# Conseil d'État, 7ème - 2ème chambres réunies, 26/09/2016, 393738

**Identifiant:** CETATEXT000033157853
**Date de décision:** 2016-09-26
**Juridiction:** Conseil d'État
**Formation:** 7ème - 2ème chambres réunies
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000033157853

## Contenu de la décision

Vu la procédure suivante : <br>
<br>
              Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique enregistrés les 24 septembre, 16 décembre 2015 et 31 août 2016, l'association de défense des droits des militaires demande au Conseil d'Etat : <br>
<br>
              1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le Premier ministre sur sa demande tendant à l'abrogation des articles 9, 10 et 26 du décret n° 2008-956 du 12 septembre 2008 relatif aux militaires servant à titre étranger ; <br>
<br>
              2°) d'enjoindre au Premier ministre d'abroger ces dispositions dans un délai de deux mois suivant sa décision et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour à compter de l'expiration de ce délai ; <br>
<br>
              3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.<br>
<br>
	Vu les autres pièces du dossier ;<br>
<br>
              Vu : <br>
              - le code de la défense ;<br>
              - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;<br>
              - la loi n° 2015-917 du 28 juillet 2015 ;<br>
              - le décret n° 2008-956 du 12 septembre 2008 ; <br>
              - le code de justice administrative ;<br>
<br>
              Après avoir entendu en séance publique :<br>
<br>
              - le rapport de Mme Marie-Anne Lévêque, conseiller d'Etat,  <br>
<br>
              - les conclusions de M. Gilles Pellissier, rapporteur public ;<br>
<br>
              La parole ayant été donnée, avant et après les conclusions, à la SCP Rousseau, Tapie, avocat de l'association de défense des droits des militaires ; <br>
<br>
              Vu la note en délibéré, enregistrée le 7 septembre 2016, présentée par l'association de défense des droits des militaires - aide aux victimes ;<br>
<br>
<br>
<br>1. Considérant, d'une part, qu'aux termes de l'article L. 4121-4 du code de la défense, dans sa rédaction issue de la loi du 28 juillet 2015 actualisant la programmation militaire pour les années 2015 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense : " L'existence de groupements professionnels militaires à caractère syndical ainsi que, sauf dans les conditions prévues au troisième alinéa, l'adhésion des militaires en activité à des groupements professionnels sont incompatibles avec les règles de la discipline militaire. / Les militaires peuvent librement créer une association professionnelle nationale de militaires régie par le chapitre VI du présent titre, y adhérer et y exercer des responsabilités " ; qu'aux termes de l'article L. 4126-2 du même code, issu de cette même loi : " Les associations professionnelles nationales de militaires ont pour objet de préserver et de promouvoir les intérêts des militaires en ce qui concerne la condition militaire. / Elles sont exclusivement constituées des militaires mentionnés à l'article L. 4111-2 " ; qu'aux termes du premier alinéa de l'article L. 4126-3 du même code, issu lui aussi de cette loi : " Les associations professionnelles nationales de militaires peuvent se pourvoir et intervenir devant les juridictions compétentes contre tout acte réglementaire relatif à la condition militaire et contre les décisions individuelles portant atteinte aux intérêts collectifs de la profession " ; <br>
<br>
              2. Considérant, d'autre part, qu'aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 4111-1 du code de la défense, tel que modifié par la loi du 28 juillet 2015 : " La condition militaire recouvre l'ensemble des obligations et des sujétions propres à l'état militaire, ainsi que les garanties et les compensations apportées par la Nation aux militaires. Elle inclut les aspects statutaires, économiques, sociaux et culturels susceptibles d'avoir une influence sur l'attractivité de la profession et des parcours professionnels, le moral et les conditions de vie des militaires et de leurs ayants droit, la situation et l'environnement professionnels des militaires, le soutien aux malades, aux blessés et aux familles, ainsi que les conditions de départ des armées et d'emploi après l'exercice du métier militaire " ; que l'article L. 4111-2 du code dispose que : " Le présent livre s'applique aux militaires de carrière, aux militaires servant en vertu d'un contrat, aux militaires réservistes qui exercent une activité au titre d'un engagement à servir dans la réserve opérationnelle ou au titre de la disponibilité et aux fonctionnaires en détachement qui exercent, en qualité de militaires, certaines fonctions spécifiques nécessaires aux forces armées " ; <br>
<br>
              3. Considérant que ces dispositions, telles que modifiées par la loi du 28 juillet 2015, ouvrent aux militaires en activité la possibilité d'adhérer à des groupements professionnels à la condition que ces derniers soient constitués sous la forme d'associations professionnelles nationales de militaires ; que ces associations professionnelles, qui  disposent de la capacité de présenter des recours contre les actes réglementaires intéressant la condition militaire, ne peuvent être constituées que de militaires au sens de l'article L. 4111-2 du code de la défense ; que si ces dispositions ne font pas obstacle à ce que des associations auxquelles n'adhéreraient pas des militaires en activité forment des recours contre des actes réglementaires intéressant la condition militaire dès lors qu'elles y ont un intérêt, elles s'opposent toutefois à ce que le juge administratif puisse être régulièrement saisi de requêtes présentées par des associations dont certains membres sont des militaires en activité et dont l'objet ou l'un des objets est la défense des intérêts professionnels des militaires en activité alors qu'elles ne seraient pas constituées conformément aux dispositions des articles L. 4126-1 et suivants du code de la défense ;<br>
<br>
              4. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que l'association de défense des droits des militaires (ADEFDROMIL), qui regroupe des militaires, a saisi le Premier ministre le 26 mai 2015 d'une demande d'abrogation des articles 9, 10 et 26 du décret du 12 septembre 2008 relatif aux militaires servant à titre étranger et conteste le refus implicite qui a été opposé à sa demande ; que si l'association soutient que, depuis une assemblée générale extraordinaire du 5 décembre 2015, elle a pour objet non seulement la défense des droits professionnels des militaires, mais également l'aide aux victimes servant ou ayant servi l'Etat sous l'uniforme, et que sa présente action se rattache précisément à sa qualité de soutien des militaires qui se prévalent d'atteintes à leurs libertés, sa requête concerne toutefois un acte réglementaire relatif aux modalités de recrutement des militaires servant à titre étranger, qui sont relatives à la condition militaire telle que définie par l'article L. 4111-1 du code de la défense ; que par suite, sa requête a pour objet la défense des intérêts des militaires en ce qui concerne la condition militaire ; que, cependant, il ressort des statuts de l'ADEFDROMIL que peuvent adhérer à l'association " les personnes physiques ou morales ayant adhéré aux présents statuts et qui sont à jour de leur cotisation " ; que par suite ses statuts ne limitent pas l'adhésion à l'association aux seuls militaires mentionnés à l'article L. 4111-2 du code de la défense ; qu'elle ne peut, dès lors, être regardée comme une association professionnelle nationale de militaires constituée conformément aux prescriptions de l'article L. 4121-4 du code de la défense, par l'intermédiaire seulement de laquelle les militaires en activité peuvent contester une décision relative à la condition militaire ; <br>
<br>
              5. Considérant qu'il résulte de ce qui précède que cette association n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision attaquée ; que sa requête doit en conséquence être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;<br>
<br>
<br>
<br>D E C I D E :<br>
--------------<br>
Article 1er : La requête de l'association de défense des droits des militaires est rejetée.<br>
Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'association de défense des droits des militaires, au Premier ministre, au ministre de la défense et à la ministre de la fonction publique.<br>
<br>,[RJ1]Cf. décision du même jour, Association de défense des droits des militaires - Aide aux victimes, n° 396987, inédite. Rappr., dans un état antérieur des textes, CE, Section, 11 décembre 2008, Association de défense des droits des militaires, n° 306962, p. 452.

