# Conseil d'État, 2ème chambre, 19/10/2022, 459356, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000046456890
**Date de décision:** 2022-10-19
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** 2ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000046456890

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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              Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et deux nouveaux mémoires, enregistrés les 13 décembre 2021 et 11 mars, 31 août et 14 septembre 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. A... D... demande au Conseil d'Etat : <br>
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              1°) d'annuler pour excès de pouvoir le décret du 19 mars 2021 rapportant le décret du 26 décembre 2018 lui accordant la nationalité française ; <br>
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              2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros à verser à la SCP Lyon-Caen et Thiriez, son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
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              Vu les autres pièces du dossier ; <br>
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              Vu : <br>
              - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
              - le code civil ; <br>
              - le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;<br>
              - le code de justice administrative ; <br>
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              Après avoir entendu en séance publique :<br>
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              - le rapport de M. Yves Doutriaux, conseiller d'Etat,<br>
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              - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public,<br>
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              La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Lyon-Caen, Thiriez, avocat de M. D... ; <br>
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              Considérant ce qui suit :<br>
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              1.	Aux termes de l'article 27-2 du code civil, dans leur rédaction applicable au présent litige : " Les décrets portant acquisition, naturalisation ou réintégration peuvent être rapportés sur avis conforme du Conseil d'Etat dans le délai de deux ans à compter de leur publication au Journal officiel si le requérant ne satisfait pas aux conditions légales ; si la décision a été obtenue par mensonge ou fraude, ces décrets peuvent être rapportés dans le délai de deux ans à partir de la découverte de la fraude. " <br>
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              2.	Il ressort des pièces du dossier que M. D..., ressortissant nigérien, a déposé une demande de naturalisation auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis le 11 avril 2018, par laquelle il a indiqué être célibataire et sans enfant et s'est engagé sur l'honneur à signaler tout changement dans sa situation personnelle et familiale. Au vu de ses déclarations, il a été naturalisé par décret du 26 décembre 2018, publié au Journal officiel de la République française le 28 décembre 2018. Toutefois, par bordereau du ministre de l'Europe et des affaires étrangères reçu le 20 mars 2019, le ministre de l'intérieur, chargé des naturalisations, a été informé de ce que M. D... avait contracté mariage avec Mme C... B..., ressortissante nigérienne résidant habituellement à l'étranger, le 28 juillet 2018 à Agadez (Niger). Par décret du 19 mars 2021, publié au Journal officiel du 23 mars 2021, le Premier ministre a rapporté le décret du 26 décembre 2018 prononçant la naturalisation de M. D... au motif qu'il avait été pris au vu d'informations mensongères délivrées par l'intéressé quant à sa situation familiale. M. D... demande l'annulation pour excès de pouvoir de ce décret. <br>
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              3.	En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 59 et 62 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, lorsque le Gouvernement a l'intention de retirer un décret de naturalisation, il notifie l'engagement de la procédure de retrait à l'intéressé " qui dispose d'un délai d'un mois à dater de la notification (...) pour faire parvenir au ministre chargé des naturalisations ses observations en défense. Après l'expiration de ce délai, le gouvernement peut déclarer, par décret motivé pris sur avis conforme du Conseil d'Etat, que l'intéressé a perdu la qualité de français ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'intéressé a présenté des observations en défense, dans les conditions énoncées ci-dessus, elles doivent être portées par le ministre à la connaissance du Conseil d'Etat avant que celui-ci se prononce.<br>
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              4.	Il ressort des visas du décret attaqué que les observations en défense de M. D..., produites le 22 janvier 2021, ont été portées à la connaissance d'une part, du ministre de l'intérieur avant que le décret ne soit pris et, d'autre part, du Conseil d'Etat avant que celui-ci ne rende son avis conforme, le 9 mars 2021. Dès lors, le moyen selon lequel la procédure suivie aurait été irrégulière doit être écarté.<br>
