENTES ACTIVITES DES SERVICES PUBLICS - SERVICES DE POLICE -Police municipale - Police de la sécurité - Pistes de ski - "Barrière à neige" - Imprudence fautive de la victime.