L'invention concerne un nouveau procédé de tissage ; elle se rapporte également a un métier à tisser pour la mise en oeuvre de ce procédé. Depuis longtemps, on a essayé d'augmenter la productivité des métiers a tisser. Dans les métiers classiques, l'insertion du fil de trame est interrompue pendant le serrage de la duite dans le tissu, notamment avec les métiers modernes dans lesquels le fil de trame est tiré d'une réserve (bobine) situee hors de la foule et dans lesquels, les boItes à navettes étant fixes, la navette traverse la foule seulement lorsque le peigne est immobile. Le temps du mouvement du battant pendant lequel la navette ne peut traverser la foule représente donc un temps mort qui diminue la productivité des métiers. Pour pallier cet inconvénient, on a essayé d'augmenter les vitesses des organes d'insertion du fil de trame. Cette technique fait appel a des solutions mécaniques de plus en plus complexes, résistant mal à l'usure et coûteuses. En outre, la productivité n'augmente pas aussi rapidement que l'augmentation de la vitesse. En effet, pour un métier de largeur donnée, l'augmentation des vitesses d'insertion a pour conséquence logique une augmentation du nombre de cycles de tissage par minute, c'est-à-dire une diminution du temps de ce cycle-.Comme le temps de serrage de la duite dans le tissu est une constante, dépendant essentiellement des efforts massiques pour mouvoir le battant et le peigne, le pourcentage du temps utile pour l'insertion du fil diminue au fur et a mesure que l'on augmente le nombre de cycles par minute. Ces inconvénients sont également vrais dans les metiers à tisser classiques dans lesquels le fil est in sére sous forme de-boucle. Pour augmenter la productivité de ces métiers, on a suggéré d'augmenter leur largeur. Si effectivement, on augmente la productivité, celle-ci reste toutefois assez faible. A titre indicatif, le pourcentage du temps utile pour l'insertion est d'environ 60 % pour des métiers larges et lents, tandis qu'il descend a environ 35 % pour des métiers rapides. Dans les métiers à tisser à foule ondulante, on supprime la perte de temps due au serrage de la duite dans le tissu, car cette phase s'effectue lors de la phase d'insertion. Toutefois, cette solution nécessite des mécanismes complexes, coûteux et délicats à commander, sans conter qu'elle manque de versatilité tant en densité de chaine et trame qu'en diversité d'armures. En outre, ces métiers ont le grand défaut de travailler avec une canette, petite bobine de fil transportée avec la navette. Ce défaut est le grief principal qui a été fait aux métiers conventionnels lors de la mise sur le marché des métiers à griffe. On a également suggéré (voir notamment brevet américain 3 391 714) de coupler en parallèle côte à côte deux métiers classiques avec entre eux un mécanisme commun autonome d'insertion du fil de trame. De la sorte, l'insertion du fil de trame se fait in dépendamment pour chaque métier accouplé. Cette solution peu répandue a ce jour, loin de simplifier, complique plutôt les problèmes car le mécanisme commun d'insertion est assez peu accessible, sans compter qu'elle ne présente aucun avantage par rapport à deux métiers séparés. L'invention pallie ces inconvénients. Elle se rapporte a un procédé de tissage à productivité améliorée. Ce procédé, dans lequel le fil de trame est tiré d'une réserve extérieure à la foule et introduit dans la foule, toujours du même côté, - - se caractérise en ce que la foule est divisée en deux parties distinctes et différentes, dans lesquelles on insère le fil de trame sous forme de boucle passant d'une partie a l'autre pendant quelles sont toutes deux ouvertes sur toute la largeur du métier, et en ce que la duite déposée dans la première partie de la foule est serrée dans le tissu pendant que le reste de cette même duite continue à se dérouler dans la seconde partie de la foule, ce reste de duite étant serré dans le tissu pendant que la duite suivante est introduite dans la première partie de la foule. Le fil pourra être introduit dans la foule par tout procédé connu d'insertion sous forme de boucle. Avantageusement, la boucle sera entrainée par un projectile. En pratique, le projectile est constitué par un ergot porté par une navette autour duquel le fil de trame entraîné se déroule sous forme de boucle. Le fil pourra aussi être lancé dans la foule sous forme de boucle et poursuivre son chemin à travers celle-ci par la seule énergie cinétique emmagasinée dans ce fil, selon le procédé décrit dans le brevet français na 1 562 147 de la Demanderesse. Dans ce cas, le mouvement des peignes pourra être