Identifiant: JURITEXT000028576815

Métadonnées:
{"ancien_id": "", "origine": "JURI", "url": "texte/juri/judi/JURI/TEXT/00/00/28/57/68/JURITEXT000028576815.xml", "nature": "ARRET", "titre": "Cour de cassation, civile, Chambre civile 3, 5 février 2014, 12-20.382 12-25.219, Inédit", "date_decision": "2014-02-05 00:00:00", "juridiction": "Cour de cassation", "numero": "31400124", "solution": "Irrecevabilité", "numero_affaire": "12-20382", "publie_bulletin": "non", "formation": "CHAMBRE_CIVILE_3", "date_decision_attaquee": "2012-03-06", "juridiction_attaquee": "Cour d'appel d'Aix-en-Provence", "siege_appel": "", "juridiction_premiere_instance": "", "lieu_premiere_instance": "", "demandeur": "", "defendeur": "", "president": "M. Terrier (président)", "avocat_general": "", "avocats": "SCP Nicolaý, de Lanouvelle et Hannotin, SCP Piwnica et Molinié", "rapporteur": "", "ecli": "ECLI:FR:CCASS:2014:C300124", "sommaire": ""}

Document juridique:
LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant : Sur la recevabilité du pourvoi n° C 12-20.382 : Vu l'article 613 du code de procédure civile ; Attendu qu'il résulte de ce texte que le délai de pourvoi en cassation ne court, à l'égard des décisions par défaut, même pour les parties qui ont comparu devant les juges du fond, qu'à compter du jour où l'opposition n'est plus recevable ; Attendu que la société Trans Côte d'Azur s'est pourvue en cassation, le 4 juin 2012, contre l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 6 mars 2012), susceptible d'opposition de la part de la partie défaillante ; qu'il n'est pas justifié de l'expiration du délai d'opposition à la date de ce pourvoi ; Que le pourvoi est irrecevable ; Sur le moyen unique du pourvoi n° K 12-25.219 : Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 6 mars 2012), rendu sur renvoi après cassation, (Civ. 3e, 1er juin 2011, n° 10-17781), que l'association Congrégation des cisterciens de l'Immaculée Conception (la congrégation) a assigné la société Trans Côte-d'Azur (la société), en présence de l'Etat français et du ministère public, en interdiction de porter atteinte à sa propriété en déposant des passagers sur l'Ile Saint-Honorat dont elle est propriétaire, sauf autorisation, urgence avérée ou exigences de sécurité ; que l'association pour la protection du site classé et exceptionnel de l'Ile Saint-Honorat est intervenue volontairement à l'instance et a repris les demandes de la congrégation ; Attendu que la société fait grief à l'arrêt d'accueillir la demande de la congrégation, alors, selon le moyen : 1°/ que l'usage du droit de propriété ne peut se faire que dans le respect des lois et des règlements ; que les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées, de plein droit, d'une servitude légale destinée à assurer exclusivement le passage des piétons, et ce, sur une bande de trois mètres de largeur ; qu'en relevant, pour faire défense à la société Trans Côte d'Azur de déposer des piétons sur l'île Saint-Honorat, que le fonds appartenant à la Congrégation cistercienne de l'Immaculée Conception n'était pas grevé de cette servitude de plein droit, faute pour les piétons, amenés par la voie maritime, de pouvoir se prévaloir du droit de cheminement, la cour d'appel a ajouté une condition que le texte ne prévoit pas et violé les articles 544 du code civil et L. 160-6 du code de l'urbanisme ; 2°/ que la servitude légale de passage des piétons sur une bande de trois mètres de largeur à l'intérieur des propriétés riveraines du domaine public maritime est de portée générale, le droit de cheminement des piétons n'étant pas limité à l'existence de plages et à leur accès ; qu'en retenant, pour interdire, sur le fonds de la CCIC et dans la limite d'une bande de trois mètres de largeur, le passage aux piétons débarqués sur l'île Saint-Honorat par la société Trans Côte d'Azur et faire obstacle à leur droit de cheminement le long du domaine public maritime, que cette île ne disposait pas de plages auxquelles ces piétons pourraient avoir l'accès, la cour d'appel a ajouté une condition au droit de cheminement des piétons sur les fonds riverains du domaine public et violé l'article L. 160-6 du code de l'urbanisme ; 3°/ que l'abus dans l'exercice du droit de propriété est caractérisé lorsqu'il porte atteinte aux droits équivalents des tiers, sans qu'il ne soit justifié d'un intérêt sérieux et légitime ; que la cour d'appel a retenu qu'il avait été décidé, dans des décisions de justice des 8 novembre 2005 et 4 juillet 2006, que le monopole du transport des passagers par la CCIC « répondait à la nécessité objective de préserver la tranquillité du site monastique et de sauvegarder l'intégrité du site classé » tandis que la société Trans Côte d'Azur entendait accroître le flux des passagers, lorsque la « nature de l'île impose qu'il soit limité » ; qu'en s'abstenant de rechercher, comme elle y était invitée, si, à la date à laquelle elle se prononçait, la CCIC justifiait encore de ce qu'elle respectait ces impératifs, malgré l'augmentation considérable du nombre de touristes reçus par elle et l'accroissement, de ses propres activités commerciales comme du chiffre d'affaires en résultant, et si l'intérêt sérieux et légitime constitué par sa vocation monastique et la protection du site subsistait et justifiait l'interdiction faite aux touristes transportés par la société Trans Côte d'Azur, de débarquer et de cheminer sur le pourtour de l'île et les chemins ouverts au public, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 544 du code civil ; Mais attendu, d'une part, qu'ayant retenu, par une appréciation souveraine des éléments soumis à son examen, que l'intrusion sur la propriété de la congrégation des touristes débarqués en nombre sur l'île était inévitable eu égard à la configuration des lieux, la cour d'appel a pu en déduire, abstraction faite d'un motif erroné relatif à la servitude de cheminement, que la congrégation était fondée à s'opposer au débarquement de passagers par la société ; Et attendu, d'autre part, que n'ayant pas soutenu devant la cour d'appel que la congrégation avait abusé de son droit de propriété et que cet abus était susceptible de faire obstacle à sa demande, le moyen, pris en sa troisième branche, est nouveau, mélangé de fait et de droit ; D'où il suit que le moyen, pour partie irrecevable, n'est pas fondé pour le surplus ; PAR CES MOTIFS : DECLARE IRRECEVABLE le pourvoi n° C 12-20.382 ; REJETTE le pourvoi n° K 12-25.219 ; Condamne la société Trans Côte d'Azur aux dépens ; Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne la société Trans Côte d'Azur à payer à la Congrégation des cisterciens de l'Immaculée Conception la somme de 3 000 euros ; rejette la demande de la société Trans Côte d'Azur ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du cinq février deux mille quatorze. MOYEN ANNEXE au présent arrêt Moyen produit au pourvoi n° K 12-25.219 par la SCP Piwnica et Molinié, avocat aux Conseils, pour la société Trans Côte d'Azur. Le moyen fait grief à l'arrêt infirmatif attaqué d'avoir fait défense à la Sté TRANS COTE D'AZUR de porter atteinte à la propriété privée de la CONGREGATION des CISTERCIENS de l'IMMACULEE CONCEPTION (CCIC) sur les parcelles dont elle est propriétaire et qui constituent la totalité de l'île Saint Honorat, à Cannes, et notamment de déposer des passagers sur l'île, sauf autorisation expresse de la CCIC, urgence avérée ou exigences justifiées de sécurité, sous peine d'astreinte de 20 000 ¿ par infraction constatée, à compter de la signification de l'arrêt, AUX MOTIFS QUE la CCIC est propriétaire de la totalité des parcelles constituant l'île Saint Honorat, en face de Cannes, où est construite l'abbaye de Lérins ; qu'elle est également concessionnaire, en vertu d'une concession conclue avec l'Etat en date du 24 août 1989 des ouvrages d'accostage qui ont été progressivement réduits à un seul ponton ; qu'elle est en litige depuis plusieurs années avec les compagnies de transport maritime auxquelles elle avait accordé, dans un premier temps, le droit d'accostage, pour la desserte de l'île, et à qui elle a, dans un second temps, contesté ce droit, considérant que le débarquement d'un flux de passagers sur l'île portait atteinte à sa propriété privée, à la préservation de la vocation monastique des lieux et à l'environnement ; que c'est ainsi qu'elle a obtenu en référé qu'il soit fait interdiction aux compagnies ESTEREL CHANTECLAIR, aujourd'hui liquidée, et TRANS COTE D'AZUR d'accoster sur ses appontements ; que par décision en date du 29 mai 2006, confirmée par le Conseil d'Etat, le 27 octobre 2009, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté la demande de la Sté TRANS COTE D'AZUR en annulation des décisions implicites du préfet des Alpes Maritimes des 22 mars 2000 et 24 avril 2000 en ce qu'elles conféraient à la Sté PLANARIA, créée par la CCIC, un monopole de la desserte de l'île ; que la Sté TRANS COTE D'AZUR ayant saisi le Conseil de la concurrence pour contester l'exploitation monopolistique de l'unique ouvrage d'accostage sur l'île, et obtenir le rétablissement d'un libre accès pour tous