# CAA de MARSEILLE, 8ème chambre - formation à 3, 31/05/2016, 15MA03708, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000032625134
**Date de décision:** 2016-05-31
**Juridiction:** CAA de MARSEILLE
**Formation:** 8ème chambre - formation à 3
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000032625134

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. C...A...a demandé au tribunal administratif de Toulon de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis à la suite d'une exposition aux poussières d'amiante, de majorer le montant de l'indemnisation des préjudices des intérêts au taux légal avec capitalisation des intérêts échus à compter de la première demande d'indemnisation et de mettre également à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros eu titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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       Par un jugement n° 1302927 du 7 juillet 2015, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête.<br>
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       Procédure devant la Cour :<br>
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       Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 septembre 2015 et le 11 février 2016, M.A..., représenté par MeD..., demande à la Cour :<br>
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       1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulon du 7 juillet 2015 ;<br>
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       2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral subi et des troubles dans les conditions d'existence ;<br>
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       3°) de majorer le montant de l'indemnisation des préjudices, des intérêts au taux légal à compter de la date de la première demande d'indemnisation avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette formalité.<br>
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       4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; <br>
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       Il soutient que :<br>
       - le jugement est entachée d'une erreur d'appréciation ;<br>
       - la carence fautive de l'Etat employeur est établie ;<br>
       - il a subi un préjudice d'anxiété et des troubles dans les conditions d'existence.<br>
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       Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2016, l'Etat conclut au rejet de la requête. <br>
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       Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés. <br>
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       Vu les autres pièces du dossier. <br>
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       Vu :<br>
       - la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 ;<br>
       - la loi n° 2000-1257 du 23 décembre 2000 ;<br>
       - le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ; <br>
       - le décret n° 96-97 du 7 février 1996 ; <br>
       - l'arrêté du 28 février 1995, pris en application de l'article D. 461-25 du code de la sécurité sociale, fixant le modèle type d'attestations d'exposition et les modalités d'examen dans le cadre du suivi post-professionnel des salariés ayant été exposés à des agents ou procédés cancérigènes ; <br>
      - l'arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'Etat, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Ont été entendus au cours de l'audience publique :<br>
       - le rapport de M. Renouf, <br>
       - les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public,<br>
       - et les observations de MeB..., substituant MeD..., représentant M. A....<br>
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       1. Considérant que M.A..., ouvrier d'Etat au sein de la direction des constructions navales de Saint-Tropez du 13 septembre 1974 au 31 décembre 1975 puis du 1er janvier 1977 au 30 juin 2012, a été employé en qualité de mécanicien de maintenance puis d'opérateur de productique ; que, par un courrier du 8 mai 2013, il a sollicité auprès du ministre de la défense la réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence subis du fait de la carence fautive de l'Etat dans la protection de ses agents contre l'exposition aux poussières d'amiante ; qu'à la suite du silence gardé par l'administration sur sa demande, M. A... a introduit devant le tribunal administratif de Toulon, un recours tendant à l'indemnisation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence ; que M. A...interjette appel du jugement du 7 juillet 2015 par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête ; <br>
       Sur la responsabilité de l'Etat : <br>
       2. Considérant que, pour rejeter l'ensemble des conclusions indemnitaires de M. A..., le tribunal administratif de Toulon, après avoir rappelé que la carence de l'Etat qui n'a pas pris de mesures de protection particulière de ses agents contre les poussières d'amiante était susceptible d'engager sa responsabilité, a considéré que la période au cours de laquelle l'intéressé avait été exposé à ces substances était en l'espèce limitée et, qu'alors qu'il n'avait développé aucune pathologie imputable auxdites poussières, il n'apportait aucune précision quant aux conditions et à l'ampleur de son exposition ; <br>
       3. Considérant, d'une part, que le décret du 17 août 1977 relatif aux mesures particulières d'hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante comporte des dispositions interdisant l'exposition des travailleurs à l'amiante au-delà d'un certain seuil et impose aux employeurs de contrôler la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail, de nature à réduire le risque de maladie dans les établissements concernés ; que M. A...n'établit pas, ainsi qu'il lui appartient de le faire, que les préjudices dont il demande réparation trouveraient directement leur cause dans une carence fautive de l'Etat dans l'édiction de mesures législatives ou réglementaires destinées à imposer aux employeurs des mesures de prévention ;<br>
