L'invention a pour objet un agent et un procede améliorant l'alimentation des animaux préruminants, notamment du veau préruminant. Elle vise aussi, en tant que produits industriels nouveaux, les compositions et présentationsincorporant le susdit agent. L'alimentation au lait naturel des jeunes préruminants est de plus en plus remplacée par l'allaitement artificiel. La poudre de lait artificiel est un mélange équilibré à base de poudre de lait écrémé, de matières grasses, d'hydrates de carbone et d'autres composants nécessaires pour favoriser la croissance des animaux préruminants. Les animaux dits préruminants ont une anatomie et une physiologie digestive d'animaux monogastriques. Ils possèdent à leur naissance les quatre réservoirs gastriques du ruminant adulte, à savoir le rumen, le réseau, le feuillet et la caillette. Leur oesophage se prolonge toutefois jusqu'au feuillet par ce qui est appelé la gouttière oesophagienne, conduit demi-cylindrique dont les lèves sont tournées vers le bas au-dessus du rumen. Ces lèves, en se contractant, se rapprochent et la gouttière prend alors la forme d'un conduit cylindrique qui relie directement l'oesophage à la caillette en courtcircuitant le rumen et en conférant ainsi au prérumihant une physiologie de monogastrique. Cette physiologie doit impérativement être conservée pour obtenir le meilleur rendement au moment de l'engraissement des animaux préruminants. I1 est donc nécessaire d'éviter tous aliments et additifs qui pourraient perturber la fermeture de la gouttière oesophagienne. Les lipides constituent généralement la principale source d'énergie de l'alimentation du préruminant, représentant de 35 à 50 % des calories totales. Or, on sait que la bile joue un rôle très important dans la digestion et l'absorption des matières grasses ; elle élève le pH du contenu intestinal en le rapprochant du pH optimum d'activité de la lipase pancréatique; I1 se trouve que les animaux préruminants tels que le veau de boucherie, sont souvent des suralimentés chroniques dont le foie est soumis à des efforts particuliers de par la quantité d'aliment ingéré et aussi de par la qualité de la matière grasse utilisée. L'invention avait donc pour but, surtout, de fournir aux éleveurs un procédé et un agent facilitant la sécrétion biliaire sans perturber la fermeture de la gouttière oesophagienne, en d'autres termes a-méliorant l'alimentation du préruminant. Or, la Société demanderesse a eu le mérite de trouver que le sorbitol, connu comme régulateur des fonctions biliaires et pancréatiques chez l'homme, pouvait jouer de façon inattendue et surprenante le rôle d'agent cholagogue chez les animaux préruminants, notamment chez le veau, en dépit de l'anatomie particulière de ces animaux et sans perturber le réflexe de fermeture de la gouttière oesophagienne. Il s'ensuit que l'agent d'amélioration de l'alimentation du préruminant est constitué par du sorbitol sous forme de poudre ou de solution ou par du sorbitol en tant que constituant principal d'un hydrolysat d'amidon hydrogéné, ce sorbitol ainsi que les éventuels autres constituants de l'hydrolysat pouvant être fixés sur un support, le sorbitol mis en oeuvre répondant en outre aux critères de pureté 420 I et II établis par le Conseil des Communautés Européennes pour les agents émulsifiants, stabilisants, épaississants et gélifiants pouvant être employés dans les denrées alimentaires (directive 78/663/CEE du 25.7.1978). Les susdits critères de pureté prévoient que, dans le matériau apportant le sorbitol, celui-ci est présent à raison d'au moins 71 % exprimé sur la matière sèche. Le procédé, selon l'invention, d'amélioration de l'alimentation du