Identifiant: JURITEXT000028362587

Métadonnées:
{"ancien_id": "", "origine": "JURI", "url": "texte/juri/judi/JURI/TEXT/00/00/28/36/25/JURITEXT000028362587.xml", "nature": "ARRET", "titre": "Cour de cassation, civile, Chambre civile 3, 17 décembre 2013, 12-25.485, Inédit", "date_decision": "2013-12-17 00:00:00", "juridiction": "Cour de cassation", "numero": "31301654", "solution": "Cassation", "numero_affaire": "12-25485", "publie_bulletin": "non", "formation": "CHAMBRE_CIVILE_3", "date_decision_attaquee": "2012-06-13", "juridiction_attaquee": "Cour d'appel de Poitiers", "siege_appel": "", "juridiction_premiere_instance": "", "lieu_premiere_instance": "", "demandeur": "", "defendeur": "", "president": "M. Terrier (président)", "avocat_general": "", "avocats": "SCP Célice, Blancpain et Soltner", "rapporteur": "", "ecli": "ECLI:FR:CCASS:2013:C301654", "sommaire": ""}

Document juridique:
LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant : Sur le moyen unique : Vu l'article 682 du code civil ; Attendu que le propriétaire dont les fonds sont enclavés et qui n'a sur la voie publique aucune issue ou qu'une issue insuffisante, soit pour l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale de sa propriété, soit pour la réalisation d'opérations de construction ou de lotissement, est fondé à réclamer sur les fonds de ses voisins un passage suffisant pour assurer la desserte complète de ses fonds, à charge d'une indemnité proportionnée au dommage qu'il peut occasionner ; Attendu selon l'arrêt attaqué (Poitiers, 13 juin 2012), que Mmes X... et Y..., M. et Mme Z..., M. A... et Mme B..., M. et Mme C..., propriétaires à Dolus d'Oléron des parcelles cadastrées AM 490, 493, 226, 491, 492, 223, 373 et 374 ont assigné M. et Mme D... ainsi que M. E... et Mme F... en reconnaissance d'un droit de passage sur leurs parcelles contiguës, cadastrées AM 220, 221 et 222, afin d'accéder à la voie publique ; Attendu que pour dire que les parcelles de Mmes X... et Y... et de M. et Mme Z... ne sont pas enclavées et ne bénéficient d'aucune servitude de passage sur les parcelles 221 et 222, appartenant à M. E... et à Mme F..., l'arrêt, après avoir relevé qu'elles disposent d'un passage par l'impasse... qui figure comme voie publique sur la liste dressée le 12 février 2002 par le conseil municipal et est plus directement accessible que par un détour empruntant les parcelles 221 et 222 jusqu'à l'impasse des Hirondelles, retient que les constats d'huissier de justice des 15 décembre 2006 et 9 avril 2010 montrent que l'impasse... comporte un trottoir qui peut être enlevé ainsi que des plantations en pleine terre ou en bacs à fleurs qu'il serait aisé de retirer afin de la rendre accessible aux véhicules et aux piétons, sa largeur apparaissant suffisante pour une exploitation normale des parcelles concernées moyennant quelques minimes aménagements ; Qu'en statuant ainsi, alors que le passage qu'elle retenait était subordonné à la réalisation de travaux d'aménagement que les requérants ne pouvaient imposer à la commune et n'assurait pas en l'état un accès suffisant à la voie publique pour une utilisation normale de leurs fonds, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 13 juin 2012, entre les parties, par la cour d'appel de Poitiers ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Poitiers, autrement composée ; Condamne M. E... et Mme F... aux dépens ; Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne M. E... et Mme F... à payer à Mmes X... et Y... et à M. et Mme Z... la somme globale de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du dix-sept décembre deux mille treize. MOYEN ANNEXE au présent arrêt Moyen produit par la SCP Célice, Blancpain et Soltner, avocat aux Conseils, pour Mmes X... et Y... et M. et Mme Z... Il est fait grief à l'arrêt attaqué d'AVOIR dit que les parcelles n° 226, 491 et 492 propriétés des époux Z..., et les parcelles n° 490 et 493, propriétés des consorts X... ne bénéficiaient d'aucune servitude de passage sur les parcelles AM 