# CAA de NANCY, 1ère chambre, 01/02/2024, 23NC00796, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000049097056
**Date de décision:** 2024-02-01
**Juridiction:** CAA de NANCY
**Formation:** 1ère chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000049097056

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure :<br>
<br>
       M. B... D... a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné.<br>
<br>
       Par un jugement n° 2202508 du 10 février 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté ce recours.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       Procédure devant la cour :<br>
<br>
       Par une requête enregistrée le 12 mars 2023, M. B... D..., représenté par Me Aouidet, demande à la cour :<br>
<br>
       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 10 février 2023 ;<br>
<br>
       2°) d'annuler la décision du 3 octobre 2022 par laquelle le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;<br>
<br>
       3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai ;<br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés devant la cour sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle. <br>
<br>
       Il soutient que :<br>
       s'agissant du refus de titre de séjour :<br>
       - elle est insuffisamment motivée ; <br>
       - il justifie de son identité et qu'il était effectivement âgé de quinze ans à la date à laquelle il a été placé à l'aide sociale à l'enfance ;<br>
       - le préfet des Ardennes n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;<br>
       - elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le préfet des Ardennes a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;<br>
       - elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; <br>
       - elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;<br>
       - elle constitue une mesure discriminatoire ;<br>
<br>
       s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :<br>
       - elle est entachée d'incompétence ;<br>
       - elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant le refus de titre de séjour ;<br>
       - elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le préfet des Ardennes a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;<br>
       - elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; <br>
<br>
       La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense.<br>
<br>
       M. D... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 15 juin 2023. <br>
<br>
<br>
       Vu les autres pièces du dossier. <br>
<br>
       Vu : <br>
       -le code civil ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
       Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
<br>
       Le rapport de M. Sibileau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
<br>
       1. M. B... D..., ressortissant ivoirien qui déclare être né le 2 juin 2003, est entré irrégulièrement en France le 27 avril 2019 selon ses dires. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 16 mars 2021. Par un arrêté du 3 octobre 2022, le préfet des Ardennes a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Par un jugement n° 2202508 du 10 février 2023 dont M. D... interjette appel, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté son recours.<br>
<br>
       Sur la légalité de l'arrêté du 3 octobre 2022 : <br>
<br>
       2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".<br>
<br>
       3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour délivré à titre exceptionnel portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale notamment au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur les motifs de refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.<br>
<br>
       4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance (...) d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiant de sa nationalité / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité (...) de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance (...) d'un titre de séjour pour motif familial / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents (...) ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".<br>
<br>
       5. Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.<br>
<br>
       6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D..., le préfet des Ardennes s'est fondé sur la circonstance que les documents qu'il avait produit pour établir son état civil étaient dépourvus de valeur probante dès lors que l'expertise documentaire avait relevé des anomalies et que l'intéressé ne justifiait ainsi ni de son identité ni de sa nationalité ni de sa minorité. Le préfet s'appuie notamment sur un rapport d'analyse des services de la police aux frontières de Forbach du 8 avril 2021. Pour contester l'authenticité des documents versés, le préfet se prévaut de ce que les documents versés par M. D... comportent des imperfections de mise en page, des erreurs typographiques notamment sur le nom de la mère de l'intéressée et ne comportent pas toutes les mentions prévues par le code civil guinéen notamment.  <br>
<br>
       7. Pour établir son identité et en particulier sa date de naissance, M. D... a produit notamment à hauteur d'appel une copie de son passeport délivré le 31 mai 2021. Il verse également au dossier un extrait du registre des actes de l'Etat civil pour 2019 délivré le 15 mai 2019 par la commune d'Akoupe, légalisé par M. A... C..., ambassadeur. M. D... produit de surcroît un jugement supplétif du 6 mai 2019 délivré le tribunal de première instance d'Abidjan. Enfin, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 7 août 2019, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Charleville-Mézières a confié M. D... auprès de l'aide sociale à l'enfance du département des Ardennes à la date de sa majorité. Par suite, eu égard à l'ensemble des éléments avancés par M. D..., le préfet de des Ardennes ne peut être regardé comme ayant renversé la présomption de validité qui s'attache aux actes civils étrangers en vertu des dispositions de l'article 47 du code civil.<br>
<br>
       8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.<br>
<br>
       Sur les conclusions à fin d'injonction : <br>
<br>
       9. L'exécution du présent arrêt implique uniquement que le préfet procède au réexamen de de la demande de titre de séjour de M. D... au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Si l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'étranger confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifiant suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu permettre l'attribution à titre exceptionnel de ces cartes de séjour aux étrangers qui en formulent la demande dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire.<br>
<br>
       10. Dès lors qu'il n'est pas contesté que M. D... a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur ce fondement dans l'année qui a suivi son dix-huitième anniversaire, la circonstance qu'il est aujourd'hui âgé de plus de dix-huit ans ne saurait faire obstacle à ce que le préfet réexamine sa situation au regard de cet article, ni, le cas échéant, à ce qu'il lui délivre une carte de séjour sur ce fondement au terme de l'appréciation globale de sa situation, telle que mentionnée au point 2 ci-dessus. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt et de délivrer à M. D... un récépissé de demande de titre de séjour, lequel l'autorisera en l'espèce à travailler, conformément à l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.<br>
<br>
<br>
       Sur les frais d'instance : <br>
<br>
       11. M. D... a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Aouidet, avocat de M. D..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Aouidet de la somme de 1 500 euros.<br>
<br>
<br>
D E C I D E :<br>
<br>
Article 1er : Le jugement n° 2202508 du 10 février 2023 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne est annulé.<br>
Article 2 : L'arrêté du 3 octobre 2022 du préfet des Ardennes est annulé.<br>
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt au réexamen de la demande de titre de séjour M. D... au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon les modalités précisées au point 10 du présent arrêt et de délivrer à M. D... un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de ce réexamen. <br>
Article 4 : L'Etat versera à Me Aouidet la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Aouidet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.<br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... D..., à Me Aouidet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. <br>
Copie en sera adressée au préfet des Ardennes.<br>
<br>
<br>
       Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :<br>
<br>
       - M. Wallerich, président de chambre,<br>
       - Mme Guidi, présidente-assesseure,<br>
       - M. Sibileau, premier conseiller. <br>
<br>
       Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er février 2024.<br>
<br>
<br>
Le rapporteur,<br>
Signé : J.-B. SibileauLe président,<br>
Signé : M. Wallerich<br>
La greffière,<br>
Signé : S. Robinet<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
       Pour expédition conforme,<br>
       La greffière,<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       S. Robinet<br>
<br>
2<br>
N° 23NC00796<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**