préruminant est caractérisé par le fait que l'on ajoute à l'aliment de celui-ci une proportion efficace de sorbitol apporté par le susdit agent. Le produit industriel conforme à l'invention est constitué par l'aliment du préruminant comportant une proportion efficace de sorbitol apporté par le susdit agent. Suivant un mode de réalisation avantageux du susdit procédé, le sorbitol est mis en oeuvre à raison d'environ 3 à 15 g, de préférence d'environ 10 g par ration alimentaire quotidienne. Suivant un mode de réalisation avantageux du susdit pro duit industriel constitué par l'aliment du préruminant, celui-ci comporte une proportion de 0,1 à 2 %, de préférence d'environ 0,3 % de sorbitol. L'utilisation, conforme à l'invention, du sorbitol comme agent cholagogue dans l'alimentation des animaux préruminants entraîne une augmentation de la sécrétion biliaire d'où amélioration de l'activité de la lipase pancréatique et accroissement de la proportion de sels biliaires qui favorisent le passage des produits de digestion des lipides dans la muqueuse intestinale. L'amélioration des performances, rappelées ci-après, réalisées sur des veaux de boucherie recevant du sorbitol est une conséquence de cette augmentation de la sécrétion biliaire - gain moyen quotidien légèrement plus élevé, - indice de consommation légèrement plus bas, - dépôts adipeux moins colorés, - meilleur état sanitaire en cours d'essai. On indique à ce propos que - le gain quotidien moyen, facteur le plus important techniquement et économiquement, est obtenu en divisant l'accroissement total du poids en g par le nombre de jours d'engraissement il est plus élevé pour les veaux recevant du sorbitol conformément à l'invention :: - l'indice de consommation, facteur économique très important, est le rapport de la quantité d'aliment ingéré sur l'accroissement de poids ; il est plus bas pour les veaux recevant du sorbitol conformément à l'invention - l'entourage graisseux du tissu- musculaire est très apprécié par l'utilisateur car la viande de ueau est très sèche la graisse doit être blanche satinée les les veaux recevant du sor- bitol conformément à l'invention présentent une graisse plus blanche que celle des veaux témoins ; - l'étant sanitaire des veaux est nettement amélioré avec l'addition de sorbitol. Le support sur lequel peut être fixé le sorbitol (ainsi que les autres composants éventuels de l'hydrolysat dont ce sorbitol peut être une partie constitutive) administré selon l'invention aux préruminants peut être choisi dans le groupe comprenant les amidons, les malto-dextrines, les protéines végétales ou animales ainsi que les protéines de synthèse, la poudre de lait, les lactosérums, les prémélanges gras et autres produits équiva lents. La fixation est effectuée de préférence par mise en oeuvre du procédé qui fait l'objet de la demande de brevet déposée le 23 janvier 1979 par la Société demanderesse sous le titre "Produit comportant les constituants des hydrolysats d'amidon hydrogénés et notamment le sorbitol, son procédé de préparation et ses applications". L'administration de l'agent conforme à l'invention peut se faire par mélange avec les autres constituants de la ration ali mentaire du préruminant au moment des repas de celui-ci ; il est également possible de prévoir des mélanges prêts à l'usage et comportant, outre ledit agent, au moins certains des constituants de ladite ration alimentaire, voire tous. L'invention pourra être encore mieux comprise à l'aide des exemples qui suivent et qui sont relatifs à des modes de réalisation avantageux. EXEMPLE 1 Administration de sorbitol poudre (pureté : 98 %) à des veaux fistulés. Les essais ont été réalisés sur des