# Conseil d'Etat, 6ème et 1ère sous-sections réunies, du 8 juillet 2005, 265987, mentionné aux tables du recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008176829
**Date de décision:** 2005-07-08
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 6EME ET 1ERE SOUS-SECTIONS REUNIES
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008176829

## Contenu de la décision

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              Vu la requête, enregistrée le 29 mars 2004 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS  ; le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS demande au Conseil d'Etat  :
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              1°) d'annuler le jugement du 3 mars 2004 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 février 2004 décidant la reconduite à la frontière de Mlle  Jankeh X  ;
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              2°) de rejeter la demande présentée par Mlle X devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise  ;
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              Vu les autres pièces du dossier  ;
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              Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  ;
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              Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée  ;
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              Vu le code de justice administrative  ;
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              Après avoir entendu en séance publique  :
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              - le rapport de M. Bruno Chavanat, Maître des Requêtes,  
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              - les conclusions de M. Mattias Guyomar, Commissaire du gouvernement  ;
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              Considérant qu'aux termes du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 en vigueur à la date de l'arrêté attaqué  : Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : (...) 3° Si l'étranger, auquel la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait (...)  ;
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              Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que Mlle X, de nationalité gambienne, s'est maintenue sur le territoire français plus d'un mois après la notification, le 16 décembre 2003, de la décision du PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS du 11 décembre 2003 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'invitant à quitter le territoire  ; qu'elle entrait ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée  ;
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              Considérant qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de  sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  : 1° -  Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son  domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une  autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette  ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre  et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou  de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui  ;
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              Considérant que Mlle X est mère de quatre enfants nés entre 1994 et 2002 sur le territoire français où trois d'entre eux, ayant l'âge requis, sont scolarisés  ; qu'elle exerce sur ses enfants l'autorité parentale en commun avec leur père, ressortissant sénégalais avec lequel elle vit en France depuis plus de dix ans et qui assume leur charge  ; que, dans les circonstances de l'espèce, nonobstant la présence au domicile du père de ses enfants de l'épouse de celui-ci, l'arrêté de reconduite à la frontière porte à la vie familiale de Mlle Bojang une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris  ; qu'il a par conséquent méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont Mlle X est fondée à se prévaloir,   ; qu'ainsi, le PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le  magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 février 2004 décidant la reconduite à la frontière de Mlle X  ;
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              		D E C I D E  :
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Article 1er  : La requête du PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS est rejetée.
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Article 2  : La présente décision sera notifiée au PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS, à  Mlle Jankeh X et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire.
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## Métadonnées

**Solution:** Rejet
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 26-055-01-08-02-03 Méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales l'arrêté prononçant la reconduite à la frontière d'une femme mère de quatre enfants nés sur le territoire français vivant depuis plus de dix ans avec le père de ses enfants, malgré la présence à leur domicile de l'épouse de ce dernier.,335-03-02-02 Méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales l'arrêté prononçant la reconduite à la frontière d'une femme mère de quatre enfants nés sur le territoire français vivant depuis plus de dix ans avec le père de ses enfants, malgré la présence à leur domicile de l'épouse de ce dernier.
**Mots-clés:** 26-055-01-08-02-03 DROITS CIVILS ET INDIVIDUELS. - CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L'HOMME. - DROITS GARANTIS PAR LA CONVENTION. - DROIT AU RESPECT DE LA VIE PRIVÉE ET FAMILIALE (ART. 8). - VIOLATION. - RECONDUITE À LA FRONTIÈRE. - MÈRE VIVANT DEPUIS PLUS DE DIX ANS AVEC LE PÈRE DE SES QUATRE ENFANTS NÉS EN FRANCE, MALGRÉ LA PRÉSENCE À LEUR DOMICILE DE L'ÉPOUSE DU PÈRE.,335-03-02-02 ÉTRANGERS. - RECONDUITE À LA FRONTIÈRE. - LÉGALITÉ INTERNE. - DROIT AU RESPECT DE LA VIE FAMILIALE. - ATTEINTE DISPROPORTIONNÉE - EXISTENCE - MÈRE VIVANT DEPUIS PLUS DE DIX ANS AVEC LE PÈRE DE SES QUATRE ENFANTS NÉS EN FRANCE, MALGRÉ LA PRÉSENCE À LEUR DOMICILE DE L'ÉPOUSE DU PÈRE.