Pour éviter que les mouvements de l'eau dégradent les plages, rivages, rives, berges et autres bords de mers, de cours d'eau et lacs, ou donnent lieu à des apports d'éléments alluvionnaires, il est bien connu de construire des épis, des jetées, ou autres ouvrages similaires qui s'enfoncent dans l'eau sur des longueurs de plusieurs dizaines de mètres dans une direction perpendiculaire ou oblique à la côte ou à la berge, en fonction, d'une part, de la configuration de la côte et en fonction, d'autre part, de la direction des courants d'eau. Ces ouvrages consistent, soit en des massifs de béton, soit en des blocs de rocher entassés. Dans tous les cas ils sont onéreux. Ceux en béton nécessitent en effet ou la construction de coffrages dans l'eau, ou le transport d'éléments préfabriqués très lourds, depuis une centrale située parfois très loin. Quant à ceux en rocher, tel que celui illustré aux figures 1 et 2 du dessin annexé, ils nécessitent aussi des transports depuis des carrières, souvent très éloignées. Dans tous les cas, en outre, la mise en place des massifs en béton préfabriqué ou des rochers oblige à disposer sur place de puissants moyens de manutention. L'invention vise à écarter ces inconvénients. Elle a pour objet, à cet effet, un ouvrage constitué par de longs sacs ou manchons tubulaires réalisés en matériau textile qui sont garnis de sable et sont les uns superposés et les autres alignés. L'invention concerne cependant, en outre, le procédé de construction de tels ouvrage s, procédé grace auquel leur prix de revient est particulièrement économique par rapport à celui des ouvrages habituels. Ce procédé consiste en effet à réaliser des manchons tubulaires textiles dont une extrémité est fermée et dont l'autre est ouverte, mais est munie de moyens de fermeture, à mettre chaque manchon dans sa position définitive dans ou hors de l'eau, à le remplir de sable en introduisant à son intérieur, gracie à son extrémité ouverte, une émulsion d'eau et de sable prélevée dans la mer ou la rivière par une machine suceuse, et à fermer ladite extrémité ouverte lorsque le manchon est garni exclusivement de sable, l'eau étant, sous l'effet de la pression, passée de l'intérieur vers l'extérieur, au travers des mailles du manchon. Il est évident que chaque manchon doit se remplir progressivement mais complètement en sable. Pour ce faire, il est nécessaire que le sable garnisse le manchon à partir de son extrémité fermée. Ce résultat est atteint en introduisant la tubulure d'arrivée de l'émulsion d'eau et de sable à l'intérieur du manchon, en la faisant d'abord déboucher à proximité de son extrémité fermée, puis en exerçant progressivement une traction sur elle pour que l'admission de l'émulsion se fasse de plus en plus près de l'extrémité ouverte. Il est cependant évident que si la pression de refoulement est suffisante pour que le matériau soit éjecté avec assez de force vers le fond de manchon, il est possible de remplir ce dernier, en introduisant l'extrémité du tuyau de remplissage seulement dans l'entrée du manchon. Dans tous les cas, lorsque le sable s'est accumulé dans le manchon jusqu'à le garnir complètement après passage de l'eau au travers des mailles du manchon, le sable est emprisonné défistive- ment dans le manchon par fermeture de son extrémité ouverte, au moyen par exemple d'un cordon de tirage. L'essentiel est évidemment que le sable s'accumule bien dans le manchon et que l'eau dans laquelle le sable était émulsionné s'évacue aussi rapidement et aussi complètement que possible hors du manchon. Ce double but peut être atteint en mettant en oeuvre les moyens suivants pris séparément ou en combinaison : - une admission d'air comprimé dans le manchon, admission qui se fait au travers d'une canalisation parallèle à celle amenant l'émulsion d'eau et de sable; - une contexture du manchon textile telle que les grains de sable ne passent pas au travers des mailles du manchon, mais que l'eau puisse librement y passer; - et la constitution du manchon au moyen de deux manchons textiles concentriques de contextures différentes, celui intérieur ayant des mailles plus larges que celui extérieur. Il est enfin à noter, et c'est là une autre caractéristique de l'invention, que des moyens peuvent être prévus pour permettre au sable introduit dans les manchons constitutifs de l'ouvrage de prendre en masse. Dans ce but, du ciment est introduit dans