221 et 222 appartenant à Héléne F... et Eric E... ; AUX MOTIFS QUE : « Sur l'existence d'une servitude de passage sur les parcelles AM n º 221 et 222 au bénéfice des parcelles AM n º 490 et 493 appartenant à Hélène X... et Elisabeth G... et des parcelles AM n º 226, 491 et 492 appartenant aux époux Z... Les servitudes discontinues qui requièrent le fait actuel de l'homme, telles les servitudes de passage, doivent être établies par un titre qui émane du propriétaire du fonds servant et qui détermine sans la moindre équivoque le fonds grevé et le fonds bénéficiaire de cette servitude. Or, le titre de Hélène F... et Eric E... en date du 5 juin 2004 prévoit une servitude de passage sur les parcelles AM n º 221 et 222'au profit de divers riverains et notamment au profit des propriétés cadastrées section AM sous les numéros 223 et 374 ", sans qu'aucune autre disposition de l'acte ne permette de déduire que parmi les autres parcelles seulement sous-entendues par l'emploi de l'adverbe « notamment » figuraient nécessairement une ou plusieurs des parcelles AM n º 490, 393, 226, 491 ou 492, alors que d'autres fonds pouvaient aussi bien être concernés telles, par exemple, les parcelles AM n º 228 ou 229, limitrophes des parcelles AM n º 221 et 222, ou encore la parcelle AM n º 231 qui jouxte la parcelle AM n º 226 et se trouve comme elle au nord de l'impasse.... L'incertitude est d'autant plus importante que l'acte du 5 juin 2004 emploi l'expression « divers riverains », alors que le mot « divers » signifie « plusieurs » et non pas « tous » et que le mot « riverain » désigne celui qui se trouve en bordure immédiate d'un lieu, alors qu'en l'espèce seuls, parmi les fonds appartenant aux consorts X... Z..., ceux numérotés AM n º 490 (par un angle) et 491 sont proprement riverains des propriétés de Hélène F... et Eric E... Il apparaît dès lors que l'acte du 5 mai 2004 ne constitue pas un titre exigé par la loi en matière de servitude de passage et que son caractère équivoque ne peut même en faire un commencement de preuve par écrit, ce qui exclut toute possibilité de prouver la servitude par témoignage ou, a fortiori, par de simples considérations de « bon sens ». A défaut de titre, il convient de rechercher si les parcelles AM n º 490, 393, 226, 491 et 492 sont enclavées et bénéficient donc de la servitude légale de l'article 682 du code civil comme les prétendent Hélène X... et Elisabeth G... et les époux Z.... Cependant les parcelles des intimés disposent d'un passage par l'impasse... qui figure comme voie publique sur la liste dressée le 12 février 2002 par le conseil municipal de Dolus d'Oléron, voie publique plus directement accessible que par un détour empruntant les parcelles AM n º 221 et 222 jusqu'à l'impasse des hirondelles, et les constats d'huissier de justice en dates des15 décembre 2006 et 9 avril 2010 montrent que l'impasse... comporte un trottoir qui peut être enlevé qu'elle se trouve encombrée de plantations en pleine terre ou en bacs à fleurs qu'il serait aisé de retirer afin de la rendre accessible aux véhicules et aux piétons, sa largeur, comprise entre 2, 86 mètres à 2, 96 mètres, apparaissant suffisante pour une exploitation normale des parcelles AM n º 490, 393, 226, 491 et 492, moyennant quelques minimes aménagements. En conséquence les propriétaires de ces parcelles bénéficient d'un accès à la voie publique suffisant par l'impasse..., ce qui exclut qu'ils puissent réclamer un désenclavement par les parcelles AM n º 221 et 222 et il convient d'infirmer le jugement sur ce point » ; 1°/ ALORS QUE les biens du domaine public sont inaliénables et indisponibles ; que le propriétaire du terrain enclavé ne dispose d'aucun titre à imposer à l'administration de changer la destination de la voie publique aux fins de le désenclaver ni à faire procéder lui-même à des aménagements de la voie publique ; qu'ainsi les possibilités de désenclavement ne peuvent s'apprécier en considération des travaux que ce propriétaire est en mesure de faire effectuer sur