La présente invention concerne l'inhibition de la croissance de champignons, et elle est particulièrement applicable à la maîtrise du champignon responsable de la pourriture sèche. Jusqu'à présent, l'éradication de la pourriture sèche a nécessité un traitement énergique de la structure d'édifices contenant l'infestation, car le champignon peut croître de façon extensive à partir d'une base d'alimentation en bois, en pénétrant dans le plâtre et dans la maçonnerie de briques, en vue d'atteindre d'autres sources de matières nutritives. Il vient d'être trouvé que l'on peut inhiber la croissance du champignon responsable de la pourriture sèche et d'autres champignons en des sites inaccessibles d'édifices et de bâtiments, par l'application de certaines substances au mycélium exposé ou à la base d'alimentation Ces substances et certaines autres sont également intéressantes pour la préservation des bases d'alimentation à l'encontre d'une infestation fongique. Selon la présente invention, un procédé destiné à inhiber la croissance d'un champignon capable de croître sur une surface de matières non nutritives consiste à traiter le mycélium du champignon ou une base d'alimentation, sur laquel- le le mycélium est capable de croître, à l'aide d'une substan- ce azotée choisie parmi les substances qui sont transportées au sein du mycélium ou absorbées par le mycélium ou bien à la fois absorbées et transportées, et qui ne sont pas utilisées par le champignon pour sa croissance lorsque ladite substance constitue la seule source d'azote fournie au champignon. En général, les substances azotées sont à la fois absorbées et transportées, mais des substances qui sont absorbées par le mycélium et ne sont pas transportées au sein de celui-ci peuvent efficacement préserver des bases d'alimen- tation à l'encontre d'une infestation. La présente invention est particulièrement applica- ble au traitement du bois, ce qui comprend le bois sur pied et les souches d'arbres, que ce bois soit infesté ou ne le soit pas, auquel cas le traitement est, bien entendu, préventif. La maîtrise des champignons responsables de la pourriture sèche, notamment Serpula lacrimans, et la maîtrise de Armillaria mellea (Armillariella mellea) et des Basidiomycete qui infestent le bois sont particulièrement intéressantes. La présente invention peut également trouver une application, par exemple, pour le traitement et la préserva- tion de lentilles d'appareils de photographie, de caméras et d'un autre type d'équipement optique, sur lesquelles des champignons peuvent s'étaler, à partir d'une base d'alimenta- tion située dans le boîtier de la lentille, en exerçant sur celle-ci un effet destructeur. Il va de soi que l'aptitude d'une substance donnée pour une application peut être établie par des essais indiquant si ladite substance n'est pas métabolisée par le mycélium d'un champignon particulier et est transportée au sein de ce mycélium Ainsi, on peut faire croître ou cultiver séparément des échantillons du champignon, dans des conditions par ailleurs identiques: (a) en l'absence de toute source d'azote, (b) en l'absence de toute source d'azote autre que la substance donnée, et (c) en présence d'une seule source bien connue d'azote métabolisable. Lorsque la croissance obtenue selon (b) est iden- tique à celle obtenue selon (a) et inférieure à celle obtenue selon (c), la substance n'est pas métabolisée et elle convient pour servir dans le présent procédé, à la condition qu'un transport se produise bien au sein du mycélium On peut faci- lement démontrer l'existence d'un transport en laissant une absorption de la substance se produire en une région du mycé- lium et en décelant la substance (par exemple en utilisant les techniques analytiques sensibles, comme la chromatographie) en une seconde région du mycélium éloignée de la-région d'absorption. La substance azotée est avantageusement hydrosolu- ble, non toxique et non corrosive, et elle est de préférence un aminoacide naturel ou synthétique non métabolisable (typi- quement un aminoacide non protéique) ou est un analogue structurel d'un aminoacide naturel, sous forme libre ou sous forme d'un dérivé simple tel qu'un sel, par exemple un sel de métal alcalin, habituellement un sel de sodium ou de potas- sium ou un sel d'acide Les structures moléculaires de tels analogues, qui agissent généralement comme des inhibiteurs du