# CAA de NANCY, 1ère chambre, 13/04/2023, 22NC01014, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047446583
**Date de décision:** 2023-04-13
**Juridiction:** CAA de NANCY
**Formation:** 1ère chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047446583

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.<br>
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       Par un jugement n° 2103629 du 22 juillet 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ce recours.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, M. A... B..., représenté par Me Berry, demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 22 juillet 2021 ;<br>
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       2°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;<br>
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       3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer durant cet examen une attestation provisoire de séjour ;<br>
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       4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
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       Il soutient que :<br>
       s'agissant du refus d'admission au séjour :<br>
       - il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas justifié de la régularité de la saisine de la composition et de l'existence de l'avis rendu par la commission du titre de séjour ; cet avis ne lui a pas été communiqué ; <br>
       - il méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;<br>
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       s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :<br>
       - elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant la décision portant refus d'admission au séjour ; <br>
       - elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;<br>
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       s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :<br>
       - elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.<br>
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       Par une ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2022.<br>
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       Le préfet du Haut-Rhin a produit un mémoire le 20 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.<br>
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       M. B... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 29 mars 2022. <br>
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       Vu les autres pièces du dossier. <br>
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       Vu : <br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
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       Le rapport de M. Sibileau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. M. A... B..., ressortissant marocain né en 1975, est entré en France le 10 mars 2009 sous couvert d'un visa de long séjour. Le 18 mai 2009, il a obtenu un titre de séjour en sa qualité de conjoint de ressortissant français, renouvelé jusqu'au 17 mai 2011. En raison de la rupture de la vie commune, il s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 2 septembre 2011. Reprenant une vie commune avec son épouse, il a, à nouveau, bénéficié d'un titre de séjour jusqu'au 26 janvier 2013. A la suite d'une nouvelle rupture de la vie commune, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 17 avril 2013, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Strasbourg et la cour administrative d'appel de Nancy. Le 30 juin 2014, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, refusée par une décision du 22 avril 2014. Les 14 mai et 13 octobre 2014, il a présenté une demande de titre de séjour en faisant valoir qu'il a été victime de violences conjugales, rejetée par un arrêté du 26 janvier 2015. Le 19 juillet 2019, M. B... a demandé son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir sa présence en France depuis plus de dix ans. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 28 novembre 2019, qui a été annulé par le tribunal administratif de Strasbourg par un jugement du 7 juillet 2020, en raison d'un vice de procédure. Faisant suite à l'injonction de réexaminer la demande de M. B..., le préfet du Haut-Rhin, par l'arrêté du 23 mars 2021, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 2103629 du 22 juillet 2021, dont M. B... interjette appel, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021. <br>
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       Sur la légalité de l'arrêté du 23 mars 2021 : <br>
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       2. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. /Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article. ". Aux termes de l'article R. 312-8 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Devant la commission, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ".<br>
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       3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.<br>
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       4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin a saisi la commission du titre de séjour à la suite de la demande présentée par M. B... sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est constant que l'intéressé réside habituellement en France depuis plus de dix ans. Cette commission, réunie le 18 février 2021, a rendu un avis défavorable à la régularisation de M. B... aux motifs qu'il ne justifiait pas de liens personnels suffisants et stables en France ni d'une réelle intégration. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet du Haut-Rhin a tenu compte de l'avis défavorable de cette commission, dont il s'est approprié les motifs, pour décider de rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B.... Le préfet du Haut-Rhin n'établit pas avoir effectivement communiqué cet avis à l'intéressé. Le défaut de communication de cet avis ou de sa teneur avant l'édition de l'arrêté litigieux, dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 312-8 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, a été de nature à priver d'une garantie M. B... qui est, par suite, fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021. <br>
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       5. Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021.<br>
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       Sur les conclusions à fin d'injonction : <br>
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       6. L'exécution du présent arrêt implique que la demande de M. B... soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
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       Sur les frais d'instance : <br>
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       7. M. B... a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berry, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berry de la somme de 1 500 euros.<br>
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D E C I D E :<br>
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Article 1er : Le jugement n° 2103629 du 22 juillet 2021 du tribunal administratif de Strasbourg est annulé.<br>
Article 2 : L'arrêté du 23 mars 2021 du préfet du Haut-Rhin est annulé.<br>
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt. <br>
Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Me Berry, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Berry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. <br>
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.<br>
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       Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :<br>
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       - M. Wallerich, président de chambre,<br>
       - M. Sibileau, premier conseiller, <br>
       - Mme Barrois, première conseillère.<br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.<br>
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Le rapporteur,<br>
Signé : J.-B. SibileauLe président,<br>
Signé : M. C...<br>
La greffière,<br>
Signé : S. Robinet<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
       Pour expédition conforme,<br>
       La greffière,<br>
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       S. Robinet<br>
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2<br>
N° 22NC01014<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**