# Conseil d'État, Président de la section du Contentieux, 15/10/2003, 255403, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008137565
**Date de décision:** 2003-10-15
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** Président de la section du Contentieux
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008137565

## Contenu de la décision

<br>
              Vu la requête, enregistrée le 25 mars 2003 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par M. Mohammed A, demeurant ... ; M. A demande au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat :<br>
<br>
              1°) d'annuler le jugement du 18 février 2003 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 27 janvier 2003 ordonnant sa reconduite à la frontière ;<br>
<br>
              2°) d'annuler cet arrêté pour excès de pouvoir ;<br>
<br>
              3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
              Vu les autres pièces du dossier ;<br>
<br>
              Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
<br>
              Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France ;	<br>
<br>
              Vu le code de justice administrative ;<br>
<br>
<br>
<br>
Après avoir entendu en séance publique :<br>
- les conclusions de M. Stahl, Commissaire du gouvernement ;<br>
<br>
<br>
<br>
              Considérant qu'aux termes du I de l'article 22 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée : Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants : (...) 3° Si l'étranger auquel la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai d'un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait (...);<br>
<br>
              Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que M. A, de nationalité marocaine, s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après la notification, le 30 juillet 2002, de la décision du préfet des Yvelines du 26 juillet 2002 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'invitant à quitter le territoire français ; qu'il entrait ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée ;<br>
<br>
              Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête  :<br>
<br>
              Considérant qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ;<br>
<br>
              Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que le père et la mère de M. A sont installés en France depuis respectivement 1968 et 1981 et qu'il est lui-même né en France ; qu'après que ses parents l'ont envoyé au Maroc en 1988, il est revenu en France le 27 août 2000, à l'âge de 16 ans, pour rejoindre ses parents et ses jeunes frères et soeurs dont deux sont nés en France ; que M. A vit depuis cette date auprès de sa famille et qu'il est scolarisé ; que dans ces conditions, et nonobstant la présence au Maroc de ses deux soeurs aînées qui sont d'ailleurs mariées, l'arrêté en date du 27 janvier 2003, par lequel le préfet des Yvelines a ordonné la reconduite de M. A à la frontière porte au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris ; qu'ainsi il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; que M. A est, par suite, fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté de reconduite à la frontière ;  <br>
<br>
              Sur les conclusions de M. A tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :<br>
<br>
              Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à payer à M. A la somme de 1000 euros qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
              			D E C I D E :<br>
              			--------------<br>
<br>
 Article 1er : Le jugement du 18 février 2003 du magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Versailles et l'arrêté de reconduite à la frontière du préfet des Yvelines du 27 janvier 2003 sont annulés.<br>
<br>
 Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
 Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. Mohammed A, au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**