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              5.	En deuxième lieu, le délai de deux ans imparti par l'article 27-2 du code civil pour rapporter le décret de naturalisation de M. D... a commencé à courir à la date à laquelle la réalité de la situation familiale de l'intéressé a été portée à la connaissance du ministre chargé des naturalisations. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que les services du ministre chargé des naturalisations n'ont été informés de la réalité de la situation familiale du requérant que le 20 mars 2019, date à laquelle ils ont reçu les documents relatifs aux enfants de l'intéressé transmis par bordereau du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, ainsi que l'atteste le tampon apposé sur ce bordereau. Dans ces conditions, le décret attaqué, qui a été signé le 19 mars 2021, a été pris avant l'expiration du délai de deux ans prévu par les dispositions de l'article 27-2 du code civil.<br>
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              6.	En troisième lieu, l'article 21-16 du code civil dispose que : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Il résulte de ces dispositions que la demande de naturalisation n'est pas recevable lorsque l'intéressé n'a pas fixé en France de manière durable le centre de ses intérêts. Pour apprécier si cette condition est remplie, l'autorité administrative peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la situation personnelle et familiale de l'intéressé à la date du décret lui accordant la nationalité française.<br>
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              7.	Il ressort des pièces du dossier que M. D... a contracté un mariage le 28 juillet 2018 à Agadez (Niger), avec Mme C... B..., ressortissante nigérienne résidant habituellement à l'étranger. Ce mariage a constitué un changement de sa situation familiale qu'il aurait dû porter à la connaissance des services instruisant sa demande de naturalisation, comme il s'y était engagé en déposant sa demande de naturalisation, ce qu'il n'a pas fait avant que lui soit accordée la nationalité française. Si M. D... soutient que son acte de mariage, et par conséquent le décret, indique, à tort, que son mariage a été célébré le 28 juillet 2018, alors qu'il l'aurait célébré le 24 décembre 2018, soit seulement deux jours avant sa naturalisation, et comporte d'autres erreurs il lui appartenait, à supposer que ses allégations soient établies, de prévenir ces services en temps utile de l'existence d'une relation avec Mme B.... L'intéressé, qui maîtrise la langue française, ainsi qu'il ressort du compte-rendu d'entretien d'assimilation du 12 avril 2018, ne pouvait se méprendre ni sur la teneur des indications devant être portées à la connaissance de l'administration chargée d'instruire sa demande, ni sur la portée de la déclaration sur l'honneur qu'il a signée. Dans ces conditions, M. D... doit être regardé comme ayant volontairement dissimulé sa situation familiale. La circonstance, postérieure au décret du 26 décembre 2018 lui ayant accordé la nationalité française, qu'il a informé, en février 2019, les services consulaires de Niamey de cette union est sans incidence sur le caractère frauduleux des déclarations au vu desquelles la nationalité française lui avait été accordée. Par suite, en rapportant sa naturalisation dans le délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude, le Premier ministre, qui n'a pas commis d'erreur de fait, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 27-2 du code civil.<br>
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              8.	En dernier lieu, un décret qui rapporte un décret ayant conféré la nationalité française est, par lui-même, dépourvu d'effet sur la présence sur le territoire français de celui qu'il vise, comme sur ses liens avec les membres de sa famille, et n'affecte pas, dès lors, le droit au respect de sa vie familiale. En revanche, un tel décret affecte un élément constitutif de l'identité de la personne concernée et est ainsi susceptible de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. En l'espèce, toutefois, eu égard à la date à laquelle il est intervenu et aux motifs qui le fondent, le décret attaqué ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de M. D... garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.<br>
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              9.	Il résulte de ce qui précède que M. D... n'est pas fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir du décret du 19 mars 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a rapporté le décret du 26 décembre 2018. Ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.<br>
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<br>D E C I D E :<br>
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Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.<br>
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A... D... et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.<br>
              Délibéré à l'issue de la séance du 15 septembre 2022 où siégeaient : M. Nicolas Boulouis, président de chambre, présidant ; M. Jean-Yves Ollier, conseiller d'Etat et M. Yves Doutriaux, conseiller d'Etat-rapporteur.<br>
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              Rendu le 19 octobre 2022.<br>
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                 Le président : <br>
                 Signé : M. Nicolas Boulouis<br>
 		Le rapporteur :<br>
      Signé : M. Yves Doutriaux<br>
                 La secrétaire :<br>
                 Signé : Mme Eliane Evrard<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** ECLI:FR:CECHS:2022:459356.20221019
**Résumé:** 
**Mots-clés:**