# CAA de NANCY, 4ème chambre, 10/05/2023, 22NC02795, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000047552374
**Date de décision:** 2023-05-10
**Juridiction:** CAA de NANCY
**Formation:** 4ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000047552374

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       Mme B... D... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.<br>
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       Par un jugement n° 2200384 du 28 février 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.<br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022, Mme D..., représentée par Me Kling, demande à la cour :<br>
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       1°) d'annuler le jugement du 28 février 2022 du tribunal administratif de Strasbourg ; <br>
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       2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 22 décembre 2021 de la préfète du Bas-Rhin ; <br>
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       3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard ;<br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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       Elle soutient que :<br>
       en ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :<br>
       - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
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       en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :<br>
       - elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;<br>
       - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;<br>
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       en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :<br>
       - elle encourt des risques en cas de retour en Ukraine compte tenu de la guerre qui sévit depuis le 24 février 2022.<br>
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       La préfète du Bas-Rhin, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense. <br>
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       Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à 12h00.<br>
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       Mme D... a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier. <br>
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       Vu : <br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;<br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. <br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le rapport de Mme C... a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
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       Considérant ce qui suit :<br>
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       1. Mme D..., ressortissante ukrainienne née le 12 novembre 1979, a formulé une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 22 décembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D... relève appel du jugement du 28 février 2022 du tribunal administratif de Strasbourg qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. <br>
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       Sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 22 décembre 2021 :<br>
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       En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :<br>
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       2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". <br>
       3. Mme D... soutient qu'elle est entrée en France en 2016 et qu'elle vit avec un ressortissant français avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité le 21 février 2019. Toutefois, il ressort des pièces produites, et notamment de la facture d'électricité du 4 mars 2019 et de l'avis d'impôt 2019 aux deux noms que cette relation présente un caractère récent et qu'elle n'apporte aucun élément probant de nature à en démontrer la stabilité. Enfin, l'intéressée a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où elle n'était pas dépourvue d'attaches dès lors qu'au jour de la décision attaquée, date à laquelle sa légalité s'apprécie, sa mère, son frère et sa fille y résidaient. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de Mme D..., le moyen tiré de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.<br>
       4. En second lieu, il ressort des motifs de la décision contestée que Mme D... a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel la préfète ne s'est pas fondé pour refuser à la requérante le séjour, est inopérant et doit être écarté pour ce motif. <br>
       En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :<br>
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       5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.<br>
       6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent arrêt, Mme D... n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.<br>
       En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :<br>
       7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (...) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".<br>
       8. Si la requérante fait état du conflit armé en Ukraine pour justifier d'un risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine, l'évolution de la situation en Ukraine postérieurement à la date de la décision attaquée est cependant sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi. Cette circonstance est en revanche de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français à destination de l'Ukraine.<br>
       9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D... n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejetées. <br>
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D E C I D E :<br>
Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée. <br>
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Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B... D... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin. <br>
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Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :<br>
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- Mme Ghisu-Deparis, présidente,<br>
- Mme Samson-Dye, présidente assesseure,<br>
- Mme Roussaux, première conseillère,<br>
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Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.<br>
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La rapporteure,<br>
Signé : S. C...La présidente,<br>
Signé : V. Ghisu-DeparisLa greffière,<br>
Signé : M. A...<br>
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
Pour expédition conforme, <br>
La greffière, <br>
M. A...<br>
2<br>
N° 22NC02795<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**