# Conseil d'État, 2ème chambre, 18/10/2022, 460879, Inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000046446499
**Date de décision:** 2022-10-18
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** 2ème chambre
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000046446499

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante :<br>
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              Par une ordonnance n° 2101974 du 25 janvier 2022, enregistré le 27 janvier 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au Conseil d'Etat, en application de l'article R. 351-2 du code de justice administrative, la requête de M. C... B.... <br>
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              Par une requête, un nouveau mémoire et un mémoire en réplique, enregistrés le 18 juin 2021 au greffe du tribunal administratif de Nîmes et les 28 mars et 27 avril 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M.  B... demande au Conseil d'Etat :<br>
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              1°) d'annuler pour excès de pouvoir le décret du 19 mars 2021 rapportant le décret du 28 mai 2017 lui accordant la nationalité française ;<br>
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              2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
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              Vu les autres pièces du dossier ;<br>
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              Vu :<br>
              - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;<br>
              - le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;<br>
              - la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;<br>
              - le code civil ;<br>
              - le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;<br>
              - le code justice administrative ;<br>
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              Après avoir entendu en séance publique :<br>
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              - le rapport de Mme Amélie Fort-Besnard, maître des requêtes, <br>
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              - les conclusions de M. Philippe Ranquet, rapporteur public,<br>
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              La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica, Molinié, avocat de M. B... ; <br>
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              Considérant ce qui suit : <br>
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              1. Aux termes de l'article 27-2 du code civil, dans leur rédaction applicable au présent litige : " Les décrets portant acquisition, naturalisation ou réintégration peuvent être rapportés sur avis conforme du Conseil d'Etat dans le délai de deux ans à compter de leur publication au Journal officiel si le requérant ne satisfait pas aux conditions légales ; si la décision a été obtenue par mensonge ou fraude, ces décrets peuvent être rapportés dans le délai de deux ans à partir de la découverte de la fraude".<br>
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              2. Il ressort des pièces du dossier que M. B..., ressortissant tunisien, a déposé une demande de naturalisation le 4 avril 2016, par laquelle il a indiqué être divorcé et père d'un enfant né en France en 2017. Au vu de ses déclarations, il a été naturalisé par décret du 28 mai 2017, publié au Journal officiel de la République française du 30 mai 2017. Toutefois, par bordereau reçu le 20 mars 2019, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a informé le ministre chargé des naturalisations de ce que M. B... avait épousé à Souassi (Tunisie), le 16 janvier 2016, Mme D... A..., ressortissante tunisienne, et de ce que de leur union étaient issus deux enfants, nés en Tunisie, en 2016 et 2018, résidant habituellement en Tunisie avec leur mère. Par décret du 19 mars 2021, publié au Journal officiel de la République française du 23 mars 2021, le Premier ministre a rapporté le décret du 28 mai 2017 prononçant la naturalisation de M. B... au motif qu'il avait été pris au vu d'informations mensongères délivrées par l'intéressé quant à sa situation familiale. M. B... demande l'annulation pour excès de pouvoir de ce décret. <br>
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              3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a indiqué à M. B... les motifs justifiant le retrait du décret ayant prononcé sa naturalisation par une lettre recommandée présentée à son domicile le 30 septembre 2020 mais qui n'a pas été réclamée par l'intéressé aux services postaux, qui ont retourné le pli au ministre après l'expiration du délai de mise en instance postale. Cette notification doit donc être regardée, faute pour l'intéressé d'avoir pris toutes les dispositions utiles pour retirer le pli qui lui avait été régulièrement adressé, comme étant intervenue à la date de première présentation du pli par les services postaux, soit le 30 septembre 2020. Il convient donc de considérer que les motifs fondant la décision du ministre ont été portés à la connaissance du requérant qui doit, dans le même temps, être regardé comme ayant été mis à même de présenter ses observations en défense. Par suite, le moyen tiré de ce que le décret attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.<br>