les passagers débarqués sur les rivages relevant du domaine public, a été déboutée de ses demandes par décision du Conseil de la concurrence en date du 8 novembre 2005, confirmée par arrêt de la cour d'appel de Paris du 4 juillet 2006 ; que la CCIC entend, dans le cadre de la présente instance au fond, voir faire défense à la Sté TRANS COTE D'AZUR de débarquer des passagers sur sa propriété privée, sauf autorisation de sa part, urgence avérée ou exigences justifiées par la sécurité ; qu'elle invoque à juste titre à l'appui de sa demande d'interdiction les dispositions des articles 544 et 545 du code civil, en vertu desquelles elle a un droit absolu à la protection de sa propriété privée, et n'a pas à subir les atteintes résultant des intrusions des touristes débarqués en nombre par la compagnie maritime ; qu'elle ajouté justement qu'elle a l'obligation, aux termes du décret du 12 juin 1980 par lequel elle a été reconnue légalement, de conserver à l'île, siège de la congrégation, l'affectation religieuse et monastique des lieux ; qu'il est incontestable que des milliers de touristes sont amenés par bateau dans le cadre des rotations organisées par la Sté TRANS COTE D'AZUR, entre Cannes et les îles de Lérins, et débarqués sur le seul ponton d'accostage dont la plate-forme est trop exiguë pour les contenir, les amenant à pénétrer sur la propriété de la congrégation ; qu'il ne peut être exigé de la congrégation qu'elle prenne des dispositions pour éviter les intrusions, sur son fonds, en installant une clôture, la faculté de se clore posée par l'article 647 du code civil ne pouvant devenir une obligation, sans laquelle la propriété privée ne pourrait être protégée ; que le tribunal a considéré que l'existence d'un domaine public maritime, si réduit soit il, interdisait à la CCIC de s'opposer au débarquement de passagers ; que la Sté TRANS COTE D'AZUR soutient dans le même sens que l'existence d'un domaine public maritime est incontestable, qu'il ne se limite pas au seul ponton d'accostage, mais comprend le port, la plate-forme de 5 à 6 mètres de large sur 70 mètres de long, construite au droit du ponton, le chemin d'accès à l'ancien monastère fortifié, ainsi que les rivages auxquels l'accès doit être préservé ; qu'elle prétend qu'il ne peut être retenu que le débarquement de passagers aurait pour conséquence nécessaire un empiètement sur la propriété privée de la CCIC et sollicite avant dire droit une expertise, pour voir délimiter le domaine public maritime ; mais que la cour constate en premier lieu que la question de la délimitation du domaine public échappe à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire de sorte que la demande d'expertise ne peut qu'être rejetée ; qu'elle considère en second lieu qu'elle dispose en lecture des décisions rendues par les juridictions administratives d'éléments suffisants, lui permettant d'apprécier l'étendue du domaine public maritime, sur l'île Saint Honorat, notamment au regard des énonciations de l'arrêt de la cour administrative d'appel du 29 mai 2006 sus cité ; qu'il y est en effet indiqué : « qu'il est constant que l'île Saint Honorat est propriété privée de la congrégation appelante ; qu'elle ne comporte pas de zones ou voies ouvertes à la circulation publique en dehors du point d'accostage et de débarquement, désormais unique, pour les touristes et les services publics ; qu'en raison de la configuration de l'île, le domaine public maritime y est limité à l'extérieur du port de plaisance, à la bordure abrupte du socle terrestre et aux rochers détachés qui sont baignés par les plus hautes eaux de mer en l'absence de circonstances météorologiques exceptionnelles » ; qu'elle relève enfin qu'il ressort du PV de constat établi à l'initiative de la CCIC le 15 avril 2003 que le ponton lui-même présente une superficie de 32,40 m² alors que la plate forme et l'escalier qui permet d'accéder à l'île ont une surface de 27,05 m² pour la première et de 18,90 m² pour le second ; qu'il ressort de l'ensemble de ces éléments que l'exiguïté du domaine public maritime est telle que l'intrusion sur la propriété privée de la CCIC des touristes débarqués en nombre sur le ponton est inévitable ; que la Sté TRANS COTE D'AZUR invoque les dispositions de l'article L.160-6 du code de l'urbanisme en vertu desquelles les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées sur une bande de trois mètres de largeur d'une servitude destinée à assurer exclusivement le passage des piétons ; qu'il apparaît toutefois que ces dispositions ont pour vocation de permettre