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       4. Considérant, en revanche, que la carence de l'Etat, employeur de personnels exposés aux poussières d'amiante, dans la mise en oeuvre des règles d'hygiène et de sécurité propres à les soustraire à ce risque d'exposition, est de nature à engager sa responsabilité ; que cette carence a exposé ces personnels à un risque sanitaire grave dès lors qu'il ressort de l'ensemble des données scientifiques accessibles ou produites au dossier que les poussières d'amiante inhalées sont définitivement absorbées par les poumons, traversent ceux-ci jusqu'à la plèvre, sans que l'organisme puisse les éliminer, et peuvent provoquer à terme, outre des atteintes graves à la fonctionnalité respiratoire, des pathologies cancéreuses particulièrement difficiles à guérir en l'état des connaissances médicales ; que le double dispositif de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité et de la surveillance post-professionnelle par examen clinique médical et examen radiographique du thorax tous les deux ans prévu à l'annexe II de l'arrêté du 28 février 1995 a été mis en place après que le législateur a reconnu le lien établi de façon statistiquement significative entre une exposition aux poussières d'amiante et la baisse d'espérance de vie ; que pour tenter de démontrer, en l'espèce, l'absence de carence de l'Etat dans la protection de ses agents contre l'exposition aux poussières d'amiante, le ministre se fonde sur une note-circulaire adressée à la DCN de Brest du 18 octobre 1976 définissant les mesures de protection individuelle et collective,<br>
 sur une note du 14 août 1979 faisant le point sur l'utilisation de l'amiante dans l'ensemble des DCN ainsi que sur une note du 8 avril 1980 relative à l'abandon des produits à base d'amiante ; que, toutefois, ces pièces qui ne sont pas propres aux établissements dans lesquels a travaillé M.A..., ne suffisent pas à établir que l'Etat a mis en oeuvre, au sein de la DCN de Toulon, les mesures de protection imposées par le décret du 17 août 1977 ni celles renforcées du décret du 7 février 1996 ; qu'il en résulte que la responsabilité de l'Etat en sa qualité d'employeur est engagée envers M. A...;<br>
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      5. Considérant, d'autre part, que la décision d'ouverture du droit du travailleur au bénéfice de ce double dispositif de l'allocation et de la surveillance post-professionnelle vaut reconnaissance pour l'intéressé de l'existence d'un lien établi de façon statistiquement significative entre son exposition aux poussières d'amiante et la baisse de son espérance de vie ; que cette circonstance suffit ainsi, par elle-même, à faire naître chez son bénéficiaire la conscience du risque de tomber malade et par là-même d'une espérance de vie diminuée, et à être ainsi la source d'un préjudice indemnisable en tant que tel au titre du préjudice moral, en relation directe avec la carence fautive de l'Etat ; qu'en outre, pour évaluer le montant accordé en réparation de ce poste de préjudice, il appartient au juge de tenir compte, dans chaque espèce, de l'ampleur de l'exposition personnelle du travailleur aux poussières d'amiante ; que doivent ainsi notamment être prises en considération, tant les conditions d'exposition, lesquelles dépendent largement de la nature des fonctions de l'intéressé et des circonstances particulières de leur exercice, que la durée de cette exposition ;<br>
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      Sur les préjudices : <br>
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      6. Considérant que M. A...estimant que son espérance de vie a été diminuée notablement du fait de l'absorption par ses poumons de poussières d'amiante pendant ses années d'activité professionnelle, soutient vivre depuis dans un état d'anxiété justifiant une réparation à ce titre fondée sur la carence fautive de son employeur ; <br>
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      En ce qui concerne le préjudice moral : <br>
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      7. Considérant qu'il résulte de l'instruction que, d'une part, M. A... a travaillé dans des ateliers relevant de la DCN l'exposant aux poussières d'amiante pendant onze ans, deux mois et dix-sept jours ; que, d'autre part, en qualité de mécanicien de maintenance puis d'opérateur de productique M. A...a travaillé sur des pièces amiantées dans l'atelier de fabrication où étaient réalisés le tournage, le fraisage, l'ajustage et le montage de pièces à sec, rejetant dans l'atmosphère des poussières d'amiante, sans aucune protection ; que dès lors, au regard de ces conditions d'exposition à l'amiante, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de l'intéressé qui vit dans la crainte de développer subitement une pathologie grave, en fixant le montant de sa réparation à la somme de 10 000 euros tous intérêts compris à la date du présent arrêt ; <br>
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       Sur les conclusions indemnitaires au titre des troubles dans les conditions d'existence : <br>
      8. Considérant qu'il résulte de l'instruction que M. A...verse au dossier trois comptes rendus de scanners thoraciques réalisés les 26 janvier 2010, 3 février 2011 et 6 janvier 2016, un compte rendu de radiographie pulmonaire du 12 janvier 2006, ainsi que des attestations de son médecin traitant, de son épouse et de son fils relatant son état d'angoisse ; que ces éléments qui ne démontrent pas qu'il a dû subir des examens médicaux à une fréquence telle qu'elle aurait généré des perturbations de sa vie quotidienne ni qu'il souffrirait d'une perte d'élan vital, ne permet pas d'établir que la carence fautive de l'Etat dans la protection de ses agents aux poussières d'amiante est à l'origine chez l'intéressé de troubles dans les conditions d'existence ; <br>
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      9. Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. A...est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête. <br>
	Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : <br>
	10. Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A...et non compris dans les dépens ; <br>
D É C I D E :<br>
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Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Toulon du 7 juillet 2015 est annulé.<br>
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A...la somme de 10 000 euros tous intérêts compris à la date du présent arrêt.<br>
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Article 3 : L'Etat versera à M. A...la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. <br>
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Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. C...A...et au ministre de la défense. <br>
       Délibéré après l'audience du10 mai 2016, où siégeaient :<br>
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       - M. Gonzales, président,<br>
       - M. Renouf, président-assesseur,<br>
       - Mme Baux, premier conseiller.<br>
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N° 15MA03708		4<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 60-01-02-02 Responsabilité de la puissance publique. Faits susceptibles ou non d'ouvrir une action en responsabilité. Fondement de la responsabilité. Responsabilité pour faute.,60-02-08 Responsabilité de la puissance publique. Responsabilité en raison des différentes activités des services publics. Service de l'armée.,60-04-03 Responsabilité de la puissance publique. Réparation. Évaluation du préjudice.