# CAA de DOUAI, 2ème chambre, 19/07/2019, 19DA00037, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000038844538
**Date de décision:** 2019-07-19
**Juridiction:** CAA de DOUAI
**Formation:** 2ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000038844538

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante : <br>
<br>
       Procédure contentieuse antérieure : <br>
<br>
       M. D...A...a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 7 février 2018 de la préfète de la Seine-Maritime refusant de lui délivrer un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.<br>
<br>
       Par un jugement n° 1802510 du 30 octobre 2018, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.<br>
<br>
<br>
       Procédure devant la cour : <br>
<br>
       Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2019, M.A..., représenté par Me C...B..., demande à la cour : <br>
<br>
       1°) d'annuler ce jugement ;<br>
<br>
       2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2018 de la préfète de la Seine-Maritime ;<br>
       3°) d'enjoindre à la préfète de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai de huit jours sous la même astreinte ; <br>
<br>
       4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.<br>
<br>
<br>
       ----------------------------------------------------------------------------------------------------------<br>
       Vu les autres pièces du dossier.<br>
<br>
<br>
       Vu :<br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
       - l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - le code des relations entre le public et l'administration ; <br>
       - la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;<br>
- le code de justice administrative.<br>
<br>
<br>
       La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
<br>
       Le rapport de Mme Muriel Milard, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
       Considérant ce qui suit :<br>
<br>
       1. M.A..., ressortissant nigérian, né le 16 août 1978, entré en France le 6 février 2012, sous couvert d'un visa de court séjour, a demandé son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 28 février 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 24 juin 2014 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a ensuite demandé son admission au séjour en faisant valoir son état de santé sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève appel du jugement du 30 octobre 2018 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 février 2018 de la préfète de la Seine-Maritime refusant de lui délivrer un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. <br>
<br>
<br>
<br>
       Sur les conclusions à fin d'annulation :<br>
<br>
       2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : (...) 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé (...) ".<br>
<br>
       3. L'avis émis le 29 novembre 2017 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précise que l'état de santé de M. A...nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cependant, M. A...produit des ordonnances de prescription médicale et des certificats médicaux établis en 2014, 2015 et 2016 par un praticien du pôle de psychiatrie générale du centre hospitalier du Rouvray faisant état d'une névrose post-traumatique en lien avec des évènements vécus dans son pays d'origine, de la nécessité de la poursuite de son suivi médical et mentionnant que M. A...présente un risque suicidaire important en cas de retour au pays et qu'ainsi, l'absence de traitement aurait des conséquences d'une extrême gravité sur son état de santé. En outre, M. A...produit dans le dernier état de ses écritures deux certificats médicaux en date du 16 avril 2018 et du 14 janvier 2019 émanant du même praticien hospitalier confirmant la nécessité pour lui de soins réguliers dont l'absence aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'ensemble de ces éléments suffit à infirmer l'appréciation du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, M. A...est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. <br>
<br>
       4. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A...est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 7 février 2018 portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. <br>
<br>
<br>
       Sur les conclusions à fin d'injonction :<br>
<br>
       5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public (...) prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". <br>
<br>
       6. Le présent arrêt implique seulement le réexamen de la situation de M.A.... Par suite, les conclusions de M. A...tendant à la régularisation de sa situation doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.<br>
<br>
<br>
       Sur les frais de l'instance :<br>
<br>
       7. M. A...a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocate peut, par suite, se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me B...renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me B... de la somme de 1 000 euros.<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
<br>
DÉCIDE :<br>
       Article 1er : Le jugement n° 1802510 du 30 octobre 2018 du tribunal administratif de Rouen et l'arrêté du 7 février 2018 de la préfète de la Seine-Maritime sont annulés.<br>
<br>
       Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à M. A...une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.<br>
<br>
       Article 3 : L'Etat versera à Me B...une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.<br>
<br>
       Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A...est rejeté.<br>
<br>
       Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. D...A..., au ministre de l'intérieur, au préfet de la Seine-Maritime et à Me C...B.... <br>
<br>
<br>
<br>
2<br>
N°19DA00037<br>
<br>
<br>
<br>

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-03-03 Étrangers. Obligation de quitter le territoire français (OQTF) et reconduite à la frontière. Règles de procédure contentieuse spéciales.