le cheminement des piétons ou leur libre accès aux plages lorsqu'ils viennent de propriétés riveraines ou de chemins publics ou ouverts au public ; qu'en l'espèce, les touristes sont amenés par la voie maritime et ne peuvent se prévaloir de ce droit de cheminement, alors même que le principe de continuité du territoire a été dénié entre la partie continentale du territoire français et l'île par les décisions administratives sus citées, et notamment par l'arrêt de la cour administrative de Marseille ; qu'il n'est pas établi que l'île Saint Honorat dispose de plages auxquelles les passagers transportés pourraient avoir accès ; qu'enfin, la Sté TRANS COTE D'AZUR conteste les arguments tirés de la préservation du caractère sacré des lieux et du respect du site avancés par la CCIC et par l'association et soutient que la présente action a pour objectif de réserver à la CCIC le monopole de l'exploitation commerciale du transport des passagers qu'elle fait transporter par la société de transport maritime qu'elle a créée ; qu'il apparaît toutefois que le Conseil de concurrence et la cour d'appel de Paris à qui cette problématique avait été soumise par la Sté TRANS COTE D'AZUR ont considéré que le monopole de transport de passagers par la CCIC « répondait à la nécessité objective de préserver la tranquillité du site monastique et de sauvegarder l'intégrité du site classé » alors que la démarche poursuivie par la requérante avait pour objet de parvenir à un accroissement sensible du flux des passagers dont « la nature particulière de l'île impose qu'il soit limité » ; 1) ALORS QUE l'usage du droit de propriété ne peut se faire que dans le respect des lois et des règlements ; que les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées, de plein droit, d'une servitude légale destinée à assurer exclusivement le passage des piétons, et ce, sur une bande de trois mètres de largeur ; qu'en relevant, pour faire défense à la Sté TRANS COTE D'AZUR de déposer des piétons sur l'île Saint Honorat, que le fonds appartenant à la CONGREGATION CISTERCIENNE DE L'IMMACULEE CONCEPTION n'était pas grevé de cette servitude de plein droit, faute pour les piétons, amenés par la voie maritime, de pouvoir se prévaloir du droit de cheminement, la cour d'appel a ajouté une condition que le texte ne prévoit pas et violé les articles 544 du code civil et L.160-6 du code de l'urbanisme ; 2) ALORS QUE la servitude légale de passage des piétons sur une bande de trois mètres de largeur à l'intérieur des propriétés riveraines du domaine public maritime est de portée générale, le droit de cheminement des piétons n'étant pas limité à l'existence de plages et à leur accès ; qu'en retenant, pour interdire, sur le fonds de la CCIC et dans la limite d'une bande de trois mètres de largeur, le passage aux piétons débarqués sur l'île Saint Honorat par la Sté TRANS COTE D'AZUR et faire obstacle à leur droit de cheminement le long du domaine public maritime, que cette île ne disposait pas de plages auxquelles ces piétons pourraient avoir l'accès, la cour d'appel a ajouté une condition au droit de cheminement des piétons sur les fonds riverains du domaine public et violé l'article L.160-6 du code de l'urbanisme ; 3) ALORS QUE l'abus dans l'exercice du droit de propriété est caractérisé lorsqu'il porte atteinte aux droits équivalents des tiers, sans qu'il ne soit justifié d'un intérêt sérieux et légitime ; que la cour d'appel a retenu qu'il avait été décidé, dans des décisions de justice des 8 novembre 2005 et 4 juillet 2006, que le monopole du transport des passagers par la CCIC « répondait à la nécessité objective de préserver la tranquillité du site monastique et de sauvegarder l'intégrité du site classé » tandis que la Sté TRANS COTE D'AZUR entendait accroître le flux des passagers, lorsque la « nature de l'île impose qu'il soit limité » ; qu'en s'abstenant de rechercher, comme elle y était invitée, si, à la date à laquelle elle se prononçait, la CCIC justifiait encore de ce qu'elle respectait ces impératifs, malgré l'augmentation considérable du nombre de touristes reçus par elle et l'accroissement de ses propres activités commerciales comme du chiffre d'affaires en résultant, et si l'intérêt sérieux et légitime constitué par sa vocation monastique et la protection du site subsistait et justifiait l'interdiction faite aux touristes transportés par la Sté TRANS COTE D'AZUR, de débarquer et de cheminer sur le pourtour de l'île et les chemins ouverts au public, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 544 du code civil.