métabolisme (c'est-à-dire des anti-métabolites ou des composés qui inhibent la croissance par compétition pour l'azote utilisable en un point de croissance du mycélium fongique) peuvent habituellement être obtenues à partir des structures des aminoacides naturels par addition et/ou rempla- cement-d'un seul groupe Un tel groupe consiste généralement en pas plus de 25 atomes et peut être par exemple un groupe alkyle en C 1- C 6, un groupe aromatique, par exemple aryle, un groupe hydroxyle, sulfoxyde, acide sulfonique, halogéno ou nitro La substance peut être un antagoniste métabolique de la glutamine ou de l'acide glutamique, par exemple le DL méthionine sulfoxyde, CH 3 CH 2 CH 2 CH(NH 2)CO 2 H ou, par exemple le chlorhydrate de S -hydroxylysine, NH 2-CH 2-CHOH- CH 2 CH 2 CH(Nli 2)Co 21 H 1 Icl ou de l'acide aspartique, de l'alanine ou de la glycine L'acide aminoisobutyrique, (CH 3)2 C(NH 2)C 02 H, qui est inodore, incolore et non corrosif, ou son sel d'amine, par exemple le chlorhydrate, ou un sel de métal alcalin de ce composé, est particulièrement préféré, notamment lorsqu'il s'agit d'inhiber la croissance de S. lacrimans. La substance azotée est habituellement appliquée sous forme d'une peinture ou d'une pulvérisation sur le mycélium ou sur la base d'alimentation infestée ou non infestéE ou bien, dans le cas du bois non infesté, par trempage du bois dans une solution ou dispersion de la substance dans un milieu liquide, qui est de préférence aqueux Il peut s'avé- rer avantageux de mélanger la substance azotée ave une source d'énergie, qui est généralement un "hydrate de carbone" et typiquement un sucre pour favoriser l'absorption de la substance par le mycélium En variante ou en outre, la substance azotée peut être mélangée à un ou plusieurs agents de promotion de croissance, par exemple des sources de matières minérales, afin d'augmenter la surface spécifique de contact du mycélium exposée au traitement. Selon un autre aspect de la présente invention, une composition destinée à inhiber la croissance d'un champi- gnon capable de croître sur une surface non nutritive comprend une substance azotée qui est transportée au sein du mycélium du champignon et n'est pas utilisée par ce champignon pour sa croissance lorsque la substance constitue la seule source d'azote fournie au'champignon, la substance étant combinée à (a) une source d'énergie qui favorise l'absorption de la substance par le mycélium, et/ou (b) un agent favorisant la croissance ("agent de croissance") qui augmente la surface spécifique de contact du mycélium. Des sources convenables d'énergie comprennent, par exemple, du monosaccharide ou des disaccharides comme du saccharose, ou des polysaccharides comme de la cellulose, et des agents convenables pour favoriser la croissance comprennent des flavonoîdes et des matières minérales comme du magnésium, du potassium, du fer, des sulfates et des phosphates, par exemple KH 2 PO 4 La substance azotée ne repré- sente généralement pas plus de 10 %D, et habituellement pas plus de 1 %, du poids de la composition appliquée; la source d'énergie est généralement présente en une concentration non supérieure à 20 %, bien que l'on préfère une concentration non supérieure à 10 %, et qu'une concentration non supérieure à 3 %O soit typique La concentration de la source de matières minérales n'est habituellement pas supérieure à 0,5 % en poids. La substance azotée est généralement appliquée sous forme dissoute ou dispersée dans un milieu liquide, mais cette substance peut, pour diminuer les frais de transport et autres frais, être emballée sous forme d'un concentré, par exemple sous forme d'une poudre seule ou en mélange avec un ou plusieurs produits choisis parmi une source d'énergie et un agent favorisant la croissance L'addition d'une quantité convenable d'un solvant ou dispersant, qui est habituellement de l'eau, produit alors une composition convenant pour 1 ' applicatioui Lu uoniuvitré en cause peut ainsi comprendre la substance azotée et la source d'énergie en des quantités relatives telles qu'après dispersion ou dissolution dans un solvant, la concentration de la source d'énergie excède la concentration de la base azotée. L'invention est illustrée par les exemples non limitatifs suivants EXEMPLE 1 Inhibition de la croissance de S lacrimans par l'acide aminoisobutyrique. On laisse un mycélium de S lacrimans