ces voies sauf le cas où l'administration se serait effectivement prononcée sur l'aménagement de celles-ci ; qu'en jugeant que les parcelles des exposants ne bénéficiaient d'aucun droit de passage légal pour cause d'enclave sur les parcelles cadastrées section AM n° 220 et 222 appartenant à Hélène F... et Eri c E... motifs pris qu'ils pouvaient bénéficier d'un accès suffisant à l'impasse..., qui figure comme voie publique sur la liste dressée le 12 février 2002 par le conseil municipal de Dolus d'Oléron, tout en admettant que les exposants ne pouvaient emprunter cette voie qu'à la condition qu'elle soit aménagée par la commune pour permettre le passage des exposants et, en particulier, qu'il soit procédé à la suppression d'un trottoir, travaux qui demeuraient purement hypothétiques, les exposants ne disposant d'aucun titre pour réaliser ou imposer à l'administration la réalisation de tels aménagements à l'effet de désenclaver les parcelles dont ils sont propriétaires, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et ainsi violé l'article 682 du code civil ; 2°/ ALORS QU'IL EN EST D'AUTANT PLUS AINSI QUE le juge doit apprécier l'état d'enclave au jour où il statue et, par conséquent, en considération de l'état de la voie publique, tel qu'elle existe à cette date, et non de son état futur, après d'hypothétiques aménagements ; qu'en jugeant, à titre définitif, que les parcelles des exposants ne bénéficiaient d'aucune servitude légale de passage pour cause d'enclave sur les parcelles cadastrées section AM n° 220 et 222 appartenant à Hélène F... et Eric E... motifs pris qu'ils pouvaient bénéficier d'un accès suffisant à l'impasse..., qui figure comme voie publique sur la liste dressée le 12 février 2002 par le conseil municipal de Dolus d'Oléron, tout en admettant que les exposants ne pouvaient emprunter cette voie qu'à la condition qu'elle soit aménagée par la commune pour permettre le passage des exposants et, en particulier, qu'il soit procédé à la suppression d'un trottoir, travaux qui demeuraient purement hypothétiques, les exposants ne disposant d'aucun titre pour réaliser ou imposer à l'administration la réalisation de tels aménagements à l'effet de désenclaver les parcelles dont ils sont propriétaires, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et ainsi violé l'article 682 du code civil ; 3°/ ALORS EN TOUT ETAT DE CAUSE QUE le propriétaire dont les fonds sont enclavés et qui n'a sur la voie publique aucune issue, ou qu'une issue insuffisante, soit pour l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale de sa propriété, soit pour la réalisation d'opérations de construction ou de lotissement, est fondé à réclamer sur les fonds de ses voisins un passage suffisant pour assurer la desserte complète de ses fonds, à charge d'une indemnité proportionnée au dommage qu'il peut occasionner ; qu'un fonds est enclavé comme ne bénéficiant pas d'un accès suffisant à la voie publique lorsque, d'une part, cet accès est impraticable et, d'autre part, que son aménagement engagerait des dépenses hors de proportion avec la valeur du fonds litigieux et l'usage qui en sera fait ; qu'en énonçant que les exposants bénéficiaient d'un passage suffisant par l'impasse... motifs pris que cet impasse comporte un trottoir qui peut être enlevé, qu'il se trouve encombré de plantations en pleine terre ou en bacs à fleurs qu'il serait aisé de retirer afin de la rendre accessible aux véhicules et aux piétons, et que sa largeur apparaît suffisante pour une exploitation normale des leurs parcelles par les exposants moyennant « ces minimes aménagements », la cour d'appel s'est prononcée en s'abstenant de s'interroger sur le coût de l'aménagement de la voie, et en particulier sur les dépenses liées à la suppression de tout un trottoir, ainsi que sur le caractère éventuellement disproportionné du coût de cette remise en état au regard de la valeur des propriétés des exposants ; qu'elle a ainsi privé sa décision de base légale au regard de l'article 682 du code civil.