# CAA de NANTES, 1ère chambre, 09/06/2023, 22NT03871, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047664130
**Date de décision:** 2023-06-09
**Juridiction:** CAA de NANTES
**Formation:** 1ère chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047664130

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       Mme F... C... et M. A... D... ont demandé au tribunal administratif de Rennes d'annuler les décisions du 28 juillet 2022 par lesquelles la commission académique a rejeté le recours préalable obligatoire formé par eux contre les décisions du 27 juin 2022 du directeur académique des services de l'éducation nationale du Finistère rejetant la demande d'autorisation d'instruction dans la famille qu'ils avaient formée pour leur fils E... et leur fille B... au titre de l'année 2022-2023.  <br>
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       Par un jugement n° 2204234, 2204236 du 10 octobre 2022 le tribunal administratif de Rennes a annulé les décisions du 28 juillet 2022 de la commission académique et enjoint au recteur de l'académie de Rennes de délivrer l'autorisation sollicitée.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 15 décembre 2022 le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler ce jugement ;<br>
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       2°) de rejeter les demandes présentées par Mme C... et M. D... devant le tribunal administratif de Rennes.<br>
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       Il soutient que :<br>
       - les premiers juges ont fait une inexacte application des dispositions du code de l'éducation en estimant qu'il n'appartenait pas à l'administration de vérifier l'existence d'une situation propre à l'enfant ;<br>
       - ils ont également estimé à tort que l'administration n'était pas en droit de vérifier l'adaptation du projet éducatif à la situation propre ainsi relevée ;<br>
       - la commission académique de Rennes pouvait légalement se fonder sur un autre motif que la décision de refus initiale ;<br>
       - sa décision n'avait pas à être précédée d'un débat contradictoire ; <br>
       - elle n'a pas méconnu les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en refusant de délivrer les autorisations d'instruction en famille des enfants du requérant. <br>
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       La requête a été communiquée à Mme C... et M. D... qui n'ont pas produit de mémoire en défense.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier.<br>
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       Vu :<br>
       - la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;<br>
       - le code de l'éducation ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Ont été entendus au cours de l'audience publique :<br>
       - le rapport de M. Penhoat, <br>
       - les conclusions de M. Brasnu, rapporteur public,<br>
       - et les observations de M. G..., représentant le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.<br>
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       Une note en délibéré enregistrée le 26 mai 2023, a été produite pour le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Mme C... et M. D... ont sollicité le 16 mars 2022, au titre de l'année scolaire 2022-2023, l'autorisation d'instruire en famille leur fille B... née le 17 mars 2013 et leur fils E... né le 30 juillet 2018. Par deux décisions du 27 juin 2022, le directeur académique des services de l'éducation nationale du Finistère a rejeté leur demande. Par deux décisions du 28 juillet 2022, qui se sont substituées aux deux premières, la commission de l'académie de Rennes a rejeté leur recours préalable contre les décisions du directeur académique. Par un jugement du 10 octobre 2022, le tribunal administratif de Rennes a annulé les décisions de la commission académique du 28 juillet 2022. Le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse relève appel de ce jugement. <br>
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       Sur le cadre juridique du litige :<br>
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       2. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant:/ (...) 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1°. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation. / L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation peut convoquer l'enfant, ses responsables et, le cas échéant, les personnes chargées d'instruire l'enfant à un entretien afin d'apprécier la situation de l'enfant et de sa famille et de vérifier leur capacité à assurer l'instruction en famille. / En application de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation sur une demande d'autorisation formulée en application du premier alinéa du présent article vaut décision d'acceptation. / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret. / Le président du conseil départemental et le maire de la commune de résidence de l'enfant sont informés de la délivrance de l'autorisation (...) ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.<br>
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       3. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.<br>
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Sur le motif d'annulation retenu par les premiers juges :<br>
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       4. Il ressort des termes de la décision contestée que la commission académique compétente a refusé à Mme C... et M. D... l'autorisation d'assurer en famille l'instruction de leur fille B... et de leur fils E... aux motifs, d'une part, que les éléments constitutifs de leurs demandes n'établissaient pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet pédagogique et, d'autre part, que leur projet d'instruction dans la famille ne comportait pas les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de ses enfants, en ce qu'il se contente de faire référence aux principes et méthodes d'éducation dits " H... " sans l'articuler aux rythmes de leurs enfants, ni l'adapter à leurs acquis, ni structurer d'objectifs progressifs qui leur soient propres. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de ce que, en vérifiant l'existence d'une situation propre à l'enfant de nature à justifier un projet éducatif spécifiquement adapté à cette situation, la commission académique a entaché sa décision d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, doit être écarté. C'est, par suite, à tort que le tribunal a, pour ce motif, les décisions contestées. <br>
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       5. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme C... et M. D... devant le tribunal administratif de Rennes et devant la cour.<br>
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       Sur les autres moyens soulevés par Mme C... et M. D... :<br>
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       6. En premier lieu, les décisions du 28 juillet 2022 de la commission académique qui comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent sont suffisamment motivées. Il ne ressort pas davantage ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la commission académique n'aurait pas procédé à l'examen de la situation des enfants de Mme C... et de M. D....<br>
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       7. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir que leur fils E... âgé de 4 ans était précédemment scolarisé en Norvège en jardin d'enfant selon la pédagogie H... et qu'ils souhaitent faire bénéficier leurs deux enfants des mêmes principes pédagogiques Mme C... et M. D... ne font pas état d'une situation propre à ces derniers qui justifierait qu'il soit dérogé au principe de l'instruction au sein d'un établissement d'enseignement public ou privé. Par ailleurs, le projet éducatif produit qui reprend une présentation de la méthode H... ne comporte aucune spécificité conçue pour répondre aux besoins d'apprentissage particuliers de E... et B.... Dans ces conditions, la commission académique n'a, en se fondant sur l'absence de justification d'une situation propre aux enfants motivant le projet éducatif et en estimant que le projet des requérants ne comporte pas les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de leurs enfants, pas commis d'erreur d'appréciation.<br>
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       8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Eu égard à ce qui a été dit au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait davantage dans l'intérêt des enfants de Mme C... et M. D... de bénéficier d'une instruction dans la famille plutôt que dans un établissement scolaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.<br>
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       9. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse est fondé à soutenir que c'est à tort, que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a annulé les décisions du 28 juillet 2022 par laquelle la commission académique a rejeté le recours préalable formé par Mme C... et M. D... contre les décisions du directeur académique des services de l'éducation nationale.<br>
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DÉCIDE :<br>
Article 1er :	Le jugement n° 2204234, 2204236 du 10 octobre 2022 du tribunal administratif de Rennes est annulé.<br>
Article 2 :	Les demandes présentées par Mme C... et M. D... devant le tribunal administratif de Rennes sont rejetées.<br>
Article 3 :	Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à Mme F... C... et à M. A... D.... <br>
Une copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Rennes.<br>
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       Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :<br>
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       - Mme Perrot, présidente de chambre,<br>
       - M. Penhoat, premier conseiller,<br>
       - Mme Picquet, première conseillère.<br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.<br>
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Le rapporteur<br>
A. PenhoatLa présidente<br>
I. Perrot<br>
La greffière<br>
A. Marchais<br>
       La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
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N° 22NT03871<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**