Identifiant: JURITEXT000007451064

Métadonnées:
{"ancien_id": "IXCXCX2002X02X04X00133X062", "origine": "JURI", "url": "texte/juri/judi/JURI/TEXT/00/00/07/45/10/JURITEXT000007451064.xml", "nature": "ARRET", "titre": "Cour de Cassation, Chambre commerciale, du 12 février 2002, 00-13.362, Inédit", "date_decision": "2002-02-12 00:00:00", "juridiction": "Cour de cassation", "numero": "", "solution": "Rejet", "numero_affaire": "00-13362", "publie_bulletin": "non", "formation": "CHAMBRE_COMMERCIALE", "date_decision_attaquee": "2000-02-09", "juridiction_attaquee": "cour d'appel de Paris (4e chambre, section A) 2000-02-09", "siege_appel": "", "juridiction_premiere_instance": "", "lieu_premiere_instance": "", "demandeur": "", "defendeur": "", "president": "Président : M. DUMAS", "avocat_general": "", "avocats": "", "rapporteur": "", "ecli": "", "sommaire": "MARQUE DE FABRIQUE - Protection - Caractère distinctif. MARQUE DE FABRIQUE - Objet - Beurre \"tendre\"."}

Document juridique:
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, FINANCIERE ET ECONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant : Sur le pourvoi formé par : 1 / la société Elvir, société par actions simplifiées, dont le siège est 50890 Condé-sur-Vire, 2 / la Compagnie laitière européenne, société en commandite par actions, dont le siège est 50890 Condé-sur-Vire, en cassation d'un arrêt rendu le 9 février 2000 par la cour d'appel de Paris (4e chambre, section A), au profit de la société Bridel, société en nom collectif, dont le siège est ..., défenderesse à la cassation ; Les demanderesses invoquent, à l'appui de leur pourvoi, les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt ; LA COUR, composée selon l'article L. 131-6, alinéa 2, du Code de l'organisation judiciaire, en l'audience publique du 18 décembre 2001, où étaient présents : M. Dumas, président, M. Sémériva, conseiller référendaire rapporteur, M. Métivet, conseiller, Mme Moratille, greffier de chambre ; Sur le rapport de M. Sémériva, conseiller référendaire, les observations de la SCP Baraduc et Duhamel, avocat de la société Elvir et de la Compagnie laitière européenne, de Me Choucroy, avocat de la société Bridel, les conclusions de M. Jobard, avocat général, et après en avoir délibéré conformément à la loi ; Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 9 février 2000, n° 61), que les sociétés Compagnie laitière européenne (CLE) et Elvir ont assigné la société Bridel des chefs de contrefaçon de marques enregistrées en 1992 sous les numéros 92/405.820, 92/416.866, employant l'expression "beurre tendre", et de concurrence déloyale ; Sur le premier moyen : Attendu que les sociétés CLE et Elvir font grief à l'arrêt attaqué d'avoir dit que l'expression "beurre tendre" figurant dans la marque dénominative "Beurre tendre d'Elle & Vire" et dans la marque semi-figurative "Beurre tendre Elle & Vire" dont la société CLE est titulaire, ne constitue pas un élément protégeable isolément et qu'elle n'assure pas la distinctivité desdites marques, et d'avoir débouté en conséquence la société CLE de son action en contrefaçon intentée contre la société Bridel, alors, selon le moyen : 1 / que le caractère distinctif d'un signe de nature à constituer une marque s'apprécie à l'égard des produits ou services désignés ; que les marques déposées par la société CLE désignent les "beurres" ; qu'en décidant que la dénomination "Beurre tendre" n'était pas distinctive en se référant à l'utilisation du terme "tendre" dans le domaine alimentaire non désigné lors du dépôt, la cour d'appel a violé l'article L. 711-2 du Code de la propriété intellectuelle ; 2 / que sont dépourvus de caractère distinctif les signes ou dénominations pouvant servir à désigner une caractéristique du produit ou du service et notamment sa qualité ; qu'en décidant que la dénomination pouvait être dépourvue de caractère distinctif lorsqu'elle servait à désigner, non pas la qualité, c'est-à-dire la qualité essentielle et fondamentale du produit désigné, mais une des qualités du produit, la cour d'appel a violé l'article 711-2 b) du Code de la propriété intellectuelle ; Mais attendu, en premier lieu, qu'indépendamment des motifs critiqués par le pourvoi, l'arrêt constate que l'usage du terme "tendre" pour désigner une caractéristique du beurre apparaît dès 1991 dans une plaquette destinée au grand public et éditée par le Centre d'information des industries laitières et qu'il est également employé dans une base de données du CNRS datée de 1981 pour traduire la texture du beurre ; Attendu, en second lieu, que la cour d'appel, après avoir énoncé à bon droit qu'il n'est pas nécessaire, au regard de l'article L. 711-2 b) du Code de la propriété intellectuelle, que la dénomination composant la marque soit la seule à permettre de qualifier le produit et qu'il suffit qu'elle puisse servir à désigner une de ses qualités, puis constaté que l'adjectif "tendre" exprime bien une caractéristique du produit, a légalement justifié sa décision déniant le caractère distinctif de l'expression "beurre tendre" pour désigner un beurre facile à tartiner dès sa sortie du réfrigérateur ; D'où il suit que le moyen, qui manque en fait en sa première branche, n'est pas fondé pour le surplus ; Sur le deuxième moyen : Attendu que le pourvoi fait encore grief à l'arrêt attaqué d'avoir débouté la société CLE de son action en contrefaçon de la marque dénominative "Beurre tendre d'Elle & Vire" et de la marque semi-figurative "Beurre tendre d'Elle & Vire", alors, selon le moyen, qu'en s'abstenant de répondre aux conclusions de la société CLE faisant valoir qu'au sens de l'article L. 711-2 a) du Code de la propriété intellectuelle l'expression "Beurre tendre" n'est pas nécessaire, générique ou usuelle (concl. du 9 novembre 1999, p. 7 et 8), la cour d'appel a violé l'article 455 du nouveau Code de procédure civile ; Mais attendu que la cour d'appel, ayant écarté le caractère distinctif de la marque par application de l'article L. 711-2 b), n'était pas tenue de répondre à des conclusions que cette décision rendait inopérantes ; Et sur le troisième moyen : Attendu que le pourvoi reproche à l'arrêt attaqué d'avoir débouté la société Elvir de son action fondée sur la concurrence déloyale, alors, selon le moyen, que l'action en concurrence déloyale a pour objet de protéger celui qui ne peut pas se prévaloir d'un droit privatif ; qu'en décidant que l'usage de l'expression "beurre tendre", dénuée de tout pouvoir distinctif, n'est pas susceptible de constituer un acte fautif distinct de la contrefaçon, bien que, lorsque l'action en contrefaçon n'est pas admise, le demandeur soit en droit d'agir sur le fondement de la concurrence déloyale contre son concurrent, la cour d'appel a violé l'article 1382 du Code civil ; Mais attendu que l'arrêt, qui constate qu'il ne ressort pas de l'examen des conditionnements en cause une même impression d'ensemble de nature à engendrer un risque de confusion, et caractérise ainsi l'absence de toute faute dans la présentation des produits concurrents, est, par ce seul motif, légalement justifié ; que le moyen n'est pas fondé ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ; Condamne les sociétés Elvir et Compagnie laitière européenne aux dépens ; Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette les demandes formées par ces sociétés ; Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du douze février deux mille deux.