actionné par deux systèmes bielle-manivelle. Avantageusement, les foules formées par les fils passant dans deux peignes sont ouvertes en même temps pendant une portion rela tivement grande du temps d'un cycle de tissage. L'invention concerne également un métier a tisser pour la mise en oeuvre de ce procédé. Ce métier a tisser, dans lequel le fil de trame est tiré d'une bobine fixe située hors de la foule et est introduit dans la foule sous forme de boucle, toujours dans la meme direction, et dans lequel le fil inséré dans la foule est serré dans le tissu au moyen d'un système battant-peigne, se caractérise - en ce que le système battant-peigne est divisé en deux parties distinctes, commandées indépendamment l'une de l'autre et décalées l'une par rapport a l'autre - en ce qu'il comporte également des moyens permettant de serrer l'un des deux peignes contre letissu, tandis que l'autre peigne est dans une position qui permet le passage du fil sur ce peigne, des moyens permettant, lors du passage du fil d'un peigne à l'autre, que les deux peignes soient dans le prolongement l'un de l'autre, des hoyens pour que les deux parties soient dans le prolongement l'une de l'autre, sur toute la larg-eur du tissu, pendant le passage du fil d'un peigne sur l'autre. En pratique, les fils de channe formant les deux parties de la foule sont commandés séparément et en relation avec le mouvement des deux parties du battant. La commande des fils de chaine des deux foules s'effectue du même cté du métier et les cadres, dépla çant les lisses guidant les fils de chaîne de l'une des deux parties de la foule, s'étendent sur toute la largeur du tissu et sont commandés par un même mécanisme situé d'un cté du métier. Dans ce cas, on utilise avantageusement comme commande, deux jeux de cames semblables, actionnés sur le même arbre de commande, les deux jeux de cames étant décalés l'un par rapport à l'autre, d'une valeur correspondant sensiblement au tiers d'un cycle de tissage. On peut avoir aussi des cadres séparés s'étendant sur la largeur de chaque groupe de fils de chaîne (partie du battant). Dans ces cas, la commande peut se faire des deux cotés de la machine par deux mécanismes classiques décalés de la même valeur que les mouvements des deux peignes. De préférence, les deux peignes sont immobiles pendant le passage du projectile d'un peigne sur l'autre. Le temps de repos commun des deux peignes pendant le passage du projectile d'un peigne sur l'autre, lorsque les deux peignes sont immobiles et face à face, est supérieur au temps de repos commun des peignes en fin de cycle de tissage. La manière dont l'invention peut être réalisée et les avantages qui en découlent ressortiront mieux de ltexemple de réalisation qui suit, donné a titre indicatif et non limitatif, a l'appui des figures annexées. La figure 1 représente schématiquement un diagramme de fonctionnement d'un métier a tisser selon l'invention. La figure 2 montre, vu de face côté tisseur, un métier à tisser de ce type, et la figure 3 le même métier vu de coté. La figure 4 représente schématiquement un battant vu de dessous, avec les jeux de cames décalés permettant de commander séparément le mouvement du battant et des peignes. La figure 1 montre un diagramme ternaire dans l'espace, ayant pour coordonnées le temps T (To = durée d'un cycle de tissage), l'empeignage (largeur du tissu) L et le mouvement du battant M en distance. La-distance 0-1 représente la largeur du premier peigne, et la distance 1-2 celle du second peigne, ces distances pouvant être ou non égales. Dans la surface (O-T-L), les courbes 3 et 3' schématisent les trajectoires du projectile-navette, respectivement (courbe 3) sans frottements, c'est-a-dire a vitesse constante, et (courbe 3') avec frottements, c'est-à-dire à vitesse décroissante. Lors de l'entrée du projectile dans la première partie de la foule (point 0), le peigne de la seconde partie commence son mouvement de serrage de la duite précédente dans le tissu. Lorsque le fil de trame est serré dans le tissu (point 4 du graphique), le peigne redescend jusqu'à sa position de repos 5. A ce moment, les deux peignes sont juxtaposés et immobiles, ce qui permet le passage du projectile d'une partie de la foule à l'autre. Les peignes restent immobiles pendant la durée représentée par 5-6. La durée de cette phase de repos 5-6 est choisie de manière à tenir compte de toutes les fluctuations possibles du mouvement de la navette, car si le projectile reste à cheval sur les deux peignes, il faut avoir le temps nécessaire pour arrêter le métier à tisser avant que le mouvement de l'un des peignes ne soit