la canalisation d'alimentation des manchons en eau et sable émulsionnés. Le ciment se mélange ainsi de façon homogène avec le sable et l'eau et il en résulte une progressive prise en masse à l'intérieur du manchon qui constitue finalement un bloc dur entièrement immergé ou partiellement immergé.Il est ainsi possible d'obtenir un ouvrage dur de construction économique et de grande robustesse aux courants marins, fluviaux ou autres, sans cependant que sa construction soit onéreuse, étant donné que les seuls éléments extérieurs à amener sur place sont les manchons textiles et le ciment, c'est-à-dire des éléments très facilement transportables et dont le volume est très réduit, l'élément essentiel qu'est le sable étant prélevé sur place. L'invention sera bien comprise d'ailleurs à l'aide de la description qui suit, en référence au dessin schématique annexé représentant à titre d'exemple non limitatif une forme d'exévution d'un ouvrage construit selon ce procédé. Dans ce dessin Figures 3 et 4 montrent cet ouvrage respectivement en perspective et en coupe suivant 4-4 de figure 3; Figure 5 est une vue en coupe longitudinale de l'un des manchons constitutifs de cet ouvrage au cours de son remplissage; Figure 6 est, à plus grande échelle, une vue partielle de son extrémité ouverte; Figure 7 en est, à encore plus grande échelle, une vue en coupe suivant 7-7 de figure 6. L'ouvrage représenté aux figures 3 et 4 est du type dit t'épi", au même titre que celui représenté aux figures 1 et 2. Ses effets sont les mêmes; mais sa construction est essentiellement différente. Un épi classique tel que celui représenté en figures 1 et 2 est en effet constitué par accumulation de blocs de rocher désignés par 1. Un épi conforme à l'invention est au contraire, comme le montrent les figures 3 et 4,constitué par empilage et alignement de manchons tubulaires 2. Chacun de ces manchons est réalisé en un matériau textile; et c'est ainsi que, comme le montrent les figures 5 à 7, il est avantageux de constituer chaque manchon par deuxnanchons individuels introduits l'un dans l'autre et désignés respectivement par 2a et par 2b.Ces deux manchons ne diffèrent avantageusement que par les dimensions des ouvertures de leurs mailles; les mailles du manchon intérieur 2b doivent en effet être plus ouvertes que celles du manchon extérieur 2a, afin que le manchon 2a retienne impérativement les grains de sable de très faible granulométrie, appelés "fines", ayant pu passer au travers du manchon intérieur 2b, mais que l'eau puisse aussi rapidement et aussi complètement que possible s'évacuer hors, non seulement du manchon intérieur 2b, mais aussi du manchon extérieur 2a. Les deux manchons 2a et 2b ont cependant un point commun, à savoir qu'ils sont tous deux fermés à une extrémité, cependant que leur autre extrémité est ouverte et comporte un cordon 2 permettant leur fermeture. Quant à la nature des manchons textiles, elle peut être quelconque. Il est cependant évident qu'il faut recourir à des matériaux résistant à l'humidité, aux rayons ultra-violets, au sel marin, au soleil,en particulier pour les sacs hors d'eau des rangées supérieures de l'ouvrage. Le manchon représenté à titre d'exemple aux figures 5 à 7 est, comme il a été indiqué ci-dessus, constitué par deux manchons concentrique s; mais il est important de noter que cela n'est pas une nécessité. Si en effet deux manchons concentriques de différentes ouvertures de mailles sont nécessaires lorsque le sable en émulsion dans l'eau est constitué par des particules de sable de dimensions très variées, il est par contre suffisant d'utiliser un manchon unique lorsque le sable en émulsion dans l'eau ne comporte que des particules d'assez fortes dimensions, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de sable très grossier. Dans un cas comme dans l'autre, le processus de remplissage des manchons pour la construction d'un épi conforme à celui représenté aux figures 3 et 4 est le même. il suffit en effet d'introduire l'émulsion d'eau et de sable à l'intérieur de chaque manchon. L'admission de cette émulsion dans le manchon, par exemple celui complexe 2a - 2b de figure 5, se fait grâce à une canalisation souple 4 issue d'une machine suceuse aspirant le sable et l'eau dans la zone maritime ou fluviale dans laquelle doit être construit l'épi. C'est donc par la canalisation 4 que la suceuse refoule l'émulsion d'eau et de sable dans