effectuer une croissance radiale, à partir d'un disque de gélose à 1 % de malt, sur la surface sèche d'une boîte de Petri par ailleurs vide Lorsque la colonie a un diamètre de 17,5 mm, on ajoute à la gélose de l'acide aminoisobutyrique (AIB) en une concen- tration de 10 % en poids Les résultats obtenus sont présentés sur le tableau 1 avec ceux obtenus dans le cas d'un témoin pour lequel il n'y a pas eu d'addition de AIB. TABLEAU 1 Temps (semaines) Diamètre de colonie Diamètre de colonie (Pas de AIB) (avec addition de AIB) mm mm- O 18 17 1 35 18 2 43 18 3 50 18 EXEMPLE 2 Traitement par AIB d'un bois infesté On établit du mycélium de S lacrimans sur des blocs de bois et on le laisse croître à partir de ces blocs sur une surface non nutritive On ajoute ensuite sur les blocs 0,2 ml d'une solution aqueuse contenant par ml 100 mg de AIB, ce qui provoque une inhibition de croissance persis- tant pendant trois mois au moins sur le bord du mycélium à cm du point d'application. EXEMPLE 3 Effet d'inhibition, par AIB de l'étalement d'un mycélium à partir d'une base d'alimentation en bois On vérifie l'effet de l'addition de AIB à des colonies de S lacrimans,basées sur du bois, en utilisant le même dispositif qu'à l'exemple 1, mais en remplaçant le disque de gélose ou agar agar colonisé et placé au centre d'une boîte vide par un bloc de bois colonisé Lorsque le mycélium a commencé à s'étaler à partir du bois sur la base de la boîte, on ajoute à la moitié des plaques 0,2 ml d'une solu- tion contenant par ml 100 mg de AIB. Résultats obtenus: Augmentation de croissance (en cm 2) dans les 7 mois qui ont suivi l'addition de la solution d'inhibition Essai Avec traitement par AIB Témoins (pas d'inhi- biteur) 1 20,9 70,5 2 27,6 74,6 3 17,9 55,2 Pourcentage d'augmentation de surface (en cm 2) en une période de 7 mois: Essai Avec traitement par AIB Témoins (pas d'inhi- biteur 1 37,6 65,9 2 40,9 59,0 3 34,3 50,4 On voit que AIB diminue l'étalement à partir d'une base d'alimentation en bois Le mycélium se trouvant sur les blocs traités reste vivant, mais sa vitesse de propagation diminue, ce qui montre que AIB influe sur la croissance à une certaine distance du point d'application. EXEMPLE 4 Effet d'inhibition, par le DL méthionine sulfoxyde (MS), de la croissance du mycélium à partir d'une base alimentaire en gélose On laisse du mycélium de 5 lacrimans croître radia- lement à partir de disques de gélose à 1 % de malt sur la surface sèche de boîtes de Petri par ailleurs vides Après 7 jours, on ajoute à plusieurs disques 0,05 ml d'une solution aqueuse de MS, à la concentration de 10 mg/ml, tout en laissant certains autres disques non traités servir de témoins. Les résultats obtenus sont présentés au tableau II * 2509578 TABLEAU II Nombre de jours Diamètre des colonies Diamètre des colonies après l'inocula (cm) traitées (cm) non traitées tion 7 22 22 9 17,4 24,4 13 18,1 26,2 19,1 27,8 EXEMPLE 5 On réalise un mode opératoire semblable à celui de l'exemple 4, sauf que l'on augmente la concentation de MS pour la porter à 240 mg pap ml Vingt jours après l'inocu- lation, le diamètre moyen de la colonnie traitée est de 21,7 + 1,5 cm, alors que le diamètre moyen de la colonie non traitée est de 25 + 2,5 cm Il va de soi que, sans sortir du cadre de l'invention, de nombreuses modifications peuvent être apportées au procédé et à la composition pour inhiber la croissance d'un champignon capable de croître sur une surface non nutri- tive. REVENDICATIONS 1 Procédé pour inhiber la croissance d'un champignon capable de croître sur une surface non nutritive, procédé caractérisé en ce qu'on traite le mycélium fongique, ou une base d'alimentation sur laquelle le mycélium est capable de croître, par une substance azotée choisie parmi les substances qui sont transportées au sein du mycélium ou absorbées par le mycélium ou à la fois absorbées et transpor- tées par ce mycéliumret qui ne sont pas utilisées par le champignon pour sa croissance lorsque ladite substance consti- tue la seule source d'azote fournie au champignon. 2 Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la substance azotée est absorbée par le mycélium et également transportée au sein de celui-ci - 3 Procédé selon l'une des revendications 1 et 2, caractérisé en ce qu'on traite une base d'alimentation en bois par la substance azotée. 