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              4. En deuxième lieu, l'article 21-16 du code civil dispose que : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Il résulte de ces dispositions que la demande de naturalisation n'est pas recevable lorsque l'intéressé n'a pas fixé en France de manière durable le centre de ses intérêts. Pour apprécier si cette condition est remplie, l'autorité administrative prend notamment en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la situation personnelle et familiale en France de l'intéressé à la date du décret lui accordant la nationalité française. Par suite, alors même qu'il remplirait les autres conditions requises pour l'obtention de la nationalité française, la circonstance que l'intéressé ait conclu une union religieuse à l'étranger avec une ressortissante tunisienne dont sont issus deux enfants résidant habituellement en Tunisie, avant l'instruction de sa demande de naturalisation, était de nature à modifier l'appréciation qui a été portée par l'autorité administrative sur la fixation du centre de ses intérêts. <br>
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              5. En troisième lieu, si M. B..., qui s'était engagé à porter à la connaissance des services instruisant sa demande de naturalisation toute modification de sa situation familiale, soutient que son union religieuse avec Mme A... ne pouvait être regardée comme un mariage avant son enregistrement par l'état civil tunisien en 2018, postérieurement à sa naturalisation, la circonstance qu'une union ne pourrait être qualifiée de mariage en vertu de la loi qui lui est applicable n'interdit pas à l'autorité compétente de prendre en compte son existence pour apprécier si la condition de résidence posée par l'article 21-16 du code civil est remplie.<br>
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              6. L'intéressé, qui maîtrise la langue française, ainsi qu'il ressort du compte- rendu d'entretien d'assimilation du 21 décembre 2016, ne pouvait se méprendre ni sur la teneur des indications devant être portées à la connaissance de l'administration chargée d'instruire sa demande, ni sur la portée de la déclaration sur l'honneur qu'il a signée. Dans ces conditions, M. B... doit être regardé comme ayant volontairement dissimulé sa situation familiale. Par suite, en rapportant sa naturalisation dans le délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude, le Premier ministre n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 27-2 du code civil et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.... <br>
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              7. En quatrième lieu, la définition des conditions d'acquisition et de perte de la nationalité relève de la compétence de chaque État membre de l'Union européenne. Toutefois, dans la mesure où la perte de la nationalité d'un Etat membre a pour conséquence la perte du statut de citoyen de l'Union, la perte de la nationalité d'un Etat membre doit, pour être conforme au droit de l'Union, répondre à des motifs d'intérêt général et être proportionnée à la gravité des faits qui la fondent, au délai écoulé depuis l'acquisition de la nationalité et à la possibilité pour l'intéressé de recouvrer une autre nationalité. L'article 27-2 du code civil permet de rapporter, dans un délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude, un décret qui a conféré la nationalité française au motif que l'intéressé a obtenu la nationalité française par mensonge ou fraude. Ces dispositions, qui ne sont pas incompatibles avec les exigences résultant du droit de l'Union, permettaient en l'espèce, eu égard à la date à laquelle il est intervenu et aux motifs qui le fondent, de rapporter légalement le décret accordant à M. B... la nationalité française, dont il n'est ni soutenu, ni a fortiori établi qu'il aurait perdu la nationalité tunisienne.<br>
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              8. En dernier lieu, un décret qui rapporte un décret ayant conféré la nationalité française est, par lui-même, dépourvu d'effet sur la présence sur le territoire français de celui qu'il vise, comme sur ses liens avec les membres de sa famille, et n'affecte pas, dès lors, le droit au respect de sa vie familiale. En revanche, un tel décret affecte un élément constitutif de l'identité de la personne concernée et est ainsi susceptible de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. En l'espèce, toutefois, eu égard à la date à laquelle il est intervenu et aux motifs qui le fondent, le décret attaqué ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de M. B... garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.<br>
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              9. Il résulte de ce qui précède que M. B... n'est pas fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir du décret du 19 mars 2021 par lequel le Premier ministre a rapporté le décret du 28 mai 2017. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.<br>
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<br>D E C I D E :<br>
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Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.<br>
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C... B... et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.<br>
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## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** ECLI:FR:CECHS:2022:460879.20221018
**Résumé:** 
**Mots-clés:**