# Conseil d'État, 10ème et 9ème sous-sections réunies, 22/02/2007, 299649, Publié au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000018005576
**Date de décision:** 2007-02-22
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** 10ème et 9ème sous-sections réunies
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000018005576

## Contenu de la décision

Vu la requête, enregistrée le 12 décembre 2006 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par M. Edouard A, demeurant ... ; M. Gaston F, demeurant ... ; Mme Armelle D, demeurant ... ; M. Bruno E, demeurant ... ; Mme Teura B, demeurant ... ; M. Noa C , demeurant ... ; M. A et autres demandent au Conseil d'Etat :<br>
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              1°) de déclarer la loi du pays n° 2006-17 LP/APF du 30 novembre 2006 portant création d'un droit d'utilisation des ressources de numérotation non conforme au bloc de légalité tel qu'il est défini à l'article 176-III de la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française ;<br>
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              2°) de déclarer que ladite loi ne peut être promulguée au Journal officiel de la Polynésie française ;<br>
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	Vu les autres pièces du dossier ;<br>
              Vu la Constitution, notamment ses articles 2 et 74 ;<br>
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              Vu la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française ;<br>
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	Vu le code de justice administrative ;<br>
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              Après avoir entendu en séance publique :<br>
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              - le rapport de M. Edouard Geffray, Auditeur,  <br>
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              - les conclusions de Mme Claire Landais, Commissaire du gouvernement ;<br>
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              Considérant qu'aux termes de l'article 176 de la loi organique du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française : « I. - A l'expiration de la période de huit jours suivant l'adoption d'un acte prévu à l'article 140 dénommé « loi du pays » (...), le haut-commissaire, le président de la Polynésie française, le président de l'assemblée de la Polynésie française ou six représentants à l'assemblée de la Polynésie française peuvent déférer cet acte au Conseil d'Etat./ Ils disposent à cet effet d'un délai de quinze jours (...)»; qu'il est spécifié au premier alinéa du III du même article 176 que « Le Conseil d'Etat se prononce sur la conformité des actes prévus à l'article 140 dénommés « lois du pays » au regard de la Constitution, des lois organiques, des engagements internationaux et des principes généraux du droit (...)» ; que l'article 177 dispose que « Le Conseil d'Etat se prononce dans les trois mois de sa saisine ; (...) Si le Conseil d'Etat constate qu'un acte prévu à l'article 140 dénommé « loi du pays » contient une disposition contraire à la Constitution, aux lois organiques ou aux engagements internationaux ou aux principes généraux du droit, et inséparable de l'ensemble de l'acte, celle-ci ne peut être promulguée » ; <br>
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              Considérant que M. A et cinq autres représentants à l'assemblée de la Polynésie française défèrent au Conseil d'Etat la « loi du pays » n° 2006-17 LP/APF du 30 novembre 2006 portant création d'un droit d'utilisation des ressources de numérotation téléphonique ; <br>
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              Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;<br>
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              Considérant qu'aux termes de l'article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 : « La langue de la République est le français (...) » ; <br>
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              Considérant que l'article 57 de la loi organique du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française dispose que : « Le français est la langue officielle de la Polynésie française. Son usage s'impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l'exercice d'une mission de service public ainsi qu'aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics (...) » ; <br>
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              Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que la « loi du pays » contestée a été adoptée au terme de la séance en date du 30 novembre 2006 de la 10ème session budgétaire de l'assemblée de la Polynésie française ; qu'au cours de cette séance, le vice-président de la Polynésie française, également ministre des finances de la Polynésie française, a présenté le projet de loi du pays et répondu aux questions des représentants exclusivement en tahitien, et s'est refusé à s'exprimer en français, contrairement à la demande de plusieurs représentants qui alléguaient leur incompréhension du tahitien ; que dès lors, la procédure d'adoption de la « loi du pays » du 30 novembre 2006 est entachée d'une irrégularité qui, dans les circonstances de l'espèce et au regard des dispositions précitées de l'article 57 de la loi organique du 27 février 2004, présente un caractère substantiel ; que par suite, M. A et autres sont fondés à soutenir que la « loi du pays » du 30 novembre 2006 portant création d'un droit d'utilisation des ressources de numérotation téléphonique est illégale et ne peut être promulguée ; <br>
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<br>D E C I D E :<br>
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Article 1er : La « loi du pays » n° 2006-17 LP/APF du 30 novembre 2006 portant création d'un droit d'utilisation des ressources de numérotation téléphonique est illégale et ne peut être promulguée.<br>
Article 2 : La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française et au Journal officiel de la Polynésie française et sera notifiée à M. Edouard A, à M. Gaston F, à Mme Armelle D, à M. Bruno E, à Mme Teura B, à M.  Noa C, au président de la Polynésie française, au ministre de l'outre-mer, au président de l'assemblée de la Polynésie française et au Haut-commissaire de la République en Polynésie française.<br>
<br>,[RJ1] Cf. 29 mars 2006, Haut-commissaire de la République en Polynésie française et M. Fritch, n°282335, p. 179.

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 46-01-02-02 L'usage de la seule langue tahitienne pour présenter devant l'assemblée de la Polynésie française un projet du loi du pays et répondre aux questions des représentants sur ce projet, accompagné du refus par le ministre rapporteur de s'exprimer en français contrairement à la demande de plusieurs représentants qui alléguaient leur incompréhesion du tahitien entache la procédure d'adoption de la loi du pays d'une irrégularité substantielle au regard des dispositions de l'article 57 de la loi organique n°2004-192 du 27 février 2004, qui dispose que le français est la langue officielle de la Polynésie française et que son usage s'impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l'exercice d'une mission de service public ainsi qu'aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics ().
**Mots-clés:** 46-01-02-02 OUTRE-MER. DROIT APPLICABLE DANS LES COLLECTIVITÉS D'OUTRE-MER ET EN NOUVELLE-CALÉDONIE. STATUT DES COLLECTIVITÉS D'OUTRE-MER ET DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE. POLYNÉSIE FRANÇAISE. - LOIS DU PAYS (LOI ORGANIQUE DU 27 FÉVRIER 2004) - PROCÉDURE D'ADOPTION - USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE - RÉGIME [RJ1].