## Métadonnées

**Solution:** 
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** ECLI:FR:CECHR:2016:393738.20160926
**Résumé:** 08-01-01 Les dispositions des articles L. 4121-4, L. 4126-2 et L. 4126-3 du code de la défense s'opposent à ce que le juge administratif puisse être régulièrement saisi de requêtes présentées par des associations dont certains membres sont des militaires en activité et dont l'objet ou l'un des objets est la défense des intérêts professionnels des militaires en activité alors qu'elles ne seraient pas constituées conformément aux dispositions des articles L. 4126-1 et suivants du code de la défense.,54-01-06 Les dispositions des articles L. 4121-4, L. 4126-2 et L. 4126-3 du code de la défense s'opposent à ce que le juge administratif puisse être régulièrement saisi de requêtes présentées par des associations dont certains membres sont des militaires en activité et dont l'objet ou l'un des objets est la défense des intérêts professionnels des militaires en activité alors qu'elles ne seraient pas constituées conformément aux dispositions des articles L. 4126-1 et suivants du code de la défense.
**Mots-clés:** 08-01-01 ARMÉES ET DÉFENSE. PERSONNELS MILITAIRES ET CIVILS DE LA DÉFENSE. QUESTIONS COMMUNES À L'ENSEMBLE DES PERSONNELS MILITAIRES. - ASSOCIATION AYANT POUR OBJET LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS PROFESSIONNELS DES MILITAIRES EN ACTIVITÉ ET DONT CERTAINS MEMBRES SONT DES MILITAIRES EN ACTIVITÉ - CAPACITÉ À AGIR EN JUSTICE - CONDITION - RESPECT DES ARTICLES L. 4126-1 ET SUIVANTS DU CODE DE LA DÉFENSE [RJ1].,54-01-06 PROCÉDURE. INTRODUCTION DE L'INSTANCE. CAPACITÉ. - ASSOCIATION AYANT POUR OBJET LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS PROFESSIONNELS DES MILITAIRES EN ACTIVITÉ ET DONT CERTAINS MEMBRES SONT DES MILITAIRES EN ACTIVITÉ - CONDITION - RESPECT DES ARTICLES L. 4126-1 ET SUIVANTS DU CODE DE LA DÉFENSE [RJ1].