enclenché. Au point 6, le projectile est suffisamment avancé dans la se conde partie de la foule, pour que le fil de trame introduit dans la première partie de la foule puisse être serré dans le tissu. En outre, il faut que le brin libre de la boucle insérée soit sorti de la première partie de la foule. Le premier peigne peut alors serrer ce fil en 7 et redescendre en 8. Puis le cycle recommence. Les figures 2 et 3 représentent un métier selon l'invention. La foule formée par des fils de chaîne 11 est sensiblement verticale, et le projectile-navette 12 insérant le fil de trame 13 circule sans arrêt dans un canal fermé 14. Ce type de métier est choisi comme exemple, mais il est entendu que l'invention s'adapte à n'importe quel type de métier à tisser a projectile déroulant le fil derrière lui sous forme de boucle. Les deux b tis 15 du métier à tisser sont reliés entre eux par des pièces longitudinales 16 rigides. L'arbre principal 17 est actionné par une poulie 18 qui reçoit son mouvement d'un moteur électrique et d'une courroie non représentés. Sur l'arbre principal 17 sont clavetées deux roues dentées 19 entraînant, par l'interm6- diaire de roues dentées 20, le couple d'engrenages coniques 21 et 22 et les disques 23-24 qui donnent le mouvement au projectile 12 circulant dans le canal 14. Une description de ce type de métier a tisser est donnée dans les brevets français 1 518 615 et 2 153 185 de la Demanderesse. L'arbre principal 17 entraîne également les cames commandant le battant. Ces cames (voir figure 4) se composent d'une came 25 et d'une contre-came 26 actionnant un c6té 27 du battant, et d'une autre came 28 et d'une autre contre-came 29 actionnant l'autre coté 30 du battant. Ce battant se compose de deux parties séparées, le battant cO- té lancement 30 et le battant côté réception 27. Ces deux parties sont formées essentiellement chacune d'un tube 31 et 32 et d'un arbre 33 et 34 sur lequel sont clavetés un levier double a galet 35 agissant sur les cames 25-26, et un levier double a galet 36 agissant sur les cames 28-29. Chaque partie du battant tourne librement dans les paliers 37-47 et 38-46 et le palier central 19. Les jeux de cames 25-26 et 28-29 sont décalés l'un par rapport a l'autre, sensiblement de deux tiers d'un tour, c'est-à-dire de la valeur choisie pour le temps 1-6 de la figure 1 ; le mouvement de chaque partie du peigne se fait a des temps différents. Le mouvement des fils de chaîne 11 est donné par des moyens classiques non représentés, tels qu'une boite à came, une ratière ou une mécanique Jacquard. Dans les figures 2 et 3, les cadres 40, 41, 42 et 43 commandant les fils de chaîne 11 s 1étendent sur toute la largeur du métier et sont commandés par un mécanisme non représenté, situé d'un seul coté du métier, tels que ceux envisagés au paragraphe précédent. Les cadres 40 et 42 ont des lisses commandant les fils de chaine de la partie du tissu côté lancement, et les cadres 41 et 43 des-lisses commandant ceux du coté réception. On peut aussi prévoir deux groupes de demi-cadres commandant chacun séparément les deux parties du tissu. Dans ce cas, on a avantage à commander ces deux groupes de cadres avec deux mécanismes classiques, situés de part et d'autre du métier. La foule formée par les fils de chaîne 11 en fonction du mouvement des cadres 40 à 43, est limitée par le peigne 44 dans sa première partie et par le peigne 45 dans sa seconde partie, c'està-dire celle coté réception. Ces deux peignes 44 et 45 sont chacun fixés rigidement sur lesbattants respectivement 30 et 27, par l'intermédiaire de bras 48 soudés respectivnt sur les tubes 31 et 32. Ces peignes 44 et 45 sont donc commandés par les jeux de cames 25 - 26 et 28-29 par l'intermédiaire des battants 30 et 27. Le cycle de fonctionnement du métier à tisser selon l'invention est le suivant. Le fil 13 est tendu dans la trajectoire du projectile 12 qui l'entraîne sous forme de boucle a travers la première partie de la foule formée par les fils de chaîne 11 et le peigne 44. Lorsque le projectile 12 arrive vers le milieu de la seconde partie de la foule, formé sur le peigne 45, le brin libre de la boucle formant le fil de trame est entièrement contenu dans la seconde partie de la foule, de telle sorte que le brin tranquille du fil de trame situé dans la première partie de la foule peut être serré dans le tissu par l'intermédiaire du peigne 44 qui effectue son mouvement de serrage. Pendant ce temps, le peigne 45 reste immobile,et le projectile 12 continue sa course jusqu'a la sortie de la seconde partie de la foule. De là, la navette 12 est reprise dans le canal 14 pour être