le manchon 2a - 2b, comme le montre la figure 5.Pour obliger le sable à garnir le manchon à partir de son extrémité fermée, il est d'ailleurs avantageux d'associer à la canalisation 4 d'introduction de l'émulsion d'eau et de sable, une canalisation 2 d'air comprimé, cette canalisation débouchant avantageusement en deça de la canalisation 4.Au fur et à mesure du garnissage du manchon 2a - 2b en sable, les deux canalisations 4 et 5 sont progressivement retirées hors du manchon 2a - 2b,et lorsque ce manchon est entièrement garni de sable, lteau dans laquelle le sable était en émulsion étant, sous l'effet de la pression, passée au travers des mailles du manchon, les dèux canalisations 4 et 2 sont entièrement retirées hors du manchon, et ce dernier est définitivement fermé par traction et nouage du cordon ;. il est évident que la construction d'un épi ou de tout autre ouvrage au moyen de tels manchons garnis de sable se fait en commençant par les manchons qui sont situés à la base et ont une extrémité sur le rivage C'est seulement lorsque les manchons constituant la base de l'ouvrage ont été mis en place que peuvent ensuite être superposés et remplis les manchons de la deuxième rangée supérieure et ainsi de suite. Les manchons tubulaires peuvent avoir une longueur quelconque, et c'est ainsi qu'ils peuvent être prévus avec une longueur égale à celle de l'ouvrage à construire. Dans le cas d'ouvrages de grandes longueurs, il est cependant possible d'aligner bout à bout des manchons, comme c'est d'ailleurs le cas pour l'épi représenté à la figure 3. Enfin, comme il va de soi et comme il ressort d'ailleurs déjà de ce qui a été dit, l'invention ne se limite ni à la seule forme de construction de l'ouvrage représenté au dessin, ni au seul mode de constitution des manchons tels qu'ils ont été ci-dessus indiqués; elle en embrasse, au contraire,toutes les variantes, quel que soit bien entendu le matériel utilisé pour amener dans chaque manchon l'émulsion d'eau et de sable. REVEND WÂTI0N 1.- Epi, jetée ou autre ouvrage maritime ou fluvial, caractérisé en ce qu'il est constitué par de longs sacs ou manchons tubulaires réalisés en matériau textile qui sont garnis de sable et sont les uns superposés et les autres alignés. 2.- Procédé de construction d'un ouvrage selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'il consiste à réaliser des manchons tubulaires textiles dont une extrémité est fermée et dont l'autre est ouverte, mais est munie de moyens de fermeture, à mettre chaque manchon dans sa position définitive dans ou hors de l'eau, à le remplir de sable en introduisant à son intérieur, grâce à son extrémité ouverte, une émulsion d'eau et de sable prélevée dans la mer ou la rivière par une machine suceuse, et à feraer ladite extrémité ouverte lorsque le manchon est garni exclusivement de sable, l'eau étant, sous l'effet de la pression, passée de l'intérieur vers l'extérieur, au travers des mailles du manchon. 3.- Procédé de construction d'un ouvrage selon la revendication 2, caractérisé en ce qu'il consiste à introduire la tubulure d'arrivée de l'émulsion d'eau et de sable à l'intérieur du manchon, en la faisant d'abourd déboucher à proximité de son extrémité fermée, à déclencher l'alimentation en émulsion d'eau et de sable, à exercer progressivement une traction sur la tubulure précitée pour que l'admission de l'émulsion se fasse de plus en plus près de l'extrémité ouverte, à dégager ladite tubulure hors du manchon lorsqu'il est rempli de sable et à fermer l'extrémité ouverte dudit manchon au moyen par exemple d'un cordon de tirage. 4.- Procédé de construction d'un ouvrage selon les revendications 2 et 3, caractérisé en ce que de l'air comprimé est admis simultanément dans l'émulsion d'eau et de sable dans le manchon, au travers d'une canalisation parallèle à celle amenant cette émulsion. 5.- Procédé de construction d'un ouvrage selon l'une quelconque des revendications 2 à 4, caractérisé en ce que chaque manchon est constitué de deux manchons textiles concentriques de contextures différentes, celui intérieur ayant des mailles plus larges que celui extérieur. 6.- Procédé de construction d'un ouvrage selon l'une quelconque des revendications 2 à 5, caractérisé en ce que dans la canalisation d'alimentation en émulsion d'eau et de sable est introduit du ciment, afin que le mélange eau, sable et ciment prenne en masse à l'intérieur du manchon.