# Conseil d'Etat, 9ème sous-section jugeant seule, du 3 mars 2004, 252162, inédit au recueil Lebon

**Identifiant:** CETATEXT000008158699
**Date de décision:** 2004-03-03
**Juridiction:** Conseil d'Etat
**Formation:** 9EME SOUS-SECTION JUGEANT SEULE
**Nature:** Texte
**URL:** https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000008158699

## Contenu de la décision

Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 2 décembre 2002 et 19 mars 2003 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour M. Gilles Y, demeurant ...  ; M. Y demande au Conseil d'Etat  :
<br>
<br>
     
                1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant plus de deux mois par le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie sur la demande qu'il lui a adressée le 3 août 2002 tendant à la révision de la pension qui lui a été concédée par arrêté du 17 septembre 2001 afin de pouvoir bénéficier de la bonification d'ancienneté d'un an par enfant prévue par le b) de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
<br>
<br>
     
                2°) d'enjoindre à l'administration de modifier, dans un délai de deux mois, les conditions dans lesquelles la pension lui a été concédée, de revaloriser rétroactivement cette pension et de lui verser les sommes dont il a été privé  ;
<br>
<br>
     
                3°) de dire que les sommes dues porteront intérêt au taux légal à compter du 3 août 2002  ;
<br>
<br>
     
                4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Vu les autres pièces du dossier  ;
<br>
<br>
     
                Vu le Traité de Rome instituant la Communauté économique européenne devenue la Communauté européenne  ;
<br>
<br>
     
                Vu le Traité sur l'Union européenne et les protocoles qui y sont annexés  ;
<br>
<br>
     
                Vu le code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
<br>
<br>
     
                Vu le code de justice administrative  ;
<br>
<br>
     
                Après avoir entendu en séance publique  :
<br>
<br>
     
                - le rapport de M. Hourdin, Maître des Requêtes,  
<br>
<br>
     
                - les observations de Me Jacoupy, avocat de M. Y, 
<br>
<br>
     
                - les conclusions de M. Vallée, Commissaire du gouvernement  ;
<br>
<br>
<br>
<br>
     
                Considérant qu'aux termes de l'article 141 du traité instituant la Communauté européenne  : 1. Chaque Etat membre assure l'application du principe d'égalité des rémunérations entre travailleurs masculins et travailleurs féminins pour un même travail ou un travail de même valeur. / 2. Aux fins du présent article, on entend par rémunération, le salaire ou traitement ordinaire de base ou minimum, et tous autres avantages payés directement ou indirectement en espèces ou en nature, par l'employeur au travailleur en raison de l'emploi de ce dernier. L'égalité de rémunération, sans discrimination fondée sur le sexe, implique  : a) que la rémunération accordée pour un même travail payé à la tâche soit établie sur la base d'une même unité de mesure  ; b) que la rémunération accordée pour un travail payé au temps soit la même pour un même poste de travail  ; que les pensions servies par le régime français de retraite des fonctionnaires entrent dans le champ d'application de ces stipulations  ; que nonobstant les stipulations de l'article 6, paragraphe 3, de l'accord annexé au protocole n° 14 sur la politique sociale, joint au traité sur l'Union européenne, le principe d'égalité des rémunérations s'oppose à ce qu'une bonification, pour le calcul d'une pension de retraite, accordée aux personnes qui ont assuré l'éducation de leurs enfants, soit réservé aux femmes, alors que les hommes ayant assuré l'éducation de leurs enfants seraient exclus du bénéfice de cette mesure  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que le b) de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite institue, pour le calcul de la pension, une bonification d'ancienneté d'un an par enfant dont il réserve le bénéfice aux femmes fonctionnaires  ; qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'une telle disposition est incompatible avec le principe de l'égalité des rémunérations tel qu'il est affirmé par le traité instituant la Communauté européenne et par l'accord annexé au protocole n° 14 sur la politique sociale joint au traité sur l'Union européenne  ; qu'il suit de là qu'en tant qu'il ne prend pas en compte la bonification prévue par ce texte, alors même que M. Y aurait assuré l'éducation de ses enfants, l'arrêté du 17 septembre 2001 portant concession à l'intéressé de sa pension civile de retraite est entaché d'illégalité  ; que, dès lors, M. Y est fondé à demander l'annulation de la décision refusant la révision de sa pension  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que M. Y demande qu'il soit ordonné au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie de le faire bénéficier de la bonification d'ancienneté prévue au b) de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que le contentieux des pensions civiles et militaires de retraite est un contentieux de pleine juridiction  ; qu'il appartient, dès lors, au juge saisi de se prononcer lui-même sur les droits des intéressés, sauf à renvoyer à l'administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu'il lui appartient de fixer  ;
<br>
<br>
     
                Considérant qu'il résulte de l'instruction et qu'il n'est pas contesté que M. Y, qui a assumé la charge de ses trois enfants, en a assuré l'éducation  ; que dans la mesure où sont maintenues des dispositions plus favorables aux fonctionnaires de sexe féminin ayant assuré l'éducation de leurs enfants, en ce qui concerne la bonification d'ancienneté retenue pour le calcul de la pension civile de retraite, M. Y a droit, ainsi qu'il est dit plus haut, au bénéfice de la bonification prévue au b) de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite  ; qu'il y a lieu, dès lors, de prescrire au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie de modifier, dans les deux mois suivant la notification de la présente décision, les conditions dans lesquelles la pension de M. Y lui a été concédée et de revaloriser rétroactivement cette pension  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que M. Y a droit aux intérêts des sommes qui lui sont dues à compter du 3 août 2002, jour où il a demandé le paiement de ces sommes  ;
<br>
<br>
     
                Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu pour le Conseil d'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à verser à M. Y la somme de 750 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens  ;
<br>
<br>
<br>
<br>D E C I D E  :
<br>
     
                --------------
<br>
<br>
     
Article 1er  : La décision implicite par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie a rejeté la demande de révision de pension présentée le 3 août 2002 par M. Y est annulée.
<br>
     Article 2  : Le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie modifiera, dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente décision, les conditions dans lesquelles la pension de M. Y lui a été concédée et revalorisera rétroactivement cette pension.
<br>
     Article 3  : Les sommes dues à M. Y porteront intérêt à compter du 3 août 2002.
<br>
     Article 4  : L'Etat versera à M. Y la somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
<br>
     Article 5  : La présente décision sera notifiée à M. Gilles Y et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
<br>
<br>
<br>
<br>,<br/>

## Métadonnées

**Solution:** Satisfaction totale
**Lois appliquées:** 
**ECLI:** 
**Résumé:** 
**Mots-clés:**