recyclée. Dans une variante, la largeur des deux peignes peut être différente. Les métiers à tisser selon l'invention présentent de nombreux avantages par rapport à ceux connus à ce jour. Par rapport aux métiers à tisser classiques, on peut utiliser tout le temps d'un cycle de tissage pour insérer le fil de trame sans déduction du temps nécessaire au serrage du fil dans le tissu. Ce-la permet une amélioration de la production des métiers. A titre indicatif, pour un même type de métier à tisser à projectile, de même largeur (même empeignage), on augmente la production de mille à mille six cents mètres de trame par minute. Cette augmentation de production de 60 % n'est pas possible par les moyens classiques. Par rapport aux métiers à foule ondulante, le métier à tisser selon l'invention reste une technique identique au tissage classique, avec tous ses avantages, notamment de simplicité et de versatilité, avec une production du même ordre de grandeur ; en outre, elle supprime le cannetage de la duite avant son insertion. Enfin, par rapport à la technique de métiers à tisser paral lèles juxtaposés, l'invention est plus économique etbs pièces le composant sont d'un accès plus facile. L'invention peut être appliquée avec succès a la réalisation de tous types de tissus. REVENDICATIONS 1/ Procédé de tissage dans lequel le fil de trame est tiré d'une réserve fixe extérieure à la foule et située toujours du même côté, dans lequel le fil est introduit dans la foule sous forme de boucle se déployant sous forme de fil simple, et dans lequel la foule est divisée en deux parties distinctes et différentes, caractérisé - en ce que chaque partie distincte de la foule est fermée lorsque l'extrémité du brin libre de la boucle a quitté ladite partie de foule, - et en ce que la portion de fil insérée dans la première partie de la foule est serrée dans le tissu pendant que l'extré- mité du brin libre de la boucle continue à se dérouler dans la seconde partie de la foule, la portion de fil insérée dans la seconde partie de la foule étant serrée dans le tissu pendant l'insertion de la duite suivante dans la première partie de la foule. 2/ Procédé de tissage selon revendication 1, caractérisé en ce que le fil de trame est introduit dans la foule sous forme de boucle par entraînement de celui-ci autour d'un ergot porté par un projectile. 3/ Procédé de tissage selon revendication 1, caractérisé en ce que les foules formées par les fils passant dans deux peignes sont ouvertes en même temps pendant une portion relativement grande du temps d'un cycle de tissage. 4/ Procédé de tissage selon revendication 2, caractérisé en ce que le temps de repos des peignes, pendant le passage du pro-jectile d'un peigne sur l'autre, lorsque les deux peignes sont immobiles et face à face, est supérieur au temps de repos des peignes en fin du cycle 'de tissage. 5/ Métier à tisser pour la mise en oeuvre du procédé selon l'une des revendications 1 à 4, dans lequel le fil de trame est tiré d'une bobine fixe située hors de la foule, et est introduit dans la foule toujours dans la même direction sous forme de boucle se déployant en fil simple, et dans lequel le fil inséré dans la boucle est serré au moyen d1un système battant-peigne divisé en deux parties distinctes commandées indépendamment l'une de l'autre et décalées l'une par rapport à l'autre, du type comportant également - des moyens permettant de serrer l'un des deux peignes sur le tissu, tandis que l'autre peigne est dans une position permettant le passage sur ce peigne ;; - des moyens pour que les deux foules soient ouvertes dans le prolongement l'une de l'autre sur toute la largeur du tissu, pendant le passage du fil d'un peigne à autre ; caractérisé en ce que le battant se compose de deux parties séparées tournant sur le même axe, l'une côté réception, l'autre côté lancement, ces deux parties présentant, à leur extrémité extérieure un levier double à galet agissant sur des cames entraînées par le moteur principal. 6/ Métier à tisser selon revendication 5, caractérisé en ce que les deux peignes ont sensiblement la même largeur. 7/ Métier à tisser selon revendication 5, caractérisé en ce que les cames commandant les cadres de lisses des fils de channe passant dans la première partie du peigne sont décalées dans le temps angulairement par rapport aux cames commandant les cadres de lisses des fils de chaîne passant dans la deuxième partie peigne. 8/ Métier à tisser selon l'une des revendications 5 à 9, caractérisé en ce que les deux peignes sont fixés rigidement chacun sur leur battant respectif, par l'intermédiaire de bras soudés sur le tube.