veaux dits "fistules" c' est-à-dire munis d'un système de prélèvement de la bile au niveau du canal cholédoque. La mesure du débit biliaire a été réalisée de façon continue grâce à un système automatique, mis au point sous la responsabilité de M. Thivend - I.N.R.A. (Station de Recherches sur l'élevage des ruminants - Domaine expérimental de Theix), permettant de prélever la totalité de la bile et de la réintroduire à l'animal après avoir soustrait une partie adéquate pour le dosage de la matière sèche et des sels minéraux contenus. Les animaux ont été alimentés avec du lait de vache, en fonction de leur âge et de leur appétit à raison de deux repas par jour. Le sorbitol a été ajouté dans le lait à raison de 5 g par repas, soit 10 g par jour. Comme le montrent les résultats du tableau I, l'administration du sorbitol a provoqué une augmentation importante du débit de la sécrétion biliaire : 166 ml/h contre 13 ml/h pour un veau ne recevant pas de sorbitol. TABLEAU I Débit de la sécrétion biliaire en ml/heure Temps après le repas Veau recevant 5 g de Témoin sorbitol par repas 1 h 129 185 2 h 82 94 3 h 108 94 4 h 138 137 5 h 174 205 6 h 208 239 7 h 166. 216 Débit moyen 139 166 En plus du débit de la sécrétion biliaire, on a déterminé les quantités de sels minéraux excrétés par les animaux. L'augmentation de cette excrétion est de l'ordre de 10 à 20 % ; les résultats sont repris dans le tableau II et montrent que le sorbitol a un effet positif sur l'excrétion des sels biliaires. TABLEAU II Sels minéraux excrétés dans la bile [mg/heure) Cations divers Veau recevant 5 g de Témoin sorbitol par repas Ca 8.74 9,90 Na 0,53 0,63 2,27 2,61 K 36,59 44,87 Fe 0,036 0,043 Les calculs ont été réalisés sur le débit moyen horaire, calculé pendant les 4 heures de prélèvement. De ces deux expériences, il résulte que le sorbitol agit comme agent cholagogue. EXEMPLE, 2 On a procédé comme dans l'exemple 1. On a toutefois diminué la quantité de sorbitol pur administrée en ajoutant le sorbitol sous forme de sirop contenant 71 % de d-sorbitol exprimé sur matière sèche [E 420 II] de sorte que la quantité de sorbitol délivrée soit de 3 g par repas au lieu de 5. Les résultats obtenus sont rapportés dans les tableaux III et IV, respectivement analogues aux tableaux I et Il. TABLEAU III Débit de la sécrétion biliaire en ml/heure Veau recevant 3 g de Témoin sorbital par repas Débit moyen TABLEAU IV Sels minéraux excrétés dans la bile (mg/heure) Cations divers Veau Veau recevant 3 g de sorbitol par repas Ca 7,23 9,33 Na 0,40 0,45 Mg 2,27 2,36 K 26,67 33,96 Fe 0,031 0,037 Comme dans l'exemple 1, les remarques sont les mêmes - augmentation du débit de la sécrétion biliaire, - augmentation de l'excrétion des sels biliaires. Les calculs ont été réalisés sur le débit moyen horaire, calculé pendant les 4 heures de prélèvement. EXEMPLE 3 Sorbitol fixé par prégélatinisation sur un amidon de maïs. A une suspension d'amidon de mais d'une concentration d'environ 40 % en poids, on mélange par kg d'amidon sec 280 g d'un sirop de sorbitol à 70% d'extrait sec et contenant 91 % de d-sorbitol exprimé sur matière sèche, obtenu par hydrogénation d'un hydrolysat d'amidon. Cette suspension par passage sur des cylindres de séchage à une pression de vapeur d'environ 10 bars et à une vitesse de rotation de 6 tours/minute, donne un amidon gonflant prégélatinisé contenant 15 % de sorbitol environ. Ce sorbitol ainsi fixé a été administré aux animaux dans ùn aliment d'allaitement expérimental comparé à un aliment témoin ne contenant pas de sorbitol. Les essais ont été réalisés sur 100 veaux répartis en 2 lots de 50 veaux chacun. Les aliments distribués avaient la composition