4 Procédé selon l'une quelconque des revendica- tions précédentes, caractérisé en ce que le mycélium fongique est celui de Serpula lacrimans, de Armillaria mellea ou d'un Basidiomycete qui infeste le bois. Procédé selon l'une quelconque des revendi- cations précédentes, caractérisé en ce que la substance azotée est un aminoacide naturel ou synthétique ou un analogue structurel d'un aminoacide naturel, sous forme libre ou sous forme d'un sel. 6 Procédé selon la revendication 5, caractérisé en ce que la substance azotée est un aminoacide naturel non protéique, sous forme libre ou sous forme d'un sel. 7 Procédé selon la revendication 5, caractérisé en ce que la substance azotée est un analogue d'un aminoacide naturel, que l'on peut obtenir à partir de cet acide par addition ou remplacement d'un seul groupe dans ledit acide par un groupe consistant en pas plus de 25 atomes de carbone, sous forme libre ou sous forme d'un sel. 8 Proced 6 Celon la revendication 7, caractérisé en ce que le groupe est un groupe alkyle en C C un groupe 1 a 6 a aromatique ou un groupe hydroxyle-, sulfoxyde, acide sulfonique, halogéno ou nitro. 9 Procédé selon la revendication 5, caractérisé en ce que la substance azotée est un antagoniste métabolique de la glutamine, de l'acide glutamique, de l'acide aspartique, de l'alanine ou de la glycine. Procédé selon la revendication 9, caractéri- sé en ce que la substance azotée est le DL-méthionine-sulfo- xyde ou le chlorhydrate de 8 -hydroxylysine. 11 Procédé selon la revendication 5, caracté- risé en ce que la substance azotée est l'acide aminoisobuty- rique, (CH 3)2 C(NH)2 C 02 H sous forme libre ou sous forme d'un sel. 12 Procédé pour inhiber la croissance de Serpula lacrimans, de Armillaria mellea ou d'un Basidiomycete infestant le bois, sur une base d'alimentation en bois, procédé caractérisé en ce qu'on traite le mycélium fongique ou la base d'alimentation par l'acide aminoisobutyrique, composé de formule (CH 3)2 C(NH 2)CO 2 H. 13 Composition pour inhiber la croissance d'un champignon capable de croître sur une surface non nutritive, composition caractérisée cri ce qu'elle comporte une substance azotée qui subit un transport au sein de mycelium du champi- gnon et qui n'est pas utilisée par ce champignon pour sa croissance lorsque la substance constitue la seule source d'azote fournie au champignon, cette substance étant combinée avec (a) une source d'énergie qui favorise l'absorption de la substance par le mycélium ou par (b) un agent favorisant la croissance et qui augmente la surface spécifique de contact du mycélium, ou avec une source d'énergie (a) et un agent (b) favorisant la croissance. 14 Composition selon la revendication 13, caractérisée en ce que la substance azotée est un aminoacide naturel ou synthétique ou un analogue d'un aminoacide naturel, sous forme libre ou sous forme d'un sel. 15 Composition selon la revendication 14, caractérisée en ce que la substance azotée est l'acide amino- isobutyrique, (CH 3)2 C(NH 2)C 02 H, sous forme libre ou sous forme d'un sel. 16 Composition selon l'une quelconque des revendications 13 à 15, caractérisée en ce que la concentra- tion de la substance azotée n'est pas supérieure à 10 en poids. 17 Composition selon l'une quelconque des revendications 13 à 16, caractérisée en ce qu'elle comporte une source d'énergie, dont la concentration n'est pas supé- rieure à 20 Ad en poids. 18 Composition selon la revendication 17, caractérisée en ce que la source d'énergie est un monosaccha- ride ou un disaccharide. 19 Composition selon la revendication 18, caractérisée en ce que la source d'énergie est du saccharose. Composition selon l'une quelconque des revendications 13 à 19, caractérisée en ce qu'elle comporte un agent favorisant la croissance et dont la concentration n'est pas supérieure à 1 % en poids. 21 Concentré de la composition selon la revendication 13, caractérisé en ce qu'il comprend la subs- tance azotée et la source d'énergie en des quantités relati- ves telles qu'après dispersion ou dissolution du concentré dans un solvant, la concentration de la source d'énergie excède la concentration de la substance azotée. 22 Concentré selon la revendication 21, carac- térisé en ce que la substance azotée est l'acide aminoisobu- tyrique, et la source d'énergie est un monosaccharide ou un disaccharide. 23 Concentré selon la revendication 22, carac- térisé en ce que la source d'énergie est du saccharose.