# CAA de PARIS, 8ème chambre, 30/06/2022, 22PA00274, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000046018487
**Date de décision:** 2022-06-30
**Juridiction:** CAA de PARIS
**Formation:** 8ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000046018487

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
       M. C... B... a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.<br>
       Par un jugement n° 2002092 du 5 février 2021, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.<br>
<br>
       Procédure devant la Cour :<br>
<br>
       Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, M. B..., représenté par Me Rochiccioli, demande à la Cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler le jugement n° 2002092 du 5 février 2021 du Tribunal administratif de Montreuil ;<br>
       2°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;<br>
<br>
       3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;<br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
       5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.<br>
       Il soutient que :<br>
       En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :<br>
       - les premiers juges ont commis une erreur de droit et des erreurs manifestes d'appréciation ;<br>
<br>
       En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :<br>
       - il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été adopté à l'issue d'une délibération collégiale ;<br>
       - les signatures électroniques figurant sur l'avis du collège de médecins sont irrégulières ;<br>
       - le préfet a méconnu le champ d'application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; <br>
       - elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;<br>
<br>
       En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :<br>
       - elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;<br>
       - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
<br>
       En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :<br>
       - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.<br>
<br>
       La requête a été transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.<br>
<br>
       M. B... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris du 8 décembre 2021.<br>
<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
       Vu :<br>
<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
<br>
       Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
       Le rapport de Mme A... a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
       Considérant ce qui suit : <br>
       1. M. B..., ressortissant malien né le 31 décembre 1965 et entré irrégulièrement sur le territoire français en 2011, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B... relève appel du jugement du 5 février 2021 par lequel le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.<br>
       Sur la régularité du jugement attaqué : <br>
       2. Hormis lorsque le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B... ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d'une erreur de droit et d'erreurs manifestes d'appréciation.<br>
       Sur le bien-fondé du jugement attaqué :<br>
<br>
       3. Aux termes des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : (...) 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de ces mêmes dispositions, dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2017 : " 11° A l'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle appréciée par l'autorité administrative après avis du directeur général de l'agence régionale de santé, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée ".<br>
       4. M. B... soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu le champ d'application des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en examinant sa demande de renouvellement de titre de séjour au regard de leur rédaction en vigueur jusqu'au 1er janvier 2017. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire pour raisons de santé le 4 juillet 2018 et que le préfet a refusé d'y faire droit par un arrêté du <br>
26 décembre 2019 au motif que " le traitement approprié existe dans le pays dont il est originaire et où il peut donc être pris en charge " et qu'il " n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès aux soins dans son pays ". Dès lors, en omettant d'examiner si le requérant pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, le préfet a fondé son appréciation sur les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure au <br>
1er janvier 2017 et non celles applicables à la date de sa décision, méconnaissant ainsi leur champ d'application. Il s'ensuit que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du <br>
26 décembre 2019 refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et accordant un délai de départ volontaire de trente jours.<br>
<br>
       5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis. <br>
<br>
       Sur les conclusions à fin d'injonction :<br>
<br>
       6. Le présent arrêt n'implique pas, eu égard au motif d'annulation sur lequel il se fonde, que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour sous astreinte doivent être rejetées. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dès la notification du présent arrêt. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. <br>
<br>
       Sur les frais liés à l'instance :<br>
<br>
       7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, d'une part, le versement de la somme de 700 euros au requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, d'autre part, le versement de la somme de 800 euros à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
DÉCIDE :<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
Article 1er : Le jugement du 5 février 2021 du Tribunal administratif de Montreuil et l'arrêté du 26 décembre 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis sont annulés.<br>
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dès la notification du présent arrêt.<br>
Article 3 : L'État versera à M. B... la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
Article 4 : L'État versera à Me Rochiccioli la somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.<br>
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.<br>
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... B..., au ministre de l'intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.<br>
Délibéré après l'audience du 2 juin 2022, à laquelle siégeaient :<br>
- M. Ho Si Fat, président de la formation de jugement,<br>
- Mme Collet, première conseillère, <br>
- Mme Larsonnier, première conseillère.<br>
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.<br>
<br>
<br>
      La rapporteure,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
      A. A...       Le président,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
      F. HO SI FAT      <br>
<br>
<br>
<br>
      La greffière,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
      N. COUTY              <br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
   2<br>
N° 22PA00274<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**