suivante a) pour la période de croissance Témoin Expérimental en en poids) (% en poids) Poudre de lait spray- 71 71 Lipides (suif) 20 20 Dextrose 2 2 Amidon de mais coagulant 3 3 Amidon de maïs prégel 2 fi Amidon de mais prégel (dont sorbitol + sorbitol fixé 0 2 ( 0,3 % Condiment minéral vitaminé 2 2 b) pour la période de "finition" Témoin Expérimental t% en poids) t% en poids) Poudre des lait spray 66 66 Lipides (suif) 20 20 Dextrose 2 2 Malto-dextrine 5 5 Amidon de mais coagulant 3 3 Amidon de màis prégel 2 0 Amidon de mals prégel ( dont sorbitol + sorbitol fixé 0 2 ( 0,3 % Condiment minéral vitaminé 2 2 Les résultats enregistrés réunis dans le tableau V montrent une amélioration sensible du gain moyen quotidien et de l'indice de consommation pour les veaux recevant du sorbitol. Lors de l'abattage, on a remarqué pour ces derniers des dépôts adipeux moins colorés. TABLEAU V Veau recevant Témoin du sorbitol Poids de départ 46,8 kg 46,6 kg Poids final 143,6 kg 145,4 kg Accroissement de poids 96,8 kg 98,6 kg Poids carcasse 91,7 kg 91,6 kg Rendement * 63,8 % 63)0 % Gain moyen quotidien 1181 g 1207 g Indice de consommation 1,54 1,52 Pourcentage de veaux à viande blanche qualité Extra) 90 % 91 % Pourcentage de veaux à viande légèrement colorée 10 % 9 % (qualité 13 Mortalité 1 % 1 % Rendement = rapport du poids carcasse sur le poids final. L'ensemble de ces remarques prouve donc bien que, là encore, le sorbitol joue bien son rôle d'agent cholagogue sans entraver la fermeture de la gouttière oesophagienne. Ceci étant, quel que soit le mode de réalisation adopté, on dispose ainsi d'un agent et d'un procédé d'amélioration de l'alimentation de l'animal préruminant dont les caractéristiques et avantages résultent clairement de ce qui précède. Comme il va de soi et comme il résulte d-'ailleurs déjà de ce qui précède, l'invention ne se limite nullement à ceux de ses modes d'application et de réalisation qui ont été plus particulièrement envisagés , elle en embrasse, au contraire, toutes les variantes. REVENDICATIONS 1. Agent d'amélioration de l'alimentation du préruminant caractérisé par le fait qu'il est constitué par du sorbitol sous forme de poudre ou de solution ou par du sorbitol en tant que constituant principal d'un hydrolysat d'amidon hydrogéné, ce sorbitol ainsi que les éventuels autres constituants de l'hydrolysat pouvant être fixés sur un support, le sorbitol mis on oeuvre répondant aux critères de pureté 420 I et II établis par le Conseil des Communautés Européennes pour les agents émulsifiants, stabilisants, épaississants et gélifiants pouvant être employés dans les denrées alimentaires (directive 78/663/CEE du 25.7.1978). 2. Procédé d'amélioration de l'alimentation du préruminant, caractérisé par le fait que l'on ajoute à 11 aliment de celui-ci une proportion efficace de sorbitol apporté par l'agent selon la revendication 1. 3. Produit industriel constitué par l'aliment du préruminant comportant une proportion efficace de sorbitol apporté par l'agent selon la revendication 1. 4. Procédé selon la revendication 2, caractérisé par le fait que le sorbitol est mis en oeuvre à raison d'environ 3 à 20 g par ration alimentaire quotidienne. 5. Procédé selon la revendication 2, caractérisé par le fait que le sorbitol est mis en oeuvre à raison d'environ 10 g par ration alimentaire quotidienne. 6. Produit industriel selon la revendication 3, caractérisé par le fait qu'il est constitué par l'aliment du préruminant comportant une proportion de 0,1 à 2 % de sorbitol. 7. Produit industriel selon la revendication 3, caractérisé par le fait qu'il est constitué par l'aliment du préruminant comportant une proportion de 0,3 % de sorbitol.