# CAA de NANCY, 1ère chambre, 06/12/2022, 22NC00783, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000046732748
**Date de décision:** 2022-12-06
**Juridiction:** CAA de NANCY
**Formation:** 1ère chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000046732748

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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       Procédure contentieuse antérieure :<br>
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       M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg l'annulation de l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière.  <br>
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       Par un jugement n° 2107184 du 9 décembre 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. <br>
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       Procédure devant la cour :<br>
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       Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, M. A... B..., représenté par Me Bohner, demande à la cour : <br>
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       1°) d'annuler le jugement n° 2107184 du tribunal administratif de Strasbourg du 9 décembre 2021 ; <br>
       2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 13 août 2021 ; <br>
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       3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ; <br>
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       4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. <br>
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       Il soutient que : <br>
       - c'est à tort que les premiers juges ont mentionné les stipulations du 5) du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, alors que, étant de nationalité kosovare, de telles stipulations ne lui sont pas applicables ; <br>
       - la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - la décision en litige méconnaît également les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ; <br>
       - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard du pouvoir de régularisation à titre exceptionnel du préfet du Haut-Rhin ; <br>
       - la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ; <br>
       - cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ; <br>
       - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; <br>
       - la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. <br>
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       Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. <br>
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       Il soutient que les moyens invoqués par M. B... ne sont pas fondés. <br>
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       M. B... a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.<br>
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       Vu les autres pièces du dossier ; <br>
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       Vu : <br>
       - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; <br>
       - la convention internationale des droits de l'enfant ; <br>
       - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;<br>
       - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; <br>
       - le code de justice administrative.<br>
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       Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.<br>
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       Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.<br>
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       Le rapport de M. Meisse, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique. <br>
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       Considérant ce qui suit : <br>
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       1. M. A... B... est un ressortissant kosovar, né le 15 mars 1985. Il a déclaré être entré en France le 14 mai 2018, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités polonaises le 6 juin 2017 pour un séjour d'une durée de trois cent trente-sept jours avec entrées multiples. Le 24 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 ou, subsidiairement, sur celui de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par un arrêté du 13 août 2021, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière. M. B... a saisi le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 13 août 2021. Il relève appel du jugement n° 2107184 du 9 décembre 2021, qui rejette sa demande. <br>
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       Sur le bien-fondé du jugement : <br>
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       2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".<br>
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       3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France le 14 mai 2018 à l'âge de trente-trois ans et qu'il justifiait ainsi d'une durée de séjour de plus de trois années à la date de l'arrêté en litige. Il a épousé à Mulhouse, le 30 mai 2021, une compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 8 juillet 2028, qu'il affirme avoir rencontrée en 2015 et avec laquelle il partage le même logement depuis le 3 janvier 2020. De cette relation est née une fille le 22 octobre 2020. Enfin, M. B..., dont l'épouse travaille comme vendeuse à temps partiel depuis le 23 décembre 2018, est titulaire d'une promesse d'embauche, datée du 31 mai 2021, en vue de l'occupation d'un emploi d'aide mécanicien et de préparateur automobile. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B..., en particulier de la durée de validité du titre de séjour et de la situation professionnelle de son épouse et de la présence d'un enfant, et alors même que l'intéressé n'est pas isolé dans son pays d'origine, où vivent notamment ses parents, trois frères et trois sœurs, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour porte au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît dès lors l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ce motif, cette décision doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. <br>
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       4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 13 août 2021 et à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. <br>
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       Sur les conclusions à fin d'injonction : <br>
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       5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois suivant sa notification, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". <br>
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       Sur les frais de justice : <br>
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       6. M. B... ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022, son conseil peut donc se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bohner, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution étatique à l'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. <br>
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       D E C I D E :<br>
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Article 1er : Le jugement n° 2107184 du tribunal administratif de Strasbourg du 9 décembre 2021 est annulé. <br>
Article 2 : L'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 13 août 2021 est annulé. <br>
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". <br>
Article 4 : L'Etat versera à Me Bohner, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution étatique à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. <br>
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. <br>
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.<br>
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       Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :<br>
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       - M. Goujon-Fischer, président, <br>
       - M. Meisse, premier conseiller, <br>
       - M. Denizot, premier conseiller.<br>
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       Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 décembre 2022.<br>
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Le rapporteur,<br>
Signé : E. Meisse<br>
Le président,<br>
Signé : J.-F. Goujon-Fischer<br>
La greffière,<br>
Signé : V. Firmery<br>
 La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.<br>
       Pour expédition conforme,<br>
       La greffière,<br>
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       V. Firmery<br>
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N° 22NC00783		2<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:** 335-01-03 Étrangers. - Séjour des étrangers. - Refus de séjour.,335-03 Étrangers. - Obligation de quitter le territoire français (OQTF) et reconduite à la frontière.